Lettre ouverte aux anarchistes

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L’Idée doit titiller pas mal de monde en ce moment au vu du marasme total et chaos orchestré ambiants, même si la plupart des gens ne peuvent pas mettre un nom sur ce qu’ils ressentent, la piste ayant été bien brouillée par le système étatico-marchand nuisible et parasite. Un petit texte utile pour les y aider… (Résistance 71)

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?” ~ Friedrich Nietzsche, “De la nouvelle idole”, 1883 ~

“Dès que l’État n’est plus à même d’imposer l’union forcée, l’union surgit d’elle-même, selon les besoins naturels. Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même.” ~ Pierre Kropotkine ~

~ Pierre Kropotkine ~

Lettre ouverte aux anarchistes

“Anarkismens tid är nu” (C’est maintenant le temps de l’anarchisme)

Albert Henry Norrman

19 septembre 2026

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Octobre 2026

Depuis bien trop longtemps, l’anarchisme a été négligé, traité comme rêve utopique qui semble impossible à réaliser et ce pas seulement en provenance de ceux qui en ont une mauvaise compréhension, mais aussi de la part des anarchistes eux-même.

Nous, les anarchistes, sommes un groupe disjoint et difficile à définir, juste comme cela doit l’être. L’anarchiste pense que tout le monde a le droit de forger sa propre meilleure vie dans une société fondée sur l’association libre, l’égalité et la liberté et sous le pré-requis que personne ne fasse du tort ou restreigne quiconque d’autre. Nous pouvons tous nous accorder sur cela. Qu’est-ce que tous les anarchistes veulent ? Abolir l’État et le capitalisme. L’État qui nous réduit aux parties jetables d’une machinerie monstrueuse et le capitalisme qui nous réduit à des serfs dans une économie et un système absolument inhumains. Nous demandons l’auto-gouvernement, l’autonomie pour nous-mêmes ; de nous émanciper de ce contrat social totalement invalide.

Je veux changer tout ça au cours de ma vie. Je veux léguer un monde meilleur à mes enfants et leurs enfants ; une vie ayant bien plus de liberté que de n’être que des esclaves du salariat sous le contrôle illicite de l’État. Ceci est la réalité que tous ceux qui se disent anarchistes veulent réaliser, ce, quelques soient les adjectifs que nous utilisons pour nous décrire. Le temps est venu de parler une fois de plus de l’anarchisme. D’informer et de développer la conscience publique au sujet de ce en quoi nous croyons. Il est plus que grand temps de prendre l’anarchisme à nouveau sérieusement. Le chemin de la réalisation de l’Anarchie est long et tortueux, difficile, mais comme tout changement et progrès réels, cette réalité peut également prendre forme pour de bon, d’abord lentement et à petite échelle afin qu’ensuite cela englobe le monde entier.

Hurler des obscénités à la police et encourager au meurtre de politiciens est aussi efficace que d’essayer de faire du feu avec du bois gorgé d’eau sans allumettes. Nous, les anarchistes, sommes ceux qui perdront à ce petit jeu puéril. Mettons de côté le romantisme supposée d’une révolution violente et la croyance en ce que la terreur puisse créer un changement et une amélioration pour les gens sur le long terme. Tout véritable anarchiste veut créer les meilleures conditions de vie pour chacun. L’anarchisme est diamétralement opposé au nihilisme, c’est un humanisme profond. Le chemin de l’avant est celui d’éduquer, d’éveiller et d’utiliser l’action directe fondée sur la non-violence. Toute action violente est non seulement contre-productive, mais aussi totalement irréconciliable avec le droit de chaque peuple à l’auto-détermination et à la liberté de l’oppression des autres, les fondations sur lesquelles l’anarchisme de fait, repose. Autrement, nous ne valons pas mieux que tous les fascistes et communistes (autoritaires d’état) alentour. Les véritables liberté et égalité ne sont pas atteintes en ruinant la vie des autres, mais en défendant la vie de tout le monde.

Et dans une véritable société anarchiste, toutes les voix doivent être entendues : un anarchiste individualiste et un anarcho-communiste doivent avoir la même opportunité de développer, façonner leurs vies de la manière qu’ils trouvent la plus appropriée. Les discussions théoriques sont toujours es bienvenues, mais le plus important est de créer les conditions pour l’anarchie : l’abolition de l’État et du capitalisme. Ce qui vient après, vient après. Depuis bien longtemps, d’autres causes et mouvements (tous honorables bien sûr) ont consumé bien du temps des anarchistes. Mais l’anarchisme devrait être la cause première, le mouvement premier pour un anarchiste. Comment pourrions-nous autrement atteindre notre but ultime ?

Si le XXème siècle fut le siècle du communisme (marxiste) et du libéralisme, il n’y a pas de raisons que le XXIème siècle ne devienne le siècle de l’anarchisme. Soyons unis et disons au monde ce en quoi nous croyons et pourquoi le reste du monde le devrait également. L’anarchisme sans adjectifs devient un anarchisme avec un objectif des plus clairs.

Anarchistes, unissez-vous !

= = =

« Les anarchistes sont tellement épris d’ordre, qu’ils n’en supportent aucune caricature. » (Antonin Arthaud)

Définition de l’Anarchie (encyclopédie anarchiste) :

“L’anarchie”, Élisée Reclus (1894) :

L’anarchie pour la jeunesse… et les débutants (Résistance 71, 2017) :

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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5 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Société des sociétés organique avec Gustav Landauer

Palestine-Gaza-Cisjordanie : 3 ans de génocide sioniste…

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Résistance 71

8 octobre 2026

Islam et anarchisme, relations et résonances 3/3 (Mohamed Abdou, Ph.D)

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Islam et anarchisme, relations et résonances

Mohamed Abdou

2022

Larges extraits

Traduit de l’anglais et compilé par Résistance 71

Juin-août 2026, publication octobre 2026

1ère partie

2ème partie

3ème partie

IV. Anarcha-Islam : un Islam anti et non-capitaliste

[…]

Dans l’Anarcha-Islam, la propriété est interprétée comme seule appartenant à Dieu, les humains ne faisant de fait qu’agir en tant que “gardiens” de la propriété de Dieu. La propriété est donc de fait partagée publiquement entre ses gardiens et ne peut pas être conservée à titre personnelle, privée. Secundo, j’offre une lecture anti-capitaliste du concept et de la pratique de Gardiennage. Un gardien est un bénéficiaire temporaire et un fiduciaire ou de fait un emprunteur de la propriété divine. Le rôle du gardien est donc entièrement différent de celui d’un propriétaire absolu sous la règle du capitalisme. Il y a deux sortes de gardiens : communal / communeux et individuel. Le gardien communal / communeux agit de concert avec la collectivité en partenariat. Le gardiennage individuel est permis, car dans toute saine communauté, des personnalités uniques se démarquent et c’est par leur élan que souvent le potentiel collectif peut se réaliser et ce seulement si le singulier, l’individu est libre. Il y a néanmoins trois restrictions placées sur le gardiennage individuel :

  • Pas de gardiennage sur les ressources naturelles comme l’eau, le vent, le bois, le gaz, le feu et les sources énergétiques (hydrocarbures). La terre appartient à la collectivité et chaque membre en a des droits égaux et d’accès responsable à ces ressources.
  • Si le gardiennage se passe de manière ignoble, indigente, indigne qui “nuit aux autres”, alors la communauté intervient pour empêcher la personne de commettre plus de dégâts.
  • Si “un segment de la société se trouve sans abri, sans habits, sans nourriture et opportunité économique adéquate, alors les besoins sociaux communs surclassent les droits du gardien individuel en vertu du respect du bien commun (Maslaha)

[…]

Ayant offert une lecture anticapitaliste de la notion de “gardien” et fait la distinction entre gardien communal et individuel, je vois et lis la Mudarabah / Mushärakah comme le troisième concept anticapitaliste de l’Anarcha-Islam. Ceci est interprétée comme une dynamique financière externe anti-monopole et anti-oligopole, complètement dénuée d’intérêt et ayant le rôle d’encourager les associations entre les gardiens existant et les nouveaux gardiens arrivant. Dans ce contexte anticapitaliste, je lis et comprend l’usure (ribä) comme le quatrième concept et pratique de l’Anarcha-Islam. Ribä, l’intérêt, dans son sens usurier, est un pilier fondamental du capitalisme et en islam “sa pratique fut et est toujours interdite parce qu’elle sert comme moyen de domination et d’exploitation.” (NdT : notons qu’il en va de même pour l’église chrétienne catholique…) de tous ceux soumis à la difficulté économique et à la pauvreté. Ayant compris ribä comme un concept anticapitaliste dans sa non-pratique, j’analyse l’impôt zakät comme le cinquième concept et pratique suivants anticapitaliste. Décrété dans le Qu’ran, le Zakät est interprété comme une obligation de charité. (NdT : tout musulman doit donner 10% de ses revenus à des œuvres caritatives, ceci est une pieuse obligation). Je vois ensuite le ramadan comme le concept et pratique suivants associé au Sadaqat al-Fitr, comme cinquième et sixième concepts et pratiques de l’Anarcha-Islam.

Finalement, j’interprète le système de banque islamique comme le septième concept et pratique anticapitaliste de l’Anarcha-Islam. Ceci représente un accès illimité à des ressources financières sans aucune référence au critère de “valeur de crédit”. De manière similaire, les lois islamiques d’héritage ont pour but une large distribution de la richesse et des biens du défunt en opposition à toujours favoriser l’accumulation de richesses et de biens plus avant dans une optique de népotisme.

Ainsi, je clarifie et positionne les concepts et pratiques anticapitalistes de gardiennage de propriété, communale et individuelle de Mudarabah / Mushärakah, de Ribä, Zakät, Ramadän, Sadaqat al-Fitr, de banque islamique et lois de succession, comme formant conjointement la forme de position anticapitaliste de l’Anarcha-Islam et de fait sa structure de résistance au capitalisme.

[…]

L’usure (ribä) sous toutes ses formes fut interdite, parce qu’elle est vue comme une sorte d’exploitation vicieuse des pauvres au compte de leur strate d’appartenance économique. C’est un moyen par lequel de l’argent se crée alors qu’en fait, rien n’est produit, de l’argent qui n’a pour résultat que plus d’argent virtuel. L’usure est un abus de la notion même de dette. Ribä est répugnant à l’esprit même de l’islam, car elle contredit les philosophies de la justice et de la bienveillance (al-‘adl wa’l-ihsän). Le Qu’ran conseille, sans ordonner, le pardon et l’effacement de la dette. Par exemple dans ce verset (2:280) : “Si le débiteur est en difficulté, donne-lui du temps jusqu’à ce que ce soit plus facile pour lui de repayer. Mais si vous l’absolvez de la dette par charité, ceci est le mieux si vous le saviez.” Ici la notion “d’absolution de la dette” est clef. La non pratique de l’usure est donc un concept et une pratique anti et non-capitaliste.

La pratique de l’impôt / Zakät ou aumône obligatoire est le droit du pauvre sur le riche, puisque toute la richesse appartient au Créateur. Le Zakât maintient l’équité sociale intégrée dans un champ social plus vaste. En tant que troisième pilier des cinq piliers de l’Islam, le Zakât n’est pas juste un concept et une pratique ni une philanthropie, mais une nécessité divinement déclarée pour qu’un musulman parvienne à la rédemption. Le zakât est là pour rappeler la responsabilité sociale de qui est le véritable propriétaire et est un acte d’expiation des pêches et des faiblesse de tout musulman. A cet égard, le zakät est la minimisation temporaire des privilèges micro-fascistes qui surviennent en tant que conséquence des privilèges et de la dynamique de classe. Il est important que celui qui paie le zakät ne soit ni arrogant ni triste ou déçu lorsqu’il le paie, car ceci annulerait l’intentionnalité de l’acte du paiement.

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Ainsi, le zakät est l’acte ordonné de donner, face à face et pas au travers d’association style ONG ou de tierces personnes, de façon à ce que le don soit au mieux utilisé pour les pauvres. Ceci représente un engagement social de la part de celui qui paie et reconnaît le fait que posséder implique une obligation de partager. En comprenant le zakät de cette façon, c’est comprendre son concept et sa pratique anti et non-capitalistes.

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V. Soulèvements : de la possibilité ou impossibilité et la résistance militante

Les culture occidentales et la soi-disant “Guerre contre la terreur” euro-américaine a fabriqué en masse un flot sans fin de violence musulmane. Mais la terreur fut et est principalement associée avec l’exercice des pouvoirs d’état étant donné le monopole que possèdent les états modernes sur la violence, la répression et tous les sens impliqués. L’Euro-amérique emmenée par les George W. Bush, Tony Blair, Barack Hussein Obama, Hillary Clinton, Donald J. Trump, Benjamin Netanyahou et d’innombrables autres, traitent les peuples colonisés et racialisés comme moins que des animaux. On nous fait disparaître, on nous torture, nous enferme dans des prisons secrètes et dans des centres de détention comme Camp Bucca, qui aide à faire naître des sujets néo-coloniaux réactionnaires pour qui la violence ne devient que la seule stratégie, comme celle propagée par les Oussama bin Laden et Abou Bakr al-Baghdadi.

Les musulmans sont constamment forcés de voir les représentations orientalistes / fondamentalistes d’eux-mêmes comme soit étant des bandits ou des sauvages, race nomade, alors que la femme musulmane est dépeinte comme victime porteuse de burqa ou comme une superficielle danseuse du ventre amusant de vils, veules et cruels sheikhs. Essentielle au portrait est l’image de la Kalachnikov dans les mains du terroriste musulman.

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Se rebeller est alors comprendre et réfléchir sur le rôle nécessaire de la violence dans des conditions données. Ayant vécu sur des lignes de front, incluant le soulèvement de la place Tahir en Egypte de 2011 à 2013, j’argumente que la rébellion n’est en rien des manifestations et des actions directes de masse qui sont adoptées dogmatiquement et de manière erronée comme étant la seule tactique de confrontation. J’ai développé un grand ras-le-bol de notre confinement volontaire dans des zones de combat, des barricades et blocages de rues et d’une politique de protestation en l’absence de notre reconnaissance des batailles qui de fait résident en nous-mêmes. Tous ces actes, au-delà de tout symbolisme, n’ont pas été capables de nous sauver de la puissance des jets des canons à eau ou des véhicules blindés et fil de fer barbelés nous encerclant alors que le mouvement de tenaille se mettait en place et que les sorties de nos places de villes étaient nassées.

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Ce qui accompagne souvent nos manifestations désorganisées et par trop prévisibles sont des doses toxiques de traumatisme, de sectarisme fractionnel et de mauvaise foi, étant donné la bigoterie et les positions idéologiques qui précèdent et informent notre insurrection. Ce factionnalisme n’est que réifié dans nos contentions égoïstes et à la lumière des passerelle brûlées personnelles et politiques entre nous en l’absence d’une éthique depuis laquelle nous pouvons être en désaccord.

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Gustav Landauer avait bien saisi le fait (comme Foucault plus tard), que nous ne sommes pas gouvernés par des “institutions” autres que nous-mêmes, par un “état” recouvrant une “société civile”. Nous nous gouvernons plutôt les uns les autres via un tissu complexe de relations capillaires de pouvoir.

Il est donc clair, comme l’ont prouvé les expériences de la place Tahir et des manifestations en général (NdT : exemple le plus récent en France étant bien sûr celui des Gilets Jaunes de novembre 2018 à la période COVID vers fin 2019-2020), rassembler des centaines de milliers voire millions de manifestants marchant dans les rues et mobilisant différents segments de la société sous l’ombrelle d’une alliance temporaire, ne va pas spontanément faire émerger un changement révolutionnaire en l’absence d’une vision stratégique.

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Comme l’écrit Tamim Al-Barghouti :

“Le concept de Djihad s’est grandement transformé. Avant les croisades chrétiennes, le djihad avait essentiellement deux sens fondamentaux : le premier indiquait le conflit intérieur entre le bien et le mal dans l’âme humaine ; un bon croyant devait combattre un djihad contre ses propres désirs, ceci était appelé le grand djihad (al-jihad al-akhbar) . La seconde notion se référait aux guerres expansionnistes combattue par le premier empire des Oumeyyades contre les nations non-musulmanes en Perse, au Turkistan et en Afrique du Nord. Mais après la chute de Jérusalem, le djihad devint l’équivalent médiéval islamique du concept moderne de libération nationale. Il est devenu une guerre d’auto-défense contre des envahisseurs étrangers. C’est essentiellement par l’effet des croisades que le concept de djihad fut tellement amplifié et romantisé et glorifié bien au-delà de sa signification originelle.”

[…]

En réponse à l’oppression à laquelle les musulmans furent exposés, le prophète Mahomet enseigna :

“Ceux parmi vous qui voient quelque chose d’abominable [une action mauvaise et oppressive] doivent la modifier avec l’aide de leur main [activisme, organisation, mouvement] ; et s’il n’y a pas assez de force pour ce faire, alors ils doivent le faire avec leur langue [en le dénonçant et le critiquant] ; et s’il n’y a pas assez de force pour ce faire alors ils doivent le détester dans le cœur [en repoussant et refusant ce qui est mal et/ou nuisible], et ceci représente la moindre foi.”

Cette position représente un exemple d’esprit et de pratique de djihad non-violent actif et non passif, un qu’on évoque rarement ni même considère en relation au passé de l’Islam et dans son histoire présente qui voit musulmans et non musulmans envisager de brandir des pancartes pendant quelques heures de risque minimum, après avoir demandé la permission de ce faire à la police, et voyant cela comme de la résistance.

Le prophète Mahomet est arrivé pour instruire les musulmans, par l’exemple, d’assumer les responsabilités et les sévères effets néfastes associés avec le combat actif et inconfortable contre toutes les oppressions.

Quraysh offrit au prophète richesse et un grand prestige et même qu’il devienne leur roi, afin de le dissuader, de le séduire et de l’attirer superficiellement afin qu’il abandonne sa cause et sa mission de justice sociale et pourtant Mahomet et les premiers musulmans apprirent et embrassèrent la patience active (sabr) et le strict engagement dans le combat intellectuel (harb thaqäfiya). […] Aux offres séductrices de Quryash, la réponse du prophète demeura :

“Je n’appartiens à personne ni ne recherche parmi vous les honneurs et le pouvoir. Dieu m’a envoyé vers vous en tant que messager, Il m’a révélé un livre et m’a demandé de vous apporter la bonne nouvelle et de vous prévenir. Je vous ai transmis le message de mon Dieu et je vous ai donné de bons conseils. Si vous acceptez ce que je vous ai apporté, ceci est la cause de votre succès en ce monde et dans l’après ; mais si vous rejetez ce que je vois ai apporteé alors j’attendrai patiemment  jusqu’à ce que Dieu ait jugé entre nous.”

[…]

Les musulmans durant la période de La Mecque étaient formellement interdits de prendre les armes et de s’engager dans des représailles (Qitäl) en réponse aux vicieuses persécutions dont ils furent l’objet. Ce fut la résilience des musulmans à supporter la persécution et l’oppression (NdT : comme les premiers chrétiens) et l’adoption d’une position de djihad non-violent avant et pendant le Hijra qui “conduisit les adhérents du prophète dans l’auto-défense à une union plus forte.”

Devenant une communauté, une véritable Oumma, sans aucune action armée d’auto-défense, est ce qui leur donna la capacité de :

“Tenir avec toujours plus de résilience dans un front uni, car la sévérité de l’injustice de Quraysh, dépassant les bornes, déclencha des sympathies personnelles et familiales, certains non-croyants cherchant à alléger les souffrances des suiveurs du prophète et ce faisant, certains d’entre eux se retrouvèrent de l’autre côté.”

[…]

Ainsi donc, bien qu’il soit universellement accepté que la loi islamique permette la lutte armée, une telle permission est d’abord venue avec d’autres priorités. Ceci est la fondation du djihad et du qitäl non armés. Les musulmans étaient attendus de construire et de respecter les liens et accords avec les Quraysh et de construire des alliances avec d’autres en exil en Abyssinie, qui concluaient les ansär (musulmans de Médine), alors qu’ils pratiquaient collectivement la patience et concrétisaient leur foi indéfectible dans le souvenir et la délivrance de Dieu. Même le prophète Mahomet a dit acquérir la capacité de patience, ne jamais agir en représailles, apprendre l’aspect critique de l’humilité et en tout premier lieu en bâtissant une communauté.

[…]

Ce fut la résilience à la persécution et à l’oppression des premiers musulmans et leur adoption d’une position de jihäd non-violente avant et après l’Hijra (la migration), qui les cimenta en une communauté, une véritable Oumma. C’est dans ce contexte qu’a dit le prophète : “La meilleure des luttes (jihäd) est de dire la vérité devant un dirigeant tyrannique.” De plus le prophète nota également : “La meilleure des luttes (jihäd) est de lutter contre votre âme et vos passions à la manière de Dieu le plus grand.”

Ainsi donc, les musulmans furent requis de pratiquer en premier lieu et de maîtriser la finesse de la “non-violence”.

[…]

Aussi, reconnaissant la guerre comme une forme de tyrannie, le Qu’ran déclare également : “La guerre est permise pour ceux à qui une guerre fut imposée, car elle est tyrannie,” (22:39)

Donc, à l’encontre des vues réductrices propagées par des universitaires actiuellement prévalents et mis en avant dans des “études sur le terrorisme”, la représailles (Qitäl) n’existe que pour lutter contre une persécution et oppression injustes et non pas dans un sens unique de vengeance et de rétribution, ni même de fierté. Ce message est réitéré dans de multiples versets du Qu’ran, qui affirme que la violence est une réponse approprié à toute tyrannie et oppression, mais l’écriture sainte reconnaît aussi de manière cruciale que la guerre, par sa nature même, est naturellement détestée, haineuse et destructrice de notre espèce (humaine). Le Qu’ran révèle que demeurer opprimé est pire qu’utiliser le droit légitime de se défendre par la Qitäl, même si cela veut dire de tuer le propagateur d’une incessante colonisation, qui refuse de commettre une agression délibérée et de respecter le droit à l’autonomie et à l’auto-détermination de ceux qui sont opprimés. En revanche, le Qu’ran maintient une grande insistance sur le besoin continu de rechercher la paix et d’honorer les traités et les accords passés :

“Il est interdit de combattre ceux avec qui vous êtes sous traité d’entente et avec ceux qui désirent faire la paix. […] Ainsi, si un ennemi se dérobe devant vous et ne vous combat plus et vous envoie des garanties de paix, alors Dieu ne vois a ouvert aucune voie pour que vous les combattiez.”  (4:90)

Maintenir et respecter les traités et les accords diplomatiques en islam est une chose sacrée, même si ceux-ci sont temporairement au détriment des musulmans. Le Qu’ran dit explicitement : “Après tout, si Dieu l’avait voulu, il aurait fait croyant toutes les personnes sur terre. Voulez-vous forcer les gens à devenir croyants ?” (10:99) Cette position ne tient pas compte de qui sont “les autres”, qu’ils soient “polythéistes”, “païens” ou “idolâtres”.

[…]

Le prophète Mahomet nous a averti : “Ne détruisez pas les villages et les villes, ne détruisez pas les récoltes et les cultures des champs et des jardins et n’abattez pas le bétail.” Il nous a de plus enseigné : “Interdisez à vos armées de semer le chaos, car aucune armée ne doit être messagère du chaos.”

Les règles islamiques de Qitäl incluent la prohibition absolue de toucher à un cheveu, de molester, de tuer tout non-combattant. Il y a de fait trois versets du Qur’an qui explicitement interdisent de commettre toute violence contre des non-combattants.

[…]

Les règles islamiques du combat spécifient également qu’il ne doit y avoir aucun meurtre ou abus de personnes blessées ou de tous ceux qui recherchent sanctuaire. De plus, pas de tuerie de moines ou de prêtres dans les monastères ou de personnes placées en situation de prière et/ou de recueillement religieux. Comme le dit clairement le Qu’ran : “Nul ne peut prendre la vie qu’Allah a sanctifiée, sauf par le moyen de la justice et de la loi : ainsi donc IL vous commande d’apprendre la sagesse.” (6:151)

Réitéré une seconde fois dans ce verset : “Tu ne tueras personne, car Dieu a sanctifié la vie, sauf dans le processus de justice.” (17:33)

[…]

VI. Conclusion

[…]

Le message du Qu’ran est universel. Après tout, comme le Qu’ran insiste : “Il n’y a pas de coercition à la religion.” (On ne peut forcer quelqu’un à être religieux) […] Il n’y a aucun concept de favoritisme en Islam. A la vue du Créateur, les “meilleurs” sont ceux et celles des tribus et des nations qui maintiennent la justice sociale, les relations égalitaires et une conduite éthique et politique envers autrui et toute autre forme de vie non humaine. Le Qu’ran déclare : “Toutes les personnes ne sont pas identiques.”

[…]

Les anarchistes musulmans exposent la problématique associée avec le fétichisme euro-américain orientalisé de non-violence avec la complicité géopolitique euro-américaine et la responsabilité dans les sociétés coloniales d’occupation des sols. L’Itjihäd anarchiste tente de redresser le fétiche de la résistance réformiste en insistant sur  “comment la complicité a de fait menée à la réification (chosification) de la polarité des deux termes.”

L’Euro-Amérique a réussi à infantiliser géopolitiquement les musulmans en opposition à leur radicalisation. L’Euro-Amérique a construit une usine de terroristes wahabites néo-réactionnaires. Les musulmans sont maintenant forcés de percevoir à tout jamais “la vie et la mort au travers d’une loupe, sobrement”, alors que leurs identités sont fragmentées le long d’une ligne de division “d’un mur qui sépare l’enfance de l’âge adulte, l’innocence de la culpabilité.” Le journaliste Robert Fisk a dit à juste titre que “L’EIIL / Daesh n’a pas radicalisé les jeunes musulmans, il les a infantilisés et voilà pourquoi ceci est si puissant et si dangereux.”

[…]

Ainsi dans cette guerre pour vaincre Daesh, Al Qaïda et autres entités, le fait que les Israéliens par exemple, soignent ouvertement les militants musulmans fondamentalistes blessés, strictement pour qu’ils retournent sur leurs champs de bataille en Irak et en Syrie ou Libye, n’est ni analysé ni discuté. […] Dans cette guerre, la vaste majorité des munitions utilisées par les “djihadistes salafistes”, peuvent être directement tracées comme ayant leur origine en Arabie Saoudite, Israël et Etats-Unis, ces derniers étant les plus gros vendeurs et trafiquants d’armes au monde.

[…]

Ainsi donc, les termes de “droite” ou “gauche” du spectre politique ne veulent absolument plus rien dire dans un monde où la politique opère dans une continuité circulaire et où des “démocrates libéraux” et non des “conservateurs”, ont provoqué la vaste majorité des guerres modernes de l’Amérique.

[…]

Le Qu’ran stipule que la responsabilité du musulman est de poursuivre et d’établir la justice sociale. Ceci est vu comme une obligation personnelle (fard’ayn) ainsi que comme un devoir collectif (fard kifäya) afin de libérer et de soulager le fardeau social (raf’al-haraj) pour tous les désaffranchis, “en faisant ce qui est juste et bon et en interdisant ce qui est mal et néfaste”. Après tout comment pouvons-nous, en tant que participants complices dans le maintien du colonialisme d’occupation sur le continent des Amériques, affirmer en outre notre soutien à la lutte pour la Palestine dont la libération devrait servir de boussole éthico-politique menant et dirigeant nos mobilisations activistes en ce qui concerne les peuples opprimés natifs indigènes de l’Ile de la Grande Tortue. Les nouveaux venus musulmans ne peuvent pas plaider l’ignorance et éluder les revendications des peuples indigènes en tant que gardiens d’un état-colon, qu’en tant que colons de couleurs, nous décidons de soutenir, au lieu de nous éduquer, de nous informer au sujet de leur digne résistance, dont nous devrions suivre l’exemple.

Il doit être compris qu’en Islam, “le terme arabe pour “migration” est “Hijra” et migrant se dit “muhajir” L’Islam considère deux termes inter-reliés pour hijra, ghurba et gharib. Hijra implique une relocation permanente tandis que ghurba peut-être permanente ou temporaire. L’histoire de l’origine de l’Islam est une histoire de migration physique et spirituelle.

[…]

La première migration, hijra, fut vers l’Abyssinie (aujourd’hui l’Éthiopie) et la seconde vers Médine.

En faisant écho au Wampum Deux Rangées ou Guswentha des nations amérindiennes, qui insiste sur le fait d’embrasser une responsabilité mutuelle et un désir positif de vivre une co-existence paisible en inter-dépendance, l’objectif musulman de la migration durant l’hijra fut de construire des traités de réciprocité mutuelle et de construire des alliances tout en étant en exil en Abyssinie et à Médine entre les ansär (locaux de Médine qui soutiennent les migrants) et les muhäjireen (migrants). Tous deux étaient requis d’exercer la patience, de nourrir leur foi de la délivrance de Dieu et de prendre part au al-jihäd al-akbar (la lutte contre les tendances autoritaires, matérialistes utilitaires et patriarcales chez soi-même et dans la communauté).

[…]

Le décolonisation demande le dérangement et le démantèlement de notre sens supérieur, affabulé de nos propres identités, historiques et de fait de nous-mêmes, ce avec humilité. Notre libération repose sur des relations de décolonisation que nous établissons avec les autres, entre nous, sans nous arc-bouter à blanchir les notions de notre retour à l’innocence et à vivre de la terre comme des hippies anti-guerre. La résurgence, les alliances politiques, et la construction d’une coalition décolonisatrice demandent une auto-réflexion constante, une construction de communautés du faire ensemble, de concert et une distinction à faire entre morale et éthique.

Par exemple, des principes moraux tel que le sempiternel principe du “tu ne tueras point” ne veut pas dire que les personnes réduites en esclavage n’ont pas le droit éthique de résister aux menaces faites à leurs valeurs, leurs terres et leurs vies mêmes.

[…]

La pratique éthico-politique que je préconise entre les musulmans et les non-musulmans est celle construite sur ce que Leela Gandhi, suivant Jacques Derrida, Jean-Luc Nancy et Maurice Blanchot réfèrent comme étant “la politique de l’amitié”. Usül al-Diyäfa sont les avantages qui accompagnent une politique de l’amitié. Celle-ci étant fondée sur une position paradoxale d’hospitalité inconditionnelle, qui est en même temps conditionnelle au partage d’engagements éthico-politiques similaires de justice sociale.

[…]

Ce livre cherche à stimuler la conversation et à transcender les débats identitaires et non-identitaires en regard de l’Islam et de l’Anarchisme en examinant leurs effets en tant que signifiants.

[…]

L’auto-détermination, à un niveau personnel, veut dire la capacité de choisir comment identifier son expérience, la souveraineté sur son corps et le respect des décisions prises par des personnes au sujet de leurs propres vies. Ceci est directement lié à nos communautés et à des modes de vie centrés sur le processus, qui génèrent des conceptualisations normatives profondément enracinées sur la nation et le mode de gouvernement. Des modes qui ne sont pas fondées sur la fermeture, le cadrage, le pouvoir autoritaire et la hiérarchie, mais qui sont plutôt ancrés dans des modes de connaissance en provenance de la terre au travers de pratiques reliés à notre mode d’intelligence et incluant donc de ce fait, l’eau, l’air, le feu, les sols (terre), les plantes, les animaux et le monde spirituel, un cosmos peuplé de pouvoirs et de puissances s’influençant les uns les autres de manière symbiotique. Nous devons entreprendre une lutte de décolonisation jusqu’à ce que, quand le Créateur le jugera le mieux, une Oumma plurielle indigénéisée émerge pour trouver finalement un monde nouveau. De fait, ce monde est inondé des eaux d’une sublime folie qui sont incomprises et pourtant qui valent la peine qu’on meurt pour elles. Non pas la folie des asiles psychiatriques, mais la folie de l’humanité de chacun d’entre nous, une folie cachée, qui libère, une folie de notre propre dérangement intérieur et de notre déconstruction, qui est de fait notre propre devenir, Ainsi donc, affirmez votre non-être et devenez…

Il n’y a pas d’autre sortie possible.

FIN

Traduit et compilé comme toujours sans IA par Résistance 71 entre juin et août 2026

Notre traduction compilée en un PDF :

Islam et anarchisme, relations et résonances 2/3 (Mohamed Abdou, Ph.D)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 5 octobre 2026 by Résistance 71

Nous pensons ce chapitre être le plus important du livre dans la mesure où l’auteur y explique dans le détail la logique interne de sa recherche et de ses conclusions et expose ce qu’est l’Anarcha-Islam dans sa substance méthodologique, pratique et idéologique. Par sa réflexion et se recherche, Mohamed Abdou est arrivé aux même conclusions essentielles que les anarchistes chrétiens. Le fait que le Qu’ran dise textuellement qu’ « il n’y a pas d’obligation à la religion » et que la première Oumma historique à Médine fut constituée de musulmans, de non-musulmans, de croyants et de non-croyants, en dit long sur le potentiel anti-autoritaire d’une société amalgamée, fusionnée entre deux cultures ayant retrouvé leur niveau de tolérance, de compassion et d’entraide originel. Il est important de le comprendre et de le diffuser afin d’établir et de solidifier toute passerelle future pour une unification, une symbiose culturo-spirituelle de salut pour l’humanité. La solution au marasme décadent étatico-marchand eugéniste et de ses mensonges et falsifications omniprésents, est la société des sociétés ayant retrouvé l’élan spirituel de son Être organique, qui fut galvaudé et remplacé par le culte de l’Avoir ne servant que le plus petit nombre par les rouages mécaniques faillibles et corrompus de l’état et de l’économie. Ce chapitre du livre amène à cette voie de renouveau et de la (r)évolution, à l’instar des conclusions anarchistes chrétiennes. A lire et diffuser sans aucune modération… ~ Résistance 71 ~

Islam et anarchisme, relations et résonances

Mohamed Abdou

2022

Larges extraits

Traduit de l’anglais et compilé par Résistance 71

Juin-août 2026, publication octobre 2026

1ère partie

2ème partie

3ème partie

III. Anarcha-Islam : un Islam anti et non-autoritaire

Dans ce chapitre, j’affirme les engagements antiautoritaires de l’Anarcha-Islam en démontrant que l’Islam est incompatible avec les cadres de fonctionnement de l’état capitaliste moderne. En construisant l’Anarcha-Islam, je réfute de la même manière deux des erreurs concernant l’islam et les musulmans qui perdurent parmi les anarchistes et plus largement chez les gauchistes : l’impossibilité de construire soit une interprétation anarchiste de l’islam ou une interprétation islamique de l’anarchisme et l’impossibilité de la co-existence des identités anarchistes et musulmanes en une seule subjectivité.

L’Ijtihäd anarchiste défie également les érudits et universitaires musulmans Neo-orthodoxes et néo-libéraux, qui argumentent que l’anarchisme est un import immoral et impraticable euro-américain.

[…]

Actuellement, quelques universitaires musulmans reprennent des terminologies alternatives de décolonisation. Le réalisateur de cinéma iranien très pointu Milad Dokhanchi met sur le même pied d’égalité la décolonisation et “détaqutisation”. (Du terme arabe “taqut” qui est un terme coranique se référant à l’idolâtrie ou l’adoration de quoi que ce soit, incluant l’état-nation, contre Allah. Les rois qui se rebellèrent contre les prophètes sont réferrés comme étant taqut dans le Coran). Rapportant une substantielle conversation avec un haut dignitaire iranien, Dokhanchi cite le fonctionnaire disant : “Lorsque la révolution s’est produite, nous avons évincé les taqut hors du pays, mais pas la mentalité taqut.”

[…]

Dokhanchi continue en argumentant que l’Iran post-révolutionnaire est toujours structuré sur des institutions qui étaient basées sur une série d’assomptions chosifiées euro-américaines et non-islamiques. Il note que la “détaqutisation” marque “le besoin d’un effort de déconstruire et de réimaginer la surface et les réflexions symboliques de l’héritage du taqut.

Dans un article sur la crise de l’état-nation, l’universitaire en science politique du Caire et ancien membre de la Confrérie des Frères Musulmans Heba Raouf Ezzat rappelle les lecteurs que le sens réel de l’anarchisme est bien plus proche de ce qui constituerait une “société sans état” que le “chaos”.

[…]

Elle rajoute : “[…] Les musulmans ont été bien trop obsédés de discuter avec les démocrates et libéraux qui ont déjà accepté leur présence dans le monde occidental, ou qui ont accepté leur représentation parlementaire dans le monde musulman. Ils se sont gardés de discuter et de communiquer avec la gauche “radicale”, les anti-mondialistes, altermondialistes et les différents groupes de résistance et de protestation occidentaux.”

[…]

Les blogueurs anarchistes insistent sur une vision eurocentrique de l’anarchisme et balaient d’un revers de la main la possibilité de l’existence d’anarchistes musulmans, basé sur leurs vues de l’Islam et des musulmans. Deux commentaires par exemple :

“Toute forme de religion est contrôle de la pensée, l’Islam est sexiste et homophobe… Si les musulmans étaient sérieux au sujet de l’anarchisme, ils auraient laissé tomber les aspects sexistes et homophobes de la religion et auraient plus accentué les aspects libertaires de celle-ci.”

Ou encore :

“Anarcho-islam est la plus grosse connerie que j’ai jamais entendue. L’islam est soumission. Esclave d’Allah et toute cette merde. Il a toute une série de règles de conduite hyper rigides, bien que plus éclairée que les autres religions monothéistes de bien des façons, il n’est jamais passé par une Réforme. Il est réactionnaire, pro-capitaliste, pro-esclavage, impérialiste et misogyne jusqu’au trognon. Lisez donc ce putain de Coran.”

Ces attaques et dénis de l’anarcha-islam ont pour origine le manque de clarté sur ce que veut dire le mot “Islam” dans le monde contemporain.

[…]

Les anarchistes maintiennent cette conception au sujet de l’Islam pour deux raisons. D’abord, ils sont influencés par les représentations (néo)-orientaliste et (néo)-fondamentaliste euro-américaines de l’Islam et des musulmans. Ensuite, la vaste majorité des anarchistes euro-américains n’ont jamais lu la Sunnah, les ahadîths ou le Coran dans la langue dans laquelle ils furent dictés et écrits, l’arabe. De plus, ces anarchistes n’ont jamais pratiqué l’Ijtihâd et connaissent très mal voire pas du tout les traditions interprétatives au sein de l’Islam. La majorité des anarchistes euro-américains ne savent pas du tout qu’au sein de l’Islam, “tout ce qui est dit sous la forme explicite de la loi réfère aussi également à un autre sens.” A terme, ils demeurent aveugles à la réalité qui il y a des possibilité non-dogmatiques pour que les “mujtahidîn” s’engagent dans le djihad et l’Ijtihâd comme notifié et prescrit.

[…]

Dans la section qui suit, je construit, en utilisant l’Ijtihäd anarchiste, les engagements antiautoritaires de l’Anarcha-Islam en regard des micro et macro formes d’autorité. D’abord, j’introduit quatre concepts et pratiques micro-antiautoritaires, que je tire de l’Islam : le Tawhîd ou la fidélité au créateur, la Choura ou consultation mutuelle, l’Ijmâ ou le consensus de communauté et Maslaha ou l’intérêt public et montre comment ils informent la résistance de l’anarcha-islam au micro-formes d’autorité. De là, je construit l’engagement antiautoritaire de l’anarcha-islam au macro niveau, qui implique une critique anti-institutionnelle et anti-étatique. L’engagement anti-institutionnel de l’Anarcha-islam est établi au travers une critique du clergé musulman contemporain, quelque soit les titres qu’ils portent, Imams, Khulafâ, Sheikhs etc…. Après cela, je construit l’engagement anti-étatique de l’Anarcha-Islam. Ce faisant, je vais à l’encontre du cadre post-prophétique du Califat dérivé du concept islamique de Klilâfah voulant dire “représentation”, manipulé par le clergé comme contexte de formation d’un soi-disant “état islamique” gouverné par une règle autoritaire pyramidale du haut vers le bas. En utilisant le Coran, je réinterprète le Khilâfah et le fait correspondre avec une “identification des êtres humains de manière générale comme les co-gérants de Dieu [Khulifah, multiple, en forte opposition au singulier Khalifah sur Terre ayant une influence humaine sur les créations divines.”

Après avoir construit l’engagement anti-étatiste de l’Anarcha-Islam,  je me préoccupe de “l’autorité” du prophète Mahomet et argumente, utilisant le Coran, que le prophète Mahomet n’est rien allant au delà d’un messager (Rasul) et prophète (Nabï), dans le cadre d’un appel spirituel, né exclusivement pour assumer la tache de transmettre le message de l’Islam (da’wa) au monde. En regard de “l’autorité” de Dieu, j’affirme qu’en Anarcha-Islam, “il n’y a pas d’obligation dans la religion”, ceci étant en ligne avec le verset du Coran cité précédemment, les anarchistes et autres personnes ne sont aucunement obligés d’accepter Dieu, simplement de reconnaître le droit d’un musulman de croire en son créateur.

Puis, j’argumente à l’instar de Saul Newman, que les anarchistes n’ont pas “éliminé” Dieu, mais “n’ont fait que le réinventer [Dieu] sous la forme d’une essence.”

[…]

D’après cette analyse, les anarchistes doivent reconnaître qu’il y a une différence entre d’un côté, la résistance à Dieu et la Création, qui représentent une extension d’eux-mêmes et de l’autre côté, s’accorder contre toute manière de règle autoritaire, incluant la religion organisée et institutionnalisée. En ce sens, lorsque les anarchistes se positionnement de manière erronée dans la résistance à un Créateur, la vérité est que Dieu n’est pas l’objet de leur ressentiment et de leur résistance, mais plutôt qu’ils résistent à une religion, une foi et une spiritualité qui sont institutionnalisées.

[…]

Afin de catalyser musulmans et croyants dans une direction antiautoritaire, cette interprétation islamique adhère aux concepts et pratiques micro-antiautoritaires suivants comme contre-mesures aux pratiques micro-autoritaires : la croyance monothéïste (Tawhid), la consultation mutuelle (Choura), le consensus communautaire (Ijmä) et l’intérêt public (Maslaha).

La pratique / concept anti-autoritaire islamique du Tawhid est critique, car, comme noté dans l’introduction, les exégètes musulmans continuent de débattre sans relâche  sur la possibilité d’être un nationaliste musulman à la lumière du Tawhid, qui insiste sur le devoir important des musulmans de ne reconnaître que la seule autorité d’Allah et non pas de l’ego de quelqu’un ni d’une nation, d’un leader, d’une tribu ou d’un état. D’après bon nombre d’exégètes musulmans, adorer sa nation détourne de l’amour pour le Créateur.

[…]

Quoiqu’il en soit, Tawhid est un requis fondamental et un pilier de l’Anarcha-islam, dans la mesure où il condamne la fidélité à quiconque si ce n’est le Créateur, que ces personnes soient de soi-disants dirigeants référés comme Imams, Sheikhs, Khulafa, Mollahs, Muftis, théologiens scolastiques (mutakallimün), oulémas (érudits religieux), juristes (fuqaha), qädis (Juges déifiés comme “experts”), ou toute autre entité comme l’état-nation moderne. Tawhid est le tenet fondamental (‘aqidäh) au sein de l’islam qui repose sur la conceptualisation de Dieu comme le seul souverain et protecteur des droits de toute vie. Tawhid est la reconnaissance que la seule autorité à laquelle quelqu’un prête allégeance est envers Allah, avec toute déification de quoi que ce soit d’autre étiqueté comme polythéisme (sirk), incluant l’adoration rampante du matérialisme, du pouvoir, du prestige et de l’argent. D’une perspective islamique, Tawhid est un pilier fondamental de toutes les spiritualités monothéistes et un concept anti-autoritaire central qui informe l’Anarcha-Islam.

Depuis la fondation du Tawhid, Dieu permet aux musulmans d’embrasser toute structure de gouvernement macro-politique autant que cela ne soit pas en contradiction avec les pratiques politiques islamiques comme la consultation mutuelle (Choura), le consensus mutuel (Ijmä) et l’intérêt et bien-être publics (Maslaha). Dieu donne ceci aux musulmans dans sa miséricorde de façon à ce qu’ils puissent s’adapter à différents endroits géographiques, spatiaux, temporels et différents terrains historiques  socio-politico-économiques. Ceci est un requis critique dans l’argument islamique anarchiste prouvant qu’il n’y a rien de ressemblant à un “état islamique”, offrant ainsi des voies vers des conceptualisations décolonisées et de nouveau orientées vers l’indigénisation de l’Ouma, comme une communauté politique de coalition de musulmans et de non-musulmans, dont les frontières et l’identité ne sont seulement fondées que sur l’existence d’engagements justes et identifiables éthiquement, politiquement, spirituellement et socialement.. Ceci est un argument vital dans l’optique où le Coran parle dans la langue du peuple de la foi (mümineen) et non pas dans un contexte ne s’adressant qu’aux seuls musulmans.

Le message du Coran est UNIVERSEL !

[…]

Le second pilier antiautoritaire qui informe l’Anarcha-Islam est la consultation mutuelle (Choura). La Choura est le concept et la pratique cardinaux micro-antiautoritaires de l’Anarcha-Islam, qui signifie “consultation”, “concertation” ou “délibération”. La signification de la Choura est mise en évidence dans la Sourate 42 portant son nom et insistant sur sa pratique prescrite. […] Un des versets démontre l’esprit coranique qui envisage “… l’Oumma comme parfaitement égalitaire, une société ouverte fondée sur la bonne volonté et la coopération.” Tous les croyants sont encouragés à rechercher la Choura en relation les uns avec les autres.

[…]

Comme l’a déclaré le prophète Mahomet lui-même : “Si vous me voyez dans le juste, aidez-moi, si vous me voyez dans l’erreur, corrigez-moi. Si quiconque d’entre vous voit des mauvaises choses dans mes actions, corrigez-moi.” Demander de l’aide, demander des conseils est la manière islamique d’être humble, sans honte, de demander l’aide des autres. Cela contribue grandement à l’apprivoisement des egos, à la maturation des esprits, cela en opposition au fait de nourrir nos insécurités et nos vulnérabilités parasites.

En contraste avec la fierté et l’arrogance, qui sont fortement et régulièrement condamnées dans le Coran, comme dans les versets 39:60, 39:72 et 40:35, la Choura facilite l’accès aux autres, de fait renforce les capacités d’écoute active et de communication gentille et honnête à cause de l’immense sens d’auto-conscience et d’association avec l’Autre, qui demande une véritable compréhension des “droits” éthiques et des “fautes” du soi et le démarquage de sa propre hypocrisie en relation aux autres. La Choura vise à guérir de nos murs intérieurs qui nous isolent de l’existence, de cette solitude palpable qui annihile notre santé mentale, ainsi que de notre méfiance viscérale des autres. La Choura s’inscrit véhémentement contre la morale protestante weberienne, toile de fond du capitalisme euro-américain et qui adhère au “mythe du self-made man, de l’homme qui se construit lui-même”.

[…]

La Choura n’est pas fondée sur une quelconque culpabilité confessionnelle, mais elle permet plutôt aux individus et aux communautés d’être responsables de manière non-hiérarchique ainsi que d’être ethniquement responsables pour et par elles-mêmes, envers les autres dans la relation collective de nos luttes vers le renforcement de notre fabrique communale, se reposant sur la culture de la gentillesse (tarähum) et de la coopération. La Choura implique une dynamique individuelle et collective de lutte quotidienne fluide s’engageant dans les insurrections moléculaires contre nos micro-fascismes intérieurs. La Choura demande un respect et une distinction entre ce qui est mutuellement une obligation entre membres d’une même congrégation et ce qui a trait aux particularités de l’environnement privé d’une personne. En regard de ces insurrections internes, il est dit dans un Hadith (tradition orale prophétique) que :

“L’imam Ja’far al-Sadiq a dit : ‘… Bénis ceux qui ont fait le djihad mineur et doivent toujours accomplir le djihad majeur.’ Lorsqu’on lui demanda, “Qu’est-ce que le djihad majeur ?’ Le prophète répliqua : ‘Le djihad du moi, la lutte contre soi-même.’”

Le grand djihad contre les micro-fascismes de chacun crée l’espace pour un écosystème révolutionnaire dans lequel les musulmans et les croyants se confortent et prennent refuge les uns avec les autres. Le grand djihad que dicte la Choura facilite la germination d’un sanctuaire égalitaire dans lequel l’égalité (musäwät) et la justice (‘adalah) peuvent se développer en relation avec toute vie non-humaine. La véritable humilité et consistance développées par le Tawhid et la Choura mis en place et suivis par tous les musulmans possède des effets irradiants qui s’étendent à toutes les intentions, objectifs et actions relatives à tous les mondes de la vie.

[…]

De cette façon, la Choura n’est pas seulement prescrite à une assemblée d’individus, mais doit être appliquée dans toutes nos relations et notre appréciation de la création magnanime de notre Créateur. Cette relation s’étend à toute la création divine.

[…]

La position micro-antiautoritaire de l’Anarcha-Islam est construite sur “la compréhension coranique de la Choura comme processus de conseil mutuel au travers de la consultation mutuelle.” Cette capacité de faire confiance à d’autres musulmans, et aux non-musulmans, demande une conscience musulmane individuelle et collective envers nos engagements éthico-politiques individuels envers nous-mêmes et les autres. La pratique de la Choura à son niveau individuel et collectif devient un processus et une promesse de soi-même facilitant notre évolution constante, nos métamorphoses et devenirs minimisant la domination et les relations de pouvoir oppressives et micro-autoritaires se manifestant au niveau myopique.

[…]

Lorsqu’un croyant choisit de s’engager dans une Choura non-obligatoire, ceci renforce la confiance (thiqa) en soi-même et les autres tout en travaillant aussi à minimiser la bigoterie, le besoin suspicieux d’espionner et de relation invasive (tagassus) ainsi que la tentation de médisance et de calomnie, qui souvent déchirent les familles, les amitiés, les communautés et les nations.

[…]

En encourageant la Choura, l’Islam cible les micro-fascismes en reconnaissant le micro-pouvoir passant au travers des mains des apprentis tout autant que celui des maîtres/enseignants.

[…]

Ainsi donc, dans son application collective, la Choura profère un sens de l’engagement et de la cohésion commune, du renouveau et de la renaissance. Cela fait naître dans une communauté une éthique partagée de réciprocité et de responsabilité conjointe.

[…]

L’entraide collective inhérente à la Choura est le second concept et pratique micro-antiautoritaires de l’Anarcha-Islam : Ijmä, la recherche du consensus.

C’est la pratique requise par une communauté musulmane, dans la recherche du “consensus” dans les domaines relevant de la communauté. Ijmä insiste sur un débat compassionnel, émotionnellement intelligent, de bonne foi, fondé sur le savoir et ouvert sans aucun horizon ; ceci est la pierre angulaire même d’une saine communauté. […] Contrairement aux dogmatistes, le Qu’ran dit : “Pour chacun d’entre vous, NOUS avons nommé une loi et un chemin, et si Allah l’avait voulu, il vous aurait fait peuple unique ; mais il vous teste dans ce qu’Il vous a donné, ainsi donc épanouissez-vous les uns avec les autres, afin de dépêcher vos actes vertueux.” (5:48)

[…]

Le troisième micro-concept anti-autoritaire de l’Anarcha-islam est le principe d’intérêt public ou Maslaha de l’Oumma.

En l’absence de consensus (Ijmä) sur des affaires ayant trait à l’intérêt public (Maslaha) de l’Oumma, l’Islam établit également une éthique des désaccords (Usül al-Ikhtiläf) et une éthique de l’hospitalité (Usül al-Diyäfa) pour créer une passerelle entre des membres d’un groupe et une communauté dans le cas de désaccords sur des tactiques ou approches éthico-politiques.

[…]

Maslaha insiste de nouveau sur la poursuite islamique importante de l’égalitarisme, particulièrement si la communauté offre déjà le soutien de chacun de concert avec une éthique de l’hospitalité (Usül al-Diyäfa) et si un consensus existe sur les engagements stratégiques éthico-politiques en déploiement et partagés par tous.

En tant que pratique micro-antiautoritaire, Maslaha est “au cœur même, est l’essence des commandements islamiques” et des principes communaux. Ijmä est une pratique établie requise, représente un comportement social liant en lumière de la poursuite collective de la communauté et la lutte non seulement pour une simple existence, mais pour un développement complet en tant que communauté vigoureuse, éthique et égalitaire. Cet engagement à exceller est né de la reconnaissance du fait que l’égalitarisme et la justice sociale décolonisés sont des aspirations de toujours dont on recherche toujours l’achèvement sans jamais jusqu’ici y parvenir et ce sans égard à la quantité, qualité et intensité d’interactions de Choura, Ijmä et Maslaha mises en œuvre pour des pratiques micro-antiautoritaires.

[…]

La lecture anarchiste ci-dessus des concepts et pratiques de Choura, Ijmä et de Maslaha constitue collectivement une poussée vers des principes micro-antiautoritaires de l’Anarcha-Islam, découverts, dévoilés par l’Ijtihäd anarchiste. Sur ces principes, il ne saurait y avoir de compromis.

De manière générale, il y a très peu de guidage concret en Islam en ce qui concerne la macro-politique. Le commentaire coranique n’est offert qu’en respect des principes abstraits importants, le plus important de tous étant celui de l’Oumma. Cependant, il n’y a pas de débat sur le fait que tout “système hiérarchique, dictatorial a été condamné comme étant non-islamique.” Tout système autoritaire ou tyrannique est interdit par le Qu’ran. Dans un grand nombre de versets, le Qu’ran déclare “Et tous les visages seront humbles devant l’existence de l’Immortel, du Juste. Et tous ceux qui portent l’injustice auront échoué.”

[…]

A l’encontre de l’état-capitaliste et de ses institutions hiérarchiques euro-américaines et século-chrétiennes, des mécanismes disciplinaires et de contrôle, par lesquels le pouvoir assume des formes plus cristallisées et hégémoniques, l’Islam pré-moderne a reconnu le droit pour tout musulman de s’engager dans l’Ijtihäd comme méthode continue de facilitation de la dissidence face à l’injustice. Mais, après la mort du Prophète et particulièrement après “l’âge d’or de l’Islam” initial, avec chaque génération se succédant, il y eut une accélération de la dilution de l’Ijtihäd, de la Choura, de l’Ijmä et de Maslaha en tant que pratiques publiques remplacées par la montée progressive de l’autoritarisme.

[…]

Ainsi donc, l’Anarcha-Islam rejette les vieux débats épuisés et sectaires au sujet du “successeur” du Prophète, ce pour un bon nombre de raisons. D’abord, comme le Qu’ran et l’Anarcha-Islam le disent, désigner un “successeur”, particulièrement un membre de la famille, fut et demeure un signe de népotisme quasi identique à la royauté, tandis que le Prophète a validé de manière consistante les pratiques de l’Ijtihäd, de la Choura, de l’Ijmä et de Maslaha en tant qu’affaires communes étant donnée l’attente islamique de leur internalisation et de leur mise en pratique par tous les musulmans. Ce point est le plus souvent négligé par la plupart des musulmans, particulièrement les sectes majeurs, soient-elles sunnites ou chiites, si pas même au travers de tous les islams contemporains.

[…]

L’engagement anti-étatiste et anti-institutionnel de l’Anarcha-islam propose une zone et une trajectoire éthico-politique différentes. L’Anarcha-Islam abandonne le désir de ne rechercher qu’un singulier représentant de l’Oumma, qui a une autorité religieuse suprême institutionnalisée, étant donné également qu’un tel concept “d’état islamique”, n’existe pas en Islam et ne saurait exister. En résistant et en combattant les perceptions singulières classiques du Califat, je défends la thèse que les musulmans sont collectivement les guides et les gardiens les uns les autres et de leurs affaires et que le concept même de “gardien” ou “d’agent social” est de fait pluraliste.

[…]

Cette conceptualisation pluraliste est ironiquement confirmée dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de l’Islam de 1996, qui insiste sur le fait que “l’ultime objectif de l’Oumma… est d’atteindre le niveau de l’auto-gouvernance.” Ainsi, l’engagement anti-étatique de l’Anarcha-Islam est enraciné dans la réintégration, réinterprétation du Califat d’une fondation simple, à une “fondation multiple pour des concepts de responsabilité humaine et d’opposition aux systèmes de domination.” De plus, l’engagement anti-étatiste de l’Anarcha-Islam est informé par deux positions. D’abord une reconnaissance de la responsabilité humaine, où les individus sont responsables d’eux-mêmes, des uns des autres et de cette planète ; secundo, d’une opposition aux systèmes eurocentriques et ordres de la domination personnifié, dans les cadres contemporains de l’état moderne alors qu’ils facilitent grandement la contradiction de l’obligation de Tawhïd (Allah est seul digne de vénération).

[…]

Ainsi, l’Anarcha-Islam adopte également la vision, que politique et spiritualité sont inséparables et mêmes identiques.

[…]

Pour cette raison, l’Anarcha-Islam affirme que l’Ijtihäd, la Choura, l’Ijmä et Maslaha se doivent d’être des pratiques collectives et communales, particulièrement en l’absence d’un islam monolithique. L’Anarcha-Islam argumente aussi que le sécularisme est non-existant dans le temps contemporain, étant donnée l’inséparabilité de la foi et de la spiritualité.

[…]

De l’autorité du Prophète Mahomet et du Créateur

Les musulmans doivent apprécier les enseignements de Mahomet. Mais un prophète signifie prophétie et rien d’autre. Ainsi, le prophète Mahomet (paix soit sur lui) n’est pas un sultan ni un Sheikh, ni Dieu. Il est un prophète (Nabï) et un messager (Rasül), dont le devoir est de faire passer des prophéties religieuses et des enseignements, purement pour le bénéfice de l’appel, comme guidé par Allah et pour l’Islam. Mahomet ne doit en rien être déifié ni même vénéré, adoré et il fut, certes bien moins que nous, faillible, tout comme le furent Moïse et tous les autres prophètes et messagers. Ceci est rendu évident dans au moins trois versets coraniques. (18:110 ; 41:6 ; 42:6)

Ainsi, Dieu est l’autorité absolue et Mahomet est même interdit de devenir ou même d’agir dans le rôle d’un gardien (Wakîl) et de s’occuper d’affaires de non-musulmans. En conséquence, “l’autorité” de notre Mahomet bien aimé doit être mise en sourdine.

En ce qui concerne “l’autorité” d’Allah, il est d’une extrême importance de bien d’abord comprendre qu’en Anarcha-Islam tout comme dans le Qu’ran l’édictant lui-même : “Lä Ikhra fi’al-din” (2:256). Pour le dire plus explicitement : “Il n’y a aucune compulsion à la religion.” L’Anarcha-Islam n’est pas concerné par quelque “avant-gardisme”, “conquête” ou “conversion” que ce soient, des anarchistes ou de quiconque envers l’Islam ou l’Anarcha-Islam.

[…]

Il y a d’innombrables chemins vers le même créateur, avec des centaines de milliers de prophètes qui ne sont pas nommés dans le Qu’ran et vus comme “étant sur le chemin d’Abraham” (ala millat Ibrahim). Pour cette raison, l’Anarcha-Islam n’est pas intéressé de savoir si des anarchistes ou quiconque d’autres choisissent de croire en Dieu, au prophète Mahomet ou à l’Islam, sans parler même de la pratique obligatoire des rituels dogmatiques institutionnalisés.

[…]

Comme l’a si bien dit Saul Newman “L’anarchisme n’a pas viré Dieu…” […] Ainsi les anarchistes anti-religieux qui clament haut et fort que “Dieu est mort !”, devraient reconnaître le droit des anarchistes spirituels de défendre la possibilité et l’utilité d’une présence divine dans leurs vies et que nous ne devrions pas demeurer sanglés dans des débats au sujet d’une preuve empirique invérifiable de son existence ou de sa mort. De telles discussions ne font que faciliter des tendances micro-fascistes intériorisées au sein des anarchistes  “religieux/spirituels” et anti-religieux, ceci ne faisant qu’amplifier notre démagogie en tant qu’espèce politique. En lieu et place, nous pouvons choisir de chérir les sensibilités envers la justice sociale et résister mutuellement les ennemis communs en ligne sur une éthique de désaccord et d’hospitalité notée plus tôt. En accord avec cette analyse, un individu totalement politiquement et moralement engagé est le porteur de droit de la “confiance” portée sur lui-même et la communauté. Que nous croyions en Dieu ou pas n’a absolument aucune importance. La question serait plutôt de savoir ce que croire ou ne pas croire implique dans nos responsabilités collectives envers nous-mêmes, envers les uns les autres et toute vie non-humaine. Cette affaire “d’autorité de Dieu” doit être mise en sourdine et ne plus être de conséquence.

[…]

“Nous avons créé et vous avons fait en grandes et petites tribus avec cette intention que chacune soit amenée à connaître l’autre et réciproquement.” (49:13)

[…] Ainsi donc le nationalisme moderne renforce le zèle de la division raciale/ethnique qui va contre et contredit l’esprit même des idéaux musulmans.

[…]

Ainsi donc, contrairement au nationalisme pan-arabe, à la fois Dieu et les témoignages antécédents de Mahomet et les visions égalitaires démontrent non seulement que les musulmans doivent croire en des peuples différents, mais aussi qu’ils doivent souscrire aux droits respectueux et aux responsabilités envers les peuples qu’ils soient musulmans ou non, arabes ou non. En ce sens, de respecter l’auto-détermination d’une collectivité, quelque soit sa taille, ce au moyen de qualificatifs quantitatifs tels que “grande ou petite tribu”.

[…]

De la perspective musulmane, tous les peuples, quelque soit leur communauté tribale (Qawn) ou qu’ils constituent une majorité ou une minorité, doivent avoir connaissance les uns des autres, sans agir de manière hégémonique ou autoritaire dans leur relation les uns avec les autres et donc par une série de principes spirituels et éthico-politiques déterminés et partagés ainsi que d’affinités les uns et les autres, ce sans aucune obligation, exactement comme le prescrit le Qu’ran et donc dans la dignité et le respect.

Wael Hallaq argumente dans son “L’Impossible état”, que le prophète Mahomet lui-même créa une méga-tribu de musulmans et de non-musulmans, connue comme une Oumma à Médine, qui incluait le “peuple du livre” (Ahl al-Kitäb). La Charte de Médine créa une communauté tribale multi-confessionnelle basé sur l’interaction entre les principes spirituels de la justice sociale, l’unité politique et l’équité des croyants non-musulmans (Mümineen) et ces musulmans de Quraysh et Yathrib (aujourd’hui Médine). Insistant sur la croyance en la foi (imän) comme point d’ancrage, la Charte promulguait la co-existence mutuelle, la cohabitation, le co-métissage et la liberté de tous à coexister et à exercer le droit de propriété, les rites, les lois et les croyances sous la protection collective et la souveraineté d’un créateur unique. La Charte insistait sur le fait que les croyants non-musulmans et aussi par exemple de nombreuses tribus juives, parmi lesquelles les juifs de Bani ‘awf, Bani al-‘Aws, Bani ‘Amr, etc… étaient une Oumma avec les croyants (Umma Wähidah). La Charte peut aussi être iinterprétée comme un moyen pour les croyants non-musulmans  de former une Oumma indépendante égale à l’Oumma musulmane et qui doit donc être traitée “comme une communauté parmi les croyants”.

[…]

Le second traité, le Pacte d’Al-Hudaybihah, insistait sur la nécessité de rechercher la paix et de maintenir les contrats sociaux et les liens, ce même avec les païens, même si ceux-ci étaient injustes envers les musulmans, comme le prescrit le Qu’ran dans de nombreux versets comme : 4:90 ; 9:4 ; 9:7.

Comme il n’y a absolument aucun concept de “peuple élu” en Islam, le Qu’ran déclare que les personnes sont créées égales de manière inhérente et ne diffèrent que par leur piété (taqwä).

[…]

En ce sens, j’argumente qu’il est inutile de déterminer du point de vue du Qu’ran si des individus ou des communautés s’identifient spécifiquement comme musulmanes ou pas. En plus du fait qu’ “il n’y a aucune compulsion à a religion”, stipulé dans bon nombre de versets du Qu’ran comme dans 2:251. 7:56, 7:74. 8:73, 11:116, 12:73, 13:25, 26:152, 27:48, 47:22, etc…, le Qu’ran décrit explicitement les non-croyants, parmi eux, ceux qui entre autres facettes se prélassent dans “l’excès”, n’ont pas de considération envers “les femmes, les orphelins, les voyageurs et les pauvres”, ceux qui maintiennent “l’injustice”, répandent “les mauvaises actions” et “corrompent la terre”.

[…]

Le fait est que l’Oumma originelle du prophète Mahomet était constitué de musulmans et de non-musulmans, liés par des principe spirituels et éthico-politiques et par un engagement les uns envers les autres.

[…]

Il doit être compris que “L’Oumma peut aussi être d’une personne si cette personne a une croyance par laquelle elle se définit et exprimée par ses actions, ce même si personne ne la suit dans cette quête particulière.” (Al-Barghouti).

[…]

Ainsi l’esprit révolutionnaire de l’Oumma originelle peut aussi se lire comme un moyen par lequel des communautés spirituelles se rappellent les unes aux autres ce qui est éthiquement et politiquement “bon”, sans aucun sens d’exceptionnalisme entre elles en rapport avec leur identité et / ou leur morale, ainsi que leur système de croyance rituelle.

[…]

Le Quran insiste sur la liberté complète de choix quant à choisir de croire explicitement en l’islam ou non, lorsqu’Allah dit dans au moins deux versets : “Vous avez votre religion et moi (musulman), j’ai la mienne.” Et “ Proclamez, O musulmans, ceci est la vérité de Dieu, laissez quiconque croire ou ne pas croire.” (Qu’ran 109:6 et 18:29)

[…]

J’argumente de plus que la décolonisation et la résistance à l’eurocentrisme demandent le démantèlement des fondations mêmes et du cadre sur lesquels le nationalisme repose, c’est à dire : l’état moderne, étant donné en particulier les biais et injustices collectives qui accompagnent ses formulations capitalistes raciales et ethniques, Malheureusement, les sociétés musulmanes d’aujourd’hui “ne sont que l’extension et les reflets issus socio-politiquement et économiquement d’une Euro-Amérique et son modèle.” Une partie de ce démantèlement inclut celui du narratif orientaliste d’influence européenne issue des croisades qui veut que l’islam ait été essentiellement propagé par l’épée, ce que de nombreux universitaires d’Albert Hourani à Thomas Arnold en passant parKaren Armstrong et Youssef Aboul-Enein ont largement démonté.

[…]

Pour l’Anarcha-Islam et étant donné l’esprit adopté ici, cet idéal égalitaire se doit de culminer et de se configurer comme une Oumma constituée de musulmans et de non-musulmans et qui se voient les uns les autres comme des croyants spirituels éthico-politiques ayant la foi, ce quelque soit leur appartenance à une différente Qawn. Après tout, comme le dit le Qu’ran et que Joseph Massad identifie de fort juste manière, le Qu’ran se réfère bien plus souvent aux croyants (Müminin) que plus explicitement aux musulmans (Muslimin). L’inclusion au sein de cette Oumma étant contingente à l’existence d’orientations éthico-politiques non-autoritaires et des piliers éthiques et politiques non-capitalistes, devant être établis par chaque constituant.

C’est en réorientant les contours de l’islam, l’identité musulmane et ce qu’une Oumma musulmane et non-musulmane épousant des engagements éthiques et politiques anarchistes voudrait dire pour et par elle-même ainsi qu’en relation aux nouveaux mouvements sociaux et à toute vie, que les possibilité de décolonisation pour la libération et la transcendance du binaire se produit.

[…]

C’est ce en quoi l’on critique, suivi par des principes éthico-politiques et pratiques inhérentes, qui affirme, de fait identifie et donne son sens à la relation entre l’Oumma, l’Islam et l’Anarchisme.

[…]

A suivre…

Posted in actualité, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, sionisme colonialisme génocidaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 4 octobre 2026 by Résistance 71

Excellente analyse du deux poids deux mesures ici sur la scène médiatique cinématographique. “Palestine 36” (2025) et “NAZA” (2026). Le même sujet de fond… en apparence… Dans les deux cas, “Palestine vaincra !” n’a pas la même résonance. ~Résistance 71 ~

Pourquoi il faut aller voir “Palestine 36” et ne pas applaudir NAZA

Tawfik al-Ghussein*

24 septembre 2026

Url de l’article en français :

Au Festival du film de Venise, toute une salle s’est levée pour applaudir pendant vingt-cinq minutes. Ce fut la plus longue ovation de l’histoire du festival.

L’année précédente, le record était de vingt-trois minutes, et il concernait lui aussi un film sur Gaza : La Voix de Hind Rajab, construit autour du dernier appel téléphonique d’une enfant palestinienne piégée dans une voiture sous le feu ennemi.

Les deux plus longues ovations jamais accordées à Venise concernent toutes deux Gaza. La plus longue, cependant, n’est pas destinée à la voix de l’enfant. Elle s’adresse à « NAZA », un documentaire dans lequel des agents des services de renseignement et des soldats israéliens, le visage masqué, décrivent comment Gaza a été transformée en un système de cibles, de scores, de morts civiles calculées à l’avance.

Le titre lui-même est un terme utilisé par l’armée israélienne pour désigner le nombre de civils qu’une seule frappe était censée tuer.

Il convient de s’arrêter ici un instant, avant de parler du film.

Depuis près de trois ans, les Palestiniens de Gaza documentent leur propre destruction en temps réel. Ils ont filmé les bombes tomber, les enfants arrachés aux décombres, les hôpitaux s’effondrer autour des médecins, les journalistes tués alors qu’ils faisaient leur travail.

Des pères et des mères ont pris des images des corps de leurs propres enfants. Ils se sont filmés en train de mourir de faim, de fuir, de revenir, de creuser, d’enterrer.

Il est difficile d’imaginer la destruction d’un peuple documentée de manière plus exhaustive que cela, et pas seulement depuis octobre 2023, mais depuis des décennies. Et pourtant, cela n’a pas suffi. Cela ne suffit jamais. Ce n’est que lorsqu’un Israélien prend la parole que la salle se lève.

Pourquoi la vérité change-t-elle de statut lorsque c’est un Israélien qui la dit ? Pourquoi ce que dit un Palestinien depuis sa propre maison en ruines est-il considéré comme un témoignage partisan, alors que la même chose, prononcée par quelqu’un au sein même de l’appareil qui a provoqué cette destruction, devient une révélation ?

Le poète palestinien Mohammed El-Kurd a donné un nom à ce mécanisme. Dans ce qu’il appelle la « politique de l’appel », il décrit la condition imposée aux Palestiniens : pour être entendus, ils doivent faire appel à la conscience de ceux qui les oppriment, prouver leur propre innocence, se présenter comme des victimes parfaites. Des victimes sans colère, sans politique, sans résistance.

Quiconque ne correspond pas à cette image perd le droit d’être cru. C’est un piège, car sur ce terrain, le Palestinien ne gagne jamais. S’il parle, il est partial. S’il accuse, il exagère. S’il résiste, il justifie ce qu’on lui fait subir.

Sa parole, à elle seule, ne suffit jamais. Quelqu’un d’autre doit toujours se porter garant.

Le témoin israélien résout précisément ce problème. Le Palestinien demandait qu’on le croie, et cela ne suffisait pas. L’Israélien ne demande rien : il confirme. Et en confirmant, il offre au spectateur occidental ce dont il a réellement besoin : la possibilité de croire à l’atrocité sans avoir à croire le Palestinien.

Le journaliste palestinien Mahmoud Mushtaha, qui a assisté à la projection de NAZA au cinéma, a qualifié cette ovation de vingt-cinq minutes d’acte d’accusation contre des médias occidentaux qui, pendant trois ans, avaient traité les journalistes palestiniens comme des « narrateurs peu fiables de nos propres morts ».

Il se réjouit, a-t-il écrit, que ce témoignage soit désormais cru ; mais une croyance qui arrive si tard, à un tel prix, n’est pas synonyme de sécurité.

L’écrivaine palestinienne Susan Abulhawa l’a dit sans détour : « Les Palestiniens ont donné leur vie pour raconter cette histoire. À l’intérieur et à l’extérieur de Gaza, nous avons crié au monde ce qu’Israël faisait, comme nous le crions depuis des décennies. Mais seuls les Israéliens sont crus, célébrés comme des narrateurs courageux, tandis que les auteurs des crimes sont humanisés et bénéficient du doute. »

C’est là tout le problème. Non seulement les témoignages palestiniens sont ignorés, mais la confirmation israélienne se voit accorder une valeur morale que la parole palestinienne n’a jamais le droit d’avoir. Un Palestinien vous dit que sa famille a été tuée, et il est une victime. Un Israélien vous dit que des Palestiniens ont été tués sciemment, et il devient courageux. Le Palestinien fournit le cadavre. L’Israélien fournit la révélation.

Nous connaissons déjà ce stratagème. En Israël, il existe même une expression pour désigner l’une de ses formes, yorim ve-bochim, « tirer et pleurer ». Le soldat tire, puis pleure sur ce qu’il a fait, et ces larmes deviennent la preuve qu’il a conservé son humanité. Le crime peut être reconnu, tant que ce qui revient au centre du récit, c’est la conscience de la personne qui y a pris part.

Il y a un deuxième aspect à cela, tourné vers Israël lui-même. Si ce sont des Israéliens qui dénoncent les crimes israéliens, alors peut-être qu’Israël reste, au fond, cette société libérale et capable d’autocorrection que ses défenseurs ont toujours décrite.

Regardez, nous dit-on : des réalisateurs israéliens dénoncent l’armée, des soldats israéliens avouent, la société israélienne se dispute avec elle-même. Il doit y avoir un autre Israël, décent, tourmenté. Le dissident devient un élément de preuve à décharge. C’est là la fonction la plus profonde du « tirer et pleurer » : les larmes ne remettent pas le système en cause, elles sauvent son image morale.

Et aujourd’hui, après ce que le monde a vu à Gaza, Israël a désespérément besoin de cette image.

Dans NAZA, les hommes ne pleurent même pas. Ils décrivent les tueries d’une voix monocorde, l’un d’entre eux les comparant à un jeu vidéo. Le remords n’apparaît jamais à l’écran. Il est fourni par la salle, par un public qui a besoin de croire que quelqu’un là-haut est tourmenté.

Le journaliste palestino-américain Ali Abunimah a posé la question avec toute la dureté qu’elle exige : pourquoi des hommes qui décrivent des crimes d’une telle gravité deviennent-ils les protagonistes anonymes d’une consécration culturelle, au lieu d’être appelés à en répondre ?

L’anonymat peut être nécessaire pour obtenir un témoignage. Les journalistes protègent leurs sources, les lanceurs d’alerte courent de réels risques. Mais l’anonymat ne peut pas devenir une absolution.

Si quelqu’un vous dit qu’il a pris part à un système dans lequel des familles entières ont été sciemment tuées, nous avons le droit d’exiger davantage que son malaise. Qu’a-t-il fait ? Qu’a-t-il autorisé ? Qui est mort ? Remettra-t-il les preuves aux enquêteurs, les noms aux procureurs ? Comparaîtra-t-il devant un tribunal ? Sinon, il ne reste qu’une transaction morale inversée : la victime palestinienne est identifiée, photographiée et enterrée ; le participant israélien reste anonyme, protégé, puis est félicité pour nous avoir dit que la victime est morte.

Et il faut ici dire quelque chose que personne n’a dit à Venise. NAZA est l’œuvre de Yuval Abraham et Rachel Szor, les deux mêmes qui ont réalisé No Other Land en collaboration avec les Palestiniens Basel Adra et Hamdan Ballal. Ce ne sont pas des propagandistes de la hasbara. Ce sont des Israéliens sincères et opposés à l’occupation, ces « bons Israéliens » dont il est question dans tout ce débat.

Et c’est leur propre histoire qui montre l’asymétrie sous sa forme la plus crue. Quelques semaines après que tous les quatre eurent remporté ensemble l’Oscar, des colons ont attaqué Ballal dans son village de Susiya, en Cisjordanie, lui causant une blessure à la tête qui saignait, et l’armée l’a emmené et détenu toute la nuit. Adra a déclaré que depuis leur retour des Oscars, il y avait eu une attaque chaque jour, et que cela ressemblait à une vengeance.

Les réalisateurs israéliens récoltent les ovations et le Prix spécial du jury ; leur co-réalisateur palestinien est passé à tabac sur sa propre terre. Même film, même podium, des corps inégaux.

Le cadre du « courageux dissident » mérite lui aussi qu’on s’y attarde. Le ministre israélien de la Culture a demandé que la nationalité d’Abraham et de Szor leur soit retirée. Et pourtant, à Venise, c’est le public occidental qui se lève pour saluer la voix israélienne.

Rien de tout cela ne rend ce témoignage sans valeur. Il doit être préservé, vérifié, présenté devant un tribunal, et en fonction de ce qu’il prouve, des sanctions et des comptes doivent être exigés. El-Kurd lui-même reconnaît ce que NAZA met à nu : la nature automatisée et institutionnelle des meurtres, la mort massive de civils « par conception », le système Lavender qui sélectionne les cibles.

Les révélations sur le ciblage assisté par l’IA privent les gouvernements occidentaux de l’alibi du déni plausible. Et le film a une réelle valeur, car il touche un public que les Palestiniens ont trop souvent été incapables d’atteindre.

Mais si ce public quitte la salle de cinéma rassuré par l’existence de « bons Israéliens », au lieu d’être confronté au système, alors le film a échoué précisément là où cela comptait le plus. Ne confondez pas confirmation et découverte. Ne confondez pas aveu et courage. Ne confondez pas remords et justice.

Il y a aussi une question de temps. NAZA commence là où la guerre commence. Construit à partir des témoignages de soldats décrivant le système de ciblage, il ne peut sortir qu’après le 7 octobre. Et par cette ouverture, il accepte tacitement le cadre que nous devrions refuser : que l’histoire commence là, que 1936, la Nakba et les décennies d’occupation ne soient qu’une toile de fond et non la cause.

C’est précisément pour cela que Palestine 36 est important.

Le film d’Annemarie Jacir fait le contraire. Il n’a pas besoin de la conscience israélienne pour ouvrir la porte à l’histoire palestinienne. Il nous plonge en 1936, au cœur d’une société palestinienne confrontée à la domination coloniale britannique, à la dépossession et à une catastrophe qui se profile.

Jacir y a travaillé pendant près de dix ans. Le film a été réalisé par des Palestiniens, et c’est le seul long métrage tourné en Palestine au cours de ces deux années de guerre.

Il y a une scène qu’elle s’est battue pour conserver à tout prix : celle d’une jeune fille courant le long des remparts de Jérusalem. Elle vaut plus que n’importe quelle thèse.

Les Palestiniens sont au cœur de leur propre histoire. Ils ne sont pas des éléments de preuve dans le parcours moral de quelqu’un d’autre, ils n’attendent pas qu’un Israélien confirme ce qu’ils savent de leur propre pays.

Ils s’expriment avant même qu’Israël n’existe. Et cela suffit à briser l’une des habitudes les plus tenaces dans la manière dont la Palestine est présentée au public occidental : les Palestiniens ont une histoire antérieure au remords israélien, une politique antérieure à la dissidence israélienne, une mémoire antérieure à la confession israélienne.

Allez voir Palestine 36. Non pas comme un geste de solidarité culturelle, non pas parce que le cinéma palestinien devrait être placé au-dessus de toute critique, non pas parce qu’un film peut effacer des décennies d’effacement. Allez-y parce que la personne qui raconte l’histoire a son importance. Allez-y parce que les Palestiniens ont été trop longtemps des personnages secondaires dans la biographie morale d’Israël.

Allez-y parce qu’un peuple ne devrait pas avoir à mourir devant une caméra, puis à attendre qu’un membre de la société qui le tue explique au monde que ces morts étaient bien réelles.

Et quand les soldats israéliens s’expriment, écoutez-les. Conservez les preuves, vérifiez-les, portez-les devant les tribunaux. Mais ne confondez pas confirmation et découverte.

Le poète palestinien Mosab Abu Toha, qui a perdu sa propre famille lors de ces frappes, a écrit ce qu’il fallait dire au sujet de ces applaudissements.

Il a énuméré les morts par leur nom et par leur nombre : le cousin de son père, tué avec sa femme, ses enfants et ses petits-enfants, trente et une personnes en une seule frappe ; plus de quatre-vingts membres de la famille Joha lors d’une autre.

Puis il s’est tourné vers les aveux. « Il faut briser les fondements du système qui se cache derrière ce mal», a-t-il écrit. « Brisez les avions de combat. Brisez les chars. Brisez l’artillerie. Il vous faut une révolution, pas simplement briser le silence. »

C’est là toute la distinction. Nous applaudissons la rupture du silence alors que ce qu’il faut, c’est briser le système. Et ce silence ne leur appartenait pas au départ. Les Palestiniens se sont exprimés bien avant eux, et ce sont les voix palestiniennes que nous devrions écouter.

La question n’est plus de savoir s’il existe de bons Israéliens. C’est de savoir pourquoi les Palestiniens doivent continuer à mourir avant que le monde ne soit prêt à les croire. Et pourquoi, lorsqu’un Israélien répète enfin ce que les morts nous disaient depuis toujours, le monde se lève et applaudit pendant vingt-cinq minutes.

(*) Tawfiq al-Ghussein : Écrivain et chercheur spécialisé dans le colonialisme de peuplement, la religion et la violence politique, qui s’intéresse notamment aux traumatismes, au nationalisme et à l’éthique.
Il a publié : « The Administration of Palestine: Authority Unresolved », publié par le Britain Palestine Project. Son compte Substack.

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Islam et anarchisme, relations et résonances 1/3 (Mohammed Abdou, Ph.D)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 2 octobre 2026 by Résistance 71

Ce travail de traduction et cette publication en trois parties et PDF intégral à l’issue rentre dans le cadre de notre démarche de lancement de passerelles entre cultures, religions et organisation politique dans un souci de mieux comprendre et d’embrasser ce qui nous rassemble au travers des cultures afin de pouvoir mettre en place la société des sociétés, qui seule sauvera l’espèce humaine du marasme en cours et de sa disparition programmée par un système étatico-marchand eugéniste totalement débridé. Il est à rapprocher de nos publication précédentes sur l’anarchisme chrétien et de notre “Manifeste pour la société des sociétés” publié en 2017, que nous mettons en lectures complémentaires suite aux différentes parties du présent ouvrage.

A lire et diffuser au plus grand large. Merci.

~ Résistance 71 ~

Islam et anarchisme, relations et résonances

Mohamed Abdou

2022

Larges extraits

Traduit de l’anglais et compilé par Résistance 71

Juin-août 2026, publication septembre 2026

1ère partie

2ème partie

3ème partie

Note du traducteur : les notes entre parenthèses sont une transcription phonétique du mot arabe correspondant tel que transcrit dans le livre. Les passages d’insistance en caractères gras ou italiques ne sont pas dans le livre et sont notre ajout. Mohamed Abdou Ph.D, est un musulman anarchiste d’origine nord-africaine et égyptienne. Il est assistant professeur de sociologie à l’université américaine du Caire et universitaire invité à l’université Cornell aux Etats-Unis. Le livre dont nous avons traduit ci-dessous de larges extraits, est sa thèse de doctorat reformulée sous forme de livre pour publication. Sa thèse livresque a été publiée aux éditions Pluto Press, Londres et publiée simultanément en GB et aux Etats-Unis. Le livre fait 333 pages incluant 82 pages de notes bibliographiques et 9 pages d’index. Il est constitué de 6 chapitres et d’une préface. L’ouvrage ne comporte ni photos ni illustrations.

I. Introduction

[…]

La question dé-coloniale de la spiritualité et du besoin de distinguer entre les concepts islamiques inter-reliés mais pourtant distincts de spiritualité (ruhaniyya), de foi (îmän) ainsi que la religion organisée ou non-organisée (dïn), est fondamentale en ce qui concerne ce livre. La spiritualité est le pilier central de la décolonisation.

[…]

Tawhïd est la reconnaissance que la seule autorité réelle est celle d’Allah, l’association ou la déification de toute autre autorité est référée comme étant polythéisme (sirk), contrairement à ce qui se produit de nos jours dans l’adoration rampante (ghädha) du matérialisme, du pouvoir, du prestige, du statut de célébrité/influenceur et du capital culturel. La déification de toute autre autorité par exemple en prêtant allégeance à une figure d’autorité, un état-nation, à des croyances tribales ou même la déification de la famille et des enfants, est en fait sirk. Tawhïd est un pré-requis fondamental et un pilier de l’Anarcha-Islam, l’interprétation non idéologique de l’Islam et l’interprétation islamique de l’anarchisme que ce livre construit de manière coranique, en utilisant une méthodologie que j’appelle Ijtihäd anarchiste.

[…]

Ce livre est construit sur le travail d’érudits et d’universitaires comme Wael Hallaq qui argumente dans “L’état impossible” que le prophète Mohammed lui-même désirait par dessus tout et avait créé une communauté sans lien de musulmans et de non-musulmans, qui intégrait de fait des gens monothéistes du livre (Ahl al-Kïtab), des Zoroastriens, des Sabéens et mêmes des athéistes et qui fut connue comme l’Oumma de Médine et où tous étaient unis par la Charte de Médine. L’Oumma (souvent terme mal traduit comme désignant une “nation”) était fondée sur des engagements éthico-politiques que sont toutes les spiritualités et les “idéologies”. De cette manière, même ceux qui sont sans foi possèdent une foi.

[…]

Depuis l’avènement de la modernité coloniale, les musulmans dans les sociétés non-euro-américaines ont adopté des structures et paradigmes d’état-nations capitalistes, ce malgré le fait que ces structures représentent des cadres coloniaux déterminés.

[…]

De fait, le projet colonial fait partie du projet des croisades et dont Salman Sayyid et d’autres érudits donnent comme année de naissance 1492, comme étant “l’année zéro du monde contemporain”.

[…]

Ainsi, décoloniser l’Islam au travers de l’Anarcha-Islam dont ce livre se fait l’avocat, c’est en fait ressusciter le Coran des opprimés.

[…]

Seuls le Coran universel, la pratique prophétique (Sunnah) et la tradition orale (les Ahädiths) doivent agir comme des guides spirituels (Imäm) ; il n’y a aucune nécessité pour un leader ou guide humain, spécifiquement si les musulmans choisissent de suivre les engagements macro et micro-anti-autoritaires de l’Islam révolutionnaire.

[…]

L’Islam développe ces concepts politiques et économiques et des pratiques afin d’enseigner et de limiter tous les musulmans, individuellement et en tant que communauté, dans la dérision et l’égoïsme. Ces concepts et pratiques informent de la pierre angulaire de l’Islam anti-autoritaire et de ses positions, en parallèle de ses engagements anti-matérialistes. Comme l’explique Wael Hallaq dans son “Impossible état”, il n’existe pas en Islam, quelque chose s’appelant un “état islamique” dans les temps pré-modernes, seulement des formes confédérées variées et décentralisés de gouvernance musulmane.

[…]

D’abord, la plupart des mouvements musulmans tendent à négliger les engagements anti-autoritaires de l’Islam et comment ils doivent agir comme les “blocs de construction” ou principes d’unification pour une justice sociale égalitaire et le cadre horizontal de la gouvernance musulmane au travers des concepts coraniques de l’Ouma et de Dawla. Au lieu de cela, la plupart des universitaires et mouvements islamiques commencent  depuis  la gouvernance historiquement émergente bien que d’un cadre non-coranique, qui est apparue comme référence politique à la suite de la mort du prophète Mohamed et référée comme étant le “Califat”.

[…]

Ce qui mena à une accumulation successive de tyrannie et de décadence, particulièrement suivant cette ère, est l’abandon collectif musulman de l’esprit révolutionnaire anti-autoritaire résidant dans la consultation collective et mutuelle (Choura), le consensus (Ijmä) et le bien-être la sécurité collective (Maslaha) qui imbibait la période initiale.

[…]

De plus, dans les sociétés pré-modernes, à l’encontre de maintenant, la capacité de tout musulman à s’engager dans un raisonnement indépendant (Ijtihäd) et une exégèse critique (täfsîr) des problèmes non résolus dans le Coran, la Sunnah et les ahädîths, ainsi que dans les textes islamiques et sources légales, permettait et encourageait le désaccord face à l’injustice et incarnait les pratiques notées micro-anti-autoritaires. Ainsi, il ne fait aucun doute qu’une compréhension alternative radicale de la gouvernance anarchiste et horizontale de l’Islam peut être posée, étant donné la nature non liante des idées d’un seul Imam ou Calife, spécifiquement sachant que le Califat minimise et va à l’encontre des engagements micro-anti-autoritaires de l’Islam, ainsi que la réalité qu’aucun des critères classiques de l’ère pré-moderne (en assumant qu’on les accepte) d’”élection” ou “de nomination” d’un leader puisse être remplie dans un monde étatico-capitaliste, comme nous en discuterons plus tard.

Les anarchistes musulmans ne sont pas un phénomène contemporain, mais existaient dans la pré-modernité, à savoir une sous-secte des Khärijites (dont le nom veut dire “rebelles”) était référée comme Najadat ou Najdiyya ainsi que les Mu’tazilites (suffiyât al-mu’tazila), qui contestaient la notion de figure d’autorité centrale. […] Ces musulmans anarchistes (NdT : les principaux de ces communautés ayant vécu au IXème siècle d’après les exemples donnés) ont vécu près de Bassora (NdT : aujourd’hui en Irak) entre les VIIème et Xème siècle et pensaient que “la société musulmane devait fonctionner sans ce qu’on appelle aujourd’hui un ‘état’.” De nos jours, la plupart des érudits musulmans et des gouvernements dans les sociétés à prédominance musulmane se dépêcheraient de condamner tout mouvement révolutionnaire comme celui Khärijite.

L’Islam dicte que quiconque s’en donne la peine peut devenir quelqu’un portant la responsabilité d’interpréter le Coran au travers de la méthodologie de l’Ijtihäd après étude et d’une manière lui étant exceptionnelle et doit s’embarquer dans une telle aventure.

[…]

La sagesse derrière ce droit au Ijtihäd, que tous musulmans puissent et devraient prendre part, délimite l’hégémonie spirituelle, maintien la fluidité du pouvoir et minimise la cristallisation aux mains d’un individu ou d’une poignée de personnes. Ijtihâd, sur les questions que le Coran a délibérément laissé ouvertes, est un moyen d’engendrer le débat parmi les musulmans et entre eux et les non-musulmans.

La question donc de savoir si l’Islam est ou non compatible avec la démocratie est de fait une mauvaise question, une question mal orientée, car les modèles démocratiques sont nombreux, incluant celui souvent oublié ou volontairement laissé de côté : l’anarchisme.

Dans le monde contemporain, cette question posée est en fait un camouflage d’une préoccupation plus vitale de savoir si les cadres politiques islamiques sont en accord avec les états-nations modernes ou pas, états-nations qui affirment être démocratiques et non pas de savoir si l’Islam en lui-même l’est ou pas.

[…]

Souvent les érudits et universitaires du monde arabe font une mauvaise traduction du mot “anarchisme” par le mot “fawdäwiya” pour signifier la “désorganisation” et le “chaos”, en opposition à ce que serait une meilleure traduction en ce mot de “sultäwiya” qui signifie littéralement “sans autorité ou règle autoritaire”.

[…]

L’anarchisme, comme l’Islam, porte le fruit de la multiplicité de traditions différentes d’interprétation.

[…]

En relation avec l’Islam, l’anarcha-islam est enraciné dans des engagements, des concepts et des pratiques anti-autoritaires et anti-capitalistes. J’y trouve et m’informe de la charte primordiale de Médine, que le prophète Mohammed créa, ainsi donc, l’anarcha-islam opère sur la promesse d’identifier et de coordonner des engagements éthico-politiques partagés entre l’Islam et l’anarchisme, en utilisant des concepts et pratiques réconciliables.

[…]

L’Islam n’est pas un monolithe. Les interprétations variées ou ce qui pourrait être référé comme “les noms de l’Islam”, se produisent en conséquence du concept divin et de la pratique de l’Ijtihäd, garanti à chaque musulman par le créateur. Ijtihäd sert de mécanisme divin imbriqué dans l’Islam en résistance à une conception monolithique de l’Islam. Par exemple, durant la révolution iranienne de 1979, le Chiisme, une branche traditionnelle de l’islam, porta le fruit du “Moudjahidine islamique de gauche al-Khalq, “le marxiste-léniniste Fedayin i-Khalq” et “la synthèse marxiste, existentialiste et heideggerienne d’Ali Shariati, combinée avec une forme militante de chiisme traditionnel.” Ces interprétations du chiisme sont juste trois exemples qui sont les témoins du pouvoir de l’Ijtihâd. […] “Il y a autant d’Islam qu’il y a de situations qui le supportent.”, nous a dit Aziz Al-Azmeh, surtout depuis la mort du prophète Mohamed.

[…]

J’argumente qu’on peut aimer le divin au travers de conceptualisations de variantes non-étatiques de la “nation” personnifiées dans des expressions horizontales de communauté qui sont profondément ancrées et fondées sur des engagements de justice sociale éthico-politiques non identitaires relevant de la spiritualité.

[…]

Je fais la distinction entre les principes islamiques et les pratiques culturelles musulmanes. J’engage les deux approches religieuse et culturelle à refléter les luttes musulmanes, au sein de communautés musulmanes, les cercles libéraux, féministes et de gauche et les sociétés au plus grand large, afin de justifier et de réconcilier théologiquement l’aspect critique de fusionner les engagements anarchistes et musulmans vers une action sociale plus avancée, radicale et décolonisante.

[…]

S’engager dans le débat théologique est nécessaire, parce que depuis la modernité d’Asie du Sud-Ouest et d’Afrique du Nord (ASOAN), les musulmans ont échoué de conceptualiser un véritable changement révolutionnaire qui n’a pas souscrit aux cadres coloniaux euro-américains, qui capitule au concept d’état-nation en tant qu’ordre organisateur comme dans le cas du Pan-Arabisme, Pan-Africanisme et Tiers-Mondialisme.

[…]

Les musulmans le prennent sur eux d’ouvrir des processus de désir en reconstruisant une nouvelle compréhension de ce que “c’est” que de s’identifier et d’être identifié transnationalement comme musulman. Dans leur force révolutionnaire, les politiques anarchistes marquent vraiment pour les musulmans une action politique radicale. Une action qui leur permet de repousser leur honte d’être musulman, d’être capable de répondre avec tact tactiquement et stratégiquement à ce qui est intolérable, les représentations dichotomiques et quels mondes genrés, sexualisés et racialisés ils doivent, de fait, faire face.

[…]

Et c’est à cause des orientations anti-autoritaires et anti-capitalistes de l’anarchisme, que les musulmans sont particulièrement attirés par lui. L’anarchisme offre aux musulmans de nouvelles avenues politiques pour la reformulation de leur identité.. [..] Dans un âge des nationalismes réémergeant et du multi-culturalisme libéral d’état globalisé, l’anarchisme islamique commence à germer sous la forme d’un discours, même si ses paramètres, par ses modèles variés sont toujours en train d’être identifiées et définis. […] Nous pouvons voir l’anarchisme islamique comme un exemple de ce que Richard J.F. Day appelle “les mouvements sociaux les plus nouveaux”, incluant la construction de communautés fondées sur “des relations non-universalisantes, non-hiérarchiques et non-coercitives, fondées sur l’entraide et des engagements éthiques partagés.”

[…]

De manière toute aussi importante, c’est dans les mouvements sociaux les plus neufs, en particulier, que l’anarchisme et les anarchistes se tiennent aussi pour apprendre de leur interaction avec les musulmans. Par exemple, les anarchistes pourraient bénéficier d’apprendre comment être mieux éthiquement en désaccord en tant que communauté plutôt que de s’entre-déchirer sur des différences idéologiques et personnelles. L’Islam a développé ce type d’éthique dès le début, avec ce qui est référé comme Usül al-Ikhtiläf ou l’éthique du désaccord et du conflit et de ses résolutions, ce en tant que forme d’étiquette de compassion pour que les musulmans s’occupent des désaccords entre eux, ceci sera discuté dans le chapitre 3.

[…]

En développant Anarcha-islam,  j’ai tiré sur des trajectoires non-idéologiques et non euro-américaines du Coran et leur affinité avec des engagements éthico-politiques anti-autoritaires et anti-capitalistes du post-anarchisme ainsi que d’une conceptualisation décentralisée du pouvoir. […] Je suis un anarchiste musulman d’origine nord-africaine et égyptienne, un immigrant de première génération transformé et auto-identifié comme occupant de la terre de la diaspora de couleur, vivant actuellement en territoire Gayogohó:nq’, Anishinaabe et Haudenosaunee (confédération iroquoise), partageant mon travail et ma recherche entre deux universités, institutions néolibérales : Cornell University et l’Université Américaine du Caire en Egypte.

[…]

Dans le second chapitre, j’illumine l’Ijtihäd anarchiste, la méthode que j’utilise pour construire l’Anarcha-islam des chapitres 3 et 4. Cette méthode est dérivée de la forme classique d’Ijtihäd, qui est la pratique islamique d’utiliser un raisonnement indépendant et rigoureux dans l’interprétation et la ré-interprétation des principes islamiques de la Sunnah et du Coran. Après avoir introduit l’Ijtihäd anarchiste, je défends son utilisation contre de possibles objections, comme celles des érudits musulmans orthodoxes ainsi que des musulmans progressistes.

[…]

L’Ijtihäd est le raisonnement indépendant et l’exégèse critique ou tafsîr des problèmes non résolus dans le Coran, la Sunnah (la pratique prophétique) et les ahädiths ou tradition orale prophétique.

[…]

D’abord, j’introduit trois concepts et pratiques micro-anti-autoritaires que je tire de l’Islam : la choura ou consultation mutuelle, l’Ijmä ou le consensus de communauté et Maslaha ou l’intérêt public. Je considère Choura, Ijmâ et Maslaha comme des concepts et pratiques micro-anti-autoritaires, qui informe l’engagement de l’Anarcha-Islam à maximaliser les pratiques micro-anti-autoritaires chez les individus et les communautés. De là, considérant que “l’État n’est pas un point prenant toutes les autres pratiques autoritaires pour lui-même, mais n’étant qu’une caisse de résonance pour toutes.”, Je construit l’engagement anti-autoritaire de l’anarcha-islam au niveau macro, ceci implique une critique anti-étatique et anti-institutionnelle. Après la construction d’engagements anti-étatistes de l’anarcha-Islam, je prends en considération “l’autorité” du prophète Mohammed et de Dieu. J’argumente en utilisant le Coran, que le prophète Mohammed n’est rien de plus qu’un messager (Rasül), pour un appel religieux, n’œuvrant purement que pour l’appel au nom de l’Islam. Avec tout le respect pour l’autorité de Dieu, j’argumente en premier lieu dans l’anarcha-Islam “qu’il n’y a aucune compulsion à la religion”. Ce qui veut dire, d’après l’anarcha-islam et en ligne parfaite avec le verset coranique cité, que les anarchistes ne sont en rien obligés d’accepter le Dieu de l’Anarcha-Islam, simplement de reconnaître le droit d’un musulman à croire en Dieu.

[…]

Quand les anarchistes résistent à Dieu, Dieu n’est pas réellement l’objet de leur résistance, ce contre quoi les anarchistes résistent vraiment, c’est la religion institutionnalisée. Il y a une grande différence entre les deux et ainsi donc on ne doit pas mélanger les deux.

[…] Dans le chapitre 3, je discute de concepts comme la Nation, Wataniyyah, Qawmiyyah, Dawla et Ouma en arabe et dans le lexique musulman.

[…]

Dans le chapitre 4, je construit, en utilisant l’Ijtihäd anarchiste, une résistance anarcha-islamique au capitalisme au travers de concepts et pratiques directement tirés de l’Islam.

Ces concepts incluent : la propriété, l’attention communale et individuelle, Mudarâbah, Ribua, Zakat, Ramadân ou Dawn, Sadaqat Al-Fitr et la banque islamique. Ayant établi les engagements anti-autoritaires et anti-capitalistes de l’anarcha-islam, je fais deux affirmations : D’abord que je ne suis plus œdipien mais dé-œdipien. Ensuite, que la construction anarcha-islamique est l’acte symbolique pour déterminer et reconnaître les mauvaises conceptions de l’Islam et des musulmans parmi les anarchistes.

[…]

Dans le chapitre 5, je discute du mythe de la non-violence en s’engageant dans l’action sociale et le changement. Je fais aussi la distinction entre les concepts de “batailler”, Qitäl en arabe et “lutter” Jihäd. Les révolutions et la décolonisation impliquent la violence de manière inhérente dans la recomposition active des forces de la société.

[…]

Dans le dernier chapitre, j’insiste de nouveau sur l’argument du livre pour faciliter le dialogue et la mobilisation de la rue arabe, nord-africaine et musulmane sur la décolonisation et les mouvements sociaux. Ce chapitre renforce l’insistance sur la perspective des mouvements sociaux et la connexion transnationale radicale indigène, black et musulmane dans leurs luttes respectives.

[…]

II- Autoritarisme, capitalisme et états-nations capitalistes : le terrain de jeu de l’Anarcha-Islam et la conscience éthico-politique

Briser la triade d’occupation coloniale, en termes directs veut dire rendre la terre aux Nations/tribus natives, l’abolition de l’esclavage dans ses formes contemporaines et le démantèlement de la métropole impérialiste. La décolonisation “ici” est intimement connectée à l’anti-impérialisme ailleurs. Mais les luttes décolonisées ici / là-bas ne sont pas parallèles, pas partagées de manière égale, ni n’amènent une nette conclusion à tous ceux concernées, particulièrement pas pour les colons.

[…]

La distinction fascisme-totalitarisme : les totalitaires imposent un ordre draconien depuis le haut par la force, que ce soit par la répression policière, le pouvoir législatif et judiciaire ou même par des urgences nationales, des couvre-feux imposés et des régimes militaires. Le fascisme est promu  aux “niveaux horizontaux au sein de la famille, des voisinages, des écoles, des lieux de travail, des usines, des hôpitaux etc…” et son but est de nous transformer et de petits Mussolini égoïstes et de mini-dieux pour notre public et nos attitudes privées. Le fascisme est disséminé par des stéréotypes culturels et spirituels que nous reproduisons tous. Contrer le fascisme demande une lutte individuelle et collective contre nos micro-fascismes utilitaires, autoritaires, matérialistes et patriarcaux, ce par l’al-jihäd al-akbar (le “grand jihad” de l’Islam). Le fascisme spirale du haut vers le bas, mais il est renforcé du bas vers le haut et il est reproduit horizontalement dans nos vies quotidiennes. Le fascisme est le “cancer” que nous devons combattre et notre libération dépend de sa défaite. […] Lutter contre le fascisme est de fait lutter contre nous-mêmes.

[…]

L’anarchisme islamique et l’anarcha-islam est construit sur la reconnaissance des limites de la politique de demande pour les droits civiques, que ce soit par une redistribution réformiste des cartes du pouvoir de l’état ou un appel au développement des organisations humanistes internationales euro-américaines.

[…] Ceci veut dire non seulement un refus actif du contrôle de l’État, mais aussi la création radicale de systèmes de gouvernance spirituels et ethno-politiques natifs et indigènes, comme par exemple celui du mouvement zapatiste du Chiapas au Mexique depuis 1994. Le décolonisation reconnait que notre évolution spirituelle en tant qu’espèce a été ralentie, dénaturée par la tyrannie, la pauvreté et l’ignorance de masse. Historiquement, nous allons vers une accumulation de richesses, de pouvoir, de prestige et d’autorité et que ceci a agi en tant que force insatiable de motivation et de justification afin d’infliger et de reproduire en permanence des cycles de violence raciale tout en faisant des religions le bouc émissaire de la source de la guerre et de la violence.

[…]

La décolonisation veut dire être libre d’aimer, d’avoir plein accès à la nourriture, aux vêtements, au logement et aux médicaments, et être libres de cultiver des réseaux d’hospitalité, d’attention et d’éthique de partage ainsi que de désaccord. Cela dénote aussi la liberté légitime de déterminer l’éducation politico-spirituelle de nos enfants dans les responsabilités communales et l’auto-gouvernance, les connaissances traditionnelles écologiques et les technologies éthiques, les architectures civilisationnelles non euro-américaines, les pratiques de soin non-intrusives ainsi que ce qui constitue des techniques de communication active de santé au sein de nos histoires entremêlées, les systèmes de connaissance et de littérature, incluant les arts, tout ce qui de fait est enraciné dans la terre sur laquelle nos familles et nos communautés se nourrissent, peuvent évoluer et fleurir.

[…]

La véritable libération existe en dehors du cadre néo-colonial / néo-impérialiste des états-nations capitalistes qui reproduisent géo-politiquement des infortunés non euro-américains racialisés, genrés, sexualisés, orientalisés et déshumanisés..

[…]

Utilisant l’Ijtihäd anarchiste comme méthode d’interprétation, je mène une exégèse du Coran ainsi que d’autres textes islamiques et anarchistes, Certains érudits orthodoxes musulmans, connus en arabe sous les noms de muftis, sheikhs ou Imäms, regarderons sans aucun doute cette méthode comme une hérésie, alors que des musulmans et non-musulmans libéraux-séculiers la regarderont comme étant inutile et sans intérêt.

[…]

En défense de l’Ijtihäd anarchiste, j’argumente que l’islam donne le droit de conduire une exégèse critique du Coran. Ce droit, dont la forme classique est appelée Ijtihäd, implique littéralement que cela dénote non seulement le droit islamique, mais aussi un devoir moral, accordé par Dieu aux musulmans impliqués dans une tache d’activité de développement de la connaissance, de rigoureusement (ré)interpréter les principes éthico-politiques islamiques et par là de s’engager dans une forme de “raisonnement indépendant”.

[…]

En tant que méthode, l’Ijtihäd anarchiste est dérivé des formes classiques d’Ijtihäd. Ceci est l’utilité islamique de déployer un raisonnement rigoureux indépendant tout en réinterprétant les principes islamiques de la Sunnah (pratique prophétique), des ahädiths (tradition orale prophétique) et du Coran (Qur’än).

[…]

L’Ijtihäd anarchiste est engagée pour identifier et réinterpréter si nécessaire les principes anti-capitalistes et antiautoritaires de la Sunnah, des ahadîths et du Coran (Qu’ran). L’Ijtihäd anarchiste est positionné pour identifier ces engagements anarchistes de l’Islam, ainsi l’interprétation dont je me fais l’avocat, l’Anarcha-islam, révèle ses résonances avec l’anarchisme. De la même manière, l’Ijtihäd anarchiste est utilisée pour faire une relecture des engagements anti-capitalistes et antiautoritaires islamiques dans l’anarchisme de façon à ce qu’ils puissent divulguer l’Anarcha-islam. Parce que l’Ijtihäd anarchiste est une Ijtihâd orientée vers l’anarchisme, ce n’est pas seulement une forme de critique ou une forme analytique discursive. l’Ijtihäd anarchiste, par vertu de la définition même de l’Ijtihäd, est une méthode que j’utilise pour porter des jugements en faveur de l’Anarcha-islam, cet Islam éthique et politique dans lequel je crois.

[…]

Le marxisme est insuffisant en tant que trajectoire révolutionnaire. Le marxisme euro-américain demeure fidèle à la forme étatique coloniale et d’occupation et des fantasmes de sa saisie pour une libération par de nouvelles élites ancrées dans une logique “d’hégémonie de l’hégémonie”, qui implique le besoin d’une “avant-garde” autoritaire qui mène, sauve, et améliore la société dans son ensemble tout en contribuant à la fugitivité noire.. Alors qu’une tradition marxiste noire et tiers-mondiste existe, elle pousse de la même manière pour la capture de l’État, des “moyens de production” à des fins révolutionnaires, le tout en échouant d’affronter ce problème de “l’hégémonie de l’hégémonie”, de hiérarchie, ainsi les conceptualisations du pouvoir nietzschéenne / foucaudiste post-structuraliste, post-anarchiste et anarchiste noire, qui identifient comment le pouvoir ne provient pas d’un site particulier mais plutôt s’agglomère autour de sites multiples et différents. Cette inter-relation implique que l’oppression ne commence pas ni ne finit avec l’état moderne et le capitalisme.

[…]

De manière générale, les traditions marxistes se désintéressent des modèles de gouvernance décolonisateurs. Le marxisme représente un produit (néo)colonial / impérialiste de modernité libérale tout autant qu’il pousse à le contester. Alors que les théories marxistes sont utiles, l’insistance du marxisme sur le contrôle de l’état pour mettre en place des changements sociaux est ce qui mène Tuck et Yang à noter fort justement que “les empires socialistes et communistes ont aussi été des empires coloniaux d’occupation des sols (cf le colonialisme chinois au Tibet). […] Tous ces mouvements échouent à adopter une approche décoloniale.

[…]

D’un autre côté, l’Islam recherche à transcender toutes les formes d’identité politique et définit la communauté par des appartenances ethno-politiques et spirituelles et des engagements profonds dans la justice sociale.

[…]

A suivre…

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Lectures complémentaires :

Anarchisme chrétien PDF :

L’anarchisme chrétien (Alexander Christoyannopoulos)

Anarchisme chrétien (Truth seeker)

Jesus contre l’État (Truth seeker)

Manifeste pour la société des sociétés

Politique, technologie, peuple, pouvoir : réflexion sur leurs rapports dans une ère de tumulte généralisé (Al Mayadeen)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, science et nouvel ordre mondial, sciences et technologies, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 1 octobre 2026 by Résistance 71

Réflexions sur les valeurs et la technologie dans une ère de tumulte global

Alexander Tuboltsev

4 août 2026

Url de l’article original :

https://english.almayadeen.net/articles/blog/reflecting-on-values-and-technology-in-an-era-of-global-uphe

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

La politique sert-elle le peuple ou le pouvoir ? Cet article argumente que le véritable progrès réside à placer les communautés avant les institutions et utiliser la technologie pour émanciper les sociétés plutôt que de les dominer.

Comme vous le savez, science politique et relations internationales font parties des sciences de la société et ceci est évident parce que sans société, il est difficile d’imaginer l’existence de la sphère politique. En retour, la société ne peut pas être imaginée sans les gestes qui la composent. Mais il y a un paradoxe : malgré le rôle clef de l’humain dans la possibilité de la politique, dans bien des concepts occidentaux de philosophie politique et dans la théorie des relations internationales, l’importance des personnes est réduite à un rôle tout à fait secondaire. Nous pouvons vérifier ceci en rappelant quelques exemples bien typiques.

Les soutiens du néo-réalisme dans leurs constructions théoriques ignorent en fait les différences internes entre états et sociétés, leurs caractéristiques uniques et idéologie, réduisant tout au seul rôle déterminant de la structure du système international et considérant les états comme des “acteurs rationnels” recherchant l’équilibre du pouvoir. Ce concept non seulement nie le rôle de l’individu et des masses (constituées d’individus), mais ignore également les nombreux cas historiques et modernes qui ont vu certains états agir de manière irrationnelle. (NdT : une superbe exemple aujourd’hui, les actions  de l’empire anglo-américano-sioniste contre l’Iran, irrationalité pilotée par une arrogance sans bornes en provenance de deux états factices, fondés sur le génocide et le vol de terres aux populations autochtones : les Etats-Unis et “Israël”…) L’interprétation néo-réaliste des caractéristiques de l’état (ne réagissant qu’à des stimuli externes, les buts sont les mêmes pour tous et une complète rationalité) est plus utile à décrire des robots que des systèmes complexes et multi-factoriels comme les états et leurs politiques.

Le néo-fonctionnalisme étant en bien de points l’opposé du néo-réalisme, lui est en fait similaire en un aspect. Ce concept ignore le rôle du peuple et des masses, réduisant leur importance à des facteurs secondaires. Le néo-fonctionnalisme, qui fut créé comme une des théories de l’intégration, s’est focalisé sur les avantages des processus d’intégration entre les états et a insisté sur l’importance de l’effet de débordement (quand l’unification dans un domaine est un déclencheur générant l’intégration dans d’autres domaines). L’importance clef de ce concept fut assigné aux institutions supranationales et non pas au peuple.

Un autre concept occidental, l’institutionnalisme libéral, assigne un rôle clef aux institutions (incluant par exemple les traités, les lois etc…), focalisant sur une série de règles plutôt que sur les masses et la société en elle-même. Ce concept ignore le fait que les institutions peuvent être utilisées par certains états au détriment d’autres comme instrument de pression et d’oppression.

Même après une brève étude de ces trois concepts, il devient clair qu’ils traitent les gens comme facteur secondaire ayant bien moins d’importance que l’État et les bénéfices économiques de l’intégration, l’environnement externe, l’équilibre du pouvoir ou les institutions. Il semble que tout ceci n’est pas bien différent de l’étroitesse d’esprit et de pensée coloniale, par lesquels les peuples n’étaient vus que comme des ressources sans rôle indépendant et l’importance primordiale fut donnée à l’expansion, la maximisation du profit, la verticalité administrative etc…

Historiquement, les empires coloniaux furent construits sur le pillage des ressources des autres et sur la violation grave et la plus totale ds droits des autres peuples. Ce fut (NdT : et est toujours avec l’empire actuel anglo-américano-sioniste, nous ne vivons en rien dans un monde “post-colonial”, c’est ce que la pourriture d’en haut veut nous faire croire…) le parasitisme à l’échelle mondiale, qui au XXème siècle s’est transformé en néo-colonialisme, tout aussi fondé sur la veule exploitation et oppression d’autrui. La strate supérieure des empires coloniaux aimait à dépeindre des animaux monumentaux sur leurs armoiries, comme par exemple le lion ou l’aigle, mais de fait l’imagerie de parasites comme les puces, les poux ou les sangsues serait plus appropriée pour représenter les armoiries de l’aristocratie coloniale occidentale. Cette métaphore décrirait très bien l’essence de tels empires, qui ont littéralement siphonné les ressources de continents entiers et furent construits sur la veulerie, la corruption et l’exploitation sans fin.

Le concept de l’individualisme néolibéral est fondé sur exactement la même logique destructrice, qui est saturée rhétoriquement de slogans au sujet des “droits de l’Homme”, mais qui est en fait un outil ayant un objectif précis : l’atomisation de la société. Dans le cadre du paradigme néolibéral, un individu se transforme en un consommateur égoïste exclusivement piloté par ses propres intérêts, séparés du collectif ; ce qui veut dire que le sens de sa vie est flou et mis au rang d’une fonction économique impersonnelle. Ceci favorise grandement les élites corrompues, parce que des individus esseulés, incapables de s’unir ne peuvent pas accumuler suffisamment de forces pour combattre et vaincre leurs oppresseurs et exploiteurs. La très vaste majorité de la richesse s’accumule dans la haute strate minoritaire du haut de la pyramide, tandis que le reste de la population doit faire face non seulement aux problèmes économiques, mais aussi aux conséquences psychologiques négatives causées, par exemple, par la solitude, qui a atteint des records historiques dans bien des pays.

Y a t’il une alternative historique à cette logique destructrice de développement social exprimée dans le modèle occidental ? Une telle alternative existe certainement, et nous pouvons l’analyser en utilisant des exemples de la vie sociale historique de peuples de continents différents.

Par exemple, dans la culture Inuit (NdT ; ou “Eskimo”), qui s’est développée dans les rudes conditions du Cercle Polaire, l’individu et la communauté étaient très fortement interconnectés (NdT : comme dans absolument toutes les culture amérindiennes, les Inuits étant une nation parmi des centaines d’autres fonctionnant socialement dans une société non pyramidale à “chefferie sans pouvoir”, cf. Pierre Clastres). La chasse aux mammifères marins étaient menée collectivement ainsi que les activités de pêche, depuis les temps les plus reculés, cette société a mené des distributions collectives de nourriture où tous les membres de la communauté recevaient leur part équitable de tout ce qui avait été collecté. De la même manière, les terrains de chasse, les zones maritimes de pêche et de chasse et les zones de ponte des saumons furent toujours traditionnellement considérées comme propriété collective. Parfois dans certains endroits comme dans le nord du Groënland, la propriété collective s’étendait aux habitations conçues et mises en place pour de multiples familles. (NdT : noter ici que contrairement à ce que l’État veut faire croire, le fondement de la société n’est pas et ne fut jamais la famille, qui demande une reconnaissance institutionnelle d’une union et d’une descendance dans un cadre légal construit. L’origine de la société humaine dans son fonctionnement organique depuis l’ère paléolithique est le clan, la famille est le résultat de l’atomisation des clans et leur assimilation aux diktats étatico-marchands. Une société clanique est solidaire, elle peur fonctionner en communauté, une société basée sur la famille est atomisée et individualiste et est incapable de fonctionner communautairement…)

Parmi les peuples de Polynésie par exemple dans l’archipel de Tuvalu , la mer est considérée comme propriété collective où chaque membre de la communauté eut pêcher, collecter les coquillages, alors qu’il y a aussi une forme de propriété collective de la terre, de manière communale. Des foyers partagent des produits avec le reste de la communauté. Les activités de construction et les maisons communes sont organisées collectivement.

A travers le Sud global, de l’Afrique à l’Océanie en passant par l’Asie et l’Amérique Latine, on peut trouver des milliers d’exemple du comment le collectivisme a historiquement été bien plus important et bien plus développé. Dans le même temps, la communauté a eu historiquement des aspects socio-économiques et culturels. Le bien commun était compris comme le bien être de toute la communauté, c’est à dire, la sécurité et la provision de ressources pour chacun de ses membres. Bien sûr, à cause de facteurs naturels par exemple (désastres, sécheresse, inondations, épidémies), la communauté n’avait pas toujours la capacité des ressources, mais dans les temps difficiles, le mécanisme de l’entraide et de l’assistance mutuelle, était particulièrement actif et efficace. Il y avait un lien très étroit entre les personnes, manifesté entre autre par le travail d’équipe et une structure sociale fondée sur une série de règles qui maintenait en premier lieu le bien-être collectif.

La compréhension du concept du bien commun est très différent du modèle occidental, qui se focalise sur des indicateurs (croissance économique, maximisation du profit, contrôle des ressources, expansion de l’influence, etc…) plutôt que sur le peuple. Ceci est une différence clef fondamentale.

La croissance du PIB ne peut pas servir d’excuse à la difficulté économique des masses. La théorie du “libre marché” est incapable de justifier l’enrichissement de la frange supérieure de la pyramide des élites transnationales intoxiquées par le népotisme, la veulerie, la corruption et l’arrogance extrême. L’approche hypocrite, dans laquelle les véritables intérêts des gens sont remplacés par “l’expédience économique” ne bénéficiant qu’à la classe supérieure, mène inévitablement à l’établissement d’un régime cleptocratique et oligarchique sous une façade de “démocratie”. Dans de telles conditions, toutes sortes d’outils et de méthodes sont utilisés pour supprimer, diviser, fragmenter et exploiter les masses au plus large.

Les élites et grandes entreprises occidentales investissent dans le développement de nouvelles technologies seulement afin de les utiliser à leur enrichissement personnel et à totalement contrôler les masses. Mais les mêmes technologies, telle que les drones, l’IA etc, aux mains de mouvements de libération et des opprimés peuvent aussi devenir des outils pour une lutte juste d’émancipation. C’est pourquoi, le développement de la technologie dans le Sud Global devient si crucial afin d’empêcher les tentatives des puissances néocoloniales de monopoliser ces nouvelles technologies entre leurs mains.

La technologie est juste un outil entre les mains des gens. La différence clef réside dans les concepts de valeur sur lesquels repose chaque côté. Les oppresseurs modernes, les élites transnationales et leurs régimes politiques marionnettes, sont pilotés par la soif de profit, le maintien de leur pouvoir et la saisie de nouvelles ressources. Les peuples opprimés (NdT : c’est à dire essentiellement tout le monde…) sont pilotés par le désir de se protéger, ainsi que leur territoire et leurs ressources, des oppresseurs. Ceci est une bataille mondiale contre la tyrannie menée sur tous les fronts.

Il semblerait qu’une combinaison des valeurs du collectivisme (assistance mutuelle, un système juste de distribution des bénéfices, développement de la communauté, reconnaissance de l’importance capitale du bien commun) et des outils sous la forme d’un changement rapide des nouvelles technologies, pourrait devenir un modèle efficace capable de rejeter les concepts imposés par l’establishment occidental.

En utilisant l’exemple des conflits militaires modernes, nous voyons à quel point est efficace la combinaison de valeurs de justice et des outils technologiques. Les missiles balistiques modernes iraniens sont devenus de puissantes armes dans la bataille entre l’impérialisme américain (NdT : anglo-américano-sioniste de fait…).Les drones de la résistance libanaise ont démontré de grands succès sur le champ de bataille de la résistance à l’occupation sioniste et sont devenus des éclairs tombant du ciel, foudroyant la technologie ennemie, son équipement et son personnel. Ce sont des exemples montrant la technologie comme étant devenue un moyen efficace de résistance aux agresseurs impérialistes.

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Lectures complémentaires :

Kropotkine l’entraide (PDF)

Manifeste pour la société des sociétés

Dictature technotronique

Une coalition de médecins et scientifiques représentant 63 millions de supporteurs demandent le retrait définitif de la plateforme d’injection ARNm létale nano-biotechnologique du marché à Trump et son ministre de la santé Kennedy (Veterans Today)

Posted in actualité, coronavirus CoV19, crise mondiale, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, santé et vaccins, science et nouvel ordre mondial, sciences et technologies, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 1 octobre 2026 by Résistance 71

Une coalition de 168 médecins, scientifiques, avocats pour la liberté médicale et de personnalités publiques, représentant collectivement plus de 63 000 000 de suiveurs au travers les réseaux sociaux, viennent juste d’envoyer une lettre ouverte au ministre de la santé (secrétaire du HHS) Robert F. Kennedy Jr et au président Donald Trump appelant pour une action décisive à l’encontre de la plateforme ARNm et son retrait pur et simple du marché.

“Des centaines d’études démontrent maintenant et confirment que les “vaccins” COVID-19 sont une des plus grandes expositions carcinogènes de l’HISTOIRE.”

“Plus de cent études scientifiques relient les vaccins de manière générale à l’autisme, aux désordres de développement neurologique et aux dégâts cérébraux.”

~ Nicolas Hulscher, épidémiologiste ~

Lettre ouverte à l’égard de retrait du marché de la plateforme ARNm

Nicolas Hulscher, MPH, épidémiologiste

Septembre 2026

Source :

https://vtforeignpolicy.com/2026/09/us-mds-scientists-outcry-vs-mrna-vaccines-open-letter-to-trump-rfk-jr-to-removal-them-by-a-coalition-of-63-million-followers

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Chers ministre Kennedy et président Trump

Résumé exécutif

En tant que leaders d’influence au sein du mouvement du MAHA (NdT : Make America Healthy Again) et de la liberté médicale et de santé, nous écrivons cette lettre en guise d’objection à la politique que vous supervisez en relation à l’utilisation de la plateforme ARNm (NdT : ARN messager, “thérapie” génétique) et pour vous inciter à agir en vue des objectifs de notre politique.

Alors que la pièce centrale de l’agenda du MAHA et de la liberté médicale a été de retirer les injections à ARNm du marché, vous avez échoué à entreprendre une action décisive à cet égard ce malgré la foule de preuves des plus crédibles que cette technologie est nuisible pour la santé. Au lieu de cela, votre politique envers cette technologie ARNm est stérile et auto-invalidante, mettant des enfants et des femmes enceintes à haut risque, trompant les parents sur le sujet tout en érodant leurs droits et également en échouant à aider ceux qui furent touchés dans leur chair par ces injections.

Si vous continuez à ignorer notre point de focus central de retirer du marché toute la plateforme ARNm, les mouvements MAHA et de liberté médicale vous retireront leur soutien politique et vous ferez donc face aux conséquences politiques que cela implique.

Nos objections

Nous écrivons pour exprimer de profondes préoccupations sur la politique émergeant du HHS, du CDC et de la FDA, spécifiquement nous objectons à :

  • L’injection COVID ARNm sur plus de 50 millions d’Américains cette année ; incluant plus de 7 millions d’enfants, ce malgré le fait qu’aucune recherche n’a démontré la prévention d’hospitalisation ou de décès et qu’un volume très important de données démontre les sévères effets secondaires, incluant la mort, causée aux enfants (au moins 10 officiellement reconnus par la FDA à cette date).
  • La nomination d’Erika Schwartz comme directrice du CDC, qui a déclaré durant la session de confirmation de sa nomination devant le sénat, que la technologie ARNm était sûre et efficace. Comme vous le savez, il n’est pas possible de faire des affirmations de sûreté ou d’efficacité légales pour des contre-mesures en application d’urgence sous un régime d’urgence médicale toujours valide sous la loi du PREP Act. Aucune technologie ne peut être présumée sûre et efficace pour applications médicales pour toute personne, de tous âges et de statuts de santé différents.
  • L’approbation d’une nouvelle injection anti-grippale à ARNm qui n’a pas été testée dans un véritable contexte placébo et devant le manque total de données à long terme, qui n’a aucune mesure sur les résultats en hospitalisation ou mortalité, qui a démontré de manière significative de plus hauts risques d’effets secondaires, de mortalité accrue et qui ne fut pas comparée au traitement précoce ni à des prophylaxies [traitements] alternatifs.
  • L’absence d’aide d’importance pour ceux blessés par les injections ARNm.
  • L’octroi par le HHS (ministère de la santé) de contrats d’une valeur de plus 1,24 milliards de dollars avec Pfizer pour des injections ARNm futures, incluant des injections pour les enfants.
  • L’échec du CDC à fournir des statistiques à jour sur les cancers avec les préoccupations montantes de l’incidence accélérée de cancers se développant liée aux injection ARNm.
  • L’échec de faire appliquer les obligations contractuelles des fournisseurs d’injections ARNm à rapporter tout évènement néfaste au système VAERS.

Le retrait de la plateforme technologique ARNm du marché demeure un des objectifs centraux du mouvement de liberté médicale depuis sa base populaire.

Des millions de citoyens concernés et préoccupées ont mis à l’écart leurs différences partisanes et leurs identités pour soutenir cette alliance historique entre MAHA et MAGA. Mais au lieu d’actions politiques décisives sur ces sujets importants et centraux, nous ne voyons que distractions, imbroglio linguistique et annonces diluées afin d’éviter toute action sérieuse au sujet de ces injections ARNm mortelles.

Une action exécutive futile et corrosive de la constitution

Malgré le décret [Executive Order] du 10 août 2026 réduisant le programme de vaccinations recommandées de 17 à 11 types de vaccins, le décret a aussi simultanément élevé les injections pneumocoques et HPV au rang de “recommandation importante universelle”…

L’élévation des injections HPV (Human Papilloma Virus) comme “recommandation universelle” est très surprenante étant donné que le laboratoire Merck vient juste de parvenir à un accord légal de compensation de 50 millions de dollars avec 200 plaignants affirmant que le vaccin Gardasil avait causé une réaction auto-immune. De plus le décret fait la promotion d’une notion anticonstitutionnelle de décision “partagée” entre le gouvernement fédéral des Etats-Unis et les parents en regard de l’ARNm et de quelques vaccins additionnels. Ce langage des plus orwellien n’appartient pas à une société libre.

Une foule de données des plus crédibles appelle au retrait pur et simple de la technologie ARNm

Nous n’avons pas besoin de plus de données pour déterminer si les produits ARNm devraient être retirés du marché. Les données sont déjà connues et divulguées, ce depuis de multiples sources des plus crédibles, incluant plus de 4550 publications scientifiques peer-reviewed, les document Pfizer divulgués au travers des actions légales et procès d’Aaron Siri, les données de VAERS et V-safe ainsi que de nombreuses données en provenance de gouvernements étrangers.

Ces sources documentent les niveaux catastrophiques de décès et de blessures graves résultant des injections ARNm, ainsi que des dommages au système reproductif, ceci incluant une augmentation des fausses-couches de l’ordre de 400%.

Signataires

Deborah Adams, RN
Sally Adams, DVM
Adnan Al-Daini, PhD
Arden Andersen, DO, MSPH, PhD
Lars Bo Appel, World Council for Health
Robert Apter, MD
Anthony Arnott, MD
Raphael Balbino, MD
Clayton Baker, MD, Brownstone Institute Senior Scholar, Global Wellness Forum Council
Bradley Banko, MD
Richard Bartlett, MD, Texas HHS Meritorious Service Award, Texas Health Disparities Taskforce
Nancy Benedict, RN
Laura Bevis, DNP, APRN
Kimberly Biss, MD, FACOG, Senior OBGYN Fellow for Independent Medical Alliance
Marsha Blakeslee, DO, Personaldocs LLC
Mary Talley Bowden, MD, Americans for Health Freedom, Independent Medical Alliance, VSRF
Avery B. Brinkley, Jr., MD
Mark Brody, MD
Margaret Aranda Brown, MD, PhD, CTP
Lisa Bryhn, MD
Dariusz Brzezinkski, DC
Ora Burstein, MD
David B. Collum, PhD.
Carrie S Cannon, MD, MS, CTP
Buckley Carlson
Tucker Carlson
Renee Carlson, BSN, RN (ret)
Lora Chamberlain, DO
Pete Chambers, LTC (Ret), DO
Geeta Chougule, World Council for Health
Liz Churchill, Medical Freedom Activist
Ryan Cole, MD, Head of Medical and Scientifc Affairs, Independent Medical Alliance
Esther N. Cooper, MD, Texas Medical Do No Harm Physician Activist
Jean Coyer, NP
Greta Crawford, Survivor of COVID Hospital Protocol, Founder of ProtocolKills.com
Michelle A. Cretella, MD, Past Executive Director of the American College of Pediatricians
Barbara A. Crothers, DO, FCAP, FMCP-M
John Davidson, Director, “Epidemic of Fraud”
Hannah Davis, BSN, RN
John Day, MD
Xylie Desiree, Founder, Interest of Justice
Maryanne Demasi, PhD, Investigative Journalist
Jan DeNapoli, MHS, PA (ret)
Jimmy Dore, Host of “The Jimmy Dore Show”
Jeff Dornik, CEO Pickax
William Campbell Douglass III, MD, MS – DutyToDissent.Substack.com
Edward Dowd, Phinance Technologies
Henry Ealy, Energetic Health Institute
Richard Edgerly, MD
Charles Fall, Green Liberty Caucus
Brian Festa, Esq.
Harry Fisher, EMT, Medical Freedom Activist
Catherine Austin Fitts, The Solari Report
Christina Flaming, CRNA, DNAP
Jon Fleetwood, Investigative Journalist
Kim D. Folse, DC
Tracy Forker, RN
Jeremy Friedman, Esq.
Lynn Fynn, MD, Global COVID Summit, Independent Medical Alliance
Suzanne Gazda, MD
Eleftherios Gkioulekas, PhD, Professor
Simon Goddek, PhD
Russ Gonnering, MD, MMM, FACS, CPHQ(ret)
Dana H. Granberg-Nill, MD, COO Goldcare.com
Marjorie Taylor Greene, Former U.S. Representative – GA
Erin Greer, MD
Arthur Grinstead, MD
Joseph Guarino, MD, Piedmont Occupational and Urgent Care
Meredith Harwell, DC
Sierra Hamm, RN, BSN, World Council for Health
Dan Hartman, Father of COVID vaccine victim Sean Hartman
Thomas F. Haviland, 2022-2025 “Worldwide Embalmer Blood Clot Survey”
Mary Helms, Health Freedom Advocate
Margaret Hertel, Naturalist
Eric Hensen, DO
Jennifer Hibberd, DDS, FRCDC, Global COVID Summit
Trisha Hope, National Delegate, Texas
Lyndsey Nicole House, RN
Nicolas Hulscher, MPH, Epidemiologist, McCullough Foundation
John Humiston, MD
Stella Immanuel, MD, Faith and Freedom
Ehsan Joader, Medical Freedom Advocate
Daniel Jones, APRN, FNP-C
Jack Jasper, The Paradox Press
Bobbie Jo Jenkins, RN
Sayer Ji, Founder Restore the 1st and Greenmedinfo, Chairman Global Wellness Forum
Shannon Joy, The Shannon Joy Show
Laura Kasner, “Worldwide Embalmer Blood Clot Survey”
Tamra Kelly, MSN, CRNA, APRN
Sandy Kim, MD
Stacy Kiraly-Duran, RPh
Steven Kirsch, Founder, Vaccine Safety Research Foundation
Deanna Kline, AGNP-C, MSN, RN, Author, Substack NPTru4u
Jack Kruse, MD, Kruse Longevity Centers, Inc
Brian Kung, MD
Karl Lambert, ARNP
Seth Landry, FNP
Sasha Latypova, Independent Investigator and Writer, “Due Diligence and Art”
Tess Lawrie, PhD, Founder, World Council for Health
Levi Leatherberry, National Organizer for Medical Freedom
Lionel Lee, DO, FACOEP
Susan Lee, MD
Debbie Lerman, The Brownstone Institute
Maria Liljeblad, World Council for Health
Katarina Lindley, DO FACOFP, Americans for Health Freedom, Independent Medical Alliance
John Littell, MD
Lisa Lopes, World Council for Health
Donna Lowery, RN
Aseem Malhotra, MD
Robert Malone, MD, MS, pioneer of mRNA technology
Jill G. Malone, PhD
Leslie Manookian, Founder/President, Health Freedom Defense Fund
Ben Marble, MD, Nobel Peace Prize Nominee
Allen Martin, Parent of COVID vaccine victim Trista Martin
Taylor Martin, Parent of COVID vaccine victim Trista Martin
Thomas Massie, U.S. Representative – KY
Jonathan Maxham, DO
Kevin McCairn, PhD, Synpatek Labs
Culpepper McCuller, MD, Informed Health Initiative
Peter McCullough, MD, President, McCullough Foundation
Shane Mekeland, Rep., MN (R) District 27A
Reni Moon, MD
Kirk Moore, MD, Ex-Defendant, Freedom Surgical and Aesthetics
Cindy L. Morris, MD, World Council for Health
David Nelson, PhD
MyHuong Nguyễn, MD
Hanna Parikka, MSc, Biotechnology
Gayln Perry, MD
Ivan Raiklin, Esq., Green Beret Lieutenant Colonel (ret)
Tom Renz, Esq.
Charles Rixey, MA, MBA, Edogawa Hospital & D.R.A.S.T.I.C.
Brian Roberts, Americans for Health Freedom
Jessica Rose, The Brownstone Institute
Jeanne A. Rungby, MD, World Council for Health
Molly Rutherford, MD, Americans for Health Freedom
Erica Samp, Vaccine-injured mother from Iowa with Federal lawsuit pending
Andy Schmitt, The Paradox Press
Carl Scott, PhD, Professor, Author, Dissident Conservative Substack
Cynthia Shoemake, RN
Michelle Simpson, RN
Brad Skistimas, Five Times August
Patrick Slater, MD, Austin Ear Clinic
Laurel Starr, MD
Daniel Stock, MD, Senior Fellow, Independent Medical Alliance
Mary Kelly Sutton, MD
Edward Szall, CEO, TLM Global, Producer, Died Suddenly
James Thorp, MD, ObGYN – Maternal Fetal Medicine
Mark Trozzi, MD, World Council for Health
Sean Troxclair, MD, Deputy Surgeon General of Louisiana
Tamella Trulson, MD
Jeffrey Tucker, The Brownstone Institute
Dan Twelmeyer, Medical Freedom Activist, Iowa
Suzanne Vandenhul, MD
Kenneth G. Varley, MD, FRCPC, BSc, MSc, MBA
Rajeev Varma, MD
Joe Varon, MD, President and CMO, Independent Medical Alliance
David Vella, MD, CovidAccountabilityNow.org
Denise Verni, PA
Kelly Victory, MD, President, Victory Health
Joel Wallskog, MD, Co-Chair React19
Bret Weinstein, PhD
Sheri Weinstein, MD, Founder, Health and Freedom Forum
Marcus Wheeler, MD
Lauren Witzke
Gizela Wolan-Szymanski, RN
Katherine Zbodula, NP
Andrew Zywiec, MD, Co-founder, CEO Ekklesia Research Group

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ARNm arme nano-biotechnologique contre l’humanité sur Résistance 71

Karen Kingston, compilation recherches, PDF :

Holocauste par injection létale ARNm

SG Hezbollah : la résistance se poursuivra jusqu’à la libération… (Al Manar)

Posted in actualité, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique et social, résistance politique, sionisme colonialisme génocidaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 30 septembre 2026 by Résistance 71

S. Naïm Qassem : la résistance se poursuivra jusqu’à la libération, la capitulation signifie la fin du Liban

Al Manar

27 septembre 2026

Url de l’article en français :

https://french.almanar.com.lb/article/134292

Le secrétaire général du Hezbollah cheikh Qassem a prononcé le discours qui a clôturé le festival central organisé par le Hezbollah le samedi 27 septembre 2026, pour commémorer le deuxième anniversaire du martyre des deux secrétaires généraux du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, le Maître des Martyrs de la Oumma, et Sayyed Hachem Safieddine, au mausolée de Sayyed Hassan Nasrallah.

Il a ouvert son discours en disant : « Nous nous réunissons, à l’occasion du deuxième anniversaire du martyre des deux secrétaires généraux (que Dieu sanctifie leurs âmes), avec un groupe de moudjahidines, de martyrs, d’hommes, d’enfants et de femmes. Cet anniversaire est béni par le statut élevé des martyrs et par la poursuite du combat ; il nous a apporté la constance et la résilience. »

« Au Maître des Martyrs de la Nation : tu as tracé la voie. »

Cheikh Qassem s’est adressé au Maitre des martyrs de la oumma sayyed Nasrallah, en ces termes : « Mon maître bien-aimé, compagnon de route et frère leader dans le combat du Hezbollah et de sa résistance, tu as marqué nos cœurs, illuminé nos esprits et tracé les jalons de notre chemin. Mon maître bien-aimé, tu es la résistance, et la résistance c’est vous ; tu es êtes devenu le symbole pour les peuples libres du monde. Mon maître bien-aimé, tu es devenu le guide inspirant du monde. »

S’adressant au martyr sayyed Hachem Safieddine il a dit : « tu n’as jamais connu le repos, la fatigue ni la lassitude au service de cette cause. Tu as été un soutien et un allié précieux pour le maître des martyrs de la oumma. Mon maître, sayyed Hachem Safieddine, tu nous as quittés prématurément, mais ton courage inébranlable restera un repère sur la voie du djihad pour la résistance et ses combattants. »

Hommages aux dirigeants martyrs

Dans son discours, cheikh Qassem a rendu hommage aux autres dirigeants martyrs de la première Bataille des Braves, à savoir Fouad Chokour, « l’assistant djihadiste, comptait parmi les fondateurs de la résistance au sein du Hezbollah et a joué un rôle majeur dans la mise en place des formations de résistance », à Hajj Ibrahim Aqil, également assistant djihadiste, qui « a consacré sa vie au djihad depuis l’invasion israélienne et a joué un rôle déterminant dans la création de la Force Al-Radwan. »

Il a poursuivi avec « L’assistant djihadiste, Haj Abdel-Meneim Karky, a consacré plus de quatre décennies à la lutte islamique, établissant les premières cellules de résistance et assumant la responsabilité du quartier général de sayyed al-Chouhada durant la période de soutien. L’assistant djihadiste, avec sayyed Souhail Husseini, a pris la responsabilité de l’état-major en 2008, développant les formations et jouant un rôle d’éducateur et d’intellectuel.

Il a aussi évoqué le chef martyr, « le moudjahid Cheikh Nabil Qawouq, était un véritable pilier pour Sayyed al-Chouhada, assumant de nombreuses responsabilités, dont la dernière était la responsabilité préventive. »

Cheikh Qassem a rendu hommage au « commandant martyr Abbas Niloforoushan qui était un assistant, un conseiller et un chef de la résistance », notant que « Hajj Mortada, Hajj Adel Muhammad Bahsoun et Hajj Maher Shahin se sont élevés en martyrs aux côtés de Sayyed Safieddine ».

Cheikh Qassem a aussi adressé « un message spécial aux martyrs vivants, aux blessés des bipeurs qui ont donné un exemple admirable, ainsi qu’aux prisonniers opprimés et à tous leurs proches ».

Il a salué la mémoire des « 3 400 martyrs, hommes et femmes, de la part des résistants et du peuple de la Bataille des Braves ».

“Nous sommes fidèles à l’alliance”

Par ailleurs, cheikh Qassem a expliqué que « le Conseil de la Choura du Hezbollah a décidé de baptiser toute la période allant de la bataille des Braves à nos jours par le mot d’ordre : “Nous sommes fidèles à l’alliance” ».

Et de préciser : « “Nous sommes fidèles à l’alliance” signifie que nous poursuivons notre action, et donc que les dirigeants tombés en martyrs sont remplacés par d’autres qui continuent sur la même voie. “Nous sommes fidèles à l’alliance” signifie que nous restons fidèles à nos principes…

Nous restons fidèles à nos principes, dont le fondement est la résistance courageuse et divinement ordonnée contre l’agression. Cette résistance est islamique, nationale et humanitaire, et nous la poursuivrons contre l’ennemi jusqu’à ce qu’il quitte notre terre et que nous obtenions la libération des territoires occupés. Nous restons fidèles à notre engagement, c’est-à-dire que nous respectons le martyre de Sayyed Hassan Nasrallah. Nous restons attachés à la préservation de l’unité nationale et de la coexistence, et à la satisfaction des besoins de la population. Nous restons attachés à tirer les leçons du passé. »

Cheikh Qassem a critiqué le comportement des autorités libanaises, et mis en valeur l’action de la résistance en déclarant :

« Il semble qu’elles ont oublié de se poser la question de savoir ce qu’a fait l’État ? Qui repousse l’agression contre un État ?

Il a affirmé que « la résistance, en coopération avec les résistants et les personnes honorables, a déjoué les objectifs de l’agression. La résistance a prouvé que les hordes étaient incapables d’atteindre leur but, celui de l’anéantir. Nous affrontons Israël, qui est soutenu par les États-Unis de toutes ses forces. Et les résistants ont su tenir tête à ces immenses hordes.

Que les sionistes sachent bien qu’avec ces résistants, le sang du maître des martyrs de la nation et ces sacrifices, nous ne pourrons que continuer et nous ne serons jamais vaincus. »

« Trois mois de résilience pour Ali Al-Taher »

Alors que le secrétaire général du Hezbollah rappelait que « les résistants ont stoppé l’avancée des brigades et de l’armée ennemie », il expliquait : « Nous avons tenu bon autant que le terrain le permettait à Bint Jbeil, Naqoura, Aïta al-Chaab, Ali al-Taher, et partout où la résistance s’est opposée pendant une période significative. À Ali al-Taher , la résistance a persévéré pendant trois mois, mais notre mission n’est pas de tenir le terrain. »

Il a ajouté : « Nous devons bien savoir que la résistance se combat de deux manières : en la combattant sur le lieu et au moment opportuns, dans toute la mesure du possible en termes de calculs de profit et de perte, et en empêchant l’ennemi de s’installer et de consolider son occupation. »

Il a souligné qu’« il est de la responsabilité des dirigeants de définir les étapes qui ne sont pas claires pour le peuple, et il est naturel pour une personne de ne pas révéler ses secrets », indiquant que « le silence sur certains détails est lié à la nature de la gestion du conflit ».

Il a poursuivi en disant : « Nous avons confiance en la victoire de Dieu, et elle se manifestera sous la forme que les gens désirent, avec la libération, si Dieu le veut. La résistance n’a été établie qu’en réaction à l’agression. »

Il a averti que « capituler face à l’ennemi signifierait la fin de la coexistence au Liban et l’établissement de colonies sur son territoire », ajoutant : « Ce pays est le nôtre, et nous ne céderons pas un pouce de ses 10 452 kilomètres carrés. L’avenir du pays est au Sud-Liban. Le Liban est un et le restera, ou il cessera d’exister », a déclaré le cheikh Qassem.

« Le mémorandum d’entente iranien a permis de réduire l’escalade. »

Cheikh Qassem a salué les résultats positifs du mémorandum d’entente iranien sur le Liban, déclarant : « Grâce à Dieu Tout-Puissant, dans la bataille de la « Paille rongée », le mémorandum a réduit l’escalade au niveau auquel nous assistons aujourd’hui », tout en soulignant que « la résistance a été capable de limiter le mouvement d’agression ».

Cheikh Qassem s’est adressé à l’ennemi sioniste en disant : « L’exigence que l’armée libanaise soit un instrument à votre service vous pèsera lourdement. Il s’agit d’une armée nationale. »

Il a averti que le Liban, sans résistance, disparaîtrait, et que l’ennemi voulait tout le Liban, pour y semer la discorde interne et soumettre le pays à l’administration américaine.

« Le président viole la constitution et l’accord de Taëf. »

Le secrétaire général du Hezbollah a par la suite critiqué l’accord-cadre conclu par les autorités libanaises.

« L’accord-cadre est une concession honteuse de tous les atouts que cette autorité pourrait posséder et utiliser pour tenter d’obtenir les droits du Liban…

L’autorité soutient le projet israélo-américain au lieu de le combattre.  L’autorité est responsable du maintien de la situation sécuritaire instable suite aux attaques, et elle ne tire aucun profit de la résistance et de la fermeté du peuple ».

Tout en reconnaissant que « le président a le droit de négocier, mais qu’il n’a pas le droit de violer la constitution et l’accord de Taëf et de renoncer au droit du Liban de poursuivre l’ennemi », cheikh Qassem a appelé à « mettre fin aux concessions », ajoutant : « Nous voulons que le président soit un arbitre et un unificateur, et non quelqu’un qui divise les Libanais. »

Il a réaffirmé que « le Hezbollah est prêt au dialogue », tout en demandant : « Mais comment pouvons-nous dialoguer avec ceux qui ont décrété que la résistance est hors-la-loi ? »

Il a souligné que si « Israël » se retirait aujourd’hui ou demain, ou acceptait toute action dans l’intérêt du Liban, cela serait le fruit de la résistance et du mémorandum d’entente, et non le fruit de l’accord et du « cadre de négociation ».

Message au peuple de la résistance

Cheikh Qassem s’est adressé au peuple de la résistance en disant : « Notre peuple résistant a stupéfié le monde, et nos combattants de la résistance se sont illustrés de façon légendaire face à l’ennemi. Nos chefs sont toujours sur le terrain et n’ont pas changé. »

Ô notre peuple qui souffre de grands sacrifices : nous savons que vous êtes un modèle de patience et que vous coopérez grandement pour préserver le mouvement. Je vous annonce que nous sommes déterminés à fournir des abris et à participer à la reconstruction grâce à nos moyens et à nos dons, et nous exhortons l’État à remplir son devoir. »

« La libération avant l’exclusivité des armes. »

Concernant la soi-disant « exclusivité des armes », cheikh Qassem a déclaré en s’adressant aux autorités : « Nous sommes prêts au dialogue et à la discussion sur la question de l’exclusivité des armes . Mais il faut d’abord parvenir à la libération. »

« L’Amérique veut contrôler le monde »

Dans la dernière partie de son discours, cheikh Qassem a également averti que « le danger s’étend à la région voire au monde entier, accusant l’Amérique de tenter de contrôler le monde et de dominer ses ressources.

Selon lui, « il n’y a plus de système de justice mondial ni de droit international », étant donné « qu’elle essaie d’occuper tous les territoires qu’elle peut, qu’elle a attaqué l’Iran en plein jour et qu’elle poursuit son agression et son siège sans aucune justification, si ce n’est celle de dominer, de contrôler et de s’emparer des ressources sous de fallacieux prétextes ».

Il a souligné que l’ennemi israélien commet des massacres au cœur de la Palestine occupée, notamment à Gaza, où le nombre de martyrs a atteint 75 000 et le nombre de blessés 175 000, en demandant : « Où est ce monde qui veut la justice ? »

Il a ajouté que ces massacres se déroulent sous le plein parrainage et la direction des États-Unis, et que « cet ennemi criminel ne cessera pas ses agissements », considérant la récente scène aux Nations Unies comme « la preuve qu’il s’agit d’un ennemi ostracisé à l’échelle mondiale, non seulement au sein de l’ONU, mais aussi auprès des peuples ». Il a déclaré : « Soyez assurés que c’est l’une des choses qui contribueront à faire tomber cet ennemi. »

« L’avenir appartient aux peuples »

Cheikh Qassem a salué la position de « l’Iran héroïque, martyr et généreux », affirmant qu’il avait offert « le Guide suprême, l’Imam Khamenei, que son secret soit sanctifié, qui est considéré comme le grand symbole de notre arène, de notre œuvre, de notre résistance et de notre protection », et qu’il avait consenti le sacrifice des dirigeants, des martyrs et des fils du peuple, tout en restant inébranlable ».

Il a décrit le peuple iranien comme un grand peuple, le louant, ainsi que les Gardiens de la révolution, les forces de sécurité, les dirigeants et les travailleurs, et a exprimé son espoir que l’Iran continuerait à progresser « sous la direction de l’ayatollah Sayyid Mojtaba, puisse son ombre perdurer ». Il a déclaré que l’Iran prouvera au monde qu’il l’avait protégé de la chute et de la descente dans l’abîme, pour le bien des forces de résistance et de l’humanité.

Concernant la Palestine, cheikh Qassem a exprimé l’espoir qu’elle devienne « le symbole et le visage de l’avenir » malgré tous les sacrifices, soulignant que son peuple est « grand, généreux et altruiste, et qu’il est, en définitive, le véritable propriétaire de cette terre ». Il a ajouté : « Quant à l’occupant, il ne restera pas longtemps, si Dieu le veut. »

Il a également adressé ses salutations au mouvement Ansarullah au Yémen, ainsi qu’au peuple yéménite, à ses combattants, à ses martyrs et à ses représentants, soulignant que « ce peuple soutenait la Palestine, l’Iran, le Liban et toutes les questions de la région ».

Il a souligné que le peuple yéménite œuvre aujourd’hui à se libérer des pressions économiques et politiques, considérant cela comme son droit naturel, et a déclaré : « Dieu Tout-Puissant vous donnera la force et la détermination, et si Dieu le veut, vous serez victorieux, si Dieu le veut. »

Pour terminer, cheikh Qassem a souligné que « l’avenir appartient aux peuples de la région » et que les justes martyrs qui ont quitté ce monde pour l’autre ont ouvert la voie à la victoire, ajoutant : « Il ne s’agit pas seulement d’une victoire locale, mais d’une victoire plus grande et plus vaste. La question exige de la patience. »

Et cheikh Qassem de conclure en récitant le verset suivant : « Seigneur, affermis nos pas et accorde-nous la victoire sur les incrédules. »

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Lectures complémentaires :

Hezbollah son histoire de linterieur naim qassem

Brett_Titley_Naim_Qassem_Sur le Hezbollah

Leila-Mezboudi_Al Qods dans le cœur et l’esprit de Hassan Nasrallah – de Karbala à l’humanité

Aurelie-Daher_Confluences_76_2011

Aurelie_Daher_lintervention-de-la-resistance-islamique-en-syrie-causes-formes-et-repercussions-en-termes-de-mobilisation

Daher_MO_2015

Aurelie Daher_Le HB libanais et la RIL des strategies complementaires

De Landauer à Nasrallah ou l’universalité de l’esprit de la société

Ali Shariati ou l’islam socialiste et revolutionnaire

Islam et historiographie : trouver l’équilibre entre enjeux politiques, contexte historique et quête de vérité (Amar Djerrad)

Posted in actualité, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, nature et spiritualité, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique with tags , , , on 29 septembre 2026 by Résistance 71

L’analyse faite par Amar Djerrad ci-dessous sur l’historiographie de l’exploitation idéologique et politique par “interprétation” subjective et abusive des écritures saintes en Islam pourrait tout aussi parfaitement se faire concernant le christianisme. Toutes les religions ont perdu leur spiritualité originelle d’amour, de compassion et d’entraide au sein de la communauté avec leur institutionnalisation et leur mise sous tutelle hiérarchique et donc empruntant une voie coercitive de domination au profit d’une oligarchie auto-établie. Cette analyse va de surcroît dans le sens de notre démarche de lancement de passerelles entre cultures afin de faire valoir ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous sépare, séparation, division, trop souvent factices et induites à des fins de contrôle comme nous le démontre parfaitement Amar.
Nous publierons très bientôt une analyse en deux partie que nous avons traduite depuis un ouvrage de recherche sur Islam et Anarchisme, qui sera parfaitement complémentaire de la présente étude d’Amar ci-dessous. A bientôt donc sur ce sujet.
~ Résistance 71 ~

Le « Sahih Al-Boukhari » : Entre enjeux politiques, contexte historique et quête de vérité

Par Amar Djerrad 

28 septembre 2026

Le « Sahih al-Boukhari » occupe une position quasi sacralisée dans l’orthodoxie sunnite. Il est désigné comme l’ouvrage revêtant le plus haut degré d’authenticité après le Coran. Néanmoins, cette prédominance rencontre des contestations majeures, notamment parce qu’il est matériellement impossible de vérifier des chaînes de transmission orales s’échelonnant sur deux siècles. Cet examen historiographique critique révèle les manipulations politiques orchestrées par les empires omeyyade et abbasside, ainsi qu’une scission religieuse durable qui caractérise le monde musulman.

L’empreinte dynastique : l’exploitation politique du sacré

La controverse entourant le « Sahih al-Boukhari », les récits historiques et le Coran demeure une problématique centrale des enjeux de légitimité religieuse dans la tradition musulmane. Cette division, qui continue de marquer les esprits musulmans contemporains, trouve ses origines dans l’exploitation politique de la foi par les premières dynasties régnantes. Bien que le Coran ait été rapidement mis par écrit après la mort du Prophète, les hadiths (et les récits) ont longtemps dépendu d’une transmission orale s’étalant sur environ deux cents ans. Cette longue période a intégré deux contextes politiques caractérisés par des antagonismes considérables : les époques omeyyade et abbasside.

Afin de consolider une légitimité fortement contestée à la suite de la première guerre civile (Fitna/فتنة), les califes omeyyades de Damas ont délibérément encouragé la production de hadiths (et de récits) répondant à leurs intérêts géopolitiques. Ces narrations soulignaient l’exigence d’une obéissance totale envers le souverain pour préserver la stabilité de l’empire. En 750, les Abbassides ont renversé les Omeyyades et ont modifié substantiellement l’orientation théologique. Pour justifier et consolider leur autorité, ils propagèrent une narration alternative, promouvant des hadiths et des récits qui légitimaient leur dynastie tout en invalidant ceux de leurs prédécesseurs. C’est dans ce contexte de reconstruction historique et idéologique, durant la période abbasside, qu’al-Boukhari rassembla son corpus de traditions.

L’impossible équation matérielle et arithmétique d’al-Boukhari

C’est face à ce contexte que la méthode d’authentification d’al-Boukhari se heurte à une impossibilité physique, temporelle et mathématique. La chaîne de transmission des hadiths est traditionnellement établie selon une succession de strates générationnelles : du Prophète vers les Compagnons (Sahaba), puis vers les Suivants (Tabi’ine), puis vers les Suivants des Suivants (Tabi’i at-Tabi’ine), remontant ainsi des chouyoukhs(maîtres) jusqu’à al-Boukhari qui a consigné son « Sahih ». Entre la mort du Prophète et celle d’al-Boukhari, il s’est écoulé environ 238 ans.

Chaque hadith possède sa chaîne de transmission (السند), s’élevant parfois jusqu’à huit intermédiaires successifs (de « A » à « H »). Or, remonter individuellement une telle chaîne deux siècles après les faits est matériellement irréalisable. Même en supposant qu’al-Boukhari rencontre le premier témoin vivant (« A »), qui le renvoie à « B », puis à « C », le quatrième maillon (« D ») serait déjà un centenaire. Dès lors, comment aurait-il pu vérifier de visu l’existence et la fiabilité des transmetteurs restants (« E » à « H »), décédés depuis de longues décennies ? Pour un seul récit, cette quête exigeait de parcourir des milliers de kilomètres à dos de monture à travers plusieurs pays (Bagdad, Égypte, Médine, Syrie), pour finir par écrire sur des peaux de bêtes.

Pour mesurer l’ampleur de cette impasse, un examen arithmétique s’impose. La tradition affirme qu’al-Boukhari a analysé un corpus initial de 300 000 hadiths sur une période de 16 ans de recherche. En postulant un rythme de travail acharné de 12 heures par jour, sans aucun jour de repos, le calcul démontre une impossibilité physique :

• 300 000 hadiths divisés par 16 ans équivalent à 18 750 hadiths par an.
• 18 750 hadiths divisés par 365 jours représentent 52 hadiths par jour.
• 52 hadiths divisés par 12 heures imposent une cadence de 4 hadiths par heure, vérifiés auprès des rapporteurs et transcrits toutes les 15 minutes de manière ininterrompue pendant 16 ans !

Si l’on adopte le chiffre de 600 000 hadiths parfois avancé par certains oulémas du Moyen-Orient, la cadence tombe à un récit toutes les 7 minutes. Même en réduisant l’analyse aux seuls 7 000 à 7 200 hadiths finalement retenus comme authentiques dans le ‘Sahih’, al-Boukhari aurait dû valider définitivement un hadith par jour, chaque jour, pendant 16 ans. Face aux contraintes logistiques de l’époque, une telle productivité dépasse les capacités d’une vie humaine. Une telle entreprise est irréalisable, même assistée par les technologies numériques et les moyens de transport du XXIe siècle.

Afin de résoudre cette problématique, l’interprétation traditionnelle soutient qu’al-Boukhari aurait rassemblé ces chaînes de transmission auprès de plus de 1 000 « maîtres ». Néanmoins, cette théorie s’appuie sur l’hypothèse d’une accumulation de transmissions d’une improbabilité remarquable, où de nombreux érudits auraient conservé cet enseignement dans le but exclusif de le communiquer simultanément à un seul individu. Devant ces obstacles pratiques quasi insurmontables, al-Boukhari apparaît plutôt comme une figure légendaire façonnée par la puissance abbasside afin de donner une légitimité sacrée à son corpus théologique, plutôt que comme un savant résolu et indépendant.

Al-Bukhari : les failles du texte face à la critique

Cette fusion du politique et du sacré constitue la principale cause de la division religieuse parmi les musulmans à l’époque contemporaine. Ceci a engendré un islam « parallèle », confus, parfois destructeur et ‘excommunicateur’, souvent en contradiction avec l’islam du Coran ainsi qu’avec les faits et gestes authentiques du Prophète (QSSL), que le texte coranique désigne pourtant comme possédant une « moralité éminente » (innaka la’ala khuluqin ‘adhim). Les tenants de la tradition ancienne vont jusqu’à qualifier certains versets de « mansoukh » (inopérants) quand ils gênent leurs objectifs. C’est le cas de ce hadith d’Al-Bukhari visant les non-musulmans, qui énonce : « J’ai été envoyé avec l’épée jusqu’à ce que vous attestiez qu’il n’y a pas de divinité en dehors de Dieu », s’opposant frontalement au verset coranique : « Combattez dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes, Allah n’aime pas les transgresseurs ».

Les travaux de recherche actuels portant sur le « Sahih al-Boukhari » remettent en cause son rôle de fondement religieux incontesté en soulignant quatre défaillances :

  • Un grand nombre de récits prophétiques sont rejetés par les critiques car ils vont à l’encontre des enseignements moraux du Coran, contredisent les avancées scientifiques ou proposent des versions divergentes d’un même événement.
  • L’absence d’un document original rédigé de la main d’al-Boukhari oblige à s’appuyer sur des reproductions plus tardives, en particulier celle de son disciple al-Firabri. Les exégètes, à l’instar d’al-Asqalani,      reconnaissent qu’al-Firabri et ses successeurs ont dû rassembler des éléments fragmentaires et combler les lacunes laissées par le maître, ce qui suscite de sérieuses interrogations quant à la fidélité du texte final.
  • La méthode d’examen moral des transmetteurs (علم الرجال et اسناد) est jugée arbitraire, car elle a été formalisée des siècles après la mort des rapporteurs, restant profondément influencée par les rivalités politiques et religieuses de l’époque. Aujourd’hui, on répète encore, par exemple, cette anormalité : on anoblit de « radhia allaou ânhou » (que Dieu l’agrée) aussi bien le « sahabi » (Compagnon)) tueur de « sahabi » que sa victime « sahabi ». Cette absence de discernement moral fragilise la crédibilité et l’impartialité de la chaîne de transmission.
  • Les mouvements de réforme rejettent les hadiths qui légitiment la violence ou les discriminations envers les femmes, arguant que des biais culturels humains ne sauraient constituer des enseignements divins.

Cette approche de déconstruction textuelle est aujourd’hui soutenue par des courants d’analyse critique qui considèrent le hadith (et le récit) comme des expressions d’une dynamique culturel proprement humaine, en rappelant parallèlement que la tradition classique comprenait déjà des oulémas qui contestaient la véracité de certains récits. Des oulémas et chercheurs contemporains tentent d’y remédier, mais non sans difficultés, allant jusqu’à subir la prison ou l’accusation de « kafir » (mécréant) par les « gardiens du temple ».

Cette crise fondamentale concernant la légitimité des textes partage le monde musulman en trois courants :

  • Les traditionalistes, qui défendent l’infaillibilité dogmatique d’al-Boukhari comme base indispensable de la loi islamique.
  • Les réformistes rationalistes, qui appellent à épurer les récits des époques omeyyade et abbasside pour préserver l’éthique coranique.
  • Les ‘coranistes’(القرآنيون), qui rejettent totalement les hadiths pour s’en tenir à la seule autorité du texte coranique.
  • Au-delà de ces divisions théoriques, l’examen critique contemporain démontre de quelle manière le phénomène religieux s’est transformé en outil de domination idéologique. C’est justement sous cet angle que l’islamisme contemporain perpétue cette dynamique historique : il détourne la croyance religieuse afin d’en faire un puissant instrument politique. Au moyen de méthodes de conditionnement psychologique collectif, les mouvements radicaux recrutent les individus et relèguent la dimension spirituelle au second plan, la sacrifiant à une idéologie belliciste. Leurs orateurs — souvent des suppôts rémunérés — prônent la conquête, le ressentiment et le repli communautaire, déployant un mécanisme d’endoctrinement méthodique qui sépare les populations des enjeux économiques et sociaux réels pour mieux les soumettre.

L’apparition et l’organisation des mouvements sectaires ainsi que des courants islamistes dans l’islam comtemporain ne résultent pas d’un processus spontané, mais s’intègrent dans des stratégies géopolitiques délibérées de domination. Par le biais d’une véritable stratégie de division, ces organisations exploitent le repli identitaire et le discours religieux afin de dissimuler une volonté de domination et des enjeux d’ordre socio-économique. En fragmentant le tissu social au moyen de mécanismes d’exclusion mutuelle, la dimension religieuse s’éloigne progressivement du domaine spirituel pour se convertir en outil de dissimulation d’intérêts matériels et en dispositif de régulation de la conscience collective.

Quel avenir pour l’Islam face aux divisions politiques ?

L’examen méthodique des obstacles matériels, logiques et institutionnels ayant marqué l’élaboration du « Sahih al-Boukhari » indique que le différend actuel dépasse le cadre d’un simple débat académique. Il représente davantage l’expression d’une prise de contrôle intentionnelle de l’espace sacré, initiée au cours des ères omeyyade et abbasside, et maintenue par les stratégies géopolitiques des factions concurrentes contemporaines. La foi religieuse a souvent servi de voile dissimulant des ambitions de domination et des thèses de désintégration sociale.

Aussi longtemps que le courant traditionaliste ne reconnaîtra pas les aspects humains, organisationnels et politiques qui caractérisent la transmission des hadiths/récits, la religion restera vulnérable à ces processus de domination et d’exclusion mutuelle. L’évolution de la pensée islamique repose sur la capacité des croyants à discerner avec lucidité : il convient de distinguer le message intemporel du Coran des enjeux politiques et des fractures engendrées par les anciens empires ou les mouvements contemporains. Restaurer la place fondamentale de l’analyse historique et de la pensée rationnelle s’avère essentiel pour dépasser les clivages actuels et redonner à la vie spirituelle son authentique dimension humaine.

Franchement, est-il concevable de vouloir reproduire les conditions d’existence, les pratiques sociales et les structures mentales des sociétés bédouines du VIe siècle dans l’univers actuel dominé par la révolution informatique et l’énergie atomique ?

Amar Djerrad

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Amar Djerrad sur Résistance 71

Soufisme, taoïsme et essence cosmique…

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