Lois, droit, autorité… De quoi parle t’on ? (suite)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 27 juillet 2016 by Résistance 71

« Seule la révolution sociale pourra finalement détruire le fascisme parce que la faire veut aussi dire détruire l’État, comme le fascisme est l’État fonctionnant dans un mode particulier, tous les états tournent fascistes lorsque la menace au pouvoir et au privilège que l’état protège et personnifie devient suffisamment mise en danger. Le fascisme s’affirme lorsque les privilèges ne peuvent plus être sécurisés par des moyens volontaire, en d’autres termes, c’est la collaboration de classe forcée, par opposition à la collaboration de classe volontaire d’une société libérale. »
~ Stuart Christie ~

« La révolution sociale plutôt que les urnes ! »
~ Buenaventura Durutti ~

 

La loi et l’autorité

 

Pierre Kropotkine

 

Les Temps Nouveaux, 1892

 

Brochure publiée en 6e édition, en 1892, à sept mille exemplaires, conformément au désir de notre camarade Lucien Massé, coiffeur à Ars en Ré, qui en mourant, avait légué à la RÉVOLTE la somme nécessaire à cette publication.

 

1ère partie

2ème partie

 

III

Nous avons vu comment la Loi est née des coutumes et des usages établis, et comment elle représentait dès le début un mélange habile de coutumes sociables, nécessaires à la préservation de la race humaine, avec d’autres coutumes, imposées par ceux qui profitaient des superstitions populaires pour consolider leur droit du plus fort. Ce double caractère de la Loi détermine son développement ultérieur chez les peuples de plus en plus policés. Mais, tandis que le noyau de coutumes sociables inscrites dans la Loi ne subit qu’une modification très faible et très lente dans le cours des siècles,  — c’est l’autre partie des lois qui se développe, tout à l’avantege des classes dominantes, tout au détriment des classes opprimées. C’est à peine si, de temps en temps, les classes dominantes se laissent arracher une loi quelconque qui représente, ou semble représenter, une certaine garantie pour les déhérités. Mais alors cette loi ne fait qu’abroger une loi précédente, faite à l’avantage des classes dominatrices.  «Les meilleures lois», disait Burkle, «furent celles qui abrogèrent des lois précédentes.» Mais, quels efforts terribles n’a-t-il pas fallu dépenser, quels flots de sang n’a-t-il pas fallu verser chaque fois qu’il s’agissait d’abroger une de ces institutions qui servent à tenir le peuple dans les fers ! Pour abolir les derniers vestiges du servage et des droits féodaux et pour briser la puissance de la camarilla royale, il a fallu que la France passât par quatre ans de révolution et par vingt ans de guerres. Pour abroger la moindre des lois iniques qui nous sont léguées par le passé, il faut des dizaines d’années de lutte, et pour la plupart, elles ne disparaissent que dans les périodes révolutionnaires.

Les socialistes ont déjà fait maintes fois l’histoire de la génèse du Capital. Ils ont raconté comment il est né des guerres et du butin, de l’esclavage, du servage, de la fraude et de l’exploitation moderne. Ils ont montré comment il s’est nourri du sang de l’ouvrier et comment peu à peu il a conquis le monde entier. Ils ont encore à faire la même histoire, concernant la génèse et le développement de la Loi. Heureusement, l’esprit populaire, prenant, comme toujours, les devants sur les hommes de cabinet, fait déjà la philosophie de cette histoire et il en plante les jalons essentiels.

Faite pour garantir les fruits du pillage, de l’accaparement et de l’exploitation, la Loi a suivi les mêmes phases de développement que le Capital : frère et soeur jumeaux, ils ont marché la main dans la main, se nourrissant l’un et l’autre des souffrances et des misères de l’humanité. Leur histoire a été presque la même dans tous les pays d’Europe. Ce ne sont que les détails qui diffèrent : le fond reste le même ; et, jeter un coup d’oeil sur le développement de la Loi en France, ou en Allemagne, c’est connaître dans ses traits essentiels ses phases de développement dans la plupart des nations européennes.

A ses origines, la Loi était le pacte ou contrat national. Au Champ de Mai, les légions et le peuple agréaient le contrat ; le Champ de Mai des Communes primitives de la Suisse est encore un souvenir de cette époque, malgré toute l’altération qu’il a subie par l’immixion de la civilisation bourgeoise et centralisatrice. Certes, ce contrat n’était pas toujours librement consenti ; le fort et le riche imposaient déjà leur volonté à cette époque. Mais du moins, ils rencontraient un obstacle à leurs tentatives d’envahissement dans la masse populaire qui souvent leur faisait aussi sentir sa force.

Mais, à mesure que l’Eglise d’une part et le seigneur de l’autre réussissent à asservir le peuple, le droit de légiférer échappe des mains de la nation pour passer aux privilégiés. L’Eglise étend ses pouvoirs. Soutenue par les richesses qui s’accumulent dans ses coffres, elle se mêle de plus en plus dans la vie privée et, sous prétexte de sauver les âmes, elle s’empare du travail de ses serfs, elle prélève l’impôt sur toutes les classes, elle étend sa juridiction ; elle multiplie les délits et les peines et s’enrichit en proportion des délits commis, puisque c’est dans ses coffres-forts que s’écoule le produit des amendes. Les lois n’ont plus trait aux intérêts nationaux : «on les croirait plutôt émanées d’un Concile de fanatiques religieux que de législateurs», — observe un historien du droit français.

En même temps, à mesure que le seigneur, de son côté, étend ses pouvoirs sur les laboureurs des champs et les artisans des villes, c’est lui qui devient aussi juge et législateur. Au dixième siècle, il existe des monuments de droit public, ce ne sont que des traités qui règlent les obligations, les corvées et les tributs des serfs et des vassaux du seigneur. Les législateurs à cette époque, c’est une poignée de brigands, se multipliant et s’organisant pour le brigandage qu’ils exercent contre un peuple devenu de plus en plus pacifique à mesure qu’il se livre à l’agriculture. Ils exploitent à leur avantage le sentiment de justice inhérent aux peuples ; ils se posent en justiciers, se donnent de l’application même des principes de justice une source de revenus, et fomentent les lois qui serviront à maintenir leur domination.

Plus tard ces lois rassemblées par les légistes et classifiées, servent de fondement à nos codes modernes. Et on parlera encore de respecter ces codes, — héritage du prêtre et du baron !

La première révolution, la révolution des Communes, ne réussit à abolir qu’une partie de ces lois ; car les chartes des communes affranchies ne sont pour la plupart qu’un compromis entre la législation seigneuriale ou épiscopale et les nouvelles relations, créées au sein de la Commune libre. Et cependant, quelle différence entre ces lois et nos lois actuelles ! La Commune ne se permet pas d’emprisonner et de guillotiner les citoyens pour une raison d’Etat : elle se borne à expulser celui qui a comploté avec les ennemis de la Commune, et à raser sa maison. Pour la plupart des soi-disant «crimes et délits», elle se borne à imposer des amendes ; on voit même, dans les Communes du douzième siècle, ce principe si juste, mais oublié aujourd’hui, que c’est toute la Commune qui répond pour les méfaits commis par chacun de ses membres. Les sociétés d’alors, considérant le crime comme un accident, ou comme un malheur (c’est encore jusqu’à présent la conception du paysan russe), et n’admettant pas le principe de vengeance personnelle, prêchée par la Bible, comprenaient que la faute pour chaque méfait retombe sur la société entière. Il a fallu toute l’influence de l’Eglise byzantine, qui importait en Occident la cruauté raffinée des despotes de l’Orient, pour introduire dans les moeurs des Gaulois et des Germains la peine de mort et les supplices horribles qu’on infligea plus tard à ceux qu’on considérait comme criminels; il a fallu toute l’influence du code civil romain, — produit de la pourriture de la Rome impériale, — pour introduire ces notions de propriété foncière illimitée qui vinrent renverser les coutumes communalistes des peuples primitifs.

On sait que les Communes libres n’ont pu se maintenir ; elles devinrent la proie de la royauté. Et à mesure que la royauté acquérait une force nouvelle, le droit de la législation passait de plus en plus dans les mains d’une coterie de courtisans. L’appel à la nation n’est fait que pour sanctionner les impôts demandés par le roi. Des parlements, appelés à deux siècles d’intervalle, selon le bon plaisir et les caprices de la Cour, des «Conseils extraordinaires», des «séances de notables», où les ministres écoutent à peine les «doléances» des sujets du roi, — voilà les législateurs. — Et plus tard encore, lorsque les pouvoirs sont concentrés dans une seule personne qui dit : «l’Etat, c’est Moi», c’est «dans le secret des Conseils du prince», selon la fantaisie d’un ministre ou d’un roi imbécile, que se fabriquent les édits, auxquels les sujets sont tenus d’obéir sous peine de mort. Toutes les garanties judiciaires sont abolies ; la nation est serve du pouvoir royal et d’une poignée de courtisans ; les peines les plus terribles : la roue, le bûcher, l’écorchement, les tortures en tout genre, — produits de la fantaisie malade de moines et fous enragés qui cherchent leurs délices dans les souffrances des suppliciés, — voilà les progrès qui font leur apparition à cette époque.

C’est à la grande révolution que revient l’honneur d’avoir commencé la démolition de cet échafaudage de lois qui nous a été légué par la féodalité et la royauté. Mais, après avoir démoli quelques parties du vieil édifice, la Révolution remit le pouvoir de légiférer entre les mains de la bourgeoisie qui, à son tour, commença à élever tout un nouvel échafaudage de lois destinées à maintenir et à perpétuer sa domination sur les masses. Dans ses parlements, elle légifère à perte de vue, et des montagnes de paperasses s’accumulent avec une rapidité effroyable. Mais que sont au fond toutes ces lois ? La plus grande partie n’a qu’un but : celui de protéger la propriété individuelle, c’est-à-dire, les richesses acquises au moyen de l’exploitation de l’homme par l’homme, d’ouvrir de nouveaux champs d’exploitation au capital, de sanctionner les nouvelles formes que l’exploitation revêt sans cesse à mesure que le Capital accapare de nouvelles branches de la vie humaine : chemins de fer, télégraphes, lumière électrique, industrie chimique, expression de la pensée humaine par la littérature et la science, etc., etc. Le reste des lois, au fond, a toujours le même but, c’est-à-dire le maintien de la machine gouvernementale qui sert à assurer au Capital l’exploitation et l’accaparement des richesses produites. Magistrature, police, armée, instruction publique, finances, tout sert le même dieu : le Capital ; tout cela n’a qu’un but : celui de protéger et de faciliter l’exploitation du travailleur par le capitaliste. Analysez toutes les lois faites depuis cent ans, vous n’y trouverez pas autre chose. La protection des personnes, que l’on veut représenter comme la vraie mission de la Loi, n’y occupe qu’une place presque imperceptible ; car, dans nos sociétés actuelles, les attaques contre les personnes, dictées directement par la haine et la brutalité, tendent à disparaître. Si l’on tue quelqu’un, aujourd’hui, c’est pour piller et rarement par vengeance personnelle. Et si ce genre de crimes et délits va toujours en diminuant, ce n’est certainement pas à la législation que nous le devons: c’est au développement humanitaire de nos sociétés, à nos habitudes de plus en plus sociables, et non pas aux prescriptions de nos lois. Qu’on abroge demain toutes les lois concernant la protection des personnes, qu’on cesse demain toute poursuite pour attentats contre les personnes, et le nombre d’attentats dictés par la vengeance personnelle ou par la brutalité n’augmentera pas d’un seul.

On nous objectera, peut-être, qu’on a fait depuis cinquante ans bon nombre de lois libérales. Mais qu’on analyse ces lois, et l’on verra que toutes ces lois libérales ne sont que l’abrogation de lois qui nous ont été léguées par la barbarie des siècles précédents. Toutes les lois libérales, tout le programme radical, se résument en ces mots : abolition de lois devenues gênantes pour la bourgeoisie elle-même, et retour aux libertés des communes du douzième siècle, étendues à tous les citoyens. L’abolition de la peine de mort, le jury pour tous les «crimes» (le jury, plus libéral qu’aujourd’hui, existait au douzième siècle), la magistrature élue, le droit de mise en accusation des fonctionnaires, l’abolition des armées parmanentes, la liberté d’enseignement, etc., tout cela qu’on nous dit être une invention du libéralisme moderne, n’est qu’un retour aux libertés qui existaient avant que l’Eglise et le Roi n’eussent étendu leur main sur toutes les manifestations de la vie humaine.

La protection de l’exploitation, directe par les lois sur la propriété, et indirecte par le maintien de l’Etat, voilà donc l’essence et la matière de nos codes modernes et la préoccupation de nos engins coûteux de législation. Il est temps, cependant, de ne plus nous payer de phrases et de nous rendre compte de ce qu’ils sont en réalité. La loi que l’on présenta au début comme un recueil de coutumes utiles à la préservation de la société, n’est plus qu’un instrument pour le maintien de l’exploitation et la domination des riches oisifs sur les masses laborieuses. Sa mission civilisatrice est nulle aujourd’hui, elle n’a qu’une mission : le maintien de l’exploitation.

Voilà ce que nous dit l’histoire du développement de la Loi. Est-ce à ce titre que nous sommes appelés à la respecter? Certainement non. Pas plus que Capital, produit du brigandage, elle n’a droit à notre respect. Et le premier devoir des révolutionnaires du vingtième siècle sera de faire un autodafé de toutes les lois existantes, comme ils le feront des titres de propriété.

IV

Si on étudie les millions de lois qui régissent l’humanité, on s’aperçoit aisément qu’elles peuvent être subdivisées en trois catégories : protection de la propriété, protection des personnes, protection du gouvernement. et, en analysant ces trois catégories, on en arrive à l’égard de chacune d’elles à cette conclusion logique et nécessaire : Inutilité et nuisibilité de la Loi.

Pour la protection de la propriété, les socialistes savent ce qu’il en est. Les lois sur la propriété ne sont pas faites pour garantir à l’individu ou à la société la jouissance des produits de leur travail. Elles sont faites, au contraire, pour dérober au producteur une partie de ce qu’il produit et pour assurer à quelques-uns la part des produits qu’ils ont dérobés, soit aux producteurs, soit à la société entière. Lorsque la loi établit les droits de Monsieur un tel sur une maison, par exemple, elle établit son droit, non pas sur une cabane qu’il aurait bâtie lui-même, ou sur une cabane qu’il aurait élevée avec le secours de quelques amis. Elle établit, au contraire, ses droits sur une maison qui n’est pas le produit de son travail, d’abord, parce qu’il l’a fait bâtir par d’autres, auxquels il a n’a pas payé toute la valeur de leur travail, et ensuite — parce que cette maison représente une valeur sociale qu’il n’a pu produire à lui seul : la loi établit ses droits sur une portion de ce qui appartient à tout le monde et à personne en particulier. La même maison, bâtie au milieu de la Sibérie, n’aurait pas la valeur qu’elle a dans une grande ville, et cette valeur-ci provient, — on le sait, — du travail de toute une cinquantaine de générations qui ont bâti la ville, qui l’ont embellie, pourvue d’eau et de gaz, de beaux boulevards, d’universités, de théâtres et de magasins, de chemins de fer et de routes rayonnant dans toutes les directions. En reconnaissant donc les droits de Monsieur un tel sur une maison à Paris, à Londres, à Rouen, la loi lui approprie — injustement — une certaine part de produits du travail de l’humanité entière. Et c’est précisément parce que cette appropriation est une injustice criante (toutes les autres formes de propriété ont le même caractère), qu’il a fallu tout un arsenal de lois et toute une armée de soldats, de policiers et de juges, pour le maintenir contre le bon sens et le sentiment de justice inhérent à l’humanité.

Eh bien, la moitié de nos lois, — les codes civils de tout pays, — n’ont d’autre but que celui de maintenir cette appropriation, ce monopole, au profit de quelques-uns, contre l’humanité entière. Les trois quarts des affaires jugées par les tribunaux ne sont que des querelles surgissant entre monopolistes : deux voleurs se disputant le butin. Et une bonne partie de nos lois criminelles ont encore le même but, puisqu’elles ont pour objectif de maintenir l’ouvrier dans une position subordonnée à celle du patron, afin d’assurer à celui-ci l’exploitation de celui-là.

Quant à garantir au producteur les produits de son travail, il n’y a même pas de lois qui s’en chargent. Cela est si simple et si naturel, si bien dans les moeurs et dans les habitudes de l’humanité, que la Loi n’y a même pas songé. Le brigandage ouvert, les armes à la main, n’est plus de notre siècle : un travailleur ne vient jamais non plus disputer à un autre travailleur les produits de son travail ; s’il y a malentendu entre eux, ils le vident sans avoir recours à la Loi, en s’adressant à un tiers, et si quelqu’un vient exiger d’un autre une certaine part de ce qu’il a produit, ce n’est que le propriétaire, venant prélever sa part du lion. Quant à l’humanité en général, elle respecte partout le droit de chacun sur ce qu’il a produit, sans qu’il y ait pour cela besoin de lois spéciales.

Toutes ces lois sur la propriété, qui font les gros volumes des codes et la joie de nos avocats, n’ayant ainsi d’autre but que celui de protéger l’appropriation injuste des produits du travail de l’humanité par certains monopoleurs, n’ont aucune raison d’être, et les socialistes-révolutionnaires sont bien décidés à les faire disparaître le jour de la Révolution. Nous pouvons, en effet, avec pleine justice, faire un autodafé complet de toutes les lois qui sont en rapport avec les ci-nommés «droits de propriété», de tous les titres de propriété, de toutes les archives, — bref, de tout ce qui a trait à cette institution, qui sera bientôt considérée comme tache humiliante dans l’histoire de l’humanité, au même titre que l’esclavage et le servage des siècles passés.

Ce que nous venons de dire sur les lois concernant la propriété s’applique complètement à cette seconde catégorie de loi, — les lois servant à maintenir le gouvernement, ou les lois constitutionnelles.

C’est encore tout un arsenal de lois, de décrets, d’ordonnances, d’avis, etc., servant à protéger les diverses formes de gouvernement représentatif (par délégation ou par usurpation), sous lesquelles se débattent encore les sociétés humaines. Nous savons fort bien, — les anarchistes l’ont assez souvent démontré par la critique qu’ils ont faite sans cesse des diverses formes de gouvernement, — que la mission de tous les gouvernements monarchiques, constitutionnels et républicains, est de protéger et de maintenir par la force les privilèges des classes possédantes: aristocratie, prêtraille et bourgeoisie. Un bon tiers de nos lois, — les lois «fondamentales», lois sur les impôts, sur les douanes, sur l’organisation des ministères et de leurs chancelleries, sur l’armée, la police, l’église, etc., — et il y en a bien quelques dizaines de mille dans chaque pays, — n’ont d’autre but que celui de maintenir, de rhabiller et de développer la machine gouvernementale, qui sert, à son tour, presque entièrement à protéger les privilèges des classes possédantes. Qu’on analyse toutes ces lois, qu’on les observe en action au jour le jour, et l’on s’apercevra qu’il n’y en a pas une bonne à conserver — en commençant par celles qui livrent les communes, pieds et mains liées, au curé, aux gros bourgeois de l’endroit et au sous-préfet, et en finissant par cette fameuse constitution (la dix-neuvième ou la vingtième depuis 1789), qui nous donne une Chambre de crétins et de boursicoteurs préparent la dictature de quelque aventurier quelconque, si ce n’est le gouvernement d’une tête de chou couronnée.

Bref, à l’égard de ces lois, il ne peut y avoir de doute. Non seulement les anarchistes, mais aussi bien les bourgeois plus ou moins révolutionnaires, sont d’accord en ceci, que le seul usage que l’on puisse faire de toutes les lois concernant l’organisation du gouvernement, — c’est d’en allumer un feu de joie.

Reste la troisième catégorie de lois, la plus importante, puisque c’est à elle que s’attachent le plus de préjugés : les lois concernant la protection des personnes, la punition et la prévention des «crimes». En effet, cette catégorie est la plus importante, parce que si la Loi jouit d’une certaine considération, c’est qu’on croit ce genre de lois absolument indispensables au maintien de la sécurité dans nos sociétés. Ce sont ces lois qui se sont développées autour du noyau de coutumes utiles aux sociétés humaines et qui furent exploitées par les dominateurs pour sanctifier leur domination. L’autorité des chefs de tribus, des familles riches dans les communes et du roi s’appuyait sur les fonctions de juges qu’ils exerçaient ; et jusqu’à présent encore, chaque fois que l’on parle de la nécessité du gouvernement, c’est sa fonction de juge suprême que l’on sous-entend. — «Sans gouvernement, les hommes s’égorgeraient entre eux !» dit le raisonneur de village. — «Le but final de tout gouvernement est de donner douze honnêtes jurés à chaque inculpé», — disait Burke.

Eh bien, malgré tous les préjugés existant à ce sujet, il est bien temps que les anarchistes disent hautement que cette catégorie de lois est aussi inutile et aussi nuisible que les précédentes.

D’abord, quant aux ci-nommés «crimes», aux attentats contre les personnes, il est connu que les deux tiers et souvent même les trois quarts de tous les «crimes» sont inspirés par le désir de s’emparer des richesses appartenant à quelqu’un. Cette catégorie immense de ci-nommés «crimes et délits» disparaîtra lorsque la propriété aura cessé d’exister.

– «Mais, nous dira-t-on, il y aura toujours des brutes qui attenteront à la vie des citoyens, qui porteront un coup de couteau à chaque querelle, qui vengeront la moindre offense par un meurtre, s’il n’y a pas de lois pour les restreindre et des punitions pour les retenir !» — Voilà le refrain qu’on nous chante dès que nous mettons en doute le droit de punir de la société.

Là-dessus, il y a cependant une chose bien établie aujourd’hui : La sévérité des punitions ne diminue pas le nombre des «crimes». Pendez, écartelez, si vous voulez, les assassins, le nombre d’assassinats ne diminuera pas d’un seul. Par contre, abolissez la peine de mort, et il n’y aura pas un seul assassinat de plus. Les statisticiens et les légistes savent que jamais diminution de sévérité dans le code pénal n’amena une augmentation d’attentats contre la vie des citoyens. D’autre part, que la récolte soit bonne, que le pain soit bon marché, que le temps soit beau, — et le nombre des assassinats diminuera aussitôt. Il est prouvé par la statistique, que le nombre des crimes augmente et diminue toujours en proportion du prix des denrées et du beau ou mauvais temps. Non pas que tous les assassinats soient inspirés par la faim. Point du tout ; mais lorsque la récolte est bonne et les denrées à un prix accessible, les hommes, plus gais, moins misérables que de coutume, ne se laissent pas aller aux sombres passions et ne vont pas plonger un couteau dans le sein d’un de leurs semblables pour des motifs futiles.

En outre, il est connu aussi que la peur de la punition n’a jamais arrêté un seul assassin. Celui qui va tuer son voisin par vengeance ou par misère ne raisonne pas trop sur les conséquences, et il n’y a pas d’assassin qui n’ait la ferme conviction d’échapper aux poursuites.

D’ailleurs, que chacun raisonne lui-même sur ce sujet, qu’il analyse les crimes et les peines, leurs motifs et leurs conséquences, et s’il sait raisonner sans se laisser influencer par les idées préconçues, il arrivera nécessairement à cette conclusion :

«Sans parler d’une société où l’homme recevra une meilleure éducation, où le développement de toutes ses facultés et la possibilité d’en jouir lui procurera tant de jouissances qu’il ne cherchera pas à les perdre par un assassinat, — sans parler de la société future, même dans notre société, même avec ces tristes produits de la misère que nous voyons aujourd’hui dans les cabarets des grandes cités, — le jour où aucune punition ne serait infligée aux assassins, le nombre d’assassinats n’augmenterait pas d’un seul cas ; il est fort probable qu’il diminuerait au contraire de tous les cas qui sont dûs aujourd’hui aux récidivistes, abrutis dans les prisons.»

On nous parle toujours des bienfaits de la loi et des effets salutaires des peines, mais a-ton jamais essayé de faire la balance entre ces bienfaits qu’on attribue à la loi et aux peines, et l’effet dégradant de ces peines sur l’humanité? Qu’on fasse seulement l’addition de toutes les mauvaises passions réveillées dans l’humanité par les punitions atroces qu’on infligeait jadis dans nos rues ! Qui donc a choyé et développé les instincts de cruauté dans l’homme (instincts inconnus aux animaux, l’homme étant devenu l’animal le plus cruel de la terre), si ce n’est le roi, le juge et le prêtre armés de la loi, qui faisaient arracher la chair par lambeaux, verser de la poix brûlante dans les plaies, disloquer les membres, broyer les os, scier les hommes en deux, pour maintenir leur autorité ? Que l’on calcule seulement tout le torrent de dépravation versé dans les sociétés humaines par la délation, favorisée par les juges et payée par les écus sonnants du gouvernement, sous prétexte d’aider à la découverte des crimes. Que l’on aille en prison et que l’on étudie là ce que devient l’homme, privé de liberté, enfermé avec d’autres dépravés qui se pénètrent de toute la corruption et de tous les vices qui suintent de nos prisons actuelles ; et que l’on se souvienne seulement que plus on les réforme, plus détestables elles sont, tous nos pénitentiers modernes et modèles étant cent fois plus abominables que les donjons du moyen-âge. Que l’on considère enfin quelle corruption, quelle dépravation de l’esprit est maintenue dans l’humanité par cette idée d’obéissance — essence de la loi, — de châtiment, d’autorité ayant le droit de punir, de juger, en dehors de la conscience ; par ces fonctions de bourreaux, de geôliers, de dénonciateurs, —bref, de tous ces attributs de la Loi et de l’Autorité. Que l’on considère tout cela, et on sera certainement d’accord avec nous, lorsque nous disons que la Loi et la pénalité sont des abominations qui doivent cesser d’exister.

D’ailleurs, les peuples non-policés et, partant moins imbus de préjugés autoritaires, ont parfaitement compris que celui que l’on nomme un «criminel», est tout bonnement un malheureux ; qu’il ne s’agit pas de le faire fouetter, de l’enchaîner ou de le faire mourir sur l’échafaud ou en prison, mais qu’il faut le soulager par les soins les plus fraternels, par un traitement égalitaire, par la pratique de la vie entre honnêtes gens. Et nous espérons que dans la prochaine révolution éclatera ce cri :

«Brûlons les guillotines, démolissons les prisons, chassons le juge, le policier, le délateur -— race immonde s’il en fût jamais sur la terre, — traitons en frère celui qui aura été porté par la passion à faire du mal à son semblable, par-dessus tout ôtons aux grands criminels, à ces produits ignobles de l’oisiveté bourgeoise, la possibilité d’étaler leurs vices sous des formes séduisantes ; — et soyons sûrs que nous n’aurons plus que très peu de crimes à signaler dans notre société. Car ce qui maintient le crime (outre l’oisiveté), c’est la Loi et l’Autorité : la loi sur la propriété, la loi sur le gouvernement, la loi sur les peines et délits, et l’Autorité qui se charge de faire ces lois et de les appliquer.»

Plus de lois, plus de juges ! La Liberté, l’Egalité et la pratique de la Solidarité sont la seule digue efficace que nous puissions opposer aux instincts anti-sociables de certains d’entre nous.

Prise d’otage de Normandie: Adel Kermiche suivi par police et services…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, terrorisme d'état with tags , , , , , on 27 juillet 2016 by Résistance 71

Nous l’avons déjà dit lors de l’affaire de Nice et le répétons ici de manière encore plus évidente: nous avons affaire soit à des incompétences policières de masse et en série, soit à une complicité à peine masquée… Gardons toujours présent à l’esprit que dans le passé, non seulement l’opération Gladio, réseau et armée secrète de l’OTAN fut derrière la stratégie de la tension des tristement célèbres “années de plomb” en Europe (1980-90), mais qu’à l’issue et dans la continuité de la création d’Al Qaïda par la CIA au début des années 1980, des recruteurs pour le “djihad” organisé par l’occident, dans des mosquées extrémistes britanniques (Finsbury Park de Londres par exemple), comme l’”imam” Abu Hamza et bien d’autres, avaient des connexions aujourd’hui avérées et dévoilées avec les services de renseignement britanniques. De là à dire que tous ces gugusses, simples d’esprit, tombant victimes de l’illusion religieuse, soient recrutés, formés, protégés, manipulés par des cellules sous contrôle directe des services, en l’occurence ici, français ou du moins, d’une faction des services, il n’y a qu’un pas qui pourrait assez vite être franchi.

L’accumulation de “coïncidences” est-elle toujours une “coïncidence” ?… Qui peut y croire ? Une affaire de plus à suivre de près sans se laisser enfumer !

~ Résistance 71 ~

 

L’attaquant de l’église en France était sous surveillance policière

 

Press TV

 

26 juillet 2016

 

url de l’article original:

http://www.presstv.ir/Detail/2016/07/26/477080/france-attackers-known-kermiche-church

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Un des attaquants de l’attaque récente sur une église en France était sous étroite surveillance de la police après deux tentatives infructueuses de rejoindre l’EIIL/Daesh en Syrie, dit le procureur anti-terrorisme de France.

Mercredi, Adel Kermiche, 19 ans et un second attaquant dont le nom n’est pas connu, ont été abattus par les forces de sécurité alors qu’ils sortaient d’une église en Normandie après y avoir tué un prêtre et pris plusieurs personnes en otage. Après l’incident, l’agence de presse Amaq, qui est affiliée avec le groupe terroriste takfiriste, a annoncé que deux de ses membres avaient lancé l’attaque.

Kermiche était en prison depuis Mai 2015 où il était détenu pour avoir essayé de se rendre en Syrie, mais il fut relâché en mars courant malgré le rejet de mise en liberté des procureurs de Paris, a dit François Molins.

Après sa remise en liberté, il fut forcé de porter un bracelet de contrôle électronique afin de pouvoir être tracé par la police et il n’était autorisé hors de sa résidence que de manière limitée.

En mars 2015, Kermiche a essayé une première fois de voyager en Syrie avec la carte d’identité de son frère, mais il fut arrêté par la police en Allemagne après que sa famille eut notifié les autorités de sa disparition.

Suite à l’incident de l’église, le président français François Hollande a émis une déclaration condamnant l’attaque comme “une vile attaque terroriste” menée par Daesh.

“Daesh nous a déclaré la guerre, nous devons combattre dans cette guerre par tous les moyens tout en respectant la règle de la loi, c’est ce qui fait de nous une démocratie”, a t’il dit plus tard à des journalistes.

L’incident survient alors que la France est toujours sous le coup du massacre de Nice le 14 juillet qui coûta la vie à 84 personnes.

Un état d’urgence a été mis en place sur le territoire français depuis Novembre dernier, lorsque des assaillants frappèrent en six différents endroits dans et autour de la capitale Paris, faisant 130 morts et plus de 350 blessés.

Les deux attaques de Paris et de Nice furent revendiqués par le groupe terroriste takfiriste de L’EIIL/Daesh.

Le gouvernement à Paris est sous le coup de vives critiques pour ce qui est dit être de très gros échecs de sécurité. Il est accusé de ne pas assez faire pour protéger la population.

Résistance politique: Un anarchisme global est en marche, les sociétés se liguent et fonctionnent contre les États…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, Internet et liberté, média et propagande, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 26 juillet 2016 by Résistance 71

Cet article de l’historien canadien anarchiste Robert Graham que nous avons traduit ci-dessous correspond grandement à notre façon de voir les choses et la façon dont nous avons traité sur ce blog de l’entraide et une certaine vision politique englobant le savoir-faire politico-social des peuples et nations indigènes, dites sociétés traditionnelles de tous les continents. Les nombreux liens que vous trouverez dans l’article sont de notre cru et vous renverront vers des informations spécifiques que nous avons couvertes ici sur Résistance 71 et que nous vous invitons à (re)lire et a diffuser sans aucune modération. Cet article est fondateur et résume notre démarche depuis plusieurs années maintenant. Il y a un grand espoir pour l’humanité, et cet espoir a un nom: c’est l’humanité elle-même !

~ Résistance 71 ~

A lire: Trois textes fondateurs pour un changement politique

 

Anarchisme vers une justice mondiale

 

Robert Graham

 

23 juillet 2016

 

url de l’article original:

 

https://robertgraham.wordpress.com/2016/07/23/anarchism-toward-global-justice-movements/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

David Graeber, parmi d’autres, a noté que beaucoup de groupes impliqués dans le mouvement pour une justice globale utilisent “une panoplie riche et croissante d’instruments organisationnels comme les assemblées générales, les groupes d’affinité, les outils de facilitation, visant tous à créer des formes de processus démocratique qui permettent à des initiatives de s’élever depuis la base et d’atteindre une efficacité maximun dans la solidarité, le tout sans étouffer les voix dissidentes, sans créer des positions de leadership ou forcer quiconque à faire quelque chose non choisi librement”, ce qui est une approche anarchiste essentielle. De fait, “la notion même d’action directe avec son rejet politique en appelant au gouvernement pour modifier leur comportement, en faveur d’une intervention physique contre le pouvoir d’État dans une forme qui préfigure une alternative, tout ceci émerge directement d’une tradition libertaire.” Des approches similaires ont été adoptées par le mouvement Occupy Wall Street et Occupy qui s’est étendu à travers le monde en 2011.

A la lumière de ces développements, quelques anarchistes ont commencé à développer, à articuler une conception moins sectaire et plus inclusive de l’anarchisme qui se concentre sur le processus et l’action permettant une diversité de points de vue en regard d’objectifs ultimes, reconnaissant que ce que les anarchistes recherchent est la libération sociale et non pas le triomphe de leur idéologie. Des anarchistes ont participé dans des réseaux de résistance internationale comme celui de People’s Global Action, qui inclut également beaucoup de non-anarchistes, mais qui rejette aussi des structures organisationnelles plus conventionnelles. Comme le dit la seconde déclaration zapatiste si inspirée de la Realidad : “Nous sommes le réseau, tous ceux qui résistent.”

Cette vision a été embrassée par une certaine variété de groupes anarchistes. Dans la déclaration des groupes libertaires révolutionnaires de Madrid en 2001 regroupant l’Europe, l’Amérique Latine et le Moyen-Orient, ils argumentent que les anarchistes “devraient encourager à la convergence et à l’interactions des mouvements sociaux, incluant le mouvemement ouvrier dans un solide mouvement social global antagoniste au capital et à son visage actuel réel: la globalisation et toute autre forme de domination. Ce mouvement social antagoniste n’a pas et ne devrait pas avoir d’expression organisationnelle unique. Il est pluraliste dans sa réalité, agissant de concert sur le même territoire, recréant une identité territoriale commune composée de nombreuses identités, comme le mouvement ouvrier, des chômeurs, les exclus, les mouvements indigènes, les groupes discriminés, écologistes, féministes, prouvant une action directe comme manière de réappropriation sociale de la richesse et une forme de promotion par l’exemple, comme un exercice de démocratie directe, participatrice ou fédéraliste sans délégations ni intermédiaires, se construisant sur une base de communautté (NdT: et non pas de communautarisme) dans chaque territoire et comme alternative aux institutions autoritaires.

Un des signataires de la déclaration de Madrid le Consejo Indigena Popular de Oaxaca ‘Ricardo Flores Magón’ (‘Ricardo Flores Magón’ Native People’s Council of Oaxaca) ou CIPO-RFM est un mouvement de libération de la région/province d’Oaxaca au sud du Mexique (NdT: limitrophe à la province du Chiapas où résident les zapatistes), qui tire consciencieusement sur le patrimoine “anarchiste” naturel des traditions indigènes. Tout comme argumente le groupe anarchiste colombien Colectivo Alas de Xue, il existe bien des points communs entre l’anarchie et les groupes indigènes “indiens” sur le continent des Amériques, tout comme l’oppostion à la conformité et l’homogénéisation imposées par les états-nations au sein de leurs propres frontières, avec leurs structures de pouvoir centralisées, lewur culture “nationale” et leur langue officielle imposée (espagnol, anglais ou portugais sur ce continent…) et la séparation des peuples par ces même frontières (fictives et imposées par le colonialisme), divisant les familles et inhibant les mouvements populaires (NdT: leur fonction essentielle..).

Bien des anarchistes sont impliqués dans des groupes comme “No Borders” (Sans Frontières) et “personne n’est illégal” , qui cherchent, des mots mêmes de Harsha Walia, “à atteindre la victoire pour les migrants et les réfugiés et de développer la capacité propre des communautés de parvenir à la dignité pour les individus et leurs familles. La véritable justice viendra alors que les immigrants, les réfugiés et les gens sans statuts construisent une meilleure vision pour un monde alternatif et qu’ils s’éduquent, s’organisent et agissent pour leur propre auto-détermination.

Cette quête d’auto-détermination amène souvent les peuples indigènes et les immigrants en conflit avec les gouvernements nationaux, les entreprises multinationales et les organisations paramilitaires sur lesquelles ces entreprises souvent se reposent, mais c’est une quête qui se situe au cœur même de l’anarchisme conçu comme un mouvement qui chercher à créer un monde dans lequel les gens pourraient des mots de Bakounineprendre entre leurs mains la directions de leurs destinées.

De cette perspective, il n’y a pas de conflit nécessair entre l’anti-étatisme anarchiste et l’auto-détermination communale, ils peuvent en fait être vus comme des parties de la même vieille lutte pour la liberté, souvent incorporant des procédures de prise de décision similaires et des formes d’organisation qui emploient les mêmes tactiques, comme par exemple l’action directe. Comme argumente Uri Gordon dans le contexte de la lutte pour l’indépendance palestinienne: “les anarchistes peuvent agir en solidarité avec les Palestiniens (tout aussi bien qu’avec les Tibétains, les Papous occidentaux et les Saharaouis en l’occurence), sans référence à la question de l’état. Les actes de résistance quotidiens auxquels se joignent et défendent les anarchistes en Palestine et en Israël sont des mesures immédiates pour préserver la dignité et les modes de vie des peuples, ce qui n’est connecté en rien à un projet d’état.

Le Colectivo Alas de Xu note que beaucoup de sociétés indigènes utilisent des formes collectives de prise de décisions similaires en bien des points à ceux utilisés en démocratie directe que les “libertaires ont appelé de leurs bons vœux depuis des siècles.” Comme l’argumente David Graeber, beaucoup de communautés indigènes ont développé des formes de prises de décisions basées sur le consensus qui fournissent un modèle en adéquation avec les conceptions anarchistes de la démocratie directe précisément parce que dans ces sociétés “il n’y a aucun moyen de forcer une minorité à être d’accord avec une avis ou une décision majoritaire, soit parce qu’il n’y a pas d’état ayant le monopole de la force coercitive, ou parce que l’état n’a rien à voir avec la prise de décision locale.

Ceci ne veut pas dire que les groupes libertaires tirant sur ces traditions communales endorsent de manière non critique tous leurs aspects. Sharif Gernie fait remarquer que “beaucoup de modes de vie tribales sont explicitement patriarcaux: ils refusent les femmes dans toute forme de prise de décision. Beaucoup de tribus affirment également la prévalence d’être dirigé par les anciens, rejetant ainsi le potentiel politique des jeunes.” Au Mexique, le CIPO-RFM a consciencieusement essayé de gérer des problèmes, par exemple en faisant la promotion active d’une “culture du respect pour les femmes et pour les droits des femmes, assurant en pratique qu’au sein de notre organisation, les femmes entreprennent une juste part des positions et des représentations de responsabilité dans nos rangs.

En Afrique, des anarchistes ont recherché à construire sur l’histoire pré-coloniale de peuples vivant sans états dans des communautés égalitaires, particulièrement à la lumière des conséquences désastreuses du colonialisme et de la division de l’Afrique en états-nations dont les frontières ont été arbitrairement établies par les anciennes puissances coloniales. Les anarchistes kurdes (NdT du PKK ex-marxiste..) ont similairement argumentés que les traditions tribales de décentralisation et d’hostilité envers les états-nations variés qui ont cherché à prendre contrôle d’eux, prédisposent les Kurdes vers un anarchisme naturel, menant au développement d’un mouvement d’assemblées de communautés fondés sur les idées de l’ex-marxiste devenu anarchiste Murray Bookchin. Vas Umala a aussi suggéré que les idées de Murray Bookchin pouvaient également être adaptées aux conditions de l’archipel des Philippines, construisant sur des formes de communautaires traditionnelles comme les “baranguay”, qui sont de petites communautés comprenant de 50 à 100 familles.

Que ce soit en Afrique, aux Amériques, au Moyen-Orient ou dans le Pacifique-Sud, là où existent des communautés fonctionnelles, il y aura aussi des pratiques sociales et des institutions de solidarité et d’entraide mutuelle. Comme l’avait noté il y a longtemps Élisée Reclus “Là où la pratique anarchiste triomphe vraiment c’est dans le cours des évènements quotidiens parmi les gens du peuple qui ne pourraient pas supporter leur lutte âpre pour l’existence s’ils ne s’engageaient pas eux-mêmes volontairemet et spontanément dans l’entraide mutuelle.” Colin Ward dit de surcroi qu’”une société anarchiste, une société qui s’organise elle-même sans autorité, existe toujours, comme une graine sous la neige, enterrée sous le poids de l’État et de sa bureaucratie, du capitalisme et de ses déchets, des privilèges et de leurs injustices, du nationalisme et de ses loyautés suicidaires, des différences religieuses et de leur séparatisme superstitieux.

De cette perspective, l’anarchisme n’est pas la création de quelque chose de nouveau, mais comme l’écrivit Gustav Landauer: “mais l’actualisation et la reconstitution de quelque chose qui a toujours été présent, qui existe aux côtés de l’État, bien qu’enfoui et gâché…

=*=

Robert Graham est un historien anarchiste canadien, auteur d’une anthologie de l’anarchisme « Anarchism: A documentary History of Libertarian Ideas » en trois volumes de plus de 300 pages. Il est proche de l’anarcho-communisme de Pierre Kropotkine et de l’anarcho-communalisme de Colin Ward et de Murray Bookchin.

La sortie du placard de l’empire chinois en devenir…

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« Nous pensons que le marché du Renminbi est voué à devenir une des plus grands marchés de capitaux au monde, soutenant des liens commerciaux plus forts entre les pays et une croissance économique positive.

[…] Ceci est une action signifiante entreprise afin daider à construire de plus fortes relations entre la Chine, la Colombie Britannique et le Canada, Entrer dans le marché CNH (renminbi) démontre notre motivation envers une relation ayant des bénéfices mutuels et est une étape naturelle pour l’expansion et la fondation de relations plus profondes avec la Chine…”

~ Michael de Jong, ministre des finances de la province de Colombie Britannique, Canada ~

 Questions: tout çà est concocté depuis les burlingues feutrés des grands groupes financiers et industriels qui ont acheté de part et d’autre les politiques depuis belle lurette, mais cela se fait au détriment de qui ? Qui est et demeurera le grand perdant de toute cette salade coloniale remaniée à la sauce sichuan ?…

 

L’empire chinois en devenir sort du placard

 

Résistance 71

 

25 juillet 2016

 

En fait, il ne sort pas de lui-même du placard, il préfère la discrétion et le secret, mais on le sort du placard, avec une aide russe puisque des informations sortent maintenant de manière régulière en provenance de ces médias. Veulent-ils nous faire comprendre quelque chose ?

Les avancées de la Chine pour les ressources naturelles sur le continent africain sont connues et bien recensées, mais qu’en est-il de l’Europe, des Etats-Unis, du Canada ? Jetons-y un œil qu’on espère averti si vous le voulez bien…

Des enquêtes en cours actuellement en Colombie Britannique (CB) sont en train d’accumuler des preuves de la collusion des institutions provinciales et fédérales canadiennes avec des entreprises chinoises investissant au Canada et en CB en particulier et qui seraient directement liées avec la continuelle disparition non seulement de femmes autochtones attachées aux clans des mères traditionnelles et traditionnnellement gardiennes de la terre, mais aussi de famille entière et ce depuis déjà de nombreuses années.

Le devant de la scène de la continuation moderne du génocide contre les peuples indigènes du Canada entrepris par la première génération coloniale européenne chrétienne dès le XVIIème siècle, est occupée par les accords commerciaux entre la Chine et les gouvernements provinciaux et fédéral du Canada (il en va de même aux Etats-Unis où les investissements chinois ont plus que doublé depuis 2013, source Huffington Post). La Chine investit lourdement par le truchement de sa China Investment Corporation ou CIC, créée en 2007, entreprise d’état (marxiste n’oubliez pas !,…) aux nets revenus de 93 milliards de dollars par an et qui gère un portefeuille d’investissement mondial de plus de 750 milliards de dollars. La CIC est devenue la maison-mère de la Central Huijin Investment Ltd, également une entreprise d’état (marxiste) qui a ouvert son premier bureau à l’étranger en 2011 à … Toronto. Si cela n’est pas du ciblage, qu’est-ce que c’est ? Le Canada étant le second pays du monde par la superficie après la Russie et dépositaire d’énormes richesses en matières premières et ressources naturelles de l’eau au bois en passant par l’or, le gaz, le pétrole, le charbon, le poisson et les minerais de toutes sortes, l’essentiel de ces ressources se situant en territoires aborigènes bien évidemment.

En Colombie Britannique et à titre d’exemple, d’inombrables investissements chinois sont effectués dans l’immobilier, le foncier, l’énergie, l’exploitation minière et forestière, l’hydraulique, l’énergie, notons que les investissements de la China Mining Association (CMA) sont en hausses drastiques et que la Chine exporte même maintenant ses propres mineurs (pourquoi payer plus cher au Canada, des mineurs canadiens alors qu’ont peut faire bosser les “esclaves” du système chinois pour 10 fois moins cher, des gars qui en plus ne se plaindront pas de conditions de sécurité et de pollution déplorables affectant potentiellement leur santé, leur vie et l’environnement…).

La compagnie pétrolière d’état chinoise CNOOC a acheté de grosses parts de Nexen Energy. Minmetal a acheté plus de 20% de SAMA Resources, une entreprise minière de Vancouver et en 2015, le Zhang Ya Group Hebei Canada-China a acheté la ville minière abandonnée de Bradian, toujours en CB, pour 840 millions de dollars…

Pour la seule année de 2012, La RPC a investi plus de 25 milliards de dollars au Canada.

Qu’en est-il de l’Europe ?

D’après des sources russes, publiées sur sputnik.fr voici à titre d’exemples marquants ce que la Chine a acquis sur le continent depuis 2015:

  • Aéroport de Toulouse-Blagnac, France
  • Club Med, France
  • Louvre Hotels Group, France
  • Accor Hotels Group, France
  • Hôtel Marriott Champs-Elysées, France
  • Pirelli, Italie
  • Athletico de Madrid, Espagne
  • Infront-Sport & Média, Suisse
  • Le #2 des OGM, Syngenta, Suisse
  • Weetabix, GB
  • House of Fraser, GB
  • Automobile MG-Rover, GB
  • Manganese Bronze Holdings, GB
  • Aéroprt d’Heathrow, Londres, GB
  • Juillet 2016: un consortium d’investissement chinois rachète le logiciel navigateur web Opera Software (Norvège) pour 540 millions d’Euros. Opera est utilisé par plus de 400 millions d’internautes dans le monde…

Ces derniers jours, la Bank for Asian Infrastructures Investment (BAII) fait reparler d’elle. Cette nouvelle banque créée à Shanghaï en 2015 devient le nouveau havre pour la haute finance internationale, qui semble y fuiter ses capitaux (non toxiques) pour les protéger de l’effondrement programmé à venir. Un effondrement financier et économique qui fera ressembler la crise de 1929 et des années 1930 à un pique-nique aux jardins des plantes…

Le 2 avril 2015, nous avions publié ceci concernant la BAII:

https://resistance71.wordpress.com/2015/04/02/nouvel-ordre-mondial-questions-sur-la-nouvelle-banque-asiatique-dinfrastructure-et-dinvestissement/

Dans cet article, nous émettions l’hypothèse que la BAII chinoise était la nouvelle banque pour le Nouvel Ordre Mondial. Dans cet article nous expliquions également la position de la Chine et pourquoi elle est partie prenante du Nouvel Ordre Mondial. Un article on ne peut plus d’actualité aujourd’hui que nous vous proposons de (re)découvrir en cliquant sur le lien ci-dessus.

Depuis l’an dernier, les preuves s’accumulent pointant dans la direction de la Chine comme étant un rouage essentiel de l’ordre totalitaire émergeant du chaos à venir. L’élite de la haute finance et des cartels industriels monopolistes (souvent les mêmes personnes) sont en train d’opérer de derrière le rideau de fumée d’une soi-disante “tension” géopolitique en Asie avec la Chine, un repositionnement stratégique incorporant la Chine, en fait son élite ultra-capitaliste du politburo et d’ailleurs. L’empire anglo-américain, ce bernard l’ermite à l’étroit dans sa coquille, est en train d’en changer et de fusionner dans la coquille fraîche et plus spacieuse de l’empire chinois naissant… Les globalistes, depuis la normalisation des relations entre Pékin et Washington dans les années 1971-73 à l’initiative de David Rockefeller via son protégé Henry Kissinger et l’administration Nixon, ont pris la Chine communiste totalitaire comme modèle de contrôle pour leur Nouvel Ordre Mondial, depuis lors, ils ne font que pousser leurs pions dans cette direction.

Si nous laissons faire tout çà, nous ne sommes pas sortis de l’auberge… Il court il court le goulag…

En parallèle à ce que nous disons ici, nous encourageons les lecteurs à lire cet article que nous avions traduit et publié le 21 décembre 2015 au sujet d’un nouveau “système de crédit social” mis en place par la Chine pour toujours mieux contrôler les populations ; au-delà de l’article qui en soit vaut d’être lu, nous attirons l’attention sur les commentaires et un débat/info engagé au sujet de la position de la Chine sur les OGM, surtout depuis qu’il a été rendu public, comme nous l’avons dit ci-dessus, que la Chine a racheté le #2 des OGM, Syngenta (Suisse).

Se greffe là-dessus une attitude pour le moins ambigüe de la Russie, pourtant anti-OGM déclarée puisqu’ils sont interdits sur son territoire ; quand on parle du Nouvel Ordre Mondial, il devient de plus en plus difficile de la cadrer sous l’emprise de l’empire anglo-saxon tant il semble de plus en plus évident que le glissement oligarchique vers la Chine s’est opéré depuis quelques temps.

A lire ici:

https://resistance71.wordpress.com/2015/12/24/nouvel-ordre-mondial-le-modele-chinois-pour-un-systeme-de-credit-social/

A (re)lire aussi ces deux articles que nous avions publiés en 2010…

https://resistance71.wordpress.com/2010/06/25/que-faire-la-marche-vers-la-tyrannie-globale-comment-sen-sortir/

https://resistance71.wordpress.com/2010/06/26/elite-globaliste-eugenisme-et-controle-des-populations/

Lois, droit, autorité… De quoi parle t’on ?

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 25 juillet 2016 by Résistance 71

La loi et l’autorité

 

Pierre Kropotkine

 

Les Temps Nouveaux, 1892

 

Brochure publiée en 6e édition, en 1892, à sept mille exemplaires, conformément au désir de notre camarade Lucien Massé, coiffeur à Ars en Ré, qui en mourant, avait légué à la RÉVOLTE la somme nécessaire à cette publication.

 

1ère partie

2ème partie

 

I

«Quand l’ignorance est au sein des sociétés et le désordre dans les esprits, les lois deviennent nombreuses. Les hommes attendent tout de la législation, et chaque loi nouvelle étant un nouveau mécompte, ils sont portés à lui demander sans cesse ce qui ne peut venir que d’eux-mêmes, de leur éducation, de l’état de leurs moeurs.» — Ce n’est pourtant pas un révolutionnaire qui dit cela, pas même un réformateur. C’est un jurisconsulte, Dalloz, l’auteur du recueil des lois françaises, connu sous le nom de Répertoire de la Législation. Et cependant ces lignes, quoique écrites par un homme qui était lui-même un législateur et un admirateur des lois, représentent parfaitement l’état anormal de nos sociétés.

Dans les Etats actuels une loi nouvelle est considérée comme un remède à tous les maux. Au lieu de changer soi-même ce qui est mauvais, on commence par demander une loi qui le change. La route entre deux villages est-elle impraticable, le paysan dit qu’il faudrait une loi sur les routes vicinales. Le garde-champêtre a-t-il insulté quelqu’un, en profitant de la platitude de ceux qui l’entourent de leur respect : — «Il faudrait une loi, dit l’insulté, qui prescrivît aux gardes-champêtres d’être un peu plus polis.» Le commerce, l’agriculture ne marchent pas ? — «C’est une loi protectrice qu’il nous faut ! » ainsi raisonnent le laboureur, l’éleveur de bétail, le spéculateur en blés, il n’y a pas jusqu’au revendeur de loques qui ne demande une loi pour son petit commerce. Le patron baisse-t-il les salaires ou augmente-t-il la journée de travail : — «Il faut une loi qui mette ordre à cela ! » — s’écrient les députés en herbe, au lieu de dire aux ouvriers qu’il y a un autre moyen, bien plus efficace «de mettre ordre à cela» : reprendre au patron ce dont il a dépouillé des générations d’ouvriers. Bref, partout une loi ! une loi sur les rentes, une loi sur les modes, une loi sur les chiens enragés, une loi sur la vertu, une loi pour opposer une digue à tous les vices, à tous les maux qui ne sont que le résultat de l’indolence et de la lâcheté humaine.

Nous sommes tous tellement pervertis par une éducation qui dès le bas-âge cherche à tuer en nous l’esprit de révolte et développe celui de soumission à l’autorité ; nous sommes tellement pervertis par cette existence sous la férule de la loi qui régente tout : notre naissance, notre éducation, notre développement, notre amour, nos amitiés, que, si cela continue, nous perdrons toute initiative, toute habitude de raisonner par nous-mêmes. Nos sociétés semblent ne plus comprendre que l’on puisse vivre autrement que sous le régime de la loi, élaborée par un gouvernement représentatif et appliquée par une poignée de gouvernants ; et lors même qu’elles parviennent à s’émanciper de ce joug, leur premier soin est de le reconstituer immédiatement. «L’an I de la Liberté» n’a jamais duré plus d’un jour, car après l’avoir proclamé, le lendemain même on se remettait sous le joug de la Loi, de l’Autorité.

En effet, voilà des milliers d’années que ceux qui nous gouvernent ne font que répéter sur tous les tons : Respect à la loi, obéissance à l’autorité ! Le père et la mère élèvent les enfants dans ce sentiment. L’école les raffermit, elle en prouve la nécessité en inculquant aux enfants des bribes de fausse science, habilement assorties : de l’obéissance à la loi elle fait un culte ; elle marie le dieu et la loi des maîtres en une seule et même divinité. Le héros de l’histoire qu’elle  fabriquée, c’est celui qui obéit à la loi, qui la protège contre les révoltés.

Plus tard, lorsque l’enfant entre dans la vie publique, la société et la littérature, frappant chaque jour, à chaque instant, comme la goutte d’eau creusant la pierre, continuent à nous inculquer le même préjugé. Les livres d’histoire, de science politique, d’économie sociale regorgent de ce respect à la loi ; on a même mis les sciences physiques à contribution et, en introduisant dans ces sciences d’observation un langage faux, emprunté à la théologie et à l’autoritarisme, on parvient habilement à nous brouiller l’intelligence, toujours pour maintenir le respect de la loi. Le journal fait la même besogne : il n’y a pas d’article dans les journaux qui ne prêche l’obéissance à la loi, lors même qu’à la troisième page, ils constatent chaque jour l’imbécillité de la loi et montrent comment elle est traînée dans toutes les boues, dans toutes les fanges par ceux qui sont préposés à son maintien. Le servilisme devant la loi est devenu une vertu et je doute même qu’il y ait eu un seul révolutionnaire qui n’ait débuté dans son jeune âge par être défenseur de la loi contre ce qu’on nomme généralement les abus, conséquence inévitable de la loi même.

L’art fait chorus avec la soi-disant science. Le héros du sculpteur, du peintre et du musicien couvre la Loi de son bouclier et, les yeux enflammés et les narines ouvertes, il est prêt à frapper de son glaive quiconque oserait y toucher. On lui élève des temples, on lui nomme des grands prêtres, auxquels les révolutionnaires hésitent à toucher, et si la Révolution elle-même vient balayer une ancienne institution, c’est encore par une loi qu’elle essaie de consacrer son oeuvre.

Ce ramassis de règles de conduite, que nous ont légué l’esclavage, le servage, le féodalisme, la royauté et qu’on appelle Loi, a remplacé ces monstres de pierre devant lesquels on immolait les victimes humaines, et que n’osait même effleurer l’homme asservi, de peur d’être tué par les foudres du ciel.

C’est depuis l’avènement de la bourgeoisie, — depuis la grande révolution française, — qu’on a surtout réussi à établir ce culte. Sous l’ancien régime, lorsqu’on était tenu d’obéir au bon plaisir du roi et de ses valets, on parlait peu de lois, si ce n’est Montesquieu, Rousseau, Voltaire, pour les opposer au caprice royal. Mais pendant et après la révolution, les avocats, arrivés au pouvoir, ont fait de leur mieux pour affermir ce principe, sur lequel ils devaient établir leur règne. La bourgeoisie l’accepta d’emblée comme son ancre de salut, pour mettre une digue au torrent populaire. La prêtraille s’empressa de la sanctifier, pour sauver la barque qui sombrait dans les vagues du torrent. Le peuple enfin l’accepta comme un progrès sur l’arbitraire et la violence du passé.

Il faut se transposer en imagination au XVIIIe siècle pour le comprendre. Il faut avoir saigné le sang de son coeur au récit des atrocités qui se commettaient à cette époque par les nobles tout-puissants sur les hommes et les femmes du peuple, pour comprendre quelle influence magique ces mots : «Egalité devant la loi, obéissance à la loi, sans distinction de naissance ou de fortune» devaient exercer, il y a un siècle, sur l’esprit du manant. Lui, qu’on avait traité jusqu’alors plus cruellement qu’un animal, lui qui n’avait jamais eu aucun droit et n’avait jamais obtenu la justice contre les actes les plus révoltants du noble, à moins de se venger en le tuant et en se faisant pendre, — il se voyait reconnu par cette maxime, du moins en théorie, du moins quant à ses droits personnels, l’égal de son seigneur. Quelle que fût cette loi, elle promettait d’atteindre également le seigneur et le manant, elle proclamait l’égalité, devant le juge, du pauvre et du riche.

Cette promesse était un mensonge, nous le savons aujourd’hui : mais à cette époque, elle était un progrès, un hommage rendu à la justice, comme «l’hypocrisie est un hommage rendu à la vérité». C’est pourquoi, lorsque les sauveurs de la bourgeoisie menacée, les Robespierre et les Danton, se basant sur les écrits des philosophes de la bourgeoisie, les Rousseau et les Voltaire, proclamèrent «le respect de la loi égal pour tous» — le peuple, dont l’élan révolutionnaire s’épuisait déjà en face d’un ennemi de plus en plus solidement organisé, accepta le compromis. Il plia le cou sous le joug de la Loi, pour se sauver de l’arbitraire du seigneur.

Depuis, la bourgeoisie n’a cessé d’exploiter cette maxime qui, avec cet autre principe, le gouvernement représentatif, résume la philosophie du siècle de la bourgeoisie, le dix-neuvième siècle. Elle l’a prêché dans les écoles, elle l’a propagé dans ses écrits, elle a créé sa science et ses arts avec cet objectif, elle l’a fourré partout, comme la dévote anglaise qui vous glisse sous la porte ses bouquins religieux. Et elle a si bien fait, qu’aujourd’hui, nous voyons se produire ce fait exécrable : au jour même du réveil de l’esprit frondeur, les hommes, voulant être libres, commencent par demander à leurs maîtres, de vouloir bien les protéger en modifiant les lois crées par ces mêmes maîtres.

— Mais les temps et les esprits ont cependant changé depuis un siècle. On trouve partout des révoltés qui ne veulent plus obéir à la loi, sans savoir d’où elle vient, quelle en est l’utilité, d’où vient l’obligation de lui obéir et le respect dont on l’entoure. La révolution qui s’approche est une révolution et non une simple émeute, par cela même que les révoltés de nos jours soumettent à leur critique toutes les bases de la société, vénérées jusqu’à présent, et avant tout, ce fétiche, — la Loi.

Ils analysent son origine et il y trouvent, soit un dieu, — produit des terreurs du sauvage, stupide, mesquin et méchant comme les prêtres qui se réclament de son origine surnaturelle, — soit le sang, la conquête par le fer et le feu. Ils étudient son caractère et il y trouvent pour trait distinctif l’immobilité, remplaçant le développement continu de l’humanité, la tendance à immobiliser ce qui devrait se développer et se modifier chaque jour. Ils demandent comment la loi se maintient, et ils voient les atrocités du byzantinisme et les cruautés de l’inquisition, les tortures du moyen-âge, les chairs vivantes coupées en lanières par le fouet du bourreau, les chaînes, la massue, la hache au service de la loi ; les sombres souterrains des prisons, les souffrances, les pleurs et les malédictions. Aujourd’hui — toujours la hache, la corde, le chassepot, et les prisons ; d’une part, l’abrutissement du prisonnier, réduit à l’état de bête en cage, l’avilissement de son être moral, et, d’autre part, le juge dépouillé de tous les sentiments qui font la meilleure partie de la nature humaine, vivant comme un visionnaire dans un monde de fictions juridiques, appliquant avec volupté la guillotine, sanglante ou sèche, sans que lui, ce fou froidement méchant, se doute seulement de l’abîme de dégradation dans lequel il est tombé vis-à-vis de ceux qu’il condamne.

Nous voyons une race de faiseurs de lois légiférant sans savoir sur quoi ils légifèrent, votant aujourd’hui une loi sur l’assainissement des villes, sans avoir la moindre notion d’hygiène, demain, réglementant l’armement des troupes, sans même connaître un fusil, faisant des lois sur l’enseignement et l’éducation sans avoir jamais su donner un enseignement quelconque ou une éducation honnête à leurs enfants, légiférant à tort et à travers, mais n’oubliant jamais l’amende qui frappera les va-nu-pieds, la prison, les galères qui frapperont des hommes mille fois moins immoraux qu’ils ne le sont eux-mêmes, ces législateurs ! — Nous voyons enfin le geôlier qui marche vers la perte de tout sentiment humain, le gendarme dressé en chien de piste, le mouchard se méprisant lui-même, la délation transformée en vertu, la corruption érigée en système ; tous les vices, tous les mauvais côtés de la nature humaine, favorisés, cultivés pour le triomphe de la Loi.

Nous voyons cela, et c’est pour cela qu’au lieu de répéter niaisement la vieille formule : «Respect à la loi !», nous crions : «Mépris de la loi et de ses attributs !» Ce mot lâche : «Obéissance à la loi !» nous le remplaçons par : «Révolte contre toutes les lois !» Que l’on compare seulement les méfaits accomplis au nom de chaque loi, avec ce qu’elle a pu produire de bon, qu’on pèse le bien et le mal, — et l’on verra si nous avons raison.

II

La loi est un produit relativement moderne ; car l’humanité a vécu des siècles et des siècles sans avoir aucune loi écrite, ni même simplement gravée en symboles, sur des pierres, à l’entrée des temples. A cette époque, les relations des hommes entre eux étaient réglées par de simples coutumes, par des habitudes, des usages, que la constante répétition rendait vénérables et que chacun acquérait dès son enfance, comme il apprenait à se procurer sa nourriture par la chasse, l’élevage de bestiaux ou l’agriculture.

Toutes les sociétés humaines ont passé par cette phase primitive, et jusqu’à présent encore une grande partie de l’humanité n’a point de lois écrites. Les peuplades ont des moeurs, des coutumes, — un «droit coutumier», comme disent les juristes, — elles ont des habitudes sociables, et cela suffit pour maintenir les bons rapports entre les membres du village, de la tribu, de la communauté. Même chez nous, civilisés, lorsque, sortant de nos grandes villes, nous allons dans les campagnes, nous y voyons encore que les relations mutuelles des habitants sont réglées, non d’après la loi écrite des législateurs, mais d’après les coutumes anciennes, généralement acceptées. Les paysans de la Russie, de l’Italie, de l’Espagne, et même d’une bonne partie de la France et de l’Angleterre, n’ont aucune idée de la loi écrite. Celle-ci vient s’immiscer dans leur vie seulement pour régler leurs rapports avec l’Etat ; quant aux rapports entre eux, quelquefois très compliqués, ils les règlent simplement d’après les anciennes coutumes. Autrefois, c’était le cas pour toute l’humanité.

Lorsqu’on analyse les coutumes des peuples primitifs, on y remarque deux courants bien distincts.

Puisque l’homme ne vit pas solitaire, il s’élabore en lui des sentiments, des habitudes utiles à la conservation de la société et à la propagation de la race. Sans les sentiments sociables, sans les pratiques de solidarité, la vie en commun eût été absolument impossible. Ce n’est pas la loi qui les établit, ils sont antérieurs à toutes lois. Ce n’est pas non plus la religion qui les prescrit, ils sont antérieurs à toute religion, ils se retrouvent chez tous les animaux qui vivent en société. ils se développent d’eux-mêmes, par la force même des choses, comme ces habitudes que l’homme a nommé instincts chez les animaux : ils proviennent d’une évolution utile, nécessaire même pour maintenir la société dans la lutte pour l’existence qu’elle doit soutenir. Les sauvages finissent par ne plus se manger entre eux, parce qu’ils trouvent qu’il est beaucoup plus avantageux de s’adonner à une culture quelconque, au lieu de se procurer une fois par an le plaisir de se nourrir de la chair d’un vieux parent. Au sein des tribus absolument indépendantes et ne connaissant ni lois, ni chefs, dont maint voyageur nous a dépeint les moeurs, les membres d’une même tribu cessent de se donner des coups de couteau à chaque dispute, parce que l’habitude de vivre en société a fini par développer en eux un certain sentiment de fraternité et de solidarité ; ils préfèrent s’adresser à des tiers pour vider leurs différents. L’hospitalité des peuples primitifs, le respect de la vie humaine, le sentiment de réciprocité, la compassion pour les faibles, la bravoure, juqu’au sacrifice de soi-même dans l’intérêt d’autrui, que l’on apprend d’abord à pratiquer envers les enfants et les amis, et plus tard à l’égard des membres de la communauté, — toutes ces qualités se développent chez l’homme antérieurement aux lois, indépendamment de toute religion, comme chez tous les animaux sociables. Ces sentiments et ces pratiques sont le résultat inévitable de la vie en société. Sans être inhérentes à l’homme (ainsi que disent les prêtres et les métaphysiciens), ces qualités sont la conséquence de la vie en commun.

Mais, à côté de ces coutumes, nécessaires pour la vie des sociétés et pour la conservation de la race, il se produit, dans les associations humaines, d’autres désirs, d’autres passions, et partant, d’autres habitudes, d’autres coutumes. Le désir de dominer les autres et de leur imposer sa volonté ; le désir de s’emparer des produits du travail d’une tribu voisine ; le désir de subjuguer d’autres hommes, afin de s’entourer des jouissances sans rien produire soi-même, tandis que des esclaves produisent le nécessaire et procurent à leur maître tous les plaisirs et toutes les voluptés, — ces désirs personnels, égoïstes, produisent un autre courant d’habitudes et de coutumes. Le prêtre, d’une part, ce charlatan qui exploite la superstition et qui, après s’être affranchi lui-même de la peur du diable, la propage parmi les autres ; le guerrier, d’autre part, ce rodomont qui pousse à l’invasion et au pillage du voisin pour en revenir chargé de butin et suivi d’esclaves,  — tous deux, la main dans la main, parviennent à imposer aux sociétés primitives des coutumes avantageuses pour eux, et qui tendent à perpétuer leur domination sur les masses. Profitant de l’indolence, de la peur, de l’inertie des foules, et grâce à la répétition constante des mêmes actes, ils arrivent à établir le point d’appui de leur domination.

Pour cela, ils exploitent d’abord l’esprit de routine qui est si développé chez l’homme et qui atteint un degré si frappant chez les enfants, les peuples sauvages, aussi bien que chez les animaux. L’homme, surtout lorqu’il est superstitieux, a toujours peur de changer quoi que ce soit à ce qui existe ; généralement il vénère ce qui est antique. — «Nos pères ont fait ainsi ; ils ont vécu tant bien que mal, ils vous ont élevé, ils n’ont pas été malheureux, faites de même !» disent les vieillards aux jeunes gens, dès que ceux-ci veulent changer quelque chose. L’inconnu les effraie, ils préfèrent se cramponner au passé, lors même que ce passé représente la misère, l’oppression, l’esclavage. On peut même dire que plus l’homme est malheureux, plus il craint de changer quoi que ce soit, de peur de devenir encore plus malheureux ; il faut qu’un rayon d’espoir et quelque peu de bien-être pénètrent dans sa triste cabane, pour qu’il commence à vouloir mieux, à critiquer son ancienne manière de vivre, à désirer un changement. Tant que cet espoir ne l’a pas pénétré, tant qu’il ne s’est pas affranchi de la tutelle de ceux qui utilisent ses superstitions et ses craintes, il préfère rester dans la même situation. Si les jeunes veulent changer quelque chose, les vieux poussent un cri d’alarme contre les novateurs ; tel sauvage se fera plutôt tuer que de transgresser la coutume de son pays, car dès l’enfance on lui a dit que la moindre infraction aux coutumes établies lui porterait malheur, causerait la ruine de toute la tribu. Et aujourd’hui encore, combien de politiciens, d’économistes et de soi-disant révolutionnaires agissent sous la même impression, en se cramponnant à un passé qui s’en va ! Combien n’ont d’autre souci que de chercher des précédents ! Combien de fougueux novateurs sont les simples copistes des révolutions antérieures !

Cet esprit de routine qui puise son origine dans la superstition, dans l’indolence et dans la lâcheté, fit de tout temps la force des oppresseurs ; dans les sociétés humaines primitives, il fut habilement expoité par les prêtres et les chefs militaires, perpétuant les coutumes avantageuses pour eux seuls, qu’ils réussissent à imposer aux tribus.

Tant que cet esprit de conservation, habilement exploité, suffisait pour assurer l’empiètement des chefs sur la liberté des individus ; tant que les seules inégalités entre les hommes étaient les inégalités naturelles et qu’elles n’étaient pas encore décuplées et centuplées par la concentration du pouvoir et des richesses, il n’y avait aucun besoin de loi et de l’appareil formidable des tribunaux et des peines toujours croissantes pour l’imposer.

Mais lorsque la société eut commencé à se scinder de plus en plus en deux classes hostiles, — l’une qui cherche à établir sa domination et l’autre qui s’efforce de s’y soustraire, la lutte s’engagea. Le vainqueur d’aujourd’hui s’empresse d’immobiliser le fait accompli, il cherche à le rendre indiscutable, à le transformer en institution sainte et vénérable, par tout ce que les vaincus peuvent respecter. La loi fait son apparition, sanctionnée par le prêtre et ayant à son service la massue du guerrier. Elle travaille à immobiliser les coutumes avantageuses à la minorité dominatrice, et l’Autorité militaire se charge de lui assurer l’obéissance. Le guerrier trouve en même temps dans cette nouvelle fonction un nouvel instrument pour assurer son pouvoir ; il n’a plus à son service une simple force brutale : il est le défenseur de la Loi.

Mais, si la Loi ne présentait qu’un assemblage de prescriptions avantageuses aux seuls dominateurs, elle aurait de la peine à se faire accepter, à se faire obéir. Eh bien, le législateur confond dans un seul et même code les deux courants de coutumes dont nous venons de parler : les maximes qui représentent les principes de moralité et de solidarité élaborés par la vie en commun, et les ordres qui doivent à jamais consacrer l’inégalité. Les coutumes qui sont absolument nécessaires à l’existence même de la société, sont habilement mêlées dans le Code aux pratiques imposées par les dominateurs, et prétendent au même respect de la foule. — «Ne tue pas !» dit le Code et «Paye la dîme au prêtre !» s’empresse-t-il d’ajouter. «Ne vole pas !» dit le Code et aussitôt après : «Celui qui ne paiera pas l’impôt aura le bras coupé !».

Voilà la Loi, et ce double caractère, elle l’a conservé jusqu’aujourd’hui. Son origine, — c’est le désir des dominateurs d’immobiliser les coutumes qu’ils avaient imposées à leur avantage. Son caractère, c’est le mélange habile des coutumes utiles à la société, — coutumes qui n’ont pas besoin de lois pour être respectées, — avec ces autres coutumes qui ne présentent d’avantages que pour les dominateurs, qui sont nuisibles aux masses et ne sont maintenues que par la crainte des supplices.

Pas plus que le capital individuel, né de la fraude et de la violence et développé sous l’auspice de l’autorité, la Loi n’a donc aucun titre au respect des hommes. Née de la violence et de la superstition, établie dans l’intérêt du prêtre, du conquérant et du riche exploiteur, elle devra être abolie en entier le jour où le peuple voudra briser ses chaînes.

Nous nous en convaincrons encore mieux, en analysant dans le chapitre suivant le développement ultérieur de la Loi sous les auspices de la religion, de l’autorité et du régime parlementaire actuel.

 A suivre…

Résistance au colonialisme: Développer un contre-argumentaire à la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb)

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Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance d’être répudiés.

— Résistance 71 ~

 

Temps de reconnaître l’indépendance originelle de nos nations

 

Steven Newcomb

 

20 juillet 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/07/20/time-acknowledge-original-independence-our-nations

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Lire notre dossier sur la Doctrine Chrétienne de la Découverte

 

Reconnaissons que nos nations vivaient entièrement libres et indépendantes de l’occident chrétien avant la première arrivée invasive de Cristobal Colon sur cette partie de notre terre-mère. Reconnaissons également que nos nations existaient alors de manière libre et indépendante des idées et des attitudes de l’occident chrétien (du monde chrétien).

L’existence originelle libre et indépendante de nos nations est absolument irréfutable. Elle est donc devenue et est disponible pour nous comme l’argument potentiel contre le système d’assimilation et de domination qui nous a été imposé par les Etats-Unis. En 1823, le juge de la cour suprême des Etats-Unis, John Marshall, et au nom d’une cour unanime dans sa décision, a utilisé un narratif manipulateur dans son rendu de décision pour minimiser notre capacité d’utiliser notre indépendance originelle comme base du développement d’arguments puissants en faveur de nos nations autochtones.

En résultat du succès de Marshall, ces jours, la vaste majorité de nos peuples natifs n’a jamais focalisé sur cette indépendance originelle ni ne l’a utilisé comme standard d’évaluation pour comprendre la distance qui nous sépare aujourd’hui de cette indépendance de départ. Ces jours-ci, la plupart des gens de nos peuples et nations originelles semble vouloir accepter l’utilisation de la phrase “nations domestiquement dépendantes” par la cour suprême afin d’attirer l’attention loin de ce qu’était l’existence indépendante et libre de nos nations.

Allez participer à un Pow-Wow et vous entendrez plus que certainement un brin de ferveur patriotique exercée au sujet des Etats-Unis. Ce patriotisme est exprimé pour le même pays qui nous a imposé un système bien organisé de domination et nous a par là-même, privé de l’utilisation de la très vaste majorité de nos territoires traditionnels, a massacré nos ancêtres, volés nos enfants de leurs familles, de nos communautés de nos nations, a travaillé d’arrache-pied pour éradiquer nos langages et notre culture ainsi que nos traditions spitituelles etc… Après tous ces mauvais traitements, cette oppression et cette destruction, n’est-il pas triste de voir que la plupart des gens de nos peuples ne se soient jamais focalisés sur l’indépendance originelle de nos nations.

Que des peuples colonsiés finissent par éprouver un sentiment patriotique profond pour l’empire qui les a colonisé est, bien malheureusment, un résutat assez typique des dégâts psychologiques infligés par le colonialisme (NdT: effet psychologique déjà observé par des experts et érudits comme Aimé Césaire et Frantz Fanon). Il est très douteux que ceux qui expriment ce patriotisme soient particulièrement au courant ou même se préoccupent que ce fut un empire américain que George Washington, John Marshall et et autres élites blanches de leur temps envisionnèrent et créèrent. Cet empire a été utilisé dans un effort réussi de saisie de terres et des territoires de nos nations.

(voir Richard Van Alstyne’s The Rising American Empire, 1962).

Je n’entends jamais la reconnaissance de notre indépendance être mentionnée aux pow wows ; peut-être cela est-il dû au fait que l’empire américain a travaillé si dur pour effacer et expurger notre indépendance originelle de nos cœurs et de nos esprits. “expurger” veut dire “traiter ou faire traiter comme non-existant”. Comment le juge Marshall et le reste de la cour suprême ont-ils commencé à traiter l’indépendance de nos nations comme étant non-existante ?..

Marshall a dit dans son rendu du jugement Johnson c. M’Intosh en 1823 que nos “droits à la souveraineté complète en tant que nations indépendantes furent nécessairement diminués par le principe original fondamental que la découverte a donné le titre [de propriété] à ceux qui l’ont faite.” Pourquoi “nécessairement” ? Parce que créer cette idée de “diminution” était “nécessaire” au succès de l’empire américain afin qu’il puisse s’étendre sur et qu’il domine les terres et les territoires de nos nations ancestrales.

Marshall a accompli quelque chose d’autre en écrivant de cette façon. Il a de la sorte œuvré à déplacer l’idée que nos nations sont originelles et fondamentlaes à ce continent en clâmant que la “découverte” européo-chrétienne était “originelle et fondamentale” au continent. Marshall ajouta que le “droite de découverte” qui fut donné par le roi d’Angleterre Henri VII à John Cabot fut limité “au pays et contrées alors inconnues du peuple chrétien”.

Les terres qui étaient inconnues aux chrétiens étaient de manière évidente des terres non-chrétiennes. Ce qui veut dire que le principe dont Marshall a dit “avoir été mentionné” par la cour suprême, ne pouvait qu’être appliqué par les chrétiens aux terres non-chrétiennes. Par la voie de la charte de John Cabot, continua Marshall, le roi Henri VII d’Angleterre “reconnaissait ainsi un droit de possession” de toutes terres non-chrétiennes qui étaient localisées et ce sans tenie aucun compte des “païens” qui y vivaient déjà depuis longtemps.

L’utilisation par Marshall des mots issus de la bible “chrétien” et “païen” (qui est “un mot d’origine chrétienne” nous dit le dictionnaire d’anglais d’Oxford) qui sont trouvés dans la charte Cabot révèle ici un point clé: Marshall et toute l’équipe de la cour suprême des Etats-Unis utilisaient une imagerie et des idées issues de la bible pour argumenter que “nos droits de complète souveraineté en tant que nations indépendantes” prirent fin dès la supposée “découverte chrétienne” de terres non-chrétiennes pourtant déjà bien habitées.

Si nous devions créer un contre-argument afin de mettre au défi l’affirmation péremptoire de la cour suprêmes des Etats-Unis, fondée sur des arguments en provenance de la bible, contre nos nations, à quoi ressemblerait donc un tel argument ? Si nous voulons défier l’argument de la CS que l’indépendance de nos nations a pris fin (fut “diminuée” par la “découverte chrétienne”, a quoi ressemblerait un tel challenge ?

Quels mots utiliserions-nous dans une tentative efficace de défi de l’affirmation que les chrétiens, voguant sur notre petit coin de la planète, mirent fin en quelque sorte à nos “droits de souveraineté complète en tant que nations indépendantes”, ou en d’autres termes, mirent fin à notre droit d’exister simplement libre de toute domination ?

Voici un argument simple: Notre droit de vivre libre de la domination des idées de l’homme blanc n’a jamais pris fin. Nous sommes toujours libres de droit de l’idée que le peuple chrétien de nations chrétiennes mirent fin à notre droit de vivre libre de la domination chrétienne. Nos nations sont toujours jusqu’à ce jour, libres de droit et indépendantes de toute affirmation d’un “droit de domination” par les idées émises par les Etats-Unis, que celles-ci aient été exprimées par le rendu de justice de l’affaire Johnson c. M’Intosh ou par ailleurs.

En 1976, John A. Boyd, un avocat au bureau d’expertise et de conseil légaux pour le ministère des affaires étrangères US, a discuté de la décision de la CS dans l’affaire Cherokee Nation c. Georgie de 1831. Boyd écrivit que “le raisonnement de Marshall focalisait sur la souveraineté et la domination des Etats-Unis sur les Indiens.” Étant donné que les mots “souveraineté” et “dominion/colonie” sont tous deux des mots de domination, nous pouvons voir quelque chose poindre derrière l’argument de Boyd: C’est l’affirmation tacite que le raisonnement de la CS focalisait sur l’affirmation que les USA ont le droit d’affirmer un pouvoir de domination sur les Indiens et leurs nations.

Le philosophe John Locke disait “le droit de possession” est “dominion/colonisation”. On doit donc tenir pour sûr qu’affirmer un droit de prendre possession d’autres nations est la même chose que d’affirmer un “droit de possession” sur ces terres. En d’autres termes, l’affirmation du peuple chrétien d’un droit de possession sur des territoires non-chrétiens, ceux de nos nations sur ce continent, revenait à dire que le peuple chrétien avait un droit de domination en rapport à toutes terres non-chrétiennes.

Ailleurs dans le rendu du jugement Johnson, Marshall dit que les potentats de l’Europe ont “affirmé” que le “dominion/colonisation ultime” réside en eux-mêmes. Dans cette veine, John Boyd pour le ministère des affaires étrangères cita Marshall comme suit depuis le rendu du jugment de la CS Cherokee Nation c. l’état de Georgie:

“Eux et leur pays sont considérés par les nations étrangères ainsi que par nous-mêmes, comme étant totalement sous la souveraineté et le dominion/colonisation des Etats-Unis, ainsi toute tentative d’acquérir leurs terres ou de former une quelconque connexion politique avec eux, serait considéré par tous comme une invasion de notre territoire et un acte d’hostilité…”

L’idée que les Indiens et leur pays sont considérés comme étant “si complètement sous la souveraineté et le dominion des Etats-Unis” est précisémenent réexprimé comme “les Indiens et leur pays sont considérés comme étant complètement sous la domination des Etats-Unis…” Ceci provient du droit clâmé par les Etats-Unis de domination sur des nations originelles libres, fondé sur le fait que “les chrétiens” ont affirmé leur droit de domination sur des terres non-chrétiennes (“un droit de possession”). Nous n’avons qu’à peine commencé à développer notre plus puissant contre-argument opposant cette affirmation de droit de domination, contre-argumentation fondée sur l’existence préalable libre et indépendante de nos nations originelles.

1936-2016: 80 ans d’Espagne anarchiste… La FAI et l’action directe

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A lire absolument: Le programme de la FAI en 7 points (1927)

 

Déclaration de la Federacion Anarquista Iberica FAI 1927

C’est une injustice inhumaine qu’un homme puisse conserver la richesse produite par d’autres ou ne serait-ce qu’une partie de la terre qui est aussi sacrée à l’humanité que la vie d’un individu, ceci parce qu’il a son origine dans une exploitation violente et criminelle du plus fort sur le plus faible, créant par là-même l’odieuse existence de parasites vivant du travail des autres ; parce que cela crée le capitalisme et la loi des salaires qui condamne l’homme à un esclavage économique permanent et au déséquilibre économique ; créant également la prostitution, le scandale le plus infâme et dégradant que la société puisse infliger sur la conscience humaine, condamnant les femmes (en général) à faire d’un acte qui est le plus naturel et le plus spirituel connu de l’humain, un commerce dégradant. Nous sommes contre l’État parce qu’il restreint le libre cours et le développement normal des activités éthiques, philosophiques et scientifiques du monde et parce qu’il est le fondement des principes d’autorité et de propriété par le biais des forces armées, policières et judiciaires.

Carnet de membre de la F.A.I.

1927

« Camarada : Desde el momento que tomas este carnet, pasas a formar parte de la Organisación que posee los ideales más elevados de la humanidad : el anarquismo. Esto te obliga en todo momento a ser digno de ella, observando una conducta resta y honrada, mientras la conserves.
En cada afiliado a la F.A.I. has de ver al verdadero hermano con el que compartir las penas y alegrías. Ayudándole siempre que lo haya menester y recabando su apoyo cuando la precises.
Apoyo los órganos en la prensa del movimiento anarquista, suscribiéndote a ellos y divulgándoles por doquier. Además de pertenecer a la F.A.I., debes tener un puesto que, como productor consciente te corresponde, en la Central Sindical Revolucionaria : C.N.T. »

Traduction française: « Camarade : Au moment où vous prenez cette carte, vous faites partie de l’Organisation qui détient les idéaux les plus élevés de l’humanité: l’anarchisme. Cela vous oblige à tout moment d’être digne d’elle, en observant une conduite droite et honnête, et toujours la conserver.
 En chaque membre de la F.A.I. il faut voir le véritable frère avec qui partager les peines comme les joies. L’aidant chaque fois que cela est nécessaire et obtenant son appui quand vous en avez besoin.
 Soutenez les organes de presse du mouvement anarchiste en vous y abonnant et en les divulguant partout. En plus de faire partie de la FAI, vous devriez adhérer, en tant que producteur conscient, à la Centrale Syndicaliste Révolutionnaire, la C.N.T. »

=*=

George Orwell sur la CNT-FAI, extrait d’“Hommage à la Catalogne”, 1938

« En gros, la CNT-FAI défendait:

  • Le contrôle direct des ouvriers sur l’industrie dans laquelle ils étaient engagés, par exemple les transports, le textile, la métallurgie etc
  • Le gouvernement du peuple par des comités locaux et une résistance à toutes les formes d’autoritarisme centralisé
  • Une hostilité sans faille à la bourgeoisie et à l’église

Les anarchistes étaient à l’opposé de la majorité des soi-disants révolutionnaires dans la mesure où bien que leurs principes étaient vagues, leur haine du privilège et de l’injustice était tout à fait véritable, Philosophiquement, communisme (marxiste) et anarchisme sont à l’opposé. De manière pratique, c’est à dire en ce qui concerne la forme de société que chacun défend, la différence est essentiellement sur une question d’importance, mais est quasiment irréconciliable. Là où l’importance pour les communistes marxistes est toujours sur le centralisme et l’efficacité, celle des anarchistes est toujours sur la liberté et l’égalité.

L’anarchisme a de profondes racines en Espagne et a de bien grandes chances de survivre au marxisme lorsque l’influence russe ne sera plus. Pendant les deux premiers mois de la guerre (civile), ce furent les anarchistes plus que quiconque d’autre qui sauvèrent la situation et bien plus tard, la milice anarchiste, malgré son indiscipline, fut de loin la meilleure combattante parmi les forces espagnoles engagées.

A partir de février 1937, les anarchistes et les P.O.U.M (NdT: Parti Ouvrier d’Unification Marxiste, qui réunissait les marxistes non staliniens engagés en Espagne…) pouvaient dans une certaine mesure être amalgamés. Si les anarchistes, Les POUM et l’aile gauche des socialistes avaient eu le sens de se combiner dès le départ et de mettre en place une politique réaliste, l’histoire de la guerre d’Espagne en aurait été sûrement changée. Mais au début, lorsque les parties révolutionnaires semblaient avoir les choses en main, ceci fut impossible. Entre les anarchistes et les socialistes demeuraient de vieilles rivalités, les POUM en tant que marxistes étaient suspicieux des idées anarchistes, tandis que du point de vue des anarchistes le “trotskisme” des POUM n’était pas préféralbe au “stalinisme” des communistes. Quoi qu’il en soit, les tactiques communistes tendirent à rassembler les deux parties. Lorsque les POUM s’allièrent aux anarchistes dans les combats désastreux de Barcelone en Mai, c’était en fait par instinct de se tenir aux côtés de la CNT et plus tard, lorsque le POUM fut éliminé par les stalinistes, les anarchistes furent les seuls qui osèrent élever la voix pour sa défense.

Donc en gros, l’alignemnt des forces fut comme tel: d’un côté vous aviez la CNT-FAI et les POUM avec une section des socialistes (du Front Populaire), soutenant le contrôle par les travailleurs, de l’autre côté les socialistes de droite, les libéraux et les communistes staliniens (soutenus par l’URSS de Staline), qui soutenaient un gouvernement centralisé et une armée militarisée et non pas de milices. »

=*=

1936-2016: 80ème anniversaire de la révolution sociale espagnole

 

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