Gilets Jaunes révolution sociale 5ème round 15 décembre 2018: Au-delà d’une nuit du 4 août !…

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Cet appel lancé par Jérôme Baschet depuis les terres autonomes zapatatistes du Chiapas (sud-Mexique) pour une poussée plus avant de la conscience politique collective vers le principe de bon gouvernement, celui de, par et pour la base du peuple. L’abolition des privilèges n’est pas une solution si on laisse en place le système même qui permet leur existence !
Nous l’avons dit depuis des années et le répèterons sans cesse: Il n’y a pas de solutions au sein du système, il n’y en a jamais eu et ne saurait  en avoir ! A bas l’État, à bas la société marchande, à bas l’argent, à bas le salariat, mode d’esclavagisme moderne, pour que fleurisse la société des sociétés émancipée définitivement du rapport dominant/dominé, n’existant que par le fait rendu possible de la séparation du pouvoir du corps social en une entité séparée, forcément à terme, aristocratique et oligarchique.
Pour nous aider toutes et tous en cette démarche, incluant bien entendu le mouvement des Gilets Jaunes, nous devons comprendre le fondement de l’affaire et notre mode d’action transformateur de la réalité doit provenir d’une conscience politique collective elle-même issue d’une compréhension critique de notre réalité. Ci-dessous, trois textes fondamentaux pour nous aider à y parvenir, ensemble, merci de (re)lire et de diffuser sans aucune modération:

~ Résistance 71 ~


15 décembre, GJ 5ème round

 

 

Pour une nouvelle nuit du 4 août (ou plus)

 

jeudi 13 décembre 2018, par Jérôme Baschet

 

Source:
https://www.lavoiedujaguar.net/Pour-une-nouvelle-nuit-du-4-aout-ou-plus

 

Ah, ça oui ! Il faut le reconnaître. Il nous a émus, Manu. Il nous a entendus ; il faut dire qu’avec les cotons-tiges grands comme des poutres que les infirmières lui avaient préparés, ça a dû bien lui déboucher les pavillons. Et, vous vous rendez compte, tout ce qu’il a fait depuis qu’il est président, c’était pour nous. Il nous aime tellement ! C’est pour nous qu’il avait augmenté la CSG, réduit les APL, augmenté la taxe carbone, etc. Pour notre bonheur, par amour pour nous. Et quand il nous accablait de son mépris, c’était aussi par amour. Pour nous pousser à donner le meilleur de nous-mêmes.

D’ailleurs, la preuve : il nous aime tellement qu’il a compris que le paquet de cacahuètes annoncé par le premier ministre, la semaine dernière, ce n’était vraiment pas assez. Alors là, d’un seul coup, il en a mis quatre sur la table, des paquets de cacahuètes. Pour qu’on comprenne enfin combien son amour pour nous est immense.

Bon, c’est vrai qu’en ouvrant les paquets on se rend compte qu’il y a pas mal de cacahuètes avariées, ou pas si fraîches que ça. Et même que l’un des paquets contient surtout du vent (combien d’entreprises vont donner ces primes de fin d’année ?). Et puis, au fond, un paquet ou quatre, ce ne sont jamais que des cacahuètes. Pour que les singes restent dans la cage. Pour que les moutons rentrent à la bergerie.

Et puis, vous avez vu. Même s’il parle tout doucement, avec une petite voix à l’humilité bien apprise, il continue à se croire le roi. Il a tenu à bien nous montrer qu’il parle depuis les ors élyséens. Et le détail qui tue : vous avez vu, sur son bureau, à côté des mains posées à plat pour afficher la sérénité, le petit service en or qui étincelait sous les projecteurs. C’était là pour nous narguer. Aux Gaulois récalcitrants, Macron, il a le culot de répondre par un coq en or (ou bien c’est la poule aux œufs d’or, mais alors à qui s’adresse le message ?) ! C’est moi, dit-il, qui vit dans les palais du pouvoir. Même si aujourd’hui je vous parle tout gentil-gentil pour calmer la grosse colère, c’est quand même moi le roi. Et vous vous êtes toujours les gueux !

Car bien sûr, pas question de changer un tant soit peu de politique. Pas question de revenir à l’ISF. Pas question de mettre à contribution les entreprises faisant des bénéfices élevés. Pas question de faire payer les gros pollueurs (d’ailleurs, l’écologie, on n’en parle même plus). Les mesures minimales ne sont même pas envisagées, comme la revalorisation réelle du SMIC et de l’ensemble des bas salaires et des petites retraites, ou encore le rétablissement de l’ISF, alors même que le financement de ces mesures et de quelques autres est à portée de main : il suffirait de mettre fin à la double aide aux entreprises en 2018, allègement des charges et maintien du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), ce qui représente 20 milliards de recettes supplémentaires (alors que les mesures d’hier n’en coûtent que 5 ou 6).

Mais rien de tout cela ne correspond vraiment à l’enjeu de la situation. Au fond, notre petit roi l’a sans doute compris, mais il tente une dernière ruse pour voir s’il peut nous berner encore une fois à bon compte. Car, comme le disent très bien bon nombre de gilets jaunes, quelque chose de très profond a basculé. Les gens ont repris leurs vies en main. Ils ont fait l’expérience de la puissance collective. Ils connaissent désormais la joie partagée qu’elle permet d’éprouver. Ils savent que ce qui était réputé impossible hier, devient possible lorsque le peuple se soulève et reprend sa liberté. Lorsqu’il cesse de déposer son destin dans un pouvoir et des institutions faites pour l’en déposséder.

Alors, oui, la force du soulèvement fait vaciller le pouvoir. Les puissants tremblent. Et pas seulement en France (du reste, une contagion aux autres pays européens, qui a commencé, serait décisive pour pouvoir gagner vraiment). Le processus en cours ne va pas s’arrêter comme cela. Des millions de personnes ont pris goût à la liberté et ne sont plus disposées à continuer à vivre comme avant. Il ne s’agit plus d’une goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase ; c’est une digue qui a lâché.

Et puis, vous avez vu que le petit roi a annoncé qu’au lieu de rétablir l’ISF il allait demander aux très riches de faire un geste. C’est Noël, une petite aumône pour les pauvres de France, ce serait tellement émouvant ! Mais dans quel monde vit-il ? C’est toujours Marie-Antoinette et ses brioches, pendant que dehors, la révolution a commencé ! Et puisqu’il s’agit de révolution, il est temps d’en appeler à une nouvelle nuit du 4 août. Ça oui, ça serait un tant soit peu à la hauteur de la situation. Du reste, les grandes fortunes, nos nobles d’aujourd’hui, devraient aisément le comprendre, s’ils veulent garder une partie de leurs privilèges. Oui, les cinq cents plus grosses fortunes de France pourraient sortir le pays de la crise dans laquelle il est plongé en acceptant d’apporter à l’effort national la moitié de leurs patrimoines. Allez, les Chanel, Hermès, L’Oréal et autres Auchan et Lactalis, vous pouvez sauver la patrie en danger. Allez, Bernard, après ce renoncement déchirant, il te restera quand même quelque 36 milliard d’euros. Même si tu perds quelques places au classement Forbes (ce qui est vraiment rageant, il faut en convenir), est-ce que, dans la vie, tu sentiras vraiment la différence ? Et puis, ces patrimoines, ils ont quand même augmenté de 17 % rien que depuis l’an dernier ; ils ont été multipliés par trois en une décennie, de sorte que même en t’en prélevant la moitié, ils seront toujours supérieurs à leur niveau d’il y a dix ans. Le patrimoine des cinq cents plus grosses fortunes, c’est 650 milliards d’euros ! Avec la moitié, 300 milliards en chiffres ronds, plus aucun problème pour financer les programmes dits de la « transition écologique » (100 milliards) ni pour étoffer les mesures sociales d’urgence ou lancer une remise en état des services publics (100 milliards) ; on pourrait même aider les pays africains (50 milliards) et alléger la dette pour soulager les budgets à venir de l’État (50 milliards ; vous voyez si on est raisonnables !). Mesdames et messieurs les très-très-très riches, vous entreriez dans l’histoire ! Et puis, surtout, vous pourriez arrêter le tsunami en cours qui, sinon, risque de tout emporter sur son passage. Vous avec.

Une remarque encore : vous voyez bien que cet appel n’a rien de vraiment révolutionnaire (pour qu’on puisse vraiment parler d’une nuit du 4 août, il faudrait renoncer à certains des privilèges qui permettent de constituer de telles fortunes, tels que les prérogatives des actionnaires et le pouvoir sur les salariés). Donc, ce serait céder un peu, pour garder l’essentiel. Les super-riches seraient toujours des super-riches. Ils continueraient à faire de considérables profits pour renflouer bien vite leurs caisses. De plus, ils apparaîtraient comme les bienfaiteurs de la nation et en tireraient une légitimité inédite. Cependant, il est à craindre que, malgré tant d’avantages évidents et des inconvénients si restreints, nos grandes fortunes n’entendront pas cet appel. Il n’y aura alors pas d’autre issue pour le soulèvement en cours que de pousser au plus loin les potentialités qui ont commencé à s’affirmer, partout en France, avec une détermination et une intelligence proprement renversantes.

Ce dont des millions de personnes font actuellement l’expérience, c’est que le peuple qui se soulève reprend son destin en main. Au lieu de se dessaisir de sa puissance collective au profit de la classe politique et des institutions représentatives, il peut s’organiser par lui-même et décider par lui-même de quelle manière il entend vivre. Les zapatistes du Chiapas, qui en font l’expérience depuis vingt-cinq ans, disent que nous pouvons nous gouverner nous-mêmes et appellent ceux qui s’inspirent de leur exemple à former leurs propres « conseils de gouvernement » (ou tout autre terme qui conviendra à chacun). Dans l’actuel soulèvement des gilets jaunes, certains appellent à former des comités populaires avec leurs assemblées (voir l’appel de Commercy). D’autres invoquent l’expérience des communes libres, qui repenseraient la vie collective à partir des besoins réels de tous et de toutes, et pourraient se fédérer pour traiter les enjeux régionaux et nationaux.

Et puis, lorsque tant de gilets jaunes disent qu’il n’est plus question de vivre comme on l’a fait durant tant de temps, cela suppose de repenser l’organisation collective précisément à partir de cette question : de quelle manière voulons-nous vivre ? Aujourd’hui, c’est là précisément la question qui est par principe exclue, parce que la marche du monde est dictée par un tout autre impératif fondamental : celui de l’Économie. Une Économie dont le productivisme est entretenu par l’exigence de profit, notamment celui des méga-entreprises transnationales et des marchés financiers. Une Économie dont la croissance sans limite est de plus en plus clairement déconnectée des besoins réels des humains, et qui s’avère responsable du cycle infernal des émissions de gaz à effet de serre et de la destruction généralisée du vivant, qui nous conduisent à la catastrophe.

La poule aux œufs d’or, c’est la France d’en bas qui ne s’en sort pas et que l’État achève sous les taxes. C’est tous ceux qui produisent la richesse de ce pays pour le bénéfice des grands prêtres du CAC 40. C’est notre planète que le productivisme engendré par l’exigence du profit est en train de dévaster et de rendre invivable. C’est la vie sur Terre qui agonise sous l’haleine brûlante de l’hydre capitaliste.

Destitution de Macron et de tout Pouvoir d’en haut.
Blocage de la machine folle de l’Économie qui détruit la planète.
Vive l’autogouvernement populaire !
Vive les communes libres de France et d’ailleurs !
Vive la vie digne pour tous et toutes, dans le respect de la Terre !

San Cristóbal de Las Casas, 11 décembre 2018.
An 25 du soulèvement zapatiste.
An 1 du soulèvement des gilets jaunes
et des colères de multiples couleurs.

Jérôme Baschet

= = =

Trois textes fondamentaux pour nous aider à y parvenir, ensemble, à lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

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Enfin de nouveau disponible en français !… Le livre pédagogique le plus subversif de l’histoire: « La pédagogie des opprimés » de Paulo Freire (format pdf gratuit)

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“La rébellion sans la conscience critique est pour ainsi dire une explosion d’impuissance.”
~ Paulo Freire ~

“Celui qui lutte contre les monstres doit veiller à ne pas le devenir lui-même. Quand ton regard pénètre longtemps au fond de l’abîme, celui-ci aussi pénètre en toi.”
~ Friedrich Nietzsche ~

“Voici l’arbre des émancipés.
L’arbre de la terre, l’arbre nuage.
L’arbre pain, l’arbre flèche.
L’arbre poing, l’arbre feu.
L’eau tumultueuse de notre
époque nocturne l’inonde,
mais son mât équilibre
l’arène de sa force.”
~ Pablo Neruda ~

“Planter l’arbre de demain, voilà ce que nous voulons […] L’arbre de demain est un espace où se trouve tout le monde, où l’autre sait et respecte les autres et où la fausse lumière perd sa dernière bataille. Si vous insistez pour que je sois plus précis, je vous dirais que c’est un endroit ayant la démocratie, la liberté et la justice, voilà ce qu’est l’arbre de demain…”
~ SCI Marcos, 1999 ~

“Voilà pourquoi nous autres Zapatistes sommes des combattants, parce que nous voulons: ‘Tout pour tout le monde et rien pour nous-mêmes’. Si nous avions capitulé, si nous nous étions vendus, nous ne serions plus pauvres, mais d’autres auraient continué à l’être. […] Nous Zapatistes disons: ‘Je suis ce que je suis et tu es ce que tu es. Construisons un monde où je puisse être et ne devrais pas cesser d’être, où tu puisses être et ne pas avoir à cesser de l’être et où ni toi ni moi ne forcerons un autre à être comme toi ou moi.’ Donc quand nous, Zapatistes disons: ‘Un monde où beaucoup de mondes sont inclus’, nous disons plus ou moins que ‘chacun fasse ses propres trucs’…”
~ SCI Marcos, 1999 ~

 

Introduction au livre de Paulo Freire: “La pédagogie des opprimés”, version pdf

 

Résistance 71 

 

13 décembre 2018

 

La conjoncture socio-politique française du moment avec l’avènement du mouvement populaire des Gilets Jaunes, nous amène à publier plus tôt ce que nous considérons, juste après notre “Manifeste pour la société des sociétés”, publié en octobre 2017, le travail dont nous sommes les plus fiers: la traduction complète d’un des plus remarquables textes éducatifs, qui n’est plus disponible en français depuis quelques 30 ans: “La pédagogie des opprimés”, du grand éducateur, penseur et pédagogue critique brésilien Paulo Freire, dans une superbe mise en page claire et aérée de Jo.

Le livre en format Pdf gratuit
Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Publié en espagnol puis en portugais en 1970 alors que l’auteur était en exil au Chili, après le coup d’état brésilien de 1964 (il ne retournera au Brésil qu’en 1980), ce livre est très rapidement devenu LE livre de la révolution pédagogique pour l’émancipation de l’humanité du rapport dominant/dominé entretenu sciemment par les systèmes socio-politiques en place quels qu’ils soient.

Très rapidement, ce livre a été traduit en quelques 18 langues et est devenu le livre éducatif et pédagogique le plus subversif de l’histoire. Il est toujours interdit de nos jours dans certains pays ou états (comme par exemple en Arizona aux Etats-Unis).  

“La pédagogie des opprimés” est, sans nul doute, le livre le plus subversif de l’histoire de la pédagogie au service de la pensée critique et donc de la libération.

Paulo Freire (1921-1997, voir sa bio plus complète dans le pdf) fut secrétaire à l’éducation de la ville de Sao Paulo, enseigna en université et à l’UNESCO. Son héritage pédagogique est énorme et de nombreux élèves de Freire devinrent et sont toujours, d’éminents éducateurs continuant son œuvre dans le monde entier.

Nous pensons qu’il est grand temps qu’enfin ce livre et cette méthode pédagogique critiques soient de nouveau accessibles en français. Dans le cadre du grand mouvement populaire des Gilets Jaunes, qui s’est mis en marche en France depuis le 17 novembre dernier, nous pensons que cet ouvrage et ses enseignements d’une richesse phénoménale, trouveront leur juste place dans la perspective d’une réflexion et action critiques permettant le saut qualitatif nécessaire à toute avancée (r)évolutionnaire pour une société définitivement émancipée de l’oppression, de la violence et de la domination du plus petit nombre sur le plus grand nombre, tel que nous le subissons depuis des millénaires.

On ne sort pas indemne de sa lecture. Vous ne percevrez sans doute plus le monde de la même façon après lecture, mais de là jaillira la fontaine d’eau cristalline qui abreuvera l’élan vers ce changement radical de société tant attendu par nous tous, les opprimés du monde.

Les citations que nous avons employées ci-dessus ne sont pas anodines, surtout les deux dernières du Sup Marcos, du mouvement (néo)zapatiste du Chiapas au Mexique ; en effet, avant la sortie au grand jour du ¡Ya Basta! zapatiste le 1er janvier 1994, beaucoup se sont demandés ce qu’avaient fait les leaders zapatistes et le peuple en toute clandestinité entre 1984 et 1994 pour préparer l’éruption de liberté et d’émancipation qui s’en est suivie…

La réponse à cette question pertinente se trouve dans et avec “La pédagogie des opprimés” de Paulo Freire. Nous pensons que ce qui est aujourd’hui et depuis 1994, le mouvement émancipé du Chiapas du sud-Mexique est le résultat direct d’une application de terrain de la “pédagogie des opprimés” de Freire. La méthodologie ne fait quasiment plus aucun doute quand on observe le résultat obtenu et son évolution dans la longévité.

Nous offrons cet ouvrage gratuitement à tous les peuples francophones, en espérant qu’il en sera fait bon usage. Vous aurez énormément de mal à trouver un texte académique aussi subversif et utile à la cause de l’humanité opprimée, pour son émancipation définitive. 

Ce n’est pas un hasard s’il n’a jamais été réédité en français. Il n’y a jamais de hasard dans le domaine politique. 

N’oublions jamais ce que nous a dit Albert Camus en 1951 dans “L’homme révolté”: “On peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire. Il ne peut y en avoir qu’une qui serait la révolution définitive. Le mouvement qui semble achever la boucle en entame déjà une nouvelle dès l’instant où le gouvernement se constitue. Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que le gouvernement et la révolution sont incompatibles au sens direct. “Il implique contradiction, dit Proudhon, que le gouvernement puisse être jamais révolutionnaire et cela pour la raison toute simple qu’il est gouvernement.”… S’il y avait une seule fois révolution, en effet, il n’y aurait plus d’histoire. Il y aurait unité heureuse et mort rassasiée. C’est pourquoi tous les révolutionnaires visent finalement à l’unité du monde et agissent comme s’ils croyaient à l’achèvement de l’histoire…

Lisons Paulo Freire et appliquons ensemble sa méthodologie pour une “unité heureuse et une mort rassasiée”…. !

Longue vie aux Gilets Jaunes ! Mais que ce mouvement se transcende pour parvenir à l’émancipation réelle, nous en fournissons ici un outil remarquable avec cet ouvrage de Paulo Freire.

A bas l’État, à bas la société marchande, à bas les institutions, à bas l’argent et à bas le salariat, pour que resplendisse la société des sociétés ou, comme le disent les compas zapatistes, “un monde où beaucoup de mondes sont inclus.

 

Résistance politique: analyse du dernier livre de Raoul Vaneigem et réflexions sur l’autogestion de la vie quotidienne…

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Lecture de circonstance tout à fait approprié à la dynamique du mouvement national des Gilets Jaunes. Rappelons-nous sans cesse que l’action sans la réflexion n’est souvent qu’activisme et que réflexion et action doivent aussi être simultanées…

~ Résistance 71 ~

Contribution à l’émergence de territoires libérés de l’emprise étatique et marchande

 

vendredi 30 novembre 2018, par Ernest London

Raoul Vaneigem

 

Contribution à l’émergence de territoires libérés de l’emprise étatique et marchande
Réflexions sur l’autogestion de la vie quotidienne

Rivages, « Bibliothèque », 2018

184 pages

Source: 

https://www.lavoiedujaguar.net/Contribution-a-l-emergence-de-territoires-liberes-de-l-emprise-etatique-et

 

Fort du constat que « jamais la terre et la vie n’ont été dévastées, avec un tel cynisme, pour un motif aussi absurde que cette course au profit », Raoul Vaneigem se prête au jeu du « que faire ? » [1]. Il tente d’échapper aux vaines injonctions au « devoir de lucidité » en livrant ses proposions : réunir « la conquête du pain et la conquête de la vie authentique » par l’émergence de territoires libérés de l’emprise étatique et marchande.

Raoul Vaneigem commence par un traditionnel état des lieux, dézingue à tout va : la dictature du profit et le culte de l’argent, le totalitarisme démocratique qui a « si bien gangrené les mentalités que personne ne refuse de payer à l’État des impôts qui, loin d’améliorer le sort des citoyens, servent désormais à renflouer les malversations bancaires », la désertification de la terre et de la vie quotidienne, la colonisation consumériste, le capitalisme spéculatif et financier et la résignation qui entérine le tout. Le capitalisme moderne a réduit la valeur d’usage à zéro tandis que la valeur marchande tend vers l’infini : « La valeur spectaculaire est une valeur marchande. » Une « fausse abondance » a mis à mal la conscience de classe du prolétariat (et sa conscience humaine) qui n’a pas résisté à « l’offensive de la colonisation consumériste ». « Diminuer salaires, allocations, retraites et exorciser la grisaille de l’ennui par la frénésie de consommer, c’est double bénéfice pour les manœuvriers de la finance. » « L’emprise tentaculaire de l’économie est une machine prédatrice » qui vide les consciences, « vidange l’existence » et assèche ce qui subsiste de substance humaine. « Les restes du socialisme trempent dans la soupe néolibérale, le conservatisme se prend les pieds dans le tapis troué du néofascisme, les rétrobolchéviques en sont encore à célébrer l’ouvriérisme alors qu’il s’est, pour une bonne part, égaré dans les égouts de la xénophobie et du racisme. » La mondialisation est une « criminalité banalisée » reposant sur un clientélisme fait de subordination et de chantage, « couverture politique aux procédés mafieux mis en œuvre par les instances multinationales et financières ». « La plèbe est une proie pour le populisme. C’est le fumier où les hommes et les femmes politiques nourrissent et réchauffent leurs froides ambitions. »

Il met la faillite des idéologies sur le compte d’une séparation de la pensée avec le vivant, produit de la division du travail. Dès lors, la confusion sert d’autant plus le pouvoir. « Séparé de la vie, le projet et l’intention d’un bonheur à propager sont des leurres, des espérances mensongères. » Il met en garde contre les réformes et abrogations de loi, aumône concédée par l’État aux mouvements contestataires, « ruses et atermoiements », « prélude à de nouvelles offensives ». Il reproche aux « débordements » de ne pas dépasser le stade émotionnel. Par contre, il reconnaît aux militants en lutte contre l’exclusion des migrants, contre l’expulsion d’une zone à défendre, « une radicalité capable d’essaimer bien au-delà du geste et du mobile initiaux » : « Toute collectivité animée par la volonté de faire primer l’humain sur l’économie inaugure une terre d’où la barbarie est bannie, une terre que fertilise la joie de vivre. »

Son constat n’est pas une fin en soi mais « une plate-forme de dépassement, une invitation à aller au-delà ». Il refuse de « tomber dans la stratégie du désespoir qui désarme et décourage dès le départ les tentatives d’émancipation ». Il se propose de « démanteler le mur des lamentations que l’économie parasitaire consolide avec le ciment de notre désespoir ».

La civilisation est donc arrivée à une impasse que Raoul Vaneigem propose d’envisager plutôt comme carrefour. Il invite à l’exploration de la vie et de l’immensité des possibles, plutôt que la poursuite de « l’expérience labyrinthique d’une survie où nous n’avons plus rien à apprendre ». Il prône un « retour à la base », quête et redécouverte de « la racine des choses et des êtres », un « dépassement de la survie » vers « l’autogestion de la vie quotidienne » où la créativité se substituerait à l’activité laborieuse. La création de biens de qualité en abondance et gratuits rendent « obsolète, rétrograde, ridicule la frénésie consumériste ». Il préconise un apprentissage pour tous et à tout âge, abolissant l’école, lui substituant le projet d’être enseigné et d’enseigner son savoir, tel que l’a mis en œuvre l’Université de la Terre, à San Cristóbal de Las Casas. Il appelle la violence insurrectionnelle à « s’affiner, non à s’assouvir en débordements sans lendemain » : « La construction d’un monde nouveau et la résolution de ne jamais y renoncer démantèleront plus sûrement le vieux monde que l’affrontement rituel des lacrymogènes et du pavé. »

Jusqu’à présent l’autogestion, c’est « substituer à une économie privative une économie collective ». Au contraire, « l’autogestion de la vie quotidienne implique un renversement de perspective. À l’être inféodé à l’avoir succédera une prééminence de l’être qui mettra l’avoir à son service ». Déjà de « simples nids de résistance aux nuisances se transforment en lieux de vie et, parfois, sans en être parfaitement conscients, inventent une nouvelle société ». Envisagée comme un défi, la création d’une société radicalement nouvelle est vouée à l’échec, alors qu’il suffit de se laisser guider par la curiosité, de retrouver « l’innocence de l’enfant, affranchi du carcan scolaire » : « Fertiliser un bout de terrain et un coin de penser, au profit de soi et de tous, contribue à jeter à bas le Léviathan plus sûrement que la rage et le désespoir. Il y a dans la simplicité du retour à la base une puissance poétique qu’aucun pouvoir n’est à même de réprimer. » Il s’agit de s’affranchir « du contrat social forgé de toutes pièces selon son prototype : le contrat commercial ».

Cependant, « ni l’autoritarisme étatique ni la cupidité des mafias internationales ne toléreront en aucune façon l’émergence de territoires où la liberté de vivre abolit la seule liberté qu’ils reconnaissent et pratiquent : celle d’exploiter, de gruger, de terroriser, de tuer. Les libertés du commerce. Le droit de vivre est pour nos ennemis héréditaires une zone de non-droit ». « Consolider un réseau de résistance, mettre en place un plan d’autodéfense, voire tenter une offensive exigent des mesures dont seules les circonstances particulières de l’affrontement peuvent décréter le bien-fondé. » Toutefois il précise que la lutte armée, bien souvent inefficace face à un ennemi rompu à l’art de la guerre, a amplement démontré ses dangers, avec des conséquences bien pires en cas de victoire. De la Révolution espagnole, il tire la leçon que la révolution doit être gagnée sur le plan social et non sur le terrain militaire. Résolument, il affirme la légitimité du sabotage des machines « que les hordes du profit dressent en batterie pour araser un paysage, bâtir une monstruosité, dévaster le sol et le sous-sol, polluer un lieu de vie humaine, animale, végétale ». Il déconseille tout dialogue avec l’État et préconise de conforter « les bases d’un lieu de vie authentique », « propagande de notre société expérimentale », pour se prémunir de l’urgence à laquelle nous accule la tactique de l’ennemi : « Une communauté attachée à la pratique sociale du sens humain est plus invincible, moins facilement attaquable, qu’un groupe armé dont la violence faussement libératrice se borne à concurrencer la violence répressive du capitalisme — lequel se connaît en matière de concurrence. » C’est pourquoi il conseille de ne pas « s’aventurer sur le terrain de l’ennemi » mais de rester sur le terrain de bataille de la vie, de donner sens au slogan « Vous détruisez, nous construisons ».

Il croit en « l’obsolescence de l’argent » car, s’il n’existe pas de solutions préétablies, un style de vie fondé sur le don, bien plus sûrement que l’éthique, « éliminera cette pratique de l’échange, du donnant, donnant que le commerce a implantée partout dans les mœurs et dans les mentalités » : « L’usage de la gratuité, la pratique du don, le règne du qualitatif jettent les bases d’une société qui mettra fin à l’échange, au sacrifice, à la réduction de l’être humain à un objet. »

Viscéralement, il pousse à œuvrer à l’émergence de sociétés autogérées : « Que croissent et multiplient les terres affranchies de la tyrannie étatique et marchande ! »

D’aucuns trouveront qu’il n’y a là rien de très inédit mais loin d’être des lieux communs, ces idées ne méritent-elles pas justement d’être répétées, débattues ? Qui plus est lorsqu’elles sont exprimées, comme ici, avec autant de clarté que de poésie.

Ernest London,

le bibliothécaire-armurier

Bibliothèque Fahrenheit 451

21 novembre 2018.

Raoul Vaneigem offre en annexe les paroles de Terre libre, une chanson qu’il a écrite et qui résument plutôt bien son propos.

Notes

[1] « Au piège du “que faire ?” dans lequel une impatiente instigation — au demeurant sans malice — aurait voulu m’engager, j’opposai la fin de non-recevoir de Scutenaire : “Prolétaires de tous les pays, je n’ai rien à vous conseiller.” Je rappelai qu’un certain Lénine avait donné un ton aussi utilitaire que pressant aux directives jadis placées sous l’objurgation de “décréter le salut commun”. » (Raoul Vaneigem, Contribution à l’émergence de territoires libérés de l’emprise étatique et marchande, p. 11-12 — citation et note de “la voie du jaguar”.)

Communiqué Gilets Jaunes de la Fédération Anarchiste

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9 décembre 2018

 

Source:

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Gilets_jaunes_Communique_de_la_Federation_anarchiste

 

Un mouvement de colère comme on n’en a pas vu depuis longtemps en France est apparu il y a plusieurs semaines, désorientant totalement le pouvoir étatique. Il est compréhensible et légitime face à la violence sociale subie; la diversité de ses acteurs est le symptôme du degré de ras-le-bol auquel ont mené les politiques successives d’austérité plus ou moins maquillée. Cette révolte, même si elle est spectaculaire, ne fait que s’ajouter aux derniers mouvements sociaux en cours ici et là : hôpitaux, SNCF, facs, lycées, etc.

La principale caractéristique de ce mouvement est son rejet de la représentation politicienne et a fortiori des leaders autoproclamés. Sur les ronds-points occupés s’inventent de nouveaux modes de socialisation.

Les anarchistes ne peuvent qu’approuver une attitude qui est la leur depuis toujours. Cependant, la révolte est vaine si elle n’est suivie de propositions. Celles-ci existent, comme par exemple à Saint-Nazaire ou Commercy, et même si elles ne satisfont pas pleinement des anarchistes, elles méritent d’être soutenues tant qu’elles vont dans le sens de l’émancipation.

Nous tenons à dénoncer et condamner les très nombreuses violences répressives de l’État (arrestations arbitraires, comparutions immédiates, mutilations dues aux tirs de flash-ball et d’autres armes offensives policières, etc) comme seules réponses aux contestations.

La victoire de ce mouvement ne sera pas la dissolution de l’Assemblée nationale (surtout pour y installer des démagogues/populistes et/ou nationalistes qui eux-mêmes ne tolèreraient pas de telles manifestations) mais sa mise hors d’état de nuire par l’instauration de l’autogestion et du fédéralisme libertaire.

Resistance politique: Qui est Emmanuel Macron ?

Posted in actualité, altermondialisme, économie, documentaire, gilets jaunes, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 12 décembre 2018 by Résistance 71

Comme d’habitude, fiche de recherche très intéressante de Meyssan sur Macron. On se rappelle de son excellente fiche sur Sarkozy avant cela incluant le système de cooptation au sein de ce qu’on appelle « l’état profond ».
Néanmoins il convient de noter une chose en recherchant un peu plus profondément sur les gens invoqués que tous font partis du même sérail à la convergence d’intérêt évidente. Macron le « Rothschild boy » n’est pas anecdotique, car même s’il s’avère que la relation avec Henry Kravis soit importante en effet, Henry Kravis lui-même, fondateur de KKR pour Kohlberg, Kravis, Roberts est le cousin au premier degré de Roberts. Kravis vient de Goldman Sachs, liée aux Rockefeller, Kohlberg et Roberts viennent de Bear Stearns, requins de la finance qui implosa en 2008, rachetée par JP Morgan (intérêts Rockefeller, représentant les Rothschild aux Etats-Unis). Henry Kravis est le vice-chairman de la Rockefeller University et sa fondation (exonérée d’impôts bien entendu…) y a investi plus de 100 millions de dollars… Les Rockefeller sont le bras des Rothschild aux Etats-Unis.

Voir sur ce blog l’article le plus lu depuis sa création en 2010: « Les huit familles du cartel banquier transnational »

Bref tout ce « joli monde » se serre les coudes pour piller toujours plus avant le monde et placer leurs pions sur l’échiquier géopolitique du crime organisé. Alors, Macron un « Kravis boy » ? Oui, mais aussi un « Rockefeller boy » et donc un « Rothschild boy », employé en bon larbin par la famille Rothschild, la boucle est bouclée. Un  larbin est un larbin, et ceci existera tant que nous laisserons la structure de la société le permettre. Pourquoi vouloir retirer la pression des Rothschild comme s’ils n’avaient rien à voir avec tout ça ?… Même s’il peut y avoir quelques rivalités financières conjoncturelles, les grandes familles de la mafia financière demeurent comme cul et chemise… Convergence d’intérêts oblige. Et leurs intérêts sont radicalement différents des nôtres.
Tout cela n’est en rien inéluctable, ce n’est qu’une création humaine. Ce qui est fait peut être défait, suffit de voir, comprendre et agir.
Analyser le monde, en comprendre sa réalité et agir sur cette réalité pour le transformer dans les sens du bien commun, ensemble, par delà les antagonismes induits et dans l’harmonie de notre complémentarité organique, telle sera la société des sociétés à venir, le mouvement des Gilets Jaunes n’est que le début du chemin.

~ Résistance 71 ~

Mise à jour de 12/12 à 10h35:

La fusillade de Strasbourg est-elle une opération Gladio 2.0, c’est à dire l’OTAN (Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord) volerait-elle au secours de son « soldat Macron » ? Auquel cas, l’analyse de Meyssan prend une dimension intéressante…

 

 

Envers qui Emmanuel Macron est-il débiteur ?

 

Thierry Meyssan

 

11 décembre 2018

 

url de l’article original: http://www.voltairenet.org/article204276.html

 

On présente souvent le président Macron comme un Rothschild Boy. C’est exact, mais c’est accessoire. Thierry Meyssan montre qu’il doit sa campagne électorale principalement à Henry Kravis, le patron d’une des plus grandes sociétés financières globales, et à l’Otan ; une lourde dette qui pèse aujourd’hui sur la solution de la crise des Gilets jaunes.

Emmanuel Macron ne se destinait pas à la politique. Jeune homme, il espérait devenir philosophe, puis haut-fonctionnaire, puis banquier d’affaire. Pour arriver à ses fins, il fréquenta les bonnes fées de l’Oncle Sam : la French-American Foundation et le German Marshall Fund of the United States.

C’est dans ce cadre, qu’il a rencontré Henry et Marie-Josée Kravis, dans leur résidence de Park Avenue, à New York [1]. Les Kravis, soutiens indéfectibles du Parti républicain US, comptent parmi les grandes fortunes mondiales qui font la politique hors du champ des caméras. Leur société, KKR, est avec Blackstone et le Carlyle Group, l’un des principaux fonds d’investissement dans le monde.

« La curiosité d’Emmanuel pour la can do attitude, cette capacité à se dire que si l’on veut on peut, était fascinante. Mais il a une volonté de savoir, de comprendre ce qui marche sans pour autant l’imiter ou le copier qui le fait rester très français », déclare aujourd’hui Marie-Josée Drouin (Madame Kravis) [2].

Muni de la double recommandation des Kravis et de Jean-Pierre Jouyet [3], il intègre le cercle fermé de l’équipe de campagne de François Hollande. Dans un e-mail adressé à la secrétaire d’État US, Hillary Clinton, le directeur de la planification politique Jake Sullivan, décrit les quatre principaux membres de l’équipe de campagne du candidat socialiste, dont l’inconnu Emmanuel Macron. Il précise qu’il devrait devenir le Directeur général du Trésor (« the top civil servant at the Finance Ministry ») [4].

Cependant lorsque François Hollande est élu, Emmanuel Macron devient l’adjoint du secrétaire général de l’Élysée, une fonction plus politique. Il semble qu’il ambitionnait de succéder à Jean-Pierre Jouyet comme directeur de la Caisse des dépôts et consignations, poste qui échut en mai 2014 au secrétaire général de l’Élysée. Il est invité, quelques jours plus tard, au Club de Bilderberg sur proposition des époux Kravis. Il y fera une violente intervention dans un anglais parfait contre son patron, François Hollande. De retour à Paris, il démissionne de son cabinet.

Les époux Kravis sont parmi les principaux piliers du Bilderberg, dont Marie-Josée Drouin-Kravis est administratrice. Contrairement à une idée répandue, le Bilderberg n’est pas un lieu de décision. Ses archives attestent qu’il a été créé par la CIA et le MI6, puis est devenu un organe d’influence de l’Otan qui en assure directement la sécurité [5]. L’intervention de Macron ayant été bien reçue, il devient un des hommes de l’Otan en France.

Ayant quitté la politique, il ne souhaite plus y revenir. Il explique à maintes reprises à son entourage qu’il entend devenir professeur d’université. Avec l’aide de l’essayiste Alain Minc (adoubé en 2008 au Bilderberg), il obtient un poste à l’université de Berlin et un autre à la London School of Economics, mais ne parvient pas à être embauché à Harvard.

Pourtant, en août 2014 —trois mois après avoir « quitté la politique »—, il est nommé par François Hollande sur proposition de Jean-Pierre Jouyet (adoubé en 2009 au Bilderberg), ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique.

Dans un livre paru en 2018, François Hollande assure que ce choix était son idée [6]. C’est possible, mais cela suppose qu’il n’a pas été informé de l’intervention de Macron au Bilderberg. Or, une de ses ministres et amie, Fleur Pellerin y avait également été invitée.

En décembre 2014, Henry Kravis créé sa propre agence de Renseignement, le KKR Global Institute. Il nomme à sa tête l’ancien directeur de la CIA, le général David Petraeus. Celui-ci va poursuivre avec les moyens privés de Kravis (le fonds de placement KKR) —et sans en référer au Congrès— l’opération « Timber Sycamore » que le président Barack Obama avait initiée. C’est le plus important trafic d’armes de l’Histoire impliquant au moins 17 États et représentant plusieurs dizaines de milliers de tonnes d’armes pour plusieurs milliards de dollars [7]. À ce titre, Kravis et Petraeus sont les principaux fournisseurs de Daesh [8].

Le président du Bilderberg, le Français Henri de Castries, invite le député-maire du Havre, Édouard Philippe à la réunion annuelle, qui se tient cette fois en juin 2015 en Autriche. Il sera à nouveau invité, en Allemagne cette fois, en mai 2016. Lors de la campagne présidentielle en France, Henri de Castries et Édouard Philippe seront des soutiens de François Fillon. Ils le laisseront tomber dès que Jean-Pierre Jouyet [9] aura fourni au Canard enchaîné les documents financiers réunis par l’Inspection des finances sur les emplois douteux de Madame Fillon [10]. Ils se rallieront alors à Emmanuel Macron.

En avril 2016, Emmanuel Macron fonde sa formation politique, En Marche !, dont le marketing est calqué sur Kadima !, le parti prétendument ni-droite ni-gauche d’Ariel Sharon. Son programme, quant à lui, décline les notes de l’OCDE [11] et celles de l’Institut Montaigne, dont Henri de Castries est le président. C’est d’ailleurs dans les locaux de l’Institut qu’il est créé. Mais Castries fait croire à Fillon qu’il ne soutient pas Macron et que c’est pure coïncidence. Il continuera d’ailleurs à lui faire croire durant des mois qu’il est prêt à devenir son Premier ministre.

Initialement, le financement d’En Marche ! n’est pas contrôlé. C’est une simple association qui peut recevoir des dons de l’étranger. Le nom des donateurs n’est pas transmis au fisc. L’archi-milliardaire Henry Kravis est de ceux-là.

Durant sa campagne, Emmanuel Macron rencontre régulièrement l’ancien président du FMI, Dominique Strauss-Kahn (« DSK »). Ces séances de travail seront niées jusqu’à ce qu’elles soient révélées par Le Parisien, bien plus tard, le temps que son image de pervers sexuel se soit atténuée. DSK (adoubé par le Bilderberg en 2000) apporte à la fois le soutien de la haute-fonction publique et celui du patronat français ; l’alliance sociologique qui avait porté à bout de bras le régime collaborationniste de Philippe Pétain et qui s’est reformée dans les années 80 autour de la Fondation Saint-Simon.

En juin 2018, le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Jean-Michel Blanquer est invité sur proposition d’Henri de Castries à la réunion annuelle du Bilderberg, qui se tient cette fois en Italie. Ce juriste, spécialiste de droit constitutionnel, a toujours lié la science politique et la pédagogie. Il a été l’un des trois directeurs centraux du ministère de l’Éducation, puis directeur de la prestigieuse École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC). Il connaissait depuis longtemps Castries qu’il a fréquenté au sein de l’Institut Montaigne.

Lorsque la crise des Gilets jaunes débute en France [12], il est rapidement évident que le problème est profond et ne pourra pas être résolu sans remettre en cause la globalisation financière, ce que le président Macron ne peut pas faire. Durant sa campagne électorale, il avait surpris ses donateurs lors d’un dîner à New York en faisant le procès de financiarisation de l’économie. C’était de la rhétorique électorale. Il avait été repris par les Kravis : la financiarisation, c’est ce qui autorise les « achats à effet de levier » (leveraged buy-out) qui leur ont permis de devenir ce qu’ils sont.

Il convient donc que face aux Gilets jaunes, le président Macron sacrifie son Premier ministre en victime expiatoire lors des prochaines élections (les européennes de mai 2019 qui seront à coup sûr perdues). Mais, outre qu’il lui faut tenir cinq mois encore, par qui le remplacer ? Lorsque l’on doit le financement de sa campagne électorale et le choix de son Premier ministre à l’Otan, il n’est pas pensable de le remplacer sans en référer à l’Alliance. Le candidat idéal à cette fonction serait donc Jean-Michel Blanquer.

[1] Cette rencontre s’est probablement tenue en 2007. Par la suite, Emmanuel Macron a systématiquement rendu visite aux Kravis lors de ses déplacements aux États-Unis, tandis qu’Henry Kravis le recevait dans ses bureaux de l’avenue Montaigne lorsqu’il venait à Paris.

[2] « Quand Emmanuel Macron découvrait l’Amérique à 29 ans », François Clemenceau, Le Journal du Dimanche, 22 avril 2018.

[3] Jean-Pierre Jouyet est un ami personnel de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. Il a dirigé l’Inspection générale des Finances de 2005 à 2007. Il était alors le supérieur hiérarchique d’Emmanuel Macron.

[4] « Hollande Team », e-mail by Jake Sullivan, May 10, 2012. Source : Wikileaks.

[5] « Ce que vous ignorez sur le Groupe de Bilderberg », par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda (Russie), Réseau Voltaire, 9 avril 2011.

[6] Les leçons du pouvoir, François Hollande, Stock, 2018.

[7] « Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 juillet 2017.

[8] « Saisir des transnationales pour reconstruire la Syrie ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 août 2018.

[9] Jean-Pierre Jouyet est resté ami avec Henri de Castries à la fin de leurs études à l’École nationale d’Administration (ENA, Promotion Voltaire). C’est là qu’ils ont fait la connaissance de François Hollande.

[10] Contrairement à la version officielle, les informations du Canard enchaîné ne sont pas le fruit d’une investigation journalistique. La totalité du dossier a été fournie en une seule fois à l’hebdomadaire par Jean-Pierre Jouyet en violation du secret fiscal.

[11] L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est un des deux organismes issus du Plan Marshall. L’autre, c’est l’Otan.

[12] « Comment l’Occident dévore ses enfants », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 décembre 2018.

 


Etienne de la Boétie 1548

Mouvement des Gilets Jaunes, allocution Macron du 10 décembre 2018… Macronus 1er postule t’il à un “César” 2019 ?…

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ou L’allocution d’un mignon

 

Résistance 71

 

11 décembre 2018

 

N’était-il pas mignon ce Macron avec ses petites pattes posées bien à plat devant lui sur le burlingue ? On aurait dit une marmotte aux abois, prête à siffler pour que toutes rentrent dans leur tanière.

Grand numéro de démagogie pleurnicharde se voulant solennelle. Il a passé ces quelques dernières semaines à répéter le numéro avec ses dresseurs: il fallait à tout prix lui faire perdre cette condescendance, cette attitude hautaine si son clan voulait avoir un minimum de crédibilité. Pas mal, en si peu de temps d’avoir corrigé le comportement de Macronus 1er, marionnette des banquiers transnationaux, mais gageons que le naturel reviendra au galop dans pas si longtemps.

Alors, 13 minutes de démagogie et d’hypocrisie sans borne qui ont vu le Zident d’une ripoublique à la dérive nous faire le numéro de politique politicienne d’usage. On se serait cru en campagne électorale sous stéroïdes, c’est pas peu dire !

On commence par la fermeté sur la violence, le “désordre et l’anarchie”, bien entendu, mots particulièrement choisis pour continuer à faire peur au quidam au sujet de “l’anarchie”, ce chaos innommable qui voit un black bloc cagoulé dormant sous le lit de chaque citoyen, alors qu’en réalité, en chaque citoyen sommeille un anarchiste qui le plus souvent s’ignore à grand renfort de propagande, car l’anarchie (qui veut dire sans hiérarchie) fait partie de la nature sociale profonde de l’être humain, qui a vécu en anarchie dans ce que certains ont appelé un “communisme primordial” pendant des centaines de milliers d’années (pour plus de détails voir notre “Manifeste pour la société des sociétés”). Bien entendu le Zident ne fait aucune mention du monopole pseudo-légal de la violence étatique.

Macron et les siens doivent se rendre à une évidence: tant qu’il y a dans la société une classe minoritaire dominante qui écrase et exploite l’autre classe majoritaire et nie l’égalité intrinsèque de chaque être humain, la classe dominée par la violence physique et sociale est en état de légitime défense permanent !… L’ordre “républicain” est une construction oligarchique, un moyen de contrôle parmi d’autres et tout aussi despotique que les autres, ce n’est qu’une question de degré. Nous en mesurons quotidiennement les variations thermostatiques régulées par l’oligarchie en place.

Macron et les siens devraient se référer à la violence de la domination et l’analyser de ce point de vue. Bien entendu, ils ne le feront jamais !

Puis on a eu droit au numéro de Cosette chez les Ténardier, avec la pensée “émue” pour les petits retraités, les salariés qui ne peuvent plus joindre les deux bouts, les mères célibataires ou divorcées. Là, Micronus n’a pas du tout convaincu, il ne fut pas faux-cul mais tout simplement faux. Obama lui, y allait de sa petite larme de crocodile, ah Hollywood quand tu nous tiens ! Macronus 1er est trop sec, pas assez impliqué dans son rôle, ses maîtres vont l’envoyer en stage à l’Actors Studio à n’en pas douter, bien qu’il arrive bientôt au rideau final. Il n’arrive pas à pleurer à la commande. Il demeure un dandy trop prisonnier de son image sans doute.

Pour en revenir à ce passage, une question simple à Gugusse 1er: pourquoi ne pas y avoir pensé avant de prendre tes mesures de destruction ? Réponse simple: pas prévu le coup des gilets jaunes et de la colère profonde du peuple surgissant telle un geyser, c’est pêché par arrogance. La cause n’est pas “40 ans de politique” antérieure, mais le système de fonctionnement lui-même dont il est un des cerbères et un des maîtres d’œuvre de la destruction sociale pour ses maîtres de la banque transnationale.

Ensuite vient le morceau de choix, vers le milieu de l’allocution. Macronus prend l’air grave et concerné et fait son “autocritique”, terminant ce passage sur sa “légitimité” qu’il ne tiendrait, selon lui, que du peuple français qui l’aurait élu (avec 53% d’abstention politique) et qu’il ne tiendrait, tenez-vous bien, “d’aucun parti et d’aucune coterie”… Là les bras nous en tombent…

Quid de la banque Rothschild, quid du clan Drahi, quid de toute la… coterie… qui l’a fait installer au pouvoir pour y parfaire leur œuvre de destruction ? ah Macronus… sur ce coup là le masque est bien tombé, mais y en avait-il vraiment un ? Tu es transparent d’hypocrisie et de mépris, tu n’est qu’un petit marquis qu’une clique de malfaisant essaie de faire jouer dans les hautes sphères politiques. Il n’y a pas de “hautes sphères” politique ou autres, tout ceci n’est que fabrication, illusion, tour de passe-passe et il est temps de faire redescendre tout ce petit monde sur terre.

Puis, le Zident nous dit que le peuple se “divise” dans le chaos de la contestation… Pardon ?… Il n’a jamais été aussi uni qu’hors des boisseaux de la ripoublique et uni sur les ronds-points et dans les rues de la colère. Là encore tu prends les gens pour des cons Manu… Tout le monde a vu la cohésion du peuple hors des instances et des institutions dont il n’a absolument pas besoin.

Dans la relation étatique de la division nécessaire, le peuple est effectivement divisé à dessein par la coterie au pouvoir. Hors sol républicain, hors de l’État, le peuple reprend NATURELLEMENT sa relation organique à l’autre et s’organise le plus naturellement du monde. Les gens n’ont pas besoin de toi et de toute la clique politicarde et patronale pour exister… absolument pas, pas contre VOUS avez besoin du peuple pour exister dans votre bulle factice et illusoire. On va y mettre un terme, ce n’est qu’une question de temps.

On a vu le peuple uni plus que jamais les 17 et 24 novembre et 1er et 8 décembre derniers. N’es-tu pas convaincu Manu ?… Regarde et écoute bien les entretiens de rue et regarde la suite. Le peuple est une entité organique qui suit les lois naturelles qui le meuvent. L’État, les institutions, la société marchande, l’argent, le salariat ne sont que des inventions de la division qu’il nous faut transcender, desquels nous devons lâcher-prise pour nous unir dans cette complémentarité naturelle qui nous a été retirée de force, muselée qu’elle est dans le carcan des institutions rigides et anti-naturelles d’un État, outil de la division oligarchique et cancer de la société humaine.

Vinrent ensuite, les promesses, sur l’augmentation du SMIC (alors que sa propre ministre du travail venait de dire qu’il n’en était pas question… quelle cohésion, quelle synchronisme dans le discours, les idées et les convictions !…), les impôts, des primes demandées aux patrons, primes non imposables et exemptes de charges… On veut voir ça… “vivre mieux de son travail”, faudrait d’abord qu’il y en ait Manu… et tout le blablabla qui s’ensuit: pure démagogie d’apaisement, même en campagne électorale, t’aurais pas osé faire ce coup là. Le désespoir transpire trop Manu, aucune crédibilité. Toi et les tiens faites dans vos frocs… et à juste titre, le ras le bol va renverser le système demain, après-demain, dans 6 mois ?.. peu importe, c’est la logique naturelle des choses Manu ! La nature reprend ses droits !

Ensuite pour parler de “vraie amélioration”, cela ne pourra se produire qu’en dehors de la relation dominant/dominé qui n’existe que parce que le pouvoir a été autorisé à sortir du corps social pour se créer et se maintenir en une entité séparée. C’est cela qu’il faut abolir Manu et pour ce faire il faut redissoudre le pouvoir politique dans le peuple et te court-circuiter, toi et les tiens, ceux de ta coterie.

Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !… L’histoire objective est formelle là-dessus.

Tout ce que Macronus 1er a fait est de lâcher du lest en période de crise du pouvoir face à un peuple en colère incontrôlable de l’intérieur. Le fait est que si la crise se durcit, c’en est fait du système, et Manu et sa coterie le savent et tente la division ultime.

Tout ce qu’a annoncé Macronus ne sera pas appliqué, sera renégocié à un moment ou un autre. Le but du gouvernement est de faire rentrer les Gilets Jaunes à la niche pour les fêtes de fin d’année et penser qu’ils ne ressortiront plus en 2019 en les ayant divisé, anesthésié sur leur base de revendications entre ceux qui se contenteront de la parole du Zident et ceux qui voudront continuer la lutte.

Ce discours est un discours de dupes. N’oubliez jamais que ce que ces ordures donnent d’une main, ils le reprennent en double de l’autre main dans le temps.

La formule de clôture de son allocution met la cerise sur le gâteau de l’hypocrisie consommée: “Mon seul souci, c’est vous, mon seul souci c’est la France…” nous dit-il. Grosse ficelle pour un type mis en place par la banque Rothschild et soutenu financièrement et politiquement par une coterie de milliardaires ultra-libéraux dont le seul but est le démantèlement du pays et la vente de tous ses biens aux privés les plus offrants.

Qui peut croire un seul instant aux paroles d’un tel vendu, d’une telle marionnette ?… C’en serait risible si ce n’était pas tant cousu de fil blanc.

Gilets Jaunes ! La lutte continue !… Union, Réflexion, Action pour la société des sociétés, la Commune des communes, sans armes, ni haine, ni violence ! Lâchons prise de cette société marchande inique et criminelle favorisée par l’outil qu’elle a fini par acheter: l’État et sa violence de tous les instants contre nous, le peuple aujourd’hui dans la rue, pour y rester.

Nous sommes tous inter-reliés.

= = =

Lectures complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Manifeste pour la Société des Sociétés

La_City_de_Londres_au_coeur_de_lempire

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

Que faire ?

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

6ème_déclaration_forêt.lacandon

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

Appel au Socialisme Gustav Landauer

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Notre dossier Gilets Jaunes

Soutien au moule,ment des gilets jaunes

 

Gilets Jaunes résistance politique: Les raisons de la colère (Raoul Vaneigem)

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Les raisons de la colère

 

Raoul Vaneigem

 

8 décembre 2018

 

Source: https://www.lavoiedujaguar.net/Les-raisons-de-la-colere

 

On est en droit de s’étonner du temps qu’il a fallu pour que sortent de leur léthargie et de leur résignation un si grand nombre d’hommes et de femmes dont l’existence est un combat quotidien contre la machine du profit, contre une entreprise délibérée de désertification de la vie et de la terre.

Comment a-t-on pu tolérer dans un silence aussi persistant que l’arrogance des puissances financières, de l’État dont elles tirent les ficelles et de ces représentants du peuple, qui ne représentent que leurs intérêts égoïstes, nous fassent la loi et la morale.

Le silence en fait était bien entretenu. On détournait l’attention en faisant beaucoup de bruit autour de querelles politiques où les conflits et les accouplements de la gauche et de la droite ont fini par lasser et sombrer dans le ridicule. On a même, tantôt sournoisement, tantôt ouvertement, incité à la guerre des pauvres contre plus pauvres qu’eux, les migrants chassés par la guerre, la misère, les régimes dictatoriaux. Jusqu’au moment où l’on s’est aperçu que pendant cette inattention parfaitement concertée la machine à broyer le vivant tournait sans discontinuer.

Mais il a bien fallu s’aviser des progrès de la désertification, de la pollution des terres, des océans, de l’air, des progrès de la rapacité capitaliste et de la paupérisation qui désormais menace jusque la simple survie des espèces — dont la nôtre.

Le silence entretenu par le mensonge de nos informateurs est un silence plein de bruit et de fureur.

Voilà qui rectifie bien des choses. On comprend enfin que les vrais casseurs sont les États et les intérêts financiers qui les commanditent, pas les briseurs de ces vitrines de luxe qui narguent les victimes du consumérisme et de la paupérisation croissante avec le même cynisme que les femmes et les hommes politiques, de quelque parti ou faction qu’ils se revendiquent.

Celles et ceux qui prirent la Bastille le 14 juillet 1789 n’avaient guère connaissance, si ce n’est par de vagues lueurs, de cette philosophie des Lumières, dont ils découvriront plus tard qu’ils avaient, sans trop le savoir, mis en pratique la liberté que voulaient éclairer les Diderot, Rousseau, d’Holbach, Voltaire.

Cette liberté, c’était d’abattre la tyrannie. Le refus viscéral des despotismes a résisté à la guillotine des Jacobins, des Thermidoriens, de Bonaparte, de la restauration monarchiste, elle a résisté aux fusilleurs de la Commune de Paris, elle a passé outre à Auschwitz et au goulag.

Certes s’emparer de l’Élysée serait faire trop d’honneur à l’ubuesque palotin que l’Ordre des multinationales a chargé des basses besognes policières. Nous ne pouvons nous contenter de détruire des symboles. Brûler une banque, ce n’est pas foutre en l’air le système bancaire et la dictature de l’argent. Incendier les préfectures et les centres de la paperasserie administrative, ce n’est pas en finir avec l’État (pas plus que destituer ses notables et prébendiers).

Il ne faut jamais casser les hommes (même chez quelques flics, il reste une certaine conscience humaine à sauvegarder). Que les gilets jaunes aient plutôt choisi de casser les machines qui nous font payer partout et de mettre hors d’état de nuire les excavatrices qui creusent à travers nos paysages les tranchées du profit, c’est un signe encourageant du progrès humain des révoltes.

Autre signe rassurant : alors que les foules, les rassemblements grégaires, sont aisément manipulables — comme ne l’ignorent pas les clientélismes qui sévissent de l’extrême gauche à l’extrême droite —, on note ici, au moins pour le moment, l’absence de chefs et de représentants attitrés, ce qui embarrasse bien le pouvoir ; par quel bout saisir cette nébuleuse en mouvement ? On observe çà et là que les individus, habituellement noyés dans la masse, discutent entre eux, font preuve d’un humour créatif, d’initiatives et d’ingéniosité, de générosité humaine (même si des dérapages sont toujours possibles).

Du mouvement des gilets jaunes émane une colère joyeuse. Les instances étatiques et capitalistes aimeraient la traiter d’aveugle. Elle est seulement en quête de clairvoyance. La cécité des gouvernants est toujours à la recherche de lunettes.

Une dame en jaune déclare : « Je voudrais bien qu’il m’explique, Macron qui habite un palais, comment je peux vivre avec 1 500 euros par mois. » Et comment les gens peuvent supporter les restrictions budgétaires qui affectent la santé, l’agriculture non industrielle, l’enseignement, la suppression des lignes de chemin de fer, la destruction des paysages au profit de complexes immobiliers et commerciaux ?

Et la pétrochimie et la pollution industrielle qui menace la survie de la planète et ses populations ? À quoi Palotin Ier répond par une mesure écologique. Il taxe le carburant que doivent acheter les usagers. Cela le dispense de toucher aux bénéfices de Total et consorts. Il avait déjà montré son souci environnemental en envoyant 2 500 gendarmes détruire, à Notre-Dame-des-Landes, les potagers collectifs, la bergerie, les autoconstructions et l’expérience d’une société nouvelle.

Et que dire des taxes et des impôts qui loin de profiter à celles et ceux qui les paient servent à renflouer les malversations bancaires ? Des hôpitaux manquant de personnel médical ? Des agriculteurs renaturant les sols, privés de subventions qui vont à l’industrie agroalimentaire et à la pollution de la terre et de l’eau ? Des lycéennes et des lycéens parqués dans des élevages concentrationnaires où le marché vient choisir ses esclaves ?

« Prolétaires de tous les pays, disait Scutenaire, je n’ai pas de conseils à vous donner. »

À l’évidence, comme le vérifie la vogue du totalitarisme démocratique, tous les modes de gouvernement, du passé à nos jours, n’ont fait qu’aggraver notre effarante inhumanité. Le culte du profit met à mal la solidarité, la générosité, l’hospitalité. Le trou noir de l’efficacité rentable absorbe peu à peu la joie de vivre et ses galaxies. Sans doute est-il temps de reconstruire le monde et notre existence quotidienne. Sans doute est-il temps de « faire nos affaires nous-mêmes », à l’encontre des affaires qui se trament contre nous et qui nous défont.

Si l’on en juge par les libertés du commerce, qui exploitent et tuent le vivant, la liberté est toujours frêle. Un rien suffit pour l’inverser et la changer en son contraire. Un rien la restaure.

Occupons-nous de notre propre vie, elle engage celle du monde.