Résistance au colonialisme: Toile de fond historique de Standing Rock avant l’assaut militaire prévu du 5 décembre… (Russell Means)

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La toile de fond historique de Standing Rock: les traités de Fort Laramie de 1851 et de 1868

 

Depuis l’autobiographie du grand activiste Lakota Oglala Russell Means et le chapitre 43 de son livre “Where White Men Fear to Tread” (éditions St Martin’s Griffin, 1995)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

4 décembre 2016

 

“Après plus d’un siècle de colonisation, nous peuple indien, avons appris à exceller à nous battre entre nous. Nous avons, de manière bien regrettable, appris à refléter la société blanche.”
~ Russell Means ~

 

“Notre présence au camp de Yellow Thunder [en 1981] ramena le traité de Fort Laramie de 1868 au goût du jour. Ce traité fut signé par le Lieutenant Général William Tecumseh Sherman représentant les Etats-Unis d’Amérique et par les leaders des nations Lakota et Cheyenne représentant leurs peuples respectifs. Ce traité reconfirma que le territoire de mes ancêtres s’étendait de la branche nord de la rivière Platte dans ce qui est aujourd’hui l’état du Nébraska, vers l’Est au travers de l’Iowa et jusqu’à la rivière Missouri et au Nord au travers des deux états du Dakota, du Wyoming et du Montana jusqu’au Canada. En son centre se situait les Collines Noires (Paha Sapa). Nos droits sur Paha Sapa furent reconfirmés dans un document écrit en anglais qui stipulait très clairement que le traité ne pouvait être amendé que par le vote des ¾ des Lakota mâles adultes.

Les Etats-Unis avaient désespérément recherché ce traité après avoir été battus bataille après bataille. Il est bien triste de constater que tous ces combats auraient été totalement inutiles si les Etats-Unis n’avaient pas trahi les termes du traité de Fort Laramie de 1851, traité qui garantissait aux Etats-Unis un droit de passage au travers des territoires indiens jusqu’à la côte Ouest. Lorsque des garnisons commencèrent à s’installer le long de la piste Bozeman vers les mines d’or du Montana, mes ancêtres leur demandèrent de les retirer. Notre peuple a attendu jusqu’en 1866, alors que la guerre de sécession (1861-65) avait épuisé l’homme blanc militairement, économiquement et spirituellement. C’est alors que les Lakota défendirent leurs terres, attaquant les armées de l’envahisseur et les chassant.

Tout comme nous avons cru Nixon et ses porte-flingues dans les années 1970, nos ancêtres avaient signé le traité de Fort Laramie en 1868 croyant les mots du président Andrew Johnson et de ses généraux, Sherman, John B. Sanborn, William S. Harney, et Philip Sheridan, connu pour sa déclaration tristement célèbre: “Le seul bon Indien est l’Indien mort.” Quatre ans plus tard, sans aucune permission des Lakota, Sheridan envoie George Armstrong Custer rechercher de l’or dans les Collines Noires. Mes aïeux le laissèrent faire ses tribulations sur nos terres sacrées sans le toucher ni lui ni sa force expéditionnaire. Quand Custer trouva ce qu’il cherchait, le gouvernement du président Ulysse Grant fuita l’information et en quelques mois, notre terre sacrée fut envahit par une armée de prospecteurs. Notre peuple voyageait régulièrement dans ce territoire sacré de Khe Sapa, visite faite pour renouer avec la force spirituelle, mais nous n’avions aucun campement permanent sur ces terres. A l’encontre des mines d’or de Californie où les mineurs massacrèrent tout ce qu’ils trouvaient comme Indiens, il n’y eut aucun massacre, aucune confrontation. Néanmoins, mon peuple avertit alors les chefs militaires US et les agents civils du gouvernement fédéral, que si les mineurs restaient, alors ce serait un retour à la guerre, mais ils laissèrent les premiers chercheurs de fortune tranquilles. Mes aïeux pensaient que lorsque les leaders blancs à Washington apprendraient ce qui se passait, ils se comporteraient en êtres humains, honoreraient leur parole et forceraient les mineurs à partir.

Au lieu de cela, en juin 1876, Sheridan envoya Custer et le 7ème de cavalerie résoudre le “problème indien”, dans ce qui allait devenir une des plus célèbres confrontations entre les blancs et les Indiens du XIXème siècle. Au lieu de rencontrer des femmes, enfants et vieillards sans défense comme ils en avaient l’habitude et qui constituaient la vaste majorité de leurs victimes, les maraudeurs tombèrent sur des groupes d’hommes indigènes armés sur les berges de la rivière Greasy Grass. Ils payèrent un très lourd tribut pour cette erreur. Embarrassés et humiliés, les Etats-Unis commencèrent à chercher d’autres moyens pour pouvoir répudier le traité. Les colons ne pouvaient pas obtenir ces fameux ¾ de la population mâle adulte à signer un nouveau traité et enterrer celui de Fort Laramie, alors ils saoûlèrent des “Indiens de forts” (NdT: des groupes d’Indiens qui restaient près des forts blancs et vivaient aux crochets des colons et de l’armée), mis tous ensemble, ils représentèrent moins d’un neuvième de la population adulte mâle Lakota et après bien des chantages et des menaces, les firent aposer leur marque sur un accord qu’ils ne pouvaient pas lire. Ces nouveaux documents cédaient les Collines Noires au gouvernement fédéral américain. Ce vol en bande organisée fut nommé “l’accord de 1876”.

Lorsque la très vaste majorité de mes ancêtres refusèrent toujours de céder les terres de Paha Sapa, les blancs les menacèrent alors de les déporter en “pays indien”, ce qui est aujourd’hui l’état de l’Oklahoma. En substance les Lakota répondirent ceci à la menace: On vous a déjà botté le cul, on va le refaire, alors allez-y venez… En substance les hauts-fonctionnaires US répondirent: vendez-nous les Collines Noires ou crevez de faim !

Les agents du gouvernement refusèrent de délivrer la nourriture et les vivres que le traité nous alouait ainsi que les munitions pour la chasse. Et notre peuple refusa toujours de vendre. Les blancs prirent notre terre sacrée quoi qu’il en soit en 1876, ils assassinèrent le grand Crazy Horse en 1877 et Sitting Bull en 1890 ainsi que quiconque était une menace à leur fièvre de l’or. A cause de la famine provoquée par les agents du gouvernement et des douzaines d’autres actes de génocide, mes ancêtres devinrent trop faibles pour résister militairement.

Les mineurs blancs dépouillèrent les Collines Noires de plus d’un milliard de dollars d’or et de bien plus de minerais et ce sans aucune tentative ou velléité de compensation de la part du gouvernemnt fédéral.”

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Note de R71: Toute cette zone renferme du charbon, du cobalt et surtout une grande “valeur” moderne: de l’uranium.

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“Toute la tradition européenne, marxisme inclus, a conspiré pour défier l’ordre naturel de toutes choses. La terre-mère a été abusée, les pouvoirs ont été abusés et tout ceci ne peut pas continuer indéfiniment. Aucune théorie ne peut venir changer ce simple fait. La terre-mère va riposter, l’environnement va riposter et ceux qui abusent seront éliminés. Les choses reviennent au point de départ. C’est çà la révolution. C’est aussi une prophétie faite par mon peuple, par le peuple Hopi et bien des autres peuples corrects. Les Indiens des Amériques ont essayé d’apprendre cela aux Européens depuis des siècles ; mais, comme je l’ai dit plus tôt, les Européens sont incapables d’écouter. L’ordre naturel des choses gagnera et les abuseurs, les offenseurs mourront, comme les daims meurent lorsqu’ils brisent l’harmonie en surpeuplant une zone donnée. Ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’une catastrophe naturelle ne se produise, une catastrophe aux proportions planétaires. C’est le rôle des Indiens et de toutes choses naturelles de survivre. Une partie de notre survie consiste à résister. Nous résistons non pas pour renverser un gouvernement ou pour saisir le pouvoir, mais simplement parce qu’il est normal et naturel de résister à l’extermination, de survivre. Nous ne voulons en aucun cas le pouvoir au-delà des institutions des blancs, ce que nous voulons c’est que les institutions des blancs disparaissent. C’est çà la révolution.

Nous, les Indiens des Amériques, sommes toujours en contact avec ces réalités, les prophéties, les traditions de nos ancêtres. Nous apprenons de nos anciens, de la nature, des pouvoirs. Et quand la catastrophe sera passée, nous les Indiens des Amériques, nous serons toujours là pour habiter ces terres et ce continent. Peu importe si ce ne sera qu’une poignée d’entre nous au fin fond des Andes. Le peuple amérindien survivra, l’harmonie sera rétablie. C’est çà la révolution.

~ Extrait du discours de Russell Means durant le Black Hills International Survival Gathering, Dakota du Sud, juillet 1980 ~

(Traduit de l’anglais par Résistance 71)

Petit retour historique sur les « barbares » et la « civilisation »…

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« Barbares » et « civilisations »

 

Jean-Paul Demoule*

 

22 janvier 2016

 

url de l’article original:

http://www.jeanpauldemoule.com/barbares-et-civilisations/

 

(*) Jean-Paul Demoule est professeur émérite de protohistoire à la Sorbonne, membre de l’Institut Universitaire de France, ancien directeur de l’Institut National de Recherche en Archéologie Préventive (INRAP) et a collaboré au CNRS. Spécialiste de l’âge de fer, de l’histoire de l’archéologie, il est considéré comme le père de l’archéologie préventive en France. Le professeur Demoule est l’auteur ou co-auteur de 17 ouvrages publiés depuis la fin des années 1990, notamment de l’excellent « On a retrouvé l’histoire de France », paru en 2012.

En ces temps pessimistes, l’Histoire ne cesse d’être requise dans les médias et dans les discours politiques. On se souvient comment la « Fin de l’histoire » avait été annoncée à grand fracas au moment de la Chute du Mur de Berlin par l’idéologue conservateur américain Francis Fukuyama, usant du détournement d’un concept à l’origine hégélien : après la disparition du communisme d’État, le libéralisme économique et la démocratie (dans sa version occidentale) étaient voués à régner indéfiniment sur le monde. Mais la première guerre d’Iraq intervint juste après, et un autre idéologue, américain lui aussi, Samuel Huntington, annonça au contraire en 1996 un « Choc des civilisations » (« The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order »), théorie à laquelle la seconde guerre d’Iraq et l’invasion de l’Afghanistan après le 11 septembre 2001 auraient donné a posteriori un sens, mais pas forcément celui qui était prévu. Le développement depuis lors de mouvements islamistes terroristes et l’actuelle crise des réfugiés venus d’Afrique et du Proche-Orient ont rendu plus paroxystiques encore ces références historiques et leurs manipulations, opposant « civilisation » (sous-entendue occidentale) et « barbares » – et si « barbares » il y a, les plus mécaniquement connus d’entre eux sont bien sûr ceux des « Invasions barbares » qui mirent fin au monde antique.

Les barbares sont dans nos murs

Ainsi la présidente du Front national français déclarait-elle dans une réunion publique à Arcachon le 14 septembre 2015 : « Sans nulle action de la part du peuple français, l’invasion migratoire que nous subissons n’aura rien à envier à celle du IVe siècle et aura peut-être les mêmes conséquences ». Elle précisait cette référence historique (peut-être après consultation de son service de communication) dès le lendemain matin sur la radio France Inter : « J’ai dit – je n’ai pas d’ailleurs comparé [sic] – que nous pourrions assister dans les années qui viennent à l’équivalent des invasions vécues au IVe siècle, c’est-à-dire ces gigantesques mouvements migratoires, qui n’étaient pas en réalité des invasions au départ, mais qui étaient des installations. Voilà. Et je pense que gouverner c’est prévoir ».

Sa nièce, la députée Marion Maréchal-Le Pen, avait invoqué une actuelle « guerre de civilisation » dans un entretien au journal Présent (du 15 janvier 2015) ; et affirmé le 5 juillet dernier, dans une réunion publique au Pontet (Vaucluse), dont le nouveau maire appartient à son parti : « La Provence est une terre d’identité et de résistance. Résistance des princes provençaux face à l’invasion sarrasine, résistance face à la terreur révolutionnaire, face à la réforme protestante, face à l’occupant allemand, face au funeste projet de l’Union européenne en 2005. ». Elle devait d’ailleurs s’en excuser peu après auprès des autorités protestantes, arguant de ses propres origines partiellement protestantes.

Ces comparaisons avec les barbares d’antan n’étaient pas nouvelles. On la trouvait déjà quelques mois auparavant – comme je l’ai évoqué dans un texte précédent – dans la bouche de l’essayiste et nouvel académicien Alain Finkielkraut : entre ces fameuses « invasions barbares » du Haut Moyen Âge et les immigrations des dernières décennies, l’identité française serait restée intacte et inchangée. Les « quarante rois » ou les « quinze siècles » qui auraient « fait la France » maintes fois invoqués par nos dirigeants, du général de Gaulle à Nicolas Sarkozy, seraient un fait historique.

Qu’est-ce que la France ?

On le sait, l’histoire réelle est toute autre. À la fois parce que la « France » du Haut Moyen Âge n’existait pas en tant que telle, que le royaume franc de Clovis avait peu à voir avec les frontières françaises actuelles (la Bretagne et tout le quart sud-est en moins ; la Belgique et l’Allemagne du sud-ouest en plus), et qu’il faut attendre la fin du Moyen Âge pour que les frontières de « la France » commencent à ressembler un peu aux actuelles, encore qu’il y manquait, entre autres, toute la partie orientale – Lorraine, Alsace, Savoie, comté de Nice, Corse. Une large partie de cet actuel territoire n’est en outre que le résultat de conquêtes sur des populations parlant des langues bien différentes du « français », et donc d’une « identité » et d’une culture différentes – Occitanie, Catalogne, Pays basque, Bretagne, Alsace et Moselle, Flandres, Corse.

Symétriquement, des migrants n’ont cessé d’arriver de l’extérieur et de se mélanger dans ledit territoire depuis les fameuses « invasions barbares » du 4ème siècle : Bretons, Arabes et Vikings au cours du premier millénaire, Anglais à partir du 14ème siècle, tout comme Tziganes ou Roms, Juifs réfugiés d’Espagne puis Morisques aux 15ème et 16ème siècles, sans compter toutes les cours qui accompagnèrent les reines de France étrangères (d’Italie, d’Espagne, d’Autriche, de Pologne …) et surtout les mercenaires qui aux 17ème et 18ème siècles composaient au moins un quart des armées royales. Puis vinrent aux 19ème et 20ème siècles les travailleurs de l’industrie, italiens, belges, espagnols, portugais, polonais ; tout comme les réfugiés politiques fuyant les persécutions, au 19ème siècle d’abord, puis au 20ème siècle : Arméniens rescapés du génocide de Turquie, Russes Blancs, Juifs d’Europe orientale fuyant les pogroms, Républicains espagnols, allemands, italiens – la frontière entre réfugiés « politiques » et « économiques » restant bien souvent ténue.

À cela se sont ajoutés les mouvements dans l’autre sens : les protestants réfugiés en Angleterre et en Allemagne après la révocation de l’Édit de Nantes, et tous les colons partis de métropole vers l’Amérique du Nord et l’Inde dans le premier empire colonial français, en attendant évidemment le second empire colonial, commencé avec la conquête de l’Algérie de 1830 et parachevé par la Troisième République.

On le voit, il faut beaucoup ignorer l’histoire, ou beaucoup tenter de la manipuler, pour prétendre que les immigrations nord-africaines du dernier demi-siècle, « politiques » ou économiques », représenteraient un événement sans précédent, prélude à un « grand remplacement » dans une « France » inchangée depuis quinze siècles. Ces comparaisons hasardeuses sont d’autant plus surprenantes que, par exemple, le dernier recueil d’Alain Finkielkraut invoquait par son titre, emprunté à Charles Péguy, « La seule exactitude ». Et que précisément il s’y oppose, au nom de l’ « exactitude » historique et du « réel », aux comparaisons entre l’actuelle montée des mouvements d’extrême droite partout en Europe et le même phénomène pendant les années trente ; et, plus insupportable encore pour lui, la comparaison entre le rôle de boucs émissaires que jouaient les Juifs dans la phraséologie (avant passage à l’acte) des mouvements fascistes européens d’avant-guerre, et le rôle de boucs émissaires que jouent les immigrés dans la phraséologie actuelle des héritiers de ces mouvements.

C’est ce même souci d’ « exactitude » historique qui aura permis au nouvel académicien de faire, comme le veut la coutume sous la Coupole, l’éloge de son prédécesseur, Félicien Marceau, pseudonyme de Louis Carette, condamné en Belgique pour collaboration avec le nazisme et écrits antisémites, et dont l’élection en 1975 provoqua la démission de l’académie du poète résistant Pierre Emmanuel.

Quant aux comparaisons, on trouvera sans peine, par exemple, des invectives adressées dès la fin du 19ème siècle à l’encontre des travailleurs immigrés italiens (il y eut des massacres, comme à Aigues-Mortes en 1893), parfaitement superposables à celles qui fleurissent quotidiennement sur les immigrés d’Afrique du nord.

Lumpenproletariat

Les assassins manipulés qui ont commis les crimes de masse du 13 novembre 2015 à Paris sont-ils pour autant des « barbares », au sens historique du terme ? Et leurs crimes seraient-ils sans équivalent dans l’histoire ? Faut-il rappeler que les pires massacres et viols commis en Europe depuis la fin de la dernière guerre mondiale, relevant tant du crime contre l’humanité que du crime de guerre, et du crime tout court, l’ont été par des « chrétiens » « blancs », serbes et dans une moindre mesure croates, contre d’autres « chrétiens », mais surtout contre des « musulmans » ? – les guillemets n’ayant ici pour fonction que de disjoindre tradition culturelle et pratique religieuse.

À ce moment là, tout comme aujourd’hui, les victimes n’avaient et n’ont pas le même poids, ni ne reçoivent les mêmes témoignages de solidarité selon le pays où elles sont assassinées. Et, dans la Yougoslavie des années 1990 comme dans la France de 2015, les religions monothéistes sont aussi l’habillage idéologique visible des luttes de pouvoir et des luttes sociales. Les criminels de 2015 semblent bien relever d’une étrange alliance, sous couvert d’une déviation religieuse aberrante – mais toute religion n’est-elle pas d’abord, pour reprendre Freud, une névrose, encore que l’on ait ici plutôt affaire à des comportements psychotiques – alliance pathologique, donc, entre les luttes de pouvoir au Moyen-Orient et le ressentiment social de populations défavorisées, ex-colonisées, de l’Europe occidentale.

Une alliance monstrueuse où ce qui ressemble beaucoup à une insurrection sociale embryonnaire est passée, en dix ans, de l’incendie massif de voitures dans les quartiers pauvres, comme on l’a vu en 2005, à l’assassinat à bout portant de jeunes gens du même âge, appartenant aux classes sociales intermédiaires. Une insurrection sociale qui se trompe de cible, à la fois manipulée et réactionnaire, loin de toute revendication politique organisée et cohérente, bref typique à toutes époques des mouvements de ce que l’on peut continuer à appeler avec pertinence le « Lumpenproletariat ».

S’y ajoute sans doute l’effet de déréalité que confère la « société du spectacle », où les écrans – informations du monde ou jeux vidéos – ont remplacé la participation directe au monde réel, qu’aucune frontière nette ne sépare plus du monde virtuel, pas plus que le mal ne l’est du bien. Et s’y ajoute enfin, de la part de ceux qui manipulent les assassins, un sens certain de la communication moderne, sinon postmoderne, parfaitement contradictoire avec leur prétendu retour au sources d’un Islam médiéval fantasmé.

Les « invasions barbares » ont-elles existé ?

Mais revenons à l’histoire, à nos barbares historiques et à la « civilisation ». Ce dernier terme, qui émerge à l’époque les Lumières, est utilisé sous un sens laudatif dans toutes les classifications évolutionnistes, qui distinguent, comme Lewis Morgan repris par Friedrich Engels, les trois stades successifs de la « sauvagerie » (les chasseurs-cueilleurs du paléolithique), de la « barbarie » (les agriculteurs néolithiques et les sociétés à chefferie) et enfin de la « civilisation » (successivement antique, médiévale et moderne). Au 19ème siècle, la préférence allemande pour le mot « Kultur » influencera en retour la langue française, qui hésitera dorénavant entre « culture » et « civilisation » pour désigner aussi bien des sociétés précises que LA civilisation tout court (c’est à dire plus ou moins la nôtre). D’où les fluctuations, comme pour le titre du célèbre ouvrage de Freud de 1930, Das Unbehagen in der Kultur, traduit tantôt par « Malaise dans la culture » – tantôt par « … dans la civilisation ».

Si bien qu’il y a désormais une constante confusion, plus ou moins implicite, entre LA civilisation, comprise comme le plus haut degré d’achèvement de l’histoire humaine, et LES civilisations, dans le sens large d’un type de société. On se souvient des déclarations remarquées du ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, affirmant quelques semaines avant l’élection présidentielle de 2012 que « toutes les civilisations ne se valent pas ». Il fut soutenu, dans la polémique, par le président de la République qui n’y vit que « du bon sens ». Dans les medias occidentaux des débuts de l’année 2016, le « choc des civilisations » est devenu un terme d’emploi banal.

Mais l’ambigüité existe aussi chez les historiens. Bryan Ward-Perkins, un historien anglais, intitula son livre de 2005 The Fall of Rome and the End of Civilization, néanmoins traduit en 2014 en français sous le titre moins péremptoire de : La chute de Rome : Fin d’une civilisation. De même, le livre très médiatisé (et abondamment primé aux Etats-Unis) d’Eric Cline proclamait 1177B.C. : The Year civilization collapsed – ce qui fut traduit l’année suivante en 2015 par : 1177avant J.-C., le jour où la civilisation s’est effondrée. D’un point de vue historique, certes les archéologues ne trouvent plus après cette date de palais, de fresques, de masques en or ou de tablettes inscrites et parlent, déçus, d’Âges Sombres (Dark Ages). Mais, comme après l’effondrement de la civilisation de l’Indus ou des Mayas, ce sont toujours les mêmes communautés villageoises qui subsistent sur place, simplement sans la couche dirigeante qui vivait de leur exploitation. C’est pourquoi un autre livre très populaire, celui de Jared Diamond, Effondrements, comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (2005), fut contesté dès l’année suivant sa parution lors d’un colloque d’archéologues : Questionning Collapse. Human Resilience, Ecological Vulnerability, and the Aftermath of Empire (publié en 2010 sous la direction de Patricia McAnany et Norman Yoffee).

De fait les « barbares » n’ont pas toujours été regardés de la même façon. Tacite avait fait des Germains de « bons sauvages », qu’il opposait aux mœurs dissolues de sa Rome antique. Le Moyen Âge a été sévère à leur égard et créa la légende de ces « fléaux de Dieu » ; mais cette époque fut à son tour « barbarisée » à l’âge classique, qui traita son art de « gothique », c’est-à-dire « digne des Goths », cependant que la noblesse d’Ancien Régime se réclamait d’une ascendance franque, et donc barbare. La Révolution, avec l’abbé Siéyès lui rendit la politesse en invitant ces « sauvages sortis des bois et des étangs de l’ancienne Germanie » à retourner là d’où ils venaient – ce que beaucoup firent, avant de revenir dans les fourgons de la Restauration. Le romantisme allemand au contraire, prenant Tacite au mot, réhabilita les barbares dont le sang neuf et viril aurait eu raison de la décadence romaine. Eric Michaud vient de montrer, dans un livre passionnant, « Les invasions barbares – une généalogie de l’histoire de l’art », comment l’histoire de l’art se construisit au 19ème siècle sur une telle réhabilitation.

Mais vient la Troisième République, née d’une défaite contre l’Allemagne, dont la victoire permit l’unification presque complète. Dans la construction du roman national français que va diffuser la toute nouvelle école publique, les barbares redeviennent barbares, et vont le rester durablement. Les pages des manuels scolaires illustrent en images éloquentes les hordes sauvages déferlant sur notre pays. Il faut aussi se tirer d’un douloureux paradoxe : les Francs, qui ont donné son nom à la France, à sa langue et à sa monnaie, sont des Germains. On tâche de gommer cette germanité des débuts de l’histoire officielle, tantôt en barbarisant les « rois fainéants » mérovingiens, tantôt en francisant ce qui pouvait être sauvé : Karl des Grosse devient Charlemagne, et Aachen Aix la Chapelle. Et l’on voit dans l’art roman une résurrection de l’art celtique, après une regrettable parenthèse barbare.

L’archéologie et les barbares

On en était là depuis un siècle quand, avec le développement de l’archéologie préventive durant les trois dernières décennies, le tableau changea radicalement – grâce aussi à une relecture critique des sources historiques qu’illustrent les travaux de Bruno Dumézil en France, de Walter Pohl en Autriche ou encore de Florint Curta aux Etats-Unis. L’archéologie ne témoigne en effet d’aucun cataclysme généralisé, dans lequel aurait péri, sous les coups des barbares, tout le monde civilisé. Si le style des objets se transforme, comme il se transformait dans le passé, les campagnes, leurs fermes et leurs grands domaines continuent d’être occupés. Les villes tout autant, même si elles diminuent parfois en taille, construisent ou renforcent leurs fortifications, indices de temps moins calmes que sous l’empire, et si les archéologues y rencontrent d’épaisses couches de terres organiques, les fameuses « terres noires », laissées par des zones non construites, ou construites en matériaux légers, ou encore vouées au rejet de détritus.

Les « barbares », on le sait, ne voulaient nullement détruire l’Empire, mais au contraire s’y intégrer, même s’il y eut parfois des mouvements violents, qu’il faut néanmoins relativiser. Les rois barbares se faisaient représenter en empereurs romains, Charlemagne compris, et tous les barbares se convertirent au christianisme, dans ses différentes variantes d’alors. La grande bataille des Champs Catalauniques où furent repoussées en 451 les armées d’Attila, officiellement emblématique du combat des forces du Bien contre le Fléau de Dieu, opposait en réalité deux coalitions de peuples germaniques, au gré de ralliements de circonstances. Un peu comme une autre bataille emblématique, celle du Champ des Merles à Kosovo Polje en 1389, qui vit les troupes du Sultan Bajazet prendre, face à l’armée serbe du prince Lazare, le contrôle des Balkans pour cinq siècles : elle opposait également deux coalitions, l’armée ottomane incluant des princes vassaux chrétiens, serbes et bulgares.

Et si l’on invoque les « racines chrétiennes de l’Europe », c’est précisément dans l’Europe barbare que ces racines s’enracinent.

Pourtant, la référence aux « invasions barbares » est omniprésente ces temps-ci. La dernière livraison du « Figaro Histoire » le confirme. Cette revue bimestrielle fondée en 2012 est dirigée par le journaliste Michel de Jaeghere, venu de la presse de l’extrême droite policée, successivement Valeurs Actuelles puis Spectacle du Monde, dont il a été directeur. On lui doit plusieurs livres, dont Le Livre blanc de l’armée française en Algérie (2002 : livre collectif destiné à réhabiliter le rôle civilisateur de notre armée pendant la guerre d’Algérie) ; Enquête sur la christianophobie (2005) ; La Repentance : Histoire d’une manipulation (2007). Et il vient justement de faire paraître aux Belles Lettres : Les derniers jours – La fin de l’empire romain d’Occident. C’est sur la base de ce livre que ce numéro du Figaro Histoire se consacre au thème : « Quand les Barbares envahissaient l’Empire romain », avec des sous-titres explicites en couverture : « Les barbares sont dans les murs » et « comment meurt une civilisation ». Toutes ces transparentes allusions à la présente situation géopolitique ne sont évidemment qu’au prix de singulières déformations de l’histoire. On pourra lire, en symétrique, le numéro spécial des Cahiers de Science et Vie qui, toujours sur les « invasions barbares », propose cette fois un dossier objectif et accessible. C’est possible.

Et sur les migrations dans l’histoire, des origines à nos jours, le colloque de l’Inrap qui leur a été consacré en novembre 2015 en collaboration avec la Cité de l’Immigration peut être suivi sur internet.

Les « races » dans l’histoire

Une ultime remarque historiographique, cette fois à propos des « races », puisqu’une polémique sur la « race blanche » a occupé, faute de mieux, pendant quelques semaines l’actualité médiatique, à la suite des déclarations de la députée européenne Nadine Morano, ancienne secrétaire d’État chargée de la Famille et de la Solidarité. Rappelant que la nation française était « de race blanche », elle se fondait non sans raison sur une déclaration du général de Gaulle, icône nationale. Ce dernier aurait confié à Alain Peyrefitte, qui fut ministre de l’Information et académicien : « Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » – ce qui prouve incidemment que la locution désabusée « quand même », qui rythme de nos jours presque toute déclaration publique ou privée, n’est pas si récente.

Maints journalistes se sont contorsionnés, afin de sauver la mémoire du grand homme, en expliquant, soit que Peyrefitte aurait brodé, soit que le général aurait voulu dire autre chose. Il avait écrit pourtant bien avant, dans ses Mémoires d’espoir, à propos de l’Europe : « Pour moi j’ai, de tous temps, mais aujourd’hui plus que jamais, ressenti ce qu’ont en commun les nations qui la peuplent. Toutes étant de même race blanche, de même origine chrétienne, de même manière de vivre, liées entre elles depuis toujours par d’innombrables relations de pensée, d’art, de science, de politique, de commerce, il est conforme à leur nature qu’elles en viennent à former un tout, ayant au milieu du monde son caractère et son organisation ».

La « race » au sens moderne ne date que de la fin du 18ème siècle, quand les savants naturalistes comme Linné ou Blumenbach entreprennent de classer plantes, animaux, minéraux – et humains. L’anthropologie physique à prétention scientifique ne date, elle, que du milieu du 19ème siècle. Paul Broca, le grand médecin progressiste à qui l’on doit notre « zone de Broca », partie de notre cerveau qui nous permet de parler, la définissait comme « l’étude scientifique des races humaines », races par nature inégale. Leur définition reposait sur la mesure des crânes. Or, plus on mesurait de crânes (et jusqu’à 5.000 mesures sur un même crâne), plus les frontières entre groupes humains s’effaçaient – évidemment. Si bien qu’à la fin du 19ème siècle, l’un des principaux disciples de Broca, Paul Topinard, pouvait affirmer : « La race n’existe pas dans l’espèce humaine, […] elle est un produit de notre imagination et non une réalité brute, palpable ». Dès lors, la notion de « race » sortit progressivement du champ scientifique, même si elle survécut en France, avec l’école d’Henri-Victor Vallois, plus longtemps qu’ailleurs.

Mais en tant que terme idéologique, appuyé sur la fausse évidence du sens commun, elle continua, on le voit, une carrière prospère. Le président même de l’Académie des Sciences, Emmanuel Leclainche, pouvait ironiser en 1937 : « Il est entendu que pour les savants, il n’y a plus de races humaines. Mais, malheureusement ou heureusement, il n’est point que des savants sur terre. La masse des ignorants persiste à croire qu’il existe tout de même des Blancs, des Noirs et des Jaunes et qu’on les reconnaît sans trop de peine ». Les choses n’ont pas évolué depuis, malgré les manuels scolaires ou les expositions pédagogiques, comme celle du Musée de l’Homme, il y a quelques années : « Tous parents, tous différents ». L’ironie, si l’on peut dire, de l’histoire est que cette invocation de la « race blanche » a pour fonction actuelle de distinguer « Français de souche » et populations issues d’Afrique du Nord et du Proche-Orient, lesquelles sont pourtant, de par les classifications raciales, de … « race blanche ».

Mais on aurait tort de ne voir là que des résidus idéologiques. Le racisme « scientifique », s’il a abandonné la craniométrie, continue d’utiliser le QI, et surtout la génétique. Le livre de 1994 The Bell Curve: Intelligence and Class Structure in American Life du psychologue Richard Herrstein et du politologue Charles Murray a été un best seller aux Etats-Unis. Il expliquait que les Afro-Américains ayant « scientifiquement » un QI inférieur à celui des « blancs », il était inutile de gaspiller de l’argent dans des programmes sociaux d’éducation. Best seller aussi A Troublesome Inheritance du journaliste américain Nicholas Wade, paru en 2014, qui prétend sans aucune preuve tangible que les différences génétiques entre les populations du globe expliquent aussi leurs comportements, agressifs ou pacifiques ou généreux, etc – tout comme on « détecte » régulièrement le gène du crime ou de l’homosexualité. Le Wall Street Journal, entre autres, en fit une recension enthousiasme, que ne suffit pas à doucher une lettre collective de protestation, signée par près de 150 généticiens de renom.

Avec l’actuel prestige de la génétique et ses succès effectifs en médecine, dans les enquêtes policières ou encore dans la mise en évidence de migrations préhistoriques, on n’est pas prêt d’en finir avec le racisme biologique.

[…]

La « France insoumise » de Mélenchon ou la nouvelle métamorphose du cloporte trotskiste…

Posted in actualité, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 2 décembre 2016 by Résistance 71

Entre la sortie sans fanfare du clown de l’Elysée du grand Barnum 2017, le cirque trotskiste « à l’américaine » du PG (voir ci-dessous), l’adoubement de Fillon le Bilderberger flanqué du patron du groupe comme pourvoyeur de fonds, à la « primaire de la droite » et la perspective MLP et Valls comme trublions patentés, il devient de plus en plus inutile de dire que voter en 2017 sera, plus que jamais, un acte de complicité aux crimes commis et à commettre de toutes ces ordures du pouvoir corrompu.

Le boycott de l’illusion démocratique commence dès maintenant !

~ Résistance 71 ~

 

Mélenchon, la France insoumise: une structure de parti qui ne dit pas son nom

Témoignage d’Armand Legay

Le nihilisme national des trotskistes au service de l’Union Européenne

Comité Valmy

30 novembre 2016

Source:

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article7900

Sa structure pluraliste le permettant, certains membres du Comité Valmy ont pu choisir depuis quelques années, de participer à l’expérience politique du Parti de gauche qui généralement, les a déçus. Sauf exceptions, ils n’ont pas persévéré dans ces tentatives qui se sont révélées politiquement et idéologiquement illusoires. Aucun de ces camarades qui nous ont tenus informés, n’a été envoyé(e)s faire de « l’entrisme » dans le parti de Jean-Luc Mélenchon.

Armand Legay membre de notre Bureau national est l’un d’eux. Nous publions sur notre site son témoignage qui ne manque pas d’intérêt.

Dans cette analyse Armand Legay considère que JL Mélenchon est aujourd’hui encore trotskyste ainsi que différents éléments de son collectif dirigeant. Comme Lionel Jospin, il est issu de l’Organisation Communiste Internationaliste (OCI).

Il est utile de se rappeler qu’en 1986, avec l’accord de François Mitterrand, Jean-Christophe Cambadélis, actuel secrétaire du PS, « transvasa » dans celui-ci, environ 400 militants trotskystes, tous « profondément européens » et partisans de l’Europe supranationale, de l’OCI au PS.

L’idéologie trotskyste étant dogmatiquement hostile à la nation, il est naturel de constater que l’ensemble des responsables issus de cette mouvance est partisane de l’Europe fédérale des Länder. C’est conforme à la formation reçue à l’Oci ou dans une organisation concurrente. Lorsqu’il était certain de l’avenir radieux européiste, Jean-Luc Mélenchon annonçait fièrement ses convictions et notamment : « Maastricht est un compromis de gauche ». Il se proclamait « fédéraliste européen ». Une formule résumait bien son credo : « pour une nation européenne, pour une République européenne et pour une souveraineté populaire à l’échelle de l’Europe ». Ce type de franchise ne lui est plus possible et serait aujourd’hui suicidaire.

C’est pourquoi JL Mélenchon joue aujourd’hui avec des ambiguïtés politiques qui ne permettent pas de lui faire confiance. Certains amis espèrent qu’il a peut-être changé…Si c’était le cas, nous en prendrions acte volontiers. Mais c’est à lui d’en faire la démonstration ! CB

=*=

Mélenchon, la France Insoumise,

Une structure de parti qui ne dit pas son nom

En préambule, ma démarche d’analyse ci-dessous n’est pas un acte d’opposition au Mouvement de la France insoumise, mais une démarche critique plus à l’égard de sa forme et structure de fonctionnement, au staff qui guide le projet, qu’ à son contenu et programme, qui est la somme de réflexion de nombre d’adhérents des 150000 inscrits sur le site internet JLM17.

Le 20 juin 2016, j’assistais au Meeting du Havre organisé par le PCF avec Paul Laurent, Pierre Larrouturou, Frédéric Boccara en la présence de Filoche pour la vente d’un de ses livres (1) . J’ai pu vérifier que ce rassemblement était le départ en campagne de Jean Paul Lecoq(2). Je pensais déjà que le PC comprenait qu’il ne sert à rien de se battre avec Mélenchon sur notre ville. Sur la 8ème circonscription, Jean Paul Lecoq va vouloir reprendre la circonscription qu’il a perdue de 80 voix au profit de Catherine Troallic, député PS.

Concernant Mélenchon, je me méfie de sa stratégie de professionnel de la politique et des experts (3) qui l’entourent. Les réunions auxquelles j’ai participé montrent une stratégie issue d’un centralisme semblable, sinon plus, que celui j’ai connu pendant 25 ans au PCF et pendant 10 ans au PS et ceci avec la plateforme internet JLM17.

La France insoumise c’est les cadres dirigeants du parti de gauche qui avancent masqués. Je n’oublie pas que le trotskisme est encore plus centralisateur que le léninisme et le marxisme, et Mélenchon, et ses lieutenants en sont ses adeptes.

D’ailleurs, on trouve pour preuve cette militarisation dans le mouvement pour une constituante MR6 qui a été initiée par Mélenchon dont il ne veut plus faire cas, mais qui reste un vivier de culture pour ses troupes, une lettre qu’il a adressée (4) aux partisans d’une 6éme république. À sa sauce, il propose un fonctionnement pseudo démocratique bizarre en cela : 
« Pour tenir compte de la diversité de notre mouvement naissant, cette assemblée sera désignée de trois manières à la fois :

Ø Un quart par tirage au sort parmi les 80 000 signataires sur m6r.fr. (…)

Ø Un quart par cooptation parmi les initiateurs du mouvement.

Ø La moitié par une élection dans des circonscriptions virtuelles sur la plate-forme « Nous le peuple ». »

Comme si la cooptation et le tirage au sort (il existe des algorithmes de sélection) et une plate forme virtuelle étaient démocratiques, cette « alambication », cette poudre aux yeux, est de la pure manœuvre politique chère à Machiavel dans le Prince pour berner les troupes.

Ailleurs avec ce mouvement MR6 une conférence de presse a eu lieu le 6 juin 2016. Bernard Teper (Président de l’Union des Familles laïques (Ufal)) Co-animateur du Réseau Éducation populaire (REP) y assistait. Dans son compte rendu (5) il note que : 
« On peut retenir que les travaux de la constituante ne pourront durer plus de deux ans (article 2) et que ne pourront y siéger ceux qui ont déjà eu un mandat législatif national ou européen ou ont déjà participé à des fonctions exécutives nationales, européennes ou locales (article 6), ceux qui ont une autre activité rémunérée (article 7), enfin que les membres de la constituante ne pourront pas exercer des fonctions exécutives ou législatives lors des premières élections qui suivront (article 8). »

Si ce n’est pas de la manœuvre qu’est-ce que c’est ? Dès le départ cette constituante sera pipée par des professionnels de la politique qui n’ont plus de mandat. Quid des véritables délégué.e.s du peuple formé.é.s pour cette constituante ? Et je n’oublie pas que Fabius est Président du Conseil Constitutionnel ; nomination qui n’est pas fortuite. D’ailleurs le 29 mars 2012 sur Europe1 en ligne, Laurent Fabius déclare son amitié à Mélenchon dans un entretien diffusé dans le 22 heures de Public Sénat.1 :
« Les propositions traditionnelles du PCF, peut-être un peu rénovées, que porte Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche, sont capables de sortir la France de ses difficultés en 2012. Il y a l’homme, il y a les propositions, il y a la stratégie. L’homme, c’est une personnalité tout à fait respectable, un de mes amis d’ailleurs, c’est un homme qui a du talent et voilà » (6)

Enfin, on peut aussi reprendre les propos de Mélenchon dans le magazine Marianne du 20 au 26 mai 2016. S’il dit que le Mouvement du MR6 doit suivre sa propre voie dans sa rhétorique, il précise quand même que la constituante est : « la thérapie douce que je propose (…) sinon, l’effondrement en cours finira dans le chaos et la violence. » Comme s’il était le seul à proposer une autre constituante, quand nombre d’organisations et associations bien avant lui travaillent pour une autre constituante. Il s’agit donc bien de manœuvres politiques que je condamne. Pour autant, c’est peut-être à nous qui ne sommes pas dupes (les véritables insoumis) de dénoncer ces agissements pour éclairer notre peuple.

Pour cela, dès la création des groupes d’appui pour Mélenchon, par curiosité, j’ai été l’un des premiers au Havre à m’inscrire pour le soutenir, malgré mon scepticisme non sur le contenu, mais sur l’organisation verticale mis en place. Au fils des réunions du groupe, j’ai remarqué que toutes les relations se faisaient uniquement par internet dès la création du site JLM17 (commande d’affiches, autocollans, contacts exclusifs par courriel, remarques et propositions, etc.) Quid des rencontres transversales ou horizontales, locales, régionales et nationales, quid de la démocratie réelle et interne ? Cela n’est pas fait, car certains adhérents du Parti de Gauche nous disent qu’il faut aller vite.

Comment et d’où est né La France insoumise, 
un parti politique qui ne dit pas son nom

Le 20 avril 2016 Raphaêlle Besse Desmoulières journaliste au monde intitule un article sur son blog :

« Quand Mélenchon infiltre la campagne de Sanders »
« Elle précise que « Bernie Sanders est la nouvelle coqueluche de Jean-Luc Mélenchon : « L’élection américaine est super importante, confie-t-il. Pour moi, c’est une découverte. Howard Dean, je n’ai rien vu, mais Bernie Sanders, j’ai vu. Ça a commencé avec Obama – un président afro-américain, c’est énorme. »

  1. Mélenchon a voulu percer ses secrets de fabrication. Il a donc envoyé l’une de ses proches, Sophia Chikirou (7) , qui était son attachée de presse lors de la campagne de 2012, en mission aux États-Unis. Son but : 
participer à la campagne de Bernie Sanders. Partie il y a un mois et demi, elle a d’abord atterri à Miami où elle a pu, explique-t-elle, intégrer le staff du candidat grâce à John Rick Macarthur (8) , un Franco-Américain président de la célèbre revue Harper’ s Magazine. « J’ai dans un premier temps choisi de voir comment la campagne se passait au niveau local, indique celle qui officie désormais comme conseillère de M. Mélenchon. Porte-à-porte, phone banking, texting, facebooking : j’ai participé à toutes les actions militantes de terrain. »

« Vote révolutionnaire »

« Direction ensuite New York afin de voir une autre réalité, notamment celle de Brooklyn où « la population est à la fois bobo et immigrée, ou descendant d’immigrés ». « Je me mêle à toutes les actions militantes, me focalisant sur la base pour comprendre comment on prend la décision de voter pour un candidat ‘radical’, ‘outsider’, ‘donné perdant par les médias’, raconte Sophia Chikirou. Je veux comprendre comment on passe d’un vote social-démocrate à un vote révolutionnaire. Le fractionnement du Parti démocrate dans le fief d’Hillary Clinton, à New York, est particulièrement révélateur de la puissance du discours de vérité de Bernie Sanders. »

La jeune femme se rendra enfin en Pennsylvanie, un État plus rural. « Avec ces trois États, j’aurai une vision très précise des mécanismes à l’œuvre pour que le rejet du système actuel, financiarisé et déshumanisé, se traduise par un vote de changement radical, ajoute-t-elle. C’est ce qui nous avait manqué en 2012, c’est ce que nous devons réussir en 2017 pour passer devant le candidat du gouvernement et être au second tour. »

Communication directe

« Après quelques semaines sur place, elle en retire déjà des enseignements notamment sur la capacité de Bernie Sanders « à rester focalisé sur ses thèmes de campagne et à imposer ses propositions dans le débat ». « Il ne se défait jamais de son programme et évite les polémiques », note-t-elle. Sophia Chikirou compte également s’appuyer sur la façon dont le sénateur du Vermont se sert du numérique. « L’utilisation des mails et des contacts directs avec les sympathisants (via les réseaux sociaux ou le téléphone) est d’une efficacité redoutable, constate la conseillère de M. Mélenchon. Une communication directe qui permet de mobiliser des millions d’activistes isolés pour un même objectif. L’idée est, par exemple, de dire : passons 2 millions d’appels téléphoniques en un week-end à New York. »

« Un point commun relie déjà les campagnes des deux hommes : l’utilisation d’une plateforme Web interactive. Si M. Sanders utilise Blue State Digital, un concurrent de Nation Builder choisi par M. Mélenchon, le principe est le même. Cet outil propose d’« appuyer » la candidature de son champion en laissant ses coordonnées – ce qui permet au staff de campagne de se constituer un fichier de contacts –, de créer des « groupes d’appui » locaux qui sont autant de relais sur le terrain, de laisser des idées pour le programme ou encore de faire des microdons. De quoi amasser un véritable trésor de guerre. Avec jlm2017.fr, celui qui veut incarner la « France insoumise » revendique près de 100 000 soutiens, 900 groupes d’appui et assure avoir récolté, au 31 mars, 200 000 euros ».(9)

Aujourd’hui il y a plus de 1400 groupes d’appui en France et lors de réunions du groupe avec mes co-insoumis au Havre nous nous posions alors la question sur cette organisation anonyme. Encore plus lorsqu’au mois d’août la caravane des insoumis est venue au Havre pour faire œuvre de travail social surtout auprès d’une population démunie et des abstentionnistes (inscription sur les listes électorales, conseils sur démarche sociales, chômage, formation, etc.). Le programme de celle-ci était déjà élaboré de Paris sur des points de visites urbaines et des alentours. Il a fallu plusieurs courriels insistants afin que ce programme soit suivi de notre avis, par exemple de ne pas intervenir à Gonfreville l’Orcher afin de préserver le maire communiste que nous estimons politiquement.

Lors d’autres réunions, nous évoquions souvent le fait que cette organisation des insoumis ressemblait à un centralisme parisien où nous n’avions rien à dire. À aucun moment, nous-mêmes, mais à ce que je sache aussi les autres groupes de la France, par un délégué.es n’ont été sollicités à la participation de cette organisation avec impossibilité de communiquer horizontalement entre les groupes. Nous ne nous connaissons pas !!! Tous les soutiens de JLM17 qui ont donc contribué à la démarche, ne l’ont fait que de façon numérique ; ce qui n’a permis aucun échange et dialogue physique, vivant, base d’un militantisme social, républicain, politique.

La caravane et la convention de Lille du 15 et 16 octobre 2016

Le passage de la caravane au mois d’août fut le seul contact physique avec trois militants, rémunérés par le « staff on Line » de Paris. J’eu un échange presque musclé avec l’un des jeunes, sympathique au demeurant, pensant connaître toute la vérité sur la vie sociale et politique. « Tu m’as l’air bien formaté », lui dis-je. Et effectivement, il l’était non seulement par le staff, mais aussi par sa deuxième année de science Po. En résumé aucun échange physique, aucun débat avec les dirigeants sur l’organisation.

Ce questionnement sur l’organisation numérique du mouvement a eu son apogée lors de la convention du 15 et 16 octobre à st André les Lille à la Halle de la filature. Je m’étais inscrit sur le site à tout hasard sachant que les participants à ce week-end, soit 1000 personnes, seraient tirés au sort, soit un quota de sondage. Je gagnai une pochette surprise, je participai !

Encore content et heureux d’assister à cette manifestation et malgré que du Havre j’étais en vacance à Menton, je réservai un aller/retour avion Nice-Lille et deux nuits d’hôtel pour arriver la veille, le vendredi 14. On m’invite quelques jours auparavant, toujours par courriel à intervenir 5 min maximum lors de cette convention sur un sujet de mon choix. Je propose le thème de la constituante, entre autres, avec en introduction un compte rendu des réflexions de mes amis du groupe. Avec enthousiasme, je rédige alors deux pages en terminant sur ce sujet qui me tient à cœur.

La veille de la convention, je prends l’avion et suis arrivé la veille à Lille. Le lendemain à mon réveil, je consulte mes courriels et à ma grande surprise, un message de JLM17, envoyé à 2 heures 10 du matin m’annonce que je n’interviendrai pas, car « Nous n’avons malheureusement pas pu retenir ton intervention : les contraintes matérielles ne permettant pas de répondre favorablement aux 150 propositions, nous avons du sélectionner les interventions à partir des critères permettant d’assurer le bon équilibre de nos travaux (parité obligatoire, variété des thèmes abordés, motivation exprimée, etc.)

Pour autant, nous sommes très attachés au fait que l’ensemble des insoumis.e.s qui le souhaitent puisse s’exprimer. C’est pourquoi nous avons installé dans le village militant deux cabines de vidéomaton qui permettront à chacun.e d’entre vous d’enregistrer votre intervention en vidéo. Nous vous invitons à vous y rendre dés votre arrivée à la convention.

Certaines de ces vidéos seront diffusées au cours de nos travaux et l’ensemble de celles-ci sera mis en ligne sur le site de la Convention pour contribuer à notre réflexion collective. »

Déçu dès mon arrivée, je demande à un jeune portant un badge « Organisation » quelles sont les causes réelles de ma non-intervention en lui disant les efforts que j’avais faits pour être présents ce jour. Me demandant mon nom, il s’en va voir derrière une porte où se trouvaientt les responsables. Revenant cinq minutes plus tard, il me récite presque mot à mot le texte du courriel reçu de bonne heure le matin.

L’organisation de la convention

Lors de cette arrivée du samedi après-midi, je fus choqué aussi par l’organisation que je trouvai sur place. Après le passage d’office au scanner de sécurité obligatoire à l’entrée du Hall des filatures, l’accueil passe par la remise d’une doc et le tirage au hasard d’une fiche pour son emplacement dans la salle. L’on me remet un badge à accrocher à mon vêtement pour le passage de portes de salles à d’autres. Je le garde dans ma poche, car je n’apprécie pas ce double contrôle. Malgré les injonctions du début d’agrafer cet objet par le service d’ordre bénévole, je le sors de ma poche à chaque franchissement d’endroit. Cela me rappelait, quand j’étais plus jeune, un week-end en 1971, le « meeting » de l’OCI à Paris avec Pierre Broussel, alias Pierre Lambert, où déjà le tout vidéo de surveillance était de vigueur.

Et là en ce début d’après-midi, surprise, la salle avec une scène circulaire au milieu et des tables rondes tout autour pour asseoir les mille insoumis. Avec mon petit papier tiré au hasard, je me retrouvais à une table au bord de la scène. Commence alors un « show » télévisuel et numérique digne des meilleures émissions tv. Un « timing » à la minute près, une organisation et une mise en scène digne d’un P.T. Barnum. Un outil médiatique d’intégration du public présent….., grave ! Tous les insoumis présents sont devenus des spectateurs obligés.

Ils sont tous soumis aux messages et vidéos dont ils sont inondés, qu’ils doivent entendre et voir. Par témoignage vidéo, ils entendent des propos sociaux tire-larmes d’un coté, de l’autre une harangue virulente sur les OGM où il ne manque en fin de discours que la recette d’explosif pour faire tout sauter. Toute l’après-midi est plus ou moins à l’avenant. Le seul petit moment d’échange physique sera, et encore, sur la réflexion demandée de 10 priorités, propositions phares pour la campagne présidentielle issues du préprogramme élaboré à partir des propositions des insoumis sur le site JLM17 ; quoiqu’un sondage est effectué en même temps auprès des internautes du site.

En résumé une mise en scène couplée à un institut de sondage maison et numérique pour capter toutes les propositions avec régie de spectacle numérique et vidéo et tractée par le « staff » de Mélenchon. Aucun débat, pas d’échange d’idées, un « show » médiatique à l’américaine où le contrôle politique est l’affaire d’une direction qui s’approprie le savoir du peuple des insoumis pour faire campagne avec eux ou sans eux. Le dimanche matin Mélenchon faisait une allocution reprenant le tout. Quid de la démocratie interne ? Mais une sublime manipulation professionnelle de l’opinion aux critères de capitalisation des idées du peuple à l’américaine ! Oui !

 

Notes

1) Comment résister aux lois Macron, El Khomri et Cie, édition le vent se lève, avril 2016

2) https://youtu.be/Hd_PIJnDMY8 ?list=PLmvbRi37dHo83pbtzklkykr4xbqhqRDfh

3) https://legayarmand2014.wordpress.com/ ?s=l%27expertisme&submit=Recherche

4) https://www.m6r.fr/2015/02/lettre-de-jean-luc-melenchon-aux-partisans-dune-6e-republique/

5) http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/nous-etions-a-la-conference-de-presse-du-mouvement-pour-la-6e-republique-m6r/7398231

6) http://www.europe1.fr/politique/melenchon-fabius-s-interroge-1013231

7) C’est avec Laurent Fabius qu’elle se forme à la chose publique début des années 2000.

8) http://frenchmorning.com/rick-macarthur-linfluent-ami-du-livre-francais/ « Rick » MacArthur a un arbre généalogique bien fourni. Son père John Roderick était un philanthrope célèbre, son grand-père John un homme d’affaires milliardaire qui a donné son nom à la prestigieuse fondation MacArthur, et son grand-oncle un metteur en scène à succès.

9) http://gauche.blog.lemonde.fr/2016/04/20/quand-melenchon-infiltre-la-campagne-de-sanders/

10) La notion de staff on line, appelée aussi organisation (ou structure) hiérarchico-fonctionnelle, est une théorie sociologique, politique et économique, notamment utilisée en management des organisations, selon laquelle dans toute organisation complexe, il existe la voie du line, système fonctionnel et hiérarchisé sur un modèle pyramidal, et l’existence d’un staff, état-major sous l’autorité d’un chef, qui conseille les cadres du line, supervise et coordonne leur activité et leur impose les décisions stratégiques. Pour obtenir une carrière optimale, selon la théorie, il convient principalement d’accéder au staff avant d’être nommé dans le line, et faire des allers-retours entre ces deux entités. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Staff_and_line)

Texte intégral avec les propositions de l’auteur :

https://legayarmand2014.wordpress.com/2016/11/22/melenchon-la-france-insoumise-une-structure-de-parti-qui-ne-dit-pas-son-nom/ 

Empire et histoire coloniale: Le passé esclavagiste de la Nouvelle-Angleterre, soi-disant « berceau de la liberté »…

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Les horreurs de la mise en esclavage des autochtones en Nouvelle-Angleterre révélées dans une nouvelle publication

 

Christina Rose

 

Novembre 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/12/31/horrors-native-slavery-new-england-revealed-new-book-162844

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

L’histoire de la mise en esclavage des autochtones en Nouvelle-Angleterre est finalement en train d’être mise au grand jour après des siècles de silence. Un nouveau livre expose le fait que jusqu’à un tiers des survivants autochtones de la guerre du roi Philippe dans le sud de la Nouvelle-Angleterre (NdT: la Nouvelle-Angleterre est aujourd’hui composée de 6 états dans l’Est et le nord-est des Etats-Unis: Connecticut, Maine, Massachussetts, New Hampshire, Rhode Island et le Vermont) furent mis en esclavage ou en servitude contrôlée.

Margaret Ellen Newell, auteure de “Brethren by Nature: New England Indians, Colonists, and the Origins of American Slavery,” est en tournée promotionnelle de son livre qui étudie de près la mise en esclavage et en servitude des populations autochtones. L’esclavage des Indiens a commencé avec Christophe Colomb et a doucement cheminé plus au nord le long des côtes avant l’arrivé du navire Mayflower. Il atteignit la Nouvelle-Angleterre vers la fin du XVIème siècle et en 1641, devint politique officielle dans les colonies anglaises.

Après les guerres des Péquots et du roi Philippe, les prisonniers autochtones étaient envoyés dans les Caraïbes et échangés contre des esclaves africains.

A la fin de la guerre contre les Péquots en 1637, la nation fut bannie par les tribunaux. Pour empêcher sa reformation, les hommes Péquots furent exécutés ou réduits en esclavage, dit Kevin McBride, archéologue Péquot de Mashantucket. McBride a dit au cours d’un entretien au Mashantucket Pequot Museum and Research Center, que le travail était critique pour le développement des colonies anglaises. “Il n’y avait alors pas un seul foyer qui n’avait pas son serviteur forcé ou un esclave”, a t’il déclaré.

Mais d’après McBride, la plupart des Péquots condamnés à l’esclavage étaient des femmes et des enfants de haut rang. “De fait, ceci fut une opération appelée aujourd’hui génocide”, a t’il dit. “Ils ne voulaient plus que les Péquots se reconstituent en famille pour perpétrer leur héritage, ainsi les hommes étaient exécutés ou déportés.”

En 1641, Le Corps des Libertés du Massachussetts déclara que seuls les prisonniers pris pendant la guerre, ou ceux qui se soumirent volontairement à l’esclavage ou étaient déjà esclaves, pouvaient être vendus. Mais, le Corps des Libertés permit aux tribunaux de condamner à l’esclavage des autochtones pour de petits crimes ou délits, ce qui devint une des causes majeures de la mise en esclavage.

Les gens devaient payer leurs dettes ou restitution 3 ou 4 fois et ceci s’appliquait à tout le monde ; mais de plus en plus vous voyiez des personnes de couleurs condamnées à la servitude. Au XVIIIème siècle, cela devint un mode de punition pour les Indiens, les Africains libres et parfois des Indiens de Caroline et de Floride”, ajouta Newell.

Pendant et après la guerre du roi Philippe, “Les gens achetaient et vendaient les Indiens, les emmenant chez eux comme parfois partie de leur salaire. A Boston, on les vendait aux enchères. A Rhode Island et dans le Connecticut, ils donnaient des captifs esclaves aux membres du gouvernement et aux officiers de l’armée. Les villes se substituèrent pour distribuer les prisonniers aux citadins afin qu’ils développent plus d’intérêt dans la pratique de l’esclavage,” dit Newell. Même après la guerre, les enchères publiques continuèrent pour ceux qui étaient condamnés à la servitude par les tribunaux.

Beaucoup des esclaves autochtones qui furent envoyés dans les Caraïbes finirent partout dans le monde Atlantique. “Ils ne revinrent jamais”, dit Wendi-Starr Brown, la conservatrice d’histoire tribale de la nation Narragansett. Brown a dit qu’elle avait même entendu parler d’esclaves Narragansett qui servirent dans les armées de Napoléon.

A l’exception de la Nouvelle-Angleterre, toutes les autres sociétés coloniales esclavagistes perpétuaient l’esclavage par la mère, a dit Newell. Après la seconde ou troisième génération, les autochtones commencèrent à défier leur situation au travers des tribunaux, certains gagnant même leur liberté. “Ceci met les législations sens dessus-dessous,” dit Newell. “Les communautés commencèrent à soutenir leur liberté. Les gens commencèrent à aider ces Indiens, des groupes et associations anti-esclavagisme se formèrent au moment de la révolution [pour l’indépendance achevée en 1776].”

L’ancien de la nation Wampanoag Tall Oak Weeden a dit: “L’esclavage a eu un impact majeur sur notre peuple ici. La plupart des gens, Indiens et non-Indiens, ne comprennent pas que nous fûmes transportés sur le tout premier bateau esclavagiste d’Amérique, ce soi-disant “Berceau de la Liberté”, construit ici à Marblehead, Massachussetts, et qui faisait partie de Salem.

Je suis moi-même un descendant d’esclave indien, ceci m’est très personnel,” a ajouté Weeden.

Renfort du colonialisme en perspective… Le dogme dominioniste chrétien à la Maison Blanche (Steven Newcomb)

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« Dès que les chrétiens entrent de manière invasive dans l’espace territorial de non-chrétiens, les non-chrétiens cessent immédiatement d’avoir une ‘parfaite indépendance’. Pourquoi ? Parce que les nations ‘païennes’ doivent se soumettre à la ‘volonté de dieu’ comme exprimée dans le livre de la Génèse 1:28. En d’autres termes, c’est la ‘volonté de dieu’ que les chrétiens exercent et maintiennent une suprématie sur les non-chrétiens en subjuguant la terre et en exerçant la domination (dominion) sur tous les êtres vivants… De ce point de vue, les païens sont destinés à être sauvés par dieu et à être ‘réduits’ à la ‘civilisation’ des chrétiens européens. »
~ Steven Newcomb, « Païens en terre promise », 2008 ~

 

Voir notre dossier: « Colonialisme et la doctrine chrétienne de la découverte »

 

L’âge dominioniste de Trump et nos nations originelles

 

Steven Newcomb

 

26 novembre 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/11/26/dominionist-age-trump-and-our-original-free-nations

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Avec l’élection toute récente de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, il apparaît que rien ne va plus. Après le 11 septembre 2001 et le passage de la loi scélérate du Patriot Act cette même année, le vice-président Dick Cheney avait alors dit que les Etats-Unis étaient entrés dans une “nouvelle normalité”. Certains ont rétorqué que les Etats-Unis étaient passés au travers du miroir, en référence à la suite d’Alice aux Pays des Merveilles. De l’autre côté du miroir, rien ne semble identique. Le monde est méconnaissable. Bienvenue dans l’ère de Trump, mettant en scène son vice-président chrétien dominioniste Mike Pence.

Des milliers de personnes marchant dans les rues des villes principales, exprimant leur mécontentement avec le président-élu Trump, signalent que nous sommes partis pour une période de grand chambardement et d’imprévisibilité. Il y a des signes avant-coureurs de ce qui se pointe à l’horizon pour nous. Ce qui va sans nul doute arriver est une ère de dominionisme chrétien, une orientation idéologique croyant dur comme fer que la bible et le fondamentalisme chrétien doivent servir de guide pour gouverner le corps politique américain.

Note de Résistance 71: Depuis la parution de cet article de Newcomb que nous traduisons avec quelques jours de retard, qu’avons-nous pu constater en France ?… Que la “primaire” à la présidentielle de la “droite” nouveau-con, ultralibérale, a accouché de François Fillon comme candidat commun de la “droite” pour la présidentielle de 2017. Qu’y a t’il de commun entre Fillon et Pence ?… Un certain fondamentalisme chrétien, évangéliste d’un côté, catho de l’autre alors que le conseille de Trump à la sécurité sera le très catholique ex-patron du renseignement militaire le général Flynn. Coïncidence ?… Fillon est tout aussi Bilderberger que Juppé. Il semble que l’oligarchie veuille jouer la carte religieuse pour compléter la mise en application de son dogme fabriqué de toute pièce par la clique néo-conservatrice yankee: le “clash des civilisations” avec les christo-sionistes aux commandes. Programme qui s’avère des plus réjouissant n’est-il pas ?… Une fois de plus rien n’est inéluctable, quand on est capable de relier les points entre eux…

Dans son livre devenu classique “La politique de la communication”, Claus Meuller dit ceci: “La domination… est le contrôle achevé par un nombre limité de personnes sur l’alocation des ressources et l’accès à une participation très significative dans le processus décisionnaire politique.” Le nombre relativement petit de gens qui vont attérir dans le gouvernement de Trump-Pence vont aussi partager une orientation politico-religieuse similaire, fondée sur une vision dominioniste particulière de la religion chrétienne.

Dans son livre de 1973 “The Institutes of Biblical Law,” le théologien dominioniste Rousas John Rushdoony dit que “La loi est dans toutes les cultures d’origine religieuse”. Il dit plus avant que “il ne peut y avoir aucune tolérance dans un système légal pour une autre religion.” De plus, Rushdoony affirme qu’ “aucune forme de retrait de la religion n’est possible dans quelque société que ce soit.” Et, de manière importante, il déclare: “Chaque système légal doit maintenir son existence en maintenant une hostilité envers tout autre système légal et autres fondations religieuses étrangères, ou alors ce n’est que pur suicide.

David Lane est un dominioniste influent qui est décrit comme un organisateur électoral de droit chrétien important. Lane est souvent cité:

“Je ne pense pas qu’il existe une telle chose que la séparation de l’église et de l’État. Les Etats-Unis ne furent pas établis en tant que nation séculière, et quiconque dit qu’ils le furent, n’a pas lu l’histoire des Etats-Unis. Ce pays a été établi par des chrétiens pour le déverloppement de la foi chrétienne.”

La déclaration de Lane est synchro avec une ère préalable aux Etats-Unis. La pensée dominioniste de cette époque résulta en l’ère de la “Termination” et de la directive légale de 1954 que le ministère de la justice envoya à la Cour Suprême des Etats-Unis pour l’affaire des Indiens Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis. Dans cette directive, le ministère argumentait que le peuple Tee-Hit-Ton ne pouvait pas recevoir de compensation financière pour le bois qui était pris sur ses terres (NdT: en Alaska), parce que “les nations chrétiennes d’Europe avaient acquis la juridiction [dominion] sur les terres des païens et des infidèles” durant la soi-disante période de la “découverte”. En 1955, la CS donna la victoire aux Etats-Unis dans l’affaire Tee-Hit-Ton, ce qui veut dire que la CS se tint aux côtés du gouvernement fédéral et de ses arguments chrétiens dominionistes.

L’ère Trump-Pence qui arrive pose une question clef: le gouvernement qui vient nous permettra t’il de peaufiner et d’intensifier notre critique de la pensée chrétienne dominioniste qui est la cause de la loi et de la politique fédérale indienne ? (Dans l’affaire Johnson contre M’Intosh en 1823, le juge de la CS John Marshall utilisa le terme ou expression dominioniste “domination ultime”) Ou alors est-ce que l’ère Trump-Pence rendra t’elle encore plus difficile pour nous de critiquer plus avant parce que la pensée chrétienne dominioniste commencera à paraître normale et ordinaire comme la supposée “religion civique” des Etats-Unis ?

Près de 25 ans dans la campagne globale que Birgil Kill Straight et moi-même avons commencé en 1992, lorsque nous avons commencé à appeler pour que le Vatican abroge de manière officielle et formelle la bulle pontificale Inter Caetera du 4 mai 1493, plus de 520 membres du clergé de partout aux Etats-Unis se rassemblèrent à Standing Rock. Ils défièrent directement la doctrine chrétienne de la découverte dominioniste. Certains d’entre eux furent même arrêtés. Dans une action de protestation, le clergé brûla des copies de la bulle pontificale de 1493 et défièrent l’utilisation de cette doctrine par les Etats-Unis avec ses actions de police militarisées contre Standing Rock et l’Oceti Sakowin (La Grande Nation Sioux).

C’est pour le moins ironique que cet évènement historique puissant, conduit par des chrétiens, contre le système de domination/dominionisme chrétien, eut lieu à la veille de l’élection américaine qui donna le pouvoir de la branche exécutive des Etats-Unis aux dominionistes chrétiens. Nous sommes bel et bien de l’autre côté du miroir. Il est maintenant important de se montrer encore plus déterminés pour augmenter notre motivation et nos efforts contre la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination.

Résistance au colonialisme: De la mythologie sioniste à la tragédie palestinienne

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Par Ziad Medoukh*   Préface du livre « De la mythologie sioniste à la tragédie palestinienne » de Chérif Abdedaïm

 

Novembre 2016

 

Source:

http://www.les7duquebec.com/7-de-garde-2/de-la-mythologie-sioniste-a-la-tragedie-palestinienne/

 

La cause palestinienne a toujours été celle du peuple algérien. L’Algérie est presque le seul pays arabe dont le gouvernement et le peuple ont soutenu et soutiennent encore la cause et la lutte du peuple palestinien pour ses droits et sa liberté, et ce, depuis l’indépendance de ce pays en 1962 à nos jours.

Donc, il ne serait pas étonnant qu’un enfant de ce peuple, journaliste, écrivain engagé, militant et historien comme Chérif Abdedaïm écrive ce livre captivant sur l’histoire du sionisme, mouvement colonial, basée sur des mythes, des mensonges et des mystifications.

Je ne veux pas revenir sur ce qu’a offert l’Algérie à la Palestine, mais ce qui m’a attiré dans le livre de Chérif Abdedaïm, c’est son approche singulière de cette question centrale sur la scène internationale, en l’occurrence la question palestinienne.

Outre l’explication historique détaillée du conflit israélopalestinien,l’auteur insiste dans son récit sur la propagande sioniste, persistante, pour continuer à occuper et à coloniser la Palestine historique ; passant en revue les différents crimes et massacres israéliens depuis 1948 jusqu’au dernier massacre de Ghaza en 2014 en transitant par celui de Sabra et Chatila en 1982.

Un livre très passionnant qui nous permet donc de comprendre l’histoire du sionisme comme doctrine politique et toutes les mesures illégales en violation des droits fondamentaux du peuple palestinien et des peuples arabes.

Pour comprendre la réalité et l’actualité dans les territoires palestiniens marquées par la poursuite des agressions israéliennes au quotidien à l’encontre des Palestiniens (le mur de l’apartheid en Cisjordanie, l’accélération de la colonisation et le blocus israélien inhumain contre Ghaza et les différentes offensives militaires contre les civils palestiniens), nous devrions lire plusieurs fois ce livre très intéressant qui retrace l’histoire du sionisme depuis 1896 avec la tenue du premier congrès sioniste à Bâle (en 1897) en passant par la déclaration Balfour en 1917 et la déportation des Palestiniens en 1948.

La politique israélienne a toujours été une politique d’instrumentalisation des mythes et de la manipulation de la religion pour continuer à écraser les Palestiniens et les chasser de leur terre d’origine avec la complicité des Nations unies et des pays occidentaux. Le livre de Chérif Abdedaïm nous dévoile cette histoire noire de ce mouvement colonial et raciste.

Dans sa présentation accompagnée des dates, des déclarations et des évènements, Chérif Abdedaïm montre que le mythe sioniste « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » a toujours été d’actualité pour tous les gouvernements israéliens de gauche comme de droite.

Le sionisme sous toutes ses formes (sionisme politique, économique, culturel et religieux) n’a pas réussi à faire partir les Palestiniens de leur terre, ni à faire de la Palestine historique une terre promise pour les juifs du monde ; et ce, malgré la conjugaison de plusieurs facteurs : toutes les mesures répressives israéliennes, la pression du lobby sioniste notamment en Europe et aux États-Unis et les pressions exercées sur les défenseurs et les sympathisants de la cause palestinienne en les accusant d’antisémitisme. Si cette politique sioniste n’a pas réussi, selon l’auteur, c’est parce qu’elle fait face à la détermination d’un peuple qui se bat, un peuple qui résiste, qui existe, qui persiste, un peuple qui a décidé de rester digne sur sa terre.

Pour moi, Palestinien de Ghaza, je place ce livre de Chérif Abdedaïm dans la catégorie des meilleurs écrits sur l’histoire du sionisme. Un livre historique, non seulement fourmillant de détails et de précisions, mais aussi un livre d’analyse, objectif, pour toutes les générations afin qu’elles comprennent que la soi-disant paix israélienne n’est qu’un grand mensonge, une grande mystification comme toute l’histoire du sionisme et que la liberté des Palestiniens ne pourrait être arrachée qu’avec leurs sacrifices et leur combat pour leur indépendance, et ce, avec l’appui de tous ceux qui soutiennent cette juste cause à l’instar de mon ami et frère algérien Chérif Abdedaïm.

*Ziad Medoukh, poète et écrivain palestinien d’expression française.   Citoyen de Ghaza.  Février 2016

Fonder la société des sociétés sur les principes de la loi naturelle et du droit coutumier… (atelier radiophonique)

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“La loi est la conscience commune.”
~ Définition du droit coutumier, Angleterre, 1622 ~

 

La liberté naturelle et les bases des tribunaux de droit coutumier: premiers principes

 

Par le Tribunal International de Droit Coutumier affilié au Tribunal International contre les Crimes de l’Église et de l’État (TICEE)

 

29 Novembre 2016

 

Compilé et traduit par Résistance 71

 

Les trois principes de la loi naturelle sur lesquels est fondée le droit coutumier depuis des temps immémoriaux sont:

  • Personne ne peut avoir une quelconque autorité naturelle sur quelqu’un d’autre.
  • Personne n’a le droit d’avoir un bout de la planète Terre.
  • Tout le monde a une obligation d’être en paix avec les autres.

Tout le reste n’est que blablatage.

 

Principes premiers:

 

  1.   Chaque homme, femme et enfant est né et demeure par nature libre, égal et souverain ; et possède une connaissance inhérente de ce qui est vrai et juste.
    Ainsi de cette façon, personne ne peut être subordonné à quelqu’un d’autre ou à une autorité externe, car la sagesse et la liberté inhérentes de chaque personne en font une création complète et suffisante en soi, au sein d’une plus large communauté d’égaux. C’est la loi divine de la création que ces libertés permanentes et inaliénables ne puissent pas être abolies ou diminuées par quelque autorité, loi, gouvernement ou religion que ce soit. Tout pouvoir qui tente de le faire est tyrannique et illégitime, même s’il opère en accord avec ses propres lois, car une telle tyrannie est un déni de l’ordre naturel des choses et une attaque du divin et de l’humanité.
  2.     Cette souveraineté personnelle est une réflexion de la Loi Naturelle au sens large, où toute vie par nature est indivisible et placée en commun pour la survie et le bonheur de tous. Dans toute société juste, cette communalité affirme à toute personne le droit inaliénable d’établir sa propre gouvernance au sein de son groupe et de se défendre contre toute tyrannie ou violence, incluant celles qui seraient infligées par des autorités extérieures. Toute autorité qui dirige injustement et arbitrairement, sans le consentement libre et non contraint des gens a perdu tout droit de diriger et peut être légalement renversée. “Le gouvernement injuste n’est pas gouvernement mais tyrannie.” — Platon
  3.     Cette loi naturelle induit la loi du droit coutumier dont le but est de protéger les libertés inhérentes et la souveraineté des hommes et des femmes dans une communauté en maintenant l’égalité et la paix entre eux. Le droit coutumier dérive son autorité des gens eux-mêmes et de la capacité du peuple de savoir ce qui est juste et de juger le bien du mal par et pour lui-même. Cette capacité est exprimée dans un système de jury composé de douze personnes librement choisies qui est le juge et l’autorité ultimes sous le droit coutumier et ses tribunaux.
  4.     Historiquement, le droit coutumier s’est développé en Angleterre apès la conquête normande du XIème siècle et s’est instauré en rampart de défense du peuple contre la règle arbitraire des élites auto-proclamées, spécifiquement les monarques et les papes. L’autorité de ces “élites” n’était en aucun cas naturelle, provenait de la guerre, de la conquête violente et du vol de terres plutôt que du consentement concerté de la communauté et de sa base, la loi divine de la paix et de l’égalité. Cette règle de l’élite se propagea le plus fortement dans l’empire romain et son héritière: l’église de Rome, sous les croyances de laquelle “dieu” est un dominateur et un conquérant (“domine”) et où tout le monde est “sujet” du pape.
  5.     Une telle règle fondée sur la conquête par les papes et royautés donna le jour à un système connu sous le vocable de loi civil ou romaine et sur la croyance que les hommes et les femmes n’ont pas la capacité ni la sagesse de s’auto-réguler. Toutes lois et autorité sont de ce fait dérivées de facteurs extérieurs, de statuts pensés et imposés par un dirigeant, qu’il soit un pape, un monarque ou un gouvernement. Ce système développé de la philosophie aristotélicenne et de la loi de propriété romaine dans laquelle la création est divisée et les êtres humains sont traités comme biens et possessions par autrui et sont de ce fait dénués de toutes libertés inhérentes. Les gens sont donc par essence réduits en esclavage, coupés du monde donné gratuitement et communément à tous et à toutes. Ce système esclavagiste classifie et catégorise les gens et leur donne des “libertés” restreintes (ou des privilèges d’esclave) qui sont bien définies et limitées en rapport aux statuts émis par les dirigeants.
  6.     Les lois coutumières et civiles (romaines) sont de ce fait fondamentalement opposées et sont en guerre l’une contre l’autre. Elles ne peuvent pas être réconciliées, car elles émergent de deux notions complètement différentes de l’humanité et de la justice : la loi coutumière reconnait la vie comme un don donné également à tous, tandis que sous la loi civile (romaine), la vie est un privilège sous condition, l’humanité est une populace esclave gérée. Ainsi, les gouvernements opèrent en pratique en accord avec les statuts civils et dénigrent ou ignorent la loi coutumière dans son ensemble au travers de la règle et de la direction de tribunaux dominés par des juges n’ayant pas de comptes à rendre.
  7.     La forme la plus extrême de loi civile/romaine est ce qui est appelé la loi pontificale ou la loi canonnique, qui définit l’église de Rome comme la seule autorité légitime sur terre et à laquelle toutes les autres lois, peuples et gouvernements sont subordonnés. La loi canonnique est auto-gouvernante et n’a de compte à rendre qu’à elle-même. Derrière sa façade rhétorique chrétienne, le catholicisme romain est un culte néo-païen fondé sur le système d’adoration de l’empereur remontant à la fin du IIIème siècle de notre ère et connu sous le nom de Sol Invictus, dans lequel un souverain titré “dieu et maître” (Deus et Dominus) règne sur la terre et le ciel; plus spécifiquement: le pape. Ce culte tyrannique a causé de manière peu surprenante, plus de guerre, de génocide, de conquête et de meurtre que n’importe quel pouvoir dans l’histoire de l’humanité et continue d’être la plus grande de toutes les menaces à la loi coutumière et à la liberté humaine.
  8.     L’église de Rome fut la première et est la plus vieille corporation sur notre planète : une entité légale créée pour la protection des tyrans, qui annihile la responsabilité individuelle de l’élite pour tout crime ou conquête que celle-ci perpétue. Depuis Rome et le Vatican Inc., s’est répandue la contagion qui menace maintenant de détruire notre planète et nos vies, l’oligarchie corporatiste ne rendant de comptes à personne et qui partout subvertit la liberté et la santé de notre planète en subordonnant toute vie au profit et au pouvoir.
  9.     En ce moment de conquête entrepreneuriale et de subjugation de l’humanité, un contre mouvement se lève pour réaffirmer le but divin et son fonctionnement au travers de la loi et du droit coutumier afin de restaurer la terre et l’humanité dans leur être naturel et dans un corps commun. Ce mouvement a été bibliquement prévu et est apparu dans des prophéties comme étant le temps où tout le monde retourne vers l’égalité naturelle, dénuée de divisions, de privilèges et d’oppression, afin de vivre en harmonie avec la création et les uns avec les autres.
  10.  Cette restauration de l’humanité est un objectif divin et commence par activement désactiver l’autorité corporatrice existante et ses institutions dérivées de la loi civile romaine et de les remplacer par une nouvelle gouvernance fondée sur la juridiction du droit coutumier. La création de cette nouvelle autorité fondée sur la loi naturelle au sein d’une humanité libérée est le but fondamental des tribunaux de droit coutumier.

=*=

 

La révolution du droit coutumier

 

Atelier de droit coutumier sur Radio Free Kanata avec Kevin Annett et Ryan Gable.

 

28 novembre 2016

 

Le Canada, l’Angleterre et toutes les autres nations de la “Couronne” sont des régimes criminels condamnés dont l’autorité légale est nulle et non avenue. Les Etats-Unis sont sous la coupe d’une oligarchie corporatrice. Chaque homme et femme nés libres de ces pays sont maintenant obligés de se libérer de telles tyrannies et d’établir une nouvelle juridiction souveraine de nations auto-gérées et auto-gouvernées sous l’égide du droit coutumier.

Comment peut-on réaliser cette révolution aujourd’hui dans nos communautés locales ? Quelle est la procédure pour convoquer et réunir des tribunaux de droit coutumier et établir des républiques souveraines d’égaux ? Comment pouvons-nous protéger nos libertés et nos communautés de la corporatocratie criminelle ?

Vos hôtes Kevin Annett et Ryan Gable répondent à ces questions dans ce programme radio et conduisent un atlelier sur le “comment faire” partie du mouvement de la république de droit coutumier ?

Le débat radio sur Radio Free Kanata (BBS Radio): durée 54min (en anglais)

http://bbsradio.com/sites/default/files/audio_dirs/radiofreekanata/Radio_Free_Kanata_2016-11-20.mp3