Archive for the colonialisme Category

Résistance au colonialisme: Massacre en Palestine occupée et lutte des classes (7 du Québec)

Posted in actualité, canada USA états coloniaux, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 27 mai 2018 by Résistance 71

 

A Gaza, la bourgeoisie se planque et le prolétariat planche, encore une lutte de libération nationale bourgeoise

 

Robert Bibeau

 

23 mai 2018

 

Source: 

http://www.les7duquebec.com/7-au-front/a-gaza-la-bourgeoisie-se-planque-et-le-proletariat-planche-encore-une-lutte-de-liberation-nationale-bourgeoise/

 

Que se passe t’il en Palestine occupée ?

Depuis plusieurs semaines (depuis le vendredi 30 mars 2018) le gouvernement israélien et l’armée israélienne ont assassiné plus d’une centaine de Palestiniens, de nombreux enfants notamment, et ils en ont blessé des milliers d’autres (plus de 11 000). Désarmés, ces Palestiniens ont été tués ou blessés pour le crime de manifester contre leur incarcération dans le plus grand bagne à ciel ouvert des temps modernes où un million cinq cent mille damnés de la terre s’entassent, emprisonnés depuis soixante-dix années.

Au-delà du dégoût et de la colère que provoque ces meurtres commis de sang-froid, sous l’œil des caméras (nonobstant leur myopie sélective) la question que soulève ces crimes contre l’humanité c’est : « Pourquoi ce carnage largement médiatisé ? »

Se peut-il que les palestiniens manifestant pensent que ces soldats totalement aliénés – endoctrinés – s’abstiendront de les tués ? Se pourrait-il que les Palestiniens innocents espèrent que les dirigeants israéliens reculeront devant ces crimes de guerre avérés ?  Je ne le crois pas. Les prolétaires palestiniens connaissent leurs geôliers « nazifiés » depuis soixante-dix ans maintenant, et il est évident qu’aucun de ces militants n’attend de pitié des mercenaires de Tsahal.

Il nous faut donc admettre que les martyrs palestiniens connaissent les risques qu’ils encourent face à ces tueurs programmés. Car autant le mystère est grand sur ce qui pousse ces militants bien intentionnés – mais manipulés – à s’immoler de la sorte, autant le mystère plane sur les motifs et les objectifs des autorités israéliennes qui ne peuvent ignorer le dommage que leur occasionne de telles spectacles d’assassinats publics télévisés et répétés. Qui après avoir vu ces crimes de guerre osera encore prétendre au droit à l’existence de cet État fantoche, de cet État voyou, de cet État illégale et illégitime, construit sur une Terre expropriée et ensanglantée.

Le peuple « juif » n’existe pas mais l’État colonial israélien existe

Il est évident que les dirigeants israéliens savent qu’ils forcent leurs comparses des capitales de la « communauté international » bidon à se démasquer et à s’exposer en compagnie de ces tueurs en série, ce qui les embarrasse assurément, c’est pourtant l’effet escompté. À travers cette allégeance occidentale à ses tortionnaires sionistes, le suzerain américain souhaite signifier aux prolétaires américains, israéliens, palestiniens, français, canadiens, et à ceux du monde entier, le sort qu’il réserve aux damnés de la Terre révoltés. Après George W Bush, après Barack Obama, voici Donald Trump qui proclame « Vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous ». Voilà la signification profonde de cette tuerie contre le peuple Palestinien, massacre qu’exécute le protectorat israélien, ce soi-disant État d’un « peuple » qui n’existe pas et n’a jamais existé.

En effet, comme l’écrit Shlomo Sand un peuple – une nation – de quelques milliers d’individus n’a pu subsister dans l’errance, expatrier- éparpiller à travers le monde pendant deux milliers d’années, convertissant et intégrant des étrangers (goys) ayant pour seule composante identitaire un livre « révélé » (la Thorah) différemment interprété. (1)

La vraie nature du protectorat israélien

Il faut bien le comprendre, Israël est un protectorat créé par les impérialistes britanniques au siècle dernier, à une époque où pour contrôler et s’approprier une richesse naturelle (pétrole), son transport et ses marchés, une puissance impériale devait disposer d’une armée à proximité de la ressource, une armée capable d’intervenir rapidement pour frapper les bourgeoisies nationales récalcitrantes en cas de nécessité. C’est d’ailleurs ce que fit l’État fantoche israélien en 1956, aux ordres du Royaume-Uni et de la France, empires convoitant le Canal de Suez porte d’entrée des pétroliers ravitaillant le marché européen. Il en fut ainsi par la suite quand la nouvelle puissance hégémonique américaine eut pris le relais des vieilles puissances européennes déchues (Guerre de 1967, de 1973, bombardements de la Tunisie, de la Jordanie, de la Libye, de l’Irak, de la Syrie, invasions et occupation du Liban, et du Golan, etc.). Aujourd’hui, sous l’impérialisme moderne dont l’économie est mondialisée et financiarisée, l’entretien d’un contingent militaire en terre étrangère n’est plus nécessaire. Il faut en convenir Israël est une base militaire obsolète qu’il leur faudra tôt ou tard désaffectée. (2)

L’internationale « juive » ne fait plus recette, bienvenue au « false flag » sioniste

Nul ne doit se laisser berner par les jérémiades proto-sionistes à propos de la lubie de la judéité du « Peuple élu » et autres fadaises au sujet des prophéties de Theodor Herzl, un suprémaciste sponsorisé, et de l’assentiment prémédité de Lord Arthur Balfour (1917), et autres foucades folkloriques complotistes à propos des sectes « juives internationales » qui domineraient le monde avec leurs 16 millions d’adhérant (sur 7 milliards d’individus vivants soit 0,05%), comprenant quelques dizaines de prétendants « juifs » sur les 2500 milliardaires recensés (0,05% du total) , ou encore, à propos de l’État de tous les « Juifs » (dont la majorité des citoyens est athée) sur une Terre « promise » (sic) par Yahweh à cette populace d’exilée multiethnique rassemblée là par les pénuries de logements et d’emplois. Ne pas oublier non plus l’inévitable forfanterie de l’« AIPAC », un club sélect dont les milliardaires opportunistes américains se servent comme paravent pour dissimuler leurs méfaits et en accusé commodément les sanguinaires « juifs » expatriés. Vous cherchez un modèle de « False Flag », en voilà un.

Une époque tire à sa fin, l’alliance Atlantique s’effrite

Soupçonnent-ils ces capitalistes israéliens, ce que vous et moi nous savons déjà : que premièrement, leur mentor déclinant s’écarte progressivement de ses alliés et concurrents européens; que deuxièmement, une fois leur tuteur défaussé il ne restera plus personne pour les protégés; que troisièmement, le temps joue contre eux ! Imaginez dans trente ans combien de dizaines de millions d’arabes enragés –débarrassés de leurs dirigeants prostrés – encercleront cette base militaire néocoloniale abandonnée par les porte-avions US partis en galère faire la guerre de l’autre côté de la Terre, en mers de Chine, de Corée ou du Japon.

Te Deum en Palestine sacrifiée

Il n’y a qu’une explication possible à la tactique sanguinaire et suicidaire de l’État voyou israélien. Maintenant qu’il a reçu la dernière concession de son maître poltron à son ambassade relocalisée, le diable sioniste étale sa hargne désespérée avant de jouer son va-tout, ce bain de sang signifiant qu’il vendra chèrement chaque parcelle de terre spoliée, ce dont le Hamas et l’OLP ont pris acte à n’en pas douter à travers ces milliers de sacrifiés. Il est tout de même triste qu’une nouvelle fois (vingtième répétition depuis la Nakba de 1948) des milliers de Palestiniens aient ainsi payer de leur sang les tractations pour le partage des terres entre deux bourgeoisies nationalistes chauvines (3). Un jour, le bantoustan palestinien tant souhaité par Arafat et par Haniyeh ouvrira ses portes, veuillez en remercier ces milliers d’immolés. La véritable libération du prolétariat palestinien viendra plus tard, n’en doutez pas. (4)

NOTES

1.      1.http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-2-2/comment-le-peuple-juif-fut-invente/

2.      2.http://www.les7duquebec.com/7-au-front/wall-street-se-retire-de-laccord-sur-le-nucleaire-iranien/

3.      3. Selon Ismaïl Haniyeh, « les sangs versés à Gaza ont fait capoter la décision de Trump concernant le « deal du siècle ». « Donald Trump avait l’intention d’annoncer le « deal du siècle » et le « démantèlement de la Palestine » le jour même du transfert de l’ambassade US à Qods, mais les sangs versés à Gaza l’ont empêché d’exécuter sa décision », a dit le chef du Hamas.  http://www.presstv.com/Detail/2018/04/06/557610/Isral-Palestine-Gaza-Cisjordanie-retour

4.      4. Robert Bibeau (2017) Question nationale et révolution prolétarienne sous l’impérialisme moderne.  L’Harmattan. Paris. 150 pages. http://www.les7duquebec.com/7-de-garde-2/question-nationale-et-revolution-proletarienne-sous-limperialisme-moderne-ouvrage-de-robert-bibeau/

Publicités

Au-delà de la mascarade: Trump marionnette de la City de Londres (Dean Henderson)

Posted in actualité, altermondialisme, économie, canada USA états coloniaux, colonialisme, crise mondiale, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 21 mai 2018 by Résistance 71

Nous aimons particulièrement la conclusion de Henderson dans ce billet car il semble enfin vouloir lâcher prise de l’illusion démocratique. Il est à noter que si Henderson est toujours pointu dans ses analyses, il a toujours été en faveur du vote de changement et encourageait à voter Bernie Sanders pour la go-goche yankee ans la dernière mascarade en date. Un autre de ces pantins contrôlés qui semble pourtant bien sympathique à écouter… Henderson dit enfin à ceux qui le lisent d’arrêter de voter !
Il a enfin compris qu’il n’y a pas de solutions au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu (quoi Henderson le pense) et ne peut y en avoir (ça c’est nouveau chez lui…)
Bienvenue au club Dean ! Prochaine étape. Proclame l’anarchie !
~ Résistance 71 ~

 

 

Pourquoi Trump est un outil de Rothschild

 

Dean Henderson

 

18 mai 2018

 

url de l’article original:

https://hendersonlefthook.wordpress.com/2018/05/16/why-trump-is-a-rothschild-tool/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le déménagement de l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem / Al Quds lundi fut marqué par l’assassinat public de plus de 60 manifestants palestiniens non armés par la force de défense israélienne. Cela n’aurait dû surprendre personne que malgré la convocation d’une réunion du CS de l’ONU pour discuter du génocide des Palestiniens, le gouvernement américain n’a quant à lui, fait aucun commentaire pour condamner le massacre des Palestiniens commis par Israël. L’ambassadrice américaine à l’ONU Nikki Haley a dit: “Aucun pays dans cette pièce n’aurait agi avec plus de retenue que ne l’a fait Israël.

La version du ministère de la vérité sur la “retenue” s’est produite lors de la célébration du 70ème anniversaire de l’état d’Israël. A cette époque (1948), Stern Gang et les cellules terroristes sionistes de l’Haganah (NdT: qui deviendra plus tard l’Irgoun avec le même effet terroriste), opérant en terre de Palestine sous mandat britannique, massacrèrent des familles palestiniennes entières, saisirent leurs plantation d’oliviers et de pistaches et les exproprièrent de leurs maisons, tout cela avec la bénédiction du président américain Harry Truman et du gouvernement américain.

La fondation de l’état d’Israël fut un projet de la table ronde du milieu affairiste, un projet de la City de Londres et de Chatham House, plus connu plus tard sous le nom de Royal Institute of International Affairs ou RIIA (NdT: maison mère du Council on Foreign Relations ou CFR aux Etats-Unis). Ils poussèrent à la réalisation de la banque de la réserve fédérale américaine en 1913 tandis que le président Woodrow Wilson relâchait le contrôle des prix datant de l’ère de la “guerre révolutionnaire” [d’indépendance] et qui visait la Compagnie des Indes Occidentales britanniques et autres agents de la couronne [City de Londres].

En 1917, le RIIA renversa la dynastie Romanov en Russie avec ses révolutionnaires bolchéviques bidons, financés par les dynasties banquières Khun Loeb et Warburg. Cette même année (coïncidence ?…) le membre de la table ronde et ministre des affaires étrangères britannique, Arthur Balfour envoya une lettre à un des ses collègue3s de la table ronde affairiste Lord Walter Rothschild lui déclarant son soutien pour l’établissement d’Israël en terre palestinienne. Ceci devint connu sous le vocable de la “déclaration de Balfour”.

La couronne / City de Londres a ensuite soutenu  la montée d’Adolph Hitler et la désindustrialisation subséquente de l’Allemagne. Bientôt ils obtinrent leur prétexte pour un exode de masse des juifs sionistes vers Israël où une nation serait créée pour servir non pas de patrie pour les juifs, mais comme de gendarme régional pour le cartel pétrolier des Rothschild / Rockefeller (https://hendersonlefthook.wordpress.com/2014/09/20/illuminati-nazis-the-illegal-state-of-israel/).

Le traité de Djeddah en 1922 a établi exactement le même rôle pour la maison des Saoud. L’agent de la couronne du RIIA aux Etats-Unis est le CFR, qui dicte virtuellement la politique étrangère américaine au travers de son torchon assez largement lu, le magazine Foreign Affairs. Le Conseil Atlantique est un autre des agents affiliés du RIIA de la Couronne / City de Londres.

L’action impétueuse de Trump de relocaliser l’ambassade US à Al Quds, ville partagée à la fois par Israël et la Palestine, marque un nouveau chapitre très dangereux dans la politique au Moyen-Orient. La discussion de Trump sur le processus de paix dans la péninsule coréenne n’était qu’une diversion. La Corée du Nord n’a pas de pétrole (NdT: le pétrole étant abiotique, il est fort possible de fait, que la CN ait des réserves de pétrole exploitable, tout comme la Chine du reste ; qu’elles n’aient pas la technologie et le savoir-faire pour son exploitation est une autre histoire…) et le processus de paix ne tiendra pas si les Etats-Unis continuent de pratiquer des exercices militaires avec la Corée du Sud.

Dans le même temps, la promotion des agents de la couronnes (sous la forme des nouveaux cons) John Bolton et Mike Pompeo indique que les gens du Projet pour un Nouveau Siècle Américain (agents de la Couronne), malgré leurs échecs accumulés d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, du Yémen, du Soudan et de Syrie (NdT: on ne peut pas parler d’échec car le but est la guerre perpétuelle et l’application de la doctrine du N.O.M “ordo ab chao”. En ce sens, les opérations en cours depuis 17 ans dans le monde et surtout au Moyen-Orient et en Asie sont un succès sur toute la ligne…), veulent toujours la guerre avec ce 7ème pays qu’ils ont programmé de longue date pour la destruction: l’Iran. Cette action de transfert d’ambassade avec le bombardement constant des forces iraniennes en Syrie par Israël, pourraient bien en être le déclencheur. Alors où se situe Trump dans tout ça ?…

Malgré le carnage sus-mentionné et la dérégulation avancée de la corporatocratie, des figures de l’opposition contrôlée comme Alex Jones et le très largement diffusé QAnon, nous disent que Trump est le chevalier blanc attendant le moment opportun pour mettre fin à l’hégémonie des banquiers sur la planète.

A tous ceux qui croient encore cela et ont pris pour argent comptant la métaphore du drainage du marécage, voici la preuve qu’en fait votre chevalier blanc n’est rien d’autre qu’un cheval de Troie, agent de la Couronne et contrôlé par les banksters de la City de Londres.

En 1987, Donald Trump a acheté 93% des parts de Resorts International, une vitrine de la CIA fondée par les agents de la Couronne qu’étaient Allen Dulles (NdT: ex-patron de la CIA) et David Rockefeller comme la Mary Carter Paint Company des années 1950. Un an plus tard, Trump acheta le Taj Mahal Casino d’Atlantic City dans le New Jersey de Resorts International, puis continua d’acheter d’autres propriétés du front de mer d’Atlantic City.

Rapidement Trump fut mis au parfum et ne put effectuer ses remboursements de dettes. Entre alors Wilbur Ross,  un milliardaire du marché d’investissements sur les bons du trésor et dépeint par les médias financiers du NOM comme étant un “investisseur indépendant”. De fait, en 1992, Ross était à la tête de l’équipe de conseil en gestion de banqueroute de la Rothschild Inc, qui représentait les actionnaires et détenteurs de bons qui menaçaient de faire saisir le château de cartes de Trump. Ross vit alors la capacité de Trump à manipuler un grand nombre de personnes, chose qui ne fut sans doute pas non plus éludée par ses patrons de chez Rothschild. Alors il dessina d’un coup de crayon une banqueroute des plus doucereuses pour Trump, où celui-ci ne laisserait partir que 50% des parts de ses affaires d’Atlantic City, surtout celle du casino Taj Mahal en échange de meilleurs termes de remboursement et d’une présidence à venir.

La maison Rothschild et tous ses associés dans le crime de la City de Londres non seulement obtinrent une nouvelle blanchisseuse de fric sur la côte Est avec Atlantic City, mais ils tenaient aussi maintenant leur homme de paille Trump par les couilles.

Plus tard Ross entra en association avec Jared Kushner dans l’achat de propriétés commerciales à New York au travers de l’entreprise Invesco. Jared épousa la fille de Trump Ivanka, qui auparavant était la maîtresse du fils de Jacob Rothschild, Nat. Ross fut l’homme derrière la candidature à la présidence de Trump et fut récompensé par le porte-feuille du ministère du commerce dans son gouvernement.

Pour les aficionados de la démocratie qui se sentent un peu à la ramasse maintenant, n’oubliez pas non plus qu’Hillary Clinton avait elle-même été soutenue par Lynn de Rothschild. La City de Londres avait bien ces dernières élections sous contrôle quoi qu’il arrive. Il est plus que grand temps de perdre toutes ces illusions enfantines sur la “démocratie” dont nous nourrissent les agents de la couronne. Oubliez les élections. Ces jours sont bel et bien finis. Il est temps de s’unir, de couper court à la routine couarde et de couper la tête du serpent.

= = =

Lectures complémentaire:

Manifeste pour la Société des Sociétés

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

La_City_de_Londres_au_coeur_de_lempire

Que faire ?

 

Résistance politique de l’intérieur de l’empire: Notification légale envoyée à « Donnie mains d’enfant » Trump par quatre hauts-fonctionnaires yankees (Pepe Escobar)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, canada USA états coloniaux, colonialisme, crise mondiale, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, presse et média, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 21 mai 2018 by Résistance 71

Mr Trump vous êtes averti !

 

Pepe Escobar

 

20 mai 2018

 

Source: http://www.informationclearinghouse.info/49470.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans une lettre adressée au président Donald Trump avec copies à l’International Criminal Court (ICC) et au CS de l’ONU, quatre anciens hauts fonctionnaires du plus haut niveau du gouvernement américain lui ont donné une notification légale au sujet de son devoir de consulter avec le congrès américain, le tribunal international et le CS de l’ONU, entre autres, au sujet des actions entreprises par Israël coïncidant avec le “70ème anniversaire de l’expulsion de 750 000 Palestiniens de leurs maisons”.

La lettre est signée, entre autres, par l’ancien officier des opérations de la CIA Phil Girardi, l’ancien haut-fonctionnaire du Pentagone Michael Maloof, l’ancien officier de l’armée américaine et coordinateur de la sous-traitance contre-terroriste Scott Bennett et l’ex-diplomate et auteur du livre “Visas For al-Qaeda: CIA Handouts That Rocked The World, Michael Springmann.

Maloof, Bennett et Girardi tout autant que Springmann et l’auteur de ces lignes, furent parmi les invités de la 6ème International New Horizon Conference dans la ville sainte de Mashad en Iran orientale. Les sujets importants débattus à la conférence furent la Palestine et la sortie unilatérale du gouvernement Trump de l’accord nucléaire avec l’Iran connu sous le nom de Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA).

Alors que Maloof et Bennett confirmaient séparément au magazine Asia Times que la lettre fut écrite par Girardi et Maloof dans une salle d’attente d’aéroport alors qu’ils attendaient de prendre leur vol les menant de Téhéran à Mashad et où elle fut présentée lors d’une conférence de presse mardi dernier. Votre correspondant était en voyage de reportage à Karaj. Nous nous sommes tous réunis jeudi à l’aéroport de Mashad. La conférence de presse de Téhéran fut littéralement ignorée par les médias américains.

L’obtention des visas pour les visiteurs américains fut un sujet très délicat qui fut débattu au plus haut niveau du gouvernement iranien entre le ministère des affaires étrangères et les services de renseignement. A la fin, les visiteurs, sous intense observation des médias iraniens, finirent par avoir une énorme audience partout à travers l’Iran.

Une nouvelle psyop (opération psychologique de masse) est en cours

Les signataires de la lettre font un lien direct entre les actions israéliennes qui pourraient déclencher “et escalader dans des actions militaires américaines contre la Turquie, la Syrie, le Liban, l’Iran et la Russie, car ces nations sont opposées au transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et des tensions croissantes déjà exacerbées par le retrait des Etats-Unis du JCPOA.

Le président Trump est aussi averti légalement que la lettre “sera inclue comme preuve dans tous sujets en relation avec le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem / Al Quds et le JCPOA. La lettre sera l’évidence #1 dans toute enquête pour crimes de guerre et mise en accusation (passée, présente et future) en relation avec ces sujets et à tout moment possible.

Comme l’a dit Bennett à Asia Times, la préoccupation principale est qu’en accord avec ses sources militaires, la situation actuelle, très volatile, pourrait bien établir les pré-conditions pour une “nouvelle campagne d’opération psychologique”.

Trump a reçu une notification légale en rapport avec 18 US Code 4 et 28 US Code 1361 en ce qui concerne “des violations légales nationales et internationales”. La lettre se double également d’une “notification légale au peuple américain” et est établie en tant que protection légale contre “contre toute vengeance, emprisonnement, enquête, séquestration, interrogatoire, discrimination, torture, conséquences financières, ou toutes autres actions ou conséquences négatives ou portant préjudices.

De plus, “toute action entreprise contre les signataires sera interprétée comme une violation de ce qui suit: 18 USC 242 (conspiration de refuser et de violer les droits civiques constitutionnels) ; 42 USC 1983, 1984, 1985 (action civile pour violations des droits): 18 USC 2339A (fournissant un soutien matériel à des terroristes).

La lettre peut aussi être interprétée comme une branche d’olivier: à part de demander la protection totale des lanceurs d’alerte, les signataires s’offrent d’eux-mêmes à totalement instruire le président et le Congrès sur ce qu’ils savent. La lettre a été envoyée en copie au président russe Vladimir Poutine, au président turc Recep Tayyip Erdogan et au président du parlement européen Antonio Tajani.

Jusqu’ici il n’y a eu aucune réponse de la Maison Blanche.

Considérant le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, l’abrogation unilatérale du traité conjoint sur le nucléaire iranien suivi de la déclaration de guerre économique contre l’Iran ; le nouveau narratif sur la RDPC disant en substance qu’il n’y a d’accord que dans notre sens ou vous serez détruit comme la Libye, sans mentionner le traitement réservé au lanceur d’alerte Julian Assange, la perspective pour un dialogue positif est bien bien faible.

Résistance politique: les forces de la révolution 2ème partie (Sébastien Faure)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 20 mai 2018 by Résistance 71

Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910

Dieu et lEtat_Bakounine

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

Erich_Mühsam la liberté de chacun est la liberté de tous

Les_amis_du_peuple_révolution_française

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme (PDF)

kropotkine_science-etat-et-societé

= = =

Les forces de la révolution

Sébastien Faure

1921

1ère partie

2ème partie

Pelloutier est venu. Il a rendu au syndicalisme ce service inappréciable, dont la classe ouvrière doit garder à Pelloutier et à ceux qui ont continué son œuvre une reconnaissance immuable ; il est venu apporter au syndicalisme une doctrine, une organisation, une méthode.

La doctrine ?

Il a dit aux ouvriers : « Vous n’êtes les uns et les autres qu’une parcelle d’un grand tout. » Il a dit aux corporations : « Vous n’êtes les unes et les autres que des cellules s’agglomérant autour d’un noyau, lequel, à son tour, s’agglomère à d’autres noyaux. Vous êtes tous de la même famille ; la famille des travailleurs. Quel que soit l’outil que manie votre main, quel que soit le lieu dans lequel vous exerciez votre profession, quels que soient le patron, la, société pour lesquels vous travailliez, vous êtes frères ; vous souffrez tous des mêmes douleurs, vous êtes courbés les uns et les autres sous les mêmes humiliations, vous êtes tous victimes de la même exploitation, vous êtes voués les uns et les autres aux mêmes incertitudes du lendemain, à une vieillesse avilie par la misère, la pauvreté, les privations. Si vous êtes unis dans la détresse, vous devez être également unis dans l’effort pour vous libérer tous ensemble. » Telle a été la doctrine puissante de Pelloutier.

L’organisation ?

Pelloutier a apporté également au syndicalisme une organisation basée sur le fédéralisme. C’est d’en bas que doivent venir la poussée, l’impulsion, l’énergie, le stimulant. Ce qui est en haut n’est destiné qu’à exécuter les volontés d’en bas, qu’à enregistrer celles-ci, à en assurer l’exécution et le développement ; à tout instant et jusqu’à ce qu’elle devienne maîtresse de ses destinées d’une façon complète, la classe ouvrière peut rectifier son tir, changer sa position, indiquer de nouveau ce qu’elle veut en s’inspirant des circonstances, modifier sa manière de voir, sa tactique et ses moyens, et tout cela, à l’aide d’un mécanisme souple et libre. En bas, tout le pouvoir : inspiration, impulsion. En haut, au contraire, non pas des chefs qui ordonnent, mais simplement des agents d’exécution qui administrent.

La méthode ?

Pelloutier a enfin apporté au syndicalisme cette méthode qui se résume en deux mots : action directe.

Qu’est-ce à dire ? Le commun des mortels pense que l’action directe est celle qui se manifeste par le coup de poing et la chaussette à clous. C’est possible, cela arrive, mais ce n’est pas toute l’action directe. On entend par action directe l’action qui s’exerce sans intervention, sans interposition entre celui qui attaque et celui qui se défend… Je suis aux prises avec quelqu’un, je donne des coups, j’en reçois, je pratique l’action directe contre celui qui, dans de telles circonstances, me fait vis-à-vis. Mais voici qu’arrive un troisième ou un quatrième individu qui se jettent entre nous deux ; se mettent, soit avec l’un, soit avec l’autre, ou bien encore contre nous deux, alors il n’y a plus action directe puisqu’il y a intervention.

L’action directe de la classe ouvrière est celle que la classe ouvrière exerce directement, elle-même, elle seule, par la pression qu’elle peut exercer sur les pouvoirs publics quand il s’agit de choses touchant plus particulièrement à la législation ou à la politique, ou bien contre le patronat quand il s’agit de revendications ayant un caractère précis et restant sur le terrain purement économique ; c’est l’action directe du prolétariat contre son ennemi de classe.

Sous l’influence de Pelloutier et de ses continuateurs, sous leur pression constante, grâce à leur activité, le syndicalisme devint, pendant les quelques années qui précédèrent la guerre, une force de révolution de premier ordre, tant par le nombre croissant des syndiqués que par la solidité de ses assises, l’esprit qui animait ses militants et les méthodes qu’ils pratiquaient.

La guerre est venue, hélas ! Ce que j’ai dit tout à l’heure des chefs socialistes trouve ici malheureusement sa place en ce qui concerne les chefs syndicalistes.

Il y eut là aussi, par bonheur, quelques exceptions ; quelques hommes qui sauvèrent, en quelque sorte, l’honneur du syndicalisme menacé par la défection de ses chefs.

Aujourd’hui, il règne dans le syndicalisme tant de confusion et d’obscurité que l’on peut compter le nombre de ceux qui savent très exactement ce qu’est la C.G.T.

Il y faudrait consacrer toute une conférence et vous pensez bien que ce soir je ne pourrai pas le faire.

Cependant, il y a ici un nombre si considérable de travailleurs que, si j’ouvre une parenthèse de cinq minutes sur ce sujet, ce ne sera peut-être pas inutile.

On m’a demandé souvent : Si vous aviez à définir le syndicalisme, quelle serait votre définition ?

Voici celle que je vous propose ; elle éclaire assez bien la situation, et, en même temps, elle précède logiquement les autres développements qu’il me reste à vous fournir sur cette force de révolution qu’est le syndicalisme :

« Le syndicalisme, c’est le mouvement de la classe ouvrière en marche vers son affranchissement total par la suppression du salariat. »

« … Le mouvement », c’est-à-dire l’action, quelque chose comme la vie qui ne s’arrête jamais, quelque chose d’essentiellement actif ; « le mouvement » voilà le caractère du syndicalisme.

Mais, mouvement de qui ? Mouvement « de la classe ouvrière ». C’est un mouvement dont les éléments constitutifs nous sont nettement indiqués. Ils sont définis et limités. C’est le mouvement de la classe ouvrière, par conséquent, dirigé contre ceux qui ne font pas partie de cette classe. C’est le mouvement des travailleurs, des prolétaires, des salariés, de cette sorte de groupement naturel, instinctif, dont je parlais tout à l’heure, et qui n’admet dans son sein que les hommes et les femmes appartenant pour ainsi dire à la même famille, la famille des exploités. C’est donc un mouvement de classe, le mouvement de la classe ouvrière, en opposition avec la classe capitaliste.

Je continue : « … En marche vers son émancipation totale, vers son affranchissement total ». « Émancipation ? », « Affranchissement ? » Mais si la classe ouvrière est en marche vers son émancipation, c’est qu’elle n’est pas émancipée. Si elle est en marche vers son affranchissement, c’est qu’elle n’est pas affranchie. Et si elle n’est ni émancipée, ni affranchie, c’est qu’elle est esclave. Elle est en état d’esclavage, non plus sous la force inhumaine de cet esclavage antique qui faisait de l’esclave le bien et la chose de son maître, ni sous cette forme adoucie du servage qui attachait le serf à la glèbe, mais sous la forme détournée, hypocrite du salariat qui semble laisser libre le salarié, mais qui le condamne cependant au travail forcé, parce qu’il ne peut vivre qu’à condition de manger, qu’il ne peut manger qu’à condition de travailler, et qu’il ne peut travailler qu’à condition de trouver un maître qui l’emploie.

« Émancipation totale », ai-je dit. Il ne s’agit pas, en effet, d’émanciper seulement une aristocratie ouvrière, une minorité de travailleurs, mais la totalité des travailleurs; pas davantage, il ne s’agit d’une libération partielle ou incomplète, mais d’un affranchissement intégral, absolu, total.

Et enfin : « Par la suppression du salariat. » Quel est le moyen pour le travail de se racheter, de se libérer ? C’est de supprimer le salariat, et par conséquent aussi le patronat. L’un n’est que la conséquence de l’autre. Ainsi le mouvement syndical apparaît comme nettement révolutionnaire. Peut-on trouver une conception économique plus révolutionnaire que celle de la suppression du salariat ? Non, puisque toute l’organisation économique actuelle repose sur le profit illicite, et j’entends par là injuste, que le patron prélève sur le travail de l’ouvrier qu’il ne paye pas suffisamment.

Je ne dis pas que la suppression du salariat soit tout le problème et toute la révolution, Il n’est pas moins vrai que cette suppression du salariat et du patronat est la base même, l’assise indispensable d’un mouvement de révolution, et de révolution digne de ce nom.

Alors, nous nous trouvons en présence et en possession d’une définition complète, claire, exacte : « Le syndicalisme, c’est le mouvement de la classe ouvrière en marche vers son émancipation totale par la suppression du salariat. »

« Le mouvement », voilà le caractère, « De la classe ouvrière », voilà l’élément constitutif. « Vers son émancipation totale », voilà le but. « Par la suppression du salariat », voilà le moyen.

En résumé, le syndicalisme est donc une action engagée sur le terrain de la lutte des classes, une action qui doit être directe, parce que les ouvriers doivent trouver en eux-mêmes la force qui les inspire et les anime, et ne doivent pas rechercher ailleurs l’appui qu’ils doivent trouver dans leurs seuls moyens. Enfin, c’est un mouvement de révolution puisqu’il a pour objet de mettre fin au régime présent dont sont bénéficiaires les capitalistes.

Ainsi conçu et pratiqué, quelle force de révolution pourrait être le syndicalisme ! Ici comme dans le Parti socialiste, nous assistons également à un effort de bonne volonté accompli par un certain nombre d’hommes qui ont pris la résolution de faire retour au syndicalisme d’avant-guerre, de revenir au syndicalisme lutte de classes, au syndicalisme d’action directe, au syndicalisme révolutionnaire d’autrefois.

Ici encore, je dis: Bravo! J’assiste avec une joie très grande, très sincère, très profonde — je vous l’assure — à ce mouvement de redressement ; et dans la faible mesure de mes moyens je suis tout prêt à donner mon appui, si tant est qu’il puisse avoir quelque utilité, à ceux qui font effort dans ce sens. Seulement, je me permettrai de leur donner un conseil pour les préserver de certains dangers. Il ne s’agit pas, dans un mouvement aussi vaste que le syndicalisme, de modifier le personnel, de changer purement et simplement les hommes. Si vous changez seulement les hommes, vous n’aurez rien fait, Ce sont les méthodes qui doivent être changées, Si la machine grince, si elle ne fonctionne pas bien, si elle ne se dirige pas vers le but à atteindre ; si elle ne réalise pas ce qu’elle doit réaliser, il faut voir d’où vient ce défaut de la machine, afin d’y apporter le remède nécessaire, indispensable. Ce n’est pas dans les hommes que réside le vice du syndicalisme. Aujourd’hui, le syndicalisme est devenu une machine puissante et, en raison même de cette puissance formidable, il a pris un caractère massif, lourd, pesant. Il souffre d’un centralisme qui l’éloigne de la base fédéraliste que Pelloutier et ses continuateurs lui avaient donnée. Ce centralisme nécessite une armée formidable de fonctionnaires. Et voyez comme parfois la langue suffit à indiquer tout une situation : on les appelle des « permanent », ce qui veut dire qu’ils sont là en permanence et s’y incrustent si longtemps qu’on ne peut plus parvenir à les changer

Les mêmes personnes exercent les mêmes fonctions pendant des années et des années. Je ne fais pas le procès des personnes puisque j’ai eu soin de vous dire tout à l’heure que si vous changiez celles-ci tout en conservant les mêmes méthodes vous n’auriez rien fait. C’est dire, par conséquent, que je n’en veux pas particulièrement aux permanents actuels ; le remède ne consiste pas à remplacer ceux qui y sont par d’autres qui s’y immobiliseraient et s’y incrusteraient à leur tour. Je signale seulement ce danger qu’il y a dans le centralisme qui nécessite une armée formidable de fonctionnaires constituant une manière d’État dans l’État, et qui met au pouvoir de quelques individus, qu’on le veuille ou non, tous les ressorts puissants de cette organisation magnifique que pourrait être la C. G. T. Ils ont entre leurs mains les pouvoirs à la fois les plus absolus et les plus étendus. Centralisme, fonctionnarisme qui en découle, tel est le premier vice du syndicalisme actuel. Et comme tout se tient, tout s’enchaîne, le second provient du premier : c’est le séjour trop prolongé des mêmes personnes dans les mêmes fonctions, des mêmes hommes dans l’accomplissement du même mandat. Je trouve qu’il y a là quelque chose de grave dans ses conséquences. Les permanents qui, depuis cinq ans, dix ans — nous en connaissons même qui ont plus que ça de fonction — s’immobilisent dans leurs fonctions, finissent par perdre le contact avec la foule, par n’avoir plus le sentiment, la sensation qu’ils font partie du prolétariat, qu’ils étaient hier à l’atelier et que demain ils y retourneront. Quand ils sont restés cinq ans, dix ans dans la même fonction, ils sont devenus, en quelque sorte, bureaucrates, fonctionnaires de la C.G.T., mais n’allant pas au « boulot ». Leurs mains finissent par devenir blanches ; ne manipulant plus l’outil, ils ne connaissent plus les vicissitudes des travailleurs ; ils n’appréhendent pas, le samedi venu, le congé que peut-être on leur donnera. Ils peuvent laisser passer le chômage, leur traitement continue, ils mangent quand même. Ils sont en quelque sorte une aristocratie ouvrière…

(Interruption : mais lesquels qu’on mettra ?) (sic.)

Voici un camarade qui me demande : « Qui mettra-t-on à leur place ? » Si vous deviez tous ne pas m’écouter plus attentivement et ne pas me comprendre mieux que ce camarade, il vaudrait mieux réellement que je cessasse de parler. J’ai déjà dit et répété qu’il ne s’agit pas seulement de changer les hommes et que si vous changez purement et simplement le personne!, sans transformer et modifier les statuts, vous n’aurez rien fait. Il n’y a donc que cela qui vous turlupine et vous désirez savoir, qui sera permanent demain aux lieu et place de qui l’est aujourd’hui ? Moi, je m’en moque. Et je dis que si ceux qui détiennent un mandat ou exercent une fonction parce qu’ils ont la confiance de leurs camarades, soit en raison de leur compétence, soit parce qu’i1s sont actifs, soit parce qu’ils ont des aptitudes particulières, étaient obligés de renoncer à ce mandat ou d’abandonner cette fonction au bout d’un temps déterminé — un an, dix-huit mois ou deux ans, par exemple — j’indique la chose, c’est à vous de la rendre pratique ; il est bien évident qu’alors vous n’auriez pas cette armée de permanents dont je parlais tout à l’heure qui finissent par n’être plus des ouvriers, ou en tout cas par l’être moins. Il y a là pour eux une situation de tout repos. Une fois qu’ils y sont, ils ne tiennent pas aux mouvements de grèves, aux conflits avec les patrons. Pas d’histoires, mais une existence paisible pour eux. Et vous en êtes victimes par répercussion. Une expression populaire a bien caractérisé la chose en les comparant à des rats à l’intérieur d’un fromage. Syndicalistes, revenez à la pratique loyale et constante du fédéralisme ; et puis, assignez un terme au mandat de vos fonctionnaires. Alors, vous aurez un mouvement syndicaliste souple, vivant, combatif, toujours jeune, les fonctionnaires fussent-ils vieux, parce que se seront de jeunes secrétaires, de jeunes fonctionnaires, vieux peut-être par l’âge, mais jeunes dans leur fonction, vieux peut-être par l’expérience acquise, mais jeunes dans l’exercice de leur mandat. Vous aurez alors moins d’éléments douteux et vous donnerez au syndicalisme une force de révolution incomparable.

Autre force de révolution : le Coopératisme.

Quand on examine de quelle façon fonctionnent la plupart des coopératives, on a quelque peine à s’imaginer que le coopératisme puisse être une force de révolution appréciable ; et cependant, au même titre que le syndicalisme, vous m’entendez, la coopération pourrait être une force de révolution incalculable. Au même titre ? Pourquoi ? Parce que la coopération a pour objet de grouper le monde ouvrier sur le terrain de la consommation, comme le syndicalisme a pour objet de grouper la classe ouvrière sur le terrain de la production.

Travailleurs, vous n’êtes pas seulement des producteurs, — et en ce moment même, il y en a pas mal d’entre vous qui, frappés pur le chômage, ne peuvent pas produire, — mais vous êtes avant tout, toujours et nécessairement des consommateurs. Comprenez-vous bien l’importance qu’il y a de vous grouper sur ce terrain-là, comme il y a une énorme importance de vous grouper sur le terrain de la production ? Eh bien ! c’est précisément le rôle de la coopération.

Les bénéfices de la production vont au patronat ; or, le syndicalisme a pour objet de supprimer le patronat. Les bénéfices de la consommation vont au commerce, à tous les intermédiaires, à tous ces rongeurs qui s’interposent entre le producteur et le consommateur ; le coopératisme a et doit avoir pour but la suppression des intermédiaires ruineux.

La classe ouvrière est grugée, exploitée, spoliée de toutes façons. L’ouvrier est, en effet, contribuable, il est locataire, il est producteur et il est consommateur. Comme contribuable, il est pressuré par l’impôt, de plus en plus lourd, de plus en plus écrasant ; comme locataire, il est exploité par la rapacité des vautours ; comme producteur, il est grugé par l’âpreté au gain du patron ; comme consommateur, il est volé par le mercantilisme et les intermédiaires. Comment voulez-vous que la classe ouvrière trouve de quoi se nourrir, lorsqu’elle est obligée tout d’abord de gorger tous les voleurs dont je viens de parler ? Comment voulez-vous que la classe ouvrière puisse économiser et s’enrichir, lorsqu’elle est obligée tout d’abord de gaver et d’enrichir les milliers et les milliers de parasites dont il est question ?

On raconte, camarades (et ce sont là, en France du moins, les débuts de la coopération), on raconte la petite histoire suivante :

Un jour, se trouvant à Paris, Fourier (je crois que c’était Fourier, mais je n’en suis pas absolument sûr ; en tout cas, si ce n’était pas lui, c’était un autre, la chose n’a pas autrement d’importance), Fourier, dis-je, se trouvant à Paris et ayant besoin de manger, entre dans un restaurant. Il y mange sobrement: c’était un homme frugal. Arrivé au dessert, il demande une pomme ; on lui en apporte une et quand sonne le « quart d’heure de Rabelais », c’est-à-dire quand on lui présente la note à payer, il voit qu’on lui a compté 25 centimes pour sa pomme (aujourd’hui, c’est beaucoup plus cher !) « Vingt-cinq centimes une pomme ! » s’écrie-t-il, « et dans mon pays on ne les ramasse même pas… » Mais en réfléchissant ensuite, il se dit: « Mais, cette pomme n’est pas venue ici toute seule, on l’y a apportée ; elle a dû vraisemblablement être achetée à un marchand de demi-gros, car ce n’est certainement pas le restaurateur qui l’a achetée directement. Ce marchand de demi-gros l’a achetée lui-même à un marchand de gros, lequel l’a lui-même achetée d’un commissionnaire des Halles qui, lui, l’aura fait venir en provenance directe… Je ne suis donc plus surpris que je paie cinq sous ma pomme : il s’est trouvé quatre ou cinq flibustiers qui ont touché qui 2, qui 3, qui 5 centimes sur le prix de cette pomme et voilà pourquoi, au lieu de la payer un sou, qui est sa valeur réelle, je la paie cinq sous. C’est fantastique ! »

Alors l’idée lui vint qu’il y aurait à supprimer toute cette masse de parasites qui servent d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur. C’est cette idée, camarades, qui est à la base de l’idée coopérative.

Les coopératives ont pour objet de se procurer directement au profit de leurs sociétaires ou de ceux qui achètent chez eux, les produits dont cette clientèle a besoin, sans faire supporter à ces produits les bénéfices que réalisent d’ordinaire tous ceux qui servent d’intermédiaires, depuis le marchand de gros jusqu’au petit détaillant, en passant par la foule des courtiers et des commissionnaires, — et vous savez combien tout ce monde-là est nombreux.

Vous voyez, camarades, qu’il y a là une pensée qui, mise à profit, et dans un esprit de transformation sociale et non pas seulement dans un esprit d’économie ou de lucre, pourrait devenir le point de départ d’une force de révolution… Malheureusement, avec leur succès (car les coopératives ont commencé à connaître la prospérité et le succès), l’état d’esprit des coopérateurs n’est plus resté le même. Aujourd’hui, c’est cette machine puissante qu’on appelle le Magasin de Gros, qui fait 140 ou 150 millions d’affaires par an ; qui a une organisation formidable et dont les bénéfices s’élèvent chaque année à des dizaines de millions! Il y a, tout autour, un nombre plus ou moins élevé de personnes qui sont attachées à la prospérité commerciale (disons le mot) de cet établissement ; de telle sorte que l’esprit de révolution, l’esprit de transformation sociale qui aurait dû diriger les initiateurs de ce mouvement et leurs continuateurs, cet esprit a presque totalement disparu. Les pratiques sont devenues défectueuses et, de révolutionnaire, l’esprit des coopérateurs est devenu, hélas ! « petit-bourgeois ».

Ici, j’indique le remède : Je suis l’adversaire de ce qu’on appelle la « ristourne » ou « boni ristourné ». Vous savez en quoi il consiste : à la fin de chaque année, de chaque exercice, on établit les comptes, on les arrête, on fait la balance et on voit les profits faits. Ces profits sont, par exemple, de 10, 12, 20 %. On en attribue une part aux sociétaires ou clients de la coopérative, à titre de remboursement, de boni ristourné ou de trop-perçu. Le reste est affecté aux frais généraux, au paiement du personnel, au fonds de réserve et, enfin, à l’extension de l’affaire. Eh bien, je suis opposé à la ristourne du boni, et voici pourquoi j’en suis l’adversaire :

La perspective de ce boni, la nécessité d’en attribuer une partie aux sociétaires et de montrer ainsi qu’on sait faire ses affaires, cette nécessité entraîne la réalisation de gros bénéfices et, naturellement, sous cette forme, la coopérative fait retour au commerce, le commerce consistant à acheter le meilleur marché possible, pour revendre le plus cher possible. Une société coopérative qui a le désir de ristourner à ses sociétaires un bénéfice appréciable est obligée de réaliser des bénéfices sérieux et, tout naturellement, elle fait retour, sans le vouloir, instinctivement, aux habitudes commerciales et aux pratiques du mercantilisme.

De plus, cette ristourne, ce boni ristourné stimule l’amour du gain chez le sociétaire, entretient chez lui le désir de voir arriver l’époque où il touchera son boni et entretient, par conséquent, chez lui aussi l’esprit de conservation sociale. En outre, ces distributions de boni entraînent une lourde comptabilité, et pour tenir cette comptabilité il faut des employés nombreux, un personnel considérable, de là aggravation des charges.

Le boni oblige à maintenir les prix commerciaux : on vend à peu près comme le voisin, comme le commerçant d’à côté, seulement on dit à la clientèle des sociétaires : « Ici, vous ne trouverez pas immédiatement une économie quelconque à venir acheter ce dont vous avez besoin chez nous, mais à la fin de l’année, vous retrouverez, sous forme de boni qui vous sera ristourné, une partie des bénéfices que nous aurons réalisés. »

Telles sont les raisons pour lesquelles je suis contre le boni ristourné. Et cependant je suis d’avis de maintenir un écart léger entre le prix de revient et le prix de vente, constituant un bénéfice brut sur lequel doivent être prélevés les frais généraux, les réserves à constituer et la mise à exécution des projets d’extension de l’affaire même. Le reste serait attribué aux œuvres sociales que doivent soutenir les coopératives.

Quand je songe qu’à Paris, ou dans la région parisienne, c’est par millions, — vous entendez : c’est par millions, — que se chiffrent les bénéfices réalisés par les entreprises coopératives !… Remarquez que je trouve tout naturel que ceux qui travaillent dans la coopérative vivent de cette coopérative : ils y consacrent leur temps, leur activité, leur savoir, il est donc parfaitement normal qu’ils en vive. Mais, cela étant, et tout se passant convenablement et raisonnablement, vous voyez d’ici, avec les millions réalisés chaque année dans la région parisienne, quelles œuvres sociales admirables on pourrait faire ! Où sont-elles les œuvres ou bien créées ou bien soutenues par le mouvement coopératif ?…

Je sais bien que, de ci de là, quelques grandes coopératives donnent quelques centaines ou quelques milliers de francs à ces œuvres, mais y a-t-il, de ce côté, un effort comparable à celui qui pourrait, qui devrait être réalisé ? Quel effort puissant d’éducation pourrait être accompli surtout en faveur de la femme et de l’enfant, qu’on pourrait intéresser ainsi au mouvement révolutionnaire : fêtes données, écoles fondées, colonies scolaires, écoles de vacances, etc. Que de bien serait fait et quelle mentalité on pourrait faire pénétrer dans ces masses qui viennent là simplement pour acheter et qui sont obligées d’y venir.

Je signale en passant cette idée. Elle n’est pas de moi : il y a longtemps qu’elle court les rues et qu’on la laisse courir… Il faudrait l’arrêter au passage et en tirer parti. Alors, pénétrée d’un esprit nouveau, renonçant aux pratiques défectueuses, s’éloignant de plus en plus de l’esprit commercial, la coopération pourrait devenir, elle aussi, une sorte de pendant au syndicalisme et une force de révolution puissant.

Et voici que j’arrive à la dernière des forces de Révolution que je veux étudier : l’Anarchisme.

C’est, selon moi, la force de révolution par excellence, la force de révolution incomparable.

J’entends bien qu’on va me dire : « Monsieur Josse, vous êtes orfèvre ! Ce n’est pas étonnant que vous vantiez votre marchandise, c’est-à-dire l’anarchisme, puisque vous êtes anarchiste. C’est tout naturel ! »

Eh ! oui, c’est tout naturel. Mais si je ne croyais pas que l’anarchisme est la meilleure de toutes les doctrines sociales, comme la plus pure et la plus haute des philosophies, si je ne l’estimais pas comme le mouvement révolutionnaire le plus noble et le plus désintéressé, et que j’en connusse un autre qui fût plus pur et plus fécond que l’anarchisme, j’irais à cet autre !

L’anarchisme, camarades, résume toutes les forces dont j’ai déjà parlé. Il en est, pour ainsi dire, comme la synthèse et les bourgeois, eux, ne s’y trompent pas : c’est plus particulièrement contre la propagande anarchiste qu’ils sévissent d’une façon implacable, car ils ont promulgué des lois spéciales contre la propagande anarchiste. On en étend, il est vrai, l’application à ceux qui ne sont pas anarchistes — c’est le cas des communistes impliqué dans le complot — mais cela n’empêche pas que c’est d’abord pour être appliquées aux anarchistes que ces lois ont été édictées. On les appelle « Lois Scélérates » comme si, dans cette scélératesse suprême qu’est la loi, il pouvait y avoir quelque chose de plus scélérat encore !…

Non seulement les bourgeois ne s’y trompent pas, mais tous les sociologues éminents, tous les philosophes, tous les penseurs qui se sont occupés de la question sociale, tous les théoriciens, même ceux des écoles qui ne sont pas anarchistes, ont reconnu très loyalement que l’anarchisme était comme le point terminus, le point culminant de l’idéal social et que c’était de ce côté là, qu’à travers mille et mille lenteurs, mille et mille difficultés, l’humanité, enfin libérée, se dirigerait un jour.

Le communisme intégral ou l’anarchisme, c’est la même chose. C’est, en effet, vers cet idéal magnifique que, quelle que soit l’école à laquelle vous apparteniez, doivent tendre vos pensées et vos désirs en vue de sa réalisation.

Nous croyons qu’il faut y aller tout de suite ; nous pensons qu’il n’est pas nécessaire de prendre une route détournée et qu’il faut nous diriger tout droit vers le but, et j’ai la certitude que, tous, vous admirez la grandeur, la noblesse et la beauté de cet idéal merveilleux. L’anarchisme est, en effet, comme la réunion de toutes les forces dont j’ai parlé ce soir, il en est, ai-je dit, la synthèse : l’anarchisme est avec la libre-pensée dans la lutte que celle-ci mène contre la religion et contre toutes les formes d’oppression intellectuelle et morale ; l’anarchisme est avec le Parti socialiste dans la lutte qu’il poursuit contre le régime capitaliste ; l’anarchisme est avec le syndicalisme dans la lutte qu’il mène pour la rédemption ouvrière contre le patronat exploiteur du travail ; l’anarchisme est avec la coopération dans sa lutte contre le parasitisme commercial et contre les intermédiaires qui sont les profiteurs de ce parasitisme. N’avais-je pas raison de dire que l’anarchisme est comme la synthèse, comme le résumé de toutes les autres forces de révolution ; qu’il les condense, les couronne et les réunit toutes ?

Oui, il en est le résumé et le couronnement ! L’anarchisme ne respecte aucune forme de la domination de l’homme sur l’homme, aucune forme de l’exploitation de l’homme par l’homme, puisqu’il attaque toutes les formes de l’autorité :

L’autorité politique: l’État.

L’autorité économique: la Propriété.

L’autorité morale: la Patrie, la Religion, la Famille.

L’autorité judiciaire : la Magistrature et la police.

Toutes les forces sociales reçoivent indistinctement les coups bien portés, vigoureux et incisifs que les anarchistes leur portent. L’anarchisme, en effet, se dresse contre toutes les oppressions, contre toutes les contraintes, il n’assigne aucune limite à son action, car il prend l’être tout entier dans sa chair, dans son esprit et dans son cœur. Il se penche sur la nature humaine, il voit les larmes tomber et le sang couler ; il se penche sur celui qui souffre et lui demande d’où viennent ses souffrances !

D’où viennent ses souffrances ? L’anarchiste sait qu’elles sont dues presque en totalité à un état social défectueux. Je mets de côté les douleurs inhérentes à la nature elle-même, mais toutes les autres souffrances, toutes les autres douleurs ont pour cause une mauvaise organisation sociale.

L’anarchiste, en se penchant sur les douleurs humaines, est apitoyé, car il a le cœur sensible, il est révolté, car il a la conscience droite, et il est résolu, parce qu’il a une volonté ferme.

Après avoir, grâce à son cerveau lucide, envisagé la vérité, l’anarchiste tend sa main secourable vers celui qui souffre et lui dit : « Lutte avec nous contre tous ceux qui te font souffrir : contre la propriété qui fait que tu es sans abri et sans pain ; — contre l’État qui t’opprime par des lois iniques et qui t’écrase par les impôts ; — contre ton patron qui exploite ton travail en te donnant pour huit, dix ou douze heures de labeur quotidien, un salaire de famine ; — contre tous les Mercantis qui te dévorent ; — contre tous les rapaces qui te grugent ; — contre toutes les Forces mauvaises, contre toutes les Puissances de l’heure !… »

Voilà ce que dit l’anarchiste à l’opprimé, au souffrant.

On pouvait espérer qu’une aussi haute philosophie, qu’une aussi pure doctrine serait épargnée par l’influence néfaste de la Guerre. Hélas ! il n’en fut rien. Je le dis à notre confusion et à notre honte ! Parmi les anarchistes les plus notoires, parmi ceux que nous avions l’habitude de considérer comme des directeurs de conscience, — non pas comme des chefs, il n’y en a pas chez nous, mais vous savez aussi bien que moi qu’il y a des voix qui sont plus écoutées que d’autres et des consciences qui semblent refléter la conscience des autres anarchistes, — nous avons eu la douleur de voir que quelques-uns de ceux-là, que nous considérions comme nos frères aînés, comme nos directeurs de conscience, ont subi la défaillance maudite ! Ils ont cru que cette guerre n’était pas comme les autres, que la France avait été attaquée et dans la nécessité de se défendre énergiquement ; ils se sont faits les collaborateurs de l’« Union sacrée » et ont pactisé avec les défenseurs de la nation, ils ont été des guerriers, des jusqu’auboutistes…

Et le malheur c’est que, depuis, eux non plus n’ont pas reconnu leur erreur ; ils s’y sont entêtés. Allez donc demander à quelqu’un qui croit avoir l’étoffe d’un chef de se désavouer lui-même ! Allez demander à quelqu’un qui jusqu’alors avait proclamé des vérités devant lesquelles on semblait s’incliner presque sans discussion, allez demander à cet homme de reconnaître qu’il a commis une erreur ! Cet homme, se crût-il anarchiste, vous regardera de haut et n’admettra jamais qu’il ait pu se tromper.

Comme tous les chefs et les meneurs de peuples, comme tous les conducteurs de foules, les anarchistes-guerriers ont été victimes de leur sot orgueil, et ils ont placé leur vanité personnelle au-dessus de tout. Et pourtant, j’imagine que lorsqu’on a commis une faute, il est convenable et digne de la reconnaître loyalement et que le seul moyen de la réparer est de la proclamer publiquement.

Nous n’avons pas eu besoin, nous, anarchistes, d’exclure ces jusqu’auboutistes, de les chasser : ils ont bien compris qu’ils n’avaient plus rien de commun avec nous, qu’il fallait qu’ils s’éliminassent d’eux-mêmes, et il sont restés chez eux.

Je ne cite personne, mais vous les connaissez tous, ceux qui, anarchistes avant la guerre, après avoir déclaré pendant vingt ans qu’il n’y avait pas de guerre sainte, que toute guerre était maudite et que, si elle survenait, le devoir de tout anarchiste était de refuser de servir, ont poussé les compagnons au massacre. Après avoir trahi, après avoir renié leur passé, ces hommes sont aujourd’hui seuls. Sans qu’on ait pris contre eux aucune sanction, sans que nous ayons formulé contre eux aucune condamnation, ils se sont condamnés volontairement à l’isolement et c’est là leur châtiment ; ils ne sont plus entourés aujourd’hui que de leur solitude et de leur abandon…

De toutes les forces de révolution que j’ai citées, l’anarchisme est peut-être la moins nombreuse. Nous ne nous faisons pas illusion sur notre puissance numérique, nous savons que nous n’avons pas, comme le Parti socialiste, le syndicalisme et la coopération des bataillons compacts : les anarchistes ont toujours été une minorité et, — rappelez- vous ce que je vous dis, — ils resteront toujours une minorité. C’est fatal.

Ah ! nous voudrions bien, nous aussi, faire du recrutement, c’est entendu et nous en faisons ; mais le recrutement n’est pas facile chez nous. D’abord, notre idéal est tellement haut et tellement large ! De plus c’est un idéal en quelque sorte illimité qui devient chaque jour, avec les événements, plus haut et plus large, de telle sorte que, pour embrasser cet idéal, le suivre et le propager, il faut des hommes pour ainsi dire supérieurs.

Je n’ai pas l’air bien modeste en disant cela, et cependant, je dois le dire parce que c’est la vérité et que c’est mon sentiment ; et puis, il n’y a pas de vanité à parler avantageusement de soi-même et de ses camarades, quand on le fait franchement et loyalement.

Oui, il faut faire partie de l’élite, il faut être un homme supérieur pour s’élever jusqu’à de telles altitudes, pour s’élever jusqu’aux sommets où plane l’idée anarchiste [Note de R71: nous ne sommes bien entendu absolument pas d’accord avec cette dernière remarque de Faure… L’élitisme est anti-anarchiste par excellence, grave erreur de Faure ici, dommage…]. Ce qui fait surtout que le recrutement anarchiste est difficile, c’est qu’il n’y a rien à gagner avec nous ; rien à gagner et tout à perdre… Nous n’avons, en effet, ni mandats, ni fonctions, ni attributions, ni rien… pas même la notoriété à offrir à nos adeptes.

Je me trompe: il y a, au contraire, beaucoup à gagner parmi nous ; mais ces gains dont je veux parler ne séduisent sans doute que cette minorité, que cette élite dont je parlais il y a un instant.

Il n’y a rien à gagner comme situation ni comme argent, mais il y a beaucoup à gagner, si l’on veut se contenter, à titre de compensation, des joies pures et nobles d’un cœur satisfait, d’un esprit tranquille, d’une conscience haute. Et, en effet, l’anarchiste trouve des joies incomparables et qui valent infiniment plus à ses yeux que des avantages matériels et que les hochets de la vanité.

Nous sommes donc une minorité, mais, tel est le sort commun de toutes les idées nouvelles ; celles-ci n’ont jamais réuni autour d’elles qu’une infime minorité. Quand une idée commence à grouper autour d’elle une minorité imposante, c’est que la vérité qui est en marche (et elle l’est toujours sans jamais s’arrêter), a fait surgir une idée nouvelle, plus exacte ou plus jeune et c’est cette idée plus jeune, plus hardie, plus juste, qui groupe autour d’elle l’élite. Sous l’Empire, la minorité (c’est-à-dire l’élue) était constituée par les rouges, par les républicains ; pendant les premières années de la République, et jusqu’à il y a seulement dix ou quinze ans avant que le socialisme devint petit-bourgeois et réformiste, le socialisme ne réunissait qu’une infime minorité, c’était l’élite d’alors. Aujourd’hui, c’est l’anarchisme qui réunit cette élite.

Minorité, oui : mais il n’est pas nécessaire d’être bien nombreux pour faire beaucoup de besogne ; il vaut même mieux, souvent, être moins nombreux et être meilleurs : la qualité ici l’emporte sur la quantité. J’aime mieux une centaine d’individus qu’on trouve partout, qui vont là où il y a de la besogne à faire, où il y a de l’intelligence et de l’activité à déployer ; j’aime mieux cent individus qui parlent, qui écrivent, qui agissent, en un mot qui se livrent avec ardeur à la propagande, que mille qui restent tranquillement chez eux et qui s’imaginent avoir accompli leur devoir, les uns quand ils se sont cotisés et les autres quand ils ont voté.

Les anarchistes sont et seront donc toujours peu nombreux, mais ils sont partout. Ils sont ce que j’appellerai le levain qui soulève la pâte. Déjà, vous les voyez qui s’infiltrent partout. À côté des quelques milliers d’anarchistes déclarés qui sont groupés, nous en voyons des milliers et des milliers, qui se trouvent dans d’autres groupes : les uns dans la Libre-Pensée les autres, dans le Parti Socialiste, les autres à la C. G. T. J’en connais même des quantités, dans telles petites villes et à la campagne qui sentant le besoin de faire quelque chose, poussés par le désir de se mêler aux luttes locales et à la propagande qui se fait chez eux et autour d’eux, adhèrent au mouvement socialiste ; ils n’abandonnent pas pour cela leurs idées anarchistes ; il y en a également dans le syndicalisme, dans la coopération, il y en a partout… Il y en a même qui s’ignorent ! car aussitôt qu’on leur explique ce qu’est l’anarchisme, ils disent : « Mais si c’est ça, je suis anarchiste ! je suis avec vous ! » Oui, l’anarchisme est partout…

Telles sont les forces de révolution qu’il était indispensable de passer ce soir en revue. Je termine, car voila près de deux heures que nous assistons à ce défilé. Il aurait fallu une conférence entière pour étudier chacune de ces forces et nous n’aurions même pas épuisé la matière. Je me suis livré ce soir à une simple monographie de chaque courant, de chaque organisation, monographie rapide et brève, des forces qui mériteraient une description plus détaillée : je me suis contenté d’en faire l’esquisse et j’ai négligé un certain nombre d’autres courants, d’autres forces, d’autres groupements qui ne sont pas sans valeur et qui, au jour de la Révolution, influeraient sur le mouvement général ; tels sont, par exemple, les groupements féministes et les courants néo-malthusien, antialcoolique et antimilitariste, et entre autres l’Association républicaine des anciens combattants qui a pour objet de grouper tout spécialement ceux qui sont les victimes de la dernière guerre. Enfin, nous avons surtout les jeunesses socialistes, syndicalistes et anarchistes, pépinières des militants actifs de demain. C’est cette jeunesse qui est tout notre espoir et qui, aujourd’hui épi, sera la moisson abondante de demain !

Il y a donc, comme vous le voyez, toute une légion de groupements pleins de bonne volonté et désireux d’aller de l’avant.

Je n’ai parlé ce soir que des grands courants parce que je ne pouvais pas évidemment m’arrêter à chacune de ces forces, moindres mais réelles.

Les grands courants dont j’ai parlé ce soir sont autonomes, les forces que nous venons d’examiner sont indépendantes ; chacune d’elles trouve à déployer largement son drapeau sur le terrain qui lui est particulier. L’ennemi sent la menace, il s’organise et se coalise : jamais la répression n’a été aussi sévère, jamais le patronat n’a été si solidement organisé, jamais la police n’a été aussi arrogante, jamais la magistrature n’a distribué des condamnations d’une main plus infatigable, jamais, en un mot, l’ennemi ne s’est plus vaillamment défendu. Il s’agit donc d’engager la bataille avec toutes nos forces réunies. Nous ne demandons à personne, pour cela, de sacrifier ses principes, ses doctrines, ses méthodes, son action : nous désirons, au contraire, que chacun, que chaque groupement garde et conserve ses méthodes, sa doctrine, ses principes, afin que tout cela puisse être utilisé quand l’heure sonnera, car nous avons un but à atteindre, une grande œuvre à accomplir et toutes ces forces associées seront indispensables. L’édifice social menace ruine. Il n’est pas prêt à crouler, ne vous y trompez pas : il y a des lézardes ; toutefois, l’édifice social est encore solide et il faudra un rude coup d’épaule pour le démolir et le jeter bas. Ce qui est nécessaire, à l’heure actuelle, c’est qu’un souffle puissant de révolte se lève et passe sur tous les hommes de bonne volonté, car l’arrogance de nos maîtres est faite de notre platitude, leur force est faite de notre faiblesse, leur courage est fait de notre défaillance et leur richesse est faite de notre pauvreté ! L’esprit de soumission a abaissé les caractères, la révolte les relèvera ; l’habitude de l’obéissance a courbé les échines, la révolte les redressera ; des siècles de résignation ont perdu l’humanité en pesant lourdement sur elle, la révolution la sauvera.

Quant à nous, anarchistes, nous ne voulons plus vivre en esclaves, Nous avons déclaré à la Société une guerre impitoyable, oui, la guerre au couteau ! Nous savons qu’il nous faut vaincre ou mourir, mais nous y sommes résolus. Nous sommes donc décidés à livrer bataille, bataille de tous les instants à toutes les entraves et à toutes les contraintes : Religion, Capital, Gouvernement, Militarisme, Police, etc.

Et nous sommes résolus à mener cette bataille jusqu’à la complète victoire. Nous voulons non seulement être libres nous-mêmes, mais encore que tous les hommes le soient comme nous-mêmes. Aussi longtemps qu’il y aura des chaînes, quand même elles seraient dorées, quand même elles seraient légères, quand même elles seraient relâchées et affaiblies, quand même elles ne lieraient qu’un seul de nos semblables, nous ne désarmerons pas : nous voulons que toutes les chaînes tombent, toutes et à jamais !

 

 

Guerre contre l’Iran… La vraie fausse rébellion de l’UE contre son suzerain ?…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, économie, canada USA états coloniaux, colonialisme, guerre iran, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , on 19 mai 2018 by Résistance 71

La Commission Européenne annule les sanctions US contre l’Iran sur le territoire européen

 

Al Manar

 

18 mai 2018

 

Source: http://french.almanar.com.lb/898368

 

La Commission européenne a adopté ce vendredi 18 mai le premier paquet de mesures visant à protéger les entreprises européennes en Iran contre les sanctions américaines, les annulant légalement sur le territoire de l’UE, est-il indiqué dans la déclaration de la Commission.

Selon l’agence russe Sputnik elle a activé la «loi de blocage», un mécanisme, datant de 1996 et jamais employé, adopté pour contourner l’embargo sur Cuba. Il permet aux entreprises et tribunaux européens de ne pas se soumettre à des réglementations relatives à des sanctions prises par des pays tiers.

«Les sanctions américains ne seront pas sans effet. Il est donc de notre devoir, à la Commission et au sein de l’Union européenne, de faire ce que nous pouvons pour protéger nos entreprises européennes, en particulier les PME», a déclaré vendredi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

L’exécutif européen a également lancé la procédure pour permettre à la Banque européenne d’investissement (BEI) de soutenir les investissements européens en Iran, en particulier pour les petites et moyennes entreprises.

L’annonce de l’exécutif européen est conforme à la décision prise par les chefs d’État et de gouvernement le jeudi 17 mai lors de leur sommet informel en Bulgarie.

Cette décision est une riposte au rétablissement de sanctions américaines liées au retrait des États-Unis de l’accord de juillet 2015 sur le programme nucléaire iranien annoncé par Donald Trump.

Le 8 mai, le Président américain a annoncé sa décision de retirer les États-Unis de l’accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien. Le Plan d’action global commun (PAGC) est un accord signé à Vienne, le 14 juillet 2015, par les huit parties suivantes: les pays du P5+1: les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) et l’Allemagne, ainsi que l’Union européenne et la République islamique d’Iran. Le locataire de la Maison-Blanche a également annoncé le rétablissement de toutes les sanctions levées suite à l’adoption de cet accord.

Palestine, Gaza ou l’horreur coloniale sous nos yeux (Norman Finkelstein)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 17 mai 2018 by Résistance 71

“Nous vous avons prévenu !”

 

Norman Finkelstein

 

13 mai 2018

 

Source en français:

https://arretsurinfo.ch/nous-vous-avons-prevenus-par-norman-finkelstein/

 

A noter qu’il s’agit ici du détournement par Norman Finkelstein d’un discours d’Himmler (*). [ASI]

Nous, l’Etat d’Israël, venons de lâcher des messages d’alerte sur Gaza :

Ne manifestez pas demain !

Peuple de Gaza,

Vous devez le comprendre :

Vous êtes des untermenschen ! [sous-hommes, terme de l’idéologie nazie]

Vous êtes destinés soit à être nos esclaves, soit à être exterminés.

C’est pourquoi nous vous avons emprisonnés dans un espace invivable, dans lequel vous êtes lentement empoisonnés.

N’osez pas nous comparer aux nazis !

Nous vous avons prévenu de ne pas essayer d’échapper à votre destin.

Les nazis ont-ils averti les Juifs qui entraient dans les chambres à gaz de ne pas respirer ?

Ne vous bercez pas d’illusions en croyant que quiconque se soucie de vous.

Pendant six semaines, vous avez déclaré au monde que le 15 mai, vous essaieriez de vous libérer de notre camp de concentration.

Pendant six semaines, le monde a été informé que lorsque le jour fatidique se lèverait sur vous, nous « tondrions la pelouse » à Gaza [litote de l’armée israélienne signifiant destruction totale].

Qu’est-ce que le monde a fait ?

Ne nous a-t-il pas envoyé ses bénédictions les plus sincères via l’Eurovision ?

Marchez donc à votre Mort !

En criant, si vous le devez.

En silence, si vous comprenez que nous ne nourrissons aucune haine.

En effet, c’est nous qui méritons la sympathie.

Ce matin, j’ai dit à nos troupes héroïques qui se tenaient le long du périmètre du camp de concentration :

Il est facile de déclarer : « Le peuple de Gaza doit être exterminé. »

Mais ce n’est pas une tâche facile à accomplir.

La plupart d’entre vous savent ce que c’est quand 100, 500 ou 1000 corps sont entassés sous nos yeux.

Avoir exécuté cette tâche horrible et être resté décent, cela nous a valu une page glorieuse dans les annales de l’histoire !

Nous avons le droit moral, nous avons le devoir envers notre peuple, de tuer ce peuple qui nous tuerait !

Nous avons accompli cette tâche des plus difficiles par amour pour notre peuple.

Et nous n’avons souffert aucun défaut en nous, dans notre âme ou dans notre caractère ! *

גיג הייל [Sieg Heil, vivat nazi transcrit en hébreu]

Norman Finkelstein | 13 mai 2018

(*) Discours historique d’Himmler exhortant les SS à ne pas faillir dans leur mission d’extermination des Juifs, librement réécrit ci-dessus par Norman Finkelstein –  fils de survivants de l’Holocauste et du Ghetto de Varsovie – pour dénoncer la politique génocidaire d’Israël: http://www.jewishvirtuallibrary.org/himmler-s-posen-speech-quot-extermination-quot 

Article original: Blog de Norman Finkelstein

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr

Lecture complémentaire:
Palestine 1948-2018, 70 ans de nettoyage ethnique

 

De la colonisation des esprits à la colonisation des peuples… Les crimes de dieu (Sébastien Faure)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 16 mai 2018 by Résistance 71

Pour que l’être humain accepte pas à pas sa soumission forcée au pouvoir oligarchique, la coercition pure ne suffit pas ; il faut de surcroit que son esprit y soit préparé. Ceci est la mission de toute religion: l’enfumage des esprits et l’acceptation d’une servitude volontaire au nom d’une entité divine dont les « représentants » sur terre guideraient nos pas. Le pouvoir politique, le pouvoir décisionnaire a été autorisé à un certain moment de l’histoire de sortir du corps social, de créer sa propre bulle oligarchique et a été consolidé par l’alliance du chef de guerre, du chaman / prêtre / intermédiaire de la déité et du juge, la trilogie mortifère du maintien de la division politico-sociale.
Dans ce texte ci-dessous publié en 1897, Sébastien Faure nous éclaire sur la supercherie religieuse et… « les crimes de dieu ». Ce texte s’avère être un très bon complément de notre « Manifeste pour la société des sociétés » qui adresse la problématique du pouvoir et tente de poser les jalons pour un véritable changement radical vers une société nouvelle, émancipée pour le bien commun. Texte également important pour mieux réfléchir sur la volonté oligarchique du replis communautaire sectaire et comprendre pourquoi la peur, la peur de « l’autre » sont maintenues comme moteur du contrôle par la division. Il est important d’en comprendre les rouages pour éviter d’y succomber et faire le jeu de la division et donc de ceux qui ne peuvent survivre qu’en les maintenant en place.
~ Résistance 71 ~

 

Les crimes de dieu

 

Sébastien Faure*

 

1897

 

L’évolution religieuse

De multiples travaux scientifiques ont merveilleusement mis en lumière la théorie du transformisme, cette théorie qui constate ce fait que, dans la nature, rien n’est immobile ou immuable, que tout évolue, se modifie, se transforme.

Il a paru intéressant à des esprits studieux de rechercher si cette loi d’évolution trouve son application dans le monde des idées et il semble d’ores et déjà établi que l’idée — comme la matière — traverse une incessante succession d’états et perpétuellement se métamorphose.

Si l’on admet que l’idée n’est elle-même qu’un reflet interne de l’ambiance, qu’une adaptation au tempérament de chacun des sensations reçues, des impressions ressenties, dire que, dans l’a nature, tout se transforme, c’est, du même coup, avancer que l’idée — aussi bien que toute chose et de la la même façon — est soumise aux lois du transformisme.

Mais comme, dans beaucoup d’esprits, il y a doute à l’égard des origines matérielles de toute idée, j’ai pensé qu’il y aurait utilité à contrôler l’exactitude de cette thèse qui assimile l’idée à l’être organisé, en appliquant à une idée donnée une rigoureuse observation et j’ai fait le choix de l’idée religieuse, tant à cause du rôle considérable qu’elle a joué dans le passé, que de la place par elle encore occupée dans nos préoccupations, qu’en raison du réveil clérical auquel nous assistons.

Tout être organisé naît, se développe et meurt. Il s’agit de savoir si l’on rencontre dans l’idée religieuse trois phases : la naissance, le développement et la mort.

Ces trois périodes formeront la division de mon sujet ; en conséquence, ma conférence comprendra trois parties :

Naissance 

Développement 

Disparition de l’idée religieuse

J’y ajouterai quelques rapides considérations d’ordre général et d’actualité.

Des monceaux de livres ont été écrits sur l’origine des cultes et si l’on réunissait tous ceux qui ont pour objet la recherche des conditions et circonstances qui ont jeté sur notre planète l’idée de l’existence d’une ou plusieurs divinités, on pourrait en former aisément une des plus vastes bibliothèques connues.

Sur ce point : «Où, quand, comment l’idée de Dieu s’est-elle présentée à l’esprit humain ?» les opinions sont multiples et contradictoires.

En l’absence de documents précis, il n’y a, il ne peut y avoir que des hypothèses.

Voici celle qui me paraît la plus vraisemblable, et si je me hâte de déclarer qu’il ne s’agit ici que d’une hypothèse et d’une série de conjectures, il me sera permis néanmoins d’ajouter que la probabilité de ces conjectures et de cette hypothèse me frappe et, je l’espère, saisira votre raison.

Le besoin de savoir, c’est-à-dire de comprendre, d’expliquer les phénomènes au sein desquels l’individu se meut ; le besoin de savoir, non pour le seul plaisir de science mais dans le but d’utiliser les forces qui l’entourent et de neutraliser celles qui menacent sa vie, ce besoin de savoir, on le trouve en vous, en moi, en nous tous. Il existe à des degrés divers, mais, peu ou prou, on le rencontre chez tous.

Le développement incessant des connaissances humaines est une preuve suffisante que ce besoin n’est pas particulier à nos civilisations contemporaines. Les vestiges déjà fort anciens des premiers efforts réalisés par nos ancêtres en vue de connaître, prouvent que ce besoin remonte aux âges les plus reculés. Il est donc permis d’inférer de ces constatations que le besoin de savoir est inhérent à l’individu arrivé à un certain degré de développement.

Ce besoin engendrant l’idée de Dieu, voilà l’hypothèse. Voici maintenant les conjectures expliquant fort plausiblement la genèse de cette idée.

A l’origine, les phénomènes, petits ou grands, gardaient à l’égard des aïeux des allures de mystère. La nature impénétrée, n’ayant encore livré aucun de ses secrets, l’homme fut pendant des siècles comme un esquif ballotté par la tempête et impuissant à se guider. Cependant, vint une époque où la nécessité de chercher à se rendre compte se fit impérieusement sentir. L’Être humain pouvait-il rester éternellement désarmé en face des forces naturelles, des éléments des fléaux ligués contre lui, des ennemis de toute nature coalisés contre son existence ?

Il s’ingénia à trouver des explications nécessaires. Sa complète ignorance ne lui permettant pas de donner aux phénomènes observés une explication positive et vérifiable, il fut fatalement conduit à faire intervenir une pléiade d’acteurs surhumains auxquels il attribua prodigalement toutes les puissances.

Peuplée de bruit, de couleur, de formes, d’images et d’impressions variables à l’infini, son imagination devint le graduel réceptacle de mille et mille idées chaotiques bouleversées, contradictoires, dont tout son être fut la proie forcément docile. Dans le vent qui mugissait, dans la tempête qui grondait, dans la foudre qui éclatait, dans le soleil qui éclairait sa marche, dans la nuit qui l’enveloppait de ténèbres, dans la pluie qui tombait, notre ancêtre vit tantôt des Êtres amis ou ennemis, tantôt la manifestation de malveillance ou de bonté d’autres Êtres habitant des régions supérieures.

Dieu fut donc, tout d’abord, la personnification des éléments et des phénomènes naturels, ou encore la matérialisation des causes renfermant ces phénomènes ou déchaînant ces éléments.

La succession des jours et des nuits, le cours des saisons inspirèrent aux hommes l’idée de temps. Hier, aujourd’hui, demain leur apparurent comme les trois termes du temps : le passé, le présent, l’avenir. Et comme, tandis que mouraient fatalement les individus, tandis que se succédaient les générations, le vent continuait à mugir, la tempête à gronder, la foudre à éclater, le soleil à luire, la pluie à tomber, ils conçurent des êtres vivant un temps considérable et peut être toujours, conséquemment doués d’immortalité.

Dans leurs courses vagabondes au travers des steppes incommensurables, ils se firent une idée de l’espace sans borne et eurent l’impression de l’illimité dans l’espace comme dans le temps.

Naissance de l’idée religieuse

L’idée de Dieu, sous ce double rapport, devint le prolongement jusqu’à l’absolu des contingences observées, des relativités connues.

Dans le soleil qui faisait mûrir les fruits, activait la végétation et emplissait de clarté sa grotte ou sa cahute, l’aïeul vit l’ami, le bienfaiteur, le Bien. Dans le froid qui arrêtait la pousse des plantes et engourdissait ses membres, dans la nuit qui peuplait sa caverne de fantômes ou de carnassiers avides de sa chair, bref dans tout ce qui menaçait ou supprimait son existence, il incarna l’ennemi, le Mal.

Et c’est ainsi qu’il inventa l’Esprit du Bien et du Mal, des Divinités amies et ennemies, des Dieux de lumière et de ténèbres : Dieu et Satan.

Encore une fois, rien ne prouve irréfutablement que les choses se soient passées ainsi ; mais il est permis de l’admettre, parce que, si nul document décisif ne vient à l’appui de cette série d’hypothèses, rien non plus ne vient en démontrer l’inexactitude ou confirmer une autre série de suppositions.

Au besoin je pourrais invoquer les deux considérations que voici en faveur de mon hypothèse.

Vous n’ignorez pas qu’il existe sur certains territoires de la planète des êtres qui par leur type, leur conformation, leurs habitudes, la situation géographique des régions qu’ils habitent, leur langage, leurs tendances, font revivre à nos yeux les époques depuis longtemps disparues. Or, le récit des voyageurs qui ont visité ces contrées dénommées sauvages et vécu plus ou moins longtemps au sein de ces civilisations primitives est conforme en tous points à l’opinion que je viens d’émettre touchant à l’apparition de l’idée de Dieu, et les premières formes qu’elle a revêtues.

Seconde considération : vous savez aussi que l’enfant reproduit, avec une surprenante rapidité il est vrai, mais assez exactement, tous les anneaux de la chaîne ancestrale. Eh bien ! voyez l’enfant : il est ignorant, et pourtant tourmenté de curiosité ; il est crédule, épris du merveilleux et tout enclin, soit à forger de toutes pièces, aussitôt que travaille sa turbulente imagination, des êtres surhumains soit à voir dans les éléments qui l’entourent ces êtres eux-mêmes. 

Dès lors, est-il déraisonnable de penser qu’au cours de ses premiers siècles, à l’époque de son enfance, l’humanité ait procédé de même ?

Ils se trompent donc ou plutôt ils vous trompent impudemment les imposteurs de toutes les religions qui prétendent que Dieu créa l’homme à son image. Nous voyons clairement à présent que, tout au contraire, c’est l’ignorance humaine qui donna naissance aux Dieux et les créa à l’image de l’individu lui-même.

Oui, l’homme créa Dieu à son image, dotant les Dieux de tous les attributs dont l’idée lui était venue par la constatation de ses propres forces et de ses propres faiblesses, des qualités et de ses défauts, accordant aux uns la bonté, attribuant aux autres la méchanceté, auréolant ceux-ci de lumière, condamnant ceux-là à se mouvoir dans l’obscurité, les plaçant tous dans des conditions données de temps et de lieu, mais envisageant toutes ses Divinités à travers le verre grossissant de son imagination ignorante et, par suite, poussant jusqu’au delà de l’observé, du vécu, les attributs de toute nature gratuitement concédés à ces fils de son cerveau.

Développement de l’idée religieuse

On conçoit sans peine que l’idée de Dieu — tout d’abord purement spéculative — ne devait pas, ne pouvait pas tarder à se prolonger dans le domaine social.

Admettre l’existence d’une Divinité, c’est reconnaître la nécessité des liens qui unissent la créature au Créateur et la religion (censure, relier) n’est autre chose qu’un ensemble de croyances et de pratiques, reliant l’homme à Dieu, stipulant les droits de celui-ci et les devoirs de celui-là.

Dès l’origine, l’idée de religion rencontre l’idée de supériorité s’incarnant dans les biceps les plus robustes.

Les tribus primitives étaient en état perpétuel de guerre. Mais les guerriers comprirent vite que leur force musculaire n’aurait qu’un temps, qu’ils n’auraient pas toujours vingt-cinq ou trente ans, que de plus jeunes viendraient et les remplaceraient. Et pour conserver sa suprématie, l’autorité du coup de poing accepta avec empressement le concours de l’autorité morale, cette force nouvelle.

La coalition était fatale. Elle se produisit. C’est sous la forme du Dieu des armées qu’elle se manifesta. On vit une poignée de combattants soutenus par le fanatisme faire mordre la poussière à une armée entière, folle de terreur; parce que les oracles consultés s’étaient prononcés contre elle.

Le pilote, à son tour, invoqua le Dieu des tempêtes, le laboureur le Dieu des moissons, et il y eut bientôt une multitude de dieux et de demi-dieux se combattant dans leurs manifestations.

Mais le besoin de savoir rongeait l’esprit humain. Des penseurs étaient nés qui crurent avec raison que la toute-puissance ne pouvait se diviser, qu’il ne saurait y avoir conflit, rivalité entre les tout-puissants. Et le monothéisme sortit sous la poussée de ces observations.

Le christianisme fit son apparition. A ses débuts, ce fut un courant populaire, une lutte des faibles contre les forts, et si nous voulions établir un parallèle entre l’époque où Jésus-Christ, né dans une étable, de parents pauvres, pauvre lui-même, choisissait douze apôtres parmi les plus pauvres, prêchait avec eux en faveur des déshérités; et l’époque que nous traversons aujourd’hui où des hommes à la parole ardente demandent plus de bien-être, plus de justice, plus d’égalité, il nous serait possible d’en démontrer l’analogie frappante.

Durant plus de deux siècles, le christianisme poursuivit son œuvre populaire, poussent les opprimés à la révolte, faisant la guerre aux riches. Aussi voyait-on le patriciat romain donner en pâture aux fauves des milliers et des milliers de chrétiens.

Mais des hommes se mêlèrent à ce mouvement qui lui imprimèrent une orientation nouvelle. Tirant parti du mysticisme de l’époque, comprenant que les temps du réalisme n’étaient pas encore venus, ils dépouillèrent insensiblement Jésus-Christ de son humanité, le divinisèrent, le convertirent en un fondateur de religion nouvelle et, crédules, ignorants, fanatiques, les disciples de l’homme de Bethléem s’éloignèrent peu à peu des revendications immédiates et des préoccupations terrestres ; ils remplacent par la résignation et l’amour de la croix l’esprit de révolte qui les avait jusqu’alors animés ; ils n’aspirèrent plus qu’à un monde de béatitudes éternelles mettant en pratique cette parole de l’Écriture attribuée à Jésus-Christ : «Mon royaume n’est pas de ce monde».

Et lorsque Constantin s’aperçut que le christianisme, tueur de colères et fomenteur de soumissions, était de nature à consolider son pouvoir, il lui tendit la main et la paix fut faite.

A partir de ce moment, l’idée chrétienne prit une extension extraordinaire, un développement vertigineux. Elle eut l’oreille des Grands, donna des conseils aux monarques. Devant elles les fronts les plus altiers se courbèrent.

Du moment que la vie n’était qu’un court passage dans cette vallée de larmes qu’était la terre une seule chose importait : le salut de notre âme. Le progrès était retardé, la pensée enchaînée. Douter était un crime, aucune pénalité n’était assez sévère pour le réprimer.

On vit l’idée religieuse s’associer à tous les abus, à toutes les exploitations. Les papes dominent les rois ; les évêques commandent aux seigneurs. A la voix enflammée des Pierre l’Ermite, des Saint-Bernard et des moines qui parlent au nom du Christ des millions de combattants s’ébranlent, au travers l’Europe en marche vers l’Orient, à la conquête du tombeau de Jésus et des terres qu’a foulées aux pieds le Messie.

Des générations de fidèles couvrent l’Occident de cathédrales magnifiques, de gigantesques basiliques. La musique, la poésie, la sculpture, le théâtre, la peinture, l’éloquence, la littérature, toutes les manifestations artistiques, pénétrées de catholicisme, retracent les grandes lignes de la Légende biblique. Les esprits sont sous le charme, les volontés sous le joug. L’humanité tremble ; elle adore… Dieu triomphe ! C’est l’apogée.

Disparition de l’idée religieuse

Mais le besoin de savoir continue son œuvre.

A travers les siècles, les sciences ont progressé. Sorti de la longue et douloureuse période de tâtonnement, l’esprit humain commence à s’orienter résolument vers la lumière. D’audacieuses natures ont fièrement pris en main le flambeau de la raison. Les vaines explications d’antan ne suffisent plus à l’ardente curiosité de ces chercheurs. Ils secouent impatiemment le fardeau des superstitions.

La physique, la chimie, l’histoire naturelle, l’astronomie expliquent en partie ces phénomènes qui remplissaient de crainte et d’admiration les ancêtres. Les vieilles traditions sont ébranlées. La lutte devient ardente entre ceux qui veulent savoir et ceux qui se cristallisent dans la foi. Le Dogme et la Raison mettent aux prises un Dieu sans philosophie et une philosophie sans Dieu.

Les conceptions antiques de l’univers sont bouleversées de fond en comble.

Les investigations des savants, secondées par de puissants appareils promenés à travers l’espace, mettent le monde terrestre en communication avec les lois de la mécanique céleste.

Les tendances matérialistes se font jour, s’affirment, se développent, battant en brèche le spiritualisme enfantin et grossier des âges précédents.

L’hypothèse Dieu est de plus en plus éloignée. Un Dieu qui recule cesse d’être Dieu.

Un irrésistible courant entraîne vers l’athéisme nos générations désabusées.

Plus un homme sait, moins il est disposé à croire, et on se demande comment nos générations hésitent encore à se débarrasser d’une foi qui s’en va.

L’idée religieuse ne se maintient plus que par la force de la vitesse acquise. II y également des impressions d’enfance dont on ne peut se débarrasser brusquement. Enfin, les idées et les croyances sont comme les vieilles amies avec lesquelles on a vécu trente quarante ans auxquelles mille souvenirs vous rattachent, et qu’on ne saurait abandonner brutalement.

Il n’est donc pas extraordinaire que nous mettions tant de temps à nous laisser aller à la vie matérialiste.

Mais, c’est indéniable, les dieux s’en vont, et nous en trouvons l’aveu sous la plume même de nos adversaires.

Derniers avatars du cléricalisme

Cette décrépitude de l’idée religieuse a produit deux avatars. Dans le domaine politique, c’est la réconciliation de la République avec l’Église, de toute nécessité monarchiste.

Dans le domaine économique, c’est le socialisme chrétien.

Sentant le terrain se dérober sous ses pas, l’Église a fait acte d’adhésion officielle à la République par l’organe du pape lui-même et nous trouvons dans l’élection de Brest un curieux exemple dans ce sens.

Dans ce pays essentiellement monarchiste, deux candidats étaient en présence : le comte de Blois, partisan du trône et de l’autel, et l’abbé Gayraud, partisan de l’autel seulement. C’est ce dernier que, de toutes ses forces et ouvertement, le clergé a soutenu.

N’est-ce pas là une concession faite par l’Église qui, se sentant périr, a mis sur sa face un masque républicain?

Cette conversion ne peut être sincère, puisque l’Église admet un Dieu devant la volonté duquel tout doit s’incliner et que le Pouvoir doit venir d’en haut, alors que la République entend la volonté de tous exprimée et le pouvoir venant d’en bas.

Non content de se faire républicain, le Pape a arboré à sa tiare une cocarde socialiste. Voilà ce que nous ne saurions supporter.

Qu’il vous plaise à vous, cléricaux, d’entrer dans la République et que les républicains vous y admettent, tant pis pour eux ! Mais que vous émettiez la prétention de résoudre la question sociale, nous ne vous le permettrons pas.

Qu’avez-vous fait durant les longs siècles de votre domination exclusive ? Vous vous êtes alliés aux patrons, aux nobles, aux rois. Vous vous êtes faits les complices de toutes les iniquités, de toutes les exploitations. Et c’est aujourd’hui que vous n’êtes plus rien, que vous ne pouvez plus rien faire, que cette idée vous vient de vous intéresser aux vaincus de la lutte sociale ?

Vous ne ferez rien, parce que vous ne pouvez rien faire.

J’irai plus loin. Vous n’avez pas le droit de tenter quoi que ce soit en ce sens.

Tout ce qui existe est de par la volonté de Dieu. C’est parce que Dieu l’a voulu qu’il y a des pauvres et des riches, des exploités et des exploiteurs, que les uns meurent de faim alors que d’autres crèvent d’indigestion, et ce serait sacrilège à vous de vouloir y changer quoi que ce soit, criminel de vouloir corriger l’œuvre du Créateur dont les desseins sont impénétrables.

Nous avons le droit de nous plaindre : vous, le devoir de vous résigner, confus, chagrins, mais soumis !

Terrain d’entente ? Conclusion

II y a pourtant un moyen de nous entendre. Vous avez vous-même dit : «Les biens terrestres sont périssables et méprisables alors que les biens célestes seront une jouissance, un bonheur qui n’aura pas de fin». Eh bien, nous ne vous disputerons pas les seconds, mais laissez-nous les autres. D’autant qu’il nous sera facile de faire de la terre un paradis ; la haine fera place à la bonté et la vallée de tourments à un Éden. Et l’heure est venue de faire tout cela.

Je dis aux républicains, aux socialistes : Prenez garde ! Ces hommes à qui vous avez enlevé la foi veulent avoir de légitimes satisfactions. Il ne leur faut plus de vagues promesses. Il leur faut des solutions immédiates. Plus vous attendrez, plus les solutions violentes s’imposeront.

De l’absurdité criminelle des religions

Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Et le monde qui nous entoure, d’où procède-t-il ? Le rigoureux enchaînement des faits dont la nature nous donne l’incessant et régulier spectacle, est-il le résultat du hasard ou d’un plan magnifique sorti d’une intelligence infinie, servie par une volonté tout-puissante ?…

Ces questions, d’une importance capitale, il y a des siècles que l’humanité se les pose.

Suivant la réponse qu’on y fait, la vie est une quantité négligeable ou d’extrême importance.

Ces problèmes ne sont pas encore résolus et, peut-être une certaine obscurité planera-t-elle toujours sur ces questions.

Toutefois, si la science n’est pas encore parvenue à dissiper toute hésitation sur cas divers pointe, elle a réussi à éliminer du nombre des conjectures que ne peut admettre la raison, l’hypothèse «Dieu» qu’avaient enfantée les époques reculées d’ignorance.

L’état actuel de la science ne permet plus qu’aux esprits bourrés ou crédules de se réfugier dans la foi pour y trouver les données nécessaires à la solution de ces problèmes redoutables.

Supposons que, par une de ces nuits superbes où le scintillement des étoiles ravit nos regards, deux personnages se promènent et échangent les impressions que leur suggère ce grandiose spectacle.

Supposons que nos deux personnages soient un enfant et un prêtre.

L’enfant est de cet âge ou l’esprit tourmenté par la curiosité ne cesse de faire jaillir des lèvres mille et mille questions. Il interroge le prêtre sur le comment et le pourquoi de ces splendeurs infinies qui roulent dans l’espace.

Le prêtre lui répond :

«Mon enfant, tous ces mondes qui provoquent justement votre admiration sont l’œuvre de l’Être suprême. C’est son infinie sagesse qui règle leur marche, sa toute-puissante volonté qui maintient l’ordre et assure l’harmonie dans l’univers. Nous aussi, nous sommes l’œuvre de ce Créateur. Il a daigné nous faire connaître, par l’intermédiaire des êtres qu’il a choisis, les voies dans lesquelles il plate que nous marchions. Se conformer à ces voies, c’est le bien, la vertu. S’en éloigner, c’est le mal le péché. La vertu prépare une éternelle béatitude, le péché [illisible]châtiment [illisible]fin. Révélateur et Providence, tel est ce Dieu à qui nous devons tout».

Mais voici que survient un troisième promeneur. Celui-là est un matérialiste, un athée, un penseur, libre. Il prend part à la conversation. Il réplique à l’enfant que l’ordre qui règne dans la nature est le résultat des forces qui régissent l’ensemble des êtres et des choses. Il affirme que Dieu n’est qu’une invention sortie de l’imagination ignorante de nos ancêtres ; qu’il n’y a pas de Providence, etc.

La discussion qui s’élève alors entre le croyant et l’athée n’est que le résumé des ardentes controverses que soulève depuis des siècles la question religieuse.

C’est de cette discussion que ma conférence se propose de condenser en plaçant sous les yeux de mon auditoire toutes les pièces du litige.

Au cours de cette discussion, je m’efforcerai d’établir

1. Que l’hypothèse « Dieu » n’est pas nécessaire; 

2. Qu’elle est inutile; 

3. Qu’elle est absurde; 

4. Qu’elle est criminelle.

Les deux premiers points se rattacheront plus spécialement au Dieu-Créateur; le troisième au Dieu-Rédempteur et le quatrième au Dieu-Providence.

L’hypothèse « dieu » n’est pas nécessaire

Les preuves en faveur de lois régissant les rapports de toutes choses et mourant simultanément l’autonomie de chaque être et la dépendance mutuelle ou la solidarité (l’harmonie) dans l’ensemble, ces preuves sont de nos jours si abondantes et si décisives que les plus croyants des croyants eux-mêmes ont renoncé à le contester.

Mais avec cette souplesse de dialectique qui le caractérise et qui a donné naissance à une casuistique spéciale, l’Esprit religieux se réfugie derrière le raisonnement que voici :

«Il y a des lois naturelles auxquelles obéissent les monde éparpillés dans l’espace. Soit. Mais qui dit Loi dit Législateur. De plus, le législateur doit être revêtu d’une puissance supérieure et antérieure aux forces que sa loi soumet. II existe donc un Législateur suprême».

II faut avouer que bon nombre de personnes ont cru voir dans cette argumentation une considération décisive en faveur de l’hypothèse «Dieu» proclamée ainsi nécessaire.

L’erreur de ces personnes est explicable aisément. Elle provient de cette analogie que d’habiles sophistes cherchent à créer entre les lois naturelles qui régissent la matière et les lois humaines.

Le raisonnement de ces casuistes est le suivant :

«Les lois qui régissent les sociétés humaines ont nécessité l’intervention du législateur. Ceci et cela s’impliquent fatalement. En conséquence, l’existence des lois qui gouvernent les astres et les planètes comporte rigoureusement l’existence d’un Législateur suprême, supérieur et antérieur à ces lois et c’est ce Législateur que nous appelons Dieu».

Eh bien ! cette analogie est radicalement erronée.

Il n’y a aucune similitude entre les lois naturelles et les lois humaines.

Première différenciation. Les lois naturelles sont extérieures (antérieures et postérieures) à l’humanité. On sait et on conçoit que bien avant l’apparition sur notre globes des premières formes humaines, les lois de la mécanique céleste s’appliquaient à notre planète et à tous les corps gravitant dans l’espace. On sait et on conçoit également que, s’il advient que par une cause quelconque, les conditions d’existence nécessaires à l’espèce humaine disparaissent de la terre que nous foulons aux pieds, les astres et notre petite planète elle-même continueront leur évolution séculaire sans que la plus légère modification y soit apportée. 

Tandis que les lois humaines sont – le mot l’indique – inhérentes à l’humanité. Ce sont des législations, c’est-à-dire un ensemble de prescriptions et de défenses formulées par des humains.

Deuxième différenciation. Les lois naturelles ont un caractère de constance d’immuabilité. C’est la caractéristique de toutes les lois touchant à la physique, à la chimie, à l’histoire naturelle, à la mathématique.

Toutes au contraire des précédentes, les lois humaines — parce que faites par des humains qui passent et applicables à des êtres qui passent aussi — sont essentiellement transitoires, fugitives et même contradictoires.

Troisième différentiation. Les lois naturelles ne supportent aucune infraction. L’infraction serait le miracle et il est prouvé que le miracle n’existe pas, ne peut pas exister.

Par contre, la codes humains sont à tout instant violés. Les forces sociales, police, gendarmerie magistrature, etc. attestent que nombreuses sont les infraction que subit la Législation humaine.

Quatrième différenciation. Les lois naturelles enregistrent les faits sans les déterminer. Le pilote, par exemple, consulte la boussole et ce n’est point pour obéir à ses injonctions, mais parce qu’elle agit selon sa nature, que l’aiguille aimantée, en se dirigeant sensiblement vers le nord, permet au navigateur de s’orienter. Tandis que les lois humaines réglementent les faits sans, le plus souvent les enregistrer ou en tenir compte. C’est ainsi que, sans tenir compte des désirs qui nous mouvementent, des impulsions qui nous animent en vertu de l’irrésistible loi d’attraction des deux sexes entre eux, le législateur humain réglemente les rapports sexuels, les classifie en permis et en défendus, les catégorise en légitimes et illégitimes.

On pourrait ajouter encore à cette liste des contradictions ou différences qui existent entre les lois naturelles et les lois humaines. Les précédentes suffisent et permettent de conclure que l’analogie à l’aide de laquelle on cherche à jeter la confusion dans les esprits est absolument inexacte et que les conséquences qu’on veut en tirer sont de tous points inadmissibles.

Donc, considérée à ce point de vue, l’hypothèse d’un «Dieu»-législateur suprême n’est pas nécessaire.

«Mais alors objectent les Déistes, comment expliquer l’Univers ? Dites-nous tout d’abord qui a fait la matière et ensuite d’où lui viennent ces forces qui la mouvementent et maintiennent les corps en équilibre dans le temps et dans l’espace ?».

Qui a créé la matière?

Et tout d’abord, qui a crée la matière ? Voici ma réponse.

Par l’imagination tracez une ligne indéfinie à travers l’espace. Essayez d’en mesurer la longueur. Épuisez-y la langue de la mathématique. Additionnez des centaines de milliards à des milliards de milliards. Multipliez ce formidable total par une somme mille milliards de fois plus fabuleuse. Dites-moi si vous parviendrez à pouvoir fixer l’étendue de cette ligne imaginaire à travers l’espace ? Pouvez-vous dire : «Voici le point A d’où elle part ; voici le point B où elle aboutit» ? Non, vous ne le pouvez pas. L’espace est sans limite, et, dans tous les coins et recoins de cet incommensurable espace, on rencontre la matière à un état quelconque gazeux, liquide ou solide.

La matière est donc partout.

Cet «illimité» dans l’espace implique «l’illimité» dans le temps. Tous les «sans bornes» sont solidaires. Et de fait, tirez dans les siècles qui forment le passé une ligne imaginaire. Prolongez-la dans les successions des âges qui constituent l’avenir. Là encore, ajoutez les uns aux autres les chiffres les plus fantastiques. Pouvez-vous, remontant le cours des âges, trouver le point de départ, le principum, l’origine ? Pouvez-vous, descendant les siècles, en arriver à leur consommation définitive? Non.

La matière est donc non seulement partout, mais toujours.

Ces qualités d’«indéfini» on les retrouve encore dans toutes les autres propriétés de la matière : le volume par exemple.

Supposez un volume colossal de matière. Vous sera-t-il raisonnablement permis de prétendre qu’il faut en rester là ? qu’on ne peut rien y ajouter ?

Faites maintenant l’opération inverse : divisez une partie en cent, en mille, en un million de parties. Serez-vous parvenus é l’extrême limite de cette divisibilité? Ne pourrez-vous plus fractionner ?…

Donc, pas de limite non plus dans la divisibilité de la matière.

En conséquence, à cette première question : «Qui a fait la matière ?» je réponds que cette question n’aurait de raison d’être que s’il était possible d’assigner à cette matière une origine, un commencement, une borne. Or, il est constaté que cette assignation est impossible. Dès lors, point n’est besoin de recourir à une conjecture à laquelle on attribuerait un rôle qui n’est pas nécessaire.

A ce point de vue encore, l’hypothèse «Dieu» n’est pas nécessaire.

L’hypothèse « dieu » est inutile

Les constatations qui précèdent ont acquis aujourd’hui une force telle et se sont si bien généralisées que les Déistes n’osent plus s’inscrire ouvertement en faux contre elles. Mais ce serait mal les connaître que de s’imaginer qu’ils désarment pour cela.

«Eh bien ! soit !»  disent-ils.

«L’espace et le temps sont illimités. Nous vous accordons également que le mouvement est partout. Mais ce mouvement lui-même, d’où vient-il ? Quelle est la puissance qui l’a incorporé dans la matière ? Cette puissance qui non seulement mouvemente les corps, mais encore ordonne harmonieusement au mouvements voilà ce que nous appelons Dieu. Les corps ne se sont pas Impulsés tout seuls. Il a bien fallu que l’élan leur soit donné; la force communiquée. Ce coup de pouce initial mettant en branle tous les mondes, ne faut-il pas qu’un Être quelconque l’ait donné ?».

C’est toujours la séculaire querelle entre spiritualistes et matérialistes qui, sous une forme légèrement rajeunie, se reproduit ici.

D’où vient le mouvement

Croyant que, de par sa nature, la vile matière est inerte, les Déistes avancent que si on l’aperçoit mouvementée — ce qui est indéniable — c’est qu’une énergie extérieure à la matière à l’origine, y a pénétré, s’y est installée et lui a impulsé la force qui lui faisait défaut.

Or, rencontre-t-on dans la nature un seul phénomène qui soit à même de donner quelque valeur à cette opinion ?

Absolument aucun ; et toutes les observations qu’on fait tendent à affirmer que le mouvement est une des propriétés inhérentes à la matière et matière lui-même. On a beau explorer l’espace, sonder les profondeurs de l’océan ou fouiller les entrailles du sol, non seulement on rencontre partout la matière, mais on la trouve constamment mouvementée.

Ce caractère d’universalité de la force dans l’espace suffirait à nous permettre de conclure à l’immanence de cette force dans le temps.

Cette immanence des milliers et des milliers de constatations viennent l’établir. La théorie de l’évolution consacre le transformisme incessant de la matière ; elle repose sur les métamorphoses ininterrompues que subissent les êtres et les choses ; elle sert à expliquer le perpétuel devenir. Cette modification sans arrêt, cette succession d’états aussi lente que certaine, n’est-ce pas l’irréfragable preuve de la continuité du mouvement, l’attestation sans réplique de la présence du mouvement dans les âges les plus reculés, comme la certitude de la même présence dans les avenirs les plus lointains ?

Qui ne connaît le principe auquel, en mécanique, on a donné le nom de « persistance de la force » ? Qui ne sait que la force, le mouvement jamais ne disparaissent, jamais ne diminuent ; qu’il y a simplement mutation, c’est à dire changement dans la nature et les effets du mouvement, mais que, s’il est ici chaleur, là lumière, ailleurs électricité, le mouvement tout entier se transmet en dépit des aspects divers sous lesquels il se révèle, mais encore une fois, jamais ne subit la plus minime diminution.

C’est l’application au mouvement de cette vérité en chimie : « Rien ne se crée, rien ne se perd ».

Conséquemment, on peut affirmer que le mouvement est une propriété de la matière; qu’on ne peut concevoir celle-ci sans celui-là et que s’il est impossible d’assigner à la matière un commencement, il est non moins impossible d’assigner au mouvement une origine, puisqu’on ne peut pas plus observer la matière sans mouvement que le mouvement sans matière ; qu’ainsi, enfin, considérée comme ayant imprimé à la matière, par le coup de pouce initial, le mouvement originel, l’hypothèse «Dieu» n’est d’aucune utilité.

L’ordre dans l’univers

Quant à ce que notre entendement appelle  «l’ordre et l’harmonie dans l’Univers», remarque que nous qualifions d’ordonner ce qui est en accord avec les observations qu’il nous e été donné de faire. La succession régulière des jours, des nuits des saisons, la répétition prévue des mômes phénomènes, la constatation des mêmes effets faisant suite aux mêmes causes, en un mot l’observation toujours identique à elle-même de ronchonnement rigoureux et méthodiques des mêmes faits: voilà ce que nous appelons l’ordre.

Tout changement, toute infraction à ces sortes de règles issues de la multiplicité et de la constance de nos constatations personnelles et des observations générales constitue le désordre.

En un mot, ordre et désordre étant deux tertres dont la signification est exclusivement subjective, est considéré comme ordre tout ce qui est conforme aux notions que nous nous sommes faites ou que l’on nous a inculquées ; est considéré comme désordre tout ce qui y est contraire.

En conséquence, l’harmonie que nous remarquons dans le cosmos procède de notre esprit. Et ces admirables qualités d’ordre qui nous suspendent en Contemplation devant la régularité de l’agencement universel, c’est notre intellect qui a eu la générosité d’en doter la nature.

L’ordre le désordre sont des choses qui intrinsèquement n’existent pas. Dans les mondes solaires qui emplissent l’espace, il n’y a ni ordre ni désordre ; il y a purement et simplement des corps, qui en raison de leur volume, de leur densité, de leurs propriétés respectives et de leur distance se meuvent dans des conditions toujours les mêmes qu’il nous a été donné d’observer.

De sorte qu’il n’a d’ordre dans le Grand Tout que celui que notre entendement y a introduit. Le facteur de l’ordre, de l’harmonie, ce ne serait donc pas Dieu, ce serait l’homme !

L’hypothèse «dieu» est absurde

Forts de ce que la science est loin d’avoir tout expliqué et s’imaginant que en dehors de la conjecture d’une création, les origines du monde restent obstinément impénétrables, les croyants ont recours, pour expliquer ces origines, à l’hypothèse d’un Être éternel dont la Toute-puissance aurait tout crée. 

II faut s’entendre tout d’abord sur la valeur de cette expression religieuse créer.

Créer, ce n’est pas prendre un ou plusieurs éléments déjà existants et les coordonner ; ce n’est pas assembler des matériaux et les disposer d’une certaine façon. L’horloger, par exemple, ne crée pas une montre ; l’architecte ne crée pas une maison. Créer, c’est donner l’existence à ce qui n’existe pas, c’est tirer du néant c’est faire quelque chose de rien.

Eh bien ! l’hypothèse d’une création quelconque est une pure absurdité. Car il est inadmissible que de rien on puisse tirer quoi que ce soit ; et le célèbre aphorisme formulé par Lucrèce : Ex nihilo nihilest et reste l’expression d’une invincible exactitude.

Si donc la matière n’a pu être tirée du néant c’est qu’elle a toujours existé, et dans ce cas, il faut se demander, dans l’hypothèse d’un Etre créateur, où se trouvait cette matière.

Elle ne pouvait être qu’en lui ou hors de lui.

Dans le premier cas, Dieu cesse d’être un pur Esprit : la matière était en lui ; elle résidait dans son Être ; elle faisait partie intégrante de sa personnalité ; comme lui, elle est éternelle, infinie, toute-puissante, car l’Absolu ne comporte et ne peut comporter aucune contingence aucune relativité. Conséquemment, la matière est son auto créatrice et l’hypothèse d’une immatérialité ayant extrait d’elle-même des éléments matériels devient stupide.

Dans le second cas, c’est-à-dire si la matière n’était pas en Dieu, mais hors de lui, elle lui était coexistante. Elle n’a plus d’origine que lui ; elle est comme lui, de toute éternité ; dés lors,, elle n’a pas été créée et la conjecture d’une création devient absurde.

Dans les deux cas, c’est l’incohérence, la déraison !

Mais où l’absurdité de la création chrétienne éclate d’une façon peut-être plus tangible parce qu’elle se présente à nous sous une forme moins abstraite, c’est dans la Révélation.

La révélation

L’idée d’une création appelle fatalement celle d’une Législation suprême et l’idée d’une Législation suprême implique nécessairement celle d’une inévitable sanction.

Cela est si exact qu’il n’est pas une seule religion qui ne comporte à la fois des prescriptions et des défenses constituant la loi de Dieu, et un système de récompenses et de châtiments destinés à sanctionner cette loi.

II faut ajouter que, pour s’ériger en Juge suprême, il devient nécessaire que le Maître nous fasse connaître sa Loi, afin que nous sachions ce qu’il faut faire pour mériter la récompense, ce qu’il faut éviter pour fuir le châtiment.

La Révélation, c’est l’acte par lequel le Créateur, principe de toute Justice et de toute Vérité, nous aurait fait connaître sa Loi. Il serait servi, à titre d’intermédiaires, des Êtres de prédilection : prophètes et apôtres que la religion chrétienne nous présente comme inspirés de Dieu. 

C’est donc par la bouche de ces personnages inspirés que le Verbe divin se serait fait entendre, et c’est dans les Écritures dites Saintes que serait consignée la Révélation.

Eh bien ! que nous enseignent les Écritures touchant les origines du monde en général et de l’homme en particulier ? Elles nous enseignent des choses que l’ignorance de nos pères a pu prendre pour des vérités, mais qu’il n’est plus permis de croire aujourd’hui, tellement elles sont en désaccord avec les affirmations de la science contemporaine…

Elles nous enseignent que, sortant brusquement de sa séculaire inaction, le nommé Dieu eut la fantaisie de donner naissance à ce qui existe déjà et créa le tout en six jours.

A quel moment l’Éternel a-t-il fait cet ouvrage ? Quand s’est-il abaissé, comme dit Malebranche, jusqu’à daigner se faire créateur ? — A un moment donné du temps. Voilé ce qu’affirment toutes les Genèses ce qu’impliquent d’ailleurs le mot et l’idée de création. Alors Dieu se serait donc croisé les bras pendant toute l’éternité antérieure ?

Mais qu’est-ce qu’une éternité coupée en deux ? Comment admettre le grand géomètre dormant toute une première éternité, puis s’éveillant tout à coup pour évoquer du néant cet univers absent jusqu’alors, pour remplir et peupler le vide insondable pour donner à cette mort universelle la vie universelle ?

La contradiction est flagrante. l’Être nécessaire n’a pu rester un seul moment inutile. L’Être actif et éternel n’a pu manquer d’agir éternellement. II faut donc admettre un monde éternel comme le créateur. Mais en admettant cette coexistence, on avoue que l’Univers n’a point été créé, que la création est un non-sens, une impossibilité. Les Écritures placent le déluge 700 ans après la création et 3700 ans avant la naissance de Jésus-christ, dont 7900 ans nous séparent. De l’addition de ces trois chiffres, il résulte que la création remonterait à 6300 ans. Tel est l’extrait de naissance qu’il a plu au Très-Haut de délivrer à son œuvre et de nous communiquer par la révélation.

Or, il est établi par des calculs rigoureusement exacts que les bouleversements géologiques qui ont révolutionné notre propre planète remontent à des milliers et à des centaines de milliers de siècles. Qui ne sait, par exemple, qu’une de nos plus hautes futaies actuelles ne produisant, réduite en houille, qu’une mince couche de 15 millimètres, on a calculé que, pour former des strates profondes d’un bassin houiller comme celui du Northumberland, il n’a pas fallu moins de neuf millions d’années ? Et pourtant la formation houillère n’est qu’une des cinq ou six grandes périodes qui ont précédé l’époque historique, l’apparition de l’homme sur la terre.

Quant à cette dernière époque, les preuves abondent qu’elle remonte à plusieurs milliers de siècles. On a, dans maints endroits, recueilli des ossements humains enfouis à des profondeurs considérables à côté de silex, de poteries et d’autres objets mêlés à des restes de grands pachydermes. Il devient évident, par le calcul de proportion, que l’homme, contemporain des éléphants et des rhinocéros, existait déjà il y a prés de trois cent mille ans.

Parlerai-je de cette ridicule légende d’Adam et d’Ève dans le paradis terrestre, en état de parfaite félicité, frappés subitement de déchéance pour avoir enfreint la défense de goûter au fruit défendu ? Parlerai-je de Josué arrêtant le soleil ? Parlerai-je de Jonas séjournant trois jours dans le ventre d’une baleine, alors qu’il est démontré que l’œsophage de cet animal ne permet pas le passage d’un corps humain ? Parlerai-je de la traversée à pied sec de La Mer Rouge ? Parlerai-je ?

Non ! c’est trop ridicule. L’absurdité est trop flagrante. Quelle posture pour un Dieu, pour le principe et la source de toute vérité et de toute science, que cet étalage de stupidités, cet amoncellement de mensonges ou d’erreurs ! N’insistons pas.

L’hypothèse «dieu» est criminelle

Les considérations qu’il me reste â développer se rattachent au Dieu Providence.

On nomme Providence le gouvernement du monde par le Dieu qui l’a crée.

II saute aux yeux qu’un tel gouvernement, exercé par un Être qui prévoit tout, qui sait tout, qui peut tout, ne devrait supporter aucun désordre, aucune insubordination.

Or, le mal existe : mal physique et mal moral et l’existence du mal est radicalement inconciliable avec celle d’une Providence.

La providence et le mal

Nous souffrons de l’intempérie des saisons, de l’éruption de volcans, des tremblements de terre des tempêtes, des cyclones, des incendies, des inondations, des sécheresses, de la famine, des maladies, des fléaux, des blessures, des douleurs, de la mort, etc., etc. C’est le mal physique.

Nous sommes témoins ou victimes d’innombrables injustices, violences, tyrannies, spoliations meurtres, guerres. Partout la fourberie triomphe de la sincérité l’erreur de la vérité, la cupidité du désintéressement. Les sciences, les arts, quel usage en font les gouvernements, sortes de providences terrestres ? Les font ils servir à la paix au bien-être à la félicité générale ! L’histoire, pleine de crimes atroces et d’effroyables calamités, n’est que le récit des malheurs de l’humanité. C’est le mal moral.

Le mal, d’où sort-il ?

Si l’on admet l’existence de Dieu, on admet du même coup que tout ce qui existe procède de Lui. C’est donc Dieu, cet Être de vérité qui a engendré l’erreur ; c’est Dieu, ce principe de Justice quia donné naissance à l’Iniquité ; Dieu, cette source de toute Bonté qui a enfanté le Crime !

Et c’est ce Dieu centre et foyer de la douleur et de la perversité, que je devrais respecter, servir, adorer?…

Le Mal existe, nul ne peut le nier.

Eh bien ! de deux choses l’une : ou bien Dieu peut supprimer le mal, mais il ne le veut pas ; dans. ce cas, sa puissance reste entière, mais, s’il reste puissant, s’il devient méchant, féroce,, criminel ; ou bien Dieu veut supprimer le mal, mais il ne le peut pas et alors, il cesse d’être féroce, criminel, mais il devient impuissant.

Ce raisonnement a toujours été et sera à tout jamais sans réplique.

Le concept et le sentiment que nous avons de l’Équité ne nous disent-ils pas que quiconque voit se commettre sous ses yeux une action coupable, et pouvant aisément l’empêcher, la laisse s’accomplir, devient complice de cette action, et devient criminel au même titre que celui qui l’a perpétrée ?

Ce Dieu, qui étant donné son omnipotence pourrait empêcher sans effort le mal et ses horreurs et qui n’intervient pas, ce Dieu est criminel, il est d’une férocité sans bornes. Que dis-je ? Lui seul est féroce, lui seul est criminel. Puisque seul il est capable de vouloir et de pouvoir ; seul il est coupable et doit assumer toutes les responsabilités.

Dieu et la liberté humaine

II est vrai qu’avec cette souplesse qui caractérise l’esprit religieux et à l’aide de ces sophismes captieux qui ont fait de la race des prêtres les casuistes les plus dangereux les Déistes objectent que le mal n’est pas le fait de leur Dieu, mais celui de l’homme à qui, dans sa souveraine bonté, Dieu aurait concédé cet attribut : la liberté, afin que, capable de discerner le bien du mal et de se déterminer en faveur du premier plutôt que du second, l’homme fût justiciable de ses actions et connût la récompense ou la peine attachée à la pratique du bien ou du mal.

Cette objection est sans valeur.

Et tout d’abord, si nous supposons un instant que Dieu existe, et qu’il a daigné nous gratifier de la liberté, on ne saurait méconnaître que, cette liberté nous venant de lui, c’est elle qui, par l’action, s’affirme dans le mal comme dans le bien. Peut-on expliquer que, de cette parcelle de liberté arrachée à l’Être souverainement libre, un aussi méchant usage soit fait sans que la liberté divine ait contenu, à l’état potentiel -telle la semence contient la moisson – cette récolte de turpitudes, de bassesses, de souffrances ?

Si le mensonge, l’ignorance, la méchanceté, le crime proviennent de cette liberté dont Dieu nous a gratifiés, Dieu lui-même est menteur, ignorant, méchant et criminel.

Mais concilier ces deux choses : l’existence de Dieu et la liberté humaine est impossible. Si Dieu existe, lui seul est libre.

L’être qui dépend partiellement d’un autre n’est libre que partiellement ; celui qui est sous l’entière sujétion d’un autre ne jouit d’aucune liberté. II est le bien, la chose, l’esclave de ce dernier.

Dés lors, si Dieu existe, l’homme n’est plus que le jouet de son caprice, de sa fantaisie. Celui à qui rien n’échappe de nos intentions non plus que de nos actions, Celui qui tient en réserve des tortures sans fin prêtes à punir le téméraire qui violerait ses prescriptions ou ses défenses. Celui qui, plus rapide que la foudre peut nous frapper de mort à toute heure, à toute seconde, Celui-là seul est libre, parce que seul il propose et dispose. Il est le maître ; l’homme est son esclave. 

En tous cas, que dire de la sauvagerie de ce Juge qui prévoyant tous nos agissements et ceux-ci arrivant fatalement, conformément à la prescience divine, fait pleuvoir sur nous des torrents de feu et nous précipite dans l’éternel séjour des tourments inexprimables pour châtier une heure d’égarement, une minute d’oubli ?

De tous les tortionnaires, ce juge est le plus implacable, le plus inique, le plus cruel !

Les crimes de la religion

Étonnez-vous ensuite du mal que les religions ont fait à l’humanité, des supplices dont elles ont peuplé la terre !

Criminelle au point de vue métaphysique, l’idée de Dieu l’est encore plus — si possible — au point de vue historique.

Car Dieu, c’est la religion.

Or, la religion, c’est la pensée enchantée. Le croyant a des yeux et il ne doit pas voir ; il a des oreilles et il ne doit pas entendre ; il a des mains et il ne doit pas toucher ; il a un cerveau et il ne doit pas raisonner. II ne doit pas s’en rapporter à ses mains, à ses oreilles, à ses yeux, à son intellect. En toutes choses, il a pour devoir d’interroger la révélation, de s’incliner devant les textes, de conformer sa pensée aux enseignements de l’orthodoxie. L’évidence, il la traite d’impudence blasphématoire, quand elle se pose en adversaire de sa foi. La fiction et le mensonge il les proclame vérité et réalité quand ils servent les intérêts de son Dieu.

Ne tentez pas de lui faire toucher du doigt l’ineptie de ses superstitions, il répliquera en vous fermant la bouche, s’il en a la force, en vous injuriant lâchement par derrière s’il est impuissant.

La religion prend l’intelligence à peine éveillée de l’enfant, la façonne par des procédés irrationnels, t’acclimate à des méthodes erronées et la laisse désarmée en face de la raison, révoltée contre l’inexactitude. L’attentat que le Dogme cherche à accomplir contre l’enfant d’aujourd’hui, elle l’a consommé durant des siècles contre l’humanité-enfant. Profitant, abusant de la crédulité, de l’ignorance de l’esprit craintif de nos pères, les religions – toutes les religions – ont obscurci la pensée, enchaîné le cerveau des générations disparues.

La religion, c’est encore le progrès retardé.

Pour celui qu’abêtit la stupide attente d’une éternité de joies ou de souffrances, la vie n’est rien.

Comme durée, elle est d’une extrême fugitivité, vingt, cinquante, cent ans n’étant rien auprès des siècles sans fin que comporte l’éternité. L’individu courbé sous le joug des religions va-t-il attacher quelque importance à cette courte traversée à ce voyage d’un instant ? II ne le doit pas.

A ses yeux la vie n’est que la préface de l’éternité qu’il attend ; la terre n’est que le vestibule qui y conduit.

Dès lors, pourquoi lutter, chercher, comprendre, savoir ? Pourquoi tant s’occuper d’améliorer les conditions d’un si court voyage ? Pourquoi s’ingénier à rendre plus spacieux, plus aéré, plus éclairé ce vestibule, ce couloir où l’on ne stationne qu’une minute ?

Une seule chose importe : faire le salut de son âme, se soumettre à Dieu.

Or, le progrès n’est obtenu que par un effort opiniâtre ; celui-ci n’est réalisé que par qui en éprouve le besoin. Et puisque bien vivre, satisfaire ses appétits, diminuer sa peine, accroître son bien-être, sont choses de peu de prix aux regards de l’homme de foi, peu lui importe le progrès !

Que les religions aient pour conséquences l’enchaînement de la pensée et la mise en échec du progrès, ce sont des vérités que l’histoire se charge de mettre en lumière, les faits venant ici confirmer en foules les données du raisonnement.

Peut-on concevoir des crimes plus affreux ?….

Et les guerres sanglantes, qui au nom et pour le compte des divers cultes, ont mis aux prises des centaines, des milliers de générations, des millions et des centaines de millions de combattants ! Qui énumérera les conflits dont les religions ont été la source ?

Qui formulera le total des meurtres des assassinats, des hécatombes, des fusillades, des crimes dont le sectarisme religieux et le mysticisme intolérant ont ensanglanté le sol sur lequel se traîne l’humanité écrasée par le tyran sanguinaire que les castes sacerdotales se sont donné la sinistre mission de nous faire adorer ?

Quel incomparable artiste saura jamais retracer, avec la richesse de coloris suffisante et l’exactitude de détails nécessaire, les tragiques péripéties de ce drame dont l’épouvante terrifia durant six siècles les civilisations assez déshéritées pour gémir sous la domination de l’Église catholique, drame que l’histoire a flétri du nom terrible d’ «Inquisition» ?

La religion, c’est la haine semée entre les humains, c’est la servilité lâche et résignée des millions de soumis; c’est la férocité arrogante des papes, des pontifes, des prêtres.

C’est encore le triomphe de la morale compressive qui aboutit à la mutilation de l’être : morale de macération de la chair et de l’esprit, morale de mortification, d’abnégation, de sacrifice ; morale qui fait à l’individu une obligation de réprimer ses plus généreux élans, de comprimer les impulsions instinctives, de mater ses passions, d’étouffer ses aspirations ; morale qui peuple l’esprit de préjugés ineptes et bourrelle la conscience de remords et de craintes ; morale qui engendre la résignation, brise les ressorts puissants de l’énergie, étrangle l’effort libérateur de la révolte et perpétue le despotisme des maîtres, l’exploitation des riches et la louche puissance des curés.

L’ignorance dans le cerveau, la haine dans le coeur, la lâcheté dans la volonté, voilà les crimes que j’impute à l’idée de Dieu et à son fatal corollaire la religion. 

Tous ces crimes dont j’accuse publiquement, au grand jour de la libre discussion, les imposteurs qui parlent et agissent au nom d’un Dieu qui n’existe pas, voilà ce que j’appelle «les Crimes de Dieu», parce que c’est en son mon qu’ils ont été et sont encore commis, parce qu’ils ont été et sont encore engendrés par l’Idée de Dieu.

Conclusion

L’heure est décisive.

Sous l’oeil bienveillant du Ministère que nous subissons, le réveil clérical s’accentue. Les bataillons noirs s’agitent. L’Église tente un effort suprême ; elle livre bataille, tous ses soldats debout et toutes ses ressources déployées. A cette armée de fanatiques, opposons un front de bataille compact et énergique. 

II ne s’agit point ici de l’avenir d’un parti ; c’est l’avenir de l’humanité, c’est le nôtre qui est en jeu.

Sur ce terrain, l’entente peut, l’entente doit se faire entre tous les êtres de progrès, tous les penseurs, tous les virils.

Chacun peut conserver sa liberté d’allure et, sans rien abdiquer de ses convictions personnelles, marcher au combat contre le Dogme, contre le Mystère, contre l’Absurde, contre la Religion !

Depuis trop longtemps, l’humanité s’inspire d’un Dieu sans philosophie ; il est temps qu’elle demande sa voie à une philosophie sans Dieu.

Serrons nos rangs, camarades ! Luttons, bataillons, dépensons-nous. Nous rencontrerons, sur notre route, les embûches, les attaques soudaines ou prévues des sectaires. Mais la grandeur et la justesse de l’Idée que nous défendons soutiendront nos courages et nous assureront de la victoire.

= = =

(*) Note biographique:

Sébastien Faure (1858-1942)

Issu d’une famille de la haute bourgeoisie catholique, le jeune Sébastien Faure envisageait de devenir missionnaire. La mort de son père le contraignit à y renoncer pour se consacrer à sa famille.

Le contact avec la vie quotidienne l’amena à réfléchir, à lire des auteurs jusque-là proscrits. Il perdit la foi et décida de rompre avec le milieu d’où il était issu. Il s’enrôla dans l’infanterie mais la vie militaire le déçut rapidement et il termina son engagement simple soldat.

Après un séjour d’un an en Grande-Bretagne, devenu inspecteur dans une compagnie d’assurance, il épousa une jeune femme protestante malgré l’opposition de sa mère. Ils s’installèrent à Bordeaux.

Sébastien Faure s’intéressait alors aux questions sociales et commença sa carrière de militant. D’abord adepte de Jules Guesde, il fut candidat du Parti ouvrier aux législatives d’octobre 1885, recueillit 600 voix et fit découvrir son talent d’orateur. Ses activités militantes provoquèrent la séparation des époux Faure.

Installé à Paris, il se détacha peu à peu du guesdisme et s’intéressa au mouvement anarchiste. Il devint un ardent propagandiste de l’idéal libertaire, parcourant la France en tout sens pour présenter des conférences aux titres percutants ou provocateurs : Douze preuves de l’inexistence de Dieu, La Pourriture parlementaire, Ni commander, ni obéir… Ses tournées, minutieusement préparées, obtinrent bientôt un grand succès. Ses principales cibles étaient l’État, le Capital et la religion.

Sa bibliographie est abondante et les titres de journaux ou périodiques qu’il fonda ou auxquels il a collaboré sont nombreux. Il attira ainsi l’attention de la police et fut plusieurs fois arrêté, condamné et emprisonné. En pleine période terroriste (la propagande par le fait), les lois scélérates permirent même la tenue du spectaculaire procès des Trente (août 1894) dans lequel il fut impliqué.

L’affaire Dreyfus l’absorba à partir de février 1898. Il rédigea un J’accuse plus violent que la lettre de Zola, publia une brochure, Les Anarchistes et l’affaire Dreyfus, multiplia les conférences et entraîna avec lui les libertaires qui avaient d’abord considéré que la question ne les regardait pas.

Il s’investit ensuite dans la propagande néo-malthusienne aux côtés d’Eugène Humbert, puis, désireux de concentrer ses efforts sur une œuvre unique au lieu de les disperser au hasard des circonstances, il entreprit de faire vivre une communauté éducative fondée sur les principes libertaires : La Ruche.

La guerre de 1914-1918 révéla de profondes divergences au sein du mouvement anarchiste. Tandis que Pierre Kropotkine et Jean Grave se ralliaient à L’Union sacrée, Errico Malatesta restait résolument antimilitariste. En France, Sébastien Faure fut un des premiers à prendre ouvertement position en publiant un manifeste intitulé Vers la paix qui lui valut une convocation au ministère de l’Intérieur au cours de laquelle il fut persuadé par Louis-Jean Malvy d’interrompre sa campagne pacifiste. Celle-ci fut reprise par d’autres militants anarchistes : Louis Lecoin, Pierre Ruff, Pierre Chardon, Émile Armand, puis plus tard par Sébastien Faure lui-même avec la publication d’un hebdomadaire de quatre pages intitulé Ce qu’il faut dire.

Cependant Sébastien Faure sortit physiquement ébranlé, moralement et politiquement brisé. Victime d’une campagne de calomnies et de rumeurs malveillantes il surmonta néanmoins une congestion pulmonaire et mit sur pied l’imprimerie La Fraternelle, fit paraître en 1922 le premier numéro de Le Revue anarchiste qui compta 35 livraisons, puis assuma la direction et la coordination de L’Encyclopédie anarchiste.

Il participa encore à une vaste campagne de soutien aux victimes de la guerre d’Espagne et se rendit à Barcelone et sur le front de Saragosse, mais les prises de position de la C.N.T.-F.A.I. le conduisirent à prendre ses distances puis à dresser un bilan plutôt négatif de l’expérience espagnole.

Pendant la Seconde guerre mondiale, quelque peu dépassé par les événements, il séjourna à Royan avec sa femme qu’il avait retrouvée après quarante ans de séparation. Il y mourut d’une congestion cérébrale le 14 juillet 1942.