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Guerres impérialistes au Moyen-Orient, nouvelle alliance en cours ?

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 27 juillet 2017 by Résistance 71

Intéressante analyse de Meyssan qui dans une certaine mesure ne fait que reconfirmer ce qui est su et dit de longue date par bien des analystes: les transnationales gavées de fric depuis des décennies, contrôlent politique et états, sont une grande partie de ce qui est appelé « l’état profond » et déclenchent troubles et conflits à volonté selon la fluctuation de leurs intérêts, et leur intérêt commun d’établir un Nouvel Ordre Mondial fusionnant méga-entreprises et états établissant en cela un régime fasciste supra-national planétaire.
Tout ceci est l’œuvre de la classe capitaliste exploitant les 99,9% du reste d’entre nous. Croire que Trump veuille changer tout çà est sûrement pousser un peu loin la croyance et faire preuve à notre sens soit de naïveté, soit de… complicité (involontaire ou pas…).
Un autre fait intéressant est que soudainement le ministre des AE yankee, ex-CEO d’Exxon Mobil. Tillerson, est dit vouloir chercher une porte de sortie dû à certaines « difficultés » avec la Maison Blanche. Est-ce en rapport avec l’affaire du Qatar ? Rappelons que le Qatar est Exxon-Mobil, la dynastie Al-Thani n’étant que les marionnettes de service et que toute l’affaire de la guerre par procuration contre la Syrie provient du refus d’Assad de laisser passer un gazoduc qatari à travers son pays pour alimenter l’Europe en 2009 et ainsi protéger les intérêts de ses alliés russes et iraniens. Pour nous, tout ceci n’est qu’un plan B de repli stratégique qui vise aussi à compromettre l’axe de la résistance anti-impérialiste occidental. On n’arrive pas à les briser ? Soit, compromettons-les, amadouons les protagonistes, forgeons des alliances pour les briser et semer la zizanie parmi ses membres. Espérons que ceux impliqués ne soient pas dupes et anticipent les trahisons à venir. De fait, considérant l’histoire yankee, qui n’est, comme le disait l’historien Howard Zinn « qu’une longue série d’agressions », tout accord avec l’empire doit être considéré comme un piège, comme le lit d’une trahison future inévitable. Il semblerait que les Kurdes de Syrie (Rojava), contrairement aux mafieux kurdes irakiens, aient 
compris le danger et s’allient également avec les Russes tout en continuant par le milieu à continuer leur révolution sociale. Quoi qu’il en soit, tout ceci est à suivre avec grand intérêt.

~ Résistance 71 ~

 

Émergence d’une nouvelle alliance au Moyen-Orient élargi

 

Thierry Meyssan

 

25 juillet 2017

 

Source: http://www.voltairenet.org/article197242.html

La politique du président Trump au Moyen-Orient élargi commence à se concrétiser. Alors que, jusqu’ici les États-Unis et leurs alliés tentaient de détruire les États et d’imposer le chaos, ils légitimisent désormais les alliances contre les jihadistes. Si dans le discours, l’Iran, la Syrie et le Hezbollah sont toujours des ennemis à vaincre, dans la pratique ils deviennent des partenaires. À terme, cette nouvelle donne pourrait permettre aux États de la région de repousser les sociétés multinationales hors du champ politique et de rétablir la paix.

Petit à petit, la politique étrangère du président Trump se met en place. Concernant le Moyen-Orient élargi, il est parvenu, avec l’aide de son conseiller de sécurité nationale le général H.R. McMaster et de son directeur de la CIA Mike Pompeo, à mettre fin aux programmes secret d’aide aux jihadistes.

Contrairement aux sous-entendus du Washington Post, si cette décision a bien été prise avant la rencontre Trump-Poutine au G20, elle l’a été en réalité un peu plus de deux semaines auparavant, lors de la préparation du sommet de Riyad, mi-mai. Son objectif n’était pas de s’agenouiller devant le Tsar de Russie, ainsi que le prétend la classe politique washingtonienne, mais de mettre fin à l’usage du terrorisme, ainsi que Donald Trump l’avait déclaré durant sa campagne électorale.

Les insinuations mensongères du Washington Post ont été reprises par toute la presse occidentale. Peut-être ce fait est-il imputable à l’esprit grégaire des journalistes occidentaux, peut-être et plus sûrement, il montre que les grands médias sont détenus par des partisans de la guerre au Moyen-Orient et contre la Russie.

Les révélations bulgares sur l’existence d’un vaste réseau de trafic d’armes, mis en place par le général David Petraeus alors qu’il était encore directeur de la CIA, en 2012, et poursuivi par lui depuis son bureau du fonds de placement KKR laissent pantois sur la puissance des facteurs de guerre.

17 États au moins ont participé à cette opération « Bois de Sycomore », dont l’Azerbaïdjan qui a assuré le transport de 28 000 tonnes d’armes et Israël qui a fourni de faux documents de destination finale. Selon toute vraisemblance, David Petraeus et KKR ont été aidés par le secrétaire général adjoint de l’Onu, Jeffrey Feltman. Bien sûr, ce gigantesque trafic, sans précédent dans l’Histoire de par son volume, ne donnera lieu à aucune poursuite judiciaire, ni dans les États concernés, ni au plan international.

Clairement, depuis 4 ans, les peuples du Levant se battent non seulement contre des États, mais avant tout contre un consortium de sociétés privées mutinationales, incluant les médias internationaux, et de puissances étatiques moyennes qui donnent ensemble des ordres à de petits États chargés du sale boulot.

Quoi qu’il en soit, les difficultés rencontrées par Donald Trump pour imposer sa volonté à la CIA et au Pentagone ainsi que l’existence de ce réseau parallèle, mi-public mi-privé, permettent d’entrevoir la complexité de sa tâche dans un ordre mondial subverti par des intérêts privés.

Dans un premier temps, l’offensive des armées irakienne et syrienne pour rétablir la route de la soie n’a pas été stoppée par les Forces états-uniennes, malgré divers incidents.

L’offensive lancée par l’Armée arabe syrienne, avec le Hezbollah et en coordination avec l’Armée libanaise, dans le Jurd d’Ersal est le premier fruit visible de la nouvelle politique de Washington. Tout en critiquant vertement la présence du Hezbollah, le Premier ministre libanais Saad Hariri a, à la demande de l’Arabie saoudite, autorisé son Armée, à participer à l’opération. C’est la première fois, qu’officiellement les deux armées, libanaise et syrienne, et la Résistance agissent ensemble. Riyad, sans désarmer face au Parti de Dieu et à l’Iran, a considéré qu’il convenait de travailler avec le Hezbollah et d’en finir prioritairement avec les jihadistes.

En définitive, cette guerre, qui devait détruire les États de la région, prend la direction opposée : l’unité des forces iraniennes, irakiennes, syriennes et libanaises.

Résistance au colonialisme: En finir avec la sémantique colonialiste… (Steven Newcomb)

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Lectures connexes:

« Interdire un droit païen de domination »

Notre dossier: La sémantique colonialiste (Steven Newcomb)

« Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte » (Steven Newcomb, version pdf)

 

Les constructions imposées et intrusives de l’esprit européen

 

Steven Newcomb

 

22 juillet 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/invasive-imposed-constructs-european-mind/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La théorie du “titre aborigène” est un ensemble d’idées produit par l’esprit euro-américain, par des métaphores et autres constructions mentales, qui, au moyen d’une vague d’actes génocidaires, fut imposé par la force sur nos peuples et nations originels, ainsi que bien d’autres idées de provenance étrangère. La “théorie du titre indigène” est focalisée sur le livre “Indian Pueblo Water Rights,” co-écrit par Charles T. DuMars, Marilyn O’Leary et Albert E. Utton. Le premier développement du chapitre 3, “The Pueblo Water Right as Aboriginal,” , parle du développement historique de la “théorie du titre aborigène”.

Au moment de l’exploration et de la colonisation européenne de l’Amérique du Nord, les seuls habitants du sous-continent étaient les Indiens.” nous disent les auteurs. Avant que les chrétiens européens n’amènent de manière invasive les mots d’”Indien” ou d’Indiens” sur cette terre maintenant usuellement appelée “l’Amérique du Nord”, il n’y avait personne vivant ici, qui était identifié par ce nom. Pas une seule nation originelle dans cette partie de la planète s’identifiant du nom “d’indien” ou “Indiens”. Pour le dire autrement, avant que les envahisseurs christo-européens n’envahissent notre partie de la planète, absolument personne ici ne vivait sous ce nom “d’Indien”, absolument personne.

De tels termes sont des métaphores, mentalement et linguistiquement inventées par les Européens et, soutenues par des formes et moyens variés de force, projetés par les Européens sur ces peuples et nations vivant dans une vaste zone géographique que les Européens d’il y a longtemps connaissaient sous le non des “Indes”. Nos peuples et nations n’étaient pas, si ce n’est dans l’imaginaire et le langage des chrétiens ainsi que leurs activités mentales, connus sour le vocable “d’Indiens”.  Nos ancêtres ne furent connus sous ce nom qu’en direct résultat de l’imposition de leur langage et idées par les christo-européens sur nos ancêtres. Les chrétiens européens ont mentalement projeté des mots et des idées tels qu’Indiens” et “occupation indienne”, ils affirmèrent ensuite “voir” ces apports exogènes alors qu’ils n’étaient que leurs propres projections mentales et linguistiques.

Le livre “Indian Pueblo Water Rights” parle de “l’occupation indienne des terres” sans jamais mentionner que “l’occupation indienne” est une idée totalement inventée par les Européens, puis imposée sur  nos peuples et nations et leurs territoires. Les auteurs disent: “L’occupation originale des sols indienne est appelée possession aborigène et porte avec elle le titre aborigène d’occupation des sols.” Leur utilisation du mot “originale” pose la question “originale de quoi ?” L’expression utilisée “l’occupation originale indienne” suggère que le concept ou idée “d’occupation des sols indienne” a un point de départ ou un endroit d’origine. A la réflexion, cet “endroit” d’origine est trouvé dans les opérations imaginaires de l’esprit intrusif et envahisseur européen. Pour insister plus avant sur leur vision, les auteurs ajoutèrent une note de bas de page où ils écrivent: “Il n’y a aucun doute que les Indiens Pueblo étaient les occupants aborigènes originels.” Cette mention du “aucun doute” rend pour sûr la terminologie imposée “d’occupants aborigènes” comme factuelle, vraie, et correcte basée sur une “observation” objective.

De plus, en utilisant le mot “étaient”, les auteurs commentent sur le “fait d’être” des Indiens Pueblo, suggérant par là, comme si c’était un fait physique, que les “Indiens” Pueblo étaient des “occupants aborigènes”, indépendants de l’esprit des Européens chrétiens, plutôt que le résultat des idées politiquement et subjectivement motivées de l’esprit des dhrétiens européens.

Ces concepts sont le résultat direct de la façon de penser européenne en matière de colonisation au sujet de peuples et de nations existant sur ce continent bien avant que ces colons n’eurent envahi l’endroit. Considérant ces faits importants, nous sommes alors capables de comprendre que des idées qui furent estimées être “vraies” par les chrétiens européens, n’étaient en fait “vraies” que dans le contexte des assomptions de domination de ces Européens sur nos peuples et nations existant sur place bien avant que la colonisation européenne ne commence.

Bref, le concept “d’occupation des sols Indienne” n’a rien à voir avec avec le comment les peuples originels du continent se percevaient et se comprenaient eux-mêmes et leurs relations avec la terre et territoires sur lesquels ils vivaient. Les concepts européens dérivaient de l’esprit européen (ethno/euro-centrisme) et non pas de l’esprit des peuples natifs de l’endroit. (NdT: aucune universalité là-dedans, ce ne sont même pas des “concepts” puisqu’un concept est juste et universel par définition, ce ne sont que des impositions résultant donc de la projection mentale eurocentrique des colonisateurs, imposées par la force, la ruse et le mensonge..).

Au lieu de se concentrer sur le développement “historique” du “titre aborigène”, les auteurs de l’ouvrage nous auraient rendu un fier service s’ils avaient focalisé sur le développement mental des colonisateurs et de leurs idées sur le “titre aborigène” et “l’occupation des sols aborigène”. Une vision des plus utiles aurait vu le jour en dénonçant les mots et les idées comme “indiens”, “occupation”, “occupants aborigènes”, “possession aborigène” et “titre aborigène” et étant des mots et des constructions mentales imposés par les Européens chrétiens, imposés sur nous sans le libre consentement de nos nations originelles. Ceci est vrai en regard de tout le répertoire de langue anglaise (ou espagnol, pour ceux qui ont été colonisés par L’Espagne, ou portugais pour la colonisation portugaise…)

Il aurait aussi été utile de voir que les auteurs de Pueblo Indian Water Rights avaient mentionné que ces mots et idées européens n’étaient pas et ne sont toujours pas des caractéristiques physiques du monde naturel. Aucun de ces mots ou idées ne sont provenus de la pensée indépendante européenne ou indépendamment de quelque système linguistique que ce soit. Pour être plus précis, les co-écrivains du livre auraient dû écrire: “Il n’y a aucun doute que les Espagnols et autres chrétiens européens, ont mentalement conceptualisé et nommé unilatéralement les Indiens Pueblo comme ‘aborigènes’ et ‘occupants aborigènes’, ayant une ‘possession aborigène’ “.

Cette ligne d’analyse mène en fait à ceci: Nos peuples et nations originels n’ont pas développé mentalement ou linguistiquement ces mots et idées qui sont toujours maintenant utilisés dans les états variés de domination pour opprimer nos vies et nos territoires. Comment donc est venue cette assertion que nous sommes de droit les sujets des “colonisateurs”, de leurs mots et de leurs idées sans notre libre consentement ? Ceci s’est produit et a été maintenu avec succès parce que nous ne passons pas assez de temps à questionner et à défier les mots et les idées des colons comme “le titre aborigène”, le “titre d’occupation des sols aborigène” le tout fondé sur la vision et la présence chrétienne (“découverte”) sur des terres non-chrétiennes.

Résistance au colonialisme: Yankland, pays du goulag levant… Un faux peuple pour un empire de l’usurpation, du vol et du génocide… (Mohawk Nation News)

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La race parfaite !

 

Mohawk Nation News

 

24 juillet 2017

 

Source: http://mohawknationnews.com/blog/2017/07/23/the-perfect-race/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les Etats-Unis n’ont jamais été grands. Les envahisseurs sont venus des rues d’Europe, de l’esclavage, des prisons, des orphelinats, de la prostitution, les enfants du travail dans les fermes, afin de venir peupler les colonies. L’inceste fut un programme pour faire augmenter leur population.

Les femmes étaient des femmes simples ou des domestiques envoyées dans les villes pour peupler l’Ouest. Maintenant, la race blanche a le plus bas taux de fécondité au monde. Sa population est en déclin.

Les oligarques les conditionnent à devenir des esclaves gobant les mouches au travers de leurs institutions “éducatives”.

Ils vivent dans une société non viable très éloignée du monde naturel qu’ils trouvèrent pourtant lorsqu’ils arrivèrent sur l’Île de la Grande Tortue. Ils empoisonnèrent l’air, l’eau, la terre, l’environnement et toute la vie naturelle. Le génocide fut le moyen utilisé pour se débarrasser de nous, les peuples autochtones.

Il est au-delà de toute possibilité que les Indiens puissent avoir l’impression qu’il y ait eu une conspiration pour l’élimination de leur race par ce moyen [celui de la stérilisation].” (“An Act of Genocide, Colonization & Sterilization of Aboriginal Women”, p. 49. Karen Stote 1937.)

La Finlande, le Canada et les Etats-Unis ont le plus haut taux de maladie d’Alzheimer au monde, suivis par les populations européennes de la Suède, de la Suisse, de la Norvège, du Danemark, de la Hollande, de la Belgique, de l’Espagne, du Royaume-Uni, de la France, d’Israël, de l’Irlande, de l’Italie, du Luxembourg et de l’Allemagne.

Les monstres politico-financiers psychopathes ont mis en place la grande pieuvre globale de la guerre, de l’armée, du gouvernement, des fraudes bancaires, des médias, de l’état profond, du terrorisme faux-drapeau, de la propagande de guerre et des machines de lavage de cerveau que sont la religion et l’éducation (étatique).

Quand 10% de la population va se réveiller de cette torpeur institutionnalisée, alors les autres 90% suivront.

L’empire a brisé notre système de paix. Les immigrants furent partie intégrante de l’attaque qui fut menée sur nous.

Ce faux peuple n’a aucune base, aucun fondation naturelle sur notre terre. Ils se sont appropriés nos histoires, nous ont assassiné et ont intégré tout cela dans leur culture. Nous fûmes diabolisés dans les médias par Hollywood.

Nos histoires ancestrales sont fondées sur la nature en toute compréhension scientifique.

Ils ont évolué depuis un environnement mauvais et macabre. Ils changent leurs visages, leurs coiffures, leurs corps (transgenre) et ils ne savent pas du tout qui ils sont.

[…]

Ils votent pour que leur système artificiel continue.

Résistance au colonialisme: Le droit de résister à tout envahisseur, en Palestine ou ailleurs, est reconnu de tous

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« Resister, c’est ne pas consentit au mensonge. »
« Dans un tel monde de conflit, un monde de victimes et de bourreaux, il est du devoir des pensants de ne pas être du côté des bourreaux. »
~ Albert Camus ~

« Le conflit est la sage-femme de la conscience critique. »
~ Paolo Freire ~

 

Les Palestiniens ont un droit legal à la résistance armée

 

Stanley L. Cohen*

 

24 juillet 2017

 

Source: http://chroniquepalestine.com/palestiniens-droit-legal-resistance-armee/

 

* Stanley L Cohen est un avocat et militant des droits de l’homme, spécialisé sur le Moyen-Orient et l’Afrique.

l est temps pour Israël d’accepter le fait suivant : en tant que peuple occupé, les Palestiniens ont le droit de résister – de toutes les manières possibles.

Il y a longtemps de cela, il avait été convenu que la résistance et même la lutte armée contre une force d’occupation coloniale n’étaient pas seulement reconnues par le droit international, mais précisément approuvées.

Conformément au droit international humanitaire, les guerres de libération nationale ont été expressément reconnues en tant que telles par l’adoption du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève de 1949 (pdf), en tant que droit protégé et essentiel des peuples occupées à travers le monde.

Dans une évolution pleine de vitalité dans le droit humanitaire, il y a des décennies, l’Assemblée générale des Nations Unies (UNGA) – une fois présentée comme la conscience collective du monde – a noté le droit des peuples à l’autodétermination, à l’indépendance et aux droits de l’homme.

En effet, dès 1974, la résolution 3314 de l’Assemblée Générale des Nations Unies [AGNU] a interdit aux États-membres « toute occupation militaire, même temporaire ».

Dans la partie la plus lourde de signification, la résolution a non seulement affirmé le droit « à l’autodétermination, à la liberté et à l’indépendance […] des peuples privés de ce droit, […] en particulier les peuples sous régimes coloniaux et racistes ou autres formes de domination étrangère », mais a noté le droit des peuples occupés « à lutter … et à chercher et obtenir un soutien » dans cet effort.

Le terme « lutte armée » a été intégré dans cette résolution sans définition précise, comme beaucoup d’autres qui ont précédé et qui ont maintenu le droit des populations indigènes à expulser un occupant.

Cette imprécision devait disparaître le 3 décembre 1982. Ce jour-là, la résolution 37/43 de l’Assemblée générale des Nations Unies a supprimé tout doute ou débat sur le droit légal des peuples occupés à résister aux forces d’occupation par tous les moyens reconnus. La résolution réaffirma « la légitimité de la lutte des peuples pour l’indépendance, l’intégrité territoriale, l’unité nationale et la libération de la domination coloniale et étrangère, par tous les moyens disponibles, y compris la lutte armée ».

Israël se berce d’illusions

Bien qu’Israël ait tenté, à maintes reprises, de faire supprimer le sens dépourvu d’ambiguïté de cette résolution précise – et de placer ainsi son occupation d’un demi-siècle en Cisjordanie et à Gaza au-delà de son champ application – c’est un effort voué à l’échec et une illusion si on s’en tient au vocabulaire exigeant de la déclaration elle-même.

Dans la partie la plus significative, l’article 21 de la résolution condamne fermement « les activités expansionnistes d’Israël au Moyen-Orient et le bombardement permanent des civils palestiniens, qui constituent un obstacle sérieux à la réalisation de l’autodétermination et de l’indépendance du peuple palestinien ».

N’hésitant jamais à réécrire l’histoire, et cela bien avant la création des Nations Unies, les sionistes européens se considéraient comme un peuple sous occupation tandis qu’ils émigraient en Palestine.

En effet, 50 ans avant que l’ONU ne parle du droit à la lutte armée comme moyen de libération des peuples indigènes, les sionistes européens se sont attribués frauduleusement le même concept alors que l’Irgun, Lehi et d’autres groupes terroristes imposaient toute une décennie de chaos mortel.

Au cours de cette période, ils ont massacré non seulement des milliers de Palestiniens indigènes, mais ils se sont attaqués aussi à la police et au personnel militaire britanniques qui avaient longtemps maintenu une présence coloniale sur place.

Une histoire des attaques sionistes

Peut-être, alors que les Israéliens s’assoient pour pleurer la perte de deux de leurs soldats qui ont été abattus la semaine dernière à Jérusalem – dans ce que beaucoup considèrent comme un acte de résistance légitime – un retour d’un minimum de mémoire pourrait simplement replacer les événements dans leur contexte historique.

Il y a longtemps, traitant les Britanniques de force d’occupation dans « leur patrie », les sionistes ont ciblé la police britannique et les unités militaires sans la moindre pitié dans toute la Palestine et ailleurs.

Le 12 avril 1938, l’Irgun a assassiné deux policiers britanniques dans un attentat à la bombe dans un train à Haïfa. Le 26 août 1939, deux officiers britanniques ont été tués par une mine placée par Irgun à Jérusalem. Le 14 février 1944, deux agents de police britanniques ont été abattus lorsqu’ils ont tenté d’arrêter des gens qui avaient collé des affiches sur les murs de la ville d’Haïfa. Le 27 septembre 1944, plus de 100 membres de l’Irgun ont attaqué quatre postes de police britanniques, blessant des centaines d’officiers. Deux jours plus tard, un agent de police britannique de haut rang du Service du renseignement a été assassiné à Jérusalem.

Le 1er novembre 1945, un autre policier a été tué alors que cinq trains ont été l’objet d’attaques à la bombe. Le 27 décembre 1945, sept officiers britanniques ont perdu la vie dans une attaque à la bombe au siège de la police à Jérusalem. Entre le 9 et le 13 novembre 1946, les membres juifs « souterrains » ont lancé une série d’attentats à la bombe et aux mines antipersonnel dans les gares ferroviaires, dans les trains et les tramways, tuant 11 soldats et policiers britanniques et huit soldats arabes.

Quatre autres officiers ont été assassinés lors d’une autre attaque sur un quartier général de la police le 12 janvier 1947. Neuf mois plus tard, quatre policiers britanniques ont été assassinés lors d’une attaque de banque commise par l’Irgun et, trois jours plus tard, le 26 septembre 1947, 13 autres agents étaient tués dans une autre attaque terroriste sur un poste de police britannique.

Ce ne sont que quelques-unes des nombreuses attaques dirigées par des terroristes sionistes contre la police britannique, considérés par la plupart des Juifs européens comme des cibles légitimes d’une campagne qu’ils ont qualifiée de « libération » contre une force d’occupation.

Tout au long de cette période, les terroristes juifs ont également entrepris d’innombrables attaques qui n’ont épargné aucune partie de l’infrastructure britannique et palestinienne. Ils ont frappé les installations militaires et policières britanniques, les bureaux du gouvernement et les navires, souvent avec des bombes. Ils ont également saboté les chemins de fer, les ponts et les installations pétrolières.

Des dizaines de cibles économiques ont été attaquées, dont 20 trains endommagés ou faits dérailler, et cinq stations ferroviaires. De nombreuses attaques ont été menées contre l’industrie pétrolière, dont une, en mars 1947, sur une raffinerie de la Shell à Haifa qui a détruit quelque 16 000 tonnes de pétrole.

Des terroristes sionistes ont tué des soldats britanniques dans toute la Palestine, en utilisant tout type de pièges, des embuscades, des tireurs d’élite et des véhicules bourrés d’explosifs.

Une attaque, en particulier, résume le terrorisme de ceux qui – sans aucun support dans le droit international – n’ont vu aucune limitation à leurs efforts pour « libérer » un terrain sur lequel ils avaient en grande partie récemment émigré.

En 1947, l’Irgun a enlevé deux sous-officiers du Corps d’intelligence de l’armée britannique et menacé de les pendre si la condamnation à mort de trois de ses membres était maintenus. Lorsque les trois membres de l’Irgun ont été exécutés par pendaison, les deux sergents britanniques ont été pendus en représailles, et leurs corps remplis d’explosifs ont été laissés dans un bosquet d’eucalyptus.

En annonçant leur exécution, l’Irgun a déclaré que les deux soldats britanniques avaient été pendus après leur condamnation pour « activités criminelles anti-hébraïques » qui comprenaient : l’entrée illégale dans la patrie hébraïque et l’appartenance à une organisation terroriste criminelle britannique – connue sous le nom d’armée d’occupation – qui était « responsable de la torture, du meurtre, de la déportation et du refus du droit à la vie pour le peuple hébreu ». Les soldats ont également été accusés de possession illégale d’armes, d’espionnage anti-juif en civil et de projets hostiles prémédités contre les forces clandestines.

Bien au-delà des limites territoriales de la Palestine, à la fin des années 1946-1947, une campagne continue de terrorisme a visé les Britanniques. Des actes de sabotage ont été effectués sur les routes de transport militaires britanniques en Allemagne. Le Lehi a également essayé, sans succès, de lancer une bombe sur la Chambre des communes à partir d’un avion affrété en provenance de France et, en octobre 1946, il a attaqué à la bombe l’ambassade britannique à Rome.

Un certain nombre d’autres engins explosifs ont été désamorcés dans et autour des cibles stratégiques à Londres. Quelque 21 lettres piégées ont été adressées, à plusieurs reprises, à des personnalités politiques britanniques de premier plan. Beaucoup de ces missives ont été interceptées, tandis que d’autres ont atteint leurs destinataires mais en étant identifiées comme tel avant qu’elles n’explosent.

Le prix élevé de l’autodétermination

L’autodétermination est une voie difficile et coûteuse pour les occupés. En Palestine, quelle que soit l’arme choisie – qu’il s’agisse de la parole, du stylo ou de l’arme à feu – il y a un prix très lourd à payer pour son utilisation.

Aujourd’hui, « dire la vérité face au pouvoir » est devenu un incantation magique de résistance populaire dans les cercles et les sociétés néolibérales. En Palestine, cependant, pour les occupés et les opprimés, c’est un chemin absolument sûr vers la prison ou la mort. Pourtant, pour des générations de Palestiniens dépouillés du moindre souffle d’air pouvant évoquer un sentiment de liberté, l’histoire enseigne qu’il n’y a tout simplement aucun autre choix.

Le silence est une capitulation. Se taire, c’est trahir tous ceux qui sont venus avant et tous ceux qui viendront après.

Pour ceux qui n’ont jamais ressenti le joug constant de l’oppression, ni l’ont vu de près, c’est une vision au-delà de la raison. L’occupation est lourde pour l’occupé, chaque jour, de toutes les manières, en limitant ce que vous êtes et ce que vous pouvez oser devenir.

La présence constante des barrages militaires, des armes à feu, des ordres, de la prison et de la mort sont des compagnons de voyage pour les occupés, que ce soit des nourrissons, des adolescents au printemps de la vie, des personnes âgées ou ceux piégés dans des limites artificielles de frontières sur lesquelles ils n’ont aucun contrôle.

Aux familles des deux policiers druzes israéliens qui ont perdu la vie en essayant de contrôler un lieu qui ne leur appartenait pas, je transmets mes condoléances. Ces jeunes hommes, cependant, n’ont pas été perdus pour le bien d’une « résistance », mais volontairement sacrifiés pour une vicieuse occupation qui n’a aucune légitimité.

En fin de compte, s’il y a un deuil, ce doit être pour les 11 millions d’occupés, en Palestine ou à l’extérieur, en tant que réfugiés apatrides, dépouillés d’une voix et de la moindre chance dans la vie, alors que le monde présente des excuses motivées en grande partie par les paquets cadeaux en retour qui portent l’étoile de David.

Il n’y a pas un jour sans que la gargouille sioniste ne surplombe un nourrisson palestinien enveloppé dans un linceul funèbre, privé de vie parce que l’électricité ou la liberté de mouvement sont devenus un privilège pervers qui soumet des millions d’otages aux caprices politiques de quelques-uns. Qu’ils soient israéliens, égyptiens, ou qu’il s’agisse de ceux qui osent se prétendre la direction politique palestinienne, la responsabilité des infanticides à Gaza est la leur, et à eux seuls.

« S’il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de progrès »

Les trois jeunes hommes, cousins, qui ont volontairement sacrifié leur vie dans l’attaque contre les deux officiers israéliens à Jérusalem, ne l’ont pas fait comme un geste sans signification né du désespoir, mais plutôt comme une déclaration personnelle de leur fierté nationale, dans la lignée de beaucoup d’autres qui avaient compris que le prix de la liberté peut parfois signifier tout perdre.

Pendant 70 ans, il n’y a pas eu un jour sans la mort de jeunes femmes et hommes palestiniens qui, tragiquement, ont trouvé plus de dignité et de liberté dans le martyre que dans une vie soumise et passive contrôlée par ceux qui ont osé définir les paramètres de ce que serait leur vie.

Des millions d’entre nous dans le monde entier rêvons d’un meilleur temps et d’un meilleur lieu pour les Palestiniens … [pour qu’ils soient] libres de déployer leurs ailes, de se lever, de découvrir qui ils sont et ce qu’ils souhaitent devenir. Jusque-là, je ne pleurerai pas la perte de ceux qui arrêtent leur vol. Au lieu de cela, j’applaudis ceux qui osent lutter, osent gagner par tous les moyens nécessaires.

Il n’y a pas de magie à la résistance et à la lutte. Celles-ci transcendent le temps et le lieu et tirent leur sens et leur ardeur dans l’inclinaison naturelle qui nous conduit tous à vouloir être libres – libres de déterminer le déroulement de nos propres vies.

En Palestine, il n’existe pas une telle liberté. En Palestine, le droit international reconnaît les droits fondamentaux à l’autodétermination, à la liberté et à l’indépendance des occupés. En Palestine, cela inclut le droit à la lutte armée, si nécessaire.

Il y a longtemps, le célèbre abolitionniste Frederick Douglass, lui-même ancien esclave, écrivait sur ce qu’est la lutte. Ces mots ne résonnent pas moins aujourd’hui, en Palestine, qu’ils ne l’ont fait il y a 150 ans au cœur des plantations du sud des États-Unis :

« S’il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de progrès. Ceux qui professent vouloir la liberté, et pourtant critiquent l’action, sont des hommes qui veulent des récoltes sans labourer le sol. Ils veulent de la pluie sans tonnerre et sans foudre. Ils veulent l’océan sans la peur du rugissement de ses eaux immenses. Cette lutte peut être morale, ou elle peut être physique, ou être à la fois morale et physique, mais elle doit être une lutte. Le pouvoir ne concède rien sans une exigence. Il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais. »

Résistance au colonialisme: L’origine pseudo-légale raciste de l’ordre colonialiste zuniens (Steven Newcomb)

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Interdire un “droit païen” de domination

 

Steven Newcomb

 

19 juillet 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/disallowing-heathen-right-domination/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Lorsqu’un écrivain exprime une réalité particulière, la “réalité” exprimée est alors créée par l’esprit de l’écrivain. Lorsque le juge de la Cour Suprême des Etats-Unis (CSEU) John Marshall a écrit le compte-rendu du verdict de la CS dans l’affaire Johnson c. M’Intosh en 1823, il a mentalement créé cette version de la “réalité”: A chaque fois qu’un “peuple chrétien” localise une terre habitée par des païens, ceci donne automatiquement aux chrétiens un “titre [de propriété] ultime” sur cet endroit non-chrétien.

Ce que disait en fait Marshall dans ce rendu de l’affaire Johnson est ceci: Lorsque les chrétiens européens ont fait voiles vers quelques endroits non-chrétiens où aucun chrétiens n’avaient jamais été, les chrétiens se sont mentalement, métaphoriquement imaginés comme ayant ou “détenant” le titre de propriété sur les terres et les nations impliquées. Mais il y a quelque chose que Marshall n’a pas expliqué. Si ces évènements engendrant le “titre” se sont bien passés, ils ne se sont pas produits physiquement, ils se sont produits MENTALEMENT, comme le résultat d’un processus de pensée des chrétiens au sujet des terres “n’étant pas possessions d’un prince chrétien”. Les guillemets de ce qui précède sont mis pour noter le côté imaginaire et mental des constructions métaphoriques que nous sommes maintenant capables d’identifier, de défier et de contester mentalement avec notre propre processus de pensée.

Marshall a utilisé son écriture de la décision de l’affaire Johnson c. M’Intosh pour créer une version fondatrice d’une réalité juridique fondée sur la relation chrétien/non-chrétien. Il l’a fait en créant mentalement et en narrant une histoire particulière au nom de la CSEU. Ce fut une histoire que lui et le reste des juges de la CS avaient l’intention de faire garder par le gouvernement des Etats-Unis afin de pouvoir utiliser les profits et bénéfices de tout ceci politiquement et économiquement pour leurs générations futures et, plus important encore, comme moyen de créer et d’exercer un système de domination sur nos nations natives du continent.

Comme base de cette histoire qu’il racontait au nom des Etats-Unis, Marshall utilisait des mots et des idées en provenance d’anciens documents comme les bulles pontificales du Vatican et les chartes royales anglaises. Ces documents, de la même façon, émanèrent des esprits de leurs auteurs et furent mis en œuvre par les pouvoirs politiques et leurs institutions. Marshall expliquait une histoire au sujet du comment l’affirmation d’un droit chrétien de domination fut en premier lieu mentalement créé dans “les Amériques” (l’Île de la Grande Tortue) et c’est pourquoi il écrivit ceci:

Aucune des puissances d’Europe ne donna plus son consentement à ce principe [de domination] et ce sans équivoque possible, que l’Angleterre. Les documents à ce sujet sont nombreux et complets. Dès 1496, le monarque anglais donna une commission aux Cabots [père et fils] pour découvrir des pays et terres jusqu’ici inconnus du peuple chrétien et d’en prendre possession au nom du roi d’Angleterre. Dans la commission à John Cabot et à ses fils était inclue une présomption qu’un monarque chrétien (en l’occurence le roi Henri VIII), avait le droit de dominer des terres qui, jusqu’à ce qu’un représentant du monde chrétien ne s’y rende, étaient “incognito” au “peuple chrétien”. La charte Cabot et les décrets pontificaux du Vatican assumèrent que que le “peuple chrétien” possédait automatiquement un droit divin de domination sur toutes terres non -chrétiennes qu’il était capable de localiser et d’envahir.

Dans la version originale latine de la charte royale Cabot, dont je possède une copie, plusieurs termes de “domination chrétienne” sont utilisés: “Dominium Titulum” (domination du titre), “subjugare” (dominer, subjuguer). “jurisdictio” (diriger ou contrôler comme moyen de dominer avec succès). Avec pour résultat la loi fédérale indienne qui est enracinée dans le verdict de Johnson c. M’Intosh, ces termes de domination sont toujours utilisés aujourd’hui par le gouvernement des Etats-Unis contre nos nations natives et pour clâmer nos terres et nos territoires. L’histoire de Marshall dans son rendu du verdict de Johnson pourrait être intitulé* Il était une fois, des chrétiens envahirent des terres non-chrétiennes où les processus de la pensée chrétienne n’avaient jamais été encore exprimé.”

Le point important est le suivant: à chaque fois que des chrétiens envahissaient un endroit non-chrétien, les voyageurs, colons de la chrétienté avaient pour intention de créer une “réalité chrétienne” de colonisation et de domination avec l’intention de profiter des ressources existant sur place. C’est çà l’histoire que le juge Marshall expliquait au nom de la CSEU dans son rendu du verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh. Marshall disait que lorsque les chrétiens arrivèrent sur les terres des “natifs qui étaient des païens” (des mots même de Marshall), les chrétiens refusèrent de reconnaître les nations non-chrétiennes comme ayant un “droit du sol”. Les chrétiens refusèrent de penser que toute “nation païenne” avait un “droit de domination de propriété” sur sa propre terre non-chrétienne.

Il est important ici de garder présent à l’esprit que ce que le juge Marshall a écrit au sujet du passé dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson, n’est pas ce qui s’est PHYSIQUEMENT passé, mais ce que Marshall a imaginé métaphoriquement et donc déclaré s’être passé quelques siècles plus tôt. Ce qu’il coucha sur le papier furent ses projections de l’imaginaire et son interprétation. Marshall y exprima son propre rendu imaginaire des évènements passés.

Maintenant, à chaque fois que nous relisons le verdict de Johnson, nous recréons de nouveau dans notre esprit la description mentale de Marshall du passé qu’il a créé dans son esprit. Ce fut ce processus mental que le juge Stanley Reed, dans une opinion écrite contradictoire qu’il écrivit dans United States v. Alcea Band of Tillamooks, utilisa pour faire sa déclaration au sujet d’une “théorie” dit-il que l’on trouve dans le verdict de l’affaire Johnson, stipulant qu’”une découverte par les nations chrétiennes leur a donné la souveraineté [domination] sur le titre de propriété des terres découvertes.”

Pensez-y. Si les chrétiens avaient mentalement reconnu pour toute “nation païenne” d’avoir un “droit de domination” sur son propre territoire, ceci pourrait logiquement mené à la conclusion que l’autorité de la nation païenne dans son propre pays était absolue et exclusive, à l’exclusion donc des chrétiens. A son tour, ceci pourrait mener à un argument puissant disant que les “païens” avaient le droit fondamental d’exclure les envahisseurs chrétiens de manière permanente et de nier leur “prétention” à un droit sur le titre de propriété en sol païen. Il semblerait que ceci soit l’intention clef du verdict de Johnson c. M’Intosh: d’empêcher toute pensée possible sur un “droit de domination païen” (dominion absolu).

La plupart des natifs ne savent toujours pas qu’une “réalité” mentalement créée de domination chrétienne est étroitement imbriquée dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson c. M’Intosh. Ils ne savent pas non plus que ce droit affirmé de domination chrétienne sur des non-chrétiens est la base, la fondation dans la loi et politique fédérales indiennes. Non seulement  un droit assumé de domination des Etats-Unis sur nos nations est utilisé contre nous ; ceci est aussi masqué avec succès derrière de telles phrases: “la relation de confiance”, “le pouvoir plénier du Congrès des Etats-Unis”, “le titre aborigène” et “le droit d’occupation des sols”.

Changeons de paradigme politique en changeant d’attitude envers l’État (Gustav Landauer)

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A lire: « Appel au socialisme », pour la société des sociétés, Gustav Landauer (1911, 1919)

 

De faibles hommes d’état, un peuple encore plus faible !

 

Gustav Landauer

 

Der Sozialist, décembre 1910

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Un homme pâle, nerveux, malade et faible est assis et écrit à son bureau. Il gribouille des notes sur une feuille de papier. Il compose une symphonie. Il travaille avec diligence, utilisant tous les secrets de son art qu’il a patiemment appris. Lorsque la symphonie est jouée, cent cinquante hommes jouent dans l’orchestre ; dans le troisième mouvement, il y a dix timbales, quinze instruments de percussion et un orgue. Dans le mouvement final, un chant en 8 parties chanté par un chœur de 500 personnes est ajouté ainsi qu’un orchestre annexe de fifres et de tambours. L’audience est fascinée par la puissance et la vigueur imposées.

Nos hommes d’état et politiciens ainsi que de plus en plus notre classe dirigeante, nous rappellent ce compositeur qui ne possède en fait aucun pouvoir, aucune puissance, mais qui permet à la masse d’apparaître puissante. Nos hommes d’états et politiciens cachent également leur faiblesse et leur incompétence derrière un orchestre géant obéissant volontairement à leurs ordres. Dans ce cas-ci, l’orchestre est le peuple en arme, l’armée.

Les voix courroucées des partis politiques, les plaintes des citoyens et des travailleurs, les poings fermés dans les poches des gens, rien de tout cela ne doit être pris sérieusement par le gouvernement. Ces actions manquent de la force habituelle parce qu’elles ne sont pas soutenues par les éléments généralement les plus radicaux de chaque peuple: les jeunes hommes de vingt, vingt-cinq ans. Ces hommes sont dans les régiments militaires sous le commandement de notre gouvernement inepte. Ils appliquent chaque ordre sans questionnement. Ce sont eux qui aident à camoufler les vraies faiblesses du gouvernement, qui permettent de les maintenir indétectées, à la fois dans le pays et à l’extérieur.

Nous les socialistes (NdT: ce terme dans la bouche ou de la plume d’un anarchiste du début du XXème siècle n’a évidemment pas du tout la même signification qu’aujourd’hui, c’est l’évidence même… Il n’y a plus de socialisme aujourd’hui, il n’y a plus que le libéralisme bobo, le réformisme mielleux approbateur et complice des turpitudes étatico-capitalistes ne faisant que maintenir le statu quo oligarchique en place) savons comment le socialisme, la communication immédiate des véritables intérêts, a lutté contre la règle des privilégiés et leur politique fictive depuis plus de cent ans. Nous voulons continuer à renforcer cette puissante tendance historique, qui mènera à la liberté et à la justice sociale. Nous voulons y parvenir en réveillant l’esprit et en créant des réalités sociales différentes. Nous ne sommes en rien concernés par la politique d’État.

Si les pouvoirs dénués d’esprit et la politique violente gardaient suffisamment de force pour créer de grandes personnalités comme des politiciens forts ayant une vision et une énergie, alors nous pourrions avoir du respect pour ces hommes même s’ils étaient dans le camp ennemi. Nous pourrions même concéder que les vieux pouvoirs continueront à s’accrocher au pouvoir pendant quelque temps encore. Mais il devient de plus en plus clair et évident que l’État n’est pas fondé sur des hommes à l’esprit fort et au pouvoir naturel. Il est en revanche de plus en plus fondé sur l’ignorance et la passivité du peuple. Ceci vaut également pour les moins heureux, les masses prolétariennes. Les masses ne comprennent pas encore qu’elles doivent fuir l’État et le remplacer, qu’elles doivent construire une alternative. Ceci n’est pas seulement vrai en Allemagne, c’est aussi le cas dans bien des pays.

D’un côté nous avons le pouvoir de l’État et l’impuissance des masses, qui sont divisées en individus impuissants et de l’autre, nous avons l’organisation socialiste, une société des sociétés, une alliance d’alliances, en d’autres termes: un peuple. La lutte entre ces deux côtés doit devenir réelle. Le pouvoir des États, le principe de gouvernement et ceux qui représentent le vieil ordre politique, vont devenir de plus en plus faible. Le système dans sa totalité disparaîtrait sans laisser de traces si le peuple commençait à se constituer en tant que peuple en dehors de l’État. Quoi qu’il en soit, les gens n’ont pas encore compris cela. Ils n’ont pas encore compris que l’État va remplir une certaine fonction et demeurer une inévitable nécessité aussi longtemps que son alternative, la réalité socialiste, n’existe pas.

On peut retourner une table et casser une vitre ; mais ceux qui croient que l’État est aussi une chose ou un fétiche qui peut être renversé ou brisé sont des sophistes et des croyants en la parole. L’État est une relation sociale. Une certaine façon avec laquelle les gens se relient entre eux. Elle peut-être détruite en créant une autre relation sociale ; c’est à dire en faisant que les gens interagissent différemment entre eux. L’État peut être détruit en créant de nouvelles relations sociales. Le monarque absolu clâme: “L’État c’est moi !” Nous, qui nous sommes enfermés dans l’état absolu, devons réaliser et comprendre la vérité: Nous sommes l’État ! Et nous le resterons aussi longtemps qu’il n’y a rien de différent, aussi longtemps que nous n’ayons pas créé les institutions nécessaires pour une véritable communauté et une société vraie d’êtres humains.

Pierre Clastres 1977-2017: 40 ans après sa mort, l’héritage d’un anthropologue politique anarchiste ~ 4ème partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 18 juillet 2017 by Résistance 71

 

Pierre Clastres 1977-2017: 40 ans après sa mort, l’héritage d’un anthropologue politique anarchiste

 

Résistance 71

 

juillet 2017

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

 

Qu’est-ce qu’une société primitive ? C’est une société homogène, non divisée de telle façon que, si elle est ignorante de la différence entre le riche et le pauvre a fortiori, c’est du fait que l’opposition entre exploiteurs et exploités est absente. Mais ceci n’est pas le plus important. Ce qui est absent est la division politique entre dominants et dominés: les chefs ne sont pas là pour commander, personne n’est destiné à obéir, le pouvoir n’est pas séparé de la société, qui, en une totalité unique, est la détentrice exclusive du pouvoir. Je l’ai écrit un nombre incalculable de fois auparavant (et il semble que ce ne soit toujours pas assez…), que le pouvoir n’existe que lorsqu’il est exercé: un pouvoir qui n’est pas en exercice est de fait, nul. Que fait donc la société primitive du pouvoir qu’elle possède ? Et bien elle l’exerce et bien sûr en tout premier lieu, sur le chef, précisément pour l’empêcher d’agir comme un chef/commandant. De manière plus générale, la société exerce son pouvoir afin de le conserver, afin d’empêcher la séparation de celui-ci, afin de repousser l’irruption de la division dans le corps social, la division entre maîtres et sujets. En d’autres termes, la société exerce le pouvoir pour assumer la conservation de son être indivisé qui crée une relation entre l’être social et elle-même.

[…] Afin de comprendre la division sociale, nous devons commencer avec la société qui a existé pour l’empêcher. Quant à savoir si je peux ou non articuler une réponse à la question de l’origine de l’État, je n’en sais toujours rien et quelqu’un comme Birnbaum encore moins…
Il m’apparaît petit à petit que cette non-séparation du pouvoir, cette non-division de l’être social n’est pas dûe à l’état embryonnaire des sociétés primitives, pas à un inachèvement, mais cela est lié à une action sociologique, à une institution de socialité comme refus de la division, comme refus de la domination: si les sociétés primitives sont sans État, c’est avant tout parce qu’elles sont contre l’État. […] Ainsi, pour le “marxisme” anthropologique, l’anthropologie marxiste, une évidence commence doucement à émerger: cette “anthropologie” est constituée d’un double mensonge. D’un côté elle affirme mensongèrement et sans honte sa relation avec la lettre et l’esprit de la pensée marxienne ; et d’un autre côté, elle tente tout aussi mensongèrement et fanatiquement d’exprimer l’être social de la société primitive de manière scientifique. Les anthropologues marxistes se foutent royalement des sociétés primitives ! Elles n’existent même pas pour ces théologiens obscurantistes  qui ne peuvent que concevoir et parler de sociétés pré-capitalistes. Le saint dogme sinon rien ! La doctrine par dessus tout ! Spécialement au dessus de l’être social.

[…] Quant à Marx, il a vu un peu plus loin que le bout du nez d’Engels, il les a vu venir, les marxistes en béton armé, bien avant leur temps. Leur idéologie de combat sombre, élémentaire et dominatrice peut être reconnue sous les masques interchangeables appelés léninisme, trotskisme, stalinisme, maoïsme: c’est cette idéologie de conquête totale du pouvoir, c’est cette idéologie de granite, dure à détruire, que Claude Lefort a commencé à façonner.

[…]

Bien que ce ne soit pas bien amusant, nous devons réfléchir un peu sur l’anthropologie marxiste, de ses causes et effets, de ses avantages et inconvénients ; parce que si l’ethno-marxisme est toujours, d’un côté, un courant puissant des sciences humaines, l’ethnologie des marxistes est quant à elle, d’une absolue ou plutôt d’une radicale nullité: elle est nulle à sa racine. Voici pourquoi il n’est pas nécessaire d’entrer dans le travail dans ses détails: il est facile de considérer la production ethno-marxiste dans son entière abondante production, comme un tout homogène qui est égal à zéro. Ruminons-donc sur ce néant, sur cette conjonction entre le discours marxiste et la société primitive.

Revenons en premier lieu sur quelques points historiques. L’anthropologie française s’est développée ces dernières vingt années grâce à la promotion institutionnelle des sciences sociales (avec la création de nombreux cours d’ethnologie dans les universités et au Centre National de la Recherche Scientifique, CNRS), mais elle s’est aussi développée dans le sillage du travail considérable et original de Claude Lévi-Strauss. Ainsi, jusqu’à récemment, l’ethnologie se révéla principalement sous le signe du structuralisme. Mais il y a environ une dizaine d’années (NdT: milieu des années 1960), la tendance s’est renversée: le marxisme (ou ce qui est appelé le marxisme) a graduellement émergé comme une ligne importante dans la recherche anthropologique, reconnu par de nombreux chercheurs non-marxistes comme étant un discours légitime et respectable sur les sociétés que les ethnologues étudient. Le discours structuraliste a donc plié au discours marxiste en tant que ligne directrice de l’anthropologie.

Pour quelles raisons ? Évoquer un talent supérieur à Levi-Strauss pour un marxiste ou un autre n’est rien d’autre que risible. Si les marxistes brillent, ce n’est pas par leur talent, car ils en manquent singulièrement par définition. On pourrait même dire que la machine marxiste ne marcherait pas si son mécanisme avait le moindre talent comme nous allons le voir. D’un autre côté, attribuer comme c’est souvent le cas, la régression du structuralisme au vacillement d’une mode semble être totalement superficiel. D’aussi loin que le structuralisme colporte une forte pensée, elle est trans-conjoncturelle et indifférente à la mode, qui n’est qu’un discours creux et rapidement oublié. Nous verrons bientôt ce qu’il en reste. Bien sûr nous ne pouvons pas non plus rattacher la progression du marxisme en ethnologie à un quelconque fait de mode. Il était prêt par avance à remplir un énorme fossé existant dans le structuralisme (en réalité le marxisme ne remplit rien du tout comme je vais tenter de le démontrer ici). Quel est ce fossé dans lequel l’échec du structuralisme prend sa racine ? C’est que ce discours majeur de l’anthropologie sociale ne parle pas de la société. Ce qui manque, effacé du discours structuraliste (essentiellement celui de Lévi-Strauss car mis à part quelques disciples intelligents de celui-ci, capables au mieux de faire un peu de sous-Lévi-Strauss, qui sont les structuralistes ?), ce dont ce discours ne parle pas parce qu’il n’est pas fait pour cela, est de la société primitive concrète, son mode de fonctionnement, sa dynamique interne, son économie et sa politique.

Mais c’est la même chose entendrons-nous dire, la relation sanguine (liens de parenté), les mythes, cela ne compte t’il pas ? Certainement. A part quelques marxistes, tout le monde est d’accord pour reconnaître l’importance décisive de Lévi-Strauss et de sa recherche “Les structures élémentaires de la parenté”. Ce livre a de plus généré une foule de recherches parmi les ethnologues sur les études de parenté: il y a un nombre incalculable d’études sur le frère de la mère ou la fille de la sœur. Peuvent-elles parler de quoi que ce soit d’autre ? Posons ici néanmoins la véritable question une bonne fois pour toute: Le discours sur la parenté est-il un discours sur la société ? La connaissance sur le système de parenté de telle ou telle tribu nous informe t’elle de leur vie sociale ? Pas du tout: lorsque quelqu’un a écorché un système de parenté, il n’en sait pas beaucoup plus sur la société elle-même, le chercheur en est toujours à l’orée. Le corps social primitif ne peut pas être réduit à ses liens de sang et ses alliances, ce n’est pas seulement une fabrique de relations parentales. La parenté n’est pas la société, cela veut-il dire que les relations de parenté sont secondaires dans la société primitive et sa fabrique sociale ? Bien au contraire: elles sont fondamentales. En d’autres termes, les sociétés primitives, moins que d’autre, ne peuvent pas être envisagées sans les relations de parentés et pourtant l’étude de parenté (telle qu’elle a été conduite jusqu’ici en tout cas), ne nous apprend rien en ce qui concerne l’être social primitif. A quoi servent les relations de parenté dans les sociétés primitives ? Le structuralisme ne peut fournir qu’une seule explication et une énorme en cela: pour codifier la prohibition de l’inceste. Cette fonction de la parenté explique que les humains ne sont pas des animaux et rien d’autre. Cela n’explique pas pourquoi l’homme primitif est un homme particulier, différent des autres. Et pourtant les liens de parenté remplissent une fonction déterminée, inhérente en tant que telle à la société primitive et qui est une société indivisée faite d’égaux: parenté, société, égalité, même combat. Mais ceci est une autre histoire sur laquelle nous nous étendrons une autre fois.

L’autre grand succès de Claude Lévi-Strauss se situe dans le champ de la mythologie. L’analyse des mythes a provoqué moins de vocations que celle de la parenté: d’abord parce que cela est plus difficile et aussi parce que sans aucun doute, personne ne pourrait le faire aussi bien que le maître lui-même. A quelle condition son analyse peut-elle être déployée ? A la condition que les mythes constituent un système homogène, à la condition que les mythes “se réfléchissent les uns les autres”, comme Lévi-Strauss l’a dit lui-même. Les mythes ont un rapport les uns avec les autres, on peut réfléchir sur eux. Très bien. Mais est-ce que le mythe (un mythe particulier) se limite à réfléchir au sujet de ses voisins de façon à ce que le mythologiste puisse réfléchir sur leur ensemble ? Certainement pas. Ici encore, la pensée structuraliste abolit, de manière particulièrement claire le rapport avec le social: C’est la relation des mythes entre eux qui est privilégiée par l’omission de l’endroit de production des mythes, la société. Que les mythes se pensent eux-mêmes entre eux, que leur structure puisse être analysée, sont des choses certaines. Lévi-Strauss le prouve brillamment, mais dans un sens secondaire, car ils considèrent en premier lieu la société qui se considère elle-même en eux, c’est en cela que réside leur fonction. Les mythes représentent, créent le discours de la société primitive sur elle-même, ils ont une dimension socio-politique que bien sûr l’analyse structurelle évite de prendre en considération, encore moins de la décortiquer. Le structuralisme est seulement opérant à condition de couper les mythes de la société, de les saisir de manière éthérée, flottant à bonne distance de leur espace d’origine (la société). Voilà pourquoi il n’est quasiment jamais question de la vie sociale primitive, à savoir le rite. Qu’y a t’il de plus collectif, en fait de plus social qu’un rite ? Le rite est la médiation religieuse entre le mythe et la société, mais pour l’analyse structuraliste, la difficulté provient du fait que les rites ne reflètent pas les uns sur les autres. Il est impossible de réfléchir sur eux. Donc, ouste le rite et avec lui, la société.

Que l’on approche le structuralisme depuis son sommet (avec le travail de Lévi-Strauss), on qu’on considère ce sommet en accord avec ses deux composants majeurs (l’analyse de la parenté et l’analyse des mythes), une observation émerge, l’observation d’une absence: ce discours élégant, souvent riche, ne parle pas de la société. C’est un structuralisme comme une théologie sans dieu: c’est une sociologie sans société.

Ceci combiné avec la montée en force des sciences humaines, une demande forte, et légitime a donc émergé parmi les chercheurs et les étudiants: nous voulons parler au sujet de la société. Parlez-nous de la société ! C’est alors que la scène change. Le menuet gracieux des structuralistes est écarté poliment et il est remplacé par un nouveau ballet, celui des marxistes (comme ils se nomment eux-mêmes): Ils font une robuste danse folklorique dans leurs gros sabots, piétinant maladroitement le sol de la recherche. Pour des raisons variées (politiques et non pas scientifiques), le public applaudit. C’est en effet parce que le marxisme est enclin par nature, en tant que théorie historique et sociale, à étendre son discours dans le champ de la société primitive. Mieux: la logique de la doctrine marxiste la force à ne pas négliger quelque type que ce soit de société; c’est dans sa nature de dire la vérité en regard de toutes formations sociales qui marquent l’histoire. Voilà pourquoi il y a de manière inhérente au discours marxiste général, un discours préparé par avance au sujet de la société primitive.

Les ethnologues marxistes forment une phalange obscure et nombreuse.

[Note du traducteur: s’ensuit ici une description des thèses et doctrines de gens comme Meillassoux, Adler, Godelier, nous référons le lecteur au texte original sur ce sujet…]

[…] Plus compétents et attentifs aux faits que Godelier (ce qui n’est pas difficile), des spécialistes de l’économie primitive comme Marshall Sahlins aux Etats-Unis ou Jacques Lizot ici, concernés par l’ethnologie et non pas par le catéchisme, ont établi que la société primitive fonctionne précisément comme une machine d’anti-production. Que le mode de production domestique (MPD) opère toujours en-deçà de sa capacité, qu’il n’y a pas de relations de production parce qu’il n’y a pas de production car ceci est la dernière des préoccupations de la société primitive (cf ma préface du livre de Marshall Sahlins). Naturellement Godelier, dont le marxisme comme nous le voyons ici, est du même tonneau que celui de son rival Meillassoux, faisant d’eux une sorte de Marx-Brothers, ne peut pas renoncer à la sacro-sainte production. Autrement, il serait ruiné, il perdrait son emploi.

[…]

Godelier oublie une chose, le principe (que les marxistes parviennent à se rappeler lorsqu’il contrôlent l’appareil d’état), à savoir que l’État est l’exercice du pouvoir politique. Nous ne pouvons pas penser pouvoir sans l’État et l’État sans pouvoir. En d’autres termes, là où on localise un exercice du pouvoir effectif d’une partie de la société sur une autre, nous nous trouvons confrontés à une société divisée, c’est à dire une société à État. La division sociale entre les dominés et les dominants est avant toute chose politique ; elle divise les hommes entre les maîtres du pouvoir et les sujets du pouvoir. L’économie, le tribut, la dette, le travail aliéné apparaissent comme les signes et les effets de la division politique de la société le long de l’axe du pouvoir. La société primitive quant à elle n’est pas divisée parce qu’elle ne comprend pas un organe séparé du pouvoir. La division sociale implique d’abord une séparation entre la société et un organe de pouvoir. Ainsi toutes les sociétés non-primitives (c’est à dire divisées) comprennent une figure d’État plus ou moins élaborée. Là où il y a des maîtres, là où il y a des sujets qui paient leur tribut, là où il y a dette, il y a pouvoir, il y a État.

Bien sûr, entre des figures a minima d’État comme certaines entités polynésiennes ou africaines et autres royautés les représentant et les formes plus affirmées d’État, il existe des degrés considérables d’exercice du pouvoir, d’intensité de répression appliquée, le degré final étant celui atteint par le type de pouvoir que les fascistes et les communistes mettent en place: là le pouvoir de l’État est total et l’oppression absolue. Mais ce qui demeure irréductible en tant que point central de l’affaire est ceci: tout comme nous ne pouvons pas penser à la société indivisée sans penser à l’absence de l’État, nous ne pouvons pas penser à la société divisée sans le présence de l’État. 

Ainsi, réfléchir sur l’inégalité, la division sociale, les classes sociales, la domination, revient à réfléchir sur le politique, sur le pouvoir, sur l’État et non pas sur l’économie et la production. L’économique provient du politique, les relations de production proviennent des relations de pouvoir, l’État engendre les classes.

Maintenant que nous avons savouré ces pitreries, occupons-nous de la question importante: Quel est le discours marxiste en anthropologie ? Je parlais au début de cette analyse de la radicale nullité de l’ethnologie marxiste (il faut lire chers lecteurs, les travaux de Godelier, Meillassoux et compagnie: c’est édifiant !). D’abord radicale, pourquoi ? Parce qu’un tel discours n’est pas un discours scientifique (c’est à dire concerné par la vérité), mais un discours purement idéologique (c’est à dire concerné uniquement par l’efficacité politique). Afin de voir ceci clairement, il convient de distinguer entre la pensée de Marx et le marxisme. Marx était, avec Michel Bakounine, le premier critique du marxisme. La pensée de Marx est une grandiose tentative (parfois réussie, parfois échouée) de réflexion sur la société de son époque (la capitalisme occidental) et de l’histoire qui l’a vu naître. Le marxisme contemporain est une idéologie au service de la politique. Le résultat de ceci est que les marxistes n’ont plus rien à voir avec Marx et ils sont les premiers à l’admettre. Après tout Meillassoux et Godelier ne s’accusent-ils pas l’un l’autre d’être des imposteurs pseudo-marxistes ? Ceci est tout à fait vrai et je suis en parfait accord avec eux sur ce point. Ils ont tous deux raison.

[…]

Le marxisme post-marxien, à part être devenu l’idéologie dominante du mouvement ouvrier, est aussi devenu le pire ennemi de celui-ci et il s’est constitué comme étant la forme la plus arrogante de ce que le XIXème siècle a créé de plus stupide: le scientisme. En d’autres termes, le marxisme contemporain s’investit lui-même comme étant le discours scientifique sur l’histoire de la société, comme le discours qui énonce les lois du mouvement historique, les lois des transformations sociétales, dont chacune est engendrée par l’autre. Ainsi le marxisme peut parler de tout type de société, car il comprend ses principes de fonctionnement en avance. Mais il y a plus: Le marxisme peut parler de tous les types de sociétés, qu’elles soient possibles ou réelles, car l’universalité des lois qu’il découvre ne peut pas souffrir d’une seule exception. Si ce n’était pas le cas, la doctrine entière s’effondrerait. Ainsi, afin de maintenir non seulement la cohérence, mais l’existence même de ce discours, il est impératif pour les marxistes de formuler la conception marxiste de la société primitive, afin de constituer une anthropologie marxiste. A défaut de cela, il ne pourrait y avoir de théorie marxiste de l’histoire, mais seulement une analyse d’un type particulier de société, le capitalisme du XIXème siècle, élaborée par quelqu’un appelé Karl Marx.

Mais c’est ici que les marxistes se font piéger par leur marxisme. Ils n’ont en fait pas le choix: ils doivent soumettre les faits sociaux primitifs aux mêmes règles de fonctionnement et de transformation qui commandent d’autres formations sociales. Il ne saurait être question ici de deux poids, deux mesures: s’il y a effectivement des lois de l’histoire, elles doivent être aussi légitimes au début de l’histoire (la société primitive) que dans la continuation de leur course dans le temps. Il ne peut y avoir qu’un seul poids, une seule mesure. Qu’elle est la mesure marxiste des faits sociaux ? C’est l’économie. Le marxisme est un économisme, il réduit le corps social à une infrastructure économique, le social est économique. Voilà pourquoi les anthropologues marxistes tapent sur le corps social primitif qu’ils pensent fonctionner autre part: les catégories de production, les relations de production, le développement des forces productives, l’exploitation, etc… au forceps comme le dit Adler. Et ainsi les anciens exploitent les jeunes (Meillassoux) et les relations de parenté sont des relations de production (Godelier).

Revenons à cette collection de non-sens. Faisons la lumière plutôt sur l’obscurantisme militant des anthropologues marxistes. Ils trafiquent les faits sans vergogne, les piétinent et les écrasent jusqu’au point où il n’en reste plus rien. Ils substituent l’idéologie de leur discours à la réalité des faits sociaux. Qui sont les Meillassoux, Godelier et consorts ? Ils sont les Lisenko des sciences humaines. Jusqu’où peut aller leur idéologie frénétique, leur volonté de piller l’ethnologie ? Jusqu’au bout, ce qui veut dire, aussi loin que l’élimination pure et simple de la société primitive comme une société spécifique, comme un être social indépendant. Dans la logique du discours marxiste, la société primitive ne peut simplement pas exister, elle n’a pas le droit à une existence autonome, son être est seulement déterminé en rapport de ce qu’elle va devenir bien plus tard dans un futur nécessaire. Pour les marxistes, les sociétés primitives ne sont que des sociétés pré-capitalistes, professent-ils savamment. Ici donc, existe un mode et une organisation de la société qui a existé sur terre pendant des millénaires, sauf pour les marxistes. Pour eux, la société primitive n’existe que dans la mesure où elle peut être réduite à la figure de société qui est apparue à la fin du XVIIIème siècle, le capitalisme. Avant cela, rien ne compte: tout est pré-capitaliste. Ces gens ne se compliquent pas la vie. Cela doit-être très relaxant d’être marxiste. Tout ceci peut-être expliqué en commençant par le capitalisme, car ils possèdent la bonne doctrine, la clef qui ouvre la société capitaliste et donc toutes les formations sociales historiques.

Résultat: Ce qui mesure la société en général pour le marxisme est l’économie et pour les ethno-marxistes qui vont encore plus loin, ce qui mesure la société primitive est la société capitaliste.

Cékomçà…

Mais ceux qui ne reculent pas devant un peu de fatigue posent la question de la façon dont Montaigne, La Boétie ou Rousseau l’ont posé et ne juge de ce qui arrive après qu’en fonction de ce qui s’est passé avant. Qu’en est-il des sociétés post-primitives ? Pourquoi donc l’inégalité, la division sociale, la séparation de l’organe de pouvoir, l’État, sont-ils apparus ?

[…]

Leur travail [d’un Meillassoux ou d’un Godelier] ne vaut pas un clou, tout le monde comprend cela, mais ce serait une grave erreur que de le sous-estimer: le vide du discours masque en fait l’être duquel il se nourrit, à savoir sa capacité à diffuser une idéologie de la conquête du pouvoir. Dans la société française contemporaine, l’université occupe une place considérable et dans le monde universitaire, notablement dans le domaine des sciences humaines (car il apparaît qu’il est plus difficile d’être marxiste en mathématiques ou en biologie), cette idéologie politique qu’est le marxisme essaie aujourd’hui de gagner une certaine position idéologique dominante. Dans cet appareil global, nos ethno-marxistes occupent une place certes modeste mais non négligeable. Il y a une division politique du travail et ils accomplissent leur part de l’effort général: d’assurer le triomphe de leur idéologie commune. Sapristi ! Ceux ci ne seraient-ils pas de bons vieux stalinistes, de bons bureaucrates en herbe ? On se le demande… Ceci expliquerait pourquoi ils se moquent des sociétés primitives comme nous l’avons vu: les sociétés primitives ne sont pour eux qu’un prétexte pour répandre leur idéologie de pierre et leur langue de bois. C’est pourquoi il s’agit moins de nous moquer de leur stupidité que de les redescendre à la place qui est vraiment la leur: la confrontation politique dans sa dimension idéologique. Les stalinistes ne sont pas de fait, juste des conquérants du pouvoir, ce qu’ils veulent en fait est le pouvoir total, l’État de leurs rêves et l’ultime état totalitaire: ennemis de l’intelligence et de la liberté, tout comme les fascistes, ils clâment avoir une connaissance totale pour pouvoir exercer le pouvoir total. Il y a toutes les raisons d’êtres suspicieux de gens qui applaudissent les massacres du Cambodge et d’Éthiopie parce que ces massacres sont marxistes. Si Amin Dada se proclamait un jour marxiste, on les entendra hurler : Bravo Dada !

Maintenant, collons notre oreille au sol et peut-être entendrons-nous les Brontosaures braire.

Extraits de “L’archéologie de la violence” (publié à titre posthume en 1980), le sous-titre en est: “la guerre dans les sociétés primitives”

Note de Résistance 71: Il convient ici de noter que ceci constitue la mise par écrit des dernières pensées de Pierre Clastres. A l’instar d’Albert Camus, Clastres est mort subitement dans un accident de voiture en 1977. Son œuvre demeure inachevée et il est difficile de juger ce travail dont la grande conclusion était encore en gestation. De par son approche philosophique de l’anthropologie, Clastres est arrivé à une aporie dans sa recherche, une question contradictoire en apparence insolvable avec les éléments disponibles du moment. Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts reliant anthropologie, ethnologie, paléontologie et histoire. Quel(le) anthropologue reprendra le flambeau de Pierre Clastres de là où il est tombé ?
Nous ferons également part de notre propre réflexion aux endroits clefs du raisonnement de P.Clastres.

[…] On ne sera pas surpris plus que cela de l’avis dédaigneux de Hobbes au sujet des sauvages, ce sont des idées reçues de son époque, mais répétons-le des idées déjà rejetées par Montaigne et La Boétie: une société sans gouvernement, sans État, n’est pas une société ; ainsi donc les sauvages demeurent extérieurs au social, ils vivent dans la condition naturelle des hommes où règne la guerre de tous contre tous.

[…] Le marxisme, en tant que théorie générale de la société et aussi de l’histoire, est obligé de postuler la pauvreté de l’économie primitive, c’est à dire, le très bas taux d’activité de production. Pourquoi ? Parce que la théorie marxiste de l’histoire (et ceci est un sujet de la théorie même de Karl Marx) encadre la loi du mouvement historique et du changement social avec la tendance inéluctable des forces de production à se développer elles-mêmes. […] C’est pourquoi le marxisme, en tant que théorie de l’histoire fondée sur la tendance du développement des forces de production, doit se donner comme point de départ, une sorte de degré zéro des forces productives: c’est exactement l’économie primitive, de là pensée être une économie de la pauvreté, comme une économie qui désirant se sortir de cette pauvreté, aura la tendance à développer donc ses forces de production. […] Mais la société primitive pose une question cruciale à la théorie marxiste: si l’économique n’est pas l’infrastructure par laquelle l’être social devient transparent, si les forces productives, ne tendant pas à se développer, ne fonctionnent pas comme déterminant du changement social, alors qu’est-ce qui est le moteur qui commence le mouvement de l’histoire ?

Ceci dit, retournons au problème de l’économie primitive. Est-elle ou pas une économie de la pauvreté? Est-ce que ses forces productrices représentent le plus petit développement ou pas ? La recherche la plus récente et la plus scrupuleuse en anthropologie économique, montre que l’économie des “sauvages” ou le Mode Domestique de Production (MDP), permet en fait la totale satisfaction des besoins matériels de la société. En d’autres termes, loin de constamment s’épuiser dans leur tentative de survie, les membres de la société primitive, sélectifs dans la détermination de leurs besoins, possèdent une machine de production capable de les satisfaire et qui fonctionne de fait sur le principe de chacun selon ses besoins. Voilà pourquoi l’anthropologue Marshall Sahlins fut capable de parler des sociétés primitives comme des toutes premières sociétés d’abondance. Ainsi les analyses de Sahlins et celles de Jacques Lizot sur la quantité de nourriture  nécessaire à la communauté et sur le temps dévoué à la satisfaction de ces besoins, indiquent que les sociétés primitives, qu’elles soient de chasseurs nomades ou de fermiers sédentaires, sont en fait, à la lumière du peu de temps consacré à ces activités de satisfaction des besoins, de véritables sociétés des loisirs. Le travail de Sahlins et de Lizot est ainsi cohérent et confirme les matériaux ethnographiques fournis par les anciens voyageurs et chroniqueurs.

[…] La recherche récente montre que l’économie primitive est une économie d’abondance et non pas de d’austérité: la violence n’y est donc pas liée à la pauvreté et l’explication économiste de la guerre primitive voit dès lors son argument sombrer.

Pourquoi les tribus sont-elles en guerre ? Au moins nous savons ce qu’en pense les matérialistes et ce que cela vaut et comme l’économie n’a rien à voir avec la guerre, il est peut-être alors nécessaire de se tourner vers le politique. Le discours de l’échange comme origine de la guerre primitive soutient ce qu’avançait Claude Lévi-Strauss… La théorie générale de la société élaborée par Lévi-Strauss dépend étroitement de sa conception de la violence: le discours structuraliste lui-même en dépend. Examinons-le donc. […] [Pour lui] la violence dans la société primitive n’est pas une sphère autonome : elle n’a un sens qu’en relation au réseau général des relations tribales ; la violence n’est qu’un cas particulier de ce système dans son ensemble.

[…] Qu’est-ce que trouve Lévi-Strauss sur la relation entre la guerre et la société ? La réponse est claire: “Les échanges commerciaux représentent des guerres potentielles qui ont été résolues pacifiquement et les guerres sont le résultat de transactions infortunées.”

[…] Ainsi, pour Thomas Hobbes, la société primitive consistait en la guerre de tous contre tous. Le point de vue de Lévi-Strauss est symétrique et inverse de celui de Hobbes : la société primitive est l’échange de chacun avec chacun. Hobbes laissa de côté l’échange, Lévi-Strauss laissa de côté la guerre.

[…] En bref, ce que les écrits des anciens voyageurs et des universitaires modernes hurlent constamment sans pourtant jamais le dire explicitement, est que le société primitive, dans son essence même, est indivisée.

La société primitive n’a pas conscience de la différence entre riche et pauvre, de l’opposition entre exploiteurs et exploités, de la domination du chef sur la société, parce qu’elle l’anticipe et l’empêche. Le MPD, qui assure l’autarcie économique de la communauté en tant que telle, permet aussi pour l’autonomie des groupes liés par le sang, qui composent le corps social et même l’indépendance des individus.  En dehors de la division de genre, il n’y a pas de fait, de division du travail dans la société primitive: chaque individu est polyvalent en quelque sorte, les hommes savent faire tout ce que les hommes doivent savoir faire et les femmes savent faire tout ce que les femmes doivent savoir faire. Aucun individu est moins capable, a moins de connaissances ; aucun individu ne peut être victime des entreprises d’une autre personne plus talentueuse ou plus à l’aise: les parents de la victimes découragerait très vite cette “vocation” de relation apprenti-exploiteur.

[…] La société primitive fonctionne de telle façon que l’inégalité, l’exploitation et la division y sont impossibles. […] La communauté primitive est en même temps une totalité et une unité. Une totalité en ce sens qu’elle est complète, autonome, soudée, attentive à la préservation incessante de son autonomie, c’est à dire une société dans le sens le plus plein du terme. Une unité dans le sens où son être homogène continue inlassablement de refuser la division, exclut l’inégalité afin d’interdire l’aliénation. La société primitive est une totalité unique en laquelle le principe de son unité ne lui est pas exogène: elle n’offre aucune configuration pour que l’un se détache du corps social afin de le représenter (le chef), afin de le personnifier comme unité. Voilà pourquoi le critère de la non-division sociale est fondamentalement politique: si le chef de la société primitive est sans pouvoir, c’est parce la société n’accepte pas que le pouvoir soit séparé de son être, que s’établisse une division entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent. Ceci est aussi pourquoi, dans la société primitive, c’est le chef qui a la charge de parler au nom de la société: dans son discours, le chef  n’exprime jamais son propre désir individuel ni ne déclare t’il ses propres lois, mais parle seulement du désir sociologique que la société demeure indivisée… Le chef est le porte-parole de cette loi: la substance de ses paroles réfère toujours à la loi ancestrale que personne ne peut transgresser, car elle est l’être même de la société: violer cette loi, voudrait dire altérer le corps social, introduire l’innovation en son sein, le changement qu’il rejette absolument.

La société primitive est une communauté qui assure le contrôle de son territoire au nom de la loi garantissant sa non-division.

[…] Se tromper sur la guerre disions-nous, c’est se tromper sur la société. Croyant que l’être social primitif est être-pour-l’échange, Lévi-Strauss est conduit à dire que la société primitive est société contre la guerre: la guerre est l’échange manqué. Son discours est très cohérent, mais il est faux. La contradiction n’est pas interne à ce discours, c’est le discours qui est contraire à la réalité sociologique, ethnographiquement lisible, de la société primitive. Ce n’est pas l’échange qui est premier, c’est la guerre, inscrite dans le mode de fonctionnement de la société primitive. La guerre implique l’alliance, l’alliance entraîne l’échange. […]

Hobbes croyait à tort, que le monde primitif n’est pas un monde social parce que la guerre y empêche l’échange, entendu non seulement comme échange de biens et services, mais surtout comme échange des femmes, comme respect de la règle exogamique dans la prohibition de l’inceste. […] Mais l’erreur de Hobbes ne fait pas la vérité de Lévi-Strauss. Pour ce dernier, la société primitive est le monde de l’échange: mais au pris d’une confusion entre l’échange fondateur de la société humaine en général et l’échange comme mode de relation entre groupes différents. Aussi ne peut-il échapper à l’élimination de la guerre en tant qu’elle est la négation de l’échange; s’il y a de la guerre, il n’y a pas d’échange et s’il n’y a plus d’échange, il n’y a plus de société. Certes, l’échange est immanent au social humain: il y a société humaine parce qu’il y a échanges des femmes, parce qu’il y a prohibition de l’inceste.

[…]

Par son conservatisme, que cherche à conserver la société primitive ? Elle cherche à conserver son être même; elle veut persévérer dans son être. Mais quel est cet être ? C’est un être indivisé, le corps social est homogène, la communauté est un Nous. Le conservatisme primitif cherche donc à empêcher l’innovation dans la société, il veut que le respect de la Loi assure le maintien de l’indivision, il cherche à empêcher l’apparition de la division dans la société. Telle est, tant sur le plan économique (impossibilité d’accumuler les richesses) qu’au plan de la relation de pouvoir (le chef est là pour ne pas commander), la politique intérieure de la société primitive: se conserver comme Nous indivisé, comme totalité une. […] Pour pouvoir se penser comme Nous, il faut que la communauté soit à la fois indivisée (une) et indépendante (totalité): l’indivision interne et l’opposition externe se conjuguent, chacune est condition de l’autre.

[…] Qu’est-ce que l’État ?. C’est le signe achevé de la division dans la société en tant qu’il est l’organe séparé du pouvoir politique: la société est désormais divisée entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent. La société n’est plus un Nous indivisé, une totalité une, mais un corps morcelé, un être social hétérogène. La division sociale, l’émergence de l’État, sont la mort de la société primitive. Pour que la communauté puisse affirmer sa différence, il faut qu’elle soit indivisée, sa volonté d’être une totalité exclusive de toute s les autres s’appuie sur le refus de la division sociale: pour se penser comme Nous exclusif des Autres, il faut que le Nous soit corps social homogène. […] Si l’on observe, dans une société primitive, l’action de la force centripète, de la tendance au regroupement visible dans la constitution de macro-unités sociales, c’est que la société est en train de perdre la logique primitive du centrifuge, c’est que cette société perd les propriétés de totalité et d’unité, c’est qu’elle est en train de ne plus être primitive.

Refus de l’unification, refus de l’Un séparé, société contre l’État. […] Le refus de l’État, c’est le refus de l’exonomie, de la Loi extérieure, c’est tout simplement le refus de la soumission, inscrit comme tel dans la structure même de la société primitive. Seuls les sots peuvent croire que pour refuser l’aliénation, il faut l’avoir d’abord éprouvée: le refus de l’aliénation (économique ou politique) appartient à l’être même de cette société, il exprime son conservatisme, sa volonté délibérée de rester Nous indivisé.

[…] Qu’est-ce que la société primitive ? C’est une multiplicité de communautés indivisées qui obéissent toutes à une même logique centrifuge. Quelle institution à la fois exprime et garantit le permanence de cette logique ? C’est la guerre, comme vérité des relations entre communautés, comme moyen sociologique de promouvoir la force centrifuge de dispersion contre la force centripète d’unification.

[…] La société primitive est société contre l’État en tant qu’elle est société pour la guerre. Nous voici à nouveau ramenés à la pensée de Hobbes […] Que nous dit en contrepoint la société primitive comme espace sociologique de la guerre permanente ? Elle répète en le renversant, le discours de Hobbes, elle proclame que la machine de dispersion fonctionne contre la machine d’unification, elle nous dit que la guerre est contre l’État.

Note de Pierre Clastres sur le sujet abordé qui pose des questions qu’il résoudra dans son texte suivant sur la relation du guerrier à la société:

“Au terme de cette tentative d’archéologie de la violence se posent divers problèmes ethnologiques, celui-ci en particulier: quel sera le destin des sociétés primitives qui laissent s’emballer la machine de guerre ? En permettant l’autonomie, par rapport à la communauté, du groupe des guerriers, la dynamique de la guerre ne porterait-elle pas en elle le risque de la division sociale ? Comment réagissent les sociétés primitives lorsque cela se produit ? Interrogations essentielles car derrière elles se profile la question transcendantale: à quelles conditions la division sociale peut-elle apparaître dans la société indivisée ? A ces questions et à d’autres, on tentera de répondre par une série d’études que le présent texte inaugure.” (Pierre Clastres)

Notes de Résistance 71 :

Clastres met ici en parallèle son analyse de la société primitive, société contre l’État et pour la guerre avec celle de l’Anglais Hobbes pour qui l’État est contre la guerre. Hobbes voyait l’état et la guerre comme antinomique et contradictoire et pensait que l’État était, par son unification de la diversité, anti-guerre. Hors, l’histoire de l’État est l’histoire de la guerre. Seul l’État a produit des guerres d’extermination, de soumission, génocidaires. Quant à ce que pense Clastres de la société primitive comme société guerrière, on peut sans doute avancer aujourd’hui que Clastres a raisonné en fonction des données scientifiques qu’il avait à sa disposition à l’époque de sa réflexion. La recherche archéologique et anthropologique a progressé depuis plus de 40 ans et il a été établi que la guerre en tant que violence collective organisée n’existe que depuis environ 11 ou 12 000 ans, ce qui veut dire que l’humain a passé plus de 400 000 ans, depuis l’homme de Tautavel , sans la connaître, ne connaissant que de la violence sporadique, domestique et individualisée. La guerre en tant que violence collective organisée est plus récente que les peintures rupestres des grottes de Lascaux (Cro-Magon – 20 000 ans). Il a de plus été établi par l’archéologie, que le rapt des femmes comme origine de la guerre est un mythe, des échanges réciproques avaient lieu effectivement pour éviter l’inceste et maintenir la démographie.

De plus, des sociologues, historiens et ethnologues amérindiens (Vine Deloria Jr, Roxanne Dunbar-Ortiz, Russell Means entre autres) ont également établi que la “guerre” et les sociétés ancestrales nord-américaines comme étant des sociétés guerrières en état permanent de conflit, étaient des mythes, ce qui est en soi en contradiction avec les recherches et les conclusions de Clastres. Ceci dit, Clastres a analysé ce qui était à sa disposition à la fois dans la base de données scientifiques et de terrain. Se peut-il qu’il ait eu tendance à généraliser à toute société primitive ce qu’il constata chez les Indiens Aché du Paraguay et Yanomami du Vénézuéla ? Clastres, Jaulin, Lizot, Sahlins mentionnent et confirment le fait que la “guerre” dans la société primitive n’a rien à voir avec ce que nous appelons la guerre en occident, qui est systématiquement une guerre de conquête, d’extermination de l’autre, d’occupation et d’oppression culturelle et territoriale. La guerre chez les Indiens sud-américains est souvent l’organisation d’un raid de nuit durant lequel une ou deux volées de flèches sont décochés sur un village ennemi, les tireurs décrochant rapidement le tir effectué. On est loin de batailles rangées exterminatrices. Les sociétés divisées régies par l’État ont inventé la guerre génocidaire et ethnocidaire, l’occident l’a perfectionnée depuis les croisades du XIème siècle… voici ce que disent à ce sujet des chercheurs comme Marylène Patou-Mathis (paléonthologue, CNRS), Vine Deloria Jr. (sociologue et historien Lakota), Russell Means (activiste et sociologue Lakota):

Le mythe du ‘rapt des femmes’ durant les temps anciens apparaît dans “Primitive Marriage” de John F. McLennan (1865). Il y donne une image très négative et fausse, des comportements des Hommes à l’aube de l’humanité: violents, en guerre perpétuelle, pratiquant couramment l’infanticide féminin (les femmes n’étant pas susceptibles de combattre), sexuellement dépravés (inceste, viol)… Quant à Morgan et Engels, ils considèrent que le rapt des femmes serait apparu en même temps que la famille appariée au début du ‘stade de la barbarie’, où elles seraient devenues rares et probablement très recherchées. Aujourd’hui, l’hypothèse de la capture des femmes est rejetée par la majorité des archéologues et des ethnologues, qui lui préfèrent celle, ardemment défendue par Lévi-Strauss dans ‘Les structures élémentaires de la parenté’, de l’échange. L’échange permettrait donc de sceller des alliances entre groupes, alliances nécessaires à la survie des sociétés traditionnelles. Mais l’échange sous-tend la réciprocité,  en effet selon Mauss, le don est obligatoirement suivi d’un contre-don selon des codes pré-établis: donner-recevoir-rendre. Dans la société primitive, le système du don et du contre-don permettait la recréation permanente du lien social et éviterait les conflits.” (Marylène Patou-Mathis, 2013)

Il est vrai que Clastres ne mentionne pas la recherche et les conclusions fondamentales de Marcel Mauss sur le système du don et du contre-don dans les sociétés primitives et ne considère que le seul aspect du conflit dans le maintien de l’unité sociétale endogène dont le ciment serait le conflit avec l’Autre.

Si la thèse néo-hobbésienne de l’existence dans chaque humain d’une violence originelle et de l’idée que la guerre est inhérente aux sociétés humaines n’est pas acceptée par tous les chercheurs, certains dont l’anthropologue américain Napoleon A. Chagnon, sont allés dans son sens. Ses travaux sur les tribus amérindiennes des Yanomamis l’avaient conduit à suggérer que l’agression était inscrite dans nos gènes. Engagés dans des conflits sans fin à propos des femmes, du prestige ou de querelles familiales, les Yanomamis étaient alors présentés comme l’exemple type de la condition humaine primitive. (Note de R71: le résultat des recherches de Chagnon fut publié en 1968, c’est à dire dans la période où Clastres était lui aussi actif sur le terrain anthropologique..) Mais en 2000, le livre du journaliste Patrick Tierney dans lequel il accusait Chagnon d’être à l’origine des guerres qu’il avait décrites, suscita un vif débat entre les anthropologues pro et anti-Chagnon. Ce jourmaliste s’appuyait sur les travaux de l’anthropologue américain Brian R. Ferguson (entre autre), qui suggérait que les guerres chez les Indiens d’Amérique du Sud étaient fortement liées à la présence des Européens depuis le XVIIIème siècle: les conflits armés auraient été menés pour avoir accès aux biens distribués par les colons. (Ferguson, 1995)” (Marylène Patou-Mathis, 2013)

L’épistémologue et anthropologue Raymond Corbey nous dit également ceci: “La sauvagerie intérieure n’est pas une construction mentale imaginaire influencée par les idéologies du XIXème siècle comme le racialisme ou l’eugénisme.” (Corbey, 1993)

D’après les données archéologiques évoquées précédemment, les Hommes préhistoriques du paléolithique vivaient sans violence institutionnalisée. L’apparition de celle-ci a donc des causes historiques et sociales… La guerre n’est donc pas indissociable de la condition humaine, mais le produit des sociétés et des cultures qu’elles engendrent. Elle est l’un des vecteurs de mutation de leur histoire. […] L’Homme n’est pas le descendant d’un ‘singe tueur’ ; la violence n’est pas inscrite dans ses gènes. Alors est-ce l’empathie, voire l’altruisme et non la violence, qui a été le catalyseur de l’humanisation ?..” (Marylène Patou-Mathis, 2013)

La violence envers autrui remonte à au moins 120 000 ans, la guerre, elle, n’a pas toujours existé. Apparue il y a moins de 12 000 ans, elle est peut-être, comme le pensaient certains anthropologues du XIXème siècle, le produit de la ‘civilisation’.” (Patou-Mathis, 2013)

Les désaccords entre les nations indiennes étaient très largement résolus sans verser le sang.” (Vine Deloria Jr.)

Les six nations iroquoises traditionnellement résolvent leurs différents au moyen du jeu de Lacrosse. Les Indiens des nations du sud ont un jeu similaire. Les Indiens de la région atlantique ont un jeu qui ressemble au football. Bien sûr, ce sont des jeux violents, mais les disputes sont résolues sans grand épanchement de sang. Les Maoris de Nouvelle-Zélande, qui tatouent leurs visages de manières très complexes et résolvent leurs disputes dans une compétition de la plus horrible des expressions faciales, qui sont rendues encore plus horribles par leurs tatouages. Le vainqueur est celui qui fait l’expression la plus horrible. Incidemment, la plus grande insulte chez les Maoris est de rester impassible devant l’ennemi.” (Russell Means, 2012)

J’ai été dans une convention de l’American Association of Archeologists, une convention de pilleurs de tombes donc, afin de défier leur affirmation que les nations amérindiennes sont des sociétés “de la guerre”. J’ai donc demandé à l’assemblée d’archéologues la question suivante: Dans les tombes pré-colombiennes que vous avez pillées, avez-vous jamais trouvé une arme de guerre dans aucune de ces tombes ? Si vous pouvez produire une arme de guerre en provenance d’une quelconque tombe, je me suiciderai ici et maintenant sur cette estrade ! Ne pensez-vous pas que quelques-uns de ces archéos auraient adoré me voir me faire sauter le caisson devant eux ou du moins essayer de m’en dissuader ? Mais, en tant qu’expert du pillage de tombes, ils savaient bien la différence entre l’alignement de l’empennage de plumes et de la pointe d’une flèche de chasse faite pour percer une cage thoracique verticale, de celui d’une flèche de guerre faite pour percer une cage thoracique horizontale ; ce type de flèche étant du reste abondamment trouvé dans les tombes européennes qu’ils pillent. Quelle fut la réponse à mon défi de cette audience de pillards ? Un tonnerre de silence des plus assourdissant…” (Russell Means, 2012)

Ainsi l’aporie à laquelle arrive Clastres en résultat de ses études peut se libeller de la sorte:

Si les sociétés primitives unies et totales contre l’État sont des sociétés de la guerre en opposition aux sociétés à État pour qui la guerre est (serait) contradictoire (selon Hobbes), comment se fait-il que l’histoire de l’État se confonde avec l’histoire de la guerre ?

De là découle la dernière analyse de Clastres publiée elle aussi à titre posthume, sur le “malheur du guerrier sauvage” mais si Clastres parvient à une stupéfiante conclusion de la finalité et du sort de la société des guerriers au sein de la société primitive et de l’interaction intriquée qui les anime, il n’a pas résolu la question contradictoire à laquelle mène sa recherche et que nous avons tenté de libeller ci-dessus. Mort dans un accident de voiture le 29 juillet 1977, l’œuvre de ce grand anthropologue politique demeure inachevée. Parce qu’elle gêne et met à mal la doxa systémique anthropologique structuraliste et marxiste en vigueur, elle fut peu à peu rangée dans les tiroirs et mise en retrait, pourtant, la pensée de Pierre Clastres est fondamentale pour la bonne compréhension de l’impasse sociétale dans laquelle nous nous trouvons, au crépuscule de l’aventure étatique et capitaliste contre nature à laquelle une vaste majorité de l’humanité a été contrainte et forcée depuis des siècles et de nous faire entrevoir le chemin à suivre en suivant le vieux proverbe africain qui nous dit: “Lorsque tu ne sais pas où tu vas, arrête-toi, retourne-toi et regarde d’où tu viens.” Là réside le futur de l’humanité: adapter notre lointain passé de société organique à l’évolution technologique moderne afin de retrouver l’équilibre et la liberté originels, sans utiliser le conflit et la guerre comme ciment de l’unité. Nous en savons suffisamment dans notre conscient collectif pour mettre en place une société des sociétés la plus organique qui soit.

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Extraits du “Malheur du guerrier sauvage”:

On ne peut pas penser la société primitive, écrivais-je récemment, sans penser en même temps à la guerre. […] La violence guerrière apparaît dans l’univers des Sauvages comme le principal moyen de conserver dans l’indivision l’être de cette société, de maintenir chaque communauté en son autonomie de totalité une, libre et indépendante des autres: obstacle majeur dressé par les sociétés sans État contre la machine d’unification que constitue l’État, la guerre appartient à l’essence de la société primitive.

[…] Contrairement à une opinion aussi fausse que répandue (le chef ne disposerait d’aucun pouvoir, sauf en temps de guerre), le leader guerrier,  à aucun moment de l’expédition (préparation, bataille, retraite) n’est en mesure, au cas où telle serait son intention, d’imposer sa volonté, d’intimer un ordre dont il sait très bien par avance que personne n’y obéira. En d’autres termes, la guerre, pas plus que la paix, ne permet au chef de faire le chef. […] Les anciennes chroniques des voyageurs et des missionnaires, les travaux récents des ethnologues se rencontrent sur ce constat: lorsqu’un chef cherche à imposer son propre désir de guerre à la communauté, celle-ci l’abandonne, car elle veut exercer sa libre volonté collective et non se soumettre à la loi d’un désir de pouvoir. Au chef qui “veut faire le chef”, au mieux, on tourne le dos, au pire… on le tue.

[…] Il convient tout d’abord de constater que les sociétés guerrières ne représentent pas une essence spécifique, irréductible, immuable de la société primitive : elles n’en sont qu’un cas particulier, la particularité de leur cas tenant à la place spéciale qu’y occupent l’activité guerrière et les guerriers.

[…] Qu’est-ce qui fait, en un mot, courir le guerrier ? C’est on l’a vu, le désir de prestige, que seule la société peut reconnaître ou refuser. Tel est le lien qui unit le guerrier à sa société, le troisième terme qui met en rapport le corps social et le groupe des guerriers, en déterminant d’emblée une relation de dépendance: la réalisation de soi du guerrier passe par la reconnaissance sociale, le guerrier ne peut se penser comme tel que si la société le reconnaît pour tel. L’accomplissement de l’exploit individuel n’est qu’une condition nécessaire pour l’acquisition d’un prestige que seul confère l’assentiment social. […] La guerre est ici le seul moyen de réaliser un but individuel: le désir de gloire du guerrier, qui est à lui-même sa propre fin. Volonté non de puissance mais de gloire, tel est le guerrier, homme pour qui la guerre constitue le moyen de loin le plus rapide et le plus efficace d’accomplir sa volonté. […] Dans la société primitive en général, la guerre ne comporte aucune finalité économique.

[…] Y a t’il un problème ? Quel peut-en être l’énoncé ?

Il s’agit de savoir si la société primitive ne court point de risque de laisser croître en son sein un groupe social particulier, celui des guerriers. Il y a quelques fondements à s’interroger ainsi à leur propos: l’existence dans une société primitive, d’un groupe de chanteurs ou une confrérie de danseurs par exemple, n’affecte en rien l’ordre social établi. Mais il est question ici de guerriers, à savoir d’hommes qui détiennent un quasi-monopole de la capacité militaire de la société, le monopole en quelque sorte de la violence organisée. Cette violence, ils l’exercent sur les ennemis. Mais pourrait-il se faire qu’ils en viennent à l’exercer aussi sur leur propre société ? Non pas la violence en sa réalité physique (“guerre civiles” des guerriers contre leur société), mais en tant qu’elle pourrait donner lieu à une prise de pouvoir par le groupe des guerriers qui l’exerceraient dès lors sur, et au besoin contre, la société ? Les groupe des guerriers comme groupe spécialisé du corps social, pourrait-il devenir un organe séparé du pouvoir politique ? En d’autres termes, la guerre recèle-t-elle en soi la possibilité de ce que toute société primitive s’attache, par essence, à conjurer: à savoir la division du corps social en Maîtres (ici la minorité guerrière) et Sujets (le reste de la société) ? […] Ce qui revient en fait à poser une seule question: qu’est-ce qu’un guerrier ? C’est un homme qui met sa passion guerrière au service de son désir de prestige. […] Pas plus qu’en ces sociétés le fils n’hérite de la gloire du père, pas davantage n’est tenu le jeune guerrier pour quitte de sa prouesse initiale [celle-là qui l’a fait accepter au sein du groupe des guerriers]: il lui fait à chaque instant recommencer, car chaque exploit accompli est à la fois source de prestige et mise en question de ce prestige. Le guerrier est par essence condamné à la fuite en avant. La gloire conquise ne suffit jamais à soi-même, elle demande à être sans cesse prouvée et tout exploit réalisé en appelle aussitôt un autre. Le guerrier est ainsi l’homme de l’insatisfaction permanente. La personnalité de cette figure inquiète résulte d’une convergence entre le désir individuel de prestige et la reconnaissance sociale qui seule le confère.

[…] Le guerrier n’existe que dans la guerre, il est voué comme tel à l’activisme: le récit de ses prouesses, déclamées lors des fêtes, n’est qu’un appel à d’autres prouesses. Plus le guerrier fera la guerre et plus a société lui conférera de prestige.

Il s’ensuit que si la société seule accorde ou refuse la gloire, le guerrier est dominé, aliéné par la société. Mais ce rapport de subordination ne peut-il pas se renverser au profit du guerrier et au détriment de la tribu ? Cette possibilité est en effet inscrite dans la même logique de la guerre qui aliène le guerrier dans une spirale ascendante de l’exploit toujours plus glorieux. Cette dynamique de la guerre, à l’origine pure entreprise du guerrier, pourrait bien la transformer peu à peu en entreprise collective de la société: il est à la portée du guerrier d’aliéner la tribu dans la guerre. L’organe (l’ensemble des guerriers) peut développer la fonction (l’activité guerrière). De quelle manière ?  Il faut d’abord considérer que les guerriers, bien que voués par nature à l’accomplissement individuel de leur vocation, constituent ensemble, un groupe déterminé par l’identité de leurs intérêts: sans cesse organiser de nouveaux raids pour accroître leur prestige. […] Il en résulte que l’existence, dans telle ou telle société, d’un groupe organisé de guerriers “professionnels” tend à transformer l’état de guerre permanent (situation générale de la société primitive) en guerre effective permanente (situation particulière des sociétés à guerriers). Or, une telle transformation, poussée à son terme, serait porteuse de conséquences sociologiques considérables en ce que touchant à la structure même de la société, elle en altèrerait l’être indivisé. Le pouvoir de décision quant à la guerre et quant à la paix (pouvoir absolument essentiel) n’appartiendrait plus en effet à la société comme telle, mais bien a la confrérie des guerriers, qui placerait son intérêt privé avant l’intérêt collectif de la société, qui ferait de son point de vue particulier le point de vue général de la tribu. Le guerrier entraînerait la société en un cycle de guerres dont elle ne se voulait pas. La politique extérieurs de la tribu ne serait plus déterminée par elle-même, mais par une minorité qui la pousserait à cette situation impossible: la guerre permanente contre toutes les nations voisines.

[…] La guerre porte en elle donc le danger de la division du corps social homogène de la société primitive. Surprenant paradoxe: d’une part la guerre permet à la communauté primitive de persévérer en son être indivisé ; d’autre part, elle se révèle comme le fondement possible de la division en Maîtres et Sujets. La société primitive comme telle obéit à une logique de l’indivision, la guerre tend à y substituer une logique de la division. […] Ainsi, ou bien la logique sociologique l’emporte pour abolir le guerrier ; ou bien la logique guerrière s’impose pour détruire la société comme corps indivisé. Il n’y a pas de voie moyenne. Comment se pose dès lors la question du rapport entre la société et les guerriers ? Il s’agit de savoir si la société est en mesure de mettre en place les mécanismes de défense aptes à la protéger de la mortelle division à quoi, fatalement, le guerrier conduit la société.C’est pour la société, un problème de survie : ou ben la tribu, ou bien le guerrier. Qui des deux sera le plus fort ?

[…] C’est l’individualisme obligé de chaque guerrier qui interdit à l’ensemble des guerriers d’apparaître comme une collectivité homogène. Le guerrier désireux d’acquérir du prestige ne peut et ne veut compter que sur ses propres forces: il n’a que faire d’une éventuelle solidarité de ses compagnons d’armes avec qui il devrait en ce cas partager les bénéfices de l’expédition. Une bande de guerriers ne mène pas forcément un jeu d’équipe… Ainsi, chaque fait d’armes salué et célébré par a tribu le met, en fait, dans l’obligation de viser pus haut, de regarder au-delà, de repartir en somme à zéro en renouvelant la source de son prestige, en étendant toujours la série de ses exploits. La tâche du guerrier est, en d’autres termes, une tâche infinie, toujours inachevée, jamais il n’atteint un but sans cesse hors de sa portée: pas de repos pour le guerrier, sinon à l’infini de sa quête. […] La vie guerrière est un combat perpétuel. […] Il faut qu’à chaque fois l’entreprise soit plus difficile, le danger affronté plus terrible encore, le risque couru toujours plus considérable. Pourquoi en outre, faut-il qu’il en soit ainsi ? Parce que c’est le seul moyen pour le guerrier de maintenir sa différence individuelle par rapport à ses compagnons, parce qu’il y a entre les guerriers, compétition pour le prestige. […] Comment cette escalade se traduit-elle concrètement sur le terrain ? Il s’agit pour les guerriers de rechercher la difficulté maximale qui créditera leur victoire d’une valeur d’autant plus grande. Les expéditions, les raids, seront de plus en plus longs, s’enfonçant de plus en plus profond en territoire ennemi.

[…] Guerre pour le prestige, logique de la gloire: à quel degré ultime de bravoure peuvent-elles conduire le guerrier ? C’est l’acte du guerrier, qui seul, s’en va attaquer le camp des adversaires. […] Seul contre tous, tel est le point culminant de l’escalade dans l’exploit. […] Le guerrier n’est jamais un guerrier, sinon à l’infini de sa tâche, lorsque, réalisant l’exploit suprême, il y gagne avec la gloire absolue, la mort. Le guerrier est, en son être, être-pour-la-mort.

Ainsi, revendiquer la gloire qui s’attache au titre de guerrier revient à en accepter, à plus ou moins long terme, le prix: la mort. Analyse on ne peut plus claire du rapport qui lie la société à ses guerriers. La tribu accepte que se constitue en son sein un groupe autonome d’hommes de guerre, dont elle encourage la vocation par une généreuse reconnaissance de prestige. Mais ce groupe de prestige ne risque t’il pas de devenir un groupe de pression puis un groupe de pouvoir ? Or, il est trop tard pour le guerrier: s’il ne renonce pas à l’être en perdant honteusement la face, il se trouve déjà piégé sans remède dans sa propre vocation, prisonnier de son désir de gloire qui le conduit tout droit à la mort. Il y a échange entre la société et le guerrier: le prestige contre l’exploit. Mais dans ce face à face, c’est la société qui, maîtresse des règles du jeu, a le dernier mot: car l’ultime échange, c’est celui de la gloire éternelle contre l’éternité de la mort. D’avance le guerrier est condamné à mort par la société: point de heurt pour le guerrier sauvage, seulement la certitude du malheur. Mais pourquoi en est-il ainsi ? Parce que le guerrier pourrait faire le malheur de la société, en y introduisant le germe de la division, en devenant organe séparé du pouvoir. Tel est le mécanisme de défense que la société primitive met en place pour conjurer le risque dont est porteur, comme tel, le guerrier: la vie du corps social indivisé, contre la mort du guerrier. Se précise ici le texte de la loi tribale: la société primitive est, en son être, société-pour-la-guerre ; elle est en même temps et pour les mêmes raisons, société contre le guerrier.

[…] Les réflexions précédentes fournissent en effet quelques éléments de réponse au problème des relations entre hommes et femmes dans ce type de société: ou plutôt elles permettent d’établir en quoi il s’agit là d’un faux problème. Les promoteurs de l’anthropologie marxiste, les besogneux fabricants de ce catéchisme indigent qui n7a rien à voir ni avec la pensée de Marx, ni avec la réalité sociale primitive, faute de pouvoir trouver la lutte des classes dans la société primitive, découvrent qu’en fin de compte, le conflit social, c’est la lutte des sexes, lutte où les perdants sont les femmes: dans cette société, la femme est aliénée, exploitée, opprimée par l’homme.

[…] Pour l’énoncer plus clairement, dans les sociétés primitives, souvent marquées, sous certains aspects, de masculinité, voire de culte de la virilité, les hommes sont néanmoins en position défensive face aux femmes, parce qu’ils reconnaissent, mythes, rites et vie quotidienne l’attestent suffisamment, la supériorité des femmes. […] L’homme doit être constamment disponible pour la guerre ; de temps en temps, il la fait effectivement. On sait bien qu’en général, la guerre primitive est très peu meurtrière, sauf bien entendu dans le cas très spécial des sociétés à guerriers. Il n’en demeure pas moins que, puisque la possibilité de la guerre est constamment présente, la possibilité du risque de la blessure ou de la mort, est inscrite d’avance dans le destin masculin. L’homme de la société primitive se trouve donc, par définition, marqué par sa condition: avec plus ou moins d’intensité, il est être-pour-la-mort. […] Il y a donc par la médiation de la guerre, une relation intime, un voisinage essentiel entre masculinité et mort.

Qu’en est-il en contrepoint pour les femmes ?

[…] La propriété essentielle des femmes, qui définit intégralement leur être, c’est d’assurer la reproduction biologique et, au-delà, sociale de la communauté: les femmes mettent au monde les enfants. Loin d’exister sur le mode d’objet consommé, ou sur celui du sujet exploité, elles sont au contraire productrices de ceux dont la société ne peut, sauf à décider de disparaître, se passer: les enfants, comme futur immédiat de la tribu, comme son avenir lointain. […] La féminité c’est la maternité, d’abord comme une fonction biologique, mais surtout comme une maîtrise sociologique exercée sur la production des enfants : il dépend exclusivement des femmes qu’il y ait ou pas d’enfants, et c’est cela qui assure la maîtrise de la femme sur la société.

En d’autres termes, se dévoile ici une proximité immédiate entre vie et féminité, telle que la femme est en son être, être-pour-la-vie. Dès lors éclate, dans la société primitive, la différence entre homme et femme: comme guerrier, l’homme y est l’être-pour-la-mort ; comme mère, la femme y est l’être-pour-la-vie. C’est leur rapport respectif à la vie et à la mort sociales et biologiques qui détermine les relations entre hommes et femmes. Dans l’inconscient collectif de la tribu (la culture), l’inconscient masculin appréhende et reconnaît la différence des sexes comme supériorité irréversible des femmes sur les hommes. Esclaves de la mort, les hommes envient et craignent les femmes, maîtresses de la vie. Telle est la primitive et primordiale vérité que révèlerait une analyse sérieuse de certains mythes et rites.

[…] Faiblesse, déréliction, infériorité des hommes face au femmes ? C’est bien ce que reconnaissent, un peu partout dans le monde, les mythes qui fantasment l’âge d’or perdu ou le paradis à conquérir comme un monde asexué, comme un monde sans femmes.

[…]

Note de Résistance 71: Avant d’être publiés en 1980 dans le livre “Recherches d’anthropologie politique” aux éditions Seuil, les deux derniers textes d’étude de Clastres furent publiés en 1977 dans la revue “Libre”, qui publia cette note les concernant:

“Ce texte et le précédent devaient inaugurer un travail plus ample, qui restera inachevé. Pierre Clastres a laissé dans ses notes quelques indications sommaires sur le champ qu’il comptait explorer. Voici ce que paraîssaient devoir être les autres articulations principales de son livre: Nature du pouvoir des chefs de guerre ; La guerre de conquête dans les sociétés primitives comme amorce possible d’un changement de la structure politique (le cas des Indiens Tupi) ; le rôle des femmes relativement à la guerre ; la guerre “d’État” (Les Incas).”

Ancien élève d’Alfred Métraux et de Claude Lévi-Strauss, Clastres a défriché une nouvelle voie pour l’anthropologie politique. Maître de recherche du laboratoire de l’anthropologie sociale du CNRS, Clastres est décédé dans un accident de voiture sur une route de Lozère le 29 juillet 1977.