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Gilets Jaunes : Quatre textes pour une pensée critique génératrice

Posted in actualité, altermondialisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés with tags , , , , , , , , , , , on 20 septembre 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

20 septembre 2019

 

« La libération authentique, le processus d’humanisation, n’est pas un autre dépôt à faire dans l’esprit des gens. La libération est une praxis: la réflexion et l’action d’hommes et de femmes sur leur monde afin de le transformer. »
~ Paulo Freire ~

Pour qu’un mouvement politique avance dans le bon sens, celui de l’émancipation radicale et définitive, il lui faut une pensée critique devenant inséparable des actions toutes aussi critiques qui en découlent naturellement.
Agir sans pensée critique transformatrice n’est qu’activisme forcené et souvent futile ; penser (et parler) sans agir n’est que verbiage tout autant vain que futile…
L’ordre dans lequel les textes se présentent à la lecture n’est qu’une suggestion.

 

« Si une civilisation est détruite, c’est qu’elle
était dans l’erreur.
Si l’Homme est obligé de recommencer son chemin,
cela signifie que tout son parcours antérieur
n’était pas celui de son perfectionnement spirituel. »
~ Andreï Tarkovski ~

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Anthropologie politique avec James C. Scott: « Quand la révolution devient l’État, elle devient de nouveau mon ennemie »…

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, documentaire, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, sciences et technologies, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 3 septembre 2019 by Résistance 71

 

Quand la révolution devient l’État, elle devient de nouveau mon ennemie”, un entretien avec l’anthropologue politique James C. Scott*

 

Juin 2018

 

url de l’article en français:

https://theconversation.com/lorsque-la-revolution-devient-letat-elle-devient-mon-ennemie-entretien-avec-james-c-scott-98748 

 

Note de R71: James C. Scott est directeur du département des recherches agraires d’anthropologie politique de l’université de Yale, professeur de science politique, auteurs de nombreux ouvrages dont “Seeing like a State”, “Two Cheers for Anarchism”, “The Art of Not Being Governed” et le très récent “Against the Grain, Deep Origins of the State”. Scott a été traduit et abondamment publié sur R71. Il est un des anthropologues politiques actifs les plus influents de ces dernières décennies.

Comment résister à l’État lorsqu’il compromet nos libertés ? Comment faire entendre sa voix quand on est réduit au silence ? L’anarchie est-elle une vaine utopie comme la qualifient souvent ses détracteurs ?

Voici seulement quelques-unes des questions posées au politologue, anthropologue et penseur anarchiste James C. Scott (Université de Yale).

Durant un entretien exclusif avec les professeurs Benjamin Ferron, Claire Oger et leurs étudiants de Master 2 « Communication politique et publique en France et en Europe » (UPEC, UFR LLSH), James Scott a débattu des stratégies de résistance politique de ceux que l’on nomme, à tort, les « sans-voix ». Des tribus montagnardes de l’Asie du Sud-est aux serfs français en passant par les anciens esclaves marrons du Grand Marais Lugubre de Caroline du Nord, Scott brosse une vaste histoire des résistances face aux tendances autoritaires ou plus couramment à l’emprise des États. Extraits édités pour The Conversation France.

Organisation et anarchisme

Q : En 2012 vous avez écrit un ouvrage intitulé Petit éloge de l’anarchisme expliquant que votre conversion à l’anarchisme résultait d’une déception vis-à-vis de l’idée de changement révolutionnaire. L’anarchisme, expliquez-vous, est avant tout une pratique mêlant un intérêt pour le débat politique contradictoire, un principe d’incertitude et la soif de connaissance.

Comment articulez-vous vos analyses portant sur les pratiques discrètes de résistance « infrapolitique », souvent de nature individuelle et aux effets de long terme, avec les logiques de l’action politique, davantage collective et de court terme ?

« La diversité des motivations et des formes d’organisation rend les gens plus difficilement contrôlables. »

James Scott : Je pense que la plupart des révolutions réussies ont d’abord été liées au rassemblement de personnalités dont les objectifs étaient très différents. L’analyse omet souvent les biais inconscients des événements. C’est seulement après coup, lorsqu’émerge un conquérant ou un vainqueur que l’histoire est réécrite en présentant un mouvement centralisé et bien plus organisé qu’il ne l’était.

Or, cette diversité des motivations et des formes d’organisation rend les gens plus difficilement contrôlables. Je l’ai observé à de nombreuses reprises en Asie du Sud-est. Il n’y a pas de chef avec qui il faut négocier. Un autre exemple nous vient de Pologne. Le mouvement anarchiste a été très fort, du fait qu’il n’existait pas de centralisation. Certes, au début les gens ont mis du temps à se mobiliser. Mais ensuite, ils sont restés solidaires et présents. Cette particularité propre aux mouvements anarchistes à l’échelle globale est à la fois leur point fort et leur point faible.

Q : Votre travail fait aujourd’hui écho à de très nombreux mouvements de résistance contemporains, remettant en cause à la fois l’autorité de l’État mais aussi le modèle capitaliste et l’homogénéisation des cultures. On pense à Occupy Wall Street, Nuit debout ou les ZAD en France. Comment les analysez-vous ?

J.S. : Je commencerais par réfléchir à la façon dont des mouvements sociaux similaires ont existé. Revenons en arrière. Je suis un soixante-huitard fortement influencé par la guerre du Vietnam. Et mon travail en Malaisie m’a amené à m’interroger sur le monde paysan, auquel j’ai finalement dédié toute ma vie.

La classe paysanne est la plus importante au monde, non seulement en termes démographiques mais aussi historiques. Que veut dire le « développement » ? Si ce terme signifie quelque chose alors il doit d’abord faire sens pour le monde paysan, sinon, au diable le développement !

En étudiant les paysans et leurs formes de résistance j’ai appris que les mouvements révolutionnaires centralisés finissent toujours à un moment ou à un autre par remplacer l’État ou l’autorité qu’ils ont pour but de combattre. Or, si la révolution devient l’État, elle devient mon ennemie.

C’est pour cela qu’il faut observer les méthodes par lesquelles les mouvements d’opposition prennent le pouvoir : comment ces mouvements s’organisent-ils ? Comment se développent-ils ? Comment les élites se comportent-elles ? Je suis contre les mouvements dits de résistance qui reproduisent un schéma hiérarchique car quelque part, ils ne font que reproduire les organisations étatiques en place.

Les arts secrets de la résistance

Q : Vous utilisez dans un article publié en 2012 des exemples historiques, et plus particulièrement un cas précis d’exhumation des corps durant la guerre civile espagnole pour montrer que les modes de résistances ne sont pas toujours frontaux, ce que vous appelez l’infrapolitique. Mais n’est-ce pas un acte politique public ?

J.S. : J’ai en effet utilisé l’exemple de l’exhumation de corps de membres du clergé durant la guerre civile de 1936 en Espagne afin de montrer qu’il s’agissait là d’un acte symbolique très puissant, public et éminemment politique. Ce n’est pas un acte caché. L’acte infrapolitique est celui qui ne peut être révélé, souvent parce que les acteurs sont soumis à des régimes autoritaires où leurs agissements peuvent avoir des conséquences fatales pour eux ou leurs familles. Prenons la désertion et la mutinerie. La mutinerie est un acte politique, public. Mais la désertion peut être un acte politique tout aussi efficace, sans pour autant apparaître en tant que tel.

En France, Emmanuel Le Roy Ladurie et d’autres ont montré que la résistance des paysans au cours du XVIIIᵉ siècle et dont je traite dans Decoding Subaltern Politics : Ideology, Disguise and Resistance in Agrarian Politics, passe par des tactiques assez similaires.

En plus des émeutes ou manifestations classiques, ils ont ainsi développé un nombre considérable de stratégies afin d’éviter la dîme comme cacher le grain, tromper le collecteur quant aux chiffres de la récolte, etc. J’ai vu la même chose se passer en Malaisie dans les années 1970, où les villageois, refusant de payer un tribut qu’ils estimaient inique, s’organisaient pour payer avec le plus mauvais des riz récoltés !

Q : Les actes illégaux sont-ils infrapolitiques ?

J.S. : Si vous étiez ne serait-ce qu’un quart anarchiste vous n’utiliseriez même pas ce terme d’illégal ! Blague à part, l’illégalité doit être constamment questionnée et remise dans son contexte. Pensez aux lois juives ou à l’apartheid !

L’absurdité de la légalité peut parfois prendre des formes triviales. En Allemagne où j’ai travaillé un temps dans une ferme, je prenais le train toujours au même endroit : près d’un feu rouge. Le soir il n’y avait strictement personne, aucune voiture à l’horizon sur des kilomètres. Pourtant les gens attendaient sept minutes que le feu passe au vert. Et si je ne faisais pas comme eux, ils me rappelaient à l’ordre.

C’est une anecdote mais elle révèle bien que, si toutes les lois ne sont pas aussi triviales, beaucoup renforcent et concentrent les structures du pouvoir qui permettent de contrôler les individus, et que ces lois, souvent illégitimes, doivent être remises en cause.

De la même façon, les outils illégaux ne sont pas en soi des outils infrapolitiques. Prenons l’exemple du dark web, cité par certains comme militant car garant d’anonymat. Si son usage se cantonne à envoyer des messages de haines, ou permettre à des individus de se venger, en dehors de toute action collective entreprise dans le but de défendre un groupe opprimé, alors il n’y a pas d’acte politique, juste un acte de malveillance.

Le rôle des médias

Q : De nombreux acteurs sociaux, y compris révolutionnaires, s’appuient désormais sur les nouveaux médias, attirent une audience différente de leur base, dans une tendance que certains interprètent comme une forme de communication politique propre au capitalisme. Se rebeller doit désormais passer par une étape « marketing ». En quoi cela a-t-il changé la façon dont les résistances « cachées » s’organisent ?

J.S : Je ne suis pas un spécialiste des nouveaux médias ou des réseaux sociaux mais avec la distance je dirais que ces formes de communication ont surtout accéléré le volume d’informations disponibles, les rumeurs et leurs sources. Or la vraie question est de savoir de quelle manière ces circulations répondent finalement à une attente des usagers ?

Martin Luther King Jr. a par exemple changé son discours d’années en années afin de répondre aux attentes de ses paroissiens. Dans une certaine mesure, ce sont eux qui ont donné forme à sa pensée aussi, qui l’ont nourrie. La parole des sans-voix est amplifiée lorsqu’elle fait écho aux attentes de son audience. Cette dernière donne corps au message au moins autant que celui le porte.

« La parole des sans-voix est amplifiée lorsqu’elle fait écho aux attentes de son audience. »

Q : Une jeune femme a récemment été l’objet de nombreuses critiques en France en raison du voile qu’elle porte alors qu’elle est représentante d’un syndicat étudiant. Comment interprétez-vous ce type de réaction, et selon vous, le port du voile peut-il être une forme de résistance, d’acte infrapolitique ?

J.S. : En tant que praticien des sciences sociales, je ne suis pas intéressé par le fait qu’elle porte un voile. Ce qui m’intéresse en revanche c’est de savoir si elle le fait avec une certaine intention ou revendication, mais là réside le problème : on ne peut jamais savoir ce qui se trame dans la tête d’un individu, ni lui prêter des intentions. En sciences sociales, ce qui importe c’est de comprendre l’impact social d’un acte individuel. Comment les autres (musulmans ou non) ont-ils réagi ? Et pourquoi ? C’est un problème public. Or, ce qui est intéressant ici, est le fait que même si elle porte un voile parce qu’elle a froid à la tête, et que le monde l’interprète comme une manifestation politique, alors cela devient une manifestation politique.

Au-delà de l’État

Q : Vous avez beaucoup écrit sur l’Asie du Sud-est et vous vous tournez aujourd’hui vers le Myanmar. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J.S. : Je m’intéresse désormais au fleuve Irrawady. Les derniers développements socio-économiques dans la région en disent long sur la façon dont l’humain s’approprie les phénomènes naturels et les transgressent.

L’Irrawady est considérée comme la voie royale pour comprendre la culture birmane. En aval comme en amont, les habitants partagent la même langue, les mêmes pratiques culturelles. Mais si vous faites une vingtaine de kilomètres vers les montagnes, tout change.

C’est ce phénomène qui m’intéresse : ce qu’a déjà montré Fernand Braudel avec la Méditerranée. Les cultures se forgent grâce à l’eau. Les cartes terrestres n’ont qu’un rôle limité et c’est bien pour cela que les anciens états se construisaient près de sources d’eau qui leur permettaient de se développer mais aussi d’échapper aux autres systèmes étatiques.

Q : Vous avez d’ailleurs évoqué ce point avec Zomia en revenant sur les pirates échappant à l’état. Où en êtes-vous de cette réflexion désormais ?

J.S. : Si j’avais une autre vie, je travaillerais sur la « Zomia humide » ! Les marais, les étendues d’eau, les mangroves sont de formidables cachettes et poches de libertés.

Le Grand Marais Lugubre à la frontière de la Caroline de l’ouest et du nord de la Virginie, aux États-Unis, a été pendant des années une cachette idéale pour les esclaves marrons n’ayant pas pu rejoindre le Canada. 7000 d’entre eux ont vécu là, et certains sont nés sans avoir jamais vu d’hommes blancs ! Ils pouvaient chasser, cueillir des fruits et même récolter quelques denrées comme le maïs.

De même dans les eaux malaisiennes, les Orang Laut, nomades de la mer, ont longtemps sillonné les eaux pour se soustraire aux sultans malais, à qui ils vendaient parfois leurs services, comme les corsaires, mais à qui ils refusaient de payer l’impôt.

Les océans, comme les montagnes sont des espaces ouverts qui empêchent l’état de contrôler, taxer et enfermer les populations. Ce sont encore des espaces garants de liberté.

Lectures complémentaires:

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

Marshall-Sahlins-La-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008

Manifeste pour la Société des Sociétés

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Marcel-MAUSS-Essai-sur-le-don-1923-4

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 


Porte de la perception…

Pour une rentrée fructifiante…

Posted in actualité, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés with tags , , , , , , , , , , , , on 1 septembre 2019 by Résistance 71


Moment de zeptoseconde…

 

Résistance 71

 

1er septembre 2019

 

Nous sommes restés à l’écoute durant cette trêve estivale et vous amènerons aujourd’hui et dans les jours qui viennent quelques articles / traductions que nous avons pensés être pertinents pour la suite des évènements de révolte du juste sur le chemin de la mise en place de la société des sociétés.
Nous aurons également  deux nouveaux PDF à vous soumettre sous peu. Comment peut-on rester oisif devant le spectacle affligeant de cette marchandise en décrépitude ? Nous avons toute la mort pour nous reposer nous disait l’autre Georges (Moustaki)…

Durant cette trêve, ce fut notre page bibliothèque PDF qui fut extrêmement bien visitée et nous nous en réjouissons grandement. Un grand nombre des 123 pdf furent téléchargés.

En ce qui concerne les PDF à proprement parler voici le top 5 des téléchargements durant ce mois écoulé:

1- Un Monde sans Cancer, l’histoire de la vitamine B17

2- 20-juillet-1969-20-juillet-2019-50-ans-pour-passer-de-heros-a-zero

3- Manifeste pour la Société des Sociétés

4- Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

5- La_City_de_Londres_au_coeur_de_lempire

Quelques mentions spéciales pour un manifeste regain d’intérêt envers nos traductions des historiens Antony Sutton et Howard Zinn, pour un intérêt marqué envers les deux tomes du « Manuel du sceptique climatique », Ahsraf Ezzat et son mythe de la bible, pour la télé-médecine, bien entendu le toujours très lu Dean Henderson. Egalement bien placés les pdf des textes de Francis Cousin ainsi que celui de notre dossier sur la technologie mortifère 5G…

Merci aux lecteurs d’être restés si actifs en lisant le plus possible.
Plus on en sait et moins on est manipulable. L’oligarchie le sait et c’est bien ça qui l’emmerde. Rien de pire pour elle que d’avoir à faire non seulement avec des esprits critiques capables de voir au travers des écrans de fumée émis par la société du spectacle permanent, mais avec des gens éveillés qui agissent pertinemment pour transformer radicalement (dans la profondeur de l’être) leur réalité sociale.

Le mouvement des Gilets Jaunes va rentrer en phase 2, une phase qui sera plus perceptive et qui mènera à plus de succès de long terme, l’épuration de la fange s’est opérée en phase 1, on sait maintenant plus précisément qui est qui, mais le danger de l’infiltration et de la récupération demeurera toujours présent. C’est ce que le système fait le mieux, la seule chose qu’il sache faire du reste: diviser pour mieux détruire, annihiler, seule condition de sa survie ; créer des antagonismes factices pour nous maintenir dans le politique infantile, nous bloquer en mode violent et réactif, bloquer de fait l’évolution même de la société vers son humanité vraie achevée…

Mais ceci est par trop anticiper, ce sera le sujet d’un de nos pdf à venir, bientôt, très bientôt… Juste histoire de titiller l’intérêt.

 

 

Gilets Jaunes: Passer en phase 2… Discussion entre une GJ et Francis Cousin

Posted in actualité, gilets jaunes, Internet et liberté, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 29 août 2019 by Résistance 71


GJ la phase 1 entrouvre la porte…

 

 

 

Trêve estivale et conscience politique… Conseils de lecture

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, sciences et technologies, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 29 juillet 2019 by Résistance 71

 

29 juillet 2019

 

Nous nous mettons en sourdine jusqu’en septembre. Quelques projets en cours… Ci-dessous quelques conseils de lecture pour affûter nos consciences politiques de rentrée et au-delà, en provenance de notre page / bibliothèque PDF gratuite à consulter et diffuser sans aucune modération. La biblio contient 123 pdf à télécharger gratuitement. Tout ce que nous demandons en échange de ce travail, de ces centaines d’heures passées au service de la communauté à lire, traduire, écrire, mettre en page (aussi pour Jo) est que les lecteurs diffusent profusément toutes les lectures qu’ils jugeront utiles et pertinentes ; plus nous serons sur la même longueur d’onde et plus vite mettrons-nous en place la société des sociétés. Merci par avance.

Bon été et bonne lecture à toutes et à tous.

Collectif Résistance 71

MAJ du 5 août 2019:
« La parole aux anarchiste iraniens et afghans sur la situation géopolitique courante et les tensions avec l’empire »
(Nous republierons cet entretien en entier en septembre)

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Quelques lectures que nous conseillons particulièrement (classification par ordre de date de publication du plus récent au moins récent):

Cette toute dernière production de Jo que nous rajoutons ici ce jour:
Charles-Macdonald_anthropologie_de_l’anarchie

et…

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Dean Henderson NOM 4 cavaliers apocalypse pétrolière et familles banquières de l’oligarchie

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

Manifeste pour la Société des Sociétés

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

La_City_de_Londres_au_coeur_de_lempire

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Dieu et lEtat_Bakounine

Au sujet d’un 11 septembre nucleaire

Effondrer le colonialisme

Compilation Howard Zinn

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Sutton_Le_meilleur_ennemi_quon_puisse_acheter

Sutton_Wall_Street_et_la_montée_d’Hitler

Sutton_Wall-Street_et_la_Révolution_Bolchévique

Théorie Russo Ukrainienne de l’Origine Profonde Abiotique du Pétrole

On a retrouvé l’histoire de france (Jean Paul Demoule)

confederalisme_democratique

Manuel_du_sceptique_climatique_No1

Manuel du Sceptique II-V4

Un Monde sans Cancer, l’histoire de la vitamine B17

kropotkine_science-etat-et-societé

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

Appel au Socialisme Gustav Landauer

A lire également: « Les articles de Résistance 71 »

 

Réflexion sur le « monde-vérité » avant trêve estivale…

Posted in actualité, altermondialisme, pédagogie libération, philosophie, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , on 28 juillet 2019 by Résistance 71

Quelques réflexions avant notre trêve estivale annuelle sur le vaste sujet du « monde-vérité » émanant d’un des plus grands esprits ayant vécu sur cette planète, Nietzsche et son art de la philosophie au marteau. Ce texte très court issu de son « crépuscule des idoles » (1888) possède cette capacité de surprendre son lecteur à y repenser bien après l’avoir lu ; le genre de texte qui « travaille » le sujet, l’esprit, jusque dans le « subconscient ».. Dans notre prochain billet de trêve estivale, quelques conseils de lectures pour une rentrée dynamique et éveillée, même si la lutte , elle, ne prend pas de vacances. Bonne lecture !
~ Résistance 71 ~

 

 

« Dans le Crépuscule des Idoles, Nietzsche développe une critique de Platon et de l’équation morale bien=beau=vertu. 
Il montre que derrière la morale se cache un nihilisme déguisé. La mort de Socrate en est une preuve, ou plutôt un symptôme : Socrate voulait mourir.
La religion cache aussi un nihilisme sous-jacent, ainsi que le rationalisme, qui nie le devenir. »
~ Les philosophes.fr ~

 

Comment le “monde-vérité” devint enfin une fable

Histoire d’une erreur.

 

Friedrich Nietzsche, “Le crépuscule des idoles”, 1888

 

1.

Le « monde-vérité », accessible au sage, au religieux, au vertueux, — il vit en lui, il est lui-même ce monde.

(La forme la plus ancienne de l’idée, relativement intelligente, simple, convaincante. Périphrase de la proposition : « Moi Platon, je suis la vérité. »)

2.

Le « monde-vérité », inaccessible pour le moment, mais permis au sage, au religieux, au vertueux (« pour le pécheur qui fait pénitence »).

(Progrès de l’idée : elle devient plus fine, plus insidieuse, plus insaisissable, — elle devient femme, elle devient chrétienne…)

3.

Le « monde-vérité », inaccessible, indémontrable, que l’on ne peut pas promettre, mais, même s’il n’est qu’imaginé, une consolation, un impératif.

(L’ancien soleil au fond, mais obscurci par le brouillard et le doute ; l’idée devenue pâle, nordique, kœnigsbergienne.)

4.

Le « monde-vérité » — inaccessible ? En tous les cas pas encore atteint. Donc inconnu. C’est pourquoi il ne console ni ne sauve plus, il n’oblige plus à rien : comment une chose inconnue pourrait-elle nous obliger à quelque chose ?…

(Aube grise. Premier bâillement de la raison. Chant du coq du positivisme.)

5.

Le « monde-vérité » — une idée qui ne sert plus de rien, qui n’oblige même plus à rien, — une idée devenue inutile et superflue, par conséquent, une idée réfutée : supprimons-la !

(Journée claire ; premier déjeuner ; retour du bon sens et de la gaieté ; Platon rougit de honte et tous les esprits libres font un vacarme du diable.)

6.

Le « monde-vérité », nous l’avons aboli : quel monde nous est resté ? Le monde des apparences peut-être ?… Mais non ! avec le monde-vérité nous avons aussi aboli le monde des apparences !

Midi ; moment de l’ombre la plus courte ; fin de l’erreur la plus longue ; point culminant de l’humanité ; INCIPIT ZARATHOUSTRA.

= = =

Lectures complémentaires:

Friedrich_Nietzsche_La_morale_ou_la_contre_nature

PSanchez_LA RELIANCE ET LA GUIDANCE QUANTIQUES

Friedrich-Nietzsche_L’Antéchrist_1888

 


Porte de la perception…

Gilets Jaunes: Anthropologie de l’anarchie pour un changement radical de paradigme (causerie de Charles Macdonald)

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, sciences et technologies, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 27 juillet 2019 by Résistance 71

“La possession individuelle est la condition de la vie sociale, cinq mille ans de propriété le démontrent. La propriété est le suicide de la société. La possession est un droit, la propriété est contre le droit. Supprimez la propriété tout en maintenant la possession et, par ce simple changement de principe, vous révolutionnerez la loi, le gouvernement, l’économie et les institutions, vous chasserez le mal de la surface de la terre.”
~ Pierre Joseph Proudhon, 1840, “Qu’est-ce que la propriété ?” ~

“Je pense maintenant qu’une bonne socio-anthropologie va dans le sens d’une pensée anarchiste ou anarchisante. Donc l’anarchisme chez moi est la conséquence d’une démarche anthropologique et ma pensée anthropologique n’est pas la conséquence d’une conviction anarchiste préalable.”
~ Charles Macdonald” ~

Nous attirons tout particulièrement ici l’attention du lecteur sur la notion de don et de partage abordée par l’auteur en rapport avec la dette qui s’établit, ou pas, dans les différents types de société ; très très intéressant… Notons également que Macdomald cite régulièrement 4 anthropologues que les lecteurs de ce blog connaissent bien: Pierre Clastres, James C. Scott, David Graeber et Marcel Mauss pour le plus ancien, ce qui nous fait dire que quelque part, on ne vous a pas fait perdre votre temps… Toutes ces réflexions sont en toile de fond de notre analyse politique que nous avons publiée en 2017 sous la forme du « Manifeste pour la société des sociétés ».
Les courtes questions/réponses avec l’assemblée sous le texte sont très intéressantes également et particulièrement d’actualité.

(Résistance 71 )

 


Charles Macdonald, anthropologue CNRS

 

A lire aussi de Charles Macdonald:
« Le mouvement des Gilets Jaunes est-il anarchiste ? »

Le texte ci-dessous en pdf réalisé par Jo le 29 juillet:
Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

 

Centre International de Recherches sur l’Anarchisme (CIRA)
Anthropologie de l’anarchie et anarchisme
 

causerie de Charles Macdonald 

10 octobre 2014 au CIRA de Marseille

 

Source:

http://cira.marseille.free.fr/includes/textes/imp_bio.php?ordre=30

 

Je suis très heureux d’être devant vous et vous suis reconnaissant de l’intérêt que vous portez aux idées que je peux développer sur l’anthropologie et sur l’anarchisme, et le rapport entre les deux. Je suis en France à peu près le seul de mon espèce car je ne connais pas d’autre représentant en France de ce qu’on pourrait appeler l’anthropologie anarchiste. Il y en a eu un dont le nom a été cité, Pierre Clastres. Il est mort prématurément et l’héritage qu’il a laissé sur le plan de la théorie anthropologique présente malheureusement des insuffisances.

Je voudrais vous expliquer d’abord qui je suis. Je ne suis pas un anarchiste qui fait de l’anthropologie. Je suis un anthropologue qui est venu aux idées anarchistes. Presque toute ma vie j’ai fait de l’ethnographie, c’est-à-dire de la description de populations particulières, et il y a environ huit ans j’ai commencé à faire ce que j’avais vraiment eu très envie de faire toute ma vie c’est-à-dire de la comparaison et de la théorie. Je me suis demandé ce qui peut expliquer comment les hommes s’organisent, partout, dans toutes les sociétés humaines connues. Mes études ethnographiques qui ne m’avaient pas conduit à devenir anarchiste jusqu’alors m’avaient tout de même mis sur une piste. C’est cette piste qui m’a permis de développer une approche théorique du social validant des thèses anarchistes. Je pense maintenant qu’une bonne socio-anthropologie va dans le sens d’une pensée anarchiste ou anarchisante. Donc l’anarchisme chez moi est la conséquence d’une démarche anthropologique et ma pensée anthropologique n’est pas la conséquence d’une conviction anarchiste préalable. C’est bien ou c’est mal, je ne sais pas, mais c’est intéressant du point de vue de la validité de cette démarche

Pour dire les choses simplement j’ai travaillé dans une population, les Palawan, au sud des Philippines, qui sont des gens tout à fait pacifiques, non violents et très égalitaires. ça ne posait pas un problème mais leur sociologie posait un problème en ce sens que je n’arrivais pas à définir clairement des groupes à l’intérieur de cet ensemble ethnique ; les groupes étaient informes, se faisaient et se défaisaient dans le temps et n’étaient pas définis en fonction des critères habituellement utilisés par notre socio-anthropologie. J’étais très embêté, je me disais : voilà des gens qui n’ont pas de groupes clairement définis, où on n’appartient pas à un groupe d’une façon unilatérale, claire, les groupes ne sont pas disjoints deux à deux. Il y a un flou, une indéfinition qui sont gênants. En plus, il n’y a pas de chef… Donc comment expliquer cela ? Je ne trouvais pas, du moins dans la théorie anthropologique, d’explication à cet état de chose. Et je voyais même que la définition qu’on donnait d’une société ou d’une organisation sociale c’était d’être formée d’un ensemble de groupes disjoints qui ont une interaction entre eux, par exemple des clans, des villages, des chefferies, etc… Et dans la société que j’étudiais, les groupes ou les segments n’étaient pas clairement définis, ils bougeaient sans cesse, ils n’avaient pas de composition stable, pas de représentants. Je me suis donc gratté la tête assez longtemps et j’ai fini par trouver des réponses dans les travaux d’ethnologues qui avaient travaillé sur les Inuit. Je me suis rendu compte que malgré la différence, énorme, entre ces deux sociétés, entre d’une part la société tropicale que j’avais étudiée, des essarteurs, des agriculteurs, et d’autre part des gens qui vivaient sur la banquise, de purs chasseurs et pêcheurs, il y avait des ressemblances énormes. Ces deux formations sociales étaient pratiquement identiques. Elles étaient caractérisées par l’absence de cette chose tellement indispensable à la théorie sociologique qui est le groupe social ; il n’y avait pas de groupes bien définis ; il y avait des réseaux, des agrégats de personnes qui formaient de petites communautés tout à fait viables, tout à fait fonctionnelles, mais qui n’étaient pas définies selon les critères de la sociologie traditionnelle tels qu’on les appliquaient aux sociétés, même primitives.

C’est là que je me suis dit : il y a deux sortes de communautés humaines, et c’est l’argument central que je vais essayer d’exposer dans cette petite causerie : il y deux formes de vie collective humaine, la forme sociale, et la forme anarchique. La forme anarchique existe à l’état concret dans un petit nombre de cas, en général situés aux limites géographiques du monde habité, dans des refuges, dans des montagnes, dans des déserts, sur les banquises ou dans les forêts tropicales. C’est là qu’existent encore quelques groupes qui vivent de façon anarchique c’est-à-dire qui fonctionnent sans principe hiérarchique, sans chefs, et selon des modalités qui relèvent d’une grille conceptuelle différente. Il fallait en trouver une nouvelle pour expliquer la façon dont ces hommes vivaient ensemble, comment ils arrivaient à maintenir une existence collective durable. On a dans la littérature anthropologique quelque chose d’absolument incroyable. Un grand nombre d’ethnologues sont allés en Afrique, en Amérique du Sud, ou en Nouvelle-Guinée, et dans différentes parties du monde. Ils y ont attentivement observé des sociétés et les ont étudiées de façon tout à fait professionnelle, par l’observation participante. Or quelques-uns de ces ethnologues sont arrivés à la conclusion que certaines populations n’avaient aucune organisation sociale. Cela aurait dû causer au moins un certain malaise, pour ne pas dire des questions tout à fait dérangeantes, mais, figurez-vous, pas du tout. Les anthropologues ont considéré soit que c’étaient des exceptions qui ne valaient pas la peine de s’en soucier considérablement, ou que leurs ethnographes s’étaient trompés, avaient mal étudié les faits, etc.

Il y a en effet une résistance considérable dans la sociologie ou dans l’anthropologie à admettre le fait qu’il existe des groupes humains qui sont de vraies communautés, qui vivent sur plusieurs, voire des dizaines, ou même des centaines de générations, sans aucunement adopter les principes qui permettent à nos sociétés d’exister. C’est tout de même incroyable et je voudrais m’arrêter quelques secondes là-dessus avant d’aller plus loin et d’expliquer comment moi je vois les choses sur le plan conceptuel et théorique.

Je pense que la résistance à toute idée anarchique, anarchisante ou anarchiste du social, de la vie collective humaine chez les sociologues et les anthropologues en particulier et aussi d’une façon générale, vient d’un premier gros malentendu ; on a pensé qu’on pouvait construire des sociétés sans propriété privée. L’idée de propriétés privées était une idée tout à fait fondamentale dans la pensée révolutionnaire aussi bien celle du XVIIIe que du XIXe siècle. En revanche l’idée d’une société sans chef, sans aucune forme d’autorité, sans pouvoir politique, ne paraissait pas acceptable. Il nous est plus facile d’accepter l’idée ou l’utopie d’une société dénuée de toute propriété privée – on a essayé de créer des sociétés collectivistes sur ce plan là, que l’idée qu’une société puisse ne pas avoir du tout de chef, où personne ne puisse donner d’ordre à personne. Cela paraît ridicule, impensable. En réalité, ce qui se passe, c’est qu’il n’existe pas de société, la plus primitive soit-elle qui ne connaisse une forme au moins de propriété privée pour une raison extrêmement simple, qu’a rappelée Proudhon. Ce dernier a dit deux choses : « La propriété c’est le vol », mais il a dit aussi « La propriété c’est la liberté ». C’est-à-dire que le minimum de propriété privée garantit l’autonomie du sujet. Si je n’ai rien, je ne peux rien faire, je dépends des autres. Si j’ai quelque chose qui me permet de vivre c’est déjà le début de la liberté. On retrouve cette idée chez des gens qui sont dénués de l’idée de toute accumulation de richesse, par exemple les Hadza de Tanzanie, et beaucoup d’autres populations de chasseurs-cueilleurs, voire même d’agriculteurs. En revanche la société que j’ai étudiée, la société Palawan, mais d’autres encore, ne connaissent aucune forme d’autorité politique, il n’y a pas de chef, personne ne peut donner d’ordre à personne. C’est un fait très connu maintenant en ethnographie. Dans diverses populations, amérindiennes, asiatiques, vous avez des communautés où les anciens, disons ceux qui ont la parole, n’ont finalement aucune espèce d’autorité sur personne, ils disent : « Il faut faire ceci, il faut faire cela », puis tout le monde rentre chez soi et fait ce qu’il veut. Il n’y a pas de contraintes, pas de donneurs d’ordres. ça va tellement loin qu’on considère que les parents ne peuvent pas donner d’ordres à leurs enfants : l’autonomie de l’individu est garantie dès la plus petite enfance. Cela ne veut pas dire qu’on n’essaie pas tout de même d’éduquer les gosses, de leur dire de ne pas faire ci, de ne pas faire ça, mais les enfants peuvent toujours dire non à leurs parents, et quand ils disent non à leurs parents ceux-ci sont malheureux, ils baissent la tête, ils ne sont pas contents du tout, mais quand l’enfant dit non, il dit non. Cette idée de l’autonomie individuelle, réelle, concrète, existe très fortement dans ces communautés.

Donc on est partis sur la mauvaise piste, on est partis sur la piste de sociétés primitives sans propriété mais avec un peu d’autorité tout de même et c’est exactement le contraire qui se passe. C’est une raison parmi d’autres pour laquelle l’anthropologie sociale, particulièrement en France a été tellement hostile à toute entreprise d’analyse de type anarchiste. Je tenais à faire cette introduction.

Pourquoi l’anthropologie anarchiste est-elle si absente en France. Chez les géographes français il y a une tradition anarchiste très forte, avec Élisée Reclus et d’autres qui était de tradition anarchiste de façon très militante. Mon collègue Philippe Pelletier est un exemple de cette tradition très vivante. Mais des anthropologues anarchistes en France il y en a très peu, il y a eu Pierre Clastres, comme je l’ai dit, et c’est à peu près tout. Je n’en connais pas d’autres, mais aux États-Unis et en Grande-Bretagne en revanche il y a une tradition anarchiste beaucoup plus vivante qu’en France, beaucoup plus étendue. Elle a un public, des lecteurs ; il y a de très bons anthropologues anarchistes aux États-Unis, alors qu’en France il n’y en a pas du tout pour certaines des raisons que je vous ai données mais qui ne sont pas les seules.

Le cœur de mon argumentation se réduit à trois dimensions. Comme je l’ai dit tout à l’heure, on part du constat qu’il existe deux formes d’organisation collective humaine : la forme anarchique et la forme sociale. La forme sociale est toujours hiérarchique, elle suppose toujours du pouvoir ; la forme anarchique, au sens étymologique du terme, est une forme d’organisation où il n’y a pas de chef : j’appelle cette forme d’organisation anarcho-grégaire.

Pourquoi anarcho et pourquoi grégaire ? Elle est anarcho, c’est-à-dire anarchique, non pas anarchiste, parce que l’anarchisme implique une doctrine. Or des gens comme ceux que j’ai étudiés, et d’autres, n’ont pas véritablement de doctrine, ils ne sont pas des militants d’une cause, ils vivent simplement cette vie-là, je les appelle des anarches, des gens sans chef.

Mais il y a un deuxième sens à anarchie, qui est le sens principal dans le langage courant, qui est le chaos, le désordre. Or ce sens du mot anarchie est également approprié pour définir ces formes de vie collective où domine un principe d’indétermination. Ce sont des formes d’organisations non linéaires qui obéissent à des principes stochastiques ; les choses ne sont pas prévisibles à l’avance.

C’est pour ça qu’il n’y pas de groupes clairement définis ; on appartient à un groupe à un moment et à un autre on n’y appartient plus. Telle formation sociale a telle configuration à tel moment et telle autre configuration à tel autre moment, sans qu’on puisse prévoir à l’avance quelle sera la configuration suivante exacte et cela en vertu du principe d’autonomie des sujets. Chacun peut choisir son affiliation, son appartenance et ses choix varient dans le temps, ils changent constamment. Nous, si nous sommes Français, nous sommes Français toujours, alors que là on est à un moment ceci et à un autre moment autre chose. J’appelle donc ces systèmes anarcho-grégaires ou anarcho-libertaires, ou encore anarcho-égalitaires.

J’utilise le terme grégaire parce que mon approche est aussi une approche d’anthropologie évolutionnaire, je ne vais pas trop insister là-dessus, mais nous appartenons à une espèce animale, biologique qui est grégaire. L’homme vit toujours en groupe, toujours. C’est une détermination de notre évolution biologique, il y a des espèces animales qui sont solitaires, comme certains grands félins, mais il y a des espèces grégaires. L’homme ne vit qu’en groupe, il ne vit pas nécessairement en société, mais il vit toujours en collectivité et partout quelle que soit la forme d’organisation sociale, qu’elle soit anarchiste ou non, hiérarchique ou égalitaire, il y a toujours de la coopération. Les deux principes fondamentaux, si on veut faire de l’axiomatique, c’est la coopération et l’autonomie du sujet. Tout découle de là.

Mais pour l’instant restons encore un peu à la surface des choses. Ces organisations anarcho-grégaires s’opposent en trois points, ou sur trois dimensions principales, aux organisations sociales ou socio-hiérarchiques. Dans chacune de ces trois grandes dimensions il y deux choix opposés.

La première dimension c’est la hiérarchie ou l’égalité. Il n’est pas facile sur un plan sociologique de démontrer que l’égalité est une bonne chose. Pourtant, paradoxalement, nous pensons en général que l’égalité est souhaitable. Pourquoi pensons-nous que l’égalité est souhaitable ? Il n’est pas facile de répondre à cette question ni philosophiquement, ni sociologiquement, ni historiquement. Les historiens pensent qu’ils trouvent la réponse à cette question dans la philosophie anglaise du XVIIe siècle et française du XVIIIe. Mais l’idée d’égalité est bien antérieure. Un des problèmes qui se pose pour répondre à cette question de l’égalité versus hiérarchie, si vous voulez, c’est que nos sociétés, celles où nous vivons la société française, occidentale, industrielle, occidentale est évidemment fondée sur l’inégalité. Vous enlevez l’inégalité, vous n’avez plus de société. L’inégalité est une condition sine qua non de la vie sociale. Comment peut-on, alors que nous vivons cette vie sociale malgré tout, peut-être à notre corps défendant ou d’une façon tout à fait volontaire et heureuse, ça dépend des gens, comment peut-on en même temps croire à l’égalité ? Pourquoi écrit-on au fronton de nos édifices publics : liberté, égalité, fraternité. Pourquoi revendique-t-on l’égalité ? Sur le plan théorique c’est avec de l’inégalité et de la hiérarchie que nous créons de l’ordre. La notion logico-mathématique d’ordre renvoie nécessairement à une idée d’inégalité ; créer de l’ordre avec de l’égalité est extrêmement difficile, peut-être même impossible pensent beaucoup de théoriciens..

Beaucoup de sociologues, peut-être la majorité d’entre eux, ont éliminé le problème en disant que l’égalité c’est très simple, c’est l’absence de hiérarchie, c’est-à-dire que là où il n’y a pas de hiérarchie, on est égaux. Rien n’est plus faux, les sociétés qui vivent dans l’égalité construisent cette égalité. L’égalité est toujours le produit d’un processus volontaire de la part des populations qui souhaitent rester égales, et nous avons des exemples de populations égalitaires : celles que j’ai étudiées aux Philippines, mais il y en a bien d’autres. Comment les gens font-ils pour rester égalitaires ? Quelles espèces de processus sont à l’œuvre ? Quelles actions, quels comportements, quelles règles permettent de créer et de maintenir l’égalité ?

Un des meilleurs spécialistes anthropologues, ethnologues de la question pense qu’il s’agit d’une lutte constante contre la dominance. C’est l’idée qu’avait Clastres, à savoir qu’il existait des groupes humains qui se battaient quotidiennement, tout le temps, pour empêcher l’émergence de chefs, de gens qui voulaient acquérir une position dominante. Cette idée de Clastres est une idée très juste, quoiqu’il n’ait pas su trop la préciser ; ce processus existe dans certaines populations dites primitives ou tribales, mais il n’existe pas dans toutes. Vous avez des sociétés primitives et tribales extrêmement hiérarchiques, en Nouvelle-Guinée par exemple, ou en Afrique, et ailleurs aussi. Vous avez beaucoup de sociétés traditionnelles, (nommées aussi tribales, primitives, archaïques, prémodernes, sans écriture, pré-étatiques) qui ne sont pas du tout égalitaires. Malgré des signes de primitivité dans les costumes, les croyances, les cérémonies, les coutumes, elles sont organisées tout à fait hiérarchiquement, autant que les nôtres, plus même parfois.

Mais certaines populations ont gardé cette idée d’égalité et la défendent tous les jours, becs et ongles, en empêchant certains de gagner des prérogatives. Il y a toute une série de manœuvres possibles pour y parvenir : la rumeur publique, l’ostracisme, la moquerie et une façon permanente de maintenir une certaine atmosphère de convivialité égalitaire entre les acteurs sociaux, les sujets, les agents du groupe, de la communauté.

Cela m’amène à parler d’un autre concept qui enrichit cette vision des choses, celui de liens faibles et de liens forts. C’est un concept assez intéressant parce qu’il fait comprendre ce que je veux dire. Des sociologues ont développé l’idée que des liens faibles jouent un rôle très important dans l’univers social par rapport aux liens forts. J’ai un peu travaillé cette idée et je l’utilise de la façon suivante : un lien fort est un lien socialement institutionnel, défini une fois pour toutes entre des personnes et qui est défini par rapport à quelqu’un d’autre, une tierce autorité ; par exemple d’être citoyen français est un lien fort, je ne peux pas décider ce matin que je suis citoyen chinois ; je peux le vouloir mais si je veux vraiment être citoyen chinois, je vais en demander aux autorités chinoises la permission, et lorsque je serai citoyen chinois je le serai pour toujours ou en tout cas pour très longtemps. En revanche un lien de connivence entre personnes qui se reconnaissent comme tels peut être rompu à tout moment, c’est un lien faible. L’amour érotique, romantique entre deux personnes est un lien faible de ce point de vue ; il est intense, certes, mais pendant un certain temps. Quand il faiblit, il se rompt et aucun des deux partenaires n’a à demander l’autorisation à une autorité extérieure la possibilité de ne plus former un couple ; c’est un lien faible. Le mariage en revanche est un lien fort, d’une part parce qu’il est pensé comme devant durer toute la vie, du moins il était pensé comme cela autrefois, et même comme un lien sacré qui était sanctionné par l’autorité de l’Église ou de l’État. Monsieur le curé ou monsieur le maire vous disait si vous étiez mariés ou pas, donc c’était un lien fort. La société telle que nous la connaissons, telle que nous la vivons, est une société de liens forts.

Il y a des liens institutionnels, contraignants, forts, qui nous situent et nous contraignent dans l’ordre social. Mais nous vivons aussi dans un univers de liens faibles qui sont tout simplement les liens de camaraderie, d’amitié, d’affection, d’entente personnelle, les liens de gens qui s’associent librement pour poursuivre un but commun du plus anodin au plus réfléchi, ce qu’un philosophe américain, l’historien Peter Lamborn Wilson, alias Hakim Bey, appelle des zones d’autonomie temporaire. Par exemple un dîner entre amis, un pique-nique, une randonnée avec un club de marche sont de tels lieux ou moments d’autonomie temporaire. On y participe sans nécessairement s’engager pour la vie vis-à-vis des autres, il n’y a pas d’engagement définitif, de loyauté à déclarer. On le fait par plaisir, et en raison des relations immédiates et concrètes qui nous lient aux autres, dans le moment, sans engager l’avenir.

L’idée à retenir c’est donc qu’il y a des groupes humains qui vivent avec des liens faibles, sans liens forts. Les sciences sociales ont du mal à admettre cela, puisqu’elles considèrent généralement que le plaisir qu’on peut avoir à la société des autres est en quelque sorte un décor, quelque chose d’annexe, de complètement accessoire, pas assez sérieux pour pouvoir suffire à constituer un groupe. Nous vivons dans une société post-édénique, avec une vision triste du social. Il faut souffrir et il faut être sérieux pour mériter la société. Un groupe humain qui vit sans être vraiment sérieux est difficilement admissible pour les sociologues. C’est insupportable à leurs yeux. C’est une raison pour laquelle dans les sciences sociales nous ne comprenons pas les groupes humains qui vivent avec des liens faibles.

Mais ces liens faibles comment fait-on pour les maintenir en existence ? Si vous avez un lien faible, vous le renforcez : si vous avez une petite ficelle et que vous voulez attacher quelque chose de lourd, vous multipliez le nombre de liens, vous faites des torons ou vous tressez plusieurs ficelles. De même dans une telle société vous tentez de développer ce que j’appelle les « conditions de félicité » de la vie collective. C’est un concept que j’emprunte à la linguistique. Vous faites en sorte que les interactions avec autrui soient satisfaisantes. Dans ces communautés vivant avec des liens faibles on observe que, parmi tous les types d’interactions possibles, celles qui comportent la plaisanterie, le rire, les blagues, le chahutage amical ont une grande importance pour maintenir la cohésion de leur ensemble communautaire, de leur ensemble social.

Je reviens maintenant à mes trois principes : le premier c’était l’égalité versus la hiérarchie. Des sociétés égalitaires existent quoiqu’en disent certains anthropologues. La deuxième grande dimension, c’est celle de la réciprocité, de l’échange, et de leur contraire, le partage. On touche là quelque chose qui intéresse beaucoup les anthropologues et sociologues et plus particulièrement les anthropologues et sociologues marxistes, à cause du primat des infrastructures, des rapports de production. Là aussi l’anthropologie sociale, et pas seulement française, a été coupable, ou victime de cécité ; elle n’a pas vu quelque chose qui était pourtant évident. Un grand anthropologue du début du XXe siècle, Marcel Mauss, que vous connaissez sans doute, a écrit un texte remarquable, l’Essai sur le don, qui a constitué un modèle de ce que pouvaient être tous les échanges dans les sociétés humaines. Ce modèle s’applique effectivement dans beaucoup de cas. Mais Mauss a oublié quelque chose qui est caché et qu’on n’a jamais véritablement pris en considération, le partage, en confondant les deux, en pensant que le partage était une forme de don.

Mauss a écrit que dans une société primitive quand on donne quelque chose, ce quelque chose, ou quelque chose d’équivalent, revient toujours à la personne qui l’a donné, à son point de départ. Autrement dit il y a toujours cette espèce de va-et-vient qui va de A à B et qui peut éventuellement passer par C. Il y a toujours un cycle d’échanges sous forme de trois obligations : je suis obligé de donner, je suis obligé de recevoir ce qu’on me donne, et finalement je suis obligé de rendre. Ces trois formes d’obligations forment en quelque sorte un contrat social ; ceci permet d’expliquer beaucoup de choses, dans un vaste domaine, par exemple dans le domaine de la parenté et du mariage. Claude Lévi-Strauss s’est saisi de ce modèle et de ces implications pour le mariage dans les sociétés traditionnelles ou primitives : c’est l’échange ou la circulation de femmes qui vont d’un groupe à l’autre. Ce don et cette circulation de filles et de sœurs s’accompagnent de circulations de biens, d’idées et de personnes. Il y a donc création de liens, création du social, à travers le processus du don et de l’échange.

Mauss ne s’est pas trompé, mais il a laissé une case vide qui n’a pas été explorée, c’est le partage. Je vais expliquer avec cet exemple que je donne souvent parce qu’il me paraît assez clair : dans les vieilles sociétés patriarcales françaises ou européennes, le chef de famille, le maître de maison, tenait, paraît-il, la miche de pain et un couteau, découpait des tranches de cette miche et tendait ces tranches de pain à tous les convives qui étaient autour de la table. Ainsi il donnait quelque chose, il donnait la nourriture aux autres, mais les autres qui recevaient la nourriture, lui devaient quelque chose, lui devaient des services. Il y avait une implication hiérarchique évidente dans ce don du pain par le maître de maison. Pensons maintenant à la façon dont nous distribuons le pain quand nous avons un dîner entre amis : il est coupé, mis dans une panière. À table chacun se sert, à sa convenance, personne ne donne à personne. Je mets entre parenthèses le fait qu’il a peut-être été acheté par le maître de maison, mais ce n’est pas essentiel ; le cas du partage du pain sur la table n’a rien à voir avec le don du pain par le patriarche dans les vieilles sociétés rurales ou européennes.

C’est exactement ce qui se passe avec le partage, l’antithèse du don je le répète, et les sociétés tribales, particulièrement celles des chasseurs-cueilleurs ont inventé tout un tas de solutions pour que précisément il n’y ait pas de dons, et donc pas de donneurs ni de dettes. La dette en effet est ce qui crée de la différence, de la hiérarchie : il y a celui qui doit, qui est inférieur, et celui à qui on doit, le créancier, qui est supérieur. Pour éviter cela, on a trouvé des procédés divers, certains assez curieux.

Par exemple chez les Inuit le chasseur qui a capturé un phoque doit le partager avec les autres chasseurs qui s’en sont approchés et l’ont touché même après qu’il a été tué. En le touchant ils en deviennent ipso facto propriétaires d’une partie. Ce n’est donc pas le chasseur qui donne la proie qu’il a tuée, cette proie est amenée dans le groupe où elle est découpée suivant des règles préétablies. Chez les Palawan que j’ai étudiés, lorsqu’un chasseur a capturé dans son piège ou tué à la lance un sanglier, il l’apporte à son beau-père, qui est en général l’ancien dans le groupe. C’est lui qui le découpe et le distribue à tout le monde, en réservant bien entendu une partie pour le chasseur. Là aussi le chasseur ne fait qu’apporter la proie à son groupe et c’est un autre qui distribue la viande. Le vrai donateur est le Maître des Sangliers, un être divin, extérieur à la société. De telles modalités sont nombreuses, particulièrement dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, dans lesquelles on évite absolument que le chasseur soit le propriétaire de l’animal : il n’y a pas de don, il y a un partage. Les Inuit avaient cette phrase remarquable que vous connaissez sans doute, qui avait été rapportée par un explorateur anthropologue, Peter Freuchen. Alors qu’il avait remercié chaleureusement le chasseur qui lui avait donné une part d’un morse tué sur la banquise, l’Inuit lui avait dit : « Ici on ne remercie pas, parce qu’avec les cadeaux on fait des esclaves comme avec le fouet on dresse les chiens ». Accepter un don c’est renoncer à une partie de sa liberté. L’idée que le partage et le don sont deux dispositifs antinomiques n’a pas été perçue dans la théorie comme fournissant un modèle distinct de la réciprocité, sauf récemment par quelques anthropologues (James Woodburn entre autres). Cette idée fondamentale, à savoir que l’éthique du partage et l’éthique du don sont antithétiques n’est pas parvenue à la conscience claire de la plupart de mes collègues, ce qui est dommage parce que cela permet de beaucoup mieux comprendre les populations anarchiques qui vivent avec une éthique du partage. ça ne veut pas dire que ces gens-là n’échangent pas. Ils achètent, ils échangent, ils empruntent, ils prêtent, mais c’est l’éthique du partage qui domine leur pratique distribution, c’est cela qui est important. Le partage est en fait une dimension ou une relation, fondamentale parce que c’est la seule qui est absolument égalitaire, c’est-à-dire où les sujets de la transaction sont absolument équivalents.

La troisième dimension c’est ce que j’appelle la corporation ou, selon l’expression de David Graeber, un anthropologue anarchiste américain, la transcendance du principe corporatif. Nous entrons ici dans un domaine qui va vous paraître un peu plus philosophique parce que le mot de transcendance est emprunté à la philosophie mais c’est aussi un terme qui a une application sociologique essentielle et qui a une valeur psychologique et cognitive.

La transcendance est un des moyens qu’ont des sociétés comme la nôtre d’exister, s’opposant ainsi à des sociétés anarchiques qui vivent dans l’immanence. La transcendance pose qu’il existe une entité, quelque chose qui existe au-delà du sensible, du monde perçu ou de l’expérience immédiate, et que cette entité qui existe au-delà, l’idée est contenue dans le préfixe trans qui signifie au-delà, une valeur supérieure à tout ce qui est concret et immanent, une valeur dont l’existence est permanente par rapport à l’éphémère de l’ordinaire. Par exemple Dieu est transcendant ; c’est aussi la source de toutes les valeurs. La nation, la patrie sont des transcendances, si vous essayez de définir la nation ou la patrie sur le plan concret, c’est très difficile à définir : un ensemble de personnes ? une entité juridique ? politique ? une population ? une réalité historique ? une communauté ? tout cela et encore autre chose sans doute. Ce sont des entités qui sont source de valeurs. Existant au-delà de la personne, elles lui sont supérieures en valeur, infiniment supérieures. Le deuxième aspect de la chose, et j’appelle cela le transcendantisme, à ne pas confondre avec le concept kantien de transcendental, c’est le fait que de cette entité naît une force qui me commande de l’intérieur : je dois me sacrifier pour la patrie, non pas seulement parce qu’elle me le demande mais parce que je le vis en mon for intérieur. Le sentiment de devoir accomplir quelque chose et particulièrement un sacrifice, le sacrifice de soi, c’est cela le transcendantisme. L’application religieuse est évidente et son application politique non moins évidente. Il s’agit en fait des deux faces de la même pièce, les implications politique et religieuse ne sont que deux aspects superficiellement différents du même processus qui naît dans le sentiment absolu de devoir obéir à un pouvoir supérieur, à une puissance extérieure, source de toutes les valeurs.

Les sciences sociales n’ont pas tiré toutes les conséquences de ce phénomène, et pourtant il est fondamental, c’est avec lui que vous fabriquez de la société, et il répond à la question que posait Étienne de La Boétie : « Comment expliquer la servitude volontaire, que l’on soit soumis alors qu’on pourrait être libre ? » Eh bien, la source de la servitude volontaire c’est le transcendantisme. Le patriote à la guerre n’agit pas seulement par crainte d’être fusillé s’il déserte, mais il souhaite aussi sacrifier sa personne pour la cause patriotique. L’anarchiste qui vit dans l’immanence adopte une attitude entièrement différente, conforme à ce que chantera Georges Brassens : « Gloire à celui qui n’a pas de grande cause à défendre et qui fout la paix à son voisin ». Toutes les grandes causes pour lesquelles on se sacrifie sont fondées sur ce dispositif, sur ce mécanisme du transcendantisme qu’on nous a inculqué depuis seulement 10 000 ans. Les guerres, et pas seulement de religion, sont rendues possibles par le transcendentisme.

Il en va tout différemment dans les sociétés qui sont anarchiques, ces communautés qui ne possèdent pas de principes transcendants, qui n’ont pas de croyance dans l’existence collective en tant qu’entités permanentes et supérieures, mais vivent simplement dans la présence, ou la coprésence d’autres membres du groupe. Ce qui est important pour eux, c’est la présence des autres membres du groupe dans leur réalité concrète, personnelle, c’est l’ensemble des interactions individuelles qui agrègent et forment des groupes qui sont temporaires, parce que les gens se désagrègent et se réagrègent ailleurs. Mais il n’y a pas d’idée qu’il faut sacrifier sa vie ou son intérêt au profit d’une entité transcendante, il n’y a pas d’identité transcendante, il n’y a que des identités immanentes qui se déploient dans la coprésence avec les autres, les amis, les parents, les voisins. Cela est possible pour des communautés qui ne dépassent pas quelques centaines, quelques milliers au maximum, de personnes qui se connaissent personnellement et qui se fréquentent toute leur vie. Ce sont des communautés de personnes réelles, concrètes. C’est pour ça qu’Aristote définissait la démocratie athénienne comme le règne de l’amitié parce que les citoyens athéniens (au sens donné alors) ne formaient pas une population trop nombreuse et pouvaient se connaître personnellement. Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je crois que j’ai assez parlé et qu’il est temps de conclure et d’ouvrir le débat sans qu’on ait épuisé notre sujet.

Les idées que je vous ai présentées et qui étaient un peu abstraites et théoriques ont en fait un grand pouvoir sur notre vécu, notre quotidien, la réalité que nous vivons. Par exemple, qu’est-ce que la démocratie ? En fonction de ce que je vous ai dit, je ne définis pas du tout la démocratie comme une forme de gouvernement, non, l’idéal démocratique n’est pas une forme abstraite, juridique, de gouvernement, c’est un processus en fonction duquel la vie sociale que nous menons se trouve mise en contradiction avec nos aspirations anarchiques, nos aspirations égalitaires. D’où viennent ces aspirations anarchiques et égalitaires ? Pour répondre je suis obligé de faire intervenir une notion dont je n’ai pas eu le temps de parler, qui est la dimension évolutionnaire, dimension également évacuée par l’anthropologie française. Notre espèce dans sa forme moderne a vécu à peu près 200 000 ans, c’est la durée qu’on évaluait en tout cas pour notre vie d’Homo sapiens sapiens. On a donc créé pendant presque 200 000 ans des habitudes, des réflexes, des dispositions qui font partie d’un héritage que nous avons tous. Mais sur ce fond d’héritage commun, s’est greffé pendant les derniers 10 000 ans (en comprenant une partie au moins du paléolithique récent) un autre dispositif qui est un dispositif social, hiérarchique, un dispositif politique inégalitaire de servitude, de transcendance. Or nous sommes prédisposés génétiquement à penser et à ressentir notre vie d’hommes plongés dans des collectivités comme étant d’essence et d’inspiration profondément anarchiques. En fait nous sommes tous un peu des anarchistes, nous ressentons la liberté et l’égalité comme des propriétés de notre nature humaine. Mais en même temps nous sommes devenus sociaux. Nous sommes tiraillés entre deux types de pensées et d’inspirations contradictoires, antithétiques. Quand nous nous battons pour des idéaux démocratiques nous nous battons en fait contre l’aspect social, nécessairement hiérarchique, de notre société. Pendant 180 000 ans ou plus on a évolué d’une certaine façon, en façonnant notre coopération sur des liens faibles qui devaient être renforcés et en satisfaisant aux conditions de félicité que j’ai énoncées. Cela a fait de nous des anarchistes. Seulement dans la dernière tranche de notre évolution ont émergé des sociétés à liens de plus en plus forts, inégalitaires, avec de la réciprocité plutôt que du partage, et avec des sujets soumis à la transcendance. C’est pourquoi, comme nous sommes dans un processus de démocratie, nous sommes dans un processus dialectique, comme on disait autrefois, pris entre la réalité sociale où nous vivons et où nous sommes plus ou moins incarcérés, et la réalité anarchique qui nous habite.

La grille conceptuelle que je propose permet de mieux comprendre les phénomènes de la modernité que ce soit le processus démocratique, ou les formes extrêmes, fanatiques, de la religion et du nationalisme. On explique ainsi les grandes guerres du XXe siècle, guerres, dont l’aspect irrationnel et sacrificiel commence maintenant à être bien compris. La guerre moderne est une conséquence immédiate du transcendantisme d’État, du transcendantisme nationaliste. De même le djihadisme est une conséquence immédiate du transcendantisme qui habite toutes les religions abrahamiques. Ces concepts permettent de comprendre ces phénomènes et pourquoi finalement nous sommes tous pris dans ces convulsions de la vie moderne. Finalement l’histoire de ces derniers siècles ne peut pas se comprendre sans les antécédents évolutionnaires qui nous ont fait tels que nous sommes, qui ont implantés en nous les besoins de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qui sont d’essence anarchique et qui viennent butter sur des conditions plus récentes d’existence collective.

Débat [avec l’audience] :

X — Je conclus de votre intervention que chez les Palawan il n’y a pas de domination masculine.

— Effectivement. Du moins pas dans ce groupe-là. Il y a des divisions des tâches, mais pas de domination masculine.

X — Alors au bout de 180 000 ans qu’est-ce qui leur a pris ?

— Je suis peut-être un optimiste sceptique, mais je pense qu’on est peut-être en train d’inventer des formes de vie collective qui arrivent à dépasser ces contradictions, qui arrivent à les concilier d’une certaine façon, par exemple dans les réseaux qui se créent et qui ouvrent des perspectives. Je crois qu’on est assez intelligents pour trouver une solution. Nous sommes évidemment dans la contradiction, écrasés par cet étau mais je pense qu’on va trouver une solution.

X — Une simple remarque, si vous permettez : 10 000ans c’est le début de la sédentarisation, de la propriété privée, et d’une certaine hiérarchisation qui en découle. C’est aussi l’apparition des premières traces de conflits « guerriers ».

— C’est le Néolithique, mais le néolithique est précédé par une grande effervescence sur le plan intellectuel, et c’est là qu’on a commencé à croire en des entités transcendantes qui justifient des hiérarchies. Une fois que ces hiérarchies sont intériorisées apparaissent des systèmes politiques qui sont très efficaces, qui permettent de contrôler de larges populations, à un niveau démographique beaucoup plus élevé, d’être militairement imbattables et d’écraser toutes les petites sociétés anarchiques qui vont se réfugier dans des coins isolés.

X — Une question par rapport à la démographie de ces populations anarchiques, combien sont-ils dans de tels groupes ? Leurs moyens de communication linguistique leur permettent-ils des échanges avec d’autres groupes ? Comment s’organisent-ils pour résister à des invasions extérieures ?

— Les sociétés de chasseurs-cueilleurs que je connais le mieux sont constituées de groupes qui comptent de 25 à 50 personnes au maximum. Ce sont de petites bandes et effectivement l’anarchie n’est possible qu’à l’intérieur de tout petits groupes, qui sont faibles démographiquement et qui ne s’organisent pas militairement. Les groupes que je connais ont adopté une stratégie de fuite, ce qu’ils théorisent en disant qu’il ne faut pas se battre parce qu’il est inhumain de se mettre en colère. L’éloge de la fuite pour eux c’est l’éloge de la lâcheté. C’est lié au fait que pour faire la guerre il faut une certaine hiérarchie, quoiqu’il y ait des groupes comme les Apaches, les Crow, qui étaient anarchiques et guerriers.

Pour ce qui concerne les langues, beaucoup d’entre eux parlent plusieurs langues et notamment la langue nationale, comme le tagalog pour les Philippines, ou l’indonésien en Indonésie.

X — Pierre Clastres, d’après mes souvenirs déjà anciens, écrivait que certains groupes empêchaient que l’État se construise par des guerres intertribales. Est-ce que vous le confirmez ?

— Cette théorie n’est pas valable (selon moi) parce qu’énormément de groupes anarchistes sont pacifiques. Il faudrait parler de la violence dans la préhistoire. Disons qu’il est probable que de très longues périodes du Paléolithique ont été des périodes sans violence. Il est vrai qu’il y a des groupes anarchiques historiques qui sont extrêmement violents, les Cosaques et les pirates qui ont créé des communautés qui ont duré de un à trois siècles.

X — Je crois me souvenir que Clastres a écrit que dans certaines sociétés pour empêcher l’apparition de chef on utilisait la violence.

— Certains groupes d’Indiens limitaient le pouvoir du chef par le fait qu’il était endetté envers le groupe. En effet comme il avait beaucoup de femmes et qu’il en privait les autres, ceci le ramenait à un état d’infériorité hiérarchique.

X — Lorsque l’Asie du Sud-Est a été atteinte par le tsunami, certains groupes qui ont vu arriver les secours en masse se sont insurgés et ont demandé qu’on leur laisse régler la situation comme ils l’entendaient.

X — Il y avait effectivement un refus des organisations humanitaires parce qu’ils estimaient que ceux-ci étaient en décalage par rapport au type de fonctionnement sociétal qu’eux pratiquaient.

— Effectivement le refus de l’intervention étatique conduit ces groupes à s’organiser entre eux sans faire appel à l’extérieur.

X — J’ai une réticence par rapport à vos concepts d’anarcho-grégaires et du fait social. Je préférerai faire la distinction entre socio-institutionnel et socio-non institutionnel.

— C’est une question de vocabulaire. Je restreins sémantiquement le terme social. Tout dépend comment on définit une société. Pour moi ces groupes n’ont pas d’organisation sociale quoiqu’ils constituent malgré tout des sociétés (dans une acception plus large) en ce sens qu’ils occupent un territoire depuis de nombreuses générations avec des coutumes bien spécifiques qui se transmettent sur plusieurs générations.

X — Comment ces groupes sans transcendance expliquent les phénomènes pour lesquels ils n’ont pas de réponse et pour lesquels d’autres sociétés font appel précisément à la transcendance ?

— Ils n’expliquent pas. À un collègue qui leur demandait comment ils expliquaient la nuit et le déplacement du soleil, ils répondaient : « On ne sait pas. Il se lève, puis il se couche », et cela leur suffisait. Et à la question de savoir où allait l’âme des morts ils répondaient : « On ne sait pas, personne n’en est jamais revenu. » Ils n’ont pas besoin de transcendance, même s’ils ont des mythes. Les Palawan par exemple n’investissent pas symboliquement dans la mort ou l’au-delà, contrairement à d’autres sociétés qui entourent la mort d’un tas de rituels précisément parce qu’ils font appel à la transcendance. Les Palawan oublient leur mort assez vite dès qu’il est enterré.

X — Pouvez-vous préciser sur quoi repose votre espoir sur la technologie ?

— Je pense aux réseaux qui se créent, aux liens qui permettent de transporter des biens, des informations, des connaissances, en-dehors des circuits marchands. Ce sont des technologies qui permettent d’envisager d’autres formes de transactions et de rapports humains.

X — Comment est contrôlé ce désir de domination qui est en nous depuis si longtemps ?

— Il n’est pas évident que nous ayons en nous ce désir de domination. On peut même penser que celui-ci n’est apparu que tardivement dans l’histoire humaine. De même on peut expliquer la non-violence dans ces groupes par une lutte permanente contre la violence. Un autre petit exemple, un de mes informateurs expliquait qu’ils plaisantaient en permanence parce que ne pas plaisanter signifiait pour eux être fâché.

X — Est-ce que ces groupes sont ouverts, et pratiquent-ils des échanges multiples ?

— On m’a souvent demandé si ces gens m’avaient accepté facilement. Je réponds alors que ces gens ne m’ont jamais accepté parce qu’ils n’avaient pas à m’accepter. Pour eux, à partir du moment où je suis un être humain j’ai le droit d’exister à côté d’eux. Dans la mesure où je ne représente pas un danger pour eux, j’ai le droit d’être là. La question ne se pose même pas. Ce sont des sociétés hyper ouvertes ce qui les rend extrêmement vulnérables. Ce sont des gens qui pratiquent la culture sur brûlis. Ils défrichent un lopin de terre, le mettent en culture deux à trois ans puis le quittent pour aller plus loin. Ils ne possèdent pas le lopin de terre qu’ils quittent, il n’est plus à eux. Quand des émigrants chrétiens arrivent, les Palawan ne voient aucun inconvénient à ce que ceux-ci se mettent à cultiver le lopin délaissé. Le problème c’est que ces autres, avec d’autres systèmes sociaux, se sont appropriés ces terres alors que pour les Palawan il est impensable de posséder la terre, seul le fruit de leur travail est à eux, pas la terre. Ils ignorent toutes frontières, ils n’ont pas de barrières, ce sont bien des sociétés complètement ouvertes.

X — La rencontre avec nos sociétés, ne serait-ce que par l’intermédiaire des ethnologues, a-t-elle amené ces populations à s’interroger sur leur mode vie, et à le conceptualiser ?

— Forcément maintenant ils sont inclus dans une société globale qui est très hiérarchisée, ils sont donc dans un système qui n’est plus du tout anarchique, et certains essaient de réfléchir en comparant leur présent avec leur vie d’avant ; mais ils n’ont pas un grand intérêt pour la théorisation, ils vivent passivement cette transformation. Il existe encore des groupes qui vivent d’une façon extraordinairement traditionnelle, dans les montagnes, mais ce sont des petites populations extrêmement vulnérables, en prise avec les forces de la modernité et malgré cela il y a une résistance incroyable de certains de ces groupes, et ils sont toujours là. Il ne faut pas sous-estimer la capacité de ces petites populations très fragiles de se maintenir dans une existence autre.

X — Comment se matérialise l’existence du couple et plus particulièrement en ce qui concerne l’éducation des enfants ?

— Aujourd’hui il y a l’école qui leur permet de se socialiser, et donc de se défendre, même si elle est très perturbatrice parce qu’elle va à l’encontre des pratiques habituelles, par exemple parce que les aînés s’occupaient de leurs petits frères et sœurs, et ne pouvaient aller à l’école, et qu’il fallait subvenir aux besoins de la famille. Mais si l’école en fin de compte est souhaitée, la famille reste ce qu’elle était.

X — Ces groupes étaient-ils dans le passé plus importants numériquement ou ont-ils toujours été marginaux ?

— Comme l’a montré l’historien américain que je citais tout à l’heure (James Scott), ces populations primitives que nous observons sont des réfugiés qui ont fui devant des groupes agressifs, ils viennent la plupart du temps des basses terres et ont fui la domination qui les menaçait. Il faut savoir qu’au XVIIIe ils étaient considérés comme des réservoirs d’esclaves par des groupes prédateurs qui alimentaient les marchés européens en forte demande d’esclaves. Ces anciens réfugiés ont encore des réflexes de peur, et de fuite, par rapport à ce passé. Ce sont depuis des siècles des réfugiés, mais qui ont inventé une vie anarchique qui correspond à des tendances profondes. Ce sont des groupes qui reproduisent quelque chose de très ancien, même si une partie de leurs populations provient des basses terres.

X — Est-ce que tu as un projet de livre en français puisque pour l’instant ta pensée ne nous est accessible que par l’anglais, ce qui est une limite pour beaucoup d’entre nous ?

— J’ai sous le coude un livre, sur lequel il faut que je retravaille. J’ai donné des conférences à l’Université populaire du Pays d’Aix et chaque conférence constitue un des dix chapitres de ce travail.