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Résistance politique: Le discours du barbier (Charlie Chaplin 1940)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 11 novembre 2017 by Résistance 71

En ces temps de plus en plus troubles, que ces paroles universelles d’un des génies artistiques de l’humanité, portent aux confins les plus reculés de notre planète. Il est grand temps pour nous, les peuples, comme l’avait déjà si bien senti et exprimé Chaplin dans cette scène finale de son chef-d’œuvre « Le Dictateur » (1940), de reprendre la barre du bateau ivre et de nous ramener à la bonne destination, terminus bonheur.

Chaque paragraphe doit être lu lentement et analysé. Chaplin glisse dans ce discours sa vision du monde, une vision de pouvoir retourné au peuple et s’exerçant de manière non coercitive. Il avait tout compris. Nous le rejoignons dans le grand tout universel.

~ Résistance 71 ~

 

 

Le discours du barbier

 

Charlie Chaplin

 

Transcription du discours final du film “Le dictateur” (1940)

voir la vidéo du discours sous la traduction

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Source:

https://www.charliechaplin.com/en/articles/29-The-Final-Speech-from-The-Great-Dictator- 

 

Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur. Ce ne sont en rien mes affaires. Je ne veux ni régner sur ni conquérir quiconque. J’aimerais si possible aider tout le monde, juif, gentil, homme noir, homme blanc. Nous voulons tous nous aider les uns les autres. L’humain est fait de la sorte. Nous voulons vivre avec le bonheur de l’un l’autre et non pas de la misère de chacun. Nous ne voulons pas nous haïr et nous mépriser les uns les autres. Dans ce monde, il y a de la place pour tous. Et la bonne terre est riche et peut fournir abondamment pour tous. Le mode de vie peut être libre et merveilleux, mais nous avons perdu le chemin.

La veulerie a empoisonné les âmes des humains, a barricadé le monde dans la haine, nous a fait marcher au pas de l’oie dans la misère et l’effusion de sang. Nous avons développé la vitesse, mais nous nous sommes bridés. La machinerie qui nous donne l’abondance nous a laissé en plan. Notre connaissance nous a rendu cyniques. Notre intelligence durs et méchants. Nous pensons trop et n’éprouvons pas assez. Plus que de la machinerie, nous avons besoin d’humanité. Plus que d’intelligence, nous avons besoin de gentillesse et de douceur. Sans ces qualités, la vie sera violente et tout sera perdu…

L’avion et la radio nous ont rapproché. La nature profonde de ces inventions demande la bonté de l’Homme, implore notre fraternité universelle, pour l’unité de tous. Ma voix en ce moment parvient à des millions de personnes à travers le monde, des millions d’hommes, de femmes et de petits enfants désespérés, victimes d’un système qui fait que l’Homme torture et emprisonne des innocents.

A tous ceux qui peuvent m’entendre, je dis: Ne désespérez pas. La misère qui nous enveloppe n’est que le passage de la veulerie, l’amertume des Hommes qui ont peur du progrès humain. La haine des Hommes passera, les dictateurs meurent et le pouvoir qu’ils ont dérobé aux peuples retournera aux peuples. Et tant que les Hommes meurent, la liberté ne périra jamais…

Soldats ! Ne vous livrez pas aux brutes, à ces gens qui vous méprisent, qui vous réduisent en esclavage, qui régimentent vos vies, vous disent ce qu’il faut faire, ce que penser et ce que ressentir ! Qui vous dressent, vous restreignent, vous traitent comme du bétail, vous utilisent comme de la chair à canon. Ne vous livrez pas à ces hommes anti-naturels, hommes machine dotés d’esprits de machine et aux cœurs de machine ! Vous n’êtes pas des machines ! Vous n’êtes pas du bétail ! Vous êtes des humains ! Vous avez l’amour de l’humanité dans vos cœurs ! Vous ne haïssez pas ! Seuls ceux qui ne sont pas aimés haïssent, les sans amour et les soldats anti-nature ! Ne vous battez pas pour l’esclavage ! Battez-vous pour la liberté !

Au psaume 17 de l’évangile de St Luc il est dit: “Le royaume de dieu est en l’Homme”, pas en un seul homme, pas en un groupe d’humains, mais dans tous les Hommes ! En vous-mêmes ! Vous les gens du peuple avez le pouvoir, le pouvoir de créer des machines. Le pouvoir de créer le bonheur ! Vous, le peuple, avez le pouvoir de rendre cette vie libre et merveilleuse, de faire de cette vie une superbe aventure. Alors, au nom de la démocratie, utilisons ce pouvoir, Unissons-nous. Combattons pour un monde nouveau, un monde décent qui donnera aux hommes une chance de travailler, qui donnera à la jeunesse un futur et aux anciens une sécurité. Par la promesse de ces choses, des brutes sont arrivées au pouvoir. Mais ils mentent ! Ils ne tiennent aucunement cette promesse. Ils ne la tiendront jamais.

Les dictateurs se libèrent mais réduisent en esclavage le peuple ! Maintenant, battons-nous pour que se réalise cette promesse ! Combattons pour libérer le monde, pour abattre les barrières nationales, pour éradiquer la veulerie, la haine et l’intolérance. Battons-nous pour un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront les Hommes vers le bonheur. Soldats ! au nom de la démocratie, unissons-nous !

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Vidéo du discours du barbier (Le Dictateur, Charlie Chaplin, 1940)

 

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Piqûre de rappel antiétatique pour la société des sociétés…

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Résistance 71

5 novembre 2017

Devant la folie vaccinale qui s’empare de la France en particulier, nous proposons une inoculation indolore, naturelle, sans adjuvants et prouvée efficace contre l’épidémie d’étatisme capitalisto-oppressif dont souffre l’humanité depuis plus de 5000 ans au moyen du:

Manifeste de la societe des sociétés

Version PDF gratuite

 

A lire et diffuser sans aucune modération !…

Résistance politique: Naissance et répression de l’anarchie dans le Japon post-féodal 2/2

Posted in actualité, altermondialisme, documentaire, militantisme alternatif, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 28 octobre 2017 by Résistance 71

Shûsui Kôtoku ou l’appel au bonheur

 

Emile Carme

 

Novembre 2016

 

Source: https://www.revue-ballast.fr/shusui-kotoku-appel/

 

1ère partie

2ème partie

 

Communisme et anarchisme

L’anarchisme et le communisme sont des jumeaux dizygotes. Un placenta noir et l’autre rouge mais tous deux d’un même ventre, celui de l’émancipation. L’anarchiste et le communiste combattent de concert la tyrannie de l’or, l’exploitation et la subordination des humbles aux puissants — ils firent pourtant couler le sang qu’ils avaient en partage. « Anarchisme », ce mot nous saisit au cœur : nous savons ce qu’il charrie de liberté, de générosité, d’indépendance, de combativité ; nous marchons avec ses grands récits, dont la grandeur est celle du silence ou de la clandestinité, avec ses héros, anonymes ou mémoriaux, ses coups d’éclat et de génie ; nous vivons avec son refus de parvenir, sa défiance à l’endroit des honneurs, des grades et des promotions, son attachement aux singularités comme aux potentialités de tous. « Communisme », ce mot nous prend au ventre : nous savons ce qu’il porte d’égalité, d’ambitions populaires, d’espoirs pour le grand nombre, de luttes que l’on croyait perdues ; nous cheminons avec ses victoires et la crainte qu’il inspira aux salauds, aux assis, aux agioteurs, aux « démocrates » ; nous respirons ses foules fraternisant pour un idéal, son « journal que l’on vend le matin d’un dimanche10 » et sa foi, encore, ici ou ailleurs, d’un autre destin, d’un destin à même de contredire le sourire de certains. Mais le cœur bat embarrassé et le ventre se plie : nous savons les culs-de-sac, les faux pas, les trahisons, les reniements, les folies, les tortures et les cadavres des uns et des autres. Beauté et malheur de l’anarchiste, réduit à une solitude qui le pousse à cogner dans le vent ; beauté et malheur du communiste, pris dans un parti qui l’enjoint à fouler aux pieds la voix qui s’en va dissoner…

La prison fait la joie des lecteurs : on ne lit jamais mieux que mis aux fers. Kôtoku y découvre — et dévore — Kropotkine. L’anarchiste russe en exil. Le prince défroqué né dans un hôtel particulier. Le partisan de l’entraide et de la révolte, l’ennemi de l’État, le militant de « l’aisance pour tous11 ». Celui que l’URSS, plus tard, bien des années après la mort de Kôtoku, qualifiera dans ses manuels de « contre-révolutionnaire ». Le Japonais ne manquera pas, admiratif, de lui écrire : une correspondance s’engagera. Si le gouvernement interdit la social-démocratie, la solution n’est plus à chercher dans le parlementarisme ni les urnes : l’anarchisme s’impose — la lutte contre le pouvoir, tous les pouvoirs, contre l’État, fût-il « socialiste ». Sitôt libéré, Kôtoku part, toujours malade, sans un sou et sans grande joie, à l’hiver 1905 pour la Californie — il y a quelques mois de cela s’est créé à Chicago le syndicat IWW, lancé par un collectif hétérogène (anarchistes, socialistes, immigrés, femmes, etc.) et désireux d’en finir avec le capitalisme et le salariat. En Russie, le soulèvement n’a pas conduit à la révolution : le peuple a manifesté et les gardes impériaux ont tiré ; Trotsky, exilé en Suisse, a appelé à l’insurrection puis a rejoint clandestinement Saint-Pétersbourg ; Lénine a consigné sa joie à l’idée de voir se dresser les barricades de la guerre civile libératrice avant de rejoindre, grimé, sa terre natale puis de la fuir, traqué, pour la Finlande. Si l’air du temps est électrique, il faudra encore douze années à la Russie pour renverser le tsar.

Kôtoku lit Bakounine, l’anarchiste russe que l’Histoire retiendra comme l’opposant de premier plan de Marx, et Jean Grave, Auvergnat aussi taiseux qu’intransigeant, pourfendeur des inclinations individualistes d’une certaine frange de l’anarchisme, tout abreuvée qu’elle est d’un Stirner, chantre de l’Unique, ou d’un Nietzsche, laudateur de l’homme d’élite, dionysien mi-fauve mi-poète. Rencontre avec des camarades, participation à des réunions et des meetings : Kôtoku palpe le pouls de la rébellion nord-américaine. Un séisme ravage San Francisco — magnitude 7,8 ; 700 morts — et de ce drame germe un constat dans l’esprit du visiteur asiatique : l’adversité prouve que le peuple est à même, localement, de faire face et de s’organiser, malgré la pénurie et sans argent, loin des représentants et des laissez-passer de l’appareil d’État. Il cofonde le Parti révolutionnaire socialiste et, revenu chez lui, en 1906, s’échine à propager l’action directe et la grève générale : voilà, estime-t-il, les deux modalités de la lutte à mener. La grève des travailleurs, pas le terrorisme des nihilistes russes ou des anarcho-illégalistes ; la rue et les syndicats, pas les urnes, afin de bouleverser de fond en comble l’ordre en place et d’abolir le salariat, c’est-à-dire l’assujettissement du travailleur (« La force de travail est donc une marchandise que son possesseur, le salarié, vend au capital », souligna Marx dans l’un de ses livres12). La Commune de Paris, explique Kôtoku, atteste de la violence des « démocrates » et de leur baratin sous le ton policé et les promesses républicaines. Fadaises et fausse monnaie que ce pouvoir qui ne « représente » que les intérêts de la classe dirigeante : un élu parle au nom du peuple pour mieux lui faire les poches. On sourit à la lecture de l’avertissement que l’anarchiste formule : un jour, des candidats du parti socialiste seront élus et ne songeront plus qu’à leur gloire et leurs avantages — nous sommes en 2017 et le lecteur achèvera cette phrase pour nous…

Mais l’anarchisme qu’il soutient n’a, argue-t-il, rien à voir avec le sang ni le crime : il vise seulement la liberté, la paix et le « bonheur total ». C’est une combinaison qu’il propose, dans les pas de Kropotkine ou d’Errico Malatesta, l’activiste italien qu’il lit et traduit : le communisme libertaire. Le communisme, comme projet collectif de société solidaire, couplé à l’anarchisme, comme garant de la liberté de chacun — c’est ainsi que ledit Malatesta résumera cette voie, deux décennies plus tard13. Ni communisme autoritaire, ni anarchisme individualiste ; ni destruction de l’un au nom du tout, ni mépris du nombre du haut de sa pureté — un juste milieu qui n’est pas tiédeur, cote mal taillée ni annulation chimique, mais synthèse, dépassement dialectique. Kôtoku oppose à présent réforme et révolution, quoi qu’il admette que certaines lois puissent parfois continuer de faire sens (il n’entend pas, du reste, condamner les socialistes qui se présentent aux élections ou siègent dans un gouvernement : pas de sectarisme en la matière, chez lui). Dix personnes organisées valent désormais mieux, selon Kôtoku, qu’un millier de pétitionnaires démocrates ; il appelle à la conscientisation des travailleurs et à leur unité, à renverser les capitalistes et à refuser les chefs (« Ni Dieu, ni César, ni tribun », promet la chanson). Son rêve ? Que la révolution japonaise soit l’œuvre des libertaires.

Il écrit dans l’un de ses articles, en février 1907, qu’il est « un autre homme14 » depuis son séjour en prison puis aux États-Unis. Un témoin le décrit alors, durant l’un de ses discours, avec « des étincelles dans les yeux et du feu jaillissant de sa bouche15 ». Le parti est de nouveau interdit. Kôtoku poursuit son travail de traduction — de diffuseur, de passeur. Il s’exprime dans un journal féministe, tonne contre les errements racistes et colonialistes présents au sein de la vaste famille socialiste et participe à la création de l’organisation Fraternité humanitaire asiatique afin de dépasser les tensions chauvines entre Japonais, Chinois, Coréens ou Vietnamiens.

Mourir en matérialiste

Il n’est pas de politique sans adversaires ni ennemis. Pas de « nous » sans un « eux » contre qui et grâce à qui faire corps — pointer du doigt soude, lie les identités par trop fragmentées. Pas d’espérance sans conflictualité, pas d’accroc dans le tissu régnant sans désignation de cibles. L’une des grandes questions de l’émancipation, celle qui travaille tout tenant de l’égalité, demeure celle de la violence — comment « résoudre le problème des ennemis16 », dirait Alain Badiou ? Nos rues n’en finissent pas de graviter autour de ce point d’interrogation, entre manifestations sous banderoles et bris de vitrines, sit-in pacifiques et cocktails sur la flicaille.

À rebours des on-dit comme des calomnies, Kôtoku estime que bien des anarchistes s’avèrent d’ardents contempteurs de la violence — il fournit pour exemple ces libertaires, nombreux, que le sang répugne à ce point qu’ils refusent de se nourrir de bêtes tuées pour leur bon plaisir. Il faut limiter la violence physique autant que faire se peut puisqu’elle favorise le conservatisme, pense-t-il : les troubles n’ont jamais enthousiasmé les masses (de Napoléon au ras-de-marée gaulliste, cela paraît se confirmer). N’en faisons toutefois pas un pacifiste à tout crin ; il légitime le passage à tabac d’un directeur de mine de cuivre par ses ouvriers, en 1907, et l’usage que ces derniers font de la dynamite sur trois bâtiments. L’année suivante, la police arrête dix militants lors d’un rassemblement non-violent, à Tôkyô : prison ferme pour avoir brandi des drapeaux rouges et clamé des slogans anarchistes et communistes. Un tournant, pour celle qui s’apprête à devenir sa compagne, Kanno Sugako. C’est emprisonnée à cette occasion qu’elle réalise que la violence armée s’avère l’unique voie possible afin de mettre ce pouvoir à terre. Kôtoku, affairé à sa traduction de Kropotkine et souffrant de plus en plus de sa tuberculose intestinale, se radicalise également : le temps n’est plus à la parole si la parole vaut la prison.

Il nomme son habitat « Maison de la société de l’homme et du peuple » et, bien que continuellement suivi par le régime, héberge les militants pourchassés par ce dernier. Il quitte sa seconde épouse pour se lier à Sugako, libérée et, par ailleurs, journaliste féministe et divorcée — de quoi susciter un petit scandale, y compris au sein des cercles contestataires. Elle admire les nihilistes russes au point de vouloir exporter leur geste contre Alexandre II : le despote Meiji, fauteur de troubles, va-t-en-guerre et sangsue, doit payer de sa vie ses forfaits. Kôtoku sort une nouvelle revue, Pensée libre : nouvelle charge gouvernementale. Il lui est désormais impossible de s’exprimer en public et l’argent manque cruellement ; il vend ses livres, ses épées, l’or de sa grand-mère, se voit isolé — « Je me bats à présent contre le Japon tout entier17. » Il n’en a plus que pour deux ou trois ans à vivre, semble-t-il — son médecin fera savoir qu’il souhaitait, avant de disparaître, armer un groupe de cinquante révolutionnaires pour prendre le palais impérial, après avoir amené à eux les infortunés à l’entour, puis incendier les tribunaux, les prisons et les bâtiments du gouvernement. Mais Kôtoku va tomber avant, sous l’imminence d’un paragraphe et des coups de l’empereur. Une corde, une clope, un matin de janvier 1911.

Ils — Kôtoku, Sugako et trois camarades — parlent d’attaquer à l’explosif le véhicule impérial. Deux d’entre eux se renseignent, étudient puis confectionnent une première bombe à la fin de l’année 1909 : elle saute, en guise de test, dans les montagnes du centre du pays. Mais Kôtoku doute. Du moins montre-t-il quelques signes de relâchement. Il se tient désormais, si l’on en croit son biographe américain F. G. Notehelfer, à l’écart du projet, affiche des signes de dépression, songe parfois au suicide ; Kanson Arahata, futur membre du Parti communiste japonais, lui écrit pour lui faire savoir qu’il devrait le tuer, reniement de la Cause oblige. Les larmes montent aux yeux de Kôtoku ; il lui répond qu’il accepte de tomber sous ses balles. « J’ai été un lâche et j’ai tergiversé, incapable de prendre une décision nette18. » Il vit dans l’angoisse et sa compagne, qui ne l’est visiblement plus, compte toujours mener l’action à bien. La police, parvenue jusqu’à eux, arrête Kôtoku au mois de juin 1910 ; le procès débute six mois plus tard. Vingt-six inculpés, tous accusés de crime de lèse-majesté (article 73 du code pénal). Kôtoku est présenté comme le porte-voix, héraut et symbole du mouvement socialiste, libertaire et révolutionnaire — et c’est naturellement, à travers lui, cette zone politique dans son entièreté que le régime entend condamner. Le procès se mène en secret, à huis clos, et la presse a consigne de se taire. Il s’achève le 18 janvier 1911 — on parle parfois de « l’affaire Kôtoku ». L’anarchiste surprend par son calme et sa tenue : un pantalon large et une veste traditionnels, d’époque féodale.

Silence glaçant lorsque le verdict s’abat, que Sugako rompt en criant « Longue vie aux anarchistes ! ». Onze militants, dont Kôtoku, sont tués — Kanno Sugako, âgée de vingt-neuf ans, est pendue le lendemain : elle mettra douze minutes à mourir. Shôsui Kôtoku se dit soulagé (« Pour moi, c’est une belle fin19 ») et laissa une lettre testamentaire, exhortant à la révolution communiste et anarchiste, précisant que celle-ci ne se borne pas à la mort du souverain et appelant à épargner le sang et les pertes humaines. Dans trois ans, la Première Guerre mondiale emportera une partie de la planète dans sa démence ; dans six, la Russie sera le théâtre de la première révolution socialiste — l’individu qui fut chargé de l’enquête deviendra Premier ministre en 1939, période où le Japon s’alliera avec l’Allemagne nazie.

Une lettre signée de la main de Sugako, rendue publique en 2010, donne à lire que son conjoint n’était au courant de rien : sans doute tenait-elle à le sauver ainsi. Les autorités japonaises ont toujours refusé la révision collective du procès, en dépit des nombreuses défaillances. L’innocence de Kôtoku continue, ici ou là, d’être clamée et défendue : par Alternative libertaire, en 2008 ; par le géographe Philippe Pelletier, sept ans plus tard (« La non-implication de Kôtoku semble avérée, et confirmée par la quasi-totalité des historiens japonais ») ; par Christine Lévy, maîtresse de conférences spécialisée sur le Japon (« Les différentes études historiques corroborent l’innocence pour vingt-et-un des militants. Kôtoku lui-même n’aurait pu être condamné s’il avait fallu apporter des preuves de sa participation à quelque degré que ce soit à ce projet. Pourtant, jamais ce procès ne fut révisé. […] Dans cette affaire, une unanimité se dégage des études historiques pour considérer que Kôtoku fut accusé à tort20 »).

À vingt mètres de la tombe, sous ce ciel bleu ou vert, un panneau indique, en japonais et en anglais, que Shûsui Kôtoku fut « le chef de file » de « l’Incident de haute trahison ». L’homme qui « joua un rôle majeur dans l’introduction de l’anarchisme au Japon21 » fut, sa trop courte vie, social-démocrate, socialiste, communiste et anarchiste : il n’est pas vain de penser qu’une certaine vérité théorique et pratique patiente entre ces voies — comme une éthique de l’entrelacs. Plus personne ne croit en nos « gouvernants » ; plus personne ne peut, sans pouffer ou pester, entendre nos bouffons jouer aux rois ; plus personne n’imagine un seul instant que nos « représentants » entretiennent quelque rapport avec l’ordinaire de nos vies : aidons-les à prendre, fuyards, les chemins de Varennes. Et traçons les contours d’un projet à même d’enrayer la résignation et la colère amère qui tord la bouche de nos pays. Le système craque : visons les coutures.

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Lectures complémentaires:

Manifeste de la societe des societes

L’anarchie pour la jeunesse

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Bakounine_et_letat_marxiste_Leval

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

Appel au Socialisme (PDF)

 

Résistance politique: Naissance et répression de l’anarchie dans le Japon post-féodal 1/2

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 25 octobre 2017 by Résistance 71

Bien qu’inspiré de l’anarchisme européen, l’anarchisme japonais a aussi été influencé par la pensée d’Ando Shoeki (1703-1762) et son Shinzen Shinaido ou la « voie de la nature et du travail », qui préconisait une société fondée sur la loi naturelle, le respect de ceux qui travaillent la terre et qui se devait de mettre en avant le travail de la terre comme fonction sociale primordiale, à l’encontre de la caste guerrière (Daimyo, samouraï) toute puissante mais parasite. Shoeki refusait l’imposition de quelque autorité que ce soit comme étant contraire à la loi naturelle et menant immanquablement à la suppression de la liberté. Shoeki critiquait le patriarcat et demandait déjà au XVIIIème siècle féodal nippon, l’égalité des femmes et se faisait le chantre de la destruction des castes et classes de toute sorte. Shoeki fut influencé par Lao Tseu, le taoïsme et l’harmonie naturelle, l’esprit japonais (Nihon no kokoro) et une forme d’enseignement hollandais de l’époque appelé « rangaku ».

Shoeki fondamentalement opposait le « hosei » ou monde des lois humaines au « shinzen sei » ou monde de la nature. Pour lui, les humains et tous les êtres vivants sont gouvernés par des principes naturels issus du shineido et non pas par le droit « positif » et ses lois inventés par l’humain.

Il est étonnant de constater qu’en cela, cette approche est très très similaire à celle de la société des nations amérindiennes pré-colombiennes et perdurant dans leur tradition certes étouffée de nos jours. Ando Shoeki méprise le monde marchand qu’il voit à terme comme le parasite ultime de la société. En cela Shoeki fut un visionnaire sur la société capitaliste à venir et ce près d’un demi siècle avant la 1ère révolution industrielle et à l’autre bout du monde !… (A lire: « Ando Shoeki et l’anatomie du féodalisme japonais », E. Herbert Norman, 1949)

~ Résistance 71 ~

 

Shûsui Kôtoku ou l’appel au bonheur

 

Emile Carme

 

Novembre 2016

 

Source: https://www.revue-ballast.fr/shusui-kotoku-appel/

 

1ère partie

2ème partie

Comment devient-on communiste anarchiste ? Après avoir été l’un puis l’autre pour mieux en produire la synthèse : redoutable alliage tenant autant à l’égalité qu’à la liberté, au collectif qu’à l’individu. Notre homme mourut pendu à trente-neuf ans, peu avant la Première Guerre mondiale, accusé d’avoir voulu attenter à la vie de l’empereur d’un Japon belliciste. Les militants nippons continuent de le tenir pour l’une des figures de proue de la tradition libertaire : portrait d’un journaliste séditieux, à l’heure où le Premier ministre, Shinzo Abe, aspire à revoir la constitution pacifiste du pays.

Quelque part au milieu des deux bras du fleuve Shimanto — entre un sanctuaire et un centre hospitalier. Les rues sont calmes, étroites, d’une propreté qui se passe de poubelles. Un distributeur, rouge Coca-Cola, fend l’équilibre des façades claires. Des vêtements sèchent à l’intérieur d’une courette. Une haie de fleurs fuchsia. Le ciel se tâte, d’un pigment l’autre, du bleu au vert. Les arbres d’un mont casquent un toit kirizuma à double pente — le cimetière attend au sommet.

Il est huit heures du matin et Shûsui Kôtoku fume calmement sa dernière cigarette au pied de l’échafaud. « La mort est pareille à un nuage sur une lointaine et haute colline. Vu de loin, il ressemble à un grand spectre, mais lorsque l’on s’en approche, cela n’est plus rien du tout. Pour un matérialiste, cela signifie simplement que les aiguilles d’une horloge ont cessé de bouger1 », écrivait-il quelques jours auparavant, du fond de sa cellule. La trappe s’ouvre. Son corps se balance, le cou d’une corde ceint. Il est un peu plus de huit heures, ce 24 janvier 1911. L’archipel est gouverné — pour un an encore — par le 122e empereur, Meiji, dit Mutsuhito en Occident, descendant de la déesse du soleil, elle-même née, paraît-il, de l’œil gauche de son père. Ère d’ouverture à la « modernité » et fin de l’isolationnisme : l’île a fait sa mue, délaissant le féodalisme pour ouvrir les bras au doux commerce, au parlementarisme, à l’industrie et à l’enseignement obligatoire. Le pays est entré dans l’économie capitaliste et dans le  si prisé « Concert des nations », au point d’incarner, après la Chine, le terrible « péril jaune ». Cette ère, connue sous le nom de l’empereur, recoupe à peu d’années près l’existence de Kôtoku.

Sa tombe — quatre blocs rectangulaires empilés — est en pierre grise. Une inscription en caractère japonais y fut gravée, à la verticale. Le temps retourne les passions comme un gant : le traître fait désormais l’affaire des curieux et la ville célèbre sa mémoire une fois l’an — on peut même, sur Internet, noter l’attraction touristique (moyenne de 3,14 sur 5) : grotesque. Parlons du passé s’il peut, flammèche ou fanal, débroussailler notre présent avenir. Ayons le goût des archives qui éclairent, des fonds de tiroirs que l’on ouvre comme un chemin. Oui, la social-démocratie s’est pliée, avec force zèle, aux oukases du marché dérégulé ; oui, les partis communistes se sont effondrés et ne croient plus à la dictature du prolétariat ; oui, les héritiers du trotskysme se disputent les trois miettes de la Révolution ; oui, les libertaires se comptent sur les doigts d’une main qu’ils ont perdue en Espagne et ailleurs. Oui, mais. Notre défaite ne rend pas leur victoire plus légitime.

En crue

Et si nous racontions le monde du fond de ses poubelles ? Nos « grands » hommes durent payer pareil adjectif : toute gloire a l’âme gâtée, chiffonnée sous les compromis et les manœuvres — les illustres noms propres ont les mains sales, en somme. Oui, il en a fallu, des défections et des méfaits, pour qu’une naissance se fasse postérité. Il en a fallu, des dos courbés et des poignées de main, pour qu’une date vaille un jour ligne en fronton. Il en a fallu, des pièces d’argent dans la paume d’Iscariote, pour qu’un quidam prétende au trône. Il est à croire que les hommes aiment le clinquant : l’anonymat et l’ombre manquent d’éclat, coton mouillé, pâle destin — passons chemin.

Notre méconnu vit le jour au sud du Japon, à Nukamara, l’année où Paris enduit ses pavés des tripes des communards, où le fils du cheikh Ahaddad exhorte au jihâd contre l’occupant français en Algérie — l’année 1871. Le jeune Shôsui Kôtoku se prénomme encore Denjirô. Le corps faible mais l’esprit précoce, solitaire et sensible. Il consignera dans son journal intime qu’il fut un enfant timide et rejeté par nombre de ses camarades de classe. Un ancien élève raconte que ce fils sans père — puisque ce dernier, roturier, maire et commerçant, mourut l’année qui suivit celle de sa naissance — possédait un coup d’avance : à onze ou douze ans (les mois n’y changent rien) le petit tuberculeux parlait déjà « liberté » et « droits du peuple ». Il est élevé par une mère qui n’entend pas se remarier et le sou manque pour élever les quatre enfants. L’adolescent organise une manifestation, arborant le drapeau du Mouvement pour les libertés et les droits du peuple (une formation sociale et démocratique partisane de l’élection d’un parlement), et se lance dans la publication d’un périodique, Le Journal des enfants : précoce, assurément. Il n’apprécie guère son tuteur d’oncle et ne désire qu’une chose : partir pour étudier. Sa famille cède, et le voilà à Kôchi, au nord d’une vingtaine d’heures de marche, dans une école privée. L’enseignement, structuré autour de la morale confucéenne, est à ce point strict que le jeune homme écrira : « Nous étions comme prisonniers. »

Seul, souffrant, il vit cloîtré dans sa chambre puis part pour Tôkyô avec, rêve d’éternité, chimère déjouant le temps, l’espoir d’une vie meilleure : la grand-ville luit au loin de toute son énergie, les dents blanches, roulant des épaules, richesse culturelle, débats, bibliothèques et bonheurs des avant-gardes… Il apprend l’anglais mais une mesure gouvernementale l’exclut de « la capitale de l’est » : le pouvoir redoute les agitateurs et les dissidents et peut, foi et fierté de la loi, expulser à loisir quiconque serait en mesure de troubler le palais impérial dans un rayon de douze kilomètres. Un demi-millier de nuisibles potentiels sont poussés, manu militari, à l’extérieur de Tôkyô — retour à la case départ, pour Kôtoku, celle de sa naissance comme de ce cimetière sous ce ciel bleu ou vert. Revenu du Japon, l’officier de marine Pierre Loti connaît alors un grand succès hexagonal avec la parution de son récit romanesque Madame Chrysanthème, entre carnet de voyage et exotisme colonial — le Français loue l’Eden de verdure japonais tout en pestant ailleurs contre « cette triste race jaune2 ».

Un ami conseille Kôtoku d’aller à la rencontre de Nakae Chômin, militant et penseur âgé d’une petite quarantaine d’années. Chômin, barbiche et fines lunettes en fer, a voyagé en France et en maîtrise la langue : il a lu celui que Voltaire traitait de « petit singe ingrat3 », nous parlons de Rousseau, lu et tant aimé qu’il a traduit pour l’Asie lettrée son Contrat social (paru en 1762, l’ouvrage vantait, entre autres choses, la souveraineté du peuple dans une perspective républicaine). Il s’intéresse également de près à la laïcité telle que la France la défend. Leader du Mouvement pour la liberté et les droits du peuple, Chômin aura une influence « fondamentale4 » sur Kôtoku, comme le rapporte Philippe Pelletier, biographe français du futur martyr. Père, guide, maître, sensei, l’héritier de Rousseau, défenseur des burakumin — parias ghettoïsés de la société japonaise —, prend Denjirô sous son aile pour en faire un disciple et lui offre un nom, comme une renaissance ; le voilà Shôsui, ou « crue d’automne » (« flots », selon les traductions). Le nom d’une épée mythique et d’un chapitre de Zhuangzi, ouvrage allégorique chinois composé quelques siècles avant la naissance d’un certain Jésus-Christ. Le maître a songé à « brume », en lieu et place de « crue », mais le disciple préfère le tranchant rapide et franc de l’eau à sa condensation vaporeuse. Le jeune homme a vingt-deux ans ; il lui en reste dix-sept à vivre.

Contre la guerre

Nous compulsons quelques photographies en noir et blanc. Belle allure altière, tenue, résolue. Raie à gauche, fissure des yeux, long nez au trait adroit, pommettes cambrées que l’ombre souligne plus encore. Une moustache coiffe des lèvres pleines. Col cassé et cravate ou habit traditionnel — l’homme paraît, à le voir entouré, de courte taille. Et résonnent à notre table les percussions d’un hymne à sa mémoire, jadis interdit, qu’un poète japonais aurait composé. Kôtoku, devenu traducteur et journaliste après avoir suivi Chômin à Tôkyô, vivote comme il le peut, c’est-à-dire mal, et s’immerge dans la presse au quotidien. Son sensei lui reproche son pessimisme, sa nature sombre, d’autant que Kôtoku boit plus que de raison, jusqu’à se montrer violent. Il publie, sous le nom de Iroha-an, son premier roman, La Mantille, l’année où son pays, du moins son armée, renverse le roi de Corée. Roman familial et social : l’un des personnages centraux est burakumin. Il écrit dans la lancée deux nouvelles ayant pour décor la Russie nihiliste, entendre ce courant politique et littéraire, né dans les années 1850, qui aspirait à renverser l’autocratie tsariste et la terreur étatique par tous les moyens possibles (Camus écrira, un siècle plus tard, dans les pages de L’Homme révolté : « Dans l’univers de la négation totale, par la bombe et le revolver, par le courage aussi avec lequel ils marchaient à la potence, ces jeunes gens essayaient de sortir de la contradiction et de créer les valeurs dont ils manquaient. »).

Kôtoku lit et, confiera-t-il, comme tant d’autres avant et après lui, c’est dans les lignes de ce qu’il lit que sa vie s’en va grandir : Progrès et pauvreté, de l’économiste américain Henry George, est l’un de ces textes qui, selon ses propres mots, contribuent à faire de lui « un ardent démocrate5 ». Les mots, animaux fouisseurs, creusent leurs galeries sous la peau : ces ingénieurs du sol, comme il est dit des vers, prodiguent à l’ombre leurs lumières. Son lectorat s’élargit, au point de devenir l’une des voix que l’on attend ; sa plume effilée fait mouche, maniant la satire et la critique. Mais s’il n’hésite pas à railler les puissants, ceux du gouvernement, l’empereur demeure à ses yeux figure sacrée : on ne se déleste pas ainsi du poids des traditions. Meiji est « le grand prêtre de tout son peuple6 », un demi-dieu, un dieu vivant. Le jeune démocrate salue la belle-mère du Grand roi, à sa mort, et va jusqu’à le louer dans les pages de L’Impérialisme, le spectre du XXe siècle, paru en 1901 ; il y a loin entre l’élogiste du souverain et le pendu coupable, dix ans plus tard, de crime de lèse-majesté…

Kôtoku n’est alors pas un révolutionnaire. Pas même un socialiste. Seulement un réformiste désireux d’améliorer le cours des choses sans toucher à l’intégralité de la structure sociale. Le Japon dénombre plus de 400 000 ouvriers et le suffrage censitaire ne permet qu’à une minorité — infime — de sujets de voter (entre 1 et 4 %). Le Mouvement, pris dans l’engrenage des sièges à remporter, fait profil bas face à la répression de l’appareil d’État : tensions, scission de l’aile gauche. Chômin, sceptique, sans doute déçu, prend du recul. Convié à s’exprimer au sein d’un collectif « socialiste », c’est-à-dire rompu à la pensée européenne, Kôtoku ne tarde pas à devenir l’un de ses membres — et à faire sien cet épithète, socialiste, vieux d’environ soixante-dix ans. Que dit, à grands traits, L’Impérialisme, le spectre du XXe siècle ? Que le militarisme et le patriotisme (entendu par l’auteur non pas tant comme l’amour que l’on peut porter à son pays natal mais comme la haine que l’on voue à celui d’autrui) sont les notions structurantes de toute velléité expansionniste et que l’impérialisme sera le danger du vingtième siècle — l’antidote ? Le « grand nettoyage révolutionnaire », c’est-à-dire la restitution de la société, accaparée par la minorité capitaliste, à la communauté des travailleurs, sur la base de la justice, de la fraternité et du socialisme scientifique.

Son humanisme, nourri de la philosophie de Confucius et porté sur la probité, les valeurs, la morale, le sens du sacrifice et la droiture, doit à présent se confronter aux concepts matérialistes de la lutte des classes : le natif de Nukamara articule l’identité nationale et la souveraineté culturelle du Japon (le kotukai) avec le socialisme pour mieux contester leur prétendue incompatibilité. Le jeune homme propose une acception populaire de cette notion institutionnelle : la souveraineté n’est pas tant celle de l’État ni du pouvoir que celle du peuple. Sa fidélité à l’empereur le contraint à l’acrobatie théorique… Ses reportages dans la presse donnent à lire l’exploitation des travailleurs du textile et ses articles ciblent les politiciens « spéculateurs » et le « jeu » politique : une foire, le lieu privilégié de l’offre et de la demande, un lupanar pour ambitieux. Il tance le libéralisme et la libre concurrence, dénonce l’individualisme, en appelle à « la moralité publique » et déplore l’inertie et l’indifférence des masses populaires : il cherche, tâtonne idéologiquement.

Kôtoku démissionne du Mouvement, avec fracas, puis cofonde le Parti social-démocrate en 1901, sur le modèle allemand, né deux décennies auparavant. Autrement dit : œuvrer au socialisme par la voie démocratique et institutionnelle, via un parti de masse capable d’imposer ses réformes, sans toutefois, comme ledit Mouvement, se perdre en arrangements et combines. Huit points au programme, de l’éducation gratuite pour tous à l’abolition des disparités économiques. Bien qu’inscrit dans le champ parlementaire et légaliste, le pouvoir l’interdit aussitôt. La répression frappe derechef démocrates et rétifs. Deux ans plus tard, le journaliste japonais publie La Quintessence du socialisme — Jaurès s’adresse au même moment à la jeunesse du Tarn : « Le prolétariat dans son ensemble commence à affirmer que ce n’est pas seulement dans les relations politiques des hommes, c’est aussi dans leurs relations économiques et sociales qu’il faut faire entrer la liberté vraie, l’égalité, la justice7. » Kôtoku emprunte son titre à un ouvrage du sociologue et économiste allemand Albert Schäffle, paru quelques décennies par avant, grâce auquel il explique être « devenu socialiste ».

8 février 1904 : sous les ordres d’un général, borgne et fils de samouraï, le Japon attaque l’escadre navale chinoise (sous domination russe) de Port-Arthur. Puis envahit la Corée. Chômin approuve la guerre, que son pays gagnera ; Kôtoku la condamne — elle fera 85 000 morts, côté japonais, 71 000, côté russe. Par voie de presse, le socialiste nippon interpelle ses homologues russes : « Nous, socialistes, nous n’établissons aucune barrière de race, de pays ou de nationalité. Vous et nous sommes des camarades, frères et sœurs8. » L’ennemi doit être commun : les autorités militaires et nationalistes respectives, non point les peuples. L’internationalisme, en somme — « le genre humain », comme l’écrivit un poète communard réfugié dans quelque mansarde de Montmartre. La question n’est pas de vaincre ou de perdre ce conflit mais de se battre de part et d’autre pour la paix. Rappelons ici que le pays du Soleil-Levant a force appétit depuis qu’il a rompu avec ses desseins isolationnistes : il envoya plus de trois mille hommes frapper Taïwan (1874), annexa le Royaume de Ryûkyû (1879), déclara la guerre à la Chine (1895) puis, donc, à la Russie (1904) et transformera la Corée en protectorat (1905). Le monde est l’aire de jeux des grandes puissances, et l’on y joue au sabre et à la poudre : la Grande-Bretagne a fait main basse sur la Jamaïque, l’Inde, le Koweït ou le Nigeria ; l’Allemagne a posé ses pions au Togo comme aux îles Marshall ; la France parade en Tunisie, au Niger ou au Laos ; le Portugal a installé ses conquistadores en Angola et au Mozambique. « L’impérialisme est une immense accumulation de capital-argent9 », notera Lénine lors de la Première Guerre mondiale. La Terre roule de mains en mains et le sang se charge du reste. Le Japon se rêve en chef de file de l’Asie, front haut dans l’ordre international, résolu à tenir tête à l’Occident et à entrer sans rougir dans la « modernité » : il ne faut plus redouter la puissance de feu des nations industrialisées mais l’égaler. L’empereur attaque pour mieux intimer le respect ; ses soldats morts au combat sont sanctifiés.

L’attitude du gouvernement pousse Shûsui Kôtoku à aiguiser ses positions ; il traduit, avec un camarade, le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels : ce petit livre, que les « démocraties populaires » du XXe siècle feront objet de chevet, exhorte à la constitution du prolétariat en classe et à la prise du pouvoir de cette dernière, c’est-à-dire le renversement de la bourgeoisie. Et les théoriciens allemands de préciser : l’abolition des classes, au sein des nations, aboutira naturellement à la fin de l’hostilité entre les nations elles-mêmes. Communiste et non pas socialiste : Engels fit savoir, dans l’une de ses préfaces, que le socialisme était à leurs yeux l’idéologie sociale des bourgeois et des gens cultivés, contrairement au communisme — scientifique et matérialiste —, profondément ancré dans le monde ouvrier. Le gouvernement arrête Kôtoku et interdit le journal à succès qu’il anime (Heimin Shimbun, ou Le Populaire, dont la ligne pluraliste aspire à fédérer les divers mouvements contestataires, des réformistes critiques aux révolutionnaires anarchistes et communistes, en passant par les chrétiens sociaux amateurs de ce Tolstoï que Kôtoku conteste publiquement, persuadé que le mal est économique et non spirituel : le journal, expliquera l’un des contributeurs, n’avait pas vocation à systématiser une pensée mais à offrir un espace volontiers hétéroclite, à même de susciter débats et créativité — lutter contre la guerre suffisait à les unir). Cinq mois de prison. L’humaniste, devenu socialiste et communiste marxiste, peut à présent se former à l’anarchisme — pour mieux le devenir.

A suivre…

Discussion au sujet du Manifeste de la Société des Sociétés (suite avec mises à jour)

Posted in actualité, altermondialisme, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 23 octobre 2017 by Résistance 71

Discussion avec Robert Bibeau des 7 du Québec au sujet du Manifeste de la société des sociétés (suite)

 

~ Résistance 71 et Robert Bibeau ~

 

Voir les premiers échanges ici

 

Manifeste de la societe des societes

 

Le 22 octobre 2017, Robert répond à notre dernière intervention:

MANIFESTE

Mais nous sommes d’accord là-dessus, simplement la rareté est induite, artificielle, gérée par une classe qui ne disparaîtra pas économiquement ou en changeant de mode de production… mais qui disparaîtra en faisant disparaître la cause originelle de leur capacité à agir de la sorte: l’exercice du pouvoir hors du corps social, qui en l’occurence ne peut être que coercitif, car personne ne peut y adhérer sciemment. Cette disparition ne peut-être que POLITIQUE en rediluant le pouvoir dans le(s) peuple(s).

En cela, on le dit et on le répète: la solution ne peut pas être ECONOMIQUE, militer pour des réformes économiques ce n’est que pisser dans un violon et l’oligarchie se marre.

Voilà notre différence sans doute irréductible.

Merci des échanges.

P.S: une question qui a un rapport avec ce qu’on dit: pourquoi n’aborde-tu jamais le sujet du génocide autochtone et de l’occupation coloniale de la terre occupée appelée « Canada » ? Y a matière là à argumenter « lutte des classes » non ?…

Fraternellement

@ manifeste

Nous entrons dans du très sérieux du solide.

1) Vous écrivez :  » Mais nous sommes d’accord là-dessus, simplement la rareté est induite, artificielle, gérée par une classe qui ne disparaîtra pas économiquement ou en changeant de mode de production… mais qui disparaîtra en faisant disparaître la cause originelle de leur capacité à agir de la sorte: l’exercice du pouvoir hors du corps social »

2) Je comprends que vous voulez dire que la rareté des marchandises (un concept lourd de sens que ce mot marchandise) dans certaines parties du monde ou dans certains quartiers de la ville est une conséquence des rapports de production dont la propriété des biens. Ainsi il y a suffisamment d’aliments mais plusieurs ne peuvent s’en procurer en Somalie par exemple et dans le quartier Hochelaga à Montréal. NOUS SOMMES D’ACCORD

3) La capacité de ces propriétaires de magasins, de chaine d’alimentation, de terre fermière à agir hors du corps social viendrait du pouvoir politique dites-vous. et tout ce qui l’entoure (État, police, justice, prison, armée, etc) une machine colossale qui fonctionne avec du capital que l’État extirpe à l’ensemble du corp social afin de lui faire payer l’entretien de ses gardes chiournes. Dans ce domaine celui qui possède le plus de biens semble celui qui paie le plus et bénéficie de la plus grande protection pour que rien ne change = le pauvre sans nourriture = et le riche avec des surplus de nourriture

4) Passons en mode supérieure Vous concluez par ceci : « l’exercice du pouvoir hors du corps social, qui en l’occurence ne peut être que coercitif, car personne ne peut y adhérer sciemment. Cette disparition ne peut-être que POLITIQUE en rediluant le pouvoir dans le(s) peuple(s).

5) Nonobstant le fait qu’il est faux « que personne ne peut y adhérer sciemment » (vous me faites pensé au curé de ma paroisse qui ne pouvait imaginer le plaisir du mal) je me pose une question : Quelle force – quelle puissance – parviendra à arracher le pouvoir politique – pacifiquement – à ceux qui bénéficient des largesses du système et qui possèdent les aliments afin de les obliger à donner – distribuer à tous le fruit de leur larcin ou de leur travail, ou de leur exploitation, BIENS qu’ils croient sincèrement leur appartenir ???? Qui? Quand? Comment? cette révolution du pouvoir ARRACHÉS AUX UNS ET REDILUER DANS LA COMMUNAUTÉ

6) Je ne ferai pas de commentaire sur votre concept de peuple gardons en pour plus tard.

7) Étape suivante Vous écrivez ceci : « En cela, on le dit et on le répète: la solution ne peut pas être ECONOMIQUE, militer pour des réformes économiques ce n’est que pisser dans un violon et l’oligarchie se marre. »

8) L’amorce – le commencement – le début de la SOLUTION sera ÉCONOMIQUE ET IL NE PEUT en être autrement. Je vous explique LISEZ attentivement A) Avez-vous remarquer que l’agitation sociale et populaire, de la classe laborieuse, des petits-bourgeois, des peuples comme vous dites s’atténue énormément en temps de prospérité économique, de hausse de salaire, d’abondance ce qui ne signifie pas qu’il n’y a plus de pauvres mais on les soigne mieux et ils sont moins nombreux, on leur donne même des services qu’ensuite l’État (notre bête noire à tous qu’il faudra éradiquer) leur retire quand la crise s’étire et que s’impose pour des motifs ÉCONOMIQUES des POLITIQUES d’austérité

B) Quand la crise ÉCONOMIQUE s’intensifie comme maintenant avez-vous remarquer que les guerres éclates beaucoup plu nombreuses longues et meurtrières, l’agitation sociale s’intensifie, les classes sociales s’agitent, perdent toute éthique, se désagrège moralement, socialement, le banditisme se répand, le terrorisme et la déliquescence du pouvoir politique où on voit des partis engloutis d’autres apparaitre puis disparaitre tout aussi rapidement. La croisière POLITIQUE est en folie parce que le PAQUEBOT ÉCONOMIQUE (moteur, services, essence, etc) est à la dérive

9) Apparemment vous ne me lisez pas souvent si vous me faites le reproche de soutenir les RÉFORMES et les batailles féministes et pour les droits des animaux et autres sornettes. Il y a deux choses que je déteste dans la vie les intellectuels petits-bourgeois pédants et ignorants et les RÉFORMISTES qui voudraient sauver le régime que je veux voir éclater pour le remplaceré

10) Terminons à propos des luttes de résistance de la classe ouvrière pour la défense de ses conditions de vie et de travail. J’APPUIE À 100%. Pourtant je sais que la plupart de ces batailles seront perdues et que celles qui seront gagnés apporteront tout juste un baume temporaire. MAIS c »est à travers cette guerre de tranchée quotidienne que notre classe sociale s’endurcit, prend la mesure de son adversaire, développe des tactiques, reconnait ses leaders écarte les vendus et les traitres et se prépare aux vrais grands affrontement qui sera mondial quand les conditions ÉCONOMIQUES auront fait maturés les conditions POLITIQUES (subjectives) de l’insurrection puis de la RÉVOLUTION.

ps: jE N’ÉCRIS PAS SUR LES AUTOCHTONES parce que JBL 1960 le fait déjà ici avec constance et compétence

Notre réponse à Robert le 23 octobre:

1 & 2: Bon

3- Non, on ne dit pas ça… On dit que la division initiale de la société humaine provient de la sortie du pouvoir et de sa capacité à l’exercer, hors du corps social, de la société constitutée qui jusque là exerçait ce pouvoir de manière consensuelle et de manière non coercitive. Tu nous fais dire par amalgame ce que nous n’avons dit nulle part, désolé. Ce que tu dis en seconde partie de cette argument est juste une fois que préalablement: a) la société se soit divisée politiquement et b) que l’économique existe puis emboîte le pas.

4 et 5: Tu vis dans l’instant. Il est évident qu’aujourd’hui une foule de gens adhère “sciemment” à l’organisation étatique parce que: a) cela fait partie des meubles b) ils n’ont pas le temps de réfléchir à une alternative c) ils sont ignorants et maintenus dans l’ignorance de ce qu’il s’est passé auparavant dans la société humaine au sens large.

Ce que nous disons, c’est que lors de la division politique initiale de la société puis du développement du rapport dominant/dominé, cette nouvelle relation entre les individus a été imposée et maintenue coercitivement… Personne n’y a adhéré sciemment. L’État et les institutions, leur bureaucratie sont imposés depuis le haut de la pyramide, aucune personne n’y a adhéré volontairement, c’est induit et forcé, voilà notre propos.

Nous ne voyons en fait pas un “arrachement” du pouvoir politique à la caste dominante, nous voyons un changement de relation des gens vis à vis des institutions, qu’ils laisseront tomber pour s’associer volontairement et pour agir collectivement selon une relation de complémentarité qui existe déjà mais qui est étouffée et ignorée parce les institutions en place parviennent encore à “convaincre” qu’elles sont la seule alternative au genre humain.

Quant à toi ne vois-tu qu’une alternative violente ? Penses-tu que la seule façon de reprendre le pouvoir est par l’insurrection violente ? et une fois fait… tu préconises quoi ? Comment la société s’organise t’elle ? La dictature du prolétariat ?…

6- à suivre

7, 8 Ce ne sont que des fluctuations effectivement cycliques, dont les cycles sont pilotés par l’oligarchie de la haute finance et tout cela fonctionne dans les cycles d’évolution de T2 (cf  notre métaphore du “big bang antisocial”…). Pour sortir du cercle vicieux il suffit qu’un nombre conséquent de personnes s’organisent et refusent simplement de jouer le jeu truqué depuis le départ. Tout ceci est une création systémique humaine, totalement réversible. Il faut pour cela évidemment, comprendre les rouages et où est la racine réelle de l’affaire. Donc refus d’obéissance aux forces illégitimes du pouvoir, glissement relationnelle vers l’association libre complémentaire, refonte du pouvoir dans le corps social des sociétés menant à un retour à la société égalitaire à pouvoir consensuel non coercitif. L’économique n’aura aucun autre choix que de suivre la nouvelle relation, car l’anomalie anti-naturelle de la “propriété privée” (et non pas la possession), deviendra de facto impossible dans le nouveau paradigme relationnel qui embrassera la complémentarité en lieu et place de l’antagonisme, ans une société du renouveau égalitaire. Nous avons explicitement expliqué cela dans le manifeste. Il ne nous appartient pas d’en énumérer les détails, ce sera aux gens sur le terrain, en fonction de divers facteurs d’établir leur modus operandi.

Il est juste de dire que le “paquebot” économique a pris le pas sur le politique depuis a 1ère révolution industrielle.grâce (ou à cause plutôt) du capitalisme. Comme nous l’avons déjà dit en phase T2, l’analyse économique de Marx est valide, pour en sortir, il faut initier un clone de To soit T’o, où le pouvoir décisionnaire retourne dans le corps social, de là… voir plus haut.

9- parce que toute solution économique n’est que cataplasme sur jambe de bois et donc réformisme futile. C’est sur cette base que nous disons que tu es un réformiste. L’économie est une invention humaine, elle est anti-naturelle par excellence, elle ne peut en aucun cas être la solution. L’économique est à la remorque du politique et non pas l’inverse, même s’il est vrai que l’économique a phagocyté le politique dans une logique interne une fois le système mis en place. Mais toute l’affaire repose sur la compréhension que ce système (l’économie) n’a pas à être mis en place en première instance, on n’en a absolument pas besoin, ce n’est qu’une escroquerie rendue possible par la relation dominant/dominé qui ne provient que de la division politique de la société la faisant passer par erreur de To à T1 dans notre schéma de la “théorie du big bang antisocial”. C’est une anomalie, une métastase du cancer social qui a démarré dès la sortie initiale du pouvoir du corps social.

Vouloir y trouver une solution “économique” c’est traiter le symptôme et non pas la maladie, il faut remonter en amont. C’est toute la finalité de notre manifeste.

10- “défendre ses conditions de vie et de travail” dis-tu, c’est transformer, réformer un système sans le remettre profondément en cause. C’est ce qu’a fait le marxisme depuis le départ. Il bouffe au ratelier du capital et soutient la division de la société. Les batailles seront en majorité perdues parce que lutter pour améliorer son salaire, améliorer ses conditions de travail, c’est toujours acquiescer au dogme de la relation dominant/dominé. On ne s’aguerrit pas en s’épuisant à se cogner la tête contre un mur, on s’abrutit.

Le seul moyen est le refus de jouer le jeu, de mettre à bas toutes les institutions en embrassant les associations libres court-circuitant les rouages étatico-capitalistes (marxistes compris) qui ne font  que maintenir division et rapport dominant/dominé.

Les manifs, les grèves ne servent à rien. Si des syndicalistes veulent être efficaces et faire trembler le système, il faut adopter la tactique des conseils ouvriers italiens de 1920: Grève générale illimitée et expropriatrice. Ceci a fonctionné et aurait pu avoir un sérieux effet boule de neige en Europe et qui les a cassés ? qui les a trahis ? Le PCI et la bourgeoisie italienne amenèrent Mussolini au pouvoir en résultante directe. Cette même alliance s’est retrouvée en Espagne 1936…

La seule ligne insurrectionnelle valide est celle du “A bas l’État, à bas l’argent, à bas l’économie de marché, à bas le salariat !”

Ceci peut-être achevé sans barricades… En refusant de jouer le jeu plus avant et en changeant de relations avec l’institutionnel en le mettant devant le fait accompli de la société des associations libres. La fange tombera comme un fruit trop mûr, seules peut-être quelques poches de morpions seront à sulfater… mais rien de bien méchant… 😉

P.S: Jo fait un super boulot, depuis peu sur les 7 du Québec mais avant elle ?… et après elle ?… Quelle est ta position sur l’entité coloniale de la “couronne” (City de Londres) appelée “Canada” ? Les sociétés autochtones étant par nature “anti-capitalistes”, anti-économiques en fait, elles devraient être une  “priorité” marxiste non ? Ou parce qu’elles sont “précapitalistes” n’existent-elles pas en tant que telles et peuvent-elles être colonisées, assimilées ?…

Fraternellement

Robert Bibeau 23 octobre 2017:

@ Résistance 71

J’ai vraiment l’impression que vous ne lisez pas les commentaires sinon en partant d’un préjugé vous vous dites « TOUS LES MARXISTES DISENT CECI ALORS ROBERT BIBEAU MARXISTE DIT CECI  » et vous enclenchez votre machine préprogrammer de critique passant totalement à côté de mon propos.

EXEMPLE : Vous écrivez « Vouloir y trouver une solution “économique” c’est traiter le symptome et non pas la maladie, il faut remonter en amont. C’est toute la finalité de notre manifeste. »

1) NON je ne cherche pas une SOLUTION ÉCONOMIQUE À LA CRISE ÉCONOMIQUE. Je dis que cette crise économique (que vous la voyez ou non – si vous ne la voyez pas sortez et enqueter dans les quartiers pauvres des villes – chez les amérindiens également) est irréversible – inéluctable et pas du tout le fruit de conspirations des riches qui contrairement à ce que vous pensez aiment la prospérité et la tranquillité et la paix sociale avec eux au sommet de la pyramide politique. La crise économique est inexorable et aucune RÉFORME = JE REDIS AUCUNE RÉFORME – MODIFICATION – DÉCISION POLITIQUE FINANCIÈRE NE PEUT LA STOPPER – L’INVERSER SAUF LA GUERRE NUCLÉAIRE qui remettra le compteur à zéro.

2) Voila pour l’instance économique (je vous ai déjà souligné que vous aviez peu de notions d’économie et que votre définition du concept d’économie diffère énormément du miens d’où les incompréhensions) = Conclusion l’instance économique = l’infrastructure de production des biens et des services) fonctionne selon sa logique propre dont les hommes sont les manoeuvres.

3) J’introduis maintenant l’instance POLITIQUE qui existe effectivement et qui entretient des rapports dialectique avec l’instance économique. Lisez bien CE N’EST QU’AU NIVEAU POLITIQUE QUE LES SOCIÉTÉS HUMAINES POURRONT RENVERSER L’ÉTAT OPPRESSEUR DICTATORIAL BRISER LA SUPERSTRUCTURE CAPITALISTE ET ÉDIFIER UN NOUVEAU MODE DE PRODUCTION QUE MOI J’APPELLE PROLÉTARIEN parce que c’est cette classe sociale qui batira le nouveau et que le mot COMMUNISTE utilisée par Marx est aujourd’hui tellement discrédité que l’on fait fuir les ouvriers juste à dire COMMUNISTE ce mot n’a pas d’importance pour moi RÉVOLUTIONNAIRE A TOUJOURS DE L’IMPORTANCE.

4) pOUR QUE la classe prolétarienne et son fer de lance la classe ouvrière arrache le pouvoir violemment à la classe bourgeoise capitaliste dominante (qui est LE GESTE LE PLUS ÉMINEMMENT POLITIQUE QUI SOIT) et détruire l’État bourgeois des conditions ÉCONOMIQUES SOCIALES ET POLITIQUES ET IDÉOLOGIQUES devront être réunies sinon tout restera en l’État malgré votre manifeste.

5) Inutile de dire que je croit pas du tout à la possibilité que des milliards d’individus (vous rappelez toujours que les premières nations étaient quelques dizaines de millions en Amérique – un milliard d’individus aujourd’hui) délaissent le système et s’auto- organisent en commune hippies ou une communauté de sociétés de sociétés autogérés. Votre foi vaut la mienne. Je base la mienne sur l’observation de l’histoire et de la réalité présente

6) UNE fois la RÉVOLUTION POLITIQUE JE LE RÉÉCRIS POLITIQUE victorieuse tout restera à faire et je n’ai pas l’intelligence ni les connaissances suffisantes pour dire ce que sera cette prochaine société – peut-être la société des communautés de société. Oui, possiblement après la RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE APRÈS LA GUERRE NUCLÉAIRE.

7) MA POSITION SUR LE CANADA et les autochtones ???? La Confédération canadienne et ses traités – lois – y compris les provinces qui sont des répliques du fédéral sont toutes appelées à disparaître à être détruites par la révolution prolétarienne internationaliste et je n’ai pas une seconde de mon temps à perdre pour demander des aménagements – réformes – changements aux traités accords et lois et je chies sur la démocratie bourgeoise dictatoriale au gant de fer.

Je méprise profondément les chefs autochtones qui font leurs mascarades sur la colline parlementaire et viennent quémander l’aumone et des terres et la restitution de droits ou que le gouvernement des riches respecte les traités qu’il ne respectera jamais

Je ne crois qu’au barrage ‘sauvage » que les communautés dressent sur les routes pour exiger tel ou tel chose. Je ne crois qu’au Warrior qui ont bloqué un pont pour stopper les buldozers qui voulaient raser une pinède où reposait le corps de leurs ancêtres etc. Je ne crois qu’a ces communautés qui stoppent par la force les coupeurs d’arbres en Colombie Britannique

Je ne sais pas ce que la Révolution prolétarienne signifiera pour ces communautés pour leur avenir mais normalement le prolétariat (S,IL CONSERVE LA MAINMISE ET LA DIRECTION DE SA RÉVOLUTION) et s’il sait empêcher les intellectuels petits bourgeois de l’usurper – le prolétariat dis-je ne peut qu’être uni au prolétariat autochtone mais pas avec les chefs de clans véreux

Notre réponse du 24 octobre:

1- On te retourne la critique Robert: on ne parle pas de la crise économique présente, on n’en a jamais parlé, elle n’est qu’un avatar de plus dans la supercherie ambiante même si elle affecte des millions de gens, nous compris. Quand on parle de “solution”, ce n’est pas une solution conjoncturelle, mais une solution définitive au marasme que subit la société humaine depuis T1…

On a l’impression d’être dans un dialogue de sourd parfois, tu suis ton idée sans comprendre ou essayer de comprendre ce qu’on dit, mais pour toi, c’est nous qui avons des “idées préconçues”… Fatiguant Robert, fatiguant…

2- Ta notion économique est marxiste, on sait… On ne perd pas de temps sur l’économique (la base est suffisante), car c’est un artifice inutile à la société humaine. La seule façon de voir les choses est sans étiquette de prix, vouloir bouger les choses sans changer cela ne sert à rien du tout.

3- Là on semble très proche l’un de l’autre… câlin ?…

4- mais le prolétariat peut participer à ces conditions en ignorant les institutions et embrassant les associations libres rendant le système caduque et incapable d’exercer sa force de coercition, il suffit de 10 à 15% d’une population, des gens décidés et incorruptibles pour faire basculer une situation. Tu sembles ne considérer que la violence comme moyen d’en finir, nous disons qu’il y en a un autre qui limiterait grandement la violence.

5- Il n’est pas question d’avoir une unanimité de départ, on ne l’aura jamais nous sommes bien d’accord, mais des îlots conséquents s’associant et dont l’organisation modèle fera boule de neige. C’est en cela que les expériences zapatiste (que tu dénigres de manière surprenante pour un “révolutionnaire”), kurdes du Rojava, et sociétés traditionnelles natives de partout et autres sont importantes à soutenir.

6- Donc pour toi, destruction physique d’abord et reconstruction possible après s’il reste des combattants… bien noté. On ne pense pas de cette manière. Question: quelle forme prendra la révolution prolétarienne ? Comment vois-tu les choses se dérouler ? On ne te demande pas quelle société en résultera, mais quelle forme prendra la “révolution prolétarienne” selon toi ?

7- Ok, merci de ces précisions. Nous sommes proches sur ce sujet aussi semble t’il (re-câlin ?..), simplement nous pensons que les populations autochtones de tous les continents colonisés, dans leur organisation organique primordiale qui a perduré jusqu’à nos jours, ont bien des choses à nous apprendre et en cela il serait bon d’intégrer leur vision et certains concepts dans la “révolution prolétarienne”… Elle prendrait une toute autre dimension.

On est comme toi, nous ne savons pas quelle forme celle-ci prendra dans le détail, mais nous pensons qu’elle ne pourra réussir que dans la complémentarité transcendant l’antagonisme, faute de quoi, elle échouera comme toutes les autres tentatives préalables. Nous pensons également que le tsunami de la révolution sociale, une fois enclenché, sera au-delà de la notion de violence, celle-ci sera quasiment inutile.

Fraternellement

Robert Bibeau 28 octobre 2017:

1) Vous écrivez ceci : Quand on parle de “solution”, ce n’est pas une solution conjoncturelle, mais une solution définitive au marasme que subit la société humaine depuis T1…

Mais nous sommes d’accord parfaitement d’accord je ne cherche pas de solution conjoncturelle moi non plus = je dis simplement que la conjoncture nous est rendu favorable pour bouter dehors le vieux mode de production = la vielle société à détruire.

2) Vous écrivez : « il suffit de 10 à 15% d’une population, des gens décidés et incorruptibles pour faire basculer une situation. Tu sembles ne considérer que la violence comme moyen d’en finir, nous disons qu’il y en a un autre qui limiterait grandement la violence. » Je ne souhaite pas la violence je suis contre la violence (sauf la violence révolutionnaire si nécessaire) Je constate simplement que dans l’histoire le passage d’un mode de production à un autre s’est toujours fait dans la violence car la classe dominante ne se laisse pas écarter sans résister avec ses armées jusqu’a ce que leur armée elle-même cesse de leur obéir. Comment mobiliserez-vous vos 15% dans une même direction (15% de 8 milliards d’individus) ????

3) Vous écrivez ceci : « Vexpériences zapatiste (que tu dénigres de manière surprenante pour un révolutionnaire), kurdes du Rojava, » Je dénigre car DANGEREUSES TRÈS DANGEREUSES CES EXPÉRIENCES paysannes et petites bourgeoises que vous identifiez. Vous savez comment elles vont finir ces expériences nationalistes chauvines ??? Dans des bains de sang où les paysans ou les travailleurs qui y auront crus se retrouveront dans des fosses communes comme c’est arrivé toutes les fois précédentes. EXEMPLE. Le prolétariat égyptien lors des émeutes du Caire n’a pas provoqué la révolution – une vraie – car ils savaient d’instinct que la Révolution mondiale ne suivrait pas alors ils auraient sacrifier inutilement. SAGE LE PROLÉTARIAT ÉGYPTIEN ET TUNISIEN. La révolution mondiale ne partira pas du Ycatan ou des fermes hippies ou des kurdes au service d’Israel l’État NAZI mais des prolétaires américains, européens ou chinois les centaines de millions ou c’est l’écrasement et l’holocauste assuré pour les insurgés.

4) VOUS demandez « Question: quelle forme prendra la révolution prolétarienne ? Comment vois-tu les choses se dérouler ?  » Me basant sur l’étude des révolutions antérieures pas simplement prolétariennes mais toutes révolutions sociales antérieures dont la Révolution francaise et russe et chinoise et cubaine A) Crise économique et sociale colossale où la classe dominante se déchire et s’affaiblit en vient à ne plus savoir gouverner – soulèvement populaire en vague successive POPULAIRE où la petite bourgeoisie prend les leadership et mais de l’avant ses demandes de réformes pour sauver le système et réformer le capitalisme et les féministes sont aux premières loges et les assistés sociaux, les pauvres, les aigris, les malheureux, des sections de la bourgeoisie même tout le monde = POPULAIRE CITOYENNE COMME DISENT LES PETITS BOURGEOIS ÉCOSOCIALISTE ET ALTERMONDIALISTES ET LES AUTRES. Les ouvriers suivent et ne dirigent rien on leur a tellement dit qu’ils n’existaient plus et qu’ils ne savent rien. B) C’est l’anarchie totale la guerre pire qu’en 1917, 1789, 1941, 1949, 1959, etc Comme on aura jamais vu et peu à peu le monde entier s’enflamme et ce ne sont pas les ouvriers qui prennent le lead et l’anarchie s’amplifie et se répand et s’éternise (voir en IRAK-SYRIE- Yemen- Liban actuellement) c) Puis le mode détruit demande des solutions dans le sens d’une reprise de la vie – d’un nouveau mode de production et la go-gauche s’avance pour proposer le capitalisme d’État à la soviétique à la chinoise , à la kurde israélien les kibboutz et n’importe quoi = C’est l’heure de la classe ouvrière qui vient de sonner

J’usque la on était en période insurrectionnelle ( 5 – 10 ans je ne sais pas) alors s’ouvre la période RÉVOLUTIONNAIRE = DE CONSTRUCTION D’UN NOUVEAU MONDE. La RÉVOLUTION n’est pas destruction ca c’est l’insurrection = la RÉVOLUTION C’EST LA CONSTRUCTION D’UN NOUVEAU MODE DE PRODUCTION = proposez le votre camarade ce sera vraiment le temps alors de même pour les sociétés tribales d’avant le capitalisme Zapatiste – autochtones et les autres

5) Une immense différence alors par rapport à aujourd’hui ALORS la classe capitaliste qui n’existe que pour perpétuer le mode de production capitaliste ne sera plus au pouvoir aura été éliminé (pas nécessairement par la mort mais par la perte de ses propriétés et de son pouvoir coercitif et de ses armées) alors sous la protection bienveillante du prolétariat urbain – industriel moderne que cent fleurs éclatent que cents écoles rivalisent disaient Mao (je ne suis surtout pas maoiste mais elle se place bien ici cette phrase) La protection libertaire – démocratique de dictature du prolétariat (pas la

dictature du parti communiste à la Lénine ou Staline mais des milliards de prolétaires associés assurera toute la liberté au peuple et aucune aux restes de l’ex classe dominante ILS SERA ALORS INTERDIT D’INTERDIRE (le contraire des pays soi-disant socialistes disparus). Seront brimés ceux qui voudront brimés

Merci de votre immense patience

Notre réponse du 29 octobre:

1 & 2- Les gens se mobiliseront d’eux-mêmes. Il sera devenu évident que l’association libre est la solution pour revenir à la forme de communisme primordial qui est ancré dans la nature humaine. Il n’y aura pas besoin de “leaders”, qui sait le mieux s’occuper d’une communauté si ce n’est la communauté elle-même. C’est comme faire du vélo… ça ne s’oublie pas !

La révolution sociale n’est pas, ne sera pas un “passage à un autre mode de production”… Une fois de plus c’est là où nous divergeons essentiellement. La révolution est un changement de paradigme POLITIQUE, le mode de production adopté n’en sera que le reflet et non pas l’inverse.

3- wow ! Où as-tu vu une “expérience nationaliste chauviniste” dans le zapatisme toi ? ça fait plus de 20 ans qu’ils ont changé leur paradigme politique et çà marche très bien pour eux. On ne dit pas: “tous zapatistes!” on dit “adaptons leurs méthodes à chaque société”. La Tunisie, l’Egypte, ça n’a absolument rien à voir, faut pas tout mélanger. La Tunisie et l’Egypte furent des révolutions colorées pilotées par l’empire et ses sbires spécialistes, Soros and co. Le “printemps arabe” est une fumisterie géopolitique de l’occident ! Jamais il n’a été prévu de “faire la révolution”.

4- Là quand tu écris: “B) C’est l’anarchie totale la guerre pire qu’en 1917, 1789, 1941, 1949, 1959, etc”, il est très clair que tu utilises le mot “anarchie” dans le sens systémique péjoratif de “chaos”, on peut se demander sur cette simple phrase à quel jeu joues-tu dans la mesure où tout bon marxiste sait parfaitement ce qu’est l’anarchie et ne va pas la confondre (volontairement ou non) avec un vocable de dénigrement impérialiste. Intéressant, on avoue avoir été très surpris par ta terminologie que nous ne pouvons penser qu’être utilisée à dessein et non par erreur.

La suite est à l’avenant.

Disons que nous n’avons absolument pas la même vision de ce que sera la révolution sociale.

Merci des échanges Robert

Communiqué pour le financement participatif au livre « Chronique de voyages en terre Lakota »

Posted in actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 22 octobre 2017 by Résistance 71

Nous sommes en contact avec Jean-Michel Wizenne depuis plusieurs années et respectons grandement son travail de terrain dans le domaine politico-culturel. Jean-Michel a beaucoup voyagé en terre amérindienne et y a forgé une grande connaissance faisant de lui une passerelle spirituelle entre nos deux mondes qui ne sont en fait qu’Un. Nous sommes particulièrement heureux de pouvoir peut-être contribuer à ce que sera son deuxième ouvrage. Musicien, essayiste, conférencier et être conscient n’ayant pas choisi la façon la plus facile de marcher.

Aidez-le dans ce projet, il en vaut la peine !

~ Résistance 71 ~

 

Levée de fonds participatifs pour le projet de livre “Chronique de voyages en terre Lakota”

 

Jean-Michel Wizenne

 

Octobre 2017

 

Dons au projet sur la page Gofundme:

https://www.gofundme.com/chronique-de-voyage-en-terre-lakota

 

Bonjour à toutes et à tous.

15 ans déjà depuis mon premier séjour chez les Lakota Sioux. Après un périple de 10 000 km en un mois, à moto et en solo, j’étais parti de Montréal pour traverser le Québec, l’Ontario, le Michigan, le Wisconsin, le Minnesota et enfin pour arriver sur la réserve de Rosebud dans le Dakota du Sud.

Je n’avais alors que 2 contacts. Le premier, un prisonnier du pénitencier maximum sécurité de Sioux Falls, avec qui j’entretenais une correspondance depuis des années. Le second contact était la tante de ce prisonnier. Elle vivait en territoire indien à 300 km à l’ouest de la prison.

Le but initial de ce voyage, était de répondre à l’invitation du groupe spirituel de la prison, et de participer aux cérémonies traditionnelles parmi les détenus Sioux.

A la fin de la journée de cérémonie, à l’heure du départ, un évènement singulier s’est produit, qui allait changer toute l’histoire, ou plutôt toute mon histoire. Un jeune détenu qui s’était faufilé entre les gardes, s’est précipité vers moi et avant de se faire ceinturer m’a crié la phrase suivante: « parle de nous, invite des gens à venir nous voir, c’est le seul moment où nous existons ». La seconde d’après,  je me retrouvais sur le parking de la prison, face au soleil, alors que je laissais derrière moi la lumière artificielle de cet immense bunker de béton, et les gens avec qui je venais de partager, chants, danses et prières.

Alors, la multitude d’évènements qui se sont déroulés ensuite lors de ce premier séjour, et toutes les émotions qui leur sont associées, ont été consignés soir après soir, dans ce qui me faisait office de seul confident durant ce voyage, à savoir un carnet de notes. .

Aujourd’hui, 15 ans après, sur la réserve, certains ont grandi, certains ont vieilli, et certains n’ont ni eu le temps de grandir ni de vieillir. Vous savez, une des premières choses que vous constatez quand vous enchainez les voyages en terre indienne, c’est que si le décor ne change jamais – la même carcasse de voiture, la même roulotte délabrée, la même baraque abandonnée, par contre, en ce qui concerne les gens que vous connaissez, que vous côtoyez, et surtout quel que soit leur âge, enfants, adolescents, adultes ou anciens,  vous n’êtes jamais sur de les retrouver en vie.

C’est la raison pour laquelle aujourd’hui, avec toutes les connaissances acquises par les expériences vécus lors de mes nombreux autres voyages, ayant beaucoup appris sur l’histoire politique des réserves indiennes avec les anciens, avec des historiens et philosophes amérindiens,  et aussi étant familiarisé avec leur culture, leurs mœurs et de leur vision du monde, j’ai décidé de reprendre toutes ces notes, et de les enrichir de toutes les connaissances acquises, et aussi d’y ajouter l’histoire passée et présente de toutes ces personnes qui font maintenant parties de ma seconde famille.

Alors pourquoi ? Eh bien par ce qu’aujourd’hui,  je me sens émotionnellement prêt et en mesure de le partager de la meilleure façon possible. Je veux permettre au lecteur féru de réalisme et d’authenticité, de s’immerger dans un monde peu connu et dans le réel de l’histoire, et de vivre cette histoire, d’en acquérir les connaissances, par le biais du factuel et du vécu. Par le biais des anecdotes, des aventures et même des drames, bref par le biais du réel dont j’ai été témoins, et par le biais du réel qu’ils ont vécu et qu’ils vivent.

-Alors en pratique, ce récit aura la forme  d’un récit de voyage et d’une chronologie combinant mon histoire et de celle des membres de ma seconde famille, de leur passé, de leur présent.

Cela me demandera plusieurs mois, qui seront consacrés à me replonger dans toutes les notes des différents voyages, les mettre en forme, et de les compléter. D’un point de vue de la logistique, cette entreprise implique aussi que je puisse matériellement permettre l’accès régulier au téléphone entre ceux qui se trouvent en prison, ceux qui vivent sur la réserve dans des conditions plus que précaire, et moi-même, afin de régulièrement écouter, vérifier et valider les faits, les noms, les dates et les lieux.

Alors pour tous ceux qui préfèrent l’authentique au politiquement correct et qui veulent soutenir ce projet activement, j’organise un financement participatif qui permettra à ce livre de se faire et de voir le jour dans les meilleures conditions. Je vous remercie d’avance et vous dit à bientôt.-

Jean-Michel Wizenne

Vidéo promotionnelle:

http://www.youtube.com/watch?time_continue=476&v=gfqAJuFQw6s

= = =

Le livre précédent de Jean-Michel: “La ligne et le cercle”

https://www.bod.fr/livre/jean-michel-wizenne/la-ligne-et-le-cercle/9782322082827.html 

Discussion au sujet du Manifeste de la société des sociétés (avec mises à jour)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 20 octobre 2017 by Résistance 71

Discussion avec Robert Bibeau, journaliste et rédacteur en chef des “7 du Québec” au sujet du “Manifeste de la Société des Sociétés”

 

Octobre 2017

 

Source: 

http://www.les7duquebec.com/7-de-garde-2/manifeste-pour-la-societe-des-societes/

(voir commentaires)

Discussion 2ème partie

 

Manifeste de la societe des societes

 

@ Résistance 71 (17 octobre 2017)

Félicitation pour votre ouvrage bien écrit, documenté, solide. Cependant, je suis personnellement tenant d’une approche différente. Je m’explique.

Vous abordez l’étude des sociétés humaines sous l’angle des rapports sociaux de production ce qui logiquement vous amène très vite à poser LA QUESTION : « Ainsi la question n’est pas d’envisager des sociétés qui seraient avec pouvoir et d’autres sans ; mais de considérer la forme que prend le pouvoir politique inhérent à la société humaine. »

Pour moi c’est comme aborder la construction d’un édifice par le 10e étage en faisant comme si les 9 étages en-dessous n’existaient pas. Ces 9 étages ET LE SOUS-BASSEMENT – DÉTERMINANTS – c’est le mode de production – la façon que l’homme collectivement (pourquoi collectivement justement – le Thyranosaure n’était ni sociable – ni coopératif) a appris à trouver puis produire ce dont il avait besoin pour survivre.

C’est dans ce sous-bassement (les moyens et les forces productives) que vous pourriez trouver les explications aux turpitudes que vous soulignez très justement. Sauf que ces turpitudes sont des conséquences – des résultantes – des variables dépendantes dit-on en statistique – et non comme vous le croyez des tumeurs parasitant le corps social = Elles sont le corps social.

D’où on se retrouve aujourd’hui comme vous le soulignez avec des surplus de marchandises (important d’utiliser le mot MARCHANDISE et tous les concepts qu’il traine avec lui) dans certaines parties du monde et la famine dans d’autres parties du monde.

L’Homme social aurait résout le problème de la production des MARCHANDISES qui lui SONT nécessaires pour survivre en tant qu’espèce mais pas celui de répartir équitablement ces MARCHANDISES pour que chacun reçoive selon ses besoins.

C’est que le mode de production capitaliste actuellement en vigueur a été construit par l’homme mécaniquement de telle sorte que pour atteindre le premier objectif la société aille à l’antipode du deuxième objectif…. la répartition NON PAS ÉGALITAIRE mais selon les besoins de chacun. Ce deuxième objectif social – coopératif solidaire n’est même pas considéré par le système social.

C’est ICI précisément que LA QUESTION DU POUVOIR POLITIQUE = DE LA VIOLENCE D’ÉTAT EN FAIT = SE POSE et pas ailleurs.

Ce qui m’amènerait à introduire le concept central de LUTTE DES CLASSES SOCIALES comme moteur du corps social. Lutte des classes qui nous amène aujourd’hui et maintenant à poser la question du pouvoir politique afin de consciemment – volontairement – impérativement – résoudre le deuxième objectif PUISQUE SOCIALEMENT NOUS POUVONS PRODUIRE PAR NOTRE ACTIVITÉ HUMAINE (préférable au mot TRAVAIL) TOUT CE DONT LA SOCIÉTÉ A BESOIN POUR SE REPRODUIRE – l’objet ultime de la société des sociétés – socialement nous devons fournir à chacun selon ses besoins

Je poursuis ma lecture de votre manifeste camarades.

Merci beaucoup de nous l’avoir offert pour diffusion gratuite.

Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

Vous semblez confondre pouvoir politique – et État et vous demandez « comment est-on passé d’une forme de pouvoir non-coercitif à une forme de pouvoir coercitif dont l’État est le meilleur représentant? »

Mais le pouvoir est par nature coercitif – il use de la coercition ou il n’en use pas

Ainsi vous observez que les guerres sociales sont apparues 10 000 ans avant les Grands États structurés. Mais pas avant le pouvoir politique coercitif – les guerres ont d’ailleurs exigées la création de ces États structurés.

Il a donc une force – une tendance qui explique l’apparition de ces guerres puis l’édification de ces États pour mener ces guerres coercitives.

Ce n’est pas l’État votre bête noire que vous devez découvrir mais quelque chose qui a appelé l’ÉTAT – Détruisant ce quelque chose vous détruirez la cause des guerres et vous détruirez L’ÉTAT qui organise ces guerres (REVOYEZ VOTRE SOUS BASSEMENT ET VOS 9 PREMIÈRES ÉTAGES)

Ici je suis en désaccord avec vous « Y a t’il eu crise entre les possédants et ceux ne possédant pas ? Ce fut certes amplifié par l’avènement du commerce, mais ce n’est pas le commerce qui

l’a créé. En effet, l’économique n’est pas un facteur directeur initial de la

division de la société » Vous avez une mauvaise définition du concept d’économie. Ainsi, bien que ne sachant ni lire ni écrire ou compter IL EXISTAIT UNE ÉCONOMIE DU NÉENDERTALIEN C’est-à dire un procès de production et de répartition des biens (qui n’étaient pas des marchandises – cela viendra avec le capitalisme) dans la tribu qui reconnaissait un chef (un pouvoir) sans ÉTAT il est vrai.

« En clair, l’économique suit le politique, il en est une dérive. La société primordiale organique est une et unifiée, personne n’a plus qu’un autre, personne n’a plus de pouvoir qu’un autre, les décisions…  »

Voici le point de contradiction fondamentale Moi je crois que c’est le contraire exactement le contraire.

« Une fois le pouvoir politique séparé,

il entraîne son avatar économique dans son sillage de division induite. Y a

t’il un mécanisme de passage ? Quel en est le mode de fonctionnement ? »

Au préalable demandez-vous quelle force a permis – a voulu – qu’apparaisse la propriété privée et la séparation du pouvoir politique du corps social ???? Qui, quand, comment, pourquoi, tout cela ???

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique, marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

 -[]- Réponse de Résistance 71 le 19 octobre 2017:

Bonjour Robert et merci d’avoir commenté sur notre manifeste et de l’avoir mis en lien de téléchargement sur les 7 du Québec.

Nous allons répondre en bloc à tes arguments et nous te demandons de bien comprendre qu’il n’y a absolument rien de personnel dans ce que nous allons dire, que ceci ne se rapporte qu’à une analyse systémique (marxiste) qui a été démontrée erronée depuis un bon moment, par toute une branche novatrice de l’anthropologie politique. Il nous est immédiatement apparu évident que nous allions nous mettre les grandes factions catéchistes que sont les néolibéraux et les marxistes à dos avec ce manifeste. C’est le but quelque part aussi, parce qu’il est grand temps de débusquer et d’aplanir les mythes pour se concentrer sur les faits.

Pour bien comprendre notre démarche et notre cheminement réflexif, il est important de lire les ouvrages mentionnés dans la bibliographie attenante au manifeste.

Alors oui, il faut faire la différence entre Marx et le “marxisme”, que Marx se disait à la fin de sa vie “non-marxiste” etc…

Marx et Engels n’ont pas dit que des conneries, c’est évident. Mais le concept du “tout économique”, de la “lutte des classes moteur de l’histoire” est erroné. Marx et Engels n’´étaient pas des anthropologues. De fait leur connaissance en anthropologie était même assez pathétique, mais ils avaient quelques excuses. La discipline à l’époque était peuplée de la secte des sociaux-darwinistes qui pédalaient pour justifier du racisme et de l’exploitation coloniaux et d’ancrer la théorie de la “loi du plus fort” pour justifier “scientifiquement” du rapport dominant/dominé dont leur maîtres payeurs bénéficiaient et bénéficient toujours. De ce fait, le marxisme n’a pas vraiment été une amélioration sur ce point. L’histoire le prouva par la suite. Engels s’est par exemple appuyé sur la “star” de l’époque: Lewis Morgan pour son “étude” sur les Amérindiens dans son “origine de la famille et de l’État”, un Morgan dont l’étude sur les Iroquois, qui fut LA référence sur le sujet pendant plus d’un siècle, ne vaut que pour ses descriptions de la vie quotidienne de ces nations et du folklore attenant. Nous avons ce livre et l’avons lu en anglais, Morgan y réussit “l’exploit” d’écrire un bouquin de 460 pages sans JAMAIS y mentionner le mot de Kaianerekowa (Grande Loi de la Paix), ni le mode de gouvernance de la ligue Haudenosaunee, mais y consacrant une explication au chapitre III (p226 , dans l’édition Citadel Press Book de “The League of the Iroquois” de Lewis H. Morgan), sur le code religieux chrétien de “Handsome Lake”, forfaiture créée pour diviser la ligue iroquoise sur une base religieuse… Cette division persiste toujours de nos jours et a été créée par les chrétiens colonisateurs, dont Morgan était un des chantres et protecteurs par ses “études”. Ce même Morgan encensé par Engels… que dire de plus ?…

L’anthropologie marxiste est pathétique et celui qui l’a le mieux débusqué est l’anthropologue politique français Pierre Clastres (1932-1977), que nous avons sciemment ressorti du placard où marxistes et structuralistes avaient enfermé ses recherches après sa mort prématurée en 1977 dans un accident de la route.

Laissons lui la parole, c’est ce qu’i y a de mieux à faire, il parle ici des recherches des anthropologues marxistes Godelier et Meillassoux (Clastres P., Recherches en anthropologie politique,  Seuil, 1980, publication d’écrits post-mortem):

“A coup de pieds il veut faire entrer dans la société primitive (où elles n’ont que faire) les catégories marxistes de rapports de production, de forces productives, de développement des forces productives, ce pénible langage de bois qu’ils ont sans cesse à la bouche, tout en se cramponnant au structuralisme: société primitive = rapports de parenté = rapports de production. Cékomça. Des spécialistes de l’économie primitive, tels Marshall Sahlins aux Etats-Unis ou Jacques Lizot ici, qui s’occupent d’ethnologie et non de catéchisme, ont établi que la société primitive fonctionne précisément comme machine d’anti-production, que le mode de production domestique opère toujours au dessous de ses possibilités, qu’il n’y a pas de rapports de production parce qu’il n’y a pas de production, car celle-ci est le dernier des soucis de la société primitive. Naturellement Godelier (dont on voit bien ici que son marxisme est exactement de même tabac que celui de son concurrent Meillassoux: ils sont bien les Marx Brothers) ne peut renoncer à la Sainte Production, si non il ferait faillite, il serait au chômage.” (p165)

Puis un peu plus loin p 166 et suivantes, raisonnement d’une importance capitale que ferait bien de lire et d’assimiler tous les marxistes:

“La division sociale en dominants et dominés est, de part en part, politique, elle répartit les Hommes en maîtres du pouvoir et sujets du pouvoir. Que l’économie, le tribut, la dette, le travail aliéné apparaissent comme signes et effets de la division politique selon l’axe du pouvoir, je l’ai assez montré par ailleurs. La société primitive est indivisée parce qu’elle ne comporte pas d’organe séparé du pouvoir politique. La division sociale passe d’abord par la division entre la société et l’organe du pouvoir. Donc toute société non primitive (c’est à dire à dire divisée), comporte, plus ou moins développée, la figure de l’État. […] Le degré ultime [de l’oppression subie] étant atteint par le type de pouvoir que mettent en place fascistes et communistes: là le pouvoir de l’État est total, l’oppression absolue. Mais il demeure irréductible, ce point central: de même que l’on peut penser la société indivisée sans l’absence de l’État, de même on ne peut penser la société divisée sans la présence de l’État. Et réfléchir sur l’origine de l’inégalité, de la division sociale, des classes, de la domination, c’est réfléchir dans le champ de la politique, du pouvoir, de l’État et non dans le champ de l’économie, de la production etc… L’économie s’engendre à partir du politique, les rapports de production viennent des rapports de pouvoir, l’État engendre les classes.

Clastres ensuite remet la pendule à l’heure (p.167):

“Il convient pour y voir clair, de distinguer d’abord la pensée de Marx et le marxisme. Marx fut avec Bakounine, le premier critique du marxisme. La pensée de Marx, c’est un grandiose essai (parfois réussi, parfois raté) de penser la société de son temps (le capitalisme occidental) et l’histoire qui l’avait mise à jour. Le marxisme contemporain, c’est une idéologie au service d’une politique de sorte que les marxistes n’ont rien à voir avec Marx. […] Le marxisme post-marxien, outre qu’il devenait une idéologie dominante du mouvement ouvrier, est devenu l’ennemi principal du mouvement ouvrier, s’est constitué comme la forme la plus arrogante de ce que le XIXème siècle a produit de plus bête: le scientisme. En d’autres termes, le marxisme contemporain s’auto-institue comme LE discours scientifique sur l’histoire de la société, comme le discours qui énonce les lois du mouvement historique, les lois de transformation des sociétés qui s’engendrent les unes à partir des autres. Donc le marxisme peut parler de toutes les sociétés car il en connait le principe de fonctionnement. Mais il y a plus: le marxisme doit parler de tout type de société possible ou réelle, car l’universalité des lois qu’il découvre ne peut souffrir aucune exception ; sinon c’est la doctrine qui d’un bloc s’écroule. Par conséquent, afin de maintenir non seulement la cohérence, mais aussi l’existence même de ce discours, il est impératif pour les marxistes de formuler la conception marxiste de a société primitive, de constituer une anthropologie. A défaut de quoi, il n’y aurait pas de théorie marxiste de l’histoire, mais seulement l’analyse particulière (le capitalisme du XIXème siècle), élaborée par un certain Karl Marx. […] Donc un seul poids, une seule mesure. Quelle est la mesure marxiste des faits sociaux ? C’est l’économie ; le marxisme est un économisme. Il rabat le corps social sur l’infrastructure économique, le social c’est l’économique. C’est pourquoi les anthropologues marxistes, bien obligés, plaquent sur le corps social primitif  ce qui, pensent-ils, fonctionne ailleurs: les catégories de production, de rapports de production, de développement des forces de production, d’exploitation, etc, etc. Au forceps comme dit Adler. […] A la réalité des faits sociaux, les marxistes substituent l’idéologie de leur discours. Meillassoux, Godelier et consorts, qui sont-ils ? Ce sont des Lyssenko des sciences humaines. […] Pour eux, la société primitive n’existe que dans la mesure où on la rabat sur cette figure de la société apparue à la fin du XVIIIème siècle, le capitalisme. Avant cela, rien n’existe, rien ne compte, tout est précapitaliste… Résultat: pour le marxisme en général, ce qui mesure la société, c’est l’économie et pour les ethno-marxistes qui vont encore plus loin, ce qui mesure la société primitive, c’est la société capitaliste. Cékomça…”

Voici comment on pourrait schématiser la chose: Nous appelons çà “la théorie du big-bang antisocial”:

A To [Tzéro] nous avons la société primordiale (on n’aime pas le terme de “primitive” des anthropologues pour qui cela veut dire “première” du latin “primere”, mais pour le commun des mortels, ça veut dire “sauvage inférieur” donc on évite…) sous communisme primordial, à la chefferie sans pouvoir et au pouvoir non coercitif, puis le pouvoir sort du corps social et se constitue en entité séparée auto-proclamée à T1, à T2 les rapports économiques jusque là inexistants, emboitent le pas et consolident le pouvoir en place et la division générée.

En clair, ce qui rend possible la propriété privée, c’est la relation politique dominant/dominé préalablement établie par la sortie du pouvoir du corps social pour se concentrer aux mains d’un petit nombre (ou d’une personne dans le cas d’une société minimaliste clanique). Le marxisme, issus de Marx met la charrue avant les bœufs, parce que comme le dit Clastres, sans cette relation causale inventée, Marx ne peut pas expliquer les sociétés primordiales, sa théorie tombe à l’eau.

Par contre son analyse du capital tient la route dès que sont enclenchés les rouages économiques, eux-mêmes des inventions humaines et en rien universels. L’analyse de Marx tient la route en T2, mais ne peut pas expliquer T1 et encore moins To…

Vois-tu la finalité de l’affaire ?… Si on veut en sortir, faut faire tomber les mythes. Penser que les rapports sociaux ont leur cause dans l’économique et donc chercher des solutions économiques au problème social est erroné, c’est totalement faire fausse route.

Là réside toute la finalité de notre manifeste.

Franchement lis Clastres, Jaulin, Lizot, Sahlins, leurs recherches sont des antidotes à tous les catéchismes inféodés aux pouvoirs, comme l’est le marxisme et oui une certaine catégorie de l’anarchisme nous le savons pertinemment et ne sommes pas dupes. Nous lisons occasionnellement tes interventions et nous considérons que tu n’es plus très loin du “lâcher-prise” du catéchisme marxiste. En fin de compte, nous avons le même objectif, nous différons par les moyens d’y parvenir. Historiquement, la fange léniniste, trotkiste, staliniste, maoïste et une certaine régression dans le castrisme, a toujours pédalé pour l’État et le pouvoir oppresseur des peuples, ces entités ont œuvré parfois de concert avec les pires fascismes comme lors de la révolution sociale espagnole, pour étouffer et réprimer les véritables élans émancipateurs populaires. Le temps est venu de mettre toute cette pourriture dans les poubelles de l’histoire, avec le capitalisme, l’État et la cause de tout çà: la division politique de la société.

Il nous faut retourner à la croisée des chemins et cette fois prendre le bon virage. Notre manifeste n’est qu’explicatif, la praxis doit s’en suivre.

Merci de nous a voir lu jusqu’au bout.

Fraternellement à toi

R71

Mise à jour du 20 octobre 2017:

@ RESISTANCE 71

1) MERCI POUR VOTRE RÉPONSE.

2) Dommage que votre sectarisme et votre dogmatisme vous aient interdit de publier cette réponse ici même pour faciliter le suivi pour les lecteurs.

3) tranchons tout de suite la question de Marx, et du marxisme – tel que présenté par les dogmatiques sectaires de la go-gauche (la liste est trop longue pardonnez-moi).

4) Je hais les dogmatiques et les sectaires se disputant à coup de citations et de références bibliques (ce que vous avez fait en partie dans votre réponse). Je me CHRIST de savoir si Marx a écrit ceci ou cela – pareil pour Engels et Lénine et Staline et les autres….

5) J’observe le monde qui m’entoure (donc je n’observe pas les sociétés primitives – premières que je ne peut voir et ausculter) et je me fais une idée à partir de mon bagage de connaissance. Si un marxiste a dis la même chose que moi = bravo = s’il a dit le contraire = tant pis j’en ai rien à foutre.

6) UN EXEMPLE Les luttes de libérations nationales qui me passionnent bien plus que les sociétés du Néolithique que je ne peut observer OR les nationalismes je les voit ils me dérangent la vie avec leur chauvinisme. ET bien c’est par mes propres observations que j’en suis venu à contester TOTALEMENT la dogmatique LÉNINISTE CHAUVINE sur cette question. Pas en lisant un anarchiste opposé aux léninismes – un dogmatisme n’est pas meilleur qu’un autre.

7) Ma seule et UNIQUE préoccupation = contribuer même minimement à la RÉVOLUTION POUR LA CONSTRUCTION D’UN NOUVEAU MODE DE PRODUCTION. point barre

8) J’AIME DONC CETTE CITATION :

“Il convient pour y voir clair, de distinguer d’abord la pensée de Marx et le marxisme. Marx fut avec Bakounine, le premier critique du marxisme. La pensée de Marx, c’est un grandiose essai (parfois réussi, parfois raté) de penser la société de son temps (le capitalisme occidental) et l’histoire qui l’avait mise à jour. Le marxisme contemporain, c’est une idéologie au service d’une politique de sorte que les marxistes n’ont rien à voir avec Marx. […] Le marxisme post-marxien, outre qu’il devenait une idéologie dominante du mouvement ouvrier, est devenu l’ennemi principal du mouvement ouvrier, s’est constitué comme la forme la plus arrogante de ce que le XIXème siècle a produit de plus bête: le scientisme. En d’autres termes, le marxisme contemporain s’auto-institue comme LE discours scientifique sur l’histoire de la société, comme le discours qui énonce les lois du mouvement historique, les lois de transformation des sociétés qui s’engendrent les unes à partir des autres. Donc le marxisme peut parler de toutes les sociétés car il en connait le principe de fonctionnement.  »

9) CEPENDANT je pense toujours que la classe ouvrière est l’avenir de l’homme et j’ai besoin de cette « foi » pour me pousser à continuer à lutter pour le changement radical.

10) un conseil camarade : passer moins de temps à réétudier les sociétés primitives – du passé – et étudier la société contemporaine – actuelle – présente – sous vos yeux que nous pouvons transformer – le Néolithique c’est terminé même si c’était le paradis sur terre. Nous sommes 7 milliards à souffrir ne l’oubliez pas

Bravo pour votre travail colossale. Vous méritez notre admiration

11) Je reviendrai sur d’autre point plus tard.

Réponse de Résistance 71

@Robert Bibeau

Merci de continuer l’échange.

Nous répondrons ici point par point, certains pouvant être regroupés:

1, 2, 3 et 4: Bravo pour çà, on a déjà dit que tu étais un marxiste engagé sur une voie de “dégagement”, ce qui est tout à ton honneur. Mais tu es un marxiste revendiqué donc le catéchisme, même “réformé” est toujours en filigrane, ce que tu prouves dans les points suivants. 😉

5- Mais nous aussi nous observons le monde qui nous entoure et de fait sa compréhension ne peut se faire qu’en en ayant une vision historique panoramique, d’où la nécessité de remonter à ses origines pour en comprendre le fonctionnement et ce qui est parti en vrille à un moment donné. Comme expliqué plus haut, le problème marxiste sur ce point réside dans cette arrogance à ignorer le passé qui ne l’arrange pas et qu’il ne peut pas expliquer. Désolé Robert, mais l’histoire de l’humanité ne commence pas au néolithique avec un prolongement capitaliste depuis le XVIIIème siècle. Il y a un enchaînement causal que le marxisme et sa doxa refusent de considérer parce que la théorie marxiste ne peut pas expliquer To et T1 comme vu plus tôt. Ta critique des marxistes est juste, tu devrais donc commencer à t’en démarquer afin d’éviter la confusion. En te revendiquant marxiste, tu t’exposes à être mis dans le même panier que ceux que tu critiques finalement et à juste titre…

6- Ce qui se passe aujourd’hui n’est que résurgence cyclique. Le monde reste dans le cercle vicieux du pouvoir coercitif étatique parce que jusqu’à présent, très rares sont ceux qui ont adressé le problème fondamental, radical de ce marasme: la division politique de la société et surtout la récurrence de l’antagonisme comme moteur du déséquilibre. Refuser d’analyser la société humaine dans son ensemble est un dogmatisme Robert. Balayer d’un revers de la main ce qu’on ne croit pas être utile à la compréhension actuelle des choses ne fait qu’obscurcir les choses et les limiter. Saucissonner l’histoire pour n’en prendre que ce qui arrange une vision politique des choses n’est-il pas un dogmatisme ?…

7- Ce n’est pas un “nouveau mode de production” qui sauvera l’humanité, mais un changement radical de l’organisation politique. Une redilution du pouvoir dans les peuples, qui repassera de facto en mode de pouvoir non coercitif et nous ajoutons, le demeurera indéfiniment dès lors que nous embrasserons le concept de complémentarité pour remplacer l’antagonisme qui est prévalent et le fut également dans les sociétés primordiales. De là, tout comme “l’économique” a suivi le politique dans la division initiale avec plus ou moins de délai selon les sociétés et leur avancement, il suivra de nouveau le politique pour retrouver l’essence de sa fonction, celle de disparaître.

8- Au moins çà !?!

9- Qu’entends-tu par “classe ouvrière” ? Celle des ouvriers d’usine ou plus généralement celle des travailleurs, donc des prolétaires comprenant toux ceux qui n’ont rien d’autre que leur force de travail à vendre, c’est à dire 99% de l’humanité ? Le discours marxiste à ce sujet, émanant du “Manifeste du parti communiste”, est particulièrement énervant: seuls les ouvriers sont “révolutionnaires”, les paysans sont de sales “réacs”. Les bourgeois Marx et Engels oublient toujours que sans la bouffe et l’intendance, on crève de faim sur les barricades… Mais il est vrai que ces deux acolytes ne rêvaient pas de lutte radicale mais de saisir le pouvoir par les urnes en bons larbins du système qu’ils étaient. A ce titre, il est évident que la question sociale peut, doit, être ramenée à la question agraire. De plus la conscience politique a été quasiment anéantie par plus d’un demi siècle de société de consommation, embourgeoisant et divisant plus avant ceux qui n’ont pas encore été remplacés par “l’armée de réserve du capital” qu’est l’immigration forcée en amont par les guerres impérialistes de l’occident dominant et arrogant.

10. Un conseil compañero, passe plus de temps à lire et comprendre ce qu’il s’est passé en amont du dogme marxiste, de sa frontière historique auto-établie. Pour comprendre le monde et la société, il faut aller en zone interdite… C’est parce que nous sommes 7 milliards et quelques à souffrir que nous avons écrit ce manifeste, afin de peut-être pouvoir envisager une tangente au cercle vicieux qui nous restreint et nous rend fous.

Nous te référons à ce sujet au sublime film d’Andrei Tarkovsky “Stalker” (1979), qui nous invite à explorer la “zone”, bien entendu interdite par le gouvernement oppresseur de la société invoquée. Il est évident que les périodes paléo et néolithiques sont terminées, merci de nous l’avoir rappelé et notre manifeste établit clairement qu’il n’est pas question de courir après ce passé, mais d’en utiliser sa connaissance pour faire avancer notre conscience politique. En refusant de le faire, tu ne fais que mutiler la tienne. La “zone” est là à explorer et on n’a pas besoin d’un “stalker” pour l’explorer…

Allez Robert, take a walk on the wild side… 😉

Au plaisir de te lire.

Fraternellement

R71

Manifeste de la societe des societes