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Vision politique: marxistes… « Take a walk on the wild side »…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 5 février 2018 by Résistance 71

« Candy came from out on the Island
In the back room she was everybody’s darling
But she never lost her head
Even when she was giving head
She says, « Hey, babe,
Take a walk on the wild side. »
Said, « Hey, babe,
Take a walk on the wild side. »
And the colored girls go
« Doo do doo do doo do do doo… »
(Walk on the Wild Side)
~ Lou Reed, Transformer, 1972 ~

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Le plus extraordinaire, c’est que ce que dit Ortiz dans cet article est ce que disent les anarchistes depuis toujours… Depuis le grand débat entre Bakounine et Marx lors de la première internationale (AIT), les anarchistes expliquent en long en large et en travers que le marxisme n’est qu’un capitalisme d’état, que Marx soi-même était un social-démocrate qui pensait faire arriver le “parti d’avant-garde” du prolétariat au pouvoir par les urnes… Dans la première section du “Manifeste du Parti Communiste”, K. Marx, F. Engels, 1848, les auteurs disent ceci: “Cette organisation des prolétaires en une classe et conséquemment en un parti politique [le parti communiste] est toujours empêché par la concurrence entre les travailleurs eux-mêmes. Mais elle resurgit toujours plus forte, plus ferme, plus puissante. Elle force une reconnaissance législative des intérêts particuliers des travailleurs en prenant avantage de la division au sein de la bourgeoisie elle-même. C’est ainsi que la loi sur les 10 heures fut passée en Angleterre…

Dans la section 2 ils disent ceci en parlant des mesures à prendre pour le prolétariat une fois sa suprématie politique achevée: “Ces mesures seront bien sûr différentes selon les pays, mais néanmoins dans les pays les plus avancés, ce qui suit sera généralement applicable: [s’en suit ici une liste de 10 points voici ce qui est dit en points 5, 6 et 7…]

5. Centralisation du crédit dans les mains de l’État au moyen d’une banque nationale avec un capital d’État et un monopole exclusif.

6. Centralisation des moyens de communication et des transports aux mains de l’État

7. Extension des usines et des instruments de production propriété de l’État…

Ainsi la “révolution prolétarienne” ne serait qu’un réformisme faisant passer l’État, ses mécanismes et ses institutions de mains d’oppresseurs à de nouvelles mains d’oppresseurs par le truchement de la dictature du “partie d’avant-garde” et de sa nomenclature à terme forcément corrompue si elle ne l’est pas dès le départ.

Certes les deux compères ont pondu une litanie de préfaces aux éditions suivantes de leur manifeste les adaptant aux circonstances historiques, mais ils n’ont jamais corrigé une ligne du texte per se ; Engels y allant même de ses propres préfaces après la mort de Marx. De fait Marx et Engels n’ont jamais résolu la contradiction de deux concepts qu’ils portaient dans leur idéologie: celui de la Commune révolutionnaire et celui fondé sur le suffrage universel… L’ont-ils seulement voulu ? Savaient-ils même que cette contradiction existait dans leur raisonnement ?…

Engels dans une lettre à Kaustsky datée du 29 juin 1891 sur la critique du programme d’Erfurt dit ceci concernant des “points délicats, mais essentiels”: “premièrement, une chose absolument certaine, c’est que notre Parti de la Classe Ouvrière ne peut arriver à la domination que sous la forme de la république démocratique. Cette dernière est même la forme spécifique de la dictature du prolétariat, comme l’a déjà démontré la grande révolution française. […] Deuxièmement: […] A mon avis, le prolétariat ne peut utiliser que la forme de la république une et indivisible. […] Ainsi donc, république unitaire. […] Comment organiser cette autonomie et comment on peut se passer de la bureaucratie, c’est ce que nous ont démontré l’Amérique et la première république française. (sic)…
Ne sont-ils pas beaux les “révolutionnaires” anti-bourgeois ?…

Une question à poser aux marxistes “repentis” est la suivante: pourquoi ne pas admettre l’Idée anarchiste qui prône les associations libres depuis le départ puisqu’elle correspond à ce en quoi ils tendent à penser aujourd’hui en essayant de le dire différemment et en essayant de vendre la salade de Marx et Engels ?

L’État et la fonction économique capitaliste qui l’a phagocyté depuis la première révolution industrielle sont des cellules politico-sociales cancéreuses en phase métastatique et doivent être éradiquées dans un changement radical qui amènera la société des sociétés où la complémentarité remplacera les antagonismes induits nourrissant la division initiale de la société humaine.

Qu’on en finisse avec Marx et la pseudo-révolution ! Qu’on en vienne à la société des sociétés qui aplatira la pyramide de la domination en rediluant le pouvoir dans le peuple, là où il est particulièrement et naturellement soluble.

~ Résistance 71 ~

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Le communisme ou la barbarie, Rosa Luxembourg déjà nous mettait en garde

 

Jean Ortiz

 

1er février 2018

 

url de l’article orignal:

https://www.legrandsoir.info/le-communisme-ou-la-barbarie-rosa-luxembourg-deja-nous-mettait-en-garde.html

 

Depuis, l’idée communiste a pris du plomb dans l’aile. Les sondages en témoignent. Faut-il pour autant céder à l’air du temps, militer en fonction des sondages ?

Le capitalisme fait montre quotidiennement de sa dangerosité, de son obsolescence, même s’il peut durer encore très longtemps. La crise majeure du système permet de vérifier la pertinence des idées de Marx, de décrypter la nouvelle phase de la mondialisation financière, les dégâts de la « sacro-sainte » loi du marché, du capitalisme mondialisé, qui porte les logiques de rentabilité à un niveau inouï. Le partage de la valeur ajoutée entre travail et capital devient de plus en plus vertigineusement inégal. Le système s’avère incapable de répondre aux besoins fondamentaux de l’humanité ; ce n’est d’ailleurs pas son objectif. Il a affaibli, brisé les liens sociaux, brouillé tous les repères, transformé la société en jungle, plongé l’humanité dans un gouffre abyssal…

Si la crise est systémique, elle ne peut donc que s’aggraver. Elle exige de nous, communistes, de mettre en œuvre un processus vers une autre organisation sociale, de caractériser les changements structurels majeurs que nous souhaitons, de donner un contenu nouveau à l’hypothèse communiste. Il convient de dire ce à quoi nous aspirons : la révolution communiste, même si cela est à contre-courant du quasi consensus « libéral » d’aujourd’hui. Ne pas lâcher sur les mots ni sur leurs contenus peut permettre de reconquérir une partie de ceux qui ont renoncé à la conscience et au combat politiques de classe et qui subissent ; ce, sans aucune nostalgie anachronique de ce qui a échoué, mais en réfléchissant à un communisme d’aujourd’hui. Il faut oser dire où nous voulons aller, sans peur des caricatures anti-communistes, persiflées et matraquées par les uns et des autres (le communisme serait par nature criminel…) ; s’il nous faut renouveler les questionnements, on ne saurait renoncer à des marqueurs idéologiques identitaires, aux valeurs communistes originelles, à un mouvement de fond, et permanent, vers une autre organisation sociale, plus horizontale, plus autogérée, plus humaine, pleinement démocratique, plus appuyée sur l’appropriation sociale des secteurs clés, les « communs », la socialisation du pouvoir, et sur une intervention constante (des salariés, des usagers…), un contrôle à tous les niveaux exercé d’en bas par les travailleurs et les citoyens.

L’idée communiste n’est pas invalidée par l’échec du « communisme d’Etat », où le Parti se substituait au peuple et finissait par coloniser l’Etat ; l’autoritarisme, perversion du communisme, n’était pas dans la nature du projet révolutionnaire. Nous, militants, avons trop souvent confondu le commun et la collectivisation. Le communisme reste une grande utopie concrète qui porte une critique radicale du capitalisme, et ouvre la possibilité, révèle la nécessité, de son dépassement. En cette année anniversaire de mai 1968 -j’avais alors 20 ans, et j’étais écartelé par la difficulté extrême de l’essentiel : la convergence, les actions communes entre la classe ouvrière et les étudiants-, en cette année anniversaire de mai 1968, il serait aussi incompréhensible que suicidaire de lâcher l’horizon communiste. Commémorer mai 1968, c’est aussi partir de l’idée communiste pour construire une alternative de rupture avec le capitalisme, c’est également travailler à l’insurrection la plus belle, celle des consciences. La révolution à laquelle je crois encore et toujours peut ouvrir la voie au communisme. Encore et toujours. Serais-je un archaïque qui a de l’avenir ?

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Lectures connexes:

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Manifeste de la societe des societes

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Errico_Malatesta_écrits_choisis

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

Appel au Socialisme (PDF)

Contre le marxisme et pour la société anarchiste (G. Landauer)

Les marxistes et leur anthropologie (Pierre Clastres)

 

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Voie Lakota et Crazy Horse ou de l’universalité de la Résistance…

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Résistance 71

2 février 2018

 

La force, même cachée, induit la résistance, nous dit le proverbe Lakota. Chaque nation a eu, a ou aura son « Vercingétorix », les grands résistants des peuples autochtones du continent des « Amériques » à l’invasion, l’occupation et la domination euro-chrétienne sont nombreux, parmi les principaux, le leader Crazy Horse ou Cheval Fou est dans une catégorie à part. Il est entré vivant dans la légende.
Depuis sa mort en septembre 1877, son esprit vit dans les générations qui ont suivi et au-delà du cercle de la tradition orale de son peuple Lakota.
Pour comprendre l’essence de la résistance à toute oppression, nous avons choisi de traduire de larges extraits de deux livres de Joseph M. Marshall III, historien et conteur Lakota qui nous illumine la voie Lakota de la vie et de la mort pour mieux nous présenter ce grand héros de la résistance au colonialisme occidental que fut Tasunke Witko, Son Cheval est Fou.

Comme d’habitude, Jo de JBL1960 nous a fait un superbe pdf de ce résumé de notre traduction d’extraits de deux des livres de Marshall: « La voie Lakota » et « L’aventure Crazy Horse ». C’est à leur lecture que l’on se rend compte de l’universalité profonde de toute voie fondée sur la loi naturelle et de toute résistance à l’oppression, quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne…
Il est temps de nous rendre aussi compte que nous sommes tous inter-reliés parce que de fait… Nous sommes bien tous des colonisés !…

« La voie Lakota » & « L’aventure Crazy Horse »
Traduction d’extraits de Résistance 71
Version pdf de Jo:

La_voie_Lakota_et_Crazy_Horse (Joseph Marshall III)

 

Résistance politique: Anarchie et organisation (Errico Malatesta)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , on 22 janvier 2018 by Résistance 71

Anarchie et organisation

 

Errico Malatesta (1927)

 

Un opuscule français intitulé: “Plateforme d’organisation de l’Union générale des Anarchistes (Projet)“ me tombe entre les mains par hasard. (On sait qu’aujourd’hui les écrits non fascistes ne circulent pas en Italie.)

C’est un projet d’organisation anarchique, publié sous le nom d’un “ Groupe d’anarchistes russes à l’étranger “ et qui semble plus spécialement adressé aux camarades russes. Mais il traite de questions qui intéressent tous les anarchistes et, de plus, il est évident qu’il recherche l’adhésion des camarades de tous les pays, du fait même d’être écrit en français. De toute façon, il est utile d’examiner, pour les Russes comme pour tous, si le projet mis en avant est en harmonie avec les principes anarchistes et si sa réalisation servirait vraiment la cause de l’anarchisme. Les mobiles des promoteurs sont excellents. Ils déplorent que les anarchistes n’aient pas eu et n’aient pas sur les événements de la politique sociale une influence proportionnée à la valeur théorique et pratique de leur doctrine, non plus qu’à leur nombre, à leur courage, à leur esprit de sacrifice, et ils pensent que la principale raison de cet insuccès relatif est l’absence d’une organisation vaste, sérieuse. Effective.

Jusqu’ici, en principe, je serais d’accord.

L’organisation n’est que la pratique de la coopération et de la solidarité, elle est la condition naturelle, nécessaire de la vie sociale, elle est un fait inéluctable qui s’impose à tous, tant dans la société humaine en général que dans tout groupe de gens ayant un but commun à atteindre.

L’homme ne veut et ne peut vivre isolé, il ne peut même pas devenir véritablement homme et satisfaire ses besoins matériels et moraux autrement qu’en société et avec la coopération de ses semblables. Il est donc fatal que tous ceux qui ne s’organisent pas librement, soit qu’ils ne le puissent pas, soit qu’ils n’en sentent pas la pressante nécessité, aient à subir l’organisation établie par d’autres individus ordinairement constitués en classes ou groupes dirigeants, dans le but d’exploiter à leur propre avantage le travail d’autrui.

Et l’oppression millénaire des masses par un petit nombre de privilégiés a toujours été la conséquence de l’incapacité de la plupart des individus à s’accorder, à s’organiser sur la base de la communauté d’intérêts et de sentiments avec les autres travailleurs pour produire, pour jouir et pour, éventuellement, se défendre des exploiteurs et oppresseurs. L’anarchisme vient remédier à cet état de choses avec son principe fondamental d’organisation libre, créée et maintenue par la libre volonté des associés sans aucune espèce d’autorité, c’est-à-dire sans qu’aucun individu ait le droit d’imposer aux autres sa propre volonté. Il est donc naturel que les anarchistes cherchent à appliquer à leur vie privée et à la vie de leur parti ce même principe sur lequel, d’après eux, devrait être fondé toute la société humaine.

Certaines polémiques laisseraient supposer qu’il y a des anarchistes réfractaires à toute organisation; mais en réalité, les nombreuses, trop nombreuses discussions que nous avons sur ce sujet, même quand elles sont obscurcies par des questions de mots ou envenimées par des questions de personnes, ne concernent au fond, que le mode et non le principe d’organisation. C’est ainsi que des camarades, en paroles les plus opposées à l’organisation, s’organisent comme les autres et souvent mieux que les autres, quand ils veulent sérieusement faire quelque chose. La question, je le répète, est toute dans l’application.

Je devrais donc regarder avec sympathie l’initiative de ces camarades russes, convaincu comme je le suis qu’une organisation plus générale, mieux formée, plus constante que celles qui ont été jusqu’ici réalisées par les anarchistes, même si elle n’arriverait pas à éliminer toutes les erreurs, toutes les insuffisances, peut-être inévitables dans un mouvement qui, comme le nôtre, devance les temps et qui, pour cela, se débat contre l’incompréhension, l’indifférence et souvent l’hostilité du plus grand nombre, serait tout au moins, indubitablement, un important élément de force et de succès, un puissant moyen de faire valoir nos idées.

Je crois surtout nécessaire et urgent que les anarchistes s’organisent pour influer sur la marche que suivent les masses dans leur lutte pour les améliorations et l’émancipation. Aujourd’hui, la plus grande force de transformation sociale est le mouvement ouvrier (mouvement syndical) et de sa direction dépend, en grande partie, le cours que prendront les événements et le but auquel arrivera la prochaine révolution. Par leurs organisations, fondées pour la défense de leurs intérêts, les travailleurs acquièrent la conscience de l’oppression sous laquelle ils ploient et de l’antagonisme qui les sépare de leurs patrons, ils commencent à aspirer à une vie supérieure, ils s’habituent à la lutte collective et à la solidarité et peuvent réussir à conquérir toutes les améliorations compatibles avec le régime capitaliste et étatiste. Ensuite, c’est ou la révolution ou la réaction.

Les anarchistes doivent reconnaître l’utilité et l’importance du mouvement syndical, ils doivent en favoriser le développement et en faire un des leviers de leur action, s’efforçant de faire aboutir la coopération du syndicalisme et des autres force qui comporte la suppression des classes, la liberté totale, l’égalité, la paix et la solidarité entre tous les êtres humains. Mais ce serait une illusion funeste que de croire, comme beaucoup le font, que le mouvement ouvrier aboutira de lui-même, en vertu de sa nature même, à une telle révolution. Bien au contraire: dans tous les mouvements fondés sur des intérêts matériels et immédiats (et l’on ne peut établir sur d’autres fondements un vaste mouvement ouvrier), il faut le ferment, la poussée, l’oeuvre concertée des hommes d’idées qui combattent et se sacrifient en vue d’un idéal à venir. Sans ce levier, tout mouvement tend fatalement à s’adapter aux circonstances, il engendre l’esprit conservateur, la crainte des changements chez ceux qui réussissent à obtenir des conditions meilleures. Souvent de nouvelles classes privilégiées sont crées, qui s’efforcent de faire supporter, de consolider l’état de choses que l’on voudrait abattre.

D’où la pressante nécessité d’organisations proprement anarchistes qui, à l’intérieur comme en dehors des syndicats, luttent pour l’intégrale réalisation de l’anarchisme et cherchent à stériliser tous les germes de corruption et de réaction,

Mais il est évident que pour atteindre leur but, les organisations anarchistes doivent, dans leur constitution et dans leur fonctionnement, être en harmonie avec les principes de l’anarchie. Il faut donc qu’elles ne soient en rien imprégnées d’esprit autoritaire, qu’elles sachent concilier la libre action des individus avec la nécessité et le plaisir de la coopération, qu’elles servent à développer la conscience et la capacité d’initiative de leurs membres et soient un moyen éducatif dans le milieu où elles opèrent et une préparation morale et matérielle à l’avenir désiré.

Le projet en question répond-il à ces exigences? Je crois que non. Je trouve qu’au lieu de faire naître chez les anarchistes un plus grand désir de s’organiser, il semble fait pour confirmer le préjugé de beaucoup de camarades qui pensent que s’organiser c’est se soumettre à des chefs, adhérer à un organisme autoritaire, centralisateur, étouffant toute libre initiative. En effet, dans ces statuts sont précisément exprimées les propositions que quelques-uns, contre l’évidence et malgré nos protestations, s’obstinent à attribuer à tous les anarchistes qualifiés d’organisateurs.

Examinons:

Tout d’abord il me semble que c’est une idée fausse (et en tout cas irréalisable) de réunir tous les anarchistes en une “Union générale”, c’est-à-dire, ainsi que le précise le Projet, en une seule collectivité révolutionnaire active.

Nous, anarchistes, nous pouvons nous dire tous du même parti si, par le mot parti, on entend l’ensemble de tous ceux qui sont d’un même côté, qui ont les mêmes aspirations générales, qui, d’une manière ou d’une autre, luttent pour la même fin contre des adversaires et des ennemis communs. Mais cela ne veut pas dire qu’il soit possible- et peut-être n’est-il pas désirable- de nous réunir tous en une même association déterminée. Les milieux et les conditions de lutte diffèrent trop, les modes possibles d’action qui se partagent les préférences des uns et des autres sont trop nombreux et trop nombreuses aussi les différences de tempérament et les incompatibilités personnelles pour qu’une Union générale, réalisée sérieusement, ne devienne pas un obstacle aux activités individuelles et peut-être même une cause des plus âpres luttes intestines, plutôt qu’un moyen pour coordonner et totaliser les efforts de tous.

Comment, par exemple, pourrait-on organiser de la même manière et avec le même personnel, une association publique faite pour la propagande et l’agitation au milieu des masses, et une société secrète, contrainte par les conditions politiques où elle opère, à cacher à l’ennemi ses buts, ses moyens, ses agents? Comment la même tactique pourrait-elle être adoptée par les éducationnistes persuadés qu’il suffit de la propagande et de l’exemple de quelques-uns pour transformer graduellement les individus et, par conséquent, la société et les révolutionnaires convaincus de la nécessité d’abattre par la violence un état de choses qui ne se soutient que par la violence, et de créer, contre la violence des oppresseurs, les conditions nécessaires au libre exercice de la propagande et à l’application pratique des conquêtes idéales? Et comment garder unis des gens qui, pour des raisons particulières, ne s’aiment et ne s’estiment pas et, pourtant, peuvent également être de bons et utiles militants de l’anarchisme?

D’autre part, les auteurs du Projet déclarent inepte l’idée de créer une organisation réunissant les représentants des diverses tendances de l’anarchisme. Une telle organisation, disent-ils, “ incorporant des éléments théoriquement et pratiquement hétérogènes, ne serait qu’un assemblage mécanique d’individus qui ont une conception différente de toutes les questions concernant le mouvement anarchiste; elle se désagrégerait infailliblement à peine mise à l’épreuve des faits et de la vie réelle “.

Fort bien. Mais alors, s’ils reconnaissent l’existence des anarchistes des autres tendances, ils devront leur laisser le droit de s’organiser à leur tour et de travailler pour l’anarchie de la façon qu’ils croient la meilleure. Ou bien prétendront-ils mettre hors de l’anarchisme, excommunier tous ceux qui n’acceptent pas leur programme? Ils disent bien vouloir regrouper en une seule organisation tous les éléments sains du mouvement libertaire, et, naturellement, ils auront tendance à juger sains seulement ceux qui pensent comme eux. Mais que feront-ils des éléments malsains?

Certainement il y a, parmi ceux qui se disent anarchistes, comme dans toute collectivité humaine, des éléments de différentes valeurs et, qui pis est, il en est qui font circuler au nom de l’anarchisme des idées qui n’ont avec lui que de bien douteuses affinités. Mais comment éviter cela? La vérité anarchiste ne peut pas et ne doit pas devenir le monopole d’un individu ou d’un comité. Elle ne peut pas dépende des décisions de majorités réelles ou fictives. Il est seulement nécessaire- et il serait suffisant- que tous aient et exercent le plus ample droit de libre critique et que chacun puisse soutenir ses propres idées et choisir ses propres compagnons. Les faits jugeront en dernière instance et donneront raison à qui a raison.

Abandonnons donc l’idée de réunir tous les anarchistes en une seule organisation, considérons cette “ Union générale “ que nous proposent les Russes comme ce qu’elle serait en réalité: l’union d’un certain nombre d’anarchistes, et voyons si le mode d’organisation proposé est conforme aux principes et aux méthodes anarchistes et s’il peut aider au triomphe de l’anarchisme. Encore une fois, il me semble que non. Je ne mets pas en doute le sincère anarchisme de ces camarades russes; ils veulent réaliser le communisme anarchiste et cherchent la manière d’y arriver le plus vite possible. Mais il ne suffit pas de vouloir une chose, il faut encore employer les moyens opportuns pour l’obtenir, de même que pour aller à un endroit il faut prendre la route qui y conduit, sous peine d’arriver en tout autre lieu. Or, toute l’organisation proposée étant du type autoritaire, non seulement elle ne faciliterait pas le triomphe du communisme anarchiste, mais elle fausserait l’esprit anarchiste et aurait des résultats contraires à ceux que ses organisateurs en attendent.

En effet, une “ Union générale “ consisterait en autant d’organisations partielles qu’il y aurait de secrétariats pour en diriger idéologiquement l’oeuvre politique et technique, et il y aurait un Comité exécutif de l’Union chargé d’exécuter les décisions prises par l’Union, de “ diriger l’idéologie et l’organisation des groupes conformément à l’idéologie et à la ligne de tactique de l’Union “.

Est-ce là de l’anarchisme? C’est à mon avis, un gouvernement et une église. Il y manque, il est vrai, la police et les baïonnettes, comme manquent les fidèles disposer à accepter l’idéologie dictée d’en haut, mais cela signifie simplement que ce gouvernement serait un gouvernement impuissant et impossible et que cette église serait une pépinière de schismes et d’hérésies. L’esprit, la tendance restent autoritaires et l’effet éducatif serait toujours antianarchiste.

Écoutez plutôt: “ L’organe exécutif du mouvement libertaire général- l’Union anarchiste- adopte le principe de la responsabilité collective; toute l’Union sera responsable de l’activité révolutionnaire et politique de chacun de ses membres, et chaque membre sera responsable de l’activité révolutionnaire et politique de l’Union. “

Et après cette négation absolue de toute indépendance individuelle, de toute liberté d’initiative et d’action, les promoteurs, se souvenant d’être anarchistes, se disent fédéralistes et tonnent contre la centralisation dont les résultats inévitables sont, disent-ils, l’asservissement et la mécanisation de la vie sociale et de la vie des partis.

Mais si l’Union est responsable de ce que fait chacun de ses membres, comment laisser à chaque membre en particulier et aux différents groupes la liberté d’appliquer le programme commun de la façon qu’ils jugent la meilleure? Comment peut-on être responsable d’un acte si l’on a pas la faculté de l’empêcher? Donc l’Union, et pour elle le Comité exécutif, devrait surveiller l’action de tous les membres en particulier, et leur prescrire ce qu’ils ont à faire ou à ne pas faire, et comme le désaveu du fait accompli n’atténue pas une responsabilité formellement acceptée d’avance, personne ne pourrait faire quoi que ce soit avant d’en avoir obtenu l’approbation, la permission du Comité. Et, d’autre part, un individu peut-il accepter la responsabilité des actes d’une collectivité avant de savoir ce qu’elle fera, et comment peut-il l’empêcher de faire ce qu’il désapprouve ?

De plus, les auteurs du Projet disent que c’est l’Union qui veut et dispose. Mais quand on dit volonté de l’Union, entend-on volonté de tous ses membres? En ce cas, pour que l’Union puisse agir, il faudrait que tous ses membres, sur toutes les questions, aient toujours exactement la même opinion. Or, il est naturel que tous soient d’accord sur les principes généraux et fondamentaux, sans quoi ils ne seraient pas unis, mais on ne peut supposer que des être pensants soient tous et toujours du même avis sur ce qu’il convient de faire en toutes circonstances et sur le choix des personnes à qui confier la charge d’exécuter et de diriger.

En réalité, ainsi qu’il résulte du texte même du Projet- par volonté de l’Union on ne peut entendre que la volonté de la majorité, volonté exprimée par des Congrès qui nomment et contrôlent le Comité exécutif et qui décident sur toutes les questions importantes. Les Congrès, naturellement, seraient composés de représentants élus à la majorité dans chaque groupe adhérant et ces représentants décideraient de ce qui serait à faire, toujours à la majorité des voix. Donc, dans la meilleure hypothèse, les décisions seraient prises par une majorité de majorité qui pourrait fort bien, en particulier quand les opinions en présence seraient plus de deux, ne plus représenter qu’une minorité.

Il est, en effet, à remarquer que, dans les conditions où vivent et luttent les anarchistes, leurs Congrès sont encore moins représentatifs que ne le sont les Parlements bourgeois, et leur contrôle sur les organes exécutifs, si ceux-ci ont un pouvoir autoritaire, se produit rarement à temps de manière efficace. Aux Congrès anarchistes, en pratique, va qui veut et qui peut, qui a ou trouve l’argent nécessaire et n’est pas empêché par des mesures policières. On y rencontre autant de ceux qui représentent eux-même seulement ou un petit nombre d’amis, que de ceux qui portent réellement les opinions et les désirs d’une nombreuse collectivité. Et sauf les précautions à prendre contre les traîtres et les espions, et aussi à cause même de ces précautions nécessaires, une sérieuse vérification des mandats et de leurs valeur est impossible.

De toute façon, nous sommes en plein système majoritaire, en plein parlementarisme.

On sait que les anarchistes n’admettent pas le gouvernement de la majorité (démocratie), pas plus qu’il n’admettent le gouvernement d’un petit nombre (aristocratie, oligarchie, ou dictature de classe ou de parti), ni celui d’un seul (autocratie, monarchie, ou dictature personnelle).

Les anarchistes ont mille fois fait la critique du gouvernement dit de la majorité qui, dans l’application pratique, conduit toujours à la domination d’une petite minorité. Faudra-t-il la refaire encore une fois à l’usage de nos camarades russes?

Certes les anarchistes reconnaissent que, dans la vie en commun, il est souvent nécessaire que la minorité se conforme à l’avis de la majorité. Quand il y a nécessité ou utilité évidente de faire une chose et que, pour la faire, il faut le concours de tous, le petit nombre doit sentir la nécessité de s’adapter à la volonté du grand nombre. D’ailleurs, en général, pour vivre ensemble en paix sous un régime d’égalité, il est nécessaire que tous soient animés d’un esprit de concorde, de tolérance, de souplesse. Mais cette adaptation d’une partie des associés à l’autre partie doit être réciproque, volontaire, dériver de la conscience de la nécessité et de la volonté de chacun de ne pas paralyser la vie sociale par son obstination. Elle ne doit pas être imposée comme principe et comme règle statutaire. C’est un idéal qui, peut-être, dans la pratique de la vie sociale générale, sera difficile à réaliser de façon absolue, mais il est certain que tout groupement humain est d’autant plus voisin de l’anarchie que l’accord entre la minorité et la majorité est plus libre, plus spontané, et imposé seulement par la nature des choses.

Donc, si les anarchistes nient à la majorité le droit de gouverner dans la société humaine générale, où l’individu est pourtant contraint d’accepter certaines restrictions parce qu’il ne peut s’isoler sans renoncer aux conditions de la vie humaine, s’ils veulent que tout se fasse par libre accord entre tous, comment serait-il possible qu’ils adoptent le gouvernement de la majorité dans leurs associations essentiellement libres et volontaires et qu’ils commencent par déclarer qu’ils se soumettent aux décisions de la majorité avant même de savoir ce qu’elles seront?

Que l’anarchie, l’organisation libre sans domination de la majorité sur la minorité, et vice versa, soit qualifiée, par ceux qui ne sont pas anarchistes, d’utopie irréalisable ou seulement réalisable dans un très lointain avenir, cela se comprend; mais il est inconcevable que ceux qui professent des idées anarchistes et voudraient réaliser l’anarchie, ou tout au moins s’en approcher sérieusement aujourd’hui plutôt que demain, que ceux-là même renient les principes fondamentaux de l’anarchisme dans l’organisation même par laquelle ils se proposent de combattre pour son triomphe.

Une organisation anarchiste doit, selon moi, être établie sur des bases bien différentes de celles que nous proposent ces camarades russes. Pleine autonomie, pleine indépendance et, par conséquence, pleine responsabilité des individus et des groupes; libre accord entre ceux qui croient utile de s’unir pour coopérer à une oeuvre commune, devoir moral de maitenir les engagements pris et de ne rien faire qui soit en contradiction avec le programme accepté. Sur ces bases, s’adaptent les formes pratiques, les instruments aptes à donner une vie réelle à l’organisation: groupes, fédérations de groupes, fédérations de fédérations, réunions, congrès, comités chargés de la correspondance ou d’autres fonctions. Mais tout cela doit être fait librement de manière à ne pas entraver la pensée et l’initiative des individus et seulement pour donner plus de portée à des effets qui seraient impossibles ou à peu près inefficaces s’ils étaient isolés.

De cette manière, les Congrès, dans une organisation anarchiste, tout en souffrant, en tant que corps représentatifs, de toutes les imperfections que j’ai signalées, sont exempts de toute autoritarisme parce qu’ils ne font pas la loi, n’imposent pas aux autres leurs propres délibérations. Ils servent à maintenir et à étendre les rapports personnels entre les camarades les plus actifs, à résumer et provoquer l’étude de programmes sur les voies et moyens d’action, à faire connaître à tous la situation des diverses régions et l’action la plus urgente en chacune d’elles, à formuler les diverses opinions ayant cours parmi les anarchistes et à en faire une sorte de statistique, et leur décision ne sont pas des règles obligatoires, mais des suggestions, des conseils, des propositions à soumettre à tous les intéressés, elles ne deviennent obligatoires et exécutives que pour ceux qui les acceptent. Les organes de correspondance, etc. – n’ont aucun pouvoir de direction, ne prennent d’initiatives que pour le compte de ceux qui sollicitent et approuvent ces initiatives, n’ont aucune autorité pour imposer leurs propres vues qu’ils peuvent assurément soutenir et propager en tant que groupes de camarades, mais qu’ils ne peuvent pas présenter comme opinion officielle de l’organisation. Ils publient les résolutions des Congrès, les opinions et les propositions que groupes et individus leur communiquent; ils sont utiles à qui veut s’en servir pour de plus faciles relations entre les groupes et pour la coopération entre ceux qui sont d’accord sur les diverses initiatives, mais libres à chacun de correspondre directement avec qui bon lui semble ou de se servir d’autres comités nommés par des groupes spéciaux. Dans une organisation anarchiste, chaque membre peut professer toutes les opinions et employer toutes les tactiques qui ne sont pas en contradiction avec les principes acceptés et ne nuisent pas à l’activité des autres. En tous les cas, une organisation donnée dure aussi longtemps que les raisons d’union sont plus fortes que les raisons de dissolution; dans le cas contraire elle se dissout et laisse place à d’autres groupements plus homogènes. Certes la durée, la permanence d’une organisation est condition de succès dans la longue lutte que nous avons à soutenir et, d’autre part, il est naturel que toute institution aspire, par instinct, à durer indéfiniment. Mais la durée d’une organisation libertaire doit être la conséquence de l’affinité spirituelle de ses membres et des possibilités d’adaptation de sa constitution aux changements des circonstances; quand elle n’est plus capable d’une mission utile, le mieux est qu’elle meure.

Ces camarades russes trouveront peut-être qu’une organisation telle que je la conçois et telle qu’elle a déjà été réalisée, plus ou moins bien, à différentes époques, est de peu d’efficacité. Je comprends. Ces camarades sont obsédés par le succès des bolchevistes dans leur pays; ils voudraient, à l’instar des bolchevistes, réunir les anarchistes en une sorte d’armée disciplinée qui, sous la direction idéologique et pratique de quelques chefs, marchât, compacte, à l’assaut des régimes actuels et qui, la victoire matérielle obtenue, dirigeât la constitution de la nouvelle société. Et peut-être est-il vrai qu’avec ce système, en admettant que des anarchistes s’y prêtent et que les chefs soient des hommes de génie, notre force matérielle deviendrait plus grande. Mais pour quels résultats? N’adviendrait-il pas de l’anarchisme ce qui est advenu en Russie du socialisme et du communisme? Ces camarades sont impatients du succès, nous le sommes aussi, mais il ne faut pas, pour vivre et vaincre, renoncer aux raisons de la vie et dénaturer l’éventuelle victoire. Nous voulons combattre et vaincre, mais comme des anarchistes et pour l’anarchie.

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Résistance politique: Voie populaire, voie prolétaire ?… (Nestor Makhno)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 14 janvier 2018 by Résistance 71

Juste un petit rappel sur ce qu’est le prolétariat. Est prolétaire toute personne qui n’a pour seule alternative pour survivre dans le monde actuel que de vendre sa force de travail contre une rémunération devant assurer sa pitance, personne condamnée au travail aliéné vampirisé par la classe capitaliste parasite. Ceci revient à dire que 99,9% de l’humanité est prolétaire, de l’ouvrier agricole au médecin en passant par l’enseignant, le flic et le bidasse. Cela nous confère à tous une sérieuse convergence d’intérêt n’est-il pas ?
~ Résistance 71 ~

 

 

Les voies du pouvoir prolétarien

 

Nestor Makhno (1932)

 

Cela fait bien longtemps que l’intelligentsia socialiste d’avant-garde a formulé, de manière plus ou moins achevée, les fins de la lutte historique du prolétariat contre la bourgeoisie et que les prolétaires, adoptant sans aucun correctif cette formulation de l’intelligentsia, sont rentré sous sa direction dans cette lutte. Cela a été un triomphe incontestable pour l’intelligentsia qui donné ainsi pour but de mener le prolétariat à l’émancipation complète par le biais par la destruction du pouvoir et de l’Etat bourgeois, devant faire place à un Etat et un pouvoir « prolétarien ».

Bien naturellement, ni l’intelligentsia, ni le prolétariat lui-même n’ont pas épargné leur efforts et connaissances pour démontrer devant la plus grande audience le mal commis par l’Etat bourgeois. Grâce à cela ils ont pu développer et renforcer parmi les masses laborieuses l’idée d’un pouvoir « prolétarien » qui devrait résoudre tous leurs problèmes. Selon cette conception, le prolétariat utiliserait ainsi, à travers son pouvoir et Etat de classe, le seul moyen existant, pour lui et les autres classes, de se libérer de la bourgeoisie et d’instaurer un principe égalitaire et libre dans les relations entre les hommes. Une telle prédestination du pouvoir « prolétarien » nous a toujours semblé, à nous anarchistes, grossièrement erronée. Nos camarades des temps passés se sont constamment insurgés contre cette conception et ont démontré l’égarement déteste lorsque ceux-ci distinguaient le pouvoir « prolétarien » du pouvoir d’Etat en général, en désignant au premier une mission qui lui était profondément étrangère.

Les socialistes étatiques sont pourtant restés fidèle à leur école autoritaire et c’est avec cette acception qu’ils ont appréhendé la Grande Révolution russe, révolution d’une profondeur et ampleur sociales encore inconnue jusque là. Quant à nous, anarchistes, nous nous sommes arraché à leur prédestination du pouvoir « prolétarien ». Au cours de cette polémique, nous avons démontré aux étatiste de tout Etat, qu’il soit bourgeois ou prolétarien, ne tend par sa nature même qu’à exploiter l’homme, qu’à détruire en chacun comme en tous toutes les qualités naturelles de l’esprit humain qui poussent à la liberté et à la solidarité qui la fonde. Cela nous a valu, de la part des socialistes étatistes, une haine encore plus grande. Or, l’existence et la pratique du pouvoir prolétarien en Russie ont confirmer et confirment sans cesse la justesse de notre analyse. L’Etat « prolétarien » a mis de plus en plus sa nature à nu et prouvé que son caractère prolétarien était simple fiction, ce que les prolétaires ont pu constater dès les premières années de la révolution, d’autant plus qu’ils ont contribué eux-même à l’installer.

Le fait que le pouvoir « prolétarien », au cours de sa dégénérescence, ne s’est révélé être qu’un pouvoir d’Etat tout court est devenu indiscutable et l’a amené à ne plus dissimuler savamment son vrai visage. Par sa pratique, il a abondamment prouvé que ses fins et celles de la Grande Révolution russe n’avaient absolument rien de commun. Au cours de toutes ces années d’hypocrisie, il n’a pu soumettre pacifiquement les fins de la révolution russe aux siennes propres et à du affronter tout ceux qui menaçaient de mettre à nu son essence véritable – une plaie immense et purulente sur le corps de la révolution -, dont la lâcheté et la fourberie apportent la mort et la dévastation à tous sans exception, en premier lieu à ceux qui tentent d’être indépendants et d’agir librement.

On peut se demander: comment se fait-il que cela se soit passé ainsi? Selon Marx et Lénine, le pouvoir « prolétarien » ne devait en aucun cas ressembler au pouvoir bourgeois. Une partie de l’avant-garde du prolétariat n’aurait-elle pas sa part de responsabilité dans ce résultat?

De nombreux anarchistes sont enclins à penser que le prolétariat n’y est pour rien, ayant été dupé par la caste des intellectuels socialistes, laquelle aspirerait, au cours d’une série d’événement purement socio-historique et en vertu de la logiques des transformations étatiques inévitables, à remplacer le pouvoir de la bourgeoisie par le sien propre. Ce serait pour cette raison que l’intelligentsia socialiste s’efforcerait de diriger en permanence la lutte du prolétariat contre le monde capitaliste et bourgeois.

A mon avis, cette formulation n’est, ni tout à fait exacte, ni vraiment suffisante. L’expérience révolutionnaire de la Russie nous fournit d’abondantes données objectives à ce sujet. Elle nous montre de façon irréfutable que le prolétariat n’a nullement été homogène au cours de la révolution. Ainsi, le prolétariat urbain, lorsqu’il a participé au renversement dans de nombreuses ville du pouvoir de l’ennemi de classe – la bourgeoisie – , a hésité un moment entre les voies de la révolution de Février et d’Octobre 1917. Ce n’est qu’après un certain temps, à la suite de la victoire militaire d’Octobre sur Février, qu’une partie notable du prolétariat urbain à commencé à fusionner avec une partie de ses frères, les partisans directs des conquêtes d’Octobre. Bientôt, cette partie du prolétariat non seulement a oublié de défendre elle-même ses conquête, mais s’est en plus pressée de rallier le parti bolchevik au pouvoir qui a su flatter immodérément en lui inculquent un goût pour les privilèges politiques, économiques et juridiques de classe. Imbue de ses privilèges de classe, cette partie du prolétariat s’est éprise d’un égal amour pour son « Etat prolétarien de classe ». Bien évidemment, le parti social démocrate bolchevik l’a entièrement soutenue et encouragée dans cette évolution, car celle-ci ouvrait devant lui une large arène pour appliquer son programme propre qui consistait à utiliser la lutte révolutionnaire pratique du prolétariat pour se soumettre l’ensemble de celui-ci puis de s’emparer au nom du pouvoir d’Etat, Chemin faisant, pour mieux se singulariser, le parti social démocrate bolchevik s’est transformé en parti « communiste bolchevik », ne se privant aucunement d’user de la démagogie la plus effrontée, ne dédaignant aucun moyen, n’hésitant pas au besoin de voler des programmes d’autres formations politiques; tout ce la dans l’unique but de mieux faire adhérer le prolétariat, auquel il promettait son aide indéfectible, alors qu’en fait il n’avançait que vers son propre but. C’est en cela que ce parti a incarné au mieux les espérances historiques de la caste intellectuelle: replacer au pouvoir la bourgeoisie et exercer ce pouvoir à quelque prix que ce soit. Une partie du prolétariat ne s’est pas opposé à ses vues, bien au contraire, elle s’est reconnue dans ses action et ne s’en est faite la complice.

Cette partie du prolétariat avec pourtant été éduquée durant des générations dans l’idée que le prolétariat ne s’émanciperait de la bourgeoisie que lorsqu’il ne briserait son pouvoir, à détruire son organisation étatique afin d’édifier la sienne propre. Néanmoins, cette partie du prolétariat a aidé le parti bolchevik-communiste à organiser son « pouvoir prolétarien » et à édifier son état de classe.

La voie suivie et les moyens employés n’ont pas tardé à rendre cette partie du prolétariat semblable en tous points à la bourgeoisie renversée, tout aussi impudente et arrogante, ne craignant pas abuser de la violence la plus féroce pour asseoir sa domination sur le peuple et la révolution.

Il va sans dire que cette violence était toute naturelle chez la caste intellectuelle du parti, car elle était préparée durant de longues années à l’utiliser et s’en est grisée. Quand à la masse du prolétariat – l’esclave muet d’hier -, la violence exercée sur ses semblable lui est profondément étrangère. Occupée à édifier son « Etat de classe », une partie du prolétariat a donc été amenée à se comporter, par l’usage de la violence d’une manière répugnante à l’égard de la liberté individuelle, de la liberté de parole et d’expression de quelqu’organisation révolutionnaire que ce soit, à partir du moment où elle divergeait d’avec l’impudence du « pouvoir prolétarien ». Cette partie du prolétariat s’est empressée d’occuper, sous la direction du parti bolchevik communiste, les places laissées vacante par les despotes de la bourgeoisie renversée, devenant à son tour une maîtresse tyrannique, n’hésitant pas à user pour cela de la violence la plus horrible, sans aucun discernement, contre tous ceux qui s’opposaient à ses visées. Ce comportement a été en même temps habilement masqué par la « défense de la révolution ».

Cette violence a été surtout exercée sur le corps de la révolution russe au profit des intérêts étroit d’une partie du prolétariat et du parti bolchevik-communiste, et au nom de leur domination complète sur toutes les autres classes laborieuses. On ne peut y voir seulement un égarement passager du prolétariat. Encore une fois, nous pouvons constater avec beaucoup de netteté comment tout pouvoir d’Etat manifeste impudemment sa nature, le qualificatif de prolétarien n’y changeant absolument rien.

A mon avis, c’est pour toutes ces raisons que tous les camarades étrangers, qui n’ont pas connu cette expérience, doivent étudier avec soin toutes les étapes de la révolution russe, en particulier le rôle qu’y ont joué la parti bolchevik-communiste et la partie du prolétariat qui l’a suivi. Cela afin de se garder de tomber dans les mêmes erreurs, à la suite de la démagogie éhontée des bolchevik et de leurs partisans, à propos de l’utilité du « pouvoir prolétarien ».

Il est également vrai que la lutte actuelle de tous nos camarades contre le mensonge bolchevik doit être menée à l’aide de sérieuses connaissances de ce qu’ils peuvent proposer eux-même aux larges masses à la place de ce « pouvoir prolétarien ». Les beaux slogans ne suffisent pas, bien que souvent la masse n’y soit pas indifférente. Cette lutte s’y déroule à partir de situation concrètes et amène à se poser continuellement les questions vitales et pressantes: comment et quels moyens d’actions sociales les masses laborieuses doivent-elles employer pour s’émanciper totalement?

Il convient de répondre à de telles questions le plus directement possible et avec la plus grande clarté. C’est une nécessité essentielle, non seulement pour pouvoir mener une lutte active contre le monde capitaliste et bourgeois, mais aussi pour notre mouvement anarchiste, car c’est d’elle que dépendra l’influence de nos idée sur le début et l’issue de cette lutte. Cela signifie donc que le prolétariat ne doit pas répéter l’erreur commise par ses frère de Russie, c’est a dire de ne pas s’occuper d’organiser un « pouvoir prolétarien », sous la baguette quelconque d’un parti, même dit « prolétarien », mais uniquement d’organiser la satisfaction des besoins de tous et de défendre la révolution contre toutes sortes de pouvoir d’Etat.

Analyse politique: révolution sociale, mal français et mièvrerie postmoderne…

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, documentaire, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 13 janvier 2018 by Résistance 71

Et dire qu’il faille se référer au Mexique et à la réflexion d’anarchistes mexicains pour lire/entendre une telle analyse en dit long sur l’échec de la conscience politique par chez nous. Il est vrai que l’environnement hispanisant (également par voie coloniale…) a maintenu dans le réel les voies de la révolution sociale. Les milieux anarchistes français en sont devenus bien malheureusement incapables. L’analyse ici faite de la décomposition totale du concept de révolution sociale dans la mièvrerie dite “postmoderne” est au scalpel.

Une chose à ajouter à ce qui suit: le monde universitaire est en très grande partie sous contrôle de l’oligarchie marchande, nous devons donc considérer le fait que tout cet ersatz de « pensée philosophique » produite n’est en aucun cas le fait du hasard mais une commande de dilution évanescente de l’esprit révolutionnaire. Il est grand temps de revenir à la réalité des choses et d’arrêter l’enfumage…

~ Résistance 71 ~

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Vent debout contre le mal français

 

Miquel Amoros

 

7 janvier 2018

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Vent-debout-contre-le-mal-francais

Critique de la philosophie postmoderne et de ses effets sur la pensée critique et sur la pratique révolutionnaire

Le recul théorique causé par la disparition de l’ancien mouvement ouvrier a permis l’hégémonie d’une philosophie surprenante, la première qui ne se fonde pas sur l’amour de la vérité, objet primordial du savoir. La pensée faible (ou philosophie de la postmodernité) relativise ce concept, qu’elle fait dériver d’un mélange de conventions, de pratiques et de coutumes instables dans le temps, quelque chose de « construit », et, par conséquent, d’artificiel, sans aucun fondement. Et dans la foulée, toute idée rationnelle de réalité, de nature, d’éthique, de langage, de culture, de mémoire, etc. De plus, certaines autorités du petit monde postmoderne n’ont pas manqué de qualifier certaines d’entre elles de « fascistes ». Finalement en récupérant Nietzsche, il n’y a donc plus de la vérité, mais seulement de l’interprétation. En vérité, une telle démolition systématique d’une pensée qui naît avec les Lumières et réclame la constitution de la liberté — qui donnera naissance, plus tard, avec l’apparition de la lutte de classes moderne, à la critique sociale et aux idéologies révolutionnaires — par ceux qui plutôt que de se baigner dans l’eau claire de l’authenticité préfèrent se vautrer dans la boue de l’imposture, principalement les professeurs et les étudiants, a toute les apparences d’une démystification radicale menée à bien par de véritables penseurs incendiaires, dont la finalité ne serait rien d’autre que le chaos libérateur de l’individualité exacerbée, la prolifération d’identités et l’abrogation de toute norme de conduite commune. Au lendemain d’une telle orgie de déconstruction, aucune valeur ni aucun concept universel ne tiendrait plus debout : être, raison, justice, égalité, solidarité, communauté, humanité, révolution, émancipation… seront tous qualifiés d’« essentialistes », c’est-à-dire d’abominations « pro-natura ». Cependant, l’extrémisme négateur des postphilosophes manifeste sur un plan spirituel des coïncidences suspectes avec le capitalisme actuel. Ce radicalisme d’une haute intensité contraste non seulement avec la vie et les choix politiques de ses auteurs, très académiques pour les uns, et conventionnels pour les autres, mais en outre épouse parfaitement la phase en cours de globalisation capitaliste, caractérisée par la colonisation technologique, le présent perpétuel, l’anomie et le spectacle. C’est un complément pour lequel tout est facilité. Personne ne les dérangera dans leurs chaires universitaires. Grâce à la priorité accordée par la domination à la connaissance instrumentale, et par conséquent grâce à la faible importance que la mentalité dominante concède aux « humanités », ont pu surgir sans entraves des bulles philosophiques pseudo-transgressives et toutes sortes de prouesses spéculatives totalement étrangères à la réalité environnante, créant une contrefaçon tourbillonnante de la pensée critique moderne, qui aime être accompagnée d’un vaste bruit médiatique.

Les louanges postmodernes à la transgression normative correspondent d’une certaine manière à la disparition de la sociabilité dans les agglomérations urbaines. En accord avec la nouvelle faiblesse en matière philosophique, rien n’est original, tout est construit, et donc tout repose sur du sable. L’économie politique, les classes, l’histoire, le tissu social, l’opinion… tout. Alors, s’il n’y a pas de relation sociale qui vaille, pas de véritable libération collective, pas de dialectique, pas de critère définitif à prendre en compte à cet égard, quelle est la signification des normes, des moyens et des fins ? On part de rien pour arriver nulle part. Nihilisme en harmonie avec les marchés puisque pour ceux-ci, ce qui n’a pas de valeur économique est négligeable. Il ne faut pas non plus s’étonner que l’éloge de la déshumanisation et le chaos typique des déconstructeurs aillent de pair avec l’apologie de la technique. La pensée faible, entre autres, célèbre l’hybridation de l’homme avec la machine. La nature mécanique, libre de constructions, ne serait-elle pas supérieure à une nature humaine, esclave des lois naturelles ? Le nihilisme inhérent à la logique mécanique reflète et répond à l’abolition de l’histoire, à la suppression de l’authenticité, à la liquidation des classes et à la consécration de l’individualité narcissique ; c’est donc un produit de la culture du capitalisme tardif — si on peut encore appeler ça de la culture — et sa fonction ne serait autre que l’adaptation idéologique au monde de la marchandise tel qu’il est devenu. La philosophie postmoderne est par rapport à l’existant une philosophie de légitimation.

Ce qui était né comme une réaction à la révolte de Mai 68, « dans les bas-fonds de l’Esprit du temps » (Debord), a été reçu dans les universités américaines comme un paradigme de la profondeur critique, et de là, la French Theory a rayonné dans tous les laboratoires pensants de la société capitaliste, descendant dans les ghettos de jeunes sous forme de mode intellectuelle transgressive. Compte tenu de leur caractère ambivalent et malléable, les syllogismes liquides de la postmodernité ont rempli la caisse à outils de toute espèce d’idéologues du vide, des citoyennistes les plus caméléonesques aux anarchistes les plus à la page. Même un nouveau type d’anarchisme, né de la faillite des valeurs bourgeoises historiques, centré sur l’affirmation subjectiviste, l’activisme sans objet ni projet et le manque de mémoire, remplace dans la majorité des espaces l’ancien, fils de la raison, issu de la lutte de classes, bâtisseur d’une éthique universelle et dont le travail révolutionnaire a été fortement ancré dans l’histoire. Dans la French Theory, ou plutôt dans le morbus gallicus, dont le post-anarchisme est l’enfant bâtard, les références ne comptent pas ; elles révèlent la nostalgie du passé, quelque chose de très condamnable aux yeux d’un déconstructionniste. La question sociale se dissout en une multitude de questions identitaires : des questions de genre, de sexe, d’âge, de religion, de race, de culture, de nation, d’espèce, de santé, d’alimentation, etc., qui sont au centre du débat et donnent lieu à un singulier politiquement correct qui se traduit par une orthographe torturée et un discours bourré de saillies et d’embrouillaminis grammaticaux. Une collection d’identités fluctuantes remplace le sujet historique, le peuple, le collectif social ou la classe. Son affirmation absolutiste ignore la critique de l’exploitation et de l’aliénation et, par conséquent, un jeu « intersectionnel » de minorités opprimées supplante la résistance collective au pouvoir établi. La libération proviendra d’une transgression ludique des règles qui entravent ces identités et oppriment ces minorités, et non d’une « alternative » globale ou d’un projet révolutionnaire de changement social, sans doute considéré comme totalitaire, car une fois « constitué » il engendrerait de nouvelles règles, plus de pouvoir et donc plus d’oppression. Le communisme libertaire, de ce point de vue, ne serait que l’incarnation d’une dictature. L’analyse critique et l’anticapitalisme lui-même, grâce à l’annulation de toute référence historique, font place au questionnement de la normativité, à la contorsion de la langue et à l’obsession de la différence, du multiculturalisme et de la singularité. On ne peut en discuter la cohérence puisque la catégorie de la contradiction a été reléguée dans l’oubli tout comme celles d’aliénation, de dépassement ou de totalité. Construire ou déconstruire, voilà la question.

Sans aucun doute, le prolétariat n’a pas « réalisé » la philosophie, comme Marx, Korsch ou l’Internationale situationniste le souhaitaient, c’est-à-dire qu’il n’a pas accompli ses aspirations de liberté et aujourd’hui nous en payons les conséquences. Il est vrai que, dans le développement de la lutte des classes, s’est manifestée une pensée critique qui plaçait la classe ouvrière au centre de la réalité historique, et qui fut qualifiée de marxiste, d’anarchiste ou simplement de socialiste. En fait, il s’agissait de capturer la réalité le plus fidèlement possible, en tant que totalité qui se développe dans l’histoire, afin d’élaborer des stratégies pour vaincre l’ennemi de classe. La victoire finale devait être inscrite dans l’histoire elle-même. Néanmoins, les attaques prolétariennes contre la société de classe n’ont pas abouti. Et tandis que le capitalisme surmontait ses crises, les contradictions dévoraient les postulats d’une telle pensée et de nouvelles formulations étaient nécessaires. Les contributions étaient multiples et il n’est pas nécessaire de les énumérer. Ce qui les caractériserait toutes serait la clarté ajoutée dans la perspective du combat libérateur, mais plongée dans un contexte de régression, puis progressivement éloigné de la pratique. Toutefois, sa lecture a renforcé la conviction qu’une société libre était possible, que la lutte était utile à quelque chose et qu’il ne fallait jamais baisser les bras, que la solidarité entre résistances nous rendait meilleurs et que la formation nous rendait lucides… La lutte des minorités, loin de démanteler la critique sociale, contribuait à l’enrichir. Loin d’être secondaires, les questions d’identité sont devenues de plus en plus importantes à mesure que le capitalisme pénétrait dans la vie quotidienne et détruisait les structures traditionnelles. Elles dénonçaient des aspects de l’exploitation jusqu’alors peu pris en considération. Dans un premier temps, l’universalité et l’identité convergeaient ; on ne concevait pas de solution à la ségrégation raciale, à la discrimination sexuelle, au patriarcat, etc., séparément, mais en vue d’une transformation révolutionnaire globale. Personne ne pouvait imaginer souhaitable un racisme noir, une société d’amazones, un capitalisme gay ou un état d’exception végétarien. La révolution sociale était le seul endroit où toutes les questions pouvaient vraiment être soulevées et résolues. Au-delà, il ne restait plus que la spécialisation élitiste, le sectarisme du « milieu », le narcissisme activiste et le stéréotype militant. C’était la voie ouverte par les postmodernes.

La pensée faible exploitait également le filon de la crise idéologique, en récupérant les auteurs et les idées, mais avec des effets et des conclusions opposés. Une fois que le sujet révolutionnaire a été neutralisé dans la pratique, il fallait le supprimer dans la théorie, de sorte que les luttes resteraient isolées, marginales et incompréhensibles, enveloppées dans un verbiage crétinisant et autoréférentiel adapté seulement aux initiés. Ce fut la tâche de la French Theory. Une escalade démarrait dans la confusion sophistiquée et cryptique qui consacrait, comme mages privilégiés, la caste intellectuelle et comme peuple élu, les disciples, principalement universitaires. Le mal français a été la première philosophie irrationaliste liée au mode de vie des fonctionnaires, relativement rétribuée et à juste titre : sa révision de la critique sociale du pouvoir et la contestation de l’idée révolutionnaire ont rendu de magnifiques services à la cause de la domination. La notion de pouvoir comme un éther omniprésent qui s’étend à tout condamne toute pratique collective à la poursuite d’un idéal en ce qu’elle est vue comme le renouvellement ou la reconstruction du pouvoir lui-même, une sorte de poisson qui se mord la queue. Le pouvoir n’est apparemment pas incarné dans l’État, le Capital ou les Marchés comme lorsque le prolétariat était la classe potentiellement révolutionnaire. Le pouvoir maintenant nous le sommes tous ; c’est le tout. La révolution serait ainsi redéfinie comme leurre du pouvoir afin de se refaire, dans des cas extrêmes, à partir de nouvelles valeurs et normes aussi arbitraires que celles qu’elle-même reléguerait. Le discrédit de la révolution sociale est plus utile pour le pouvoir réel en temps de crise, parce qu’une opposition subversive organisée qui tente de se former (un sujet social qui tente de se constituer) sera immédiatement dénoncée comme un pouvoir d’exclusion. Bref, un mauvais « récit de la modernité » — en terminologie lyotardienne — tout comme celui de la lutte des classes. Le rejet de la notion de classe laisse aussi apparaître involontairement une haine de classe, héritage de la domination passée active dans l’imaginaire post-rationnel. En bref, on abandonne toute velléité communiste révolutionnaire pour la transmigration de genres, le polyamour, la transversalité et le régime vegan. Les problèmes individuels résolus de cette manière, le chemin est alors dégagé pour une opposition collaborative et participative, prêt à entrer dans le jeu et bien sûr à voter, à occuper des espaces de pouvoir et à gérer en son sein l’ordre actuel avec un discours radicalement identitaire donc politiquement très correct, et par ricochet, un discours hypercitoyenniste qui fait rage non seulement dans la nouvelle gauche, mais également dans la gauche intégrée de toujours.

La situation de la critique, en proie au mal français, est donc affligeante, aussi affligeante que la vie dans le monde occidental et urbain ravagée par le capitalisme. C’est la fin de la raison, la fermeture spirituelle d’un monde suranné où la résistance au pouvoir était possible, l’évaporation de la conscience de classe historique, l’apothéose de la relativité, le triomphe absolu du bluff, le règne accompli du spectacle… On pourra appeler ce phénomène comme on veut, mais c’est surtout l’effet intellectuel de la défaite historique du prolétariat au cours des années 1970 et 1980, et, par conséquent, de la disparition de deux ou trois générations entières de combattants sociaux et de l’incapacité de ces derniers à transmettre leurs expériences et leurs connaissances aux nouvelles générations, les livrant à la psychose postmoderne et son jargon inintelligible. Il existe une ligne de rupture générationnelle très claire qui coïncide plus ou moins avec l’apparition du « milieu » ou ghetto de la jeunesse à la fin des années 1980 et une relation de celui-ci avec les processus de gentrification des centres urbains ; finalement, on peut établir avec évidence, une relation entre l’extension de la maladie postmoderne et le développement des nouvelles classes moyennes. L’effondrement du mouvement social révolutionnaire et la catastrophe théorique sont deux aspects du même désastre, et donc du double triomphe, pratique et idéologique, de la domination capitaliste, patriarcale et étatique. Malgré tout, la débâcle n’est jamais définitive, car les antagonismes prolifèrent beaucoup plus que les identités, et la volonté de se libérer en commun est plus forte que le désir narcissique de se démarquer. Dix minutes de pathétique gloire virtuelle sont des gouttes d’eau dans l’océan troublé de la « conflictivité » permanente.

La lutte des classes réapparaît dans la critique du monde de la technologie et dans la défense du territoire, dans les projets communautaires de sortie du capitalisme et dans les luttes que mènent les classes paysannes contre l’agriculture industrielle et la marchandisation de la vie. Probablement, dans les pays turbo-capitalistes, ces conflits ne parviennent pas à échapper aux approches « intersectionnelles », aux traitements « de genre » et autres réductionnismes identitaires, parfaitement compatibles avec une casuistique réformiste issue de « l’économie sociale », mais partout où cristallise un véritable front de lutte, de telles bagatelles tourneront en rond et seront consumées par le feu de l’universalité.

Discussions sur « anarchisme et postmodernité »,

14 novembre 2017, Centro Social Ruptura, Guadalajara (Jalisco),

et 25 novembre 2017, Biblioteca Social Reconstruir, ville de Mexico

Changement de paradigme: Exemple d’une nouvelle organisation politico-sociale de la société (Pierre Besnard)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 2 janvier 2018 by Résistance 71

Pour donner une certaine direction à 2018, notre première publication de l’année analysera une question souvent posée: peut-on, doit-on planifier la structure même de la nouvelle société envisagée ? Le débat existe depuis plus de 150 ans. Nous avons choisi une voie, sans négliger les autres parce que le futur sera fait de complémentarité acceptée et non plus des antagonismes dont on nous gave depuis des générations…
~ Résistance 71 ~

 

 

Analyse et concept de Pierre Besnard publiés en septembre 1934 dans son écrit “Le monde nouveau”

 

Présentation et analyse de Résistance 71 

 

Janvier 2018

 

Cette publication analytique de Pierre Besnard a précédé la révolution sociale espagnole de 1936-39 et peut-être comparée avec les comptes-rendus de l’action populaire anarchiste dans les domaines industriel, agricole et social dans cette révolution, publiés a posteriori par des personnes comme Diego Abad de Santillan, Gaston Leval ou Sam Dolgoff.

Dans ces 90 pages. Besnard dresse un exemple de plan d’action pour l’établissement égalitaire et fonctionnel de la nouvelle société faisant table rase de l’ineptie du contrôle criminel que représentent l’État et le capitalisme.

Ceci ne représente qu’un exemple, parfaitement flexible et adaptable. Nous n’en reproduirons ici que les grands titres, mais les lecteurs intéressés trouveront dessous le lien vers le PDF du document complet, organigrammes compris.

Pour notre part, nous voulons ici attirer l’attention du lecteur sur un problème interne au mouvement révolutionnaire, problème méthodologique qui n’est pas nouveau et que Besnard reconnait lui-même dans son introduction au texte. Le concept de l’organisation politico-sociale de la révolution sociale et de la société nouvelle émergente est en fait scinder en deux:

  1. La tendance à concevoir qu’une organisation structurelle est nécessaire pour guider le peuple dans la nouvelle société. Que la structure doit être pré-établie, demeurer flexible et égalitaire. elle se fonde sur le fédéralisme et tourne autour de deux entités administratives: la commune libre et le syndicat de travailleurs. Pierre Besnard dit faire partie de cette tendance, qui voit également le facteur économique comme étant le facteur directeur de la société.
  2. La tendance à concevoir que le peuple saura parfaitement s’organiser le moment venu pour gérer la société nouvelle et remplacer les institutions étatico-capitalistes par les associations et les communes libres qui se confédéreront en respectant les besoins et la flexibilité de chaque communauté selon le principe du « à chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins ». Nous faisons partie de cette tendance, qui ne reconnaît pas nécessairement l’économie comme étant le facteur directeur de la société. Nous pensons, après longue recherche et analyse synthétisées dans notre “Manifeste pour la société des sociétés”  (octobre 2017) que le facteur politique, décisionnaire, est de fait le facteur directeur de la société car précédant l’économique qui n’est qu’une pièce rapportée certes ayant pris une dimension des plus étouffantes. La division de la société établissant la relation dominant/dominé étant à l’origine une division politique, donc une question de pouvoir, il convient de comprendre que la réorganisation de la société post étatico-capitaliste passe par la dilution du pouvoir dans le peuple,

Les partisans de la première tendance regardent souvent les partisans de la seconde comme des “révolutionnaires romantiques” n’ayant pas le sens de la réalité ; les partisans de la seconde tendance regardent souvent les partisans de la première comme des dirigistes recréant à terme un système de contrôle bureaucratique et facilement récupérable par un système de “partis”. Il serait en effet assez simple pour un syndicat unique, contrôlant les rouages et des milices populaires de se corrompre et de dégénérer en nouveau système pyramidal. De fait, les deux côtés ont des points valides, il ne faut pas à notre sens les voir comme antagonistes, mais comme complémentaires, la solution étant sans aucun doute un compromis des deux tendances selon le contexte culturel de la société impliquée.

Une chose est certaine, lorsque l’on cherche une documentation sur ce sujet, on tombe essentiellement sur des écrits analysant la première tendance pour la simple raison que ceux qui pensent qu’il faut une structure organisationnelle… l’écrivent, la mettent sur papier pour la présenter, comme Besnard par exemple. Les partisans de la seconde tendance, pensant que si l’émancipation de l’Homme viendra de l’Homme lui-même, il est alors impossible de dicter quoi que ce soit de la marche à suivre de la grande révolution sociale. La société humaine, ou plutôt les sociétés humaines, dans toute leur diversité, sont bien antérieures au capitalisme et à l’État. Il est assez évident que la solution politico-sociale passe par la construction du neuf avec le vieux, avec ce qui a déjà été dit et fait, simplement en l’adaptant aux besoins réels tout en mettant en place des conseils populaires et des comités de gestion de production et de distribution, sans qu’ils soient la priorité. L’essentiel demeurant le changement de perception entre membres de la société, ceci menant à un changement d’attitude pour retrouver le souffle, l’esprit de la société organique humaine et sa véritable nature. Nous nous sommes égarés en chemin. Il nous faut retrouver la voie qui depuis s’est embroussaillée. De fait, il n’est pas nécessaire de retrouver le chemin perdu, mais de le recréer dans notre temporalité, à l’aune de notre savoir, de notre analyse et de notre expérience.

Dans la conclusion de son texte, Pierre Besnard nous dit:

“Tels sont les organismes et les rouages qui me paraissent à la fois, nécessaires et suffisants pour assurer la vie de l’ordre nouveau. 

Aux uns, ils paraîtront peu nombreux, primitifs, simplistes peut-être. Aux autres, ils sembleront, au contraire, trop nombreux, compliqués et centralisés. Ceci prouvera, tout simplement, combien il est difficile de satisfaire tous ceux qui aspirent à connaître et vivre des temps meilleurs. 

Quoi qu’il en soit, il n’est pas dans mes intentions de forcer leur jugement, de modifier leurs sentiments et leurs désirs, s’ils sont définitifs, ni de violenter leur pensée. 

Ils sont libres, comme je suis libre, en notre époque de relativité… Qu’ils cherchent et, s’ils trouvent vraiment la formule idéale, je serai le premier à saluer leur succès. 

En ce qui me concerne, j’ai cherché à faire quelque chose de solide et de pratique à la fois. J’ai cru le trouver à équidistance de l’absence totale d’organisation, qui ne peut conduire qu’au désordre et à la défaite, et de l’organisation trop compliquée, qui paralyse toute action et tout mouvement. Le système que je présente est donc une sorte de moyen-terme. Il est le produit d’un accord entre le sentiment et la raison. 

Je demande à tous ceux qui, comme moi, sont à la recherche du réel, du possible, du nécessaire, de bien réfléchir avant de choisir, d’avoir constamment en vue la tâche à accomplir : la révolution sociale constructive, c’est-à-dire : la transformation totale du Monde actuel et l’édification d’un Monde Nouveau, fraternel et égalitaire, capable d’abriter, tout entière, une Humanité libre.”

C’est pour cela que sa vision mérite le temps de la réflexion et de l’analyse.

Le texte complet en format pdf est en lien ci-dessous, en voici l’essence structurelle pour un monde nouveau…

L’organisation de la production industrielle

  • Comités d’ateliers et d’usines
  • Conseils ouvriers / syndicat
  • Fédérations régionales d’industrie
  • Fédérations nationales d’industrie
  • Fédération internationale d’industrie

L’organisation de la production agricole

  • Organisation agricole
  • Paysans travailleurs
  • Conseils de fermes
  • Fédérations régionales / nationales
  • Fédération internationale agricole

L’organisation syndicale

  • Union syndicale locale
  • Union syndicale régionale
  • Union syndicale nationale
  • Internationale syndicale
  • Offices de production: agricole et industrielle
  • Office de la répartition et de la distribution
  • L’organisation politique & administrative
  • Services dans les communes: distribution, éducation, loisirs, santé, assistance sociale, statistique, travaux publics, habitation, sécurité, voies de communication, transports, arts, sciences, relations extérieures…
  • Fédérations régionales des communes
  • Confédération nationale des communes
  • association internationale des communes
  • La cellule de base: la commune (voir le document complet p.46)

L’organisation sociale

  • Distribution des vivres et produits divers
  • Education et loisirs
  • Assistance sociale et santé publique
  • La statistique (gestion de tous les domaines)
  • Travaux publics
  • Habitat
  • Sécurité individuelle et collevtive
  • Création, entretien et fonctionnement des voies de communication et des transports
  • Relations extérieures
  • Arts
  • Sciences

L’organisation générale du monde nouveau

  • Organisation politique
  • Organisation économique et sociale

Remplacement de l’État

  • Le grand conseil des travailleurs
  • Prérogatives des conseils d’industrie, agricole et des différents offices

Déclaration de principes

Planches organigrammes

L’essai de Pierre Besnard “Le monde nouveau” (1934), version pdf:

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard (1934)

Note de R71: 

L’exposé de Besnard aussi pertinent et digne d’intérêt soit-il ne mentionne que du bout des lèvres un des problèmes fondamentaux sur lequel les anarchistes se heurtent depuis maintenant près de 200 ans: le problème de l’argent et du salariat. 

Dans son exposé sur la distribution, Besnard mentionne l’échange de biens, produits ou de services contre des “bons de travail” (p.39), ce qui laisse sous entendre qu’il considère pertinente non pas l’abolition de l’argent et du salariat, mais de son remplacement par des bons de travail, ce qui est une autre manière de considérer… l’argent et l’échange, c’est à dire l’asservissement. Il est totalement utopique de penser qu’il soit possible de brider de quelque manière que ce soit la spirale de l’échange. L’échange monétaire contient en lui-même sa terminaison fatale dans le trou noir de la dette spéculative…

L’expérience a prouvé que le seul moyen de maintenir une société égalitaire est de:

  • Maintenir le pouvoir inséré dans le corps social pour qu’il soit exercé par toutes et tous et…
  • De supprimer par là l’inégalité économique induite par la propriété privée et l’argent, qui s’aboliront tous deux à l’instar de l’État lorsque le support, la cause de l’inégalité n’existera plus, ne pourra plus exister. Cette cause réside dans le transfert du pouvoir, de la capacité de décider, dans une entité séparée du corps social. Ceci génère de facto la relation “dominant/dominé” qui ne peut disparaître qu’en refondant le pouvoir dans le corps social.

Ainsi Besnard, par la volonté d’introduire les “bons de travail” en substitution illusoire de l’argent, ne fait pas fonctionner la nouvelle société sur la base de la formule du “A chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins”, mais sur la formule du “A chacun selon sa participation, à chacun selon ses besoins”. Ce qui maintient, à terme, le potentiel d’accumulation et donc de disparité, terreau de la division et de l’oppression par l’exploitation, car cette porte laissée entr’ouverte deviendra une brèche béante à terme.

La société des sociétés qui est envisageable sera la société une et indivisée dans la complémentarité de sa diversité ; elle sera organique, égalitaire par essence en ayant renoué avec l’esprit ancestral de l’être générique, qui se régira sans État, sans institutions bureaucratiques, sans argent et sans économie puisque le changement radical de vision sociale nous ramènera à un mode de production domestique… à l’échelle planétaire.

Suite à la rédaction et publication de notre Manifeste de la société des sociétés”, nous nous sommes posés la question (et le sujet est venu sur le tapis dans la correspondance avec certains de nos lecteurs, la compañera Jo étant l’une d’entre eux…) de savoir si nous ne pourrions pas donner une suite à ce texte en essayant de visionner la structure de cette société afin de donner une dimension pratique à notre Manifeste. C’est donc en recherchant plus avant que nous avons lu ce document de Pierre Besnard, après avoir lu il y a plusieurs années les comptes-rendus de la pratique révolutionnaire espagnole que nous ont laissés Diego Abad de Santillan, Sam Dolgoff, Gaston Leval et Murray Bookchin par exemple, et que nous sommes arrivés à la conclusion suivante: il n’est pas possible d’envisager la structure de la société des sociétés et d’en faire un projet  sur le papier sans que le résultat ne paraisse être sorti des burlingues propagandistes d’un quelconque politburo doctrinaire ou du moins de paraître sur le papier, ne serait-ce qu’un tantinet dirigiste et donc recupérable, ce qui ne peut satisfaire un esprit anarchiste. Il ne nous appartient donc pas d’en refaire des schémas, sachant qu’à terme, les choses ne se passent jamais vraiment comme prévu… A ce sujet, prenons pour exemple la grande illustration de ce que voyait Pierre Besnard dans la période historique où il écrivait son analyse: la toute puissance des syndicats, le pouvoir syndicaliste des années 1920 jusquà la seconde guerre mondiale, la CNT anarcho-syndicaliste espagnole qui comptait près de 2 millions d’adhérents en Espagne avant 1936, ce contexte était effectivement propice à un leadership syndical, il se produisit et fut trahi. Où en sont les syndicats aujourd’hui ? Tous bouffent dans la main du patronat et de l’État, dépendant de la manne étatique pour survivre et ont abandonné toute velléité révolutionnaire et de promotion de la révolution sociale. Le syndicalisme moderne n’est que réformisme stérile ne cherchant plus qu’à arrondir les angles et accommoder le travailleur par l’amélioration illusoire des conditions de travail et salariales. Le syndicat n’est plus le pilier révolutionnaire qu’il a été et il est évident que ce n’est pas de là que soufflera de nouveau l’esprit de la société organique. Ils ont eu leur heure, elle est passée.

Il est donc plus que certainement vain de planifier, du moins dans le détail. Il est bon d’avoir une ligne de conduite générale, d’avancer le long de celle-ci tout en gardant les sens en éveil pour mieux s’adapter aux besoins et aux situations qui seront de toute façon différentes selon la société faisant sa révolution dans quelque endroit du monde.

Un plan, une structure possède la tendance inhérente à être rigide tandis qu’une ligne de conduite, tel le roseau au gré du vent, plie, s’adapte et se renforce. Là réside la forme d’action la plus profonde, celle qui provient de l’adaptation aux éléments et aux évènements. La rigidité (le dogmatisme) est synonyme de sclérose et de mort, la fluidité est création et vie. Comprendre que nous sommes complémentaires dans les corps de métiers, dans les cultures diverses et nos approches de l’humanité et non pas antagonistes, doit devenir un pilier porteur de la société nouvelle. Adaptons-nous, embrassons notre complémentarité, devenons politiquement adulte et construisons la société des sociétés, la seule qui puisse nous émanciper du piège mortel terminal dans lequel nous nous trouvons. Mais en tout premier lieu… Il nous faudra dire NON ! Chaque voyage aussi long soit-il commence toujours avec le premier pas.

“Sois comme l’eau mon ami.”
~ Bruce Lee ~

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Lectures complémentaires:

L’anarchie pour la jeunesse

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Bakounine_et_letat_marxiste_Leval

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

la-sixta

kropotkine_science-etat-et-societé

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme (PDF)

 

Petit bilan 2017

Posted in actualité, altermondialisme, Internet et liberté, média et propagande, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 30 décembre 2017 by Résistance 71

 

 

 

Résistance 71

 

30 décembre 2017

 

2017 fut une année intéressante en bien des points. Elle marqua le coup d’arrêt à l’impérialisme occidental en Syrie avec la défaite de l’armée mercenaire pseudo-djihadiste de l’empire que fut et est toujours l’EIIL/Daesh, même si ses cadres furent et sont toujours régulièrement évacués par les Yankees avant qu’ils ne soient exterminés avec leur chair à canon de terrain et afin d’être réemployés ailleurs au profit des oligarques (Afghanistan, Causase etc…).

2017 a vu la marionnette Donnie “mains d’enfants” Trump abattre une partie de ses cartes et montrer au monde qu’il pédale à 100% pour le sionisme et l’extension du “grand israël” au Moyen-Orient. Ceci ne devant être une surprise pour personne.

2017 a vu la France se doter d’un nouveau monarque, Macron, pathétique pantin mis en place par les conseils d’administration des grandes banques et de CAC40 pour mieux siphonner ce qu’il reste à voler et finir de mettre le peuple à genoux. Il est la 3ème vague destructrice après sarko et hollande, il est la 3ème lame du rasoir qui tond les moutons…

2017 a vu une partie de la blogosphère “dissidente” tant anglophone que francophone partir en sucette.

2017 nous a vu publier notre “Manifeste pour la société des sociétés” que nous avons rédigé afin d’aider à peut-être faire passer plus de personnes en mode de vision panoramique et d’activité politique efficace. Nous avions dit en 2016 que ceci constituait un de nos grands projets pour l’année et nous sommes ravis d’avoir pu mener cet objectif à bien en espérant que cela aide à pousser pour une vision plus synthétique des choses menant à des solutions politiques concrètes sur la voie affirmant qu’”il n’y a pas de solutions au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et qu’il ne peut pas y en avoir”…

En ce qui concerne la fréquentation du blog en 2017 elle fut en baisse dûe en partie à la mascarade de censure de la blogosphère alternative par ces géants aux pieds d’argile que sont ces merdias de masse, qui n’en finissent plus de trembler sur leur base mensongère et obsolète et d’en mourir, mais aussi peut-être par lassitude d’un certain lectorat, tandis qu’un autre se renforçait, se consolidait et renforçait ses convictions face à la censure et la montée perceptible de l’oppression dans l’empire et ses pays satellites dont la France fait partie, comme 5ème roue du carrosse.

En 2017, la vaste majorité de nos lecteurs proviennent de France métropolitaine, puis du Canada, de Belgique, d’Algérie, de Suisse et de l’Afrique francophone en général, avec une mention spéciale pour le Cameroun et le Sénégal.

Quels furent les articles les plus lus en 2017 sur Résistance 71?

Top 5:

1- Oligarchie financière, les huit familles derrière le cartel banquier international (Dean Henderson)

2- Un monde sans cancer, l’histoire du laétrile, vitamine B17 (G.Edward Griffin)

3- De la mythologie au mensonge: l’Egypte antique n’a connu ni pharaons ni Israélites (Dr Ashraf Ezzat)

4- Bilderberg 2016, la liste des participants français (Résistance 71)

5- Voter c’est se soumettre (Anarchix, mars 2010)

En 2017 et grâce à Jo de JBL1960 à l’enthousiasme créateur infatigable, nous avons augmenté notre volume de publications sous format PDF, plus facile à télécharger et à imprimer pour lire à son aise hors écran. Nous encourageons à imprimer ces textes et à les donner autour de soi.

Nous en profitons pour donner une mention spéciale à notre “Manifeste pour la société des sociétés”, qui parut le 15 octobre 2017, c’est à dire il y a à peine 2 mois et demi et est rentré dans le top 3 des téléchargements PDF. Nous sommes à la fois surpris de cette avancée rapide et ravis de voir que de plus en plus de gens, par bouche à oreille, par lien transmis, s’intéressent et lisent ce document de 66 pages que nous avons voulu le plus compact et facile de compréhension possible afin de toucher la plus vaste audience possible. Merci a vous tous de le lire et de le diffuser sans aucune modération comme il se doit. La traduction anglaise du manifeste va sans doute démarrer dans le courant 2018.

Le top 5 de nos PDF pour 2017:

1- Dr Ashraf Ezzat, l’Egypte antique n’a connu ni pharaons ni israélites

2- Un monde sans cancer, histoire de la Vit. B17 (G. Edward Griffin)

3- Manifeste de la société des sociétés (Résistance 71 )

4- Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb)

5- Meurtre par décret (Kevin Annett)

[Notons ici que les 5ème, 6ème et 7ème position se tiennent en quelques dizaines de téléchargements… 6ème position: Kaianerekowa, la Grande Loi de la Paix (constitution de la confédération iroquoise) et 7ème position: Petit précis sur l’État, la société et la désobéissance civile (Résistance 71 ) ]

A noter également que sur le dernier trimestre, notre Manifeste est passé #1 des téléchargements, devant tous les autres classiques. Nous en sommes à la fois surpris et bien entendu ravis.

Il ne nous reste plus qu’à vous remercier toutes et tous pour votre fidélité, conviction et soutien. Comme nos lecteurs le savent depuis maintenant plus de 7 ans, nous ne vendons rien, ne gagnons aucun argent avec ce blog. Notre seul objectif est de faire prendre conscience au plus de gens possible que bien que la situation soit difficile, elle n’est en rien inéluctable et que solution il y a pourvu qu’on la (les) cherche en dehors du système étatico-capitaliste exploiteur, criminel et obsolète. Nous pensons que tout ce qui est publié, créé, n’appartient plus à ses créateurs, mais entre de plein pied dans le patrimoine total de l’humanité, devant être consultable par tout le monde, gratuitement. Notre blog répond à cette démarche et cette demande croissante de lectures politiquement valides et complémentaires.

L’heure est venue d’abandonner les antagonismes et de nous unifier dans notre complémentarité. Commençons à mettre en place la société des sociétés en changeant notre attitude envers l’état et les institutions toutes plus obsolètes les unes que les autres.

Nos vœux 2018 à suivre… A bientôt et merci encore à toutes et à tous.