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27 juin 1869~27 juin 2019… Cent-cinquantenaire d’Emma Goldman, dame de fer de l’anarchisme

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 27 juin 2019 by Résistance 71

Il y a 150, le 27  juin 1869, naissait Emma Goldman en Lithuanie, elle avait donc deux ans au moment de la Commune de Paris. Elle émigre aux Etats-Unis avec sa famille en 1885. L’attentat du Haymarket et la répression contre les anarchistes la font s’intéresser au mouvement qu’elle ne quittera plus. Viscéralement anti-autoritaire, pacifiste en anti-guerre, elle est condamné en 1917 avec son compagnon Alexandre Berkman, à deux ans de prison pour avoir fait campagne contre la conscription des jeunes Américains pour la 1ère guerre mondiale.
A leur sortie en 1919, ils sont déportés par les autorités américaines en Russie.
Goldman et Berkman y rencontrent Lénine et Trotski, ils seront très critiques des bolchéviques, surtout avec la trahison de la révolution des conseils populaires (soviets) par le capitalisme d’état de la NEP imposé par Lénine. L’écrasement de la commune anarchiste de Cronstadt en 1921 par l’armée rouge de Trotski sur ordre de Lénine, sera la goutte d’eau. Emma Goldman écrira un livre en 1923, détaillant sa totale déception en la révolution russe et comment et pourquoi “il n’y a pas de communisme en Russie”…
Toute sa vie, Emma sera une anarchiste de l’action directe ; féministe de la première heure, elle abandonnera le mouvement devant sa récupération par la société marchande, mais continuera de militer à sa façon jusqu’à sa mort. Proche de Kropotkine, elle le visitera dans sa maison près de Moscou où il était revenu pour mourir en 1921, l’année de Cronstadt.
Emma Goldman décèdera à Toronto au Canada en mai 1940 à presque 71 ans. Son tempérament de feu et ses écrits du même élément l’ont rendu célèbre de son vivant et jusqu’à aujourd’hui dans les milieux anarchistes et au-delà. Lors de ses meetings, elle déplaçait les foules. Elle a publié de nombreux essais, elle créa le journal “Mother Earth” aux Etats-Unis et sa biographie “Ma vie” couvre toute la glorieuse époque de l’anarchisme entre la fin du XIXème siècle et le début de la seconde guerre mondiale. Elle fut très active dans l’Espagne révolutionnaire de 1936. Howard Zinn écrivit une pièce de théâtre en son honneur : « Emma ».

Emma Goldman aurait 150 ans aujourd’hui.

Ci-dessous un texte court de 1910 qui montre que l’inutilité et la futilité des politiciens et du système de “démocratie représentative” ne date pas d’hier. Emma Goldman avait bien compris déjà il y a plus d’un siècle et avant la 1ère guerre mondiale, qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir.
L’obsolescence était déjà active à cette époque, elle l’est de fait, depuis la mise en place du système de domination et de tromperie “démocratique”.
Il est plus que grand temps que toutes et tous (on peut rêver…) le comprenions et marchions vers cette société des sociétés si chère à un autre anarchiste: Gustav Landauer ainsi qu’à nous.

~ Résistance 71 ~

 


Emma Goldman 1869-2019
150ème anniversaire

 

Politiciens – Ballots ou escrocs

 

Emma Goldman

1910

 

Source:

https://robertgraham.wordpress.com/2019/06/24/emma-goldman-the-political-superstition/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Que nous montre l’histoire du parlementarisme ? Rien que des échecs et des défaites, pas même une simple réforme pour améliorer le stress économique et social des peuples. Des lois ont été votées et mises en application pour l’amélioration et la protection du travail et pourtant dans les états où prévalent des lois contre le travail des enfants, l’exploitation de leur travail est à son plus haut niveau et bien qu’avec nous (les anarchistes), les travailleurs jouissent des pleines opportunités politiques, le capitalisme a atteint son plus beau zénith.

Même si les ouvriers pouvaient avoir leurs propres représentants, ce que clament nos bons politiciens socialistes, quelles sont les chances pour garantir leur honnêteté et leur bonne foi ? En gardant à l’esprit le processus de fonctionnement de la politique, on comprend aisément que son chemin de bonnes intentions est parsemé de pièges: chantage, intrigue, flatterie, mensonge, tricherie, en fait toutes les turpitudes possibles sont de mises afin de garantir le succès de l’aspirant politicien. Ajoutez à cela une complète immoralité du caractère et de la conviction pour que plus aucun espoir ne subsiste de cette décrépitude humaine. Encore et toujours les gens sont assez naïfs ou stupides pour croire, faire confiance et soutenir jusqu’au bout leurs politiciens, seulement pour se retrouver au bout du compte toujours trahis et trompés au dernier degré.

On peut toujours affirmer que des hommes ou femmes intègres ne deviendraient pas corrompus dans la moulinette politique. Peut-être que non, mais de telles personnes n’auraient aucune chance de faire pencher la balance en faveur des travailleurs, comme cela a été vu et prouvé en bien des occasions. L’État est le maître économique de ceux qui le servent. S’il y avait de bonnes personnes en politique, elles resteraient soit fidèles à leur engagement politique et perdrait leur soutien financier ou elles s’accrocheraient à leurs maîtres économiques et seraient ainsi incapables de faire quoi que ce soit pour le bien commun. L’arène politique ne laisse aucune alternative à quiconque, on doit y être soit un ballot soit un escroc.

La superstition politique fait toujours des ravages dans les cœurs et les esprits des masses populaires, mais les véritables amoureux de la liberté ne veulent plus rien avoir à faire avec cette supercherie. En lieu et place, ils pensent, comme Stirner, que l’humain a autant de liberté qu’il veuille bien prendre. L’anarchie de ce fait se situe dans le domaine de l’action directe, de la désobéissance civile ouverte et de la résistance aux lois et à toutes restrictions politiques, économiques, sociales, morales. Mais la confrontation, la désobéissance civile et la résistance sont illégales. C’est en cela que réside le salut de l’Homme. Tout ce qui est illégal nécessite une certaine intégrité, courage et autonomie. Bref, appelle aux esprits libres et indépendants, aux “humains qui sont des humains et qui ont une forte colonne vertébrale, une de celle qui ne se courbe point dans la soumission.”

Le suffrage universel lui-même doit son existence à l’action directe. Sans l’esprit de rébellion et la désobéissance des Américains devant le maître anglais, leur progéniture serait toujours sous le joug du roi/reine. Si ce n’était pour l’action directe de personnes comme John Brown et ses camarades, l’Amérique ferait toujours commerce des esclaves et de la chair de l’homme noir. Il est vrai que le commerce de la chair blanche est toujours de mise, mais ceci aussi sera aboli par l’action directe.

Le syndicalisme, l’arène économique du gladiateur moderne, ne doit son existence qu’à l’action directe. Ce n’est que récemment que la loi et le gouvernement ont tenté d’écraser le mouvement syndicaliste et ont condamné ceux qui défendent le droit des humains à s’organiser à des peines de prison comme conspirateurs. S’ils avaient essayé de plaider leur cause dans le compromis de la mendicité et de la plaidoirie, le syndicalisme serait aujourd’hui [en 1910] quantité négligeable.

En France, en Espagne, en Italie, en Russie et même en Angleterre , l’action directe économique et révolutionnaire est devenue une telle force dans la bataille pour la liberté industrielle que le monde comprend enfin l’énorme importance d’un pouvoir ouvrier. La grève générale, l’expression suprême de la conscience politique des travailleurs était encore ridiculisée en Amérique il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui, toute grande grève, si elle veut gagner quoi que ce soit, doit comprendre l’importance de la protestation solidaire générale.

L’action directe, prouvée très efficace le long de lignes économiques est également très efficace dans l’environnement individuel. Il y a une centaine de forces à ses basques et seule une résistance persistante le libérera finalement. L’action directe contre l’autorité dans le magasin, l’action directe contre la loi, contre toute autorité invasive interférante ou morale, est la méthode logique et consistante de l’anarchie.

Ceci ne mènera t’il pas à la révolution ? Et bien oui. Aucun changement social réel ne s’est jamais produit sans une révolution. Soit les gens ne sont pas familiers avec leur histoire, soit ils ont encore à apprendre que la révolution n’est en fait que la pensée qu’on met en action.

= = =

Lectures complémentaires:

Un-autre-regard-anarchiste-sur-la-vie-avec-emma-goldman

Manifeste pour la Société des Sociétés

voltairine-de-cleyre-une-anarchiste-americaine

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

 

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Anthropologie politique: État, capitalisme, occident, colonialisme, ethnocide et génocide (Pierre Clastres)

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De l’ethnocide

 

Pierre Clastres

1974

 

II y a quelques années, le terme d’ethnocide n’existait pas*. Bénéficiant des faveurs passagères de la mode et, plus sûrement, de son aptitude à répondre à une demande, à satisfaire un besoin certain de précision terminologique, l’utilisation du mot a largement et rapidement dépassé son lieu d’origine, l’ethnologie, pour tomber en quelque sorte dans le domaine public. Mais la diffusion accélérée d’un mot assure-t-elle à l’idée qu’il a mission de véhiculer le maintien de la cohérence et de la rigueur souhaitables ? Il n’est pas évident que la compréhension profite de l’extension et qu’en fin de compte, on sache de manière parfaitement claire de quoi l’on parle lorsqu’on se réfère à l’ethnocide. Dans l’esprit de ses inventeurs, le mot était assurément destiné à traduire une réalité qu’aucun autre terme n’exprimait. Si l’on a ressenti la nécessité de créer un mot nouveau, c’est qu’il y avait à penser quelque chose de nouveau, ou bien quelque chose d’ancien mais non encore pensé. En d’autres termes, on estimait inadéquat, ou impropre à remplir cette exigence nouvelle, un autre mot, d’usage depuis plus longtemps répandu, celui de génocide. On ne peut par conséquent inaugurer une réflexion sérieuse sur l’idée d’ethnocide sans tenter au préalable de déterminer ce qui distingue le phénomène ainsi désigné de la réalité que nomme le génocide.

Créé en 1946 au procès de Nuremberg, le concept juridique de génocide est la prise en compte au plan légal d’un type de criminalité jusque-là inconnu. Plus précisément, il renvoie à la première manifestation, dûment enregistrée par la loi, de cette criminalité : l’extermination systématique des Juifs européens par les Nazis allemands. Le délit juridiquement défini de génocide s’enracine donc dans le racisme, il en est le produit logique et, à la limite, nécessaire : un racisme qui se développe librement, comme ce fut le cas dans l’Allemagne nazie, ne peut conduire qu’au génocide. Les guerres coloniales qui se sont succédé depuis 1945 à travers le Tiers-Monde et qui, pour certaines, durent encore, ont d’autre part donné lieu à des accusations précises de génocide contre les puissances coloniales. Mais le jeu des relations internationales et l’indifférence relative de l’opinion publique ont empêché l’institution d’un consensus analogue à celui de Nuremberg : il n’y eut jamais de poursuites.

Si le génocide antisémite des Nazis fut le premier à être jugé au nom de la loi, il n’était pas en revanche le premier à être perpétré. L’histoire de l’expansion occidentale au xixe siècle, l’histoire de la constitution d’empires coloniaux par les grandes puissances européennes est ponctuée de massacres méthodiques de populations autochtones. Néanmoins, par son extension continentale, par l’ampleur de la chute démographique qu’il a provoquée, c’est le génocide dont furent victimes les indigènes américains qui retient le plus l’attention. Dès la découverte de l’Amérique en 1492, se mit en place une machine de destruction des Indiens. Cette machine continue à fonctionner, là où subsistent, au long de la grande forêt amazonienne, les dernières tribus « sauvages ». Au cours de ces dernières années, des massacres d’Indiens ont été dénoncés au Brésil, en Colombie, au Paraguay. Toujours en vain.

Or, c’est principalement à partir de leur expérience américaine que les ethnologues, et tout particulièrement Robert Jaulin, ont été amenés à formuler le concept d’ethnocide. C’est d’abord à la réalité indienne d’Amérique du Sud que se réfère cette idée. On dispose donc là d’un terrain favorable, si l’on peut dire, à la recherche de la distinction entre génocide et ethnocide, puisque les dernières populations indigènes du continent sont simultanément victimes de ces deux types de criminalité. Si le terme de génocide renvoie à l’idée de « race » et à la volonté d’extermination d’une minorité raciale, celui d’ethnocide fait signe non pas vers la destruction physique des hommes (auquel cas on demeurerait dans la situation génocidaire), mais vers la destruction de leur culture. L’ethnocide, c’est donc la destruction systématique des modes de vie et de pensée de gens différents de ceux qui mènent cette entreprise de destruction. En somme, le génocide assassine les peuples dans leur corps, l’ethnocide les tue dans leur esprit. Dans l’un et l’autre cas, il s’agit bien toujours de la mort, mais d’une mort différente : la suppression physique et immédiate, ce n’est pas l’oppression culturelle aux effets longtemps différés, selon la capacité de résistance de la minorité opprimée. Il n’est pas ici question de choisir entre deux maux le moindre : la réponse est trop évidente, mieux vaut moins de barbarie que plus de barbarie. Ceci dit, c’est à la vraie signification de l’ethnocide qu’il s’agit de réfléchir.

Il partage avec le génocide une vision identique de l’Autre : l’Autre, c’est la différence, certes, mais c’est surtout la mauvaise différence. Ces deux attitudes se séparent sur la nature du traitement qu’il faut réserver à la différence. L’esprit, si l’on peut dire, génocidaire veut purement et simplement la nier. On extermine les autres parce qu’ils sont absolument mauvais. L’ethnocide, en revanche, admet la relativité du mal dans la différence : les autres sont mauvais, mais on peut les améliorer, en les obligeant à se transformer jusqu’à se rendre, si possible, identiques entreprise de destruction. En somme, le génocide assassine les peuples dans leur corps, l’ethnocide les tue dans leur esprit. Dans l’un et l’autre cas, il s’agit bien toujours de la mort, mais d’une mort différente : la suppression physique et immédiate, ce n’est pas l’oppression culturelle aux effets longtemps différés, selon la capacité de résistance de la minorité opprimée. Il n’est pas ici question de choisir entre deux maux le moindre : la réponse est trop évidente, mieux vaut moins de barbarie que plus de barbarie. Ceci dit, c’est à la vraie signification de l’ethnocide qu’il s’agit de réfléchir.

Il partage avec le génocide une vision identique de l’Autre : l’Autre, c’est la différence, certes, mais c’est surtout la mauvaise différence. Ces deux attitudes se séparent sur la nature du traitement qu’il faut réserver à la différence. L’esprit, si l’on peut dire, génocidaire veut purement et simplement la nier. On extermine les autres parce qu’ils sont absolument mauvais. L’ethnocide, en revanche, admet la relativité du mal dans la différence : les autres sont mauvais, mais on peut les améliorer, en les obligeant à se transformer jusqu’à se rendre, si possible, identiques au modèle qu’on leur propose, qu’on leur impose. La négation ethnocidaire de l’Autre conduit à une identification à soi. On pourrait opposer le génocide et l’ethnocide comme deux formes perverses du pessimisme et de l’optimisme. En Amérique du Sud, les tueurs d’Indiens poussent à son comble la position de l’Autre comme différence : l’Indien sauvage n’est pas un être humain, mais un simple animal. Le meurtre d’un Indien n’est pas un acte criminel, le racisme en est même totalement évacué, puisqu’il implique en effet, pour s’exercer, la reconnaissance d’un minimum d’humanité en l’Autre. Monotone répétition d’une très ancienne infamie : traitant, avant la lettre, de l’ethnocide, Claude Lévi- Strauss rappelle dans Race et histoire comment les Indiens des Isles se demandaient si les Espagnols nouveau venus étaient des dieux ou des hommes, tandis que les Blancs s’interrogeaient sur la nature humaine ou animale des indigènes.

Qui sont, d’autre part, les praticiens de l’ethnocide ? Qui s’attaque à l’âme des peuples ? Apparaissent au premier rang, en Amérique du Sud mais aussi en bien d’autres régions, les missionnaires. Propagateurs militants de la foi chrétienne, ils s’efforcent de substituer aux croyances barbares des païens la religion de l’Occident. La démarche évangélisatrice implique deux certitudes : d’abord que la différence — le paganisme — est inacceptable et doit être refusée ; ensuite que le mal de cette mauvaise différence peut être atténué, voire aboli. C’est en cela que l’attitude ethnocidaire est plutôt optimiste : l’Autre, mauvais au départ, y est supposé perfectible, on lui reconnaît les moyens de se hausser, par identification, à la perfection que représente le christianisme. Briser la force de la croyance païenne, c’est détruire la substance même de la société. Aussi bien s’agit-il du résultat recherché : conduire l’indigène, par le chemin de la vraie foi, de la sauvagerie à la civilisation. L’ethnocide s’exerce pour le bien du Sauvage. Le discours laïque ne dit pas autre chose lorsqu’il énonce, par exemple, la doctrine officielle du gouvernement brésilien quant à la politique indigéniste. « Nos Indiens, proclament les responsables, sont des êtres humains comme les autres. Mais la vie sauvage qu’ils mènent dans les forêts les condamne à la misère et au malheur. C’est notre devoir que de les aider à s’affranchir de la servitude. Ils ont le droit de s’élever à la dignité de citoyens brésiliens, afin de participer pleinement au développement de la société nationale et de jouir de ses bienfaits. » La spiritualité de l’ethnocide, c’est l’éthique de l’humanisme.

L’horizon sur lequel prennent figure l’esprit et la pratique ethnocidaires se détermine selon deux axiomes. Le premier proclame la hiérarchie des cultures : il en est d’inférieures, il en est de supérieures. Quant au second, il affirme la supériorité absolue de la culture occidentale. Celle-ci ne peut donc entretenir avec les autres, et singulièrement les cultures primitives, qu’une relation de négation. Mais il s’agit d’une négation positive, en ce qu’elle veut supprimer l’inférieur en tant qu’inférieur pour le hisser au niveau du supérieur. On supprime l’indianité de l’Indien pour en faire un citoyen brésilien. Dans la perspective de ses agents, l’ethnocide ne saurait être par suite une entreprise de destruction : il est au contraire une tâche nécessaire, exigée par l’humanisme inscrit au cœur de la culture occidentale.

On nomme ethnocentrisme cette vocation à mesurer les différences à l’aune de sa propre culture. L’Occident serait ethnocidaire parce qu’il est ethnocentriste, parce qu’il se pense et se veut la civilisation. Une question néanmoins se pose : notre culture détient-elle le monopole de l’ ethnocentrisme ? L’expérience ethnologique permet d’y répondre. Considérons la manière dont les sociétés primitives se nomment elles-mêmes. On s’aperçoit qu’en réalité il n’y a pas d’auto-dénomination, dans la mesure où, en mode récurrent, les sociétés s’attribuent presque toujours un seul et même nom : les Hommes. Illustrant de quelques exemples ce trait culturel, on rappellera que les Indiens Guarani se nomment Ava, qui signifie les hommes ; que les Guayaki disent d’eux-mêmes qu’ils sont Aché, les « Personnes » ; que les Waika du Venezuela se proclament Yanomami, les « Gens » ; que les Eskimos sont des Innuit, des « Hommes ». On pourrait indéfiniment allonger la liste de ces noms propres qui composent un dictionnaire où tous les mots ont le même sens : hommes. Inversement, chaque société désigne systématiquement ses voisins de noms péjoratifs, méprisants, injurieux.

Toute culture opère ainsi un partage de l’humanité entre d’une part elle-même, qui s’affirme comme représentation par excellence de l’humain, et les autres, qui ne participent qu’à un moindre titre à l’humanité. Le discours que tiennent sur elles-mêmes les sociétés primitives, discours condensé dans les noms qu’elles se confèrent, est donc ethnocentriste de part en part : affirmation de la supériorité de son soi culturel, refus de reconnaître les autres comme des égaux. L’ ethnocentrisme apparaît alors la chose du monde la mieux partagée et, de ce point de vue au moins, la culture de l’Occident ne se distingue pas des autres. Il convient même, poussant un peu plus loin l’analyse, de penser l’ ethnocentrisme comme une propriété formelle de toute formation culturelle, comme immanent à la culture elle-même. Il appartient à l’essence de la culture d’être ethnocentriste, dans la mesure exacte où toute culture se considère comme la culture par excellence. En d’autres termes, l’altérité culturelle n’est jamais appréhendée comme différence positive, mais toujours comme infériorité sur un axe hiérarchique.

Il n’en reste pas moins que si toute culture est ethnocentriste, seule l’occidentale est ethnocidaire. Il s’ensuit donc que la pratique ethnocidaire ne s’articule pas nécessairement à la conviction ethnocentriste. Sinon, toute culture devrait être ethnocidaire : or, ce n’est pas le cas. C’est à ce niveau, nous semble-t-il, que se laisse repérer une certaine insuffisance de la réflexion que mènent, depuis un certain temps, les chercheurs que préoccupe à juste titre le problème de l’ethno- cide. Il ne suffit pas en effet de reconnaître et d’affirmer la nature et la fonction ethnocidaires de la civilisation occidentale. Tant que l’on se contente de déterminer le monde blanc comme monde ethnocidaire, on reste à la surface des choses, on demeure en la répétition, légitime certes car rien n’a changé, d’un discours déjà prononcé puisqu’ aussi bien l’évêque Las Casas par exemple, dès l’aube du xvie siècle, dénonçait en termes fort précis le génocide et l’ethnocide que les Espagnols faisaient subir aux Indiens des Isles et du Mexique. De la lecture des travaux consacrés à l’ethnocide, on retire l’impression que pour leurs auteurs la civilisation occidentale est une sorte d’abstraction, sans racines socio-historiques, une vague essence qui, de tout temps, enveloppa en soi l’esprit ethnocidaire. Or, notre culture n’est en rien une abstraction, elle est le produit lentement constitué d’une histoire, elle relève d’une recherche généalogique. Qu’est-ce qui fait que la civilisation occidentale est ethnocidaire ? Telle est la vraie question. L’analyse de l’ethnocide implique, au delà de la dénonciation des faits, une interrogation sur la nature, historiquement déterminée, de notre monde culturel. C’est donc vers l’histoire qu’il s’agit de se tourner.

Pas plus qu’abstraction extra-temporelle, la civilisation de l’Occident n’est une réalité homogène, un bloc indifférencié identique en toutes ses parties. C’est pourtant l’image que paraissent en donner les auteurs cités plus haut. Mais si l’Occident est ethnocidaire comme le soleil est lumineux, alors ce fatalisme rend inutile, et même absurde, la dénonciation des crimes et l’appel à la protection des victimes. Ne serait-ce point au contraire parce que la civilisation occidentale est ethnocidaire d’abord à l’intérieur d’elle-même qu’elle peut l’être ensuite à l’extérieur, c’est-à-dire contre les autres formations culturelles ? On ne peut pas penser la vocation ethnocidaire de la société occidentale sans l’articuler à cette particularité de notre propre monde, particularité qui est même le critère classique de distinction entre les Sauvages et les Civilisés, entre le monde primitif et le monde occidental : le premier regroupe l’ensemble des sociétés sans État, le second se compose de sociétés à État. Et c’est à cela qu’il faut tenter de réfléchir : peut-on légitimement mettre en perspective ces deux propriétés de l’Occident, comme culture ethnocidaire, comme société à État ? S’il en était ainsi, on comprendrait pourquoi les sociétés primitives peuvent être ethnocentristes sans être pour autant ethnocidaires, puisqu’elles sont précisément des sociétés sans État.

L’ethnocide, est-il admis, c’est la suppression des différences culturelles jugées inférieures et mauvaises, c’est la mise en œuvre d’un principe d’identification, d’un projet de réduction de l’autre au même (l’Indien amazonien supprimé comme autre et réduit au même comme citoyen brésilien). En d’autres termes, l’ethnocide aboutit à la dissolution du multiple dans l’Un. Qu’en est-il maintenant de l’État ? Il est, par essence, la mise en jeu d’une force centripète, laquelle tend, lorsque les circonstances l’exigent, à écraser les forces centrifuges inverses. L’État se veut et se proclame le centre de la société, le tout du corps social, le maître absolu des divers organes de ce corps. On découvre ainsi, au cœur même de la substance de l’État, la puissance agissante de l’Un, la vocation de refus du multiple, la crainte et l’horreur de la différence. A ce niveau formel où nous nous situons actuellement, on constate que la pratique ethnocidaire et la machine étatique fonctionnent de la même manière et produisent les mêmes effets : sous les espèces de la civilisation occidentale ou de l’État, se décèlent toujours la volonté de réduction de la différence et de l’altérité, le sens et le goût de l’identique et de l’Un.

Quittant cet axe formel et en quelque sorte structuraliste pour aborder celui de la diachronie, de l’histoire concrète, considérons la culture française comme cas particulier de la culture occidentale, comme illustration exemplaire de l’esprit et du destin de l’Occident. Sa formation, enracinée dans un passé séculaire, apparaît strictement coextensible à l’expansion et au renforcement de l’appareil d’État, d’abord sous sa forme monarchique, ensuite sous sa forme républicaine. A chaque développement du pouvoir central correspond un déploiement accru du monde culturel. La culture française est une culture nationale, une culture du français. L’extension de l’autorité de l’État se traduit dans l’expansionnisme de la langue de l’État, le français. La nation peut se dire constituée, l’État se proclamer détenteur exclusif du pouvoir lorsque les gens sur qui s’exerce l’autorité de l’État parlent la même langue que lui. Ce processus d’intégration passe évidemment par la suppression des différences. C’est ainsi qu’à l’aurore de la nation française, lorsque la France n’était que la Franchimanie et son roi un pâle seigneur du nord de la Loire, la croisade des Albigeois s’abattit sur le Sud pour en abolir la civilisation. L’extirpation de l’hérésie cathare, prétexte et moyen d’expansion pour la monarchie capétienne, traçant les limites presque définitives de la France, apparaît comme un cas pur d’ethnocide : la culture du Midi — religion, littérature, poésie — était irréversiblement condamnée et les Languedociens devinrent sujets loyaux du roi de France.

La révolution de 1789, en permettant le triomphe de l’esprit centraliste des jacobins sur les tendances fédéralistes des girondins, mena à son terme l’emprise politique de l’administration parisienne. Les Provinces, comme unités territoriales, s’appuyaient chacune sur une ancienne réalité, homogène du point de vue culturel : langue, traditions politiques, etc. On leur substitua le découpage abstrait en départements, propre à briser toute référence aux particularismes locaux, et donc à faciliter partout la pénétration de l’autorité étatique. Ultime étape de ce mouvement par lequel les différences s’évanouissent l’une après l’autre devant la puissance de l’État : la IIIe République transforma définitivement les habitants de l’hexagone en citoyens grâce à l’institution de l’école laïque, gratuite et obligatoire, puis du service militaire obligatoire. Ce qui subsistait d’existence autonome dans le monde provincial et rural y succomba. La francisation était accomplie, l’ethnocide consommé : langues traditionnelles traquées en tant que patois d’arriérés, vie villageoise ravalée au rang de spectacle folklorique destiné à la consommation des touristes, etc.

Pour bref qu’il soit, ce coup d’œil jeté sur l’histoire de notre pays suffit à montrer que l’ethnocide, comme suppression plus ou moins autoritaire des différences socio-culturelles, est inscrit d’avance dans la nature et dans le fonctionnement de la machine étatique, laquelle procède par uniformisation du rapport qui la lie aux individus : l’État ne connaît que des citoyens égaux devant la Loi.

Affirmer, à partir de l’exemple français, que l’ethnocide appartient à l’essence unificatrice de l’État, conduit logiquement à dire que toute formation étatique est ethnocidaire. Examinons rapidement le cas d’un type d’État fort différent des États européens. Les Incas étaient parvenus à édifier dans les Andes une machine de gouvernement qui fit l’admiration des Espagnols, tant par l’ampleur de son extension territoriale que par la précision et la minutie des techniques administratives qui permettaient à l’Empereur et à ses nombreux fonctionnaires d’exercer un contrôle presque total et permanent sur les habitants de l’Empire. L’aspect proprement ethnocidaire de cette machine étatique apparaît dans sa tendance à incaïser les populations nouvellement conquises : non seulement les obligeant à payer tribut aux nouveaux maîtres, mais surtout les contraignant à célébrer en priorité le culte des conquérants, le culte du Soleil, c’est-à-dire de l’Inca lui-même. Religion d’État, imposée par la force, fût-ce au détriment des cultes locaux. Il est vrai également que la pression exercée par les Incas sur les tribus soumises n’atteignit jamais la violence du zèle maniaque avec lequel les Espagnols anéantirent plus tard l’idolâtrie indigène. Pour habiles diplomates qu’ils fussent, les Incas savaient néanmoins utiliser la force lorsqu’il le fallait et leur organisation réagissait avec la plus grande brutalité, comme tout appareil d’État lorsque son pouvoir est mis en question. Les fréquents soulèvements contre l’autorité centrale du Cuzco, impitoyablement réprimés d’abord, étaient ensuite châtiés par la déportation massive des vaincus en des régions très éloignées de leur territoire natal, c’est-à-dire marqué par le réseau des lieux de culte (sources, collines, grottes, etc.) : déracinement, déterritorialisation, ethnocide…

La violence ethnocidaire, comme négation de la différence, appartient bien à l’essence de l’État, aussi bien dans les empires barbares que dans les sociétés civilisées d’Occident : toute organisation étatique est ethnocidaire, l’ethnocide est le mode normal d’existence de l’État. Il y a donc une certaine universalité de l’ethnocide, en ce qu’il est le propre non pas seulement d’un vague « monde blanc » indéterminé, mais de tout un ensemble de sociétés qui sont les sociétés à État. La réflexion sur l’ethnocide passe par une analyse de l’État. Mais doit-elle s’arrêter là, s’en tenir au constat que l’ethnocide c’est l’État et que, de ce point de vue, tous les États se valent ? Ce serait là retomber dans le péché d’abstraction que nous avons précisément reproché à « l’école de l’ethnocide », ce serait encore une fois méconnaître l’histoire concrète de notre propre monde culturel.

Où se situe la différence qui interdit de placer sur le même plan, ou de mettre dans le même sac, les États barbares (Incas, Pharaons, despotismes orientaux, etc.) et les États civilisés (le monde occidental) ? On décèle d’abord cette différence au niveau de la capacité ethnocidaire des appareils étatiques. Dans le premier cas, cette capacité est limitée non pas par la faiblesse de l’État mais, au contraire, par sa force : la pratique ethnocidaire — abolir la différence lorsqu’elle devient opposition — cesse dès lors que la force de l’État ne court plus aucun risque. Les Incas toléraient une relative autonomie des communautés andines lorsque celles-ci reconnaissaient l’autorité politique et religieuse de l’Empereur. On s’aperçoit en revanche que dans le second cas — États occidentaux — la capacité ethnocidaire est sans limites, elle est effrénée. C’est bien pour cela qu’elle peut conduire au génocide, que l’on peut en effet parler du monde occidental comme absolument ethnocidaire. Mais d’où cela provient-il ? Que contient la civilisation occidentale qui la rend infiniment plus ethnocidaire que toute autre forme de société ? C’est son régime de production économique, espace justement de l’illimité, espace sans lieux en ce qu’il est recul constant de la limite, espace infini de la fuite en avant permanente. Ce qui différencie l’Occident, c’est le capitalisme, en tant qu’impossibilité de demeurer dans i’en-deçà d’une frontière, en tant que passage au delà de toute frontière ; c’est le capitalisme, comme système de production pour qui rien n’est impossible, sinon de ne pas être à soi-même sa propre fin : qu’il soit d’ailleurs libéral, privé, comme en Europe de l’Ouest, ou planifié, d’État, comme en Europe de l’Est. La société industrielle, la plus formidable machine à produire, est pour cela même la plus effrayante machine à détruire. Races, sociétés, individus ; espace, nature, mers, forêts, sous-sol : tout est utile, tout doit être utilisé, tout doit être productif, d’une productivité poussée à son régime maximum d’intensité.

Voilà pourquoi aucun répit ne pouvait être laissé aux sociétés qui abandonnaient le monde à sa tranquille improductivité originaire ; voilà pourquoi était intolérable, aux yeux de l’Occident, le gaspillage représenté par l’inexploitation d’immenses ressources. Le choix laissé à ces sociétés était un dilemme : ou bien céder à la production, ou bien disparaître ; ou bien l’ethnocide, ou bien le génocide. A la fin du siècle dernier, les Indiens de la pampa argentine furent totalement exterminés afin de permettre l’élevage extensif des moutons et des vaches, qui fonda la richesse du capitalisme argentin. Au début de ce siècle, des centaines de milliers d’Indiens amazoniens périrent sous les coups des chercheurs de caoutchouc. Actuellement, dans toute l’Amérique du Sud, les derniers Indiens libres succombent sous l’énorme poussée de la croissance économique, brésilienne en particulier. Les routes transcontinentales dont la construction s’accélère constituent des axes de colonisation des territoires traversés : malheur aux Indiens que la route rencontre ! De quel poids peuvent peser quelques milliers de Sauvages improductifs au regard de la richesse en or, minerais rares, pétrole, en élevage de bovins, en plantations de café, etc. ? Produire ou mourir, c’est la devise de l’Occident.

Les Indiens d’Amérique du Nord l’apprirent dans leur chair, tués presque jusqu’au dernier afin de permettre la production. Un de leurs bourreaux, le général Sherman, le déclarait ingénument dans une lettre adressée à un fameux tueur d’Indiens, Buffalo Bill : « Autant que je peux l’estimer, il y avait, en 1862, environ 9 millions et demi de bisons dans les plaines entre le Missouri et les Montagnes Rocheuses. Tous ont disparu, tués pour leur viande, leur peau et leurs os […] A cette même date, il y avait environ 165 000 Pawnees, Sioux, Cheyennes, Kiowas et Apaches, dont l’alimentation annuelle dépendait de ces bisons. Eux aussi sont partis et ont été remplacés par le double ou le triple d’hommes et de femmes de race blanche, qui ont fait de cette terre un jardin et qui peuvent être recensés, taxés et gouvernés selon les lois de la nature et de la civilisation. Ce changement a été salutaire et s’accomplira jusqu’à la fin. »x Le général avait raison. Le changement s’accomplira jusqu’à la fin, il prendra fin lorsqu’il n’y aura plus rien du tout à changer.

1. Cité in R. Thévenin et P. Coze, Mœurs et histoire des Indiens Peaux-Rouges, Paris, Payot, 1952.

(*) Note de R71: la notion d’ethnocide a été définit par l’anthropologue français Robert Jaulin dans son livre couvrant ses recherches “La paix blanche” en 1970, soit 4 ans avec cet écrit de Clastres.

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Lectures complémentaires:

notre page « Anthropologie politique »

Manifeste pour la Société des Sociétés

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Marshall-Sahlins-La-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

 

Du dernier libelle* de Raoul Vaneigem, à mettre sur tous les ronds-points Gilets Jaunes !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 25 juin 2019 by Résistance 71

« L’État n’est plus rien, soyons tout ! »

 

Résistance 71

 

25 juin 2019

 

(*) Note: libelle, n.m qui provient du latin libellus qui veut dire « petit livre », écrit court, concis, direct et précis de style pamphlet sur un sujet particulier. Le mot « libelle » n’a aucun sens péjoratif étymologiquement.
Vaneigem , en conclusion, qualifie lui-même son petit ouvrage de « libelle ».

Petit livre donc, pétillant et truculent, essai politique imagé, poétique et offrant des solutions quant à un changement radical de paradigme politique pour notre société dictatoriale marchande au bout du rouleau.

Le titre est évocateur comme chaque ouvrage de Vaneigem: « Appel à la vie, contre la tyrannie étatique et marchande » avec en exergue ce cri du cœur: « Le cri des rebelles est le cri de la vie qui renaît. »

Petit format (il tient dans la poche arrière d’un jean) de 86 pages, il est un enchaînement subtil de directs, crochets et uppercuts dans ce vieux sparring partner usé et élimé qu’est la tyrannie étatique et marchande. Il est, comme le suggère peut-être le dessin de couverture, comme une comète en trajectoire de collision avec le vieux monde de l’aliénation et dont l’impact pourrait avoir de lumineuses répercussions… C’est un petit ouvrage qui se lit d’un trait, clair et concis et très complémentaire à la fois de notre « Manifeste pour la société des sociétés » (octobre 2017) et de quelques autres textes que nous vous mettons ci-dessous.

Nous suggérons que des collectes se fassent sur les ronds-points et dans les assemblées Gilets Jaunes pour se procurer ce livre qui devrait rester en permanence sur les ronds-point pour consultation et discussions collectives.
Il coûte 8 « machins » + 2 « machins » de frais de port. Plus que raisonnable en achat collectif.

Une analyse et proposition de solution faites sur mesure pour le Mouvement des Gilets Jaunes. A lire, diffuser et à discuter ensemble sans absolument aucune modération.

Publié par les éditions « Libertalia » de Montreuil (Seine-Saint-Denis)

Cliquez sur ce lien pour vous procurer le livre.

Note: Nous précisons que nous ne touchons absolument rien sur quelque vente que ce soit, nous sommes des adaptes de la gratuité totale, simplement nous pensons que ce livre est idéal et ce qui s’est écrit de mieux dans le contexte pré-révolutionnaire actuel du mouvement des Gilets Jaunes, depuis novembre 2018… Vaneigem y va lui-même de sa petite analyse.

Voici trois citations du livre pour vous mettre l’eau à la bouche, la première est du début du livre, la seconde du milieu et la dernière de la fin :

« Je n’ai rien à dire à quelqu’un qui n’est pas écœuré par la lavasse des vieilleries remises à neuf, par le brouet dont se nourrissent depuis des siècles nos cultures, nos gestes et nos mœurs, par le harcèlement d’une éducation permanente qui s’emploie avec un zèle frénétique à nous désapprendre à vivre. […] Le règne de l’antiphysis – de l’antinature – n’a jamais cessé de s’imposer. Nous en sommes toujours à la réalité d’un corps honoré comme machine à produire et honni comme lieu de vie, de désirs, de jouissance à affiner. »

« La subjectivité radicale est la lutte que chaque être humain mène en tant que sujet contre la détermination du vieux monde d’en faire un objet. […] L’expérience intime de la radicalité, la lutte que je mène pour retrouver en moi les racines du vivant, c’est cela la radicalité. Qui ne mène pas en tant que sujet une guerre endémique contre la menace d’être transformé en objet, en marchandise, abandonne la radicalité au profit du radicalisme. »

« Nous nous acheminons vers deux formes de luttes à la fois distinctes et convergentes. Une résistance, où le refus massif de payer tribut à l’État et à ses banquiers progresse et se radicalise et, dans le même temps, l’instauration et la multiplication de territoires où (non sans pagaille), de nouvelles formes de sociétés, des sociétés autogérées, sont expérimentées. […] Même si la colère des Gilets Jaunes stagne, reflue, réintègre le moule des servitudes anciennes, une grande vague véritablement populaire – et non pas populiste – s’est élevée et a prouvé que rien ne résiste aux élans de la vie… Rien ne m’ôtera de l’idée que Homo œeconomicus, c’est fini ! Le spectacle se termine. »

Bonne lecture et discussions sur les ronds-points et en assemblées !

Tout le pouvoir au Ronds-Points !

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Lectures complémentaires en PDF gratuits à télécharger et/ou à imprimer pour les ronds-points:

L’essentiel-et-l’indispensable-de-Raoul_Vaneigem

L’abbcedaire de Raoul Vaneigem

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Manifeste pour la Société des Sociétés

 

 

Résistance politique: Lâcher-prise et renouveau politique ou de la nécessité de revenir à son origine…

Posted in actualité, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, résistance politique, société des sociétés with tags , , , on 2 juin 2019 by Résistance 71

“C’est pourquoi l’être et le non-être naissent l’un de l’autre. Le difficile et le facile se produisent mutuellement, le long et le court se donnent mutuellement leur forme…
De là vient que le sage fait son occupation du non-agir, il fait consister ses instructions dans le silence.”
~ Lao Tseu, Tao Te King, II ~

“Revenir à son origine s’appelle être en repos.
Etre en repos s’appelle revenir à la vie.
Revenir à la vie s’appelle être constant.
Savoir être constant s’appelle être éclairé.”
~ Lao Tseu, Tao Te King, XVI ~

“Les princes s’habillent de riches étoffes, ils portent une épée tranchante, ils se rassasient de mets exquis, ils regorgent de richesses.
C’est ce qu’on appelle se glorifier du vol ; ce n’est point la pratique du Tao.”
~ Lao Tseu, Tao Te King, LIII ~

« Si tu ne sais pas où tu vas, arrête-toi, retourne-toi et regarde d’où tu viens. »
~ Proverbe africain ~

 

 

Taoïsme et anarchisme originel

 

Robert Graham

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Mai 2019

 

Le taoïsme dans la Chine ancienne aida à donner plus d’expression formelle aux sensibilités non-hiérarchiques des sociétés humaines précoces, menant éventuellement certains taoïstes à adopter une position anarchiste. John P. Clarke a argumenté que le très classique texte taoïste de Lao Tseu, le “Tao Te King” ou “Dao De Jing”, écrit aux alentours de 400 AEC, évoque “la condition du tout qui précéda la transformation du tissus social par des institutions comme l’État, la propriété privée et le patriarcat” (NdT: patriarcat fortement mis en place dans la société chinoise avec l’avènement du confucianisme).

Ecrivant vers 300 de l’ère commune, le sage taoïste Bao Jing Yan donna au rejet taoïste de la cosmologie hiérarchique du confucianisme  une ardeur plus politique, voyant le dogme de Confucius comme n’étant rien d’autre qu’un prétexte pour la soumission des faibles et des innocents par les plus forts et les plus rusés. Il référait à la condition “indifférenciée originelle” du monde dans laquelle “toutes les créatures trouvaient la joie, le bonheur dans l’auto-satisfaction”, exprimant ainsi une sensibilité anti-hiérarchique et écologique que réfutait “l’usage de la force qui va à l’encontre de la véritable nature des choses.”

Il notait qu’ “aux premiers temps”, avant la création d’un ordre social hiérarchique, “il n’y avait ni seigneur, ni sujets”. Il voyait le travail obligatoire et la pauvreté comme les résultats de la division des gens en rangs et en classes. Avec l’émergence d’une ordre social hiérarchisé, tout le monde cherche à se hisser au dessus des autres, ceci donnant naissance au crime et aux conflits de toute nature.” Ainsi “les gens du peuple fulminent de révolte dans leur pauvreté et leur détresse” ; ainsi, essayer de les arrêter de se révolter est “comme essayer de construire un barrage sur un fleuve avec quelques sacs de terre…” Il préférait et référait à une vie digne d’être vécue plutôt que la promesse religieuse d’une vie après la mort.

Dans son commentaire sur le texte de Bao Jing Yan (1964), Etienne Balazs argumente que Bao Jing Yan était le “premier anarchiste chinois”.Tout comme d’autres anarchistes auto-proclamés plus tard, Bao Jing Yan s’opposait à toute hiérarchie et à la domination, les voyant comme des causes directes de la pauvreté, du crime, de l’exploitation et des conflits sociaux ; il rejetait les croyances religieuses qui justifiaient un tel état des choses. Il avait prévu la révolte des masses et se faisait l’avocat d’une société non-hiérarchique et sans domination et où il n’y aurait “ni maîtres, ni sujets”, une phrase de Bao qui rappelle de manière stupéfiante le cri de guerre des anarchistes européens du XIXème siècle: “Ni dieu ni maîtres”.

Bien que des idées similaires aient pu être énoncées dans la Grèce antique par le philosophe stoïcien Zénon de Citium (333-262 AEC), seuls des fragments de ses écrits ont survécu, faisant sans doute du texte de Bao Jing Yan le texte le plus ancien mettant en avant une position aussi clairement anarchiste.

 


« L’être sans nom est l’origine du ciel et de la terre
Avec un nom, il est la mère de toutes choses… »
~ Tao Te King, I ~

Résistance et vision politiques… Anarchie et Communisme (Carlo Cafiero)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , on 1 juin 2019 by Résistance 71

 

Anarchie et Communisme

 

Carlo Cafiero (1846-1892)*

1881

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Mai 2019

 

(*) Carlo Cafiero fut très influent dans la pensée socialiste et anarchiste italienne, il fut une figure de la 1ère Internationale dont il fut expulsé par Marx et Engels avec son ami Bakounine et le reste des anarchistes. Il différa néanmoins du collectivisme de son ami Bakounine pour reconnaître la complémentarité de l’anarchie et du communisme, le rapprochant en cela d’Élisée Reclus et de Pierre Kropotkine. C’est avec Reclus que Cafiero mit de l’ordre posthume dans les écrit de leur compagnon de lutte Bakounine et qu’ils firent publier “Dieu et l’État” quelques années après la mort de Bakounine.

(Résistance 71)

-[]- Notre idéal révolutionnaire est le vieil idéal de tous ceux qui refusent de se résigner à l’oppression et à l’exploitation ; pour nous et pour nos prédécesseurs, cela se résume en deux termes non moins anciens: la liberté et l’égalité.

Aussi vieux que la servitude humaine, c’est à dire que l’humanité, cet idéal a toujours été limité, a toujours eu une application partielle grâce aux efforts des réactionnaires, qui de tout temps ont muselé la révolution. Mais malgré le passé et les réactions, cet idéal a continué de se répandre et va se réaliser dans sa plus complète application dans notre révolution.

Ayant appris de l’histoire ancienne, qui nous montre les multiples mensonges sans fin pratiqués par les réactionnaires de toute sorte et de toutes périodes afin de museler, de corrompre, de calomnier la véritable valeur de la liberté et de l’égalité, c’est à dire la révolution en soi, nous avons été prévenus et plaçons à côté de la valeur apparente de ces deux pièces souvent contre-façonnées, la valeur réelle qu’elles ont toutes deux, afin que nous puissions l’accepter comme véritable.

Ces deux pièces très précieuses doivent payer pour la rédemption éternelle de l’humanité et la transaction n’aura jamais lieu tant que le temps de leur vraie valeur ne coïncide pas avec celui leur valeur apparente.

Maintenant, nous exprimons les deux valeurs réelles de la liberté et de l’égalité avec les deux termes d’Anarchie et de Communisme.

En conséquence, nous n’accepterons pas comme véritable toute liberté qui ne correspond pas exactement, qui n’est pas parfaitement identique et parfaitement égale au communisme, toute autre égalité représentée sera fausse et vile pour nous.

Ainsi, si la liberté pour nous est l’anarchie et l’égalité le communisme, alors notre formule révolutionnaire sera : Révolution = (Liberté et Egalité) (Anarchie et Communisme).

Anarchie et Communisme, comme force et matière, sont deux termes qui devraient en fait ne former qu’un seul terme, car ils expriment conjointement un seul concept.

La soumission des prolétaires, c’est à dire la très vaste majorité de l’humanité, aux accumulateurs, spéculateurs des matières premières et des moyens de production, une petite minorité, est la cause principale de toute oppression et exploitation, de toute les inégalités, du despotisme et de la brutalité humaine. La communauté humaine affirmant possession sur ces matériaux et moyens est une affirmation de liberté et d’égalité pour tous les Hommes. Mais gardant, préservant le trésor qui nous a été dérobé, se trouve l’État avec toutes ses autorités constituées et sa puissance armée, obstacles que nous devons abattre si nous voulons que les biens généraux nous soient restitués. Ainsi, alors que les deux termes de notre révolution sont jumeaux, l’anarchie est destinée à sortir de la matrice en premier afin de paver la route pour le communisme.

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Lire notre récente publication « Vers l’anarchie » d’Eric Malatesta

Deux ouvrages à lire et à diffuser sans modération

 

Éducation politique: Colloque sur Gustav Landauer à Normale Sup Lyon du 6 au 8 juin 2019…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 27 mai 2019 by Résistance 71

“Le socialisme vient des siècles et des millénaires précédents. Le socialiste englobe toute la société et son passé, sent et sait d’où nous venons et ensuite détermine où nous allons.” (Gustav Landauer)

Note de Résistance 71: Notre « Manifeste par la société des sociétés » (octobre 2017) est un hommage direct à la pensée et à l’œuvre de Gustav Landauer que nous considérons comme un des plus grands penseurs et activistes anarchistes de l’histoire de la lutte sociale, un esprit qui nous influence grandement dans notre démarche politique.
Nous souhaitons le plus grand succès à ce colloque lyonnais pour le centenaire de son assassinat dans une obscure cour de prison bavaroise par la réaction à la révolution des conseils de Bavière. Gustav Landauer se doit d’être plus connu et ses idées mises en pratique pour l’avènement d’une société des sociétés, seul avenir viable et seule voie de la réalisation de notre humanité…

 

Gustav Landauer, philosophe et révolutionnaire (1870-1919)

 

Anatole Lucet & Jean-Christophe Angaut

ENS (Normale Sup) Lyon
Site Descartes

 

Colloque International du 6 au 8 juin 2019

 

Mai 2019

 

Source: https://landauer2019.sciencesconf.org

 

Du 6 au 8 juin 2019 se tiendra à l’ENS de Lyon le premier colloque international en France à aborder la figure de Gustav Landauer, philosophe et révolutionnaire allemand (1870-1919).

Considéré en son temps comme « l’agitateur le plus important du mouvement révolutionnaire radical » en Allemagne, le philosophe et activiste anarchiste Gustav Landauer (1870-1919) bénéficie aujourd’hui d’un vif regain d’intérêt. Un siècle après son assassinat, ce colloque international entend rendre compte de ce renouveau. 

Anarchiste atypique, Landauer a élaboré sa pensée de la communauté à l’intersection de traditions politiques, philosophiques et littéraires variées. Sa prolifique activité rédactionnelle et la quantité d’expérimentations communautaires auxquelles il prit part firent de Landauer une figure incontournable pour celles et ceux qui voulurent proposer une alternative au régime politique en place sans se conformer à la voie marxiste, prédominante dans un paysage politique marqué par l’ascension de la social-démocratie. Par les thématiques qu’elle aborde, et par-delà les différences évidentes de contexte, il n’est pas impossible que son œuvre puisse constituer une source d’inspiration pour le présent.

Ce colloque a pour ambition d’ouvrir un espace d’échanges sur l’œuvre de Landauer, ses sources, sa réception et son actualité, tant d’un point de vue théorique que pratique. Il sera également l’occasion de rendre compte de l’état actuel de la recherche, dans des champs aussi divers que la philosophie, l’histoire des idées, les théories de la religion, la littérature, la linguistique, la sociologie ou les sciences politiques.

L’entrée est ouverte à toutes et à tous, dans la limite des places disponibles (aucune inscription requise). Le programme complet et les informations pratiques sont disponibles sur le site du colloque : https://landauer2019.sciencesconf.org/

N’hésitez pas à faire circuler cette information.

Bien cordialement,

Anatole Lucet et Jean-Christophe Angaut

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Pour en savoir un peu plus avant le colloque et de manière générale:

vie_et_oeuvre_gustav_landauer

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

Lâcher prise de l’illusion démocratique… L’anarchisme aujourd’hui

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 21 mai 2019 by Résistance 71


Boycott du cirque électoral !…

 

Editorial du Monde Libertaire N0 1806, avril 2019

 

Comité de Rédaction

 

25 avril 2019

 

Source: 

https://www.monde-libertaire.fr/?article=EDITO_DU_ML_N_1806

 

Halte à la publicité mensongère ! La couverture de ce Monde Libertaire laisserait sous-entendre au lecteur amateur de sensations fortes qu’il allait trouver dans ces pages de quoi ricaner sarcastiquement du vieux monde abattu par quelques cocktails Molotov. Que nenni… Relisez le titre « On préfère l’anarchisme ! », théorie politique qui a pour but de créer une société dans laquelle les individus participent librement et à égalité ; donc de créer l’anarchie, c’est-à-dire l’absence de maître, de souverain (dixit Proudhon). 

Mais l’imagerie populaire préfère caricaturer : il y a eu les bolchéviques représentés un couteau entre les dents et les anarchistes une bombe à la main. Certes, durant une courte période de l’histoire sociale, vers 1890, des anarchistes ont usé de la bombe. Ils étaient minoritaires et pensaient changer le système. Il y eut des morts, toujours ciblés. Mais difficile de trouver une idéologie, une religion ayant moins de sang sur les mains.

Inutile de nous croire responsables de l’incendie de Notre-Dame-du-Fouquet’s. L’anarchisme que nous revendiquons, loin de prôner la destruction pour la destruction, loin de prôner l’absence d’accords ou de contrats entre les individus (ce qui reviendrait à prôner la loi de la jungle), fédère ces individus dans un but d’émancipation et d’égalité sociale. Être dans la marge, c’est être dans le cahier en se contentant de la part étriquée de la page. Comme il n’est pas question de réfléchir à un projet en marge de la société capitaliste, il va de soi qu’il faudra la disparition de celle-ci.

Projet ambitieux ? Certainement mais va-t-on dire aux Algériens, dans la rue pour un autre futur, que leur projet est ambitieux ? Sommes-nous des utopistes ? Bien sûr puisque nous voulons que les enfants aillent à l’école plutôt qu’au fond des mines, nous voulons des journées de labeur qui ne dépassent pas huit heures, nous voulons des congés payés… Ok, ces trois exemples sont déjà réalisés mais lorsqu’en amont, des travailleurs, anarchistes ou non, avaient de telles revendications, ils étaient traités d’utopistes. Après, on les virait, on les embastillait ou on les tuait pour leur apprendre à vivre…

L’anarchisme aujourd’hui ? Certainement la seule théorie crédible pour ne pas foncer dans le mur. Revenir aux sources de l’humanité, c’est-à-dire s’unir pour satisfaire nos besoins, le plus économiquement possible, que ce soit dans l’utilisation des ressources ou dans la somme d’heures de travail à effectuer pour y parvenir. Vous allez dire, et vous aurez raison, que le dossier traite beaucoup plus du passé que du présent. Le présent est en construction, des expérimentations apparaissent çà et là et il est difficile de toujours trouver le temps d’écrire. Que cela ne vous empêche pas de prendre le temps de lire.

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Six textes fondamentaux sur R71 pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération: