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Entretien de Raoul Vaneigem avec le quotidien belge « Le Soir »

Posted in actualité, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 25 novembre 2020 by Résistance 71

Entretien de Raoul Vaneigem avec le journal “Le Soir” (Belgique)


La Voie du Jaguar


19 novembre 2020


Source:
https://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-de-Raoul-Vaneigem-avec-le-journal-Le-Soir


Dans quel milieu avez-vous grandi ? Votre enfance vous a-t-elle préparé à la suite de votre parcours ?

Mon enfance s’est déroulée à Lessines, une petite ville ouvrière. Les carrières de porphyre définissaient les bas-quartiers, où j’habitais, par opposition à ceux du haut, tenus principalement par la bourgeoisie. À l’époque, la conscience de classe était pour ainsi dire rythmée par les sirènes qui à des heures précises signalaient le début, la fin du travail, les pauses et les accidents. Mon père, cheminot, regrettait de n’avoir pu, faute de moyens financiers, poursuivre des études. Il rêvait pour moi d’un sort meilleur, non sans me mettre en garde contre ceux qui, en s’élevant dans l’échelle sociale deviennent « traîtres à leur classe ». Je lui sais gré des réserves que j’ai nourries très tôt envers le rôle d’intellectuel — guide, tribun, maître à penser. La répugnance que suscite aujourd’hui l’état de délabrement des prétendues « élites » confirme le bien-fondé de mes réticences. J’ai montré dans La liberté enfin s’éveille au souffle de la vie pourquoi et comment les gouvernants sont devenus de plus en plus stupides. Qui prend un peu de recul avec le harcèlement médiatique du mensonge peut le vérifier sans peine : l’intelligence intellectuelle décline avec le pouvoir, l’intelligence sensible progresse avec l’humain.

J’ai toujours accordé une place prépondérante au plaisir de savoir, d’explorer, de diffuser les connaissances acquises. Je tiens la curiosité — avec l’amour, la création et la solidarité — pour une des attractions passionnelles les plus indispensables à la construction de l’être humain. C’est précisément ce que persiste à étouffer un système qui n’a pas honte d’appeler éducation le « pousse-toi de là que je m’y mette » où le marché compétitif ramasse ses esclaves.

Je ne suis pas un expert en quoi que ce soit. Mon Mouvement du libre-esprit répond au désir d’examiner de plus près ce Moyen Âge auquel les historiens imputent un peu rapidement une adhésion générale à la foi chrétienne. Ma Résistance au christianisme répond à la préoccupation ludique qui m’a toujours réjoui d’être, selon la belle formule de Prévert, « intact de Dieu ».

La meilleure critique de ce passe-temps, aimablement subversif, est venue des gilets jaunes estimant à juste titre que la lutte existentielle et sociale l’emporte haut la main sur des broutilles comme les opinions religieuses, politiques, philosophiques.

Vous êtes aussi l’inspirateur de générations à la recherche d’une autre société. Comment et quand, vous êtes-vous engagé dans cette voie ? D’où est venu votre regard radical ?

Sans idéaliser une enfance dans un milieu familial plutôt festif (« ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’il faut vivre pauvrement » disait mon père), j’ai eu l’impression paradoxale que la bienveillante affection, qui m’épargnait bien des tourments (sauf la culpabilité omniprésente), me jetait en contact direct avec les conditions cruelles qui autour de moi accablaient hommes, femmes, enfants, animaux. Si bien que la colère contre l’injustice et la barbarie a pris la place de ces révoltes que l’on voit s’exacerber à l’adolescence contre l’autorité parentale. Jamais mon père n’a invoqué son pouvoir ou un manque de respect pour me faire taire alors que je le traitais de « social-démocrate » dans nos orageuses discussions politiques.

Quelles sont les rencontres qui ont été déterminantes dans votre vie ? Pourquoi ?

Celles sans doute qui, tombées sur un terrain fertile, ont répondu à une demande de l’existence, à une béance en mal d’être comblée. Pêle-mêle : Germinal de Zola, Le Combat avec le démon de Zweig, Nietzsche, Marx, Hölderlin, Shelley, Nerval, Jarry, Artaud, le surréalisme. Plus tard, Voline, Cœurderoy, Ciliga, Ida Mett, Victor Serge, Montaigne, Jan Valtin. Fourier, enfin

Quelles sont ces compagnons de route dont le regard a été précieux pour vous ? Siné qui a partagé longtemps à sa manière vos engagements ?

Henri Lefebvre, Guy Debord, Attila Kotányi, Mustapha Khayati. J’ai trop peu connu Siné, dont j’appréciais l’irréductible combat contre la machine à décerveler (si bien huilée par le nazisme et par le stalinisme) qui tourne aujourd’hui à plein rendement.

Qui sont les exemples de personnalités dont vous pensez que tout un chacun pourrait s’inspirer ? Par exemple, le sous-commandant Marcos (maintenant Galeano), qui fut un porte-parole (et non un leader) du mouvement zapatiste ? Ou Noam Chomsky, qui partage avec vous une carrière double d’intellectuel engagé ? Ou Greta Thunberg, qui s’est dressée au niveau local face à la destruction de nos écosystèmes ?

Il n’y a aucune leçon valable à tirer d’une personne si on n’abolit pas au préalable le culte de la personnalité. Les zapatistes ne manquent jamais de rappeler qu’ils ne sont pas un modèle mais une expérience. Je n’ai pas lu Chomsky. J’ignore à quelles manipulations du capitalisme vert-dollar Greta Thunberg est exposée, mais les insultes déversées sur ces adolescents, soucieux de sauver la terre et de la dégager de l’emprise du profit, ont révélé à quel degré de veulerie sont arrivés ceux qui se targuent d’être des intellectuels, voire — comble du ridicule — des philosophes.

Pour la plupart, les sociologues ressassent des constats en dédaignant la poésie qui autour d’eux aspire à changer le monde. Cher jeune Marx, vous qui écriviez : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, il s’agit maintenant de le transformer ! »

Je me sens en meilleure compagnie avec les insurgés de la vie quotidienne, si confus qu’ils puissent être, qui s’agitent aux quatre coins du monde. Il y a là une pensée qui s’éveille. Elle imprimera dans les mentalités et les mœurs sa radicale nouveauté pour autant qu’elle garde le cap de ses principes fondamentaux : pas de chefs, pas de représentants autoproclamés, pas d’appareils politiques et syndicaux ; auto-organisation, priorité absolue à l’humain et à la solidarité.

Comment vous êtes-vous retrouvé membre influent de l’Internationale situationniste ? Avez-vous été surpris par l’heureux mois de Mai ?

C’est Henri Lefebvre, à qui j’avais écrit, qui m’a mis en contact avec Guy Debord.

Surpris par Mai ? Non, heureux, oui ! La révolution de 1789 n’est pas née de la pensée des Lumières mais il est incontestable que les Diderot, Rousseau, Voltaire n’ont pas été étrangers à son essor insurrectionnel. Si la critique élaborée par l’Internationale situationniste n’a fait que coïncider avec un tournant de l’histoire où le capitalisme découvrait dans le consumérisme une nouvelle source de profit, il est en revanche indéniable que La Société du spectacle de Debord, De la misère en milieu étudiant de Khayati et mon Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations ont eu sur le Mouvement des occupations de Mai 1968 une influence qui ne cesse de se propager clandestinement. Un coup mortel a été porté alors à des vérités tenues pour immuables depuis des millénaires : le pouvoir hiérarchique, le respect de l’autorité, le patriarcat, la peur et le mépris de la femme, la haine de la nature, la vénération de l’armée, l’obédience religieuse et idéologique, la concurrence, la compétition, la prédation, le sacrifice, la nécessité du travail. Depuis lors une idée fait son chemin : la vraie vie ne peut se confondre avec cette survie qui ravale le sort de la femme et de l’homme à celui d’une bête de somme et d’une bête de proie.

Vous avez rompu avec l’Internationale situationniste en faisant le constat de son échec à transformer la société mais aussi pour « refaire absolument votre cohérence » de votre côté. Comment avez-vous vécu ces déchirements politiques au niveau personnel ? Quelles leçons en avez-vous tirées pour le combat ?

Le triomphe de la colonisation consumériste et l’échec de notre projet d’autogestion généralisée ont été durement vécus. Le désespoir a réaffirmé son emprise et bon nombre d’ennemis de la marchandise sont devenus ses adeptes. L’expérience m’a dissuadé de tout engagement politique, de toute participation à un groupe.

Certes, la colonisation consumériste a submergé la pensée radicale mais la vie n’en revendique pas moins ses droits dans le monde entier. La paupérisation qui s’accroît partout menace cet état de bien-être dont la réalité du pouvoir d’achat démontre qu’il ne tient plus que par la persistance du mensonge.

Je mise sur la vie présente en chacun pour susciter un éveil des consciences, pour débarrasser les individus de leur individualisme crétinisant et les rendre à l’intelligence qui fait de chacune et de chacun un être solidaire, humain, tout simplement.

Épicurien, vous faites l’éloge de la « paresse affinée » et vous vous dressez contre l’aliénation du travail salarié. Pourtant vous publiez à tire-larigot.

Je ne suis pas hédoniste (l’idéologie du plaisir en est la falsification). Je n’ai pas le culte de l’écriture. J’ignore la hantise de la page blanche, je redoute seulement de n’avoir pas sous la main de quoi écrire une note que ma mémoire risque d’égarer. Je n’écris que dans la nécessité intérieure de mener plus avant une pensée qui participera de cet éveil de la conscience humaine qu’appelle la grande colère planétaire des peuples.

Vous avez toujours prôné la liberté absolue de l’expression contre toute censure. Des événements tragiques en Europe (l’attentat à Charlie mais aussi le meurtre récent d’un professeur en France) montrent que le droit au blasphème n’est plus aussi garanti qu’avant (même si beaucoup en ont fait les frais auparavant). Qu’en pensez-vous ?

Le blasphème n’a de sens que pour un esprit religieux. La religion a toujours été le cœur d’un monde sans cœur. Lorsque les luttes sociales ont fait battre l’organe vital d’une société radicalement nouvelle, on a assisté à la déconfiture du christianisme, jadis si puissant.

La liquidation de la conscience de classe provoquée par la bureaucratisation syndicale et politique du mouvement ouvrier et surtout par le raz de marée du consumérisme a laissé s’instiller au cœur de la société le pire venin qui soit, celui de l’argent. Comme le christianisme avait profité de la désagrégation des religions romaines, l’islam n’a eu aucune peine à ramasser les débris du christianisme. Aucune répression n’en viendra à bout. Il n’y aura pour détruire son emprise mortifère que le retour au vivant qu’implique l’insurrection existentielle et sociale.

Dans le combat de la désobéissance civile, il n’y a ni couleur de peau ou de cheveux, ni sexe, ni croyance qui vaillent.

Nous vivons une crise sanitaire importante. Quelles précautions prenez-vous vous-même ? Comprenez-vous la limitation de certaines de nos libertés dans ce contexte ? Pensez-vous que cela nécessite une action coordonnée, centralisée, celle de l’État, souvent décriée par les anarchistes ?

J’ai évoqué dans L’Insurrection de la vie quotidienne la possibilité d’une autodéfense sanitaire. Une relation de confiance entre soignés et soignants disposant de moyens techniques révoquerait cette peur qui tue plus que le virus. Cette panique, aujourd’hui propagée selon les méthodes de Goebbels, permet à l’État d’enrichir Big Pharma et ses actionnaires aux dépens de la santé, de l’éducation, du bien public (notre res publica).

L’humanité est en train de mourir pour que survive une économie où l’argent fou tourne en rond en creusant sa propre tombe.

Êtes-vous sensible à ce bouleversement des écosystèmes et comment expliquez-vous que nos comportements mettent tant de temps à changer ?

Comment voulez-vous que se préoccupent du climat les États et les multinationales pour lesquels la vie n’est rien en regard du profit immédiat ? La passivité hargneuse des résignés est pire que la tyrannie des maîtres. On a vu ce qu’ont donné Nuit debout, les Indignés en Espagne ou les mouvements anti-austérité en Grèce.

Il n’y a pas d’autre solution qu’un retour à la base. Les conditions d’existence, la dévastation économique et bureaucratique, l’empoisonnement des aliments, la déshumanisation dont souffrent les peuples sont devenus les moteurs d’une insurrection généralisée (même si elle est intermittente). La vraie démocratie viendra d’initiatives locales se fédérant planétairement. Je renvoie le lecteur à mon analyse des ZAD développée dans Contribution à l’émergence de territoires libérés de l’emprise étatique et marchande. Nous avons toujours été induits à raisonner selon une logique de macro-société. Pour la réification marchande, le sujet n’existe pas. Le nombre est un objet mort.

Aujourd’hui, la subjectivité s’ébroue. L’important, c’est ce que j’ai envie de vivre et le combat que je mène quotidiennement contre ce qui m’en empêche. Ce n’est pas le nombre de protestataires qui fait leur force, c’est l’intelligence sensible qui progresse chez les individus et les solidarise, leur évitant l’abrutissement populiste, l’individualisme qui crétinise et cherche un bouc émissaire pour assouvir ses frustrations.

Le mouvement féministe a beaucoup évolué ces derniers temps. Qu’en pensez-vous ?

Il a fallu longtemps pour le comprendre : la libération de la femme et la réhabilitation de la nature sont inséparables. À la société nouvelle, qui lentement sort des limbes, il appartiendra de dépasser l’affrontement entre l’ultime arrogance du patriarcat défaillant et un féminisme que le désir de vengeance aveugle au point de revendiquer le droit aux pires prérogatives de l’homme. La belle victoire que de célébrer l’engeance des Thatcher ! La belle émancipation que de devenir ministre, préfète, militaire, policière, tortionnaire, femme d’affaires !
L’être humain est le devenir de l’homme et de la femme, il est le dépassement du virilisme et du féminisme.

Quel est votre avis sur la Belgique ? Ce pays si compliqué à gouverner signifie-t-il quelque chose pour vous ? Comment voyez-vous son avenir ?

Je refuse de m’identifier à une entité géographique. Je me moque d’être belge ou iroquois mais je me sens touché par cette Bruxelloise qui, interrogée sur les effets du confinement et des fermetures de bistrots, se disait outrée parce que « c’est tout un art de vivre que l’on détruit ».

J’aime les frites, je me régale d’une Triple Westmalle, d’une Bush, d’une Rochefort, d’une St Feuillien Grand Cru, je suis attaché à mon parler picard. Je n’ai rien en commun avec les moutons qui, au nom de je ne sais quelle Belgique, vont continuer à voter pour leurs bouchers. Ce qui tue la joie de vivre fait fête à la charogne.

Vous vous êtes souvent adressé à la jeunesse dans vos écrits. Quelle suggestion feriez-vous à un jeune (disons seize ans) aujourd’hui ?

D’apprendre à vivre, non à ramper comme un chien à qui l’on aboie des ordres. De refuser la servitude volontaire, d’expérimenter des modes de société où il ne soit plus nécessaire de s’avilir pour une poignée de dollars.

Mais de quel droit donner des conseils et pourquoi en tenir compte si vous n’en sentez pas le désir en vous ?

Un groupe de théâtre belge, le « Raoul collectif », se revendique aujourd’hui de votre nom (et de votre héritage), qu’en pensez-vous ?

C’est un témoignage d’amitié et de complicité qui aide à vivre. De tels éléments épars fondent peu à peu le projet d’entraide dont rêvait Kropotkine.

On connaît la citation de Gramsci « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Comment les éviter ?

Nous sommes dans une mutation de civilisation, la vieille meurt, la nouvelle naît en redoutant sa nouveauté. Les monstres disparaîtront quand nous bannirons la peur qui leur confère leur vraie substance.

Enfin, nous demandons normalement aux personnalités que nous interviewons de nous recommander une lecture. Que nous proposeriez-vous ?

Encore, toujours (en réfléchissant surtout à sa mise en pratique) le Discours de la servitude volontaire de La Boétie. Toutefois, la meilleure lecture, la plus difficile et la plus passionnante, reste celle de soi-même.

Propos recueillis par Béatrice Delvaux et Catherine Makereel
et publiés par
Le Soir à Bruxelles le 14 novembre 2020.

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Lectures complémentaires : PDF

L’abécédaire de R. Vaneigem

L’essentiel et l’indispensable de R. Vaneigem

Guy Debord « La société du spectacle »

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Sortons de la fabrication perpétuelle du mensonge marchand pour entrer sur le chemin de la Commune Universelle (Collectif Guerre de Classe)

Posted in actualité, coronavirus CoV19, crise mondiale, gilets jaunes, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , on 30 octobre 2020 by Résistance 71

 

 

 

Il est plus que grand temps pour le plus grand nombre possible de passer à la vitesse d’analyse et d’action supérieure. Des textes et analyses comme celui du collectif Guerre de Classe reproduit ci-dessous y aident grandement. A lire et diffuser sans aucune modération.
A bas le nouvel ordre mondial de la dictature technotronique eugéniste planétaire !
Vive la Commune ! A bas l’État, à bas la marchandise, à bas l’argent et à bas le salariat dans une société enfin réalisée dans son humanité achevée !

~ Résistance 71 ~

 

Non au jour sans fin de la merde capitaliste obligatoire !

 

Collectif Guerre de Classe

 

29 octobre 2020

 

url de l’article original:
http://guerredeclasse.fr/2020/10/29/non-au-jour-sans-fin-de-la-merde-capitaliste-obligatoire/

 

Macron, pauvre larbin inculte de la crise capitaliste intégrale et donc in-gérable nous propose le re-confinement éternel pour que la démocratie du spectacle de la terreur marchande puisse – par le biais de la grande diversion mythologique du Coronavirus –  tenter d’enrayer la Guerre sociale qui se prépare…

C’est donc bien la tyrannie sanitaire perpétuelle du mensonge démocratique de la valeur d’échange qui se dé-voile…

C’est aussi et évidemment le Chaos de la menace terroriste incessante sous faux drapeau qui continue… C’est la géo-politique fanatique de l’angoisse systémique, de la dramatisation constante, et des manœuvres permanentes du fétichisme marchand de la falsification omni-présente… Bref, c’est la production intensive du totalitarisme de la crise sans interruption de la baisse du taux de profit…

Tout cela, c’est évidemment la décomposition finale du spectacle de la marchandise qui commence à explosivement surgir et qui fait tout pour museler, abrutir et sidérer le prolétariat dans l’accumulation des spectacles anxiogènes de la décadence du Capital…

Après de longs mois d’insubordination sociale durant lesquels les Gilets Jaunes incontrôlables ont commencé à déborder tous les services d’ordre policiers de la gauche du Capital, meilleur bras armé du MEDEF, la république totalitaire du profit souverain était de plus en plus nue… Il lui a fallu pour tenir,  les magouilles étatiques terroristes, les bouffonneries de l’anti-racisme, les pitreries du féminisme, les singeries du capitalisme vert puis les intrigues étatiques sanitaires sont arrivées en tant que stade suprême de l’impérialisme de la terreur marchande…

La pandémie fabuleuse fabriquée, n’est rien d’autre que  l’expression ultime du terrorisme fantasmagorique de l’usine fétichiste de la contre-vérité mégapolitaine ubiquiste… 

La folie étatique Coronavirale est une mystification médicalo-policière du spectacle de la marchandise construite autour de quelque chose qui n’existe pas et qui n’est là que pour dissimuler la folie de quelque chose qui existe bien mais qui ne doit point être perçu et admis comme réel tant ce qui en découle est terrible pour les administrateurs du monde… En effet, c’est la crise cataclysmique de la dictature démocratique du profit qui signale que le diktat de l’argent est en train d’irrémédiablement crever en son impuissance dorénavant planétairement réalisée…

Par le confinement désormais remis en mouvement interminable jusqu’à l’horizon de l’été 2021, la science de la légitimation fallacieuse de la surveillance capitaliste nous explique que l’impératif le plus pressant pour les temps qui viennent, c’est de cacher aux yeux du monde que la mortelle décomposition du mode de production capitaliste en train d’ad-venir est en train de faire mouvement vers le temps visible de l’évidence de l’impossible reproduction de toutes les logiques de marché… Ce stade final de la domestication où l’ordre du faux ne parvient plus à engendrer les conditions de son à venir, le conduit dès lors à tenter de vouloir sournoisement établir à tout prix que l’effondrement de l’économie n’est point économique mais résulterait d’un drame sanitaire venu d’ailleurs…

Le mensonge étatique du Coronavirus toujours prolongé, en France et partout ailleurs, c’est ainsi et exclusivement l’ordre mondial de la crise catastrophique du Capital qui nous prépare à un re-confinement continuel pour enrayer la Guerre de classe qui avance en ce moment précis où les populations prolétarisées d’Italie et d’Espagne commencent à se dresser…

L’hystérie éternisée du Coronavirus spectaculaire est l’espace-temps idéologique où la manifestation de la décomposition du capitalisme, drogué et sénile crie son impasse, son cul de sac et son engrenage d’absurdie lorsque les taux négatifs de l’imposture du crédit chimérique viennent avouer l’obligation irréfragable de l’effondrement industriel et financier mondial matérialisé en jachère étendue en tout lieu afin de tenter désespérément de se débarrasser de la suraccumulation pléthorique…

Crise universelle de la baisse du taux de profit… Saturation du marché planétaire… Crédit chimérique exubérant… Bourrage de crâne médiatique frénétique et incessant…

Renforcement du couvre-feu… Délires pathologiques redoublés du Conseil scientifique du spectacle de la marchandise… Statistiques invariablement entortillées, trafiquées et tordues à dessein… Tout ceci vient dire que toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production de la crise ultime du Capital s’annonce comme une immense accumulation de spectacles crisiques qui sont en train d’invalider le spectacle du fétiche Capital lui-même… Tout ce que l’État voudrait continuer d’éloigner dans la représentation de la contre-façon est ainsi en train de revenir en anti-thèse comme un possible directement vécu dans la joie vivante de la lutte de classe consciente et incendiaire…

L’auto-émancipation humaine surgira de ce monde de ruines… Au terme du mouvement par lequel la conscience vraie détruira toutes les mythologies de la vie absente à elle-même, elle se fera donc présence de force à sa propre force de présence…

Vive la Guerre de classe du Prolétariat mondial contre toutes les soumissions à l’économie politique de l’argent, contre tous les mensonges étatiques du Coronavirus, contre toutes les manipulations terroristes du Chaos spectaculaire de l’indistinction marchande et contre toutes les gangs capitalistes de l’union-sacrée dans la surenchère de la duperie sanitaire constamment excitée en toutes ses névroses d’impuissance…

Pour un Monde sans argent ni État, Vive la Commune universelle !

Ce n’est là que le commencement du combat… Le début va continuer contre tous les flics du Capital qui de l’extrême droite à l’extrême gauche de la marchandise entendent nous faire plier…

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Lectures complémentaires:

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Confédéralisme Démocratique : Excellent entretien avec des membres de Tekosina Anarsist / Lutte Anarchiste du Rojava… Analyse, compte-rendu de terrain et perspective pour une révolution sociale prise entre le marteau et l’enclume (suite et fin)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 29 octobre 2020 by Résistance 71

 

 

Un an après l’invasion turque du Rojava : un entretien avec des membres du Tekosîna Anarsîst sur la participation anarchiste dans l’expérience révolutionnaire de la Syrie du Nord-Est [2/2]

 

CrimethInc

 

Octobre 2020

url de l’article original :

https://crimethinc.com/2020/10/11/one-year-since-the-turkish-invasion-of-rojava-an-interview-with-tekosina-anarsist-on-anarchist-participation-in-the-revolutionary-experiment-in-northeast-syria

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

 

—Quels scénarios différents pouvez-vous imaginer pour ce qui pourrait se passer dans la région ? Comment peuvent des actions ou des développements en dehors de la région déterminer lequel de ces scénarios pourrait bien se produire ?

Garzan: Il est difficile d’imaginer des scénarios positifs. Il y a beaucoup de facteurs extérieurs qui vont influer sur le développement de la situation, mais je peux penser à trois scénarios possibles.

1- Nous pourrions voir une désescalade progressive du conflit et la stabilisation de la région. Ceci demanderait des négociations entre l’auto-administration et l’état syrien sous médiation russe, parvenant à une sorte de statut d’autonomie. Ceci mènerait probablement le parti d’opposition politique lié au MSD (Meclîsa Sûrîya Demokratîk, l’organe de l’administration autonome travaillant au niveau national syrien) à participer aux élections en Syrie, à pousser pour des réformes démocratiques et de reconnaissance des Kurdes et autres minorités ainsi que de formaliser un degré d’auto-administration du NE de la Syrie.

2- On pourrait bien aussi voir une continuation de l’invasion turque. Ceci pourrait se produire si elle obtient le feu vert pour attaquer Kobané et occuper la ville qui a mis un coup d’arrêt à Daesh, ou peut-être quelques autres villes frontalières comme Dirbesiye ou Derik. L’auto-admnistration ne peut plus permettre à la Turquie d’occuper plus de territoire, donc ce scénario mènerait sans doute à une résistance “sans retenue” contre l’invasion. Ceci mènera aussi à la réorganisation de Daesh si les forces d’occupation parvennent aux prisons où sont détenus les prisonniers de Daesh, ceci déstabilisera plus profondément la région.

3. Dans ce scénario, désiré par les révolutionnaires, le régime Erdogan s’effondre. Il est très possible que la guerre sur bien des fronts produisent une grave crise dans l’état turc. Idéalement, la révolution du Rojava pourrait devenir un modèle pour de pareilles révolutions en Turquie et au Moyen-Orient, ouvrant ainsi la possibilité à un mouvement révolutionnaire bien plus vaste.

Les conflits variés et les dynamiques de pouvoir au Moyen-Orient pourraient ouvrir ou fermer des opportunités pour que l’auto-administration du NE de la Syrie coopère avec différents acteurs de la région. Les états qui ont une population kurde signifiante comme la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie mais aussi le Liban et l’Arménie, vont influencer ces développements, ainsi que les puissances politiques qui ont fait levier sur la situation en Syrie, la Russie et les Etats-Unis. Les prochaines présidentielles en Amérique pourraient bien marquer un changement dans leur politique extérieure. Ce n’est un secret pour personne que Trump et Erdogan n’ont pas seulement des relations personnelles fortes, mais qu’ils sont également associés en affaires. Bien sûr l’opinion publique peut aussi jouer un grand rôle. La résistance du peuple kurde a gagné l’attention des médias et la sympathie tout autour du monde.

Şahîn: Sur beaucoup des facteurs susmentionnés nous n’avons aucun contrôle. Donc, il est important de nous projeter sur notre position dans différents scénarios et ce que cela veut dire pour l’organisation d’aujourd’hui, notre réseau de connexions et notre préparation. Anticiper peut nous aider à déterminer ce que nous allons faire aujourd’hui afin de prendre les bonnes décisions sur les choses qui sont en notre pouvoir et sur lesquelles nous pouvons influer.

Il est essentiel de voir au-delà des possibilités de cette région et agir internationalement. Aucune place au monde qui ose défier la fondation même de l’état-nation, du capitalisme et du patriarcat, peut réussir en étant isolée. La lutte du peuple du Rojava est quelque chose que nous devons traduire, transmettre dans différents contextes. Il ne s’agit pas de faire un copié/collé, mais de traduire, d’adapter. Nos Şehîd, nos camarades qui sont tombé(e)s, sont une grande inspiration pour nous et quand nous parlons de ce sujet, les mots de ş. Helîn Qaraçox (Anna Campbell) résonnent vraiment :

Si nous voulons être victorieux, nous devons admettre que notre combat d’aujourd’hui est un combat pour le tout ou rien. Le temps est venu de la bravoure et de la prise de décision, le temps de la coordination et de l’organisation, c’est le temps de l’action.

Nous désirons voir plus de gens dire qu’ils soutiennent le Rojava ou le YPJ par exemple, apprendre ce que cela veut dire en profondeur, regarder autour d’eux et rechercher leur propre Kobané ; pas au sens littéral, mais en regard des valeurs  que nous avons créées collectivement et le besoin de les défendre. Nous pouvons trouver de tels défis dans bien des aspects de nos vies. Nous avons seulement besoin du désir de changer (incidemment un de nos livres préférés…). Le Rojava ne peut pas survivre seul malgré tout le soutien qu’il reçoit. Une forte implication révolutionnaire doit aussi se développer en parallèle et ce à un niveau global.

—En quoi la présence anarchiste a changé en Syrie au cours des années, du tout début à la formation des  IRPGF et de TA ? Quels développements ou pressions ont causé ces changements ?

Garzan: Des anarchistes sont venus au Rojava inspirés par les idées du mouvement révolutionnaire, l’esprit de la solidarité internationale et la volonté de contribuer à la création d’une société sans État. Au début, tous les internationalistes furent intégrés dans des unités YPG/J, mais au fil du temps, quelques groupes autonomes se formèrent. L’IRPGF  fut le premier groupe anarchiste à publiquement annoncer sa présence au Rojava. Ils étaient focalisés sur l’effort et l’action militaire, le combat contre l’EIIL / Daesh et aussi à produire des matériaux de promotion afin de faire savoir au monde que des anarchistes combattaient au Rojava. Ce fut une étape importante pour donner une visibilité aux anarchistes prenant part à la révolution. Pourtant le IRPGF ne fut pas capable de développer une structure solide pouvant soutenir tout cela et après une année d’activité et une autre année d’inactivité, le mouvement fut officiellement dissous.

Tekoşîna Anarşîst est née avec l’intention d’apprendre la révolution dans une perspective anarchiste et de traduire ces expériences à nos mouvements pas seulement au niveau militaire mais aussi sur les plans idéologique, politique et social.

L’interaction avec d’autres groupes révolutionnaires au Rojava nous a forcé à réfléchir plus profondément sur ce que veut dire l’organisation révolutionnaire, comment nous comprenons ce qu’est l’implication, comment nous conceptualisons une stratégie ayant des buts sur le long terme…

Şahîn: Beaucoup d’anarchistes qui arrivent ici ont déjà des critiques de la base du caractère sub-culturel fondée sur une identité libérale d’un certain anarchisme occidental. Mais quand vous êtes ici, ces critiques s’appliquent quotidiennement sur un plan personnel. C’est une culture très différente et il y a beaucoup de gens et de structures existantes ayant une longue histoire de la lutte Donc notre groupe plutôt petit n’est pas quelque chose d’extraordinaire ici. Nous sommes forcés d’être plus conservateurs dans nos comportements afin de comprendre et d’apprendre les codes sociaux et révolutionnaires locaux ainsi que les conventions, ceci incluant les langues locales et de fonder notre relation sur la confiance plutôt que sur le style de vie.

Ça n’est pas toujours facile, mais cela en vaut la peine. Ce qui est écrit sur votre T-shirt n’a aucune importance (on ne porte pas de T-shirts de toute façon et les gens ici ne parlent pas anglais), ce qui en a est votre façon d’agir quotidiennement, quelles sont les valeurs que vous colportez. Ceci nous amène une profondeur et une sincérité relationnelles que nous avons souvent cherchées là d’où nous venons sans jamais vraiment le trouver. Chaque défi amène de nouvelles réflexions et de nouvelles perspectives, et nous changeons ici en bien des façons. Un des rôles de l’organisation est d’offrir une plateforme commune pour ces réflexions et expériences ainsi la leçon que chaque personne apprend peut devenir une leçon pour toutes et tous, ainsi nous pouvons nous développer de façon plus collective.

La même chose vaut pour notre approche de la connaissance, des capacités, des analyses. Nos camarades qui travaillent avec le mouvement des femmes ne le font pas pour devenir des spécialistes, mais plutôt ils aident au développement de tous, tout comme les camarades qui ont une expertise en médecine de combat. Ils doivent s’assurer que les collectifs s’adaptent et se développent au moins au niveau de base.. Nous nous assurons que tout le monde ait un accès à la théorie, l’idéologie, la philosophie et autres perspectives de manière générale. Avec les projets d’ordre pratique, les gens organisés en groupes de travail deviennent inévitablement plus spécialisés, mais nous devons inclure d’autres camarades et ouvrir l’éducation à tous.

Nous considérons très important d’avoir une organisation qui interagit grandement avec les locaux et les autres groupes, ce de manière quotidienne. Certains camarades vont travailler des mois dans des zones différentes, mais cela sert toujours de base à établir nos perspectives et nos futurs objectifs ensemble. Nous devons aussi préciser que bon nombre d’anarchistes viennent ici sans rejoindre TA ou d’autres structures. TA ne représente pas tous les anarchistes et autres révolutionnaires internationalistes de la région.

Ceren: Au travers de la révolution au Rojava, il y a une chose qui n’a pas changé, la majorité des femmes anarchistes qui viennent ici ne choisissent pas de rejoindre notre structure anarchiste mais de rejoindre les YPJ (Unités de Défense Populaires Féminines), ou autre partie du mouvement ici. Beaucoup de camarades ont vu les approches du mouvement des femmes très compatibles avec leurs visions politiques anarchistes. Je pense que c’est souvent quelque chose qui est sous-estimé par les anarchistes en provenance de là où nous venons, il y a des anarchistes ici, surtout des femmes, dont la politique anarchiste les mène à s’organiser de façon différente de nous.

TA est une structure anarchiste au Rojava. Les tendances anarchistes et les camarades sont présents dans le mouvement lui-même. Les plus grands changements que nous avons vu s’opérer l’ont été en fait en nous-mêmes. Notre collectif a pas mal galéré pour développer une plus profonde compréhension de notre propre politique et aussi des idées et des pratiques du mouvement ici, et nous sommes devenus beaucoup plus proche du mouvement local en bien des points, bien qu’il y ait toujours des différences. Je pense que le mouvement du Rojava est aussi plus en phase de nous comprendre.

—Donnez-nous un compte-rendu de vos expériences avec TA en tant qu’expérience d’intervention et de solidarité anarchistes.

Şahîn: Je crois que la façon dont nous sommes venus ici et avons agis est une expérience anarchiste d’intervention et de solidarité. Nos commentaires ci-dessus devraient clarifier la différence entre charité et solidarité, nous essayons de vivre ici. Au sein de cette solidarité, il y a aussi un espace pour les points de vue critiques et une marge de progression après certains échecs. une chose tangible est sans doute l’approche concernant les camarades homosexuels, queer et trans. Nous pensons essentiel que ces camarades puissent rejoindre l’expérience ici, mais dans le même temps il est aussi très important de comprendre à quel point ce sujet est très sensible ici. De l’expérience passée, nous cherchons à être productif et encourageant, à créer un environnement conducteur d’expérience positive tout en navigant les conditions bien particulières de la région, cela peut parfois être très troublant et ceci n’a pas toujours été approché de la manière la plus raisonnable par certains internationalistes.

[…]

Şahîn: Un autre exemple particulier d’intervention anarchiste et de solidarité serait l’analyse du besoin de médecine de terrain en zone de combat. Nous avons vu qu’au sein de la lutte populaire de laquelle nous apprenons chaque jour, il y a une petit niche que nous pouvons remplir. Nous en avons parlé dans un entretien préalable (previous interview🙂

Nos équipes ne furent pas les premières et pas les seules à travailler comme équipe médicale de combat dans le NE syrien, mais surtout au début, c’était assez rare. En y regardant de plus près nous nous apercevons qu’il y avait trois objectifs avec ce type de travail, apprendre et être prêts à chaque fois que le besoin s’en fait sentir, gagner la confiance au travers de notre travail et apporter de l’aide aux camarades blessés le plus vite possible. Deuxièmement, coopérer avec les forces locales de façon à montrer au travers de la pratique que ceci est un boulot important, poussant pour développer ce rôle au sein des FDS.

Et troisièmement, de voir comment nous pouvions partager des techniques vitales avec des camarades intéressés afin de multiplier ceux capables de faire ce boulot, organiser l’éducation pour d’autres groupes afin de fournir toujours plus d’aide aux premières lignes du front. Nous avons vu que ce n’est pas suffisant d’être un groupe d’infirmiers de combat et que chacun devait être capable d’aider un camarade dans le besoin tout autant que de se soigner soi-même. Nous nous sommes entraînés et des camarades d’autres structures révolutionnaires et récemment pour la première fois, nous avons donné un cours de premiers secours aux forces de la FDS, ce qui fut une étape importante, tout autant que jouissive à effectuer. Ici, chacun est un élève et un enseignant en même temps ; ce que nous apprenons, nous le transmettons les uns aux autres.

—En tant qu’anarchistes, comment décririez-vous les but qui vont amené au Rojava ? A quel point pensez-vous avoir atteint ces objectifs ? Avez-vous noté une quelconque idiotie depuis que vous êtes là ?

Garzan: TA est composé d’anarchistes en provenance de beaucoup d’endroits du monde et ayant des expériences pratiques bien différentes, mais le but a toujours été de soutenir cette révolution et d’en apprendre quelque chose afin d’être toujours plus capables d’organiser des mouvements révolutionnaires dans nos endroits. Ce soutien et cet effort d’apprentissage appartiennent aux buts à court terme et se passe jour après jour et nous pouvons dire que nous apportons notre grain de sel à la construction de cette révolution. Les objectifs à plus long terme devront être analysés plus tard. Maintenant, nous sommes une structure bien plus consolidée au Rojava. Elle est connue ici et au dehors, les anarchistes font partie de la révolution avec d’autres organisations. Mais les idées qui ont inspiré cette révolution vont bien au-delà du Rojava, rassemblant tous ces mouvements révolutionnaires différents afin de se dresser comme Un contre la modernité capitaliste.

Ainsi, l’idée originale de venir, d’apprendre et de retourner est restée la même pour nous. Pour d’autres, les amis que nous avons rencontrés ici, la connexion avec cette société, avec le projet révolutionnaire, mena à faire une reconnaissance plus longue à cette terre et à ces gens. Un endroit comme celui-ci, un territoire autonome où des révolutionnaires venant de partout dans le monde peuvent se rencontrer et discuter librement, offre l’opportunité de mettre en pratique l’idée de construire une société révolutionnaire, avec toutes les contradictions que cela comporte, un endroit pour apprendre et pour développer ensemble la société dont nous avons tous rêvé.

Botan: Beaucoup d’internationalistes viennent ici pour apprendre à quoi ressemble une révolution dans la vie réelle. Beaucoup d’entre nous pensent que c’est important d’amener et d’élever les principes anarchistes que nous voyons cette révolution avoir la capacité d’intégrer et de bénéficier. Beaucoup de gens viennent ici parce qu’ils ne peuvent pas être les témoins inactifs du génocide des Kurdes, des Arméniens et autres peuples. Bien entendu, le rôle des femmes dans la révolution et le point de focalisation sur l’écologie sociale sont largement respectés et attirent bien des participants en provenance de l’occident.

Şahîn: Avec la croissance du collectif et aussi avec les erreurs faites ces dernières trois années, nous y avons réfléchi et avons procédé à quelques changements d’objectifs. Ceci arrive avec l’expérience développée et la capacité de confiance que nous avons construite, ainsi que les possibilités se présentant qui le rendent possible à imaginer. Il y a certains moments de notre passé dont nous ne sommes pas fiers, mais il y a aussi des résultats que nous n’aurions pas pu imaginer 2 ou 3 ans en arrière.

Alors que certains de nos buts prennent une forme plus concrète, ils amènent aussi des défis à plus court-terme. Par exemple, en tant qu’anarchistes, un de nos buts est la libération des genres, la lutte pour la libération des femmes est un des modèles d’inspiration. C’est une chose de la dire, une autre de la mettre en pratique. La population non-mâle doit devenir une force motrice de l’organisation. […]

En tant qu’anarchistes, nous sommes contre l’État, le capitalisme, le patriarcat etc, mais nous sommes plus intéressés de parler de ce que nous soutenons, comment y parvenir, comment le défendre, qu’est-ce que veut dire l’auto-défense populaire au sens plus large et profond. Avec le temps et l’expérience, à la fois positive et négative, nous avons l’intention de distiller des perspectives communes et une direction. Cela veut dire tracer une carte à reculons, visant la destination lointaine, l’utopie, essayent de voir où nous convergeons (tout en apprenons en quoi nous divergeons) et tirer de l’expérience que nous avons de nos expériences personnelles mélangées aux leçons de la vie ici pour créer une analyse commune afin de comprendre ensemble quelle serait la prochaine borne kilométrique que nous devrions atteindre.

Ceci nous aide à comprendre comment nous focaliser et à choisir des stratégies particulières et les tactiques attenantes. Pas nécessairement un modèle indéfectible, mais avec le temps nous en sommes venus à la conclusion qu’avoir une certaine formalité et des principes communs dans la façon de s’organiser peut nous aider à nommer et à travailler contre les hiérarchies informelles “invisibles” et la stagnation. C’est probablement une antinomie des buts que beaucoup d’entre nous avaient en arrivant ici.

—En quoi vos efforts ont-ils aidé à développer une horizontalité et une autonomie au travers de la société au Rojava ?

Garzan: En premier lieu, nous devons souligner que nous sommes une petite et jeune organisation en comparaison avec la taille et l’historique du mouvement de libération kurde et nous devons être humbles concernant notre capacité d’influence sur ce qui se passe autour de nous. De plus, note point de focalisation étant militaire, cela nous a tenu à l’écart de la société civile au début et les forces armées ne sont pas le meilleur endroit pour expérimenter l’horizontalité. Le temps passant, nous avons été de plus en plus connectés avec la société civile, rencontrant des familles, des voisins et des organisations locales et ce spécifiquement après avoir développé notre capacité à communique en kurmanci, la langue kurde.

Nous comprenons l’autonomie comme autogestion, comme la capacité de subvenir à différents besoins et résoudre des problèmes sans créer une dépendance envers des facteurs extérieurs. Dans le domaine médical, nous travaillons en soutien des hôpitaux et de l’infrastructure médicale et nous en venons à connaître les médecins, les infirmiers et infirmières, les chauffeurs, les cuisiniers. Maintenant nous travaillons sur l’éducatif, partageant ce que nous avons appris ces dernières années et aussi sur un projet de production de masse de garrots bricolés individuellement en coordination avec le comité de santé. Nous avons aussi découvert que bien peu de gens connaissent quelque chose au sujet de l’anarchisme, seuls les plus politisés qui sont curieux au sujet d’autres mouvements politiques. Mais l’horizontalité et l’autonomie ne sont pas propres à l’anarchisme. Bien des camarades et amis que nous avons rencontrés ici sont motivés par ces mêmes valeurs.

Après quelques années ici donc, nous avons mieux appris comment la société civile fonctionne dans cette région. La dynamique patriarcale et les structures de clans familiaux sont très présents et les dynamiques hiérarchiques sont souvent interconnectées mêlées à un sentiment de respect et d’appartenance à la communauté. Dans le même temps, la guerre, la révolution et la lutte de libération ont fait que tout le monde pense au sujet de la politique et de la société. Pour les Kurdes, l’opportunité d’exprimer leur propre identité, de dire ouvertement qu’ils sont kurdes, d’apprendre leur langue à l’école, les a rendu encore plus attentifs et éveillés sur l’oppression dont ils faisaient l’objet. Pour les autres minorités des histoires similaires peuvent être racontées, même si certains pensent maintenant que l’hégémonie arabe a maintenant été remplacée par une hégémonie kurde sans qu’il y ait de grands changements.

Ceci est un vaste sujet avec les Arabes, parce qu’il y a un grand nombre de clans et de groupes parmi la population arabe et la plupart d’entre elle ont aussi subit une grande répression de la part du régime baathiste syrien. Celles qui prennent activement part aux efforts et aux structures de l’auto-administration amènent une grande motivation et un grand espoir pour un futur auto-organisé, sans qu’elles aient pu l’imaginer auparavant. Et pour eux, voir des internationalises comme nous, est toujours une source de plaisir, de joie et de curiosité. Ils nous demandent pourquoi nous sommes venus ici, pourquoi ne retournons-nous pas chez nous, si la Syrie est mieux que nos pays respectifs ? Lorsque nous parlons politique, ils écoutent souvent, comme si on leur racontait des histoires d’autres lieux, d’autres époques. Parfois je me demande s’ils nous écoutent parce qu’is sont vraiment intéressés ou s’ils nous trouvent “exotiques”. Mais avec ceux avec qui nous développons des relations sur le long terme, ils apprennent à nous connaître et à nous faire confiance et nous pouvons construire une relation amicale et des connexions plus profondes.

Ceren: Honnêtement, je ne pense pas que nos efforts aient aidé ou diminué le développement de l’horizontalité et l’autonomie dans la société ici. Mais je peux voir comment la société a approfondi notre compréhension de ces choses. Ceci n’est en rien de nouvelles idées ici. Les principes d’autonomie et l’auto-organisation sont parties intégrantes du Confédéralisme Démocratique, qui est développé quotidiennement en pratique par le peuple devenu totalement impliqué dans l’auto-administration de leurs communautés, ce à différents niveaux et nous apprenons beaucoup des méthodes utilisées par le mouvement et qu’il utilise pour engager les gens dans ce processus et des problèmes et erreurs qui sont aussi survenus. Nous avons remarqué que les pratiques que nous avons apprises du mouvement ici telle que le tekmil (une forme de critique collective) ont été très utiles à briser les hiérarchies informelles dans une certaine mesure et d’adoucir quelques uns des éléments coercitifs de hiérarchie lorsque ce fut nécessaire, de cette façon la hiérarchie ne peut exister au-delà de ce qui est strictement nécessaire.

—Quels facteurs avez-vous vu contribuer au renforcement des structures hiérarchiques de contrôle au Rojava ? Quels éléments de la société ont-ils été les plus résistants à maintenir ou à défendre une véritable horizontalité ?

Mahir: Certaines parties de la société ici ont aussi une mentalité très féodale et patriarcale ce qui veut dire que la société est alors fondée sur des hiérarchies strictes et sur le dogmatisme. L’homme est l’oppresseur au sein de la famille alors que la femme et les enfants sont sous sa coupe et sont obligés de “satisfaire” ses désirs. dans les tribus, il y a aussi une structure hiérarchique… Ici, les gens ont vécu sous l’oppression étatique toute leur vie. Ils ont du faire face à beaucoup de répression afin de créer des modes différents d’organisation. Ils n’avaient pas le droit de s’assembler et de créer des entreprises, d’acheter de la terre ni même de la cultiver, ni de construire leur propre maison. Ils n’avaient l’autorisation que de récolter le blé et de le vendre à l’état. Ceci veut dire que les peuples différents et les minorités étaient empêchés de s’organiser de manière coopérative, ce qui est l’essence même de toute société. Ceci crée quelques problèmes en termes d’auto-organisation et de travail collectif.

D’un autre côté, contre ces hiérarchies, nous avons l’avant-garde de cette révolution : les femmes. Elles en ont assez des hiérarchies et de la domination patriarcale. Elles sont celles qui ont le plus d’énergie pour continuer et pousser plus avant la révolution, mais elles ne sont pas seules. Les ouvriers et les paysans luttent pour créer plus de coopératives et développer celles qui existent déjà, afin de prendre les décisions par eux-mêmes au sujet des récoltes et de savoir qu’en faire. Le comité économique crée beaucoup de coopératives pur les fruits et légumes, pour les masques anti-corona et pour les produits pharmaceutiques. Le système hevserok (un système de co-présidence nécessitant une parité homme/femme) est en place dans chaque structure de l’administration autonome. Il y a un très gros effort pour éviter de construire un monopole du pouvoir pyramidal, créant des forces différentes pour les groupes ethniques variés comme les Sutoro (les forces de sécutité issues des communautés assyriennes et syriaques) ou les HPC (unités de défense populaire de voisinages organisées au niveau municipal local et coordonnées avec les YPG/J).

Il est bon ici de mentionner la méthode de tekmil : critique et auto-critique basée sur une approche horizontale en provenance de la philosophie “hevaltî”. Une approche révolutionnaire de la camaraderie, une façon de non pas se développer soi-même mais de toujours soutenir les camarades dans leur développement, de croire que chacun possède la capacité de changer. Vous valorisez chaque critique que vous recevez de quelque heval que ce soit (camarade) et vous êtes responsable de critiquer chaque camarade en accord avec les mêmes principes et les mêmes valeurs. Vous ne donnez pas plus ou moins de critique selon que vous appréciez ou non la personne. Ceci ne tient aucun compte des responsabilités ou de la position occupée, dans le tekmil, tout le monde est égal, nous partageons les mêmes valeurs et les mêmes buts et utilisons la critique et l’auto-critique pour aller de l’avant.

Şahîn: Le facteur essentiel est toujours l’amitié et la confiance entre camarades, assurant un environnement sain où la critique et l’auto-critique peuvent être présentées si une dynamique hiérarchique se développe. En un mot, hevaltî. Pour être capable de supporter notre heval, nous avons besoin d’empathie, pour nous écouter les uns les autres et comprendre nos perspectives et nos sentiments, de trouver la volonté d’apprendre et de trouver des solutions au lieu de se bloquer sur les obstacles. Pour trouver ces solutions, nous devons aussi être curieux sur ce que nous faisons, nous devons cesser de concevoir l’organisation politique comme une souffrance que nous devons endurer jusqu’à ce que nous atteignons la liberté. Nous devons nous préoccuper de créer la vie que nous voulons vivre ici et maintenant. Nous devons être impliqués non seulement à une certaine auto-discipline, mais aussi être impliqués avec nos camarades et ce pour quoi nous luttons, d’en prendre la responsabilité et de maintenir l’intégrité organisationnelle. Penser et agir de manière collective veut aussi dire être conscient de la dynamique de groupe et d’organisation et ne pas avoir peur des contradictions qui vont inévitablement se produire et à ce moment de donner crédit et valeur au travail des camarades tout en maintenant le moral spécifiquement dans ces temps où c’est le plus difficile à faire. Le comment nous sommes reliés aux autres peut changer nos possibilités d’aller de l’avant.

—Aujourd’hui aux Etats-Unis, il y a beaucoup de discussions au sujet d7une guerre civile potentielle. Que peuvent apprendre les gens autour du monde de l’expérience syrienne de guerre civile ?

Botan: Il y a eu des discussions sur une potentielle guerre civile à venir aux Etats-Unis et il semble que cela atteint une proportion fiévreuse. Je pense qu’il n’est pas réaliste de s’attendre à une lutte pour la terre comme vous le voyez ici en Syrie, les Américains n’ont en général pas la même relation à la terre et les fascistes au pouvoir ont déjà le contrôle total de tout le territoire. Il est plus probable que si une résistance armée voit le jour depuis le bas de la société, ce sera quelque chose de similaire à ce que fut l’Irish Republican Army (IRA) dans les villes d’Irlande ce siècle passé, ce en terme de la majorité de la population. Néanmoins, les communautés ayant le plus de connexion avec la terre sur le sol US et ayant une très forte identité à ce sujet sont les communautés natives américaines. Elles ont une histoire de résistance et ont le potentiel révolutionnaire pour mener à bien une véritable transformation de la société de ce qui est appelé “L’Amérique du Nord”

[Note de R71: Nous partageons bien évidemment cet avis et l’avons exprimé de longue date…]

Şahîn: Une des leçons clef est de ne pas se faire inutilement des ennemis. rechercher les points de convergence, non de conflit, lorsqu’on rencontre et s’organise avec d’autres gens. Je pense que c’est une erreur que de fonder votre politique sur le partage d’un même ennemi, d’une même haine. Restez attentif sur ce qu’est le but de l’essence de votre politique. Pas seulement sur un point de vue stratégique mais aussi, faute de mieux en ce monde, sur un plan philosophique. En fin de compte tout le monde parvient à cette question fondamentale “comment vivre la vie ?” et si nous partageons cela avec ceux et celles avec qui nous vivons et nous organisons, de qui nous apprenons, nous devons avoir quelque chose de plus substantiel que de dire “Nous sommes ici ensemble parce que nous détestons tous Erdogan, Trump, les nazis, le patriarcat, le racisme, et…” Rechercher les choses qui nous connectent avec les gens dont nous partageons la vie, en dehors de tous ces concepts creux tels que “Américains” ou “blancs”, et vivre la plus profonde signification de la joie de vivre (et de lutter) peut permettre aux gens de comprendre que ces choses qui les faisaient détester les autres ne sont pas si importantes après tout.

Encore et encore, l’histoire nous montre que nous n’aurons peut-être jamais toutes les cartes en main pour empêcher une guerre civile. Mais nous ne devons en aucun cas la romantiser, nous devrions agir pour minimiser l’impact et la taille et la force des forces contre lesquelles nous aurons peut–être à lutter. Il est bon d’être prêt, mais ne jamais sous-estimer l’importance de l’organisation sociale tout en bâtissant des réseaux et en aucun cas devons-nous romantiser la guerre.

Ceren: La guerre est l’ultime expression du patriarcat. C’est un jeu où la méthode principale pour bouger les pièces est la coercition. Parfois l7ennemi crée une telle réalité qu’il est nécessaire d’entrer en guerre, mais ce n’est pas quelque chose que nous aimons ou que nous voyons comme un but, c’est quelque chose qui parfois se produit sur le chemin vers la réalisation de notre objectif de réaliser une vie libre. Nous n’avons aucunement peur, ni n’avons honte, ni ne sommes hésitants ou incertains au sujet de la nécessité de l’auto-défense. Notre haine de la guerre ne nous en rend pas moins prêts à la faire pour défendre et lutter pour la liberté et la vie ; en fait, cela aiguise la compréhension de ce que nous faisons. Notre clarté et notre amour de la vie et de la liberté nous distinguent de notre ennemi ; ce sont des choses sacrées et une grande source de force.

Abdullah Ocalan a observé que chaque créature du vivant possède un mécanisme d’auto-défense et les camarades de la montagne vivent si près de la nature et passent leur temps à apprendre de toute la vie qui les entoure. Une grande connaissance au sujet de l’auto-défense est venue des plantes et des animaux. Ce en quoi nous prenons part est un mécanisme d’auto-défense qui fait partie de la fabrique même de la société. Une guerre civile est nécessairement chaotique et n’est pas nécessairement une révolution, mais gagner une guerre ne libère pas non plus une société de la colonisation, du patriarcat et du capitalisme. Ce travail est une lutte constante au sein de nous-mêmes et de la société et c’est une situation où tout le monde doit être sur le pont, éveillé et actif.

Honnêtement, je me fais du souci sur la façon dont cette révolution est souvent comprise là d’où je viens, comme une chose qui est glorieuse, violente et singulière. Une révolution est un processus de cicatrisation, ce qui est rendu beaucoup plus difficile en subissant des attaques constantes. Quand il y a un cessez-le-feu, les avancées que nous faisons dans la révolution sont énormes et lors des temps de grande violence et de menace, nous faisons l’expérience du plus d’échecs et nous nous retrouvons en train de compromettre des choses importantes. Je voudrais recommander que les camarades soient autant excités à construire quelque chose qui vaut la peine d’être défendu qu’ils ne le sont au sujet de l’esthétique de la lutte armée.

La vérité est que la guerre peut épuiser les gens, et quand elle dure suffisamment longtemps, les gens sont de plus en plus fatigués et acceptent des choses qu’ils n’auraient jamais acceptées auparavant, ce simplement dans l’espoir que la guerre se termine. Il y a des gens ici qui pensent à fuir simplement parce qu’ils veulent que leurs enfants puissent vivre sans guerre. Cela demande une forte connexion sociale et une profonde fondation éthique pour qu’une société fasse face à l’ennemi et refuse d’accepter la domination. C’est ce que nous avons appris de cette guerre civile. [NdT: la notion de “guerre civile” en Syrie est à prendre avec des pincettes, c’est un autre sujet, voir nos article sur Résistance 71]

Aussi loin que ce soit réaliste, nous allons construire une vie libre. Comment allons nous y arriver c’est ce que nous nous figurons ensemble, collectivement, chaque jour. Il est irréaliste de sélectionner des méthodes et des approches qui ne sont pas formulées en relation du but ultime de la construction d’une vie libre, ainsi attendez-vous à ce que ces méthodes et approches fassent avancer la lutte pour une vie libre. Si nous voulons la victoire, nous devons nous laisser mener par notre objectif et non pas par nos impulsions ou parce qui nous est familier mais qui n’a pas encore fonctionné. C’est aussi quelque chose que nous apprenons du mouvement ici. Nous devons demeurer ouverts pour toujours essayer de nouvelles choses, de faire des erreurs et d’apprendre de celles-ci. Au-delà de ça je ne me concerne pas trop sur ce qui est réaliste et ce qui ne l’est pas, parce que notre capacité à évaluer de telles choses a été altérée par notre socialisation dans un système qui ne cherche qu’à détruire votre capacité d’imaginer et de croire en toute possibilité en dehors de lui. Je pense que tous les révolutionnaires doivent avoir en ce sens ce grain de folie, nous croyons en l’impossible, ainsi nous changeons ce qui est possible.

—Ces dernières années de lutte, qu’avez-vous appris qui puisse être changé par les armes et ce qui ne peut pas l’être ? Quels sont les avantages et les inconvénients d’organiser des groupes armés qui ont un rôle distinct hors des autres aspects de la vie sociale et de la lutte ?

Şahîn: Ceci en revient encore à la question des exemples et des leçons que nous prenons des YPG et YPJ et de la révolution du Rojava. Il est facile de penser à la libération comme quelque chose qui ne se passe que dans des moments héroïques, sur le champ de bataille. C’est important de s’en rappeler quand ça se produit, mais il y a plus que cela. Un des aspects important de la lutte que les gens ont tendance à moins faire attention est la fabrique sociale qui fournit la fondation de le défense de toute révolte ou lutte de libération. Si on se focalise seulement sur l’entrainement pour la lutte armée et le conflit, si nous analysons les victoires selon d’une perspective militaire, alors nous ne parviendrons pas à des changements plus profonds.

Pour chaque combattant du YPG ou combattante du YPJ, il y a une famille prête à ouvrir sa porte, partager son toit, offrir des couvertures, de la nourriture, tout ce qu’ils ont. Pour chaque entrainement militaire, il y a aussi une éducation idéologique. Pas seulement dans les académies militaires, mais aussi dans la société et dans les espaces autonomes féminins. Tout ceci ne s’est pas produit en un jour et n’est en rien une coïncidence. Il y a tant que nous devons inclure dans notre pensée lorsque nous parlons de liberté et d’auto-défense de la communauté. Certaines de ces choses sont en contradiction les unes avec les autres, ce qui est une raison de plus de s’assurer que nous recherchions les bons outils pour empêcher une masculinité trop prononcée et toxique lorsque nous nous entrainons aux tactiques de terrain.

Le succès demande un engagement complet et sur le long terme pour redéfinir la culture, ceci ne se fera pas en un entrainement. Bon nombre de soldats expérimentés venant d’en dehors de la Syrie sont venus ici et se sont plaints de la “mauvaise organisation militaire” des FDS. Et bien, personne ne pense qu’il n’y a rien à améliorer et d’un point de vue technique quelques unes de ces critiques sont probablement justes. Mais, ils ne sont pas constructifs, parce qu’ils ne montrent aucune volonté d’aller plus loin dans leur compréhension de ce sur quoi la libération ici est basée. Ils viennent avec cette typique mentalité du “blanc colonialiste qui sait tout”, “sauveur” de la situation. Nous conseillerions à quiconque de chercher plus profondément ce sur quoi la révolution du Rojava et le paradigme d’auto-défenses sont fondés, spécifiquement pour les camarades qui sont intéressés ou qui pratiquent la lutte armée, l’entrainement tactique ou l’auto-défense.

Botan: il est aussi très important pour tous ceux qui essaient de comprendre le rôle des armes comment l’utilisation des drones a fondamentalement changé la nature de la guerre ici. Fonder sa compréhension du conflit ici et de la situation tactique sur les images du temps de la bataille de Raqqa par exemple, donne l’impression que le combat se fait essentiellement au moyen d’armes légères. En fait, jusqu’au retrait des Américains, un large facteur qui jouait en notre faveur était la couverture aérienne. Avec le glissement sur le terrain des Américains étant nos alliés et l’ennemi Daesh vers un ennemi turc comme menace principale, la nature des batailles de terrain a changé considérablement. Ceci rend la stratégie, la cohésion et toutes ces choses mentionnées dans les paragraphes précédents, de toute première importance. Il y a ici de moins en moins de place pour dette image iconique du dur à cuire à la Kalachnikov qui veut “combattre le mal” d’une façon très directe et cinématographique, une image qui fut toujours une grande simplification de toute façon.

Ceren: Une arme ne peut pas vous enseigner comment aimer. Il est plus facile d’apprendre à un révolutionnaire comment tirer au fusil que pour un homme qui aime la guerre, les armes et le combat d’apprendre à faire la révolution et ce indépendamment du fait qu’il ou elle soit un bon tireur. Chaque jour de la semaine, je préfèrerait être au front avec un révolutionnaire qui n’a jamais tiré un coup de fusil mais qui comprend avec une clarté totale pourquoi nous luttons et ce que nous défendons, plutôt que d’être avec un militaire plus aguerri mais sans idéologie. Des armes et tout l’entrainement militaire au monde n’apprêtent pas les gens à faire ce qui est nécessaire, pas quand nous défendons une révolution.. Peut-être que dans une armée impérialiste, armes et entrainement sont suffisants, mais nous ne sommes pas dans une armée impérialiste, nous n’avons pas les moyens qu’ils ont, nous, nous avons havaltî. Les armes ne construisent pas une révolution, elles ne sont que partie de sa défense. Sans toutes les parties du système d’auto-défense fonctionnant ensemble, le Rojava ne pourrait pas exister et n’existerait pas.

Une chose intéressante au sujet d’un fusil est qu’il peut produire un effet équilibrant. La plupart des femmes peuvent être physiquement dominées par au moins un homme dans nos vies. Mais un femme avec une AK-47 et la connaissance et le confiance de l’utiliser, dans un système qui soutient le développement de son auto-détermination, et bien, change pas mal de choses… Ce n’est pas suffisant, mais c’est quelque chose. En ce qui concerne les inconvénients à organiser des groupes armés, un des inconvénients est le type de personne qui ont tendance à y venir. Les groupes armés généralement attirent un autre type de personne que les autres groupes de personnes. Les hommes sont socialisés pour avoir une relation de violence qui est finalement destructrice. Ils doivent renverser cette tendance en eux-mêmes. Il y a même pas d’anarchistes qui n’ont pas travaillé sur ce point avant de rejoindre un groupe armé.

Bien des camarades femmes ou non-mâles sont rejetés de ces groupes par une dynamique patriarcale ou ne se présentent pas en première instance parce que tant d’autres projets échoueraient sans le travail invisible qu’ils produisent que bien souvent des hommes n’entreprennent pas car peu glorieux ou pas “sexy”, aussi parce qu’ils n’ont pas eu accès à un processus d’apprentissage d’utilisation des armes qui en fait les aide à progresser au lieu de les déchirer intérieurement. Il est aussi important pour les hommes de regarder sérieusement le fondement de leur politique. Les groupes armés “de gauche” ne peuvent simplement pas être une version “éveillée” du LARPing (NdT: jeu de rôle d’action), ou une façon de faire les mêmes choses que les membres des milices d’extrême-droite, mais avec un vernis esthétique différent. Les aspects armés de l’auto-défense ne doivent jamais être séparés des autres parties de la lutte révolutionnaire.

Une éducation politique et pratique, un amour de la liberté et de la vie et un profond respect pour la liberté des femmes sont absolument essentiels pour tout militant armé. Autrement, que faisons-nous ici ?…

Diyar: Il est aussi important de contraster la connexion que les combattants du Rojava ont avec la société locale, les eux sont indissociables, avec la situation aux Etats-Unis et en occident. Un bon nombre d’espaces anarchistes aux Etats-Unis sont principalement blancs et classe-moyenne, les situant en dehors des espaces des communautés noires et amérindiennes d’où la résistance à l’état américain a surgi historiquement et organiquement. En pratique, bon nombre  de projets d’auto-défenses anarchistes ne défendent quoi que ce soit en dehors de leur sous-espace culturel. Ceci mène à l’existence de projets “spécialisés”, plutôt qu’un moyen réel de “défense de communauté” Ceci ne se manifeste pas seulement dans une dynamique raciale, le développement de groupes spécialisés sert aussi à isoler d’autres anarchistes et membres de cette communauté. Plutôt que de devenir efficace dans les techniques et tactiques d’auto-défense ou d’en faire un acquis commun dans nos cercles, bon nombre de ceux qui s’y impliquent “rejoignent” une organisation armée, ou font de cela leur principal mode d’implication politique.

La concentration aux “Etats-Unis” de construire une “culture des armes de gauche” n’a pas résulté en une culture de l’auto-défense, mais plutôt d’une autre branche d’activisme politique, souvent dominée par les hommes. Pour circonscrire cela, il est important de comprendre ce que nous défendons exactement. A quelle communauté appartenons-nous ? Sans répondre à cette question en théorie et en pratique, nous ne ne pouvons pas faire de progrès vraiment marquant. Nous ne devons pas attendre que cette crise s’approfondisse pour résoudre ces contradictions. Ceci ne veut pas dire “ne vous entrainez pas, ne vous préparez pas” jusqu’à ce que ceci soit résolu, mais vous devriez toujours rechercher à faire de la résolution de ces contradictions une chose tangible à cause de nos méthodes d’entrainement et de préparation et non malgré elles.

—Finalement, avez-vous des conseils pour les gens qui sont passés au travers d’évènements traumatiques au cours de conflit armé et qui tentent de réintégrer leurs communautés ? Qu’avez-vous appris des gens qui ont organisé ou combattu au Rojava et qui sont ensuite retournés chez eux ?

Botan: Il est important pour les amis qui retournent de rester en contact avec les camarades et de rester en contact les uns avec les autres. Il y a eu des cas de suicide parmi ceux qui sont retournés en occident, pas seulement à cause des évènements traumatiques subis mais aussi à cause du manque de l’expérience de vie acquise ici. La modernité capitaliste est cruelle et isolatrice. La connexion aux autres et avoir un espace de communication au sujet de la santé mentale sans en éprouver de honte sont des facteurs clef pour gérer ces problèmes. Il y a un mythe qui veut que la guerre soit l’étalon or de la mesure de tout autre traumatisme. Ceci peut créer une hiérarchie de la souffrance.

Ceren: Quelque chose que nous avons appris de nos amies du mouvement des femmes est qu’une vie en bonne santé est une vie libre et que nous devons rendre des initiatives dans notre vision de la vie libre. Nous nous trouvons souvent dans des situations où nous devons réagir, devons donner une réponse. Malgré cela, une responsabilité que nous ne pouvons pas négliger est de développer pro-activement des façons de vivre qui ne sont pas des réactions au système actuel ou aux circonstances, mais construites plutôt sur des fondations hors du système hégémonique. (NdT: très en phase avec notre “il n’y a pas de solution au sein du sytème et ne saurait y en avoir”…) Nous avons besoin d’une plus profonde compréhension de ce que nous essayons de décrire lorsque nous utilisons des mots comme “traumatisme”. Nous avons besoin de communautés qui soient compatibles avec la vie révolutionnaire. Franchement, l’individualisme et autres formes de libéralisme sont aliénant pour les camarades qui reviennent du Rojava à cause de ce qu’ils ont appris à vivre ici avec leurs camarades.

Nos communautés ont besoin de s’intégrer dans la lutte révolutionnaire pour la liberté. Ce dont on a besoin n’est pas pour le camarade qui retourne chez lui/elle de se réintégrer dans une communauté qui est comme celle qu’il a quittée avant de venir au Rojava. Ce dont on a besoin est d’une réunion de cette communauté et de ce/cette camarade alors qu’ils sont maintenant en développement mutuel.

Nous ne pouvons pas nous changer sans changer le système social dont nous faisons partie. Aucune solution individuelle résoudra les problèmes aussi profonds que ceux auxquels nous faisons face. Il est toujours plus viable et plus révolutionnaire de construire des solutions collectives, gérer de lourds évènements ne fait pas exception. Ici, nous avons vu qu’il était possible pour nous de vivre au travers de choses que nous n’aurions pas imaginer dans d’autres contextes, grâce à la manière dont nous vivons ensemble. Afin de pouvoir faire face aux choses les plus dires et les plus pénibles, nous devons avoir force et résiliance et nos sommes plus forts et plus résiliants lorsque connectés aux autres et partageons une vie collective faire d’amour les uns pour les autres et pour la lutte de la liberté. Des bouquins entiers pourraient être écrits sur hevaltî, ou camaraderie, sans même égratigner la surface de ce que cela veut dire de regarder vos camarades dans les moments les plus durs et de savoir que vous allez lutter ensemble et croire les uns envers les autres jusqu’à la fin. Nous faisons face à tout ensemble, les choses peuvent être un peu chaotiques parfois, mais la lourdeur des choses devient plus légère lorsqu’on porte le fardeau ensemble.

Il y a aussi ce concept de “donner un sens”. Quand des amis tombent şehîd, c’est très dur de ressentir leur perte, mais le sens que nous donnons à leur sacrifice et à ce pour quoi ils se sont battus nous tirent vers l’avant et nous donne plus de force. On ne peut jamais baisser les bras ou devenir fatalistes, lorsque nous nous percevons comme des sujets révolutionnaires, nous avons le pouvoir de changer les choses et pouvons ainsi vivre de notre force. Selon le sens que vous lui donner, chaque personne que cous connaissez qui tombe şehîd, peut devenir destructeur des capacités de la personne à gérer la lutte et sa connexion avec la vie, ou cela peut renforcer la motivation de lutter pour la liberté. Lorsque nous pensons à nos amis tombés au combat, cela nous rappelle le caractère sacré de chaque moment passé avec le/la disparue et avec les camarades en vie, ainsi nous pouvons toujours plus remarquer la présence des autres autour de nous et voir notre propre rôle dans leurs vies et nos responsabilités envers eux et envers le şehîd,

Nous honorons nos camarades en prenant en compte leur lutte. La joie et la douleur existent dans chaque moment, espoir et désespoir, présence et absence… Lequel des deux nous sensibilise t’il le plus ? Qu’honorons-nous et faisons de la place pour ? L’approche que nous avons va aussi affecter nos camarades parce que nos joies et nos peines sont partagées. Si nous ressentons la douleur le plus, nos camarades vont aussi la ressentir, cela s’amplifie et devient plus lourd à supporter. Si nous paniquons, cela peut envoyer une onde de choc vers chacun de nous. Si nous ressentons la joie, le moral se multiplie et nous devons tous plus forts.

Essentiellement, nous conseillerions qu’aucun camarade ne devrait essayer de faire face à ces choses seul. Nous avons besoin d’amour, de but et nous avons besoin de vie commune ayant une forte fondation dans la lutte pour la liberté. Ces choses nous donnent une véritable fondation pour venir à bout de quoi que ce soit.

Tekoşîna Anarşîst, le 9 octobre 2020

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Lectures complémentaires :

Confédéralisme Démocratique

Abdullah Ocalan Confédéralisme Démocratique

Textes fondateurs pour un changement politique radical

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

« Nostalghia » Andreï Tarkovsky : Le discours de Domenico ou la conscience sur le bûcher…

Posted in actualité, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , on 26 octobre 2020 by Résistance 71

En 1983, Andreï Tarkovski réalise le premier de ses deux films en dehors de Russie alors soviétique. Il a reçu une autorisation spéciale pour se rendre en Italie et tourner “Nostalghia”, qui raconte l’histoire d’un écrivain russe se rendant en Italie pour suivre et raconter la vie d’un artiste russe exilé au XIXème siècle.
“Nostalghia” est, à notre sens, avec sans doute “Le Miroir” (1974), son film le plus abouti tant sur le fond que la forme de Tarkovski. Un pur joyau du cinéma, qui marque le spectateur jusqu’au plus profond et qui le hante à tout jamais.
Tarkovski ne retournera pas en URSS et mourra d’un cancer en France fin décembre 1986. Il tournera son dernier film “Le sacrifice” en 1985-6 en Suède.
Dans “Nostalghia”, un personnage marginal du nom de Domenico, rencontre le personnage principal et lui donne sa vision de la vie. Dans une des scènes les plus poignantes du film, Domenico fait ce discours juché sur l’échafaud(age) d’une statue de place publique avant de s’immoler par le feu.

La scène à l’écran dure 3min50 composées de deux plans séquences : un long et lent travelling sur une place de ville italienne pour planter décor et audience, enchaîné par un travelling vertical à la grue partant du bas et de l’arrière de la statue pour venir situer et cadrer Domenico perché sur l’échafaudage.
Le message colporté par Domenico demeurera valide tant qu’un changement radical de société ne se soit opéré ; Domenico est le “fou” visionnaire qui doit mourir pour que son message perdure et soit potentiellement entendu. Une de ces petites choses qui perdurent comme il l’annonce… Domenico préfigure le personnage d’Alexandre du dernier film de Tarkovski.
~ Résistance 71 ~


Domenico ou la conscience sur le bûcher


Le chemin que vous prenez se reflète dans vos yeux mouillés de larmes,
Comme les buissons se réfléchissent dans le marécage.
Ne soyez pas difficiles, ne touchez pas, ne menacez pas,
N’offensez pas le silence de la forêt le long de la Volga.
~ Arseni Tarkovski ~

Le discours de Domenico


“Nostalghia”, Andreï Tarkovski


1983

Quel ancêtre parle en moi ? Je ne peux pas vivre simultanément dans ma tête et dans mon corps ; voilà pourquoi je ne peux pas être juste une personne ! Je peux ressentir une quantité innombrable de choses. Il ne reste plus de grands maîtres. Voilà le véritable mal de notre temps. Le chemin du cœur est submergé d’ombre. Nous devons écouter des voix qui semblent inutiles dans des cerveaux remplis d’une tuyauterie d’égout, de murs d’école, de bitume et de paperasserie de sécurité sociale ; le bourdonnement des insectes se doit d’entrer. Nous devons tous nous emplir les yeux et les oreilles de ces choses qui sont le début d’un grand rêve. Quelqu’un doit hurler que nous allons construire les pyramides et ça n’a pas d’importance si nous ne le faisons pas ! Nous devons maintenir ce souhait, ce désir et étirer tous les coins de l’âme, comme un drap sans fin. Si vous voulez que le monde progresse, nous devons nous tenir par la main, nous devons mélanger les soi-disants sains avec les soi-disants malades. Vous les gens sains ! Quel est le sens de votre santé ? Les yeux de l’humanité plongent vers l’abîme dans lequel nous nous précipitons. La liberté est inutile si vous n’avez pas le courage de nous regarder dans les yeux, de manger, de boire et de dormir avec nous ! Ce sont les soi-disants sains qui ont amené le monde au bord de la catastrophe. Homme, écoute ! En toi, l’eau, le feu et puis les cendres.

Où suis-je lorsque je ne suis ni dans la réalité ni dans mon imaginaire ? 

Voici mon nouveau pacte avec le monde :

Il doit faire soleil la nuit et neiger en août. Les grandes choses finissent, les petites perdurent. La société doit de nouveau être unie au lieu d’être fragmentée. Regardez la nature et vous verrez que la vie est simple. Nous devons retourner là où nous étions, au point où vous avez pris le mauvais chemin. Nous devons retourner à la fondation principale de la vie, sans salir l’eau.

Dans quel monde vivons-nous si c’est un fou qui vous dit : Honte à vous ! Et maintenant, musique !…

~ Traduit de l’anglais avec assistance de la version originale italienne, Résistance 71 ~

Octobre 2020

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A lire, Tarkovski en PDF sur R71:

Le _Temps_Scellé_Andrei_Tarkovski

Certitude et doute… La dissonance cognitive comme muselière à la pensée critique (PDF)

Posted in actualité, coronavirus CoV19, crise mondiale, désinformation, média et propagande, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, santé et vaccins, terrorisme d'état with tags , , on 21 octobre 2020 by Résistance 71

« La vérité passe par trois étape, elle est d’abord moquée, puis combattue avant d’être acceptée comme évidence. »
~ Arthur Schopenhauer ~

Résistance 71

21 octobre 2020

En juillet 2011, nous publiions cet article de réflexion sur un travers de la capacité d’analyse humaine, une chose qui est une construction mentale induite par un cadre social enclin à préserver un certaIn consensus du statu quo oligarchique mis en place il y a de cela bien longtemps (en savoir plus ici sur ce sujet). Ce processus a pour nom la dissonance cognitive. Qu’est-ce qui fait qu’une information, une connaissance contradictoire à notre vision des choses soi-disant consensuelle, gêne certaines personnes et que se met alors en place un barrage psychologique pour bloquer une information interférant avec d’autres ayant créé une zone de confort psychologique à ne pas déranger.

La dissonance cognitive est-elle un mal nécessaire ? Encore faut-il savoir qu’elle s’exerce en bien des occasions. Aujourd’hui par exemple, dans la situation de dictature sanitaire CoV19, le monde est une fois de plus divisé. Certaines personnes ont été persuadées de la létalité du virus et pensent que toutes les mesures sanitaires prises par les gouvernements sont justifiées. Cependant, si des informations vérifiables leur sont présentées prouvant le contraire, ils n’y croiront pas, voire même bien souvent refuserons même de considérer leur existence et les rejetteront comme « théories conspirationnistes », même lorsque cela vient de sources officielles, comme des statistiques de l’INSEE par exemple, montrant que la mortalité en France sur les 6 premiers mois de l’année 2020 n’est pas supérieure aux années précédentes, ce à quoi on pourrait décemment s’attendre, vu le battage sur la « pandémie ». Ceci est valable pour bien des sujets que nous croyons pourtant acquis, à la connaissance vérifiée et « certifiée conforme » et qui pourtant… La dissonance cognitive, savamment entretenue, maintient en place les bons petits soldats « citoyens » de la pensée unique systémique, qui assurent la pérennité d’un système moribond à la dérive totale.

Les chaînes sont avant tout dans nos têtes, ce sont celles là avant tout qu’il faut briser.

Nous avons demandé à Jo de nous faire un PDF de cet article parce que nous pensons que ce sujet de la dissonance cognitive est toujours et encore, hélas, d’une vibrante actualité et qu’il est important de savoir que ce processus mental induit existe à tous les niveaux de la société et nous est néfaste au grand profit du plus petit nombre. Nous le publions ci-dessous, à lire et diffuser sans aucune modération. Bonne lecture !

La_dissonance_cognitive
(article de R71 de juillet 2011, format PDF)

200ème PDF de notre bibliothèque : Le « Tao Te King » de Lao Tseu

Posted in actualité, documentaire, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés with tags , , , on 17 octobre 2020 by Résistance 71


Résistance 71


17 octobre 2020

Pour la publication du 200ème PDF de notre bibliothèque (merci à Jo au passage pour toutes ces années de mise en page et son indéfectible enthousiasme à le faire…), nous avons décidé de le réserver à un texte millénaire, traduit dans des dizaines de langues et certainement un des joyaux de la pensée humaine : le « Tao Te King » de Lao Tseu dans la traduction du grand sinologue français Stanislas Julien dans sa version de 1842 et reprise en maintes occasions.

Le « Tao Te King », le livre de la Voie et de la Vertu est le type même d’ouvrage qui, une fois lu, demeure présent dans l’inconscient et dont la portée universelle travaille le lecteur au plus profond de lui-même. Nous parlons souvent de lâcher prise de la fausse réalité qui nous est imposée, le « Tao Te King » est un formidable outil pour pouvoir le faire.

Sans plus attendre, le texte. Bonne lecture à toutes et à tous.

Lao_Tseu_Tao_Te_King
PDF

Ce monde façonné pour nous doit disparaître pour laisser place à un monde façonné par nous (2ème partie)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, science et nouvel ordre mondial, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 11 octobre 2020 by Résistance 71

DOUBLE MONDE


Lukas Stella


Mai 2020

1ère partie
2ème partie


CONFUSION NUMÉRIQUE

Il n’y a pas de fatalité technologique. Trouver du sens consiste aujourd’hui à remettre en cause l’insensé de nos existences programmées. 

La communication des machines est une métaphore anthropomorphique mensongère. La société de communication est un monde de solitude. Le phénomène de communication ne se limite pas à un simple transfert de données, il n’est pas défini par ce qui est émis, mais il se compose de ce qui arrive à la personne qui reçoit, comment elle réagit et ce que ça modifie dans la relation. La communication n’est pas qu’une simple « transmission d’informations », mais bien un système de comportements coordonnés, déclenchés mutuellement, dans une interaction relationnelle et non un assemblage de comportements formés d’éléments isolés. C’est dans ces coordinations comportementales qu’en langageant nous faisons émerger un monde commun. Ce couplage linguistique mutuel nous construit dans une convivance partagée. La communication en action nous constitue dans un devenir d’où émerge un monde créé ensemble dans une libre coexistence égalitaire qui construit notre humanité.

L’ère informatique s’impose dans une société numérique, au temps dévastateur des ondes électromagnétiques. Après les compteurs communicants, les objets connectés, c’est la 5G qui sera la clé de cette smart city que les marchands mettent en place sur tout le territoire. Cette dictature technologique élimine l’humain visible de la prise de décision. Seuls les fabricants et les utilisateurs de machines, accompagnés de leurs programmeurs, détiennent l’emprise sur la pensée et le pouvoir sur les comportements. Ce pilotage centralisé automatisé du fonctionnement de l’entreprise-ville traite ses populations comme des marchandises à gérer, des stocks en flux tendus qu’il faut rentabiliser. L’humain est une erreur qu’il faut corriger, un ensemble de données statistiques qui permet le contrôle par la machinerie générale. 

La ville, dite intelligente, ôte la liberté à une population entièrement soumise à la machinerie générale, supprimant le hasard, abolissant l’imprévu, détruisant toute initiative spontanée, bannissant toute personnalité non conforme. Les habitants deviennent les passagers de leur propre existence, les spectateurs des personnages qu’ils jouent au cœur des représentations mises en scène par la machinerie des marchandises en spectacle. Avoir l’air d’être dans le coup pour se donner de grands airs dans l’air du temps. Toute communication se réduit ici à la consommation d’images de marque et de jeux de rôles où l’individu se consume comme sa propre représentation. Marquer son image c’est se faire remarquer comme objet conforme, dans les étals de la concurrence des jeux d’apparence, s’afficher pour gagner à se vendre aux autres.

Plus l’informatisation de la gestion et du contrôle se généralise, plus la société se fragilise. Le devenir de la société numérique est déjà menacé. Ses machines sont énergivores, et dans 10 ans elles utiliseront la moitié de la consommation électrique mondiale. Le développement du tout numérique est d’ores et déjà limité. Les ressources nécessaires à la fabrication des machines numériques se font rares et commencent déjà à s’épuiser. La numérisation du monde restera dangereusement inachevée, car l’énergie et les matières premières vont manquer à sa réalisation. 

La robotisation de la société l’a transformée en un système machinique, un mécanisme à décerveler pour une productivité optimale et des affaires toujours plus bénéfiques. Ce sont des machines à gérer les gains de certains en faisant régner l’ordre nécessaire à cette rafle. Plus besoin de penser, un système dit intelligent tourne pour nous.

L’intelligence paraît nous avoir été dérobée. Elle n’est pourtant pas quelque chose qui se possède, mais serait plutôt un processus que l’on construit et qui nous construit. Elle ne cesse d’évoluer grâce à la curiosité et la volonté de comprendre, développant ainsi des capacités à avancer par soi-même, traçant le chemin personnalisé de notre compréhension. Par le doute et l’expérimentation, c’est une recherche permanente de ce qui convient le mieux à la viabilité de la situation présente. 

Les processus d’apprentissage de la connaissance s’effectuent par les expériences personnelles dans la « dérive naturelle » de notre propre histoire, passant par où c’est le plus facile. Cette incarnation de notre histoire vécue ne reflète que l’une des nombreuses voies possibles. Nous ne sommes pas entièrement déterminés par le chemin que nous avons parcouru, chacun de nos pas est notre libre-choix. 

Apprendre sans liberté de choix, c’est désapprendre la liberté d’apprendre par soi-même, renoncer à son autonomie par la destruction de sa personne dans la structuration d’une soumission volontaire à la machine qui gère notre existence. C’est une éducation mortifère, dépendante de machines numériques, qui se restreint à la reproduction d’une suite de règles, de procédures, une intégration de savoir-faire préfabriqués, une épuration de la non-conformité, une standardisation des comportements par une mécanisation de l’esprit, une incorporation de répétitions machiniques normalisantes sans projets personnels ni désirs. La connaissance se forme dans l’action personnelle et l’interaction avec les autres, la passivité et l’uniformisation dégradent et détruisent l’intelligence. Nous sommes libres de choisir des certitudes atrophiées et bien conformes, ou bien de nous construire par nous-mêmes, avec nos doutes, notre incrédulité critique et combative, une intelligence situationnelle en permanente reconstruction personnelle et collective. 

Le système machinique qui contrôle et dirige nos existences s’est accaparé l’intelligence de l’instant dans la permanence de son manque. Cette intelligence artificielle n’est qu’un artifice d’intelligence conçu pour éblouir la crédibilité et glorifier la technologie. Les individus formatés à suivre le programme croient religieusement en l’intelligence de la machine. Cette simulation d’une intelligence informatisée autorise la gouvernance totalitaire par la programmation inconsciente des perceptions et de la compréhension. La dictature économique mondiale a maintenant comme instrument de sa domination une technologie informatique et robotique aliénante. 

La technologie numérique imposée par le système marchand est la réification permanente de la contrainte en tout lieu. Ce progrès du contrôle global se réalise dans la régression accélérée des libertés et le conditionnement de la pensée. Les machines numériques du capitalisme ont surmultiplié les profits et la répression de la non-conformité. L’aspect spectaculaire des représentations numériques se réalise par la machinerie publicitaire qui martèle les pensées sous air conditionné pour se rendre indispensable par intoxication addictive. L’administration bureaucratique conditionne la survie par une technologie du contrôle qui rend la misère et la révolte invisibles. La machinisation dispense l’humain de ses responsabilités et l’ampute de sa liberté. L’État accapare la sphère commune, la dépolitise en la rendant technique, économique et complexe, ne pouvant plus être gérée que par des spécialistes éclairés. Nos conditions d’existence sont restreintes à des lignes comptables, à des statistiques de rentabilité marchande. La liberté de penser et de décider est volée par les usurpateurs de pouvoir, l’économie se fait tyrannique.

L’amalgame homme-machine n’est plus une vue de l’esprit, mais prend forme dans la mascarade transhumaniste. Cette mystification ne concerne que quelques fous déshumanisés qui croient que l’ordinateur est plus intelligent que l’homme. Le réel danger pour la vie c’est plutôt la robotisation des comportements et l’informatisation de la pensée de la plupart des individus, dépersonnalisés dans une normalité de la soumission. 

La pensée informatisée se réifie par respect du code, reproduction des modèles conçus par les directives du programmeur, soumissions aux conventions et procédures des applications. La logique binaire de la machine sépare et reproduit. Elle ne communique pas, elle transfère des données séparées, elle ne choisit pas, elle conditionne des mises en relations selon sa programmation (computer/mettre ensemble). Ce découpage en petits morceaux dissocie les ensembles en éléments, dissèque à vif les relations, exclut tout ce qui relie à l’ensemble, élimine la compréhension générale, l’intelligence pertinente du moment. 

Soumise à une addition de vérités préfabriquées, cloisonnées, opposées et intransigeantes, la compréhension est maintenue dans l’ignorance des séparations contradictoires, occultant le contexte et l’histoire. Ayant tout coupé en parties distinctes, et séparé tout ce qui était relié structurellement, la technologie nous fait percevoir une accumulation d’images-objets figées dans la réalité immuable des affaires marchandes. Cette déformation pétrifiante des apparences du monde nous sépare des mouvances incertaines du vivant, ainsi que mentalement de nous-mêmes. La cohérence unitaire de notre être vivant est taillée en pièces. La nature et les autres nous sont rendus étrangers comme nous sommes devenus étrangers à notre propre nature, expropriés de l’usage de nos vies. Notre faculté à vivre pleinement est mutilée par nos prothèses numériques. 


Dire non au cyborg et aller…
vers notre humanité réalisée

L’informatisation du monde c’est la destruction de la communication entre personnes, cet échange partagé où chacun accepte d’être modifié dans un copilotage à plusieurs. De la communication, l’informatique n’utilise que l’échange de données figées, supprimant des rapports tout ce qu’il y a d’interactif, de vivant et d’humain. 

À l’ère informatique, être en contact autorise à se croire réellement en relation, utiliser ses prothèses communicantes permet d’imaginer réussir à apparaître comme faire-valoir de son personnage, pour mieux se faire voir. Se faire remarquer dans l’exubérance de Facebook réalise le film de son existence. Cette entreprise de représentation de sa vie s’expose comme une marchandise publicitaire dans les étalages des promotions à ne pas manquer. Mais ici le produit c’est vous. Vous êtes la marchandise de Facebook qui revend votre profil au plus offrant. 

Notre monde se rétrécit dans l’artificialité de relations désynchronisées. Sous le bluff du “tout va bien”, derrière la mascarade gémit le “mal à vivre” dans sa solitude profonde. La vie sociale se contracte et se rapetisse, elle se restreint trop souvent à de simples mises à jour compulsives des profils d’apparence, croyant ainsi exister vraiment dans les apparats du spectacle général. C’est dans la solitude, la crainte d’être abandonné et rejeté d’un monde merveilleux qui se mérite que se réalise le film magnifié de sa propre non-existence. Le handicap de la décorporéité intégrée produit un vide intérieur qui intoxique toutes nouvelles communications. 

Tout y est à vendre parce que chacun est le publicitaire de sa propre promotion. Il s’agit de s’y montrer haut et fort comme une marque en campagne, pour y être vu et s’y faire remarquer. Chacun devient le représentant de commerce de sa propre entreprise, et s’y vend comme une camelote de consommation rapide, noyé dans une profusion éphémère d’apparences sans fin. Cet automarketing mis en scène au quotidien n’est qu’une illusion de socialité, une escroquerie du programme.

Tout ce qui se passe sur Facebook, Google et bien d’autres n’est pas confidentiel et peut être utilisé à des fins commerciales ou policières. Plus que ça, c’est le contenu même de votre ordinateur, par les sauvegardes automatiques sur le cloud, qui n’est plus privé et qui vous est dérobé. Le numéro un du cloud, Amazon stocke vos données sur un serveur distant. Ce nuage informatique est un piège, les utilisateurs perdent le contrôle de leurs applications ainsi que la confidentialité de leurs données personnelles qui deviennent la propriété privée du trust hébergeur. Les plateformes de cloud peuvent utiliser vos données à des fins commerciales, il n’est pas rare que les mails aussi soient consultés et exploités… 

Les compteurs Linky et bientôt la 5G vont permettre à des sociétés privées de récolter les informations concernant l’utilisation des objets connectés, de stocker ces données dans un big data, afin d’y être traitées, configurées et soigneusement profilées, puis revendues par petits morceaux ciblés. Quant aux commandes vocales, elles donnent la possibilité d’écouter tout ce qui se passe dans votre domicile et bientôt dans votre véhicule, d’en tirer profit en violant votre intimité. 

Un moteur de recherche n’est jamais gratuit, c’est vous sa marchandise, sa source de profit. Nous sommes la matière première de son exploitation numérique. Google méga-entreprise transnationale, concentre à lui tout seul 93 % des recherches en Europe. 

Dans le monde de la représentation numérique, je suis ce qu’il sait de moi, lui seul gère tout ce qui compose mon identité et l’image de mon paraître. Ce maître du jeu instaure et affine ses critères de sélection. La visibilité de l’existence dans le monde du spectacle dépend de ses algorithmes qui dirigent l’apparaître en représentation. 

Ce moteur fait disparaître tout ce qui n’est pas conforme à l’idéologie marchande par une manipulation algorithmique des résultats des recherches. Il s’agit ici d’empêcher la diffusion d’informations opposées au pouvoir et aux affaires. L’accès autorisé favorise toujours les intérêts commerciaux et financiers. En déterminant à notre insu notre accès aux informations, il formate notre vision du monde. C’est le point de vue idyllique du spectacle des marchandises, la pub-propagande de la dictature économique. 

Ce n’est pas qu’un moteur de recherche de site web, de photos, d’images et de livres, c’est aussi une messagerie, un navigateur, un traducteur, un éditeur cartographique, un chat vidéo, un identificateur des visiteurs de site web, un hébergeur et contrôleur de musiques et de vidéos, un gestionnaire d’exploitation de smart phone avec ses applications de surveillance et de géolocalisation continues, un magasin en ligne, et aussi un entremetteur publicitaire pour affichage ciblé… Cette technologie est le reflet machinique de ceux qui en sont devenus les propriétaires, seuls maîtres à bord. 

Par défaut, l’algorithme récupère et croise une quantité monstrueuse de données. Cet espion capte un peu tout de notre vie privée, nom, photos, contenus des emails, téléphones, adresses, vidéos, requêtes de recherches, historiques de navigation, SMS, contacts et réseaux d’amis, identifiants, adresses IP, numéros de cartes de paiement, données techniques sur les appareils connectés, signaux GPS, Points d’accès Wifi, localisations d’antennes relais, captations sonores et reconnaissances vocales… Il récolte nos informations intimes qu’il stocke dans un Big Data afin d’y être traitées, classifiées, profilées, pour, au bout du compte, être revendues au plus offrant. Nous sommes ses objets connectés, ses marchandises vendues à ses partenaires et ses clients.

Cette machinerie numérique n’est que la machination manipulatrice de la smart city. L’intelligence présumée de cette ville robotisée est une escroquerie qui cache la dure réalité d’une exploitation où Big Brother surveille, dénonce et punit. L’intelligence artificielle est une légende pour crédules soumis à ses programmes liberticides. La ville-machine pilote en automatique, c’est une technopolice qui change la société des êtres humains en système numérique sous contrôle. Si la dictature est informatisée, elle sert toujours les intérêts d’une poignée d’hyperriches qui financent sa gestion, et programment son fonctionnement. 

L’intrus viole notre intimité, surveille, collecte, classifie, cafarde et vend le reste. C’est une milice technologique qui contrôle nos conditions d’existence et notre représentation du monde, intoxique notre mental et aliène notre compréhension. Sous une dictature économique généralisée, les gérants politicards ont perdu le pouvoir. Les trusts transnationaux et les milliardaires imposent les réformes nécessaires à leurs affaires mafieuses et instaurent un système technologique automatisant leur domination sans partage. 

L’internet s’est développé sur le fonctionnement du système marchand qui l’a récupéré. Pour libérer le Net de sa marchandisation et du contrôle permanent de ses machines, il faudrait revenir à ses origines, une plateforme d’échanges et de partages auto-organisés pour la recherche et l’information, une large bibliothèque autogérée, avec un fonctionnement à réinventer…

La confusion se propage dans le trouble du net. La connexion numérique restreint la communication. Se brancher aux machines nous éloigne un peu plus de possibles rapports réels, impliqués émotionnellement et physiquement. Nos prothèses communicantes nous représentent à l’écran loin de toute présence vivante partagée. C’est un outil de l’autorité dominante qui contrôle la non-communication, et inscrit ainsi l’ordinateur ordonnateur dans la dénaturation humaine. Cette incorporation de la machine à l’humain le mécanise par son adaptation volontaire. Ce procédé humanise les machines numériques en leur attribuant des propriétés propres à notre espèce. Le stockage des données est pris pour de la mémoire, et l’intelligence humaine se retrouve réduite à de simples opérations traitées par le programme informatique, qui se retrouve ainsi légitimé par le calcul binaire. 

En faisant passer l’exécution d’un programme numérique pour des processus complexes d’interactions vivantes, le système d’exploitation impose l’esclavage technologique, la soumission aux machines de contrôles, effaçant le hasard de ses calculs et la liberté de ses statistiques productivistes. 

Le cerveau électronique est une mystification. À chaque opération, le cerveau humain modifie ses règles de fonctionnement. L’expérience change sa biologie interne, intégrant son vécu en l’incarnant dans sa chair. Il modifie ses configurations, c’est ainsi qu’il apprend et évolue. Il fonctionne toujours comme un ensemble, une totalité qui s’autoconstruit, lui permettant de comprendre le fonctionnement global d’interrelations complexes avec tous ses sens. 

L’activité de l’ordinateur est programmée. Il suit toujours les directives de ses applications, exécute les procédures de son programme par petits bouts successifs, sans jamais rien changer à la structure matérielle de ses composants, ni réécrire librement sa propre programmation. C’est une machine qui reconstruit à chaque fois les mêmes certitudes immuables. C’est une machine qui numérise la vie et marchandise l’existence, c’est la technologie du capitalisme qui l’a créée pour gérer son contrôle sur la société des êtres vivants.

Les processus complexes d’auto-organisation qu’inventent spontanément les phénomènes vivants ne se réduisent pas à des calculs sur des mesures. Les machines limitées à la reproduction de leurs programmes n’ont pas l’intelligence situationnelle globale pour comprendre les interactions complexes et hasardeuses du monde des vivants. 

Tout ce qui est géré par ces machines à certitudes, est vérifié par le calcul incontestable et pris pour une exactitude irréfutable dans la situation vécue. L’outil vénéré a son sujet-objet dans la pensée séparée de son vécu, produisant ainsi sa réalité objective certifiée exacte par les croyances projetées sur la machine. La foi en la technique numérique invente sa vérité créant sa réalité divinisée. Cette vénération dogmatique de la toute-puissance des nouvelles technologies devient elle-même la vision du monde. À travers ce lavage numérique de cerveau, le monde apparaît ainsi. 

L’idéologie numérique cherche par tous les moyens à nous faire croire que la machine numérique fonctionne comme notre cerveau, réduit aux simples fonctions électriques de ses neurones. Ce tout neuronal est une approximation scientifique dépassée. Le fonctionnement des neurones est influencé et dépendant d’un second cerveau qui fonctionne sur le mode chimique. Plus lent que l’activité électrique, il agit plus globalement de façon coordonnée. Essentiel pour la plasticité neuronale, il permet des restructurations de configuration qui constituent des capacités d’apprentissage. Ainsi les capacités de ce double cerveau à réorganiser ses connexions, à évoluer en s’auto-organisant, seraient bien plus phénoménales qu’on ne l’imaginait, il y a seulement quelque temps.

L’assimilation de l’ordinateur au cerveau est un grotesque mensonge, dont le seul but est l’asservissement de l’humain à la machine informatique, et sa soumission à une société technocratique surdéveloppée en un système robotisé. L’intelligence artificielle est une escroquerie de grande envergure, un artifice publicitaire inventé par les marchands de machines pour faire plus de profits, une machination idéologique pour rabaisser la réflexion humaine à une reproduction de procédures préfabriquées, assimilant les êtres vivants à des marchandises mécaniques programmées. L’informatisation précipitée a généré une soumission presque totale à l’ordre objectif du programme d’exploitation et de conditionnement. 

Des objets communicants envahissent notre espace vital. Tout va communiquer, surtout la délation et l’espionnage automatisé. Des paquets de données gigantesques sont récupérés, centralisés et traités dans un Big Data, puis revendus comme informations sur le marché. La société de profits devient elle-même communication numérique. 

Mais le numérique ne communique pas lui-même, et la communication humaine ne se réduit pas à un transfert de données, car c’est le modelage mutuel d’un monde commun conjugué par le langage qui engendre la vie de notre monde. L’intelligence n’est pas limitée à la faculté de résoudre un problème préconçu, mais plutôt l’aptitude à s’approprier un monde partagé en le rendant viable. 

La logique implacable du calcul oblige à réfléchir comme un calculateur, utilisant l’abstraction, la décomposition, une pensée de programmation respectant le code, soumise aux procédures machiniques. Inéluctablement la pensée s’intoxique de numérique. L’informatisation de la pensée n’est pas une réalité sociale, mais bien l’expression de son absence, l’omission de la vie commune sous air conditionné, la soumission aveugle au programme.

Les machines numériques gèrent la bureaucratie des affaires. L’informatique numérise, découpe, calcule, standardise et contrôle la production pour la rendre plus profitable. Le métier et ses savoir faire ne sont plus qu’une application machinale de protocoles prédéfinis, de procédures à reproduire, une succession de modèles à suivre, une reproduction assistée par ordinateur, l’esclavage programmé robotisé, des individus comptabilisés comme marchandises éphémères du système d’exploitation. Les conditions de survie des populations asservies se dégradent dans la misère et s’accélèrent par la robotisation de l’exploitation. Il s’agit d’imposer une soumission totale à une machinerie mondiale, qui gère sa propre reproduction, pour les profits exclusifs de quelques hyperriches qui contrôlent la fabrication, la programmation et le fonctionnement des machines. Le seul but à cette informatisation généralisée de la société est le développement des inégalités, le contrôle des populations et la concentration de tous les pouvoirs aux mains de quelques milliardaires.

Nos facultés de perception, de compréhension et de communication se sont faites, en grande partie, remplacer par un appareillage informatique et amputer de leur intelligence vivante. Ces prothèses affichent sur leurs écrans le simulacre d’une réalité représentée. Les porteurs de prothèses numériques se réduisent à des prothèses portées. Ils s’imaginent que s’ils ne sont pas intégrés au système ils seront désintégrés. Ces appareils connectés en permanence donnent l’impression à leurs utilisateurs d’avoir le monde entre les mains, alors qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils n’en ont qu’une apparence trompeuse et que le réel leur échappe totalement. 

Ces prothèses dites communicantes ont remplacé la communication interactive imprévisible entre les hommes, éliminant les coopérations spontanées de la vie sociale. C’est ainsi que les connexions machiniques répandent sur leurs écrans l’absence de vie en devenant elles-mêmes cette société en représentation.

ACHÈVEMENT D’UN MONDE INVIVABLE

Le capitalisme marchand a produit la technologie numérique pour rentabiliser tout ce qui existe sur Terre. La marchandisation du monde est gérée par son informatisation. Tout y est calculable comme valeur marchande, l’homme y compris. Tout est profitable aux plus puissants pour produire toujours plus de bénéfices. Les choix technologiques des industriels ont verrouillé les progrès scientifiques à venir, bloquant toute évolution sociétale humanisante par leur main mise mortifère. 

Notre société est un système machinique d’oppressions qui impose la dictature d’une économie mondialisée, dissimulée comme technique incontournable de gestion. L’exploitation par le travail disparaît derrière la nécessité irréfutable de la technologie. 

Le coût de la survie a beaucoup augmenté pour plus de la moitié de la population, durant ces 60 dernières années. Les prix des denrées de première nécessité et de l’alimentation ont grimpé, le pouvoir d’achat s’est progressivement effondré. Il n’y a que les nouveaux gadgets superflus qui ont vu leurs prix descendre en même temps que leur obsolescence s’est accrues. C’est le règne du gaspillage de camelotes éphémères. Une grande partie de la population s’est appauvrie dans une misère grandissante, pendant qu’une petite minorité d’affairistes amassait des fortunes titanesques, et ceci de plus en plus vite. 

Les plus fortunés paient très cher les gens de pouvoir pour qu’ils appliquent des politiques antisociales, et ceci très secrètement. C’est tout un système de corruption qui s’est généralisé. La Commission européenne, comme les ministres de chaque pays, et les élus locaux sont manipulés par les lobbies et les multinationales. La dictature économique est bien installée et bien rodée, qu’elle soit européenne, interministérielle ou mondiale.

Avec l’informatisation des affaires mondialisées, l’accumulation automatisée des profits s’accélère. L’argent produit de l’argent, et peut maintenant se multiplier automatiquement à l’infini, échappant aux contraintes de la production, par des spéculations financières opaques, dans des réseaux parallèles, en dehors de tout contrôle. Plus de 80 % des richesses du monde passent par des échanges immatériels entre ordinateurs qui se font sans entrave à la vitesse de la lumière, dans l’ombre de réseaux obscurs. 

Ceux qui gagnent vraiment beaucoup d’argent sont ceux qui investissent ce qu’ils ne possèdent pas, mais ce qu’ils ont emprunté pour rien afin de générer des rendements très élevés. Depuis dix ans aux États-Unis on est plus vraiment dans un système libéral, car en investissant en bourse on est sûr de gagner des fortunes. Les investissements abandonnent la production trop incertaine pour les jeux spéculatifs beaucoup plus lucratifs. C’est un casino où l’on ne peut que gagner, sauf en cas de crack, où là, seuls les plus fortunés et les plus informés ramassent le pactole.

La finance impose aux banques des taux d’intérêt à zéro pour cent, des prêts gratuits, aussitôt réinvestis en bourse. C’est la finance de l’ombre, un enchaînement sans fin de dettes spéculatives gigantesques qui gonflent sans cesse en une bulle disproportionnée, bien plus importante que tout ce que l’on a déjà connu. Ces richesses titanesques échappent aux statistiques, aux impôts, et disparaissent dans des circuits informatisés opaques. 

Suite au désastre de la crise, les États ont feint de régulariser l’incontrôlable. Les banques centrales achètent de plus en plus d’actions pour tenter de contrôler les bourses, mais les bourses de l’ombre ainsi que les transactions de gré à gré leur échappent totalement. La fin du secret bancaire n’a concerné que les millionnaires de la petite bourgeoisie. Les milliardaires, eux, anonymisent leurs gains en diversifiant leurs placements dans des trusts, dont les bénéfices sont concentrés dans un autre trust bien planqué dans un paradis fiscal, et dont les transactions échappent complètement aux bureaucraties officielles. Évidemment, tout le monde n’a pas accès à ces spéculations opaques en plein essor, et encore moins aux informations nécessaires pour gagner beaucoup à coup sûr. Ce terrain de chasse très lucratif est réservé à la haute bourgeoisie. 

Un investissement financier peut se multiplier par plus de 24 en 40 ans, les gains peuvent doubler tous les 2 ans. Dans les places financières de l’ombre, les bénéfices gonflent encore plus vite et les profits s’accélèrent vertigineusement selon une courbe exponentielle, dans une misère humaine grandissante, une planète dévastée et un monde en ruine. L’économie est pillée et ruinée par une haute finance opulente, surexcitée par l’abondance et la rapidité d’un gain trop facile, dévorant tout ce qu’il reste d’un monde en faillite.

La crise a été inventée pour permettre à une toute petite minorité de faire rapidement des affaires encore plus juteuses, et ainsi que rafler les revenus démesurés d’une spéculation sans limites. Ce qui rapporte le plus de nos jours ce sont les jeux sur les financements des dettes, des crédits et des obligations. La dette publique mondiale représente plus de deux fois le poids de l’économie du monde. Les dettes créent de l’argent en quantité, et c’est beaucoup trop de liquidités qui circulent dans les sphères de la haute finance. La crise est une escroquerie, une source de profit sans limites pour des milliardaires suicidaires qui ruinent l’avenir, pour toujours plus de gains raflés à des populations appauvries et asservies. Plus des trois quarts de l’argent des hyperriches servent à la spéculation. Ils parient sur un avenir incertain et à peu près n’importe quoi, sans même avoir les fonds nécessaires, multipliant les dettes, faisant gonfler des bulles financières qui leur rapporteront des fortunes lors de leur éclatement, tout en provoquant des désastres économiques planétaires sans précédent. Le futur a été pillé, la faillite du capitalisme s’accomplit dans l’illusion du bonheur. La gangrène se propage dans ce système machinique, en roue libre, et s’emballe dans une auto-destruction qui a déjà commencé.

La course effrénée aux profits, la frénésie incontrôlable des spéculations, l’enfer du travail compétitif, l’obsolescence et le gaspillage institués, l’exploitation mortifère de la nature et de l’homme démolissent une société fragilisée en ruinant la vie. La destruction des forêts, de nombreuses espèces végétales et animales, la disparition des insectes, dont une grande partie de pollinisateurs menacent les écosystèmes. La société marchande détruit peu à peu tout ce qu’elle exploite, puis dissémine ses déchets. Les pollutions chimiques, nucléaires et électromagnétiques risquent de se répandre et de s’accentuer dangereusement menaçant notre santé. La quantité d’eau potable a diminué de moitié en 50 ans. On a perdu en un demi-siècle un tiers des terres arables. L’érosion des sols et la désertification s’étendent dangereusement. L’épuisement des ressources naturelles et des métaux rares nécessaires à la fabrication de batteries et du matériel informatique menace déjà leur production. La nourriture et son pouvoir nutritif s’appauvrissent, la fertilité des sols se détériore, la biodiversité chute rapidement, les dérèglements écologiques, l’instabilité climatique et la dégradation générale de la nature mettent en danger l’agriculture et l’alimentation des populations.

Les mass-medias tournent en boucle sur le réchauffement climatique. Ces dérèglements du climat ont des causes multiples, et ne sont pas cataclysmiques. La théorie réductionniste du “réchauffement climatique” est une idéologie comptable du CO2 construite sur des statistiques et des moyennes générales, où chaque effet à sa seule cause attitrée, ignorant l’ensemble des équilibres instables du vivant, mais aussi les processus circulaires de l’écologie, avec ses interrelations complexes et ses interactions multiples dans un écosystème planétaire dépendant du système solaire. 

C’est le fonctionnement normal du capitalisme qui produit les dérèglements écologiques et l’intoxication de la vie. Cette catastrophe annoncée par tous les médias culpabilise les individus pour innocenter un système marchand destructeur. La prophétie apocalyptique appelle la nécessité d’une technique de gouvernement moraliste qui s’impose par la peur pour conjurer le sort du destin. La croyance en ces prédictions catastrophiques, calculées sur la probabilité du pire, est prétexte à de nouvelles restrictions comme des contraintes pesantes qui viennent s’additionner à l’exploitation capitaliste qui nous écrase. Tout repose sur des hypothèses scientistes parcellaires et restrictives prises pour des constats universels indiscutables. 

Dans ce monde complexe et instable, les prédictions ne s’avèrent jamais exactes. La prédiction de l’avenir est une source d’erreurs quand elle n’est pas une escroquerie. Des experts officiels avaient déjà prédit des désastres conséquents au refroidissement mondial prévu dans les années 70, la fin imminente du pétrole, le trou dans la couche d’ozone… Ces experts des gouvernements, qui servent les intérêts des multinationales, ont fait leurs preuves : l’amiante, le sang contaminé, le nuage de Tchernobyl, les pesticides, fongicides, herbicides… Ils ne sont plus crédibles ! On perd beaucoup en liberté et en intelligence collective à subir l’autorité des experts de l’État.

Le climat se réchauffe, c’est un fait avéré, qui est récupéré, interprété et dénaturé. L’effet de serre est un phénomène naturel, dû au CO2, mais aussi à la vapeur d’eau, au méthane atmosphérique… Sans cet effet de serre, la Terre gèlerait littéralement, et sans CO2 il n’y aurait pas de vie sur terre. La théorie du réchauffement climatique restreint ses causes aux influences du CO2 produit par l’homme. Cette théorie dépend des rapports des experts du GIEC. Celui-ci a été créé en novembre 1988, à la demande du G7. La décision du G7 avait été prise sous la pression de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, afin de justifier le nucléaire et d’empêcher une agence de l’ONU, soupçonnée de militantisme écologique, de mettre la main sur l’expertise climatique. Le GIEC ne fait que des hypothèses prédictives, qu’il présente comme les données d’une réalité inévitable, et les possibilités y deviennent très vite des certitudes scientifiquement prouvées. Les simulations passent pour une objectivité incontournable et incontestable.

Limiter les causes de l’effet de serre aux gaz et à l’empreinte carbone de l’activité humaine, en ignorant l’influence prépondérante de la vapeur d’eau et des nuages, ainsi que beaucoup d’autres facteurs, est une hérésie scientifique et une absurdité écologique. Les micros et nanoparticules, les pressions et dépressions, les océans, le bétonnage des villes, les rayonnements et les ondes, sont des phénomènes parmi bien d’autres qui jouent un rôle dans la formation des nuages, et donc modifient un climat en perpétuel changement.

Aucun modèle unique n’est capable, pour prévoir le réchauffement mondial, d’intégrer ou d’essayer d’intégrer toutes les variables. Les modèles informatisés utilisés pas ces experts corrompus, basés sur des omissions et des incertitudes substantielles, ne sont pas fiables. Le climat se réchauffe effectivement, mais la méthode et les conclusions catastrophistes du GIEC sont plus que discutables. Ces devins scientistes, au service des gouvernements, ont ainsi produit avec l’aide de tous les mass médias, un climat de peur, un écran de fumée anxiogène et persistant pour masquer les réels dangers bien présents que sont les pollutions chimiques (air, eau, nourriture), électromagnétiques, nucléaires, particules fines, nanoparticules, métaux lourds, perturbateurs endocriniens… qui menacent effectivement la vie sur terre. 

Ce qui est caché crée l’illusion, la panique et la soumission à un système qu’il s’agit seulement de perfectionner en le verdissant, afin de développer un écocapitalisme profitable aux plus riches. L’écologie récupérée, dénaturée et falsifiée, sert maintenant de prétexte aux nouvelles servitudes modernes, permettant un pillage maquillé et effréné des derniers restes de vie à exploiter, détruisant la biodiversité, intoxiquant tous les écosystèmes. Le désastre est déjà là, l’extinction des espèces, l’intoxication chimique et la bouillie électromagnétique généralisée… Reporter la catastrophe sur un futur hypothétique en la limitant au réchauffement, c’est autoriser, au présent, son expansion mortifère multiforme. 

La propagande médiatique ne discute que de chiffres, de dates, de doses et de statistiques. Les caprices du climat mondial ne se modélisent pas dans leurs super calculateurs, les aléas des interrelations des processus vivants ne se résument pas à une série de chiffres et de moyennes, les interactions hypercomplexes d’un écosystème global n’entrent pas dans leurs programmes étriqués, la nature ne s’informatise pas. Le climat est une variation permanente, une instabilité en interdépendance avec son milieu, un phénomène complexe et ingouvernable. Il n’y a pas de coupable, il n’y a que des interactions dans des ensembles multiples ouverts à leur environnement. Il n’existe pas de système isolé, car nous vivons dans un monde composé de relations. Isoler une partie, disséquer en fragments séparés un système d’interactions complexes détruit la compréhension de l’ensemble. L’écologie est une manière de comprendre l’ensemble dans ses interactions, incompatibles avec la fragmentation concurrentielle du système capitaliste qui sépare, catégorise, spécialise, expertise, divise pour mieux contrôler, mieux réprimer et mieux profiter.

Les prédictions des experts gouvernementaux sont des suppositions scientistes, des commentaires idéologiques sur des hypothèses statistiques, des préjugés qui n’ont pas grand-chose à voir avec la recherche scientifique. La science nécessite un questionnement et une remise en cause permanents, c’est ce qui maintient sa réfutabilité, et donc la préserve du dogme. L’écologie récupérée est fragmentée, constituée de mesures chiffrées puis extrapolées, montées en représentations prédictives, en projections catastrophiques, administrant la réalité spectaculaire d’un capitalisme en décrépitude. 

Une prédiction statistique projetée dans nos représentations numériques n’est plus une hypothèse incertaine, mais bien une vérité d’une évidence implacable, une promesse indiscutable qui s’avère pourtant toujours décevante. La normalité idéologique représente le futur comme le seul modèle possible, une réalité inévitable à laquelle on doit se soumettre dès aujourd’hui. 

Les prophètes présagent l’avenir comme un devenir inéluctable, une fatalité de mauvais augure qui rend le présent acceptable. Mais ce maintenant illusoire n’est plus que dans cet avenir en devenir, le vécu s’étant perdu dans la représentation projetée, désintégrée dans son transfert.

L’écologie est une création de l’esprit, un concept dénaturé, réduit à une idéologie intolérante où le futur remplace le présent. La nature n’existe pas, c’est une abstraction, un prétexte pour séparer et ainsi maintenir une distance entre l’humain et son environnement, entre soi et sa propre nature. Étrangers au monde nous ne sommes plus nous-mêmes, séparés de notre propre nature, la vie nous échappe. 

Tous ceux qui ne s’incluent pas dans la nature, renient leur propre nature humaine, la rendent étrangère à leur vie, la chosifient pour mieux l’exploiter, transformant ainsi l’humain en marchandise parasite de la vie. L’écologie unitaire est un outil de compréhension globale de tout ce qui se vit sur terre, dans le contexte d’un écosystème élargi à la planète, avec ses interactions, dans le cours de leurs évolutions, de leur histoire. Les machines numériques ne peuvent pas prendre en compte les interrelations complexes souvent imprévues, au hasard d’interrelations multiples enchevêtrées, d’où émergent parfois des changements inattendus qui ne sont pas programmables.

Au service de leurs employeurs, les pseudo-scientifiques, experts d’État, trouvent évidemment ce qu’ils sont venus chercher. Les prévisions, tirées des calculs informatiques, amplifient les croyances qui protègent les intérêts de ceux qui les ont programmées. Dans des écosystèmes très complexes, les modèles informatiques ne sont pas très fiables et l’interprétation de leurs résultats souvent extravagants. Les pronostics catastrophiques sur le réchauffement produisent un climat anxiogène qui focalise nos réflexions et déforme nos compréhensions. Ces devins, au service des gouvernements, annoncent le désastre pour très bientôt afin de répandre la peur et l’angoisse dans l’intention de calmer les ardeurs de quelques rebelles et administrer la soumission volontaire au programme contraignant. L’extinction finale a été décrétée scientifiquement comme notre devenir inéluctable, et rabâchée dans tous les médias comme une publicité tapageuse. La focalisation de toutes les attentions sur un climat futur inaccessible fait disparaître un présent beaucoup trop dégradé et dénaturé. La vie sur terre n’est pas menacée d’extinction par une augmentation de quelques degrés du climat, mais bien par des pénuries d’eau, la raréfaction des nuages, la déforestation, la désertification, les pollutions chimiques, électromagnétiques et nucléaires. Par son exploitation sans limites, le capitalisme est destructeur et suicidaire, et le désastre qu’il produit est déjà là !

Tout ce qui est parcellaire et n’agit pas dans le sens d’un dépassement du système capitalisme dans son ensemble, est récupéré par celui-ci. Ce système capitaliste ne se réforme pas, il développe librement et sans entrave ses affaires fructueuses, par l’exploitation destructrice de tout ce qui peut rapporter gros. Il menace directement la vie sur terre, non pas par un réchauffement de quelques degrés, mais par une pollution débridée, omise et occultée par tous les mass médias. L’écologie spectacle orchestrée par les experts du pouvoir se fait complice, par focalisation restrictive, de l’intoxication généralisée de la vie par tout un système de contraintes rendu naturel. 

Le désastre est déjà dans notre vie quotidienne, il a intoxiqué ce qui reste de notre survie. Le monde marchand ravage une planète en ruine, et détruit la vie dont il tire profit avant qu’il ne soit trop tard. L’intoxication est biologique et mentale, les nuisibles sont au pouvoir, les décideurs sont des casseurs de vies. Pour les profits personnels de quelques hyperriches, les gens de pouvoir empoisonnent la société et saccagent les équilibres fragiles de la vie. Il ne s’agit pas de croissance ni de décroissance du capital, mais du capitalisme lui-même, qui est par essence dévastateur. La nature est notre propre nature, nous ne voulons pas d’un monde qui pourrit nos vies. Il ne s’agit plus de survivre dans la misère, mais de vivre pleinement. 

L’effet de serre n’est pas l’écologie, c’est aujourd’hui une focalisation obsessionnelle qui cache l’emballement des pollutions et l’intoxication de la vie. Peu importe les prédictions prétentieuses, c’est la pollution qu’il faut éradiquer, et le capitalisme, toxine de nos vies, qu’il faut éliminer. Les devins-experts sont toujours des menteurs, l’effondrement du vivant est déjà là ! Le monde survit péniblement dans l’intoxication générale. 

Il s’agit maintenant, pour échapper aux prédictions d’un désastre programmé, de construire un monde vivant, sans chefs et sans marchands, de prendre nos vies en main par une auto-organisation égalitaire, une révolution écologique, sociale et libertaire. Par détournement et débordement, à l’abordage du vieux monde en décrépitude, notre colère s’insurge contre une dictature économique mortifère, pour sauver la vie sur notre planète. Notre devenir ne se construira pas sur la croyance aveugle en un futur catastrophique, mais sur l’appropriation émancipatrice de nos vies, par nos expériences personnelles et collectives de révoltes partagées, d’où émerge notre monde commun égalitaire, sans contrainte ni entrave.

Toutes les courbes indicatrices de production ou de consommation grimpent en flèche alors que les ressources s’épuisent progressivement. Les spécialistes cherchent à limiter le désastre, minimiser les dommages en disséminant la misère avec quelques millions de morts acceptables, sans trop savoir ce qu’ils font. Il n’est pas possible d’appréhender le changement d’un système du point de vue de son fonctionnement interne, en ses propres termes. Les dirigeants tâtonnent à l’aveugle dans un enchevêtrement de doubles contraintes, prisonniers de paradoxes qu’ils ne discernent pas et qui les dépassent. Ce système d’exploitation marchand n’envisage pas d’autre solution que celle de perdurer dans son auto-destruction, occultant en permanence la fin de son existence comme seule condition de survie. C’est cette omission qui crée l’illusion d’un bien-être d’apparence dans une intoxication mentale généralisée.

Nos conditions d’existence sont gérées par ordinateurs qui nous ordonnent dans leurs procédures. Dans une société informatisée, on résout les problèmes de façon technique par une fuite en avant technologique. La raison technique passe pour un moyen de légitimation du pouvoir dominant, l’oppression devient une nécessité technique, et tout s’accélère dans une atrocité inhumaine. En s’emballant, le système engendre une dictature du désastre qui prétend gérer la catastrophe tout en la produisant, pour en tirer les meilleurs profits jusqu’à la fin. 

Le catastrophisme préfigure la fin du monde, il se construit dans l’apparence permanente d’un instant immobile, l’omission de tout bouleversement, sans renversement possible ni changement de perspective. Le catastrophisme est une soumission durable à l’inévitable programmé. Mais il va de soi que sans prédire l’avenir, on peut percevoir qu’un vaste processus destructeur a déjà commencé. 

Le choc sidère, la perte des illusions conformistes commotionne et fige les perceptions dans un refus de comprendre le cours des événements. Le système est en train de s’autodétruire dans l’illusion béate de son accomplissement technologique. Gérer le désastre est une soumission durable, il s’agit maintenant de le dénoncer et d’attaquer le capitalisme mortifère qui le génère. Nous en sommes au début de la fin du capitalisme, à l’aube obscure d’un Nouveau Monde, encore possible. Sortir d’urgence de cette société marchande inégalitaire, injuste, invivable et suicidaire est maintenant inévitable.

COUP DE VENT SUR POLLUTION MENTALE

Notre monde et notre espèce sont maintenant dangereusement attaqués et menacés par la marchandisation généralisée, jusque dans notre manière de le réfléchir. Le temps de l’exploitation et de son conditionnement est devenu irrespirable, changer d’air y est une nécessité vitale. Pour entamer un processus de libération ouvrant de nouvelles possibilités par recadrage sur la situation, nous avons besoin de comprendre le fonctionnement des manipulations toxiques du mental. Une désaccoutumance ne pourra commencer qu’avec une critique fondamentale des intoxications, réalisée effectivement dans un sevrage progressif. Ces pratiques peuvent avoir des formes diverses, spécifiques à chacun. Il n’y a pas de guide de désintoxication mentale, il n’y a que des expérimentations personnalisées. 

Cette reconstruction volontaire évolue par une déprogrammation du conditionnement normatif en ouvrant de nouveaux espaces de liberté, et s’améliore par une désintégration de la dissociation, dans une nouvelle cohérence unitaire construite sur une réappropriation personnelle de son vécu, à travers un changement de perspective individuel et collectif.

La machinerie qui gère la société, la désincarne dans une abstraction automatisée. Mais ce n’est pas contre un système technologique abstrait et impersonnel que l’on peut se soulever pour le renverser. On ne s’attaque pas à un outil, mais à ceux qui l’utilisent pour exploiter les populations, la classe bourgeoise et ses hommes de main. Quant à l’infrastructure informatisée qui contrôle et administre les rapports sociaux, elle doit être sabotée et détruite là où elle commence à s’effriter. Passer par où c’est le plus facile permet d’aller plus loin. 

En dépersonnalisant la domination, la responsabilité des prédateurs disparaît, elle devient inaccessible, sacralisée en une technocratie indispensable, une informatisation générale inévitable, qu’il s’agirait juste de régler et de réajuster pour que tout paraisse acceptable, occultant définitivement l’exploitation illimitée des populations par quelques hommes. Ainsi la technologie numérique divinisée dissimule l’autorité dans son programme, qui devient lui-même l’autorité suprême. C’est cette exploitation barbare informatisée, et l’oppression insupportable qu’elle produit qu’il faut abolir pour s’émanciper de la marchandisation et de son aliénation. Il faudra casser l’autorité qui engendre la servitude pour pouvoir se réapproprier collectivement la maîtrise de nos conditions d’existence, par une auto-organisation libre et égalitaire.

L’efficacité par l’unité est un mythe centralisateur qui cache la domination de quelques bureaucrates. Il n’y a pas de convergence unificatrice sans uniformisation et prise de pouvoir d’une minorité. Nos organisations horizontales n’ont besoin que de coordinations temporaires. La diversité des points de vue et des actions en recherche d’osmose est notre force et la vitalité de notre émancipation libératrice. La liberté ne se centralise pas, elle ne s’impose pas. La représentation par des délégués, une élite bureaucratique désignée, est la porte ouverte à la prise de pouvoir par une minorité de profiteurs. Un parti à prétention révolutionnaire, qui se croit éclairé et détenteur exclusif d’une vérité universelle, ne peut qu’imposer sa dictature à un peuple qu’il considère ignorant et demeuré. 

La dictature du prolétariat est une escroquerie qui donne les pleins pouvoirs aux dirigeants d’un parti censé représenter un prolétariat berné par ses propres délégués. La dictature du parti permet d’anéantir le mouvement révolutionnaire, au profit d’une bourgeoisie bureaucratique, en instaurant un capitalisme d’État.

Actuellement, les actions sont spécialisées et séparées les unes des autres. Ce sont des revendications par corporation, par secteur, par communauté, des réactions à l’humiliation, la violence dans un domaine précis. Ce sont des critiques parcellaires qui omettent une remise en cause générale. En séparant et restreignant les actions à des domaines particuliers, c’est le fonctionnement général de la société qui se retrouve acceptable, car non remis en cause. Les révoltes partielles, locales et parcellaires ne peuvent se réaliser pleinement que dans un renversement de perspective global. 

Les populations appauvries par un capitalisme qui se croit triomphant se sont prolétarisées en nombre sans s’en rendre compte. Le prolétariat, qui n’a aucun pouvoir sur ses conditions d’existence, est le seul à avoir vraiment intérêt à abolir toutes les classes par la suppression de toute domination et de tout esclavage, ainsi que par sa propre dissolution dans l’auto-organisation de l’émancipation humaine. Le seul but du prolétariat est sa propre disparition en tant que classe d’esclaves et d’exploités pour une libération égalitaire et la désaliénation de tous.

L’avant-garde révolutionnaire est un mythe dangereux. C’est un intellectualisme dominateur qui critique et manipule un peuple ignorant, un radicalisme idéologique qui, par ses actions exagérées, ses vérités factices et ses discours grandiloquents, cherche à impressionner les assemblées qu’il veut manipuler et contrôler. Ces petits chefs arrivistes et nuisibles jouent de leurs simagrées pour récupérer à leur cause uniforme des mouvements polymorphes qui leur échappent.

Les médias représentent et mettent en scène une réalité cadrée, tronquée, occultant toute critique et toute contestation globale, répandant l’image d’un monde compatible avec les intérêts des affairistes milliardaires, propriétaires de toutes les agences de presse et de communication. C’est pour cela que la révolution ne sera pas télévisée, mais plutôt occultée, déformée, dénigrée, calomniée… Toute action qui cherche à se faire médiatiser, croyant ainsi exister, sera récupérée et détournée par les pouvoirs dominants afin de servir leurs propres intérêts. Tout compromis avec les usurpateurs de pouvoirs est une capitulation. La mise en représentation s’intègre à un monde qui se maintient dans l’illusion. Déserter les rôles et dénigrer les contrôles par irrespect des règles et rejet de l’autorité permettent l’émergence du dépassement de la conformité. 

La forme de nos combats n’est pas une fin en soi, mais seulement un moyen parmi d’autres. Se fixer sur l’apparaître de nos actions, produit des images plus importantes que les actes de libération. Le changement en spectacle produit la mise en scène d’une révolution fantasmée qui économise sa réalisation effective. La précarité du monde en représentation entraîne des contestations précipitées parcellaires, des apparences de révoltes épisodiques dont le seul but est d’être vu, de passer à la télé. La représentation visible de la rébellion occulte la volonté de changement global qui l’habite et l’anime.

La récupération, par le système, de sa contestation passe par les polémiques des politiques partisanes. La récupération des révoltes contre l’esclavage du travail passe par le réformisme syndical corporatiste. Les syndicats négocient avec nos exploiteurs les conditions de notre exploitation, la quantité de souffrance acceptable pour survivre, alors que ces révoltes expriment la nécessité de l’abolition de l’exploitation et la volonté de renverser la dictature économique qui en gère le fonctionnement. Ce système marchand totalitaire n’est pas réformable, il suit son développement technologique irréversible, l’exploitation capitaliste y est sans entrave et non négociable, on n’y discute que de détails sans importance. Inexorablement, le capitalisme entraîne l’humanité dans encore plus de misère et de souffrance, sauf pour quelques-uns.

Changer la vie est l’essence même de tout mouvement révolutionnaire. La multiplication des ZAD dans un monde restant capitaliste est nécessaire à l’expérimentation autonome collective, mais ne sera pas suffisante à un dépassement émancipateur. Il est préférable de multiplier les horizons dans la perspective d’une sortie mondiale du capitalisme. Personne n’a à imposer aux autres sa manière de faire. Il ne s’agit ici que de bricoler ensemble une organisation souple et opérante au fur et à mesure des actions communes. Aucune structuration prédéfinie des combats et de ce qu’on en dit ne sera une garantie de la radicalité révolutionnaire de nos luttes. Seules nos pratiques vivantes de prolétaires antiautoritaires et égalitaires portent en elles leurs devenirs. 

Dans un monde d’affaires mafieuses au bord de la faillite, où l’illégalité est une pratique quotidienne des privilégiés, les décideurs accompagnés de tous leurs petits chefs corrompus ne sont plus crédibles, la hiérarchie ne peut plus être respectée et l’autorité devient alors un abus insupportable. Il n’y a aucun principe à suivre servilement, aucune ligne de conduite à respecter, aucun mode de vie à adopter, chacun est libre et responsable de ses choix envers les autres, tout est discutable à tout moment. L’amour, le plaisir, la paresse, la passion d’apprendre et de partager, le jeu sur les règles du jeu, le détournement, le discrédit du spectacle et la ridiculisation de la publicité, l’irrespect de l’autorité et de ses interdits, sont autant de pratiques anarchistes nécessaires à un renversement de perspective, et indispensables à l’irruption insurrectionnelle d’un mouvement révolutionnaire. 

Anarchiste n’est pas une étiquette, une organisation, une identité, un logo ou un drapeau, mais bien une pratique vivante auto-organisatrice antiautoritaire et égalitaire d’une personne dans ses expérimentations individuelles et collectives, qui la rend autonome, sociable et toujours ingouvernable. L’anarchie, ou l’absence d’autorité est le mode d’organisation le plus complexe et le plus fiable, c’est la construction collective d’une recherche d’harmonie auto-réalisatrice la plus évoluée.

La liberté d’action et d’expression ne peut pas se restreindre et se diminuer dans une uniformisation unitaire contraignante sans s’étioler et disparaître. Agir et en parler est multiforme et doit le rester pour respecter la liberté de chacun, et s’enrichir en se renforçant de l’abondance de la diversité, dans la profusion des différences, et une mouvance complexe coordonnée. Lorsque la richesse multiple des interactions franchit un certain seuil, le mouvement global engendre de nouveaux comportements d’ensemble tout à fait imprévisibles. Contre la soumission à une uniformisation normative, notre éclectisme est notre force vitale en rébellion. Réinventer les incroyances d’un moment multiforme c’est libérer du possible dans le réel du vivre ensemble. 

Pour prendre un peut de discernement dans la confusion, il s’agit de commencer à ne plus s’agripper aux normes, rêver en dérive, expérimenter le hasard, poétiser l’inattendu impromptu… Les liaisons développées dans les rêves sont des analogies en action qui permettent de confondre des univers différents jusqu’alors bien séparés par une pensée intellectuelle fragmentée. Reliée par similitude, métaphore, transposition, combinaison, l’utilisation du hasard dans un ensemble de faits multidisciplinaires crée un contexte transversal. D’associations fortuites de rebondissements analogiques, émergent des processus créatifs. Rêver rend inventif, et perdre ses certitudes intelligent. Notre propre nature vivante est imprévisible et innovante.

Il n’y a pas d’objet sans sujet observant, l’idéal de l’objectivité est une chimère. Les dualités du bien et du mal, du vrai et du faux sont des concepts restrictifs contraignants qui aliènent notre compréhension des phénomènes. C’est en renonçant à nos certitudes que l’on peut comprendre l’absence de fondement, comme le commencement d’un abandon des croyances restrictives aveuglantes, une libération ouvrant des espaces d’émancipation par une reconstruction réciproque des sujets agissants dans le cours de la vie d’une communauté égalitaire réinventée. 

La curiosité d’une recherche continue nous libère d’une pensée restreinte à des certitudes immuables, qui compartimente et mutile. Quand dans le vivant de la réflexion tout est lié, interdépendant dans une évolution commune, rien n’est définitivement acquis, tout reprend vie dans une transformation créative permanente.

Il n’y a qu’un libre jeu qui se joue des règles, la création temporaire d’un ailleurs éphémère, les désirs les plus fous, les rêves, les utopies, l’invention d’incroyances, le bricolage de l’improbable, qui puissent permettre l’ouverture sur de Nouveaux Mondes de libertés dans l’égalité, sans contrainte et sans entrave. 

Nous construisons notre monde avec d’autres personnalités qui sont différentes de la nôtre. Si nous voulons continuer de coexister malgré les conflits, et ne pas nous exterminer, il nous faudra reconnaître que nos certitudes ne sont plus des preuves, que toute vérité est issue de notre construction mentale et ne peut être que relative à notre point de vue et à nos croyances. Si l’on ne veut pas nier l’autre dans son existence particulière, sa personnalité, sa liberté, il nous faut élargir notre perspective en incluant un domaine qui permette à tous de s’accorder librement dans l’émergence d’un monde commun.

Une société humaine se compose de personnes différentes et similaires, toutes considérées comme nos égales. Le monde n’est plus la réalité objective des marchands d’illusions, mais une libre construction collective auto-organisée qui prend sa source dans la rébellion et l’émancipation commune. 

Tout sujet actif de sa vie n’est plus contraint à se faire déterminer par une restriction objective d’une réalité sans sujet. Il déploie alors une pensée situationnelle agissante où le sujet s’implique dans son monde en le transformant avec les autres. 

La différence des points de vue nous offre la possibilité d’esquisser un processus consensuel commun, créant de nouveaux horizons. Cette conception plus large, s’inspirant des écosystèmes de la nature, considère chaque acteur de la société comme étant lié et interactif à l’ensemble. C’est l’émergence d’une situation dans l’angle mort du contexte, décalé dans un renversement de perspective. Cette approche globale transversale prend en compte la pluralité des perspectives, les relations et les interactions entre les membres vivants d’une société plus humaine. 

Aucune vérité qui se croit divine, parce que la seule possible, ne peut convaincre sans vaincre les “hérétiques”, et s’imposer autoritairement sans détruire la composition d’un monde commun, construit ensemble en se considérant tous égaux. Toute prétention à une vérité universelle est destructrice d’humanité.

Quand le seul futur proposé par un système marchand suicidaire se limite aux profits à prendre sur l’autodestruction de son devenir, le pillage de son économie, l’épuisement de ses ressources, l’intoxication de tous les organismes vivants, alors l’hérésie de son dépassement devient la seule issue viable. Seules les illusions de notre aliénation mentale sont prédéterminé dans un immobilisme durable. Ce qui est vivant n’est pas déterminé, ce qui le spécifie c’est qu’il s’autoproduit et s’auto-organise dans sa propre dynamique. 

La vie bricole ses diverses possibilités, cherchant à prendre sa liberté d’agir en utilisant des moments émancipateurs au hasard de ces temps incertains. L’expérimentation du hasard utilise l’imprévu, l’affine dans le doute en affirmant son autonomie. Il ne peut pas y avoir de limites à la liberté, son usage égalitaire est toujours insuffisant. C’est un Nouveau Monde que nous faisons émerger ensemble par nos actions émancipatrices.

La croyance aveugle au monde du spectacle se désagrège ici et là, alors l’intoxication mentale perd prise sur une part croissante de la population. La critique en actions et l’émancipation naturelle peuvent alors se libérer dans un renversement de perspective de combat. Certains rebelles, cherchant à renverser la situation qu’ils subissent, occupent un espace dans des manifs qui ne sont pas les leurs, se reconnaissent et se regroupent afin d’habiter spontanément le mouvement, déborder en ne respectant pas ses règles, et le détourner de ses habitudes normalisées. Tout ce qui ne vise pas au dépassement du système capitaliste, tant en paroles qu’en actes, le renforce dans sa domination totalitaire. 

La combinaison d’actions autonomes interagit et dégage une synergie de coordinations temporaires, pouvant générer un effet cocktail d’agitations favorisant l’émergence de troubles imprévus. Des effets multiplicateurs qui sont toujours plus que la somme de ses composants s’enclenchent par associations fortuites. La symbiose de complexités éclectiques au cours de fortes interactions peut avoir des effets inattendus, déclenchant des réactions en chaîne imprévisibles. L’effervescence de la révolte et le plaisir de l’émancipation sont communicatifs, et la mutinerie générale qui s’ensuit répand ses réjouissances dans ses jeux subversifs.

Le désir de changer s’émancipe en plaisir de changer ensemble. Ce recadrage qui nous décale dans l’invention d’un devenir désirable, change notre interprétation de la situation. Les règles du jeu se retrouvent modifiées par le débordement d’un détournement. Ne respectant plus les codes de la soumission, nous augmentons le nombre de choix possibles, créant ainsi de nouveaux espaces de liberté. Les croyances réductrices autoritaires se font alors submerger par des bricolages opératoires, une agitation contagieuse qui renverse les situations critiques. 

Le libre contenu de la révolte cassant la normalité et désintégrant la soumission dans l’action, dans sa perspective révolutionnaire en rupture avec le vieux monde, est déjà sa forme en train de se réaliser. Seule une remise en cause globale sans équivoque peut permettre le début d’un changement effectif de nos vies, par l’appropriation du pouvoir de décision sur nos conditions d’existence et la libre auto-organisation égalitaire locale, tout en renversant la dictature marchande qui nous détruit et intoxique notre monde. 

La fin de ce monde est une nécessité vitale. Quand tout semble sous contrôle, figé, réprimé, il y a toujours une part émergente non assujettie, un no man’s land imprévu où s’auto-organise un brin de vie qui s’est échappé pour ne pas disparaître. Quand la pression des pouvoirs dominants augmente, des fuites apparaissent et se propagent, des débordements dissimulés se répandent là où l’on ne les attendait pas, imprévisibles. 

La révolution n’appartient à personne, sinon à tous ceux qui la font, libre de son développement en devenir, inventant les incroyances d’un Nouveau Monde en construction. Seule une intelligence situationnelle partagée, étrangère et rebelle à la paralysie toxique de l’autorité peut explorer la quintessence des dissonances dans leurs radicalités, à la racine d’un vécu partagé. Dans une cohérence collective en recherche d’osmose, il s’agit maintenant de prendre le temps de s’accorder dans un jeu de changement de perspective, au cours des disparités discordantes passagères, dans l’harmonie d’une polyrythmie commune, avec ses contretemps, ses syncopes, ses cassures enchevêtrées, ses cafouillages récréatifs créatifs.

Lukas Stella, mai 2020

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Lectures complémentaires :

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie


Solidarité Union Persévérance Réflexion Action
Vers la société des sociétés

Ce monde façonné pour nous doit disparaître pour laisser place à un monde façonné par nous (1ère partie)

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , on 5 octobre 2020 by Résistance 71

Double monde

Lukas Stella

Mai 2020

1ère partie

2ème partie

Confinement en confusion, démence sous air conditionné

Agrippés à nos croyances normalisantes, nous nous retrouvons confinés dans nos certitudes. Le monde qu’on nous présente dans ses représentations spectaculaires, est une escroquerie, celui qu’on se représente soi-même une illusion. Cette réalité mise en scène sous air conditionné, réfléchit l’image de soi selon l’air qu’on lui donne dans les apparences trompeuses de la société du spectacle. Un deuxième monde apparaît qui se substitue au temps vécu qui nous échappe.
Ne pas se leurrer sur nos interprétations des situations peut nous permettre de mieux nous approprier nos perceptions et notre compréhension de ce double monde confus, mensonger et hypocrite, afin de pouvoir le transformer collectivement par nos actes de rébellions émancipatrices, partagés dans une convivance insurrectionnelle.

UN SYSTÈME DE CROYANCES RÉGI PAR LA PEUR

Sous la dictature économique et son conditionnement publicitaire, la liberté se crée dans un combat quotidien. Ce n’est pas un concept abstrait à l’usage de philosophes, de politiciens ou de publicitaires, mais bien une pratique individuelle et collective égalitaire. C’est la possibilité de pouvoir choisir l’usage de son temps, de la disposition de son corps et de son mental, de l’expression de ses émotions sans contraintes ni entraves. 

Le pouvoir de choisir un pouvoir dominateur autoritaire n’est pas une liberté. Celle-ci nécessite que les conditions d’existence soient consenties par chacun et auto-organisées égalitairement par tous. Personne ne peut imposer sa conception de la liberté sans nier celle des autres. La liberté s’accomplit par la fin de toute domination, l’abolition de l’esclavage du travail et de la mesure des inégalités par l’argent. Elle se réalise par la dissolution de la normalité imposée dans une diversité partagée. Elle ne peut être que générale, pour tous ou pour personne.

La privation de liberté est l’abus de pouvoir de l’État policier pour maintenir et renforcer l’ordre de sa domination. Elle peut être subie ou acceptée dans une prison, un hôpital psychiatrique ou à domicile. Le confinement consenti est une astreinte collective à rester enfermé, un effort nécessaire, une incarcération volontaire à domicile. Si l’épidémie est grave, elle n’est pas dramatique. La moitié du monde a été confiné pour le Covid-19, incarcéré à domicile, interné la peur au ventre. C’est l’hystérie sécuritaire d’un pouvoir despotique qui est contagieuse et dangereuse. Le conseil scientifique du pouvoir fascisant est corrompu et pas crédible. Sous de faux prétextes, par les mesures coercitives d’un état d’urgence, on nous prive de nos libertés, pendant que la pensée unique médiatisée produit des crédules bien soumis. Le conditionnement mental est entretenu par une psychose permanente, et la soumission par l’instauration d’un climat de peur et de panique.

Le confinement isole, sépare et déshumanise dans l’aliénation d’une survie de misère. Le rapport aux autres est devenu virtuel. Les prothèses technologiques ont remplacé les relations humaines. À ce qui était directement vécu s’est substituée une représentation numérique dans une mise en scène spectaculaire des rapports marchands. Et les manifs virtuelles au balcon n’expriment qu’un simulacre de révolte, des faux semblants qui affirment une résignation aux mensonges officiels de l’État policier. Dans les réseaux sociaux, il n’y a de communautaire que l’illusion d’être ensemble. La fausse communication fait de chacun le flic des relations aux autres dans un isolement bien réel. Les personnes-objets ne sont plus que des marchandises connectés virtuellement.

Les médias et les politiques ont piqué leurs crises de nerfs hypochondriaques. La peur irraisonnée de la maladie et de l’autre présumé contagieux fait accepter les contraintes et la privation de liberté, la psychose fait endurer un peu près n’importe quoi, se résigner à subir la dictature et se soumettre à l’ordre sécuritaire. L’autre n’est plus qu’un ennemi contaminant qu’on maintient à distance, par des gestes barrière, nous plaçant ainsi dans un isolement sécuritaire autogéré. Et si l’autorégulation ne suffit pas, une discipline sécuritaire infantilisante nous rappelle violemment à l’ordre par la répression et l’obligation de payer une amende. Le confinement général, accompagné de l’absence de dépistage à grande échelle au plus tôt, et de l’absence de traitement par médicament, a prouvé son inefficacité, sa dangerosité par la psychose malsaine qu’il entretient. Toutes les lourdes menaces épidémiques répandues par les médias et les politiques se sont toujours avérées après coup, exagérées, fausses et mensongères. 

Mettre en perspective les chiffres morbides relatifs au développement de l’épidémie, dont nous bombardent quotidiennement les médias, en les replaçant dans un contexte élargi dans le temps et l’espace, peut permettre, par comparaison, de les relativiser et de dédramatiser les prévisions désastreuses et anxiogènes diffusées de partout. L’analyse critique et la réflexion situationnelle sont les seules échappatoires à cette propagande catastrophique qui répand dangereusement la crainte, la frayeur, l’angoisse et l’affolement.

Les modélisations prédictives des biostatisticiens font office de dogme, justifiant la terreur et son état de guerre, permettant d’instaurer rapidement un régime totalitaire. L’acceptation de la contrainte exprime l’espérance d’une libération future, la pénitence devient rédemption, et la croyance en ce devenir une évidence avérée, une religion scientiste. C’est une conviction proche de la foi, construite sur une prédiction probabiliste qui s’impose comme une dévotion fanatique indispensable à une résurrection salvatrice. 

Une fois que la dramatisation a été crue, et le prétexte accepté, tous les gens de pouvoir se sont précipités pour utiliser cette aubaine et en profiter au maximum, que ce soit des États, des trusts ou des spéculateurs. 

La dette des États, gonflée par la Banque Centrale Européenne, sert à payer les entreprises et les financiers, et sert aussi de justification aux politiques d’austérité, qui ont déjà broyé nos services publics, nos systèmes de santé, nos droits, nos conditions de travail, nos congés… La création monétaire de milliers de milliards pour combler les dettes des entreprises, des actionnaires et des financiers, dévalue l’argent par une augmentation des prix et la résurgence d’une inflation tenace. En payant plus cher les marchandises, on paie une sorte de taxe au pouvoir pour rembourser cette dette, et ce racket général peut proliférer grace aux politiques antisociales. Sous prétexte de l’état d’urgence sanitaire, des mesures sont mises en place pour la surveillance généralisée, le tout sécuritaire faisant infuser dans les esprits la peur, le repli sur soi, la culpabilité et la stigmatisation. La récession économique produit une régression sociale avec une augmentation considérable du chômage et de la misère. Cette insécurité sociale justifie le durcissement de la dictature économique et de la tyrannie technologique.

Le spectacle médiatique génère en permanence un vent de panique pour faire accepter l’escroquerie de la crise financière qui a surfé sur l’épidémie. La crise est la norme. La panique des uns fait le bonheur des autres. Le capitalisme n’est pas affaibli par la crise, passer d’une crise à l’autre est son fonctionnement normal. Le krach est un outil financier. La crise est déclenchée par les spéculateurs les plus avisés pour accélérer et accroître énormément et rapidement leurs profits sur le dos des plus petits qui ne l’ont pas vu venir. 

Cette crise était annoncée de longue date, les spéculateurs milliardaires ont utilisé le coronavirus pour mieux la déclencher et en tirer les meilleurs profits, quitte à ébranler l’équilibre général. L’économie et la production représentent moins de 10 % des richesses, les 90 % restant traficotent dans les sphères de la haute finance, dans des bulles financières spéculatives, qui rapportent bien plus que l’économie réelle pour ceux qui en ont les moyens et savent y faire. Si l’économie s’en retrouve affaiblie, c’est pour mieux faire payer les populations. Quand certains perdent, d’autres gagnent, rien ne se perd, la circulation de l’argent s’accélère considérablement pour un moment seulement. 

La démocratie est suspendue, la dictature établie, la loi martiale imposée. Le couvre-feu permanent est accompagné d’autorisations spéciales de sortie, instaurant le contrôle généralisé de la vie quotidienne. Il fallait écraser la rébellion qui se répandait et s’installait dans la durée. Ils devaient utiliser les grands moyens pour faire taire cette contestation mondiale, dans une période d’instabilité pour éviter l’effondrement des pouvoirs dominants et préserver les privilèges des hyper-riches. L’autorité de l’État policier est renforcée afin d’achever le grand pillage des biens publics, et de parfaire l’arnaque de la crise financière que les populations encore plus appauvries devront payer, en se soumettant à leur misère soudainement accrue.

Au cours de cette survie anxiogène sans devenir, les situations stressantes habituelles activent dans le cerveau des comportements réflexes de protection, d’adaptation et de soumission qui empêchent de réfléchir et de comprendre les situations subies. L’intoxication mentale des médias de masse se répand sans être vue, elle contamine l’air de rien. Notre exposition permanente à des produits ou des informations toxiques produit une accumulation de toxines persistantes dans notre organisme jusqu’à saturation. Nous sommes sous perfusion directe, dans notre corps et notre mental, empoisonnés de toute part en quantité infinitésimale et constante sur le très long terme. L’habituelle accoutumance nous est imperceptible, mais la dépendance bien réelle qu’elle entraîne produit une addiction durable maladive. 

La libre exploitation de la vie est inhérente au fonctionnement du capitalisme, la pollution dévastatrice qui en découle détruit l’humanité. Le pouvoir destructeur de la production marchande n’a plus d’entrave dès lors qu’il est économiquement nécessaire aux affaires juteuses de quelques multimilliardaires. La marchandisation s’est étendue à la globalité du monde, ses nuisances n’ont comme limites que l’écroulement général. 

Pour ne pas sombrer avec un monde en perdition, il est important maintenant de comprendre que notre intelligence cognitive est polluée par toutes sortes de toxines, et se retrouve, sans qu’on s’en aperçoive, conditionnée et diminuée. Notre appréhension du monde devient confuse et obscure, et notre aptitude à nous l’approprier réellement aliénée.

Nous sommes séparés du monde sur lequel nous n’avons plus de prise. Cette réalité séparée nous échappe. On nous fait croire que chaque chose a sa place, qu’il ne faut pas tout mélanger et que cette dissociation favorise l’étude scientifique qui permet de différencier le vrai du faux. L’ignorance volontaire de la compréhension de l’ensemble, compartimente la pensée et limite la réflexion à des oppositions contradictoires bien cloisonnées, réduit l’intelligence à une soumission maladive, à une accumulation de vérités préfabriquées séparées, intransigeantes et autoritaires. La compréhension globale pertinente est diminuée et aliénée par les omissions, la focalisation, le cadrage, les séparations, la dissection, la décomposition. Tout est bien rangé dans des cases et n’est qu’affaire de spécialistes experts. La bonne convenance en vigueur impose une totale soumission à la conformité admise. 

Tout ce qui était structurellement relié est tranché dans le vif, disséqué, isolé puis bien séparé. Cette conception qui détruit la cohérence de la vie est pathologique. Nous sommes coupés mentalement de notre nature vivante par cette doctrine réductrice dominante. Étrangers à nous-mêmes, nous sommes étrangers aux autres et à notre monde qui devient un environnement extérieur, un objet à maîtriser, une marchandise à optimiser pour les affaires. Cette réalité objective prédéfinie, composée d’objets de commerce, se présente comme une évidence à laquelle on doit impérativement se soumettre, une fatalité. 

L’expérience de l’existence se limite à la consommation de ses représentations. L’absence d’expérimentation vécue fabrique un monde abstrait d’objets désincarnés. Dans une réalité dominée par les objets, se confondent dans la confusion, la perception d’un fait et son interprétation, l’observation et l’idée qu’on s’en fait, la description et son commentaire, l’expérience directement vécue et des jeux d’apparences préfabriqués. Notre vision du monde est troublée, détériorée, dénaturée et falsifiée par cette manière de voir, réelle toxine mentale qui nous empoisonne la vie. 

Pour nous émanciper de ce conditionnement uniformisé, nous devons expérimenter des pratiques personnelles situationnelles, d’où émerge une compréhension dont le sens dépend du contexte et du cours des événements. On peut ainsi commencer à comprendre les transformations des processus de la vie, dans le cours de leur histoire propre. Pour éviter de se faire enfermer et figer dans des vérités obtuses et autoritaires à prétention universelle, il nous faut partir de points de vue plus larges qui facilitent le partage de communications sur nos propres communications dans l’émergence d’une coopération collective égalitaire, indispensable au renversement de l’ordre des choses marchandes.

L’information répandue par la presse, soumise aux directives de ses actionnaires a été mise sous la tutelle de quelques trusts médiatiques. L’opinion uniformisée est aujourd’hui manipulée et programmée dans la mise en scène de sa représentation. Le pouvoir illimité des agences de presse internationale permet la centralisation, le contrôle et la censure des infos mondialisées. La focalisation simultanée des mass-médias révèle et dissimule cette censure à la base de la construction de toute information déformante. Les faits sont récupérés, détournés dans un point de vue conforme aux intérêts des affairistes milliardaires, puis transformés en actualités événementielles, vision contemplative du désastre présentées en drames obsessionnels, qui servent prétexte au développement de politiques liberticides et antisociales. Ces grands organes de presse mettent la pression sur notre mental en organisant et conditionnant la vision et l’entendement de la réalité d’un monde en perpétuelle représentation. 

Le réel est ce qui est visible, ce qui n’apparaît pas n’existe pas. Tout ce qui sort du cadre, ce qui est hors champ n’a pas de réalité. Ce qui est derrière l’objectif n’a pas d’apparence, et est effacé. Cette omission forme l’angle mort du contexte dans l’observation restreinte d’une vision bornée, obtuse et étriquée. En changeant de point de vue, en recadrant plus large avec un contexte plus étendu, on change le sens accordé à la situation, ce qui en modifie la compréhension en l’enrichissant dans une dimension plus globale. 

Mais dans le monde des apparences, les convictions sont prises pour des vérités, des principes dogmatiques que l’on croit naturels. La vérité n’est qu’une croyance arrogante qui méprise les autres considéré comme étant fatalement dans l’ignorance et l’erreur. Ce qui est pris pour la vérité n’est qu’une approximation partielle prétentieuse. Ce n’est que l’illusion mégalomane de la perfection qui ne peut que s’imposer autoritairement comme le seul point de vue possible, la seule réalité. Ce n’est qu’une conception de l’esprit de l’observateur, à un moment de son histoire, qui ignore les autres, en les niant comme individus libres et égaux. 

Pour nous enrichir et nous accomplir nous pouvons affiner nos différences ensemble par une coopération égalitaire, en partageant, comparant et confrontant nos observations, nos réflexions et nos compréhensions du moment. Le réel se concrétise dans le monde que nous habitons en le vivant, en prenant les dimensions de notre cohabition avec les autres. L’accomplissement personnel se vit dans cette mise en commun qui construit nos existences. Nos dérives spontanées engendrent notre devenir dans le cours des hasards partagés.

Dans le monde des apparences, l’utilisation de certains mots, la critique de certaines idées reçues intouchables déclenchent un processus d’identification arbitraire, la réduction d’une personne à une simple étiquette, catégorisée et stigmatisée. La science des marchands en est un exemple garanti, comme vérité incontestable d’une unique réalité qui s’impose comme une évidence. C’est la dictature des experts du pouvoir dominant. 

Méfions-nous de ce scientisme mercantile, et ne prenons pas la propagande conformiste de nos ennemis oppresseurs pour des réalités irréfutables. Remettons en cause leur pensée unique, discutons des faits, des démonstrations, des interprétations et des déductions, critiquons leurs évidences autoritaires, comparons les chiffres dans un contexte historique élargi, sans utiliser d’étiquettes exclusives et dénigrantes, qui jugent arbitrairement sans réflexion ni débat possible. Le bannissement ne rend pas intelligent. Tous ceux qui condamnent une personne, la stigmatisant comme hérétique, parce qu’elle n’est pas dans la norme admise, en lui collant une étiquette méprisante et colomnieuses, sans exprimer leurs analyses critiques sur les arguments et les démarches explicatives, n’expriment que leur arrogance prétentieuse, leur manque de réflexion, leur nuisance et leur confusion, qui entretiennent une soumission volontaire à la conformité dont ils se rendent complices. 

Ceux qui traitent de “complotistes” les personnes qui comprennent les situations avec une perspective différente des idées admises, sans se référer explicitement à l’analyse du spectacle répandue par les médias comme idéologie de la caste dominante, s’économisent tout discernement et toute argumentation critique, et restent ainsi les esclaves du système de représentation de ce vieux monde marchand en perdition. 

Notre diversité vivante est bien plus riche et créative que leur normalité intolérante. Nous n’avons personne à convaincre, nous souhaitons seulement réfléchir ensemble avec nos points de vue divergents. Nous n’avons pas de ligne directrice à laquelle tout le monde doit se plier. Méfions-nous des détenteurs de vérités qui censurent et qui méprisent les ignorants pour les convaincre et mieux les vaincre. C’est une attitude guerrière, militaire, sectaire, voire stalinienne. Le partage et le débat sont la base des pratiques antiautoritaires et égalitaires.

La croyance aveugle en sa propre vérité n’est pas dans l’observation de la réalité, mais dans la relation qu’on a avec les gens qui ne croient pas à la même réalité. L’explication des phénomènes dépend des rapports qu’a l’observateur avec des gens qui partagent plus ou moins le point de vue dont il parle. Le mot n’est que l’étiquette de l’opération qu’il représente, mais pas une chose abstraite, extraite de sa propre expression. Cette opération, partagée avec d’autres, fait distinguer dans son contexte, les phénomènes en les faisant exister. On n’observe pas des objets étrangers et désincarnés, on contextualise nos observations dans nos relations avec d’autres qui sont différents. 

Le show de la société a inventé la réalité immuable. L’objectivité réaliste invente un monde figé chosifié, étranger à toute expérimentation humaine, à tout partage. L’omission volontaire du sujet vivant observateur, marchandise sa pensée en idéologie, séparée de son vécu incarné dans l’expérience de la situation vécue au cours de son évolution incertaine. Cette idéologie s’invente un autre monde, dans l’abstraction de sa représentation. 

Dans le monde du vécu, la réel n’est pas séparée de nous, il ne nous est pas extérieur, il fait partie intégrante de notre existence. En l’expérimentant avec d’autres, nous l’incarnons en le vivant. Comprendre notre expérimentation du monde nous fait prendre corps au cours de sa réalisation. Il ne nous échappe plus. On peut ainsi reprendre le pouvoir sur nos conditions d’existence et se réapproprier nos vies librement. 

Notre expérience personnelle ouverte aux autres et construite avec eux engendre une intelligence situationnelle incarnée dans le moment vécu, avec ses doutes, ses incertitudes, ses hasards, ses intuitions, ses inventions, son humour et sa spontanéité. 

L’intelligence ne se possède pas, ce n’est pas un stock de marchandises informatives que l’on peut se payer, mais bien un processus instable et irrégulier que l’on construit, qui nous défait et nous refait en permanence. C’est une suite d’expériences qui permettent le développement spontané de notre compréhension, une recherche d’équilibre qui convient, qui rend viable la situation vécue et qui enrichit nos capacités à avancer en s’assumant, avec nos doutes et nos incroyances, sur ce chemin que nous choisissons et inventons au fur et à mesure, dans la dérive naturelle de notre propre histoire. L’intelligence se réalise par une volonté de comprendre et par le développement des capacités à avancer par soi-même sur le chemin de cette compréhension.

Plus l’organisation de la société est autoritaire, procurant à un petit nombre tous les pouvoirs de décision, plus la stabilité sociale est fragile. Plus le nombre de décisionnaires est important plus les excès sont régulés par le nombre et la diversité. Plus la société est dictatoriale plus elle détruit son équilibre, sa cohérence sociale et plus elle est fragilisée dans une insécurité croissante. De même, le nombre de points de vue différents crée la richesse et la justesse de l’observation d’un phénomène. Comme l’explique la relativité restreinte d’Einstein, plus le nombre de coordonnées est important, plus l’observation se rapproche de l’exactitude. L’intelligence collective émerge des interrelations et de la coopération entre individus particuliers différents. 

Comprendre le fonctionnement d’un système c’est appréhender ses parties dans l’ensemble de ses interactions, dans l’entendement des relations qui composent les réseaux de sa structure particulière. La compréhension des relations, en tant que facteurs constitutifs d’une structure, génère une connaissance humaine évolutive. 

La collectivité crée une intelligence qui devance, et de loin, la simple addition de ses éléments. De la totalité se manifeste une pertinence irréductible qui dépasse ce qui la compose. Les concessions opportunistes des critiques partielles, aménagements de détails, améliorations de la forme, emprisonnent l’entendement dans un réformisme collaborateur et conformiste. Il importe de rattacher chaque critique à la totalité pour l’appréhender dans la complexité situationnelle de son vécu, et l’émanciper dans un renversement de perspective révolutionnaire.

EXHIBITIONS EN ÉTALAGE

La pub met en scène des images de marque dans ses vitrines. Elle affiche les signes de dépendance à la propriété privée, comme du bétail marqué au fer rouge par son propriétaire. Les marchandises se donnent en spectacle pour se faire remarquer et le système fait son show. Mais l’apparence du bonheur consumériste cache l’horreur de l’esclavage productiviste. Le plaisir d’achat du consommateur est toujours fugace et décevant. La pub n’est qu’une illusion, une opération marketing de l’existence, son euphorie est éphémère, ses réjouissances momentanées, son enthousiasme putrescible. Le rêve d’un instant masque le cauchemar d’une époque. Même si ses gratifications sont temporaires, le mythe de la publicité construit un sentiment d’identité unificateur dans une société merveilleuse, pourtant composée d’individus isolés en miettes, déstructurés par une compétition sans fin dans la permanence des apparences trompeuses. La séduction et la persuasion permanente de publicités tapageuses permettent à la dictature économique d’imposer ses restrictions antisociales sans trop se faire voir, planquées derrière les écrans de ses mises en scène numériques.

Tout le monde croit échapper à l’emprise publicitaire, personne ne se sent manipulé à son insu. C’est justement parce qu’on ne s’en rend pas compte que la pub est efficace. Elle agit insidieusement dans l’inconscient par son omniprésence et ses répétitions outrancières. Imbibé durablement dans la soumission aux marchandises, le bon consommateur-accro de pub devient un toxico du paraître dans un monde de spectacle. Une forte dépendance toxicomaniaque est produite par la recherche obsessionnelle de plaisirs de compensation dans une consommation addictive et compulsive de drogues marchandes, dealées par des publicitaires illuminés.

Les marchandises ne sont plus de simples objets de commerce, mais les images alléchantes de leurs marques. Leur valorisation dévalorise l’humain. La valeur ajoutée des affaires n’est plus dans la fabrication, mais dans le marketing. En consommant l’image remarquable, on devient soi-même l’image de marque que l’on a cru acheter. C’est son identité que l’on paie à la caisse, celle que l’on vend aux regards des autres comme production de sa propre consommation. 

Il suffit de catégoriser un individu à partir de la sélection de quelques mots clés pour faire un profil qui sera sa marque à faire remarquer. Il suffit alors d’avoir l’air pour se donner une apparence et faire bonne impression. L’image qui se remarque n’est pas une marchandise, mais un style de vie, une attitude à la mode, un ensemble de nouvelles valeurs toujours périssables. La pub impose sa culture, celle de la petite bourgeoisie, des marchands et des affaires. C’est la propagande d’un certain style de vie qui dissémine de partout la fièvre acheteuse. 

La pub comble de ses illusions le vide d’une vie vampirisée par un travail épuisant. Les faux besoins maquillent les vrais désirs pour mieux les travestir, les dissimuler pour mieux les occulter. Dépenser le salaire de misère, fruit de son esclavage et de la souffrance, donne accès à une partie des apparences difformes d’un bonheur factice, à un peu de paradis artificiels, en vendant son identité au rabais pour tenter de combler un manque tenace. Pour paraître quelqu’un, il faut donner l’illusion d’être, marquer son public, impressionner son assistance. Il suffit d’avoir l’air pour faire son effet sur des spectateurs admiratifs, se démarquant des autres par sa conformité assumée, acheté dans les étalages des rôles provisoires normalisés, puis consommé dans le show de son existence factice.

En achetant une satisfaction hypothétique, c’est l’appétence qu’on paie, en se goinfrant de ses propres désirs, cannibalisant sa convoitise. Dopés de pub on s’autoconsomme sans réelle satisfaction, en consumant ses rêves. 

Un amour imaginaire est mis en scène par l’érotisme investi dans l’objet désiré. Ce transfert d’amour projeté dans l’objet désiré divinise la marchandise. Le désir est fantasmé. Le désir de l’objet remplace l’objet du désir. Cette passion pour les bienfaits illusoires de la consommation est une marque de l’absence, bourrée de tristesse et de ressentiment, ne produisant que convoitise et frustration. 

Le consommateur de sa propre vie effectue un transfert émotionnel sur l’image d’un style d’existence. C’est ainsi que la pub trafique les personnalités en travestissant les identités, commotionne les sens en faisant son cinéma, par la projection d’un soulagement chimérique. S’assimiler à une représentation idéalisée simule un sentiment d’existence dans le vide de l’ennui. Quand la marchandise irrésistible se divinise, elle produit l’apparence flatteuse d’une vie accomplie. Ce n’est qu’une escroquerie normalisée, une monstrueuse opération de formatage déformant. 

Une survie intenable, dans la peur et la méfiance des autres, restreint l’individu à son animalité barbare jouée au théâtre des illusions décevantes. Ce comportement de prédateur ruine et détruit toute expression vivante de solidarité, dans une hystérie consumériste suicidaire.

La publicité ne cherche pas à convaincre, elle change inconsciemment le comportement de sa cible pour modifier sa manière de penser dans une soumission normalisée. L’individu à la norme marchande formalise le comportement modèle dans un asservissement librement consenti, inconscient et efficace. L’obligation de consommer est masquée par le choix téléguidé de sa marchandise miraculeuse. Les promesses salvatrices ne sont jamais tenues, et le consommateur déçu déchante très vite, insastisfait dans une frustration chronique.

La surconsommation de marchandises fortement présente dans les pubs en cours donne l’impression de s’intégrer à l’élite heureuse, celle qui est positivement dans le coup, sans jamais se faire dépasser par les événements factices du spectacle. Ce bonheur chimérique dépend d’une consommation toujours plus intense d’images marchandes, dans la peur permanente de se faire exclure et bannir du groupe des vedettes populaires du monde des apparences, la peur de finir dans une grisaille misérable et sinistre en dehors des projecteurs, passé de mode. La standardisation des comportements est renforcée par cette peur de paraître anormal. C’est une course compétitive pour être le plus adapté à la norme. 

Les super-branchés du conformisme publicitaire se prennent tous pour les vedettes du magazine, et sur la scène de leur quotidien, leur seul objectif est de bien se faire voir pour se faire remarquer et se faire reconnaître coûte que coûte. Il s’agit de jeter de la poudre aux yeux sans se faire démasquer, faire classe, frimer dans l’esbroufe et l’euphorie de la suffisance. L’éloquence exubérante nécessaire aux apparences de la bonne convenance n’est qu’un baratinage, une succession de mots à la mode du moment. Les mots sont pris pour les images qu’ils représentent, les phases produisent une accumulation d’images-objets entassées sur l’étalage du verbiage au marché des apparences, une succession de mots marchandisés alignés sur le présentoir de la représentation mise en scène. La stupidité de cette consommation de mots en représentation se fait passer pour de l’intelligence contemporaine, une marque de supériorité. Ces possédés de leurs possessions se glorifient de leur bassesse servile.

La pub récupère et déforme, elle n’éduque pas et n’instruit pas, mais détruit la culture d’une époque en changeant le sens des mots, maquillant la signification des situations pour les intégrer de force au système marchand. La culture pub est un mythe destructeur qui nivelle la diversité dans une programmation des comportements. L’homme intoxiqué de pub n’est plus que l’ombre de lui-même sous les projecteurs de sa mise en scène qui lui échappe. 

Pour ne pas se faire rejeter par les autres ni exclure de la société, il faut prendre un rôle, adopter un style de vie à choisir parmi les diffusions des spots publicitaires, ou dans les étalages du spectacle. Le bonheur a été standardisé dans les artifices euphoriques des normes publicitaires, le seul modèle de liberté admis dans les jeux d’apparences en représentation. C’est une toxine qui détruit la spontanéité créative de la vie, une aliénation générale nécessaire au déploiement sans limites d’un mercantilisme totalitaire.

Ce que les idéologies de la domination imposent collectivement comme normalisation sociale et politique, les stéréotypes publicitaires le transmettent inconsciemment, le gravent dans l’intimité, l’ancrent au plus profond en chaque individu. Pris dans l’image qu’il se représente, le bourgeois, comme exemple à suivre, est obsédé en permanence par son apparence. Sa contre nature sophistiquée se décompose en étiquettes, selon un code de bonne conduite, dans l’éloge du mérite… sa maison est la société du spectacle. Cet acteur de sa propre existence s’isole dans la solitude de son rôle à exécuter, obsédé par l’air qu’il peut avoir, l’impression qu’il donne, l’image projetée à son public. En séparant tout, un peu partout, du tout, le cadrage de ce cinéma de la non-existence désagrège une unité en miettes dans une discontinuité permanente qui tranche dans le vif. Ce monde en mille morceaux, juxtapose des pauses, des instantanés sans aucun lien, une accumulation sans fin d’images sans contexte, une série d’anecdotes sans suite, le show d’un quotidien fait de faits divers sans cohérence et sans histoire.

La représentation du monde répandue par les médias prescrit les comportements modèles qu’il faut jouer dans le spectacle du quotidien. Cette reproduction d’attitudes et d’agissements préfabriqués détruit l’aptitude à participer à des situations imprévues en atrophiant les réactions spontanées et occultant les comportements inhabituels, vivifiés d’humour et de création. Limités à la reproduction de modèles égo centré, ces individus entravent toute interaction avec les autres considérés comme spectateurs passifs. Ils perdent ainsi le sens de la relation, des discussions, du partage, de l’humour, du sarcasme, de l’enthousiasme, de la passion… Quand les possibilités des relations sociales se retrouvent diminuées, c’est la cohérence et la cohésion de la société qui sont détruites.

L’acteur de sa vie est convaincu de son authenticité, ce qui permet à son entourage de croire en son personnage. Il va interpréter son rôle avec une telle sincérité que le public va se laisser tromper, et oublier qu’il s’agit là d’une mise en scène. C’est cet oubli qui crée le faux-semblant, cette omission donne sens au simulacre d’apparence. Pour que la magie opère, le jeu de l’acteur ne doit pas se voir, si le stratagème est perçu et dévoilé, il ne fonctionne pas. L’omission crée l’illusion. 

C’est alors que tout le monde surjoue son rôle dans un show continu perverti par une hypocrisie généralisée. On ne peut plus savoir si l’autorité est respectée et la soumission acceptée quand tout le monde joue à faire semblant. On sauve les apparences sans savoir si la servitude est consentie ou pas. Tout peut être possible et imprévisible.

Pour être de son temps, il faut choisir son rôle au bon moment, avant qu’il ne soit dépassé. L’obsolescence des rôles transparaît dans la détérioration de la fascination publicitaire. La répétition des enrôlements successifs use les travestissements du moment. Les successions de tendances, l’accumulation sans fin des changements de détails exacerbent le désir de changement dans une insatisfaction chronique. 

La peur panique d’être catégorisé comme déviant, malade, fou, et de se retrouver exclu et banni, engendre une normalité conforme aux comportements dominants de la société. Toute déviance affole et épouvante les gens bien conformes qui ne comprennent pas ce qui est extériorisé en dehors de leurs règles de convenance. Toute dissemblance est catégorisée, étiquetée et stigmatisée comme illogique, contre nature, et exclue comme dérèglement mental, folie inadmissible, désordre intolérable.

La particularité complexe qui nous habite se protège des agressions externes par une cuirasse caractérielle, un masque de théâtre qui nous enferme, nous empêchant l’accès direct à la vie. C’est de la poudre aux yeux qui nous étouffe dans une survie surfaite, une façon de se dérober aux regards soupçonneux des autres, dans une absence magnifiée. L’identité qui s’affiche par la cuirasse est une mise en représentation de l’existence chosifiée comme marchandise humaine. L’acteur de sa vie se réduit à sa représentation, son intelligence s’atrophie et régresse, car son processus vital modélisé n’est plus autonome. Quand la mise en spectacle s’intensifie, la vie personnelle s’appauvrit dans la déception et l’ennui, étrangère à ses pulsions vitales. Ce monde en représentation est une mystification qui désintègre la vie, une imposture, une escroquerie librement consentie, dans la soumission totale à un système d’exploitation sans limites.

POSSÉDÉ PAR SON IMAGE

Éternellement insatisfait dans une société de frustrations sous emprise publicitaire, l’individu contemporain travaille comme une bête pour pouvoir consommer comme un malade, tout en se prenant pour le roi. Il est complètement absorbé par une surabondance d’infos décontextualisées, ensorcelé d’images sans réel, captivé et recadré par les écrans. Ses connexions télécommandent sa représentation du monde. Cette passivité instaure un suivisme qui autorise à survivre, bien isolé, chacun chez soi, dans l’illusion d’avoir le monde rien que pour soi. 

Le présent continu, l’ici et maintenant, disparaît dans la découpe d’un temps fragmenté, dans l’accumulation d’instantanés dépassés. Les dérobades mécaniques d’une succession d’instants pris dans un futur inaccessible, et déjà disparu dans l’éphémère des apparences trompeuses. C’est le temps mort des marchandises désirées, vénérées et déjà obsolètes. Il ne nous reste plus qu’à imaginer le présent à partir d’un avenir sans aucun devenir. 

Le passage obligatoire pour une reconnaissance sociale dépend d’une identification totale aux apparences de l’image de soi que l’on s’est construite. Le monde-image impose sa pseudo-réalité spectaculaire.

Par les promesses d’un consumérisme débridé, les récompenses désirées génèrent des modifications de comportements. L’impulsion de passage à l’acte devient irrépressible. La tension monte, puis une perte de contrôle déclenche le début du comportement de consommation compulsive. Un bref soulagement précède de peu la déception. C’est un moment de crise où le pressant désir du même effet nécessite l’augmentation de son intensité et de sa fréquence. Cet attachement maladif est une réelle dépendance toxicomaniaque. L’addiction part toujours d’un plaisir illusoire ressenti comme réel, aboutissant à une souffrance certaine, un renforcement des contraintes de l’accoutumance et du manque, et toujours un recul considérable des libertés. 

Ces dépendances aux images toxiques intrinsèques aux marchandises aliènent le plaisir de satisfaction conséquent à l’achat du bien dit magique, subordonnant l’existence à la consommation des produits tant attendus. Toute consommation de marchandises fétichisées déclenche une addiction, une dépendance à la toxique comme si c’était une réelle drogue. Après une courte euphorie persiste un manque douloureux et obsessionnel. L’absence de came crée un vide envahissant qui doit être rapidement comblé. Les cycles s’enchaînent et s’accélèrent dans des attitudes hyperactives, saccadées et superficielles, une fuite aveugle devant une dépression pressante. Ce zapping hypnotique s’accomplit dans l’ivresse exaltante d’une communion factice avec la mise en scène de marchandises fétichisées, fascinantes et omniprésentes.

Les annonces publicitaires, les reality shows, les séries TV, les séquences cinématographiques fascinent les spectateurs. Certains acteurs sont adorés, leurs attitudes idolâtrées, leurs comportements envoûtants influent le désir d’une nouvelle identité, dans le prochain scénario à ne pas manquer. Jouer ce rôle qui hante et obsède, faire son cinéma et se jouer des autres, déclenche une pratique pathologique à forte addiction compulsive. 

L’autre est dominé, désiré comme une marchandise idolâtrée dont la consommation doit combler le manque et procurer une sensation de satisfaction promise par la publicité. L’autre est détruit en tant que personne, chosifié comme produit stupéfiant. Ces consommations addictives de marchandises humaines font des rapports humains une toxicomanie identitaire. 

Les acteurs de leurs existences exécutent les rôles dont ils ont acheté les images qui les composent, sans jamais se laisser vivre dans le cours des situations imprévues. C’est une non-existence en représentation qui est en contradiction avec l’expérimentation de notre monde réel. Cette incompatibilité produit une confusion mentale, un désarroi, un trouble, un désespoir, une dissonance cognitive. 

La représentation photographique est préférée à la situation vécue, se faire voir plutôt que vivre. L’obsession permanente de son apparence est une idée fixe, une manie compulsive où les bons moments ne sont plus que des prétextes à selfies. Obnubilé par le regard des autres, envoûté par la rumeur et les commérages, ce joueur de rôles plonge dans un narcissisme obsessionnel qui le conduit à une dépendance toxicomaniaque à l’image numérique de soi, à sa propre mise en scène sur internet. S’afficher aux autres dans les réseaux antisociaux participe d’une compétition maladive à la meilleure des normalités, pour être encore plus dans le coup qu’eux.

Perdant tout espoir de comprendre et de changer sa situation, cet individu fragmenté est diminué par ses troubles mentaux. Il se contente d’un soulagement de l’instant trop pesant, en adoptant une ligne de conduite de survie immédiate. Croyant se réconforter dans la consommation à la mode, il se soumet à tout ce qu’on lui impose dans une certitude d’impuissance. Au cœur de la tempête intérieure des désirs qui le dévorent, il croit trouver un soulagement par des attitudes d’indifférence, de cynisme et de détachement de tout. En étant là tout en étant ailleurs, il se distancie de son existence insupportable en dissociant sa pensée de sa vie. C’est une mentalité de survie immédiate qui se désintéresse complètement de l’avenir et du passé, avec une étrange et paisible habitude de la catastrophe.

La passivité automatique de la consommation téléguidée normalise des individus dépersonnalisés, uniformisés dans une servitude machinale. Ce conditionnement multiforme disséminé par les médias et la publicité formate un individu soumis à l’emprise des maîtres chanteurs et des pervers narcissiques. Ce conformiste standardisé se laisse abuser par des imposteurs qui en tirent profit, des bonimenteurs hypocrites et sournois. Ces charlatans des apparences se font passer pour des virtuoses de la magnificence, des maîtres de l’apparat. En absorbant les traits de caractère, les opinions et les valeurs de leurs proies, ces illusionnistes les fascinent, les captivent et les neutralisent par abus de confiance, excès de faux-semblants, dissimulant leur tricherie par de la grandiloquence, faisant passer leur escroquerie pour de la bienfaisance. 

La compétition des apparences nécessite une performance à outrance. Abusant de son autorité en exploitant les gens qui l’entourent, l’individu conforme reste un envieux insatisfait, un gagnant orgueilleux, un égocentrique mégalomane, un pervers narcissique. Il donne l’impression de tout réussir, car il n’admet jamais sa défaite. Il doit gagner à tout prix, éliminer tout obstacle, prendre le pouvoir par n’importe quel moyen, provoquant un climat de peur dans une méfiance générale. La force de sa perversion provient de la jouissance à utiliser l’autre comme l’objet de son désir de consommation. 

Ce psychopathe attaque sa cible pour mieux la détruire, il la ridiculise, l’humilie par des sous-entendus, des sarcasmes, la dénigre par de la calomnie, des mensonges… C’est un leader toxique qui démolit la confiance, ruine l’entraide et la solidarité du groupe pour ses propres intérêts, quitte à détériorer son efficacité jusqu’à ce que sa gestion soit complètement dysfonctionnelle. Toutes ses décisions, ses solutions n’ont qu’un but égocentrique, satisfaire son narcissisme insatiable. Ses combines engendrent fatalement de nouvelles catastrophes en série. Les dirigeants des entreprises ou des administrations sont des pervers narcissiques qui s’arrangent toujours pour faire accuser les autres des dysfonctionnements qu’immanquablement ils déclenchent dans une confusion qu’ils ont eux-mêmes produite. Les dirigeants de ce système détraqué, ces gestionnaires du désastre, s’agglutinent dans les sphères décisionnaires, parasitent tout fonctionnement, bonimentent à tout va, ensorcellent, contaminent, intoxiquent. Ce sont des fous de pouvoir, des illuminés de la domination, des obsédés de la manipulation, des maniaques de la prédation. La tyrannie et l’irresponsabilité sont leur mode de fonctionnement.

Le profit personnel lié à la concurrence la plus brutale produit un égocentrisme qui s’impose de partout, de manière barbare, perverse et sadique, infectant par contagion cette nouvelle non-culture de son narcissisme exubérant, qui se répand comme une pandémie agressive. C’est une sorte de fuite consumériste permanente, un épuisement dépressif conséquent à une pression normative extrême, répandue abondamment par les nouvelles technologies dites communicantes. 

Le règne des profiteurs et des prédateurs promus par la publicité a débridé et dopé les pulsions égoïstes et calculatrices nécessaires à la dictature économique. Un égocentrisme contemplatif surfait, composé de mensonges et d’apparences a remplacé les jeux expérimentaux d’une curiosité inventive partagée. 

Dans une compétition extrême, une guerre ouverte contre tous les autres déconstruit ce que l’on croit être. Ce conflit contre soi-même démolit la personnalité dans un vide émotionnel. L’absence d’identité authentique est un effondrement de soi dans une succession de reproductions de rôles préfabriqués. La publicité a truqué les interrelations humaines dans des représentations illusoires. Les rapports aux autres ne sont qu’apparences trompeuses montées en spectacle.

L’individu conformiste produit sa réalité avec une accumulation d’objets bien séparés, sans contexte ni histoire. C’est un schizophrène obsédé par son identité fragmentée, l’air qu’il peut se donner par une succession de rôles qu’il doit jouer pour exister dans le spectacle des apparences. En se repliant sur lui-même, il se nourrit de ses complexes inconscients au lieu de s’enrichir des échanges relationnels avec les autres. L’altération des capacités associatives et coopératives produit un isolement obsessionnel, une dissociation pathologique, une perte d’unité psychique. 

L’homme objet de ses désirs compense la perte de sa vie par l’accumulation de marchandises prometteuses qui permettent la représentation de son image de marque sur le marché concurrentiel du paraître et du pouvoir. Diminué par ses désirs insatisfaits il se réduit à sa représentation abstraite.

L’acteur de son existence est aussi un spectateur qui s’identifie aux rôles des représentations qu’il consomme. Drogué d’illusion, contemplatif de l’image de sa propre non-existence, il consomme sa propre apparition sur scène, comédien de sa propre marchandisation. Il n’est plus que l’observateur de sa vie mise en spectacle et cette déréalisation le détache de lui-même. Sa conscience est profondément troublée, il se sent irréel, spectateur de son existence. Dépersonnalisé, son corps lui semble étranger, détaché de lui-même, il pense sa vie, mais ne la vit pas. La perte de contrôle génère un stress chronique. Anesthésié, il survit en mode automatique. La société ne le considère pas comme un malade, mais plutôt comme l’exemple réussi d’une normalité inévitable.

Cette séparation de soi-même crée un monde à part, contemplé comme objet de désir, presque inaccessible et toujours décevant. Dans ce monde fictionné fractionné, la mystification intégrée désintègre la vie. Le spectateur produit une réalité séparée qui le possède, une représentation sans sujet. 

Cette mise en scène d’un consensus imaginaire unifie le système global dans l’illusion de sa représentation ostentatoire, la mise en spectacle de l’existence. Exilé de sa propre vie, recroquevillé dans sa représentation, le spectateur de son existence s’éloigne des autres dans une communauté factice, dans le spectacle unificateur des servitudes délibérées. Le monde des marchandises en représentation fait de son cinéma une promotion en solde, prolongeant pour quelque temps encore son apparence de survie.

A suivre…

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

La philosophie occidentale en bref ou la nécessité d’évoluer au delà des antagonismes

Posted in actualité, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , on 4 octobre 2020 by Résistance 71

 

La philosophie occidentale en bref : la nécessité d’évoluer au delà des antagonismes

Résistance 71

4 octobre 2020

La philosophie occidentale tient sur deux jambes :

  • Les présocratiques des VIème et Vème siècles avant notre ère, dont nous reproduisons ici même les fragments de trois des leurs : Parménide, Empédocle et Héraclite sous format PDF
  • Friedrich Nietzsche, dont nous avons reproduit les écrits majeurs en PDF

Les premiers établirent la complémentarité et non pas l’antagonisme du Tout et du Multiple ainsi que posèrent les jalons de cette même complémentarité en ce qui concerne l’idéal, le spirituel et le matériel. Le second a nettoyé au Kärcher et au marteau piqueur les leurres dans lesquels était tombée la philosophie occidentale après les présocratiques, ceux qui la menèrent dans des guerres de clochers incessantes, spécifiquement cette rixe entre pensée “idéaliste” et pensée “matérialiste”, symbole jusqu’à aujourd’hui d’une scission fictive entre l’idéalisme et le matérialisme, deux idéologies se voulant chacune exclusive mais se limitant en elles-mêmes lorsque dressées l’une contre l’autre . Nietzsche balaya tous les fourvoiements de la pensée occidentale en remettant la philosophie, la pensée radicale (au sens d’originelle) sur la voie initiale des présocratiques dépouillée de toute tendance potentielle de succomber à cette dictature de la morale qui a plombé l’humanité depuis… Socrate.

Nietzsche fit entrevoir à l’humanité les ponts du surhumain, c’est à dire de notre réalisation complète en tant qu’Humains, par delà les antagonismes philosophico-religieux induits et futiles.

Ainsi, la pensée occidentale radicale, fondamentale, naquit de la réflexion sur l’éther du grand Tout pour se terminer avec la mort de dieu et la vision d’une réalisation complète de l’humain par delà le bien et le mal.

Parménide nous dit au Vème siècle avant notre ère, il y a donc quelques 2500 ans, “qu’au milieu du Tout est la divinité qui gouverne toute chose… Elle a conçu l’Amour, le premier de tous les dieux.” Nietzsche nous dit, 2400 ans plus tard : “Dieu est mort.” et “Tout ce qui est fait par Amour se fait par delà le bien et le mal.”

Entre les deux, 24 siècles de tâtonnements et d’ânonnements philosophiques et religieux, divisant et maintenant les humains dans un marécage intellectuel souvent vain et prétentieux.

Bien entendu, les idéalistes et les matérialistes ne se fourvoyèrent pas en tout, mais commirent l’erreur de l’exclusivité, ce qui entretint, jusqu’à aujourd’hui, division et antagonisme dont certains tirèrent un certain profit tant politique que plus tard, économique.

La réalité est que personne des deux camps n’a à 100% tort ou raison et que ces deux pensées ne sont, en regard de la nature des choses, aucunement antagonistes mais purement complémentaires et c’est cette complémentarité qu’il nous faut embrasser pour pouvoir la dépasser et franchir les ponts du surhumain.

Ce que nous enseigne la philosophie résumée en ses deux piliers fondamentaux ici présentés, est que notre évolution mature en tant qu’humanité, réside dans le lâcher-prise des antagonismes tous aussi factices et contre-nature les uns que les autres et d’oser accepter ce qui est perçu comme irrémédiablement opposé et producteur de peur, cet ingrédient nécessaire du pouvoir coercitif, comme étant le complément de nous-mêmes, et donc de la réconciliation entre le corps et l’esprit au sein de ce Grand Tout qui ne juge pas et ne saurait juger, n’attend rien mais qui est… tout simplement.

Les présocratiques fragments version PDF :

Les-presocratiques-Fragments_Empedocle_Parmenide_Heraclite

et

Friedrich Nietzsche, l’intégrale en PDF

 

 

Mémoire fêlée et résistance : génération 2000 et rébellion contre la religion de l’holocauste (Gilad Atzmon)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, documentaire, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 26 septembre 2020 by Résistance 71

 

 

“Le chrétien est simplement un juif de la confession ‘réformée’…

L’Église chrétienne n’épargna nulle part sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de chaque intégrité une bassesse d’âme. […]
Faire de l’humanitas une contradiction, un art de pollution, une aversion, un mépris de tous les instincts bons et droits ! Voilà les bienfaits du christianisme ! — Le parasitisme, seule pratique de l’Église, buvant, avec son idéal d’anémie et de sainteté, le sang, l’amour, l’espoir de la vie ;[…] J’appelle le christianisme l’unique grande calamité, l’unique grande perversion intérieure, l’unique grand instinct de haine qui ne trouve pas de moyen assez venimeux, assez souterrain, assez petit — je l’appelle l’unique et l’immortelle flétrissure de l’humanité…”
~ Friedrich Nietzsche, “L’antéchrist”, 1888 ~

 

La génération 2000 et l’holocauste

 

Gilad Atzmon

 

21 septembre 2020

 

url de l’article original:

https://gilad.online/writings/2020/9/21/millennials-and-the-holocaustnbsp

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Qu’est-ce qui fait que certaines personnes passent leur temps à constamment mesurer à quel point elles sont haïes ? Quel genre de personnes demandent à leur nation hôte d’être intimement familier avec leur passé ? Nous avons appris cette semaine, qu’une fois de plus, certains juifs sont frustrés par le fait qu’un segment considérable de la population américaine refuse de voir le passé exactement comme ils le voient eux-mêmes.

L’organe juif  Forward a rapporté le week-end dernier que “des résultats de sondages sur la connaissance de l’holocauste aux Etats-Unis sont parus et que ce qu’ils trouvent est terrifiant. Non seulement ces résultats montrent un grand niveau choquant d’ignorance, mais ils renforcent certains résultats au sujet de tous les adultes, ainsi que de tendances à travers l’Europe occidentale.” Ces Américains qui se soucient de l’ignorance unique des Américains devraient être bien soulagés. Les Américains sont juste tout aussi “ignorants” ou peut-être tout aussi “rebelles” que les Européens.

Il se trouve que malgré une massive endoctrination au sujet de l’holocauste et le fait que des musées le concernant ainsi que des monuments ont bourgeonné partout aux Etats-Unis, de moins en mois d’Américains sont intéressés en leurs voisins juifs et leur histoire de souffrance et la question est, que peut-on y faire ? Peut-être devront-ils ériger un musée de l’holocauste à chaque coin de rues aux Etats-Unis. Peut-être pourraient ils faire attacher une lourde étoile de David métallique dans le dos de chaque membre de la génération 2000, pour résoudre ce sévère problème éducatif…

Le magazine Forward rapporte que les deux tiers des jeunes Américains ne savaient pas combien de gens étaient morts durant l’holocauste. Pour une raison très péculière, il est très important pour la plupart des institutions juives que tout le monde répète comme un perroquet le sempiternel chiffre à six zéros. Ceci est intrigant car la notion d’un génocide réside dans la catégorisation plutôt que dans le chiffre. Mais si ces institutions insistent à réduire l’holocauste à un chiffre matériel quantifié. alors je suis enclin à demander combien de juifs savent le nombre d’Ukrainiens qui sont morts de faim durant l’Holodomor ?

Combien de juifs ont même déjà entendu parler de l’Holodomor ? Quel juif est au courant des Juifs de Staline comme les appellent le proéminent journaliste israélien Sever Phlocker. Est-ce que les juifs d’aujourd’hui connaissent l’impact de la brigade internationale parlant yiddish sur l’Espagne catholique en 1936 ? Combien d’Irakiens sont-ils morts durant la “guerre contre la terreur” des nouveaux cons(ervateurs) ? Je demande cela parce que l’écrivain du journal Haaretz Ari Shavit a écrit en 2003 que “la guerre en Irak a été conçue par 25 intellectuels neo-conservateurs, la plupart juifs.” Si les institutions juives veulent que tout le monde comprenne l’holocauste en termes de chiffres, alors peut-être serait-il raisonnable de s’attendre à ce que les juifs connaissent le chiffre des énormes crimes contre l’humanité perpétrés largement ou partiellement par des juifs.

Forward est énervé par le fait que près de la moitié des goyim de la génération 2000 ne pouvaient pas nommer un des camps de la mort. En retour, je demande combien de juifs de la génération 2000 sont au courant [du massacre] de Deir Yassin ou peuvent citer un massacre sioniste en Palestine en 1948 ou avant ? Comment de juifs de la génération 2000 savent au sujet du massacre du camp palestinien de Chabra et Chatila au Liban ? Sur le massacre de Kefar Qana ? Que savent-ils de la malnutrition induite de Gaza causée directement par des années d’embargo imposé par l’état juif ?

Apparemment “11% de ceux qui ont répondu au sondage arborent des vues “intensément” antisémites en étant d’accord avec 6 ou plus déclaration anti-juives. Cela représente 28 millions d’Américains”, écrit Forward. J’étais curieux de savoir ce qu’étaient ces vues “intensément” antisémites. (NdT: voir la reproduction d’un tableau sur l’article original) Apparemment, le sondage réfère à la liste produite par l’ADL en 2020 (produced by the ADL )

D’après L’Anti Defamation League (ADL), en janvier 2020 “44% des sondés étaient d’accord avec la déclaration disant que ‘les juifs restent entre eux bien plus que les autres Américains’, 25% étaient d’accord pour dire que ‘les juifs veulent toujours être en avant des choses’ et 24% croyaient que ‘les juifs sont plus loyaux envers Israël qu’envers les Etats-Unis’”. Les Américains devraient être aux anges de ces derniers résultats de l’ADL et de la récente étude sur l’attitude de la génération 2000 envers les juifs. Ces résultats suggèrent que malgré la tyrannie de la pensée du “politiquement correct”, les Américains et en particulier une large portion de la génération 2000, ne sont pas aveugles de la réalité dans laquelle ils vivent. Ils pensent toujours de manière authentique et indépendante. Pourtant, malgré le fait que près de la moitié des Américains admet être au courant de l’attitude exclusive clanique des juifs et de leur culture, l’Amérique est sympa avec ses juifs car la paix et l’harmonie sont imbriquées dans l’éthique chrétienne.

(NdT: là nous sommes en total désaccord avec Gilad Atzmon, qu’il aille demander aux peuple natifs si les chrétiens sont emplis de paix et d’harmonie, l’empire chrétien étant l’empire du génocide par excellence… 100 millions de natifs éliminés sur le continent des Amériques depuis 1492. Allons Gilad, ouvre bien grands les yeux !… Rien d’étonnant du reste que l’évangélisme yankee et le sionisme fassent si bon ménage, le catholicisme a eu son heure de gloire au panthéon de l’ignominie génocidaire… Voir aussi nos citations avant ce texte, pas là par hasard.)

Pourtant il faut poser une question. Si l’ADL et le récent sondage sur l’holocauste représentent les attitudes juives américaines envers leurs voisins “Gentils”, cela pourrait révéler que 2% de la population américaine désapprouve les vues légitimes de 44% des Américains comme étant “antisémites”. Près de la moitié des Américains sont classés comme “racistes” pour avoir remarqué la notion généralement acceptée que “les juifs restent entre eux”. Ce faisant, l’ADL & Co confirment que d’une perspective juive c’est “le petit nombre qui compte pas le grand”…

Il est admis que la situation est potentiellement volatile. Mais si lutter contre l’antisémitisme est si important pour les juifs américains, peut-être alors que des gens comme Alan Dershowitz qui lutte désespérément pour laver son nom des accusations de pédophilie, ne sont pas les meilleurs candidats pour prêcher aux Américains qui ils doivent lire et ce que sont l’histoire et l’éducation.

« De manière cruciale, l’holocauste affirme l’unicité de ses suiveurs. Il est totalement dévoué à la primauté de la souffrance juive, donnant aux juifs la couronne d’épine de la souffrance ultime. Il est aussi utilisé pour justifier toute action juive, du nettoyage ethnique au génocide. Tout psycho-analyste peut confirmer que très souvent, celui qui est abusé devient un abuseur. »
~ Gilad Atzmon, « Being in Time », 2017 ~

 


Gilad Atzmon
Israélien auto-exilé en GB, saxophoniste
et écrivain de renommée mondiale.
Né en Israël d’une famille de migrants et

dont une bonne partie de la famille est morte dans les camps
Auteur de 2 livres: « The Wandering Who? » et « Being in Time »