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De l’antagonisme à la complémentarité : Nietzsche et la tradition anarchiste 2ème partie

Posted in actualité, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , on 8 mai 2021 by Résistance 71

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“Renverser des idoles, j’appelle ainsi toute espèce d’idéal, c’est déjà bien plutôt mon affaire.. Le mensonge de l’idéal a été jusqu’à présent la malédiction suspendue au-dessus de la réalité. L’humanité elle-même, à force de se pénétrer de ce mensonge, a été faussée et falsifiée jusque dans ses instincts les plus profonds, jusqu’à l’adoration des valeurs opposées à celles qui garantiraient le développement, l’avenir, le droit supérieur à l’avenir.”

“Je n’ai jamais réfléchi à des questions qui n’en sont pas, je ne me suis jamais gaspillé. […] “Dieu”, “l’immortalité de l’âme”, “le salut”, “l’au-delà”, ce sont là des conceptions auxquelles je n’ai pas accordé d’attention, au sujet desquelles je n’ai pas perdu mon temps, pas même lorsque j’étais enfant, peut-être n’étais-je pas assez ingénu pour cela ! L’athéisme n’est pas chez moi le résultat de quelque chose et encore moins un évènement de ma vie : chez moi, il va de soi, il est une chose instinctive. […] Dieu est une question grosse comme le poing, un manque de délicatesse à l’égard de nous autres penseurs. Je dirai même qu’il n’est, en somme, qu’une interdiction grosse comme le poing : il est défendu de penser !”

~ Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, 1888 ~

De l’antagonisme à la complémentarité : Nietzsche et la tradition anarchiste

2ème partie

1ère partie

La relevance de l’œuvre de Nietzsche avec une pensée philosophique et politique anarchiste

Max Leroy

Extrait du livre “Dionysos au drapeau noir, Nietzsche et les anarchistes”

Editions Atelier de Création Libertaire, 2014 (p.29 et suivantes)

Compilé par Résistance 71, mais 2021

Que peut-on prélever dans l’œuvre de Nietzsche en vue d’une pensée philosophique et politique socialiste libertaire ? L’inventaire qui va suivre ne prétend évidemment pas parler au nom de tout un mouvement : qui donc, d’ailleurs, serait à même de définir ce qui relève de la pensée anarchiste ou non ? […] qui validerait le certificat de conformité ? Sauf à croire qu’il existe une ligne, un Parti ou un protocole, personne.

Mort au pur esprit

Nietzsche a littéralement pulvérisé l’idéalisme qui, de Platon à Kant, en passant par le christianisme, imposait son règne sur la pensée. […]

Nietzsche pose ses charges explosives et anéantit l’escroquerie dualiste : la chair et l’esprit ne font qu’un, l’âme immatérielle est une fiction, le pur esprit est une fable. N’a cours par conséquent, qu’une seule et même réalité immanente : celle d’un monde terrestre et mortel oublié des dieux. Ni paradis, ni enfer, ni Ciel des Idées, ni arrière-mondes : seulement l’ici-bas et rien que lui.

Nietzsche a également combattu l’homme du concept, “l’homme abstraitement parfait” et a réduit en cendres l’empire des lettres capitales : plus de Raison, plus de Beau, de Vérité, plus d’Objectivité. […]

Le combat pour l’émancipation gagnerait à marcher sur terre, celles des hommes, imparfaits et bancroches, qui ne se nourrissent pas seulement d’Idées.

Vivre sans dieux

Nietzsche a décrypté tous les mécanismes de la croyance, la dette qu’il nous laisse est par trop immense pour que l’on puisse l’honorer.  […]

Le philosophe livre tout particulièrement bataille contre le christianisme, cette “métaphysique de bourreau”, dans la mesure où cette religion occupe les terres européennes qu’il parcourt, mais le penseur n’épargne pas le judaïsme, cette matrice monothéiste qui rendit “l’humanité fausse”, et il lui arrive de mentionner le bouddhisme et l’islam. Sa violence verbale n’a toutefois rien de commun avec la violence physique que les croyants les plus frénétiques se plaisent à exercer à l’encontre de leurs adversaires : sa guerre reste philosophique et les seuls cadavres qu’il entend laisser derrière lui sont des concepts. […] Il tint même à préciser dans “Ecce homo”, qu’il n’en voulait nullement aux croyants, car comment condamner la victime d’un esclavage plurimillénaire ?

Mais revenons à “L’antéchrist” (1888). La religion, en tant qu’elle prône la sainteté, corrompt la vie. Dieu, comme notion, fut inventé par les hommes pour nuire à la nature et au “vouloir-vivre”. Dieu n’est rien d’autre qu’une “antithèse de la vie”.

[…] “Ce qui est chrétien, c’est la haine contre l’esprit ; contre la fierté, le courage, la liberté, le libertinage de l’esprit ; ce qui est chrétien c’est la haine contre les sens, contre les joies des sens, contre la joie tout court…” L’âme, le pêché, le jugement dernier, la vie éternelle ? Trouvailles de faussaires et de décadents ! Le mensonge s’érige en lieu et place du monde réel et les seuls biens dont l’homme dispose sont voués au mépris : les religions dénigrent le corps (au nom d’une toute supposée “âme immatérielle”) et rabaissent l’homme au rang de moyen (le croyant est nécessairement un homme dépendant, incapable de se poser lui-même comme fin). La religion a anémié l’existence. […] Deux syllabes peuvent enluminer le monde : athée. Et Nietzsche, n’en déplaise à certaines gloses d’égouts, l’est, sans détours ni ambages.

La philosophie libertaire n’a jamais dissimulé son rejet des religions. A quelques exceptions près (Tolstoï, Ellul, Sénac…), l’anarchisme prône l’immanence la plus radicale et le matérialisme le plus strict. […]

L’athéisme est l’une des passerelles les plus solides entre la tradition libertaire et Nietzsche, même si les angles d’attaque peuvent diverger.

[…] Engels a eu cependant raison de rappeler que l’on n’abolit pas dieu par décret : l’Histoire a démontré l’inutilité de la coercition en la matière et l’anticléricalisme bourgeois se fourvoie dès lors qu’il élude la question sociale.

Contre le capitalisme

Un anticapitalisme intransigeant irrigue la philosophie nietzschéenne. Un passage d’ “Aurore” invite les ouvriers, ces “esclaves des fabriques”, à refuser d’être les rouages du machinisme comme du productivisme. Nietzsche estime que l’augmentation de leur salaire ne leur permettra pas de retrouver leur dignité : un esclave, même avec des chaînes en or, reste un esclave… […] Nietzsche ne préconise pas de former une classe soudée prête à renverser le pouvoir bourgeois afin de s’approprier les moyens de production, mais exhorte au contraire les ouvriers à “se considérer comme une véritable impossibilité en tant que classe”. […] N’attendez plus demain, ce demain qui jamais n’adviendra, pour vous libérer ! clame le philosophe. N’attendez plus le jour de la révolution pour prendre la clef des champs de coton ! Devenez ou redevenez dès maintenant maîtres de vous-mêmes ! Comment ? Nietzsche prêche la désertion. Que les ouvriers n’hésitent pas à partir. Tout plutôt que d’accepter d’être le pion d’une mécanique aliénante, le pantin d’un parti ou le serf d’une état capitaliste. […]

Nietzsche révèle dans “La naissance de la tragédie”, la nature barbare de la division du travail puis vilipende le jargon productiviste et esclavagiste du marché dans ses “Considérations inactuelles”. Il invite dans “Le voyageur et son ombre” à empêcher “l’accumulation des grandes fortunes” et considère les riches comme “des êtres dangereux”. Quelques pages plus loin, il s’en prend au machinisme moderne qui asservit et plonge l’humanité dans un “esclavage anonyme et impersonnel.

La prophétie marxiste s’est pris les pieds dans le tapis de l’Histoire. Les contradictions internes du capitalisme n’ont pas entraîné sa chute (du moins pas encore) et le prolétariat a subi la dictature à défaut d’avoir pu l’exercer. Les libertaires avaient, dès Proudhon, bâti des propositions alternatives à la téléologie marxiste prétendument “scientifique” : un socialisme moins fasciné par le progrès, plus éthique, moins enclin à subordonner l’individu aux “roues de l’histoire”, plus concret, un socialisme où le passé n’a pas à faire table rase et où l’homme n’est pas l’Homme abstrait, prolétaire hors sol et effigie de papier des écrits de quelques-uns.

Tendre vers la simplicité volontaire

[…] Nietzsche décrie le pouvoir corrupteur de l’argent et de l’appât du gain. […]

Le philosophe a toujours vécu modestement : un salaire de professeur puis, rapidement, une bourse après qu’il eût démissionné de l’enseignement pour raisons médicales. Il louait des chambres bon marché, sillonnait la nature des heures durant et se tenait à l’écart des frasques de la ville. C’est donc en toute cohérence qu’il a pu vanter dans “Aurore” la “pauvreté volontaire”. Nietzsche aspirait à fuir le salariat (qu’il compara à la “meilleure des polices”), quitte à vivre chichement, quitte à coudoyer la misère, le déshonneur, les périls pour la santé et pour la vie. Qui possède est possédé. Un aphorisme du “Gai savoir” rappelle qu’il a “tout jeté loin de lui”, un autre condamne la rapacité nord-américaine et l’obsession du rendement. Nietzsche célébrait l’oisiveté et le loisir comme des modalités de l’intelligence.

[…]

Contre l’État

Les positions de Nietzsche sur l’État (sa formule a fait florès : “le plus froid des monstres froids”) sont à l’origine de bien des sympathies anarchistes. […]

Que pense le penseur de l’État ? Il consacre un chapitre complet de “Humain trop humain” et de “Ainsi parlait Zarathoustra” à la question. L’État apparaît comme une nouvelle idole menteuse et voleuse. L’État trompe son monde lorsqu’il prétend parler au nom du peuple : “Là où cesse l’État, c’est la que commence l’homme.” Si l’on trouve chez Nietzsche des contradictions et des évolutions, parfois violentes, son appel à dépasser les états-nations reste constant. […] Nietzsche ne possédait aucune maison ; il traversait, errant, les frontières européennes en quête d’un climat propice à ses besoins physiologiques. Son statut d’apatride, telle était sa situation administrative objective, l’avait rendu imperméable à tout sentiment cocardier.

Son aversion pour le nationalisme retentit dans plusieurs de ses ouvrages. […]

Nietzsche s’y décrit plus loin [dans “Le gai savoir”] comme un Européen, un sans-patrie, un être de sangs mêlés ; bref un ennemi de la “mensongère auto-idolâtrie raciale” qui sévit en Allemagne.

[…] Les anarchistes ont coutume d’abhorrer l’État. […] Le système représentatif et la démocratie parlementaire ne sont qu’un théâtre où les députés grassement payés par les contribuables, ne songent qu’à leurs intérêts particuliers. La politique des politiciens professionnels crée l’illusion des dissensions ; les élus proviennent des mêmes écoles et pataugent dans le même petit monde pour partager, in fine, la même conception de la chose publique : raisonner à court terme, spéculer sur le prochain scrutin, maintenir son poste… L’État envoie ses enfants, les plus pauvres bien sûr, dans des tranchées truffées de rats et d’excréments pour y mourir à moins de trente ans. Ils s’empare de terres étrangères et massacre, viole, incendie, bombarde, torture au nom des droits de l’Homme (ou du marché, pour les langues sans bois). Ses bonnes intentions ont l’haleine du napalm. La Patrie et les drapeaux empestent le sang chaud ! Et quid d’un état révolutionnaire ? Foutaises ! Oxymore ! La révolution retourne sa veste dans les palais de la présidence et s’accommode fort bien du pouvoir qu’elle décriait hier encore. La dictature du prolétariat chargée de gouverner l’État transitoire (perspective marxiste) ne peut, par essence, qu’aboutir à la dictature sur le prolétariat.

[…] La critique que Nietzsche effectua de la furie nationaliste demeure indépassable.

[…]

Ni obéir, ni gouverner

La philosophie libertaire a ceci de spécifique dans la vaste et cacophonique mais non moins glorieuse famille socialiste, qu’elle se méfie du pouvoir comme de la peste. Les anarchistes savent que celui-ci n’aspire qu’à abuser de lui-même. Ils le savent et en tirent les conséquences : l’anarchisme se trahit s’il commande, gouverne, régente. […] La phrase de Nietzsche “il m’est aussi odieux de suivre que de guider”, trouve un écho plus que favorable dans les consciences réfractaires de l’anarchie.

L’anarchiste, pareil au funambule, refuse d’avoir à choisir. Berger ou mouton ? Il foule le dilemme aux pieds et prend les sentier de la solitude partagée… Tel Nestor Makhno qui en son temps, ferrailla contre les Blancs et les Rouges, l’anarchiste refuse l’amitiés des ennemis de ses ennemis et n’entend pas s’assoir à la table de la realpolitik. Aux compromis, il préfère la quarantaine.

Célébrer la vie

La trajectoire de Nietzsche doit se lire comme une leçon de philosophie existentielle : alité, fiévreux, rompu, à genoux, les poings ensanglantés contre les murs, il ne cessa, plutôt que de maudire cette vie qui l’accablait si souvent, de se relever pour faire des contusions du présent une force pour l’avenir. Le grand enseignement nietzschéen réside dans l’amour de la vie : trop d’existences renâclent à vivre ; trop se contentent d’une présence au monde rabougrie, étriquée et sèche comme du bois mort, trop n’obéissent qu’à la seule activité de leurs organes. Que l’on ne s’y méprenne point : Nietzsche n’appelle pas à la jouissance hédoniste des petits-bourgeois en mal d’émoi ; l’élan vital nietzschéen se blottit à l’abri des regards gras, loin des villes et du fracas, là-haut sous les sommets glacés… Épicuriens mondains et fêtards effrénés, passez votre chemin.

Nietzsche a combattu ce qu’il nommait l’idéal ascétique : le mépris du corps, des sens, de la terre, de la joie, de la santé et de la vigueur ; l’ascétisme ou l’éloge de la vie vermoulue, épuisée, anémique, malingre et rongée par des vers à moitié vides…

[…] A condition, et c’est ici que Nietzsche peut paradoxalement nourrir la révolte, d’encadrer ces émotions fétides, de les sangler et de les tenir en laisse, un soulèvement socialiste ne peut en aucun cas faire de la haine une fin et il devra, du mieux qu’il peut, éviter d’en contaminer les moyens. L’acrimonie, l’envie et la rancœur irriguent trop souvent les pensées subversives. Le venin de la vengeance infuse trop fréquemment les révolutionnaires. Ils ne se battent plus pour ce qu’ils rêvent d’instituer mais contre tout ce qu’ils entendent exterminer. […]

Poétiser l’existence

Énoncer petit-bourgeois ? Nous méprisons les âmes qui mêlent l’élégance à l’insolence au prétexte que cela rime, les dandys riant de leurs bons mots, les cadavres maquillés dans le fond des miroirs et les esthètes toisant le monde d’une tour d’ivoire. La poésie réchauffe le souffle froid du quotidien et colore la prose du temps passant. Ne la laissons pas à ceux qui se plaisent à la faire tourner dans le fond de leurs verres. Nietzsche invitait ses lecteurs à devenir des poètes de leurs existences et à philosopher en artiste. Ouvrons l’œil.

Notre modernité, Moloch aux mains d’argent, claquemure la vie dans ses bureaux et ses buildings. La langue s’est transformée en machine-outil des échanges marchands. La syntaxe s’est indexée sur l’idiome de l’occupant anglo-saxon ; la grammaire est épuisée, elle ne chante ni ne danse plus ; aphone, la voici qui gît aux pieds des vitrines et des slogans. “Le code opératoire de l’outillage industriel s’égrène sans le parler du quotidien. La parole de l’homme qui habite en poète est à peine tolérée, comme une protestation marginale, en tant qu’elle ne dérange pas la foule, qui fait queue devant l’appareil distributeur des produits”, rappelait Ivan illich dans “La convivialité”, La vie poétique ne requiert aucune connaissance de la métrique : hémistiches, césures et hexamètres ne font pas le poète ; on ne compte plus les techniciens de la rime et les exécutants du verbe !

Avec Edgar Morin, célébrons donc la “qualité poétique de la vie”, c’est à dire ce qui échappe aux serres de la pourriture monétaire.

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Friedrich Nietzsche sur Résistance 71
L’intégrale en PDF

Nous conseillons de lire cette analyse avant même d’entreprendre la lecture de Nietzsche :

Albert Camus : Réflexion sur la philosophie de Nietzsche

et celle du grand spécialiste et traducteur de Nietzsche Georges-Arthur Goldsmidt :

G.A Goldsmidt : Analyse de la philiosophie de Nietzsche et de son « Ainsi parlait Zarathoustra »

Lecture complémentaire :

Du chemin de la société vers son humanité réalisée (Résistance 71)

Tout

Tentation et réflexion sur le RIEN des choses de la vie

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, coronavirus CoV19, crise mondiale, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, santé et vaccins, science et nouvel ordre mondial, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , on 4 mai 2021 by Résistance 71

Résistance 71

4 mai 2021

Dernière chronique de RIEN en date… A diffuser sans aucune modération

Rien_Les_ILS_de_la_tentation
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Que nous accompagnerons de quelques citations concordantes, dans l’air du temps et de notre réalité :

« Renverser des idoles, j’appelle ainsi toute espèce d’idéal, c’est déjà bien plutôt mon affaire… Le mensonge de l’idéal a été jusqu’à présent la malédiction suspendue au dessus de la réalité. L’humanité elle-même, à force de se pénétrer de ce mensonge, a été faussée et falsifiée jusque dans ses instincts les plus profonds, jusqu’à l’adoration des valeurs opposées à celles qui garantiraient le développement, l’avenir, le droit supérieur à l’avenir. »

« On me demandera peut-être pourquoi j’ai raconté toutes ces petites choses insignifiantes selon les jugements traditionnels… Je répondrai que toutes ces petites choses, nutrition, lieu et climat, récréation, toute la casuistique de l’amour de soi, sont à tous les points de vue beaucoup plus importantes que tout ce que l’on a considéré jusqu’ici comme important. C’est là précisément qu’il faut commencer à changer de méthode. Tout ce que l’humanité a évalué sérieusement jusqu’à présent, ce ne sont même pas des réalités, ce ne sont que des chimères, plus exactement des mensonges, nés des mauvais instincts de natures maladives et foncièrement nuisibles ; toutes les notions telles que « dieu », « l’âme », « la vertu », « le péché », « l’au-delà », la « vérité », la « vie éternelle ». Mais on y a cherché la grandeur de la nature humaine, sa « divinité »… Toutes les questions de politique, d’ordre social, d’éducation, ont été faussées à l’origine, parce qu’on a pris les hommes les plus nuisibles pour de grands hommes, parce que l’on a enseigné à mépriser les « petites choses », je veux dire les affaires fondamentales de la vie.
[…] ces prétendus hommes de « première importance » je ne les compte même pas parmi les hommes, ils sont pour moi le rebut de l’humanité, produits de la maladie et de l’instinct de vengeance Ce ne sont que des monstres néfastes et profondément incurables, qui veulent se venger de la vie. Je veux être à l’opposé de ces gens là. »

~ Friedrich Nietzsche, « Ecce Homo », 1888 ~

Après avoir lu ces deux extrait ci-dessus, pensez à ce qui est assimilable à cela dans le contexte actuel… Tout ?… Sans aucun doute, qu’attendons-pour foutre toute cette fange du mensonge, de l’exploitation et de la division fictive par dessus bord ?

Dans l’esprit de Cheval Fou

De l’antagonisme à la complémentarité : Nietzsche et la tradition anarchiste 1ère partie

Posted in actualité, altermondialisme, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 3 mai 2021 by Résistance 71

“Nietzsche a manqué le coche du socialisme. Lui seul, pourtant, est en mesure de barrer la route au nihilisme et de construire le rêve du philosophe : la surhumanité. Il faut dire oui à ce qui élève la vie mais contester ce qui l’abaisse.”
~ Albert Camus ~

Nietzsche et la tradition anarchiste

Extrait du livre de Max Leroy “Dionysos au drapeau noir”, ACL, 2014 (p.45-52)

Compilé par Résistance 71, mai 2021

Max Leroy

1ère partie
2ème partie

Nous avons découvert, au fil de nos recherches, un essai publié aux Etats-Unis en 2004, “I am not a man, I am dynamite”, sous-titré “Friedrich Nietzsche and the anarchist tradition” (introuvable en français, NdR71 : nous en traduisons certains passages en ce moment même pour combler ce vide… du moins en partie). Il semblerait fort qu’il n’existe aucune autre ouvrage sur le sujet.

[…] Le concept de transvaluation de toutes les valeurs (NdR71 : en fait le terme de Nietzsche est “transmutation de toutes les valeurs”) n’est pas seulement compatible avec le projet anarchiste, il en est un élément intégral, tout comme l’idée d’une philosophie au marteau sous-tend l’engagement anarchiste en faveur d’une transformation sociale radicale.

[…] Revenons vers le Vieux Monde. Et penchons-nous brièvement sur ces figures du mouvement anarchiste qui manifestent leur attachement sinon leur admiration pour Friedrich Nietzsche. Cette liste n’a pas, on l’imagine, la prétention d’être exhaustive.

Louise Michel (1830-1905), communarde déportée en Nouvelle-Calédonie, déclara: “Nous voulons la conquête du pain, la conquête du logement et des habits pour tout le monde… Alors le rêve superbe de Nietzsche, qui prophétisait l’avènement du surhomme se réalisera.”

E. Armand (1872-1963), fils de communard et partisan des “milieux libres”, s’inspira de l’individualisme nietzschéen pour forger sa pensée. Il célébra l’homme en marge, le solitaire contre le vent, l’âme ardente qui brûle loin des cendres de la société, le séditieux et l’insoumis face aux troupeaux consentants ; bref l’en-dehors. Son mot d’ordre ? “Défendre l’individu contre l’Homme”, cet indécrottable suiveur, incurable superficiel et éternel grégaire. Son “Petit manuel anarchiste individualiste”, rédigé en 1911 (NdR71: la même année que “L’appel au socialisme” de Gustav Landauer), rappelait ainsi que “l’anarchiste va, semant le révolte contre ce qui opprime, entrave, s’oppose à a libre expansion de l’être individuel”. Les maux du monde ne procèdent pas seulement de la propriété privée et du système capitaliste ; l’espèce humaine endosse la plus lourde responsabilité et les esclaves n’existent qu’en ce qu’ils acquiescent à leurs maîtres. A quoi bon une révolution ? Les tyrans se passent le mot, par-delà les régimes et les structures politiques. Resta à suivre sa route, sans horizons radieux ni Grand Soir, sans pratiquer l’exploitation ni la subir.

L’historien allemand Rudolph Rocker (1873-1958) traduisit “Ainsi parlait Zarathoustra” en yiddish et cita Nietzsche à quatre reprises dans son ouvrage le plus célèbre “Nationalisme et culture”. Il y salua ses analyses sur le déclin culturel allemand, se joignit à son rejet de l’appareil d’État mais déplora son “individualisme exorbitant” et regretta que le “déchirement intérieur” du philosophe (tiraillé entre ses penchants autoritaires et ses inclinations libertaires) l’ait empêché d’approfondir sa critique du pouvoir.

Albert Libertad (1875-1908), créateur des “causeries populaires”, présentait l’œuvre de Nietzsche lors des conférences qu’il animait. Celui qui fut incarcéré pour avoir crié “A bas l’armée!” déclamait son amour acharné de la vie et sa haine des pensées efflanquées.

Le peintre Salvador Segui (1886-1923), secrétaire général de la CNT catalane, était engagé dans le mouvement ouvrier depuis ses quinze ans. Il fut dans sa jeunesse un fervent partisan de Nietzsche, au point selon un article de “L’humanité” en 1932, qu’il n’était pas rare de l’entendre discuter du philosophe immoraliste aux terrasses des cafés ouvriers. Une organisation monarchiste proche du patronat l’abattit dans une rue de Barcelone un jour du mois de mars 1923.

Federica Montseny (1905-1944)m milita auprès de la CNT avant de devenir durant la guerre civile espagnole, la première femme à accéder au poste de ministre. Elle dût fuir le franquisme et s’installa à Toulouse. Nietzsche, qu’elle vénérait (avec Stirner, Ibsen et Reclus) l’avait amenée à célébrer le volontarisme, l’élan vital et la primauté de l’individu sur la masse.

Le poète Léo Ferré (1916-1993) affirma également avoir été influencé par Nietzsche, que l’on retrouve dans ses textes “Les poètes” et “Le chemin de l’enfer”. Ennemi autoproclamé du pouvoir, fut-il de gauche ou “socialiste”, des partis, des syndicats et des gouvernements, le chanteur ne cessa d’étriller les révolutionnaires professionnels (Robespierre, Lénine, Trostky, Castro, Mao, Debray) au profit de la révolte et de l’insurrection permanente.

L’essayiste et poète Alain Jouffroy (né en 1928) autoproclamé “anarchiste modéré” car non-violent, réhabilita Nietzsche dans son ouvrage phare “De l’individualisme révolutionnaire” (essai qui propose de réconcilier a notion d’individu à celle de révolution collective, par delà les cloisonnements idéologiques : “se révolutionner soi-même à travers les autres et grâce à eux” – NdR71 : cela dit-il quelque chose à nos lecteurs ? Que disons-nous depuis bien des années… sans connaître Jouffroy ?…) et lui consacra un ouvrage plus littéraire “Caffe Fiorio, une heure avant l’effondrement de Nietzsche”.

L’écrivain belge Marcel Moreau (né en 1933), activiste du corps, poète du cœur et pourfendeur de la Raison reine et roide, éleva le père de Zarathoustra au rang de professeur. Moreau exhorte à respirer les grands airs dionysiaques et nietzschéens. L’homme renvoie dos à dos les démences collectives du socialisme scientifique et l’ignominie marchande du libéralisme. […]

Le poète Christian Erwin Andersen (né en 1944) revendique sans détour son nietzschéisme. […]

L’essayiste Daniel Colson, professeur de sociologie à l’université de Saint-Etienne et libraire anarchiste à ses heures, s’active, au fil de ses textes, à intégrer la pensée nietzschéenne au corpus anarchiste. Il publie en 2001 un portrait du penseur allemand sur la couverture de son “Petit lexique philosophique de l’anarchisme”, aux côtés de Proudhon, Bakounine, Louise Michel et Nestor Makhno, puis évoque en 2004, un “Nietzsche émancipateur” et “la nature des affinités entre Nietzsche et les mouvements libertaires” dans “Trois essais de philosophie anarchiste”. Un an plus tard il commit l’article “Nietzsche et l’anarchisme” dans la revue A contretemps.

[…] L’auteur rebondit sur le concept nietzschéen de l’éternel retour pour avancer l’idée que la perception du temps, envisagé à l’aune de l’anarchisme, n’est pas linéaire, quoi qu’aient pu dire Kant, Hegel ou Marx, l’Histoire n’a ni début ni fin, ni attente ni espérance, ni signification ni évolution, ni sens ni but. L’Histoire est chaos et l’on se berne en croyant que l’on pourra, un jour, par la maîtrise technique, soumettre le cosmos à la volonté de l’humain…Comment croire encore que demain sera mieux qu’hier après qu’un B-29 a lâché 64 kilogrammes d’uranium 235 sur la ville d’Hiroshima ? Comment croire encore à l’amélioration de l’espèce humaine après les expériences médicales réalisées sur les Tziganes du camp de Sachsenhausen ? Comment croire encore que l’étape suivante sera qualitativement supérieure à la précédente après les bombardements au phosphore blanc sur la population de Gaza ? C’est ce que demande Colson, sans le formuler ainsi, lorsqu’il définit le progrès comme une “illusion née au XIXème siècle et morte dans les désastres du siècle suivant.L’éternel retour, entendu dans une perspective libertaire, oblige à penser le présent et l’instant qui l’accompagne. […]

Notons enfin que Michel Perraudeau consacra une page à Nietzsche dans son “Dictionnaire de l’individualisme libertaire” (2011) ; le philosophe allemand y est présenté comme un penseur luttant contre les aliénations “étatiques, religieuses, politiques, laborieuses, familiales.

[…]

NdR71 : la suite du livre se penche sur la relation de huit penseurs avec la pensée de Nietzsche. Nous publierons sur certains d’entre eux comme Emma Goldman, Gustav Landauer, Hakim Bey et le plus méconnu : Renzo Novatore, dont nous avons découvert la pensée avec grand intérêt dans le bouquin de Leroy… Pour se faire nous utiliserons ce livre ainsi que l’autre cité en anglais “I am not a man, I am dynamite” dont nous traduirons certains passages. 

A suivre donc…

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Friedrich Nietzsche sur Résistance 71
L’intégrale en PDF

Nous conseillons de lire cette analyse avant même d’entreprendre la lecture de Nietzsche :

Albert Camus : Réflexion sur la philosophie de Nietzsche

et celle du grand spécialiste et traducteur de Nietzsche Georges-Arthur Goldsmidt :

G.A Goldsmidt : Analyse de la philiosophie de Nietzsche et de son « Ainsi parlait Zarathoustra »

Lecture complémentaire :

Du chemin de la société vers son humanité réalisée (Résistance 71)

« Fragment sur la vie et l’esprit » texte inédit de Bakounine (1837)

Posted in actualité, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique with tags , , , on 27 avril 2021 by Résistance 71

Bakounine écrit ce texte ci-dessous, que nous pensons être inédit en français aussi loin que nous sachions, à l’âge de 23 ans alors qu’il est un “jeune hégélien”. Il est encore en Russie et va quitter son pays après avoir abandonné l’armée à la sortie de l’école d’officiers, pour aller terminer ses études de philosophie à Berlin.
Ce texte d’un jeune Bakounine contraste avec ses écrits anarchistes futurs et c’est un Bakounine spirituel idéaliste, un brin “taoïste” même, que l’on découvre alors qu’il était plongé dans la lecture et l’analyse de “La phénoménologie de l’esprit” de G.W.Friedrich Hegel. Texte très intéressant sur l’individu, l’esprit et la vie, qui n’est pas sans rappeler parfois, certains textes orientaux.
Par contraste, en 1882, six ans après la mort de Bakounine, ses amis Cafiero et Reclus publient son manuscrit “Dieu et l’État”. La conclusion en est cinglante, même Hegel y est égratigné, jugez-en plutôt :

“[…] il restait bien alors un moyen : celui de retourner à la religion humanitaire et révolutionnaire du XVIIIème siècle. Mais cette religion mène trop loin. Force fut donc à la bourgeoisie de créer, pour sanctionner le nouvel État, l’État bourgeois qu’elle venait de créer, une religion nouvelle, qui pût-être, sans trop de ridicule et de scandale, la religion professée hautement par toute la classe bourgeoise. C’est ainsi que naissait le déisme de l’école doctrinaire. […] son but avoué : la réconciliation de la Révolution avec la Réaction, ou, pour parler le langage de l’École, du principe de la liberté avec celui de l’autorité, naturellement au profit de ce dernier. Cette réconciliation signifiait en politique, l’escamotage de la liberté populaire au profit de la domination bourgeoise, représentée par l’état monarchique constitutionnel ; en philosophie, la soumission réfléchie de la libre raison aux principes éternels de la foi.
On sait que cette philosophie fut principalement élaborée par Mr Cousin, le père de l’éclectisme français. Parleur superficiel et pédant, innocent de toute conception originale, de toute pensée qui lui fut propre, mais très fort dans le lieu commun, qu’il a le tort de confondre avec le bon sens, ce philosophe illustre a préparé savamment à l’usage de la jeunesse étudiante de France, un plat métaphysique à sa façon et dont la consommation rendue obligatoire dans toutes les écoles de l’État, soumises à l’université, a condamné plusieurs générations de suite à une indigestion de cerveau. Qu’on s’imagine une vinaigrette philosophique composée des systèmes les plus opposés, un mélange des pères de l’église, de scolastiques, de Descartes et de Pascal, de Kant et de psychologues écossais, le tout superposé sur les idées divines et innées de Platon et recouvert d’une couche d’immanence hégélienne, accompagné nécessairement d’une ignorance aussi dédaigneuse que complète des sciences naturelles et prouvant que deux fois deux font cinq.”

~ Résistance 71 ~

Fragment sur la vie et l’esprit

Michel Bakounine

Septembre 1837

Texte inédit en français

Traduction Résistance 71

Avril 2021

Oui, la vie est bonheur suprême ; vivre veut dire comprendre, comprendre la vie ; le mal n’existe pas, tout est bon ; seule la limitation est mauvaise, la limitation de la vision spirituelle.

Tout ce qui existe est la vie de l’esprit, tout est pénétré par l’esprit, rien n’existe à part l’esprit. L’esprit est la connaissance absolue, la liberté absolue, l’amour absolu, et spécifiquement la félicité absolue. L’homme naturel, comme toute chose naturelle, est le moment fini et limité de cette vie absolue. Il n’est toujours pas libre, mais il contient tout le potentiel pour une liberté sans limite, pour une félicité, un bonheur sans limite. Ce potentiel réside dans la conscience. L’Homme est la créature consciente. La conscience est l’émancipation, le retour de l’esprit de l’infini et de la définition limitée dans son essence infinie. Le degré de conscience de l’Homme est le degré de sa liberté, son degré d’humanité, d’amour et par conséquent, son degré de bonheur. Le côté de sa liberté, de sa conscience est bon, heureux. Son côté limité, inconscient est mauvais, mauvaise fortune. Le mal, le mauvais et la mauvaise fortune, la malchance n’existent que pour la conscience limitée, finie et pourtant cette conscience contient toujours le potentiel et la nécessité de l’émancipation. Ainsi le mal n’existe pas dans l a nature et tout est bon ; la vie est le bonheur suprême.

Hegel a dit que seule la pensée distingue l’humain de l’animal. cette différence est infinie et rend l’humain créature indépendante, éternelle. L’individu naturel est sujet à la même implacable nécessité, au même esclavage de tout ce qui est naturel. Il est une créature mortelle ; il est un esclave ; il n’est rien même en tant qu’individu. Il n’a de réalité que dans l’espèce et est sujet à la nécessité des lois de cette espèce. Mais la conscience le libère de cette nécessité, le rend indépendant, libre et éternel. L’Homme en lui-même est toujours libre et éternel, en tant que conscience, que concept de cet esprit qui va se développer dans sa vie. Mais par lui-même, il peut être en partie esclave ; il peut être fini. L’homme fini est celui qui n’est pas encore totalement influencé par l’esprit d’indépendance, celui dans lequel persiste encore quelques aspects spontanés non encore éclairés par l’esprit. Ce sont ces aspects qui le rendent fini, la marque de sa finitude, en limitant l’horizon de son œil spirituel ; maintenant toute limite est mauvaise, séparation de dieu. Les côté obscurs de l’Homme le limitent, l’empêchent de merger avec dieu, le rendant esclave de la contingence.

La chance est le mensonge, l’ombre ; la chance n’existe pas dans une vie qui est réelle et véritable ; tout dans cette vie est une nécessité sacrée, une grâce divine. La chance n’a aucun pouvoir face à la réalité des choses ; seules les ombres, les intérêts et les désirs fantômes de l’Homme sont sujets à la chance. La chance entrave la liberté de l’Homme fini ; la chance est le sombre côté de sa vie. La conscience est émancipation de la spontanéíté naturelle, l’illumination par l’esprit de la nature humaine. Moins l’Homme est conscient, plus il est sujet à la chance, au hasard ; plus il est conscient, au plus indépendant il en est. Seul le fantomatique est tué par chance et le fantomatique doit mourir. L’ombre détruit l’ombre, c’est en cela que réside la libération de l’humain.

Tout vit, tout est animé par l’esprit. La réalité n’est morte que pour l’œil mort. La réalité est la vie éternelle de dieu. L’homme insensé vit aussi dans cette réalité, mais il n’est pas conscient, pour lui tout est mort, il voit la mort partout parce que sa conscience n’a pas encore gagné la vie, ne s’est pas encore manifestée. Plus l’Homme vit et plus il est habité de l’esprit d’indépendance et plus la réalité est vivante pour lui, au plus proche de lui se trouve t’elle. Ce qui est réel est rationnel. L’esprit est le pouvoir absolu, la source de tout pouvoir. La réalité est sa vie, et partout la réalité est toute puissante en tant que volonté et chose de l’esprit. L’Homme dans sa finitude est coupé de dieu ; il est coupé de la réalité par l’ombre, par son défaut d’immédiateté ; pour lui la réalité et le bien ne sont pas identiques, pour lui le bien et le mal sont séparés. Il peut bien être moral, il n’est pas religieux et parce qu’il est un esclave de la réalité, il la craint, il la déteste.

Quiconque déteste la réalité et ne sait pas qu’il hait ne connaît pas dieu. La réalité est la volonté divine. En poésie, en religion et finalement en philosophie, est accompli le grand acte de la réconciliation de l’Homme avec Dieu. L’homme religieux sent, croit que la volonté divine est absolue, unique bonté et il dit : “Que sa volonté soit faite”, il dit cela bien qu’il ne sache pas la raison du pourquoi la volonté divine est en réalité le véritable bonheur et pourquoi c’est uniquement en elle que la satisfaction finie existe. Le point de vue moral est la division du bien et du mal, la séparation de l’humain de dieu. Il a peur du mal, il est troublé, dérangé et une lutte sans fin entre le bien et le mal, entre le bonheur et la mauvaise fortune, le malheur, prend place en lui.

Le mal n’existe pas pour l’homme religieux, pour lui c’est l’ombre, la mort, la limite vaincues par la révélation du Christ. L’homme religieux ressent son impuissance individuelle, parce qu’il sait que le pouvoir vient de dieu et il attend l’illumination, la grâce venant de Lui. La grâce purifie l’Homme de l’influence de l’ombre, elle disperse le brouillard qui le sépare du soleil.

La philosophie, en tant que développement indépendant et purification de la pensée, est une science humaine, car elle provient directement de l’Homme et elle est une science divine parce qu’elle contient le pouvoir de la grâce : la purification de l’Homme des fantômes et son union avec dieu. L’homme qui a traversé ces trois sphères du développement et de l’éducation est un homme parfait et tout-puissant ; pour lui, la réalité est le bien absolu, la volonté divine est sa volonté de conscience.

Le génie est la conscience vivante de la réalité contemporaine.

Un laps de temps s’est écoulé depuis que cette idée m’est venue d’enregistrer ici les faits de ma vie intérieure. Mon âme a subi bien des élévations et je suis presque de nouveau retombé. Non, je ne suis toujours pas assez illuminé par la vérité ; je ne possède toujours pas assez d’amour pour m’empêcher de m’observer, pour abandonner toutes impressions de manière indiscriminée. Il y a toujours bien des côtés obscurs en moi et ces aspects rendent toujours impossible pour moi d’obtenir une harmonie ininterrompue. Je connais tours des moments de sécheresse, de froideur et dans ces moments je dois être ferme ; je dois les considérer comme des instants malades de passage et je dois étudier les moyens de les éliminer. L’an prochain, au printemps, je partirai à l’étranger. C’est essentiel. Il est grand temps de laisser l’indéterminabilité derrière mi et de prendre une décision. Ainsi, je dois me préparer 1) moralement 2) matériellement. En ce moment, je suis en train de lire la phénoménologie [de l’esprit] NdR71: de Hegel…

La nature ne passe pas, elle contient la totalité de la négation, le temps est en son sein et non pas en dehors, il n’a donc pas de pouvoir sur elle, il agit comme un pouvoir sur les réalisations et les réalités de la nature, isolées et subjectives, qui sont à sens unique et ne contiennent pas la notion de totalité de la négation ; c’est pourquoi le temps a beaucoup de pouvoir sur elles, elles sont nées du temps et se déroulent dans le temps. La personnalité humaine, le sujet humain, en tant que réalisation isolée de la nature, est sujet à la même loi temporelle, ils passent de la même manière. Mais ils contiennent la totalité de la négation, en tant qu’une abstraction entièrement équivalente Moi = Moi, dans cette égalité ils sont en dehors du temps et le temps est en eux, cela manifeste son pouvoir sur le contingent et sur les définitions non correspondantes de cette pure égalité et à cet égard, le temps est la base abstraite de la vie externe de la nature aussi bien que la vie interne de l’esprit et il me semble que les réalisations isolées de la nature concernent la totalité de la nature de la même manière que le contingent, qualités unilatérales ou définitions du sujet concernent le sujet pur.

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Bakounine sur Résistance 71 en PDF :

La commune de Paris et la notion d’État

La théorie identique de l’église et de l’état

Exemple de charte confédérale

Dieu et l’État

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

De la tradition anarchiste africaine, entretien avec Sam Mbah

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 26 avril 2021 by Résistance 71

rEVOLUTION

Anarchisme africain : entretien avec Sam Mbah

Chuck Morse

Entretien avec la revue “Perspective on Anarchy Theory”, printemps 1999

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Avril 2021

“African Anarchism: The History of a Movement” (Sharp Press, 1997) de Sam Mbah et I.E. Igariwey est le premier traitement de l’anarchisme en Afrique dans un mode livresque. Les auteurs y argumentent que l’anarchisme fournit un cadre tout à fait cohérent dans lequel comprendre et répondre aux multiples crises affectant le continent. J’ai rencontré Mbah le 4 novembre 1998 au début de sa tournée américaine.

Note de R71: Nous avons traduit de très larges extraits de ce livre il y a plusieurs années, nous mettons le lien vers notre PDF sous l’article. Bonne lecture !

Vous déclarez que “la tendance générale de la société humaine a été vers l’égalité sociale et une plus grande liberté individuelle.” Partagez-vous la croyance de Marx sur le capitalisme comme développement progressiste dans l’histoire du monde et une pré-condition nécessaire à des formes sociales plus adéquates ?

La position marxiste n’est pas complètement juste. Le capitalisme fut un développement progressiste durant son époque : il a fourni la base de la radicalisation de la classe travailleuse, ce qui n’était pas possible sous le féodalisme et ce fut définitivement un pas en avant. Ceci fut basé sur le fait que la lutte contre le capitalisme et le système étatique s’intensifiait. Mais je ne pense pas que tout pays ou société doive passer par ce processus ou que le capitalisme soit une pré-condition pour le progrès humain ou son développement.

Je ne pense pas non plus que l’histoire humaine soit prévisible ou qu’elle puisse être liée à des séquences développées par des historiens ou des penseurs/écrivains. Je pense que la capacité des gens ordinaires dans une société donnée est si grande qu’elle peut pratiquement les propulser à prendre leur destinée entre leurs propres mains et ce à n’importe quel point dans le temps. Je ne crois pas en la compartimentation de l’histoire en étapes : je pense que les gens ordinaires sont capables de lutter par et pour eux-mêmes et qu’ils pourront se libérer à n’importe quel moment dans le temps.

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NdR71 : 

Essayons de rétablir ici une “voie du milieu”… Nous pensons en partie comme Mbah, à savoir que l’émancipation peut se produire à n’importe quel moment dans la mesure où la capitalisme, comme tous les autres systèmes avant lui est une fabrication, une construction politico-sociale et que ce que nous construisons, nous pouvons le déconstruire pour reconstruire autre chose.
Ceci dit, une fois certains mécanismes enclenchés, se développe une certaine implacabilité évènementielle. En cela l’analyse de Marx sur les deux phases du capitalisme en sa phase I de domination formelle et sa phase II de domination réelle est juste. Ainsi, une fois un tel processus enclenché, il est plus facile sans aucun doute de mettre le système à bas lorsqu’il est au creux de la vague, ce qui est le cas en ce moment. Le capitalisme est en phase de énième mutation pour pouvoir reproduire son propre mode de production, il peine à le faire, mais la solution vers un Nouvel Ordre Mondial des entreprises transnationales est la seule possible pour survivre encore un peu. Son oligarchie s’emploie à mettre tout ça en place et la crise actuelle du COVID-19 n’en est qu’un des aspects / outils.
Maintenant, le capitalisme est-il nécessaire ? Peut-on arriver à l’émancipation sans lui ? Est-il un passage obligé vers notre émancipation vers notre humanité enfin réalisée ? Nous avons fait le choix (une minorité d’entre nous, il y a longtemps, a fait ce choix) de le mettre en place, il est une réalité et peu importe qu’il soit nécessaire ou non, ce qui est sûr de là où nous en sommes, est que nous devons nous en débarrasser et avec lui, de l’État, de la marchandise et son rapport marchand et donc de ses outils de fonctionnement que sont l’argent et le salariat. Là est le point de convergence de l’idée (r)évolutionnaire, car il n’y a pas et ne saurait y avoir de solution au sein du système. Nous devons prendre une tangente qui nous sortira du cycle infernal, de la révolution nous ramenant sans cesse au point de départ. Il ne s’agit pas de révolution mais d’évolution. Nous devons devenir enfin politiquement adulte.

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Votre livre est ancré dans l’anarcho-syndicalisme, une tradition essentiellement dérivée des expériences historiques européennes. Quelles contributions distinctives de l’expérience africaine peuvent être apportées à l’anarchisme ?

Nous avons tenté d’adresser ce point dans notre livre. Bien que l’anarchisme ne soit pas complet sans l’apport de l’expérience européenne, nous pensons qu’il y a des éléments des sociétés traditionnelles africaines qui peuvent assister à l’élaboration d’idées anarchistes.

L’une d’entre elles est l’auto-aide, l’entraide ou la tradition de coopération qui prévaut dans la société africaine. Cette société est structurée de telle façon que l’individualisme y est réduit et qu’est important l’approche collective de la résolution de problèmes et de vivre : si on le réduit à son essence, je pense que c’est ce que l’anarchisme enseigne.

Les sociétés traditionnelles africaines offrent aussi certaines choses dont nous devrions apprendre. Par exemple sur le leadership, spécifiquement là où le féodalisme ne s’est pas développé. Dans ces sociétés le pouvoir était horizontal et diffusé dans le corps social, il n’est pas vertical, pas hiérarchisé. Pratiquement tout le monde dans une société donné ou un village prenait part au processus décisionnaire et avait la parole sur tout ce qui les affectait directement au quotidien. Les anciens par exemples n’auraient jamais engagé une lutte armée contre le village voisin s’il n’y avait pas un consensus au sein de la population, ce qui était vraiment la force liante de la société africaine. Également le système de la famille étendue par lequel votre neveu pouvait venir vivre avec vous et votre femme, chose que nous définitivement recommandons à l’anarchisme. Ceci sont des exemples de zones qui pourraient être incorporées à l’anarchisme. Ces idées sont durables, elles sont quasiment dans la nature humaine aussi loin que l’Afrique soit concernée.

L’incapacité de combiner une critique cohérente de l’état et du capitalisme avec une critique du racisme a exercé une énorme pression sur l’anarchisme. Dans quel sens une analyse sur le racisme et la suprématie blanche doit-elle complémenter une analyse de classe ?

Le système capitaliste dont nous avons hérité pousse à l’exploitation des travailleurs et autres classes non dominantes et exploite aussi les différences raciales. Il a institué une dichotomie raciale permanente parmi les travailleurs, où il y a un groupe de travailleurs plus privilégiés et un autre groupe de travailleurs moins privilégiés. Il y a une double exploitation de la classe travailleuse non blanche. Ceci ne fut pas même adressé adéquatement par le marxisme, parce qu’il assumait une unité des intérêts au sein de la classe laborieuse sans référence à des types spécifiques d’exploitation et de privation auxquels font face les travailleurs.

Le racisme est un facteur clef dans ce monde et toute analyse de classe qui cherche à nier cela ne fait qu’appliquer une politique de l’autruche. Le racisme est tout simplement endémique au capitalisme.

Les travailleurs doivent impérativement comprendre cela, comme base de leur unité et pour aller de l’avant. Ceci doit être reconnu par les activistes anarchistes et les mouvements sociaux afin d’intégrer toutes les couleurs de la palette du travail pour faire face à l’ennemi commun qui est le capitalisme et les relations sociales de production que le mettent et le maintiennent en place.

= = =

Notre traduction de larges extraits du livre de Mbah et Igariwey “L’anarchisme africain, une histoire du mouvement”, 1997, trad. R71, 2015

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

5 textes pour comprendre et éradiquer le colonialisme

« Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte », Steven Newcomb, 2008

« Comprendre le système de l’oppression coloniale par mieux le démonter », Steven Newcomb

« Comprendre le système de l’oppression coloniale pour mieux le démonter », Peter d’Errico

« Effondrer le colonialisme », Résistance 71

« Nous sommes tous des colonisés ! », Résistance 71

FranceUranium

Jean Giono « L’homme qui plantait des arbres » 1953 (PDF)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, écologie & climat, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, technologie et totalitarisme with tags , , on 25 avril 2021 by Résistance 71

“il faut sinon se moquer, en tout cas se méfier des bâtisseurs d’avenir. Surtout quand pour bâtir l’avenir des hommes à naître, ils ont besoin de faire mourir les hommes vivants. L’homme n’est la matière première que de sa propre vie. Je refuse d’obéir.”
~ Jean Giono ~

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Message utile et nécessaire (PDF) :

Jean_Giono_Lhomme_qui_plantait_des_arbres_1953

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“Celui qui est contre la guerre est par ce seul fait dans l’illégalité. L’état capitaliste considère la vie humaine comme la matière véritablement première de la production du capital. Il conserve cette matière tant qu’il est utile pour lui de la conserver. Il l’entretient car elle est une matière et elle a besoin d’entretien et aussi pour la rendre plus malléable il accepte qu’elle vive.
[…] L’état capitaliste se sert de la vie. La guerre n’est pas une catastrophe, c’est un moyen de gouvernement. L’état capitaliste ne connaît pas les hommes qui cherchent ce que nous appelons le bonheur, les hommes dont le propre est d’être ce qu’ils sont, les hommes en chair et en os ; il ne connaît qu’une matière première pour produire du capital. Pour en produire, il a besoin à un certain moment de la guerre, comme un menuisier a besoin d’un rabot, il se sert de la guerre. […] L’état capitaliste a besoin de la guerre, c’est un de ses outils. On ne peut tuer la guerre sans tuer l’état capitaliste. Je parle objectivement. Voilà un être organisé qui fonctionne… Dans cet être organisé, si j’enlève la guerre, je le désorganise si violemment que je le rend impropre à la vie, à sa vie, comme si j’enlevas le cœur au chien, comme si je sectionnais le 27ème centre moteur de la chenille. […]
Je préfère vivre. Je préfère vivre et tuer la guerre et tuer l’état capitaliste. Je préfère m’occuper de mon propre bonheur. Je ne veux pas me sacrifier ; je n’ai besoin de sacrifier qui que ce soit. Je ne veux me sacrifier qu’à mon bonheur et au bonheur des autres. Je refuse les conseils des gouvernements de l’état capitaliste, des professeurs de l’état capitaliste, des poètes, des philosophes de l’état capitaliste. […] Il n’y a qu’un seul remède: notre force. Il n’y a qu’un seul moyen à utiliser: la révolte, puisqu’on n’a pas entendu notre voix. Puisqu’on ne nous a jamais répondu quand on a gémi.”
~ Jean Giono, “Refus d’obéissance”, 1937 ~

Comment le mouvement BLM aux Etats-Unis, sans être anarchiste, reflète certaines idées et méthodologie de l’anarchie en mouvement 2ème partie (CrimethInc)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , on 21 avril 2021 by Résistance 71

« Anarchisme: Le nom donné à un principe de théorie et de conduite de la vie sous lequel la société est conçue sans gouvernement, l’harmonie dans une telle société étant obtenue non pas par la soumission à la loi ou par l’obéissance à l’autorité, mais par les consentements libres conclus entre des groupes territoriaux et professionnels variés, librement constitués pour les fonctions simples de production et de consommation et également pour la satisfaction d’une variété infinie de besoins et d’aspirations d’être civilisé. Dans une société développée selon ces lignes de conduite, les associations volontaires qui commencent déjà à couvrir tous les secteurs de l’activité humaine, prendraient une plus grande extension pour finir par se substituer elles-mêmes pour l’état et de ses fonctions. »
– Pierre Kropotkine (début de la définition de l’anarchisme qu’il écrivit pour la 11ème édition de L’Encyclopedia Britannica, 1910) –

Depuis la publication de la 1ère partie de ce document, le policier Derek Chauvin qui passait en jugement a été reconnu coupable de meurtre sur la personne de George Floyd. Mais il y aura une prochaine fois… et une autre… tant que le système étatico-capitaliste / marchand sera en place. Celui-ci est fondé sur la division, l’inégalité, l’exploitation, l’oppression et la coercition, favorisant tous les abus possibles, d’un côté comme de l’autre. En conséquence, si nous voulons vraiment que ça cesse sans espoir de retour:

A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! et à bas le salariat !
Vive la Commune Universelle de la Société des sociétés, tout le reste n’est que pisser dans un violon !

~ Résistance 71, 21 avril 2021 ~

L’anarchie en mouvement : les huit points sur lesquels le mouvement Black Lives Matter (BLM, aux Etats-Unis du moins, NdT) et de justice pour George Floyd reflète les idées anarchistes en action

Extrait du poscast # 79 de la radio anarchiste The Ex-Worker / CrimethInc (USA)

Source de la transcription intégrale :
https://crimethinc.com/podcasts/the-ex-worker/episodes/79/transcript

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Avril 2021

1ère partie

2ème partie

L’entraide

L’entraide est une pratique d’attention et d’aide réciproques avec laquelle les participants à un réseau s’assurent que les besoins de chacun sont satisfaits. Ce n’est jamais un échange de troc ni une sorte d’assistance à sens unique telle que l’offrent les organisations caritatives, mais une libre assistance d’inter-échange de ressources. Les anarchistes pensent que les communautés peuvent parfaitement subvenir à leurs besoins au travers de l’entraide plutôt qu’avec le système coupe-gorge de la concurrence pour le profit. (NdT: ceci suppose une grande part de gratuité, chose que nous ne cessons de prôner depuis 10 ans…)

Alors que la crise du COVID-19 se propageait, les communautés à travers les Etats-Unis ont reconnu le besoin de s’organiser afin de parer aux besoins urgents de manière collective. Parce que les anarchistes prirent l’initiative de tels efforts depuis le départ, ils se sont fait connaître sous la bannière de l’entraide. Subséquemment, même des politiciens progressistes comme Alexandria Ocasio-Cortez ont appelé les Américains à former des initiatives d’entraide.

Le terme fut à l’origine popularisé par l’anarchiste russe Pierre Kropotkine et s’est étendu à travers tout les réseaux anarchistes internationaux. Kropotkine, un géographe, naturaliste et biologiste argumenta dans son ouvrage compilation de plusieurs longs articles “L’entraide, un facteur de l’évolution” en 1902 que c’est en fait la réciprocité et la coopération et non pas la concurrence sanguinaire, qui permet aux espèces du plus petit des organismes aux sociétés humaines, de survivre et de progresser. Ceci défia le dogme du darwinisme-social de la “survie du plus apte / fort” que les élites du monde marchand utilisaient pour justifier l’inégalité et l’exploitation qui accompagnaient l’expansion du capitalisme global au XIXème siècle.

Kropotkine en fit une affaire scientifique et philosophique afin de réorganiser la société en accord avec les principes de l’entraide qu’il décrit comme étant “l’étroite dépendance du bonheur de chacun au bonheur de tous.” et du “sens de la justice ou d’équité, qui amène l’individu à considérer les droits des autres personnes comme étant égaux aux siens.” Depuis le temps de Kropotkine, les anarchistes ont mis ces principes en pratique de manière consistante au travers des efforts tels que “De la nourriture pas des bombes”, “des marchés vraiment vraiment gratuits et libres”, les fonds communs de communauté, le travail collectif de bien commun après l’ouragan Katrina, l’aide mutuelle après désastre et bien d’autres projets.

Aujourd’hui, les volontaires de soutien dans la crise du COVID-19 et les supporteurs des manifestations en soutien à justice pour George Floyd, coopèrent pour offrir des soins médicaux gratuits, de l’eau, de la nourriture et des denrées de premières nécessité dans les rues de Minneapolis, de Washington D.C et à travers les Etats-Unis. Ces efforts tiennent du principe anarchiste du “A chacun selon ses possibilités, à chacun selon ses besoins”

Cela ne vient pas comme une surprise de voir que les efforts de soutien dans la crise COVID et les mouvements de manifestation et de protestation se retrouvent à l’intersection de la lutte. A cause des disparités dans la richesse, dans l’accès aux soins et la vulnérabilité de l’emploi, les gens de couleur et les noirs américains en particulier ont souffert de manière disproportionnée durant la pandémie. Lutter pour le principe de dire que les vies noires ont de l’importance (Black Lives Matter ou BLM) veut dire non seulement confronter la violence policière au quotidien mais aussi tous les autres système d’oppression qui ont maintenu tant de communautés noires dans la pauvreté la plus abjecte. Ces initiatives de communautés reflètent l’idée anarchiste que la santé et la liberté de chacun sont inter-reliées et peuvent être au mieux préservées au travers de la solidarité.

L’infrastructure du mouvement social

Alors que des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues, défiant police, ordre étatique et couvres-feu, plus de 10 000 personnes ont été arrêtées et bon nombre blessés par la police ou des milices d’extrême-droite. Malgré tout, le mouvement a continué à croître, grâce en partie à une infrastructure sociale émergente incluant des collectifs fournissant soutien santé et médical, une assistance légale gratuite, des fonds de cautions et autres formes de solidarité. Les anarchistes ont participé à ces efforts en première ligne faisant levier avec une infrastructure connue de longue date et tirant les conclusions de longues années, de décennies, d’expérience de terrain.

Participant au réseau de protestation mondial que les journalistes ont étiqueté le “mouvement anti-mondialiste” des années 90, les anarchistes ont pris un rôle actif dans l’organisation de l’infrastructure pour le soutien médical, légal et logistique dans les grandes manifestations. Les fonds de caution, des avocats activistes, des infirmiers de terrain et des équipes de communication ont joué un rôle critique dans les mobilisations comme celle contre le sommet de l’OMC à Seattle. Depuis lors, des anarchistes ont développé leurs connaissances et leur technique dans le cadre de mobilisations de masse contre les réunions gouvernementales et corporatrices, des réunions des partis républicain et démocrate, ce depuis l’an 2000, jusqu’au sommet du G20 de Pittsburg en 2009 et l’investiture de Donald Trump en 2017. Organisant les affaires de manière horizontale au sein de réseaux de volontaires, construisant une relation entre les organisateurs locaux et nationaux et tablant sur la solidarité et l’entraide pour fournir toutes ressources nécessaires aux participants, ils ont donné du pouvoir aux gens ordinaires de manière répétitive afin qu’ils exercent une influence exogène sur des évènements historiques.

Nous voyons l’héritage de ces succès dans l’infrastructure médicale et légale soutenant les manifestations de Justice pour George Floyd. Par exemple, le collectif Northstar Health Collective de Minneapolis, qui fournît un soutien critique pour les manifs, fut fondé par des anarchistes durant la mobilisation contre la convention du parti républicain de 2008.

Diversité dans les tactiques

Dans un mouvement décentralisé et sans “tête”, comment les groupes variés peuvent-ils employer des stratégies différentes et se coordonner pour minimiser les chances de conflit ? Comment peuvent-ils s’assurer que leurs efforts ne sont pas vulnérables aux sempiternelles stratégies du diviser pour mieux régner de l’État et des intérêts conservateurs des médias ? Pendant des décennies, les anarchistes ont fait l’expérience sur le terrain des réponses à ces questions.

Lorsque la Convention du Parti Républicain s’est réunie à Saint Paul, dans le Minnesota en septembre 2008, une coalition de groupes de protestation impliquant un bon nombre d’anarchistes se sont mis d’accord sur “Les principes de Saint Paul” inspirés par des points similaires d’unité utilisés dans les efforts d’organisation de masse et qui se sont ancrés avec les anarchistes dans les grandes villes du Canada et des Etats-Unis dans les années qui précédèrent cet évènement. Des modèles comme celui-là assistent les gens de diverses idéologies et donnent la priorité à l’entraide et au soutien plutôt que de saper les efforts des uns et des autres.

(*) NdR71 : Les “principes de St Paul” : accord passé entre les groupes de manifestants, dont les anarchistes, durant les manifs contre la Convention du Parti Républicain dans la ville de Saint Paul, Minnesota, les 1, 2, 3, 4 septembre 2008…

1. Notre solidarité sera basée sur le respect de la diversité des tactiques et des plans des autres groupes.

2. Les tactiques et actions utilisées seront organisées pour maintenir une séparation du temps ou de l’espace.

3. Tous débats ou critiques resteront internes au mouvement, évitant toute critique ou dénonciation publique d’autres activistes ou évènements.

4. Nous nous opposons à toute répression de la dissidence et du désaccord par l’État, ceci inclut la surveillance, l’infiltration, le dérangement, le harcèlement et la violence. Nous sommes d’accord sur le fait de ne pas aider ni assister les actions des forces de l’ordre contre les activistes et autres.

Les manifestations du mouvement de Justice pour George Floyd sont si diverses et incorporent tant d’approches différentes qu’il est impossible que tous les participants adhèrent à ce cadre. Mais beaucoup des voix les plus importantes du mouvement insistent sur une approche similaire afin de prévenir une division du mouvement. Ceci embrasse une diversité de tactiques et reflète le cœur même de la valeur autonome de l’anarchie.

Changement systémique

Les anarchistes rejettent la tactique visant à pétitionner pour des réformes du haut vers le bas de la pyramide, mais sont en faveur de la recherche de solutions qui attaquent le problème social à sa racine. Les réformes peuvent être une étape vers plus de changement fondamentaux, mais les anarchistes argumentent que nous devrions en premier lieu commencer par une analyse des racines des maladies sociales et  de démontrer une compréhension holistique des systèmes qui assurent à la fois les disparités et le fait d’en bénéficier. (NdT: en ce sens, nous invitons une fois de plus les lecteurs à (re)lire notre “Manifeste pour la société des Sociétés” dont c’est le but objectif…) Jusqu’ici aucune des réformes proposées par des politiciens de tout bord, comme les comités civils de révision ou les caméras corporelles, n’ont servi à quoi que ce soit pour réduire par exemple, la violence policière à une échelle nationale. La réponse légale, comme mener les policiers fautifs devant les tribunaux n’a eu aussi aucun effet, ni non plus les solutions électorales comme le lobbying ou voter pour de nouveaux politiciens. Malgré les efforts de réforme suivant la rébellion de Ferguson en 2014, le nombre de meurtres par la police annuellement a en fait augmenté entre 2015 et 2019. (NdT: Nous le disons depuis bien longtemps et le répèterons sans cesse : il n’y a pas de solutions au sein du système et ne saurait y en avoir !…)

Aujourd’hui, pour la première fois, le discours de masse reconnaît la possibilité de débudgétiser les départements de police voire même de les abolir totalement. Les anarchistes rejoignent les féministes Black et les abolitionnistes des prisons et du système carcéral (NdT: qui aux Etats-Unis est devenus essentiellement privé et est un énorme business générant des milliards aux mêmes entreprises capitalistes monopolistes) en insistant sur le fait que des réformes cosmétiques ne vont en aucun cas résoudre les problèmes sous-jacents du pouvoir, du racisme et de l’exploitation qui mènent à la violence d’état. Les anarchistes ont été les cibles de la violence policière et d’état depuis plus d’un siècle, depuis les martyrs du Haymarket, la loi d’exclusion des anarchistes, les raids de Palmer, et l’affaire du G20. Ces expériences informent la vision anarchiste d’un monde totalement libéré de l’état, de sa police et de l’exploitation qu’ils perpétuent.

Comme l’anarchiste afro-américaine Lucy Parsons l’a écrit dans “Les principes de l’anarchisme” : “Les institutions injustes qui produisent tant de misère et de souffrance aux masses ont leurs racines dans les gouvernements et ne doivent leur existence qu’au pouvoir dérivé des gouvernements, nous ne pouvons alors que penser que si toute loi, titre de propriété, tribunal, policier, soldat étaient abolis demain d’un seul coup d’un seul, nous nous en porterions bien mieux que maintenant.”.

Le peuple au dessus de la propriété et du profit

Le slogan “Black Lives Matter” a des implications radicales. Faire l’assertion que la vie humaine est plus importante que de préserver le contrôle d’État ou de protéger la propriété corporatrice / entrepreneuriale pose un profond défi à l’ordre politique et économique actuel. Ceci implique une éthique fondamentalement différente de celle de la logique d’état.

Comme l’a montré la crise du COVID-19, la proposition du “business as usual” peut-être mortifère. Avec la destruction environnementale, les accidents du travail, la dette massive de consommation, et le gâchis du potentiel humain qui caractérisent l’économie capitaliste, la pandémie (NdT: qu’elle soit fabriquée ou pas ne change rien, ses effets sont réels…) a ajouté un autre niveau de tragédie au coût de valoriser le profit au détriment de l’humain. Beaucoup de travailleurs, forcés de retourner à leur travail par les efforts de réouverture des entreprises motivée par le profit, sont punis par leurs employeurs pour tenter de protéger leur santé. Tout ceci en plus de la violence policière systémique et omni-présente durant les manifestations Justice pour Floyd, suggère le très peu de cas que font des vies d’autrui les riches et les puissants.

Les anarchistes ont rejoint le mouvement BLM en faisant la promotion d’une conception différente de la valeur. Insister sur la valeur des vies noires veut dire défier les institutions qui se donnent pour priorité le profit et qui les contrôlent, la police tout comme les politiciens les protégeant, ainsi que les employeurs exploiteurs, les pollueurs, les profiteurs et spéculateurs en tout genre ainsi que bien d’autres… Ceci veut donc dire se dresser contre le capitalisme aussi bien que contre sa police. Des Industrial Workers of the World (IWW), un syndicat anarchiste qui remet en cause directement le salariat, aux réseaux d’entraide qui remettent l’économie du don et du partage en pratique, les anarchistes poussent constamment pour un monde de coopération hors et au-delà de l’économie de marché. Le Movement for Black Lives aussi, insiste sur le fait qu’ils sont explicitement anti-capitalistes dans leurs principes d’organisation. Donner de la valeur aux vis noires requiert une transformation profonde du système économique.

Bien des voix à la fois dans en en dehors des manifestations se joignent au chœur demandant que la vie humaine prenne l’importance incontestable sur la propriété et le profit. Même des propriétaires d’entreprise qui ont fait les frais du pillage ou des incendies au cours des manifestations ont parlé et insister sur le fait que le point de focalisation devrait rester sur le problème majeur de la violence anti-noire, de la police, de la répression et de la justice sociale. Ceci montre le chemin vers une éthique de la solidarité qui caractérise l’approche anarchiste de la transformation sociale.

Que faire pour être libre ?

Le président Trump a tort. Ce ne sont pas les “anarchistes” qui sont responsables des courageuses actions militantes que nous avons vues dans les rues, bien que des anarchistes de bon nombre d’origine ethnique différente y aient participé. Par dessus tout,  ce fut la jeunesse noire et basanée et autres personnes marginalisées dont la bravoure et la détermination ont forcé le respect du monde entier. Comme nous l’avons vu, il y a bien des intersections entre les valeurs et les stratégies des mouvements anarchistes et le mouvement BLM et autres luttes anti-police et de libération. Alors que les anarchistes ne doivent pas détourner les façons des participants de décrire leurs activités et de clamer qu’elles sont des exemples d’idéologie anarchiste, ces résonances sont la base d’un échange mutuel et d’une solidarité dans le processus de la construction de mouvements de libération multi-raciaux.

Les anarchistes pensent qu’il en vaut la peine de se battre pour créer une société fondée sur l’entraide, l’autonomie, l’égalité, la liberté et la solidarité. Pour que tout mouvement soit efficace, les participants se doivent d’identifier ce que cela prendra pour effectuer le changement. La courageuse réponse à l’assassinat de George Floyd a montré l’efficacité de l’action directe sans aucun compromis, non seulement pour faire monter le prix social de l’injustice, mais aussi pour rendre possible d’imaginer un autre monde. Après que la mise à feu du commissariat du 3ème precinct de Minneapolis ait démontrée que des gens ordinaires peuvent parfaitement mettre en déroute et défaire la police dans un conflit direct, retirer les budgets et abolir la police sont devenues des choses tout à fait pensable et faisable et ce à l’échelle d’un discours public national.

A Minneapolis puis à Louisville, Los Angeles, New York et dans le monde, les gens de couleurs, noirs et basanés et autres personnes marginalisées ont convergé pour fermer la routine marchande. Les anarchistes ont participé, contribuer à l’expérience avec des tactiques de résistance, des infrastructures qui offrent un soutien à tous ceux dans le besoin, et des visions du monde dans lesquelles les institutions qui ont tué George Floyd et tant d’autres personnes n’existeraient pas. Des idées et des approches en résonance avec les valeurs anarchistes peuvent être vues en action dans ces manifestations et ce indépendamment de ceux qui les emploient se revendiquant anarchistes ou pas ou arborant quelque label politique que ce soit.

Ces valeurs et ces pratiques, qui transcendent toute simple idéologie ou tradition, peuvent devenir la base de tous ceux qui veulent se rassembler au-delà des lignes de différences alors qu’ils confrontent le pouvoir de l’état dans les rues. Le collectif anarchiste indigène Indigenous Action et d’autres ont argumenté que les mouvements modernes de lutte ont besoins de “complices et non pas d’alliés”, des personnes motivées à partager les risques et à entrer en action directe ensemble, motivés par une vision de libération collective plutôt que par la culpabilité, le devoir ou le prestige. Les manifestations pour la Justice pour George Floyd ont démontré l’efficacité des efforts décentralisés, multi-raciaux depuis la base. Informés d’un ethos horizontal participant qui rejette la violence policière aussi bien que toute autre forme de coercition d’état ou autre, les anarchistes insistent sur le fait que tout le monde a un rôle à jouer dans le processus de se libérer.

Un des messages les plus centraux venant de l’organisation anarchiste ces dernières décennies, incluant les luttes pour la solidarité avec les réfugiées politiques et les immigrants, l’abolition du système carcéral et les droits des homosexuels est que chacun d’entre nous ne peut être libre que lorsque tous sont libres. Ashanti Alston, activiste anarchiste, conférencier et écrivain a articulé cela de superbe manière. En tant qu’ancien membre du mouvement des Blacks Panthers et de la Black Liberation Army, ancien prisonnier politique, Alston a eu une grande expérience dans la confrontation avec la violence d’état. Enrichi par le soulèvement zapatiste au Chiapas mexicain, sa vision de la libération collective reflète un ethos anarchiste partagé par bien des mouvements et des communautés, se faisant l’écho d’une force d’inspiration de nos efforts d’aujourd’hui :

“Nous devons imaginer comment créer un monde où il est possible pour toutes les personnes différentes d’être ce qu’elles sont, de construire un monde où tout le monde sans exception a sa place et y est bien.”

CONCLUSION

Nous espérons que ceci vous a donné une perspective différente de “La vérité sur les anarchistes d’aujourd’hui”. 

[…]

Tant de nos amis passent à la trappe de la paranoïa, convaincus comme le sont les Oath Keepers et les Three Percenters que la guerre civile est juste au coin de la rue, apeurés qu’ils sont à chaque coup de sonnette a leur porte pensant que les troupes d’assaut viennent les embarquer pour le goulag. Ce n’est pas facile, ignorer les risques du moment que nous vivons pourrait être très dangereux de fait, mais tout autant qu’être obsédé par ces pensées au point d’être paralysé par la suspicion et la peur. Cher auditeur, auditrice, rappelle-toi STP que tu n’es pas seul(e), même si tu es coincé(e) en intérieur et te sens isolé(e). Oui, nous sommes vulnérables, mais nous sommes aussi forts et inter-connectés. Ils peuvent nous arrêter, nous frapper, nous tirer dessus, mais ils ne pourront pas nous avoir tous et pensons à tous ceux et celles qui se lèveront dans les grands moments de crise. Rappelez-vous: respirez, allez prendre l’air frais, le soleil. Rappelez-vous toujours qu’il y a un monde derrière l’écran, que celui-ci n’est pas tout, loin s’en faut. Rappelez-vous aussi toutes et tous, que pendant bien des années maintenant, des anarchistes du monde entier ont fait face à une répression bien pire,, mais aucun de nos ennemis n’a été capable de tuer cette idée si superbe.

Quoi qu’il arrive, à nous ici à CrimethInc (NdT: ou à nous à Résistance 71…), ou au mouvement dans son entièreté, nous continuerons de communiquer avec quelque moyen possible que ce soit, de partager nos analyses sur ce qui se passe, nous continuerons à parler des stratégies et des tactiques qui peuvent nous maintenir en sécurité et faire avancer la lutte dont nous sommes partie prenante, ainsi que de faire passer tout message de solidarité et d’encouragement de toutes celles et ceux qui sont en rébellion.

Restez fermes, forts. motivés et à l’écoute.

Vous étiez avec Alanis sur la radio Ex-Worker.

= = =

“Aucune armée au monde ne peut arrêter une Idée dont l’heure est venue”.
~ Victor Hugo ~

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”
~ Friedrich Nietzsche, “De la nouvelle idole” ~

Dès que l’État n’est plus à même d’imposer l’union forcée, l’union surgit d’elle-même, selon les besoins naturels. Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même.”
~ Pierre Kropotkine ~

« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

Lecture complémentaire :

“Pour tout changer, un appel anarchiste”, CrimethInc, 2015, rév.2020

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Un syndrome d’E.M.E(rgence) de RIEN du tout

Posted in actualité, crise mondiale, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , on 21 avril 2021 by Résistance 71

CHEVAL FOU

Envie de Mieux Être = Aime
Quand le système
Mène à la haine…
Aime !

Reçu de RIEN et de Jo :

Rien_Syndrome_EME

R71

21 avril 2021

Pour Eric

Domination, oppression, exploitation, coercition… L’église et l’état de Léon Tolstoï

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , on 16 avril 2021 by Résistance 71

L’église et l’état

Léon Tolstoï,

1882

« Quelle chose extraordinaire ! Il y a des gens qui semblent prêt à grimper dans les rideaux afin que les autres acceptent cette forme-ci de révélation, mais pas celle-là. Ils ne peuvent pas se reposer jusqu’à ce que les autres aient accepté leur forme de révélation, et aucune autre. Ils prononcent des anathèmes, persécutent et tuent ceux qu’ils peuvent des dissidents. D’autres groupes de gens font la même chose — prononcent des anathèmes, persécutent et tuent ceux qu’ils peuvent des dissidents. Et d’autres encore font la même chose. Ainsi, ils prononcent tous des anathèmes, se persécutent et se tuent – demandant que chacun croît comme eux. Et le résultat en est qu’il y a des milliers de sectes s’excommuniant, se persécutant et se tuant les unes les autres.

Au début, j’étais étonné qu’une telle absurdité évidente – une telle grossière contradiction – ne détruise pas la religion elle-même. Comment les gens pieux peuvent-ils rester si abusés ? Et vraiment, considéré d’un point de vue extérieur, général, c’est incompréhensible, et prouve de façon irréfutable que chaque religion est une fraude, et que toute l’affaire est pure superstition, comme le déclare aujourd’hui la philosophie dominante. Et regardant les choses de ce point de vue général, j’en suis venu inévitablement à reconnaître que toute la religion est une fraude. Mais je ne pouvais pas m’empêcher de penser que toute l’absurdité et l’évidence de la fraude, et le fait que néanmoins toute l’humanité y cède, indique que cette fraude doit être basée sur quelque chose qui n’est pas frauduleux. Autrement, nous ne pourrions pas la laisser nous décevoir –ce serait trop stupide. Le simple fait que toute l’humanité qui vit vraiment une vie humaine cède à cette fraude m’oblige à reconnaître l’importance du phénomène sur lequel la fraude est basée. Et, en conséquence de cette réflexion, j’ai commencé à analyser l’enseignement chrétien, lequel, pour toute la chrétienté, fournit la base de cette fraude.

C’était ce qui est apparent du point de vue général. Mais, du point de vue individuel –lequel nous montre que chaque homme (et moi-même) doit, pour vivre, toujours avoir une religion pour lui montrer le sens de la vie – le fait que la violence est employée dans les questions de religion est encore plus étonnant dans son absurdité.

En effet, comment pourrais-ce, et pourquoi devrais-ce concerner qui que ce soit de faire que quelqu’un d’autre, non seulement ait la même religion que lui-même, mais la professe aussi de la même manière qu’il le fait ? Un homme vit, et il doit donc savoir pourquoi il vit. Il a établi sa relation à Dieu, il connaît la vérité des vérités, et je connais la vérité des vérités. Notre expression peut différer ; l’essence doit être la même [ « Par la nature, les hommes se ressemblent ; c’est à la pratique qu’ils diffèrent. », dit Confucius, Ndt 1928] – Nous sommes tous les deux des hommes.

Alors pourquoi devrais-je – qu’est ce qui me pousse à – obliger qui que ce soit ou demander à qui que ce soit d’exprimer absolument sa vérité comme je l’exprime ?

Je ne peux pas contraindre un homme à altérer sa religion, soit par la violence, par la ruse ou par la fraude – les faux miracles.

Sa religion est sa vie. Comment pourrais-je lui prendre sa religion et lui en donner une autre ? C’est comme enlever son cœur et en mettre un autre à sa place. Je ne peux faire cela que si sa religion et la mienne sont des mots, et ne sont pas ce qui lui donne la vie ; si c’est une verrue et pas un cœur. Une telle chose est également impossible, parce qu’aucun homme ne peut tromper ou forcer un autre à croire ce qu’il ne croit pas lui-même ; parce que si un homme à ajusté sa relation à Dieu et sait que cette religion est la relation dans laquelle l’homme se tient envers Dieu, il ne peut pas désirer définir la relation d’un autre homme à Dieu en utilisant la force ou la fraude. C’est impossible, et néanmoins c’est fait et a été fait partout et toujours. C’est-à-dire que ce ne peut pas réellement être fait, parce que c’est en soi impossible ; mais quelque chose a été fait, et est fait qui ressemble à cela. Ce qui a été et est fait, c’est que certaines gens imposent aux autres une religion contrefaite et les autres acceptent cette contrefaçon – cette pseudo-religion.

La religion ne peut pas être forcée et ne peut pas être acceptée dans le but de quoi que ce soit, force, fraude, ou profit. Et cette fraude religieuse est une condition de l’homme qui dure depuis longtemps.

Quelle est cette fraude et sur quoi se base-t-elle ? Qu’est-ce qui induit les trompeurs à la produire ? Et qu’est-ce qui la rend plausible au trompeur ? Je ne vais pas discuter le même phénomène dans le Brahmanisme, le Bouddhisme, le Confucianisme, et le Mahométisme, même si n’importe qui ayant lu à propos de ces religions peut voir que la situation a été comparable à celle dans la chrétienté ; mais je parlerai seulement de cette dernière –étant la religion connue, nécessaire et chère pour nous. Dans la chrétienté, toute la fraude est construite sur la conception fantastique d’une Église ; une conception qui n’est basée sur rien, et qui, aussitôt que nous commençons à étudier la chrétienté nous étonne par son absurdité inattendue et inutile.

De toute les idées et les mots païens il n’y en a pas de plus païen que celui d’une Église. Il n’y a pas d’idée qui ait produit plus de mal, pas de plus opposée à l’enseignement du Christ, que celle d’une Église.

En réalité, le mot ekklesia signifie une assemblée et rien de plus, et c’est ainsi qu’il est utilisé dans les Évangiles. Dans le langage de toutes les nations modernes, le mot ekklesia (ou le mot équivalent « église » ) signifie une maison de prière. Au-delà de cela le mot n’a progressé dans aucun langage – malgré les quinze cents ans d’existence de la fraude-Église. Selon la définition du mot énoncé par les prêtres (pour qui la fraude-Église est nécessaire), ce n’est rien d’autre qu’une préface disant : « Tout ce que je vais dire est vrai, et si tu ne crois pas je te brûlerais, ou dénoncerais, ou te ferais toute sorte de tort. » Cette conception est un sophisme, nécessaire pour certains objectifs dialectiques, et elle est restée la possession de ceux pour qui elle est nécessaire. Parmi les gens, et pas seulement les gens ordinaires, mais aussi dans la société, parmi les gens instruits, il n’y a aucune conception telle qui est tenue, même si elle est enseignée dans les catéchismes. Aussi étrange que ce puisse sembler d’examiner cette définition, il faut le faire parce que tant de gens le proclament comme quelque chose d’important, alors qu’elle est absolument fausse. (Sans parler de l’inclusion fantastique des morts) ; si j’affirme que le chœur est une assemblée de vrais musiciens, je n’ai rien élucider à moins que je dise ce que j’entend par vrais musiciens. En théologie, nous apprenons que les vrais croyants sont ceux qui suivent l’enseignement de l’Église, c’est-à-dire qui font partie de l’Église.

Sans s’étendre sur le fait qu’il y ait des centaines de telles vraies Églises, cette définition ne nous dit rien, et semble au premier abord tout aussi inutile que la définition de « chœur » comme assemblée de vrais musiciens. Mais nous saisissons ici une vue de la queue du renard. L’Église est vraie, et elle est une, et en elle il y a des pasteurs et des troupeaux, et les pasteurs, ordonnés par Dieu, enseignent cette seule vraie religion. Ainsi, ça revient à dire : « Par Dieu, tout ce que nous allons dire est réellement toute vérité. » C’est tout. Toute la fraude tient là-dedans – dans le mot et l’idée d’une Église. Et la signification de la fraude est simplement qu’il y a des gens qui sont à coté d’eux-mêmes avec le désir d’enseigner leur religion aux autres.

Et pourquoi sont-ils si anxieux d’enseigner leur religion aux autres ? S’ils avaient une définition réelle ils sauraient que la religion est la compréhension de la vie, la relation que chacun et chacune établit à Dieu, et qu’en conséquence, vous ne pouvez pas enseigner une religion, mais seulement une contrefaçon de religion. Mais ils veulent enseigner. Dans quel but ? La réponse la plus simple serait que le prêtre veut des petits pains et des œufs, et l’archevêque un palais, des pâtés au poisson, et une soutane de soie. Mais cette réponse est insuffisante. Il n’y a pas de doute que c’est là le motif intérieur, psychologique de la déception – celui qui maintient la fraude. Mais, comme il serait insuffisant, quand on demande pourquoi un homme (un exécuteur) consent à en tuer un autre contre lequel il ne ressent aucune colère, —dire que l’exécuteur tue parce qu’il obtient ainsi du pain, du brandy et un gilet rouge est aussi insuffisant que de dire que le métropolitain de Kiev avec ses moines bourrent des sacs de pailles [Les célèbres catacombes du monastère de Kiev attirent des foules de pèlerins pour adorer les reliques des saints. On raconte qu’un feu s’est un jour déclaré dans une des chapelles, et que ceux qui se sont hâtés de sauver le « corps incorruptible » d’un des saints a découvert que la précieuse relique n’était qu’un sac bourré de pailles. Ceci n’est qu’un exemple parmi plusieurs faits similaires, certains étant vrais et d’autres inventés. —TR], et les appelle les reliques des saints, simplement pour obtenir un revenu annuel de trente milles roubles. L’un et l’autre de ces actes sont trop terribles et trop révoltants à la nature humaine pour qu’une explication si simple et si grossière soit suffisante. L’exécuteur et le métropolitains expliquant leurs actions auraient toute une série d’arguments basés principalement sur la tradition historique. Des hommes doivent être exécutés ; des exécutions ont eues lieu depuis que le monde a commencé. Si je ne le fais pas, un autre le fera. J’espère, par la grâce de Dieu, le faire mieux qu’un autre le ferait. De même, le métropolitain dirait : le Culte extérieur est nécessaire ; les reliques des saints ont été adorés depuis le commencement du monde. Les gens respectent les reliques des catacombes de Kiev et les pèlerins viennent ici ; moi, avec la grâce de Dieu, j’espère faire l’usage le plus pieux de l’argent obtenu de façon ainsi blasphématoire.

Pour comprendre la fraude religieuse, il est nécessaire d’aller à sa source et son origine.

Nous parlons de ce que nous connaissons de la chrétienté. Considérons le commencement de la doctrine chrétienne dans les Évangiles, et nous trouvons un enseignement qui exclu clairement le culte extérieur de Dieu, le condamnant : et qui, avec une clarté particulière, désavoue positivement le statut de maître. Mais depuis le temps du Christ, nous trouvons une déviation de ces principes établis par le Christ. Cette déviation commence à partir du temps des apôtres, et particulièrement avec ce grand envieux du statut de maître —Paul. Et plus la chrétienté avance dans l’histoire, plus elle dévie, et plus elle adopte les méthodes du culte externe et la fonction de maître que le Christ avait si catégoriquement condamnés. Mais dans les premiers temps de la chrétienté, la conception d’une église était employée pour référer à tous ceux qui partageaient les croyances que je considère vraies. La conception d’une église est tout à fait correcte si elle n’incluse pas ceux qui font une expression verbale de la religion plutôt que son expression dans la vie entière – parce que la religion ne peut pas être exprimée en mots.

L’idée d’une vraie Église a aussi été utilisée comme argument contre les dissidents. Mais jusqu’à l’époque de l’empereur Constantin et du concile de Nicée, l’Église était seulement une idée.

Depuis l’empereur Constantin et le concile de Nicée, l’Église devient une réalité et une réalité frauduleuse. La fraude des métropolitains avec les reliques, et des prêtres avec l’eucharistie, la Mère Ibérienne de Dieu [La Mère Ibérienne de Dieu est la plus célèbre des icônes de Moscou.— TR], les synodes, etc. qui nous étonnent et nous horrifient, et qui sont si odieux qu’ils ne peuvent pas être expliqués simplement par l’avarice de ceux qui les perpétuent. La fraude est ancienne et n’avait pas simplement commencée pour le profit d’individus privés. Personne ne serait un tel monstre d’iniquité au point d’être le premier à la perpétrer, si c’était la seule raison. Les raisons qui ont amené la chose à être faite sont le mal : « Par leurs fruits vous les connaîtrez. » La racine était le mal.— haine, orgueil, inimitié contre Arius et les autres ; et un autre mal encore plus grand, l’alliance de la chrétienté avec le pouvoir. Le pouvoir personnifié dans l’empereur Constantin qui, dans sa conception païenne des choses, se tenait au sommet de la grandeur humaine (il a été inscrit parmi les dieux), accepte la chrétienté, donne un exemple à tous les gens, convertis les gens, prête une main secoureuse contre les hérétiques, et au moyen du concile œcuménique établit la seule vraie religion chrétienne.

La religion chrétienne Catholique était établit pour tout le temps. Il était si naturel de se rendre à ses déceptions que, jusqu’à aujourd’hui, il y a des gens qui croient à l’efficacité du salut de cette assemblée. Cependant, ce fut le moment où la majorité des gens ont abandonné leur religion. À ce point tournant, la grande majorité des gens sont entré dans le chemin païen, qu’ils ont suivi depuis. Charlemagne et Vladimir ont continué dans la même direction [Vladimir adopta le christianisme en 988 après J.-C. Plusieurs habitants de la capitale, Kiev, n’étaient pas enclin à suivre son exemple, alors, il « agit vigoureusement » (comme le note un historien russe), c’est-à-dire que les gens furent conduits au fleuve Dniepr pour être baptisés. En d’autres parties du dominion, le christianisme fut répandu parmi la population païenne qui ne le voulait pas « par le feu et l’épée » —TR ]

Et l’Église fraude continue jusqu’à maintenant. La fraude consiste en ceci : que la conversion des autorités constituées au christianisme est nécessaire, pour ceux qui comprennent la lettre mais pas l’esprit du christianisme ; mais l’acceptation du christianisme sans l’abandon du pouvoir politique est une perversion et une satire contre le christianisme.

La sanctification du pouvoir politique par le christianisme est blasphématoire ; c’est la négation du christianisme.

Après quinze cents ans de cette alliance blasphématoire du pseudo-christianisme avec l’État, il faut un effort ferme pour se libérer de toutes les sophismes complexes par lesquels toujours et partout (pour plaire aux autorités), la sainteté et la droiture du pouvoir d’État, et la possibilité qu’il soit chrétien, ont été plaidées.

En vérité, les mots un « État chrétien » ressemblent aux mots « glace chaude ». Soit la chose n’est pas un état utilisant la violence, ou ce n’est pas chrétien.

Afin de comprendre ceci clairement, nous devons oublier toutes ces notions aberrantes dans lesquelles nous avons été si soigneusement élevés, et se demander franchement quel est le but d’une telle science historique et juridique comme il nous a été enseignée ? De telles sciences n’ont aucune base solide ; leur objectif est simplement de suppléer une justification de la violence.

En omettant l’histoire des Perses, des Mèdes etc., prenons l’histoire de ce gouvernement qui le premier forma une alliance avec le christianisme.

Un nid de voleur a existé à Rome. Il a grandi par le vol, la violence, les meurtres, et il a subjugué des nations. Ces voleurs et leurs descendants, conduits par leurs chefs (qu’ils appelaient parfois César, parfois Auguste) ont volé et tourmenté les nations pour satisfaire leurs désirs. L’un des descendants de ces chefs voleurs, Constantin (un lecteur de livres et un homme rassasié par une vie mauvaise), a préféré certains dogmes chrétiens à ceux des vieux credo : plutôt que d’offrir des sacrifices humains il a préféré la messe ; plutôt que du culte d’Apollo, Vénus et Zeus, il a préféré celui d’un Dieu unique avec un fils – Christ. Ainsi, il a décrété que cette religion devait être introduite parmi ceux sous son pouvoir.

Personne ne lui a dit : « Les rois exercent l’autorité parmi les nations, mais parmi vous, il n’en sera pas ainsi. Ne tuez pas, ne commettez pas d’adultère, n’emmagasinez pas de richesses, ne condamnez pas, ne résistez pas [par le mal] à celui qui est mauvais. »

Mais ils lui ont dit : « Tu souhaites être appelé un chrétien et continuer à être le chef du clan des voleurs – tuer, brûler, battre, convoiter, exécuter et vivre dans le luxe ? Tout cela peut être arrangé. »

Et ils ont arrangé un christianisme pour lui, et ils l’ont arrangé très doucement, mieux même que ce qu’ils pouvaient en attendre. Ils ont entrevu que, lisant les Évangiles, il pourrait en venir à réaliser tout cela (i.e. une vie chrétienne) est demandé —et non pas la construction de temples ou le culte en eux. Cela ils l’ont entrevu, et ils ont soigneusement planifié un tel christianisme pour lui qui le laisserait continuer sa vieille vie de païen sans embarras. D’un coté Christ, le Fils de Dieu, est seulement venu pour apporter le salut à lui et à tout le monde. Christ étant mort, Constantin peut vivre comme il veut. Et plus encore, — quelqu’un peut se repentir et avaler un petit morceau de pain et du vin, et cela lui apportera le salut, et tout sera pardonné.

Mais plus encore que cela : ils ont sanctifié son statut de chef du clan des voleurs et dit qu’il procédait de Dieu, et ils l’ont oint d’huile sainte. Et lui, de son coté, a organisé pour eux le congrès des prêtres qu’ils souhaitaient, et leur ordonna de dire quelle devait être la relation de chaque homme à Dieu, et ordonna à chacun de répéter ce qu’ils disaient.

Et ils ont tous commencé à répéter cela, et ils étaient content, et maintenant cette même religion a existé depuis quinze cents ans et d’autres chefs voleurs l’ont adopté, et ils ont tous été lubrifiés avec de l’huile sainte, et tous, ils ont été sacrés par Dieu. Si quelque voyou vole chacun et égorge plusieurs personnes, ils vont le huiler, et il sera alors de Dieu. En Russie, Catherine II, la femme adultère qui a tué son mari, était de Dieu ; il en fut ainsi en France avec Napoléon.

Pour balancer les affaires, les prêtres ne sont pas seulement de Dieu, mais presque des dieux, puisque l’Esprit saint repose en eux de même que dans le pape, et dans notre synode, avec ses officiers commandants.

Et aussitôt qu’un des chefs voleurs oints souhaite que son peuple et un autre commence à s’entre-égorger, les prêtres préparent immédiatement de l’eau bénite, aspergent une croix (que le Christ porta et sur laquelle il mourut parce qu’il désavoua de tels voleurs), prennent la croix et bénissent le chef voleur dans son travail de massacre, de pendaison et de destruction. [En Angleterre, l’eau bénite n’est pas utilisée mais un archevêque récite une sorte de prière pour le succès des armées de la reine, et un aumônier est assigné à chaque régiment pour enseigner aux hommes le christianisme —TR]

Et cela aurait pu être bien si seulement ils avaient été capable de s’entendre là-dessus, et si les oints n’avaient pas commencé à s’appeler les uns les autres voleurs, ce qu’ils sont en fait, et les gens n’avaient pas commencer à les écouter et à cesser de croire aux personnes ointes ou aux dépositaires de l’Esprit Saint, et n’avaient pas appris d’eux à les appeler comme ils s’appellent entre eux, par leur propre nom, i.e. voleurs et trompeurs.

Mais, incidemment, nous avons seulement parlé de voleurs parce que c’était eux qui ont induit les trompeurs en erreur. Ce sont les trompeurs, les pseudo chrétiens que nous devons considérer. Ils sont devenus tels à cause de leur alliance avec les voleurs. Il ne pouvait pas en être autrement. Ils se sont détournés de la route quand ils ont consacré le premier dirigeant en l’assurant que lui, par sa puissance, pourrait aider la religion. – la religion de l’humilité, du sacrifice de soi, et l’endurance au mal. Toute l’histoire, non pas de l’Église imaginaire, mais de la réelle, c’est-à-dire des prêtres sous la coupe des rois est une série d’efforts vains de ces prêtres infortunés pour préserver la vérité de l’enseignement, alors qu’il la prêchent par le mensonge et l’abandonnent en pratique. L’importance de la prêtrise dépend entièrement de l’enseignement qu’ils souhaitent répandre ; cet enseignement parle d’humilité, de sacrifice de soi, d’amour et de pauvreté ; mais il est prêché par la violence et les mauvaises actions.

Afin que le sacerdoce ait quelque chose à enseigner et qu’ils aient des disciples, ils ne peuvent pas se passer de l’enseignement. Mais afin de blanchir et de justifier leur alliance immorale, ils ont, avec les plus astucieux procédés, à cacher l’essence de l’enseignement, et dans ce but, ils ont à déplacer le centre de gravité de ce qui est essentiel dans l’enseignement à ce qui est externe. Et c’est-ce qui est fait par la prêtrise, la source de la fausse religion enseignée par l’Église. La source de l’alliance des prêtres (qui se nomment eux-mêmes l’Église) avec les autorités constituées, c’est-à-dire avec la violence. La source de leur désir d’enseigner une religion aux autres tient au fait que la vraie religion les expose, et ils veulent remplacer la vraie religion par une religion fictive arrangée pour justifier leurs actes.

La vraie religion peut exister n’importe où, sauf où elle est évidemment fausse, c’est-à-dire violente ; ça ne peut pas être une religion d’État.

La vraie religion peut exister dans toutes les soit disante sectes et les hérésies, seulement elle ne peut pas certainement pas exister où elle est jointe à un État utilisant la violence. Assez curieusement les noms de religions « grecque orthodoxe », catholique » ou « protestante », comme ces mots sont couramment utilisés, ne signifient que « religion alliée au pouvoir », — Religion d’État et donc fausse religion.

L’idée d’une religion comme union de plusieurs –de la majorité— en une croyance et dans la proximité de la source de l’enseignement n’était, dans les deux premiers siècles du Christianisme qu’un faible argument externe en faveur de l’exactitude de certaines vues. Paul a dit : « Je connais de Christ lui-même ». Un autre a dit : « Je sais de Luc ». Et tous ont dit : « Nous pensons droitement, et la preuve que nous avons raison est que nous sommes une grosse assemblée, ekklesia, l’Église ». Mais c’est seulement au moment du concile de Nicée, organisé par un empereur, que l’Église est devenu une fraude nette et tangible pratiquée par certaines personnes qui professent cette religion-là.

Ils ont commencé à dire : « Il a plu à nous et au Saint-Esprit ». L’ « Église » ne signifia plus simplement une partie d’un faible argument, mais « puissance dans les mains de certaines gens ». Elle s’est alliée avec les dirigeants, et a commencé à agir comme les dirigeants. Et tout ce qui s’unit au pouvoir et se soumet au pouvoir, cesse d’être une religion et devient une fraude.

Qu’est-ce que le christianisme enseigne, si on le comprend comme l’enseignement de n’importe laquelle de toutes les églises ?

Examinez-le comme vous le voulez, composez-le ou divisez-le, l’enseignement chrétien tombe toujours en deux parties nettement séparées. Il y a l’enseignement des dogmes : du Fils divin, du Saint-Esprit, et de la relation de ces personnes, — à l’eucharistie avec ou sans vin, et avec pain avec ou sans levain ; et il y a l’enseignement moral : d’humilité, liberté sans avidité, pureté de corps et d’esprit, clémence, liberté de l’esclavage et paix. Autant que les docteurs de l’Église ont travaillé pour mélanger ces deux côtés des enseignements, ils ne se sont jamais mélangés, mais comme l’eau et l’huile sont toujours resté séparées dans les plus grands et plus petits milieux.

La différence des deux côtés de l’enseignement est clair à chacun, et tous peuvent voir les fruits de l’un et de l’autre dans la vie des hommes, et par ces fruits peuvent conclure quel côté est le plus important, et (si on peut utiliser une forme comparative) plus vrai. Quelqu’un qui regarde l’histoire de la chrétienté de ce point de vue est saisi d’horreur. Sans exception, du début à la fin, regardez ce que vous voulez, examinez le dogme que vous voulez –du dogme de la divinité du Christ, à la manière de faire le signe de la croix [Un des points majeurs de divergence entre les « vieux croyants » et l’Église russe « orthodoxe » était à savoir si, en faisant le signe de la croix, deux doigts ou trois devaient être tendus.], et à la question de servir la communion avec ou sans vin, — le fruit des labeurs mentaux pour expliquer les dogmes a toujours été l’envie, la haine, les exécutions, les bannissements, le meurtre des femmes et des enfants, les bûcher et les tortures. Regardez de l’autre côté, l’enseignement moral, du fait d’aller dans la nature pour communier avec Dieu, à la pratique de fournir de la nourriture à ceux qui sont en prison : ces fruits là sont tous dans nos conceptions de la bonté, et tout ce qui est joyeux, réconfortant, et qui nous sert de balise dans notre histoire…

Les gens d’autrefois qui n’avaient pas encore pu être témoins des fruits de l’un et de l’autre côté du christianisme pouvaient être trompés. Et les gens pouvaient être égarés qui étaient entraînés dans des disputes à propos des dogmes, ne remarquant pas que de telles disputes servaient non pas Dieu mais le diable, ne remarquant pas que le Christ a dit nettement qu’Il venait pour détruire tout les dogmes ; pouvaient aussi être trompés ceux qui avaient hériter d’une croyance traditionnelle en l’importance de ces dogmes, et qui avaient reçu une formation mentale si perverse qu’ils ne pouvaient pas voir leur erreur ; d’autre part, ces gens ignorants pouvaient être égarés pour qui ces dogmes ne semblaient rien que des mots ou des notions fantastiques. Mais nous à qui le simple sens des Évangiles – répudiant tous les dogmes— est évident, nous devant les yeux de qui sont les fruits de ces dogmes dans l’histoire, ne pouvons pas être trompés. L’histoire est pour nous un moyen –même un moyen mécanique— de vérifier l’enseignement.

Est-ce que le dogme de l’Immaculé conception est nécessaire ou non ? Qu’est-ce qui en est sorti ? La haine, les abus, l’ironie. Et est-ce que cela a apporté quelque bénéfice que ce soit ? Pas du tout.

Est-ce que l’enseignement que l’adultère ne devrait pas être condamné était nécessaire ou non ? Qu’est-ce qui en est sorti ? Des milliers et des milliers de fois les gens ont été ramollis par ce souvenir.

Encore, est-ce que tout le monde s’entend à propos de n’importe lequel des dogmes ? Non. Est-ce que tout le monde est d’accord que cela est bon de donner à celui qui a besoin ? Oui, tous sont d’accord.

Mais d’un côté, les dogmes — à propos desquels tous sont en désaccord, et que personne ne requiert — est ce que le sacerdoce a distribué et distribue encore sous le nom de religion ; alors que de l’autre côté, ce à propos de quoi tous peuvent s’entendre, et qui est nécessaire à tous, et qui sauve les gens, est le côté que le sacerdoce, même s’ils n’ont pas osé le rejeter, n’ont pas osé non plus avancé comme un enseignement, parce que cet enseignement les répudie.

La religion est la signification que nous donnons à nos vies, c’est cela qui donne de la force et la direction à notre vie. Chacun qui vit trouve un tel sens, et vit sur la base de ce sens. Si l’homme ne trouve aucun sens dans la vie, il meurt. Dans cette recherche, l’homme utilise tout ce que les efforts précédents de l’humanité ont fourni. Et ce que l’humanité a atteint, on l’appelle révélation. La révélation est ce qui aide les hommes à comprendre le sens de la vie.
Telle est la relation dans laquelle l’homme se tient envers la religion… »

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Notre page Léon Tolstoï politique et religion, écrits choisis »

De révolution à (r)évolution, qu’est-ce qu’une organisation (r)évolutionnaire ? (Internationale Situationniste)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , on 12 avril 2021 by Résistance 71

A noter que cet écrit est pré-1968 et donnera une bonne idée de qui est révolutionnaire et de qui ne l’est pas dans les évènements à venir.. Le mouvement ouvrier des grèves sauvages à partir de 1967 l’était sans aucun doute, le mouvement étudiant pas.
La société des sociétés ne pourra fleurir que dans un environnement hors État, nos marchandise, hors argent et hors salariat. Tout le reste n’est que pisser dans un violon !
~ Résistance 71 ~

IS

Définition minimum des organisations révolutionnaires

Internationale Situationiste

Juillet 1966

Retraduit de l’anglais par Résistance 71, avril 2021

Comme le seul but d’une organisation révolutionnaire est l’abolition de toutes les classes existantes d’une façon qui n’amène pas une division de la société, nous considérons une organisation être révolutionnaire si elle travaille constamment et efficacement vers la réalisation internationale du pouvoir absolu des conseils des travailleurs, comme préfiguré dans l’expérience des révolutions prolétariennes de ce siècle.

Une telle organisation fait une critique intégrale du monde ou n’est rien. Par critique intégrale nous voulons dire une critique compréhensive de toutes les zones géographiques où des formes variées de pouvoirs socio-économiques existent, ainsi qu’une critique compréhensive de tous les aspects de la vie.

Une telle organisation voit le commencement et la fin de son programme dans une complète décolonisation de la vie quotidienne. Elle ne vise donc pas à l’auto-gestion des masses du monde existant, mais à une transformation ininterrompue. Elle personnalise la critique radicale de l’économie politique, la super session du système de commodité et du salariat.

Une telle organisation refuse de reproduire en son sein toutes conditions hiérarchiques du monde dominant. La seule limite de participation en sa démocratie totale est que chaque membre doit avoir reconnu et s’être approprié la cohérence de sa critique. Cette cohérence doit à la fois être dans la théorie critique et dans la relation entre la théorie et l’activité pratique.

L’organisation critique radicale de toute idéologie en tant que pouvoir séparé d’idées et en tant qu’idées de pouvoir séparé. C’est donc dans le même temps, la négation de tous restes de religion et du spectacle social prévalent qui, des médias d’information à la culture de masse, monopolisent la communication entre les gens autour de leur réception unilatérale d’images de leur activité aliénée.

L’organisation dissout toute “idéologie révolutionnaire”, la démasquant comme un signe d’échec du projet révolutionnaire, comme la propriété privée de nouveaux spécialistes du pouvoir, comme une représentation frauduleuse de plus se mettant au dessus de la vie prolétarienne réelle.

Comme le critère ultime de l’organisation révolutionnaire moderne est sa compréhension, une telle organisation est en fin de compte, une critique de la politique. Elle dit explicitement viser à se dissoudre en tant qu’organisation séparée au moment de sa victoire.

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Lecture complémentaire :

« La société du spectacle » Guy Debord, 1967

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

desobeissance-civile