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Gilets Jaunes: Comment contester les amendes de la répression étatique pour participation à manif « non autorisée »…

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Gilets Jaunes: comment contester les amendes de 135 euros pour “manifestation non autorisée”

 

Paris Lutttes Info

 

9 février 2020

 

url de l’article:

https://paris-luttes.info/gilets-jaunes-comment-contester-12606?lang=fr

 

Vous trouverez ici un modèle de lettre pour contester les contraventions pour manifestation non autorisée qui sont distribuées de plus en plus systématiquement dans le cadre du mouvement des gilets jaunes. (voir PDF ci-dessous)

Aux côtés des déploiements policiers toujours plus grandiloquents, des blessures et des arrestations, l’arsenal répressif vise aussi le portefeuille. Samedi 7 septembre à Rouen, pour la rentrée des Gilets jaunes, au moins 111 personnes ont été verbalisées (135€ à 750€) pour « participation à une manifestation non autorisée ». Des personnes qui, pour la plupart d’entre elles, manifestent déjà contre leurs conditions financières difficiles, voire invivables.

À chaque avancée répressive, il nous faut penser l’autodéfense : masques et lunettes contre les gaz, protections contre les blessures, caisses de soutien pour les frais juridiques, etc. Ici, on relaie un modèle de lettre qui permet de contester les contraventions pour manifestations non autorisées. Nous n’en garantissons pas sa réussite systématique, mais elle aurait déjà fonctionné pour nombre de cas…

Modele-contestation-AMENDE_135_EUR
PDF

Aussi: Coordination anti-répression Île de France

 


Le défi celtique… du XXIème siècle ?

Gilets Jaunes… à tout jamais !

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Gilets Jaunes An II !

 

Il y a maintenant plus de 14 mois de lutte écoulés qui nous montrent on ne peut plus clairement qu’il n’y a pas de solutions au sein du système, qu’il n’y en a en fait jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir !

Ceci se doit de devenir une évidence incontournable pour toutes et tous, membres de notre lutte organique pour une société enfin libre.

Ainsi, toute négociation avec l’État et les représentants de l’oligarchie est non seulement futile mais contre-productive. Ignorons-les !

Solidarité – Union – Persévérance – Réflexion – Action

Devenons S.U.P.R.A Gilets Jaunes !

Reprenons le pouvoir par les Assemblées Populaires et dans le même temps:

  • Boycottons les institutions
  • Boycottons l’élection et l’impôt absorbant l’intérêt de la dette odieuse
  • Boycottons les entreprises du CAC40 et des transnationales criminelles
  • Achetons et promouvons les produits locaux
  • Réaménageons nos campagnes et nos communautés agricoles
  • Rassemblons-nous en comités populaires de voisinage, de travail… Créons les Communes libres librement associées
  • Restons incontrôlables et imprévisibles !

Tout le Pouvoir aux Ronds-Points !

Pour une société émancipée et donc libre !

Groupe Gilets Jaunes de _______________

Aussi…

Cinq textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 


Gaulois penseur… et réfractaire !

Anarchie… définition (encyclopédie anarchiste)

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La solution est en nous… nulle part ailleurs !
A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent !
A bas le salariat !

 

Définition “ANARCHIE”

 

Encyclopédie Anarchiste

1934

 

ANARCHIE n. f. (du grec: a privatif et archè, commandement, pouvoir, autorité)

Observation préalable. Cette Encyclopédie anarchiste ayant pour objet de faire connaître l’ensemble des conceptions : politiques, économiques, philosophiques, morales, etc., qui partent de l’idée anarchiste ou y conduisent, c’est au cours de cet ouvrage et à la place même que doit logiquement occuper chacune d’elles, que seront exposées les thèses multiples qu’embrasse l’étude exacte et complète de ce sujet. Ce n’est donc qu’en l’approchant, en soudant, avec méthode et continuité, les diverses parties de cette Encyclopédie qu’il sera possible au lecteur de parvenir à la compréhension totale de l’Anarchie, de l’Anarchisme et des Anarchistes.

En conséquence, je n’exposerai ici que dans ses grandes lignes, d’une façon resserrée et synthétique, ce qui constitue l’essence même de l’Anarchie et de l’Anarchisme. Pour les détails – et il sied d’observer que d’aucuns ont une grande importance – le lecleur voudra bien consulter les mots divers auxquels ce texte les priera de se reporter.

Etymologiquement, le mot « Anarchie» (qui devrait s’orthographier An-Archie) signifie : état d’un peuple et, plus exactement encore, d’un milieu social sans gouvernement.

Comme idéal social et comme réalisation effective, l’Anarchie répond à un modus vivendi dans lequel, débarrassé de toute contrainte légale et collective ayant à son service la force publique, l’individu n’aura d’obligations que celles que lui imposera sa propre conscience. Il possèdera la faculté de se livrer aux inspirations réfléchies de son initiative personnelle ; il jouira du droit de tenter toutes les expériences que lui apparaîtront désirables ou fécondes ; il s’engagera librement dans les contrats de tous genres qui, toujours temporaires et révocables ou révisibles, le lieront à ses semblabes et, ne voulant faire subir à personne son autorité, il se refusera à subir l’autorité de qui que ce soit. Ainsi, souverain maître de lui-même, de la direction qu’il lui plaira de donner à sa vie, de l’utilisation qu’il fera de ses facultés, de ses connaissances, de son activité productrice, de ses relations de sympathie, d’amitié et d’amour, l’individu organisera son existence comme bon lui semblera : rayonnant en tous sens, s’épanouissant à sa guise, jouissant, en toutes choses, de sa pleine et entière liberté, sans autre limite que celles qui lui seront assignées par la liberté – pleine et entière aussi – des autres Individus.

Ce modus vivendi implique un régime social d’où sera bannie, en droit et en fait, toute idée de salariant et de salarié, de capitaliste et de prolétaire, de maître et de serviteur, de gouvernant et de gouverné.

On conçoit que, ainsi défini, le mot « Anarchie » ait été insidieusement et à la longue détourné de sa signification exacte, qu’il ait été pris, peu à peu, dans le sens de « désordre » et que, dans la plupart des dictionnaires et encyclopédies, il ne soit fait mention que de cette acceptation : chaos, bouleversement, confusion, gâchis, désarroi, désordre.

Hormis les Anarchistes, tous les philosophes, tous les moralistes, tous les sociologues – y compris les théoriciens démocrates et les doctrinaires socialistes – affirment que, en l’absence d’un Gouvernement, d’une législation et d’une répression qui assure le respect de la loi et sévit contre toute infraction à celle-ci, il n’y a et ne peut y avoir que désordre et criminalité.

Et pourtant !… Moralistes et philosophes, hommes d’Etat et sociologues n’aperçoivent-ils pas l’effroyable désordre qui, en dépit de l’Autorité qui gouverne, et de la Loi qui réprime, règne dans tous les domaines? Sont-ils à ce point dénués de sens critique et d’esprit d’observation, qu’ils méconnaissent que plus augmente la réglementation, plus se resserre le réseau de la législation, plus s’étend le champ de la répression, et plus se multiplient l’immoralité, l’abjection, les délits et les crimes?

Il est impossible que ces théoriciens de « l’Ordre» et ces professeurs de « Morale » songent, sérieusement et honnêtement, à confondre avec ce qu’ils appellent « l’Ordre » les atrocités, les horreurs, les monstruosités dont l’observation place sous nos yeux le révoltant spectacle.

Et – s’il y a des degrés dans l’impossibilité – il est plus impossible encore que, pour atténuer et a fortiori faire disparaître ces infamies, ces savants docteurs escomptent la vertu de l’Autorité et la force de la Loi.

Cette prétention serait pure démence.

La loi n’a qu’un seul but : justifIer d’abord et sanctionner ensuite toutes les usurpations et iniquités sur lesquelles repose ce que les profiteurs de ces iniquités et usurpations appellent « l’Ordre social ». Les détenteurs de la richesse ont cristallisé dans la Loi la légitimité originelle de leur fortune ; les détenteurs du Pouvoir ont élevé à la hauteur d’un principe immuable et sacré le respect dû par les foules aux privilèges, à la puissance et à la majesté dont ils s’auréolent. On peut fouiller, jusqu’au fonds et au tréfonds, l’ensemble de ces monuments d’hypocrisie et de violence que sont les Codes, tous les Codes ; on n’y trouvera pas une disposition qui ne soit en faveur de ces deux faits d’ordre historique et circonstanciel qu’on tente de convertir en faits d’ordre naturel et fatal : la Propriété et l’Autorité. J’abandonne aux tartufes officiels et aux professionnels du charlatanisme bourgeois tout ce qui, dans la Législation, a trait à la « Morale », celle-ci n’étant et ne pouvant être, dans un état social fondé sur l’Autorité et la Propriété, que l’humble servante et l’éhontée complice de celle-ci et de celle-là.

On trouvera au mot « Loi » (voir ce mot) une étude approfondie du mécanisme législatif et judiciaire. Ici, il est séant et suffisant, à propos du mot « Anarchie » pris dans le sens de « désordre » de citer ces magnifiques paroles de Pierre Kropotkine :

« De quel ordre s’agit-il? Est-ce de l’harmonie que nous rêvons, nous, les anarchistes? De l’harmonie qui s’établira librement dans les relations humaines, lorsque l’humanité cessera d’être divisée en deux classes, dont l’une est sacrifiée au profit de l’autre? De l’harmonie qui surgira spontanément de la solidarité des intérêts, lorsque tous les hommes formeront une seule et même famille, lorsque chacun travaillera pour le bien-être de tous et tous pour le bien-être de chacun? Evidemment, non! Ceux qui reprochent à l’Anarchie d’être la négation de l’Ordre, ne parlent pas de cette harmonie de l’avenir ; ils parlent de l’ordre tel qu’on le conçoit dans notre société actuelle. Voyons donc ce qu’est cet « Ordre » que l’Anarchie veut détruire.

L’Ordre, aujourd’hui, ce qu’ils entendent par « l’Ordre », c’est les neuf dixièmes de l’humanité travaillant pour procurer le luxe, les jouissances, la satisfaction des passions les plus exécrables à une poignée de fainéants. L’Ordre, c’est la privation, pour ces neuf dixièmes, de tout ce qui est la condition nécessaire d’une vie hygiénique, d’un développement rationnel des qualités intellectuelles. Réduire les neuf dixièmes de l’humanité à l’état de bêtes de somme vivant au jour le jour, sans jamais oser penser aux jouissances procurées à l’homme par l’étude des sciences, par la création artistique, voilà « l’Ordre! ».

« L’Ordre » c’est la misère, la famine devenue l’état normal de la société. C’est le paysan irlandais mourant de faim ; c’est le peuple d’Italie réduit à abandonner sa campagne luxuriante, pour rôder à travers l’Europe en cherchant un tunnel quelconque à creuser, où il risquera de se faire écraser, après avoir subsisté quelques mois de plus. C’est la terre enlevée au paysan pour l’élève du bétail ou du gibier qui servira à nourrir les riches, c’est la terre laissée en friche plutôt que d’être restituée à celui qui ne demande pas mieux que de la cultiver.

L’Ordre, c’est la femme qui se vend pour nourrir ses enfants ; c’est l’enfant réduit à être enfermé dans une fabrique ou à mourir d’inanition. C’est le fantôme de l’ouvrier insurgé aux portes du riche, le fantôme du peuple insurgé aux portes des gouvernants.

L’Ordre, c’est une minorité infime élevée dans les chaires gouvernementales, qui s’impose pour cette raison à la majorité et qui dresse ses enfants pour occuper plus tard les mêmes fonctions, afin de maintenir les mêmes privilèges par la ruse, la corruption, la force, le massacre.

L’Ordre, c’est la Guerre continuelle d’homme à homme, de métier à métier, de classe à classe, de nation à nation. C’est le canon qui ne cesse de gronder, c’est la dévastation des campagnes, le sacrifice des générations entières sur les champs de bataille, la destruction en une année des richesses accumulées par des siècles de dur labeur.

L’Ordre, c’est la servitude, l’enchaînement de la Pensée, l’avilissement de la race humaine, main­ tenue par le fer et par le fouet. C’est la mort soudaine par le grisou, la mort lente par l’enfouissement de milliers de mineurs déchirés ou enterrés chaque année par la cupidité des patrons et pourchassés à la baïonnette, dès qu’ils osent se plaindre. Voilà « l’Ordre! » »

Et Kropotkine, pour donner plus de force à sa pensée, continue dans ces termes : « Et le désordre, ce qu’ils appellent le désordre : C’est le soulèvement du peuple contre cet ordre ignoble, brisant ses fers, détruisant ses entraves et marchant vers un avenir meilleur. C’est ce que l’humanité a de plus glorieux dans son histoire : c’est la révolte de la pensée à la veille des révolutions ; c’est le renversement des hypothèses sanctionnées par l’immobilité des siècles précédents ; c’est l’éclosion de tout un flot d’idées nouvelles, d’inventions audacieuses, c’est la solution des problèmes de la science.

Le désordre, c’est l’abolition de l’esclavage antique, c’est l’insurrection des communes, l’abolition du servage féodal, les tentatives d’abolition du servage économique.

Le désordre, c’est l’insurrection des paysans soulevés contre les prêtres et les seigneurs, brûlant les  châteaux pour faire place aux chaumières, sortant de leurs tanières pour prendre leur place au soleil.

Le désordre – ce qu’ils nomment le désordre – ce sont les époques pendant lesquelles des générations entières supportent une lutte incessante et se sacrifient pour préparer à l’humanité une meilleure existence, en la débarrassant des servitudes du passé. Ce sont les époques pendant lesquelles le génie populaire prend son libre essor et fait, en quelques années, des pas gigantesques, sans lesquels l’homme serait resté à l’état d’esclave antique, d’être rampant, de brute avilie dans la misère.

Le désordre, c’est l’éclosion des plus belles passions et des plus grands dévouements, c’est l’épopée du suprême amour de l’humanité! »

* * *

Jean-Guillaume Colins, le fondateur du socialisme rationnel, expose, dans ses multiples ouvrages, que l’Ordre est incontestablement nécessaire à la vie des hommes groupés en société. Or, dit-il, – je résume ici l’essentiel de sa doctrine – l’Ordre ne peut reposer que sur la Force ou la Raison. S’il repose sur la force, il ne se peut maintenir que par la violence systématiquement et gouvernementalement organisée. S’il repose sur la raison, il trouve son point d’appui dans l’acquiescement volontaire et réfléchi de tous. Dans le premier cas, l’Ordre, synonyme d’injustice et d’inégalité, est instable, fragile, éphémère ; il est constamment exposé à être troublé par le mécontentement et l’insurrection de la foule à laquelle il prétend s’imposer ; et, alors, l’Ordre ne se conçoit que sous la forme du gendarme et du bourreau. Mais, s’il est basé sur le granit de la Raison, mère de la Justice et de l’Egalité, l’Ordre devient d’une étonnante stabilité : les changements, les transformations apportés au régime social ne font que fortifier sa puissance, puisque ces progrès et améliorations sont le résultat d’un effort nouveau vers un rayonnement plus fécond de la Raison elle- même.

Les Anarchistes tiennent un langage à peu près identique. Ils disent que l’ordre social ne peut reposer que sur la contrainte ou l’entente. S’il repose sur la contrainte, il est évident qu’il découle – quel qu’il soit dans le détail – du principe d’Autorité et qu’il s’incarne dans l’institution gouvernementale proclamée nécessaire. Si, au contraire, il repose sur l’Entente, il va de soi qu’il procède – quel qu’il soit dans le détail – du principe de Liberté et que l’organisation de l’Ordre social ainsi conçu et réalisé repousse impitoyablement tout organisme central : Pouvoir, Gouvernement, Etat, qui engendre et implique fatalement la contrainte.

* * *

En science, lorsque, après avoir parcouru avec persévérance le cycle des expériences tentées sur l’application d’un même principe, il est démontré et reconnu que ces expériences n’ont pas amené les résultats qu’on en attendait ; lorsque, par l’accumulation de ces échecs réitérés, il est établi que principe, méthode et résultats cherchés s’excluent ; en science, dis-je, il est d’usage et de règle de condamner, dans ces conditions la méthode appliquée et le principe dont celle-ci n’est que la mise en pratique. Or, voilà des siècles et des siècles que, pour organiser et assurer l’harmonie sociale, les penseurs, théoriciens et doctrinaires attachés au principe d’Autorité appliquent, dans le domaine social, toutes les méthodes de gouvernement possibles et imaginables. Il est permis d’avancer qu’ils n’en ont négligé aucune. Aristocratie, démocratie, oligarchie, ploutocratie, pouvoir absolu, pouvoir constitutionnel, monarchie, république, dictature, césarisme, l’Histoire atteste que toutes les formes gouvernementales ont été expérimentées. Le résultat constant de ces expériences a été le gâchis, le désordre, les antagonismes, les guerres, les crimes de toute nature, en tous temps et en tous lieux.

Eh bien! Loin de condamner le principe d’Autorité et de renoncer aux méthodes d’application qui en découlent, nos Maîtres – il n’est que trop aisé de comprendre pourquoi – s’obstinent à affirmer que nécessaire est ce principe, et que excellentes sont ces méthodes.

C’est tout simplement de l’aberration. Seuls, les Anarchistes s’élèvent contre cette incurable folie. Seuls ils affirment que le Gouvernement, l’Etat, l’Autorité, n’ayant engendré, depuis qu’ils existent, dans tous les pays du monde, en dépit des changements de formes et d’étiquettes, du remaniement des constitutions et des régimes, que confusion, souffrance, misère, guerres et désordres, la plus élémentaire sagesse exige qu’on renonce à espérer de l’Autorité, de l’Etat, du Gouvernement ce qu’ils ne peuvent produire et qu’on tente loyalement l’essai d’une organisation sociale, sans Gouvernement, sans Etat, sans Autorité, c’est-à-dire d’une société anarchiste.

* * *

On le voit : le concept anarchiste n’est pas le fruit d’une génération spontanée. Il n’est pas né, subitement et comme par miracle, d’une hypothèse surgissant, sans que rien ne l’ait suscitée, d’une inspiration soudaine : enfantine ou géniale. Ce concept plonge ses racines dans le sol profond de l’histoire, de l’expérience et de la raison. Ces racines sont désormais indestructibles : il est encore possible aux Maîtres de les couper au fur et a mesure qu’elles déchirent la croûte des préjugés qui les recouvrent et les empêchent d’apparaître aux yeux de tous ; mais elles n’en persistent pas moins à se développer, en robustesse et en étendue dans les entrailles du vieux monde d’oppression : d’ignorance, de misère, de haine et de laideur.

* * *

L’Anarchie n’est pas une religion ; elle n’a pour point de départ aucune « révélation » ; elle ne connaît pas l’affirmation dogmatique ; elle répudie l’apriorisme ; elle n’admet pas l’idée sans preuve.

C’est à la fois une Doctrine et une Vie : doctrine qui s’inspire de l’évolution constante des arrangements individuels et collectifs qui constituent la Vie elle-même des personnes et des collectivités ; Vie qui tient compte de ce transformisme incessant et se reflète dans la Doctrine.

C’est une Doctrine, parce que l’Histoire, l’Expérience et la Raison nous ont enseigné certaines vérités dont l’exactitude, toujours confirmée par l’observation et l’examen scrupuleusement impartial des faits, n’est plus contestable. Ces vérités elles-mêmes sont concordantes ; non seulement elles ne se combattent pas, mais encore elles s’unissent, elles s’épaulent mutuellement, elles s’enchaînent. Déjà forte et résistante par elle-même, chacune de ces vérités emprunte aux autres – voisines ou éloignées – une recrudescence de force et de résistance. C’est cet ensemble de certitudes qui forme et cimente la Doctrine, sur le fonds même de laquelle toutes les tendances anarchistes – encore qu’elles soient nombreuses – sont unanimes et inséparables.

De cette doctrine se dégagent un certain nombre de principes directeurs qui, appliqués à la Vie, déterminent le milieu social que veulent instaurer les Anarchistes.

Ainsi : d’une part, c’est l’étude, l’observation de la Vie individuelle et sociale qui nous apporte les vérités et certitudes sur lesquelles s’édifie notre doctrine anarchiste et, d’autre part, ce sont les principes directeurs qui, procédant de cette doctrine, doivent présider à l’organisation de la Vie individuelle et sociale que nous appelons « l’Anarchie ».

La Doctrine part de l’Individu vivant en Société : c’est l’aspect théorique de l’Anarchie. Ensuite, comme règle de vie, l’Anarchie part de la Doctrine et détermine le milieu social et ses innombrables arrangements : c’est l’aspect pratique de l’Anarchie.

Du point de vue social, l’Anarchie se résume en deux mots : Entente libre. Si cette formule semble trop brève, si on la désire plus explicite, je dirai, afin qu’elle gagne en clarté et en précision: « Liberté par l’Entente » ou mieux encore : « Liberté de chacun, par l’Entente entre tous. » Liberté, c’est l’alpha et l’oméga, c’est-à-dire le point initial et le point terminus de la théorie ; Entente libre, c’est le commencement et la fin de la pratique. Ou encore: « Liberté, c’est la Doctrine ; Entente, c’est la Vie. »

Mais cela demande à être quelque peu développé. Voici donc la démonstration qui s’impose :

Tous les philosophes et sociologues qui ont sérieusement et impartialement étudié la nature humaine ont constaté que toutes les aspirations, tous les désirs, tous les mouvements, toutes les activités de l’individu ont pour but la satisfaction d’un ou plusieurs besoins. Il n’est, du reste, pas nécessaire de s’être livré à de profondes études philosophiques, biologiques ou sociologiques, pour arriver à cette constatation. Chacun de nous y parvient.

A cette première constatation il faut ajouter la suivante : c’est que la satisfaction d’un besoin procure à celui qui le ressent une sensation de plaisir, tandis que la non-satisfaction dudit besoin lui cause une sensation de peine.

Cette seconde constatation est encore de celles que chacun de nous peut faire et qui ne font aucun doute.

De cette double constatation – dont la seconde n’est que la suite logique de la première – nous concluons que l’individu, en recherchant la satisfaction de ses besoins ; a en vue le plaisir qu’il y trouve et nous affirmons en conséquence que l’homme recherche le bonheur.

La recherche du bonheur, devient, ainsi, le but précis auquel tend l’être vivant.

Nous voilà parvenus à un point important et que nous considérons comme fondamental de l’Anarchie.

Mais l’être humain ne vit pas dans l’isolement, il se groupe avec les êtres de son espèce, il vit en société.

Nous sommes donc conduits à passer de l’individuel au social.

Si l’individu se groupe, c’est d’abord parce que c’est dans sa nature et qu’il en éprouve le besoin ; c’est ensuite, parce qu’il recherche instinctivement à accroître son bonheur par l’appui et la protection qu’il espère trouver dans ses semblables.

D’où, cette conclusion : le groupement en société a pour but d’accroître le bonheur de ceux qui le constituent. En d’autres termes, le social doit contribuer à rapprocher l’individu de son but : le bonheur. Donc, la raison d’être de ce qu’on appelle la société, c’est d’assurer le bonheur de ses membres.

Nous voilà, maintenant, en possession d’un second point important, fondamental, de l’Anarchie.

Jetons un rapide coup d’œil en arrière, tant pour voir le chemin parcouru par notre raisonnement que pour souder ensemble fortement les deux constatations que nous avons faites.

Première constatation : l’individu recherche le bonheur par la satisfaction de ses besoins ; seconde constatation: la société a pour but d’assurer et d’accroître le bonheur de tous ses membres. Donc, le bonheur de l’individu, tel est le but de la vie individuelle ; le bonheur de tous les individus vivant en société, tel est le but de la vie sociale.

J’en arrive maintenant à la troisième des constatations qui, reliées entre elles, aboutissent à la première des certitudes sur lesquelles repose la Doctrine anarchiste.

De toutes les formes de société, la pire est nécessairement celle qui s’éloigne le plus du but à atteindre : le bonheur des individus qui la composent ; de toutes les formes de société, la meilleure est nécessairement celle qui se rapproche le plus de ce but. La société la plus criminelle est celle dans laquelle la proportion des malheureux est la plus élevée et la société idéale est celle dans laquelle seront heureux tous ceux qui la composent. Le Progrès social, le Progrès véritable, positif, indiscutable n’est pas, ne peut pas être autre chose que l’ascension graduelle vers cette société idéale.

Telle est notre troisième constatation.

Comme il y a un instant, revenons sur nos pas, ou plutôt arrêtons-nous et formons un faisceau des trois constatations acquises :

1° L’individu recherche le bonheur ;

2° La société a pour but de le lui procurer ;

3° La meilleure forme de société est celle qui se rapproche le plus de ce but.

Nous tenons, à présent, la première de nos certitudes.

Cherchons la seconde.

Posons-nous cette question : jusqu’à ce jour, les formes multiples de société qui se sont succédées ont­ elles répondu au but que doit s’assigner le groupement social : le bonheur de tous ses membres?

Ici l’Histoire entre en scène : l’Histoire qui nous apporte les enseignements du passé.

Il nous faut donc consulter l’Histoire.

Celle-ci nous fournit, en l’appuyant sur la documentation la plus abondante et la plus authentique, la preuve que l’immense majorité des individus a été, est malheureuse.

Je pense que, sur ce point, je n’ai pas à insister. Alors, je poursuis, et je pose deux pourquoi qui s’enchaînent:

a) Pourquoi les individus étaient-ils malheureux?

– Parce que l’immense majorité de ces hommes étaient privés de la faculté de satisfaire leurs besoins.

b) Pourquoi étaient-ils privés de cette faculté?

– Parce que, depuis des siècles et des siècles, un certain nombre d’hommes s’étaient emparés de toutes les richesses et de toutes les sources de celles-ci, au détriment des autres hommes.

– Parce que ces possédants avaient édicté des Lois tendant à légitimer, à consolider leurs spoliations.

– Parce qu’ils avaient organisé un Pouvoir et des forces dont le rôle était de soumettre les spoliés, de les empêcher de se révolter et, en cas de révolte, de les châtier.

– Parce que ces possédants et ces maîtres avaient imaginé des Religions dont le but était d’imposer aux dépossédés et aux asservis la soumission aux lois, le respect des Maîtres et la résignation à leur propre infortune.

– Parce que cet accaparement de la Richesse, cette Législation, ce Pouvoir et cette Religion s’étaient ligués puissamment contre la multitude des exploités et des opprimés ainsi privés de la faculté de manger à leur faim, de parler, d’écrire, de se grouper à leur gré, de penser et d’agir librement.

– Parce que la Propriété, c’était l’Autorité d’une classe sur les choses ; l’Etat, l’Autorité sur les corps ; la Loi, l’Autorité sur les consciences et la Religion l’Autorité sur les esprits et les cœurs.

– Parce que tous ceux qui n’appartenaient pas à la classe dominante, entre les mains de laquelle étaient réunis le Capital, l’Etat, la Loi et la Religion, formaient une classe innombrable de pauvres, de sujets, de justiciables et de résignés.

– Parce que, physiquement, intellectuellement et moralement, cette multitude était réduite à l’esclavage.

– Parce que, pour tout dire en un seul mot, elle n’était pas libre.

Cette classe ne possédait pas hier, elle ne possède pas aujourd’hui la liberté de satisfaire les besoins de son corps, de son esprit et de son cœur ; c’est pourquoi elle était et elle est malheureuse.

Voilà ce que, consultées loyalement, attentivement, impartialement, répondent et l’Histoire et l’Expérience.

Elles constatent que, au sein des sociétés passées et présentes, la classe de beaucoup la plus nombreuse, était malheureuse parce qu’elle n’était pas libre et qu’il en est de même de nos jours.

La cause de tout le mal était donc, elle est toujours, l’Autorité sous toutes les formes que j’ai tout à l’heure énumérées.

Le remède consiste donc à briser tous les ressorts de cette Autorité : Capital, Etat, Loi, Religion, et à fonder une société entièrement nouvelle basée sur la Liberté.

Voilà notre seconde certitude.

Je la lie à la première et nous allons avoir toute la Doctrine.

Première certitude : L’homme recherche le bonheur ; la Société a pour but de le lui assurer ; la meilleure forme de société est celle qui se rapproche le plus de ce but.

Seconde certitude : L’homme est heureux dans la mesure où il est libre de satisfaire ses besoins ; la pire des sociétés est donc celle où il est le moins libre ; la meillleure est en conséquence, celle où il est le plus Iibre. L’idéale sera celle où il le sera complètement.

Conclusion : la Doctrine anarchiste, se résume en un seul mot : Liberté.

* * *

Mais j’ai dit que l’Anarchie est : 1° une Doctrine ; 2° une Vie. Nous allons, à présent, passer de la première à la seconde, de la théorie à la pratique, du principe a sa réalisation, de la Doctrine qui inspire et impulse, à la Vie qui réalise.

Il coule de source que la naissance de l’Anarchie (état social sans Gouvernement, sans Etat, sans Autorité, sans contrainte), ne peut être que consécutive à la mort de l’état social actuel.

Ici commence la seconde partie de ma démonstration. L’Histoire, l’Expérience et le Raisonnement, ces trois abondantes sources auxquelles l’homme puise toutes les vérités utiles, nous ont d’abord conduits à la condamnation sans appel de toutes les Sociétés pratiquant le régime de l’Autorité et à la nécessité d’instituer sur la Liberté le milieu social.

J’imagine donc la Révolution accomplie : l’Autorité est réduite en poussière ; il s’agit maintenant de vivre en liberté. Nous avons détruit ; il nous faut reconstruire. Qu’allons-nous faire?

Des demi-fous (je ne puis, s’ils sont sincères, les qualifier autrement) songent encore à un accouplement bizarre des deux principes contradictoires de Liberté et d’Autorité. Ils rêvent encore d’asseoir la liberté de tous sur l’Autorité de quelques-uns, comme s’il était possible que l’Autorité donnât naissance à la Liberté et favorisât le développement de celle-ci! Avec une logique implacable et une farouche énergie, les Anarchistes combattent cette absurdité. Ils se dressent contre toute tentative de restauration autoritaire ; ils s’opposent à tout essai de résurrection du Pouvoir, sous quelque forme que ce soit. Ils finissent par l’emporter sur leurs adversaires et brisent leurs dernières résistances. C’est la période, plus ou moins longue, durant laquelle le devoir le plus pressant et la nécessité la plus impérieuse sont de défendre la Révolution libertaire victorieuse contre les retours offensifs des tenants de l’Autorité, y compris celle qui leur apparaît comme la plus intolérable, la plus absurde et la plus dangereuse : la Dictature du Prolétariat.

Les défenseurs de la Révolution conçoivent – enfin – que deux choses contradictoires ne peuvent pas mutuellement s’engendrer puisqu’elles s’excluent ; que, conséquemment, l’Autorité sociale ne peut pas plus aboutir à la liberté individuelle que de la liberté individuelle ne peut sortir de l’Autorité sociale.

La faillite et l’abolition du principe d’Autorité se trouvent bien et définitivement établies. Il ne s’agit plus que de donner au principe de Liberté une réalité vivante et féconde.

Serrons de près le problème à résoudre et ne perdons pas de vue que nous supposons l’Autorité Gouvernementale brisée par la Révolution triomphante : voilà l’Individu débarrassé de ses chaînes ; il est devenu un être libre, c’est-à-dire en possession de la faculté de satisfaire ses besoins et, par conséquent, d’être heureux.

Mais, être sociable, vivant au milieu de ses semblables, participant à la vie commune, il s’agit de préciser ce qu’il aura à donner à ses pairs et ce qu’il aura à en recevoir, dans quelles conditions et dans quelle mesure, il collaborera à la satisfaction des besoins ressentis par tous et participera, en échange, à la satisfaction de ses propre besoins.

Le problème se pose impérieux et urgent.

Comment le résoudre? Il ne faut pas songer à recourir à la force, à la violence, à la contrainte, formes diverses de l’Autorité, mais à la douceur, à la persuasion, à la Raison, formes multiples de la Liberté.

On s’arrête donc à la Raison.

Mais encore faut-il que la Raison s’impose d’elle­ même, en vertu de sa propre force, par l’unique ascendant de son prestige et non par des menaces ou des sanctions.

Alors, on cherche, on expérimente, on compulse, on interroge les résultats des diverses méthodes d’application. L’Entente apparaît, se présente, se recommande par ses résultats et emporte les suffrages.

L’exemple de la nature est là : éloquent et démonstratif. Tout y est entente par accord libre et spontané, par affinités et caractères communs entre individus ou unités de la même espèce : les infiniment petits, sorte de poussière, se recherchent, s’attirent, s’agglomèrent et forment des noyaux ; ces noyaux, à leur tour, se recherchent, s’attirent, s’agglomèrent et forment des organismes ; ces organismes se recherchent, s’attirent, s’agglomèrent et forment des organismes de plus en plus vastes.

On fait l’essai de cette méthode empruntée à l’ordre naturel, un essai loyal et loyalement conditionné. Cet essai est répété ; les résultats appliqués à l’ordre social sont satisfaisants ; l’essai est étendu, appliqué à des masses croissantes ; il sort vainqueur de cette épreuve, il triomphe, et il est finalement adopté.

C’est la méthode de l’Entente libre et spontanée. La plus petite unité : l’individu recherche, attire les autres, s’agglomère avec celles-ci à un premier noyau et forment la Commune. Les Communes, à leur tour, se cherchent, s’attirent, s’agglomèrent et forment un organisme plus étendu : la Région. Les Régions, à leur tour, se cherchent, s’attirent, s’agglomèrent et forment une organisation plus vaste encore et plus complexe : la Nation.

Entente entre les individus et les familles qui constituent le noyau Communal, entente entre les Communes qui constituent l’organisme régional ; entente entre les Régions qui constituent l’organisation nationale ; entente de bas en haut, à tous les degrés ; entente partout.

Les peuples qui vivent en Communisme-libertaire se recherchent, ils s’attirent, s’agglomèrent et forment une organisation plus vaste encore que la Nation.

Le jour où toutes les Nations vivront en Communisme-libertaire, elles se rechercheront nécessairement, fatalement s’attireront, s’agglutineront et formeront un immense organisme international les réunissant toutes.

Ce sera la réalisation mondiale de la Liberté de chacun, par l’Entente entre tous!

Car, ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que ce n’est plus, comme autrefois, l’organisme le plus vaste : l’organisation centrale qui, par voie d’absorption ou d’annexion, de contrainte ou de guerre, amène la compression des organismes intermédiaires et des noyaux pour aboutir à l’écrasement des molécules individuelles. C’est, tout à l’opposé, la molécule individuelle qui, par voie d’entente, et d’extension ou de développement, se joint aux molécules les plus proches, et forme noyau avec celles-ci, puis, passant par des organismes de plus en plus vastes, le cercle de l’Entente s’élargissant toujours, réunit, en une vie de plus en plus intense, féconde et heureuse, la totalité des molécules individuelles.

Voilà l’image de la vie communiste-libertaire, de l’Anarchie, de la Liberté de chacun par l’Entente de tous.

(Voir Autorité, Centralisme, Entents, Fédéralisme,Liberté, Révolution.)

* * *

L’Anarchie est à base individualiste. Les Gouvernements, les Religions, les Patries, les Morales, ont ce trait commun que, au nom et dans l’intérêt – « dit » supérieur – de ces institutions, les intérêts véritables de l’Individu ont toujours été et demeurent méconnus, violentés, immolés. Les Gouvernements compriment, oppriment et pressurent l’individu ; les Religions le privent de la faculté de penser librement et de raisonner judicieusement ; les Patries le précipitent, de gré ou de force, dans les carnages guerriers ; les Morales font peser sur lui les obligations les plus ineptes et les devoirs les plus opposés à son expansion naturelle et à la vie normale. Par l’ignorance et la lâcheté, par la contrainte et la répression, toutes ces Institutions autoritaires créent dans la foule les mentalités d’esclaves et les habitudes grégaires dont les classes dominantes ont besoin pour perpétuer le régime dont elles sont les exclusifs et insolents bénéficiaires. L’Anarchie entend soustraire tous les êtres humains à cette multitude de contraintes physiques, intellectueÎles et morales dont ils sont victimes. Elle dénie à la Société le droit de disposer souverainement de ceux qui la composent. Elle déclare que ce terme vague « la Société » ne répond à rien en dehors des Individus qui, seuls, lui donnent une réalité vivante et concrète. Elle certifie que sans cette unité tangible, palpable : l’Individu, la Société serait un total inexistant et une expression dénuée de toute signification positive. Ce sont là des assertions d’une exactitude si manifeste, qu’on éprouve quelque honte à les formuler, dans l’appréhension d’être accusé d’enfoncer des portes ouvertes.

Mais il faut se bien garder de croire que, si l’Anarchie est à base individualiste, il s’en suit qu’elle condamne l’Individu à l’isolement et brise les liens de toutes sortes qui l’unissent à ses semblables. (Voir Solidarité.)

C’est exactement le contraire, et il n’est pas possible de concevoir un milieu social dans lequel seraient plus nombreux et plus solides qu’en Anarchie les rapports reliant entre eux tous les représentants de l’espèce. Seulement – et cette opposition est fondamentale ­ tandis que, emprisonné dans le réseau des obligations et contraintes qui, au nom de l’Etat, de la Propriété, de la Religion, de la Morale, de la Famille, de la Patrie et autres… balançoires, font de lui un esclave, l’Individu se voit contraint aujourd’hui à des promiscuités des associations, des complicités et des contrats sur lesquels, n’ayant pas été consulté, il ne lui a pas été loisible de se prononcer, ce même Individu, devenu libre, aura, dans une société anarchiste, la latitude de disposer de lui-même en tout et pour tout, sans autre obligation que celle qu’il aura délibérément et consciencieusement contractée. Sous regime autoritaire, les liens qui enchaînent les hommes entre eux sont rigides, artificiels et obligatoires ; en Anarchie, seuls seront valables les contrats librement contractés qui les uniront, et ces contrats seront toujours souples, naturels, librement acceptés et librement rompus.

* * *

Dans la Douleur Universelle, je précise en ces termes le but auquel tend l’Anarchie : « instaurer un milieu social qui assure à chaque individu toute la somme de bonheur adéquate, a toute époque, au développement progressif de l’humanité. »

A plus de trente ans de distance, je ne vois aucun changement à apporter à cette proposition. Mais celle-ci appelle quelques développements et j’en reprends un à un les termes :

a) INSTAURER.

Je ne dis pas « créer » ; je dis « instaurer ». Voici pourquoi :

Tout, dans la nature, évolue sans cesse (voir Evolution-Transformisme). Rien n’est fixe, rien n’est immobile. L’individu, comme le reste, se transforme continuellement ; il ne demeure jamais identique à lui-même ; son aujourd’hui est fait nécessairement de tous ses hier et contient, à l’état potentiel, tous ses demain. L’agrégat humain n’est donc qu’une forme passagère de la matière, et cet agrégat lui-même subit incessamment les modifications les plus diverses.

Or, dit Spencer (l’Individu contre l’Etat) : « la nature des agrégats est nécessairement fixée par la nature des unités composantes. »

D’où il résulte que, pour être moins visibles, les perpétuels changements de l’agrégat collectif ou social n’en sont pas moins tout aussi réels que les modifications de l’agrégat individuel. Composé d’unités en état constant de modifications, le corps social se transforme sans aucun repos. Son présent est fait de tous les matériaux de son passé et contient en germes tous les matériaux de son avenir.

Auguste Comte (Introduction à la métaphysique) écrit : « chaque individu, chaque peuple, chaque science et l’humanité même, passent par toutes les phases. Les idées qui caractérisent une période naissent des idées de périodes précédentes, se développent et grandissent au dépens de ces idées et puis, à leur tour, décroissent insensiblement, après avoir donné naissance aux idées de la période suivante. »

« La vie sociale, dit Guillaume de Greef (Introduction à la Sociologie, Tome I) c’est-à-dire la correspondance toujours complète et parfaite de ses organes et de ses fonctions à des conditions de plus en plus nombreuses et particulières, est un éternel devenir ; en cela, elle ne fait que se conformer aux lois universelles de la matière et de la force. »

Et encore : « La société est un organisme dont l’équilibre, toujours instable, comporte des organes et des fonctions qui la rattachent au passé et d’autres qui la relieront à l’avenir. »

Etrangeté remarquable de l’optique humaine! Deux phénomènes qui, rapprochés, font naître tout d’abord dans l’intellect une sorte de contradiction par leur allure antithétique, voilent à nos yeux l’indissoluble enchaînement des faits qui relie toutes les pages de l’histoire humaine : c’est l’immensité du chemin parcouru, comparée à la lenteur de l’évolution sociale.

Si brève est la vie de chacun de nous et si faible est notre vue, que nous n’apercevons pas les éléments innombrables qui se meuvent autour de nous, tuant ceci et donnant naissance à cela. Nous croyons avoir sous les yeux le spectacle de l’immobilité. C’est cette sensation inconsidérée de la stagnation sociale ou tout au moins de la lenteur évolutionnelle qui, par un effet en quelque sorte réflexe, contribue à cette lenteur même.

« Cela ne changera jamais ; en tout cas, si ça change, nous ne le verrons pas. » Voilà ce que disent une foule de gens. Et les déshérités se résignent, prennent leur mal en patience, acceptent ce qu’ils regardent comme un sorte de fatalité : « il n’y a rien à faire! » et les privilégiés se rassurent, s’aveuglent et se cuirassent d’indifférence : « après nous le déluge! »

Et pourtant, quelle incalculable série de transformations, depuis les ébauches grossières des premières agglomérations humaines jusqu’à l’organisation si complexe, si méthodiquement agencée des sociétés modernes!

L’esprit reste stupéfait et les yeux éblouis devant le spectacle grandiose d’un développement aussi extraordinaire.

Un des hommes qui, à notre époque, ont le plus contribué à la vulgarisation de l’idée matérialiste, L. Büchner, s’exprime ainsi :

« Il viendra un temps où la distance entre le point de départ et le point d’arrivée s’élargira tellement que les savants de l’avenir eux-mêmes se refuseraient à admettre la possibilité d’un lien entre eux, si les écrits et les vestiges du passé ne leur fournissaient les matériaux nécessaires pour les guider dans leur jugement. » (Lumière et Vie, p. 326).

Il m’a paru nécessaire d’insister sur les considérations qui m’ont amené à me servir de l’expression « instaurer » de préférence à celle de créer par exemple, et ce, non seulement parce que le terme est infiniment plus exact, mais encore et surtout parce que nous nous proposons d’indiquer, au cours de cet ouvrage, les phénomènes qui poussent triomphalement les présentes générations vers cette instauration et les moyens qu’il convient d’employer pour hâter celle-ci. On verra par là, aussi, toute la distance qui sépare l’Anarchie des « utopies » construites le plus souvent par des hommes de bonne foi et qui pressentaient remarquablement l’avenir, mais ne tenaient aucun compte, dans leurs conceptions respectables, des matériaux que l’époque mettait à leur disposition.

b) UN MILIEU SOCIAL.

Ces mots demandent à peine une explication, tellement ils sont clairs par eux-mêmes.

Le milieu social est comme la synthèse des innombrables rapports des individus, des sexes, des groupes entre eux. Il est la résultante de toutes les organisations, institutions et coutumes. C’est une sorte d’être impersonnel – comme la société elle-même – constitué par les relations de toute nature : physiques, intellectuelles, morales, qu’engendre la pratique de la sociabilité.

S’il est une théorie aujourd’hui hors de conteste et splendidement mise en lumière par les naturalistes, c’est assurément celle de « l’adaptation de l’être au milieu ».

Il est constant que dans le monde physique, le milieu exerce sur tout et sur tous une influence décisive ; qui oserait prétendre que dans le monde psychique, il n’en est pas de même?

D’aucuns affirment que si le milieu social agit sur l’individu, celui-ci est capable de réagir. Cette opinion est juste dans une certaine mesure. Soutenir le contraire, ce serait reconnaître à la fois, d’une façon implicite, que le milieu social est en quelque sorte indépendant des personnalités qui le composent, ce qui serait une absurdité, et que, l’individu ne pouvant rien sur le milieu, tout effort étant vain, il n’a qu’à se croiser les bras.

Nulle doctrine ne serait plus dangereuse, et il convient de la combattre avec la dernière énergie, non point tant parce qu’elle est dangereuse que parce qu’elle est contraire à la vérité, à l’observation.

Mais, il n’en est pas moins vrai que, tout comme la faune et la flore empruntent à l’ambiance cosmique les éléments de leur vie, et qu’un observateur attentif et clairvoyant pourrait, en examinant un animal ou une plante, en déterminer les conditions d’époque, de climat, d’atmosphère et de topographie, de même l’individu emprunte à la structure sociale ses idées, ses sentiments, ses aspirations, ses coutumes.

On comprend par là de quelle importance est ce milieu social dont il est question d’amener l’établissement, puisqu’il devra pour ainsi dire poser sa griffe sur toutes les manifestations de la vie sociale et privée ; puisque tant vaut le milieu, tant vaut l’homme ; puisque l’un est l’arbre et l’autre le fruit ; puisqu’enfin il serait aussi illogique de songer à transformer l’Individu sans toucher au milieu qu’il est rationnel de prévoir avec certitude, sans qu’il soit besoin d’être prophète, que, modifié le milieu, modifiés aussi seront les hommes qui le composeront.

c) QUI ASSURE A CHAQUE INDIVIDU.

Les formes sociales qui se sont succédées jusqu’à ce jour, ont eu pour invariable conséquence, en hiérarchisant les fonctions et les êtres, d’assurer tous les avantages à un nombre plus ou moins restreint de ceux-ci, au détriment de tous les autres.

Or, convient-il de chercher à renverser l’ordre des facteurs dans le but de favoriser le plus grand nombre? La question sociale s’applique-t-ells à quelques-uns, à la majorité ou à l’universalité des êtres humains?

Il suffit de poser la question : chacun peut répondre. J’aurais pu, à la place de ces trois mots : « à chaque individu » écrire ceux-ci : « au peuple » ; ou encore ceux-là : « à l’humanité » ; ou encore ceux-là : « au prolétariat » ; ou même ces derniers : « à tous ». Mais je me méfie de ces expressions par trop générales. L’expérience m’a enseigné qu’elles cachent presque toujours un piège, qu’elles en sont tout au moins capables.

Pauvre « peuple », pauvre « humanité », pauvre « tout le monde », a-t-on assez usé et abusé de vous, pour mieux dissimuler les honteuses combinaisons des gouvernements et des classes!

Il existe d’ores et déjà une foule de fictions qui, par un jeu de glaces savamment disposées, donnent l’illusion de la réalité : telle, par exemple, l’égalité de tous devant la loi. Il suffit de passer derrière les glaces pour découvrir le « truc ».

L’expression « chaque individu » a l’avantage de couper court à toute interprétation ambigüe et de bien établir que le problème social n’a pas seulement pour but cette formule tant soit peu vague : « le bonheur commun », mais celle-ci bien autrement significative et exacte : « le bonheur de chaque individu. »

Oui, que pas un enfant, pas un adulte, pas un vieillard, pas un homme, pas une femme, pas un être humain, pas un seul ne puisse être frustré de la plus minime part de jouissance que comporte le droit à l’existence dans son intégralité. Tel est le problème que scrute et doit résoudre le penseur tourmenté par la question sociale.

Pas un, dis-je, parce qu’il suffirait que le droit d’un seul fût méconnu, pour que le droit de tous les autres fût menacé ; parce que, en dépit des apparences, pour que soient réalisés et maintenus dans le corps social l’équilibre et la bonne santé, il est nécessaire qu’entre toutes les parties de celui-ci il existe une telle solidarité que, si un organe, un seul, ne reçoit pas sa part de vie, le mal gagne de proche en proche et l’organisme tout entier lentement s’en ressent, s’affaisse, et dépérit.

Résolu pour tous, excepté pour un seul, le problème social se réfugierait en ce dernier, lequel, protestation vivante, se dresserait contre tous les autres et sa voix, ne tardant pas à être entendue, s’élèverait, discordante, au sein de l’harmonieux concert que doit former une société composée d’êtres heureux, libres et fraternels.

d) TOUTE LA SOMME DE BONHEUR.

C’est toujours le spectacle des infortunes plus ou moins imméritées, des misères plus ou moins injustifiées qui a incité les philosophes, les penseurs et les moralistes à rechercher les causes de ces souffrances pour en combattre les effets.

Abaisser le taux des douleurs humaines, atténuer les inégalités choquantes, améliorer les conditions de la vie, en d’autres termes rechercher le bonheur universel, tel a été, de tout temps, le but de tous les plans, de tous les systèmes de rénovation sociale.

Sur ce point, tous ceux qui se sont occupés de la question se montrent unanimes. Je pourrais en citer des centaines, je me bornerai à quelques-uns.

Je laisse de côté tous les auteurs anciens, pour faire aux modernes une place plus grande dans ces citations que je ne veux pas multiplier afin de ne pas fatiguer le lecteur :

« Le but de la Société est le bien de ses membres » (GROTIUS). – « La Société est tenue de rendre la vie commode à tous » (BOSSUET). – « Le vrai but de la Société est le bonheur durable de tous ses membres » (MABLY). – « Quel est l’objet de la Science de la morale? Ce ne peut-être que le bonheur général. Si l’on exige des vertus dans les particuliers, c’est que les vertus des membres font la félicité du Tout » (Helvétius. De l’Homme. Son Education). – « Rechercher le bonheur en faisant le bien, en s’exerçant à la connaissance du vrai, en ayant toujours devant les yeux qu’il n’y a qu’une seule vertu : la Justice un seul devoir : se rendre heureux » (DIDEROT). ­ – « Le but de la Société est le bonheur commun » (Déclaration des Droits de l’Homme, article 1er). – « Le but de la Révolution est de détruire l’inégalité et d’établir le bonheur commun » (Conspiration Babouviste. Base de la République des Egaux. Article 10). – « Que la variété infinie de désirs, de sentiments et d’inclinations se réunisse en une seule volonté ; qu’elle ne meuve les hommes que vers un unique but : le bonheur commun! » (MORELLY. LA BASILIADE). – « Le plaisir sans égal serait de fonder la félicité publique. Je ne sais si je me trompe dans mes vœux ; mais je pense qu’on pourra un jour extraire de tous les corps un principe nutritif et, alors, il sera aussi facile à l’homme de se nourrir que de se désaltérer à l’eau d’un fleuve. Que deviendront, alors, les combats de l’orgueil, de l’ambition, de l’avarice, toutes les cruelles institutions des grands Empires? Un aliment facile, abondant, à la disposition de l’homme, sera le gage de sa tranquillité et de sa vertu » (MERCIER. Le tableau de Paris). – « Si la première voix de la nature, c’est de désirer notre propre bonheur, les voix réunies de la prudence et de la bienveillance se font entendre et nous disent : cherchez votre bonheur dans le bonheur d’autrui. Si chaque homme, agissant avec connaissance de cause dans son intérêt individuel, obtenait la plus grande somme de bonheur possible, alors l’humanité arriverait à la suprême félicité et le but de toute morale, le bonheur universel serait atteint » (BENTHAM). – « Le principe général auquel toutes les règles de la pratique devraient être conformes, n’est autre que le bonheur du genre humain et de tous les êtres sensibles » (J.-S. MILL). ­ « La Société doit être organisée de telle sorte et ce n’est pas souvent le cas d’aujourd’hui, malheureusement que le bonheur des uns ne prenne pas sa source dans la ruine des autres, mais que chaque individu trouve son bien dans celui de la collectivité, le bien de la collectivité résumant uniquement, vice versa, de l’individu » (L. BUCHNER. Force et Matière, p. 514). – « Le problème du bonheur universel, par l’effet de la solidarité toujours plus grande, est dominé plus que jamais aujourd’hui par le problème du bonheur social. Ce ne sont plus seulement nos douleurs présentes et personnelles, mais celles de l’humanité à venir qui deviennent pour nous un sujet de troubles » (MARC GUYAU. L’irréligion de l’Avenir, p. 411). – « Le pur idéal, ce serait que la totalité universelle des êtres devînt une Société consciente, unie, heureuse » (Alfred FOUILLÉE. Critique des Systèmes de morale contemporaine). – « Le plus grand bonheur du plus grand nombre, par la science, la justice, la bonté, le perfectionnement moral : on ne saurait trouver plus vaste et plus humain motif éthique » (Benoit MALON. Socialisme intégral. Tome 1er, page 245).

Assez de citations. J’y pourrais ajouter l’avis autorisé de tous les sociologues contemporains, même bourgeois ; mais à quoi bon? La cause est entendue : tous, absolument tous, proclament, conformément à la Déclaration des Droits de l’Homme, que « le but » de la « Société est le bonheur commun ». C’est, peut-être, le seul point sur lequel existe l’unanimité ; mais on reconnaîtra qu’il est d’importance et je veux en tirer immédiatement deux conclusions sur lesquelles j’attire particulièrement l’attention. La première, c’est la condamnation implicite de l’organisation sociale qui nous régit : puisque cette organisation accumule entre les mains d’une minorité privilégiée pouvoir, richesses, savoir, jouissances, et condamne l’immense majorité à la servitude, aux privations, à l’ignorance et à la douleur, il est évident que cette Société tourne le dos au but vers lequel est tenue de tendre toute Société équitable et rationnelle et qu’elle doit succomber. La seconde, c’est que, de toutes les doctrines sociales qui se disputent la succession de celle qui doit disparaître, la seule qui se dirige résolument et sans détour vers ce but, c’est celle que préconisent les théories anarchistes, puisque, faisant, seule, cesser les inégalités, les guerres et les contraintes et assurant, seule, à chaque individu toute la somme de liberté et de bien­ être que comporte le développement progressif de l’humanité, elle est la seule qui réalise le vœu nettement et unanimement exprimé : le bonheur commun.

e) ADÉQUATE, A TOUTE ÉPOQUE, AU DÉVELOPPEMENT PROGRESSIF DE L’HUMANITÉ.

Une seule barrière est là, limitant la somme des satisfactions que les Individus sont en mesure de goûter. Cette barrière, c’est celle des possibilités, c’est-à-dire celle qui sépare les biens acquis de ceux qui sont encore à acquérir, les jouissances vivables par les générations actuelles de celles auxquelles nos descendants aspirent et qu’ils ne manqueront pas, tôt ou tard, de réaliser. Mais cette barrière n’est pas pour contenir ou réfréner les appétits ; elle est, au contraire, pour les exciter. Sous le puissant coup d’aile du désir insatiable qui nous élève toujours plus haut et nous pousse toujours plus loin, elle s’éloigne et s’abaisse insensiblement, nous découvrant des perspectives de plus en plus éblouissantes.

Cette limite, c’est celle qui marque le point auquel, à une époque déterminée, en sont arrivées les phalanges humaines en marche vers les régions toujours plus fertiles et plus vastes de la félicité.

Tel est le sens précis de ces mots : « adéquate, à toute époque, au développement progressif de l’humanité. »

Il est dans la nature des individus et des Sociétés, sortis, depuis des milliers d’années, des organismes les plus rudimentaires, de s’acheminer vers des formes de plus en plus perfectionnées. Longtemps, bien long­ temps enténébrés, hommes et sociétés se dessinent sur un fond dont les teintes passent petit à petit du sombre au clair, de l’obscur au lumineux. L’obscurité c’est le passé : l’ingorance, la haine, la misère ; la lumière, c’est l’avenir : le savoir, la fraternité, l’abondance. On ne retourne pas au passé ; on marche, irrésistible, vers l’avenir. Fou serait celui qui prétendrait assigner une borne à cet avenir aux espaces incommensurables. L’âge d’or n’est pas derrière nous ; il est devant : radieux et accessible.

L’Anarchie, c’est l’homme brisant les portes du cachot où l’Autorité le tient enfermé ; c’est la voie libre ; c’est la marche vers la joie de vivre, tout obstacle écarté, toutes chaînes rompues ; c’est l’enfer fermé, et le paradis ouvert ; c’est l’espèce humaine cessant de s’entre-déchirer et s’entr’aidant dans la bataille millénaire qu’elle livre à la nature et à l’Ignorance, pour se libérer des dangers et des maux qui l’accablent encore.

* * *

On a longtemps, sinon confondu du moins rapproché les tendances et les aspirations du socialisme collectiviste ou communiste et celles de l’Anarchie. Ce rapprochement a eu diverses causes. En voici quelques-unes :

1 ° Socialisme et Anarchie se dressaient contre la Société bourgeoise. Ici et là, le mot d’ordre était qu’il fallait, avant tout, se débarrasser de celle-ci ; on verrait ensuite. Et, durant des années, socialistes et anarchistes attaquèrent avec une égale ardeur et une virulence égale les institutions : gouvernement, propriété, patrie, religion, morale bourgeoise dont les uns et les autres poursuivaient âprement la ruine.

2° Les privilégiés ayant intérêt à susciter et à entretenir cette confusion entre le Socialisme et l’Anarchie, ne manquaient pas de dénaturer sans scrupule les théories, de calomnier sans retenue les théoriciens et de persécuter indistinctement les agitateurs socialistes et anarchistes. Se tournaient-ils vers les privilégiés? Ils accusaient les socialistes de vouloir substituer à l’ordre établi une société dans laquelle, n’étant retenus ni par un frein moral ni par une autorité matérielle, les appétits déchaînés se donneraient libre cours dans le vol, le gaspillage, le viol et l’assassinat. S’adressaient-ils aux déshérités? Ils affirmaient que anarchistes et socialistes, ceux-là ouvertement et ceux-ci par des voies détournées, ne travaillaient à la Révolution sociale que pour déposséder Gouvernants et Riches, s’emparer du Pouvoir et de l’Argent et en jouir à leur tour.

3° Les Socialistes eux-mêmes, tout en se défendant d’être assimilés aux anarchistes, laissaient entendre volontiers – surtout en période électorale et quand ils mendiaient les suffrages ouvriers – que, somme toute, entre le Socialisme et l’Anarchie, il n’y avait pas opposition irréductible, mais, au contraire, des points de contact nombreux et de sérieuses affinités ; que les divergences résidaient « surtout » (certains disaient même « uniquement ») dans les problèmes de la tactique à employer ; mais que, malgré tout et bien que les voies et moyens fussent différents, le but était le même : la suppression des classes antagoniques, l’Etat politique remplacé par un organisme d’enregistrement plutôt que de répression, destiné à assumer l’administration des choses, le bien-être assuré à chacun, la liberté garantie à tous. Incalculable fut la masse des travailleurs qui, ainsi endoctrinés, tombèrent dans le panneau et se laissèrent embrigader comme électeurs et comme affiliés aux partis collectiviste et communiste!

4° Pour tout dire et me conformer à la règle d’impartialité que nous nous imposons ici, il sied d’ajouter que bon nombre de socialistes, en s’exprimant de la sorte, parlaient avec sincérité. Ils étaient, alors et longtemps ils furent peu nombreux. Les faveurs du suffrage « dit » universel allaient aux partis – monarchistes ou républicains – de conservatisme social et les militants socialistes, à l’exception de quelques chefs plus clairvoyants et plus ambitieux, n’envisageaient la lutte électorale et l’action parlementaire que comme des moyens de propagande et d’agitation. Depuis, oh! depuis!… (Voir Parlementarisme, Elections, Suffrage universel, Collectivisme, Communisme autoritaire.)

Ces diverses circonstances expliquent assez clairement la confusion que je signale. Peu à peu, les faits eux-mêmes se sont chargés de dissiper celle-ci et, aujourd’hui, la rupture s’est produite, éclatante et profonde, entre l’Anarchie ou Communisme libertaire et le Socialisme autoritaire (S. F. I. O. ou S. F. I. C.).

Ces doctrines sont sorties, les unes et les autres, de la période de tâtonnement que traversent fatalement toutes les Idées sociales auxquelles les conditions historiques donnent successivement naissance. Actuellement, Socialisme et Anarchie forment deux mouvements tout à fait distincts et même opposés comme base, méthode, action et but.

Ils sont séparés par un abîme : les socialistes et communistes voulant conquérir l’Etat et le faire servir à leurs fins, les anarchistes voulant anéantir l’Etat. (Voir Antiétatisme, Etat)

Entrons dans quelques détails : le Socialisme s’appuie sur le principe d’Autorité et, dans la pratique, aboutit logiquement au renforcement de ce principe, puisque l’Etat, au pouvoir des Socialistes, a pour mandat de centraliser et de monopoliser le Pouvoir politique et économique.

Les partis socialistes et communistes de tous les pays affirment d’abord qu’une société ne peut vivre sans le principe d’Autorité qu’ils déclarent indispensable à l’organisation et à l’entente. La liberté de chacun, disent-ils, doit s’arrêter où commence la liberté des autres. Mais en l’absence de lois, de règles qui fixent cette limite entre la liberté de chacun et celle des autres, chacun sera naturellement porté à étendre sa propre liberté aux dépens des autres. Ces empiètements seront autant d’abus, d’injustices, d’inégalités qui provoqueront des conflits incessants et, à défaut d’une autorité ayant qualité pour résoudre ces conflits, c’est la force seule, c’est la violence qui les résoudra.

Les plus forts abuseront de leur force contre les plus faibles et les plus rusés, les plus coquins abuseront de leur astuce contre les plus sincères et les plus loyaux.

Cela posé, les socialistes autoritaires ajoutent qu’il est insensé de concevoir une organisation sociale sans lois, sans règlements.

Ils s’appuient surtout sur les nécessités de la vie économique. Si chacun est libre de choisir son genre de travail et de travailler ou de ne rien faire, les uns travailleront beaucoup, les autres moins et d’autres pas du tout ; les paresseux seront donc avantagés au détriment des laborieux. Si chacun est libre de consommer à son gré, sans contrôle, sans vérification, il y en a qui s’installeront dans les beaux appartements, prendront les plus jolis meubles, les plus beaux habits et les meilleurs morceaux, et les autres seront obligés de se contenter de ce que les premiers leur laisseront. Ça n’ira pas, ça ne peut pas aller comme ça. Il faut des lois, des règlements qui fixent la production que chacun doit faire, en tous cas le nombre d’heures qu’il doit accomplir et la part de produits qui lui revient. Sinon, ce sera le gâchis, la discorde et la disette.

Les socialistes autoritaires ajoutent : « Si chacun est libre de faire ce qui lui plaît, tout ce qu’il veut et rien que ce qui lui convient, ce sera le débordement des passions sans frein, le triomphe de tous les vices et l’impunité de tous les crimes ». Et ils concluent que l’Autorité est nécessaire, qu’un Gouvernement est indispensable, qu’il faut, de toute rigueur, des lois et des règlements et, par voie de conséquence, une force publique (soldats et policiers) pour réprimer l’émeute et arrêter les coupables, des tribunaux pour les juger et des châtiments pour les punir.

Toutefois, Socialistes et Communistes, même les plus férus de la notion de l’Etat, déclarent qu’un jour viendra certainement où, s’étant graduellement transformés, les hommes deviendront conscients, auront le sens éclairé de la responsabilité, se feront raisonnables et fraternels et que, à ce moment-là, l’Autorité disparaîtra pour faire place à l’Anarchie qui est, ils le confessent, l’Idéal le plus élevé et le plus juste et qu’ils considèrent comme le terme de l’évolution sociale.

Pour conclure, ils disent : « Commençons par culbuter le régime capitaliste. Exproprions d’abord la bourgeoisie possédante et socialisons les moyens de production, de transport de d’échange. Organisons le Travail sur des données nouvelles. Nous verrons ensuite. »

Les Anarchistes répliquent : « La société capitaliste repose sur la Propriété individuelle et l’Etat. La propriété serait sans force et sans valeur si l’Etat n’était pas là pour la défendre. C’est une grave erreur que de croire que le Capital est le seul agent de discorde entre les hommes vivant en société ; le Pouvoir les divise tout autant. Le Capital les sépare en deux classes : les possédants et les non possédants. L’Etat les sépare aussi en deux classes : les gouvernants et les gouvernés. Les détenteurs du Capital abusent de leur richesse pour exploiter les prolétaires : les détenteurs du Pouvoir abusent de leur autorité pour asservir le peuple.

Supprimer le régime capitaliste et maintenir l’Etat c’est faire la Révolution à moitié et c’est même ne pas la faire du tout. Car le Communisme autoritaire nécessitera une armée formidable de fonctionnaires dans l’ordre législatif, judiciaire et exécutif. L’organisation que préconise le Communisme autoritaire entraînera des dépenses incalculables. Elle n’abolira ni les classes ni les privilèges.

La Révolution Française a cru supprimer les privilèges de la noblesse ; elle n’a fait que les transmettre à la Bourgeoisie. C’est ce que ferait le Communisme autoritaire : il arracherait aux bourgeois leurs privilèges et les transmettrait aux dirigeants du nouveau régime.

Ceux-ci formeraient une nouvelle classe de privilégiés. Chargée de faire les lois, d’élaborer les règlements, d’en punir la violation, la foule des fonctionnaires dont ce serait l’occupation, formerait une caste à part ; elle ne produirait rien et vivrait aux crochets de ceux qui assureraient la production. Ce serait une ruée d’insatiables appétits et de convoitises se disputant le Pouvoir, les meilleures places et les plus grasses sinécures. Ce serait la curée.

Quelques années après la Révolution, ce seraient les mêmes discordes, les mêmes inégalités, les mêmes compétitions et finalement, sous prétexte d’ordre, le même désordre et le même gâchis. Il n’y aurait rien de fait et tout serait à recommencer, avec cette différence que le Régime capitaliste est disqualifié, pourri et à la veille de la banqueroute, ce qui fait qu’on peut le renverser sans trop de peine, tandis que le communisme autoritaire qui le remplacerait aurait pour lui la jeunesse et devant lui l’avenir.

Toute l’Histoire est là pour prononcer la condamnation du principe d’Autorité. Sous des formes, des appellations et des étiquettes différentes, l’Autorité a toujours été synonyme de tyrannie et de persécution. Non seulement, elle n’a jamais protégé ni garanti la Liberté, mais elle l’a toujours violée, méconnue et outragée.

Confier à l’Autorité la charge d’assurer la liberté de chacun et de la contenir dans les limites de la Justice, c’est une pure folie. »

Et, pour en terminer, les Anarchistes disent aux Socialistes et Communistes :

« Vous voulez tout imposer par la Force, nous voulons tout asseoir sur la Raison. Vous ne croyez qu’à la violence, nous n’avons confiance qu’en la persuasion. Vous concevez l’Ordre par en haut, nous le concevons par en bas. Vous entendez que tout soit centralisé : nous entendons que tout soit fédéralisé. Vous allez du composé au simple, du général au particulier, du nombre à l’unité, c’est-à-dire de la Société à l’Individu. Nous allons, nous, du simple au composé, du particulier au général, de l’unité au nombre, c’est-à-dire de l’Individu, seule réalité tangible, vivante, palpable, à la Société ; total des Individus. Vous fondez la liberté commune sur l’asservissement de chacun ; nous fondons la liberté de tous sur l’indépendance de chacun.

Quand nous serons en mesure de renverser la Société bourgeoise, nous détruirons du même coup le Capital et l’Etat. Ce ne sera pas besogne plus difficile que de culbuter l’un et pas l’autre, puisqu’ils se tiennent et ne forment présentement qu’un seul et même tout.

Et puisque vous reconnaissez que la Liberté est désirable, que le Communisme libertaire est l’Idéal le plus noble et le plus équitable, le meilleur et le plus sûr moyen de réaliser cet Idéal, c’est de combattre et non d’affermir le principe d’Autorité qui en est la négation.

L’Etat, c’est cet ensemble d’institutions politiques, législatives, judiciaires, militaires, financières, etc., par lesquelles on soustrait au peuple la gestion de ses propres affaires, la direction de sa propre conduite, le soin de sa propre sécurité, pour les confier à quelques­ uns qui, usurpation ou délégation, se trouvent investis du droit de faire des lois sur tout et pour tous, de contraindre le peuple à s’y conformer et se servent à cet effet de la force de tous. (Malatesta. L’Anarchie, page 8, édition du Libertaire.) Voir Etat.

Et c’est cette machine lourde, cet appareil compresseur, cette meule massive destinée à broyer toutes les résistances et à réduire en poussière toutes les indisciplines : l’Etat, que vous avez la prétention de transformer en instrument d’affranchissement et en appareil de libération?

Vous avez la naïveté de croire qu’il suffira de changer le mécanicien et de modifier quelques rouages pour qu’elle fonctionne autrement que par le passé?… Socialistes et Communistes, réfléchissez. N’écoutez plus vos chefs qui ont intérêt à vous mentir et apprenez que si vous voulez préparer une Révolution qui ne soit ni un avortement ni une mystification, il faut mettre tout en oeuvre, et sans plus attendre, pour que cette Révolution ne tue pas seulement le régime capitaliste mais aussi l’Etat. »

* * *

Plus violemment et plus perfidement que toute autre conception sociale, l’Anarchie a été discutée et combattue. Elle a subi l’assaut concerté des socialistes et des bourgeois. Tous les essais de réfutation qu’ont tentés ses adversaires peuvent être – si on néglige les détails – ramenés à deux objections que leurs auteurs qualifient prétentieusement de fondamentales. Il est d’autant plus utile d’examiner ces deux objections que de récents événements, notamment la guerre de 1914-1918, la Révolution Russe, l’installation de la Dictature en Italie et en Espagne, paraissent leur avoir conféré une force plus grande.

Etudions donc rapidement ces deux objections.

Première objection. 

« L’Anarchie est, de toute évidence, un Idéal superbe ; mais il est et toujours demeurera un Idéal chimérique, parce que sa réalisation présuppose et nécessite un être humain sain, cultivé, actif, digne, fraternel, en un mot inexistant et parce que, biologiquement, la structure physique, intellectuelle et morale de l’homme ne saurait s’adapter à un milieu social libertaire. » – Je réponds tout d’abord qu’il n’est pas permis d’avancer que l’Anarchie exige un être inexistant. Qu’il y ait, à notre époque, très peu d’individus en état de s’adapter aux conditions de vie qu’implique la réalisation de l’Idéal anarchiste, je le concède volontiers à nos adversaires. Mais il suffit qu’il y en ait un seul pour que s’écroule leur assertion. Or, il n’est pas douteux que, si tous les Anarchistes, qui, disséminés un peu partout, se chiffrent présentement par plusieurs centaines de milliers, n’en sont point encore arrivés à ce niveau de culture et de perfectionnement physique, intellectuel et moral que comporte la Vie inhérente à un milieu social libertaire, on peut, néanmoins, affirmer que bon nombre d’entre eux y sont pourtant parvenus. Pour ma part, j’en connais, et beaucoup, qui, bravant les obstacles, les difficultés, les périls, les persécutions dont leur route est semée, vivent d’ores et déjà d’une existence aussi conforme que possible à leur Idéal anarchiste et n’aspirent, ne travaillent qu’à l’instauration d’un milieu social qui leur permettra de s’y conformer tout à fait. Il est vrai que les Anarchistes ne constituent, à l’heure actuelle, qu’une infime minorité. Pour donner plus de force à mon raisonnement, j’admets que, au sein de cette minorité infime, rares sont ceux qui, dès à présent, vivent, autant que faire se peut, en anarchistes. Mais il n’en reste pas moins que ce petit nombre suf­fit à démontrer que l’espèce dont il s’agit n’est pas inexistante. Il suffit qu’elle soit pour que, par voie de reproduction et de sélection, elle parvienne à se maintenir et à se développer. Les nombres les plus élevés ont commencé par « un », et ce n’est qu’en s’additionnant que les unités forment des totaux considérables. Donc, il est faux de dire que l’Anarchie présuppose et exige un être inexistant.

Il est non moins erroné de soutenir que la structure physique, intellectuelle et morale de l’être humain ne saurait s’adapter à un milieu social libertaire. Au mot biologie (voir ce mot), nous établirons indiscutablement les bases biologiques sur lesquelles repose l’Anarchie et le lecteur sera frappé de la solidité des rapports qui unissent la conception d’un milieu social anarchiste à la structure non pas truquée, artificielle et de commande de l’homme, mais à sa structure normale, réelle et spontanée.

Pour ne pas dépasser le cadre que je veux assigner à cette réponse aux détracteurs mal renseignés de l’Anarchie, je me bornerai à dire, ici, que de tous les milieux sociaux qu’on puisse concevoir, le milieu social anarchiste est certainement celui auquel s’adaptent le mieux et le plus heureusement les besoins et les aspirations de l’homme vivant en société.

Dans la pratique, toute la solidité de l’édifice anarchiste est conditionnée par ces quatre besoins indissolublement liés à la nature humaine et qu’on retrouve à toute époque et en tout lieu : liberté, sociabilité, activité, adaptation au milieu. Le bon fonctionnement d’un milieu anarchiste, tel qu’il a été défini au commencement de cette étude, qu’exige-t-il? – Il exige un individu libre, sociable, actif et capable de s’adapter plus ou moins rapidement à ce milieu.

a) LIBRE. – L’Individu est impulsé par un instinct aussi profond que tenace vers la liberté. Il est extra­ ordinaire – et cela est cependant – que cet instinct ait résisté à des siècles d’asservissement et la persistance de cette poussée vers la liberté est la preuve la plus éclatante de son irrésistible puissance. Esclaves dans l’antiquité, serfs au moyen-âge, salariés de nos jours, des milliards d’hommes et de femmes ont subi, du berceau à la tombe, la servitude que faisaient inexorablement peser sur eux la pauvreté et l’abaissement dans lesquels, par les lois, par les religions, par la fortune et par la force, les Maîtres de l’heure les maintenaient. Si le besoin de liberté avait pu être tué, il serait mort depuis longtemps. Et, pourtant, non seulement il a survécu, mais il est plus vivace et plus impérieux que jamais.

Il existe chez tous, à des degrés variables et sous des formes et manifestations très diverses ; mais il n’est pas un être, pas un seul qui ne le possède et dans tous il est prêt à s’affirmer dès qu’il leur sera possible de le faire, c’est-à-dire aussitôt que la Révolution Sociale ayant mis fin à leur asservissement séculaire, ils seront appelés à vivre en êtres libres. (Au mot Révolution, nous indiquerons les raisons théoriques et pratiques qui font de la Révolution une nécessité douloureuse mais inévitable.)

b) SOCIABLE. – L’homme est un animal, sociable. Il fuit, d’instinct, l’isolement ; il souffre de la solitude ; il recherche ses semblables. Il fait partie de ces espèces, de beaucoup les plus nombreuses, qui vivent groupées et solidaires. L’homme insociable est une exception rarissime ; il est, à sa manière, une sorte d’infirme, à qui manquerait un sens. Cette tendance à la sociabilité qui conduit l’homme au groupement, à l’association et s’épanouit en solidarité (voir ce mot) est contrariée et jusqu’à un certain point paralysée dans un milieu social comme le nôtre qui, sans consulter l’Individu, sans tenir compte de son tempérament, de ses goûts, de ses sympathies, de ses aspirations, l’astreint à des contacts, des groupements et assemblages qui, le plus souvent, répugnent à ses affinités (voir ce mot). Mais il suffira de placer l’Individu dans un milieu social libertaire pour que, guidé par son instinct de sociabilité dûment renforcé par la satisfaction de ses multiples besoins, il s’associe librement avec ses semblables pour la production et la consommation, pour le plaisir et le sport, pour la culture des arts et des sciences, pour les jouissances sexuelles et les joies affectives.

c) ACTIF. – La meute capitaliste porte le plus gros de son effort sur le problème économique et sur l’organisation du travail « en anarchie ». Tous les valets de plume qui vivent aux crochets du patronat agricole et industriel, s’évertuent à démontrer que si, dans la vie politique de l’humanité, il serait, à la rigueur, possible de faire confiance au principe de Liberté, il est radicalement impossible de faire confiance à ce principe dès qu’il est question des nécessités économiques auxquelles commandent les exigences de la consommation. Voici, résumé aussi fidèlement que possible, leur argument : « La production nécessite un effort pénible auquel le travailleur ne s’astreint que dans la mesure où il y est forcé. L’homme est naturellement paresseux et, s’il ne se trouve pas, par l’agencement du milieu social dans lequel il vit, dans l’obligation de travailler, il se laisse, par une prédisposition instinctive, aller à l’oisiveté ou à l’effort récréatif mais improductif. Qu’il s’agisse de la production agricole ou industrielle, il ne travaille qu’autant qu’il lui est interdit, sous peine de crever d’inanition, de ne rien faire. En conséquence, un milieu social dans lequel les Individus seront libres de travailler ou de fainéanter, de choisir leur genre de travail ou d’en changer à volonté, aboutira à la famine, à la disette générale et aux abominations qu’entraîne l’indigence générale. »

Voici ma réponse :

« L’homme est un être actif, naturellement, instinctivement, esentiellement actif. Il fait partie de l’univers ; il y vit ; son existence participe de la vie universelle et la vie universelle conditionne l’existence humaine. Tout dans la nature se meut, s’agite, fonctionne, est mouvementé. Quel que soit l’état de la matière, qu’il soit solide, liquide ou gazeux, la matière est constamment en mouvement ; on ne l’a jamais observée à l’état de repos ; l’inertie n’a jamais été constatée ; l’immobilité n’existe pas. Plus on se rapproche du règne animal, plus la vie apparaît active et mouvementée ; le végétal s’agite plus que le minéral ; l’animal est plus actif que le végétal.

Tous les animaux – et un grand nombre d’espèces avec une surprenante rapidité – naissent, se développent et meurent. Dans chacune de ces phases, ils déploient une activité plus ou moins vive ; mais à aucun moment, dans aucune de ces trois phases, ils ne se reposent. Les animaux que nous sommes ne font pas exception à cette règle constante et universelle. Je n’insiste pas.

Penser que le minéral, le végétal et l’animal se meuvent, s’agitent, fonctionnent sans but et par pur hasard, serait une gsossière erreur. Tous leurs mouvements ont pour but d’entretenir, de développer, de fortifier, d’enrichir la vie. Tous les naturalistes ont constaté ce fait et ils l’ont prouvé, avec un luxe de détails étonnant, en s’appuyant sur des milliers et des milliers d’observations.

Dire que l’espèce humaine se meut, s’agite, se déplace, fait effort en un mot est active sans que cette activité ait une fin, dire que cette activité se dépense d’une façon désordonnée, incohérente et qu’elle est le fait de la pure fortuité, serait une stupidité. Ce qui est exact, c’est que l’activité de l’espèce humaine, comme celle de tous les organismes vivants, a un but et que ce but, c’est la vie.

Or, vivre c’est consommer ; consommer c’est produire ; produire, c’est travailler. En conséquence, il est dans la nature de l’homme de travailler.

Les philosophes qui ont avancé le contraire n’ont aperçu que les apparences et ils se sont mépris ; et les ignorants qui les ont écoutés ont été induits en erreur.

En soi, le travail n’est pas une peine ; comme tous les mouvements, tous les exercices auxquels l’homme se livre en vue de dépenser les énergies dont son corps est un accumulateur, le travail est plutôt un plaisir, ou, plus exactement, un besoin.

Mais si l’homme ressent le besoin de travailler et s’il éprouve du plaisir à satisfaire ce besoin, il lui devient pénible d’excéder les limites du besoin ressenti.

Si l’un de nous était privé de nourriture, il en éprouverait une grande souffrance ; mais si, ayant mangé à sa faim, il était mis dans l’obligation de manger encore il ressentirait à trop manger autant de déplaisir qu’à ne pas manger assez. Il en est de même du besoin de travailler ; lorsque, ayant dépassé sa réserve de forces, l’homme est condamné à prolonger son effort, il en souffre. Travailler quelques heures par jour n’est pas un châtiment : mais c’en est un que de travailler dix, douze et quatorze heures. Les courtes journées de travail sont agréables ; les longues journées sont douloureuses. Il y a aussi les conditions mêmes dans lesquelles le travail s’accomplit et il convient d’en tenir compte.

Dans les pays où sévit le régime capitaliste, le travail est une véritable condamnation, parce que le sort du travailleur est lamentable. Quand le travail est imposé, sale, dangereux, excessif, humiliant et mal rétribué, il est rebutant et il ne faut pas être surpris qu’on y trouve si peu de goût. Mais quand le travail est libre, quand il est honoré, respecté, considéré, quand il n’est pas excessif, quand il assure à l’ouvrier une vie large et confortable, il cesse d’être une peine et il devient une joie.

Que les ateliers soient vastes, aérés, lumineux et sains, que la journée de travail corresponde aux forces que l’ouvrier peut, sans fatigue, dépenser chaque jour, que chacun travaille du métier qu’il connaît, et qu’il choisira librement, que le travailleur ait l’assurance que sa famille et lui ne manqueront de rien, qu’il se sente libre à l’usine et non sous la férule d’un patron ou d’un contre-maître, qu’il soit appelé à fixer lui­ même, avec ses camarades, le règlement d’atelier et les conditions générales du travail et il est certain que personne ne rechignera à la besogne. Je vais plus loin. Je dis que, si dans une société anarchiste, je pouvais concevoir un châtiment, le pire de tous consisterait à condamner un homme bien portant, vigoureux, apte à produire, de le condamner, dis-je, à se tourner les pouces au milieu de l’activité universelle.

Cette vérité n’est pas encore comprise par ces pseudo-révolutionnaires, dictateurs de demain, qui tout en dénonçant dans le régime capitaliste qu’ils combattent, l’opulence oisive des uns et la productivité miséreuse des autres, repoussent l’idée de faire appel au travail non imposé et basent tout leur système économique sur le travail obligatoire et réglementé. Sont-ils seulement gens à courte vue? Sont-ils plutôt vulgaires arrivistes désireux de gouverner à leur tour? Peu importe. Fussent-ils animés des meilleures intentions, il y a lieu de considérer les conséquences et répercussions du régime économique dont ils sont les champions. J’imagine donc que nous commettions la faute de décréter que le travail est obligatoire pour tous. C’est fait. Et après?

La première chose à faire, ce sera de dresser la liste des dérogations que comportera fatalement l’application de ce décret. Il faudra fixer l’âge auquel les adolescents seront dans l’obligation de travailler et l’âge auquel les personnes âgées cesseront d’être astreintes au travail.

Cette question d’âge soulève mille problèmes délicats touchant le sexe des personnes, le métier à exercer, l’apprentissage à faire, le stage à subir, que sais-je encore?

Il va de soi que les malades et les infirmes échapperont au travail obligatoire. Mais encore faudra-t-il soumettre à un examen médical les infirmités et les maladies en question.

Nous serons vraisemblablement entraînés à dresser la liste des travaux – les travaux d’art et d’inspiration par exemple – dont il est impossible de fixer la durée quotidienne.

Je vois d’ici, un règlement d’administration très précis, très minutieux, procédant d’une sorte de législation pointilleuse et subtile, source de discussions intarissables, de chicanes et de contestations sans fin.

Mais il ne suffira pas de rédiger le Code du travail ; il faudra veiller à ce que personne ne puisse se soustraire aux prescriptions de ce Code. Il faudra que les délinquants soient frappés ; il faudra donc, d’une part, préciser les sanctions dont ces délinquants seront passibles et, d’autre part, assurer l’application des peines prononcées.

Et nous voilà ramenés au rétablissement indispensable de tout ce fatras de législation, de tribunaux, de police et de répression que nous voulons abolir !

C’est le phénix qui renaîtra de ses cendres et quel phénix!

Il faudra entourer d’une surveillance étroite ces malfaiteurs, ces insoumis, ces déserteurs d’un nouveau genre : les paresseux ; il faudra veiller à ce qu’ils ne s’introduisent pas dans les domiciles à l’heure où les ateliers étant pleins, ceux-ci seront vides ; il faudra pourvoir tout le monde d’un carnet de travail, tenir une comptabilité régulière des heures réellement faites, ouvrir dans chaque atelier un registre de présence, proportionner la part de chacun dans la répartition des produits à l’exacte mesure du travail qu’il aura réellement effectué ; il faudra faire la chasse aux réfractaires, instruire et juger leur cas ; il faudra… mais, que ne faudra-t-il pas?

Il saute aux yeux que, pour remplir ces multiples fonctions de législateurs, de vérificateurs, d’enregistreurs, etc., il sera nécessaire de prélever une partie de la population appelée, par l’âge et la validité, à contribuer au travail productif. Affectée à ces fonctions spéciales, cette partie de la population sera dérobée à la production utile. Et le plus clair résultat de toutes ces mesures destinées à traquer les fainéants, ce sera d’ajouter à ceux-ci un nombre appréciable de fonctionnaires improductifs. Ce sera le triomphe du Gribouillisme.

d) CAPABLE DE S’ADAPTER. – L’adaptation domine toutes les théories évolutionnistes. Quand on songe à l’incalculable influence que le milieu exerce sur les êtres vivants qui lui sont soumis ; quand on observe la prodigieuse facilité avec laquelle ceux-ci s’adaptent aux conditions mêmes de ce milieu ; quand on constate que le milieu est comme un bain dans lequel trempe l’individu et par lequel il est peu à peu pénétré ; quand on sait, enfin, que la pression exercée par le milieu social sur l’individu équivaut à une saturation constante et quasi irrésistible (car ceux qui résistent à cette saturation sont des êtres exceptionnellement doués) on n’hésite pas à admettre que l’homme de demain, transporté dans un milieu libertaire, s’y adaptera aussi bien et même mieux, aussi vite et même plus promptement que l’homme d’aujourd’hui s’adapte au milieu actuel. Aussi bien, l’adaptation au milieu possède actuellement la valeur d’une thèse scientifique dont personne ne s’avise de nier l’exactitude.

Je résume cette longue réponse à la première objection : l’Anarchie ne présuppose pas, n’exige point un être inexistant ; cet être existe. Le milieu social que les Anarchistes veulent instaurer n’est pas opposé à la structure physique, intellectuelle et morale de l’homme ; il lui est, au contraire, strictement conforme puisqu’il répond scrupuleusement à ces quatre besoins qui caractérisent l’espèce humaine : la liberté, la sociabilité, l’activité, l’adaptation au milieu.

* * *

Seconde objection.

Celle-ci est empruntée à la marche des événements. Elle s’inspire du renforcement du principe d’Autorité dans divers pays et de la vague de Dictature qui, dans ces dernières années, a submergé, notamment en Italie, en Espagne et en Russie, les récentes conquêtes du principe de Liberté. Les tenants de l’Autorité, adversaires déterminés de l’Anarchie, tirent argument de ces faits contemporains pour ériger en certitude historique le développement progressif des forces autoritaires et l’affaiblissement graduel des aspirations libertaires. Ils disent : « Dans les plans et systèmes de transformation sociale, il n’y a de consistant que ce qui est conforme au développement historique des civilisations. Tous les grands bouleversements enregistrés par l’histoire ont été annoncés par des signes précurseurs d’un caractère si précis que l’observateur consciencieux, clairvoyant et impartial pouvait en prévoir l’avènement. Si le principe d’Autorité, qui jusqu’à notre époque a présidé à l’organisation des sociétés, humaines en était arrivé à l’heure où il doit être culbuté par le principe de Liberté et lui faire place, cet écroulement du monde autoritaire serait annoncé par des signes avant-coureurs certains. Le cours des événements ferait apparaître l’affaiblissement des Institutions Autoritaires au bénéfice des institutions s’inspirant de la Liberté. Or, il n’en est rien. Notablement affaiblie par les mouvements révolutionnaires qui ont marqué la marche ascendante des Régimes parlementaires à base démocratique, l’Autorité a récemment reconquis le terrain qu’elle avait perdu au cours des XVIIIe et XIXe siècles ; elle a retrouvé toute sa force ; dans de grands pays comme l’Espagne, l’Italie et la Russie, pour ne citer que ceux-là, elle est plus forte qu’elle ne le fut jamais et il est à prévoir que, déjà profondément travaillés par l’exemple de ces grandes nations et à la faveur du malaise et du déséquilibre consécutifs à la grande guerre, d’autres pays, et non des moindres, vont consolider leur appareil d’Autorité, fortifier l’armature de résistance de celle-ci et élever des digues de plus en plus hautes et résistantes destinées à contenir le flot de libertarisme qui les menace. Donc, l’évolution ne se produit pas dans un sens favorable mais contraire à l’avènement d’un monde libertaire. »

Cette objection ne peut pas être prise au sérieux ; elle repose sur des observations superficielles et prend pour une évolution historique régulière et à longue portée ce qui n’est qu’accidents et circonstances éphémères. La guerre maudite qui, durant plus de quatre années, a ensanglanté le globe, a produit un ébranlement fantastique ; elle a accumulé des ruines prodigieuses ; elle a tué des millions d’hommes en pleine force ; elle a détruit le labeur de plusieurs générations ; elle a formidablement et pour longtemps encore hypothéqué l’avenir ; elle a disloqué de vastes empires et remanié la carte du monde ; elle a amené l’écroulement de plusieurs monarchies et la naissance de plusieurs républiques ; elle a démesurément favorisé et enrichi certaines industries et elle en a ébranlé et appauvri d’autres ; elle a détraqué toutes les valeurs monétaires sur lesquelles reposent toutes les transactions ; elle a conduit au triomphe du régime bancaire, dont toutes les puissances de production, de transport et d’échange sont devenues outrageusement tributaires ; elle a placé les Etats eux-mêmes sous la dépendance étroite de la finance internationale ; elle a, pour tout dire, renversé la table des valeurs. Cette catastrophe sans précédent date d’hier ; l’humanité tout entière en est encore bouleversée et on prétendrait assimiler cinq ou dix ans d’un effondrement aussi indescriptible à une évolution reflétant fidèlement tout un processus historique? Ce serait prendre l’inondation pour le cours régulier d’un cours d’eau, l’ouragan pour le souffle accoutumé des vents, la tempête pour le régime ordinaire des océans. Emprisonner l’évolution dans quelques années et, pour dégager le sens évolutif de cette minute historlque, choisir les années les plus exceptionnellement troubles et l’époque des secousses les plus violentes, voilà à quels procédés inqualifiables nos adversaires ont recours pour formuler contre l’anarchie une objection qu’ils imaginent décisive!…

Tous ces régimes de dictature qu’on nous jette à la face comme des soufflets sont essentiellement transitoires. Les Dictateurs eux-mêmes le proclament :

« La Dictature ne saurait être considérée comme un régime de longue durée. Elle a été instaurée par suite de circonstances exceptionnelles et dans un but précis et limité. Elle s’est imposée par la nécessité de mettre fin au désordre et au déséquilibre créés par la guerre ; dès que l’ordre et l’équilibre seront rétablis, aussitôt que la situation sera redevenue normale, la Dictature cessera. » Tel est le langage de Mussolini, de Primo de Rivera, de Lénine et de ses successeurs. Tous confessent que la Dictature est un régime indésirable, qu’elle ne peut avoir, à notre époque, un caractère stable, qu’elle n’est, en réalité, qu’un pis-aller. En conséquence, l’objection qui se fonde sur l’instauration de ces quelques dictatures ne tient pas et cet événement ne peut être interprêté dans le sens d’un mouvement évolutif propice au principe d’autorité.

Mais je veux faire abstraction des considérations qui précèdent et supposer – hypothèse gratuite – que ces régimes de Dictature dont on invoque l’existence dans l’intention de justifier l’objection que je réfute, aient été non pas l’accident dû à des circonstances extraordinaires et imprévisibles mais l’aboutissant d’une évolution véritable. Serait-il judicieux d’en conclure que l’Humanité renonce à briser ses chaînes et s’apprête à les faire plus resserrées et plus lourdes? Serait-il même raisonnable de soutenir que la Dictature, prise dans le sens d’un accroissement de l’Autorité, est appelée à se stabiliser et à devenir le Régime vers lequel tendent les générations présentes et futures? Evidemment non et, durât-elle encore un demi-siècle – j’exagère à dessein – dans les pays où elle existe, cela, au point de vue qui nous occupe dans ce débat, ne signifierait rien.

Jamais, en France, la Monarchie ne parut plus fortement, plus solidement assise qu’au temps où Louis XIV, ayant centralisé tous les pouvoirs, grâce à l’œuvre de Richelieu et de Mazarin, pouvait dire : « L’Etat c’est moi ! » Cependant, un siècle après – et que sont cent ans dans l’histoire? – l’héritier et le successeur du Roi-Soleil portait sa tête sur l’échafaud. Il y a dix ans à peine, l’Empereur d’Allemagne, Guillaume II et le Tzar de Russie, Nicolas II jouissaient d’un prestige et disposaient d’une puissance qu’on pouvait croire invulnérable ou, pour le moins, à l’abri pour longtemps des attaques dirigées contre elle. Quelques années après, ces deux formidables Empires s’écroulaient.

La vérité est que le monde capitaliste est effrayé du développement que prennent chaque jour les idées d’affranchissement par la Révolution et de la sympathie et de l’enthousiasme avec lesquels ces idées sont accueillies par les victimes de l’ordre social. Ces progrès indéniables des Idées que, tenant compte du visage qu’elles ont ou qu’elles se donnent, j’appellerai « d’avant-garde » angoissent à tel point la classe bourgeoise que celle-ci, pour être protégée, défendue et même simplement rassurée, est prête à se jeter dans les bras de n’importe quel aventurier qui se posera en sauveur, en défenseur de l’Autorité chancelante, en restaurateur de l’Ordre ébranlé. Il se peut que les partisans d’un Gouvernement absolu et d’un Régime de fer l’emportent momentanément, et par surprise : ce sera un triomphe sans lendemain. Car le régime capitaliste a atteint son apogée. Comme ceux qui l’ont précédé et dont il n’est que la continuation, il a traversé les deux premières des trois phases que traverse toute période historique : naissance, développement, disparition. Il a atteint le point culminant de son développement. Il en est au déclin qui précède et annonce la disparition.

Qui prête une oreille attentive aux Craquements sinistres de l’édifice social peut hardiment en prédire le prochain écroulement. La crise que subit le monde actuel, crise aussi étendue que profonde, est d’une gravité qui ne trompe les gens avisés d’aucun parti, d’aucune classe, d’aucun continent. A l’Orient et à l’Occident, au Nord et au Midi, le malaise s’accroît, le mécontentement augmente, l’anxiété grandit. Les vieilles puissances européennes qui, par leur agencement économique et militaire, ont conquis dans les autres parties du monde un empire colonial immense, assistent, angoissées, au soulèvement des populations qu’elles croyaient avoir à jamais colonisées, c’est-à-dire asservies. L’heure approche où ces populations résolues à prendre en mains la direction de leurs propres destinées, arracheront aux conquérants les territoires qu’elles occupent et proclameront leur indépendance.

Les vieilles croyances, répandues par les imposteurs de toutes les religions voient leur prestige constamment diminuer et, longtemps prisonnière de l’ignorance, de la superstition et de la peur, la conscience humaine se soustrait graduellemnt à la captivité dont elle a eu tant à souffrir. L’impuissance des partis politiques s’avère jusqu’à l’évidence ; la pourriture des Etats crève les yeux ; le monde du Travail prend conscience de l’iniquité intolérable d’une organisation sociale dans laquelle, bien que produisant tout, il ne possède rien. De la chaumière des paysans et du taudis des ouvriers écrasés par des charges fiscales sans cesse accrues, s’élève une protestation timide aujourd’hui mais demain furieuse. Partout, partout, l’Esprit de Révolte se substitue à l’Esprit de Soumission : le souffle vivifiant et pur de la Liberté s’est levé ; il est en marche ; rien ne l’arrêtera ; l’heure approche où, violent, impétueux, terrible, il soufflera en ouragan et emportera, comme fétus de paille, toutes les Institutions Autoritaires.

C’est dans ce sens que se fait l’Evolution. C’est vers l’Anarchie qu’elle guide l’Humanité.

Sébastien FAURE

ANARCHIE, ANARCHISME, INDIVIDUALISME ANARCHISTE

On appelle anarchie, on le sait, une conception de la vie individuelle ou collective où ne trouve point place l’existence de l’Etat, du gouvernement, de l’autorité, en un mot. Les individualistes anarchistes sont des anarchistes qui considèrent au point de vue individuel la conception anarchiste de la vie, c’est-à-dire basent toute réalisation de l’anarchisme sur « le fait individuel », l’unité humaine anarchiste étant considérée comme la cellule, le point de départ, le noyau de tout groupement, milieu, association anarchiste.

Il y a différentes conceptions de l’individualisme anarchiste, mais il n’en est aucune qui s’oppose, comme on se l’imagine parfois faussement, à la notion d’associationnisme, comme nous le verrons plus loin. Toutes sont d’accord, non pour dresser l’individu contre l’association – ce qui serait un non-sens, puisque ce serait limiter la puissance et les facultés de l’individu – mais pour nier et rejeter l’autorité, lutter contre l’exercice de l’autorité, résister à toute espèce d’autorité.

Il est nécessaire de définir clairement ce qu’il faut entendre par exercice de l’autorité, qui est la forme concrète de l’autorité, l’aspect sous lequel l’autorité se manifeste à chacun de nous, pris isolément ou comme associés.

II y a « exercice de l’autorité », emploi de l’autorité, lorsqu’une individualité, un groupe d’humains, un Etat, un gouvernement, une administration quelconque (ou leurs représentants) se servent de la puissance qu’ils détiennent pour contraindre une unité ou une collectivité humaine à accomplir certains actes ou gestes qui lui déplaisent ou sont contraires à ses opinions, ou encore qu’elle accomplirait autrement si elle possédait la faculté de se comporter à sa guise.

Il y a exercice, emploi de l’autorité lorsqu’une individualité, un groupe d’humains, un Etat, un gouvernement, une administration quelconque (ou leurs représentants) utilisent la puissance qu’ils détiennent pour interdire à une unité ou à une collectivité humaine de se comporter à sa guise, lui inflige certaines restrictions, lui oppose certaines entraves, lors même que cette unité ou cette collectivité agit à ses risques et périls, sans imposer ses vues à qui que ce soit – individu ou association – évoluant ou fonctionnant en dehors d’elle.

Une fois leur situation à l’égard de l’autorité bien définie, les individualistes anarchistes entendent résoudre toutes les questions pratiques que suscite la vie en ce sens que quelle que soit la solution adoptée, l’unité humaine ne se trouve jamais obligatoirement et à son insu dépossédée et sacrifiée au profit de l’ensemble social. L’individualisme anarchiste n’est en aucune façon synonyme d’isolement, les individualistes anarchistes ne veulent pas plus de l’isolement que de l’association obligatoire, tout simplement.

Les individualistes anarchistes ne se sentiraient à l’aise pour évoluer que dans un milieu ou une humanité qui considérerait l’autonomie, l’intégrité, l’inviolabilité de la personne humaine – de l’unité sociale, de l’individu, homme ou femme – comme la base, la raison d’être et la fin des rapports entre les terriens, où qu’ils habitent et quelle que soit leur race.

Les individualistes revendiquent pour l’individu – ­ homme ou femme – dès qu’il est en âge de se déterminer soi-même et cela sans restriction ou entrave aucune : pleine et entière faculté de se conduire pour et par soi-même – c’est-à-dire d’exister, de se développer, d’expérimenter à sa guise – selon que l’y poussent ou l’y amènent son tempérament, ses réflexions, ses aspirations, sa volonté, son déterminisme personnel ; sans être comptable qu’à soi-même de ses faits et gestes ; de même pleine et entière faculté d’expression, de profession, de diffusion, de publication de la pensée et de l’opinion – par l’écrit ou par la parole – en public ou en privé. Pleine et entière faculté d’essai, de réalisation, d’application, dans tous les domaines, des méthodes, systèmes, modes de vie individuelle ou collective, etc., etc., auxquels peut donner lieu la matérialisation de la pensée, la concrétion de l’opinion.

Tout cela bien entendu à charge de réciprocité à l’égard d’autrui, isolé et associé. C’est ce que les individualistes anarchistes désignent par l’expression d’égale liberté.

Donc, si les individualistes anarchistes revendiquent la pleine et entière faculté pour toute unité humaine de vivre en isolé, en marge, à l’écart de tout groupement, association, milieu – ils revendiquent non moins énergiquement la faculté d’association volontaire dans tous les domaines où peut s’exercer ou rayonner l’activité humaine, quelles que soient les expériences à poursuivre, les fins à atteindre ; la pleine et entière faculté de fédération pour les individualités isolées, les ententes à effectif restreint ou les associations, quelles que soient leur importance.

Les individualistes anarchistes revendiquent pleine et entière faculté d’épouser toute solidarité, de passer tout contrat dans n’importe quelle branche de l’activité humaine, dans n’importe quel but et pour n’importe quelle durée.

On aperçoit immédiatement l’abîme qui sépare la société archiste – gouvernementale, étatiste, autoritaire – de la société, de l’association anarchiste, anti­ autoritaire. La société archiste vous englobe de force en son sein, vous oblige à subir des lois, des coutumes, des habitudes, des traditions qu’elle ne vous permet pas de discuter ou de rejeter. Le contrat, les statuts, les directives de l’association individualiste anarchiste sont volontaires, on reste libre de s’y joindre ou de ne point en faire partie ; il est évident qu’en restant isolé, on ne participe pas aux produits ou aux bénéfices de l’association ; mais dans tous les temps et dans tous les lieux, aucune autorité, aucun gouvernement, aucun Etat anarchiste n’existe qui contraigne qui que ce soit à être membre d’une association quelconque.

Les individualistes anarchistes passent pour ne pas être révolutionnaires. Il faut s’entendre : pour que l’individualisme anarchiste se réalise, il est indispensable que la mentalité générale ou les mœurs soient à un niveau tel qu’elles impliquent ou garantissent l’impuissance ou l’impossibilité pour toute individualité, milieu, administration, gouvernement, Etat quelconque – et cela sans réserves ni artifice – de s’immiscer, s’ingérer, intervenir dans, empiéter sur : la vie ou les rapports des unités humaines entre elles – le but, l’existence, l’évolution ou le fonctionnement des groupements, associations d’individualités, fédérations de groupements, d’associations. La réalisation des revendications anarchistes est donc fonction de la transformation, de l’évolution du milieu humain en général, dans un sens anarchiste. C’est pourquoi la propagande individualiste anarchiste est plutôt éducatine, qu’elle en appelle surtout à l’exemple, qu’elle vise d’abord à faire de ceux qu’elle atteint et retient des révolutionnés, des réalisateurs isolés et associés des thèses individualistes anarchistes. Ils sont d’avis que c’est par l’unité anarchiste qu’il faut commencer pour aboutir à déterminer le milieu. C’est l’unité anarchiste qui est appelée à jouer, selon eux, le rôle de ferment, de déterminant du milieu.

Les individualistes anarchistes préconisent en général une forme d’agitation qui cadre avec tout ce que nous venons d’exposer et qui fait davantage appel à la réflexion individuelle qu’à l’entraînement irraisonné, à la conviction profonde plutôt qu’à la brutalité. Sont essentiellement individualistes anarchistes les actes de révolte suivants : grève des fonctions attribuées par la loi aux citoyens ; refus de participation à tout service public ; non-paiement de l’impôt ; refus de porter les armes ou de service militaire ; abstention des actes d’état-civil ; non-envoi d’enfants aux écoles dépendantes de l’Etat ou de l’Eglise ; abstention de tout travail relatif à la fabrication d’engins de guerre ou d’objets des cultes officiels, à la construction de banques, d’églises, de casernes, de prisons, etc., etc .. « On peut se représenter toute l’importance qu’ont pour la propagande quelques-uns de ces faits, surtout si en même temps, en dehors des murs de la prison (sort qui ne peut manquer d’être celui de ces résistants) il y a une armée d’agitateurs bien organisés. » (Tucker.) C’est ce qu’on appelle la résistance passive. Mais les Individualistes anarchistes sont partisans de la légitime défense et ils ne font pas de la résistance passive un dogme intangible. On ne saurait, pour eux, prescrire l’usage de la violence sans discernement, comme panacée ou comme remède, sans une absolue nécessité. Les plus pacifistes des individualistes anarchistes ont reconnu d’ailleurs que « si l’effusion de sang pouvait seule garantir la liberté d’agitation il fallait l’employer. » (Tucker.)

En résumé, pour les individualistes anarchistes, l’emploi de la violence révolutionnaire est affaire de tactique et non de doctrine. Ils sont d’avis que ce sont l’éducation et l’exemple qui mèneront plus efficacement l’humanité vers la libération que la violence révolutionnaire.

Il est courant d’attribuer aux individualistes anarchistes un soi-disant respect de la propriété individuelle. A la vérité, les individualistes anarchistes revendiquent la liberté de disposition du produit, obtenu par le travail personnel du producteur, produit qui peut être un morceau de fer comme un morceau de terrain – produit qui n’est en aucun cas le résultat de l’exploitation d’autrui, le résultat du parasitisme ou du monopole. La pleine et entière disposition du produit ou du travail (c’est-à-dire la pleine et entière faculté de troquer ledit produit, de l’échanger, de l’aliéner à titre gratuit et onéreux, de le léguer même) ne va pas sans la pleine et entière faculté de possession du moyen de production qu’on fait valoir personnellement ou en association. Il est compréhensible qu’il existe certaines productions qui ne se peuvent obtenir sans une association fortement organisée. L’essentiel est que grâce à sa possession personnelle de l’outil ou engin ou procédé de production, l’unité productrice, en cas de résiliation du contrat d’association, ne se trouve jamais démunie, livrée à l’arbitraire ou obligée de subir les conditions d’un milieu social quelconque, dont il lui répugnerait de faire partie par exemple.

Les moyens ou les méthodes de réalisation de ces revendications diffèrent selon les écoles ou les tendances. Certains individualistes défendent l’idée de la monnaie libre, c’est-à-dire d’une valeur d’échange émise par le producteur ou l’association de producteurs, ayant cours parmi ceux-là seulement qui l’adoptent comme moyen de transactions. D’autres individualistes ne veulent à aucun prix entendre parler d’une valeur d’échange. On peut être individualiste anarchiste et se rallier, dans l’association dont on fait partie, au communisme libertaire. Dès lors qu’une association se recrute volontairement et fonctionne sans avoir aucune intention d’imposer son fontionnement ou son organisation aux autres associations ou aux individualités isolées, elle peut être considérée comme un aspect de l’individualisme anarchiste. N’est pas individualiste anarchiste toute unité ou association qui veut imposer à un individu ou à une collectivité humaine une conception unilatérale de la vie, économique, intellectuelle, éthique ou autre ; voilà la pierre de touche de l’individualisme anarchiste.

En résumé l’individualisme anarchiste présente :

a) Un idéal humain : l’anarchiste, l’unité humaine niant l’autorité et son corollaire économique : l’exploitation ; l’être dont la vie consiste actuellement en une réaction continuelle contre un milieu qui ne peut, qui ne veut ni le comprendre ni l’approuver, puisque les constituants de ce milieu sont les esclaves de l’ignorance, de l’apathie, des tares ancestrales, du respect des choses établies.

b) Un idéal moral : l’individu conscient, en voie d’émancipation, tendant vers la réalisation d’un type nouveau : l’homme sans dieux ni maîtres, sans foi ni loi, qui ne ressent aucun besoin de réglementation ou contrainte extérieure parce qu’il possède assez de puissance de volition pour déterminer ses besoins personnels, user de ses passions pour se développer plus amplement, multiplier les expériences de sa vie et garder son équilibre individuel.

c) Un idéal social : le milieu anarchiste, une société où les hommes – isolés ou associés – détermineraient leur vie individuelle, sous ses aspects intellectuel, éthique, économique, par une entente librement consen­ tie et appliquée, basée sur « la réciprocité », tenant compte de la liberté de tous sans entraver la liberté d’aucun.

C’est ce que par le libre jeu de la camaraderie, sans attendre « l’humanité nouvelle », les individualistes, dès aujourd’hui, veulent réaliser parmi eux.

E. ARMAND

Bibliographie. – On trouvera à se documenter sur les divers aspects de l’Individualisme anarchiste dans les ouvrages suivants : E. ARMAND : Qu’est-ce qu’un anarchiste?, l’Initiation individualiste anarchiste ; BASCH (Victor) : L’Individualisme anarchiste ; DEVALDÈS (Manuel) : Réflexions sur l’individualisme ; ELZBACHER (Paul) : l’Anarchisme (spécialement les parties consacrées à Proudhon, Stirner, Tucker) ; HAN RYNER : Petit manuel individualiste ; LORULOT (André) : Les théories anarchistes ; LIBERTAD (André) : articles parus dans le journal l’anarchie ; MACKAY (John-Henry) : Anarchistes ; DER FREIHEITSUCHER (Le chercheur de liberté, non traduit en français, des extraits ont paru dans l’en dehors) ; PROUDHON : Œuvres, entre autres : Qu’est-ce que la propriété? Du principe fédératif, etc. ; SPENCER (Herbert) : L’individu contre l’Etat, le droit d’ignorer l’Etat ; STIRNER (Max) : L’unique et sa propriété ; TUCKER (Benjamin R.) : Instead of a book, by a man too busy to write one ; State Socialism and Anarchism (Au lieu d’un livre, par un homme trop affairé pour en écrire un ; des extraits ont paru dans l’Ere Nou­ velle, éditée par E.Armand, qui a publié aussi une brochure de Tucker : Ce que sont les anarchistes individualistes. Socialisme d’Etat st anarchisme comparés, qui a paru dans l’Ere Nouvelle, sera édité prochainement en brochure.)

 

Pour ceux qui « rêvent » toujours au sujet de la révolution française : 6 paragraphes sur ce qu’elle fut et quel est son héritage d’imposture (tract Guerre de Classe 1989)

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Héritage 1789 : la dictature marchande

 

« L’avènement de la I ère république c’est la loi le Chapelier qui a livré avec frénésie les prolétaires à la domination du marché. C’est le pillage des terrains communaux conquis pour l’agriculture capitaliste. C’est le guillotinage des sans-culottes radicaux par la flicaille de la bourgeoisie. C’est la transformation en chair à canon de millions pour la boucherie patriotique. C’est la livraison préparée à l’industrie des villes d’armées entières d’expropriés des campagnes.. »

 

Résistance 71

 

24 janvier 2020

 

Le collectif Guerre de Classe ressort sous format pdf ses tracts distribués dans les années 80. Ci-dessous nous diffusons celui qui fut distribué à l’époque du bicentenaire de la révolution de 1789.

Petit condensé historique pertinent et percutant en 6 paragraphes sur ce que fut la révolution (bourgeoise) de 1789 et ce que fut et est toujours son pathétique héritage républicain, qui n’est en fait qu’un héritage d’imposture et de cadenassage de la soumission au profit du plus petit nombre.

Sous le tract de GDC, nous mettons en lecture complémentaire quelques écrits d’époque tous aussi pertinents, issus de véritables « amis du peuple ». Pour que cesse l’imposture démocratique républicaine, pour l’établissement de la Commune des communes au sein d’une société des sociétés au pouvoir réintégré dans le corps social, sans état, sans argent et sans rapport marchand, ces trois piliers de la dictature et de l’oppression du plus petit nombre sur le plus grand nombre.
Tout ceci est vital à comprendre à l’heure où se dresse devant le(s) peuple(s) des enjeux politiques et sociaux des plus considérables.

1789 – 1989 :

GDC_deux_cent_ans_dexploitation_capitaliste_de_mystification_democratique (pdf)

Lectures complémentaires des « amis du peuple »:

jpmarat_transcription.685numeros_de_l’ami_du Peuple

JP-Marat_Les_chaines_de_lesclavage_Ed_Fr_1792

Les_amis_du_peuple_révolution_française

 

 

 

 

Gilets Jaunes, grévistes et peuple en lutte… Réfléchissons sur l’ordre et le désordre et agissons en conséquence !

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le penseur… Gaulois réfractaire

 

 

État, anarchie, ordre et désordre

 

Pierre Kropotkine

 

Source: Encyclopédie Anarchiste (1934)

 

De quel ordre s’agit-il ? Est-ce de l’harmonie que nous rêvons, nous, les anarchistes? De l’harmonie qui s’établira librement dans les relations humaines, lorsque l’humanité cessera d’être divisée en deux classes, dont l’une est sacrifiée au profit de l’autre? De l’harmonie qui surgira spontanément de la solidarité des intérêts, lorsque tous les hommes formeront une seule et même famille, lorsque chacun travaillera pour le bien-être de tous et tous pour le bien-être de chacun? Evidemment, non! Ceux qui reprochent à l’Anarchie d’être la négation de l’Ordre, ne parlent pas de cette harmonie de l’avenir ; ils parlent de l’ordre tel qu’on le conçoit dans notre société actuelle. Voyons donc ce qu’est cet « Ordre » que l’Anarchie veut détruire.

L’Ordre, aujourd’hui, ce qu’ils entendent par « l’Ordre », c’est les neuf dixièmes de l’humanité travaillant pour procurer le luxe, les jouissances, la satisfaction des passions les plus exécrables à une poignée de fainéants. L’Ordre, c’est la privation, pour ces neuf dixièmes, de tout ce qui est la condition nécessaire d’une vie hygiénique, d’un développement rationnel des qualités intellectuelles. Réduire les neuf dixièmes de l’humanité à l’état de bêtes de somme vivant au jour le jour, sans jamais oser penser aux jouissances procurées à l’homme par l’étude des sciences, par la création artistique, voilà « l’Ordre! ».

« L’Ordre » c’est la misère, la famine devenue l’état normal de la société. C’est le paysan irlandais mourant de faim ; c’est le peuple d’Italie réduit à abandonner sa campagne luxuriante, pour rôder à travers l’Europe en cherchant un tunnel quelconque à creuser, où il risquera de se faire écraser, après avoir subsisté quelques mois de plus. C’est la terre enlevée au paysan pour l’élève du bétail ou du gibier qui servira à nourrir les riches, c’est la terre laissée en friche plutôt que d’être restituée à celui qui ne demande pas mieux que de la cultiver.

L’Ordre, c’est la femme qui se vend pour nourrir ses enfants ; c’est l’enfant réduit à être enfermé dans une fabrique ou à mourir d’inanition. C’est le fantôme de l’ouvrier insurgé aux portes du riche, le fantôme du peuple insurgé aux portes des gouvernants.

L’Ordre, c’est une minorité infime élevée dans les chaires gouvernementales, qui s’impose pour cette raison à la majorité et qui dresse ses enfants pour occuper plus tard les mêmes fonctions, afin de maintenir les mêmes privilèges par la ruse, la corruption, la force, le massacre.

L’Ordre, c’est la Guerre continuelle d’homme à homme, de métier à métier, de classe à classe, de nation à nation. C’est le canon qui ne cesse de gronder, c’est la dévastation des campagnes, le sacrifice des générations entières sur les champs de bataille, la destruction en une année des richesses accumulées par des siècles de dur labeur.

L’Ordre, c’est la servitude, l’enchaînement de la Pensée, l’avilissement de la race humaine, main­ tenue par le fer et par le fouet. C’est la mort soudaine par le grisou, la mort lente par l’enfouissement de milliers de mineurs déchirés ou enterrés chaque année par la cupidité des patrons et pourchassés à la baïonnette, dès qu’ils osent se plaindre. Voilà « l’Ordre! » 

Et le désordre, ce qu’ils appellent le désordre : C’est le soulèvement du peuple contre cet ordre ignoble, brisant ses fers, détruisant ses entraves et marchant vers un avenir meilleur. C’est ce que l’humanité a de plus glorieux dans son histoire : c’est la révolte de la pensée à la veille des révolutions ; c’est le renversement des hypothèses sanctionnées par l’immobilité des siècles précédents ; c’est l’éclosion de tout un flot d’idées nouvelles, d’inventions audacieuses, c’est la solution des problèmes de la science.

Le désordre, c’est l’abolition de l’esclavage antique, c’est l’insurrection des communes, l’abolition du servage féodal, les tentatives d’abolition du servage économique.

Le désordre, c’est l’insurrection des paysans soulevés contre les prêtres et les seigneurs, brûlant les  châteaux pour faire place aux chaumières, sortant de leurs tanières pour prendre leur place au soleil.

Le désordre – ce qu’ils nomment le désordre – ce sont les époques pendant lesquelles des générations entières supportent une lutte incessante et se sacrifient pour préparer à l’humanité une meilleure existence, en la débarrassant des servitudes du passé. Ce sont les époques pendant lesquelles le génie populaire prend son libre essor et fait, en quelques années, des pas gigantesques, sans lesquels l’homme serait resté à l’état d’esclave antique, d’être rampant, de brute avilie dans la misère.

Le désordre, c’est l’éclosion des plus belles passions et des plus grands dévouements, c’est l’épopée du suprême amour de l’humanité! 

= = =

Pierre Kropotkine sur Résistance 71

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Veuillez laissez l’État dans les WC…
où vous l’avez trouvé en entrant !

 


Gilets Jaunes… par Cernunnos !…

Gilets Jaunes résistance politique: Compte-rendu de la manif / action sur Rouen du 21 décembre 2019

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Tout le pouvoir aux Ronds-Points !

 

CR manif GJ Rouen

 

GJ du Rond-Point des Vaches

 

22 décembre 2019

 

Bonjour,

Belle manif en ce samedi 21 décembre. Départ place du Général De Gaulle alias place des Gilets Jaunes… allons place St Marc puis général Leclerc, désir commun de tourner et de remonter la rue Jeanne d’Arc, l’artère principale du centre… à la hauteur de la rue du Gros Horloge… là… un peloton de mobiles… face à face… nous bravons en scandant  : « laissez nous passer »… et autres désirs de continuer la manif… avance des gens d’armes… résistance, refus de partir… on reste en nombre, gens du commun parmi eux beaucoup de G.J. et de syndiqués… grande mobilisation de gens d’armes, policiers et baqueux… gazeuses poivrées et avancée des F.O… résistaaaaance.. une copine tombe, malaise, une autre a une crise de tétanies… un copain arrêté ( ils l’ont relâché peu après paraît-il ) … un lent repli s’opère…

Je relève dans un compte redu de « Rouen dans la rue » à propos de la manif de mardi cette navrante inversion quand ils écrivent : » Déception immense ( ils parlent du fait de ne pas être montés à la gare où il n’y a d’ailleurs personne mais symbole quand tu nous tiens )  donc pour ceux qui mettent leur corps en jeu pour amorcer la conflictualité nécessaire à cette lutte ».

Première remarque : un vrai terme macronien çà « conflictualité », on veut se la jouer  communiquant !  un face à face, voire un affrontement peuvent se révéler judicieux et ils sont l’oeuvre de la manif elle-même, pas forcément l’ oeuvre de quelques-uns qui s’autooctroient la marche à suivre…. il n’y a aucune  » déception immense » ( on est toujours au théââtre là! ) , vous tentez et çà marche pas alors basta ! Nous avons été quelques g.j pendant plusieurs manifs à orienter, par un bavardage assidu et spontané, l’orientation improvisée des parcours et cà marchait bien… on était pas toujours d’accord sur la gauche ou la droite mais le désir était partagé…et aujourd’hui il le fut de nouveau et pas seulement avec des G.J !

Ils écrivent plus loin : » la force de ce mouvement réside peut-être dans les actions de blocage, dans la nuisance réelle des grèves des secteurs clés et dans les rencontres entre ceux qui décident d’agir ensemble ». tiens donc la conflictualité est nécessaire mais l’agir ensemble dans les blocages, voire pour certains dans les grèves, çà c’est peut-être!!!!!! la force de ce mouvement ! La force de ce mouvement réside nécessairement dans les rencontres possibles entre gens du commun, c’est l’événement social même !

Vous essayez de plaquer votre idée de la manif, de ce qu’elle doit être sans la ressentir, sans la vivre, sans prendre le temps des rencontres possibles ! « Nécessaire »! « Nécessaire » est-ce que nous G.J. on a des gueules de nécessaire ?

Et pour finir une info de la legal team de Paris

https://www.gj-magazine.com/gj/interdit-de-manifester-pendant-6-mois-et-sans-proces-le-dernier-coup-tordu-contre-les-gilets-jaunes/

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Au-delà de la grève générale… vers la société des sociétés, à bas l’État, la marchandise et le salariat !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 19 décembre 2019 by Résistance 71


… Expropriatrice !

 

Allons au-delà de la grève générale*

 

Paris-Luttes Infos

 

18 décembre 2019

 

url de l’article:

https://paris-luttes.info/allons-au-dela-de-la-greve-13121?lang=fr

 

(*) Note de R71: Au-delà de la grève générale, c’est non seulement la grève générale illimitée et expropriatrice, mais c’est surtout emprunter la seule voie possible vers la société des sociétés et des communes libres confédérées: A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent et à bas le salariat !… Qu’on se le dise !..

 

Nous y sommes : nous avons passé le 5 et le 17 décembre 2019, nous avons débuté des blocages dans tout le pays ! Première victoire. Néanmoins, nous n’avons pas encore les conditions d’une victoire totale. Certes, le gouvernement pourrait reculer sur la réforme des retraites… Mais que gagnerions-nous ?

Au mieux, un système de retraite par répartition qui contrebalance des cadences de travail effrénées. Aucun changement pour la Santé en grève depuis des mois ; aucun changement pour les précaires intérimaires pour qui « grève » rime avec « perdre son boulot de deux mois et le chômage des deux mois suivants ». 

Et que dire de ces cortèges syndicaux où l’on se met bien en rang derrière les lignes de policiers, que dire de ces AG dont la lourdeur bureaucratique plombe nos journées ?

Nous souhaitons ici critiquer pour aller plus loin que nos routines et nos prêts-à-penser, pour nos camarades, nos ami·e·s, nos copain·ine·s, et donner envie de s’organiser dans la grève et en dehors.

Au-delà de la retraite : un Pacte des grévistes

La mobilisation actuelle ne porte qu’une seule revendication : le retrait de la réforme sur les retraites. Ou, au mieux, la retraite à 60 ans à taux plein. Nous acceptons un terrible compromis avec le capitalisme : « Tuez-vous à la tâche et l’on vous libèrera plus tard, si vous survivez jusque-là ! »

Bon nombre de précaires ne songent ni à la retraite ni à la défendre : car comment songer à la vie après 60 ans, quand le quotidien est déjà une bataille ? 

Comment songer à une retraite quand la France refuse de te régulariser ? 

Et est-ce qu’une victoire sur la réforme des retraites augmentera le nombre de lits dans les hôpitaux publics par exemple ?

Devons-nous rappeler les revendications des secteurs en lutte dans ce mouvement ? 

L’éducation et la réforme du bac, la grève depuis des mois dans les urgences et chez les pompiers, le droit de retrait des cheminots pour s’opposer à la suppression des agents d’escales, et la liste est encore longue : tous ces secteurs étaient mobilisés bien avant la lutte contre la réforme des retraites et nous l’avons comme oublié. Aujourd’hui, nos camarades de la Santé ne souhaitent pas s’inscrire dans une convergence des luttes, pour que leurs revendications ne se dissolvent pas dans la revendication unique. 

Nous devons faire ce constat : oui, les revendications issues de nos combats disparaissent au détriment d’une pseudo-convergence des luttes. Et tant que cette situation perdurera, tous et toutes, nous perdrons tout.

N’avons-nous rien appris de Nuit debout et des Gilets jaunes ? 

Ces deux mouvements ont produit de multiples tribunes, des pots communs de revendications dans lesquels chacun·e pouvait piocher. 

Pas de représentants et rien à négocier : à nos ennemis de nous convaincre d’arrêter de lutter !

Parce que le mouvement actuel s’inscrit dans une grève générale de plusieurs secteurs déjà en lutte, nous souhaiterions la création d’un Pacte entre grévistes. Nous proposons :

  • Qu’un pot commun de revendications soit créé.
  • Que chaque nouveau collectif de grévistes rajoute ses revendications spécifiques à ce pot commun.
  • Que la grève se perpétue jusqu’à ce que toutes les revendications de ce pot commun soient acceptées.
  • Que nous n’ayons rien à négocier : car c’est aux patrons et à leur gouvernement de se plier à nos exigences.

Par ce pacte, chaque secteur en lutte pourrait compter sur les autres pour porter ses revendications. Les salarié·e·s d’entreprises privées, d’associations pourraient rentrer dans la bataille en se sachant soutenu·e·s par de plus gros secteurs. Nous sortirions de l’unique revendication sur les retraites et attirerions de nouvelles personnes dans la grève. Et en gagnant, nous gagnerions tout, sur tous les fronts, au même moment.

Au-delà des syndicats, de leurs cortèges et de leurs AG

Aujourd’hui, comme si le mouvement contre la loi Travail et les Gilets jaunes n’avaient jamais eu lieu, nous déléguons aux intersyndicales la responsabilité de déposer un trajet de manifestation et de l’amender selon le bon vouloir de la préfecture. Et nous allons gaiement dans ces cortèges sans proposer grand-chose d’ailleurs.

Ce problème est criant à Paris : la grève des transports et le « culte du chiffre » de manifestant·e·s, que les centrales syndicales portent, nous obligent quand on est en région parisienne, à monter sur Paris, en bus à pied à vélo, et à s’épuiser sans construire localement.

Plusieurs appels proposaient de manifester dans nos villes et villages, à ne pas rejoindre un seul grand cortège, mais à déambuler avec plusieurs cortèges pour multiplier l’impact économique et être vu·e·s de partout…

Devons-nous rappeler l’inutilité d’être un million sur un boulevard bordé de flics ?

Giletjaunons la grève ! La spontanéité est ce qui nous manque le plus

Des assemblées générales de grévistes se sont mises en place par secteur de travail ou interprofessionnel, par lieux de travail ou par zone géographique. Ces AG ont permis au 5 décembre de naître et à la grève de durer.

Mais pour légitimer ses actions, tout doit y être voté, parfois à l’extrême : 

« Est-ce que l’AG autorise telle action qui ne se fera peut-être pas ?
Est-ce que l’AG autorise tel·le·s personnes à être dans telle ou telle AG lointaine
 ?
Et moi, qu’est ce que j’y fais, oh pauvre humain corruptible
 ? » 

L’on délègue sa responsabilité à une haute instance, l’Assemblée locale souveraine, Petit Dieu de la Révolution, Porteuse de la vérité collective et Dé-faiseur de rois.

Non : l’organisation collective doit se fonder sur des petits groupes porteurs d’actions et de revendications. Ni déesses ni maîtresses de nos destins collectifs, les assemblées doivent être de simples caisses de résonance de toutes les mouvances qui la composent, avec leurs contradictions : nous ne devons pas chercher de consensus. Et entre nous, disons : « Qui aime nous suive ! » plutôt que : «  Qui est pour, qui est contre, adjugé vendu ! » 

Enfin localement, les unions locales syndicales doivent laisser de la place aux autres groupes affinitaires, jusque dans l’organisation matérielle et financière des bourses du travail (plan d’impressions, financement des tracts, etc.).

En résumé sur ce point :

  • Des millions de cortèges partout ! Pas des millions de moutons quelque part !
  • Nous sommes ensemble… en n’étant pas d’accord entre nous, et en le disant bien fort !

Notre horizon : nous organiser partout par nous-mêmes, pour nous-mêmes

La grève générale n’est pas une modalité d’action anodine : elle n’a pas pour finalité la victoire dans un secteur précis ni sur une loi précise. Arrêter le travail toutes et tous ensemble au même moment abolit nos habitudes, nos règles, nos lois et nous oblige à reconstruire autre chose.

Mais que voulons-nous construire ?

N’oublions pas que le blocage des raffineries n’aura d’impact que dans deux mois, quand les stocks de pétrole en réserve seront vides. Il nous faudrait tenir jusque-là, et alors que ferions-nous ?

Macron et son gouvernement pourraient ne rien lâcher, et dans ce cas notre seule victoire possible ce serait de profiter de la grève pour tout changer, sans leur avis.

Si nous revenons au travail, ça sera pour le transformer.
Sortons des rapports marchands et mettons en place de la gratuité dans un maximum de secteurs.

Note

Autogestion partout !

Note de R71: Autogestion oui, mais pas pour gérer la merdasse du capital et de l’État . Vive les Communes Libres !

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

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Tout le pouvoir aux Ronds-Points !…

Gilets Jaunes et lutte sociale syndicale… Une lecture de la situation

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Les syndicats face aux Gilets Jaunes

 

Louis Alexandre

 

Janvier 2019

 

Source: https://rebellion-sre.fr/les-syndicats-face-aux-gilets-jaunes/

 

Depuis les années 1990, nous vivons une transformation sociale sans précédente. Le glissement progressif vers le modèle libéral mondialisé a transformé les structures de l’économie et les équilibres sociaux. Cela a eu une répercutions directe sur l’environnement syndical ; la baisse régulière des effectifs des grandes centrales et de la participation aux élections professionnelles donne une idée du naufrage. Avec un des taux de syndicalisation les plus bas d’Europe (à peine 11% des employés sont syndiqués selon les sources officielles), les syndicats ne représentent plus une large majorité de travailleurs précaires et en voie « d’uberisation ». A peine 1% des intérimaires et 2% des CDD sont syndiqués, alors que 20 % des fonctionnaires le sont (cette forte représentativité est largement due aux enseignants qui utilisent les syndicats de manière très pratique dans leur évolution de carrière). Le gros des bataillons se regroupant dans le public ou les grandes entreprises, on ne les retrouve pas forcément sur les terrains sociaux chauds.

Les directions syndicales ont compris cette faiblesse et cherchent désormais à maintenir leur rôle de « partenaires sociaux représentatifs ». Le repli sur la cogestion des organismes de la protection sociale garantie par le système paritaire (État, patronats et syndicats étant représentés dans la direction des principales administrations de l’aide sociale) est pour eux le moyen de conserver cette armada de « permanents » et de « détachés » qui offrent des troupes mobilisables alors que les effectifs décroissent. Ce rôle de partenaire s’incarne dans le renforcement des négociations collectives au niveau de l’entreprise voulu dans le cadre de la réforme du Code du Travail. On demande d’avantage l’avis des syndicats, même si on a bien l’intention de ne surtout pas le suivre. Cette démocratie dans l’entreprise est clairement aux mains du patronat qui s’en sert juste pour valider au niveau de la forme ses pires plans sociaux.

La « base » des principaux syndicats doit faire face à une situation paradoxale dans la plupart des récents conflits. Alors que la combativité des travailleurs est forte, elle doit convaincre les directions de la suivre et de la soutenir. Jamais la rupture n’a été aussi profonde entre le sommet des syndicats et la masse des syndicalistes du quotidien. On constate même que les conflits se durcissent quand la présence syndicale est la moins forte. Les syndicats bureaucratiques mettent l’accent sur le maintien des acquis sociaux et non pas sur la conquête de nouveaux droits mais surtout ne proposent pas de sortir du système économique actuel. Ils ont eu d’ailleurs des positions défaitistes voire ont totalement capitulé dans de nombreuses conflits. ArcelorMittal ou Whirlpool à Amiens sont des cas d’école : leurs incapacité à résister a conduit à leur échec dans la mobilisation.

« Touchez pas au grisbi » !

Cela est triste à dire, mais les directions des principaux syndicats sont devenues des partenaire de la restructuration capitaliste dans sa phase mondialiste. Quand le mouvement des Gilets Jaunes apparaît, il est tout immédiatement considéré comme un trouble-fête dans le subtil jeu de donnant-donnant entre les partenaires du « gâteau social ». Même ceux qui ne ramassent que les miettes veulent les garder à tous prix. « Touchez pas au grisbi » est le cri du cœur des dirigeants syndicaux aux gilets jaunes !

Alors que de nombreux syndiqués de « base » se retrouvaient naturellement sur les ronds-points sans afficher leurs couleurs, les directions se sont acharnées à faire passer le mouvement naissant pour une émanation fasciste de l’extrême droite. Les appels à la vigilance de SUD ou de la direction de la CGT étaient d’une bêtise inégalée. Alors que la CFDT, ralliée depuis longtemps au gouvernement, proposait ses services et se voyer congédiée, le monde syndical voyait le monopole de l’expression populaire lui échapper.

La CGT a beaucoup perdu dans cette affaire en crédibilité. Les Gilets Jaunes « inorganisés » ont réussi là où une centrale centenaire à totalement échoué.* Ils incarnent l’opposition extra-parlementaire et populaire à un gouvernement la plus forte de l’histoire contemporaine française, alors que la mobilisation contre la Loi Travail ou la réforme du code du travail avaient été des échecs.

(*) Note de R71: Sachant que ces centrales syndicales, dont la CGT est le fer de lance, sont là pour arrondir les angles et ont abdiqué toute velléité de révolution sociale depuis 1945, on ne peut pas parler d’échec, mais au contraire de succès… pour le système. Ces centrales remplissent leur mission foie jaune de faire perdurer le consensus du statu quo oligarchique. Leurs cadres bouffent de longue date au râtelier du système et trouvent la soupe somme toute assez bonne pour leur pomme… Tout cela bien entendu au détriment de la base, du travailleur et de la travailleuse du quotidien qui voient leurs vies s’éroder dans le chantage permanent à l’emploi aliéné au sein d’une dictature étatico-marchande omniprésente.

La défiance des travailleurs est naturelle envers les syndicats et le refus des « gilets jaunes » de trouver un terrain d’action commun est sans appel pour beaucoup. Les gens ont la mémoire longue dans de nombreux endroits. Après avoir participé à la désintégration de l’économie française (fin des mines, des chantiers navals et de la sidérurgie « made in France »), les syndicats refusent de s’engager dans la vraie lutte pour la dignité du travail représentée par la France des Gilets Jaunes. Toutes les tentatives de récupération du mouvement par les directions syndicales doivent être combattues.

Quel rôle pour les syndicats maintenant ?

Que faire des syndicats dans le contexte actuel ? Peuvent-ils nous être utiles dans l’extension du mouvement radical né des Gilets Jaunes ? Devons-nous reprendre en main les syndicats par la base ? Organiser des coordinations ou des conseils en dehors ? Imposer l’autonomie des luttes ?

Désolé, nous n’avons pas de réponse miracle ou dogmatique pour vous. Mais nous pensons qu’une forme combinée des différents modes d’action va naturellement s’imposer sur le terrain. Que les bases syndicales vont rejoindre naturellement les combats des Gilets Jaunes.

Nous refusons toutes formes d’entrisme à Rébellion depuis l’origine, mais nous constatons que des voix « radicales » s’affirment à la base des grandes centrales pour contester l’étatisme des directions. Certaines sont orientées par des tendances très politiques ( les lambertistes du POI ou la France Insoumise par exemple), mais elles permettent à d’authentiques tenants d’un syndicalisme de combat de s’exprimer. La bureaucratie syndicale étant bien faite, elles auront du mal à se faire entendre dans les appareils verrouillés, mais risquent d’être entendues à leur niveau professionnel. Si elles savent s’adresser aussi aux éléments extérieurs à leur milieu, l’impact de ces voix sera surement un des éléments d’appui des Gilets Jaunes. Amis syndiqués (et vous êtes nombreux parmi nos lecteurs), soutenez-les pour faire bouger les lignes.

Les coordinations et les conseils ouvriers, impliquent un cadre précis qui a relativement disparu (les grands bassins industriels du XXème siècle) mais ce principe de démocratie populaire directe est bon. Il trouve son sens s’il converge en dehors de l’entreprise et touche tous les aspects de la vie.

A l’échelle de la France Périphérique, les conflits sociaux doivent devenir horizontaux. Il n’y a rien à attendre des directions syndicales, mais tout de ses voisins ou collègues d’autres secteurs. Les Gilets Jaunes sont la preuve de la réussite d’une action de solidarité et d’entraide enracinée dans un « terroir ». Les zones ravagées par les plans sociaux doivent s’unir et résister. C’est la convergence des luttes au niveau du peuple qui doit entrainer une sécession de vastes territoires du cadre du système. L’auto-organisation et l’union des luttes est le scénario que craint le plus le gouvernement. Faisons en sorte qu’il se réalise partout.

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

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France et terrorisme d’État en marche: « Le dissident Gilet Jaune est bien un résistant… »

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« L’État est la négation de l’humanité. » Bakounine

 

Criminaliser les Gilets Jaunes en France : le terrorisme d’état en marche ?

 

Jean-Yves Jézéquel

 

1er décembre 2019

Source:

https://www.mondialisation.ca/criminaliser-les-gilets-jaunes-en-france-le-terrorisme-detat-en-marche/5639402

 

L’actualité des Gilets jaunes nous oblige à parler de terrorisme d’État, car celui-ci est directement en cause puisqu’il a été révélé brutalement par le comportement de Didier Lallement, Préfet de Police de Paris, nommé récemment à ce poste par les tyrans de la macronie, puisque son prédécesseur démissionné de force se montrait trop respectueux du droit constitutionnel. Ce haut fonctionnaire de l’État français républicain a manifestement et délibérément confirmé le 16 novembre dernier, Place d’Italie, le terrorisme d’État en marche, en répondant à une dame pacifique qui se disait Gilet jaune. Cet aveu du Préfet de police de Paris, retourné sur les lieux du crime pour y constater son efficacité, a été filmé et diffusé sur Internet: on ne peut donc pas le contester. Lallement affirme clairement et sans honte: « Nous ne sommes pas dans le même camp, Madame! » Il représente pourtant théoriquement la « République Française » et il était donc tenu à un devoir de neutralité, même si personnellement il est opposé aux revendications plus que légitimes d’au moins 70% de la population de ce pays. Certes, il est évident que Lallement fait partie des bobos et des nantis du système, grassement payé par les impôts de ce peuple qu’il place dans un « camp adverse »! On peut dores et déjà se dire que ce comportement relève d’une forme de délire!

Avant d’en faire une analyse un peu plus détaillée, rappelons que le terrorisme d’État consiste en une pratique de la terreur par un État dit de « Droit », sur sa propre population, comme méthode de gouvernement. La terreur permet au pouvoir en place de briser, à force de mesures extrêmes, arbitraires, illégales, anticonstitutionnelles, violentes, et de sidération collective, ceux qui lui résistent. Inutile d’insister sur le fait que le recours à la terreur rend d’office illégitime tout pouvoir qui se révèle ainsi être intrinsèquement pervers et que le devoir des citoyens est de renverser un tel pouvoir.

Le phénomène de sidération a la particularité de créer dans l’individu sidéré un morcellement. Cette situation psychique est qualifiée de « psychotique » par les psychologues. Quand l’État nous sidère par sa pratique avérée de la terreur, c’est la santé mentale qui nous est ouvertement interdite et la pathologie est en même temps décrétée, anachroniquement et paradoxalement, comme la «normalité»! 

Le fait de criminaliser un comportement, celui des Gilets jaunes, jugé arbitrairement et implicitement par Lallement, comme « non conventionnel », selon les termes de la loi Valls sur le terrorisme, ne peut avoir pour but que d’installer la «légitimité» d’un « non-sens » et ainsi, de  prolonger indéfiniment l’effet de sidération. Le spectacle insensé de la violence policière organisée à la Place d’Italie le 16 novembre dernier, a gravé et laissé dans la « conscience collective », (obligatoirement morcelée des citoyens qui ont assisté, à cette occasion, à une surenchère de la toute-puissance accordée à une police qu’il est formellement interdit de critiquer, ceux-ci étant dans le « bon camp » et le peuple opprimé dans le « mauvais camp »), une énorme sidération des citoyens pétrifiés devant la toute puissance de la répression policière, bénéficiant d’une absolue impunité! 

Lallement a organisé le spectacle de la brutalité terroriste du Pouvoir, afin de nous donner «à voir», ce qu’il en coûte à tout citoyen ne se terrant pas dans le silence muet de la sidération face à la toute-puissance de l’État terroriste! Moi, l’État, j’ai le pouvoir arbitraire de maltraiter ou de massacrer n’importe qui sans l’avis d’un juge qui de toute façon est lui aussi dans le même «camp»! Tous les citoyens de ce pays qui protestent, sont placés d’office dans la même situation que celle de «terroristes», de « foule haineuse », de gens qui « ne sont rien » ou qui «menacent la République». Nulle preuve du désastre ultralibéral n’est nécessaire; nulle légitimité constitutionnelle à protester n’est nécessaire: l’État est tout puissant et s’autorise à réprimer, à brutaliser, à intimider, à dissuader les revendications. Ceux qui ne se soumettent pas à la toute puissance de l’État terroriste sont dans un « autre camp »!

En observant le traitement judiciaire odieux qui est fait contre les Gilets jaunes, avec la complicité d’une magistrature collabo, le citoyen spectateur passe d’une image qu’il voit sur ses écrans de télévision à une image qu’il ne voit pas, celle de l’invisibilité du choc de la lutte du «  camp du bien » contre « le camp du mal ». Puis, grâce à la mise en scène spectaculaire de Lallement sur la place d’Italie, le mal est identifié à l’image des Gilets jaunes. La personnification du mal est un soulagement extraordinaire offert par le Pouvoir aux citoyens bobos partisans macroniens qui peuvent désormais clairement « choisir leur camp »: celui de la complète complicité avec le terrorisme d’État ou celui de l’option du terrorisme contre l’État! 

C’est l’artifice rhétorique habituel du Pouvoir qui gère son «management de la terreur», dans le but de provoquer une sidération des citoyens et de les conditionner pour «la fabrique du consentement». C’est l’absurdité du discours officiel qui fait qu’on ne peut pas le contester. 

La sidération pétrifie. Nous voyons tous que quelque chose n’est pas net et profondément incohérent dans ce discours officiel de Lallement et de ceux qu’il représente, mais cette faille qui apparaît dans le discours a pour but de nous «morceler». 

Le psittacisme journalistique, quant à lui, a une force incantatoire et le compte rendu en boucle des violences des «casseurs» assimilés aux Gilets jaunes, compte rendu quasi jubilatoire pratiqué par les supports médiatiques officiels, est une exhibition qui s’impose à tous les citoyens. En réalité, il n’y a pas de représentation possible des faits; c’est chaque fois une exhibition, impliquant une manipulation, et c’est par cela que l’effet de sidération est garanti. La sidération vient de l’impossibilité pour chacun d’entre nous de déchiffrer le réel; elle ne vient pas en soi de la violence exhibée elle-même. 

Le citoyen ainsi «morcelé» à son insu, ne peut retrouver son «unité individuelle» que par une surenchère dans ses paroles d’adhésion à ce qui lui a été assené. Ensuite, une fusion identification s’opère avec le Pouvoir qui a montré, nommé, déclaré les faits. «Le bon camp de la légitimité étatique», comme la fusion entre les surveillants et les surveillés, peut se mettre en place. Le Pouvoir a les mains libres pour décréter une dictature devenue parfaitement «légitime» dans son discours. Des gens bien intentionnés (les bobos macroniens et profiteurs d’en haut) vont s’étonner que la police ne tire pas encore à balles réelles sur ce peuple qui appartient à «un autre camp» incompatible avec le leur!

(Cf., les BHL et autres Luc Ferry) Si quelqu’un ose montrer les failles dans le discours du Pouvoir, alors apparaît la psychose qui a pour effet immédiat de supprimer tout mécanisme de défense. Le Pouvoir peut abolir l’État de Droit, installer une authentique dictature et peut déclarer tout ce qu’il veut, jusqu’à rejeter la vie privée hors des libertés fondamentales. Le citoyen voit se dresser des sens interdits partout, il est piégé, nassé; il n’a plus les moyens de se défendre, sauf s’il en vient à prendre les armes! C’est ainsi que la guerre civile est préparée et programmée par les charlatans de l’irresponsabilité politique dont Lallement est un brillant serviteur. 

Le dissident Gilet jaune est bien un résistant. Dans le «camp» macronien, on va faire entendre que cette classe «haineuse», celle de ceux qui «ne sont rien», ne peut pas avoir raison contre la majesté de la République sacralisée et «innocente» en tant que sacrée. Le dissident contestataire devient donc le «traître» ou le «complotiste», le «récalcitrant», « l’ennemi de la République », « le fainéant » qui ne veut pas « traverser la rue pour trouver un emploi », le « salaud de pauvre » accusé en même temps, dans un amalgame exécrable, « d’antisémitisme », « d’homophobie » et autres injures… Pour le macronien moyen, il faut faire taire impérativement ce divergent par tous les moyens. Tous les «frondeurs» et «résistants» de l’histoire ont été persécutés par les Pouvoirs en place et il n’y a rien d’étonnant à cela puisque le Pouvoir ne s’inquiète que de sa pérennité et de ses intérêts immédiats jamais compatibles avec ceux d’une démocratie. 

Ce management de la terreur, révélé par Lallement et pratiqué par l’État, ne peut que déboucher sur la guerre civile! Les «responsables savent parfaitement ce qu’ils font», c’est pourquoi, nous ne pouvons pas leur pardonner! 

Lallement choisissait la place d’Italie pour autoriser la manifestation du premier anniversaire de la révolte des Gilets jaunes, le 16 novembre dernier.

Cette place avait l’avantage d’être entourée de travaux: on pouvait donc facilement y organiser la casse.

Le maire du 13ème arrondissement protestait vigoureusement mais l’État tout-puissant lui disait de la fermer!

Avant 14h00, heure du début de la manifestation autorisée, des «policiers casseurs» étaient déjà à l’œuvre depuis 10h00 du matin pour dresser des barricades au nez et à la barbe de leurs collègues CRS. 

Le dispositif policier ceinturait la Place d’Italie et laissait faire sans intervenir. 

Des feux étaient allumés et un camion des services de propreté de la ville de Paris arrivait tout naturellement sur la place et déversait devant la police des palettes de bois pour alimenter le feu des barricades: ce fait a été filmé par un témoin et diffusé sur Internet en direct. On était à deux heures du début de la manifestation.

Le monument militaire de la place d’Italie était profané devant la police qui ne bronchait pas.

La police laissait la place se remplir et organisait immédiatement la nasse.

La violence organisée se mettait en route et les télévisions collabos étaient à l’oeuvre pour montrer à quel point ces Gilets jaunes, fêtant l’anniversaire d’une année de lutte et de sacrifices consentis, étaient des ordures à éliminer impitoyablement.

Le gazage était déclenché, puis le concert des grenades GLI F4, des LBD 40 et de toute l’artillerie habituelle était orchestré par Lallement depuis le pupitre de la préfecture de Paris. Puis satisfait du travail accompli, fier de son fascisme transcendant, il allait compter les nombreuses victimes de cette violence policière…

Tout le monde était massacré: Gilets jaunes et journalistes de la presse indépendante, passants, touristes et visiteurs, sans distinction…

Lallement déclarait hypocritement qu’il avait organisé un «canal d’évacuation» avant l’intervention violente des «Forces de l’Ordre» transformées en milices!

A 14h00 il déclarait «interdite» une manifestation qui était autorisée! Les gens qui étaient là étaient nassés, et ne pouvaient en aucun cas savoir que tout à coup la manifestation n’était plus autorisée!

On les verbalisait donc «en veux-tu en voilà»: contraventions de 135 euros, interpellés, arrêtés, menottés, nassés, gazés, massacrés…

Les casseurs étant des gens de la police, comme on l’a relevé, pouvaient se replier tranquillement derrière les rangs de leurs confrères en uniformes pour se protéger de la colère de ceux qui les avaient repérés… Dans la France macronienne, on connaît désormais les BAC Blocs.

Lallement commettait une série d’infractions graves:

Article 223-1 du Code pénal: mise en danger délibéré de la vie d’autrui…

Articles 322-1: complicité de dégradations volontaires de biens publics…

Articles 222-9 à 222-13: Violences volontaires par l’autorité publique…

Article 432-4: Atteinte à la liberté par séquestration arbitraire effectuée par l’autorité publique… Interpellations, gardes à vue illégales, violences sur des gens présents sur les lieux de bonne foi (manifestation autorisée) mais interdite sans préavis sans qu’ils ne puissent le savoir!

Article 432-10: Délit de concussion.  C’est la perception d’argent qui n’est pas dû! Les gens qui ont été verbalisés n’avaient pas à payer ces amendes illégales…

Enfin, seul le Procureur de Paris peut déclencher aujourd’hui une enquête et identifier les responsabilités pénales et disciplinaires. Mais comble d’ironie, le nouveau Procureur de Paris est justement un ami de Macron qui a été placé à ce poste clé et qui a organisé les gardes à vue préventives des Gilets jaunes! La «démocratie» est décidément magnifique et elle est belle à voir en France!

Le Procureur de Paris s’avère être dans « le même camp » que Lallement, comme l’IGPN, comme la magistrature, comme le Parlement, comme le Conseil Constitutionnel… etc. Tout est verrouillé et le pouvoir ne souffre pas d’être partagé: pas de contre-pouvoir, pas d’échappatoire, pas de liberté, pas de fraternité, pas d’égalité de tous devant la loi; seulement le pouvoir absolu d’un côté et la soumission absolue de l’autre… une parfaite dictature.

CONCLUSION

La République révèle enfin son vrai visage et sa réelle nature: un « camp de répression» dans lequel le peuple est parqué pour être dressé non seulement à la soumission mais plus encore, dressé à aimer sa soumission, grâce au mensonge qui a assez duré. Le peuple Français vient de découvrir que le « camp » de la République n’est pas au service des intérêts du bien commun du peuple tout entier, mais au service d’une caste de privilégiés qui ont organisé le dressage du peuple pour l’exploitation et le pillage du peuple. La caste des tyrans du « camp » spécialisé en dressage, ne supporte plus que ce peuple ait encore quelque chose à revendiquer. Elle veut « remettre de l’ordre »: les Maîtres d’un côté (le camp des élites) les esclaves de l’autre (le camp des maltraités, de « ceux qui ne sont rien », de « la foule haineuse »)… 

Pour le moment, nous connaissons le cas de cette pauvre dame qui fermait ses volets à Marseille, visée de sang froid par un tir de LBD 40, et décédée des suites de cette agression criminelle de la police française. Puis un Gilet jaune, filmé levant les bras au ciel, était lui aussi abattu de sang froid par un sniper de la police, sur les Champs Élysées, le samedi 24 novembre 2018 et dont personne n’a jamais plus entendu parler. La scène était captée en direct par le téléphone d’un «étrange témoin» enregistrant à la fois les policiers meurtriers et la victime s’écroulant sur le sol! Pour le moment, la tuerie de masse n’a pas encore été ordonnée, mais tout indique qu’elle ne va pas tarder, peut-être déguisée en attentat islamiste du genre « Promenade des Anglais ». On nous serine depuis un bon moment que «nos compatriotes djihadistes égorgeurs sont de retour de Syrie», comme si le terrain était déjà psychologiquement préparé pour une nouvelle mise en scène du terrorisme d’État et pour la justification de la violence par la confortable opportunité d’un bouc émissaire de service…

Je ne sais pas pourquoi cette histoire du Préfet Lallement s’impose à mon esprit et me renvoie subtilement à celle d’Anders Behring Breivik, ce Norvégien de 32 ans qui avait planifié et réalisé le carnage du 22 juillet 2011 à Oslo et sur l’île d’Utoya: 77 morts par balles et 151 blessés à lui tout seul. Il avait organisé froidement ce massacre pour satisfaire ses convictions idéologiques, dans la pure tradition du conservatisme chrétien, illuminé par sa mission spirituelle de nouveau Templier, incarnant les vraies valeurs de notre « grande culture judéo-chrétienne, paulinienne », exaltée et inspirant la perfection indépassable de l’ultralibéralisme au service d’une élite qui pense résolument, tout comme le Préfet Lallement, qu’elle «sera là pour toujours» (Cf., allocution de Lallement le samedi 16 novembre 2019). Cette élite est persuadée qu’elle verra prochainement en France la fin des Gilets jaunes écrasés par la puissance du terrorisme d’État! La guerre du «camp Lallement», me fait penser à la guerre du «camp Breivik», comme s’il y avait entre ces gens-là un lien mystérieux qui les unissait au-delà de la raison et de la conscience…

Mais qui a déjà entendu dire qu’un Pouvoir, qu’un État, qu’un Empire et ses Légions toute puissantes «auraient été là pour toujours» en ayant eu le dernier mot sur les peuples?! Non Monsieur Lallement, ce cas de figure n’existe pas: «vous n’êtes pas là pour toujours», le Pouvoir «n’est pas là pour toujours», l’État «n’est pas là pour toujours», car le mensonge n’a qu’une durée de vie limitée. En revanche, le peuple lui est assurément là comme il était là avant l’erreur étatique et comme il sera encore là après le jour de sa chute finale, et cela jusqu’à ce que la Terre Mère ait décidé elle même de la fin ultime de l’aventure humaine sur la planète…

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Paris Place de la République du 2 au 6 décembre 2019: Village Pacifique des pompiers de France en grève… Solidarité !

Posted in actualité, gilets jaunes, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société des sociétés with tags , , , , , , , , , on 29 novembre 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

29 novembre 2019

 

Info reçue via courriel par un pompier gréviste

 

Depuis 5 mois, de gronde en grèves, les pompiers de France sont dans les rues.
A partir de lundi 2 décembre jusqu’au vendredi 6, les pompiers de France et de Navarre vont installer un « village pacifique » de protestation  sur la place de la république à Paris. Beaucoup de pompiers de province vont « monter » ou « descendre » à Paris pour l’occasion et se relayer au village et être au contact de la population.
Quand les pompiers en colère sont dans la rue, y a l’feu au lac !…

Solidarité – Union – Persévérance – Réflexion – Action
Ensemble devenons S.U.P.R.A conscients !