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Grèce: Tsipras & Varoufakis faux-nez de l’oligarchie (John Pilger)

Posted in actualité, altermondialisme, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, Social & Retraite, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 22 juillet 2015 by Résistance 71

Une fois de plus comme le confirme ici le toujours excellent John Pilger: Il n’y a pas de solutions au sein du système.

Comme le nez au milieu de la figure: une évidence !…

— Résistance 71 —

 

Le problème de la Grèce n’est pas seulement une tragédie, c’est un mensonge

 

John Pilger

 

13 Juillet 2015

 

url de l’article original:

http://johnpilger.com/articles/the-problem-of-greece-is-not-only-a-tragedy-it-is-a-lie

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Une trahison historique a consummé la Grèce. Ayant mis de côté le mandat de l’électorat grec, le gouvernement Syriza a volontairement ignoré le vote tsunami du “NON” de la semaine dernière et a secrètement acquiescé à une série de mesures répressives d’appauvrissement en retour pour un “sauvetage” qui veut dire un sinistre contrôle étranger du pays et un avertissement au monde.

Le premier ministre Alexis Tsipras a poussé au parlement une proposition pour que soient coupés quelques 13 milliards d’euros des dépenses publiques, 4 milliards de plus que la figure “d’austérité” rejetée majoritairement par le peuple grec dans un referendum le 5 Juillet dernier.

Ceci inclut une augmentation de 50% des coûts d’assurance maladie pour les retraités, dont pratiquement 40% d’entre eux vivent dans la pauvreté ; de grandes coupes dans les salaires du secteur public ; la privatisation complète de services publics tels que les aéroports et les ports ; une augmentation de la TVA à 23%, maintenant appliquée aux îles grecques où le peuple a du mal à joindre les deux bouts et bien plus à venir.

“Le parti anti-austérité remporte une éclatante victoire”, titrait le Guardian de Londres le 25 Janvier. Le journal appelait Tsipras et sa bande de camarades bien éduqués des “gauchistes radicaux”, Ils portaient des chemises sans cravate et le ministre des finances se balladait en moto ; il était décrit comme la “rock star de l’économie”. Tout cela n’était qu’une façade. Ils n’étaient pas les radicaux que ce cliché implique, ils n’étaient pas non plus “anti-austérités”.

Pendant six mois, Tsipras et le maintenant déchu ministre des finances, Yanis Varoufakis, ont fait la navette entre Athènes et Bruxelles, Berlin et autres centres du pouvoir financier européen. Au lieu de la justice sociale pour la Grèce, ils sont parvenus à un nouvel endettement, à un appauvrissement approfondi qui remplaceraient à peine une pourriture systémique fondée sur le vol des revenus des impôts par les grecs super-riches en accord parfait avec les valeurs “néo-libérales” européennes et des emprunts bon marché et hautement profitables pour ceux qui cherchent maintenant à obtenir le scalp de la Grèce.

La dette de la Grèce, rapporte un audit du parlement grec, “est illégale, illégitime et odieuse”. En proportion, elle est de moins de 30% de la dette de l’Allemagne, son créancier le plus important. Elle est moins que la dette des banques européennes dont le “package de sauvetage” en 2007-8 fut à peine controversif et est demeuré impuni.

Pour un petit pays comme la Grèce, l’Euro est une monnaie coloniale: Une laisse qui le lie à une idéologie capitaliste si extrème que même le pape la déclare “intolérable” et “la fange du diable”. L’Euro est à la Grèce ce que le dollar US est aux territoires isolés du Pacifique dont la pauvreté et la servilité sont garanties par leur dépendance.

Durant leurs périgrinations à la cour des puissants à Bruxelles et Berlin, Tsipras et Varoufakis se sont eux-mêmes présentés comme n’étant ni “radicaux”, ni mêmes “gauchistes”, pas mêmes comme de simples et honnêtes socio-démocrates, mais comme des arrivistes supplicateurs dans leurs demandes et leurs plaidoiries. Sans bien sûr sous-estimer l’hostilité à laquelle ils ont dû faire face, il est juste également de dire qu’ils n’ont fait montre d’aucun courage politique. Plus d’une fois, le peuple grec a eu vent de leurs “plans d’austérité secrets”, fuités aux médias: comme la lettre du 30 Juin publié par le Financial Times, dans laquelle Tsipras promettait aux patrons de l’UE, de la BCE et du FMI d’accepter leur demandes les plus basiques et les plus vicieuses, qu’il a maintenant acceptées.

Quand l’électorat grec a voté “NON” le 5 Juillet à cette donne totalement pourrie, Tsipras a dit: “Lundi le gouverneent grec sera à la table des négociations après le referendum avec de bien meilleures propositions pour le peuple grec.” Les Grecs n’ont pas voté pour de “meilleurs termes”. Ils ont voté pour la justice et pour leur souveraineté, comme ils l’on déjà fait le 25 Janvier (en donnant la victoire électorale à Syriza)

Le jour d’après les élections de Janvier un gouvernement véritablement démocratique et oui, radical, aurait arrêté chaque euro sortant du pays, aurait répudié la dette “illégale et odieuse”, comme l’Argentine l’a fait avec grand succès, et aurait expédié un plan pour sortir de cette zone euro totalement incapacitante. Mais il n’y avait aucun plan de la sorte. Il n’y avait que la volonté de “s’assoir à la table” pour rechercher de “meilleurs termes”.

La véritable nature de Syriza a été rarement examinée et expliquée. Pour les médias étrangers, ce n’est rien de plus qu’un parti “gauchiste” ou “d’extrieme gauche” ou “noyau dur”, terminologie de confusion habituelle. Quelques uns des supporteurs internationaux de Syriza ont atteint, à un moment, des niveaux de groupies et de soutien béat qui rappelaient le temps de la monté de Barack Obama. Peu ont questionné: qui sont donc ces “radicaux” ? En quoi croient-ils ?

En 2013, Yanis Varoufakis a écrit ceci: “Devrions-nous nous féliciter de cette crise du capitalisme européen comme étant une opportunité de le remplacer par un meilleur système ? Ou devrions-nous être préoccupés et soucieux de ceci pour nous embarquer dans une campagne de stabilisation du capitalisme ? Pour moi, la réponse est claire. La crise de l’Europe a très peu de chance de donner naissance à un système meilleur que le capitalisme… Je me plie à la critique du fait que j’ai fait campagne sur un agenda fondé sur la supposition que la gauche était, et demeure, franchement vaincue… Oui, je voudrais mettre en avant un agenda radical, mais non, Je ne suis pas préparé à commettre l’erreur du parti travailliste qui suivit la victoire de Thatcher… Qu’est-ce que cela a fait en GB au début des années 1980 en faisant la promotion d’un agenda de changement socialiste que la société britannique méprisa tout en suivant le trip néo-libéral de Thatcher ? Rien en fait. Quel bien cela fera t’il aujourd’hui d’appeler à un démantèlement de la zone euro et le L’UE elle-même ?…

Varoufakis omet totalement de mentionner le parti social-démocrate qui divisa les socialistes et le vote travailliste et mena directement au blairisme. En suggérant que le peuple britannique “méprisa le changement socialiste”, alors qu’aucune réelle opportunité ne lui fut offerte pour parvenir à ces changements, il se fait l’écho d’un Tony Blair.

Les leaders de Syriza sont une sorte de révolutionnaires, mais leur révolution est l’appropriation perverse, familière, des mouvements parlementaires et socio-démocrates par des libéraux déguisés et équippés pour obéir à la ligne néo-libérale et à une ingénierie sociale dont le visage authentique est celui de Wolfgang Schauble, le ministre des finances allemand, un voyou impérialiste. Tout comme le parti travailliste (NdT: les socialos d’outre-Manche) en Grande-Bretagne et ses équivalents parmi les anciens partis socio-démocrates comme le parti travailliste australien, se décrivant eux-mêmes comme étant toujours “libéraux” et même “de gauche”, Syriza est le produit d’une classe moyenne hautement éduquée, influente et hautement privilégiée, “éduquée dans le post-modernisme”, comme l’écrivit Alex Lantier.

Pour eux, le terme de classe sociale n’est pas mentionable, sans parler de celui d’une lutte incessante, et ce indépendamment de la réalité des vies de la plupart des êtres humains. Les pontes de Syriza sont bien élevés, ils ne mènent pas du tout à la résistance que la plupart des gens ordinaires attendent, comme l’électorat grec l’a si bravement démontré, mais ils mènent à de “meilleurs termes” dans un statu quo vénal qui canalise et punit les pauvres. Lorsque fusionnés avec une “politique identitaire” et ses distractions insidieuses, la conséquence n’est pas la résistance, mais la soumission. La vie politique “de base” en Grande-Bretagne est l’exemple flagrant de tout ceci.

Cela n’est pas du tout inévitable, ce n’est pas quelque chose qui est gravé dans le marbre, si nous nous réveillons de ce long coma post-moderne et rejetons les mythes et les mensonges de ceux qui affirment nous représenter et si nous nous battons.

4ème Foire à l’autogestion, Montreuil (93) les 4 et 5 juillet 2015

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plus d’info: http://www.foire-autogestion.org/

Marre de la hiérarchie ? des logiques de profits ? L’autogestion vous concerne !

Bienvenue à la Foire à l’autogestion ! Elle est organisée cette année par plus de 80 structures qui font vivre l’idée d’autogestion et la pratiquent au quotidien : toute une galaxie de collectifs, d’associations, d’entreprises, de coopératives de production, d’organisations syndicales et politiques.

Tous et toutes ensemble, donnons plus de force à l’autogestion pour en faire un outil de résistance et de rupture avec le système capitaliste et productiviste. D’autres modes de réflexions, de décisions et d’organisations sont possibles. L’objectif est de décider collectivement des affaires communes, sans déléguer à des dirigeant-e-s, sur les plans politique et économique.

L’autogestion s’inscrit dans une longue histoire, celle des coopératives et des « récupérations d’entreprises », de la Commune de Paris au Printemps de Prague, de la Révolution espagnole à la Pologne d’août 1980, de Lip à l’Argentinazo en 2001.

Elle se renouvelle aujourd’hui à travers les luttes auto-organisées : la récupération d’entreprises menacées de fermeture et aussi de multiples alternatives, dans la santé, l’éducation, le logement, l’agriculture, l’écologie…

Reprendre en main la production, c’est aussi pouvoir transformer ses modalités et ses finalités. Ancrée dans des pratiques concrètes, portée comme un projet global, l’autogestion est à la fois un outil au quotidien et une réponse possible à la faillite du système capitaliste et étatiste.

La 4ème Foire à l’autogestion aura lieu les 4 et 5 Juillet 2015 à la Parole Errante à Montreuil. Dans cette foire, elle-même autogérée, vivante et joyeuse, catalyseur d’expériences alternatives et de luttes, vous découvrirez à la fois des stands et des forums, des débats et des ateliers, des concerts et du théâtre, des films et des animations, un espace enfants et une librairie, une cantine et une buvette…

Cette année, des débats et projections seront aussi organisés durant les 10 jours précédant ce week-end.

Assemblée générale du 9 avril 2015

Cette année la Foire aura lieu les samedi 4 et dimanche 5 Juillet, à la Parole errante, 9 rue François-Debergue, à Montreuil (93), métro Croix-de-Chavaux. Avec dix jours de diverses manifestations préalables.

N’hésitez pas à nous envoyer vos propositions !

 

Source:

http://www.alternativelibertaire.org/?4e-Foire-a-l-autogestion-Montreuil

 

Programe de la Foire des 4 et 5 juillet:

 

http://www.foire-autogestion.org/LE-PROGRAMME-DE-LA-FOIRE-EST-EN

Vivre autrement… L’autogestion et les collectifs espagnols 1936-39 ~ 1ère partie ~

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Si la révolution sociale espagnole a fait des erreurs et fut vaincue par la coalition étatique tout azimut (fascismes bruns, fascisme rouge stalinien, monarchies et république dite « modéré »), elle ne nous en a pas moins laissé de superbes exemples d’autogestion populaire ouvrière et paysanne dans un climat de guerre civile.

Apprenons des collectifs espagnols et de l’organisation autogérée car c’est la seule solution viable pour l’humanité future. Ils nous ont montré une certaine voie qu’il faudra adapter à la vie moderne, mais les fondements sont universels et appliqués depuis des millénaires.

— Résistance 71 —

 

Collectivisations industrielles durant la révolution espagnole 1936-39 (1ère partie)

 

Deirdre Hogan

 

7 Mai 2015

 

url de l’article en français:

http://www.autogestion.asso.fr/?p=5158

 

1ère partie

2ème partie

 

Même si c’est dans les campagnes que les socialisations anarchistes les plus systématiques ont eu lieu, la révolution a aussi été une réalité dans les villes. En Espagne à cette époque, au moins deux millions de personnes, sur une population totale de 24 millions, travaillaient dans l’industrie, 70 % de celle-ci étant concentrée sur une seule région, la Catalogne. Ici, dans les heures qui ont suivi l’offensive fasciste, les travailleurs ont pris le contrôle de 3000 entreprises. Ceci incluait tous les services de transport, de livraison, d’électricité et d’énergie, de gaz et de traitement des eaux, les usines d’automobiles et de mécanique, les mines, les cimenteries, les usines de textile et de papiers, les centrales chimiques et électriques, les usines de bouteilles en verre, les parfumeries, l’agro-alimentaire et les brasseries.

C’est dans les zones industrielles que les premières collectivisations ont eu lieu. La veille du putsch militaire, une grève générale avait été appelée par la CNT. Une fois la période des premiers combats passée, il était clair que l’étape suivante consistait à s’assurer que la production allait se maintenir. Une bonne partie de la bourgeoisie favorable au général Franco a fui après la défaite de l’insurrection des forces armées. Les usines et ateliers possédés par ceux-ci furent immédiatement saisis et remis en route par leurs travailleurs. D’autres secteurs de la bourgeoisie refusaient de maintenir les usines en fonctionnement et les fermaient, ce qui revenait à aider indirectement Franco. La fermeture des usines et ateliers augmentait le chômage et la pauvreté, ce qui faisait le jeu de l’ennemi. « Les travailleurs l’ont instinctivement compris et ont mis en place dans presque tous les ateliers des comités de contrôle qui avaient comme objectif de surveiller la progression de la production et de vérifier la situation financière des propriétaires de chaque établissement. Dans de nombreux cas, le contrôle était transféré à un comité de direction dans lequel les patrons étaient traités de la même façon que les travailleurs et payés de façon identique. C’est ainsi qu’un nombre significatif d’usines et d’ateliers de Catalogne passèrent dans les mains des travailleurs présents. » 1

Il était de la plus haute importance de créer, sans tarder, une industrie de guerre capable de fournir le front et de remettre en fonctionnement les systèmes de transport afin d’acheminer les milices et les munitions sur le front. C’est ainsi que les premières expropriations d’industries et de services publics ont eu lieu afin d’assurer une victoire sur le fascisme, permettant aux militants anarchistes de profiter de la situation pour avancer dans leurs objectifs révolutionnaires.

Le rôle de la CNT

Cette révolution sociale se comprend mieux si elle est replacée dans le contexte d’une histoire relativement longue de traditions ouvrières et de luttes sociales. La CNT, qui était la force motrice des collectivisations, existait depuis 1910 et rassemblait 1,5 million de membres en 1936. Le mouvement anarcho-syndicaliste a existé en Espagne depuis 1870. De sa naissance à la réalisation, certes partielle, de son idéal ultime durant cette révolution sociale, il avait une histoire d’engagements permanents dans des luttes sociales intenses, « grèves partielles et générales, sabotages, manifestations publiques, rassemblements, luttes contre les casseurs de grève, emprisonnements, déportations, procès, soulèvements, lock-outs et même quelques attentats. » 2

Les idées anarchistes étaient très répandues en 1936. La diffusion des publications anarchistes de cette époque nous en donne une idée : il y avait deux quotidiens anarchistes, l’un à Barcelone, l’autre à Madrid, tous deux organes de la CNT avec une diffusion comprise entre 30 000 et 50 000. S’y rajoutaient dix périodiques en plus de quelques revues anarchistes dont la diffusion pouvait aller jusqu’à 70 000. Dans tous les papiers, pamphlets et livres anarchistes, comme dans leurs syndicats et réunions de groupe, la question de la révolution sociale était continuellement et systématiquement débattue. Ainsi, la nature radicale de la classe ouvrière espagnole, politisée par la confrontation et les luttes, conjuguée à l’influence des idées anarchistes signifiait que dans une situation révolutionnaire, les anarchistes étaient capables d’obtenir un soutien populaire massif.

La CNT avait comme fondement une profonde tradition démocratique. Les décisions concernant tout sujet local et immédiat tel que les salaires et conditions de travail étaient dans les mains des adhérents locaux qui se rencontraient régulièrement en assemblée générale. L’aide mutuelle et la solidarité entre les travailleurs était encouragée et présentée comme le facteur essentiel du succès d’une grève.  La CNT organisait tous les travailleurs sans distinction de qualifications. En d’autres termes, les travailleurs étaient encouragés à ne former qu’un seul syndicat avec des sections pour chacune des industries plutôt que des syndicats différenciés par métier à l’intérieur d’une industrie. Autant la tradition démocratique que la nature industrielle du syndicat ont fortement influencé les structures des collectifs révolutionnaires, qui généralement, sont nés à partir et formés par les syndicats de l’industrie déjà en place.

Un autre aspect important de la CNT qui a pesé en faveur de la révolution était l’utilisation de l’action directe. « La CNT a toujours préconisé ‘l’action directe par les travailleurs eux-mêmes’ comme moyen de résolution des conflits. Cette politique encourageait la réciprocité et la confiance en soi à l’intérieur du syndicat et de ses membres, ce qui formait une culture de type ‘si on veut quelque chose, mieux vaut le faire soi-même’ » 3. Au final, la structure fédérale de la CNT qui était basée sur l’autonomie locale et avait créé une forme stable tout en étant fortement décentralisée, a encouragé les initiatives et la confiance en soi, qualités indispensables qui ont grandement contribué au succès de la révolution.

Gaston Leval souligne l’importance qu’a cette culture de la démocratie directe et de la la réciprocité lors des situations révolutionnaires lorsqu’il compare le rôle de la CNT à celui de l’UGT lors de la collectivisation des chemins de fer. Décrivant la manière hautement organisée, efficace et responsable avec laquelle les transports ferroviaires ont été remis en service sous contrôle révolutionnaire en seulement quelques jours, il écrit « Tout ceci a été réalisé sur la seule initiative des syndicats et militants de la CNT. Ceux de l’UGT qui prédominaient parmi les personnels administratifs sont restés inactifs, tellement habitués qu’ils étaient à obéir aux ordres émanant d’en haut, qu’ils attendaient. Ne recevant ni ordre, ni contre-ordre, et voyant nos camarades aller de l’avant, ils ont fini par suivre la puissante vague qui nous a tous portés. » 4

Cette histoire de luttes et d’organisation ainsi que la nature anarcho-syndicaliste de leur syndicat a donné aux militants de la CNT l’expérience nécessaire d’auto-organisation et d’initiatives qui a pu naturellement et effectivement être réutilisée le moment venu dans la réorganisation d’une société selon les principes anarchistes. « Il est clair que la révolution sociale qui a eu lieu n’est pas venue d’une décision des organes de direction de la CNT… Elle est arrivée spontanément, naturellement et pas… parce que ‘le peuple’ en général aurait soudainement été capable de miracles, grâce à une vision révolutionnaire qui les aurait soudainement inspirés, mais parce que, et il faut le répéter, parmi ces personnes, il y a avait une minorité importante qui était active, forte, guidée par un idéal qui s’est inscrit dans des années de lutte qui ont débuté à l’époque de Bakounine et de la Première Internationale. » 5

Démocratie anarchiste en action dans les collectifs

Les collectifs étaient les organes d’autogestion des travailleurs sur les lieux de travail. Augustin Souchy écrit : « Les collectifs organisés durant la guerre civile espagnole étaient des associations économiques de travailleurs sans propriété privée. Le fait que des usines collectives étaient gérées par ceux qui y travaillaient ne signifiait pas que celles-ci étaient devenues leur propriété privée. Le collectif n’avait aucun droit de vendre ou de louer tout ou partie de l’usine ou de l’atelier collectivisé. Le dépositaire était la CNT, la Confédération Nationale des Associations de Travailleurs. Mais même la CNT n’avait pas le droit de faire ce qu’elle voulait. Tout devait être décidé et ratifié par les travailleurs eu-mêmes au travers de conférences et de congrès. » 6

En conservant cette tradition démocratique de la CNT, les collectifs industriels avaient une structure d’organisation de délégués partant de la base pour aller vers le sommet. L’unité de base de prises de décision était l’assemblée des travailleurs, qui élisait des délégués aux comités de gestion qui supervisaient le fonctionnement quotidien de l’usine. Le comité de gestion élu était chargé d’appliquer le mandat décidé dans les assemblées, devait rendre compte et était responsable devant l’assemblée des travailleurs. Le comité de gestion communiquait ces observations au comité administratif central.

Généralement, chaque industrie avait un comité administratif central constitué par un délégué de chaque branche de travail ou de travailleurs de cette industrie. Par exemple, à l’industrie textile d’Alcoy, il y avait cinq branches : tissage, filage, tricotage, bonneterie et cardage. Les travailleurs de chacun de ces métiers élisaient un délégué pour les représenter dans le comité administratif de l’industrie. Le rôle de ce comité, qui intégrait quelques experts techniques, était, entre autres, de diriger la production en fonction des instructions reçues à l’Assemblée générale des travailleurs, de compiler les rapports et les statistiques sur l’avancement des travaux et de s’occuper des questions de financement et de coordination. Selon Gaston Leval, « l’organisation générale reposait ainsi sur la division du travail tout en étant industriellement structurée. » 7

À tout moment, l’assemblée générale du Syndicat des travailleurs était l’instance de décision ultime. « Toutes les décisions importantes [étaient] prises par les assemblées générales de travailleurs… [qui] étaient largement suivies et régulièrement tenues… si un administrateur faisait quelque chose que l’assemblée générale n’avait pas autorisé, il y a avait de fortes chances qu’il soit destitué à la prochaine réunion. » 8 Les rapports des différents comités devaient être examinés et discutés à l’assemblée générale pour être finalement mis en œuvre si la majorité l’estimait utile. « Nous ne faisions donc pas face à une dictature administrative, mais plutôt à une démocratie fonctionnelle, dans laquelle chaque type de travail avait son rôle à jouer qui avait été défini après examen par l’assemblée. » 9

Avancer dans le cadre de la Révolution

La socialisation totale de l’industrie ne s’est pas faite en un jour mais a été un processus graduel et permanent. Tout comme les collectifs industriels n’ont pas procédé partout de la même façon, le degré de socialisation et la méthode exacte d’organisation variaient d’un endroit à l’autre. Comme cela a été mentionné en introduction, alors que certains lieux de travail ont été immédiatement saisis par les travailleurs, dans d’autres, ils se sont appropriés leurs lieux en commençant par créer un comité de contrôle dont l’objectif était de s’assurer de la poursuite de la production. À partir de là, l’étape suivante était la prise de contrôle du lieu de travail.

Au début, lorsque la poursuite de la production était la tâche la plus urgente, il n’y avait que peu de coordination entre les différents ateliers et usines. Ce manque de coordination a posé différents problèmes que Leval a pointé : « Les industries locales sont passées dans des étapes identiques dans cette révolution… au départ, les comités nommés par les travailleurs employés dans celles-ci [ont été organisés]. La production et la vente continuaient dans chacune. Mais très vite, il devenait clair que cette situation générait de la concurrence entre les usines… créant des rivalités qui étaient incompatibles avec la perspective socialiste et libertaire. Ainsi, lorsque la CNT a lancé le mot d’ordre ‘Toutes les industries doivent être organisées par les syndicats, totalement socialisées, alors le régime de solidarité que nous avons toujours préconisé s’est installé une fois pour toutes » 10

Le besoin de résoudre cette situation – dans laquelle les travailleurs avaient établi le contrôle des lieux de travail alors que ces différents lieux opéraient indépendamment et en concurrence entre eux -, de compléter le processus de socialisation et d’éviter les dangers d’une collectivisation partielle était une tâche pour laquelle de nombreux travailleurs étaient préparés. Un manifeste du syndicat de l’industrie du bois publié en décembre 1936 soulignait que le manque de coordination et de solidarité entre travailleurs de différentes usines et industries pouvait mener à une situation dans laquelle les travailleurs des industries les plus favorisées et performantes deviendraient les nouveaux privilégiés, laissant les autres à leur difficultés et sans ressources, ce qui en retour pouvait conduire à la formation de deux classes : « les nouveaux riches et les plus pauvres des pauvres. » 11

Ainsi, des efforts supplémentaires ont été réalisés par les collectifs pour ne pas se concurrencer en terme de profits mais au contraire, pour partager le surplus au sein de toutes les industries. Par exemple, les tramways de Barcelone, qui étaient particulièrement rentables, ont contribué financièrement au développement des autres systèmes de transport de la ville et les ont aidé à passer leurs difficultés passagères. Il y eu aussi d’autres exemples de solidarité entre les industries. À Alcoy, par exemple, lorsque le syndicat de l’impression, des papiers et des cartons a eu des difficultés, les 16 autres syndicats qui formaient la Fédération locale d’Alcoy ont apporté une assistance financière qui a permis au syndicat de survivre.

Alors qu’il était question d’avancer vers une société anarchiste, il était aussi important d’avoir une organisation industrielle efficace. Dans le manifeste publié par le Syndicat des industries du bois, il était indiqué que « Le syndicat du bois souhaitait non seulement avancer sur la voie de la Révolution, mais aussi l’orienter dans l’intérêt de notre économie, de l’économie du peuple. » 12 En décembre 1936, un plénum de syndicats s’est rencontré et a fait l’analyse qu’il était indispensable de réorganiser le système industriel capitaliste inefficace et d’avancer vers une socialisation totale. Le compte-rendu de ce plénum indiquait :

« Le principal défaut de la plupart des petites unités de fabrication est la fragmentation et le manque de préparation technique et commerciale. Ceci empêche leur modernisation et leur regroupement dans des unités de production plus performantes, avec de meilleurs équipements et une coordination plus efficace… Pour nous, la socialisation doit corriger les carences de ces systèmes d’organisation dans toutes les industries… Pour socialiser une industrie, nous devons consolider les différentes unités de chaque branche en accord avec un plan directeur et général qui évitera la concurrence et d’autres difficultés empêchant  une bonne et efficace organisation de la production et de la distribution… » 13

Les efforts réalisés pour s’occuper des petits ateliers et des usines coûteuses et en mauvaise santé étaient une caractéristique importante du processus de collectivisation. Comme pour la culture des champs, il était ressenti qu’avec le fonctionnement des ateliers et des usines  « la dispersion des forces représentait une énorme perte d’énergie, une utilisation irrationnelle du travail humain, des machines et des intrants, une redondance sans intérêt des efforts » 14 Par exemple, dans la ville de Granollers, « Toutes les initiatives tendant à améliorer le fonctionnement et la structure de l’économie locale pouvaient être attribuées au… [syndicat]. Ainsi, en une période très brève, sept salons de coiffure collectivisés ont été créés à travers ces efforts, remplaçant un nombre important d’établissements miteux. Tous les ateliers et petites usines de production de chaussures ont été remplacés par une grande usine dans laquelle seules les meilleures machines étaient en fonctionnement et dans laquelle des conditions sanitaires respectant la santé des travailleurs étaient respectées. Des améliorations similaires ont été réalisées dans l’industrie métallurgique où de nombreuses fonderies, petites, sombres et étouffantes ont été remplacées par quelques grandes unités de production dans lesquelles l’air et le soleil pouvaient pénétrer. La socialisation allait de pair avec la rationalisation. » 15

 

Notes:

  1. Gaston Leval, Collectives in Spain, http://dwardmac.pitzer.edu/Anarchist_Archives/leval/collectives.html
  2. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, chapter 2, pg54.
  3. Kevin Doyle, The Revolution in Spain, http://www.struggle.ws/talks/spain_feb99.html
  4. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 12, pg 254
  5. ibid, chapitre 4, p. 80.
  6. Flood et al, Augustin Souchy cité dans I.8.3, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci83
  7. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 11, pg234.
  8. Robert Alexander cité dans The Anarchist FAQ, I.8.3, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci83
  9. Gaston Leval, Collectives in Spain, http://dwardmac.pitzer.edu/Anarchist_Archives/leval/collectives.html
  10. Gaston Leval cité dans The anarchist FAQ, I.8.4
  11. Extrait du Manifeste du syndicat CNT de l’industrie du bois, cité dans Gaston Leval, The Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 11, pg231.
  12. ibid, ch 11, pg230.
  13. Cité par Souchy, mentionné dans the Anarchist FAQ, section I.8.3, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci83
  14. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 12, pg259

Ibid, ch 13, pg287

1er Mai: Pas d’autogestion sans VRAI socialisme…

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Retour sur “l’autogestion” yougoslave (1950-1965) ~ Extraits ~

 

Guillaume Davranche

AL, 1983

 

Résumé de l’historique communiste yougoslave:

La Yougoslavie lutta avec acharnement contre les nazis durant la seconde guerre mondiale avec à la tête de la résistance le maréchal Tito. Après la victoire en 1945, la Yougoslavie embrasse le modèle du “grand-frère” soviétique.

En 1948, Tito rompt avec Staline et le modèle économique soviétique. Comme la Yougoslavie s’est libérée quasiment seule du joug allemand, elle ne doit rien à personne. A partir de 1950, la Yougoslavie se lance dans une forme de socalisme “autogestionnaire” néanmoins dirigé par l’état. Ce sera à partir de 1965 que le titisme inventera, avant les Chinois des années 1990, le nouveau concept de “socialisme de marché”. Celui-ci sous la houlette étatique ne fit que creuser des écarts sociaux et des inégalités entre les salariés et les régions yougoslaves. A la mort de Tito, le pays sombrera avec les montées des nationalismes entretenues par l’Europe et l’OTAN ne désirant que briser et morceler le pays pour mieux le contrôler, ce qui fut fait à terme.

~ Résistance 71 ~

[…]

Conclusion de Davranche sur l’expérience “autogestionnaire” yougoslave:

Pas d’autogestion sans un vrai socialisme

L’échec du socialisme yougoslave est riche en enseignements. Il conclut à l’inanité d’un projet autogestionnaire déconnecté de l’abolition du salariat. Comme en URSS, en Yougoslavie, les rapports de production sont restés des rapports salariaux: la force de travail a continué à faire l’objet d’un échange, les travailleuses et les travailleurs n’ayant pas de maîtrise sur les moyens de production et pas de pouvoir sur la répartition de la plus-value créée par leur travail. Les choix de société en matière de développement n’appartenaient pas aux travailleurs en tant que citoyens, mais à la planification bureaucratique, comme dans le capitalisme ces choix appartiennent en théorie au “marché”. Au sein même de l’entreprise, aucun programme ne fut mis en œuvre pour refondre les métiers et les tâches dans le sens d’égalisation des compétences intellectuelles et manuelles.

Un socialisme authentique impliquera d’articuler l’autogestion dans “l’entreprise” (les citoyens en tant que travailleurs) à l’autogestion politique (les travailleurs en tant que citoyens). Les modèles marxiste-léniniste ou autogestionnaire réformiste, qui supposent une séparation entre gouvernants et gouvernés, sont incompatibles avec la démocratie directe. Leur prétention de bâtir un socialisme de la liberté est caduque. Du côté anarchiste libertaire, la prise en compte d’une expérience telle que “l’autogestion yougoslave” nous aide à penser la transformation sociale au-delà du mythe et avec la rigueur intellectuelle indispensable à un courant révolutionnaire.

 

 

Résistance politique: Lutte sociale et gestion directe…

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Qu’est-ce que la gestion directe ?

 

Fédération Anarchiste

 

10 Avril 2015

 

url de l’article:

http://www.monde-libertaire.fr/autogestion/17719-quest-ce-que-la-gestion-directe#comment-1272

 

En 1981, la « gauche » porteuse d’espoir d’amélioration des conditions d’existence s’emparait des commandes de l’État. Cette expérience a fait la preuve de l’efficacité du clan des politiciens à laisser le chômage et les inégalités se développer. Belles promesses et projets généreux ont été rangés aux oubliettes du « réalisme » socialiste.
Face à la déception et à la grogne, tous les gouvernements tentent de nous faire croire que notre avenir de travailleurs est lié au sauvetage de l’économie des profiteurs. Mais qui peut avaler cela ?
Les dirigeants syndicaux peut-être, qui bradent leur indépendance, trompent leurs mandataires, dévoient leurs syndicats au nom de la « solidarité nationale » entre exploiteurs et exploités, et tous ceux qui prêchent encore les bienfaits de l’austérité aux travailleurs désabusés.
Le revirement brutal de ceux qui, hier encore, mangeaient à la gamelle gouvernementale n’y changera rien. Le monde politique traditionnel est à bout de souffle.

Attention

Plus vite que nous le pensons, nous aurons à choisir. Dans la plupart des pays occidentaux, nous assistons au même phénomène. Au gré des élections, gauche et droite se succèdent sans que de véritables solutions soient apportées. Partout, le patronat durcit ses positions, les travailleurs paient la « crise » de leurs maîtres. Combien de temps encore ce jeu d’alternance durera-t-il avant qu’une droite totalitaire ou une gauche « musclée » balaie les derniers semblants de démocratie ?
Oublier l’histoire, c’est se condamner à la revivre. Devrons-nous attendre, en moutons résignés, l’avènement d’une dictature souhaitée par certains aujourd’hui, ou choisirons-nous la voie de la responsabilité et de l’égalité ?

La lutte pour la gestion directe

Que personne ne décide à notre place ! Organisons la solidarité et l’entraide entre les travailleurs contre les patrons et bureaucrates.
Préparons-nous à remplacer l’État, institution parasite et étouffante, par une organisation fédéraliste des différents secteurs de la société.
Demain, gérons nous-mêmes, directement, notre travail et nos cités. Supprimons les inégalités économiques et sociales.
Après l’échec à l’Ouest et à l’Est de toutes les doctrines autoritaires (démocratiques ou dictatoriales), luttons pour une société libertaire ; débarrassons-nous des patrons et des politiciens.

Les principes

Les principes de l’économie libertaire tels que les anarchistes les conçoivent sont clairs. Ils supposent : le fédéralisme, agent de coordination en remplacement de l’État, agent de coercition du système capitaliste ; l’abolition d’un système économique basé sur le profit, la plus-value et l’accumulation du capital ; la collectivisation des moyens de production et d’échanges ; l’égalité économique et sociale.
La limitation de l’autorité aux accords librement passés entre les participants à l’élaboration d’une économie directement gérée par les travailleurs.
Nous nous démarquons de cette autogestion mise à la mode par les chrétiens progressistes et les marxistes modernistes dont les thèses débouchent toujours sur des projets clairement cogestionnaires.
L’utilisation du terme gestion directe, pour définir notre proposition, semble plus appropriée.

La gestion directe, pour quoi faire ?

La participation à la gestion d’une entreprise n’a d’intérêt, pour un travailleur, que si elle transforme ses conditions d’existence. Gérer une entreprise en commun, alors que cette entreprise conserve ses structures de classes, consisterait, pour les travailleurs, à gérer leur propre misère, leur propre exploitation. Ce qui confère à l’entreprise ses structures de classes, ce sont : la propriété privée de l’entreprise ; l’appropriation par le capital d’une plus-value que le travail de tous a créée ; les différences de rémunérations ; le maintien d’une autorité qui excède le cadre de la tâche à accomplir ; les privilèges de l’encadrement.
Demain, si dans l’entreprise autogérée, il reste des différences économiques, il se reconstituera une nouvelle classe dirigeante qui défendra, par tous les moyens, ses privilèges.
Les anarchistes pensent contrairement aux marxistes avec leur période intermédiaire, qu’il faut supprimer immédiatement tous les privilèges de classe sans exception.
Les travailleurs se demandent ce qu’ils peuvent gagner à la gestion de l’outil de production. Ils pèsent les avantages et les inconvénients qui en résulteront pour eux, et dont le principal est la responsabilité : c’est celui qui le fait le plus réfléchir, car celle qu’ils assureront sur le lieu de travail engagera celle de leur condition économique.
Nous touchons ici au problème humain, celui de l’homme devant la responsabilité, celui de la quiétude qui résulte d’une certaine servilité, surtout lorsqu’elle s’assortit de conditions d’existence économiques et morales acceptables. Mais une autre série de questions se pose au monde du travail. Elles ont trait à la maîtrise des moyens technologiques et des modalités de gestion. Quelles seront les conditions de production et de distribution ? Il est possible d’avancer deux raisons solides qui peuvent nous convaincre que les salariés auraient avantage à gérer la production. La première, c’est qu’ils répartiraient mieux le fruit de leur travail, ce qui est une raison purement économique, matérielle. La deuxième raison est que cette prise en main concourt à l’épanouissement individuel. Mais pour que la gestion directe se traduise en actes, il faut que l’homme se débarrasse des coutumes consacrées par les siècles, il faut qu’il s’émancipe des préjugés.
La production devra être conditionnée par les besoins et non par le profit. La gestion directe implique, de fait, l’abolition du salariat et reste sous-tendue par une gestion globale et rigoureuse du système productif.
Il est important de souligner que si l’égalité économique est une condition nécessaire à la suppression des classes, elle n’est pas suffisante ; la suppression de l’État doit l’accompagner sous peine de voir se recréer une classe dominante.
Cette société sans classe et sans État que nous proposons justifie la prise en main, par les travailleurs, des moyens de production et d’échange, par la population entière la prise en main de la distribution des affaires communales, régionales nationales et internationales par une organisation fédérale adaptée à toutes les situations. Bien évidemment, la gestion directe dépasse ici le cadre strict de l’économie et se généralise à tous les domaines de la vie (cadre et conditions de vie, culture, etc.). Le but du fédéralisme libertaire est de coordonner, d’organiser la vie en société en supprimant tout pouvoir. C’est pour cela que les théoriciens anarchistes, et, à leur suite ceux qui se réclament de l’anarchisme, ont toujours justifié la nécessité de l’organisation.

La coordination sans État

C’est souvent le manque d’organisation structurée qui permet au premier quidam venu d’imposer son autorité et d’être proclamé, suivant les époques : roi, ayatollah ou président. Le fédéralisme libertaire reconnaît, dans toute société, une multitude d’individus et collectivités ayant chacun des aspirations particulières et un rôle propre. C’est pourquoi, l’autonomie la plus large doit être reconnue à chacun, ainsi que la possibilité de s’organiser, de se gérer et de s’administrer comme bon lui semble sans qu’un organe supérieur lui dicte ce qui est bon ou juste. L’autonomie a, bien sûr, ses limites, qui sont le respect de la cohésion de l’ensemble de la société et le non-exercice du pouvoir d’un groupe sur un autre.
Nous voyons donc que contrairement à l’organisation étatique, l’autonomie ou la liberté d’autrui n’est nullement une borne. Mais cette autonomie n’est pas suffisante ; l’entraide est nécessaire. Elle exige de chacun que le contrat librement consenti d’égal à égal remplace la loi édictée et imposée par un seul. Elle exige également que chacun (collectivité et individualité) participe aux décisions communes. Ces différents facteurs combinés transformeraient notre vie de façon radicale en remplaçant le pouvoir de quelques-unes sur tous par une organisation qui, seule, est à même de composer la société sans la paralyser.

La grève expropriatrice gestionnaire

C’est pendant la période où l’État, les directions syndicales et politiques, sont désemparés par un mouvement social de grande ampleur, que l’action décisive est possible. C’est l’instant où, d’une grève revendicatrice, de refus, la grève doit devenir expropriatrice et gestionnaire. Expropriatrice, en refusant de céder les profits aux patrons. Gestionnaire : une fois le patron mis à la porte, il faut continuer la production, trouver les débouchés, repenser une économie dont le moteur n’est plus le profit, mais la satisfaction des besoins.
C’est l’instant de la chance révolutionnaire ; ce qui est rejeté et le but à atteindre doivent être clairement définis. Entre ces deux pôles de la réflexion, quelques idées-forces qui s’inspirent de la conjoncture, et qui varieront avec elle, détermineront les choix. Parce que nous sommes pour la maîtrise totale de l’économie par les travailleurs, nous refusons les systèmes capitalistes, libéral et étatique. Nous voulons établir l’égalité économique et bâtir une organisation de la société débarrassée de l’État.
La grève gestionnaire nous semble, dans l’état de complexité de l’économie moderne, un des moyens les plus efficaces pour arracher aux classes dirigeantes et à l’État les instruments de production et d’échange. C’est donc, à partir des réalités de notre temps que nous poursuivrons notre œuvre de libération sociale, ce qui confère à l’anarchisme son originalité, car, contraire à tous les dogmes, il est une adaptation constante de la proposition théorique aux conditions sociales d’aujourd’hui.

Hommage a un grand résistant à l’oppression coloniale: Malcom X…

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« Dans un tel monde de conflit, un monde de victimes et de bourreaux, il est du devoir des pensants de ne pas être du côté des bourreaux. »
~ Albert Camus ~

« Lorsque tu es né, tu as pleuré et le monde s’est réjoui. Vis ta vie de telle façon que lorsque tu meurs, le monde pleure et tu te réjouis. »
~ Proverbe Cherokee ~

 

Malcom X avait raison sur les Etats-Unis

 

Chris Hedges

 

16 février 2015

 

url de l’article en français:

http://www.legrandsoir.info/malcolm-x-avait-raison-sur-les-etats-unis-truthdig.html

 

Malcolm X, contrairement à Martin Luther King, ne pensait pas que l’Amérique ait une conscience. Pour lui, il n’y avait pas de grande contradiction entre les nobles idéaux de la nation — une imposture à ses yeux — et l’échec de garantie de justice à l’égard des noirs. Il avait compris, peut-être mieux que King, les mécanismes inhérents à l’empire. Il n’espérait pas des dirigeants de l’empire qu’ils se reconnectent à la bonté en eux afin de construire un pays débarrassé de l’injustice et de l’exploitation. Il expliquait que depuis l’arrivée du premier bateau d’esclaves jusqu’à l’apparition de notre vaste archipel de prisons et de nos sordides colonies intérieures (NdT : Les réserves d’amérindiens), où les pauvres étaient piégés et exploités, l’empire Américain était inexorablement hostile à ceux que Frantz Fanon appelait les « damnés de la Terre ». Cela, et Malcolm en était conscient, ne changerait pas avant la destruction de l’empire.

« Il est impossible que le capitalisme survive, premièrement parce que le système capitaliste a un besoin perpétuel de sang à sucer », disait Malcolm. « Le capitalisme était un aigle, c’est maintenant un vautour. Il était assez puissant pour sucer le sang de n’importe qui, des forts comme des faibles. Mais aujourd’hui il devient plus couard, comme le vautour, et il ne suce plus que le sang des faibles. A mesure que les nations du monde se libèrent, le capitalisme a moins de victimes potentielles à sucer, et il s’affaiblit. Ce n’est qu’une question de temps avant l’effondrement complet. »

King obtint une victoire législative à travers le mouvement des droits civiques, comme le montre le nouveau film « Selma ». Mais il échoua à faire naitre la justice économique, et à détourner l’appétit vorace de la machine de guerre qu’il savait pertinemment responsable des abus de l’empire sur les opprimés à l’étranger comme à domicile. Et 50 ans après l’assassinat de Malcolm X à l’Audubon Ballroom de Harlem par des tueurs professionnels de la Nation de L’Islam, il apparait clairement qu’il avait raison lui, et pas Martin Luther King. Nous sommes la nation que Malcolm savait déjà que nous étions. Les humains peuvent changer. Pas les empires. Notre refus de regarder en face la vérité sur l’empire, de nous attaquer à la multitude de ses crimes et de ses atrocités, a fait naitre le cauchemar que Malcolm avait prédit. Et à mesure que l’ère digitale et que la société post-littéraire implante une amnésie historique terrifiante, ces crimes sont effacés aussi facilement qu’ils sont commis.

« Parfois, j’ai osé rêver… qu’un jour l’histoire puisse dire que ma voix — dérangeant la suffisance de l’homme blanc, son arrogance et sa complaisance — que ma voix aurait aidé à sauver l’Amérique d’une catastrophe grave, voire possiblement fatale’, avait écrit Malcolm.

L’intégration d’élites de couleur, dont Barack Obama, dans les échelons les plus élevés des structures institutionnelles et politiques n’a rien changé à la nature prédatrice de l’empire. Les politiques identitaires et de genre — nous sommes sur le point de nous faire vendre une femme présidente en forme d’Hillary Clinton — ont encouragé, comme l’avait compris Malcolm, les fraudes et les vols de Wall Street, l’éviscération de nos libertés individuelles, la misère d’une sous-classe dans laquelle la moitié des enfants en école publique vivent dans la pauvreté, l’expansion de nos guerres impériales et l’exploitation intensive et peut-être fatale de nos écosystèmes. Et tant que l’on se refuse à écouter la voix de Malcolm X, tant que l’on ne lutte pas contre l’auto-destruction inhérente au fonctionnement de l’empire, les victimes, à domicile comme à l’étranger, ne cesseront de s’accumuler. Malcolm, à l’instar de James Baldwin, avait compris qu’il n’y a qu’en se confrontant à la réalité de qui nous sommes, en tant que membres d’une puissance impériale, que les gens de couleur, ainsi que les blancs, peuvent se libérer. Cette vérité est dure et amère. Elle requiert une reconnaissance de notre capacité à faire le mal, à engendrer l’injustice et l’exploitation, et elle exige une repentance. Mais on s’accroche comme des enfants frivoles aux mensonges qu’on se raconte sur nous-mêmes. Nous refusons de grandir. Et à cause de ces mensonges, propagés à travers le spectre culturel et politique, la libération n’a pas lieu. L’empire nous dévore tous.

« Nous sommes contre la diabolisation, contre l’oppression, contre le lynchage » a dit Malcolm. « Vous ne pouvez être contre ces choses sans être contre l’oppresseur et le lyncheur. Vous ne pouvez être anti-esclavage et pro-esclavagiste ; vous ne pouvez être anti-crime et pro-criminel. D’ailleurs, Mr Muhammad explique que si l’actuelle génération de blancs étudiait sa propre race à la lumière de la véritable histoire, ils seraient eux-mêmes anti-blancs. »

Malcolm a dit un jour, que s’il avait été un noir de la classe moyenne, encouragé à aller en école de droit, plutôt qu’un pauvre enfant en foyer, abandonnant l’école à 15 ans, « Je ferais aujourd’hui probablement partie de la bourgeoisie noire de quelque ville, sirotant des cocktails en me vantant d’être moi-même un porte-parole et un leader des masses noires souffrantes, alors que ma préoccupation majeure serait de ramasser quelques miettes d’un conseil de faux-culs blancs acariâtres que j’aurais supplié pour mon « intégration ». »

La famille de Malcolm, pauvre et en difficulté, fut brutalement déchirée par des agences d’état selon un schéma inchangé aujourd’hui. Les tribunaux, une éducation médiocre, un appartement insalubre, la peur, l’humiliation, le désespoir, la pauvreté, l’avidité des banquiers, les employeurs abusifs, la police, les prisons, les agents de probation, remplirent leur fonction comme ils le font encore aujourd’hui. Malcolm voyait l’intégration raciale comme un jeu politique stérile, élaboré par une classe moyenne noire anxieuse de vendre son âme pour participer elle aussi à l’empire et au capitalisme. « L’homme qui jette des vers dans la rivière », disait Malcolm, « n’est pas nécessairement l’ami des poissons. Tous les poissons qui le prennent pour un ami, qui ne pensent pas que les vers soient hameçonnés, finissent généralement dans une poêle à frire ». […]

« Martin [Luther King Jr.] n’a pas eu le feu révolutionnaire que Malcolm avait, avant la toute fin de sa vie », explique Cornel West dans son livre coécrit avec Christa Buschendorf, « le feu noir prophétique ». »Et par feu révolutionnaire j’entends la compréhension du système dans lequel nous vivons, le système capitaliste, les tentacules impérialistes, l’empire Américain, le mépris pour la vie, la volonté de violer la loi, qu’elle soit internationale ou domestique. Malcolm avait compris ça dès le départ, et cela a frappé Martin si fort qu’il est devenu révolutionnaire à sa propre façon, selon sa morale, plus tard dans sa courte vie, tandis que Malcolm a eu ce feu révolutionnaire très tôt dans sa vie ».

Il y a trois excellents livres sur Malcolm X : « L’autobiographie de Malcolm X : raconté à Alex Haley« , « La mort de Malcolm X » par Peter Goldman et « Martin & Malcolm & L’Amérique : Un rêve ou un cauchemar » de James H. Cone.

J’ai rencontré Goldman — qui, en tant que reporter pour un journal de St Louis et plus tard pour Newsweek a rencontré et écrit sur Malcolm — ce vendredi, dans un café de New York. Goldman faisait partie d’un cercle restreint de reporters que Malcolm respectait, et dont faisaient partie Charles Silberman de « Fortune » et M.S. « Mike » Handler du New York Times, dont Malcolm a un jour dit qu’il n’avait « aucun des préjugés habituels ou des sensibleries vis à vis des noirs ».

Goldman et sa femme, Helen Dudar, qui était aussi reporter, ont rencontré Malcolm pour la première fois en 1962 au Shabazz Frosti Kreem, un snack-bar de musulmans noirs du ghetto nord de St. Louis. Lors de cette entrevue, Malcolm versa un peu de crème dans son café. « Le café est la seule chose dont je sois content de l’intégration », commenta-t-il. Il continua : « Le négro moyen ne laisse même pas un autre négro savoir ce qu’il pense, il est si méfiant. C’est un acrobate. Il y a été forcé pour survivre dans cette civilisation. Mais parce que je suis musulman, bien que je sois noir d’abord — ma sympathie est noire, mon allégeance est noire, tous mes objectifs sont noirs. Parce que je suis un musulman, je ne suis pas intéressé par être américain, parce que l’Amérique ne s’est jamais intéressée à moi’.

Il dit à Goldman et Dudar : « Nous ne haïssons pas. L’homme blanc a un complexe de culpabilité — il sait qu’il a commis quelque chose de mal. Il sait que s’il avait subi de nos mains ce que nous avons subi des siennes, il nous haïrait ». Quand Goldman dit à Malcolm qu’il croyait en une société où les races n’importeraient pas, Malcolm répondit rapidement : « Vous raisonnez en terme de fantaisie. Il faut raisonner avec des faits ».

Goldman se souvient, « il était le messager nous apportant la mauvaise nouvelle, celle que personne ne voulait entendre ». Malgré la « mauvaise nouvelle » dès cette première rencontre, Goldman allait le rencontrer plusieurs fois pour d’autres interviews, des interviews qui duraient souvent 2 ou 3 heures. L’écrivain rend aujourd’hui hommage à Malcolm pour sa « ré-éducation’.

Goldman fut dès le début frappé par la courtoisie indéfectible de Malcolm, son éblouissant sourire, sa probité morale, son courage, et , étonnamment, sa douceur. Goldman rappelle le jour ou le psychologue et écrivain Kenneth B. Clark et sa femme escortèrent un groupe d’étudiants de lycée, des blancs pour la plupart, pour voir Malcolm. Ils arrivèrent et l’aperçurent entouré de reporters. Ms. Clark, pensant que le meeting avec les reporters était plus important, dit à Malcolm que les adolescents attendraient. « L’important ce sont ces enfants », dit Malcolm à Mrs Clark en appelant les étudiants à lui. « Il ne voyait pas de différence entre les enfants blancs et les enfants », écrit Goldman dans son livre, en rapportant les propos de Kenneth Clark.

James Baldwin lui aussi, a écrit sur la profonde sensibilité de Malcolm. Malcolm et lui participaient à une émission de radio en 1961 avec un jeune activiste du mouvement des droits civiques qui revenait du Sud. « Si tu es un citoyen américain », rapporte Baldwin en se remémorant une question de Malcolm au jeune homme, « pourquoi dois-tu te battre pour tes droits de citoyen ? Être un citoyen c’est avoir les droits d’un citoyen. Si tu n’as pas les droits d’un citoyen, alors tu n’es pas citoyen ». « ça n’est pas aussi simple que ça », répondit le jeune homme. « Pourquoi donc ? » demanda Malcolm.

Durant cet échange, écrit Baldwin, « Malcolm comprit cet enfant et lui parla comme s’il parlait à un jeune frère, avec une attention bienveillante. Ce qui m’a le plus marqué c’est qu’il n’essayait pas de persuader l’enfant : il voulait le pousser à réfléchir… Je n’oublierai jamais Malcolm et cet enfant face à face, et l’extraordinaire douceur de Malcolm. Et c’est ça la vérité sur Malcolm : il était l’une des personnes les plus douces que j’aie jamais rencontrées. »

« L’une des répliques préférées de Malcolm était « Je suis l’homme que tu penses être », me dit Goldman. « Ce qu’il entendant par ça, c’était, si tu me frappes, je te frapperai en retour. Mais après avoir fait plus ample connaissance avec lui j’en suis venu à penser que cela signifiait aussi, si tu me respectes je te respecterai en retour ».

Cone souligne ce point dans « Martin & Malcolm & L’Amérique » :

Malcolm X est le meilleur remède contre tout génocide. Il nous a montré par l’exemple et en prêchant prophétiquement que personne n’est obligé de rester dans la boue. Il est possible de se réveiller ; il est possible de se relever, et d’entamer la longue marche pour la liberté. La liberté est avant tout et surtout une reconnaissance intérieure, un respect de soi, c’est comprendre que personne n’a été mis sur terre pour être quelconque. Les drogues et la violence sont les pires formes d’auto-dépréciation. Nos ancêtres ont lutté alors que l’espoir était mince (esclavage, lynchage, ségrégation), mais ils ne se sont pas auto-détruits. Certains sont morts en se battant, d’autres, inspirés par ces exemples, ont continué à progresser vers cette terre promise qu’est la liberté, en chantant « nous ne laisserons personne nous détourner ». Les afro-américains peuvent faire la même choses aujourd’hui. Nous pouvons nous battre pour la dignité et le respect de soi. Être fier d’être noir ne signifie pas être contre les blancs à moins que les blancs soient contre le respect de l’humanité des noirs. Malcolm n’avait rien contre les blancs ; il était pour les noirs et contre leur exploitation.

Goldman déplore la disparition de voix comme celle de Malcolm, ces voix imprégnées d’une compréhension des vérités historiques et culturelles et dotées du courage de les exprimer en public.

« Nous ne lisons plus » dis Goldman. « Nous n’apprenons plus désormais. L’histoire disparaît. Les gens parlent de vivre dans l’instant comme si c’était une vertu. C’est un horrible vice. Entre la Twittosphère et les chaines d’infos en continu 24h/24 notre histoire disparait. L’histoire devient quelque chose d’ennuyeux que l’on doit endurer au lycée, puis dont nous sommes débarrassés. Ensuite vous allez à l’université, vous étudiez la finance, la comptabilité, le business, le management ou la science informatique. Il reste bien peu de spécialisation en arts progressistes. Et cela a effacé notre histoire. La personnalité la plus connue des années 60 est, bien entendu, Martin Luther King. Mais ce que la majorité des américains connait de MLK c’est qu’il a fait un discours où il a dit « J’ai fait un rêve » et qu’il a son nom attaché à un jour férié. »

Malcolm, comme MLK, comprirent le prix à payer pour être un prophète. Les deux hommes payèrent ce prix au quotidien.

Malcolm, comme l’écrit Goldman, rencontra le reporter Claude Lewis un peu avant son assassinat le 21 février 1965. Il avait déjà fait face à plusieurs tentatives d’assassinat.

« Nous vivons une ère d’hypocrisie », dit-il à Lewis. « Quand les blancs prétendent vouloir que les nègres soient libres, et que les nègres prétendent croire les blancs quand ils disent vouloir qu’ils soient libres, c’est une ère d’hypocrisie, frère. Tu me mens et je te mens. Tu prétends être mon frère, et je prétends croire que tu crois être mon frère »

Il dit à Lewis qu’il ne vivrait pas vieux. « Si vous lisez, vous vous rendez compte que peu nombreux sont ceux qui, pensant comme je pense, vivent assez longtemps pour commencer à vieillir. Quand je dis par tous les moyens nécessaires, j’y crois de tout cœur, corps et âme. Un homme noir devrait donner sa vie pour être libre, et il devrait aussi être capable, être prêt à ôter la vie de celui qui veut la lui prendre. Quand vous pensez ainsi, vous ne vivez pas longtemps ».

Lewis lui demanda comment il souhaitait qu’on se souvienne de lui. « Sincère », répondit Malcolm. « Dans tout ce que j’ai fait ou dit. Même si j’ai commis des erreurs, ce fut en toute sincérité. Si je me trompe, je me trompe sincèrement. Je pense que la meilleure chose que l’on puisse être, c’est être sincère ».

« Le prix de la liberté », déclara Malcolm peu avant sa mort, « est la mort ».

Néolibéralisme capitalisme monopoliste et paupérisation généralisée…

Posted in actualité, crise mondiale, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, Social & Retraite, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 6 novembre 2014 by Résistance 71

Au Canada les banques alimentaires sont débordées

 

La Presse.ca

 

5 Novembre 2014

 

url de l’article:

http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-16758.html

 

Les banques alimentaires canadiennes sont utilisées à 25 % plus qu’avant la récession de 2008, et 37 % des demandes sont pour des enfants de moins de 18 ans, selon des enquêtes annuelles sur l’utilisation des organismes d’aide alimentaire.

Au Québec, ce sont plus de 1,6 million de demandes par mois que reçoit l’ensemble des banques alimentaires de la province. Selon le rapport Bilan-Faim 2014, les demandes ont augmenté en moyenne de près de 40 000 par mois depuis l’an dernier, pour un total mensuel de 1 601 115 demandes. De cet impressionnant total, 342 568 paniers ont été distribués à des familles québécoises d’une à six personnes en situation de pauvreté.

Devant la demande grandissante, plus de la moitié des banques alimentaires n’arrivaient pas à répondre à toutes les demandes, en mars 2014. C’était 22 % de plus qu’en mars 2013. Au cours de l’année 2014, rapporte l’enquête, 12,1 % des organismes ont dû fermer leurs portes, comparativement à 3 % l’année précédente.

Au Québec, le rapport Bilan-Faim propose d’offrir un crédit d’impôt destiné aux agriculteurs et transformateurs d’aliments qui font des dons de produits aux banques alimentaires, ce qui permet de lutter contre le gaspillage alimentaire tout en augmentant et en assurant l’approvisionnement de ces banques.

Il recommande aussi «un élargissement du soutien aux enfants au-delà du soutien à l’école actuellement disponible sous la forme d’un petit déjeuner durant les journées d’école. Plusieurs organismes et comptoirs alimentaires du réseau offrent ce type de soutien, et il y a lieu ici de réviser le support et le financement gouvernemental à ce niveau.» Rappelons que les compressions budgétaires du gouvernement Couillard dans les commissions scolaires ont forcé les responsables à couper dans le service d’aide alimentaire de certaines écoles.

Au niveau canadien, le rapport Bilan-Faim révèle que près de la moitié des ménages qui ont fait appel à l’aide alimentaire sont des familles avec enfants. Près de la moitié d’entre elles sont des familles biparentales.

Entre autres recommandations, le rapport conseille le gouvernement fédéral de remplacer les différentes mesures fiscales pour enfants par une nouvelle prestation de bien-être pour enfants qui ciblerait particulièrement les familles plus vulnérables. Il presse aussi les gouvernements fédéral et provinciaux de financer de manière stable des garderies abordables et réglementées pour permettre aux parents de rester à l’emploi.

À Ottawa, le rapport Bilan-Faim tombe tout juste quelques jours après l’annonce par le premier ministre Stephen Harper de nouvelles mesures fiscales pour les familles, notamment le fractionnement du revenu, une mesure qui, selon les économistes, aidera d’abord et surtout les familles riches avec des enfants.

Selon l’enquête Bilan-Faim, le nombre de personnes ayant reçu l’aide alimentaire a augmenté de 1 % en mars 2014, comparativement à mars 2013, pour un total de 841 191 personnes.

Fait nouveau, la proportion de bénéficiaires seuls et sans enfants a explosé, passant de 39 % en 2001 à 43 % cette année.

Les responsables du rapport attribuent ce phénomène à la disparition d’emplois bien payés dans le secteur manufacturier, qui offrait de bons salaires notamment aux hommes non diplômés. Le rapport recommande au gouvernement de remplacer les programmes d’aide sociale existants par un revenu minimum garanti.

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