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États et manipulation: La fumisterie des chiffres du chômage…

Posted in actualité, économie, crise mondiale, désinformation, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , on 29 octobre 2015 by Résistance 71

La très vaste majorité de ce que nous pouvons voir, lire, entendre, « apprendre » non seulement des médias de masse (merdias), mais aussi des grandes gueules « expertes » sur tous les sujets est manipulée, falsifiée, bidouillée pour être ajusté aux dogmes de la pensée unique en tout domaine abordé que ce soit la politique, les sciences, les sciences sociales. Comment cela est-il possible ? Parce les oligarques sont parvenus à terne à tout acheter, tout corrompre, des médias, aux politiques en passant par les fonds de recherche et autres ONG assujettis aux transnationales et aux « fondations » privées des barons voleurs. Il suffit de dire NON  pour déboulonner à tout jamais cette oligarchie criminelle.

— Résistance 71 —

 

C’est le plein emploi aux Etats -Unis et bientôt en France!…

 

Charles Sannat

 

4 Octobre 2015

 

url de l’article original:

http://insolentiae.com/2015/10/04/cest-le-plein-emploi-aux-etats-unis-et-bientot-en-france-ledito-de-charles-sannat/

 

Repris par les 7 du Québec:

http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/le-taux-de-chomage-avoisine-0-aux-usa/

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Je suis sidéré que nos mamamouchis n’y aient pas déjà pensé… Faire baisser le taux de chômage est en réalité un jeu d’enfant. Je parle de la façon de présenter la réalité évidemment, pas de la réalité elle-même vous l’aurez compris.

Partons du principe qu’un chômeur est un individu en difficulté… vous êtes d’accord avec moi je suppose.

Supposons aussi qu’un chômeur ne bénéficie d’aucune solution d‘accompagnement personnalisée.

Supposons enfin qu’un chômeur soit un individu ne disposant d’aucun revenu.

Alors si nous définissons le chômeur comme une personne en difficulté, ne bénéficiant d’aucun système d’accompagnement et n’ayant aucun revenu alors nous pourrions par cette simple définition ramener le chômage proche de 0.

Pourquoi ?

Parce qu’en France nous avons soit une allocation chômage, soit l’ASS lorsque l’on se trouve en fin de droit, soit un RSA soit un minimum vieillesse… il y a presque toujours un revenu minimum de versé quand bien même il est très faible. Faible mais existant.

Nous pourrions donc considérer qu’en France c’est le plein emploi !

Ne soyez pas choqué par ce raisonnement parce que c’est exactement celui des américains !

En gros aux Etats-Unis il n’y a plus de chômeur ou presque.

Il n’y a que des « not in labour force » ce qui se traduit par « pas comptés dans la population active ».
Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont droit à rien donc, comme ils n’ont droit à rien au niveau des « Paul Emploi » locaux, inutile d’y aller remplir des formulaires pour rien.

Si les USA ont créé donc 142 000 emplois de plus au mois de septembre 2015, les analystes s’attendaient à tout de même un poil plus genre plus de 200 000 créations mais peu importe entre nous.

Car l’important ce n’est pas les jobs plus ou moins pourris, mal payés et à temps partiel subi créés qui sont importants et significatifs en nombre.

Ce qui est significatif en nombre c’est cette fameuse catégorie « not in labour Force » puisqu’en un mois elle progresse de 579 000 nouveaux arrivants dans cette catégorie des « je ne fais même plus partie de la population active »…
Aux Etats-Unis il y a donc officiellement 7.915.000 chômeurs…. Et 94.610.000 personnes qui ne sont plus comptabilisés dans la population active (mais en âge de travailler)… et plus le chômage baisse en Amérique plus cette catégorie augmente et depuis le début de la crise en 2007, chaque année, le « taux de participation de la population à la vie active » baisse. Nous allons de records en records.

C’est dans cette ligne-là que se cache le mensonge du chômage américain.

Et je le dis sans détour à nos dirigeants, si les américains en sont rendus à de tels artifices comptables pour donner l’illusion d’une reprise économique et d’un dynamisme, alors franchement en France nos mamamouchis peuvent décréter sans soucis que tout va pour le mieux ce qui devrait finir par arriver puisque si la fièvre est trop haute, il suffit de changer de thermomètre.

Enfin pour avoir une bonne vision de la réalité sociale aux Etats-Unis, pays ayant fait tout plein de « rêêêfooormes » structurelles expliquant son insolente prospérité et son retour au plein emploi (cette phrase étant évidemment ironique) raison pour laquelle nous devrions faire la même chose ici en France, vous devez également ne pas oublier de regarder un chiffre très important qui est celui des adhérents au programme des Food Stamps US. Pour ceux qui ne le savent pas c’est l’équivalent des « soupes populaires » ou des restos du cœur chez nous.

45.510.153 millions de personnes en mai 2015 source officielle directement du programme national des food stamps (lien en bas).

26.316.000… millions c’était le nombre de bénéficiaires en 2007… au début de la crise.

S’il y a effectivement une baisse de moins d’un million entre 2014 et 2015 ce n’est pas parce que la situation économique est redevenue transcendante aux Etats-Unis, c’est parce que les règles pour en être bénéficiaire et la durée de prise en charge ont été réduits…

Les cadavres de la crise sont cachés dans deux placards…

La catégorie « not in labor force » pour les chômeurs.

La catégorie food stamps pour tous les ruinés et les miséreux.

Cette réalité est factuelle. Vous avez tous les liens ci-dessous pour vérifier cela par vous-même non pas en consultant des sites « complotistes », mais le plus simplement du monde en faisant l’effort de ne pas vous contenter des « une » des titres des articles de presse (ce qui prouve d’ailleurs au choix, soit le niveau de nos journalistes soit leur degré de liberté de nous informer).

Non, vous allez juste prendre quelques minutes de votre temps et aller sur le BLS américain (qui est l’équivalent on ne peut plus officiel de notre ministère de l’emploi), puis sur le site du tout aussi officiel SNAP qui signifie « Supplemental Nutrition Assistance Program » et qui s’occupe d’empêcher de laisser de mourir de faim plus de 45 millions d’américains qui n’arrivent plus à faire face à cette croissance économique diabolique et à ce plein emploi phénoménal.

Le pire dans tout cela mes chers camarades impertinents, ce n’est pas de trouver ces chiffres. Le plus difficile ce n’est pas de les expliquer. Non ce qui est tout bonnement hallucinant, c’est que lorsque vous dites cela, personne ne veut vous croire, on préfère vous prendre au mieux pour un « doux dingue », au pire pour un « illuminé »… Puisqu’on vous dit que la croissance est là, la reprise aussi et que le taux de chômage baisse aux Etats-Unis… « oui mais ce n’est pas vrai »… complotiste va ! Tenez prenez vos pilules… »

Et pourtant « elle tourne », pas rond ces derniers temps, mais elle tourne et le chômage aux USA ne baisse pas il monte.

Alors, en attendant, préparez-vous, il est déjà trop tard !

Charles SANNAT
Insolentiae signifie impertinence en latin
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« À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes » (JFK)

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur http://www.insolentiae.com »

http://www.bls.gov/news.release/empsit.nr0.htm 
http://www.bls.gov/news.release/empsit.t01.htm 
http://www.fns.usda.gov/sites/default/files/pd/29SNAPcurrPP.pdf

= = =

Vidéo connexe de Charles Sannat: L’escroquerie des chiffres du chômage…

http://insolentiae.com/2015/10/28/escroquerie-le-chomage-ne-baisse-pas-il-augmente-de-166-000-video-ledito-de-charles-sannat/

Changement de paradigme politique: Pensée et pratique anarchiste avec Errico Malatesta part 3

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Errico Malatesta l’anarchisme de la théorie à la pratique (III)

 

Compilation d’écrits 1919~1931

 

Source: “Écrits choisis”, Errico Malatesta, éditions du Monde Libertaire, 1978

 

Errico Malatesta (1853-1932), théoricien et militant anarchiste italien, créateur en 1920 de l’Union Anarchiste Italienne (UAI), qui fut à la pointe de la grève générale expropriatrice des usines du nord de l’Italie en 1920, mouvement trahi par les communistes et les socialistes au profit du patronat et de l’État qui appelèrent Mussolini au pouvoir en conséquence. La pensée et l’action directe de Malatesta ont donné au mouvement anarchiste son expression politique sans doute la plus achevée. Il élabora toute sa vie durant une praxis cohérente tant dans les moyens que dans les objectifs de la révolution sociale. Ancré profondément dans la dimension sociale et dans la volonté de réalisation du bien-être commun, Malatesta nous a laissé un riche héritage théorique et militant qui mérite d’être plus connu.

Nous avons beaucoup à apprendre d’Errico Malatesta. Sa pensée et son action sont au cœur de l’anarchisme moderne.

Nous avons compilé ces textes courts dans les rubriques suivantes, qui seront autant de parties à la publication sur le blog

 

 

~ Résistance 71, Octobre 2015 ~

 

Les anarchistes et le mouvement ouvrier

 

Les anarchistes doivent reconnaître l’utilité et l’importance du mouvement syndical ; ils doivent favoriser son développement et en faire un des leviers de leur action en faisant tout leur possible pour que, en coopération avec les autres forces du progrès existantes, il débouche sur une révolution sociale menant à la suppression des classes, à la liberté totale, à l’égalité, à la paix et à la solidarité avec tous les êtres humains.

(Note de Résistance 71: Ceci était valide en 1927 et jusqu’à la seconde guerre mondiale, depuis les années 1950, le syndicalisme a été acheté par l’oligarchie politico-financière et les grandes centrales syndicales, en échange de l’abandon de toute velléité révolutionnaire, mangent dans la main du pouvoir et bénéficient des subsides d’état pour maintenir une clique de “négociateurs” tout aussi bourgeois que traître à la cause des travailleurs… Ceci a été appelé le “réformisme”, une mascarase de syndicalisme toutes tendances confondues,)

D’où la nécessité mpérieuse d’organisations purement anarchistes qui, dans les syndicats et hors des syndicats, luttent pour réaliser intégralement l’anarchisme et qui cherchent à stériliser tous les germes de dégénérescence et de réaction.

~ Il Risveglio, Octobre 1927 ~

 

La tâche des anarchistes est de travailler à renforcer les consciences révolutionnaires des organisés et à rester dans les syndicats, toujours en tant qu’anarchistes (Note de R71: Cette vision n’est pas partagé par tous les anarchistes…)

Il est vrai que dans bien des cas, les syndicats sont contraints de transiger et de faire des compromis, pour des raisons d’ordre immédiat. Je ne leur reproche pas, mais c’est précisément pour cette raison qu’il faille bien reconnaître que l’essence des synicats est d’être réformiste.

Les syndicats font un travail de fraternisation entre les masses prolétaires et ils éliminent les conflits qui, autrement, pourraient surgir entre les travailleurs eux-mêmes.

L’esclavage économique étant le fruit de l’esclavage politique, il faut en finir avec ce dernier pour en finir avec le premier, bien que Marx ait soutenu le contraire.

Pourquoi la payasan porte t’il le grain au patron ?

Parce que le gendarme est là pour l’y forcer

La lutte devant être menée, y compris sur le terrain politique, pour détruire l’État, le syndicalisme ne peut donc as être une fin en lui-même.

Nous voulons la liberté pour tous : nous voulons que la révolution, ce soit la masse qui la fasse, pour la masse.

L’Homme qui pense avec sa tête est préférable à celui qui approuve tout aveuglément.

~ Umanita Nova, Mars 1922 ~

 

Personnellement, je pense que tels qu’ils sont en régime capitaliste, les coopératives et les syndicats ne mènent pas naturellement (de par leur propre force intrinsèque, à l’émancipation de l’Homme (c’est sur ce point que porte la controverse). Je pense qu’ils peuvent produire le bien comme le mal, qu’ils peuvent être aujourd’hui des organes de conservation sociale comme de transformation sociale et servir, demain, la réaction comme la révolution.

~ Umanita Nova, Avril 1922 ~

 

En un mot, le syndicat ouvrier n’est pas révolutionnaire, mais réformiste de par sa nature même. Le caractère révolutionnaire doit lui être apporté et soit être développé et maintenu en lui par l’action constante des révolutionnaires qui agissent en son sein et en dehors de lui.

Le syndicat ne peut faire œuvre révolutionnaire que s’il cesse d’être un syndicat économique, pour devenir un groupe politique ayant un idéal.

Le mouvement ouvrier en lui-même, loin de mener à la transformation de la société au bénéfice de tous, tend à fomenter les égoïsmes catégoriels et à créer une classe d’ouvriers privilégiés qui prévaut sur la grande masse des déshérités.

C’est ce qui explique le fait suivant qui est général: à mesure qu’elles sont devenues plus grandes et plus fortes, les organisations ouvrières sont devenues conservatrices et réactionnaires dans tous les pays et ceux qui ont consacré leurs efforts au mouvement ouvrier, dont les intentions sont honnêtes et qui ont en vue une société de bien-être et de justice pour tous, ceux-là sont souvent condamnés à un travail de Sisyphe et doivent périodiquement tout recommencer depuis le début.

~ Umanita Nova, Avril 1922 ~

 

Les syndicalistes prétendent que l’organisation ouvrière d’aujourd’hui servira de cadre à la société future et facilitera le passage du régime bourgeois au régime égalitaire. Rien n’est moins vrai.

C’est une idée qui était chère aux membres de la 1ère Internationale et si je me souviens bien, il est dit dans les écrits de Bakounine, que la nouvelle société se réaliserait si tous les travailleurs entraient dans les sections internationales. Mais cela semble être une erreur.

La nouvelle société ne peut se réaliser qu’en brisant ces cadres et en créant des organismes nouveaux qui correspondent aux conditions nouvelles et aux nouvelles fins sociales.

Dans l’état actuel des choses, nous voudrions que le mouvement ouvrier soit ouvert à la promotion de bien des idées, qu’il prenne part à tous les faits d’ordre économique, politique, moral et de la vie sociale, qu’il vive et se développe libre de toute domination d’un parti politique, quel qu’il soit.

~ Umanita Nova, Avril 1922 ~

 

… par syndicalisme on entend toutes les organisations ouvrières, tous les “syndicats” constituees pour résister à l’oppression des patrons et diminuer ou réduire à néant l’exploitation du travail humain par ceux qui détiennent les matières premières et les instruments de travail.

Je dis que ces organisations ne peuvent pas être anarchistes et qu’il n’est pas bon de vouloir qu’elles le soient parce que si elles l’étaient, elles ne répondraient pas à leur but et elles ne serviraient pas les fins que les anarchistes qui y participent proposent.

Le syndicat est fait pour défendre aujourd’hui les intérêts actuels des travailleurs et pour améliorer le plus possible leurs conditions, tant qu’on n’est pas en mesure de faire la révolution, révolution qui fera des salariés actuels des travailleurs libres, librement associés à l’avantage de tous.

Le syndicalisme est par nature réformiste (j’entends le syndicalisme pratique et non pas le syndicalisme théorique que chacun peut se façonner à sa guise). Tout ce qu’on peut attendre de lui, c’est que les réformes qu’il vise et obtient soient telles et obtenues de telle façon, qu’elles servent à l’éducation et à la préparation révolutionnaire et qu’elle laisse la voie ouverte à des exigences toujours plus grandes.

Toute fusion, toute confusion entre le mouvement anarchiste et révolutionnaire d’une part et le mouvement syndicaliste d’autre part, finit par rendre le syndicat impuissant face à son but spécifique ou par affaiblir, dénaturer, éteindre l’esprit anarchiste. Je pense donc que les anarchistes ne doivent pas vouloir que les syndicalistes soient anarchistes, mais qu’ils doivent agir au sein des syndicats, au profit des anarchistes, en tant qu’individus, en tant que groupes et en tant que fédération de groupes.

Dans les syndicats, les anarchistes devraient lutter pour qu’ils restent ouverts à tous les travailleurs, quelle que soit leur opinion et quel que soit le parti auquel ils appartiennent et pour que la seule condition soit la solidarité contre les patrons. Ils devraient s’opposer à l’esprit corporatif et à quiconque prétendrait monopoliser l’organisartion ou le travail.

Ne pas perdre de vue que l’organisation oiuvrière n’est pas une fin en soi mais un moyen parmi d’autres, bien qu’important, pour préparer l’avènement de l’anarchie.

~ Pensiero e Volonta, Avril 1925 ~

 

C’est à juste titre que les anarchistes s’opposent au communisme autoritaire (marxisme): le communisme autoritaire implique un gouvernement qui veut diriger toute la vie sociale et placer l’organisation de la production et la distribution des richesses sous les ordres de ses propres fonctionnaires. Il ne peut en conséquence donner que la pire des tyrannies ; il ne peut que paralyser toutes les forces vives de la société.

Les syndicats qui apparemment sont d’accord avec les anarchistes pour haïr le centralisme étatique, veulent se passer de gouvernement et le remplacer par les syndicats. Ils disent que ce sont les syndicats qui doivent se rendre maîtres des richesses, réquisitionner les vivres, les distribuer, organiser la production et l’échange. Je n’y verrais aucun inconvénient si les syndicats ouvraient toutes grandes leurs portes à toute la population et laissaient à ceux qui ne sont pas d’accord la liberté d’agir pour leur part et de prendre ce qui leur revient…

Mais s’il y a un petit nombre d’individus qu’une longue habitude fait considérer comme étant les chefs des syndicats, s’il y a des secrétaires permanents et des organisateurs officiels, ce sont eux qui se trouveront automatiquement chargés d’organiser la révolution. Ils auront tendance à considérer comme intrus et irresponsables ceux qui voudront prendre des initiatives indépendemment d’eux et, ne serait-ce qu’avec les meilleures intentions, ils voudront imposer leur propre volonté, peut-être même par la force.

Dans ce cas, le régime syndicaliste deviendrait très rapidement ce même mensonge et cette même tyrannie qu’est devenue la prétendue dictature du prolétariat,

Le remède à ce danger, et la condition pour que la révolution soit véritablement émancipatrice, c’est de former un grand nombre d’individus capables d’inistiatives et d’agir dans la pratique ; d’habituer les masses às ne pas abandonner la cause de tous dans les mains de qui que ce soit et à ne déléguer son pouvoir, quand il lui faut le déléguer, que pour des tâches bien déterminées et pour un temps limité. Pour créer une telle situation, et un tel esprit, le syndicat est un moyen très efficace s’il est organisé et s’il est vécu sur la base de méthodes véritablement libertaires.

~ Fede, Septembre 1923 ~

 

Les classes privilégiées ont accaparé tous les moyens de production et elles s’en servent pour exploiter le travail d’autrui. Elles n’auraient pas pu conquérir leurs privilèges et elles ne pourraient pas continier à maintenir les masses dans la sujétion si elles n’avaient pas constitué un gouvernement qui les défende en organisant une force matérielle capable d’étouffer par la force brutale toute tentative de révolte. “On n’enlève pas le pain à qui on n’a pas , au préalable, enlevé, par la bâton, la possibilité de résister.”

Tant que les ouvriers demandent de petites améliorations généralement illusoires, les capitalistes peuvent maintenir la lutte sur le terrain économique. Mais dès qu’ils voient que leur profit diminue sérieusement et que l’existence même de leurs privilèges est menacée, ils ont recours au gouvernement. Si le gouvernement n’est pas assez empressé ou pas assez fort pour les défendre, comme ce fut récemment le cas en Italie et en Espagne, ils se servent de leur richesse pour engager de nouvelles forces de répression et pour constituer un nouveau gouvernement capable de mieux les servir. (Note de R71: Malatesta écrivait ceci en 1925 !!!…)

~ Pensiero e Volonta, Février 1925 ~

 

L’occupation des usines

 

Les grèves générales de protestation n’émeuvent plus personne !! Ni ceux qui les font, ni ceux contre qui elles sont faites. Si la police avait seulement l’intelligence de ne pas faire de provocations, elles se passeraient comme n’importe quel autre jour férié…

Il faut chercher autre chose. Nous lançons cette idée: nous rendre maître des usines. La première fois, peut-être serons-nous peu nombreux à le faire et cela passera peu ou prou inaperçu. Mais cette méthode à certainement de l’avenir devant elle parce qu’elle correspond aux buts ultimes du mouvement prolétarien et qu’elle constitue un entraînement qui prépare à l’appropriation générale définitive.

~ Unita Nova, Mars 1920 ~

Ce sont les ouvriers de la métallurgie qui ont commencé le mouvement pour des raisons de salaire. Il s’agissait d’une grève d’un nouveau type. Au lieu d’abandonner les usines, il fallait y rester sans travailler et y monter la garde, nuit et jour, pour que les patrons ne puissent pas faire de lock-out.

Les ouvriers pensèrent (en 1920) que le moment était venu de se rendre définitivement maîtres des moyens de production. Ils s’armèrent pour assurer leur défense, transformèrent beaucoup d’usines en de véritables forteresses et de mirent à organiser la production pour leur propre compte. Les patrons furent chassés ou déclarés en état d’arrestation… C’était l’abolition de fait du droit de propriété, la violation de la loi en ce qu’elle sert à défendre l’exploitation capitaliste. C’était un nouveau régime, une nouvelle façon de vivre en société, qui était ainsi inaugurés. Et le gouvernement laisait faire, parce qu’il voyait qu’il n’était pas capable de s’y opposer ; il l’a avoué plus tard, en s’excusant auprès du parlement de l’absence de répression.

Le mouvement s’amplifiait et tendait à gagner d’autres catégories. Ici et là, les paysans occupaient les terres. C’était la révolution qui commençait et se développait de façon je dirais presque idéale.

Naturellement les réformistes ne voyaient pas les choses d’un bon œil et cherchait même à la faire avorter. Nous avions dit dans Umanita Nova que la révolution se ferait sans verser une goutte de sang si le mouvement s’étendait à toutes les catégories et si les ouvriers et les paysans suivaient l’exemple des métallurgistes, chassaient les patrons et prenaient possession des moyens de production. (Note de R71: Cela est toujours valide aujourd’hui, un tel mouvement décentralisé de la base, coordonné, de grève expropriatrice autogestionnaire est l7arme absolue contre le système…). Les tentatives de faire capoter le mouvement furent vaines.

La masse était avec nous. On nous demandait de venir dans les usines pour y parler, encourager, conseiller et pour satisfaire les demandes, il nous a fallu nous couper en mille…

La masse était avec nous parce que c’était nous qui interprétions le mieux ses instincts, ses besoins, ses intérêts. Et pourtant, il suffit du travail insidieux de la Confédération Générale du Travail (Note: CGT, branche italienne, à la botte du PCI marxiste) et de ses accords avec Giolitti pour faire croire à une espèce de victoire gràce à cette escroquerie: le contrôle ouvrier et pour amener les ouvriers à quitter les usines juste au moment où les chances de réussir étaient les plus fortes…

~ Umanita Nova. Juin 1922 ~

 

L’occupation des usines et des terres était parfaitement en ligne avec notre programme.

En bons “prophètes”, malheureusement, nous avions prévenu les ouvriers de ce qui leur arriverait s’ils abandonnaient les usines ; nous avons aider à préparer la résistance armée ; nous avons expliqué qu’il était possible de faire la révolution pratiquement sans avoir à combattre si on se montrait seulement résolus à employer les armes qui avaient été accumulées. Nous n’avons pas réussi.

Quand d’Aragona et Giolitti mient au point le contrôle ouvrier, ce leurre, et le parti socialiste, dirigé à l’époque par les communistes, était d’accord, nous avons crié à la TRAHISON et nous sommes allés d’usine en usine pour mettre les ouvriers en garde contre cette inique tromperie. Les ouvriers nous avaient toujours écouté et demandé avec enthousiasme et ils avaient applaudi quand nous les incitions à résister jusqu’au bout. Mais ils obéírent docilement lorsque l’ordre de sortir des usines fut diffusé par la CGT et pourtant ils disposaient d’énormes moyens pour résister.

Le mouvement ne pouvait réussir et durer qu’en s’étendant et en se généralisant et, vu les circonstances, il ne pouvait pas s’étendre sans l’accord des dirigeants de la CGT et du Parti Socialiste qui contrôlaient la grande majorité des travailleurs organisés. La Confédération et le Parti Socialiste (communiste compris) se déclarèrent contre et tout devait se terminer par la victoires des patrons.

~ Pensiero e Volonta, Avril 1924 ~

 

Note de Résistance 71: Le mouvement gréviste expropriateur et autogéré italien de 1920 fut trahit par le “socialisme” d’état prouvant, comme ce sera encore le cas en Russie (Cronstadt 1921 et Ukraine 1919-1923) et en Espagne (1936-39) que les sbires et larbins de l’État sont prêts à tout pour faire perdurer le système de leurs payeurs, seigneurs et maîtres capitalistes. Marx, Lénine, Trotsky, Staline, Mao (après la seconde guerre mondiale) étaient tout autant des employés de Wall Street et de la City de Londres que le furent Mussolini, Hitler et Franco. Les réformistes marxistes et socialistes (socio-démocrates) ont échangé toute velléité révolutionnaire et la lutte pour le bien commun contre le privilège de bouffer au ratelier du capitalisme et de son garde-chiourme qu’est l’État. Syndicats et partis politiques touchent des subsides de l’État pour exister et leurs “cadres” bouffent à la table des “guignols” d’en haut… La soupe est bonne et il ne faut surtout pas faire tanguer le navire, juste arrondir les angles jusqu’à la prochaine fois…

Ce sont tous des traîtres à la révolution sociale ce qui confirme historiquement une fois de plus, si cela était encore nécessaire, qu’il n’y a pas de solutions au sein du système !… Il faut en sortir, comme les ouvriers italiens l’avaient fait en 1920, comme les Espagnols l’ont fait en 1936, dans le sillage de 1920 et même de 1871 et la Commune…

Ce sont les leçons à tirer de ces évènements. Tout cela est plus que jamais réalisable. Un changement de paradigme sans armes, ni haine ni violence est dans la donne pour le futur et si armes il y a elles ne serviront qu’à l’auto-défense. A nous de travailler pour en commençant par dire NON ! Ensemble.

 

Anarchie, socialisme et communisme

 

C’est un fait qu’entre les socialistes et les anarchistes, il y a toujours eu une différence profonde sur la façon de concevoir l’évolution historique et les crises révolutionnaires que cette même évolution produit.

Les socialistes veulent aller au pouvoir, pacifiquement ou par la violence, peu importe. Et installés au gouvernement, ils veulent imposer leur programme aux masses, sous une forme dictatoriale ou sous une forme démocratique. Les anarchistes estiment au contraire que le gouvernement ne peut être que pernicieux et que, par sa nature même, il ne peut que défendre une classe privilégiée existante ou en créer une nouvelle. Au lieu d’aspirer à s’installer à la place des gouvernants du jour, ils veulent abattre tous les organismes institutionnels qui permettent à certains d’imposer aux autres leurs propres idées et leurs propres intérêts. En donnant à chacun la pleine liberté et, bien sûr, les moyens économiques qui rendent cette liberté possible et effective, ils veulent ouvrir et rendre libre la voie de l’évolution vers les meilleures formes de vie en commun qui naîtront de l’expérience.

~ Unita Nova, Septembre 1921 ~

 

Nous avons toujours été d’avis que socialisme et anarchie sont deux mots qui ont, au fond, le même sens, parce que, pour nous, l’émancipation économique (abolition de la propriété) n’est pas possible sans l’émancipation politique (abolition du gouvernement) et réciproquement.

S’il est vrai que le gouvernement est nécessairement et toujours l’instrument de ceux qui possèdent les instruments de production et de distribution, par quel miracle un gouvernement socialiste, né en plein régime capitaliste dans le but d’abolir le capital pourrait-il atteindre ce but ? Est-ce que ce sera, comme le voulaient Marx et Blanqui, par le moyen d’une dictature imposée révolutionnairement, par un acte de force qui décrète et impose révolutionnairement la confication des propriétés privées en faveur de l’État en tant que représentant des intérêts collectifs ? Ou est-ce que ce sera, comme le veulent apparemment tous les marxistes et la plupart des blanquistes modernes, par le moyen d’une majorité socialiste envoyée au Parlement par le suffrage universel ? Procèdera t’on d’un coup à l’expropriation de la classe dominante par la classe économiquement asservie, ou procèdera t’on graduellement en obligeant les propriétaires et les capitalistes à se aisser priver peu à peu de tous leurs privilèges ?

Tout cela semble étrangement en contradiction avec la théorie du “matérialisme historique” qui est un dogme fondamental pour les marxistes.

~ L’Agitazione, Mai 1897 ~

 

“Le communisme est la voie qui mène à l’anarchie”: c’est là toute la théorie des bolchéviques, toute la théorie des marxistes et des socialistes étatistes de toutes les écoles. Ils reconnaissent tous que l’anarchie est un idéal sublime, qu’elle est le but vers lequel marche, ou devrait marcher, l’humanité ; mais ils veulent tous accéder au pouvoir pour pousser et contraindre les gens à marcher dans la bonne voie.

Les anarchistes disent au contraire que l’anarchie est la voie qui mène au communisme… ou ailleurs.

Faire le communisme avant l’anarchie, c’est à dire avant d’avoir conquis la liberté politique et économique totale, cela voudrait dire (comme ce fut le cas en Russie) établir la plus odieuse des tyrannies, capable de faire regretter le régime bourgeois et de provoquer le retour du régime capitaliste (comme cela arrivera malheureusement en Russie) et cela parce qu’il ne serait pas possible d’organiser une vie sociale supportable et par réaction de l’esprit de liberté, qui n’est oas le privilège de “l’esprit latin”, comme le journal “Le Communiste” veut stupidement me le faire dire, mais bien un besoin de l’esprit humain et qui agira en Russie comme il agirait en Italie.

~ Umanita Nove, Octobre 1921 ~

 

Nous avons en horreur le mensonge démocratique qui, au nom du “peuple”, opprime le peuple dans l’intérêt d’une classe. Mais nous haïssons encore plus si c’est possible, la dictature qui, au nom du “prolétariat”, livre toute la force et toute la vie des travailleurs aux mains des créatures d’un parti soi-disant communiste, créatures qui chercheraient à se perpétuer au pouvoir et qui finiraient par reconstruire le capitalisme à leur propre profit.

~ Umanita Nova, Août 1921 ~

 

La caractéristique du socialisme, c’est qu’il s’applique de manière égale à tous les membres de la société, à tous les êtres humains. Pour cela, personne ne doit pouvoir exploiter le travail d’autrui grâce à l’accaparement des moyens de production et personne ne doit pouvir imposer sa propre volonté aux autres par le moyen de la force brutale ou, ce qui est la même chose, grâce à l’accaparement du pouvoir politique: l’exploitation économique et la domination politique sont les deux aspects d’une même réalité, l’assujettissement de l’Homme par l’Homme et la solution de l’un est liée à celle de l’autre.

Le parlementarisme (social-démocratie, république) n’apparaît pas non plus comme un moyen valable étant donné que lui aussi subsitue à la volonté tous, la volonté de quelques individus ; si d’un côté il laisse un peu plus de liberté que ne le fait la dictature, d’un autre côté, il crée plus d’illusions. Et au nom d’un intérêt collectif purement fictif, il foule aux pieds tous les intérêts réels et il va à l’encontre de la volonté de chacun comme de la volonté de tous, par le biais des élections et des votes.

Il reste l’organisation libre, de bas en haut, du simple au complexe, sur la base du libre accord et de la fédération des associations de production et de consommation: c’est à dire l’anarchie et c’est là le moyens que nous préférons.

Pour nous donc, socialisme et anarchie sont des termes qui ne sont ni opposés ni équivalents, mais étroitement liés l’un à l’autre, comme l’est la fin au moyen qui lui correspond nécessairement, comme l’est le fond à la forme dans laquelle il s’incarne.

Le socialisme sans l’anarchie, autrement dit le socialisme d’État, nous paraît impossible car il serait détruit par ce même organe qui devrait le maintenir.

L’anarchie sans le socialisme nous paraît également impossible, car elle ne pourrait être, en ce cas, que la domination des plus forts et elle aboutirait donc rapidement à l’organisation et à la consolidation de cette domination autrement dit, à l’établissement d’un gouvernement.

~ L’Anarchia, numéro unique, Août 1896 ~

 

Prochaine analyse: “La révolution anarchiste”

 

 

 

 

Aparté de parasites…

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« La cause première de la mauvaise exploitation de la nature, des souffrances des travailleurs, des haines et des luttes sociales, c’est le droit de propriété qui donne aux détenteurs de la terre, des matières premières et de tous les moyens de production, la faculté d’exploiter le travail d’autrui et d’organiser la production pour s’assurer du meilleur profit possible, et non pas pour donner à tous le plus de bien-être possible.

Il faut donc abolir la propriété. »

~ Errico Malatesta, 1922 ~

 

Les miliardaires vous remercient

 

Robert Gil

 

25 Septembre 2015

 

url de l’article:

http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs/les-milliardaires-vous-remercient/

 

Les 1.000 milliardaires recensés sur cette planète vous remercient pour votre formidable aptitude à les enrichir quotidiennement, en privilégiant leurs produits manufacturés, payés des clopinettes aux milliards d’esclaves des pays sous développés, et que vous achetez cent fois plus cher chez vos commerçants locaux.

Les 500 grandes multinationales qui contrôlent 52% du produit brut et détiennent davantage que les 133 pays les plus misérables, sont ravis que vous vous précipitiez dans leurs grandes surfaces tueuses de petits commerces. Leurs banques peuvent aussi racheter avec les intérêts de vos emprunts les faillites de vos centre-ville, afin d’y installer leurs robots distributeurs inhumains mais bien plus rentables, puisque n’étant pas soumis aux cotisations sociales.

Les 358 familles les plus riches qui possèdent la moitié de la fortune mondiale se régalent à l’idée que vous achetiez leurs produits et apprécient la pub que vous faites pour leurs noms désormais célèbres. Elles se réjouissent que vous acceptiez de payer très cher leurs marques afin  de paraître plus riches que vous n’êtes. Et trouvent amusant que vous ayez la gentillesse de bien vouloir les porter en circulant en ville, afin que tout votre petit monde les voient, les envient, et ainsi les achètent à leur tour. Merci de favoriser leurs commerces et de suivre leurs modes très vite obsolètes, mais aussi rapidement renouvelées.

Les milliardaires du monde entier et leur cohorte des plus belles filles du monde qui font la une des magazines que vous achetez, remercient également vos armées de bien vouloir, aux frais de vos peuples et des contribuables, faire respecter l’ordre dans les couloirs que franchissent nos yachts en acajou pour pouvoir en paix rejoindre nos nombreux paradis fiscaux. Ceci nous encourage à continuer encore longtemps, puisque c’est à vous que nous devons de nous gaver quotidiennement de caviar, de champagne, de dormir dans des suites cinq étoiles et de rouler en somptueuses voitures de sport.

Continuez donc bien sagement à vous en prendre aux fonctionnaires feignants, aux cloportes gauchistes et aux grévistes preneurs d’otage et autres salauds comme feu Chavez. Pendant que l’on fait assassiner peinard les journalistes d’opposition au Honduras et les syndicalistes tout frais du jour en Colombie dans la plus exquise des confidentialités, rien ne se sait et tout se poursuit. Merci également de nous laisser exploiter les dernières ressources planétaires tout en détruisant la nature avec une certaine désinvolture. Et ensuite c’est vous qui payerez au bout de la chaine de distribution, le supplément que représente l’horrible problème posé par les déchets qui débordent dans vos poubelles et infesteront vos vies et celles de vos générations futures.

Merci encore, de soutenir les contre-réformes consistant à vous déposséder (au nom de la compétitivité) de vos derniers droits sociaux, et d’accepter une baisse constante de vos salaires.

Merci surtout de dépenser votre énergie à vous dévorer entre vous, à vous défouler consciencieusement sur du bouc émissaire à forte teneur appauvrie, car sans cela, je dois bien vous l’avouer, à 1000 contre 7 milliards, on aurait quand même un peu de mal à garder nos distances.

Grèce: Tsipras & Varoufakis faux-nez de l’oligarchie (John Pilger)

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Une fois de plus comme le confirme ici le toujours excellent John Pilger: Il n’y a pas de solutions au sein du système.

Comme le nez au milieu de la figure: une évidence !…

— Résistance 71 —

 

Le problème de la Grèce n’est pas seulement une tragédie, c’est un mensonge

 

John Pilger

 

13 Juillet 2015

 

url de l’article original:

http://johnpilger.com/articles/the-problem-of-greece-is-not-only-a-tragedy-it-is-a-lie

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Une trahison historique a consummé la Grèce. Ayant mis de côté le mandat de l’électorat grec, le gouvernement Syriza a volontairement ignoré le vote tsunami du “NON” de la semaine dernière et a secrètement acquiescé à une série de mesures répressives d’appauvrissement en retour pour un “sauvetage” qui veut dire un sinistre contrôle étranger du pays et un avertissement au monde.

Le premier ministre Alexis Tsipras a poussé au parlement une proposition pour que soient coupés quelques 13 milliards d’euros des dépenses publiques, 4 milliards de plus que la figure “d’austérité” rejetée majoritairement par le peuple grec dans un referendum le 5 Juillet dernier.

Ceci inclut une augmentation de 50% des coûts d’assurance maladie pour les retraités, dont pratiquement 40% d’entre eux vivent dans la pauvreté ; de grandes coupes dans les salaires du secteur public ; la privatisation complète de services publics tels que les aéroports et les ports ; une augmentation de la TVA à 23%, maintenant appliquée aux îles grecques où le peuple a du mal à joindre les deux bouts et bien plus à venir.

“Le parti anti-austérité remporte une éclatante victoire”, titrait le Guardian de Londres le 25 Janvier. Le journal appelait Tsipras et sa bande de camarades bien éduqués des “gauchistes radicaux”, Ils portaient des chemises sans cravate et le ministre des finances se balladait en moto ; il était décrit comme la “rock star de l’économie”. Tout cela n’était qu’une façade. Ils n’étaient pas les radicaux que ce cliché implique, ils n’étaient pas non plus “anti-austérités”.

Pendant six mois, Tsipras et le maintenant déchu ministre des finances, Yanis Varoufakis, ont fait la navette entre Athènes et Bruxelles, Berlin et autres centres du pouvoir financier européen. Au lieu de la justice sociale pour la Grèce, ils sont parvenus à un nouvel endettement, à un appauvrissement approfondi qui remplaceraient à peine une pourriture systémique fondée sur le vol des revenus des impôts par les grecs super-riches en accord parfait avec les valeurs “néo-libérales” européennes et des emprunts bon marché et hautement profitables pour ceux qui cherchent maintenant à obtenir le scalp de la Grèce.

La dette de la Grèce, rapporte un audit du parlement grec, “est illégale, illégitime et odieuse”. En proportion, elle est de moins de 30% de la dette de l’Allemagne, son créancier le plus important. Elle est moins que la dette des banques européennes dont le “package de sauvetage” en 2007-8 fut à peine controversif et est demeuré impuni.

Pour un petit pays comme la Grèce, l’Euro est une monnaie coloniale: Une laisse qui le lie à une idéologie capitaliste si extrème que même le pape la déclare “intolérable” et “la fange du diable”. L’Euro est à la Grèce ce que le dollar US est aux territoires isolés du Pacifique dont la pauvreté et la servilité sont garanties par leur dépendance.

Durant leurs périgrinations à la cour des puissants à Bruxelles et Berlin, Tsipras et Varoufakis se sont eux-mêmes présentés comme n’étant ni “radicaux”, ni mêmes “gauchistes”, pas mêmes comme de simples et honnêtes socio-démocrates, mais comme des arrivistes supplicateurs dans leurs demandes et leurs plaidoiries. Sans bien sûr sous-estimer l’hostilité à laquelle ils ont dû faire face, il est juste également de dire qu’ils n’ont fait montre d’aucun courage politique. Plus d’une fois, le peuple grec a eu vent de leurs “plans d’austérité secrets”, fuités aux médias: comme la lettre du 30 Juin publié par le Financial Times, dans laquelle Tsipras promettait aux patrons de l’UE, de la BCE et du FMI d’accepter leur demandes les plus basiques et les plus vicieuses, qu’il a maintenant acceptées.

Quand l’électorat grec a voté “NON” le 5 Juillet à cette donne totalement pourrie, Tsipras a dit: “Lundi le gouverneent grec sera à la table des négociations après le referendum avec de bien meilleures propositions pour le peuple grec.” Les Grecs n’ont pas voté pour de “meilleurs termes”. Ils ont voté pour la justice et pour leur souveraineté, comme ils l’on déjà fait le 25 Janvier (en donnant la victoire électorale à Syriza)

Le jour d’après les élections de Janvier un gouvernement véritablement démocratique et oui, radical, aurait arrêté chaque euro sortant du pays, aurait répudié la dette “illégale et odieuse”, comme l’Argentine l’a fait avec grand succès, et aurait expédié un plan pour sortir de cette zone euro totalement incapacitante. Mais il n’y avait aucun plan de la sorte. Il n’y avait que la volonté de “s’assoir à la table” pour rechercher de “meilleurs termes”.

La véritable nature de Syriza a été rarement examinée et expliquée. Pour les médias étrangers, ce n’est rien de plus qu’un parti “gauchiste” ou “d’extrieme gauche” ou “noyau dur”, terminologie de confusion habituelle. Quelques uns des supporteurs internationaux de Syriza ont atteint, à un moment, des niveaux de groupies et de soutien béat qui rappelaient le temps de la monté de Barack Obama. Peu ont questionné: qui sont donc ces “radicaux” ? En quoi croient-ils ?

En 2013, Yanis Varoufakis a écrit ceci: “Devrions-nous nous féliciter de cette crise du capitalisme européen comme étant une opportunité de le remplacer par un meilleur système ? Ou devrions-nous être préoccupés et soucieux de ceci pour nous embarquer dans une campagne de stabilisation du capitalisme ? Pour moi, la réponse est claire. La crise de l’Europe a très peu de chance de donner naissance à un système meilleur que le capitalisme… Je me plie à la critique du fait que j’ai fait campagne sur un agenda fondé sur la supposition que la gauche était, et demeure, franchement vaincue… Oui, je voudrais mettre en avant un agenda radical, mais non, Je ne suis pas préparé à commettre l’erreur du parti travailliste qui suivit la victoire de Thatcher… Qu’est-ce que cela a fait en GB au début des années 1980 en faisant la promotion d’un agenda de changement socialiste que la société britannique méprisa tout en suivant le trip néo-libéral de Thatcher ? Rien en fait. Quel bien cela fera t’il aujourd’hui d’appeler à un démantèlement de la zone euro et le L’UE elle-même ?…

Varoufakis omet totalement de mentionner le parti social-démocrate qui divisa les socialistes et le vote travailliste et mena directement au blairisme. En suggérant que le peuple britannique “méprisa le changement socialiste”, alors qu’aucune réelle opportunité ne lui fut offerte pour parvenir à ces changements, il se fait l’écho d’un Tony Blair.

Les leaders de Syriza sont une sorte de révolutionnaires, mais leur révolution est l’appropriation perverse, familière, des mouvements parlementaires et socio-démocrates par des libéraux déguisés et équippés pour obéir à la ligne néo-libérale et à une ingénierie sociale dont le visage authentique est celui de Wolfgang Schauble, le ministre des finances allemand, un voyou impérialiste. Tout comme le parti travailliste (NdT: les socialos d’outre-Manche) en Grande-Bretagne et ses équivalents parmi les anciens partis socio-démocrates comme le parti travailliste australien, se décrivant eux-mêmes comme étant toujours “libéraux” et même “de gauche”, Syriza est le produit d’une classe moyenne hautement éduquée, influente et hautement privilégiée, “éduquée dans le post-modernisme”, comme l’écrivit Alex Lantier.

Pour eux, le terme de classe sociale n’est pas mentionable, sans parler de celui d’une lutte incessante, et ce indépendamment de la réalité des vies de la plupart des êtres humains. Les pontes de Syriza sont bien élevés, ils ne mènent pas du tout à la résistance que la plupart des gens ordinaires attendent, comme l’électorat grec l’a si bravement démontré, mais ils mènent à de “meilleurs termes” dans un statu quo vénal qui canalise et punit les pauvres. Lorsque fusionnés avec une “politique identitaire” et ses distractions insidieuses, la conséquence n’est pas la résistance, mais la soumission. La vie politique “de base” en Grande-Bretagne est l’exemple flagrant de tout ceci.

Cela n’est pas du tout inévitable, ce n’est pas quelque chose qui est gravé dans le marbre, si nous nous réveillons de ce long coma post-moderne et rejetons les mythes et les mensonges de ceux qui affirment nous représenter et si nous nous battons.

4ème Foire à l’autogestion, Montreuil (93) les 4 et 5 juillet 2015

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plus d’info: http://www.foire-autogestion.org/

Marre de la hiérarchie ? des logiques de profits ? L’autogestion vous concerne !

Bienvenue à la Foire à l’autogestion ! Elle est organisée cette année par plus de 80 structures qui font vivre l’idée d’autogestion et la pratiquent au quotidien : toute une galaxie de collectifs, d’associations, d’entreprises, de coopératives de production, d’organisations syndicales et politiques.

Tous et toutes ensemble, donnons plus de force à l’autogestion pour en faire un outil de résistance et de rupture avec le système capitaliste et productiviste. D’autres modes de réflexions, de décisions et d’organisations sont possibles. L’objectif est de décider collectivement des affaires communes, sans déléguer à des dirigeant-e-s, sur les plans politique et économique.

L’autogestion s’inscrit dans une longue histoire, celle des coopératives et des « récupérations d’entreprises », de la Commune de Paris au Printemps de Prague, de la Révolution espagnole à la Pologne d’août 1980, de Lip à l’Argentinazo en 2001.

Elle se renouvelle aujourd’hui à travers les luttes auto-organisées : la récupération d’entreprises menacées de fermeture et aussi de multiples alternatives, dans la santé, l’éducation, le logement, l’agriculture, l’écologie…

Reprendre en main la production, c’est aussi pouvoir transformer ses modalités et ses finalités. Ancrée dans des pratiques concrètes, portée comme un projet global, l’autogestion est à la fois un outil au quotidien et une réponse possible à la faillite du système capitaliste et étatiste.

La 4ème Foire à l’autogestion aura lieu les 4 et 5 Juillet 2015 à la Parole Errante à Montreuil. Dans cette foire, elle-même autogérée, vivante et joyeuse, catalyseur d’expériences alternatives et de luttes, vous découvrirez à la fois des stands et des forums, des débats et des ateliers, des concerts et du théâtre, des films et des animations, un espace enfants et une librairie, une cantine et une buvette…

Cette année, des débats et projections seront aussi organisés durant les 10 jours précédant ce week-end.

Assemblée générale du 9 avril 2015

Cette année la Foire aura lieu les samedi 4 et dimanche 5 Juillet, à la Parole errante, 9 rue François-Debergue, à Montreuil (93), métro Croix-de-Chavaux. Avec dix jours de diverses manifestations préalables.

N’hésitez pas à nous envoyer vos propositions !

 

Source:

http://www.alternativelibertaire.org/?4e-Foire-a-l-autogestion-Montreuil

 

Programe de la Foire des 4 et 5 juillet:

 

http://www.foire-autogestion.org/LE-PROGRAMME-DE-LA-FOIRE-EST-EN

Vivre autrement… L’autogestion et les collectifs espagnols 1936-39 ~ 1ère partie ~

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Si la révolution sociale espagnole a fait des erreurs et fut vaincue par la coalition étatique tout azimut (fascismes bruns, fascisme rouge stalinien, monarchies et république dite « modéré »), elle ne nous en a pas moins laissé de superbes exemples d’autogestion populaire ouvrière et paysanne dans un climat de guerre civile.

Apprenons des collectifs espagnols et de l’organisation autogérée car c’est la seule solution viable pour l’humanité future. Ils nous ont montré une certaine voie qu’il faudra adapter à la vie moderne, mais les fondements sont universels et appliqués depuis des millénaires.

— Résistance 71 —

 

Collectivisations industrielles durant la révolution espagnole 1936-39 (1ère partie)

 

Deirdre Hogan

 

7 Mai 2015

 

url de l’article en français:

http://www.autogestion.asso.fr/?p=5158

 

1ère partie

2ème partie

 

Même si c’est dans les campagnes que les socialisations anarchistes les plus systématiques ont eu lieu, la révolution a aussi été une réalité dans les villes. En Espagne à cette époque, au moins deux millions de personnes, sur une population totale de 24 millions, travaillaient dans l’industrie, 70 % de celle-ci étant concentrée sur une seule région, la Catalogne. Ici, dans les heures qui ont suivi l’offensive fasciste, les travailleurs ont pris le contrôle de 3000 entreprises. Ceci incluait tous les services de transport, de livraison, d’électricité et d’énergie, de gaz et de traitement des eaux, les usines d’automobiles et de mécanique, les mines, les cimenteries, les usines de textile et de papiers, les centrales chimiques et électriques, les usines de bouteilles en verre, les parfumeries, l’agro-alimentaire et les brasseries.

C’est dans les zones industrielles que les premières collectivisations ont eu lieu. La veille du putsch militaire, une grève générale avait été appelée par la CNT. Une fois la période des premiers combats passée, il était clair que l’étape suivante consistait à s’assurer que la production allait se maintenir. Une bonne partie de la bourgeoisie favorable au général Franco a fui après la défaite de l’insurrection des forces armées. Les usines et ateliers possédés par ceux-ci furent immédiatement saisis et remis en route par leurs travailleurs. D’autres secteurs de la bourgeoisie refusaient de maintenir les usines en fonctionnement et les fermaient, ce qui revenait à aider indirectement Franco. La fermeture des usines et ateliers augmentait le chômage et la pauvreté, ce qui faisait le jeu de l’ennemi. « Les travailleurs l’ont instinctivement compris et ont mis en place dans presque tous les ateliers des comités de contrôle qui avaient comme objectif de surveiller la progression de la production et de vérifier la situation financière des propriétaires de chaque établissement. Dans de nombreux cas, le contrôle était transféré à un comité de direction dans lequel les patrons étaient traités de la même façon que les travailleurs et payés de façon identique. C’est ainsi qu’un nombre significatif d’usines et d’ateliers de Catalogne passèrent dans les mains des travailleurs présents. » 1

Il était de la plus haute importance de créer, sans tarder, une industrie de guerre capable de fournir le front et de remettre en fonctionnement les systèmes de transport afin d’acheminer les milices et les munitions sur le front. C’est ainsi que les premières expropriations d’industries et de services publics ont eu lieu afin d’assurer une victoire sur le fascisme, permettant aux militants anarchistes de profiter de la situation pour avancer dans leurs objectifs révolutionnaires.

Le rôle de la CNT

Cette révolution sociale se comprend mieux si elle est replacée dans le contexte d’une histoire relativement longue de traditions ouvrières et de luttes sociales. La CNT, qui était la force motrice des collectivisations, existait depuis 1910 et rassemblait 1,5 million de membres en 1936. Le mouvement anarcho-syndicaliste a existé en Espagne depuis 1870. De sa naissance à la réalisation, certes partielle, de son idéal ultime durant cette révolution sociale, il avait une histoire d’engagements permanents dans des luttes sociales intenses, « grèves partielles et générales, sabotages, manifestations publiques, rassemblements, luttes contre les casseurs de grève, emprisonnements, déportations, procès, soulèvements, lock-outs et même quelques attentats. » 2

Les idées anarchistes étaient très répandues en 1936. La diffusion des publications anarchistes de cette époque nous en donne une idée : il y avait deux quotidiens anarchistes, l’un à Barcelone, l’autre à Madrid, tous deux organes de la CNT avec une diffusion comprise entre 30 000 et 50 000. S’y rajoutaient dix périodiques en plus de quelques revues anarchistes dont la diffusion pouvait aller jusqu’à 70 000. Dans tous les papiers, pamphlets et livres anarchistes, comme dans leurs syndicats et réunions de groupe, la question de la révolution sociale était continuellement et systématiquement débattue. Ainsi, la nature radicale de la classe ouvrière espagnole, politisée par la confrontation et les luttes, conjuguée à l’influence des idées anarchistes signifiait que dans une situation révolutionnaire, les anarchistes étaient capables d’obtenir un soutien populaire massif.

La CNT avait comme fondement une profonde tradition démocratique. Les décisions concernant tout sujet local et immédiat tel que les salaires et conditions de travail étaient dans les mains des adhérents locaux qui se rencontraient régulièrement en assemblée générale. L’aide mutuelle et la solidarité entre les travailleurs était encouragée et présentée comme le facteur essentiel du succès d’une grève.  La CNT organisait tous les travailleurs sans distinction de qualifications. En d’autres termes, les travailleurs étaient encouragés à ne former qu’un seul syndicat avec des sections pour chacune des industries plutôt que des syndicats différenciés par métier à l’intérieur d’une industrie. Autant la tradition démocratique que la nature industrielle du syndicat ont fortement influencé les structures des collectifs révolutionnaires, qui généralement, sont nés à partir et formés par les syndicats de l’industrie déjà en place.

Un autre aspect important de la CNT qui a pesé en faveur de la révolution était l’utilisation de l’action directe. « La CNT a toujours préconisé ‘l’action directe par les travailleurs eux-mêmes’ comme moyen de résolution des conflits. Cette politique encourageait la réciprocité et la confiance en soi à l’intérieur du syndicat et de ses membres, ce qui formait une culture de type ‘si on veut quelque chose, mieux vaut le faire soi-même’ » 3. Au final, la structure fédérale de la CNT qui était basée sur l’autonomie locale et avait créé une forme stable tout en étant fortement décentralisée, a encouragé les initiatives et la confiance en soi, qualités indispensables qui ont grandement contribué au succès de la révolution.

Gaston Leval souligne l’importance qu’a cette culture de la démocratie directe et de la la réciprocité lors des situations révolutionnaires lorsqu’il compare le rôle de la CNT à celui de l’UGT lors de la collectivisation des chemins de fer. Décrivant la manière hautement organisée, efficace et responsable avec laquelle les transports ferroviaires ont été remis en service sous contrôle révolutionnaire en seulement quelques jours, il écrit « Tout ceci a été réalisé sur la seule initiative des syndicats et militants de la CNT. Ceux de l’UGT qui prédominaient parmi les personnels administratifs sont restés inactifs, tellement habitués qu’ils étaient à obéir aux ordres émanant d’en haut, qu’ils attendaient. Ne recevant ni ordre, ni contre-ordre, et voyant nos camarades aller de l’avant, ils ont fini par suivre la puissante vague qui nous a tous portés. » 4

Cette histoire de luttes et d’organisation ainsi que la nature anarcho-syndicaliste de leur syndicat a donné aux militants de la CNT l’expérience nécessaire d’auto-organisation et d’initiatives qui a pu naturellement et effectivement être réutilisée le moment venu dans la réorganisation d’une société selon les principes anarchistes. « Il est clair que la révolution sociale qui a eu lieu n’est pas venue d’une décision des organes de direction de la CNT… Elle est arrivée spontanément, naturellement et pas… parce que ‘le peuple’ en général aurait soudainement été capable de miracles, grâce à une vision révolutionnaire qui les aurait soudainement inspirés, mais parce que, et il faut le répéter, parmi ces personnes, il y a avait une minorité importante qui était active, forte, guidée par un idéal qui s’est inscrit dans des années de lutte qui ont débuté à l’époque de Bakounine et de la Première Internationale. » 5

Démocratie anarchiste en action dans les collectifs

Les collectifs étaient les organes d’autogestion des travailleurs sur les lieux de travail. Augustin Souchy écrit : « Les collectifs organisés durant la guerre civile espagnole étaient des associations économiques de travailleurs sans propriété privée. Le fait que des usines collectives étaient gérées par ceux qui y travaillaient ne signifiait pas que celles-ci étaient devenues leur propriété privée. Le collectif n’avait aucun droit de vendre ou de louer tout ou partie de l’usine ou de l’atelier collectivisé. Le dépositaire était la CNT, la Confédération Nationale des Associations de Travailleurs. Mais même la CNT n’avait pas le droit de faire ce qu’elle voulait. Tout devait être décidé et ratifié par les travailleurs eu-mêmes au travers de conférences et de congrès. » 6

En conservant cette tradition démocratique de la CNT, les collectifs industriels avaient une structure d’organisation de délégués partant de la base pour aller vers le sommet. L’unité de base de prises de décision était l’assemblée des travailleurs, qui élisait des délégués aux comités de gestion qui supervisaient le fonctionnement quotidien de l’usine. Le comité de gestion élu était chargé d’appliquer le mandat décidé dans les assemblées, devait rendre compte et était responsable devant l’assemblée des travailleurs. Le comité de gestion communiquait ces observations au comité administratif central.

Généralement, chaque industrie avait un comité administratif central constitué par un délégué de chaque branche de travail ou de travailleurs de cette industrie. Par exemple, à l’industrie textile d’Alcoy, il y avait cinq branches : tissage, filage, tricotage, bonneterie et cardage. Les travailleurs de chacun de ces métiers élisaient un délégué pour les représenter dans le comité administratif de l’industrie. Le rôle de ce comité, qui intégrait quelques experts techniques, était, entre autres, de diriger la production en fonction des instructions reçues à l’Assemblée générale des travailleurs, de compiler les rapports et les statistiques sur l’avancement des travaux et de s’occuper des questions de financement et de coordination. Selon Gaston Leval, « l’organisation générale reposait ainsi sur la division du travail tout en étant industriellement structurée. » 7

À tout moment, l’assemblée générale du Syndicat des travailleurs était l’instance de décision ultime. « Toutes les décisions importantes [étaient] prises par les assemblées générales de travailleurs… [qui] étaient largement suivies et régulièrement tenues… si un administrateur faisait quelque chose que l’assemblée générale n’avait pas autorisé, il y a avait de fortes chances qu’il soit destitué à la prochaine réunion. » 8 Les rapports des différents comités devaient être examinés et discutés à l’assemblée générale pour être finalement mis en œuvre si la majorité l’estimait utile. « Nous ne faisions donc pas face à une dictature administrative, mais plutôt à une démocratie fonctionnelle, dans laquelle chaque type de travail avait son rôle à jouer qui avait été défini après examen par l’assemblée. » 9

Avancer dans le cadre de la Révolution

La socialisation totale de l’industrie ne s’est pas faite en un jour mais a été un processus graduel et permanent. Tout comme les collectifs industriels n’ont pas procédé partout de la même façon, le degré de socialisation et la méthode exacte d’organisation variaient d’un endroit à l’autre. Comme cela a été mentionné en introduction, alors que certains lieux de travail ont été immédiatement saisis par les travailleurs, dans d’autres, ils se sont appropriés leurs lieux en commençant par créer un comité de contrôle dont l’objectif était de s’assurer de la poursuite de la production. À partir de là, l’étape suivante était la prise de contrôle du lieu de travail.

Au début, lorsque la poursuite de la production était la tâche la plus urgente, il n’y avait que peu de coordination entre les différents ateliers et usines. Ce manque de coordination a posé différents problèmes que Leval a pointé : « Les industries locales sont passées dans des étapes identiques dans cette révolution… au départ, les comités nommés par les travailleurs employés dans celles-ci [ont été organisés]. La production et la vente continuaient dans chacune. Mais très vite, il devenait clair que cette situation générait de la concurrence entre les usines… créant des rivalités qui étaient incompatibles avec la perspective socialiste et libertaire. Ainsi, lorsque la CNT a lancé le mot d’ordre ‘Toutes les industries doivent être organisées par les syndicats, totalement socialisées, alors le régime de solidarité que nous avons toujours préconisé s’est installé une fois pour toutes » 10

Le besoin de résoudre cette situation – dans laquelle les travailleurs avaient établi le contrôle des lieux de travail alors que ces différents lieux opéraient indépendamment et en concurrence entre eux -, de compléter le processus de socialisation et d’éviter les dangers d’une collectivisation partielle était une tâche pour laquelle de nombreux travailleurs étaient préparés. Un manifeste du syndicat de l’industrie du bois publié en décembre 1936 soulignait que le manque de coordination et de solidarité entre travailleurs de différentes usines et industries pouvait mener à une situation dans laquelle les travailleurs des industries les plus favorisées et performantes deviendraient les nouveaux privilégiés, laissant les autres à leur difficultés et sans ressources, ce qui en retour pouvait conduire à la formation de deux classes : « les nouveaux riches et les plus pauvres des pauvres. » 11

Ainsi, des efforts supplémentaires ont été réalisés par les collectifs pour ne pas se concurrencer en terme de profits mais au contraire, pour partager le surplus au sein de toutes les industries. Par exemple, les tramways de Barcelone, qui étaient particulièrement rentables, ont contribué financièrement au développement des autres systèmes de transport de la ville et les ont aidé à passer leurs difficultés passagères. Il y eu aussi d’autres exemples de solidarité entre les industries. À Alcoy, par exemple, lorsque le syndicat de l’impression, des papiers et des cartons a eu des difficultés, les 16 autres syndicats qui formaient la Fédération locale d’Alcoy ont apporté une assistance financière qui a permis au syndicat de survivre.

Alors qu’il était question d’avancer vers une société anarchiste, il était aussi important d’avoir une organisation industrielle efficace. Dans le manifeste publié par le Syndicat des industries du bois, il était indiqué que « Le syndicat du bois souhaitait non seulement avancer sur la voie de la Révolution, mais aussi l’orienter dans l’intérêt de notre économie, de l’économie du peuple. » 12 En décembre 1936, un plénum de syndicats s’est rencontré et a fait l’analyse qu’il était indispensable de réorganiser le système industriel capitaliste inefficace et d’avancer vers une socialisation totale. Le compte-rendu de ce plénum indiquait :

« Le principal défaut de la plupart des petites unités de fabrication est la fragmentation et le manque de préparation technique et commerciale. Ceci empêche leur modernisation et leur regroupement dans des unités de production plus performantes, avec de meilleurs équipements et une coordination plus efficace… Pour nous, la socialisation doit corriger les carences de ces systèmes d’organisation dans toutes les industries… Pour socialiser une industrie, nous devons consolider les différentes unités de chaque branche en accord avec un plan directeur et général qui évitera la concurrence et d’autres difficultés empêchant  une bonne et efficace organisation de la production et de la distribution… » 13

Les efforts réalisés pour s’occuper des petits ateliers et des usines coûteuses et en mauvaise santé étaient une caractéristique importante du processus de collectivisation. Comme pour la culture des champs, il était ressenti qu’avec le fonctionnement des ateliers et des usines  « la dispersion des forces représentait une énorme perte d’énergie, une utilisation irrationnelle du travail humain, des machines et des intrants, une redondance sans intérêt des efforts » 14 Par exemple, dans la ville de Granollers, « Toutes les initiatives tendant à améliorer le fonctionnement et la structure de l’économie locale pouvaient être attribuées au… [syndicat]. Ainsi, en une période très brève, sept salons de coiffure collectivisés ont été créés à travers ces efforts, remplaçant un nombre important d’établissements miteux. Tous les ateliers et petites usines de production de chaussures ont été remplacés par une grande usine dans laquelle seules les meilleures machines étaient en fonctionnement et dans laquelle des conditions sanitaires respectant la santé des travailleurs étaient respectées. Des améliorations similaires ont été réalisées dans l’industrie métallurgique où de nombreuses fonderies, petites, sombres et étouffantes ont été remplacées par quelques grandes unités de production dans lesquelles l’air et le soleil pouvaient pénétrer. La socialisation allait de pair avec la rationalisation. » 15

 

Notes:

  1. Gaston Leval, Collectives in Spain, http://dwardmac.pitzer.edu/Anarchist_Archives/leval/collectives.html
  2. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, chapter 2, pg54.
  3. Kevin Doyle, The Revolution in Spain, http://www.struggle.ws/talks/spain_feb99.html
  4. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 12, pg 254
  5. ibid, chapitre 4, p. 80.
  6. Flood et al, Augustin Souchy cité dans I.8.3, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci83
  7. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 11, pg234.
  8. Robert Alexander cité dans The Anarchist FAQ, I.8.3, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci83
  9. Gaston Leval, Collectives in Spain, http://dwardmac.pitzer.edu/Anarchist_Archives/leval/collectives.html
  10. Gaston Leval cité dans The anarchist FAQ, I.8.4
  11. Extrait du Manifeste du syndicat CNT de l’industrie du bois, cité dans Gaston Leval, The Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 11, pg231.
  12. ibid, ch 11, pg230.
  13. Cité par Souchy, mentionné dans the Anarchist FAQ, section I.8.3, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci83
  14. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 12, pg259

Ibid, ch 13, pg287

1er Mai: Pas d’autogestion sans VRAI socialisme…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 1 mai 2015 by Résistance 71

Retour sur “l’autogestion” yougoslave (1950-1965) ~ Extraits ~

 

Guillaume Davranche

AL, 1983

 

Résumé de l’historique communiste yougoslave:

La Yougoslavie lutta avec acharnement contre les nazis durant la seconde guerre mondiale avec à la tête de la résistance le maréchal Tito. Après la victoire en 1945, la Yougoslavie embrasse le modèle du “grand-frère” soviétique.

En 1948, Tito rompt avec Staline et le modèle économique soviétique. Comme la Yougoslavie s’est libérée quasiment seule du joug allemand, elle ne doit rien à personne. A partir de 1950, la Yougoslavie se lance dans une forme de socalisme “autogestionnaire” néanmoins dirigé par l’état. Ce sera à partir de 1965 que le titisme inventera, avant les Chinois des années 1990, le nouveau concept de “socialisme de marché”. Celui-ci sous la houlette étatique ne fit que creuser des écarts sociaux et des inégalités entre les salariés et les régions yougoslaves. A la mort de Tito, le pays sombrera avec les montées des nationalismes entretenues par l’Europe et l’OTAN ne désirant que briser et morceler le pays pour mieux le contrôler, ce qui fut fait à terme.

~ Résistance 71 ~

[…]

Conclusion de Davranche sur l’expérience “autogestionnaire” yougoslave:

Pas d’autogestion sans un vrai socialisme

L’échec du socialisme yougoslave est riche en enseignements. Il conclut à l’inanité d’un projet autogestionnaire déconnecté de l’abolition du salariat. Comme en URSS, en Yougoslavie, les rapports de production sont restés des rapports salariaux: la force de travail a continué à faire l’objet d’un échange, les travailleuses et les travailleurs n’ayant pas de maîtrise sur les moyens de production et pas de pouvoir sur la répartition de la plus-value créée par leur travail. Les choix de société en matière de développement n’appartenaient pas aux travailleurs en tant que citoyens, mais à la planification bureaucratique, comme dans le capitalisme ces choix appartiennent en théorie au “marché”. Au sein même de l’entreprise, aucun programme ne fut mis en œuvre pour refondre les métiers et les tâches dans le sens d’égalisation des compétences intellectuelles et manuelles.

Un socialisme authentique impliquera d’articuler l’autogestion dans “l’entreprise” (les citoyens en tant que travailleurs) à l’autogestion politique (les travailleurs en tant que citoyens). Les modèles marxiste-léniniste ou autogestionnaire réformiste, qui supposent une séparation entre gouvernants et gouvernés, sont incompatibles avec la démocratie directe. Leur prétention de bâtir un socialisme de la liberté est caduque. Du côté anarchiste libertaire, la prise en compte d’une expérience telle que “l’autogestion yougoslave” nous aide à penser la transformation sociale au-delà du mythe et avec la rigueur intellectuelle indispensable à un courant révolutionnaire.

 

 

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