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Histoire de l’anarchisme (documentaire vidéo)

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Résistance 71

3 septembre 2017

Remarquable documentaire sur l’histoire de l’anarchisme de Tancrède Ramonet, diffusé sur Arte.
Ce documentaire était déjà sorti sur la toile en 2016 dès sa diffusion, et nous l’avions relayé, mais avait été supprimé. Il est de nouveau disponible. Cette historiographie de l’anarchie remarquablement documentée s’étend de la 1ère révolution industrielle (vers 1810) jusqu’à la seconde guerre mondiale. La dernière partie sur la révolution espagnole de 1936-39 est très bien faite et expliquée.
Le documentaire passe également en revue la révolution mexicaine de 1911, souvent très mal connue ainsi que les mouvements anarchistes en Chine et au Japon.

A voir et diffuser sans aucune modération…

 

A voir de manière complémentaire, le remarquable documentaire que nous avons posté il y a 4 ans:
« Vivre l’utopie », sur l’histoire de la révolution sociale espagnole 1936-1939:

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Résistance politique: Du réformisme syndical à la révolution sociale (sur une base d’un édito de la CNT-SO)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 10 juillet 2017 by Résistance 71

Dans le contexte étatico-capitaliste de circonstance, ce que disent ci-dessous les compagnons de la CNT-SO est on ne peut plus juste, et leur action de terrain est hautement respectée, mais voilà… le piège tendu par l’oligarchie est celui de maintenir la lutte syndicale dans le réformisme, dans “l’aménagement” de la misère et de la précarité pour qu’elles deviennent plus “supportables”. Dans ce contexte précis, l’autogestion ne devient que l’autogestion de la même merde capitaliste, simplement laissé aux ouvriers et salariés. Beaucoup (trop) de compagnons tombent dans ce piège.

La seule solution est la révolution sociale, le tsunami qui emporte tout du monde obsolète étatique et capitaliste pour faire place à la société des sociétés, celle des associations libres  et des communes émancipées et confédérées, latente car fondement de l’organisation sociale humaine depuis quelques centaines de milliers d’années. Les compagnons des syndicats peuvent avoir une grande importance, celle de la coordination sur le terrain de la seule grève ayant un sens politique: la grève générale illimitée et expropriatrice !

Tout le reste n’est que réformisme béat et donc à terme… pisser dans un violon !

En bref: mettre un terme à  l’État, au capitalisme, au salariat, à l’économie de marché, à l’argent et au fétichisme de la marchandise en ayant présent à l’esprit en toute circonstance, que la solution n’est pas économique, mais politique. Mettre fin à la relation dominant/dominé, exploiteur/exploité n’est pas un acte économique, mais politique. Il faut abattre la pyramide du pouvoir, celle devenue exogène à la société, sortie de solution du peuple, pour l’y retourner, rediluer le pouvoir dans le(s) peuple(s). éliminer le rapport dominant/dominé, c’est faire en sorte que le pouvoir ne soit plus séparé du corps social, qu’il soit un et total avec le peuple, de là s’ensuivra une responsabilité croissante d’un mode de production qui ne sera plus basé sur l’argent, le profit, la spéculation et l’exploitation, mais sur la juste répartition en fonction des besoins et des capacités de chacun.

~ Résistance 71 ~

Édito : Macron : un gouvernement au service du fric et des patrons !

Confédération Nationale des Travailleurs-Solidarité Ouvrière

Bulletin été 2017

Source: http://www.cnt-so.org/Bulletin-de-la-CNT-Solidarite581

Pierre Gattaz, le patron du MEDEF peut être « sur un nuage », Macron veux passer en force, par ordonnances, d’ici septembre, sa nouvelle réforme du droit du travail qui viendra aggraver les logiques de la loi El Khomri et laminer toujours plus nos droits. D’autres attaques se profilent avec des mesures visant au démantèlement de la protection sociale solidaire et un nouveau coup d’austérité qui touchera durement les services publics et les fonctionnaires.

Les concertations prévues cet été sont bidons, le gouvernement déroule les mesures prévues dans le programme présidentiel de Macron et cherche même à aller plus loin. Les syndicats qui se prêtent à la mascarade du dialogue social avec le gouvernement ont tout faux. Plus que jamais, ce n’est pas de « partenaires sociaux » dont nous avons besoin mais de syndicats forts et combatifs pour nous défendre, gagner de nouveaux droits et porter collectivement le projet d’une autre société ! Tout est question de rapport de force, organisons-nous sans plus tarder !

Dans la bataille sociale à venir, il s’agit d’abord d’identifier et de comprendre les dangers, afin d’argumenter pour mobiliser sur nos lieux de travail et de vie. Avec ce quatre-pages d’analyse, la CNT – Solidarité Ouvrière essaye de forger un outil, au service de la lutte. Bonne lecture !

Macron : un gouvernement au service du fric et des patrons !

La loi El Khomri démultipliée

Plafonnement des indemnités prud’homales

Macron avait déjà introduit un barème indicatif suivant l’ancienneté dans l’entreprise avec sa loi de 2015. Il va plus loin en proposant un plancher et un plafond obligatoire pour les licenciements abusifs. Une nouvelle fois, ce sont les capacités de défense juridiques des salarié.e.s qui sont mises à mal : cette mesure favorisera les licenciements en faisant baisser le montant des réparations financières.

Liberté de négociation locale quasi totale

La loi El Khomri avait déjà inversé la hiérarchie des normes (primauté de la loi sur l’accord de branche puis d’entreprise) mais uniquement sur le temps de travail. Cette fois-ci tout sera directement négociable dans l’entreprise, au-delà du socle minimal du Code du travail. La portée des accords de branches, au nombre considérablement réduit (de 50 à 100 au lieu de 700 environ actuellement), serait limitée aux minimas salariaux et à l’égalité professionnelle. Avec le chantage permanent au licenciement, une faible syndicalisation particulièrement dans les TPE et PME, le rapport de force sera extrêmement défavorable aux salarié.e.s et nos droits tirés vers le bas !

Le référendum d’entreprise initié par les patrons

Avec la loi El Khomri, un accord d’entreprise devait être validé par des syndicats représentant au moins 50 % des salarié.e.s ou par une consultation directe des salarié.e.s basé sur un accord minoritaire (30%). Désormais l’employeur pourra lui même convoquer ces « référendums » et disposera d’un moyen de pression supplémentaire. Loin d’un dialogue social apaisé vanté par les macronistes, nous savons bien que la réalité du terrain dans les entreprises, c’est la guerre totale des patrons contre les syndicats qui refusent la collaboration et une pression continuelle sur les salarié.e.s.

Fusion des institutions représentatives des personnels (IRP)

Toutes les entreprises pourront désormais fusionner leurs IRP (délégué.e.s du personnel, CE, CHSCT) en une délégation unique (DUP). Cette fusion vise a réduire le nombre de représentant.e.s donc de salarié.e.s protégé.e.s. Les militant.e.s seront submergé.e.s par les tâches de chaque mandat et auront moins de temps pour l’action syndicale.

Le démantèlement de la protection sociale solidaire

Baisse des cotisations sociales pour les entreprises et indépendants

Nous allons avoir encore droit aux même recettes libérales avec des exonérations massives de cotisations sociales pour les indépendants et les entreprises (baisse de 6% et objectif zéro cotisation pour un salarié au SMIC soit une baisse de 10 %). L’objectif est clairement affiché : « rendre le travail moins cher pour les employeurs », en baissant nos salaires. Rappelons-le, les cotisations sociales ne sont pas des « charges » mais une partie intégrante de nos salaires, socialisés pour nous protéger des aléas de la vie. Les réduire, c’est réduire les salaires (voir le zoom en page 4) !

Basculement du financement de la protection sociale vers l’impôt

Les cotisations sociales maladie et chômage vont être supprimées pour les salarié.e.s et remplacées par une hausse de la CSG. On touche au cœur même de la sécurité sociale , en s’éloignant toujours plus d’un système de répartition solidaire entre salariés pour poursuivre son étatisation. En prélude à sa privatisation ? Dans ce cadre, la hausse des salaires nets, si elle est réelle, est un attrape-nigaud ! Si on assèche les sources de financement de la protection sociale, il faudra bien compenser le manque (le fameux trou !) soit par une baisse des services, des hausses d’impôts ou la privatisation de pans entiers de la protection sociale.

Répression des chômeurs.euses

La possibilité de toucher des allocations après une démission cache un flicage accru des chômeurs.euses avec un renforcement des sanctions (suspension des allocations après deux refus d’offre d’emploi « décent »). Il n’est pas certain que nous ayons la même définition d’un « emploi décent » que Pôle Emploi, là encore il s’agit de faire pression pour tirer nos conditions de travail et nos droits vers le bas.

Retraite à points

La réforme envisagée reste encore floue. Il s’agirait d’évoluer vers un système unique public/privé dit de « comptes notionnels » où chacun alimentera un capital individuel virtuel, revalorisé chaque année selon la croissance des salaires. Le total des droits accumulés serait converti au moment de la retraite en une pension, à l’aide d’un coefficient de conversion fonction de l’âge de départ, de l’année de naissance ou encore de l’espérance de vie de chaque génération. Au regard des conditions spécifiques de carrière, des règles de cotisations actuellement très différentes, notamment entre public et privé, il y a fort à parier que cette réforme fera de nombreux perdants. La possibilité de modifier régulièrement le coefficient de conversion fait aussi peser une lourde incertitude sur le montant réel des pensions à l’arrivée. Ce système incitera globalement à travailler plus vieux puisque plus l’âge de départ sera élevé plus la pension sera importante. De même, pour une espérance de vie supposée plus longue pour une génération, il faudra choisir entre partir plus tard ou avoir une pension moindre. Sauf que le choix sera fait individuellement et non plus en reculant clairement un âge de départ commun à tous, encore un tour de passe-passe macroniste pour rendre indolore une régression !

Casse des services publics et austérité pour financer les riches

Les dépenses publiques sabrées

Macron, c’est la poursuite de l’austérité avec un objectif annoncé de réduction des « dépenses publiques » à 50 % du PIB qui est chiffrée à 60 milliards sur 5 ans mais qui pourrait être bien supérieure (jusqu’à 170 milliards selon certains économistes). Derrière ces chiffres, c’est inévitablement une diminution de la qualité des services publics pour les usager.e.s et une dégradation des conditions de travail pour les fonctionnaires.

120 000 suppressions de postes et des droits amputés

Première conséquence de ces « économies », la suppression programmée de 120 000 postes dans la fonction publique (50 000 pour l’État et 70 000 pour la territoriale). Cela sera un nouveau coup dur pour des services publics déjà très fragilisés par les suppressions massives de la dernière décennie. Le poids sera important pour les collectivités locales qui devront faire avec moins d’agents alors que de nombreuses compétences leur ont été déléguées ces dernières années. Pour compenser, il est bien sûr envisagé de s’attaquer aux statuts (recrutement hors statuts, recours aux contractuels et/ou au privé).

Des sacrifices à sens unique

Le but de cette politique austéritaire est clairement affiché : financer les plus riches et les entreprises. En plus des réductions de cotisations, les entreprises vont bénéficier d’avantages fiscaux : notamment un taux d’imposition des sociétés abaissé à 25%. Macron projette de faire baisser la fiscalité sur les revenus fonciers et les dividendes ou encore de supprimer l’ISF pour le remplacer par un impôt sur la seule fortune immobilière, facilement contournable.

ZOOM : Le salaire socialisé, c’est quoi ?

Un employeur.e fait deux versements, l’un au salarié.e qu’il emploie, le salaire direct, composante individuelle ou salaire net au bas de la feuille de paye, l’autre aux caisses de Sécurité Sociale (chômage, maladie, retraite, etc.) sous forme de cotisations sociales proportionnelles au salaire direct : c’est la composante collective, le salaire indirect ou salaire socialisé.

La cotisation sociale fait donc partie intégrante du salaire. Réduire la cotisation sociale, sous prétexte de soulager les « charges » de l’entreprise, c’est réduire le salaire ! Elle n’est pas un prélèvement ou une charge, ni un impôt, ni une taxe, ni une épargne, ni une assurance mais du salaire ! Salaire lui-même défini en référence à un barème, un tarif négocié au sein des conventions collectives, basé sur une grille de classification et non pas sur les résultats de l’entreprise.

Cette cotisation sociale est répartie entre la part du salarié.e et la part dite patronale. Versée aux caisses, elle est immédiatement transformée en prestations sociales (elle transite en flux direct). Elle établit clairement le fait qu’à chaque instant, c’est le travail productif qui crée la valeur finançant la protection sociale, dont les retraites. C’est donc le salaire socialisé qui, en France, finance la protection sociale.

Le salaire socialisé permet la reconnaissance sociale de toutes les situations des travailleurs.euses et de prendre en compte les aléas de la vie. Qu’ils soient actifs.ves, précaires, chômeurs.euses, retraité.e.s, les salarié.e.s sont reconnus en tant que travailleurs.euses : le/la chômeur.euse indemnisé comme un salarié.e demandeur.euse d’emploi, le.la retraité.e, comme un salarié.e pensionné.e.

Cet aspect est fondamental car il pose comme principes :

  • la solidarité entre les travailleurs.euses
  • il confisque aux représentant.e.s de l’État la gestion d’une partie des revenus des travailleurs.euses : le salaire socialisé. L’État intervient par l’impôt dans une logique d’assistanat, d’aide aux plus pauvres. Grâce à la cotisation, il n’y a pas de « pauvres » mais des « salarié.e.s inactifs.ves », dont le revenu est maintenu.
  • La cotisation est une arme économique au service des travailleurs.euses. Elle permet de financer les retraites, les allocations familiales, les remboursements des frais médicaux de millions de salarié.e.s. Elle est indexée sur le salaire net, et suit donc son évolution.

En tant que révolutionnaires, nous ne nous contenterons pas de maintenir le statu-quo de comptes «  équilibrés » de la Sécu. Les richesses produites dans les entreprises sont le fruit de l’activité des travailleurs.euses, elles doivent donc leur revenir !

Ensemble revendiquons !

  • Refus des nouvelles mesures Macron
  • Abolition des lois Macron de 2015, El Khomry de 2016
  • Retour sur l’ensemble des contre-réformes depuis 1993 sur les retraites et la sécu, gestion directe des caisses par les travailleurs-euses
  • Au delà, il impératif demain de :
  • Travailler moins  : 30h hebdomadaires sans baisse des salaires,
  • Travailler tous : répartir la charge de travail pour faire cesser la précarité et le chômage,
  • Travailler autrement : autogestion et contrôle ouvrier sur les entreprises

Résistance politique contre le marasme ambiant: Anarchie et organisation (Errico Malatesta)

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A lire en complément: 

~ Résistance 71 ~

Anarchie et organisation

Errico Malatesta (1927)

Un opuscule français intitulé: “Plateforme d’organisation de l’Union générale des Anarchistes (Projet)“ me tombe entre les mains par hasard. (On sait qu’aujourd’hui les écrits non fascistes ne circulent pas en Italie.)

C’est un projet d’organisation anarchique, publié sous le nom d’un “ Groupe d’anarchistes russes à l’étranger “ et qui semble plus spécialement adressé aux camarades russes. Mais il traite de questions qui intéressent tous les anarchistes et, de plus, il est évident qu’il recherche l’adhésion des camarades de tous les pays, du fait même d’être écrit en français. De toute façon, il est utile d’examiner, pour les Russes comme pour tous, si le projet mis en avant est en harmonie avec les principes anarchistes et si sa réalisation servirait vraiment la cause de l’anarchisme. Les mobiles des promoteurs sont excellents. Ils déplorent que les anarchistes n’aient pas eu et n’aient pas sur les événements de la politique sociale une influence proportionnée à la valeur théorique et pratique de leur doctrine, non plus qu’à leur nombre, à leur courage, à leur esprit de sacrifice, et ils pensent que la principale raison de cet insuccès relatif est l’absence d’une organisation vaste, sérieuse. Effective.

Jusqu’ici, en principe, je serais d’accord.

L’organisation n’est que la pratique de la coopération et de la solidarité, elle est la condition naturelle, nécessaire de la vie sociale, elle est un fait inéluctable qui s’impose à tous, tant dans la société humaine en général que dans tout groupe de gens ayant un but commun à atteindre.

L’homme ne veut et ne peut vivre isolé, il ne peut même pas devenir véritablement homme et satisfaire ses besoins matériels et moraux autrement qu’en société et avec la coopération de ses semblables. Il est donc fatal que tous ceux qui ne s’organisent pas librement, soit qu’ils ne le puissent pas, soit qu’ils n’en sentent pas la pressante nécessité, aient à subir l’organisation établie par d’autres individus ordinairement constitués en classes ou groupes dirigeants, dans le but d’exploiter à leur propre avantage le travail d’autrui.

Et l’oppression millénaire des masses par un petit nombre de privilégiés a toujours été la conséquence de l’incapacité de la plupart des individus à s’accorder, à s’organiser sur la base de la communauté d’intérêts et de sentiments avec les autres travailleurs pour produire, pour jouir et pour, éventuellement, se défendre des exploiteurs et oppresseurs. L’anarchisme vient remédier à cet état de choses avec son principe fondamental d’organisation libre, créée et maintenue par la libre volonté des associés sans aucune espèce d’autorité, c’est-à-dire sans qu’aucun individu ait le droit d’imposer aux autres sa propre volonté. Il est donc naturel que les anarchistes cherchent à appliquer à leur vie privée et à la vie de leur parti ce même principe sur lequel, d’après eux, devrait être fondé toute la société humaine.

Certaines polémiques laisseraient supposer qu’il y a des anarchistes réfractaires à toute organisation; mais en réalité, les nombreuses, trop nombreuses discussions que nous avons sur ce sujet, même quand elles sont obscurcies par des questions de mots ou envenimées par des questions de personnes, ne concernent au fond, que le mode et non le principe d’organisation. C’est ainsi que des camarades, en paroles les plus opposées à l’organisation, s’organisent comme les autres et souvent mieux que les autres, quand ils veulent sérieusement faire quelque chose. La question, je le répète, est toute dans l’application.

Je devrais donc regarder avec sympathie l’initiative de ces camarades russes, convaincu comme je le suis qu’une organisation plus générale, mieux formée, plus constante que celles qui ont été jusqu’ici réalisées par les anarchistes, même si elle n’arriverait pas à éliminer toutes les erreurs, toutes les insuffisances, peut-être inévitables dans un mouvement qui, comme le nôtre, devance les temps et qui, pour cela, se débat contre l’incompréhension, l’indifférence et souvent l’hostilité du plus grand nombre, serait tout au moins, indubitablement, un important élément de force et de succès, un puissant moyen de faire valoir nos idées.

Je crois surtout nécessaire et urgent que les anarchistes s’organisent pour influer sur la marche que suivent les masses dans leur lutte pour les améliorations et l’émancipation. Aujourd’hui, la plus grande force de transformation sociale est le mouvement ouvrier (mouvement syndical) et de sa direction dépend, en grande partie, le cours que prendront les événements et le but auquel arrivera la prochaine révolution. Par leurs organisations, fondées pour la défense de leurs intérêts, les travailleurs acquièrent la conscience de l’oppression sous laquelle ils ploient et de l’antagonisme qui les sépare de leurs patrons, ils commencent à aspirer à une vie supérieure, ils s’habituent à la lutte collective et à la solidarité et peuvent réussir à conquérir toutes les améliorations compatibles avec le régime capitaliste et étatiste. Ensuite, c’est ou la révolution ou la réaction.

Les anarchistes doivent reconnaître l’utilité et l’importance du mouvement syndical, ils doivent en favoriser le développement et en faire un des leviers de leur action, s’efforçant de faire aboutir la coopération du syndicalisme et des autres force qui comporte la suppression des classes, la liberté totale, l’égalité, la paix et la solidarité entre tous les êtres humains. Mais ce serait une illusion funeste que de croire, comme beaucoup le font, que le mouvement ouvrier aboutira de lui-même, en vertu de sa nature même, à une telle révolution. Bien au contraire: dans tous les mouvements fondés sur des intérêts matériels et immédiats (et l’on ne peut établir sur d’autres fondements un vaste mouvement ouvrier), il faut le ferment, la poussée, l’oeuvre concertée des hommes d’idées qui combattent et se sacrifient en vue d’un idéal à venir. Sans ce levier, tout mouvement tend fatalement à s’adapter aux circonstances, il engendre l’esprit conservateur, la crainte des changements chez ceux qui réussissent à obtenir des conditions meilleures. Souvent de nouvelles classes privilégiées sont crées, qui s’efforcent de faire supporter, de consolider l’état de choses que l’on voudrait abattre.

D’où la pressante nécessité d’organisations proprement anarchistes qui, à l’intérieur comme en dehors des syndicats, luttent pour l’intégrale réalisation de l’anarchisme et cherchent à stériliser tous les germes de corruption et de réaction,

Mais il est évident que pour atteindre leur but, les organisations anarchistes doivent, dans leur constitution et dans leur fonctionnement, être en harmonie avec les principes de l’anarchie. Il faut donc qu’elles ne soient en rien imprégnées d’esprit autoritaire, qu’elles sachent concillier la libre action des individus avec la nécessité et le plaisir de la coopération, qu’elles servent à développer la conscience et la capacité d’initiative de leurs membres et soient un moyen éducatif dans le milieu où elles opèrent et une préparation morale et matérielle à l’avenir désiré.

Le projet en question répond-il à ces exigences? Je crois que non. Je trouve qu’au lieu de faire naître chez les anarchistes un plus grand désir de s’organiser, il semble fait pour confirmer le préjugé de beaucoup de camarades qui pensent que s’organiser c’est se soumettre à des chefs, adhérer à un organisme autoritaire, centralisateur, étouffant toute libre initiative. En effet, dans ces statuts sont précisément exprimées les propositions que quelques-uns, contre l’évidence et malgré nos protestations, s’obstinent à attribuer à tous les anarchistes qualifiés d’organisateurs.

Examinons:

Tout d’abord il me semble que c’est une idée fausse (et en tout cas irréalisable) de réunir tous les anarchistes en une “Union générale”, c’est-à-dire, ainsi que le précise le Projet, en une seule collectivité révolutionnaire active.

Nous, anarchistes, nous pouvons nous dire tous du même parti si, par le mot parti, on entend l’ensemble de tous ceux qui sont d’un même côté, qui ont les mêmes aspirations générales, qui, d’une manière ou d’une autre, luttent pour la même fin contre des adversaires et des ennemis communs. Mais cela ne veut pas dire qu’il soit possible- et peut-être n’est-il pas désirable- de nous réunir tous en une même association déterminée. Les milieux et les conditions de lutte diffèrent trop, les modes possibles d’action qui se partagent les préférences des uns et des autres sont trop nombreux et trop nombreuses aussi les différences de tempérament et les incompatibilités personnelles pour qu’une Union générale, réalisée sérieusement, ne devienne pas un obstacle aux activités individuelles et peut-être même une cause des plus âpres luttes intestines, plutôt qu’un moyen pour coordonner et totaliser les efforts de tous.

Comment, par exemple, pourrait-on organiser de la même manière et avec le même personnel, une association publique faite pour la propagande et l’agitation au milieu des masses, et une société secrète, contrainte par les conditions politiques où elle opère, à cacher à l’ennemi ses buts, ses moyens, ses agents? Comment la même tactique pourrait-elle être adoptée par les éducationnistes persuadés qu’il suffit de la propagande et de l’exemple de quelques-uns pour transformer graduellement les individus et, par conséquent, la société et les révolutionnaires convaincus de la nécessité d’abattre par la violence un état de choses qui ne se soutient que par la violence, et de créer, contre la violence des oppresseurs, les conditions nécessaires au libre exercice de la propagande et à l’application pratique des conquêtes idéales? Et comment garder unis des gens qui, pour des raisons particulières, ne s’aiment et ne s’estiment pas et, pourtant, peuvent également être de bons et utiles militants de l’anarchisme?

D’autre part, les auteurs du Projet déclarent inepte l’idée de créer une organisation réunissant les représentants des diverses tendances de l’anarchisme. Une telle organisation, disent-ils, “ incorporant des éléments théoriquement et pratiquement hétérogènes, ne serait qu’un assemblage mécanique d’individus qui ont une conception différente de toutes les questions concernant le mouvement anarchiste; elle se désagrégerait infailliblement à peine mise à l’épreuve des faits et de la vie réelle “.

Fort bien. Mais alors, s’ils reconnaissent l’existence des anarchistes des autres tendances, ils devront leur laisser le droit de s’organiser à leur tour et de travailler pour l’anarchie de la façon qu’ils croient la meilleure. Ou bien prétendront-ils mettre hors de l’anarchisme, excommunier tous ceux qui n’acceptent pas leur programme? Ils disent bien vouloir regrouper en une seule organisation tous les éléments sains du mouvement libertaire, et, naturellement, ils auront tendance à juger sains seulement ceux qui pensent comme eux. Mais que feront-ils des éléments malsains?

Certainement il y a, parmi ceux qui se disent anarchistes, comme dans toute collectivité humaine, des éléments de différentes valeurs et, qui pis est, il en est qui font circuler au nom de l’anarchisme des idées qui n’ont avec lui que de bien douteuses affinités. Mais comment éviter cela? La vérité anarchiste ne peut pas et ne doit pas devenir le monopole d’un individu ou d’un comité. Elle ne peut pas dépendre des décisions de majorités réelles ou fictives. Il est seulement nécessaire- et il serait suffisant- que tous aient et exercent le plus ample droit de libre critique et que chacun puisse soutenir ses propres idées et choisir ses propres compagnons. Les faits jugeront en dernière instance et donneront raison à qui a raison.

Abandonnons donc l’idée de réunir tous les anarchistes en une seule organisation, considérons cette “ Union générale “ que nous proposent les Russes comme ce qu’elle serait en réalité: l’union d’un certain nombre d’anarchistes, et voyons si le mode d’organisation proposé est conforme aux principes et aux méthodes anarchistes et s’il peut aider au triomphe de l’anarchisme. Encore une fois, il me semble que non. Je ne mets pas en doute le sincère anarchisme de ces camarades russes; ils veulent réaliser le communisme anarchiste et cherchent la manière d’y arriver le plus vite possible. Mais il ne suffit pas de vouloir une chose, il faut encore employer les moyens opportuns pour l’obtenir, de même que pour aller à un endroit il faut prendre la route qui y conduit, sous peine d’arriver en tout autre lieu. Or, toute l’organisation proposée étant du type autoritaire, non seulement elle ne faciliterait pas le triomphe du communisme anarchiste, mais elle fausserait l’esprit anarchiste et aurait des résultats contraires à ceux que ses organisateurs en attendent.

En effet, une “ Union générale “ consisterait en autant d’organisations partielles qu’il y aurait de secrétariats pour en diriger idéologiquement l’oeuvre politique et technique, et il y aurait un Comité exécutif de l’Union chargé d’exécuter les décisions prises par l’Union, de “ diriger l’idéologie et l’organisation des groupes conformément à l’idéologie et à la ligne de tactique de l’Union “.

Est-ce là de l’anarchisme? C’est à mon avis, un gouvernement et une église. Il y manque, il est vrai, la police et les baïonnettes, comme manquent les fidèles disposés à accepter l’idéologie dictée d’en haut, mais cela signifie simplement que ce gouvernement serait un gouvernement impuissant et impossible et que cette église serait une pépinière de schismes et d’hérésies. L’esprit, la tendance restent autoritaires et l’effet éducatif serait toujours antianarchiste.

Écoutez plutôt: “ L’organe exécutif du mouvement libertaire général- l’Union anarchiste- adopte le principe de la responsabilité collective; toute l’Union sera responsable de l’activité révolutionnaire et politique de chacun de ses membres, et chaque membre sera responsable de l’activité révolutionnaire et politique de l’Union. “

Et après cette négation absolue de toute indépendance individuelle, de toute liberté d’initiative et d’action, les promoteurs, se souvenant d’être anarchistes, se disent fédéralistes et tonnent contre la centralisation dont les résultats inévitables sont, disent-ils, l’asservissement et la mécanisation de la vie sociale et de la vie des partis.

Mais si l’Union est responsable de ce que fait chacun de ses membres, comment laisser à chaque membre en particulier et aux différents groupes la liberté d’appliquer le programme commun de la façon qu’ils jugent la meilleure? Comment peut-on être responsable d’un acte si l’on a pas la faculté de l’empêcher? Donc l’Union, et pour elle le Comité exécutif, devrait surveiller l’action de tous les membres en particulier, et leur prescrire ce qu’ils ont à faire ou à ne pas faire, et comme le désaveu du fait accompli n’atténue pas une responsabilité formellement acceptée d’avance, personne ne pourrait faire quoi que ce soit avant d’en avoir obtenu l’approbation, la permission du Comité. Et, d’autre part, un individu peut-il accepter la responsabilité des actes d’une collectivité avant de savoir ce qu’elle fera, et comment peut-il l’empêcher de faire ce qu’il désapprouve ?

De plus, les auteurs du Projet disent que c’est l’Union qui veut et dispose. Mais quand on dit volonté de l’Union, entend-on volonté de tous ses membres? En ce cas, pour que l’Union puisse agir, il faudrait que tous ses membres, sur toutes les questions, aient toujours exactement la même opinion. Or, il est naturel que tous soient d’accord sur les principes généraux et fondamentaux, sans quoi ils ne seraient pas unis, mais on ne peut supposer que des être pensants soient tous et toujours du même avis sur ce qu’il convient de faire en toutes circonstances et sur le choix des personnes à qui confier la charge d’exécuter et de diriger.

En réalité, ainsi qu’il résulte du texte même du Projet- par volonté de l’Union on ne peut entendre que la volonté de la majorité, volonté exprimée par des Congrès qui nomment et contrôlent le Comité exécutif et qui décident sur toutes les questions importantes. Les Congrès, naturellement, seraient composés de représentants élus à la majorité dans chaque groupe adhérant et ces représentants décideraient de ce qui serait à faire, toujours à la majorité des voix. Donc, dans la meilleure hypothèse, les décisions seraient prises par une majorité de majorité qui pourrait fort bien, en particulier quand les opinions en présence seraient plus de deux, ne plus représenter qu’une minorité.

Il est, en effet, à remarquer que, dans les conditions où vivent et luttent les anarchistes, leurs Congrès sont encore moins représentatifs que ne le sont les Parlements bourgeois, et leur contrôle sur les organes exécutifs, si ceux-ci ont un pouvoir autoritaire, se produit rarement à temps de manière efficace. Aux Congrès anarchistes, en pratique, va qui veut et qui peut, qui a ou trouve l’argent nécessaire et n’est pas empêché par des mesures policières. On y rencontre autant de ceux qui représentent eux-même seulement ou un petit nombre d’amis, que de ceux qui portent réellement les opinions et les désirs d’une nombreuse collectivité. Et sauf les précautions à prendre contre les traîtres et les espions, et aussi à cause même de ces précautions nécessaires, une sérieuse vérification des mandats et de leurs valeur est impossible.

De toute façon, nous sommes en plein système majoritaire, en plein parlementarisme.

On sait que les anarchistes n’admettent pas le gouvernement de la majorité (démocratie), pas plus qu’il n’admettent le gouvernement d’un petit nombre (aristocratie, oligarchie, ou dictature de classe ou de parti), ni celui d’un seul (autocratie, monarchie, ou dictature personnelle).

Les anarchistes ont mille fois fait la critique du gouvernement dit de la majorité qui, dans l’application pratique, conduit toujours à la domination d’une petite minorité. Faudra-t-il la refaire encore une fois à l’usage de nos camarades russes?

Certes les anarchistes reconnaissent que, dans la vie en commun, il est souvent nécessaire que la minorité se conforme à l’avis de la majorité. Quand il y a nécessité ou utilité évidente de faire une chose et que, pour la faire, il faut le concours de tous, le petit nombre doit sentir la nécessité de s’adapter à la volonté du grand nombre. D’ailleurs, en général, pour vivre ensemble en paix sous un régime d’égalité, il est nécessaire que tous soient animés d’un esprit de concorde, de tolérence, de souplesse. Mais cette adaptation d’une partie des associés à l’autre partie doit être réciproque, volontaire, dériver de la conscience de la nécessité et de la volonté de chacun de ne pas paralyser la vie sociale par son obstination. Elle ne doit pas être imposée comme principe et comme règle statutaire. C’est un idéal qui, peut-être, dans la pratique de la vie sociale générale, sera difficile à réaliser de façon absolue, mais il est certain que tout groupement humain est d’autant plus voisin de l’anarchie que l’accord entre la minorité et la majorité est plus libre, plus spontané, et imposé seulement par la nature des choses.

Donc, si les anarchistes nient à la majorité le droit de gouverner dans la société humaine générale, où l’individu est pourtant contraint d’accepter certaines restrictions parce qu’il ne peut s’isoler sans renoncer aux conditions de la vie humaine, s’ils veulent que tout se fasse par libre accord entre tous, comment serait-il possible qu’ils adoptent le gouvernement de la majorité dans leurs associations essentiellement libres et volontaires et qu’ils commencent par déclarer qu’ils se soumettent aux décisions de la majorité avant même de savoir ce qu’elles seront?

Que l’anarchie, l’organisation libre sans domination de la majorité sur la minorité, et vice versa, soit qualifiée, par ceux qui ne sont pas anarchistes, d’utopie irréalisable ou seulement réalisable dans un très lointain avenir, cela se comprend; mais il est inconcevable que ceux qui professent des idées anarchistes et voudraient réaliser l’anarchie, ou tout au moins s’en approcher sérieusement aujourd’hui plutôt que demain, que ceux-là même renient les principes fondamentaux de l’anarchisme dans l’organisation même par laquelle ils se proposent de combattre pour son triomphe.

Une organisation anarchiste doit, selon moi, être établie sur des bases bien différentes de celles que nous proposent ces camarades russes. Pleine autonomie, pleine indépendance et, par conséquence, pleine responsabilité des individus et des groupes; libre accord entre ceux qui croient utile de s’unir pour coopérer à une oeuvre commune, devoir moral de maintenir les engagements pris et de ne rien faire qui soit en contradiction avec le programme accepté. Sur ces bases, s’adaptent les formes pratiques, les instruments aptes à donner une vie réelle à l’organisation: groupes, fédérations de groupes, fédérations de fédérations, réunions, congrès, comités chargés de la correspondance ou d’autres fonctions. Mais tout cela doit être fait librement de manière à ne pas entraver la pensée et l’initiative des individus et seulement pour donner plus de portée à des effets qui seraient impossibles ou à peu près inefficaces s’ils étaient isolés.

De cette manière, les Congrès, dans une organisation anarchiste, tout en souffrant, en tant que corps représentatifs, de toutes les imperfections que j’ai signalées, sont exempts de toute autoritarisme parce qu’ils ne font pas la loi, n’imposent pas aux autres leurs propres délibérations. Ils servent à maintenir et à étendre les rapports personnels entre les camarades les plus actifs, à résumer et provoquer l’étude de programmes sur les voies et moyens d’action, à faire connaître à tous la situation des diverses régions et l’action la plus urgente en chacune d’elles, à formuler les diverses opinions ayant cours parmi les anarchistes et à en faire une sorte de statistique, et leur décision ne sont pas des règles obligatoires, mais des suggestions, des conseils, des propositions à soumettre à tous les intéressés, elles ne deviennent obligatoires et exécutives que pour ceux qui les acceptent. Les organes de correspondance, etc. – n’ont aucun pouvoir de direction, ne prennent d’initiatives que pour le compte de ceux qui sollicitent et approuvent ces initiatives, n’ont aucune autorité pour imposer leurs propres vues qu’ils peuvent assurément soutenir et propager en tant que groupes de camarades, mais qu’ils ne peuvent pas présenter comme opinion officielle de l’organisation. Ils publient les résolutions des Congrès, les opinions et les propositions que groupes et individus leur communiquent; ils sont utiles à qui veut s’en servir pour de plus faciles relations entre les groupes et pour la coopération entre ceux qui sont d’accord sur les diverses initiatives, mais libres à chacun de correspondre directement avec qui bon lui semble ou de se servir d’autres comités nommés par des groupes spéciaux. Dans une organisation anarchiste, chaque membre peut professer toutes les opinions et employer toutes les tactiques qui ne sont pas en contradiction avec les principes acceptés et ne nuisent pas à l’activité des autres. (Note de R71: ceci est prévu dans la “Grande Loi de la Paix” de la confédération iroquoise depuis le XIIème siècle, par exemple…) En tous les cas, une organisation donnée dure aussi longtemps que les raisons d’union sont plus fortes que les raisons de dissolution; dans le cas contraire elle se dissout et laisse place à d’autres groupements plus homogènes. Certes la durée, la permanence d’une organisation est condition de succès dans la longue lutte que nous avons à soutenir et, d’autre part, il est naturel que toute institution aspire, par instinct, à durer indéfiniment. Mais la durée d’une organisation libertaire doit être la conséquence de l’affinité spirituelle de ses membres et des possibilités d’adaptation de sa constitution aux changements des circonstances; quand elle n’est plus capable d’une mission utile, le mieux est qu’elle meure.

Ces camarades russes trouveront peut-être qu’une organisation telle que je la conçois et telle qu’elle a déjà été réalisée, plus ou moins bien, à différentes époques, est de peu d’efficacité. Je comprends. Ces camarades sont obsédés par le succès des bolchevistes dans leur pays; ils voudraient, à l’instar des blochévistes, réunir les anarchistes en une sorte d’armée disciplinée qui, sous la direction idéologique et pratique de quelques chefs, marchât, compacte, à l’assaut des régimes actuels et qui, la victoire matérielle obtenue, dirigeât la constitution de la nouvelle société. Et peut-être est-il vrai qu’avec ce système, en admettant que des anarchistes s’y prêtent et que les chefs soient des hommes de génie, notre force matérielle deviendrait plus grande. Mais pour quels résultats? N’adviendrait-il pas de l’anarchisme ce qui est advenu en Russie du socialisme et du communisme? Ces camarades sont impatients du succès, nous le sommes aussi, mais il ne faut pas, pour vivre et vaincre, renoncer aux raisons de la vie et dénaturer l’éventuelle victoire. Nous voulons combattre et vaincre, mais comme des anarchistes et pour l’anarchie.

Résistance politique: Devant le marasme total de l’état, les anarchistes brésiliens pensent et agissent…

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« La libération authentique, le processus d’humanisation, n’est pas un autre dépôt cognitif à mettre en l’Homme. La libération est une praxis: la réflexion et l’action d’hommes et de femmes sur leur monde afin de le transformer. »
~ Paolo Freire, éducateur, pédagogue critique brésilien ~

Très bonne analyse des compagnons brésiliens sur la situation locale, nous concordons avec leurs avancées. Il est intéressant une fois de plus de noter que quelque soit l’environnement politico-social, la pensée, l’analyse et l’action anarchistes sont concordantes avec une évidence organique primordiale: nous, les peuples, devons nous réapproprier le pouvoir non pas pour le déléguer une énième fois à une clique « avant-gardiste », mais pour le rediluer là où il n’aurait jamais dû sortir de solution: en nous, dans le peuple. Récemment, les femmes mohawks ne nous ont-elles pas suggéré un cri de paix: « Le pouvoir réside dans le peuple ! » Jusqu’à quand ignorerons-nous les sages conseils prodigués ?…

~ Résistance 71 ~

 

Brésil… Démocratie directe maintenant !…

Analyse de la situation au Brésil par les anarchistes brésiliens

 

Coordenação Anarquista Brasileira (CAB)

 

1er juin 2017

 

Source:

https://robertgraham.wordpress.com/2017/06/01/brazilian-anarchists-on-the-crisis-in-brazil/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

de la Federação Anarquista de Rio de Janeiro (FARJ):

https://anarquismorj.wordpress.com/category/anarquismo-no-brasil/coordenacao-anarquista-brasileira/

 

Le Brésil fait en ce moment l’expérience d’un tremblement de terre politique mettant à nu la pourriture absolue de l’élite du pays et affaiblissant plus avant les liens qui la maintient au pouvoir. L’opération orchestrée qui a permis les enregistrements entre le président Michel Temer et le propriétaire de JBS, la plus grande entreprise de viande au monde, change l’équilibre des forces du pays et met de l’huile sur le feu de la crise politico-sociale. En état d’instabilité politique, il est plus difficile au gouvernement de mobiliser sa base et d’avancer dans le domaine des droits du travail et des réformes des retraites, qui sont les plus grosses attaques sur la classe opprimée. Mais ceci ne constitue pas une raison de se réjouir et nous ne devons pas faiblir dans ces luttes. Maintenant est venu le temps d’intensifier la lutte, de généraliser les mobilisations avec des manifs de rue, des grèves menant vers la grève générale afin de bloquer les mesures d’austérité et les soi-disantes réformes sociales.

Note de Résistance 71: La grève générale se doit d’être illimitée et expropriatrice, c’est à dire que les ouvriers et travailleurs doivent prendre le contrôle des moyens de production, de distribution et de services et les organiser en associations libres au sein de communes émancipées et continuer de produire dans le souci de la seule satisfaction de la demande populaire. C’est la seule solution viable…

Nous devons approfondir la démocratie certes, mais sous la forme de la démocratie directe, où les travailleurs dans leurs lieux de travail, d’étude, de résidence, décident de l’action du pays. Nous ne pouvons pas accepter les miettes de ceux d’en-haut, nous devons imposer un programme populaire de droits sociaux construit et décidé par et pour le peuple. Nous devons construire la démocratie directe, hors des accords de ceux d’en-haut ; ceci doit se produire dans les voisinages, dans les villages, communes, bidonvilles, se façonner dans les occupations de terres et de logements, d’usines, d’écoles et d’universités.

Le coup qui a mis à terre le 4ème mandat PT/PMDB dans la présidence a fait que soit rendu possible un premier tour de mesures anti-peuple très dures et ce à grande vitesse, avec un vaste soutien du congrès et des médias, notablement la chaîne de télévision Globo. Temer a approuvé la réforme des écoles, des lycées, la loi de plafond budgétaire, la loi sur les délocalisations et plusieurs autres attaques, initiées durant le gouvernement PT.

Des décennies de bureaucratisation des lutes par les grands syndicats centraux et la pratique du cooptage des leaders des grands mouvements sociaux par la PT a aidé et aident toujours, à démobiliser les gens et à mettre des bâtons dans les roues de la résistance contre ces attaques sociales. Malgré cela, d’autres secteurs comme celui des élèves du secondaire et des peuples indigènes sont en train d’insuffler une nouvelle force de vie dans les luttes de terrain. La croissance du mécontentement populaire avec le président Temer et sa politique de réformes du travail et des retraites (NdT: tiens, tiens… cheval de bataille récurrent néolibéral n’est-il pas ?..), s’est manifesté par un énorme impact dans les rues de la nation, dans la mobilisation pour la grève générale des 15 et 28 avril, forçant les putschistes à reculer sur leurs propositions.

Avec plus de 90% de rejet, le gouvernement Temer n’a aucune légitimité de poursuivre ce faux système démocratique. Ceci ne sert qu’à maintenir à flot les hommes d’affaire et la classe politique qui volent, pillent et tuent les gens. Le gouvernement de conciliation de classes Lula et Dilma était un gouvernement pour les riches et les affairistes, jetant quelques miettes aux pauvres. Et les très nombreuses accusations de corruption n’ont fait que rendre plus évidente la relation de favoritisme qui existe entre le milieu du gros business et l’état. Les cas de corruption ne sont pas des cas isolés, mais de fait c’est ce qui fait tourner la grande roue de l’état et de son complice du secteur privé.

C’est à dire que le système représentatif ne sert que les intérêts du capitalisme et non pas celui du peuple, de façon à ce que les mondes politique et des affaires puissent faire avancer leurs projets. 

Voilà pourquoi des “solutions magiques” comme les privatisations, la délocalisation, les attaques sur les droits des travailleurs ne servent en fait que les businessmen afin qu’ils /elles profitent toujours plus. Les attaques sur les droits sociaux, sur les indigènes et leurs territoires, sur les paysans et les sans-terres, sur les femmes, les homos, le génocide des noirs et des résidents des bidonvilles et des voisinages pauvres ainsi que la criminalisation de la pauvreté ne sont qu’une seule et même chose. Ce ne sont que des mesures et des politiques pour que la droite et les secteurs conservateurs, les hommes d’affaire, les propriétaires terriens, les banquiers et politiciens imposent leur idéologie, profitent toujours plus, concentrent toujours plus de richesses en le moins de mains possible, exploitent toujours plus. Des hommes d’affaire comme João Dória ne sont pas différents des autres politiciens, ils sont les ennemis du peuple.

Si les politiciens professionnels ont perdu leur réputation, le système judiciaire quant a lui,  essaie de conserver une certaine légitimité avec des opérations ponctuelles anti-corruption afin de renforcer son pouvoir dans les structures de l’état. Les chefs de la justice, de la police fédérale et du procureur public, avec des secteurs directement alignés sur les Etats-Unis, reçoivent un soutien massif du réseau médiatique Globo afin d’accumuler le pouvoir au moyen de dangereux biais autoritaires. Il est nécessaire de répudier cette escalade et d’éviter toute illusion de rédemption par la justice bourgeoise.

Les vieux médias jouent un rôle crucial dans la mêlée des intérêts de la classe dirigeante. Le réseau Globo, qui a soutenu le coup médiatico-judicio-parlementaire, a fabriqué et légitimé le coup actuel et s’est maintenant placé du côté du plus fort, du côté du bureau du procureur général (Procuradoria-General de la Republica ou PGR), pour demander le départ de Temer. Le but est de récupérer les conditions afin de faire approuver les réformes de casse sociale avec l’élection d’un nouveau président par des élections indirectes. Nous ne pouvons jamais sous-estimer le rôle joué par les géants de la communication dans le terrain de jeu idéologique.

Le retournement de Globo contre Temer ne signifie aucune avancée pour le camp populaire. Avec le discrédit porté aux politiciens professionnels, le réseau médiatique met à l’écart les vieux briscards comme Aécio Neves et oriente son agenda sur la tendance mondiale à donner préséance à des candidatures de personnalités semblant venir de “l’extérieur” du camp partisan politique (NdT: comme Trump aux USA, Macron en France et d’autres à venir…). Ils essaient de mettre en place des gens en provenance directe du monde des affaires (NdT: comme Trump et Macron…): Doria, Meirelles, du judiciaire comme Nelson Jobim, Carmen Lúcia ou Joaquim Barbosa et même du monde du spectacle comme Luciano Huck. Il est stratégique de nous avancer dans le discrédit des vieux médias et de renforcer la demande pour la démocratisation de la communication avec des restrictions quant au pouvoir de ces entreprises, ainsi que de renforcer les moyens de communication populaires.

Il est nécessaire de se demander pourquoi la dénonciation n’arrive que seulement maintenant. bien qu’elle ait discrédité quelques politiciens et déclenché une certaine instabilité, l’action démontre néanmoins une loyauté des accords entre l’état et le capital. Le critère est économique et il y a un intérêt à défendre une entreprise qui a récemment fait face à l’opération Carne Fraca (“viande faible”), une action qui si elle a démontré les terribles conditions de production de notre nourriture, a d’abord servi les intérêts américains à affaiblir un concurrent sérieux sur le marché international de la viande. Il faut aussi noter que ce fut le gouvernement PT/PMDB qui a engraissé JBS via BNDS et des millions de dollars, transformant l’entreprise en une des plus grandes au monde.

D’en bas à gauche, démocratie directe maintenant !!…

Le fait est que ce qui a amené tant de gens dans les rues en cette première année du gouvernement Temer, pourrait bien devenir réalité: le départ de Michel Temer de la présidence de la république. Demandons-nous alors: et maintenant ? quelle est la prochaine étape ? Nous savons qu’avec l’affaiblissement des putschistes et leur base parlementaire vacillante, il y a un manque de conditions favorables pour qu’ils continuent leurs “réformes” du travail et des retraites.

Il est maintenant urgent de généraliser la lutte contre ces réformes et de reprendre nos droits qui furent bafoués par les conjonctures actuelles et passées et par le PT/PMDB. En plus de bloquer ces réformes, nous devons construire un projet qui fasse payer les riches pour le coût de la crise et qui reconnaisse l’élite de la politique, des affaires et des médias comme les ennemis du peuple. Les grosses entreprises comme JBS doivent au gouvernement plus de 400 milliards, environ trois fois le montant qu’ils contribuent au faux déficit de la sécurité sociale.

Seule l’organisation du peuple et la pression de la rue peuvent empêcher les réformes et les attaques sur nos droits sociaux. Rien en provenance du parlement n’ira dans ce sens. Nous devons empêcher l’élite politicienne et du business de tenir leurs sommets d’accords d’arrières-cours afin qu’ils parviennent à la réalisation de leur projet. La mobilisation et la pression populaire sont maintenant nécessaires et urgentes afin de bloquer ces réformes dans ce climat de crise et d’instabilité. Ce sont des pressions nécessaires que d’imposer un agenda populaire au gouvernement, même dans le cas d’élections directes. La mobilisation des gens est nécessaire pour empêcher le pire des scenario, qui serait la suspension par une intervention politico-militaire des élections de 2018 et la persécution des secteurs combattants de la gauche.

La gauche électorale demande maintenant des droits de façon à ce que la présidence de la république et le lulisme puissent apparaître, comme les années précédentes, être la sortie supposée populaire au milieu du tremblement de terre de la crise politique. Nous ne pouvons pas nous leurrer et prendre les vessies pour des lanternes ! Nous avons affirmé et continuons de le faire: nous devons vaincre le “pétisme ou PTisme” (NdT: du parti politique brésilien PT) et de tous ses héritages de la gauche. Il est vain de croire que Lula gèrera la crise et devra apporter des améliorations aux conditions de vie de ceux qui sont en bas de la société, c’est à dire la masse des gens. Une élection de Lula ne ferait que représenter un autre pacte de classe avec la bourgeoisie et ses patrons et ce en des termes encore plus affaiblis que les années précédentes.

La chose importante en ce moment, est que la lutte vienne d’en-bas et des rues afin de faire avancer le programme des droits populaires ! Promouvez l’organisation, la mobilisation contre les “réformes” du droit du travail et des retraites, et œuvrez pour la construction d’un projet populaire basé sur l’indépendance de classe. Catalysez le mécontentement populaire dans la révolte et les luttes de terrain de la base.

Ne vous laissez pas emporter par l’illusion de solutions immédiates, dans ce processus de réorganisation de la gauche et de réunion d’accords afin de sauver la démocratie bourgeoise. Il n’y a pas de lapin dans le chapeau, la solution de sortie est de construire l’organisation populaire dans les voisinages, dans les écoles, sur les lieux de travail, avec les pauvres et les opprimés. Nous devons demander la suspension immédiate de toutes les mesures anti-populaires initiées par le gouvernement PT et continuées par le leader du coup, Temer.

Le moment ne nous est pas favorable à nous les opprimés, mais la crise et la dispute entre les élites nous ouvrent l’espace pour d’autres projets. Nous devons utiliser le mécontentement pour délégitimer ce système et pour canaliser la lutte sociale.

Démocratie directe maintenant !

Pour la suspension de toutes les mesures anti-peuple !

Contre l’ajustement fiscal et les coupes franches pour la droite !

Dehors les putschistes de Globo !

Construisons le pouvoir populaire contre l’austérité et la répression !

= = =

Ce à quoi nous ajouterons: 

Il n’y a pas de solution au sein du système, il n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais !

Organisation des associations libres de producteurs et de consommateurs !

Organisation des communes libres !

Confédération des communes libres !

Organisation depuis la base de la société des sociétés !

A bas l’État ! A bas l’argent ! A bas le marché ! A bas la société du spectacle marchand ! Vive le peuple, vive les communes libres, pour que se réalise la société des sociétés, répondant à la nature sociale humaine profonde et organique…

~ Résistance 71 ~

Une vie en résistance…

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En mémoire de Joaquina Dorado Pita 


¡Salud compañera !

 

dimanche 14 mai 2017, par Régénération

 

Source:

http://www.lavoiedujaguar.net/En-memoire-de-Joaquina-Dorado-Pita

 

Survenue le 14 mars 2017 à Barcelone, la mort de Joaquina Dorado Pita clôt une lumineuse séquence de l’histoire populaire. À presque cent ans, les sentiments de révolte de sa petite enfance contre l’injustice l’habitaient toujours intensément. Née le 25 juin 1917 dans un quartier de pêcheurs de La Corogne, en Galice, elle eut très tôt conscience du malheur réservé aux classes laborieuses. En voyant aller pieds nus la plupart des enfants du quartier, puis en assistant un jour du haut de son balcon à la féroce répression qui s’abattait sur des travailleurs en grève.

Émigrée à Barcelone en 1934 avec ses parents, elle a tout juste dix-sept ans quand, immédiatement après son embauche comme tapissière, elle est la première dans l’entreprise à adhérer au syndicat CNT du bois et de la décoration. À partir du coup d’État militaro-fasciste de juillet 1936, elle passe à l’action révolutionnaire. Quelques semaines avant de s’éteindre, son regard flambait encore quand elle évoquait les jours qui suivirent la victoire du peuple des barricades, dont elle fut. Elle fit alors partie d’une délégation du syndicat qui faisait le tour des usines et ateliers. Elle adorait raconter… « Qui est le patron ? » « Moi ! » s’écriait quelque vanité. « Eh bien, hors d’ici ! s’entendait-elle répondre, le temps des maîtres est terminé ! » La toute jeune Joaquina n’allait pas tarder à se voir confier les fonctions du secrétariat de l’Industrie du bois socialisée.

Un mélange de courroux, de regrets et de nostalgie marquait son visage à l’évocation des événements de mai 1937 au cours desquels « sans l’appel au cessez-le-feu des “camarades ministres” nous aurions écrasé les mal nommés communistes. Ça aurait changé pas mal de choses… ». Il fut question un moment de former des pilotes de chasse. Joaquina se porta candidate, mais Moscou veillait. Jamais les avions n’arrivèrent.

En février 1939 elle traverse les Pyrénées parmi les centaines de milliers de gens qui fuient la barbarie, bombardés et mitraillés au long des routes par l’aviation franquiste. Internée dans un camp de concentration du côté de Briançon, elle réussit à s’en évader. Elle demeure alors quelque temps à Montpellier dans le château où le botaniste Paul Reclus, neveu d’Élisée, offre refuge à bon nombre d’anarchistes arrivés d’Espagne. Elle fait là la connaissance de Simon Radowitzky, avec qui elle établit rapidement des liens d’amitié.

Ensuite c’est Toulouse puis à nouveau l’internement ; dans deux camps dont celui du Récébédou (Portet-sur-Garonne) d’où encore elle s’évadera. À la Libération elle prend une part très active dans la réorganisation de la CNT et de la FIJL (Fédération ibérique des jeunesses libertaires) avant de retraverser clandestinement les Pyrénées avec Liberto Sarrau Royes, depuis quelques mois son compagnon, pour continuer à combattre la dictature. C’est à cette époque qu’elle, Liberto, Raúl Carballeira Lacunza, trois autres compagnons et une camarade forment le groupe d’action Tres de Mayo. Le 24 février 1948 Joaquina et Liberto sont arrêtés puis torturés au cours des dix-huit jours pendant lesquels ils restent aux mains de la police. Condamnés, puis relâchés en liberté conditionnelle suite à l’invalidation du Conseil de guerre, ils sont repris le 11 mai 1949 alors qu’ils s’apprêtent à repasser en France.

Condamnée à douze ans de prison, Joaquina est transférée à l’hôpital fin 1950 et doit subir l’ablation d’un rein gravement détérioré par les tortures auxquelles elle fut soumise dans les locaux de la police. Devant un diagnostic de mort imminente, l’administration pénitentiaire s’empresse de l’envoyer décéder chez elle, afin de s’éviter d’éventuelles tracasseries. Un médecin naturiste lui sauve la vie grâce à de très onéreux achats de pénicilline financés par les compagnons du syndicat clandestin du textile. Une fois sa santé récupérée Joaquina réintègre la prison pour en finir avec sa peine dont, à la suite d’amnisties générales, il ne lui reste plus que trois mois à accomplir. Le 13 février elle sort en liberté conditionnelle, pour aussitôt rejoindre la clandestinité, aux côtés de Francisco Sabaté Llopart, qu’elle secondera dans ses activités de propagande et pour qui elle se chargera de trouver des planques. C’est avec lui qu’elle rejoint la France, à pied une fois de plus en 1956. Après avoir combattu la dictature elle devra encore se frotter aux penchants légalistes des bureaucratiques continuateurs de « l’anarchisme » de gouvernement. Elle et quelques autres irréductibles devront en effet faire montre d’une ferme résolution à l’encontre des autorités cénétistes de Toulouse pour que Francisco Sabaté obtienne un aval de la Confédération destiné à lui éviter d’être extradé en Espagne. Elle militait au sein de la deuxième union régionale de la CNT de France quand en 1977 un secrétaire général s’arrogea la luxueuse prérogative d’exclure de son propre chef cette union, alors la plus nombreuse. Union dont le congrès qui suivit refusa d’entendre une délégation. A-t-on jamais rien vu d’aussi furieusement décadent en terrain antiautoritaire ? Les luttes intestines qui déchiraient la CNT d’Espagne en exil n’y étaient sans doute pas étrangères.

Son insuffisance rénale devant être palliée par dialyse, Joaquina se fixa définitivement à Barcelone où elle pouvait profiter de meilleures conditions d’habitat qu’à Paris. C’est avec grand courage, le même que face à la dictature et à toutes les adversités, qu’elle affronta sa maladie. « Avec du courage les choses finissent par s’arranger ! » aimait-elle à rappeler.

Choses vécues (Voline)

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« J’espère que le lecteur me pardonnera d’avoir à parler un peu de moi-même. Je fus involontairement impliqué dans la création du premier soviet (conseil) délégués des travailleurs, qui fut formé à St Petersbourg, non pas à la fin de 1905 mais en janvier-février de cette année là.
Je suis probablement aujourd’hui (Voline écrit sa « Révolution inconnue » en 1940) la seule personne qui puisse être liée, relater et dater cet épisode historique, à moins que d’autres ouvriers qui y prirent part à ce moment soient toujours en vie et capables de raconter l’histoire. »
~ Voline, 1940 ~

 

Après l’orage — Doutes — Hosannah — Terre promise

 

Voline (1922)

 

Par quoi dois-je commencer, amis ? On a tant vécu, tant pensé, tant éprouvé pendant ces années orageuses et surnaturelles… Et comment vécu, comment pensé, comment éprouvé ! Avec tout son cœur et toutes ses pensées, avec tout ses nerfs et son essence, avec tout son être et son sang… Par quoi dois-je commencer ?…

Certainement, vous attendez de moi beaucoup de nouveau, beaucoup de choses intéressantes et importantes, beaucoup d’extraordinaire. Vous chercherez dans ces lignes quelque chose de nouveau et d’extraordinaire. Mais, ne serai-je pas forcé de tromper votre attente ? Ne devrai-je pas vous désillusionner ?…

Je suis comme un voyageur échappé miraculeusement d’une terrible tempête et rejeté — abandonné et brisé — sur des rivages étrangers et inhospitaliers, n’ayant pas de place pour y reposer ma tête et couvrir ma nudité, arraché et du passé et des échos de la lutte et des livres : mes amis, et des amis : les lutteurs… Tout ce qui m’était sacré a été balayé par l’orage, dispersé par les vents, emporté par le torrent. Moi-même, je dois le ramasser miette à miette pour le rassembler…

Pourrai-je même maintenant — abandonné à l’étranger et privé de tout — pourrai-je vous dire des mots nouveaux, des mots nécessaires, des mots ayant un sens, des mots pouvant guider votre pensée vers une nouvelle voie ? Pourrai-je trouver de suite de telles paroles ? Pourrai-je vous aider à apaiser votre soif spirituelle ? Pourrai-je toucher vos cœurs pour vous émouvoir ?

Oh — mes beaux songes passés, mes forces non épuisées, ma parole non éteinte ! Mon âme déborde… Et je sais que je dois vous dire tout ce que j’ai vu et voulais dire avant ; tout ce que j’ai vu et compris maintenant, tout ce qui vit en moi — depuis longtemps, longtemps… Mais, saurai-je, pourrai-je, aurai-je le temps de construire mon autel et rallumer ma flamme sacrée ?… Saurai-je, amis, justifier votre attente ?

* * * *

Commençons par l’hosannah à la grande tempête. Commençons par l’hosannah à la révolution !

Oui, je veux vous dire le chant de la victoire. Je veux que parmi nous retentissent sans cesse des hymnes d’allégresse comme jamais il n’en fut…

Parce que, mes amis, une grande victoire a été gagnée par l’Anarchie.

— Victoire — Anarchie ?? Cela va vous étonner. Mais, à vrai dire, il en est fini de la Révolution. La Révolution est éteinte. La Révolution n’a pas atteint son but, n’a pas donné la terre promise… À vrai dire, les anarchistes n’ont pas été à la hauteur de la situation… Les anarchistes n’ont pas pu s’emparer des circonstances… Les anarchistes sont vaincus… À vrai dire — « encore une victoire comme celle-là — et de l’anarchisme… »

Oui, oui… J’entends. Je sais… Ne vous pressez pas…

N’ai-je pas écrit moi-même, aux débuts de la révolution, que si l’action était menée par la politique, l’autorité et l’organisation de nouveaux gouvernements, il n’en sortirait rien et la révolution — la vraie révolution — périrait à nouveau ? Oui, et pour nous tous n’était-ce pas clair auparavant ?

Mais, n’ai-je pas écrit alors que l’action, hélas ! serait menée sûrement et inévitablement par cette voie ? N’ai-je pas prévu l’inévitable (et peut-être plus ou moins prolongée) « victoire », non pas de la révolution, mais de la gauche, social-démocrates, révolutionnaires marxistes, bolcheviks ? N’ai-je pas dit que comme résultat de la lutte politique — lutte pour le pouvoir — ils prendraient sûrement le dessus et seraient au pouvoir ?

Je l’ai prévu, écrit, dit — précisément, clairement.

Donc, l’« insuccès » des anarchistes et la « victoire » des bolcheviks n’était pour moi ni imprévision, ni désillusion. J’ai prévu cela et autre chose. Et tout ce que j’ai vu dans la révolution russe a simplement confirmé — clairement et nettement — mes conceptions et prévisions. (Je remarquerai à propos : ce compte rendu a priori de la situation a probablement été une des raisons qui m’ont permis de ne pas m’égarer dans la tempête et de rester tel que j’étais alors que tant d’autres n’ont pas pu le faire…)

Réfléchissez maintenant sérieusement à mon aveu.

Prévoir la « victoire » des bolcheviks, signifiait prévoir tout le développement logique de la « révolution bolchevique ». Cela signifiait prévoir que les bolcheviks entraîneraient les masses, domineraient la révolution, s’empareraient de toute la machine gouvernementale, formeraient un gouvernement, établiraient une dictature du parti et d’individus, installeraient une police ouverte et secrète, okhrana, censure, introduiraient l’inquisition et la terreur, détruiraient la personnalité, tueraient l’initiative, rempliraient les prisons, écraseraient tout et tous — et, naturellement, se débarrasseraient des anarchistes…

Et, en effet, j’ai prévu l’inévitable de tout cela.

Déjà, pendant la révolution, les camarades péchaient en attirant exclusivement leur attention sur des facteurs négatifs partiels, en les attaquant furieusement et les critiquant sans éclaircissement approfondi, sans indication claire sur l’étroite dépendance logique de tous ces facteurs dans l’ensemble de la marche des événements — de la direction prise par la révolution…

Les bolcheviks aimant à citer ces exemples de cette menue critique, pour crier hypocritement contre les « critiques creuses », les « attaques démagogiques vides » des anarchistes, etc… Cela va sans dire, ils désiraient encore moins une critique d’ensemble constante et claire. Cependant, plus d’une fois l’occasion leur était favorable pour ces accusations hypocrites et ils l’utilisaient largement.

D’un autre côté, souvent — et encore maintenant — les anarchistes, approchant plus ou moins les bolcheviks, assurent, ainsi que ces derniers, qu’effectivement seuls sont mauvais les individus et exécuteurs, les actions partielles, qu’il y a des « défauts de mécanisme », que ces « défauts » doivent être « surmontés en dedans » etc., mais que tout le mécanisme, dans son entier et sa généralité, était uniquement possible, régulier, indispensable et qu’il fallait justement ainsi « faire la révolution ». Et ils accusent les autres anarchistes « incorruptibles » de mauvaise volonté criminelle », de ne pas comprendre la situation, de se limiter à une « critique démagogique », de ne pas aider l’autorité soviétique par sa participation organique à « combattre intérieurement ».

Ici se cache — c’est l’occasion de le dire — un des grands points obscurs sur lesquels je devrai m’arrêter plus loin en détail.

J’ai dit souvent aux camarades que leur méthode de critique est profondément erronée et stérile ; pour mener à de grands résultats, notre critique doit toujours donner aux choses une clarté générale ; elle doit poser la question dans tout son ensemble ; elle doit nettement indiquer et souligner que de deux choses l’une : ou toute la voie, dans tout son ensemble est réellement sincère, uniquement possible et historiquement indispensable — et alors tout facteur négatif doit être « adopté » par nous comme un mal temporaire duquel on se débarrasse petit à petit — ou toute la voie, dans tout son ensemble, n’est pas sincère, ne conduit pas au but, n’est pas historiquement indispensable et n’est pas uniquement possible, — et alors cette même voie et tous les facteurs qui lui sont liés sont stupides, inutiles, stériles. vraiment effrayants, périlleux et inapplicables. Notre critique disais-je toujours — doit clairement démontrer que toute la voie « bolchevique » est entièrement fausse, inutile, stupide, périlleuse et, pour cela, mène inévitablement à l’erreur ; et nous devons, ici même, établir une autre voie de révolution… Ce n’est que par ce moyen que l’on peut donner à la pensée critique une sérieuse poussée vers la réalité des événements.

Donc, j’ai toujours — avant et après — proposé de peser et résoudre, et moi-même je posais et résolvais la question de toute la voie dans son ensemble avec toutes ses suites logiquement inévitables.

Des conceptions qui m’ont permis d’examiner la voie suivie jusqu’à ce jour par la révolution russe et les suites malheureuses de cette voie ; ensuite, en supposant cette voie concrètement inévitable, pourquoi je ne l’estimais ni sincère, ni historiquement indispensable, ni uniquement possible et par suite considérais nécessaire de ne pas « combattre intérieurement » ses défauts, mais au contraire lutter idéalement de toute sa force et son énergie contre toute cette voie. De tout cela, je devrai parler dans ces « lettres » comme dans d’autres travaux, en liaison avec les nombreuses questions fondamentales et capitales de notre mouvement.

En ce moment, une autre question nous préoccupe.

Prévoyant l’inévitable de la voie « bolchevique » et ses conséquences, — que pouvais-je, amis, escompter pour l’Anarchie ? Quels résultats, quels succès, quelles premières « victoires » pouvais-je attendre pour elle ?

Je ne pouvais compter — et j’ai compté — fortement, stablement, que sur une seule chose : que la sincérité intérieure de l’Anarchisme, son pouvoir ignoré, sa profonde vérité se confirmeront maintenant clairement et définitivement — brilleront enfin par des rayons vivants. Pour cela, j’escomptais que le dernier mur cachant le soleil s’effondrerait, que l’insuccès des idées politico-gouvernementales, l’insuccès du « communisme » marxiste déblaierait et ouvrirait enfin la voie pour une large réception de nos idées anarchistes et, par conséquent, pour l’action fructueuse des masses dans l’avenir. Je n’en attendais pas davantage pour commencer. Je ne comptais pas, pour le moment, sur une grande victoire.

Vous verrez par la suite pourquoi je pensais ainsi. Vous verrez aussi pourquoi tout cela ne m’a nullement empêché de remplir jusqu’au bout mon devoir d’anarchiste et de révolutionnaire. Vous comprendrez bien alors pourquoi j’ai mis soigneusement entre parenthèses et l’« insuccès » des anarchistes et la « victoire » des bolcheviks. <Et cette clarté aura une grande signification pour vos déductions définitives ; autrement, je n’aurais naturellement pas soulevé ces questions.

Mais, dès maintenant, après ce qui vient d’être dit, — réfléchissez, amis, et dites : n’avais-je pas raison d’affirmer que l’anarchisme a remporté une grande victoire dans la Révolution russe ?

Dans notre milieu, — en Russie — on parle beaucoup maintenant de la « crise de l’anarchisme » et des fautes des anarchistes. Ils sont assez répandus, là-bas, les types d’« anciens » ou « anarchistes repentis » faisant leur mea culpa, déchirant leurs vêtements et se couvrant la tête de cendres. Ils vagabondent partout avec des visages attristés et des questions tragiques pour lesquelles ils attendent en vain une réponse d’en haut. En fait — ils n’ont jamais compris la profonde vérité de l’anarchisme, ils n’ont jamais eu sous les pieds une solide base anarchiste et ont actuellement perdu le faible bagage qu’ils possédaient autrefois. Et, saisis par les vents capricieux de la révolution, ces va-et-vient de l’anarchisme tantôt se jettent dans les étreintes attrayantes de la Grande Pécheresse bolchevique, tantôt, n’arrivant pas jusqu’à l’étreinte, reculent, effrayés et déçus, et restent au milieu de la route, puis à nouveau accourent vers l’Anarchie et à nouveau posent leurs questions incompréhensibles.

Maintenant, je dirai directement : personnellement, je ne vois aucune « crise de l’anarchisme ». On peut parler de la crise du marxisme révolutionnaire dont l’essai définitif s’effondre actuellement avec un furieux craquement international… Les bolcheviks peuvent dire d’eux-mêmes : encore une telle « victoire » et du bolchevisme il ne restera rien. L’œuvre anarchiste, pour telles ou telles raisons, ne s’est pas encore réalisée dans cette révolution et n’a donc pas pu amener les idées ni à une incarnation concrète, ni à sa crise.

Oh ! certainement, l’anarchisme a de quoi apprendre dans la révolution russe. L’anarchisme a des dommages qui exigent une réparation, des quadrats qui attendent d’être remplis, des manques qui exigent des pleins. Dans l’anarchisme, il y a de quoi penser, revoir et réévaluer. (Ce serait étrange s’il n’y avait pas cela !) Il est entendu que la révolution a donné une forte poussée à cette œuvre de réévaluation. Mais il y a encore loin de cela à la « crise ». Seuls, les « repentis » et « ex »-anarchistes éperdus, affolés, peuvent poser cette question de « crise ».

Donc, je ne vois pas de « crise de l’anarchisme ». Mais, sans doute, il existe une « crise des anarchistes » en Russie. Ce dernier fait est tout à fait naturel. L’anarchisme n’y perd pas grand chose. Encore une fois, dès le commencement de la révolution, il m’est arrivé de supposer que — en liaison avec les faits à venir — beaucoup d’« anarchistes » se troubleraient et nous quitteraient. Ceci, réellement, est arrivé. Mais, et alors, et maintenant, je ne trouvais et ne trouve ici rien de grave…

Certainement, les anarchistes ont été, dans beaucoup de circonstances, faibles, instables, non préparés. Certainement, il existait chez eux et des faiblesses et des fautes et des défauts. Mais il en était de même, et en aussi grande quantité, chez les bolcheviks ; en somme, il ne pouvait en être autrement, et, après tout, ce n’est pas une préparation et une force spéciales qui ont conduit les bolcheviks à la « victoire ». Certainement, il ne s’en trouvait pas beaucoup de forts et énergiques. (En général, il y a peu de gens forts et énergiques sur terre…) Certainement, les circonstances ont joué un certain rôle et il nous faudra encore en causer… Mais, les causes de la stérilité de la révolution consistent-elles dans cela ? L’anarchisme est-il démoli par cela ? Son incapacité de vivre est-elle démontrée ?

Et si les anarchistes s’étaient montrés plus forts, plus énergiques, mieux préparés ? S’ils avaient commis moins d’erreurs ? L’affaire se serait-elle terminée autrement ? La révolution aurait-elle suivi une autre voie ?

Certainement, non ; les raisons pour lesquelles la révolution a suivi une voie déterminée, raisons multiples et complexes, sont beaucoup plus profondes que la « non préparation » des anarchistes et la « préparation » des bolcheviks. Il nous reste à les approfondir sérieusement… J’ai en ce moment sous la main une de ces raisons — et non la moindre — en liaison avec le contenu de la présente lettre.

Les masses humaines contemporaines (et, à quelques rares exceptions, les individus isolés) vivent encore comme des enfants : elles ne savent pas, ne peuvent pas se guider avec des jugements, principes et idées abstraites ; il ne leur vient pas à l’idée de vivre, d’agir d’une manière ou d’une autre, en vertu de telles ou telles preuves et déductions raisonnables ; elles n’étudient pas les conceptions théoriques, la science, les livres, les pensées. (Et ou peuvent-elles — les masses humaines contemporaines — prendre le temps nécessaire pour s’éduquer et s’habituer, pour apprendre à voir et agir selon les conceptions de la pensée théorique et éducatrice ? Il est déjà bien beau que — sous l’influence du progrès économique, technique et, en général, social — soit passé le temps où les masses pouvaient être guidées par la foi religieuse, foi aveugle et naïve… Et l’époque est encore éloignée de nous où le livre deviendra le maître général de la vie, quand la masse humaine se guidera par une science pure, une idée pure, une prévision théorique consciente… Oh ! longtemps avant cela devra se réaliser la révolution sociale : parce que c’est elle seule qui ouvrira résolument la porte de ce noble avenir humain !

Actuellement, les masses ont besoin de leçons vécues pour leurs recherches et leurs luttes. La vie turbulente, la pratique des choses, l’exemple palpable, l’expérience directe les éduquent… Le front contre le mur et une bosse au front : voilà qui est convaincant et instructif pour les foules contemporaines… On ne peut certainement changer rapidement cet état de choses. (Je remarquerai, en passant, que, par rapport aux capacités créatrices et organisatrices des masses, cette situation n’a aucune relation et que ce serait une erreur grossière résultat d’irréflexion — d’en tirer des conclusions pessimistes par rapport à l’anarchisme. Je traiterai plus tard la question des masses et leur rôle dans la révolution.)

Les idées anarchistes ont été expliquées, développées, répandues pendant 40 ans — il est vrai avec difficulté et pas assez largement. — Les anarchistes ont prouvé pendant 40 ans, avec une étonnante clarté, qu’il ne sortirait rien de l’expérience d’une révolution du parti politico-gouvernemental et du « Communisme » consécutif. Mais, hélas ! sans expérience vive, sans leçons vécues et preuves, les grandes masses ne pouvaient connaître la vérité. Il fallait que, avec l’aide de circonstances favorables, contrainte monstrueuse, pression et hypocrisie, les bolcheviks fissent tour expérience historique pour que les masses, se frappant le front contre le mur, commencent à comprendre toute la faiblesse, toute la stérilité, toute l’horreur d’une telle révolution.

Oui cette expérience devait absolument être faite dans un pays ou un autre. Il fallait passer par cette inévitabilité, par cette expérience. Cette leçon devait être prise… Et la Russie se trouvait dans les meilleures conditions pour cela…

Actuellement, cette expérience est vécue. Elle est en arrière, amis ! Le dernier obstacle est tombé. Le dernier mur s’est effondré. La dernière bêtise est mise à jour. Le dernier mensonge est découvert.

Comme il fallait s’y attendre, le train gouvernemental du « Communisme » nous barrant l’horizon est tombé du remblai et la voie directe vers le but s’est ouverte à nos yeux… Il est vrai que cette voie est encore obstruée par des déchets, de la saleté, des gens estropiés, des cadavres… Mais maintenant il ne sera pas si difficile de la déblayer…

Voilà pourquoi, amis, je parle de la grande victoire de l’Anarchisme,

Certainement, ce n’est encore que la première victoire ; victoire plutôt morale que réelle, plutôt détournée que directe. Mais c’est cependant une victoire. La victoire suivante, réelle de l’Anarchie, il ne sera plus nécessaire de la démontrer. Elle parlera elle-même pour elle. Elle nous ouvrira l’entrée vers la terre promise…

Donc, en avant, en avant, amis, — bravement, courageusement, sûrement. À l’ouvrage, — encore plus chaudement, encore plus amicalement, encore plus gaiement !… Pour le grand, nécessaire et sérieux travail !

Oui, nous ne sommes pas encore arrivés à la terre promise. Nous, — les humains, — nous ne nous sommes pas encore montrés dignes d’elle. Nous. — anarchistes — devrons encore faire beaucoup pour l’atteindre. Mais, nous avons sauté par-dessus le dernier, le plus grand obstacle. Nous nous sommes approchés de cette terre. Son esquisse nous est nettement visible. Et nos poitrines peuvent respirer plus à l’aise. Et nos cœurs peuvent battre plus librement…

Et voilà pourquoi je termine cette lettre comme je l’ai commencée :

Hosannah à la révolution russe !

Hosannah à l’expérience accomplie !

Hosannah à la dernière bêtise humaine puisqu’elle nous était destinée !

 

Suisse, mars 1922.

 

Source: https://fr.wikisource.org/wiki/Choses_vécues

Suggestions de lectures critiques et anarchistes pour une action politique informée et concertée

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, Internet et liberté, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 4 janvier 2017 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

4 janvier 2017

 

Surfant comme à l’accoutumée la blogosphère dissidente, nous nous sommes aperçus récemment en lisant les commentaires, d’un intérêt grandissant pour l’Idée anarchiste et une croissance incontestable de la demande sur ce qu’il conviendrait de lire pour en savoir plus par soi-même et hors des délires propagandistes entendus ou vus ici et là sur la toile et la sphère de l’establishment afin de discréditer et de diaboliser l’anarchie et ses principes fondateurs d’une société égalitaire, anti-autoritaire, et non coercitive, qui terrifie l’oligarchie et la survie de son petit monde privilégié de la domination et de la violence.

Pour répondre à cette demande, en tant que blog anarchiste ayant étudié de près toute cette affaire depuis bien des années, nous avons décidé d’établir une petite liste utile, bien ententu non exhaustive loin de là, de ce que tout à chacun pourrait ou devrait lire afin d’en savoir plus et de se faire une idée sur l’Idée de manière indépendante.

C’est en fait ce que tout anarchiste souhaite: que le plus de personnes possible décident de leur propre chef d’en savoir plus et étudient poue se rendre compte par eux-mêmes de ce qui n’est en rien une idéologie mais bien plutôt une façon de penser, de se comporter dans la vie de tous les jours et donc une façon de vivre, tout simplement, bien au-delà de toutes les fadaises vues et entendues en provenance de sources qui simplement ne savent pas grand chose de ce qu’ils avancent ou intoxiquent à dessein l’opinion publique.

Assez de blablatage, voici une petite liste pour se mettre confortablement sur le chemin de la véritable question sociale, nous mettons en lien toute lecture possible gratuite sur la toile si disponible:

Littérature anarchiste

Pour commencer simplement, il y a un petit livre incontrournable, très bien fait, écrit par Daniel Guérin et publié aux éditions Gallimard en 1965, intitulé: “L’anarchisme, de la doctrine à l’action”. L’édition de langue anglaise de 1970 est préfacée par Noam Chomsky. On le trouve chez Folio pour pas cher.

L’ouvrage de 158 pages dans sa version anglaise, est divisé en trois chapitres:

  1. Les idées de base de l’anarchisme
  2. A la recherche d’une nouvelle société
  3. L’anarchisme et sa pratique révolutionnaire

Le 3ème chapitre parle de la période de 1880 à 1914 puis de l’anarchisme dans la révolution russe de 1917 , de l’anarchisme des conseils ouvriers italiens de 1920 et enfin l’anarchisme et la révolution sociale espagnole 1936-39

Ensuite, une fois assimilé le mimimum basique savamment dispensé par le livre de Guérin, il est assez incontournable de lire la trilogie anarchiste avec dans l’ordre chronologique:

Puis, au gré du temps lire ces auteurs également essentiels en tête desquels npus mettrons Gustav Landauer et ses deux ouvrages “La révolution” et surtout “L’appel au socialisme”.

A lire également avec le plus grand intérêt:

Plus près de nous dans l’époque “moderne”: des anthropologues anarchistes:

Concernant l’histoire critique pour balayer certains grands mythes tenaces:

  • Howard Zinn et son “Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours”
  • Annie Lacroix-Riz: “L’histoire sous influence” et “L’histoire toujours sous influence”
  • Jean-Paul Demoule: “On a retrouvé l’histoire de France” et “Les Gaulois”
  • Marylène Patou-Mathis: “Néanderthal, une autre humanité” et son excellent “Préhistoire de la violence et de la guerre”

Pensée critique rejoignant la pensée anarchiste:

Le seul penseur et activiste marxiste valant la peine d’être lu à notre sens:

  • Antonio Gramsci: “Ecrits politiques”, “Cahiers de prison”

Bonne lecture à toutes et tous !