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Choses vécues (Voline)

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« J’espère que le lecteur me pardonnera d’avoir à parler un peu de moi-même. Je fus involontairement impliqué dans la création du premier soviet (conseil) délégués des travailleurs, qui fut formé à St Petersbourg, non pas à la fin de 1905 mais en janvier-février de cette année là.
Je suis probablement aujourd’hui (Voline écrit sa « Révolution inconnue » en 1940) la seule personne qui puisse être liée, relater et dater cet épisode historique, à moins que d’autres ouvriers qui y prirent part à ce moment soient toujours en vie et capables de raconter l’histoire. »
~ Voline, 1940 ~

 

Après l’orage — Doutes — Hosannah — Terre promise

 

Voline (1922)

 

Par quoi dois-je commencer, amis ? On a tant vécu, tant pensé, tant éprouvé pendant ces années orageuses et surnaturelles… Et comment vécu, comment pensé, comment éprouvé ! Avec tout son cœur et toutes ses pensées, avec tout ses nerfs et son essence, avec tout son être et son sang… Par quoi dois-je commencer ?…

Certainement, vous attendez de moi beaucoup de nouveau, beaucoup de choses intéressantes et importantes, beaucoup d’extraordinaire. Vous chercherez dans ces lignes quelque chose de nouveau et d’extraordinaire. Mais, ne serai-je pas forcé de tromper votre attente ? Ne devrai-je pas vous désillusionner ?…

Je suis comme un voyageur échappé miraculeusement d’une terrible tempête et rejeté — abandonné et brisé — sur des rivages étrangers et inhospitaliers, n’ayant pas de place pour y reposer ma tête et couvrir ma nudité, arraché et du passé et des échos de la lutte et des livres : mes amis, et des amis : les lutteurs… Tout ce qui m’était sacré a été balayé par l’orage, dispersé par les vents, emporté par le torrent. Moi-même, je dois le ramasser miette à miette pour le rassembler…

Pourrai-je même maintenant — abandonné à l’étranger et privé de tout — pourrai-je vous dire des mots nouveaux, des mots nécessaires, des mots ayant un sens, des mots pouvant guider votre pensée vers une nouvelle voie ? Pourrai-je trouver de suite de telles paroles ? Pourrai-je vous aider à apaiser votre soif spirituelle ? Pourrai-je toucher vos cœurs pour vous émouvoir ?

Oh — mes beaux songes passés, mes forces non épuisées, ma parole non éteinte ! Mon âme déborde… Et je sais que je dois vous dire tout ce que j’ai vu et voulais dire avant ; tout ce que j’ai vu et compris maintenant, tout ce qui vit en moi — depuis longtemps, longtemps… Mais, saurai-je, pourrai-je, aurai-je le temps de construire mon autel et rallumer ma flamme sacrée ?… Saurai-je, amis, justifier votre attente ?

* * * *

Commençons par l’hosannah à la grande tempête. Commençons par l’hosannah à la révolution !

Oui, je veux vous dire le chant de la victoire. Je veux que parmi nous retentissent sans cesse des hymnes d’allégresse comme jamais il n’en fut…

Parce que, mes amis, une grande victoire a été gagnée par l’Anarchie.

— Victoire — Anarchie ?? Cela va vous étonner. Mais, à vrai dire, il en est fini de la Révolution. La Révolution est éteinte. La Révolution n’a pas atteint son but, n’a pas donné la terre promise… À vrai dire, les anarchistes n’ont pas été à la hauteur de la situation… Les anarchistes n’ont pas pu s’emparer des circonstances… Les anarchistes sont vaincus… À vrai dire — « encore une victoire comme celle-là — et de l’anarchisme… »

Oui, oui… J’entends. Je sais… Ne vous pressez pas…

N’ai-je pas écrit moi-même, aux débuts de la révolution, que si l’action était menée par la politique, l’autorité et l’organisation de nouveaux gouvernements, il n’en sortirait rien et la révolution — la vraie révolution — périrait à nouveau ? Oui, et pour nous tous n’était-ce pas clair auparavant ?

Mais, n’ai-je pas écrit alors que l’action, hélas ! serait menée sûrement et inévitablement par cette voie ? N’ai-je pas prévu l’inévitable (et peut-être plus ou moins prolongée) « victoire », non pas de la révolution, mais de la gauche, social-démocrates, révolutionnaires marxistes, bolcheviks ? N’ai-je pas dit que comme résultat de la lutte politique — lutte pour le pouvoir — ils prendraient sûrement le dessus et seraient au pouvoir ?

Je l’ai prévu, écrit, dit — précisément, clairement.

Donc, l’« insuccès » des anarchistes et la « victoire » des bolcheviks n’était pour moi ni imprévision, ni désillusion. J’ai prévu cela et autre chose. Et tout ce que j’ai vu dans la révolution russe a simplement confirmé — clairement et nettement — mes conceptions et prévisions. (Je remarquerai à propos : ce compte rendu a priori de la situation a probablement été une des raisons qui m’ont permis de ne pas m’égarer dans la tempête et de rester tel que j’étais alors que tant d’autres n’ont pas pu le faire…)

Réfléchissez maintenant sérieusement à mon aveu.

Prévoir la « victoire » des bolcheviks, signifiait prévoir tout le développement logique de la « révolution bolchevique ». Cela signifiait prévoir que les bolcheviks entraîneraient les masses, domineraient la révolution, s’empareraient de toute la machine gouvernementale, formeraient un gouvernement, établiraient une dictature du parti et d’individus, installeraient une police ouverte et secrète, okhrana, censure, introduiraient l’inquisition et la terreur, détruiraient la personnalité, tueraient l’initiative, rempliraient les prisons, écraseraient tout et tous — et, naturellement, se débarrasseraient des anarchistes…

Et, en effet, j’ai prévu l’inévitable de tout cela.

Déjà, pendant la révolution, les camarades péchaient en attirant exclusivement leur attention sur des facteurs négatifs partiels, en les attaquant furieusement et les critiquant sans éclaircissement approfondi, sans indication claire sur l’étroite dépendance logique de tous ces facteurs dans l’ensemble de la marche des événements — de la direction prise par la révolution…

Les bolcheviks aimant à citer ces exemples de cette menue critique, pour crier hypocritement contre les « critiques creuses », les « attaques démagogiques vides » des anarchistes, etc… Cela va sans dire, ils désiraient encore moins une critique d’ensemble constante et claire. Cependant, plus d’une fois l’occasion leur était favorable pour ces accusations hypocrites et ils l’utilisaient largement.

D’un autre côté, souvent — et encore maintenant — les anarchistes, approchant plus ou moins les bolcheviks, assurent, ainsi que ces derniers, qu’effectivement seuls sont mauvais les individus et exécuteurs, les actions partielles, qu’il y a des « défauts de mécanisme », que ces « défauts » doivent être « surmontés en dedans » etc., mais que tout le mécanisme, dans son entier et sa généralité, était uniquement possible, régulier, indispensable et qu’il fallait justement ainsi « faire la révolution ». Et ils accusent les autres anarchistes « incorruptibles » de mauvaise volonté criminelle », de ne pas comprendre la situation, de se limiter à une « critique démagogique », de ne pas aider l’autorité soviétique par sa participation organique à « combattre intérieurement ».

Ici se cache — c’est l’occasion de le dire — un des grands points obscurs sur lesquels je devrai m’arrêter plus loin en détail.

J’ai dit souvent aux camarades que leur méthode de critique est profondément erronée et stérile ; pour mener à de grands résultats, notre critique doit toujours donner aux choses une clarté générale ; elle doit poser la question dans tout son ensemble ; elle doit nettement indiquer et souligner que de deux choses l’une : ou toute la voie, dans tout son ensemble est réellement sincère, uniquement possible et historiquement indispensable — et alors tout facteur négatif doit être « adopté » par nous comme un mal temporaire duquel on se débarrasse petit à petit — ou toute la voie, dans tout son ensemble, n’est pas sincère, ne conduit pas au but, n’est pas historiquement indispensable et n’est pas uniquement possible, — et alors cette même voie et tous les facteurs qui lui sont liés sont stupides, inutiles, stériles. vraiment effrayants, périlleux et inapplicables. Notre critique disais-je toujours — doit clairement démontrer que toute la voie « bolchevique » est entièrement fausse, inutile, stupide, périlleuse et, pour cela, mène inévitablement à l’erreur ; et nous devons, ici même, établir une autre voie de révolution… Ce n’est que par ce moyen que l’on peut donner à la pensée critique une sérieuse poussée vers la réalité des événements.

Donc, j’ai toujours — avant et après — proposé de peser et résoudre, et moi-même je posais et résolvais la question de toute la voie dans son ensemble avec toutes ses suites logiquement inévitables.

Des conceptions qui m’ont permis d’examiner la voie suivie jusqu’à ce jour par la révolution russe et les suites malheureuses de cette voie ; ensuite, en supposant cette voie concrètement inévitable, pourquoi je ne l’estimais ni sincère, ni historiquement indispensable, ni uniquement possible et par suite considérais nécessaire de ne pas « combattre intérieurement » ses défauts, mais au contraire lutter idéalement de toute sa force et son énergie contre toute cette voie. De tout cela, je devrai parler dans ces « lettres » comme dans d’autres travaux, en liaison avec les nombreuses questions fondamentales et capitales de notre mouvement.

En ce moment, une autre question nous préoccupe.

Prévoyant l’inévitable de la voie « bolchevique » et ses conséquences, — que pouvais-je, amis, escompter pour l’Anarchie ? Quels résultats, quels succès, quelles premières « victoires » pouvais-je attendre pour elle ?

Je ne pouvais compter — et j’ai compté — fortement, stablement, que sur une seule chose : que la sincérité intérieure de l’Anarchisme, son pouvoir ignoré, sa profonde vérité se confirmeront maintenant clairement et définitivement — brilleront enfin par des rayons vivants. Pour cela, j’escomptais que le dernier mur cachant le soleil s’effondrerait, que l’insuccès des idées politico-gouvernementales, l’insuccès du « communisme » marxiste déblaierait et ouvrirait enfin la voie pour une large réception de nos idées anarchistes et, par conséquent, pour l’action fructueuse des masses dans l’avenir. Je n’en attendais pas davantage pour commencer. Je ne comptais pas, pour le moment, sur une grande victoire.

Vous verrez par la suite pourquoi je pensais ainsi. Vous verrez aussi pourquoi tout cela ne m’a nullement empêché de remplir jusqu’au bout mon devoir d’anarchiste et de révolutionnaire. Vous comprendrez bien alors pourquoi j’ai mis soigneusement entre parenthèses et l’« insuccès » des anarchistes et la « victoire » des bolcheviks. <Et cette clarté aura une grande signification pour vos déductions définitives ; autrement, je n’aurais naturellement pas soulevé ces questions.

Mais, dès maintenant, après ce qui vient d’être dit, — réfléchissez, amis, et dites : n’avais-je pas raison d’affirmer que l’anarchisme a remporté une grande victoire dans la Révolution russe ?

Dans notre milieu, — en Russie — on parle beaucoup maintenant de la « crise de l’anarchisme » et des fautes des anarchistes. Ils sont assez répandus, là-bas, les types d’« anciens » ou « anarchistes repentis » faisant leur mea culpa, déchirant leurs vêtements et se couvrant la tête de cendres. Ils vagabondent partout avec des visages attristés et des questions tragiques pour lesquelles ils attendent en vain une réponse d’en haut. En fait — ils n’ont jamais compris la profonde vérité de l’anarchisme, ils n’ont jamais eu sous les pieds une solide base anarchiste et ont actuellement perdu le faible bagage qu’ils possédaient autrefois. Et, saisis par les vents capricieux de la révolution, ces va-et-vient de l’anarchisme tantôt se jettent dans les étreintes attrayantes de la Grande Pécheresse bolchevique, tantôt, n’arrivant pas jusqu’à l’étreinte, reculent, effrayés et déçus, et restent au milieu de la route, puis à nouveau accourent vers l’Anarchie et à nouveau posent leurs questions incompréhensibles.

Maintenant, je dirai directement : personnellement, je ne vois aucune « crise de l’anarchisme ». On peut parler de la crise du marxisme révolutionnaire dont l’essai définitif s’effondre actuellement avec un furieux craquement international… Les bolcheviks peuvent dire d’eux-mêmes : encore une telle « victoire » et du bolchevisme il ne restera rien. L’œuvre anarchiste, pour telles ou telles raisons, ne s’est pas encore réalisée dans cette révolution et n’a donc pas pu amener les idées ni à une incarnation concrète, ni à sa crise.

Oh ! certainement, l’anarchisme a de quoi apprendre dans la révolution russe. L’anarchisme a des dommages qui exigent une réparation, des quadrats qui attendent d’être remplis, des manques qui exigent des pleins. Dans l’anarchisme, il y a de quoi penser, revoir et réévaluer. (Ce serait étrange s’il n’y avait pas cela !) Il est entendu que la révolution a donné une forte poussée à cette œuvre de réévaluation. Mais il y a encore loin de cela à la « crise ». Seuls, les « repentis » et « ex »-anarchistes éperdus, affolés, peuvent poser cette question de « crise ».

Donc, je ne vois pas de « crise de l’anarchisme ». Mais, sans doute, il existe une « crise des anarchistes » en Russie. Ce dernier fait est tout à fait naturel. L’anarchisme n’y perd pas grand chose. Encore une fois, dès le commencement de la révolution, il m’est arrivé de supposer que — en liaison avec les faits à venir — beaucoup d’« anarchistes » se troubleraient et nous quitteraient. Ceci, réellement, est arrivé. Mais, et alors, et maintenant, je ne trouvais et ne trouve ici rien de grave…

Certainement, les anarchistes ont été, dans beaucoup de circonstances, faibles, instables, non préparés. Certainement, il existait chez eux et des faiblesses et des fautes et des défauts. Mais il en était de même, et en aussi grande quantité, chez les bolcheviks ; en somme, il ne pouvait en être autrement, et, après tout, ce n’est pas une préparation et une force spéciales qui ont conduit les bolcheviks à la « victoire ». Certainement, il ne s’en trouvait pas beaucoup de forts et énergiques. (En général, il y a peu de gens forts et énergiques sur terre…) Certainement, les circonstances ont joué un certain rôle et il nous faudra encore en causer… Mais, les causes de la stérilité de la révolution consistent-elles dans cela ? L’anarchisme est-il démoli par cela ? Son incapacité de vivre est-elle démontrée ?

Et si les anarchistes s’étaient montrés plus forts, plus énergiques, mieux préparés ? S’ils avaient commis moins d’erreurs ? L’affaire se serait-elle terminée autrement ? La révolution aurait-elle suivi une autre voie ?

Certainement, non ; les raisons pour lesquelles la révolution a suivi une voie déterminée, raisons multiples et complexes, sont beaucoup plus profondes que la « non préparation » des anarchistes et la « préparation » des bolcheviks. Il nous reste à les approfondir sérieusement… J’ai en ce moment sous la main une de ces raisons — et non la moindre — en liaison avec le contenu de la présente lettre.

Les masses humaines contemporaines (et, à quelques rares exceptions, les individus isolés) vivent encore comme des enfants : elles ne savent pas, ne peuvent pas se guider avec des jugements, principes et idées abstraites ; il ne leur vient pas à l’idée de vivre, d’agir d’une manière ou d’une autre, en vertu de telles ou telles preuves et déductions raisonnables ; elles n’étudient pas les conceptions théoriques, la science, les livres, les pensées. (Et ou peuvent-elles — les masses humaines contemporaines — prendre le temps nécessaire pour s’éduquer et s’habituer, pour apprendre à voir et agir selon les conceptions de la pensée théorique et éducatrice ? Il est déjà bien beau que — sous l’influence du progrès économique, technique et, en général, social — soit passé le temps où les masses pouvaient être guidées par la foi religieuse, foi aveugle et naïve… Et l’époque est encore éloignée de nous où le livre deviendra le maître général de la vie, quand la masse humaine se guidera par une science pure, une idée pure, une prévision théorique consciente… Oh ! longtemps avant cela devra se réaliser la révolution sociale : parce que c’est elle seule qui ouvrira résolument la porte de ce noble avenir humain !

Actuellement, les masses ont besoin de leçons vécues pour leurs recherches et leurs luttes. La vie turbulente, la pratique des choses, l’exemple palpable, l’expérience directe les éduquent… Le front contre le mur et une bosse au front : voilà qui est convaincant et instructif pour les foules contemporaines… On ne peut certainement changer rapidement cet état de choses. (Je remarquerai, en passant, que, par rapport aux capacités créatrices et organisatrices des masses, cette situation n’a aucune relation et que ce serait une erreur grossière résultat d’irréflexion — d’en tirer des conclusions pessimistes par rapport à l’anarchisme. Je traiterai plus tard la question des masses et leur rôle dans la révolution.)

Les idées anarchistes ont été expliquées, développées, répandues pendant 40 ans — il est vrai avec difficulté et pas assez largement. — Les anarchistes ont prouvé pendant 40 ans, avec une étonnante clarté, qu’il ne sortirait rien de l’expérience d’une révolution du parti politico-gouvernemental et du « Communisme » consécutif. Mais, hélas ! sans expérience vive, sans leçons vécues et preuves, les grandes masses ne pouvaient connaître la vérité. Il fallait que, avec l’aide de circonstances favorables, contrainte monstrueuse, pression et hypocrisie, les bolcheviks fissent tour expérience historique pour que les masses, se frappant le front contre le mur, commencent à comprendre toute la faiblesse, toute la stérilité, toute l’horreur d’une telle révolution.

Oui cette expérience devait absolument être faite dans un pays ou un autre. Il fallait passer par cette inévitabilité, par cette expérience. Cette leçon devait être prise… Et la Russie se trouvait dans les meilleures conditions pour cela…

Actuellement, cette expérience est vécue. Elle est en arrière, amis ! Le dernier obstacle est tombé. Le dernier mur s’est effondré. La dernière bêtise est mise à jour. Le dernier mensonge est découvert.

Comme il fallait s’y attendre, le train gouvernemental du « Communisme » nous barrant l’horizon est tombé du remblai et la voie directe vers le but s’est ouverte à nos yeux… Il est vrai que cette voie est encore obstruée par des déchets, de la saleté, des gens estropiés, des cadavres… Mais maintenant il ne sera pas si difficile de la déblayer…

Voilà pourquoi, amis, je parle de la grande victoire de l’Anarchisme,

Certainement, ce n’est encore que la première victoire ; victoire plutôt morale que réelle, plutôt détournée que directe. Mais c’est cependant une victoire. La victoire suivante, réelle de l’Anarchie, il ne sera plus nécessaire de la démontrer. Elle parlera elle-même pour elle. Elle nous ouvrira l’entrée vers la terre promise…

Donc, en avant, en avant, amis, — bravement, courageusement, sûrement. À l’ouvrage, — encore plus chaudement, encore plus amicalement, encore plus gaiement !… Pour le grand, nécessaire et sérieux travail !

Oui, nous ne sommes pas encore arrivés à la terre promise. Nous, — les humains, — nous ne nous sommes pas encore montrés dignes d’elle. Nous. — anarchistes — devrons encore faire beaucoup pour l’atteindre. Mais, nous avons sauté par-dessus le dernier, le plus grand obstacle. Nous nous sommes approchés de cette terre. Son esquisse nous est nettement visible. Et nos poitrines peuvent respirer plus à l’aise. Et nos cœurs peuvent battre plus librement…

Et voilà pourquoi je termine cette lettre comme je l’ai commencée :

Hosannah à la révolution russe !

Hosannah à l’expérience accomplie !

Hosannah à la dernière bêtise humaine puisqu’elle nous était destinée !

 

Suisse, mars 1922.

 

Source: https://fr.wikisource.org/wiki/Choses_vécues

Suggestions de lectures critiques et anarchistes pour une action politique informée et concertée

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, Internet et liberté, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 4 janvier 2017 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

4 janvier 2017

 

Surfant comme à l’accoutumée la blogosphère dissidente, nous nous sommes aperçus récemment en lisant les commentaires, d’un intérêt grandissant pour l’Idée anarchiste et une croissance incontestable de la demande sur ce qu’il conviendrait de lire pour en savoir plus par soi-même et hors des délires propagandistes entendus ou vus ici et là sur la toile et la sphère de l’establishment afin de discréditer et de diaboliser l’anarchie et ses principes fondateurs d’une société égalitaire, anti-autoritaire, et non coercitive, qui terrifie l’oligarchie et la survie de son petit monde privilégié de la domination et de la violence.

Pour répondre à cette demande, en tant que blog anarchiste ayant étudié de près toute cette affaire depuis bien des années, nous avons décidé d’établir une petite liste utile, bien ententu non exhaustive loin de là, de ce que tout à chacun pourrait ou devrait lire afin d’en savoir plus et de se faire une idée sur l’Idée de manière indépendante.

C’est en fait ce que tout anarchiste souhaite: que le plus de personnes possible décident de leur propre chef d’en savoir plus et étudient poue se rendre compte par eux-mêmes de ce qui n’est en rien une idéologie mais bien plutôt une façon de penser, de se comporter dans la vie de tous les jours et donc une façon de vivre, tout simplement, bien au-delà de toutes les fadaises vues et entendues en provenance de sources qui simplement ne savent pas grand chose de ce qu’ils avancent ou intoxiquent à dessein l’opinion publique.

Assez de blablatage, voici une petite liste pour se mettre confortablement sur le chemin de la véritable question sociale, nous mettons en lien toute lecture possible gratuite sur la toile si disponible:

Littérature anarchiste

Pour commencer simplement, il y a un petit livre incontrournable, très bien fait, écrit par Daniel Guérin et publié aux éditions Gallimard en 1965, intitulé: “L’anarchisme, de la doctrine à l’action”. L’édition de langue anglaise de 1970 est préfacée par Noam Chomsky. On le trouve chez Folio pour pas cher.

L’ouvrage de 158 pages dans sa version anglaise, est divisé en trois chapitres:

  1. Les idées de base de l’anarchisme
  2. A la recherche d’une nouvelle société
  3. L’anarchisme et sa pratique révolutionnaire

Le 3ème chapitre parle de la période de 1880 à 1914 puis de l’anarchisme dans la révolution russe de 1917 , de l’anarchisme des conseils ouvriers italiens de 1920 et enfin l’anarchisme et la révolution sociale espagnole 1936-39

Ensuite, une fois assimilé le mimimum basique savamment dispensé par le livre de Guérin, il est assez incontournable de lire la trilogie anarchiste avec dans l’ordre chronologique:

Puis, au gré du temps lire ces auteurs également essentiels en tête desquels npus mettrons Gustav Landauer et ses deux ouvrages “La révolution” et surtout “L’appel au socialisme”.

A lire également avec le plus grand intérêt:

Plus près de nous dans l’époque “moderne”: des anthropologues anarchistes:

Concernant l’histoire critique pour balayer certains grands mythes tenaces:

  • Howard Zinn et son “Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours”
  • Annie Lacroix-Riz: “L’histoire sous influence” et “L’histoire toujours sous influence”
  • Jean-Paul Demoule: “On a retrouvé l’histoire de France” et “Les Gaulois”
  • Marylène Patou-Mathis: “Néanderthal, une autre humanité” et son excellent “Préhistoire de la violence et de la guerre”

Pensée critique rejoignant la pensée anarchiste:

Le seul penseur et activiste marxiste valant la peine d’être lu à notre sens:

  • Antonio Gramsci: “Ecrits politiques”, “Cahiers de prison”

Bonne lecture à toutes et tous !

Histoire de l’anarchisme (mise à jour)

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Résistance 71

11 novembre 2016

11 novembre, date anniversaire de la première grande boucherie oligarchique du XXème siècle et cette année, centenaire de la mère de toutes les boucheries militaro-industrielles: la bataille de Verdun.

Nous avons remis le nouveau lien de l’excellent documentaire de Tancrède Ramonet « Ni dieu ni maître, une histoire de l’anarchisme » sur les pages créées afin de diffusion ici et . Merci à Jo pour nous avoir communiqué le nouveau lien.

A (re)voir et à diffuser sans aucune modération !

Aussi à (re)lire et diffuser de la même manière ces textes fondateurs pour qu’enfin l’Idée d’une société émancipée du carcan oligarchique puisse être mise communément en pratique:

Après avoir été témoins de la déliquescence absolue de l’organisation étatique symbolisée par le pathétisme du grand cirque futile et illusoire électoral à Yankland il y a 3 jours et avant même que d’être les témoins (non participants car rien ne peut plus jamais se faire en notre nom et ce depuis bien des années déjà…) de l’ineptie équivalente qui sévira en France en 2017 pour déléguer le pouvoir à un Bozo franchouillard se foutant royalement de l’intérêt général, il devient urgent pour le peuple de changer son ATTITUDE envers le pouvoir et l’organisation générale de la société. Si nous ne pouvons pas vivre en dehors de la société, essence de la vie de l’espèce humaine depuis son existence, nous pouvons PARFAITEMENT vivre hors et sans un Etat régissant et contrôlant tous nos faits et gestes. La pensée oligarchique a fait de l’État la forme ultime de l’organisation humaine (la fin de l’histoire ?…) alors qu’il n’en est que le degré ultime de parasitisme et de totalitarisme, entretenant savamment la division de la société sans lequel il lui est impossible de survivre comme moyen coercitif de son oligarchie en place.

Le documentaire « Ni dieu ni maître, une histoire de l’anarchisme » ainsi que les textes mentionnés ci-dessus aident à la réflexion critique, à la remise en cause mais surtout à la compréhension qu’il y a une alternative à la division politique et économique de la société, au mode coercitif et totalitaire étatique: l’anarchie ou la société sans autorité où le pouvoir est de nouveau dilué dans le peuple, où il est particulièrement soluble et d’où il n’aurait jamais dû sortir en première instance.
Nous pensons que là reside la « ruse de la Raison » évoquée par certains si tant est qu’il y en ait une: l’avènement de l’État a été historiquement nécessaire pour faire comprendre indéfiniment de son ineptie, pour que les peuples reviennent, en l’adaptant à la vie moderne, à un mode de société tel qu’il le fut dans le passé: communiste (au sens communaliste, collectiviste communal), égalitaire, sans division politique ni par la suite économique de la société, solidaire et où l’entraide mutuelle joue un bien plus grand rôle que la « survie du plus apte ».

Au fil du temps le voile de l’illusion démocratique a été baissé sur nos visage et nous ne voyons plus la réalité qu’au travers du filtre du dogme imposé par la culture dominante. Il nous faut de toute urgence déchirer le voile, briser ce miroir qui ne nous renvoie qu’une image déformée, manipulée de la réalité, de notre réalité politique et sociale. Les documents ci-dessus contribuent grandement à déchirer ce voile et à aller de l’avant, unis par delà le bien et le mal, pour une société universelle.

=*=

« C’est pourquoi les anciens disaient: Celui qui est avancé dans le Tao ressemble à un homme arriéré. Celui qui est à la hauteur du Tao ressemble à un homme vulgaire… Les princes [élites] s’habillent de riches étoffes ; ils portent une épée tranchante ; ils se rassasient de mets exquis ; ils regorgent de richesses. C’est ce qu’on appelle se glorifier du vol ; ce n’est point pratiquer le Tao. »
~ Lao Tseu, 600 AEC ~

« Le pouvoir n’est pas autre chose que l’emploi de la force… Ainsi rien de bon ne peut nous venir de la république et des républicains arrivés, c’est à dire détenant le pouvoir. C’est une chimère en histoire, un contresens que de l’espérer. La classe qui gouverne et qui possède est fatalement ennemie de tout progrès… »
~ Elisée Reclus, 1880 ~

« Jusqu’à présent, toute l’histoire humaine n’a été qu’une immolation perpétuelle et sanglante de millions de pauvres êtres humains en l’honneur d’une abstraction impitoyable quelconque: dieux, patries, puissance de l’État, honneur national, droits historiques, droits juridiques, liberté politique, bien public. […] La vie, non la science, crée la vie. L’action spontanée du peuple lui-même peut seul créer la liberté populaire.
[…] L’État c’est la force et il a pour lui avant tout le droit de la force, l’argumentation triomphante du fusil à aiguille, du chassepot. »
~ Michel Bakounine, 1882 (posthume dans « Dieu et l’État ») ~

“L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement et le mensonge que voici sort de sa bouche: ‘Moi, l’État, je suis le peuple !’… Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l’État et il le hait comme un mauvais œil et comme un pêché contre les coutumes et les droits… L’État, lui, ment dans tous les idiomes du bien et du mal ; et quoi qu’il dise, il ment et ce qu’il possède il l’a volé. Tout est faux en lui, il mord avec des dents volées, lui qui mord si volontiers. Fausses sont même ses entrailles… ‘Sur Terre il n’est rien de plus grand que moi: je suis le doigt qui crée l’ordre, le doigt de dieu’, voilà ce que hurle ce monstre…”
~ Friedrich Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra, 1883) ~

Histoire de l’anarchisme de 1840 à 1940 (vidéo)

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Ni dieu ni maître, une histoire de l’anarchisme

de 1840 à 1940

Documentaire historique de Tancrède Ramonet, co-produit par Arte France, 2016

Durée: 2h22

1ère partie: 1840-1914

2ème partie: 1914-1940

 

A voir et à diffuser sans aucune modération
Résistance 71

 

État et totalitarisme: Il est futile de persécuter l’Idée de la société sans état…

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L’effet des persécutions

 

Pierre Kropotkine

Les Temps Nouveaux, 1895

 

Pendant quinze mois on a tout mis en mouvement pour étouffer l’anarchie. On a réduit la presse au silence, supprimé les hommes, fusillé à bout portant en Guyane, transporté dans les îles en Espagne, incarcéré par milliers en Italie, sans même se donner le luxe de lois draconiennes ou de comédies judiciaires. On a cherché partout jusqu’à affamer la femme et l’enfant en envoyant la police faire pression sur les patrons qui osaient encore donner du travail à des anarchistes.

On ne s’est arrêté devant aucun moyen afin d’écraser les hommes et étouffer l’idée.

Et, malgré tout, jamais l’idée n’a fait autant de progrès qu’elle en a fait pendant ces quinze mois.

Jamais elle n’a gagné si rapidement des adhérents.

Jamais elle n’a si bien pénétré dans des milieux, autrefois réfractaires à tout socialisme.

Et jamais on n’a si bien démontré que cette conception de la société sans exploitation, ni autorité, était un résultat nécessaire de tout le monceau d’idées qui s’opère depuis le siècle passé ; qu’elle à ses racines profondes dans tout ce qui a été dit depuis trente ans dans le domaine de la jeune science du développement des sociétés, dans la science des sentiments moraux, dans la philosophie de l’histoire et dans la philosophie en général.

Et l’on entend dire déjà : ― « L’anarchie ? Mais, c’est le résumé de la pensée du siècle à venir ! Méfiez-vous-en, si vous cherchez à retourner vers le passé. Saluez-la si vous voulez un avenir de progrès et de liberté ! »

Alors que l’étiquette seule d’anarchiste valait, de par la loi, la relégation en Guyane et la mort lente sous les fièvres paludéennes et la crapaudine des gardes-chiourme, ― qu’est-ce qui occupait surtout la presse ?

On se souvient de l’enquête sur l’anarchie faite par un grand journal de Paris, ― « Pour porter le front haut et serein, comme ils le portent, ils doivent être inspirés d’un grand idéal » ― disait-on. « Il faut le connaître ! » Et on a lu les centaines d’articles de la presse qutodienne et mensuelle, commencés peut-être avec le désir d’écraser « l’hydre aux cent têtes », mais terminés souvent par la justification des idées et des hommes.

La jeunesse des écoles si longuement réfractaire à un socialisme qui, commencé glorieusement, finissait par une loi de huit heures ou une expropriation des chemins de fer par l’État, ― a salué la nouvelle venue. Les jeunes y ont aperçu une conception large, puissante de la vie des sociétés, embrassant tous les rapports humains et portant dans tous ces rapports la fierté, la force, l’initiative de l’homme libre ― essence même de tout progrès. Et, dans leurs meilleurs représentants, les jeunes se sont passionnés pour une conception qui leur fait comprendre comment l’affranchissement du travailleur devient l’affranchissement de l’homme ; comment communisme et anarchie brisent toutes les entraves dans lesquelles une société chrétienne, droit-romain et jacobine étouffait la liberté de l’être humain.

La presse anglaise, ― surtout le journal hebdomadaire qui parle aux paysans et aux travailleurs ― a pris sa part dans la discussion des principes, de l’idéal, des voies et des moyens anarchistes. Pendant des mois et des mois, cinq ou six des journaux les plus lus par les masses dans les provinces donnaient une ou deux colonnes de correspondance sur l’anarchie. ― « Assez, s’écriaient les éditeurs ; désormais nous cessons cette correspondance ! » Mais dès le numéro suivant, elle était rouverte à nouveau sur une nouvelle issue quelconque : individualisme et communisme, l’État et l’individu… On en ferait déjà des volumes, et elle dure encore !

En même temps, en Allemagne et en Russie, des travaux élaborés paraissent dans les revues sur les rapports entre la société et l’individu, les droits de l’État, le fait de l’individu se plaçant en dehors de la morale courante et l’influence de ce fait, les progrès de la morale publique, et ainsi de suite. On déterrait Godwin et Max Stirner ; on étudiait et commentait Nietzsche et on montrait comment l’anarchiste qui meurt sur l’échafaud se rattache au courant philosophique qui s’est traduit dans l’oeuvre du philosophe allemand.

Et enfin Tolstoï, parlant à tout le monde civilisé, montrait dans ses réponses aux critiques suscitées par son dernier livre, comme quoi, non seulement le chrétien, mais tout homme intelligent, quelle que soit sa philosophie, forcément doit rompre entièrement avec l’État qui organise l’exploitation du travailleur, ― doit refuser de prendre la moindre part dans les crimes, l’exploitation économique et les atrocités militaires commis par chaque État, quelle que soit son étiquette.

Pour résumer en quelques mots ― dans tous les domaines multiples de la pensée il s’est produit une poussée vers l’anarchie ; un profond travail d’idées s’accomplit, qui mène à l’anarchie et donne une force nouvelle au communisme.

Nous enregistrons ce travail avec bonheur. Mais nos idées se portent surtout ailleurs.

Nous cherchons les indices qui nous montrent que le même travail s’opère dans les classes qui peinent pour tout produire, sans jouir d’aucune des merveilles d’art, de science et de luxe qu’elle entasse sur la terre.

Nous trouvons partout de ces indices : dans les meetings, les congrès ouvriers, dans le langage même de ces réunions. Mais nous ne cessons de nous demander : « L’écho de ces discussions pénètre-t-il dans la demeure, le taudis du travailleur, la chaumière du paysan ? Le paysan et le travailleur entrevoient-ils la route qui les mènera à leur double affranchissement du Capital et de l’État ? Ou bien , leurrés par les savants, les prêtres, les journalistes, les admirateurs du pouvoir et toute la marmaille entretenue par l’État, ― maintiennent-ils encore la foi inébranlable dans les bienfaits du jacobinisme gouvernemental ? »

Leur critique de ce qui les fait souffrir, dépasse-t-elle la critique des individus ? S’élève-t-elle à la critique des principes sur lesquels le Capital, le salariat et leur créature ― l’État ― résident ?

L’idée d’union internationale de tous les opprimés s’implante-t-elle parmi eux, et leurs cœurs saignent-t-ils également à la nouvelle de massacres commis à Fourmies ou à Berlin, à Chicago ou à Vienne. Englobent-t-ils dans une même haine la bande internationale des exploiteurs, qu’ils s’appellent patriotes japonais ou français, allemands ou anglais ?

Née au sein du peuple, sous l’inspiration du peuple dans l’Association Internationale des Travailleurs et forte maintenant de tout l’appui qu’elle trouve dans l’étude, l’idée doit retourner au peuple, grandir dans son sein, l’inspirer de son souffle irrésistible.

Là seulement elle atteindra tout son développement. Là seulement, elle prendra corps et trouvera ses formes pour se substituer au monde ancien qui s’en va et reconstruire la société sur des bases d’égalité, de liberté entière de l’individu, de fraternité entre tous les hommes.

Résistance politique: Un anarchisme global est en marche, les sociétés se liguent et fonctionnent contre les États…

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Cet article de l’historien canadien anarchiste Robert Graham que nous avons traduit ci-dessous correspond grandement à notre façon de voir les choses et la façon dont nous avons traité sur ce blog de l’entraide et une certaine vision politique englobant le savoir-faire politico-social des peuples et nations indigènes, dites sociétés traditionnelles de tous les continents. Les nombreux liens que vous trouverez dans l’article sont de notre cru et vous renverront vers des informations spécifiques que nous avons couvertes ici sur Résistance 71 et que nous vous invitons à (re)lire et a diffuser sans aucune modération. Cet article est fondateur et résume notre démarche depuis plusieurs années maintenant. Il y a un grand espoir pour l’humanité, et cet espoir a un nom: c’est l’humanité elle-même !

~ Résistance 71 ~

A lire: Trois textes fondateurs pour un changement politique

 

Anarchisme vers une justice mondiale

 

Robert Graham

 

23 juillet 2016

 

url de l’article original:

 

https://robertgraham.wordpress.com/2016/07/23/anarchism-toward-global-justice-movements/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

David Graeber, parmi d’autres, a noté que beaucoup de groupes impliqués dans le mouvement pour une justice globale utilisent “une panoplie riche et croissante d’instruments organisationnels comme les assemblées générales, les groupes d’affinité, les outils de facilitation, visant tous à créer des formes de processus démocratique qui permettent à des initiatives de s’élever depuis la base et d’atteindre une efficacité maximun dans la solidarité, le tout sans étouffer les voix dissidentes, sans créer des positions de leadership ou forcer quiconque à faire quelque chose non choisi librement”, ce qui est une approche anarchiste essentielle. De fait, “la notion même d’action directe avec son rejet politique en appelant au gouvernement pour modifier leur comportement, en faveur d’une intervention physique contre le pouvoir d’État dans une forme qui préfigure une alternative, tout ceci émerge directement d’une tradition libertaire.” Des approches similaires ont été adoptées par le mouvement Occupy Wall Street et Occupy qui s’est étendu à travers le monde en 2011.

A la lumière de ces développements, quelques anarchistes ont commencé à développer, à articuler une conception moins sectaire et plus inclusive de l’anarchisme qui se concentre sur le processus et l’action permettant une diversité de points de vue en regard d’objectifs ultimes, reconnaissant que ce que les anarchistes recherchent est la libération sociale et non pas le triomphe de leur idéologie. Des anarchistes ont participé dans des réseaux de résistance internationale comme celui de People’s Global Action, qui inclut également beaucoup de non-anarchistes, mais qui rejette aussi des structures organisationnelles plus conventionnelles. Comme le dit la seconde déclaration zapatiste si inspirée de la Realidad : “Nous sommes le réseau, tous ceux qui résistent.”

Cette vision a été embrassée par une certaine variété de groupes anarchistes. Dans la déclaration des groupes libertaires révolutionnaires de Madrid en 2001 regroupant l’Europe, l’Amérique Latine et le Moyen-Orient, ils argumentent que les anarchistes “devraient encourager à la convergence et à l’interactions des mouvements sociaux, incluant le mouvemement ouvrier dans un solide mouvement social global antagoniste au capital et à son visage actuel réel: la globalisation et toute autre forme de domination. Ce mouvement social antagoniste n’a pas et ne devrait pas avoir d’expression organisationnelle unique. Il est pluraliste dans sa réalité, agissant de concert sur le même territoire, recréant une identité territoriale commune composée de nombreuses identités, comme le mouvement ouvrier, des chômeurs, les exclus, les mouvements indigènes, les groupes discriminés, écologistes, féministes, prouvant une action directe comme manière de réappropriation sociale de la richesse et une forme de promotion par l’exemple, comme un exercice de démocratie directe, participatrice ou fédéraliste sans délégations ni intermédiaires, se construisant sur une base de communautté (NdT: et non pas de communautarisme) dans chaque territoire et comme alternative aux institutions autoritaires.

Un des signataires de la déclaration de Madrid le Consejo Indigena Popular de Oaxaca ‘Ricardo Flores Magón’ (‘Ricardo Flores Magón’ Native People’s Council of Oaxaca) ou CIPO-RFM est un mouvement de libération de la région/province d’Oaxaca au sud du Mexique (NdT: limitrophe à la province du Chiapas où résident les zapatistes), qui tire consciencieusement sur le patrimoine “anarchiste” naturel des traditions indigènes. Tout comme argumente le groupe anarchiste colombien Colectivo Alas de Xue, il existe bien des points communs entre l’anarchie et les groupes indigènes “indiens” sur le continent des Amériques, tout comme l’oppostion à la conformité et l’homogénéisation imposées par les états-nations au sein de leurs propres frontières, avec leurs structures de pouvoir centralisées, lewur culture “nationale” et leur langue officielle imposée (espagnol, anglais ou portugais sur ce continent…) et la séparation des peuples par ces même frontières (fictives et imposées par le colonialisme), divisant les familles et inhibant les mouvements populaires (NdT: leur fonction essentielle..).

Bien des anarchistes sont impliqués dans des groupes comme “No Borders” (Sans Frontières) et “personne n’est illégal” , qui cherchent, des mots mêmes de Harsha Walia, “à atteindre la victoire pour les migrants et les réfugiés et de développer la capacité propre des communautés de parvenir à la dignité pour les individus et leurs familles. La véritable justice viendra alors que les immigrants, les réfugiés et les gens sans statuts construisent une meilleure vision pour un monde alternatif et qu’ils s’éduquent, s’organisent et agissent pour leur propre auto-détermination.

Cette quête d’auto-détermination amène souvent les peuples indigènes et les immigrants en conflit avec les gouvernements nationaux, les entreprises multinationales et les organisations paramilitaires sur lesquelles ces entreprises souvent se reposent, mais c’est une quête qui se situe au cœur même de l’anarchisme conçu comme un mouvement qui chercher à créer un monde dans lequel les gens pourraient des mots de Bakounineprendre entre leurs mains la directions de leurs destinées.

De cette perspective, il n’y a pas de conflit nécessair entre l’anti-étatisme anarchiste et l’auto-détermination communale, ils peuvent en fait être vus comme des parties de la même vieille lutte pour la liberté, souvent incorporant des procédures de prise de décision similaires et des formes d’organisation qui emploient les mêmes tactiques, comme par exemple l’action directe. Comme argumente Uri Gordon dans le contexte de la lutte pour l’indépendance palestinienne: “les anarchistes peuvent agir en solidarité avec les Palestiniens (tout aussi bien qu’avec les Tibétains, les Papous occidentaux et les Saharaouis en l’occurence), sans référence à la question de l’état. Les actes de résistance quotidiens auxquels se joignent et défendent les anarchistes en Palestine et en Israël sont des mesures immédiates pour préserver la dignité et les modes de vie des peuples, ce qui n’est connecté en rien à un projet d’état.

Le Colectivo Alas de Xu note que beaucoup de sociétés indigènes utilisent des formes collectives de prise de décisions similaires en bien des points à ceux utilisés en démocratie directe que les “libertaires ont appelé de leurs bons vœux depuis des siècles.” Comme l’argumente David Graeber, beaucoup de communautés indigènes ont développé des formes de prises de décisions basées sur le consensus qui fournissent un modèle en adéquation avec les conceptions anarchistes de la démocratie directe précisément parce que dans ces sociétés “il n’y a aucun moyen de forcer une minorité à être d’accord avec une avis ou une décision majoritaire, soit parce qu’il n’y a pas d’état ayant le monopole de la force coercitive, ou parce que l’état n’a rien à voir avec la prise de décision locale.

Ceci ne veut pas dire que les groupes libertaires tirant sur ces traditions communales endorsent de manière non critique tous leurs aspects. Sharif Gernie fait remarquer que “beaucoup de modes de vie tribales sont explicitement patriarcaux: ils refusent les femmes dans toute forme de prise de décision. Beaucoup de tribus affirment également la prévalence d’être dirigé par les anciens, rejetant ainsi le potentiel politique des jeunes.” Au Mexique, le CIPO-RFM a consciencieusement essayé de gérer des problèmes, par exemple en faisant la promotion active d’une “culture du respect pour les femmes et pour les droits des femmes, assurant en pratique qu’au sein de notre organisation, les femmes entreprennent une juste part des positions et des représentations de responsabilité dans nos rangs.

En Afrique, des anarchistes ont recherché à construire sur l’histoire pré-coloniale de peuples vivant sans états dans des communautés égalitaires, particulièrement à la lumière des conséquences désastreuses du colonialisme et de la division de l’Afrique en états-nations dont les frontières ont été arbitrairement établies par les anciennes puissances coloniales. Les anarchistes kurdes (NdT du PKK ex-marxiste..) ont similairement argumentés que les traditions tribales de décentralisation et d’hostilité envers les états-nations variés qui ont cherché à prendre contrôle d’eux, prédisposent les Kurdes vers un anarchisme naturel, menant au développement d’un mouvement d’assemblées de communautés fondés sur les idées de l’ex-marxiste devenu anarchiste Murray Bookchin. Vas Umala a aussi suggéré que les idées de Murray Bookchin pouvaient également être adaptées aux conditions de l’archipel des Philippines, construisant sur des formes de communautaires traditionnelles comme les “baranguay”, qui sont de petites communautés comprenant de 50 à 100 familles.

Que ce soit en Afrique, aux Amériques, au Moyen-Orient ou dans le Pacifique-Sud, là où existent des communautés fonctionnelles, il y aura aussi des pratiques sociales et des institutions de solidarité et d’entraide mutuelle. Comme l’avait noté il y a longtemps Élisée Reclus “Là où la pratique anarchiste triomphe vraiment c’est dans le cours des évènements quotidiens parmi les gens du peuple qui ne pourraient pas supporter leur lutte âpre pour l’existence s’ils ne s’engageaient pas eux-mêmes volontairemet et spontanément dans l’entraide mutuelle.” Colin Ward dit de surcroi qu’”une société anarchiste, une société qui s’organise elle-même sans autorité, existe toujours, comme une graine sous la neige, enterrée sous le poids de l’État et de sa bureaucratie, du capitalisme et de ses déchets, des privilèges et de leurs injustices, du nationalisme et de ses loyautés suicidaires, des différences religieuses et de leur séparatisme superstitieux.

De cette perspective, l’anarchisme n’est pas la création de quelque chose de nouveau, mais comme l’écrivit Gustav Landauer: “mais l’actualisation et la reconstitution de quelque chose qui a toujours été présent, qui existe aux côtés de l’État, bien qu’enfoui et gâché…

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Robert Graham est un historien anarchiste canadien, auteur d’une anthologie de l’anarchisme « Anarchism: A documentary History of Libertarian Ideas » en trois volumes de plus de 300 pages. Il est proche de l’anarcho-communisme de Pierre Kropotkine et de l’anarcho-communalisme de Colin Ward et de Murray Bookchin.

Résistance politico-économique: Anarchie et vision économique…

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L’économie de l’anarchie

Robert Graham

15 juin 2016

url de l’article original:

https://robertgraham.wordpress.com/2016/06/15/the-economics-of-anarchy/

~ Traduit de l’angais par Résistance 71 ~

Dans la “sphère” économique, Murray Bookchin est devenu l’avocat du “contrôle municipal” de l’économie par des assemblées de communauté, abolissant ainsi “l’économie” en tant que sphère sociale distincte en l’absorbant dans la sphère politique, une inversion de l’argument préalable de Proudhon disant que “les institutions politiques doivent se perdre dans l’organisation industrielle”. Afin d’éviter qu’un tel contrôle au niveau de la communauté ne dégénère en un système de villes-états en concurrence les unes avec les autres, il se fit l’avocat de l’anarcho-communisme au sein de chaque communauté par l’abolition de la propriété privée et la distribution en accord avec les besoins de chacun et le fédéralisme entre les communautés. Bookchin affirmait que “L’alternative syndicaliste” du contrôle ouvrier “re-privatise l’économie en des collectifs autogérés”, ouvrant ainsi la voie “de leur dégénérescence en des formes traditionnelles de propriété privée.”

A cela, la plupart des anarcho-syndicalistes répondraient que l’autogestion ouvrière ne serait pas basée sur un modèle de simple conseil ouvrier d’usine, mais inclurait également une autogestion communale, de consommateurs, de commerce (ou vocationnelle) et des organisations d’industrie et de service formant un réseau complexe de groupes imbriqués les uns dans les autres et au sein duquel les conseils d’usines seraient incapables de se reconstruire comme firmes autonomes privées opérant pour leur seul profit, particulièrement quand l’économie dans son entièreté serait organisée le longs de lignes anarcho-communistes.

Note de Résistance 71: Il est une fois de plus stupéfiant de constater qu’à la fois Bookchin, mais aussi ici l’auteur de ces lignes Robert Graham, éludent un concept fondamental: celui du monde agricole ! Ceci est en phase avec le vieux réflexe marxiste du “prolétariat, de la classe ouvrière, seule classe révolutionnaire”, cataloguant de facto les paysans sous le label de “réactionnaires”, sans comprendre que sans la terre et ceux qui la cultivent, personne ne bouffe, pas même les révolutionaires à terme… En observant la situation politico-économique actuelle, il est évident que la classe agricole occidentale, brimée et ruinée par la dette, est entrée dans un stade pré-révolutionnaire avancé. Les paysans sont les alliés naturels des ouvriers, ils sont, nous sommes tous, le peuple ! Ils sont et représentent la terre nourricière! Même si le système capitaliste et ses modes de gestion mortifères les a obligé à détruire le patrimoine nourricier, il est encore bien temps d’en sortir…

John Crump et Adam Buick ont insisté sur le fait que vendre “en tant qu’acte d’échange… ne peut se faire qu’entre deux propriétaires distincts. Pourtant des propriétaires séparés de parties du produit social sont précisément ce qui ne voudrait et ne pourrait pas exister dans une société anarchiste. Avec le remplacement de l’échange par la propriété commune ce qui se passerait est que la richesse cesserait de prendre la forme de la valeur d’échange, de façon à ce que toutes les expressions de cette relation sociale péculière à une économie d’échange, caractérisée par l’argent et le prix, disparaîtrait automatiquement.” Les anarchistes continuent de débattre quel type d’économie serait compatible avec leur vision d’une société libre.

Kevin Carson, mettant à jour les idées “mutualistes” de Proudhon et de Benjamin Tucker, argumente lui pour une transition graduelle vers une société sans État au travers de la création “d’une infrastructure sociale alternative”, comme par exemple “des coopératives de producteurs et de consommateurs, des Systèmes d’Echange et de Commerce Locaux (SECL), des banques mutualistes, des syndicats ouvriers, des associations de propriétaires/locataires, des associations de voisinages (non affiliées à toute forme de police que ce soit), des programmes de surveillance anti-crime et anti-flic, des tribunaux volontaires pour un arbitrage de litiges civils, une agriculture soutenue par la communauté (NdT: Ah! Enfin!…), etc..Pour Carson, “le mutualisme veut dire construire le genre de société que nous voulons ici et maintenant, fondée sur l’organisation depuis sa base pour la coopération et l’association volontaires par l’entre aide mutuelle, plutôt que d’attendre la révolution.”

A l’encontre de la plupart des anarchistes, Carson se fait l’avocat de la rétention des relations de marché parce que quand “des firmes et des gens s’auto-employant échangent par le moyen du marché plutôt que par des relations fédérales, il n’y a pas d’organisation qui leur soit supérieure. Plutôt que des décisions prises par des organisations permanentes, qui serviront immanquablement de bases de pouvoir pour les managers et les “experts”, des décisions seront prises par la ‘main invisible’ du marché.” (NdT: ceci correspond à l’idéologie de ce que les anglo-saxons ont appelé le “libertarianisme”, les “libertariens” ne sont pas des libertaires/anarchistes, ils croient en cette ‘main invisible du marché’, sorte de nouvelle religion économique qu’on retrouve dans l’école économique de Vienne et de Von Hayek, en fait branche ultra-libérale du capitalisme, qui n’a rien d’anarchiste, mais qui a infiltré les milieux tendance libertaires anglo-saxons depuis plusieurs années. Certains se sont affublés du sobriquet antinomique, accrochez-vous… “d’anarcho-capitaliste”… jusqu’où ira t’on ?…)

John Crump et Adam Buick argumentent ainsi contre la dépendance aux mécanismes du marché et nient qu’il puisse y avoir une transition graduelle du capitalisme à l’anarcho-communisme. Dans une société anarchiste communiste, “les ressources et le travail seraient aloués… par décisions conscientes, et non pas au travers d’opération de lois économiques agissant avec la même force coercitive que les lois, comme celle de “la main invisivle du marché’. Une évolution graduelle d’une société de classes à une société sans classes est impossible parce qu’à un moment donné il devra y avoir une rupture qui privera la classe dirigeante de l’état capitaliste, qu’elle soit ou non bien intentionnée, du contrôle exclusif sur les moyens de production.”

Luciano Lanza argumente qu’il y a des façons de tempérer la dépendance aux mécanismes de marché, par exemple en faisant partager les bénéfices entre les entreprises. Mais pour lui le point essentiel est de bouger au-delà de la “logique de marché”, de cette société où “le marché capitaliste définit chaque aspect de la coexistence sociale”, et vers une société où pour citer Cornelius Castoriadis “l’économie a été restaurée à sa place d’auxiliaire de la vie humaine plutôt que son but ultime.” Comme le dit aussi George Benello: “le but est une société organisée de telle manière que les activités de base pour vivre sont faites par des organisations dont le style et la structure sont le miroir des valeurs que l’on recherche.”

Parce que “cette vision est une vision totale plutôt que centrée sur des problèmes spécifiques, des projets différents et multiples renforceront cette vision: écoles coopératrices, crèches, unions de communautés, journaux, médias et plus tard l’entreprise.” Alors que ces projets prolifèrent, la société devient plus “densément et intensément organisée dans un mode intégrateur au sein duquel les activités de base de la vie s’imbriquent entre elles”, de façon à ce qui “se défend n’est pas simplement un set de but politiques discrets, mais un mode de vie dans sa totalité.” Ceci est un autre exemple de la “politique préfigurative” que les anarchistes ont soutenu et pratiqué deuis au moins le temps de Proudhon et qui est une fois de plus venue à l’avant dans la foulée des mouvements pour une “justice globale” contre le néo-libéralisme vers la fin du XXème siècle.

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A lire en complément: notre dossier Gustav Landauer sur la société des sociétés organique