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Mettre le confinement au coronavirus au profit de la résistance politique

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Résistance 71

 

21 mars 2020

 

Regardons le côté positif de ce confinement « sanitaire » : il nous donne plus de temps libre et ce temps libre se doit d’être utilisé à bon escient pour organiser notre résistance et notre émancipation de la dictature étatico-marchande, véritable virus inhibant la vive organique réelle sur cette planète.
Ainsi nous devons considérer deux choses individuellement et collectivement :

  • Mieux nous informer en lisant, regardant et écoutant les points de vue sortant du moule de l’info et de la réflexion pré-digérées par le système pour notre consommation et notre endoctrinement…
  • Nous concerter et nous connecter en dehors des plateformes créées par le système pour nous contrôler (Google, Facebook, Twitter, Instagram et consorts…) et au besoin en créer de nouvelles…

Sortons de la spirale de la peur et de la terreur instillée par les gouvernements d’un système en perdition totale. Reprenons notre avenir en mains, par et pour nous-mêmes.

Dans cette optique, nous vous invitons sur ce blog à consulter, lire et partager les publications que nous avons mises à la disposition du public depuis des années. Vous pouvez consulter, lire et partager ces pages de lectures durant le confinement et en sortir l’esprit et les idées plus claires pour mieux préparer le grand chambardement politique qui vient.
Il est aussi essentiel de visiter et de lire le plus possible les sites des médias alternatifs comme nous le faisons depuis plus d’une décennie quotidiennement.

Nous vous conseillons notre page bibliothèque PDF sur laquelle sont accessibles 167 documents couvrant une réflexion critique en matière historique, politique et scientifique, ainsi que notre page d’articles rédigés et publiés par nos soins depuis 2010.

Nous publierons suite à ce billet quelques suites en « conseils de lecture spécial confinement coronavirus » sur des thèmes plus précis au fil des jours. Nous vous souhaitons une bonne lecture et bon partage, en espérant le plus de monde possible mettre cette aubaine à profit pour mieux comprendre et changer notre attitude afin de mettre fin à la dictature marchande en démontant cette pyramide du pouvoir et du contrôle de la vie des peuples un peu plus rapidement que pierre par pierre… 😉

Merci de nous suivre et de diffuser sans modération le contenu de ce blog, ne laissons à aucun virus biologique ou étatique le monopole de la propagation.

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

 

La science falsifiée : Le darwinisme social et son contre-poison…

Posted in actualité, altermondialisme, écologie & climat, économie, documentaire, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 5 mars 2020 by Résistance 71

 


P. Kropotkine, père de la biologie sociale

 

Résistance 71

 

5 mars 2020

 

Le darwinisme social est la résultante dogmatique d’une interprétation tronquée de la théorie de l’évolution de Darwin ne considérant que ses éléments malthusiens afin de construire une idéologie sociale bâtie sur le concept tronquée de « la survie du plus apte ». Cette construction sociale issue du XIXème siècle britannique a servi à justifier toutes les exactions possibles d’un système étatico-capitaliste parasitaire par essence et a donné une base (pseudo)scientifique à une nature humaine qui serait faite de combat incessant pour la survie, de violence, de tromperie, de mensonge, servant les « plus aptes » à se maintenir en haut de l’échelle sociale, elle-même force ce la nature inéluctable. Il était alors important de « démontrer » que cette relation de combat incessant était LE moteur de la relation sociale dans la nature, justifiant ainsi le pouvoir oligarchique en place.
Le darwinisme social, s’il emprunte beaucoup à Darwin, n’est pas son invention. Elle fut essentiellement celle du biologiste et eugéniste Thomas Huxley, grand-père de Julian et Aldous Huxley, en combinaison avec les théories économico-démographique de Thomas Malthus et celles de Thomas Hobbes (décidément beaucoup de Thomas dans cette affaire…), renforçant la théorie de la « sélection naturelle », la résumant à celle « du plus apte », reprise par la suite par un biologiste du nom de Herbert Spencer. Toutes ces personnes oubliaient un des éléments essentiels de l’évolution, déjà mis en avant dans les recherches du biologiste, zoologiste russe Kessler en 1879 : la coopération, reprise aussi par Darwin dans on ouvrage de la « Descendance de l’Homme », écrit plusieurs années après son « Origine de l’Homme ».

C’est en réaction au poison du darwinisme social émis et publié sous la forme d’un article de Thomas Huxley dans le magazine victorien « Le XIXème siècle », « La lutte pour l’existence : un programme », en février 1888 (voir ici en page 11 et suivantes et aussi en page 9 du PDF de « ‘L’entraide » ci-essous), que Pierre Kropotkine décida de lui répondre dans une série d’articles qui furent par la suite publiés sous la forme d’une livre: « L’entraide, un facteur de l’évolution », publié depuis Londres en 1902 et publié en français en 1906, que nous vous proposons à la (re)lecture ci-dessous en format PDF. Cet ouvrage est essentiel à la compréhension générale de ce qu’est la « nature humaine » dans son véritable contexte évolutionniste. Il nous permet de rétablir un certain équilibre des choses et de mettre en pratique le vieil adage africain disant: « Si tu ne sais pas où tu vas, arrête-toi, retourne-toi et regarde d’où tu viens. »

L’entraide, un facteur de l’évolution
Pierre Kropotkine, 1902
Format PDF

 


Poussière d’étoiles…

Falsification scientifique : L’escroquerie du Réchauffement Climatique Anthropique…

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L’escroquerie climatique…

 

Résistance 71

 

29 février 2020

 

… ou du « Changement Climatique Anthropique » ou du « Changement Climatique » ou de l' »Urgence Climatique » ou quelque soit le nom que les guignols de cette pseudo-science et vraie religion voudront lui donner la semaine prochaine. Une falsification, un détournement supplémentaire de la science à des fins économico-politique. Quand un système en vient à utiliser une jeune hystérique (Greta) pour faire passer la mélasse de falsification scientifique des plus indigestes, on sait alors que le dogme est au bout du rouleau. Aidons le à crever !

Lorsque réchauffement il y a il est NATUREL et multifactoriel, il y a quelques 400 millions d’années nous étions dans le pire âge glaciaire de l’histoire de la planète avec un taux de gaz carbonique dans l’atmosphère 17 fois supérieur à ce qu’il est aujourd’hui. Si la pollution est un problème planétaire, elle n’a rien à voir avec un quelconque réchauffement lorsqu’il a lieu. La science étaye ces faits, pas les « modèles climatiques » du GIEC biaisés, tronqués et falsifiés.
Le CO2 n’est pas un polluant. Toutes les saloperies chimiques déversées dans les rivières, fleuves, océans et dans nos champs le sont, mais de cela il ne faut pas en parler… Écologistes, ne vous trompez pas de combat !… Ne sombrez pas dans le capitalisme vert où l’oligarchie nous embarque !…

Nous avons été parmi les premiers il y a plusieurs années, à publier les deux volumes du « Manuel du sceptique climatique » élaboré par l’équipe de la journaliste scientifique australienne JoAnn Nova…

Les deux manuels du sceptique climatique en français:

« Le manuel du sceptique climatique » en deux parties ci-dessous, à été diffusé à plus de 300 000 exemplaires dans le monde en anglais et a été traduit en 15 langues. Voici la version française en deux volumes en format PDF à télécharger et diffuser sans aucune modération :

Manuel_du_sceptique_climatique_No1

Manuel du Sceptique II-V4

 


Le Zen dans l’art d’éluder la connerie oligarchique

La science falsifiée: la fadaise du « pétrole fossile » ou la théorie prouvée de l’origine abiotique profonde des hydrocarbures

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source énergétique abiotique, non « fossile »…

 

Résistance 71

 

27 février 2020

 

En août 2011, nous traduisions et publiions une série d’articles scientifiques sur l’origine abiotique (non « fossile ») profonde de tous les hydrocarbures plus lourds que le méthane. Compilés sous format PDF, par Jo quelques années plus tard, nous vous représentons cette information vitale qui expose la falsification scientifique de la fameuse théorie du « pic pétrolier » et démontre que le prix de « l’or noir » et autre gaz naturels ou tout hydrocarbure plus lourd que le méthane, basé sur une rareté induite et la peur fabriquée du « manque » énergétique, n’est que pure spéculation enrichissant une oligarchie devenue toute puissante au fil du temps. La réalité est que nous baignons littéralement dans cette mixture et que si le prix du baril était à sa juste valeur (probablement de l’ordre de 15 à 20 euros max), alors il n’y aurait plus de guerre pour son appropriation spéculative…

Une info stupéfiante à assimiler et à diffuser sans aucune modération…

L’origine abiotique profonde du pétrole et hydrocarbures
format PDF

« Les hydrocarbures ne sont pas la biologie retravaillée par la géologie (comme le voudrait la vision traditionnelle), mais plutôt la géologie retravaillée par la biologie. En d’autres termes, les hydrocarbures sont primordiaux [issus de matériaux et de conditions existant à la formation de la planète], mais alors qu’ils s’infiltrent dans la croûte terrestre depuis les profondeurs du manteau, la vie microbiologistes les envahit. »
~ Dr Thomas Gold, professeur de physique à l’université de Cornell, enseignant à Cambridge et Harvard, membre de l’académie des sciences ~
Auteur de « The Deep Hot Biosphere, the Myth of Fossil Fuels », Copernicus Books, 1999

 


Le pétrole n’est pas fossile…

Résistance politique: Les formes quotidiennes de la résistance paysanne 3/3 (James C Scott)

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« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

“On peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire, il ne peut y en avoir qu’une qui serait une révolution définitive. Le mouvement qui semble achever la boucle en entame déjà une nouvelle à l’instant même où le gouvernement se constitue. Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct. Il implique contradiction, dit Proudhon, que le gouvernement puisse être jamais révolutionnaire et cela pour la raison toute simple qu’il est gouvernement.’  […] S’il y avait une seule fois révolution, en effet, il n’y aurait plus d’histoire. Il y aurait unité heureuse et mort rassasiée.“
~ Albert Camus ~

“A quoi sert l’État ?… C’est la protection de l’exploitation, de la spéculation, de la propriété privée, — produit de la spoliation. Le prolétaire, qui n’a que ses bras pour fortune, n’a rien à attendre de l’État ; il n’y trouvera qu’une organisation faite pour empêcher à tout prix son émancipation.
Tout pour le propriétaire fainéant, tout contre le prolétaire travailleur : l’instruction bourgeoise qui dès le bas âge corrompt l’enfant, en lui inculquant les préjugés anti-égalitaires ; l’Église qui trouble le cerveau de la femme ; la loi qui empêche l’échange des idées de solidarité et d’égalité ; l’argent, au besoin, pour corrompre celui qui se fait un apôtre de la solidarité des travailleurs ; la prison et la mitraille à discrétion pour fermer la bouche à ceux qui ne se laissent pas corrompre. Voilà l’État.”

~ Pierre Kropotkine, “Paroles d’un révolté”, 1885 ~

 

 

 

Les formes quotidiennes de la résistance paysanne (larges extraits)

 

James C. Scott

 

2012

 

source:

https://libcom.org/history/everyday-forms-peasant-resistance-james-c-scott

 

~Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

 

III. Ce qui compte comme résistance

Mais peut-on voir les activités que nous avons décrites plus haut et autres comme de la résistance ? Pouvons-nous appeler un boycott qui ne fut même jamais annoncé, une résistance de classe ? Pourquoi devrions-nous considérer le vol de quelque sacs de riz comme une forme de résistance de classe ; pas d’action collective, ni même de défi ouvert au système de propriété et de domination. Bien des questions similaires pourraient être levées au sujet des commérages et des moqueries sur les personnes qui est un des principaux moyens par lequel les pauvres de Sedaka essaient d’influer constamment sur l’attitude de ceux qui veulent bien faire.

En première approximation, je propose la définition suivante de la résistance de la classe paysanne, une qui inclurait bon nombre des activités dont nous avons parlé. Le but derrière cette définition n’est pas de fixer artificiellement ces problèmes importants, mais plutôt d’insister les problèmes conceptuels auxquels nous devons faire face pour comprendre cette résistance et pour faire ce que je pense être un cas plausible de large compréhension de ceux-ci.

La résistance de la plus basse classe parmi les paysans représente tout acte de cette classe qui a pour but de mitiger ou de nier des postulats (ex: loyers, impôts, déférence…) imposés sur cette classe par des classes “supérieures” (ex: propriétaires terriens, état, propriétaires des machines, prêteurs sur gage etc…) ou pour faire avancer ses propres prérogatives (ex: travail, accession à la terre, charité, respect etc…) vis à vis de ces classes dites “supérieures”.

Trois aspects de la définition méritent un bref commentaire. D’abord, il n’y a aucune obligation que la résistance prenne la forme d’une action collective. Secundo et ceci est une affaire bien épineuse, les intentions sont construites dans la définition. Nous y reviendrons, mais pour le moment la formulation permet que des actes de résistance puissent se retourner contre la résistance et produisent des conséquences qui ne furent pas anticipées. Finalement, la définition reconnaît ce que nous pourrions appeler une résistance symbolique ou idéologique (par exemple sous la forme de rumeurs, de calomnie, de rejet de catégories imposées, de refus de la déférence), comme faisant partie intégrante de la résistance de classe.

Le problème d’intention est extrêmement complexe et pas simplement parce que des voleurs de riz qui courent toujours de notre exemple précédent refusent d’être identifiés, sans parler de discuter de leurs intentions une fois localisés. Le plus grand problème provient de notre tendance à penser la résistance comme étant des actions impliquant au moins un sacrifice individuel ou collectif afin d’apporter un gain collectif sur le long terme.  Les pertes immédiates d’une grève, d’un boycott ou même de refuser d’entrer en concurrence avec d’autres membres de classe pour la terre ou le travail sont évidemment évidentes à cet égard. Mais quand on parle d’action comme le vol par exemple, nous sommes confrontés à une combinaison de gain personnel immédiat et ce qui pourrait être une forme de résistance. Comment pouvons-nous préjuger duquel de ces deux buts est de première importance ? On ne parle pas ici de simple définition mais plutôt de l’interprétation de tout un panel d’actions qui me semblent être profondément et historiquement ancrées dans des relations de classe quotidiennes.

Le braconnier anglais du XVIIIème siècle résistait peut-être le droit exclusif de la noblesse à la chasse, mais il était plus que certainement tout autant intéressé si ce n’est plus, par un civet de lapin. Le paysan d’Asie du Sud-Est qui cache ses possessions de riz et autres du collecteur d’impôts a peut-être contesté la hausse des impôts et taxes, mais il était tout aussi intéressé de voir et de savoir que sa famille aurait assez à manger jusqu’à la prochaine récolte. Le conscrit paysan qui désertait l’armée était peut-être contre la guerre, mais il s’assurait tout autant de sauver sa peau sans aller au front. Lequel des ces motifs inexorablement imbriqués est-il le plus important ? Même si nous pouvions directement demander aux intéressés et même s’ils pouvaient répondre de manière candide, ce n’est pas sûr qu’ils puissent faire la part des choses et le dire clairement.

Ceux qui ont étudié de près l’esclavage, simplement le plus souvent parce que l’entraide était la seule option valable, ont eu la tendance à minimiser de telles actions comme étant une “véritable” résistance pour trois raisons. Toutes trois figurent dans l’analyse de la “rébellion” des esclaves de Gerald Mullin.

En évaluant les différences observables dans l’attitude des esclaves, les chercheurs se demandent habituellement si un style particulier de rébellion représentait une résistance aux abus dûe à l’esclavage ou une véritable résistance à l’esclavage en tant que tel. Quand l’attitude de l’esclave est examinée à la lumière du contenu politique, le petit travailleur, l’esclave des champs ne pèse pas bien lourd. Pour parler franc, leur “fainéantise”, futilité et larcins représentaient un type de rébellion limité et peut-être aussi surestimé. Leurs réactions à des abus imprévus ou à de soudains changements dans la routine de la plantation étaient au mieux de petits faits perpétrés contre l’esclavage. Mais les schémas d’obstruction planifiée des esclaves pensés pour faire obstruction aux travaux de la plantation, leurs actions persistantes de sabotage par grève du zèle contre les cultures et les stocks ainsi que les vols de nuit des coopératives qui alimentaient les marchés noirs locaux, étaient plus politiques dans leurs conséquences et représentaient une résistance à l’esclavage en lui-même. [Mullin, 1972: 35;] 

[…]

Il est dit que la “vraie” résistance est

a) organisée, systématique et coopérative

b) fondée sur le principe de l’abnégation

c) a des conséquences révolutionnaires et / ou

d) personnifie des idées ou des intentions qui nient la base et le fondement de la domination elle-même

Des activités aléatoires, incidentelles ou épiphénoménales par contraste sont:

a) désorganisées, non systématiques et indviduelles

b) opportunistes et égoïstes

c) n’ont pas de conséquences révolutionnaires et / ou

d) impliquent dans leur intention ou leur logique, une certaine accommodation avec le système de domination

Ces distinctions sont importantes pour toute analyse qui a pour objectif de tenter de délimiter les formes variées de résistance et pour montrer comment elles sont liées les unes aux autres et avec la forme de domination dans laquelle elles se produisent.

Je dispute ici le fait qu’on ne puisse considérer que les premières caractéristiques comme étant celles de la “vraie résistance” alors que les dernières ne seraient qu’inconséquentes et triviales.

Cette position, de mon point de vue, déconstruit fondamentalement la base même de la lutte politique et économique conduite par les classes subordonnées, pas seulement les esclaves, mais aussi les paysans et les ouvriers, dans des conditions de répression. Ceci est fondé sur une combinaison ironique à la fois de suppositions léninistes et bourgeoises de ce qui constitue l’action politique. Les trois premières comparaisons jumelées seront ici adressées. L’affaire finale de savoir si les intentions sont d’accommoder ou de révolutionner demanderait une analyse séparée bien plus longue.

[…]

Note des traducteurs: ici Scott illustre son point de vue avec 4 exemples historiques (la révolution russe, la révolution chinoise et la dissolution de l’armée de Chang Kaï Chek en 1948, la guerre du Vietnam et la révolution mexicaine d’Emiliano Zapata en 1910]. Se référer au texte original pour les détails…

Ignorer l’élément de self-intérêt dans la résistance paysanne, c’est ignorer le contexte déterminé, pas seulement de la politique paysanne, mais aussi de la politique de la plupart des strates basses. C’est précisément la fusion du self-intérêt et de la résistance qui est la force vitale qui anime la résistance des paysans et des prolétaires (NdT: le paysan étant un prolétaire par définition, la confusion et l’amalgame entre “prolétaire” et “ouvrier” étant assez irritante et limitatrice…) Lorsqu’un paysan planque une partie de sa récolte pour éviter de payer un impôt, il remplit à la fois son estomac et celui de sa famille et prive l’état de son grain. Quand un soldat paysan déserte l’armée parce que la nourriture y est mauvaise et que ses cultures à la maison doivent être moissonnées, il prend à la fois soin de lui-même et prive l’état de sa chair à canon. Quand de tels actes sont isolés, il y a peu d’intérêt ; mais lorsqu’ils deviennent des comportements récurrents (bien que non coordonnés, ni même organisés), alors nous avons à faire à des actes de résistance.

La nature intrinsèque et, dans un sens, la “beauté” de la vaste majorité de la résistance paysanne est qu’elle confère des avantages immédiats tout en refusant des ressources importantes à la classe appropriatrice et que cela ne requiert pas ou peu d’organisation manifeste. L’entêtement, la résilience et la force d’une telle résistance proviennent directement du fait qu’elles sont profondément enracinées dans un matériau de lutte partagé dont une classe entière fait l’expérience.

Demander à la résistance d’une strate plus pauvre qu’elle ait des “principes” ou soit “altruiste” est non seulement une insulte au statut moral des besoins fondamentaux humains, mais c’est plus fondamentalement, une mauvaise construction de la base de la lutte de classe qui est, avant tout, une lutte contre l’appropriation du travail, de la production, de la propriété et des taxes. Les problèmes de “gagne-pain” sont l’essence même de la politique et de la résistance des couches les plus défavorisées. La consommation, de cette perspective, est à la fois le but et le résultat de la résistance et de la contre-résistance.

[…]

De mon point de vue, bien trop d’attention théorique (essentiellement de manière ahistorique) a été donnée à la “classe” et pas assez à la “lutte de classe”. De fait, la lutte de classe est le premier et le plus universel des concepts. Pour le dire sans embage, les classes n’existent pas en tant qu’entités séparées, regardez autour de vous, trouvez une classe ennemie, puis commencez la lutte. Au contraire, les gens se retrouvent dans une société qui est structurée de manière particulière (crucialement, mais pas exclusivement en des relations de production), ils font l’expérience de l’exploitation (ou du besoin de maintenir le pouvoir sur ceux qui sont exploités) ils identifient des points d’intérêts antagonistes, ils commencent une lutte autour de ces problèmes et dans le processus de la lutte, ils se découvrent eux-mêmes en tant que classe, ils en viennent à identifier cette découverte comme étant une “conscience de classe”. Classe et conscience de classe sont toujours la dernière et non pas la première étape du véritable processus politique [1978: 149]

La tendance à négliger les actes individuels de résistance comme étant insignifiants et réserver le terme de “résistance” pour une action collective organisée est aussi trompeuse que l’insistance sur l’action “de principe”. Le statut privilégié aux mouvements organisés provient, je suspecte, de deux orientations politiques: la première essentiellement léniniste, qui ne regarde comme seule action de classe valide ce qui est mené par un parti d’avant-garde servant de “personnel général”, la seconde plus directement est dérivée d’une familiarité et d’une préférence pour une politique ouverte, institutionnalisée telle qu’elle est conduite par les “démocraties capitalistes”. Dans les deux cas, quoi qu’il en soit, il y a une déformation des circonstances politiques et sociales au sein desquelles la résistance paysanne est typiquement menée.

La qualité individuelle et le plus souvent anonyme de la vaste majorité de la résistance paysanne est, bien entendu, éminemment adaptée à la sociologie de la classe dans laquelle elle se produit. Etant dispersée dans de petites communautés et manquant généralement de moyens institutionnalisés pour agir collectivement, elle a plus de chance d’employer ces moyens de résistance locaux demandant très peu de coordination. Dans des circonstances historiques spéciales de privation matérielle démesurée, de cassure des institutions de répression, ou de protection de la liberté politique (plus rarement les trois), la paysannerie peut et a déjà été organisée en un mouvement politique de masse (NdT: grand exemple de la Mahkovichnya ukrainienne ou révolte paysanne anarchiste de Nestor Makhno de 1918 à 1923). de telles circonstances sont néanmoins très rares et le plus souvent de courte durée. Dans la plupart des endroits, la plupart du temps, ces options politiques ont simplement été empêchées. […] Ainsi, à l’encontre des organisations formelles organisées (de type marxiste), ce type de résistance ne présente pas de centre, pas de leaders, pas de structures identifiables qui puissent être infiltrées, cooptées ou neutralisées.

Ce qui manque en termes de coordination centralisée peut-être compensé par la flexibilité et la persistance. ces formes de résistance ne gagneront pas de batailles ouvertes mais elles sont admirablement adaptées pour de longues campagnes d’attrition. Si nous devions concentrer notre recherche pour une résistance paysanne dans une activité formellement organisée, nous pourrions chercher longtemps en vain, car en Malaisie, comme dans bien des pays du tiers-monde, de telles organisations sont le plus souvent absentes ou sont la création d’officiels et d’une certain élite rurale. Nous louperions simplement beaucoup de ce qu’il se passe. L’activité politique formelle et organisée est peut-être la norme des élites, de l’intelligentsia et des classes moyennes aussi bien dans le tiers-monde que dans le monde occidental, disposant d’un quasi monopole des techniques institutionnelles et d’accès, mais il serait plutôt naïf que de croire que la résistance paysanne adopterait la même voie. N’oublions pas non plus que les formes de résistance paysanne ne sont pas juste un produit de son écologie sociale. Les paramètres de résistance sont aussi déterminés, en partie, par les institutions de répression. Lorsque ces institutions fonctionnent normalement, elles peuvent empêcher toute autre forme de résistance qu’individuelle, informelle et clandestine.

Ainsi, il est parfaitement légitime et même important, de distinguer entre les niveaux et formes variés de résistance : formelle / informelle, individuelle / collective, publique / anonyme, ceux qui défient le système de domination / ceux qui ciblent des gains marginaux. Mais il doit en même temps être très clair que ce que nous pourrions mesurer en fait dans cette entreprise est le niveau de répression qui structure les options disponibles. Selon les circonstances auxquelles ils sont confrontés, les paysans peuvent osciller entre une activité électorale organisée et des confrontations violentes, en passant par des actions silencieuses et anonymes telles que trainer les pieds (grève du zèle), rechigner ou voler. Cette oscillation peut–être due en certains cas à des changements d’organisation sociale de la paysannerie, mais souvent due au changement dans le niveau de répression. Plus d’une paysannerie a été brutalement réduite d’une activité politique radicale ouverte pratiquée à un moment donné, à des actes résilients sporadiques de petite résistance l’instant suivant. Si nous permettons de n’appeler “résistance” que la première activité, nous simplement permettons à la structure dominante de définir pour nous ce qui est ou n’est pas de la résistance.

Bien des formes de résistance que nous avons examinées peuvent être des actions “individuelles”, mais cela ne veut pas dire qu’elles soient forcément non-coordonnées. Une fois de plus, une compréhension du concept de coordination dérivée du système bureaucratique officiel est de peu d’assistance dans la compréhension d’actions de petites communautés ayant des réseaux informels très importants et des sous-cultures de résistance riches, profondément ancrées dans l’histoire. Ce n’est par exemple pas une exagération que de dire qu’une grande partie de la culture folklorique de la “petite tradition” paysanne est constituée d’une légitimation voire même d’une célébration de juste quelques formes évasives intelligentes de résistance que nous avons examinées. Sous cette forme ou d’autres (par exemple les histoires de bandits, de paysans héros, de mythes religieux) la culture paysanne aide à écrire la dissimulation, le braconnage, le vol, l’évasion fiscale, la fuite de la conscription etc. Alors que la culture populaire n’est pas une coordination dans le sens formel du terme, elle parvient souvent à faire un “climat d’opinion” qui, dans d’autres sociétés plus institutionnalisées, demanderaient une campagne de relations publiques.

Ce qui est le plus marquant au sujet de la société paysanne est de constater que bien des choses sont le résultat d’efforts de réseaux de compréhension et de pratique coordonnés, de l’échange de travail aux fêtes de village en passant par les préparations de mariages et des déménagements. C’est la même chose en ce qui concerne les boycotts, les “négociations” de salaire, le refus des locataires d’entrer en compétition les uns avec les autres, ou l’omerta, la conspiration du silence autour des vols quand ils ont lieu. Aucune organisation formelle n’est créée pour la simple et bonne raison qu’aucune n’est nécessaire et pourtant il existe une forme de coordination qui nous indique que ce qui se passe n’est pas juste une action individuelle se produisant de manière spontanée. 

A la lumière de ces considérations, retournons alors brièvement sur la question de l’intention. Pour bien des formes de résistance paysanne, nous avons bon nombre de raisons de nous attendre à ce que les acteurs demeurent muets au sujet de leurs intentions. Leur sécurité dépend de leur silence et de leur anonymat ; la forme de résistance elle-même pourrait bien dépendre pour son efficacité d’avoir l’apparence de la conformité ; leurs intentions peuvent tout aussi bien être intégrées dans cette culture paysanne et dans la routine, la lutte évidente pour fournir sa subsistance et sa survie à son foyer afin de demeurer inarticulé. Le poisson ne parle pas de l’eau.

Dans un sens et de manière évidente, leurs intentions sont exprimées dans les actions elles-mêmes. Un paysan soldat qui, comme tant d’autres, déserte l’armée dit de facto par cet acte que les buts de cette institution et les risques qu’elle fait encourir aux personnes ne prévaudront pas sur sa famille ou ses besoins personnels. En d’autres termes, l’état et son armée ont suffisamment échoué dans leur entreprise de maintenir cet individu sous les drapeaux, à conserver son accord et son obéissance. Un ouvrier agricole lors des moissons qui vole du riz à son employeur dit de fait que son besoin de riz l’emporte sur les droits de propriété officiels de son patron.

Lorsqu’on en vient à ces établissements sociaux où les intérêts matériels des classes exploiteuses sont directement en conflit avec la paysannerie (loyers, salaires, emploi, taxes / impôts, conscription, division du travail de moisson) nous pouvons je le pense, déduire des intentions de la nature des actions elles-mêmes. Ceci est particulièrement le cas lorsqu’il y a un schéma systémique d’action qui discute ou nie une appropriation des surplus. L’évidence des intentions est bien entendu toujours la bienvenue, mais nous ne devrions pas trop compter dessus.

Pour cette raison, la définition de résistance donnée plus tôt place une insistance particulière sur l’effort de réduire les affirmations symboliques et matérielles de la classe dominante. Le but de la résistance paysanne n’est pas dans les grandes largeurs de renverser la classe dominante et de changer le système mais de simplement mieux vivre aujourd’hui, cette semaine, cette saison, en son sein. Le but après tout pour une grande partie de la résistance paysanne est de, comme l’a si bien dit Hobsbawn “travailler le système à leur désavantage minimum” [1973: 12]. Leurs tentative persistances de “grignoter pas à pas” peuvent échouer et se retourner contre eux, ils peuvent parfois alléger l’exploitation, ils peuvent parvenir à une renégociation des limites de leur exploitation et de l’appropriation, et ils peuvent bien plus rarement mettre à bas le système. Tout ceci n’est que possibles conséquence. Leur intention par contraste est presque toujours celle de la survie et de la persistance. La poursuite de ce but peut demander selon les circonstances, des actes de petite résistance comme nous l’avons vu, mais aussi de dramatiques actions d’auto-défense. Quoi qu’il en soit, leurs actions seront vues par la classe appropriatrice comme truculence, tromperie, arrogance, actions de canaille, bref seront affublées de tous les vocables pour dénigrer et mépriser la résistance quelque soit sa forme. La définition de la classe appropriatrice va arranger ce qui n’est qu’actions de subsistance en des actes de défis à l’ordre établi.

Il devrait être apparent que la résistance n’est pas simplement tout ce que font les paysans pour s’entretenir eux-mêmes et leurs foyers. La vaste majorité de ce qu’ils font doit être comprise comme étant de l’obéissance, même s’ils en tiennent rigueur et se plient à contre-cœur. Le pauvre laboureur sans terre qui vole un peu de riz à un autre pauvre homme ou qui le coiffe au poteau pour un métayage, survit mais il ne résiste certainement pas dans le sens défini ici. Une des questions clef qui doit être posée au sujet de tout système de domination est dans quelle mesure réussit-il à réduire la classe subordonnée à des stratégies purement de “mendicité envers le voisin” pour la survie. Certaines combinaisons d’atomisation, de diminution, de terreur, de répression et de besoin pressant de matériel peuvent de fait permettre à parvenir au rêve ultime de la domination :  avoir les dominés, les opprimés s’exploiter les uns les autres.

[…] En d’autres temps et d’autres lieux, les paysans se sont défendus contre les corvées, les impôts et autres taxes et la conscription imposés par l’état agraire, contre l’état colonial, contre les rouages du capitalisme (comme par exemple les loyers, l’intérêt de la dette, la prolétarisation, a mécanisation…), contre l’état capitaliste moderne et, devrait on ajouter, contre bien des états dits socialistes également. La révolution quand elle viendra et si elle vient jamais, pourra bien éliminer les pires maux de l’ancien régime en place, mais ce n’est que très rarement si jamais, la fin de la résistance paysanne. Car “l’élite révolutionnaire” qui capture l’état a le plus souvent des buts bien différents que ceux de leurs anciens supporteurs.

[…] Il devient alors possible pour un subtil observateur comme Goran Hyden de faire de remarquables parallèles entre la résistance paysanne tanzanienne d’auparavant au colonialisme et au capitalisme et sa résistance actuelle aux institutions et aux politiques d’un état socialiste de la Tanzanie moderne [Hyden, 1980: passim]. Il fournit un compte-rendu pointu du comment le “mode de production paysan”, en trainant les pieds, en privatisant la terre et le travail qui ont été appropriés par l’état, par l’évasion (fiscale), par la fuite et par le pillage des programmes gouvernementaux pour ses propres objectifs, ont affaibli les plans étatiques. Au Vietnam également, après que la révolution ait été consumée dans le sud aussi bien que dans le nord, les formes quotidiennes de résistance paysanne ont perduré.

L’expansion subreptice des lots de terre privés, le retrait du travail des entreprises d’état pour la production des foyers, l’échec de la livraison de grain et de stock à l’État, l’”appropriation” des crédits et des ressources d’état par les foyers et les équipes de travail et la croissance exponentielle du marché noir, attestent de la ténacité de la production de petite commodité sous les formes de l’état socialiste.  Les formes de résistance irréductibles, têtues et persistantes que nous avons examinées pourraient bien représenter les véritables armes durables du faible à la fois avant et après la révolution.

Fin

Lectures complémentaires:

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Murray_Bookchin_Ecologie_Sociale_1982

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Manifeste pour la Société des Sociétés

 


James C. Scott sur Résistance 71

Résistance politique: Les formes quotidiennes de la résistance paysanne 2/3 (James C Scott)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, documentaire, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 17 février 2020 by Résistance 71

 

 

“il faut sinon se moquer, en tout cas se méfier des bâtisseurs d’avenir. Surtout quand pour bâtir l’avenir des hommes à naître, ils ont besoin de faire mourir les hommes vivants. L’homme n’est la matière première que de sa propre vie. Je refuse d’obéir.”
~ Jean Giono ~

« Un homme vivant seul répond à une frappe à sa porte. Devant lui se tient Tyrannie, armée et toute puissante qui lui demande: ‘Te soumettras-tu ?’ L’homme ne répond pas et la laisse entrer. L’homme la sert durant des années, puis Tyrannie devient malade par empoisonnement de sa nourriture. Elle finit par mourir. L’homme ouvre alors sa porte, se débarrasse du corps encore chaud, retourne dans sa maison, ferme la porte derrière lui et dit: ‘Non ! »
— Bertold Brecht —

“La terre et l’esprit [Geist] sont donc la solution du socialisme… Les socialistes ne peuvent en aucune manière éviter le combat contre la propriété foncière. La lutte pour le socialisme est une lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire !”
~ Gustav Landauer ~

 

 

Les formes quotidiennes de la résistance paysanne (larges extraits)

 

James C. Scott

2012

 

source:

https://libcom.org/history/everyday-forms-peasant-resistance-james-c-scott

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

 

L’effort pour enrayer la moissonneuse-batteuse

L’introduction de la moissonneuse-batteuse, le plus soudain et le plus dévastateur des changements associé avec la double récolte, a aussi généré la plus active des résistances. Celle-ci alla bien plus loin que les arguments tenus au sujet de son efficacité, des plaintes au sujet des pertes salariales et la calomnie contre ceux qui louaient les services de la machine. De par toute la zone de riziculture de la province de Kedah, véritable grenier à riz du pays, il y eut des efforts pour physiquement empêcher les machines d’entrer sur les rizières. Il y eut des cas de sabotages et de vandalisme ainsi que des tentatives étendues d’organiser des “grèves” des transplanteurs envers ceux qui louèrent les machines en premier lieu. Toutes ces actions finirent par échouer d’empêcher la mécanisation des récoltes de la riziculture, bien que sans aucun doute elles la limitèrent et la retardèrent.

Le sabotage et l’obstruction des moissonneuses-batteuses commencèrent dès le début des années 1970 lorsque quelques machines prototypes furent utilisées à titre expérimental dans les champs. Ce ne fut qu’en 1976 qu’un gros effort de mécanisation commerciale commença ainsi que les actes de vengeance affiliés. Les fonctionnaires du Muda Agricultural Development Authority choisirent de ne parler que de simple “vandalisme”.

Des batteries furent enlevées des machines et jetées dans les fossés d’irrigation, des carburateurs et autres filtres à air furent détruits, du sable et de la boue furent introduits dans les réservoirs d’essence. Au moins une moissonneuse-batteuse fut brûlée. Un petit groupe réveilla de nuit le gardien qui dormait dans la cabine, lui demanda de sortir et mit le feu à l’engin avec du kérosen trouvé alentour.. Dans bien des villages, la rumeur de violence fit réfléchir voire dissuada les fermiers d’utiliser les services des machines.

De telles tactiques empêchèrent l’utilisation des machines dans les rizières pendant trois saisons complètes. Deux aspects de ce sabotage et des menaces associées méritent un intérêt particulier. Premièrement, il est clair que l’objectif des saboteurs n’étaient en rien le vol, rien ne fut jamais volé. Deuxièmement, tous les sabotages eurent lieu de nuit et furent commis par des individus ou de petits groupes qui agissaient de manière anonyme. Ils étaient de plus protégés par leurs compagnons villageois qui, même s’ils savaient de qui il s’agissait, clâmait toujours une parfaite ignorance lors des enquêtes de police. Ainsi, il n’y eut jamais de mise en accusation ni d’arrestation. La pratique de poster un veilleur de nuit avec les machines date de ces premiers évènements.

Dans le même temps, ll y eut les débuts d’un mouvement collectif plus discret, celui des femmes afin de mettre la pression sur les fermiers qui louaient les machines. Les hommes et les femmes, souvent de même famille, avaient bien entendu souvent perdu des revenus à cause de la machinerie, mais ce furent les femmes qui eurent une véritable puissance de négociation. Elles étaient toujours jusqu’à cette époque, en contrôle totale des transplants de riz (NdT: transplanter les jeunes pousses de riz dans les rizières, ceci est aujourd’hui entièrement mécanisé dans la plupart des pays d’Asie, par exemple aujourd’hui au Japon, pays industrialisé, une ferme de riz de dizaines d’hectares se gèrent entièrement en famille, 2 ou 3 personnes, tout étant hautement mécanisé… Il n’y a plus d’ouvriers agricoles depuis bien longtemps au Japon, ceci est aussi le fait d’une nécessité démographique). Les femmes qui glanaient les rizières après les récoltes étaient les mêmes qui transplantaient les jeunes pousses de riz en début de culture. Elles perdaient la moitié de leurs revenus saisonniers et elles étaient compréhensiblement reluctantes à transplanter le riz des fermiers qui utiliseraient des machines pour la moisson. Ces groupes de femmes s’organisèrent en opération de boycott qui refusait de transplanter le riz des fermiers qui louaient les moissonneuses-batteuses.

[…]

Le vol de rizière: la résistance routinière

La tentative de coup d’arrêt à la récolte par moissonneuses-batteuses bien que n’étant pas vraiment quelque chose de bien dramatique, sortait sans aucune doute de l’ordinaire. Ceci se produisit sur une toile de fond discrète de résistance routinière au sujet des salaires, de l’occupation des sols, des loyers et de la distribution des rizières qui est une caractéristique permanente dans le Sedaka et dans toute mise en place agraire stratifiée. Un examen rapproché de cette réalité de la lutte met en valeur une forme implicite de syndicalisme local qui est renforcé à la fois par l’entraide entre les pauvres et par une grande quantité de vol et de violence contre la propriété. Rien de cette activité ne pose une menace fondamentale à la structure de base des inégalités agraires, que ce soit matériellement ou symboliquement. Ce que cela représente néanmoins, est un processus constant de mise à l’épreuve et de renégociation des relations de production entre les classes.

Des deux côtés: propriétaire, métayer / paysan-ouvrier agricole, il y a cette quête sans fin de saisir le moindre petit avantage et de le maintenir, de tester les limites de la relation existante, de voir précisément ce qu’on peut en tirer et d’inclure la marge retirée comme partie d’un gain de territoire accepté ou du moins toléré. Aux cours des décennies, il est évident que tout ceci a favorisé les fortunes des grands fermiers et des propriétaires terriens. Ils ont non seulement absorbé une grande partie des terres arables défendues par les locataires et ouvriers agricoles, mais ce faisant, ils ont aussi réduit (en le marginalisant) le périmètre de la lutte. Même sur ce périmètre réduit, il y a une pression constante exercée par ceux qui espèrent regagner du terrain et ce qu’ils ont déjà perdu. Les résistants n’ont pas besoin d’une explication et d’une coordination explicites pour mener la lutte, car le simple impératif de vivre correctement est suffisant pour les motiver.

Les dimensions et modus operandi de cette résistance plus “routinière” pourraient remplir des volumes. Pour le but de notre discussion ici, la plupart des problèmes de base posés par une telle résistance peut être perçu dans la forme particulièrement “populaire” qu’ils prennent: le vol de riz. Le vol rural n’est en rien remarquable en lui-même, il est pratiquement une caractéristique permanente de la vie agraire stratifiée où et quand l’État et ses agents sont insuffisants pour contrôler. Quand le vol prend les dimensions de la lutte dans laquelle les droits à la propriété sont contestés, alors là cela peut devenir un élément essentiel pour toute analyse attentive des relations de classe.

La quantité de terres arables volées au cours d’une saison, bien que pas très grande en proportion de la récolte totale, est alarmante pour le grand fermier et de plus, on pense que cela est en croissance. Il n’y a pas de statistiques officielles disponibles bien sûr, mais j’ai fourni l’effort d’enregistrer toutes ces pertes de terres qui m’ont été rapportées durant la saison principale de 1979-80. La plus grande catégorie est celle du vol de riz complet non battu.

Rapport des vols de riz par sacs pour la saison 1979-80

Fanner Reported Loss

gunny sack(s)

Shahnon 1

Haji Kadir 1

Samat 1

Abu Hassan 2

Ghani Lebai Mat 1

Amin 2

Tok Long 2

Idris 1

Lebai Pendek 2

Fadzil 1

Total 14

(valeur marchande approximative = M$532.)

[…]

D’autres formes de résistance de la part des pauvres de Sedaka changent dans leurs détails mais pas dans l’aspect général. Une des marques de fabrique de pratiquement toute résistance dans le Sedaka est l’absence relative de toute confrontation ouverte de classe que ce soit. Là où la résistance est collective, elle est très prudente ; lorsqu’elle est le fait d’individus ou de petits groupes attaquant la propriété, elle est anonyme et très souvent nocturne. Par sa prudence calculée et son secret, elle préserve dans la plupart des cas, le théâtre du pouvoir qui domine la vie publique du Sedaka. Toute intention de prendre d’assaut la scène publique peut être désavouée et des options sont toujours maintenues de manière consciente. La déférence et la conformité bien que rarement rampantes, continuent d’être la position publique des pauvres. Mais aussi, derrière le décor, il est toujours possible de tester les limites.

La résistance au Sedaka n’offre pratiquement rien de ce qu’on pourrait s’attendre à trouver dans l’histoire typique du conflit rural. Il n’y a pas d’émeutes, pas de manifestations, pas de vandalisme, pas de délinquance sociale organisée, pas de violence ouverte. La résistance découverte n’a aucun lien avec des mouvements politiques extérieurs plus importants, d’idéologies ou de cadres révolutionnaires, bien qu’il soit clair que de telles luttes se soient tenues dans presque tous les villages de la région. Les formes de résistance ici notées ne demandent que très peu de coordination, encore moins d’organisation politique, bien qu’elles pourraient en bénéficier. Bref, elles sont des formes de résistance propres à un village et sa sphère indigène. Si nous sommes prudents avec l’utilisation de ce terme, elles pourraient être vues comme des formes de résistance primitive.

L’utilisation du mot “primitif” n’implique pas, comme le fait Hobsbawm, que ce sont des méthodes arriérées et destinées à évoluer vers des tactiques et idéologies plus élaborées. Cela implique simplement que ces formes de résistance sont les stratégies quasi permanentes, quotidiennes et continues de classes rurales subordonnées œuvrant dans des conditions difficiles. En temps de crise ou de changement politique, elles pourront être appuyées par d’autres formes de lutte qui sont plus opportunes. Il y a eu de chances néanmoins qu’elles disparaissent aussi loin que la structure social rurale demeure inégale et exploiteuse. Elles sont le lit même dans lequel d’autres formes de résistance peuvent grandir et il y a de très grandes chances qu’elles persistent après que de telles autres formes aient réussies ou échouées à leur tout de donner un nouveau schéma inégalitaire.

A suivre…

« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

“On peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire, il ne peut y en avoir qu’une qui serait une révolution définitive. Le mouvement qui semble achever la boucle en entame déjà une nouvelle à l’instant même où le gouvernement se constitue. Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct. Il implique contradiction, dit Proudhon, que le gouvernement puisse être jamais révolutionnaire et cela pour la raison toute simple qu’il est gouvernement.’  […] S’il y avait une seule fois révolution, en effet, il n’y aurait plus d’histoire. Il y aurait unité heureuse et mort rassasiée.“
~ Albert Camus ~

Lectures complémentaires:

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Manifeste pour la Société des Sociétés

 


Il n’y a pas de solution au sein du système !…

Paradigme du capitalisme vert… Escroquerie climatique, Black Rock et banques centrales derrière la terreur climatique (F. William Engdahl)

Posted in actualité, altermondialisme, écologie & climat, économie, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, réchauffement climatique anthropique, résistance politique, science et nouvel ordre mondial, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 10 février 2020 by Résistance 71

 


Climategate Vert ?…

 

L’escroquerie du réchauffement climatique anthropique et le nouveau capitalisme vert, nouvelle mascarade et tentative de mutation de la tyrannie marchande qui nous mène vers un nouveau paradigme de survie factice et totalitaire. Ce processus est en marche depuis un bon moment, mais il se dévoile au grand jour de plus en plus. Sous l’article d’Engdahl, notre dossier sur cette affaire de longue haleine…
~ Résistance 71 ~

D’où vient réellement l’argent derrière le “nouvel agenda vert” ?

 

F. William Engdahl

 

4 février 2020

 

Source en français:

https://www.mondialisation.ca/dou-vient-reellement-largent-derriere-le-nouvel-agenda-vert/5641295

 

En à peine plus d’un an, tout le monde semble avoir sauté dans le train en marche du « Nouvel Agenda Vert », consistant à prendre des mesures radicales pour « arrêter » le changement climatique. À présent, la citadelle de la mondialisation économique corpocratique[1], le Forum Économique Mondial (FEM) de Davos en Suisse, en a fait son thème principal cette année : « les actionnaires [unis] pour un monde soutenable et cohésif  [Stakeholders for a Cohesive and Sustainable World] », avec un accent majeur mis sur des thèmes et slogans comme « comment sauver la planète [How to Save the Planet] ». Bien sûr, parmi les orateurs invités on a pu trouver la jeune activiste suédoise Greta Thunberg. Ce qui est compris par bien peu d’observateurs, c’est la précision d’orfèvre avec laquelle tout ceci est orchestré afin de préparer une réorientation massive des flux mondiaux de capitaux, à l’occasion de laquelle une poignée de géants financiers se repositionne sous nos yeux pour en bénéficier à plein. 

De Greta à « Bonnie » Prince Charles[2], les thèmes du Davos 2020 ont été dominés pour la première fois par l’Agenda du changement climatique. Ce qui transpire du sommet réunissant 3000 délégués des grandes firmes privées mondiales, c’est qu’une campagne mondiale majeure est orchestrée, et qu’elle inclut les plus grands patrons des fonds d’investissement de capitaux et les plus grands banquiers centraux du monde.

Les Administrateurs au-dessus de tout soupçon de Davos

Il ne relève pas du hasard que Davos, forum promoteur de la mondialisation, soit si fermement positionné derrière l’Agenda du changement climatique. Le FEM de Davos dispose en effet d’un Conseil d’administrateur associés. Or, parmi eux se trouve le soutien précoce de Greta Thunberg, le multimillionnaire du climat Al Gore, président du Projet Réalité Climatique [Climate Reality Project].

Ce Conseil inclut également l’ex-patronne du FMI Christine Lagarde, aujourd’hui à la tête de la Banque Centrale Européenne et dont les premiers mots dans cette fonction ont été que les banques centrales doivent à présent faire du changement climatique une priorité. Un autre administrateur de Davos est l’ancien patron de la Banque d’Angleterre Mark Carney, qui vient d’être nommé conseiller au changement climatique de Boris Johnson, et qui avertit que les fonds de pension qui ignorent le changement climatique risquent à présent la banqueroute (sic). Le Conseil inclut encore le fondateur influent de Carlyle Group, David M. Rubenstein. Également Feike Sybesma, du géant néerlando-britannique de l’agrobusiness Unilever, qui préside également le Forum de Direction de Haut Niveau sur la Compétitivité et la Tarification du Carbone (FCTC) de la Banque Mondiale[3]. Et le personnage qui est certainement le plus intéressant en termes de promotion du « Nouvel Agenda Vert » se trouve être Larry Fink, PDG fondateur du groupe d’investissements BlackRock[4].

Larry Fink, PDG et fondateur de BlackRock, annonce le changement à venir. 

BlackRock n’est pas un fonds d’investissement ordinaire. Basé à New York, c’est le plus grand gestionnaire d’actifs du monde avec quelques 7000 milliards de dollars (oui, 7 billions en français !), investis dans plus de 100 pays. C’est plus que le PIB combiné de l’Allemagne de la France. Il domine le marché des actions de toutes les bourses du monde, et i se renforce systématiquement au capital des principales compagnies pétrolières et charbonnières du monde. L’aspirant politicien allemand de la CDU Frederick Merz a d’ailleurs été président de BlackRock en Allemagne depuis 2016.

Le 14 janvier 2020, quelques jours à peine avant le forum de Davos mettant à l’honneur le changement climatique, Fink a publié une lettre annuelle d’un ton inhabituel à l’adresse des PDG privés. Le fondateur et PDG de BlackRock a sauté dans le train de l’investissement climatique pour ne pas manquer le gros lot.

Dans cette lettre, lue avec attention et qui guide de nombreux investisseurs cherchant à placer les milliards de Blackrock, il écrit : « le changement climatique est devenu un facteur déterminant dans les prospectifs à long terme des entreprises ». Au sujet des manifestations climatiques récentes, Fink déclare : « la tension change rapidement, et je crois que nous sommes au bord d’une recomposition fondamentale de la finance. La preuve d’un risque climatique force les investisseurs à réexaminer les paradigmes au cœur de la finance moderne[5] ».

Déclarant que « le risque climatique est un risque d’investissement », Fink invoque alors une question impossible à résoudre : à quel point le risque climatique va impacter les économies de la planète. Et nous apprenons qu’il a la réponse ! Faisant référence à ce qu’il appelle « un réexamen profond du risque et des valeurs des actifs », Fink nous révèle que « parce que les marchés de capitaux vont pousser en avant les risques futurs, nous allons voir des changements dans l’allocation des capitaux plus rapidement que nous n’allons voir changer le climat lui-même. Dans le futur proche (et plus proches que certains n’anticipent), il y aura une réallocation incitative du capital ». Et nous apprenons surtout qu’une poignée des plus grands groupes d’argentiers mondiaux vont en fait diriger cette réallocation du capital… Ceci déjà, appelle réflexion. Mais y’a-t-il un autre agenda derrière tout cela ?

Comment Fink et ses amis vont-il réorienter leurs flux d’investissements, investissements au passage, qui proviennent de l’argent des peuples, les économies de millions d’entre nous ? BlackRock a l’intention d’exiger des entreprises dans lesquels il investit ses 7000 milliards de $, de prouver leur mise en accord avec les exigences vertes, en « faisant de la soutenabilité [écologique] une partie intégrante de la construction de portefeuille d’actions et de la gestion des risques ; en se défaussant d’investissements qui présentent un haut risque en termes de soutenabilité [écologique], comme les producteurs de charbon thermique ; en lançant de nouveaux produits d’investissement qui examinent de plus près les énergies fossiles ; et en renforçant notre engagement vers la soutenabilité [écologique] et la transparence dans nos activités de gestion d’investissements[6] ». Traduction : si vous ne suivez pas les exigences du GIEC de l’ONU et des groupes affiliés incluant McKinsey & Cie, vous allez perdre beaucoup d’argent

GDFC et CNCS : regardons de plus près la composition… 

Au titre de cette prétention à la vertu sur le nouvel investissement vert, Fink déclare que BlackRock fut un membre fondateur du Groupe de travail sur la « Divulgation Financière relative au Climat » (GDFC)[7]. Lequel se revendique œuvrant pour « l’évaluation et le suivi des risques relatifs au climat, et pour les problèmes de gouvernance afférents dans la gestion de ces risques, le GDFC fournit un cadre valable ».

Pour rappel[8], le GDFC fut créé en 2015 par la Banque des Règlements Internationaux (BRI), alors dirigée par l’actuel administrateur de Davos anciennement patron de la Banque d’Angleterre Mark Carney. En 2016, le GDFC de conserve avec la City de Londres (en tant que Corporation) et le Gouvernement britannique, lança l’Initiative Finance Verte (IFV [Green Finance Initiative]), visant à canaliser des milliers de milliards de dollars vers des investissements « verts ». Les banquiers centraux du CSF ont alors nominé 31 personnes issus du GDFC[9]. Présidé par le milliardaire Michael Bloomberg, de l’Agence de Presse éponyme, ce groupe incluait des personnages clés en plus de ceux de Blackrock, issus de la JP Morgan Chase, de la banque Barclays, HSBC; Swiss Re, la seconde plus grande compagnie de réassurance mondiale ; la banque chinoise ICBC, l’aciériste indien Tata Steel, la compagnie pétrolière italienne ENI, Dow Chemical, le géant minier BHP Billington et David Blood de Generation Investment LLC. Remarquons le rôle crucial ici des banquiers centraux

Et pour rassurer davantage BlackRock et ses amis dans le monde, que les milliers de milliards de dollars s’orienteront vers les bons investissements et les bonne entreprises, Fink déclare que « BlackRock croit que le Conseil des Normes Comptables en matière de Soutenabilité [écologique] (CNCS)[10] fournit un assortiment clair de normes pour rendre compte des informations relatives à la soutenabilité, parmi une large gamme de problèmes potentiellement rencontrés… ». Ceci pourrait sembler rassurant, jusqu’à ce que nous examinions de plus près les membres de ce CNCS qui vont être chargé de délivrer l’Imprimatur « Bon pour le climat [Climate Friendly] ». Les membres incluent en effet, en plus de ceux de BlackRock : le fonds Vanguard, Fidelity Investments, Goldman Sachs, State Street Global, Carlyle Group, Rockefeller Capital Management, et de nombreuses autres banques majeures comme Bank of America-Merril Lynch et UBS.

Qu’est donc en train de mettre en place ce groupe-cadre ? D’après leur site Internet (appelant aux dons de la part de bonnes âmes émues par tant de mobilisation des grands argentiers pour le climat) : « depuis 2011, nous avons travaillé vers un but ambitieux de développement et de maintien de la soutenabilité dans les normes comptables pour 77 industries[11] ». Donc, pour résumer : ce sont les mêmes groupes financiers qui pilotent aujourd’hui les flux de capitaux mondiaux vers les projets miniers, charbonniers et pétroliers depuis des décennies, qui vont à présent devenir les arbitres décidant de quelles entreprises seront « qualifiées pour la bénédiction par l’argent » (ou pas), pour bénéficier des futurs investissements en « obligations vertes [green bond] »…

Ajouter encore quelques banquiers centraux…

Dans les mois récents, les banquiers centraux principaux du monde ont chacun déclaré, de façon surprenante, que le changement climatique devenait soudain une partie des « responsabilités essentielles » des banques centrales, oubliant soudain d’autres problèmes comme l’inflation et la stabilité des devises. Personne ne s’est pourtant soucié d’expliquer comment cela devrait fonctionner, ce qui n’en est pas moins déconcertant.

En novembre 2019, la Réserve Fédérale a tenu une conférence, intitulée « l’économie du changement climatique[Economics of Climate Change] ». Lael Brainard, présidente de la Commission sur la Stabilité Financière de la FED, a déclaré que le changement climatique a une importance pour la politique monétaire et la stabilité financière. Et dans ses récents commentaires, le patron de la Banque Centrale du Japon, Haruhiko Kuroda, a pareillement déclaré à un journal japonais que « le risque relatif au climat diffère des autres risques, en ce que son impact à relativement long terme que les effets vont durer plus longtemps que d’autres risques financiers, et que cet impact est bien moins prévisible ». « Il est dès lors nécessaire d’investiguer et d’analyser minutieusement l’impact du risque relatif au climat ». Et dans ses premiers commentaires en tant que nouvelle patronne de la Banque Centrale Européenne, l’ancienne directrice du FMI Christine Lagarde a elle aussi déclaré qu’elle voulait un rôle clé pour le changement climatique dans la revue [à venir] des politiques de la BCE, s’attirant les critiques de Jens Weidmann, un autre membre allemand de la BCE[12].

Mais le banquier central le plus notoire et actif concernant le changement climatique, est sans doute l’ancien patron de la Banque d’Angleterre Mike Carney, par ailleurs Administrateur du FEM de Davos aux côtés de Larry Fink. Carney, qui va donc œuvrer à présent en tant que conseiller au réchauffement climatique de Boris Johnson, a déclaré récemment à la BBC, citant un analyste de fonds de pension demeuré anonyme : « si vous additionnez les politiques de toutes les entreprises ici-bas aujourd’hui, elles correspondent à un réchauffement de 3,7/3,8°C ». Il poursuit en affirmant que les scientifiques déclarent que les risques associés avec une augmentation de 4°C incluent « une augmentation de 9 m du niveau des océans, affectant jusqu’à 760 millions de personnes, provoquant des vagues de chaleur et de sécheresse, et de sérieux problèmes d’approvisionnement en nourriture[13] ». Vu comme ça en effet, ça fait peur.

Comme nous l’avons remarqué plus haut, déjà en 2015, le membre du Conseil de Davos, Carney, en tant que président du Conseil de Stabilité Financière (CSF) de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), avait créé le Groupe de travail sur la « Divulgation Financière relative au Climat » (GDFC), afin de conseiller « les investisseurs, prêteurs et les assurances concernant les risques relatifs au climat[14] ».

Ce qui devient de plus en plus clair, derrière la poussée mondiale actuelle demandant des actions spectaculaires pour remédier au changement climatique, c’est qu’il s’agit davantage de justifier une réorganisation majeure de l’économie mondiale, vers des modes de production d’énergie bien moins efficaces, ce qui impliquera un rabaissement drastique des modes et conforts de vie au niveau mondial. En 2010 déjà, le président d’un groupe de travail du panel intergouvernemental des Nations unies sur le changement climatique[15], le Dr Otmar Edenhofer, avait averti un intervieweur : « Il doit être dit clairement que nous redistribuons de fait la richesse du monde par la politique climatique. Il faut se libérer de l’illusion considérant la politique climatique internationale comme une politique environnementale. Elle n’a pratiquement plus rien à voir avec la politique environnementale…[16]».

Et quelle meilleure façon de « redistribuer la richesse par la politique climatique » pourrait-on trouver, si ce n’est de commencer par poser comme arbitre le plus grand contrôleur d’argent du monde comme BlackRock ?

Notes :

[1] NDT : Corpocratie (néologisme) : gouvernement dans lequel les grands groupes et les grands cartels bancaires dictent leur loi au-dessus des États.

[2] Bonnie Prince Charles, référence à Charles Édouard Stuart (1720-1788).

[3] High Level Leadership Forum on Competitiveness and Carbon Pricing. NDT : l’auteur parle du Groupe « Banque Mondiale », organisation faîtière en effet constituée de 5 organisations financières internationales au total : la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) ; l’Association internationale de développement (IDA) ; la Société financière internationale (IFC) ; l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) ; le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).

[4] « Leadership and Governance », site officiel du FEM de Davos présentant son Conseil.

[5] « A Fundamental Reshaping of Finance », Larry Fink, Site official de BlackRock, Janvier 2020.

[6] Ibid.

[7] Task Force on Climate-related Financial Disclosure (TCFD).

[8] Voir l’article précédent de F. William Engdahl : « Les grandes manœuvres derrière Greta et le « Changement climatique » : suivez l’argent… » (25 Septembre 2019).

[9] Liste sur le site officiel du GDFC : https://www.fsb-tcfd.org/about/

[10] Sustainability Accounting Standards Board (SASB)

[11] « Donate – Your support helps us move the market » https://www.sasb.org/donate/

[12] « Central Bankers’ Core Mission Now Includes Climate Change » (Zerohedge, 1-1-2020) https://www.zerohedge.com/political/central-bankers-core-mission-now-includes-climate-change

[13] « Central Bankers’ Core Mission Now Includes Climate Change » (Zerohedge, 1-1-2020), précité.

[14] NDT : Voir l’article précédent de F. William Engdahl : « Les grandes manœuvres derrière Greta et le « Changement climatique » : suivez l’argent… » (25 Septembre 2019). Précité.

[15] UN Intergovernmental Panel on Climate Change

[16] « IPCC Official: “Climate Policy Is Redistributing The World’s Wealth” » (Neue Zürcher Zeitung, 14 Novembre 2010 ; WUWT, 18-11-2010)

F. William Engdahl est consultant en risques stratégiques et conférencier, diplômé en politique de l’Université de Princeton et auteur de best-sellers sur le pétrole et la géopolitique. Son dernier livre, « Le charme discret du djihad », est publié aux éditions demi-lune (voir la note de lecture du Saker Francophone). Article initial exclusif pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

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Notre dossier surL’escroquerie du Réchauffement Climatique Anthropique”

Le manuel du Sceptique Climatique Tome 1

Le Manuel du Sceptique Climatique Tome 2

 


La Terre en otage…