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Gustav Landauer et Gilets Jaunes pour un retour à l’esprit de la société et l’éradication de l’État et du capitalisme

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« Si tu ne sais pas où tu vas, arrête-toi, retourne toi et regarde d’où tu viens. »
~ Proverbe africain ~

“Le socialisme est la tendance de la volonté d’Hommes unifiés de créer quelque chose de nouveau pour la réalisation d’un idéal.”
“Le socialisme vient des siècles et des millénaires précédents. Le socialiste englobe toute la société et son passé, sent et sait d’où nous venons et ensuite détermine où nous allons.”
~ Gustav Landauer ~

“La terre et l’esprit [Geist] sont donc la solution du socialisme… Les socialistes ne peuvent en aucune manière éviter le combat contre la propriété foncière. La lutte pour le socialisme est une lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire !”
~ Gustav Landauer ~

 


« La question sociale est une question agraire »

 

Gustav Landauer: L’appel au socialisme

 

Renaud Garcia

 

13 janvier 2020

 

Source:

https://www.revue-ballast.fr/gustav-landauer-un-appel-au-socialisme/

 

Gustav Landauer est l’une des voix majeures du socia­lisme liber­taire alle­mand. Face aux dégâts pro­vo­qués par l’in­dus­tria­li­sa­tion, il a fait l’é­loge des com­mu­nau­tés fédé­rées ancrées dans le monde rural et vil­la­geois ; face à la guerre mon­diale, il a appe­lé, en non-violent, à la grève géné­rale ; face au par­le­men­ta­risme, il a loué la démo­cra­tie directe et les conseils ouvriers auto-admi­nis­trés. En 1919, celui qui tenait le socia­lisme pour « l’expression de la véri­table et authen­tique union des hommes » s’en­ga­gea dans la Révolution alle­mande, jus­qu’à deve­nir com­mis­saire du peuple et tom­ber, quatre mois après la mar­xiste Rosa Luxemburg, sous les coups de l’ar­mée. Les édi­tions La len­teur ont récem­ment tra­duit et publié son Appel au socia­lisme : le phi­lo­sophe Renaud Garcia l’a lu, et livre ici ses impres­sions.

Il est peu de textes alliant au même degré pro­fon­deur phi­lo­so­phique, acui­té poli­tique et beau­té sty­lis­tique. Joyau de la lit­té­ra­ture socia­liste, l’Appel au socia­lisme de Gustav Landauer est de ceux-là. Né en 1870 à Karlsruhe, en Allemagne, Landauer fut un révo­lu­tion­naire sa vie durant, tou­jours à contre­temps des ten­dances idéo­lo­giques de son époque. Lecteur de Spinoza, Schopenhauer et Nietzsche, il est exclu de l’université à 23 ans et consi­dé­ré par les ser­vices de l’empire comme l’« agi­ta­teur le plus impor­tant du mou­ve­ment révo­lu­tion­naire radi­cal ». Il col­la­bore à plu­sieurs jour­naux, par­ti­cipe à la fon­da­tion de théâtres popu­laires, essuie des peines de pri­son au tour­nant du siècle pour inci­ta­tion à l’action révo­lu­tion­naire — temps pen­dant lequel il se livre notam­ment à la tra­duc­tion des écrits du mys­tique médié­val Maître Eckhart. Par la suite, il se fera pas­seur déci­sif en langue alle­mande de textes de Proudhon, Kropotkine, Mirbeau, La Boétie, avant d’être à l’origine de mul­tiples expé­ri­men­ta­tions (notam­ment le jour­nal Der Sozialist) et grou­pe­ments socia­listes, dont le plus connu fut l’Alliance socia­liste (qui aurait comp­té à son apo­gée une quin­zaine de groupes de 10 à 20 membres cha­cun). Commissaire à l’Instruction publique et à la Culture for­te­ment impli­qué dans la révo­lu­tion des conseils de Bavière, Landauer meurt lyn­ché par un grou­pe­ment de corps francs en mai 1919.

Publié en 1911, l’Appel au socia­lisme est plus pré­ci­sé­ment une réécri­ture de deux allo­cu­tions pro­non­cées en 1908, qui mar­quèrent la fon­da­tion de l’Alliance socia­liste. Landauer lui-même le tenait pour le meilleur de ses écrits, rédi­gé dans une langue s’efforçant de conser­ver les marques de l’oralité. Il était donc grand temps que le lec­to­rat fran­co­phone dis­pose d’une édi­tion à la hau­teur de la com­plexi­té du texte1. Comme on l’apprend du reste à la lec­ture de la monu­men­tale thèse de doc­to­rat qu’Anatole Lucet a consa­crée au pen­seur allemand2, l’œuvre de Landauer, cor­res­pon­dance com­prise, est com­po­sée d’innombrables volumes aux­quels l’accès en France était alors encore fort limité3. La pré­sente tra­duc­tion de l’Appel au socia­lisme confirme d’une manière écla­tante la per­ti­nence actuelle de la pen­sée du révo­lu­tion­naire alle­mand. Qu’y a‑t-il donc de si nova­teur dans ce texte vieux de plus de 100 ans ? Voici quelques élé­ments sus­cep­tibles d’attiser la curio­si­té des lec­teurs.

L’anarchisme : un socialisme culturel

Landauer appar­tient clai­re­ment à la tra­di­tion anar­chiste par son rejet de l’État, un atta­che­ment au modèle fédé­ra­liste d’organisation de la socié­té ain­si qu’une cri­tique constante de la pro­prié­té pri­vée, au pre­mier chef celle de la terre. La figure sans nul doute la plus impor­tante pour lui reste Proudhon, qu’il consi­dère dans La Révolution comme « le plus grand de tous les socia­listes ». Précisément, le terme « socia­lisme » est domi­nant dans le registre lexi­cal employé par Landauer. L’anarchie, dit-il dans le dixième des douze articles de l’Alliance socialiste4, n’est « qu’un autre nom pour le socia­lisme, moins bon du fait de sa néga­ti­vi­té et de son équi­vo­ci­té par­ti­cu­liè­re­ment forte ». Or ce socia­lisme anar­chiste, sans nier en aucune façon les ques­tions éco­no­miques, est en grande par­tie cultu­rel. Là réside sa pre­mière spé­ci­fi­ci­té.

Pour Landauer, les grandes ins­ti­tu­tions de la moder­ni­té indus­trielle que sont l’État cen­tra­li­sé bureau­cra­tique et le capi­ta­lisme induisent des formes de vie col­lec­tive dénuées d’esprit. Elles ne consti­tuent pour l’essentiel que des néants que l’on prend pour des choses et ne réunissent le sépa­ré qu’en tant que sépa­ré (pour le dire à la façon de Debord). Leur fait défaut ce que le pen­seur nomme donc « esprit », l’un des concepts les plus dif­fi­ciles et exi­geants du texte. Pour en appro­cher la défi­ni­tion, on note­ra que « l’esprit est quelque chose qui vit de la même manière dans les cœurs et dans les corps ani­més des indi­vi­dus ; quelque chose qui jaillit de tous comme pro­prié­té fédé­ra­trice avec une néces­si­té natu­relle et les conduit tous à l’alliance. » Sans ce ciment com­mu­nau­taire, dont les germes résident dans les pro­fon­deurs de l’individualité se redé­cou­vrant liée fon­da­men­ta­le­ment à la com­mu­nau­té humaine, il n’est pas de socié­té viable : uni­que­ment ses contre­fa­çons, ses suc­cé­da­nés. Pour Landauer, lorsque l’es­prit fait défaut s’é­lève, depuis le vide ain­si creu­sé, son simu­lacre : l’État. En d’autres termes, une mise en com­mun for­cée, arti­fi­cielle, ne dis­po­sant d’au­cun élan authen­tique vers la com­mu­nau­té (que l’État repose sur la force, l’habitude de la sou­mis­sion ou un pré­ten­du assem­blage de liber­tés indi­vi­duelles en fonc­tion d’un contrat social, comme dans le mythe libé­ral, ne change rien à l’affaire).

Le révo­lu­tion­naire alle­mand fus­tige ici les formes de vie par­ta­gée appau­vries qu’il décèle dans son époque. Sa cri­tique du phi­lis­ti­nisme, autre­ment dit de l’individu obtus, aux inté­rêts prag­ma­tiques étroits, inca­pable d’élans spi­ri­tuels et esthé­tiques, quelle que soit sa classe sociale d’appartenance, retra­vaille à l’évidence des motifs nietz­schéens et retrouve les accents du dra­ma­turge Ibsen (on songe par exemple à sa pièce Un enne­mi du peuple, mon­tée en 1883, qui ins­pi­ra for­te­ment Emma Goldman). Cette cri­tique n’épargne per­sonne, depuis la bour­geoi­sie domi­nante jusqu’au pro­lé­ta­riat indus­triel. À ce sujet, cer­taines outrances incom­mo­de­ront sans doute quelques lec­teurs, mais il convient de rap­pe­ler qu’elles pro­cèdent du registre d’expression choi­si, celui de l’appel : une exhor­ta­tion puis­sante qui vise à pro­vo­quer un effet bou­le­ver­sant. Ainsi, sans pour autant exclure le voca­bu­laire de la conscience de classe, de la pau­vre­té et de la lutte orga­ni­sée contre l’exploitation, Landauer le subor­donne à celui du déclin cultu­rel des peuples, du mal­heur et de l’ennui au tra­vail, les­quels ne pour­ront être contrés que par le réveil de la volon­té d’incarner un idéal com­mu­nau­taire. D’où un ensemble de défi­ni­tions pro­pre­ment cultu­relles du socia­lisme, telles que celle-ci : le socia­lisme est un « mou­ve­ment de culture, une lutte pour la beau­té, la gran­deur et la plé­ni­tude des peuples ». C’est donc en visant l’idéal d’un mode de vie radi­ca­le­ment autre que celui qui, chaque jour, entre­tient le capi­ta­lisme, que la pos­si­bi­li­té d’une trans­for­ma­tion sociale res­te­ra ména­gée.

Landauer va cer­tai­ne­ment le plus loin dans ce sens dans ses adresses au pro­lé­ta­riat, dont la poten­tia­li­té polé­mique mérite d’être lon­gue­ment médi­tée : « Il n’y a de libé­ra­tion que pour ceux qui se mettent inté­rieu­re­ment et exté­rieu­re­ment en état de sor­tir du capi­ta­lisme, qui cessent de jouer un rôle et com­mencent à être des humains. » Position grosse de contro­verses, en effet. En pre­mier lieu face à tout dis­cours prô­nant la cen­tra­li­té de la lutte des classes, aujourd’hui comme hier. À l’époque de Landauer, le mar­xisme « ortho­doxe », celui de Karl Kautsky, est l’idéologie offi­cielle du SPD [Parti social-démo­crate d’Allemagne], le plus puis­sant par­ti socia­liste en Europe au sein de la IIe Internationale. Cette doc­trine, résu­mant les erre­ments d’une science inféo­dée à une acti­vi­té par­ti­sane, est sou­mise à un feu nour­ri tout au long de l’Appel. Les concep­tions de Landauer s’en retrouvent pré­ci­sées comme en creux, et avec elles celles de l’anarchisme dans son oppo­si­tion à la phi­lo­so­phie de l’histoire mar­xiste.

Le marxisme, une philosophie de l’inaction ?

La vigueur des cri­tiques adres­sées par Landauer au mar­xisme de son temps ne se com­prend véri­ta­ble­ment qu’à l’aune des bou­le­ver­se­ments sociaux et éco­no­miques endu­rés par l’Allemagne dans les 40 années pré­cé­dant la paru­tion de l’Appel. Sous l’impulsion du chan­ce­lier Bismarck, l’Allemagne passe rapi­de­ment d’un État agraire à un stade indus­triel avan­cé, sous l’effet d’une moder­ni­sa­tion accé­lé­rée des struc­tures éco­no­miques. L’urbanisation explose, la mar­chan­di­sa­tion gagne de plus en plus de ter­rain, les inéga­li­tés de richesse se creusent, entraî­nant la dégra­da­tion des condi­tions de vie des classes pauvres. Dans ce contexte, alors que des auteurs comme Ferdinand Tönnies (Communauté et Société, 1887) ou Georg Simmel (Philosophie de l’argent, 1900) s’intéressent à ce qu’une civi­li­sa­tion méca­nique féti­chi­sant l’argent fait aux rap­ports humains (voire à l’« âme » humaine), la cri­tique majo­ri­taire à l’époque reste por­tée par la social-démo­cra­tie d’inspiration mar­xiste, dont Karl Kautsky est l’idéologue prin­ci­pal. Interprétation clé en main du mar­xisme (en dépit de la cri­tique interne éma­nant du cou­rant révi­sion­niste por­té par Eduard Bernstein), le pro­gramme socia­liste pro­pose à ses adhé­rents une vision du monde fon­dée sur l’antagonisme de classes et l’approfondissement his­to­rique des contra­dic­tions du capi­ta­lisme sous l’effet du déve­lop­pe­ment des moyens de pro­duc­tion.

Face à cette stra­té­gie d’attente (la révo­lu­tion n’adviendra que lorsque les condi­tions sociales et éco­no­miques seront mûres, tous les tra­vailleurs se tenant alors en masse sur la même ligne de front), Landauer n’a pas de mots assez durs. On pour­rait se conten­ter ici de quelques-unes de ses plus cin­glantes impré­ca­tions et rejouer le vieux motif de l’opposition entre anar­chisme et mar­xisme. Le mar­xisme serait, dit-il, « le sens phi­lis­tin éri­gé en sys­tème », la « peste de notre temps » et la « malé­dic­tion du mou­ve­ment socia­liste ». Ou encore la « fleur de papier sur la ronce ado­rée du capi­ta­lisme ». Marx lui-même ne sort pas indemne de tels feux, tan­cé pour sa fas­ci­na­tion à l’égard du pro­grès tech­nique : « Les vieilles femmes pro­phé­tisent à par­tir du marc de café. Karl Marx pro­phé­ti­sait à par­tir de la vapeur. » Mais il y a plus. En réa­li­té, expri­mer ce que le socia­lisme ne devrait pas être per­met à Landauer de pré­ci­ser sa propre concep­tion. Il ne s’agira cer­tai­ne­ment pas, comme dans les théo­ries des stades de l’Histoire, de s’en remettre à un quel­conque déter­mi­nisme lais­sant libre cours à la des­truc­tion des ves­tiges du pas­sé sous le rou­leau com­pres­seur du pro­grès des forces pro­duc­tives. Comme si, par une magie quel­conque, devait se for­mer ain­si la base maté­rielle du socia­lisme. À l’inverse, montre Landauer, un mou­ve­ment pro­fon­dé­ment sou­cieux du sort des tra­vailleurs devrait les exhor­ter non pas à s’immerger plus avant encore dans l’antagonisme de classes (en deman­dant des droits, de meilleurs salaires, des condi­tions de tra­vail pro­té­gées par l’État social), mais bel et bien à ces­ser de se pen­ser et de se vivre seule­ment en tant que tra­vailleurs.

On touche ici au point le plus dif­fi­cile, et sans doute le plus pas­sion­nant, du dis­cours de Landauer : les luttes syn­di­cales, les reven­di­ca­tions qui s’y font jour, s’avèrent abso­lu­ment néces­saires et sont sou­vent défen­dues d’une façon héroïque émi­nem­ment res­pec­table, dit-il. Pourtant, « tout cela ne conduit jamais qu’à faire tour­ner en rond dans les cercles contrai­gnants du capi­ta­lisme ; cela ne peut jamais qu’approfondir le fonc­tion­ne­ment de la pro­duc­tion capi­ta­liste, jamais en faire sor­tir. » Actions syn­di­cales, grèves, mani­fes­ta­tions pour des hausses de salaire : tout cela peut être incar­né avec bra­voure par des tra­vailleurs, des délé­gués sin­cères et com­ba­tifs ou encore des « cols blancs » en voie de pré­ca­ri­sa­tion, dont le rôle au sein des ins­ti­tu­tions du capi­ta­lisme demeure tou­te­fois vil. À la lec­ture de tels déve­lop­pe­ments, il est dif­fi­cile de résis­ter à leur actua­li­sa­tion sau­vage, si l’on songe aux reven­di­ca­tions les plus com­munes du mou­ve­ment contre la réforme des retraites : taxa­tion des reve­nus finan­ciers, relance de l’emploi pour pré­ser­ver le « pou­voir d’achat », modi­fi­ca­tions du mode de coti­sa­tion. Le pro­blème, d’un point de vue lan­daue­rien, tient à ce qu’en fai­sant dépendre le finan­ce­ment des pen­sions de retraite sur les gains de pro­duc­ti­vi­té, on enté­rine l’aliénation sub­jec­tive, la dépos­ses­sion des métiers et la des­truc­tion des milieux néces­saires au déve­lop­pe­ment de la croissance5.

Éloge des syn­di­cats se por­tant au secours de l’État social, à l’intérieur du cadre. Mais appel réso­lu à sor­tir du cadre en sapant la sou­mis­sion aux idoles éco­no­miques, en pre­mier lieu le fétiche-argent, le « sens deve­nu insen­sé de notre vie ». Dans ces pages, Landauer semble arti­cu­ler avec une éton­nante acui­té un dis­cours que les théo­ri­ciens du cou­rant de la cri­tique de la valeur6 (Robert Kurz, Anselm Jappe) repren­dront à par­tir des années 1990, en pré­sen­tant quant à eux comme tout à fait nova­trice une lec­ture d’un Marx « éso­té­rique » (cri­tique du féti­chisme de la mar­chan­dise et de la for­ma­tion de la valeur par le tra­vail abs­trait) contre un Marx « exo­té­rique » (phi­lo­sophe déter­mi­niste des stades de l’Histoire et de la lutte des classes). Ce cou­rant cri­tique ne dit en effet pas autre chose : dans une socié­té capi­ta­liste plei­ne­ment déve­lop­pée, la lutte des classes ne se déroule pas entre une caté­go­rie d’individus pro­prié­taires du capi­tal et une autre située en dehors du capi­tal. En réa­li­té, le capi­tal devient un rap­port social dans lequel tout le monde ou presque par­ti­cipe de la trans­for­ma­tion glo­bale du tra­vail en argent, puis en capi­tal accu­mu­lé. Si les rôles sont dif­fé­rents, il n’y a pas, aux yeux de Kurz par exemple7, de dif­fé­rence fon­da­men­tale entre les capi­ta­listes, que Marx appelle les « sous-offi­ciers » du capi­tal, et les ouvriers, qui trouvent éga­le­ment leur inté­rêt à la repro­duc­tion de ce sys­tème.

Si Landauer appelle les pro­lé­taires de son temps à res­ter cohé­rents dans leurs reven­di­ca­tions pour de plus hauts salaires, c’est qu’il y voit une contra­dic­tion rela­ti­ve­ment à la cri­tique du capi­ta­lisme. Encore une fois, la lutte pour de meilleurs reve­nus, autre­ment dit pour un par­tage plus équi­table de la survaleur8, est tout à fait légi­time à l’intérieur du capi­ta­lisme. Néanmoins, elle ne conduit pas au-delà, pour la simple et bonne rai­son que les ouvriers qui récla­me­raient d’être mieux trai­tés en tant que pro­duc­teurs se vole­raient eux-mêmes en tant que consom­ma­teurs : la hausse des salaires entraî­ne­rait un ren­ché­ris­se­ment du prix des mar­chan­dises. En réa­li­té, seule la com­bi­nai­son d’une pres­sion syn­di­cale pour aug­men­ter les salaires et de grou­pe­ments de consom­ma­teurs réunis en coopé­ra­tives serait en mesure de mettre en dif­fi­cul­té le sys­tème capi­ta­liste. Comme Kropotkine avant lui9 mais sur des bases concep­tuelles dif­fé­rentes, mar­quées notam­ment par la volon­té de réadap­ter les ins­ti­tu­tions prou­dho­niennes (banque d’échange, cré­dit gra­tuit) à son époque, Landauer pense l’économie depuis la consom­ma­tion. Les com­mu­nau­tés doivent se res­sai­sir du sens de leur tra­vail (car pour l’auteur il n’est pas de socia­lisme conce­vable sans tra­vail, au sens de « faire avec les mains »), et le faire en fonc­tion de leurs besoins. Dans cette mesure, le mou­ve­ment des coopé­ra­tives a éga­le­ment pour charge d’amorcer un tour­nant cultu­rel en ne « tra­vaillant plus pour l’inauthentique, pour le pro­fit et son mar­ché, mais pour le besoin humain authen­tique, et lorsque la rela­tion authen­tique et sous-jacente entre besoin et tra­vail, la rela­tion entre la faim et les mains, est réta­blie ».

On lais­se­ra au lec­teur le soin de décou­vrir sur tous ces points des pages denses et com­plexes. Deux points cru­ciaux méritent néan­moins d’être sou­li­gnés. Par ce chan­ge­ment d’accent depuis la pro­duc­tion vers la consom­ma­tion, Landauer est conduit à révi­ser fon­da­men­ta­le­ment le sens attri­bué à la notion de capi­tal. Cessant de se loger dans la seule sphère de la pro­duc­tion, le capi­tal s’étend à la cir­cu­la­tion et à la consom­ma­tion. Il devrait ain­si lui-même consti­tuer l’esprit au sein duquel le tra­vail prend sens, au lieu d’être mécom­pris sous la forme d’un fétiche, le « fétiche-argent ». Dire cela, c’est pour Landauer repla­cer au centre du socia­lisme la ques­tion de la pos­ses­sion de la terre, en sub­sti­tuant le tra­vail dans la joie sur une terre nôtre à la contrainte au tra­vail sur une terre acca­pa­rée par un pro­prié­taire. Affirmation fon­da­men­tale, qui montre com­bien l’économie ne sau­rait se sous­traire sans funestes consé­quences à son fon­de­ment phy­sique (aux mor­ceaux de nature phy­sique rete­nus et pos­sé­dés en com­mun), au risque de se trans­for­mer en pure spé­cu­la­tion abs­traite, dépen­dante de néants que l’on prend pour des choses. La lutte pour le socia­lisme est donc lutte pour le fon­cier. Autrement dit, en des termes qui réac­tivent l’opposition tra­di­tion­nelle entre anar­chisme et mar­xisme sur la ques­tion pay­sanne, la ques­tion sociale est pour Landauer une ques­tion agraire. Au slo­gan de la révo­lu­tion mexi­caine — qu’il suit avec inté­rêt — « Terre et Liberté », le révo­lu­tion­naire alle­mand ajoute sa vision cultu­relle : « Terre et Esprit ! » sera le cri de ral­lie­ment socia­liste.

Il est par ailleurs clair qu’en ren­ver­sant le sens de l’économie et en repar­tant de la néces­si­té de tra­vailler pour des besoins, on se situe dans une pers­pec­tive qui n’a plus rien de pro­gres­siste, si l’on admet comme Landauer que cette « pour­suite neu­ras­thé­nique et essouf­flée du nou­veau pour le nou­veau » que consti­tue le pro­grès est le plus sûr indice de l’inculture qui se répand. Le socia­lisme ain­si pré­sen­té gar­de­ra alors néces­sai­re­ment ses dis­tances à l’égard du déve­lop­pe­ment tech­nique ser­vant une pro­duc­tion de masse sans fin assi­gnable, et sur­tout en grande par­tie inutile. En de remar­quables pas­sages, l’auteur montre à quel point la ratio­na­li­té capi­ta­liste du « tou­jours plus » se confond avec une ratio­na­li­té tech­nique qui culmine en un mons­trueux « auto-engen­dre­ment » de la tech­nique (on ne peut que son­ger à Jacques Ellul à la lec­ture de ces lignes) — enser­rant tout autant les ouvriers que les capi­ta­listes dans sa logique absurde. En ce sens, il n’est pro­ba­ble­ment pas erro­né de voir en Landauer un ins­pi­ra­teur pos­sible pour les thèses les plus radi­cales du cou­rant de la décroissance10.

L’Appel au socia­lisme doit en défi­ni­tive être lu comme un appel à com­men­cer le socia­lisme ici et main­te­nant, à la mesure des pos­si­bi­li­tés de cha­cun, et après s’être assu­ré aupa­ra­vant de l’égale prise de conscience, chez tous les indi­vi­dus concer­nés, de la néces­si­té de rompre avec le déclin cultu­rel et l’esclavage éco­no­mique. Face à l’attentisme mar­xiste, se mani­feste donc un socia­lisme de la volon­té, dont Landauer n’ignore en rien les dif­fi­cul­tés de mise en œuvre, tout en ne renon­çant jamais à l’idéal de trans­for­ma­tion sociale. À ses yeux, le socia­lisme est tout à la fois pos­sible et impos­sible par­tout et en toute époque. Il res­te­ra dans tous les cas impos­sible sans une réso­lu­tion de faire séces­sion, sur le mode de l’expérimentation. Landauer, auteur révo­lu­tion­naire s’il en est, n’attend rien des révo­lu­tion­naires pro­fes­sion­nels. Ce ne sont pas les révo­lu­tion­naires qui font les révo­lu­tions, mais les situa­tions cri­tiques. Lorsque des ins­ti­tu­tions dénuées d’esprit se voient ren­dues à leur ina­ni­té, alors seule­ment se forment des natu­rels révo­lu­tion­naires. Ainsi le socia­lisme cultu­rel et com­mu­nau­taire de Landauer est-il fon­dé sur la for­ma­tion de com­mu­nau­tés par la sépa­ra­tion, où seront ména­gés de nou­veaux rap­ports humains à l’opposé des méca­nismes d’aliénation capi­ta­liste, du cen­tra­lisme poli­tique et de la bureau­cra­tie.

Les coopé­ra­tives de consom­ma­tion fédé­rées, les expé­riences de mon­naie fon­dante pro­mues par l’économiste Silvio Gesell (bâties sur le prin­cipe d’une déva­lua­tion de l’argent dès lors qu’il ne cir­cule pas, afin d’éviter thé­sau­ri­sa­tion et spé­cu­la­tion), les banques d’échange, la reprise de terres pos­sé­dées en com­mun afin de tra­vailler en fonc­tion des besoins, par la sym­biose entre acti­vi­té indus­trielle et acti­vi­té agri­cole : tout un registre d’expérimentations sociales est concrè­te­ment pré­sen­té dans le texte prin­ci­pal de l’Appel et les trois tracts qui le suivent, afin de don­ner forme à une éco­no­mie morale plu­tôt que pure­ment mar­chande. Autrement dit, à un nou­vel esprit social. On pour­ra néan­moins se deman­der com­ment de tels rap­ports, noués dans la sépa­ra­tion à petite échelle, pour­raient avoir valeur d’exemple et faire retour vers de plus larges com­mu­nau­tés. Comment pour­raient-ils deve­nir les pre­mières pierres d’une « com­mune de com­munes de com­munes » au lieu de s’achever dans un repli indi­vi­dua­liste, à l’image de cer­taines ten­dances sur­vi­va­listes de notre époque ?

C’est à ce point que joue à plein la dimen­sion mys­tique (pui­sée chez Maître Eckhart) et inac­tuelle (au sens où elle se meut à contre­temps et contre son temps) de la pen­sée de Landauer. Si les implan­ta­tions com­mu­nau­taires doivent revê­tir une valeur d’exemple et pro­cu­rer un savoir qui « trans­porte avec lui l’envie, la pas­sion et l’imitation », c’est parce qu’en son fond, lorsqu’il s’est déta­ché de la gangue des ins­ti­tu­tions décli­nantes et du rôle qu’il est cen­sé jouer en leur sein (un rôle de rouage), l’individu se ral­lie à la com­mu­nau­té elle-même : « À par­tir du carac­tère humain de l’individu, l’humanité reçoit son exis­tence authen­tique, tout comme le carac­tère humain de l’individu sin­gu­lier n’est que l’héritage des lignées infi­nies du pas­sé et de toutes leurs rela­tions réci­proques. » Ce qui signi­fie, selon un énième para­doxe tem­po­rel, que le socia­lisme à venir ne sera jamais que la reprise dans la dif­fé­rence d’institutions com­mu­nau­taires anciennes (les com­mu­nau­tés de foi jurée du Moyen Âge, l’obsh­chi­na russe, la marche vil­la­geoise alle­mande, l’all­mend suisse11), ces mêmes ins­ti­tu­tions que la concep­tion maté­ria­liste de l’Histoire a sans cesse reje­tées comme des mani­fes­ta­tions d’arriération, au lieu d’y trou­ver les « germes et les cris­taux de vie de la culture socia­liste qui vient ».

Habitants des villes ou des cam­pagnes, tra­vailleurs de l’industrie ou pay­sans, artistes et intel­lec­tuels : à toutes celles et ceux qui déses­pèrent de ce monde-ci et du peuple, l’Appel au socia­lisme conti­nue de s’a­dres­ser. Ce texte majeur oscille entre la des­truc­tion de toute illu­sion conso­lante et un élan joyeux vers l’idéal d’une liber­té réa­li­sée en com­mun. En cer­tains pas­sages pro­vo­ca­teurs (rédi­gés dans une langue bio­lo­gi­sante dou­teuse), Landauer assume, dès 1911, que, par rap­port à d’autres époques his­to­riques, « nous sommes le peuple de la déca­dence, au sein duquel les pion­niers et les pré­cur­seurs sont dégoû­tés de la vio­lence imbé­cile, de l’abandon et de l’isolement infa­mants des êtres humains sin­gu­liers ». Mais, dans le même temps, à ce pro­fond déses­poir social et cultu­rel se mêle l’enthousiasme le plus exal­té pour les com­men­ce­ments qui, tou­jours petits au début, auront valeur de pré­cur­seurs et met­tront le plus de gens pos­sible en mou­ve­ment afin de vivre un autre genre de vie. Typique de ce balan­ce­ment, un pas­sage du texte laisse entendre que le com­men­ce­ment de l’humanité mon­dia­li­sée auquel assiste le révo­lu­tion­naire alle­mand pour­rait aus­si bien signer sa fin. À l’heure où les dis­cours sur l’effondrement ont le vent en poupe et pro­posent, majo­ri­tai­re­ment, d’apprendre à mou­rir à l’ère de l’Anthropocène (comme l’exprime le titre du best-sel­ler outre-Atlantique du vété­ran de la guerre d’Irak Roy Scranton12, l’Appel au socia­lisme se pose là encore en via­tique : si effec­ti­ve­ment « aucune époque n’a eu plus dan­ge­reu­se­ment sous les yeux ce que l’on se plaît à appe­ler la fin du monde », alors, montre Landauer, il faut rétor­quer que « nous ne le savons pas et pour cette rai­son, nous savons que l’essai est notre tâche ».

Ce que le tra­duc­teur Jean-Christophe Angaut a résu­mé ain­si dans un article récent pré­sen­tant le socia­lisme cultu­rel et com­mu­nau­taire de Landauer : « Dire qu’il n’y a rien à attendre de l’Histoire, ce n’est pas seule­ment révo­quer la ten­ta­tion de s’en remettre à l’Histoire, c’est aus­si ne pas abdi­quer devant le catas­tro­phisme ambiant13. »

Notes:

  1. que les édi­tions La Lenteur ont excel­lem­ment accom­pli à l’aide du tra­vail de Jean-Christophe Angaut et Anatole Lucet, assis­tés par Aurélien Berlan.↑
  2. Anatole Lucet, Communauté et Révolution chez Gustav Landauer, ENS de Lyon, 2018.↑
  3. On dis­po­sait ain­si, chez Sulliver, de l’essai La Révolution (1907) et de deux recueils parus aux édi­tions du Sandre, La Communauté par le retrait et Un appel aux poètes — ces der­niers ayant le mérite d’exister en dépit d’une tra­duc­tion très approxi­ma­tive. Surtout, récem­ment, un regain d’intérêt pour le par­cours et l’œuvre de Landauer s’est mani­fes­té par la paru­tion de l’excellent volume Gustav Landauer, un anar­chiste de l’envers, coédi­té en 2018 par les édi­tions de l’Éclat et la revue À contre­temps, qui mêlait études sur Landauer et tra­duc­tions ori­gi­nales magis­tra­le­ment menées par Gaël Cheptou.↑
  4. Un texte repro­duit en fin de volume dans la pré­sente édi­tion.↑
  5. Ce qu’avaient du reste déjà vu Matthieu Amiech et Julien Mattern lorsqu’ils écri­vaient en 2004 Le Cauchemar de Don Quichotte : un livre qui, dans ses grandes lignes, n’a mal­heu­reu­se­ment pas pris une ride.↑
  6. La cri­tique de la valeur, ou wert­kri­tik, entend aller au-delà de Marx en ce qui concerne la cri­tique de l’é­co­no­mie capi­ta­liste. Ce cou­rant consi­dère le capi­ta­lisme non plus seule­ment comme un rap­port social mais comme « une forme his­to­rique de féti­chisme ». L’acteur cen­tral du capi­ta­lisme y est le capi­tal lui-même (et non le pro­lé­ta­riat ou la bour­geoi­sie), que nos rap­ports sociaux ali­mentent. Il importe dès lors non plus de libé­rer le tra­vail du capi­tal, tenu pour un « fait social total », mais de se libé­rer du tra­vail [ndlr].↑
  7. Voir la tra­duc­tion récente de La Substance du capi­tal, L’Échappée, 2019.↑
  8. Ou plus-value [ndlr].↑
  9. Voir Pierre Kropotkine, Agissez par vous-mêmes, Nada, 2019.↑
  10. Voir le texte de pré­sen­ta­tion sur Landauer rédi­gé dans cette pers­pec­tive par Anatole Lucet, dans l’ouvrage Aux ori­gines de la décrois­sance, L’Échappée, Le pas de côté, Écosociété, 2017.↑
  11. Un « all­mend » désigne, pour la Suisse, une terre com­mu­nale, exploi­tée col­lec­ti­ve­ment par des pay­sans [Ndlr].↑
  12. Learning to Die in the Anthropocene : Reflections on the End of a Civilization, City Lights Publishers, 2016.↑
  13. Jean-Christophe Angaut, « Le socia­lisme cultu­rel et com­mu­nau­taire de Gustav Landauer », Actuel Marx, n° 66, août 2019, p. 114.↑

 

Gustav Landauer sur Résistance 71 :

Gustav Landauer et la société organique

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Cliquez sur la couverture

Canada: Vol des terres de la nation Wetsuweten… le pillage colonial continue encore et toujours… (Mohawk Nation News)

Posted in actualité, altermondialisme, économie, canada USA états coloniaux, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état on 19 janvier 2020 by Résistance 71


Or noir et profit vs souveraineté ancestrale

 

Nation Wetsuweten : Toutes les guerres sont des guerres de banquiers

 

Mohawk Nation News

 

15 janvier 2020

 

url de l’article original:

https://mohawknationnews.com/blog/2020/01/15/wetsuweten-all-wars-are-banker-wars/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“La règle de la loi” n’est que la loi de l’amirauté, imposée par l’invasion de l’Île de la Grande Tortue. Ils peuvent tuer qui ils veulent au nom des banques, den entreprises transnationales et du fric ! Les financiers de l’oléoduc pensent qu’ils peuvent gagner.

De nos alliès / supporteurs : “Nous nous préparons ce matin pour une nouvelle attaque paramilitaire sur un peuple désarmé, celui des clans de la nation Wet’suwet’en, des Unist’o’ten, leurs voisins Gitxsan et alliés d’autres nations indigènes.

“John Horgan, le premier ministre de la province de la Colombie Britannique (Canada), qui a récemment laissé passer une version du Droits des Peuples Indigènes de l’ONU au parlement provincial, refuse de reconnaître la supremacie territoriale de la loi de la terre Wet’suwet’en sur leurs terres que ni lui ni le gouvernement fédéral du Canada ne peuvent fouler aucun traité ne le supportant.” Pour montrer à ses soutiens entrepreneuriaux qu’il honorera leurs investissements sur une bande d’Indiens issue de l’âge de pierre, portant des couvertures colorées et des plumes et faisant barrage à la voie du “progrès”.

“Dans les quelques heures ou jours à venir, nous verrons l’anéantissement inévitable des lois de la terre Wet’suwet’en vieilles de plus de 10 000 ans pour le bien exclusif d’actionnaires tout en continuant à tuer la planète.

Muse a tout dit dans “Uprising” / “Rébellion”: “la paranoïa en fleur, la transmission propagandiste va reprendre. Ils vont essayer de pousser pour toute sorte de drogues et de médicaments pour nous abrutir et ils espèrent que nous ne verrons jamais le jour de la vérité [alors allons-y] !! Ils ne nous forcerons pas… Ils ne nous dégraderons pas… Ils ne nous contrôlerons pas. Nous serons victorieux !

“Maintenant vous tous les Canadiens… Tout cela vous concerne. vos retraits et  os dollars d’impôts soutiennent la casse de la loi Wet’suwet’en et le dénigrement sans fin de leur peuple qui est maintenant assiégé et encerclé par le blocus de la faim instauré par la GRC dans sa zone d’exclusion. Ce gouvernement est en train de commettre ce crime contre l’humanité pour vous, en votre nom. Le canada n’a JAMAIS obtenu le droit d’accès à la terre si ce n’est sous la menace des armes et d’une ´´norme force de répression et d’oppression.

Voilà ce que vous soutenez, vous les Canadiens… par votre silence…

En se cachant derrière leurs rideaux en se disant qu’un crime contre l’humanité ne les concerne pas parce que la “règle de la loi” (coloniale) a dit que c’était légal.

#WetsuwetenStrong#WhiteFragility#Genocide#CrimesAgainstHumanity

John HorganJustin TrudeauMarc Miller

wisk niwatsen tsata. wisk nikon kayenkwireh iohniron tsi skatneh tekaneren ne kenton tsi rahisaststeh ne wisk nihononwentsakeh tsi yatehonatieston, enskka wahonton, skanentsista, skayeronta tahnon skanikonra. skatne tsi enhotihyoten, enhatiyanerensehronni tanon skatneh enhatisenhayenstakeh ne  akotsennonnia ne tahatikons-tontie.

rotiynerson sjkatneh tenhontonteh enkneh sakaksa ne yori tsaniton ohtason. tsinikariwest tehonatskahon iatahonsteh nahoten ioio tihye, oen kineheh iatatahontatreneh tanon ahontenekwensariron. akwekon tsinahoton enhotenienten ne tosa ahontenekwensariron.

 


Esprit de lutte…

Dictature technotronique et l’illusion des crypto-monnaies… A bas l’argent (quel qu’il soit), à bas le salariat, à bas la marchandise !

Posted in actualité, altermondialisme, économie, crise mondiale, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, Internet et liberté, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, sciences et technologies, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 18 janvier 2020 by Résistance 71

Crypto ou non, toute monnaie n’est qu’un outil de la mise en esclavage, de la division toujours plus avant entre les « ayant » et les « n’ayant pas ». Le système de crypto-monnaie est non seulement contrôlé par la même clique d’usuriers esclavagistes, mais il représente le symbole moderne du réformisme qui pourrait s’exprimer selon la formule suivante: « changer quelque chose pour qu’en fait rien ne change »… mais tout en ayant donné L’ILLUSION au passage, que quelque chose ait ou puisse changer.
La crypto-monnaie ne représente pas « l’émancipation » car elle est monnaie, elle représente le changement de la merdasse systémique, le passage de la monnaie de singe « papier » numériquement transcrite, à une forme cybernétique de contrôle de la puissance financière. En fait la crypto-monnaie emmène les gogos là où oligarchie veut nous emmener depuis un bail, vers le contrôle total cybernétique dont un des outils sera « la société sans argent liquide, sans monnaie physique ». La seule différence, c’est qu’avec la chimère crypto, l’oligarchie ne forcera pas les gens, ceux-ci y accèderont de leur plein gré. Ils se mettront eux-même les (block) chaînes aux pieds et aux poings sous l’hypnose de l’illusion du changement et de l’émancipation.

Il est essentiel de bien comprendre qu’il n’y a pas de solution a sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir. La crypto-monnaie n’est qu’une accommodation supplémentaire de la division basée sur l’avoir. La seule solution viable est à bas l’argent, à bas la marchandise, à bas le salariat ! En plus d’à bas l’État bien entendu…
La crypto-monnaie est un miroir aux alouettes, une « réforme » de plus pour un système n’en finissant pas de mourir et qui cherche désespérément à se métamorphoser une énième fois pour survivre et faire survivre sa clique de nantis dans l’imposture prolongée de la finitude dictatoriale marchande. Halte au sketch ! Halte à la supercherie spéculative ! Toute monnaie n’est qu’outil spéculatif de notre mise en esclavage perpétuel par le chantage au revenu, le chantage au travail.
La crypto-monnaie est un des outils de la dictature technotronique !

~ Résistance 71 ~

 


Émancipation ou… outil de la dictature technotronique ?

 

L’illusion libertaire de la monnaie cryptée (crypto-monnaie)

 

Le Bitcoin, c’est ceux qui en vendent qui en parlent le mieux

 

19h17 Info

 

Septembre 2018

 

url de l’article original:

https://www.19h17.info/2018/09/10/lillusion-libertaire-de-monnaie-cryptee-bitcoin-crash-14/

 

Voici quelques formules tirées des nombreux sites qui proposent de vendre du Bitcoin.

« Le Bitcoin a été pensé et inventé pour redonner le contrôle à la population sur la monnaie. »[2]

«  De par sa nature libre et décentralisée, Bitcoin est le premier réseau de paiement qui fonctionne uniquement grâce à ses utilisateurs et sans autorité centrale. [… ] Bitcoin permet à chaque personne de stocker et échanger de la valeur de façon sécurisée sur un réseau qui ne peut être saisi, manipulé ou stoppé par aucune organisation ou individu. » [3]

« Le Bitcoin n’est pas basé sur l’or; c’est basé sur les mathématiques [… ] Cette monnaie n’est pas physiquement imprimée dans l’ombre par une banque centrale, ne rendant pas compte à la population, et établissant ses propres règles. Ces banques peuvent simplement produire plus d’argent pour couvrir la dette nationale, dévaluant ainsi leur monnaie. [… ] Le réseau Bitcoin n’est pas contrôlé par une autorité centrale. [… ] Cela signifie qu’en théorie, une autorité centrale ne peut pas modifier la politique monétaire et provoquer un effondrement – ou simplement décider de retirer les Bitcoins des gens, comme la Banque centrale européenne a décidé de le faire à Chypre au début de 2013. »[4]

Résumons. Selon ses partisans, le Bitcoin serait indépendant de toute autorité et de toute banque centrale, autrement dit des États qui peuvent manipuler les monnaies pour couvrir leurs déficits. Cette monnaie serait décentralisée et resterait sous le contrôle d’une communauté égalitaire que tout le monde pourrait rejoindre.

Bitcoin et États

Les crypto-monnaies prétendent échapper à toute autorité parce que chaque échange est codé dans un programme conservé dans des ordinateurs éparpillés tout autour du monde, et qui tous participent à la validation des transactions en vérifiant qu’elles sont conformes à l’historique commun.

Pourtant, le système mondial d’échange d’information qui permet ces validations est tout sauf indépendant des États. Bien au contraire, ceux-ci ont mesuré depuis longtemps l’importance stratégique d’Internet et on sait que les principaux nœuds du réseau, comme les points d’atterrissement des câbles sous-marins, sont surveillés par les services de renseignement. Les différents États ont la possibilité de limiter, suspendre ou couper les communications sur Internet à leur guise.

Il est incontestable que couper le réseau mondial aurait des conséquences phénoménales sur l’économie de ces États et que cette mesure ne saurait être prise à la légère. Mais qui pourrait douter que des pays qui clament qu’ils utiliseraient des armes atomiques si leur existence était menacée n’oseraient pas débrancher Internet ? Les pertes induites par cette mesure seront assumées en regard de l’importance de la menace et de la nécessité de la riposte. Bref, les tenants de la crypto-monnaie veulent construire un système qui prétend s’affranchir de l’emprise de l’État en utilisant une technologie entièrement entre les mains de l’État.

Bitcoin et Capital

L’organisation à la base par le biais des outils numériques présuppose l‘existence des ordinateurs et des connections indispensables à son fonctionnement, et donc du mode de production capable de les fournir. Or, ce mode de production ne produit pas que des ordinateurs : il produit et reproduit aussi les formes sociales qui vont avec.

« Le procès de production capitaliste considéré dans sa continuité, ou comme reproduction, ne produit donc pas seulement des marchandises ni seulement de la plus-value; il produit et éternise le rapport social entre capitaliste et salarié »[5]

Il est vrai que les ultra-libéraux ne seront pas sensibles à ces arguments, puisqu’ils partagent l’illusion que la société capitaliste organise des individus dont les caractéristiques seraient immuables et intemporelles, au lieu de comprendre que la manière dont ces individus se rapportent les uns aux autres est un produit de l’histoire. C’est en réalité le système capitaliste tout entier qui est présupposé par la forme d’auto-organisation décentralisée que veulent promouvoir les tenants de la monnaie cryptée. Les  individus qui s’auto-organisent sont déjà pris dans les rapports sociaux qu’ils sont censés modifier par leur auto-organisation. Un seul phénomène  possède le potentiel de s’évader de cette tautologie : la lutte dans et contre le capital par et pour le communisme.

Chute tendancielle ou tendance à la chute ?

Les crypto-monnaies sont fragiles par nature. Plus le nombre de transactions augmente, plus le nombre d’informations emmagasinées dans l’historique s’accroit. La dépense d’énergie pour faire fonctionner les ordinateurs qui valident les transactions s’incrémente en proportion. On sait que les personnes qui mettent à disposition leurs moyens informatiques sont appelés, par une sorte de métaphore avec le métal précieux, des « mineurs » et qu’elles sont rémunérées en Bictoin pour ce service indispensable au fonctionnement du système. Mais le service coute de plus en plus cher en énergie. L’intérêt qu’il y a à miner dépend donc du cours de la monnaie cryptée[6], et un effondrement de celui-ci mettrait en péril l’existence même de la monnaie : si plus personne ne la mine, l’historique des transactions, qui est sa seule forme d’existence, disparait.

Les cas historiques d’effondrement suite à des spéculations effrénées sur des monnaies ne sont pas nouveaux. Le système de Law aura tenu quatre ans, entre 1716 et 1720. Mais au moins, au cours de l’hiver 1720, les épargnants ruinés pouvaient-ils se chauffer en brûlant le papier des billets dévalorisés. Avec le Bictoin, tout est dématérialisé. L’hiver sera rude.

Notes

[1] « Libéral », « libertaire », « libertarien » : le mot « liberté » se décline sous trop de formes. Quelque soit le sens que l’on donne à ces dérivés, aucun n’est synonyme d’anarchisme.

[2] courscryptomonnaies.com

[3] https://bitcoin.fr/Vices-et-vertus/#vices

[4]  https://bitcoin-house.fr/

[5]  K. Marx, Le Capital, Livre I, dernière phrase du chap. « Reproduction simple », traduction Roy, et p. 648 pour la traduction Lefebvre.

[6] Certains ont soutenu que la monnaie cryptée, n’étant pas dépourvue de valeur par elle-même puisqu’elle possède un coup de production, fonctionne comme une monnaie marchandise : par exemple le magasine Controverses de mai 2018, N°5, p.10 à 15. Cette position, qu’on pourrait qualifier de marxiste orthodoxe, croit en la pérennité de la monnaie marchandise comme en un dogme soviétique et ignore les subtilités de la théorie de Marx sur le sujet (voir les épisodes 9 et 10).

 


Dictature Technotronique en marche…

 

Lectures complémentaires:

Notre dossier « crypto-monnaies »

Dire-NON-a-la-dictature-technotronique

Dossier-complet–pour-stopper-net-la-dictature-technotronique

dossier-complet-pour-refuser-le-tout-connecte-via-la-5g-la-smart-city-ou-ville-connectee

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

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Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Infos sur les manifs du 28 décembre… « Pas de trêve jusqu’au retrait ! »

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 27 décembre 2019 by Résistance 71


A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas le salariat !

 

Manifestations du samedi 28 décembre : pas de trêve jusqu’au retrait !

 

Paris-Luttes Info

 

Décembre 2019

 

source:

https://paris-luttes.info/manifestation-samedi-28-pas-de-13177?lang=fr

 

Pour terminer en beauté cette première semaine de fêtes sans trêve, les fédérations syndicales de plusieurs secteurs mobilisés appellent à une forte journée d’actions et de mobilisation samedi 28 décembre. Une manifestation aura notamment lieu à Paris.

Période des fêtes de fin d’année : pas de trêve jusqu’au retrait !

Appel de Solidaires RATP, SUD Rail, SUD éducation, SUD urbains/interurbains :

Depuis le 5 décembre, un mouvement d’opposition massif contre le projet de réforme des retraites Macron-Delevoye s’est construit. Nos secteurs — la SNCF, la RATP et les transports urbains, l’éducation — sont apparus aux yeux des usager·ère·s comme les secteurs en pointe dans la mobilisation, ou du moins ceux dans lesquels les effets de la grève se sont fait le plus sentir. Un nombre important de personnels dans nos secteurs sont en grève reconductible depuis le 5 décembre, et nos organisations appellent l’ensemble des personnels à renforcer celle-ci. C’est le gouvernement qui, en refusant d’abandonner ce projet rejeté par la majorité de la population, est responsable du blocage.

Nous réaffirmons que ce mouvement n’est pas corporatiste et qu’il ne s’agit pas de défendre nos supposés « privilèges ». En nous mobilisant, ce sont les droits de toutes et tous que nous défendons : mis à part une minorité composée des plus riches — les vrais « privilégiés », c’est bien l’ensemble de la population qui va y perdre, en termes d’âge de départ à la retraite comme en termes de niveau de pensions. Les récentes déclarations du Premier ministre comme les annonces faites dans nos secteurs par nos ministres de tutelle n’y changent d’ailleurs rien : c’est bien le retrait du projet Macron-Delevoye qui est un préalable pour nous.

La période des fêtes de fin d’année approche. C’est l’occasion pour le gouvernement de mettre la pression sur les secteurs en grève reconductible, en brandissant l’exigence d’une « trêve de Noël » pour diviser la population. Cela ne marche pas, et ne rend pas le projet du gouvernement plus populaire. Pour nos organisations, il ne saurait y avoir de trêve de Noël. Nous le réaffirmons avec force : « pas de trêve jusqu’au retrait ! ».

Pendant les deux semaines qui viennent, l’ensemble des personnels de l’éducation nationale seront en vacances. Diverses actions seront prévues pendant cette période dans un cadre interprofessionnel, bien souvent liées à la grève à la SNCF ou à la RATP. Ces actions vont prendre diverses formes : actions de blocages divers et variés, actions de péages gratuits dès le week-end du 21 décembre, réveillons dans les gares, actions de tractage, AG interprofessionnelles, manifestations.

Le 28 décembre sera une journée de forte mobilisation et actions interprofessionnelles sur tout le territoire.

Nos organisations appellent :

  • tou·te·s à renforcer la grève et sa reconduction jusqu’au retrait 
  • — les personnels de nos secteurs à faire du lien localement et à organiser concrètement leur convergence à travers des initiatives communes (réunions, tractages, initiatives publiques, actions et manifestations diverses) 
  • — l’ensemble des personnels de l’éducation à participer pendant leur congé, sur le lieu d’habitation ou sur leur lieu de vacances, aux actions et initiatives prévues 
  • — l’ensemble de la population à venir soutenir les grévistes sous diverses formes, en participant aux diverses initiatives et aux caisses de solidarité

D’autres appels pour cette journée sur Démosphère.

À Paris, RDV samedi 28 décembre 13h à gare du Nord, en direction de Châtelet (lieux et parcours à confirmer).

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Gilets Jaunes + Grève Illimitée (expropriatrice) = Héritage de la Commune de Paris

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La Commune de Paris en 45 secondes chrono de lecture sous cette introduction… et quelques lectures complémentaires à l’issue.

“L’anarchie, l’abolition complète des États et l’organisation du simple au composé par la fédération libre des forces populaires, des producteurs et des consommateurs…” nous disait Pierre Kropotkine dans sa “Commune de Paris” (1882), ainsi que ceci, parfaitement au goût du jour dans cette déliquescence politico-sociale ambiante et le renouveau issu du mouvement des Gilets Jaunes depuis novembre 2018:

“Terrassée mais non vaincue, la Commune renaît aujourd’hui. La ‘Commune’ devient le but précis et visible de la révolution [sociale] qui gronde déjà près de nous.”

De fait, œuvrons pour cette confédération des communes libres à venir tout en gardant présent à l’esprit que la commune [libre] n’est que l’outil de la révolution sociale établissant la société des sociétés, qui restaurera la vie, l’être sur la dictature achevée de l’avoir.

Gilets Jaunes… L’heure est proche !

~ Résistance 71 ~

 

 

La Commune de Paris 1871

 

Anarchisme Avenir

 

Republié par R71 décembre 2019

 

Napoléon III a perdu la guerre contre les Prussiens: le second Empire tombe. Le nouveau gouvernement signe la paix. Paris est dans une misère et sort d’un siège qui l’a durement affaibli, les Parisiens se soulèvent. Le gouvernement leur envoie l’armée, qui refuse de tirer. En mars 1871, la ville se déclare libre et instaure son propre gouvernement: la Commune, avec comme figure Louise Michel anarchiste française qui sera accompagné de nombreux anarchistes durant cette révolution.

Le 29 mars, le conseil de la Commune forme en son sein 10 commissions: Exécutive, militaire, subsistance, finances, justice, sûreté général, travail, industrie et échanges, services publics et enseignements.

Cette commune qui durera 73 jours, sera une expérience d’autogestion avec la distribution de nourriture à tous , les femmes travaillent, l’école est obligatoire, toutes les habitations sont réquisitionnés pour permettre un hébergement à tous, les usines fonctionnement en comité d’ouvriers et font tourner la production vers uniquement des biens utiles. La solidarité est également organisé avec une pension de 365 francs versé aux orphelins et 600 francs pour les veuves. La liberté de la presse est réaffirmée le 19 mars par le comité central. Une véritable guerre civile va être déclenchée entre les communards et le gouvernement de Versailles. Cette commune fera 20 000 morts et 40 000 parisiens jugés et resteront détenus de long mois sans être jugés.

À jamais la commune de Paris marqua l’Europe, pour Karl Marx c’est la première insurrection prolétarienne autonome et pour les anarchistes une expérience importante dans la voix d’une création de société sans gouvernement.

Source: 

https://anarchismeavenir.wordpress.com/2018/02/06/la-commune-de-paris-1871/ 

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“C’est par des actes révolutionnaires, en abolissant la propriété individuelle des moyens de production, que les Communes de la prochaine révolution affirmeront et constitueront leur indépendance.

Le jour où, en conséquence de la situation révolutionnaire, les gouvernements seront balayés par le peuple et la désorganisation jetée dans le camp de la bourgeoisie qui ne se maintient que par la protection de l’Etat, ce jour là, et il n’est pas bien loin, le peuple insurgé n’attendra plus qu’un gouvernement quelconque décrète dans sa sagesse inouïe des réformes économiques. Il abolira lui-même la propriété individuelle par l’expropriation violente, en prenant possession, au nom du peuple entier, de toute la richesse sociale accumulée par le travail des générations précédentes. Il ne se bornera pas à exproprier les détenteurs du capital social par un décret qui resterait lettre morte ; il en prendra possession sur le champ et il établira ses droits en l’utilisant sans délai. Il s’organisera lui-même dans l’atelier pour le faire marcher ; il échangera son taudis contre un logement salubre dans la maison du bourgeois ; il s’organisera immédiatement pour utiliser toute la richesse entassée dans les villes et il en prendra possession comme si cette richesse ne lui avait jamais été volée par la bourgeoisie… Jamais on n’a travaillé comme on travaillera le jour où le travail sera devenu libre, où chaque progrès du travailleur sera une source de bien-être pour la commune entière…”

~ Pierre Kropotkine, 1882 ~

Gilets Jaunes… L’heure est proche !…

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Lectures complémentaires:

Michel_Bakounine_La_Commune_de_Paris_et_la_notion_detat

Pierre_Kropotkine_L’anarchie-dans-l’evolution-socialiste-2eme-edition-1892

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

zenon_pourquoi suis je anarchiste ?

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

Manifeste pour la Société des Sociétés

 

La Commune outil politique de l’émancipation de la dictature marchande: l’exemple de Pancha Vasquez, Venezuela…

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Société des Sociétés dans l’union des communes libres !

 

« La question sociale est une question agraire » disait à juste titre Gustav Landauer ; tout révolutionnaire doit manger… Gilets Jaunes, réaménageons nos campagnes en confédération de communes libres immunisée contre la dictature marchande. C’est une des clefs de l’émancipation à venir ! La commune de Pancha vasquez au Venezuela présentée ci-dessous n’est qu’un exemple viable parmi tant d’autres, même si l’émancipation de l’État n’est pas optionnelle : tout doit partir, état, marchandise, argent et salariat !
~ Résistance 71  ~

 

Commune: Pancha Vásquez Venezuela

 

Katrina Kozarek

 

17 décembre 2019

 

url de l’article: https://venezuelanalysis.com/video/14746

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Merci à “Bernardo” pour nous avoir référé cet article

 

Ce chapitre de “En commune” explore la commune venezuelienne de Pancha Vasquez dans l’état d’Apure, où des communards travaillent main dans la main avec les paysans locaux pour lutter contre la contrebande et la spéculation dans des systèmes de troc autonomes et de marchés communaux.

La municipalité de Romulo Gallegos à Apure abrite Elorza, un quartier célèbre pour son festival hétéroclite de musique et de danse traditionnelles venezueliennes. On dit que Chavez a développé ses qualités de leader et de militant à Elorza durant ses premières années de formation et d’organisation politique dans les années 80. A part la riche histoire et culture d’Elorza, les zones rurales de la municipalité de Romulo Gallegos comptent aussi parmi les terres venezueliennes les plus importantes pour la production de lait et de viande.

En 2014, quatorze conseils communaux situés le long de la rivière Arauca se sont joints pour former la commune de Pancha Vasquez. Cette communes a réuni plus de 938 familles, 900 fermes familiales et s’étend sur plus de 100 000 Ha de terre sur la municipalité de Romula Gallegos ainsi que sur la municipalité voisine de Muñoz.

Bien que cette zone soit très productive, ses habitants ont aussi besoin d’avoir accès à des produits industriels provenant d’ailleurs comme du riz, du sucre et de la farine. La proximité de cette commune de la frontière avec la Colombie a contribué à rendre les prix inabordables et induire une rareté de ces denrées nécessaires.

La vague massive de spéculation et de contrebande en 2015 a eu un impact profond sur les résidents de la commune de Pancha Vasquez. Un des premiers défis relevé par la Commune fut de confronter cette situation au travers d’un réseau de distribution contrôlé par la communauté. L’expérience du Comité Populaire à la Nourriture renforça politiquement la commune de Pancha Vasquez et mena rapidement à des expériences plus dynamiques et plus complexes de distribution.

“Un autre problème auquel la commune doit faire face est celui d’un commerce différent de celui du mode capitaliste, une activité commerciale populaire, juste et solidaire, une qui ne vole pas vos voisins, ni le peuple. Parce que le capitalisme est un commerce sauvage qui gonfle les prix de tout. Non. Vous devez mettre en place des prix justes et solidaires… un nouveau système commercial, un nouveau système de production et de nouveaux moyens de production ou la terre, la machinerie pour la matière première… la connaissance sont entre les mains de la société, dans ce cas précis entre les mains de la commune.”
~ Hugo Rafael Chávez Frías
Álo Presidente Teórico N. 1
June 11, 2009 ~


... est une question agraire » Gustav Landauer

Le manque de routes goudronnées affecte profondément les agriculteurs de la commune pour pouvoir distribuer leurs produits. Ceci les a laissé à la merci des intermédiaires qui leur paient un prix très bas pour leurs produits et qui ensuite revendent ces denrées à haut prix dans les centres urbains.

Afin de résoudre ce problème, la commue de Pancha Vasquez a créé un nouveau système combiné qui garantit la distribution directe des produits locaux en échange de produits manufacturés. La commune ne possède pas de terres collectives comme c’est le cas pour d’autres communes, mais il existe une très forte confiance et solidarité entre les agriculteurs dans ce territoire. Cette forte relation a permis l’échange de produits locaux comme la viande et les produits laitiers comme le fromage contre des produits industriels avec les autres communes ainsi qu’avec les syndicats et ouvriers dans des entreprises d’état et entreprises mixtes et ce à une échelle nationale.

Toutes les fermes de la commune de Pancha Vasquez n’ont pas la possibilité d’élever du bétail, mais elles ne sont pas laisser hors du système de distribution. Lorsque les produits sont échangés, toutes les familles dans la communauté territoriale aussi bien que les communes voisines, ont la possibilité de les acheter. Cette expression de solidarité a joué un grand rôle dans la promotion de l’esprit révolutionnaire ainsi que de l’implication de la commune et du pouvoir populaire comme modèle du développement socialiste dans le territoire.

La commune Pancha Vasquez a aussi créé d’autres solutions locales au problème des intermédiaires. Depuis 2014, la commune a mis en place un marché communal de plein-air pour les petits paysans locaux. Tous les samedis sans exception, ces paysans locaux se rendent au marché, pour la plupart en canoë le long de la rivière Arauca, pour vendre directement leurs produits aux consommateurs d’Elorza. Un conseil composé d’agriculteurs locaux de la commune de Pancha Vasquez et des territoires voisins se réunit régulièrement pour analyser collectivement les coûts afin de garantir des prix justes et uniformes pour les producteurs et les consommateurs.

La capacité de la commune de Pancha Vasquez de contrôler la distribution de la nourriture dans une zone de production agricole si importante n’est pas un petit succès. Ceci leur a valu des ennemis puissants, certains mêmes au sein de l’état, cherchant parfois à saboter ses avancées.

La commune n’a pas laissé ces obstacles amoindrir sa ferveur révolutionnaire. Un porte-parole, Juan Fernandez, se rappelle que Chavez avait prévenu que ces “mesquineries politiques” pouvaient se produire, mais que “les communes ne pouvaient pas être des excroissances des bureaux des maires ou des partis politiques… que les communes appartenaient au peuple, au pouvoir populaire organisé…

La méticuleuse transparence, la solidarité extensive et le travail sans relâche de la commune de Pancha Vasquez ont permis aux communards de continuer à grandir malgré l’adversité. Ils sont en train en ce moment de développer des projets de macadamisation des routes et de créer une banque communale, qui au lieu de prêter et d’épargner l’argent, va prêter des machines et des produits agricoles. Ils se préparent aussi à récupérer les terres non productives environnantes afin de consolider l’économie locale avec une production agricole collective.

Juste cinq ans après avoir pris forme, la commune de Pancha Vasquez a démontré être une véritable force pour l’avancée d’une économie et d’un état communaux. Elle est devenue un point de référence en ces temps de crise, montrant que la commune est un espace d’organisation et de responsabilité qui peut progresser à pas de géant en termes d’amélioration des conditions de vie de tous aussi bien que de mettre en place les pierres d’édifice du socialisme.

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Lectures complémentaires:

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

Manifeste pour la Société des Sociétés

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Un monde sans argent: le communisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 


Commune = Vie
État = Mort

Analyse et résistance politique: Sortir du réformisme citoyenniste et s’émanciper de l’État et de la dictature marchande 2ème partie (Collectif)

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… Croire encore en l’Etat et le capitalisme 

 

L’impasse citoyenniste, contribution à une critique du citoyennisme

 

Collectif

2001

 

1ère partie

2ème partie

 

Version PDF:
Impasse_Citoyenniste

 

IV. Citoyennisme et citoyens

Lorsque Ignacio Ramonet parle de désobéissance “civique” et non plus de désobéissance “civile”, il marque une distinction révélatrice du rapport du citoyennisme avec sa propre base. Le mot “civil” se rapporte objectivement, de façon neutre, au citoyen d’un Etat, celui qui n’a pas choisi d’y naître. “Civique” est ce qui est le propre du bon citoyen, c’est à dire celui qui manifeste activement son appartenance à ce même Etat. On voit ici que la distinction est essentiellement d’ordre moral.

Et en effet, une des forces du citoyennisme est bien d’être un mouvement essentiellement moral, pour ne pas dire moralisateur. On voit avec quelle aisance il passe au-dessus des faits et ne s’embarrasse pas d’analyses lorsqu’il s’agit de passer de la dénonciation de la “crise” à la “répartition des fruits de la croissance”. C’est qu’il s’agit à chaque fois d’avoir la position la plus “civique”, c’est à dire la position la plus généreuse, la plus morale. Et en effet, tout le monde est pour la paix, contre la guerre, contre la “mal-bouffe”, pour la “bien-bouffe”, contre la misère, pour la richesse. En somme, il vaut mieux vivre riche et en bonne santé en temps de paix, que pauvre et malade en temps de guerre.

Rien ne se vend mieux que la morale, en ce monde qui se situe résolument, un siècle après Nietzsche, par delà bien et mal. Mais ce besoin de consolation est impossible à rassasier. On peut voir par exemple l’embarras qu’a causé dans les rangs citoyennistes la triste affaire de Givers. Cette révolte avait la particularité d’être à la fois une résurgence archaïque de l’action ouvrière, et la manifestation d’un désespoir bien moderne. Un citoyenniste pendant cette affaire se demandait dans Le Monde si on pouvait qualifier l’action des ouvriers de CELLATEX “d’action citoyenne”.. Nous pouvons lui répondre. Le couteau sur la gorge, absolument déboussolés, et sans le recours de cet optimisme soucieux propre aux lecteurs du Monde Diplomatique, les salariés de Givers n’étaient pas des citoyens, et ils n’ont pas agi en tant que tels. L’impuissance des citoyennistes à réagir dans cette circonstance montre quel type de réactions ils pourront avoir dans d’autres circonstances, à une échelle plus grande. Ils ne tarderont naturellement pas à en appeler à la répression des mauvais citoyens, au nom de la démocratie, de L’Etat de Droit, et de la morale. C’était d’ailleurs bien le propos du citoyenniste du Monde, qui entendait par son insidieux questionnement (tout à fait objectif, bien sûr) couper l’herbe sous le pied d’une sympathie naissante, et rappeler les citoyens à la raison, pour préparer l’éventuelle répression qui naturellement n’a pas eu lieu, puisque, dans la situation actuelle, les salariés ne pouvaient que négocier. Il est en tout cas intéressant de constater comment, dans cette mini-crise, un citoyenniste va s’empresser de proposer à l’Etat ses services de médiateur. Le citoyennisme est potentiellement un mouvement contre-révolutionnaire.

Cet exemple montre également l’incapacité du citoyennisme à trouver une réaction face à un mouvement qu’il n’a pas lui-même créé. l faut aussi souligner que la base sociale du citoyennisme est considérablement plus large et aussi plus floue que les seuls militants associatifs et syndicaux. Le citoyennisme est l’expression des préoccupations d’une certaine classe moyenne cultivée et d’une petite bourgeoisie qui a vu ses privilèges et son influence politique fondre comme neige au soleil, en même temps que disparaissait la vieille classe ouvrière. La restructuration à l’échelle mondiale du capitalisme a laissé sur le carreau l’ancien capital national, et donc la bourgeoisie qui en était détentrice et les classes moyennes qu’elle employait. La vieille société bourgeoise du XIXème siècle, aux relents persistants d’Ancien Régime, a bel et bien disparu. La consolidation de l’Etat et la critique de la mondialisation jouent ici comme nostalgie du vieux capital national et de la société bourgeoise, la critique des multinationales comme nostalgie de l’entreprise familiale. Encore une fois, ils se lamentent sur un monde perdu.

Et deux fois perdu, puisque le terme de citoyen veut aussi se référer à la vieille appellation républicaine, sans doute plus celle des premiers temps de la révolution bourgeoise que celle de la Commune de Paris (encore qu’un film interminable et volontairement anachronique tourné récemment sur ce sujet semble indiquer que l’on voudrait récupérer cela aussi). Mais cette révolution, justement, a été faite, et nous vivons dans le monde qu’elle a créé. Les sans-culottes seraient sans doute étonnés de voir ce qu’est devenue la République qu’ils ont contribué à établir, mais les morts ne reviennent pas plus qu’on ne se baigne deux fois dans le même fleuve. Il n’est par contre pas impossible que de futurs sans-culottes traînent en Nike sur le parking d’une très moderne cité.

Les classes moyennes en déshérence se reconstituent à travers le citoyennisme une identité de classe perdue. Un salon “bio” peut ainsi se déclarer “vitrine des modes de vie et de pensée citoyenne”.. Que ceux qui ne mangent pas “bio” se le disent : ils ne sont pas “citoyens”. Un jeune citoyenniste peut alors synthétiser de façon fulgurante ses doutes sur le prolétariat : “Que veux-tu attendre d’eux ? Ils font leurs courses chez Auchan.” Les citoyennistes ne peuvent en tout cas, sur les bases qu’ils occupent actuellement, récupérer un éventuel mouvement social plus radical, duquel il sont viscéralement coupés. Ils ne pourront à ce moment-là qu’offrir à l’Etat qu’ils défendent une caution morale à la répression. Les pseudo-solutions qu’ils avancent, face à une crise réelle, apparaîtront alors comme ce qu’elles sont, à savoir un moyen de maintenir l’ordre des choses existant. On ne peut se contenter d’opposer abstraitement et à perte de vue l’Etat au capital, la “vraie” démocratie à la démocratie telle qu’elle est, “l’économie solidaire” au libéralisme, lorsque des masses de gens commencent à chercher des réponses à leur situation concrète. Un mouvement né d’une crise majeure, c’est à dire de la remise en question des conditions d’existence mêmes ne saurait se satisfaire durablement de telles amusettes.

Ils pourront tout de même, puisqu’ils sont là, occuper un moment la révolte, qui pourra aussi se manifester par un nationalisme exacerbé, qu’ils auront auparavant contribué à entretenir et développer (on en voit actuellement les prémisses à travers l’anti-américanisme développé par Bové et bien d’autres). Mais la critique du capital mondialisé n’a pas face à elle l’alternative d’un retour au capital national, défendu par l’Etat. Si cette alternative très hautement improbable est mise en jeu, on aura plutôt la guerre.

Nous voyons là que rien ne nous garantit que le prochain mouvement social soit révolutionnaire. Il contribuera en tout cas à démasquer définitivement le citoyennisme, et laissera peut-être le champ libre à une remise en jeu du très vieux projet d’une transformation du monde, au delà de l’Etat et du capital.

V. Citoyennisme et révolution

Tout l’ancien mouvement révolutionnaire reposait sur la reprise en main par les ouvriers du mode de production capitaliste, dont ils se sentaient virtuellement possesseurs en raison de la place effective qu’ils occupaient dans la production. Cette place effective, ce rapport réel du prolétariat avec la production a été laminé dans les années 70 par l’automation et la précarisation. Certains radicaux, comme ceux de l’Encyclopédie des Nuisances ou Camatte (Invariance) on senti ou théorisé cette transformation, mais ils ne pouvaient sortir de cette conception ancienne de la révolution sans abandonner la révolution elle-même, et c’est bien ce qui se passa. L’I.S. après tout ne préconisait qu’un “meilleur emploi des forces productives”, pour la création de situations, par le biais des conseils ouvriers. Ils ne voyaient pas (mais à ce moment-là qui pouvait le voir ?) en quoi le mode de production capitaliste était capitaliste, en quoi l’automation qu’ils vantaient n’était pas un moyen de libérer du temps pour “vivre sans temps mort et jouir sans entraves”, mais une façon de dégager du profit pour le capital. Et après la “contre-révolution” des années 70-80 ils ont simplement identifié cette même production, que les ouvriers avaient échoué à reprendre, comme source de tous les maux.

Au lieu de percevoir la disparition du vieux mouvement ouvrier comme nouvelle condition d’un mouvement révolutionnaire à venir, et surtout comme chance de ce mouvement, il l’ont perçue comme catastrophe. Et ce fut bien une catastrophe pour l’ancien mouvement ouvrier, son arrêt de mort. La plus grande partie de la génération post soixante-huitarde s’est ainsi engloutie dans le vide laissé par cette défaite. Et nous ne songeons certes pas à le leur reprocher, une conception vieille d’un siècle ne s’oublie pas en un jour, ni même en vingt ans. Aujourd’hui ce bilan peut commencer à se faire. Nous avons eu, depuis 1995, le privilège douteux de voir une idéologie se rebâtir sur les ruines de la révolution. Si nous l’avons assez rapidement identifiée dans ce qu’elle avait de nouveau, il a été un peu plus long pour nous de la percevoir dans ce qu’elle avait d’archaïque, c’est à dire d’historiquement déterminé. Nous avons indiqué plus haut que cette idéologie, le citoyennisme, pratiquait l’art “d’accommoder les restes” du vieux mouvement révolutionnaire. C’est parce qu’au fond le vieux mouvement révolutionnaire ne constituait pas un dépassement du capitalisme, mais une gestion de celui-ci par la “classe montante” qu’était censé être le prolétariat, que le citoyennisme se veut aujourd’hui “réformiste”. La “gestion ouvrière” du capital s’est simplement aujourd’hui transformée en “répartition des richesses”, en “taxation du capital”, la production disparaissant derrière le profit, derrière le capital financier, derrière l’argent. “De l’argent, il y en a, dans les poches du patronat”, dit le slogan. Certes oui, mais au nom de quoi cet argent devrait-il atterrir dans les poches des prolétaires, pardon, des “citoyens” ?

Le vieux mouvement ouvrier n’ayant pu aboutir à la communauté humaine se change ainsi en simple intéressement aux profits capitalistes, de façon obscène et révélatrice (il faut toutefois noter que si on ne demande “que” de l’argent au capitalisme, c’est aussi parce que l’on sait ne rien pouvoir en attendre d’autre). Il y a certes là de quoi écoeurer un vieux révolutionnaire, un de ceux qui pensaient pouvoir construire un monde meilleur. Mais s’il était déjà illusoire de penser pouvoir construire ce monde par la gestion ouvrière du capital, ils l’est tout à fait de penser pouvoir contraindre le capitalisme à partager ses profits pour le bonheur de tous les “citoyens”, à supposer même que leur argent puisse faire notre bonheur. Le citoyennisme touche au point central d’une illusion vieille d’un siècle, et cette illusion, déjà morte dans les faits, est sur le point d’être détruite.

“Tout est à nous, rien n’est à eux”, s’obstinent-ils à chanter dans leurs manifestations. Mais le capital, cette masse d’argent ne visant qu’à s’accumuler par la domination de l’activité humaine, et donc par la transformation de cette activité suivant ses propres normes, a créé un monde où “tout est à lui, rien n’est à nous”. Et il ne s’agit pas seulement de la propriété privée des moyens de production, mais également de leur nature et de leurs buts. Le capital ne s’est pas simplement approprié ce qui était nécessaire à la survie de l’humanité, ce qui n’était que le premier moment de sa domination, il l’a également transformé, par l’industrialisation et la technologie, de telle manière qu’aujourd’hui presque plus rien n’est produit pour être consommé, mais simplement pour être vendu. Produire pour nos besoins ne peut être le fait du capitalisme. Presque plus rien ne subsiste de l’activité humaine précapitaliste. Le monde est bel et bien devenu une marchandise.

Le capital n’est pas une force neutre qui, si on “l’orientait” convenablement, pourrait aussi bien faire le bonheur de l’humanité qu’il fait sa perte. Il ne peut pas “dépolluer aussi bien qu’il pollue”, comme l’a prétendu un citoyenniste écologiste, puisque c’est son mouvement même qui l’amène inéluctablement à polluer et à détruire, c’est à dire que le mouvement d’accumulation et de production pour l’accumulation passe par-dessus toute idée de “besoin”, et donc également du besoin vital qu’est pour l’humanité la préservation de son environnement. Le capital ne suit que ses propres fins, il ne peut être un projet humain. Il n’y a pas une “autre mondialisation”. Il n’a pas face à lui les besoins de l’humanité, mais la nécessité de l’accumulation. S’il se met à recycler, par exemple, la branche ainsi créée fera tout pour avoir toujours de quoi recycler. Le recyclage, qui n’est qu’une autre façon de produire de la matière première, crée toujours plus de déchets “recyclables”. En outre, il pollue bien autant que n’importe quelle autre activité industrielle.

Nous devons ici, pour éviter toute confusion, nous porter en faux contre cette idée quelque peu paranoïaque que véhiculent certains “radicaux”, selon laquelle le capital polluerait pour créer un marché de la dépollution, ou en tout cas que chaque dégât provoqué par le capitalisme engendrerait des marchés pour la réparation de ces dégâts, suivant le schéma du “pompier incendiaire” Il y a des dégâts, et ils sont nombreux, que personne ne veut réparer, simplement parce que leur réparation ne constitue pas un marché. La preuve en est que ce sont la plupart du temps les Etats qui doivent assumer seuls le coût d’une dépollution, et le conflit peut se situer là, entre les Etats et les entreprises, et tout le débat sur les “pollueurs-payeurs” en est la manifestation. Limiter la casse, et surtout les frais, sans pour autant faire fuir les investisseurs, telle est la quadrature du cercle que le “capitalisme écologique” doit résoudre, tel est le véritable enjeu des “règlementations écologiques”.

Il ne s’agit en tout cas jamais de ne plus polluer, mais de savoir qui doit payer dans le cas où la pollution est par trop catastrophique et visible. Le prétendu “marché de la dépollution”, contrairement à celui du recyclage, n’existe pas vraiment, parce qu’il ne produit aucun bénéfice en retour, sinon celui très relatif de se mettre en conformité avec certaines réglementations, et n’est donc qu’une pure charge pour les entreprises, charge qu’elles ont intérêt à limiter au maximum. Personne ne veut dépolluer, et on l’a vu à la récente conférence de la Haye.

Nous pourrions développer plus longuement tout ceci, mais cela déborderait notre propos. Nous voyons en tout cas ici qu’il ne saurait être question d’une gestion “humaine” de la production capitaliste, et encore moins de reprendre telle quelle cette production. Tout est à reconstruire. La révolution sera aussi le moment du “grand démantèlement”, et de la reprise sur des bases inédites de l’activité humaine, aujourd’hui presque entièrement dominée par le capital.

Le vieux mouvement ouvrier manifestait le lien unissant capitalisme et prolétariat. Le plus exploité des ouvriers pouvait se sentir dépositaire, à travers son travail, d’un monde futur, où le travail dominerait le capital. Le Parti était à la fois une famille et un Etat ouvrier en germe, chaque chef syndical pouvait se sentir lié à la communauté ouvrière à la fois présente et à venir. Les transformations du mode de production capitaliste au cours des vingt dernières années ont laminé tout ceci, généralisant la séparation des individus.

Dans son expansion, le capitalisme a dû détruire les vieilles communautés de souche paysanne pour créer la classe ouvrière qui lui était nécessaire. A peine cette classe ouvrière créée, il doit de nouveau la détruire, et se trouve face au problème de l’intégration de millions d’individus à son monde.

Les citoyennistes apportent une réponse dérisoire en tentant de reconstituer le lien qui unissait autrefois la “classe ouvrière” par celui qui unirait les “citoyens”, c’est à dire l’Etat. Cette recherche de la reconstitution du lien à travers l’Etat se manifeste dans le nationalisme latent des citoyennistes. Le capital abstrait et sans visage est remplacé par des figures nationales, par la moustache de José Bové, ou la réhabilitation de l’hymne tsariste en Russie (il ne s’agit plus là de citoyennisme, bien sûr, mais de la manifestation d’un nationalisme bien plus général, et également sans issue). Mais l’Etat ne peut offrir que des symboles, des ersatz de lien, parce qu’il est lui même pour ainsi dire saturé de capital, et qu’il ne peut agiter ces symboles que dans le sens qui lui est dicté par la logique capitaliste à laquelle il appartient.

Le “citoyen” comme lien est la manifestation d’un vide, ou plutôt du fait qu’il appartient maintenant au capitalisme, et à lui seul, d’intégrer ces milliards de gens privés de la communauté. Et nous sommes obligés de constater qu’il le fait, jusqu’à présent, tant bien que mal.

Cependant, le capitalisme est toujours confusément perçu comme une force extérieure et hostile à l’humanité, soit qu’il la prive de pain, soit qu’il la prive de “sens”. Dans les sociétés capitalistes avancées, cela se manifeste par la fuite des individus séparés dans ce que les sociologues nomment la “sphère privée”, les loisirs, la famille ou ce qu’il en reste, la bande de copains, etc. Ceci développe très logiquement un marché de la séparation, qui se manifeste à travers les outils de communication-consommation, mais cette consommation de “l’être ensemble” se résout finalement, dans le monde de la marchandise, en un “avoir tout seul” qui replonge dans la séparation qu’elle était censée pallier.

Le travail lui-même, qui est toujours la principale force d’intégration du capital, est de plus en plus perçu comme une contrainte extérieure et il n’est plus que marginalement ce qui décrit l’identité d’individus toujours plus nivelés dans la masse. Et cela n’a rien d’étonnant, à l’heure de la disparition des métiers, remplacés par des fonctions ne réclamant aucune compétence particulière. Le “monde du travail” est aussi devenu celui de l’incompétence. Cette dynamique de déqualification peut-être perçue par certains comme une décadence (et la dynamique de l’intégration par le capital crée bien ses propres “barbares” de l’intérieur), mais elle est également une démoralisation du travail, où celui-ci apparaît réellement à chacun comme vide de sens, pur arbitraire, contrainte extérieure, exploitation. La morale du travail, autrefois partagée également par la bourgeoisie et le prolétariat, est en train de se dissoudre dans le mouvement de l’intégration capitaliste.

L’intégration capitaliste (problème central sur lequel il nous faudra revenir) se fait de plus en plus sentir comme artificielle, elle est en tout cas très problématique, et elle induit ce qu’on pourrait nommer une névrose de masse, liée au sentiment de n’avoir plus aucune prise sur sa vie. Le prochain mouvement révolutionnaire ne pourra faire l’économie de ce constat, puisque cette impuissance, qui est également ce que l’on nommait autrefois aliénation, fait partie intégrante de notre rapport au monde capitaliste.

VI. “Prolétaires de tous les pays, je n’ai pas de conseils à vous donner !”

Nous ne nous donnerons pas le ridicule de présenter ici ce que devra être le prochain mouvement révolutionnaire. Personne ne peut le dire avec certitude, sans tomber dans une idéologie de rechange. Nous pouvons toutefois imaginer, à partir de ce qui est déjà là, ce que ce mouvement pourra être, c’est à dire ce qui dans la situation présente est le germe d’une situation future.

La mondialisation du capital et la dissolution des capitaux nationaux impliquent qu’il s’agira d’un mouvement mondial, et pas sous la forme caricaturale d’une action contre l’OMC ou la CNUCED. Il ne s’agira pas d’aller mettre le feu à Francfort ou à Bruxelles, mais d’agir face au capitalisme tel qu’il se présente ici, là où nous sommes, parce qu’ici, là où nous sommes, c’est là que se joue réellement la mondialisation. La mondialisation du capital est aussi la mondialisation de la lutte, et lorsqu’on décide à New York de ce qui est produit au Mexique et emballé dans le Pas-de-Calais, toute attaque locale a des répercussions globales.

La dissolution de la conscience de classe et du vieux mouvement ouvrier ont également pour conséquence que chacun se trouve, dans sa vie, seul face à tous les aspects de la domination et de l’exploitation, simultanément. Il n’y a plus de refuge, plus de communauté où se replier. L’identité que l’on se construisait à travers le travail tend à se dissoudre, au profit d’une tentative de recomposition autour du privé, de la bande de copains ou la famille, des loisirs. Mais avec les loisirs de masse, la décomposition de la famille et la brutalité des rapports sociaux, le particulier se retrouve à chaque fois réexpulsé vers le général. L’homme moderne est un homme public.

Jamais dans l’histoire de l’humanité les individus n’ont été contraints à se penser de façon aussi globale, en tant qu’humanité, à l’échelle mondiale. Ceci est à la fois une souffrance (et on comprend mieux ici ce qui peut attirer certains chez Zerzan ou Kaczinski, entre autres régressions) et la condition même de la libération. Les primitivistes veulent se libérer de l’humanité, revenir à cette harmonie antérieure de la communauté restreinte isolée. Mais ce retour est impossible. Il n’y a pas d’en dehors du capitalisme.

En 1860, Marx pouvait encore écrire dans le Capital :

“Pour rencontrer le travail commun, c’est à dire l’association immédiate, nous n’avons pas besoin de remonter à sa forme naturelle primitive, telle qu’elle nous apparaît au seuil de l’histoire de tous les peuples civilisés. Nous en avons un exemple tout près de nous dans l’industrie rustique et patriarcale d’une famille de paysans qui produit pour ses propres besoins (…).”

Cet “exemple” a disparu.

Toute l’activité humaine ou presque est désormais régie par le capitalisme, ce qui pousse certains, comme Zerzan ou Kaczinski, et bien d’autres avec eux, à regretter le “bon vieux temps”, qu’il soit primitif-fusionnel, ou patriarcal-artisanal. Mais toutes ces formes d’organisation sociale n’ont pas su résister au capitalisme, et on voit mal dès lors comment elles pourraient être son avenir, à moins de postuler une nature de l’humanité dont ces formes seraient la manifestation, et également une autodestruction catastrophique du capitalisme (c’est à dire du monde), après laquelle elles pourraient tout naturellement retrouver leur place momentanément usurpée. Mais cette “autodestruction ” du capitalisme serait également la nôtre, et c’est donc à partir du capitalisme qu’il nous faut envisager l’avenir, que cela nous plaise ou non.

On a vu que la globalisation des individus déborde largement les limites du travail salarié. Chaque aspect de la vie est soumis à cette globalisation, et c’est donc chaque aspect de la vie qui demandera a être transformé, unitairement. Dit plus simplement, on ne peut aujourd’hui rien changer sans finalement tout changer. Cela sera la principale condition de la révolution à venir.

Très concrètement, chaque problème que le capitalisme nous léguera ne pourra se résoudre qu’à l’échelle d’une société entière. Déchets nucléaires, transports, agriculture, tout ceci nous conduira à des choix et des modes d’organisation qui devront être conduits globalement, hors de la propriété privée et de la division hiérarchique du travail. Et il ne s’agira pas seulement de travail.

Le “monde sans frontières” que le capitalisme a créé pour la marchandise sera bel et bien un monde sans frontières pour l’humanité. Il n’y aura pas de droits de douane. Nous remettrons à plus tard le soin de développer ce que tout cela implique. Nous pourrions également évoquer ce que pourraient être les modes d’organisation que les hommes se donneront alors, mais il nous semble que l’immensité des problèmes pratiques qui se poseront alors sera telle que des solutions inédites devront être alors mises en oeuvre, et sans doute souvent dans l’urgence. L’initiative individuelle sera peut-être alors aussi nécessaire que la concertation générale, et jamais l’une ne saurait remplacer l’autre. Le débat reste ouvert, et c’est aussi sur toutes ces questions qu’il nous faut “savoir attendre”.


A bas l’État, la marchandise, l’argent et le salariat !

VII. Conclusion provisoire

Nous nous sommes efforcés ici d’évoquer les principales limites et faiblesses du citoyennisme, et l’on voit que ce ne sont pas simplement des limites ou des faiblesses “théoriques”, mais qu’elles sont bien réelles et lui seront sûrement fatales, à plus ou moins court terme.

Pour autant, il n’est pas question de rester assis les bras croisés “en attendant” que le citoyennisme s’écroule, pour laisser magiquement la place à la révolution. Ce mouvement a bien des ressources encore, et il est sans doute capable de s’adapter à de nouvelles conditions. Nous avons cependant précisé ici à quelles “conditions” il ne saurait s’adapter. Nous n’avons en tout cas qu’à peine ébauché cette critique, qui sera poursuivie par d’autres. La question à laquelle nous avons aussi voulu tenter de répondre, c’est celle de la manière dont il nous semble qu’il convient d’aborder la critique. Trop souvent, des révolutionnaires critiquent ceux qu’ils prétendent être les “réformistes”, sous le simple prétexte qu’ils ne seraient pas révolutionnaires. C’est présenter les choses comme s’il s’agissait au fond d’un simple débat d’opinions, au fond égales, c’est à dire également vides, paroles creuses face à la toute-puissante objectivité du monde. A ce compte-là, on peut défendre n’importe quoi, et préférer les Indiens de Zerzan aux cow-boys de Kaczynski, la Renaissance à la société industrielle, les prolétaires à casquette aux jeunes rappeurs en Nike.

Le prochain mouvement révolutionnaire devra aussi trouver son propre langage. Il ne s’exprimera sûrement pas dans les termes que nous employons ici, qui sont ceux d’une certaine tradition théorique. Le langage théorique que nous employons est un outil pour comprendre la révolution à venir, il n’est pas cette révolution elle-même. Il nous faudra cependant sortir de l’emploi magique-affectif du langage, qui est le langage de l’aliénation contemporaine, le langage de ceux qui n’ont aucune prise pratique sur le monde, et ne peuvent donc que le rêver. Seuls ceux qui n’ont aucun pouvoir sur le monde peuvent dire n’importe quoi, sans crainte d’être jamais démentis, puisqu’ils savent que leurs propos sont sans conséquences.

Dans le monde de l’intégration capitaliste, il n’y a plus ni vérité ni mensonge, juste des sensations éphémères ; il nous faut cesser d’avoir peur de la vérité. Si souvent nous voyons dans la prétention à dire la vérité une domination, un “fascisme”, une volonté d’hégémonie du discours, c’est que dans le monde capitaliste seuls ceux qui dominent peuvent prétendre à dire la “vérité”, puisqu’ils la créent eux-mêmes, et détiennent le monopole de la “parole vraie”. Mais cette “vérité” est si manifestement fausse, et notre impuissance à y répondre si écrasante, que nous finissons par être dégoûtés de toute tentative de rechercher la vérité, et doutons de la possibilité de dire quoi que ce soit de vrai, c’est à dire de rendre, autant qu’il nous est possible, intelligible le monde où nous vivons. Dans l’arbitraire du spectacle, tout est question de “point de vue”. Chacun, “de son point de vue”, peut avoir à la fois tort et raison, et l’indifférence libérale à autrui se manifeste dans le respect de toutes les “opinions”.

L’appel “révolutionnaire” à la subjectivité, résidu du surréalisme et du situationnisme vaneigemiste, est plus que jamais réactionnaire, à l’heure où le capitalisme lui-même en appelle à la séparation jouissive : “rêvez, nous ferons le reste”. C’est au contraire un langage commun qu’il nous faut retrouver. Notre subjectivité même ne peut se construire réellement que si nous sommes capables, avec d’autres, de saisir l’objectivité du monde que nous partageons. Comprendre, c’est dominer, et donc pouvoir changer le monde. Commencer à tenter de comprendre, c’est rétablir la communication avec ce qui nous entoure, fissurer la glace de la séparation. Nous n’avons pas critiqué ici les citoyennistes parce que nous n’aurions pas les mêmes goûts ou les mêmes valeurs, pas la même subjectivité. Nous n’avons d’ailleurs pas critiqué les citoyennistes en tant que personnes, mais le citoyennisme, en tant que fausse conscience et en tant que mouvement réactionnaire, comme on disait autrefois, c’est à dire qui concourt à étouffer ce qui n’est encore qu’en germe. Nous l’avons critiqué historiquement, ou du moins avons tenté de le faire.

Nous ne doutons d’ailleurs pas que nombre d’individus qui sont aujourd’hui englués dans les contradictions du citoyennisme par louable désir d’agir sur le monde, n’en viennent un jour à rejoindre ceux qui désirent réellement le transformer. Nous ne sommes ni plus ni moins “radicaux” que le moment dans lequel nous sommes.

Fin

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


GJ Commercy, tout le pouvoir aux ronds-points