Archive pour terrorisme d’état

Illusion démocratique: Le criminel c’est l’électeur ! (Albert Libertad)

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Lumineux !

Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et ne peut y en avoir !
~ Résistance 71 ~

Notre dossier “Illusion démocratique”

Explication et esquisse de solutions

Manifeste pour la Société des Sociétés

Réseau de Résistance et de Rébellion International

Le criminel c’est l’électeur !

 

Albert Libertad

1906

 

C’est toi le criminel, ô Peuple, puisque c’est toi le Souverain. Tu es, il est vrai, le criminel inconscient et naïf. Tu votes et tu ne vois pas que tu es ta propre victime.

Pourtant n’as-tu pas encore assez expérimenté que les députés, qui promettent de te défendre, comme tous les gouvernements du monde présent et passé, sont des menteurs et des impuissants ?

Tu le sais et tu t’en plains ! Tu le sais et tu les nommes ! Les gouvernants quels qu’ils soient, ont travaillé, travaillent et travailleront pour leurs intérêts, pour ceux de leurs castes et de leurs coteries.

Où en a-t-il été et comment pourrait-il en être autrement ? Les gouvernés sont des subalternes et des exploités : en connais-tu qui ne le soient pas ?

Tant que tu n’as pas compris que c’est à toi seul qu’il appartient de produire et de vivre à ta guise, tant que tu supporteras, – par crainte,- et que tu fabriqueras toi-même, – par croyance à l’autorité nécessaire,- des chefs et des directeurs, sache-le bien aussi, tes délégués et tes maîtres vivront de ton labeur et de ta niaiserie. Tu te plains de tout ! Mais n’est-ce pas toi l’auteur des mille plaies qui te dévorent ?

Tu te plains de la police, de l’armée, de la justice, des casernes, des prisons, des administrations, des lois, des ministres, du gouvernement, des financiers, des spéculateurs, des fonctionnaires, des patrons, des prêtres, des proprios, des salaires, des chômages, du parlement, des impôts, des gabelous, des rentiers, de la cherté des vivres, des fermages et des loyers, des longues journées d’atelier et d’usine, de la maigre pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des iniquités sociales.

Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours. C’est toi qui produis tout, qui laboures et sèmes, qui forges et tisses, qui pétris et transformes, qui construis et fabriques, qui alimentes et fécondes !

Pourquoi donc ne consommes-tu pas à ta faim ? Pourquoi es-tu le mal vêtu, le mal nourri, le mal abrité ? Oui, pourquoi le sans pain, le sans souliers, le sans demeure ? Pourquoi n’es-tu pas ton maître ? Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu, sers-tu ? Pourquoi es-tu l’inférieur, l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ?

Tu élabores tout et tu ne possèdes rien. Tout est par toi et tu n’es rien.

Je me trompe. Tu es l’électeur, le votard, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin de vote, sanctionne toutes ses misères ; celui qui, en votant, consacre toutes ses servitudes.

Tu es le volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le chien léchant le fouet, rampant devant la poigne du maître. Tu es le sergot, le geôlier et le mouchard. Tu es le bon soldat, le portier modèle, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur dévoué, le paysan sobre, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton bourreau. De quoi te plains-tu ?

Tu es un danger pour nous, hommes libres, pour nous, anarchistes. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, – et que tu nous imposes par ton imbécillité.

C’est bien toi le Souverain, que l’on flagorne et que l’on dupe. Les discours t’encensent. Les affiches te raccrochent ; tu aimes les âneries et les courtisaneries : sois satisfait, en attendant d’être fusillé aux colonies, d’être massacré aux frontières, à l’ombre de ton drapeau.

Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô Souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes, brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier; Si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance, tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.

Allons, vote bien ! Aies confiance en tes mandataires, crois en tes élus.

Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.

Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action.

Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement tu pourras vivre pleinement.

LE CRIMINEL, c’est l’Électeur !

 

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1918-2018… Centenaire de la grande boucherie de l’oligarchie

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 11 novembre 2018 by Résistance 71

 

 

L’histoire de la violence collective organisée (la guerre)
se confond avec l’histoire de l’État…

Résistance 71
11 novembre 2018

Décès du grand cartooniste italien Enzo Apicella… (1922-2018)

Posted in actualité, altermondialisme, politique et social, presse et média, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 1 novembre 2018 by Résistance 71

Dernier pied de nez: Post Scriptum

 

Traduction:

« Post Scriptum,

Viens juste d’arriver !
Il n’y a rien ici en haut !!
Compagnons, camarades, amis, catholiques, juifs, musulmans etc… Oubliez les conneries de la Bibbia, Torah, Koran et toutes les religions ! Qui nous ont donné des guerres depuis si longtemps ! 
Vivez en accord avec la justice, la moralité et la fraternité !
En quelques mots: Soyez un VRAI communiste !« 

Enzo Apicella avait illustré (entre autre…) le livre satirique de Gilad Atzmon « From A (tzmon, picella) to Z(ion), the définitive israeli lexicon »,

Décédé  à 96 ans, Apicella avait gardé l’esprit vif qui l’avait rendu célèbre. Repose en paix camarade !

La route de la soie et le Nouvel Ordre Mondial vont passer par l’entité sioniste…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, économie, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 31 octobre 2018 by Résistance 71

Analyse intéressante de Meyssan, mais qui a notre sens ne descend pas suffisamment au fond du terrier du lièvre qu’il a levé. A sa question de savoir si Washington a autorisé Tel Aviv à ce rapprochement avec la Chine, la réponse est évidente: oui bien entendu…. La raison en est simple: Il n’y a pas de “rivalité” entre l’empire et la Chine, du moins cette “rivalité” n’est-elle qu’une façade pour masquer encore la mutation de l’empire. Depuis des années, depuis même le largage de Chang Kaï Chek par les Yankees au profit de Mao (dans le but de refaire le coup de la City de Londres et de Wall Street de 1917 en Russie sur la Chine, capturer un nouveau marché sur le long terme, facilité par le financement d’un régime totalitaire), la Chine croît, a été aidée à croître, pour éclore en ce modèle de contrôle rêvé par tous les oligarques eugénistes occidentaux, qu’ils appliqueront au reste du monde pour maintenir en place leur Nouvel Ordre Mondial fasciste (corporato-monopoliste) supranational.

La Chine a été et est toujours une dépendance de la City de Londres, qui l’a aboubée encore récemment. La création de la Banque Asiatique d’Infrastructure et d’Investissement (BAII) à Shanghaï il y a 2-3 ans est le nœud gordien de l’affaire du transfert financier impérialiste et de la complicité de la Chine dans l’avènement du nouvel empire. Nous avons dit et pensons plus que jamais que Bernard “l’empire”  Ermite est en train de changer de coquille et qu’il est vulnérable dans cette phase de transition, une fois le changement de coquille effectué et le nouveau Bernard l’ermite en place, plus grand, plus fort, plus prédateur, il sera plus compliqué (mais jamais impossible) pour les peuples de sortir de la nasse.


Bernard change de coquille..

Il n’y a que “rivalité” de façade, pour donner le change. Il y a connivence et convergence d’intérêts entre la haute finance transnationale et les grands patrons de l’entreprise monopoliste néo-esclavagiste transnationale, incluant bien entendu leur contrepartie chinoise.

De fait, ce qu’analyse Meyssan ci-dessous sur l’accord sino-israélien est la preuve même de la connivence profonde. C’est la preuve par Israël en quelque sorte. Une fois la Chine en possession majoritaire des grands ports israéliens, elle devra les défendre et donc elle devra projeter toujours plus de force militaire loin de ses bases et se transporter en force impérialiste associée et fusionnée avec celle de l’ancien empire. Israël s’en trouvera aussi “incidemment” protégée. Tout ceci fait partie de la mutation de l’empire, pilotée de concert par la City de Londres, Wall Street et la haute finance de Shanghaï, afin de mettre en place et de verrouiller leur Nouvel Ordre Mondial fasciste supranational. 

Tout le reste, comme la “montée des tensions entre la Chine et les USA”, n’est que poudre aux yeux. Suivez le fric, toujours. Regardez qui est derrière la BAII et les transferts (en dollar) de milliards sous contrôle de la “couronne” / City de Londres.

Une fois de plus on est en train de nous jouer un air de pipeau d’une main, tandis que l’autre nous fait les poches, la routine mon colonel…

~ Résistance 71 ~

“Vous voulez une idée de l’avenir ? Imaginez une botte militaire écrasant un visage… à tout jamais !”
~ George Orwell ~


Société des sociétés contre N.O.M

 

La route de la soie et Israël

 

Thierry Meyssan

 

30 octobre 2018

 

url de l’article: http://www.voltairenet.org/article203662.html

 

Bejing développe sans cesse son projet de « route de la soie ». Son vice-président, Wang Qishan, entreprend une tournée au Proche-Orient qui l’a notamment conduit quatre jours en Israël. Selon les accords déjà signés, la Chine contrôlera dans deux ans l’essentiel de l’agro-alimentaire israélien, de sa haute technologie et de ses échanges internationaux. Un accord de libre-échange devrait suivre. Toute la géopolitique régionale s’en trouvera chamboulée.

La visite du vice-président chinois, Wang Qishan, en Israël, en Palestine, en Égypte et aux Émirats arabes unis vise à développer la « Nouvelle route de la soie ».

À l’automne 2013, la Chine a rendu public son projet de création de voies de communication maritimes et surtout terrestres à travers le monde. Elle a débloqué des sommes colossales et commencé à très vive allure à le réaliser. Les principaux axes passent soit par l’Asie, soit par la Russie, vers l’Europe occidentale. Mais elle planifie aussi des voies à travers l’Afrique et l’Amérique latine.

Les obstacles à la Nouvelle route de la soie

Ce projet rencontre deux obstacles, l’un économique, l’autre stratégique.

D’un point de vue chinois, ce projet vise à exporter ses produits selon le modèle de l’antique « route de la soie » qui, du IIe au XVe siècle, relia la Chine à l’Europe via la vallée de Ferghana, l’Iran et la Syrie. Il s’agissait à l’époque de transporter des produits de ville en ville, de sorte qu’à chaque étape ils étaient échangés contre d’autres selon les besoins des marchands locaux. Au contraire, aujourd’hui, la Chine ambitionne de vendre directement en Europe et dans le monde. Or, ses produits ne sont plus exotiques (soies, épices etc.) mais sont identiques à ceux des Européens et souvent de qualité supérieure. La voie commerciale se transforme en autoroute. Si Marco Polo était ébloui par les soieries d’Extrême-Orient sans équivalent en Italie, Angela Merkel est terrifiée à l’idée de voir son industrie automobile terrassée par ses concurrents chinois. Les pays développés vont donc devoir à la fois commercer avec Beijing et préserver leurs industries du choc économique.

En exportant massivement sa production, la Chine va prendre la place commerciale que le Royaume-Uni d’abord seul, puis avec les États-Unis, occupent depuis la révolution industrielle. C’est précisément pour conserver cette suprématie que Churchill et Roosevelt ont signé la Charte de l’Atlantique et que les États-Unis sont entrés dans la Seconde Guerre mondiale. Il est donc probable que les Anglo-Saxons n’hésiteront pas à employer la force militaire pour faire obstacle au projet chinois [1] comme ils le firent en 1941 face aux projets allemands et japonais.

D’ores et déjà, le Pentagone a publié le plan Wright en 2013 qui prévoyait de créer un nouvel État à cheval sur l’Iraq et la Syrie pour couper la route de la soie entre Bagdad et Damas. Cette mission a été réalisée par Daesh, de sorte que la Chine a modifié le tracé de sa route. Bejing a finalement décidé de la faire passer par l’Égypte et a investi dans le doublement du Canal de Suez et la création d’une vaste zone industrielle à 120 kilomètres du Caire [2]. Identiquement, le Pentagone a organisé une « révolution colorée » en Ukraine pour couper la route européenne, ou encore des troubles au Nicaragua pour faire obstacle à la construction d’un nouveau canal reliant des océans Pacifique et Atlantique.

Malgré l’importance sans précédent des investissements chinois dans la Nouvelle route de la soie, il faut se souvenir qu’au XVe siècle, la Chine lança une formidable flotte pour sécuriser ses débouchés. L’amiral Zheng He, « l’eunuque aux trois joyaux », combattit les pirates du Sri Lanka, construisit des pagodes en Éthiopie et fit le pèlerinage à La Mecque. Cependant, à son retour, pour des raisons de politique intérieure, l’Empereur abandonna la route de la soie et brûla la flotte. La Chine se referma alors sur elle-même. Il ne faut donc pas considérer que, d’un point de vue chinois, le projet actuel est gagné d’avance.

Dans un passé récent, la Chine s’est investie au Moyen-Orient avec l’unique idée de s’approvisionner en pétrole. Elle a construit des raffineries en Iraq qui ont été malencontreusement détruites par Daesh ou par les Forces occidentales qui faisaient semblant de combattre les islamistes. Beijing est également devenu le principal acheteur de l’or noir saoudien. Elle a ainsi construit dans le royaume le gigantesque complexe pétrolier de Yasref-Yanbu pour 10 milliards de dollars.

Israël et la Nouvelle route de la soie

Les liens entre Israël et la Chine datent du mandat du Premier ministre israélien, Ehud Olmert, dont les parents fuirent les nazis pour s’installer à Shanghai. Le prédécesseur de Benjamin Netanyahu avait tenté d’établir de fortes relations avec Beijing. Ses efforts furent effacés par son soutien à un des groupes de pirates en Somalie, chargé par Washington de perturber le trafic maritime russe et chinois à la sortie de la mer Rouge [3]. Le scandale fut évité de justesse. La Chine fut autorisée à établir une base navale à Djibouti et Ehud Olmert fut écarté de la vie politique.

Depuis 2016, la Chine négocie avec Israël un traité de libre-échange. Dans ce contexte, le Shanghai International Port Group a acheté la concession d’exploitation des ports d’Haïfa et d’Ashdod, de sorte qu’en 2021, la Chine contrôlera 90 % des échanges commerciaux israéliens. Bright Food a déjà acquis 56 % de la coopérative des kibboutzim Tnuva et pourrait augmenter sa participation, de sorte que la Chine contrôlera l’essentiel du marché agricole israélien. Le fondateur du magasin en ligne Alibaba, Jack Ma, venu à Tel-Aviv au sein de la délégation officielle chinoise, n’a pas caché son intention de racheter de nombreuses start up israéliennes afin de récupérer leur haute technologie.

L’armement est le seul secteur important de l’économie israélienne préservé de l’appétit chinois. En septembre, le professeur Shaul Horev a organisé une conférence à l’université d’Haïfa avec l’aide du Hudson Institute états-unien pour alerter les officiers généraux du Pentagone des conséquences des investissements chinois. Les intervenants ont notamment souligné que ces contrats exposaient le pays à un espionnage intensif, rendaient difficile l’exploitation de son port pour ses sous-marins lanceurs d’engins nucléaires, et ses liens avec la Sixième flotte états-unienne.

L’ancien directeur du Mossad, Ephraïm Halevy, dont on connaît la proximité avec les États-Unis, a souligné que le Conseil de sécurité nationale n’avait jamais délibéré de ces investissements. Ils ont été décidés uniquement selon une logique d’opportunité commerciale. La question se pose donc de savoir si Washington a autorisé ou non ce rapprochement entre Tel-Aviv et Beijing.

Il ne faut pas se tromper sur les raisons qui permirent à la Chine d’implanter une base militaire à Djibouti et il paraît peu probable que Bejing ait conclu un accord secret avec Washington pour ce nouveau tracé de la route de soie. Certes, les États-Unis ne seraient pas inquiets d’un effondrement économique de l’Union européenne. Cependant, sur le long terme, la Chine et la Russie sont contraintes de s’entendre pour se préserver des Occidentaux. L’Histoire a montré que ces derniers ont tout fait et continuent à tout faire pour démanteler ces grandes puissances. Par conséquent, si une alliance sino-US serait à court et moyen terme en faveur de Beijing, elle conduirait par la suite à l’élimination successive de la Russie et de la Chine elle-même.

Les accords sino-israéliens laissent plutôt à penser que, selon la formule de Lénine, « Les capitalistes ont vendu la corde pour les pendre ».

[1] “The Geopolitics of American Global Decline”, by Alfred McCoy, Tom Dispatch (USA) , Voltaire Network, 22 June 2015.

[2] « La Chine se déploie au Proche-Orient », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 janvier 2016.

[3] « Pirates, corsaires et flibustiers du XXIe siècle », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 25 juin 2010.

Analyse politique: partis prolétariens contre révolution prolétarienne (Robert Bibeau avec commentaires de R71)

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Nous relayons cette analyse de Robert Bibeau des “7 du Québec” dans le souci de notre appel en écho de la résistance zapatiste du Chiapas et la nécessité de plus en plus absolue de former un Réseau de Résistance et de Rébelilon International (RRRI ou 3RI) contre la société marchande et la dictature étatico-capitaliste qui asservit l’humanité d’une manière sans précédent.

Si nous ne sommes pas d’accord sur tout ce qui y est dit, l’analyse part de certains principes sous-jacents à toute analyse anarchiste de la situation historique que nous vivons. Afin d’éviter toute confusion possible, nous invitons les lecteurs à lire ces deux articles de René Berthier  (ici et ) que nous avons republiés et qui traitent de la relation entre marxisme et anarchie. Nous mettons sous le texte quelques lectures complémentaires relevantes sur le sujet abordé par Robert. En ce qui nous concerne, nous ne commenterons pas ce texte de Bibeau en détail mais sur les points qui nous paraissent essentiels. Nous le ferons en notes distinctives sous le texte original que nous commentons. Tout commentaire additionnel est bienvenu en section prévue à cet effet. Bonne lecture à toutes et à tous !

A (re)lire en complément à notre sens indispensable, notre “Manifeste pour la société des sociétés” (octobre 2017), à lire et aussi diffuser sans aucune modération…

~ Résistance 71 ~

Partis et mouvement prolétariens contre révolution prolétarienne

 

Robert Bibeau

 

24 octobre 2018

 

url de l’article:

http://www.les7duquebec.com/7-au-front/partis-et-mouvement-proletariens-vs-revolution-proletarienne/

 

Nous ne ferons pas usage ici des expressions gauche, droite, social-démocrate, socialisme, marxisme-léninisme, maoïsme, anarchisme ou parti communiste, autant de mots galvaudés, dénaturés, qui sèment la confusion parmi les militants prolétariens. Pour un militant prolétarien, ce n’est pas le Parti qui est le sujet et l’objet fondamental, mais ce sont la classe et la révolution prolétarienne. Nous insistons, la révolution que nous préparons chacun à notre façon ne sera ni réformiste, ni socialiste, ni communiste, mais essentiellement prolétarienne du nom de son protagoniste principal.

Le ou les Partis de la classe prolétarienne surgiront de la révolution

Nous, du webmagazine Les7duQuébec.com, sommes une portion de la classe prolétarienne, une portion révolutionnaire de cette classe révolutionnaire, mais nous ne sommes pas son avant-garde formelle, ni son directoire détaché de la classe et de son historicité. Le fait de développer une conscience plus claire de la mission historique du prolétariat nous confère un devoir et des responsabilités envers notre classe – qui est la source de notre conscience de classe – et ne nous autorise aucun privilège d’encadrement des militants, de gestion des caisses du mouvement, ou d’administration de l’État bourgeois que nous répudions complètement. La tâche politique des prolétaires révolutionnaires n’est pas de conquérir électoralement ou autrement l’appareil d’État bourgeois, mais de le détruire. D’ici là, laissons aux bourgeois la gestion de l’État capitaliste périclitant. (2)

C’est le développement du mode de production qui produit les classes sociales antagonistes et, contrairement à Bordiga, nous ne croyons pas que : «Les travailleurs se constituent «en classe, et donc en parti politique» quand leurs propres luttes indépendantes de toute fraction de la bourgeoisie les convertissent en sujet politique propre.»(3) Une classe sociale existe objectivement, de par son activité dans le procès de production, indépendamment des organisations de classe – partis politiques ou associations –. La lutte de classe ne dépend ni de la volonté ni de la conscience d’une classe sociale. La lutte de classe est comme les fonctions vitales de l’organisme humain, elle ne disparaitra qu’avec les classes sociales elles-mêmes et donc avec les modes de production fondés sur l’exploitation d’une classe par une autre.

Ce sont les classes sociales qui génèrent leurs organisations de lutte de classe

Ce ne sont jamais les partis politiques qui produisent ou « cristallisent » les classes sociales ou les luttes de classe. Ainsi, tout militant aura noté que lorsque la classe prolétarienne répudie et déserte les organisations sociales-démocrates, menchéviques, bolchéviques, socialistes, communistes, marxistes-léninistes, gauchistes, maoïstes, syndicales, etc. ce n’est pas la classe qui s’effrite et disparait, mais ce sont ces organisations qui, ayant perdu leur utilité historique suite à la décrue du mouvement prolétaire, se disqualifient et se pétrifient, ou alors elles s’agitent en périphérie des luttes sur le front économique, ou encore, ces organisations anémiques rallient les organisations politiques de la bourgeoisie sur les banquettes du crétinisme parlementaire.

Chaque militant prolétarien aura également remarqué que l’atrophie ou la disparition de ces organisations « partidistes » (4) ne font pas disparaitre la mémoire ni l’expérience de lutte qui sont conservées dans le subconscient de la classe pour être actualisées lors des périodes se résurgences de la lutte de classe. Par exemple, la mission présente des organisations du mouvement prolétarien consiste, non pas à ressasser les textes « sacrés » du passé; ni à mesurer le niveau de conformité des écrits actuels avec les dogmes sacralisés d’autrefois; ni de rempiler les effectifs des sectes sous la gouverne de gourous déjantés. La tâche présente, au moment où les forces révolutionnaires prolétariennes accumulent l’énergie pour un grand affrontement est de réinterpréter et d’adapter les acquis historiques accumulés par la classe à l’aune de la conjoncture économique, politique, idéologique, médiatique, sociale et militaire contemporaine. La guerre de classe ne se fera pas de la même manière au XXIe siècle qu’au temps des Croisés ni qu’au temps des tranchées.

Comme Marx dans l’Idéologie allemande (1845) nous pensons que : « (…) l’apparition conséquente d’un parti formel de la révolution prolétarienne ne pouvait avoir lieu qu’au cours de la révolution elle-même, au travers de la lutte classe contre classe, car ce n’est qu’alors que les attaches qui enserrent le développement de la conscience peuvent se détendre suffisamment pour les rendre possibles. » (5). Nous ajoutons que ce n’est qu’alors que les chaînes de l’oppression économique et de l’autorité politique du capital sur le travail salarié se brisent, créant de grands désordres parmi la classe dominante, et provoquant un courant insurrectionnel à la faveur de la résistance.

Le programme de la classe prolétarienne révolutionnaire

Pour nous, le programme politique de la classe prolétarienne ne contient qu’un seul article que l’on peut ainsi énoncer : mener toutes les résistances de classe contre le capital et son État, sur les fronts économique, politique et idéologique, hors de toutes organisations bourgeoises. Préparer ainsi les conditions objectives et subjectives de l’insurrection populaire, et la transformer en révolution prolétarienne qui sera de longue durée à n’en pas douter. Les principes et les méthodes de construction du mode de production communiste prolétarien ne sont pas du ressort des organisations révolutionnaires, mais seront, le temps venu, la responsabilité du mouvement et de la classe prolétarienne, probablement après une longue période de chaos, de répression, de contrerévolution, d’essais et d’erreurs.

Les conditions objectives de la révolution ne sont pas du ressort de la classe, ni du mouvement prolétarien, ni de la volonté d’aucune autre classe sociale. Elles découlent du développement inéluctable des contradictions au sein du mode de production capitaliste ayant atteint son zénith. Les conditions subjectives de la révolution prolétarienne découlent de la maturation des conditions objectives, qu’exploitent plus ou moins efficacement les militants dont la conscience s’affûte par la lutte, et dont s’empare l’ensemble du mouvement prolétarien.

Principes et acquis historiques

Après deux siècles de lutte de classe entre le capital et le travail salarié quelques principes fondamentaux sont désormais des acquis historiques pour la classe sociale prolétarienne. Ce sont :

  1. Pour un militant prolétarien, ce n’est pas le Parti qui est le sujet central ni l’objet fondamental de son activité idéologique et politique, mais ce sont la classe et la révolution prolétarienne. Nous insistons, la révolution radicale que nous préparons chacun à notre façon, la plus grande de l’histoire de l’humanité, ne sera ni réformiste, ni socialiste, ni marxiste-léniniste, ni communiste, ni anarchiste, mais fondamentalement prolétarienne du nom de son acteur principal. Il faut un prolétariat très développé, de hautes technicités et à forte productivité pour diriger une révolution prolétarienne moderne.

Commentaire de Résistance 71: pour clarifier, le prolétariat est constitué de tous les gens qui n’ont rien d’autre que leur force de travail à vendre pour survivre en société marchande. Le prolétariat représente 99,9% de la population mondiale.  Nous sommes d’accord avec l’essentiel de ce point, la dernière phrase nous hérisse quand même, quand Robert parle de “forte productivité”… On dirait un patron exploiteur qui parle. faudra réviser la sémantique… Il convient de dire qu’en révolution sociale achevée, il n’y aura plus que production pour consommation et  dissémination, car il n’y aura plus de valeur marchande, plus d’argent, plus de salaires. production et consommation il y aura, mais sans plus aucune connexion avec une quelconque valeur/rapport marchande.

2 La révolution prolétarienne ne pourra être menée à terme avant que la totalité des moyens de production et des forces productives, que le mode de production capitaliste est capable de valoriser, ait été engagée dans le procès de production. Marx soulignait qu’un mode de production ne disparaît «jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu’il est assez large pour contenir». (6) De nos jours, le système capitaliste a-t-il atteint ce point de rupture sans retour (?) voilà une des questions importantes que les organisations révolutionnaires prolétariennes devraient examiner. (7)

Commentaire de Résistance 71 : La sempiternelle “fatalité” marxiste de la marche inéluctable capitaliste, catéchisme toujours rabâché du “toute tentative révolutionnaire est vouée à l’échec tant que le capitalisme n’est pas allé au bout du bout du banc”… ça aiderait qu’il y aille bien entendu, mais il trouve, son oligarchie, trouve sans cesse des moyens de le faire muter pour repartir avec ou sans guerre. Il est en train de muter à l’heure ou nous en discutons. Il faut comprendre une chose, une bonne fois pour toute: le capitalisme ne tombe pas du ciel, il n’est pas une “fatalité”, c’est une CREATION HUMAINE et à ce titre, n’étant en rien universel peut être DEFAIT tout comme il a été FAIT. Il suffit de le vouloir et de dire NON ! Ceci est une décision politique qui part de l’individu conscient et critique et qui irradie vers le collectif. Ceci constitue la position anarchiste de la révolutions sociale consciente et critique, ici et maintenant, ancrée dans la réalité de la décision d’arrêter quelque chose qu’on a mis en marche, le plus simplement du monde. Cela aidera de le faire en phase de crise du capital, mais la problématique la plus importante est la conscience humaine et la décision d’agir pour retrouver son humanité, pour être plus pleinement humain.

  1. Pendant les périodes de croissance puis de stagnation du mode de production, la lutte de classe dans l’instance économique est dominante et déterminante. Ce n’est que pendant les phases insurrectionnelles populaires, puis révolutionnaires prolétariennes que la lutte dans les instances idéologique et politique devient déterminante. Alors, la classe révolutionnaire saisit son sort, et celui de toute l’humanité, entre ses mains et oriente son destin en construisant le nouveau mode de production émergeant de l’ancien.

Commentaire de Résistance 71: Oui sur le fond, mais il ne faut pas se tromper de cause. Le “mode de production” si cher aux marxistes n’est pas le pilote, il est une dérive. La cause première est celle du POUVOIR, de la prise de décision. Celle-ci doit être ramenée dans le corps social pour être l’affaire de tous. De là surviendra un “changement de mode de production” car il n’y aura plus de division politique possible, plus de relation décideur/subordonné, oppresseur/opprimé, donc plus non plus de division économique possible. Tout découlera de cela. L’essence de la révolution sociale n’est pas économique mais politique. C’est le changement de rapport, d’attitude au pouvoir dans la société humaine, qui amènera l’émancipation et la fin de ses dérives “économiques” dont le capitalisme n’est qu’un des avatars, un des cancers serait un terme plus approprié en la circonstance..

  1. À l’image de la globalisation et de la mondialisation du mode de production capitaliste la révolution prolétarienne sera mondiale ou ne sera pas. Toute révolution locale, nationale ou régionale sera subjuguée et anéantie par les restes de l’ancien mode de production capitaliste bourgeois. C’est l’internationalisation de la révolution prolétarienne qui assurera sa victoire.

Commentaire de Résistance 71: nous sommes d’accord … mais cela partira d’état de conscience d’abord individuel puis collectif et d’action localisés qui se confédèreront. D’où la nécessité de former un Réseau de Résistance et de Rébellion International tel qu’appelé par la révolution sociale du Chiapas au Mexique.

  1. Si les conditions objectives de la révolution et du renversement du mode de production capitaliste ne sont pas réunies, les organisations qui surgiront à l’occasion d’une insurrection avortée, ou d’une révolte locale, nationale ou régionale disparaitront ou se mettront au service des intérêts de la classe hégémonique.

Commentaire de Résistance 71: Cela se produit souvent, mais ce n’est pas inéluctable, cf nos commentaires plus haut… Deux fenêtres doivent correspondre pour que LA révolution sociale (il n’y en aura qu’une, qui n’a pas encore eu lieu, nous sommes d’accord là dessus) se produise:

  • Une phase dépressive de la gouvernance étatico-capitaliste
  • Une conscience politique optimum de la classe révolutionnaire (qui constitue nous le rappelons 99,9% de l’humanité)

Jusqu’ici, nous avons été historiquement plusieurs fois en phase 2 mais pas en phase 1, en ce moment même, la phase 1 se précise, mais nous n’avons pas la seconde fenêtre, la conscience politique générale est au 36ème dessous. Il n’y a pas besoin d’avoir 100% ou 90% de gens conscients et actifs, 10-15% suffisent pour insuffler un modèle viable, pourvu que le pouvoir soit immédiatement redilué mondialement dans les peuples. Nous devons cibler la « solution à 10% »

  1. Les organisations de classe n’engendrent pas la classe sociale, elles en sont le reflet. Si les organisations politiques se disant prolétariennes passent de la révolution à la réaction, c’est que les conditions objectives et subjectives de la révolution ne sont pas à maturité et rien ne pourra y changer. Il faut recommencer comme l’histoire du mouvement ouvrier nous là enseigné.

Commentairee de Résistance 71: traduit en langage courant, Robert dit peut-être la même chose que nous ci-dessus… Est-ce le cas ?

  1. L’État est l’appareil administratif de la classe capitaliste et la structure de répression de la classe prolétarienne. Le mouvement prolétarien révolutionnaire rejette le réformisme et ne cherche en aucun cas à conquérir, ou à participer et se compromettre dans l’administration de l’appareil d’État bourgeois, mais à le détruire. (8)

Commentaire de Résistance 71: La classe capitaliste est le dernier avatar du schéma de division politique initial de la société humaine. L’État pré-existe le capitalisme, il est l’outil de préservation de la division politique de la société et est devenu il est vrai depuis environ les guerres napoléoniennes, une dépendance du système économique hégémonique.

  1. La classe prolétarienne existe en soi et pour soi – par elle-même, indépendamment de toute avant-garde, de toute avancée de la conscience de classe, et de toute organisation de classe –. C’est l’exploitation via le procès de valorisation du capital qui produit la classe des esclaves salariés prolétarisés (producteurs de plus-value). C’est l’instinct de conservation et de reproduction de la classe qui produit la lutte de classe. C’est la lutte de classe qui sécrète la conscience de classe et génère les militants apte à la formaliser.

Commentaire de Résistance 71 : “l’exploitation via le procès de valorisation du capital” est une conséquence de la division politique initiale de la société. L’économique est une dérive du politique. La révolution sociale est la question du pouvoir. L’exploitation est politique avant que d’être économique même si sous le mode capitaliste (inventé par l’humain, donc non-universel et totalement réversible dans le sens de la possibilité de son éradication, acte décisionnaire politique, lié au pouvoir de décision), l’économique a pris une dimension des plus envahissantes par la dictature de la marchandise. Il y a deux classes: dominants/dominés, elles sont crées par la division politique de la société qui doit cesser. Le résultat économique n’est qu’une dérive de cette tare initiale, qu’il faut corriger.

  1. Le rôle et la mission des organisations révolutionnaires de la classe prolétarienne sont de « révéler » (porter à la connaissance) et de formaliser la conscience de classe spontanée « en soi » pour l’aider à se constituer en conscience « pour soi », consciente de ses intérêts de classe. La classe prolétarienne est la seule classe sociale qui porte le projet de créer un mode de production sans classes sociales antagonistes.

Commentaire de Résistance 71: Oui mais cela ne se fera qu’après la redilution du pouvoir dans le corps social. Le principe égalitaire provient de cet acte politique primordial, c’est la racine de l’affaire, son essence radicale !

10. L’internationalisme est l’avenir de la classe prolétarienne tout autant que la globalisation et la mondialisation sont le devenir de ce mode de production jusqu’au moment de son abolition. L’internationalisme est dans la nature de la classe prolétarienne, il est donc l’unique perspective du mouvement et de ses organisations de classe.

Commentaire de Résistance 71: Oui, embrassons notre complémentarité et lâchons-prise de l’antagonisme induit. Il y a nécessité de créer comme l’ont appelé les Zapatistes du Chiapas à un Réseau de Résistance et de Rébellion International dont nous nous faisons l’écho…

11. Le nationalisme fut un passage obligé du mode de production capitaliste bourgeois. Le nationalisme est un reliquat bourgeois qui contamine l’idéologie et la politique prolétarienne que les organisations du mouvement prolétarien doivent œuvrer à extirper de la conscience de classe afin de permettre à la perspective internationaliste de s’imposer, hégémonique. (9)

Commentaire de Résistance 71 : Les nationalismes sont les bases de l’affirmation suprémaciste, ils sont vecteurs de la division et de l’antagonisme dont se nourrit et dépend la classe minoritaire dominante pour survivre et maintenir le statu quo oligarchique. Nous devons lâcher-prise des antagonismes induits et embrasser la complémentarité de la diversité amenée à la conscience par un processus de pensée et d’action critiques sur la transformation du monde.

Quelques éléments de réponse à tout ça dans notre “Manifeste pour la société des sociétés”.

Historicité révolutionnaire moderne

De ces principes que l’histoire de la lutte de classe nous a légués ils découlent que la Commune de Paris, la Révolution russe de 1917, les insurrections populaires européennes dans les années vingt et trente, la Révolution espagnole (1930-1939), la Révolution chinoise (1949), la Révolution cubaine (1959) et toutes les Révolutions de libération nationale dans les pays sous-développés du tiers-monde féodal ont été des révolutions démocratiques bourgeoises visant à assurer le plein épanouissement du mode de production capitaliste, c’est-à-dire de ses moyens de production et de ses forces productives sociales. La phraséologie populiste – ouvriériste – dont ont a affublée ces révolutions a été superfétatoire, alors que la classe prolétarienne mondialisée, industrialisée, mécanisée, informatisée, numérisée, de haute technicité et à productivité élevée n’existait pas à cette époque dans ces pays souvent arriérés.

Les organisations faisant partie du mouvement révolutionnaire prolétarien ne devraient pas colporter les accusations dogmatiques de « trahison du prolétariat », et de « contrerévolution » que les réformistes et les opportunistes diffusent à propos de cette période historique (1870-1990). Ces élucubrations sectaires et dogmatiques cherchent à accréditer le mythe que la Révolution russe, la Révolution chinoise, les révolutions espagnole, cubaine, vietnamienne ou coréenne menées par des serfs, des paysans sans terre, ou des moujiks – chair à canon de la bourgeoisie  – auraient pu se transformer en révolution prolétarienne mondiale sans prolétariat puissant et dominant le procès de production (!) et permettre de construire le mode de production communiste internationaliste hypermoderne et productif sur les ruines du féodalisme décomposé et dégénéré.  Ou encore, ces prétentions tentent d’accréditer l’utopie qu’il existerait une voie de transition du mode de production féodale au mode de production communiste prolétarien appelé le « socialisme », il n’en est rien. L’humanité ne peut faire l’économie d’une période historique – ni d’un mode de production. La Révolution en Russie féodale ne pouvait accoucher que du capitalisme libéral ou du capitalisme d’État. Le Parti bolchévique, qui s’est substitué à la classe prolétarienne balbutiante de la Russie tsariste arriérée, a choisi Lénine, puis Staline pour ériger le capitalisme d’État en URSS et ce fut un grand succès capitaliste comme l’atteste la victoire soviétique dans la Grande Guerre Patriotique. En Chine, après l’échec de Mao Zedong, Deng Xiaoping reçut une mission analogue et ce fut un grand succès capitaliste comme l’atteste l’émergence de l’impérialisme chinois contemporain. Pour trahir la « révolution prolétarienne », il aurait fallu que le prolétariat soit majoritaire, sur un pied de guerre et à la manœuvre dans ces insurrections, et finalement au pouvoir suite à ces révolutions nationales, et capables d’entreprendre la construction du mode de production prolétarien dans le monde entier, ce ne fut pas le cas comme l’histoire l’a démontré. (10)

La révolution en devenir

La révolution prolétarienne n’est pas derrière nous camarades elle est devant nous.

Dans ces pays, les tentatives d’insurrection populaires auxquelles le commencement de prolétariat balbutiant prêta son concours courageux auront servi d’apprentissage et deviendront un bagage expérimental pourvu que les militants prolétariens révolutionnaires sachent rompre avec la vision réformiste et ses suites; qu’ils cessent de s’épancher sur le passé et sur les textes « sacrés »; (11) et qu’ils sachent en tirer les enseignements utiles pour l’avenir de notre classe et pour la révolution prolétarienne en devenir. C’est la classe qui est le facteur dominant et déterminant, ses organisations et leur conscience commune en sont le prolongement. Aussi surement que le capitalisme a remplacé le féodalisme aristocratique, le communisme prolétarien remplacera le capitalisme bourgeois. (12)

NOTES

  1. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/debat-dans-le-camp-proletarien-quest-ce-que-le-parti-nuevo-curso/
  2. Robert Bibeau (2017) La démocratie aux États-Unis. Les mascarades électorales. L’Harmattan. Paris. 150 pages. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/la-democratie-aux-etats-unis-les-mascarades-electorales/
  3. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/debat-dans-le-camp-proletarien-quest-ce-que-le-parti-nuevo-curso/
  4. Qu’est-ce que le parti ? (Nuevo Curso) (2018) http://igcl.org/La-classe-comme-parti
  5. Le Groupe Nuevo Curso ne dit pas autrement quand il écrit : «Le fameux « parti de classe » ne peut exister que dans les époques révolutionnaires quand une partie significative des travailleurs fait sien le programme historique de classe comme seule forme pour que sa lutte continue de se développer.» http://www.les7duquebec.com/7-au-front/debat-dans-le-camp-proletarien-quest-ce-que-le-parti-nuevo-curso/
  6. Marx (1859) Contribution à la critique de l’économie politique.
  7. Robert Bibeau (2014) Manifeste du parti ouvrier. Éditions Publibook. Paris. 225 pages. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/le-manifeste-du-parti-ouvrier/ Depuis un siècle deux grandes Guerres ont laissé croire que le mode de production capitaliste avait atteint son zénith et que le capital détruisait ainsi une partie de ses surplus afin de réamorcer sa capitalisation (valorisation-reproduction élargie). C’est une erreur, ces deux guerres furent des moments de partage des ressources et des zones d’expansion du mode de production capitaliste vers l’Asie, et vers l’Afrique, deux continents colonisés qui demandaient à être néocolonisés, ce qui fut réalisé après la Seconde Guerre lors des mouvements de soi-disant « libération nationale » bidon.
  8. Robert Bibeau (2018). La démocratie aux États-Unis. Les mascarades électorales. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/la-democratie-aux-etats-unis-les-mascarades-electorales/ depuis la social-démocratie de la IIe Internationale et depuis l’Eurocommunisme le mouvement prolétarien connait la ligne de démarcation entre le réformisme parlementaire et la révolution.
  9. Robert Bibeau (2017) Question nationale et révolution prolétarienne sous l’impérialisme moderne L’Harmattan. 150 pages. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/question-nationale-et-revolution-proletarienne-2/
  10. Robert Bibeau (2014) Manifeste du parti ouvrier. Éditions Publibook. Paris. 225 pages. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/le-manifeste-du-parti-ouvrier/
  11. Lénine et Les thèses d’avril, phare de la révolution prolétarienne sur le site du CCI : http://fr.internationalism.org/revorusse/chap2a.htm
  12. Les conditions objectives et subjectives de la révolution prolétarienne. (Juin 2015) http://www.les7duqu ebec.com/7-au-front/les-conditions-de-la-revolution-proletarienne-1/ et http://www.les7duquebec.com/7-au-front/les-conditions-de-la-revolution-proletarienne-2/

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Lectures complémentaires:

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Marshall-Sahlins-La-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

JP-Marat_Les_chaines_de_lesclavage_Ed_Fr_1792

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

Que faire ?

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Bakounine_et_letat_marxiste_Leval

Sutton_Wall-Street_et_la_Révolution_Bolchévique

Les_amis_du_peuple_révolution_française

6ème_déclaration_forêt.lacandon

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Analyse politique: De la relation marxisme anarchisme (René Berthier)

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Ce texte de René Berthier ci-dessous fait écho à un de ses précédents textes: « L’anarchisme dans le miroir de Maximilien Rubel » que nous avons relayé sur ce blog. La situation politico-sociale mondiale se dégradant de plus en plus, on assiste à une tentative de remodelage de la division de la gauche radicale par l’oligarchie en place, surtout de récupérer les mécontentements et de les canaliser dans le « système de parti » s’étalant de l’extrême gauche à l’extrême droite du capital. Il importe peu aux oligarques qui est récupéré par qui, mas essentiellement que les mécontents trouvent TOUJOURS leur place au chaud.. dans le système afin de toujours faire tourner en rond la pensée sans qu’elle puis accoucher de quelques solutions viables et émancipatrices que ce soit.
Il est donc toujours pertinent de savoir qui est qui et qui fait quoi, tout en tentant de réunir les gens sous une pensée et une action critiques non récupérables par le système et ses rouages bien huilés à maintenir la division induite.
On entend bien des choses ces jours-ci et les tentatives de récupération vont bon train. Il s’agit de garder bon pied, bon œil et de ne pas se laisser rouler dans la farine. 
Le mot d’ordre pour une véritable émancipation doit demeurer:
A bas l’État ! A bas la société marchande ! A bas le salariat !
Pour que vive la société des sociétés !
~ Résistance 71 ~

 

 

Marxisme & anarchisme: rapprochement, synthèse ou séparation ?

 

René Berthier

2007

 

Un petit livre vient de paraître signé par Olivier Besancenot et Michael Löwy, intitulé Affinités révolutionnaires – Nos étoiles rouges et noires, sous-titré « Pour une solidarité entre marxistes et libertaires ». (Mille et une nuits) Sans préconiser ouvertement une « réconciliation » entre marxistes et libertaires, ce livre entend mettre en relief les « convergences » entre les deux courants. Je n’ai pas le temps de répondre point par point aux propos tenus par les deux auteurs – je le ferai en temps voulu. En attendant, j’ai ressorti de mes tiroirs un texte écrit il y a 25 ans et qui constitue en quelque sorte une réponse anticipée au livre de Besancenot/Löwy. Texte écrit vers 1989 dans le cadre d’une formation interne du groupe Pierre Besnard de la Fédération anarchiste. Légèrement repris en octobre 1999. La conclusion a été réécrite en 2007.

MARXISME ET ANARCHISME : Rapprochement, synthèse ou séparation ?

L’effondrement du bloc soviétique semble susciter chez certains camarades des craintes concernant l’éventuelle récupération d’idées propres au mouvement anarchiste par les survivants du marxisme, soucieux de se refaire une virginité.

C’est là une crainte justifiée, et cette récupération n’est pas un phénomène nouveau, puisqu’elle a commencé du vivant même de Marx, et elle a été dénoncée par Bakounine lui-même.

Je pense que la première mesure à prendre pour contrer de telles récupérations serait d’exprimer nos propres positions de façon claire et publique. Or, c’est loin d’être le cas. Imagine-t-on par exemple que le marxisme aurait pu exister si les œuvres de Marx, Engels et Lénine n’avaient jamais été publiées et commentées dans des ouvrages au prix abordable pour le plus grand nombre ? Or, que se passe-t-il avec les idées anarchistes ? Les livres de Bakounine de Proudhon et Kropotkine sont pratiquement introuvables et il n’existe à ma connaissance aucun commentaire digne de ce nom, strictement anarchiste, de ces auteurs. Nous sommes donc les premiers à porter la responsabilité de la récupération de nos idées par nos adversaires politiques.

 

 

I. – CE QUI EST IRRÉCUPÉRABLE DANS LE MARXISME

La première question qu’on peut se poser est : qu’est-ce qui est irrémédiablement irrécupérable dans le marxisme. C’est une question à laquelle il n’est pas possible de répondre si on ne précise pas de quel marxisme on parle.

Je dirais qu’on peut répondre à partir de trois niveaux :

1. – Le marxisme en tant que corpus théorique

Il s’agit de ne prendre en considération que les textes de Marx lui-même, et à la rigueur ceux d’Engels, dans leur totalité, y compris la correspondance, pour tenter de comprendre ce qu’il a voulu (ou ils ont voulu) dire réellement. C’est la démarche la plus scientifique, et qui permet de se faire, intellectuellement parlant, l’idée la plus juste. Mais il est évident que le marxisme ne se limite pas à cela ; il est un mouvement réel et multiple, qui interprète lui-même ses pères fondateurs, et pas seulement un corps de doctrine figé.

2. – Le marxisme dans son application du vivant même de Marx

On connaît cette fameuse phrase de Marx : « Tout ce que je sais, c’est que je ne suis pas marxiste. Cette phrase a souvent été interprétée comme un rejet de la part de marx de l’existence d’une doctrine qui se réclamerait de lui. Ce n’est pas du tout cela, si on considère dans quel contexte il a fait cette déclaration. Il venait de lire un ouvrage particulièrement indigeste de Paul Lafargue, Le déterminisme économique de Karl Marx. Ce dernier s’écria : « Si c’est cela le marxisme, moi Karl Marx, je ne suis pas marxiste. » Marx s’en prend à Lafargue, pas au marxisme. Or cette citation, en général tronquée, a souvent été utilisée pour dire le contraire de ce qu’elle dit.

3. – Le marxisme dans ses interprétations posthumes : le léninisme

Aborder la question du léninisme présente deux intérêts : le premier est lié à la compréhension de la révolution russe ; le second est de comprendre les positions des héritiers de Lénine aujourd’hui.

Le fondement de la position de Lénine est que le prolétariat ne peut acquérir la conscience révolutionnaire que par l’intermédiaire des intellectuels d’origine bourgeoise, parce que ce sont eux qui détiennent la « science », pas les prolétaires. Cette thèse est largement développée dans Que faire ?, livre que Lénine écrivit en 1903. Mais l’idée en elle-même n’est pas de lui, elle est, entre autres, de Karl Kautsky, un social-démocrate allemand.

Par eux-mêmes, les ouvriers ne peuvent accéder qu’à la conscience « trade-unioniste » (syndicaliste), c’est-à-dire réformiste, revendicative. Selon Lénine, « le porteur de la science n’est pas le prolétariat, mais les intellectuels bourgeois : c’est en effet dans le cerveau de certains individus de cette catégorie qu’est né le socialisme contemporain, et c’est par eux qu’il a été communiqué aux prolétaires intellectuellement les plus développés… » (Que faire ?)

Pour comprendre le sens de la thèse léniniste, il faut considérer trois choses : son contexte historique et social ; son contenu de classe ; son objectif.

Sur le premier point, le léninisme est une doctrine caractéristique issue des couches moyennes des sociétés sous-industrialisées, à majorité agraires, sans ou presque sans classe ouvrière. En Russie en 1917, les ouvriers représentaient 3 % de la population.

Le contenu de classe du léninisme est limpide : c’est la doctrine politique des couches d’intellectuels bourgeois déclassés se posant comme direction auto-proclamée de la classe ouvrière et cherchant dans celle-ci une base sociale pour réaliser leur ascension vers le pouvoir politique. L’objectif du léninisme est, évidemment, de légitimer le pouvoir des couches sociales qui s’en réclament. La référence au marxisme ne sert qu’à camoufler le projet politique de ces couches sociales : le marxisme ne fait que leur servir d’alibi idéologique. Je pense que c’est une profonde erreur de dire que « Lénine est contenu dans Marx ». (Voire Staline…) C’est une simplification outrancière qui handicape toute tentative e comprendre à la fois le marxisme et le léninisme (voire le stalinisme.)

Il faut préciser que chez Marx il n’y a rien d’équivalent. Lorsque, parlant des communistes, il écrit dans le Manifeste qu’ils « ont sur le reste du prolétariat [je souligne] l’avantage d’une intelligence claire des conditions de la marche et des fins générales du mouvement prolétaire » et que parmi eux il y a des intellectuels bourgeois qui « à force de travail se sont élevés jusqu’à l’intelligence théorique de l’ensemble du mouvement historique », il montre que le léninisme se situe totalement en dehors du sysème de pensée marxiste. EN fait, sur cette question, Marx et Bakounine sont à peu près sur la même position.

Le bolchevisme est l’expression idéologique du retard politique et économique de la Russie tsariste. Les disciples de Lénine ne semblent pas vouloir s’interroger sur l’anomalie historique qui a instauré un régime se réclamant du prolétariat dans un pays où l’écrasante majorité de la population était paysanne et où l’économie s’était totalement effondrée.

« Marx se fiait uniquement au développement intellectuel de la classe ouvrière, tel qu’il devait résulter nécessairement de l’action et de la discussion communes » dit Engels en 1890 dans la préface de la réédition allemande du Manifeste.

Ce qui disqualifie le léninisme est que ses affirmations sont fausses. Au moment même où Lénine racontait que la classe ouvrière ne pouvait parvenir qu’à une conscience réformiste, les ouvriers de la plupart des pays industriels développaient un mouvement, le syndicalisme révolutionnaire, dans lequel ils affirmaient clairement que leur émancipation sera leur propre œuvre.

4. Le marxisme comme « science »

Le débat sur les modalités d’acquisition de la conscience révolutionnaire reste académique tant que nous sommes dans une période de lutte contre le capitalisme. Mais lorsqu’une organisation fondée sur les principes léninistes prend le pouvoir, on ne saurait s’étonner que la politique qu’elle met en œuvre soit orientée vers le monopole du pouvoir par une minorité de gestionnaires. C’est que la direction de l’avant-garde du prolétariat a, pour reprendre l’expression de Lucaks, reçu « son arme la plus effilée des mains de la vraie science », le marxisme, dont Lénine disait par ailleurs :

« On ne peut retrancher aucun principe fondamental, aucune partie essentielle de cette philosophie du marxisme coulée dans un seul bloc d’acier, sans s’écarter de la vérité objective, sans verser dans le mensonge bourgeois et réactionnaire. » [1]. »

C’est là un exemple parfait de vision idéologique. Ce genre de proclamation, motivée par le désir d’affirmer une formulation scientifique, relève à l’évidence bien plus du credo religieux, et dévoile l’ampleur de la régression intellectuelle que font subir au marxisme les conceptions léninistes. Lorsque la vérité relève moins de la constatation des faits que de l’interprétation d’un dogme, on assiste rapidement à une effroyable dégénérescence politique dont on a pu constater quelques exemples : Trotski balayant d’un revers de main les « humeurs changeantes » de la démocratie ouvrière ; Radek décidé à ne pas céder aux « clameurs des travailleurs » [2] qui ne « comprennent pas leurs vrais intérêts » ; Boukharine s’apitoyant sur les mauvaises conditions de travail… des tchékistes !

La possession de la « vraie science » constitue un véritable acte de propriété sur la classe ouvrière ; elle légitime ses détenteurs comme direction auto-proclamée du mouvement ouvrier. La moindre contestation de la ligne du parti – qu’elle s’exprime à l’intérieur de celui-ci ou à l’extérieur – ne relève pas simplement d’une divergence politique, elle est une atteinte à la « vraie science » élaborée par les dirigeants, et se situe à ce titre en dehors de toute discussion. La moindre contestation des fondements de cette « vraie science » constitue une violation qui rejette sans discussion son auteur dans les rangs de l’ennemi de classe.

Face à un problème, il ne peut y avoir qu’une solution, celle donnée par les détenteurs et interprètes patentés de la science ; les autres solutions ne peuvent être que le produit de l’idéologie bourgeoise. Est-il besoin de dire que de telles conceptions de la « science » sont tragiquement limitatives, que l’histoire des sciences montre de nombreux exemples de résultats obtenus par des méthodes différentes, et que de plus, le propre d’une théorie scientifique est d’être systématiquement remise en cause par de nouvelles hypothèses, de nouvelles découvertes ?

Lénine se dissimule derrière le concept de science pour garantir au marxisme une pérennité qu’aucune science ne se reconnaît à elle-même : la science ne peut exister que parce que :

  1. les conceptions dominantes d’une époque sont systématiquement examinées sous des points de vue différents, et, 
  2. parce qu’elles sont systématiquement rendues obsolètes par de nouvelles théories. 

Tout le problème de la « science », du point de vue de Lénine, consiste à déterminer qui, et selon quelles modalités, détermine la bonne interprétation, c’est-à-dire l’orthodoxie. Ainsi, lorsque Lénine déclare à N. Valentinov : « Le marxisme orthodoxe n’a besoin d’aucune modification, ni dans sa philosophie, ni dans sa théorie de l’économie politique, ni dans ses conséquences politiques » [3], il n’exprime pas seulement le point de vue le plus anti-scientifique possible (à savoir : une théorie scientifique – le marxisme – est immuablement valable), il expose une aberration du point de vue dialectique. Mais le problème qu’il pose est bien celui de déterminer qui décide de la bonne interprétation.

C’est là un problème aisément résolu :

« Les classes sont dirigées par des partis, et les partis sont dirigés par des individus qu’on nomme les chefs. (…) C’est l’ABC, la volonté d’une classe peut être accomplie par une dictature, la démocratie soviétique n’est nullement incompatible avec la dictature d’un individu. (…) Ce qui importe c’est une direction unique, l’acceptation du pouvoir dictatorial d’un seul homme. (…) Toutes les phrases à propos de l’égalité des droits ne sont que sottises [4]. »

On a donc affaire à une « science » qui n’est pas accessible à l’entendement par son contenu propre, par les démonstrations qu’elle peut proposer, mais qui a besoin d’être interprétée, dont les mauvaises interprétations ne révèlent pas une erreur de compréhension des faits, mais expriment des intérêts de classe ennemis, et dont l’interprétation, en définitive, ne peut être fournie que par un seul homme. Toute divergence d’opinion est nécessairement provoquée par une idéologie de classe ennemie. Pour résoudre une opposition, il faut « expliquer patiemment » ; si elle subsiste, c’est que jouent des intérêts de classe, des survivances de l’esprit petit-bourgeois, de l’anarchisme, etc.

Il n’y a qu’un seul prolétariat, dans lequel il ne peut y avoir qu’une seule pensée directrice, un seul parti qui en soit l’expression. Ainsi, dès le début de 1918, la Tchéka est présentée comme l’instrument « de la dictature du prolétariat, de la dictature inexorable d’un seul parti » destiné à anéantir « la bourgeoisie en tant que classe » [5].

Les modalités de la détermination de l’orthodoxie peuvent être (relativement) pacifiques avant la prise du pouvoir, mais après, les enjeux sont tels que, ayant épuisé toutes les procédures, en une escalade constituée d’étapes où la discussion cède progressivement le pas à la violence physique, on aboutit inévitablement à l’extermination des opposants – ceux qui sont en dehors du parti d’abord, ceux qui sont à l’intérieur ensuite.

Ainsi, lorsqu’à l’occasion du dernier round qui a opposé Zinoviev et Staline, les organisations du parti de Leningrad, fief du premier, et de Moscou, contrôlées par le second, votaient des résolutions unanimes se condamnant réciproquement, Trotski demandait ironiquement : quelle est l’explication sociale [6] ?

La question est parfaitement justifiée.

Mais on imagine aisément l’ambiance qui peut régner dans une organisation où les divergences politiques sont perçues comme l’expression – chez l’autre – d’intérêts de classe ennemis. Pourtant, la question que le marxiste Trotski aurait dû – mais qu’il ne pouvait évidemment pas – poser est : quelle est « l’explication sociale », la nature sociale d’une organisation dans laquelle les divergences se règlent dans ces termes ?

5. Le marxisme, du parlementarisme

Ce qui définit essentiellement le marxisme « réel » avant Lénine, c’est le parlementarisme. La critique bakouninienne de la politique marxiste vise la stratégie parlementaire de celle-ci. Mais il est évident que Bakounine ne pouvait pas tout savoir, à l’époque, de ce que Marx pensait de cette politique ; il fondait sa critique sur l’activité pratique de Marx. Il faut comprendre cependant que le point de vue de Marx et Engels ne se réduisait pas à un parlementarisme bêlant, dirai-je. Ils étaient très énervés par le crétinisme parlementaire de certains dirigeants socialistes allemands. Pour eux, l’action parlementaire n’était qu’une étape permettant à la classe ouvrière de prendre le pouvoir, et alors celle-ci serait en mesure d’effectuer des « empiétements despotiques », selon la formule du Manifeste, contre la propriété bourgeoise. Il ne s’agit donc pas d’un simple réformisme tout plat selon lequel la société capitaliste pourrait se transformer par des réformes graduelles en société socialiste. En fait, si on y regarde de plus près, leur position était assez proche de celle du PCF. Ceux qui connaissent le PC de près, et en particulier ses militants « avertis », savent que ceux-ci se fichent éperdument du parlementarisme et qu’ils ne se font aucune illusion à propos de l’action parlementaire [7].

Au congrès de La Haye, lors duquel les bakouniniens furent exclus, Marx déclara qu’il faut faire la part des institutions, des mœurs, des traditions des différents pays et qu’il est possible que dans certains d’entre eux, en Angleterre, en Amérique et peut-être en Hollande, les travailleurs « peuvent arriver à leur but par des moyens pacifiques », mais, ajoute-t-il, « dans la plupart des pays du continent, c’est la force qui doit être le levier de nos révolutions ». L’action parlementaire, on le voit, n’est donc envisagée que comme une action parmi d’autres. Il est vrai que cette relativisation a pu être la conséquence des critiques violentes des bakouniniens contre les illusions parlementaires. Il reste que l’action parlementaire est envisagée comme possible, ce que les anarchistes contestaient absolument.

Presque vingt ans plus tard, Engels franchit encore un pas. En 1891, alors que les deux principales revendications des révolutionnaires de 1848 sont réalisées, l’unité nationale et le régime représentatif, Engels constate que « le gouvernement possède tout pouvoir exécutif », et les « chambres n’ont pas même le pouvoir de refuser les impôts ». « La crainte d’un renouvellement de la loi contre les socialistes paralyse l’action de la social-démocratie », dit-il encore, confirmant l’opinion de Bakounine selon laquelle les formes démocratiques n’offrent que peu de garanties pour le peuple. Le « despotisme gouvernemental » trouve ainsi une forme nouvelle et efficace dans la pseudo-volonté du peuple. A l’Allemagne, Engels oppose « les pays où la représentation populaire concentre en elle tout le pouvoir, où selon la constitution on peut faire ce qu’on veut, du moment qu’on a derrière soi la majorité de la nation [8]. » Il suffirait donc que la majorité de la population soit d’accord, et que les institutions le permettent, pour que soit réalisable le socialisme. Engels ne se pose pas la question de savoir comment de tels préalables peuvent être réunis.

En 1895, enfin, Engels va jusqu’au bout de sa logique : « L’ironie de l’histoire met tout sens dessus dessous. Nous, les « révolutionnaires », les « chambardeurs », nous prospérons beaucoup mieux par les moyens légaux que par les moyens illégaux et le chambardement. » (Introduction aux Luttes de classes en France.)

On constate donc deux points essentiels : ni Marx ni Engels ne limitent l’action du mouvement ouvrier à une action pacifique et légale. Mais ils restent persuadés que là où les « institutions », les « mœurs » et les « traditions » le permettent, les ouvriers pourront par les voies légales « saisir la suprématie politique pour asseoir la nouvelle organisation du travail » (Marx). Si Bakounine a tort de réduire l’action préconisée par Marx et Engels à l’action légale [9], sa critique des illusions qu’ils se font sur la possibilité que « la vieille société pourra évoluer pacifiquement vers la nouvelle » (Engels) dans un régime représentatif authentique, reste pertinente.

On ne peut pas nier les critiques que Marx a faites de son vivant contre la social-démocratie allemande ; celle-ci, cependant, était incontestablement son héritière, malgré les influences lassaliennes. Du parlementarisme critique au parlementarisme tout court il n’y pas vraiment de frontière : l’un et l’autre jouent sur l’illusion que les élections peuvent servir à quelque chose, et il est difficile d’imaginer un mouvement où les chefs et les militants les plus avertis sauraient à quoi s’en tenir et la masse des adhérents et les électeurs seraient mystifiés.

En fait, pour savoir ce qui est irrémédiablement irrécupérable dans le marxisme dans sa forme contemporaine à Marx, il suffit de considérer les points que Bakounine s’est particulièrement attaché à critiquer : la stratégie électorale et les formes d’organisation, l’une et l’autre étant d’ailleurs parfaitement liées.

Bakounine soulignait plusieurs points :

  • « Tout le mensonge du système représentatif repose sur cette fiction, qu’un pouvoir et une chambre législative sortis de l’élection populaire doivent absolument ou même peuvent représenter la volonté réelle du peuple. » (« L’Ours de Berne et l’ours de Saint-Pétersbourg ») 
  • Si la bourgeoisie possède le loisir et l’instruction nécessaires à l’exercice du gouvernement, il n’en est pas de même du peuple. De ce fait, même si les conditions institutionnelles de l’égalité politique sont remplies, celle-ci reste une fiction. 
  • De plus (et là on touche à la « technologie » parlementaire), les lois ont la plupart du temps une portée très spéciale, elles échappent à l’attention du peuple et à sa compréhension : « prises séparément, chacune de ces lois paraît trop insignifiante pour intéresser beaucoup le peuple, mais ensemble elles forment un réseau qui l’enchaîne. » 
  • Le rôle de l’idéologie bourgeoise dans la classe ouvrière, l’influence des « socialistes bourgeois », l’existence de couches aux intérêts divergents dans la classe ouvrière : tout cela pourrait empêcher le prolétariat, même s’il était majoritaire, de parvenir à des positions homogènes. 
  • Enfin, le fait que le prolétariat (et avec lui la petite paysannerie) soit majoritaire ou non n’a que peu d’importance ; ce qui compte, c’est que c’est la classe productive. Cette idée de fonction sociale de la classe productive est essentielle, et elle est parfaitement résumée dans un texte datant de 1869, « L’Instruction intégrale » : « Il arrive très souvent qu’un ouvrier intelligent est forcé de se taire devant un sot savant qui le bat, non par l’esprit qu’il n’a pas, mais par l’instruction, dont l’ouvrier est privé, et qu’il n’a pu recevoir, lui, parce que, pendant que sa sottise se développait scientifiquement dans les écoles, le travail de l’ouvrier l’habillait, le logeait, le nourrissait, et lui fournissait toutes les choses, maîtres et livres, nécessaires à son instruction. » 

Dans de telles conditions, la question de majorité numérique n’a guère d’importance. Au moyen âge, les forces productives étaient peu développées et la productivité du travail très faible : pour entretenir un petit nombre de privilégiés il fallait une grande masse de travailleurs productifs. On peut très bien concevoir un système développé où les couches non productives (pas forcément exploiteuses, précisons-le, mais qui souvent développent une idéologie d’exploiteurs) et les couches parasitaires, sont majoritaires, simplement parce que la productivité du travail est telle qu’un nombre relativement petit de producteurs suffit pour produire la plus-value sociale nécessaire. Il suffit de regarder autour de soi et d’imaginer tous les métiers qui pourraient se mettre en grève générale illimitée sans que notre existence quotidienne en soit fondamentalement modifiée : militaires, contractuelles, huissiers, notaires, etc. En revanche, on sait ce que donne une grève des éboueurs au bout de trois jours…

Pour ce qui est du léninisme, je serai extrêmement bref : il n’y a rien de récupérable. Je pourrais prendre point par point tout ce qui définit le léninisme et le réfuter. Il me paraît plus simple de dire que le léninisme n’a rien de récupérable parce qu’il s’applique à un contexte et à une époque qui ont disparu. Le léninisme est l’idéologie révolutionnaire de la petite-bourgeoisie intellectuelle sans perspective d’avenir dans un pays sous-développé dominé par l’impérialisme, comme c’était précisément le cas pour la Russie en 1917. Ce n’est donc pas du tout un hasard si des mouvements de type léniniste ont pu fleurir dans les pays du tiers-monde sous la forme de mouvements de libération nationale. Le nationalisme des pays dominés a souvent pris la forme du léninisme parce que celui-ci était tout simplement la forme la plus adaptée à ce contexte. Comme pour le bolchevisme, le marxisme n’était qu’une couverture, un masque pour les revendications nationales. Le léninisme correspond à des conceptions archaïques, précapitalistes d’organisation et de stratégie politique.

II. – Y A-T-IL DANS LE MARXISME DES ÉLÉMENTS QU’UN RÉAMÉNAGEMENT POURRAIT CONSERVER ?

Pour commencer, la question est mal posée. Je dirais plutôt : dans le discours marxiste, y a-t-il des choses vraies ou pertinentes ? L’optique est complètement différente.

Le marxisme est un corps de doctrine que les épigones, et en particulier Lénine, ont voulu présenter comme un « bloc d’acier » cohérent où tout était bon et rien à jeter. Or, lorsqu’on prend la peine de considérer les textes de Marx dans leur ensemble, on voit un homme qui cherche, tâtonne, qui revient en arrière, qui tout au long de sa vie analyse les phénomènes sous des angles différents, etc.

– Or, du marxisme, on ne retient que le déterminisme historique, mais Marx dit aussi que sans le hasard, l’histoire humaine serait bien triste.

– Du marxisme, on retient l’exclusive explication des phénomènes historiques par les déterminations économiques, mais Engels reconnaît qu’ils ont peut-être eu tort de trop insister sur cet aspect : « C’est Marx et moi-même, partiellement, qui devons porter la responsabilité du fait que, parfois, les jeunes donnent plus de poids qu’il ne lui est dû au côté économique. Face à nos adversaires, il nous fallait souligner le principe essentiel nié par eux, et alors nous ne trouvions pas toujours le temps, le lieu, ni l’occasion de donner leur place aux autres facteurs qui participent à l’action réciproque. » (Lettre à Joseph Bloch, 21 septembre 1890.)

– Du marxisme, on retient une dialectique du développement du capitalisme en phases historiques successives, mais Marx écrit que cette « La « fatalité historique » de ce mouvement est […] expressément restreinte aux pays de l’Europe occidentale » (Pléiade, II, 1558)…

Le problème, c’est que ces réserves, qui ont été émises vers la fin de leur vie par Marx et Engels, dans leur correspondance, sont capitales. Faute d’avoir été exprimées haut et clair, publiquement, et développées, les mouvements communistes ont été mis sur les rails d’un marxisme mécaniste, simplificateur, vulgaire. Or ce sont précisément là les trois points essentiels de la réfutation théorique faite par Bakounine à l’encontre de Marx, à savoir :

  1. L’existence d’un certain indéterminisme historique ; 
  2. Le refus de tout expliquer par les déterminations économiques, même si on reconnaît que celles-ci sont capitales ; 
  3. La relativisation de la théorie des phases successives du développement historique, issue conjointement de Saint-Simon et de Hegel. 

Paradoxalement, je dirais donc que ce qui est récupérable dans le marxisme, c’est la critique qu’en fait Bakounine. Je veux dire par là que les objections de Bakounine ne nient pas le marxisme en tant que théorie explicative du social, en tant que méthode d’analyse historique et économique, elles relativisent simplement les aspects sous lesquels le marxisme a pu apparaître comme trop absolu, totalisant (voire totalitaire).

La relativisation du marxisme faite par Bakounine est quelque chose d’insupportable à beaucoup de communistes, précisément parce qu’elle resitue le marxisme dans le courant d’idées de l’époque, comme une explication du social parmi d’autres. Elle lui ôte le caractère quasi religieux qu’il avait dans l’esprit de beaucoup de communistes pour lui rendre son statut d’hypothèse scientifique, c’est-à-dire réfutable, modifiable, et qui peut être complétée. Le marxisme est ramené à ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, non plus la science absolue du social et de la révolution, mais une théorie, une « grille de lecture » parmi d’autres, ni plus ni moins valable que la sociologie de Max Weber, par exemple, ou la psychanalyse d’Eric Fromm.

Autre paradoxe : je pense que dans le marxisme est récupérable ce qui n’est pas spécifiquement marxiste. Une théorie du social part nécessairement de l’observation, et élabore, développe des concepts qui permettent de l’expliquer, et enfin propose des conclusions.

  1. Or, l’observation du social, des mécanismes économiques du capitalisme faite par Marx, est globalement la même que celle qui a été faite par Proudhon, à cette différence que, ayant vécu plus longtemps que Proudhon, Marx a pu développer ses idées plus à fond et – c’est là un point de vue personnel – beaucoup plus clairement.
    Bakounine par exemple ne dénie à aucun moment la validité de la description des mécanismes du capitalisme faite par le Capital, il critique seulement les obscurités qui rendent le livre inaccessible aux ouvriers. D’ailleurs, il reviendra à l’anarchiste Cafiero de faire un Abrégé du Capital, précisément pour le rendre accessible, et à James Guillaume d’en faire une introduction. Si on ajoute à cela que Bakounine lui-même avait commencé à traduire le livre en russe, on peut dire que nous avons là quelques accréditations qui le légitiment… 
  2. Quant aux concepts, le marxisme ne s’est pas constitué d’un coup de baguette magique, il s’est bâti sur un socle déjà existant. La plupart des concepts qu’on trouve développés dans le Capital existaient déjà quand Marx a commencé à écrire son livre. Leroux, Considérant, Proudhon et d’autres, en ont fourni une partie de la matière. Toutes les catégories économiques qu’on trouve dans le Système des contradictions de Proudhon, se retrouvent quinze ans plus tard dans le Capital. Marx en ajoute quelques autres, mais on ne peut pas reprocher à Proudhon de ne pas les avoir développées, puisqu’elles n’existaient pas non plus dans les textes de Marx contemporains du Système des contradictions. 

Il n’est pas jusqu’à la méthode employée dans le Capital qui ne soit largement redevable à Proudhon, contrairement à tout ce que les marxistes ont pu écrire par la suite.

En conclusion, on peut dire que ce qui est récupérable dans le marxisme ne l’est pas parce que c’est « marxiste », mais parce que c’est vrai. Le marxisme comme théorie explicative du social a fait la synthèse d’un certain nombre de données, de concepts, qui étaient « dans l’air » à l’époque, et que Marx a développés, explicités, mais en proposant des conclusions politiques que nous n’approuvons globalement pas.

Il reste que bien des éléments constitutifs du marxisme (mais qui, à y regarder de plus près, se retrouvent chez les auteurs contemporains ou antérieurs) sont tombés, pourrais-je dire, dans le domaine public. C’est pourquoi l’idée même qu’il puisse y avoir quelque chose de « récupérable » dans le marxisme ne me paraît même pas pertinente.

III. – LES MARXISTES PEUVENT-ILS RÉCUPÉRER QUELQUE CHOSE DE L’ANARCHISME ?

La question qui vient maintenant à l’esprit est : est-ce qu’il y a dans l’anarchisme quelque chose que les marxistes peuvent récupérer ? Il y a plusieurs possibilités : une hypothèse minimale et une hypothèse maximale, avec tous les degrés intermédiaires.

La position minimale consisterait, pour les marxistes, à reconnaître le bien-fondé des réserves faites par Bakounine à l’égard du marxisme. Si c’était le cas, nous n’aurions qu’à nous en réjouir, mais cela ne changerait pas grand chose dans la pratique. Je ne pense pas que Charles Fiterman demanderait pour autant son adhésion à la FA, et par ailleurs le comportement politique du PC n’en serait, je pense, pas trop affecté.

La position maximale pourrait être quelque chose d’analogue à celle de Maximilien Rubel. Il y a presque dix ans j’avais écrit dans IRL une polémique contre ses positions, selon lesquelles Marx était un théoricien de l’anarchisme. A vrai dire on ne peut pas absolument affirmer que sa démarche est récupératrice car il ne récupère rien de ce qu’ont pu dire les théoriciens anarchistes [10], au contraire, il ne leur reconnaît rien de valable : c’est Marx qui est le seul, l’authentique théoricien de l’anarchisme. Marx avait en projet un livre sur l’Etat, qu’il n’a jamais eu le temps d’écrire, mais qui aurait, à n’en pas douter, été le livre fondateur de l’anarchisme véritable. Ce livre, resté à l’état de projet, dit Rubel, « ne pouvait contenir que la théorie de la société libérée de l’Etat, la société anarchiste » (Marx critique du marxisme, Payot, p. 45.)

Je ne cite le cas de Rubel que comme un cas extrême, pour montrer que la possibilité d’une récupération est bien réelle. Cependant, il n’est pas contestable que les intentions de Rubel, lié à aucune organisation, chercheur isolé et à contre-courant, soient parfaitement sincères. Ce qui ne sera probablement pas le cas d’autres tentatives. « La critique de l’Etat dont il [Marx] s’était réservé l’exclusivité n’a pas même reçu un début d’exécution, à moins de retenir les travaux épars, surtout historiques, où Marx a jeté les fondements d’une théorie de l’anarchisme. » (Op cit., p. 378).

Ainsi, en dépit d’une stratégie politique, d’une praxis dont Maximilien Rubel lui-même dit qu’elle fut contraire aux principes énoncés, Marx aurait écrit, s’il en avait eu le temps, une théorie anarchiste de l’Etat et de son abolition. Les héritiers de Marx qui, jusqu’à présent, ont construit un capitalisme d’Etat peu conforme aux professions de foi anarchistes – c’est Rubel qui parle –, se sont nourris de cette ambiguïté, causée précisément par l’absence du livre sur l’Etat. En d’autres termes, semble croire M. Rubel, si Marx avait eu le temps d’écrire ce livre, son oeuvre n’aurait pas revêtu cette ambiguïté (que Rubel souligne à plusieurs reprises) ; et sa qualité d’anarchiste aurait éclaté au grand jour. La clé du problème de la destinée du marxisme et de sa dénaturation réside en conséquence dans ce Livre non écrit, dont l’absence a fait basculer le marxisme réel dans l’horreur concentrationnaire [11].

Ces quelques remarques me portent à croire que si des mouvements marxistes tentaient de se refaire une virginité théorique, ils le feraient à partir d’une redéfinition de l’Etat et de son rôle. Je pense – au-delà des outrances théoriques de Rubel – que c’est de là que viendrait le danger. C’est pourquoi il me semble que le mouvement libertaire devrait lui aussi se pencher sur la question afin d’éviter les simplismes auxquels on a habituellement droit.

Si, lorsqu’on parle de marxisme, il est nécessaire de préciser de quel marxisme il s’agit, il en est de même pour les conceptions marxistes de l’Etat. J’ai dit tout à l’heure que la récupération de thèmes anarchistes a été dénoncée par Bakounine lui-même : il s’agit du livre que Marx écrivit au lendemain de la Commune, La Guerre civile en France. C’est un ouvrage où Marx décrit la Commune en reprenant à son compte le point de vue fédéraliste, alors qu’il haïssait le fédéralisme. L’effet de la Commune, dit Bakounine, « fut si formidable partout, que les marxiens eux-mêmes, dont toutes les idées avaient été renversées par cette insurrection, se virent obligés de tirer devant elle leur chapeau. Ils firent bien plus : à l’envers de la plus simple logique et de leurs sentiments véritables, ils proclamèrent que son programme et son but étaient les leurs. Ce fut un travestissement vraiment bouffon, mais forcé. Ils avaient dû le faire, sous peine de se voir débordés et abandonnés de tous, tellement la passion que cette révolution avait provoquée en tout le monde avait été puissante [12]. »

On retrouve le même processus pendant la révolution russe, avec L’Etat et la Révolution de Lénine, qui passe pour contenir le summum de la théorie marxiste du dépérissement de l’Etat, mais qui n’est qu’un fatras confus. Lénine rédigea ce livre pour tenter de se concilier le mouvement libertaire russe, très actif, à une époque où le parti bochevik ne représentait que peu de chose.

Que se passe-t-il en réalité ? Les mouvements révolutionnaires présentent un certain nombre de constantes parmi lesquelles la prédisposition à constituer des institutions autonomes dans lesquelles les masses tentent de s’organiser. C’est là une tendance naturelle. Les avant-gardes auto-proclamées n’ont évidemment pas de place dans ce mouvement initial, mais elles font ce qui faut pour le récupérer : pour cela il leur faut aller dans le sens du poil, quitte ensuite à redresser la barre quand elles ont les choses bien en main. Dans le cas de la révolution russe, il n’est pas besoin de faire un dessin : l’histoire a montré quelle était la réalité du léninisme. Dans le cas de La guerre civile en France, il y a un moyen simple pour savoir ce que Marx pensait réellement : il suffit de se reporter à une lettre qu’il écrivit à son ami Sorge, dans laquelle il exprime sa fureur de constater que les communards réfugiés à Londres ne se sont pas ralliés à lui : « Et voilà ma récompense pour avoir perdu presque cinq mois à travailler pour les réfugiés, et pour avoir sauvé leur honneur, par la publication de La Guerre civile en France. »

Ce livre de Marx a beaucoup servi pour tenter de donner au marxisme un petit tour vaguement libertaire – au mépris de tout ce que son auteur a pu écrire par ailleurs – et il pourra encore éventuellement servir de manifeste libertaire aux marxistes qui voudraient ravaler la façade de leur doctrine. La lettre à Sorge révèle la réalité de ce que pensait Marx [13].

En matière de théorie de l’Etat et du pouvoir, on trouve en réalité à peu près tout ce qu’on veut chez Marx.

Le flirt libertaire de La Guerre civile est perçu, bien évidemment, comme parfaitement isolé par Franz Mehring ; mais Lénine, lui, en fait un dogme marxiste, parce que, à un moment donné, cela l’arrangeait et qu’il avait besoin de l’appui des anarchistes. Dans la Critique du programme de Gotha (1875), Marx ne dit pas un mot de la Commune comme forme de pouvoir révolutionnaire, tandis qu’Engels y fait une très vague allusion dans une lettre à Bebel sur la question : « Aussi proposerions-nous de mettre partout à la place du mot « Etat » le mot « Gemeinwesen », excellent vieux mot allemand répondant très bien au mot français « commune » [14]. »

Lorsque à l’occasion du vingtième anniversaire de la Commune, Engels écrit une préface à La Guerre civile, il s’exclame : « Le philistin social-démocrate a été récemment saisi d’une terreur salutaire en entendant prononcer le mot de dictature du prolétariat. Eh bien, messieurs, voulez-vous savoir de quoi cette dictature a l’air ? Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat [15]. »

Cette expression recouvre des acceptions complètement différentes, puisque en 1850, elle signifiait dictature jacobine sans représentation populaire, c’est-à-dire le contraire de ce que dit Engels en 1891. La « dictature du prolétariat » est vidée de tout son sens puisqu’elle peut désigner à la fois un régime des plus autoritaires et des plus libertaires !

Mais ce n’est pas tout. Toujours en 1891, Engels fait la critique du programme que la social-démocratie allemande se donnait à Erfurt, et il écrit : « Une chose absolument certaine, c’est que notre parti et la classe ouvrière ne peuvent arriver à la domination que sous la forme de la république démocratique. Cette dernière est même la forme spécifique de la dictature du prolétariat, comme l’a déjà montré la grande Révolution française [16]. » La même année, Engels donne donc comme modèle de la dictature du prolétariat la Commune et la république démocratique, unitaire.

En fait, la formule « dictature du prolétariat » couvre au moins trois concepts :

– Dans le Manifeste et le programme d’Erfurt, elle signifie une république jacobine et démocratique ;

– Dans le 18 Brumaire et Les Luttes de classes en France, elle signifie une dictature révolutionnaire ultra-centralisée sans représentation populaire ;

– Dans La Guerre civile, elle signifie une fédération de type libertaire.

Les conceptions sur la forme du pouvoir ouvrier chez Marx et Engels sont déterminées beaucoup plus par les circonstances de temps et de lieu – quitte à changer d’avis au cours de la même année, comme le fit Engels en 1891 – que par des principes précis. Chacun peut donc y retrouver son compte, il suffit de piocher dans le bon texte.

A ce jeu-là, nous pouvons jouer aussi. Au cas où d’aucuns voudraient absolument nous convaincre que Marx et Engels parlaient sérieusement en matière d’abolition de l’Etat, on aurait toujours la ressource de rappeler ce qu’Engels écrivait à Carlo Cafiero le 1er juillet 1871 : « Pour ce qui est de l’abolition de l’Etat, c’est une vieille phrase philosophique allemande dont nous avons beaucoup usé lorsque nous étions des blancs-becs »…

CONCLUSION

Le marxisme et l’anarchisme se sont développés séparément, certes, mais conjointement à partir de préoccupations identiques et en formulant des conclusions différentes. Cela ne diminue en rien leurs oppositions, évidemment, mais le refus de considérer leur genèse à partir de conditions identiques empêche de percevoir les points sur lesquels ils se rejoignent, et en contrepartie, ne permet pas de saisir leurs différences dans leur véritable étendue et perspective. Une telle aperception des points de convergence conduit nombre d’anarchistes à un rejet du marxisme qui ne relève plus de la connaissance ou de la raison mais de l’attitude religieuse et mystique. Par ailleurs, une telle aperception des oppositions conduit à tenter des synthèses éclectiques et parfaitement inutiles du type « marxisme libertaire ».

Ainsi, marxisme et anarchisme ne sont pas deux courants qui se sont développés dans deux compartiments imperméables ; ils inter-agissent l’un sur l’autre, posent les mêmes questions en trouvant des réponses souvent différentes. Les manifestations les plus caricaturales de ces interactions se trouvent dans les tentatives faites par certains anarchistes de constituer un « marxisme libertaire », ou par certains marxistes de se convaincre que Marx était « anarchiste ». Une telle attitude provient du constat, fait par chacune des parties concernées, de carences théoriques supposées ou réelles de leur courant. Les anarchistes qui veulent introduire certaines touches de marxisme dans leur doctrine évoquent les carences de l’anarchisme en matière d’« analyse » et se gargarisent de « matérialisme historique » et autres tartes à la crème. Ils ne font que mettre au jour leur propre ignorance et leur propre absence de réflexion sur les thèses des grands auteurs libertaires.

L’expression de « marxisme libertaire » a été inventée par Daniel Guérin vers la fin de sa vie. De formation marxiste, il adhéra à la SFIO puis du PSOP. Il fut un moment tenté par le trotskisme. Il porta un regard critique sur les mouvements et les militants se réclamant du marxisme. Il pensait qu’un certain nombre de concepts libertaires devaient être réintroduits dans le corpus de l’idéologie socialiste afin d’éviter les erreurs de la social-démocratie ou du stalinisme. Sur la plupart des questions opposant marxisme et anarchisme : centralisme ou fédéralisme, parlementarisme ou action directe sociale, dictature du prolétariat ou démocratie directe, Guérin donnait raison à l’anarchisme, et en particulier à Bakounine.

Le marxisme libertaire de Guérin n’était pas une menace contre l’anarchisme. Il était plutôt une tentative d’introduire dans la doctrine marxiste des concepts anarchistes. L’idée cependant séduisit certains anarchistes qui, à leur tour, tentèrent d’introduire dans l’anarchisme des concepts marxistes. Aujourd’hui, de nombreux militants issus du communisme, conscients de la dévalorisation du marxisme, mais surtout des carences conceptuelles du marxisme pour expliquer la société actuelle, découvrent Proudhon et Bakounine. Parler de synthèse entre les deux mouvements me paraît cependant fortement exagéré.

La conclusion générale que je tirerai de mon propos est qu’il ne faut pas se tromper d’ennemi. Si effectivement nous avons à craindre une récupération de certains de nos thèmes par des marxistes, nous devrions aussi nous pencher sur les récupérations et les dénaturations – qui ne sont pas récentes et qui sont elles aussi liées aux ambiguïtés théoriques de certains de nos auteurs – effectuées par la droite et l’extrême droite. Des cercles proudhoniens d’extrême droite du siècle dernier aux libertariens d’aujourd’hui, le danger est plus que réel.

[1] Lénine, Matérialisme et empiriocriticisme, éditions du Progrès, p. 461.

[2] « Le parti est l’avant-garde politiquement consciente de la classe ouvrière. Nous en sommes maintenant au point où les ouvriers, à la fin de leurs épreuves, refusent désormais de suivre une avant-garde qui les mène à la bataille et au sacrifice… Devons-nous céder aux clameurs des travailleurs qui ont atteint les limites de leur patience mais qui ne comprennent pas leurs vrais intérêts comme nous le faisons ? Leur état d’esprit est maintenant franchement réactionnaire. Mais le parti a décidé que nous ne devons pas céder, que nous devons imposer notre volonté de vaincre à nos partisans épuisés et démoralisés. »

[3] Valentinov, N. My talks with Lenin.

[4] Lénine, Œuvres complètes, t. 17.

[5] In : Histoire et bilan de la révolution soviétique, Association d’études et d’informations politiques internationales, Paris, 1-15 oct. 1957, p. 140.

[6] R.V. Daniels, The Conscience of the Revolution, Oxford 1960, p. 28.

[7] es lignes ont été écrites il y a une quinzaine d’années. Il est évident que l’évolution de la composition du PC par l’arrivée de nouvelles générations de militants modifie ce point de vue, qui reste cependant encore valable pour ce qui concerne les vieux crabes qui s’accrochent à la vieille ligne du parti.

[8] Dans ce genre de propos, qui n’est pas isolé, se révèle le formalisme juridique selon lequel il va de soi que si une majorité de la population décide des mesures qui vont contre les intérêts effectifs du grand capital, celui-ci respectera le verdict populaire parce que c’est la loi. Il revient à Bakounine le mérite d’avoir montré que la démocratie en régime capitaliste ne fonctionne que si elle maintient la pérennité du système.

[9] En fait c’est surtout à la social-démocratie allemande que sa critique s’en prend. Bakounine n’a pas les informations suffisantes pour connaître les critiques que Marx et Engels eux-mêmes font du légalisme des socialistes allemands.

[10] Lors d’une émission sur Radio libertaire à laquelle Rubel et moi étions invités il semblait vouloir rapprocher Marx et Proudhon et il accordait à ce dernier un crédit qu’il semblait lui refuser dans les textes rassemblés par Payot dans Marx critique du marxisme.

[11] Inutile de dire qu’une telle argumentation est une véritable aberration du simple point de vue du matérialisme historique…

[12] III, 166. Bakounine Œuvres, Champ libre.

[13] Un marxiste comme Franz Mehring observe, à propos de La Guerre civile en France, dans sa Vie de Karl Marx : « Si brillantes que fussent ces analyses, elles n’en étaient pas moins légèrement en contradiction avec les idées défendues par Marx et Engels depuis un quart de siècle et avancés déjà dans le Manifeste communiste (…) Marx et Engels étaient naturellement parfaitement conscients de cette contradiction… »

[14] Lettre d’Engels à Bebel, 18-28 mars 1875. In Sur l’anarchisme et l’anarcho-syndicalisme, Marx, Engels, Lénine. Editions du Progrès, Moscou.

[15] Cf. éditions sociales, 1968, p. 302.

[16] Cf. Marx, Engels, Critique des programmes de Gotha et d’Erfurt, éditions sociales, p. 103.

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Lectures complémentaires:

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Proudhon_Quest_ce_que_la_propriete

Du_Principe_Federatif_Proudhon

Manifeste pour la Société des Sociétés

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Bakounine_et_letat_marxiste_Leval

Sutton_Wall-Street_et_la_Révolution_Bolchévique

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Résistance politique: “Chiapas, feu et parole d’un peuple qui dirige et dont le gouvernement obéit” (essentiel EZLN version PDF)

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Présentation PDF EZLN

“Chiapas, feu et parole d’un peuple qui dirige et dont le gouvernement obéit”

 

Résistance 71

 

22 octobre 2018

 

 

— Le zapatisme n’est pas une idéologie
Ce n’est pas une doctrine à vendre et achetée
C’est… une intuition
Quelque chose de si ouvert et de si flexible que
Cela se produit en tout lieu
Le zapatisme pose la question:
“Qu’est-ce qui m’a exclu ?
Qu’est-ce qui m’a isolé ?”
En chaque endroit, la réponse est différente
Le zapatisme ne fait que poser la question
Et stipule que la réponse est plurielle
Que la réponse est inclusive…
Marcos, 1994 —

En adéquation avec l’appel venu récemment des montagnes du sud-est mexicain pour la formation d’un Réseau de Résistance et de Rébellion International contre l’oppression de la société capitaliste marchande et avec l’aide de Jo de JBL1960, nous avons compilé une bonne moitié des textes de l’EZLN que nous avons publiés, parfois traduits depuis 2012 sur ce blog, dans un pdf essentiel pour tous ceux qui désirent aller de l’avant dans l’émancipation par la pensée et l’action critiques menant sur le chemin de la complétion de notre humanité.

Après 10 ans de préparation clandestine, le cri des opprimés natifs originels de cette région du monde “¡Ya Basta!” “Assez est assez !” a retenti en 1994 et résonne toujours de plus en plus fort dans le monde, amplifié par les caisses de résonance que sont devenus les états de nos sociétés moribondes, coquilles vides de substance politique, sociale et culturelle.

Ces textes politiques essentiels, souvent émis par le porte-parole du mouvement, le charismatique et facétieux “Marcos” au nom de tous les compañeros et compañeras de la Sixta et des peuples opprimés du monde, nous montrent le chemin de la réalisation dans chaque endroit, ici et maintenant de nos sociétés émancipées par les associations volontaires qui, unifiées dans la grande compréhension de la complémentarité, créeront la société des sociétés qui réalisera pleinement l’Homme et le réconciliera avec la Nature qu’il bafoue depuis des siècles et des siècles.

 

Compilation PDF textes de l’EZLN
Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

 


« Vous êtes en territoire zapatiste en rébellion »

Les paroles ci-dessous nous expliquent qui sont les Zapatistes et affirment que leur lutte n’est pas seulement la leur, mais celle de nous tous, peuples opprimés, majorité des 99,9% trompés, bafoués, exploités et à terme assassinés par les 0,1% d’une “élite” auto-proclamée qui doit s’entendre dire une fois pour toute: “Assez, est assez !” Il suffit de dire NON ! Ensemble…

Voici qui nous sommes.
L’Armée Zapatiste de Libération Nationale.
La voix qui s’arme pour être entendue.
Le visage qui se cache pour être vu.
Le nom qui se cache pour être nommé.
L’étoile rouge qui appelle l’humanité et le monde, pour être entendue, vue et nommée.
Le demain à être moissonné dans le passé.

Derrière notre masque noir,
Derrière notre voix armée,
Derrière notre nom innommable,
Derrière nous, que vous voyez,
Derrière nous, nous sommes vous.

Derrière, nous sommes les mêmes femmes et hommes ordinaires,
Qui se répètent dans toutes les races,
Peints de toutes les couleurs,
Parlant dans toutes les langues,
Et vivant dans tous les endroits.
Les mêmes femmes et hommes oubliés.
Les mêmes exclus,
Les mêmes intolérés,
Les mêmes persécutés,
Nous sommes vous.

Derrière nous, vous êtes nous.
Derrière notre masque se trouve le visage de toutes les femmes exclues,
De tous les indigènes oubliés,
De tous les jeunes méprisés,
De tous les migrants battus,
De tous ceux emprisonnés pour leurs paroles et leurs pensées,
De tous les homosexuels persécutés,
De tous les travailleurs humiliés,
De tous ceux morts par négligence,
De tous les femmes et hommes ordinaires,
Qui ne comptent pas,
Qui ne sont pas vus,
Qui sont sans nom,
Qui n’ont pas de lendemain

Nous sommes les Zapatistes.
Nous vous avons invité pour que nous puissions nous parler,
Pour que vous voyez tout ce que nous sommes.

~ Comité Indigène Révolutionnaire Clandestin, depuis les montagnes du sud-est mexicain, le 27 juillet 1996 —

(Traduction Résistance 71 )

 

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