Archive pour terrorisme d’état

Illusion démocratique: Un nouveau cirque électoral nous est imposé… BOYCOTT de toute cette fange !

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Résistance 71

 

20 mai 2019

 

Cet appel n’est pas réservé aux Gilets Jaunes et sympathisants mais à toute personne politiquement consciente désirant radicalement  changer ce système inique et criminel de fond en comble.

Voter c’est se soumettre, voter, c’est de donner des maîtres, voter c’est acquiescer au système de la mascarade oligarchique !

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Boycott du vote !
Boycott des institutions !
Boycott de l’État y compris de l’Union Européenne oligarchique!
Boycott de la mascarade électorale !
Boycott de la société marchande et de sa dictature !

Mais boycotter ne suffit pas… Il faut entrer en résistance, entrer en abstention politique active ; c’est à dire remplacer ce que nous boycottons justement par une alternative politique : celle des assemblées populaires locales, se confédérant et court-circuitant les institutions obsolètes et criminelles de l’outil répressif étatique, tel que préconisé et mis en place par des groupes Gilets Jaunes comme à Commercy, St Nazaire et autre…

A (re)lire:

Le criminel c’est l’électeur !
De l’isoloir à l’isolement
Petit dialogue nécessaire en période électorale
Qu’est-ce que l’abstentionnisme politique ?
Voter est-ce agir ?
La fin du cirque (Résistance 71, novembre 2016)

Pour mettre fin à l’illusion démocratique:

Manifeste pour la Société des Sociétés

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Notre page « Illusion démocratique » qui regroupe un soixantaine de textes démontrant l’ineptie étatique et électorale.

 


Briser les chaînes commence par dire NON !

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Résistance politique: lectures à propager sans aucune modération… Le top 10 des PDF sur Résistance 71 !

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Résistance 71

 

17 mai 2019

 

Nous vous proposons ci-dessous le classement des 10 top pdf téléchargés par les lecteurs de Résistance 71 depuis la création de notre bibliothèque PDF qui a vu le jour avec l’étroite coopération de Jo pour la mise en page.

Il y a à ce jour 109 documents en format PDF à télécharger gratuitement sur notre page des PDF à lire et à divulguer sans modération.

Voici les 10 documents les plus lus:

1- Manifeste pour la Société des Sociétés (Résistance 71, octobre 2017)

 

2- Ashraf Ezzat Mythe Biblique

3- Un Monde sans Cancer, l’histoire de la vitamine B17

 

4- La_City_de_Londres_au_coeur_de_lempire

5- Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

6- Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

7- Meurtre par Décret version PDF

8- le bouclier du lanceur d’alerte

9- Théorie Russo Ukrainienne de l’Origine Profonde Abiotique du Pétrole

10 – Sutton_Wall_Street_et_la_montée_d’Hitler

 

A (re)lire et diffuser sans aucune modération… Merci

 


Soyons SUPRA-connectés…
Solidarité, Union, Persévérance, Réflexion, Action

Gilets Jaunes… Les Zapatistes du Chiapas nous montrent la voie… 25 ans d’autonomie à étendre au monde !

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 12 mai 2019 by Résistance 71

 

25 ans plus tard, le zapatisme poursuit sa lutte

 

Julia Arnaud

 

Mai 2019

 

Source:

https://www.revue-ballast.fr/25-ans-plus-tard-le-zapatisme-poursuit-sa-lutte/

 

Le 1er janvier 2019, les zapatistes ont célébré les 25 ans de leur soulèvement. L’occasion de réaffirmer leur engagement dans la construction, ici et maintenant, de leur autonomie et la défense de leur territoire au sud du Mexique. Leur mot d’ordre ? « Le peuple gouverne et le gouvernement obéit. » Face à la pression toujours croissante du capitalisme et des mégaprojets défendus par le nouveau gouvernement « progressiste », de nombreux soutiens nationaux et internationaux se sont exprimés au cours de ces quatre derniers mois. La répression ne faiblit pas ; la lutte non plus : récit, sur place, d’une commémoration et d’un appel, lancé le 10 avril dernier, « à lever un réseau mondial de rébellion et de résistance contre la guerre qui, si le capitalisme triomphe, signifiera la destruction de la planète »*

(*) Note de R71: Nous avons relayé cet appel et même créé une page spéciale à cet effet sur Résistance 71, ici

Le 1er janvier 1994, sortis de la nuit, les zapatistes ont occupé cinq villes du Chiapas — dont la touristique San Cristóbal de las Casas — et donné à connaître au Mexique et au monde entier leurs revendications : travail, terre, logement, alimentation, santé, éducation, indépendance, liberté, démocratie, justice et paix. Après plusieurs jours de combat et sous pression de la société civile, l’EZLN — l’organisation militaire du mouvement fondée en 1983 — et le gouvernement s’assoient à la table des négociations : elles donnent naissance, en 1996, aux Accords de San Andrés. Ils ont pour but de permettre la reconnaissance de l’autonomie et du droit à l’autodétermination des peuples indigènes1 ; sans surprise, ils ne seront jamais respectés par les gouvernements successifs. Dans une situation de contre-insurrection permanente, dans un territoire occupé par les militaires et les paramilitaires, l’EZLN et les communautés zapatistes choisissent alors la voie de la construction de leur autonomie et de la mise en pratique unilatérale de leurs exigences. En 2003, les cinq caracoles — et avec eux les Conseils de bon gouvernement — sont fondés ; ils deviennent les centres politiques et culturels des cinq zones autonomes.


« Vous êtes en territoire zapatiste en rébellion
Ici le peuple commande et le gouvernement obéit. »

À mon arrivée, en 2010, alors que les questions me brûlaient les lèvres, la première réponse que l’on m’a donnée à Querétaro, au centre du pays, bien loin du Chiapas, fut : « Mais non señorita, les zapatistes n’existent plus, c’était en 1994… » Tout le monde a entendu parler de la lutte zapatiste. Peut-être du café rebelle. Sans doute du sous-commandant insurgé Marcos. Mais peu, même au sein des espaces militants, savent ce qui se trame encore ici, en 2019, dans les montagnes du sud-est mexicain. Si depuis bien longtemps les médias officiels ont entrepris un méthodique travail de désinformation, le silence public des zapatistes n’en a pas moins été volontaire : entre 2009 et 2012, pas un seul communiqué n’a été publié alors qu’ils nous avaient habitués, par la plume dudit sous-commandant, à une prose prolifique depuis 1994. Ce mutisme était celui de la construction, en interne, de leur autonomie ; ils l’ont rompu avec fracas le 21 décembre 2012 — tandis que 50 000 membres des communautés zapatistes (les « bases d’appui ») remplissaient sans le moindre bruit les rues de San Cristóbal, poing levé, visage couvert —, par la détonation d’un communiqué des plus brefs : « Vous avez entendu ? / C’est le son de votre monde qui s’écroule, / C’est le son du nôtre qui resurgit. / Le jour qu’a été le jour, était la nuit, / Et la nuit sera le jour qui sera le jour. / DÉMOCRATIE / JUSTICE / LIBERTÉ. »

Ce monde, ils en poursuivent la création. Leur autonomie se développe jour après jour : des écoles, des hôpitaux, une autre justice, des collectifs agricoles et artisanaux ont fleuri dans toute les zones. Nous sommes de plus en plus nombreux à leur avoir rendu visite, à avoir appris à leur côtés, notamment grâce à la « Petite école zapatiste » — plusieurs milliers de personnes se sont alors rendues dans les communautés afin d’apprendre de leur quotidien et d’étudier les quatre livres de cours réalisés par des membres des différents caracoles, ceci sous le regard attentif de leur votán, ces « gardiens » et « gardiennes » qui ont accompagné chacun d’entre nous et ont répondu patiemment à nos questions. « Ici, c’est le peuple qui dirige, il a sa propre politique, il a sa propre idéologie, il a sa propre culture, il crée, il améliore, il corrige, il imagine et il va continuer de travailler » : c’est là ce que nous rappelle le sous-commandant Moisés, successeur de Marcos en tant que porte-parole depuis 2013. Quand on leur demande combien de personnes représentent les zapatistes, la réponse est évasive, toujours, mais pourtant claire : « Beaucoup ! »


Conseil de bon gouvernement 

Sur la route de la Realidad

« Demain, départ 6 heures, lever 4 heures. » Tels ont été les derniers mots des compas2 zapatistes : la Rencontre de Réseaux, qui s’est tenue du 26 au 30 décembre 2018 en terres récupérées, près du village de Guadalupe Tepeyac, afin que se rencontrent, se retrouvent et s’organisent les différents « individus, groupes, collectifs, organisations » qui luttent pour un autre monde, s’est terminée après une assemblée plénière de trois heures. Si au Mexique les horaires sont toujours assez flexibles et relatifs, ici, en territoire zapatiste, l’autodiscipline est primordiale : sans elle, ils n’en seraient pas là. « Que vous votiez ou que vous ne votiez pas, organisez-vous ! », nous ont-ils maintes fois répété. Comme dans de nombreuses communautés originaires, le changement d’heure n’existe pas pour les zapatistes ; c’est « la hora de Dios », « l’heure de Dieu », celle du monde, du soleil et de la vie — 4 heures, c’est donc 3 heures.

Les lumières s’allument, le matériel a été chargé dans des camionnettes prêtes à partir ; des visages, fatigués par ces derniers jours de discussions et ces dernières nuits de musique autour du feu, émergent des tentes. Nous sommes tous prêts à embarquer dans les bus, les bétaillères et les autres véhicules ; la longue caravane s’avance bientôt. De la Municipalité autonome rebelle zapatiste (MAREZ) San Pedro Michoacán, où s’est tenue la rencontre, jusqu’au caracol de la Realidad, dit « Mère des caracoles de la mer de nos rêves », il faut une heure et demie de route sur un petit chemin de terre qui monte, descend, serpente. Les passagers se rendorment tant bien que mal ; le convoi avance, s’arrête ; « Tiens, que se passe-t-il ? », « Rien, ce sont ceux de devant qui ont perdu les sacs sur le toit », « Ah », ça repart. Le soleil se lève, la forêt apparaît et avec elle la brume matinale que percent les montagnes — en contrebas, se dessinent la vallée et la communauté. Nous arrivons maintenant à l’entrée du village ; des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes et des anciens accueillent la caravane par de francs sourires de bienvenue. Les maisons, petites et en bois, sont pour certaines d’entre elles recouvertes de panneaux solaires.

Il y a huit ans, en pleine période de silence, j’étais venue ici. J’avais demandé à rencontrer le Conseil de bon gouvernement : les compas m’avaient donné de quoi manger et un endroit où dormir mais, à 4 heures du matin, ils m’avaient prévenu que le Conseil ne pourrait pas me recevoir et que le prochain bus passait dans 30 minutes. L’un d’entre eux m’avait murmuré : « Aujourd’hui, ce n’est pas possible, mais on te promet que la prochaine fois tu rentreras. » Cette prochaine fois arrive ce 31 décembre 2018. La journée se passe entre siestes et retrouvailles. Les discussions vont bon train : on nous interroge longuement sur les gilets jaunes qui, vus d’ici, incarnent la révolution en cours. La lumière du jour commence à faiblir et nous rejoignons le préau qui surplombe la place centrale du caracol. La foule est dense, les bases d’appui zapatistes sont au premier rang ; nous nous tassons à l’arrière ; par la porte principale, une partie des troupes fait son entrée ; un long défilé commence. Il durera plus d’une heure. Conduits par le sous-commandant Galeano (anciennement Marcos), plus de 3 000 hommes et femmes, vêtus d’une chemise marron et d’un pantalon vert accordé à leur casquette, foulard rouge autour du cou, d’abord à cheval et à moto puis à pied, avancent et, déjà, s’alignent au rythme des bâtons qu’ils frappent à chaque pas. Ils sont la nouvelle génération, les enfants de celles et ceux qui, partis de ce même lieu, étaient allés combattre et donner leur vie 25 ans plus tôt. Il n’y a pas d’armes, mais cette démonstration nous rappelle que l’Armée zapatiste de libération nationale n’a jamais baissé la garde.


L’escargot de l’émancipation !

« Nous sommes seuls »

L’assistance attend les traditionnels discours d’anniversaire. Le Conseil de bon gouvernement de La Realidad s’exprime par la voix d’une jeune commandante, qui, comme beaucoup, est née après le soulèvement de 1994. Elle déclare : « Aujourd’hui, nous célébrons nos déjà 25 ans de lutte, nous sommes les plus oubliés, les plus marginalisés, les plus exploités par le système capitaliste néolibéral. » Et poursuit : « En tant que peuple en résistance et en rébellion, nous avons compris qu’il n’y a pas d’autre chemin que celui de nous organiser, depuis n’importe quel recoin du monde. Chaque organisation a des manières et des habitudes différentes de s’organiser, mais oui, tous et toutes contre le même ennemi qu’est le système capitaliste néolibéral. » Puis, par la voix du sous-commandant insurgé Moisés, combattant de la première heure et aujourd’hui « gardien de la porte » qui interagit entre l’intérieur et l’extérieur du mouvement (depuis que le sous-commandant Marcos est parti tenter de réparer son ordinateur, selon le communiqué envoyé à cette occasion…), ces mots : « Nous sommes seuls. » Même si quelques voix affirment le contraire, nous savons que c’est vrai. Nous, la Sexta3 et les sympathisants nationaux et internationaux, sommes loin d’avoir atteint le niveau d’organisation qu’il conviendrait pour affronter la guerre en cours.

Fin 2018, le peuple mexicain a élu à sa tête Andrés Manuel López Obrador : un homme qui se réclame de la « gauche progressiste » et entend mener à bien les mégaprojets chers aux néolibéraux — le Train Maya, le Projet intégral Morelos (PIM4). Le nouveau président avait promis d’abandonner ce dernier projet, avant de le remettre à l’ordre du jour ; il vient de faire sa première victime, Samir Flores — 100 ans après Emiliano Zapata, et ce pour défendre la même cause, celle de la terre et de la liberté. Figure de l’opposition au PIM et membre du Congrès national indigène, il a été assassiné le 20 février 2019 après s’être exprimé, la veille, contre la « consultation populaire » à venir lors d’un forum organisé par le gouvernement. Ces consultations ont pour but de légitimer les mégaprojets alors que les principaux concernés — les habitants de ces terres — ont déjà exprimé clairement et ouvertement leur refus…

« Et nous ne vous avons pas menti, compañeras et compañeros, poursuit Moisés. Il y a cinq ans, nous l’avons dit au peuple du Mexique et au monde entier, que quelque chose d’encore pire allait arriver. Dans les langues que parlent celles et ceux de l’extérieur, ils l’appellent crise, hydre, monstre, mur. Nous le leur avons dit en essayant d’utiliser leurs mots, la manière dont ils parlent, mais même comme ça, ils ne nous ont pas écouté. Et, du coup, ils croient que nous leur mentons parce qu’ils écoutent celui dont je ne veux même pas prononcer le nom, celui qui est au pouvoir, je préfère l’appeler l’escroc, le fourbe. » En vue des dernières élections, les « peuples, tribus, nations et quartiers » composant le Congrès national indigène (CNI5) ont désigné une femme indigène en tant que représentante du CNI et de l’EZLN à la présidentielle de 2018. Marichuy et le Conseil indigène de gouvernement (CIG6) ont été nommés avant d’entamer une tournée dans tout le pays pour récolter les signatures nécessaires ; en raison d’un nombre insuffisant, Marichuy n’a pu se présenter mais elle a mis en évidence les vices du système électoral. Elle était la seule à représenter le Mexique d’en bas, à gauche.

Depuis plusieurs années, les zapatistes ont organisé un grand nombre d’événements afin que nous nous connaissions, que nous nous reconnaissions et que nous nous organisions. Car il y a urgence. Les victimes de la Quatrième Guerre mondiale, celle du capitalisme contre l’humanité, ne se comptent plus. Ce concept a été longuement développé par le sous-commandant Marcos dans un communiqué en date de l’année 2003 : « À la fin de ce que nous osons appeler la “Troisième Guerre mondiale” et que d’autres appellent la Guerre froide, il y a eu une conquête de territoire et une réorganisation. […] À partir de là, on voit se dessiner ce que nous appelons la Quatrième Guerre mondiale. […] La conception théorique qui donne des bases à la globalisation c’est ce que nous appelons “néolibéralisme”, une nouvelle religion qui va permettre de mener à bien le processus. Avec cette Quatrième Guerre mondiale, une nouvelle fois, les territoires sont conquis, les ennemis sont détruits et la conquête de ces territoires est administrée. […] Puisque l’ennemi antérieur a disparu, nous, nous disons que l’ennemi c’est l’humanité. La Quatrième Guerre mondiale détruit l’humanité dans la mesure où la globalisation est une universalisation du marché, et tout humain s’opposant à la logique du marché est un ennemi et il doit être détruit. En ce sens, nous sommes tous l’ennemi à vaincre : indigènes, non-indigènes, observateurs des droits humains, enseignants, intellectuels, artistes. N’importe qui se croyant libre alors qu’il ne l’est pas. »

L’heure n’est plus à la contemplation du désastre planétaire. Si les zapatistes l’ont compris depuis longtemps, et ont agi en conséquence dans leurs territoires, nous ne pouvons en dire autant. Moisés, debout à la tribune aux côtés des commandants et commandantes de l’EZLN ainsi que des représentants des Conseils de bon gouvernement, poursuit : « Nous sommes seuls. Nous sommes seuls comme il y a 25 ans », mais « nous allons faire face », « nous allons défendre ce que nous avons construit ». Les zapatistes ont déjà donné leurs vies, celle du sous-commandant insurgé Pedro7 — et de bien d’autres. « Ce n’est pas facile d’affronter depuis 25 ans ces milliers de soldats, protecteurs du capitalisme, qui sont ici, là où nous nous trouvons, nous sommes passés sous leur nez ces jours-ci. Ce n’est pas facile d’affronter les paramilitaires, ce n’est pas facile d’affronter les petits leaders qui ont aujourd’hui acheté tous les partis politiques, en particulier la personne et le parti qui sont au pouvoir. Mais ils ne nous font pas peur. Ou bien si ? Ils nous font peur, compañeras et compañeros ? » L’assemblée répond d’une seule voix : « Non ! »

« Compañeros, compañeras, celui qui est au pouvoir va détruire le peuple du Mexique mais principalement les peuples originaires, il vient pour nous, et spécialement pour nous l’Armée zapatiste de libération nationale. » Mais cette décision, ils la prennent seuls, sans engager celles et ceux qui les soutiennent et marchent à leurs côtés. La réponse du CNI-CIG ne s’est pourtant pas faite attendre : par un communiqué publié le jour suivant, ils déclarent : « Nous avertissons les mauvais gouvernements que n’importe quelle agression [contre l’EZLN] est aussi une agression contre le CNI-CIG » — et d’appeler, par la même occasion, « les réseaux de soutien dans tout le pays ainsi que les réseaux de résistance et de rébellion au Mexique et dans le monde entier à être attentifs et organisés pour agir ensemble et construire un monde dans lequel nous pourrons toutes et tous vivre ». Bien d’autres messages de soutien ont suivi. L’un d’eux a notamment été signé par des centaines de femmes ; il fait suite à la « Première rencontre internationale politique, artistique, sportive et culturelle de femmes qui luttent », convoquée par les femmes zapatistes le 8 mars 2018 au caracol de Morelia (la seconde édition a du être annulée cette année en raison des conditions de sécurité et de pression). Cette rencontre avait réuni plus de 7 000 femmes du monde entier : les femmes zapatistes nous appellent a organiser, partout, d’autres évènements de ce type « pour que la petite lumière qu’elles nous ont offerte ne s’éteigne pas ». Plusieurs rassemblements de femmes ont déjà eu lieu depuis le mois de mars dans tout le Mexique ; d’autres restent à venir (notamment au mois de juillet 2019, dans l’État de Veracruz, à l’appel des femmes du CNI-CIG). Nous espérons que d’autres encore suivront dans les prochains mois — et, qui sait, dans le monde entier.

Les zapatistes ne demandent à personne de prendre les armes ; « pendant ces 25 ans [ils n’ont] pas gagné avec des balles, avec des bombes, mais par la résistance et la rébellion ». Cette position de l’EZLN est, de longue date, sans équivoque ; elle avait d’ailleurs été rappelée lors de l’assassinat du professeur Galeano par des paramilitaires, en 2014 — Marcos avait alors symboliquement échangé sa place dans la tombe, en prenant son nom. Aujourd’hui, ils continuent de demander « justice et non vengeance ». Ce n’est pas avec des armes que l’on construit des écoles et des hôpitaux. Mais, comme l’écrit le journaliste Luis Hernández Navarro, « ce 31 décembre [2018], ils ont mis sur la table leur visage militaire. Celui qui n’implique pas de prendre une arme, mais qui implique de résister. Le message symbolique de leur déploiement ne pouvait pas être plus explicite ».

30 millions de personnes ont voté pour l’actuel président Andrés Manuel López Obrador. Dans un contexte aussi difficile que celui du Mexique où la corruption, la violence, les féminicides, la mort et les disparitions forcées sont le pain quotidien, c’est sans aucun doute l’espoir du changement qu’ont recherché les électeurs. Mais les différents gouvernements « progressistes » latino-américains de ces dernières années l’ont prouvé : les peuples originaires ne seront pas pris en compte. « Ils viennent pour nous », martèle Moisés. Et cela, le gouvernement n’a pas tardé à le confirmer : l’investiture présidentielle du 1er décembre 2018 n’a été qu’une grande mascarade. En rassemblant de soi-disant représentants des peuples indigènes, le nouvel élu s’est vu remettre le « bastón de mando », le bâton de commandement, symbole de pouvoir et de représentation dans les cultures originaires. Quelques jours plus tard, la farce s’est rejouée au Chiapas lors d’une cérémonie visant à « demander son autorisation à la Terre-mère » pour la construction du Train Maya, qui entend traverser les États de Quintana-Roo, Campeche, Chiapas et Tabasco afin d’interconnecter différentes « zones économiques spéciales » (ZEE) en atteignant la côte Pacifique, via le couloir transisthmique8, autre mégaprojet hautement contesté… « C’est ça que fait le gouvernement actuel, il consulte pour pouvoir venir nous affronter, nous, les peuples originaires et en particulier nous, l’Armée zapatiste de libération nationale, avec sa saleté de Train Maya — et, en plus, en lui donnant le nom de nos ancêtres ! Nous ne l’acceptons pas. Il peut bien lui donner le nom qu’il veut, ça ne veut rien dire. Nous ne lui avons rien demandé. Il n’a qu’à lui donner le nom de sa mère ! », poursuit le porte-parole.

Selon le gouvernement, ce projet favoriserait la mobilité, les échanges et l’emploi des peuples occupant ces territoires ; en réalité, il favorisera le tourisme de masse et le saccage des terres du Sud, si convoitées pour leurs richesses naturelles par les puissances internationales. Autrement dit : ce fut là une cérémonie pour demander à la Terre le droit d’exterminer les peuples originaires. « Qu’il se passe ce qui doit se passer, que ça coûte ce que ça doit coûter et que vienne ce qui doit venir. Nous allons nous défendre, nous nous battrons s’il le faut ! Ou non, compañeros et compañeras ? » On entend « Si ! » à l’unisson. « Donc que ce soit bien clair, compañeros et compañeras ; ici, il n’y a ni sauveur, ni sauveuse. Les seuls sauveurs et sauveuses, ce sont les hommes et les femmes qui luttent et qui s’organisent, ceux qui le font devant leur peuple. Le changement que nous voulons, donc, c’est qu’un jour, le peuple, le monde, les femmes et les hommes décident de comment ils veulent vivre leur vie, qu’il n’y ait pas un groupe qui décide la vie de millions d’êtres humains. Non ! Nous le résumons en seulement deux mots : le peuple commande, le gouvernement obéit. »

C’est ensuite par la voix d’une autre jeune commandante que s’exprime le Comité clandestin révolutionnaire indigène-Commandement général (CCRI-CG) de l’Armée zapatiste de libération nationale : « Même s’ils consultent un milliard de personnes, nous ne nous rendrons pas. Même s’ils demandent la permission à leur putain de mère, nous ne céderons pas. De 1492 à 2018, se sont écoulées 525 années de résistance et de rébellion contre les grandes humiliations étrangères et mexicaines et ils n’ont jamais pu nous exterminer. Nous, ceux de sang brun, couleur de la terre-mère, nous réitérons que nous sommes là et que nous continuerons à l’être. Un milliard d’années pourront s’écouler, les femmes zapatistes et les hommes zapatistes seront toujours là. » Sur ces mots, et après avoir annoncé qu’à partir de cet instant leur participation et leur parole passeraient par l’art, les représentants zapatistes se taisent. La foule se disperse. Poèmes, chansons : place aux délégations des différentes régions. Dans l’après-midi, une pièce de théâtre a mis en scène l’entrée des troupes dans la petite ville de Las Margaritas, le 1er janvier 1994, et la chute du compañero Pedro, tombé sous les premières balles ; en cet instant et sous nos yeux, c’est au rythme d’une guitare que l’on honore une nouvelle fois la mémoire de celui qui a « accompli son devoir » : « Quand le sous-commandant Pedro passait dans les villages, il disait toujours : “Nous devons nous préparer car la lutte continue, politique et militaire.” Alors la lutte a commencé, très secrète et très discrète, alors que les insurgés et les troupes se préparaient à devenir guérilleros en faisant très attention à leur sécurité. Aujourd’hui, que tout le monde sache que le Sup Pedro n’est pas mort, qu’il vit dans les cœurs des hommes qui, très dignement, luttent avec un immense amour pour un monde plus humain. »

Un jeune garçon s’avance, sous son passe-montagne, pour lire quelques vers : « Avec cette poésie, je te dis au revoir, / En me rappelant pour toujours ton nom, / En résistant. / Liberté. Justice. Démocratie. / Mourir pour vivre. » Puis la musique reprend. Un morceau de rap (« Nous avons une guerre à gagner et beaucoup de choses à fêter ! »). Ne pas oublier. Et pour eux, continuer — dans la joie. Éclate un feu d’artifice ; dans la nuit retentissent les slogans : « Vive l’EZLN ! », « Mort au capitalisme ! », « Vivent les Conseils de bon gouvernement ! », « Vive le Chiapas ! Vive le Mexique ! » Nous dansons jusqu’au petit matin.

Que le peuple gouverne !

« Un pas important consiste à assumer clairement la possibilité de se libérer du capitalisme, écrit l’historien Jérôme Baschet. On ne peut pas continuer de dénoncer les crimes de ce système pour finalement s’incliner devant son apparente invincibilité ou ajourner son hypothétique fin à un futur si lointain que, dans la pratique, cela signifie la même chose. » Le 10 avril 2019, à Chinameca, le CNI et le CIG se sont déclarés en état d’alerte et ont enjoint « les peuples de ce pays et les peuples du monde à [s’écouter] et à unir les chemins qui ont un même horizon, en bas et à gauche ». L’EZLN a quant à elle dénoncé les intrusions militaires qui se sont accentuées sur son territoire au cours des derniers mois, ainsi que « les mauvais gouvernements qui séquestrent l’image d’Emiliano Zapata Salazar », dont la cause est aujourd’hui honorée « sur tout le territoire que nous appelons encore le Mexique : le zapatisme ». Alors oui, le capitalisme doit mourir : c’est lui ou nous. Au Brésil, les peuples originaires et leurs territoires sont attaqués par le pouvoir fasciste, évangéliste, néolibéral ; au nord de la Syrie, où se mène l’expérience résistante du Rojava — qui a salué l’anniversaire zapatiste et dont une délégation était présente lors de la commémoration à Chinameca —, la Turquie de l’OTAN constitue une menace vitale permanente ; en France, on frappe les ZAD et on éborgne les gilets jaunes ; et partout, on traque les personnes en situation de migration. C’est pourquoi l’EZLN a réitéré son appel, ce même mois d’avril 2019, « à lever un réseau mondial de rébellion et de résistance contre la guerre qui, si le capitalisme triomphe, signifiera la destruction de la planète ». Il ne tient qu’à nous.

Notes:

1. Au Mexique, ce terme est largement préféré à celui d’« indien », controversé et, selon le contexte, parfois péjoratif.
2. De compañeros, camarades.
3. La Sexta nationale et internationale rassemble les adhérents à la Sixième déclaration de la Selva Lacandona, prononcée en 2005. Ce texte clé est une analyse politique de la situation locale et globale ; il propose de marcher ensemble contre l’ennemi commun.
4. Le PIM regroupe des centrales électriques, un aqueduc et un gazoduc. Il est contesté par les peuples originaires de ces territoires ainsi que par de nombreux scientifiques en raison des risques sismiques.
5. Cette organisation rassemble les différents peuples indigènes en lutte ; elle a été fondée peu de temps après le soulèvement.
6. Conseil rassemblant les représentants paritaires de toutes les langues composant le CNI.
7. Second commandement de l’EZLN en charge du premier régiment lors de la prise de Las Margaritas et de l’attaque de la base militaire de Comitán, en 1994.
8. Qui passe à travers un isthme.

Lectures complémentaires:

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

confederalisme_democratique

6ème_déclaration_forêt.lacandon

 

Gilets Jaunes !… D’autres combattants pour l’émancipation périssent, solidarité internationale suite au communiqué sur l’assassinat de membres du CNI au Mexique… (EZLN)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, France et colonialisme, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 7 mai 2019 by Résistance 71

En accord avec le Réseau de Résistance et de Rébellion International (3RI) mis en place par les Zapatista du Chiapas, nous réitérons ce que nous avons dit à maintes reprises:

« L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur terre. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais ! »

Gilets Jaunes, Zapatistes du Chiapas, Communes Libres d’Oaxaca et du Rojava, peuple de Zomia, Palestiniens, peuples africains opprimés, Amérindiens, Kanaks, Aborigènes d’Australie, Maoris et tous les peuples colonisésMême combat !

Parce que nous sommes tous colonisés!

Lâchons prise des antagonismes induits et mettons en place la société des sociétés, celle des communes libres confédérées ayant abandonné la dictature étatico-marchande pour enfin devenir une humanité achevée, non aliénée, émancipée du chaos de la division.

~ Résistance 71 ~

 

 

Communiqué du CNI-CIG et de l’EZLN sur le lâche enlèvement et l’assassinat de compañeros du conseil populaire indigène Emiliano Zapata de la province mexicaine de Guerrero

 

EZLN, CNI, CGI

 

6 mai 2019

 

Source:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2019/05/05/communique-from-the-cni-cig-and-the-ezln-on-the-cowardly-kidnapping-and-murder-of-companeros-from-the-emiliano-zapata-popular-indigenous-council-of-guerrero-2/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+EnlaceZapatista+%28Enlace+Zapatista%29

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le Congrès National Indigène (CNI), le Conseil de Gouvernement Indigène (CGI) et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) condamnent avec rage et douleur l’enlèvement et les assassinats de José Lucio Bartolo Faustino, membre du CGI de la communauté indigène Nahua de Xicotlán et de Modesto Verales Sebastián, délégué du CNI de Nahua. Tous deux faisaient partie du Conseil Indigène Populaire Emiliano Zapata qui est membre du CNI-CGI. Le crime a été commis par des groupes paramilitaires du cartel de la drogue qui opèrent depuis la municipalité de Chilapa de Alvarez et qui sont protégés par l’armée mexicaine ainsi que par les polices municipales et d’état.

Le 4 mai à 15H00, nos compañeros étaient à une réunion avec d’autres membres des conseils à Chilpancingo, Guerrero. Sur le chemin du retour vers leur communauté, ils furent enlevés et assassinés par ces groupes liés au narco-trafic qui agissent en toute impunité et sous la totale protection du mauvais gouvernement qui prétend adresser les demandes de sécurité et de justice des communautés indigènes. Ces communautés dénoncent depuis bien longtemps la manière dont le criminel Celso Ortega exerce et déchaîne la violence contre elles. Il convient de dire que les communautés ont depuis des années organisés leur propre police afin de pouvoir résister à la violence, l’extorsion, les menaces et la culture de la drogue qui sont imposés par deux entités criminelles dans la région de Los Ardillos et de Los Rojos. Ces deux groupes narco-criminels contrôlent les présidences des conseils municipaux de toute la région et sont protégés à la fois par l’armée mexicaine et les polices municipales et fédérales. A un moment ils parvinrent même à faire élire un de leurs leaders comme président du congrès de l’état de Guerrero.

Nous tenons pour responsables les trois niveaux de mauvais gouvernement pour ce crime lâche et odieux car ils sont coupables d’avoir réprimé notre peuple dans l’organisation de la défense de ses territoires. Nous tenons aussi pour responsable le mauvais gouvernement pour la sécurité de nos frères et sœurs des conseils indigènes.

En tant que CNI-CGI et EZLN nous envoyons toutes nos condoléances et notre solidarité vers les familles des compañeros assassinés et nous partageons avec elles la motivation de continuer sur la voie de l’autonomie et de la dignité que nos compagnons assassinés ont si vaillamment représentées. Ils sont des exemples pour toutes et tous.

Nous dénonçons sans réserve aucune l’intensification de la répression néolibérale contre les peuples, nations et tribus originels qui ne consentent en rien à ce projet de mort dans l’état de Guerrero et de fait dans tout le Mexique, ainsi que la violence utilisée pour nous imposer ces projets et la répression, les enlèvements, les disparitions et les assassinats de ceux d’entre nous qui ont décidé de semer les graines d’un nouveau monde depuis les espaces géographiques indigènes que nous sommes et où nous vivons.

Nous demandons justice pour nos compañeros

Dans l’attente…

Mai 2019

Pour la totale reconstructions de nos peuples

Plus jamais un Mexique sans nous

National Indigenous Congress

Indigenous Governing Council

Zapatista Army for National Liberation

= = =

Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_Extension ou Communication

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Effondrer-les-empires-coloniaux-par-apostasie-collective-de-jo-busta-lally

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

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Effondrer le colonialisme

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

6ème_déclaration_forêt.lacandon

confederalisme_democratique

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

 

Pédagogie critique de libération des opprimés avec Paulo Freire (suite): Extension ou Communication

Posted in actualité, altermondialisme, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 25 avril 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

25 avril 2019

 

Nous vous proposons de larges extraits d’un essai de l’éducateur radical brésilien Paulo Freire qu’il rédigea en 1969 peu avant sa « Pédagogie des opprimés », cet essai représente le second volet de la genèse de son œuvre phare pédagogique.

Dans cet essai il est question d’extension [de zone rurale] et de la communication à véritablement employer pour communiquer avec les paysans des zones impliqués. Ceci est un exemple lié à la nature agraire de la société brésilienne de cette époque, mais est parfaitement adaptable, intégrable plutôt, à toute conjoncture socio-politique.

Dans cet essai il mentionne certains thèmes clef qu’il développera plus avant dans sa « pédagogie des opprimés »:

« Les êtres humains sont humains parce qu’ils existent dans et avec le monde. Cette existence implique une relation permanente au monde aussi bien qu’une action exercée sur celui-ci. Ce monde, parce que c’est un monde d’histoire et de culture, est un monde d’hommes et de femmes, pas seulement un monde de “nature”. »

« […] Le véritable humanisme qui sert les êtres humains, ne peut en aucun cas accepter la manipulation sous quelque forme que ce soit. Pour l’humanisme, il n’y a aucune autre voie que celle du dialogue. S’engager dans le dialogue, c’est être véritable. Pour le véritable humanisme, s’engager dans le dialogue n’est pas s’engager sans implication réelle. « 

« Avec le dialogue, l’invasion culturelle ne peut pas exister. Il n’y a pas de manipulation dialogique ni de conquête, cette démarche est impossible. Ces termes sont exclusifs l’un de l’autre. »

« L’éducation est communication et dialogue. Elle n’est pas le transfert de connaissances, mais la rencontre de sujets en dialogue à la recherche de la signification de l’objectif de savoir et de penser. »

 

Paulo_Freire_Extension ou Communication
(version PDF de Jo)

Bonne lecture !…

 

Lectures complémentaires:

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Manifeste pour la Société des Sociétés

 

 

Technologie, contrôle et dictature: la 5G et l’arme informatique (Dean Henderson)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, ingérence et etats-unis, Internet et liberté, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, résistance politique, science et nouvel ordre mondial, sciences et technologies, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 22 avril 2019 by Résistance 71

 

Le matériau humide humain et l’arme ordinateur 5G

 

Dean Henderson

 

16 avril 2019

 

url de l’article original:

https://hendersonlefthook.wordpress.com/2019/04/16/human-wetware-the-5g-computer-weapon/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En 1963, les régulateurs fédéraux [aux Etats-Unis] dirent à IBM que l’entreprise ne pourrait pas promouvoir ses machines et nouveaux ordinateurs aux citoyens parce qu’ils représentaient une arme dangereuse par laquelle la désinformation pourrait être utilisé pour subvertir et soumettre des populations entières.

Quelques décennies de déréglementation plus tard, IBM fut finalement autorisée à vendre ses systèmes d’armement au monde. Dès 1993, la National Security Agency (NSA) avait fait installer des portes dérobées dans les microprocesseurs de ces armes ordinateurs, leur donnant un monopole sur le processus du chiffrage encrypté. Ceux qui furent impliqués dans ces efforts furent des gens comme John Podesta, Larry Summers, James Comey, Robert Mueller, Rod Rosenstein et George Bush Senior via l’entreprise du groupe Carlyle (NdT: dont un des frères de Sarkozy fut haut-cadre)

CISCO, connue comme “l’enfant chéri” de la NSA, fut une entreprise clef de cet effort. L’agent de la couronne (City de Londres) General Electrics (GE) fut instrumental pour procurer le logiciel volé requis PROMIS. La firme Intel (les processeurs) en croqua, installant une “télécommande agressive” sur tous ses microprocesseurs connus comme moyen de contrôle d’ingénierie mécanique. Par son nouveau Point Focal Node Trusted Remote Access Control (PFNTRAC), la NSA pouvait donc maintenant tout TRACER.

Hillary Clinton et la cohorte de sa firme de Rose Law Firm participa à cet effort par leur attaque en justice pour viol de patente pour l’entreprise Big Tech dont les sponsors militaires et de la couronne savaient déjà que les patentes et l’innovation joueraient un grand rôle dans la domination future totale tout azimut (Full Spectrum Dominance), ce qui était recherché avec cette nouvelle arme informatique.

Tandis que le gouverneur de l’état d’Arkansas Bill Clinton était occupé à utiliser Mena en Arkansas comme plateforme de financement des contras du Nicaragua par le trafic de la cocaïne et que le top de Little Rock, Jackson Stephens utilisait sa Worthen Bank pour aider la BCCI (NdT: banque de la CIA) à blanchir l’argent pillé par le FMI à de pauvres pays, Hillary aidait l’IBM Eclipse Foundation à voler le logiciel clef depuis Leader Technologies, qui deviendra plus tard… Facebook.

Des gyroscopes de cristal QRS-11 furent aussi envoyés de Littel Rock à la NSA où ils se révèreront de première importance pour le monopole du chiffrage de l’agence. Ils seront dès lors installés sur tout, des jumbo-jets aux voitures en passant par les systèmes du guidage de missiles, avec la capacité d’être allumés ou éteints par leurs contrôleurs de la NSA, les cristaux QRS-11 fourniront la base de ce qu’on appelle aujourd’hui “l’internet des choses”.

L’agent de la couronne / City de Londres SERCO a reçu le contrat pour gérer le bureau américain des patentes et toutes les patentes 5G subséquentes viendraient mystérieusement sous le contrôle de l’ancien de Hewlett Packard (HP) et fondateur d’Agilent, Richard P. Walker.

 (https://hendersonlefthook.wordpress.com/2019/03/19/whos-behind-the-5g-cull-of-humanity/)

Au moment où l’homme de l’armée et ancien d’AT&T/Bell Labs Eric Schmidt devint le CEO de Google, la fondation Eclipse d’IBM avait organisé sa sous-traitance de la Silicon Valley pour mettre en place leur rêve de 5G militarisée. Ceci impliquerait du hardware informatique qu’ils avaient déjà, des logiciels, qui bientôt allait sortir des vitrines de la NSA à la Silicon Valley et maintenant bien financées et du matériel “humide” (humain).

Le matériel “humide” signifie être humain ou tout autre créature vivante qui seraient ionisés et programmé sur une base ADN hautement personnalisée avec le hardware et le logiciel pour créer une grille 5G complètement intégrée et contrôlable, ayant la capacité d’un système de contrôle total tout azimut. L’Intelligence Artificielle (IA) imbiberait la grille, cherchant à s’auto-reproduire tout en mettant un terme à l’humanité.

Peu de temps après que Schmidt eut pris position à Google, furent mis en place Gmail, Facebook, Instagram et autres outils de collecte de données de la NSA. La Banque des Règlements Internationaux (NdT: La BRI, GQG du cartel des banques centrales privées siégeant à Bâle en Suisse) avait une faction renégate de la CIA sous son contrôle qui opérait depuis le CERN. Le temps était venu de personnaliser le matériel “humide”. Pour ce faire, tout le monde devrait être profilé émotionnellement, spirituellement et physiquement.

Alphabet, parent de Google, rafla Boston Dynamics qui était la première entreprise de robotique. L’attaque faux-drapeau de la couronne du 11 septembre sur les Etats-Unis donnerait le prétexte pour faire passer la législation du Patriot Act, qui fut ciselée par Robert Mueller et ses cohortes traîtresses affiliées à la City de Londres. Avec la constitution des Etats-Unis officiellement suspendue, les humains n’auraient donc plus aucune base légale pour résister à leur mise en esclavage future au moyen de la grille 5G.

Le GCHQ de la couronne (NdT: l’agence de renseignement britannique) a maintenant pignon sur rue à Fort Meade (Maryland) donnant toute une nouvelle signification au mandat de la FISA (Foreign Intelligence Surveillance Authority).

Le Projet Echelon a fusionné avec l’alliance des Cinq Yeux (NdT: alliance du reseignement liant la GB, les USA, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande). Toutes les communications se retrouvèrent dès lors sous observation du Board of Broadcasting Governors (BBG) ou Bureau des Gouverneurs de la Diffusion. Plus tard le président Obama établirait le Global Engagement Center  au sein du ministère des affaires étrangères pour servir de sorte de “ministère de la vérité”.

George Soros, le lieutenant de Rothschild a attendu dans l’ombre pour sortir sa dernière révolution colorée si nécessaire. Ceci impliquerait le renversement du président Trump si par hasard celui-ci ne voulait pas marcher droit avec l’agenda de mise en esclavage globale de la Couronne / City de Londres. Elle serait appelée la révolution violette, cette couleur étant celle des “familles royales” Utilisant le changement climatique de l’Agenda 21 comme marteau, les humains ont reçu le rôle de méchants dans cette production, faisant ainsi le chemin pour la nouvelle monnaie numérique des Rothschild basée sur le crédit-social (cf le modèle chinois) et l’empreinte carbone, monnaie qui sera utilisée dans la grille de contrôle 5G.

Avec Big Brother maintenant complètement en place, tout dissident opérant sur une plateforme électronique d’ordinateurs militarisés pourra être sorti de la grille depuis les sites variés  de collecte de données contrôlés par la NSA. Facebook et Twitter ont déjà banni des individus radicaux, YouTube a purgé les vidéos qui dénonçaient la 5G et les chemtrails et Amazon a banni les bouquins anti-vaccination.

La publication des dossiers d’Edward Snowden a été arrêtée en mars dernier alors que le milliardaire qui contrôle ces données se plaignaient de problèmes… d’argent. La semaine dernière Julian Assange fut abandonné par le président traître de l’Equateur Lenin Moreno, partie d’un accord en échange d’un emprunt au FMI. Ceux qui ont fait le plus attention à cette affaire ont sans doute remarqué qu’Assange ne fut pas embarqué dans un véhicule de la police de Londres, mais dans une fourgonnette, propriété de l’agent de la Couronne SERCO.

= = =

Lectures complémentaires:

https://resistance71.wordpress.com/?s=dean+henderson

Dean Henderson NOM 4 cavaliers apocalypse pétrolière et familles banquières de l’oligarchie

Comment sortir de la matrice ? En comprenant avant tout la réalité qui nous y enferme, pour ce faire:

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Zenon_Inversion

Patrice Sanchez_Sortir par le Haut !

L’essentiel-de-Resistance71-de-2010-a-2018

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Manifeste pour la Société des Sociétés

La_City_de_Londres_au_coeur_de_lempire

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Que faire ?

Théorie Russo Ukrainienne de l’Origine Profonde Abiotique du Pétrole

Appel au Socialisme Gustav Landauer

le bouclier du lanceur d’alerte

 

Gilets Jaunes, pédagogie et éducation critiques… L’éducation comme pratique de la liberté 2/2 (Paulo Freire)

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L’éducation comme pratique de la liberté (larges extraits)

 

Paulo Freire

1965

 

Titre de la version originale portugaise: “Educação Como Pratiqua da Liberdade”

 

Traduction de larges extraits de la version anglaise (Seabury Press), 1973 par Résistance 71

 

1ère partie

2ème partie

 

Société fermée et inexpérience démocratique

Note des traducteurs: dans ce chapitre, Freire parle essentiellement du cas de la société brésilienne. Nous en dégagerons brièvement la teneur essentielle.

[…] Notre colonisation, fortement prédatrice, fut fondée sur l’exploitation économique des vastes terres détenues et sur l’esclavage, d’abord autochtone puis africain. Une colonisation de ce type ne pouvait pas créer des conditions nécessaires au développement d’une mentalité perméable et flexible, caractéristiques d’un climat culturel démocratique.

[…] Dès le départ, la colonisation de Brésil fut avant tout une entreprise commerciale. Le Portugal n’avait aucune intention de créer une culture et une civilisation sur cette nouvelle terre, il n’était exclusivement intéressé que par l’aventure d’en tirer un très bon profit. Le territoire fut livré en pâture aux aventuriers. […] Ainsi, les grandes propriétés (latifundia) tournant en autarcie économique, fonctionnaient comme des systèmes en vase clos ayant un climat favorisant le despotisme, la gouvernance par décrets et la “loi” du maître des lieux.

[…] L’habitude de la soumission mena les hommes à s’adapter et à s’ajuster à leurs circonstances au lieu de rechercher à s’intégrer dans la réalité. L’intégration, l’attitude caractéristique des régimes démocratiques flexibles, demande une capacité maximum à la pensée critique. Par contraste, l’humain adapté, qui ne dialogue jamais ni ne participe à quoi que ce soit, s’accommode des conditions qui lui sont imposées et acquiert ainsi un état d’esprit autoritaire, servile et non-critique.

[…] Sans dialogue, l’auto-gouvernement ne peut pas exister, c’est pourquoi celui-ci était quasiment inconnu de nous. Il n’y a rien eu au Brésil de comparable avec les communautés agraires européennes étudiées par Joaquim Costa qui affirmait: “Depuis ses origines, toute l’humanité européenne a évolué sous un régime d’expérience politique.” Par contraste, le centre de gravité de la vie publique et privée brésilienne résidait dans un pouvoir extérieur (le Portugal) et l’autorité (coloniale). Les hommes étaient écrasés par le pouvoir extrême des grands propriétaires terriens, des gouverneurs de provinces, des capitaines militaires, des vice-rois etc. Le Brésil n’a jamais fait l’expérience d’un régime authentiquement démocratique.

[…] De plus, pendant la période coloniale, le Portugal maintint le Brésil dans une isolation quasi totale (NdT: le Brésil est devenu indépendant du Portugal en 1822 après avoir été occupé en 1500, soient 322 ans de règne colonial portugais). Des restrictions drastiques furent imposées non seulement sur les relations extérieures, mais également sur les relations entre les provinces brésiliennes elles-mêmes.

[…] Ce fut donc sur ce vaste manque d’expérience démocratique caractérisé par une mentalité féodale et soutenue par une structure économique et sociale coloniale, que nous avons tenté d’établir [à l’indépendance] et d’inaugurer une démocratie formelle.

[…]

Education contre massification

[…] La contribution spéciale de l’éducateur à la naissance de la nouvelle société devrait être une éducation critique qui pourrait aider à former de nouvelles attitudes, de nouveaux comportements critiques, car la conscience naïve que le processus historique a fait naître chez les gens les a laissés proies facile de l’irrationalité. Seule une éducation facilitant le passage d’une transition naïve vers une transition critique, augmentant la capacité de l’humain à percevoir les défis de son temps, peut préparer les gens à résister au pouvoir émotionnel de la transition.

Car lorsque les gens émergent dans un état de conscience, ils découvrent que l’élite les regarde avec mépris, en réponse, ils tendent à se comporter agressivement. L’élite, à son tour, apeurée par la menace envers la légitimité de son pouvoir, tente par la force ou le paternalisme de réduire au silence et de domestiquer la masse ; elle essaie de bloquer le processus d’émergence populaire. Ces circonstances exacerbent la climat irrationnel prévalent, stimulant les positions sectaires des castes variées. […] Ainsi, la classe moyenne, ayant peur d’une prolétarisation (NdT: alors qu’elle est elle-même partie intégrante de la classe prolétaire dans la mesure où elle n’a que sa force de travail à vendre pour survivre/vivre) et toujours à la recherche de privilèges et d’une mobilité verticale, perçoit cette émergence populaire au moins comme une menace à sa propre “paix” et réagit avec un dédain prévisible.

[…]

Nous ne pouvons certainement pas faire confiance au simple processus de modernisation technologique pour nous mener d’une conscience naïve vers une conscience critique. En fait, une analyse des sociétés hautement technologiques révèle habituellement la “domestication” des facultés critiques de l’humain par une situation dans laquelle il est dilué dans une masse et n’a que l’illusion du choix. Exclus de la sphère décisionnelle gérée par un nombre de plus en plus restreint de personnes, l’humain est manœuvré par les médias de masse au point de ne pas ou ne plus croire ce qu’il n’a pas entendu à la radio, vu à la télé ou lu dans un journal. Il en vient à croire une explication mythique de sa réalité. Comme quelqu’un qui a perdu son adresse, il est “déraciné”. Notre nouvelle éducation devra offrir à l’Homme le ou les moyens de résister à ce “déracinement”, tendance inhérente de notre civilisation industrielle qui accompagne sa capacité à améliorer les standards de vie (NdT: pas pour tout le monde néanmoins puisque des milliards sont laissés pour compte…)

Dans notre monde de haute technologie, la production de masse en tant qu’organisation du travail humain est probablement un des instruments les plus efficaces de la massification, de la réification de l’humain. En lui demandant d’agir mécaniquement, la production de masse le domestique. (NdT: l’agriculture avait déjà opérée cette domestication vers la fin du néolithique, ce qui favorisa le passage à la société étatique institutionnalisée…)

[…] On ne peut pas résoudre cette contradiction en défendant des schémas démodés et inadéquats de production, mais en acceptant la réalité et en tentant de résoudre ses problèmes objectivement. La réponse ne réside pas dans le rejet de la machine, mais plutôt dans l’humanisation de l’Homme (NdT: ceci ne pourra se produire qu’en dehors de toute relation étatique et marchande)

[…]

Ainsi la démocratie et l’éducation démocratique sont fondées sur la foi en l’Homme, sur le fait qu’ils peuvent non seulement discuter des problèmes de leur pays, de leur continent, de leur monde, de leur travail et des problèmes de la démocratie elle-même, mais qu’ils doivent le faire.

L’éducation est un acte d’amour et donc un acte de courage. Elle ne peut pas avoir peur de l’analyse de la réalité ou, dans l’embarras de se révéler comme une farce, d’éviter la discussion créatrice.

[…]

Education et Conscientização

Note des traducteurs: Dans ce chapitre, Freire parle aussi de l’expérience et du cas brésiliens, mais toujours en relation avec l’objectivité analytique de circonstance.

Ma préoccupation pour la démocratisation de la culture au sein du contexte de la démocratisation fondamentale, demanda une attention toute spéciale aux déficits quantitatifs et qualitatifs de notre éducation. En 1964 [au Brésil], environ 4 millions d’enfants en âge de scolarisation manquaient d’école ; dans la tranche d’âge des 14 ans et plus, il y avait 16 millions d’illettrés. Ces déficits alarmant constituaient un obstacle pour le développement du pays et pour la création d’une mentalité démocratique.

[…]

Il n’existe pas d’ignorance absolue ni de connaissance ou de sagesse absolue. Personne ne sait tout et personne ignore tout. La conscience dominante rend “absolue” l’ignorance afin de manipuler les soi-disants “incultes”. Si les humains sont persuadés être “totalement ignorants”, ils seront ainsi persuadés de ne pas être capables de se gérer eux-mêmes et seront sujets à une orientation, à une direction, à un “leadership” permanents de ceux qui se considèrent “cultivés” et donc “supérieurs”. (NdT: principe qui fut érigé dès l’antiquité dans la  philosophie orthodoxe telle qu’illustrée dans “La république” de Platon, le règne de l’aristocratie des “savants” gérant la plèbe pour son bien, par contraste avec la pensée organique englobante des pré-socratiques qui prévalait jusque là…)

Alors qu’ils appréhendent un problème ou un phénomène, les humains appréhendent aussi sa chaîne causale. Plus les humains comprennent la cause, plus critique sera leur compréhension de la réalité.

Leur compréhension sera à un tel point magique qu’ils ne saisiront pas la causalité. De plus, la conscience critique soumet toujours la cause à l’analyse. Ce qui est vrai aujourd’hui pourrait bien ne plus l’être demain.

La conscience critique représente “des choses et des faits existant de manière empirique, dans leurs corrélations causales et circonstancielles. La conscience naïve se considère supérieure aux faits, en contrôle des faits et ainsi libre de les comprendre comme elle le désire.

La conscience magique, par contraste, appréhende simplement les faits et les attribue à un pouvoir supérieur qui la contrôle et à qui elle doit donc se soumettre. La conscience magique se caractérise par le fatalisme, qui mène les humains à se croiser les bras, résignés à l’impossibilité de résister au pouvoir des faits.

La conscience critique est intégrée à la réalité, la conscience naïve se superpose à la réalité et la conscience fanatique, dont la naïveté pathologique mène à l’irrationnel, s’adapte à la réalité.

[…] Ceci veut dire que nous devons prendre les gens au point d’émergence et en les aidant à bouger de la transition naïve à la transition critique, faciliter leur intervention dans le processus historique.

Mais comment peut-on faire ?

La réponse semble résider en:

a) Une méthode active, dialogique, critique et stimulante sur la critique

b) Changer le contenu du programme éducatif

c) Utiliser des techniques comme le décorticage thématique et la codification

Dans un dialogue de A avec B, il y a communication et intercommunication. La relation d’empathie entre les deux pôles engagés dans une recherche commune existe. La matrice est amour, humilité, espoir, confiance, critique.

Né d’une matrice critique, le dialogue crée une attitude créatrice (Jaspers). Il se nourrit d’amour, d’humilité, d’espoir, de foi et de confiance. Lorsque les deux pôles du dialogue peuvent se rejoindre par amour, espoir et confiance mutuelle, ils peuvent alors se rejoindre dans une recherche critique de quelque chose. Seul le dialogue communique véritablement.

Le dialogue est la seule façon de faire non seulement dans les questions vitales d’ordre politique, mais aussi dans toutes les expressions de notre être. Ce n’est que par la vertu de la foi néanmoins que le dialogue a un pouvoir et un sens : dans la foi en l’humain et ses possibilités, ses capacités, par la foi de ce que je ne peux vraiment devenir vraiment moi-même que quand les autres sont aussi devenus eux-mêmes.” (Karl Jaspers, NdT: à mettre en parallèle avec ce que disait Michel Bakounine: “Je ne peux être libre que si les autres le sont..”)

Et donc nous mettons le dialogue en opposition avec l’anti-dialogue qui fut tant partie de notre formation historico-culturelle et si présent dans le climat de transition.

Dans l’anti-dialogue, A est au-dessus de B et correspond par “communiqué”, c’est une relation verticale dominant/dominé où la relation d’empathie est brisée. La matrice en est le manque d’amour, l’arrogance, le désespoir, la méfiance dans une ambiance acritique.

Cela implique nécessairement une relation verticale entre les personnes. Il y a un manque flagrant d’amour, de compassion, la relation est donc acritique et ne peut en rien induire une attitude critique positive. La relation s’auto-suffit à elle-même et est désespérément arrogante. Dans l’anti-dialogue, la relation d’empathie entre les pôles participants est brisée ; ainsi l’anti-dialogue ne communique pas, mais il fonctionne essentiellement par “communiqués”.

[…] Pour résumé, le contenu de notre nouveau programme éducatif implique le rôle de l’humain en tant que Sujet dans et avec le monde (et non pas comme Objet dans sa réification).

Avec ce point de départ, l’illettré va commencer à opérer un changement vis à vis de son ancienne attitude en se découvrant comme acteur et “fabricant” du monde de culture et découvrant qu’il/elle, aussi bien que la personne lettrée, possède une impulsion créatrice et re-créatrice. Il/elle découvrira que la culture est juste comme une figurine d’argile modelée par des artistes qui sont ses pairs, tout comme c’est le travail d’un grand sculpteur, d’un grand peintre, d’un grand mystique ou d’un grand philosophe ; que la culture est la poésie de poètes lettrés mais aussi celle des chansons populaires, que la culture de fait, est toute la création humaine.

Pour introduire le concept de culture, nous avons d’abord décortiqué ce concept en ses éléments et aspects fondamentaux. Puis, sur la base de ce décorticage, Nous avons “codifié” (représenté visuellement, par le dessin) 10 situations existentielles. Ces situations vous sont présentées en appendice de cet essai. Chaque représentation contenait un nombre d’éléments devant être “décodés” par le groupe des participants avec l’aide d’un coordinateur. Francisco Brenand, un des grands artistes contemporains brésilien, a peint ses codifications, intégrant parfaitement art et éducation.

Il est remarquable de constater avec quel enthousiasme ces illettrés engagent le débat et avec quelle curiosité ils répondent à des questions implicites à la codification. Des mots d’Odilon Ribeiro Coutinho: “Ces personnes détemporalisées commencent à s’intégrer d’elles-mêmes dans le temps.” Alors que le dialogue s’intensifie, un “courant” s’établit entre les participants, dynamique à un tel degré que le contenu des codifications correspond à la réalité existentielle des groupes.

Beaucoup des participants à ces débats affirment avec satisfaction et confiance qu’on ne leur montre “rien de nouveau, qu’ils se rappellent juste”. “Je fais des chaussures”, dit un participant “et maintenant je vois que j’ai autant de valeur que quelqu’un qui a un doctorat et qui écrit des livres.” “Demain, je vais aller au boulot la tête haute”, a dit un balayeur des rues de Brasilia. Il a découvert la valeur de sa personne. “Je sais maintenant que je suis cultivé” a dit emphatiquement un vieux paysan. Et quand on lui demanda comment se faisait-il qu’il sache maintenant qu’il était cultivé, il répondit avec la même emphase: “Parce que je travaille et qu’en travaillant, je transforme le monde.

Une fois que le groupe a perçu la distinction entre les deux mondes, nature et culture et a reconnu le rôle de l’humain dans chaque, le coordinateur présente des situations se focalisant ou servant à étendre d’autres aspects de la culture.

[…] Acquérir une alphabétisation n’implique pas de mémoriser des phrases, des mots ou des syllabes, objets sans vie déconnectés d’un univers existentiel, mais plutôt d’acquérir une attitude de création et de re-création, une auto-transformation produisant une position d’intervention dans un contexte particulier.

Ainsi le rôle de l’éducateur est fondamentalement d’entrer en dialogue avec les illettrés au sujet des situations concrètes et de simplement leur offrir les instruments avec lesquels ils peuvent s’éduquer eux-mêmes à lire et à écrire. Cet enseignement ne peut pas être fait du haut vers le bas de manière pyramidale, mais seulement de l’intérieur vers l’extérieur, par l’illettré lui/elle-même, avec la collaboration de l’éducateur. Voilà pourquoi nous avons recherché une méthode qui serait l’instrument de celui qui apprend en même temps que celui de l’éducateur et qui, de l’observation lucide d’un jeune sociologue brésilien : “identifierait le contenu d’apprentissage avec le processus d’apprentissage.

[…] Le programme est élaboré en plusieurs phases:

  • Phase 1: Recherche du vocabulaire des groupes avec lesquels on travaille. Cette recherche ce déroule au cours de rencontres informelles avec les habitants de la zone. On ne sélectionne pas seulement des mots ayant un bon poids existentiel, mais aussi des dictons, des phrases typiques aussi biens que des mots et expressions liés à l’expérience des groupes avec lesquels participent les chercheurs. Ces entretiens multiples révèlent des ennuis, des frustrations, des incrédulités, des espoirs et un désir de participer. […]
  • Phase 2: Sélection des mots générateurs du vocabulaire étudié, suivant ces critères: a) richesse phonétique b) difficulté phonétique c) ton pragmatique […]
  • Phase 3 : La création d’une “codification”, d’un code, la représentation de situations existentielles typiques du groupe avec lequel on travaille. Ces représentations fonctionnent comme des défis, comme des situations-problèmes codées contenant des éléments à être décodés par les groupes avec la collaboration d’un coordinateur. […] Les mots générateurs sont codifiés, évalués selon leur difficulté phonétique. Un mot générateur peut très bien personnifier toute une situation, ou il peut simplement référer à seulement un des éléments constitutifs de la situation.
  • Phase 4 : L’élaboration d’agendas, qui ne doivent servir que d’aides aux coordinateurs et en aucun cas de programme rigide auquel on doit obéir à la lettre.
  • Phase 5 : La préparation des cartes pédagogiques avec distinction des familles phonémiques correspondant aux mots générateurs.

[…]

Ainsi par exemple, alors que des hommes au travers de la discussion commencent à percevoir la tromperie résidant dans une publicité pour des cigarettes mettant en scène une très belle jeune femme en bikini (le fait qu’elle, son sourire, sa beauté et son bikini n’ont absolument rien à voir avec le produit: la cigarette…), ils commencent à découvrir la différence entre éducation et propagande. Dans le même temps, ils se préparent à discuter et à percevoir le même processus de tromperie dans la propagande idéologique ou politique, ils s’arment pour être capables de “dissocier les idées”. Ceci a toujours été en fait pour moi le moyen de défendre la démocratie et non pas un moyen de la subvertir.

On subvertit la démocratie (même si cela est fait au nom de la démocratie…) en la rendant irrationnelle, en la rendant rigide afin “de la défendre contre la rigidité totalitaire” ; en la rendant haineuse ; alors qu’elle ne peut se développer et s’épanouir que dans un contexte d’amour et de respect des personnes ; en la fermant, alors qu’elle ne peut vivre que dans l’ouverture ; en la nourrissant de peur alors qu’elle doit être courageuse ; en en faisant un instrument des puissants dans l’oppression des faibles ; en la militarisant contre le peuple ; en aliénant une nation au nom de la démocratie.

Nous défendons la démocratie en la menant dans un état que Mannheim appelle “la démocratie militante”, une démocratie qui n’a pas peur des gens, qui supprime les privilèges, qui peut planifier sans devenir rigide, qui peut se défendre sans haïr, qui est nourrit d’un esprit critique et non pas d’irrationalité.

Note des traducteurs: Ce texte est suivi en appendice de 10 cas d’études de situations qui furent  discutés dans des cercles culturels an Brésil. Ils furent illustrés par Francisco Brenand. A voir et lire dans le texte original, car sans les illustrations, il n’y a aucun intérêt à traduire le texte puisqu’ils sont directement inter-connectés…

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Lecture complémentaire:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Manifeste pour la Société des Sociétés