Archive pour guerres imperialistes

Crypto-monnaies + 5G = Dictature Technotronique (Dean Henderson)

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Crypto-monnaies + 5G = Dictature Technotronique

 

Bitcoin : la pierre de faîte 5G de l’élite mondialiste

 

Dean Henderson

 

18 octobre 2019

 

url de l’article original:

https://hendersonlefthook.wordpress.com/2019/10/18/bitcoin-illuminati-5g-capstone/#more-3982

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La plus grande victime de cette époque post-réalité à laquelle nous sommes soumis par une élite globale et ses mignons lècheurs de bottes de son management avec l’avènement de ce qui est appelé “les données illimitées”, est en fait la vérité.

Ceux qui défendent la vérité se retrouvent purgés des médias sociaux en masse. Ceux qui expriment les plus gros mensonges reçoivent de plus grandes plateformes médiatiques pour diffuser leur diarrhée verbale. Alex Jones ne fut qu’un leurre. La véritable cible est la gauche révolutionnaire.

L’an dernier des centaines d’Iraniens furent virés de Facebook et de Twitter, tandis que les loyaux au Shah d’Iran, le groupe terroriste du MEK (L’Organisation des Moudjahidines du Peuple), financés depuis des décennies par le MI6 britannique, le Mossad et la CIA, a trouvé que les algorithmes sont très généreux à son égard lorsqu’il s’agit de répandre leurs mensonges aristocratiques.

L’internet, création du DARPA (Defense Avanced Research Program Agency, Pentagone), demeure fermement entre les mains du complexe militaro-industriel et de la sécurité et ils utilisent une opération massive de lavage de cerveau pour parvenir à un contrôle total au travers d’un processus qui consiste en transformer les mensonges en une sorte de consensus bisounours remplissant des “standards de communauté”. Wikipedia fait partie de cette sorcellerie élitiste New Age Wiccan.

Les mensonges sont le plus souvent vigoureusement défendus par les soi-disants “facts checkers” ou “vérificateurs d’info”, qui sont soit des agents du renseignement ou des étudiants de niveau C-, seuvrés d’affection par leurs parents. Cette dernière variété de mignon est la plus insidieuse des deux car ils n’auront jamais suffisamment d’attention et de tape sympathique sur l’épaule, ce qui fait de ces personnes de parfaits Stormtroopers impériaux à vie pour le ministère de la vérité.

Beaucoup de bonnes personnes, comme par exemple Max Keiser, ont même poussé, voire même ont pris le train en marche de la crypto-monnaie en la voyant comme le sauveur de l’humanité des griffes des huit familles banquières privées du cartel du système de la banque centrale.

Ceci est un autre mensonge.

Emmenées par la Bank of America, JP Morgan Chase et Goldman Sachs, les grosses banques des huit familles, sont en train d’acheter les crypto-monnaies comme s’il n’y avait pas de lendemain, tout en investissant des milliards de dollars dans la technologie du blockchain et des technologies d’encryptage et de chiffrage. La grande nouvelle sur Wall Street est que le blockchain va amener une 4ème révolution industrielle.

Plus tôt ce moi-ci, des rumeurs disant que Goldman Sachs avait suspendu ses plans de lancer un bureau d’échange de produits dérivés du Bitcoin a provoqué la chute de la valeur de la crypto-monnaie. Goldman a plus tard nié les faits. Mais pourquoi Goldman Sachs négocierait-elle avec une monnaie dont Keiser et toutes les pom-pom girls du Bitcoin disent qu’elle va remplacer le cartel des banques privées de l’oligarchie ?

Quand on parle d’opération bancaire, financière, il importe peu quel type de moyen d’échange est utilisé, que ce soit en papier, en métaux précieux, en crypto-monnaies ou en miches de pain. Ce qui importe est QUI émet la monnaie d’échange.

Depuis bien des années, une monnaie numérique mondiale a été le rêve des architectes banquiers du Nouvel Ordre Mondial. Voilà ce qu’est le Bitcoin. Les banquiers ont semé leur idée, ils la laissent développer par quelques petits génies de l’informatique, puis ils la récupéreront.

Ils la connecteront avec leur 5G qui vient, leur “internet des choses” et cela deviendra une micro-puce implantée dans le corps humain pour être une “monnaie intelligente”. Ceci sera accepté partout dans le monde, sera traçable et pourra facilement être éteinte si son propriétaire décide qu’il/elle en a assez du fascisme. Bitcoin peut facilement devenir ce qui a été appelé “la marque de la bête” dans le livre des révélations. Si ça l’est, alors cela voudra dire que l’internet sous sa forme d’Intelligence Artificielle, est la bête elle-même.

= = =

Lectures complémentaires:

Dossier-complet–pour-stopper-net-la-dictature-technotronique

Alerte_scientifiques_medecins_5G

dossier-complet-pour-refuser-le-tout-connecte-via-la-5g-la-smart-city-ou-ville-connectee

Agenda-oligarchique-de-depopulation-sarkozy-et-les-compteurs-intelligents

stop-linky-gazpar-5G

Dean Henderson NOM 4 cavaliers apocalypse pétrolière et familles banquières de l’oligarchie

 

 

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Entretien avec un prisonnier politique anarchiste d’une commune en lutte d’Oaxaca Mexique…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 17 octobre 2019 by Résistance 71


… l’autre lutte autonome

 

Entretien avec Miguel Peralta, prisonnier anarchiste d’Eloxochitlan de Flores Magon, Oaxaca, Mexique

 

Miguel Peralta

 

15 octobre 2019

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Miguel-Peralta-prisonnier-anarchiste-d-Eloxochitlan-de-Flores

 

Histoire des luttes de son village, assemblée communautaire, infiltration des partis politiques, répression, solidarité internationale, liens entre mouvement libertaire et mouvement indigène au Mexique…

Dans cet entretien réalisé au printemps 2018 par Voices in Movement pour le média anarchiste américain It’s going down, Miguel Peralta revient sur la longue histoire collective qui l’a conduit, à trente-quatre ans, à se retrouver sous la menace d’une peine de cinquante ans de prison.

Après quatre ans, cinq mois et quinze jours d’enfermement, Miguel a été libéré le 15 novembre 2019 à la suite d’une longue grève de la faim appuyée par le Groupe de solidarité pour la liberté de Miguel Peralta au Mexique et un mouvement de solidarité internationale.

En France, la solidarité avec Miguel est organisée par le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL), qui a diffusé cet entretien et les informations sur sa situation. Pour tout message, aide financière, événement de soutien… contacter le CSPCL : cspcl(at)samizdat.net

Voices in Movement : Hola, bonne après-midi ou bonne nuit à toutes et tous, nous sommes ici avec notre compañero Miguel, prisonnier politique d’Oaxaca, au Mexique, et on va un peu parler avec lui de sa procédure judiciaire, de sa vision des différentes luttes à Oaxaca et au Mexique, de la relation entre les mouvements anarchistes et autochtones, et aussi au final des différentes choses en lien avec la solidarité internationale dans ces cas-là, et des formes possibles par lesquels on pourrait l’aider dans son procès judiciaire.

Salut Miguel, merci d’être avec nous !

Miguel : Comment va ? Bonne nuit, ou bonjour à tous les compas qui nous écoutent.

Ok on va commencer, est-ce que tu peux nous parler un peu de toi, de qui tu es, d’où tu viens, où tu te trouves actuellement et n’importe quelle autre chose que tu aimerais partager avec les compas qui écoutent cette émission ?

Ok bon, mon nom complet c’est Miguel Ángel Peralta Betanzos, je fais partie de la communauté d’Eloxochitlán de Flores Magón, qui fait elle-même partie du groupe autochtone mazatèque, et qui se situe au nord-est de l’État d’Oaxaca. Dans ma communauté et dans la région mazatèque nous parlons la langue mazatèque.

J’ai étudié un peu d’anthropologie, depuis petit j’ai toujours aimé être entouré d’amis, tant des compas d’autres endroits du monde que de mon propre village. Connaître son territoire, arpenter un peu la communauté et ses sentiers… J’aime bien la musique, différents types de sons et… la bouffe, la gastronomie de ma communauté et des autres endroits, j’aime beaucoup lire aussi, faire du sport, jouer, faire du basket, un peu de foot, nager, aller à la rivière, sentir et marcher sous la pluie, marcher pieds nus dans la boue, depuis petit. J’aime les fêtes traditionnelles de mon village, la fête des morts qui est le moment où on peut le plus célébrer et partager la communalité [1], la communalité avec nos compas et nos proches sur notre terre. J’aime me souvenir de nos morts aussi, mes grands-parents, mes oncles qui ont été vivants et qui nous ont laissé leur empreinte dans notre conscience.

Je suis membre de l’assemblée communautaire, qui est l’entité où se développent différentes activités collectives comme le tequio ou la faena [2] , qui font partie du travail ou de l’entraide qui se vivent au quotidien dans la communauté. On a aussi participé à différentes luttes, que ce soit au sein de la communauté mais aussi en dehors comme en 2006, où on a participé aux révoltes d’Oaxaca.

Tu peux mentionner quelques antécédents de la lutte dans ton village, Eloxochitlán de Flores Magón ?

Lors du boom de la culture du café, dans les années 1970, 1980, 1990, il y a eu une augmentation du caciquisme, du despotisme. La figure du cacique, c’est la personne qui arrivait à s’imposer grâce à son pouvoir et grâce à l’argent, et qui s’appuyait aussi sur des gens armés. Il décidait en gros de la destinée de la communauté, c’est lui aussi qui répartissait les charges collectives ou les charges municipales. Eh bon face à cela, au travers des instituteurs démocratiques et des paysans conscients, il y a eu une lutte contre le caciquisme qui a démarré durant ces décennies-là eh bon, durant les années 1990, en 1996, il y a eu un congrès indigène qui a eu lieu dans la communauté d’Eloxochitlán.

Les thèmes qui y avaient été développés concernaient l’identité et l’autonomie. C’était le moment de la lutte zapatiste, qui avait détonné en 1994, et en 1996 il y a eu ce congrès dans la communauté d’Eloxochitlán. À ce congrès il y a eu différents villages des alentours qui ont partagé leurs expériences de lutte. En 1997, il y a eu tout un cycle d’activités qui a démarré avec une marche-randonnée du village jusqu’à la ville de Mexico, qui a duré à peu près cinq jours et à laquelle ont participé quelque chose comme quatre cents personnes, cela pour rendre hommage à la mort de Ricardo Flores Magón [3] qui a été assassiné dans une prison des États-Unis, et pour lancer ce qu’ils ont appelé l’année citoyenne Ricardo Flores Magón, eh bon durant toute cette année-là il y a eu des discussions sur les questions de genre, sur le féminisme, sur la paramilitarisation et sur l’autodéfense évidemment, et il y a eu des concerts de rock et de punk dans la communauté, de musique traditionnelle mazatèque aussi. Il y a eu aussi des ateliers de médecine traditionnelle, des projections de films, et aussi des ateliers sur la terre, les cultures et les semences transgéniques. Ça, c’était en 1997.

Et en 2001, il y a une radio communautaire qui a été mise en place qui servait un peu de pont dans la lutte pour l’autodétermination, en plus d’un fanzine qui s’appelait La Voz de N’guixó [4], et ça servait pour renforcer la conscience sur la défense des ressources naturelles et ça a aussi permis de lutter contre les partis politiques. Après, il y a eu la création d’un conseil, qu’ils ont appelé le conseil indigène, eh bon, je crois que c’est ça un peu les antécédents qui ont été à l’origine d’une partie de la lutte que nous avons menée contre les partis politiques, et aussi pour la défense du territoire.

Et donc maintenant que nous entrons un peu plus dans le vif du sujet, tu peux nous expliquer un peu comment se passe la politique dans les villages d’Oaxaca, et en particulier le système des us et coutumes ?

Dans l’État d’Oaxaca, il y a approximativement plus de cinq cents municipalités, la majorité autochtones et qui sont réparties en huit régions. C’est très caractéristique d’Oaxaca cette question, parce que la majorité des gens parlent une langue autochtone, mais aussi parce que depuis très longtemps ces municipalités sont régies par un système qui s’appelle us et coutumes, plus de la moitié sont régies par ce système dont le nom a été modifié il y a tout juste quelques années de cela, il y a cinq ans, pour le remplacer par celui de système normatif interne, qui veut dire qu’on suppose que les municipalités ont leur propre autonomie dans laquelle elles se régissent par ce système, et où elles élisent leurs autorités, tant leurs autorités municipales que toutes les charges qui sont liées à cette organisation politique.

Mais c’est de cette manière aussi que l’État a une forme d’ingérence à Oaxaca, parce que, au final bon ok,  les municipalités sont régies par les us et coutumes, les élections se font par une assemblée et c’est en assemblée que sont pris les accords pour élire leurs autorités, mais quand elles élisent leur représentant ou leurs différents représentants, elles envoient leurs documents au bureau du « Système normatif interne », et c’est là qu’ils avalisent pour de bon les représentants. Mais la voix et la parole de ces représentants est importante, et elle se donne durant l’assemblée communautaire, durant les assemblées communautaires des municipalités.

Ok, continuons avec le panorama historique de lutte et d’organisation de ton village.

Après, durant la décennie des années 2000, notre communauté était supposée être régie par les us et coutumes, et ne pas se retrouver avec des partis politiques. Mais aux alentours de 2006, après le soulèvement d’Oaxaca, il s’est formé une sorte de tendance au sein de la communauté visant à y introduire les partis politiques, mais cette fois de manière visible, à visage découvert, à la « gueule du chien », comme on dit ici. Et donc est entré le PRI, qui a de fait beaucoup de gens sous sa coupe, mais aussi le PAN, et le PRD, bien évidemment [5]. Mais d’autres partis sont aussi entrés, comme Convergencia il me semble ; tout cela s’est passé entre 2009 et 2011, et en 2011 les élections ont été menées comme si elles avaient lieu avec des partis politiques.

Une personne qui se nomme Manuel Zepeda Cortés débute alors sa campagne électorale, une chose que l’on n’avait jamais vu jusqu’alors au sein de la communauté : qu’une personne fasse du prosélytisme et qu’en plus elle distribue de l’argent pour que les gens votent pour lui ! Car bon, jusque-là les élections dans la communauté, elles étaient appelées en soufflant dans une conque, une date était fixée, et les personnes se rendaient au centre du village pour pouvoir élire leurs autorités traditionnelles.

Mais cette fois-là, cela ne s’est pas déroulé comme cela, ça s’est divisé en deux, et cette personne a demandé qu’on lui apporte ses tee-shirts orange, et il les a fait revêtir aux personnes de son groupe. Et c’est là que ça a commencé, cette tendance des partis, et qu’a commencé la lutte contre les partis politiques, mais d’une manière très directe, très frontale, parce qu’on n’a pas permis que cette personne arrive et s’empare du palais municipal en 2011, et ce qu’il a fait alors, c’est d’appeler la police de l’État d’Oaxaca, et de fait, l’armée entre dans notre communauté en février 2011 sous le prétexte de chercher des armes et de la drogue, mais on sait bien que cela ils l’ont fait pour lui, car ils ont ouvert le palais municipal pour cette personne.

Et c’est comme ça qu’il y a eu des affrontements durant tout son triennat, et de fait le mandat de cette personne était en partie illégal, parce que le tribunal a mis en cause cette élection car la communauté n’était pas d’accord pour que cette personne gouverne, et il l’a fait de manière dictatoriale en utilisant les moyens policiers et la répression sous ses différentes formes, à tel point que la peur a commencé à s’installer à l’intérieur de la communauté du fait des personnes armées qu’il a amenées. De fait, il a formé un groupe paramilitaire au sein de la communauté afin de s’en prendre aux personnes qui étaient contre lui.

Une autre chose que cette personne a faite, c’est d’exproprier l’eau du village pour ses bassins, et d’acheter des terrains pour en extraire de la pierre et du sable ; parce que cette personne avait une broyeuse et se chargeait de vendre ce matériau à quelques entreprises dédiées à la construction de routes ou de bâtiments ; et il y a eu beaucoup de gens qui n’étaient pas d’accord avec cette situation et qui ont commencé à protester, parce qu’il s’appropriait de l’eau des autres ; mais à ce moment-là, il avait déjà un groupe paramilitaire et il avait déjà la police de l’État de son côté ainsi que l’armée, et il les appelait chaque fois qu’il se passait quelque chose.

Ensuite, en 2012 ils arrêtent le compañero Pedro Peralta et ils le torturent, et ils l’incarcèrent trois ans dans la prison de Cuicatlán, et une lutte démarre pour la liberté des prisonniers politiques. Ils incarcèrent aussi le compañero Jaime Betanzos et le compañero Alfredo Bolaños à cette époque. Après il y a cette lutte qui commence contre les partis politiques, et la communauté commence à s’unifier ; et en 2014 on retourne à une élection plus collective, plus traditionnelle, où les groupes ont pu se mettre d’accord et élire leurs autorités.

Mais ça, ça n’a pas duré longtemps, à peu près huit mois, car ensuite il y a eu l’attaque des autorités communautaires, car durant le triennat révolu de ce monsieur, qui s’est passé de manière dictatoriale, il y a eu du vol, de l’enrichissement illicite. Il a volé tout l’argent de la communauté et il a commencé à se construire d’autres trucs, à s’acheter des voitures, des terrains et bien d’autres choses, des comptes bancaires à l’étranger et ces choses que vous saurez par le futur ; et la cour des comptes supérieure de l’État d’Oaxaca, qui est l’institution en charge de l’argent des villages, a requis en 2014 au président municipal du village, qui était alors Alfredo Bolaños, qu’il convoque ce monsieur Manuel Zepeda afin qu’il procède aux justifications concernant les 21 millions de pesos de dépenses qu’il restait à justifier, et c’est cela qui a abouti au conflit dans lequel nous nous trouvons maintenant, qui s’est transformé en un affrontement en 2014.

Prétextant ne pas avoir à rendre de comptes, celui-ci a occupé le palais municipal et c’est alors qu’a commencé l’escalade de la violence. Et le peuple s’est organisé pour défendre ses droits collectifs, et c’est pour cela que nous sommes incarcérés aujourd’hui.

Le 17 novembre 2014, après que la cour des comptes supérieure de l’État d’Oaxaca a fait citer Manuel Zepeda Cortés à comparaître, celui-ci se refuse à le faire et le même jour, aux alentours de midi, il occupe avec environ quatre-vingts personnes le palais municipal et séquestre les autorités communautaires ; il les maintient séquestrées pendant environ huit heures, et les gens commencent à s’organiser pour aller libérer ces personnes enfermées dans le palais municipal, mais eux les avait frappées, et ils ont fait signer au président municipal un acte par lequel il renonçait à sa charge élective, chose qui ne pouvait avoir lieu car la communauté l’avait élu, à moins que ce document n’ait été émis par le Congrès de l’État d’Oaxaca. Mais après cela une ambiance hostile s’est déposée sur la communauté, une ambiance de violence sourde prête à éclater, car le groupe de cette personne n’arrêtait pas de patrouiller, ils circulaient armés dans la communauté, insinuant la peur.

Le 14 décembre, une assemblée est convoquée dans la communauté d’Eloxochitlán pour élire un représentant communautaire, l’alcalde municipal, qui est la personne chargée de délimiter le territoire. Ce doit être une personne adulte, qui connaît les terres de la communauté, pour que puisse être vendus les terrains si certaines personnes veulent les vendre ou les céder, ainsi que pour surveiller les espaces communs du village et du territoire. Ce jour-là, l’assemblée communautaire se rassemble au centre du village, et c’est là qu’un affrontement éclate, car les gens de ce monsieur Manuel Zepeda Cortés appellent aussi à cette assemblée, mais eux convoquent pour l’agresser, pour lancer l’agression contre les compañeros de l’assemblée communautaire. Moi je me trouvais alors à Mexico, car j’avais été mandaté pour acheter des jouets pour les enfants qui allaient être offerts le 6 janvier suivant, le 6 janvier 2015 (on était encore en 2014) [6]. Et c’est là que j’apprends qu’un affrontement avait éclaté. Tout d’abord, à 11 heures du matin, les compañeros montent jusqu’au centre du village en faisant une petite manifestation jusqu’au palais municipal, où doit être célébrée l’assemblée, et là ils sont reçus par des tirs d’armes à feu. L’affrontement commence, et certains se retrouvent blessés par balle.


Oaxaca… Guerre sociale, mort à l’État

Il y a ensuite un second épisode, cette fois dans la maison de ce monsieur Manuel Zepeda Cortés, et là ils arrêtent une personne, qui se nomme Manuel Zepeda Lagunas — le fils —, qu’ils arrêtent en possession d’une arme à feu, et ils l’emmènent à Huautla, parce que c’est là que se trouve un commissariat. L’autorité municipale — les représentants communautaires — les emmènent là-bas, au commissariat de Huautla, et ils le livrent à la police de l’État d’Oaxaca. Après que cette agression a eu lieu, dans la communauté l’ambiance est tendue, parce que personne ne sait exactement ce qui s’est passé à partir de là. Là-bas, une fois que cette personne est livrée au commissariat, il y a d’autres compañeros qui emmènent à l’hôpital nos compas qui ont été blessés, certains par des tirs dans la nuque, la tête, les mains. Ils les emmènent à l’hôpital pour qu’ils soient pris en charge, mais à partir de 8 heures du soir, [les flics] commencent arrêter les compañeros, et notamment celui qui était chargé de la présidence municipale, Alfredo Bolaños Pacheco, ainsi que les policiers de village qui l’accompagnaient et qui avaient amené [au commissariat] cette personne qu’ils avaient arrêtée.

Après cela, le compañero Jaime Betanzos est aussi arrêté, alors qu’il se trouvait en train d’attendre un transport pour revenir à notre communauté. Il est détenu par des agents de la police ministérielle à Huautla, au carrefour à côté de Banco Azteca, et ils l’emmènent à la ville d’Oaxaca ; sept autres compañeros sont eux aussi emmenés avec lui, tous accusés du délit d’homicide, alors qu’ils ont apporté cette personne en vie. À partir de ce moment commence la chasse contre les membres de l’assemblée ; beaucoup de gens sont obligés de fuir de la communauté, beaucoup de gens s’en vont, par peur de la répression. De fait, la police de l’État d’Oaxaca monte une unité spéciale ; la police fédérale arrive elle aussi le 15 décembre, et à ce moment sur place, on ne respire que la peur.

À partir de là, l’assemblée commence à se séparer, à se désagréger, eh bon, la lutte pour les prisonniers a été très diverse, très vague disons, très séparée au niveau de l’organisation pour cette raison même, de par la peur qui a été semée et qu’ils ont réussi à semer également au travers des médias : au travers de la police et de la répression, mais aussi au travers de l’apathie et du déplacement forcé, car beaucoup de familles se sont déplacées vers d’autres villes et d’autres communautés. Des familles entières ont dû se déplacer, et c’est la raison pour laquelle cela n’a pas été possible de revenir et de s’organiser, car beaucoup vivent dans la peur, et ils nous disent seulement cela, que celui qui s’organise va finir en prison, et c’est là que se trouve le compliqué de la situation. La peur part de là, on mentionne la prison et ils ont peur de finir ici, en prison. C’est toujours un peu compliqué d’avoir un proche enfermé, parce que c’est des frais, pour plein de raisons très différentes, et parce que, au final, c’est très difficile d’arriver à se réorganiser. Il y a beaucoup de compañeros qui parfois cherchent à résoudre la question de l’harmonie et de la communauté, mais la communauté de leur famille, eh bon, du coup ils ne cherchent pas à partager ce qui a trait au communautaire, à la lutte.

Cela, c’est ce qui s’est passé dans notre communauté : qu’il y a énormément de peur qui a été semée au travers des médias et de la répression, et que cela, ça a fait que nous n’avons pas pu avancer dans la lutte pour notre liberté à nous, les compañeros qui sommes emprisonnés, et au-delà pour la liberté et pour l’autodétermination de notre village, pour recommencer à nous organiser contre cette imposition qui existe et qui continue à semer la peur au travers de ces personnes qui se font passer pour des défenseurs des droits humains et qui demandent des mesures de protection pour elles-mêmes, et que le gouvernement leur accorde cette « couverture » afin de continuer à gouverner au travers de la répression.

C’est là qu’on en est aujourd’hui. On tente de se réorganiser, au moins pour qu’on soit libérés, au travers des différentes formes de lutte que nous avons à l’intérieur de la prison, c’est-à-dire tant depuis le travail qu’on y fait [des sacs et des hamacs vendus en solidarité, NdT], que des jeûnes ou des grèves de la faim qu’on mène depuis l’enfermement/isolement.

Bien. Tu veux nous raconter les détails de ton arrestation ?

Eh bien… Bon, moi on m’a arrêté le 30 avril 2015, alors que je travaillais à Mexico dans le quartier de Tepito. Des personnes vêtues en civil, sans identification, sont entrées dans le local où je travaillais avec mon frère. Ils ont commencé à nous agresser, sans jamais s’identifier. Ils n’avaient pas d’ordre d’arrestation et on a résisté un moment à la détention. Mais il y a de plus en plus de flics qui sont arrivés et ils ont réussi à nous sortir sous la menace de leur flingue et sous la lacrymo. Ils m’ont emmené à la Procuraduria [équivalent du parquet du juge d’instruction, NdT] de la capitale dans une voiture banalisée et après ils m’ont fait la révision médicale, ils m’ont mis face à un journaliste, ils m’ont pris quelques photos très générales. Ensuite ils m’ont confié à la police ministérielle d’Oaxaca et ces policiers m’ont emmené à une taule qui s’appelle « Tlaxiaco », qui se trouve dans la région mixteca d’Oaxaca, à environ 400 à 500 kilomètres de ma communauté. C’est ça, le panorama de mon arrestation.

Et où tu te trouves aujourd’hui ?

Aujourd’hui… ! Bon, en fait à Tlaxiaco je ne suis resté qu’un mois, parce qu’on a sollicité avec mes avocats mon transfert à une prison plus rapprochée de ma communauté, ce qui est dans mes droits. Du coup je suis maintenant dans un endroit qui s’appelle San Juan Bautista Cuicatlán, qui se trouve dans la région de la cañada d’Oaxaca, à quatre heures de ma communauté. C’est là que je me trouve. J’ai passé à peu près deux ans et huit mois dans cet enfermement [NdT : aujourd’hui plus de quatre ans et demi].

Et ton dossier judiciaire, il en est où aujourd’hui ?

Eh bien on est dans une procédure irrégulière, il n’y a pas eu de procédure normale et conforme au droit, vu que tout le dossier est une construction politique. De fait, en ce moment nous sommes sept prisonniers de ma communauté, certains sont dans la prison d’Ixcotel (centre d’Oaxaca), un autre compañero se trouve enfermé à Etla, et moi je suis ici à Cuicatlán. À chaque fois les audiences ont été différées. On a sollicité par exemple des interrogatoires, et les personnes offensées ou bien celles qui nous accusent ont tardé énormément pour se présenter. De fait, il manque toujours les déclarations de deux personnes, et bien que plus de deux ans se soient écoulés, elles ne sont jamais venues déclarer. Il n’y a que les policiers de l’État d’Oaxaca et les flics ministériaux qui l’ont fait car c’est dans leur obligation, et nous nous avons insisté énormément pour qu’ils aillent remettre leur compte-rendu. Et par exemple moi, cela fait plus de deux ans que j’ai fait un recours, et ce n’est qu’en décembre dernier qu’est sortie la résolution du tribunal à ce sujet, pour me le nier. Au sujet de la procédure au tribunal mixte de Huautla, ils ont laissé couler. Il n’y a pas de justice impartiale, ils ont été payés. Les juges ont été remplacés plein de fois durant notre procédure, et ils n’ont fait aucun cas de nos demandes, qui sont des questions de droit et des questions légales, là où je pense que, s’il y avait de la justice et de l’impartialité, on devrait être libres, parce qu’il n’y a aucun signalement direct déterminant la conduction du prétendu crime que nous aurions commis, ou du délit qu’on nous impute.


Oaxaca… Vive la Commune, vive l’insurrection

Bon, Miguel, tu nous as parlé de la lutte de ton village et de ton cas judiciaire, mais pour les gens d’ailleurs, tu peux nous faire un panorama plus large des luttes sociales au Mexique ? Où est-ce que tu vois les exemples de lutte qui t’inspirent, et qu’est-ce que tu penses être les nécessités de cette diversité des luttes du Mexique… Et une chose qui m’intéresse plus, si tu peux donner ton avis : toi tu es d’un village indigène de la Sierra mazateca d’Oaxaca, mais tu es aussi influencé par des réflexions et des pratiques libertaires et anarchistes. Tu pourrais partager avec nous comment tu vois cette relation entre les mouvements et les courants de lutte anarchistes et les mouvements et les luttes indigènes ?

Je crois que la lutte ou les luttes sociales au Mexique sont très diverses, il existe une infinité de mouvements, tant des mouvements urbains qui sont dans la défense ou l’autodéfense de leur propre territoire, ou dans l’organisation pour s’approprier des espaces publics, comme dans les assemblées des quartiers de la ville de Mexico, par exemple en ce moment. Suite au tremblement de terre[6], il y a beaucoup de gens qui sont en train de se réorganiser pour avoir un toit et pouvoir lutter aussi contre les mégaprojets. Et c’est sans parler des luttes de la campagne, du mouvement indigène en soi et des mouvements qui se trouvent hors des villes, qui sont dans la lutte contre le même monstre qui est le capitalisme et contre les mégaprojets. Le problème des exploitations minières notamment, cela englobe toute la question des ressources naturelles, parce que l’eau se trouve au centre. Et même jusqu’aux plantes médicinales, que certaines entreprises étrangères (japonaises, américaines, canadiennes, espagnoles et françaises) tentent de monopoliser ou de breveter pour les commercialiser et vendre le médicament, et nous rendre dépendants de leurs médecines et qu’on consomme cela, alors qu’on sait bien qu’il existe une médecine traditionnelle des peuples.

Il y a des luttes pour le territoire, pour l’autodétermination et pour l’autonomie, et il y a beaucoup de différences de fait dans le mouvement indigène, parce que certains sont dans la question du refus de l’intromission des partis politiques, quand d’autres sont dans la lutte pour la défense du territoire, sans être pleinement conscients que les partis politiques sont fourrés là-dedans, et d’autres qui sont dans la question de l’autonomie en soi, sans avoir aucune ingérence avec l’État.

Et donc sur quelques questions, par exemple comme ce que tu me demandes sur la relation qui existerait entre mouvements indigènes et mouvements libertaires ou anarchistes, je crois qu’ils partagent certains principes basiques au sein de la réflexion libertaire et il y a quelques penseurs libertaires qui ont influencé aussi la luttes des villages et des peuples, comme par exemple sur la question de l’autogestion, de l’autonomie, de la défense du territoire, de l’expropriation aussi de ses ressources et de ses espaces, de l’autodétermination, et toutes ses luttes se conjuguent contre un même monstre, qui est le capitalisme depuis ses débuts.

Il y a aussi des ruptures au sein des luttes ; il y a une rupture très forte au sujet de la question électorale au Mexique. Il y a des mouvements ou une partie du mouvement indigène qui cheminent vers la question électorale, qu’ils ont appelé le « bon gouvernement », et il y a une autre partie du mouvement indigène qui n’est pas dans cette situation-là, qui continue à défendre la question de l’autonomie sans avoir aucune visée vers la question électorale ou de prendre le pouvoir national, eh bon, chacun mène la lutte depuis chez lui et depuis ses espaces. Je crois qu’il existe quelques mouvements et quelques communautés qui ont leurs propres formes communautaires de défense, et je crois que cela, c’est ce qui guide et ce qui peut avoir une certaine relation avec le mouvement libertaire, et que cela part d’une lutte de l’être même, depuis la communauté ou depuis les individus. Il y a par exemple des communautés qui ne luttent pas seulement contre les mégaprojets, certaines luttent contre l’identité même, ou pour leur propre identité à elles, pour la langue, pour le maïs, pour leur cosmovision, pour leur manière de se vêtir, et aussi contre les aliments [industriels] et les transgéniques, et je crois aussi que cela, cela fait partie du mouvement indigène et aussi du mouvement libertaire, le fait que nous luttions pour être soi-même, pour être libres. Au final, ces deux parties cherchent un bien commun, de fait c’est cela qu’on idéalise, cette question du bien commun, du fait que cela exige l’autogestion dans les communautés et aussi dans le mouvement libertaire.

Au fil du territoire et de la géographie qui est la nôtre, il existe des mouvements qui nous inspirent, comme par exemple à Oaxaca la lutte des Ikoots, à Álvaro Obregón, qui luttent contre les éoliennes, à Cherán [dans le Michoacán] les compas qui luttent pour l’autonomie, les Yaquis, dans le Sonora, qui luttent pour la défense du territoire et pour la défense du fleuve Yaqui, il y a les compañeros de Xanica dans la Sierra sud d’Oaxaca qui défendent leur territoire, leur système communautaire et leur organisation, et, plus au sud du continent, les compañeros mapuche qui ont toute une longue tradition dans leur lutte en défense du territoire, de l’autonomie, de l’autodétermination et de l’identité mapuche ancestrale, et je crois que, dans toutes ces luttes, la question, c’est que toutes maintiennent leurs propres formes d’organisation. Au final, on ne peut pas idéaliser, dire que tout est harmonie et que dans les luttes indigènes tout est harmonieux, parce qu’il y a aussi des conflits, il y a beaucoup de questions qui sont en lutte à l’intérieur comme la question du machisme, la question culturelle…

Il y a aussi des compas dans la Sierra Norte de l’État de Puebla, les Totonaques et les Nahuas, qui sont en train de lutter contre les entreprises chinoises et canadiennes qui sont en train de leur piquer leur eau et les minerais de ces endroits et de leurs villages, et là aussi il y a une tradition de médecine naturelle et traditionnelle, et de lutte pour un marché juste, où ils puissent commercialiser les produits qu’ils font. Tout ça, c’est les luttes qui nous inspirent en ce moment.

Pour les compas qui écoutent cet entretien, comment peuvent-ils faire ou comment peut-on faire pour te soutenir dans la procédure judiciaire que tu traverses toi et les autres compañeros prisonniers d’Eloxochitlán de Flores Magón ? Et pour finir, tu pourrais mentionner pour toi ce que la solidarité internationale signifie, et de quelle manière peut-on cultiver cette solidarité ?

La question de la solidarité internationale me paraît très importante, à partir du moment où il y a cette réciprocité entre compañeros, au moins par le biais de lettres, d’appels… Parce que au final la solidarité internationale ce n’est pas pour une lutte locale ou pour une question territoriale, c’est une question plus large, et une lutte plus large qu’on ne peut pas réduire à un seul endroit seulement, mais c’est dans le monde entier et pour tous les individus. C’est quelque chose qui rompt les murs et les frontières. Je crois que la solidarité internationale est importante aussi parce qu’au travers de ses formes de mobilisation, elle génère une certaine pression dans les pays et dans les espaces où se font la lutte et le soutien…

Par exemple nous, qui sommes enfermés dans une prison : si vous téléphonez au tribunal, si vous envoyez des lettres par exemple, cela génère une certaine pression, et on entre dans une autre dimension de la lutte… Et il y a des question importantes que ça amène, comme l’accompagnement, la camaraderie, et il y a une certaine amitié qui se crée aussi entre compañeros car on échange des lettres, des appels et on peut s’écouter au travers des différents médias à notre disposition, eh bon, dans notre cas pour moi ça me paraît important cette partie-là, parce que vous vous pouvez diffuser nos histoires dans d’autres endroits et vous pouvez amener notre parole et nos petites luttes jusqu’à d’autres endroits, d’autres lieux. Et une autre partie, ce serait de nous aider à commercialiser nos produits, parce que moi par exemple je dédie mon temps à faire des hamacs et des sacs, et une partie ce serait de pouvoir nous aider économiquement pour la question juridique, pour que nos proches puissent venir nous voir, puissent nous amener des aliments à la prison, parce que ici c’est compliqué d’obtenir pas mal de choses qu’il faut amener de l’extérieur. C’est pour cela que ça me paraît important cette partie de l’accompagnement international ou de la solidarité avec des compañeros avec lesquels on ne se connaît pas, mais avec qui on a des choses en commun qui nous attirent et nous appellent à être ensemble dans cette lutte.

Une autre chose qui me paraît importante de mentionner est le fait que la solidarité internationale puisse se diriger vers des compañeros qui sont d’autres endroits, d’autres lieux du globe afin qu’ils soient attentifs à la situation qu’on traverse depuis l’enfermement, en sollicitant leur soutien aux mobilisations qui sont organisées au travers de l’envoi de lettres, en appelant au téléphone, ou bien, s’il y a un moment de répression, me demander aussi à moi mon soutien pour les situations qui éclatent au cours de la procédure et au cours de cette lutte qu’on mène depuis l’isolement.

Il y a quelque chose d’autre que tu veux partager avec les compas qui écoutent cet entretien ?

Eh bien remercier les compañeros qui écoutent [ou lisent ! Merci à vous, NdT], qui sont partie prenante des luttes et qui se solidarisent aussi avec les compañeros dans le monde qui sont emprisonnés, ou avec les luttes libertaires ou les luttes des peuples, car on est pareils. Et j’aimerais aussi remercier le collectif Los Otros Abogados, qui sont les compañeros qui s’occupent de mon dossier et qui ont mis de leurs efforts et de leur solidarité pour pouvoir avancer dans cette procédure et arriver à nous libérer de ce joug de la loi, de l’injustice et du pouvoir, et pouvoir avancer vers la liberté. Avec l’effort de ces compas nous avons avancé lentement, mais on arrive peu à peu à ouvrir la brèche grâce à leur solidarité, leur effort, leur travail avant tout, eh bon, on a une dette envers eux.

De l’autre, eh bien vous demander votre soutien à notre petite lutte, comme je vous l’expliquais on a ces manières de nous organiser et de lutter depuis l’enfermement, on a quelques produits à commercialiser, pour que vous puissiez aussi acquérir certaines choses comme je vous disais, les hamacs et les sacs que je fabrique ici pour tuer le temps, pour ne pas m’ennuyer, mais aussi pour pouvoir nous maintenir avec un peu de ressources pour les coûts immédiats pour les question de défense, des avocats, pour pouvoir faire les dépôts administratifs, pour que nos familles puissent venir nous visiter et pour l’alimentation et les nécessités basiques des personnes qui nous retrouvons dans l’isolement. Et puis eh bien, depuis ici je vous adresse une forte embrassade, et j’espère que vous aussi vous allez bien dans vos luttes, eh bon que la force soit avec vous… et à bas les murs des prisons !

Notes

[1] La communalité est une notion politique développée à Oaxaca, qui se réfère à ce qui a trait à la vie communale d’un village ou d’un peuple : les fêtes, le travail collectif, le territoire commun, la cosmovision… « l’être-communal ».

[2] Le tequio (appelé faena dans la Mazateca), ce sont les travaux collectifs effectués au nom de la communauté, et convoqués traditionnellement par le représentant du village au travers du soufflement dans une conque de caracol.

[3] Ricardo Flores Magón est un célèbre anarchiste mexicain du début du vingtième siècle né à Eloxochitlán, fondateur du journal Regeneración, et qui initia la révolution mexicaine par des soulèvements armés en 1910 au nom des idéaux de « Terre et Liberté ».

[4] « La Voix de N’guixó », nom mazatèque de la communauté, NdT.

[5] PRI : Parti révolutionnaire institutionnel, ancien parti-État qui a dirigé le Mexique des années 1930 aux années 2000. PAN : Parti d’action nationale, qui lui a succédé au pouvoir de 2000 à 2012, parti capitaliste de la droite intégriste. PRD : Parti de la révolution démocratique, formé dans les années 1980 de l’agglomérat de différents partis de tendance marxistes avec des scissions nationalistes du PRI, telle celle de López Obrador, actuel président du Mexique et qui a depuis créé son propre parti, Morena (Mouvement de régénération nationale), pour gagner les dernières élections politiques.

[6] À la différence de la France, l’Espagne et les pays latino-américains distribuent les « cadeaux de Noël » le 6 janvier, jour des Rois mages qui seraient venus offrir leurs cadeaux au petit Jésus, NdT.

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Lectures complémentaires:

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

zenon_pourquoi suis je anarchiste ?

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard

 

 

 

Confédéralisme Démocratique du Rojava: De l’État à la démocratie… Anatomie d’un changement de paradigme 2ème partie

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 15 octobre 2019 by Résistance 71

La seconde partie nous indique ce qu’est le Confédéralisme Démocratique et comment il s’applique sur le terrain, au Rojava et potentiellement ailleurs…
Pour que voit le jour la Société des Sociétés, à bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat ! Vive la confédération des communes libres volontairement associées !

~ Résistance 71 ~

En résultat [de la colonisation], la terre natale kurde fut divisée et les Kurdes furent forcés de se soumettre à des politiques d’états de déni et de diminution de leur volonté et pouvoir politique. Leurs réalités sociales furent divisées et bientôt ils se perdirent eux-mêmes. Pour subvenir à leurs besoins économiques, ils durent abandonner leur identité et furent démunis de statut légal et d’opportunités contemporaines d’éducation afin de récupérer leur existence idéologique et culturelle fondée sur leur identité. Ce déni d’identité tourna alors sur une question du fait qu’ils ne pouvaient pas vivre librement.
(Abdullah Öcalan)

“Les états sont maintenant des synonymes de chaos, de crise, de ruine et de malheur pour l’humanité. Nous devons nous libérer de cette calamité. Si vivre sous le joug de l’exploitation et de l’oppression n’est pas dans la nature de l’être humain, alors ni l’État, ni le drapeau qui le représente ne peuvent représenter le peuple et la société.”
(Commune Internationaliste du Rojava)

 


Réseau de Résistance & Rébellion International 

 

De l’État à la démocratie: anatomie d’un changement de paradigme

 

Komun

Commune Internationaliste du Rojava

 

Juin 2018

Source: https://komun-academy.com/2018/06/27/the-new-paradigm/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

 

De cette façon, depuis 2005, le PKK et toutes les organisations affiliées ont été restructurés sur la base d’un projet appelé KCK (Union des Communautés du Kurdistan ou Koma Civakên Kurdistan).

Le KCK est une organisation fondée sur la société et créée comme alternative à l’État, elle vise à s’organiser depuis la base sous la formes d’assemblées populaires.Le KCK est un mouvement qui lutte pour former sa propre démocratie, il ne voit pas les états existants comme un modèle, ni ne les voit comme un obstacle. 

Note de R71: Ce lâcher-prise de l’antagonisme est une excellente chose qui ne peut mener qu’à la synthèse politique adéquate, celle de la société des sociétés. Bien entendu, toutes les impostures et dictatures de la marchandise œuvrent et œuvreront contre…

Le but principal dans la formation du KCK est défini comme une lutte pour disséminer la démocratie radicale (fondamentale) sur l’organisation démocratique du peuple et sa capacité à prendre des décisions. La formation du KCK met en place un nouvel instrument qui surpasse la façon de voir étatique des relations sociales. En cela, le confédéralisme démocratique, qui constitue l’idée fondamentale du KCK et de son organisation, est valide partout dans la vie des Kurdes. Ceci inclut l’Irak, où les Kurdes vivent dans une structure d’état fédéral ayant des droits constitutionnels, incluant l’auto-gouvernement.

Il y a deux facteurs clefs dans le projet: une compréhension de la démocratie en tant que pouvoir du peuple, non pas une forme de gouvernement et que l’état et la nation doivent être laissés en dehors de cette compréhension.

Le confédéralisme démocratique est l’organisation du peuple, dans toutes les sphères non-étatiques de la vie. Il correspond à la diminution drastique de l’état existant dans le monde et de la tendance de la société à s’organiser en dehors de structures étatiques pour arranger sa propre vie sociale… Même si l’État fait obstacle, le mouvement de la liberté kurde exercera son droit légitime de s’organiser finalement démocratiquement. Il n’abandonnera définitivement pas ce but en disant: “l’état nous met des bâtons dans les roues”.

En définitive, tandis que la république démocratique est un projet de réforme d’un état, le confédéralisme démocratique et l’autonomie démocratique se situent au-delà de l’État et comprennent une idée politique sans État.

En conséquence, le projet de confédéralisme démocratique est lié au projet de république démocratique et d’après Öcalan, un Kurdistan libre ne peut exister que dans un Moyen-Orient démocratique. (a.g.e 34-5)

Nous avons mentionné que tout en suivant la ligne de développement de la pensée d’Öcalan, se situe l’importance centrale de ces trois concepts inter-reliés: la république démocratique, le confédéralisme démocratique et l’autonomie démocratique. Dans tous ces projets, le concept de démocratie est d’une importance capitale. La compréhension de ce terme a évolué vers plus de radicalité (NdT: une fois encore pris dans son sens de “racine”, d’ancrage profond dans la réalité et non pas dans le sens galvaudé usuel “d’extrémiste”, manipulation sémantique bien utile pour l’oligarchie…) depuis la contradiction entre les traditions démocratique et républicaine. Pour le PKK, la démocratie est un antidote à la structure centralisée de la république turque qui est fondée sur le concept d’état-nation et la version séculière française. L’idée la plus fondamentale de cette approche est que “la centralisation a tué la démocratie”.

Les différences principales entre le projet de république démocratique et le confédéralisme démocratique / autonomie démocratique sont que le point de focalisation de la première se situe sur la définition de l’état et de la citoyenneté tandis que les deux autres focalisent sur le développement d’une alternative à l’état et sur le peuple construisant sa propre organisation. Nous allons ici aborder le sujet du développement d’alternatives à l’État. Au lieu que les projets de confédéralisme et d’autonomie démocratiques ne soient vus comme potentiellement contradictoires vis à vis de l’organisation, il serait mieux de les considérer comme étant ensemble parties d’une stratégie d’harmonisation. Ils donnent une direction politique à la lutte d’aujourd’hui où que soit située l’action du PKK.

Le changement de paradigme qu’a vu le PKK au XXIème siècle a rendu une fière contribution aux vues politiques radicales en ce qui concerne une approche radicalement différente de ces trois aspects de la vie politique : l’état, la classe et le parti et “la politique non-étatique, l’organisation politique en dehors du parti et de thèmes politiques en dehors de la classe.” Du point de vue du PKK, ceci a impliqué une réforme de lui-même en amenant toute une série de transformations. Certaines de ces transformations du PKK et les changements radicaux effectués sur des points comme le droit à l’auto-détermination, la nation, la libération nationale, la violence et les femmes, sont particulièrement marquantes et frappantes.

Le principe d’auto-détermination des nations, qui fut soulevé dans le premier quart du XXème siècle, a laissé sa marque sur le siècle dernier. Les formes d’auto-détermination exprimées à la fois par le leader américain Woodrow Wilson et par le fondateur de l’URSS, Lénine, sont devenues un tremplin fondamental pour bien des luttes de libération et une partie inaliénable du droit international. Mais ce qui ne doit pas être oublié, est cette vérité que l’auto-détermination est en tout premier lieu, un principe d’action défini comme politique.

C’est pourquoi, lorsque le président Wilson a annoncé ce principe au congrès américain le 11 février 1918, il insista ouvertement sur le fait que : “L’auto-détermination n’est pas qu’une simple expression, c’est un principe impératif d’action que les hommes d’état ne pourront ignorer qu’à leur péril.” Ainsi, le PKK, du noyau de ce qui en a émergé dans les années 1970 et plus avant, adressa le principe d’auto-détermination comme principe impératif d’action puisque le peuple kurde avait été privé de tous droits fondamentaux et de libertés et condamnés sur leur terre même à un manque de statut, en retrait même du statut et de la règle coloniaux. Les territoires sur lesquels vivaient traditionnellement le peuple kurde furent divisés entre 4 états-nations (La Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran) dans les années 1920 et les très nombreuses réglementations et politiques coloniales imposées par ces états menèrent le peuple kurde à la ruine. Abdullah Öcalan exprime cet état de fait de la façon suivante:

En résultat, la terre natale kurde fut divisée et les Kurdes furent forcés de se soumettre à des politiques d’états de déni et de diminution de leur volonté et pouvoir politique. Leurs réalités sociales furent divisées et bientôt ils se perdirent eux-mêmes. Pour subvenir à leurs besoins économiques, ils durent abandonner leur identité et furent démunis de statut légal et d’opportunités contemporaines d’éducation afin de récupérer leur existence idéologique et culturelle fondée sur leur identité. Ce déni d’identité tourna alors sur une question du fait qu’ils ne pouvaient pas vivre librement.” (A. Öcalan, Kurdish Question and Democratic Nation Solution, published in Turkish, p.226).

Dans un tel environnement, le PKK a adopté comme guide le droit à l’auto-détermination du peuple kurde comme principe d’action fondamental. Bien sûr, sa conception et son application de ce principe fut lourdement influencé par les caractéristiques idéologiques, politiques et sociales de la période. Après la seconde guerre mondiale, les luttes de libération nationale se déroulèrent dans un système bi-polaire, d’abord au Vietnam et en Algérie, ce qui mena à l’indépendance de bon nombre d’anciennes colonies. Ceci affecta grandement le monde des années 1970. a ce sujet, Öcalan dira ceci plus tard:

Dans cette période des années 50 à 70, lorsque les luttes de libération nationale arrivèrent à leur point culminant et qu’elles eurent pour résultat des états séparés, ceci devint presque le seul modèle valide… En fait, le principe du droit des nations à l’auto-détermination fut en premier lieu exprimé par le président américain Wilson après la 1ère guerre mondiale et fut très lié avec les politiques hégémoniques des Etats-Unis. Lénine, afin de ne pas être en reste devant Wilson et pour gagner le soutien de nations opprimées et des peuples colonisés, radicalisa le même principe et le réduisit au fait de fonder un état indépendant. Une course commença alors entre les deux systèmes.
(The Kurdish Question and the Democratic Nation Solution [Turkish], p. 271-2).

Le PKK a approché l’auto-détermination au sein d’un cadre de compréhension d’un socialisme déjà existant à cette époque, se faisant ainsi l’avocat du modèle de la création d’un état. Mais, à partir du début des années 1990, la critique d’Öcalan de, premièrement, la compréhension du socialisme existant et, plus tard, de l’idéologie même de l’état-nation dans les premières années du nouveau millénaire, ont démontré un renouveau radical de l’approche du PKK sur le sujet. Aujourd’hui, l’auto-détermination est toujours un principe impératif d’action, mais la façon de le mettre en pratique ne passe plus par l’État, mais de mettre ce principe d’auto-gouvernement en mouvement à chaque niveau de la société.

La compréhension de l’autonomie démocratique constitue le cadre principal de cet auto-gouvernement. Les résultats de cette ligne de conduite, basés sur les Kurdes déterminant leur propre destinée sur la base du principe d’auto-gouvernement sans incliner à créer leur propre état séparé, où qu’ils vivent, d’abord et en premier lieu en Turquie, en Irak, en Iran et en Syrie, ont clairement émergé avec les développements historiques en Irak et en Syrie, au cœur même du Moyen-Orient.

En conséquence, le PKK a renversé l’argument de Lénine qu’”il serait erroné d’amener une interprétation différente au droit d’auto-détermination que d’être le droit à un état séparé d’exister.”, disant qu’il serait tout aussi erroné et trompeur de ne voir le droit à l’auto-détermination que comme s’il ne contenait aucune autre signification que ce droit à un état séparé d’exister. Cette vision est aussi corroborée dans l’analyse historique de l’état moderne en tant que projet bourgeois. (Mustafa Karasu, Radical Democracy, 2009).

Une fois de plus, lié à cela, le concept de nation du PKK a aussi été radicalement renouvelé. Au milieu des années 70, lorsque le PKK fut formé, la plupart des mouvements socialistes et de libération nationale étaient sous l’influence de l’idéologie de l’état-nation avec la plus rigide des définitions de ce terme exprimée par Staline. Sa célèbre formule: “Les nations ont une langue, un territoire, une vie économique et une culture en commun”, fut aussi un point de départ pour le PKK. Avec le nouveau paradigme politique, Öcalan critiqua cette formule, développant la définition d’une nation démocratique:

D’abord il est nécessaire de montrer qu’il n’y a pas qu’une seule définition de la nation. Quand un état-nation est fondé, la définition la plus commune est justement d’être un “état-nation”. Si l’élément unificateur est l’économie, alors il est possible de l’appeler nation-marché… On ne peut pas faire la généralisation qu’une nation partage une langue, une culture, un marché, une histoire, ce qui veut dire qu’on ne peut pas rendre absolu une unique compréhension de ce qu’est une nation. Cette compréhension de nation qui fut adoptée par le socialisme existant est contraire à la notion de nation démocratique. Cette définition qui fut développée par Staline en particulier pour l’appliquer à l’URSS, fut en fait une des raisons principales de l’effondrement de celle-ci. Aussi longtemps que la définition de nation, qui est rendue absolue par la modernité capitaliste, n’est pas transcendée, la résolution des questions nationales restera dans une impasse. Le fait que se pose toujours la question nationale avec une intense gravité après 300 ans est intimement lié à cette définition inepte se voulant absolue.” (2012, p.432).

D’après Öcalan: “En ce qui concerne la nation démocratique, c’est une société mutualiste établie par la libre volonté, la libre association d’individus et de communautés. La force unificatrice de la nation démocratique est la volonté d’association libre des individus et des groupes qui décident d’être dans la même nation… a définition de la nation démocratique exprime une vie commune de solidarité de citoyens pluralistes, libres et égaux qui ne sont pas entravés par des frontières politiques rigides, une langue unique, une religion ou une interprétation de l’histoire. Une société démocratique ne peut se réaliser qu’avec un tel modèle de nation.”(p.432).

L’approche de la violence dont l’utilisation stratégique et tactique fut toujours une pierre angulaire de la lutte du PKK est aussi passée par un changement radical. Au départ, l’approche de la violence, “la sage-femme de la société nouvelle”, fut une approche marxiste classique. Dans le processus induit de la révolte, la violence, sous forme de méthode de combat de guérilla, fut une tactique fondamentale de la lutte. A terme, la violence prit même une dimension fanonnienne, gagnant une personnalité existentielle et le rôle de libérateur social et individuel. Mais dans le nouveau paradigme, le PKK n’envisage pas un rôle de la violence au-delà du cadre de la self-defense légitime.
(Legitimate Defence Strategy, 2004).

La plus sévère forme de domination

Aujourd’hui, à la fois l’État et sa version capitaliste moderne, l’état-nation, sont sérieusement mis en question. Il est reconnu que l’état-nation ne profite en rien aux peuples et à l’humanité et qu’il contient même en lui une caractéristique génocidaire qui prépare le terrain pour la disparition de différentes cultures et différentes identités. Dans les circonstances de la règle du profit maximum du capitalisme de l’état-nation et de la modernité capitaliste, tout comme cela mena à la grande douleur des deux guerres mondiales, il a commis autant de crimes contre l’humanité que tous ceux qui ont été commis au cours de l’histoire de l’humanité.

La plus grande preuve de ceci est la disparition, ou la mise au bord de l’extinction de groupes ethniques qui vivaient au Moyen-Orient jusqu’à il y a encore quelques 200 ans. Les peuples arménien et assyro-syrien ont été décimés à cause de cette mentalité. Les Kurdes ont aussi été amenés au bord de l’abîme de la destruction sous la domination incessante des états-nations. Les peuples Alevis, Yazidis, Druze et autres groupes de foi ont été chassés de leurs terres en résultat de cette compréhension du concept. La même chose est arrivée aux peuples circassiens qui furent expulsés des montagnes du Caucase.

Il est trop difficile de comptabiliser tous les maux engendrés par les états-nations ; mais quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas seulement de l’état-nation de la modernité capitaliste, mais tous les États qui sont devenus une charge bien trop lourdes à supporter pour l’humanité. Les premiers problèmes sociaux ont commencé avec la domination masculine sur les femmes et avec ceux s’établissant hiérarchiquement plus haut que les autres, affirmant une domination sur d’autres segments sociaux pour mieux les exploiter. Après tout, l’État a été défini comme un instrument d’oppression des classes dirigeantes de la société. Ceci n’a en rien diminué avec le temps et est devenu une des pires formes de domination jusqu’à ce jour. De fait, l’État-nation est devenu la pire forme de domination.

L’état-nation a atteint la caractéristique d’être une sphère de domination et d’exploitation de la société entière, avec ses frontières, tout comme le patron d’une usine entouré de ses murs. tandis que dans le passé les états ne représentaient que la domination politique, dans l’époque capitaliste, ils se sont développés en une domination totalitaire qui cherche à dominer tous les aspects de la société et d’aller aussi loin que de dominer toutes les cellules de celle-ci.

Avec le système dirigeant de l’état intensifiant les problèmes sociaux, l’État et son gouvernement ont été amenés à être de plus en plus critiqués. Dans le passé, les anarchistes se sont opposés à l’État comme l’origine de tous les maux, graduellement développant des solutions politiques, idéologiques et de paradigme sur une base historique et systémique. Dans le présent, le zénith de l’analyse en ce qui concerne l’état et son gouvernement provient de ceux semblables à Abdullah Öcalan. La grande différence avec celui-ci résidant dans la profondeur de son analyse sur les femmes et l’État. Il a aussi soumis le capitalisme et l’état-nation à une analyse critique compréhensive. L’analyse d’Öcalan sur les femmes en particulier, est de très grande valeur dans la mesure où elle a apronfondi toutes les autres analyses et aidé à atteindre son véritable caractère.

Plus il y a de démocratie, moins il y a d’État : le système confédéral démocratique

Le gouvernement et l’État sont, par essence, une concentration et une intensification du pouvoir, une centralisation. A cet égard, ils sont des facteurs qui sont opposés au peuple. Il ne peut ainsi pas y avoir d’état et de gouvernement qui appartiennent au peuple. Le gouvernement et le peuple ne devraient pas être confondus. Un gouvernement populaire (NdT: de par et pour le peuple) est une démocratie. Ce n’est pas la concentration ni l’intensification du pouvoir, celui-ci étant donné à certains cercles particuliers, mais celui-ci allant à la base, au local, appartenant et retournant au peuple. La démocratie et l’État peuvent coexister pendant un certain temps dans une accommodation, mais ce sont des faits contradictoires par nature. Il y a une formule dialectique qui dit que plus il y a d’État et moins il y a de démocratie et plus il y a de démocratie et moins il y a d’État. Même aujourd’hui, dans l’âge moderniste, avec le capitaliste qui dirige les états, la diminution de l’État est en discussion.

Nous sommes maintenant dans une ère où on peut penser, envisager une vie sans l’État, une société sans (NdT; contre) l’État, sans vie politique, économique, sociale et culturelle dirigée par l’État. L’humanité doit trouver un système qui la libèrera de l’État qui la tyrannise. Nous sommes entrés dans l’ère où nous pouvons penser vivre sans État. Même si les gens peuvent s’accommoder de vivre avec l’Etat un peu plus longtemps, ils doivent atteindre un système politique, social, économique et culturel qui n’aura pas d’État. Ce n’est ni une obligation, ni une fatalité que de vivre sous un régime étatique, car la démocratie exprime la transcendance de l’État. Aujourd’hui, une alternative à l’État est un système confédéral démocratique fondé sur une société démocratique organisée. Le peuple peut se gouverner lui-même dans un système confédéral démocratique sans être exposé à l’oppression et à l’exploitation.

Un système démocratique peut mettre en place un système administratif démocratique où il n’y aura ni exploitation ni oppression. L’État et ses rouages appartiennent aux dirigeants, tandis que le confédéralisme démocratique est le système de fonctionnement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Les états sont maintenant des synonymes de chaos, de crise, de ruine et de malheur pour l’humanité. Nous devons nous libérer de cette calamité. Si vivre sous le joug de l’exploitation et de l’oppression n’est pas dans la nature de l’être humain, alors ni l’État, ni le drapeau qui le représente ne peuvent représenter le peuple et la société.

Öcalan a mis en place le confédéralisme démocratique en le fondant sur une société démocratique organisée comme une alternative viable à l’État et ce pour toutes les sociétés et non pas pour le peuple kurde uniquement. C’est un système qui par sa différence crée une identité unique contrairement à l’état-nation. Toute différence peut parvenir à la liberté avec sa propre identité au sein d’une confédération démocratique. A cet égard, le confédéralisme démocratique représente la vie libre pour tout peuple et toute communauté. Ceci peut aussi être appelé la démocratie complète réalisée. Il ne peut pas y avoir de démocratie dans un système étatique. Qui peut parler de démocratie véritable et complète là où il y a des dirigeants ?

Le temps des peuples

Le confédéralisme démocratique est une alternative viable à l’État. Si nous disons que le temps et l’ère des peuples arrive, cela veut dire que l’ère du confédéralisme démocratique pointe à l’horizon. Au sein d’un état il ne peut y avoir ni démocratie, ni socialisme. L’État ne peut pas être éradiqué en tant qu’état par un état. L’État ne peut être transcendé et mené à l’extinction que par le confédéralisme démocratique. Les peuples ne peuvent pas s’émanciper avec l’État ni atteindre une vraie liberté et une véritable vie démocratique. Les peuples seront libérés par le confédéralisme démocratique.

Ceci constitue la ligne politique et idéologique d’Öcalan, son paradigme politique. Ceci constitue sa compréhension de la démocratie, de la liberté et du socialisme. Il ne peut pas y avoir de gouvernement de par et pour le peuple en dehors du Confédéralisme Démocratique.

Partant de ce principe, il est impossible pour les peuples de défendre l’État.

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Lectures complémentaires:

Longue vie au Rojava !… Le texte du Confédéralisme Démocratique

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

6ème_déclaration_forêt.lacandon

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

 


Commune Internationaliste du Rojava

Résistance au colonialisme: Le monde malade de l’ « owista », la maladie de l’argent (Mohawk Nation News)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés with tags , , , , , , , , , , , , on 12 octobre 2019 by Résistance 71


Les harpies colonialistes…

 

Remboursement

 

Mohawk Nation News

 

8 octobre 2019

 

url de l’article original: 

http://mohawknationnews.com/blog/2019/10/08/pay-back/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Otsinonwaksen okonha, l’entreprise coloniale du gouvernement du Canada et ses associés sont troublés. Les questions principales de leur débat électoral courant devraient être : “Comment pouvons-nous sortir de cette engrenage induit de justifier de toute la brutalité et du génocide que nous commettons envers onkwehonwe, le peuple originel et de toute vie sur l’Île de la Grande Tortue ?

Owista (la veulerie, maladie de l’argent) gouverne la société corporatrice coloniale. Leurs bouches disent “moi” au lieu de “nous”.

Les acteurs sont entraînés pour tromper le public de voir que l’entreprise coloniale est fondée sur les 51% de la règle majoritaire, la façon dont fonctionne le gouvernement entrepreneurial du Canada. Le corporatisme / fascisme dirige un état quasi policier sous les statuts de la loi de l’amirauté (britannique) sans aucun remède constitutionnel.

Le peuple originel, qui vit la voie naturelle avec toute vie, n’appartient en rien au système corporatiste colonial. Les immigrants sont en train de nous “réguler” hors d’existence. Si les citoyens de chaque municipalité développait une constitution municipale fondée sur Kaianerakowa, la Grande Loi de la Paix, et apprenait à obtenir un consensus de 100% d’accord sur tous les problèmes à discuter affectant la communauté, le Canada deviendrait un exemple rutilant pour le monde entier.

Les diktats des serpents étrangers à cette terre ne peuvent pas nous retirer de celle-ci. Tewatatawi est notre nature. Aujourd’hui, nous, onkwehonwe, sommes “retournés dans les collines” pour cicatriser et attendre le retour de la Grande Paix. Elle viendra.

Onkwehonwe veut dire que nous sommes le peuple originel pour toujours. Nous étions ici bien avant la “Canada”, bien avant l’Indian Act (loi scélérate sur les Indiens), avant l’église. Nous ne sommes pas arrivés sur l’Île de la Grande Tortue en bateau. la Nature/création, l’univers, nous a placé sur notre terre-mère, là où nous sommes.

Nous répandrons la paix autour du monde.

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Lectures complémentaires:

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Manifeste pour la Société des Sociétés

TICEE_Operation_Rachat_2018

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

La_voie_Lakota_et_Crazy_Horse

Effondrer le colonialisme

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

si-vous-avez-oublie-le-nom-des-nuages-vous-avez-oublie-votre-chemin

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

 

Guerre impérialiste au Moyen-Orient: le fiasco saoudien au Yémen et la réalité sous-jacente (Pepe Escobar)

Posted in actualité, colonialisme, guerre iran, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 7 octobre 2019 by Résistance 71

Pepe Escobar: Les Houthis continueront jusqu’à la Mecque

 

Pepe Escobar

 

4 octobre 2019

 

Source: http://french.almanar.com.lb/1515802

 

Ne jamais sous-estimer le pouvoir du retour de flamme. En ce moment même, le prince héritier Mohammad bin Salman (MBS), le dirigeant de facto de la Maison des Saoud, regarde fixement un abîme inquiétant ouvert par les Houthis au Yémen.

Le week-end dernier, le porte-parole des forces armées yéménites, le brigadier Yahya al-Sari, a décrit cliniquement comment Ansarallah, également connu sous le nom de mouvement rebelle houthi, aidé par ce que les Yéménites appellent les « comités populaires », a capturé trois brigades saoudiennes de 2 400 soldats – en haillons – et des mercenaires yéménites et soudanais ainsi que des centaines de véhicules de combat. Au moins 500 soldats saoudiens ont été tués et blessés, a affirmé Ansarallah. (Un porte-parole de la coalition dirigée par les Saoudiens a nié l’allégation).

Cela faisait partie de l’Opération Nasrallah dans l’axe de Najrane, limitrophe de l’Arabie Saoudite. Les Houthis, qui ont beaucoup appris, tactiquement et stratégiquement, du Hezbollah, ont fait l’éloge des moudjahidins et des « comités populaires » impliqués dans l’Opération Nasrallah.

Le colonel Pat Lang, dans son blog, offre une observation particulièrement utile sur les véhicules saoudiens capturés. Certains appartenaient à la Garde nationale saoudienne (SANG) :

« Je suppose que ces troupes provenaient du SANG modernisé que les États-Unis ont travaillé dur pour former et équiper pendant cinquante ans ou plus. La reddition facile de ces bédouins est une très mauvaise nouvelle pour la monarchie saoudienne ».

(…)

Comme je l’ai déjà dit, les opérations de plus en plus audacieuses des Houthis en Arabie Saoudite ne peuvent être couronnées de succès qu’avec des renseignements solides sur le terrain.

Quant aux soldats saoudiens capturés et dépouillés, Mohamed Al-Bukhaiti, qui fait partie de l’aile politique d’Ansarullah, confirme qu’ils sont pour la plupart des takfiristes – de vrais croyants qui pensent voir parmi leurs compagnons musulmans des légions d’apostats, méritant la peine capitale – et des Djihadistes.

A Beyrouth, j’ai passé beaucoup de temps dans des conversations détaillées avec Hassan Ali Al-Emad, érudit, homme politique et fils d’un cheikh yéménite influent dominant 12 tribus. A l’origine Zaydi lui-même, Al-Emad avec l’aide d’autres sources yéménites a confirmé que les principaux acteurs sont en fait le mouvement houthi – et pas seulement la tribu houthie, qui n’est qu’une tribu parmi de nombreuses tribus Zaydi du nord du Yémen. La capitale Sana’a a été reprise par le mouvement houthi, et pas seulement par la tribu houthie.

C’est essentiel pour comprendre le fait que la majeure partie du nord du Yémen a désormais adhéré au mouvement houthi – qui est aussi le gouvernement du nord du Yémen. Il n’est pas exagéré de penser que le mouvement houthi pourrait finir par unir l’écrasante majorité du Yémen contre la Maison des Saoud.

Ce que MBZ est en train de faire

Al-Emad a tenu à souligner que parmi la mosaïque tribale yéménite d’une complexité vertigineuse, le seul facteur unificateur est la lutte contre un envahisseur étranger, en l’occurrence un bombardeur en série, responsable depuis 2015 de la crise humanitaire la plus grave du monde selon les Nations Unies. J’ai fait remarquer à Al-Emad que le modèle tribal yéménite ressemble beaucoup à celui de l’Afghanistan. Il a visiblement apprécié la comparaison.

Al-Emad a également confirmé que les mercenaires qui combattent dans le sud du Yémen rejoignent en masse le mouvement houthi. Cela posera encore plus de défis à la soi-disant « coalition » qui bombarde le Yémen depuis 2015 et qui est maintenant réduite à la Maison des Saoud après que les EAU aient opté pour des « pourparlers ».

Sur le terrain, la situation est encore plus sombre. Les Houthis – soutenus par l’Iran – combattent peut-être Riyad, mais ils combattent aussi les restes d’Al-Qaïda et quelques Djihadistes de Daesh. La Maison des Saoud crée l’illusion qu’ils font la même chose. En fait, ils ne font rien.

De plus, les Houthis combattent également le Conseil de Transition du Sud (CTS), formé il y a seulement deux ans. C’est un groupe séparatiste qui veut un Yémen du Sud indépendant. Pourtant, le CTS est avant tout une cinquième colonne des Émirats Arabes Unis, financée et militarisée par Abu Dhabi.

Alors, qu’est-ce que Mohammed Bin Zayed (MBZ), le mentor de MBS à Abu Dhabi, fait vraiment au Yémen ? Suivez l’argent (du pétrole). Ce qui compte vraiment, c’est le contrôle total du détroit immensément stratégique de Bab-el-Mandeb qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden. C’est une question de commerce du pétrole et de connectivité. La Chine, avec une base à proximité de Djibouti, est très attentive à ce qui se passe à Aden et dans le sud du Yémen.

Pendant ce temps, le « gouvernement » du Yémen, dirigé par le président Abed Rabbo Mansour Hadi, reste une fiction inefficace. Fondamentalement, la seule chose que fait Hadi est de soutenir le Conseil de Transition du Sud pour combattre les Houthis.

Un autre angle pétrolier fascinant entre encore en jeu. Hadi est en train de déménager son entreprise dans la mythique Ma’arib – la légendaire capitale de Balqis, la reine de Saba.

Tout comme Freud comparant les couches de l’inconscient aux couches de ruines romaines, il y a une myriade de Ma’aribs superposés dans l’histoire extraordinaire du Yémen. Ma’arib était la capitale originelle de l’Arabie Heureuse, louée par d’éminents historiens tels que Strabo et Diodore de Sicile, une ville envoyant mille talents d’encens à Babylone tous les douze lunes pour la fête de Baal ou pour la vente d’ivoire, d’or et de peaux de léopard aux caravanes d’Hatchepsout, la reine d’Egypte.

Le regard de Ma’arib est fixé sur le Rub al-Khali, le Grand Désert Vide, rêvant d’un nouvel Empire arabe – certainement pas gouverné par la Maison des Saoud, minable, corrompue et suprêmement ignorante. Entre en jeu, encore une fois, le point de vue des Émirats arabes unis.

Ma’arib est la terre d’origine du cheikh Zayed, le père de MBZ. C’est de là que sa tribu est partie. Dans les années 1970, Cheikh Zayed finançait en fait une armée d’archéologues et d’ingénieurs agricoles impliqués dans la renaissance de Ma’arib. Aujourd’hui, en tant que pouvoir caché derrière le gouverneur Sultan al-Aradah, son fils MBZ voudrait le contrôler pour peut-être réaliser le rêve de papa. Le problème, c’est que les Houthis ne le laisseront jamais faire.

Le désert recèle tous les secrets

Essayer de décoder le puzzle yéménite, c’est comme être plongé dans un labyrinthe de miroirs de Jorge Luis Borges. En fait, une pyramide de miroirs.

A Beyrouth, j’ai eu le privilège de partager d’innombrables histoires avec mon amie la Princesse Vittoria Alliata de Sicile, incarnation de l’aristocratie cool, islamiste de renom et première traductrice italienne du « Seigneur des Anneaux » (Tolkien a beaucoup aimé la traduction).

Vittoria, qui a traduit nos conversations avec al-Emad, m’a gracieusement offert l’un des rares exemplaires restants de la première édition de 1980 de Garzanti de son fascinant « Harem » , une étude sur les femmes du monde arabe sous la forme de souvenirs de voyage. J’y ai trouvé ce passage immaculé de Hasan ibn Ahmad al-Hamdani, écrit en 935 de notre ère à Sana’a :

« Dans les sables du désert est enterrée une pyramide à l’envers ; elle contient la vérité de la race humaine. La vérité est enterrée dans les sables du désert, donc celui qui la découvre par hasard sera considéré par les hommes comme un fou avec son cerveau brûlé par la solitude et le soleil ».

Le fait que les barbares de la Maison des Saoud cherchent à détruire l’Arabie Heureuse – le siège d’une fabuleuse civilisation millénaire du désert et une réserve de connaissances – en dit long sur notre époque sordide. Les vrais Yéménites y voient clair.

En termes plus prosaïques, après l’attaque spectaculaire et révolutionnaire contre Abqaiq, le mouvement houthi, via le président du Conseil politique suprême du Yémen Mahdi al-Mashat, a offert un cessez-le-feu à MBS. Son entourage n’a accepté qu’un arrêt « partiel » de la campagne de bombardements incessants. Des opérations plus audacieuses, avec des essaims de drones et des missiles Quds-1, sont donc inévitables. Comme l’a fait remarquer Boukhaiti, ils « viseront des installations plus vitales et critiques des Saoudiens ».

Un avant-goût de ce qui nous attend est l’incendie de la gare de Djeddah – qui est la plaque tournante de plus de 7 milliards de dollars de la liaison ferroviaire à grande vitesse de 300 km de MBS vers La Mecque et Medina. La rue arabe est dévorée par les rumeurs selon lesquelles les Houthis ne s’arrêteront pas avant d’atteindre La Mecque.

En ce qui concerne les capacités du missile de croisière yéménite Quds-1, voici une superbe analyse technique, qui s’accompagne d’un aperçu crucial au vu des affirmations britanniques, allemandes et françaises selon lesquelles l’Iran est derrière les attaques pétrolières saoudiennes:

« Notamment, le Pentagone n’a pas accusé l’Iran de l’attaque et se tait, sachant très bien que le missile de croisière Quds venait du territoire houthi » .

Après Abqaiq et l’Opération Nasrallah, dire que MBS se prend un brutal retour de flammes est un euphémisme. Le bombardement incessant du Yémen pendant plus de quatre ans pendant son mandat de ministre de la Défense est son bébé Frankenstein.

À Beyrouth, j’ai également passé de nombreuses heures à discuter du bourbier interne saoudien avec des analystes de l’opposition organisée, qui dirigent le site Web The Saudi Reality.

Entre autres choses, ils ont dit que Jamal Khashoggi avait été tué parce que le consul saoudien à Istanbul avait exagéré la dose de la piqûre pour le paralyser. Puis il a été scié à la scie à os et le corps a été brûlé – donc pas étonnant qu’on ne l’ait jamais retrouvé.

L’opposition considère la dynamique interne saoudienne comme l’homme de Trump à Riyad – à cause de l’angle pétrolier – alors que la CIA, comme Khashoggi, préfère traiter avec une monarchie constitutionnelle et avoir son propre atout en main.

L’instabilité totale règne. La seule certitude est que l’offensive de plus en plus sophistiquée du mouvement houthi continuera d’être déployée en Arabie Saoudite, à moins que MBS n’abandonne sa guerre brutale. Sinon, il ferait mieux de réserver un aller simple pour Londres.

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Lecture complémentaire:

Le_mythe_biblique_ashraf_ezzat

La racine profonde de l’empire: La Banque d’Angleterre et la City de Londres (Est. 1694)

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 2 octobre 2019 by Résistance 71


Le cœur de l’hydre impérialiste (Est. 1694)

 

La Grande-Bretagne ne fut jamais “grande” et l’Amérique a été flinguée il y a bien longtemps

 

VT Editors

 

28 septembre 2019

 

url de l’article original:

https://www.veteranstoday.com/2019/09/28/britain-was-never-great-and-america-was-snuffed-out-long-ago/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Introduction

La bibliothèque du Congrès des Etats-Unis a maintenant numérisé les journaux américains de la fin du XIXème à la fin du XXème siècles. Vous pouvez y rechercher des dates de naissances, de décès, des banqueroutes, des analyses d’information, des ventes, des offres, tout ce que vous voulez…

Ceci fut une vaste entreprise et une mine d’or qui révèle bien des choses, laissez-moi vous dire pourquoi.

L’Amérique fut fondée très largement par des fermiers propriétaires d’esclaves qui saisirent l’avantage du travail à plus que bon marché et de vastes étendues gratuites. Mais, en un demi-siècle, le commerce et l’industrialisation ont transféré la plupart des fonctions financières et gouvernementales des Etats-Unis au même groupe de personnes en Europe qui contrôlait la Royaume-Uni, la France, la Hollande, l’Espagne, toute l’Europe en fait.

Voyez-vous, alors que les “pères fondateurs” tombaient en désuétude, de nouvelles “familles” émergèrent, des noms bien américains comme Astor (Astorga-Séfarade), Cabot (Cabota, séfarade) ou Rockefeller, Bush et même Drumpf.

Pour les fausses familles allemandes comme les Drumpf, de petits fonctionnaires au service des Rothschild, qui géraient les putes pour les mines d’or de Californie et du Yukon, cela les mena à contrôler les titres de propriété des mines d’or et s’affirmèrent plus tard dans la plus grande industrie de trafic au monde, le boum migratoire du XIXème siècle, les prostituées, les Irlandais pour combattre dans la guerre de sécession, plus de prostituées et les esclaves qui remplissaient les voisinages immigrants de New York, de Boston, et une douzaine d’autres villes où vivaient et se développait le crime organisé non par irlandais ou italien, mais de la “Mafia Kazhare Rothschild” (MKR) et qui y vit toujours aujourd’hui. 

Quand vous chassez des dates de naissance, de décès, des ventes de terrain, des relations de famille, toutes ces millions de choses que les Américains ont mentionné dans de brèves infos qu’on peut maintenant consulter à la bibliothèque du Congrès, ces familles n’existent pas.

Leur histoire sera une fiction.

Le plus souvent quand on regarde les familles des sociétés secrètes comme les “Skulls & Bones” ou les barons voleurs, on se rend compte assez vite que la richesse émanant des maisons banquières de New York, 100% propriétés européennes, c’est à dire de l’Espagne anciennement séfarade puis de Venise ou de Gêne, puis de Francfort ou d’Amsterdam, vers finalement Londres et toutes possessions des mêmes gens qui contrôlent maintenant la réserve fédérale américaine, la MKR et l’état d’Israël.

On y voit un schéma émerger. L’Ouest, le “Wild West” américain fut développé depuis la ville de St Louis où Kuhn & Loeb des Rothschild, assortissaient les wagons de trains, puis contrôlèrent plus tard les chemins de fer, puis les affaires de l’élevage d’abattage, puis le pétrole et bien entendu le marché des céréales et celui des échanges, des commodités et de la bourse.

Ils furent aidés en cela par Jacob Schiff, qui gérait de fait la banque américaine, JP Morgan et Harriman n’étant que des vitrines / hommes de paille. Derrière, la mystérieuse famille Bush, que certains affirment être du clan nazi “Scherf”, la famille originelle du sionisme mais d’autres personnes qui utilisèrent des sources plus récentes, voit maintenant la famille Schiff comme étant celle à l’origine du sionisme, le Jakob Schiff qui manœuvra la Russie, la Chine et le Japon vers la guerre en 1905, qui amena les Etats-Unis dans le système de la réserve fédérale, la “Fed” et les 1ère et 2ème guerres mondiales et plus tard, par le biais d’agents, furent mis en place les attentats du 11 septembre 2001 et la guerre contre le terrorisme qui s’en suivit.


Domination judéo-chrétienne

Guillaume d’Orange, âne juif et homosexuel

Guillaume d’Orange, connu de ses mignons comme “Billy le rose”, était un inconnu hollandais qui fut choisi par les juifs d’Amsterdam avec un objectif particulier en vue. Les juifs avaient été virés d’Angleterre par le roi Edouard 1er en 1290 pour leur usure et parce que plusieurs d’entre eux avaient été condamnés pour sacrifices ayant pour victimes des enfants chrétiens.

Les juifs pensaient que l’Angleterre était un endroit bien juteux et firent plusieurs tentatives pour y regagner droit de cité, ceci incluant le financement d’Olivier Cromwell, qui pensa un moment donner l’Irlande aux juifs en guise de nouveau Sion, une fois l’extermination des Irlandais parachevée. En fin de compte, Cromwell n’autorisa jamais les juifs à revenir en Angleterre, bien qu’il eut pris leur argent.

Les juifs furent les garçons de chambre de l’empire romain. Ils suivirent les légions à travers toute l’Europe, achetant les peuples conquis comme esclaves, particulièrement les filles et femmes celtes et germaines blondes qui se vendaient à haut prix en Europe du sud, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Ils amassèrent aussi une fortune en prêtant à intérêt (usure) aux officiers et aux soldats romains, sachant que ceux-ci simplement voleraient et pilleraient ce dont ils avaient besoin pour rembourser les emprunts.

La raison principale pour laquelle Jules César envahît alors la Gaule était parce qu’il était endetté jusqu’au cou et que sa famille était en grand danger de banqueroute et de voir ses biens saisis. César se vanta avoir tué un million de Gaulois et d’en avoir réduit en esclavage un autre million, un million de Celtes vendus aux juifs comme esclaves. Ceci fut le pire holocauste de l’histoire de l’Europe et tout ça parce qu’un homme croulait sous les dettes.

A l’effondrement de l’empire romain, les juifs l’eurent dur. La chrétienté et l’islam essayèrent d’arrêter l’holocauste que l’usure avait créé et pendant quelques siècles, les peuples d’Europe eurent un peu de paix et de confort. Mais la découverte des Amériques par les Espagnols donna aux juifs une opportunité en or de retourner à leurs vieilles affaires.

Ils financèrent les navires, il y eut même un bon nombre de juifs participant au premier voyage de Christophe Colomb, des convertis (Conversos), juifs qui prétendaient s’être convertis au christianisme pour des raisons d’affaire. Au temps où Cortez atteignit l’Amérique du Sud, il était submergé de dettes. Même s’il pilla des milliards en or et en argent (en valeur moderne), il mourut pauvre et endetté.

Tout comme au bon vieux temps de l’empire romain, les juifs s’assurèrent que les soldats espagnols n’étaient rien d’autre que leurs bourricots et plus ces bourricots s’endettaient, plus vicieux et génocidaires étaient-ils envers les populations indigènes alors qu’ils essayaient désespérément de voler et de piller suffisamment d’or et d’argent pour payer leurs dettes et pouvoir voir venir.

La conquête espagnole de l’Amérique du Sud laissa l’Espagne criblée de dettes et fournit aux juifs une immense richesse. Comme cela s’est souvent produit au cours de l’histoire en d’autres lieux, les Espagnols tournèrent très hostiles contre les juifs qui les avaient escroqués d’une vaste fortune. Ainsi, les juifs transférèrent leur argent et leur richesse vers Amsterdam où déjà régnait un était d’esprit bien plus libéral.

Les juifs retournèrent au boulot et bientôt l’empire hollandais commença à éclipser l’espagnol et les profits juifs s’envolèrent.

Mais Amsterdam était toujours sous l’influence du roi d’Espagne et parfois sous occupation espagnole directe. Ce n’était pas une situation idéale.. Mais il y avait un endroit qui était bien au delà de tout contrôle espagnol, qui avait tourné le dos à Rome et qui plus important, était protégé par la mer. L’Angleterre était comme un gigantesque porte-avion au large des côtes européennes. Suffisamment proche pour faire des affaires, mais suffisamment loin pour que la pape et le roi d’Espagne ne puissent pas la dominer. Mais il n’y avait qu’un seul gros problème: les juifs avaient été bannis d’Angleterre.

Arrive Guillaume d’Orange. Le roi catholique James avait irrité les protestants anglais et ceux-ci recherchaient quelqu’un pour le renverser. Ils n’avaient ni les moyens ni l’organisation pour le faire. Les juifs avaient les deux. Mais ils voulaient leur homme sur le trône d’Angleterre, pas n’importe quel protestant. Après tout, ils avaient financé les guerres de Cromwell pour finalement ne rien pouvoir en tirer. Et bien, le reste est histoire. Ce qui est intéressant de voir de ce point de vue est le prix que les juifs tirèrent de leur soutien à l’invasion par Guillaume d’Orange de l’Angleterre, de l’Ecosse et de l’Irlande.

L’interdiction pour les juifs de pénétrer en Angleterre fut immédiatement levée ; mais même cela ne fut pas le gros lot. Le gros lot fut la création de la Banque d’Angleterre. Les juifs fondèrent la Banque d’Amsterdam en 1609. Ce fut la véritable première banque centrale du monde. En 1694, Guillaume donna sa charte à la Banque d’Angleterre. C’était une banque privée. Ses actionnaires étaient tous juifs avec des noms espagnols et portugais: da Costa, A Fonseca, A Mendes, A Nunes, A Henriquez, Rodrigues, A Salvador, De Mattos, De Medina. Mais alors même qu’elle était une banque privée, elle commença à agir comme si elle était gouvernementale. Parce qu’elle avait un énorme capital en comparaison avec les banques anglaises résidentes, elle pouvait mener instantanément toute banque anglaise à la banqueroute immédiate.

Elle pouvait le faire en simplement rappelant tous les billets de papier de toute banque anglaise qui lui déplaisait. Comme à cette époque, les billets devaient être garantis par de l’or, la Banque d’Angleterre achèterait simplement tous les billets d’une banque récalcitrante, puis les lui présenterait en même temps lui demandant l’or en retour. Lorsque la banque ne pouvait pas fournir tout l’or demandé, elle serait déclarée en banqueroute et fermée.

La Banque d’Angleterre le fit savoir très vite à tout le monde, une fois fait, elle établit une règle simple: toute banque qui voulait rester dans les affaires devrait déposer une quantité d’or à la Banque d’Angleterre, ou voir ses portes se fermer. Les juifs avaient les banques anglaises sous leur coupe. Dès ce moment, le système bancaire et financier de l’Angleterre et de fait, de l’empire britannique fut, de fait, le système financier et bancaire des juifs.

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Lectures complémentaires:

La_City_de_Londres_au_coeur_de_lempire

Que faire ?

Effondrer le colonialisme

Manifeste pour la societe des societes

 

Falsification historique: le cas de la non-épuration de la France de 1943 aux années 50 (avec Annie Lacroix-Riz)

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L’historienne Annie Lacroix-Riz

 

Ô toi, historien, qui d’encre non menteuse
Écris de notre temps l’histoire monstrueuse,
Raconte à nos enfants tout ce malheur fatal,
Afin qu’en te lisant ils pleurent notre mal,
Et qu’ils prennent exemple aux pêchés de leurs pères,
De peur de ne tomber en pareilles misères.
~ Ronsard, extrait du Discours des misères de ce temps, 1562 ~

 

La non-épuration de la France de 1943 aux années 50 : la leçon magistrale d’Annie Lacroix-Riz

 

Comité Valmy

 

29 septembre 2019

 

url de l’article original:

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11490

 

En marge de ses tentatives pour comprendre, ou plus modestement pour proposer quelques contrechamps aux discours dominants sur les crises internationales, prochetmoyen-orient.ch a choisi, cette semaine, de parler d’un livre-événement (1) dont la grande presse n’a pas parlé et, sans doute, ne parlera plus davantage. Certes, le maniement de cette somme de plus de 600 pages requiert une bonne musculation, mais aussi une lecture attentive, sinon symptômale, tant le sujet sonde en profondeur l’un des virages les plus obscurs de notre histoire contemporaine. Davantage encore, l’entreprise de l’historienne Annie Lacroix-Riz constitue une leçon magistrale de politique générale.

Si on ne la voit guère sur les plateaux de télévision, parce qu’elle passe plus de temps à déchiffrer les archives que dans les dîners en ville, Annie Lacroix-Riz n’est pas n’importe quelle historienne. Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Paris-7, on lui doit nombre d’ouvrages importants, notamment : Le Vatican, l’Europe et le Reich ; Le Choix de la défaite ; De Munich à Vichy ; Industriels et banquiers sous l’occupation ; Les Elites françaises – 1940/1944 ; De la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance américaine ; Aux origines du carcan européen – 1900/1960.

Annie Lacroix-Riz est aujourd’hui l’un de nos grands historiens de la Seconde guerre mondiale et de ses filiations à la fois plus anciennes et tellement actuelles. Impossible de résumer l’ouvrage, mais voyons plutôt quelques-unes de ses importantes découvertes.

« MIEUX VAUT HITLER QUE STALINE ! »

« Mieux vaut Hitler que Staline » : le mot d’ordre a non seulement inspiré bien des opposants au Front populaire – qui, de nombreuses façons, préparaient une débâcle de Mai 1940 acceptée comme une sorte de moindre mal avant de justifier Vichy et la collaboration avec l’occupant – ; mais il a aussi constitué l’un des fils rouges de la Libération, puis de la restauration de la France. Plus encore, la formule a aussi inspiré une machinerie à remonter le temps, servant à fabriquer une souveraine détestation de la Révolution française, de Robespierre et d’autres grands inventeurs de la République.

Sous les plumes de François Furet et Ernest Nolte notamment, la même machinerie a popularisé l’improbable équivalence entre nazisme et communisme théorisée par Hannah Arendt, confidente de Martin Heidegger qui venait de s’installer dans la chaire de philosophie qu’Edmund Husserl avait dû quitter pour fuir le régime nazi. Jusqu’à nos jours, cette imposture idéologique a survécu à travers les pantomimes médiatiques d’une « nouvelle philosophie » qui va traquer les « maîtres penseurs » initiateurs du Goulag, de Marx/Engels, de Hegel jusqu’à Platon et Aristote : leurs tentatives de « pensée totale » n’ayant été que de successives anticipations des totalitarismes de l’époque contemporaine.

Dans ce contexte idéologique très clivé, qui se transforme mais perdure depuis La Nuit de l’abolition des privilèges, les événements allant de 1943 aux années 1950 ont donné lieu à passablement de déformations, de contresens, sinon de trahisons. Durant cette période tourmentée, peut-on vraiment parler d’« épuration », celle promise sur les ondes de Londres et d’Alger contre les collaborationnistes et « assassins de patriotes » ? A l’appui d’une étude approfondie d’archives multiples, Annie Lacroix-Riz apporte les preuves que cette « épuration » n’a jamais eu lieu.

Alors que s’est imposée la fable dominante d’une « épuration sauvage » et spontanée persécutant les femmes coupables de « collaboration horizontale » – « femmes tondues » en place publique – et des notables ayant sciemment choisi Vichy et la collaboration avec l’occupant, le général de Gaulle et ses alliés politiques ont plutôt opté pour une « non-épuration » favorable au statu quo général des élites, inauguré par le Comité français de libération nationale d’Alger (CFLN). Cette posture bénéficia même à une multitude de criminels de sang tandis qu’étaient inquiétés nombre d’authentiques résistants !

Le mot d’ordre « Mieux vaut Hitler que Staline » survit aux conditions historiques de son émergence pour alimenter une mythologie (2) dont nous sommes aujourd’hui loin, très loin d’être sortis.

MYTHOLOGIES DE L’EPURATION

La première de ces mythologies recouvre les « approximations contemporaines sur la chronologie et les effectifs ». Selon Jean-Paul Cointet, il n’y aurait eu en France qu’un maximum de 1500 à 2000 collaborateurs « de sang », d’ailleurs exécutés « sommairement » en 1944 (avant ou après la Libération ?), pour dénoncer les parias, remplir les prisons, torturer, déporter, fusiller, massacrer, et parvenir à un bilan civil que la statistique officielle chiffra après-guerre à près de 150 000 morts. Les « pertes humaines » civiles furent fixées en mai 1947 à 30 000 fusillés, 150 000 déportés « morts ou disparus, sur un effectif (incluant une fraction des 766 000 travailleurs « déportés » en Allemagne) de 95 000 « déportés politiques » et de 100 000 « déportés raciaux ».

« Les recherches en cours nous rapprochent de cet effectif » , estime Annie Lacroix-Riz ; « les décès en Allemagne de travailleurs forcés (dont l’effectif total n’a pas varié depuis la statistique officielle de 1947) sont estimés à environ 30 000, soit moins de 5% du total déporté ; le chiffre de 75 000 déportés juifs fait consensus général. Celui des fusillés après condamnation atteint « sans doute 15 000 à 20 000 exécutés et massacrés », dont 36% de « communistes ». Encartés, c’est possible, FTP, c’est invraisemblable : ce pourcentage, avancé sans source, est incompatible avec la correspondance policière française et allemande, monomaniaque sur les FTP. Les « exécutés sommaires sont bien plus nombreux que les fusillés par condamnations », surtout dans les régions de « maquis puissants », auxquels s’ajoutèrent les liquidés en masse de « nettoyage des prisons au moment du départ des Allemands », et tant d’autres, tués « lors des libérations des villes, condamnés en France et exécutés en Allemagne », massacrés en masse de la fin de l’hiver 1943/44 à l’été 1944.

Elle conclut : « on peut évaluer le nombre de morts par balles dans une volonté de répression entre 15 et 20 000, sans compter les autres morts en camp de concentration et au combat. Bien plus nombreux : de combien ? Deux fois plus que les 20 000 condamnés ». Sur ces évaluations, la recherche n’a pas dit ses derniers chiffres…

Largement reprise par les historiens officiels de la Seconde guerre mondiale, une deuxième mythologie vise à réduire l’importance opérationnelle de la Résistance française. Exemple : Olivier Wieviorka, spécialiste déclaré de la Résistance française semble considérer que celle-ci n’a eu qu’un rôle militaire négligeable. Seuls les Anglais et surtout les américains auraient, depuis le débarquement de Normandie, assumé la dimension militaire du territoire français comme dans toute l’Europe occidentale. Annie Lacroix-Riz de commenter : « cette dépréciation de la Résistance et de ses combats attire logiquement les éditeurs champions de « l’épuration sauvage .. et de la réhabilitation de Vichy ».

De cette caricature témoigne l’un des ouvrages de la collection que dirige M. Wieviorka – Le Maquis des Glières -, de son ancien doctorant et disciple Claude Barbier. L’auteur s’y propose d’abattre le « mythe (du) maquis des Glières » ou de démontrer à la fois que « la bataille des Glières n’a(vait) pas eu lieu » et que les « réprimants « (sic) français des Glières étaient de braves gens, miliciens taraudés par « un cas de conscience », répugnant « à combattre aux côtés de la Wehrmacht ».

L’ouvrage, tiré en 2014 de sa thèse, devait valider le postulat de son directeur de recherches et éditeur sur la débilité militaire d’une Résistance française (surtout FTP) par ailleurs politiquement féroce : il était donc logique que les « miliciens ne (vissent) aux Glières que des partisans de Staline prêts à employer les méthode (du) NKVD pour assassiner des milliers d’officiers polonais » à Katyn sans les distinguer (…) des membres de l’AS (Armée secrète) » dignes de plus de ménagements.

La correspondance d’Otto Abetz, ambassadeur à Paris, exprime par exemple une grande inquiétude vis-à-vis des nombreux sabotages, assassinats ou « attaques perfides contre des soldats isolés » allemands perpétrés sur tout le territoire français. Et vers la fin de la guerre, le « commandant ouest » de la Wehrmacht, Gerd von Rundstedt, confirme lui-aussi la « gravité » de la situation pour les troupes allemandes dont les petites unités sont constamment attaquées « par des bandits en uniforme ou en civil », obligeant à mobiliser d’importantes forces de protection pour chacun de leurs déplacements.

Baptisée par Albert Speer – le ministre de l’armement de Hitler -, « l’armée des partisans », la résistance intérieure inquiéta assez les Allemands pour les convaincre de porter en France leurs troupes de 27 à 48 divisions entre novembre 1943 et avril 1944. En témoigne l’impressionnant bilan des FTP en matière de sabotages principalement dirigés contre le rail. D’avril à septembre 1943, en effet « 278 opérations contre les voies ferrées et les transports de troupes et de matériels allemands, avaient provoqué 138 déraillements, mettant hors d’usage 357 locomotives et 1698 wagons, et détruisant 38 wagons-citernes pleins d’essence ».

Les combattants patriotes responsables de ces attentats, rappelons-le, pratiquaient non des actes de terrorisme mais des « actes de guerre » définis comme tels par la jurisprudence du Comité de la France libre à Londres (qui s’était déclaré en guerre contre l’Allemagne en 1941).

Troisième mythe récurrent : le vieux distinguo entre « vilains SS » et une « Wehrmacht propre », légende que l’historiographie ouest-allemande a tardivement mais totalement liquidée pour l’Est occupé. Ce mythe s’était effrité à l’Ouest, contre les communistes et les juifs depuis l’été 1941. Il avait perdu tout son sens depuis 1943. Le Feld-Maréchal Hugo Sperrle et le général Gerd Von Rundsedt affichaient début 1944 la couleur dans « la guerre contre les partisans » conduite en France.

« SECTIONS SPECIALES » BLANCHIES

Retour à « l’épuration », engagée après la guerre sous le gouvernement gaulliste : le livre d’Annie Lacroix-Riz démontre qu’elle fut pratiquement inexistante, non en raison d’un climat de risque de guerre civile intérieure, ni de la menace extérieure soviétique, mais bien à cause d’un consensus établi à Alger entre le général de Gaulle et les Américains – pourtant à couteaux tirés (3).

A Alger, personne ne souhaitait une épuration massive de l’appareil économique, politique et militaire de Vichy. Annie Lacroix-Riz montre que, si des commissions d’épuration furent bien mises en place, ainsi que cela avait été prévu dès le début de l’Occupation au sein de la Résistance, elles furent aussitôt réduites à l’impuissance par différents subterfuges (absence de crédit, de personnel, non-transmission des dossiers, requalifications des chefs d’accusation, mesures dilatoires, etc.) avec l’assentiment des premiers ministres et hauts responsables de la Justice de la France libérée – dont François de Menthon, Pierre-Henri Teitgen et Robert Schuman.

A contrario, l’inventivité pour transformer les « épurables » en résistants semble ne pas avoir connu de limites. L’ardeur pour soustraire à l’examen des collaborationnistes notoires ou faire libérer ceux que les avocats décrivaient comme des « Français non coupables, injustement incarcérés » fut sans limite. Les efforts pour les disculper – qu’ils aient été responsables politiques, patrons de presse, banquiers, administrateurs de biens juifs, etc.) – se déployèrent sans relâche. Illustrés dans le livre par de nombreux extraits de lettres, de circulaires et autres, ils sont frappants de cynisme.

L’obstination des ministères et de la haute administration pour blanchir leurs membres donne une idée vertigineuse de la solidarité de « caste » ou de « classe » régissant alors la France de la Libération. Grâce à un système très ramifié de protections, peu de ceux qui devaient répondre « d’actes de trahison, collaboration avec l’ennemi et de menées antinationales » furent en effet condamnés. « Entre 44 et les années 1950 », souligne Annie Lacroix-Riz, « les pratiques d’Occupation indiscutablement établies ne pesèrent rien face aux témoignages dithyrambiques post-Liberationem, aux « certificats de résistance » ou médicaux, le plus souvent évidemment tarifés ».

Dans le domaine de ce blanchiment morbide, un seul exemple suffira, concernant l’appareil judiciaire : tous les dossiers des magistrats des « sections spéciales » qui avaient condamné à mort des résistants furent classés sans suite. Dans cette logique léviathanesque qui donne froid dans le dos, le cas de Maurice Papon est l’arbre qui cache la forêt !

Il faudra 17 années de batailles juridiques pour qu’il soit condamné le 2 avril 1998 à dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité pour les actes d’arrestation et de séquestration – lors de l’organisation de la déportation des Juifs de la région bordelaise vers le camp de Drancy d’où ils furent ensuite acheminés vers le camp d’extermination d’Auschwitz – commis lorsqu’il était secrétaire général de la préfecture de Gironde, entre 1942 et 1944. Mais, estimant qu’il n’existait pas de preuve que Papon ait eu connaissance – à l’époque – de l’extermination des Juifs, il fut acquitté pour toutes les charges de « complicité d’assassinat » et des « tentatives de complicité d’assassinat ».

Paradoxalement, ce furent les Résistants qui furent soupçonnés et attaqués. En 1948, le philosophe Vladimir Jankélévitch écrivait que sous l’égide de « la démocratie américaine » et du « libérateur de la France » (de Gaulle), « la défense de classe » avait « vite » permis aux « amis (français) du docteur Goebbels (…) redevenus les bien-pensants », de se remettre « de leur frayeur (…). Tout rentrait dans l’ordre », avec le retour en force de « l’ennemi numéro un : le communisme ». Il prévoyait aussi que « demain la Résistance devra(it) se justifier d’avoir résisté ».

LE « TOURNANT OBSCUR »

Dans sa jeunesse, l’auteur de ces lignes a eu la chance de partager l’amitié et les récits de plusieurs Résistants haut-savoyards. Issus des communautés de pêcheurs du lac Léman et des fermes de moyenne montagne, plus précisément de Rives (Thonon-les-Bains), d’Anthy-sur-Léman, de Meillerie et des villages de la Vallée Verte (Boëge), ces derniers avaient rejoint les Brigades internationales d’Espagne, se retrouvant intégrés à des unités républicaines soit de la FAI (Fédération anarchiste ibérique), soit du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste/Trotskiste) et d’autres groupes.

Leur crédo unanime était d’interroger sans cesse l’arrestation de Jean Moulin et son remplacement à la tête du CNR (Conseil national de la Résistance) par le démocrate-chrétien Georges Bidault (nom de guerre : Bip), qualifié par eux de « tournant obscur », reprenant ainsi le titre des mémoires du révolutionnaire russo-belge Victor Serge. « Tournant », expliquaient-ils parce qu’après la « neutralisation » de Jean Moulin – qui avant d’être préfet de Chartres fut nommé par Pierre Cot sous-préfet de Thonon-les-Bains (c’est durant cette période qu’il noue une relation forte avec le Rassemblement universel pour la Paix/RUP soutenant les effort de la Société des Nations/SDN contre la guerre de Mussolini en Ethiopie puis en appui de la République espagnole) – s’ensuivit une reprise en main opérationnelle et politique de la Résistance.

Sous la direction de Jean Moulin, les mouvements gardent une grande autonomie opérationnelle, adoptant le plus souvent les techniques asymétriques de la guérilla. Une fois les opérations terminées, ils se replient dans des régions boisées et montagneuses, prenant soin d’éviter les confrontations massives et frontales. Pour l’occupant, les fragmentations fluides de cet ennemi invisible donc insaisissable sont redoutables. Dans ces circonstances, les groupes de maquisards cultivent toutes leurs spécificités politiques et projettent leur combat dans la perspective de la reconstruction du pays. Pour Churchill et une partie de l’entourage du général de Gaulle, cette situation est insupportable. Anticipant les évolutions de la résistance en Grèce où la majorité des mouvements ancrés à gauche identifiait Libération et révolution sociale, ou celle prévalant en Yougoslavie avec les partisans de Tito, le commandement allié – selon les amis de l’auteur – a clairement privilégié une reprise en main « politique » de la Résistance française au détriment de son efficacité opérationnelle.

Ainsi, les parachutages d’armes furent attribués seulement aux maquis jugés « sûrs », alignés sur les directives de Londres. « Assez rapidement après l’arrestation de Caluire, les MURs (Mouvement unis de résistance) imposèrent leurs vues par l’intermédiaire de jeunes officiers et cadres issus, pour la plupart, des Chantiers de jeunesse de Vichy », expliquaient mes amis ; « la consigne était claire : il s’agissait impérativement de mettre sous tutelle nos groupes de guérilla, une tutelle d’encadrement et de commandement militaire classique pour reprendre la main idéologique. Les résultats se révélèrent rapidement dramatiques. Poursuivant leur obsession de reconstituer des corps d’armée classique centralisés, les responsables des MURs offraient ainsi des cibles faciles pour l’armée allemande. Début 1944 et sans surprise, suivirent les désastres du plateau des Glières au-dessus d’Annecy et des maquis du Vercors au-dessus de Grenoble. L’important pour Londres était bien-sûr de neutraliser Jean Moulin qui aurait pu faire de l’ombre au général de Gaulle dans une France libérée ».

Le récit de mes vieux amis – aujourd’hui disparus – correspond en tous points aux résultats des recherches bénédictines d’Annie Lacroix-Riz.

JEAN MOULIN TRAHI PAR LES SIENS

Le paroxysme de l’ignominie et du déshonneur culminera avec « l’affaire Jean Moulin » : l’arrestation du créateur et chef du CNR à Caluire (dans la banlieue lyonnaise) le 21 juin 1943 par le nazi Klaus Barbie (chef de la section IV (SIPO-SD) des services de la sûreté allemande basée à Lyon), se soldera par son supplice et sa mort officiellement datée du 8 juillet 1943 en gare de Metz durant son transfert à Berlin.

Comme Jean Multon, résistant retourné par la Gestapo, René Hardy est arrêté par Klaus Barbie, mais relâché juste avant la réunion de Caluire où Jean Moulin doit réorganiser la direction des maquis après l’arrestation à Paris du général Delestraint, le 9 juin 1943. D’après Pierre Péan, « c’est certainement René Hardy qui a vendu Jean Moulin, sur l’incitation de hauts responsables du plus proche entourage londonien du général de Gaulle » (4).

Annie Lacroix-Riz : « Pierre de Bénouville, Fradin et Dubost au secours des collaborationnistes notoires. Bénouville, passé sans transition de la Cagoule d’avant-guerre au MSR d’Occupation, faux gaulliste inféodé à Allen Dulles (NDLR : patron de l’OSS-117 qui deviendra la CIA) et anti-communiste obsessionnel avait depuis la Libération fait l’objet de rapports de police forts complaisants (…). Ami de Frenay, chef de file avec lui de la cohorte bigarrée des protecteurs d’Hardy, Bénouville fit la pluie et le beau temps à la justice où régnait son ami Fradin. Il y avait porte ouverte depuis l’automne 1944 pour soustraire les plus grands coupables à la prison et au jugement, à commencer par ses amis de la Cagoule, d’Eugène Schueller à Jean de Castellance ».

Encore : « le rôle des deux chefs de Combat est d’une autre portée que celui des « traîtres » avérés Multon et Hardy. Il explique la cohésion du bloc anticommuniste soudé autour d’Hardy pour nier les preuves formelles entassées de 1943 à 1947 contre l’exécutant et ses donneurs d’ordres. Et ce, plusieurs décennies avant les aveux partiels de Barbie et Hardy en 1983 et de Bénouville en 1997/98 qui ont convaincu Péan de la responsabilité des chefs de Combat dans les arrestations du général Delestraint et Jean Moulin ».


Le « trombone » avant le « Condor »

Dès la Libération, le nazi Klaus Barbie fut recyclé dans les services spéciaux américains et protégé par les autorités de Washington au plus haut niveau. Comme les ingénieurs allemands – concepteurs des V1 et V2, ayant semé la mort dans les villes britanniques – se retrouvèrent à la NASA et dans les laboratoires de la bombe atomique américaine, Klaus Barbie et de nombreux autres nazis, criminels de guerre notoires, se recyclèrent dans les services secrets des Etats-Unis. On retrouvera plusieurs d’entre eux – dont Barbie -comme conseillers de la CIA au cœur du « plan Condor » : une campagne d’assassinats, de lutte anti-guérilla et de coups d’Etat menée conjointement par les services secrets du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay au milieu des années 1970.

La leçon magistrale d’Annie Lacroix-Riz nous permet de relier et de comprendre ces événements, de la non-épuration à la domination d’une grande partie du monde : une grande leçon d’épistémologie historique et de politique générale. A lire bien-sûr, à faire lire et à diffuser le plus largement possible.

La semaine prochaine, nous poursuivrons notre rentrée studieuse en faisant retour aux Proche et Moyen-Orient avec un autre livre-événement très important : celui de Régina Sneifer (5) consacré à la « Grande Syrie » et au « Croissant fertile » d’Antoun Saadé, d’après les mémoires de sa femme Juliette. Safia Antoun Saadé, leur fille sera présente à la présentation-signature du livre de Régina Sneifer, le 26 septembre dès 18 heures dans les locaux des éditions Riveneuve – 85, rue de Gergovie, 75014 Paris (téléphone : 01 45 42 23 85 – M/Ligne 4/Alésia, M/Ligne 13/Plaisance). La rédaction de prochetmoyen-orient.ch y sera !

Richard Labévière 16 septembre 2019

1 Annie Lacroix-Riz : La Non-épuration en France de 1943 aux années 1950. Editions Armand Colin, août 2019.

2 Dans le sens de ce que Roland Barthes conceptualise dans ses Mythologies (Editions du Seuil, 1957), à savoir vider la réalité de sa dimension historique pour la transformer en une espèce de « nature éternelle » vouée au bons sens populaire, à la morale et à la haine du politique !

3 Eric Branca : L’ami américain – Washington contre De Gaulle 1940 – 1969. Editions Perrin, août 2017.

4 Entretiens avec Pierre Péan. Lire son livre : Vies et morts de Jean Moulin – éléments d’une biographie. Editions Fayard – 1998, abondamment cité (plus d’une vingtaine de fois) par Annie Lacroix-Riz.

5 Regina Sneifer : Une femme dans la tourmente de la Grande Syrie. D’après les mémoires de Juliette Antoun Saadé. Editions Riveneuve, septembre 2019.

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Lectures complémentaires:

Compilation Howard Zinn

Sutton_Le_meilleur_ennemi_quon_puisse_acheter

Sutton_Wall-Street_et_la_Révolution_Bolchévique

Dans ce livre, l’historien anglais Antony Sutton en 1976 (Professeur à l’université de Stanford), fait le boulot côté anglo-américain qu’Annie Lacroix-Riz a fait côté français avec ses recherches sur la collusion de la synarchie industrio-banquière française avec l’Allemagne nazie:

Sutton_Wall_Street_et_la_montée_d’Hitler

 


« La vraie passion du XXème siècle, c’est la servitude »
~ Albert Camus, 1957 ~