Archive for the société libertaire Category

Guerre impérialiste au Moyen-Orient: Avertissement de Hassan Nasrallah à l’entité sioniste…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, guerre iran, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 23 septembre 2018 by Résistance 71

Ce qu’il y a de plus extraordinaire est que depuis des années et surtout depuis 2006, le public israélien ne se trompe pas et écoute toujours très attentivement le SG du Hezbollah parce qu’il sait qu’il ne ment pas, contrairement à ses politiciens corrompus. Il sait instinctivement qu’il doit faire plus confiance à Nasrallah qu’à son gouvernement fasciste quant à savoir de quoi il retourne dans la région.
Si Nasrallah est incontestablement une figure charismatique du mouvement, il est une figure politique de communication. Sa disparition (son assassinat) n’affecterait pas la structure de terrain acéphale et asymétrique du Hezbollah, ni son efficacité.
La structure organisationnelle clandestine du HB est sans aucun doute ce qu’il se fait de mieux au monde depuis des années. Si l’entité sioniste pénètre de nouveau au Liban, elle n’en ressortira que les pieds devant.

A lire absolument pour mieux comprendre ce qu’il se passe au Moyen-Orient depuis des décennies:

Hezbollah son histoire de linterieur naim qassem

 

~ Résistance 71 ~

 

Le message d’Hassan Nasrallah au public israélien

 

Al Manar

 

21 septembre 2018

 

url de l’article: http://french.almanar.com.lb/1051228

 

Dans son derniers discours, le secrétaire général du Hezbollah sayed Hassan Nasrallah s’est adressé ouvertement au public israélien.

«Je voudrais dire aujourd’hui quelque chose qu‘ils (en allusion aux responsables israéliens, ndlr)  devraient savoir, mais je le dis pour que leur peuple le sache et prenne ses précautions, et pour que notre peuple le sache et soit confiant », a-t-il lancé le jeudi 20 septembre, dans son allocution prononcée pour la commémoration du deuil de Achoura.

Ce message se rapporte à la révélation qu’il faite durant son allocution, sur l’acquisition par le Hezbollah des missiles de haute précision, malgré les tentatives israéliennes effrénées pour l’en empêcher, notamment en bombardant des sites en Syrie.

« La Résistance possède désormais des missiles de haute précision, d’autres imprécis, ainsi que de capacités en armements, en quantités suffisantes pour qu’en cas de guerre imposée contre le Liban, Israël puisse faire face à un sort et à une réalité qu’il n’a jamais prévus un jour », a-t-il dit, mot pour mot.

Il avait auparavant signalé : «maintenant tout a changé. C’est ce que nous devrions savoir et que l’ennemi devrait savoir. Des changements importants ont eu lieu dans cette région. Il n’a pu les prévoir et il espérait certainement qu’ils ne pourraient avoir lieu».

Parmi ces changements, S. Nasrallah cite celui lié à l’armée israélienne. Il l’avait évoqué lors du discours prononcé pour la seconde commémoration de la libération du Liban des groupes takfiristes, le mois d’aoùt dernier. Il l’a rappelé.

Il avait alors défendu la thèse selon laquelle l’armée de terre israélienne est désormais incapable de réaliser un quelconque exploit en cas de guerre.

Il cite: « ils savent que la technologie à elle seule ne peut décider du sort d’une bataille et que le facteur humain y est décisif. C’est ce que les expériences des années 2000 et 2006 ont démontré. Ainsi que le fil des évènements récents. Regardez la médiocrité de la réponse israélienne lorsque j’ai soulevé cette question. Qu’est-ce qu’ils ont dit pour me répondre? Regardez leurs points faibles. Avant 1982, lorsqu’ils menaçaient le Liban, ils menaçaient d’envahir Beyrouth. Les entendez-vous souffler quelque chose sur l’invasion de Beyrouth ? Depuis l’an 2000 et jusqu’à nos jours. Disons plutôt depuis 2006 et jusqu’à aujourd’hui, ont-ils un jour menacé d’envahir le Liban et d’atteindre Beyrouth ? Celle-là est finie. Et pourquoi ? Parce que le fait d’envahir le Liban et de parvenir à Beyrouth a besoin de forces terrestres. Ceci ne peut être fait à travers la force aérienne, ni les missiles, ni les vedettes. Cette armée qui a envahi le Liban puis est arrivée à Beyrouth n’existe plus. Elle n’existe plus. Alors qu’au Liban, il y a autre chose. Raison pour laquelle, quelle a été leur réponse ? Nous allons détruire le Liban, nous allons effacer le Liban. Il se targue de leur force de frappe et non pas de leur facteur humain ».

Le numéro un du Hezbollah a tourné en dérision la nature de la riposte israélienne à ses révélations sur la déficience des forces terrestres israéliennes, lorsqu’ils ont dit non sans sarcasme qu’il les menace depuis son bunker. Estimant que c’est aussi un signe de faiblesse.

« Ils se sont tous moqué de moi en utilisant la même expression à peu près. Que untel parle depuis son bunker. Ma présence dans un bunker ou ailleurs, d’ailleurs je ne me trouve pas dans un bunker, ma présence donc dans un endroit quelconque et grâce à Dieu tout puissant, a permis de prolonger la vie de ce pauvre sujet de Dieu , alors que vous tentez jour et nuit de le tuer . C’est le signe de votre échec. C’est le signe de votre incapacité. Ce n’est pas important d’où je prononce mes discours, depuis un abri ou d’ailleurs. L’important est ce que qui se passe en dehors de mes discours ».

Et sayed Nasrallah de conclure cette partie de son discours adressé aux Israéliens, responsables et public confondus: « Et vous savez très bien ce que le Hezbollah vous a préparé comme forces, armements et comme capacités, sans oublier les missiles et combattants en grand nombre , des combattants pieux, d’une volonté de fer, d’une grande compétence, et dont certains aspects ont d’ailleurs été évoqués dans le livre  sur la furie à la maison blanche qui vient récemment d’être publié aux Etats-Unis. Vous savez très bien que le Hezbollah ne se limite pas à un untel qui se trouverait dans un abri. La question est beaucoup plus grande. Cette description est à mon avis la preuve de la médiocrité de la logique israélienne, de la déficience des médias israéliens et de la fragilité de leur alibi ».

Publicités

Résistance politique avec Ricardo Flores Magon, journaliste, anarchiste et révolutionnaire mexicain (1874-1922) ~ 3ème partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, économie, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 23 septembre 2018 by Résistance 71


Ricardo & Enrique Magon

 

La servitude volontaire

 

Ricardo Flores Magon*

1911

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

= L’autre « servitude volontaire » de 1548 =

 

Juan et Pedro arrivèrent à l’âge où il est nécessaire de travailler pour vivre. Tous deux fils de travailleurs, ils n’eurent pas l’opportunité d’acquérir une instruction leur permettant d’échapper à la chaîne du salariat. Mais Juan était courageux. Il avait lu dans les journaux comment des hommes issus d’un milieu modeste étaient arrivés, à force de travail et d’épargne, à devenir les rois de la finance et à dominer les marchés et même les nations. Il avait lu mille anecdotes sur les Vanderbilt, les Rockfeller, les Rotschild, les Carnegie. Ces derniers, selon la presse et même selon les livres scolaires grâce auxquels on abrutit la jeunesse actuelle, étaient à la tête de la finance mondiale pour une seule raison : leur acharnement au travail et leur dévotion pour l’épargne (vil mensonge !).

Juan se livra au travail avec une ardeur sans pareille. Il travailla pendant un an et se retrouva aussi pauvre qu’au premier jour. Au bout d’une autre année, il en était toujours au même point. Il s’acharna au travail sans désespérer. Cinq ans passèrent, au bout desquels — au prix de nombreux sacrifices — il put économiser un peu d’argent. Pour y parvenir, il dut réduire ses dépenses alimentaires au strict minimum, ce qui affaiblit ses forces. Il se vêtit de guenilles : la chaleur et le froid le tourmentèrent, épuisant son organisme. Il vécut dans de misérables taudis, dont l’insalubrité l’affaiblit encore plus.

Mais Juan continua à économiser tant et plus, au prix de sa santé. En contrepartie de chaque centime mis de côté, il perdait une partie de ses forces. Il acheta un bout de terrain et construisit une petite maison afin d’épargner le prix du loyer. Par la suite, il se maria. L’État et le curé ponctionnèrent ses économies, fruit de nombreux sacrifices.

Plusieurs années s’écoulèrent. Le travail n’était pas régulier. Les dettes commencèrent à s’accumuler.

Un jour, un de ses fils tomba malade. Le médecin refusa de le soigner car on ne payait pas ses honoraires. Au dispensaire public, on le traita si mal que l’enfant en mourut.

Malgré cela, Juan ne s’avouait pas vaincu.

Il se souvenait de ses lectures vantant les fameuses vertus de l’épargne et autres sornettes du même acabit. Il était évident qu’il deviendrait riche car il travaillait et économisait. N’était-ce pas ce qu’avaient fait Rockfeller, Carnegie et beaucoup d’autres dont les millions laissent bouche bée l’humanité inconsciente ?

Entre-temps, les produits de première nécessité augmentaient de façon inquiétante. Les rations alimentaires diminuaient de jour en jour dans le foyer du pauvre Juan et, malgré tout, les dettes s’accumulaient et il ne pouvait plus économiser le moindre sou. Pour comble de malheur, son patron décida d’employer de nouveaux travailleurs, à moindre coût. Notre héros, comme beaucoup d’autres, fut licencié du jour au lendemain. De nouveaux esclaves occupaient les postes des anciens. Comme leurs prédécesseurs, ils rêvaient aux richesses qu’ils amasseraient à force de travail et d’épargne.

Juan dut hypothéquer sa maison, espérant maintenir à flot la barque de ses illusions, qui s’enfonçait, s’enfonçait irrémédiablement.

Il ne put payer ses dettes et dut laisser entre les mains des créanciers le produit de son sacrifice, le peu de bien amassé à la sueur de son front.

Obstiné, Juan voulut encore travailler et épargner, mais en vain. Les privations qu’il s’imposait en économisant et le dur labeur qu’il avait accompli dans sa jeunesse avaient épuisé ses forces. Partout où il demandait du travail, on lui répondait qu’il n’y avait rien pour lui. Il était une machine à produire de l’argent pour les patrons, mais une machine délabrée : les vieilles machines, on les met au rebut. Pendant ce temps, la famille de Juan mourait de faim. Dans son sombre taudis, il n’y avait pas de feu, il n’y avait pas de couvertures pour combattre le froid. Les enfants, désespérés, réclamaient du pain.

Juan partait tous les matins à la recherche d’un travail. Mais qui accepterait de louer ses vieux bras affaiblis ? Après avoir parcouru la ville et les champs, il rentrait chez lui, où l’attendaient les siens, tristes et affamés : sa femme et ses enfants pour qui il avait rêvé les richesses de Rockfeller et la fortune de Carnegie.

Un après-midi, Juan s’attarda à contempler le défilé de riches automobiles occupées par des personnes grassouillettes sur le visage desquelles on pouvait deviner la satisfaction d’une vie sans soucis. Les femmes bavardaient joyeusement et les hommes, mielleux et insignifiants, les courtisaient avec des phrases sirupeuses, qui auraient fait bailler d’ennui d’autres femmes que des bourgeoises.

Il faisait froid. Juan frissonna en pensant aux siens qui l’attendaient dans le taudis, véritable refuge du malheur. Comme ils devaient trembler de froid en ce moment ! Ils devaient souffrir les intolérables tortures de la faim ! Comme leurs larmes devaient être amères en cet instant !

L’élégant défilé continuait. C’était l’heure de la parade des riches, de ceux qui — selon le pauvre Juan — avaient su travailler et épargner comme les Rothschild, comme les Carnegie, comme les Rockefeller. Un riche monsieur arrivait dans un luxueux équipage. Son apparence était magnifique. Il avait les cheveux blancs, mais son visage restait jeune. Juan se frotta les yeux, croyant être victime d’une illusion. Non : ses vieux yeux ne le trompaient pas. Ce grand monsieur était Pedro, son camarade d’enfance !

En voilà un qui a dû savoir travailler et épargner, pensa Juan, pour avoir pu ainsi sortir de la misère, pour arriver à cette hauteur et gagner autant de distinction !

Ah ! Pauvre Juan ! Il n’avait pas pu oublier les histoires imbéciles des grands vampires de l’humanité. Il n’avait pas pu oublier ce qu’il avait lu dans les livres d’école où l’on abrutit volontairement le peuple !

Pedro n’avait pas travaillé. Homme sans scrupules et doté d’une grande malice, il avait compris que ce qu’on appelle honneur n’est pas source de richesses. Par conséquent, il s’évertua à tromper ses semblables. Dès qu’il put réunir quelques fonds, il installa des ateliers et loua de la main d’œuvre à bas prix, de sorte qu’il commença à s’enrichir. Il agrandit ses affaires, loua de plus en plus de bras, au point de devenir millionnaire et grand seigneur, grâce aux innombrables Juan qui prenaient au pied de la lettre les conseils de la bourgeoisie.

Juan continua à contempler le défilé de ces fainéants.

Au coin de la rue la plus proche, un homme s’adressait au public. À vrai dire, son auditoire était maigre. Qui était-il ? Que prêchait-il ? Juan s’approcha pour écouter.

« Camarades, disait l’homme, le moment est venu de réfléchir. Les capitalistes sont des voleurs. C’est uniquement par de mauvaises actions que l’on peut gagner des millions. Nous, les pauvres, nous nous décarcassons au travail et quand nous ne sommes plus capables de travailler, les bourgeois nous jettent dehors et nous laissent sans ressources, de la même façon qu’ils se débarrassent d’un cheval vieilli sous le harnais. Prenons les armes pour conquérir notre bien être et celui de notre famille ! »

Juan lança un regard méprisant à l’orateur, cracha par terre avec colère et rentra dans son taudis où l’attendaient, affligés, affamés et frigorifiés, ceux qu’il aimait. L’idée que le travail et l’épargne faisaient la richesse de l’homme vertueux ne pouvait s’éteindre en lui. Même devant le malheur immérité des siens, l’âme de ce misérable élevé pour être esclave ne pouvait se révolter.

(*) Ricardo Flores Magon (1874-1922) était un journaliste et activiste anarchiste mexicain, influencé par les pensées de Bakounine, Reclus et surtout Kropotkine dont l’ouvrage “La conquête du pain” fut une grande source d’éveil politique pour lui. A partir des années 1910, il fut impliqué avec la révolution sociale mexicaine d’Emiliano Zapata et Pancho Villa. En exil aux Etats-Unis, il fut un farouche opposant à a première guerre mondiale. Il fut arrêté pour sédition et condamné à 20 ans de réclusion sous la loi scélérate contre “l’espionnage” de 1917. Il mourut des mauvaises conditions de sa détention sur sa santé fragile dans un pénitencier du Kansas en 1922 à l’âge de 48 ans.

= = =

Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Harangue aux résignés… La résignation, c’est la mort !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , , on 20 septembre 2018 by Résistance 71

Aux résignés !

 

Albert Libertad

 

“L’anarchie”, avril 1905

 

 

Je hais les résignés !

Je hais les résignés, comme je hais les malpropres, comme je hais les fainéants.

Je hais la résignation ! Je hais la malpropreté, je hais l’inaction.

Je hais le malade courbé sous quelque fièvre maligne ; je hais le malade imaginaire qu’un peu de volonté remettrait droit.

Je plains l’homme enchaîné, entouré de gardiens, écrasé du poids du fer et du nombre.

Je hais les soldats que courbe le poids d’un galon ou de trois étoiles ; les travailleurs que courbe le poids du capital.

J’aime l’homme qui dit ce qu’il sent où qu’il se trouve ; je hais le votard à la conquête perpétuelle d’une majorité.

J’aime le savant écrasé sous le poids des recherches scientifiques ; je hais l’individu qui courbe son corps sous le poids d’une puissance inconnue, d’un X quelconque, d’un dieu.

Je hais, dis-je, tous ceux qui, cédant à autrui, par peur, par résignation, une part de leur puissance d’homme, non seulement s’écrasent mais m’écrasent, moi ceux que j’aime, du poids de leur concours affreux ou de leur inertie idiote.

Je hais, oui, je les hais, car moi je le sens, je ne me courbe pas sous le galon de l’officier, l’écharpe du maire, l’or du capitaliste, les morales ou les religions ; il y a longtemps que je sais que tout cela n’est que hochets que l’on brise comme verre …Je me courbe sous le poids de la résignation d’autrui. Ô je hais la résignation !

J’aime la vie.

Je veux vivre, non mesquinement comme ceux qui ne satisfont qu’une part de leurs muscles, de leurs nerfs, mais largement en satisfaisant les muscles faciaux tout aussi bien que ceux des mollets, la masse de mes reins comme celle de mon cerveau.

Je ne veux pas troquer une part de maintenant pour une part fictive de demain, je ne veux céder en rien du présent pour le vent de l’avenir.

Je ne veux rien courber de moi sous les mots « partie, Dieu, honneur ». Je sais trop le vide de ces mots : spectres religieux et laïque.

Je me moque des retraites, des paradis, sous l’espoir desquels tiennent résignés, religion et capital.

Je ris de ceux qui, accumulant pour leur vieillesse, se privent en leur jeunesse ; de ceux qui, pour manger à soixante, jeûnent à vingt ans.

Moi, je veux manger lorsque j’ai les dents fortes pour déchirer et broyer les viandes saines et leurs fruits succulents, lorsque les sucs de mon estomac digèrent sans aucun trouble ; je veux boire à ma soif les liquides rafraîchissants ou toniques.

Je veux aimer les femmes, ou la femme selon qu’il conviendra à nos désirs communs, et je ne veux pas me résigner à la famille, à la loi, au code ; nul n’a droit sur nos corps. Tu veux, je veux. Moquons-nous de la famille, de la loi, antique forme de résignation.

Mais ce n’est pas tout : je veux puisque j’ai des yeux, des oreilles, d’autres sens que le boire, le manger, l’amour sexuel, jouir sous d’autres formes. Je veux voir les belles sculptures, les belles peintures, admirer Rodin ou Manet. Je veux entendre les meilleurs opéras, jouer Beethoven ou Wagner. Je veux connaître les classiques en la comédie, feuilleter le bagage littéraire, artistique qu’ont légué les hommes passés aux hommes présent ou mieux feuilleter l’œuvre toujours et à jamais inachevée de l’humanité.

Je veux la joie pour moi, pour la compagne choisie, pour les enfants, pour les amis. Je veux un home où se puissent reposer agréablement mes yeux après le labeur fini.

Car je veux la joie du labeur aussi, cette joie saine, cette joie forte. Je veux que mes bras manient le rabot, le marteau, la bêche ou la faux. Que les muscles se développent, que la cage thoracique s’élargisse à des mouvements puissants, utiles et raisonnés.

Je veux être utile, je veux que nous soyons utiles. Je veux être utile à mon voisin et je veux que mon voisin me soit utile. Je désire que nous œuvrions beaucoup car je suis insatiable de jouissance. Et c’est parce que je veux jouir que je ne suis résigné.

Oui, oui, je veux produire, mais je veux jouir ; je veux pétrir la pâte, mais manger du meilleur pain ; faire la vendange, mais boire du meilleur vin ; construire la maison mais habiter de meilleur appartement ; faire les meubles, mais posséder l’utile, voire le beau ; je veux faire faire des théâtres, mais assez vaste pour y loger les miens et moi.

Je veux coopérer à produire, mais je veux coopérer à consommer.

Que les uns rêvent de produire pour d’autres à qui ils laisseront, ô ironie, le meilleur de leurs efforts, pour moi je veux, groupé librement, produire mais consommer.

Résignés, regardez, je crache sur vos idoles, je crache sur Dieu, je crache sur la patrie, je crache sur le Christ, je crache sur les drapeaux, je crache sur le capital et sur le veau d’or, je crache sur les religions : ce sont des hochets, je m’en moque, je m’en ris…

Ils ne sont rien que par vous, quittez-les et ils se brisent en miettes.

Vous êtes donc une force, ô résignés, de ces forces qui s’ignorent mais qui n’en sont pas moins des forces, et je ne peux pas cracher sur vous, je ne peux que vous haïr…ou vous aimer.

Par-dessus tous mes désirs, j’ai celui de vous voir secouer votre résignation dans un réveil terrible de vie.

Il n’y a pas de paradis futur, il n’y a pas d’avenir, il n’y a que le présent.

Vivons-nous !

Vivons ! La résignation, c’est la mort.

La révolte, c’est la vie.

« Ni dieu ni maître, histoire de l’anarchisme de 1840 à 1945 » (Documentaire)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 19 septembre 2018 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

19 septembre 2018

 

Nous avions mis en lien ce documentaire l’an dernier dans plusieurs de nos articles et de nos pages, mais un de nos lecteurs, que nous remercions, nous a signalé que le lien n’était plus actif.

Nous en profitons donc pour remettre la vidéo du documentaire de Tancrède Ramonet: « Ni dieu ni maître, histoire de l’anarchisme de 1840 à 1945 », diffusé sur la chaîne Arte en 2017. Cette fois-ci nous mettons le documentaire non tronqué de 2h21, à voir et diffuser sans aucune modération…

Nous plaçons ci-dessous une liste (non exhaustive) de textes complémentaires à lire que nous avons publiés. Pratiquement tous les auteurs qui y sont sont cités dans le documentaire. Leur lecture fera échos au documentaire qui ne détaille pas la pensée de chacun des protagonistes, tel n’est du reste par l’objectif.

 

 

Lectures complémentaires:
Proudhon_Quest_ce_que_la_propriete
La_Conquête_du_Pain_Kropotkine
Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste
Un-autre-regard-anarchiste-sur-la-vie-avec-emma-goldman
Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique
Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018
Manifeste pour la Société des Sociétés
L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey
champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910
Dieu et lEtat_Bakounine
Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine
Un monde sans argent: le communisme
Voline_La revolution inconnue 3 livres
Daniel_Guerin_L’anarchisme
Inevitable_anarchie_Kropotkine
Que faire ?
Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard
Nestor Makhno Anarchie dans la Revolution Russe
L’anarchie pour la jeunesse
40ans_Hommage_Pierre_Clastres
Errico_Malatesta_écrits_choisis
Bakounine_et_letat_marxiste_Leval
Erich_Mühsam la liberté de chacun est la liberté de tous
La Morale Anarchiste de Kropotkine)
Les_amis_du_peuple_révolution_française
vie_et_oeuvre_gustav_landauer
kropotkine_science-etat-et-societé
le-prince-de-levolution-Dugatkin
Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

 

Analyse politique: Une approche anarchiste de la lutte des classes

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 4 septembre 2018 by Résistance 71

Nous nous sentons très proche de cette … approche, cela va sans doute de soi…
~ Résistance 71 ~

 

Lectures complémentaires:

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018

Manifeste pour la Société des Sociétés

L’anarchie pour la jeunesse

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

 

Une approche anarchiste de la lutte des classes

 

Analyse anarchiste communiste

 

Décembre 2009

 

De quoi parlons nous quand nous parlons de classes sociales ?

Une classe est un groupe social, un ensemble d’individus caractérisés par une position similaire dans les rapports de production. Ces rapports de production sont les rapports sociaux (interactions entre individus et groupe d’individus, rapports de pouvoir et de propriété entre individus et groupes d’individus).

De quoi parlons nous quand nous parlons de lutte de classe ?

La lutte des classes est une notion souvent associée à Marx et à la théorie marxiste. Elle fait cependant partie du patrimoine de l’ensemble du mouvement ouvrier socialiste, auquel se rattache l’anarchisme communiste et l’anarchosyndicalisme. Cette notion exprime le conflit d’intérêts entre classes sociales, autour des rapports de production et de reproduction.

Conception marxiste de la lutte des classes.

La conception marxiste oppose ceux qui possèdent les moyens de production et tirent de ce fait une plus-value du travail d’autrui en obligeant les travailleuses et travailleurs à un sur-travail, approprié par les patrons et les actionnaire, et ceux -les travailleuses et travailleurs- qui sont obligé de vendre leur force de travail pour vivre. Entre ces deux classes aux intérêts clairement antagonistes, la bourgeoisie et le prolétariat, il existe d’autres classes (paysannerie, professions libérales, petite bourgeoisie…) aux intérêts plus ambigus, mais amenés à pencher, au gré de la situation du moment, et du développement des forces productives, d’un côté ou de l’autre des deux grandes tendances antagonistes. Dans la conception marxiste, c’est donc la propriété ou l’absence de propriété des moyens de production et de distribution qui joue un rôle central dans l’antagonisme de classe.

Il se structure notamment autour du salariat, qui implique un rapport d’exploitation et de subordination exercé par les patrons sur les ouvriers.

La conception marxiste fait de la lutte des classes LE moteur de l’histoire. Elle est marquée par un « finalisme » historique, qui estime inéluctable l’avènement de la société sans classe (et donc la fin de la lutte des classe par la « synthèse » que constitue l’instauration du communisme par l’intermédiaire de la révolution socialiste (et de la dictature du prolétariat étant censée entrainer le « dépérissement de l’Etat »). Dans l’acception marxiste orthodoxe, l’ensemble des faits sociaux et historiques sont liés en dernière instance à la lutte des classes, et l’infrastructure économique (les rapports de production) détermine en dernière instance la superstructure politique (idéologie, rapports de pouvoir, etc…)

Une conception anarchiste de la lutte des classes ?

Si nous constatons bel et bien l’existence d’intérêts antagonistes dans la sphère des rapports de production, il paraît peu satisfaisant de ne retenir que la propriété (ou son absence) comme élément structurant des rapports de production.

Plus fondamentale est la notion de contrôle, qui est liée à la notion de pouvoir, dans toute la complexité que renferme ce dernier terme dans la langue française.

Définir la propriété. La propriété et le pouvoir-contrainte

Dans l’esprit commun, être propriétaire de quelque chose c’est en avoir l’usage et l’usufruit. C’est à dire pouvoir choisir l’usage qui en est fait (l’utiliser, le détruire tout ou partie, le céder), bénéficier des richesses qui en sont extraites.

La propriété, est en fait surtout un acte juridique et son résultat, qui signifie la reconnaissance légale de cette possession, par le pouvoir constitué (le ou les Etats), qui transcrit dans le droit cette possession.

La propriété est donc d’abord et avant tout un acte de pouvoir. La propriété n’est pas une réalité a-sociale. C’est une relation sociale, interindividuelle. Le fait de s’ériger propriétaire suppose dans le même temps qu’on s’accorde l’usufruit et la possibilité de détruire, modifier ou céder un bien, qu’on en prive les autres individus. Cette réalité est valable tout autant à l’échelle de l’individu humain (personne physique), qu’à celle de « l’individu » entendu au sens d’une institution (personne morale), au sens le plus large de ce dernier terme (système de relation sociale, structure sociale dotée d’une certaine stabilité dans le temps).

La propriété prive donc (l’autre) autant qu’elle accorde (à soi). « La propriété, c’est (donc) le vol » comme l’a affirmé avec fracas Proudhon[1], et ce à l’exception de la propriété d’usage ou possession individuelle de biens en quantité suffisante pour ne pas priver autrui. Pour que l’affirmation personnelle ou juridique « ceci est à moi (ou nous) » que renferme la propriété ait une réalité matérielle, il faut la capacité bien réelle et matérielle d’empêcher les autres individus -personnes physiques ou personnes morales) d’en user, d’en bénéficier et de la détruire, le modifier ou le céder. La propriété est donc un acte de pouvoir qui repose sur un rapport de force physique, et symbolique : Elle est l’expression de deux pouvoirs, le pouvoir-brutal et le pouvoir d’influence. Pouvoir d’influence, c’est à dire la capacité de convaincre ou persuader autrui, ou au moins la majorité de la société de la légitimité de cette propriété, ou de convaincre ou persuader ceux qui disposent du monopole ou de l’essentiel de la force brutale (l’Etat en tant que groupe social par exemple). Il s’agit ici du recours à l’idéologie, à la réthorique et aux outils de persuasion que sont les arguments de droit divin (Dieu m’a donné ce bien), d’autorité (tel chercheur, tel texte de référence conclue à ma légitime propriété sur ce bien), de capacité (c’est parce que je suis plus a même que les autres d’user, de bénéficier et de modifier de manière profitable de ce bien que la propriété doit légitimement me revenir), d’antériorité (c’est parce que moi ou mes ancêtres étions là les premiers que nous avons le droit légitime de la propriété sur ce bien matériel ou cette terre). La religion, le contrôle des idées et de leur diffusion, les idées telles que la nation, le droit naturel, voire la science instrumentalisés sont le relais de ce pouvoir d’influence.

Mais celui-ci n’est que la forme la plus élaborée du pouvoir (qui permet de dépasser le strict rapport individuel et donc de convaincre d’autres personnes d’exercer le pouvoir brutal pour son propre compte), qui permet d’éviter le recours à la force.

Le pouvoir brutal, quand à lui, c’est la contrainte physique, les coups et blessures, le meurtre, ou la menace sur les autres individus, de manière directe ou indirecte (par exemple en menaçant ou contraignant les personnes qui lui sont liées affectivement).

La propriété est donc avant tout un acte de pouvoir brutal, reposant sur la contrainte -ou la menace de la contrainte qui suppose donc l’existence et la possibilité de la contrainte- . En ce sens, il paraît peu raisonnable d’affirmer que l’économique détermine le politique en dernière instance, puisque c’est le pouvoir (brutal ou d’influence) qui permet la propriété.

Bien sur, en retour, la propriété et l’exploitation qui en découle ont permis l’accumulation de richesse et ainsi l’extension du pouvoir, de l’échelle locale à l’échelle mondiale.

La question n’est pas ici d’affirmer l’existence d’un principe premier prédéterminant, le pouvoir, (qui remplacerait la propriété et l’économie comme principe premier), mais de montrer que l’affirmation de Marx et des marxistes selon laquelle l’infrastructure économique détermine en dernière instance la superstructure politique est gratuite et ne résiste pas à l’analyse. On préférera montrer que ces deux RÉALITÉS MATÉRIELLES (la contrainte est autant une réalité matérielle inscrite dans le sang et la chair des êtres humains que les biens éphémères ou durables) sont indissociablement liées et sont la conditions l’une de l’autre, dans un rapport dialectique (l’une détermine l’autre et cette dernière détermine la première).

Propriété formelle, propriété réelle.

La propriété en tant que concept juridique dépend donc de ce double aspect du pouvoir : pouvoir d’influence, contrainte (pouvoir brutal). Dans un système social où un groupe social détient le monopole de la force, cherche à le détenir, ou s’arroge le monopole de l’usage légitime de la force, c’est à dire dans un système social étatique, la propriété, individuelle, privée, collective ou étatique est donc garantie par le ou les Etats, c’est à dire en dernier ressort leur appareil de contrainte (police, justice, armée), si leur appareil d’influence (école, université, médias, législation, idéologie dominante et conception sous-tendant la légalité et la notion de la légitimité) échoue.

On distingue différent régimes de propriété formelle :

_ La propriété individuelle. Celle-ci peut correspondre à la propriété foncière (terrain, habitat, immeuble) ou à la propriété d’un produit. S’il s’agit de propriété d’usage d’un bien foncier ou d’un produit, on peut distinguer différentes situations : selon que le produit soit rare ou non, selon qu’il s’agisse d’un logement dont on se sert pour soi-même ou au contraire d’un logement loué, selon qu’il s’agisse d’un terrain exploité par le seul paysan ou loué en fermage, ou dont l’exploitation se fait en recourant au salariat… Si l’on envisage la question des rapports de production, celle qui nous intéresse et qui joue un rôle déterminant dans l’antagonisme de classe, il s’agit dès lors de la propriété des moyens de production (champs, mine, atelier, usine…) et de distribution (transport, magasins, etc…).

Cette propriété peut être individuelle.

_ La propriété collective, qu’il s’agisse de moyen de production et/ou de distribution, de foncier ou de produit. Cette propriété collective peut avoir deux formes :

1/ Il peut s’agir de la propriété d’un groupe d’individus sur des biens fonciers ou produits, sur des moyens de production et/ou de distribution, à l’exclusion des autres groupes d’individus. C’est le cas de la propriété sous forme d’actionnariat, qui est une forme de propriété privée partagée. C’est une propriété « collective » au sens ou il n’y a pas un seul propriétaire mais plusieurs, privée, au sens ou elle est privatise, elle signifie l’appropriation d’une chose au dépend des autres. C’est le cas de la copropriété foncière également. Il peut s’agir de la propriété collective de travailleuses et travailleurs sur leur outil de production et/ou de distribution, dans un système économique ou il existe d’autres formes de propriété. Il s’agit ici du régime de propriété des coopératives.

C’est enfin le cas de la propriété étatique. Nous reviendrons sur cette dernière.

2/ Il peut s’agir de la propriété sociale, c’est à dire de l’ensemble de la société. C’est à cette propriété collective sociale que nous faisons référence en tant qu’anarchistes communistes, quand nous faisons référence à la propriété collective ou commune des moyens de production et de distribution. Par société nous entendons ici l’ensemble des producteurs et productrices, dans une société sans classe. Cette propriété sociale est en soi l’abolition de la propriété (au sens privatif précédemment définit), c’est le communisme.

Nous avons vu que la propriété réelle signifie l’usufruit, c’est à dire la capacité d’user librement du bien approprié, d’en tirer les fruits que l’on peut en tirer, de la modifier, le vendre ou détruire tout ou partie. La propriété réelle est donc liée au contrôle effectif que l’individu ou le groupe propriétaire a du bien approprié. En l’occurrence, en ce qui concerne les moyens de production et de distribution, la contrôle signifie la capacité de décider ce qui est produit, pourquoi, pour qui, comment, de bénéficier de ce qui est produit ou d’en faire bénéficier les personnes de son choix. Le contrôle signifie donc la gestion, la capacité de décider, ce qui nous ramène à la notion de pouvoir (pouvoir faire, ou pouvoir faire-faire).

Dans le cas de la propriété étatique, nous sommes ainsi confronté à une dissociation entre la propriété formelle et la propriété réelle. L’Etat est définit, selon le cas, comme étant le représentant de la souveraineté d’un groupe social donné, qu’il s’agisse de la nation (dans le cas d’une dictature nationaliste), du peuple (dans le cas d’une « démocratie » parlementaire dite « représentative), du prolétariat (dans le cadre d’un Etat dit « socialiste). Dans le discours étatiste, la propriété étatique se confond avec la propriété du groupe social représenté (peuple, nation, prolétariat). C’est ce tour de passe passe qui permet à la social-démocratie de présenter les services publiques et les entreprises nationalisées comme des propriété collectives et sociales du peuple, aux socialistes étatistes (marxistes étatistes, léninistes, trotskystes, staliniens, maoistes, blanquistes, etc) de présenter l’étatisation des moyens de production et de distribution (nationalisation, planification étatique,…) comme propriétés collectives et sociales du prolétariat, des nationalistes de présenter l’économie étatisée et dirigiste comme propriété collective et sociale de la nation.

Mais pour le peuple dans sa grande majorité, pour les habitants de la «nation » (sic) dans sa grande majorité, pour le prolétariat dans sa grande majorité, le contrôle sur ces moyens de production et de distribution, c’est à dire le pouvoir réel (et non formel) de décision sur ce qui est produit, comment, pour qui, pour quoi, à quel prix, est nul ou très faible, puisque la structure hiérarchique, la division entre dirigeants et dirigés garantis aux dirigeants la réalité du contrôle, c’est à dire la propriété réelle, même si la propriété formelle est celle « du peuple », «de la nation », « du prolétariat ». C’est cette confusion qui a permis aux léninistes de présenter un Etat dit « ouvrier » comme le socialisme, la nationalisation comme une propriété commune, et faire miroiter ainsi l’illusion de l’économie contrôlée par les travailleurs.

Or la persistance de la division dirigeants-exécutants est la négation dans la réalité de cette affirmation formelle. Cette division est elle-même basée sur le double aspect du pouvoir que nous avons évoqué : le pouvoir d’influence (d’où l’importance de la propagande, et l’enjeux qui consiste à faire croire aux travailleurs et travailleuses qu’en travaillant pour l’Etat ils travaillent pour eux, alors qu’en réalité les richesses créées sont contrôlées par les dirigeants, par l’Etat), et le pouvoir de contrainte matérialisée par la police, la justice, l’armée comme groupes sociaux distincts de la population, entre les mains d’un parti ou d’une minorité.

Faute de contrôle, la propriété réelle des moyens de production est donc entre les mains de l’appareil d’état, c’est à dire des militaires, policiers, juges ou commissaires politiques usant de la contrainte, mais aussi et surtout des bureaucrates et politiciens intellectuels (entendons par là les idéologues politiques se présentant comme avant-garde, exerçant le pouvoir dans les ministères ou les « comités centraux » parallèles) usant de leur pouvoir d’influence.

La chose est valable pour les entreprises étatiques (nationalisées) en système capitaliste mixte.

Propriété et contrôle des moyens de production comme fondement de l’antagonisme de classe. La question du pouvoir, la question de l’exploitation, la question de l’appropriation.

De même, la seule notion de propriété ne suffit pas à rendre compte des rapports de classes et de l’antagonisme de classe en société capitaliste privée comme dans un capitalisme d’Etat affublé du nom de « socialisme », de même que dans un capitalisme mixte de type social démocrate (ou coexiste entreprises privées et entreprises publiques).

En effet, comment rendre compte dès lors de la position de classe d’un PDG d’entreprise ou d’un cadre supérieur, qui sans être propriétaire des moyens de production (au mains des actionnaires) n’en a pas moins un rôle déterminant dans le processus de décision (ce qui est produit, comment, pour qui, etc…), quand à l’usage de ces moyens de production et de distribution, qui approprie une partie des richesses produites en les volant aux travailleurs-euses, sous la forme de salaires mirobolant, stock-options, etc… et qui se situe résolument dans le camp de la bourgeoisie ? Comment rendre compte de la position de classe d’un haut fonctionnaire (du point de l’antagonisme de classe) dirigeant une entreprise étatisée, qui n’est pas propriétaire mais décide de ce qui est produit, s’approprie une partie (sous la forme d’un salaire très élevé) des richesses produits mais ne se situe résolument pas dans le camp du prolétariat ? Comment à l’inverse ranger dans le camp de la bourgeoisie le travailleur indépendant, propriétaire de son moyen de production (par exemple un atelier), et qui pour autant n’emploie et donc n’exploite pas de travailleurs, comme le sont nombre de petits paysans et artisans ? Faut il ranger le fonctionnaire d’exécution des services publics (employé à l’exécution de tâche), hors la police, la justice, l’armée, les gardiens de prisons, dans le camp des exploiteurs ?

Ce qui définit dès lors l’antagonisme de classe, c’est donc non seulement la question de la propriété mais aussi celle du contrôle. La lutte des classes est donc un conflit d’intérêts irréductibles sur le plan économique entre les individus qui possèdent et/ou contrôlent les moyens de production (fonctionnaires d’autorité, patrons, actionnaires, politiciens, militaires…), et qui composent LES classes dominantes (bureaucratie, classe politique, bourgeoisie, classe militaire,…) d’une part, et ceux, d’autres part, qui ne contrôlent pas les moyens de production et de distribution et sont obligés de vendre leur force de travail (« manuelle » et/ou « intellectuelle », la séparation entre ces deux sphères étant loin d’être toujours évidente), leur temps, pour survivre, les travailleuses et travailleurs (ouvriers, employés, fonctionnaires d’exécutions dans les services publiques) d’autre part.

Mais aussi et surtout entre celles et ceux qui exploitent la force de travail des autres, des travailleurs, s’approprient les richesses qu’ils créent, et ceux dont le produit du travail associé est en partie volée par celles et ceux qui les exploitent.

A la question de la propriété et du contrôle, s’ajoute donc celle de la subordination (le rapport hiérarchique qu’induit le salariat et qui permet au patron de diriger le travailleur salarié, de lui voler une partie de ce qu’il crée, mais aussi de le priver de moyen de subsistance en le licenciant) et de l’exploitation (le fait de s’approprier une partie – la plus importante- de la valeur de ce qui est produit au nom de la propriété, du capital, de l’investissement, du risque et de la responsabilité).

D’un côté celles et ceux qui détiennent propriété et capital (la transcription numéraire des richesses possédant une valeur d’échange) mais aussi capital culturel (au fondement du pouvoir d’influence, liée à la séparation du travail dit « manuel », d’exécution et du travail dit «intellectuel » de décision) , de l’autre celles et ceux qui soit en sont privé, soit en détiennent une part ridicule qui ne leur assure aucun contrôle sur leur vie, sur l’économie, sur ce qu’ils produisent, sur leur travail et la manière dont il s’organise.

Celles et ceux qui s’approprient les richesses créées, bourgeoisie, politiciens, actionnaires et patrons, ont tout intérêt à en approprier le plus possible, d’où la pression à la baisse sur les salaires, d’où la pression à la hausse sur le temps de travail, d’où le durcissement des conditions de travail pour accroitre la productivité, d’où les licenciement pour faire baisser le cout de la main d’œuvre plutôt que de partager le travail et son produit. En général, ceux-ci sont très conscient de leur intérêts, mais comme ils ont tout intérêt aussi à préserver cet état de fait inégalitaire, d’oppression et d’exploitation, il cherchent à masquer ces intérêts au nom de « l’intérêt commun », à légitimer l’état de fait au nom du droit naturel, de la propriété, du risque, de l’investissement, de la responsabilité, etc… en évacuant soigneusement l’origine première de leur position (le vol, l’exploitation, et la propriété qui le garantit, l’héritage… ).

Celles et ceux qui sont obligés de se salarier pour vivre, qui sont exploités, ont tout intérêts à récupérer le maximum de ce qui leur est volé (donc de chercher à avoir de meilleurs salaires, ou d’abolir ce vol, et donc l’exploitation que sont le capitalisme et le salariat), à travailler le moins possible en étant le mieux payer possible (puisqu’ils ne bénéficient pas de l’intégralité de ce qu’ils produisent), de constater la domination qu’ils et elles subissent. Ces intérêts de classe s’expriment indépendamment de la conscience qu’en ont les individus qui la composent. L’idéologie dominante contrôlée par les classes dominantes légitime l’Etat de fait et explique en partie le fait que nombre d’individus des classes exploitées n’aient pas une conscience entière de leurs intérêts fondamentaux de classe. Celle-ci vise à leur faire admettre le vol qu’il subissent comme légitime, et de ce fait à conclure à la convergence d’intérêts entre exploiteurs et exploités. Pour autant, l’aspiration légitime de tout être humain au bien être, à la liberté et au bénéfice de ce qu’il produit à part égal avec tous les contributeurs indispensables du processus de production est en contradiction totale avec cette illusion que représente la notion «d’intérêts convergents ». L’inégalité sociale structurelle de la société de classe en est une seconde. Dès lors, la lutte des classe n’est pas une « notion » ou un « concept » auquel il convient d’adhérer, mais le terme qui désigne l’antagonisme observable entre les intérêts des classes dominantes telles que nous les avons définit et des classes dominées sur le plan des rapports de production, mais aussi de la société (puisque la production a un impact fondamental sur la vie concrète en dehors du lieu de production).

Des classes « intermédiaires » traversées par des intérêts multiples.

Les travailleurs indépendants (artisans, paysans, et professions libérales tous sans salarié-e-s), n’exploitent pas directement le travail d’autrui (pas de plus-value ou vol, pas de lien de subordination, une propriété des moyens de production qui a priori ne prive pas les autres individus de la possibilité de vivre et survivre, leur égal contrôle sur l’économie).

Formellement, ils ne sont pas non plus exploités par un patron. Pour autant, ce qui oppose les premiers (artisans et paysans sans salariés) aux seconds (professions libérales), c’est souvent le niveau de revenu ou l’identification symbolique et culturelle. Celles des seconds les rapproche de la bourgeoisie dont ils sont le plus souvent issus, ou culturellement proche. Qui s’appuie sur une sur-valorisation du travail dit « intellectuel » par rapport au travail dit « manuel » correspondant aux intérêts des classes dominantes précitées.

Celles des premiers les rapproche des ouvriers dont ils sont souvent issus, avec souvent pour mobile d’échapper à la subordination patronale.

Le travail « manuel » des uns, « intellectuel » des autres les polarise de manière opposées, même si un certain nombre d’individus échappent à ces tendances, et si les artisans qui deviennent patrons, dans des petites entreprises, se mettent à tirer de la plus-value d’autres travailleurs sans pour autant acquérir le niveau de revenue de la bourgeoisie. On peut alors parler de petite ou moyenne bourgeoisie. Les tendances et intérêts contradictoires qui traversent ces classes intermédiaires sont tiraillées au gré du rapport de force entre les classes, mais aussi conduisent à l’expression d’intérêts propres.

On peut ajouter à ces deux classes celle des petits et moyens cadres, sans grand pouvoir de décision, mais qui tirent profit de la nécessité pour les classes dominantes d’un appareil hiérarchique développé et nécessaire au maintient de leur domination. Leur position hiérarchique tend à faire converger leurs intérêts au profit des classes dominantes (dont ils peuvent tenter de reproduire les pratiques à une échelle inférieure en recourant au petit actionnariat), même si dans les situations de crises, comme en 2001 en argentine, ceux-ci peuvent en voyant leur position sociale s’effondrer prendre le parti -souvent de manière temporaire-, des classes dominées.[2]

De même, la base de l’appareil répressif d’Etat (policiers, militaires, juges…), sans pour autant bénéficier d’un revenu important, voit en tant que classe ses intérêts intrinsèquement liées aux classe dominantes puisque seul les rapports dirigeants/dirigé-e-s, exploiteurs-exploité-e-s liés à la société de classe justifie leur existence parasite comme groupe social.

La question de l’Etat

L’Etat n’est pas un instrument neutre. Il garantie la propriété, les positions de pouvoir dans le domaine économique et politique au moyen du monopole revendiqué de la force légitime. L’état est un groupe social composé d’une intelligentsia politicienne, politiciens et bureaucrates -fonctionnaires d’autorité-, et des moyens de contrainte que sont la police, la justice et l’armée. Le groupe social composant l’Etat s’approprie une partie des richesses créées par les travailleuses et travailleurs, au moyen des impôts, mais aussi, dans le cadre de l’existence d’entreprises nationalisée, en se substituant à la bourgeoisie pour l’appropriation de la plus-value. Les hauts fonctionnaires et chefs d’entreprises publics encaissent des salaires et jetons de présence que rien dans leur activité ne justifie, si ce n’est l’exploitation. Dans le cadre d’une économie étatisée (capitalisme d’Etat même masqué sous le terme « d’Etat socialiste »), c’est la plus-value qui est appropriée par une partie de l’ex-intelligensia devenue bureaucratie contrôlant l’ensemble de l’économie. Qu’elle le fasse « au nom du prolétariat » et en se prétendant son avant-garde n’y change rien. L’exploitation des travailleurs et des travailleuses, l’appropriation de leur travail est le fait des classes dirigeantes et des classes possédantes.

Au contraire des marxistes, nous nous opposons au « finalisme historique » qui relève du charlatanisme pseudo-scientifique. Les marxistes ont tiré une grande partie de leur influence politique historique et leur pouvoir de la prétention qu’il existait un « paradis prolétarien» en URSS, « paradis » qui s’est avéré un immense bagne capitaliste d’état pour les prolétaires.

Mais cette influence, les marxistes la tirent aussi de la prétendu « scientificité » de leur théorie. En science sociale comme en politique, on ne peut faire que des constats et des hypothèses, discutables en tant que telles puisque ceux-ci dépendent des facteurs que l’on prend en compte. Le domaine des prévisions relève de « Madame Irma » ou de Nostradamus, de la religion, mais pas des sciences sociales. Les prêches réguliers et millénaristes sur « l’accroissement des contradictions du capitalisme » « liées » à la « baisse tendancielle du taux de profits » se sont heurtées jusqu’à présent à la capacité d’adaptation permanente du capitalisme, qui n’a pas hésité à recourir au fascisme quand la montée du processus révolutionnaire le menaçait. Tout cela est fort peu matérialiste, et au risque de froisser, relève de l’idéalisme le plus éculé, à une dérive scientiste que dénonçait déjà Bakounine, quand il mettait en garde contre le « gouvernement des savants ».

La seule chose que nous pouvons affirmer avec certitude, c’est que la marche actuelle du capitalisme et le recul du rapport de force pour les classes dominées conduit à un accroissement de l’exploitation favorisée par la « mondialisation accrue du capitalisme », que la sur-exploitation des ressources énergétiques conduit à un régime de guerre permanente. Que face à la barbarie qui pointe son nom, nous choisissons le communisme libertaire comme alternative, parce qu’elle nous paraît la plus valable. Mais l’histoire humaine n’est pas le fait de forces extérieures aux être humains. Elle est certes influencée fortement par des logiques structurelles (liée à l’influence des rapports sociaux, à celle des milieux, au poids des héritages conséquence de l’interaction collective qu’est la société, une réalité en mouvement qui puise sa dynamique autant dans le passé que dans le présent…), mais elle est aussi le fruit de la volonté humaine.

La lutte des classes, une lutte qui s’inscrit pour nous dans la lutte contre toutes les dominations.

La lutte des classes est une réalité fondamentale, elle n’est pas pour autant LE moteur de l’histoire, même si elle a un double effet d’inertie et de dynamique qui détermine nombre de phénomènes sociaux et historiques.

Aux rapports de classes s’ajoutent la logique de pouvoir, la lutte entre les dynamiques d’entraide et les dynamiques de concurrences qui parcourent la société, le poids des logiques patriarcales et coloniales qui lui sont en partie liées mais pas réductibles (la société de classe est postérieure au patriarcat), l’addition des actes des individus et des groupes, en interaction, qui n’est pas réductible au seul intérêt économique, ni aux seuls nécessité de la survie…

Nous savons seulement où sont nos intérêts dans cette lutte des classes qui caractérise la société dans le système étatique et capitaliste, qu’il soit privé, mixte ou d’état. Nous sommes dans le camp des exploité-e-s luttant pour la fin de toute exploitation.

La lutte des classes est un des aspects de la lutte entre dominant-e-s et dominé-e-s. Notre intervention dans la lutte des classe en tant que travailleuses et travailleurs anarchistes est l’un des aspects d’une lutte générale contre l’ensemble des dominations : les relations de pouvoirs sont inter-reliées, et converges fondamentalement : elles s’alimentent mutuellement. L’approche anarchiste de la lutte des classe s’inscrit dans la lutte contre le principe de la division sociale entre dirigeant-e-s-exécutant-e-s, dominant-e-s-dominé-e-s : elle identifie l’enjeu que représente les relations de pouvoir au même titre que les relations d’exploitations, qui en sont un des aspects.

Pour cela, nous devons remettre en cause la division et la séparation entre le travail intellectuel et manuel, les inégalités fondées sur les prétendues « capacités », et la sur-valorisation du « travail complexe » (c’est à dire « intellectuel ») commun à la théorie marxiste comme à la théorie capitaliste : le travail est un tout social : conception et organisation n’ont aucune réalité matérielle sans l’exécution, la fabrication matérielle. Les personnes qui étudient ne le peuvent actuellement que parce que d’autres (les travailleurs-euses dits « manuel-s ») les nourrissent, les logent et les entretiennent par leur travail, il n’y a aucune raison qu’ils en tirent des revenus plus élevés.

L’égalité économique et sociale, la remise en cause de la séparation entre travail manuel et intellectuel sont des objectifs fondamentaux dans la perspective d’une société sans classe.

[1] Les références à tel ou tel auteur n’impliquent aucune adhésion à l’ensemble du corpus idéologique et pratique de celui-ci. Pour ce qui est de Proudhon, on signalera à côté d’une analyse brillante de la propriété, un développement des conceptions fédéralistes libertaires, des tendances politiques réactionnaires (mysoginie, antisémitisme, hostilité aux grève et aux coalitions ouvrières…) exprimées dans certains de ses écrits. Ces idées, cet aspects de la pensée de Proudhon sont bien entendu à l’antithèse de l’éthique, des idées révolutionnaires et émancipatrices auquel se réfère l’auteur de ce texte.

[2] A l’inverse, elles peuvent fournir la base sociale des mouvements fascistes.

 

Pierre Joseph Proudhon: 3 textes essentiels en format pdf

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 16 juillet 2018 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

16 juillet 2018

 

Mis en page par Jo de JBL1960, voici 3 textes essentiels de PJ Proudhon, un des pères fondateurs de la pensée anarchiste moderne, qui a inspiré Marx entre autre.

Chronologiquement il est le premier d’une trilogie l’associant aux pensées et actions de Michel Bakounine et Pierre Kropotkine.

A lire tranquille pendant les vacances d’été.. Bonne lecture !

 

Du_Principe_Federatif_Proudhon

Proudhon-du-principe-dautorite-et-les-malthusiens

Proudhon_Quest_ce_que_la_propriete

 

Résistance politique: La décomposition des États (Pierre Kropotkine)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 14 juillet 2018 by Résistance 71

 

La décomposition des états

 

Pierre Kropotkine

“Le révolté”, avril 1879, republié en 1903

 

Si la situation économique de l’Europe se résume par ces mots : chaos industriel et commercial et faillite de la production capitaliste, — la situation politique se caractérise par ceux-ci : décomposition galopante et faillite prochaine des États.

Parcourez-les tous, depuis l’autocratie gendarmesque de la Russie jusqu’à l’oligarchie bourgeoise de la Suisse, vous n’en trouverez pas un seul (à l’exclusion, peut-être, de la Suède et de la Norvège) qui ne marche pas à course accélérée vers la décomposition, et par suite, vers la révolution.

Vieillards impuissants, la peau ridée et les pieds chancelants, rongés de maladies constitutionnelles, incapables de s’assimiler les flots d’idées nouvelles, ils gaspillent le peu de forces qui leur restent, ils vivent aux dépens de leurs années déjà comptées, et ils accélèrent encore leur chute en s’entre-déchirant comme de vieilles grogneuses.

Une maladie incurable les ronge tous : c’est la maladie de la vieillesse, du déclin. L’État, cette organisation dans laquelle on laisse entre les mains de quelques-uns la gestion en bloc de toutes les affaires de tous, cette forme de l’organisation humaine a fait son temps. L’humanité élabore déjà de nouveaux modes de groupement.

Après avoir atteint leur point culminant au dix-huitième siècle, les vieux États de l’Europe sont entrés aujourd’hui dans leur phase descendante ; ils tombent en décrépitude. Les peuples, — surtout ceux de race latine, — aspirent déjà à la démolition de ce pouvoir qui ne fait qu’empêcher leur libre développement. Ils veulent l’autonomie des provinces, des communes, des groupements ouvriers liés entre eux, non plus par un pouvoir qui s’impose, mais par les liens des engagements mutuels, librement consentis.

C’est la phase historique dans laquelle nous entrons ; rien ne saurait en empêcher la réalisation.

Si les classes dirigeantes pouvaient avoir le sentiment de la position, certes, elles s’empresseraient de marcher au-devant de ces aspirations. Mais, vieillies dans les traditions, sans autre culte que celui de la grosse bourse, elles s’opposent de toutes leurs forces à ce nouveau courant d’idées. Et, fatalement, elles nous mènent vers une commotion violente. Les aspirations de l’humanité se feront jour, — mais au grondement du canon, à la crépitation de la mitrailleuse, à la lueur des incendies.

Lorsque, après la chute des institutions du moyen âge, les États naissants faisaient leur apparition en Europe et s’affermissaient, s’agrandissaient par la conquête, par la ruse, par l’assassinat, — ils ne s’ingéraient encore que dans un petit cercle des affaires humaines.

Aujourd’hui, l’État est parvenu à s’immiscer dans toutes les manifestations de notre vie. Du berceau à la tombe, il nous étrangle dans ses bras. Tantôt comme État central, tantôt comme État-province ou canton, tantôt comme État-commune, il nous poursuit à chaque pas, il apparaît à chaque coin de rue, il nous impose, nous tient, nous harcèle.

Il légifère sur toutes nos actions. Il accumule des montagnes de lois et d’ordonnances dans lesquelles l’avocat le plus malin ne sait plus se retrouver. Il crée chaque jour de nouveaux rouages qu’il adapte gauchement à la vieille patraque rhabillée, et il en arrive à créer une machine si compliquée, si bâtarde, si obstructive, qu’elle révolte ceux-là même qui se chargent de la faire marcher.

Il crée une armée d’employés, d’araignées aux doigts crochus, qui ne connaissent l’univers qu’à travers les sales vitres de leurs bureaux, ou par leurs paperasses au grimoire absurde ; — une bande noire qui n’a qu’une religion, — celle de l’écu, qu’un souci, celui de se raccrocher à un parti quelconque, noir, violet ou blanc, afin qu’il garantisse un maximum d’appointements pour un minimum de travail.

Les résultats, — nous ne les connaissons que trop. Y a-t-il une seule branche de l’activité de l’État qui ne révolte ceux qui, malheureusement, ont à faire avec elle ? Une seule branche, dans laquelle l’État, après des siècles d’existence et de replâtrages, n’ait pas fait preuve de complète incapacité ?

Les sommes immenses et toujours croissantes que les États prélèvent sur les peuples ne leur suffisent jamais. L’État existe toujours aux dépens des générations futures ; il s’endette et partout il marche vers la ruine.

Les dettes publiques des États de l’Europe ont déjà atteint le chiffre immense, incroyable, de plus de cent milliards, cent mille millions de francs ! [Note de R71: Kropotkine écrivait cela il y a 115 ans !!…] Si toutes les recettes des États étaient employées, jusqu’au dernier sou, pour couvrir ces dettes, elles ne suffiraient pas à les couvrir d’ici à quinze ans. Mais, loin de diminuer, ces dettes augmentent tous les jours. C’est dans la force des choses que les besoins des États dépassent toujours leurs moyens. L’État, forcément, cherche à étendre ses attributions ; chaque parti au pouvoir est obligé de créer de nouveaux emplois pour ses clients : c’est fatal.

Donc, les déficits et les dettes publiques vont et iront encore en croissant, même en temps de paix. Mais qu’il arrive une guerre quelconque, et immédiatement les dettes des États augmentent dans une proportion immense. C’est à n’en pas finir ; impossible de sortir de ce dédale.

Les États marchent à toute vapeur vers la ruine, la banqueroute ; et le jour n’est pas loin où les peuples, las de payer annuellement quatre milliards d’intérêts aux banquiers, prononceront la faillite des États et enverront ces banquiers bêcher la terre s’ils ont faim.

Qui dit « État » nécessairement dit « guerre ». L’État cherche et doit chercher à être fort, plus fort que ses voisins ; sinon, il sera un jouet dans leurs mains. Il cherche forcément à affaiblir, à appauvrir d’autres États pour leur imposer sa loi, sa politique, ses traités de commerce, pour s’enrichir à leurs dépens. La lutte pour la prépondérance, qui est la base de l’organisation économique bourgeoise, est aussi la base de l’organisation politique. C’est pourquoi la guerre est devenue aujourd’hui la condition normale de l’Europe. Guerres prusso-danoise, prusso-autrichienne, franco-prussienne, guerre d’Orient, guerre en Afghanistan se succèdent sans interruption. De nouvelles guerres se préparent ; la Russie, l’Angleterre, la Prusse, le Danemark, sont prêts à déchaîner leurs armées et, sous peu, elles vont en venir aux mains. On a déjà des causes de guerre pour trente ans.

Or, la guerre, — c’est le chômage, la crise, les impôts croissant, les dettes accumulées. Plus que ça. Chaque guerre est un échec moral pour les États. Après chaque guerre, les peuples s’aperçoivent que l’État fait preuve d’incapacité, même dans son attribution principale ; à peine sait-il organiser la défense du territoire ; même victorieux, il subit un échec. Voyez seulement la fermentation des idées qui est née de la guerre de 1871, aussi bien en Allemagne qu’en France ; voyez le mécontentement soulevé en Russie par la guerre d’Orient.

Les guerres et les armements tuent les États ; ils accélèrent leur faillite morale et économique. Encore une ou deux grandes guerres, ils donneront le coup de grâce à ces machines détraquées.

À côté de la guerre extérieure, — la guerre intérieure.

Accepté par les peuples à la condition d’être le défenseur de tous et surtout des faibles contre les forts, l’État aujourd’hui est devenu la forteresse des riches contre les exploités, du propriétaire contre le prolétaire.

À quoi sert-elle, cette immense machine que nous nommons État ? — Est-ce à empêcher l’exploitation de l’ouvrier par le capitaliste, du paysan par le rentier ? Est-ce à nous assurer le travail ? à nous défendre de l’usurier ? à nous fournir la nourriture lorsque la femme n’a que de l’eau pour apaiser l’enfant qui pleure à son sein tari ?

Non, mille fois non ! L’État, — c’est la protection de l’exploitation, de la spéculation, de la propriété privée, — produit de la spoliation. Le prolétaire, qui n’a que ses bras pour fortune, n’a rien à attendre de l’État ; il n’y trouvera qu’une organisation faite pour empêcher à tout prix son émancipation.

Tout pour le propriétaire fainéant, tout contre le prolétaire travailleur : l’instruction bourgeoise qui dès le bas âge corrompt l’enfant, en lui inculquant les préjugés anti-égalitaires ; l’Église qui trouble le cerveau de la femme ; la loi qui empêche l’échange des idées de solidarité et d’égalité ; l’argent, au besoin, pour corrompre celui qui se fait un apôtre de la solidarité des travailleurs ; la prison et la mitraille à discrétion pour fermer la bouche à ceux qui ne se laissent pas corrompre. Voilà l’État.

Cela durera-t-il ? Cela peut-il durer ? Évidemment non. Une classe entière de l’humanité, celle qui produit tout, ne peut pas toujours soutenir une organisation établie spécialement contre elle. Partout, — sous la brutalité russe comme sous l’hypocrisie gambettiste, — le peuple mécontent se révolte. L’histoire de nos jours, c’est l’histoire de la lutte des gouvernants privilégiés contre les aspirations égalitaires des peuples.

Cette lutte fait la principale préoccupation des gouvernants ; elle dicte leurs actes. Ce ne sont pas des principes, des considérations de bien public qui déterminent aujourd’hui l’apparition de telle loi ou de tel acte gouvernemental ; ce ne sont que des considérations de la lutte contre le peuple, pour la conservation du privilège.

Seule, cette lutte suffirait pour ébranler la plus forte organisation politique. Mais, lorsqu’elle s’opère dans des États qui marchent déjà, par suite de la fatalité historique, vers le déclin ; lorsque ces États roulent à toute vapeur vers la ruine et se déchirent, par-dessus le marché, les uns les autres ; lorsque, enfin, l’État tout-puissant se rend odieux à ceux même qu’il protège, — lorsque tant de causes concourent vers un but unique, alors l’issue de la lutte ne peut être mise en doute. Le peuple, qui est la force, aura raison de ses oppresseurs ; la chute des États ne devient plus qu’une question de peu de temps, et le philosophe le plus tranquille entrevoit les lueurs d’une grande révolution qui s’annonce.

Note de R71: L’État a montré sa sale tête il y a un peu plus de 5000 ans, Kropotkine écrivait ces lignes il y a 115 ans, peu de chose en regard de l’histoire de l’humanité vieille de 1,8 millions d’années. Depuis la fin de la première guerre mondiale, la société humaine est entrée dans la phase d’effondrement inhérente à ce système mortifère. Nous en vivons les derniers moments qui pourront encore durer quelques décennies, bon nombre d’entre nous verront les débuts du commencement de la fin et le début de l’éveil planétaire des peuples.
Aucune armée ne peut résister à une Idée dont l’heure est venue, disait en substance Victor Hugo, la révolution sociale balaiera tout et établira enfin la société des sociétés que l’humanité attend depuis bien trop longtemps.

= = =

Lectures complémentaires:

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

Manifeste pour la Société des Sociétés

champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Que faire ?

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

kropotkine_science-etat-et-societé

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

le-prince-de-levolution-Dugatkin

Appel au Socialisme Gustav Landauer