Archive for the société libertaire Category

La société organique spirituelle pour un changement de paradigme politique avec Gustav Landauer et Saul Newman (2ème partie)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 22 septembre 2022 by Résistance 71

gustav-landauer_biblio

L’anarcho-mysticisme de Gustav Landauer et la critique de la théologie politique*

Saul Newman

2020

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Juillet 2022

(*) théologie politique : croisée du chemin entre la philosophie politique et la théologie chrétienne, comment des concepts religieux, des croyances peuvent être sous-jacents à des modes d’organisation politiques, économiques et sociaux

1ère partie

2ème partie

Le texte de Saul Newman en format PDF made in Jo ;
Saul_Newman_L-anarcho-mysticisme-de-gustav-landauer

Esprit / Geist

L’esprit (Geist) est le référent central de la pensée anarcho-mystique de Landauer. Comme nous l’avons vu, des communautés d’esprit, fondées sur l’association volontaire et les affinités naturelles, sont opposées aux communautés artificielles sans esprit, comme l’état-nation par exemple. L’esprit est ce qui cimente la communauté en un tout de manière non-coercitive et ce qui permet la rédemption de l’humanité de la forme appauvrie dans laquelle elle se trouve aujourd’hui. De plus, comme nous l’avons vu, l’esprit est totalement différent de la théologie, qui implique l’obéissance à une révélation divine et qui, selon les termes de Schmitt, se transcrit directement en obéissance politique. Comment devons-nous donc comprendre cette notion, de concept d’esprit, de Geist ? Alors que la façon dont Landauer déploie parfois le terme est peu clair, il a l’intention de se référer à cette sorte de force non-coercitive qui, à certains moments et sous certaines circonstances, ravive les peuples et les cultures. C’est quelque chose qui fournit à la vie son sens et sa sacralité et imbibe le présent de joie, de force et de vitalité.

Il associe l’esprit de manière diverse avec le raffinement culturel, avec une vitalité intérieure qui unifie un peuple ou une communauté, avec une disposition vers la liberté, l’amour et la solidarité ; avec aussi, comme on l’a vu, la théologie mystique chrétienne par laquelle l’âme parvient à s’unifier avec dieu. Landauer parle de la grande époque de l’esprit, moments de l’histoire et de la culture humaines où cette vitalité était évidente, comme dans le moyen-âge chrétien. Alors qu’aujourd’hui, sous les conditions exploiteuses et oppressives du capitalisme et de l’état, l’esprit est dans un état de dissipation et de déclin, jusqu’à ce que soit latent chez les gens, comme une sorte de principe évolutionnaire, comme un héritage biologique de générations précédentes ; il peut être réveillé.

Le socialisme pour Landauer, offre l’opportunité d’un renouveau spirituel. De fait, dans un ouvrage tardif, “Appel au Socialisme” (1911), il argumente que le socialisme doit être vu comme uns disposition spirituelle, une nouvelle façon de vivre le présent. En ce sens, l’anarchisme, comme politique préfiguratrice et le socialisme sont très étroitement reliés. En fait, Landauer décrit le socialisme comme “anarchie et fédération”. Le socialisme et l’anarchisme ne sont pas deux systèmes sociaux distincts, mais se réfère à un mode de vie autonome, libre et coopératif. Le socialisme de Landauer est définitivement non-marxiste. Pour Landauer, le marxisme est autoritaire, centraliste et étranger au véritable esprit du socialisme. Le marxisme est non-spirituel parce qu’il tente de transformer le socialisme et une science et un parti politique, finissant comme une idéologie étriquée et doctrinaire, qui n’a rien à voir avec le socialisme véritable.

Les anarchistes du XIXème siècle et spécifiquement Bakounine, rejetèrent aussi les prétensions du marxisme, affirmant que cela mènerait à de nouvelles formes d’autoritarisme. La science est incapable de saisir les forces de la vie dans leur spontanéité et leur vitalité ou, pour le dire en termes de Landauer, leur esprit. Le problème du marxisme, aux yeux de Landauer,  était sa doctrine du matérialisme historique qui affirmait être capable de prédire les révolutions par une observation scientifique des lois du développement historique et du mode de production économique.

Prendre l’histoire de manière matérialiste et transformer toute l’existence humaine en une série de processus corporels c’était terminer dans un certain idéalisme : de fait pour Landauer, l’idéalisme n’est que le revers du matérialisme. La notion d’esprit (Geist) de Landauer est une alternative à la fois au matérialisme et à l’idéalisme. L’esprit résiste à la tendance du matérialisme à tout réduire au corporel ; tandis qu’il est la célébration de la spontanéité et de la richesse de la vie, il ne peut pas être enfermé dans des abstractions métaphysiques ni des tendances rigides d’une philosophie idéaliste. Alors que le socialisme est bien entendu associé à certains idéaux éthiques, le problème est que de ne voir le socialisme que comme un idéal, un état de perfection auquel parvenir, cela veut dire qu’il est constamment repoussé dans le futur, alors que Landauer lui est intéressé par ce qui peut être fait dans “l’ici et maintenant”. Ici réside l’esprit du socialisme, par opposition à l’idéal socialiste, c’est quelque chose de très présent, un potentiel qui peut être réalisé dans les relations quotidiennes, dans l’ici et le maintenant.

Allant de paire avec cette notion positive et affirmative d’esprit, nous devons aussi considérer sa dimension “négative”. Je veux dire par là la façon dont l’émergence d’un véritable esprit dépend d’abord du nettoyage du terrain de toutes fausses idées, illusions, abstractions métaphysiques ; ce que Landauer appelle, citant Stirner, des “fantômes”. Nous avons été bernés par tous ces fantômes sur dieu, l’état, le capital et l’individu : ainsi donc, comme nous l’avons vu, l’insistance de Landauer sur ce que nous devions nous retirer de ce monde d’illusions et nous engager dans une auto-destruction métaphorique. Ici, Landauer crédite le nominalisme de Stirner avec la destruction des abstractions métaphysiques, qui ne sont qu’un résidu de la religion.

A la fois Landauer et Stirner s’engagent dans une pensée négative et même une “théologie négative”, au centre de laquelle est le désir d’obtenir un centre de vide au-delà des illusions du monde et des catégories conceptuelles qui nous ont trompé et desquelles une nouvelle réalité pourrait émerger. La maxime de Stirner “Toutes choses ne sont rien pour moi”, trouve un écho distinct dans la pensée de Landauer. De plus, nous observons dans le travail de Landauer sur le linguiste Fritz Mauther, une pensée sceptique qui appelle au questionnement de la fonction représentative du langage lui-même.

Le langage crée une série de concepts et d’abstractions qui obscurcissent et aliènent la réalité. Afin d’avoir un contact plus direct et sans intermédiaire avec la réalité, nous devons d’abord contourner cette illusion. Il y a un désir, puis,  pour connecter avec une expérience mystique au-delà des noms et des concepts , ce n’est qu’en comprenant le néant au cœur de ces structures que nous pouvons y parvenir.

Landauer et le tournant impolitique

Un examen de la pensée mystique de Landauer trouve d’importants parallèles avec quelques approches récentes en philosophie politique continentale, particulièrement avec ce qui a été nommé la “pensée italienne”. D’après Roberto Esposito, la “pensée italienne”, se référant a divers penseurs italiens comme Agamben, Cacciari, Negri, Tronti at autres, est largement concernée par le problème de la théologie politique, cherchant à étendre les termes de l’analyse au delà des confinements du paradigme schmittien. Ce qui est commun à cette approche est la tentative de penser au delà des représentations et, en particulier, de penser la politique au delà la représentation théologique du pouvoir, c’est à dire au delà la souveraineté. Rappelons-nous que pour Schmitt, la fonction de la souveraineté est de représenter la société, de lui donner sa forme, un ordre et un sens en établissant en endroit transcendant et sacré pour l’autorité dans un monde autrement d’immanence sécularisée.

Pour Esposito, le problème avec ce type de théologie politique, est que bien que cela réponde à la neutralisation du politique que Schmitt vouait comme la tendance centrale de la modernité, dans sa tentative de contenir le politique au sein d’un ordre souverain, cela se termine en une nouvelle forme de dépolitisation : “une théologie politique, mais dont la politique est une politique de dépolitisation. Cette contradiction insolvable ou ce paradoxe, “théologise” la dépolitisation en une nouvelle forme politique. Nous trouvons une préoccupation similaire chez Massimo Cacciari et sa discussion de katechon, la mystérieuse figure théologique qui retarde et restreint la venue de l’Antéchrist mais qui, ce faisant, retarde aussi l’évènement que l’Antéchrist précède toujours : la seconde venue du Christ.

Pour Cacciari, le katechon, central à la théologie politique et que Schmitt associe à la souveraineté et l’empire chrétien, est une figure bien ambigüe : bien qu’elle ait pour intention de retenir ou de restreindre l’anomie qui sera amené par le règne de l’Antéchrist, en association avec la forme politique de souveraineté et d’empire, il va sans dire, dans sa fonction représentative ou politico-théologique, il est impossible d’éviter l’incarnation de cette même anomie qu’il est supposée maintenir à l’écart. Le problème de la théologie politique, selon Cacciari, est qu’elle est enfermée dans un conflit entre un point singulier unifié d’autorité et sa fonction de médiatrice et de représentante d’une multiplicité.

Cette critique de la théologie politique, suivant les termes du débat Schmitt-Peterson, a aussi été poursuivie par Agamben, qui a recherché à déplacer la souveraineté au travers de la notion d’oïkonomie, dérivant de la doctrine trinitaire et en montrant que ce n’est qu’un côté de la machine de gouvernement économique, dont les effets sont dispersés, dont l’autorité est déléguée (du Père au Fils aux Anges) et qui n’a pas de centre souverain unifié.

Pourtant, ce qui est curieux dans toutes ces approches, visant à être contre l’idée de souveraineté et sa capacité de représentation, est qu’elles rejettent, ou contournent, la question de l’anarchisme, qui, comme je l’ai défendu, est le rejet le plus radical de la souveraineté. Au lieu de cela, leurs analyses tendent se référer à “l’anarchie”, mais pour signifier, pour Agamben par exemple, la fondation ontologiquement anarchique non fondée de gouvernement économique ou, pour Cacciari, simplement le désordre, le chaos.

Alors qu’il y a de vagues allusions à une lecture alternative de l’anarchie, ainsi pour Agamben, l’anarchisme est invoqué de manière biaisée comme une possibilité de rédemption cachée derrière les voiles de la machine gouvernementale anarchique, la possibilité de ce qu’il appelle “l’ingouvernable”, il reste un petit espace pour une lecture plus positive et émancipatrice de l’anarchisme et leur traitement de cette question de manière générale demeure totalement ambigu et inadéquat.

Si, comme je l’ai suggéré, une rencontre avec l’anarchisme est nécessaire pour toute critique réelle de la théologie politique de la souveraineté, et pourtant si c’est aussi le cas que l’anarchisme révolutionnaire du XIXème siècle est tombé dans son propre piège politico-théologique, alors nous devons considérer ce que l’alternative, l’anarchisme mystique de Landauer a à offrir quelques unes de ces approches critiques contemporaines de la théologie politique. Il y a deux parallèles clefs que je voudrais adresser ici.

Premièrement, je pense que l’idée de Landauer d’une expérience mystique peut nous aider à comprendre l’idée “d’impolitique”, qu’Esposito contraste avec les déterminations de souveraineté de la théologie politique. Esposito définit l’impolitique comme l’horizon négatif de la politique : c’est ce qui résiste la fonction de représentation souveraine. Mais en même temps, l’impolitique n’est pas une simple négation du politique, mais en constitue plutôt sa limite : “L’impolitique est le politique, vu comme sa limite la plus extérieure.” Ceci n’est pas la même chose que l’apolitique ou l’anti-politique : cela ne réfère pas à une sorte d’espace utopique en dehors du politique, en dehors des relations de pouvoir. Mais plutôt, en regardant le politique depuis un autre espace qui lui est hétérogène, il essaie de le saisir, d’appréhender au sein de cette dimension ce qui est plus politique que lui-même, ce qui dépasse sa propre limite et catégories représentatives ; une intensité qui ne peut pas être exprimée au sein de ses catégories existantes.

La tentative de Landauer de parvenir à une expérience mystique au delà du pouvoir représentatif du langage et des concepts, en tant qu’expérience négative de détachement, est une façon de capturer exactement ce moment d’intensité. De plus, comme j’ai essayé de le montrer, ce détachement des institutions politiques et sociales existantes, et même d’une vue prescrite socialement du soi, n’est pas un désengagement des luttes politiques et de la véritable communauté de vie mais, plutôt, leur pré-condition. En s’effaçant des formes établies de la politique, cela ouvre un espace pour des formes autonomes d’engagement, d’organisation et d’association.

L’importance de la pensée mystique de Landauer ici devient même encore plus apparente lorsque nous la comparons avec deux autres penseurs qui sont souvent invoqués comme ayant une influence clef sur le “virage impolitique” : Simone Weil et Georges Bataille. Avec Weil, mystique chrétienne, qui a aussi pas mal d’affinités avec l’anarchisme, il y a une certaine emphase sur l’expérience mystique, comme l’attention de l’âme envers dieu. De manière similaire, à Landauer, cette expérience mystique est comprise dans un sens négatif en termes de détachement, du vide de l’âme et des pensées de tout attachement aux mots et au langage afin de permettre à la vérité de pénétrer. (NdT : nous sommes ici très proche des concepts de “vide interstitiel” et de lâcher-prise que l’on trouve dans le Zen et ses principes méditatifs…)

Cet acte de “dé-création”, que Weil assimile à la mort, nous rappelle de la notion de Landauer de l’auto-destruction métaphorique qui devient la pré-condition pour une plus grande connectivité avec le monde et les autres. De fait, les deux penseurs sont concernés, bien que de manière différente, par la connexion individuelle à la communauté au travers d’une forme de communion spirituelle. L’étude de Weil sur la condition moderne du “déracinement” qui voit les individus aliénés d’un travail qui a du sens et spirituellement enrichissant, de leur passé, de leur culture et par dessus tout, de la vie en communauté, semble refléter directement la préoccupation de Landauer sur la condition contemporaine de”non-esprit”.

Pour les deux penseurs, il y a une préoccupation pour un renouvellement spirituel au travers de l’établissement d’une nouvelle signification du terme d’enracinement dans la vie de la communauté et même avec les traditions et cultures passées qui autrefois donnèrent un sens et de la vitalité au peuple.

Une emphase similaire sur la communion mystique peut être trouvée chez Georges Bataille. Ici, l’expérience mystique est comprise en termes d’une transgression extatique du moi au travers de moments d’excès “souverain”, comme par exemple l’érotisme, l’auto-sacrifice et la mort. Bien qu’abordé en termes plus violents que la notion de détachement mystique de Landauer et de Weil, il y a toujours le même point de focalisation sur la transcendance des limites de l’individu en tant que figure séparée, discontinue, vers une plus grande fusion ou continuité avec les autres.

La notion de communion mystique de Bataille a été reprise par des penseurs continentaux plus récents, bien que d’une perspective plus critique. Jean-Luc Nancy argumente que la communauté, dans le sillage de l’effondrement du communisme (d’état, NdT), ne peut plus être un retour à quelque idée organique ou essentielle de communauté basée sur la nostalgie de traditions partagées, de culture et d’identité. De telles communautés d’immanence risquent toujours de nouvelles formes de totalitarisme, dans lequel la différence est éclipsée par l’unité, dans laquelle les individus sont avalés dans des collectifs aliénants.

Pourtant, tandis que cette critique du communautarisme et de la communauté organique pourrait paraître jurer avec l’intérêt de Landauer dans les traditions et cultures locales, je pense qu’il y a une bien plus grande résonance ici dans la tentative de penser l’individu et la communauté ensemble de telle façon qu’aucun des deux ne soit effacé, Ici, l’idée de singularité, plutôt que celle d’individualité, devrait être déployée pour un meilleur effet. La communauté pourrait de fait être pensée en termes de relation d’ouverture, ce qui rend des identités fermées et souveraines impossibles. Ceci serait comme l’idée de Landauer sur la communauté mystique sans frontières et sans état souverain.

Aussi, et malgré certaines réserves que Landauer exprima au sujet de l’individualisme de Stirner, un parallèle peut être fait entre la communauté mystique sans souveraineté et l’idée en apparence paradoxale de Stirner sur “l’union des égoïstes” : une association volontaire libre, acéphale, sans forme et décentralisée, une sorte de groupe d’affinité, qui, à l’encontre des communautés établies comme “l’État” ou “la société”, n’impose aucune obligation de lien sur ceux qui y participent. Le plus important pour les deux penseurs (Landauer et Stirner), c’est que ces opportunités ne sont pas composées d’identités pré-définies comme les “citoyens” ni même les “individus”, mais plutôt de formes ouvertes de subjectivité en mouvement, en flux, devenant une auto-constitution, ce que l’on pourrait appeler des “singularités”.

Une préoccupation similaire de repenser la communauté au delà de la souveraineté, en termes de relations d’ouverture et de co-appartenance plutôt que d’identité et de frontières, peut aussi être trouvée chez Esposito et Agamben. Esposito tente de penser au delà de la logique “immunitaire” de l’état bio-politique, où le désir profond de protéger et de sécuriser la vie et l’identité du corps social de ce qui pourrait le contaminer ou le menacer, est transcendé par des compréhensions alternatives de communalité définie par le don et même la dette, impliquant la réciprocité, la mutualité et l’obligation.

Agamben d’un autre côté, parle de la “communauté à venir” formée de “singularités”, une nouvelle sorte de figure politique post-souveraineté, qui ne peut pas être assimilée au sein des structures représentatives de l’état et dont l’apparence dans des réunions spontanées et des manifestations suggère la possibilité d’une toute nouvelle forme de post-identité de la politique. Ceci est une sorte de communauté ouverte, amorphique, sans identité ni frontières, quelque chose qu’il associe particulièrement avec les réfugiés et les gens apatrides, mais qui peut aussi s’appliquer à d’autres formes autonomes et sans état, c’est à dire des communautés anarchistes, aussi loin que de telles communautés de singularités ne puissent pas être représentées au sein de catégories normales politiques ou identitaires, comme une nation, une ethnie, une religion, ou même une classe, elles sont une menace inacceptables pour l’État. Nous pouvons alors parler d’une nouvelle politique de “désidentification” ou, dans les termes de Landauer, de “séparation”, dont le but est non pas la reconnaissance d’identités existantes, mais plutôt la tentative de créer de nouvelles manières d’être, de nouvelles formes de vie autonome et de communauté.

Un geste de désidentification peut être observé dans le port de masques et le camouflage d’identité qui l’on voit souvent dans les manifestations de nos jours, essentiellement associé avec les “Black Blocs” anarchistes. Ceci est plus qu’une mesure de contre-surveillance, mais plutôt un abandon symbolique de son identité et l’affirmation de l’anonymat dans un espace de liberté dans lequel on crée de nouvelles formes d’affinité et d’appartenance en opposition à l’état et sa souveraineté. Agamben prédit alors que, “la nouveauté de la politique à venir est telle que ce ne sera plus une lutte pour la conquête ou le contrôle de l’État, mais une lutte entre l’État et le non-État (l’humanité), une dislocation insurmontable entre quelque singularité que ce soit et l’organisation de l’État.” (NdT : voir aussi les travaux de l’anthropologue politique James C. Scott et notamment son travail sur Zomia et “l’art de ne pas être gouverné” que nous avons traduits sur Résistance 71…)

Conclusion

Aujourd’hui, cette lutte entre l’État et le non-État semble se jouer sous la forme de manifestations de masse qui se déroulent dans le monde et dans lesquelles les gens retirent collectivement leur servitude volontaire et refusent de reconnaître la légitimité symbolique non seulement de leur gouvernement, mais de plus en plus, de tout le système politico-économique qui affirme représenter leurs intérêts. La question qui demeure pour nous est le comment interpréter au mieux un tel phénomène. Aussi loin qu’ils remettent en question le pouvoir représentatif de la souveraineté et personnifient en lieu et place des formes alternatives d’organisation autonome et de vie politique, ils invoquent, je dirais, un nouveau type d’attitude politique qui possède une orientation anarchiste.

Et c’est ici, comme je l’ai affirmé, que la pensée “impolitique” de Landauer, inspirée par ce que j’ai appelé l’anarcho-mysticisme et caractérisé par des idées de retrait mystique, de pensée négative et de nouvelles formes de communauté et d’association, nous donne une véritable vision intérieure interprétant la réalité. Que la pensée politique de Landauer puisse être considérée, ou pas, comme une nouvelle formule de théologie politique radicale, se tenant aux côtés d’autres articulations radicales comme la théologie de la libération, l’athéisme chrétien, l’anarchisme chrétien, la théologie écologique ou toute autre approche émancipatrice des temps millénaristes post-séculiers dans lesquels nous nous trouvons, l’anarcho-mysticisme est, au bas mot, une voie de penser politiquement sans et en dehors de la souveraineté.

Bibliographie

Agamben Giorgio, (2014) ‘What Is a Destituent Power (or Potentiality)?’ trans. Stephanie

Wakefield, Environment and Planning D: Society and Space 32 (2014): 65–74.

Agamben, Giorgio, The Coming Community, trans. M. Hardt. Minneapolis: University of Minnesota Press, 1993.

Agamben, Giorgio, The Kingdom and the Glory: For a Theological Genealogy of Economy and Government (Homo Sacer II, 2), trans. by Lorenzo Chiesa, Stanford, CA: Stanford University Press, 2011.

Bakunin, Mikhail, Selected Writings, ed., Arthur Lehning, London: Jonathan Cape, 1973.

Bataille, Georges, L’Erotisme, Paris: Les Editions de Minuit, 1957.

Bignall, Simone, ‘On Property and the Philosophy of Poverty: Agamben and Anarchism’, Agamben and Radical Politics, ed., Daniel McLoughlin, Edinburgh: Edinburgh University Press, 2016, 49-70;

Buber, Martin, Paths in Utopia, trans., R.F.C Hull, Boston: Beacon Press, 1958.

Cacciari, Massimo, The Withholding Power: an Essay on Political Theology, trans., Edi Pucci, London: Bloomsbury Academic, 2018.

Critchley, Simon, ‘Mystical Anarchism’, Critical Horizons: A Journal of Philosophy and Social Theory 10(2), August 2009, 272–306.

Day, Richard J.F, Gramsci is Dead: Anarchist Currents in the Newest Social Movements, London: Pluto Press, 2005.

De La Boétie, Étienne, The Politics of Obedience: Discourse on Voluntary Servitude, trans., H. Kurz, ed., M. Rothbard. Auburn, Alabama: The Mises Institute, 1975 <https://mises- media.s3.amazonaws.com/Politics%20of%20Obedience.pdf>

Dyzenhaus, David, Law as Politics: Carl Schmitt’s Critique of Liberalism, Durham NC: Duke University Press, 1998.

Eckhart, Meister, ‘Talks of Instruction’, Talk 3: ‘On undetached people who are full of self-will’, Selected Writings, trans., Oliver Davies, London: Penguin, 1994.

Esposito, Roberto, Categories of the Impolitical, trans., Connal Parsley, Fordham University Press, 2015.

Esposito, Roberto, Communitas: the Origin and Destiny of Community, Stanford CA.: Stanford University Press, 2009.

Esposito, Roberto, Immunitas: The Protection and Negation of Life, Cambridge: Polity. 2011.

Esposito, Roberto, Living Thought: the Origins and Actuality of Italian Philosophy, trans., Zakiya Hanafi, Stanford, CA.: Stanford University Press, 2012.

Kahn, Paul. W, Political Theology: Four New Chapters on the Concept of Sovereignty, Columbia: Columbia University Press, 2011.

Kinna, Ruth, ‘Utopianism and Prefiguration’, Political Uses of Utopia: New Marxist, Anarchist and Radical Democratic Perspectives, ed., S. D. Chrostowska and James D. Ingram, New York: Columbia University Press, 2016, 198-218.

Kinna, Ruth, ‘Anarchism and the Politics of Utopia’, Anarchism and Utopianism, ed., Laurence Davis and Ruth Kinna, Manchester: Manchester University Press, 2009.

Kniss, Katrina, ‘Beyond Revolution, Beyond the Law: Christian Anarchism in Conversation with Giorgio Agamben’, Political Theology, Vol. 20, No. 3 (2019): 207–223.

Landauer, Gustav, Revolution and Other Writings: a Political Reader, ed., and trans., Gabriel Kuhn, Oakland CA.: PM Press, 2010.

Landauer, Gustav, Meister Eckhart’s Mystiche Shriften, Berlin: Karl Schnable, 1903.

Landauer, Gustav, Skepsis und Mystik. Versuche im Anschluss an Mauthners Sprachkritik, Berlin: E. Fleischel, 1903.

Levy, Carl, Gramsci and the Anarchists, Berg, 1999. Meier, Heinrich, Leo Strauss and the Theologico-Political Problem, trans. by Marcus Brainard, Cambridge: Cambridge University Press, 2006.

Mouffe, Chantal, ed., The Challenge of Carl Schmitt, London: Verso, 1999.

Nancy, Jean-Luc, Being Singular Plural, trans. R. D. Richardson and A. E. O’Byrne. Stanford, CA: Stanford University Press, 2000.

Nancy, Jean-Luc, The Inoperative Community, trans., Peter Connor, et al., Minneapolis: University of Minnesota Press, 1991.

Newman, Saul, Postanarchism, Cambridge: Polity, 2016.

Peterson, Erik, ‘Monotheism as a Political Problem: a Contribution to the History of Political Theology in the Roman Empire’, Theological Tractates, ed. and trans. by M. J. Hollerich, Stanford, CA: Stanford University Press, 2011.

Pisano, Libera, ‘Anarchic Scepticism: Language, Mysticism and Revolution in Gustav Landauer’, Yearbook of the Maimonides Centre for Advanced Studies, ed., Bill Rebiger, De Gruyter, 2018, 251-272.

Schmitt, Carl ‘The Age of Neutralizations and Depoliticizations’, trans., Matthias Konzett and John F. McCormick from ‘Das Zeitalter der Neutralisierungen und Entpolitisierungen (1929),’ in Carl Schmitt, Der Begrzff des Politischen: Text von 1932 mit einem Vorruort und drei Corollarien, Berlin: Dunker & Hurnblot, 1963. Schmitt, Carl, Roman Catholicism and Political Form, trans., Gregory. L Ulmen, Wesport, Connecticut: Greenwood Press, 1996.

Schmitt, Carl, Political Theology: Four Chapters on the Concept of Sovereignty, trans. by George Schwab. Chicago, IL: University of Chicago Press, 2005.

Schmitt, Carl, The Concept of the Political, trans. by George Schwab, Chicago, IL: University of Chicago Press, 2007.

Schmitt, Carl, The Nomos of the Earth in the International Law of the Jus Publicum Europeaum, trans. by Gregory L. Ulmen, New York: Telos Press, 2006.

Schwartz, Yossef, ‘Martin Buber and Gustav Landauer: the Politicization of the Mystical’, M. Zanked, ed., Martin Buber: Neue Perspektiven/New Perspectives, Tübingen: Mohr Siebeck, 2006, 205-219.

Stirner, Max, The Ego and its Own, ed., David Leopold, Cambridge: Cambridge University Press, 1995.

Weil, Simone, The Need for Roots: Prelude to a Declaration of Duties Towards Mankind, trans., Arthur Wills, London and New York: Routledge, 2002.

Weil, Simone, Waiting for God, trans., Emma Craufurd, New York: Harper & Row, 1973.

Le texte de Saul Newman en format PDF made in Jo ;
Saul_Newman_L-anarcho-mysticisme-de-gustav-landauer

= = =

Saul_Newman

Saul Newman : 
Ph.D en Science Politique de l’université de Nouvelle-Galles-du-Sud (Australie) et co-directeur de l’Unité de Recherche sur la Théorie Politique Contemporaine de l’University of London (Goldsmiths). Il est spécialiste des théories politiques radicales et a extensivement publié sur le sujet (livres et articles), notamment sur le “post-anarchisme”, la théologie politique et des penseurs comme Max Stirner, Gustav Landauer.

Lire Gustav Landauer sur Résistance 71 (format PDF) :

L’appel au socialisme (traduction Résistance 71) et Texte complet

Vie et Œuvre de Gustav Landauer 

Notre page « Gustav Landauer et la société des sociétés organique »

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

SN_Postanarchisme

GL1

Onfray et le souverainisme : de l’écume des jours politiques franchouillardes et du lâcher-prise nécessaire (Monde Libertaire)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 14 septembre 2022 by Résistance 71

ne-votons-plus-agissons

Onfray nous refait le coup du “Cercle Proudhon”

Philippe, du groupe Makhno 42

5 septembre 2022

Url de l’article original :
https://www.monde-libertaire.fr/?articlen=6713&article=Onfray_nous_refait_le_coup_du_Cercle_Proudhon

Le philosophe Michel Onfray a déclaré sur C-News le 4 septembre 2022 qu’il allait conduire une liste aux prochaines élections européennes et que son équipe songeait déjà à une candidature aux élections présidentielles de 2027. Le pilier de son programme : le souverainisme ; sa déclinaison : sortir de Maastricht.

Au moment où la Macronie s’agite pour esquisser un successeur au grand patron qui ne pourra pas se représenter (des noms circulent : Édouard Philippe, Bruno Lemaire, Gérald Darmanin…), le moins que l’on puisse dire, c’est que tous ces gens-là voient loin, y compris Michel Onfray. Celui-ci n’a d’ailleurs pas tort de son point de vue compte tenu du contexte politique. 

En effet, sauf booster, Mélenchon ne se représentera pas, et ses dauphins ne font pas trop le poids. Les écologistes sont dans les choux à l’échelon national. S’ils peuvent triompher localement, leur bilan municipal sera néanmoins contrasté puisque les quelques mesures socio-environnementales seront annulées par les politiques de gentrification des centres-villes qui passent par le tout-vélo et les éco-quartiers haut de gamme. Quant à la rhétorique d’une Sandrine Rousseau, elle ne dépassera guère le rang des croisés, bien que pouvant compter sur les jeunes d’Extinction-Rébellion, organisation financée par des milliardaires américains (Trevor Neilson, Aileen Getty, Rory Kennedy). 

Sauf booster, Marine Le Pen ne se représentera pas non plus. Mais son dauphin familial prévisible, Jordan Bardella, l’écolo-postfasciste partisan des circuits courts localistes et de l’électro-nucléaire, sera mordillé par un ou une zemmouriste. 

Le PS continuera à s’effriter, et le parti des Républicains à se demander quelle est la bonne stratégie.

Indiscutablement, il y a un espace politique qui s’ouvre, favorable aux souverainistes de tout bord voulant, au moins dans le discours, transcender le clivage gauche-droite comme je l’écrivais et l’annonçais dans un article du Monde libertaire paru il y a huit ans (« Le Piège du souverainisme », ML hors-série 54, 2012). 

Il s’agit pour eux de mêler des thématiques apparemment anti-capitalistes, de relancer la notion de peuple susceptible de transcender les classes sociales, et de brandir des aspirations à la justice sociale. Cette mixture n’est rien moins que ce qui a fait le lit du fascisme dans les années 1920 qui correspond à l’émergence politique des classes moyennes, avec néanmoins un certain nombre de différences : pas le même poids des syndicats, arrivée de la question écologique, échec des régimes marxistes, décolonisation, question nucléaire, d’autres thèmes encore qui ne seront pas abordés. Mais aussi quelques similitudes inquiétantes comme nous le verrons plus loin.

Onfray, qui s’est intéressé à Bakounine mais qui n’est jamais allé jusqu’à Malatesta ou Rocker, et encore moins la Makhnovtchina ou la Révolution espagnole, est un grand lecteur de Proudhon. Il reprend finalement le flambeau de certains intellectuels des années 1910 qui, en France, avaient constitué le Cercle Proudhon (1911-1914). 

Ce club est lancé par Georges Valois, un ancien syndicaliste anarchiste qui fondera le premier parti fasciste en France en 1925, mais qui, opposé au nazisme et au pétainisme, mourra dans le camp de concentration de Bergen-Belsen. Il regroupe des intellectuels comme le sorélien Edouard Berth ou comme Marius Riquier qui a fondé avec l’anarchiste Emile Janvion et Georges Darien le bimensuel anti-franc-maçon et anti-sémite Terre Libre. Il a pour objectif de combiner le syndicalisme révolutionnaire et le nationalisme, selon une optique idéologique anti-républicaine et anti-démocrate plus ou moins proche du royalisme de l’Action française. 

Il ne s’agit pas ici ni de refaire l’histoire du Cercle Proudhon pour laquelle nous renvoyons à plusieurs auteurs (Manfredonia, Navet, Netter, Sternhell…), ni de dresser contre lui une autre interprétation supposée plus vraie du personnage Proudhon et de sa pensée, mais d’exhiber quelques thèmes qui en orientent la lecture et qui sont susceptibles d’éclairer la démarche d’Onfray. 

Sans tomber dans l’anachronisme, rappelons le contexte de l’apparition du Cercle Proudhon en 1911 : le prolétariat se sent floué au sortir de l’alliance dreyfusarde entre libéraux et républicains qui a bénéficié du soutien de nombreux anarchistes, dupé par l’arrivée au pouvoir de quelques socialistes (Millerand), et heurté par la casse des grèves effectuée par un ancien socialiste (Clemenceau) que le dreyfusisme a remis en selle. Il est inquiet de la menace d’une guerre mondiale renforcée par l’atermoiement de la social-démocratie dont le double caractère confondu — marxiste et allemande — valorise a contrario la pensée d’un autre socialisme. Selon le Cercle, ce socialisme « à la française » serait celui de Proudhon, une sorte de génie français, plébéien, paysan, viril, martial, porteur de valeurs familiales sinon traditionnelles…

Comme la pensée de Proudhon est particulièrement complexe, qu’elle manie la contradiction à hauts risques et qu’elle-même évolue, il fut aisé pour le Cercle d’alors d’en tirer des fragments tronqués et de la surinterpréter, comme cela le reste de nos jours encore. 

Sur le même registre, le girondin Onfray utilise la critique proudhonienne de la centralisation, mais en oubliant son fédéralisme anti-étatique. Le rejet des élites et du grand capital se fait en faveur d’un néo-corporatisme franco-français, à la fois anti-allemand (avatar de « maastrichtien ») et anti-américain (avatar d’« anti-néo-libéralisme »). 

Onfray transmute la référence proudhonienne au peuple ou aux classes ouvrières en une mystique nationaliste dépassant la lutte des classes. Ce nationalisme est débarrassé, au moins au départ, des excès xénophobes ou racistes portés par l’extrême droite mariniste et zemmourienne qui ne peuvent pas amener au pouvoir malgré les apparences et l’agitation de l’épouvantail. 

Onfray tente sa chance pour remplacer le « en même temps » macronien par un souverainisme tout azimut où chacun aurait l’illusion de retrouver des « capacités ». Sur les sujets environnementaux, il lui sera facile de dégommer les idéologues ou les bobios parisianistes. 

Il a bien senti dans le mouvement des Gilets jaunes toutes les tendances contradictoires qui peuvent alimenter son projet. Il constate la décrépitude du syndicalisme incapable de sortir des enjeux politiciens et de comprendre l’évolution de la société française comme l’a révélé son mépris initial vis-à-vis des GJ. Fort de ses origines sous-prolétaires, il sait jouer de la bonne corde. Il a aussi vu les drapeaux français brandis dans les différentes manifestations (GJ, anti-pass…) dont il pense extraire l’histoire révolutionnaire pour en faire une bannière anti-élitiste. 

Face à ce « néo-souverainisme », appelons-le comme cela en vertu de sa prétention à dépasser les clivages habituels, la tâche des anarchistes sera aussi rude que face à l’hégémonie intellectuelle sinon politique de l’écolocratie. 

Ne pas se laisser piéger par la vocabulaire est une première exigence. Le principe de « souveraineté », aussi naïf et généreux apparaisse-t-il, suppose un « souverain » qui ne peut être ni la fiction de la nation, ni celle du peuple, ni celle du prolétariat, mais qui doit être la réalité concrète, non idéologique, des travailleurs-habitants qui vivent dans une commune et qui fédèrent leurs activités d’une commune à l’autre. 

L’idée séduisante d’une « souveraineté alimentaire », par exemple, pourrait tout à fait bénéficier à une agro-industrie française qui renoncerait même à son culte de l’exportation, au moins en partie. Elle ferait passer à l ‘arrière-plan le principe, et l’exigence, que chacune et chacun mange à sa faim, pleinement et sainement. 

Le souverainisme chez Onfray cache de moins en moins un nationalisme. Un nationalisme-nationaliste franco-français, si l’on peut dire, qui respecte le nationalisme de Poutine, de Trump ou de Mohammed VI puisque chacun d’eux « défend son pays » (cf. son entretien à C-News), mais qui entend, lui, être vertueux, correct et sain. 

Le nationalisme — qu’il soit guerrier ou pacifiste (est-ce possible ?) — est donc le point d’attaque : commençons par réclamer le retrait des forces militaires françaises de tous les pays et la diminution du budget militaire français (revendication pour laquelle il faudra aussi ferrailler à propos de la guerre impérialiste en Ukraine).

Le principe d’autonomie, opposable au souverainisme d’Onfray ou d’autres, ne suffit pas en ce qu’il postule que chacun et chacun pourrait être vraiment autonome économiquement, ce qui est un vœu pieu à moins de tomber dans le primitivisme ou de renouer avec le monastère auto-suffisant, avec ou sans Dieu. 

Le fédéralisme libertaire organisant le communalisme semble être la réponse appropriée : sur le plan théorique déjà. Quant au plan pratique, il ne peut passer que par un abandon de l’idéologie surplombante, donc de la démarche sectaire, et par un renoncement à toutes les fausses pistes. Pas simple. 

Philippe (Makhno 42, 5 septembre 2022).

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

BPKM

(R)évolution des interactions quotidiennes… Une mini théorie

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, société des sociétés, société libertaire with tags , , , , , , , , , on 8 septembre 2022 by Résistance 71

ZAD_Partout

Mini théorie

Faon sauvage

Septembre 2022

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Les ruines sont un terrain de jeu, qu’elles soient zapotèques, mayas, égyptiennes ou modernes. Plutôt que de les préserver, pourquoi ne pas jouer avec jusqu’à leur destruction dans l’oubli et oublier par la même occasion les cultures qui les ont créées ? La mémoire de la culture est la préservation de la culture et la culture n’est jamais que la limite sacrée placée sur la créativité et le jeu. Les insurgés détruisent les limites sacrées.

Le processus du consensus soumet l’individu au groupe. Il soumet l’immédiat au processus de médiation. Il est conservateur par nature puisqu’il ne permet le changement que quand tout le groupe est d’accord… C’est un contrôle internalisé et pas l’anarchie.

Pour que la société fonctionne, le désir doit être apprivoisé. Il doit être colonisé par l’économie, transformé en rapport manque/besoin, dont l’assouvissement est attribué aux commodités offertes par la société. Diriger les désirs de la sorte demande des restrictions et des structures. Alors que celles-ci augmentent, le désir ne devient plus que l’ombre, la fantôme de lui-même. Les restrictions et les structures deviennent graduellement des outils pour apprendre les secrets qui peuvent être utilisés contre elles.

Mon intérêt dans les ruines et les vestiges tient en partie, de tentatives pour développer des stratégies de déconstruction de villes de manière ludique, au travers un encouragement conscient et actif de la rébellion sans contrainte. Ceci demande des explorations extensives des villes afin d’en apprendre les secrets qui pourront être utilisés contre elles.

Il y a plus d’une façon de créer une élite. Les classes dirigeantes, intellectuelles et esthétiques créent une inaccessibilité artificielle à leur pouvoir, connaissance et techniques afin de renforcer leur position. D’un autre côté, les activistes radicaux auto-proclamés de “conscience de classe” se refusent l’accès à la connaissance, au vocabulaire et techniques d’analyse bien rôdés qui sont directement disponibles, afin de prouver leur “pureté de classe” ou quelque autre non sens que ce soit et par leur déni absurde, crée une élite involontaire de ces radicaux ne désirant pas s’appauvrir eux-mêmes de cette façon.

Beaucoup… d’anarchistes sont en fait des gauchistes ou des libertariens libéraux ou, dans quelques cas, simplement des gens en colère qui “pensent” toujours en termes des images créées par le contexte social, enfermant leurs pensées au sein d’un discours de société. Jusqu’à ce qu’on aille au delà de ce discours, en pensant en dehors de ses catégories, la rébellion demeure partie intégrante des structures d’autorité… La plupart des anarchistes sont satisfaits du discours de la société, créant joyeusement une “anarchie” qui n’est en rien un challenge ou un défi, qui est bien maniéré, apprivoisé et de bon goût, le tout au nom de “l’éducation” et de “l’action”.

La technologie cybernétique est dépendante de la technologie industrielle pour exister. Voilà pour le rêve de la cyber-utopie, qui en prend un sacré coup !…

Le troc est toujours une relation, un échange économique. L’argent permet un flot d’échange bien plus fluide. Pourquoi ne pas se débarrasser purement et simplement de la relation marchande, économique ?…

Souvent “La santé” s’oppose à la vitalité. Ceux qui valorisent la “santé” le font souvent de manière passive et ascétique, en abandonnant quelque chose au passage. Leur aspiration à la santé n’est pas une trajectoire de désir intense vitale, c’est une transaction commerciale ou un processus de fabrication, manufacturier, une tentative de parvenir à une fin, mais un tel processus n’est jamais satisfaisant parce qu’il est de la nature du désir de reproduire perpétuellement le vide dont il émerge. Vitalité, intensité, sont les seules raisons d’avoir la santé et les vivre crée la santé ou la rend inutile.

Le meilleur du post-modernisme échoue parce qu’il retire la dérive vers le monde de l’intellect, vies statiques ébranlées par des pensées aléatoires plutôt que des vies extatiques créées par la dialectique de la pensée active consciente et de l’action extatique ?

Si le “sujet”, le “soi”, a été détruit/déconstruit, alors tout ce qui nous empêche de créer notre propre nous-mêmes, notre propre subjectivité en chaque moment, est la croyance continue en quelque chose de plus grand que soi qui est créateur, c’est à dire, la croyance continue en dieu. Dans l’ère actuelle, dieu est la société.

La révolution des interactions quotidiennes

Confronter des incidents ennuyeux séparés sans confronter le mini contexte social duquel ils émergent dans leur totalité c’est comme protester contre des problèmes au lieu de contester le plus large contexte social dans son intégralité. Rien d’essentiel ne change. Manque d’imagination, désespoir, se sentir dépassé par les évènements et les circonstances : des preuves d’interactions parties en sucette…

Tout “l’intérieur” de “l’esprit” n’est qu’une création sociale… une relation créée par un contexte social et qui serait mieux d’être détruit avec ce contexte… Alors peut-être que l’imagination pourrait alors cesser d’être essentiellement un mécanisme fantasmagorique et deviendrait un moyen de créer perpétuellement des moments intenses. Par “l’intérieur” de “l’esprit”, je veux dire les pensées, les images et les rêves, qui sont séparés d’une vie active d’auto-création.

Personne ne doit rien à personne. La dette n’est qu’un concept économique et je refuse de le reconnaître sous quelque forme que ce soit.

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Astyle

Lire, analyser, comprendre pour un changement faste de notre société, 1ère partie (Résistance 71)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 4 juillet 2022 by Résistance 71

cerveau_gratuit

Résistance 71

4 juillet 2022

1ère parte : introduction
2ème partie : Histoire, anthropologie et archéologie
3ème partie : Science
4ème partie : religion et philosophie
5ème partie : spirituel et arts
6ème partie : analyse politique
7ème partie : colonialisme
8ème partie : anarchie et société des sociétés

Changer de paradigme politico-social et marcher sur le chemin de l’émancipation de notre société ne se produiront pas par une opération magique ou miraculeuse. Personne ne viendra nous sauver. La solution est en nous et nulle part ailleurs.
Pour comprendre qu’il n’y a pas de solution à notre oppression et notre exploitation au sein du système étatico-marchand, il faut déjà bien comprendre ses rouages et comment la tyrannie de la société pyramidale opère pour perdurer depuis des siècles et des siècles.
Au fil des années, nous avons écrit, traduit, publié bon nombre de textes essentiels à une compréhension optimale de quoi il retourne dans notre société, mettant en point d’orgue les effets néfastes et pervers de la société tyrannique étatico-marchande prévalente dans sa forme la plus décadente depuis plus d’un siècle et de la solution potentielle à y apporter. La plupart de ces textes importants ont été publiés en format PDF pour une plus grande facilitation à la lecture et à leur diffusion au grand large. Ils sont ici réunis dans notre bibliothèque PDF qui regroupe quelques 300 publications sous ce format depuis 2016.
Dans les semaines estivales à venir, nous allons suggérer quelques lectures vitales par thèmes.
Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, voici pour commencer, notre analyse et notre testament politique à Résistance 71, en deux essais publiés en 2017 et 2019 et compilés en 2020 dans ce PDF et qui constitue la synthèse de quelques deux décennies de réflexion et d’analyse politique des membres de notre collectif, à (re)lire et diffuser sans aucune modération :

« Du chemin de la société vers son humanité réalisée »
PDF

Plus de lectures choisies dans les semaines à venir, bonne lecture à toutes et à tous !

arbre_yinyang

HZ_desobeissance_civile

Réajustement historique… Les anarchistes espagnols dans la résistance française 1940-45

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 24 juin 2022 by Résistance 71

Nous diffusons ici un superbe texte historique qui remet les pendules à l’heure sur les trahisons perpétuelles de la gauchiasse étatico-marchande, gardienne du système marchand comme son pendant de “droite”, envers des combattants et insurgés anarchistes, ce, de la révolution espagnole à bien après la seconde guerre mondiale. La trahison des marxistes autoritaires d’état s’est perpétuée au-delà de la révolution espagnole et les partis communistes français et espagnols ont liquidé bon nombre d’anarchistes des maquis à la fin de la guerre…
Nous profitons de cette occasion pour rendre hommage à Alex, alors très jeune participant des réseaux de passeurs pyrénéens entre 1939 et 1945, qui nous a quitté il y a peu et qui fut résistant dans l’âme toute sa vie. Oui, honneur aux braves !
~ Résistance 71 ~

FAI-CNT1

Les anarchistes espagnols et la résistance française

Socialisme Libertaire

Juin 2022

Source :
https://www.socialisme-libertaire.fr/2022/05/les-anarchistes-espagnols-et-la-resistance-francaise.html

« Les Espagnols sont plus de 500 000 à fuir Franco entre le mois d’août 1938 et le 12 février 1939. Parmi eux, beaucoup de miliciens aguerris, la tête pleine de compagnons tombés au front, d’amies violées, de parents massacrés ; des combattants défaits qui ne survivent que par leur haine du fascisme, sous la neige, dans des prés entourés de barbelés où sévissent la dysenterie et la famine, appelés déjà « camps de concentration », symbolisant à eux seuls l’hospitalité française, fidèle à l’attitude criminelle des démocraties occidentales vis-à-vis du peuple espagnol durant la guerre civile.

Ces militants ont eu du poids dans la Résistance, un poids que l’on cache souvent. Pourtant, la célèbre 2e division blindée (DB) du général Leclerc est en partie composée d’Espagnols ; dans tous les maquis, ils sont les premiers résistants. Parmi eux, les anarcho-syndicalistes – courant majoritaire durant la guerre civile – sont encore présents dans la lutte en France. Il n’est pas simple de suivre leur trajectoire.

La victoire de Franco, c’est d’abord leur défaite militaire et politique. Durant toute la résistance (et même après), l’empreinte de cette défaite influe sur les décisions prises et celles qui ne le sont pas… Ce courant est aussi celui qui a le plus souffert et qui souffre encore, car il est isolé. Dans les camps, les militants du PCE noyautent les instances, avec l’aide du PCF, et discriminent les anarchistes.

Par ailleurs, le gouvernement français les hait plus que tout, et certains de leurs représentants les plus illustres, comme Juan Peiró, sont livrés à Franco par Daladier et fusillés. Le courant anarcho-syndicaliste doit se réorganiser, il a du mal ; il doit faire face à une situation nouvelle… Comme toujours, dans les organisations libertaires, le vide organique est remplacé par la spontanéité des militants qui finissent par réorganiser le mouvement. Cela pose aussi des problèmes à qui veut en faire une rétrospective : la complexité due à la multitude des expériences parfois contradictoires.

Deux périodes distinctes apparaissent : la période de réorganisation, où il faut faire la distinction entre le mouvement qui s’organise et l’action concrète des militants dans la lutte, et la période des huit derniers mois avant la Libération, où se pose le problème d’adhérer ou non à la Unión Nacional Española (UNE), une organisation tenue par les militants du Parti communiste espagnol (PCE) et du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC), qui se veut hégémonique par- mi les résistants espagnols.

Un mouvement qui s’organise tant bien que mal 

Dès le 25 février 1939, le mouvement tente de se réorganiser. Le comité national de la CNT et les comités péninsulaires de la FAI et de la FIJL [1] s’unissent dans une seule et même organisation : le Mouvement Libertaire en Exil (MLE). Dans le conseil général du MLE figurent des noms déjà célèbres et qui ont de l’importance durant toute la période, tels que Germinal de Souza, Mariano Rodriguez Vázquez, Gresco Isgleas, Germinal Esgleas (compagnon de Federica Montseny), Pedro Herrera, Juan Gallego Crespo et Juan Manuel Molina (Juanel) qui est responsable des liaisons avec les camps de concentration. Par la suite et durant la guerre, le MLE s’organise, s’étend, par le biais de plusieurs commissions, en zone libre et en zone occupée qui représentent des groupes de militants affiliés dans des villes ou des lieux géographiques.

Ainsi, une des commissions les plus actives dans la reconstruction du mouvement libertaire est celle du barrage de l’Aigle où, nous le verrons, le maquis est tenu par la CNT espagnole. Il faut souligner que les mêmes militants sont partie prenante de la Résistance et de la réorganisation du mouvement, ce qui est peu adéquat à l’action clandestine. Ainsi, actions armées et structures organiques se chevauchent parfois, ce qui a des conséquences fâcheuses lors des arrestations. D’autant que le gouvernement de Vichy a fait de la neutralisation du MLE une priorité. Ainsi, dès fin 1941, la répression s’abat sur le MLE.

C’est le premier mouvement de résistance espagnol qui subit un tel coup (les autres subissent le même sort par la suite). Les principaux responsables du MLE, c’est-à-dire les militants les plus aguerris qui ne sont pas encore emprisonnés ou morts, sont arrêtés. On reconnaît les noms de Germinal Esgleas (secrétaire du MLE), Federica Montseny, Germinal de Souza (secrétaire de la FAI), Francisco Isgleas Pierman, Valerien Mas Casas, Pedro Herra Camarero (membre du comité péninsulaire de la FAI et délégué au conseil général de SIA [2], ainsi que des membres des « amis de Londres » (des anarchistes qui ont préféré agir directement avec les Anglais), tels que Manuel Gonzalez Marin « Marin Manuel », Eduardo Val Basco et Francisco Ponzán Vidal (dont nous reparlerons).

Les premiers sont déportés en Afrique, afin de prévenir les tentatives d’évasion et empêcher tout contact avec le MLE. Celui-ci met du temps à se réorganiser après un tel coup. Ce n’est que le 6 juin 1943 qu’a lieu un plénum [3] du MLE où, pour la première fois, on aborde le thème de l’action conjointe avec la Résistance française. Mais ce plénum n’apporte pas de solution. Il faut ouvrir ici une parenthèse pour expliquer les problèmes qui se posent alors dans l’organisation. Le mouvement libertaire voit apparaître, dans ce plénum, deux tendances distinctes qui vont s’affronter durant une dizaine d’années, allant jusqu’à la scission. Il s’agit, d’une part, de la tendance « collaborationniste » ou « politique » et, d’autre part, de la tendance « maximaliste » ou « apolitique » (c’est-à-dire anti-politique).

Les premiers affirment que les conditions historiques de la guerre d’Espagne sont toujours d’actualité et que, par conséquent, la CNT doit prendre part au gouvernement républicain en exil, dans le cadre d’une stratégie frontiste de reprise de l’Espagne ; les seconds considèrent qu’il faut revenir aux positions disruptives de la CNT et baser le renversement de Franco sur un combat insurrectionnel du peuple espagnol. Cette deuxième tendance souligne qu’il faut analyser les leçons de la défaite.

Ces deux tendances sont très marquées, et le MLE se retrouvera par la suite avec deux comités à sa tête : celui de Juanel (du nom d’un des leaders du courant collaborationniste) et celui de Béziers (composé par les « apolitiques ». L’erreur trop répandue est de calquer sur ces deux tendances les positions pour ou contre l’action dans la Résistance française. On croit souvent que les « collaborationnistes » appelaient à rentrer dans la Résistance, alors que les « apolitiques » refusaient de prendre part à une guerre bourgeoise entre des gens qui avaient laissé massacrer le peuple espagnol.

Or la réalité est bien différente. Le sous-comité national (comité de la zone occupée), qui regroupe les deux tendances pour cette partie du territoire français, se prononce contre l’entrée dans la Résistance dans des proportions qui ne recoupent pas le poids respectif des deux tendances en présence. Il y aurait beaucoup de recherches à faire pour retracer une ligne exacte de ce qui s’est passé au sein du MLE vis-à-vis de la Résistance, indépendamment des autres problèmes que se posait le mouvement. Par contre, au plénum de Marseille, en décembre 1943, le MLE conseille « à tous les militants de la CNT et du MLE de rejoindre la Résistance française plutôt que de se laisser emmener en Allemagne » [4].

Le MLE venait d’entériner une situation de fait, puisque bon nombre de militants avaient déjà rejoint la Résistance française. Mais nous le verrons tout à l’heure, la réorganisation tardive du MLE, qui l’amène à ratifier des situations de fait au lieu d’agir directement sur le cours des choses, le met dans une situation difficile aux derniers mois de la guerre lorsque l’UNE aura des prétentions hégémoniques.

La présence des anarchistes 

Dans les maquis, dans les réseaux, à Londres, dans la 2e DB du général Leclerc, les anarchistes espagnols ont joué un rôle important dans la libération de la France et de l’Allemagne. Ils l’ont fait par conviction antifasciste, mais aussi dans l’espoir que de Gaulle tiendrait sa promesse : ouvrir les frontières et chasser Franco. Les grands hommes ont le geste noble : les Espagnols morts pour la France ont reçu des médailles, leurs noms sont gravés sur les monuments aux morts. Comme une insulte, chaque 8 mai, cynique, une gerbe tricolore vient honorer leur sacrifice. En 1945, de Gaulle a envoyé un émissaire pour normaliser les relations avec le Caudillo. En 1975, Franco est mort dans son lit, toujours au pouvoir, 30 ans après…

Parmi les nombreux militants anonymes, certains ont joué un rôle important dans la guerre d’Espagne, d’autre resteront à jamais inscrits dans les pages de la Résistance. Ainsi, Antonio Ortiz s’engage dans les corps francs d’Afrique ; blessé il est hospitalisé, avant de repartir dans les « commandos » d’Afrique du général Leclerc, puis dans le premier bataillon de choc comme instructeur du premier commando lourd. Il débarque à Saint-Tropez, participe à la bataille de Belfort et fait la campagne d’Allemagne où il est grièvement blessé. Ortiz n’est pas un inconnu de l’histoire de l’Espagne ; le 24 juillet 1936, juste après la colonne Durruti, il avait pris la tête de la colonne de la CNT-FAI qui a porté son nom. C’était la deuxième colonne levée contre Franco. Ces deux colonnes réalisèrent ce que personne d’autre ne fit : elles reprirent durablement du terrain aux factieux sur le front d’Aragon. Ramón Vila Capdevila avait lui aussi montré son courage durant la guerre civile. Il s’enfuit du camp d’Argelès et devient, en 1940, un des tous premiers résistants de la région. Il est plus connu sous le surnom de « commandant Raymond ». Spécialiste en explosifs, son aide est précieuse pour le déraillement des trains ; il commande deux cents résistants espagnols. Ce sont eux qui anéantissent la garnison qui avait massacré les habitants d’Oradour. Lui et ses compagnons rejoignent ensuite le bataillon « Libertad ».
Ramón Vila Capdevila est mort en 1963, dans une rixe avec des franquistes, alors qu’il était un des meilleurs passeurs d’hommes de la CNT et que, depuis 1945, il faisait partie des groupes d’action qui n’avaient cessé de harceler le régime franquiste.

Enfin, avant de parler des résistants anarchistes espagnols de façon plus générale, il nous faut encore évoquer le parcours d’une figure exemplaire, qui fut la pierre angulaire du plus grand réseau de passeurs de la Résistance, le réseau Pat O’Leary. Il s’agit de Francisco Ponzán Vidal, plus connu sous le nom de François Vidal. Militant de la CNT, il avait été responsable du syndicat dans une comarcal d’Aragon [5] durant la guerre civile, puis il avait fait partie du groupe « Libertador » de la CNT, spécialisé dans la recherche d’informations militaires et dans les actions de sabotage derrière les lignes franquistes. Ce groupe fut, par la suite, intégré aux services secrets de la République espagnole.

À partir de mai 1939, Vidal organise un réseau de passeurs d’hommes dans les Pyrénées pour faire sortir d’Espagne les militants en danger. Dès le début de la guerre, ce groupe de « cénétistes » se met au service de la Résistance et travaille activement avec l’Intelligence service et le Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) de de Gaulle, mais aussi avec le réseau Sabot et le groupe Combat. Ce réseau permet l’évasion de 1500 personnes, dont plus de 700 aviateurs alliés (6), et le passage de nombreux documents (sans compter tout ce qui sert la CNT et la lutte anti-franquiste). Le réseau couvre une zone qui va de Bruxelles à Lisbonne. Fait prisonnier en 1944 par la police française, Francisco Ponzán Vidal est livré aux Allemands et exécuté le 17 août 1944 par les nazis qui gardent la prison où il est enfermé, à Toulouse.

maquisards1

D’une manière générale, les anarcho-syndicalistes ont participé à pratiquement tous les réseaux de passeurs des Pyrénées (on en décompte une vingtaine). On les voit aussi dans les maquis. Voici la liste de ceux où leur présence fut suffisamment significative pour laisser des traces : les maquis de Dordogne, de la Montagne noire, de Querigut (dans l’Aude) ; les maquis de l’Aveyron, d’Ariège, du Pic Violent, de Savoie, les maquis du Lot, de Loches, de Belves, de l’Isère, de la Gouzette (Saint-Girons), de Privas ; les maquis du Cantal et de Corrèze, de Maleterne, de Bagnères, des Landes, du Rouergue, des Glières, du Limousin, le maquis Bidon et les maquis du Vercors, et n’oublions pas le maquis du Cofra (à moitié cénétiste) et du Barrage de l’Aigle, où les anarchistes sont hégémoniques.

Nous connaissons la présence d’anarchistes dans d’autres maquis, mais il s’agit souvent d’individus essaimés de-ci de-là, sans lien entre eux. Notons aussi leur présence dans le réseau Robul Alfred et leur présence massive dans le Bataillon de la mort. Certains se retrouvent avec des responsabilités, comme La Rey, membre de la CNT et responsable de la Résistance à Montluçon, ou Emilio Castro Ballesta qui, avec sa compagne, le commandant Pariset et l’épouse de Tavet, dirigent, à l’arrestation de ce dernier, le maquis du Limousin. Dans le Gers, la moitié des résistants de l’UNE sont confédéraux ; et ce n’est pas un cas isolé. Faute d’organisation nationale de résistance, les anarchistes apparaissent peu, bien qu’ils soient très présents. Citons tout de même le maquis du barrage de l’Aigle, dirigé par José Germán González, militant de la CNT, qui est un haut lieu de la reconstruction de la CNT en exil et un des maquis les plus actifs de la Résistance. Ce maquis est pratiquement à 100 % confédéral, tout comme le maquis de Bort-les-Orgues.

D’une manière générale, les maquis du Massif central, sont, en forte proportion, composés d’anarchistes espagnols, tout comme ceux issus des chantiers de barrages sur la Dordogne, des barrages de Marèges et de Chastang. Bon nombre de ces maquisards se retrouveront dans le bataillon « Libertad », sous la responsabilité de l’anarchiste Santos. Ce bataillon atteint par la suite la pointe de Grave et libère le Lot et Cahors. Enfin, la présence anarchiste est particulièrement remarquable dans la 2e DB, qui compte bon nombre d’anarcho-syndicalistes tant et si bien qu’ils sont hégémoniques dans la 9e compagnie du 3e RMT, la « Nueve », pratiquement uniquement composée d’Espagnols, à l’exception du capitaine Dronne qui la commande. C’est elle qui entre la première dans Paris. Les premiers blindés portent des noms espagnols. Les militants de la CNT-FAI sont bel et bien présents, la « Nueve » installe un premier canon, nommé El Abuelo, dans l’hôtel de ville de Paris, ainsi que le premier drapeau… ironie du sort.

Cette présence est complètement occultée par bon nombre d’historiens, tel Lapierre et Collins dans Paris brûle-t-il ? (édition R. Laffont 1964), Adrien Dansette dans Histoire de la libération de Paris (édition Fayard, 1946) où Henri Michel dans La libération de Paris (édition Comps, 1980). Même le capitaine Dronne semble frappé d’amnésie dans son livre La libération de Paris, alors que, dans son journal de marche, il évoquait abondamment les combattants issus de la CNT-FAI (7). Les six derniers mois de la guerre sont ceux d’un courage effacé par un manque d’organisation nationale en réseau de résistance, qui condamne les anarchistes à l’oubli, pour certains à la mort.

A_espagnols_resistance1

L’UNE, l’hégémonie dans le sang 

Le mouvement libertaire est empêtré dans ses problèmes internes qui tournent autour de la question de savoir s’il faut participer ou non au gouvernement de la République espagnole en exil. La défaite contre Franco est encore dans tous les esprits et la question gouvernementale, qu’il aurait fallu trancher en juillet 1936, les anarchistes se la posent toujours, au point de négliger des aspects importants. Le plus dramatique est certainement cette absence totale d’organisation des anarcho-syndicalistes espagnols en tant que corps dans la Résistance.

Rien pour faire valoir leurs droits, aucune structure pour assurer l’arrivée d’armes, de ravitaillement : les anarcho-syndicalistes se sont fondus dans la Résistance comme nul autre, sans se soucier un seul instant de leurs intérêts propres. D’autres sont plus réalistes. Les communistes dirigent la UNE qui se veut hégémonique et se présente comme « l’unique mouvement de résistance espagnole ». Sur un plan historiographique, cette situation a permis aux historiens de passer allègrement sur la complexité des courants d’idées qui animaient les résistants espagnols, en les décrivant comme de simples anti-franquistes, voire carrément des communistes.

Cette conséquence n’est que la moins dramatique, car les volontés hégémoniques de l’UNE ne s’arrêtent pas là. Les militants anarchistes n’ont pas rejoint unanimement la UNE. Certains y sont rentrés à contre-cœur, d’autres dans l’idée de contrecarrer l’influence des communistes, tels les militants de la Agrupación Cenetista en la Unión Nacional (ACUN). Si certains, quoique méfiants, sont tentés par la reconquête de l’Espagne proposée par la UNE, beaucoup d’anarchistes y adhèrent sous la menace et par peur des représailles. Les groupes de militants les plus avertis ont préféré intégrer les Forces françaises de l’intérieur (FFI), notamment dans le bataillon « Libertad ». Il faut souligner ici le travail essentiel fait dans ce sens par José Germán González, commandant du maquis du barrage de l’Aigle, qui organisa, à travers les groupes de travailleurs étrangers (GTE), l’entrée des cénétistes directement dans la Résistance française. C’est que les réticences envers la UNE étaient grandes. Comme le disait Pierre Bertaux très cyniquement : « Le Parti communiste n’a pas de rancune, il n’a que des tactiques. »

La phrase convient à merveille au Parti communiste espagnol. On trouve dans la UNE des communistes, certes, mais aussi des anti-franquistes très tardifs, comme certains requetés, ces monarchistes absolutistes qui ont toujours brillé par leur conservatisme, et aussi les membres de la CEDA de Gil Robles. La CEDA est la droite espagnole qui était au pouvoir durant le bienio negro, ces années de toutes les répressions anti-anarchistes, d’avant 1936, quand le mot d’ordre était « pas de blessés, tirez au ventre ». Les anarcho-syndicalistes espagnols ont tous en tête les actes de répression d’avant la guerre, au point que la révolte paysanne de Casas Viejas transpire sur leurs chars. Et surtout la UNE est tenue par les communistes, ceux qui ont tué Berneri, Nin et tant d’autres. La UNE, c’est le gouvernement de Negrín, c’est la telefónica (8)…

La suite des événements va prouver que les inquiétudes des anarchistes n’étaient pas vaines. La UNE se sert d’appuis pour éliminer ses adversaires de toujours. Le 20 septembre 1944, Santos, qui dirige le bataillon « Libertad », reçoit l’ordre du colonel Ravanel de transférer 350 de ses hommes à la UNE. En même temps, l’ordre est donné de ne plus ravitailler le bataillon. En cas de refus, celui-ci devait être désarmé par la UNE. Il préfère alors se dissoudre. Mais la UNE n’en reste pas là, elle fait pression, elle menace et elle tue ceux qui ne veulent pas se joindre à elle (anarchistes en particulier, mais pas seulement, on connaît des cas de socialistes qui subirent le même sort). Ángel Aransaez, secrétaire du comité régional CNT de l’Aveyron, dénombre pour son département 56 exécutions sommaires. On en compte 13 dans l’Aude (crimes que des ex-guérilleros de la UNE avoueront en octobre 1953).

Certains meurtres sont relatés dans Le Républicain du Midi d’août et novembre 1944. Tous sont commis sur des résistants socialistes et anarchistes en conflit avec la UNE. Á Lavelanet, Francisco Alberich et Mercedes Miralles sont retrouvés morts après avoir été appréhendés par des guérilleros de la UNE. Á Manse dans l’Ariège, Belmonte, anarchiste responsable d’une exploitation forestière où se cachent des réfractaires, est abattu avec son compagnon Molina pour avoir refusé que la UNE vienne contrôler leur organisation. On peut aussi s’interroger sur toute la série d’exécutions sommaires d’anarchistes commises par des inconnus dans le Lot, dont celle de l’agent de liaison de tous les maquis du Lot : José Mana dit « Martins ». Á Saint- Girons, Royo et un de ses compagnons de la CNT, qui étaient en conflit avec la UNE, échappent miraculeusement à l’incendie et le mitraillage de la maison de Royo. Sa compagne, ses deux enfants et trois de ses amis n’ont pas eu la même chance… En août 1945, Antonio Téllez, militant de la FIJL, lieutenant de la 9e brigade des FFI de l’Aveyron, avertit Ángel Aransaez que la UNE a prévu d’envoyer un commando à Decazeville, contre le comité régional de la CNT. Le capitaine espagnol Bariso, traducteur du commandant français du 412e GTE, est enlevé. Aransaez va voir le responsable de la Résistance, Degoy dit Valzergues, qui lui déclare « Pas d’objection pour les traîtres » Ce qui montre une fois de plus la collusion de certaines instances de la Résistance avec la UNE.

Aransaez et les principaux responsables de la CNT sont arrêtés par les francs-tireurs et partisans, mais sont libérés sous la pression des résistants libertaires qui les menacent d’insurrection armée (Aransaez était dans les FFI au barrage de l’Aigle). Toute une série de cas similaires a été répertoriée. On peut consulter à ce sujet Les dossiers noirs d’une certaine résistance (Perpignan, éd. du CES, 1984), ainsi que le livre de Marie-Claude Rafaneau Boj, Odyssée pour la liberté. Les camps de prisonniers espagnols (Paris, Denoël, 1993), dans lesquels sont relatés les cas les plus flagrants ; mais ces ouvrages ne tiennent pas compte de tous les charniers inconnus et de toutes les disparitions.

Il est un fait historique qui prouve la gravité et l’importance de ces méthodes expéditives, il s’agit du rassemblement de l’essentiel du camp républicain espagnol contre la UNE. Cette union se fait au sein de la Alianza Democrática Española (ADE), avec la participation de la Gauche républicaine, de l’Union républicaine, du Parti républicain fédéral démocratique, du Parti socialiste ouvrier espagnol, de la Gauche républicaine de Catalogne, du mouvement libertaire et des centrales syndicales UGT et CNT. L’ADE dénonce les agissements de la UNE au gouvernement provisoire de la République française, en mentionnant, dans un communiqué officiel en 1944, toute une série d’exécutions sommaires, détentions abusives, pressions en tous genres perpétrées par la UNE. Fin 1944, la famille Soler est brûlée vive dans sa ferme. Le fils en réchappe et parvient à contacter la CNT.

Un plénum national est organisé et un ultimatum des plus menaçants est adressé au PCE : « À partir de cette communication, la CNT n’est plus disposée à tolérer ni une brutalité, ni un attentat de plus. Elle rend directement responsable la direction du PCE, en la personne de ses dirigeants, de ce qui pourrait arriver. » La vague d’attentats s’arrête… Après ce bref aperçu, qui ne prétend pas couvrir l’ensemble de la réalité, on peut se faire une idée de la complexité de la période, une complexité accentuée par la situation d’un mouvement libertaire qui se cherche, qui n’est pas remis de sa défaite. Le mouvement est en pleine reconstruction, avec tout ce que cela implique de conflits, il n’a pas l’efficacité nécessaire au niveau national, ne serait-ce que pour protéger ses militants. Dans le même temps, les militants qui le composent sont des combattants aguerris, qui ont des réflexes de lutte, d’organisation clandestine au niveau local et qui sont très précieux pour la Résistance.

A_espagnols_resistance2

Si bien que l’on se retrouve devant un paradoxe : le mouvement libertaire est en plein dans la Résistance, mais ses préoccupations semblent ailleurs, dans un passé récent qu’il cherche à comprendre. Cela lui coûte cher… mais il n’a pas fini de souffrir.

Pire que la lutte, il y a l’exil, un exil de quarante ans, d’une vie. Qu’ils étaient dignes ces Espagnols que l’on rencontrait parfois dans la rue (que l’on rencontre encore quand on a de la chance). Souvent raillés, souvent pauvres, ils n’ont pas haï les Français, ils n’ont pas confondu la trahison de ceux qui dirigent à la bête ignorance du petit qui subit. Ils ne lui ont même pas reproché son ignorance. On a laissé Franco les massacrer, bourgeoisement, poliment, sans trop de vagues. On leur a promis l’Espagne pour qu’ils apprennent aux Français à se battre. On a envoyé des émissaires auprès de Franco. Et quand ces résistants anarchistes espagnols qui se sont battus pour la France – les Sabaté, les Facerías, les Ramón Capdevila –, plutôt que de se venger sur ceux qui les ont toujours trahis, sont repartis combattre Franco, seuls avec ceux d’Espagne qui maîtrisaient encore leur peur.
Les gouvernements français de la IVe et de la Ve Républiques, les ministres de l’Intérieur de ces gouvernements de gauche comme de droite, « résistants » comme Mitterand, ces gouvernements ont collaboré avec la police franquiste et permis qu’ils soient abattus comme des chiens.

Honneur aux braves ! »

Complément bibliographique

– J. Borras, Políticas de los exiliados españoles, 1944-1945, Paris, Ruedo Ibérico, 1976.
– A. Téllez Solá, Sabaté, Toulouse, Repère-Siléna, 1990.
Les anarchistes espagnols dans la tourmente (1939-1945), Bulletin du Centre international de recherche sur l’anarchisme, Marseille, 1er trimestre 1989.
– F. Montseny, Seis años de mi vida (1939-1945), Barcelone, Ed. Galba, 1978.
– D. Wingeate Pike, Jours de gloire, jours de honte : le parti communiste d’Espagne en France. Paris, SEDES, 1984.

NOTES 

[1] Confédération nationale du travail (CNT), qui constitue l’organisation syndicale, la Fédération anarchiste ibérique (FAI) et la Fédération ibérique des jeunesses libertaires (FIJL).

[2] Solidarité internationale antifasciste (SIA) est une organisation de soutien à la lutte antifranquiste, qui est proche de la CNT espagnole. Après la guerre, des personnalités comme Jean Rostand, Louis Lecoin et Albert Camus adhèrent à SIA.

[3] Dans les organisations libertaires espagnoles, le plénum réunit les délégués mandatés par leurs régions respectives et les organes représentatifs de l’organisation (tel le comité national) dont le mandat et le travail sont alors vérifiés. Le plénum gère administrativement l’organisation, donne des directives et peut prendre des décisions ponctuelles.

[4] Déclaration du plénum de Marseille du MLE (décembre 1943).

[5] Une comarcal est un regroupement de fédérations locales de la CNT espagnole, que l’on pourrait comparer, par la taille, à une union cantonale.

[6] Sur le réseau Pat O’Leary, voir Henri Michel, La guerre de l’ombre, Paris, Grasset, 1970.

[7] Ce journal de marche est reproduit par Antonio Villanova dans son livre Los Olvidados, Paris, Ruedo Ibérico, 1969, pp. 371-450.

[8] Camillo Berneri, anarchiste italien et Andres Nin, leader du Partido obrero de unificacíon marxista (POUM), furent assassinés à la suite des événements du central téléphonique de Barcelone, en mai 1937, lorsque les communistes lancèrent une offensive contre le POUM et la CNT-FAI.

peuple_en_arme

los-amigos_de_durutti1
Vive la Commune Universelle !

Réactualisation 2022 : « L’anarchie (pas seulement) pour la jeunesse : mieux comprendre pour mieux agir » PDF (Résistance 71 et JBL1960)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 19 juin 2022 by Résistance 71

Astyle

Résistance 71

19 juin 2022

Jo a réactualisé notre texte publié en 2017 « L’anarchie pour la jeunesse : mieux comprendre pour mieux agir » dans une version tenant compte de la réalité changeante de l’oppression dans ses détails récents.
Ne jamais oublier une chose fondamentale : l’anarchie est ancrée au plus profond de la société humaine, elle en est une matière primordiale. L’Anarchie n’est ni un dogme, ni une doctrine, ni un « -isme » de plus… L’Anarchie est un mode de vie, la concrétisation de la Raison dans l’histoire.

A (re)lire et diffuser sans aucune modération… Le PDF dans sa version 2022 :

l’Anarchie-expliquée-à-la-jeunesse-revisé_2022

vivelacommune

Un autre appel du 18 juin… 1937 celui-là !

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 18 juin 2022 by Résistance 71

Etat_revolution_anarchiste

Union Communiste : Action sans confusion !

Source :
http://guerredeclasse.fr/2022/06/10/union-communiste-il-faut-agir-mais-pas-dans-la-confusion/

Tract distribué il y a 85 ans, le 18 juin 1937 au Vel d’Hiv’ de Paris lors d’un meeting politique.

18 juin 2022

Union Communiste
Camarades anarchistes ! Ouvriers révolutionnaires !

Vous avez été conviés à ce meeting pour écouter la voix de la C.N.T. C’est en effet au nom du Comité national de la C.N.T. que Garcia Oliver et Federica Montseny parleront, mais ce n’est pas au nom des ouvriers révolutionnaires d’Espagne, ni des membres de la C.N.T. et de la F.A.I.

Garcia Oliver et Federica Montseny sont deux ministres anarchistes du gouvernement Caballero, lequel gouvernement porte la responsabilité d’avoir provoqué les journées de mai à Barcelone et réprimé le mouvement des ouvriers qui, en armes, défendaient leurs conquêtes menacées.

Garcia Oliver et Federica Montseny sont les plus représentatifs de ces dirigeants de la C.N.T. et de la F.A.I. dont les « Amis de Durruti » ont qualifié ainsi le rôle au cours des journées de mai :

« Nous savions par avance que les comités responsables de la C.N.T. ne pouvaient faire autre chose que de mettre des obstacles à l’avance du prolétariat… Nous sommes les Amis de Durruti et nous avons suffisamment d’autorité pour désavouer ces individus qui ont trahi la classe ouvrière par incapacité et par lâcheté. Quand nous n’avons plus d’ennemis en face, ils remettent de nouveau le pouvoir à Companys, l’ordre public au gouvernement réactionnaire de Valence, et la Conseillerie de Défense au général Pozas. La trahison est formidable. » (Manifeste des « Amis de Durruti » du 8 mai).

Ceux qui ont dit cela luttaient à la tête des ouvriers révolutionnaires de Barcelone, sur les barricades, alors que Garcia Oliver et Federica Montseny accouraient de Valence pour lancer, du poste de radio de la Généralité, des appels au calme et à la cessation de la grève générale.

C’est la trahison des Garcia Oliver, Federica Montseny et de la direction cénétiste qui a permis aux staliniens et aux gardes d’assaut d’assassiner lâchement de nombreux militants révolutionnaires, parmi lesquels C. Berneri et le jeune Francisco Ferrer; et si depuis mai, le gouvernement de Valence peut se permettre de pourchasser les camarades des Amis de Durruti, du POUM, des Jeunesses libertaires et poumistes, ainsi que tous les ouvriers qui veulent conserver leur armes pour défendre les conquêtes de juillet, les Garcia Oliver et Federica Montseny en portent la responsabilité.

Camarades anarchistes ! Ouvriers révolutionnaires !

L’Union anarchiste vous demande de taire vos critiques et de répondre avec « bienveillance » à l’appel du Comité national de la C.N.T. C’est impossible.

Solidarité internationale effective avec les travailleurs espagnols, oui. Avec ceux qui les ont trahis, non.

Ceux qui, seuls, pourraient exprimer à ce meeting la position des ouvriers de la C.N.T. et de la F.A.I., ceux-là sont emprisonnés ou contraints à l’illégalité pour échapper à la répression.

Garcia Oliver et Federica Montseny viennent essayer de justifier leur trahison. Ils vous diront que pour conserver l’unité du front antifasciste, il fallait éviter de triompher des forces contre-révolutionnaires. « Ni vainqueurs, ni vaincus », disaient-ils, pour faire cesser le combat dans les rues de Barcelone.

En fait, après avoir, depuis le 19 juillet 1936, capitulé bien des fois devant les exigences de la bourgeoisie, au nom de l’unité antifasciste, les dirigeants anarchistes en sont arrivés à trahir ouvertement la cause ouvrière.

L’unité antifasciste a été la soumission à la bourgeoisie, elle a mené aux victoires militaires de Franco et aux victoires de la contre-révolution à l’arrière du front.

Camarades, la lutte des classes ne connaît pas de trêve. L’évolution de la situation en Espagne a montré que la bourgeoisie n’a qu’un ennemi : le prolétariat. Pour ne pas l’avoir compris à temps, les travailleurs espagnols viennent de subir une grave défaite. Et maintenant, la bourgeoisie « républicaine et démocratique » va préparer le compromis avec Franco, sous la pression des impérialismes qui imposent leur « médiation ».

Pour battre Franco, il fallait battre Companys et Caballero. Pour vaincre le fascisme, il fallait écraser la bourgeoisie et ses alliés staliniens et socialistes. Il fallait détruire complètement l’État capitaliste et instaurer un pouvoir ouvrier issu des comités de base des travailleurs.

L’apolitisme anarchiste a fait faillite. Pour n’avoir pas voulu faire la politique du prolétariat, les dirigeants de la C.N.T. ont fait celle de la bourgeoisie. Tel est un des grands enseignements de la lutte de nos frères d’Espagne.

Leur lutte n’est pas terminée

Bien des illusions sont tombées après ces journées de mai. Sans aucun doute, nombreux sont les ouvriers qui se préparent à une lutte acharnée.

Constituer des comités de défense de la révolution est leur mot d’ordre. Le pouvoir aux ouvriers est leur objectif.

Pour vaincre le bloc de la bourgeoisie et de ses alliés staliniens, socialistes et dirigeants cénétistes, ils devront rompre nettement avec les traîtres de toutes tendances. Leur avant-garde, c’est-à-dire les militants révolutionnaires des Amis de Durruti, du POUM, des Jeunesses doit se regrouper pour élaborer le programme de la révolution prolétarienne.

Mais, le prolétariat international doit aussi agir

Sinon, nos compagnons d’Espagne seront définitivement battus et nous aussi. La bourgeoisie internationale, y compris la néo-bourgeoisie russe, s’est coalisée contre la révolution espagnole, malgré les antagonismes qui opposent irréductiblement les différents impérialismes.

En France, le Front populaire, le gouvernement Blum, les partis traîtres, les dirigeants syndicaux agissent d’accord avec la bourgeoisie pour étrangler la révolution espagnole. Et si la république espagnole les intéresse, c’est parce qu’à travers elle, l’impérialisme français peut lutter contre les autres impérialismes.

Au moment où le gouvernement « antifasciste » d’Espagne assassine nos camarades, emprisonne et pourchasse les Amis de Durruti, des Jeunesses libertaires et poumistes, notre devoir est d’appeler les travailleurs de toutes les entreprises, bureaux et chantiers, à passer à l’action directe contre les complices français des contre-révolutionnaires d’Espagne, contre ceux qui s’apprêtent à réduire de nouveau nos propres conditions d’existence, contre ceux qui se préparent à entraîner le prolétariat dans une nouvelle guerre impérialiste.

Il faut agir, mais pas dans la confusion

Les révolutionnaires doivent et peuvent s’unir, mais en brisant tous liens avec les partis traîtres et en combattant nettement dans les syndicats les dirigeants staliniens et réformistes.

II n’est pas d’autre voie pour entraîner le prolétariat à l’action, en toute indépendance de classe, et pour frayer la voie à la révolution prolétarienne mondiale.

= = =

Indépendamment, Jo a réactualisé notre diffusion PDF de 2017 « L’anarchie expliquée à la jeunesse » en une très belle version 2022 tenant compte de l’oppression accrue qui nous étouffe toujours plus, jour après jour, semaine après semaine… A lire et diffuser au grand large :

lanarchie-expliquee-a-la-jeunesse-revisee_2022

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

===

Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

R71 ON NE SE SOUMETTRA PAS

BPKM

Personne ne vient te sauver camarade ! ou le petit monde étriqué du gauchisme bourgeois bohême (Dr Bones)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 7 juin 2022 by Résistance 71

DrBones

Personne ne vient pour te sauver camarade !

Dr Bones

Avril 2017

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

7 juin 2022

Personne ne vient te sauver camarade !

Personne.

Il n’y a pas de révolution à l’horizon, pas de parti (politique), pas de grande idée qui va finalement réveiller l’humanité à son potentiel et nous libérer de nos chaînes.

Il n’y a pas d’avant-garde, pas d’objectif, pas de méthode secrète que nous pouvons tous utiliser pour que les riches et puissants magiquement abandonnent leur pouvoir et se résignent à une existence des plus ordinaires.

Il y a certes eu des prétendants. Il y a des prêtres et des maquereaux et de faux dieux qui vous appellent pour que vous les adoriez. Ils vous donneront la “science” immortelle et des identités, ils vont vous assurer que si suffisamment de personnes mettent l’uniforme ou parlent juste, alors tout ira bien.

Il y a bien sûr ceux qui vont même vous refuser cela, qui refusent toute action sans qu’un plan des plus détaillés soit émis. Qui va diriger les écoles, qui va construire les routes, comment est-ce que les pneus que vous brûlez sur les barricades vont augmenter votre empreinte carbone ?

Ils étiquetteront vos plans d’irréalisme et de délire insurrectionnel.

Ils disent tout cela à moitié endormis.

Eux, si sages, ronflent et disent qu’ils “vont attendre que les gens se soulèvent”. Les gens se sont soulevés et ont été écrasés. Le mouvement Occupy Wall Street a échoué, Standing Rock a échoué. Tout ce qui reste… c’est toi et moi.

Eux, si forts, ronflent et disent qu’ils attendent que leurs droits leur soient retirés, le droit d’assemblée ou le droit de vote pour une ligne invisible qu’ils ne respecteront pas. Où étaient-ils lors du Patriot Act, du NDAA ? Ils ont pétitionné, ils ont gémi, ils ont perdu.

Ils disent qu’ils attendent ce grand évènement dans un univers qui en comporte des milliards par jour. Chaque jour qui passe, les critères changent, chaque jour qui passe les rend plus serviles et plus vieux.

Tout le monde attend et personne ne veut commencer, tout le monde veut participer, mais personne ne veut construire. Tout le monde attend une grande révolte générale et pourtant, volez une pomme ou brûlez une bagnole de flic et ils vont unanimement vous appeler “brigands et aventuriers”.

Tout le monde est assuré que le changement est juste au coin de la rue, que des puissances divines vont nous mettre sur la bonne voie. Tout le monde pense que le temps joue pour nous, que les bons vont toujours gagner et que tout ça ne peut plus durer bien longtemps. Tout le monde dit qu’une révolution est possible sans effusion de sang et sans émotions, que tout le monde sera entendu et qu’on s’occupera de tout le monde.

Tout le monde est assuré que la révolution va se pointer à notre porte comme un paquet de chez Amazon : rapide, sans bavure et prête à être consommée sur le pas de la porte. Ils ont des enfants voyez-vous et ils ont la priorité, mais ils vous piétineront sans vergogne juste après que vous ayez déblayé et construit le chemin à emprunter.

Tout le monde attend. Attend quelque chose. Attend quelqu’un, quelqu’un pour les sauver.

Personne ne vient te sauver camarade.

Personne.

Ces gens vont mourir comme ils ont vécu. Ils vont rester juste là, sur le sofa et jouer a faire semblant en ligne parce que cela ne leur coûte rien. Comme les frou-frous et autres objets utilisés pour les “nuits spéciales”, la politique est le “bizarre” qui les fait se sentir différents.

Ils parlent toujours beaucoup de sentiments, combien de “solidarité” ils donnent et dont ils ont besoin. Chaque fois qu’un jeune noir baigne dans une marre de son sang, cela les touche vraiment. Vraiment. Mais ils ont le boulot et la famille, la télé à mater et la bagnole à laver.

Ils auront de la peine pour toi camarade quand tu vas perdre ton boulot. Ils vont appeler pour une grève générale, vont faire des posters et des pancartes, des badges, des pins et des t-shirts ! Mais seulement si c’est un week-end et pas durant les vacances bien sûr et aussi faudra leur donner suffisamment de préavis pour qu’ils puissent prendre quelques jours de congés…

Tous ces gens grandissent pour vieillir, contents de savoir que s’ils avaient eu une chance, ils auraient fait quelque chose de spectaculaire. Ils auront de petites funérailles marrantes, pas tristes, où des vies médiocres seront célébrées en parlant d’à quel point ils furent “braves et courageux” et à quel point ils luttèrent “âprement” pour la liberté.

Qui n’est jamais mentionné, comment et où jamais poliment discuté.

Il y en a des millions Camarade. Il y en a toujours eu et y en aura toujours. Ils vont naître, bouger alentour pour un petit moment et retourner dans le trou d’où ils ont émergé.

Ils cherchent à être menés, observent pour voir ce à quoi ils peuvent participer, quel mouvement rejoindre et attendent patiemment que quelqu’un leur donne la becquée et les aide à mâcher ces fades aliments.

Vas-tu les attendre camarade ?

Vas-tu attendre pour ces mêmes gens qui préfèrent que TU souffres et que TU meures afin qu’ils puissent ne prendre aucun risque ?

Vas-tu attendre ces gens qui ne lèveront pas le petit doigt pour t’aider tant qu’il y aura du danger pour eux et que tous les nids de poule gênant n’auront été retirés du chemin ?

Vas-tu attendre et faire des plans pour ceux qui doivent être convaincus, qui ne bougeront pas d’un iota tant qu’on ne sera pas sûr de savoir combien d’arbres seront plantés dans chaque école soudainement gratuite pour les sourds et les aveugles ?

Vas-tu attendre ces gens qui appellent tes actions un pêché alors qu’ils prient devant les matraques des flics ?

Vas-tu attendre que toute la planète soit d’accord avec une idée, un évènement monumental qui serait le tout premier de notre histoire ?

Es-tu prêt cher camarade, à mourir comme ils le feront, entouré de faveurs de parti crasses et de musique encore plus crasse alors que tes amis chantent à une existence banale ?

Ou vas-tu agir ?

Ne me prends pas pour un con camarade, j’espère que tu n’en es pas un non plus. Je ne veux pas mourir et je ne veux pas aller en prison. Je n’ai pas besoin de devenir un martyr parce que je veux être libre, comme tu le désires toi-même.

Mais si tu es prêt à agir, de mettre de côté les disputes et de véritablement construire,  alors peut-être avons-nous une chance. Toi et moi. J’en ai fini de leur parler…

Et si nous nous concentrions sur le fait de devenir libres ? Et si nous construisions les structures dont nous avons besoin pour le faire ? Et si au lieu de s’engueuler sur un type de coiffure ou les couleurs d’un drapeau, on discutait de ce qu’on allait faire pousser et de quels magasins ont allait voler ? Et si nous faisions une union, un groupe, dévoué à devenir libre ? Et si nous arrêtions de nous disputer sur la toile et nous mettions à l’ouvrage pour devenir de véritables camarades, le type de compagnons qui s’aident les uns les autres à se planquer de la police et offrent un endroit sûr pour y demeurer ?

Et si nous pouvions vraiment compter les uns sur les autres, parce que je sais que je suis en sécurité où que j’aille parce qu’une blessure à l’un d’entre nous est une blessure à tous ? Et si nous n’attendions pas cette guerre apocalyptique et qu’en lieu et place nous menions NOTRE guerre au quotidien, une guerre contre tout ce qui nous a réduit en esclavage ?

Et si nous le faisions ? Et si nous mettions de côté les belles théories et que nous nous concentrions rien que sur ça ? Pourquoi pas ? Pourquoi attendre ?

Personne ne vient nous sauver camarade …

Vraiment personne…

C’est juste toi et moi.

A nous de jouer…

Textes du Dr Bones sur Résistance 71 :

« Insurrection et Utopie »

Le-capitalisme-est-un-culte-de-la-mort-la-science-une-pute

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

===

Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

DrBones1

rebellion

Mettre le gauchisme, traître à la révolution sociale, face à ses insuffisances et ses contradictions avec le Dr Bones… (Résistance 71)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 3 juin 2022 by Résistance 71

DrBones

“La véritable individualité ne peut fleurir que lorsque les moyens d’existence sont partagés par tous.”
~ Dr Bones ~

Qui est Dr Bones ?

Résistance 71

3 Juin 2022

Nous avons découvert assez récemment ce secoueur de cocotiers “communiste égoïste” auto-proclamé, militant et activiste anarcho-communiste états-unien, puisant sa pensée critique dans les philosophies et critiques constructives quoique dynamiteuses de penseurs comme Max Stirner, Friedrich Nietzsche et Slavoj Zizek. Dr Bones est un militant anarchiste post-moderne, imprégné de culture ancestrale païenne et un brin occultiste, qui a choisi la provocation militante pour éveiller les esprits. Il apparaît en ligne dans des podcast qu’il met en scène ou dont il est l’invité, ce depuis cinq ans environ et il disserte dans des universités où il est également invité tout en préservant son anonymat en figurant publiquement tel que sur la photo le présentant ci-dessus, dans le style d’un Marcos dérisoire et déjanté.

Il est un auteur prolifique depuis quelques années de pamphlets et d’essais, publiés dans les médias anarchistes anglo-saxons. Il est aussi l’auteur d’un livre auto-publié intitulé (traduit de l’anglais par nos soins…) : “Maudissez votre patron, jetez un sort à l’État et reprenez le Monde”.

Anti-gauchiste forcené, “gauchisme” dans lequel il voit, sans aucun doute à juste titre, une trahison de toute velléité de révolution sociale par ses mouvements vendus au système, qui tentent et échouent dans des réformes aussi vaines que finalement pathétiques, décrédibilisant au passage la lutte pour l’émancipation politique et sociale réelle.  Il soutient véhémentement l’action directe basée sur la pensée critique partant de l’individu et s’étendant à des groupes de personnes s’étant retrouvées et renforcées dans la lutte hors système.

Dr Bones est un secoueur, un éveilleur de conscience, dynamiteur d’idées reçues et délicieusement iconoclaste, dans la lignée de ce que fut un Hakim Bey par exemple : un tiers anarchiste, un tiers pirate et un tiers (apprenti)sorcier, joyeux drille déconneur et amoureux éperdu de la vraie vie, celle qu’on ne peut trouver que dans la liberté et l’émancipation.

Les lecteurs de Résistance 71 ont déjà eu deux échantillons de sa prose critique décapante et provocatrice, inédite en français aussi loin que nous sachions, avec deux textes datant de 2015, que nous avons traduits dans leur intégralité : “Le capitalisme est un culte de la mort et la science une pute” et “Insurrection et Utopie”.

Inutile de dire qu’à Résistance 71, nous sommes assez friands de ses écrits et de sa pensée directe et sans détour, qui assainit l’atmosphère de cette gauchiasse putride, traîtresse aux idéaux de la révolution sociale qu’elle prêcha si hypocritement pendant des lustres, mouvance anarchiste bien souvent comprise. Donc, plus que certainement, à suivre sur Résistance 71… 

Néanmoins, en 2019, ombre au tableau : Dr Bones a poussé la joie de vivre et le bouchon de la bouteille un peu loin et s’est retrouvé impliqué dans une histoire d’intoxication alcoolique et de sexe extra-conjugal, qui l’ont forcé à disparaître de la vue publique. II était alors un des animateurs principaux du podcast “The Guillotine”. Il a cessé d’écrire et de discuter en public depuis février 2019. Il n’y a pas de textes du Dr Bones postérieurs à 2018. Question simple : le Dr Bones s’est-il fait piéger ? Possible, probable… il travaillait avec des marxistes-léninistes-maoïstes sur la plateforme du podcast, qui sont TOUS des ennemis de l’Anarchie, et dont bien des groupes ont été de longue date, infiltrés par le programme  COINTELPRO des services étatiques, qu’il a mentionné et dénoncé notamment dans “Insurrection et Utopie”, que nous avons traduit et publié ; mais peu importe, ses écrits demeurent. Le marxisme n’est en rien dangereux pour le système, il en fait partie, en revanche la véritable pensée et action radicale anarchiste a toujours été l’ennemi à abattre. Il semblerait que le Dr Bones en soit une victime de plus. Son audience augmentait, il fallait le faire taire. Le bon vieux piège classique du genre “picole / cul” aura suffi… La cible était parfaite et sans doute aussi, un peu facile à tromper.

N’oubliez pas qu’il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir, il faut tout passer par dessus bord et reprendre la barre du bateau ivre, dérivant en perdition, vers l’écueil, champ de mines d’un état et d’un capitalisme décadents et moribonds.

Personne ne viendra nous sauver, nous émanciper… Personne ! C’était aussi le credo du Dr Bones tel qu’il l’a écrit en avril 2017 dans un texte que nous avons traduit et publierons très prochainement.

 Il n’y a que nous et vous, ensemble, unis et créateurs, hors état, hors marchandise et hors institutions. Il suffit de dire NON ! Tout le reste n’est que pisser dans un violon !

Pensée Critique, Union, Entraide, Action Directe <=> Émancipation, Liberté et Fraternité vraies.

A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !

Vive la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée en une société des sociétés complémentaire dans son immense diversité. Tout antagonisme est artificiellement induit, il n’y a que des complémentarités mal comprises…

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Nos deux textes du Dr Bones déjà traduits en format PDF à (re)lire et diffuser sans modération :

« Le capitalisme est un culte de la mort et la science une pute »

« Insurrection et Utopie »

construction_ruines

R71 ON NE SE SOUMETTRA PAS

Insurrection, destruction, création, utopie… parce qu’il n’y a pas de solution au sein du système (Dr Bones)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 30 mai 2022 by Résistance 71

Druillet_trone-du-dieu-noir

“Un trône de pierre Iotaï, Celui qui cherche. Il est là, face à lui, flottant dans l’éther, sombre messager de ceux qui ne sont pas des Hommes, qui ne l’ont jamais été. Ce siège maudit a voyagé pendant des siècles à la recherche de sa proie. Il a franchi des univers et des distances que l’imagination ne peut concevoir, son but : ramener à ses maîtres, L’Être Vivant. Or dans cette contrée du cosmos, Sloane était passé là. Celui qui cherche, alors, a rempli sa mission…”
~ Philippe Druillet, “Les 6 voyages de Lone Sloane”, 1972 ~

“Le prolétariat doit travailler assidûment à sa mission historique universelle, renforcer la puissance de son organisation, la clarté de ses principes. L’heure historique trouvera la classe ouvrière prête et le tout est d’être prêt.”
~ Tract officiel de parti spartakiste “Impérialisme ou Socialisme”, cité par Rosa Luxembourg dans “La crise de la sociale-démocratie”, 1915 ~

“L’organisation révolutionnaire ne peut être que la critique unitaire de la société, c’est à dire une critique qui ne pactise pas avec aucune forme de pouvoir séparé, en aucun point du monde, et une critique prononcée globalement contre tous les aspects de la vie sociale aliénée.”
~ Guy Debord, “La société du spectacle”, 121, 1967 ~

« La destruction est création »
~ Michel Bakounine ~

Insurrection et utopie

Dr Bones

2015

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Mai 2022

“Nous mangeons d’une poubelle et cette poubelle est l’idéologie.”

Tout ça a commencé de manière plutôt innocente. Un ami me posa une question sur FB :

“Comment peux-tu te faire l’avocat d’une révolution anarchique quand ta vision politique est si minoritaire ?”

Le présupposé sous-jacent était bon : dans un pays de plus de 300 millions d’habitants (NdT: en l’occurence les Etats-Unis), comment peut-on appeler pour un soulèvement de la société, le bris des liens sociaux et politiques, alors que si peu de personnes voudraient s’identifier comme anarchistes / socialistes / communistes / gauchistes / anti-capitalistes / ou tout ce que vous voulez dans cette veine ? C’est une question qui est souvent lancée à la gauche et malheureusement beaucoup n’en ont pas encore saisi la dimension.

Dans un sens ceci est un signe. Pour une idéologie ou une vision politique, passer de sa négation et de sa mise en dérision à la demande de donner de véritables exemples concrets dans le monde de ce qui pourrait être fait si elle se mettait en place, est un signe de croissance, c’est un signal, un signe du destin, que le vent est en train de changer et de tourner quelque part en notre faveur et de plus en plus de gens désirent savoir ce qui pourrait bien y avoir plus avant sur ce chemin. C’est une chose que de parler de la maxime : “A chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins”, c’en est une autre que de discuter comment les restaurants seraient gérés de manière démocratique, sans profit et qu’est-ce que les gens feront au quotidien dans une société sans état et sans classe.

La question n’est toujours pas facile. On pourrait bien dire même que c’est la question qui a de tout temps incapacité la gauche : “Ok, tout ça est très bien, mais comment comptez-vous mettre tout ça en pratique ? Comment une telle société, un tel monde, naissent-ils ?” Les marxistes purs et durs se fondent sur une croyance religieuse de la marche en avant inévitable de l’histoire, les syndicalistes ne jurent que par le développement de toujours plus de syndicats, les neo-bolchéviques estampillés planifient simplement de saisir le pouvoir et de liquider les ennemis de classe, tandis que les nouveaux venus de la fausse gauche dite “socialiste démocrate” toussottent en faisant passer des lois qui devraient magiquement changer l’équilibre du pouvoir.

Toutes ces options présentent des problèmes difficiles à résoudre. L’histoire a montré être tout sauf inévitable (chaque année depuis 1914 a été “capitalisme tardif”), un MacDonalds propriété des travailleurs est toujours un lieu d’exploitation, personne ne prend la peine d’expliquer d’où vont venir tous ces gens prêts à tuer pour la révolution et la doctrine ridicule des Sandernistas disant que les riches et puissants vont simplement se plier à des impôts plus élevés et à la règle de la loi est si invraisemblable que la seule façon d’y répondre est d’en rire profusément.

Alors, où en sommes-nous ? Où allons-nous d’où nous sommes ? Comment pouvons-nous changer le monde ? Je commencerai avec une question : le monde de qui ?

On n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces

La société, la technologie, la langue et la culture portent toutes les marques et formes de naissance des idéologies sous-jacentes du système duquel elles ont émergé. Marx note :

Les idées de la classe dirigeante sont dans chaque époque, les idées dominantes et dirigeantes, c’est à dire la classe qui dirige la force matérielle de la société et elle est dans le même temps sa force intellectuelle dirigeante. La classe qui a les moyens de la production matérielle, de façon à ce que de manière générale, les idées de ceux qui n’ont pas les moyens de production mentale y soient soumises. Les idées dirigeantes ne sont rien d’autre que l’expression idéale des relations matérielles dominantes, ces relations comprises comme idées ; ainsi avons-nous les relations qui fait d’une classe la classe dirigeante et donc les idées de sa domination.

La classe dirigeante, qu’elle soit capitaliste ou socialiste d’état, informe de et projette sa volonté et sa vision des choses sur le reste de la société par la simple nature des choses d’être la force dominante de cette société.”

Bien sûr nous pouvons politiquement voir cela, mais Marx note que ceci s’étend aussi aux idées, à la culture, à tout ce qui pourrait être identifié à un résultat de l’interaction humaine et de sa pensée.

La volonté d’acier et le mépris profond de la vie humaine, si typiques d’un commissaire politique bolchévique ne furent pas tant des traits de caractères naturels que socialement induits ; des idéaux pris au sein des individus et digérés. Ces traits de caractères cultivés sont venus en provenance directe de l’appel idéologique des jeunes révolutionnaires bolchéviques de s’identifier eux-mêmes comme “durs”, comme étant sans pitié et ne faisant aucun compromis dans leurs objectifs à réaliser. Lorsqu’ils prirent le pouvoir, cela s’étendit à un niveau culturel. Cette caricature, ce trait de caractère politique, est passé hors de contrôle et est devenu une créature, une position, une figure symbolique à adorer, craindre en elle-même. Cela transcenda son existence en tant que simple idée ou sentiment du comment les membres du parti devraient se comporter.

Uber, le service taxi à la mode de l’internet, aurait tout aussi bien pu se manifester dans le monde comme une coopérative en propriété collective et auto-gérée. La plateforme internet en elle-même n’est pas si révolutionnaire que ça, les gens et les outils pour créer ce business existaient depuis un bon moment et pourtant… elle ne prit pas cette forme. Uber émergea et fut formée au travers d’un prisme idéologique qui était parfaitement dans la logique de la classe dominante et dirigeante et d’un CEO qui est quasiment le parfait modèle du capitalisme moderne : 

“Considérons comment Kalanick a traité ses chauffeurs de taxi à New York. Lorsqu’il essaya de les convaincre d’enfreindre la loi pour pousser l’empreinte d’Uber dans la ville, Kalanick offrit alors aux chauffeurs de taxis jaunes (NdT: les taxis officiels de la ville de New York) des iPhones gratuits et leur promit de “s’occuper de tout problème légal surgissant” avec l’entreprise TLC de New York. Quelques mois plus tard, lorsque le service fut forcé de fermer, ces mêmes chauffeurs de taxis reçurent un message de venir au QG d’Uber. Le mag Verge rapporte “Un bon nombre de chauffeurs furent appelés à se rendre au QG d’Uber, disant qu’ils devaient venir pour être payés et qu’ils recevraient un bonus en cash pour se présenter. Lorsque les chauffeurs de taxi se présentèrent, Uber les surprit alors en leur demandant de rendre leur iPhone, les informant que le service taxi Uber n’était plus disponible dans la ville de New York.”

Voilà comment Uber évolue, voilà comment des entreprises entières vont construire et construisent leur système évolutif : par des actions faites sous le diktat et la logique d’une idéologie particulière. Prise comme paroles d’évangile ou rejetées comme étant trop dures par les entreprises, les nouvelles entreprises ne vont différer que dans la nuance apportée à cette idéologie, ce premier “business plan” et vont façonner leurs propres arrangements sociaux et économiques au sein de ce paramètre idéologique. Même les technologies, autrefois considérées comme ´´étant “pures” et non affectées par la politique, se développent le long de ces lignes idéologiques politiques.

“Dans un sens plus profond, beaucoup de technologies peut-on dire, possèdent des qualités politiques inhérentes, dans lesquelles un système technologique donné demande en lui-même ou du moins fortement encourage des schémas spécifiques de relations humaines. Winner (1985) suggère qu’une arme nucléaire par sa simple existence, demande l’introduction d’une chaîne de commandement centralisée et rigidement hiérarchique afin de hautement réguler qui pourra même venir à proximité d’elle, dans quelles conditions et dans quels buts. Il serait simplement insensé de procéder de manière différente. Plus banalement, dans les infrastructures quotidiennes de nos grandes économies, des chemins de fer aux raffineries ce pétrole en passant par l’agriculture de masse et la production de microprocesseurs, la centralisation et la gestion hiérarchique sont plus efficaces pour la mise en place, la production et l’entretien. Ainsi donc la création et persistance de certaines conditions sociales peuvent se produire dans l’environnement opérationnel d’un système technologique tout aussi bien que dans la société au grand large.”

Ce qui est intéressant, c’est le retour que cela crée : la technologie est façonnée par la société (et donc l’idéologie dominante) alors que dans le même temps, la société devient elle-même façonnée par la technologie.

NdR71 : pour nos lecteurs, cela nous ramène à ce que nous avons souvent répété, à savoir que si l’humain crée le système, à un moment donné, le système lui-même crée (idéologiquement et idéalement) aussi les humains pour se perpétuer et fonctionner…C’est pour cela qu’il ne peut en aucun cas y avoir de solution au sein du système.

Alors que les technologies sont construites et mises en pratique, des altérations significatives dans les schémas d’activité humaine et ses institutions prennent déjà forme… la construction d’un système technique qui demande à ce que les êtres humains soient des rouages de ce système, amène une reconstruction des rôles sociaux et des relations. Souvent, ceci est un résultat des requis de fonctionnement du nouveau système : cela ne marchera simplement pas sauf si les attitudes humaines changent afin d’épouser sa forme et son processus. Ainsi, l’acte même d’utiliser les types de machines, de techniques et de systèmes qui nous sont disponibles, génère des schémas d’activités et des attentes qui deviennent bientôt “seconde nature”…

Winner donne plusieurs exemples de technologies employées avec l’intention de dominer, incluant le plan urbain parisien post-1848 fait pour rendre inefficace la guérilla urbaine, les moules de forges hydrauliques introduits dans l’industrie afin de briser les syndicats des ouvriers spécialisés à Chicago et une politique ségrégationniste de passerelles d’autoroutes dans les années 1950 à Long Island, qui rendit intentionnellement des endroits comme la station balnéaire de Jones Beach, inaccessibles par bus, ce qui ferma la porte de ces endroits aux pauvres. Dans tous ces cas de figure, bien que le plan ait été politiquement intentionnel, nous pouvons voir que les arrangements techniques mis en place déterminent les résultats sociaux de façon que cela précède logiquement et temporalement leur déploiement. Il y a des conséquences sociales prévisibles au déploiement d’une technologie ou d’un ensemble de technologies.”

NdR71 : prenons par exemple plus près de nous, l’internet et surtout ce que la pourriture globaliste veut imposer au monde : l’internet des choses, la 5G puis 6G, tout ceci façonne et façonnera les attitudes à venir et conditionnera les gens, de manière forcée, coercitivement, parce qu’il n’y aura plus de choix au nom du “progrès”, à changer leur attitude individuelle et collective…

De fait, nous sommes pris dans une toile d’araignée : nous existons dans un monde non seulement façonné par une mentalité hiérarchique et capitaliste, mais les outils que nous utilisons, incluant notre être social, maintiennent et renforcent cet artifice construit (cette construction artificielle…). L’idéologie façonne le monde qui façonne les gens qui façonnent la technologie et le système qui façonnent le monde, qui façonne les gens etc, etc… Comme l’a fait remarquer justement Slajov Zizek, même ceux qui veulent se rebeller contre le système semblent déjà condamnés à y rester (comme par design ?…)

“Si aujourd’hui, on suit un appel direct à l’action, cette action ne sera pas effectuée dans un espace vide, ceci sera un acte perpétré AU SEIN des coordonnées idéologiques hégémoniques : ceux qui veulent “vraiment faire quelque chose pour aider les gens” sont impliqués dans des exploits (sans aucun doute honorable pour la plupart) comme Médecins sans Frontières, Greenpeace, les campagnes féministes et anti-racistes, qui ne sont pas seulement tolérées par les médias, mais aussi soutenues, même si cela entre en apparence sur le territoire économique (comme par exemple dénoncer et boycotter des entreprises qui ne respectent pas l’écologie ou le travail des enfants), elles sont tolérées et soutenues aussi longtemps qu’elles ne s’approchent pas d’une certaine limite. (NdT : prenons par exemple le mouvement BDS de boycott de l’entité sioniste et de ses activités économiques au nom des droits du peuple palestinien… pas beaucoup de soutien des médias sur ce sujet hein ?…). Ce genre d’activité fournit le parfait exemple d’inter-passivité : de faire des choses afin de ne rien faire, mais d’empêcher que quelque chose ne se passe vraiment, qu’un changement ne s’opère vraiment.”

NdT : C’est le principe de tout RÉFORMISME : tenter de changer quelque chose pour qu’en fait rien ne change fondamentalement, que le système demeure et se perpétue. Le principe du “changer pour que rien ne change !…” qui fait d’autant plus les affaires du système étatico-marchand en place.

Même si le pouvoir d’état est saisi, si les vieux maîtres sont virés, le trône lui-même agit comme un objet maudit qui corrompt ceux qui cherchaient à le détruire. Les gens qui ont lutté pour l’émancipation des travailleurs ont fini par écraser des grèves. Les écolos finissent par discuter de la quantité d’uranium appauvri que l’on peut enterrer dans un endroit et combien peut-on en tirer depuis les chars d’assaut ; des gauchistes anti-austérité finissent par faire envoyer les CRS pour briser les manifs et la liste est sans fin au travers de l’histoire. La simple vérité est que vous pouvez prendre un pauvre bougre et en faire un roi, il sera peut-être un bon roi, mais il devra conserver une certaine position, certaines conditions d’existence, aussi injustes soient-elles, pour simplement être roi. Plus il deviendra attaché à cette position et plus le “pragmatisme” prendra le dessus, excusant des actions qui autrefois lui auraient paru impardonnables, afin de continuer l’action présente de “continuer à œuvrer pour le bien”. Hugo Chavez et Fidel Castro peuvent parler toute la journée durant de la “libération du peuple”, mais le fait est que le peuple n’est pas libéré si soutenir une opinion différente envoie des gens en prison. Ainsi va le système et son trône. Le parti peut changer de couleur et le roi de forme, le trône de l’État et du Capital lui, demeure, continue de propager des schémas exploiteurs et de domination culturelle, de conditions sociales, et d’appareil technologique.

Mais il y a un espoir, même dans les sous-bassements de l’activisme si populaire de nos jours, en cette attitude bizarre démontrée par l’État lorsque les gens, les manifestations et les organisations rencontrent une force par trop excessive. pourquoi donc des millions de personnes peuvent marcher dans les rues, librement, “pourvu qu’ils ne s’approchent pas d’une certaine limite” de comportement ? Quelle est cette ligne, limite à ne pas franchir ? Quelle est cette ligne si jalousement gardée ?…

champignon

Pousser le bouchon le plus loin possible

Vous vous rappelez la crise des missiles cubains ? Quand la grande méchante Union Soviétique nous amena à un poil de la 3ème guerre mondiale, prête à pointer des missiles nucléaires stationnés à Cuba sur nous ? Et comment une diplomatie dure et la bravade américaines leur firent faire volte-face ? Non ? Très bien, parce que ça ne s’est pas passé du tout comme ça. Les soviétiques, armant un allié après une invasion soutenue par les Américains, ont conclu le marché, pas nous : retirez les missiles américains stationnés en Turquie (un pays qui partageait une frontière avec l’URSS) et pointés sur Moscou et nous ferons la même chose. Kennedy a bien aimé l’accord et le fit sien. Ceci révulsa d’horreur l’establishment militaro-industriel, il le prit comme une génuflexion devant les Soviétiques. Vous vous souvenez de l’idéologie n’est-ce pas ? Ils ne le virent pas comme deux individus évitant une guerre nucléaire, leur prisme idéologique ne le permettait pas. Ils voyaient tout cela en fait de manière très hiérarchique, dans une dialectique de la domination : nous nous sommes soumis à une autre puissance. Mais les Soviétiques ne le voyaient pas de cette façon, ni non plus la vaste majorité du monde et c’est là que réside le véritable danger : une nouvelle façon de penser, un glissement de vision fut mis en place et en pratique. Et ceci ne pouvait pas être.

D’autres ont rapporté comment Kennedy avança contre le courant et comment souvent ceux qui étaient contre lui avaient hurler à la guerre. Je pourrais aussi dire que juste lorsque le prix Nobel de la paix Martin Luther King Jr commença à parler de “justice économique” et planifiait l’occupation de Washington D.C jusqu’à la fin de la guerre du Vietnam, a fini lui aussi, mort. De manière intéressante, sa famille gagna un procès pour négligence ayant entraîné la mort (transcription intégrale du procès disponible), laissant entendre que le gouvernement américain le tua. Mais je vais plutôt demeurer avec des faits “acceptés” comme cette longue histoire du programme de contre-espionnage (COINTELPRO), un programme du FBI spécialisé dans l’infiltration, la calomnie, la ruine de réputation et l’estropie des organisations politiques domestiques. Ceci ne fut en rien un jeu d’enfants.

“Infiltration : les agents et informateurs n’ont pas fait qu’espionner les activistes politiques. Leur but principal était de discréditer et de perturber les mouvements politiques. Leur présence même servait à faire perdre la confiance et à éloigner les supporteurs potentiels. Le FBI et la police ont exploité cette peur pour diffamer de véritables activistes comme étant des agents infiltrés.

Guerre psychologique : Le FBI et la police ont utilisé une myriade de “coups foireux” pour handicaper les mouvements progressistes. Ils ont planté de fausses histoires dans les médias et ont publié de faux tracts et autres publications au nom des groupes ciblés. Ils ont falsifié la correspondance, envoyé des lettres anonymes et fait de nombreux coups de téléphone anonymes. Ils ont diffusé de la désinformation au sujet de réunions et d’évènements, ont crée des pseudo-groupes gérés par des agents du gouvernement et ont manipulé ou tordu le bras aux parents, employeurs, propriétaires, administrateurs scolaires et universitaires et autres pour causer bien des problèmes aux activistes, etc…

Harcèlement légal : Le FBI et la police ont abusé et abusent encore du système légal pour harceler les dissidents et les faire passer pour des criminels. des officiers de police se sont parjurés dans leurs témoignages en cour de justice et ont présenté des preuves fabriquées de toute pièce comme prétexte à des arrestations ou des emprisonnements illégaux. Ils ont mis en application les lois fiscales de manière discriminatoire ainsi que d’autres réglementations gouvernementales ; ils ont utilisé une surveillance secrète, des entretiens “d’enquête” et des mises en demeure, convocations devant des grands jurys dans un effort d’intimidation des activistes et de réduire au silence leurs supporteurs.

Emploi illégal de la force : Il y a eu conspiration du FBI et des forces de police locales pour menacer des dissidents ; pour perpétrer des cambriolages et des fouilles / perquisitions illégales afin de fouiller les domiciles des dissidents. Ils ont commis des actes de vandalisme, d’agression, de passage à tabac et d’assassinats. L’objectif était de terroriser ou d’éliminer les dissidents et de perturber leur mouvement et leurs actions…

Le FBI a aussi conspiré avec les départements de police de bien des villes américaines (San Diego, Los Angeles, San Francisco, Oakland, Philadelphie, Chicago) pour encourager à pratiquer plus de raids sur les domiciles des membres du parti des Black Panthers, le plus souvent sans preuve aucune de quelque violation que ce soit de lois fédérales, d’état ou municipales, ce qui eut pour résultat le meurtre par la police de bon nombre de membres du parti des Black Panthers… Afin d’éliminer les leaders des militants noirs qu’ils considéraient dangereux, Le FBI a travaillé avec les polices locales pour cibler des individus en particulier, les accusant de crimes qu’ils n’avaient pas commis, supprimant les faits et choses les disculpant et en les incarcérant sous de faux prétextes et de fausses accusations.”

Quiconque pense que ceci a cessé de nos jours se trompe lourdement, vraiment vraiment lourdement.

“Des participants furent mis en charge d’identifier les résolveurs de problèmes et les ‘causeurs de problème’ et le reste de la population qui serait la cible des opérations de renseignement, de bouger son centre de gravité vers ce qui a pour valeurs et vision des choses ‘l’état final des choses’ selon la stratégie militaire mise en place.”

Laissez-moi vous traduire tout ça : “Nous étudions de manière active les mouvements politiques, identifiant les personnes qui pourraient éventuellement faire changer les choses et qui usent de techniques de propagande pour changer les conversations qu’elles ont ainsi que leurs visions des choses pour mieux cadrer avec la stratégie militaire domestique.” Laissons cela bien décanter.

Pour dire vrai, nous ne connaîtrons probablement jamais la profondeur du terrier du lapin blanc. Mais il y a ici un facteur unificateur : le système se durcit dès que le narratif officiel, l’idéologie elle-même sont démontrés ne pas être les seuls possibles. Ils sont terrifiées par les idées, parce que ce sont elles qui déclenchent les actions. La plus grande menace pour le système n’est pas de seulement d’apprendre que les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent être, mais de commencer à imaginer un monde où les choses seront différentes. Si quelque chose se situe en dehors “des paramètres du tolérable” pour l’idéologie dominante, cela présuppose qu’il y a des limites au système et s’il y a des limites, il peut vieillir, s’émousser, devenir inutile et finalement… être remplacé.

Ainsi la classe dirigeante va défendre violemment ses doctrines quel qu’en soit le prix. Peut-on vaincre un tel ennemi invincible, un ennemi qui nous a façonné durant toutes nos vies ? Comment pouvons-nous le faire ? Pourrons-nous jamais nous libérer et arrêter de bouffer dans la poubelle de l’idéologie capitaliste ?…

Suivez-moi au fin fond du terrier du lapin blanc, celui que nous fabriquons… Trouvons-nous les uns les autres !

commune1a

“Vous dites que vous voulez une révolution ?” “Pas exactement…”

La magie est la science et l’art de provoquer un changement en conformité avec la volonté.” N’est-ce pas ce qu’ils disent ?

Si le monde entier, de la culture humaine à la technologie, est le résultat de l’idéologie dirigeante et est littéralement façonné par celle-ci, alors nous ne devons rien faire d’autre que de tout changer. La réforme n’est en aucun cas une option parce que le simple fait de fonctionner au sein du système ne fait que renforcer les idéologies existantes. Ceci a été la clef de toute chose : chaque génération règle et adapte l’expérience idéologique existante, la rendant supportable et à son goût du moment, la préservant ainsi. C’est la raison pour laquelle la politique identitaire et les révolutions sociales sont si soutenues. Les gens du haut de la pyramide ne se souvient guère si la définition du mariage par exemple, est élargie ou restreinte, tant que nous continuons de dépendre d’eux pour faire quoi que ce soit. Ils se foutent de savoir si le président est blanc ou noir, tant que nous continuons à les élire, à participer au système. Mais dès que nous commençons à rêver d’une vie en dehors de l’espace mental encadré par les rangers de la bidasserie, celles-ci viennent nous écraser, parce qu’à la minute même où nous pensons le faire, nous créons un espace mental nouveau pour nous-mêmes et pour les autres afin d’y vivre. Vous n’y croyez pas ? C’est à travers ce processus que nous avons abouti au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui :

Ce monde n’est en rien un élément naturel ou intentionnel de la vie humaine, mais plutôt un arrangement artificiel, construit par ceux qui veulent posséder le monde. “Une chose néanmoins est claire, la Nature ne produit pas d’un côté des propriétaires d’argent, de bien et de commodités et de l’autre des humains ne possédant rien d’autre que leur force de travail”, explique Marx. “Cette relation n’a aucun fondement naturel, ni sa base sociale commune à toutes les périodes de l’histoire. Ceci est clairement le résultat d’un développement historique passé, le produit de bien des révolutions économiques, de l’extinction de toute une série de vieilles formes de production sociale.

Ce champ de bataille idéologique est clef. C’est la raison pour laquelle ils se sont gaussés du mouvement Occupy Wall Street et puis soudainement lui ont cassé les reins, c’est la raison pur lequel un mouvement comme “Food Not Bombs” (De la nourriture pas des bombes) et traité bien plus agressivement que tous les rallies et toutes les manifestations néo-nazies. C’est la raison pour laquelle l’autorité d’un flic ne doit jamais être questionnée ; c’est la raison pour laquelle les sans-abris ne sont pas autorisés à construire des structures semi-permanentes et s’en remettre à une aide sociale stigmatisée. Nous nous confrontons à des structures virtuelles, des symboles vivants qui donnent son pouvoir à tout cet artifice.

L’argent fait tout tourner. Ne pas avoir d’argent n’est pas bon. Obéissez à ce qui se veut être l’Autorité. Brisez ces symboles et vous brisez le mauvais sort qu’on nous a jeté. Brisez ce mauvais sort et vous pourriez bien commencer à en jeter vous même.

Parce que voyez-vous, des choses comme le capitalisme, la hiérarchie, ne sont pas que des choses se produisant dans le monde mais qui vivent également dans nos têtes. Ce sont des idées, des constructions, des “fantômes” comme les appelaient Max Stirner. aussi longtemps qu’ils existent dans nos têtes, ils continueront à exister dans le monde extérieur et s’ils existent là, ils façonneront nos pensées et nos actions en ce monde.

L’idéologie est un processus qui est accompli par le soi-disant penseur conscient, certes, mais doté d’une fausse conscience. Les véritables motifs qui le conduisent lui sont inconnus, autrement, ce ne serait pas un processus idéologique du tout. Ainsi donc, il imagine des motifs faux ou apparents. Parce que ceci est un processus de la pensée, il dérive à la fois sa forme et son contenu de la pensée pure, la sienne ou celle de ses prédécesseurs. Il travaille avec un simple matériel de pensée qu’il accepte sans aucun examen comme le produit de la pensée, il ne fait pas de recherche supplémentaire pour un processus plus retiré indépendant de la pensée ; de fait son origine lui semble évidente, parce que toute action se produit au travers de la pensée, donc cela lui apparaît être ultimement fondé sur la pensée.” (Engels)

Combien de fois avez-vous entendu que “c’est le mieux qu’on puisse faire” ?ou bien “ceci est le seul monde possible” ? Est-ce la même espèce qui est passée de chariot à l’alunissage en l’espace de juste 70 ans ? Imaginer que nous aurions atteint une sorte de mur infranchissable dans le développement humain est une folie pure et simple. Ceci, camarades, est le sort jeté par l’idéologie. Bien sûr “on ne peut pas faire mieux” si les structures mentales de votre tête vous disent que c’est le cas. Vous construirez littéralement ce monde dans lequel vous vivrez, parce que votre esprit est convaincu que c’est ce que vous, dans le sens nietzschéen du terme, allez créer. Nous sommes coincés à quémander des petits bouts de ce gâteau parce que nous ne pouvons même pas nous représenter le fait de l’avoir en totalité.

Joseph McMoneagle parle dans son livre “Voyage de l’esprit” de comment avant une session d’analyse et de vision à distance l’enquêteur passe environ une heure à parler avec le sujet de considérations psychiques et paranormales. La raison ? Cela prépare l’esprit des sujets à la possibilité que cette expérience soit possible. S’ils pensaient que cela ´´tait réel et possible, alors, comme par magie, ils étaient capables de le faire. Les débutants en général avaient plus de chance que les gens expérimentés en la matière car ils n’avaient pas les données mentales pour rejeter ou douter de l’expérience.

Les sorciers, sorcières et magiciens parmi vous devraient avoir des cloches et des sifflets en branle dans la tête…

Nous parlons ici de gens déplaçant leur conscience en dehors de l’espace-temps pour observer des évènements, des endroits, des gens, au travers d’un léger glissement d’idéologie ; en croyant qu’une telle chose était non seulement possible mais probable. Si cette reconnaissance de probabilité de possibilité peut faire CELA, quel genre de monde peut-on créer avec ?

Vers une nouvelle utopie

“Ainsi donc le paradoxe est le suivant : il est plus facile d’imaginer la fin de toute vie sur Terre qu’un bien plus modeste changement radical dans le capitalisme, ce qui veut dire que nous devons réinventer l’Utopie, mais de quelle manière ? Il y a deux faux sens en ce qui concerne l’Utopie. L’un est cette vieille notion d’imaginer une société idéale dont nous savons pertinemment qu’elle ne se réalisera jamais. L’autre est l’Utopie capitaliste dans le sens de nouveaux désirs pervers qui ne vous sont pas seulement permis de réaliser mais surtout incités à réaliser. La véritable Utopie se situe lorsque la situation est tellement sans issue, sans façon de résoudre les problèmes au sein des coordonnées du possible, qu’émerge de la pure nécessité de survivre, l’invention d’un nouvel espace. L’Utopie n’est pas une sorte d’imagination libre ; elle est un sujet de la plus fondamentale des urgences. Vous êtes forcés de l’imaginer comme la seule porte de sortie, et c’est de cela dont nous avons besoin aujourd’hui.” (Slajov Zizek)

Laissez-moi vous donner un exemple du comment ce rêve fonctionne. Des voitures sans conducteurs sont en train d’être développées et testés. Les coûts de fonctionnement d’Uber sont essentiellement les salaires des chauffeurs. Plus de chauffeur et le coût va grandement baisser, ce sera si bas qu’en fait ce sera mins cher de simplement se faire trimballer par une voiture sans chauffeur que de posséder sa propre voiture.

Donc, nous avons deux futurs potentiels :

A) Les voitures autonomes rentables deviennent la vague du futur, éliminant le processus de propriété de véhicule. Vous ne pouvez aller nulle part sans payer quelque chose, les entreprises peuvent charger ce qu’elles veulent et au moment où un gros accident se produira, elles mettront la pression sur les véhicules conduits par des humains comme étant “dangereuses” et mettront la pression sur l’État pour les faire interdire sur les routes principales, “pour notre sécurité” bien entendu, créant ainsi un monopole technologique privé. Tout transit routier deviendra transaction commerciale.

B) Nous créons un système de transport social gratuit pour tous.

Les deux options sont totalement possibles, toutes deux étant dans un monde nébuleux de possibilité si fréquemment ajoutées et soustraites par ceux magiquement favorables. Laquelle de ces deux options naîtra ? Celle qui sera ordonnée de surgir par l’idéologie prévalante. Il y a littéralement des milliers de ces questions qui trouvent leurs réponses quotidiennement à des micro et macro niveaux, des questions que nous n’aurions même peut-être pas pensé de demander : le monde se crée à chaque seconde, il en va de même pour le futur.

Ainsi nous devons commencer à rêver de nouveau, è évoquer et invoquer un monde encore non-né ; nous devons refaire notre utopie. Nous devons imaginer et désirer un monde au delà du capital et de la hiérarchie aberrante, aussi impossible cela semble t’il être, parce qu’en le rêvant, nous nous nous en rapprochons inconsciemment. Et ceci a été réalisé avec succès auparavant. Laissez le grand Murray Bookchin vous rappeler votre histoire oubliée.

La Commune de Paris de 1871 a géré une entière grande ville sur la base de conseils de voisinage ayant une vitesse de communication proche du cheval au galop ; L’Ukraine de Makhno a créé des communes et des écoles anarchistes, sans police, sans prisons, sans frontières ; des zones anarchistes d’Espagne ont complètement aboli l’argent, vivant quotidiennement dans a pratique du “à chacun selon sa capacité, à chacun selon ses besoins”. Ceci représente des choses qu’on  nous a sans cesse répétées n’étaient pas possibles, qu’elles étaient “contre la nature humaine” et pourtant, elles furent mises en place avec succès et ne furent renversées que parce que tout le poids du monde les écrasa… ils savaient, tout comme les puissances qui ne devraient pas être aujourd’hui, qu’admettre leur victoire, leur succès, remettrait entièrement cet axiome de ce “qui est impossible” en question.

Les cantons autonomes zapatistes du Chiapas et du Rojava dans le nord de la Syrie prouvent le pouvoir du rêve, que sommer l’inconscient sorcier de nouveaux mondes est toujours aussi dangereux et efficace qu’il ne le fut.

relation_extatique

Partisans d’un monde non encore né

Donc nous rêvons de nouveaux mondes… Est-ce suffisant ? Vous pouvez souhaiter un nouveau boulot toute la journée, vous devrez toujours physiquement le chercher. La révolution est-elle la réponse ? Max Stirner ne le pensait pas .

La révolution avait pour but de nouveaux arrangements ; l’insurrection nous mène à ne plus se laisser arranger, mais à nous arranger nous-mêmes et de ne plus avoir d’espoirs béats sur des “institutions”. Ce n’est pas un combat contre l’établi […]  ce n’est que la projection d’un moi travailleur hors de ce qui est établi.

Qu’est-ce que la “révolution” ? C’est un rêve sans jambe pour marcher, un combat que nous aurons, toujours dans le futur. Le rêve se trahit. En la voyant toujours dans le futur, nous la condamnons à y rester, ce sera donc un futur brumeux au loin, une utopie d’un conflit futur pour peut–être changer les choses. Une pensée dangereuse là ! Nous rêvons d’une possibilité future, une petite chance de changer les choses plutôt que de les changer maintenant. “Ho Ho attendez un peu, quand la révolution va arriver, les choses seront différentes. Oui monsieur, et maintenant, puis-je prendre votre commande ?…

Et si nous en avons l’opportunité, que faire après ? Nous héritons d’un monde noyé dans un conflit idéologique, une machine armée à l’opposé du type de vie que nous voulons créer. Et comme LA révolution s’est produite, nous devenons immédiatement des conservateurs ; plus de place pour adapter les choses, pour changer, pour croître, parce que “l’évènement” dans les termes de Zizek, s’est déjà produit. Nous devenons les rois, reines et gardiens de la chose que nous cherchions à détruire. La carte physique peut bien changer, mas la coordination mentale demeure. Tiré d’Anarchopedia :

“Stirner reconnait l’importance de l’auto-libération et la manière dont souvent l’autorité existe purement au travers de son acceptation par les gouvernés. Comme il l’explique: “…Rien n’est sacré en soi, mais je le déclare sacré par mon acquiescement, mon appréciation, ma génuflexion, en bref, par ma conscience.” C’est de cette adoration de ce que la société voit comme “sacré”, que les individus doivent se libérer afin de se découvrir eux-mêmes dans leur réalité. Et de manière plus que signifiante, une bonne partie du processus de libération implique la destruction de la hiérarchie. Pour Stirner, “la hiérarchie est la domination de la pensée, la domination de l’esprit !”, ce qui veut dire que “nous sommes maintenus le plus bas possible par ceux qui sont soutenus par des idées.” Par notre propre volonté de ne pas questionner, de ne pas remettre en question, l’autorité et les sources mêmes de cette autorité, comme la propriété privée et l’État.”

Nous ne pouvons obtenir aucun changement, aucune “révolution”, si le vieil ordre et le vieux système du monde que nous cherchons à détruire agissent toujours comme les “fantômes” de notre esprit. Tout changement dans la relation au pouvoir doit d’abord être gagné dans le monde des idées : une révolution intérieure alchimique et jungienne. Libéré des “fantômes” du capitalisme et de la hiérarchie, l’individu nouvellement éveillé recrée le monde autour de lui sur la base d’une nouvelle idée. Makhno écrit :

“L’homme libre, d’un autre côté, a jeté les vestiges du passé ainsi que ses mensonges et sa brutalité. Il a enterré le corps pourri de l’esclavage et la notion que le passé est mieux. L’Homme s’est déjà partiellement libéré du brouillard du mensonge et de la brutalité, qui l’avait mis en esclavage depuis le jour de sa naissance, de cette adoration des baïonnettes, de l’argent, de la légalité et de la science hypocrite. Alors que l’humain se libère de cette insulte, il se comprend mieux lui-même et une fois qu’il s’est bien compris, le livre de sa vie s’est ouvert à lui. Il y voit de suite que son ancienne vie n’était rien d’autre qu’un vil esclavage et que ce cadre esclavagiste a conspiré pour rendre inefficaces toutes ses bonnes qualités innées. Il voit et comprend que cette vie l’a transformé en une bête de somme, un esclave pour certains ou un maître pour d’autres ou un dupe qui piétine et détruit tout ce qui est noble en l’humain, lorsqu’on lui ordonne de le faire. Mais lorsque la liberté éveille un Homme, il jette tous les artifices dans la poussière et tout ce qui se met en travers du chemin de la créativité indépendante. C’est ainsi que l’Homme avance dans son processus de développement…

“L’homme révolté, qui a parfaitement saisi son identité et qui voit maintenant avec ses yeux grands ouverts, qui a maintenant grand soif de liberté et de totalité, va maintenant créer des groupes d’Hommes libres soudés les uns aux autres par l’idée et l’action. Quiconque entre en contact avec ces groupes va jeter son statut de laquais du système et va se libérer de la domination idiote que les autres ont sur lui. Tout humain ordinaire venant de la charrue, de l’usine, du banc de l’université ou du monde académique reconnaîtra la dégradation de l’esclavage. Alors que l’humain découvre sa véritable personnalité, il jettera aux orties toutes les idées artificielles qui vont contre le droit même de sa personnalité, cette relation maître / esclave de la société moderne. Dès que l’Homme met en avant les éléments purs de sa personnalité au travers de laquelle une nouvelle communauté humaine libre est née, il deviendra un anarchiste et un révolutionnaire. Voilà comment l’idéal de l’anarchisme est assimilé et disséminé par les humains ; l’homme libre reconnaît sa profonde vérité, sa clarté et sa pureté, son message de liberté et de créativité.”

vie_extase_NB
« N’oubliez pas que si nous pouvons construire,
nous ne sommes en rien effrayés par les ruines… »

Utopistes de l’insurrection

Alors pour résumer, que devons-nous faire ?…

Nous devons être des créateurs, des rêveurs, des penseurs, des constructeurs. Nous devons apprendre à identifier l’idéologie prévalante et ce en quoi elle nous infecte, nous et les autres, même les objets et les concepts. 

NdR71 : A ce sujet lire et diffuser ce texte essentiel de Paulo Freire que nous avons traduit en français dans son intégralité : “La pédagogie des opprimés” (1970) dans une superbe mise en page PDF de Jo.

Puis nous devons briser tous les liens avec cet espace mental toxique, nous devons finalement tuer notre fasciste intérieur. Et lorsque nous ferons cela et que les symboles du capitalisme, de l’État et de la hiérarchie auront été démythifiés, alors nous pourrons simultanément évoquer notre Utopie et inclure nos rêves dans la réalité. Nous pouvons converser et agir pour défier ces idées prévalantes et montrer ce qui est possible ; nous pouvons nous battre pour et créer des espaces libérés où ce nouveau monde pourra commencer à se manifester.

Il y a des façons de faire ceci aujourd’hui. En voici 42. Nous pouvons commencer l’insurrection dès maintenant.

Plutôt que de s’en tenir dogmatiquement à une méthode ou tactique, nous devrions suivre le conseil de Stirner et de “n’avoir aucun désir de devenir esclaves de mes maximes, mais plutôt de les soumettre à ma constante critique”, alors que la lutte ne cesse d’évoluer. Nous ne savons pas à quel point les choses peuvent changer ou de quelle façon les choses peuvent se manifester, quand les situations peuvent devenir plus chaudes ou plus froides. Rosa Luxembourg nous a expliqué qu’il n’y a pas de temps “parfait” ou “objectif” pour quelque condition historique que ce soit, cela ne se perçoit que lorsqu’elle est vue comme quelque chose de passé ; que chaque tentative “prématurée” des travailleurs à saisir le pouvoir a existé pour continuer d’entrainer les gens, qui ne peuvent atteindre “les conditions de maturité” nécessaires pour un large changement sociétal que par l’éducation reçue par ces luttes passées “prématurées”. Nous devons reconquérir cette vieille patience révolutionnaire, lutter pour un monde que peut-être nous ne verrons jamais ; mais de notre vivant, plutôt que de simplement “réagir” aux choses ou essayer d’”arranger” le monde, nous devons construire le notre.

Chaque action qui fait bouger vers une nouvelle manière de penser, de par sa simple existence, force les autres à avoir une discussion intérieure avec eux-mêmes. Cette descente au “pays des fantômes” provoque le questionnement d’idées prévalantes longuement admises ou jetées en masse. L’idéologie informe et moule la réalité. Changez un de ces éléments et vous changez l’autre. Victor Serge dans “La naissance de notre pouvoir” a décrit la situation dans une conversation entre ses personnages :

Plutôt que d’attendre qu’un conflit futur puisse amener l’opportunité de changer, nous devons agir et lutter comme si le monde de nos rêves n’est éloigné de nous que par l’épaisseur d’un cheveu.

Parce que si nous le faisons, alors un jour, nous nous réveillerons dedans.

-[]-

Le texte dans un superbe PDF de Jo, inspirée par le souffle qui en émane :

DrBones_Insurrection et Utopie

“Il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir !”
~ Résistance 71 ~

“L’idéologie est la base de la pensée d’une société de classes, dans le cours conflictuel de l’histoire. Les faits idéologiques n’ont jamais été de simples chimères, mais la conscience déformée des réalités, et en tant que tels des facteurs réels exerçant en retour une réelle action déformante.”
~ Guy Debord, “La société du spectacle”, 212, 1967 ~

Dr Bones Sur Résistance 71

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

===

Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

citationBelgarrigue

reflexionaborigene