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Gilets Jaunes 19ème round: Temps de penser à l’avenir sous forme de vision…. commune (avec Pierre Kropotkine version PDF)

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 22 mars 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

22 mars 2019

 

Les rounds s’enchaînent et se durcissent. Quel avenir pour le mouvement des Gilets Jaunes ? Au-delà quelle avenir pour notre société ?

Depuis le 17 novembre 2018, et bien avant pour certains, il est devenu absolument évident que solutions il n’y a point dans le système étatico-capitaliste, résultante de l’oppression mise en place par la minorité sur la majorité quelque part au cours du néolithique, pour plus d’infos là-dessu, voir ici et

Alors que faire ? Connaître l’histoire, l’analyser, en tirer les leçons et aller de l’avant pour l’émancipation de la société humaine à l’échelle PLANETAIRE.
Nous vous proposons ici une présentation et une analyse d’un concept et son application pratique: celui de la Commune. Si celle de 1871 a échoué dans un contexte historique particulier, l’idée n’en est pas moins valide et fut mise en place en d’autres lieux, d’autres temps: les premiers soviets russes de 1905 à 1917, les conseils ouvriers italiens de 1920, l’Espagne révolutionnaire de 1936, les conseils ouvriers de Budapest en 1956, une certaine partie de mai 1968, ces brouillons ont tous échoué non pas parce qu’ils n’étaient pas viables , mais parce que la conjoncture politico-historico-économique ne s’y prêtait pas et aussi parce que des forces étatiques parfois antinomiques se liguèrent pour les défaire.

Plus près de nous, le concept de Commune, certes adaptés aux besoins culturels des endroits, existe et perdure depuis 1994 au Chiapas zapatiste et depuis 2011 au Rojava kurde avec le Confédéralisme Démocratique.
Ceci n’enlève rien à la force et à la justesse de l’idée de la commune libre, du peuple s’organisant solidairement pour retrouver son essence organique, son être noyé depuis des millénaires dans l’avoir.

A cet effet, Gilets Jaunes et sympathisants, nous vous proposons cette (re)lecture de Pierre Kropotkine sur le concept de la « Commune » et son analyse de la « Commune de Paris de 1871 », textes parus en 1880 et 1881 dans une mise en page de Jo de JBL1960.

Texte à lire et diffuser sans aucune modération ! Bonne lecture !

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris (PDF)

 

 

Note de R71: de manière tout à fait coïncidentelle, cette présentation du PDF de Kropotkine sur la Commune constitue le 5000ème article publié sur Résistance 71 depuis Juin 2010…

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Gilets Jaunes bilan 18ème round: Lettre ouverte aux gentils de la république

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, gilets jaunes, militantisme alternatif, politique et social, politique française, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 19 mars 2019 by Résistance 71

 

Lettre ouverte aux gentils de la République

Un texte du collectif Cerveaux Non Disponibles suite à la journée du 16 mars.

 

18 mars 2019

 

Source: https://paris-luttes.info/lettre-aux-gentils-de-la-11822?lang=fr

 

C’est fait : le 16 mars restera gravé dans les dates importantes du mouvement social des Gilets Jaunes.

Face à la violence des réactions politiques, médiatiques et économiques, il convient de se dire les choses clairement, sans hypocrisie.

Commençons par du factuel : c’est vrai, de nombreux GJ sont venus à Paris pour cet acte 18 dans l’optique de déborder le système et de mettre à mal la gestion de « l’ordre public ». Ils n’étaient peut-être pas majoritaires mais ils étaient assez nombreux et déterminés pour parvenir à des résultats. Ces milliers de GJ n’avaient pas tous une tactique de black bloc. Il y avait de nombreux GJ de la première heure, munis simplement de leur gilet, de masque et de lunettes de protection. Il y avait également quelques manifestants en bloc, qu’ils soient en kway noir et/ou en gilet jaune.

Surtout, tous les manifestants étaient totalement partie prenante de la manif du jour. Aucune scission n’est jamais apparue entre groupes de « gentils GJ » et « méchants casseurs ». La très grande majorité des manifestants présents soutenait ou, a minima, acceptait les actions offensives, sans forcément vouloir faire pareil.

Plusieurs vidéos montrent qu’au niveau de la place de l’Étoile, en milieu de matinée, l’arrivée d’un bloc d’une trentaine de manifestants a été accueillie par une haie d’honneur et des applaudissements.

Alors oui, cela vous choque et vous dérange peut-être. Mais c’est la réalité de la France de 2019 : des dizaines de milliers de citoyens acceptent aujourd’hui que la lutte se fasse de façon offensive. Vous pouvez leur jeter le discrédit, les traiter de casseurs, de complices, de beaufs ou de racistes. Vous pouvez tenter de leur ôter toute humanité.

Mais la réalité est tout autre : ce n’est pas par plaisir que ces personnes acceptent (et/ou encouragent) les actions violentes. C’est par nécessité. Ce n’est pas pour la violence en elle-même mais pour ses conséquences dans la lutte sociale. Des conséquences, forcément incertaines et parfois dangereuses, mais qui constituent un horizon plus positif que le statut quo social actuel.

Sincèrement, au fond de vous-même, ne voyez-vous pas que c’est en raison de ces débordements que l’acte 18 a eu un retentissement très important dans le monde politique et médiatique ? Que le même nombre de manifestants dans un cortège déclaré où il ne se serait « rien passé » aurait été totalement nié et méprisé par ces mêmes politiques et médias ?

Ce ne sont pas les GJ qui ne comprennent que la langue de la violence et du rapport de force, c’est tout le système actuel. Dans cette société où il faut être le plus féroce et le plus puissant possible, comment pourrait-on espérer changer la donne en restant faible et docile ?

Les médias de masse ne s’intéressent au mouvement que lorsqu’il leur offre des images « sensationnelles » pour faire de l’audimat. Deux jours avant l’acte 18, se tenait à la bourse du travail une rencontre entre des figures du mouvement et des intellectuels. La Bourse était pleine à craquer et des centaines de personnes sont restées à l’extérieur. Pourquoi ne pas avoir parlé de cette initiative constructive et apaisée ? Pourquoi, depuis plusieurs semaines, des milliers de GJ se rassemblent-ils dans les villes sans que cela n’intéresse plus les médias ? Parce qu’il n’y a plus rien à « vendre » aux téléspectateurs.

Du côté des politiques, en 17 semaines, la seule période où le pouvoir a semblé faire des concessions fut lors des actes les plus violents de fin novembre et début décembre. Là, comme par hasard, après presque deux mois pendant lesquels le pouvoir a totalement méprisé la question sociale et les Gilets Jaunes, Macron écourte ses vacances pour reprendre les choses en main. Nous savons qu’il ne prendra pas les questions sociales à bras le corps et qu’il abordera la question des GJ par son seul prisme de la violence. Mais au moins, la question revient sur la table.

Soyons lucides : le pouvoir politique se contrefout des raisons profondes de la colère de son peuple. Ce qui l’intéresse, c’est de calmer cette colère, pour sa propre tranquillité et celle de tous les puissants.

Macron affirme que les personnes présentes hier sur les Champs veulent « détruire la République ». Parce que la République, c’est le Fouquet’s ? Cartier ? Les Banques ?

Ce gouvernement, tout comme les précédents, dénigra des millions de citoyens, les laisse tomber dans une précarité de plus en plus insupportable, alors même que les milliardaires continuent de devenir de plus en plus riches. Depuis 4 mois que les Gilets Jaunes se battent, combien de personnes ont été mises au chômage pour que leur entreprise fasse plus de profits ? Combien de retraités sont tombés encore plus dans la précarité ? Combien de malades n’ont pas pu bénéficier des soins nécessaires faute de moyens ?

Combien de morts cette politique libérale a-t-elle engendrés en quatre mois de lutte ? Le chiffre est impossible à connaitre mais il est évident qu’il est colossal.

L’ultra-libéralisme tue, blesse, détruit des vies et des familles. Il ne s’agit pas de « grandes paroles » pour faire de la poudre de perlimpinpin. C’est totalement factuel. Et de nombreux gilets jaunes de campagne ou de banlieue le savent très bien puisqu’ils le vivent quotidiennement.

Alors, si vous estimez que les citoyens qui détruisent une banque ou construisent une barricade sont des ennemis de la République, mais que ceux qui licencient et s’enrichissent sur la misère de ces même citoyens sont les amis de la République, voire leurs protecteurs, nous avons en effet une vision totalement différente de ce que doit être la République.

Si la violence d’une boutique de luxe ravagée vous dérange bien plus que des personnes qui meurent ou qui sombrent dans la misère, alors oui, nous ne parlons pas le même langage.

Votre morale à œillères n’est pas celle qui nous habite. Car être moral de façon sélective, c’est être immoral. Vous êtes immoraux. Et vous pourrez traiter les GJ d’ennemis de la République, ils resteront bien plus moraux et bien plus proches des valeurs de la République que vous.

Arrêtez de vous offusquer de la violence d’un mouvement social lorsque vous le niez et l’ignorez totalement, sauf en cas de violence.

A ce moment-là seulement, nous pourrons discuter de moralité.

 

Gilets Jaunes 17ème round: Tout le pouvoir aux Ronds-Points !…

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Résistance 71

 

9 mars 2019

 

Maintenons le cap du Tout le pouvoir aux Ronds-Points !

Généralisons les assemblées populaires des ronds-points aux lieux de travail en passant par les voisinages

Redonnons un sens à nos communes par une activité politique collective, court-circuitons les institutions

Boycott de la grande distribution et des entreprises du CAC40, retour au commerce local, redéveloppons nos campagnes collectivement en liaison de réseau avec les centres urbains

Réapproprions-nous le politico-économique, recréons une France des sections communales

A bas l’État, à bas la marchandise, à bas l’argent, à bas le salariat !

Vive les communes libres ! Vive la Commune !

Vive la société des sociétés !

 

Illusion démocratique: Sur les élections (Pierre Kropotkine)

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Dossier « Illusion Démocratique »

 

Sur les élections

 

Pierre Kropotkine

1880

 

Les vices des Assemblées représentatives ne nous étonneront pas, en effet, si nous réfléchissons, un moment seulement, sur la manière dont elles se recrutent et dont elles fonctionnent.

Faut-il que je fasse ici le tableau, si écœurant, si profondément répugnant, et que nous connaissons tous – le tableau des élections ? Dans la bourgeoise Angleterre et dans la démocratique Suisse, en France comme aux États-Unis, en Allemagne comme dans la République Argentine, cette triste comédie n’est-elle pas partout la même ?

Faut-il raconter comment les agents et les Comités électoraux « forgent », « enlèvent », canvass une élection (tout un argot de détrousseurs de poches !), en semant à droite et à gauche des promesses, politiques dans les réunions, personnelles aux individus : comment ils pénètrent dans les familles, flattant la mère, l’enfant, caressant au besoin le chien asthmatique ou le chat de « l’électeur » ? Comment ils se répandent dans les cafés, convertissent les électeurs et attrapent les plus muets en engageant entre eux des discussions, comme ces compères d’escroquerie qui vous entraînent au jeu « des trois cartes » ? Comment le candidat, après s’être fait désirer, apparaît enfin au milieu de ses « chers électeurs », le sourire bienveillant, le regard modeste, la voix câline – tout comme la vieille mégère, loueuse de chambres à Londres, qui cherche à capter un locataire par son doux sourire et ses regards angéliques ? Faut-il énumérer les programmes menteurs – tous menteurs, qu’ils soient opportunistes ou socialistes-révolutionnaires – auxquels le candidat lui-même, pour peu qu’il soit intelligent et connaisse la Chambre, ne croit pas plus qu’aux prédictions du « Messager Boiteux » et qu’il défend avec une verve, un roulement de voix, un sentiment, dignes d’un fou ou d’un acteur forain ? Ce n’est pas en vain que la comédie populaire ne se borne plus à faire de Bertrand et de Robert Macaire de simples escrocs, des Tartufe, ou des filouteurs de banque, et qu’elle ajoute à ces excellentes qualités celle de « représentants du peuple », en quête de suffrages et de mouchoirs à empocher.

Faut-il enfin donner ici les frais des élections? Mais tous les journaux nous renseignent suffisamment à cet égard. Ou bien reproduire la liste de dépenses d’un agent électoral, sur laquelle figurent des gigots de mouton, des gilets de flanelle et de l’eau sédative, envoyés par le candidat compatissant « à ces chers enfants » de ses électeurs. Faut-il rappeler aussi les frais de pommes cuites et d’œufs pourris, « pour confondre le parti adverse », qui pèsent sur les budgets électoraux aux États-Unis, comme les frais de placards calomnieux et de « manœuvres de la dernière heure », qui jouent déjà un rôle si honorable dans nos élections européennes ?

Et quand le gouvernement intervient, avec ses « places », ses cent mille « places » offertes au plus donnant, ses chiffons qui portent le nom de « crachats », ses bureaux de tabac, sa haute protection promise aux lieux de jeu et de vice, sa presse éhontée, ses mouchards, ses escrocs, ses juges et ses agents…

Non, assez ! Laissons cette boue, ne la remuons pas ! Bornons-nous simplement à poser cette question : Y a-t-il une seule passion humaine, la plus vile, la plus abjecte de toutes, qui ne soit pas mise en jeu un jour d’élections ? Fraude, calomnie, platitude, hypocrisie, mensonge, toute la boue qui gît au fond de la bête humaine – voilà le joli spectacle que nous offre un pays dès qu’il est lancé dans la période électorale.

* * *

C’est ainsi, et il ne peut pas en être autrement, tant qu’il y aura des élections pour se donner des maîtres. Ne mettez que des travailleurs en présence, rien que des égaux, qui un beau jour se mettent en tête de se donner des gouvernants – et ce sera encore la même chose. On ne distribuera plus de gigots ; on distribuera l’adulation, le mensonge – et les pommes cuites resteront. Que veut-on récolter de mieux quand on met aux enchères ses droits les plus sacrés ?

Que demande-t-on, en effet, aux électeurs ? 

De trouver un homme auquel on puisse confier le droit de légiférer sur tout ce qu’ils ont de plus sacré : leurs droits, leurs enfants, leur travail ! Et on s’étonnerait que deux ou trois mille Robert Macaire viennent se disputer ces droits royaux ? On cherche un homme auquel on puisse confier, en compagnie de quelques autres, issus de la même loterie, le droit de perdre nos enfants à vingt et un ans ou à dix-neuf ans, si bon lui semble ; de les enfermer pour trois ans, mais aussi pour dix ans s’il aime mieux, dans l’atmosphère putréfiante de la caserne ; de les faire massacrer quand et où il voudra en commençant une guerre que le pays sera forcé de faire, une fois engagée. Il pourra fermer les Universités ou les ouvrir à son gré ; forcer les parents à y envoyer les enfants ou leur en refuser l’entrée. Nouveau Louis XIV, il pourra favoriser une industrie ou bien la tuer s’il le préfère ; sacrifier le Nord pour le Midi ou le Midi pour le Nord ; s’annexer une province ou la céder. Il disposera de quelque chose comme trois milliards par an, qu’il arrachera à la bouche du travailleur. Il aura encore la prérogative royale de nommer le pouvoir exécutif, c’est-à-dire un pouvoir qui, tant qu’il sera d’accord avec la Chambre, pourra être autrement despotique, autrement tyrannique que la feu royauté. Car, si Louis XVI ne commandait qu’à quelques dizaines de mille fonctionnaires, il en commandera des centaines ; et si le roi pouvait voler à la caisse de l’État quelques méchants sacs d’écus, le ministre constitutionnel de nos jours, d’un seul coup de Bourse, empoche « honnêtement » des millions.

Et on s’étonnerait de voir toutes les passions mises en jeu, lorsqu’on cherche un maître qui va être investi d’un pareil pouvoir ! Lorsque l’Espagne mettait son trône vacant aux enchères, s’étonnait-on de voir les flibustiers accourir de toutes parts? Tant que cette mise en vente des pouvoirs royaux restera, rien ne pourra être réformé : l’élection sera la foire aux vanités et aux consciences.

* * *

Mais, que demande-t-on maintenant aux électeurs ? – On demande à dix, vingt mille hommes (à cent mille avec le scrutin de liste), qui ne se connaissent point du tout, qui ne se voient jamais, ne se rencontrent jamais sur aucune affaire commune, à s’entendre sur le choix d’un homme. Encore cet homme ne sera-t-il pas envoyé pour exposer une affaire précise ou défendre une résolution concernant telle affaire spéciale. Non, il doit être bon à tout faire, à légiférer sur n’importe quoi, et sa décision fera loi. Le caractère primitif de la délégation s’est trouvé entièrement travesti, elle est devenue une absurdité.

Cet être omniscient qu’on cherche aujourd’hui n’existe pas. Mais voici un honnête citoyen qui réunit certaines conditions de probité et de bon sens avec un peu d’instruction. Est-ce lui qui sera élu ? Evidemment non. Il y a à peine vingt personnes dans son collège qui connaissent ses excellentes qualités. Il n’a jamais cherché à se faire de la réclame, il méprise les moyens usités de faire du bruit autour de son nom, il ne réunira jamais plus de 200 voix. On ne le portera même pas candidat, et on nommera un avocat ou un journaliste, un beau parleur ou un écrivassier qui apporteront au parlement leurs mœurs du barreau et du journal et iront renforcer le bétail de vote du ministère ou de l’opposition. Ou bien ce sera un négociant, jaloux de se donner le titre de député, et qui ne s’arrêtera pas devant une dépense de 10.000 francs pour acquérir de la notoriété. Et là où les mœurs sont éminemment démocratiques, comme aux États-Unis, là où les comités se constituent facilement et contrebalancent l’influence de la fortune, on nommera le plus mauvais de tous, le politicien de profession, l’être abject devenu aujourd’hui la plaie de la grande République, l’homme qui fait de la politique une industrie et qui la pratique selon les procédés de la grande industrie – réclame, coups de tam-tam, corruption.

Changez le système électoral comme vous voudrez : remplacez le scrutin d’arrondissement par le scrutin de liste, faites les élections à deux degrés comme en Suisse (je parle des réunions préparatoires), modifiez tant que vous pourrez, appliquez le système dans les meilleures conditions d’égalité – taillez et retaillez les collèges -, le vice intrinsèque de l’institution restera. Celui qui saura réunir plus de la moitié des suffrages (sauf de très rares exceptions) chez les partis persécutés, sera toujours l’homme nul, sans convictions – celui qui sait contenter tout le monde.

C’est pourquoi – Spencer l’a déjà remarqué – les parlements sont généralement si mal composés. La Chambre, dit-il dans son Introduction, est toujours inférieure à la moyenne du pays, non seulement comme conscience, mais aussi comme intelligence. Un pays intelligent se rapetisse dans sa représentation. Il jurerait d’être représenté par des nigauds qu’il ne choisirait pas mieux. Quant à la probité des députés, nous savons ce qu’elle vaut. Lisez seulement ce qu’en disent les ex-ministres qui les ont connus et appréciés.

Quel dommage qu’il n’y ait pas de trains spéciaux pour que les électeurs puissent voir leur « Chambre », à l’œuvre. Ils en auraient bien vite le dégoût. Les anciens soûlaient leurs esclaves pour enseigner à leurs enfants le dégoût de l’ivrognerie. Parisiens, allez donc à la Chambre voir vos représentants pour vous dégoûter du gouvernement représentatif.

* * *

A ce ramassis de nullités le peuple abandonne tous ses droits, sauf celui de les destituer de temps en temps et d’en nommer d’autres. Mais comme la nouvelle assemblée, nommée d’après le même système et chargée de la même mission, sera aussi mauvaise que la précédente, la grande masse finit par se désintéresser de la comédie et se borne à quelques replâtrages, en acceptant quelques nouveaux candidats qui parviennent à s’imposer.

Mais si l’élection est déjà empreinte d’un vice constitutionnel, irréformable, que dire de la manière dont l’assemblée s’acquitte de son mandat ? Réfléchissez une minute seulement, et vous verrez aussitôt l’inanité de la tâche que vous lui imposez.

Votre représentant devra émettre une opinion, un vote, sur toute la série, variée à l’infini, de questions qui surgissent dans cette formidable machine – l’État centralisé.

Il devra voter l’impôt sur les chiens et la réforme de l’enseignement universitaire, sans jamais avoir mis les pieds dans l’Université ni su ce qu’est un chien de campagne. Il devra se prononcer sur les avantages du fusil Gras et sur l’emplacement à choisir pour les haras de l’État. Il votera sur le phylloxera, le guano, le tabac, l’enseignement primaire et l’assainissement des villes ; sur la Cochinchine et la Guyane, sur les tuyaux de cheminée et l’Observatoire de Paris. Lui qui n’a vu les soldats qu’à la parade, répartira les corps d’armée, et sans avoir jamais vu un Arabe, il va faire et défaire le Code foncier musulman en Algérie. Il votera le shako ou le képi selon les goûts de son épouse. Il protégera le sucre et sacrifiera le froment. Il tuera la vigne en croyant la protéger ; et il votera le reboisement contre le pâturage et protégera le pâturage contre la forêt. Il sera ferré sur les banques. Il tuera tel canal pour un chemin de fer, sans savoir trop dans quelle partie de la France ils se trouvent l’un et l’autre. Il ajoutera de nouveaux articles au Code pénal, sans l’avoir jamais consulté. Protée omniscient et omnipotent, aujourd’hui militaire, demain éleveur de porcs, tour à tour banquier, académicien, nettoyeur d’égouts, médecin, astronome, fabricant de drogues, corroyeur ou négociant, selon les ordres du jour de la Chambre, il n’hésitera jamais. Habitué dans sa fonction d’avocat, de journaliste ou d’orateur de réunions publiques, à parler de ce qu’il ne connaît pas, il votera sur toutes ces questions, avec cette seule différence que dans son journal il amusait le concierge à son réchaud, qu’aux assises il réveillait à sa voix les juges et les jurés somnolents, et qu’à la Chambre son opinion fera loi pour trente, quarante millions d’habitants.

Et comme il lui est matériellement impossible d’avoir son opinion sur les mille sujets pour lesquels son vote fera loi, il causera cancans avec son voisin, il passera son temps à la buvette, il écrira des lettres pour réchauffer l’enthousiasme de ses « chers électeurs », pendant qu’un ministre lira un rapport bourré de chiffres alignés pour la circonstance par son chef de bureau ; et au moment du vote il se prononcera pour ou contre le rapport, selon le signal du chef de son parti.

Aussi une question d’engrais pour les porcs ou d’équipement pour le soldat ne sera-t-elle dans les deux partis du ministère et de l’opposition, qu’une question d’escarmouche parlementaire. Ils ne se demanderont pas si les porcs ont besoin d’engrais, ni si les soldats ne sont pas déjà surchargés comme des chameaux du désert – la seule question qui les intéressera, ce sera de savoir si un vote affirmatif profite à leur parti. La bataille parlementaire se livrera sur le dos du soldat, de l’agriculteur, du travailleur industriel, dans l’intérêt du ministère ou de l’opposition.

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Lectures complémentaires:

zenon_pourquoi suis je anarchiste ?

Patrice Sanchez_Sortir par le Haut !

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Discours de la Servitude Volontaire La Boetie 1548

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018

Manifeste pour la Société des Sociétés

champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Dieu et lEtat_Bakounine

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

Inevitable_anarchie_Kropotkine

faramineuse conversation sur l’avenir (Père Peinard 1896)

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

Erich_Mühsam la liberté de chacun est la liberté de tous

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

Les_amis_du_peuple_révolution_française

kropotkine_science-etat-et-societé

le-prince-de-levolution-Dugatkin

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

Appel à communication de l’École Normale Supérieure de Lyon pour un colloque sur le philosophe anarchiste allemand Gustav Landauer (6 ~ 8 juin 2019)

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Actualité de Gustav Landauer (1870 – 1919), philosophe et révolutionnaire

 

Anatole Lucet

Jean-Christophe Angaut

 

Ecole Normale Supérieure de Lyon

 

Février 2019

 

Site internet: Actualité Gustav Landauer 2019

 

Appel à Communication

Considéré en son temps comme « l’agitateur le plus important du mouvement révolutionnaire radical » en Allemagne, le philosophe et activiste anarchiste Gustav Landauer (1870-1919) bénéficie aujourd’hui d’un vif regain d’intérêt. Un siècle après son assassinat, ce colloque international – le premier organisé en France à son propos – entend rendre compte de ce renouveau. Grâce à plusieurs projets éditoriaux de grande ampleur (œuvres choisies, correspondance complète, traductions), les textes de Landauer sont accessibles dans un nombre croissant de pays et il est maintenant possible de prendre la mesure de la richesse d’une œuvre que l’on n’a longtemps connue que d’une manière fragmentaire.

Anarchiste atypique, Landauer a élaboré sa pensée de la communauté à l’intersection de traditions politiques, philosophiques et littéraires variées. Sa prolifique activité rédactionnelle et la quantité d’expérimentations communautaires auxquelles il prit part firent de Landauer une figure incontournable pour celles et ceux qui voulurent proposer une alternative au régime politique en place sans se conformer à la voie marxiste, prédominante dans un paysage politique marqué par l’ascension de la social-démocratie. Par les thématiques qu’elle aborde, et par-delà les différences évidentes de contexte, il n’est pas impossible que son œuvre puisse constituer une source d’inspiration pour le présent.

Ce colloque a pour ambition d’ouvrir un espace d’échanges sur l’œuvre de Landauer, ses sources, sa réception et son actualité, tant d’un point de vue théorique que pratique. Il sera également l’occasion de rendre compte de l’état actuel de la recherche, dans des champs aussi divers que la philosophie, l’histoire des idées, les théories de la religion, la littérature, la linguistique, la sociologie ou les sciences politiques.

Les contributions venues hors du monde académique sont également les bienvenues. La langue principale du colloque est le français, mais des propositions en anglais (éventuellement en allemand) sont possibles. Des traductions seront mises en place pour permettre à toutes et à tous de prendre part aux discussions.

Le colloque se tiendra du 6 au 8 juin 2019 à l’ENS de Lyon.

Les propositions de contribution (2500 signes au maximum) sont à adresser avant le 20 février 2019 à :

Jean-Christophe Angaut jean-christophe.angaut@ens-lyon.fr

Anatole Lucet anatole.lucet@ens-lyon.fr

La liste des contributeurs sera arrêtée au 1er mars 2019.

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Note de Résistance 71: Nous pouvons dire que bien que les sources ayant servi à la réflexion, analyse et rédaction de notre « Manifeste pour la société des sociétés » (Octobre 2017) soient en provenance des domaines les plus variées des sciences humaines, la pensée du philosophe anarchiste allemand Gustav Landauer est incontestablement au cœur même de ce document tant elle est toujours non seulement d’une actualité brûlante, mais aussi emprunte de cette puissance organique, de cette radicalité (au sens étymologique de « racine ») dans la lutte sociale, qui nous montrent le chemin à suivre pour une transformation radicale de la société humaine. Nous avons du reste emprunté à Landauer son expression de « société des sociétés », que les zapatistes du Chiapas, d’obédience amérindienne, nomment « les mondes dans le monde ».

Afin de mieux connaître Gustav Landauer et ses pensée et expériences pratiques essentielles à la compréhension du pourquoi et du comment abandonner sans retour le modèle de gestion étatico-capitaliste de notre société humaine dont la diversité et la complexité appellent à la mise en place d’une société des sociétés, nous avons traduit et publié il y a plusieurs années de larges extraits de son « Appel au socialisme » (« Aufruf zum Sozialismus ») écrit en 1911 et réédité peu avant son assassinat en 1919 ; ainsi qu’une biographie et bibliographie de l’auteur.

Gustav Landauer est et demeure un des grands théoriciens et praticiens du grand changement de paradigme auquel aspire l’humanité depuis bien des générations.
Alors que nous sommes en train de vivre les premiers soubresauts de la phase finale du capitalisme et de son garde-chiourme, l’État, La pensée et la pratique de Gustav Landauer se doivent de ressurgir pour devenir un des flambeaux éclairant la voie de l’émancipation finale.

 


« Appel au socialisme » (1911)

Testament moral et politique de Bartolomeo Vanzetti (1927)

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 1 février 2019 by Résistance 71

«Si cette chose n’était pas arrivée, j’aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J’aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n’aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons actuellement par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d’un bon cordonnier et d’un pauvre vendeur de poissons, c’est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe.»
~ Tirade de Bartolomeo Vanzetti au juge Thayer 9 avril 1927 ~

Condamnés à mort sans preuves, dossier maintenu clos malgré les aveux en prison du malfrat ayant perpétré le crime dont Sacco et Vanzetti furent injustement accusés et qui les vit périr en martyr sur la chaise électrique, cette métaphore de la barbarie moderne, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, immigrés italiens et anarchistes, détestés par l’establishment pour ces deux raisons, immortalisés dans la culture populaire par la célèbre chanson de Joan Baez sur une musique d’Ennio Morricone (voir sous l’écrit de Vanzetti), vivent toujours dans les esprits en lutte. Oui, leur agonie fut leur triomphe et au-delà, le triomphe d’une cause qui ne pourra s’éteindre que lorsque l’humain transcendera sa condition sectaire par delà le bien et le mal.

~ Résistance 71 ~

 

Vanzetti et Sacco

 

Ma vie de prolétaire

 

Bartolomeo Vanzetti

1927

 

Texte rédigé dans la prison de Charlestown de Boston, aux États-Unis, où Vanzetti et Nicola Sacco furent enfermés jusqu’à leur exécution, le 22 août 1927.

Ma vie ne peut être prise comme exemple, de quelque façon qu’on la considère. Anonyme dans la foule anonyme, elle tire sa lumière de la pensée, de l’idéal qui pousse l’humanité vers de meilleurs destins. Et cet idéal, je le résume tel qu’il me vient à l’esprit.

Je suis né le 11 juin 1888, de Jean-Baptiste Vanzetti et de Jeanne Nivello, à Villafalletto, province de Cuneo, Piémont. Cette commune qui s’élève sur la rive droite de la Maira, aux pieds d’une magnifique chaîne de montagnes[1], est essentiellement agricole. J’y ai vécu jusqu’à l’âge de treize ans, au sein de ma famille.

Je fréquentai les écoles locales ; j’aimais m’instruire et j’obtins le premier prix à l’examen de fin d’études, le second au catéchisme. Mon père hésitait entre me faire poursuivre des études et me donner un métier. Un jour, il lut dans la Gazzetta del popolo qu’à Turin, quarante-deux avocats avaient concouru pour un emploi à 45 lires par mois. Cela le décida. En 1901, il me conduisit auprès de M. Comino qui tenait une pâtisserie dans la ville de Cuneo.

J’y travaillai une vingtaine de mois ; on travaillait de sept heures du matin à dix heures du soir et j’avais trois heures de libre sortie tous les quinze jours.

De Cuneo, je me rendis à Cavour auprès de M. Goitre chez qui je travaillai trois ans. Les conditions de travail ne différaient que par le fait d’avoir cinq heures de libre au lieu de trois. Le métier ne me plaisait pas, mais je continuai pour faire plaisir à mon père et parce que je n’aurais pas su quel autre métier choisir. En 1905, de Cavour je me rendis à Turin dans l’intention de trouver du travail. Ne trouvant pas d’emploi dans cette ville, je me rendis à Cuorgnè où je travaillai six mois. De Cuorgnè je revins à Turin où je travaillai en qualité de confiseur.

A Turin, en février 1907, je tombai malade. J’avais grandi à la peine, toujours enfermé, privé d’air, de soleil et de joie comme « une triste fleur de serre. »

Mon père vint et me demanda si je préférais retourner à la maison ou aller à l’hôpital. A la maison m’attendait ma mère, ma bonne, mon adorée mère, et j’y retournai.

Les trois heures de train, je les laisse apprécier à qui a souffert de pleurésie.

Ma mère m’accueillit en sanglotant et me mit au lit ; j’y restai plus d’un mois et pendant deux autres mois je marchai en m’appuyant sur une canne. Enfin, je recouvrai la santé. De ce moment, jusqu’au jour où je partis pour l’Amérique, je vécus au sein de ma famille. Cette période fut une des plus heureuses de ma vie. J’avais vingt ans : l’âge des espoirs et des rêves, même pour celui qui, comme moi, a feuilleté précocement le livre de la vie. Je jouissais de l’amitié et de l’estime de tous : je m’occupais de la gestion du café et de cultiver le jardin de mon père.

Mais une telle sérénité fut vite anéantie par le plus atroce malheur qui puisse frapper un homme.

Un triste jour, ma mère tomba malade. Ce qu’elle souffrit, ma famille, moi, aucune plume ne peut le décrire. Le plus léger bruit lui causait des spasmes atroces. Combien de fois suis-je allé le soir à la rencontre de joyeux cortèges de jeunes qui s’approchaient en chantant, les suppliant pour l’amour de Dieu et de leur mère d’interrompre leur chant ; combien de fois ai-je prié les hommes qui bavardaient au coin de la rue de s’éloigner. Dans les dernières semaines, ses souffrances devinrent si déchirantes que ni mon père ni les parents ou les amis les plus chers n’avaient le cœur de l’assister. Moi seul eut le courage de ne jamais l’abandonner. Je l’assistai jour et nuit : deux mois durant, je ne me dévêtis point.

Les efforts de la science, les vœux, les soins, l’amour n’y purent rien ; après trois mois de lit, dans le silence crépusculaire du soir, elle expira dans mes bras.

Ce fut moi qui la plaçai dans le cercueil, moi qui l’accompagnai jusqu’à sa dernière demeure, moi qui jetai le premier une poignée de terre sur le cercueil ; je sentis qu’une partie de moi-même était descendue dans la fosse avec ma mère.

Mais ce fut trop : le temps, au lieu de l’atténuer, augmentait ma douleur.

Je vis mon père blanchir en peu de temps. Moi-même, je devenais toujours plus sombre et silencieux ; je restais des jours entiers sans parler et je passais la journée à errer dans les bois qui bordaient la Maira. Souvent, faisant une halte sur le pont, je m’arrêtais pour regarder les pierres blanches et sèches de son lit sec avec une grande envie de me jeter la tête la première et de me fracasser le crâne. Bref, je voyais avec désespoir la folie et le suicide devant moi.

C’est alors que je décidai de venir en Amérique. Le 9 juin 1908, je quittai ma chère famille. Ma douleur était telle que je les embrassai et leur serrai les mains sans pouvoir prononcer un mot.

Mon père. serré par le même étau, était muet comme moi, tandis que mes sœurs sanglotaient comme lorsque mourut maman. La population était accourue au pas des portes et me saluait émue. D’un baiser, je pris congé des amis venus m’accompagner en masse à la gare et je sautai dans le train.

Je termine par une anecdote. Quelques heures avant de partir, j’allai saluer une bonne vieille qui avait pour moi un amour maternel. Je la trouvai sur le seuil de sa maison en compagnie de la jeune épouse d’un de ses fils.

— Ah, tu es venu, me dit-elle. Je t’attendais. Va et que Dieu te bénisse ; on n’a jamais vu un fils faire pour sa mère ce que toi tu as fait. Va et sois béni.

Nous nous embrassâmes. Je me tournai vers la jeune épouse et lui tendis la main.

— Embrasse-moi aussi ; je te veux tant de bien, tu es tellement bon, me dit, en larmes, cette noble fille du peuple. Je l’embrassai et m’enfuis. Je les entendis sangloter.

Le 11 juin, je quittai Turin en direction de Modane. Pendant que la machine haletante tournait le dos à l’Italie, m’emportant vers la frontière, quelques larmes silencieuses coulèrent de mes yeux si peu habitués à pleurer. Ainsi, ce « sans patrie » abandonnait la terre natale.

Après deux jours de train à travers la France et sept autres de navigation à travers l’océan, j’arrivai à New York. Un compagnon de voyage me conduisit dans la 25ème rue, à l’angle de la 7ème avenue, où habitait un de mes concitoyens. A huit heures du soir, je descendais l’escalier mélancoliquement.

Seul, étranger, incapable de comprendre ou de me faire comprendre, je me promenai longtemps dans le quartier en quête d’un logement.

A la batteria[2], le personnel de service traitait les passagers de 3ème classe comme du bétail — triste surprise pour qui débarque plein d’espérance sur ce rivage ; le quartier ensuite produisit sur moi une impression vraiment épouvantable.

Je trouvai un logement misérable dans une maison équivoque. Trois jours après mon arrivée, mon concitoyen qui travaillait comme chef cuisinier dans un club de la 86ème rue ouest au bord de l’Hudson, m’emmena travailler avec lui en qualité de plongeur. J’y restai trois mois.

L’horaire était long ; dans la mansarde où l’on dormait, la chaleur était suffocante et les parasites ne nous laissaient pas fermer l’œil de toute la nuit. Je décidai de dormir sous les arbres.

Après avoir quitté ce poste, je trouvai le même emploi au restaurant Mauquin.

Le pantry était horrible.[3] Aucune fenêtre ; si on éteignait la lumière électrique, il fallait s’arrêter de travailler ou avancer à tâtons dans le noir pour ne pas se heurter l’un contre l’autre ou trébucher sur les objets. La vapeur de l’eau bouillante qui s’échappait des bassines où on lavait la vaisselle, les casseroles et l’argenterie, formait de grosses gouttes d’eau sur le plafond qui tombaient une à une sur les têtes moites de sueur. Pendant les heures de travail, la chaleur était horrible. Les restes des repas, amassés dans des récipients spéciaux, dégageaient des exhalaisons toxiques. Les sinks[4] n’avaient pas de tuyaux de canalisation et l’eau tombait sur le sol glissant vers le centre où s’ouvrait un trou d’évacuation. Chaque soir, ce trou se bouchait et l’eau débordait par-dessus les châssis de bois posés par terre et destinés à nous protéger de l’humidité. On pataugeait alors dans la boue.

On travaillait douze heures un jour, quatorze le lendemain ; tous les deux dimanches, on avait cinq heures de sortie. Nourriture pourrie (pour la racaille), cinq ou six écus de paye par semaine. Après huit mois, je m’en allai pour ne pas attraper la phtisie.[5]

Triste année que celle-là. Les pauvres dormaient à la belle étoile et renversaient les immondices des poubelles à la recherche d’une feuille de choux ou d’une pomme pourrie. Trois mois durant, je parcourus New York de long en large, sans réussir à trouver de travail. Un matin, dans un bureau de placement, je rencontrai un jeune plus miséreux que moi. La veille, il s’était couché sans manger et il était encore à jeun. Je le conduisis à un restaurant : après avoir dévoré un déjeuner avec une voracité de loup, il me dit que rester à New York était une bêtise et que s’il avait eu de l’argent il serait parti pour la campagne. Là-bas, au moins, on travaillait un peu, suffisamment pour gagner un morceau de pain et un grabat, sans compter l’air pur et le beau soleil qui ne coûtaient rien. Quelques sous en poche, j’en avais encore et, sans hésiter plus longtemps, le jour même, nous prîmes le Steam-Boat[6] et nous nous rendîmes à Hartford.[7] De là, nous partîmes en train pour un petit village — je ne me rappelle pas son nom — où mon compagnon avait précédemment habité. Nous nous adressâmes pour travailler à une famille américaine d’agriculteurs, mais en vain. Toutefois, à la fin, vue notre condition et plus par humanité que par nécessité, ils nous donnèrent du travail pour deux semaines. Je me souviendrai toujours de la bonté de cette famille et je regrette de ne pas me souvenir de son nom.

Je ne raconte pas ici, pour abréger, notre pèlerinage à la recherche de travail. Nous visitâmes un nombre infini de villages, mon compagnon frappait à la porte des bureaux de toutes les usines, mais en revenant, il me lançait un « rien » à vingt pas de distance. L’argent s’épuisa. Nous arrivâmes à pied près d’un village à la tombée de la nuit. Nous nous engageâmes dans une étable abandonnée et y passâmes la nuit.

A l’aube, nous partîmes en direction du village, South Glanstonberry, si je ne me trompe pas, où mon compagnon avait habité un moment. Un piémontais, fermier dans une grande plantation de pêchers, nous servit un repas copieux. Inutile de dire que nous fîmes honneur au cuisinier. Vers les trois heures de l’après-midi, nous arrivâmes à Middletown. Fatigués, déguenillés, affamés et trempés par trois heures de pluie ininterrompue.

A la première personne rencontrée, nous demandâmes s’il y avait quelque Italien du Nord (mon illustre compagnon possédait à l’excès l’esprit de clocher), et elle nous indiqua une maison voisine. Nous frappâmes à la porte ; nous fûmes reçus par deux siciliennes : la mère et la fille. Nous leur demandâmes la faveur de laisser sécher nos vêtements près du poêle. Tandis que nos vêtements séchaient, nous leur demandâmes des informations sur le travail dans le pays. Elles nous répondirent qu’il était impossible de trouver du travail et nous conseillèrent de nous rendre à Springfield, toute proche, où se trouvaient trois fours à briques.

Observant nos visages livides et nous voyant trembler, elles nous demandèrent si nous avions faim. Nous répondîmes : « Nous n’avons rien mangé depuis six heures du matin. » Alors, la fille nous tendit un gros pain et un long couteau en nous disant : « Je ne peux vous donner autre chose, j’ai cinq enfants et ma vieille maman à nourrir ; mon mari travaille sur la voie ferrée et gagne 1,35 dollar par jour et de plus, moi, je suis malade depuis longtemps. » Pendant que je coupais le pain, elle nous tendit trois pommes qu’elle avait réussi à dénicher au fond d’une huche. Restaurés tant bien que mal, nous partîmes à la recherche des fours.

Qu’y aura-t-il là-bas où s’élève cette cheminée ? demandai-je à mon compagnon.

La briqueterie.

Nous allons demander du travail ?

Il est trop tard, répondit-il, nous ne trouverons personne sur place.

Nous irons à la maison des patrons.

— Allez, continuons, nous trouverons mieux ; ce sont de sales boulots, impossibles pour toi.

Pendant que les demandes et les réponses se succédaient, je retournai en esprit, auprès de cette pauvre famille songeant que ce soir-là, à son maigre repas, manquerait le pain que nous avions mangé, et je sentis un frisson en pensant au froid enduré la nuit précédente. Je me regardai : j’étais couvert de haillons.

La réalité me poussa à persévérer dans l’idée qu’il était nécessaire de trouver du travail à tout prix et d’en finir avec cette vie de privation inouïe.

Allons, demande du travail, dis-je encore à mon compagnon de misère.

Avançons, répondit-il de nouveau avec un accent goguenard.

Non, si tu ne veux pas va au moins demander du travail pour moi.

Voyant qu’il ne s’arrêtait pas, d’un saut je me plantai devant lui. Je devais être bouleversé car je le vis pâlir.

— Eh ! tu es vraiment un green[8], me répondit-il. Mais il demanda et obtint du travail.

Lui, il s’enfuit après vingt jours sans donner un sou à la famille qui nous avait offert l’hospitalité. Moi, je travaillai dans cette place une dizaine de mois. Nous étions une colonie de Piémontais, de Lombards et de Vénitiens ; il y avait un petit orchestre, on dansait et on chantait beaucoup ; du moins ceux qui en étaient capables bien entendu. Pas moi qui pour la danse ne montrai aucune adresse.

Mais il y avait aussi les fièvres et tous les jours quelqu’un claquait des dents.

De Springfield, je me rendis à Meridan,[9] où je travaillai pour un entrepreneur dans deux carrières de pierre, en qualité de manœuvre. Je vécus, pendant les deux années où je restai là, avec deux bons petits vieux, le mari et la femme, tous deux toscans, apprenant ainsi la belle langue toscane.

De Meridan, à la suite d’invitations répétées d’un de mes concitoyens, je retournai à New York. « Cherche dans ton métier, » me dit-il. En fait, je trouvai du travail au Sovarin’s Restaurant, à Broadway, en qualité d’aide-pâtissier. Après six ou huit mois, je fus licencié, je ne sais si ce fut par erreur ou à cause de la perfidie de mes compagnons de travail. Je trouvai presque aussitôt du travail dans un hôtel situé sur la 7ème avenue, entre la 4ème et la 47ème rue, si je ne me trompe. Cinq mois après, je fus licencié.

A cette époque, les chefs changeaient souvent d’ouvriers,[10] partageant avec les bureaux de placement le pourcentage de la paie que les ouvriers déboursaient pour obtenir l’emploi.

Le concitoyen qui me logeait répétait sans cesse : « Ne te décourage pas, cherche dans ta branche. Tant que j’aurais une maison, pain et lit ne te manqueront pas et quand tu auras besoin d’argent tu n’auras qu’à me le dire. » Et il me donnait de temps en temps de l’argent sans que j’en demande.

Il y a de grands cœurs parmi la canaille, n’est-ce pas les pharisiens ?

Pendant cinq mois, je battis les trottoirs de New York sans réussir à trouver du travail, non seulement dans mon métier mais même comme plongeur. Finalement, j’échouai dans un bureau de Mulberry Street, qui cherchait des hommes pour des travaux de terrassement. Je me proposai ; je fus conduit avec un troupeau d’autres loqueteux dans un baraquement au milieu des bois, dans le Massachusetts, près de Springfield, où on construisait un tronçon de voie ferrée. Je travaillai là jusqu’à ce que j’eus payé les cent écus de dettes que j’avais laissés à New York et grappillé un petit magot, après quoi, je me rendis avec un autre compagnon dans un baraquement des environs de Worcester. Je travaillai d’abord dans une fabrique de fil de fer puis comme manœuvre. Là, je vécus plus d’un an et je connus des compagnons et des amis dont je garde au cœur le souvenir fort de l’affection inaltérée et inaltérable.

De Worcester, je me rendis à Plymouth (il y a maintenant sept ans) : je travaillai d’abord dans la villa de M. Stone, pendant plus d’une année, puis pour la Cordage Co., pendant environ dix-huit mois. Abandonnant le travail à l’usine, je commençai à travailler comme manœuvre sur les chantiers. Je travaillai pour MM. Sampson et Douland, pour la commune : je peux presque dire que j’ai participé à tous les principaux chantiers de Plymouth ; je crois superflu de prendre de la place pour exposer et démontrer ce que tous savent : mon assiduité au travail, la modestie de ma vie.

Environ huit mois avant mon arrestation, un ami qui voulait regagner sa patrie me dit : « Pourquoi n’achètes-tu pas ma charrette avec les couteaux et la balance et ne vas-tu pas vendre du poisson au lieu de t’assujettir aux bosses ? »[11] C’est ainsi que j’achetai le tacot et devins marchand de poisson par amour de l’indépendance. Déjà en ce temps-là — 1919 — le désir de revoir ma chère famille, la nostalgie de ma terre natale, s’étaient emparés de moi ; mon père qui ne m’écrivait pas une lettre sans m’inviter à rentrer, insistait plus que jamais, et ma bonne sœur Louise se joignait à lui. Les affaires étaient maigres, toutefois, en travaillant comme un nègre, je continuais. Le 24 décembre fut le dernier jour de 1919 où je vendis du poisson ; le froid et les intempéries m’obligèrent à m’interrompre. Peu de jours après Noël, je commençai à travailler pour M. Petersani à casser la glace. Un jour qu’il n’y avait pas de travail pour tout le monde, je travaillai à l’Electric House à transporter le charbon aux chaudières. Abandonnant la glace, je travaillai pour M. Houland dans les forages pour la Zinc Co., jusqu’à ce que la grande neigée me contraigne à l’oisiveté. Erreur ; je me mis aussitôt au service de la town pour débarrasser de la neige les rues puis les rails des trains à la gare de marchandises et à celle des voyageurs.[12]

Ce travail occasionnel terminé, je travaillai à la construction d’une conduite d’eau que M. Sampson effectuait pour le compte de la Puritan Wollen Mill, et j’y restai jusqu’à la fin des travaux.

On était à l’époque de la grève des cheminots ; par conséquent le ciment manquait et c’est la raison pour laquelle il me fut impossible de trouver du travail. Alors, je recommençai à vendre du poisson quand je pouvais en avoir ; lorsqu’il m’était impossible de m’en procurer, je ramassais des clams mais le profit était lilliputien,[13] le coût du poisson et le transport ne laissaient pas de marge de profit.

Un jour du mois d’avril, la vente rapidement terminée, je me rendis au bord de la baie où je trouvai mon pêcheur occupé à préparer sa barque. On parla de la mer, de la pêche, de la vente, etc. Je lui dis que j’avais une petite clientèle, que je m’étais habitué à mon travail mais que pour le moment je préférais travailler ailleurs, tout au moins jusqu’à ce que la pêche ait commencé à Plymouth. « Cherche du travail à ta convenance, me dit-il. Dans deux semaines, je commencerai la pêche et si tu veux nous pécherons et nous vendrons ensemble, en divisant la recette. » J’acceptai.

Pour ne pas perdre de temps, le lendemain à l’aube j’étais sur la route à la recherche de travail.

As-tu du travail pour moi ? demandai-je à un foreman.[14]

Non, je n’ai même pas de travail pour les vieux ouvriers.

Voyant l’échafaudage pour le concrete,[15] je lui demandai quand il commencerait à le faire.

Dis-moi quand arrivera le ciment et je te dirai quand nous commencerons.

Au diable l’avarice, me dis-je à moi-même, en rentrant chez moi. J’ai travaillé tout l’hiver, bientôt je commencerai la pêche. Eh bien, je veux me distraire un peu pendant ce laps de temps.

Peu après, je reçus une lettre de l’ami et camarade Sacco. Il m’invitait à aller le retrouver rapidement car sa mère étant morte il comptait rentrer en Italie.

Arrivé à Boston le dimanche 2 mai, j’allais trouver Sacco le lundi suivant. Le 5 mai, je fus arrêté alors qu’avec Sacco nous retournions ensemble à Brockton.

Après onze jours de procès, je fus déclaré coupable. Le 16 août, je fus condamné à quinze ans de prison pour un délit que je n’avais pas commis.

J’ai fréquenté l’école de six à treize ans. J’aimais l’étude d’une vraie passion. Durant les trois ans passés à Cavour, j’eus la chance d’approcher quelques personnes savantes. Je lisais tous les journaux qui me tombaient entre les mains. Mon patron était abonné à un hebdomadaire catholique de Gênes. J’étais alors un fervent catholique.

A Turin, je n’ai fréquenté que des camarades de travail, jeunes employés de magasin et ouvriers. Mes camarades de travail se disaient socialistes et raillaient ma religiosité, me traitant de bigot et de dévot. Un jour, je me bagarrai avec l’un d’eux.

Maintenant que du socialisme je connais toutes les écoles, je me rends compte qu’ils ne connaissaient même pas la signification du mot socialisme. Ils se disaient tels par sympathie pour De Amicis[16] et par esprit du lieu et du moment ; tant et si bien que rapidement moi aussi je commençai à aimer le socialisme, sans le connaître, et à me croire socialiste.

Somme toute, le degré d’évolution de cette petite communauté me fut bénéfique et me fit faire quelques progrès. L’humanisme et l’égalité des droits commencèrent à pénétrer dans mon cœur. Je lus Cœur de De Amicis et plus tard Voyages et les Amis.

A la maison, il y avait un livre de saint Augustin. Il ne m’en reste en tête que cette sentence : « Le sang des martyrs est la semence de la liberté. » Je trouvai aussi I promessi Sposi[17] et je le lus deux fois ; enfin je trouvai une Divine Comédie[18] couverte de poussière.

Hélas ! Mes dents n’étaient pas faites pour un tel os ; toutefois, je me préparais à ronger désespérément et pas en vain, je crois.

Dans les derniers temps où je demeurai au pays, j’appris beaucoup du docteur Francia, du chimiste Scrimaglio et du vétérinaire Bo.

Déjà à cette époque, je comprenais que les plaies qui déchirent l’humanité sont l’ignorance et la dégénérescence des sentiments naturels. Ma religion n’avait plus besoin de temples, d’autels et de prières formelles. Dieu était pour moi un Être spirituel parfait, dépouillé de tout attribut humain.

Bien que mon père m’ait souvent dit que la religion est nécessaire pour mettre un frein aux passions humaines et consoler l’homme affligé, moi j’hésitais entre l’acceptation et le refus. Je traversai l’océan dans cet état d’âme.

Arrivé ici, j’éprouvai toutes les souffrances, les désillusions les chagrins, inévitables de celui qui débarque à vingt ans, ignorant de la vie et un peu rêveur. Ici, je vis toutes les saletés de la vie : toutes les injustices, la corruption, l’égarement dans lequel s’agite tragiquement l’humanité.

Malgré tout, je réussis à me fortifier physiquement et intellectuellement. C’est ici que j’étudiai les œuvres de Pierre Kropotkine, de Gori, de Merlino, de Malatesta, de Reclus. Je lus le Capital de Marx, les travaux de Leone, de Labriola, le Testament politique de Carlo Piscane, les Devoirs de l’homme de Mazzini, et bien d’autres œuvres à caractère social. Ici, je lus les livres de chaque fraction socialiste, patriotique et religieuse, ici j’étudiai la Bible, la Vie de Jésus de Renan et le Jésus-Christ n’a jamais existé de Milesbo ;19 ici, je lus l’histoire grecque et romaine, les Croisades, deux commentaires d’histoire naturelle, l’histoire des États-Unis, de la Révolution française et de l’italienne. J’étudiai Darwin, Spencer, Laplace et Flammarion, je revins sur la Divine Comédie, sur la Jérusalem délivrée, et je sanglotai avec Leopardi. Je lus les œuvres de Victor Hugo, de Léon Tolstoï, de Zola, de Cantû, les poésies de Giusti, de Guerrini, de Rapisardi et de Carducci. Ne me crois pas un puits de science, cher lecteur ; l’erreur serait énorme.

Mon instruction de base fut trop incomplète et mon état intellectuel n’est pas suffisant pour mettre à profit et assimiler entièrement un si vaste matériau. Et puis, tu dois considérer que j’étudiais tout en travaillant durement et sans commodité aucune. A l’étude, cependant, j’ajoutai une observation minutieuse, continue et inexorable des hommes, des animaux, des plantes, tout ce qui — en un mot — environne l’homme. Le livre de la vie : voilà le livre des livres ! Tous les autres n’ont pour but que d’apprendre à lire celui-là. Livres honnêtes, s’entend, car les malhonnêtes poursuivent un autre but.

La méditation de ce grand livre détermina mes actions et mes principes ; je méprisai la devise « Chacun pour soi et Dieu pour tous, » je me rangeai du côté des faibles, des pauvres, des opprimés, des simples et des persécutés, je compris qu’au nom de Dieu, de la Loi, de la Patrie, de la Liberté, des plus pures abstractions de la pensée, des plus nobles idéaux humains, on perpétrait et on continuerait de perpétrer les crimes les plus féroces, jusqu’au jour où, la lumière acquise, il ne sera plus possible à un petit nombre de faire commettre le mal, au nom du bien, au plus grand nombre.

Je compris que l’homme ne peut impunément piétiner les lois non écrites, ni violer les liens qui l’unissent à l’univers. Je compris que les montagnes, les mers, les fleuves appelés frontières naturelles se sont formés antérieurement à l’homme, par un ensemble de processus physiques et chimiques et non pour diviser les peuples.

J’eus confiance dans la fraternité, dans l’amour universel. Je fus convaincu que celui qui fait du bien ou du mal à un homme fait du bien ou du mal à l’espèce. Je cherchai ma liberté dans la liberté de tous, mon bonheur dans le bonheur de tous.

Je compris que l’égalité de fait, dans les nécessités humaines, des droits et des devoirs est la seule base morale sur laquelle puisse se fonder une société humaine. Je gagnai mon pain honnêtement à la sueur de mon front ; je n’ai pas une goutte de sang sur les mains ni sur la conscience.

A présent ? A trente-trois ans, je suis candidat au bagne et à la mort.

Et cela m’étonnerait fort qu’il n’en soit pas ainsi.

Pourtant, si je devais recommencer le « chemin de notre vie », je reprendrais la même route, cherchant cependant à réduire la somme des fautes et des erreurs et à multiplier celle des bonnes actions.

J’adresse aux camarades, aux amis, à tous les bons, un fraternel baiser, ma profonde reconnaissance, mon amour et mes vœux.

Bartolomeo Vanzetti

Post-scriptum

Je compris que le but suprême de l’homme est le bonheur ; que les bases immuables et éternelles du bonheur humain sont : la santé, la tranquillité de la conscience, la liberté, la satisfaction des besoins physiques et une foi sincère. Je compris que tout individu a deux « moi », l’un réel et l’autre idéal, que le second est le ressort du progrès et que chercher à identifier le premier au second relève de la mauvaise foi. La différence entre les deux « moi » reste constante car, aussi bien dans la perfection que dans la dégénérescence, la même distance les sépare.

Je compris que l’homme n’est jamais assez modeste envers lui-même et qu’un peu de sagesse existe dans la tolérance.

Je voulus un toit pour chaque famille, un pain pour chaque bouche, l’éducation pour chaque cœur, la lumière pour chaque intelligence.

Je suis convaincu que l’histoire humaine n’est pas encore commencée, que nous nous trouvons dans la dernière période de la préhistoire. Je vois avec les yeux de l’âme le ciel s’éclairer des rayons du nouveau millénaire.

J’estimai inaliénable le droit à la liberté de conscience, comme celui à la vie. Je cherchai de toutes mes forces à faire converger le savoir humain au profit de tous. Je sais par expérience que les droits et les privilèges s’acquièrent et se conservent par la force et qu’il en sera ainsi tant que l’humanité ne se sera pas améliorée elle-même.

Dans la véritable future histoire humaine, une fois abolis les classes et les privilèges, ainsi que les antagonismes d’intérêts entre l’homme et l’homme, le progrès et les mutations seront déterminés seulement par l’intelligence et par un commun intérêt général.

Si nous et la génération que portent en leur sein nos femmes n’arrivons pas à ce résultat, nous n’aurons rien obtenu de réel et l’humanité continuera d’être toujours plus misérable et malheureuse.

Reconnue la nécessité d’invoquer la force au service du bien contre le règne du mal, je suis et je serai jusqu’au moment suprême (sauf si je m’aperçois que je suis dans l’erreur) communiste-anarchiste parce que je crois que le communisme est la forme la plus humaine du contrat social, parce que je sais que c’est seulement avec la liberté que l’homme s’élève, s’ennoblit et se complète.

[1] Les Alpes cotiennes, qui culminent au Mont Viso, à 3841 m

[2] Vanzetti italianise le nom du centre d’accueil, en anglais « Battery »

[3] L’office, les dépendances de la cuisine

[4] Éviers

[5] Tuberculose

[6] Bateau à vapeur

[7] Dans le Connecticut

[8] En français un bleu, quelqu’un qui débute, qui manque d’expérience ; littéralement « un vert »

[9] Toujours dans le Connecticut

[10] En français dans le texte

[11] Patrons, chefs

[12] La ville

[13] Palourdes

[14] Contremaître

[15] Ciment

[16] Edmondo De Amicis (1846-1908) auteur en 1886 du « best-seller » Cuore, que tout jeune Italien du XXème siècle a lu, véritable manuel d’instruction civique se distanciant de la religion. En 1890, écrivain adulé, il découvre le socialisme et par la suite ses écrits réflèteront son intérêt pour les couches populaires, publiant entre autres des articles dans Critica Sociale et La Lotta di Classe.

[17] I promessi, sposi (en français : les Fiancés) est un autre immense succès de la littérature italienne, sans doute la plus représentative du Risorgimento et du Romantisme italien, écrit vers 1820 par Alessandro Manzoni (1785-1873). Pour Umberto Ecco, ce roman est l’archétype du roman historique (le récit se passe au XVIIème siècle)

[18] Initialement appelée La Comedia, cet immense poème allégorique en trois chants, de Dante Alighieri (1265-1321) est considéré comme l’œuvre fondatrice de la langue italienne.

 

Résistance et solidarité: Avec le Rojava contre la guerre de la Turquie (Commune Internationaliste du Rojava)

Posted in actualité, altermondialisme, écologie & climat, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 31 janvier 2019 by Résistance 71


Réseau Résistance Rébellion International

 

Avec le Rojava contre la guerre de la Turquie

 

Commune Internationaliste du Rojava

 

24 janvier 2019

 

url de l’article:

http://internationalistcommune.com/stand-with-rojava-oppose-turkeys-war/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistsance 71 ~

 

Une fois de plus, la menace d’une autre guerre pointe son nez sur le nord de la Syrie. Les troupes turques et leurs mercenaires islamistes se massent aux frontières de la Fédération Démocratique du Nord de la Syrie qui s’auto-gouverne ; ces régions à prédominance kurde aussi connues sous le nom de Rojava. Les Turcs et leurs sbires se préparent à une invasion qui causera de nombreux morts et le déplacement, la migration, de dizaines voire de centaines de milliers de personnes civiles.

La situation sur le terrain est extrêmement tendue. Les populations de Mandjib et de Kobané ont formé un bouclier humain afin de protester contre l’invasion turque et se sont préparées à la guerre. Les Unités de Défense Populaires et Féminines (YPG et YPJ), tout comme les milices locales ne font pas que défendre leurs terres, mais elles défendent l’espoir. L’espoir d’une vie meilleure qui s’étend bien au-delà de la Syrie du nord. Un espoir qui a inspiré un bon nombre d’internationalistes du monde entier de venir ici au Rojava et de se joindre à la lutte.

Le week-end à venir, ils appelleront pour des journées mondiales d’action commune pour parler et manifester contre la menace de l’invasion turque.

“Sable et mort”

Peu de temps avant Noël, le président Trump a annoncé qu’il ordonnait le retrait des troupes américaines de Syrie, laissant la route libre à une invasion anticipée de longue date du Rojava par la Turquie et ses sbires mercenaires islamistes par procuration. Pourquoi ce changement si soudain de direction ? Depuis l’effondrement de l’URSS, les préoccupations principales des Etats-Unis et de ses alliés de l’OTAN au Moyen-Orient ont été d’affirmer leur contrôle et leur influence et d’affaiblir les positions de la Russie et de l’Iran dans la région. En œuvrant à ces objectifs, les états de l’OTAN ont mené une guerre partout dans la région, ont aidé les groupes terroristes islamistes, ont établi des milices et ont soutenu des régimes dictatoriaux.

Aujourd’hui, cette stratégie est en lambeaux, tandis que la Russie et l’Iran ont réussi à étendre leur influence dans la région. A l’exception d’Israël et de l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis sont relativement seuls maintenant que l’allié de l’OTAN Turquie, elle aussi, tourne le dos à la coalition et recherche activement un rapprochement avec la Russie et l’Iran. A cet égard, il serait logique pour Washington d’essayer d’obtenir un accord avec Ankara pour les ramener dans le moule, sacrifiant la Syrie du Nord dans le processus. D’après Trump, il n’y a pas grand chose à y gagner pour les Etats-Unis de toute façon, mis à part du “sable et la mort”. De manière admise, beaucoup de personnes au sein de l’establishment américain ne voient pas les choses de cette façon., ils ne veulent pas laisser le champ libre à l’Iran ni à la Russie et ils ne veulent pas dépendre exclusivement de la Turquie.

Dès que Trump eut fini d’appeler Erdogan au téléphone, il se retrouva dans la ligne de mire de sévères critiques et a dû rapidement faire marche arrière. Le scenario suivant ne fut pas pour rien dans ce revirement: Bachar al Assad annonça que l’armée syrienne prendrait la place des Etats-Unis, bien entendu avec le soutien de la Russie et de l’Iran.

En réponse à l’annonce surprise de Trump, la France déclara que ses troupes demeureront en Syrie et rapidement, Trump revint sur ses décisions précédentes, disant qu’il était d’accord pour ralentir le processus. Après un attentat suicide revendiqué par l’EIIL/EI, qui tua plusieurs militaires américains à Mandjib le 16 janvier, l’affirmation non vérifiée de Trump disant que l’EI/Daesh avait été vaincu fut encore une fois prouvée fausse. Il apparaît pour l’heure, que les forces de la coalition maintiendront une présence sur le terrain à la fois pour continuer le combat contre l’EIIL et aussi pour protéger leurs alliés kurdes d’une attaque de la Turquie.


Confédéralisme Démocratique

Remonter le temps ?

Est-ce que cela veut dire que le peuple du Rojava et sa révolution sont maintenant en sécurité ? Pas du tout. Ni Assad, ni la Russie, ni aucune des puissances occidentales ne sont concernés par la protection de la population de la Syrie du Nord, ni de la sécurité des Kurdes ou de quelque autre minorité de la région que ce soit et certainement pas préoccupés par la sécurité et la libération des femmes et de la révolution démocratique en cours dans la région du Rojava. Ceci est devenu on ne peut plus évident l’an dernier après l’invasion de la région d’Afrin par l’armée turque et ses alliés des groupes djihadistes, ce avec le consentement à la fois de la Russie et de l’occident.

Cette fois encore, c’est la Russie qui a les cartes en main. S’il devait y avoir un accord entre Moscou et Ankara, alors Poutine pourra ordonner à Assad de se retirer et donner le feu vert à Erdogan pour l’invasion. Cet accord concernerait la situation à Idlib, une des dernières régions de Syrie qui n’a pas encore été ramenée sous le contrôle du régime. Erdogan pourrait être d’accord pour retirer ses groupes islamistes du Front de Libération National (Jabhat al-Wataniya lil-Tahrir) de la région d’Idlib, permettant ainsi une offensive des forces gouvernementales syriennes contre la forteresse islamiste. En retour, Assad offrirait le Rojava à la Turquie.

Bref, le Rojava demeure en très grand danger. Pour imaginer ce qu’une nouvelle guerre ferait aux gens d’ici, il n’y a qu’à regarder la situation dans les régions kurdes du sud-est de la Turquie ou dans la région d’Afrin occupée. Spécifiquement pour les femmes, une occupation par les forces cléricales fascistes serait un vrai désastre. Quant à Afrin, ce serait un retour en arrière et annulerait tout ce qui a été obtenu en termes de libération des femmes.

De nombreux appels contre la guerre ont été lancés ces dernières semaines. La demande est faite pour que les états et les entreprises impliqués dans la guerre en Syrie arrêtent Erdogan et arrêtent de vendre des armes à la Turquie. D’autres demandes suggérèrent d’établir une zone de contrôle aérien contre les avions de guerre turcs. Ces appels sont urgents, mais il est douteux qu’ils soient entendus par les états et les entreprises. S’ils sont entendus, rien ne se fera par gentillesse, mais seulement parce qu’ils seront forcés de le faire. et cela ne se produira pas sans une certaine mise sous pression par la base.

Protéger l’écologie mésopotamienne

“Nous aussi allons défendre le Rojava !” explique un internationaliste français dans une de nos vidéos publiées par la Commune Internationaliste #resistancediaries. La résistance contre le fascisme turque ne se fait pas seulement au Rojava. Quelques douzaines de Kurdes et leurs alliés se sont mis en grève de la faim, en rotation, demandant la fin de la mise à l’isolement du leader du PKK Abdullah Ocalan. Des actions solidaires avec des grèves de la faim ont été organisées dans le monde entier, impliquant à la fois des militants kurdes et des prisonniers politiques turcs, avec en premier lieu la députée HDP Leyla Güven, qui en est à sa 78ème journée de grève de la faim.

Dimanche et lundi prochains sont prévues des actions de solidarité dans des pays autour du monde en plus de la Commune Internationaliste et au groupe activiste féministe allemand Gemeinsam Kämpfen, beaucoup de groupes écologistes ont répondu à l’appel de la campagne du “Rendre le Rojava Vert de Nouveau” et du mouvement écologiste de Mésopotamie, ainsi que d’activistes écologistes du Canada, de groupes anti-chasse britanniques et du mouvement anti-charbon allemand Ende Gelände.

Ces dernières années, un mouvement écologiste divers, coloré et parfois radical a pris racine en Mésopotamie. Ce mouvement a pris naissance suite à la dévastation écologique ayant cours dans toute la région en résultat des guerres impérialistes qui y sont menées, de la négligence environnementale de la politique régionale. La production pétrolière, la construction de barrage hydro-électrique, la déforestation, la désertification et l’énorme chaos écologique dû aux puits de pétrole en feu, du bombardement des usines et de l’utilisation d’armes à munition à l’uranium appauvri pendant les guerres de ces dernières décennies, ne sont juste que quelques exemples de ce marasme écologique.

Ce mouvement est toujours petit, mais il pose des questions très importantes. Les gens de la région ont aussi trouvé des réponses. Dès le début, la révolution sociale du Rojava fut aussi conçue comme une révolution écologique en poursuivant le but d’une société décentralisée auto-gouvernée et en harmonie avec la nature. Le but est de parvenir à établir un système municipal ayant une agriculture, une source d’énergie et unité de recyclage décentralisées. Une vision sociale déjà conçue par des éco-socialistes comme Murray Bookchin.

Révolution et reboisement

Malheureusement, dans bien des cas, ces idéaux ne demeurent que cela: des idéaux. A cause de la terrible situation économique, les embargos et la guerre, les initiatives écologiques sont le plus souvent mises sur la touche. Mais il y a de gros progrès au Rojava, spécifiquement dans le domaine du reboisement. Ces dernières décennies, le gouvernement syrien a coupé dans la région, le peu de forêt qui y restait. Ceci mena à une désertification accrue et à un sévère manque de retenues d’eau. Mais avec la révolution, petit à petit les arbres reviennent.

Ce processus est soutenu par la campagne internationaliste du “Rendre le Rojava Vert de Nouveau”, qui construit une ferme arboricole sur le site de la Commune Internationaliste du Rojava (CIR). Les internationalistes ont déjà replanté des milliers d’arbres et sont construites des stations d’épuration pour l’eau et des centres de traitement des déchets. Des modèles pour le recyclage de l’eau sont en train d’être développés pour les municipalités locales.

Par dessus tout doit-être résolu le problème de manque d’eau, c’est un problème urgent dans tout le nord de la Syrie et au Moyen-Orient au sens large. La guerre du pouvoir dans la région est toujours au sujet de l’eau. Le manque d’eau est devenu un gros problème pour bien des gens. Les paysans ont toujours été dépendants de l’eau des rivières pour l’irrigation, eau qui provient de rivières ayant leurs sources dans le nord de la Turquie avant de redescendre à travers la Syrie et l’Irak.

Erdogan le sait: quiconque contrôle l’eau, contrôle la vie. L’état turc a, depuis bien des années, construit des super barrages hydro-électriques dans le sud-est du pays, comme celui de Hasyankeyf. C’est pourquoi le niveau de l’eau des rivières les plus importantes de la région: l’Euphrate, le Tigris et la Xabur, décroit tout le temps. Des régions entières se désertifient, pas seulement au Rojava mais aussi en Irak.

Il y a quoi qu’il en soit, une solution partielle à ce problème: le reboisement peut singulièrement inverser l’assèchement des sols. Il y a aussi le système de filtrage qui empêche l’eau de se polluer et d’être perdue. La CIR fat aussi des recherches en ce domaine avec le développement d’un système aquifère noir et gris.

Renforcer la résistance

Mais maintenant, même la fragile graine du réveil écologique du Rojava est menacée par la guerre d’Erdogan. Cette guerre pourrait non seulement provoquer de bien grandes misères et souffrances humaines et de destructions matérielles, mais elle pourrait aussi détruire le mode de vie écologique des gens. A Afrin, l’armée turque a mis le feu à des oliveraies pendant son invasion il y a un an.

Non seulement la guerre en Syrie, mais aussi la guerre Iran-Irak et les deux invasions de l’Irak ont causé d’énormes dégâts. Les fumées des brasiers des puits pétroliers allumés lors de l’invasion militaire américaine de l’Irak contenaient des milliers de tonnes de dioxide de soufre, d’oxydes d’azote et  de monoxyde de carbone. De plus, se répandirent des métaux lourds cancérigènes comme le cadmium, le chromium et le plomb. Les bombardements ont touché les usines irakiennes, les raffineries, les oléoducs, les usines d’engrais et chimiques, les barrages et les centrales énergétiques. En résultat, des milliers et des milliers de moutons, de dromadaires moururent de la pollution de l’eau et de l’air.

Dernier cas et non des moindres, les tonnes d’uranium appauvri résultant des munitions tirées et jonchant le territoire continuent de polluer la terre et l’eau aujourd’hui. Jusqu’à aujourd’hui, des milliers d’enfants souffrant de cancers et autres maladies causées par les radiations doivent être hospitalisés en Irak. Tout cela est causé par l’uranium appauvri qui demeure sur place.

Une image similaire semble émerger en Syrie: ces dernières années, des champs pétroliers ont été incendiés encore et encore, des factions belligérantes ont utilisé des agents chimiques comme le sarin ou des agents chimiques incendiaires comme le phosphore blanc. La lutte pour l’eau et la destruction guerrière de la nature nous montrent clairement pourquoi l’écologie et la lutte contre la guerre et l’impérialisme sont inter-reliées. C’est pourquoi tant de groupes soutiennent les actions des 27 et 28 janvier. La guerre d’Erdogan doit être empêchée afin de sauver bien des vies, pour protéger la révolution et pour stopper toujours plus de destruction de l’environnement.

Notre réponse à la menace de la guerre doit être le renforcement de la résistance et les jours d’actions communes montrent dans quelles directions la résistance doit se développer. Cela doit être clair: le nord de la Syrie est l’affaire de toutes et tous. Le Rojava n’est pas seulement une affaire pour le mouvement anti-guerre et pacifiste ou pour les initiatives solidaires autour du Kurdistan. Il concerne tout le monde. Si nous nous comportons intelligemment, nous pouvons retourner les menaces d’Erdogan en des forces progressistes offensives et ainsi connecter entre elles les forces féministes, écologistes, socialistes et libertaires.

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Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

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David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

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Effondrer le colonialisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

Appel au Socialisme Gustav Landauer