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Réajustement historique… Les anarchistes espagnols dans la résistance française 1940-45

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 24 juin 2022 by Résistance 71

Nous diffusons ici un superbe texte historique qui remet les pendules à l’heure sur les trahisons perpétuelles de la gauchiasse étatico-marchande, gardienne du système marchand comme son pendant de “droite”, envers des combattants et insurgés anarchistes, ce, de la révolution espagnole à bien après la seconde guerre mondiale. La trahison des marxistes autoritaires d’état s’est perpétuée au-delà de la révolution espagnole et les partis communistes français et espagnols ont liquidé bon nombre d’anarchistes des maquis à la fin de la guerre…
Nous profitons de cette occasion pour rendre hommage à Alex, alors très jeune participant des réseaux de passeurs pyrénéens entre 1939 et 1945, qui nous a quitté il y a peu et qui fut résistant dans l’âme toute sa vie. Oui, honneur aux braves !
~ Résistance 71 ~

FAI-CNT1

Les anarchistes espagnols et la résistance française

Socialisme Libertaire

Juin 2022

Source :
https://www.socialisme-libertaire.fr/2022/05/les-anarchistes-espagnols-et-la-resistance-francaise.html

« Les Espagnols sont plus de 500 000 à fuir Franco entre le mois d’août 1938 et le 12 février 1939. Parmi eux, beaucoup de miliciens aguerris, la tête pleine de compagnons tombés au front, d’amies violées, de parents massacrés ; des combattants défaits qui ne survivent que par leur haine du fascisme, sous la neige, dans des prés entourés de barbelés où sévissent la dysenterie et la famine, appelés déjà « camps de concentration », symbolisant à eux seuls l’hospitalité française, fidèle à l’attitude criminelle des démocraties occidentales vis-à-vis du peuple espagnol durant la guerre civile.

Ces militants ont eu du poids dans la Résistance, un poids que l’on cache souvent. Pourtant, la célèbre 2e division blindée (DB) du général Leclerc est en partie composée d’Espagnols ; dans tous les maquis, ils sont les premiers résistants. Parmi eux, les anarcho-syndicalistes – courant majoritaire durant la guerre civile – sont encore présents dans la lutte en France. Il n’est pas simple de suivre leur trajectoire.

La victoire de Franco, c’est d’abord leur défaite militaire et politique. Durant toute la résistance (et même après), l’empreinte de cette défaite influe sur les décisions prises et celles qui ne le sont pas… Ce courant est aussi celui qui a le plus souffert et qui souffre encore, car il est isolé. Dans les camps, les militants du PCE noyautent les instances, avec l’aide du PCF, et discriminent les anarchistes.

Par ailleurs, le gouvernement français les hait plus que tout, et certains de leurs représentants les plus illustres, comme Juan Peiró, sont livrés à Franco par Daladier et fusillés. Le courant anarcho-syndicaliste doit se réorganiser, il a du mal ; il doit faire face à une situation nouvelle… Comme toujours, dans les organisations libertaires, le vide organique est remplacé par la spontanéité des militants qui finissent par réorganiser le mouvement. Cela pose aussi des problèmes à qui veut en faire une rétrospective : la complexité due à la multitude des expériences parfois contradictoires.

Deux périodes distinctes apparaissent : la période de réorganisation, où il faut faire la distinction entre le mouvement qui s’organise et l’action concrète des militants dans la lutte, et la période des huit derniers mois avant la Libération, où se pose le problème d’adhérer ou non à la Unión Nacional Española (UNE), une organisation tenue par les militants du Parti communiste espagnol (PCE) et du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC), qui se veut hégémonique par- mi les résistants espagnols.

Un mouvement qui s’organise tant bien que mal 

Dès le 25 février 1939, le mouvement tente de se réorganiser. Le comité national de la CNT et les comités péninsulaires de la FAI et de la FIJL [1] s’unissent dans une seule et même organisation : le Mouvement Libertaire en Exil (MLE). Dans le conseil général du MLE figurent des noms déjà célèbres et qui ont de l’importance durant toute la période, tels que Germinal de Souza, Mariano Rodriguez Vázquez, Gresco Isgleas, Germinal Esgleas (compagnon de Federica Montseny), Pedro Herrera, Juan Gallego Crespo et Juan Manuel Molina (Juanel) qui est responsable des liaisons avec les camps de concentration. Par la suite et durant la guerre, le MLE s’organise, s’étend, par le biais de plusieurs commissions, en zone libre et en zone occupée qui représentent des groupes de militants affiliés dans des villes ou des lieux géographiques.

Ainsi, une des commissions les plus actives dans la reconstruction du mouvement libertaire est celle du barrage de l’Aigle où, nous le verrons, le maquis est tenu par la CNT espagnole. Il faut souligner que les mêmes militants sont partie prenante de la Résistance et de la réorganisation du mouvement, ce qui est peu adéquat à l’action clandestine. Ainsi, actions armées et structures organiques se chevauchent parfois, ce qui a des conséquences fâcheuses lors des arrestations. D’autant que le gouvernement de Vichy a fait de la neutralisation du MLE une priorité. Ainsi, dès fin 1941, la répression s’abat sur le MLE.

C’est le premier mouvement de résistance espagnol qui subit un tel coup (les autres subissent le même sort par la suite). Les principaux responsables du MLE, c’est-à-dire les militants les plus aguerris qui ne sont pas encore emprisonnés ou morts, sont arrêtés. On reconnaît les noms de Germinal Esgleas (secrétaire du MLE), Federica Montseny, Germinal de Souza (secrétaire de la FAI), Francisco Isgleas Pierman, Valerien Mas Casas, Pedro Herra Camarero (membre du comité péninsulaire de la FAI et délégué au conseil général de SIA [2], ainsi que des membres des « amis de Londres » (des anarchistes qui ont préféré agir directement avec les Anglais), tels que Manuel Gonzalez Marin « Marin Manuel », Eduardo Val Basco et Francisco Ponzán Vidal (dont nous reparlerons).

Les premiers sont déportés en Afrique, afin de prévenir les tentatives d’évasion et empêcher tout contact avec le MLE. Celui-ci met du temps à se réorganiser après un tel coup. Ce n’est que le 6 juin 1943 qu’a lieu un plénum [3] du MLE où, pour la première fois, on aborde le thème de l’action conjointe avec la Résistance française. Mais ce plénum n’apporte pas de solution. Il faut ouvrir ici une parenthèse pour expliquer les problèmes qui se posent alors dans l’organisation. Le mouvement libertaire voit apparaître, dans ce plénum, deux tendances distinctes qui vont s’affronter durant une dizaine d’années, allant jusqu’à la scission. Il s’agit, d’une part, de la tendance « collaborationniste » ou « politique » et, d’autre part, de la tendance « maximaliste » ou « apolitique » (c’est-à-dire anti-politique).

Les premiers affirment que les conditions historiques de la guerre d’Espagne sont toujours d’actualité et que, par conséquent, la CNT doit prendre part au gouvernement républicain en exil, dans le cadre d’une stratégie frontiste de reprise de l’Espagne ; les seconds considèrent qu’il faut revenir aux positions disruptives de la CNT et baser le renversement de Franco sur un combat insurrectionnel du peuple espagnol. Cette deuxième tendance souligne qu’il faut analyser les leçons de la défaite.

Ces deux tendances sont très marquées, et le MLE se retrouvera par la suite avec deux comités à sa tête : celui de Juanel (du nom d’un des leaders du courant collaborationniste) et celui de Béziers (composé par les « apolitiques ». L’erreur trop répandue est de calquer sur ces deux tendances les positions pour ou contre l’action dans la Résistance française. On croit souvent que les « collaborationnistes » appelaient à rentrer dans la Résistance, alors que les « apolitiques » refusaient de prendre part à une guerre bourgeoise entre des gens qui avaient laissé massacrer le peuple espagnol.

Or la réalité est bien différente. Le sous-comité national (comité de la zone occupée), qui regroupe les deux tendances pour cette partie du territoire français, se prononce contre l’entrée dans la Résistance dans des proportions qui ne recoupent pas le poids respectif des deux tendances en présence. Il y aurait beaucoup de recherches à faire pour retracer une ligne exacte de ce qui s’est passé au sein du MLE vis-à-vis de la Résistance, indépendamment des autres problèmes que se posait le mouvement. Par contre, au plénum de Marseille, en décembre 1943, le MLE conseille « à tous les militants de la CNT et du MLE de rejoindre la Résistance française plutôt que de se laisser emmener en Allemagne » [4].

Le MLE venait d’entériner une situation de fait, puisque bon nombre de militants avaient déjà rejoint la Résistance française. Mais nous le verrons tout à l’heure, la réorganisation tardive du MLE, qui l’amène à ratifier des situations de fait au lieu d’agir directement sur le cours des choses, le met dans une situation difficile aux derniers mois de la guerre lorsque l’UNE aura des prétentions hégémoniques.

La présence des anarchistes 

Dans les maquis, dans les réseaux, à Londres, dans la 2e DB du général Leclerc, les anarchistes espagnols ont joué un rôle important dans la libération de la France et de l’Allemagne. Ils l’ont fait par conviction antifasciste, mais aussi dans l’espoir que de Gaulle tiendrait sa promesse : ouvrir les frontières et chasser Franco. Les grands hommes ont le geste noble : les Espagnols morts pour la France ont reçu des médailles, leurs noms sont gravés sur les monuments aux morts. Comme une insulte, chaque 8 mai, cynique, une gerbe tricolore vient honorer leur sacrifice. En 1945, de Gaulle a envoyé un émissaire pour normaliser les relations avec le Caudillo. En 1975, Franco est mort dans son lit, toujours au pouvoir, 30 ans après…

Parmi les nombreux militants anonymes, certains ont joué un rôle important dans la guerre d’Espagne, d’autre resteront à jamais inscrits dans les pages de la Résistance. Ainsi, Antonio Ortiz s’engage dans les corps francs d’Afrique ; blessé il est hospitalisé, avant de repartir dans les « commandos » d’Afrique du général Leclerc, puis dans le premier bataillon de choc comme instructeur du premier commando lourd. Il débarque à Saint-Tropez, participe à la bataille de Belfort et fait la campagne d’Allemagne où il est grièvement blessé. Ortiz n’est pas un inconnu de l’histoire de l’Espagne ; le 24 juillet 1936, juste après la colonne Durruti, il avait pris la tête de la colonne de la CNT-FAI qui a porté son nom. C’était la deuxième colonne levée contre Franco. Ces deux colonnes réalisèrent ce que personne d’autre ne fit : elles reprirent durablement du terrain aux factieux sur le front d’Aragon. Ramón Vila Capdevila avait lui aussi montré son courage durant la guerre civile. Il s’enfuit du camp d’Argelès et devient, en 1940, un des tous premiers résistants de la région. Il est plus connu sous le surnom de « commandant Raymond ». Spécialiste en explosifs, son aide est précieuse pour le déraillement des trains ; il commande deux cents résistants espagnols. Ce sont eux qui anéantissent la garnison qui avait massacré les habitants d’Oradour. Lui et ses compagnons rejoignent ensuite le bataillon « Libertad ».
Ramón Vila Capdevila est mort en 1963, dans une rixe avec des franquistes, alors qu’il était un des meilleurs passeurs d’hommes de la CNT et que, depuis 1945, il faisait partie des groupes d’action qui n’avaient cessé de harceler le régime franquiste.

Enfin, avant de parler des résistants anarchistes espagnols de façon plus générale, il nous faut encore évoquer le parcours d’une figure exemplaire, qui fut la pierre angulaire du plus grand réseau de passeurs de la Résistance, le réseau Pat O’Leary. Il s’agit de Francisco Ponzán Vidal, plus connu sous le nom de François Vidal. Militant de la CNT, il avait été responsable du syndicat dans une comarcal d’Aragon [5] durant la guerre civile, puis il avait fait partie du groupe « Libertador » de la CNT, spécialisé dans la recherche d’informations militaires et dans les actions de sabotage derrière les lignes franquistes. Ce groupe fut, par la suite, intégré aux services secrets de la République espagnole.

À partir de mai 1939, Vidal organise un réseau de passeurs d’hommes dans les Pyrénées pour faire sortir d’Espagne les militants en danger. Dès le début de la guerre, ce groupe de « cénétistes » se met au service de la Résistance et travaille activement avec l’Intelligence service et le Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) de de Gaulle, mais aussi avec le réseau Sabot et le groupe Combat. Ce réseau permet l’évasion de 1500 personnes, dont plus de 700 aviateurs alliés (6), et le passage de nombreux documents (sans compter tout ce qui sert la CNT et la lutte anti-franquiste). Le réseau couvre une zone qui va de Bruxelles à Lisbonne. Fait prisonnier en 1944 par la police française, Francisco Ponzán Vidal est livré aux Allemands et exécuté le 17 août 1944 par les nazis qui gardent la prison où il est enfermé, à Toulouse.

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D’une manière générale, les anarcho-syndicalistes ont participé à pratiquement tous les réseaux de passeurs des Pyrénées (on en décompte une vingtaine). On les voit aussi dans les maquis. Voici la liste de ceux où leur présence fut suffisamment significative pour laisser des traces : les maquis de Dordogne, de la Montagne noire, de Querigut (dans l’Aude) ; les maquis de l’Aveyron, d’Ariège, du Pic Violent, de Savoie, les maquis du Lot, de Loches, de Belves, de l’Isère, de la Gouzette (Saint-Girons), de Privas ; les maquis du Cantal et de Corrèze, de Maleterne, de Bagnères, des Landes, du Rouergue, des Glières, du Limousin, le maquis Bidon et les maquis du Vercors, et n’oublions pas le maquis du Cofra (à moitié cénétiste) et du Barrage de l’Aigle, où les anarchistes sont hégémoniques.

Nous connaissons la présence d’anarchistes dans d’autres maquis, mais il s’agit souvent d’individus essaimés de-ci de-là, sans lien entre eux. Notons aussi leur présence dans le réseau Robul Alfred et leur présence massive dans le Bataillon de la mort. Certains se retrouvent avec des responsabilités, comme La Rey, membre de la CNT et responsable de la Résistance à Montluçon, ou Emilio Castro Ballesta qui, avec sa compagne, le commandant Pariset et l’épouse de Tavet, dirigent, à l’arrestation de ce dernier, le maquis du Limousin. Dans le Gers, la moitié des résistants de l’UNE sont confédéraux ; et ce n’est pas un cas isolé. Faute d’organisation nationale de résistance, les anarchistes apparaissent peu, bien qu’ils soient très présents. Citons tout de même le maquis du barrage de l’Aigle, dirigé par José Germán González, militant de la CNT, qui est un haut lieu de la reconstruction de la CNT en exil et un des maquis les plus actifs de la Résistance. Ce maquis est pratiquement à 100 % confédéral, tout comme le maquis de Bort-les-Orgues.

D’une manière générale, les maquis du Massif central, sont, en forte proportion, composés d’anarchistes espagnols, tout comme ceux issus des chantiers de barrages sur la Dordogne, des barrages de Marèges et de Chastang. Bon nombre de ces maquisards se retrouveront dans le bataillon « Libertad », sous la responsabilité de l’anarchiste Santos. Ce bataillon atteint par la suite la pointe de Grave et libère le Lot et Cahors. Enfin, la présence anarchiste est particulièrement remarquable dans la 2e DB, qui compte bon nombre d’anarcho-syndicalistes tant et si bien qu’ils sont hégémoniques dans la 9e compagnie du 3e RMT, la « Nueve », pratiquement uniquement composée d’Espagnols, à l’exception du capitaine Dronne qui la commande. C’est elle qui entre la première dans Paris. Les premiers blindés portent des noms espagnols. Les militants de la CNT-FAI sont bel et bien présents, la « Nueve » installe un premier canon, nommé El Abuelo, dans l’hôtel de ville de Paris, ainsi que le premier drapeau… ironie du sort.

Cette présence est complètement occultée par bon nombre d’historiens, tel Lapierre et Collins dans Paris brûle-t-il ? (édition R. Laffont 1964), Adrien Dansette dans Histoire de la libération de Paris (édition Fayard, 1946) où Henri Michel dans La libération de Paris (édition Comps, 1980). Même le capitaine Dronne semble frappé d’amnésie dans son livre La libération de Paris, alors que, dans son journal de marche, il évoquait abondamment les combattants issus de la CNT-FAI (7). Les six derniers mois de la guerre sont ceux d’un courage effacé par un manque d’organisation nationale en réseau de résistance, qui condamne les anarchistes à l’oubli, pour certains à la mort.

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L’UNE, l’hégémonie dans le sang 

Le mouvement libertaire est empêtré dans ses problèmes internes qui tournent autour de la question de savoir s’il faut participer ou non au gouvernement de la République espagnole en exil. La défaite contre Franco est encore dans tous les esprits et la question gouvernementale, qu’il aurait fallu trancher en juillet 1936, les anarchistes se la posent toujours, au point de négliger des aspects importants. Le plus dramatique est certainement cette absence totale d’organisation des anarcho-syndicalistes espagnols en tant que corps dans la Résistance.

Rien pour faire valoir leurs droits, aucune structure pour assurer l’arrivée d’armes, de ravitaillement : les anarcho-syndicalistes se sont fondus dans la Résistance comme nul autre, sans se soucier un seul instant de leurs intérêts propres. D’autres sont plus réalistes. Les communistes dirigent la UNE qui se veut hégémonique et se présente comme « l’unique mouvement de résistance espagnole ». Sur un plan historiographique, cette situation a permis aux historiens de passer allègrement sur la complexité des courants d’idées qui animaient les résistants espagnols, en les décrivant comme de simples anti-franquistes, voire carrément des communistes.

Cette conséquence n’est que la moins dramatique, car les volontés hégémoniques de l’UNE ne s’arrêtent pas là. Les militants anarchistes n’ont pas rejoint unanimement la UNE. Certains y sont rentrés à contre-cœur, d’autres dans l’idée de contrecarrer l’influence des communistes, tels les militants de la Agrupación Cenetista en la Unión Nacional (ACUN). Si certains, quoique méfiants, sont tentés par la reconquête de l’Espagne proposée par la UNE, beaucoup d’anarchistes y adhèrent sous la menace et par peur des représailles. Les groupes de militants les plus avertis ont préféré intégrer les Forces françaises de l’intérieur (FFI), notamment dans le bataillon « Libertad ». Il faut souligner ici le travail essentiel fait dans ce sens par José Germán González, commandant du maquis du barrage de l’Aigle, qui organisa, à travers les groupes de travailleurs étrangers (GTE), l’entrée des cénétistes directement dans la Résistance française. C’est que les réticences envers la UNE étaient grandes. Comme le disait Pierre Bertaux très cyniquement : « Le Parti communiste n’a pas de rancune, il n’a que des tactiques. »

La phrase convient à merveille au Parti communiste espagnol. On trouve dans la UNE des communistes, certes, mais aussi des anti-franquistes très tardifs, comme certains requetés, ces monarchistes absolutistes qui ont toujours brillé par leur conservatisme, et aussi les membres de la CEDA de Gil Robles. La CEDA est la droite espagnole qui était au pouvoir durant le bienio negro, ces années de toutes les répressions anti-anarchistes, d’avant 1936, quand le mot d’ordre était « pas de blessés, tirez au ventre ». Les anarcho-syndicalistes espagnols ont tous en tête les actes de répression d’avant la guerre, au point que la révolte paysanne de Casas Viejas transpire sur leurs chars. Et surtout la UNE est tenue par les communistes, ceux qui ont tué Berneri, Nin et tant d’autres. La UNE, c’est le gouvernement de Negrín, c’est la telefónica (8)…

La suite des événements va prouver que les inquiétudes des anarchistes n’étaient pas vaines. La UNE se sert d’appuis pour éliminer ses adversaires de toujours. Le 20 septembre 1944, Santos, qui dirige le bataillon « Libertad », reçoit l’ordre du colonel Ravanel de transférer 350 de ses hommes à la UNE. En même temps, l’ordre est donné de ne plus ravitailler le bataillon. En cas de refus, celui-ci devait être désarmé par la UNE. Il préfère alors se dissoudre. Mais la UNE n’en reste pas là, elle fait pression, elle menace et elle tue ceux qui ne veulent pas se joindre à elle (anarchistes en particulier, mais pas seulement, on connaît des cas de socialistes qui subirent le même sort). Ángel Aransaez, secrétaire du comité régional CNT de l’Aveyron, dénombre pour son département 56 exécutions sommaires. On en compte 13 dans l’Aude (crimes que des ex-guérilleros de la UNE avoueront en octobre 1953).

Certains meurtres sont relatés dans Le Républicain du Midi d’août et novembre 1944. Tous sont commis sur des résistants socialistes et anarchistes en conflit avec la UNE. Á Lavelanet, Francisco Alberich et Mercedes Miralles sont retrouvés morts après avoir été appréhendés par des guérilleros de la UNE. Á Manse dans l’Ariège, Belmonte, anarchiste responsable d’une exploitation forestière où se cachent des réfractaires, est abattu avec son compagnon Molina pour avoir refusé que la UNE vienne contrôler leur organisation. On peut aussi s’interroger sur toute la série d’exécutions sommaires d’anarchistes commises par des inconnus dans le Lot, dont celle de l’agent de liaison de tous les maquis du Lot : José Mana dit « Martins ». Á Saint- Girons, Royo et un de ses compagnons de la CNT, qui étaient en conflit avec la UNE, échappent miraculeusement à l’incendie et le mitraillage de la maison de Royo. Sa compagne, ses deux enfants et trois de ses amis n’ont pas eu la même chance… En août 1945, Antonio Téllez, militant de la FIJL, lieutenant de la 9e brigade des FFI de l’Aveyron, avertit Ángel Aransaez que la UNE a prévu d’envoyer un commando à Decazeville, contre le comité régional de la CNT. Le capitaine espagnol Bariso, traducteur du commandant français du 412e GTE, est enlevé. Aransaez va voir le responsable de la Résistance, Degoy dit Valzergues, qui lui déclare « Pas d’objection pour les traîtres » Ce qui montre une fois de plus la collusion de certaines instances de la Résistance avec la UNE.

Aransaez et les principaux responsables de la CNT sont arrêtés par les francs-tireurs et partisans, mais sont libérés sous la pression des résistants libertaires qui les menacent d’insurrection armée (Aransaez était dans les FFI au barrage de l’Aigle). Toute une série de cas similaires a été répertoriée. On peut consulter à ce sujet Les dossiers noirs d’une certaine résistance (Perpignan, éd. du CES, 1984), ainsi que le livre de Marie-Claude Rafaneau Boj, Odyssée pour la liberté. Les camps de prisonniers espagnols (Paris, Denoël, 1993), dans lesquels sont relatés les cas les plus flagrants ; mais ces ouvrages ne tiennent pas compte de tous les charniers inconnus et de toutes les disparitions.

Il est un fait historique qui prouve la gravité et l’importance de ces méthodes expéditives, il s’agit du rassemblement de l’essentiel du camp républicain espagnol contre la UNE. Cette union se fait au sein de la Alianza Democrática Española (ADE), avec la participation de la Gauche républicaine, de l’Union républicaine, du Parti républicain fédéral démocratique, du Parti socialiste ouvrier espagnol, de la Gauche républicaine de Catalogne, du mouvement libertaire et des centrales syndicales UGT et CNT. L’ADE dénonce les agissements de la UNE au gouvernement provisoire de la République française, en mentionnant, dans un communiqué officiel en 1944, toute une série d’exécutions sommaires, détentions abusives, pressions en tous genres perpétrées par la UNE. Fin 1944, la famille Soler est brûlée vive dans sa ferme. Le fils en réchappe et parvient à contacter la CNT.

Un plénum national est organisé et un ultimatum des plus menaçants est adressé au PCE : « À partir de cette communication, la CNT n’est plus disposée à tolérer ni une brutalité, ni un attentat de plus. Elle rend directement responsable la direction du PCE, en la personne de ses dirigeants, de ce qui pourrait arriver. » La vague d’attentats s’arrête… Après ce bref aperçu, qui ne prétend pas couvrir l’ensemble de la réalité, on peut se faire une idée de la complexité de la période, une complexité accentuée par la situation d’un mouvement libertaire qui se cherche, qui n’est pas remis de sa défaite. Le mouvement est en pleine reconstruction, avec tout ce que cela implique de conflits, il n’a pas l’efficacité nécessaire au niveau national, ne serait-ce que pour protéger ses militants. Dans le même temps, les militants qui le composent sont des combattants aguerris, qui ont des réflexes de lutte, d’organisation clandestine au niveau local et qui sont très précieux pour la Résistance.

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Si bien que l’on se retrouve devant un paradoxe : le mouvement libertaire est en plein dans la Résistance, mais ses préoccupations semblent ailleurs, dans un passé récent qu’il cherche à comprendre. Cela lui coûte cher… mais il n’a pas fini de souffrir.

Pire que la lutte, il y a l’exil, un exil de quarante ans, d’une vie. Qu’ils étaient dignes ces Espagnols que l’on rencontrait parfois dans la rue (que l’on rencontre encore quand on a de la chance). Souvent raillés, souvent pauvres, ils n’ont pas haï les Français, ils n’ont pas confondu la trahison de ceux qui dirigent à la bête ignorance du petit qui subit. Ils ne lui ont même pas reproché son ignorance. On a laissé Franco les massacrer, bourgeoisement, poliment, sans trop de vagues. On leur a promis l’Espagne pour qu’ils apprennent aux Français à se battre. On a envoyé des émissaires auprès de Franco. Et quand ces résistants anarchistes espagnols qui se sont battus pour la France – les Sabaté, les Facerías, les Ramón Capdevila –, plutôt que de se venger sur ceux qui les ont toujours trahis, sont repartis combattre Franco, seuls avec ceux d’Espagne qui maîtrisaient encore leur peur.
Les gouvernements français de la IVe et de la Ve Républiques, les ministres de l’Intérieur de ces gouvernements de gauche comme de droite, « résistants » comme Mitterand, ces gouvernements ont collaboré avec la police franquiste et permis qu’ils soient abattus comme des chiens.

Honneur aux braves ! »

Complément bibliographique

– J. Borras, Políticas de los exiliados españoles, 1944-1945, Paris, Ruedo Ibérico, 1976.
– A. Téllez Solá, Sabaté, Toulouse, Repère-Siléna, 1990.
Les anarchistes espagnols dans la tourmente (1939-1945), Bulletin du Centre international de recherche sur l’anarchisme, Marseille, 1er trimestre 1989.
– F. Montseny, Seis años de mi vida (1939-1945), Barcelone, Ed. Galba, 1978.
– D. Wingeate Pike, Jours de gloire, jours de honte : le parti communiste d’Espagne en France. Paris, SEDES, 1984.

NOTES 

[1] Confédération nationale du travail (CNT), qui constitue l’organisation syndicale, la Fédération anarchiste ibérique (FAI) et la Fédération ibérique des jeunesses libertaires (FIJL).

[2] Solidarité internationale antifasciste (SIA) est une organisation de soutien à la lutte antifranquiste, qui est proche de la CNT espagnole. Après la guerre, des personnalités comme Jean Rostand, Louis Lecoin et Albert Camus adhèrent à SIA.

[3] Dans les organisations libertaires espagnoles, le plénum réunit les délégués mandatés par leurs régions respectives et les organes représentatifs de l’organisation (tel le comité national) dont le mandat et le travail sont alors vérifiés. Le plénum gère administrativement l’organisation, donne des directives et peut prendre des décisions ponctuelles.

[4] Déclaration du plénum de Marseille du MLE (décembre 1943).

[5] Une comarcal est un regroupement de fédérations locales de la CNT espagnole, que l’on pourrait comparer, par la taille, à une union cantonale.

[6] Sur le réseau Pat O’Leary, voir Henri Michel, La guerre de l’ombre, Paris, Grasset, 1970.

[7] Ce journal de marche est reproduit par Antonio Villanova dans son livre Los Olvidados, Paris, Ruedo Ibérico, 1969, pp. 371-450.

[8] Camillo Berneri, anarchiste italien et Andres Nin, leader du Partido obrero de unificacíon marxista (POUM), furent assassinés à la suite des événements du central téléphonique de Barcelone, en mai 1937, lorsque les communistes lancèrent une offensive contre le POUM et la CNT-FAI.

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Vive la Commune Universelle !

Réactualisation 2022 : « L’anarchie (pas seulement) pour la jeunesse : mieux comprendre pour mieux agir » PDF (Résistance 71 et JBL1960)

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Astyle

Résistance 71

19 juin 2022

Jo a réactualisé notre texte publié en 2017 « L’anarchie pour la jeunesse : mieux comprendre pour mieux agir » dans une version tenant compte de la réalité changeante de l’oppression dans ses détails récents.
Ne jamais oublier une chose fondamentale : l’anarchie est ancrée au plus profond de la société humaine, elle en est une matière primordiale. L’Anarchie n’est ni un dogme, ni une doctrine, ni un « -isme » de plus… L’Anarchie est un mode de vie, la concrétisation de la Raison dans l’histoire.

A (re)lire et diffuser sans aucune modération… Le PDF dans sa version 2022 :

l’Anarchie-expliquée-à-la-jeunesse-revisé_2022

vivelacommune

Un autre appel du 18 juin… 1937 celui-là !

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Union Communiste : Action sans confusion !

Source :
http://guerredeclasse.fr/2022/06/10/union-communiste-il-faut-agir-mais-pas-dans-la-confusion/

Tract distribué il y a 85 ans, le 18 juin 1937 au Vel d’Hiv’ de Paris lors d’un meeting politique.

18 juin 2022

Union Communiste
Camarades anarchistes ! Ouvriers révolutionnaires !

Vous avez été conviés à ce meeting pour écouter la voix de la C.N.T. C’est en effet au nom du Comité national de la C.N.T. que Garcia Oliver et Federica Montseny parleront, mais ce n’est pas au nom des ouvriers révolutionnaires d’Espagne, ni des membres de la C.N.T. et de la F.A.I.

Garcia Oliver et Federica Montseny sont deux ministres anarchistes du gouvernement Caballero, lequel gouvernement porte la responsabilité d’avoir provoqué les journées de mai à Barcelone et réprimé le mouvement des ouvriers qui, en armes, défendaient leurs conquêtes menacées.

Garcia Oliver et Federica Montseny sont les plus représentatifs de ces dirigeants de la C.N.T. et de la F.A.I. dont les « Amis de Durruti » ont qualifié ainsi le rôle au cours des journées de mai :

« Nous savions par avance que les comités responsables de la C.N.T. ne pouvaient faire autre chose que de mettre des obstacles à l’avance du prolétariat… Nous sommes les Amis de Durruti et nous avons suffisamment d’autorité pour désavouer ces individus qui ont trahi la classe ouvrière par incapacité et par lâcheté. Quand nous n’avons plus d’ennemis en face, ils remettent de nouveau le pouvoir à Companys, l’ordre public au gouvernement réactionnaire de Valence, et la Conseillerie de Défense au général Pozas. La trahison est formidable. » (Manifeste des « Amis de Durruti » du 8 mai).

Ceux qui ont dit cela luttaient à la tête des ouvriers révolutionnaires de Barcelone, sur les barricades, alors que Garcia Oliver et Federica Montseny accouraient de Valence pour lancer, du poste de radio de la Généralité, des appels au calme et à la cessation de la grève générale.

C’est la trahison des Garcia Oliver, Federica Montseny et de la direction cénétiste qui a permis aux staliniens et aux gardes d’assaut d’assassiner lâchement de nombreux militants révolutionnaires, parmi lesquels C. Berneri et le jeune Francisco Ferrer; et si depuis mai, le gouvernement de Valence peut se permettre de pourchasser les camarades des Amis de Durruti, du POUM, des Jeunesses libertaires et poumistes, ainsi que tous les ouvriers qui veulent conserver leur armes pour défendre les conquêtes de juillet, les Garcia Oliver et Federica Montseny en portent la responsabilité.

Camarades anarchistes ! Ouvriers révolutionnaires !

L’Union anarchiste vous demande de taire vos critiques et de répondre avec « bienveillance » à l’appel du Comité national de la C.N.T. C’est impossible.

Solidarité internationale effective avec les travailleurs espagnols, oui. Avec ceux qui les ont trahis, non.

Ceux qui, seuls, pourraient exprimer à ce meeting la position des ouvriers de la C.N.T. et de la F.A.I., ceux-là sont emprisonnés ou contraints à l’illégalité pour échapper à la répression.

Garcia Oliver et Federica Montseny viennent essayer de justifier leur trahison. Ils vous diront que pour conserver l’unité du front antifasciste, il fallait éviter de triompher des forces contre-révolutionnaires. « Ni vainqueurs, ni vaincus », disaient-ils, pour faire cesser le combat dans les rues de Barcelone.

En fait, après avoir, depuis le 19 juillet 1936, capitulé bien des fois devant les exigences de la bourgeoisie, au nom de l’unité antifasciste, les dirigeants anarchistes en sont arrivés à trahir ouvertement la cause ouvrière.

L’unité antifasciste a été la soumission à la bourgeoisie, elle a mené aux victoires militaires de Franco et aux victoires de la contre-révolution à l’arrière du front.

Camarades, la lutte des classes ne connaît pas de trêve. L’évolution de la situation en Espagne a montré que la bourgeoisie n’a qu’un ennemi : le prolétariat. Pour ne pas l’avoir compris à temps, les travailleurs espagnols viennent de subir une grave défaite. Et maintenant, la bourgeoisie « républicaine et démocratique » va préparer le compromis avec Franco, sous la pression des impérialismes qui imposent leur « médiation ».

Pour battre Franco, il fallait battre Companys et Caballero. Pour vaincre le fascisme, il fallait écraser la bourgeoisie et ses alliés staliniens et socialistes. Il fallait détruire complètement l’État capitaliste et instaurer un pouvoir ouvrier issu des comités de base des travailleurs.

L’apolitisme anarchiste a fait faillite. Pour n’avoir pas voulu faire la politique du prolétariat, les dirigeants de la C.N.T. ont fait celle de la bourgeoisie. Tel est un des grands enseignements de la lutte de nos frères d’Espagne.

Leur lutte n’est pas terminée

Bien des illusions sont tombées après ces journées de mai. Sans aucun doute, nombreux sont les ouvriers qui se préparent à une lutte acharnée.

Constituer des comités de défense de la révolution est leur mot d’ordre. Le pouvoir aux ouvriers est leur objectif.

Pour vaincre le bloc de la bourgeoisie et de ses alliés staliniens, socialistes et dirigeants cénétistes, ils devront rompre nettement avec les traîtres de toutes tendances. Leur avant-garde, c’est-à-dire les militants révolutionnaires des Amis de Durruti, du POUM, des Jeunesses doit se regrouper pour élaborer le programme de la révolution prolétarienne.

Mais, le prolétariat international doit aussi agir

Sinon, nos compagnons d’Espagne seront définitivement battus et nous aussi. La bourgeoisie internationale, y compris la néo-bourgeoisie russe, s’est coalisée contre la révolution espagnole, malgré les antagonismes qui opposent irréductiblement les différents impérialismes.

En France, le Front populaire, le gouvernement Blum, les partis traîtres, les dirigeants syndicaux agissent d’accord avec la bourgeoisie pour étrangler la révolution espagnole. Et si la république espagnole les intéresse, c’est parce qu’à travers elle, l’impérialisme français peut lutter contre les autres impérialismes.

Au moment où le gouvernement « antifasciste » d’Espagne assassine nos camarades, emprisonne et pourchasse les Amis de Durruti, des Jeunesses libertaires et poumistes, notre devoir est d’appeler les travailleurs de toutes les entreprises, bureaux et chantiers, à passer à l’action directe contre les complices français des contre-révolutionnaires d’Espagne, contre ceux qui s’apprêtent à réduire de nouveau nos propres conditions d’existence, contre ceux qui se préparent à entraîner le prolétariat dans une nouvelle guerre impérialiste.

Il faut agir, mais pas dans la confusion

Les révolutionnaires doivent et peuvent s’unir, mais en brisant tous liens avec les partis traîtres et en combattant nettement dans les syndicats les dirigeants staliniens et réformistes.

II n’est pas d’autre voie pour entraîner le prolétariat à l’action, en toute indépendance de classe, et pour frayer la voie à la révolution prolétarienne mondiale.

= = =

Indépendamment, Jo a réactualisé notre diffusion PDF de 2017 « L’anarchie expliquée à la jeunesse » en une très belle version 2022 tenant compte de l’oppression accrue qui nous étouffe toujours plus, jour après jour, semaine après semaine… A lire et diffuser au grand large :

lanarchie-expliquee-a-la-jeunesse-revisee_2022

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

===

Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

R71 ON NE SE SOUMETTRA PAS

BPKM

Personne ne vient te sauver camarade ! ou le petit monde étriqué du gauchisme bourgeois bohême (Dr Bones)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 7 juin 2022 by Résistance 71

DrBones

Personne ne vient pour te sauver camarade !

Dr Bones

Avril 2017

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

7 juin 2022

Personne ne vient te sauver camarade !

Personne.

Il n’y a pas de révolution à l’horizon, pas de parti (politique), pas de grande idée qui va finalement réveiller l’humanité à son potentiel et nous libérer de nos chaînes.

Il n’y a pas d’avant-garde, pas d’objectif, pas de méthode secrète que nous pouvons tous utiliser pour que les riches et puissants magiquement abandonnent leur pouvoir et se résignent à une existence des plus ordinaires.

Il y a certes eu des prétendants. Il y a des prêtres et des maquereaux et de faux dieux qui vous appellent pour que vous les adoriez. Ils vous donneront la “science” immortelle et des identités, ils vont vous assurer que si suffisamment de personnes mettent l’uniforme ou parlent juste, alors tout ira bien.

Il y a bien sûr ceux qui vont même vous refuser cela, qui refusent toute action sans qu’un plan des plus détaillés soit émis. Qui va diriger les écoles, qui va construire les routes, comment est-ce que les pneus que vous brûlez sur les barricades vont augmenter votre empreinte carbone ?

Ils étiquetteront vos plans d’irréalisme et de délire insurrectionnel.

Ils disent tout cela à moitié endormis.

Eux, si sages, ronflent et disent qu’ils “vont attendre que les gens se soulèvent”. Les gens se sont soulevés et ont été écrasés. Le mouvement Occupy Wall Street a échoué, Standing Rock a échoué. Tout ce qui reste… c’est toi et moi.

Eux, si forts, ronflent et disent qu’ils attendent que leurs droits leur soient retirés, le droit d’assemblée ou le droit de vote pour une ligne invisible qu’ils ne respecteront pas. Où étaient-ils lors du Patriot Act, du NDAA ? Ils ont pétitionné, ils ont gémi, ils ont perdu.

Ils disent qu’ils attendent ce grand évènement dans un univers qui en comporte des milliards par jour. Chaque jour qui passe, les critères changent, chaque jour qui passe les rend plus serviles et plus vieux.

Tout le monde attend et personne ne veut commencer, tout le monde veut participer, mais personne ne veut construire. Tout le monde attend une grande révolte générale et pourtant, volez une pomme ou brûlez une bagnole de flic et ils vont unanimement vous appeler “brigands et aventuriers”.

Tout le monde est assuré que le changement est juste au coin de la rue, que des puissances divines vont nous mettre sur la bonne voie. Tout le monde pense que le temps joue pour nous, que les bons vont toujours gagner et que tout ça ne peut plus durer bien longtemps. Tout le monde dit qu’une révolution est possible sans effusion de sang et sans émotions, que tout le monde sera entendu et qu’on s’occupera de tout le monde.

Tout le monde est assuré que la révolution va se pointer à notre porte comme un paquet de chez Amazon : rapide, sans bavure et prête à être consommée sur le pas de la porte. Ils ont des enfants voyez-vous et ils ont la priorité, mais ils vous piétineront sans vergogne juste après que vous ayez déblayé et construit le chemin à emprunter.

Tout le monde attend. Attend quelque chose. Attend quelqu’un, quelqu’un pour les sauver.

Personne ne vient te sauver camarade.

Personne.

Ces gens vont mourir comme ils ont vécu. Ils vont rester juste là, sur le sofa et jouer a faire semblant en ligne parce que cela ne leur coûte rien. Comme les frou-frous et autres objets utilisés pour les “nuits spéciales”, la politique est le “bizarre” qui les fait se sentir différents.

Ils parlent toujours beaucoup de sentiments, combien de “solidarité” ils donnent et dont ils ont besoin. Chaque fois qu’un jeune noir baigne dans une marre de son sang, cela les touche vraiment. Vraiment. Mais ils ont le boulot et la famille, la télé à mater et la bagnole à laver.

Ils auront de la peine pour toi camarade quand tu vas perdre ton boulot. Ils vont appeler pour une grève générale, vont faire des posters et des pancartes, des badges, des pins et des t-shirts ! Mais seulement si c’est un week-end et pas durant les vacances bien sûr et aussi faudra leur donner suffisamment de préavis pour qu’ils puissent prendre quelques jours de congés…

Tous ces gens grandissent pour vieillir, contents de savoir que s’ils avaient eu une chance, ils auraient fait quelque chose de spectaculaire. Ils auront de petites funérailles marrantes, pas tristes, où des vies médiocres seront célébrées en parlant d’à quel point ils furent “braves et courageux” et à quel point ils luttèrent “âprement” pour la liberté.

Qui n’est jamais mentionné, comment et où jamais poliment discuté.

Il y en a des millions Camarade. Il y en a toujours eu et y en aura toujours. Ils vont naître, bouger alentour pour un petit moment et retourner dans le trou d’où ils ont émergé.

Ils cherchent à être menés, observent pour voir ce à quoi ils peuvent participer, quel mouvement rejoindre et attendent patiemment que quelqu’un leur donne la becquée et les aide à mâcher ces fades aliments.

Vas-tu les attendre camarade ?

Vas-tu attendre pour ces mêmes gens qui préfèrent que TU souffres et que TU meures afin qu’ils puissent ne prendre aucun risque ?

Vas-tu attendre ces gens qui ne lèveront pas le petit doigt pour t’aider tant qu’il y aura du danger pour eux et que tous les nids de poule gênant n’auront été retirés du chemin ?

Vas-tu attendre et faire des plans pour ceux qui doivent être convaincus, qui ne bougeront pas d’un iota tant qu’on ne sera pas sûr de savoir combien d’arbres seront plantés dans chaque école soudainement gratuite pour les sourds et les aveugles ?

Vas-tu attendre ces gens qui appellent tes actions un pêché alors qu’ils prient devant les matraques des flics ?

Vas-tu attendre que toute la planète soit d’accord avec une idée, un évènement monumental qui serait le tout premier de notre histoire ?

Es-tu prêt cher camarade, à mourir comme ils le feront, entouré de faveurs de parti crasses et de musique encore plus crasse alors que tes amis chantent à une existence banale ?

Ou vas-tu agir ?

Ne me prends pas pour un con camarade, j’espère que tu n’en es pas un non plus. Je ne veux pas mourir et je ne veux pas aller en prison. Je n’ai pas besoin de devenir un martyr parce que je veux être libre, comme tu le désires toi-même.

Mais si tu es prêt à agir, de mettre de côté les disputes et de véritablement construire,  alors peut-être avons-nous une chance. Toi et moi. J’en ai fini de leur parler…

Et si nous nous concentrions sur le fait de devenir libres ? Et si nous construisions les structures dont nous avons besoin pour le faire ? Et si au lieu de s’engueuler sur un type de coiffure ou les couleurs d’un drapeau, on discutait de ce qu’on allait faire pousser et de quels magasins ont allait voler ? Et si nous faisions une union, un groupe, dévoué à devenir libre ? Et si nous arrêtions de nous disputer sur la toile et nous mettions à l’ouvrage pour devenir de véritables camarades, le type de compagnons qui s’aident les uns les autres à se planquer de la police et offrent un endroit sûr pour y demeurer ?

Et si nous pouvions vraiment compter les uns sur les autres, parce que je sais que je suis en sécurité où que j’aille parce qu’une blessure à l’un d’entre nous est une blessure à tous ? Et si nous n’attendions pas cette guerre apocalyptique et qu’en lieu et place nous menions NOTRE guerre au quotidien, une guerre contre tout ce qui nous a réduit en esclavage ?

Et si nous le faisions ? Et si nous mettions de côté les belles théories et que nous nous concentrions rien que sur ça ? Pourquoi pas ? Pourquoi attendre ?

Personne ne vient nous sauver camarade …

Vraiment personne…

C’est juste toi et moi.

A nous de jouer…

Textes du Dr Bones sur Résistance 71 :

« Insurrection et Utopie »

Le-capitalisme-est-un-culte-de-la-mort-la-science-une-pute

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

DrBones1

rebellion

Mettre le gauchisme, traître à la révolution sociale, face à ses insuffisances et ses contradictions avec le Dr Bones… (Résistance 71)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 3 juin 2022 by Résistance 71

DrBones

“La véritable individualité ne peut fleurir que lorsque les moyens d’existence sont partagés par tous.”
~ Dr Bones ~

Qui est Dr Bones ?

Résistance 71

3 Juin 2022

Nous avons découvert assez récemment ce secoueur de cocotiers “communiste égoïste” auto-proclamé, militant et activiste anarcho-communiste états-unien, puisant sa pensée critique dans les philosophies et critiques constructives quoique dynamiteuses de penseurs comme Max Stirner, Friedrich Nietzsche et Slavoj Zizek. Dr Bones est un militant anarchiste post-moderne, imprégné de culture ancestrale païenne et un brin occultiste, qui a choisi la provocation militante pour éveiller les esprits. Il apparaît en ligne dans des podcast qu’il met en scène ou dont il est l’invité, ce depuis cinq ans environ et il disserte dans des universités où il est également invité tout en préservant son anonymat en figurant publiquement tel que sur la photo le présentant ci-dessus, dans le style d’un Marcos dérisoire et déjanté.

Il est un auteur prolifique depuis quelques années de pamphlets et d’essais, publiés dans les médias anarchistes anglo-saxons. Il est aussi l’auteur d’un livre auto-publié intitulé (traduit de l’anglais par nos soins…) : “Maudissez votre patron, jetez un sort à l’État et reprenez le Monde”.

Anti-gauchiste forcené, “gauchisme” dans lequel il voit, sans aucun doute à juste titre, une trahison de toute velléité de révolution sociale par ses mouvements vendus au système, qui tentent et échouent dans des réformes aussi vaines que finalement pathétiques, décrédibilisant au passage la lutte pour l’émancipation politique et sociale réelle.  Il soutient véhémentement l’action directe basée sur la pensée critique partant de l’individu et s’étendant à des groupes de personnes s’étant retrouvées et renforcées dans la lutte hors système.

Dr Bones est un secoueur, un éveilleur de conscience, dynamiteur d’idées reçues et délicieusement iconoclaste, dans la lignée de ce que fut un Hakim Bey par exemple : un tiers anarchiste, un tiers pirate et un tiers (apprenti)sorcier, joyeux drille déconneur et amoureux éperdu de la vraie vie, celle qu’on ne peut trouver que dans la liberté et l’émancipation.

Les lecteurs de Résistance 71 ont déjà eu deux échantillons de sa prose critique décapante et provocatrice, inédite en français aussi loin que nous sachions, avec deux textes datant de 2015, que nous avons traduits dans leur intégralité : “Le capitalisme est un culte de la mort et la science une pute” et “Insurrection et Utopie”.

Inutile de dire qu’à Résistance 71, nous sommes assez friands de ses écrits et de sa pensée directe et sans détour, qui assainit l’atmosphère de cette gauchiasse putride, traîtresse aux idéaux de la révolution sociale qu’elle prêcha si hypocritement pendant des lustres, mouvance anarchiste bien souvent comprise. Donc, plus que certainement, à suivre sur Résistance 71… 

Néanmoins, en 2019, ombre au tableau : Dr Bones a poussé la joie de vivre et le bouchon de la bouteille un peu loin et s’est retrouvé impliqué dans une histoire d’intoxication alcoolique et de sexe extra-conjugal, qui l’ont forcé à disparaître de la vue publique. II était alors un des animateurs principaux du podcast “The Guillotine”. Il a cessé d’écrire et de discuter en public depuis février 2019. Il n’y a pas de textes du Dr Bones postérieurs à 2018. Question simple : le Dr Bones s’est-il fait piéger ? Possible, probable… il travaillait avec des marxistes-léninistes-maoïstes sur la plateforme du podcast, qui sont TOUS des ennemis de l’Anarchie, et dont bien des groupes ont été de longue date, infiltrés par le programme  COINTELPRO des services étatiques, qu’il a mentionné et dénoncé notamment dans “Insurrection et Utopie”, que nous avons traduit et publié ; mais peu importe, ses écrits demeurent. Le marxisme n’est en rien dangereux pour le système, il en fait partie, en revanche la véritable pensée et action radicale anarchiste a toujours été l’ennemi à abattre. Il semblerait que le Dr Bones en soit une victime de plus. Son audience augmentait, il fallait le faire taire. Le bon vieux piège classique du genre “picole / cul” aura suffi… La cible était parfaite et sans doute aussi, un peu facile à tromper.

N’oubliez pas qu’il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir, il faut tout passer par dessus bord et reprendre la barre du bateau ivre, dérivant en perdition, vers l’écueil, champ de mines d’un état et d’un capitalisme décadents et moribonds.

Personne ne viendra nous sauver, nous émanciper… Personne ! C’était aussi le credo du Dr Bones tel qu’il l’a écrit en avril 2017 dans un texte que nous avons traduit et publierons très prochainement.

 Il n’y a que nous et vous, ensemble, unis et créateurs, hors état, hors marchandise et hors institutions. Il suffit de dire NON ! Tout le reste n’est que pisser dans un violon !

Pensée Critique, Union, Entraide, Action Directe <=> Émancipation, Liberté et Fraternité vraies.

A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !

Vive la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée en une société des sociétés complémentaire dans son immense diversité. Tout antagonisme est artificiellement induit, il n’y a que des complémentarités mal comprises…

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Nos deux textes du Dr Bones déjà traduits en format PDF à (re)lire et diffuser sans modération :

« Le capitalisme est un culte de la mort et la science une pute »

« Insurrection et Utopie »

construction_ruines

R71 ON NE SE SOUMETTRA PAS

Insurrection, destruction, création, utopie… parce qu’il n’y a pas de solution au sein du système (Dr Bones)

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Druillet_trone-du-dieu-noir

“Un trône de pierre Iotaï, Celui qui cherche. Il est là, face à lui, flottant dans l’éther, sombre messager de ceux qui ne sont pas des Hommes, qui ne l’ont jamais été. Ce siège maudit a voyagé pendant des siècles à la recherche de sa proie. Il a franchi des univers et des distances que l’imagination ne peut concevoir, son but : ramener à ses maîtres, L’Être Vivant. Or dans cette contrée du cosmos, Sloane était passé là. Celui qui cherche, alors, a rempli sa mission…”
~ Philippe Druillet, “Les 6 voyages de Lone Sloane”, 1972 ~

“Le prolétariat doit travailler assidûment à sa mission historique universelle, renforcer la puissance de son organisation, la clarté de ses principes. L’heure historique trouvera la classe ouvrière prête et le tout est d’être prêt.”
~ Tract officiel de parti spartakiste “Impérialisme ou Socialisme”, cité par Rosa Luxembourg dans “La crise de la sociale-démocratie”, 1915 ~

“L’organisation révolutionnaire ne peut être que la critique unitaire de la société, c’est à dire une critique qui ne pactise pas avec aucune forme de pouvoir séparé, en aucun point du monde, et une critique prononcée globalement contre tous les aspects de la vie sociale aliénée.”
~ Guy Debord, “La société du spectacle”, 121, 1967 ~

« La destruction est création »
~ Michel Bakounine ~

Insurrection et utopie

Dr Bones

2015

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Mai 2022

“Nous mangeons d’une poubelle et cette poubelle est l’idéologie.”

Tout ça a commencé de manière plutôt innocente. Un ami me posa une question sur FB :

“Comment peux-tu te faire l’avocat d’une révolution anarchique quand ta vision politique est si minoritaire ?”

Le présupposé sous-jacent était bon : dans un pays de plus de 300 millions d’habitants (NdT: en l’occurence les Etats-Unis), comment peut-on appeler pour un soulèvement de la société, le bris des liens sociaux et politiques, alors que si peu de personnes voudraient s’identifier comme anarchistes / socialistes / communistes / gauchistes / anti-capitalistes / ou tout ce que vous voulez dans cette veine ? C’est une question qui est souvent lancée à la gauche et malheureusement beaucoup n’en ont pas encore saisi la dimension.

Dans un sens ceci est un signe. Pour une idéologie ou une vision politique, passer de sa négation et de sa mise en dérision à la demande de donner de véritables exemples concrets dans le monde de ce qui pourrait être fait si elle se mettait en place, est un signe de croissance, c’est un signal, un signe du destin, que le vent est en train de changer et de tourner quelque part en notre faveur et de plus en plus de gens désirent savoir ce qui pourrait bien y avoir plus avant sur ce chemin. C’est une chose que de parler de la maxime : “A chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins”, c’en est une autre que de discuter comment les restaurants seraient gérés de manière démocratique, sans profit et qu’est-ce que les gens feront au quotidien dans une société sans état et sans classe.

La question n’est toujours pas facile. On pourrait bien dire même que c’est la question qui a de tout temps incapacité la gauche : “Ok, tout ça est très bien, mais comment comptez-vous mettre tout ça en pratique ? Comment une telle société, un tel monde, naissent-ils ?” Les marxistes purs et durs se fondent sur une croyance religieuse de la marche en avant inévitable de l’histoire, les syndicalistes ne jurent que par le développement de toujours plus de syndicats, les neo-bolchéviques estampillés planifient simplement de saisir le pouvoir et de liquider les ennemis de classe, tandis que les nouveaux venus de la fausse gauche dite “socialiste démocrate” toussottent en faisant passer des lois qui devraient magiquement changer l’équilibre du pouvoir.

Toutes ces options présentent des problèmes difficiles à résoudre. L’histoire a montré être tout sauf inévitable (chaque année depuis 1914 a été “capitalisme tardif”), un MacDonalds propriété des travailleurs est toujours un lieu d’exploitation, personne ne prend la peine d’expliquer d’où vont venir tous ces gens prêts à tuer pour la révolution et la doctrine ridicule des Sandernistas disant que les riches et puissants vont simplement se plier à des impôts plus élevés et à la règle de la loi est si invraisemblable que la seule façon d’y répondre est d’en rire profusément.

Alors, où en sommes-nous ? Où allons-nous d’où nous sommes ? Comment pouvons-nous changer le monde ? Je commencerai avec une question : le monde de qui ?

On n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces

La société, la technologie, la langue et la culture portent toutes les marques et formes de naissance des idéologies sous-jacentes du système duquel elles ont émergé. Marx note :

Les idées de la classe dirigeante sont dans chaque époque, les idées dominantes et dirigeantes, c’est à dire la classe qui dirige la force matérielle de la société et elle est dans le même temps sa force intellectuelle dirigeante. La classe qui a les moyens de la production matérielle, de façon à ce que de manière générale, les idées de ceux qui n’ont pas les moyens de production mentale y soient soumises. Les idées dirigeantes ne sont rien d’autre que l’expression idéale des relations matérielles dominantes, ces relations comprises comme idées ; ainsi avons-nous les relations qui fait d’une classe la classe dirigeante et donc les idées de sa domination.

La classe dirigeante, qu’elle soit capitaliste ou socialiste d’état, informe de et projette sa volonté et sa vision des choses sur le reste de la société par la simple nature des choses d’être la force dominante de cette société.”

Bien sûr nous pouvons politiquement voir cela, mais Marx note que ceci s’étend aussi aux idées, à la culture, à tout ce qui pourrait être identifié à un résultat de l’interaction humaine et de sa pensée.

La volonté d’acier et le mépris profond de la vie humaine, si typiques d’un commissaire politique bolchévique ne furent pas tant des traits de caractères naturels que socialement induits ; des idéaux pris au sein des individus et digérés. Ces traits de caractères cultivés sont venus en provenance directe de l’appel idéologique des jeunes révolutionnaires bolchéviques de s’identifier eux-mêmes comme “durs”, comme étant sans pitié et ne faisant aucun compromis dans leurs objectifs à réaliser. Lorsqu’ils prirent le pouvoir, cela s’étendit à un niveau culturel. Cette caricature, ce trait de caractère politique, est passé hors de contrôle et est devenu une créature, une position, une figure symbolique à adorer, craindre en elle-même. Cela transcenda son existence en tant que simple idée ou sentiment du comment les membres du parti devraient se comporter.

Uber, le service taxi à la mode de l’internet, aurait tout aussi bien pu se manifester dans le monde comme une coopérative en propriété collective et auto-gérée. La plateforme internet en elle-même n’est pas si révolutionnaire que ça, les gens et les outils pour créer ce business existaient depuis un bon moment et pourtant… elle ne prit pas cette forme. Uber émergea et fut formée au travers d’un prisme idéologique qui était parfaitement dans la logique de la classe dominante et dirigeante et d’un CEO qui est quasiment le parfait modèle du capitalisme moderne : 

“Considérons comment Kalanick a traité ses chauffeurs de taxi à New York. Lorsqu’il essaya de les convaincre d’enfreindre la loi pour pousser l’empreinte d’Uber dans la ville, Kalanick offrit alors aux chauffeurs de taxis jaunes (NdT: les taxis officiels de la ville de New York) des iPhones gratuits et leur promit de “s’occuper de tout problème légal surgissant” avec l’entreprise TLC de New York. Quelques mois plus tard, lorsque le service fut forcé de fermer, ces mêmes chauffeurs de taxis reçurent un message de venir au QG d’Uber. Le mag Verge rapporte “Un bon nombre de chauffeurs furent appelés à se rendre au QG d’Uber, disant qu’ils devaient venir pour être payés et qu’ils recevraient un bonus en cash pour se présenter. Lorsque les chauffeurs de taxi se présentèrent, Uber les surprit alors en leur demandant de rendre leur iPhone, les informant que le service taxi Uber n’était plus disponible dans la ville de New York.”

Voilà comment Uber évolue, voilà comment des entreprises entières vont construire et construisent leur système évolutif : par des actions faites sous le diktat et la logique d’une idéologie particulière. Prise comme paroles d’évangile ou rejetées comme étant trop dures par les entreprises, les nouvelles entreprises ne vont différer que dans la nuance apportée à cette idéologie, ce premier “business plan” et vont façonner leurs propres arrangements sociaux et économiques au sein de ce paramètre idéologique. Même les technologies, autrefois considérées comme ´´étant “pures” et non affectées par la politique, se développent le long de ces lignes idéologiques politiques.

“Dans un sens plus profond, beaucoup de technologies peut-on dire, possèdent des qualités politiques inhérentes, dans lesquelles un système technologique donné demande en lui-même ou du moins fortement encourage des schémas spécifiques de relations humaines. Winner (1985) suggère qu’une arme nucléaire par sa simple existence, demande l’introduction d’une chaîne de commandement centralisée et rigidement hiérarchique afin de hautement réguler qui pourra même venir à proximité d’elle, dans quelles conditions et dans quels buts. Il serait simplement insensé de procéder de manière différente. Plus banalement, dans les infrastructures quotidiennes de nos grandes économies, des chemins de fer aux raffineries ce pétrole en passant par l’agriculture de masse et la production de microprocesseurs, la centralisation et la gestion hiérarchique sont plus efficaces pour la mise en place, la production et l’entretien. Ainsi donc la création et persistance de certaines conditions sociales peuvent se produire dans l’environnement opérationnel d’un système technologique tout aussi bien que dans la société au grand large.”

Ce qui est intéressant, c’est le retour que cela crée : la technologie est façonnée par la société (et donc l’idéologie dominante) alors que dans le même temps, la société devient elle-même façonnée par la technologie.

NdR71 : pour nos lecteurs, cela nous ramène à ce que nous avons souvent répété, à savoir que si l’humain crée le système, à un moment donné, le système lui-même crée (idéologiquement et idéalement) aussi les humains pour se perpétuer et fonctionner…C’est pour cela qu’il ne peut en aucun cas y avoir de solution au sein du système.

Alors que les technologies sont construites et mises en pratique, des altérations significatives dans les schémas d’activité humaine et ses institutions prennent déjà forme… la construction d’un système technique qui demande à ce que les êtres humains soient des rouages de ce système, amène une reconstruction des rôles sociaux et des relations. Souvent, ceci est un résultat des requis de fonctionnement du nouveau système : cela ne marchera simplement pas sauf si les attitudes humaines changent afin d’épouser sa forme et son processus. Ainsi, l’acte même d’utiliser les types de machines, de techniques et de systèmes qui nous sont disponibles, génère des schémas d’activités et des attentes qui deviennent bientôt “seconde nature”…

Winner donne plusieurs exemples de technologies employées avec l’intention de dominer, incluant le plan urbain parisien post-1848 fait pour rendre inefficace la guérilla urbaine, les moules de forges hydrauliques introduits dans l’industrie afin de briser les syndicats des ouvriers spécialisés à Chicago et une politique ségrégationniste de passerelles d’autoroutes dans les années 1950 à Long Island, qui rendit intentionnellement des endroits comme la station balnéaire de Jones Beach, inaccessibles par bus, ce qui ferma la porte de ces endroits aux pauvres. Dans tous ces cas de figure, bien que le plan ait été politiquement intentionnel, nous pouvons voir que les arrangements techniques mis en place déterminent les résultats sociaux de façon que cela précède logiquement et temporalement leur déploiement. Il y a des conséquences sociales prévisibles au déploiement d’une technologie ou d’un ensemble de technologies.”

NdR71 : prenons par exemple plus près de nous, l’internet et surtout ce que la pourriture globaliste veut imposer au monde : l’internet des choses, la 5G puis 6G, tout ceci façonne et façonnera les attitudes à venir et conditionnera les gens, de manière forcée, coercitivement, parce qu’il n’y aura plus de choix au nom du “progrès”, à changer leur attitude individuelle et collective…

De fait, nous sommes pris dans une toile d’araignée : nous existons dans un monde non seulement façonné par une mentalité hiérarchique et capitaliste, mais les outils que nous utilisons, incluant notre être social, maintiennent et renforcent cet artifice construit (cette construction artificielle…). L’idéologie façonne le monde qui façonne les gens qui façonnent la technologie et le système qui façonnent le monde, qui façonne les gens etc, etc… Comme l’a fait remarquer justement Slajov Zizek, même ceux qui veulent se rebeller contre le système semblent déjà condamnés à y rester (comme par design ?…)

“Si aujourd’hui, on suit un appel direct à l’action, cette action ne sera pas effectuée dans un espace vide, ceci sera un acte perpétré AU SEIN des coordonnées idéologiques hégémoniques : ceux qui veulent “vraiment faire quelque chose pour aider les gens” sont impliqués dans des exploits (sans aucun doute honorable pour la plupart) comme Médecins sans Frontières, Greenpeace, les campagnes féministes et anti-racistes, qui ne sont pas seulement tolérées par les médias, mais aussi soutenues, même si cela entre en apparence sur le territoire économique (comme par exemple dénoncer et boycotter des entreprises qui ne respectent pas l’écologie ou le travail des enfants), elles sont tolérées et soutenues aussi longtemps qu’elles ne s’approchent pas d’une certaine limite. (NdT : prenons par exemple le mouvement BDS de boycott de l’entité sioniste et de ses activités économiques au nom des droits du peuple palestinien… pas beaucoup de soutien des médias sur ce sujet hein ?…). Ce genre d’activité fournit le parfait exemple d’inter-passivité : de faire des choses afin de ne rien faire, mais d’empêcher que quelque chose ne se passe vraiment, qu’un changement ne s’opère vraiment.”

NdT : C’est le principe de tout RÉFORMISME : tenter de changer quelque chose pour qu’en fait rien ne change fondamentalement, que le système demeure et se perpétue. Le principe du “changer pour que rien ne change !…” qui fait d’autant plus les affaires du système étatico-marchand en place.

Même si le pouvoir d’état est saisi, si les vieux maîtres sont virés, le trône lui-même agit comme un objet maudit qui corrompt ceux qui cherchaient à le détruire. Les gens qui ont lutté pour l’émancipation des travailleurs ont fini par écraser des grèves. Les écolos finissent par discuter de la quantité d’uranium appauvri que l’on peut enterrer dans un endroit et combien peut-on en tirer depuis les chars d’assaut ; des gauchistes anti-austérité finissent par faire envoyer les CRS pour briser les manifs et la liste est sans fin au travers de l’histoire. La simple vérité est que vous pouvez prendre un pauvre bougre et en faire un roi, il sera peut-être un bon roi, mais il devra conserver une certaine position, certaines conditions d’existence, aussi injustes soient-elles, pour simplement être roi. Plus il deviendra attaché à cette position et plus le “pragmatisme” prendra le dessus, excusant des actions qui autrefois lui auraient paru impardonnables, afin de continuer l’action présente de “continuer à œuvrer pour le bien”. Hugo Chavez et Fidel Castro peuvent parler toute la journée durant de la “libération du peuple”, mais le fait est que le peuple n’est pas libéré si soutenir une opinion différente envoie des gens en prison. Ainsi va le système et son trône. Le parti peut changer de couleur et le roi de forme, le trône de l’État et du Capital lui, demeure, continue de propager des schémas exploiteurs et de domination culturelle, de conditions sociales, et d’appareil technologique.

Mais il y a un espoir, même dans les sous-bassements de l’activisme si populaire de nos jours, en cette attitude bizarre démontrée par l’État lorsque les gens, les manifestations et les organisations rencontrent une force par trop excessive. pourquoi donc des millions de personnes peuvent marcher dans les rues, librement, “pourvu qu’ils ne s’approchent pas d’une certaine limite” de comportement ? Quelle est cette ligne, limite à ne pas franchir ? Quelle est cette ligne si jalousement gardée ?…

champignon

Pousser le bouchon le plus loin possible

Vous vous rappelez la crise des missiles cubains ? Quand la grande méchante Union Soviétique nous amena à un poil de la 3ème guerre mondiale, prête à pointer des missiles nucléaires stationnés à Cuba sur nous ? Et comment une diplomatie dure et la bravade américaines leur firent faire volte-face ? Non ? Très bien, parce que ça ne s’est pas passé du tout comme ça. Les soviétiques, armant un allié après une invasion soutenue par les Américains, ont conclu le marché, pas nous : retirez les missiles américains stationnés en Turquie (un pays qui partageait une frontière avec l’URSS) et pointés sur Moscou et nous ferons la même chose. Kennedy a bien aimé l’accord et le fit sien. Ceci révulsa d’horreur l’establishment militaro-industriel, il le prit comme une génuflexion devant les Soviétiques. Vous vous souvenez de l’idéologie n’est-ce pas ? Ils ne le virent pas comme deux individus évitant une guerre nucléaire, leur prisme idéologique ne le permettait pas. Ils voyaient tout cela en fait de manière très hiérarchique, dans une dialectique de la domination : nous nous sommes soumis à une autre puissance. Mais les Soviétiques ne le voyaient pas de cette façon, ni non plus la vaste majorité du monde et c’est là que réside le véritable danger : une nouvelle façon de penser, un glissement de vision fut mis en place et en pratique. Et ceci ne pouvait pas être.

D’autres ont rapporté comment Kennedy avança contre le courant et comment souvent ceux qui étaient contre lui avaient hurler à la guerre. Je pourrais aussi dire que juste lorsque le prix Nobel de la paix Martin Luther King Jr commença à parler de “justice économique” et planifiait l’occupation de Washington D.C jusqu’à la fin de la guerre du Vietnam, a fini lui aussi, mort. De manière intéressante, sa famille gagna un procès pour négligence ayant entraîné la mort (transcription intégrale du procès disponible), laissant entendre que le gouvernement américain le tua. Mais je vais plutôt demeurer avec des faits “acceptés” comme cette longue histoire du programme de contre-espionnage (COINTELPRO), un programme du FBI spécialisé dans l’infiltration, la calomnie, la ruine de réputation et l’estropie des organisations politiques domestiques. Ceci ne fut en rien un jeu d’enfants.

“Infiltration : les agents et informateurs n’ont pas fait qu’espionner les activistes politiques. Leur but principal était de discréditer et de perturber les mouvements politiques. Leur présence même servait à faire perdre la confiance et à éloigner les supporteurs potentiels. Le FBI et la police ont exploité cette peur pour diffamer de véritables activistes comme étant des agents infiltrés.

Guerre psychologique : Le FBI et la police ont utilisé une myriade de “coups foireux” pour handicaper les mouvements progressistes. Ils ont planté de fausses histoires dans les médias et ont publié de faux tracts et autres publications au nom des groupes ciblés. Ils ont falsifié la correspondance, envoyé des lettres anonymes et fait de nombreux coups de téléphone anonymes. Ils ont diffusé de la désinformation au sujet de réunions et d’évènements, ont crée des pseudo-groupes gérés par des agents du gouvernement et ont manipulé ou tordu le bras aux parents, employeurs, propriétaires, administrateurs scolaires et universitaires et autres pour causer bien des problèmes aux activistes, etc…

Harcèlement légal : Le FBI et la police ont abusé et abusent encore du système légal pour harceler les dissidents et les faire passer pour des criminels. des officiers de police se sont parjurés dans leurs témoignages en cour de justice et ont présenté des preuves fabriquées de toute pièce comme prétexte à des arrestations ou des emprisonnements illégaux. Ils ont mis en application les lois fiscales de manière discriminatoire ainsi que d’autres réglementations gouvernementales ; ils ont utilisé une surveillance secrète, des entretiens “d’enquête” et des mises en demeure, convocations devant des grands jurys dans un effort d’intimidation des activistes et de réduire au silence leurs supporteurs.

Emploi illégal de la force : Il y a eu conspiration du FBI et des forces de police locales pour menacer des dissidents ; pour perpétrer des cambriolages et des fouilles / perquisitions illégales afin de fouiller les domiciles des dissidents. Ils ont commis des actes de vandalisme, d’agression, de passage à tabac et d’assassinats. L’objectif était de terroriser ou d’éliminer les dissidents et de perturber leur mouvement et leurs actions…

Le FBI a aussi conspiré avec les départements de police de bien des villes américaines (San Diego, Los Angeles, San Francisco, Oakland, Philadelphie, Chicago) pour encourager à pratiquer plus de raids sur les domiciles des membres du parti des Black Panthers, le plus souvent sans preuve aucune de quelque violation que ce soit de lois fédérales, d’état ou municipales, ce qui eut pour résultat le meurtre par la police de bon nombre de membres du parti des Black Panthers… Afin d’éliminer les leaders des militants noirs qu’ils considéraient dangereux, Le FBI a travaillé avec les polices locales pour cibler des individus en particulier, les accusant de crimes qu’ils n’avaient pas commis, supprimant les faits et choses les disculpant et en les incarcérant sous de faux prétextes et de fausses accusations.”

Quiconque pense que ceci a cessé de nos jours se trompe lourdement, vraiment vraiment lourdement.

“Des participants furent mis en charge d’identifier les résolveurs de problèmes et les ‘causeurs de problème’ et le reste de la population qui serait la cible des opérations de renseignement, de bouger son centre de gravité vers ce qui a pour valeurs et vision des choses ‘l’état final des choses’ selon la stratégie militaire mise en place.”

Laissez-moi vous traduire tout ça : “Nous étudions de manière active les mouvements politiques, identifiant les personnes qui pourraient éventuellement faire changer les choses et qui usent de techniques de propagande pour changer les conversations qu’elles ont ainsi que leurs visions des choses pour mieux cadrer avec la stratégie militaire domestique.” Laissons cela bien décanter.

Pour dire vrai, nous ne connaîtrons probablement jamais la profondeur du terrier du lapin blanc. Mais il y a ici un facteur unificateur : le système se durcit dès que le narratif officiel, l’idéologie elle-même sont démontrés ne pas être les seuls possibles. Ils sont terrifiées par les idées, parce que ce sont elles qui déclenchent les actions. La plus grande menace pour le système n’est pas de seulement d’apprendre que les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent être, mais de commencer à imaginer un monde où les choses seront différentes. Si quelque chose se situe en dehors “des paramètres du tolérable” pour l’idéologie dominante, cela présuppose qu’il y a des limites au système et s’il y a des limites, il peut vieillir, s’émousser, devenir inutile et finalement… être remplacé.

Ainsi la classe dirigeante va défendre violemment ses doctrines quel qu’en soit le prix. Peut-on vaincre un tel ennemi invincible, un ennemi qui nous a façonné durant toutes nos vies ? Comment pouvons-nous le faire ? Pourrons-nous jamais nous libérer et arrêter de bouffer dans la poubelle de l’idéologie capitaliste ?…

Suivez-moi au fin fond du terrier du lapin blanc, celui que nous fabriquons… Trouvons-nous les uns les autres !

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“Vous dites que vous voulez une révolution ?” “Pas exactement…”

La magie est la science et l’art de provoquer un changement en conformité avec la volonté.” N’est-ce pas ce qu’ils disent ?

Si le monde entier, de la culture humaine à la technologie, est le résultat de l’idéologie dirigeante et est littéralement façonné par celle-ci, alors nous ne devons rien faire d’autre que de tout changer. La réforme n’est en aucun cas une option parce que le simple fait de fonctionner au sein du système ne fait que renforcer les idéologies existantes. Ceci a été la clef de toute chose : chaque génération règle et adapte l’expérience idéologique existante, la rendant supportable et à son goût du moment, la préservant ainsi. C’est la raison pour laquelle la politique identitaire et les révolutions sociales sont si soutenues. Les gens du haut de la pyramide ne se souvient guère si la définition du mariage par exemple, est élargie ou restreinte, tant que nous continuons de dépendre d’eux pour faire quoi que ce soit. Ils se foutent de savoir si le président est blanc ou noir, tant que nous continuons à les élire, à participer au système. Mais dès que nous commençons à rêver d’une vie en dehors de l’espace mental encadré par les rangers de la bidasserie, celles-ci viennent nous écraser, parce qu’à la minute même où nous pensons le faire, nous créons un espace mental nouveau pour nous-mêmes et pour les autres afin d’y vivre. Vous n’y croyez pas ? C’est à travers ce processus que nous avons abouti au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui :

Ce monde n’est en rien un élément naturel ou intentionnel de la vie humaine, mais plutôt un arrangement artificiel, construit par ceux qui veulent posséder le monde. “Une chose néanmoins est claire, la Nature ne produit pas d’un côté des propriétaires d’argent, de bien et de commodités et de l’autre des humains ne possédant rien d’autre que leur force de travail”, explique Marx. “Cette relation n’a aucun fondement naturel, ni sa base sociale commune à toutes les périodes de l’histoire. Ceci est clairement le résultat d’un développement historique passé, le produit de bien des révolutions économiques, de l’extinction de toute une série de vieilles formes de production sociale.

Ce champ de bataille idéologique est clef. C’est la raison pour laquelle ils se sont gaussés du mouvement Occupy Wall Street et puis soudainement lui ont cassé les reins, c’est la raison pur lequel un mouvement comme “Food Not Bombs” (De la nourriture pas des bombes) et traité bien plus agressivement que tous les rallies et toutes les manifestations néo-nazies. C’est la raison pour laquelle l’autorité d’un flic ne doit jamais être questionnée ; c’est la raison pour laquelle les sans-abris ne sont pas autorisés à construire des structures semi-permanentes et s’en remettre à une aide sociale stigmatisée. Nous nous confrontons à des structures virtuelles, des symboles vivants qui donnent son pouvoir à tout cet artifice.

L’argent fait tout tourner. Ne pas avoir d’argent n’est pas bon. Obéissez à ce qui se veut être l’Autorité. Brisez ces symboles et vous brisez le mauvais sort qu’on nous a jeté. Brisez ce mauvais sort et vous pourriez bien commencer à en jeter vous même.

Parce que voyez-vous, des choses comme le capitalisme, la hiérarchie, ne sont pas que des choses se produisant dans le monde mais qui vivent également dans nos têtes. Ce sont des idées, des constructions, des “fantômes” comme les appelaient Max Stirner. aussi longtemps qu’ils existent dans nos têtes, ils continueront à exister dans le monde extérieur et s’ils existent là, ils façonneront nos pensées et nos actions en ce monde.

L’idéologie est un processus qui est accompli par le soi-disant penseur conscient, certes, mais doté d’une fausse conscience. Les véritables motifs qui le conduisent lui sont inconnus, autrement, ce ne serait pas un processus idéologique du tout. Ainsi donc, il imagine des motifs faux ou apparents. Parce que ceci est un processus de la pensée, il dérive à la fois sa forme et son contenu de la pensée pure, la sienne ou celle de ses prédécesseurs. Il travaille avec un simple matériel de pensée qu’il accepte sans aucun examen comme le produit de la pensée, il ne fait pas de recherche supplémentaire pour un processus plus retiré indépendant de la pensée ; de fait son origine lui semble évidente, parce que toute action se produit au travers de la pensée, donc cela lui apparaît être ultimement fondé sur la pensée.” (Engels)

Combien de fois avez-vous entendu que “c’est le mieux qu’on puisse faire” ?ou bien “ceci est le seul monde possible” ? Est-ce la même espèce qui est passée de chariot à l’alunissage en l’espace de juste 70 ans ? Imaginer que nous aurions atteint une sorte de mur infranchissable dans le développement humain est une folie pure et simple. Ceci, camarades, est le sort jeté par l’idéologie. Bien sûr “on ne peut pas faire mieux” si les structures mentales de votre tête vous disent que c’est le cas. Vous construirez littéralement ce monde dans lequel vous vivrez, parce que votre esprit est convaincu que c’est ce que vous, dans le sens nietzschéen du terme, allez créer. Nous sommes coincés à quémander des petits bouts de ce gâteau parce que nous ne pouvons même pas nous représenter le fait de l’avoir en totalité.

Joseph McMoneagle parle dans son livre “Voyage de l’esprit” de comment avant une session d’analyse et de vision à distance l’enquêteur passe environ une heure à parler avec le sujet de considérations psychiques et paranormales. La raison ? Cela prépare l’esprit des sujets à la possibilité que cette expérience soit possible. S’ils pensaient que cela ´´tait réel et possible, alors, comme par magie, ils étaient capables de le faire. Les débutants en général avaient plus de chance que les gens expérimentés en la matière car ils n’avaient pas les données mentales pour rejeter ou douter de l’expérience.

Les sorciers, sorcières et magiciens parmi vous devraient avoir des cloches et des sifflets en branle dans la tête…

Nous parlons ici de gens déplaçant leur conscience en dehors de l’espace-temps pour observer des évènements, des endroits, des gens, au travers d’un léger glissement d’idéologie ; en croyant qu’une telle chose était non seulement possible mais probable. Si cette reconnaissance de probabilité de possibilité peut faire CELA, quel genre de monde peut-on créer avec ?

Vers une nouvelle utopie

“Ainsi donc le paradoxe est le suivant : il est plus facile d’imaginer la fin de toute vie sur Terre qu’un bien plus modeste changement radical dans le capitalisme, ce qui veut dire que nous devons réinventer l’Utopie, mais de quelle manière ? Il y a deux faux sens en ce qui concerne l’Utopie. L’un est cette vieille notion d’imaginer une société idéale dont nous savons pertinemment qu’elle ne se réalisera jamais. L’autre est l’Utopie capitaliste dans le sens de nouveaux désirs pervers qui ne vous sont pas seulement permis de réaliser mais surtout incités à réaliser. La véritable Utopie se situe lorsque la situation est tellement sans issue, sans façon de résoudre les problèmes au sein des coordonnées du possible, qu’émerge de la pure nécessité de survivre, l’invention d’un nouvel espace. L’Utopie n’est pas une sorte d’imagination libre ; elle est un sujet de la plus fondamentale des urgences. Vous êtes forcés de l’imaginer comme la seule porte de sortie, et c’est de cela dont nous avons besoin aujourd’hui.” (Slajov Zizek)

Laissez-moi vous donner un exemple du comment ce rêve fonctionne. Des voitures sans conducteurs sont en train d’être développées et testés. Les coûts de fonctionnement d’Uber sont essentiellement les salaires des chauffeurs. Plus de chauffeur et le coût va grandement baisser, ce sera si bas qu’en fait ce sera mins cher de simplement se faire trimballer par une voiture sans chauffeur que de posséder sa propre voiture.

Donc, nous avons deux futurs potentiels :

A) Les voitures autonomes rentables deviennent la vague du futur, éliminant le processus de propriété de véhicule. Vous ne pouvez aller nulle part sans payer quelque chose, les entreprises peuvent charger ce qu’elles veulent et au moment où un gros accident se produira, elles mettront la pression sur les véhicules conduits par des humains comme étant “dangereuses” et mettront la pression sur l’État pour les faire interdire sur les routes principales, “pour notre sécurité” bien entendu, créant ainsi un monopole technologique privé. Tout transit routier deviendra transaction commerciale.

B) Nous créons un système de transport social gratuit pour tous.

Les deux options sont totalement possibles, toutes deux étant dans un monde nébuleux de possibilité si fréquemment ajoutées et soustraites par ceux magiquement favorables. Laquelle de ces deux options naîtra ? Celle qui sera ordonnée de surgir par l’idéologie prévalante. Il y a littéralement des milliers de ces questions qui trouvent leurs réponses quotidiennement à des micro et macro niveaux, des questions que nous n’aurions même peut-être pas pensé de demander : le monde se crée à chaque seconde, il en va de même pour le futur.

Ainsi nous devons commencer à rêver de nouveau, è évoquer et invoquer un monde encore non-né ; nous devons refaire notre utopie. Nous devons imaginer et désirer un monde au delà du capital et de la hiérarchie aberrante, aussi impossible cela semble t’il être, parce qu’en le rêvant, nous nous nous en rapprochons inconsciemment. Et ceci a été réalisé avec succès auparavant. Laissez le grand Murray Bookchin vous rappeler votre histoire oubliée.

La Commune de Paris de 1871 a géré une entière grande ville sur la base de conseils de voisinage ayant une vitesse de communication proche du cheval au galop ; L’Ukraine de Makhno a créé des communes et des écoles anarchistes, sans police, sans prisons, sans frontières ; des zones anarchistes d’Espagne ont complètement aboli l’argent, vivant quotidiennement dans a pratique du “à chacun selon sa capacité, à chacun selon ses besoins”. Ceci représente des choses qu’on  nous a sans cesse répétées n’étaient pas possibles, qu’elles étaient “contre la nature humaine” et pourtant, elles furent mises en place avec succès et ne furent renversées que parce que tout le poids du monde les écrasa… ils savaient, tout comme les puissances qui ne devraient pas être aujourd’hui, qu’admettre leur victoire, leur succès, remettrait entièrement cet axiome de ce “qui est impossible” en question.

Les cantons autonomes zapatistes du Chiapas et du Rojava dans le nord de la Syrie prouvent le pouvoir du rêve, que sommer l’inconscient sorcier de nouveaux mondes est toujours aussi dangereux et efficace qu’il ne le fut.

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Partisans d’un monde non encore né

Donc nous rêvons de nouveaux mondes… Est-ce suffisant ? Vous pouvez souhaiter un nouveau boulot toute la journée, vous devrez toujours physiquement le chercher. La révolution est-elle la réponse ? Max Stirner ne le pensait pas .

La révolution avait pour but de nouveaux arrangements ; l’insurrection nous mène à ne plus se laisser arranger, mais à nous arranger nous-mêmes et de ne plus avoir d’espoirs béats sur des “institutions”. Ce n’est pas un combat contre l’établi […]  ce n’est que la projection d’un moi travailleur hors de ce qui est établi.

Qu’est-ce que la “révolution” ? C’est un rêve sans jambe pour marcher, un combat que nous aurons, toujours dans le futur. Le rêve se trahit. En la voyant toujours dans le futur, nous la condamnons à y rester, ce sera donc un futur brumeux au loin, une utopie d’un conflit futur pour peut–être changer les choses. Une pensée dangereuse là ! Nous rêvons d’une possibilité future, une petite chance de changer les choses plutôt que de les changer maintenant. “Ho Ho attendez un peu, quand la révolution va arriver, les choses seront différentes. Oui monsieur, et maintenant, puis-je prendre votre commande ?…

Et si nous en avons l’opportunité, que faire après ? Nous héritons d’un monde noyé dans un conflit idéologique, une machine armée à l’opposé du type de vie que nous voulons créer. Et comme LA révolution s’est produite, nous devenons immédiatement des conservateurs ; plus de place pour adapter les choses, pour changer, pour croître, parce que “l’évènement” dans les termes de Zizek, s’est déjà produit. Nous devenons les rois, reines et gardiens de la chose que nous cherchions à détruire. La carte physique peut bien changer, mas la coordination mentale demeure. Tiré d’Anarchopedia :

“Stirner reconnait l’importance de l’auto-libération et la manière dont souvent l’autorité existe purement au travers de son acceptation par les gouvernés. Comme il l’explique: “…Rien n’est sacré en soi, mais je le déclare sacré par mon acquiescement, mon appréciation, ma génuflexion, en bref, par ma conscience.” C’est de cette adoration de ce que la société voit comme “sacré”, que les individus doivent se libérer afin de se découvrir eux-mêmes dans leur réalité. Et de manière plus que signifiante, une bonne partie du processus de libération implique la destruction de la hiérarchie. Pour Stirner, “la hiérarchie est la domination de la pensée, la domination de l’esprit !”, ce qui veut dire que “nous sommes maintenus le plus bas possible par ceux qui sont soutenus par des idées.” Par notre propre volonté de ne pas questionner, de ne pas remettre en question, l’autorité et les sources mêmes de cette autorité, comme la propriété privée et l’État.”

Nous ne pouvons obtenir aucun changement, aucune “révolution”, si le vieil ordre et le vieux système du monde que nous cherchons à détruire agissent toujours comme les “fantômes” de notre esprit. Tout changement dans la relation au pouvoir doit d’abord être gagné dans le monde des idées : une révolution intérieure alchimique et jungienne. Libéré des “fantômes” du capitalisme et de la hiérarchie, l’individu nouvellement éveillé recrée le monde autour de lui sur la base d’une nouvelle idée. Makhno écrit :

“L’homme libre, d’un autre côté, a jeté les vestiges du passé ainsi que ses mensonges et sa brutalité. Il a enterré le corps pourri de l’esclavage et la notion que le passé est mieux. L’Homme s’est déjà partiellement libéré du brouillard du mensonge et de la brutalité, qui l’avait mis en esclavage depuis le jour de sa naissance, de cette adoration des baïonnettes, de l’argent, de la légalité et de la science hypocrite. Alors que l’humain se libère de cette insulte, il se comprend mieux lui-même et une fois qu’il s’est bien compris, le livre de sa vie s’est ouvert à lui. Il y voit de suite que son ancienne vie n’était rien d’autre qu’un vil esclavage et que ce cadre esclavagiste a conspiré pour rendre inefficaces toutes ses bonnes qualités innées. Il voit et comprend que cette vie l’a transformé en une bête de somme, un esclave pour certains ou un maître pour d’autres ou un dupe qui piétine et détruit tout ce qui est noble en l’humain, lorsqu’on lui ordonne de le faire. Mais lorsque la liberté éveille un Homme, il jette tous les artifices dans la poussière et tout ce qui se met en travers du chemin de la créativité indépendante. C’est ainsi que l’Homme avance dans son processus de développement…

“L’homme révolté, qui a parfaitement saisi son identité et qui voit maintenant avec ses yeux grands ouverts, qui a maintenant grand soif de liberté et de totalité, va maintenant créer des groupes d’Hommes libres soudés les uns aux autres par l’idée et l’action. Quiconque entre en contact avec ces groupes va jeter son statut de laquais du système et va se libérer de la domination idiote que les autres ont sur lui. Tout humain ordinaire venant de la charrue, de l’usine, du banc de l’université ou du monde académique reconnaîtra la dégradation de l’esclavage. Alors que l’humain découvre sa véritable personnalité, il jettera aux orties toutes les idées artificielles qui vont contre le droit même de sa personnalité, cette relation maître / esclave de la société moderne. Dès que l’Homme met en avant les éléments purs de sa personnalité au travers de laquelle une nouvelle communauté humaine libre est née, il deviendra un anarchiste et un révolutionnaire. Voilà comment l’idéal de l’anarchisme est assimilé et disséminé par les humains ; l’homme libre reconnaît sa profonde vérité, sa clarté et sa pureté, son message de liberté et de créativité.”

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« N’oubliez pas que si nous pouvons construire,
nous ne sommes en rien effrayés par les ruines… »

Utopistes de l’insurrection

Alors pour résumer, que devons-nous faire ?…

Nous devons être des créateurs, des rêveurs, des penseurs, des constructeurs. Nous devons apprendre à identifier l’idéologie prévalante et ce en quoi elle nous infecte, nous et les autres, même les objets et les concepts. 

NdR71 : A ce sujet lire et diffuser ce texte essentiel de Paulo Freire que nous avons traduit en français dans son intégralité : “La pédagogie des opprimés” (1970) dans une superbe mise en page PDF de Jo.

Puis nous devons briser tous les liens avec cet espace mental toxique, nous devons finalement tuer notre fasciste intérieur. Et lorsque nous ferons cela et que les symboles du capitalisme, de l’État et de la hiérarchie auront été démythifiés, alors nous pourrons simultanément évoquer notre Utopie et inclure nos rêves dans la réalité. Nous pouvons converser et agir pour défier ces idées prévalantes et montrer ce qui est possible ; nous pouvons nous battre pour et créer des espaces libérés où ce nouveau monde pourra commencer à se manifester.

Il y a des façons de faire ceci aujourd’hui. En voici 42. Nous pouvons commencer l’insurrection dès maintenant.

Plutôt que de s’en tenir dogmatiquement à une méthode ou tactique, nous devrions suivre le conseil de Stirner et de “n’avoir aucun désir de devenir esclaves de mes maximes, mais plutôt de les soumettre à ma constante critique”, alors que la lutte ne cesse d’évoluer. Nous ne savons pas à quel point les choses peuvent changer ou de quelle façon les choses peuvent se manifester, quand les situations peuvent devenir plus chaudes ou plus froides. Rosa Luxembourg nous a expliqué qu’il n’y a pas de temps “parfait” ou “objectif” pour quelque condition historique que ce soit, cela ne se perçoit que lorsqu’elle est vue comme quelque chose de passé ; que chaque tentative “prématurée” des travailleurs à saisir le pouvoir a existé pour continuer d’entrainer les gens, qui ne peuvent atteindre “les conditions de maturité” nécessaires pour un large changement sociétal que par l’éducation reçue par ces luttes passées “prématurées”. Nous devons reconquérir cette vieille patience révolutionnaire, lutter pour un monde que peut-être nous ne verrons jamais ; mais de notre vivant, plutôt que de simplement “réagir” aux choses ou essayer d’”arranger” le monde, nous devons construire le notre.

Chaque action qui fait bouger vers une nouvelle manière de penser, de par sa simple existence, force les autres à avoir une discussion intérieure avec eux-mêmes. Cette descente au “pays des fantômes” provoque le questionnement d’idées prévalantes longuement admises ou jetées en masse. L’idéologie informe et moule la réalité. Changez un de ces éléments et vous changez l’autre. Victor Serge dans “La naissance de notre pouvoir” a décrit la situation dans une conversation entre ses personnages :

Plutôt que d’attendre qu’un conflit futur puisse amener l’opportunité de changer, nous devons agir et lutter comme si le monde de nos rêves n’est éloigné de nous que par l’épaisseur d’un cheveu.

Parce que si nous le faisons, alors un jour, nous nous réveillerons dedans.

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Le texte dans un superbe PDF de Jo, inspirée par le souffle qui en émane :

DrBones_Insurrection et Utopie

“Il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir !”
~ Résistance 71 ~

“L’idéologie est la base de la pensée d’une société de classes, dans le cours conflictuel de l’histoire. Les faits idéologiques n’ont jamais été de simples chimères, mais la conscience déformée des réalités, et en tant que tels des facteurs réels exerçant en retour une réelle action déformante.”
~ Guy Debord, “La société du spectacle”, 212, 1967 ~

Dr Bones Sur Résistance 71

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

citationBelgarrigue

reflexionaborigene

Réflexion nécessaire sur une anarchie post/anti gauchisme… Pour une synthèse individualisme-collectivisme/communisme

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, Internet et liberté, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 19 avril 2022 by Résistance 71

controle_permaent

Nous avons particulièrement aimé ce texte récent, que nous avons traduit et commenté en plusieurs de ses endroits clef. Nous pensons que le débat qu’ouvre ce texte vaut la peine car il fait le pont entre deux tendances anarchistes (individualiste dans la lignée Max Stirner et H.D. Thoreau contre collectiviste/communiste, dans la lignée de la trilogie Proudhon, Bakounine, Kropotkine) qui sont souvent, à tort, opposées. Nous l’avons souvent dit : tout part de l’individu. Sans individu et son pouvoir de se rebeller et de dire NON ! pas de groupe, pas de collectif possible, dans le même temps, sans groupe et organisation pas de (r)évolution sociale possible vers le but ultime de la société des sociétés.
En aucun cas s’agit-il d’une antinomie, d’un antagonisme entre l’individu, la personne et le groupe, comme la récupération systémique veut constamment le faire croire, y compris au sein du mouvement anarchiste, mais il s’agit d’une complémentarité, d’une osmose à achever et qui s’achèvera dans la grande logique de la nature humaine enfin réalisée dans son émancipation sociale finale. L’anarchie “post-gauche”, “anti-gauche”, c’est ca : la compréhension et la mise en place de la complémentarité individu/groupe bien comprise.
L’anarchie ne fait pas partie du spectre politique factice créé, comme dit dans le texte, par notre imagination. Elle ne fait pas partie de la classification étatico-marchande allant de l’extrême gauche à l’extrême droite du capital ; elle est notre humanité finale enfin réalisée. Elle est par delà tous les clivages factices politico-économiques diviseurs, au delà du bien et du mal, au delà du rapport individu / groupe, au delà de la dialectique. L’anarchie est l’incarnation de la Raison dans l’histoire, elle est le pont du surhumain, le moyen d’y parvenir et sa réalisation, 2 en 1, l’unité fractale, la réalisation physique de la domestication naturelle du chaos. Pas rien tout ça n’est-ce pas ?… Raison de plus pour l’embrasser, l’Anarchie sera et sauvera le genre humain.
Lisez et partagez le texte ci-dessous, important de sortir du moule car nous sommes en approche du crash systémique final. Pas de révolution mais une (r)évolution !
~ Résistance 71 ~

Astyle

Une dague de sauvage anarchie 

Flower Bomb

Décembre 2021

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Avril 2022

The world doesn’t owe you shit.
The universe doesn’t know you exist.
Stop waiting for things to happen –
only you can make a change.
– “Do It Yourself” by PUNCH 

Le monde te doit queue dalle.
L’univers ne sait pas que tu existes.
Arrête d’attendre que les choses se fassent d’elles-mêmes,
Toi seul peut changer ces choses.
– “Do it Yourself” par PUNCH
—————————————–

Je me souviens une fois avoir entendu une conversation qui portait sur l’utilisation des expressions “post-gauche” ou “anti-gauche” pour décrire l’anarchie au-delà du gauchisme. J’ai pensé que cela était une conversation intéressante parce que cela me rappelait comment je voyais auparavant ou me situait par rapport à l’anarchie. Je me rappelle avoir vu l’anarchie comme un monde à créer, nécessitant l’organisation des autres pour qu’il se matérialise. Avec le temps, ma relation à l’anarchie changea. Je me retrouvais à penser l’anarchie dans un sens de devenir féroce, sauvage, une révolte personnelle qui mettait l’accent sur le soi, sur la responsabilité plutôt que la co-dépendance aux autres. Ce changement de perspective vint après que j’eus réalisé que le peuple n’est pas la masse d’un troupeau unique et de suiveurs sans jugement, mais est en fait composé d’individus complexes, uniques capables de pensées indépendantes, de décisions et d’actions. Pour moi, l’anarchie au delà du gauchisme, abandonne l’idée que les gens ont besoin d’un leadership organisé et met en avant une compréhension du comment les gens découvrent au mieux leur propre pouvoir quand ils sont le moins gouvernés, organisés, contrôlés.

Dans ce texte, je vais tenter d’élaborer un peu plus sur l’anarchie post-gauche comme je la conçois, la comprend et comment je m’y attache. Comme tous les termes, les définitions et les étiquettes sont sujets à des interprétations individuelles uniques, je ne fais que parler pour moi-même et de ma propre interprétation des théories et des idées mentionnées ici.

Anarchie post-gauche & anti-gauche : les deux tranchants de la même dague

Pour moi, l’anarchie post-gauche est synonyme d’anarchie anti-gauche. Le mot “post” ne représente pas une “nouvelle” forme de gauchisme ou un gauchisme “évolué”, comme certains le clament avec des projets variés anti-état communiste et socialiste. J’utilise plutôt l’expression anarchie post-gauche pour n’exprimer qu’un état d’esprit actuel distinct d’une expérience passée d’avoir identifié et de s’être engagé dans une pensée de gauche. Et de cette perspective, le mot “anti” est synonyme de “post” parce qu’il exprime parfaitement la nature de mon existence présente, mon désir pour une liberté individuelle, sauvage, de manière antagoniste de l’ordre civilisé du gauchisme.

Pour moi, l’anarchie post-gauche n’est pas une sorte d’alignement ou de sympathie avec une politique de droite, je suis tout aussi hostile envers le nationalisme que le fascisme et toutes autres idéologies conservatrices crées au nom de la préservation de la loi et de l’ordre. Je reconnais que les deux idéologies de droite et de gauche sont fondamentalement collectivistes, demandant l’absorption de la liberté individuelle en échange de l’uniformité d’une république. Les deux côtés du spectre politique intègrent le peuple dans une interprétation binaire d’une réalité qui ultimement maintient en place la société industrielle. Ensemble, les politiques de “gauche” et de “droite” encouragent un type de mentalité de ruche où la reproduction de la société est individualisée tandis que le pouvoir autoritaire sur l’individu est maintenu de manière collective.

Mais l’anarchie post-gauche est bien plus qu’une analyse ou quelques idées sur la façon de voir l’anarchie, soi-même et les autres. On peut critiquer des idées philosophiques avec d’autres idées philosophiques et même faire l’expérience d’un changement émotionnel influencé par ces idées. Mais en fin de compte, la philosophie n’est qu’un chaudron d’idées sans retombée. Comme une tige sans pomme, la philosophie est souvent trouvée dans les cimetières affleurant de livres poussiéreux, n’ayant jamais eu l’opportunité de se matérialiser au delà de son emprisonnement académique. C’est pourquoi, pour moi, l’anarchie post-gauche est plus qu’une idée philosophique ou une position prise au-delà du gauchisme. C’est un style de vie anti-gauchiste, une manière de reprendre possession de soi-même, de ses choix, et de ses expériences au lieu d’adhérer à un auto-sacrifice envers un corps social, le groupe, l’organisation ou la commune. L’anarchie anti-gauche est vivante, elle respire la capacité de s’arroger le pouvoir et est un accomplissement en tant que sabotage contre les forces de domestication de la conformité sociale.

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La société industrielle, ou ce que j’appelle “la machine”, est composée d’institutions variées construites sur des idéologies fondamentalement oppressives, imposant leur influence, contrôle et domination civilisatrice sur tous les êtres sauvages. Ces institutions sont avant tout construites, entretenues et conservées, suivies par des individus qui ont collectivement abandonné leur liberté au pouvoir institutionnel. Récemment, j’ai décidé de ne plus utiliser ce mot de “masses” parce que j’en suis venu à comprendre comment ce mot aplanit les importantes différences entre tous les individus. Donc en lieu et place, j’utiliserai le mon “commune” en référence à la continuité sociale de la société industrielle, une commune d’individus uniques dont la majorité a, volontairement ou par endoctrination, souscrit à la vision du progrès industriel. Quand suffisamment d’individus se plient à un système social, ceux qui naissent dedans deviennent endoctrinés. La pensée indépendante devient difficile et bon nombre d’individus préfèrent continuer leur assimilation sociale plutôt que de faire l’expérience d’une isolation sociale due à une vie rebelle.

Les institutions comme la prison, les usines, les bureaux d’entreprises, les écoles etc, partagent tous la même caractéristique : leur endroit de travail cause fonctionnellement, le même sang et la même sueur que ceux qui sont épandus durant le travail de leur construction physique. Et quelque part, ce paradis civilisé de la misère et du stress continue de s’étendre plus rapidement avec chaque année qui passe. Je pense qu’une explication probable de tout ceci pourrait être une compréhension du comment les institutions manipulent notre perception de la réalité. Alors que la société industrielle s’étend, ainsi le fait l’influence visuelle. Durant les premières années de la colonisation de la soi-disante Amérique, on montra intentionnellement aux peuples indigènes des villes afin de les décourager psychologiquement de continuer à résister. A la racine de cette stratégie réside le message subliminal souvent entendu de ceux qui obéissent de désespoir : “Nous sommes bien trop petits, la machine est bien trop forte…

Quand des vitres et devantures de banques sont brisées, saccagées ou des voitures de police incendiées ou lorsque des blocages / opérations escargot bloquent le trafic routier pendant des heures, on peut observer une réaction mitigée des gens qui y assistent. Certains sont excités comme des puces, tandis que d’autres paniquent et sont terrorisés. Je pense que ce types de réactions sont une réponse au chaos de la perturbation du flot normal d’intimidation qui est silencieusement communiqué des institutions aux individus quotidiennement. Le pillage ou la mise à feu de commerces ne doivent rien à la logique pour qu’ils aient lieu. Je pense que ces évènements sont le résultat de la floraison d’une liberté éphémère et sauvage dans des moments où l’ordre étatique et la loi ont été pulvérisés. Ces moments de rupture se produisent souvent lorsque la furie des émotions est très vive et qu’elle dépasse le sentiment de peur, qui est l’arme principale du pouvoir institutionnalisé. Sans la crainte des conséquences légales, de la pauvreté ou de l’isolation sociale, ces institutions se retrouvent exposées comme n’´´tant rien de plus qu’un château de cartes.

L’état social de l’assimilation : la passivité au sein de la marche funèbre

Quand je parle d’anarchie post-gauche, il serait correct de dire que je place une emphase particulière sur l’individu. Je le fais contre un puissant courant collectiviste qui encourage la négation du pouvoir individuel. Avec la négation du pouvoir individuel vient la négation de la responsabilité individuelle pour les choix et actions personnels, ce qui ultimement, fait proliférer les idéologies de l’autoritarisme. Toujours et encore, le blame de l’oppression est mis sur “le système”, les gouvernements, les institutions ou autres groupes de personnes formalisés. Mais à la racine même de la chose, qui contribue à la composition de ces entités sociales ? Il n’y a que très peu d’examen du rôle vital que joue un “individu” en produisant et en maintenant en place ces institutions de contrôle et de domination. Y a t’il vraiment une neutralité dans la participation même à une marche funèbre écocide ?

Une neutralité à participer à sa propre mise en esclavage dans le monde du travail, de l’expansion globale du capitalisme ou de la normalisation de la soumission ? Certains pourraient considérer cela comme tirer sur le pianiste, mais on ne peut en rien nier la malveillance et les tracas réels dont font l’expérience l’individu dans une société. Ma critique n’implique pas d’attribuer tous les problèmes sociaux à un individu particulier, mais plutôt de montrer le fait que sur un plan individuel, le pouvoir peut devenir autoritaire ou anti-autoritaire, soumis ou rebelle. Même le plus apathique des individus fait un bon participant dans une société de domination commune. Sur un plan individuel, ce pouvoir peut se matérialiser au delà de la simple philosophie, soit en union avec d’autres individus, soit seul.

Quand les gens critiquent la police, critiquent-ils juste le fait de la politique de faire la police ou cette même critique s’applique t’elle à chaque policier individuellement qui matérialise volontairement cette philosophie ?

Dans ce texte, il serait inconsistant de ma part d’encourager l’expropriation de la liberté individuelle sans discuter le pouvoir des individus oppresseurs. Soyons honnêtes, une guerre contre la civilisation industrielle et toutes formes d’oppression ne s’arrêtera sans doute jamais, même dans l’après-vis de l’effondrement industriel. Si toutes les institutions oppressives, incluant la société industrielle elle-même, devaient s’effondrer demain (ou même graduellement dans le temps), je pense qu’il y aura toujours des individus avides de pouvoir qui voudront contrôler et dominer les autres. Il est très probable que ces mêmes individus continueront de porter avec eux le résidu de la pensée oppressive. Et il y aura d’autres individus qui voudront capituler devant ces visions, ce qui ulltimement permettra aux autoritaires de matérialiser leur faim de pouvoir.

NdR71 : Cette analyse possède une grand part de vérité, mais cela ne pourrait se produire que si le système, ses rouages, l’embryon du système en place, sa structure, étaient permis de se maintenir et de se (re)développer. Si la société des sociétés des individus associés volontairement existe de manière fonctionnelle hors état, hors institutions, hors marchandise, hors argent et hors salariat, alors il sera impossible à quelque individu que ce soit de remettre en place un système autoritaire de domination, les ponts seront définitivement coupés. La nouvelle société n’aura rien en elle qui permettra le moulage de la fondation d’une société autoritaire, c’en sera fini et sur une ou deux générations, le système étatico-marchand ne sera plus qu’un cauchemar à reléguer au musée de l’histoire humaine. La domination, l’oppression et la violence inhérente ne font pas partie de la nature humaine, ce ne sont que des constructions sociales. Enlevez leur le terreau qui leur permet de croître et elles ne seront plus… Le terreau étatico-marchand est toxique à la société et à la liberté. L’inverse est également vrai…

Ainsi je demande, qui, si ce n’est l’individu, donne le pouvoir à l’idéologie du racisme, du sexisme, du fascisme, du capitalisme, du communisme (autoritaire d’état), à la société industrielle, à la civilisation etc ? Qui, si ce n’est l’individu, construit un concept philosophique, qui lorsque mis en pratique, récompense et permet le contrôle hiérarchique de quelqu’un sur un autre ? Qui, si ce n’est l’individu, est capable de désirer un tel contrôle et une telle domination sur les autres ? Aussi longtemps que les individus ont existé, le conflit, la violence ont aussi existé et des résolutions qui ne se terminent pas toujours pacifiquement.

NdR71 : Là encore, oui et non. L’individu est responsable de la malfaisance lorsqu’un système non seulement le permet mais aussi l’encourage. Si l’humain crée les systèmes sociaux dans lesquels il évolue, à terme, les systèmes créés créent aussi dans leurs institutions et rouages, les individus qui assureront sa continuité. Cela marche dans les deux sens, ce n’est jamais à sens unique. De plus la violence est une construction sociale. L’agressivité fait partie de la nature humaine, c’est elle qui nous permet de nous maintenir en vie, c’est elle qui déclenche notre instinct de survie. La violence, en tant qu’exacerbation d’une agressivité de manière organisée et ciblée est une construction sociale. Conflits et guerres en sont le résultat le plus évident. La guerre en tant que violence collective organisée n’a pas toujours existé. Elle remonte à environ 12 000 ans sur les près de 2 millions d’années de l’existence humaine sur cette planète. L’État n’a pas non plus inventé la guerre, mais il l’a canalisée, domestiquée, pour en faire un outil de conquête, de contrôle par la peur et le chaos.

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Quand la tyrannie devient la loi…
La rébellion devient un devoir

La “machine”, un enfer de civilisation techno-industriel qui mène une guerre sans merci contre la nature et le “sauvage”, a été créée et maintenue dans sa létale fonctionnalité à la fois par ceux qui recherchent une domination totale et par ceux qui demeurent passifs dans cette marche vers la mort. La machine représente une commune industrialisée à grande échelle, un collectif hautement coordonné d’individus totalement subjugués et subordonnés, travaillant au plus haut niveau du progrès anthropocentrique.

Bien trop souvent, les gens font l’erreur d’émettre des assomptions de bien-être des gens de manière générale. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de personnes gentilles, paisibles et respectueuses dans le monde ; mais je pense qu’il est bien inconvénient d’assumer qu’il y a “une bonté commune” en chacun de nous, alors qu’en fait le bien est tout à fait subjectif à l’interprétation individuelle. Je pense qu’on peut assumer sans se tromper qu’autant qu’il y a des individus uniques, il y aura toujours des possibilités de faire réémerger des formations sociales autoritaires avec ou sans société industrielle.

NdR71 : Nous comprenons parfaitement la pensée ici invoquée, mais elle est à notre sens en partie fausse parce que l’auteur n’englobe que ce qu’il appelle la “société industrielle”, ce qui est limitatif. La société autoritaire à pouvoir coercitif ne pourra ressurgir que si sont laissés en place ses piliers, son infrastructure de fonctionnement qui sont  l’État, la marchandise, l’argent et le salariat. Si ces 4 piliers de soutien du système disparaissent et ne peuvent plus réapparaître, des “formations sociales autoritaires”, liées donc au pouvoir coercitif, de la séparation du pouvoir du corps social, ne pourront plus réapparaître. La pensée même d’une telle possibilité s’effacera car devenue non seulement irréalisable, mais surtout… impensable.

Contrairement à la croyance populaire, le capitalisme est (à mon avis) un très bel exemple pratique de collectivisme. Malgré l’assertion persistante que le capitalisme est une idéologie individualiste, il est plus évident que le capitalisme exproprie la créativité individuelle afin de pouvoir fonctionner comme un puissant collectif. La même créativité individuelle exploitée pour l’expansion capitaliste pourrait bien être aussi un catalyseur pour tout nombre de formations sociales de contrôle post-effondrement. Si l’individu est reconnu comme puissant et capable d’auto-anticipation, alors il est également possible que le même individu contribue à créer les conditions de contrôle social et de domination. En s’assimilant passivement et en devenant un participant volontaire, un individu peut devenir le co-créateur privé d’une vision du monde autoritaire au travers de la personnification et de l’interaction sociale.

Joie armée : de la théorie à la vie sauvage

“S’il y a une chose certaine dans cette vie, si l’histoire nous a enseigné quoi que ce soit, c’est que vous pouvez tuer n’importe qui.” – Michael Corleone –

Gaetano Bresci fut l’anarchiste qui assassina le roi Umberto 1er d’Italie le 29 juillet 1900. Il tira 4 fois sur le roi avec un pistolet à 5 coups. Inspiré par l’attaque de Bresci, l’anarchiste Leon Czolgosz tuera lui aussi le président des Etats-Unis William McKinley.

De mon opinion, l’individu est l’élément le plus puissant de toute société ou formation sociale. Si un individu (ou union d’individus qui chacun donne de la valeur à leur ego) ne peut pas être convaincu de se soumettre à une idéologie (et par là refuse donc de matérialiser cette idéologie en tant que participant à vie), cette idéologie échoue à avoir le pouvoir de se matérialiser au delà de la philosophie.

Qui, si ce n’est l’individu, a le pouvoir de rejeter l’idéologie du racisme, du sexisme, du fascisme, du capitalisme, du communisme, de la société industrielle, de la civilisation etc ?… Qui, si ce n’est l’individu, peut recouvrer la capacité de création et de survivre au capitalisme sans succomber au système du salariat-esclavage ? Qui, si ce n’est l’individu , peut construire de nouveaux concepts philosophiques qui, lorsque mis en pratique, sabotent le contrat social fondé sur la peur et de l’obéissance à la loi ? Avec des bombes, des assassinats, une criminalité en mode de vie, qui si non l’individu, est capable d’inspirer les autres en dérangeant, en prenant à contre-pied, la routine quotidienne de la soumission ? Ceci est l’essence même de la propagande du fait, de l’action directe illégaliste.

Toute forme d’oppression qui existe est perpétuée, renforcée et maintenue à terme par la participation volontaire des individus. Je reconnais l’importance du rôle que moi, en tant qu’individu, je joue soit en aidant à la prolifération de toutes formes d’oppression, soit en sabotant leur fonctionnement social. De cette perspective, l’anarchie post-gauche pourrait bien mieux être comprise comme une guerre contre la société. Pour moi, il n’est pas suffisant d’attaquer les manifestations institutionnelles de ces idéologies. Je vise aussi l’origine de cette prolifération, ces individus ayant la volonté de permettre et de perpétuer ces formes d’oppression.

Pour moi, l’anarchie anti-gauche n’est pas un état d’esprit naïf qui sert de base philosophique à la négation des réalités matérielles de la société industrielle. Elle n’est pas non plus une excuse égoïste de justification de l’oppression des autres. L’anarchie post-gauche, de la manière dont je me la représente, est une rébellion individualiste contre à la fois les formations théorique et matérielle du contrôle et de la domination. D’une perspective nihiliste, des concepts comme ceux de race, de genre, d’espèce etc, sont tous une construction sociale. A leur racine, ils ne sont que les produits de l’imagination humaine. Mais avec les esprits subordonnés d’une population de personnes, ces incarnations de l’imagination se sont matérialisées dans le monde physique. Bien que ce ne soit que des constructions de notre imagination, le nombre d’individus qui les reproduit au travers des relations sociales leur donnent un certain pouvoir. 

Donc, il n’est pas suffisant de déclarer l’anti-racisme sans attaquer matériellement la mise en application sociale et institutionnelle de la suprématie blanche. Ce n’est pas suffisant de déclarer l’anti-sexisme sans devenir destructeur de l’organisation des rôles de genre, des assignations d’identité et de la société qui les met en place et les renforce.

Que ce soit des institutions physiques ou individuelles, mes ennemis viennent sous toutes les formes. Je n’ai aucun intérêt à nouer des liens artificiels au travers d’une simple politique identitaire, ni à compromettre mes désirs de libération totale au nom de demies-mesures et d’une unité aveugle. Quand j’écris ces textes, je n’utilise pas le “nous” royal parce que je n’ai aucune intention de tromper le lecteur pour qu’il pense que je pense pour d’autres, ni n’assume automatiquement que les autres seront d’accord avec ce que je pense. Mon anarchie post-gauche ne demande pas un consensus pour pouvoir agir, ni une validation émotionnelle ou une camaraderie lorsqu’elle doit faire face à la critique. Personne n’est mieux qualifié que moi pour créer ma vie, je n’ai donc que faire d’une validation de groupe quand j’en parle.

Mon anarchie post-gauche pourrait être comprise comme un style de vie hédoniste contre l’autorité et la civilisation, tout aussi bien que comme une dague tirée contre toutes impositions futuristes de résurgence autoritaire qui survivraient à un effondrement industriel. Plus qu’un simple refus personnel d’être un instrument de répression sociale, l’anarchie veut dire l’attaque. Les mots exprimés dans ce texte ne sont que la finalité philosophique d’un Engin Explosif Improvisé (EEI), une mèche allumée par la flamme du désir égoïste d’une explosion de vie, de rébellion, de jeu et de beauté immortelle de sabotage individualiste et de destruction. Et pour ce style de vie, j’accepte totalement toutes les conséquences qui pourraient survenir, car j’ai appris qu’il vaut mieux vivre que de capituler devant le cimetière toujours en expansion de la théorie politique passive.

NdT : Un texte digne d’un (anti)héros dostoïevskien…

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Lectures complémentaires :

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

Arupestre

Dernière ligne droite de la mascarade électorale : BOYCOTT de cette infamie de l’illusion démocratique !

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 18 avril 2022 by Résistance 71

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18 avril 2022

Trente images et slogans pour une abstention politique massive suivie d’une action directe dans l’association libre anti-autoritaire pour l’avènement final  de la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée. L’heure est venue de nous émanciper définitivement !
BOYCOTT de l’élection !
Voter c’est abdiquer !
Voter c’est se soumettre au diktat de contrôle et d’oppression !
Voter c’est participer à l’illusion démocratique !
Voter c’est acquiescer à la mascarade de l’oppression marchande !
Voter c’est valider le système !
A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !
Tout le pouvoir aux assemblées populaires !

Abstention Politique et Associations Volontaires

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botte

GR4

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desobeissance-civile

150ans_commune2

GJ_vive_la_commune

GJRP1

gilets-jaunes-pouvoir_au_peuple

GJRP
Tout le pouvoir aux ronds-points !…

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SlogBD7

SlogBD8

SlogBD6

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FNcit1

rEVOLUTION

gauloispenseur

A1

Gouvdisparition

vote_revolte

GJ10

Résistance !…

JeanMoulin

PL

marcosA

VLC4

gjnimacron_nipersonne

etat-terrorisme

GJ1
En chacun de nous sommeille un Communard universel…
Réveillons-le !

Mascarade électorale : Communiqué de la Fédération Anarchiste du 14 avril 2022

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Ne pas se tromper de cible…

Élections toujours non !

Communiqué de la Fédération Anarchiste

14 avril 2022

Les libertés et le progrès social sont une nouvelle fois les grands perdants du premier tour de l’élection présidentielle. Les partis politiques qui se sont partagés le pouvoir pendant des décennies ne représentent plus que 7% des suffrages exprimés, laissant la place à un banquier de droite soutenu par un parti fantomatique et à une héritière d’extrême droite, dirigeante d’un parti fondé par des pétainistes, des miliciens ou des SS. Ces résultats sont la preuve que le système représentatif est une impasse. Il repose sur une concentration monarchique du pouvoir. Il s’éloignera toujours des besoins et des désirs des individus, en particulier des classes populaires.

Les résultats des différents mouvements de gauche nous montrent que les partis qui cherchent à nous vendre une gestion plus humaine du capitalisme sont sans avenir. La multiplication des candidatures de gauche est par ailleurs l’indice que ces appareils politiques s’intéressent plus au sort des élus qu’aux difficultés de la population. Être présent dans la course à la présidentielle, c’est s’assurer une place pour les législatives… Peut importe les attentes des travailleuses, des travailleurs, de la jeunesse, des retraité.e.s, ce qui importe c’est de continuer à se placer.

Anarchistes, nous n’avons pas à tenter de sauver la classe politique de la noyade. Nous ne cesserons jamais de crier que le système électoral est une confiscation de la souveraineté individuelle et collective.

Les anarchistes n’ont jamais défendu le parlementarisme et le système électoral. Ce n’est pas en participant au système politique représentatif, en lui donnant du crédit, que nous développerons des pratiques émancipatrices. Le fédéralisme, le recours aux mandats impératifs et à la révocabilité des mandaté.e.s est pour nous la seule solution permettant une organisation sans pouvoir. Nous entendons agir directement, individuellement et collectivement, pour transformer la société.

Quel que soit le résultat du second tour de l’élection présidentielle, nous savons que seule la lutte, radicale et révolutionnaire, permettra de combattre toutes les oppressions, qu’elles soient politiques, économiques, religieuses, racistes ou sexistes.

Préparons-nous à la grève générale, à l’expropriation, à l’autogestion. Faisons disparaitre les frontières et abattons le Capital afin de faire advenir une société de paix, sans classes et sans États.

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Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

Lire notre page « Illusion démocratique »

voterenchinois

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Bakounine avant l’anarchiste en trois tomes (René Berthier)

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Résistance 71

24 mars 2022

Bakounine avant l’anarchiste (René Berthier) 3 tomes en format PDF :

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L_autre_Bakounine_1848-1861_-_Tome_2

L_autre_Bakounine_1861-1868_-_Tome_3

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