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Sortir du marasme par le seul changement de paradigme politique… Les deux routes (Errico Malatesta)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 16 janvier 2022 by Résistance 71

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Écrit il y a 100 ans… Qu’y a t’il de changé ?… Qu’attendons-nous, vraiment ?… Changer de paradigme politique est plus que jamais un impératif incontournable devant la tournure tyrannique que prend immanquablement le système étatico-capitaliste en bout de course. Le chemin à suivre est celui de la société des sociétés de notre humanité enfin réalisée. Malatesta l’avait déjà bien compris et exprimé. Nous l’avons dit le 14 juillet 2021, il n’y a pas de sortie de crise autre que politique. Nous sommes à la croisée des chemins, le choix est imminent.
~ Résistance 71 ~

Les deux routes

Errico Malatesta

1921

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Janvier 2022

I

Les conditions de vie au sein de la société actuelle ne peuvent pas durer éternellement et nous pourrions dire aujourd’hui qu’elles ne peuvent pas durer bien plus longtemps. Tout le monde s’accorde là-dessus, du moins tous ceux qui y accordent un temps de réflexion.

Il n’y a plus de conservateurs au sens propre du terme. Il n’y a plus que des gens qui profitent du moment et jouissent de leurs privilèges aussi longtemps qu’ils le peuvent sans se soucier de rien, car après eux, le déluge. Il y a aussi les réactionnaires enragés qui voudraient retourner dans le temps, noyer toute tentative de libération dans le sang et soumettre les masses à la loi de l’épée. Sans succès. La réaction pourrait bien teindre l’aube naissante d’un rouge plus vif, mais elle ne parviendra pas à empêcher la catastrophe à venir.

Les masses refusent d’être menées comme un troupeau.

Aussi longtemps que la croyance a tenu que toute cette souffrance était une punition ou une sorte de test mis en place par dieu et que tous les maux d’ici-bas seraient repayés cent fois dans le monde d’après, un système d’iniquité a pu être installé et a perduré, un système dans lequel une poignée de personnes impose sa volonté aux autres, les exploitant et les opprimant selon leur bon vouloir.

Mais une telle croyance n’a jamais été si efficace parce qu’elle n’a jamais empêché les gens de rechercher leur intérêt sur cette terre, ce qui est la raison pour laquelle la religion n’a pas réussi à étouffer complètement le progrès. Cette croyance a aussi sérieusement diminué et est en passe de disparaître. Même le clergé est obligé, afin de sauver la religion et en même temps de se sauver eux-mêmes, d’adopter un air de volonté de résoudre la question sociale et d’apaiser l’affliction des travailleurs.

Dès le moment où les yeux des travailleurs s’ouvrent sur la place qu’ils occupent dans la société, il leur devient impossible de continuer bien longtemps à trimer et à souffrir pour toujours, produisant leur vie durant pour leurs maîtres sans aucune perspective d’avenir, mis à part le repos des vieux jours pour lesquels ils n’ont aucune garantie d’avoir un toit et à manger. Comme ils sont les producteurs de toute la richesse et savent qu’ils peuvent produire afin de bien plus suffire aux besoins de chacun, il leur devient impossible de vouloir se résigner à tout jamais à cette existence de damné sous la menace constante du chômage et de la famine. Étant mieux éduqués, raffinés au contact de la civilisation, pour le bénéfice des autres et ayant goûté la force qu’ils peuvent tirer de l’union et du courage, il leur devient impossible d’accepter ce qu’il reste de la basse classe et de ne pas affirmer leur volonté d’une plus grande part dans les joies de la vie.

Aujourd’hui, le prolétaire sait, en tant que règle, qu’il est condamné à demeurer prolétaire toute sa vie, à moins qu’il n’y ait un grand chambardement dans l’ordre social. Il sait que ce changement ne peut pas survenir sans l’aide des autres prolétaires et c’est pourquoi il regarde les syndicats comme une force nécessaire pour l’imposer. Les bourgeois et les gouvernements qui les représentent et les défendent le savent également et afin d’éviter d’être balayés dans une sorte de cataclysme social, ils évaluent le besoin de prendre des mesures par étapes et ceux qui ont un gramme d’intelligence sachant aussi que la société actuelle endommage même ceux qu’elle favorise. Ainsi donc, tôt ou tard, d’un bloc ou graduellement, un changement doit se produire.

Mais quelle sera la substance de ce changement et jusqu’où ira t’il ?

La société actuelle est divisée entre les propriétaires rentiers et les prolétaires. Cela peut changer en supprimant la classe prolétaire en rendant tout à chacun co-propriétaire de toute la richesse de la société ou cela peut changer en gardant la structure intacte mais en améliorant la condition prolétaire.

Dans le premier cas, les humains deviendront libres et la société égalitaire ; ils s’organiseront et la société en accord des besoins de tous ; ainsi la nature humaine pourra atteindre son plein potentiel et développer des variations infinies. Dans le second cas, les prolétaires sont des animaux bien nourris et se résigneraient à leur condition d’esclave en étant heureux et satisfaits du meilleur traitement accordé par leurs maîtres. [NdT : c’est l’archétype même de tous les réformismes proposés par les plateformes politiques de “gauche”, syndicats inclus depuis la mi-XXème siècle]

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Liberté, émancipation ou esclavage. Anarchie ou esclavagisme moderne

Ces deux solutions potentielles sont à la racine de deux visions divergentes représentées dans leur manifestation la plus logique et cohérente, d’un côté par les anarchistes et par les socialistes réformistes de l’autre. Avec cette différence : les anarchistes savent ce qu’ils veulent et le revendiquent, c’est à dire la destruction de l’État et une société des associations libres organisées sur une base économique égalitaire, tandis que les socialistes sont en porte-à-faux avec eux-mêmes ; ils affirment être socialistes alors que leurs activités ont tendance à perpétuer le système capitaliste mais en le rendant plus humain, de cette manière, ils renient leur socialisme, dont le sens premier est l’abolition de la division des gens entre propriétaires capitalistes et prolétaires.

La tache des anarchistes et laissez-moi le dire, des véritables socialistes, est de s’opposer à cette tendance à l’acceptation de son sort, de cet esclavage moderne, vers un état esclavagiste atténué qui priverait l’humanité de ses qualités les plus fines, qui nierait la mise en place d’une société au potentiel le plus haut et dans le même temps qui aiderait à maintenir l’appauvrissement et la dégradation sociale dans lesquelles les masses sont précipitées, en les persuadant d’être patientes et de faire confiance en la providence de l’État et en la gentillesse et la compréhension de leurs maîtres.

Toutes les soi-disantes législations sociales, les mesures étatiques faites pour “protéger” le travail et garantir aux travailleurs un minima de bien-être et de sécurité, ainsi que toutes les mesures employées par les capitalistes malins pour enchaîner le travailleur à l’usine au moyen de bonus, financiers, de retraites et autres bénéfices, à moins que ce ne soient que des mensonges et des pièges, ne sont en fait que des pas supplémentaires vers la mise en esclavage étatique, ce qui pose une menace directe à l’émancipation des travailleurs et au progrès véritable de l’humanité.

Un salaire minimum légalement prescrit, des limites légales sur le temps de travail quotidien , un arbitrage obligatoire, des négociations collectives légalement contraignantes, un statut légal pour les associations de travailleurs, des mesures d’hygiène prescrite par le gouvernement dans les usines, une assurance maladie d’état, une assurance contre le chômage, les accidents du travail, les retraites, des plans de partage des dividendes etc, etc ne sont que des mesures pour s’assurer que les prolétaires demeurent des prolétaires pour toujours et que les propriétaires capitalistes le soient à tout jamais ; toutes ces mesures sont des mesures qui amènent un peu plus de confort et de sécurité aux travailleurs (et encore…), mais qui les volent de ce peu de liberté qu’ils ont et qui a la tendance de perpétuer la division de l’humanité en maîtres et esclaves.

Soyons clairs, jusqu’à ce qu’une révolution ne survienne, c’est une bonne chose, qui  nous rapproche de mieux d’une révolution, que les travailleurs essaient de gagner plus en travaillant moins et améliorent leur condition. C’est une bonne chose que les chômeurs ne crèvent pas de faim, que les vieux et les malades ne soient pas abandonnés. Mais ces choses et bien d’autres doivent être gagnées par les travailleurs eux-mêmes, dans la lutte et l’action directe contre leurs maîtres, par leurs propres organisations, par des moyens d’action individuels et collectifs et en chérissant le sens de la dignité de chaque personne et la conscience de ses droits.

Les cadeaux de l’État et les cadeaux des patrons sont des cadeaux empoisonnés, des fruits véreux qui portent en eux les graines de l’esclavage. Ils se doivent d’être refusés.

II

Si accordées et acceptées comme des concessions avantageuses par l’État et le patronat, toutes les réformes qui laissent la division du peuple en propriétaire et prolétaire et donc par conséquent, maintient une forme de “droit” de quelques uns à vivre du travail des autres sans altération, ne peut que ramollir le rébellion des masses contre leurs oppresseurs et mener à un état d’esclavagisme dans lequel l’humanité serait irréversiblement divisée en une classe dominante et une classe dominée esclave. Une fois que ceci est compris et reconnu, il n’y a pas d’autre solution que la révolution ; une révolution radicale, en profondeur, depuis la racine, qui démolisse entièrement la machine d’état, exproprie ceux qui s’accrochent et profitent de la richesse de la société et place tout le monde sur un même pied d’égalité politique et économique.

Cette révolution sera violente par nécessité, bien que la violence en elle-même soit insultante. Elle devra être violente parce que ce serait un non sens que de s’attendre à ce que les privilégiés s’éveillent au malheur et aux injustices qui naissent de leurs privilèges et leur faire comprendre qu’ils doivent les abandonner volontairement. Elle doit être violente parce que la violence révolutionnaire transitoire est la seule façon de mettre un terme à cette plus grande et durable violence qui maintient la très vaste majorité des gens sous un contrôle oppresseur et esclavagiste.

Nous accueillons les réformes à bras ouverts si elles sont possibles réalistiquement. Elles doivent avoir un rôle rassembleur et développer chez les masses plus d’ambition et de demandes, pourvu que les prolétaires gardent toujours à l’esprit que les patrons et les gouvernements sont leurs ennemis et que quelque soit ce qu’on arrive à leur faire concéder par la force ou la peur de la force nous serait arraché si nous relâchions notre attitude. Si par contre, les réformes sont sécurisées au moyen de la négociation et d’accords de collaboration entre les dominants et les dominés, alors ces réformes ne feront que renforcer les chaînes liant les travailleurs à la charrette de parasites.

De plus, ces temps-ci, le danger des réformes induisant les masses à dormir et à consolider avec succès et maintenir l’ordre bourgeois, semble être passé. Seul la tricherie délibérée par ceux qui ont réussi à gagner la confiance des travailleurs par leur propagande socialiste peuvent y attacher quelque valeur que ce soit.

L’aveuglement de la classe dirigeante et l’évolution naturelle du système capitaliste, accéléré par la guerre, a mené à ceci et que quelque réforme que ce soit qui serait acceptable pour les propriétaires capitalistes n’a aucun pouvoir de résolution de la crise qui mine le pays et son travail.

Ainsi la révolution s’impose d’elle-même, la révolution arrive.

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Mais comment cette révolution doit-elle être faite ? Quel développement doit-elle prendre ?

Il est bien entendu nécessaire de commencer par cet acte insurrectionnel qui balaiera tout obstacle matériel, les forces armées des gouvernements qui s’opposent toujours à chaque changement social. Pour cette insurrection, alors que nous vivons ici sous une monarchie [NdT : Italie, 1921], l’union de toutes les forces anti-monarchiques est souhaitable et même essentiel. Il est important de se préparer mentalement, moralement et matériellement de la meilleure façon possible et il est très important de bénéficier de tous les mouvements spontanés et d’œuvrer pour les rendre général et de les transformer en mouvement décisif afin que, tandis que les parties en cause se préparent, les forces populaires ne soient pas épuisées par des éruptions isolées.

Mais après la victoire de l’insurrection, après la chute du gouvernement, que faire ?

Nous, les anarchistes, souhaitons que les travailleurs de chaque localité ou plus à propos, les travailleurs qui ont une vision la plus claire de leur position et l’esprit d’initiative le plus affiné, prennent possession de tous les moyens de productions, de la richesse, de la terre, des matières premières, de la machinerie, des logements, de la nourriture et des stocks et dessinent ensemble le nouveau modèle social. Nous souhaitons que les paysans qui maintenant triment pour des propriétaires terriens ne reconnaissent plus l’autorité de ceux-ci et continuent, intensifient leur travail pour leur compte et celui de la communauté en entrant aussi en contact direct avec les transporteurs en échange de produits. Les ouvriers des industries ainsi que les ingénieurs doivent prendre possession des usines et faire de même que les paysans, continuer et intensifier le travail pour la communauté, transformant le paysage industriel de a fabrication de choses inutiles en choses dont tout le monde a besoin. Que les cheminots continuent de travailler aux chemins de fer, mais pour la communauté, cette communauté de travailleurs volontaires, localement élus et contrôlés par les masses, doivent saisir tous les logements disponibles et donner un toit à tout le monde. Que d’autres comités d’organisation, toujours sous contrôle des masses, organisent la distribution de la nourriture et des articles, produits, ustensiles nécessaires à la vie quotidienne de chacun. Que tous les bourgeois capitalistes rentiers et autres soient placés dans la société pour y être immergés et intégrés, au sein de cette ancienne masse prolétarienne et qu’ils travaillent en son sein afin de pouvoir vivre selon leurs besoins et qu’ils jouissent des mêmes bénéfices sociaux que tout le monde.

Tout ceci doit se faire rapidement, le même jour que la victoire insurrectionnelle ou le lendemain, sans attendre d’ordres de “comités centraux” ou autres autorités néfastes.

C’est ce que veulent les anarchistes et ceci se produirait de fait naturellement si la révolution était une véritable révolution sociale et ne se limitait pas à de simples changements cosmétiques de politique, qui, après quelques convulsions, nous ramèneraient exactement au point de départ.

Soit la classe bourgeoise est rapidement dépossédée de son pouvoir économique et politique ou elle reprendra bientôt le pouvoir que l’insurrection lui a ôté. Pour arracher le pouvoir économique de la bourgeoisie, il est vital et nécessaire d’organiser immédiatement un nouvel ordre économique fondé sur la justice et l’égalité. Les servies économiques, du moins les plus importants n’admettent aucune interruption et doivent être satisfaits rapidement. Les soi-disants “comités centraux” soit ne font rien ou commencent à agir lorsque leur travail n’est plus utile.

En opposition aux anarchistes, bien des révolutionnistes n’ont aucune confiance dans le pouvoir constructeur des masses, ils pensent être en possession de recettes infaillibles pour un bonheur universel ; is ont peur d’une possible réaction ; ils ont souvent plus peur de la concurrence des autres partis et des autres “écoles” des réformistes sociaux et ils veulent donc posséder eux-mêmes tout le pouvoir et remplacer le gouvernement “démocratique” d’aujourd’hui par un gouvernement dictatorial.

Ils veulent dire dictature, mais qui seraient les dictateurs ? Bien entendu ils pensent aux chefs de leur parti. Ils utilisent toujours le terme de “dictature du prolétariat”, soit par habitude ou par un désir conscient d’échapper aux explications, mais ceci est aujourd’hui une farce exposée au grand jour.

Voici l’explication de Lénine ou de quiconque l’écrivit pour lui :

“La dictature veut dire le renversement de la bourgeoisie au moyen d’une avant-garde révolutionnaire (qui est plus révolution que dictature), ce par contraste avec la notion qu’on devrait d’abord sécuriser une majorité par le vote électoral. Au moyen de la dictature, la majorité est obtenue, pas la dictature au moyen de la majorité.”

(Bien, mais si nous avons une minorité qui doit gagner une majorité après avoir saisi le pouvoir, parler de la dictature du prolétariat est un mensonge, le prolétariat étant de facto la majorité.)

La dictature veut dire l’utilisation de la violence et de la terreur.” (par qui et contre qui ?) Car si on suppose que la majorité est hostile et, en accord avec la logique de la dictature, cela ne peut pas être la masse mettant les mains sur les biens et moyens de production, la violence et le terreur doivent donc être celles déployées contre ceux qui ne plient pas aux volontés des dictateurs, exercées par des sbires à leur service.

La liberté de la presse et d’association reviendrait à autoriser la bourgeoisie à empoisonner l’opinion publique.” (donc après l’installation de la dictature du prolétariat, qui est supposée être constituée de la totalité des travailleurs, il y aura toujours une bourgeoisie qui, au lieu de travailler avec ses pairs, aura les moyens donc “d’empoisonner l’opinion publique” et une opinion publique ouverte à l’empoisonnement et séparée des prolétaires, qui mettrait en place la dictature ? Il y aurait des censeurs très puissants qui détermineraient ce qui peut être publié et ce qui ne le peut pas et des préfets auxquels il faudrait demander l’autorisation de publication et de tenir une réunion. Inutile de parler donc de la liberté qui serait accordée à ceux qui ne seraient pas de loyaux sujets des dirigeants du jour…

Seulement après l’expropriation des propriétaires, seulement dans le sillage de la victoire, le prolétariat gagnera t’il les masses de la population, qui jusqu’ici suivait la bourgeoisie.” Une fois de plus nous devons demander : qu’est-ce que c’est que ce prolétariat si ce n’est pas la masse de ceux qui travaillent ? Est-ce que le prolétariat veut donc dire ceux qui appartiennent à un certain parti, plutôt que ceux qui ne sont pas propriétaires ? Laissons donc ce faux terme de “dictature du prolétariat”, qui mène à tant de malentendus et parlons de dictature pour ce qu’elle est, c’est à dire la domination absolue d’un ou de plusieurs individus qui, avec le soutien d’un parti politique ou d’une armée ou des deux, deviennent le ou les maîtres du corps social et imposent leur volonté “avec violence et terreur”.

Leur volonté peut dépendre de la qualité de ceux qui détiennent le pouvoir. Dans notre cas, ce serait a volonté des communistes, c’est à dire une volonté inspirée par le bien commun.

Ceci est déjà bien douteux, parce que la règle veut que ceux qui sont les plus qualifiés pour saisir les rênes du pouvoir ne sont pas les plus sincères et les plus dévoués des amis de la case publique et lorsque la soumission à un gouvernement est prêchée aux masses, ceci ne peut que paver le chemin d’intrigants et d’ambitieux.

Mais supposons que les nouveaux dirigeants, les dictateurs qui mettraient en pratique les buts de la révolution, soient de véritables communistes, zélés, convaincus que le bonheur de l’humanité dépend de leur ardeur au travail et de leur énergie. Ils pourraient bien être des hommes du style de Torquemada ou Robespierre, qui, pour un bon objectif, au nom de la sauvegarde privée ou publique, étranglerait toute voix discordante, détruiraient tout souffle de vie libre et spontanée et seraient pourtant impuissants à résoudre les problèmes pratiques qu’ils retirent d’une gestion compétente des parties impliquées elles-mêmes, ils devront volontairement ou non, céder à ceux qui restaureront le passé.

Les justifications principales de la dictature sont les soi-disantes incapacité des masses et nécessité de défendre la révolution contre les tentatives réactionnaires.

Si les masses étaient vraiment un troupeau de moutons imbéciles incapables de vivre sans la direction d’un berger, si une minorité suffisante et consciente capable de transporter les masses par la persuasion et l’exemple n’existait déjà pas, alors nous serions capables de comprendre le point de vue des réformistes qui ont peur d’une montée populaire et pense qu’ils pourront, petit à petit, petites réformes après petites améliorations, minimiser l’état bourgeois et préparer le chemin du socialisme ; nous serions capables de comprendre les éducationnistes qui, sous-estimant l’influence de l’environnement, espèrent changer la société en changeant au préalable les individus ; mais nous ne pouvons pas comprendre les partisans de la dictature qui veulent éduquer et soulever les masses “par la violence et la terreur” devant ainsi utiliser des gendarmes et des censeurs comme facteurs principaux d’éducation.

En réalité, personne ne pourrait être en position d’établir une dictature révolutionnaire si le peuple n’avait pas au préalable fait la révolution, montrant par là même qu’il est capable de la faire et dans ce cas, la dictature ne pourrait que marcher sur la gorge de la révolution, la faire changer de chemin, l’étrangler et la tuer. 

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NdT : cf la révolution russe et l’écrasement par le parti “communiste” bolchévique lénino-trotskiste de la véritable révolution sociale des soviets, c’est à dire des assemblées du peuple et des travailleurs, soviets dont le premier fut mis en place dès 1905 à St Petersbourg en grande partie par les anarchistes. L’année ou Malatesta écrit ce texte, 1921, le fascisme rouge du capitalisme d’état à la solde de la City de Londres et de Wall Street, emmené par Lénine et Trotski, réprimera dans le sang la rébellion et révolution sociale de Cronstadt. Il en ira de même dans la guerre acharnée des bolchéviques contre les anarchistes paysans ukrainiens de Makhno entre 1918 et 1923…

Dans une révolution politique ne proposant que de renverser le gouvernement tout en laissant intacte l’organisation sociale existante, ceci laisse la porte ouverte pour une dictature à saisir le pouvoir, de placer ses hommes aux postes des fonctionnaires destitués et organiser un nouveau régime depuis le haut de la même structure.

Mais dans une révolution sociale où toutes les fondations de la vie sociale existante sont jetées, où la production doit être très rapidement réétablie pour le bénéfice direct des travailleurs, où la distribution des biens et denrées doit être immédiatement régulée en accord avec la justice sociale, une dictature ne peut rien faire. Ou bien les gens suffiront à leurs besoins par et pour eux-mêmes dans les communautés variées de la société ou la révolution sera un échec.

NdT : comme le fut au final la révolution russe de 1917… Disons aussi ici qu’en 1920, les conseils ouvriers italiens du nord de l’Italie avaient expropriés les bourgeois des usines et menés les prémices d’une révolution sociale qui commença à s’étendre au reste de l’Italie. Le mouvement fut trahit… par le parti communiste italien, qui fit des promesses qu’il savait ne pouvoir jamais tenir pour remettre les ouvriers au travail dans les conditions préalables. Une fois de plus, les « communistes » autoritaires d’état ont trahi la révolution, comme ils le feront encore en 1936 en Espagne.  La bourgeoisie fit tellement dans son froc qu’elle finira par mettre Mussolini au pouvoir en Italie pour la protéger, confirmant ainsi le dernier paragraphe du présent texte de Malatesta.

Peut-être qu’au fond (et certains le disent maintenant ouvertement) les supporters de la dictature ne veulent rien d’autre qu’une révolution politique à court terme, en d’autres termes, ils voudraient prendre le pouvoir et c’est tout ; puis progressivement changer la société au moyen de lois et de décrets. Dans ce cas, ils seraient probablement surpris de voir les autres se complaire dans le pouvoir plutôt qu’eux-mêmes et, en tous les cas, ils devraient par dessus tout, penser à lever une force armée (police), requise s’ils veulent imposer leurs propres lois. Dans le même temps, la bourgeoisie continuerait à détenir la richesse et une fois passée le point critique de la colère du peuple, préparerait sa riposte, infiltrerait la police de ses agents, exploiterait la gêne et la désillusion de ceux qui avaient espérer voir un paradis terrestre se mettre en place vaincre contre les dictateurs ou les remplacer par des hommes à elle.

Cette peur de la réaction, utilisée pour justifier le système dictatorial, surgit du fait de la prétention de faire une révolution alors qu’une classe de privilégiés, capable de récupérer le pouvoir, est permise de continuer d’exister.

Si au contraire, le commencement est fait de l’expropriation totale, alors une classe bourgeoise ne peut plus exister (NdT : pourvu que soit aussi abolis la marchandise, l’argent et le salariat dans le même temps…) et les forces vives du prolétariat, toutes les capacités existantes, seront pleinement employées à la reconstruction sociale.

Après tout, dans un pays comme l’Italie (appliquer ces remarques au pays dans lequel nous travaillons) dans lequel les masses sont bien pénétrées de l’instinct rebelle et libertaire, où les anarchistes représentent une force considérable par l’influence qu’ils peuvent exercer séparés de leurs organisations, une tentative de dictature ne pourrait se faire sans provoquer une guerre civile entre travailleurs et travailleurs et ne pourrait avoir de succès à moins que ce ne soit par des moyens tyranniques les plus féroces.

En ce cas, adieu au communisme !

Il n’y a qu’un seul chemin de salut : LIBERTÉ !

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Non ! Nous ne nous soumettrons pas ! 2ème partie : De Gaulois réfractaires à Communards et Gilets Jaunes !

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EN IMAGES !

 

Résistance 71

 

11 janvier 2022

 

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« La question sociale est une question agraire » 
~ Gustav Landauer ~

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Vive la Commune Universelle…
de notre humanité enfin réalisée !…

 

Lâcher prise des impostures politiques pour opérer le saut qualitatif vers la société des sociétés : du pseudo-communisme au Communisme

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Excellente analyse à laquelle nous adhérons pour bien faire tomber le mythe et la supercherie, imposture absolues du « communisme » autoritaire d’état, de la mascarade étatico-capitaliste des sectes « marxistes », léniniste, trotskiste, maoïste, castriste, et autres forfanteries de l’inutile… Le communisme d’état ou pseudo-communisme n’est qu’un composant de la division capitaliste, essentielle à la perpétuation de son modèle de gouvernance. Cessons de prendre des vessies pour des lanternes, et comprenons la véritable marche des choses pour que surgisse le saut qualitatif qui nous mènera enfin au véritable communisme émancipateur, celui de la société organique de la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée. Le changement de paradigme politique est non seulement inévitable, mais décidément de plus souhaitables en l’état actuel des choses ; préparons l’avènement de la société de l’être supplantant celle de l’avoir jusqu’ici dominante, mais véritable colosse aux pieds d’argile.
Tout commence par un retentissant NON !
~ Résistance 71 ~

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A bas le prolétariat, vive le communisme

Les amis du Potlach

2008

La servitude acceptée

Le plus grand obstacle à l’émancipation du prolétaire est en lui-même. Le vrai désastre pour l’ouvrier, c’est sa complaisance à l’égard de sa misère, sa façon de s’accommoder et se consoler de son impuissance. Et pourtant l’expérience lui a appris qu’il n’a pas de recours auprès du système qui l’opprime et qu’il ne saurait s’en sortir sans lutter. Mais il préfère se défouler dans le vide et habiller de fausse colère sa passivité.

Le fatalisme et la résignation règnent dans les rangs ouvriers. C’est clair, il y aura toujours des patrons, d’ailleurs il y en a toujours eu ; il n’y a pas grand chose à espérer quand on est né du mauvais côté de la barrière. Certes, il arrive que le prolétaire se fâche et n’accepte plus une situation qu’il juge insupportable. Mais est-ce pour mettre au point un plan d’action ? Non ! à défaut de pouvoir atteindre ceux qui prospèrent sur son dos, il décharge son ressentiment sur ceux qu’il rencontre au coin de la rue : petits chefs, bicots et autres métèques. Il a le sentiment de les entretenir. Pour les mêmes raisons il en veut à sa femme et à ses enfants, s’ils ne lui donnent pas les satisfactions qu’il en escompte et ne compensent pas, par un ménage impeccablement tenu ou les résultats scolaires appropriés, son sentiment d’infériorité sociale. L’employé se démarquera fièrement de l’ouvrier parce que celui-ci se salit les mains et en retour sera méprisé comme gratte-papier parasite. Celui qui est syndiqué se sentira supérieur a celui qui ne l’est pas encore mais qu’il convient de rendre conscient. A son tour, il fournira un sujet de plaisanterie, à vrai dire facile.

Même quand il n’est pas aigri, incapable de reconnaître ce qu’il y a de bon dans la vie et sa propre part de chance le prolétaire reste prisonnier de son mode de vie borné. Il accepte sa servitude jusqu’au point de reconnaître, à un certain âge, que les choses s’améliorent progressivement, que la jeunesse mécontente devrait savoir reconnaître les « acquis ».

Il y a un sentiment très communément partagé par les prolétaires de tous les pays. Ce n’est pas l’internationalisme, mais le sentiment que ça pourrait être pire ailleurs… Mieux vaut s’accrocher à sa place, car à côté, et pour le même boulot… Le travailleur a la consolation d’avoir trouvé, au milieu du malheur général, la planque.

Le travail reste la meilleure des polices. Il tient chacun en bride et entrave puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la rêverie, à l’amour ; il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions médiocres mais régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême.

Il existe encore des imbéciles pour honorer la répugnante activité et ne point la fuir spontanément. Celui-là qui se démolit jour après jour la santé sera fier de ses biceps et se réjouira de ne plus avoir besoin de faire du sport pour être en forme. Dans certains ateliers il règne une véritable mentalité olympique. Le salaire aux pièces et les bonus ne sont même pas nécessaires pour que chacun y aille de son petit record. Mépris ouvert ou paternalisme pour celui qui n’est pas capable ou qui s’en fout. Il est cependant de plus en plus difficile de croire à l’utilité réelle de ce que l’on fait, et l’indifférence, le dégoût même à l’égard du travail gagnent du terrain.

Pourtant celui qui cesse de travailler a souvent mauvaise conscience. Malades ou chômeurs, beaucoup ont peur de ne pas être à la hauteur, honte de se laisser aller. Celui qui se mesure au travail croit se prouver qu’il n’est pas une loque et qu’il a une utilité sociale. On touche là le caractère fondamental de la misère prolétarienne : sans le travail la vie n’a plus de consistance, plus de sens, plus de réalité.

Ce n’est pas l’intérêt de la tâche qui ramène au turbin, mais l’ennui autant que le besoin du salaire. La routine de la vie quotidienne peut faire croire que l’accès à l’après-travail ou même le chômage sont une libération. Il faut devenir chômeur ou retraité pour constater le contraire. La retraite ou le chômage, c’est le travail au degré zéro.

La misère moderne ne s’exprime pas par le manque de loisirs ou la pénurie de biens de consommation, mais par la séparation de toutes les activités, le morcellement du temps, l’isolement des hommes. D’un côté, une activité productive souvent forcenée, émiettée où les nécessités de la production de capital font de l’homme la carcasse du temps, un instrument parmi les instruments. De l’autre, le temps libre où il est censé s’appartenir mais où, domestiqué par l’éducation et abruti par le travail, il est coupé de tout par la nécessité de payer.

La consommation et surtout les rêves qu’elle permet restent la consolation ultime. L’ouvrière, la vendeuse ou la secrétaire, outre le temps consacré au lèche-vitrines et à la lecture de romans-photos, met sa vitalité à rehausser son rang social par de visibles efforts de toilette. La « féminité » peut s’en donner à coeur joie grâce aux miracles de toutes les marchandises accessibles. Désir d’être prise en considération et adhésion soumise aux représentations serviles de la femme s’entremêlent pour mieux la leurrer sur la réalité de son sort. Le « ménage » ouvrier chérit l’idée de ce petit pavillon de banlieue qui lui appartiendra un jour et où « l’on sera enfin chez soi ». Mais avant tout il y a l’automobile. On rêve de l’acheter, d’en changer. Elle est la mesure de la richesse et du savoir-vivre, elle fournit un inépuisable sujet de conversation. Même si l’ouvrier préfère parler des déboires qu’il a avec son épouse au patron de bistrot et lui montrer les photos de ses gosses, c’est le garagiste qui reste son véritable confident.

Souvent l’ouvrier se montre méfiant à l’égard de la politique, mais il ne s’élève que fort rarement à la critique de la politique et des politiciens. Gonflé par l’importance momentanée que cela lui confère et excité par le côté sportif de l’affaire, il ne se refuse pas à aller déposer à la queue leu leu son bulletin de vote. Il suffit que le vent de l’« Union », recommence à souffler pour que toutes ses illusions apparemment éteintes se ravivent. Peu importe que la gauche ait régulièrement trahi les espoirs que les masses mettaient en elle, que les sociaux-démocrates aient envoyé au casse-pipes en 14, participé aux pires combines bourgeoises, appuyé la répression coloniale. Quant aux prétendus communistes, dès qu’ils touchent au pouvoir, ils font plus que délaisser la défense des intérêts ouvriers : ils appellent à retrousser les manches et n’hésitent pas à réprimer physiquement le prolétariat comme à Cronstadt, Barcelone ou Budapest. Mais que sait l’ouvrier de l’histoire des luttes prolétariennes ? De la Commune de Paris, de la révolution russe, des grèves sous le Front populaire, il ne connaît que des images d’Épinal que les appareils politiques et les instituteurs de gauche ont concoctées à son usage.

S’il est adhérent d’un parti stalinien, le « travailleur » dénoncera les profits abusifs des monopoles et les spéculations honteuses des promoteurs immobiliers. Mais il se met en tête de ne pas saisir ce que sont réellement le profit et la fonction du patron. Il n’y verra que vols, parasitisme, abus des « deux cents familles », et non point d’abord des fonctions économiques que l’on a à liquider en sapant leur base : capital et salariat. Dès qu’il sera question d’un pays modèle et socialiste la Suède ou Cuba, ça dépend des goûts, ces profits, ces fastes, ces bureaux somptueux, ces datchas au service du peuple lui sembleront de suite plus honnêtes. Que n’importe quel gras bureaucrate soit un « dirigeant ouvrier » et son train de vie deviendra une question de dignité ouvrière. Dans les pays où le prolétariat exerce sa dictature, quelle ne doit pas être la satisfaction de l’ouvrier, le matin à l’usine quand il pointe et lève sa casquette devant le contremaître, de savoir qu’en fait il est propriétaire de son entreprise, et en dernière instance le supérieur de ses supérieurs ?…

L’ennemi du prolétariat ce n’est pas tant le pouvoir des capitalistes ou des bureaucrates que la dictature des lois de l’économie sur les besoins, l’activité et la vie des hommes. La contre-révolution moderne est centrée sur la défense de la condition prolétarienne et non sur le maintien des privilèges bourgeois. C’est au nom du prolétariat et des nécessités économiques, avec l’aide de ses représentants politiques et syndicaux, que l’on tente de sauver la société capitaliste.

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L’aménagement de la servitude

Protester et revendiquer font aussi partie du rôle de l’ouvrier et de son impuissance. Impuissance, découplage de la réalité et absence de perspective auxquels le conditionne d’abord son travail. Passif et isolé, il accepte de s’en remettre aux appareils bureaucratiques croyant y trouver la cohésion qui lui manque.

Le travailleur, quand il revendique au sein de ses « organisations responsables » entérine ce qui est à la base de sa misère. Que réclame-t-il ? du pain ? de l’espace ? des machines ? les moyens nécessaires pour jouir de sa vie, rencontrer des amis, agir et produire pour eux et avec eux ? Non. Ce qu’il réclame avec obstination, c’est la garantie de pouvoir travailler, se faire exploiter dans les bagnes du salariat, et en contrepartie l’avancement de l’âge de la retraite, pour que les jeunes puissent profiter de leur droit au travail et les vieux préparer leur enterrement. Que l’ouvrier en arrive contraint et forcé par l’environnement économique à aller se vendre pour obtenir de quoi subsister, soit ; qu’une fois au travail il fasse tout son possible pour ne point s’y abîmer la santé, pour poursuivre des activités qui lui soient plus profitables et pour réduire le temps pendant lequel il est exploité, évidemment. Ces attitudes, qui doivent de fait tenir compte de l’environnement capitaliste, n’ont rien à voir avec l’exigence du droit au travail et du droit à la retraite.

Les réformes ne sont pas des conquêtes du prolétariat, mais les aménagements que le système est obligé d’opérer pour assurer sa survie et sa progression. Il ne fait généralement — parfois sous la pression des masses — que liquider ses archaïsmes. Le réformisme ouvrier n’arrive qu’à couvrir les nécessités du développement du capital, en particulier celle de traiter relativement bien la force de travail pour pouvoir l’exploiter avec plus d’intensité.

La crise et les troubles qu’elle entraîne, voilà un moment d’espoir pour les arrivistes et les bureaucrates. Ils tentent alors de se glisser vers les bonnes places devenues libres, par l’action du prolétariat. Cela s’est vu notamment pendant la révolution russe où le parti bolchévique a fait reculer, parfois militairement, les forces vives de la révolution pour restaurer l’ordre capitaliste et la discipline dans les usines : mais aussi lors des révolutions allemande (1918/1923), espagnole (1936/1937)…

Ceux qui fondent leur pouvoir de négociateurs de la force de travail sur l’impuissance et l’atomisation des prolétaires, sont les défenseurs de la société d’exploitation. Ils ont pour programme la gestion de la condition prolétarienne. Ils peuvent bien crier « Vive le prolétariat », puisque, précisément, du prolétariat ils en vivent ! Et s’ils s’affichent sans vergogne, ces héritiers de l’échec des insurrections prolétariennes, c’est qu’ils ont prospéré sur leur fossoyement.

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Une grande illusion, l’autogestion

Le capital a mercantilisé tous les rapports sociaux. Mais ce mouvement même a rendu fragiles les mécanismes de régulation du système et tous les équilibres instables de l’accumulation sur lesquels il repose, qu’ils soient monétaires, sociaux, démographiques ou écologiques. La crise de 29 était venue après l’écrasement du prolétariat (échec de période révolutionnaire des années 20), par contre, celle que nous vivons survient à une époque où, le prolétariat redécouvrant sa force, un affrontement décisif se prépare.

L’univers capitaliste repose sur le prolétariat comme aucune autre société de classes ne s’était fondée sur ses esclaves. La classe fondamentale du capitalisme, c’est le prolétariat et non la bourgeoisie. Tant qu’il y a prolétariat, il y a capitalisme et c’est d’ailleurs le caractère révolutionnaire du capitalisme d’étendre le prolétariat, la classe qui exprime la dissolution de toutes les classes, la classe qui ne peut plus reconquérir son humanité et s’approprier son monde qu’en bouleversant sa condition et en détruisant le capital.

Le prolétariat est d’autant plus poussé à l’action qu’avec la crise le mouvement ouvrier devient incapable d’aménager le travail salarié. Par rapport à leurs ancêtres et aux misérables du tiers-monde, les exploités des pays développés sont relativement gâtés. Pourtant la transformation révolutionnaire à venir reposera sur eux, parce que l’écart entre ce qui est et ce qui serait possible est plus grand que jamais. Cet écart, qu’ils en soient plus ou moins conscients, est de toute façon une contradiction qui les incite et les incitera d’autant plus à agir pour dénouer la situation.

A défaut de pouvoir opposer aux dépossédés une idéologie bourgeoise, propriétaire, morale ou religieuse, on leur oppose une idéologie prolétarienne : le socialisme, l’autogestion. La généralisation du salariat a détruit les vieilles valeurs de la propriété et oblige le capital à mettre en avant l’accès aux responsabilités, l’enrichissement des tâches, la démocratisation du pouvoir dans l’entreprise, la participation. Davantage lorsque les difficultés économiques rendent plus douloureuses les compensations en espèces sonnantes et trébuchantes.

Le problème de la gestion ne devient central que dans un univers morcelé et atomisé, où les hommes restent impuissants devant la nécessité économique. Les autogestionnaires et autres apôtres du contrôle ouvrier veulent attacher les travailleurs à « leur » entreprise. Cela se présente concrètement comme l’action de comités dans chaque entreprise, épluchant les comptes, contrôlant le patron ou la direction, surveillant à la fois la production et les activités commerciales. On suppose donc une sorte d’économie éternelle dont les lois seraient à peu près identiques sous le capitalisme et sous le communisme : les travailleurs auraient donc à apprendre les règles de l’administration et du commerce. La logique de la marchandise s’impose et détermine tout : ce qui sera fabriqué, comment, etc… Mais le problème pour le prolétariat n’est pas de revendiquer la « conception » de ce dont il n’assurerait aujourd’hui que la « fabrication ».

Dans le meilleur des cas sa solution serait synonyme d’autogestion du capital. L’exemple de Lip est frappant : les tâches auparavant assurées par le patron deviennent les tâches des ouvriers. En plus du processus matériel ils se chargent de la commercialisation. Mais tous les problèmesm que peut poser la « gestion » sont complètement différents dans une, société non marchande. C’est pour cela que le contrôle ouvrier est une absurdité : il ne peut apprendre aux travailleurs que la gestion capitaliste, quelles que soient les intentions de ceux qui l’exercent.

Vantée par les idéologues nouvelle vague, l’autogestion se pare de l’attrait de l’utopie. Mais quel triste rêve que celui où la confusion d’un capitalisme sans capitaliste s’ajouterait au ridicule de travailleurs s’enthousiasmant demain pour ce qui les indiffère aujourd’hui : le maintien du salariat… Face à de futurs débordements, la gauche démocratique voit dans l’autogestion un discours lui permettant de se renforcer, d’être plus achevée, de résorber un mouvement qui s’annonce menaçant.

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VIVE LE COMMUNISME

Le communisme balbutié

Ce que la presse et la télévision présentent comme « lutte de classe », combat des travailleurs, n’est bien souvent qu’un spectacle politico-syndical préfabriqué. La force réelle de la classe ouvrière et la peur qu’elle peut inspirer s’expriment de façon plus efficace et plus souterraine. Les attitudes d’indocilité, de refus du travail jouent plus, même sur le niveau des salaires que les défilés rituels du 1er mai. Il existe une complicité entre les différents pouvoirs qui se partagent la société pour dissimuler la guerre sociale qui les menace tous.

De par leur situation, de par les énormes masses de capitaux qu’ils sont chargés d’animer, de par le niveau d’intégration de tous les actes productifs et économiques, les ouvriers disposent de formidables moyens d’action et de pression. Incomparables à ceux dont disposaient les opprimés à d’autres époques, et pourtant la conscience de cette force leur est le plus souvent absente. il ne s’agit pas d’un pouvoir abstrait que posséderait la classe ouvrière dans son ensemble, mais bien de moyens que détiennent concrètement même des groupes restreinte en vertu de leur situation de classe. Par la grève, le sabotage, des désobéissances de toutes sortes, les travailleurs peuvent menacer la mise en valeur du capital. Ils sont à même de bloquer la production de tel bien ou tel service indispensable, de cesser de faire tourner de grands ensembles, de détourner la production pour leur propre compte.

Cette puissance peut être utilisée à un niveau supérieur pour éviter des désagréments à d’autres. Une grève des transports fait perdre des journées de travail. Tant pis pour les acharnés du boulot. Il existe d’autres moyens de pression pour faire que ces journées soient tout de même payées. Certaines grèves des transports se sont déjà traduites par un simple arrêt du contrôle des paiements. Que dirait-on de la distribution gratuite de certains produits, de postiers qui n’oblitéreraient plus les lettres, de caissières qui arrêteraient le travail et permettraient aux clients de partir sans payer, d’employés qui détruiraient des papiers importants ? Des possibilités d’action extraordinaires existent pratiquement partout. Ce qui manque, c’est l’audace, l’accord, le goût réel de l’efficacité et du jeu.

Il est déjà significatif que régulièrement les émeutes de notre temps, qu’elles aient lieu aux États-Unis, en Pologne, à Londres ou au Caire, débouchent sur l’assaut des magasins. Une panne d’électricité en juillet 77 à New York et des pères de famille respectables participent au pillage en compagnie des « voyous ».

Défendre en toutes circonstances l’outil de travail cher aux syndicalistes, prévenir avant de faire grève, faire des grèves d’avertissement, protéger la propriété patronale ou étatique, c’est céder au fétichisme du capital et rester son prisonnier, ne point utiliser ce qu’il a lui-même concentré entre les mains des prolétaires. Les ouvriers pour qui l’outil de travail n’est plus une chose sacrée qu’il ne faut surtout pas détourner de sa fonction première, ceux qui n’acceptent plus de sacrifier leur vie devant des fétiches, sauront le moment venu utiliser au mieux les instruments que leur aura légués le capital. Ils sauront remettre en marche tout ce qui sera nécessaire pour assurer les tâches révolutionnaires : se vêtir, se nourrir, s’associer, s’armer…vivre.

Dans la perruque, lorsque les ouvriers utilisent les machines pour leur compte, se dessinent une activité et une communauté qui échappent au salariat. L’ordre « Il faut faire ça est » remplacé par une question « Qu’est-ce qu’il est possible de faire ? ». Ce travail, s’il est un but en soi, n’est pas pour autant dépourvu de but. Les possibilités ne sont pas illimitées, mais l’ouvrier qui s’adonne à la perruque fait marcher sa tête, s’informe. Il passe en revue le matériel qu’il a autour de lui, examine les possibilités non utilisées autres que celles offertes par sa machine : celles des petites machines auxiliaires, de la machine à cisailler les plaques dans le coin de l’atelier, de la meule, des outils qui sont à sa disposition ; et il décide. Ce travail en perruque, humble, exécuté en cachette, est le germe d’un travail libre et créatif : tel est le secret de cette passion.

Lorsque les travailleurs agissent contre le capital, leur action n’est pas simplement un moyen mais aussi l’esquisse d’autre chose, d’un monde où l’activité humaine ne sera plus enchaînée mais libérée, non plus soumise à la production de richesses, mais enrichie et expression de la richesse même. Dans la lutte, l’ouvrier redevient maître de lui-même et reprend le contrôle de ses propres gestes. Le caractère sacré de l’outil de travail, le sérieux oppressant de la réalité de l’usine s’effondrent. Avec le sabotage, mais plus généralement avec tout ce qui s’en prend directement à l’organisation du travail, la joie réapparaît.

Dans l’initiative qui ressurgit, les liens qui se nouent, les racismes de toute nature qui s’effacent, la gratuité des gestes et des sentiments, c’est la communauté qui renaît. Les prolétaires en révolte, produisent un usage infiniment plus riche de leur vie, du temps et de l’espace dont ils deviennent fugitivement les maîtres. L’affirmation de leur vie humaine et non plus vie du capital est immédiatement communiste.

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L’aspiration au communisme

Le besoin de la communauté humaine, voilà le cœur du communisme. Les descriptions des Utopistes manifestaient déjà le besoin historique du communisme et en faisaient une exigence immédiate, conformément à sa nature profonde. Mais le communisme n’a pas été inventé par des penseurs. C’est la vieille aspiration à l’abondance et à la communauté qui était présente dans les révoltes d’esclaves de l’antiquité comme dans celles des paysans du moyen-âge.

Le capitalisme tente de faire disparaître toute trace de communisme. Mais l’activité la plus intégrée et la plus servile se nourrit de participation, de création, de communication, d’initiative, même si ces facultés ne peuvent s’épanouir. Le besoin du salaire ne suffit pas à faire fonctionner l’ouvrier. Il faut qu’il y mette du sien.

Le communisme n’est pas une forme d’organisation sociale figée. On ne le construit pas comme le prétendent ceux qui tirent des plans sur la comète. Il surgit sans cesse au sein de l’activité humaine même s’il ne peut se développer qu’à certains moments. Plus l’activité se dresse contre le capital, plus elle tend à dessiner le communisme. Lorsque les hommes recommencent à avoir des expériences à se communiquer, des choses à se dire et à faire, la conscience cesse d’être le reflet passif de représentations et de situations gelées. Plus la lutte s’approfondit, plus ceux qui y participent se trouvent nettoyés des préjugés et mesquineries qui les habitaient. Leur conscience se dénoue et c’est un regard neuf et étonné qu’ils jettent sur la réalité et l’existence qu’ils mènent.

Les prolétaires ne peuvent se réapproprier par morceaux les moyens de production et une activité totalement émiettée, il leur faut s’associer et mettre en commun. Mais, par delà le mouvement de réappropriation et de mise en commun, une nouvelle activité se développe, de nouveaux rapports naissent, des passions enterrées se réveillent, la relation de domination des objets sur les hommes est renversée.

Le système capitaliste est fondé sur l’opposition production/consommation. L’existence du prolétaire n’est-elle pas double ? Pressuré, chronométré, ahanant quand il gratte ; et sollicité, flatté, joué quand il consomme. Avec le communisme, ce n’est pas tant la réduction maximum du temps de travail qui importe, mais le dévoilement du caractère bidon de l’opposition travail/loisirs. Des sociétés primitives employaient le même mot pour désigner le travail et le jeu. Dès maintenant, on peut concevoir la chasse, la cueillette, le jardinage comme autre chose que du travail tout en étant des activités productives. Il en va de même pour les activités liées à l’industrie, mais le métal froid du machinisme pèse sur notre imagination d’autant que ces tâches ne peuvent devenir elles-mêmes des sources de plaisir qu’avec l’émancipation de l’ensemble de l’humanité.

Par d’incessantes innovations technologiques, par la rationalisation de l’usage de la force de travail, le capitalisme a multiplié l’efficacité productive. La réduction du temps de travail : la standardisation des pièces, l’interchangeabilité des tâches… c’est ce qui fait courir l’humanité. Certains commentent en disant que le progrès entraîne une qualification meilleure. Et de citer à l’appui l’augmentation du nombre des ingénieurs tout au long du XXe siècle. Mais ils oublient de préciser qu’aux USA celui des portiers s’est accru d’autant dans le même temps… La course à la productivité a en fait approfondi la dégradation, la dévalorisation du travail.

Les réalisations scientifiques et techniques montrent que la pénurie naît de l’abondance même. Alors que l’encombrement automobile se dresse contre l’automobile, la consommation pharmaceutique contre la santé, la destruction de la nature contre son humanisation, la faille porte sur l’usage de la marchandise en tant que telle. Pourquoi se déplacer quand, dans le système des objets, il n’y a plus personne à rencontrer ? La consommation, malgré toutes les fausses promesses de la publicité ne peut plus se révéler un remède contre la misère. La colonisation par la marchandise et le fric de toute la vie sociale a sapé les valeurs traditionnelles et le respect des institutions. La misère la plus intime se révèle elle-même façonnée par le capital. Mais cette destruction est aussi une libération et une multiplication des désirs.

Le communisme n’est possible que grâce au déblayage effectué par le capitalisme. Il est non pas la défense des prolétaires, mais l’abolition de la condition prolétarienne. Il ne porte pas les ouvriers au pouvoir et ne nivelle pas l’ensemble de la population au même revenu. Il en finit avec l’esclavage salarié, le productivisme, l’opposition travail/loisirs. Il permet la réunification de l’activité humaine sur la base de tous les acquis techniques et humains. L’ouvrier n’est plus enchaîné à l’usine, le cadre n’est plus rivé à son attaché-case. Le besoin d’agir n’est plus soumis au besoin d’argent.

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A bas l’État, la marchandise, l’argent et le salariat !

Abolition du travail et de l’échange

La communauté humaine et la fin de l’entreprise comme unité de la vie productive provoquent la fin de l’échange. Supprimer l’argent qui sert à l’échange, ce n’est pas revenir à cette forme primitive de l’échange qu’est le troc. Les objets ne circulent pas dans un sens avec pour compensation une circulation d’autres objets dans Ie sens inverse. Ils sont répartis directement en fonction des besoins, conçus et produits pour développer les possibilités d’activités les plus productives de sens social.

Évidemment pour les banquiers et certains idéologues on ne pourra jamais se passer d’argent : il est au corps social ce que le sang est au corps humain. Pourtant il ne faut pas remonter loin pour trouver une époque où l’immense majorité d’une humanité paysanne produisait essentiellement pour satisfaire ses besoins familiaux et ne pratiquait presque pas l’échange monétaire.

Aujourd’hui la contrainte de vendre sa force de travail ne résulte pas d’une force directe et personnelle, mais économique et anonyme. A travers le besoin d’argent, il semble que ce soit la dictature de ses propres besoins qui impose au travailleur de se rendre au chagrin, que ce soit là un fait naturel.

La séparation entre les hommes est si profonde que l’argent, ce lien social abstrait, apparaît comme la seule denrée qui soit véritablement communautaire, passant indifférente et inodore de main en main. L’humanité ne peut se passer du fric, cette relation abstraite, impersonnelle, qu’en s’unissant concrètement dans l’association communiste. Actuellement, l’on ne mesure mon apport personnel qu’en fonction d’une rétribution personnelle : avec l’association, la notion même de contrepartie disparaît, puisque ma satisfaction c’est d’enrichir le développement de la communauté.

Le communisme, ce n’est pas simplement la généralisation de la gratuité, le monde tel qu’il est moins l’argent, un gigantesque libre-service. Il ne supprime ni les choix douloureux, ni les efforts. Son instauration ne se fera pas sans difficulté : et la croire facile est aussi chimérique que la prétendre impossible. La persistance à travers les âges de la lutte des classes et des soulèvements prolétariens montre sa nécessité. Et ce n’est pas tant la force des maîtres que l’immensité de la tâche qui les a fait échouer. Il y a un saut énorme à accomplir et seul ce saut assure la victoire de la classe prolétarienne, en même temps qu’il signifie sa négation.

Fournir gratuitement les biens nécessaires à la satisfaction des besoins essentiels, voilà ce que permettent les techniques qui soutiennent l’invasion de tous les aspects de la vie par la marchandise. Mettre à la disposition de chacun la nourriture, l’habillement, le logement, des moyens de transport et toute une série de produits élaborés est immédiatement possible pour les pays industrialisés mais pourrait être étendu assez rapidement au reste de la planète. De plus, si la fin de la marchandise suppose une gigantesque transformation du contenu de la production et de l’usage des biens, elle entraîne la fin de la séparation luxe/nécessité.

Si l’emploi de l’automation est actuellement limité à quelques industries (acier, pétrochimie, etc …), la communisation entraînera une utilisation plus étendue des automatismes qui sont, sinon assez simples dans leurs principes, du moins aisément applicables à de nombreuses activités. Le machinisme moderne (cf. la commande électronique) , ne permet pas simplement d’augmenter la productivité, de limiter les interventions humaines, mais aussi de généraliser l’accès aux machines-outils. Fabriquer massivement, de la façon la plus automatisée possible, des biens utilitaires et standardisés, n’empêche pas la mise en circulation des matériaux, outils et machines servant à les transformer. Il faut en finir avec le règne du prédigéré, pour que chacun puisse s’activer selon ses goûts, le besoin de la quantité ne s’opposant plus à l’exigence de la qualité.

Ainsi la spécialisation à outrance cède la place à la polyvalence. On est à la fois ouvrier, paysan, artiste et scientifique ; en fait au-delà de toutes ces catégories étroites et primitives. La production n’exclut plus l’expérimentation, les contacts et les « pertes de temps », et l’apprentissage sort des ghettos scolaires et universitaires pour se fondre dans le mouvement même de l’activité productive.

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Vers l’insurrection

La communisation passe par la résurgence des conseils révolutionnaires que les insurrections prolétariennes de ce siècle ont fait apparaître à l’état embryonnaire. Si des conseils se développent dans les quartiers, les unités de production, ce mode d’association émanant directement des masses vagissantes, réglera l’organisation pratique et le contrôle des tâches nécessaires, et de ce fait devra court-circuiter les organes de représentation politique.

Les conseils du passé, malgré leurs défauts et leur timidité ont montré la capacité des travailleurs à s’occuper de leurs affaires. Les meilleures manifestations des conseils ont eu lieu lorsqu’ils ont dû répondre rapidement, clairement et durement à leurs ennemis. Ils se sont directement forgés comme l’organisation de la lutte. Mais souvent ils se sont enlisés dans l’administration et dans l’attente. On a vu alors se construire de magnifiques organisations, mais dans le vide, en dehors des impératifs de lutte et des tâches à réaliser. Ces organes ne sont ni la recette miracle, ni le but de la révolution. Le communisme n’est pas le remplacement du pouvoir de la bourgeoisie par le pouvoir des conseils, de la gestion capitaliste par la gestion ouvrière. Le risque pour ceux-ci est de devenir un prétexte pour continuer à enchaîner les travailleurs à l’entreprise, au lieu d’être le levier qui fait sauter les cloisonnements de la vie sociale, le moyen de s’associer et de communiser.

Prendre des décisions entraîne des divergences. Le communisme ne signifie pas la fin de toute opposition, au contraire il les féconde en changeant leur contenu. Les conflits ne viennent plus d’intérêts personnels à préserver, mais des solutions que chacun propose pour satisfaire l’intérêt commun. Ce sont ces divergences mêmes qui permettront de comparer les possibilités d’activités impulsées par les conseils, sans pour autant retomber dans des débats de style parlementaire.

Le but de la révolution communiste n’est pas de fonder un système d’autorité démocratique ou dictatorial, mais une activité différente. Le problème du pouvoir apparaît quand les hommes perdent le pouvoir de se transformer eux-mêmes et leur environnement, lorsqu’ils sont contraints d’agir dans un autre but que le contenu de leur activité.

La révolution communiste ne recherche pas le pouvoir, mais elle a besoin de pouvoir réaliser ses mesures. Elle résout cette question parce qu’elle s’attaque à sa cause : elle est appropriation de toutes les conditions matérielles de la vie. C’est en rompant les liens de dépendance et d’isolement que la révolution détruira l’État et la politique. Cette destruction n’est pas automatique. Il ne disparaîtra pas peu à peu, au fur et à mesure que grandirait la sphère des activités non marchandes et non salariales. Ou plutôt cette sphère serait très fragile si elle laissait subsister à côté d’elle l’État, comme les gauchistes et écologistes voudraient le faire. Une des tâches des révolutionnaires est de mettre en avant des mesures qui tendront à saper la force de l’État et à créer une situation irréversible. Par exemple détruire tous les fichiers d’État-civil et autres mises en cartes de la population par les diverses administrations attaquerait à la fois des fonctions économiques et répressives. Les procédés de centralisation par ordinateur et micro-film rendent la machine étatique finalement plus vulnérable.

Le communisme est l’enjeu et l’arme de l’insurrection. De la capacité du prolétariat à révolutionner l’économie et sa condition dépend sa victoire. Dans la guerre sociale le rapport des forces militaires à l’origine n’est pas décisif. La révolution doit priver l’armée d’un enjeu à défendre et miner sa base matérielle. Ainsi briser le casernement des soldats par des manifestations de fraternisation peut se révéler parfois bien plus efficace que des attaques désordonnées. Disposant d’une puissance destructive pire que jamais, l’armée voit pourtant ses valeurs traditionnelles se décomposer car elles deviennent étrangères au monde moderne. Par la nature de ses armes et de son appareil technique, elle est dépendante de sa base économique comme elle ne l’a jamais été. Si les producteurs de façon cohérente et déterminée utilisent leur force, alors ils auront de quoi affamer, décourager, diviser, paralyser, rallier, écraser leurs adversaires. S’ils ne tirent pas avantage de leur position, du désarroi initial de l’ennemi, pour attaquer le capital là où il est vulnérable, alors ce sont eux qui deviendront une cible facile pour la contre-révolution idéologique et politique d’abord, et militaire ensuite.

La violence révolutionnaire est un rapport social qui bouleverse les êtres, qui fait des hommes les sujets de leur propre histoire. Mais les insurgés glisseraient sur le terrain de l’ennemi s’ils se livraient à un affrontement camp contre camp, s’ils cherchaient à stabiliser un rapport de forces, à préserver des « acquis ». L’insurrection dégénérerait alors en guerre civile, glissement fatal qui ne ferait que reproduire la cause de l’échec du passé révolutionnaire (communards-versaillais, anarchistes-franquistes…). Face à un adversaire englué dans une conception militariste de l’affrontement les insurgés ont aussi pour atouts la souplesse et la mobilité. Ne craignant pas de mettre en jeu les passions, l’imagination, l’audace, l’insurrection doit sans cesse se fonder sur sa propre dynamique : la communisation.

Beaucoup savent confusément que nous vivons la fin d’un monde, même s’ils ne savent pas encore ce qui va advenir : le mouvement n’a pas encore eu la force de rendre visible son contenu et d’affirmer ses perspectives. Ceux qui supportent de moins en moins la barbarie capitaliste doivent découvrir ce à quoi ils aspirent : le monde dont leur révolte est porteur, le communisme.

Prolétaires, encore un effort pour cesser de l’être…

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Inde : Les principes anarchistes appliquées par les paysans mènent à leur victoire contre un gouvernement mondialiste fasciste (CrimethInc)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, OGM et nécro-agriculure, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 8 décembre 2021 by Résistance 71

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Comment les paysans ont vaincu le gouvernement indien

Novembre 2020 – Novembre 2021 Un an de manifestations montre l’efficacité de l’horizontalité et de l’action directe

Décembre 2021

Url de l’article original:

https://crimethinc.com/2021/11/19/how-the-farmers-defeated-the-government-of-india-a-year-of-protests-shows-the-effectiveness-of-horizontality-and-direct-action

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Dans le rapport qui suit, Pranav Jeevan explore le conflit entre les paysans et le gouvernement d’extrême-droite du premier ministre indien Narendra Modi, le caractère même de ce mouvement que les paysans ont initiés et les moyens par lesquels ils ont triomphé.

“Les peuples ne devraient pas avoir peur de leurs gouvernements. Les gouvernements devraient avoir peur de leurs peuples.”
– Alan Moore, V for Vendetta –

Les paysans en Inde ont gagné une victoire historique contre les efforts de l’état à privatiser le secteur agricole à des fins d’exploitations par les entreprises privées. La parti autoritaire d’extrême droite du gouvernement le Bharatiya Janata Party (BJP) du premier ministre Narendra Modi a du finalement courber l’échine devant les protestations des paysans, acceptant la demande de rejet de trois lois anti-paysans. Le succès de la lutte paysanne d’un an montre que des protestations horizontales, auto-organisées et décentralisées sont capables d’impliquer des centaines de milliers de personnes, qu’elles peuvent persister au travers de lourds obstacles pour finir par gagner devant des régimes autoritaires très déterminés.

Ni la propagande médiatique, ni la répression d’état, ni les attaques par des gangs pro-gouvernements, ne réussirent à supprimer la résistance paysanne. Les manifestations sont devenues un des plus grands mouvements de masse anti-corporation et anti-gouvernement au monde, identifiant le nexus corporation-gouvernement comme ennemis de la liberté, du bien-être et de l’auto-détermination du reste de la population de l’Inde. Même lorsque l’opposition parlementaire au régime régnant est faible, le judiciaire demeure silencieux sur les injustices dont sont victimes les gens et la bureaucratie sert les oppresseurs et pave le chemin pour toujours plus d’exploitation ; ainsi, les mouvements de masse peuvent toujours trouver une voie pour battre ces systèmes d’oppression.

Les paysans furent capables d’entretenir ces manifestations massives mois après mois face à tant de dureté pour deux raisons principales : l’auto-organisation et la décentralisation. Il n’y avait pas de leaders au commandement de chaque manifestation ; des réunions impliquant tous les groupes paysans prirent toutes les décisions ensemble. La participation des femmes et des paysans sans terre, des ouvriers agricoles s’est ajouté à la cause, se préoccupant de leurs problèmes et préoccupations et créant un front unifié allant bien au delà des lignes de fractures habituelles de la société indienne.

Ceci déclencha des discussions au sujet de la discrimination de caste et de genre prévalante dans la société indienne et sur d’autres législations anti-sociales comme l’annulation de l’Article 370 (retirant le statut d’état au Cachemire et au Jammu), la démonétisation, le Citizenship Amendment Act (CAA), the New Education Policy (NEP), l’Environmental Impact Assessment (EIA), la privatisation rampante des terres, les augmentations de prix du carburant et des biens de nécessité première, le chômage, et la crise économique. La lutte contre la loi sur les fermes est devenue très rapidement une lutte contre toutes les formes d’oppression auxquelles les gens doivent faire face aujourd’hui en Inde alors que les manifestants gagnaient pas à pas conscience de des problèmes politiques et sociaux qui minent le pays. Ceci mena à plus d’attention et de déchaînement contre les violences policières, la propagande médiatique et la négligence judiciaire. Les manifestants tinrent les politiciens et les bureaucrates pour responsables de leurs actions.

Ceci fut particulièrement visible lors de la réponse à l’incident de Lakhimpur Kheri, où le fils d’un ministre du parti BJP fonça sur les fermiers avec un SUV ; les paysans forcèrent le gouvernement BJP de remplir un rapport de première information et d’arrêter le coupable, ce malgré la claire intention du gouvernement de ne rien faire. Les paysans firent aussi des sit-ins en protestation de la violence policière ciblant les activistes du syndicat Dalit, Nodeep Kaur et Shiv Kumar. Ils forcèrent le retrait d’un officier de l’IAS qui ordonna la charge de Lhati contre les paysans de Karnal. Ils protestèrent contre l’assassinat d’un homme du Dalit, Lakhbir Singh, par un groupe de Hihang Sikhs qui affirmaient qu’il avait insulté le livre sacré des Sikhs, un cas très clair du comment les gens du Dalit sont toujours considérés comme intouchables en Inde.

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Les méthodes utilisés par les manifestants furent à la fois sans précédent et révolutionnaires. Les paysans commencèrent par marcher sur Delhi la capitale, où ils occupèrent la zone entourant la ville, se positionnant sur les grandes routes d’accès. Des manifestations de Rail Roko ou arrêt des trains eurent lieu dans lesquelles les paysans arrêtaient les trains et s’adressaient directement aux occupants pour leur signifier l’importance extrême de leur lutte et de leurs manifestations.

Les manifestants rencontrèrent une extrême violence étatique, à la fois la police et l’armée tentèrent de les briser. La police employa des gaz lacrymogènes, des canons à eau, fit des trous dans les routes et utilisa de multiples barricades pour bloquer la progression des manifestants. Plus de 700 paysans périrent dans ces manifestations. Le gouvernement essaya de démanteler les manifestations et leur organisation et coupant l’eau, l’électricité et les services internet dans les zones occupées par les manifestants. En réponse à cela, les paysans amenèrent tout ce dont ils avaient besoin de leurs villages afin de survivre sur les sites de manifestation. Ils organisèrent également d’énormes “langars”, fournissant ainsi de la nourriture aux manifestants.

NdT : Le “langar” vient de la culture et tradition sikh qui prévoit le partage de tout dans les moments difficiles, la nourriture certes, mais aussi, vêtements, logement, médicaments, livres, divers services etc… Le “langar” est initialement la “cuisine commune”, mais par extension, la mise en commun de tout pour le bien commun où tout le monde s’y met pour fournir son effort à l’effort général selon le slogan “d’à chacun selon sa capacité. à chacun selon son besoin”…

Petit à petit, ces formes d’auto-organisation ont permis l’établissement d’autres choses utilitaires comme les tentes, les points de recharge électrique solaire, la lessive, la librairie, des centres médicaux et de chirurgie dentaire. Dans le même temps, les paysans prirent une attention particulière à ne pas laisser les partis politiques d’opposition infiltrer leurs manifestations. Ils refusèrent d’endorser quelque leader politique que ce soit et n’offrirent aucune plateforme politique à aucun politicien (NdT: ce que firent aussi les Gilets Jaunes…). La vaste majorité des manifestants ont perdu toute confiance dans les partis politiques établis, sachant très bien qu’ils se détourneront de toute promesse une fois que la renverse de marée politique se met en place. Ils questionnent la sincérité de ces politiciens qui affirment es soutenir contre ces lois scélérates anti-paysans, considérant à juste titre que bon nombre de ces politiciens ont soutenu d’autres lois oppressives et autoritaires comme celle de l’Abrogation de l’Article 370.

Les paysans ont continué de bloquer les autoroutes vers Delhi au travers d’un hiver rude, au travers des très chauds mois d’été et même au travers des vagues mortelles de la pandémie. Ils appelèrent à la grève à travers le pays. Ils n’abandonnèrent jamais, tant bien même que des douzaines d’entre eux mouraient de froid, de chaleur et du COVID.

Les paysans savent très bien que pratiquement toute la politique du gouvernement est dictée par de massifs monopoles entrepreneuriaux qui financent les partis alternant au pouvoir et surtout le parti aujourd’hui en place. Ils ciblèrent les politiciens et les bureaucrates, mais aussi les empires entrepreneuriaux des deux top milliardaires indiens Mukesh Ambani et Gautam Adani. Ils étaient parfaitement éveillés au fait de la menace que représentaient ces deux empires pour leur mode de vie, refusant d’accepter les assurances des “experts” et des “économistes” qui décrivaient les lois comme étant une politique de libre échange qui par principe “aideraient les paysans”. Ils savaient pertinemment que tous ces “experts” et “économistes” n’étaient jamais sortis de leurs bureaux climatisés financés par le gros business afin d’apprendre sur le terrain au sujet des nuances de l’économie agricole indienne.

Ils savent très bien que si tous les top économistes de la Banque Mondiale et du FMI sont d’accord sur le fait que l’Inde a soi-disant besoin de nouvelles lois sur les fermes, les terres et l’agriculture, alors tout ceci est définitivement une très mauvaise nouvelle pour eux. Comme Ambani et Adani étaient les premiers bénéficiaires de ces lois agricoles que le gouvernement du BJP avait mises en place, les paysans du Punjab et de Haryana cessèrent d’utiliser les cartes JIO SIMS propriété de Ambani et passèrent sur des réseaux de télécom rivaux. Un certain nombre de tours antennes de JIO Telecom et autres infrastructures furent endommagées au Punjab. Des paysans commencèrent à boycotter les produits possédés par Reliance ainsi que ses services comme ses pompes à essence.

A un moment donné, la cour suprême d’Inde est intervenue pour mettre fin au face à face entre les paysans et le gouvernement. Les paysans étaient fermes dans leurs demandes et défièrent la cour de justice ouvertement, assurant qu’ils n’abandonneraient pas la lutte même si la cour le leur ordonnait, parce que cela n’était ni plus ni moins qu’une affaire de vie ou de mort pour eux. Les paysans avaient aussi perdu toute foi en le système judiciaire, dans la mesure où de récentes décisions de la cour suprême avaient largement accommodées le gouvernement. La cour fut obligée de céder, ordonnant un report de 18 mois pour l’application des lois.

Pratiquement tous les médias avaient soutenu la politique du gouvernement et diffusés des narratifs pro-gouvernement, répandant de fausses informations sur le mouvement paysan, les appelant “Khalistanis” et “terroristes”, les diabolisant, infantilisant leurs manifestations et les appelant des “ignorants”. Les médias de masse supprimèrent toute nouvelle concernant l’ampleur du mouvement. Ceci ne fit rien pour étouffer le mouvement. Les participants allaient directement de village en village, organisant des réunions dans chaque état, organisant et réunissant des centaines de milliers de participants. Durant ces réunions, ils y discutaient de ces lois et comment cela allait négativement impacter leurs vies, les plaçant à la merci des grosses entreprises. Ceux qui assistaient à ces réunions recevaient pour mission de parler autour d’eux dans leurs villages et leurs familles de ce qu’ils avaient vu et entendu. Ces chaînes de communication depuis la base, d’adressant directement aux gens concernés, furent bien plus forte que toute la propagande mise en place par le gouvernement indien et ce même avec tout le réseau de merdia corporatiste à la botte.

Lorsque les paysans se tournèrent vers Facebook et Instagram pour diffuser leur information, Facebook et sa succursale commencèrent à fermer les pages des paysans ainsi que les pages critiquant le gouvernement. Twitter retira plus de 500 comptes que des paysans utilisaient pour discuter ensemble des lois. Facebook retira la page de Kisan Ekta Morcha, une source d’information du mouvement lui-même, suite à un énorme tollé public, ils furent astreints de reposter la page.

Lorsque Rihanna tweeta son soutien au mouvement paysan indien, aidant à la contribution d’un mouvement international de solidarité et une harangue contre le gouvernement indien, l’état essaya d’entrer en contrôle des dégâts en faisant répondre ses propres célébrités médiatiques qui clamèrent à une “conspiration internationale” de diffamation de l’Inde.

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Dans chaque état où devait se produire une élection, comme au Bengal, que le BJP veut gagner depuis des années, des paysans envoyèrent leurs délégués parler directement aux gens afin d’expliquer la nature même des lois anti-paysans et leur demander de ne pas voter pour le BJP. Ceci mena à de gigantesques défaites électorales pour le parti dans bien des états. Les futures élections du Uttar Praresh (UP), qui décideront du gouvernement du BJP sur l’Inde, sont arrivées à un moment où les paysans intisifièrent leurs manifestations. De gigantesques manifs sont prévues partout en Inde pour l’anniversaire de ce mouvement de protestation qui vit le jour le 26 novembre 2020. Le BJP craint un gros retour de bâton durant ces élections, à la fois en provenance des paysans mais aussi à cause de leur gigantesque échec dans le contrôle de la seconde vague de la pandémie COVID-19, qui fut un désastre notamment à cause d’une pénurie d’oxygène dans les hôpitaux entre autres raisons.

En réponse à cela, ils prirent des mesures immédiates pour museler les paysans avant les élections. Le gouvernement n’avait pas d’autre alternative que de plier aux demandes des paysans. Ceux-ci ont reconnu que la déclaration du premier ministre Modi n’avait aucune valeur et qu’il voulait voir les lois abrogées dans la prochaine session du parlement et que les manifestations continueraient jusqu’alors. Ils veulent aussi que le gouvernement assure un prix de soutien minimum pour les productions agricoles. Ce gouvernement, qui a été si indifférent aux demandes du peuple, qui a continuellement attaqué la dissidence avec brutalité, violence et force propagande, qui était ultra déterminé à poursuivre les privatisations forcées quel qu’en soit le coût pour le peuple, a été vaincu et forcé de changer son fusil d’épaule.

[…]

Les principes de l’anarchisme, y compris la prise de décision horizontale et participatrice, le décentralisation du pouvoir, la solidarité, l’entraide et l’association volontaire, sont tous bien visibles dans ce mouvement de protestation paysan. Les anarchistes emploient l’action directe, la perturbation hiérarchique, la protestation contre l’injustice, l’auto-organisation de leurs vies en créant des contre-institutions comme les communes ou les collectifs non-hiérarchiques. Les anarchistes recherchent la création d’une relation anti-autoritaire dans un agencement collectif de façon à ce que tout le monde ait son mot à dire dans chaque décision qui va affecter la vie de tous, recherchant toujours un consensus sans avoir recours à un leader, chef ou cadre. Les anarchistes organisent le récupération des espaces publics où l’art, la poésie, la musique se mélangent pour représenter l’idéal anarchiste. Le squatt est une des façons de se réapproprier cet espace public du marché capitaliste d’un état autoritaire ; il sert aussi d’exemple à l’action directe.

Nous pouvons trouver des éléments de tous ces principes et pratiques dans les manifestations paysannes et là est la raison de leur robustesse et de leur succès. Cette victoire met à bas le mythe qui veut que ne devons avoir une chaîne de commandement centralisée avec des leaders en son sommet et des suiveurs dociles et aveugles en bas pour qu’une organisation de grande envergure puisse réussir. Toutes ces manifestations et actions se sont faites dans le temps, sans aucun leader : les participants eux-même atteignaient un consensus décisionnel sur le cours de l’action à suivre. Lorsque les gens prennent les décisions eux-mêmes et se coordonnent les uns les autres en petites communautés, s’aidant les uns les autres, ceci crée les plus fortes formes de pouvoir collectif et de solidarité.

Le fait que ces manifestations à terme réussirent, grâce à tant de gens s’unifiant et s’organisant collectivement, coopérant entre eux pendant si longtemps, nous montre que nous pouvons parfaitement créer des communautés sans institutions exogènes (imposées de l’extérieur), que nous n’avons pas besoin de bureaucratie autocrate et de gouvernement autoritaire, qui concentrent le pouvoir et oppriment les gens. Pour l’essentiel, ces manifestations furent menées et gérées par de pauvres paysans, des femmes sans éducation formelle, et des gens d’autres communautés marginalisées. Ensemble, ils ont démontré qu’ils pouvaient créer des communautés bien plus éthiques et égalitaires que celles qui existent chez les gens plus riches et éduqués. Ils ont montré que les opprimés et les indigents peuvent s’organiser en communautés d’entraide et de prise de décision directe, éliminant le supposé besoin de systèmes de gouvernance hiérarchisés et coercitifs, qui en fait n’existent que pour les exploiter.

Le succès de ce mouvement de contestation des paysans offre un modèle duquel tout le monde peut apprendre quelque chose, que tous nous pouvons mettre en place dans nos luttes contre les régimes oppresseurs qui nous exploitent. Le monde est le témoin d’une nouvelle ère de protestation et d’activisme. Les manifestations des paysans indiens devraient devenir le phare de la démocratie montrant comment il est possible de vaincre les régimes autoritaires.

= = =

Crimethinc sur Résistance 71

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

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Compte-rendu du discours de Robert F. Kennedy Jr à Berne en vue d’un « NON » au referendum sur la « loi COVID » en Suisse du 28/11/21

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, coronavirus CoV19, crise mondiale, démocratie participative, Internet et liberté, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, santé et vaccins, technologie et totalitarisme, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , on 27 novembre 2021 by Résistance 71

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Suisse, le dernier bastion de la “démocratie” au monde ? La “loi COVID” équivaut à la loi martiale

Discours de Robert F. Kennedy Jr à Berne au sujet du referendum sur la “loi COVID” en Suisse du 28 novembre 2021

Peter Koenig

24 novembre 2021

url de l’article :
https://www.mondialisation.ca/suisse-le-dernier-bastion-de-la-democratie-au-monde-la-loi-covid-equivaut-a-loi-martiale/5662518

Dans une manifestation sous le plein soleil d’automne, Robert F. Kennedy Jr. s’est adressé à une foule d’environ 10 à 20 000 personnes à Berne le 12 novembre. Il a parlé des mensonges Covid aux États-Unis, ainsi que dans le monde entier – il n’a pas épargné l’Europe, ce qui permet aux enfants d’être vaccinés à partir d’un âge aussi bas que 5 ans – tout comme aux États-Unis, le Big Brother. Il a souligné que le taux de mortalité à cause de ce qu’ils appellent faussement un vaccin est bien plus élevé que les décès attribués au Covid, y compris chez les enfants.

La manifestation à Berne a été organisée par Public Eye on Science (L’oeuil public en science, suisse), une association créée en 1968, dans le but d’exiger des relations plus équitables entre la Suisse et les pays les plus pauvres du monde. Public Eye, qui compte actuellement 27 000 membres, défend également l’équité dans les relations commerciales et défend les droits de la personne et les droits civils en Suisse et dans le monde entier.

M. Robert Kennedy Jr. est venu à Berne pour une raison spécifique et ce qu’il a dit aux Suisses, c’est que la Suisse était le dernier bastion de la démocratie dans le monde. Le prochain référendum du 28 novembre 2021, où les Suisses ont la possibilité de voter pour ou contre une loi Covid – une loi martiale déguisée – qui avait été discrètement ratifiée en septembre 2020 par le Parlement, mais qui a dû être mise sur la glace, car un référendum a été immédiatement lancé contre cette loi. Ce référendum a recueilli des signatures en un temps record, jamais vues auparavant en Suisse.

Robert Kennedy Jr. a fait référence à la discrimination totalement antidémocratique qui a déjà lieu aujourd’hui dans la majeure partie de l’Europe, y compris en Suisse, où les « non vaccinés », ceux qui n’ont pas de « vaxx-pass » (passe sanitaire) sont exclus de la société. Ils ne peuvent pas entrer dans un restaurant, ne peuvent pas aller à une salle de sport, à un club, au cinéma, à un théâtre ou à tout événement public. Ils sont confinés. Ils sont discriminés.

La Suisse veut-elle une société divisée avec des privilèges pour ceux qui se laissent injecter un poison modificateur de gènes pour leur simple plaisir, alors que ceux qui résistent à cette coercition et au chantage illégaux et inconstitutionnels du gouvernement seront punis et discriminés ? C’est une question que tous les Suisses – « vaccinés » ou non – doivent se poser. Et cela, bien que nous ayons l’occasion unique d’un référendum populaire, où nous pouvons décider de ce que nous voulons pour notre avenir et celui de nos enfants et de leurs enfants.

L’Autriche en est un bon exemple. À minuit, le dimanche 14 novembre, le gouvernement autrichien a déclaré le premier confinement au monde pour les non-vaccinés – du jamais vu. Toute personne qui ne s’est pas laissée injecter ce poison à ARNm (ou qui a été guérie du Covid « prouvé par un test PCR ») est strictement confinée.

Peu importe le mensonge du test PCR. Même l’OMS a admis plus tôt cette année que le test PCR n’est pas une mesure fiable pour établir la présence du virus de la Covid.

Les dirigeants mondiaux ignorent l’OMS et continuent d’utiliser le faux test PCR pour identifier la Covid, quelle que soit son invalidité. Mais ses faux positifs dont les chiffres sont élevés (près de 100 % de ceux-ci) permettent de manipuler les statistiques. Dans le cadre de ce nouveau verrouillage autrichien, les personnes non vaccinés se voient interdire d’aller travailler ou aller dans les magasins, de quitter leur logement sous la menace de grandes sanctions, et les employeurs qui les laissent aller au travail reçoivent des amendes astronomiques – voir ce rapport RT.

Cela peut également se produire en Suisse si la loi Covid est approuvée. CHERS COMPATRIOTES SUISSES – SOYEZ CONSCIENTS ET MÉFIEZ-VOUS ! Votez NON, le 28 novembre 2021. Quiconque aime la liberté pour sa propre personne, pour la société et pour le monde doit aller voter NON, en grand nombre.

Nous, le peuple, devons et pouvons surmonter cette tyrannie.

Notre cri de guerre est LIBERTÉ ! – LIBERTÉ ! – LIBERTÉ ! Robert Kennedy et tous les orateurs  et tous les orateurs ont prononcé le cri de ralliement LIBERTÉ ! C’était un événement vraiment très important. Une énergie extraordinaire se dégageait de la foule.

Ce que la plupart des Suisses ne savent pas et ne sont pas informés par leurs autorités et surtout pas par les grands médias  (mainstream) hautement rémunérés – un meilleur terme serait d’employer le terme « corrompue ».  Cette « loi martiale de la santé » est valable jusqu’au 31 décembre 2031, jusqu’à un an après la fin de l’Agenda 2030 des Nations Unies, sous lequel ce crime Covid est en cours (et, il est bien sûr prolongeable si nécessaire) ; pendant cette période, le gouvernement peut prendre n’importe quelle décision – et je répète N’IMPORTE QUELLE décision – sans consulter le Parlement, et encore moins le peuple ; le droit de déclencher des référendums, une forme unique de démocratie directe, sera immédiatement suspendu. À moins que nous, le peuple, ne votions massivement NON le 28 novembre 2021 à cette loi criminelle. Cela pourrait être le dernier référendum sur lequel nous pourrions voter.

Comme dans la plupart des cas où un coup d’État est instigué à l’intérieur d’un pays, et croyez-moi, un oui équivaudrait à un coup d’État interne, une modification radicale de la Constitution serait mise en place. Les référendums populaires ne feront pas partie d’une nouvelle Constitution. La plupart des gens ne s’en rendent pas compte. Leur gouvernement ne leur raconte jamais la vraie histoire, encore moins les médias.

Croyez-vous, chers lecteurs, que le gouvernement suisse « subventionne » – un meilleur mot serait « corrompt » – les grands médias au coût de 1,7 milliard de francs suisses par an, soit environ l’équivalent de près de 2 milliards de dollars américains. Et cela pour une population suisse de 8,4 millions d’habitants. Vous pouvez comprendre par vous-même quel est le coût par habitant de l’argent du contribuable de mentir et de désinformer le peuple suisse, tous les jours ; ces mêmes Suisses qui financent cette fraude à leur insu avec l’argent de leurs impôts.

Si la loi Covid était acceptée par une majorité – Dieu nous en préserve – la Suisse ne serait plus un modèle de démocratie dans le monde, ni le dernier bastion de la démocratie, pour citer Robert Kennedy Jr.

Au lieu de cela, la Suisse se transformerait presque immédiatement en un « balise » de la banque entièrement numérique. Chaque transaction monétaire serait contrôlée par la Banque centrale. Votre compte bancaire pourrait être vidé à tout moment : si vous ne vous comportez pas bien, l’argent est retiré ; ou si vous ne suivez pas les ordres, ou si vous vous rebellez, ils pourraient vous empêcher d’acheter des aliments à l’épicerie. Tout cela grâce à des algorithmes, à l’intelligence artificielle (IA) et à des robots. Une surveillance totale.

Vous êtes-vous déjà demandé comment il était possible que, fondamentalement le même jour de mars 2020, vers le 11 mars, le monde entier, les 193 pays membres de l’ONU, avaient adopté exactement les mêmes mesures pour lutter contre un virus très similaire – et pas du tout plus mortel  – à un simple virus de la grippe saisonnière ? En fait, le taux de mortalité du virus est d’environ 0,07 %. Dans un article publié dans le New England Journal of Medicine (NEJM), intitulé « Covid-19 – Navigating the Uncharted », le Dr Anthony Fauci, le spécialiste du Covid, a déclaré que le coronavirus était comparable au virus de la grippe.

Il doit y avoir d’énormes pouvoirs d’argent derrière cela pour prendre le contrôle du monde, à la fois, et personne n’est capable de s’y opposer. Les milliardaires de la Silicon Valley et les médias sociaux font partie du jeu, ainsi que le grand secteur financier, comme Black Rock et Vanguard – et d’autres forces obscures.

L’ensemble du système des Nations Unies est contraint de suivre ces ordres dictatoriaux, et le fait que littéralement tous les gouvernements jouent le jeu, cela doit indiquer que l’ordre est accompagné d’un « bâton » lourd, très lourd – peut-être mortel. Et peut-être une petite « carotte »aussi, pour ces politiciens, qui obéissent en opprimant et en tyrannisant leur peuple. Voir ci-dessous un discours vidéo d’Ernst Wolff, économiste financier allemand de renom (en allemand). Il démontre par des comparaisons claires où se trouve le pouvoir du monde ; plus que le pouvoir, tel que nous le connaissons, le pouvoir sur la vie et la mort ; le pouvoir sur la survie de notre civilisation – et s’ils lui permettent de survivre – dans quelles conditions.

Ensuite, il y a le livre infâme et célèbrede Klaus Schwab, « Covid-19 – The Great Reset », qui parle de la transformation des humains en « transhumains », où ces derniers seront manipulables comme des robots grâce à ce qu’il appelle des puces implantées – bien sûr, il ne veut pas dire ça de façon négative. Tout cela se fera pour le bien de l’humanité. À la fin, « Vous ne posséderez rien, mais vous serez heureux« . Telle est la conclusion du président du FEM et son point de vue sur l’avenir. Cela correspond à la conclusion de la 4e révolution industrielle – robotisation, numérisation et transfert des actifs du bas et du milieu de l’échelle vers quelques ultra-riches au sommet.

Tel est le plan. Mais nous pouvons l’arrêter.

Aujourd’hui, tout ce que nous observons, se déplace dans cette direction néfaste. Pourtant, Nous, le peuple, avons le pouvoir de l’arrêter. Sans haine, osciller sur une fréquence plus élevée – et oui, nous tous, vaccinés et non vaccinés devons s’unir parce qu’en fin de compte, nous sommes dans le même bateau. Cela, mes chers compatriotes du monde, nous devons le comprendre. Il ne sert à rien de dire dans dix ans, à la fin de l’Agenda 2030 de l’ONU, « oui, désolé, vous aviez raison ». Peu importe de savoir qui a raison. Le fait est que nous devons arrêter cela ensemble, en solidarité, vaccinés et non vaccinés, tous ensemble. Pas de discrimination – LIBERTÉ !!! Pour tout le monde.

Les injections de poison qu’on simpose à la population – y compris les enfants, imaginez !!! – transforment les humains en transhumains, ce qui signifie que notre esprit pourrait éventuellement être manipulé par la 5G et les ultra-micro-ondes 6G à venir bientôt.

C’est pourquoi vous aurez besoin chaque année d’une piqûre de « rappel ». Cela n’a rien à voir avec votre santé. Aucune des soi-disant « vaccinations » n’a rien à voir avec votre santé. Tout a à voir avec la préparation de notre corps à devenir réceptif aux ultra-micro-ondes 5G et éventuellement 6G. Et le Conseil fédéral suisse, ainsi que tous les dirigeants du monde qui suivent ce scénario et ce diktat diabolique, le savent.

Si vous regardez autour de vous, vous voyez déjà des antennes 5G partout. Dans de nombreux pays, y compris en Suisse, la 5G est déjà en service de manière sélective, malgré le fait que le peuple suisse ait voté pour et que les autorités suisses avaient accepté d’imposer un moratoire sur l’introduction de la 5G, jusqu’à ce que plus d’informations sur la sécurité et les effets possibles sur la santé soient connues. Même l’OMS – les co-maîtres du crime Covid – n’a pas osé s’exprimer sur les effets potentiels sur la santé de ces ultra-ultra-courtes.

Une question cruciale que nous devons tous nous poser : la Suisse restera-t-elle le bastion de la démocratie et le phare du monde, influençant peut-être les peuples du reste du monde – les appelant à se réveiller et à mettre fin pacifiquement par la non-obéissance à ce crime de type biblique – ce qui risque franchement d’anéantir l’humanité ?

C’est ce que Robert Kennedy Jr. – et d’autres personnalités éminentes, qui ont pris la parole à la manifestation de Berne vendredi dernier, promettaient – un Grand NON-VOTE – pour notre liberté – LIBERTÉ ! – LIBERTÉ ! – LIBERTÉ ! – était le cri de guerre en cours à cette Assemblée très spéciale du peuple bernois.

Parmi les autres orateurs éminents figuraient le Dr. Reiner Fuellmich, l’avocat allemand qui , avec un groupe de plus de 1 000 professionnels de la santé et autres, mène des actions en justice contre les auteurs d’atteintes à nos libertés civiles et à nos droits civils dans le monde entier. Il appelle les Suisses à ne pas tolérer la discrimination prévue et déjà en cours entre les vaccinés et les non-vaccinés. Il appelle à la solidarité des deux groupes, et non à la division, car la solidarité finira par reconquérir notre liberté – et peut-être exercer une influence sur les peuples d’autres nations, de faire de même – pacifiquement, mais en adoptant la non-obéissance collective.

Ce point sur la solidarité entre les vaccinés et les non-vaccinés, la nécessité de se tenir la main lors de ce prochain vote référendaire, a également été soulevé par Christoph Pfluger, le fondateur des Amis suisses des Constitutions. Il a souligné un point important : ensemble, nous gagnerons ce vote pour la liberté et contre la tyrannie covid. La solidarité, c’est l’amour de l’autre et la lutte contre la discrimination. L’unité et la solidarité brisent le dos de la tyrannie covid.

La police et l’armée, maintenant largement sous contrôle et au service des gouvernements et des riches et puissants, ceux qui sont si bien décrits dans le discours d’Ernst Wolff – voir ci-dessus – quand ces gardiens de la sécurité et de la sûreté des gens commenceront à réaliser qu’ils sont dans le même bateau que le peuple, avec le peuple opprimé et de plus en plus tyrannisé – ils pourraient enlever leurs casques et marcher avec nous.

Le Dr. Sucharit Bhakdi, ancien professeur de microbiologie et d’hygiène à l’Université de Mayence, en Allemagne, et le Dr. Wolfgang Wodarg, médecin et homme politique allemand étaient également présents par vidéo. Ce dernier a été membre du Parlement jusqu’en 2009. Ils sont tous deux été de proches collaborateurs du Dr Fuellmich.

Tous deux ont souligné l’importance pour les gens, en particulier les jeunes, d’aller aux urnes le 28 novembre et de voter NON contre la loi sur le Covid ; contre la discrimination. Ce sont les générations à venir qui devront supporter le poids d’un coup d’État Covid qui s’installerait en Suisse – et dans tous les pays occidentaux. Eux aussi ont souligné que la Suisse pourrait faire une différence dans le monde entier avec un vote sans vote.

Catherine Austin-Fitts, une ancienne banquier d’investissement américaine, a également pris la parole lors du rassemblement, qui connaît les tenants et aboutissants non seulement de la banque et de ce que la banque est devenue, mais aussi du rôle toujours croissant des banques centrales. Elle a déclaré que si cette loi sur le Covid était acceptée, la Suisse, en particulier la Suisse – la capitale mondiale de la banque et en particulier de la banque centrale avec la Banque internationale des règlements (BRI) – la Banque centrale de toutes les banques centrales, siégeant à Bâle, en Suisse, pourrait être le premier pays entièrement numérisé et financièrement asservi.

Elle prédit que la Suisse sera numérisée à la vitesse de l’éclair – un fait qui m’a été  confirmé par d’autres banquiers privés suisses, qui ne sont peut-être pas d’accord avec le système, mais qui y sont liés par un travail qui nourrit et soutient leurs familles. Ils ont réitéré que nous serions contrôlés par chaque mouvement ; que l’accès à notre argent, à nos actifs, sera proportionnel à notre comportement et à notre obéissance au système.

En outre, le Dr. Thomas Binder, cardiologue suisse et Dr. Astride Stuckelberger, scientifique international de la santé, anciennement à l’OMS. Tous deux rappelaient à l’auditoire les mesures et les diktats ordonnés contre les droits de l’homme, en Suisse et simultanément dans les 193 pays membres de l’ONU. Ils ont souligné le préjudice que ces mesures causeront à l’ensemble de la population mondiale si elles ne sont pas arrêtées. Et surtout à nos enfants, parce qu’ils sont la prochaine génération, qui prépare l’avenir.

Dr. Thomas Binder a soulevé un autre point important. Il a appelé tous les professionnels médicaux et scientifiques à rester fidèles à leur profession de guérisseurs au meilleur de leurs connaissances. Il a fait référence au serment d’Hippocrate, que tous les médecins doivent signer. Il a été écrit par Hippocrate au Ve siècle av. J.-C., et il est toujours considéré sacré par les médecins : traiter le malade du mieux de ses capacités, préserver la vie privée d’un patient, enseigner les secrets de la médecine à la prochaine génération, etc.

Dr. Binder a appelé ses collègues médecins en Suisse et dans le monde entier à être fidèles à son serment et sortant de la contrainte gouvernementale, en suivant leur conscience. Si cela se produisait au sein de la communauté médicale et scientifique mondiale – et malgré les menaces – le récit de la covid et la tyrannie s’effondreraient.

Ensuite, il y a une destruction économique mondiale, le résultat d’une maladie qui, en fait, n’a jamais existé sous forme pandémique. Selon Robert Kennedy Jr., le mensonge à ce sujet a anéanti 3,8 billions de dollars dans le monde entier, la plupart dans les soi-disant pays en développement, laissant derrière eux la misère, la pauvreté et la mort, tout en transférant la valeur des actifs aux quelques super riches. – Voir aussi ceci. Le professeur Chossudovsky, auteur de cet article très documenté et directeur et rédacteur en chef de Global Research à Montréal, rassemble toutes les preuves, montrant que le SRAS-CoV-2, alias Covid-19, n’a jamais été identifié et démontre comment les chiffres des cas et des décès dans le monde ont été manipulés, pour faire régner  la peur – et pour contrôler et opprimer globalement la population mondiale.

Compatriotes – votons massivement NON le 28 novembre 2021, afin que la Suisse reste effectivement le phare de la démocratie dans le monde – et pour le monde entier LIBERTÉ – LIBERTÉ – LIBERTÉ !

RFK_RealFauci

Manifeste des travailleurs industriels d’Afrique, Johannesbourg, 1917… 2021, rien n’a changé, nous sommes tous des travailleurs bantous !

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , on 13 novembre 2021 by Résistance 71

Harangue universelle contre l’État, contre la marchandise, contre l’argent et contre le salariat ! Qu’y a t’il de fondamentalement changé en 2021 ?… Nous sommes tous des travailleurs bantous, nous sommes tous les damnés de la terre ! Jusqu’à ce que nous disions haut et fort, ensemble, unis et solidaires  : ¡Ya Basta! comme ce fut fait au Chiapas (Mexique) par exemple depuis 1994.
Qu’attendons-nous pour foutre toute cette merdasse étatico-capitaliste par dessus bord ? Que l’oligarchie ait fini d’empoisonner 90% de la population mondiale comme elle est en train de le faire au moyen de ses injections OGM mortifères ?
De plus, l’histoire du « passe » mentionnée devrait certainement nous titiller toujours plus en les circonstances actuelles…

Comme dit plus bas : REVEILLONS-NOUS  ! et surtout AGISSONS !
~ Résistance 71 ~

ffederation_sudafricaine_travailleurs

Travailleurs africains !
Écoutez, travailleurs, écoutez !

Manifeste des Travailleurs Industriels d’Afrique

Johannesbourg, septembre 1917 en Sesotho et isiZoulou

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

November 2021

Travailleurs Bantous :

Pourquoi vivez-vous en esclavage ? Pourquoi n’êtes-vous pas libres alors que les autres hommes le sont ? Pourquoi vos maîtres vous piétinent-ils et vous crachent dessus ? Pourquoi devez-vous être en possession d’un passe pour aller n’importe où ? Et si on vous trouve sans ce passe, pourquoi vous jette t’on en prison ? Pourquoi travaillez-vous si dur pour si peu d’argent ? Et une fois de plus pourquoi êtes-vous jetés en prison si vous refusez de travailler ? Pourquoi vous parquent-ils comme du bétail ?

POURQUOI ?

Parce que vous êtes les damnés de la terre. Parce que vos maîtres veulent extorquer votre travail par leur seul profit. Parce qu’ils paient le gouvernement et la police pour vous maintenir en esclavage pour trimer pour eux. Si ce n’était pour l’argent qu’ils font en vous extorquant votre travail, vous ne seriez pas opprimés.

Notez le bien : vous êtes la force vive de ce pays. Vous faites tout le boulot, vous êtes leur moyen de subsistance. C’est pourquoi vous êtes volés des fruits de votre travail et aussi volés de votre liberté.

Il n’y a qu’une seule voie de délivrance pour les travailleurs bantous. Unissez-vous en tant que travailleurs. Unissez-vous ! Oubliez les choses qui vous divisent. Qu’il n’y ait plus de disputes entre Basuto, Zoulou et Shangaan. Vous êtes tous des travailleurs, que le travail soit votre lien commun !

Réveillez-vous ! Ouvrez grandes vos oreilles. Le soleil s’est levé, le jour pointe, depuis trop longtemps vous étiez endormis tandis que le moulin de l’homme riche broyait et extirpait la sueur de votre travail pour rien. Vous êtes fortement encouragés à vous rencontrer et à vous unir au sein de réunion de travailleurs pour vous battre pour vos droits.

Venez écouter la bonne nouvelle et délivrez-vous vous-même des entraves et des chaînes du capitaliste. L’union fait la force. C’est un grand combat contre les nombreux passes et le système qui vous persécutent et contre les bas salaires et la misère de votre existence.

Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! Vous n’avez rien à perdre que vos chaînes. Vous avez tout un monde à gagner !

Lecture complémentaire :

L’anarchisme africain, histoire d’un mouvement, Sam Mbah (PDF)

mouvement_socialiste_independant_afrique
Devenons S.U.P.R.A résistants
Solidarité Union Persévérance Réflexion Action

Retour aux fondamentaux !… Nous avons déniché cette perle de texte : « Anarchisme, sciences sociales et autonomie du social » de Julien Vignet…

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 8 novembre 2021 by Résistance 71

GJRP
Tout le pouvoir aux ronds-points !… Vive la Commune Universelle !…

Nous avons récemment déniché ce texte… Une véritable perle, qui peut servir de base à une compréhension à la fois a minima mais aussi profonde de l’anarchie. Difficile de mieux résumé la pensée et l’action anarchiste depuis ses origines. Ce texte est une excellente base pour ceux qui désirent creuser plus avant et débroussailler le chemin de notre humanité réalisée.
A lire et diffuser sans modération. Jo va sûrement nous en faire un PDF canon… Qu’elle en soit remerciée par avance.
~ Résistance 71 ~

Anarchisme, sciences sociales et autonomie du social

Julien Vignet

Source:
http://www.journaldumauss.net/?Anarchisme-sciences-sociales-et-autonomie-du-social

Novembre 2018

L’anarchie des anarchistes n’est pas le chaos, le désordre, ni le laissez-faire poussé jusqu’au bout des libéraux. Ils promeuvent en réalité une constitution sociale de la société, plutôt qu’une constitution politique ou religieuse. Ce sont les individus ordinaires, à la base, qui décident de se regrouper librement et dans les formes qui leur conviennent. Cette autonomie du social est aussi à la base des sciences sociales, qui émergent en même temps que l’anarchisme. Proudhon et Bakounine sont deux figures de l’anarchisme historique permettant de dévoiler les passerelles entre anarchisme et sciences sociales à partir de cette autonomie du social. En même temps, les anarchistes participent à remettre la science à sa place, mettant en garde contre le gouvernement des savants et développant des pratiques populaires pour entraver la spécialisation et l’émergence d’une élite séparée de scientifiques.

Anarchy of anarchists is not chaos, disorder, or laissez-faire pushed to the end of the liberals. They actually promote a social constitution of society, rather than a political or religious constitution. It is the ordinary individuals, at the base, who decide to group themselves freely and in the forms that suit them. This autonomy of the social is also at the base of social sciences, which emerge at the same time as anarchism. Proudhon and Bakunin are two figures of historical anarchism that unravel the links between anarchism and social sciences from this social autonomy. At the same time, anarchists are helping to put science back in its place, warning against the government of scientists and developing popular practices to impede the specialization and emergence of a separate elite of scientists.
Julien Vignet est sociologue, CERReV, Université de Caen Normandie.

Les anarchistes portent une conception particulière de la vie sociale. En révolte aussi bien contre les structures hiérarchiques anciennes, comme la religion, que face à l’ordre capitaliste se mettant alors en place, ils et elles ont une détestation de la politique. C’est comme si la vie sociale était entravée par l’Etat, le capital et la religion.

Cependant, les anarchistes [1] ne promeuvent pas le laissez-faire à la manière des économistes libéraux. Ils et elles en sont de farouches opposants. L’anarchie est, à certains égards, une sorte de constitution sociale, par les gens eux-mêmes et leurs activités, plutôt qu’une constitution à partir de l’hétéronomie de la politique, de l’économie capitaliste ou de la religion. Or, cette autonomie du social n’est-elle pas aussi à la base des sciences sociales, qui émergent en même temps que l’anarchisme ?

Nous nous intéresserons à cette autonomie du social chez deux figures de l’anarchisme historique, à savoir Proudhon et Bakounine, qui ont par ailleurs appuyé leurs propositions révolutionnaires sur des analyses empruntant à la science de l’époque. Nous essaierons ensuite de creuser la question de savoir sur quel fondement les anarchistes font reposer cette sorte d’intelligence intrinsèque du social, avant d’évoquer les formes d’organisation sociale imaginées pour incarner l’anarchie. Enfin, nous verrons quel lien peut être tissé entre cette conception anarchiste et les sciences sociales, au-delà de la concordance de temps. En effet, de telles sciences ne reposent-elles pas elles aussi sur l’affirmation d’une irréductibilité, voire d’une autosuffisance du social ? En même temps, les anarchistes participent à remettre la science à sa place, mettant en garde contre le gouvernement des savants et développant des pratiques populaires pour entraver la spécialisation et l’émergence d’une élite séparée de scientifiques.

L’autonomie du social chez Proudhon

Le social contre la religion et la politique

Pierre-Joseph Proudhon est le premier à se définir anarchiste positivement en 1840. Il s’oppose à la propriété privée, à l’Eglise, au parlementarisme et au gouvernement en général. Il fait un lien étroit entre domination politique, domination économique et domination religieuse, considérées toutes comme des entraves à l’épanouissement de la justice.

Proudhon confiait ainsi dans ses Carnets de 1852 : « Je fais de la politique pour la TUER. EN FINIR AVEC LA POLITIQUE » [2]. Ce n’est alors pas seulement l’abolition de tous les gouvernements qui est visé, c’est aussi l’idée que la société peut se constituer d’elle-même, par la libre organisation des forces économiques et sociales. Il est encore plus clair dans Les confessions d’un révolutionnaire, où il distingue la constitution politique de la constitution sociale de la société. La seconde repose sur la libre association, l’égalité et la réciprocité et vise à affaiblir et écarter la première, fondée sur l’autorité et la hiérarchie.

« Je distingue en toute société deux espèces de constitutions : l’une que j’appelle la constitution SOCIALE, l’autre qui est la constitution POLITIQUE ; la première, intime à l’humanité, libérée, nécessaire, et dont le développement consiste surtout à affaiblir et écarter peu à peu la seconde, essentiellement factice, restrictive et transitoire. La constitution sociale n’est autre chose que l’équilibre des intérêts fondé sur le libre contrat et l’organisation des forces économiques qui sont, en général : le Travail, la Division du travail, la Force collective, la Concurrence, le Commerce, la Monnaie, le Crédit, la Propriété, l’Egalité dans les transactions, la Réciprocité des garanties, etc. La constitution politique a pour principe l’AUTORITE, ses formes sont : la Distinction des classes, la Séparation des pouvoirs, la Centralisation administrative, la Hiérarchie (…) » [3].

L’anarchisme de Proudhon vise explicitement à sortir de l’aliénation politique. Comme l’affirme Pierre Ansart, il « tend à libérer les force sociales des pouvoirs aliénants » [4], permettant ainsi d’instituer une société qui ne serait plus divisée en fractions ennemies et prise par un ensemble d’illusions.

Proudhon ne considère pas seulement l’exploitation capitaliste ou la domination étatique. Il est conscient qu’il existe des sacralisations qui empêchent la société de prendre conscience d’elle-même et de ses capacités. La refondation des rapports sociaux sans autorité révélée ou transcendante passe par la critique de la religion. C’est pourquoi Proudhon s’en prendra aussi à l’Eglise.

Il va plus loin en affirmant que politique et religion sont indissociables. Non seulement il fait alors de la religion un pouvoir politique, ne pouvant exister « qu’en s’appropriant la politique profane et les lois civiles » [5], mais il atteste du caractère sacré que prennent les institutions politiques pour se légitimer. Etat et Eglise, deux formes d’autorité instituées, utilisent les mêmes fondements pour justifier leur existence, et produisent les mêmes effets.

« Quoi qu’il en soit, il importe, pour la conviction des esprits, de mettre en parallèle, dans leurs idées fondamentales, d’un côté, le système politico-religieux, – la philosophie, qui a distingué si longtemps le spirituel du temporel, n’a plus droit de les séparer ; – d’autre part, le système économique.

Le Gouvernement donc, soit l’Église et l’État indivisiblement unis, a pour dogmes :

1. La perversité originelle de la nature humaine ; 

2. L’inégalité essentielle des conditions ; 

3. La perpétuité de l’antagonisme et de la guerre ; 

4. La fatalité de la misère. D’où se déduit : 

5. La nécessité du gouvernement, de l’obéissance, de la résignation et de la foi.

Ces principes admis, ils le sont encore presque partout, les formes de l’autorité se définissent elles-mêmes. Ce sont :

a) La division du Peuple par classes, ou castes, subordonnées l’une à l’autre, échelonnées et formant une pyramide, au sommet de laquelle apparaît, comme la Divinité sur son autel, comme le roi sur son trône, l’autorité ; 

b) La centralisation administrative ;

c) La hiérarchie judiciaire ; 

d) La police ; 

e) Le culte » [6].

Il n’est pas étonnant que ce philosophe de l’immanence s’attache à critiquer les formes de transcendance productrices d’illusions, et dont l’Eglise est une incarnation de l’époque. L’antithéisme de Proudhon est pourtant peu rappelé, et parfois même mis en doute.

Proudhon se réfère régulièrement à Jésus, et ne cache pas son admiration pour la morale égalitaire et communautaire des évangiles [7]. Cela facilite probablement qu’il soit parfois assimilé à un spirituel finalement hanté par son enfance religieuse. Il y a certes pour Proudhon un mystère de l’existence et une inquiétude du sens. C’est pourquoi il ne balaie pas d’un revers de la main la question de la foi, si présente dans l’histoire de l’humanité. Cette sensibilité le fait respecter le questionnement religieux, associé dans le même temps à une critique virulente des institutions religieuses de son époque. Il n’en est pas moins clair sur ses positions contre l’Eglise et sur la nécessité de purger le socialisme de son arrière-fond religieux, présent notamment chez Fourier, Saint-Simon ou Leroux. C’est pourquoi il peut affirmer « je n’adore rien, pas même ce que je crois : voilà mon antithéisme » [8].

Probablement l’expérience sociale et politique de son époque, dans laquelle l’Eglise joue le rôle d’appui de la répression des révoltes populaires, influence-t-il son anticléricalisme. Il est difficile de ne pas malmener celui qui vous calomnie et attise les condamnations à votre égard.

SL

Une science proudhonienne de la société à visée normative

Pour Proudhon, la société est immanente, traversée d’antagonismes, et faite par des forces collectives, toujours en mouvement. Il cherche donc une science de la société se promettant d’instaurer le meilleur état social par rapport à ce qu’est la société : une science à visée normative capable d’instaurer l’égalité et la justice. La société se fait en vertu de forces inconscientes, et les individus obéissent sans en avoir l’intelligence. La science ainsi promue doit permettre la compréhension de ses forces, et permettre à l’humanité en quelque sorte de prendre conscience d’elle-même [9].

Proudhon, ancien ouvrier typographe, se méfie de la métaphysique. Il rejette l’idée de savoir absolu. De la même manière, l’action est première par rapport aux idées : il met ainsi l’accent sur l’effort collectif, en opposition au déterminisme et à la providence ; la révolution est la manifestation la plus forte de cet effort collectif créateur. C’est en cela que la société est immanente : c’est l’action humaine qui produit non seulement le monde matériel, mais aussi les idées, les valeurs et les mentalités [10]. De fait, pour Proudhon, « la philosophie doit être essentiellement pratique

» [11]. Elle n’a pas une fonction spéculative, et s’inscrit dans la vie quotidienne. De la même manière, elle n’est pas une pratique élitiste d’oisifs, mais a une finalité d’action à visée émancipatrice par les prolétaires. La science ne se perd pas dans les limbes de la théorie, elle reste ancrée dans la réalité ordinaire et liée à la recherche de l’amélioration des conditions humaines.

Conformément à cette position, la science promue par Proudhon ne peut être qu’empirique. Elle part de l’observation. Proudhon l’incarnera en étant attentif aux expérimentations sociales des classes populaires qui jaillissent à son époque : mutuelles, coopératives et sociétés secrètes. C’est probablement lors de son passage à Lyon, avec son effervescence portée par les canuts, que mûrira chez lui son mutuellisme. Il y restera entre 1843 et 1847, à la veille de la révolution associationniste de 1848, et y côtoie le socialisme le plus agité.

Dans La capacité politique des classes ouvrières [12], testament politique de Proudhon, il évoque et justifie les efforts des prolétaires pour affirmer leur autonomie politique et matérielle à travers des mutuelles, des coopératives et des syndicats. Il enjoint les ouvriers à l’abstention lors des élections. Leur capacité politique réelle réside dans l’organisation d’un mouvement social autonome. Un temps méfiant vis-à-vis de l’association, il devient l’un de ses plus ardents défenseurs. Pour lui, les gens de bras ne sont pas dépourvus de capacité politique, bien au contraire. Ils n’ont pas à être guidés par une avant-garde, mais créent ici et maintenant des expérimentations sociales sur le terrain économique, permettant d’affirmer immédiatement l’autogestion généralisée future. C’est ce que les socialistes « partageux » sont alors en train de faire. C’est en cela que l’analyse du social par Proudhon est profondément anarchiste : la société, qui est toujours autoproduite, peut se faire consciemment elle-même. Elle résulte de l’association de forces sociales, et non d’un principe organisateur transcendant, que ce soit la religion ou l’Etat. Or, l’anarchie est impossible si ce n’est pas le cas : s’il n’y a pas d’autonomie du social, il n’y a pas d’anarchie possible. L’anarchisme ne vise en ce sens rien d’autre que de favoriser l’autonomisation du social, notamment par rapport au politique dont il se défie.

La prédominance du social chez Proudhon repose sur le fait qu’il est une condition de l’humanité de l’être humain : « l’homme le plus libre est celui qui a le plus de relation avec ses semblables » [13]. L’être humain est un être sociable parce qu’il a besoin des autres, et ce non seulement pour assurer sa survie ou perpétuer l’espèce, mais surtout parce qu’il ne peut s’épanouir sans autrui ni culture partagée. La liberté ne trouve pas sa limite chez les autres. Elle n’est pas non plus un vide investi d’un pouvoir infini, qui fait que l’expérience radicale de l’existence humaine est d’abord angoisse absolue. La liberté est dans la relation. La plus grande liberté se développe à travers des formes d’activités mutuelles entre égaux. La politique, la religion, l’économie capitaliste empêchent ce développement, et c’est pourquoi il faut selon Proudhon les combattre en leur substituant graduellement d’autres pratiques sociales qui finiront immanquablement à créer d’autres formes de vie au sein d’une autre société. Ce ne sera pas pour autant un point d’arrivée ou une fin de l’histoire. La société est un mouvement de forces diverses, et l’anarchie n’est qu’une sorte d’équilibre en gestation continue, appuyé sur le plan politique par le confédéralisme, et sur le plan économique par le mutuellisme.

Précisons que Proudhon pose deux problèmes de principe aux anarchistes : il est antisémite et misogyne. L’antisémitisme de Proudhon est lié au fait qu’il considère que les Juifs sont à l’origine du capitalisme [14]. Cet antisémitisme, sous une forme différente et plus nuancée, on le retrouvera chez Bakounine à la fin de sa vie, suite à ses polémiques avec Karl Marx. Il ne faut pas les taire, comme il est souvent fait. Cependant, l’antisémitisme de Proudhon n’apparaît pas dans ses constructions théoriques. En revanche, il en est différemment de sa misogynie. Il fait du mariage un pivot de la société, et de la famille l’unité sociale de base.

Joseph Déjacque, l’inventeur du terme libertaire, publie un pamphlet en réponse à et en rupture avec Proudhon : De l’Être humain mâle et femelle. Lettre à P.-J. PROUDHON. Exilé depuis la révolution manquée de juin 1848, il est sans doute le plus virulent contre Proudhon, ce « vieux sanglier qui n’est qu’un porc » [15]. Il y défend l’égalité homme-femme : « dites à l’homme et dites à la femme qu’ils n’ont qu’un seul et même nom comme ils ne font qu’un seul et même être, l’être-humain ». De même, il défendra l’émancipation de tous les êtres, quels que soient leur sexe, leur couleur de peau, leur âge. La révolution consiste en un combat dans les rues et dans les foyers contre un modèle social fondé sur la propriété et la famille. Depuis New-York et la Nouvelle-Orléans, il dénonce le massacre et le pillage des indiens d’Amérique ainsi que l’esclavage des noirs dans plantations. Joseph Déjacque est en ce sens bien plus anarchiste que Proudhon, qui aura pourtant été l’un de ses maîtres à penser.

L’autonomie du social chez Bakounine

Bakounine était un lecteur de Proudhon. Après 50 ans, il s’est lui-même déclaré anarchiste, et est devenu l’un des principaux théoriciens de l’anarchisme révolutionnaire. Il est alors somme toute logique de retrouver cette autonomie du social chez lui. Elle est clairement affirmée dans Fédéralisme, socialisme et antithéologisme, dont il termine la rédaction en 1868 :

« La société, c’est le mode naturel d’existence de la collectivité humaine indépendamment de tout contrat. Elle se gouverne par les mœurs ou par des habitudes traditionnelles, mais jamais par des lois. Elle progresse lentement par l’impulsion que lui donnent les initiatives individuelles et non par la pensée, ni par la volonté du législateur. Il y a bien des lois qui la gouvernent à son insu, mais ce sont des lois naturelles, inhérentes au corps social, comme les lois physiques sont inhérentes aux corps matériels » [16].

Bakounine l’antipolitique

Pour Bakounine, formé à l’hégélianisme, l’humanité a une nature sociale. Le social, régi par ses propres lois, préexiste même à l’individu et à la constitution politique. Il peut néanmoins se transformer par des efforts individuels. On retrouve ici à la fois la position antipolitique de Bakounine, sa conception fondée sur une philosophie de la nature de l’autonomie du social, et sa considération de l’action humaine comme productrice de la société. Ces trois éléments, que Bakounine peine parfois à concilier, constituent la base de sa pensée anarchiste, nourrie perpétuellement par son activité révolutionnaire. Si Bakounine appelle lui aussi, comme Proudhon, à s’appuyer sur la science, il considère toutefois que la connaissance rationnelle du monde – naturel et social – est insuffisante à l’émancipation. Il n’appelle pas au sentiment de révolte contre la science. Il n’associe pas non plus science et émancipation. Mais la science peut bien permettre de favoriser la conscience des individus des lois naturelles et des prescriptions sociales. Si les premières ne sont pas modifiables, les secondes peuvent être transgressées, et même bouleversées en vue de l’émancipation individuelle et collective. C’est le but de la révolution sociale. On retrouve donc chez Bakounine la même idée que chez Proudhon, celle de la possibilité d’une constitution de la société par le social lui-même, débarrassée du capitalisme, de la politique et de la religion.

Bakounine est célèbre pour sa polémique avec Marx, qui entraînera une rupture au sein de la Première Internationale, celle de l’Association Internationale des Travailleurs. Il a à la fin de sa vie une défiance absolue envers le pouvoir, qu’il soit bourgeois ou populaire : la lutte n’est pas politique, dans les couloirs des palais et les délégations parlementaires, mais strictement sociale. C’est pourquoi il refuse d’utiliser l’appareil d’Etat et la mise en place d’une dictature du prolétariat, contrairement aux communistes – qu’il nomme « autoritaires ».

Bakounine prophétise d’ailleurs ce que deviendra le bolchévisme. Dès le 19 juillet 1866, dans une lettre à Alexandre Herzen et Nicolaï Ogarev [17], Bakounine écrivait : « Toi qui es un socialiste sincère et dévoué, assurément, tu serais prêt à sacrifier ton bien-être, toute ta fortune, ta vie même, pour contribuer à la destruction de cet Etat, dont l’existence n’est compatible ni avec la liberté ni avec le bien-être du peuple. Ou alors, tu fais du socialisme d’Etat et tu es capable de te réconcilier avec ce mensonge le plus vil et le plus redoutable qu’ait engendré notre siècle : le démocratisme officiel et la bureaucratie rouge ». Il annonce les dérives que contiennent les positions sur la participation au jeu politique et sur la prise de l’appareil d’Etat dans une phase transitoire. Il pressent que la mise en place d’un Etat populaire s’accompagnera inévitablement de l’émergence d’une nouvelle classe privilégiée, celle des directeurs et des fonctionnaires, c’est-à-dire de la bureaucratie.

Suite à l’éclatement de la Première Internationale [18], il participe à la fondation de l’Internationale antiautoritaire à Saint-Imier en 1872, avec entre autres Carlo Cafiero, Errico Malatesta et James Guillaume. Celle-ci regroupe les sections espagnoles, italiennes, françaises, jurassiennes et américaines, et est alors l’organisation révolutionnaire la plus nombreuse. Son orientation, influencée par les idées de Bakounine, est clairement antipolitique. Elle déclare que « la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat » dans sa troisième résolution. Conformément à l’orientation anarchiste des carnets proudhoniens de 1852, il s’agit de faire de la politique pour détruire la politique.

Bakounine a bien conscience que son activité révolutionnaire comporte une composante politique. Il critique d’ailleurs l’indifférence à la question politique. Contrairement à ce que déclareront ces détracteurs à l’époque, il ne s’agit pas d’apolitisme, mais d’une position antipolitique – donc d’une affirmation de l’autonomie du social.

Le conflit avec Marx sur la question politique ne se situe pas seulement sur la prise de l’appareil d’Etat en vue de sa décomposition future – option de Marx – ou la lutte immédiate pour le dépérissement de l’Etat – option de Bakounine. Il y a chez Bakounine l’intuition d’une part maudite du pouvoir. 

« Je ne craindrai pas d’exprimer cette conviction, que si demain on établissait un gouvernement et un conseil législatif, un parlement, exclusivement composé d’ouvriers, ces ouvriers, qui sont aujourd’hui de fermes démocrates socialistes, deviendraient après-demain des aristocrates déterminés, des adorateurs hardis ou timides du principe d’autorité, des oppresseurs et des exploiteurs. Ma conclusion est celle-ci : il faut abolir complètement, dans le principe et dans les faits, tout ce qui s’appelle pouvoir politique ; parce que tant que le pouvoir politique existera, il y aura des dominants et des dominés, des maîtres et des esclaves, des exploiteurs et des exploités » [19].

La question n’est pas de savoir si tel ou tel dirigeant est corrompu, manipulateur, violent. Le pouvoir en lui-même pervertit. Le fait de se retrouver en position de pouvoir transforme l’individu et le place en situation où il ne peut qu’exercer une domination sur les autres.

Cette position antipolitique se confirme dans la Lettre à un français [20], au moment de la guerre franco-prussienne, où il déclare que l’émancipation sociale et économique du prolétariat entraînera son émancipation politique, ou plutôt son émancipation de la politique. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y aurait pas de décisions collectives à prendre, bien au contraire. Bakounine considère que c’est une nécessité. Ce qui est rejeté, c’est la séparation d’une instance décisionnelle du corps social, et son institutionnalisation qui finit par la consacrer théologiquement.

Suffrage universel ou censitaire, là n’est pas la question pour Bakounine. L’élargissement du suffrage ne supprime en rien le mensonge qu’est la représentation. Le pouvoir corrompt, et se trouver en position de représentant ne peut que couper des aspirations populaires. Les assemblées centralisatrices favorisent le passage des « palpitations vivantes de l’âme populaire » vers des abstractions [21]. Ce n’est pas pour cela que Bakounine n’admet pas la représentation des sections au sein de l’A.I.T., via des mandats impératifs. Mais cette représentation n’intervient alors pas au sein d’un petit Etat en gestation – c’est du moins le sens de son engagement et de ses polémiques avec les tenants du centralisme – mais dans une fédération qui préfigure celle qu’il appelle de ses vœux.

Cette critique du pouvoir, il va jusque la formuler à destination des organisations ouvrières risquant de se bureaucratiser. De son expérience au sein de l’A.I.T., entre 1868 et son éviction en 1872, il en tire plusieurs leçons. Il note d’abord la tendance à la constitution d’une élite militante, qui se considère indispensable. Mécaniquement, elle s’habitue à décider à la place des autres, et les délégués se coupent de leur base. L’autonomie des sections et des individus doit justement venir empêcher cette dégénérescence, de même que les assemblées générales des membres.

Antithéologisme et philosophie de la nature chez Bakounine

L’anarchisme a, on l’a vu, dès son origine mis en avant une critique radicale tant du capitalisme et de l’Etat, que de l’Eglise. La domination n’est pas seulement matérielle, elle est aussi idéologique, et la religion vient couvrir la conscience d’un voile tout en légitimant les dominations existantes. Bakounine ne déroge pas à la règle. Il a très bien synthétisé cette pensée dans Dieu et l’Etat, ouvrage posthume recomposé par son ami Elisée Reclus en 1882. Il y proclame que « si Dieu existait, il n’y aurait pour lui qu’un seul moyen de servir la liberté humaine, ce serait de cesser d’exister » [22].

Pour Bakounine, une religion, et particulièrement l’Eglise catholique, se constitue comme pouvoir politique et économique. L’idéalité divine s’appuie sur l’exploitation économique et l’oppression politique des masses, richesse et puissance s’autoalimentant l’un l’autre [23]. Les religions instituées transforment la spiritualité en s’accaparant le fruit du travail des autres, et tombent dans un matérialisme étroit de privilégiés. Bakounine peut ainsi renvoyer dos à dos idéalisme et matérialisme : l’idéalisme religieux se concrétise sur terre en servant les forces matérielles, tandis que le matérialisme scientifique appuie l’idéalisme pratiques des classes populaires et des laissés-pour-compte.

Il met aussi à jour le fétichisme contenu dans l’idée de dieu, qui vient écraser l’humanité. « Dieu est tout, donc l’homme et tout le monde réel avec lui, l’univers, ne sont rien » [24]. Ce qui est ordinaire et passager est ainsi traité avec dédain, alors que « toute la vie des hommes réels, des hommes en chair et en os, n’est composée que de choses passagères » [25]. Il faut ainsi rendre à l’humanité et la nature ce dont elles ont été dépouillées en s’opposant à la religion. Cette dernière est l’incarnation idéale de ce dépouillement, celui de la capacité à produire le monde. Bakounine fait alors de son antithéologisme l’un de ses trois piliers fondamentaux de son anarchisme, avec le fédéralisme et le socialisme.

Bakounine s’oppose donc à l’hétéronomie de la politique et de la religion. D’où vient pour lui l’autonomie du social ? Bakounine est matérialiste. Il considère donc que l’esprit n’est pas séparé du corps, et que l’individu, qui est d’abord un corps, est le produit de la nature, puis de la société. De la nature d’abord, règne de la nécessité. Il n’y a aucune échappatoire, et aucun projet bakouninien de la sortie des forces naturelles. Il faut au contraire les reconnaître et les faire sienne. Il les distingue des forces sociales, qui elles ne sont pas inhérentes à notre être, mais viennent de l’extérieur de soi-même [26]. Il n’en reste pas moins qu’elle constitue l’individu, être irrémédiablement social pour Bakounine.

L’être humain « naît dans la société comme la fourmi dans la fourmilière et comme l’abeille dans la ruche ; il ne la choisit pas, il en est au contraire le produit, et il est aussi fatalement soumis aux lois naturelles qui président à ses développements nécessaires, qu’il obéit à toutes autres lois naturelles » [27]. La société précède l’individu, et l’imprègne, tant « la pression de la société sur l’individu est immense, et il n’y a point de caractère assez fort ni d’intelligence assez puissante qui puisse se dire à l’abri des attaques de cette influence aussi despotique qu’irrésistible » [28]. C’est d’ailleurs cela qui prouve le caractère social de l’être humain, tant la culture propre à un individu donné se reflète jusque dans les détails de sa vie.

L’individu est comme happé par le social, en même temps qu’il permet la création de liens avec les autres, par la confiance, la routine et les habitudes. A tel point que l’humanité se fonde d’abord sur la sociabilité : il n’y a pas d’êtres humains qui à un moment se mettent d’accord afin de créer volontairement la société, comme chez Rousseau. L’individu ne la crée pas, il en hérite. Il ne peut donc qu’être façonné intimement par la situation sociale-historique dans laquelle il naît.

Les prescriptions sociales prennent presque la consistance des nécessités biologiques. D’ailleurs, Bakounine considère l’espèce humaine comme une continuité des espèces animales : « ce qui n’existe pas dans le monde animal au moins à l’état de germe, n’existe et ne se produira jamais dans le monde humain » [29]. Bakounine distingue le milieu naturel, celui des biologistes, du milieu social, celui des sciences sociales et de l’activité révolutionnaire, mais les pense en continuité. En dernière instance, c’est la nature qui fixe le devenir humain. Si Bakounine en restait là, ce serait une autonomie du social en réalité dépendante des lois naturelles de l’univers ; une autonomie qui n’en serait alors pas une. Dans tous les cas, il y aurait un déterminisme incapable de penser le changement social.

Mais il n’en est rien chez Bakounine, révolutionnaire bien avant d’être philosophe. La continuité chez lui ne veut pas dire qu’il n’y a pas une différence qualitative nette entre l’animalité et l’humanité. L’être humain a pleinement accès à l’abstraction. Il peut penser et parler – et donc transmettre. S’il concède que certains animaux ont des capacités troublantes, ce ne sont que des bribes de ce que l’humanité possède en termes de faculté. De cette capacité de penser, il en fait le second de ces trois fondements du développement humain, avec lesquels s’ouvre le Dieu et l’Etat reconstitué en 1882 par Elisée Reclus [30].

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Bakounine et la liberté

L’individu est capable de s’élever à la conscience, et par là de se déterminer lui-même au sein du milieu qui lui préexiste. Il sait reconnaître le monde qui l’enveloppe et les forces qui le déterminent, étape nécessaire avant de pouvoir agir dessus.

« Grâce à cette faculté d’abstraction, l’homme en s’élevant au-dessus de la pression immédiate que tous les objets extérieurs ne manquent jamais d’exercer sur chaque individu, peut les comparer les uns avec les autres, observer leurs rapports. Voilà le commencement de l’analyse et de la science expérimentale » [31].

L’être humain est un individu parlant et pensant. C’est pour cela qu’il peut échapper à la fatalité et s’ouvrir au règne de la liberté. La connaissance, que la science doit développer, est ainsi un maillon essentiel chez Bakounine : c’est par elle qu’il est doué de volonté et peut s’affirmer.

Pour autant, l’être humain ne saurait s’ouvrir à la liberté sans dépasser ce moment de la pensée. L’être humain humanise la nature, à partir de ses idées, par ses activités. C’est bien par l’action dans ce monde qu’il peut réaliser sa liberté : la science ne permet que la conscience de la liberté, qui demande à se réaliser par des actes.

S’il n’y a qu’à faire siennes les lois naturelles, sommes-nous condamnés à toujours nous incliner face aux prescriptions sociales ? Une telle affirmation serait contradictoire avec la vie que Bakounine a menée. Issu d’une famille de l’aristocratie russe, son père l’envoie faire ses classes dans l’armée à 14 ans. Il supporte mal la discipline militaire, et en opposition avec sa famille quitte l’armée quelques années plus tard pour s’inscrire à l’université à Moscou, où il fréquente un cercle révolutionnaire. Il voyage en Allemagne et en France, où il rencontre des socialistes. En 1848, il prend une part active à la révolution qui se déroule alors en France. Il tente de la propager en Allemagne, puis en Pologne où il est l’un des meneurs de l’insurrection populaire de Dresde. Il est finalement arrêté par les prussiens et condamné à mort. Sa sentence est commuée en travaux forcés à perpétuité, avant d’être livré à la Russie. Incarcéré dans des conditions difficiles, il est finalement déporté en Russie en 1857. Il réussit à s’enfuir en 1861, à 47 ans, via le Japon et les Etats-Unis, avant de gagner l’Europe. Il renoue avec les milieux révolutionnaires et adhère en 1868 à l’A.I.T. En 1870, il participe à une insurrection à Lyon, qui proclame la Commune, préfigurant celle de Paris quelques mois plus tard. Le soulèvement échoue, et Bakounine se réfugie à Marseille, puis en Suisse. Après le massacre des communards en 1871, les tensions sont vives au sein de l’A.I.T. Bakounine en est exclu en 1872 avec d’autres membres, et participe à la fondation de l’Internationale antiautoritaire. En 1873, épuisé, il décide d’arrêter le militantisme. Malade, il prend part aux préparatifs d’une insurrection à Bologne, espérant mourir sur les barricades. L’insurrection tourne court, et il meurt en 1876. Toute sa vie, il n’a cessé de braver les déterminismes de la société, depuis sa rupture familiale jusqu’à ses engagements révolutionnaires, debout sur les barricades et armes à la main. Son existence ne colle pas avec l’idée d’une action humaine entièrement engluée dans le milieu social.

Sa théorie n’est pas non plus une théorie du déterminisme. Elle fait la part belle à la liberté, et donc à la capacité humaine de transformer la société. Pour Bakounine, il est possible d’extirper les mauvaises habitudes pour les remplacer par des bonnes. La société est ainsi en partie productrice d’elle-même.

Chaque chose et chaque être possèdent une individualité propre, certes née de circonstances antérieures et issue du milieu social au sens large, mais qui permet des capacités autonomes d’action. C’est une parcelle d’autonomie minuscule devant l’infini du monde et des forces qui façonnent l’univers. C’est néanmoins un pouvoir créatif et imaginatif qui permet à l’individu, au moins de manière abstraite ou en tous cas incomplète, de s’élever au-dessus de la pression immédiate des choses qui l’entourent comme de ses mouvements propres et de ses appétits.

S’il n’y a pas de libre-arbitre, il y a la liberté au prix d’efforts et d’une révolte en partie dirigée contre soi-même – la partie façonnée par le milieu social. L’individu est pourvu de volonté. Sinon, l’individu serait réduit à une machine ou à des instincts. L’individu, par ses expériences et ses actions, modifie non seulement le monde dans lequel il s’insère, c’est-à-dire la société actuelle comme l’humanité et les choses dans leur ensemble, mais aussi sa psychologie. Cette volonté n’est pas un mystère de la vie, elle est fondée dans la chair et le sang, et possède sa propre dynamique. Elle peut ainsi grandir par les efforts de l’individu, la pensée ou les conditions sociales favorables. Ce que Bakounine nomme un ruisseau dans le courant universel de la vie, peut se transformer en torrent. Jusqu’à un certain point, l’individu qui s’émancipe peut alors devenir son propre éducateur et le créateur de soi-même et de son milieu social. Cette auto-détermination reste relative, enchaînée au monde naturel et social comme tout être vivant, mais elle existe et participe à façonner le monde. Donc l’individu n’acquiert pas cette petite partie d’autonomie de manière isolée, en s’arrachant au milieu social, mais en agissant dessus, et donc en s’y mêlant encore plus. Même l’action individuelle est immédiatement sociale.

L’individu chez Bakounine n’est donc pas constitué entièrement par les rapports sociaux, comme chez Marx ; ou plutôt, s’il est constitué par ses relations sociales, il y a aussi une part de subjectivité, qui permet notamment les ruptures non seulement personnelles mais aussi collectives, et les arrachements à la voie tracée par ses conditions, y compris les révoltes. Il n’y a pas de sujet révolutionnaire, tel le prolétariat chez Marx, voué à transformer de manière mécanique et nécessaire la société. Pour Bakounine, il existe bien des classes sociales, mais pas de classe révolutionnaire en soi. Certaines classes sociales peuvent jouer un rôle temporairement révolutionnaire, mais elles sont toutes en rivalité pour le pouvoir. Or, il s’agit pour lui d’en finir par la volonté avec la domination, et donc avec la division en classes sociales, mais aussi avec l’Etat, la religion, la famille patriarcale, avec les mœurs qui ont pénétré profondément l’individu, « de sorte que chacun en est en quelque sorte le complice contre lui-même » [32]. Il n’y a pas de mécanique révolutionnaire chez Bakounine, mais des voies expérimentales et des tentatives créant des ruptures et des chocs modifiant non seulement le milieu social général, mais aussi les structures psychologiques des individus.

Ces ruptures sont d’autant plus possibles que l’une des manifestations de cette part de liberté chez l’humain est le sentiment de révolte. Si la pensée est la facette positive de la liberté, la révolte en est la composante négative. Mais cette dernière est puissante, et le véritable moteur du développement de la liberté – c’est-à-dire de la capacité des êtres humains à développer leurs facultés leur permettant d’intervenir sur le monde. Elle est inscrite dans la condition humaine, et même si elle est toujours située dans un contexte historique et culturel particulier, elle est en ce sens universelle. La révolte, que Bakounine considère comme instinctive, fonde des traditions et des capacités d’organisation contre l’autorité, qui se transmettent à travers les âges. Immédiatement, elle est socialisée et participe à une sédimentation historique, faisant de l’histoire (sociale) de l’humanité ce qu’elle est. Cet « instinct de révolte », déjà très social, est à encourager face à bien d’autres dispositions humaines moins reluisantes, pour devenir un élan révolutionnaire. De négative, la révolte dans toute son ambigüité, à la fois violence ravageuse et destruction créatrice, devient positive et émancipatrice, une force matérielle capable de triompher. La révolution sociale, avec les destructions qu’elle suppose, est évidemment le choc par excellence, la rupture qui transforme non seulement le monde et les rapports sociaux (l’union libre plutôt que la famille patriarcale par exemple) mais suscite aussi un autre type d’humain, plus libre.

Bakounine tire de tout cela une définition sociale de la liberté. La liberté d’autrui n’est pas une limite, au contraire elle confirme et étend la mienne à l’infini.

« Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m’entourent, hommes et femmes, sont également libres. La liberté d’autrui, loin d’être une limite ou la négation de ma liberté, en est au contraire la condition nécessaire et la confirmation. Je ne deviens libre vraiment que par la liberté d’autres, de sorte que plus nombreux sont les hommes libres qui m’entourent et plus profonde et plus large est leur liberté, et plus étendue, plus profonde et plus large devient ma liberté » [33].

Ce n’est donc pas une liberté du libre arbitre, avec un individu abstrait et atomisé. Il n’y a pas de liberté spontanée et isolée, indépendante du monde extérieur. Bakounine fournit ainsi des armes aux sciences sociales, dans les débats qui les animent avec les économistes étroits, tenants du libéralisme et de la liberté exclusive de l’individu contre la société. L’individu n’en est pas moins l’élément de base de l’anarchie, et donc de la société. Dans sa complétude, il est irréductible, singulier, vivant, bien plus qu’une simple incarnation du système institutionnel et social, et il convient de respecter absolument sa dignité.

L’anarchie et le fondement de l’intelligence intrinsèque du social 

Sur quel fondement se constitue le lien social pour les anarchistes ? Si l’équilibre ne repose ni sur la constitution politique, ni sur la nature humaine – égoïste pour les utilitaristes, altruiste pour Kropotkine – sur quoi d’autre peut-il reposer ? L’anarchisme semble parfois reposer sur une conception presque vitaliste de la société, où le mouvement de la vie aurait ses propres finalités qu’il conviendrait de ne pas entraver. C’est quelque chose que l’on retrouve en filigrane dans la pensée des anarchistes Bakounine ou Libertad, par exemple, et surtout chez Kropotkine.

Reprenant à son compte la morale sans obligation ni sanction de Guyau [34], Kropotkine considère quant à lui que la vie contient en elle-même le mobile de l’activité et de la morale. Le géographe russe va plus loin, et finit par fonder la morale sur une solidarité inscrite dans la nature – donc biologique [35].

Celui-ci fonde l’autonomie sur la biologie, ce qui est donc en réalité une négation de l’autonomie du social. Il publie en effet en 1902 L’entr’aide, un facteur d’évolution [36]. Il s’agit non seulement de montrer que la solidarité est un principe moteur tant de l’évolution animale que du changement humain, mais aussi de prendre le contrepied du darwinisme social mettant en avant la lutte concurrentielle pour la survie. L’entraide prime sur la lutte pour la survie des plus aptes. Kropotkine partage tout de même avec les socio-darwinistes l’idée qu’il y a une continuité absolue entre le naturel et le social. Cependant, contrairement à eux, il estime que l’entraide n’est pas simplement un comportement hérité, mais qu’il peut et doit se cultiver. Pour Kropotkine, il n’y a pas de principe biologique prédéterminant de l’entraide, mais des habitudes qui s’acquièrent et se modifient en fonction des situations et des milieux. C’est en fait une force réelle et importante dans le monde vivant, capable de contrebalancer la loi du plus fort. Il cède toutefois au même postulat consistant à reposer les comportements humains sur la biologie. Les sciences sociales comme l’activité révolutionnaire doivent se fondre dans une science de la nature. Qu’il y ait de l’altruisme dans la nature, et profondément ancré dans les sociétés humaines encore aujourd’hui [37], ne vient pas expliquer la socialisation et la transmission des pratiques les plus libertaires de la vie sociale.

L’évolutionnisme, qui considère que le changement est continuel, sans césures, intrinsèquement positif, est en réalité une négation du caractère immédiatement et intégralement social de l’humanité, et surtout des possibilités d’une action humaine libre, donc aussi transgressive et contestataire à l’issue incertaine. Le temps social n’est ni le temps biologique, ni le temps physico-cosmique [38]. Salvador Juan en élabore une critique systématique et précise dans son ouvrage Critique de la déraison évolutionniste (2006), dans lequel un chapitre est consacré au naturalisme anarchiste [39]. Un glissement des sciences de la nature vers les sciences sociales est à l’œuvre depuis la constitution de ces sciences, et les anarchistes s’essayant à la théorie reflètent aussi les travers de cette époque. Aujourd’hui, les prétentions de la biologie à expliquer le social s’appuient sur les nouveaux développements des technosciences, comme la génétique. Comme l’affirme Salvador Juan, la constitution des sciences sociales passe pourtant par son dégagement d’un certain impérialisme de la biologie. A l’autonomie de la discipline – qui n’empêche aucunement des collaborations fructueuses [40] – correspond l’autonomie du social.

La recherche des continuités (au demeurant réelles [41]) entre humanité et le reste du vivant se fait par une négation des caractères distinctifs, et animalise du même coup l’humanité, donnant la part belle aux idéologies les plus réactionnaires et conservatrices, dont la génétique se fait aujourd’hui largement le relai. Il y a, rappelle Salvador Juan, bel et bien une distinction entre humanité et animalité – distinction ne veut pas dire meilleur, justifiant du même coup une domination possessive et ravageuse de la nature. Dès qu’il y a humanité, il y a immédiatement culture, c’est-à-dire symbole, outil, transmission. L’humanité est en ce sens beaucoup plus ancienne qu’on ne le considère habituellement [42].

Il est aisé de comprendre pourquoi un certain nombre d’anarchistes ont cédé à l’évolutionnisme de l’époque. Ils étaient aussi guidés par des motivations de rupture avec la religion, mais aussi par la volonté de remettre en cause la naturalité revendiquée des hiérarchies constituées. Bien souvent, la séparation radicale entre humanité et animalité s’intégrait parfaitement à l’évolutionnisme classique : les véritables humains étaient les blancs européens, les bourgeois, les êtres masculins… tandis que les autres étaient à des stades inférieurs encore marqués par l’animalité. Poser une continuité entre humanité et animalité permettait de désamorcer ces manières de légitimer l’ordre existant et les conquêtes coloniales. Cela ne remet néanmoins pas en cause son affirmation de l’autonomie du social. Il ne s’agit là que d’une contradiction initiale, en général corrigée par les anarchistes qui ont continué de s’inscrire dans ce mouvement.

Sans transcendance, le social livré à lui-même s’est parfois réfugié dans la biologie pour trouver son fondement. La reconnaissance entière de son autonomie ne peut pourtant passer qu’en prenant acte de sa dimension pleinement culturelle, produit d’une sédimentation historique qui pénètre les moindres détails de l’individu, ainsi que de l’action et de la contestation toujours situées. Peut-il y avoir autonomie du social sans s’inscrire finalement dans le mouvement de la vie sociale elle-même ? Il y aurait donc une sorte d’intelligence intrinsèque du social. Voilà un champ qui mériterait peut-être d’être exploré.

En réalité, les anarchistes ne fondent pas l’anarchie sur la biologie, mais sur l’action humaine. S’il n’y a pas constitution politique de la société pour les anarchistes, cela ne les empêche pas de promouvoir l’auto-institution par des individus conscients. Chez Proudhon, elle s’incarne dans des associations, mutuelles, coopératives des classes populaires et demain dans le confédéralisme associé au mutuellisme. Il promeut les liens contractuels directs entre égaux. Ce contractualisme peut cependant parfois être qualifié de « comptable », et reste enraciné chez lui dans un prisme économiste. Chez Bakounine se retrouve les mêmes ensembles sociaux, mais aussi les communes et les assemblées de base. Kropotkine, avec ses comparses anarchistes-communistes, vantera quant à lui les mérites de la commune, à la portée sociale plus large que les organisations économiques. Elle ne s’arrête pas à la production, et intègre les femmes, les enfants, les chômeurs, les anciens, les paysans, dans une optique d’élargissement par la solidarité, bouleversant sans cesse ses frontières et ses contours.

Au fondement de l’anarchisme, il y ainsi une distinction subtile entre instances séparées et social immanent. La religion est l’institution emblématique du dépouillement des capacités autonomes des personnes à produire leur société et à vivre leur vie librement. La constitution politique, incarnée par l’Etat et la législation, bénéficie de davantage de crédit, puisqu’il repose dans les sociétés contemporaines sur l’idée du contrat social. Pour les anarchistes, la politique est un lieu séparé, depuis lequel sont fixés les lois et les mœurs. Qu’elle soit monarchique, aristocratique ou démocratique, elle reste toujours surplombante et vient fixer les forces sociales. A l’inverse, l’anarchie peut se définir comme la situation où la société se fait elle-même, à la base, dans l’épaisseur du social : des lieux décisionnels non séparés, les mœurs, les usages et la sociabilité animés par l’éthique et la réciprocité. Les décisions communes prises dans les lieux institutionnels appropriés ne se substituent pas à un système de règles informelles gérant la vie collective, dans lequel les discussions directes de voisinage sont essentielles et des marges de manœuvre laissées aux individus. L’anarchie, fondée sur les principes de l’entraide, ce sentiment de solidarité conscient et volontaire, et de l’auto-organisation entre égaux, n’est pas le chaos. C’est une société sans dirigeants ni dirigés, où les accords et les règles ne sont pas figés mais définis librement et réciproquement au sein de structures collectives souples. Il n’y a pas de forme adéquate qui préexisterait au contenu – il est possible d’autogérer en capitaliste ou de discuter sans oppression d’une invasion – mais un souci permanent de maintenir vivant les raisons rendant l’anarchie désirable. D’où l’importance que tous les anarchistes accorderont à l’éducation, la transmission et la culture.

Anarchisme et sciences sociales

Les anarchistes ont creusé avec force le sillon d’une reconnaissance de l’autonomie du social. Cette dernière, on la retrouve dans les sciences sociales émergentes. N’est-ce pas ce qu’affirme Durkheim, pourtant très éloigné de l’anarchisme, quand il affirme en 1895 que l’objet de la sociologie se trouve entièrement dans les faits sociaux, et que les faits sociaux doivent être expliqués par d’autres faits sociaux [43] ? Mauss renforcera cette affirmation par la notion de « fait social total », en montrant notamment que les dimensions économiques ne sont pas dissociables des dimensions sociales et culturelles, cet ensemble venant façonner l’individu jusque dans son corps. La socio-anthropologie considère à sa suite le concept d’institution comme central. C’est alors « une création humaine dont personne n’est l’auteur et qui s’impose à tous mais que chacun adapte et peut participer à changer » [44].

L’autonomie du social s’affirme au sens d’une sphère séparée des autres sphères sociales, qui viendraient la pervertir. Cela ne pose pas seulement l’existence d’une sphère qui serait le social, à côté de la sphère politique, économique, technoscientifique, culturelle, religieuse, mais le fait que cette sphère est celle qui constitue réellement la société, et qui peut être source d’émancipation. La réalité de la société, c’est le social, qui s’engendre par lui-même et pour lui-même, de manière anarchique donc. A l’autonomie du social correspondrait ainsi une exigence à l’autonomie des sciences sociales.

La reconnaissance de l’autonomie du social est à la base d’une théorie des sciences sociales débarrassée de la politique et de l’économie. Aujourd’hui plus qu’hier, elles sont largement instrumentalisées et orientées par les objectifs économiques fixés par l’Etat et les grandes industries stratégiques. Il suffit pour s’en convaincre d’observer la plupart des programmes de recherche financés. De manière moins reconnue, les sciences sociales viennent aussi appuyer les modes d’administration et de gouvernement des populations, dont les statistiques sont nécessaires. N’est-ce pas ce que soufflait Foucault avec son concept de biopouvoir ?

Michel Foucault a approfondi ses réflexions sur les sociétés disciplinaires avec son concept de biopouvoir [45]. A l’enfermement succède un nouveau type de normativité. Il ne s’agit plus seulement de dresser les corps, mais d’organiser la vie, c’est-à-dire de se constituer comme une force de régulation. Le pouvoir est de plus en plus gestionnaire et bureaucratique : inciter, contrôler, surveiller, normaliser y sont des prérogatives essentielles. Il catégorise et il prescrit des modes de vie et des manières d’agir et de penser. Il investit la vie pour mieux être à même de l’administrer, s’inscrivant dans le corps, et venant gouverner les corps. Or, un tel pouvoir exige de nouvelles attentions : taux de croissance, taux de natalité, taux de mortalité, analyses socio-démographiques et socioéconomiques. Dès lors, les sciences sociales deviennent un outil pour gouverner.

Les anarchistes ont contribué à l’essor des sciences sociales, non seulement par leur affirmation de l’autonomie du social, mais aussi en empruntant des analyses théoriques et en discutant de la société à la manière de praticiens de ces sciences. Déjà Bakounine, homme d’action davantage que théoricien, s’était employé à fonder un matérialisme scientifique, reposant sur les avancées dans les connaissances de la nature et de la vie aussi bien que sur les sciences sociales en cours d’élaboration. Il lit et commente notamment Auguste Comte, commence la traduction du Capital de Karl Marx en russe, s’intéresse à l’anthropologie. Il considère comme Comte que la sociologie vient couronner l’édifice scientifique, en la rattachant toutefois à un strict prolongement des autres disciplines. Si les sciences sociales ont une spécificité, elles sont néanmoins ramenées à une sorte d’extension des sciences de la nature et de la vie. On l’a vu, il y a pour lui une continuité entre les phénomènes physiques, intellectuels et sociaux.

C’est pour lui dans la matière que tout réside, aussi bien la vie que l’esprit. Il se méfie de la métaphysique, dans laquelle il perçoit une abstraction semblable au divin. La nature procède donc d’un « mouvement progressif et réel du monde appelé inorganique au monde organique, végétal, et puis animal, et puis spécialement humain ; de la matière ou de l’être chimique à la matière ou à l’être vivant, et de l’être vivant à l’être pensant » [46]. La matière est au départ, l’idée est à la fin.

Le monde naturel est déjà pour lui une esquisse de l’anarchie, incarnée dans sa conception du fédéralisme, allant du bas vers le haut, et de la périphérie vers le centre. L’émancipation de l’humanité s’inscrit dans la continuité avec le mouvement universel de la nature, mais la pensée – et donc l’étude du social – en est une condition. L’être humain comme l’ensemble du vivant est pris par les lois naturelles. Il est toutefois davantage encore pris par le milieu social, à l’aspect spécifique. Il peut néanmoins s’en défaire par l’exercice de la pensée et de la volonté, ce qui est une caractéristique de l’humanité et un cheminement progressif. La reconnaissance de ce qui détermine le monde et nous détermine en tant que nous en sommes une partie permet à l’être humain, de comprendre son environnement et de s’affranchir par la culture. La culture n’est pas pour autant pensée comme une guerre à la nature, fidèle au projet très moderne, et donc récent, du capitalisme et des technosciences.

Pour Bakounine, il y a donc tout intérêt à étudier les régularités sociales, les mœurs et les habitudes : il y a des régularités dans le social qui préexistent aux règles que les individus prétendent se donner, et surtout à la conscience qu’ils en ont. Pour que le ruisseau devienne un torrent capable de nager à contre-courant, il doit lever les barrages. Comprendre la réalité par l’étude du social est un dévoilement du monde permettant une conscience plus éclairée. Connaître les forces déterministes est une étape nécessaire pour s’en libérer et permettre à l’humanité de prendre possession d’elle-même – de devenir autonome, dirait Castoriadis [47].

La science, et les sciences sociales en particulier, a un rôle important dans la lutte pour l’émancipation chez Bakounine, et chez les anarchistes qui lui ont succédé. Il n’y aurait pour autant pas de sens à fonder une science sociale anarchiste, comme n’importe quelle autre discipline universitaire. L’anarchisme ne peut pas être bridé par les murs d’une institution par essence élitiste, ou fondu dans le moule de la pensée académique. Proudhon comme Bakounine se méfiaient d’ailleurs des intellectuels et des philosophes. Mais Proudhon participe à sa manière à l’avènement de la sociologie [48].

Bakounine distingue deux conditions à partir desquelles la science peut devenir émancipatrice. La première consiste dans la reconnaissance des lois naturelles et des régularités sociales, donc dans la connaissance de la réalité, comme nous l’avons vu. Il en affirme une autre qui sépare radicalement l’anarchisme de la conception académique des sciences modernes. Il n’y aurait ainsi pas de sens à fonder une science sociale anarchiste, comme n’importe quelle autre discipline universitaire. L’anarchisme ne peut pas être bridé par les murs d’une institution par essence élitiste, ou fondu dans le moule de la pensée académique.

Bakounine est aussi un critique de la science. Il met en garde contre le gouvernement des savants, qui serait « une monstruosité » [49]. Déjà la science, surtout quand elle s’applique aux sociétés humaines, est nécessairement imparfaite. Ensuite, ce serait une législation surplombante de la société, que les individus se verraient vénérer sans la comprendre. Les scientifiques, formant une caste à part, pourraient alors même être comparés aux prêtres. Une institution scientifique mise dans cette position, déclare Bakounine, se trouverait rapidement corrompue, perdant sa puissance de pensée, diluée dans la jouissance de ses privilèges. Conformément à son idée que le pouvoir pervertit, il affirme que « c’est le propre du privilège et de toute position privilégiée que de tuer l’esprit et le cœur des hommes » [50].

Bakounine ne remet pas en doute le changement de registre qu’opère la démarche scientifique avec la religion ou la métaphysique. La science fait autorité, mais ses représentants sont faillibles. Elle n’est qu’une projection mentale, une interprétation issue d’un corps humain. Il n’y a pas à sacrifier les individus sur l’autel des abstractions, quand bien même elles seraient d’une autre nature que celles émanant de la religion, de la politique ou de la législation. « La science, c’est la boussole de la vie ; mais ce n’est pas la vie » [51]. La vie est une force créatrice que la science se contente d’essayer de reconnaître. C’est pourquoi la science ne peut qu’éclairer la vie, et non la gouverner.

Décidément prophétique, Bakounine prévient que lorsque la science se mêle de création vivante dans le monde réel, il ne peut en sortir que quelque chose de pauvre et de dégradé [52]. Il n’imagine certes pas encore jusqu’où va aller la déraison scientifique, avec ses manipulations génétiques ou le développement de l’atome, entre autres innovations morbides. Il prévoit toutefois la capacité de la science à considérer l’humanité comme cobaye. La reproduction artificielle du vivant est pour lui vouée à l’échec. De fait, ce qui échappe à la science, c’est la singularité contenue dans ce qui est vivant. L’abstraction scientifique est incomplète et imparfaite, condamnée au général, incapable de saisir le mouvement spontané et singulier de la vie. Elle n’est que plus indifférente envers l’être humain fait de chair et de sang.

C’est pour toutes ces raisons que Bakounine est un critique du scientisme avant l’heure. Mais il n’est pas seulement un précurseur mettant en garde contre les excès de la science, il lui définit une place sociale modeste au potentiel émancipateur.

« Ce que je prêche, c’est donc, jusqu’à un certain point, la révolte de la vie contre la science, ou plutôt contre le gouvernement de la science. Non pour détruire la science – à Dieu ne plaise ! Ce serait un crime de lèse-humanité –, mais pour la remettre à sa place, de manière à ce qu’elle ne puisse plus jamais en sortir. […] Elle n’est elle-même qu’un moyen nécessaire pour la réalisation d’un but bien plus élevé, celui de la complète humanisation de la situation réelle de tous les individus réels qui naissent, qui vivent et qui meurent sur la terre » [53].

Le rôle de la science est finalement pour Bakounine d’être une sorte de conscience collective de l’humanité, contribuant aux efforts pour se défaire des illusions politiques, morales et religieuses qui la recouvrent. Les sciences sociales quant à elles ont pour vocation de révéler « les causes générales des souffrances individuelles » [54]. Elles peuvent alors éclairer la route de l’émancipation. Au-delà, elles s’égarent en instrument de pouvoir. C’est pourquoi la science doit être investie par les gens ordinaires et devenir populaire. Elle n’a pas à être une sphère séparée de spécialistes. La liberté humaine est inaccessible à la science, mais elle est à la portée de « l’action spontanée du peuple » [55].

Libertad était de son côté un ferme partisan de l’hygiène tant physique qu’intellectuelle. Il lisait d’ailleurs de la sociologie, certes « avec peine » [56]. Il n’hésite tout de même pas à en faire une critique détaillée dans son journal L’anarchie. Il a surtout développé les causeries populaires en réaction aux universités populaires, où la même séparation entre expert et profane instituait de fait une hiérarchie. On imagine comment il considérait les universités académiques. Libertad est sur ce point représentatif des mouvements anarchistes, à la fois critiques virulents de la science des salons et des instituts, liés aux autorités constituées, et inlassables vulgarisateurs des théories scientifiques. Le spécialiste cède sa place au profane revendiquant la non appartenance au cercle des savants. Bibliothèques, conférences, causeries, excursions, éditions, journaux, chansons, spectacles, sont quelques pratiques populaires visant non seulement à propager l’anarchie, mais surtout à affiner l’esprit critique et à établir une existence libre.

Ces anarchistes ont ainsi contribué à remettre la science à sa place, tant dans le contexte social que dans sa portée. Outre ces deux apports, celui de poser une autonomie du social et par la même de donner une place particulière aux sciences sociales dans la compréhension des sociétés humaines, ainsi qu’une contribution même modeste au développement de telles sciences, l’anarchisme donne une vision à l’activité scientifique. Cette dernière n’est jamais neutre. Elle s’inscrit dans des rapports sociaux. Tant pis pour les esprits étroits qui protesteront toujours sur les jugements et les pensées critiques : il y a bel et bien des valeurs dans les faits. Aujourd’hui, l’activité scientifique contribue surtout à la croissance économique, au développement des technosciences, et à l’administration étatique. Pour les anarchistes, la science devait servir l’élan de la révolution sociale – et non politique. La fièvre révolutionnaire est peut-être aujourd’hui difficilement partageable pour de nombreuses personnes sincères dans leur démarche scientifique. Disons que l’activité scientifique doit s’orienter vers l’émancipation, et donc la subversion. Elle n’a pas le choix : servir les pouvoirs, c’est s’affaiblir elle-même et venir obscurcir davantage le voile qu’elle se donne comme mission de lever.

Bibliographie

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URL : http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=1412

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GURVITCH G., 1965, Proudhon, sa vie, son œuvre, Paris, PUF

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1851, Les confessions d’un révolutionnaire, Paris, Garnier Frères

1851, Idée générale de la Révolution au XIXe siècle, Paris, Garnier frères

1858, De la Justice dans la révolution et l’Eglise, 2 volumes, Paris, Garnier frères

1999, Du principe fédératif, Paris, Romillat

1865, La capacité politique des classes ouvrières, Paris, E.Dentu

ROUSSEAU J-J., 2001, Du contrat social, Nîmes, Maxi-livres

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Autre écrit de Julien Vignet :

Vignet_L’Autonomie_sociale_par_le_mutuellisme

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

silversurfer8
« Encore combien de temps avant que mes yeux admirent une fois de plus les merveilles de l’univers toujours changeant…
Encore combien de temps avant la fin de mon exil… et que je puisse de nouveau me tenir sur la terre qui m’a vu naître ??
Même encore maintenant, je me rappelle de ces jours primordiaux… de ces années de jeunesse… sur la planète ANARCHIE ! »
~ Le Surfer d’Argent ~ 

Société des sociétés : sortir du cercle vicieux réformiste ou l’impossibilité de l’état socialiste (Errico Malatesta)

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“Tu es roi. Vis tout seul. Sur ton libre chemin
Va donc où te conduit librement ta pensée,
Enrichissant le fruit des meilleures idées,
Et pour un bel exploit sachant n’exiger rien.
Tout est en toi. Tu es ton tribunal suprême.
Plus rigoureux qu’autrui tu juges ton poème.
En es-tu satisfait, artiste sourcilleux ?”
~ Alexandre Pouchkine ~

Texte d’une grande lucidité politique publié par Malatesta il y a 125 ans… Pourquoi ces textes résonnent-ils toujours de grande actualité si ce n’est parce que rien n’a été fait depuis des siècles pour que tout change vraiment. La voie réformiste est celle de changer pour qu’en fait rien ne change jamais vraiment. Il est plus que grand temps de comprendre, devant la menace physique qu’exerce aujourd’hui l’oligarchie sur l’humanité, qu’il n’y a pas de solution au sein du système et qu’il ne saurait y en avoir !
Qu’on se le dise et qu’on le comprenne… enfin ! Ce n’est qu’à cette condition que nos actions deviendront véritablement (r)évolutionnaires.
~ Résistance 71 ~

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L’état socialiste

Errico Malatesta

1897

~ Traduction Résistance 71 ~

Le but des socialistes démocrates est “d’accéder au pouvoir public”.

Nous n’analyserons pas en cette occasion le fait de savoir si ce but est en accord avec leurs théories historiques, qui disent que les classes économiquement dominantes détiennent toujours inévitablement le pouvoir politique et que de là en découle que l’émancipation économique devrait, par nécessité, venir avant l’émancipation politique. Nous ne débattrons pas non plus ici de savoir si, assumant que le pouvoir politique puisse être acquis par une classe déshéritée, les moyens légaux seraient suffisant pour accomplir cette tâche.

Nous voulons à peine discuter ici de savoir si une saisie du pouvoir public serait en accord ou pas avec l’idéal socialiste de la société des êtres libres et égaux, dénuée de maîtres et de divisions de classe.

Les socialistes démocrates, spécifiquement les Italiens, qu’ils l’aiment ou pas, ayant été exposés plus que les autres à l’influence de la pensé anarchiste, ont l’habitude d’affirmer, du moins lorsqu’ils argumentent avec nous, qu’ils veulent eux aussi abolir l’État, c’est à dire le gouvernement et qu’afin d’être en position de pouvoir le faire, ils doivent le saisir. Qu’est-ce que cela veut dire ? S’ils veulent abolir l’État alors qu’ils le capturent, effacer toute garantie légale de “droits acquis”, démanteler toute force armée gouvernementale, mettre un terme au pouvoir législatif, laisser à chaque localité, chaque association et individu une autonomie totale et complète et faire la promotion d’une organisation de la société depuis sa base au travers des fédérations d’associations libres des producteurs et des consommateurs, alors toute l’affaire reviendra à ceci : qu’ils expriment par certains mots ce que nous exprimons avec d’autres. Disant nous voulons nous emparer de la forteresse et la détruire et en disant nous voulons saisir la forteresse et la démolir, cela veut dire exactement la même chose.

Le fait est que de telles déclarations d’intention de capturer l’État afin de a détruire sont soit des outils polémiques tendancieux ou, si sincères, viennent d’anarchistes-en-devenir qui pensent qu’ils sont toujours démocrates.

Il restera toujours entre les socialistes démocrates et nous une différence d’opinion, sans aucun doute de la plus grande importance, au sujet de savoir si la participation en des élections et l’entrée des socialistes au parlement aide ou entrave la révolution ; préparer les gens à une transformation radicale de l’ordre présent ou éduquer les gens à accepter une nouvelle tyrannie après la révolution ; mais sur le but ultime, nous serions entièrement d’accord.

Les véritables socialistes démocrates ont une notion toute différente de “gagner les pouvoirs publics”. Au congrès de Londres, pour ne citer que le plus récent, moment solennel, ils déclarèrent très clairement que le pouvoir public doit être capturé pour être exercé et “afin de légiférer et d’administrer la nouvelle société”. Dans le plus récent numéro de la revue Critica Sociale, nous y avons lu que c’est une erreur que de croire qu’une fois le pouvoir atteint, le parti socialiste sera capable ou même désireux de diminuer les impôts et qu’au contraire, l’État, par une augmentation progressive des impôts, devra absorber graduellement la richesse privée afin de mettre en place de grandes réformes, celles qui sont le but du socialisme (mettre des fonds à disposition des anciens, des handicapés, pour les accidentés, organiser les écoles pour les rendre efficaces dans un pays civilisé, récupérer le capital etc, etc…), avançant ainsi vers le but lointain du communisme parfait, quand tout deviendra service public et la richesse privée et la richesse de la société deviendront une et même chose (Giuseppe Bonzo, “Il Partito socialista e le imposte,” [1] in Critica Sociale, May 1, 1897).

Ainsi donc, les socialistes démocrates ne nous promettent rien d’autre qu’un gouvernement, complet avec toute sa litanie d’inspecteurs et de collecteurs d’impôts, de tribunaux pour les mauvais payeurs, de gendarmes et de prisons (pour tous ceux qui tentent de mettre ce système par la fenêtre), de juges, d’administrateurs de fonds d’assistance publique, de programmes scolaires avec leurs tuteurs des plus officiels, son agence de dette publique pour payer les intérêts du capital emprunté (NdT: Malatesta écrit ça en 1897 !!… Il avait tout compris déjà à l’époque de toute cette vaste escroquerie à la dette publique et le rôle de la haute finance dans le contrôle des nations par la dette…) etc, etc, en plus bien sûr d’un corps législatif faisant des lois et mettant en place des impôts et des ministères variés pour s’assurer de l’administration et de l’application des lois.

Ce faisant, il se peut qu’il y ait différentes modalités, des degrés différents de la centralisation et de ses tendances, ou des méthodes de gestion plus ou moins dictatoriale et un processus d’application plus ou moins abrupt ou graduel, mais dans l’essence de la chose, ils sont tous d’accord les uns avec les autres parce que cela constitue la substance même de leur programme politique.

Maintenant, nous devons regarder si ce gouvernement que les socialistes rêvent de mettre en place, fournit une quelconque garanti de justice sociale : s’il pourrait supprimer ou supprimerait les classes, bannir toute forme d’exploitation et d’oppression de l’homme par l’homme ; s’il pourrait en bref, établir les fondations solides pour une véritable société socialiste.

Les socialistes démocrates partent du principe que l’État, le gouvernement, ne sont que des agents politiques de la classe dirigeante. Ils disent que dans une société capitaliste, l’État de nécessité sert les intérêts des capitalistes et garantit leur droit d’exploiter les travailleurs. Mais dans une société socialiste, avec la propriété privée abolie et les distinctions de classes disparues après la disparition du privilège économique, l’État représenterait tout le monde et deviendrait l’agent impartial des intérêts sociaux de tous les membres de la société.

A ce moment, se lève une difficulté inévitable. S’il est vrai que le gouvernement est toujours par nécessité, l’instrument de quiconque possède les moyens de production, par quel miracle donc un gouvernement socialiste émergerait-il au milieu d’un système capitaliste avec pour mission d’abolir le capitalisme ? Cela se ferait-il comme Marx et Blanqui le voulurent, au travers d’une dictature imposé par une révolution (NdT : dictature du prolétariat), par l’action forcée de décrets révolutionnaires et l’imposition de la confiscation de la propriété privée au bénéfice de l’État, représentant des intérêts collectifs ? Ou bien sera-ce, comme semblent le vouloir tous les marxistes et les blanquistes modernes, par le moyen d’une majorité socialiste gagnée au parlement via le suffrage universel du système électoral ? Y aura t’il une expropriation brutale de la classe dirigeante par une classe économiquement subjuguée et dominée, ou y aura t’il un processus graduel par lequel les propriétaires et les capitalistes seront forcés d’abandonner leurs privilèges petit à petit ?

Tout ceci semble être en porte-à-faux avec la théorie du “matérialisme historique”, qui est le dogme de base des marxistes. Mais dans cette article nous n’avons pas l’intention d’explorer ces contradictions, ni de voir quelle mesure de vérité il peut y avoir dans la doctrine du matérialisme historique.

Imaginons donc que par quelque moyen, le pouvoir soit passé entre les mains des socialistes et qu’un gouvernement socialiste ait été établi. Cela voudrait-il dire que le triomphe du socialisme est en cours ?

Nous ne le pensons pas.

Si l’institution de la propriété privée est la racine de tous les maux que nous connaissons, ce n’est pas parce que tel ou tel bout de terrain est enregistré au nom de telle ou telle personne, mais parce que cette enregistrement autorise cette personne à utiliser ce terrain comme bon lui semble et la façon dont il est utilisé est toujours mauvaise, à savoir, au détriment de ses pairs. Toutes les religions à leur origine, ont affirmé que la richesse était un fardeau qui obligeait les propriétaires à s’occuper du bien-être des pauvres et à agir envers eux comme un père. Quand on regarde l’origine de la loi civile, nous découvrons que le propriétaire est obligé de suivre un grand nombre d’obligation civiques comme devant plutôt être un administrateur de biens dans l’intérêt public qu’un propriétaire au sens moderne du terme. Mais tel est l’homme quand il peut dominer et imposer ses désirs sur les autres, il use et abuse de sa position au point de réduire les autres en esclavage et à l’abjection. Et donc le proprio, qui était supposé être un “père” et un protecteurs des pauvres, s’est toujours transformé en un exploiteur féroce et vorace.

(NdR71 : Malatesta semble ici penser que l’homme est un abuseur par nature, ce qui renforcerait la théorie de Hobbes et de sa nécessité du Léviathan étatique qui serait le moindre mal… Nous pensons comme tout le courant de pensée kropotkinien, que ce sont les circonstances qui induisent la possibilité de l’abus et de la malversation. L’Homme n’est pas un abuseur par nature, l’abus, la violence et la tyrannie sont des constructions sociales. Il peut y avoir bien sûr des exceptions relevant plus de la psychologie / psychiatrie, mais de manière générale, l’humain n’est pas un abuseur, il aurait été incapable de survivre ses temps primordiaux s’il l’avait été. Si l’Homme crée un système, un système puissant créera aussi les hommes nécessaires à sa survie et perpétuation.)

Il en a toujours été ainsi et cela le sera toujours avec les dirigeants également.

Il ne sert à rien de dire que lorsqu’un gouvernement s’en vient du peuple, il servira les intérêts du peuple ; tout pouvoir a toujours découlé du peuple, car seul celui-ci peut lui donner la force nécessaire et ces pouvoirs ont toujours opprimé les peuples. On ne peut en rien dire que lorsqu’il n’y aura plus de classes privilégiées, alors le gouvernement servira le peuple et sera un agent du bien et de la volonté collectifs, les dirigeants constituent une classe à part entière et entre eux une solidarité de classe se développe, bien plus puissante que toute celle existante et ancrée dans le privilège économique.

Il est vrai que de nos jours, le gouvernement sert la bourgeoisie, mais cela tient moins au fait qu’il soit gouvernement que du fait que ses membres appartiennent à la bourgeoisie ; autrement, étant le gouvernement, il méprise ses maîtres et leur ment et les vole, comme tout serviteur. Ce ne fut pas pour servir la bourgeoisie que Crispi vola des banques ou piétina la constitution.

Tous ceux qui sont au pouvoir veulent  y demeurer et peu importe le coût, ils ont l’intention d’imposer leur volonté, et comme la richesse est un puissant instrument de pouvoir, le dirigeant, même s’il n’abuse ni ne vole personnellement, promeut la montée d’une classe autour de lui qui lui doit ses privilèges et possède un intérêt particulier à ce qu’il reste au pouvoir. Les partis dirigeants sont à la politique ce que la classe des propriétaires est à l’économie.

Les anarchistes l’ont dit des milliers de fois et toute l’histoire est faite, est marquée de ce qu’ils ont dit : la propriété privée et le pouvoir politique sont les deux maillons de la chaîne qui entrave l’humanité et sont comme le double tranchant de la lame de l’assassin. Il n’y a aucune façon de se libérer de l’un sans se libérer de l’autre. Abolissez la propriété privée sans abolir le gouvernement et la première sera ressuscitée par ceux qui gouvernent. Abolissez le gouvernement sans abolir la propriété privée et les propriétaires ressusciteront le gouvernement.

Lorsque Frédéric Engels affirma, peut-être pour parer à la critique anarchiste, qu’une fois les classes disparues, l’État n’aura plus de raison d’exister et passera du gouvernement des hommes à l’administration des choses, il ne faisait que jouer sur les mots. Quiconque a pouvoir de domination sur les choses possède la domination sur les hommes ; quiconque gouverne la production gouverne le producteur ; quiconque contrôle la consommation domine et possède le consommateur.

La question en définitive est celle-ci : ou bien les choses sont administrées en accord avec des associations librement acceptées par ceux qui sont concernés, dans ce cas nous avons l’anarchie, ou elles sont administrées en accord avec la loi faite par des administrateurs et nous avons le gouvernement, l’État, qui de manière inévitable bascule dans la tyrannie.

Il n’est pas ici question de la bonne foi ou de la bonne volonté de l’homme, mais de la nécessité dictée par les situations et les tendances générales dont font preuves les hommes lorsqu’ils se trouvent dans certaines circonstances.

(NdR71 : ceci invalide ce que sous-entendait Malatesta plus haut et qui suscita notre note.)

De plus, si le bien de tous est vraiment en jeu, s’il y a vraiment une intention “d’administrer les choses” dans les intérêts des administrés, qui peut donc mieux le faire que ceux qui produisent les choses et les consomment ?

Quelle est en fin de compte l’utilité d’un gouvernement ?

La toute première action d’un gouvernement socialiste lorsqu’il arrive au pouvoir devrait être celle-ci :

Considérant le fait qu’être gouvernement, nous ne pouvons rien faire de bon et serions en fait un handicap  a l’action des hommes en les forçant à attendre des lois que nous ne pouvons édicter sans sacrifier les intérêts de certains au profit des intérêts d’autres et les intérêts de tout le monde contre nos propres intérêts. Nous, gouvernement, déclarons donc de fait l’abolition de toute autorité et invitons les citoyens à s’organiser eux-mêmes en associations libres, correspondant à leurs besoins variés, de nous soumettre à l’initiative de ces associations et d’y apporter notre contribution par nos efforts personnels.

Aucun gouvernement n’a jamais fait quoi que ce soit ressemblant à cela et un gouvernement socialiste ne le ferait pas non plus. (NdT: le futur donna raison à Malatesta. Tous les gouvernements de capitalisme d’état marxistes n’ont jamais œuvré à ce but, pire même. ils ont réprimé dans le sang tous ceux qui tentèrent de le faire pour l’avènement du bien commun…). Ainsi donc, le jour ou le peuple aura la force du pouvoir entre les mains, s’il est sage et avisé, il empêchera donc l’établissement de quelque gouvernement que ce soit.

*

“L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement et le mensonge que voici sort de sa bouche: ‘Moi, l’État, je suis le peuple !’… Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l’État et il le hait comme un mauvais œil et comme un pêché contre les coutumes et les droits… L’État, lui, ment dans tous les idiomes du bien et du mal ; et quoi qu’il dise, il ment et ce qu’il possède il l’a volé. Tout est faux en lui, il mord avec des dents volées, lui qui mord si volontiers. Fausses sont même ses entrailles… ‘Sur Terre il n’est rien de plus grand que moi: je suis le doigt qui crée l’ordre, le doigt de dieu’, voilà ce que hurle ce monstre…”

“L’Église ? répondis-je, c’est une espèce d’État et c’en est l’espèce la plus mensongère. Cependant, tais-toi donc, chien hypocrite, mieux que personne tu connais ta propre espèce !

Tout comme toi, l’État est un chien hypocrite ; tout comme toi il aime à parler par fumée et hurlement afin de faire croire, tout comme toi, qu’en lui parle le ventre des choses. Car il veut à toute force, l’État, être l’animal le plus important sur terre ; et on le croit.”

“Oui, il a été inventé là une mort pour les multitudes, une mort qui se vante d’être la vie: en vérité un fier service rendu à tous les prédicateurs de mort. J’appelle État le lieu où sont tous ceux qui boivent du poison, qu’ils soient bons ou méchants… État le lieu où le lent suicide de tous s’appelle… la vie.” “Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”

~ Friedrich Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra 1883) ~

Les historiens et les économistes aux gages de l’État nous ont enseigné, sans doute, que la commune de village, étant devenue une forme surannée de la possession du sol, forme qui entravait les progrès de l’agriculture, dut disparaître sous l’action des forces économiques naturelles. Les politiciens et les économistes bourgeois ne cessent de le répéter jusqu’à nos jours ; et il y a même des révolutionnaires et des socialistes — ceux qui prétendent être scientifiques — qui récitent cette fable convenue, apprise à l’école.

Eh bien, jamais mensonge plus odieux n’a été affirmé dans la science. Mensonge voulu, car l’histoire fourmille de documents pour prouver à qui veut les connaître — pour la France, il suffirait presque de consulter Dalloz — que la commune de village fut d’abord privée par l’Etat de toutes ses attributions ; de son indépendance, de son pouvoir juridique et législatif ; et qu’ensuite ses terres furent, ou bien tout bonnement volées par les riches sous la protection de l’Etat, ou bien directement confisquées par l’Etat…

~ Pierre Kropotkine ~

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Lectures complémentaires :

Errico Malatesta, écrits choisis

Gustav Landauer “Appel au socialisme”

Pierre Kropotkine “L’entraide, facteur de l’évolution”

Elisée Reclus « Evolution et révolution »

Pierre Clastres, hommage 40 ans 1977-2017

Hommage à David Graeber

James C. Scott “L’art de ne pas être gouverné”

Guy Debord « La société du spectacle »

Résistance 71 “Du chemin de la société vers son humanité réalisée”

constatA

Commune_1871-2021

Halte à la farce et l’illusion démocratique !… Abstention politique !

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abstention-rien
Illusion démocratique

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

L’antidote au totalitarisme est le dénigrement et l’union dans notre complémentarité bien comprise…

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deshumanisation
Le projet élitiste de déshumanisation n’est que cela, un projet, pas une réalité…
Solidarité, Union, Persévérance, Résistance, Action

Excellente analyse de Dominique Muselet à laquelle nous adhérons totalement. Cela fait combien d’années que nous disons de nous unifier par delà les clivages factices mis sur notre chemin, qu’il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir, que nous devons nous réapproprier notre espace-temps et le convertir à l’harmonie dans l’acceptation de notre complémentarité dans la diversité ?… Sous l’article, nous replaçons encore et encore, ces quelques textes contemporains essentiels pour comprendre le chemin que nous devons emprunter pour sortir à tout jamais de la spirale infernale de l’imposture étatico-capitlaliste qui nous vampirise et nous vampirisera jusqu’au bout si on la laisse faire…

Compagnons lecteurs, faites circuler ce texte cours et concis de Dominique Muselet, il en vaut la peine.

~ Résistance 71 ~

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La prison électronique ou rien ?

Dominique Muselet

14 octobre 2021

url de l’article original:
https://www.mondialisation.ca/la-prison-electronique-ou-rien/5661359

J’ai participé autrefois à une expérience grâce à laquelle j’ai découvert un des principes fondamentaux de ce qu’on appelait la Création quand Dieu dirigeait nos vies.

L’animateur a mis toutes sortes d’instruments à la disposition d’un groupe de personnes n’ayant aucune connaissance musicale, puis il nous a demandé de jouer ensemble, a enregistré notre performance et nous l’a fait écouter. A la cacophonie du début, s’est substituée, en deux jours, une belle harmonie…

Et c’est là que j’ai compris que l’harmonie est le cœur de la Création. Il me semble que tout dans l’univers aspire à l’harmonie et que sans harmonie rien ne fonctionnerait. Ou du moins, il doit y avoir davantage d’harmonie que de désordre pour que ça marche.

Bon, je crois que nul ne niera qu’en ce moment l’harmonie est particulièrement mise à mal dans notre société. La polarisation, la « fracture » qui est le fonds de commerce des commentateurs stipendiés, a atteint des sommets. Au niveau international, le conflit s’intensifie entre l’Occident déclinant et le bloc eurasiatique montant. La guerre nucléaire menace. Les multinationales financiarisées et les politiciens qu’elles ont fait élire mènent une guerre impitoyable aux peuples, les riches aux pauvres, les covidistes aux réfractaires à l’ordre sanitaro-politique, les mondialistes au communautarisme, et au niveau local, les tribus nouvellement formées, se livrent de cruelles guerres de territoire et d’influence…

La recherche d’harmonie est ce que personnellement j’appelle Dieu. Dans un ashram, en Inde, j’ai lu, dans la traduction d’un livre de prières sanskrites, que Dieu, c’est « ce qui tient tout ensemble ». Quand Jésus dit que Dieu est amour, il dit la même chose. L’amour n’est pas un sentiment, c’est l’action de créer ou de maintenir l’harmonie, l’unité, la paix. Le diable, c’est l’incarnation de tout ce qui divise. Jusqu’ici, l’univers est toujours là et nous aussi. Cela semble indiquer que, même si des morceaux de l’univers se désagrègent sans cesse, Dieu, la force « qui tient tout ensemble », triomphe encore, peut-être de justesse, mais il triomphe.

C’est ce qu’ont tenté de nous enseigner Jésus, Gandhi, Martin luther King et tant d’autres. Malheureusement, les États, nos nouveaux dieux, n’ont pas à leur disposition de grandes réserves d’amour. Du coup, ils choisissent le contrôle, la menace, la manipulation, la coercition, la punition, la prison, pour tenter de tenir tout ensemble. Il est vrai que leur but n’est pas non plus aussi désintéressé que celui du Dieu de Jésus, eux cherchent plutôt à se maintenir eux-mêmes, à nos dépens s’il le faut.

La dérive liberticide actuelle est bien documentée par de nombreux observateurs, même si le camp de l’Establishment tente de les faire taire par tous les moyens. Je ne vais pas y revenir. D’ailleurs, j’ai décidé d’ignorer désormais ce gouvernement et ses folies criminelles pour protéger ma santé mentale et ma paix intérieure. Ce qui m’intéresse ici, c’est d’essayer, à partir du présent, de nous projeter dans l’avenir.

Un des effets les plus inattendus de l’opération-Covid a été, à mon sens, de rebattre les cartes des alliances sur le terrain. Des gens et des groupes ont carrément changé de camp. Les Socialistes, certains écologistes, quelques Gilets jaunes et beaucoup de gens qu’on croyait tolérants et de bon sens ont révélé leur vrai visage en soutenant les mesures mises en place par les apprentis Big Brother, ou en en exigeant d’encore plus liberticides. On dirait qu’ils veulent passer de la libre circulation des personnes et des capitaux à la prison électronique pour tous (sauf pour eux évidemment).

De l’autre côté, des gens qu’on avait l’habitude de considérer comme des fashos comme Florian Philippot, ou qu’on tenait pour de nuisibles capitalistes ou des suppôts de la Caste, se sont révélés des défenseurs de la liberté tout à fait extraordinaires. Les irréductibles gauchistes diront que ces gens-là déguisent leur pensée pour tirer un profit personnel de la crise, mais moi j’ai tendance à croire que ceux qui risquent leur statut, leur emploi, leur vie, pour défendre la liberté, sont au moins aussi sincères que ceux qui hurlent avec les loups…

Et donc il n’est pas question que, pour plaire aux censeurs de tout bord, je me prive des analyses, des expériences et des enseignements de qui que ce soit.

Et je commence  derechef, ma descente aux enfers avec le conspirationniste, Giorgio Agamben, qui pose la question que beaucoup se posent :

Et si le passe sanitaire n’était pas une conséquence, mais la finalité ?

Auditionné par le Sénat italien le philosophe Giorgio Agamben a d’abord souligné une énorme contradiction dans la loi italienne:

« Vous savez que le Gouvernement, avec un décret-loi spécial numéro ddl 44/2021 appelé « bouclier pénal » désormais converti en loi, s’est exonéré de toute responsabilité pour les dommages causés par le vaccin.

Et la gravité de ces dommages résulte du fait que l’article 3 du décret en question mentionne explicitement les articles 589, 590 du Code pénal qui se réfèrent à l’homicide involontaire et… aux blessures par négligence (…)

Comment l’État peut-il accuser d’irresponsabilité ceux qui choisissent de ne pas se faire vacciner, alors que c’est le même État qui décline le premier, formellement, toute responsabilité pour les éventuelles conséquences graves ? »

 Puis il a répondu à la question soulevée plus haut :

« Il a été dit par des scientifiques et des médecins que le passe sanitaire n’a aucune signification médicale en soi, mais sert à forcer les gens à se faire vacciner.

Je crois plutôt que l’on peut dire le contraire : c’est-à-dire que le vaccin est un moyen de forcer les gens à avoir un passe sanitaire. C’est-à-dire un dispositif qui vous permet de contrôler et de suivre, une mesure sans précédent, leurs mouvements.

Les politologues savent depuis longtemps que nos sociétés sont passées du modèle qu’on appelait autrefois de la « société disciplinaire » à celui d’une « société de contrôle » ; de société fondée sur un contrôle numérique quasi illimité des comportements individuels qui deviennent ainsi quantifiables dans un algorithme.

Nous nous habituons maintenant à ces dispositifs de contrôle, mais je vous demande : jusqu’où sommes-nous prêts à accepter que ce contrôle aille ? »

Thalès et la société de surveillance

J’enchaîne avec le libéral libertaire Éric Verhaeghe qui est lui aussi épinglé par le pape de la bien pensance comme « proche de la sphère conspirationniste ». Si son amour de la liberté peut le rendre aveugle aux méfaits de la propriété privée des moyens de production, il fait merveille dans la lutte contre l’hystérie covido-politico-sécuritaire. Interviewé par Rachel Marsden, Verhaeghe nous révèle que Thalès, le marchand d’armes, a énormément investi dans l’énorme marché d’avenir de l’identité numérique à travers sa filiale Idémia, avec les encouragements de l’État. Le passe sanitaire, que les gens sont soi-disant très heureux d’avoir, est, selon cette entreprise elle-même, la première étape de la construction d’une identité numérique à travers un wallet qui se terminera par les moyens de paiement (ce qui permettra à l’État et aux banquiers centraux de disposer de notre argent comme si c’était le leur !) Dans le monde dystopique qu’ils nous promettent, il faudra montrer ses papiers (enfin son code QR !) pour aller prendre un café ou l’autoroute, bref nous serons surveillés sans cesse et partout.

Selon Éric Verhaeghe, le Brexit et tous les mouvements souverainistes inquiètent la caste libérale occidentale mondialisée. Elle a donc décidé de neutraliser les effets du suffrage universel en utilisant des technologies numériques pour pérenniser sa domination sur nos sociétés. Le passe sanitaire est la première expérience de Crédit social dans le monde occidental. Il punit les dissidents et récompense les obéissants sous couvert de nous protéger, l’argument des castrateurs de tous les temps. En Chine, il est d’ailleurs prévu que les paysans, qui sont d’éternels mauvais payeurs, règlent leurs impôts à travers la reconnaissance faciale, efficace à 80/95%.

Cette surveillance répressive est déjà utilisée en entreprise grâce à la télémétrie, selon la Quadrature du cercle, qui échappe, on ne sait pourquoi, à la vindicte de Conspiracy Watch :

« l’employé·e data-driven n’a pour seule fonction que de maximiser ses performances et la plus-value qu’il ou elle produit pour le bénéfice d’une entreprise qui aspire à une omniscience quasi-divine (…) Amazon se distingue régulièrement en la matière, par exemple avec la surveillance des conducteur·ice·s de camions de livraisons par un logiciel d’intelligence artificielle aux États-Unis, l’usage d’un logiciel qui suit automatiquement l’activité de chaque personne en mesurant le nombre de colis scannés et qui peut décider de licencier automatiquement les moins productives ou encore, en 2018, le dépôt de deux brevets pour un bracelet permettant de surveiller les mouvements des mains des employé·e·s dans les entrepôts. »

Y a-t-il un antidote à la dérive totalitaire de la Caste ?

En principe tout excès génère son antidote, pas toujours pour le mieux d’ailleurs. Par exemple, la caste mondialiste a supprimé les frontières des États, résultat, les frontières se sont rapprochées au point d’envahir notre intimité (codes d’accès, codes secrets, passe sanitaire et autres passes, caméras, surveillance électronique, etc.)

C’est le sociologue Michel Maffesoli, dûment vilipendé par Street Press (dans la grande famille des gardiens du discours convenu, on se répartit les rôles) pour ses soi-disant liens avec l’extrême-droite, qui nous apporte ici des éléments de réponse dans un article intitulé : Comment l’idéal démocratique a été remplacé par l’idéal communautaire.

A la question de Durkheim : « Comment tient une société que rien ne transcende mais qui transcende ses membres ? »  Maffesoli répond : « Par le sentiment partagé. Le partage du sentiment est le vrai ciment sociétal ; il peut conduire au soulèvement politique, à la révolte ponctuelle, à la lutte contre l’exclusion, à la grève par solidarité, il peut également s’exprimer par ou dans la banalité courante. Dans tous les cas, il constitue un ethos qui fait que contre vents et marées, au travers des carnages et des génocides, le peuple se maintient en tant que tel, et survit aux péripéties politiques ».

Selon lui, « la standardisation mondiale » engendre une « accentuation des valeurs particulières » qui permettent de se « réapproprier son existence ». Les « petits réseaux fédérant de petits groupes existentiels » se multiplient. On constate une « émergence de l’idéal communautaire que la modernité s’emploie à nier ».

La réponse et l’antidote à la déshumanisation totalitaire que veut nous imposer la Caste, c’est de l’ignorer autant que possible et de s’unir et de se réunir partout avec ceux qui partagent notre sentiment, pour défendre des terres, des bâtiments, des idées, des acquis, des droits, des idéaux, ou pour échapper à l’esclavage de l’emploi et de la consommation, à l’isolement, à la précarité, à la robotisation, à la surveillance, ou pour expérimenter d’autres façons de vivre.

Bien sûr tout cela sera combattu pied à pied par la Caste au pouvoir, mais le mouvement est irréversible. Le balancier est reparti dans l’autre sens. Rien n’empêchera les liens de se tisser, les communautés de se former et la société de se régénérer, d’autant plus qu’il suffit que le positif l’emporte d’un iota sur le négatif pour que le désordre (la haine, l’envie, la division, l’exploitation) cède la place à l’ordre (l’harmonie, la coopération, la paix).

C’est ainsi que, comme le dit Maffesoli, « contre vents et marées, au travers des carnages et des génocides, le peuple se maintient en tant que tel, et survit aux péripéties politiques  ». 

Dominique Muselet, Montreuil, le 13 octobre 2021

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Totalitarisme-robot

terre_et_homme