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A la croisée des chemins : totalitarisme transnational ou société des sociétés… Vers la Communauté par la séparation avec Gustav Landauer

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 26 juillet 2021 by Résistance 71

“Plus je descend profondément en moi-même et plus je deviens partie du monde.”
“La nature humaine n’est pas indifférente, superficielle, philistine, mais elle est hérédité éternelle, divinité ; elle est consensus et communauté, créée une fois que tous trouvent leur centre vrai et profond et vivent en accord avec lui. En d’autres termes, la véritable individualité que nous trouvons au plus profond de nous-mêmes est communauté, humanité, divinité.”
~ Gustav Landauer ~

GL1

Vers la Communauté par la séparation

Gustav Landauer

1904

Extraits d’un texte annexe de Landauer publié avec d’autres écrits dans le recueil “Die Revolution” — traduit de l’anglais par Résistance 71, juillet 2021

[…] La position sociale de l’individu de la masse dérive d’un héritage qui détermine son être à la fois de l’extérieur et de l’intérieur : il appartient à une certaine famille, une certaine classe, il acquiert une certaine connaissance et suit une certaine foi, il devient part d’une profession, il est protestant ou catholique, un patriote anglais ou allemand, un commerçant ou un éditeur de journal. L’autorité, la coutume, la moralité, le temps et la classe définissent son existence.

De nos jours néanmoins, il y a une jeune génération qui est devenue sceptique de la tradition. Nous pouvons caractériser ses membres si nous le voulons : nous avons des socialistes et des anarchistes, des athées et des gitans, des nihilistes et des romantiques. Certains d’entres eux ont tenté de soulever les masses de manière enthousiaste, de les réveiller, de les purifier, de faire monter leur colère et leur indignation, de leur dire la beauté et la splendeur à venir et de les organiser dans des unions sociales et économiques. D’autres ont choisi une voie différente : ils ont transformé leur vie en un jeu et ont recherché le mieux et le plus exquis pour eux-mêmes ; ils sont devenus de grands solitaires ou de petits hédonistes.

Je fus un de ceux qui allèrent vers les masses. Maintenant, moi et mes camarades en sommes revenus. Nous avons perdu quelques compagnons au long de la route, soit pour un parti politique [marxiste] soit pour le désespoir. Nous en avons ramené d’autres avec nous, nous n’avons pas pu en trouver plus que ceux-là. Nous en sommes venus à une conclusion qui fut très douloureuse à atteindre : nous sommes trop avancés pour pouvoir être compris. Nous avons développé un sens de clarté que les gens ne peuvent pas saisir dans la confusion quotidienne qui les étreint. La conclusion est que nous devons cesser de descendre vers les masses, nous devons au contraire les précéder. Dans un premier temps, il pourrait paraître que nous nous en éloignons ; mais nous ne pouvons trouver la communauté que nous désirons et attendons tant que si nous, la nouvelle génération, nous séparons de l’ancienne communauté. Si nous faisons de cette séparation une séparation radicale et si nous, en tant qu’individus séparés, nous permettons de nous immerger dans les profondeurs de notre être pour y atteindre le cœur même de notre nature la plus cachée, alors nous trouverons la plus ancienne et la plus complète des communautés : une communauté non seulement embrassant toute l’humanité mais aussi tout l’univers. Quiconque découvre cette communauté en lui-même sera éternellement heureux et tout retour aux communautés de l’arbitraire d’aujourd’hui sera impossible.

Je différencie trois formes de communauté : d’abord, il y a un pouvoir héréditaire qui peut être découvert dans les puits insondables de notre moi profond, ces trésors intérieurs paléontologiques de l’univers, deuxièmement, il y a un autre pouvoir héréditaire, un qui veut inhiber les limites et nous emprisonner du dehors et troisièmement, il y a les associations libres momentanées des individus basées sur les intérêts communs.

La première de ces communautés réfère à ce qu’on appelle habituellement l’individu, mais comme je veux le montrer, l’individu est toujours une manifestation de l’univers. La seconde réfère aux communautés forcées des sociétés bourgeoises et étatiques. La troisième réfère à la communauté qui doit encore se produire : celle que nous voulons initier sans attendre.

[…]

Prenons un autre chemin : permettons au monde de passer au travers de nous, apprêtons-nous à ressentir le monde, à en faire l’expérience, de nous permettre d’être saisi agrippé par celui-ci. Jusque maintenant, tout a été divisé en ce pauvre, faible, active “moi” et un monde rigide, inapprochable, passif et sans vie. Devenons le medium du monde, à la fois passif et actif. Jusqu’ici nous nous contentions de transformer le monde dans l’esprit de l’Homme ou dans l’esprit de notre cerveau, maintenant, transformons-nous en l’esprit du monde.

Ceci est parfaitement possible. Le vieux maître Eckhart, ce grand mystique et hérétique (NdT: Gustav Landauer est un spécialiste de maître Eckhart dont il a traduit des textes de l’allemand médiéval en allemand moderne, il est aussi un spécialiste de Nietzsche…), avait bien raison lorsqu’il disait que si nous étions capables de comprendre une toute petite fleur et sa nature profonde, alors nous pourrions comprendre l’ensemble du monde. Il ajouta néanmoins, que nous ne pouvons jamais atteindre une telle compréhension absolue depuis l’extérieur, c’est à dire avec l’aide de nos sens. […]

La manière de créer une communauté qui comprenne l’ensemble du monde mène non pas vers l’extérieur mais vers l’intérieur. Nous devons comprendre que nous ne faisons pas que percevoir le monde, mais que nous sommes le monde. Celui qui peut comprendre la fleur complètement, peut comprendre le monde dans sa totalité. Alors, retournons complètement à nous-mêmes, alors nous pourrons trouver l’univers.

Cependant soyons bien clairs sur un point : aussi loin que nous percevons notre propre nature profonde comme réalité, toute matière est en fait une illusion, imaginée par nos yeux, notre toucher et notre perception de l’espace en tant que monde externe, soyons clairs pour dire que la perception intérieure ne dépend que de l’esprit. Un esprit qui est complexe et demandant. Si nous ne comprenons pas cela, nous ferons l’erreur de prendre notre “moi” étriqué et ridicule pour la chose essentielle. N’oublions pas que la reconnaissance du monde est un postulat de notre pensée ; ceci est aussi vrai pour la reconnaissance du monde spirituel. Nous ne devons pas oublier cela afin d’éviter de transformer une disposition nécessaire en un dogme ou en une soi-disant science. […] Clarifions aussi une chose, créer une disposition nécessaire, que le passé, le présent et le futur tout autant que les notions d’ici et de là-bas ne sont qu’un courant éternel unique et unifié qui coule de l’infini vers l’infini. Il n’y a ni cause, ni effet à ce monde.

Quoi qu’il en soit, ce monde est évident pour nous et il est donc vrai. Les assomptions de cause et d’effet n’existent que dans le petit monde des corps isolés mais pas dans la mer agitée et tumultueuse de l’âme, de l’esprit.

[…] Je ne nie pas que le monde puisse être expliqué matériellement, puisqu’il y a plusieurs explications possibles, un nombre infini de visions du monde. Spinoza a dit plus précisément, un nombre infini d’attributs divins […] L’émergence du spirituel du matériel est inexplicable. Spinoza le savait déjà.

[…] “La nature créative” c’est la natura naturans de Spinoza, un professeur de Goethe, qui reprend le terme des mystiques et des réalistes médiévaux. Encore et encore nous rencontrons la notion que quelqu’un puisse devenir dieu ; qu’on puisse devenir le monde plutôt que de le reconnaître. Peut-être que le plus grand enseignement de Jésus a été atteint lorsque Maître Eckhart dit “Laissons dieu qui est aussi le fils de l’Homme, dire : “Je fus humain pour vous, alors si vous n’êtes pas des dieux pour moi, vous ne me rendez pas justice.”” Voyons donc comment nous pouvons devenir des dieux ! Voyons donc comment nous pouvons trouver le monde en nous-mêmes !

[…] Max Stirner a découvert que l’oppression vient en fait de concepts et d’idées qui sont acceptés comme sacrés. D’une main ferme, décidée, il démonta ces notions de dieu, de sacralité, de moralité, d’état, de société et d’amour et démontra de manière humoristique leur vacuité. D’après sa merveilleuse explication, les notions abstraites n’étaient que du vent et les concepts des mots pour un groupe de singularités. Néanmoins, Stirner remplaça dieu avec l’individu concret…

[…] Si nous faisons une introspection, nous comprenons qu’il n’y a pas d’individus autonomes. Ce que nous sommes, c’est ce que sont nos ancêtres en nous-mêmes. Ils sont actifs et vivants en nous, ils sont avec nous lorsque nous interagissons avec le monde extérieur et ils se transmettrons à nos descendants. Nous faisons partie d’une chaîne incassable qui vient de l’infini et va vers l’infini, même si quelques segments peuvent se déchirer et faire l’expérience de quelques complications. Tout ce que nous faisons de notre vivant nous connecte avec l’univers et même notre cadavre est un pont qui est utilisé pour continuer notre voyage dans l’univers. Comme l’a dit Clemens Brentano : “La vie n’est rien d’autre qu’un morceau d’éternité que nous nous approprions en mourant.” Le dicton “Tout ce qui vit meurt” comporte une certaine vérité, mais c’est une vérité triviale et sans importance. Nous devrions plutôt dire : “Tout ce qui vit, vit à tout jamais.

Nous avons vu que matière et corps sont des expressions archaïques et inadéquates pour le flot d’âme complexe que nous appelons “monde”. Pourtant, notre perspective est si nouvelle que nous n’avons pas la bonne expression pour la décrire. Nous devons donc faire avec les vieilles expressions sous certaines réserves. Notre monde ne peut être compris que si nous comprenons les multiples perspectives parallèles et complémentaires par lesquelles nous l’avons créé.

Si on regarde tout ça d’un point de vue matériel, nous comprenons qu’il n’y a rien de plus certain que le fait que les individus se situent dans une connexion inextricable avec les générations passées.. Bien sûr que le cordon ombilical est coupé entre l’enfant et sa mère dès la naissance, mais les chaînes invisibles qui nous rattachent à nos ancêtres sont bien plus fortes que cela. Qu’est-ce que l’hérédité si ce n’est ce pouvoir et cette domination fantomatique mais pourtant familière que le monde de nos ancêtres exerce sur notre corps et sur notre esprit ?… Que sont ce pouvoir et cette domination si ce n’est présence et communauté ? Si nous, les humains, avons une peau douce au lieu d’une fourrure laineuse, un menton non protubérant et une posture droite, et bien ceci est la conséquence de l’hérédité, c’est à dire de la domination qui est toujours exercée sur nous par les premiers humains qui ont évolué depuis l’état de primate. Pour le dire différemment, puisque ces premiers humains ont toujours un effet sur nous, ils vivent toujours en nous et nous en faisons toujours l’expérience (NdT: comme le principe de la conservation intégrale du passé de Henri Bergson et nous savons aussi depuis des recherches génétiques récentes qu’Homo sapiens sapiens possède environ 4% de gènes de Néanderthal puisque les deux espèces se sont chevauchées au sens propre comme au figuré pendant près de 40 000 ans et se sont génétiquement mélangées… A ce sujet nous conseillons le visionnage de l’excellent film “Ao, le dernier Néanderthal” de Jacques Malaterre, 2010, qui met en scène les dernières trouvailles paléontologiques. L’éminente paléontologue du CNRS, et grande spécialiste mondiale de Néanderthal, Marylène Patou-Mathis fut conseillère scientifique sur le film). Nous devons finalement comprendre que tout effet demande une présence et qu’il n’y a pas de causes mortes mais seulement des causes vivantes.

Si nous voulons nous débarrasser du mot “cause”, nous pourrions dire : “La cause est morte, longue vie à l’effet vivant !” Nous pourrions aussi inverser ce que disait Schopenhauer : que toute réalité est efficacité. Nous pourrions dire en lieu et place que l’efficacité est la réalité, que ce qui est réel sont les connexions et les communautés, et que tout ce qui est réel est aussi présent et dans le moment.

Nous sommes les instants d’une éternelle communauté d’ancêtres.. Cela ne peut qu’aider que de faire remarquer que l’éternité aussi suit les règles du temps.

[…] Les grandes communautés héréditaires sont bien réelles ; le travail des ancêtres se fait toujours sentir aujourd’hui, ils doivent donc être en vie. Bien sûr, nos ancêtres humains et animaux sont morts depuis bien longtemps dans le monde extérieur ; mais en nous-mêmes quoi qu’il en soit ces reliques paléontologiques, ces êtres disparus, sont toujours vivant (NdT: une fois encore Homo sapiens sapiens possède 4% de l’ADN de Néanderthal, Homo neandertalis, selon les découvertes scientifiques de la dernière décennie…). Nous sommes ce qu’il reste d’eux et nos enfants seront autant à eux qu’à nous.

Les corps individuels qui ont vécu sur Terre depuis le commencement ne sont pas juste des individus isolés ; ils forment une énorme communauté bien réelle, un organisme ; un organisme qui change en permanence, qui se manifeste constamment en de nouvelles formes d’individus. […] L’existence de nos ancêtres est indéniable, si nous ne le reconnaissons pas, le sens de la vie et du monde demeureront un mystère pour nous, ils ne seront que matière, perception, illusion.

[…] Nous devons penser à l’arbre qui croît dans un sol appauvri : il fait toucher une de ses branches dans un sol plus riche plus loin et fait mourir le vieil arbre tout en passant son énergie vitale de sève dans l’autre segment qui devient un nouvel arbre. De la même manière, nous mourons en tant qu’êtres humains, mais ne mourons pas en même temps. Dans nos enfants et dans nos actions durables, nous continuons de vivre sous une autre forme et en unité avec les autres êtres humains. On pourrait dire : “Ignorez le matériel et concentrez-vous sur le spirituel !” Celui qui ne ressent le spirituel qu’avec son esprit, son âme tout en percevant son corps comme une entité externe a perdu toute perception naturelle et a souscris à une sorte de dogme sectaire. Le corps et l’esprit ne sont pas séparables de l’intérieur, ils sont tous deux l’expression de l’âme.

[…]

L’individu est la partie de nous-mêmes qui ne peut être changée que de l’extérieur. Plus une personne est autonome et indépendante, plus elle se retranche en elle-même, plus elle se détache des effets de ce qui l’entoure, plus elle va se trouver unifiée avec le passé, avec ce qu’elle est originellement. Qu’est-ce que l’humain est originellement, qu’est-ce qui constitue sa partie la plus intime, la plus cachée ? Qu’est-ce qui est le plus inviolable de lui-même, son sang et sa chair. Le sang est plus épais que l’eau ; la communauté, telle que trouvée par l’individu, est la plus large communauté du vivant lui-même et est plus puissante et plus noble et plus ancienne que les très faibles influences de l’état et de la société. Ce qui constitue notre plus individuelle partie est notre plus universelle. Plus je descend profondément en moi-même et plus je deviens partie du monde. Mais ai-je les moyens d’aller si profondément, de trouver ce sont j’ai besoin ? La perception intérieure que j’ai de moi-même ne serait-elle pas un sentiment général vague et faible comparée aux perceptions claires et sensuelles que je dérive du monde extérieur ?

[…] En de telles circonstances, ce n’est que dans la séparation et en se tournant vers l’intérieur que nous pouvons ressentir et trouver le monde dans notre corps et notre âme. Le monde s’étant désintégré en morceaux et s’étant aliéné, nous devons fuir dans une réclusion mystique afin de redevenir un avec lui de nouveau.

Si nous voulons ramener quelque chose que nous avons oublié à notre conscience, nous nous en rappelons grâce à l’appareil psychologique que nous appelons notre mémoire. Mais notre mémoire est limitée aux quelques expériences limitées de nos vies individuelles. Ce qui veut dire que toute compréhension de l’individualité fondée sur notre mémoire individuelle est superficielle, momentanée et très éphémère. La véritable individualité est profonde, ancienne et perpétuelle. Elle est l’expression des désirs de la communauté dans l’individu lui-même.

Maître Eckhart dit que dieu n’est pas un avec l’individu, mais avec l’humanité. C’est l’humanité que tous les individus ont en commun ; c’est l’humanité qui leur donne une valeur. Elle est le plus haut et le plus raffinée dans toutes les vies individuelles. C’est ce que maître Eckhart appelle “la nature humaine”.

Nous ne devons pas nous méprendre là-dessus : Eckhart ne parle pas de communautés arbitraires contrôlés par une autorité. Les communautés autoritaires sont la superficialité de la mentalité de troupeau. La nature humaine n’est pas indifférente, superficielle, philistine, mais elle est hérédité éternelle, divinité ; elle est consensus et communauté, créée une fois que tous trouvent leur centre vrai et profond et vivent en accord avec lui. En d’autres termes, la véritable individualité que nous trouvons au plus profond de nous-mêmes est communauté, humanité, divinité.

Une fois que les individus se sont transformés en communautés, alors ils sont prêts à former des communautés plus vastes avec des individus comme eux. Celles-ci seront de nouveaux types de communautés, établies par des individus ayant le courage et la nécessité de se séparer de la fadeur de la superficialité.

[…]

Il y a une autre façon de se sentir infini, la plus splendide de toutes. Nous sommes tous familiers avec elle tant que nous ne sommes pas entièrement corrompus par la décadence et la superficialité égoïste de nos communautés arbitraires et disfonctionnelles. Je parle ici de l’amour. L’amour est un tel sentiment merveilleux et universel, un sentiment qui nous retourne et nous élève vers les étoiles, parce que c’est une corde vibrante qui connecte notre enfance avec l’univers. Il y a là une signification plus profonde dans le fait que le nom pour l’expérience de la communauté. le sentiment qui nous connecte avec l’humanité : l’amour, l’amour humain, est le même mot que nous utilisons pour l’amour entre les deux sexes qui nous connecte avec les générations suivantes. Damnés soient les sans âmes qui n’ont pas la chair de poule lorsqu’ils entendent parler d’amour ! Damnés ceux pour qui la satisfaction sexuelle n’est qu’une sensation physique ! L’amour illumine le monde et inonde nos êtres d’étincelles. Il est la façon la plus profonde et la plus puissante de comprendre ce que nous avons de plus précieux.

J’ai parlé du fossé entre nous, les nouveaux humains et les masses et au sujet de la nécessité de nous séparer de ceux unifiés par l’État. Ceci semble contredire ma croyance qu’un amour pour l’humanité fait partie de notre être le plus véritable. Laissez-moi expliquer : d’un côté, il semble clair que tous les humains contemporains, civilisés ou non, sont si reliés à nous qu’il est difficile de ne pas les aimer de la même manière que nous aimons ceux qui sont proches de nous. D’un autre côté, la relation est aussi difficile qu’elle puisse l’être avec nos proches mêmes : ils sont très proches de nous dans leur être et leurs caractéristiques et nous sentons le lien du sang et nous les aimons, mais nous ne pouvons pas vivre avec eux. La plupart de nos contemporains ont déformé leur humanité à cause de leur bassesse étatiste et sociale tout autant que leur stupidité, ils ont aussi déformé leur animalité avec leur hypocrisie, leur fausse moralité, leur couardise et leur manque de naturel. Même durant les occasionnelles heures de lucidité ou de désespoir, ils ne peuvent pas mettre bas le masque. Ils ont bloqué leur liaison avec l’univers, ils ont oublié qu’ils peuvent devenir des dieux ! Nous voulons être complets : humains, animaux et dieux ! Nous voulons être des héros ! Donc pour l’amour de l’humanité qui s’est perdue en chemin, pour l’amour de ceux qui viendront après nous, pour l’amour finalement, tout simplement, du meilleur de nous-mêmes, nous voulons laisser ces gens, nous voulons notre propre compagnie et notre propre vie !

Aussi loin de l’État que nous le puissions ! Aussi loin que possible de la marchandise et du commerce ! Aussi loin que possible de tous les Philistins ! Laissons-nous, qui nous sentons comme les héritiers du millénaire, qui nous sentons simples et éternels, qui sommes des dieux, laissez-nous former une petite communauté de joie et d’activité. Laissez-nous nous créer en tant qu’êtres humains exemplaires. Laissez-nous exprimer nos désirs : désir de tranquillité tout comme le désir d’activisme ; le désir de réflexion tout comme celui de célébration ; le désir du travail tout comme celui de la détente et du loisir. Il n’y a pas d’autre chemin pour nous !

Cette pensée est née du grief : nous voulons ressentir les plus grandes joies de la création parce que nous sommes des désespérés. Ceux qui en ont déjà fait l’expérience savent que la seule façon d’éveiller le peuple est par le génie religieux, c’est à dire par la vie exemplaire de ceux qui font tout ce qui est en leur pouvoir pour sortir de l’abysse. Ces individus savent que toutes ces questions sont de sérieuses questions existentielles. Nous le petit nombre avancé, nous avons besoin de notre fierté, nous ne pouvons, ne voulons pas attendre plus longtemps ! Alors commençons ! Créons notre vie commune, formons des centres de ces nouveaux êtres, délivrons-nous de la fadeur de nos contemporains !

Notre fierté doit nous inhiber de vivre de leur travail, il ne devrait pas y avoir d’échange de nos meilleures pensées, même pas de nos pires. engageons-nous dans le travail physique, soyons productifs ! De cette façon, nous pourrons présenter le meilleur de notre esprit à l’humanité. Espérons qu’une nouvelle génération, à laquelle j’adresse ces mots fondés sur un profond désespoir, va se trouver et enfin s’unir.

“Par la séparation vers la communauté” veut dire : risquons tout afin que nous puissions vivre en êtres humains complets, achevés, sortons de la superficialité de l’autoritarisme des communautés usuelles ; créons en lieu et place des communautés qui reflètent la communauté du monde que nous sommes en fait ! Nous nous le devons à nous-mêmes et au monde. Cet appel est lancé à tous ceux qui sont capables d’entendre !

Note de R71:

Écrit il y a plus d’un siècle, à quel point ce texte résonne t’il toujours si juste aujourd’hui ? Landauer n’a t’il pas touché en quelques paragraphes simples et directs, l’essentiel de la réflexion critique et vitale de notre humanité et de son organisation sociale ?

Qu’attendons-nous dès lors que nous sommes de plus en plus nombreux à savoir qu’il n’y a pas de solution au sein du système et qu’il ne saurait y en avoir ?

Remarquons également avec les citations du mystique médiéval Eckhart, le rapprochement spirituel avec la pensée orientale, taoïste par exemple et d’autres, témoignant de cette universalité de la pensée au-delà des contingences spatio-temporelles…

Eckhart von Hochheim ou “Maître Eckhart” (env. 1260-1328) était un mystique chrétien de la fin du XIIIème début du XIVème siècle. Il écrivit sous la forme de sermons qui ont été traduit dans toutes les langues occidentales avec plus ou moins de réussite. Landauer est un spécialiste de Maître Eckhart et a traduit les écrits moyen-âgeux de celui-ci en langue allemande moderne. Les citations utilisés dans ce texte sont celles de Landauer lui-même.

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Gustav Landauer sur Résistance 71

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Révision du narratif historique sur la « démocratie » avec David Graeber et David Wengrow, les cas Huron, Iroquois et Tlaxcala

Posted in actualité, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 22 juillet 2021 by Résistance 71

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« Le sénat de Tlaxcala » de Rodrigo Gutierrez (1875)

“Il semble que l’histoire de la démocratie est prise en étau. Ses fervents adeptes — qui mettent l’accent sur le mérite qu’elle a de canaliser la volonté populaire, tout comme ceux qui n’y voient qu’un moyen de coercition de cette même volonté seront vraisemblablement d’accord pour dire que la démocratie est un produit exclusif de la « civilisation occidentale ». De même, face aux preuves manifestes qu’en Afrique, en Océanie, en Asie ou dans les Amériques, les citoyens participaient à la prise de décisions, les historiens réagissent généralement en les réfutant ou en les ignorant ; dans le meilleur des cas, ils font valoir que quoiqu’il se soit passé, il ne peut s’agir d’une démocratie pour quelque raison technique. (Bien entendu, jamais une telle rigueur n’est appliquée à l’Athènes du Vème siècle av. J.-C. : une société militariste, esclavagiste, fondée sur la répression systématique des femmes.)”
~ David Graeber ~

Une des toutes dernières publications du regretté David Graeber, qui révise ici le narratif historique occidental sur le concept de l’origine de la “démocratie”, en compagnie de David Wengrow, professeur d’archéologie comparative à l’Institut Archéologique de l’Universit College of London (UCL). Dans cet article, ils analysent la relation des conquistadores espagnols de Cortez avec la société du consensus non coercitive de Tlaxcala dans ce qui est aujourd’hui le Mexique, qui avait déjà tenu les Aztèques à distance respectable. Quelques révélations surprenantes d’une histoire enfouie à dessein…
~ Résistance 71 ~

Cachées, à la vue de tous. Les origines autochtones de la démocratie dans les Amériques [1]

David Graeber et David Wengrow

Cet article a paru dans le numéro Democracy de la revue Lapham’s Quarterly (automne 2020). Cette publication a été rendue possible grâce au généreux soutien de la fondation John S. and James L. Knight.

Traduction de Morgane Iserte et Nicolas Haeringer, janvier 2021.

Source de l’article en français :
http://www.journaldumauss.net/?Cachees-a-la-vue-de-tous-Les-origines-autochtones-de-la-democratie-dans-les#nb1

Juillet 2021

On nous apprend à être fiers de vivre en démocratie. Et dans le même temps, on nous enseigne de mille manières subtiles que la démocratie véritable est probablement impossible. Assurément, l’histoire de la démocratie est toujours racontée de manière à nous rappeler qu’elle est extraordinairement difficile à atteindre. Elle n’est jamais enseignée comme une histoire d’habitudes (les citoyens régissant collectivement leurs propres affaires) ou de sensibilité (le sentiment que chaque personne a son mot à dire quant aux décisions qui la concernent), mais plutôt comme l’histoire d’un mot : le grec δημοκρατία, le latin democratia ou le français démocratie. Les plus fervents défenseurs de la démocratie, ainsi que ses détracteurs les plus acharnés, affirment tous qu’elle est le produit unique de « l’Occident », une percée conceptuelle — réalisée pour la première fois dans la Grèce antique par le même peuple qui inventa la science et la philosophie « occidentales » — qui ensuite plana pendant environ deux mille ans sur l’Europe comme une potentialité largement inaboutie, jusqu’à ce qu’une bande de génies la fasse revivre au siècle des Lumières en France.

Ce récit est criblé de tellement de trous conceptuels, il est si manifestement incohérent qu’il faut une volonté à toute épreuve pour en assurer la cohésion. « L’Occident », par exemple, peut-être défini d’une demi-douzaine de façons contradictoires : il s’agit tantôt d’une tradition intellectuelle, tantôt d’une notion géographique, culturelle, raciale, etc. Si l’on se conformait avec constance à un de ces usages, le système tout entier, bâti de pièces disparates, s’effondrerait. Pour ne prendre qu’un exemple, si « l’Occident » est une tradition où les uns lisent les écrits des autres, comment comprendre que jusqu’au 18ème siècle, tous les auteurs inscrits à son patrimoine aient été explicitement antidémocratiques ? Et s’il s’agit plutôt d’une question de sensibilité culturelle, les véritables héritiers des Grecs anciens ne seraient-ils pas les Grecs modernes ? Après tout, ils parlent la même langue 

— mais les partisans de la thèse de ce que Samuel P. Huntington a nommé le « choc des civilisations » considèrent que les Grecs modernes ne sont pas du tout des Occidentaux étant donné qu’ils optèrent au Moyen-Âge pour la forme erronée de christianisme. (Les mêmes honorent David Hume et Adam Smith comme incarnations suprêmes des valeurs occidentales, alors que Platon les aurait sans doute considérés comme des descendants à peine civilisés de sauvages celtes).

Tout cela sent la manœuvre spécieuse, mais au profit de quoi ? Ceux qui racontent cette histoire transmettent, en substance, deux messages implicites. Le premier est que l’histoire de la démocratie est désormais nôtre, tout comme le sont les marbres du Parthénon [2] ; le second est que la démocratie est à la fois tout à fait insolite dans l’histoire mondiale et qu’il est fort difficile d’y parvenir. On nous fait comprendre que la démocratie véritable et directe ne fut possible que pour une race extraordinaire, vivant dans une ville antique dont les dimensions étaient idéales. À l’échelle d’une nation, seule la version la plus atténuée est envisageable et nous ne devrions vraiment pas nous blâmer si nous échouons la moitié du temps ; à l’échelle de la planète, c’est évidemment irréalisable. Jusqu’au 18ème siècle, la plupart des philosophes politiques européens considéraient la démocratie comme une aberration. Les révolutionnaires américains, tel John Adams, s’y opposaient ouvertement. C’est seulement vers 1800 que certains commencèrent à utiliser le terme de démocratie pour rebaptiser les systèmes constitutionnels modernes, élaborés en réalité pour imiter la République romaine. Ce faisant, ils créèrent nombre des casse-têtes auxquels nous nous heurtons aujourd’hui, comme lorsqu’une partie de l’opinion publique assimile la démocratie à la « volonté du peuple » tandis que l’autre l’identifie aux pouvoirs et contre-pouvoirs institutionnels du pouvoir populaire.

Cette situation aurait beaucoup surpris les philosophes des Lumières, qui aimaient à penser que leurs idéaux de liberté et d’égalité devaient beaucoup aux peuples autochtones de ce qu’ils appelaient le « Nouveau Monde ». Bien sûr, ils pouvaient alors être plus ouverts à leurs influences car « l’Occident » n’avait pas encore été inventé, et s’ils considéraient l’Europe occidentale comme héritière d’une longue tradition intellectuelle, c’était à la théologie chrétienne qu’ils pensaient (celle-là même à laquelle ils essayaient d’échapper). Les historiens de demain pourraient peut-être décrire les origines de la gouvernance moderne comme un alliage culturel, assemblé à partir de notions amérindiennes de liberté personnelle, de théorie africaine du contrat social, d’économie de marché inspirée par l’Islam médiéval et des modèles chinois d’État-nation (une fonction publique recrutée par concours sélectif, administrant une population ethnolinguistique uniforme).

D’aucuns pourraient également faire valoir que certains des tout premiers salons des Lumières ne se sont pas tenus en Europe mais à Montréal, dans les années 1690. C’est là qu’un homme d’État autochtone du nom de Kandiaronk, agent de liaison entre la confédération wendat (ou « huronne ») et le régime de Louis XIV, s’entretenait régulièrement avec le gouverneur général français, le comte de Frontenac et de Palluau, et ses adjoints — parmi lesquels, un certain baron de Lahontan — pour débattre des questions de morale économique, de droit, de mœurs sexuelles et de religion révélée. Kandiaronk fut largement encensé par les observateurs français qui voyaient en lui le logicien le plus brillant et le rhéteur le plus spirituel que personne ait jamais rencontré (un jésuite légèrement irrité écrivit : « personne ne l’a sans doute jamais dépassé en intelligence ») ; par la suite, un livre rédigé à partir des notes de ces débats connut un grand succès dans toute l’Europe.

Les Dialogues curieux entre l’auteur et un Sauvage de bon sens qui a voyagé de Lahontan, publiés en 1703, inspirèrent notamment une importante production théâtrale. Presque tous les grands penseurs du Siècle des Lumières en proposèrent leur version, mettant en scène un observateur étranger (généralement amérindien, parfois polynésien, persan ou chinois) qui décortique les absurdités de la société française, en s’inspirant du style si propre à Kandiaronk et à son rationalisme sceptique lorsqu’il déconstruit la doctrine chrétienne, plaide en faveur de la liberté sexuelle et affirme que tous les problèmes sociaux de l’Europe résultent en définitive de la répartition inégale des richesses. Plus tard, les penseurs conservateurs imputèrent les violents excès de la Révolution française aux Relations des jésuites [3] et à d’autres textes tels que ceux de Lahontan qui, selon eux, furent les premiers à introduire des idées aussi contagieuses au sein d’une hiérarchie sociale stable.

Au fil du temps, les termes de ce débat ont viré d’un extrême à l’autre. De nos jours, se risquer à suggérer que les autochtones ont enseigné aux Européens quelque valeur morale ou sociale que ce soit, c’est s’exposer à la dérision et se voir accusé de céder au « mythe du bon sauvage », voire être fustigé de manière quasi hystérique, comme ce fut le cas lors du débat sur la « thèse de l’influence », suscité par l’hypothèse que la confédération Haudenosaunee (les Six-Nations iroquoises) aurait pu servir de modèle à la constitution américaine. [4]

Il semble que l’histoire de la démocratie est prise en étau. Ses fervents adeptes — qui mettent l’accent sur le mérite qu’elle a de canaliser la volonté populaire, tout comme ceux qui n’y voient qu’un moyen de coercition de cette même volonté seront vraisemblablement d’accord pour dire que la démocratie est un produit exclusif de la « civilisation occidentale ». De même, face aux preuves manifestes qu’en Afrique, en Océanie, en Asie ou dans les Amériques, les citoyens participaient à la prise de décisions, les historiens réagissent généralement en les réfutant ou en les ignorant ; dans le meilleur des cas, ils font valoir que quoiqu’il se soit passé, il ne peut s’agir d’une démocratie pour quelque raison technique. (Bien entendu, jamais une telle rigueur n’est appliquée à l’Athènes du Vème siècle av. J.-C. : une société militariste, esclavagiste, fondée sur la répression systématique des femmes.)

Que se passerait-il si nous cessions d’agir ainsi ? Les activités humaines du passé nous apparaîtraient très différentes, tant il est vrai que les preuves de pratiques démocratiques sont bien plus courantes qu’on ne le pense, une fois que l’on se met à les chercher – et celles-ci surgissent même à certains moments étonnamment charnières de l’histoire du monde. La plupart du temps, elles sont cachées à la vue de tous.

Prenez le cas de Tlaxcala, une ville-état jouxtant l’actuel état mexicain de Puebla, qui joua un rôle clé dans la conquête espagnole de la « Triple Alliance », ou Empire aztèque. Voici comment Charles C. Mann, dans son ouvrage 1491 : Nouvelles Révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb, décrit ce qui s’est passé en 1519, lors du passage d’Hernán Cortés :

« S’éloignant du littoral pour explorer l’intérieur des terres, les Espagnols commencèrent par affronter à plusieurs reprises la confédération des Tlaxcalas, quatre petits royaumes qui avaient sauvegardé leur autonomie malgré les agressions récurrentes de l’Alliance. Grâce à leurs fusils, à leurs chevaux et à leurs lames d’acier, les étrangers remportèrent toutes les batailles en dépit de la supériorité numérique des Tlaxcalas. Ceci dit, les effectifs de Cortés diminuaient à chaque affrontement. Il était sur le point de tout perdre lorsque les quatre rois tlaxcalas changèrent brusquement de tactique. Ayant conclu de l’issue des combats qu’ils pouvaient éliminer les Européens, quoiqu’en payant le prix fort, les souverains indiens proposèrent un marché avantageux pour tout le monde : ils cesseraient d’attaquer Cortés, épargneraient sa vie, celles des Espagnols survivants et les vies de nombreux Indiens s’il acceptait en échange de se joindre aux Tlaxcalas pour une offensive contre la Triple Alliance exécrée. [5] »

Cette description pose problème : il n’y avait pas de rois à Tlaxcala. Il suffit de comparer le récit de Mann, établi à partir de sources secondaires, à celui que Cortés adressa lui-même à son roi, le Saint empereur romain Charles Quint. Dans ses Cinq lettres narratives (1519-1526), Cortés rapporte que de nombreuses villes parsemaient la vallée de Puebla ; la plus grande était Cholula, constellée de pyramides. Il poursuit en décrivant Tlaxcala et son arrière-pays, d’une population totale de 150 000 habitants, en notant que « la forme de gouvernement jusqu’à présent rencontrée parmi le peuple ressemble beaucoup aux républiques de Venise, de Gênes et de Pise, car il n’y a pas de souverain suprême ».

Cortés était un petit aristocrate, originaire d’une région d’Espagne où les conseils municipaux relevaient encore de la nouveauté ; on pourrait avancer qu’il n’avait qu’une maigre connaissance des républiques et que donc, il n’était sans doute pas le juge le plus fiable en la matière. Toutefois, il possédait une grande expérience, acquise dès 1519, pour identifier les différents rois mésoaméricains, les recruter ou les neutraliser ; c’était en bonne partie ce qu’il faisait depuis son arrivée sur le continent. Et à Tlaxcala, il n’en trouva aucun. Au contraire, après un premier affrontement avec les guerriers tlaxcalas, il se retrouva impliqué dans des discussions avec les représentants d’un conseil municipal populaire, dont chaque décision devait être ratifiée collectivement. C’est là que les choses prennent une tournure résolument étrange, quant à la manière dont ces événements sont parvenus jusqu’à nous. De nombreux débats eurent lieu dans Tlaxcala sur la nature des relations à nouer avec les nouveaux arrivants espagnols. À leur façon, ces délibérations pourraient être considérées comme des événements charnières de l’histoire mondiale puisque Cortés n’aurait jamais pu conquérir la capitale aztèque Tenochtitlán, qui était alors une ville d’environ un quart de million d’habitants, sans l’aide de ses alliés de Tlaxcala. Pourtant, il est frappant de voir que les historiens ne leur accordent que peu d’attention et ignorent presque entièrement le cadre institutionnel dans lequel ces discussions se déroulèrent. À l’époque, Tlaxcala et la Triple Alliance se livraient fort régulièrement des batailles, que cette dernière aimait à dépeindre comme une sorte de jeu, les « guerres fleuries [6] ». Les élites aztèques affirmèrent aux chroniqueurs espagnols qu’elles avaient accordé à Tlaxcala la possibilité de rester indépendante, afin que leurs soldats aient un lieu où s’entraîner et leurs prêtres suffisamment de victimes humaines à sacrifier, mais c’était pure esbroufe.

En vérité, Tlaxcala et ses unités de guérilla otomis avaient réussi à tenir en échec les Aztèques depuis des générations. Leur résistance n’était pas simplement militaire. Tlaxcala cultivait un éthos civique qui empêchait l’émergence de dirigeants ambitieux, et donc de potentielles querelles — un contre-exemple aux principes de gouvernance aztèques. Politiquement, les villes de Tenochtitlán et de Tlaxcala incarnaient deux idéaux antagonistes. Cette histoire est peu connue car le récit de la conquête des Amériques auquel nous sommes habitués est celui du destin manifeste : une armée invisible de microbes de l’Ancien Monde néolithique marchant aux côtés des Espagnols, transmettant par vagues l’épidémie de variole pour décimer les populations autochtones, et un legs de l’âge du bronze composé d’armes en métal, de fusils et de chevaux, pour frapper de stupeur et de terreur les peuples autochtones sans défense.

Nous aimons nous raconter l’histoire d’Européens n’exposant pas seulement les Amériques à ces agents de destruction mais aussi à la démocratie industrielle moderne, dont les ingrédients — prétend-on — étaient introuvables sur place, même à l’état d’embryon. Tout ceci est censé constituer un ensemble culturel unique : une métallurgie avancée, des véhicules à traction animale, des systèmes d’écriture alphabétique et une certaine disposition à la libre pensée perçue comme nécessaire au progrès technologique. Les « autochtones », au contraire, étaient supposés avoir existé dans une espèce d’univers alternatif, quasi-mystique. Ils étaient par définition incapables de débattre de constitutions politiques, de s’engager dans des processus apaisés de délibération et de prendre des décisions qui changeraient le cours de l’histoire mondiale. Et si des observateurs européens témoignent les avoir vus faire, c’est qu’ils se sont trompés ou qu’ils ont simplement projeté leurs propres idées de gouvernance démocratique sur les « Indiens », alors même que ces notions n’avaient guère cours en Europe.

Dans le cas de Tlaxcala, nous disposons d’une source où sont compilés les débats tels qu’ils ont été menés au sein du conseil : la Crónica de la Nueva España, œuvre inachevée, composée entre 1558 et 1563 par Francisco Cervantes de Salazar, un natif de Tolède devenu l’un des premiers recteurs de l’Université du Mexique. Pendant plus de quatre siècles, la Crónica était cachée à la vue de tous. Condamnée à rester dans l’ombre par une Inquisition qui voulait effacer les traces des « pratiques idolâtres », celle-ci a végété dans des collections privées avant de se retrouver finalement à la Biblioteca Nacional de Madrid, où elle fut mise au jour en 1911 grâce aux efforts de Zelia Nuttall, archéologue et anthropologue avant-gardiste, grande découvreuse de codex perdus. La Crónica fut finalement publiée en 1914. À ce jour, il n’existe toujours aucune introduction ou commentaire critique qui puisse guider les lecteurs dans son décryptage ou les aider à saisir la portée de ces chroniques qui retracent la vie politique d’une ville autochtone de Mésoamérique.

La Crónica porte directement sur le Conseil gouvernant Tlaxcala et ses délibérations sur les envahisseurs espagnols. Cervantes de Salazar rédige son rapport à partir de données historiques recueillies auprès de dirigeants autochtones qui survécurent à la conquête et de leurs descendants immédiats. Nous disposons de témoignages sur les échanges de discours et de cadeaux diplomatiques entre les représentants espagnols et leurs homologues tlaxcalas, dont l’éloquence en séances du conseil suscitait l’admiration. Parmi ceux qui parlèrent au nom de Tlaxcala figurent d’anciens hommes d’État — comme Xicotencatl l’Ancien, père du général du même nom, aujourd’hui encore adulé dans l’état de Tlaxcala — mais aussi des négociants autochtones, des dignitaires religieux et les plus hauts magistrats de l’époque. Ce que l’auteur décrit dans ces passages remarquables n’est évidemment pas le fonctionnement d’une cour royale, mais celui d’un parlement urbain qui recherchait le consensus pour ses décisions, par la mise en discussion d’arguments raisonnés et de longues délibérations, qui pouvaient se poursuivre, si nécessaire, durant des semaines entières.

Les passages clés du texte se trouvent dans le livre trois, alors que Cortés et ses troupes campent encore à l’extérieur de la ville avec ses nouveaux alliés totonaques et de Zempoala [7]. Un seigneur nommé Maxixcatzin — bien connu pour « sa grande prudence et sa conversation affable » — donne le coup d’envoi en lançant un appel éloquent aux Tlaxcalas pour qu’ils suivent les ordres donnés par les dieux et les ancêtres et s’allient à Cortés pour se soulever contre leurs oppresseurs aztèques. Son raisonnement est très bien reçu, jusqu’à ce que Xicotencatl l’Ancien — alors âgé de plus de cent ans et presque aveugle — n’intervienne. Rien n’est plus difficile, rappelle-t-il au conseil, que de résister à un « ennemi intérieur », ce que deviendront sans doute les nouveaux venus s’ils sont accueillis dans la ville. Pourquoi, demande Xicotencatl,

« Maxixcatzin considère-t-il ces gens comme des dieux, alors qu’ils ressemblent plutôt à des monstres voraces, sortis tout droit de la mer démontée pour nous briser, se gavant d’or, d’argent, de pierres et de perles, dormant dans leurs propres vêtements et se comportant d’ordinaire à la manière de ceux qui un jour se changeront en maîtres cruels… Il n’y a pas assez de poulets, de lapins ou de champs de maïs dans tout le pays pour assouvir leurs appétits d’ogres ou ceux de leurs “grands cerfs” [chevaux espagnols]. Pourquoi — alors que nous avons toujours vécu libres, sans roi — devrions-nous verser notre sang, et nous transformer en esclaves ?  »

Nous paraphrasons ici l’espagnol, car il n’existe aucune traduction de la Crónica en anglais [8]. Les paroles de Xicotencatl influencèrent les membres du conseil, apprend-on : « Un murmure commença à se répandre parmi eux, ils se parlaient les uns aux autres, les voix s’élevaient, chacun déclarait ce qu’il ressentait [9]. » Le conseil était divisé. Ce qui advint ensuite sera familier à quiconque a participé à un processus de prise de décision par consensus : lorsque surgissent des désaccords importants, plutôt que de les soumettre au vote, quelqu’un formule généralement une synthèse créative. Temilotecutl, l’un des quatre hauts magistrats de la ville, proposa un plan astucieux. Pour satisfaire les deux camps, Cortés serait invité dans la ville mais dès qu’il aurait pénétré en territoire tlaxcaltèque, le général en chef de la ville, Xicotencatl le Jeune, lui tendrait une embuscade avec un contingent de guerriers otomis. Si l’embuscade réussissait, ces derniers seraient des héros ; si elle échouait, les Tlaxcalas en feraient porter la responsabilité aux impudents et impulsifs Otomis, formuleraient leurs excuses et feraient alliance avec les envahisseurs. Soit dit au passage, Xicotencatl l’Ancien avait vu juste sur ce qui allait se passer. Peu de temps après la conquête de Tenochtitlán, Tlaxcala perdit les privilèges et les exemptions qu’elle avait obtenus pour service rendu à la couronne espagnole, et sa population fut réduite à n’être qu’une source additionnelle de tribut.

De tels récits n’ont pas rencontré un grand succès auprès des historiens modernes. La plupart d’entre eux les récusent, n’y voyant que la projection fantaisiste par l’auteur de quelque scène d’une agora grecque ou d’un sénat romain, ce qui en soi exige un extraordinaire effort d’imagination puisque le Conseil de Tlaxcala continua à siéger pendant longtemps encore durant la période coloniale. Les travaux menés en son sein, et l’habileté de ses caciques à conduire des débats raisonnés, sont consignés dans les Actas de Tlaxcala [10] des 16ème et 17ème siècles. Ces registres constituent une autre source que les historiens modernes ont eu tendance à balayer d’un revers de la main, alléguant que les « Indiens rusés » avaient simplement adopté les mœurs démocratiques européennes (alors qu’à cette époque, celles-ci n’existaient qu’à peine en Europe) afin d’impressionner leurs nouveaux souverains (qui étaient en réalité résolument antidémocratiques et peu susceptibles d’être séduits). Affirmer le contraire vous expose à être accusé de romantisme naïf.

Pourtant, il est possible d’affirmer avec fermeté que les délibérations recueillies dans les archives espagnoles sont exactement ce qu’elles semblent être : un aperçu des mécanismes de gouvernance participative des villes autochtones. Et si celles-ci ressemblent par certains aspects aux débats rapportés par Thucydide ou Xénophon, c’est bien parce qu’il n’existe pas mille façons de conduire un débat politique. Une autre source en fournit la confirmation. En 1541, le frère Toribio de Benavente — surnommé Motolinía (le « malheureux » [11]) par les locaux — rédigea une histoire de la constitution de Tlaxcala, qui explique en partie l’idéologie qui la sous-tend. La ville, écrit-il, était en effet une république, gouvernée par un conseil de dignitaires élus (teuctli), tenu de rendre des comptes à ses citoyens. On ne sait pas exactement combien de personnes siégeaient au conseil supérieur de Tlaxcala — entre cinquante et deux cents selon les sources. Motolinía n’explique pas non plus comment elles étaient sélectionnées ni qui était éligible (dans d’autres villes de la région de Puebla, la rotation des mandats s’opérait entre représentants des différents quartiers, ou calpulli [12]). En revanche, son récit s’anime lorsqu’il évoque les modes de formation et d’instruction politiques tlaxcalas.

Ceux qui aspiraient à jouer un rôle au sein du conseil de Tlaxcala, loin de le faire pour exercer leur charisme personnel ou leur aptitude à surpasser des rivaux, le faisaient dans un esprit d’auto-dépréciation — voire de honte — et devaient se subordonner aux habitants de la ville. Pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une simple parade, chacun d’entre eux était soumis à des épreuves, et pour bien débuter, impérativement exposé à des injures publiques — l’outrage étant considéré comme la juste rétribution de l’ambition. Par la suite, une fois leur ego en lambeaux, ils étaient placés en réclusion et subissaient les épreuves du jeûne, de la privation de sommeil et des saignées, tout en suivant un régime strict d’instruction morale. L’initiation prenait fin avec le « coming out » du nouveau conseiller lors d’agapes et de célébrations. Manifestement, la prise de fonction dans cette démocratie autochtone requérait des traits de caractère fort différents de ceux que nous considérons comme allant de soi dans la politique électorale moderne.

Cortés fit peut-être l’éloge de Tlaxcala comme d’une arcadie agraire et commerçante, mais comme l’explique Motolinía, lorsque ses citoyens réfléchissaient à leurs propres valeurs politiques, ils les concevaient en réalité comme provenant du désert. À l’instar d’autres Nahuas, les Aztèques inclus, les Tlaxcalas se plaisaient à proclamer qu’ils étaient les descendants des Chichimèques [13]. Ces derniers, considérés comme les premiers chasseurs-cueilleurs, menaient une vie ascétique dans les déserts et les forêts ; ils habitaient des huttes primitives, ignoraient tout de la vie de village, refusaient de cultiver du maïs et de cuire leurs aliments ; ils allaient sans vêtements ni religion, à l’état de nature. Les épreuves qu’enduraient les aspirants conseillers parlementaires de Tlaxcala étaient là pour rappeler combien il restait nécessaire de cultiver les qualités chichimèques, même si celles-ci se voyaient au final contrebalancées par les vertus toltèques du guerrier urbain.

Tout cela dut sans doute résonner aux oreilles des Franciscains comme des tropes de la vertu républicaine issus de l’Ancien Monde, ce profond sillon atavique qui court des prophètes bibliques jusqu’à Ibn Khaldoun, sans parler de leur propre éthique du renoncement. Les correspondances sont telles que l’on peut légitimement se demander si les citoyens de Tlaxcala se sont présentés aux Espagnols en des termes dont ils savaient qu’ils seraient instantanément reconnus et appréciés. À l’évidence, ils organisèrent de remarquables représentations théâtrales pour leurs nouveaux seigneurs, dont un spectacle sur le thème des croisades en 1539, La Conquête de Jérusalem, dont le point culminant fut un baptême en masse de (véritables) païens, accoutrés en Maures. Possiblement, les observateurs espagnols apprirent alors des Tlaxcalas ou des Aztèques ce que signifie avoir été un « bon sauvage [14] » — mais nous nous écartons du sujet.

Dans ce contexte de repositionnements réciproques, quelles conclusions pouvons-nous tirer sur la constitution politique de Tlaxcala au moment de la conquête ? S’agissait-il vraiment d’une démocratie urbaine opérationnelle ? Si oui, combien d’autres cités de ce type ont bien pu exister dans les Amériques précolombiennes ? Sommes-nous sinon face à un mirage ou à une conjuration stratégique de « communalisme idéal » offerte à un public réceptif de frères millénaristes ? Des éléments d’histoire et de mimèsis étaient-ils en même temps à l’œuvre ? Il y aurait toujours place pour le doute si ces faits n’étaient corroborés que par des sources écrites. Mais les archéologues confirment qu’au 14ème siècle, l’organisation de la ville de Tlaxcala était complètement différente de celle de Tenochtitlán, par exemple. Il n’existe de fait aucune trace de palais ou de temple central, ni de vaste cour où se pratiquait le jeu de balle (haut lieu de rituel royal dans d’autres villes mésoaméricaines). Au contraire, les fouilles archéologiques mettent au jour un paysage urbain presque entièrement dédié à l’habitat des citoyens, avec des résidences bien aménagées, selon des normes uniformes de construction de qualité supérieure, et réparties autour d’une vingtaine de places de quartier, toutes surélevées sur de grandes terrasses en terre. Les plus grandes assemblées citoyennes étaient hébergées en dehors de la ville dans un complexe municipal appelé Tizatlán, pourvu d’espaces pour les rassemblements publics, auxquels on accédait par de larges portes.

Tlaxcala était-elle unique ? Cela semble peu probable. Les villes-états démocratiques émergent rarement seules. Les preuves archéologiques revêtent ici une importance particulière car elles nous donnent une idée de ce à quoi pourraient ressembler les vestiges d’une forme de gouvernement (polity) démocratique en Mésoamérique, même en l’absence de sources écrites. Une capitale royale est généralement plus simple à identifier. Les rois mésoaméricains, comme la plupart des rois, avaient tendance à s’offrir en spectacle ; on peut donc normalement s’attendre à ne pas seulement y trouver des palais et des temples pyramidaux, mais aussi des terrains de jeu de balle, des images guerrières et des scènes d’assujettissement, des stèles où figurent des souverains soumettant des captifs (souvent sacrifiés par la suite au cours de jeux), des rites calendaires à la gloire des ancêtres et des registres des actes royaux. Dans certaines villes anciennes de Mésoamérique, rien de tout cela n’apparaît, ou du moins n’apparaît plus depuis de nombreux siècles.

Teotihuacán est la plus ancienne et la plus grande de ces cités, qui connut son apogée entre 100 et 600 ans. Peuplée de plus de cent mille habitants à l’époque, elle fut la plus grande ville des Amériques, et sans doute, l’une des plus grandes au monde. Au cours de ses premiers siècles, la ville se développa comme on pouvait s’y attendre autour d’un centre royal florissant où se dressaient les deux grandes pyramides jumelles et le temple du serpent à plumes ; chaque grand projet de construction était sanctifié par des sacrifices humains, dont on retrouve les preuves dans leurs fondations. Puis, vers 300, un changement s’opéra. Le temple fut défiguré et incendié, les sacrifices humains prirent fin et de nouvelles constructions firent leur apparition : quelques centaines d’appartements spacieux en pierre — à mi-chemin entre logements sociaux et petits palais — tous disposés en îlots de forme carrée, construits selon un même schéma. À partir de ce moment-là, plus rien n’indique une autorité centrale ou des signes ostentatoires d’inégalité dans la ville.

Les ruines de Teotihuacán sont-elles le témoignage d’une révolution sociale précoce ? La ville fut-elle administrée démocratiquement dans sa phase tardive ? Nous ne pouvons le dire avec certitude, mais nous pouvons affirmer que le contexte pour de tels débats est en train de changer. Outre des exemples plus tardifs dans les Amériques, la recherche contemporaine en Eurasie commence à montrer que bien avant l’Athènes du Vème siècle, les villes égalitaires et les formes de gouvernement participatif étaient largement répandues, par exemple parmi les premières cultures urbaines de Mésopotamie, d’Ukraine et de la vallée de l’Indus ; et qu’il y eût aussi d’autres révolutions sociales, comme dans la ville chinoise de Taosi, vers 2000 avant J.-C. Là encore, les historiens de demain étudieront probablement la généalogie des États-nations modernes autrement que nous le faisons aujourd’hui. Il nous semble aussi qu’ils devront abandonner la vision d’un passé gravé dans les marbres du Parthénon et faire place à des histoires de démocratie entièrement nouvelles.

Notes :

[1] Quoique « indigène » ait acquis en français une dimension politique qui correspond au propos de D. Graeber et D. Wengrow, « autochtone » reste le terme employé par les acteurs et actrices contemporain·es dans les arènes internationales. C’est donc ainsi que nous avons traduit les termes « native » et « indigenous » – NDT.

[2] En anglais, « the Elgin Marbles  ». Lord Elgin, général et diplomate écossais, démonte en décembre 1801 le Parthénon puis vend ses marbres au British Museum en 1816, notamment la moitié de la grande frise qui décorait le temple. Si les premières demandes de restitution ont été faites par la Grèce au lendemain de son indépendance en 1832, le British Museum s’est toujours refusé à leur donner suite, affirmant que ces illustres antiquités faisaient partie d’un patrimoine commun à tous et que leur acquisition s’était faite en toute légalité. Depuis près de 200 ans, Athènes réclame la restitution de ces marbres, dans l’espoir de les voir prendre place au musée de l’Acropole – NDT.

[3] Les Relations des Jésuites sont le recueil des correspondances entre les missionnaires de la Compagnie de Jésus envoyés en Nouvelle-France et leurs supérieurs religieux de Paris entre 1632 et 1672. Ces documents retracent méthodiquement l’histoire de la colonie depuis ses débuts et comptent parmi les plus importantes sources d’information sur les peuples et l’histoire de la Nouvelle-France – NDT.

[4] Voir Philip A. Levy, « Exemplars of Taking Liberties : The Iroquois Influence Thesis and the Problem of Evidence », William & Mary Quarterly 53(3), 1996, pp. 587-604, in David Graeber, « La sagesse de Kandiaronk : la critique indigène, le mythe du progrès et la naissance de la Gauche », publié le 28 septembre 2019 sur le site journaldumauss.net : http://www.journaldumauss.net/?La-sagesse-de-Kandiaronk-la-critique-indigene-le-mythe-du-progres-et-la

[5] Charles C. Mann, 1491 : Nouvelles Révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb, traduction française de Marina Bosano, Albin Michel, 2007, pp 148-150.

[6] Une « guerre fleurie » (expression traduite du nahuatl Xōchiyāōyōtl) est le nom donné aux batailles opposant les Aztèques (les Mexicas ou un de leurs alliés de la Triple Alliance) aux troupes de Tlaxcala ou d’une autre cité de la vallée voisine de Puebla. Il s’agissait d’un exercice très codifié et ritualisé dans lequel s’affrontaient deux camps, dans le but de procéder à la capture de prisonniers à sacrifier aux divinités – NDT.

[7] Zempoala (ou Cempoala) était une ville mésoaméricaine très importante du royaume totonaque, située dans ce qui est aujourd’hui l’état mexicain de Veracruz.

[8] Ni en français ! NDT – voir Francisco Cervantes de Salazar, Crónica de la Nueva España, Linkgua ediciones S.L, 2008, téléchargeable en ligne : https://es.b-ok.lat/book/1218190/e66b50 « (…) porque no me parecen a mí dioses, sino monstruos salidos de la espuma de la mar, hombres más necesitados que nosotros, pues vienen caballeros sobre ciervos grandes, como he sabido ; no hay quien los harte ; dondequiera que entran, hacen más estragon que cincuenta mil de nosotros ; piérdense por el oro, plata, piedras y perlas (…) ¿qué mayor mal podría venir a nuestra patria que recibir en ella por amigos a tales monstruos, para que quedemos obligados a sustentarlos a tanta costa de nuestras haciendas, que aun para hartar de maíz aquellos mochos venados que traen, no bastarán nuestros campos ? ; pues para ellos, ¿qué gallinas, qué conejos, qué liebres bastarán ? (…) No es, pues, razón que los que derramamos nuestra sangre por defender nuestra patria y vivir sin servidumbre, metamos en ella por nuestra voluntad quien nos haga tributarios. », pp. 240-241.

[9] « comenzó entre ellos un murmurio, hablando los unos con los otros, iban creciendo las voces, declarando cada uno lo que sentía (…) », idem, p.242.

[10] James Lockhart, Arthur J. O Anderson et Frances Berdan, The Tlaxcalan actas : a compendium of the records of the Cabildo of Tlaxcala, 1545-1627, University of Utah Press Salt Lake City, 1986 – NDT.

[11] En nahuatl – NDT.

[12] Le calpulli est l’unité de base à la fois territoriale et sociale des Nahuas. Ce terme signifie littéralement « grande maison » en nahuatl, et se réfère à une « maison communale », un « groupe de maisons », une commune. Il est souvent traduit par « quartier » (« barrio ») chez les chroniqueurs espagnols de l’époque de la conquête, et par « clan » chez les auteurs américains modernes – NDT.

[13] Chichimèques était le nom que les Nahuas du Mexique utilisaient généralement pour désigner un ensemble de peuples semi-nomades qui habitaient le nord de l’actuel Mexique et le Sud-Ouest des États-Unis, et qui avait la même signification que le terme européen « barbares » – NDT.

[14] En anglais, on parle du mythe du « noble sauvage » -NDT.

= = =

Notre page “Anthropologie politique”

David Graeber sur Résistance 71

Sujet connexe sur la civilisation de Tlaxcala et Oaxaca de la revue “Science” (2017):

https://www.sciencemag.org/news/2017/03/it-wasnt-just-greece-archaeologists-find-early-democratic-societies-americas

Cortez_et_Tlaxcala
Hernan Cortez et ses « alliés » Tlaxcala

Critique lucide et résistance… Enterrer le « mouvement » anarchiste de tous les réformismes…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 28 juin 2021 by Résistance 71

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Une analyse intéressante et pertinente quand on y réfléchit bien. Nous pensons que le grand chambardement social ne peut se produire qu’avec un changement d’attitude envers les entités étatico-économiques, en les rejetant et en commençant dans le même temps notre propre relation et inter-connexion avec la capacité décisionnaire (le pouvoir) en nous la réappropriant sur le terrain, dans sa fonctionnalité quotidienne. La violence n’est pas une nécessité mais une mesure d’auto-défense et nous devons nous y préparer. Tout peuple opprimé par les instances étatiques est en état de légitime défense. Regardez simplement l’agression dont nous sommes les victimes au cours de cette “pandémie” COVID ayant amené des mesures dictatoriales de contrôle et l’injection d’un poison OGM aux populations. Nous sommes en état de légitime défense devant une attaque planétaire des populations. Où est la gogoche dans cette affaire, où sont les anarchistes dans cette affaire d’agression biologique où le génome humain est mis en danger immédiat ? De quoi la “Fédération Anarchiste” de tout pays débat-elle aujourd’hui ? De science vaudou du climat et de Lgébétisme… Halte aux leurres réformiste, scientifique et sociaux de l’auto-gestion de la merde étatico-capitaliste. Il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir, y croire est une illusion mortelle et bien des “anarchistes” se sont laissés fourvoyer et ont cédé aux chants des sirènes du “progressisme” mortifère, dogme piloté par la même clique de criminels transnationaux au service d’un fascisme tout aussi transnational ! Il n’y a pas 50 lignes de conduite politique, la seule viable et durable est celle qui mettra à bas, une fois pour toute, l’État, la marchandise, l’argent et le salariat.
Le Kurde Barut secoue le cocotier ci-dessous et à juste titre, car tout le reste, à terme, n’est que pisser dans un violon…

~ Résistance 71 ~

Enterrer le mouvement anarchiste

Barut

19 juin 2021

Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

“Les crapaux bourgeois et les grenouilles prolétariennes se sont tenus par la main sur une base commune spirituelle, recevant pieusement la communion de la coupe de plomb contenant la liqueur visqueuse de ces mensonges sociaux que la démocratie leur offrait.”
— Renzo Novatore, Collected Works

“Les schizophrènes recherchent délibérément l’extrême limite du capitalisme : ils sont sa tendance inhérente amenée à sa pleine réalisation, son surplus de produit, son prolétariat et son ange exterminateur. Ils hâtent tous les codes et les transmetteurs des flots décodés du désir.”
— Deleuze and Guattari, Anti-Oedipus: Capitalism and Schizophrenia

Avec la connaissance acquise de la non-existence d’un mouvement anarchiste unifié sur le continent européen, je veux ici parler de mes observations des scènes de terrain anarchistes sur lesquelles j’ai été en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Turquie. Même avec toutes leurs différences, elles ont toutes trois choses en commun : une obsession “gauchiste” de la “véritable” démocratie, une conformité intra-communale idéologique et un auto-sacrifice au culte de la mort qu’est le progrès et son “progressisme”. Ceci n’est pas une critique en profondeur de leurs pratiques et idéologies, beaucoup l’ont bien mieux fait avant moi. Ma critique est celle de ce cri nihiliste dans la nuit noire depuis le ventre de la civilisation occidentale. Une explosion de merde brûlante jaillissant depuis les égouts contre les esprits industriellement aseptisés, contre les protections de la société et de ses valeurs et contre le culte du collectif.

D’abord, voyons la Turquie

La pensée anarchiste est d’abord apparue en Turquie dans les années 1980 au travers de la publication anarchiste “Karala”, quelques 100 ans trop tard si on fait abstraction des quelques anarchistes italiens et juifs qui ont vécu à Istanboul durant l’empire ottoman. Lorsque l’anarchisme est arrivé en Turquie, ce fut sous sa forme pacifiste. Après 40 ans en Turquie, il est demeuré dans sa forme originelle, un domaine culturel et esthétique qui n’est rien d’autre que quelques publications de magazines et de journaux. Même pas un loup sans crocs, mais plutôt un de ces bulldogs nains qui ont peur de leurs propres pets.

Un de mes amis anarchiste m’appelle et m’invite à déjeuner près de la place Taksim d’Istanboul. Nous nous asseyons à la terrasse d’un café dans une ruelle et faisons le point. Il me révèle qu’il a quitté le DAF (Action Anarchiste Révolutionnaire) parce qu’il y était harcelé et mis à l’écart pour remettre en question le fondateur et le groupe et de ne pas se conformer à la ligne directrice du groupe. Quelque chose de très bizarre ici n’est-il pas ? Une organisation anarchiste qui semble opérer de l’intérieur comme un parti d’avant-garde marxiste. Il me confie également que le fondateur du groupe a mis en place toute une série de règles non écrites et non dites pour que tout le monde s’habille de a même façon durant les manifestations et ne rien porter qui pourrait être vu comme subversif aux yeux et aux valeurs du public. J’ai eu besoin de voir ce cirque merdique de mes propres yeux.

Je me pointe à la manif planifiée suivante à laquelle participe le DAF pour voir tout ça en première main, et les voilà dans la rue avec leurs drapeaux noirs dans une formation qui a manifestement été répétée et déguisés dans leurs uniformes “anarchistes”, tout en noir avec une veste arborant le logo DAF et le “A” anarchiste. Ce front noir n’est manifestement pas destiné à former un Black Bloc mais est une forme d’esthétique et de présence symbolique qui à ce point ne va pas plus loin qu’un signalement de présence virtuelle. Après une marche et le chant de quelques slogans qui en appelaient aux instincts de ces moutons vêtus de noir, la police commença à attaquer et à arrêter des membres du DAF et autres personnes. Sans aucune surprise, personne ne résista, ni personne n’essaya même de libérer leurs soi-disant camarades des mains des poulets.

Qu’attendre de ces anarchistes dilettantes de l’inutile qui ne sont bons que pour des groupes de lecture et à gérer des “cafés anars” ? Serait-il même désirable d’avoir un “mouvement” anarchiste fort ? Mes observations de la scène anarchiste en Turquie ne pouvaient pas être plus éloignées de ma compréhension d’une anarchie dangereuse pour l’establishment, individualiste, sauvageonne et réslliente dans ses attaques contre le Leviathan malgré le fait de porter le pessimisme de mille Schopenhauer sur mes épaules. Ayant des nausées de cet anarchisme si civique et organisé, je prends le bus pour l’aéroport.

Envolons-nous pour le Royaume-Uni

Des plaines vertes aussi loin qu’on puisse voir, très rapidement contrastées par les bâtiments gris industriels qui se distinguent alors qu’on se rapproche de la ville qui fut jadis un grand centre d’emploi de la population. Ces zones industrielles qui continuent à hanter les anarchistes et les marxistes jusqu’à maintenant. Ils ne se sont jamais remis d’avoir perdu le pouvoir des syndicats durant les années Thatcher. Ce doux coussin fait de boulots syndiqués, de statut social et d’aides sociales qui fut retiré de dessous leurs culs.

La première des choses qui me choqua le plus fortement au sujet des anarchistes britanniques et que bon nombre d’entre eux ont pris part à l’électoralisme et à ce “militantisme de la base” sponsorisé par le parti travailliste (NdT: l’équivalent du PS français) et le parti écologiste des Verts ou toutes associations affiliées. La grande majorité de ces “anarchistes” auto-proclamés étaient encartés au parti travailliste et au caucus socialo-libertaire du “Black Rose”. On peut bien penser : qu’est-ce qui a merdé avec les anarchistes pour s’assimiler de la sorte dans la politique électoraliste, mais la réponse devint de plus en plus claire au fur et à mesure que j’observais l’approche générale qu’ils avaient de l’anarchisme. Ils avaient des bistots anarchistes, toute une litanie de journaux et publications anarchistes donnant la parole à toute une série d’universitaires anarchistes avec leur opinion de Docteur en Philosophie et plein de magasins de bouquins anarchistes où, bien sûr, VOLER EST INTERDIT.

Fondamentalement, l’anarchisme au Royaume-Uni est devenu un business et pour ceux qui essaient toujours de maintenir ce côté révolutionnaire, ils sont en voie de disparition. Le mode d’action anarchiste le plus commun en GB est celui d’un sujet du Leviathan qui trouve des voies alternatives pour affirmer ses désirs, le plus souvent sous la forme d’une sous-culture et au travers de l’assimilation dans le complexe activiste industriel. Le désir sauvageon coule et déborde du lit de la rivière moulé par la machine techno-capitaliste pour le contrôle violent de la société de manière brutale. Résultat des courses, on me trouva quelque peu antagonisant, agressif et subversif par les moutons bien apprivoisés et neurasthéniques qui détestaient tout type de véritable conflit avec la société. Et cette réaction ne fut pas seulement celle des “aventuriers politiques” des travaillistes Black Rose, mais aussi par les coupeurs de biscuits de la Fédération Anarchiste et les fossiles syndicalistes du SolFed IWA (Solidarity Federation International Workers’ Association).

La station terminus est la fin de la course à la mort du techno-capitalisme industriel sponsorisé par le Leviathan. Plus désillusionné encore par les autres anarchistes et mon (notre) futur, je m’en fus de cette île déserte.

Je pourrais remplir cet article de toute une litanie de succursales anarcho-communistes et anarcho-syndicalistes présentes au Royaume-Uni qui pêchent toutes dans le même petit étang pour gonfler leur nombre afin de mener à bien cette grève générale et cette révolution qui ne viennent jamais. Tire la sonnette d’alarme et sort du train Wobbly ! (NdT: Wobbly est le surnom donné aux syndicalistes de l’IWA ou Industrial Workers Association)

Finalement, l’Allemagne

Le climat politique en Allemagne est vraiment mitigé et cela s’étend également aux sphères anarchistes. Comme en GB, en dehors des classiques anarcho-communistes et anarcho-syndicalistes, il y a un bon nombre d’anarchistes auto-proclamés qui participent à l’électoralisme et ont une croyance indéfectible en la “véritable démocratie”, il y a même quelques “anarchistes” qui s’identifient comme “anti-deutsch” dont la politique émergeant d’un sentiment de culpabilité national (parce que la plupart de leurs grands-parents furent responsables activement ou passivement de l’holocauste) résulte dans le soutien du colonialisme sioniste et de l’état d’apartheid qu’est Israël. Ce dernier type “d’anarchistes” étant indéniablement des fascistes suprémacistes blancs et représentent la susceptibilité idéologique de la politique de gauche et son appel à la simplification superficielle opérant au travers de l’exploitation et la création d’une culpabilité.

J’ai eu un bon nombre de discussions qui ont tourné vinaigre et hostiles avec des anarchistes d’autres arômes, qui ont le goût de pourriture pour moi et qui n’ont pas apprécié mon aspect iconoclaste, individualiste et mes sentiments anti-civilisationnels et quelque peu nihilistes. Pour eux, je n’étais qu’un désillusionné de plus, aigri et en mal de style de vie. Les anarchistes que j’ai eu la mauvaise chance de rencontrer lors du jour de la manifestation internationale du travail de Berlin, me dirent de ne pas antagoniser la police sans raison parce que “cela mettait un surplus de risque sur les personnes de couleur”.

Bien entendu, ces idiots ne savaient pas que j’étais moi-même kurde et turc. Quelque chose doit être dit au sujet des blancs dont l’alliance politique mêlée avec la politique identitaire dépend de la mise en valeur des “gens de couleur” comme moi pour auto-discipliner le mouvement anarchiste et pour désamorcer ce désir sauvage, de faire le boulot de l’État et d’Œdipe. J’emmerde votre alliance, je n’en veux pas ! Je n’en ai pas non plus besoin ! Si vous voulez vraiment aider, devenez mes complices criminels. Foutons le feu à la police 1 Engageons-nous dans une orgie de vol et offrons-nous et aux autres un petit coin de décadence ! Dansons sur les ruines de cette saloperie de Leviathan tous ensemble !

Depuis bien trop longtemps le mouvement anarchiste a essayé d’exister sur ses vieux chemins emmêlé dans les mêmes discours et les mêmes formalités. Il est grand temps de jeter la vieille bête dans le fossé. Construire des organisations et recruter des membres au sein de la “société civile” et essayer de faire de l’anarchie un produit de marketing comme étant normal et inoffensif  à la vie civilisée. Il n’y a rien d’attirant dans le tumulte de l’entropie de l’anarchie pour l’esprit domestiqué. Si les moutons affirment être anarchistes, ce n’est que dans le sens où ils voudraient juste utiliser la démocratie directe pour continuer à vivre comme du bétail en gérant coopérativement leur propre massacre. (NdT: en auto-gérant la merdasse du capital dans un réformisme sans cesse renouvelé et par essence inepte…)

Je ne facilite pas ma propre mise en esclavage et mon propre massacre. Je ne veux pas être accepté et assimilé dans le mouvement civil anarchiste qui essaie d’en appeler à la société comme un gamin essaie de plaire à son père, mendiant amour et reconnaissance. Mon désir sauvage est schizophrène, il ne reconnait pas la loi du père, la loi de l’État, ni les lois de la société. Mon nihilisme anti-politique me met en opposition directe avec la société et ses grands prêtres quelque soit mon choix. La couleur de ma peau est un assemblage explosif avec ma nature de confrontation  et est vue dans le cœur de l’empire ni plus ni moins que comme une menace. Je n’ai aucune confiance dans le mouvement anarchiste, son but de démocratie et de révolution ainsi que du corps d’organisations et d’individus qui le compose. En ces temps actuels, seul un pessimisme abyssal envers le mouvement anarchiste peut être la réaction de quiconque en porte-à-faux avec les rouages broyeurs du Leviathan.

SEULE LA FORCE PULSATRICE DU MOI TOUT-PUISSANT,
ET NON UN PARI PLACÉ SUR UNE DELIVRANCE BIBLIQUE.
L’ANARCHIE EST MAINTENANT OU JAMAIS !
NE LE VOYEZ-VOUS PAS ?
LA SERENITE D’UN NIHILISTE HILARE,
LES LARMES DE JOIE A SA CONTEMPLATION
TOUT
BRULE.
LE VOYEZ-VOUS ?
PAS JUSTE LE VOIR, JE PEUX LE SENTIR,
LE SOUFRE,
ET ENTENDRE LE SON DE MON RIRE SI AIGU.

— Barut, 2021

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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A bas l’État, la marchandise, l’argent et le salariat !

En 2011, des anarchistes analysaient et conseillaient fraternellement le mouvement Occupy Wall Street… Toujours valide 10 ans plus tard ! (CrimethInc)

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 27 juin 2021 by Résistance 71

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Cette lettre / analyse aux participants du mouvement “Occupy Wall Street” (OWS) a été écrite il y a 10 ans, observons sa justesse non seulement concernant le mouvement OWS, mais aussi concernant bien des mouvements sociaux s’étant tenus ces 10 dernières années, y compris celui du mouvement des Gilets Jaunes en France de 2018 à 2020. Il est important de réfléchir et d’analyser rétrospectivement si nous ne voulons pas commettre les mêmes erreurs encore et toujours… Albert Einstein avait déjà défini la “folie” comme étant la répétition d’erreurs tout en en attendant un résultat différent..
De fait, le mouvement OWS, bien qu’ayant eu de grands moments, s’est étiolé mais a surtout succombé (par infiltration ? sûrement mais pas que…) au réformisme, s’est perdu dans les méandres du blablatage futile et stérile. Il n’a pas tenu la route parce qu’il a succombé aux vieux démons de la conciliation et de cette idéologie perverse et neutralisante de la “réforme au sein du système”.
Il est essentiel pour tous les résistants de comprendre, afin de faire table rase sur toute supposée différence “idéologique”, et qu’il n’y a pas de solution au sein du système et qu’il ne saurait y en avoir. A partir de là, penser et agir hors du “moule” devient seconde nature, de fait, notre nature profonde qui remonte à la surface, libérée du fatras de l’ineptie idéologique qui la musèle depuis quelques 5000 ans…
Inutile de dire que ce texte d’anarchistes yankees résonnent particulièrement juste à nos oreilles, car regardons autour de nous, nous y sommes toujours et il est temps de comprendre et d’avancer sur le chemin définitif et radical de notre émancipation finale.
Qu’on se le dise et agissons en accord avec notre pensée critique individuelle et collective.

Dans l’esprit de Cheval Fou

~ Résistance 71 ~

Lettre ouverte d’anarchistes aux Occupants du mouvement Occupy Wall Street (OWS)

CrimethInc

Octobre 2011

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Juin 2021

Soutien et solidarité ! Nous sommes inspirés par cette occupation de Wall Street et ailleurs dans le pays. Enfin, les gens prennent la rue de nouveau ! Le momentum autour de ces actions a le potentiel de raviver la protestation et la résistance dans ce pays. Nous espérons que ces occupations vont augmenter à la fois en nombre et en substance et nous ferons de notre mieux pour y contribuer.

Pourquoi devez-vous nous écouter ? Brièvement, parce que nous avons une longue pratique de tout cela. Nous avons passé des décennies en lutte contre le capitalisme, à organiser diverses occupations et à prendre des décisions par consensus. Si ce nouveau mouvement n’apprend pas des erreurs de ceux qui l’ont précédé, nous courrons le grand risque de les répéter. Nous avons résumé ici quelques-unes des leçons durement apprises…

Occuper n’est en rien nouveau. La terre sur laquelle nous nous trouvons en ce moment même est déjà un territoire occupé. Les Etats-Unis furent fondés sur l’extermination des peuples indigènes vivant ici préalablement et sur la colonisation de leurs terres qui leur furent volées et ceci sans même mentionner les siècles d’esclavages et d’exploitation. Pour qu’une contre-occupation ait un sens, elle doit commencer avec cette histoire. Mieux encore, elle devrait embrasser l’histoire de la résistance s’étendant et incluant l’auto-défense des peuples indigènes et les révoltes d’esclaves en passant pas les divers mouvements de travailleurs et de révolte anti-guerre et ce jusqu’au mouvement bien plus récent anti-mondialiste.

Les fameux “99%” ne sont pas un seul corps social, mais plusieurs. Quelques occupants ont présenté un narratif dans lequel les “99%” sont caractérisés en tant que masse homogène. Les visages qui semblent vouloir représenter les “gens ordinaires” ressemblent de manière souvent suspicieuse à ces citoyens de la classe moyenne blanche et bien-pensante qu’on a l’habitude de voir dans les programmes de télévision, alors même que ceux-ci ne sont qu’une minorité de la population générale.

C’est une erreur que de balayer d’un revers de la main notre diversité. Tout le monde ne se réveille pas aux injustices du capitalisme pour la première fois maintenant, certains segments de la population ont été ciblés par la structure du pouvoir pendant des années voire des générations. Les employés de la classe moyenne qui commencent à perdre maintenant leur standing social peuvent beaucoup apprendre de ceux qui ont été la cible incessante de cette injustice depuis bien bien plus longtemps.

Le problème n’est pas qu’il y a juste “quelques moutons noirs” La crise n’est pas le résultat de l’égoïsme de quelques investisseurs banquiers ; elle est l’inévitable conséquence d’un système économique qui récompense à outrance la concurrence sauvage, ce à quelque niveau que ce soit de la société. Le capitalisme n’est pas un mode de production et de vie statique mais un processus dynamique qui carbonise tout sur son passage, transformant, réifiant le monde pour plus de profit et plus de chaos. Maintenant que tout a été mis dans la chaudière, le système s’effondre, laissant même ses anciens bénéficiaires de la classe moyenne sur le carreau. La réponse à ceci n’est pas de revenir à une étape précédente du capitalisme, de revenir au standard or, par exemple, car non seulement ceci est impossible, mais ces étapes précédentes n’ont pas non plus profité aux “99%”. Pour sortir de ce merdier (sic), nous allons devoir redécouvrir d’autres façons d’interagir entre nous et avec le monde qui nous entoure (NdT: ce que disait exactement Gustav Landauer…)

On ne peut pas avoir confiance en la police Ce sont peut-être aussi des “travailleurs ordinaires”, mais leur boulot est de protéger les intérêts de la classe dirigeante. Aussi loin qu’ils demeurent employés comme fonctionnaires de police, nous ne pouvons en rien compter sur eux, aussi sympas peuvent-ils être parfois. Les occupants qui ne savent pas déjà cela vont l’apprendre très bientôt à leurs dépends dès qu’ils menaceront les déséquilibres de richesse et de pouvoir sur lesquels notre société est fondamentalement ancrée. Quiconque pense et insiste sur le fait que la police existe pour protéger et servir le peuple a probablement vécu une vie de privilégié(e), ou une vie d’obéissance crasse.

Ne fétichisez pas l’obéissance à la loi. Les lois ne servent qu’à protéger les privilèges des riches et des puissants, leur obéir n’est en rien nécessairement moralement correct, cela peut être même bien immoral. L’esclavage était légal. Les nazis avaient des lois. Nous devons développer la force de conscience pour faire ce que nous savons être le meilleur et ce en dépit des lois.

Pour avoir une diversité de participants, un mouvement doit faire de la place à une diversité de tactiques. C’est reposant et auto-gratifiant de penser savoir comment chacun devrait agir dans la poursuite d’un monde meilleur. Dénoncer les autres ne fait que renforcer les autorités dans la délégitimisation, la division et la destruction du mouvement dans sa totalité. La critique et le débat propulse un mouvement vers l’avant, tandis que la lutte d’influence le handicape. Le but ne devrait pas être de forcer tout le monde à adopter les mêmes tactiques, mais de découvrir comment des approches différentes peuvent être mutuellement bénéficiaires.

N’assumez pas systématiquement que ceux qui enfreignent la loi et combattent physiquement la police sont des agents provocateurs. Bien des gens ont bien des raisons d’être particulièrement en colère. Pas tout le monde s’est résigné à un pacifisme légaliste ; certaines personnes savent encore comment rester debout. La violence policière n’est pas seulement faite pour nous provoquer, elle est faite pour nous faire mal, pour nous blesser et pour nous terroriser à demeurer inactif. Dans ce contexte, l’auto-défense est essentielle.

Assumer que ceux qui sont en ligne de front des clashes avec les autorités sont systématiquement des collaborateurs de celles-ci n’est pas seulement illogique, mais cela délégitimise l’esprit qui doit être présent pour défier le statu quo (oligarchique) et cela décourage quelque peu ceux qui sont préparés à le faire. Cette allégation est assez typique de gens privilégiés à qui on a enseigné de faire confiance aux autorités et de craindre tous ceux qui leur désobéissent.

Aucun gouvernement, c’est à dire aucun pouvoir centralisé, ne va jamais mettre les besoins du commun des gens devant les besoins des puissants. Il est bien naïf de croire en cela. Le centre de gravité de ce mouvement (OWS) doit être notre liberté et notre autonomie et l’entraide que celles-ci peuvent générer et maintenir et non pas le sempiternel désir d’un pouvoir centralisé “responsable et responsabilisé”. Cela n’a jamais au grand jamais existé ; même en 1789, les révolutionnaires présidaient sur une “démocratie” à esclaves, sans mentionner le clivage riche-pauvre.

Ceci veut clairement dire qu’il ne s’agit pas simplement de faire des demandes à nos dirigeants, mais de construire un tel pouvoir qui nous permettra de réaliser dans les faits nos propres demandes par nous-mêmes. Si nous le faisons de manière efficace,  les puissants devront prendre nos demandes très très sérieusement, ne serait-ce que pour conserver notre attention. Nous ne pouvons faire levier sur la situation que si nous développons notre propre force.

Ainsi, un bon nombre de mouvements passés ont appris de la manière dure qu’établir sa propre bureaucratie, si “démocratique” se voulait-elle, n’a fait que diminuer et handicaper leurs objectifs originaux. Nous ne devons pas donner l’autorité à de nouveaux “leaders”, ni même de nouvelles structures de prises de décisions ; mais nous devons trouver le moyen de défendre et d’étendre toujours plus notre liberté toute en abolissant les inégalités qu’on nous a forcé à admettre et à suivre.

Les occupations vont grandir des actions que nous entreprenons. 

Nous ne sommes pas juste là pour “dire la vérité au pouvoir”, quand nous ne faisons que parler, les riches et les puissants font la sourde oreille. Donnons de l’espace à des initiatives autonomes et organisons l’action directe, celle qui confronte la source même des inégalités et des injustices sociales.

Merci de lire, de planifier et d’agir. Que vos rêves se réalisent.

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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Manifeste pour la Société des Sociétés

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La véritable réinitialisation : Refonte de la société à la racine sur la base de l’action directe hors État et hors marchandise

Posted in actualité, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 25 juin 2021 by Résistance 71

GustaveLefrançais
Gustave Lefrançais (1826-1901)

Les vrais crimes de la Commune devant la bourgeoisie

Gustave Lefrançais

“Souvenirs d’un révolutionnaire, de juin 1848 à la Commune”

Source :
http://guerredeclasse.fr/2021/06/20/la-commune-a-demontre-que-le-proletariat-pouvait-se-passer-de-vous/

Les vrais « crimes » de la Commune, ô bourgeois de tous poils et de toutes couleurs : monarchistes, bonapartistes et vous aussi républicains roses ou même écarlates ; les vrais crimes de la Commune, qu’à son honneur vous ne lui pardonnerez jamais ni les uns ni les autres, je vais vous les énumérer. 

La Commune, c’est le parti de ceux qui avaient d’abord protesté contre la guerre en juillet 1870, mais qui, voyant l’honneur et l’intégrité de la France compromises par votre lâcheté sous l’Empire, ont tenté l’impossible pour que l’envahisseur fût repoussé hors des frontières, alors que vous ne songiez qu’à lui livrer Paris pour reprendre au plus vite votre existence de tripoteurs et de jouisseurs. 

La Commune, pendant six mois a mis en échec votre œuvre de trahison. 

Jamais, jamais vous ne le lui pardonnerez. 

La Commune a démontré que le prolétariat était préparé à s’administrer lui-même et pouvait se passer de vous, alors que vous vous prétendiez seuls capables de « mener les affaires ». 

La réorganisation immédiate des services publics, que vous aviez abandonnés, en est la preuve évidente. 

Jamais vous ne le lui pardonnerez. 

La Commune a tenté de substituer l’action directe et le contrôle incessant des citoyens à vos gouvernements, tous basés sur la « raison d’État », derrière laquelle s’abritent vos pilleries et vos infamies gouvernementales de toutes sortes. 

Son triomphe menaçait de ruiner à jamais vos déprédations, vos brigandages légaux, vos incessants dénis de justice. 

Jamais, non jamais, vous ne le lui pardonnerez. 

Vous, moins que tous autres encore, républicains modérés, radicaux et même intransigeants ; car, à l’instar des bonapartistes – vos cousins germains – vous n’aspirez au pouvoir que pour en récolter les monstrueux bénéfices. 

Vous ne pardonnerez jamais à la Commune d’avoir pour longtemps, et peut-être pour toujours, compromis vos avides espérances, votre seul programme à vous, qui nous reprochez de n’en avoir pas eu. 

Voilà les vrais, les seuls motifs de vos calomnies à tous; de votre haine unanime et implacable contre les vaincus de mai 1871, qui, à leur tour, ne pourront jamais trop vous cracher à la face le mépris et le dégoût que vous leur inspirez.

Gustave Lefrançais, Souvenirs d’un révolutionnaire, De juin 1848 à la Commune

Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclara la guerre au royaume de Prusse. La section parisienne de l’Internationale avait dénoncé cette guerre : “Une fois encore, sous prétexte d’équilibre européen, d’honneur national, des ambitions politiques menacent la paix du monde. Travailleurs français, allemands, espagnols, que nos voix s’unissent dans un cri de réprobation contre la guerre ! […] La guerre […] ne peut être aux yeux des travailleurs qu’une criminelle absurdité.” (Manifeste de la section parisienne de l’Association internationale des travailleurs publié dans Le Réveil, le 12 juillet 1870) 

La Commune de Paris a duré 72 jours, du soulèvement du 18 mars 1871 aux derniers combats au cimetière du Père-Lachaise le 28 mai. Mais le 18 mars ne fut pas un éclair soudain dans un ciel serein. Deux soulèvements avaient précédemment échoué le 31 octobre 1870 et le 22 janvier 1871, contre la politique capitularde du gouvernement républicain de “Défense” nationale et pour la proclamation de la Commune. Après la répression du 22 janvier, le gouvernement eut les mains libres pour signer la capitulation de Paris. Les négociations entamées dès le 23 par Jules Favre avec les Allemands aboutirent à la signature de l’armistice le 26 janvier qui entra en vigueur deux jours plus tard. La guerre franco-allemande était terminée.

La victoire des insurgés le 31 octobre “aurait changé complètement la nature de la guerre. Elle serait devenue la guerre de la France républicaine, hissant l’étendard de la révolution sociale du XIXe siècle contre la Prusse, porte-drapeau de la conquête et de la contre-révolution.” (Marx, Première ébauche de la Guerre civile en France)

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Commune_1871-2021
… de notre humanité enfin réalisée

Le narratif SRAS-CoV-2 / COVID prend l’eau de toutes parts, l’oligarchie sauve les meubles… Restons concentrés sur l’essentiel… Il n’y a pas de solution au sein du système (Résistance 71)

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CHEVAL FOU
Dans l’esprit de Cheval Fou…

Résistance 71

18 juin 2021

Cet essentiel en ce 18 juin est un Appel à la compréhension et à ne pas se laisser berner par ce qui se profile à l’horizon. Gardons la tête froide et analysons critiquement. Rappelons-nous toujours : Il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir. Il y a un an en juin 2020 nous publiions ce texte testament politique en format PDF (merci Jo !)
Nous vous le remettons à (re)lire et (re)diffuser sans aucune modération, merci :

« Du chemin de la société vers son humanité réalisée » (Résistance 71)
Format PDF

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Analyse du livre de J. Baschet « Basculements, mondes émergents, possibles, désirables » (Pierre Bance)

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La société des sociétés se construira hors État, hors marchandise, hors argent et hors salariat ou ne sera pas. L’État et le capitalisme sont au bout du rouleau certes, mais se métamorphosent une énième fois, fusionnent en ce que leur oligarchie appelle le “Nouvel Ordre Mondial”, fusion supranationale des mega-entreprises et des états en une entité dictatoriale technotronique et transhumaniste supra-élitiste.
L’antidote à ce cauchemar dystopique est la société des sociétés de notre humanité réalisée au sein de la diversité de notre complémentarité, hors antagonisme et en harmonie avec la simple loi naturelle.
Tout part de l’individu qui dit NON ! à tout et en tout et se ligue avec ses semblables à la racine humaine profonde du refus d’obtempérer. L’individu comprend, refuse, agit en se liguant, rayonnant ainsi de l’individu au collectif. Nous avons mis sous cet article d’analyse de livre, quelques textes qui pourront aider à la réalisation individuelle et collective de la seule société future viable pour l’humanité, quelque soit le nom qu’on lui donne.
~ Résistance 71 ~

Cronstadt100ans1
1871, 1921, 1936, 1956, 1968…
Vive Commune Universelle de notre humanité réalisée !

Basculer d’accord mais du bon côté

Pierre Bance

Mai 2021

Source:
http://www.autrefutur.net/Basculer-d-accord-mais-du-bon-cote

Jérôme Baschet n’aime pas l’idée d’effondrement « inéluctable et fatal », chère à la collapsologie, parce qu’elle n’a d’autre perspective que la résignation. Il préfère parler de « basculements », titre de son dernier livre. Certes les basculements portent une part d’incertitude mais ils n’écartent aucune hypothèse émancipatrice ‒ « le champ des possibles ».

La crise du Covid-19 ne se terminera pas par le basculement final. L’État-nation pourrait même s’en trouver ragaillardi, sollicité par les citoyens pour renforcer le service public de santé, sollicité par le capital pour rétablir l’ordre sanitaire qu’ils ont ensemble contribué à désorganiser. Il ne faudrait cependant pas s’arrêter à cette impression, déclare Jérôme Baschet, car, parallèlement, cette crise « a mis en évidence les hésitations, les louvoiements et les défaillances des gouvernements plutôt que leur toute puissance » (p. 24). Il y a donc des raisons d’espérer. La crise peut servir d’appui « pour porter la réflexion jusque vers l’après-capitalisme » (p. 17). Le Léviathan aurait des bases pourries et si le capitalisme est désorganisé par un virus, c’est peut-être un autre des signes annonçant qu’il est en bout de course, sans toutefois sous-estimer sa capacité de réaction, d’adaptation. Ainsi Baschet réfléchit-il au sens de la promotion d’un capitalisme vert et numérisé, nouvelle image de sa modernité. Ce leurre néolibéral qui permettra de saper la contestation écologique tout en évitant le seul effondrement certain s’il persévère dans sa dynamique de domination et de d’accumulation : l’extinction de l’humanité. Quels que soient les scénarios que le capitalisme empruntera – continuer comme aujourd’hui, se verdir ou adhérer au modèle autoritaire chinois ‒, ses méfaits chaque jour constatés, ses crises à répétition ne peuvent que favoriser des réactions antisystémiques et nourrir l’espérance en des « mondes émergents » et des « possibles désirables » (sous-titre du livre). Comment et lesquels ? C’est à cette question que l’auteur tente de répondre dans ce livre servi par d’impressionnantes connaissances et une plume agile.

Si l’on veut en finir avec la domination étatique et le productivisme capitaliste afin de respecter la nature, promouvoir la liberté et l’égalité des différentes communautés humaines, ce monde émancipé sera fondé sur l’autonomie communale, l’équilibration des contraires et la fédération des « espaces libérés ». Voilà un programme ‒ un parti pris ‒ sur lequel s’accordent de plus en plus de personnes même si les voies pour y parvenir sont multiples et peuvent se combiner, du grand soir insurrectionnel aux luttes interstitielles, en passant par l’action institutionnelle (sociale-démocrate).

Encore faudra-t-il renoncer aux références philosophiques et éthiques de nos sociétés. « On ne peut espérer sortir du capitalisme, écrit Jérôme Baschet, sans récuser une modernité qui a pour principaux fondements le naturalisme, l’individualisme et l’universalisme ‒ à quoi il faudrait ajouter la vision d’une histoire linéaire, identifiée au mouvement unique et illimité du Progrès » (p. 175). C’est un préalable qui fera déjà problème, à commencer par son rejet de l’universalisme. Pour Baschet, ce rejet n’est pas négociable si l’on veut que, sur la terre, des mondes multiples s’entrelacent dans des existences communales et se fondent dans « une condition planétaire vécue dans son hétérogénéité constitutive » (p. 178).

L’auto-administration et ses instituions

Les grandes lignes du modèle de société communaliste que propose Jérôme Baschet sont connues : assemblée communale souveraine, mandat précis et révocable des délégués, rotation des responsabilités, fédération « postlocale » pour les questions relevant de plusieurs unités territoriales. Il ne pousse pas plus loin la question de l’organisation, considérant qu’il appartiendra aux assemblées concernées de la mettre en place. Certainement sous-estime-t-il l’importance d’avoir posé la règle préalablement à « l’événement ». Pourtant, tout en disant qu’une constitution n’est pas nécessaire, au paragraphe suivant, il en écrit un morceau sur les conditions de la délégation (p. 112). Si le projet révolutionnaire ne prévoit pas les institutions de l’auto-administration [1] et leur fonctionnement, si ce n’est dans le détail tout au moins dans leurs principes politiques et juridiques, s’il s’en remet à la spontanéité du moment révolutionnaire ou aux fragiles fédérations d’alternatives mises en place en régime capitaliste, il y a fort à parier que l’État reprendra le dessus militairement ou, encore mieux, par des élections, comme en 1968. Si l’appareil d’État est affaibli au point de n’être plus en mesure de réagir, l’absence d’institutions capables d’agir immédiatement laissera le champ libre à quelque parti ou quelque leader charismatique pour s’approprier la révolution et rétablir un État sous leur domination.

De même, une fois l’installation révolutionnaire réussie, si comme le dit Jérôme Baschet chacun doit participer à la décision politique, n’en va-t-il pas autrement pour son exécution. Sont nécessaires des instances administratives stables qui n’ont pas seulement « un rôle spécial d’initiative et d’impulsion » (p. 121), mais qui exercent une autorité de compétence sous le contrôle des assemblées locales ou fédérales mandantes pour que ne se constitue pas une bureaucratie « d’intelligents ».

L’auteur, bien sûr, n’ignore pas tout cela mais se méfie de toute règle, tout « programme contraire à l’esprit de l’autonomie » (p. 119) telle qu’il la conçoit : « la reconnaissance d’une capacité partagée qui récuse toute suspicion d’incompétence ou d’ignorance » (p. 125). Il n’est pas non plus naïf : « Les discordances sont inévitables, comme les manquements au faire-commun ; et, en cas d’infraction aux règles collectivement assumées, des décisions visant à réparer le tort commis doivent être prises par les instances de justice communale » (p. 165), une justice du consensus, ajoutera-t-on.

L’autogestion de la production

Jérôme Baschet est plus à l’aise avec la question économique. Il conduit une critique serrée de la nature productiviste du capitalisme, puis envisage le « démantèlement de l’actuel système productif-destructif » (p. 83). Pour ce, il recense les secteurs qui pourraient être rationnalisés voire supprimés vu leur inutilité ou leur nuisance et conclut que « ce qu’il est pertinent de produire n’est rien d’autre que ce qui est défini comme tel par les collectifs concernés » (p. 88, voir aussi p. 103). La formule est belle, mais recouvre nombre de difficultés pratiques et juridiques pour lesquelles il vaudrait mieux envisager des procédures dès aujourd’hui. Ainsi de « la disparition des principales formes de propriété des moyens de production », du remplacement de la propriété privée par l’usage (p. 88), ou de la question de la planification que Baschet rejette au nom des mauvais souvenirs du socialisme réel qui ne le fut guère (p. 87). Peut-on envisager le fédéralisme sans planification, avancer à l’aveuglette ?

Il aborde aussi un sujet qui intéressera particulièrement les lecteurs des Chroniques Noir et Rouge : la production relève-t-elle de l’assemblée des producteurs ou de l’assemblée des citoyens de la commune ? Elle revient à la commune ou à l’instance « supralocale » compétente, répond Baschet. Si cela est vrai pour le choix de ce que l’on produit, le comment-on-le-fait doit rester aux mains des travailleurs ‒ encore un mot qui relève des catégories du capitalisme. Ce sont eux, par exemple, qui sont en mesure de mieux rompre avec la division du travail, d’édicter les normes du point de vue des exigences écologiques.

Pour résumer, il s’agira, le moment venu, de « relocaliser et réduire drastiquement la production, retrouver le sens des proportions, réencastrer les décisions productives dans les choix de vie » (p. 103). Du Bookchin.

Bookchin justement

Après avoir écarté l’option étatique pour enclencher la transformation révolutionnaire et souligné la nécessité pour les expériences alternatives de s’organiser en réseau pour sortir de « leur impuissance, sinon [de] leur insignifiance » (p. 183, voir aussi p. 197), Jérôme Baschet se rapproche, en partie, des propositions de Murray Bookchin. Il adhère à la stratégie de marginalisation de l’État par l’autonomie communale, en l’associant avec des actions de blocages (grèves, occupations, barrages routiers, boycottages par les consommateurs, etc.). Cependant, Baschet critique Bookchin sur certains points. Il lui reproche de ne pas prendre en compte la diversité culturelle, ce qui est vrai et ce grief lui est souvent opposé. Il lui reproche aussi, mais c’est moins convaincant parce que réducteur [2], « de faire d’une politique municipale alternative le levier exclusif de la sortie du capitalisme » (p. 198). Il aurait aussi pu parler du « progrès » chez Bookchin, objet de discussions, parfois de disputes, dans le monde de l’écologie sociale.

Pendant que l’on débat des mérites des théories de Bookchin, les révolutionnaires du Rojava qui s’en revendiquent au travers du confédéralisme démocratique, mesurent concrètement combien il est difficile d’abattre l’État pour mettre en place une démocratie directe. Plus qu’au Chiapas [3], dont on rappelle que Jérôme Baschet est l’un des meilleurs connaisseurs, c’est en Syrie du Nord que le discours alternatif et les théories autonomiste se confrontent au réel sur une grande échelle et dans des conditions géopolitiques dantesques. Les reculs, les échecs, les tergiversations que les ennemis de l’Administration autonome démocratique ne manquent pas de relever, peuvent, en effet, décourager, faire douter. Il faut alors prendre les oiseaux de mauvais augure à contrepied. L’analyse de chaque défaillance doit être une source d’avancée dans la compréhension du processus révolutionnaire au même titre que l’œuvre constructive de la révolution comme, simple exemple, l’application systématique du principe d’égalité [4]. Avancées qui, quel que soit le sort de cette révolution, contribueront à imaginer des réponses aux problèmes sous-jacents aux thèses de Baschet. Car il serait périlleux, le jour venu, de décider dans l’urgence, voire la panique, faute d’anticipation.

* * *

Pour conclure, Jérôme Baschet propose, sans écarter d’autres pistes, une hypothèse de basculement qui « allie stratégies interstitielles antagoniques et stratégies non étatiques de rupture – les deux interagissant dans une dynamique de crise structurelle » (p. 217). Qu’on soit ou non d’accord avec cela, ou d’autres de ses analyses adjacentes, on remerciera Baschet d’avoir alimenté la dynamique réflexive vers l’après-capitalisme et, du coup, de nous pousser à aller plus loin encore pour penser le projet d’un autre futur, pour le faire partager au plus grand nombre. Autant dire qu’il reste du travail contre-et-au-delà, comme dirait John Holloway [5].

Pierre Bance

(article paru dans les Chroniques Noir et Rouge N°5)

Jérôme Baschet, « Basculements. Mondes émergents, possibles désirables », 

La Découverte, 2021, 254 pages dont 18 pages de bibliographie, 15 € –

[1] Voir, Floréal M. Romero, Agir ici et maintenant. Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin, Éditions du commun, 2019, 272 pages, 16 €

[2] Voir, Floréal M. Romero, Agir ici et maintenant. Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin, Éditions du commun, 2019, 272 pages, 16 €

[3] Pierre Bance, « Rojava et Chiapas, deux lueurs d’émancipation dans un monde halluciné », Autre futur.net, 22 mars 2017 (http://www.autrefutur.net/Rojava-et-Chiapas-deux-lueurs-d-emancipation-dans-un-monde-hallucine).

[4] Pierre Bance, La Fascinante Démocratie du Rojava. Le Contrat social de la Fédération de la Syrie du Nord, Éditions Noir et Rouge, 2020, 600 pages. Voir cette revue, n° 2, mai-juin 2020, page 7.

[5] « Le mouvement vers l’autodétermination est un mouvement contre cette société basée sur la négation de l’autodétermination, et c’est en même temps une projection au-delà de cette société – une projection permettant de rêver, de parler, d’agir » (John Holloway, « Douze thèses pour l’anti-pouvoir », Contretemps, n° 6, « Changer le monde sans prendre le pouvoir ? Nouveaux libertaires, nouveaux communistes », février 2003, article page 38 ; également sur le site Europe solidaire sans frontière (www.europe-solidaire.org/spip.php?article4498).

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

desobeissance-civile

SlogBD5

SlogBD4

« L’essentiel de Résistance 71, 2010-2021 » mise à jour (PDF)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, coronavirus CoV19, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, réchauffement climatique anthropique, résistance politique, santé et vaccins, science et nouvel ordre mondial, sciences et technologies, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 9 juin 2021 by Résistance 71

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9 juin 2921

Merci à Jo pour cette mise à jour :

Lessentiel-de-resistance71-de-2010-a-2021-maj-6-21

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Hommage à une grande résistante : Rosa Koire, femme de vérité et d’aplomb…

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« Derrière le masque vert »…

« Il n’est pas du tout désirable que vous remarquiez que vous n’avez en fait le choix de rien du tout dans les choses les plus importantes de votre vie, on ne vous donne que l’illusion du choix et que vous prenez les décisions par vous-même… »
~ Rosa Koire ~

Auteure du livre : « Behind the Green Mask, U.N Agenda 21 », 2011

Hommage à Rosa Koire

Anonyme

Reçu par courriel le 6 juin 2021

En l’honneur de Rosa Koire, femme de vérité, auteur de Behind the Green Mask, décédée le 31 mai 2021, jour du Memorial Day.

https://www.cielvoile.fr/2021/06/en-l-honneur-de-rosa-koire-femme-de-verite-auteur-de-behind-the-green-mask-decedee-le-31-mai-2021-jour-du-memorial-day.html

Rosa Koire dénonçait l’agenda 21, le but, l’exode rurale des gens vers les villes, l’appropriation de toutes les zones vertes naturels par les riches, la concentration de la population mondiale dans les smart cities, le but des compteurs intelligents, etc…

Rosa Koire déclare que les compteurs intelligents ne sont que l’arbre qui cache la forêt.

Que l’objectif c’est de chasser les ruraux et ceux qui vivent encore dans les campagnes pour obliger tout le monde à vivre dans les villes où ils seront surveillés 24H/24, 7 jours sur 7. Sous prétexte que les campagnes doivent être des zones protégés sauvages où les humains seront interdits.

Si les compteurs intelligents ont fini d’être installés, ils vont ensuite créer des appareils ménagers munis de puces qui ne pourront fonctionner que si vous avez vos compteurs intelligents ou puces intelligentes. Tout sera doté de puce RFID. (les compteurs intelligents Linky contiennent la puce RFID aussi). Les gens se dénonceront également les uns les autres. Pas un seul geste, même le plus anodin n’échappera à Big Brother.

Source https://youtu.be/Gy4jB21sNnM (vidéo censurée, preuve que Rosa koire a bien été éliminée par le NVO) mais qu’on peut retrouver ici https://odysee.com/@FlowerPower:b/Rosa-Koire—Agenda-21:a

https://lumieresurgaia.com/erdf-joue-la-carte-du-conspirationnisme-contre-les-opposants-au-linky-attaque-en-justice-une-commune/

Rosa Koire dénonce l’agenda 2030 de dépopulation mondiale dans ces 2 vidéos

https://odysee.com/@MafiaBigPharma:b/Agenda-21-Agenda-2030-Expos%C3%A9-Rosa-Koire-(VOSTFR):3

https://odysee.com/Agenda-21-Agenda-2030-Rosa-Koire:e

Message de Rosa Koire à tous les résistants

https://odysee.com/@FlowerPower:b/Rosa-Koire—Message-%C3%A0-tous-les-r%C3%A9sistants:6

https://www.etresouverain.com/2021/06/07/cogiito-com-nous-ne-serons-pas-des-cobayes-humains-117-medecins-et-infirmieres-poursuivent-leur-employeur-pour-un-vaccin-experimental-force/

Pour ceux qui comprennent l’anglais

Rosa Koire dénonçait le grand reset, il y a 5 mois

https://odysee.com/@ComputingForever:9/rosa-koire-explains-agenda-21-and-the:6

Avant sa mort inexpliquée (NdR71 : Koire est décédée le 31 mai des suites d’un cancer des poumons, maladie qu’elle avait depuis un bon moment, sa mort n’est donc pas « inexpliqué »…), Rosa Koire explique que le but de la fausse pandémie c’est d’imposer l’agenda 21 au monde entier :

« L’Agenda 21 est le plan d’action visant à inventorier et à contrôler toutes les terres, toutes les eaux, tous les minéraux, toutes les plantes, tous les animaux, toutes les constructions, tous les moyens de production, toute l’énergie, tous les systèmes éducatifs, répressifs et judiciaires ; toutes les informations, toute la nourriture et tous les êtres humains de la planète.

« Il s’agit d’un plan d’inventaire et de contrôle. Il s’agit de partage de données, de transfert d’argent des nations développées vers les nations moins développées et, en fin de compte, il s’agit de détruire votre capacité à avoir une voix, à avoir un gouvernement représentatif. 

Il s’agit de changer votre gouvernement en  » gouvernance « … détruisant entièrement votre capacité à être libre et à être indépendant.

« Et le but, bien sûr, est de transférer le pouvoir des locaux et des individus à un système de gouvernance mondiale. Vous ne pouvez pas faire cela d’un seul coup, donc c’est un long processus et vous le voyez exactement comme ce que vous voyez en ce moment : C’est un plan pour perturber et détruire le système existant. C’est un plan de transformation et de contrôle – et c’est ce que nous vivons en ce moment…

« Ce que ce plan fait, c’est qu’il détruit le concept de l’État-nation et il le détruit complètement et le dévolue aux villes-états ou aux régions. Et ce ne sont pas des villes individuelles, comme San Francisco ou New York, ce sont des régions qui sont gouvernées par des mégapoles, qui sont des villes énormes, énormes qui pourraient faire partie de l’État de Washington, de l’Oregon, de l’Idaho et de la Colombie-Britannique.

« Donc, cela brise les frontières nationales, cela brise les frontières des États, cela brise, bien sûr, les frontières des comtés et des villes et il s’agit de détruire votre capacité à pouvoir réellement contrôler ce qui vous arrive….

« C’est un plan global qui est mis en œuvre localement… c’est un plan furtif et vous ne le verrez jamais appelé ‘Agenda 21’…

« S’ils avaient pu organiser un atterrissage d’extraterrestres, ils l’auraient fait… une crise mondiale exige une réponse mondiale et cela justifie une gouvernance mondiale. Qu’est-ce qui pourrait être plus mondial que le changement climatique ? Eh bien, que diriez-vous d’une pandémie ? »

Selon elle, ce plan existe ouvertement sur le papier depuis les années 1880 avec la Fabian Society, attirant des sommités comme HG Wells, George Bernard Shaw et Bertrand Russell, mais il a tendance à se cacher derrière des causes environnementalistes et, plus récemment, derrière COVID-19 et le « racisme systémique ». Ce n’est que maintenant que la technologie existe pour faire de leurs rêves une réalité.

La destruction des forces de police locales a pour but de faire place à une police plus automatisée grâce à l’intelligence artificielle, aux drones et aux robots. « Ensuite, vous aurez une véritable situation dangereuse où vous ne serez pas en mesure de raisonner un véritable être humain », dit-elle.

« Il s’agit de la dépopulation, parce que vous savez quoi ? Vous n’en valez tout simplement pas la peine. Vous consommez trop. Vous prenez trop de place. C’est de cela qu’il s’agit avec le changement climatique. Vous consommez trop d’énergie, trop d’eau et trop de terres et vous devez être isolés et déplacés vers le centre-ville à haute densité, où vous pouvez être plus facilement contrôlés, gérés et surveillés – et c’est ce que cela vous fait en ce moment. »

Quant aux solutions à cette menace inquiétante, Rosa affirme que la prise de conscience est la première étape de la Résistance et que l’action est la seconde.

« Nous sommes conditionnés pour être passifs en ce moment. Nous sommes conditionnés à cliquer sur un « j’aime » et à penser que nous sommes un activiste politique… Je ne veux pas vous insulter – mais laissez-moi vous insulter, ici : vous ne savez même pas où se réunit votre conseil municipal. Vous pensez que cela n’a pas d’importance. Mais ce sont les personnes qui établissent les règles dans lesquelles vous vivez, ici même dans votre ville, et vous feriez mieux de croire que c’est important.

« Et ne me dites pas que votre gouvernement est si mauvais que vous ne pouvez rien y faire… vous l’avez laissé faire et si vous continuez à le laisser faire, ça ne va pas s’améliorer.

« Donc, ce que vous devez faire, c’est… être votre gouvernement. Nous sommes à la fin de la partie, il ne reste plus beaucoup de temps, vous auriez dû le faire il y a longtemps mais… vous devez savoir à quoi ressemble l’Agenda 21 et le reconnaître, de sorte que lorsque vous le voyez dans votre ville, vous pouvez en parler, vous pouvez vous faire élire – ou ne pas être élu – mais en parler.

« Vous pouvez vous présenter à votre conseil municipal. Chaque point de l’ordre du jour est probablement lié à l’Agenda 21, si vous savez ce que vous cherchez…

« Mais il ne suffit pas de savoir sans faire quelque chose… Il faut donc devenir plus actif politiquement et ne pas être un adepte de la première heure…

« Vous allez voir la réalité virtuelle, qui va remplacer votre réalité, ce sera tellement mieux… Une fois que vous aurez fait cela, votre vie sera terminée. Vous allez vouloir ce genre de choses. Ils font en sorte que vous le vouliez… Nous devons combattre cela ensemble. Nous devons résister. »

https://forbiddenknowledgetv.net/rosa-koire-explains-agenda-21-and-the-great-reset/

Après leur COVID-19 bidon qui prend l’eau, ils vont embrayer sur le CLIMAT bidon, bien évidemment, afin que la PEUR soit toujours présente dans les TOUS les foyers.

Le magazine TIME montre un monde en feu pour dépeindre le changement climatique bidon.

Rosa Koire sur la Finalisation de leur Nouvel Ordre Mondial.

La plupart des gens sont loin de se douter qu’un gouvernement mondial se prépare et s’implémente peu à peu sous des airs de protection de la Terre et, accessoirement de l’humanité. D’autres pensent que l’on va soudainement nous imposer une dictature fasciste totalitaire. C’est bien plus vicieux que cela. Une fois de plus, tout est fait de manière très progressive pour que les gens n’y voient que du feu et l’ensemble du projet se veut d’utilité publique.

Les esclaves de demain seront tellement embrigadés que non seulement ils collaboreront de leur plein grès à leur mise en esclavage mais ils en feront volontairement la promotion autour d’eux.

Bienvenue dans l’Agenda 21.

vidéo de Rosa Koire  sur le lien https://odysee.com/@FlowerPower:b/Rosa-Koire—Agenda-21:a

C’est du GRAND BANDITISME TERRORISTE, au Nom de la Planète qu’il faut sauver, bien entendu.

Et ces Bandits Terroristes osent user et abuser des mots : Ecologie et Planète Verte (EVERGREEN) alors que leur Plan est NOIR COMME DU CHARBON.

https://profidecatholicacom.files.wordpress.com/2021/04/image-472.png

Le Forum économique mondial fait allusion à la cyber «pandémie» mondiale cet été pour faciliter une «grande réinitialisation»

https://www.afinalwarning.com/510944.html

En 2020, le Forum économique mondial (FEM) a réalisé une simulation appelée « Cyber Polygone 2020 » qui prévoyait une catastrophe mondiale à venir causée par une « cyberpandémie » mondiale. Tout comme l' »Événement 201″ de l’eugéniste milliardaire Bill Gates a prédit le coronavirus de Wuhan (Covid-19) avant qu’il ne se produise, le Cyber Polygone 2020 a programmé une cyberattaque de la chaîne d’approvisionnement similaire à celle de SolarWinds qui s’est produite plus tôt cette année. Le Cyber Polygone 2020 fait partie de la « grande remise à zéro » prévue par le WEF, qui a été annoncée publiquement il y a plusieurs mois comme un stimulus nécessaire à la transition vers un nouvel ordre mondial. Cette grande réinitialisation, nous a-t-on dit, implique « la transition coordonnée vers une économie mondiale de la quatrième révolution industrielle dans laquelle les travailleurs humains deviennent de moins en moins pertinents ». L’un des plus grands partisans de la grande réinitialisation est le porc mondialiste et fondateur du WEF, Klaus Schwab, qui semble souhaiter ardemment l’extermination de milliards de personnes afin de faciliter l’entrée dans l' »âge d’or » à venir, également connu sous le nom de Grande Tribulation ou Temps de la détresse de Jacob. « Les nouveaux systèmes économiques qui sont basés sur le numérique et qui sont soit en partenariat avec les banques centrales, soit dirigés par elles, sont un élément clé de la Grande Réinitialisation du WEF, et ces systèmes seraient une partie de la réponse au contrôle des masses de chômeurs récents », explique un article sur la transition. « Comme d’autres l’ont noté, ces monopoles numériques, et pas seulement les services financiers, permettraient à ceux qui les contrôlent de ‘couper’ l’argent et l’accès aux services d’une personne si celle-ci ne se conforme pas à certaines lois, mandats et réglementations. »

L’événement catalyseur qui provoquera la grande réinitialisation pourrait être dans quelques jours seulement…

Sur le site Web nouvellement mis à jour de l’événement Cyber Polygone 2021, la prochaine phase du changement implique « un seul lien vulnérable » dans le cyber réseau mondial qui sera exploité afin de « faire tomber l’ensemble du système, tout comme un effet domino. » Sur la base de la description de cet événement à venir, il semble que le WEF et d’autres entités mondialistes prévoient de faire tomber l’ensemble du système afin de le reconstruire dans une image entièrement nouvelle. « Tout cela est lié directement au revenu de base universel », prévient Robert Wheeler du blog The Organic Prepper. « Le très populaire UBI, introduit avec encore plus de vigueur après la pandémie de COVID 19, a popularisé des ‘paiements de stimulation’ conséquents pour survivre à la crise. L’idée de l’UBI a été lancée comme solution à la pauvreté depuis un certain temps, avec des blogueurs comme Daisy Luther la comparant au féodalisme moderne. » Les éléments constitutifs de cette grille de contrôle technologique sont d’ailleurs déjà en place. Il ne reste plus qu’à débrancher la prise, ce qui n’est pas encore arrivé, selon la prophétie biblique – et n’arrivera pas – tant que le Retracteur ne sera pas retiré. Le WEF appelle ce nouveau modèle « capitalisme participatif », qui en réalité n’est rien d’autre que la fusion des secteurs public et privé en une seule bête. C’est un système qui « ressemble plus au fascisme corporatiste de Mussolini qu’à toute autre chose », ont noté des observateurs. Pour en arriver là, le système existant doit être réduit en cendres afin de pouvoir être ressuscité dans ce nouveau système mondialiste. Ce changement entraînera l’élimination de milliards de personnes, la suppression de toute entreprise libre et de toute propriété personnelle, et une transition absolue vers le despotisme mondial. « Ils nous disent toujours ce qu’ils prévoient de faire avant de le faire – du 11 septembre à l’événement 201 », a écrit un commentateur de Zero Hedge observant la tendance. « Mettez juste votre second masque et ne posez pas de questions », a plaisanté un autre. Vous trouverez d’autres informations sur ce sujet à l’adresse suivante https://collapse.news/

https://www.afinalwarning.com/510944.html

Une cyberattaque met hors service toutes les usines de production de viande bovine de JBS aux États-Unis, démontrant la vulnérabilité de l’approvisionnement alimentaire aux attaques informatiques.

https://collapse.news/2021-06-06-cyberattack-shuts-down-all-jbs-beef-plants-in-the-us-showing-food-supply-vulnerability-to-hacking-attacks.html#

pucé par son médecin, elle dénonce source témoignage 7 sur l’article https://covherfrance.wordpress.com/temoignages/

rosa_koire1
« Le néo-féodalisme de l’agenda 21 de l’ONU et son
développement durable fait renaître le servage comme
condition du futur, si nous le laissons faire… »
~ Rosa Koire ~

Humanité en rébellion vers la société des sociétés : Instructions pour une insurrection (Internationale Situationniste 1960)

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IS

Il est important de noter que ce court texte fut écrit il y a 61 ans, 8 ans avant mai 68 et 7 ans avant que Guy Debord n’écrive et ne publie sa “Société du spectacle” (1967)… Texte collectif toujours d’actualité aujourd’hui parce que de fait, rien n’a changé, nous sommes toujours et encore dans la récupération réformiste systémique qui ne fait qu’entretenir le consensus du statu quo oligarchique. Si l’IS s’est auto-dissoute au début des années 70, elle est toujours bien vivante et son esprit plane sans cesse au dessus de l’intention (r)évolutionnaire que nous devons réactiver par la pensée critique et l’action juste qui en découle immanquablement.
Il n’y a pas de solutions au sein du système et ne saurait y en avoir.
A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !
Le reste n’est que pisser dans un violon !
~ Résistance 71 ~

“Avec les mouvements dada et surréaliste, l’Internationale Situationniste se réfère au mouvement ouvrier anti-autoritaire, à la pensée de Marx, de Bakounine, à celle de Rosa Luxembourg et Henri Lefebvre, mais surtout au communisme des conseils.”
~ Pascal Dumontier, historien de l’IS ~

IS1

Instructions pour une insurrection

Internationale Situationiste

1960

Il paraît ridicule de parler de révolution, essentiellement parce que le mouvement révolutionnaire organisé a disparu depuis longtemps des pays modernes où les possibilités de transformation sociale décisive sont concentrées. Mais toutes les alternatives sont encore plus ridicules, car elles impliquent d’accepter l’ordre établi existant d’une manière ou d’une autre. Si le mot “révolutionnaire” a été neutralisé au point d’être utilisé en terme publicitaire pour décrire le moindre changement dans une production de commodité toujours changeante, c’est parce que les possibilités d’un changement central désirable ne sont plus exprimées nulle part. Aujourd’hui, le projet révolutionnaire se tient comme accusé devant le tribunal de l’histoire, accusé d’avoir échoué, d’avoir simplement engendré une autre forme d’aliénation. Ceci revient à reconnaître que la société dominante a prouvé qu’elle pouvait se défendre, a tous niveaux de la réalité, de manière bien meilleure que les révolutionnaires l’avaient envisagé. Ceci ne veut pour autant pas dire qu’elle soit devenu plus tolérable. Le fait est que la révolution se doit d’être réinventée.

Ceci pose un nombre de problèmes conséquents qui doivent être résolus théoriquement et pratiquement dans les prochaines années. Nous pouvons ici mentionner brièvement quelques points qu’il est urgent de comprendre et de résoudre.

De toutes les tendances au regroupement des minorités variées de travailleurs qui sont apparues ces dernières années au sein de mouvements en Europe, seul le courant le plus radical vaut la peine d’être conservé : celui se concentrant sur les conseils ouvriers. Nous ne devons pas non plus ignorer le fait qu’un certain nombre d’éléments confusionnistes cherchent à s’insinuer dans ce débat (voir les récents accords de journaux de la “gauche” philosophico-sociologique de différents pays).

La plus grande difficulté à laquelle doivent faire face les groupes qui recherchent un nouveau type d’organisation révolutionnaire est celle d’établir un nouveau type de relations humaines au sein de l’organisation elle-même. Les forces de la société exercent une pression constante contre un tel effort. Mais à moins que ceci ne soit accomplit au moyen de méthodes que l’on doit encore expérimenter, nous ne pourrons jamais sortir de la politique spécialisée. La demande de participation de la part de tous souvent dégénère en un simple idéal abstrait, alors qu’en fait cela est une nécessité pratique absolue pour le développement d’une véritable nouvelle organisation et pour l’organisation d’une véritable société nouvelle. Même si les militants ne sont plus de simples rouages appliquants des décisions prises pour eux par les maîtres de l’organisation, ils courent toujours le risque de n’être que de simples spectateurs de ceux parmi eux qui sont le plus politiquement qualifiés, conçus en tant que spécialisation. Ainsi, la passivité relationnelle du vieux monde se reproduit.

La créativité des gens et leur participation ne peuvent être éveillées que par un projet collectif qui se préoccupe explicitement de tous les aspects de l’expérience vécue. La seule manière de “motiver et de faire bouger les masses” est de mettre en évidence le contraste pathétique entre les constructions potentielles de la vie et la pauvreté présente de celle-ci. Sans une critique de la vie quotidienne, une organisation révolutionnaire demeure une entité séparée, aussi conventionnelle et ultimement aussi passive que ces camps de vacances qui sont le terrain spécialisé du loisir moderne. Des sociologues comme Henri Raymond dans son étude de Palinuro, ont montré comment dans de tels endroits le mécanisme spectaculaire recrée, au niveau ludique, les relations dominantes de la société en tant que telle.

Puis en arrive à naïvement louer la “multiplicité des contacts humains” par exemple, sans voir que la simple augmentation quantitative de ces contacts ne fait que les laisser tout aussi insipides et inauthentiques qu’ils le sont ailleurs. Même dans le plus libertaire et anti-hiérarchique des groupes révolutionnaires, la communication entre les personnes n’est en rien garantie par un programme politique partagé. Bien entendu, les sociologues soutiennent les efforts de réforme de la vie quotidienne, d’organiser une compensation de celle-ci dans le temps de congés. Mais le projet révolutionnaire ne peut pas accepter la notion traditionnelle de jeu, d’un jeu limité dans l’espace, dans le temps et dans sa profondeur qualitative.

Le jeu révolutionnaire, la création de la vie, est opposé à tout souvenir des jeux passés. Pour fournir une rupture de 3 semaines du type de vie menée durant 49 semaines de travail, les villages vacances du Club Med tirent sur une idéologie polynésienne douteuse, un peu comme la révolution française se présentant sous le déguisement de la Rome républicaine ou comme les révolutionnaires d’aujourd’hui qui se définissent principalement en accord avec comment ils intègrent le bolchévisme ou tout autre style idéologique dans leur rôle de militant. La révolution de la vie quotidienne ne peut pas tirer sa poésie du passé, mais seulement du futur.

L’expérience du loisir vide produit par le capitalisme moderne a fourni une correction critique à la notion marxienne de l’extension du temps de loisir : il est maintenant clair que la liberté totale de temps demande d’abord une transformation du travail et l’appropriation de ce travail en vue de buts et sous des conditions, qui sont différentes de celles du travail forcé qui ont prévalu jusqu’à présent (voir l’activité des groupes qui publient Socialisme et Barbarie en France, Solidarity en Angleterre et Alternative en Belgique). Mais ceux qui mettent toute l’emphase sur la nécessité de changer le travail lui-même, de le rationaliser et d’y intéresser les gens et qui ne font aucune attention au contenu libre de la vie (comme le développement d’un pouvoir créatif matériellement équipé au delà des catégories traditionnelles du temps de travail et du temps de repos / loisir), courent le risque de fournir une couverture idéologique pour une harmonisation du système de production actuel dans la direction d’une plus grande efficacité et profitabilité sans avoir jamais questionné l’expérience de cette production ou la nécessité même de ce type de vie. La construction libre de tout l’espace-temps de la vie individuelle est une demande qui devra être défendue contre toutes sortes de rêves d’harmonie dans les esprits de ces aspirants gérants de la réorganisation sociale.

Les différents moments de l’activité situationniste jusqu’à maintenant ne peuvent être compris que dans la perspective de la réapparition de la révolution qui sera à la fois sociale et culturelle et dont le champ d’action sera dès le départ plus large que pendant ses actions préalables. L’Internationale Situationniste ne veut pas recruter des disciples ou des partisans, mais rapprocher des gens capables de se dévouer à cette tache dans les années à venir, par tous les moyens et sans se soucier des étiquettes. Ce qui veut dire que nous devons rejeter non seulement les vestiges de l’activité artistique spécialisée, mais aussi ceux de la politique spécialisée et particulièrement le masochisme post-chrétien si caractéristique de tant d’intellectuels de ce domaine.

Nous n’affirmons pas que nous développons un nouveau programme révolutionnaire tous seuls par nous-mêmes ; nous disons que ce programme, dans le processus de formation, va un jour s’opposer dans la pratique à la réalité dominante et que nous participerons à cette opposition. Quoi qu’il nous arrive à titre individuel, le nouveau mouvement révolutionnaire ne se formera pas sans prendre en compte ce que nous avons recherché ensemble et qui pourrait se résumer comme le passage de la vieille théorie de la révolution permanente limitée à une théorie de la révolution permanente généralisée.

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L’IS sur Résistance 71 :

“La société du spectacle”, Guy Debord, 1967 (PDF)

Raoul Vaneigem

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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