Archive for the démocratie participative Category

Comprendre la réalité pour mieux agir… Quelques lectures bénéfiques en ces temps incertains (Résistance 71)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, coronavirus CoV19, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, santé et vaccins, science et nouvel ordre mondial, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 23 janvier 2023 by Résistance 71

Lire_diffuser_sans_moderation

Résistance 71

23 janvier 2023

Ci-dessous, quelques PDF de notre bibliothèque que nous pensons être profitables à la compréhension de notre réalité et à l’action que cela doit générer de l’individu en révolte vers le collectif éclairé créant la société des sociétés de demain.
Nous ne mettons pas ces PDF dans un ordre de préférence ou quoi que ce soit, simplement dans l’ordre où tout à chacun peut les trouver dans notre bibliothèque gratuite PDF.
Bonne lecture et merci de diffuser sans modération :

Bonne lecture et merci de diffuser au plus grand large !

AuroreSocieteEmancipee

Pour l’avènement de la société humaine véritable en corps et en esprit : Compilation PDF essentielle de textes et d’analyses de ce grand penseur spirituel, Gustav Landauer (Résistance 71 et JBL1960)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 13 janvier 2023 by Résistance 71

GL sur R71 cobra

Gustav Landauer, compilation pour une société des sociétés organique et spirituelle (PDF) :
Gustav_Landauer_Ultime_Compilation_pour_une_societe_des_societes

A lire et diffuser sans aucune modération

Résistance 71

13 janvier 2023

Nous espérons que les textes présentés dans cette compilation PDF ci-dessous vous feront comprendre à quel point le pensée pratique de Gustav Landauer résonne (raisonne) toujours si parfaitement quand il s’agit d’envisager la suite de notre histoire. Nous ne le répèterons jamais assez, et il est clair que la situation vécue par le monde dans cette ère de guerres par proxy et de génocide planétaire par armes biologiques ne fait que corroborer ce fait, qu’il n’y a pas et ne saurait y avoir de solution au sein du système. Nous devons en sortir, prendre cette tangente échappatoire du cercle vicieux mortifère étatico-marchand, pour enfin nous retrouver en humanité vraie, dans cette société des sociétés de la complémentarité bien comprise qui ne demande qu’à se réaliser dans cette bascule de l’histoire s’annonçant aussi nécessaire que définitive et si bien pressentie par Gustave Landauer.
L’heure est venue de cesser d’avoir peur et de lâcher prise de ces illusoires futilités présentes pour nous retrouver, frères et sœurs en humanité, de l’autre côté du miroir et des ponts du surhumain. Nous y sommes presque, il suffit de dire NON ! au cirque ambiant, de se tenir par la main et de les traverser pour que naisse enfin cette société des sociétés, réalité affirmée de notre nature ancestrale et universelle la plus profonde. Gustav Landauer avait compris il y a plus d’un siècle, que la nouvelle société, cèle de l’avènement ultime de notre humanité vraie et profonde, sera une société spirituelle. Regardons autour de nous, regardons ces évènements tous plus iniques les uns que les autres pour comprendre que le monde a totalement perdu sa spiritualité. Landauer expliquait il y a plus d’un siècle, que cet esprit, ce « Geist » de la société, quand il est évincé de la société, est remplacé par l’État et ses institutions rigides, violentes et dominatrices. L’esprit de la société ne demande qu’à être ravivé et il suffit de regarder alentour pour comprendre que son heure est venue… Vive la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée.
~ Résistance 71 ~

GL_le visionnaire

Landauer est pour moi celui qui se sera le plus approché de la philosophie amérindienne que les Natifs de l’Île de la Grande Tortue et Nations premières pratiquent au quotidien et même enseignent aujourd’hui un anarcho-indigénisme qui explose complètement le narratif officiel des colons de papier de l’Amérique moderne ; Comme l’a parfaitement analysé Steven Newcomb : « Le style de vie américain est fondé sur un “rêve américain” impérialiste fait de richesses et de fortune obtenues au moyen d’un système de domination qui est utilisé pour abuser et profiter de la Terre, des territoires et des eaux de nos nations originelles. »
Aussi après avoir lu, intégré et conscientisé, l’essentiel de Landauer, il est totalement impossible de laisser dire que l’esclavagiste George Washington ou l’instigateur de l’Indian Removal Act / Loi sur la déportation des Indiens ; Andrew Jackson ou plus près de nous Bill Clinton, Barack H. Obama, Joe Biden tous Présidents du Parti Démocrate qui désigne la Gauche américaine auraient quelque chose à voir avec le socialisme comme exploré par Gustav Landauer.
De la même manière, nous avons ainsi les moyens de démontrer que le National-Socialisme qui porta Hitler au pouvoir avait tout du Nationalisme et absolument RIEN à voir avec le Socialisme…
Enfin, il nous permet de comprendre la (de moins en moins) subtile manipulation des Zélites qui placent à des moments clefs des hommes liges et grandes figures de la Gauche étatique partout dans le monde et même dans le fauteuil élyséen, comme les derniers prétendus socialistes ; Mitterand, Hollande, Macron en alternance avec les hommes de partis ou d’appareils politiques dits de Droite, ce afin de se maintenir, le plus longtemps possible, au sommet de la pyramide.
Nous sommes arrivés à la croisée des chemins, soit continuer de les laisser-faire et c’est fin de partie pour l’Humanité ; Soit réaliser que la société future sera spirituelle et non plus religieuse ou ne sera tout simplement pas ; Soit se rejoindre ICI et MAINTENANT puisque NOUS sommes TOUT COMMENCE
~ JBL1960~

Gustav Landauer, compilation pour une société des sociétés organique et spirituelle (PDF) :
Gustav_Landauer_Ultime_Compilation_pour_une_societe_des_societes

A lire et diffuser sans aucune modération

GL_acronyme

Chapeau bas et merci Dr Louis Fouché, promoteur de la société des sociétés organique dans un entretien avec Epoch Times France (vidéo)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, coronavirus CoV19, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, Internet et liberté, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, santé, santé et vaccins, science et nouvel ordre mondial, sciences et technologies, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 12 janvier 2023 by Résistance 71

DrLouisFouche1

Résistance 71

12 janvier 2023

Le Dr Louis Fouché est médecin réanimateur des hôpitaux, spécialiste en éthique de la santé, conférencier et écrivain. Il est un des membres fondateurs du Conseil Scientifique Indépendant (CSI) et de l’association ReinfoCOVID, qui ont vu le jour suite aux énormes erreurs (en était-ce vraiment ou est-ce un crime parfaitement planifié ?…) commises par les institutions lors de la crise COVID 19 en France, toujours pas terminée.
Le Dr Fouché et son épouse pharmacienne ont été suspendus sans salaires depuis plus d’un an du fait de leur refus de suivre le protocole d’injections ARNm que nous savons depuis un moment mortifère, imposé pour les personnels de la santé publique, entre autres. Dans cet entretien du 9 janvier 2023 « Tout s’effondre » de plus d’une heure accordé au média indépendant Epoch Times France, il livre les dessous de la turpitude entrepreneuriale hospitalière en France et nous livre son vécu dans et hors du système institutionnel hospitalier, informations des plus instructives.
Entretien à voir et diffuser alentour sans aucune modération, tant il préfigure l’avènement plus avant de ce qui se met déjà en place pas à pas devant l’adversité dans un premier temps et qui deviendra seconde nature sous peu : une société de communes indépendantes, libres, basée sur l’association libre et l’entraide. Une société qui remplace les relations sociales créant et maintenant l’État en place, par des relations humaines d’entraide et de coopération. Demain, nous publierons un PDF de compilation d’analyses et de textes originaux, expliquant ce que le Dr Louis Fouché relate de ses expériences hors système. En cela, cette vidéo entretien est une parfaite introduction aux écrits que nous replierons demain sous format PDF.
Il n’y a pas de solution au sein du système, le Dr Fouché l’a perçu et le clame maintenant à sa manière, écoutons ces voix de sagesse ancestrale, de cet esprit, ce « Geist », de notre humanité vraie qui ne demande qu’à revenir remplacer cette anomalie évolutionnaire que représente le système étatico-marchand qui nous domine depuis quelques 5000 ans de bifurcation.

La vidéo entretien du Dr Fouché sur Epoch Times France :

Lire notre page mise à jour depuis 2019 : « Coronavirus, guerre contre l’humanité »

« Le véritable A. Fauci, Bill Gates, Big Pharma et la guerre globale contre la démocratie et la santé publique » (RFK Jr, PDF)

« SRAS-CoV-2 COVID 19 et injections ARNm, attaque nano-bio-technologique contre l’humanité » (Karen Kingston, PDF)

DrLouisFouche

NON1

De l’imbécilité imposée…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, coronavirus CoV19, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 9 janvier 2023 by Résistance 71

“Il faut tout un village pour élever un enfant.”
~ Proverbe africain ~

“Tout ce qui se fait par amour est au delà du bien et du mal.”
~ Friedrich Nietzsche ~

faut-pas-enerver-le-bonze-de-rien-231122

L’imbécilité imposée

Rob Los Ricos

1999

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Janvier 2023

Un des plus grands obstacles à renverser lors de la lutte contre le capitalisme est le sens de dépendance que ses méthodes de production ont forcé sur nous. En forçant les gens à passer le plus clair de leur temps à faire un travail productif répétitif et à faible niveau de qualification, les gens doivent dépendre de la production spécialisée des autres ouvriers et travailleurs pour leur fournir de la nourriture, des vêtements, des abris et un nombre incalculable de gadgets consuméristes pour lesquels nos cerveaux sont façonnés de désirer.

Avant l’ère de l’esclavage industriel, la plupart des foyers et des familles étaient considérés comme fonctionnels, ou pas, selon la capacité du foyer d’être plus ou moins autonome. Ceci a été vrai des sociétés nomades au travers des âges des communautés rurales. La dislocation des populations paysannes par les états divers, pendant la période toujours en cours des expropriations et des enclos, a forcé les gens dans une pauvreté désespérée, un exode rural, une renaissance dans une vie ouvrière et dans l’immigration vers de nouvelles colonies conquises par delà les mers. A la fois la montée du capitalisme industriel et de la conquête européenne d’un nouveau monde n’auraient pas été possibles si ce ne fut pour l’éviscération systématique des foyers paysans. Après tout, pourquoi se risquer à aller par delà montagnes et océans pour rechercher la fortune, pourquoi acheter des produits de masse de basse qualité, lorsque les gens sont capables de faire tout ce dont ils ont besoin par eux-mêmes et que la quasi totalité de ce dont ils ont besoin est disponible chez eux ou près de chez eux ?

Vivre, du temps d’avant la mise en esclavage industriel, était ce que faisaient les gens quotidiennement ; préparant la nourriture et les choses qui seraient nécessaires pour le confort et la survie de chacun dans le futur. Ceci était souvent fait sous la supervision d’un membre de la famille et tout le monde apprenait la base pour pouvoir subvenir aux besoins de tous. Mais maintenant, le gens ne font que “gagner leur vie”. On nous a forcé à travailler pour le profit des entreprises et obligé à gérer nos vies autour de ces activités de travail aliénantes. Là où la vie jadis coulait de ses rythmes doux de lumière et d’obscurité, maintenant nous devons répondre sans cesse aux diktats de la pendule, chaque moment du jour mesuré et calculé en accord avec la demande de quelque obscur patron. Notre société tourne maintenant au rythme des usines, de l’école et autres institutions maintenant en place l’état et le capital.

La plupart des gens acceptent cela sans aucune question. La plupart des gens non seulement ne veulent pas regarder tout cela de manière critique, observer avec détachement toutes ces impositions sur leur vie, mais pour la plupart, ils en sont même incapables. Toutes les institutions de pouvoir et de privilège servent ce but de forcer sur les masses ce sentiment d’incapacité et d’auto-négation. Le coup de maître a consisté à convaincre les gens d’embrasser leur dépendance au système comme étant en fait leur pouvoir de décision. Même les personnes les plus intelligentes et les plus capables de nos sociétés ont fini par tomber dans ce piège. Ils n’y peuvent rien. Ils ont été formés à devenir des imbéciles s’auto-réprimant depuis le moment de leur naissance.

Le noyau familial comme incubateur de l’imbécilité

Chacun de nous est né être libre dans un monde dynamique d’abondance. La totalité du grand banquet de la nature est nôtre, pour le partager, pour le chérir. Mais ceci doit être nié à tout prix, par les forces de l’état et du capital. Si nous devions nous éveiller à ce fait et demander notre droit naturel, toutes les industries et les états-nations disparaîtraient et deviendraient inutiles par notre refus collectif d’accepter leurs limites imposées.

Malheureusement, les machinations de l’industrie sont si ancrées dans nos vies que la négation de notre droit naturel de naissance commence dès notre naissance. Nous sommes immédiatement soumis à la réglementation des nombres, chiffres, numéros, nous sommes pesés, mesurés, enregistrés, documentés, classifiées, estampillés.

Une fois dans le carcan du noyau familial, nous sommes enchaînés au rôle que l’on attend de nous dans notre vie future, celui que nous devrons jouer toute notre existence, celui d’un idiot bavant et vulnérable. Quelqu’un qui doit toujours être contrôlé, vérifiée, pourri, toléré, calmé et activement distrait. La camisole appelée enfance, nous ligote et bien peu d’entre nous peuvent échapper à ses liens et marques durant nos vies.

Avant l’époque de l’enfance planifiée, les jeunes passaient leur temps en compagne de leurs familles, essentiellement leurs parents et la famille proche. Les tous jeunes enfants étaient observateurs et intelligents. Ils pouvaient voir ce que leurs parents faisaient durant la journée : la cuisine, le nettoyage, la création de choses, le travail dans les potagers. Au moment où ils sont en âge de marcher, ils sont aussi capables d’aider leurs familles, même de manière minimale. Plus l’enfant grandissait et plus il devenait capable de se joindre aux taches quotidiennes et au bien-être de tous.

Ceci devenait une source de fierté chez la jeune personne et n’était jamais découragé. La famille allait même encourager l’enfant à acquérir de nouvelles techniques pour pouvoir aider toujours mieux et le jeune grandissait en talent et en expérience. Impliqué dans la famille plus éloignée et la communauté, la jeune personne n’aurait plus besoin que d’opportunités sociales pour se développer plus avant et découvrir ses intérêts et ses talents particuliers, ainsi que de trouver des anciens capables de façonner ces nouveaux talents en partageant ressources et expériences. Est-il étonnant donc qu’une personne élevée de cette manière soit capable de commencer sa propre famille à l’âge de 13, 14 ou 15 ans ? Ayant rencontrés très peu de limites à leurs développements autres que physiques, ces jeunes personnes pouvaient reconnaître quand elles étaient prêtes à avancer dans l’âge adulte.

Dans la prison conceptuelle contemporaine de l’enfance, l’enfant est totalement protégé des demandes du monde réel. Mis de côté, ignorés et négligés, les enfants sont empêchés de devenir des personnes autonomes et sont souvent traités comme des imbéciles. On leur enseigne d’être calmes, obéissants, diligents et soumis, ils demeurent dépendants de leurs familles et aussi souvent d’étrangers, qui prennent bien soin de ne pas permettre à l’enfant de grandir, de comprendre ses capacités et potentiels, d’affirmer leur juste place en tant qu’êtres humains vivant dans un monde d’abondance.

Le noyau familial est juste la première méthode de répression des expériences des jeunes personnes. Plus tard, les attentes de la société sont rendues manifestes au travers du système scolaire dit “éducatif”. Ceci n’est juste que le terrain d’entrainement pour cette vie de non sens et de soumission fades qui va s’ensuivre.

liberte_securite_vote

Dans le troupeau !

L’enfant est forcé de participer à des années et des années de formation imbécile. Des gens totalement étrangers à son environnement (instituteurs et profs) sont chargés d’empêcher l’enfant de développer ses opinions, de penser de manière indépendante, de penser de manière critique. On enseigne aux enfants de se taire, de ne pas bouger, de rester dans un moule créé de manière factice, de répéter ce qu’on leur dit, d’obéir sans questionner l’autorité, de ne prendre la parole que si on leur demande de le faire. Mais toute jeune personne est pleine de fougue, d’énergie et de curiosité. Demeurer tranquille et ne pas poser de questions est anti-naturel, répulsif même. En ayant la discipline de l’école les dominer, les jeunes apprennent la plus importante des leçons de l’autorité : ceux qui se comportent bien de la manière la plus passive et disciplinée sont ceux qui sont récompensés, félicités et que le système verra parvenir au “succès”.

Ils apprennent aussi une autre leçon : toutes déviations de l’attitude attendue seront tolérées d’aussi loin qu’on donne l’apparence de remplir les attentes de l’autorité. C’est peut-être la plus importante des leçons. De cette manière, l’action normale énergétique propre à l’enfance est chosifiée comme rébellion, comme attitude dérangeante et anormale. Lorsque les enfants passent le point où, dans une autre époque, ils auraient passer le point de passage à l’âge adulte, ces mêmes pulsions enfantines sont toujours vues comme attitude rebelle : parler sans demander la parole, faire ce que les adultes font mais interdisent aux enfants de faire, ne pas faire ce qu’on dit de faire, faire des choses considérées comme mauvaises ou tabous. La rébellion imbécile est tolérée aussi loin que le supposé rebelle demeure dans les clous et fait ce que la société attend de lui.

Ce n’est un problème pour quasiment personne. Leur niveau élevé d’imbécilité les empêche de défier la poigne de fer que la société a sur eux et de remplir leurs droits naturels.

Après avoir subi leur peine, les plus vieux des enfants sont libérés pour bonne conduite vers le monde extérieur. Là, ils mettront en pratique ce qu’ils ont appris, obéir sans réfléchir et surtout ne jamais défier l’autorité. Une attitude déviante est punie par envoyer l’enfant dans un centre de rééducation appelé prison. Là, les bonnes vieilles règles sont de nouveau inculquées : fais ce qu’on te dit, parle quand on te le demande, extinction des feux, au lit ! Les règles de l’imbécilité sont somme toute assez simple.

La rébellion imbécile est punie modérément. De plus sévères punitions sont mises en place pour ceux qui dépassent les règles de l’imbécilité, en ignorant les règles et en se rendant plus imbécile, bien que ce soit toléré et puni modestement si les violations sont commises pour maintenir le rôle de l’imbécilité. La pénalité est plus sévère pour ceux qui affirment que l’existence de chacun ne se doit pas d’être imbécile. Les véritables rebelles sont un réel danger pour les forces des nations-états industrielles. Non seulement les imbéciles hors des clous doivent payer pour leurs pensées déviantes de leur liberté ou de leur vie, mais ils doivent aussi endurer d’être balancés par les autres imbéciles, qui leur feront subir abus et humiliation dans le processus,

Plus intéressés de lécher le cul qui leur chie dessus, plutôt que d’essayer de stopper le flot de merde déversé sur eux, les imbéciles geignent et grincent des dents à la pensée que quiconque, quelque personne que ce soit, où que ce soit, à quelque moment que ce soit, oserait vivre en dehors des structures de domination qui définissent la vie de l’imbécile. Les véritables rebelles à l’imbécilité ambiante sont étiquetés comme fainéants ou arrogants. On dit d’eux qu’ils se pensent “meilleurs que les autres”, que les vrais imbéciles.

Les récompenses de l’imbécilité sont une augmentation de l’incapacité et du désespoir du croyant. Les membres les plus privilégiés du troupeau doivent être protégés, retirés derrière des barrières protectrices. Incapables de faire la plus simple des taches, les imbéciles les plus privilégiés bénéficient souvent de pseudo-mères pour arranger leurs conneries, leurs affaires, pour leur fournir et préparer des repas, pour planifier leurs activités. Ces imbéciles de la plus haute incompétence sont vénérés par les autres imbéciles, qui fétichisent et jalousent ceux qui sont parvenus à l’état supérieur de l’imbécilité institutionnalisée. Ceci, immanquablement, donne aux privilégiés un sentiment de puissance.

Cette puissance, ce pouvoir impliqué, est sanctifiée par le troupeau dont bien des membres aspirent à prendre part à cet état avancé d’imbécilité. Pour prouver leur valeur, les imbéciles doivent démontrer leur idiotie au travers une obéissance, une soumission sans partage à tout ce qui avilie l’existence humaine. La compassion et l’amour sont vus comme des faiblesses. L’amour est une affaire de propriété. L’annihilation est appelée progrès. Tout ce qui peut être fait pour générer plus de profit est justifiable. Des montagnes sont aplanies, des rivières bétonnées et barrées, des forêts assassinées, des espèces végétales et animales de toutes sortes sont annihilées, juste pour fournir leurs privilèges aux imbéciles.

Rappelez-vous que les imbéciles ne peuvent survivre que s’ils forcent les non-initiés, les sous-privilégiés, même les quelques humains libres demeurant, à les servir et à leur fournir leur pitance. Leurs vies réduites à la destitution, les marginalisés peuvent être corrompus à devenir le bras armé de l’imbécilité, assurant le confort et la sécurité des imbéciles du monde, et en supprimant quoi que ce soit ou qui que ce soit qui ne soient pas utilisés pour les demandes intarissables de l’imbécilité et de son expansion insatiable.

dead-mans-party

La veillée aux morts de l’imbécile

Une vie de bons et loyaux services à la continuité de l’imbécilité est récompensée par la misère de mourir graduellement avec une douleur croissante. Leurs corps ont été ruinés par une vie de labeur, par l’exposition à une industrie mortelle et ses processus de fabrication et les contacts avec ses déchets. Les imbéciles se sont empoisonnés eux-mêmes avec des cigarettes, de l’alcool, des produits pharmaceutiques, une malbouffe, de l’air pollué, du stress, de la colère et de la haine des autres. Les plus fortunés peuvent payer pour des médicaments, des opérations chirurgicales et l’intervention de la technologie médicale (NdT : elle-même totalement corrompue et mortifère…). Ces gens épuisés ne demandent jamais que ceux responsables de leur condition par leurs méthodes de production cessent de continuer à infliger les mêmes dégâts à leur descendance et au monde en général. Ils sont après tout des imbéciles. De fait, l’existence continue du grand nombre de ces personnes dépend de la continuation du processus industriel qui a ruiné leurs corps et leurs vies.

Que peut-on faire pour ces imbéciles ? Ceux d’entre nous qui ne veulent pas perpétuer la domination de l’imbécilité doivent s’émanciper de son étreinte. Nous devons apprendre à nous soucier de nous-mêmes et de nous occuper de nous-mêmes et aussi inviter les autres à partager nos aventure d’auto-découverte. De cette façon, nous pouvons créer un nouveau cycle d’existence expansif et vital, un courant d’arrachement de libération pour faire se retirer la marée de gestion de la mort des états industriels.

Rejetons l’imbécilité en embrassant notre propre capacité de satisfaire nos besoins vitaux en dehors de l’incapacité sanctifiée de l’imbécile. Affirmez votre place en tant que personne née dans un monde d’abondance, liez-vous avec d’autres qui ressentent comme vous et libérez-vous de la domination et du contrôle d’une fange de riches qui dépendent de votre soumission pour pouvoir vivre leurs vies d’extraordinaires excès.

= = =

Lectures complémentaires :

“Gustav Landauer et le changement relationnel” (Anarqxista Goldman)

Le penseur qui a le plus critiquement réfléchi sur la question : Gustav Landauer 

Et n’oublions jamais…

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

ÉTEIGNONS LES ÉCRANS RALLUMONS NOS VIES

relation_extatique

Sortir du marasme mortifère étatico-marchand par la société des sociétés : la voie du changement relationnel de Gustav Landauer 2/2 (Anarqxista Goldman)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 30 décembre 2022 by Résistance 71

GL1
et la société organique…

“Une vie alors est comme un délai au cours duquel l’homme peut, et a le devoir, de mettre son esprit en accord avec la compréhension qu’il a du but de l’existence humaine.”
~ Andreï Tarkovski ~

“En ce monde, le bonheur n’existe pas, mais il existe la paix de l’âme et la libre volonté.”
~ Alexandre Pouchkine ~

“Nous sommes crucifiés dans une seule dimension, alors que le monde est multidimensionnel. Nous le sentons et nous souffrons de l’impossibilité de connaître la vérité. Mais il n’est pas nécessaire de connaître. Il faut aimer et croire. La foi est la connaissance acquise à l’aide de l’amour.”
~ Andreï Tarkovski ~

Gustav Landauer sur les relations anarchistes

Anarqxista Goldman

Chapitre 6 de son livre “Mini-manual of anarchists relations”, 2022

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71

Décembre 2022

1ère partie
2ème partie

Le texte complet en PDF mise en page de Jo :
Anarqxista_Goldman_Gustav-Landauer-sur-les-relations-anarchistes

De là, Landauer en vient avec son explication pour dire que quelques soient les libertés que nous avons pu avoir à un moment donné, elles nous ont été retirées et la servitude les a remplacées. Ceci est important pour Landauer qui pense que quoi que ce soit de mis en valeur et incité finira par l’emporter : “Le naturel peut être bon comme il est, mais il disparaît si on n’en prend pas soin. Nous sommes déterminés par ce dont nous prenons soin, quelque soit la forme prise et quelque soit notre nature.”, citant La Boétie. Le fait est que bon nombre d’humains “ne connaissent pas mieux que d’être soumis” car “ils ont toujours ainsi.” Ainsi, citant toujours La Boétie : “Ils se tournent en la propriété de ceux qui les oppriment, parce que le temps a rendu cela comme inévitable. En réalité, le temps ne corrige jamais une erreur, mais la multiplie une multitude de fois.

Ce que déduit ici Landauer de La Boétie est que “l’amour et l’amitié n’existent que parmi les gens de bien. Là où il y a cruauté, malhonnêteté, injustice, il ne peut pas y avoir d’amitié.” Il n’y a que l’attention au meilleur, s’occuper de soi-même avant tout, toujours regarder par dessus son épaule et s’inquiéter de savoir quand la prochaine coercition ou le prochain abus vont se produire. Tout est question de relations. Mais du point de vue individuel : “Nous n’avons besoin de rien… si ce n’est que du désir et de la volonté d’être libre. Nous souffrons de fait d’une servitude volontaire.” Nous avons besoin d’une conscience révolutionnaire, un esprit libre insurrectionnel et donc :

Le feu de la tyrannie ne peut pas être combattu de l’extérieur avec de l’eau. C’est sa source qui doit être éliminée. Les personnes qui l’alimentent doivent arrêter de le faire. Ce qu’ils sacrifient à ça, ils doivent le garder pour eux-mêmes.

Il cite de nouveau La Boétie pour marteler ce point toujours plus fort :

“Il n’est pas nécessaire de combattre le tyran, ni non plus de se défendre contre lui. Le tyran va éventuellement perdre de lui-même. Les gens doivent juste cesser d’accepter la servitude. Ils n’ont pas besoin de prendre quoi que ce soit du tyran, ils doivent simplement cesser de lui obéir. Ils n’ont pas besoin de changer, simplement d’arrêter d’entraver leur propre développement… Quand le tyran ne reçoit plus et qu’on ne lui obéit plus, il finit nu, sans force et sans pouvoir. Il finit par ne plus rien être. Il partage la destinée d’une racine qui est laissée sans eau et sas nourriture : il devient un vieux morceau de bois sec et mort.

A-ChristO

Ceci articule un point fondamental chez Landauer, quelque chose qui est à la base de sa pensée et essentiel à la construction de son anarchisme : ce point essentiel est que l’anarchisme vient DE L’INTERIEUR DE NOUS-MEMES [tout comme Jésus pensait au sujet du royaume de dieu, Luc : 17) Il écrit :

“Si les révolutions individuelles sont des microcosmes récurrents qui résument et précèdent les idéaux généraux de la révolution, alors l’essai de La Boétie est le plus parfait de tous les microcosmes de révolution. Il représente un esprit qui apparaît d’abord comme étant seulement négatif. Mais qui bientôt tire suffisamment de pouvoir de sa négativité pour proclamer le positif à venir même s’il ne peut pas être encore décrit. L’essai de La Boétie a déjà dit ce que d’autres diront plus tard en différentes langues : Godwin, Stirner, Proudhon, Bakounine, Tolstoï… Le message est : C’est en vous ! Pas en dehors. C’est vous. Les humains ne doivent pas s’unir sous la domination, mais comme frères, sans domination : an-archie…

La négation émise par les âmes rebelles est emplie d’amour ; un amour qui est force, dans le sens si bien formulé par Bakounine : ‘la joie de destruction est une joie créatrice.’ Les âmes rebelles savent que les humains sont frères et qu’ils doivent vivre en fraternité. Mais ils croient qu’il suffit de vaincre des obstacles externes des puissances externes ; ceci ne fera fraterniser les humains que quand ils luttent et peut-être renversent ces obstacles externes. Un esprit commun peut être ressenti durant une révolution, mais il ne prend pas vie. Une fois la révolution finie, il est parti. Nous pouvons entendre les gens dire : oui, mais l’esprit demeurera une fois que la révolution aura été couronnée de succès, quand le monde ancien ne pourra plus ressurgir ! D’après cette même logique, on pourrait dire : si je pouvais me rappeler de mes rêves et les fusionner dans ma mémoire et ma conscience, alors je serai le plus grand poète. La réalité et l’idée de la révolution la définissent comme une période de santé entre deux périodes de maladie. S’il n’y avait pas de maladie avant et après, alors elle ne serait pas ce qu’elle est.

Un véritable changement de l’humanité a besoin d’un supplément à la révolution, quelque chose d’une nature totalement différente. Nous pouvons ajouter une variation au slogan ci-dessus : sans domination, avec esprit ! Cela ne suffira pas de juste l’appeler esprit. L’esprit doit nous parvenir. Il a besoin d’une couverture et d’une forme. Personne ne connait son nom et ce qu’il est vraiment. Ceci crée une angoisse qui nous aide à nous impliquer à la transition et au progrès. Ne pas savoir à quoi s’attendre veut dire garder les idées en vie. Que voudraient dire les idées si elles étaient déjà réelle ?”

La formule de Landauer ici est donc “sans domination, avec esprit”. Mais cela est plus que nous et donc Landauer conçoit non pas seulement des gens d’esprit, mais des communautés de gens, hors de l’État, communautés d’esprit également. Ce ne “sont pas une somme d’atomes d’individus, mais une unité organique, un réseau de beaucoup de groupes.” Landauer pense que ceci n’est pas nouveau et “a existé depuis longtemps”. Landauer pense que “un esprit commun peut exister quand il y a quelque chose pour lui à remplir et duquel il peut s’étendre. Ainsi ces groupes de gens d’esprit doivent donner une forme à leur existence commune et leur “esprit commun”. Ceci nous ramène au point de vue de Landauer sur la révolution :

C’est la destinée de la révolution à notre époque : fournir un lac spirituel à l’humanité. C’est dans le feu de la révolution, dans son enthousiasme, sa fraternité, son agressivité que l’image et le sentiment d’unification positive s’éveillent ; une unification qui vient au travers d’une qualité de connection : l’amour comme force. Sans régénération temporaire nous ne pouvons pas continuer et sommes condamnés à nous noyer.

Ainsi donc Landauer voir l’amour dans la révolution, la joie et l’espoir fondus dans les cœurs et les esprits de beaucoup comme énergies régénératrices Il ne se fait pas d’illusion sur ce que les révolutions fonctionnent, même s’il concède qu’elles peuvent amener certains bénéfices qui peuvent être perdus par la suite, ou pas… mais cela n’a pas d’importance, car c’est la mise en mouvement de cet esprit qui est la chose la plus importante. Dans les temps révolutionnaires, les gens agissent et croient. Ils agissent pour eux-mêmes et ceux qu’ils aiment et invitent les autres à les rejoindre. Une solidarité de cause se crée avec d’autres êtres humains. C’est cet esprit, et tout ce qu’il peut générer et créer, dont nous avons besoin. C’est là que réside la véritable révolution, ainsi :

Certains essaient de nous convaincre en ces temps faibles et stériles, privés de sentiment et honteux de l’amour et de l’affection, que la fraternité n’est plus juste qu’un mot vide de sens. Rien ne peut être plus éloigné de la vérité ; nous devons le déclarer haut et fort et sans hésitation : les êtres humains sont frères ! C’est ce que toutes les révolutions passées nous ont enseigné et ce que nous enseignerons aux futures révolutions. Il y a des mots dont les origines sont suffisamment fortes pour supporter toutes les adaptations les plus frivoles et les plus étriquées, ainsi que toutes les formes de ridicule. Nous devons ce mot de Fraternité à la révolution française. Il résume sa joie et son bonheur : les humains se sentirent comme des frères, et, ne l’oublions surtout pas, comme des sœurs aussi !

Ces mots sont prononcés dans l’intention de dire que le problème avec l’État est qu’il remplace l’esprit et cette fraternité avec “la domination, le contrôle externe et la mort.” Landauer pense cet esprit comme étant la “souveraineté intérieure” d’une façon très stinerienne / nietzschéenne et totalement compatible avec l’inservitude volontaire tant voulue par La Boétie. Ses communautés sont des communautés de ces personnes, c’est pour cela qu’elles sont aussi considérées comme des communautés d’esprit. Ainsi, “à la fin, la révolution sociale veut dire d’autre que la construction et l’organisation pacifique fondées sur un nouvel esprit et créant ainsi un nouvel esprit.” Landauer prévoit un “Bund de communautés économiques” [Bund en allemand voulant dire une alliance, une union ou une association] qui remplacera l’État. Mais ceci n’est pas comme dans les actions bibliques des apôtres, dans l’attente que l’esprit tombe sur nous. “Ce n’est pas l’esprit qui nous met sur la voie, c’est notre voie qui permet à l’esprit de naître.” Nous qui sommes conscients de cet esprit en notre sein, devons nous soulever et agir pour alimenter cet esprit en nous-mêmes.

Nous avons maintenant l’époque de la vie de Landauer où il s’est retrouvé impliqué à créer un tel Bund appelé le “Bund socialiste”. En conséquence, vers cette période 1909-1910, il écrivait plusieurs articles et pamphlets qui furent publiés pour en faire la promotion. Le premier d’entre eux que je considère est “Que veut le Bund socialiste ?” Et la question y trouve quasiment sa réponse dans sa première ligne : “Le Bund socialiste veut unifier tous les humains qui sont sérieux au sujet de vraiment réaliser le socialisme.” (C’est à dire l’anarchisme). Contrairement aux autres idées voulant que l’anarchisme ne soit qu’un rêve distant accessible après que la société ait été adéquatement préparée et éduquée, Landauer ajoute que “le socialisme ne viendra jamais si vous ne le créez pas.” A ceux qui disent que la révolution doit d’abord venir, Landauer répond “Mais comment ? Et de où ?” Le Bund de Landauer donc, et son idée, est de ne pas attendre, de ne pas se fixer sur des meta-narratifs d’apocalypse absolue et de changement du monde, mais de s’y mettre localement avec ce que ceux ayant le même esprit et la même volonté peuvent faire ici et maintenant.

Il est clair sur ce que “Nous disons que rout doit être renversé ! Nous refusons d’attendre la révolution afin de commencer la réalisation du socialisme ; nous commençons la mise en place du socialisme afin d’amener la révolution !” Une préoccupation ici est que les gens, y compris les révolutionnaires, créent des vies au SEIN DU CAPITALISME alors que ce dont on a besoin est de vies EN DEHORS DU CAPITALISME. Ceci semble être une distinction vitale, car le capitalisme est en lui-même une série de relations coercitives et donc comment l’anarchisme peut-il surgir si vous restez dedans ? Une coupure, une sécession définitive doit être entreprise. De nouvelles relations doivent commencer.

A cet égard, Landauer voit l’État comme jouant le rôle du gardien du capitalisme, en faisant juste assez ou juste ce qui est nécessaire, pour maintenir les gens dans le capitalisme :

Que fait l’État ? Il allège quelques unes des plus grandes souffrances, il sauve le capitalisme de se suicider en utilisant des assurances, la sécurité sociale et des interventions légales ; il maintient aussi le système de l’injustice, de la production inepte et de l’incompétence de distribution des biens et denrées. Le capitalisme avance. C’est le résultat des efforts de l’État et ceci inclut les efforts de la classe travailleuse et de ses représentants.

Le seul intérêt des capitalistes, qu’ils soient PDG ou Politiciens, est que le CAPITALISME AVANCE. C’est souvent avec l’accord et l’aide de gens qui, nominativement, seraient voués à le détruire [ce que La Boétie a décrit comme la “servitude volontaire”]. Mais le capitalisme se contre-fout de savoir si vous l’aimez ou pas, pourvu que, que vous le vouliez ou pas, vous allez dans son sens. Pourtant, le capitalisme n’est qu’un système relationnel que nous soutenons tous par notre participation. Oui, entreprises et gouvernements peuvent bien nous harceler ou nous cajoler afin de maintenir la relation capitaliste, mais, comme l’a suggéré La Boétie, nous pourrions tout aussi bien dire NON! Nous avons ce pouvoir du refus… Il y a bien sur des conséquences à cela [de bonnes conséquences d’un point de vue anarchiste égoïste, comme prendre la responsabilité de soi-même], mais il y a aussi des conséquences pour continuer à maintenir cette relation capitaliste, comme par exemple la destruction de l’environnement à l’échelle planétaire et une misère croissante sur cette planète (NdT: y compris de nos jours dans les pays dits “industrialisés”…)

Le capitalisme ne fait que prendre, exploiter et jeter ses déchets. Il ne fait pas grand chose d’autre et n’a que peu de préoccupation pour la vie. Pourtant même les travailleurs et les consommateurs jouent leur rôle dans ceci, comme je l’ai dit, ceci n’est pas grand chose d’autre qu’un système relationnel dans la réalité. Quelques soient les “réformes” toujours offertes dans un tel scenario par les politiciens, tout ceci n’est fait que pour maintenir le capitalisme en ordre de marche. Il y a une chose que tous ceux qui en profitent sur le court terme ne veulent pas, c’est que cela cesse d’être une façon d’organiser complètement les humains et leurs relations.

Comment arrêtons-nous le capitalisme ? En agissant et autres façons inter-relationnelles. Une idée de Landauer est “la grève générale active”, ce qui veut dire cesser de travailler pour les propriétaires et travailler pour nous-mêmes (NdT : ce que les anarchistes appellent aussi “la grève générale expropriatrice”, Landauer fut assassiné en 1919, les conseils ouvriers italiens de Lombardie la mirent en application acec succès en 1920, la trahison des communistes autoritaires d’état y mit un terme…) Landauer introduit l’idée ainsi : 

Nous demandons la grève générale active ! Cela ne veut pas dire que nous tournons immédiatement pour “combattre l’État et la capital”. On ne commence pas à la fin, mais au début ! Si rien n’a été fait pour le socialisme jusqu’ici, s’il n’y a aucun signe de lui jusqu’ici, alors pourquoi allons-nous combattre et couru ? Pour la domination de quelques leaders, qui nous diront toujours ce qu’il faut faire, que produire et comme le distribuer ? Ne serait-il pas beaucoup mieux si nous savions tout cela et le faisions nous-mêmes ? C’est pourquoi nous disons que l’action de la classe travailleuse est… le travail ! Dans la grève générale active, les travailleurs vont affamer les capitalistes, parce qu’ils vont travailler pour eux-mêmes et pour leurs besoins ! Vous les capitalistes, aurez toujours de l’argent, des documents et des machines bien entendu. Mangez-les ! Echangez-les ! Vendez-les ! Faites ce que vous voulez. Si cela ne vous aide pas… alors, travaillez ! Comme nous. Vous ne vous accaparerez plus notre travail, nous en avons besoin pour nous-mêmes et nous l’avons libéré de vos entraves. Nous l’utilisons maintenant pour la création du socialisme. Le jour où ceci se produira marquera le seul véritable commencement du socialisme.

heroisme

Un second article de Landauer publié en regard du Bund socialiste, et dans la publication “Le socialiste” qu’il éditait, fut “La voie socialiste” où il expliqua ouvertement qu’un anarchisme qu’il comprenait était un anarchisme qui laissait le terrain capitaliste où il se tenait pour d’autres terrains. Il l’a dit de manière simple comme étant “nous désirons des formes différentes de relations humaines”. En conséquence :                                                                                           

La première étape dans la lutte des opprimés et des classes qui souffrent, tout autant que pour l’esprit individuel en rébellion, est toujours l’insurrection, la rage, un sentiment sauvage. Si ceci est suffisamment fort, les actions et réalisations y sont directement connectées, à la fois les actions de destruction et les actions de construction… Dans une telle période, nous ne devons plus réfléchir sur la réalité qui nous entoure et les idées qui emplissent nos têtes. Nous devons trouver les gens qui ont la volonté de quitter cette réalité laide, corrompue et oppressive et désirent en créer une nouvelle. Nous devons poser la question de savoir qui sont les créateurs. Nous ne devons pas questionner les théories et les idées des personnes, mais leur force à ne plus vouloir participer.

Ceci mène Landauer une fois de plus à se référer à “la communauté par la séparation” comme son idéal, il concède de nouveau que les véritables révolutionnaires qui sont prêts à risquer leur vie sans et contre le capitalisme et préférant en lieu et place poursuivre une vie d’amour, de fraternité et de liberté, sont de fait très précieux. De telles personnes [dont Landauer lui-même ne fit jamais partie puisqu’il n’a jamais mis ces idées en pratique à l’encontre de quelqu’un comme Emile Armand qui suivit ses idées associées à la camaraderie d’amour.], sont perçues comme “des modèles et de brillants exemples à suivre pour le monde entier” et comme ceux de par leur propre mouvement, fournissent cette impulsion qui propulsent les autres. En cela, Landauer voit une miette d’égoïsme mais pas une miette vraiment détrimentale :

Les individualistes anarchistes ont toujours eu recours à la fierté, le respect de soi et la souveraineté de l’individu. Leur conseil habituel aux opprimés a été : si vous aviez eu autant d’égoïsme que vos maîtres, vous n’auriez pas de maîtres. En tant que simple calcul, ceci n’est pas totalement faux : l’égoïsme garde l’égoïsme en contrôle. Les individualistes ont toujours dit que le véritable égoïste respectera toujours les droits des autres parce qu’il se respecte lui-même ; de plus il sera suffisamment intelligent de ne pas attaquer les autres parce qu’il ne veut pas qu’on l’attaque, etc… Il y a toujours eu, de son début avec Mr (maître) Stirner, une certains de froideur de raison dans ces enseignements.

Cela ne surprendra donc pas tant que ça le lecteur quand Landauer en vient à dire que “personne n’est plus qualifié de maintenir une économie communiste que le véritable individualiste. De fait, une véritable économie communiste ne peut qu’être mise en place et maintenue par de véritables individualistes.” La notion ici de Landauer est que de telles personnes créent un nouveau groupe, c’est à dire un nouveau groupe de personnes qui est défini par de nouvelles relations entre ses membres, Ainsi dit-il :

Nous demandons qu’ils agissent, qu’ils fassent sécession et qu’ils s’unissent. Aucune théorie va leur dire quel genre de relation et quels systèmes ´´économiques seront possibles. Ils apprendrons du moment historique, de leurs nombres, de leurs valeurs, de leur détermination. Si possible, ils créeront des coopératives et des banques du peuple ainsi que leurs propres marchés. Ils formeront une alliance économique parce qu’ils sont peu nombreux, mais aussi parce qu’ils voudront expérimenter avec l’entraide et le respect, sachant pertinemment que l’économie dans ses rapports est une affaire collective, tout comme la spiritualité est une affaire individuelle.

Ceci en vient à évoluer dans un autre article du journal “Le Socialiste” intitulé “La mise en place” vers la description de communautés autonomes rurales que Landauer envisage comme le contexte de développement pour des groupes d’anarchistes à l’esprit approprié, déterminés de vivre en dehors du capitalisme. Landauer fonde l’idée en partie sur son observation d’autres communautés auto-établies, qu’elles soient strictement communistes ou qu’elles aient survécu en produisant des produits à vendre sur le marché capitaliste. Ce que Landauer voit de différent dans son idée néanmoins est que “nous voulons nous préoccuper des autres et nous voulons qu’ils se préoccupent de nous. Parmi notre pays, notre peuple, nous voulons planter un jalon, un poteau indicateur et dire à quiconque peut nous entendre  Regardez, voici le signe, suivez-le !” Les communautés imaginées par Landauer ne sont donc pas juste des refuges pour ceux qui veulent se séparer du capitalisme mais sont des centres sociaux d’extension, des noyaux d’action communautaire et des poteaux indicateurs d’une nouvelle société et d’un nouveau futur où les gens sont en r elation les uns avec les autres d’une manière totalement différente, articulée sur des valeurs nouvelles et différentes. A ce sujet, Landauer a beaucoup à dire :

Nos gens forment un nouveau peuple, ce sont les gens et la culture que notre esprit imagine et crée. Ceci veut aussi dire que dans un certain sens, nous faisons sécession et innovons pour notre propre vie, nous le faisons essentiellement pour l’amour du mode de vie, pour la satisfaction d’un désir profondément enraciné, pour ce que nous avons fait du cœur même de nos êtres. Nous ne nous séparons pas pour notre confort, nous le faisons pour nous tous, pour la révolution en autre terme.

Ce mot “révolution”, aide vraiment à tracer une ligne entre nous et les solitaires, ceux qui ne visent pas à la totalité et qui ne comprennent pas que notre mouvement doit avoir un impact historique, qu’il doit créer un nouvel esprit et de nouvelles conditions ; autrement, il ne peut pas être notre mouvement. Mais quand on parle de révolution, nous devons aussi tracer une ligne entre nous-mêmes et ceux qui s’appellent “révolutionnaires” même s’ils sont dormants ou semi-éveillés et ne font rien d’autre qu’imaginer et parler.

Cela n’a pas d’importance pour nous si dix, cinquante, cent ou cent cinquante personnes constituent et fondent une communauté, ou combien de nouvelles communautés vont s’établir dans un laps de temps donné. Notre mouvement a des siècles d’expérience et s’avance vers les siècles à venir. Quelques années ici ou là importent peu. Nous sommes suffisamment fiers et confiants pour demander un âge nouveau ; un âge où les gens vont vivre dans un monde superbe et joyeux. Nous voulons directement lier la production de produits aux besoins réels des gens. Nous voulons créer la forme de base d’une nouvelle société véritable, libre, socialiste et sans état, en un autre terme : une communauté. En revanche, nous aimerions l’aide de quiconque désire le socialisme, même s’ils ne sont pas capables de se séparer des conditions actuelles de vie de la même manière que nous le faisons.

Ils peuvent trouver des façons de nous soutenir, même s’ils restent, du moins pour l’instant, dans leurs partis (politiques), leurs syndicats et leurs coopératives. Ils peuvent nous aider à créer l’exemple que nous voulons créer et montrer. Ceci sera un défi et demandera des sacrifices.

Alors que Landauer continue son explication, cela ressemble de plus en plus aux idées de Pierre Kropotkine émises dans “Champs, usines et ateliers” ou dans “La conquête du pain” (ce bien que Kropotkine ne croyait pas en de petites communautés auto-suffisantes, car il concevait plus que TOUT LE MONDE allait se soulever et changer la société…), Landauer parle du “village socialiste” avec ses “ateliers et ses usines locales, ses prés, pâtures, potagers, cheptels, vous les prolétaires des grandes villes, habituez-vous à cette idée aussi étrange et bizarre qu’elle puisse paraître, ceci est la seule façon restante de mettre en place le socialisme. Le socialisme est le retour au travail naturel ; c’est une connexion naturelle et à multi-faces de toutes activités ; c’est l’union du travail intellectuel et du travail manuel, de l’artisanat et de l’agriculture, de l’éducation et du travail, du jeu et du travail.” (NdT : Ceci fut mis en place à Barcelone et dans les collectifs aragonais entre 1936 et 1939, ce ne fut éradiqué que parce que toutes les formes étatiques, y compris la pourriture marxo-stalinienne, se sont liguées pour les écraser…)

Landauer en vient à cette conclusion parce qu’il est le plus convaincu que cet anarchisme ne peut venir que s’il y a des anarchistes qui vivent un mode de vie différent, qui se sont séparés du capitalisme et offre un exemple visible et vécu que l’on peut interagir avec et que cela modèle l’arrangement alternatif des relations entre individus. L’anarchisme pour Landauer est une activité vécue. Ainsi :

Il y a bien des gens aujourd’hui qui ne voient aucune alternative à la vie que nous vivons. Ceci doit changer ! Une fois ce changement en place, il ne sera plus nécessaire de rendre vos heures de loisirs les plus longues possible, de vous accrocher à chaque d’entre elles. Travail et loisir, plaisir vont devenir parties intégrantes d’un flot naturel des choses. Chaque jour la vie sera transformée. Vos personnalités vont croître, comme des rochers, des montagnes, hautes et puissantes ! Une nouvelle vie va fleurir. Vous aurez des heures pour vous-mêmes et vous partagerez les heures qui appartiennent à tout le monde avec la communauté. Cette communauté doit être créée, pour vous-mêmes et pour les autres. Ceci ne veut en rien dire que quiconque va vous priver de votre solitude et de vos moments privés, mais que la solitude va retrouver son rôle de plénitude, que la religion va cesser d’être ce qu’elle est devenue aujourd’hui : une commodité.

Comme l’a dit Landauer dans de précédents essais, ce qu’il voulait c’était des pionniers préparés à être les premiers à s’engager dans de nouveaux “styles de vie anarchistes”, ruptures définitives d’avec ceux du capitalisme et qui modèlerait de nouvelles relations humaines. Ils devraient “établir la base d’une nouvelle vie communale, un terreau duquel de nouveaux riches, beaux et nouveaux individus émergeraient.” Il était franc et direct à ce sujet car il concédait que de telles personnes “devraient commencer de rien.” Pourtant, ce fut aussi nécessaire car “personne n’a essayé de commencer jusqu’ici ; de faire du socialisme une réalité.” Il termine ensuite cet essai avec ces impératifs : “Saisissez ! Poussez “ Agissez ! Faites de la vie un plaisir à vivre !

L’article suivant de cette série faisant la promotion d’un nouveau mode de vie anarchiste est intitulé “Début socialiste”. Il s’intéresse aux moyens et aux fins et au Bund socialiste que Landauer essayait d’attiser en une flamme novatrice. Dans le premier sujet abordé, Landauer nous dit que :

Les moyens et les fins ne doivent pas être distinguées si on poursuit une vie réelle, c’est à dire la réalisation de pensées. C’est une vieille erreur d’imposer un idéal inventé, un imaginaire aveuglant. C’est une vieille erreur que de nommer un but pour ensuite demander avec résignation : ‘que pouvons-nous faire pour le réaliser ?’ Aucun but utile ne peut résider dans un futur lointain. Nos buts doivent être derrière nous et nous pousser de l’avant. Ils doivent nous conduire et nous motiver. Nous devons nous libérer de la notion d’apparence et schématique qu’il puisse jamais y avoir de socialisme complet et que tout ce qu’il y a à faire et de faire disparaître cette ligne fine entre les conditions sociales d’aujourd’hui et les conditions sociales que nous souhaitons . “L’Amérique est ici, ou nulle part !” Le socialisme n’est pas un but qui demande des moyens. Le socialisme est ACTION qui porte ses buts en lui-même !

Ce raisonnement va très bien avec les idées de Landauer pour des “villages socialistes”, car il dit que nous devons vivre maintenant le comment nous imaginons que tout le monde devrait vivre. (NdT : le “devenez ce que vous voulez que le monde soit”, de Gandhi…) C’est en ce sens, une question de performance anticipée, préfigurée [utilisant une pensée socialiste anarchiste] ou du plus égoïste !nous sommes libres en agissant librement”. Quant à la violence discutée auparavant, Landauer ne pense jamais que vous pouvez obtenir ce que vous voulez en agissant ou en se reliant de telles façons qui ne soient pas déjà des manifestations de cela dans l’ici et maintenant.

Ainsi, dans ce court essai, Landauer parle d’aller au delà d’appeler pour une sympathie et un soutien pour les buts et idéaux du Bund socialiste et de devenir de gait un Bund socialiste vivant, respirant et actif. Il dit : “Il suffit que ceux d’entre nous qui sont les plus motivés, déterminés et supporteurs se mettent au centre de ceux qui veulent quitter le vide, la confusion et la misère de la production de commodités aléatoire capitaliste afin de parvenir à la raison et à l’unité.” Le point important ici est que ceux qui sont le plus motivés ayant l’esprit nécessaire CRÉENT LES RÉALITÉS plutôt que de rechercher inutilement un soutien ou rechercher ceux qui ont de la sympathie pour une réalité faite de relations maternelles que personne en fait ne crée vraiment. Seul l’organisme vivant, respirant est réel, tout le reste n’est que discours plus ou moins creux. Créons-nous de véritables réseaux de vie communale et d’entraide d’attaque insurrectionnelle contre la coercition systématique et l’exploitation, ou ne faisons-nous qu’en parler en “essayant de battre les tambours du rassemblement et du soutien” ? Ce que Landauer veut dans son écrit est que ces idées prennent vie et cette vie ne peut être qu’incorporée dans ces idées lorsqu’elles se manifestent dans de véritables relations humains, réelles et vécues.

Cette vision est réfléchie plus avant dans ce très court article “Faibles hommes d’état, peuples encore plus faibles” de juin 1910, dans lequel Landauer, de manière mémorable et probablement pour son texte le plus cité, définit l’État comme “une relation sociale, une certaine façon dont les gens interagissent les uns avec les autres” et qui est détruit tout simplement en interagissant d’une autre façon. Cette pensée est en fait facile à comprendre et à voir comme modelée d’après les réflexions de La Boétie sur la servitude où il imaginait que la façon de vaincre la servitude qui était acceptée était simplement de dire NON ! Ainsi donc ici, Landauer exhorte les masses à comprendre qu’elles doivent “fuir l’État et le remplacer” et qu’elles doivent “construire une alternative”. Ceci est basé exactement sur penser comme La Boétie dans lequel il dit que “le système disparaîtra sans laisser de traces si les gens commencent à se constituer en peuple séparé de l’État.” Ceci est un raisonnement que j’accepte facilement bien ´´vivement et donc, nous devons accepter notre responsabilité :

Le monarque absolu a dit : L’État, c’est moi. Nous, qui nous sommes emprisonnés dans l’état absolu, devons réaliser la vérité : C’est nous qui sommes l’État ! Et nous serons l’État aussi longtemps que nous ne sommes rien de différent, aussi longtemps que nous n’ayons pas créé les institutions nécessaires pour une vraie communauté, une vraie société d’êtres humains.

Jusqu’ici, j’ai relayé tout ça sans faire de référence à l’œuvre majeure de Landauer sur l’anarchisme : son texte de 1911 “Appel au socialisme”. Mais pour dire vrai, ce texte n’ajoute pas grand chose à ces idées de base déjà élaborées auparavant par Landauer. Dans la préface de la seconde édition par exemple (NdT : 1919, celle que nous avons traduite il y a plusieurs années…), écrite juste quelques mois avant son assassinat par les Frei Korps (Corps Francs) fascistes, Landauer parle une fois de plus de “la transformation des institutions sociales, des relations de propriété, du type d’économie” et dit que “le socialisme doit être construit, érigé, organisé depuis un nouvel esprit.” Ce qu’il désire achever  sont “des résultats permanents”, ce qui semble vouloir dire un état permanent de relations humaines nouvellement créées, vécues et pratiquées.

Ainsi, “La seule rédemption est le travail, le véritable travail effectué, fait et organisé par un esprit altruiste et fraternel. De nouvelles formes de travail doivent être développées, libérées de ce tribut à payer au capital, créant dans cesse de nouvelles valeurs et de nouvelles réalités, moissonnant et transformant les produits de la nature pour satisfaire les besoins humains. L’âge de la productivité du travail commence, car nous avons atteint le bout de la ligne.” Landauer est ici clair que ces nouvelles relations qu’il souhaite voir se construire sont à la fois le début de quelque chose de nouveau mais aussi la destruction du capitalisme, car il souhaite rien de moins que les gens trouvent inconcevable de devoir louer leur force due travail en des termes capitalistes. Ainsi donc :

Parce que le socialisme doit débuter et parce que la réalisation de l’esprit et de le vertu n’est jamais quelque chose qui provient de la masse mais plutôt le résultat du sacrifice d’un petit nombre et la nouvelle entreprise de quelques pionniers, le socialisme doit se libérer de la ruine par la pauvreté et se réjouir dans le travail. Nous devons donc retourner à la vie rurale et à l’unification de l’industrie, de l’artisanat et de l’agriculture afin de nous sauver et d’apprendre, dans la pratique, les notions de justice et de communauté.

En conséquence, Landauer conclut :”Rien ne vit si ce n’est ce que nous faisons de nous-mêmes, de ce que nous faisons par nous-mêmes. La création vit, pas la créature, seulement le créateur. Rien ne vit et ne perdure si ce n’est l’action de mains honnêtes et la gouvernance d’un esprit pur et véritable.” Landauer conçoit cela comme l’association de personnes, d’hommes et de femmes, dans un “esprit communal” qui est union et liberté, une association d’êtres humains qui :

[association] qui sera un peuple, une culture, une joie de vivre. Qui sait aujourd’hui ce qu’est la joie ? L’amant qui contemple son aimée avec ce sentiment, clair ou indistinct, qu’elle/il est la quintessence de tout ce qu’est la vie et crée la vie ; l’artiste créateur dans une heure rare avec un ami ou quelqu’un comme lui, ou quand dans son esprit, son travail, il anticipe la beauté et la plénitude qui vivra un jour dans le peuple ; l’esprit prophétique, qui qui voit si vite des siècles en avance et qui est certain de l’éternité. Qui d’autre connaît la joie aujourd’hui ? Qui sait combien la joie est superbe, complète et captivante ?…”

Qui donc. Par dessous tout, Landauer parle d’un appel à l’amour et à la joie dans la construction d’une nouvelle société émergeant de nouvelles relations entre les hommes et qui remplit les objectifs de ceux qui s’y engagent depuis une contrainte arbitraire étouffante ou coercitive. A la fin de son “Appel au socialisme”, Landauer appelle donc à :

J’en appelle à tous ceux voulant faire tout ce qu’ils peuvent pour construire le socialisme. Seulement le présent est réel et ce que les gens ne font pas maintenant, ne commencent pas à faire immédiatement, ils ne le feront pas dans toute l’éternité. Le but est le peuple, la société, la communauté, la liberté, la beauté et la joie de vivre. Nous avons besoin de personnes pour lancer le cri de ralliement ; nous avons besoin de tous ceux emplis de ce désir créateur ; nous avons besoin de gens d’action. Cet appel au socialisme s’adresse aux gens d7action qui veulent faire acte de commencement.

gustav-landauer_biblio

Je termine ici cette discussion sur l’anarchisme relationnel de Landauer en citant les 12 articles (dans leur seconde version de 1912) qu’il écrivait pour son Bund socialiste et qui fonctionnait comme son programme et qui donnait un résumé des plus compacts de l’anarchisme de Landauer. Ensuite, je présenterai quelques réflexions concises de ce que j’ai partagé des idées de Landauer.

1. Le socialisme est la création d’une nouvelle société.

2. La société socialiste est un Bund de communautés économiquement indépendantes qui échange leurs produits équitablement. Les individus de ces communautés sont libres dans leurs affaires personnelles et unifiés de manière volontaire pour tout ce qui concerne le bien commun.

3. Le Bund socialiste est destiné à remplacer l’État et le capitalisme. Il ne peut devenir une réalité que lorsque des socialistes actifs organisent leurs vies quotidiennes de manière commune et sortent de l’économie capitaliste aussi loin que les circonstances le permettent.

4. Les établissements socialistes seront préparés par la consommation commune et en remplaçant l’économie monétaire par un crédit mutuel. Ceci permettra aux travailleurs de communautés indépendantes de produire et d’échanger les produits d leur travail sans la médiation de parasites profiteurs et spéculateurs.

5. Dans le Bund socialiste, le capital d’aujourd’hui sera remplacé par deux facteurs sociaux : A) des institutions fondées sur un esprit de connexion garantissant la satisfaction des besoins des travailleurs (à la fois en regard de la production et de la consommation). Ces institutions et l’esprit mutuel remplaceront l’usure et le vide de l’´´économie monétaire. B) la terre : la terre est un requis nécessaire pour toute économie, capitalist ou socialiste ; celle-ci appartient à la nature de la même manière que les institutions appartiennent à l’esprit de la société.

6. Les requis pour une création réelle et globale du socialisme parmi les gens sont l’expropriation et la redistribution de la terre parmi des communautés indépendantes ; ceci doit se faire sur des principes de justice et des besoins réels des gens et dans la compréhension qu’il ne puisse pas y avoir de propriété permanente de la terre.

7. Pour rendre la transformation des droits à la terre possible, les travailleurs doivent mettre en place le plus de socialisme que leur nombre et leur énergie le permettent. Ils doivent fournir des exemples d’une réalité socialiste. Ceci doit se produire sur la base d’un esprit commun (notre capital à nous, socialistes).

8. Aussi longtemps que des exemples de socialisme ne peuvent pas être constatés et vécus, l’espoir pour une transformation des relations sociales et des droits de propriété demeure futile.

9. Le socialisme n’a absolument rien à voir avec une politique d’état, la démagogie ou la classe travailleuse luttant pour conquérir le pouvoir. Il n’est pas non plus réduit à la transformation des conditions matérielles. Il est avant tout un mouvement de l’esprit.

10. L’anarchie est juste un autre nom pour le socialisme. Le véritable socialisme est l’opposé à la fois de l’État et de l’économie capitaliste. Le socialisme ne peut émerger que de l’esprit de liberté et de l’union, association volontaire ; il ne peut surgir qu’au sein des individus et leurs communautés.

11. Plus le socialisme s’étend et plus il exprime la véritable nature des êtres humains, et plus vite les hommes se détournent de ces institutions dénuées d’esprit qui ont amené à l’oppression, à la stupidité et à la paupérisation. Un contrat social englobant tout va remplacer la violence de l’autorité et le Bund des communautés libres et des associations, ce que nous appelons la société, remplacera l’État..

12. La création du Bund socialiste demande le départ des prolétaires des villes industrielles et leur rétablissement en zones rurales, où l’agriculture, l’industrie et l’artisanat se réuniront et la distinction entre le travail Manuel et le travail intellectuel sera abandonnée. Le travail sera joyeux et tout le monde aura un sens profond d’appartenance ; ceci nous permettra en tant qu’individus de former à la fois des communautés et un peuple.

L’anarchisme de Landauer me semble être une sorte de “kropotkisme pour égoïste” ou mieux, un “anarchisme social pour nietzschéens”. Ses idées combinent l’individu et le social comme dualité nécessaire, chacun nourrissent l’autre dans une relation complète (NdT : ce que nous appelons le “complémantarisme”, qui fait que rien ne s’oppose, tout se compose..) et ses idées organisationnelles sont essentiellement une théorie de l’association qui est appropriée au problème posé.

Landauer recherche à initier un mouvement pionnier pour de nouvelles relations sociales et il semble être à la fois une conclusion et une assertion pour lui, que cela ne sera nécessairement pas un mouvement de masse ou une idée meta-narrative pour un très petit nombre ; en cela je compare l’application de la pensée de Landauer des premiers suiveurs de Jésus dans les évangiles, attendus d’errer en prêchant le royaume de dieu mais sans argent, sans possession etc… Jésus a aussi initialement mis en place de nouvelles relations, tout comme Landauer le suggère ici…

Que Landauer soit un pacifiste et fortement orienté vers la non-violence est important car Landauer n’est pas un penseur qui ne focalise que sur la question de l’immédiat. Il demande ce que la trajectoire doit être et où nous voulons aller. Pour lui, l’équation devient simple : vous ne pouvez pas faire votre chemin vers l’anarchie à coup de bombes et de pistolets (en cela, le propagandiste par le fait, Alexandre Berkman, compagnon d’Emma Goldman, le reconnaîtra dans la dernière partie de sa vie lorsqu’il écrira son tract sur l’anarcho-communisme) et en fait, le lancer de bombe et le flinguage ne sont à terme que l’expression d’une frustration exprimée au travers de la destruction. Ceci n’est en rien un mede systémique de parvenir à ce que vous désirez en termes relationnels.

Je suis d’accord avec Landauer sur cela et ai toujours été hésitante à me précipiter sur le flingue ; mais je ne suis pas d’accord avec Landauer quand il dit qu’il n’y a jamais de justification de la violence. Est-ce que les gens qui sont attaqués doivent se laisser faire et aller au sacrifice ? Ceci ressemble à un suicide. Ainsi, je vois toute la motivation possible pour une violence de défense, d’auto-protection. Ce qui constitue la défense et ce qui est au-delà et débouche sur autre chose.

NdT : ici Anarqxista fait la confusion entre “violence “ (construction sociale) et “agressivité” (partie de l’instinct de préservation naturel). Landauer parle de “violence” dans sa construction sociale pour l’essentiel, c’est à dire l’expression d’un pouvoir absolu de vie ou de mort sur autrui… La violence est acquise socialement et est nocive, l’agressivité fait partie de notre nature et est un mécanisme de défense, c’est à dire que la nature fournit un mécanisme intégré de préservation, d’auto-defense pour la survie. La réaction agressive faisant suite à une attaque est un phénomène naturel et n’est pas “violence”. Sait-on quel était la position de Landauer sur ce point ?…

La violence appelle la violence et est sur le chemin de toujours plus d’abus d’autorité.

[…]

La pacifisme de Landauer doit, bien entendu, être mis dans le contexte de ses vues ainsi que de la culture et la politique de son époque, lorsque des gens utilisaient des pistolets et lançaient des bombes artisanales. Ceci fait réfléchir Landauer, comme il se doit, sur qui correspond le mieux à l’anarchisme. L’anarchie est-elle pour tout le monde (imaginée comme un ethos, un mode de vie) ? Les anarchistes doivent-ils entreprendre la tache “d’évangéliser” le monde entier à l’anarchie ? Voulons-nous une révolution mondiale et ceci est-il une ambition réaliste ou simplement un fantasme ? Est-ce que la tache de l’anarchisme est d’avancer jusqu’à ce que tout le monde soit devenu anarchiste ? Landauer ne semble pas le penser et est venu à la conclusion que, en tant qu’ethos, en tant qu’idée, séries de pratiques et de croyances, l’anarchisme ne sera que pour un groupe de personne, si ce n’est pour e “petit nombre”. Pour lui, c’est une question “d’esprit”, de conscience, d’ethos, qui , par définition, échappera à un certain nombre de personnes qui jamais n’y viendront.

Ainsi, Landauer semble vouloir trouver et motiver ces personnes pour qui cela est une réalité ou une possibilité future plus qu’autre chose. Pour Landauer, l’anarchisme n’est pas une “imposition bénévole” sur le monde et ne pourra jamais l’être [ceci étant une idée autoritaire et dictatoriale]. Il s’agit de la façon dont les gens interagissent entre eux, comment ils vivent et s’associent librement, quelque chose [devons-nous conclure] qe tout le monde ne pourra pas faire. C’est une “colonisation interne” et les gens “s’unifiant en de nouvelles formes de culture”, mais, quoi doit le dicter la logique, cela veut dire que cela est différent de ce que les autres font, peut-être même de ce qu’ils voudront faire. Après tout, les anarchistes peuvent-ils forcer leur mode de vie et leurs relations aux autres ? Ceci est une question très sérieuse.

Landauer distingue donc les gens par leur “esprit” [il préfère ce terme], qui est leur conscience, leur ethos (et aussi leur éthique), leur vertu. Son idée est que ces personnes, depuis leurs propres communautés (peu importe la taille, juste une question de choix d’association) font ces connexions matérielles d’esprit et d’ethos qu’ils partagent. Ces communautés deviennent ensuite des phares brisant dans le noir et sont faites pour attirer d’autres vers la lumière par leur énergie active et connexions sociales fondées sur la vie anarchiste. Il fonde cela, sur l’idée que les gens démontrent quelque chose d’analogue aux connexions familiales simplement en existant en commun, comme des exemples de la même espèce. C’est aussi fondé sur l’amour des autres, quelque chose qui peut être développé ou découragé par et dans les vies actuelles vécues. Ceci doit être communautés de vies nouvelles et de plaisir mutuel qui attire de manière naturelle l’intérêt des autres, parce qu’ils ne sont pas isolationnistes par conception, mais font toujours partie d’un monde plus vaste. (NdT : ce que nous appelons la “complémentarité dans notre diversité”…)

Pourtant, nous devons nous rappeler que pour Landauer, tout cela se trouve dans une fondation intellectuelle quasiment en territoire égoïste. Landauer conçoit certains types de personnes s’auto-organisant et qui sont capables de faire de telles choses. Son utilisation du texte de La Boétie par exemple, tend vers cette direction également. L’anarchisme pour Landauer, est une question de relations auxquelles nous consentons ou pas pour nous-mêmes. L’anarchisme, pour lui, comme le royaume de Dieu pour Jésus dans l’évangile de Luc : 17, est “en nous” [comme ce le fut également pour Tolstoï et son amalgame du christianisme et de l’anarchisme], comme un esprit, une vertu, une ´´éthique, une conscience”. Il semble presque, dans l’anarchisme spirituel de Landauer, que nos vies sont une question de la compréhension et de l’utilisation des conditions de notre existence lorsqu’il parle des êtres humains comme “frères est sœurs”, une relation constituée par et pour elle-même du fait de notre seule existence commune. Landauer veut que personne n’ignore ce fait et se concentre, imagine, ce que cela veut dire et implique.

C’est en fait à cause de tout cela que l’anarchisme de Landauer ne devient pas une activité qui attend une utopie future ou que le paradis vienne sur terre, mais une activité du MAINTENANT, un changement de relations MAINTENANT, l’imagination et la creation d’un nouveau MAINTENANT ! Sa conception que ce maintenant doit être totalement construit en dehors du capitalisme est, bien entendu, totalement juste. L’anarchisme doit être construit en dehors du capitalisme ou il n’est qu’une addition identitaire à celui-ci mis en place par des couards, pour des pouvoirs médiatiques et sociaux et ceux qui veulent passer pour “branchés” et “cool”. En d’autres termes, l’anarchisme doit être réel ou ce n’est juste qu’un mot. Il doit incorporer, personnifier l’anarchisme dans de véritables relations dans la vraie vie. Des idées comme celle de Landauer de “la grève générale active”, si mises en place, commenceraient à changer notre réalité. Il est donc tout a fait correct de dire, comme le fait Landauer  que ce qui compte vraiment par dessus tout est notre désir profond de changer, de vivre différemment  et de s’engager dans des relations autres avec les gens que celles dont nous sommes habitués. L’anarchisme est la CREATION DE NOUVELLES RELATIONS, CREER DE NOUVELLES REALITES MATERIELLES et il est AUTO-ORGANISE, AUTO-CREE ! C’est une action d’AUTO-EMANCIPATION. Pas étonnant donc, que Landauer semble penser que les égoïstes feraient en fait les meilleurs anarcho-communistes…

Esprit_anarchie_anarqxista_goldman

Mais il y a une affaire dans tout cela, une qui se produisit avec son collègue allemand de la Bund socialiste Erich Mühsam. Comme déjà mentionné, Landauer était socialement assez conservateur. Il croyait en la famille et le pensait comme quelque chose sur laquelle ses idées devaient êtres construites. Ainsi, sur le sujet de “l’amour libre” et “la question de la femme”, qui circulaient à la fin du XIXème siècle et au début du XXème et qui vit des femmes anarchistes comme Emma Goldman et Voltairine de Cleyre s’y trouver très impliquées, il était du côté de ceux qui les trouvaient goujates si pas corruptrices des conditions sociales. Landauer semble avoir trouvé l’emphase sur la question du sexe dans l’émancipation humaine comme une corruption de la morale, du moins la sienne, et de la fabrique sociale nécessaire. Ainsi, Landauer écrivait des articles dans le journal “Le socialisme” qu’il éditait, critiquant l’amour libre comme étant facteur de destruction sociale, articles qui félicitaient par contre, la solidité donnée à la société par l’unité familiale, ce de la façon traditionnellement comprise.

Mais pas tout le monde, y compris parmi ses collègues et amis, était d’accord avec lui. Une personne qui était en désaccord avec lui était Erich Mühsam, auteur et dramaturge anarchiste, qui sera arrêté en 1919 alors que Landauer sera assassiné et qui fut interné 5 ans dans une prison bavaroise avant d’être relâché au cours d’une amnistie qui libèrera aussi un certain Adolf Hitler, incarcéré après son putsch de la brasserie de Munich en 1923. Mühsam passera les 10 ans suivantes de sa vie à être un agitateur politique pour un socialisme anarchiste très similaire de celui de Landauer, avant de succomber à la montée des nazis, qui l’arrêteront, le tortureront et le tueront dans un camp de concentration au nord de Berlin en 1934. Mühsam. Tout comme Landauer, était juif.

Le socialisme anarchiste de Mühsam avant cette époque, et spécifiquement vers la période du Bund socialiste promut par Landauer, semble avoir été très similaire à celui de ce dernier. Une des grandes différences entre les deux anarchismes reposait sur deux sujets : celui de la sexualité et la place des femmes dans la société.

Dans un curt article en réponse à un article de Landauer dans “Le socialiste”, Mühsam déclare :

Le socialisme ne peut avoir pour tache d’approcher la sexualité sur la base de la morale puritaine. Les sujets d’ordre sexuels sont par nature d’ordre intime, dépendant de la personnalité et des sentiments de chaque individu, qui ne peut jamais être décrit comme étant dépravé ou laid, ni non plus comme malade ou décadent. La relation et rapport sexuel est connectée aux sensations de plaisir. L’ambition de réduire l’activité sexuelle humaine au but de la reproduction ne peut jamais être justifiée. Ceux qui prennent un tel argument sérieusement doivent impérativement demander que toutes les femmes stériles deviennent sexuellement abstinente. De plus, nous ne devons jamais oublié, quand on aborde ce sujet difficile et délicat, que le partage de plaisirs sexuels entre êtres humains est l’expression la plus intime et forte d’amour entre des personnes. Et l’amour existe et s’exprime même lorsqu’une faible constitution (physique) ou d’autres raisons importantes ne recommandent pas la procréation.

Sur la monogamie, Mühsam argumente : “Il est complètement arbitraire que des personnes amoureuses l’une de l’autre doivent demeurer “fidèles” l’une à l’autre. Il n’y a pratiquement jamais eu de temps où le mariage fut une institution véritablement volontaire.” Mühsam suggérant ici que l’institution même du mariage pourrait bien être en contradiction avec une philosophie d’émancipation. Mühsam continue :

Il est certain que l’amour est libre. Il est aussi vrai que la liberté dans le domaine de l’amour doit toujours être gagnée, spécifiquement dans le cas des femmes. Ce qui rend “l’amour libre” un droit particulier des femmes, un droit qui semble plus important que tous les droits politiques qui n’aidât en rien. Obtenir l’indépendance dans des sujets les plus intimes, le contrôle sur son corps, non réprimé par les codes moraux sociétaux. Libération du contrôle public de la virginité. Observer un respect sans partage de l’humanité des femmes. Ce sont des droits pour les femmes pour lesquels nous socialistes devons nous battre ! Que cette augmentation de liberté des femmes ait un impact quelconque sur leurs vies sexuelles n’est en rien notre affaire.

[…] Je pense que ceci fut une erreur de la part de Landauer et qui constitue un chaînon manquant chez lui, chose qui est corrigé dans la relation sociale d’Emile Armand par exemple et sa notion de “camaraderie amoureuse”. Je suis aussi d’accord avec Mühsam lorsqu’il dit :

Que les femmes donnent naissance à autant d’enfants que leurs cœurs le désirent ! qu’elles vivent afin d’honorer le peuple avec de forts, sains, et intelligents enfants, heureux de vivre ! Et qu’elles choisissent comme père ou comme pères de leurs enfants, qui elles désirent !… Lorsque ceci sera le cas alors on pourra vraiment parler de liberté des femmes et des droits des femmes !

En d’autres termes, je rejette le conservatisme de Landauer entièrement et rejette l’idée traditionnelle de la famille sur laquelle il insiste et reste bloqué. La construction d’une société nouvelle ne peut pas être fondée sur de vieilles constructions sociales mais doit être réimaginé tout comme ce qu’est la relation sociale et la communauté. La liberté et l’émancipation du vieux monde doivent se produire de bas en haut, sur tout et pour tout. Ceci en fait, est le seul espoir de ne pas retomber facilement dans les travers du passé et de voir renaître les vieilles hiérarchies et les vieilles coercitions. Comme le dira Mühsam lui-même dans un article subséquent “Anarchie” dans sa propre publication “Caïn” :

L’anarchie est la liberté de toute coercition, violence, servitude, loi, centralisation et de l’État. Une société anarchiste repose sur le volontariat, la communication, le contrat, l’accord, l’alliance et le peuple… La vie politique des peuples civilisés est toujours limitée à la conception de toujours plus de rênes, de selles, de harnais, de mors et de cravaches/fouets. L’humain travailleur ne se distinguant du cheval de labeur qu’en aidant son maître à développer de meilleurs outils pour mieux l’entraver et en s’y ajustant volontairement… C’est pourquoi, le moyen de changer les conditions que vous savez être néfastes est l’action.

Cette action néanmoins, ne peut pas laisser des zones de relations humaines sans changement. Les relations humaines doivent devenir entières, complètes. Ceci inclut le problème de la famille, de la sexualité, des relations sexuelles. En fait, je suggérerais que nous prenions la solidarité fraternelle de Landauer, parce que nous existons ensembles comme des exemples de la même espèce (ce que répète Mühsam dans son texte “Anarchie”, comme référence, mais que, à l’encontre de Landauer, allions en ce sens jusqu’au bout du bout du banc, comme le dit Mühsam sans son “Anarchie” :

L’anarchie est la société des humains frères. Son alliance économique est appelée socialisme. Les humains frères existent. L’anarchie vient dès qu’ils se rassemblent. Ils n’ont pas besoin de domination ni de hiérarchie, mais ils ont toujours besoin de créer le socialisme. Ceci demande un effort, du travail. Ceux qui refusent d’aider, de créer et de s’engager dans un travail socialiste en communion fraternelle, ceux qui veulent attendre que les choses changent sans qu’eux-mêmes ne lèvent le petit doigt, peuvent continuer de réparer, de laver la vaisselle, ils peuvent continuer de se plaindre et de voter, mais ils ne peuvent pas se dénommer socialistes et en particulier, ils ne pouvant en aucun cas parler de l’anarchie ! L’anarchies est une question de cœur et ces gens ne connaissent rien à cela !

[…]

Pourtant, une question demeure et pas seulement pour Landauer : étant donné la construction d’un anarchisme relationnel de ceux qui mettent en place leurs propres communautés de relations, pourquoi cela n’a t’il pas marché ? La réponse est en fait comme Landauer l’avait diagnostiqué quand il écrivit là dessus (tout en ne mettant pas en pratique ses propres idées lui-même) : personne en fait ne le fait. Personne ne vit cette vie. Virtuellement personne n’est un anarchiste réel, vivant ce mode de vie (ou faisant partie d’une communauté anarchiste de relations sociales ou culture anarchiste). Tout le monde (il y aura bien sûr des exceptions) vit dans une sorte de relation volontaire et délibérée au capitalisme, peut-être même en disant aux autres de ne pas le faire…Donc, Landauer avait parfaitement raison ici : peu sont ceux qui marchent sur ce chemin. Ce fut son défi, c’est mon défi et celui de quiconque va lire cette phrase. Ne faites pas que le lire. Ne faites pas que le penser, le théoriser. FAITES-LE ! Incorporez-le ! Faites en une réalité, un fait réel et actuel !

Mais, puisque c’est un corollaire évident de ces impératifs, qu’en est-il du/des moyens ? Comment ? Landauer a offert quelques façons de procéder dans “la grève générale active” et “la communauté rurale autonome”. […] Je pense avant toute chose que l’anarchie est une AUTO-EMANCIPATION. Elle est de votre propre responsabilité, de votre propre autonomie et agencement. Ultimement, ceux qui veulent trouver une façon la trouveront. En conséquence, je ne fournit aucun schéma, encore moins de plan à suivre. Pour moi, l’anarchisme est la philosophie du “trouve ça par toi-même”.

Ceci n’est pas dit de manière j’en foutiste, mais afin d’insister sur le fait que l’anarchisme active votre action propre dans votre propre intérêt. Cela ne vous nie pas l’opportunité de rassembler vos talents et de joindre vos esprits avec ceux des autres. Comme l’a argumenté Landauer, l’anarchisme est par lui-même un phénomène social nécessaire. Mais cela veut aussi dire que cela ne veut pas dire de faire ce qu’on vous dit de faire car ceci n’encourage pas les valeurs que les anarchistes en sont venus à valoriser. Le seul véritable critère ici est que vous vous engagiez dans la création de nouvelles relations et de nouvelles cultures dans votre propre intérêt, des relations qui détruisent notre passé collectif coercitif socialement, politiquement, économiquement et moralement, à la poursuite d’émancipations présentes est futures toujours en évolution. Voilà ce que nous devons faire et je suis convaincue que pour ceux qui ont l’esprit de le faire, tout ce qu’ils ont à faire est de mettre tout ça en pratique effective dans leurs vies.

Gustav Landauer sur Résistance 71

Gustav Landauer en PDF :

Vie et œuvre de Gustav Landauer

Appel au socialisme (traduction partielle de R71)

Cobra_soleil
Et dans une aube nouvelle,
Le peuple se dressa…

Sortir du marasme mortifère étatico-marchand par la société des sociétés : la voie du changement relationnel de Gustav Landauer 1/2 (Anarqxista Goldman)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 29 décembre 2022 by Résistance 71

GL1

“Une vie alors est comme un délai au cours duquel l’homme peut, et a le devoir, de mettre son esprit en accord avec la compréhension qu’il a du but de l’existence humaine.”
~ Andreï Tarkovski ~

“En ce monde, le bonheur n’existe pas, mais il existe la paix de l’âme et la libre volonté.”
~ Alexandre Pouchkine ~

“Nous sommes crucifiés dans une seule dimension, alors que le monde est multidimensionnel. Nous le sentons et nous souffrons de l’impossibilité de connaître la vérité. Mais il n’est pas nécessaire de connaître. Il faut aimer et croire. La foi est la connaissance acquise à l’aide de l’amour.”
~ Andreï Tarkovski ~

Gustav Landauer sur les relations anarchistes

Anarqxista Goldman

Chapitre 6 de son livre “Mini-manual of anarchists relations”, 2022

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71

Décembre 2022

1ère partie
2ème partie

“L’État est une relation sociale ; une certaine façon qu’ont les gens à se relier les uns aux autres. Il peut être détruit en créant de nouvelles relations sociales, par exemple en faisant que les gens aient des relations différentes entre eux.” — Gustav Landauer —

Gustav Landauer était un anarchiste allemand, juif, né en 1870. Personne de très bonne éducation, il devint un des leaders théoriciens allemands de l’anarchisme vers la fin du XIXème siècle, mais il avait une vision particulière de l’anarchisme auquel il préférait se référer (ce qui est confus pour le lecteur d’aujourd’hui) au socialisme. Sans doute parce que Landauer était un pacifiste et que l’anarchisme était associé souvent dans l’esprit des gens à force de propagande capitaliste, comme étant violent, ce qu’il condamnait et contre quoi il écrivait (il fut aussi contre la 1ère guerre mondiale de par ses vues pacifistes), alors que ses idées étaient profondément anarchistes, comme nous allons le voir.

L’anarchisme de Landauer a de nombreuses sources et trahit ses attachements aux idées philosophiques et intellectuelles de Nietzsche et de Stirner mais aussi aux idées sociales et communistes anarchistes de la réunion communale telle que prônée par Kropotkine. Il a mis en avant plusieurs théories novatrices auxquelles je reviendrai ci-dessous, et créa un ethos anarchiste très distinct fondé sur l’idée, comme l’indique la citation en début de ce chapitre, disant que la “société” ou “l’État” ne sont vraiment rien d’autre que des relations sociales créées et maintenues. En tant que diffuseur de ses idées, Landauer fut condamné à plusieurs reprises et mis en prison. Il écrivit à la fois pour éduquer et pour cajoler ses lecteurs, mais il écrivit aussi très sérieusement sur l’histoire, la critique et la construction théorique. Landauer était un conservateur social qui croyait en la famille et avait un certain dégoût pour la sexualité libre ou l’emphase mise sur la sexualité, il pensait que cela mettait en place une “pornocratie”.

Il fut assassiné pour ses croyances socialistes libertaires en mai 1919 dans une cour de prison bavaroise par des membres des Corps Francs (fascistes), qui furent envoyés en Bavière pour réprimer la révolution qui s’y tenait après l’abdication du roi de Bavière après la fin de la 1ère guerre mondiale. Rudolf Rocker a décrit Landauer comme “un des plus grands esprits et meilleur homme que l’Allemagne ait connus” et “sans aucun doute le plus grand penseur parmi les socialistes libertaires allemands.

Regardons donc les idées de Landauer plus en détail pour tenter de comprendre son anarchisme des relations. Dans les citations faites, je conserverai le plus de références au “socialisme” intactes aussi loin qu’il soit bien compris que lorsque Landauer parle de “socialisme”, il veut dire une conception socialement bien comprise de l’anarchisme… De la collection aujourd’hui classique des ´´écrits de Landauer dans le texte “Révolution et autres écrits : une lecture politique”, traduite, compilée et éditée par Gabriel Kuhn qui donne une présentation chronologique et annotée des idées de Landauer avec une très bonne introduction. Je me concentrerai ici sur plusieurs morceaux de ce livre visant à présenter des idées clefs de Landauer et de sa théorie philosophique anarchiste, qui ajoute de la substance à mes propres idées sur les relations anarchistes telles que je les ai présentées.

Mais ce faisant, ceci ne veut pas suggérer que Landauer aurait soutenu mes idées (mon insistance sur la sexualité par exemple aurait sans aucun doute été un sujet de désaccord entre nous), ce dont parlait Landauer était un anarchisme des relations qui nous parle grandement aujourd’hui.

Le premier morceau choisi de Landauer que je désire analyser date de 1895 et est intitulé “Anarchisme-Socialisme” et fut originellement publié dans le “Journal Anarchisme et Socialisme” de langue allemande. Ici, établissons-nous le point de départ de la première période de sa carrière de théoricien anarchiste. Il est clair depuis le début que la vision de Landauer est une vision hybride qui rassemble des branches diverses de pensée en une idée ainsi résumée :

L’anarchisme est le but que nous poursuivons : l’absence de domination et d’état ; la liberté de l’individu. Le socialisme est le moyen par lequel nous voulons atteindre et sécuriser cette liberté : solidarité, partage et travail coopératif.”

Subséquemment, ajoute t’il, au moment ou le parti politique allemand du SPD (social-démocrate), montait comme la voix orthodoxe du socialisme démocratique allemand :

Quiconque n’est pas aveuglé par les dogmes des partis politiques reconnaîtra que l’anarchisme et le socialisme ne sont pas opposés mais co-dépendant. Le véritable travail coopératif et la véritable communauté ne peuvent exister que là où l’individu est libre et les individus libres ne peuvent exister que là où nos besoins sont satisfaits en solidarité fraternelle.

Ici Landauer argumente que l’anarchisme et le socialisme ne sont en rien opposés mais complémentaire dans une situation ou le socialisme est pris pour la collectivisation forcée et le premier est imaginé comme un individualisme qui “veut dire atomisation et égoïsme”. Ainsi le quidam moyen est toujours amené à penser que ce sont des opposés incompatibles. Landauer ne le pense pas. Se décrivant au passage comme un anarchiste socialiste, Landauer, donnant une analogie de protection d’un endroit de la pluie, décrit sa vision de cette façon :

Lorsque c’est utile nous partageons un toit commun aussi loin qu’il puisse être retiré lorsque non nécessaire. Dans le même temps, tous les individus peuvent avoir leurs parapluies et pour ceux qui veulent être mouillés, et bien nous ne les forcerons en rien à rester secs…ce dont nous avons besoin est de ceci : des associations de l’humanité dans les affaires concernant l’humanité ; les associations de personnes particulières dans des affaires qui concernent les intérêts de gens particuliers, de groupes sociaux particuliers dans des affaires qui concernent des groupes ; associations de deux personnes dans des affaires concernant deux personnes, individualisation des affaires ne concernant qu’une personne.

Puis il ajoute que “nous, les anarchistes, voulons un ordre libre d’associations multiples, imbriquées les unes dans les autres et colorées… il n’y a aucun besoin d’avoir un parlement mondial ou quelque autre institution mondiale que ce soit…” A ce niveau, Landauer pense que les choses doivent être gérées par ceux qu’elles concernent, les problèmes globaux par la communauté mondiale, les affaires locales par les associations locales etc et qu’en aucun cas des institutions et régimes fixes ne jouent un rôle dans la gestion des affaires ; ceci représente un concept tout à fait anarchiste. Par essence, il pense que “cet ordre de gestion doit être fondé sur le principe que tous les individus sont plus proches de leurs intérêts” et que les gens doivent rester focalisés sur ces intérêts et sont ceux les mieux outillés pour les gérer sans interférence aucune de sources extérieures arbitraires. Landauer parle aussi ici d’un peuple “bien éduqué” où les “talents” des personnes sont “bien développés” comme bases d’une saine société. Il dit que “le principe d’entraide y sera central” et que “il sera impossible pour des individus d’accumuler des richesses menant à l’exploitation, car tout le monde dans une société anarchiste comprendra que l’usage commun de la terre et des moyens de production va dans le sens de leur intérêt particulier.

Il veut une société où “aucun groupe ne gagnera quoi que ce soit en devenant exclusif” car ils abandonneraient la bonne volonté de leurs compagnons et voisins ce faisant. Il ne veut pas d’un système social fondé sur la nécessité du travail car il pense que cela créera un nouveau système moral de ceux qui méritent leur existence et ceux qui ne la méritent pas (ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas travailler). Ainsi, il place “la contrainte de l’intérêt particulier” au dessus de la “contrainte morale”. Fondamentalement, Landauer est convaincu que “l’anarchie n’est pas un système dénué de vie fait de pensées toutes faites. L’anarchie est la vie, la vie qui nous attend après que nous nous soyons libérés du carcan qui nous restreint.

En 1897, on demanda à Landauer d’écrire quelque chose sur l’anarchisme pour un journal libéral berlinois qui faisait une série d’articles intitulée : “Les partis politiques de leurs propres mots”. Intitulé “Quelques mots sur l’anarchisme”, Landauer commença par réfuter sa tache car l’anarchisme n’est pas et ne peut pas être conçu comme un “parti politique”. Mais il utilisa cette opportunité pour parler à une vaste audience comme une occasion de réfuter la violence imputée à l’anarchisme et son association populaire avec des assassins et des lanceurs de bombe. Il écrit : 

On ne peut pas nier que des anarchistes ont été impliqués dans un certain nombre d’assassinats ces dernières décennies, mais par principe, l’anarchisme et la violence n’ont rien en commun. L’idée anarchiste est pacifique, opposée à l’agression et à la violence. Ceci ne veut pas dire que les anarchistes sont des moutons. Cela veut dire que nous voulons vivre pleinement et brillamment, entièrement comme personnalités matures…

Mais, retour aux assassins : ils ne sont pas motivés par les idéaux anarchistes et ne poursuivent pas une intention anarchiste : en fait, l’intention n’a rien à voir avec leurs actions. Ce sont des personnes froides, fermées, haineuses. Les vagues de leurs désirs se brisent sur les digues d’une côte déprimée : le présent. Ni leurs attentes de bonheur et de liberté ni leurs besoins les plus élémentaires ne peuvent être satisfaits. Toutes leurs émotions sont concentrées et comprimées. Ils contemplent la bonne vie de l’anarchie et la réalisation de leur être intérieur alors qu’ils ne peuvent pas se nourrir ni eux ni leurs enfants. Graduellement, bien des éléments de leur personnalité meurent : réflexion, considération, empathie, même leur sens de survie. Leur vie commence à être consumée par un seul et unique sentiment : la rage de la vengeance.

Finalement arrive le moment où tout ce qui est caché surgit à la surface, quand tout ce qui a été gelé commence à bouillir et mijoter, quand tout ce qui a été durci, fond et quand tout ce qui a été supprimé explose. Alors, le monde réagit avec force et met en place des lois d’urgence pour se protéger contre la bonne vie de l’anarchie et ses adhérents secrets. Le même monde qui ne considère jamais de prendre des mesures contre lui-même, qui ne considère jamais d’opprimer l’oppression. Bien sûr qu’il ne le fera pas. S’il le faisait, ce ne serait plus le monde : tout le monde (en français dans le texte), pas seulement les lundis mais tous les jours de la semaine…

Il est facile de condamner les assassins. Mais j’essaie de les comprendre psychologiquement et si j’étais un avocat, je les défendrais contre les limites de la “justice” bourgeoise. Mes mots de fin seront : abdiquez la violence autoritaire et la protection des privilèges et du vol et il n’y a aura plus de hors-la-loi et plus de violence rebelle !

Landauer prend ainsi une position publique contre la violence, mais il comprend aussi que ces gens réagissent à une cause et ne sont pas des monstres venus de nulle part. Landauer a en fait lu plusieurs plaidoiries de défense d’anarchistes assassins incluant celles de Ravachol, d’Auguste Vaillant et d’Emile Henry et il était familier avec leurs actions et leurs revendications. Landauer n’est pas lui même une personne de “la propagande par le fait”. Ses réflexions sur la violence ici mènent à ces conclusions :

De ce que j’ai dit jusqu’ici, il s’ensuit ceci : d’abord que l’anarchisme ne peut pas être un mouvement de masse à notre époque, mais seulement ceux d’individus de pionniers… Ensuite que nous sommes des optimistes invétérés malgré notre scepticisme principal. Nous ne sommes pas des individualistes de la vieille école. Nous croyons en la bonté de l’humanité et en ses immenses capacités. Nous voulons une société anarchiste où les individus peuvent vivre ensemble sur la base des associations libres et du respect mutuel, en un autre terme (économique) : en socialisme.

Ainsi, Landauer inscrit deux marqueurs précurseurs dans sa compréhension de l’anarchisme : ce n’est pas un mouvement de masse ni une collectivité populiste mais plutôt un mouvement de pionniers individuels rendus potent par le truchement de leur association libre et de leur respect commun. En d’autres termes, c’est un mouvement éthique de certaines personnes (relativement peu nombreuses).

permaculture2

Landauer est enclin à écrire de nouveau sur la violence, mais de manière différente de celle d’Emma Goldman en la même occasion, l’assassinat du président américain McKinley par Leon Czolgosz. Ici, il se démarque rhétoriquement des “anarchistes” (semblant accepter l’association des anarchistes avec la violence, si ce n’est pour un effet rhétorique) et il commence maintenant à distinguer ses propres vues de l’anarchisme de celles des autres, sur le chemin de pouvoir décrire une construction spécifique de l’anarchisme comprenant sa propre compréhension de celui-ci. Dans cet essai “Pensées anarchiques sur l’anarchisme”, Landauer commence par trouver l’idée de “l’anarchisme par la violence” quelque peu bizarre, il écrit :

Il me semble que la déclaration de Mowbray correspond à l’expression de ce qui est presque devenu le dogme anarchiste, à savoir de percevoir l’assassinat de personnes au pouvoir comme un acte anarchiste. De fait, il est vrai que la plupart des personnes impliquées dans ce genre d’action ces dernières décennies, furent motivées par des croyances anarchistes. Tout observateur objectif dira que ceci est bizarre. Qu’est-ce qu’a à voir avec l’assassinat de personnes l’anarchisme, une théorie politique désirant une société sans gouvernement ni autorité coercitive, un mouvement contre l’État et la violence légalisée ? La réponse est : rien, rien à voir. Cependant, certains anarchistes tendent à penser que discuter et éduquer n’a pas jusqu’ici porté ses fruits. Ils pensent donc que la destruction doit aller de paire avec la construction et la promotion par la parole. Ils sont trop faibles pour faire tomber les frontières, alors ils se tournent vers la propagation de la propagande par le fait. Les partis politiques s’engagent dans l’action politique, alors certains anarchistes pensent qu’ils doivent individuellement s’engager dans des formes anti-politiques, une politique négative. Ces logiques expliquent leur “action politique” : la propagande par le fait et le terrorisme individuel.

Landauer accuse de telles personnes d’avoir des motivations égocentriques et d’agir comme les États dont ils veulent se débarrasser. Il pense “l’anarchisme de la violence” comme celui de ceux qui n’ont pas suffisamment anarchisé leur pensée et ne sont devenus que le reflet de miroir de ce qu’ils détestent et méprisent. Ainsi donc, il dit ouvertement : “Ces anarchistes ne sont pas assez anarchistes à mes yeux” et il les accuse de se conduire comme “des partis politiques” et d’être “simples d’esprit”. “Qu’obtient-on par la violence ?” Est son processus de pensée. Il appelle bien des anarchistes de simples dogmatistes dans leurs croyances et leur attachement à l’action violente. Quand on lit entre les lignes, on constate que Landauer critique la psychologie de la violence et demande quel est son but final. En tant qu’homme qui se révèlera être l’homme pour qui les moyens doivent être indistincts des fins, la violence ne peut jamais être une solution pour lui. La violence ne fait que mener à un cercle vicieux de haine, de guerre, de mort, de destruction, cycle sans fin de violence. Est-ce cela que les anarchistes veulent ? Ainsi donc :

Ceci est la fallacie de base des anarchistes révolutionnaires (fallacie que j’ai longtemps partagée avec eux…) : l’idée que l’on puisse atteindre l’idéal de non-violence par la violence et des moyens violents. Dans le même temps ils objectent fondamentalement à la “dictature révolutionnaire” que Marx et Engels appellent de leurs vœux dans leur “Manifeste du parti communiste”, comme une courte période de transition après la révolution. Mais tout cela n’est qu’auto-déception. Toute forme de violence est dictatoriale, à moins qu’elle soit volontairement endurée, acceptée par des masses subjuguées. Ceci n’est pas le cas dans les assassinats anarchistes, qui ne sont que sujet de violence autoritaire. Toute violence n’est que despotisme ou autorité.

Il est important de souligner ici la position de Landauer contre la violence, parce que cela ouvre de fait la porte à la question : “Si pas de violence, alors quoi ?…” Mais Landauer a une réponse à cette question et il commence à l’articuler dans ce passage :

Ce que les anarchistes doivent comprendre c’est q’un but ne peut être atteint que s’il est déjà réfléchi dans ses moyens. La non violence ne peut pas être atteinte par la violence. L’Anarchie existe là où on trouve de véritables anarchistes : des gens qui ne s’engagent pas dans la violence. Ce que je dis ici n’est pas nouveau. C’est ce que Tolstoï nous a dit depuis longtemps… Les anarchistes révolutionnaires vont objecter : si nous sommes non violents, nous permettons notre exploitation et notre suppression et nous ne serons donc pas libres mais esclaves. Quand nous parlons de non violence, affirment-ils, cela ne concerne pas l’attitude des individus mais de l’organisation sociale. Nous voulons la société anarchiste, mais nous devons d’abord récupérer ce qui nous a été volé et ce qu’on nous refuse.

Mais ceci n’est qu’une autre fallacieuse cruciale : celle disant qu’on peut ou qu’on doit amener l’anarchie au monde, que l’Anarchie est une affaire relevante de toute l’humanité ; qu’il y aura un jour de jugement suivi par une ère millénaire. Ceux qui veulent “amener la liberté au monde”, ce qui sera toujours leur vue de la liberté, sont des tyrans et non pas des anarchistes.

L’Anarchie n’appartient pas au futur, c’est une affaire du présent. Ce n’est pas l’affaire de demander, c’est l’affaire de la façon dont les gens vivent. L’Anarchie, ce n’est pas la nationalisation des résultats du passé, mais c’est un peuple niveau naissant d’humbles débuts dans de petites communautés qui se forment au sein de l’ancien : une colonisation interne. L’Anarchie n’est pas une lutte de classes, les dépossédés contre les possesseurs, mais c’est le mouvement d’individus souverains, libres, forts et motivés qui se libèrent de la culture de masse et qui s’unissent sous de nouvelles formes. La vieille opposition (NdT : antagonisme) entre destruction et construction commence à perdre de sa signification : ce qui est en jeu ici sont de nouvelles formes d’existence sociale qui n’ont jamais existé.

Si les anarchistes comprenaient que le cœur même de l’anarchie réside dans les profondeurs de la nature humaine et s’ils pouvaient suivre cela comme guide principal de leur conduite, alors cela les mènerait loin des masses et ils comprendraient avec effroi la distance séparant leurs convictions et leurs actions présentes et ils comprendront alors que cela devient bien trop banal et fade pour un anarchiste de tuer un McKinley ou de commettre de telles actions tragiques et stériles. Quiconque tue, meurt. Ceux qui veulent créer la vie doivent aussi l’embrasser et renaître de l’intérieur.

Ceci me semble venir en droite ligne des cogitations de Max Stirner, que Landauer connaissait et de sa distinction entre “révolution” et “insurrection”. Les insurgés, comme se le rappelle sans doute mes lecteurs, ne permettent pas d’être organisés, pour paraphraser Stirner. Les révolutionnaires veulent juste imposer leur ordre et Landauer accuse bon nombre d’anarchistes d’être des “révolutionnaires” plutôt que des “insurgés”. Ceci est une ERREUR. Pour Landauer, comme nous allons le voir, l’anarchisme est essentiellement quelque chose à votre sujet, de qui vous êtes, votre éthique, qui vous êtes intellectuellement, politiquement, ces choses qui irradient de vous à travers vos relations aux autres, de et à travers de nouvelles formes sociales. Ce n’est pas, ne sera jamais, un “anarchisme” dogmatique et forcé à imposer aux autres, même en le voyant comme une manière bienveillante d’agir “pour le bien de tous”. L’anarchisme pour Landauer n’est pas du tout quelque chose d’imaginer par analogie à la “fin des temps” chrétienne ou de la guerre pour en finir avec la guerre. Ce n’est pas au sujet de “tuer les méchants” afin que seuls demeurent les “bons”. Le comment Landauer termine cette réflexion nous instruit sur la façon dont il perçoit les conceptions anarchistes des choses qu’il pense être dans l7erreur et d’un ´´état d’esprit anarchiste” qu’il pense devoir être mis à jour :

Les anarchistes ont toujours été trop attirés par des systèmes et attachés à des concepts rigides et étriqués. Ceci en fait, est la réponse finale à la question du comment les anarchistes peuvent-ils trouver une valeur quelconque à tuer des êtres humains. Ils ont pris l’habitude de ne considérer que des concepts et non plus des personnes de la vie réelle. Ils ont divisé l’humanité en deux classes statiques et hostiles. Lorsqu’ils tuent quelqu’un, ils ne tuent plus une personne mais un concept, celui de l’exploiteur, de l’oppresseur, du représentant de l’État. C’est pourquoi ceux qui sont souvent les plus doux et gentils dans leurs vies privées, commettent les actions les plus inhumaines dans la sphère publique. Là, ils ne ressentent plus, ils sont isolés de leurs sens. Ils agissent comme des êtres exclusivement rationnels, qui, comme Robespierre, sont les serviteurs de la raison ; une raison qui divise et qui juge. Cette logique froide, spirituellement vide, et destructrice est celle utilisée par les anarchistes pour condamner à mort. Mais l’anarchie n’est ni facilement atteignable ni moralement si dure, elle n’est pas non plus si définie comme ces anarchistes le pensent. Ce n’est que quand l’anarchie devient pour nous un rêve sombre et profond et non pas une vision atteignable par des concepts, que notre morale et nos actions deviennent une.

Dans son essai “La communauté par la séparation”, Landauer ne répond pas à des évènements ou des idées, mais présente sa vision de l’anarchisme et le titre choisi représente de fait l’idée. Ici, Landauer explique plus précisément sa distinction entre les gens basée sur leur conscience ou esprit (certain on dit que Landauer était un mystique anarchiste, je pense qu’il est le pourvoyeur d’un “anarchisme spirituel” si nous comprenons cela dans le sens nietzschéen, de sens “d’esprit libre” et non pas dans le sens chrétien), d’une véritable conscience active, intelligente, spatiale, d’eux-mêmes et des autres dans a société. Par exemple Landauer commence dans cet essai à distinguer le fossé entre une “avant-garde” et “le reste de l’humanité”. Ce qui distingue les gens, c’est la façon dont ils réagissent à leur contextualisation sociale. Il dit :

Ce n’est pas une question de connaissance ou de capacité, mais de perspective et d’orientation. La position sociale de l’individu de la masse dérive d’un héritage qui détermine son existence à la fois de l’extérieur que de l’intérieur : il appartient à une certaine famille, à une certaine classe, il acquiert certaines connaissances et suit une certaine foi, il se tourne vers une certaine profession, il est catholique ou protestant, allemand ou anglais, français, patriote, c’est un commerçant ou un éditeur de presse. Autorité, habitude, coutume, moralité, temps et classe définissent son existence.

Mais comme il y a peu de gens qui réagissent à leurs circonstances en les ignorant pour gagner une nouvelle conscience d’eux-mêmes et des autels dans le monde (les médias de masse, la propagande politique et maintenant les réseaux sociaux s’assurent que cela ne se produise pas ou très peu…). Que doit faire un anarchiste ? Là-dessus Landauer est très clair :

Nos âmes ne peuvent plus tolérer plus longtemps cette confusion. La conclusion est que nous devons cesser de descendre vers les masses. Nous devons les précéder. Dans un premier temps, il peut paraître que nous nous en détachions ; mais nous ne pouvons trouver la communauté que nous attendons et dont nous avons besoin si nous, la nouvelle génération, nous séparons des vieilles communautés. Si nous opérons une séparation radicale et si nous, en tant qu’individus séparés, nous plongeons dans les profondeurs de notre être afin d’atteindre le cœur même de notre nature cachée, alors nous trouverons la plus ancienne et la plus complète des communautés ; une communauté qui non seulement comprend et englobe notre humanité mais aussi l’univers entier. Quiconque découvre cette communauté en lui-même sera éternellement heureux et joyeux et le retour à des communautés communes et arbitraires telles que celles d’aujourd’hui sera impossible.

autonomie_alimentaire

Ici, Landauer distingue trois types de communauté : une communauté individuelle (c’est à dire une communauté d’individus) ; les états et sociétés bourgeoises et une communauté anarchiste qu’il définit comme “les associations libres momentanées d’individus basées sur des intérêts communs”. Landauer dit : “J’essaie de me construire un nouveau monde sachant que je n’ai pas vraiment de terrain pour le construire ; tout ce que j’ai est un besoin.” Il voit la communauté à construire comme “notre ouverture à ce qui est au-delà de notre “je”, en utilisant notre “je”. Nous utilisons nos sens pour nous étendre sur ce qui est au-delà d’eux ; nous essayons de comprendre le monde avec toute la richesse de nos vies, avec nos passions, et avec notre contemplation la plus profonde.” Il suggère que “Nous devons comprendre que nous ne faisons pas que juste percevoir le monde, mais que nous sommes le monde.” Il demande que “nous retournions à nous-mêmes et qu’alors nous trouverons véritablement l’univers” dans une conception qui imagine que le monde est dans tout être vivant. Il fonctionne au sein d’une notion philosophique de l’infini qui fait de nous une partie d’un “courant, d’un ruisseau éternel” :

Clarifions tout ceci et nous savons maintenant ce que signifie de clarifier, c’est à dire de créer une disposition nécessaire, que le passé, le présent et le futur, ainsi que les notions d’ “ici” et de “là-bas”, ne sont qu’un ruisseau unique/unifié éternel qui s’écoule de l’infini vers l’infini. Il n’y a ni cause ni effet de ce monde.

Ceci paraît être de circonstance pour contre-carrer une compréhension du monde purement matérialiste (et souvent simplement économique) prévalent chez les marxistes, les communistes et les anarchistes de cette époque. Landauer imagine que nous pensons de toute façon avec “un langage psychologique métaphorique”. En fin de compte, il trouve que “la matière est rigide, ce n’est donc pas surprenant que les matérialistes le soit également”. Mais ce n’est pas pour la cause de spéculations religieuses que Landauer accepte les arguments de Stirner et ce qu’il décrit comme son agenda de détrônent permanent de tous les dieux et de toute pensée “sacrée”. Il écrit :

Le dernier grand nominaliste fut Max Stirner, qui, avec la plus radicale rigueur, a libéré nos esprits du fantôme de ce que les notions abstraites sont. L’essence de ses enseignements peut être résumée dans ces quelques mots paraphrasés : “Le concept de dieu doit être détruit. Mais ce n’est pas dieu qui est l’ennemi, c’est le concept.” Stirner a découvert que toute oppression vient en fin de compte, de concepts et d’idées qui sont acceptés comme sacrés. D’une main ferme et déterminée, il démonta des notions comme celles de dieu, du sacré, de la moralité, d’état, de la société et de l’amour et démontra de manière rigolarde leur vacuité.

GreatResist

Ainsi, Landauer localise la source de notre oppression dans nos idées et nos croyances, celles que nous acceptons intellectuellement et que nous justifions moralement. Mais Landauer ne s’arrête pas en si bon chemin et accuse Stirner de fabriquer une nouvelle sorte de sacré : “l’individu concret et isolé”. Landauer désire abolir aussi cela et suggère “il n’y a pas d’individus, seulement des affinités et des communautés” ; il n’y a que “vie immanente” et “forces présentes”. Un être humain n’est jamais seul mais il est un être ayant plus ou moins de connexions actives avec et envers les autres, qui ne sont pas moins vivants que lui, tout existe d’un seul coup et vous faites partie du tout :

Nous faisons partie d’une chaîne indestructible qui vient de l’infini et va vers l’infini, même si de petits segments peuvent se déchirer et avoir des complications. Tout ce que nous faisons durant notre existence nous connecte avec l’univers et même notre corps mort, sans vie, est un pont qui est utilisé pour continuer notre voyage dans l’univers.

Ainsi, le monde est un “complexe ruisseau d’âmes” et “notre monde ne peut être compris que si nous comprenons quelques parallèles, perspectives supplémentaires par lesquelles nous l’avons créé”, une sorte d’intersection anarcho-sprituelle. Vous pouvez bien vous demandez maintenant qu’est-ce que tout ce blablabla philosophico-spirituel a à faire avec l’anarchisme, mais voilà le but : “l’efficacité est réalité…ce qui est réel, ce sont les connexions et les communautés”. Donc :

Les corps individuels qui ont vécu sur terre depuis le début ne sont pas la somme d’êtres individuels isolés ; ils forment une véritable grande communauté, très réelle, un organisme ; un organisme qui change en permanence, qui se manifeste toujours en de nouvelles formes individuelles. Aussi peu que notre conscience ne connaisse habituellement au sujet de la puissante et réelle vie de nos désirs supposément inconscients, de nos désirs, nos réflexes et nos automatismes physiques et aussi peu connaissons-nous de la vie de nos ancêtres en nous-mêmes. Et pourtant leur existence est indéniable. Si nous ne reconnaissons pas cela, le sens de la vie et du monde demeurera un mystère pour nous, ils seront tous composés de matière, toute perception et fantôme. L’humanité n’est pas une abstraction, ce n’est pas un mort mort pour nous ; l’humanité est réelle et vivante et les individus le sont aussi, ainsi que leur conscience, les individus changent, ils émergent individuellement, changent et ne sont que des ombres qui disparaissent, un autre changement.”

Ainsi, Landauer voit une connexion avec les autres en chacun de nous, simplement par le vertu du fait que nous existons. Nous ne sommes pas des êtres uniques ; nous ne vivons ni ne venons d’un vide. Nous sommes des particules d’un organisme ou une communauté de nos êtres propres. Là est la connexion, un indice de nos natures inter-connectées en nous-mêmes. Ainsi, Landauer se fait l’avocat de la communauté, imaginant chacun d’entre nous être un en miniature, nos connexions sociales constituant ce qui fait de nous ce que nous sommes. Mais nous ne parlons pas ici de “commodités arbitraires renforcées par l’autorité.” Ce sont, nous dit Landauer, “la superficialité de la mentalité de troupeau” [cette dernière expression trahissant l’intégration de la lecture de Nietzsche par Landauer]. Ce que veut dire Landauer est que “la véritable individualité est celle que nous trouvons au plus profond de nous-mêmes, c’est la communauté” et par là donc :

Lorsque les individus se sont transformés en communautés, ils sont alors prêts à former des communautés plus vastes avec des individus pensant de même. Ceci sera une nouvelle forme de communautés, établies par des individus ayant le courage et le besoin de se séparer de la fadeur de la superficialité.

cauchemar-non

Pourtant, il y a une autre chose de mystique, de spirituel qui va avec ça, une façon de ressentir et de matérialiser cette nature de communauté. Cela s’appelle “amour” :

Il y a une autre façon de sentir l’infini, la plus splendide de toutes. Nous sommes tous familiers avec elle tant que nous ne sommes pas entièrement corrompus par la décadence et la superficialité égoïste de nos communautés arbitraires et déformées. Je parle ici de l’amour. L’amour est une chose tellement merveilleuse et universelle, un sentiment qui nous chavire et nous élève jusqu’aux étoiles, parce qu’il est ce cordon ombilical qui connecte notre enfance avec l’univers. Là se trouve un sens plus profond du fait que le nom et l’expérience de la communauté, le sentiment qui nous connecte avec l’humanité : l’amour, l’amour humain, est le même terme que nous utilisons pour l’amour entre les sexes qui nous connecte avec les générations suivantes. Maudit soit le sans-âme qui ne frémit pas quand il entend parler d’amour ! Maudit soit ceux pour qui la satisfaction sexuelle n’est rien d’autre qu’un plaisir sensoriel ! L’amour illumine le monde et envoie des étincelles au travers de nos êtres. Il est le moyen le plus profond et le plus puissant pour comprendre ce que nous avons de plus précieux.

Un amour pour l’humanité”, suggère Landauer, “fait partie de notre être le plus profond. Mais attendez… Landauer n’a t’il pas commencé par dire qu’il y avait un vaste fossé de conscience entre les anarchistes et le reste ? Il n’est pas inconscient de cela :

J’ai parlé de ce fossé qui nous sépare, les nouveaux êtres humains et les masses et au sujet de la nécessité de nous séparer de ceux unifiés par l’État. Ceci pourrait sembler contredire ma pensée qu’un amour pour l’humanité fait partie de notre être le plus véritable. Laissez-moi expliquer : d’un côté, il semble clair que tous les êtres humains contemporains, les civilisés et les autres, sont si reliés à nous qu’il est difficile de ne pas les aimer comme nous aimons quiconque est plus proche de nous. D’un autre côté, la relation est difficile, aussi difficile que celle parfois avec nos proches : ils sont très proches de nous dans leurs êtres et leurs caractéristiques et nous ressentons ce lien de sang et nous les aimons, mais nous ne pouvons pas vivre avec eux. La plupart de nos contemporains ont déformé leur humanité à cause de leur étatisme et de leur bassesse sociale ainsi que leur stupidité ; ils ont aussi déformé leur animalité par leur hypocrisie, leur fausse moralité, leur couardise et leur anti-naturalisme. Mais durant les quelques occasionnelles heures de clarté ou de désespoir, ils ne peuvent pas retirer leur masque. Ils ont bloqué leur chemin vers l’univers ; ils ont oublié qu’ils peuvent se transformer en dieux. Nous voulons pourtant être tout : humains, animaux et dieux ! Nous voulons être des héros !

Ainsi, la proposition de Landauer est que ceux qui ont cette conscience anarchiste, ces esprits libres, ces “nouveaux êtres humains”, se séparent de la société et créent leurs propres et nouvelles communautés. Il justifie ceci non pas seulement par la nécessité mais “pour l’amour de l’humanité”. Ces personnes doivent vivre une nouvelle vie pour l’intérêt général et créer des “centres de nouveaux êtres” et il lance cet appel à tous ceux qui veulent entendre, qui veulent vivre une nouvelle vie anarchiste selon des valeurs et des principes différents, vivre selon une nouvelle ´´éthique et de nouveaux idéaux :

Pour l’amour de l’humanité qui a perdu son chemin, pour l’amour de ceux qui viendront après nous, pour finalement l’amour du meilleur en nous, nous voulons quitter ces gens, nous désirons notre propre compagnie et nos propres vies ! Loin de l’État, aussi loin que nous le puissions ! Loin de la marchandise et du commerce ! Loin des Philistins ! Laissez-nous, nous qui nous sentons les héritiers du millénaire, nous qui nous sentons simples et éternels, qui sommes des dieux, laissez-nous former une petite communauté de joie et d’activité. Laissez-nous nous créer comme êtres humains exemplaires. Laissez-nous exprimer tous nos désirs : le désir de quiétisme et d’activisme , le désir de réflexion et de célébration, le désir de travail et de loisir. Il n’y a pas d’autre voie pour nous ! Cette croyance intime est née du chagrin : nous voulons ressentir la plus grande joie de la création parce que nous sommes désespérés. Ceux qui en ont déjà fait l’expérience savent que la seule façon de réveiller les gens est par le génie religieux, c’est à dire par la vie exemplaire de ceux qui font tout pour se hisser hors de l’abîme. Ces individus savent que toutes ces questions sont de très sérieuses questions existentielles.

Voilà ce que veut dire Landauer par “la communauté par la séparation”

NdT: Cette conception de Landauer a été mis sous forme romanesque par l’excellente écrivaine de science-fiction Ursula K. Leguin dans son roman “The Disposessed”, “Les dépossédés” (prix Nebula du meilleur roman de science-fiction, 1974, publié en français en 1975), qui met en scène la visite sur une planète, organisée comme la nôtre, de représentants d’une communauté anarchiste s’étant “séparée”, retirée de la vie de la planète en créant, il y a des générations, une communauté séparée sur la lune, satellite naturel de cette planète, le choc des civilisations est conséquent. Excellent bouquin aux grandes ramifications anthropologiques existentielles. A lire…

Le morceau suivant que je vais considérer est l’essai historique d’amplitude écrit par Landauer en 1907 : “Révolution”. Cet essai analyse la révolution dans différentes ères historiques afin de proposer une compréhension de la révolution, ses buts et ses utilisations. Il ne devrait pas être surprenant que la conclusion ici ne peut pas être un évènement catastrophique qui change les circonstances du monde pour toujours et pour le meilleur comme une sorte d’apocalypse anarchiste, comprise de manière matérielle. Nous devons savoir maintenant que pour Landauer, les choses ne peuvent pas se dérouler de la sorte. Cela ne nous fait donc pas ici révéler la fin avant le début lorsque Landauer conclut que “aucune révolution ne remplira jamais ses buts. La révolution est un moyen en soi : elle sert la revitalisation d cela force et de l’esprit.” Ici, Landauer ne suggère pas que la révolution physique n’a pas de sens, simplement si c’est là tout ce qu’elle est, alors elle loupe complètement le coche de ce qu’il veut dire. Mais alors, qu’est-ce que la “révolution” pour Landauer ?

La révolution concerne la communauté dans toutes ses dimensions. C’est à dire pas seulement l’État, les propriétés de ce monde, les institutions religieuses, la vie économique, la vie intellectuelle, les écoles, les arts ou l’éducation, mais une combinaison de tout ceci, une combinaison qui, durant une certaine période de temps, reste dans un état relatif de stabilité autoritaire.

Ici, Landauer révèle le coté conservateur de sa société, il ira jusqu’à dire “peuple d’esprit, l’esprit étant l’amour et création de communauté, a besoin de la famille, du troupeau, de la nation (langage, coutumes, arts). Ces formes sociales sont les ponts de lumière qui connectent nos mondes différents. Ils créent aussi de nouvelles formes de communautés qui dépassent les formes rigides de la communauté créée et construite sur la haine, le manque d’esprit, et la méchanceté.” Je ne suis pas d’accord avec ceci, mais Landauer veut construire sa révolution sur ces fondations et qu’elles soient bonnes ou pas pour la révolution et l’esprit est juste la question. Ainsi, plus loin dans l’essai, il dit ceci :

Pendant une révolution, les gens sont emplis d’un esprit et sont complètement différents de ceux qui n’en ont pas. Les gens sont emplis de cet esprit qui est autrement réservé aux personnes exemplaires ; tout le monde est courageux, sauvage et fanatique, plein d’attention et d’amour dans le même temps. Une fois l’esprit parti, ils veulent tous Panem et Circenses, du pain et des jeux, une fois de plus.”

Ici, j’espère que vous pouvez voir pourquoi j’ai parlé de “conscience” en référence à Landauer car cela semble analogique à ce à quoi le mot “esprit” semble vouloir se référer. Dans les temps révolutionnaires, les gens sont possédés par une conscience, un esprit révolutionnaire. Mais en des temps non révolutionnaires, Landauer semble se référer à l’esprit en des termes plus restrictifs, plus élitistes peut-être, puisqu’il pense que ce une sont que les êtres exemplaires qui le possèdent.

Landauer cite La Boétie pour répondre à la question de savoir pourquoi les gens se laissent-ils abuser, torturer et opprimer :

Comment le tyran peut-il avoir tant d’yeux afin de vous contrôler si vous ne lui prêtez pas les vôtres ? Comment peut-il avoir tant de mains pour vous frapper si vous ne leur fournissez pas ? Comment peut-il avoir du pouvoir sur vous si ce n’est au travers vous ? Comment peut-il vous persécuter si vous ne le lui permettez pas ? Que peut-il vous faire si vous n’êtes pas le receleur des voleurs qui vous volent et l’aide des meurtriers qui vous assassinent ? Que peut-il vous faire si vous n’êtes pas votre propre traître ?

A suivre…

Gustav Landauer sur Résistance 71

Gustav Landauer, PDF :

Vie et œuvre de Gustav Landauer

Appel au socialisme (traduction partielle de R71)

RIEN ne s'oppose TOUT se compose

chiapas_art
En 1994, ils ont dit : ¡Ya Basta! et ils continuent !…

En finir avec les impostures religieuses… Vers la société des sociétés spirituelle

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés with tags , , , , , , , , , , , , , on 27 décembre 2022 by Résistance 71

Malraux_JC_A

Très bonne analyse qui met en valeur la différence entre religion et spiritualité. La société qui naîtra du marasme étatico-marchand actuel, sera une société spirituelle et non pas religieuse. La religion est une entrave à notre liberté, la spiritualité en est inhérente. Le message du Christ est bien entendu valide, mais il n’y a pas besoin de créer un être mythologique (Jésus) pour le colporter, ce message est universel et fait partie de la nature humaine, l’Amour, la capacité d’empathie, de compréhension et de pardon est ce qui nous distingue du monde animal. Notre société a perdu ce chemin, consultons notre “boussole” intérieure pour le retrouver.
~ Résistance 71 ~

“La foi est la connaissance acquise à l’aide de l’amour.” (Andreï Tarkovski)

“L’essence de l’âme humaine est amour, le bonheur ne dépend en rien de l’amour porté à tel ou tel objet, mais de l’amour du principe comme tout, Dieu, que l’Homme reconnaît en lui-même comme l’amour ; ainsi donc, il aime toute chose et tous les humains.” (Léon Tolstoï)

Les chrétiens des origines nous enseignent indéniablement la prévalence du commun sur le privé

Entretien de Paris Vox avec Camille Mordelynch

22 décembre 2022

Source :  https://rebellion-sre.fr/les-chretiens-des-origines-nous-enseignent-indeniablement-la-prevalence-du-commun-sur-le-prive/

Quelques jours avant Noël, Paris Vox donnait la parole à Camille Mordelynch pour revenir sur le message que Jésus-Christ est venu porter aux hommes. Nous remercions l’équipe de ce média d’information francilien pour cette occasion de faire découvrir le travail de notre rédactrice.

PARIS VOX : La communauté des biens semble être la règle chez les premiers chrétiens. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Concrètement,la mise en commun des biens devait se passer comme l’indique les Actes des Apôtres : « Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun. »(Ac. 2, 44-45), ou encore : « tous ceux qui possédaient des terres et des maisons, les vendaient, apportaient le prix de la vente, et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun selon ses besoins. »(Ac. 4, 34-35). Il semble donc que les croyants vendaient leurs biens, et que l’argent qu’ils en tiraient était remis aux apôtres pour être redistribué entre tous, suggérant l’existence d’une caisse commune. Le récit des Actes illustre cette règle communautaire avec l’exemple de Barnabé : « Barnabé ce qui veut dire fils d’encouragement, lévite originaire de Chypre, possédait un champ ; il le vendit, apporta l’argent et le déposa aux pieds des apôtres. », et son contre-exemple,celui d’Ananie et Saphire » (Ac. 5, 1-11), qui retiennent une part des bénéfices de la vente de leurs biens pour leur propre compte, et qui paieront de leur vie cette affront.

La mise en commun des biens pratiquée par les premiers chrétiens est corroborée par des textes extra-canoniques du 1er siècle comme celui de la Didaché, l’enseignement des apôtres, qui ordonne la dépossession des ressources matérielles au profit d’un usage commun : «  Ne repousse pas l’indigent, mets tout en commun avec ton frère et tu ne diras pas que cela est à toi, car si vous êtes en communion pour ce qui est immortel combien plus pour les biens périssables ? » ; mais également par des sources grecques qui relèvent et raillent ce trait distinctif, comme dans le récit de Lucien de Samosate, auteur du Iième siècle : « Aussi méprisaient-ils pareillement tous les biens et les tiennent-ils pour communs à tous, acceptant avec fou une telle doctrine sans exiger une quelconque preuve » (Lucien de Samosate, Sur la mort de Peregrinus, 13). Concrètement donc, la communauté de biens de l’Église primitive se fondait sur le refus de la propriété privée, la pauvreté volontaire, et l’usage collectif des biens

A-ChristO

PV : Est-ce que le refus de l’enrichissement et de la possession est encore possible aujourd’hui ?

Il faut, de toute évidence, s’écarter de cette irrémédiable logique d’appropriation intéressée de tout ce qui nous entoure, avant que nous ne finissions nous-même complètement réifiés sous cette détermination. Notre quête obsessionnelle de pouvoir, sur les choses et sur les autres, et cette poursuite constance de la jouissance consumériste n’a accouché que d’un homme dés-idéalisé, dénaturalisé, même déshumanisé. A vouloir tout posséder, à désirer l’accumulation illimitée, nous avons fini creux et atomisés ; et pourtant, on sent que quelque chose en nous va mal, comme un vestige indomptable qui résiste : une flamme d’humanité qui veut un jouir véritablement humain, débarrassé de toutes ces pathologies de l’avoir. Cette humanité, qui veut se reconnecter à l’autre par l’amour, à l’absolu par la foi (et on voit nettement ce retour à la spiritualité aujourd’hui), qui a soif d’immatériel, d’inconditionnel, de vivant, est notre espoir : elle est le signe que le capitalisme n’a pas tout aspiré, n’a pas tout rendu inerte. Elle nous prouve qu’on peut aller à rebours de cette tyrannie de l’intérêt égoïste marchand, et qu’il est même nécessaire de le faire, autant que faire se peut concrètement.

PV : Vous rappelez que les pauvres sont les “favoris” de l’Eglise. Les Gilets Jaunes, pas assez pauvres pour être soutenus par l’Eglise et ses fidèles ?

Malheureusement, les catholiques ont depuis un moment abandonné tout sentiment de lutte. J’ai pu rencontrer durant les premiers actes, un prêtre, ainsi que certains chrétiens affichés comme tels ; mais il est clair que globalement l’Église s’est acoquinée avec une spiritualité aux antipodes de celle des premiers chrétiens, adoptée par des fidèles partisans d’une aristocratie libérale et conservatrice. De fait, toute cette frange du catholicisme n’a cessé de s’éloigner du peuple et de ses revendications, jusqu’à en être définitivement séparée par un abyme sociologique.Une grande partie des catholiques se sont tenus à l’écart à la fois de la violence réelle subie par les travailleurs de la classe moyenne, puis de celle qui, en réponse, s’est exprimée dans le cadre de l’affrontement et qu’ils ont fustigé presque par réflexe, insondable pour eux. Les murs des églises sont devenues des murailles étanches, et comme celles des palais de nos élites, sourdes aux cris des classes populaires(bien que paradoxalement elles laissent une place aux miséreux, comme les migrants), hermétiques aux enjeux sociaux actuels. Cela dit, qu’importe ce qu’en pense l’Église ou la bourgeoisie catholique tant qu’on a l’assurance, auprès du peuple, de se faire disciples du Christ en poursuivant un combat qu’il avait lui-même initié.

PV : En pleine période de l’Avent et à l’approche de Noël, quelle leçons tirer de l’observation des Chrétiens des origines et de leur mode de vie ?

Pour les chrétiens, la leçon qui me parait essentielle, et la plus exigeante de nos jours, et celle qui rappelle que le message des Évangiles n’est pas simplement une spiritualité, mais un acte de foi destiné à être vécu. C’est ce que les premiers chrétiens nous ont appris : on doit vivre l’Évangile. A leur époque, les Écritures ne sont pas rédigées : il ne s’agit donc pas seulement d’être disciples du Christ en esprit, se contentant d’une foi doctrinale, mais de l’être en foi effective et concrète, en appliquant son enseignement, en imitant son exemple.Il faut rappeler ce que les premiers chrétiens avaient parfaitement compris : l’Évangile est un don, une grâce, mais qui est du même coup exigence, et charge de témoignage. C’est l’injonction du Christ s’adressant au jeune homme riche qui veut le suivre :« Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » ; ce n’est pas seulement en parole qu’il faut suivre le Christ, mais en actes ! Plus globalement, les chrétiens des origines nous enseignent indéniablement la prévalence du commun sur le privé. Faire communauté le plus unitairement possible, c’est faire communion fraternellement, par le don de soi, l’abandon des pulsions névrotiques d’appropriation matérielle, au profit de l’amour de tous en Dieu.

PV : Nous vous laissons conclure librement …

Jésus a dit « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée », celle qui tranche le monde en deux factions antagonistes : celle de l’avoir et de la soumission à Mammon, commandée par la course à l’intérêt individuel, au pouvoir, à la domination des êtres entre eux et sur l’ensemble de la Création chosifiée ; et celle, incompatible avec la première, qui est rayonnement de l’être, chemin de Vérité vers l’avènement de la Vie, puissance d’amour gratuit et désintéressé. La pratique communautaire de l’Église primitive, suspendue à la spiritualité du christianisme primitif, est une réponse contestataire apportée au monde de l’avoir dans lequel baignent nos sociétés, et nous invite à suivre la voie initiée il y a près de 2000 ans : avoir moins, pour être davantage.

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

A-spirituelle

Anarchie-christianisme-originel

Anarchie et double pouvoir : possibilité ou illusion, quelques notes sur le développement du mouvement anarchiste avec Matt Crossin 2/2

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, résistance politique, société des sociétés, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 11 décembre 2022 by Résistance 71

 

RIEN ne s'oppose TOUT se compose

 

Notes critiques sur les développements au sein du mouvement anarchiste

Matt Crossin

Août 2022

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Décembre 2022

1ère partie

2ème partie

A travers les Etats-Unis, l’insurrection s’est graduellement transformée en manifestations légalement gérées. Le militantisme des premiers moments se volatilisa sans avoir établi quelques formes organisationnelles ou stratégie propice à sa propre reproduction, sans parler de l’escalade. Le commissariat du 3ème district de Minneapolis fut entièrement brûlé, des fenêtres furent brisées et les produits des magasins pillés, partagés entre les communautés en deuil. Mais la police, les prisons, les entreprises capitalistes et la production de marchandise demeurent. Les capitalistes continuent de plus belle à être une classe possédante et opprimante ayant besoin de l’État pour la protéger et l’État, lui-même propriétaire de bon nombre de moyens de production (et de services), continue d’avoir besoin du système de propriété afin de se reproduire lui-même et le privilège de la règle politique.

Ces relations sociales ne peuvent pas être écrasées ou explosées dans les rues. Elles ne peuvent pas être abolies en simplement attaquant les individus qui nous gouvernent et nous contrôlent. Elles ne peuvent être transformées qu’à leur racine, au sein de la sphère de production par l’expropriation de la propriété et la destruction de force de l’État.

La révolte de 2020 sans nul doute marque un moment significatif. L’expérience a transformé le mode de pensée de beaucoup de ceux qui y ont participé, voire même n’en furent que des témoins. L’expression de solidarité sans parallèle avec les Palestiniens toujours sous l’assaut d’Israël juste un an plus tard fut dû en grande partie au glissement de la conscience populaire autour du sujet de la domination raciale. L’opposition militante à la police a aussi aggravé la crise du recrutement en cours dans les forces de l’ordre établi. Ceci a intensifié le cycle dans lequel l’institution expose sans fard son caractère autoritaire, alors que ce sont de manière disproportionnée les plus fascistes qui continuent à être attirés par cette profession.

Mais comme l’écrivain Shemon Salam le demanda à la suite de la rébellion : “En quoi les émeutes sont-elles le chemin de la révolution si elles ne peuvent pas se généraliser au niveau de la production, à moins que cette dernière ne soit plus utile ?” “Bonne chance à tous d’obtenir de la bouffe une fois que l’épicerie du coin est pillée…

De la même manière, la pertinente analyse de Tristan Leoni du mouvement des Gilets Jaunes en France nous mène à la même conclusion :

Les Gilets Jaunes ont ciblé la circulation plutôt que la production. Pourtant, bloquer veut aussi dire bloquer les gens pour aller au travail ou le travail des autres. Ce n’est que parce que des gens produisent des choses et que d’autres les transportent qu’un blocage routier a un quelconque “impact” : en d’autres termes, le blocage est le résultat d’une minorité, parce que la majorité n’entre pas en grève. Par définition, la sphère de la circulation n’est pas centrale, elle est en amont et en aval de la production. […] En mai 1968 (NdT: commencé en fait en 1967), quand 10 millions de travailleurs entrèrent en grève, puis en grève sauvage. Il n’y avait plus rien à bloquer ! Donc, pour faire une révolution, bloquer ou arrêter la production n’est pas suffisant […] il est nécessaire de changer le sens de la production, du haut vers le bas ainsi que de changer les relations sociales inhérentes. Ceci est difficile à faire si vous ne vous rebellez que lors de vos temps de loisir…

Avec l’augmentation des activités de grève dans le monde, avec les syndicats, sans eux et même contre la volonté des bureaucrates syndicalistes, il est intéressant de noter que les avocats de l’insurrection sont devenus bien silencieux au sujet de “l’inutilité et de l’obsolescence” d’une organisation de classe. On en entend même de moins en moins sur la supposée suffisance des groupes d’affinité !

Qui peut possiblement argumenter maintenant que la rébellion George Floyd aurait été “bureaucratisée” avec la participation d’anarchistes appartenant à des organisations anarchistes , encourageant les activités en accord avec une analyse anarchiste partagée et un programme ? Qui pourrait ne pas être d’accord avec un mouvement étant passé des batailles de rues à un système de routes et de parcs “autonomes”, à l’occupation et à la redéfinition de chaînes essentielles de production sous contrôle des travailleurs ? Peut-on vraiment douter que les travailleurs organisés, fédérés en solidarité et capables de mener à bien leur connaissance technique partagée dans leurs industries respectives contre la production capitaliste elle-même, seraient vraiment mieux préparés pour ce genre de soulèvement ?

Sans révolution, un tel développement des choses aurait terrifié les classes dirigeantes bien plus que d’avoir fait crâmer quelques bagnoles de flics…

Acceptant ceci, les anarchistes insurrectionnels auraient bénéficié de revisiter quelques unes des idées exprimées par un de leurs penseurs les plus sérieux : le révolutionnaire italien Alfredo Bonanno.

Son travail le plus célèbre “Joie armée” (1977), est en bien des points représentatif des écrits anarchistes insurrectionnels. Certainement, cela reflète les défauts que cela implique, le plus criant étant la tendance d’écrire dans un style pédant et prétentieux. L’essai est néanmoins notoire en cela que quand il ne réduit pas simplement notre politique de lutte de classe à soit une parodie de syndicalisme conservateur ou une énumération opportuniste des mouvements sociaux, il concède beaucoup à l’analyse anarchiste de masse.

“Joie armée” balaie les “réunions”, le “modèle rigide de l’attaque frontale contre les forces capitalistes” et les efforts de “se saisir des moyens de production” au travers d’un système “d’auto-gestion”. Bonanno clarifie qu’il est bien plus impressionné par ceux qui simplement “font l’amour, fument [des joints], écoutent de la musique, vont marcher, dorment, rient, tuent des flics, des journalistes pathétiques, tuent des juges et font péter des barraquements” etc. Et pourtant, Bonanno reconnait le besoin d’auto-organisation des producteurs sur les lieux de travail” afin de mettre en place le communisme : “L’affirmation que l’humain puisse se reproduire et s’objectiver dans une non-relation de travail par des solicitations variées que cela stimule en lui.” Pour Bonanno, le communisme est un mode de production dans lequel :

“La production ne sera plus la dimension par laquelle l’Homme se détermine lui-même et cela se manifestera dans la sphère du jeu et de la joie… il sera possible de stopper la production à tout moment lorsqu’il y aura assez.”

Les plus contrariants des insurrectionistes peuvent bien prétendre autre chose, mais si les mots de Bonanno doivent avoir une cohérence, ceci revient à “une attaque frontale sur les forces capitalistes”, “prise des moyens de production” et à “l’auto-gestion” communiste, telles qu’articulées dans le mouvement de masse anarchiste classique.

Les parallèles avec la pensée anarchiste de masse (particulièrement dans le domaine de la double organisation de type “plateformiste”) sont encore plus clairs dans d’autres travaux de Bonanno, comme ceux qui décrivent une stratégie fondée sur le “nucleus de production”. Par exemple dans l’essai “Critique des méthodes syndicalistes” dans lequel il argumente en faveur de :

La lutte directe organisée par la base ; petits groupes de travailleurs qui attaquent les centres de production. Ceci serait un exercice de cohésion pour de futurs développements dans la lutte qui pourraient se produire après avoir obtenu une formation détaillée et la décision de passer à la phase finale de l’expropriation du capital, c’est à dire la révolution.

Il continue en assumant que :

La situation économique pourrait être organisée sans aucune structure oppressive la contrôlant ou la dirigeant ou décidant ses buts à atteindre. C’est ce que les travailleurs comprennent très bien. Le travailleur, l’ouvrier, sait parfaitement comment l’usine, son lieu de travail est structuré et que, cette barrière franchie, il pourrait parfaitement être capable de travailler l’économie pour l’intérêt commun. Le travailleur sait parfaitement que l’effondrement de cet obstacle voudrait dire la transformation des relations à la fois dans et hors de l’usine, l’école, la terre, et toute la société. Pour le travailleur, le concept de gestion prolétarienne est avant tout celui de la gestion de la production […] C’est donc le contrôle sur le produit qui manque de sa perspective, et avec cela, les décisions sur les lignes de production, les choix à effectuer etc […] ce qui est requis est de lui expliquer la façon dont ce mécanisme pourrait être amené à une économie communiste, comment il pourrait avoir autant de produits que l’exigent ses véritables besoins et comment il pourrait participer à une production utile et efficace en accord avec son propre potentiel.

Qui Bonanno pense t’il devrait expliquer cela ? Pas des “délégués privilégiés” ou des “salariés bureaucrates”, mais plutôt des “animateurs politiques” : des activistes qui doivent travailler dans le sens des besoins des travailleurs. “En d’autres termes, la minorité des militants anarchistes devrait encourager le développement et l’activité des “fédérations des organisations de base”, en accord avec les principes qui nous conviennent, à la poursuite à la fois de l’amélioration (au travail et en dehors du travail) tout autant que de la révolution sociale.

Notre rôle en tant que “animateurs politiques” ou “activistes” devient-il inévitablement bureaucratique si nos organisations sont impliquées dans des taches plus qu’immédiates, singulières et sont guidées par des programmes révolutionnaires à la disposition de tous ?

Bonanno note les risques pour les organisations qui donnent la priorité à leur propre reproduction comme des organisations se plaçant au dessus de leur fonction supposée. Pour des organisations de masse comme les fédérations d’associations de travailleurs, localisées au point même de la lutte, le problème devient celui de sacrifier potentiellement la lutte en faveur de l’auto-préservation.

GJ_repression_etat2

Mais ceci n’est pas une vision unique de l’anarchisme insurrectionnel ! Et Bonanno le sait très bien. En fait, il cite et acquiesce à ces mots de l’anarchiste hollandais Ferdinand Donnera Nieuwenhuis :

Je suis anarchiste avant toute chose, puis un syndicaliste, mais je pense que beaucoup d’entre nous sont des syndicalistes avant tout et des anarchistes ensuite. Il y a une grande différence… Le culte du syndicalisme est aussi toxique et dangereux que celui de l’État… Comme les aficionados anarchistes de la double organisation l’ont disputé depuis longtemps, ce dont on a besoin est de la capacité continue pour les anarchistes à maintenir une position anarchiste constante ; d’être capables d’agir de manière indépendante de toute organisation de masse tout en maintenant des opportunités d’intervenir dans les luttes de nos compagnons ouvriers et travailleurs.

Bonanno cite l’expérience de la CNT dans la révolution sociale espagnole démontrant le danger institutionnel et psychologique posé par “la fusion d’un mouvement anarchiste spécifique avec des organisations de masse non spécifiques de lutte et d’action directes.” La déférence montrée par tant de travailleurs envers les politiques collaboratrices de la CNT, incluant la permission à des leaders anarcho-syndicalistes de prendre des positions au sein du gouvernement, indique le besoin d’une indépendance organisationnelle des anarchistes. Cette approche stratégique nous prépare mieux pour les circonstances dans lesquelles nous devons faire sécession des positions douteuses des organisations de masse, à la fois mentalement et dans la pratique, ce qui nous permettra d’encourager une ligne révolutionnaire claire au sein du mouvement ; redirigeant notre énergie là où l’auto-organisation de la lutte nous mène.

Mais Bonanno renforce cet argument avec des citations de… Malatesta ! Qui a argumenté que le syndicalisme anarchiste était soit limité aux anarchistes et donc “faible et impuissant, juste un groupe de propagande” ou construit sur une base de classe, rendant “le programme initial […] rien d’autre qu’une formule vide.”

C’est une fois de plus Bonanno se faisant l’écho de la double organisation. Le reste de son argumentation vaut par son insistance que les organisations anarchistes ne peuvent rien faire d’autre que de se bureaucratiser et de devenir une force contre-révolutionnaire si elles adoptent une continuité dans le membership et un programme anarchiste. Il affirme aussi sans preuve que c’est la forme de “nucleus de production” qui est uniquement immune aux tendances inhérentes aux syndicats, qu’ils soient réformistes, syndicalistes révolutionnaires ou anarchistes.

Aussi peu convaincant que ce soit, il convient de noter à quel point nous sommes loins du “fumer des pétards, baiser et tuer des flics”, ou des slogans préférés des admirateurs contemporains de Bonanno, appelant à la “destruction de l’économie”, “de la production”, et à l’abandon des vieux rêves comme “l’auto-gestion révolutionnaire”.

Si les anarchistes insurrectionnels, fatigués des émeutes sans fin et désorientés par le retour de l’organisation de terrain, peuvent parvenir aussi loin que le meilleur travail de Bonanno, peut-être alors pourront-ils aussi se permettre de concéder que la tradition anarchiste de masse est quelque chose qui vaut la peine d’être ranimé.

Laissons en place les groupes d’affinité ; pensons ensemble le monde et comment le changer ; écrivez vos idées et partagez les avec vos camarades, parlez, discutez avec vos collègues de travail sur le comment agir contre les patrons, diffusez les informations de lutte partout ; reconnaissez où réside notre pouvoir au sein de la société capitaliste et utilisez ce pouvoir.

Construisons la capacité organisationnelle de lutte au sein de nos industries respectives. Dans le processus de cette lutte, nous pouvons de la même manière construire la capacité de “saisir le contrôle des moyens de production” (excusez cette phrase poussiéreuse…). Ceci demande que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir pour encourager le renouvellement d’un mouvement militant des travailleurs, avec une coordination au travers de l’économie et des liens avec des mouvements sociaux radicaux au-delà des lieux de travail.

Pour ceux vraiment intéressés à l’anarchie et au communisme, ceci demeure une tache centrale.

pduv1

Les anarchistes et le parlementarisme : élections et changement social

Il y a ceux qui maintenant se considèrent anarchistes et qui nous disent “Oui, l’anarchie est notre but, mais nous sommes très loin de sa réalisation et nous devons penser à désespérément gagner des réformes tant attendues. Ceci veut dire faire campagne pour des politiciens, même faire campagne pour nous faire élire de façon à ce que des lois puissent être passées dans l’intérêt de la classe travailleuse.”

Il y a plusieurs problèmes avec de tels propos. D’abord, il est important de clarifier que l’anarchisme non seulement comprend une croyance dans l’idéal de l’anarchie, d’une société sans domination, sans état, sans argent et sans capitalisme etc… mais aussi une méthode, une théorie de changement social, basée sur une analyse spécifique des relations sociales, des processus et des institutions existants.

Tout communiste, même le plus enthousiaste champion du pouvoir étatique (tenu entre les mains des “communistes”, bien entendu…) peut affirmer que l’abolition du capitalisme et de l’État sont ses buts ultimes et indéfectibles. Ils peuvent même réellement croire que leurs tactiques autoritaires sont les seules capables d’y parvenir. Marx lui-même concéda que l’idéal de l’anarchie était consistant avec sa vision du communisme, bien qu’il se fit l’avocat d’une politique électorale et d’une forme “d’état révolutionnaire transitoire” comme moyen d’y parvenir. Il est important de réitérer le fait que ce qui distingue vraiment l’anarchisme n’est pas seulement le but, mais aussi notre insistance sur une unité nécessaire entre les moyens et les fins ; sur le besoin d’agir en dehors et contre l’État, plutôt qu’à travers lui.

Une erreur identique est l’idée qu’une telle vue n’est importante que quand une révolution semble imminente et que, en attendant, nous devrions nous impliquer politiquement dans les campagnes de politique électorale pour changer les parlements et donc les législations comme un moyen n’étant que “la seule façon d’accomplir des réformes”.

Les anarchistes rejettent cette forme de compréhension sur le comment le changement social, même réformiste, se produit. Les changements dans les gouvernements et les politiques sont motivés par les besoins d’ajustement de l’État et du capital, dans des paramètres établis par l’équilibre existant des forces de classes. Les réformes ne sont pas le produit de bonnes ou de mauvaises idées, de politiciens ou de législations changeantes, mais sont plutôt le résultat de l’État servant les meilleurs intérêts du capitalisme en tant que système. Lorsqu’il y a une pression soutenue d’en bas, dirigée contre les patrons et les gouvernements, la classe dirigeante doit s’adapter à la menace posée au profit et à la stabilité du système. Lorsque la force brute n’est pas suffisante pour éliminer le danger de l’activité de la classe du travail organisée, la menace est pacifiée par des concessions et la récupération de la grogne au profit du système.

Les victoires électorales et parlementaires (incluant les referendums et les assemblées constituantes) sont souvent étiquetées comme faussées, mais nécessaires, des culminations de l’énergie du mouvement social en un “véritable pouvoir”. En fait, ceci devrait être vu et compris comme étant l’effort de canaliser l’activité extra-parlementaire, le seul pouvoir que nous ayons, en des formes gérables, légales et contrôlables à terme sans aucun danger pour le système.

Quiconque examine avec sérieux les archives historiques trouvera que cela a toujours été la lutte et l’action directes et jamais la politique légale, qui ont permis de faire changer les choses. Ainsi, les anarchistes affirment que les réformes et la révolution sont le résultat de la même sorte d’activité. Cela ne peut pas être séparé…

Grèves, sabotage, blocages, désobéissance civile, émeutes, insurrection : ce ne sont pas seulement les outils de la révolution, mais les seules armes que nous ayons à notre disposition pour changer les choses radicalement. Ce sont aussi une passerelle entre deux objectifs : réforme et révolution, en ce que cela bâtit notre capacité à mettre la pression sur les patrons et les gouvernements tout en développant nos forces, nos idées et notre confiance en nous-mêmes pour nous départir de toutes les formes d’oppression et d’exploitation, que nous avons l’intention intangible de remplacer par la société libre communiste.

Les campagnes électorales, la routine du boulot quotidien de la bureaucratie parlementaire et l’exercice du pouvoir d’état, ne font que distraire et détourner l’attention des travailleurs, nous détourner de l’auto-organisation, de l’autonomie et de la lutte de classe. Cela nous mélange de manière toxique dans des modèles d’organisation autoritaires et donne pour tache à ceux qui gèrent d’obtenir des positions dans le système politique, dans le gouvernement en maintenant les intérêts d’une classe propriétaire exploiteuse, dont les intérêts (vu leur contrôle absolu de la vie économique de la société) doivent être servis par l’État de manière inévitable et que tout gouvernement se doit de produire immanquablement s’il veut continuer d’être gouvernement ayant le pouvoir de gouverner la société en tant qu’élite privilégiée.

Les anarchistes pensent ces tactiques nécessaires au vu de l’attitude de ceux qui ont pris part, quelques soient les croyances personnelles ou leurs intentions. Ceci n’est pas une question de corruption ou de trahison, mais plutôt d’impératifs systémiques et de logique institutionnelle qui ne peuvent pas être dépassés, résolus par même les plus radicaux des politiciens. (NdT : pour la France, pensez à des gugusses du style Mélenchon ou Cohn Bendit… tous deux de bons petits roquets du système trompant leur monde depuis des lustres…)

yin-yang-zenon

Ce qui nous ramène à ce principe qui est au cœur même de l’anarchisme : l’unité nécessaire entre les moyens et les fins. Comme je l’ai déjà dit, ceci demande que nous refusions toute participation à la politique électorale ou à la formation de tout autre “nouvel” ´état, quelle soit ses prétentions “révolutionnaires”. Mais cela veut aussi dire que nous devons nous organiser, prendre des décisions (NdT : c’est à dire d’exercer le pouvoir qui est inhérent à la société humaine, il n’y a pas et ne saurait y avoir de “société sans pouvoir”, il n’y a que le pouvoir non-coercitif et le pouvoir coercitif, comment repasse t’on de ce dernier au premier ? cf P. Clastres et notre résolution de son aporie d’anthropologie politique…) et agir de telle façon que cela reflète à la fois l’idéal pour lequel nous œuvrons pour établir et directement altérer l’équilibre des forces de classe, ce sans déférence que ce soit envers des leaders ou des institutions de quelque sorte que ce soit. Nos organisations doivent être construites de manière libre depuis la base et notre stratégie d’orientation doit aller vers l’action directe contre les patrons et les gouvernements.

En commentaire final, cela vaut la peine de noter que cette analyse institutionnelle de l’État s’étend également au niveau local ou municipal et que l’anarchisme ne peut pas se réconcilier avec de telles expériences de “démocratie de mairie” ou “directe”. La rupture de Murray Bookchin avec l’anarchisme à la fin des années 90 semble avoir été “oubliée” par les anarchistes qui recherchent maintenant une inspiration du côté de sa théorie sur le municipalisme (libertaire). Ses suiveurs se font à tort, l’écho de la croyance municipaliste qui veut que les impératifs structurels de l’état capitaliste disparaissent plus un corps gouvernemental se rapproche de sa population. Malheureusement, pour les municipalistes, les formes organisationnelles de la politique parlementaire, les manières dont elles nous transforment et nous changent en tant que peuple et leur fonction au sein de la société capitaliste, demeurent toutes identiques au niveau du conseil municipal. Un socialisme d’état de localité est toujours un socialisme d’état.

Le texte complet en PDF :
Matt-Crossin-Anarchie-et-double-pouvoir-notes-critiques-sur-le-developpement-du-mouvement-anarchiste

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

rebellion

Astyle

Anarchie et double pouvoir : possibilité ou illusion, quelques notes critiques sur le développement du mouvement anarchiste avec Matt Crossin ?.. 1/2

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 7 décembre 2022 by Résistance 71

 

RIEN ne s'oppose TOUT se compose

 

Très bonne analyse ancrée dans la réalité des luttes quotidiennes dans le monde et les fondements essentiels du cœur de l’anarchie qui est un mode de vie ne l’oublions jamais et qui donc organise naturellement horizontalement la vie sociale pour nous mener à la société des sociétés des associations libres émancipées. Nous publions ce texte très récent en deux parties vu sa longueur avec PDF à suivre.
En ce qui nous concerne, nous ne pensons pas qu’il y ait opposition, antagonisme entre les deux visons anarchistes présentées ici par Crossin, mais complémentarité. Le succès de la société des sociétés à venir tiendra des deux et surtout dans ses APPLICATIONS PRATIQUES dans la vie quotidienne, c’est à dire qu’il faudra AGIR en plus de réfléchir et de discuter… La société émancipée à venir sera un nouveau MODE DE VIE, il est important de bien le comprendre et celui-ci emportera le vieux monde sur son passage, ce vieux monde qui n’en finit pas de mourir et qui crée des monstres dans son agonie pour paraphraser Gramsci.
A lire et diffuser sans aucune modération.
~ Résistance 71 ~

Notes critiques sur les développements au sein du mouvement anarchiste

Matt Crossin

Août 2022

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Décembre 2022

1ère partie
2ème partie

Les anarchistes et le double pouvoir : situation ou stratégie ?

Un étrange développement s’est produit, qui a mené à une théorie anarchiste devenant de plus en plus associée à une tactique appelée “la construction du double pouvoir”. Les aficionados de cette tactique pensent que les anarchistes, étant opposés aux patrons et aux gouvernements, devraient comme principale stratégie, créer des institutions parallèles auto-gérées, comme des coopératives des travailleurs, des assemblées de communauté, des groupes d’entraide etc… l’argument est qu’alors que ces groupes prolifèrent, ils vont constituer une forme de pouvoir populaire qui va non seulement fournir une vision attractive d’un autre monde, mais aussi laisser les capitalistes sans travailleurs et l’État obsolète et inutile.

Bien que le terme de “double pouvoir” pour se référer à de telles tactiques apparaît sporadiquement dans les années 90 (dans le matériel pédagogique du groupe Rage et Amour par exemple), il n’est cependant pas clair quant à savoir comment exactement l’association est devenue si largement popularisée ces dernières années. Ce qui est clair en revanche, est que cette conception de double pouvoir n’a rien en commun avec son utilisation originelle, inventée par Lénine, comme moyen de décrire une condition au potentiel révolutionnaire.

Le double pouvoir n’était pas une stratégie pour parvenir à de telles circonstances (sans parler du socialisme). Cela décrivait une situation existant réellement dans laquelle des organes du pouvoir des travailleurs (soviets/assemblées, comités d’usines, milices etc…), formés au travers de la lutte de classe, peuvent rassembler et coordonner des ressources et la légitimité populaire, pouvant rivaliser et même surpasser ceux de l’État. De telles conditions placèrent les ouvriers en position d’exproprier la classe capitaliste et de renverser l’État. Plus tard, au cours de la révolution sociale espagnole, des comités et des collectifs similaires, ayant le même potentiel révolutionnaire, émergèrent au sein de l’insurrection anti-fasciste, pour se retrouver assis de manière assez inconfortable aux côtés du gouvernement républicain s’étant graduellement reconstitué. Dans les deux cas, deux demandes rivales de pouvoir co-existèrent : l’une bourgeoise et l’autre prolétaire. En aucun cas le double pouvoir se réfère t’il à l’emploi d’une stratégie ; certainement pas une fondée sur le démarrage de lieux de travail coopératifs, de jardins communautaires ou de groupes d’entraide comme “Nourriture pas des bombes”, quelque soit le mérite de ces projets respectifs.

Le véritable double pouvoir est instable de manière inhérente, il représente une menace active au pouvoir des gouvernements et des capitalistes. A la fois dans le cas russe et le cas espagnol, les circonstances du double pouvoir se terminèrent en une inévitable confrontation. En Russie, le gouvernement provisoire fut renversé en faveur d’un gouvernement bolchévique de plus en plus autoritaire (légitimisé au départ sous le slogan de “tout le pouvoir aux soviets”, c’est à dire tout le pouvoir aux assemblées). En Espagne, les comités révolutionnaires ayant échoué à vaincre l’État au delà de toute réparation possible, ou de socialiser la production, furent soumis par le Front Populaire et éventuellement furent écrasés par la coalition stalino-libérale au sein du gouvernement républicain qu’ils aidèrent à raviver.

Loin de représenter la politique du classique anarchisme de masse (parfois étiqueté comme anarchisme de “lutte de classe”), les nouveaux aficionados du double pouvoir comme stratégie sont, en réalité, en train de raviver la vieille tradition “utopique” non-confrontationnelle du socialisme non-révolutionnaire. C’est, au mieux, la politique proto-anarchiste de Pierre Joseph Proudhon plutôt que l’anarchisme de Errico Malatesta, Michel Bakounine ou des organisations ouvrières anarchistes révolutionnaires qui se développèrent de l’aile fédéraliste de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT).

Comme Proudhon, et contrairement à la vision anarchiste révolutionnaire, les soutiens du double pouvoir argumentent qu’ils peuvent améliorer notre position sous le capitalisme et parvenir au final à l’anarchie, en rassemblant nos ressources et en les gérant de manière autonome et coopérative. En pratique, cela voudrait dire que ceux d’entre nous qui sont le mieux lotis fourniraient aux moins bien lotis, une forme de service souvent amalgamée avec le concept d’entraide. Ce qui mènerait à des entreprises entrant en concurrence avec des entreprises traditionnelles sur le marché.

Historiquement, cette stratégie a été perdante pour des raisons parfaitement bien comprises et articulées par les anarchistes et les marxistes. En tant que travailleurs, nous n’avons quasiment rien à partager entre nous. Dans le mime temps, les capitalistes ont tout. Ils seront toujours capables de gagner la lutte concurrentielle et annihiler le secteur coopératif. La logique du marché mettra toujours la pression sur les travailleurs-propriétaires de ces coopératives, c’est à dire une propriété privée gérée de manière coopérative sous la forme d’entreprises, ce qui empirera leurs conditions, forcera à baisser leurs propres salaires, à réduire la qualité de leurs produits et d’augmenter le prix de vente à la seule fin de pouvoir survivre.

Survivre tout en maintenant l’esprit du projet coopératif est en soi une lutte. Pousser les entreprises capitalistes à la faillite, s’approprier leurs ressources, placer leurs biens et propriétés sous un plus vaste contrôle social et avoir l’État disparaître dans le processus, n’est que pure fantasmagorie.

Les avocats du double pouvoir évitent toute la question de savoir à quoi ressemble la victoire. Même si la stratégie du double pouvoir pouvait aboutir à la situation d’un véritable double pouvoir (comme édicté par Lénine), notre but en tant qu’anarchistes est d’ELIMINER l’État et la capital, de ne pas exister “en dehors” ou “en parallèle” en tant que “second pouvoir”. Clairement, à un moment donné, nous devrons exproprier le capital et ceci impliquera nécessairement une réponse de l’État, qui à la fois dépend de et reproduit la société de classe.

Et pourtant le contre-pouvoir, pouvoir au sein des entreprises capitalistes traditionnelles, contre les patrons et les gouvernements, capable de saisir le contrôle sur la vie économique de la société, la mettant au service des besoins humains, et défendant avec force cette transformation des relations sociales, est rarement mentionné par les champions du double pouvoir. Il y a ici aussi une faiblesse fondamentale dans la vision de réforme du double pouvoir, car il en est de notre position structurelle au sein des entreprises capitalistes (qui ont besoin de notre travail), qui nous permet de faire levier sur les patrons et les gouvernements qui les servent.

Les anarchistes devraient garder présent à l’esprit les mots de Pierre Kropotkine à ce sujet et son avertissement aux travailleurs qui refusent d’abandonner de telles tactiques de lutte révolutionnaire :

“Travaillez pour nous pauvres créatures, qui pensez que vous pouvez améliorer votre sort par les coopératives sans oser toucher en même temps à la propriété, à l’impôt et à l’État ! Maintenez-les en place et demeurez leurs esclaves !”
~ Kropotkin, P. 1914. “Science moderne et anarchie” ~

Anarchistes et neo-anarchistes : horizontalisme et espaces autonomes

Il n’est pas rare, surtout en Amérique du Nord, de voir l’anarchisme défini comme une idéologie enracinée dans la “démocratie directe”, la prise de décision par consensus et la maintenance de relations sociales “horizontales” (c’est à dire non-hiérarchiques), particulièrement dans des zones autonomes ou les espaces publics.

Cette idée de l’anarchisme est inhabituelle en ce qu’elle place au centre de sa définition, une adhérence à des formes spécifiques de procédure et de comportement interpersonnels tout en minimisant les buts politiques qu’un mouvement “horizontal” devrait essayer d’établir. De ce point de vue, se réaproprier les espaces publics comme opportunité d’y tenir des assemblées publiques non-hiérarchiques, où nous pouvons décider par consensus est, en soi, “anarchiste”, quelque soit le résultat d’un tel processus.

Ceci n’a pas grand chose à voir avec la tradition classique de masse anarchiste et sa politique de socialisme révolutionnaire. C’est au lieu de ça, une approche qui est le mieux décrite comme tombant sous la bannière du “neo-anarchisme”, qui est une conception moderne de l’anarchisme largement informé par les mouvements féministe et pacifiste des années 70, le mouvement environnementaliste vert des années 80, le mouvement alter-mondialisation des années 90 et de la révolte argentine de 2001, qui a inventé le terme “horizontalisme” ou “horizontalidad”, pour décrire le rejet par le mouvement de la démocratie représentative, l’utilisation des assemblées générales pour coordonner les activités et la conversion d’usines abandonnées ou en banqueroute en des entreprises coopératives.

Prenez par exemple, l’insistance des neo-anarchistes pour l’utilisation du consensus dans la prise de décision. Bien que le consensus (ou “l’unanimité” comme c’était typiquement appelé), était parfois une caractéristique des organisations politiques anarchistes et souvent vu comme un idéal pour travailler via une discussion entre camarades, ce ne fut jamais un composant fondamental du mouvement anarchiste. Les anarchistes ont généralement été d’accord pour dire que la forme appropriée de prise de décision dépend des circonstances et ont fréquemment endorsé des variations sur le vote majoritaire, particulièrement dans les organisations de masse fondées sur des communautés autre que des affinités idéologiques, comme les syndicats. Le point de focus des anarchistes n’a généralement pas été la forme du processus de prise de décision, mais plutôt les principes des associations libres et de la solidarité. De plus, bien que les anarchistes aient toujours insisté sur le “droit de la minorité d’être libre de la coercition de la majorité”, il est même plus important que la grande majorité soit libre de la règle minoritaire ou du sabotage. Comme l’écrivit Malatesta dans son essai “Entre paysans : un dialogue sur l’anarchie”.

Tout est fait pour atteindre l’unanimité et quand c’est impossible, le vote désignerait une majorité ou alors la décision résiderait en une tierce partie, qui agirait comme arbitre en la matière, respectant l’inviolabilité des principes d’égalité et de justice sur lesquels est basée la société. En réponse à la préoccupation du sabotage de la minorité, une telle situation rendrait nécessaire une action de force, parce que s’il est injuste que la majorité opprime la minorité et il est tout aussi injuste que l’opposé ne se produise. Et tout autant que la minorité a le droit à l’insurrection, la majorité a aussi le droit de se défendre.

Quant aux “zones autonomes” et la tactique de se réaproprier les espaces publics (comme vu lors du mouvement Occupy Wall Street), nous n’avons ici aucune connexion avec l’anarchisme en tant que tradition révolutionnaire et un exemple de tactique qui a montré de manière répétitive son incapacité à extraire des réformes significatives, sans parler de révolutionner la production et de détruire l’État.

Les limites fondamentales de “l’occupation publique” ou des “zones autonomes” et les défaites qui ont résulté de ces limites, ont mené quelques anciens promoteurs de la stratégie à faire une transition notable du Neo-anarchisme à la politique parlementaire. Bien qu’inexplicable aux observateurs extérieurs, le changement est facilement compris quand on considère la vision péculière du Neo-anarchisme sur la “démocratie directe” ou “les espaces horizontalement organisés” comme la caractéristique affirmée de l’anarchisme et non pas celé d’une théorie et pratique révolutionnaires libertaires contre l’État et le capital.

Si on accepte l’idée de l’anarchisme comme proposé par les Neo-anarchistes, il n’y a pas de contradiction fondamentale entre anarchisme et implication dans la politique parlementaire (!!!). Si le parti politique est un parti de démocratie directe, composé de mouvements sociaux et investi dans les relations interpersonnelles horizontales, quelle différence cela fait-il si la décision prise (idéalement par consensus) est pour faire campagne pour des candidats politiques, voire même administrer l’État ?

Nous avons vu cela avec le soi-disant “mouvement des places” en Europe. Les activistes qui prirent part au mouvement 15M ou des “Indignés”/“Los Indignados” en Espagne ont fini par abandonner leur notion des politiciens au slogan du “Ils ne nous représentent pas !” Avec la formation du parti politique Podemos et autres multiples partis politiques “municipalistes”.

Une trajectoire similaire fut suivie par l’anthropologue anarchiste David Graeber vers la fin de sa vie. Graeber, une figure du mouvement Occupy Wall Street et avant ca, un participant au mouvement altermondialiste, ne vit apparemment aucune contradiction  entre son (Neo)anarchisme et ses efforts de rejoindre le parti travailliste britannique en soutien de Jeremy Corbyn.

Graeber fut particulièrement enthousiaste avec l’organisation affiliée au parti travailliste Momentum ; une excroissance de la campagne de leadership de Corbyn, qui, argumentait-il constituait une tentative unique de fusionner le mouvement radical avec un parti parlementaire.

Plus récemment, nous avons été les témoins de l’absurdité du “socialiste libertaire” autoproclamé Gabriel Boric vantant son association avec le mouvement étudiant radical chilien et accédant à la présidence suite à un soulèvement populaire militant.

Les dégâts causés par ces supposées “tentatives uniques” de traduire l’horizontalisme du Neo-anarchisme en une forme de parti politique, qui en réalité ne diffère pas grandement de l’approche historique offerte par les marxistes en alternative à l’anarchisme, ont été bien documentés par ailleurs et il ne convient pas ici d’en faire une revue de détail. Il va sans dire qu’à chaque fois, il y eut bureaucratisation, accommodation des nécessités d’administre l’état capitaliste  (ou juste de faire campagne pour l’administrer) et il n’y a eu aucun gain de pouvoir des travailleurs contre les patrons.

La réalité est qu’on ne peut pas se préfigurer l’anarchie et le communisme au travers de la “démocratie directe” et des “espaces d’autonomie”. L’anarchisme demande un mouvement anarchiste spécifique et surtout… une pratique anarchiste. Bien que nous pouvons sans aucun doute nous organiser depuis la base au sein d’une structure fédéraliste consistante, nous ne pouvons pas faire vivre notre idéal de “vivre en anarchie” ou notre relation les uns aux autres le plus “horizontalement” possible. De la même manière, le contenu de l’anarchisme ne peut pas se limiter à la structure de notre mouvement, son contenu de lutte de classe dit être maintenu. Pour citer Luigi Fabbri :

Si l’anarchisme n’était qu’une éthique individuelle, à être cultivée pour soi-même et en même temps être adapté dans les actions de la vie matérielle et des mouvements en contradiction avec lui, nous pourrions nous appeler anarchistes et appartenir aux partis les plus divers et beaucoup pourraient aussi être appelés anarchistes, qui bien qu’ils soient spirituellement et intellectuellement émancipés, sont et demeurent, en base pratique, nos ennemis. Mais l’anarchisme est différent… Il est prolétarien et révolutionnaire, une participation active au mouvement pour l’émancipation humaine avec des principes et des buts égalitaires et libertaires dans le même temps. La partie la plus important de son programme n’est pas seulement le rêve que nous voulons devenir réalité d’une société sans patrons et sans gouvernements, mais avant tout la conception anarchiste de la révolution, de la révolution contre l’État et non pas à travers l’État…

heroisme

Anarchistes et insurrection : Organisation, lutte de classe et émeutes

La période “classique” de l’anarchisme, qui peut être définie comme allant de la fondation de l’Internationale Anarchiste de St Imier (NdT : créée par Michel Bakounine après l’expulsion des anarchistes de la 1ère Internationale Ouvrière suivant un plan fomenté par Marx et Engels qui prirent alors le contrôle de l’Internationale…) en 1872, à la fin de la seconde guerre mondiale en 1945. Il y eut deux courants significatifs, l’anarchisme social ou “de masse”, représenté par l’anarcho-syndicalisme (la formation de fédérations syndicales anarchistes) et l’organisation dans la dualité (formation d’organisations anarchistes spécifiques intervenant dans les luttes de masse), ce mouvement fut dominant et prend sa source au congrès de St Imier, l’aile libertaire de la 1ère Internationale et autres précurseurs fédéralistes au sein du mouvement des travailleurs.

Opposé à celui-ci fut un courant minoritaire d’anarchisme insurrectionnel, qui voyait le mouvement des travailleurs en développement comme réformiste (avec des réformes à la valeur douteuse), opposé aux organisations formelles comme étant inconsistantes avec l’anarchie et se limitant à des tactiques dont l’intention était de provoquer une insurrection généralisée : attaques armées contre l’État et la propriété privée ou étatique, assassinats de patrons et de politiciens etc…

L’anarchisme insurrectionnel a trouvé un nouvel élan avec le déclin du mouvement des travailleurs à la fin des années 1970. Les formes radicales furent réprimées. Les syndicats gérés par des bureaucraties professionnelles et dévolus à la stabilité du système capitaliste (incluant bien sûr leur position bien protégée et confortable en son sein) et de manière générale, soumis aux intérêts des partis politiques affiliés, acceptant l’intégration du travail organisé au sein de réseaux hautement régulés de gestion des litiges, qui a criminalisé toute action directe efficace et a restreint le contrôle des travailleurs sur leur propre lutte.

Plutôt que de reconnaître ce tournant de la défiance à la loi vers une impuissance légale en tant que résultat demandant un renouvellement de l’implication envers le long et patient travail de l’agitation sociale sur les lieux de travail, certains “révolutionnaires” choisirent d’accepter le narratif plus facile disant que cette tragédie historique était de fait inévitable. Notre position en tant que “travailleurs”, individus forgés par le développement capitaliste en une classe, mais capable de devenir une classe agissante par et pour elle-même, n’était plus, d’après eux, quelque chose d’important à notre émancipation.

Les insurgés affirment que la lutte pour la production a mené à la bureaucratisation et une accommodation au sein de la société de classe. De leur perspective, il n’y a donc aucun intérêt de tenter de collectivement s’identifier à une classe de “travailleurs” opprimés, ou d’organiser des manifestations de lutte de masse sur cette base. En fait, les anarchistes insurrectionnels s’opposent à toute forme d’organisation formelle et sont le plus souvent sceptiques à l’idée même “d’organisation”. Ils argumentent que des projets spécifiques ne demandent rien d’autre qu’une “affinité de groupe” informelle : des camarades rapprochés, travaillant ensemble pour parvenir à mettre en place des buts communs et concrets, sans aucune structure ni programme politique.

Mais si nous ne luttons pas en tant que classe organisée au travail, où de tels groupes d’affinité devraient-ils être engagés dans la lutte ? Les insurrectionnistes se sont fait typiquement les avocats d’une politique “de constante attaque”. Ils se délectent des images d’émeutes et de combats de rue contre la police, des feux allumés et du pillage, de la destruction des magasins. Comme avec la politique des Neo-anarchistes du mouvement Occupy, le point de lutte est généralement vu comme étant la rue ou l’espace public, façonnés comme une expérience “d’autonomie”. Mais là où les Neo-anarchistes trouvent la liberté dans l’autogestion de villes de tentes ou de jardins potagers communs, les insurgés d’aujourd’hui semblent la trouver dans l’acte de rébellion lui-même ; dans la démonstration de leur supposée ingouvernabilité. Les insurgés et leurs “équipages” de combat volent de la nourriture pour la distribuer à ceux qui ont faim et repoussent les flics quand ceux-ci essaient de les en empêcher et de les arrêter.

Il est bien évident que c’est bien de nourrir quelqu’un qui a faim et nous n’avons aucune objection à enfreindre la loi, mais ceci est néanmoins une étrange notion de la liberté. Cela assume la permanence insurmontable d’une société fondée sur l’existence des patrons, des gouvernements et des commodités. Ceci propose que nos agissions comme si le capital et l’État ne puissent jamais être renversés au travers de la transformation concrète des relations sociales en production. Les choses ne peuvent pas être changées, elles ne peuvent qu’être  détournées ou défiées.

Les plus myopes des supporteurs de l’insurrection voient les émeutes, l’assassinat et la destruction de la propriété comme une sorte de propagande de l’exemple à suivre ou autrefois appelée “propagande par le fait”. Ceci vise à déclencher des évènements par des minorités courageuses dans l’espoir que tout ceci spirale en insurrection généralisée contre le gouvernement ; nous libérant de la banalité d’une vie passée à travailler et de tout risquer dans un “retour à la normalité”. 

Avec la rébellion suite à l’affaire de George Floyd (NdT : générant le mouvement Black Live Matters, lui même se retrouvant politiquement infiltré et neutralisé à terme, il ne représente plus aucun danger pour le système, il a été neutralisé de l’intérieur), la politique de l’anarchisme insurrectionnel fut mise à rude épreuve. Les insurgés furent présentés à une émeute nationale qui échappa à la légalité et au contrôle de toute organisation. Des commissariats furent attaqués et des magasins pillés. Une coalition multi-raciale de la classe travailleuse envahit la rue, coude à coude, pour faire face aux flics. Dans la dite “Zone Autonome de Capitol Hill” ou ZACH (NdT : ou CHAZ en anglais), un très vaste voisinage fut déblayé de toute présence policière et il y fut établi un espace pour projets communs coopératifs (comme un potager communautaire “Noir et Indigène seulement”, ainsi qu’une esplanade à micro ouvert constant pour le libre échange de paroles et d’idées.

La CHAZ / ZACH (qui ne fut jamais en fait capable de se développer au delà d’une assemblée anti-flic…) a très rapidement stagné, en n’ayant pas d’autre but que celui de maintenir l’occupation de l’espace public. Les groupes d’affinité tentèrent de maintenir la rage, mais furent bien incapables d’encourager et de canaliser la rébellion dans une direction révolutionnaire.

Les choses se terminèrent rapidement dans le chaos et le désastre. Tous les barjots et aventuriers possibles furent attirés dans l’affaire. Des notions libérales de “privilège politique”, une compréhension très superficielle de la domination fondée sur l’identité, furent promues de manière agressive, minimisant les nouveaux liens créés de solidarité. Finalement, quelques individus armés (s’étant eux-mêmes nommés comme “la patrouille”) tirèrent sur et tuèrent quelques jeunes ados afro-américains qui faisaient les cons en voiture. Dans le brouillard de l’incertitude, de vagues rapports apparurent dans les réseaux sociaux, excitant ceux qui mettent sur le même plan l’usage des armes et le militantisme. Les tueries furent initialement louées dans certains cercles insurrectionnels de l’internet comme étant un bon exemple “d’auto-défense révolutionnaire” contre des “infiltrés de l’extrême-droite”.

A suivre…

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

GJVH

Anarcho-indigénisme et rejet du diktat « civilisateur » impérialiste (Ziq)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, canada USA états coloniaux, chine colonialisme, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, sciences et technologies, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 29 novembre 2022 by Résistance 71

“La vaste majorité des humains est déconnecté de la terre et de ses produits, de la terre et des moyens de production, de travail. Ils vivent dans la pauvreté et l’insécurité. […] L’État existe afin de créer l’ordre et la possibilité de continuer à vivre au sein de tout ce non-sens dénué d’esprit (Geist), de la confusion, de l’austérité et de la dégénérescence. L’État avec ses écoles, ses églises, ses tribunaux, ses prisons, ses bagnes, l’État avec son armée et sa police, ses soldats, ses hauts-fonctionnaires et ses prostituées ; là où il n’y a aucun esprit et aucune compulsion interne, il y a forcément une force externe, une régimentation, un État. Là où il y a un esprit, il y a société. La forme dénuée d’esprit engendre l’État, L’État est le remplaçant de l’esprit.”
~ Gustav Landauer ~

“La révolte est, dans l’homme, le refus d’être traité en chose et d’être réduit à la simple histoire. Elle est l’affirmation d’une nature commune à tous les hommes, qui échappe au monde, la puissance.”
~ Albert Camus ~

“Vous ne serez et ne demeurerez que des commodités aussi longtemps que l’empire existera…”
~ Russell Means, Oglala, Lakota ~

“Il y a des connexions philosophiques entre les sociétés indigènes et quelques sensibilités anarchistes sur l’esprit de la liberté et les idéaux pour une bonne société. Des idées critiques parallèles et des visions d’un futur post-impérialiste ont bien été notées par quelques penseurs, mais quelque chose qu’on pourrait appeler ‘anarcho-indigénisme’ doit toujours se développer en une philosophie et une pratique cohérentes. Il y a également une grande similitude entre les façons de voir le monde des anarchistes et des peuples autochtones: un rejet des alliances avec des systèmes légalisés, centralisés d’oppression et une non-participation aux institutions qui structurent la relation coloniale, ainsi que la croyance d’amener le changement par l’action directe et la résistance au pouvoir d’état.”
~ Taiaiake Alfred, professeur sciences politiques, Mohawk ~

“L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur terre. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais !”
~ Résistance 71 ~

neo-colonialisme1

Anarchie indigène et le besoin du rejet de la “civilisation” du colon

Ziq

Novembre 2018

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Novembre 2022

Définissons d’abord quelques termes de base. “Indigène” veut dire “de la terre sur laquelle nous sommes”. “Anarchie” veut dire “rejet de l’autorité”. Les principes de l’anarchisme incluent l’action directe, l’entraide, et la coopération volontaire. “Anarchie : un journal de désir armé” envisionne une anarchie primitive qui est “radicalement ccopérative et communautaire, écologique, égalitaire, spontanée et sauvage”.

La “civilisation” [occidentale] est une culture qui tourne autour des villes. Une ville est un agglomérat de personnes qui vivent dans un endroit de manière permanente, dans des densités de population suffisantes pour que ces personnes doivent importer leur nourriture et leurs ressources de l’extérieur de la ville afin de survivre et d’assurer la continuité de la croissance de la ville. Donc, les villes dépendent de l’exploitation d’entités externes pour se maintenir en existence.

Cette relation exogène nous aliène a la fois de notre source de nourriture et de nos déchets. Notre nourriture est achetée depuis un supermarché, produite loin de chez nous, préparée et empaquetée sur des chaînes alimentaires industrielles. On nous refuse toute participation dans le processus qui nous nourrit. Nos déchets sont emmenés par camions pour être traités hors de notre vue immédiate et nos déjections naturelles sont tirées dans un réseau de canalisations. Nous ne savons pas vraiment où tout cela va, si cela affecte l’environnement et quelle place cela a dans l’écosystème moderne.

La civilisation vise à dominer la vie au travers des structures variées qui sont faites pour nous domestiquer. Ces structures incluent l’industrie, le colonialisme, l’étatisme, le capitalisme, l’agriculture, le racisme, l’éducation scolaire, la religion, les médias, la police, les prisons, l’armée, le patriarcat, l’esclavage et plus encore…

Les peuples indigènes au travers de l’histoire ont combattu et sont morts pour résister à l’imposition de force de la civilisation sur leurs vies. Cette lutte est toujours active aujourd’hui, alors que les “non-civilisés” sont poussés toujours plus avant vers les limites de la survie par les “civilisés” de par le monde et le déséquilibre technologique entre nous continue de s’étendre et de créer une division sociologique qui nous rend incapables de nous comprendre les uns les autres ce même à un niveau des plus basiques.

Les modes de vie des civilisés et non-civilisés ont divergé dans de telles proportions qu’il est devenu quasiment impossible pour les civilisés de voir que leur civilisation est devenue un obstacle à notre survie de base. Au lieu de cela, ils pensent que leur civilisation est l’instrument clef de leur survie et craignent de vivre dans un monde sans. Ils sont si conditionnés à l’ordre établi par leur civilisation, qu’ils ne peuvent pas sonder la possibilité d’une vie sans elle.

Le concept même de “civilisation” dépend de la règle émise par le colon et sa subjugation brutale des peuples indigènes. La marche perpétuelle vers la globalisation, la civilisation, se fait à marche forcée par le travail forcé et l’exploitation des ressources naturelles dans le grand sud et historiquement sur toutes terres au delà du continent européen.

Afin de pouvoir piller les ressources naturelles sur les terres occupées, les peuples y vivant doivent être éliminés ou déplacés dans des villes compactes, des fermes ou des “réserves” où ils seront forcés de travailler afin de transformer ces ressources en produits de consommation pour les marchés occidentaux. Ce processus de “civilisation” des peuples indigènes est rapide et notre culture, notre langue et notre histoire sont souvent éliminés par les colons afin d’assurer que nous ne tenterons pas de retourner à notre mode de vie précédent “non-civilisé” et que nous ne réclamerons jamais plus ces terres qu’ils ont volé pour leurs industries.

Les classes dirigeantes recherchent toujours de nouvelle façons et nouveaux endroits pour accumuler les richesses pour elles-mêmes. Les dirigeants créent des sous-castes soumises et privent les peuples non-civilisés de leur habitat naturel, ils n’ont donc pas d’autre choix que d’accepter la domestication et être intégrés dans le système industriel capitaliste. Le dirigeant peut alors convertir avec succès le peuple qu’il a apprivoisé et domestiqué en une commodité générant du profit ; des travailleurs dociles qui peuvent travailler toute leur vie afin de créer toujours plus de richesse pour les dirigeants.

Le dirigeant ne voit aucun intérêt dans le chasseur-cueilleur ni dans aucune personne qui ne crée pas de richesse ni de pouvoir pour la classe dirigeante. Si les gens ne devaient pas travailler pour elle afin d’obtenir nourriture et toit, les dirigeants cesseraient immédiatement d’avoir du pouvoir. Donc le pire ennemi du dirigeant est une personne qui ne dépend pas de lui pour vivre, pire même : une culture entière de gens auto-suffisants. Une culture non-civilisée sur laquelle il n’a aucun contrôle est le pire des cauchemars d’un dirigeant.

Sous le joug de la “civilisation”, les peuples indigènes ne sont plus permis de subsister et de vivre depuis leurs terres ancestrales en chassant et en récoltant. Maintenant pour survivre dans ce nouveau monde forcé sur nous par les colons, nous devons endurer des heures de labeur imbécile dans des usines, dans des entrepôts, des mines ou des fermes industrielles. Nos enfants doivent être éduqués de la façon des colons pour en faire, à terme, des travailleurs soumis et producteurs. Nous devons dépendre de l’état et des colons pour nous nourrir et nous vêtir. Nous devons consommer et gaspiller et participer à la destruction des écosystèmes qui nous ont entretenus pendant des millénaires. Nous devons être “civilisés” ainsi la classe dirigeant peut prospérer à nos dépends.

reflexionaborigene

Liberté par le rejet

Rejeter la civilisation [occidentale, coloniale] est s’opposer à cet arrangement coercitif par lequel notre culture, notre histoire, la connaissance collective qui nous a permis de vivre et de prospérer sur nos terres, nous sont retirées par des industrialistes parasites qui voudraient que nous dévouions notre vie entière à trimer pour leur profit alors qu’ils nous refusent l’accès à nos terres et à nos ressources.

Rejeter la civilisation, c’est s’opposer à l’urbanisation, à l’agglutination des gens dans de petites zones bétonnées qui peuvent encore mieux être contrôlées par les dirigeants pour qu’ils nous empêchent de refuser leurs demandes que nous soyons “civilisés” et obéissants.

Rejeter la civilisation, c’est s’opposer aux méthodes exploiteuses industrielles et agricoles qui forcent les pauvres des zones rurales à sacrifier leur travail pour aller entretenir la veulerie de riches cités, tout en privant rapidement la terre de sa fertilité et pompant les nappes phréatiques pour l’irrigation à un rythme plus grand qu’elles peuvent se régénérer.

La civilisation dépend d’une massive concentration inégale de richesse ; d’une brutale hiérarchie capitaliste où quelques uns ont eu la chance de gravir les échelons et de pouvoir contrôler les autres du haut de la pyramide. Tout en bas de celle-ci se trouvent les peuples indigènes du monde.

Contrôle & Domestication

Les voix des peuples indigènes, qu’elles soient acceptées par leurs colons comme raisonnablement “civilisées”, ou rejetées comme “non-civilisées”, ont été ignorées depuis bien longtemps par toux ceux qui bénéficient de la marche en avant de la “civilisation” et toutes ces choses brillantes et clinquantes qu’elle leur donne. Leurres marchands rendus possibles par l’exploitation rampante des terres indigènes, la manipulation et le contrôle des peuples  indigènes au travers de la domestication.

“Contrôle” est ici le mot clef pour comprendre pourquoi la civilisation est venue à l’existence. Les colons capitaliste travaillent d’arrache pied pour nous convaincre que nous devons être contrôlés par eux et leur civilisation. Que nous avons besoin de leur civilisation pour nous protéger de tout danger et que si nous travaillons pour eux, nous n’aurons plus faim. Si nous leur donnons nos terres et acceptons de nous relocaliser dans des “réserves”, ou dans leurs fermes ou dans leurs villes, en adoptant leur langue et leur religion, alors ils nous donneront leur protection et nous permettront de survivre avec “dignité”, nous accepteront comme des peuples domestiqués et civilisés avec succès.

L’ironie de tout cela est époustouflante. Les colons déciment nos forêts et éventrent notre terre pour la vider de ses ressources. Ils massacrent la vie sauvage de nos territoires jusqu’à extinction et arrosent nos cultures d’herbicides pour s’assurer que nous ne puissions pas subvenir à nos besoins. Ils rendent notre eau toxique et imbuvable. Ils polluent et nous assassinent si nous osons nous dresser sur leur chemin.

Puis ils nous offrent le sanctuaire de leur propre tyrannie. Nous laissent le choix entre la mise en esclavage ou l’extinction. Allez dans leurs villes, plantations, bidonvilles et réservent, pour être acceptés comme “civilisés” ou mourir de leurs mains en tant que “sauvages sous-hommes” qui ne peuvent pas être “sauvés” Tout ce que la “civilisation” ne peut pas contrôler doit être expurger afin d’assurer que la marche de la civilisation puisse continuer sans obstacles.

Embrasser l’anarchie, c’est s’opposer à l’idée même de contrôle. Rejeter l’autorité du colon et sa civilisation coercitive qui nous prend tout. L’anarchie c’est avoir confiance en soi et en ses voisins pour travailler ensemble dans l’entraide pour résoudre nos problèmes communs, sans avoir recours à la “charité” d’autorités aussi puissantes soient-elles.

Les anarcho-indigènes, anti-civilisation [occidentale] reconnaissent que le concept même de civilisation dépend de la capacité de nos colonisateurs à nous contrôler. Notre assimilation forcée dans la civilisation aliénée et aliénante des colons et les lois punitives auxquelles nous devons obéir sont faites pour nous maintenir serviles et ne pas résister à l’ordre pervers établi par les colons et qu’ils nous imposent. Leur ordre dépend exclusivement de notre domestication et de la destruction de nos modes de vie. Leur civilisation est ainsi faire qu’elle détruit tout ce qu’elle touche.

Embrassons notre “sauvagerie inhospitalière”

La soi-disante “sauvagerie inhospitalière” que la civilisation a vu nécessaire de soumettre à ses diktats est l’âme même de notre existence. Pendant des millénaires, nous avons vécu en paix avec la nature, en prenant soin au même titre qu’elle prenait soin de nous. Nous étions les gardiens de la terre plutôt que ses exploiteurs. Maintenant, “civilisés”, nous travaillons notre vie durant pour le droit d’affirmer un droit de propriété sur un tout petit lopin de terre, que nous pouvons bétonner pour y ériger un bloc de ciment dans lequel nous vivons, si on a cette chance. La plupart d’entre nous n’a même pas ce privilège et est forcé de payer un loyer à un propriétaire pour avoir ce droit de vivre dans un bloc de ciment dont il n’est pas le propriétaire et dont le loyer nourrit un parasite.

Non civilisés, nous bougions librement, fruits et plantes poussant dans les quatre directions, prêts à être recueillis. Des cours d’eau pure remplis de poissons abondaient dans le paysage. Les sons de la vie sauvage emplissaient l’air. Nous ne travaillions que peu et les récompenses étaient instantanées. Nous ne connaissions que l’abondance, ou par être plus précis, le confort du juste milieu sans l’abondance.

Les chasseurs-cueilleurs sont capables de subvenir à leurs besoins immédiats sans avoir besoin de stocker du surplus comme le font les civilisés pour survivre (avec l’agriculture, les boulots les prêts bancaires, les économies, les emprunts immobiliers, les retraites, les assurances de toute sorte). Les non-civilisés n’ont aucun désir de possession matérielle car une telle chose frivole serait un obstacle à leur capacité de vivre en nomades au gré des saisons. Avoir trop de biens vous force à rester en un endroit et à monter la garde pour défendre ces possessions de vos vies, ce afin de pouvoir continuer à les posséder et ne pas risquer de les voir dérober. Ceci crée un style de vie paranoïaque centrée sur la sécurité mettant la possession et la propriété privée au dessus des besoins nécessaires.

Les chasseurs-cueilleurs peuvent faire confiance en une chose : l’environnement va s’occuper d’eux, leur mode de vie va fournir tout le nécessaire à leurs familles, toute la nourriture et l’eau nécessaires pour quelques jours jusqu’à la prochaine collecte. Après avoir fait cette recherche de quelques heures, le reste de la journée est libre pour les plaisirs de la vie.

Les gens “civilisés” aiment se référer au mode de vie des chasseurs-cueilleurs comme étant un mode de vie de survie de tous les instants, de “pauvreté” et de promiscuité. Mais cette pauvreté est matérielle, un manque de surplus certes, de luxes, de choses souvent inutiles. En termes réels, ce mode de vie est bien plus riche que le mode de vie de la dette perpétuelle du travailleur “civilisé” qui n’a que très peu de temps pour le loisir, l’épanouissement personnel et qui ne mesure son existence entière qu’en matière de “temps”. Les “civilisés” et leurs sociétés fondées sur l’agriculture doivent travailler 5 ou 6 jours par semaine, 8 heures par jour ou plus, pour simplement survivre dans leur mode de vie. Les non civilisés n’ont que faire d’une telle absurdité. Comme l’a si bien noté l’anthropologue Marshall Sahlins, la société des chasseurs cueilleurs est la société affluente originelle. Sans désirs matériels, il n’y a aucune raison pour la richesse et la pauvreté. Tout le monde peut être égal à tout le monde ; la véritable anarchie.

Les gens civilisés plantent des rangés de céréales ou autres dans des monocultures barricadées dans des zones industrielles stérilisées qui ne ressemblent plus en rien aux forêts de nourriture interconnectées si diversifiées, qui nous ont nourri durant toute notre histoire. Les fermiers épuisent constamment les mêmes lopins de terre année après année pour faire pousser une unique récolte, noyant leur culture dans des tonnes d’engrais chimiques et de pesticides. Rien ne peut survivre sur le lopin de terre si ce n’est ce qui a été planté (NdT : comme le disait le toujours excellent ingénieur agronome Claude Bourguignon : “les agriculteurs ne font plus que de la gestion de pathologie”…) La terre est érodée, vide de toute vie, stérile, dépendante de concoctions chimiques qui endettent l’agriculteur en permanence. (NdT : agriculteurs qui le plus souvent ne possèdent même plus leur terre, hypothéquée aux banques pour rembourser une dette toujours croissante)

En civilisation, l’eau se fait rare, contrôlée et chère. Le fruit vous est vendu enveloppé de plastique et vous devez trimer misérablement un jour entier pour pouvoir vous le payer. Le poisson est contaminé par les produits toxiques rejetés par les industries et on nous demande toujours de l’argent pour avoir ce “privilège” de le manger. Le gibier et la viande sauvage ont été remplacés par de vastes usines à animaux emprisonnés. Les rivières sans fin d’excréments de ces usines à bétails finissent aussi dans nos cours d’eau, parachevant l’empoisonnement de l’écosystème et stérilisant la terre.

La nature qui autrefois nous caractérisait a été forcée hors de nous par nos colonisateurs. Comme les chiens fabriqués depuis le loup pour être obéissants et soumis à leurs maîtres, nous en sommes venus à dépendre de l’état et des capitalistes pour notre survie. Malades et domestiqués, nous entrons en concurrence les uns avec les autres pour les miettes de nourriture que les dirigeants nous jettent, ces miettes dirigeants qui nous ont privé de notre terre et de nos vies mêmes.

GR4
Peuple indigène opprimé…

Comprendre le Neo-colonialisme 

Le premier président du Ghana, Kwame Nkrumah a succinctement expliqué le Neo-colonialisme en ces termes en 1965 :

“L’essence du Neo-colonialisme est que l’état qui y est soumis est, en théorie, indépendant et possède tous les signes extérieurs de la souveraineté internationale. En réalité, son système économique et donc toute sa politique, est dirigé depuis l’extérieur. Les méthodes et formes de cette direction peuvent prendre des formes variées. Le plus souvent, le contrôle neo-colonial est exercé au travers des moyens économiques et/ou monétaires. Le contrôle de la politique gouvernementale peut être exercé et sécurisé par des paiements envers le coût de fonctionnement de l’état, par la mise en place de hauts-fonctionnaires pouvant dicter la politique et par un contrôle monétaire sur les changes avec l’étranger au travers de l’imposition Dun système bancaire contrôle par la puissance impérialiste (NdT : superbe exemple de cela toujours en cours : le Franc CFA, qui donne contrôle à la France des économies de ses anciennes colonies africaines devenues “indépendantes” dans l’après seconde guerre mondiale…).”

Cette description du Neo-colonialisme sonne toujours comme juste aujourd’hui, avec les cultures indigènes du monde faisant l’expérience de ce qu’avait décrit Nkrumah dans des formes variées. Plus récemment, des néo-colonisateurs chinois sont venus sur des terres indigènes, promettant de nous élever socialement avec leur richesse. Leurs investisseurs, banquiers, commençants, prêteurs sur gage, développeurs et charités, ont tous promis d’améliorer nos vies.

Les pays africains spécifiquement sont en train de développer une dette colossale envers Pékin, offrant leur terre, pétrole, gaz naturel, minéraux et autres ressources en garantie pour chaque nouveau milliard de dollars emprunté. Lorsqu’immanquablement ils feront défaut de cette dette gigantesque qui ne peut être repayée, la Chine va saisir les garanties et dépouiller le continent de sa richesse naturelle. La Malaisie a récemment compris ce danger du piège de la dette et s’est retirée des arrangements de prêts chinois et de développement. Le premier ministre malais Mahatir Mohamad a prévenu le monde “il y a aujourd’hui une nouvelle version du colonialisme qui se met en place.

L’Institut Confucius qui officie en terres indigènes, est un véhicule de la propagande chinoise, restreignant ce que les professeurs qu’il supplée depuis la Chine, peuvent dire, déformant ce que les étudiants apprennent. Cette propagande par l’école est faite pour promouvoir les intérêts économiques chinois en conditionnant mentalement les élèves indigènes à accepter la colonisation et une vie de soumission. Les colonisateurs se dépensent sans compter pour normaliser la terreur qu’ils amènent et nous convaincre que tout cela est bon pour nous. Toujours la même rengaine.

masquecarte

Kwame Nkrumah:

Le Neo-colonialisme est peut-être aussi la pire forme d’impérialisme. Pour ceux qui le pratiquent, cela veut dire pouvoir sans responsabilité et pour ceux qui en souffrent, cela veut dire exploitation sans rémission. Au bon vieux temps de l’ancien colonialisme, le pouvoir impérialiste avait au moins à expliquer et justifier en métropole les actions entreprises dans les colonies. Dans celles-ci, ceux qui servaient le pouvoir impérialiste pouvaient au moins s’attendre à sa protection contre toute action violente de l’opposition. Avec le Neo-colonialisme, plus rien de ceci ne vaut.

Similairement à la Chine, la Corée du Sud et ses entreprises multinationales a acheté des droits agricoles sur des millions d’hectares de terres agricoles dans des pays “sous-développés”, afin de sécuriser des ressources de nourriture pour ses citoyens. L’histoire du colonialisme et des républiques bananières nous a montré que ce type d’arrangement n’a fait que mener à la misère les peuples indigènes et à la d´´gradation de notre terre.

South Korea’s RG Energy Resources Asset Management CEO Park Yong-Soo:

La nation (sud-coréenne) ne produit pas une seule goutte de pétrole brut ni d’autres minerais vitaux pour l’industrie. Pour générer de la croissance économique et soutenir le mode de vie de son peuple, nous ne pouvons qu’insister sur la s´´curarisation de ressources naturelles vitales pour notre future survie.

Le patron de la Food and Agriculture Organisation (FAO), Jacques Diouf, a averti que l’augmentation de ces accords sur la terre pourrait créer une nouvelle forme de Neo-colonialisme voyant les régions le plus pauvres produire de la nourriture pour les plus riches aux dépends de leurs peuples affamés. Il est raisonnable de dire que cette dernière forme de Neo-colonialisme en date se produit déjà et que nos gouvernements corrompus signent des accords qui nous rendent de plus en plus dépendants de ces nations étrangères et de leurs promesses de nous “élever” en nous construisant des villes et de l’infrastructure.

Il est vital que nous résistions à leurs tentatives de civiliser nos terres afin que nous soyons forcés de travailler pour elles, les aidant dans le processus à voler nos ressources naturelles afin de faire croitre leurs empires, qu’ils puissent s’étendre toujours plus loin et exploiter les populations indigènes du monde.

Et nos autorités locales, toujours si promptes à vendre nos futurs pour le luxe des tours de béton et des trains toujours plus rapides, sont aussi responsables et coupables de cette poussée néo-coloniale pour nous façonner en ces travailleurs mendiants appartenant aux empires étrangers.

Les Masaï, peuple semi-nomade vivant essentiellement entre le Kenya et la Tanzanie, ont migré avec les saisons depuis des siècles. Ils ont de plus en plus été poussés hors de leurs terres ancestrales par les intérêts des états alliés aux intérêts privés entrepreneuriaux, provoquant une collusion pour l’écriture des lois que interdisent aux Masaï de cultiver leurs plantes et de faire brouter leurs troupeaux sur de larges portions de leurs terres traditionnelles.

Des dizaines de milliers de Masaï se retrouvèrent sans logis après que leurs habitations situées dans le cratère devenu touristique de Ngorongoro furent incendiées afin de soi-disant “protéger l’écosystème de la région” et d’attirer plus de touristes.

Le gouvernement tanzanien travaille de concert avec Tanzania Conservation Limited,, qui est la propriété de l’entreprise américaine Thomson Safaris et Ortelle Business Corporation, une entreprise organisant des safaris chasse de luxe, basée aux Emirats Arabes Unis, afin d’expulser les Masaï de leurs terres. Ils se font agresser, frapper, tirer dessus et leur propriété est confisquée. Les jeunes pastouriaux ont si peur pour leur vie maintenant, qu’ils se sauvent dès qu’ils voient un véhicule approcher.

L’état a maintenant ordonné aux Masaï de quitter leur terre ancestrale afin qu’il puisse transformer cette région en terres de chasse pour des touristes friqués qui paient beaucoup d’argent pour pouvoir abattre du gros gibier et ramener les carcasses empaillées et les têtes chez eux comme trophées.

Dans ces actions génocidaires, l’état participe en sécurisant les investissements étrangers  pour construire ses villes. L’État mettra toujours les “civilisés” devant les “non-civilisés” parce que la raison pour laquelle l’État existe est de faire pousser des villes et de piller les ressources et la nourriture pour nourrir cette croissance.

La civilisation a toujours été l’arme utilisée par les puissants pour nous condamner à ue vie de servitude. Rejetons la civilisation. Rejetons l’État. Rejetons le capitalisme. Rejetons toutes les tentatives de conquérir nos terres et de réduire nos peuples en esclavage.

tour_antennes_5G
Tyrannie technologique

La division technologique

Nous devons comprendre qu’il y a une grande différence entre “outil” et “technologie”. Les outils peuvent être fabriqués à petite échelle avec des matériaux locaux, soit par des individus, soit par de petits groupes de gens quand ils ont besoin d’outils. A l’encontre de la technologie, les outils ne peuvent pas construire des systèmes d’autorité et d’obéissance pour permettre à un groupe de dominer les autres, juste dans la mesure où tout le monde est capable d’acquérir réalistiquement ses propres outils. La technologie dépend de la capacité de monter de grandes opérations d’extraction, de production, de distribution et de consommation. Ceci demande une autorité coercitive et une hiérarchie, une oppression.

Le Cinquième Pouvoir a expliqué les pièges e la technologie en 1981 :

La technologie n’est pas un simple outil qui peut être utilisé de la façon dont on le désire. C’est une forme d’organisation sociale, une série de relations sociales. Elle a ses propres lois. Si nous devons nous engager dans son utilisation, nous devons accepter son autorité. L’énorme taille, les interconnexions complexes et la stratification des taches qui composent les systèmes technologiques modernes rendent un commandement autoritaire nécessaire et toute prise de décision individuelle et indépendante impossible.

La technologie est utilisé par les dirigeants pour contrôler et pacifier leurs citoyens. Les sociétés colonialistes sont bourrées de merveilles technologiques. Mais leur gens sont détachés de la terre sur laquelle ils vivent, aliénés les uns des autres, leurs yeux constamment fixés sur des distractions futiles émanant de leurs écrans et leurs terres se dessèchent et brûlent pour payer leur addiction à tous ces produits industriels toxiques.

La technologie est utilisé pour conquérir pour affirmer une domination, pour détruire d’entières autres cultures qui osent rejeter l’empire et son ordre mondial. La Libye, l’Afghanistan, l’Irak, des pays entiers décimés par la grande technologie des impérialistes faisant pleuvoir la mort depuis le ciel.

Les colonisateurs auront toujours une meilleure technologie que nous. Quelque soit cette technologie qu’ils nous promettent en retour de notre coopération avec leur agenda fera pâle figure en comparaison des technologies qui mènent leurs propres sociétés. Ils nous disent que nous avons besoin de leur technologie pour être civilisés, pour éviter d’être à la traine dans le monde, mas on ne peut pas rattraper la machine technologique de l’empire. Il va nous rattraper et nous broyer bien avant qu’il ne nous donne les secrets promis.

La technologie est une arme brandit par les plus puissants et nous ne pouvons pas rétablir l’équilibre de la puissance, pourquoi essayer ?…. Pourquoi dédier nos vies à jouer le jeu qu’il veulent nous faire jouer selon leur propres règles ? Pour recevoir en retour leurs machines obsolètes ? Ils utilisent leur technologie pour nous convaincre que nous sommes moins qu’eux, que nous sommes “arriérés” et qu’ils doivent nous “sauver” de notre existence “sauvage”. Ils disent tout cela et dans le même temps leur technologie dépend de nos ressources et de notre travail et sur leur capacité à nous forcer à nous sacrifier et nos enfants et les enfants de nos enfants pour qu’ils leur donnent le carburant pour leurs précieuses machines. Ces machines qui leur permettent de maintenir leur domination sur nous de façon à ce que nous demeurions toujours inférieurs à eux. S’ils nous donnent ce qu’ils nous ont promis , la libération qu’ils disent leur technologie apporter, alors leur pouvoir sur nous sera perdu. Nous n’aurons plus besoin d’eux pour nous “sauver” de l’état sauvage parce que nous serons aussi civilisés qu’eux.

Lorsque nous donnons suffisamment de nous-même pour recevoir leur technologie, ils s’assurent que nous aurons toujours besoin d’eux pour la maintenance. Nous devenons alors dépendants de leur technologie et aussi dépendants d’eux pour continuer à nous nourrir et pour réparer ce que nous cassons à l’usage. Nos vies alors tournent autour de leur technologie et nous oublions comment vivre sans. Et alors que nous sommes apaisés par la petite lumière émanant de nos petits écrans, nos écosystèmes sont décimés par les colonisateurs.

La technologie est la carotte au bout de la perche et elle ne peut en rien nous libérer, elle ne peut que nous domestiquer et nous réduire en un esclavage moderne. Rejetons la. Rejetons cette idée d’être mesurés, évalués par nos prouesses technologiques ou par à quel point nous sommes “civilisés”. Rejetons les colons et leurs faux cadeaux ainsi que leurs manipulations incessantes. Rejetons leur civilisation. Rejetons leur contrôle sur qui nous sommes et qui nous serons.

= = =

“Deviens celui que tu es.” (F. Nietzsche)

“La joie veut l’éternité de toute chose, elle veut une profonde, profonde éternité !”
(F. Nietzsche)

= = =

Lecture complémentaire :

“Résistance politique et anarcho-indigénisme avec Taiaiake Alfred et Gordon Hall”

https://resistance71.wordpress.com/2017/04/12/resistance-politique-anarcho-indigenisme-entretiens-avec-taiaiake-alfred-et-gord-hall/

“Le colonialisme et la dépendance étatique” (Taiaiake Alfred) :

https://resistance71.wordpress.com/2015/08/12/resistance-a-limperialisme-occidental-le-colonialisme-et-le-dependance-etatique-taiaiake-alfred/

Notre dossier “Anarcho-Indigénisme”

marcos-galeano

R71slogan