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Résistance politique: État, monopole de la violence pseudo-légitime contre la coopération émancipatrice…

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Les violences de la police n’ont rien d’accidentelles

 

Mathieu Rigouste*

 

Entretien avec Ballast

 

17 février 2017

 

url de l’article original:

http://www.revue-ballast.fr/mathieu-rigouste-violences-de-police-nont-rien-daccidentel/

(*) Sociologue, auteur d’un livre fondé sur sa thèse de doctorat en sciences sociales,L’ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine,” (2009). Il a publié 5 autres ouvrages dont le dernier en date (2016): “État d’urgence et business de la sécurité”, Niet Éditions,

Le directeur de la Police nationale s’est ému de l’appel lancé par Libération, il y a deux jours de cela, qui exhortait à l’exemplarité de celle-ci : « Lorsqu’ils commettent des actes contraires à la loi ou à la déontologie, [les policiers] sont sanctionnés judiciairement et/ou administrativement », lança-t-il sans ciller. Théo L. : 22 ans, violé au moyen d’une matraque policière en février 2017. Adama Traoré : 24 ans, asphyxié par des gendarmes en juillet 2016. Rémi Fraisse : 21 ans, tué par un tir de grenade offensive en octobre 2014. Trois noms — on pourrait bien sûr étendre la liste — volontiers repeints en « bavures » : de regrettables cas individuels, isolés, finalement exceptionnels. Le sociologue Mathieu Rigouste, auteur d’État d’urgence et business de la sécurité, se porte en faux : la police et les forces de l’ordre doivent être analysées en tant que système, cadre et structure, et non plus considérées comme une somme d’agents autonomes et plus ou moins « bons » ou « méchants », « républicains » ou « honnêtes ». Entretien avec ce partisan libertaire de l’« autodéfense populaire ».

Q: Vous analysez la dimension structurelle de la logique sécuritaire, dans la France d’aujourd’hui. Les débats sur les violences policières masquent souvent cette dimension : ils se concentrent, émotionnellement, sur les individus qui forment le corps policier afin d’expliquer ces violences…

Ces considérations émotionnelles évitent de penser les structures de la violence d’État, les aspects systémiques et systématiques, et donc d’attaquer le problème à la racine. C’est pour ça qu’elles sont produites et mises en circulation de façon industrielle par l’éducation nationale, les grands médias, la classe dirigeante, les nouvelles technologies du divertissement et la plupart des institutions chargées de la légitimation des dominations. De larges pans des classes dominées intègrent ces appareils de dépolitisation. Et les institutions médiatiques et idéologiques tournent à plein régime pour légitimer la police. Du fait divers aux dessins animés, des séries policières aux journaux télévisés, on diffuse des storytellings dans lesquels les policiers « nous défendent » et tuent en toute légitimité. L’intense travail de production d’une « culture antiterroriste » a différents effets. Il semble qu’il renforce les mystifications dominantes auprès des strates sociales dominées les plus privées de moyens de construction d’une pensée autonome et contradictoire. Mais il émerge aussi des cultures de critique radicale dans tous les lieux qui subissent de plein fouet la police et son monde. La lutte, la grève, la révolte sont autant de situations au cours desquelles l’ordre des discours dominants peut être rompu collectivement et par lesquelles on peut apprendre ensemble à penser les racines des oppressions. On peut critiquer les réactions émotionnelles mais je crois qu’on ferait mieux de construire des moyens d’auto-éducation collective et populaire pour enquêter, se former et propulser des pensées critiques.

Q: Votre thèse de sociologie a débouché sur l’ouvrage L’Ennemi intérieur — La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine : que teniez-vous à mettre en évidence ?

Il s’agissait d’analyser la construction des figures de l’ennemi intérieur dans la pensée militaire française, depuis la guerre d’Algérie jusqu’au milieu des années 2000. En suivant l’évolution de la figure de l’immigré post-colonial dans les archives de l’Institut des hautes études de la Défense nationale, cette recherche a permis de montrer comment une doctrine militaire et coloniale de terreur d’État — la doctrine de la guerre (contre)-révolutionnaire — avait pu continuer à évoluer dans l’armée française et inspirer la restructuration de la « pensée de défense et de sécurité » dans les états-majors militaires et policiers, politiques et économiques durant toute la Ve République. J’y ai formulé l’hypothèse plus large que la guerre coloniale constituait une matrice de l’ordre sécuritaire, un répertoire fondamental des restructurations du pouvoir dans l’ère contemporaine. Depuis, je m’intéresse plus généralement au développement du capitalisme sécuritaire, c’est-à-dire à la progression continue du marché du contrôle, qui permet d’aborder — me semble-t-il — de nombreux aspects des bouleversements en cours dans les formes de l’impérialisme.

Q: Qu’est-ce qui avait motivé votre démarche et votre méthodologie dans ce long travail ?

Je vois mon travail d’enquête comme une sorte d’artisanat ; je fabrique des outils pour et au travers des luttes sociales afin de les mettre à disposition des divers ateliers où des mouvements d’émancipation élaborent leurs propres armes. Je signe ces recherches pour qu’on puisse venir me demander des comptes, mais les réflexions qui les structurent sont construites collectivement, au cœur même des luttes auxquelles je prends part. Et je crois que toute pensée de l’émancipation ne peut être élaborée que collectivement, par les premières et premiers concernés, avec les alliés qu’elles et ils se choisissent. Ce sujet est venu de lui-même. J’ai grandi à Gennevilliers, une banlieue ouvrière — enfin, de moins en moins, car la « gauche plurielle » y mène un processus de « rénovation urbaine » intense depuis le début des années 1990 — où les classes populaires, en grande partie issues de la colonisation, se débattent entre misère économique et sociale, police, prison, racisme, sexisme et autres formes de mépris politique. Je ne savais pas trop bien pourquoi j’étais arrivé jusqu’à la fac, alors je m’y suis employé à analyser les mécanismes de conjugaison de ces dominations, dans l’idée de piller des savoirs et de construire des outils pour se libérer collectivement.

Q: À l’occasion de Nuit Debout et des manifestations contre la loi El Khomri, les centres urbains — alors plutôt peuplés de populations blanches et des classes dites moyennes —, ont expérimenté la brutalité des répressions policières, bien connue par les habitants des quartiers populaires depuis des décennies. Faut-il être personnellement touché par un phénomène pour lutter contre ? Comment faire prospérer cette lutte au-delà des personnes qui le subissent directement ?

On ne perçoit jamais aussi bien la profondeur d’une condition que lorsqu’on l’expérimente, que la plupart des conditions sociales ne se choisissent pas et que c’est encore bien différent d’expérimenter une situation par choix ou par nécessité. Mais les médias indépendants et les luttes contre les violences policières propulsent des moyens d’analyse, des idées et des pratiques, des pensées et des faits qui bousculent les réalités perçues dans différentes classes sociales et territoires. Il s’agirait peut-être de réussir à mieux coordonner, à mieux associer toutes ces plateformes. Il semble primordial que les premiers et premières concernés par chaque régime de domination trouvent ensemble les moyens de s’unir et de s’auto-organiser. La question des alliances en découle. Et il existe une infinité de possibilités d’intersections permettant aux luttes, aux formes d’organisation et d’autonomie et aux mouvements de libération de se rencontrer pour s’entraider. Je crois que c’est dans ces combats communs que des groupes ayant des expériences différentes peuvent tenter d’associer leurs histoires.

Q: Vous étiez présent sur le plateau de l’émission « Ce soir ou jamais », en mai 2016 : la comparaison avec les violences policières aux États-Unis n’a alimenté qu’une posture de minimisation. Le fait que le débat se réduise à une question de degrés de violence n’empêche-t-il pas toute analyse critique ?

La rhétorique du « c’est pire ailleurs » est une méthode classique de délégitimation de la critique qui suggère « soyez contents, fermez-la et sinon, cassez-vous ailleurs », sous-entendu « rentrez chez vous ». Mais c’est aussi toujours l’occasion de montrer que les puissances impérialistes partagent des structures communes, notamment dans la manière dont la police, la prison, les médias et les autorités œuvrent par des formes industrielles de coercition à maintenir des modèles de socio-apartheid. Bien entendu le champ médiatique est structuré pour empêcher ces critiques d’être formulées clairement. On peut s’en indigner : c’est une réaction spontanée lorsque, pour de nombreuses raisons, on a intégré les propagandes d’État sur la « liberté d’expression » et celle des médias. Mais cette indignation empêche souvent de comprendre que l’ensemble du champ médiatique est organisé dans le but de légitimer le faisceau des autres institutions. Tenter de parler aux classes dominées à travers l’institution médiatique est un véritable champ de bataille. Je crois que nous avons intérêt à nous auto-former collectivement à la prise de parole publique, afin que que chacun.e, depuis sa condition d’oppression et ses pratiques de résistance, puisse formuler et partager la complexité de sa propre pensée critique. Pour cela, je pense qu’il faut là encore se doter de structures d’autonomisation visant la création et le partage de savoirs émancipateurs.

Q: Les débats sur la violence policière, milieux militants compris, glissent souvent sur la question de la nécessité d’un corps policier dans une société donnée… 

C’est un débat fondamental : il s’impose forcément si on s’intéresse à la violence d’État. Est-ce une dérive qu’on peut corriger pour en « revenir » à un « État de droit » ? Ou est-ce la fonction de la police d’être violente ? Et, dans ce cas-là, faut-il remettre en cause toute la société qui la produit ? Quoi qu’il en soit, à travers ce débat émergent des positions communes, des lignes de consensus mais s’y délimitent aussi des lignes de tensions et de ruptures qui permettent de construire des alliances et de désigner des cibles communes, notamment de circonscrire les collaborateurs de la violence d’État qui se présentent en alliés. Pour maintenir une société autoritaire et inégalitaire, il faut la légitimer — cela s’obtient par de l’idéologie, du divertissement, de l’aménagement des désirs mais aussi par de la coercition. Les violences que la police distribue n’ont rien d’accidentel malgré ce que les médias dominants et la classe politique matraquent dans leurs discours. On peut entrer en lutte contre les violences policières de différentes manières, mais on en vient presque forcément à percevoir le caractère systématique de ces violences d’État. Il s’agit de se doter d’outils pour cartographier cette mécanique. On découvre alors que Par exemple, si de nouvelles pratiques ne viennent pas directement « d’en haut », elles les violences policières font système pour maintenir l’ordre social.peuvent émerger depuis les policiers en service. Elles remontent alors parfois lorsqu’elles perdurent et peuvent être validées, instituées ou tolérées, si leur impact ne s’écarte pas des objectifs généraux de chaque strate de pouvoir à l’intérieur et au-dessus de l’institution policière. La police est structurée comme une machine à produire et distribuer de la violence pour maintenir l’ordre social, économique et politique — elle est réglée, de manière rationnelle et bureaucratique. Dès lors, elle dysfonctionne régulièrement et peut être sabotée.

Mais la critique est absurde si elle sert à asseoir des postures hautaines de milieux politiques radicaux, parfois bien isolés des classes populaires et des mondes qui subissent la férocité de l’État. On peut mettre en cause l’existence de la police, de l’État et de toute forme de domination, mais c’est en cheminant entre opprimé.e.s, notamment dans les luttes pour la survie et pour une vie digne, qu’on peut créer des formes de solidarité réelles qui ouvrent sur des critiques vraiment radicales parce qu’elles découlent de pratiques collectives associées à ces réalités. À partir de là, on peut commencer à imaginer pouvoir se débarrasser des institutions qui nous pourrissent la vie plutôt que de chercher à les réformer. Ce qui importe vraiment, je crois, c’est que la critique soit menée horizontalement, qu’elle émerge d’en bas, de constats réels issus de la confrontation au monde et pas qu’elle soit assénée depuis des positions de principes surplombantes. Si quelqu’un avait la recette de l’émancipation, ça se saurait ! Il y a plein de révolutionnaires dans les classes populaires, dont une partie qui s’ignore. Dans les quartiers comme ailleurs, tout le monde a une conscience politique ; notre problème réside plutôt dans le fait que l’État réussit à empêcher l’auto-organisation révolutionnaire des opprimé.e.s. Je crois en la nécessité de construire ce mouvement révolutionnaire, mais je pense qu’il passe par des solidarités concrètes face aux galères de la vie avant de tracer de grandes perspectives théoriques.

Q* Lénine appelait à remplacer la police bourgeoise par « une milice populaire » de tous les citoyens de 15 à 65 ans, invoquant une « réforme dictée par toute la marche de la révolution ». Quel type d’organisation cela pourrait-il donner, aujourd’hui, si un régime émancipateur venait à prendre le pouvoir en France ?

Le Lénine de L’État et la Révolution appelait à se débarrasser de l’État, mais en prenant le pouvoir pour faire un « État socialiste », qui devrait disparaître ensuite. Or il nous a démontré par la pratique l’erreur de cette stratégie. Après le renversement de l’État tsariste par l’insurrection populaire en février, le parti bolchévique prend effectivement l’État en octobre 1917. Il convoque le « pouvoir des Soviets » tout en refermant le moment révolutionnaire. Une bureaucratie se remet alors en place autour d’une administration, d’une police, d’une armée, qui accompagneront le développement d’un capitalisme d’État puis d’un impérialisme russe, après la restauration des classes dominantes. L’enchevêtrement historique du pouvoir et de la guerre met en œuvre un phénomène de « concurrence mimétique » au cœur de la lutte des classes. Cette dynamique traverse les modèles de contre-révolution et de contre-insurrection. Il s’agit de pousser un mouvement d’émancipation qui devient menaçant, à entrer en concurrence avec l’État pour la prise du pouvoir. En l’amenant à employer des armes et des techniques similaires, des moyens et des cibles semblables, on le dirige finalement vers des formes identiques à celles de l’État. La contre-insurrection tente parallèlement d’éliminer les forces de libération pour laisser surgir les concurrences autoritaires susceptibles de commander le mouvement de l’intérieur. Au point que le mouvement révolutionnaire qui cherche à prendre le pouvoir d’État s’engage dans une restructuration toujours plus bureaucratique qui permettra de restituer une domination de classe, si l’ancien régime est renversé. Le mouvement révolutionnaire qui s’engage dans cette voie commence généralement à poursuivre des « ennemis intérieurs » en son propre sein, à créer des structures « de sécurité » pour cela.

J’avais tenté de raconter, dans une préface au Manuel du guérilléro urbain, comment un « complexe de Marighella » répond au « complexe de Salan » (contre-guérilléro devenu guérilléro OAS puis ennemi intérieur de l’État gaulliste), dont Carl Schmitt parle dans sa Théorie du partisan. Car Marighella — révolutionnaire brésilien à la tête de l’Armée de libération nationale — affirme effectivement qu’il faut former des services de renseignement intérieurs à la guérilla, chargés de purger les supposés infiltrés. Ces services devront, dit-il, constituer les états-majors policiers fondateurs du nouvel État, lorsqu’il sera conquis. Il nous montre, malgré lui, qu’en cherchant à prendre l’État, l’ALN est entrée en concurrence mimétique avec l’appareil bureaucratique et a commencé à lui ressembler en préparant les formes du proto-État, c’est-à-dire la fin du processus révolutionnaire et la restauration des systèmes de dominations. L’ALN a finalement été écrasée et le mouvement révolutionnaire brésilien a survécu en prenant des formes bien plus horizontales. La contre-insurrection propulse la « concurrence mimétique » en accompagnant la fascination de ses unités les plus féroces pour « l’ennemi (intérieur) ». Ainsi, des militaires en sont venus à faire de la (contre-)guérilla en se passionnant pour les théories révolutionnaires. Et des baqueux [membres de la BAC, brigade anti-criminalité, ndlr] s’habillent en Ünkut (la marque de Booba), copient le langage et les codes de la rue, adoptent des pratiques et des postures « mafieuses » ou, même, depuis peu, renversent les slogans et certaines pratiques du mouvement contre la loi Travail et son monde (manifs sauvages, de nuit, cagoulées…).

Comme nous le montrent au quotidien les peuples révolutionnaires du Chiapas ou du Rojava, la révolution est un mouvement continu qui ne peut pas passer par la reprise en main des formes de la domination, dont l’État fait partie. Et même si les langues coloniales les appellent parfois « polices communautaires », ce sont des formes d’autodéfense populaire collectives qui sont expérimentées et non « une police » comme appareil d’État, ni même « de la police » comme dispositif de pouvoir. En revanche, comme on l’observe dans certaines régions du Mexique et dans différentes configurations historiques, des « autodéfenses populaires » qui ne sont pas directement et continuellement l’expression d’un mouvement de libération collective, qui ne seraient pas l’incarnation quotidienne du peuple en armes, semblent condamnées à voir resurgir leur affiliation à des systèmes mafieux et para-étatiques — et donc à se transformer en police. Je crois donc que la locution « régime émancipateur » est piégée et inopérante parce qu’elle pourrait laisser croire à des manières d’émanciper les gens et à des formes d’État assimilables à de l’autonomie populaire. L’Histoire nous démontre en permanence que, si personne ne se libère tout seul, personne ne libère les autres non plus. Les formes étatiques qui se sont déclarées « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » ont généralement démontré, au contraire, la colonialité du pouvoir centralisé. L’expression « se gouverner soi-même » utilisée au Chiapas notamment, est une traduction en espagnol qui trahit en fait les expressions indigènes auxquelles elle renvoie, lesquelles ne parlent pas de « bon gouvernement » mais plutôt de « bonne manière de faire les choses ». Et pourtant l’expression « buen gobierno » fait sens dans tout le Mexique, même auprès des anarchistes, dans sa manière d’être utilisée pour désigner justement des formes d’autonomisation populaires.

Quel que soit le nom qu’on donne aux formes réelles d’autodéfense et d’auto-organisations, la logique de police, de gouvernement et de gestion s’abolit en même temps que les classes et les rapports de domination, à travers le processus révolutionnaire. Il ne peut exister d’émancipation que par la transformation des conditions réelles d’existence au quotidien, par la mise en commun et l’autonomisation concrète des classes dominées. Tandis que la contre-insurrection tente de nous renfermer sur la guerre et la mise en dépendance, de nous pousser à faire la guerre pour la gagner, et à nous transformer en reflet du pouvoir, nous cherchons à déstructurer l’ancien système et à construire autre chose. Dans l’interstice des monstres, la répression oblige le mouvement révolutionnaire à se défendre. Le champ de bataille impose la guerre. Mais si le mouvement de libération choisit de se structurer pour prendre l’État, il commence à creuser sa propre tombe… Mais, dans les fissures du vieux monde, émergent partout des résistances et des formes d’auto-organisations qui nous invitent à penser la révolution comme un mouvement sans fin, un mouvement de lutte contre toutes les formes de domination, un mouvement en auto-construction permanente de nouvelles formes de vie émancipatrices.

Q: Le continuum entre police et justice est régulièrement tracé : est-on dans une logique d’institutions qui défendent leur pré carré au sein de l’État ou d’une alliance de ces institutions avec les gouvernements qui se succèdent ?

Ce sont deux logiques qui coexistent réellement et ne sont pas contradictoires. Les institutions policières et judiciaires se reproduisent historiquement en assurant le maintien de l’ordre pyramidal de la société. Elles sont intimement liées notamment parce qu’elles partagent la production de l’incarcération de masse et les aspects répressifs du socio-apartheid. Michel Foucault avait sûrement raison d’observer que la Justice ayant de plus en plus besoin de la police, elle lui est de plus en plus subordonnée. Mais aucune institution n’est pour autant homogène ni monolithique. Chacune est un champ de bataille où des fractions se font concurrence tout en cherchant à protéger leur marché commun. Pour autant, les états-majors policiers et judiciaires partagent le même système d’intérêts et de privilèges, avec des fractions des classes dirigeantes et possédantes. Mes recherches ont tendance à observer que la police et la justice sont structurées par des logiques internes de champs, des logiques externes entre champs en même temps que par des logiques transversales de classes et de strates.

Q: Une partie de la population, militants syndicaux compris, s’était insurgée contre les « casseurs ». Les oppositions entre « bons et mauvais manifestants » et l’instrumentalisation de la part des gouvernants ont-ils alors affaibli le mouvement ?

Je n’ai pas perçu d’insurrection de la population générale contre les « casseurs ». Le mouvement a commencé sur des bases habituelles quant aux formes instituées et inoffensives de mobilisation. Mais c’est en rejoignant les possibilités de formes offensives, autonomes et libres du cortège de tête, que des strates très diversifiées des classes populaires et de la petite-bourgeoisie en voie de précarisation ont pu se confronter différemment aux questions des matériels de protection physique, de protection de son anonymat et aux pratiques de sabotage. Je crois que c’est ce qui a permis de fissurer la figure d’ennemi intérieur forgée par les appareils médiatico-policiers. Des centaines, parfois des milliers de précaires et de personnes issues de strates privilégiées, des jeunes des centres-villes et d’autres de banlieue, des ados et des vieux, des travailleuses syndiquées ou non, des chômeurs et des lycéennes se sont auto-organisés collectivement à travers le cortège de tête mais aussi dans de multiples blocages et occupations. Tous ont participé à cette forme de lutte digne et joyeuse dans laquelle il était légitime d’attaquer des banques, des agences immobilières, des magasins de luxe… Du coup, la figure du déglingo qui vient tout péter parce qu’il est, au choix, selon le territoire à réprimer, « un voyou ethnique » ou un « gauchiste antiflic », a été considérablement fragilisée. Tout cela a eu des impacts aussi sur ce grand retour de la classe ouvrière au devant de la scène politico-médiatique mais aussi de la culture populaire. À l’intérieur de la CGT, depuis plusieurs grands mouvements, des bases s’autonomisent face à leur bureaucratie. Comme le monde ouvrier en général, elles n’ont pas particulièrement peur de l’emploi de la contre-attaque et des pratiques d’action et de démocratie directes y trouvent de nouveaux échos. Le sabotage est peut-être l’une des formes de contre-attaque les mieux partagées dans l’histoire par le mouvement ouvrier, les mouvements révolutionnaires, les résistances antifascistes et anticolonialistes, les luttes des prisonniers et celles des esclaves. Je crois en la diversité stratégique. On peut concevoir des puzzles de luttes, de tactiques et de cibles dont la diversité brouille les capacités de prévision du contrôle et multiplie les probabilités de défaillance des mécaniques institutionnelles. On peut réussir à associer les luttes autonomes et forger des complicités pour que les tactiques se renforcent les unes les autres plutôt que de se gêner ou de se faire concurrence.

Q: Que faire des policiers militant dans des syndicats de gauche ? Comment aborder la fameuse question des « contradictions internes » de la police ?

Plutôt que de véritables contradictions, il y a de la concurrence interne dans la police, des lignes d’opposition pour son commandement et des frictions à sa tête. Il existe aussi des conflits entre strates sociales dominantes et dominées dans la production du travail policier. La syndicalisation des institutions policières et carcérales est structurelle ; elle permet à l’État de gérer la « grogne » permanente de ses agents en contexte sécuritaire, c’est-à-dire en situation de mobilisation intensive. Elle permet également, comme d’autres bureaucraties syndicales, de maintenir l’ordre social et politique à l’intérieur d’une corporation. Les dirigeants de ces syndicats peuvent continuer leurs carrières directement dans les hautes strates de l’État comme dans les préfectures, ou pantoufler dans le privé, notamment dans l’intelligence économique ainsi que dans le « conseil et l’audit », pour les industriels. À la marge de cette syndicalisation structurelle, il y a quelques minorités « de gauche » dont le militantisme consiste généralement à en appeler à un modèle républicain mythologique qui aurait été trahi et qu’il faudrait rétablir, mais aussi à demander « plus de moyens » pour ce « service public ». L’expression politico-médiatique de ces « syndicats de gauche » tente de faire croire à une pluralité de discours et au mythe de la pluralité démocratique jusqu’à l’intérieur des institutions d’État. Mais elle permet aussi de légitimer certaines stratégies d’État parfois en contradictions avec les revendications des syndicats de police majoritaires. Dans la réalité, l’État conjugue toujours des politiques « de gauche » et « de droite », des formes de hard et de soft power, des dispositifs de conquête des cœurs et des esprits, des moyens biopolitiques et des dispositifs d’écrasement nécro et thanatopolitiques.

Je ne crois pas beaucoup en la défection de policiers par suite de critiques idéologiques ou d’analyses sociologiques, ni parce qu’on les aurait appelés à « rejoindre les luttes ». La police est justement l’institution qui a inventé des modes de sélection et de domestication de ses agents qui lui permettent d’éviter des ruptures de ce type. Cela consiste à trier et former des agents ayant tendance à renforcer leurs convictions dans le métier à mesure qu’ils produisent des violences de plus en plus « illégitimes » et à mesure qu’ils se confrontent aux colères sociales qui surgissent face à leurs violences. J’ai plutôt l’impression que c’est l’intensité, la diversité, la créativité des luttes sociales qui approfondissent les lignes de tension et de concurrence dans la police ainsi qu’entre la police et les autres institutions et qui peuvent donc faire augmenter les probabilités de dysfonctionnements et d’impuissance dans l’appareil. Des policiers et des militaires ne « rompent les rangs » que lorsque l’État n’est plus capable de leur assurer une « sécurité » minimale face aux contre-attaques populaires. Lorsqu’il ne peut plus légitimer le degré de violence qu’il leur demande de fournir. Mais aussi lorsqu’il n’a plus les moyens de les rémunérer assez pour cela. Cela nous renvoie à la nécessité de construire les moyens de la grève générale illimitée et un mouvement de libération capable de proposer un niveau d’organisation sociale crédible, des formes de vie sociale libres, autonomes, égalitaires et joyeuses qui montrent à l’ensemble des forces en présence que la vie est bien plus digne et promet plus de justice sociale du côté des mouvements d’émancipation que du côté de leur écrasement.

Q: Comme dans de nombreuses villes de France, un collectif dénonçant les violences policières s’est créé à Strasbourg, plus précisément autour de l’affaire du meurtre d’Hocine Bouras, jeune homme abattu par un gendarme lors d’un transfèrement le 26 août 2014. Quels moyens d’action sont les plus pertinents, selon vous, afin que ces collectifs puissent avoir plus de portée ?

La construction de leur autonomie est l’axe central. En se donnant leurs propres moyens de s’organiser, de penser et de lutter, ces collectifs peuvent ensuite trouver des moyens de s’associer ou de coopérer sur certains plans avec d’autres forces auto-organisées. Chaque collectif a besoin de différents types de soutien (argent, lieux de réunion et d’organisation, présence dans les manifs et rassemblements, médias indépendants…), et à chacun de déterminer l’aide qu’il veut recevoir, sa provenance ainsi que les frontières de ses alliances. Une fois cela admis, je crois qu’on peut s’activer pour mettre en synergie des lieux et des collectifs autonomes permettant notamment aux luttes des classes les plus populaires de profiter de ce que le mouvement libertaire réussit à faire éclore : des lieux et des moyens ainsi que des répertoires de pratiques et d’idées liées à l’autonomisation notamment. La construction dans les villes et les campagnes, puis un jour dans chaque quartier et chaque village, de comités d’autodéfense populaire face à la police et à toutes les violences d’État peut être un premier mouvement en direction d’une entraide réelle des luttes contre toutes les formes de dominations. Nous pouvons réussir à faire coopérer avec les luttes d’autodéfense populaire, des lieux autonomes de production alimentaire, vestimentaire, énergétique, des projets de santé communautaire et d’éducation populaire. Il s’agirait de mettre en commun tous les moyens de briser les mises en dépendance qui assurent la reproduction du système impérialiste.

Résistance politique: L’athéisme côté « musulman »… un certain regard

Posted in actualité, colonialisme, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, résistance politique with tags , , , , on 13 février 2017 by Résistance 71

Un angle de vision inhabituel et pourtant réél et vital… L’athéisme est universel. De fait, la logique voudrait que l’agnosticisme, plus neutre et moins négatif, l’emporte en suivant le vieil adage du « dans le doute abstiens-toi ». Mais l’intolérance religieuse des religions monothéistes abrahamiques est telle que l’agnotisme de raison s’est transformé en athéisme de combat, dans une dynamique par trop classique d’action/réaction. Vraiment dommage… Mais la faute en incombe à ces escroqueries religieuses , ces mythologies au dieu vengeur et assoiffé de sang, intolérantes, malfaisantes et directement responsables de la mort violente de millions de personnes au cours des siècles.

~ Résistance 71 ~

 

Sortie de route

 

Moriel

 

10 février 2017

 

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http://www.lavoiedujaguar.net/Sortie-de-route

 

C’est en rentrant de l’école, française, laïque et républicaine, à huit ans, que j’ai découvert que j’étais musulman. L’institutrice nous avait parlé des guerres de religion, de la Saint-Barthélemy et du conflit opposant les protestants aux catholiques. Je demandais à mon père dans lequel des deux camps nous nous trouvions ; ni l’un ni l’autre, me dit-il. J’apprenais que l’islam était la seule et vraie religion, et que seuls les musulmans avaient accès au paradis. J’apprenais aussi à cette occasion qu’il y avait aussi des juifs et des païens qui eux croyaient en une multitude de dieux aux noms bizarres.

Je suis retourné jouer aux petits soldats, et le lendemain, j’ai pu dire à mes copains de classe que je n’étais ni catholique ni protestant, mais je crois qu’ils s’en foutaient éperdument, et moi aussi à vrai dire. À cette époque-là, dans les années 1960, les musulmans en France étaient quasiment invisibles, les femmes ne portaient de foulards que lorsqu’il pleuvait, mais les non-musulmanes aussi, alors on ne faisait pas la différence. Mon père écoutait Radio Le Caire (« la voix de la Révolution arabe », j’ai encore le gingle en mémoire), sur ondes courtes ; ça crachotait et il fallait bouger l’antenne du poste sans arrêt dans tous les sens : on captait les discours enflammés de Nasser et les mélopées d’Oum Kalthoum. La guerre de Six-Jours et la défaite des troupes arabes devant Israël avaient traumatisé mes parents. Dans les cafés arabes de banlieue, on regardait des scopitones aux couleurs criardes de chanteurs algériens qui racontaient la douleur de l’exil, que mes parents ressentaient viscéralement, sans s’imaginer qu’une de ces chansons deviendrait un tube de la fin des années 1990.

Le fait d’être musulman, pour moi, c’était de ne pas manger de porc à la cantine, et pour mes parents de jeûner pendant le ramadan : c’était tout. Je me souviens de la charcuterie qui se trouvait sur le chemin de l’école, et de l’odeur très appétissante qui s’en dégageait et je pensais qu’il était vraiment bête de n’avoir pas le droit d’y goûter. J’étais jaloux de mes copains qui allaient au catéchisme et au patronage des curés, car ils avaient l’air de bien s’y amuser. Et puis ils m’ont raconté les cadeaux qu’ils avaient eus pour leur première communion, ou pour leur bar-mitsva ; moi je n’avais rien eu pour ma circoncision, en tout cas je ne m’en souvenais plus. Malgré tout, à Noël, mes parents nous offraient des jouets, et une fois, la maîtresse, qui devait être de gauche, m’a donné le sapin qui ornait la classe et on l’a installé chez nous avec les décorations et on était tout contents ma sœur et moi. Mon père m’emmenait avec lui le dimanche matin au café où il retrouvait ses copains devant le pastis et jouait au tiercé : je savais que l’alcool et les jeux de hasard étaient proscrits par le Coran mais mon père et ses copains ne semblaient pas en être plus malheureux que ça, et même ils s’amusaient bien ! Une fois, j’ai même été choqué : mon père avait rejoint ses copains au bistrot et ensemble ils levaient leur verre de vin rouge pour fêter la fin du ramadan ! Ce qui préoccupait mes parents, c’était surtout les difficultés de la vie quotidienne dans lesquelles nous nous débattions, et ce n’était certainement pas la religion qui allait nous permettre d’avoir un logement décent. À la maison il y avait bien un exemplaire du Coran, mais il y avait aussi un dictionnaire médical, L’Humanité, La Vie ouvrière (mon père militait à la CGT), et France-Soir pour le PMU. J’avais appris la profession de foi — « il n’y a de dieu qu’Allah et Mohamed est son prophète » —, que je récitais la nuit quand j’avais peur dans le noir et je croyais en un dieu unique et omniscient qui veillait sur moi et qui me guidait dans ce monde plutôt chaotique…, œuvre de ce même dieu en qui réside la perfection. Houlà ! Ça commençait à s’embrouiller, d’autant qu’à l’école j’apprenais que le monde n’avait pas été créé en six jours, qu’Adam et Ève n’étaient que des légendes et ainsi de suite.

Les seuls moments où je baignais dans une atmosphère religieuse, c’était pendant les vacances au pays. Ma grand-mère maternelle nous accueillait en postillonnant sur nos visages pour écarter de nous les génies malfaisants ; avec les années et la progression des idées hygiénistes, et aussi à cause de nos mines dégoûtées, elle remplaça les postillons par un souffle d’air, tout aussi efficace contre ces sales petits génies. Elle portait sur elle un tas d’amulettes odorantes, brûlait de l’encens à tout propos et lançait des « sorts » à ceux qui l’embêtaient. Son monde était peuplé d’êtres légendaires : elle s’adressait quotidiennement aux ancêtres de la famille, comme s’ils étaient réellement là, à ses côtés, et elle leur vouait un culte sincère et naïf. Elle avait l’habitude de se rendre au cimetière pour invoquer l’esprit d’une ancêtre, sur la tombe de laquelle une modeste coupole blanchie à la chaux avait été érigée autrefois : là, elle allumait des bougies, versait de l’huile et de la farine, et chantait de vieilles litanies, oubliées de tous les autres membres de la famille. Un jour, peu après la « révolution » des mollahs en Iran, qui a marqué partout dans le monde musulman un retour à un islam plus rigoureux, les notables du village réunis en conclave décidèrent de faire détruire cette coupole, qu’ils jugeaient non conforme à l’orthodoxie musulmane. Ma grand-mère ne se démonta pas : sur les ruines de la coupole, elle traça un cercle de pierre, et continua ses rituels, au grand dam des bien-pensants. Je préférais de loin ces légendes aux textes orthodoxes. Mêlées de superstitions et de poésie, elles m’entraînaient à mille lieux de mon quotidien désenchanté et matérialiste. J’éprouve encore aujourd’hui une grande tendresse, empreinte de nostalgie, pour les souvenirs que m’ont laissés les femmes et les hommes de la génération de mes grands-parents, dont les croyances et le mode de vie se sont à jamais perdus.

Vers seize ans j’ai découvert le soufisme, en écoutant une émission de France Culture consacrée à Al Hallaj, mystique crucifié au Xe siècle à Bagdad pour ses propos jugés hérétiques. J’ai lu quelques livres consacrés à la voie soufie, j’ai eu ma petite crise mystique, qui a duré quelques mois et s’est évanouie avec ma première cuite. J’aimais bien les cours de philo, j’y apprenais le doute, l’esprit critique, la liberté de pensée, toute choses incompatibles avec la religion. Ma religiosité fragile avait du mal à tenir devant ces contradictions, aussi j’évitais de trop m’y confronter. Et puis la fidélité à ma famille, la sensation d’être écartelé entre deux cultures que je pensais incompatibles, avec l’idée fausse d’être sur la défensive, ont fait que j’ai continué de me dire musulman, sans pratiques et sans convictions bien solides. Je rencontrais un jour un chauffeur de taxi d’origine tunisienne, qui m’emmenait vers Orly d’où je prenais l’avion vers le bled, et qui m’a dit sans détour qu’il était devenu athée, qu’il avait rejeté l’islam et qu’il s’en trouvait très bien. Cette affirmation m’a perturbé, dérangé et m’a mis mal à l’aise : je n’étais pas prêt à l’accepter, sans pouvoir la rejeter définitivement. Le doute s’était instillé en moi.

Durant l’été 1984, nous étions en vacances au pays en famille : c’était la première fois que nous y fêtions l’aïd el kebir qui tombait cette année-là pendant les grandes vacances. La veille du grand jour, j’avais demandé à mon père de me réveiller pour que je puisse me rendre avec lui à la grande prière de l’aïd à la mosquée, qui a lieu très tôt. Je n’y étais jamais allé avec lui. Lorsque je me levais, mon père était déjà parti, et à son retour je lui demandais pourquoi il ne m’avait pas prévenu : il m’a répondu que m’ayant trouvé endormi, il n’avait pas voulu me réveiller, que j’étais en vacances et que j’avais le droit de me reposer. Mes cousins, s’ils avaient le malheur d’être encore endormis à l’heure de l’office étaient brutalement sortis du lit par leur père. La tendresse que mon père m’a témoignée ce jour-là, sa tolérance et son peu de foi m’émeuvent d’autant que jamais plus je n’ai eu l’occasion de fêter avec lui l’aïd el kebir, la maladie devant l’emporter quelques mois plus tard. Paradoxalement, c’est peut-être là que s’enracine mon cheminement vers l’athéisme.

Les antennes paraboliques ont commencé à fleurir sur les toits des maisons du village de mes grands-parents. À côté des clips des chanteuses et bimbos européennes court vêtues, qui aiguisaient les frustrations de la jeunesse, se glissaient sur les chaînes moyen-orientales les prédicateurs barbus qui distillaient leur poison intégriste à longueur de journée. On voyait de plus en plus de barbes et de voiles, les mosquées faisaient le plein, il en poussait un peu partout dans le pays. Bref, l’ambiance devenait délétère. Le même mouvement se faisait sentir à Paris, et y trouvait un terrain propice : avenir bouché, chômage, dépit et frustration font les délices des curés et imams de tout poil.

Peu à peu, mon petit vernis religieux se lézardait : mes amis étaient pour la plupart non croyants, et nos aspirations nous menaient vers la volonté de changer la société et de vivre aussi librement que possible nos désirs, que nous savions déjà limités par les contraintes matérielles et sociales. Alors y rajouter une contrainte religieuse, pas question ! Et en grandissant, j’ai eu plus d’assurance quant à mon identité : j’ai accepté pleinement ma part française. J’ai fait mien l’héritage de Rabelais et de Diderot aux côtés d’Ibn Khaldoun et d’Omar Khayyam ; je passais sans encombre d’Oum Kalthoum à Georges Brassens, de la musique arabo-andalouse aux lieds de Schubert. Et c’est grâce à Khomeiny que j’ai définitivement largué les amarres.

C’est la fatwa du barbu contre Salman Rushdie qui m’a permis d’affirmer clairement mon athéisme, mon rejet de toute forme d’oppression, y compris religieuse. Bien que n’ayant jamais été contraint par ma famille qui ne m’a jamais imposé quelque pratique que ce soit (prière, jeûne, etc.), je me suis senti libéré, comme si un poids m’était ôté d’un coup. Je n’avais pas le sentiment de trahir qui que ce soit : je gardais pour les miens le même attachement, pour les origines de mes parents la même reconnaissance.

J’ai pu lire depuis des témoignages d’« ex-musulmans » : certains ont rompu non seulement avec la religion mais aussi avec leurs origines en se plaçant dans le camp « occidental » contre le camp « oriental », apportant consciemment ou non une force d’appoint à ceux qui veulent escamoter la lutte des classes et la remplacer par le prétendu choc des civilisations. D’autres disaient avoir rompu après avoir découvert la violence, bien réelle, des textes coraniques et de la tradition musulmane. Est-ce à dire que si ces textes étaient tout miel et fleurs, ils n’auraient pas décroché ? La religion est un instrument de pouvoir, et les circonstances historiques de la naissance de l’islam en sont un parfait exemple ; tout instrument de pouvoir est fondé sur la coercition et la violence. Je sais par l’apprentissage, et non par croyance, que le destin de l’homme est celui qu’il se forge par lui-même, par ses désirs et ses luttes, en association avec ses semblables et ses égaux, contre toutes formes d’asservissement et d’endoctrinement ; qu’il n’y a pas d’autre monde que celui-ci et qu’il nous appartient de le rendre vivable afin que nul prophète, nul guide suprême ne vienne nous promettre ses chimères contre une foi aveugle et la démission de la pensée.

Quand je me tiens devant la tombe de mon père, entre les deux oliviers qu’il avait désignés pour son dernier repos, je me rends compte du chemin que j’ai parcouru — et qu’il avait initié. Je lui en serai reconnaissant à jamais.

Moriel

Apostille.– J’ai écrit ce texte, en 2008, en réponse à une enquête portant sur les motivations et parcours de vie d’athées issus de familles musulmanes. Alors qu’on pouvait croire que la question religieuse était, sinon résolue, du moins renvoyée à la sphère privée, hors du champ social, on assiste, en fait, à son retour bruyant dans les débats et dans l’actualité. Les crispations autour de la question de l’islamophobie, qui n’épargnent pas les milieux libertaires, avec les accusations de racisme visant les critiques de l’islam, ajoutent à la confusion ambiante. Cette confusion est savamment entretenue par une certaine extrême gauche, qui sous couvert de lutte contre la situation d’exclusion et de relégation des populations issues de l’immigration, n’hésitent pas à manier des concepts les plus critiquables, comme ceux de « race » et d’« identité ». Ces discours, s’ils ne parviennent pas à mobiliser aussi massivement les populations cibles (habitants des quartiers populaires issus de l’immigration) que ne le souhaitent leur instigateurs, parviennent toutefois à avoir un écho médiatique, et à créer des clivages et des dissensions qui viennent fragiliser un peu plus un milieu d’extrême gauche et libertaire déjà bien affaibli, depuis une grosse trentaine d’années, par l’offensive capitaliste.

S’il n’en est qu’une condition nécessaire, car non suffisante, l’athéisme revendiqué a de tout temps accompagné les luttes d’émancipation de la classe ouvrière. Que l’on songe à la Commune de Paris ou à la révolution espagnole, entre autres… En finir avec l’aliénation religieuse est indissociable du projet révolutionnaire. Réaffirmer aujourd’hui cette évidence, en l’ancrant dans la mémoire des luttes passées et dans la perspective de l’émancipation sociale et individuelle, est plus que jamais nécessaire.– M.

Guerre impérialiste en Syrie: Nouvelle opération de propagande médiatique de la machine occidentale de la guerre perpétuelle…

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Les neocons battus à Alep veulent toujours la peau du Hezbollah

 

Jacques-Marie Bourget

 

7 février 2017

 

source: https://www.legrandsoir.info/les-neocons-battus-a-alep-veulent-toujours-la-peau-du-hezbollah.html

 

Alors que la coalition des nouveaux impérialistes se réjouissait par avance d’un coup double à jouer en Syrie, éliminer Bachar et le Hezbollah tout en écorniflant l’Iran, voilà que l’organisation de résistance libanaise sort renforcée de la victoire d’Alep. Il faut donc abattre Nasrallah et ses troupes par un autre moyen, le vieille arme de la CPI et des « crimes de guerre ». La machine est en route.

Ce qui est pénalisant dans le vieillissement ce n’est pas seulement la difficulté que l’on éprouve à lacer ses chaussures, c’est que l’on parle de moments d’histoire que personne n’a connus. Outre les amis bancals qui vous accompagnent sur le chemin du cimetière. Ainsi Geneviève Tabouis, une journaliste qui a déclamé pendant trente ans ses chroniques sur « Radio Luxembourg », ça ne vous dit rien ! Cette amie d’Eleonor Roosevelt et de Joseph Staline avait coutume de démarrer son couplet par un sonore « Attendez-vous à savoir… ».

N’étant ni l’ami de Melania Trump ni le cousin de Vladimir Poutine, je m’autorise quand même à vous lancer mon personnel « Attendez-vous à savoir… ». Attendez-vous à savoir que dans les ateliers de Washington, là où l’on forge si bien le mensonge, une grande campagne est en cours de montage. Une entreprise de première grandeur qui mobilise aussi les orfèvres israéliens, toutes les petites mains du lobby néoconservateur et les forces pures et vives de ces organisations non gouvernementales (sic) qui, par chance et goût de la démocratie, embrassent toujours les vœux de la CIA ou ceux de George Soros. C’est-à-dire la même chose.

Attendez-vous donc à savoir que le Hezbollah, pour le comportement supposé de ses soldats en Syrie, va être livré à l’accusation publique. Certains combattants de cette juste cause rêvent même de l’édification d’une CPI « spéciale », comparable à celle chargée de désigner qui a envoyé Rafic Hariri au ciel.

Lecteurs de combat, donc penseurs de l’autrement, vous avez tout de suite compris l’ambition des manipulateurs et leur enjeu : continuer par d’autres moyens, par l’arme médiatique, leur guerre perdue à Alep. Un ami sincère, un frère pourtant habitué à la magie des montreurs de lune, m’a informé de l’offensive. J’ai été surpris et même meurtri que ce combattant des toutes les libertés tombe dans le panneau : « Si, si, à Alep les miliciens du Hezbollah ont multiplié les atrocités »… Me voilà donc, une fois encore, alors que pour les connaitre je déteste les guerres, obligé de présenter le massacre comme une bagatelle. Et il l’est, si j’ose dire. La certitude est la suivante, si les disciples de Nasralla ont commis des crimes de guerre, il en va tout autant des soldats de la République Arabe de Syrie et de ces humanistes islamistes décrits sous l’alléchante banderole de « Rebelles modérés ». Sans parler des tueurs d’Al Nosra, amis de Fabius, et des barbares de Daech. La guerre est toujours un crime et l’attelage des deux mots est une tautologie.

Attendez-vous donc à ce que nos journaux, qui n’ont rien vu à redire de l’impeccable comportement des criminels de masse agissant – du bon côté – en Afghanistan, en Irak, au Kosovo, en Libye, au Yémen, vous clouent les combattants chiites libanais au pilori planétaire. Alors que Trump ressort son bâton de Guignol contre l’Iran, il est bon que ces admirateurs de l’imam Hussein ne sortent pas trop puissants de ces ruines d’Alep qui ont été aussi un tombeau pour les espoirs de l’OTAN. Comme chacun sait, et comme vous le confirmera une lecture ordinaire du Monde, en dépit de ses dizaines de têtes nucléaires, « Israël est menacé dans sa survie par les criminels du Hezbollah ». D’urgence pendons donc ces soldats chiites si cruels et dangereux. Urgence… urgence… pas si sûr puisque, dans leur soif de justice, les experts du trébuchet mondialisé seront –forcément- occupés à punir dans un tour de rôle d’autres « crimes de guerre », ceux de Kissinger, Bush, Olmert, Clinton, Netanyahou, Sarkozy, du droneur Obama et autres étalons de la démocratie. Rappelons l’incontournable doctrine du vieux maître Vergès : « Vous ne pouvez condamner Barbie sans juger Massu ».

Ayons confiance en l’instinct suicidaire de la presse qui, d’un mensonge l’autre, roule sa toile de cirque pour s’en faire un linceul. Depuis sa chaire du Collège de France, Pierre Bourdieu a fini sa vie en combattant le système des « médias-mensonges ». En chirurgien des idées il évoquait la raison d’agir des journaux, surtout ceux du gratin, vrais chiens de garde de « l’opinion », forts de leur « monopole de la violence symbolique ». Sans être un digne exégète, en parlant aujourd’hui de ces journalistes, je vais extrapoler la pensée du grand sociologue. Faut dire qu’il y a « urgences », comme on l’écrit aux portes des hôpitaux, et mon néo concept post bourdieusien est de dire maintenant que nos nouveaux journalistes détiennent le missile parfait : le « monopole de la diffamation légitime ».

Après qu’aucune star du journalisme vrai, genre Florence Aubenas, n’a été expédiée à Alep pour nous écrire le bilan de six années de guerre, soyons sûrs que les ateliers de la contrefaçon vont nous abreuver d’horribles nouvelles tirées de ce noir et récent passé. En 1999 suite à la guerre du Kosovo qui, même à « zéro mort » du côté des bons ne font pas en dentelles mais en mensonges, l’admirable Edwy Plenel – qui veut être à la presse ce que Marx fut au capital – nous a régalé d’un scoop : « sans l’intervention de l’OTAN des dizaines de milliers de kosovars auraient été exterminés dans un « génocide » ». Eh oui ! La preuve ? Plenel s’était procuré le plan « Fer à cheval », celui qui programmait, planifiait les massacres. Hélas le document d’Edwy était un faux écrit par les services secrets allemands. Zut.

Résumons. Entre des journalistes qui publient des documents façonnés et d’autres qui découvrent du gaz sarin où l’ONU n’en a pas remarqué, l’horizon médiatique est favorablement ouvert aux guerriers de l’info. Eux qui ne passent pas leur temps dans la boue ou les abris de béton mais dans les fauteuils Eames des officines « occidentales ». Celles où l’on invente les « unes » de demain.

Jacques-Marie BOURGET

Chronique publiée dans le mensuel Afrique Asie du mois de février.

Résistance politique: Hommage à un militant anarchiste kabyle, Mohammed Saïl…

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Hommage à Mohamed Saïl

 

mardi 7 février 2017

 

Article paru dans Le Libertaire, n° 390, 20 mai 1954

Voici un an disparaissait notre camarade Mohamed Saïl, militant exemplaire

Quelques semaines avant sa mort, il collait encore le Lib à Aulnay. Nous lui disions de se reposer, nous le sentions faible. Il n’y avait rien à faire. Il voulait militer, il voulait se battre jusqu’au bout.

Sa vie a été un éternel combat. Il a vécu notre idéal, il a été de toutes les actions. Il a payé durement.

Pour notre idéal, il a passé onze années de son existence brève dans les prisons et les camps de la République. Même là il trouvait le moyen de convertir. Partout, à tout instant, il n’avait qu’un seul but : répandre autour de lui, les graines de la révolution.

Il incarnait l’anarchisme social, le communisme libertaire, pour lui les deux termes étaient synonymes. Son combat était prolétarien et révolutionnaire.

Il souffrait au plus profond de lui-même la vie injuste, la vie mauvaise imposée par les puissants de l’heure. Il souffrait surtout pour ses frères algériens, pour ses frères colonisés du monde.

Voici ce qu’il leur disait (Lib n° 273) :

« Toutes les plaines fertiles sont enlevées aux travailleurs, et en récompense, le colon bourgeois “élu” octroie généreusement un salaire de famine et des journées de labeur de dix à quatorze heures. Gare aux fortes têtes ! Oser déclencher une grève revendicatrice avec occupation d’usine est puni non de prison, mais de la balle salutaire d’un CRS… au nom d’une civilisation bienfaisante ! De plus, en l’absence du présumé coupable, l’arrestation d’otage est coutumière. Voilà les exploits courants des colonialistes assassins, avides de carnage…

Que tous reconnaissent que les travailleurs originaires des pays d’outre-mer, venant chercher en France un peu plus de bien-être et de liberté, sont vraiment des hommes braves qui méritent bien des égards.

Malheureusement, au contact de leurs frères de misère de la métropole, qu’ils distinguent nettement des tueurs d’outre-mer, ils se heurtent souvent à l’incompréhension ou au dédain. D’où leur méfiance vis-à-vis des “roumis” (sans toutefois généraliser).

Cependant, les travailleurs nord-africains fuient les partis politiques de France, car ils se souviennent de l’exploitation. Les syndicats, de même, ne les intéressent guère. Et pourtant, ces travailleurs savent être, au cours des grèves, à l’avant-garde du combat de classe. Ils combattent avec acharnement aux côtés des travailleurs contre l’État et le patronat, et aussi contre les bourriques républicaines. Le 1er mai l’a montré !

La révolte gronde dans ces hommes ulcérés. Les anarchistes, qui, seuls, ont le droit d’affirmer qu’ils mènent le bon combat, ne manqueront pas de faire connaître aux travailleurs d’outre-mer qu’en tout état de cause ils sont à leurs côtés face aux hyènes déchaînées.

Camarades nord-africains, il existe une catégorie de “roumis”, totalement désintéressés, qui luttent, sans merci pour le bien-être et la justice sociale contre les discriminations raciales. Oui ! sachez, camarades, que les anarchistes sont vos réels amis qui ne vous demandent rien d’autre que d’être à leurs côtés, pour mener la lutte contre le Capital, l’État, et le Colon, qui ne sont qu’un seul monstre, sous un même bonnet. »

La perte de Mohamed Saïl a causé vraiment un grand vide. Il savait entraîner les jeunes. Il savait faire d’eux de vrais militants révolutionnaires. Sa présence se fait encore sentir parmi nous.

Sa vie a été un complet abandon de sa personne en faveur de l’idée qu’il défendait.

En 1914, très jeune, il était réfractaire à la guerre qu’on lui imposait et il passait des moments très difficiles (internement).

En 1934 il était à l’avant-garde de la lutte contre le fascisme, il était interné et la CGT promenait de larges panneaux : « Libérez Saïl ! »

En 1936 il partait en Espagne et se révélait un combattant infatigable dans la colonne Durruti. Il jouait un grand rôle au Groupe international. Blessé il revenait en France et communiquait à tous les camarades son enthousiasme pour les magnifiques réalisations communistes libertaires espagnoles.

En 1939, après une distribution de tracts contre la guerre, il était encore interné et commençait sa dixième année de prison. On perquisitionnait chez lui et on volait une partie de sa bibliothèque qu’il affectionnait particulièrement.

C’est un autre aspect de Mohamed Saïl : le désir de connaissances. Toute sa vie, il a travaillé pour se cultiver. Il avait été très peu à l’école mais en remontrait sur bien des points à ceux qui se piquent d’avoir de l’instruction.

Pendant l’occupation nazie, il fabriquait de fausses cartes d’identité pour permettre aux camarades en danger de fuir.

Il y a un an Mohamed Saïl entrait à l’hôpital Franco-Musulman de Bobigny et Georges Fontenis devait lui dire bientôt un dernier adieu après quelques incidents dus à la persistance de sa famille à lui faire des obsèques religieuses.

Nous tenons ici, à rendre hommage à sa compagne courageuse qui continue, depuis sa disparition, à diffuser notre cher Lib.

Le Groupe Mohamed Saïl d’Aulnay-sous-Bois

 

Nous empruntons cet article
au site de Nedjib Sidi Moussa [سي نجيب]
 qui vient de publier aux éditions Libertalia 
La Fabrique du musulman.

« L’œuvre du militant anarchiste
Mohand Ameziane Saïl revisitée »
 Liberté (Algérie)

« Tawrirt n Divan se prépare
à ressusciter Mohand Ameziane Saïl »

Béjaïa news

Mohand Ameziane Saïl
 sur R.A. Forum

Briser le conditionnement colonial…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, canada USA états coloniaux, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 4 février 2017 by Résistance 71

Des mitrailleuses pour des souvenirs enfouis

 

Mohawk Nation News

 

2 février 2017

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2017/02/02/gatling-guns-to-buried-memories/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“orowiio” est la parfaite réalité. Ces envahisseurs entrepreneuriaux coloniaux n’appartiennent pas à notre façon de faire naturelle. Ils souffent de choc culturel. Nous connaissons le moyen d’une paix durable sur terre, pour toujours. Nous, leurs victimes, souffront de leur processus brutal de meurtres en série afin qu’ils puissent garder les richesses volées.
Leurs langues artificielles créent des souvenirs que leurs manipulateurs choisissent pour eux tout en essayant de nous forcer à abandonner notre culture. Notre langue est fondée sur des tons et des images issus de la nature et qui remontent aux origines, lorsque nous avons atteint le vérttable pouvoir. Ils n’ont que de vieux souvenirs enfouis et grotesques. Bientôt ils n’entendront plus que la vérité, qu’ils ne pourront ni ignorer ni accepter. Tout doit être corrigé ou ils devront alors quitter l’Île de la Grande Tortue. Le génocide ne restera pas impuni.

L’esprit des envahisseurs est construit par leurs manipulateurs de façon à ne pouvoir poser qu’un minimum de questions à l’autorité en charge.

Leur language possède une gâchette incorporée pour déclencher certaines actions lorsqu’activée. Notre existence, notre lien avec la nature ne peut jamais être brisé. Nous communiquons avec nos ancêtres par le language où se trouve nos réponses. Nous entendons des sons et voyons des images qui ne peuvent en aucun cas exister dans le langage de l’amirauté (colonial). Nous voyons le véritable pouvoir de la création. Pas par des artifices, mais par notre association intrinsèque avec toute vie naturelle.

L’église a planifié le programme diabolique qui annihile ceux qui se trouvent sur son chemin, comme par exemple l’assassinat de masse de plus de 100 millions d’entre nous sur le continent des Amériques.

L’entreprise, la corporation crée les guerres. Nous ne profitons en rien de ce qui est retiré de notre mère. Les créateurs de l’esprit “occidental” ont mis fin à leur capacité d’empathie. L’état pourrait bien d’un seul coup abandonner ces gens qui sont totalement dépendants de lui pour leurs instructions. Les plus vieux cauchemars retourneront pour se venger. Ils ne possèdent abolument rien légalement sur le continent des Amériques. Ils ont peur qu’on leur rappelle leur passé destructeur. Ces pirates ne sont bons qu’a piller. Certains ont une conscience. Malheureusement, ils n’ont pas de véritable langue pour l’exprimer.

Ils disent qu’ils sont maintenant prêts à faire face à la vérité, ce qui veut dire qu’ils vont se réconcilier avec leurs crimes passés. Nous prévoyons que les criminels vont créer leur propre police de la réconciliation afin de protéger ceux qui ont perpétrés ces crimes, les actionnaires de la “Couronne” (City de Londres). Ils continueront d’en profiter tant que cette illusion de réconciliation persiste.

Les banquiers ne peuvent plus perdre la guerre après avoir tant volé et commis tant d’atrocités. Les dirigeants ne veulent par perdre leur entreprise parce qu’ils sont essentiellement en faillite.

Les gens sont contrôlés en apprenant des mots artificiels ayant un sens créé par leurs dirigeants. Leur langue n’est pas fondée sur la nature, mais sur la veulerie et la possession. La liberté n’est pas au programme. Ceux qui parlent de liberté “disparaissent”. Les conseils de bandes (Canada) et de tribus (USA) qui appartiennent à la corporation ne sont que des nids de vipères ne faisant que parler pour leurs maîtres de la matrice, ce que le public peut plus généralement accepter. Ils doivent tous disparaître pour que commence vraiment la cicatrisation de la terre-mère.

Les gens vont gober les mensonges mais pas la nature. Nous sommes la conscience. La corporation a toujours essayé de nous dissoudre. Ceci a toujours échoué. Un retour en 1491 ferait de notre terre une grande terre de nouveau. Les gens sont aveuglément conditionnés pour suivre les règles des leaders de leurs sectes. Pour survivre, vivre de manière durable avec la terre-mère, ils doivent venir avec nous.

Résistance au colonialisme: Empire… fin de règne, rends-toi tu es cerné !…

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Trump t’es viré !

 

Mohawk Nation News

 

31 janvier 2017

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2017/01/31/trump-youre-fired/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les gangsters de l’entreprise coloniale USA Inc. (NdT: ou USA SARL) assassinent le peuple partout dans le monde depuis notre terre, Lorsqu’ils seront partis, le problème de la guerre dans le monde sera terminé. Nous allons déclarer notre pouvoir inhérent au nom de notre terre-mère.
Les actionnaires de la corporation USA SARL veulent commencer la troisième guerre mondiale. Pour arrêter le carnage, les rotino’shonni:onweh (iroquois), peuple originel de l’Île de la Grande Tortue, doivent clâmer leur rôle de droit naturel. Nous n’avons jamais cédé quelques terres ou possessions que ce soit à personne. Nous avons le devoir de continuer les instructions naturelles originelles de la création.

Le reste du monde sait parfaitement que nous sommes les véritables “souverains”, mais nous n’utilisons pas ce mot (NdT: qui fait partie du vocabullaire de propagande coloniale et de domination)

USA et Canada SARL seront dissoutes. Nous, peuples originaux naturels avons la responsabilité d’enseigner aux autres du comment vivre en paix. Le conseil mondial des femmes a une obligation majeure d’étudier kaiane’re:kowa, la Grande Loi de la Paix et de prendre sa juste place au sein des communautés du monde.
Onkwe’honweh, peuple naturel originel, peut mettre fin à cette entreprise criminelle de guerre où les entreprises, corporations sont devenues si puissantes, si riches et assassines. Nous devons affirmer notre véritable démocratie (NdT: dans une société égalitaire à la “chefferie” sans pouvoir, celui-ci étant dilué dans le peuple et n’étant plus un organe séparé de division et de domination…)

Les actionnaires des entreprises coloniales et leurs suiveurs doivent partir, le Bilderberg Group. CFR, Federal Reserve, Commission Trilatérale, banquiers, fronts politiques du désaccord et toute la matrice hiérarchique. Ils vont tous bientôt comprendre leur plus grande peur et seront déchus pour toujours.
Le PDG Trump continuera à jouer le scenario pour lequel il a été mis en place jusqu’à ce que nous déclarions l’ascendance de la Grande Loi de la Paix.

Alors ce sera la fin de la république américaine de la guerre. Le monde ne souffrira plus. Les actionnaires de USA SARL rendront tout ce qu’ils ont volé à notre terre-mère, qui pourra retrouver sans santé originelle perdue. Plus de 100 millions d’entre nous furent tués sur ce continent. Les occupants sont restés parce qu’ils en tiraient bénéfice. Ils parlent de manière tellement désinvolte du plus grand holocauste de l’histoire de l’humanité. Ils vont maintenant faire face à leur propre annihilation. S’is ne se rangent pas de notre côté, ils sont complices de génocide.

= = =

Les anciens combattants vont retourner à Standing Rock !

http://www.whitewolfpack.com/2017/01/us-veterans-to-return-to-standing-rock.html

Réfuter et rejeter l’hypocrisie criminelle coloniale (Steven Newcomb)

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« Quand nous disons aux colons: ‘rendez-le’, voulons-nous dire que nous voulons qu’ils nous rendent le pays et qu’ils s’en aillent ? Non. Ceci n’est pas la vision de nos peuples. Lorsque nous disons ‘rendez-le’, nous parlons de ce que les colons établis montrent du respect pour ce que nous partageons, la terre et ses ressources et corrigent les torts en nous offrant la dignité et la liberté qui nous sont dûes et nous rendent notre pouvoir et suffisamment de terre pour que nous soyions totalement auto-suffisant en tant que nations… […] La restitution est purification. […] Il est impossible de soit transformer la société coloniale de l’intérieur de ses institutions ou de parvenir à la justice et à une coexistence pacifique sans transformer fondamentalement les institutions de la société coloniale elles-mêmes. Simplement, les entreprises impérialistes opérant sous le déguisement d’états démocratiques libéraux (NdT: USA, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Mexique, tous les pays d’Amériques centrale et du sud…) sont par construction et culture, incapables de relations justes et pacifiques avec les peuples autochtones. Le changement ne se produira que lorsque les colons seront forcés à reconnaître ce qu’ils sont, ce qu’ils ont fait et ce qu’ils ont hérité ; alors seulement ils ne pourront plus fonctionner comme des coloniaux et commenceront à respecter les autres personnes et à les considérer comme des êtres humains… »
~ Taiaiake Alfred, professeur de science politique, université de Victoria, CB, Canada, nation Mohawk, 2009 ~

A lire: « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte » (de Steven Newcomb version PDF française)

 

Défier les idées et les arguments des envahisseurs

Nous n’avons été ni conquis ni subjugués

 

Steven Newcomb

 

11 janvier 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/challenging-ideas-arguments-invaders/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Nous avons eu des dizaines de millions de nos ancêtres ayant vécu sur ce sous-continent d’Amérique du Nord avant l’invasion chrétienne. Lorsque les envahisseurs de la chrétienté arrivèrent par bateaux sur notre partie de la planète, ils assumèrent immédiatement que nos ancêtres et nos nations étaient sujets et devaient se soumettere à leurs idées européennes chrétiennes.

Est-ce que nos ancêtres furent obligés d’obéir aux idées des envahisseurs ? Sur quel standard de jugement pouvons-nous répondre ? Sur la base des standards de l’envahisseurs ? Ou répondrons-nous sur la base de nos propres standards ? Considérant le fait que nos nations et nos ancêtres vivaient librement au-delà de la juridiction de la chrétienté avant l’invasion chrétienne, il s’ensuit donc que nos ancêtres vivaient donc libres de droit de la juridiction des envahisseurs, de leurs standards, de leurs idées et de toute leur argumentation.

Parce que nos ancêtres vivaient au-delà de la juridiction de la chrétienté, ils n’étaient aucunement sujets aux idées et arguments des envahisseurs chrétiens. Et pourtant, le statut original de liberté de nos nations n’est pas typiquement énoncé parce que bon nombre d’entre nous ont passé leur vie à internaliser les idées de l’envahisseur, sa perspective, ses arguments, sans désir de vraiment les défier.

Etant donné que nos ancêtres ne furent pas capables d’écrire leurs idées anti-coloniales et leur argumentation dans la langue des envahisseurs, les archives écrites les plus anciennes contiennent des comptes-rendu, des arguments et des narratifs de la seule perspective des envahisseurs chrétiens. Au lieu de pouvoir lire les archives d’un débat entre nos ancêtres et les envahisseurs, nous ne sommes en fait maintenant que restreints à lire les documents rédigés par les envahisseurs, comme les décisions de tribunaux de la société dominante qui n’ont été écrites que favorisant exclusivement le point de vue des colons et des colonisateurs.

Etant donnée notre capacité actuelle d’écrire nos pensées dans la langue de l’envahisseur, nous avons l’opportunité de critiquer et de directement défier ainsi que de rejeter les vieux arguments de l’envahisseur. Nous pouvons le faire en écrivant ses idées et arguments d’une manière qui l’aurait été originellement si nos ancêtres avaient pu le faire. (il y a en fait quelques exemples de cela).

Un des défis auquel nous devons faire face a rendu très difficile l’attaque des arguments de l’envahisseur: notre esprit a été capturé par la langue des colonisateurs, tout autant que les idées et nous devons ainsi réaliser que nous avons le devoir et l’obligation de défier les arguments et les assomptions fondateurs de la colonisation, le tout en utilisant la langue même des envahisseurs.

Voici un argument que nous pouvons tenir aujourd’hui: parce que les envahisseurs chrétiens n’avaient aucune juridiction sur nos nations et sur nos ancêtres, ils n’avaient pas non plus le droit de projeter mentalement leurs mots invasifs, leurs idées, leurs arguments de domination sur nos ancêtres, nos nations et nos territoires. Parce que leurs projections mentales étaient fausses, malfaisantes et inacceptables alors, elles le sont encore et toujours aujourd’hui.

Prenez par exemple la déclaration erronée de la cour suprême des Etats-Unis dans son rendu de l’affaire Johnson contre M’Intosh en 1823, décision qui a déclaré que “les droits de souveraineté complète [de nos ancêtres], en tant que nations indépendantes avait été nécessairement diminué”, par la découverte chrétienne. Combinez ceci avec la déclaration du juge Joseph Story au sujet de nos ancêtres: “En tant qu’infidèles, païens et sauvages, ils ne furent pas autorisés [par les chrétiens] à posséder les prérogatives appartenant aux nations absolues, souveraines et indépendantes.

Parce que nos ancêtres et nos nations n’avaient pas de maîtrise suffisante du langage anglais (NdT: ou du français ou de l’espagnol ou du portugais selon les différentes parties impliquées…) et ne pouvaient pas lire les décisions de justice, ils ne savaient du reste probablement pas que ce tribunal colonial avait émis ces jugements. Ils n’eurent aucune opportunité ni le temps de rejeter ces arguments par écrits. Aujourd’hui nous avons la possibilité de répondre à la société dominante en déclarant “Vos arguments contre nos nations ont débuté avec quelques bulles pontificales sur lesquelles ils se fondent. Nous conservons notre droit de demeurer libres de toute fausse déclaration d’un droit de domination quelconque. Nous rejetons l’assomption faite que la cour suprème des Etats-Unis ait jamais eu le droit de mentalement projeter ses idées sur notre existence et sur nos nations sur nos propres territoires.

Comme le dit le dicton: “on vit une époque formidable”. Aujourd’hui nous sommes capables d’explicitement rejeter cet argument pour dire que “le droit de nos nations à la souveraineté complète et à l’indépendance à toute domination ne fut JAMAIS diminué par la soi-disante ‘découverte chrétienne’”. Nous pouvons aussi répondre: “Vous ne pouvez pas ‘découvrir’ la maison d’une autre nation avec la permission d’un pape à Rome et ainsi imposer de droit votre dôme du capitole en tant que symbole de votre affirmation d’un droit de domination sur nos terres et nos vies.”

Le système de domination fédéral indien, typiquement nommé “la loi fédérale indienne” (NdT: aux USA et l’Indian Act au Canada…) est fondé sur l’assertion des envahisseurs qu’ils ont le droit d’opprimer nos nations originellement et légalement libres et indépendantes. Nous continuons à être libres de droit de cette affirmation des envahisseurs et de leur affirmation de droit de domination. La réponse des Etats-Unis pourrait être: “Nous avons un droit de domination sur vous et vos nations parce que vous avez été conquis et subjugués.

Nous sommes capables de dire: “Votre réponse est une faible tentative de recadrer votre affirmation d’un droit de domination. Votre argument est une tentative de valider l’affirmation de vos ancêtres disant que les nations chrétiennes de la chrétienté avaient le droit d’utiliser leurs idées pour contrôler l’existence de nations non-chrétiennes. Vous fondant sur des bulles pontificales et des chartes royales vous avez continuellement et péremptoirement utilisé cette affirmation contre nos nations. Ce système idéologique d’oppression que vous avez utilisé contre nos peuples et nos nations depuis plus de 200 ans est inacceptable et nous le rejetons de facto, tout comme nous rejetons la fausse affirmation que nous avons été conquis et subjugués.