Archive pour mars, 2016

De la violence et de la nature humaine… L’État seul terroriste ?… (Howard Zinn)

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 31 mars 2016 by Résistance 71

« Le refus de l’État est le refus de l’exonomie, de la loi extérieure, c’est tout simplement le refus de la soumission, inscrit comme tel dans la structure même de la société originelle. Seuls des idiots peuvent croire que pour refuser toute aliénation, on doit d’abord en avoir fait l’expérience: le refus de l’aliénation économique ou politique appartient à l’être même de cette société, cela exprime son conservatisme, sa volonté délibérée de demeurer indivisée. Delibérée de fait et pas seulement l’effet du fonctionnement de la machine sociale: les sauvages ne savent que trop bien que toute altération de leur vie sociale ou toute innovation sociale, pourrait se transformer en une perte de liberté. »
~ Pierre Clastres ~

« L’Homme n’est donc pas le descendant d’un ‘singe tueur’, la violence n’est pas inscrite dans ses gènes. Au contraire, il a développé très tôt des comportements altruistes à travers notamment, l’empathie dont il a fait preuve envers ses semblables. Nous sommes loin de la thèse girardienne, de l’existence d’une ‘violence primordiale’. En outre, celle-ci dédouane l’Homme de toute responsabilité: ce ne sont pas nos actions mais notre ‘nature’, sous entendu, ‘animale’, qui engendre la violence. Cette supposée ‘animalité en nous’ est l’éternel alibi à tous nos débordements ! La violence, liée aux structures économiques, politiques, sociales et religieuses des sociétés, est souvent un symptôme, notamment des injustices et non une cause… Combattre les comportements violents suscités et légitimés après coup par des idéologies qui tiennent que la violence est inhérente à l’Homme, telle doit être notre ardente obligation. »
~ Marylène Patou-Mathis ~

 

Violence et nature humaine

 

Howard Zinn

 

Ce texte correspond à de larges extraits du chapitre 3 du livre d’Howard Zinn “Declarations of Independance, cross-examining the American Ideology”, Harper Perennial, 1990 qui n’a pas été traduit en français à notre connaissance.

 

Traduit de l’anglais par Résistance 71, Mars 2016

 

Je me rappelle de trois incidents différents liés à la violence dans trois parties différentes de ma vie. Dans deux d’entre eux j’étais un observateur, dans un autre je fus le perpétrateur.

A l’automne de 1963, j’étais à Salma, Alabama et j’y ai vu deux jeunes activistes des droits civils noirs se faire matraquer au sol par des troupes de l’état d’Alabama (NdT: les State Troopers, qui sont des troupes existant dans chaque état aux Etats-Unis. Différent de la Garde Nationale. La Garde Nationale est un service volontaire, les State Troopers sont des professionnels mais n’ont de compétence que dans leur état d’origine. Ils sont souvent assignés à des missions de police et de maintient de l’ordre), puis se faire électriser au moyen de bâton électrique, parce qu’ils essayèrent d’apporter de l’eau et de la nourriture à d’autres noirs qui faisaient la queue dans l’attente de s’inscrire sur les lisres électorales.

En tant que jeune bombardier de 22 ans, j’ai participé à une mission durant les toutes dernières semaines de la seconde guerre mondiale, qui ne peut être vue que comme une atrocité. Cela consistait au bombardement au napalm d’un petit village français pour des objectifs qui n’avaient rien de gagner la guerre et ne laissant qu’une zone dévastée par la mort et l’horreur quelques 7km en dessous de nos avions. (NdT: Howard Zinn fait ici référence au bombardement au napalm de Royan par les Américains le 15 Avril 1945. Il a expliqué cette affaire en de multiples occasions.)

Des années avant cela, alors que j’étais un adolescent dans les rues de Brooklyn à New York, j’ai été le témoin d’une dispute entre un homme noir et un vieux juif qui semnlait être son employeur. C’était une dispute au sujet d’argent qui apparemment était dû à l’homme noir et celui-ci semblait désespéré de l’obtenir. Il plaidait et menaçait tout à tour, mais le vieil homme restait inflexible. Soudain, l’home noir attrapa un panneau en bois et en frappa le viel homme à la tête. Celui-ci, le sang coulant sur son visage, continua à pousser son chariot sur le trottoir et s’éloigna.

Je n’ai jamais été persuadé qu’une telle violence, celle d’un noir en colère, d’un policier haineux ou d’un personnel navigant de l’armée de l’air, fusse le résultat de quelque instinct naturel. Tous ces incidents, après y a voir réfléchi dans le temps, avaient une explication sociale par les circonstances dans lesquelles ils eurent lieu. Je suis en accord total avec le philosophe anglais du XIXème siècle John Stuart Mill lorsqu’il disait: “De tous les modes vulgaires d’échappatoire à la considération de l’effet des influences sociales et morales sur l’esprit humain, le plus vulgaire est celui qui attribut la diversité de conduite et de caractère humain à des différences naturelles inhérentes.

Pourtant, au début des discussions sur la violence humaine, spécifiquement de discussion sur les causes de la guerre, quelqu’un dira immanquablement: “Que voulez-vous, c’est dans la nature humaine !” Il y a un soutien intellectuel ancien et de poids pour soutenir cet argument commun. Niccolo Machiavelli dans son ouvrage “Le Prince”, exprime de manière confiante sa propre vision de la nature humaine, à savoir que les humains tendent vers le mal. Ceci lui donne une bonne raison, en étant “réaliste”, d’insister pour laisser de côté les scrupules moraux lorsqu’on doit gérer des situations humaines: “Un homme qui voudrait faire profession d’être bon en tout doit nécessairement être désappointé par la masse de ceux qui ne le sont pas. Il est donc nécessaire pour un prince désirant de maintenir, d’apprendre à ne pas être bon.

Le philosophe du XVIIème siècle Thomas Hobbes a dit: “Je reconnais à toute l’humanité une inclinaison générale à un désir perpétuel du pouvoir pour le pouvoir qui ne cesse que dans la mort.” Cette vision de la nature humaine mena Hobbes à favoriser n’importe quel type de gouvernement, même autoritaire, qui maintiendrait la paix en bloquant, restreignant ce qu’il pensait être la proprention naturelle des gens à être violents envers les autres. Il parla de “condition dissolue d’hommes sans maîtres” qui demandait “un pouvoir coercitif pour leur lier les mains de toute rapine et de vengeance.

Les croyances au sujet de la nature humaine deviennent ainsi des prophéties se réalisant d’elles-mêmes. Si vous croyez que les êtres humains sont naturellement violents et méchants, vous pourrez bien être persuadé de penser (bien que pas requis de penser) que c’est en fait “réaliste” d’être vous-même ainsi. Mais est-il en fait réaliste (c’est à dire “je regrette, mais c’est un fait…”) de blâmer la guerre sur la nature humaine ?

En 1932, Albert Einstein, déjà célèbre pour son grand travail en physique et en mathématiques, écrivit une lettre à un autre grand penseur de ce siècle: Sigmund Freud. Einstein était très troublé par le souvenir de la première guerre mondiale, qui ne s’était terminé que quatorze ans auparavant. Dix millions d’hommes étaient morts sur les champs de bataille d’Europe, pour des raisons que personne ne pouvait logiquement expliquer. Comme tant d’autres qui avaient vécu cette guerre, Einstein était horrifié par la pensée que la vie humaine pouvait être détruite à une si grande échelle et il était très concerné du fait qu’il pourrait bien y avoir une autre guerre mondiale. Il considéra que Freud, la sommité mondiale en matière de psychologie, pourrait faire la lumière sur la question du pourquoi donc les hommes font-ils la guerre ?

Cher professeur Freud, y a t’il une façon quelconque de délivrer l’humanité de la menace de la guerre ?” Einstein parla de “ce petit groupe très déterminé, actif au sein de chaque nation, composé d’individus qui contemplent la guerre, la fabrication et la vente d’armes, simplement comme étant une occasion de faire avancer leurs intérêts particuliers et d’augmenter leur autorité personnelle.” Puis il demanda: “Comment est-il possible à cette petite clique de faire plier la volonté de la majorité, qui ne peut que perdre et souffrir du fait d’un état de guerre au service de leurs ambitions ?

Einstein tenta d’y répondre: “Parce que l’Homme a en lui une soif de haine et de destruction.” Puis il posa cette question finale à Freud: “Est-il possible de contrôler l’évolution mentale de l’humain afin de le rendre étanche contre les psychoses de la haine et de la destruction ?

Freud lui répondit: “Vous supposez que l’Homme a en lui un instinct actif pour la haine et la destruction et qu’il est prône à de telles stimulations. Je suis tout à fait d’accord avec vous… Le plus petit regard porté à l’histoire du monde montrera une série sans fin de conflits entre une communauté et une autre.” Freud mit en évidence les deux instincts fondamentaux de l’être humain: l’instinct amoureux ou érotique et son opposé, l’instinct destructeur. Le seul espoir qu’il entretenait pour que l’érotique triomphe de l’instinct de destruction était dans le développement culturel de l’humain, incluant “un renforcement de l’intellect, qui tend à maîtriser notre vie instinctive.

Einstein avait un point de vue différent sur la valeur de l’intellect et sa maîtrise des instincts. Après avoir pointé “les psychoses de haine et de destruction”, Einstein conclût: “L’expérience prouve que c’est plutôt la soi-disante “intelligentsia” qui est la plus apte à mener à ces désastreuses suggestions collectives.

Voici dont les deux des plus grands esprits du siècle, frustrés et sans espoir devant la persistance de la guerre. Einstein s’aventurant à suggérer que les instincts agressifs de l’homme sont à la racine de la guerre, demande à Freud, l’expert mondial sur les instincts et lui demande de l’aide pour trouver une solution. Notez néanmoins qu’Einstein a sauté de “l’homme ayant en lui une pulsion” à “des suggestions collectives désastreuses”. Freud ignore ce saut de l’instinct à la culture et affirme que “l’instinct destructeur” est la cause cruciale de la guerre.

Mais quelle est la preuve de Freud pour pouvoir affirmer l’existence d’un tel instinct ? Il y a quelque chose de curieux dans son raisonnement. Il n’offre aucune preuve depuis son champ d’expertise, la psychologie. Sa preuve est “le plus petit regard porté à l’histoire du monde”.

Faisons avancer la discussion, 50 ans plus tard, avec une école de pensée qui n’existait pas encore du temps de Freud: la sociobiologie. Le porte-parole le plus prominent de cette discipline est un professeur de l’université de Harvard: E. O. Wilson. Son livre “Sociobiology” est un traité impressionnant sur le comportement de diverses espèces dans le monde biologique et qui ont une inclinaison sociale, comme les fourmis, les abeilles ou les termites.

Dans le dernier chapitre de son ouvrage, Wilson se tourne vers les humains et ceci attira tellement d’attention, qu’il décida d’écrire un ouvrage complémentaire sur le sujet: “On Human Nature”. Il y a un chapitre sur l’agression. Il commence avec la question suivante: “Les êtres humains sont-ils naturellement agressifs ?” Deux phrases plus loin: “La réponse est oui.” (aucune hésitation ici) et dans la phrase suivante, il explique pourquoi: “Au travers de l’histoire, les guerres, représentant seulement la technique la plus organisée d’agression, ont été endémiques à toutes les formes de sociétés des bandes de chasseurs-cueilleurs aux états industriels.

Voilà de nouveau une situation bien péculière. Le psychologue (Freud) ne trouve pas ses preuves de l’instinct agressif de l’humain dans son champ d’expertise qu’est la psychologie mais dans l’histoire. De même, le biologiest (Wilson) ne trouve pas ses preuves dans la biologie, mais aussi dans … l’histoire.

Ceci fait plus que suggérer le fait que la preuve en provenance à la fois de la psychologie et de la biologie n’est pas suffisante pour établir sans contestation de l’instinct agressif de l’humain. Ainsi donc, ces éminents penseurs de notre temps se tournent vers l’histoire. En cela, ils ne sont pas différents de la personne ordinaire, dont la pensée suit la même logique: l’histoire est remplis de guerres, on ne peut pas trouver un temps de l’histoire où il n’y en eut pas (NdT: 20 ans plus tard, il a été établi par de nombreuses recherches archéologiques paléonthologiques que la violence guerrière s’est établie avec la sédentarité du néolithique et sa “révolution agricole”. Il n’y a en effet pas de traces significatives de violence collective dans la période paléolithique, celle de l’homme de Néanderthal et début de Cro-Magnon, cf à ce sujet les recherches des professeurs Marylène Patou-Mathis et Jean-Paul Demoule) ceci voudrait donc dire que cela proviendrait de quelque chose de profondément ancré dans la nature humaine, quelque chose de biologique, une pulsion, un instinct d’agression violente.

Cette logique est très répandue dans la pensée moderne, dans toutes les classes de la société, que les gens soient hautement éduqués ou pas. Et pourtant, cela est sans aucun doute faux. De plus, cela est dangereux de penser de la sorte.

Faux, parce qu’il n’y a pas de preuve concrète de cela. Ni dans la génétique, ni en zoologie, ni en psychologie, ni en anthropologie, ni en histoire, ni même dans l’expérience ordinaire des soldats en guerre. Cela est dangereux parce que cela détourne l’attention des causes non biologiques de la violence et de la guerre.

[…] Quand Wilson parle de gens qui sont “agressifs de manière innée”, il ne veut pas dire qu’ils sont nés avec une énorme propention à devenir violent, cela dépend de notre environnement. Et même si nous devenons agressifs, cela n’a pas besoin de prendre la forme de la violence.

[…] Il n’y a pas de gène connu de l’agression, de l’agressivité. De fait, il n’y a pas de gènes connus pour toutes les formes communes de comportement humain (je prends en considération le fait qu’un défaut génétique du cerveau pourrait laisser une personne plus violente que d’autres, mais le simple fait de dire qu’il s’agisse d’un défaut veut dire que cela n’est pas un trait normal…). La science de la génétique, l’étude des matériaux d’hérédité faite sur les quelques 40 et plus chromosomes de chaque cellule humaine et transmis d’une génération à l’autre, en sait long sur les gènes de caractéristiques physiques, très peu au sujet de gènes de capacité mentale et pratiquement rien sur les gènes de personnalité et de comportements (violence, concurrence, gentillesse, méchanceté, sens de l’humour etc…)

Le collègue de Wilson à Harvard, le scientifique Jay Gould, spécialiste de l’évolution, le dit très platement dans le magazine d’Histoire Naturelle en 1976: “Quelle est la preuve directe pour un contrôle génétique d’attitude sociale spécifique chez l’humain ? En ce moment la réponse est: absolument aucune !

[…] Au printemps 1986, une conférence scientifique internationale se tenant à Séville en Espagne, publia une déclaration sur la question de la nature humaine et de la violence d’agression, concluant: “Il est scientifiquement incorrect de dire que la guerre est causée par “instinct” ou toute motivation singulière… La guerre moderne implique l’utilisation institutionnelle de caractéristiques personnelles comme l’obéissance, la suggestibilité et l’idéalisme… Nous concluons que la biologie ne condamne pas l’humanité à la guerre.

Et la preuve psychologique ? Ceci n’est pas une science si “difficile” comme la génétique. Les généticiens peuvent examiner les gènes, même les découper en nouvelles formes. Ce que font les psychologues est de regarder et d’analyser ce que les gens pensent et comment ils se comportent., de les tester, de les psycho-analyser, faire des expériences pour voir comment les gens se comportent et essaient de parvenir à des conclusions raisonnables sur le pourquoi les gens se comportent de la façon dont ils le font.

Note de Résistance 71: Ici Zinn décrit la célèbre expérience de Milgram qui eut lieu à l’université de Yale dans les années 1960, où des sujets devaient infliger des chocs électriques bidons à des cobayes humains, complices des chercheurs, lorsque ceux-ci répondaient mal à une question. Les “tortionnaires” expérimentaux ne savaient pas que les chocs électriques étaient fictifs et les récipiendaires des décharges fictives, des acteurs. Cette expérience a été mise en scène au cinéma dans le film “I comme Icare” d’Henri Verneuil, 1979.

[…] Qu’en est-il des preuves en provenance de l’anthropologie, c’est à dire de l’étude du comportement des peuples “primitifs”, qui sont supposés être au plus proche de l’état “naturel” et donc de donner de bons indices au sujet de la “nature humaine”. Il y a eu bien des études sur les traits de personalité de tels peuples comme les Bushmen du Kalahari, les Indiens d’Amérique du Nord, les tribus malaises, les Tasaday encore à l’âge de pierre aux Philippines, etc… Les trouvailles peuvent être résumées assez facilement: Il n’y a pas de schéma simple d’attitude guerrière ou pacifique, les variations sont grandes. En Amérique du Nord les Indiens des grandes plaines étaient plus enclins à la guerre tandis que les Cherokee de Georgie étaient bien plus pacifiques.

L’anthropologue Colin Turnbull a conduit deux études différentes de terrain dans lesquelles il vécut un bon moment avec des autochtones. Dans son ouvrage “The Forest People”, il décrit les Pygmées de la forêt Ituri d’Afrique Centrale, un peuple des plus pacifique pour qui l’idée de punir quelqu’un est de l’envoyer méditer sur ce qu’il a fait de mal, seul en forêt. Lorsqu’il étudia les Mbuti du Zaïre, il les trouva pacifiques et coopératifs. Par contre lorsqu’il passa du temps avec le peuple Ik en Afrique orientale, peuple qu’il décrit comme le “peuple des montagnes”, il les trouva féroces et égoïstes.

Les différences de comportement entre ces peuples n’étaient pas génétiques, elles n’étaient pas dans la “nature” de ces gens, mais s’expliquaient par leur environnement et leurs conditions de vie. La vie relativement facile des peuples des forêts façonna gentillesse et pacifisme ainsi qu’une générosité sociale. Les Ik par contre, furent chassés de leurs terres ancestrales par la création d’un parc naturel et furent envoyés dans une vie de désolation montagnarde et de famine dans des montagnes rases et arides. Leur tentative désespérée pour survivre amena cette agressivité et cette propention à la destruction dont fut témoin Turnbull.

[…] Dans le monde animal, aucune espèce autre que les humains ne fait la guerre. Aucune ne s’engage dans des activités violentes organisées au nom de quelque abstraction que ce soit. Ceci est un don spécial d’espèces aux capacités cérébrales et culturelles plus avancées. Les animaux commettent des actes de violence pour une raison spécifique et visible: le besoin de nourriture et l’auto-défense d’eux-mêmes ou de leur progéniture.

La génétique, la psychologie, l’anthropologie et la zoologie, aucun de ces domaines n’a pu prouver l’instinct humain pour une sorte d’agressivité violente qui caractérise la guerre. Qu’en est-il de l’histoire, à laquelle se référa Freud si promptement ?

Qui peut nier la fréquence des guerres dans l’histoire humaine ? Mais sa persistance ne prouve en aucun cas qu’elle est “partie intégrante de la nature humaine”. N’y a t’il pas des faits persistants dans la société humaine qui peuvent expliquer l’éruption constante de guerres sans avoir recours à ces mystérieux instincts que la science, même en essayant hardemment, ne peut pas trouver dans nos gènes ? Un de ces faits n’est-il pas l’existence d’une caste élitiste dans chaque culture, caste qui devient amoureuse de son propre pouvoir et cherche à l’étendre en permanence ? Un autre de ces faits n’est-il pas la veulerie, non pas des populations, mais de minorités puissantes au sein des sociétés qui recherchent toujours plus de matières premières, de débouchés de marché, de terres à posséder et de possibilités d’investissement ? N’y a t’il pas une idéologie nationaliste persistante, spécifiquement dans le monde moderne, un set de croyances mettant en avant l’amour de la mère-patrie ou du Vaterland, en faisant un objet de vénération pour lequel des gens sont capables de tuer et de se faire tuer ?

Nous n’avons certainement pas besoin de la “nature humaine” pour expliquer les guerres, il y a quantité d’autres explications. Mais se référer à une “nature humaine” belliqueuse est facile, cela demande très peu de réflexion. Par contre, analyser les facteurs politiques, sociaux, économiques et culturels qui au travers de l’histoire ont mené à tant de guerres, çà c’est plus dur et demande un travail plus acharné.

Mais nous devrions regarder de nouveau à la proposition qui dit que la persistance de la guerre dans l’histoire prouve que la guerre est dans la nature humaine. Cette affirmation requiert que les guerres soient non seulement fréquentes, mais perpétuelles, qu’elles ne se limitent pas à quelques nations, mais à toutes. Parce que si les guerres ne sont qu’intermittantes, s’il y a des périodes de guerres et des périodes de paix et s’il y a des nations qui vont en guerre et d’autres pas, alors il est irraisonnable d’attribuer la guerre à quelque chose qui serait aussi universel à l’humain que sa propre nature.

A chaque fois que quelqu’un dit “l’histoire nous prouve que…” puis cite une liste de faits historiques, nous devrions faire très attention. Nous pouvons toujours sélectionner des faits de l’histoire (et il y en a un sacré paquet en toute chose) pour “prouver” pratiquement tout ce qu’on voudrait au sujet de l’attitude humaine. Tout comme on peut sélectionner des évènements et des moments d’agressivité de la vie d’une personne et affirmer que par là-même cette personne est violente et agressive. Rien ne prouve qu’elle soit naturellement agressive et méchante. On pourrait tout aussi bien sélectionner de la même vie des moments de tendresse et d’affection, certainement plus nombreux pour prouver sa gentillesse naturelle.

[…] Les hommes que j’ai côtoyé et connu dans l’armée de l’air durant la guerre, les pilotes, navigateurs, bombardiers et mitrailleurs de ces équipages volant au dessus de l’Europe, largant des bombes et tuant beaucoup de gens, n’avaient aucune soif de tuer, n’étaient aucunement des enthousiastes de la violence et n’aimaient en rien la guerre. Ils, nous, étions engagés dans un massacre de masse, pour la plupart de non-combattants, de femmes, d’enfants et de personnes âgées qui habitaient dans les voisinages des villes que nous bombardions (qui étaient officiellement toutes des “cibles militaires”…) Mais ceci ne venait pas de notre “nature”, qui n’était pas différente de lorsque nous jouions calmement, étudions ou vivions les vies normales de jeunes gens américains à Brooklyn, New York ou Aurora, Missouri.

Les actes sanglants que nous fûmes appelés à commettre ne sont pas difficiles à tracer dans leur origine: nous avions tous été élevés pour croire que nos leaders politiques avaient de bonnes raisons et qu’on pouvait leur faire confiance pour faire le bien dans le monde ; on nous avait appris que dans le monde il y avait des bons et des méchants, de bons pays et des mauvais et que le notre était très bon. On nous avait entraîné à faire voler ces forteresses volantes, à tirer avec les mitrailleuses, à bombarder en utilisant les viseurs et à être fier de notre boulot et de nos missions. Nous avions aussi été entraînés a suivre les ordres lesquels n’avaient aucune raison d’être mis en doute parce que tout le monde de notre côté représentait le bien et que l’autre côté était le mal absolu. De plus, nous n’avions pas à voir les jambes d’une fillette se faire déchiquetées en résultat du largage de nos bombes, on opérait et larguait à 9 000m d’altitude et nous ne pouvions voir aucun humains au sol, nous ne pouvions pas entendre les hurlements des gens, ceci est sûrement suffisant pour expliquer pourquoi les hommes participent à la guerre. Aucun besoin de se cramponner au côté sombre de la nature humaine.

En fait, quand on regarde la guerre moderne, trouvez-vous des quantités de gens s’y précipitant avec cette volonté farouche de détruire et de tuer ? Pratiquement pas. Vous trouvez des hommes et quelques femmes qui s’engagent à la recherche d’une carrière, de l’aspect “glamour” de l’armée et une sécurité psychologique et économique. Vous en trouvez bien d’autres y étant conscrits sous peine de prison s’ils refusent. Soudain, tous ces gens se retrouvent envoyés à la guerre où l’habitude de suivre les ordres et le résonnement de la propagande à leurs oreilles leur certifiant la justesse de la cause, peuvent avoir raison de la peur ou des scrupules moraux de tuer d’autres êtres humains.

[…] Un autre exemple, lorsque le gouvernement des Etats-Unis décida d’entrer dans la première guerre mondiale, il ne trouva pas une armée d’hommes n’attendant que d’en découdre et de donner libre-court à leur colère et leur instinct “naturel” contre l’ennemi, de se repaître dans leur penchant “naturel” à tuer. En fait, il y eut de grandes manifestations contre la guerre, obligeant le congrès des Etats-Unis à passer une législation punitive contre le mouvement anti-guerre, plus de 2000 personnes furent arrêtés et déférées devant les tribunaux pour avoir critiqué la guerre. En plus de poursuivre en justice les activistes anti-guerre et de conscrire les jeunes gens dans l’armée, le gouvernement dût aussi organiser une large campagne de propagande en envoyant 75 000 harangueurs donner 750 000 discours dans des centaines de villes américaines juste pour persuader les gens que les Etats-Unis entraient dans une guerre juste.

Même avec tout cela, la résistance à la conscription fut importante. Dans la ville de New York, 90 des 100 premiers conscrits demandèrent une exemption. La résistance se propagea dans les états de l’Illinois, de la Floride, du Minnesota…

Il y eut plus de 350 000 hommes qui furent classifiés comme ayant refusé la conscription.

[…] Tandis que 2 millions d’hommes ont servi durant la guerre du Vietnam à un moment ou à un autre, 500 000 refusèrent la conscription et de ceux qui servirent, il y eu plus de 100 000 déserteurs, environ 34 000 GIs furent traduits en cour-martiale et emprisonnés. Si un instinct était à l’ouvrage, ce n’était pas celui de faire la guerre, mais bien celui de ne pas la faire !

[…] Quiconque a déjà participé à un mouvement social a vu et expérimenté le pouvoir de l’idéalisme à faire bouger les personnes vers la coopération et l’auto-sacrifice.

L’histoire, si diligente à enregistrer les désastres, est largement silencieuse sur le nombre impressionnant d’actes de courage perpétrés par des individus défiant l’autorité et défiant la mort.

La question de l’histoire, de son utilisation et des abus de son utilisation, mérite une discussion en elle-même.

Note de résitance 71 : qui est le chapitre suivant du livre et est intitulé:“Utilisation et abus de l’histoire”…. 

Le Kurdistan confédéré démocratique: Ce que la Turquie bras armé de l’occident essaie de détruire… la révolution sociale…

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A lire impérativement en complément pour mieux comprendre cet article: « Le Confédéralisme Démocratique », manifeste d’Abdullah Öcalan, 2011.

— Résistance 71 —

 

Oui le peuple peut changer quelque chose…

L’expérience kurde du Rojava syrien

 

Zaher Baher

 

28 Octobre 2014

 

url de l’article en français:

http://www.alternativelibertaire.org/?Dossier-Kurdistan-Oui-le-peuple

 

Un reportage de Zaher Baher, du Kurdish Anarchists Forum et du Haringey Solidarity Group (Londres), juillet 2014.

Traduit par Alain KMS, avec Alternative libertaire.

1ère partie
2ème partie

Le texte ci-dessous est un des rares témoignages sur l’expérience d’auto-organisation populaire du Kurdistan syrien. C’est la raison pour laquelle il était nécessaire de le rendre accessible aux francophones, en dépit de ses lacunes et de certaines confusions. L’auteur n’ayant pu répondre à nos questions, nous avons recoupé certaines informations avec d’autres sources (merci au journaliste Maxime Azadi, d’Actukurde.fr).

Nous avons fait le choix d’utiliser la version kurde des noms de lieu, tout en indiquant, dans certains cas, leur nom en arabe et en français.

L’intégralité du texte est reproduite, à l’exception d’un passage de géopolitique trop long et trop peu pertinent à notre sens. L’ensemble des analyses n’appartiennent qu’à leur auteur, et n’engagent pas Alternative libertaire.

Les notes sont de l’équipe de traduction.

 

En mai 2014, j’ai parcouru pendant quelques semaines le Kurdistan syrien — « le Rojava » [1] — au nord-est du pays, avec un ami. Durant ce séjour, nous avons eu toute latitude pour rencontrer qui nous voulions : femmes, hommes, jeunes, partis politiques. Dans cette région, il y a plus de 20 partis, qu’ils soient étiquetés « kurdes », « chrétiens », ou autres. Quelques-uns participent à l’« auto-administration démocratique » (Democratic Self Administration, DSA) ou « autogestion démocratique » (Democratic Self Management) de la région de la Cizîrê [2].

La Cizîrê est l’un des trois cantons du Rojava. Nous avons également rencontré des partis politiques kurdes et chrétiens qui ne participent pas à l’auto-administration. En outre, nous avons rencontré des responsables de l’auto-administration, membres de divers comités, groupes et communes, ainsi que des hommes d’affaires, des commerçants, des ouvriers, ou de simples badauds sur le marché et dans la rue.

Le contexte

Le Kurdistan est un territoire peuplé d’environ 40 millions d’habitantes et d’habitants, partagé, à la fin de la Première Guerre mondiale, entre l’Irak, la Syrie, l’Iran et la Turquie. Au cours de l’histoire, le peuple kurde a subi des massacres et même un génocide de la part des régimes qui se sont succédé, principalement en Irak et en Turquie. Depuis lors, il a été continuellement opprimé par les gouvernement centraux. En Irak, sous la dictature de Saddam Hussein, les Kurdes ont subi des massacres à l’arme chimique au cours de l’opération Anfal [3].

En Turquie, il n’y a pas si longtemps encore, les Kurdes n’avaient pas le droit de parler leur propre langue, et ils n’étaient reconnus que comme « Turcs des montagnes » – allusion au relief montagneux du Kurdistan de Turquie. En Syrie, la situation des Kurdes était un peu meilleure qu’en Turquie. L’Iran, lui, les reconnaît comme un peuple distinct des Perses et leur a octroyé des droits, mais pas d’autonomie politique.

Après la 1re guerre du Golfe (1991) s’est constitué en Irak un Gouvernement régional du Kurdistan (GRK). Après la 2e guerre du Golfe (2003), l’invasion et l’occupation de l’Irak, le GRK a profité de la situation pour se renforcer et se doter d’une administration, d’un budget et d’une armée – les peshmergas – autonomes. A Bagdad, le gouvernement central n’a pu qu’entériner cette autonomisation et, dans une certaine mesure, l’a même soutenue. Ceci a encouragé les autres parties du Kurdistan, particulièrement en Turquie et en Syrie.

Au cours de cette même année 2003, des Kurdes de Syrie ont fondé le Parti de l’union démocratique (PYD, pour Partiya Yekîtiya Demokrat), qui est venu s’ajouter aux partis et organisations kurdes déjà existants dans la région. La plupart remontaient aux années 1960 mais s’étaient révélées peu efficients en comparaison du rapide développement du PYD.

Le Printemps arabe

Le Printemps arabe a secoué la Syrie au début de 2011 et, au bout de quelque temps, s’est propagé dans les régions de la Cizîrê, de Kobanê et d’Efrîn. La protestation populaire y a été profonde et constante. Elle a contribué au retrait de l’armée des cantons kurdes, à l’exception de certains territoires de la Cizîrê dont nous parlerons plus loin.

Pendant ce temps, se constituait – avec l’appui du PKK [4] et du PYD – le Mouvement de la société démocratique (Tev-Dem, pour Tevgera Civaka Demokratîk), qui a rapidement acquis une solide assise populaire [5]. Après le départ de l’armée et de l’administration syrienne, la situation est devenue chaotique – nous verrons pourquoi – et le Tev-Dem s’est trouvé dans l’obligation de mettre en application son programme avant que les choses n’empirent.

Le programme du Tev-Dem était très fédérateur, et couvrait tous les sujets de société. Beaucoup de gens du peuple, venus de différents milieux – kurde, arabe, musulman, chrétien, assyrien et yézidi – s’y sont impliqués. Son premier travail a été de mettre sur pieds toute une série de groupes, de comités et de communes [6], dans les rues, les quartiers, les villages, les cantons, les petites et les grandes villes.

Leur rôle a été de s’occuper de toutes les questions sociales : les problèmes des femmes, l’économie, l’environnement, l’éducation, la santé, l’entraide, les centres pour les familles endeuillées, le commerce et les affaires, les relations avec les pays étrangers. Des groupes ont même été chargés d’arbitrer les contentieux, pour éviter aux plaignants qui le souhaitaient d’avoir à engager des procédures judiciaires.

Généralement, ces groupes se réunissent chaque semaine pour faire le point sur la situation sociale. Ils ont leur propre représentant dans le conseil du village ou de la ville, nommé « maison du peuple ».

Le Tev-Dem, à mon sens, est un mouvement des plus efficaces, et assume toutes les tâches qu’il s’est fixé. Je pense que les raisons de son succès sont les suivantes :

  1. La volonté, la détermination et l’énergie de gens convaincus qu’ils peuvent changer les choses ;
  2. La participation volontaire d’une majorité de la population, à tous les niveaux, pour assurer la réussite de cette expérience ;
  3. La mise en place d’une de forces défensives reposant sur trois composantes : les Unités de protection populaire (YPG, pour Yekîneyên Parastina Gel), les Unités de protection féminines (YPJ, pour Yekîneyên Parastina Jin) et l’Asayesh (une force mixte présente dans les villes et sur les points de contrôle). En plus de ces trois composantes, il existe une unité spéciale féminine non mixte, pour traiter les questions de violences sexuelles et domestiques.

De ce que j’ai vu, le Kurdistan syrien a suivi – à raison, à mon avis – une voie différente de celle des autres pays touchés par le « Printemps arabe ». Les différences sont flagrantes.

  1. Les pays du « Printemps arabe » ont été bouleversés par de grands événements, et plusieurs ont chassé leurs dictateurs. Mais le « Printemps arabe », dans le cas de l’Egypte, a engendré un gouvernement islamiste, puis une nouvelle dictature militaire. D’autres pays n’ont guère fait mieux. Cela montre la puissance du peuple qui peut, à un moment donné, être le héros de l’histoire, mais n’est pas forcément en mesure d’inscrire son succès dans la durée. C’est l’une des principales différences entre le « Printemps arabe » et le « Printemps kurde » du Rojava, qui pourrait bien durer – et qui dure, en tout cas, jusqu’à présent.
  2. Au Kurdistan syrien, les gens étaient prêts et savaient ce qu’ils voulaient. Que la révolution devait se faire de bas en haut, et non l’inverse. Que ce devait être une révolution sociale, culturelle et éducative autant que politique. Qu’elle devait se faire contre l’Etat, le pouvoir et l’autorité. Que le dernier mot dans les prises de décision devait revenir aux communautés de base. Ce sont les quatre principes du Tev-Dem. On ne peut que saluer ceux et celles qui ont lancé ces grandes idées et les ont mis en pratique, qu’il s’agisse d’Abdullah Öcalan, de ses camarades ou de quiconque. En conséquence, les Kurdes de Syrie ont créé leurs propres institutions pour mener la révolution. Dans les autres pays du « Printemps arabe », les gens n’étaient pas préparés. Ils voulaient certes renverser le gouvernement, mais pas le système. La majorité pensait que la seule révolution possible se faisait au sommet. La création de groupes de base n’a pas été entreprise, hormis par une minorité d’anarchistes et de libertaires.

L’auto-administration démocratique

Après de longs débats et un dur travail, le Tev-Dem a abouti à la conclusion qu’il était nécessaire d’instituer une auto-administration (DSA) dans chaque canton du Rojava (Cizîrê, Kobanê et Efrîn).

A la mi-janvier 2014, l’Assemblée du peuple de Cizîrê a élu sa propre DSA [7], pour mettre en oeuvre les décisions des maisons du peuple du Tev-Dem, et prendre en main une partie des tâches administratives locales — éducation, santé, commerce, défense, justice, etc. La DSA est composée de 22 hommes et femmes ayant chacun deux adjoints (un homme et une femme). Au total, près de la moitié sont des femmes. Des gens de toutes origines, nationalités et confessions peuvent y participer. Cela permet une atmosphère de confiance, détendue et fraternelle.

En peu de temps, cette auto-administration a fourni beaucoup de travail, et a rédigé une Constitution — nommée Contrat social —, une loi sur les transports, une lois sur les partis, et un programme pour le Tev-Dem [8].

La première page du Contrat social stipule que « les territoires de démocratie autogestionnaire n’admettent pas les concepts d’État-nation, d’armée nationale ou de religion d’État, de gestion centralisée et de pouvoir central, mais sont ouvertes à des formes compatibles avec les traditions démocratiques pluralistes, ouvertes à tous les groupes sociaux et toutes les identités culturelles, à la démocratie athénienne, et à l’expression des nationalités à travers leurs organisations. »

Le Contrat social compte de nombreux articles dont quelques uns sont extrêmement importants pour la société, par exemple :

  1. La séparation de l’État et des religions ;
  2. L’interdiction du mariage en dessous de l’âge de 18 ans ;
  3. La protection des droits des femmes et des enfants ;
  4. La prohibition de l’excision ;
  5. La prohibition de la polygamie ;
  6. La révolution doit se faire à la base de la société et être durable ;
  7. La liberté, l’égalité, l’équité et la non-discrimination ;
  8. L’égalité hommes-femmes ;
  9. La reconnaissance de toutes les langues usitées : l’arabe, le kurde et le syriaque sont langues officielles dans la Cizîrê ;
  10. La garantie d’une vie décente aux détenus, afin de faire de la prison un lieu de réhabilitation ;
  11. La reconnaissance du droit d’asile : aucun réfugié ne doit être contraint de partir.

La situation économique de la Cizîrê

La Cizîrê compte plus d’un million d’habitants, kurdes à 80%, mais aussi arabes, chrétiens, tchétchènes, yézidis, turkmènes, assyriens et arméniens. Il y a de nombreux villages arabes et yézidis, ainsi que 43 villages chrétiens.

Dans les années 1960, le régime syrien a appliqué dans les zones kurdes une politique dite « de la ceinture verte » [9], que le parti Baas a poursuivi quand il est arrivé au pouvoir. Elle consistait en une marginalisation des Kurdes sur les plans politique, économique, social et éducatif. L’objectif de la « ceinture verte » était d’implanter une population arabe dans les zones kurdes, en lui distribuant des terres confisquées aux Kurdes. Bref, sous Assad, les Kurdes étaient des citoyens de troisième rang, après les Arabes et les chrétiens.

Une autre politique a été de cantonner la Cizîrê à la production de blé et de pétrole : pas d’usines, d’entreprises ni d’industrie. La Cizîrê produit 70% du blé syrien et est riche en pétrole, gaz et phosphates. La majorité de la population y est employée dans l’agriculture et le petit commerce, et il faut y ajouter les employés de l’éducation, de la santé, des services publics, les militaires et les petits entrepreneurs.

Après 2008, la situation s’est dégradée quand le régime Assad a promulgué un décret spécial interdisant la construction de grands bâtiments, en raison de la situation de guerre larvée dans cette région périphérique et frontalière.

Actuellement, la situation est mauvaise, du fait des sanctions imposées par la Turquie et par le Gouvernement régional du Kurdistan (on verra pourquoi plus loin). Le quotidien dans la Cizîrê est frugal, le niveau de vie est bas, mais ce n’est pas non plus la pauvreté. Les gens, en général, sont heureux de ce qu’ils ont accompli.

On trouve dans le Rojava les biens de première nécessité indispensables à toute société, ce qui est important, au moins pour le moment, pour éviter la famine, se tenir debout et résister aux sanctions de la Turquie et du GRK. Il y a du blé en quantité suffisante pour produire du pain et des pâtisseries. Le pain, du coup, est quasi gratuit.

Le pétrole est lui aussi très bon marché — on l’a « au prix de l’eau », comme on dit là-bas. On utilise le pétrole pour tout : à la maison, pour les véhicules, pour certains équipements industriels. Le Tev-Dem a rouvert certains puits de pétrole et dépôts de raffinage. A l’heure actuelle, la région produit plus de pétrole que ce dont elle a besoin : elle peut donc en exporter mais aussi stocker les surplus.

L’électricité est un problème, parce qu’elle est en bonne partie produite dans la région voisine, contrôlée par l’État islamique (Daech). Par conséquent, les gens n’ont accès à l’électricité que six heures par jours — mais, au moins, elle est gratuite. Le Tev-Dem a amélioré la situation en vendant du diesel à bas prix aux propriétaires de groupes électrogènes, à la condition qu’ils vendent de l’électricité au voisinage à un prix plafonné.

Pour ce qui est de la téléphonie mobile, les appareils captent, selon la zone, soit le réseau du GRK, soit celui de la Turquie. Les lignes terrestres sont sous le contrôle du Tev-Dem et de la DSA, et semblent bien fonctionner. Là encore, c’est gratuit.

En ville, les boutiques et les marchés sont ouverts tôt le matin, jusqu’à 23 heures. On trouve beaucoup de marchandises de contrebande importées des pays voisins. D’autres produits viennent du reste de la Syrie, mais ils coûtent cher, en raison des taxes prélevées par les forces syriennes ou par les différents groupes armés qui contrôlent les circuits d’approvisionnement.

La situation politique dans la Cizîrê

Comme on l’a dit, la majorité des troupes du d’Assad se sont retirées de la région, ne conservant leurs positions que dans certaines localités. Elles tiennent la moitié de la ville principale, Hesîçe [10], face aux YPG-YPJ. Dans la deuxième ville de la région, Qamişlo [11], 6.000 à 7.000 soldats réguliers occupent toujours l’aéroport et une portion du centre-ville autour de la Poste – évitée du coup par la plupart des habitants.

Les deux parties se toisent et évitent de se frotter l’une à l’autre. Je qualifierais cette situation de « ni paix ni guerre ». Il y a certes déjà eu des affrontements, à Hesîçe comme à Qamişlo, avec des morts de chaque côté, mais jusqu’ici, le chef des tribus arabes a oeuvré à maintenir la coexistence.

Le repli de l’armée syrienne profite en fait aux deux parties.

D’un côté, Assad s’épargne un affrontement inévitable avec les Kurdes, et s’exonère d’avoir à défendre la région contre d’autres forces insurgées [12], puisque les YPG s’en chargent. Ses troupes ont ainsi pu se porter sur d’autres fronts, prioritaires pour le régime. Les YPG-YPJ protègeront de toute façon mieux le Rojava – y compris vis-à-vis de la Turquie – que l’armée syrienne.

D’un autre côté, les Kurdes ont tiré de cette situation des avantages substantiels :

  1. Ils ont cessé de combattre le régime Assad, ce qui a garanti la paix et la liberté pour la population, la sécurité de leurs terres et de leurs biens, et a épargné bien des vies.
  2. Le gouvernement continue de verser les salaires des fonctionnaires, bien que la quasi totalité travaillent à présent sous le contrôle de la DSA. Cela améliore évidemment la situation économique.
  3. La population y a gagné en autonomie dans sa vie et dans ses choix, dans le cadre du Tev-Dem et de la DSA. Plus cette situation se prolonge, et plus elle a de chances de s’enraciner.
  4. Les YPG-YPJ ont eu l’occasion par elles-mêmes, d’engager le combat avec les groupes terroristes, en particulier Daech, quand elles l’ont jugé nécessaire.

Dans la Cizîrê, il existe plus de 20 partis au sein des populations kurdes et chrétiennes. La majorité sont opposés au PYD, au Tev-Dem et à la DSA pour des raisons qui leur appartiennent – j’y reviendrai. Ils ont cependant la liberté de mener leurs activités sans aucune restriction [13]. La seule chose qui leur soit interdite, c’est de posséder leur propre milice armée.

Les femmes et leur rôle

Les femmes sont largement acceptées et occupent une place importante, à tous les niveaux du Tev-Dem, du PYD et de la DSA. En vertu du système dit des « codirigeants » et des « coorganisateurs » (joint leaders and joint organizers), chaque direction de bureau, d’administration ou d’unité combattante doit inclure des femmes. En outre, les femmes ont leurs propres forces armées. Au sein des institutions, l’égalité hommes-femmes est complète.

Les femmes sont une force majeure, et sont très impliquées dans toutes les commissions des maisons du peuple, dans les comités, les groupes et les communes. Les femmes du Rojava ne forment pas seulement la moitié de la société : elles sont la moitié la plus efficace et la plus importante car si elles arrêtaient de travailler dans ces comités ou s’en retiraient, la société kurde pourrait bien s’effondrer. Beaucoup de femmes actives dans la politique ou dans la défense ont longtemps combattu avec le PKK dans les montagnes. Elles sont aguerries, résolues, dynamiques, responsables et courageuses.

Dans le Rojava, les femmes sont sacrées, et Abdullah Öcalan et les autres dirigeants du PKK-PYD ont pris très au sérieux leur rôle dans la reconstruction de la société, sous tous ses aspects. Dans la philosophie d’Öcalan, on ne verra le meilleur de la nature humaine que si la société redevient matriarcale, d’une façon moderne bien sûr [14].

Malgré cette situation, et bien que toutes les femmes soient libres, les relations amoureuses et sexuelles sont rares pour les combattantes. Les militantes et les militants que nous avons rencontrés estiment que tout cela — amour, sexualité, relations — n’est pas d’époque car leur investissement dans la révolution passe avant tout. Quand j’ai demandé ce qui advenait lorsque deux combattant.e.s ou deux responsables politiques tombaient amoureux, on m’a répondu que nul ne pouvait l’empêcher, mais qu’il valait mieux qu’elles soient mutées des postes plus appropriés.

Cela ébahira bien des Européens. Comment peut-on vivre sans amour, ni sexe, ni relations amoureuses ? Pour moi, c’est tout à fait compréhensible. Je pense que c’est leur choix et, si les gens sont libres de choisir, alors il doit être respecté.

Néanmoins, si on laisse de côté les unités combattantes, le Tev-Dem et les autres partis, j’ai fait une curieuse observation : je n’ai pas vu une seule femme travaillant dans un magasin, une station-service, un marché, un café ou un restaurant. Pourtant, les femmes et les questions féminines sont bien plus avancées ici qu’au Kurdistan irakien, qui a pourtant disposé de vingt-deux ans pour établir ses propres lois, avec une marge de manœuvre bien supérieure. Ceci dit, on ne peut pas non plus dire qu’il y ait un mouvement de femmes spécifique ou indépendant au Kurdistan syrien.

Les communes

Les communes sont les cellules les plus actives des maisons du peuple. Il y en a partout, qui se réunissent une fois par semaine pour discuter des affaires courantes. Chaque commune est basée dans un quartier, un village ou une ville, et a son propre représentant à la maison du peuple.

Ci-dessous, la définition de la commune, tirée du Manifeste du Tev-Dem, traduit de l’arabe :

Les commes sont les plus petites cellules et les plus actives. En pratique, elles constituent une société prenant en compte la liberté des femmes, l’écologie, et où est instituée la démocratie directe.

Les communes œuvrent à développer et à promouvoir des commissions. Sans rien attendre de l’État, celles-ci cherchent par elles-mêmes des solutions aux questions sociales, politiques, éducatives, de sécurité et d’autodéfense. Les communes instituent leur propre pouvoir en construisant des organismes tels que les communes agricoles dans les villages, mais aussi des communes, coopératives et associations dans les quartiers.

Il faut former des communes dans la rue, les villages et les villes, avec la participation de toutes et tous les habitants. Les communes se réunissent chaque semaine, et prennent leurs décisions au grand jour, avec leurs membres de plus de 16 ans.

Nous sommes allés à une réunion d’une des communes basée dans le quartier de Cornish, à Qamişlo. Il y avait là 16 à 17 personnes, pour la plupart des jeunes femmes. Nous avons pu discuter de façon approfondie de leurs activités et de leurs tâches. Elles nous ont dit qu’il y avait 10 communes dans le quartier, composées chacune de 16 personnes. « Nous agissons un peu comme des travailleurs sociaux, nous ont-elles dit, avec tout ce que ça comporte : rencontrer les gens, assister aux réunions hebdomadaires, démêler les problèmes, veiller à la sécurité et à la tranquillité publique, collecter les ordures, protéger l’environnement et assister à la grande réunion pour débriefer ce qui s’est passé durant la semaine. »

Elles m’ont confirmé que personne, pas même les partis politiques, ne s’ingère dans les décisions prises collectivement, et en ont cité quelques-unes : « Nous souhaitions utiliser une vaste parcelle, dans une zone résidentielle, pour créer un petit parc. Nous avons demandé une aide financière à la mairie. Elle n’avait que 100 dollars à nous donner. Nous avons pris l’argent, et collecté 100 dollars supplémentaires auprès des habitants. » Elles nous ont fait visiter ce parc en nous expliquant : « Beaucoup de gens ont travaillé bénévolement pour terminer le travail, sans dépenser davantage d’argent. »

Elles nous ont donné un autre exemple : « Le maire voulait lancer un projet dans le quartier. Nous lui avons répondu que rien ne se ferait sans qu’on ait, au préalable, recueilli l’assentiment des habitants. Nous avons tenu une réunion, qui a rejeté le projet. Tout le monde n’ayant pas pu venir à la réunion, nous sommes allés maison par maison pour recueillir les opinions. Le rejet du projet a été confirmé à l’unanimité. »

Quand, à leur tour, elles ont voulu savoir s’il existait des structures similaires à Londres, je leur ai répondu qu’il y avait certes plusieurs groupements, mais malheureusement aucun qui ressemble au leur — uni, progressiste et engagé. Bref, je leur ai avoué qu’elles étaient bien plus avancées que nous. Surprise, déception et même frustration de leur part : comment leur région pouvait-elle être à un stade plus avancé qu’un pays qui a connu la révolution industrielle il y a des siècles !

A suivre…

Résistance au colonialisme: violation des traités et réalité naturelle… D’une relation contre-nature au crime d’État

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“Gariwiio” est la réalité naturelle

Mohawk Nation News

29 Mars 2016

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2016/03/29/gariwiio-is-natural-reality/

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Fait par la nature et non pas créé par l’humain. Le monde naturel suit la direction de la Nature, sa oieri. Nous, les humains, voyageons dans la direction de la nature, comme le soleil, la lune, la terre, les plantes, les animaux… Ceux qui vont à l’encontre de cela créent le chaos, la guerre, la pollution et la souffrance pour toute vie. Les instructions originelles de toute vie sont un code naturel fait pour utiliser nos instincts de survie.

Onwana’kaion est le langage de la terre qui nous enseigne notre relation avec la création (NdT: le mot création ici n’est pas pris dans le sens “chrétien” du terme bien évidemment, mais dans le sens cosmogonique amérindien…). Nous appartenons à la famille et aux enfants qui nous arrivent. La ne wenton ta kari wa teneh, cela n’a pas de fin. Notre esprit doit toujours être exposé à la nature. Se connecter avec la réalité de la nature élimine la confusion. Ion’heh est l’esprit de la vie.

Le feu est l’esprit qui doit être libre et non pas bridé par quiconque ou quelque institution. Kaia’nere:kowa, la grande loi de la paix, nous encourage à utiliser l’énergie de l’univers. Onon’ton:tsara, votre esprit décide pour vous.

Teio’hateh, l’accord deux rangées (NdT: aussi nommé Guswenta) est le lien original entre nous et la création, la nature.

Nous avons accueilli les visiteurs en tant que peuple hospitalier. Nous n’avons jamais invité un peuple égoïste, veule et brutal à venir vivre ici, un peuple qui suit un mode de vie à l’opposé de Kaiane’re:kowa, la voie de cette terre. Ils se sont imposés et ont décidé de saisir notre droit de naissance et de disposer de nous. Otio’kwan’haxta, le lien des familles, a été violé.

Ce qui suit représente des traités américains totalement illégitimes et non pas des traités Onkwe’hon:weh (peuples natifs de l’Île de la Grande Tortue): George Washington a demandé la paix en 1784 au traité de Fort Stanwix, traité qui fut violé par les Américains. Washington, toujours lui, a mis en colère les Rotino’shonni (Iroquois) et d’autres nations et en 1789 il a encore demandé la paix avec le traité de Fort Harmer, que les Américains violèrent une fois de plus. En 1794, il demanda la paix avec le traité de Canandaigua. Tous les traités ont été violés, les rendant de facto nuls et non avenus.

L’article 7 du traité de Canandaigua explique néanmoins le processus à suivre entre deux peuples souverains. Aucun des deux côtés ne peut décider légalement pour l’autre peuple ou citoyens. Les plaintes officielles devaient être déposées auprès de la nation ou des Rotino’shonni (confédération des 6 nations iroquoises). Lorsque notre peuple aurait été prouvé coupable, nous aurions compensé les Etats-Unis ou nous aurions soumis une plainte aux Etats-Unis et s’ils étaient coupables, ils nous auraient compensé. Chaque côté mènerait son enquête légale et déciderait, ainsi enkari’watkwen, la paix est préservée.

Le 13 Mai 1974, lorsque nous avons repris possession de notre terre du lac Moss, l’état de New York n’a pa pu utiliser le traité de Canandaigua parce que nous, les Mohawks, ainsi que la nation Seneca, l’avions rejeté. Les Américains n’ont pas laissé notre peuple lire l’accord bien que nous ayons eu parmi nous des gens parfaitement éduqué. Nous voulions que les mots du traité papier fussent retranscrits dans la ceinture wampum. Ils ont refusé. Aujourd’hui ce sont tous des occupants illégaux !

Turquie et nettoyage ethnique: Erdogan fait-il le sale boulot de l’empire ?

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N’oublions pas que les Kurdes et le PKK c’est depuis 1999 le Confédéralisme Démocratique, mis pas à pas en place depuis 2004-2005 en Turquie et en Syrie. La province syrienne du Rojava est le lieu d’une confédération de communes suivant le manifeste d’Abdullah Ocalan publié en 2011. Cette expérience politico-sociale est une véritabe menace au concept même de l’état-nation, concept erroné et qui a échoué pitoyablement partout.

La question est la suivante: Erdogan est-il le Franco du XXIème siècle ? L’oligarchie qui maintient les états-nations en place se sert-elle aujourd’hui d’Erdogan comme elle s’est servi de Franco (et de ses alliés, incluant pour l’occasion les staliniens et les démocraties dites libérale européennes comme la France ) en 1936-39 pour détruire la révolution sociale en cours ? Pas du tout impossible, affaire à suivre de très près… Kurdes du PKK et affiliés de 2016 et anarchistes espagnols de 1936 semblent avoir une destinée commune.

— Résistance 71 —

 

Erdogan déjà 5 000 Kurdes tués

 

Réseau Voltaire

 

29 Mars 2016

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article191012.html

 

 

Prononçant, le 28 mars 2016, un discours à l’École de guerre, le président Erdoğan a dressé le bilan de la guerre contre la terreur entreprise par son gouvernement depuis l’attentat de Suruç, le 20 juillet 2015.

Alors que cet attentat avait été revendiqué par Daesh et qu’il avait tué des militants du PKK et des Alévis favorables au président el-Assad, le président Erdoğan en avait tiré la conclusion qu’il lui fallait reprendre la guerre contre les organisations kurdes.

En neuf mois plus de 5 000 Kurdes, membres ou non du PKK, ont été tués par les forces de sécurité (armée et police) qui ont perdu de leur côté 355 hommes.

Si les victimes kurdes de la répression turque sont effectivement des combattants du PKK, cette organisation est aujourd’hui profondément atteinte. Mais il semble, qu’en réalité, la très grande majorité des morts soient de simples civils. Dans ce cas, la répression ne fera que susciter la révolte et fera grossir les rangs du PKK.

A ceux qui l’accusent d’avoir supprimé les libertés publiques au nom de la guerre à la terreur, le président Erdoğan a répondu que son pays avait au mieux conservé l’équilibre sécurité/liberté. En effet, a-t-il poursuivi, la guerre [civile] est limitée à de très faibles portion de territoire et n’atteint pas l’ensemble des citoyens. Il a alors vivement critiqué les diplomates occidentaux qui se sont rendus au procès du rédacteur-en-chef de Cumhuriyet —qui avait publié des photos et vidéos des livraison d’armes du MIT aux jihadistes—, les accusant de soutenir un « espion » lié aux terroristes.

Au cours du même discours, le président Erdoğan a souligné que la Turquie ne pouvait pas rester aveugle aux développements dans les Balkans, au Levant, en Afrique du Nord et dans le Caucase où vivent des populations liées par l’affection et la culture turque. En outre, il a rappelé que l’Asie centrale est la « patrie » des Turcs.

Enfin, il a conclu en soulignant que la Turquie ne soutient pas les jihadistes, qu’elle a expulsé plus de 3 500 étrangers qui leur sont liés, et en a incarcéré plus de 1 000.

Résistance à l’empire: Le pourquoi des attentats de Paris en Novembre 2015 et Bruxelles en Mars 2016… et la responsabilité de la France

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Les fourberies du grand Mamamouchi Erdogan, soutenu par l’OTAN et la CIA, sur toile de fond de financement occulte saoudo-qatari (les 4 cavaliers du pétrole…) décortiquées par Thierry Meyssan. En clair, la Turquie est la base action de l’opération Gladio 2.0 de l’OTAN.

Puisque mentionné dans l’article, rappelons ce qu’est le PKK kurde d’Abdullah Ocalan depuis 1999 et ce qu’est le Confédéralisme Démocratique mis en place par les Kurdes du PKK et de leurs branches syriennes depuis 2004-05…

— Résistance 71 —

 

Le mobile des attentats de Paris et de Bruxelles

 

Thierry Meyssan

 

28 Mars 2016

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article190905.html

 

On ne sait pour le moment qui a commandité les attentats de Paris et de Bruxelles. Plusieurs pistes ont été énoncées. Cependant, seule l’hypothèse d’une opération décidée par la Turquie est aujourd’hui étayée. Thierry Meyssan relate le conflit secret qui hante les relations entre l’Union européenne, la France et la Turquie depuis cinq ans.

Il est trop tôt pour désigner avec certitude le commanditaire des attentats qui ont frappé Paris, le 13 novembre 2015, et Bruxelles, le 22 mars 2016. Cependant, pour le moment, seuls les éléments que nous allons exposer en fournissent une explication raisonnable.

* * *

Juste après la mort du fondateur de l’islamisme turc, Necmettin Erbakan, et alors que venait de débuter le « printemps arabe », le gouvernement Erdoğan conclut un accord secret avec la France. Selon un diplomate qui a étudié ce document, il fixe les conditions de participation de la Turquie aux guerres contre la Libye (qui venait de commencer) et contre la Syrie (qui allait suivre). La France, représentée par son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, s’engage notamment à régler la « question kurde » sans « porter atteinte à l’intégrité du territoire turc » ; une formule alambiquée pour signifier que l’on créera ailleurs un pseudo-Kurdistan et que l’on y expulsera les membres du PKK. Ce projet de nettoyage ethnique, qui n’est pas nouveau, avait été jusque-là exclusivement évoqué dans la littérature militaire israélienne qui décrivait le nouvel État à cheval sur la Syrie et l’Irak.

Le 31 octobre 2014, le président François Hollande profite d’une visite officielle de Recep Tayyip Erdoğan à Paris pour organiser une rencontre secrète, à l’Élysée, avec le co-président des Kurdes de Syrie, Salih Muslim. Ce dernier, trahissant les Kurdes de Turquie et leur leader Abdullah Öcalan, accepte de devenir le président du pseudo-Kurdistan qui devrait être créé à l’occasion du renversement du président démocratiquement élu Bachar el-Assad.

C’est le moment de la bataille de Kobané. Durant plusieurs mois, les Kurdes syriens défendent la ville face à Daesh. Leur victoire sur les jihadistes va renverser l’échiquier politique : si l’on veut vraiment combattre les jihadistes, il faut s’allier aux Kurdes. Or, les Kurdes syriens n’ont obtenus la nationalité qu’au début de la guerre, jusque-là ils étaient réfugiés politiques turcs en Syrie, chassés de leur pays lors de la répression des années 80. Les États membres de l’Otan considéraient alors le PKK, principale formation kurde de Turquie, comme une organisation terroriste. Désormais, ils vont distinguer le mauvais PKK turc du bon YPG syrien, bien que les deux organisations soient sœurs.

Coup de théâtre, le 8 février 2015, la France revient sur son engagement antérieur. François Hollande reçoit à l’Élysée, officiellement cette fois, la co-présidente des Kurdes de Syrie fidèle à Öcalan, Asya Abdullah, et la commandante Nesrin Abdullah en uniforme léopard. Salih Muslim est absent de la réunion.

Recep Tayyip Erdoğan réagit en commanditant un attentat de Daesh à Suruç contre une manifestation pro-Kurdes, le 20 juillet 2015. S’emparant de la rhétorique occidentale anti-terroriste, il déclare alors la guerre à la fois à Daesh et aux Kurdes, mais n’utilise ses moyens militaires que contre les derniers. Ce faisant, il met fin au cessez-le-feu et relance la guerre civile dans son propre pays. À défaut d’un pseudo-Kurdistan en Syrie, il provoquera l’exode des Kurdes vers l’Europe.

Le 3 septembre 2015, la publication de la photographie d’un enfant kurde noyé marque le début d’une vaste vague de migration depuis la Turquie, vers l’Union européenne, principalement vers l’Allemagne. Durant les premières semaines, les dirigeants allemands se félicitent de cet afflux massifs de nouveaux travailleurs dont leur industrie lourde a grand besoin, tandis que les médias expriment leur compassion pour les réfugiés qui fuiraient la dictature syrienne. Plus encore, le 29 septembre, les dirigeants français et allemands se saisissent de l’empathie envers les migrants pour étudier la possibilité de subventionner la poursuite de la guerre en versant 3 milliards d’euros à la Turquie ; un don que l’on présentera à l’opinion publique comme une aide humanitaire pour les réfugiés.

Fin septembre 2015, la Russie débute son opération militaire contre les jihadistes de tous poils. Recep Tayyip Erdoğan voit ainsi s’évanouir son projet. Il pousse alors Salih Muslim à lancer une opération de kurdisation forcée du Nord de la Syrie. Des brigades kurdes expulsent les professeurs arabes et assyriens des écoles et les remplacent par des enseignants kurdes. Les Syriens se révoltent et en appellent aux Russes qui calment la situation, non sans évoquer une possible fédéralisation ultérieure de la Syrie. La France est aux abonnés absents.

Le 13 novembre, la Turquie exaspérée des revirements de François Hollande prend la France en otage et commandite des attentats à Paris, faisant 130 morts et 413 blessés.

j’écrivais alors : « Les gouvernements français successifs ont noué des alliances avec des États dont les valeurs sont à l’opposé de celles de la République. Ils se sont progressivement engagés à livrer des guerres secrètes pour eux, avant de se rétracter. Le président Hollande, son chef d’état-major particulier le général Benoit Puga, son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius et son prédécesseur Alain Juppé font aujourd’hui l’objet d’un chantage dont ils ne pourront sortir qu’en révélant dans quoi ils ont fourvoyé le pays. » [1].

Terrorisé, Paris revient précipitamment au plan Juppé de 2011. Avec Londres, il fait adopter le 20 novembre la résolution 2249 par le Conseil de sécurité. Sous couvert de lutte contre Daesh, il s’agit de justifier la conquête du Nord de la Syrie pour y créer, enfin, ce pseudo-Kurdistan où Recep Tayyip Erdoğan pourra expulser « ses » Kurdes. Mais les États-Unis et la Russie retoquent légèrement le texte de sorte que la France et le Royaume-Uni ne peuvent intervenir sans y être invités par la Syrie ; une situation qui n’est pas sans rappeler l’opération coloniale manquée de 1956, lorsque les troupes franco-britanniques tentèrent d’occuper le Canal de Suez avec le soutien d’Israël et de la Turquie, mais durent se retirer face aux froncements de sourcils des États-Unis et de l’URSS.

Durant les cinq mois et demi de l’intervention russe en Syrie, les relations turco-russes ne cessent de se dégrader. L’attentat contre le Vol 9268 Metrojet dans le Sinaï, les accusations de Vladimir Poutine au sommet du G20 à Antalya, la destruction du Sukhoï-24 et les sanctions russes contre la Turquie, la publication des photographies aériennes de la noria de camion-citernes acheminant le pétrole volé par Daesh à travers la Turquie, etc. Après avoir envisagé d’entrer en guerre contre la Turquie, la Russie décide finalement de jouer plus subtilement et de soutenir le PKK contre l’administration Erdoğan. Sergeï Lavrov parvient à convaincre son partenaire états-unien de profiter de la déstabilisation à venir de la Turquie pour organiser un renversement du dictateur Erdoğan. Le régime turc, qui se sait menacé à la fois par la Russie et les USA, tente de se refaire des alliés. Le Premier ministre Ahmet Davutoğlu se rend le 5 mars à Téhéran, tandis que le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, se déplace à Ankara, le 18 mars. Mais la République islamique n’entend pas se brouiller avec les deux Grands.

Le 14 mars, Vladimir Poutine annonce le retrait des bombardiers russes, le projet du pseudo-Kurdistan redevient donc possible. Mais Moscou et Washington prennent un coup d’avance : ils commencent à livrer indirectement des armes au PKK.

Manque de chance, cette fois, c’est l’Union européenne qui ne veut plus entendre parler de colonisation du Nord de la Syrie. La majorité des États-membres suit la politique étrangère imposée par Paris depuis cinq ans, avec l’absence de succès que l’on connaît. Pour marquer leur énervement, plusieurs États, dont la Belgique, ont accordé l’asile politique à des leaders kurdes turcs. Ils manifestent leur mauvaise humeur lors du sommet UE-Turquie des 17 et 18 mars au cours duquel ils sont contraints d’adopter définitivement la subvention de 3 milliards d’euros annuels à Ankara.

Je dénonçais alors le comportement des élites européennes qui, aveuglées par leur obsession anti-syrienne, reproduisaient la même erreur qu’en 1938. À l’époque, obsédées par leur anti-communisme, elles avaient soutenu le chancelier Hitler lors de l’annexion de l’Autriche et lors de la crise des Sudètes (accords de Munich), sans se rendre compte qu’elles armaient le bras qui allait les frapper [2].

Durant le sommet UE-Turquie, et donc indépendamment des décisions qui y furent prises, le président Erdoğan prononce un discours télévisé à l’occasion du 101ème anniversaire de la bataille de Çanakkale (« la bataille des Dardanelles » ; la victoire de l’Empire ottoman sur les Alliés) et en mémoire des victimes de l’attentat perpétré à Ankara quelques jours plus tôt. Il déclare : 
« Il n’y a aucune raison que la bombe qui a explosé à Ankara, n’explose pas à Bruxelles ou dans une autre ville européenne (…) Là, je lance un appel aux États qui leur ouvrent les bras qui, directement ou indirectement, soutiennent les organisations terroristes. Vous nourrissez un serpent dans votre lit. Et ce serpent que vous nourrissez peut à tout moment vous mordre. Peut-être que regarder des bombes qui explosent en Turquie sur vos écrans de télévision ne signifie rien pour vous ; mais quand les bombes commenceront à exploser dans vos villes, vous comprendrez certainement ce que nous ressentons. Mais alors, il sera trop tard. Arrêtez de soutenir des activités que vous ne tolérez jamais dans votre propre pays, sauf lorsqu’elles sont contre la Turquie. » [3].

Quatre jours plus tard, des attentats frappent Bruxelles, faisant 34 morts et 260 blessés. Et pour que l’on ne pense pas à une coïncidence, mais bien à un acte délibéré, la presse turque du lendemain se réjouit de la punition infligée à la Belgique [4].

Depuis que le président Erdoğan a relancé la guerre civile, elle a coûté la vie à plus de 3 500 personnes en Turquie.

[1] « La République française prise en otage », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 novembre 2015.

[2] « Le suicide européen face à la Turquie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 21 mars 2016.

[3] Lire un extrait du discours : « Erdoğan menace l’Union européenne », par Recep Tayyip Erdoğan, Réseau Voltaire, 25 mars 2016.

[4] « La Turquie revendique le bain de sang de Bruxelles », par Savvas Kalèdéridès, Traduction Christian, Réseau Voltaire, 24 mars 2016.

Règlement de compte chez les sbires de l’oligarchie: Quand l’ex-maire de New York accuse la harpie Clinton d’être un « membre fondateur de Daesh »…

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L’ancien maire de New York Rudy Giuliani dit qu’Hillary Clinton est un des membres fondateurs de Daesh

28 Mars 2016

Source: https://resistanzblog.wordpress.com/2016/03/28/ex-maire-de-new-york-hillary-clinton-est-un-des-membres-fondateurs-de-daech-sputniknews/

L’ANCIEN MAIRE DE NEW YORK RUDY GIULIANI A DÉCLARÉ QUE LA CANDIDATE DÉMOCRATE À LA PRÉSIDENCE AMÉRICAINE HILLARY CLINTON POUVAIT ÊTRE CONSIDÉRÉE COMME « MEMBRE FONDATRICE » DE L’ORGANISATION TERRORISTE ETAT ISLAMIQUE.

Dans une interview accordée à Fox News à propos des attaques à Bruxelles, Rudi Giuliani a accusé l’administration Obama d’en être en quelque sorte responsable et a lié au nom de Hillary Clinton les échecs de l’administration face à Daech.

« Hillary Clinton peut être considérée comme une fondatrice de l’EI. Elle a eu sa chance de rallier les gens contre Daech, mais elle a, au contraire, aidé à créer Daech », a-t-il déclaré.

Un chef de l’Etat islamique « meilleur élève » des instructeurs US

« Elle faisait partie de l’administration Obama qui avait décidé de se retirer d’Irak, qui avait décidé de laisser Maliki dirigier l’Irak, ce qui avait provoqué son implosion et avait forcé les Chiites à faire des choix. Elle n’est pas intervenue en Syrie au moment opportun », a-t-il ajouté.Ayant critiqué la candidate démocrate à la présidence des Etats-Unis, Rudy Giuliani, républicain lui-même, a trouvé des mots de soutien pour les candidats républicains Donald Trump et Ted Cruz.

Changement de paradigme politique: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique (Abdullah Ocalan) ~ 2ème partie ~

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Le Confédéralisme Démocratique

Traduction d’extraits et commentaires du manifeste “Democratic Confederalism” d’Abdullah Ocalan, 2011, édition International Initiative

Par

Résistance 71

 

Mars 2016

 

1ère partie

2ème partie

 

Le confédéralisme démocratique et un système politique démocratique

En contraste total avec une compréhension administrative centraliste et bureaucratique de l’exercice du pouvoir politique, le confédéralisme pose un type d’autogestion politique où tous les groupes de la société et toutes les identités culturelles peuvent s’exprimer dans des assemblées locales, dans des conventions générales et des conseils (NdT: Ceci est connu par exemple depuis le XIIème siècle au sein de la confédération des 5 puis 6 nations iroquoises suivant la Grande Loi de la Paix, loi de la terre, Kaiane’reko:wa et même auparavant avec la plus vieille confédération reconnue au monde: celle de l’Islande.). Cette compréhension de la politique et de la démocratie ouvre ce même espace politique à toutes les strates de la société et permet la formation de groupes politiques divers et différents. Ceci sert également à l’intégration politique de la société dans son entièreté. La politique devient une grande partie de la vie quotidienne. Sans politique la crise de l’État ne peut pas être résolue car la crise est alimentée par un manque de représentation de la société politique. Les termes de fédéralisme et d’auto-administration, connus dans les “démocraties libérales” doivent être repensés. Ces termes ne doivent pas être pensés en termes de hiérachisation de l’administration de l’état-nation mais plutôt comme des outils centraux de l’expression sociale et de la participation citoyenne. Ceci poussera naturellement la politisation de la société. Il n’y a aucun besoin de grandes théories politiques ici, ce dont nous avons besoin est de laisser libre-court à l’expression des besoins sociaux en renforçant structurellement l’autonomie des acteurs politico-sociaux et en créant les conditions pour l’organisation de la société dans son entièreté. La création d’un niveau opérationnel où toutes sortes de groupes politiques, sociaux, de communautés rfeligieuses ou de tendances intellectuelles pourront s’exprimer directement dans toutes les prises de décision politique. Ceci peut aussi être appelé la démocratie participative. Plus forte est la participation et au plus puissant est ce type de démocratie.

Là où l’état-nation est en contraste total avec l’idée même de démocratie, voire même en nie l’existence, le confédéralisme démocratique constitue lui, un processus démocratique fluide et continu.

Les acteurs sociaux, qui sont par eux-mêmes des unités fédératives, sont les cellules de la germination de la démocratie participative. Ils peuvent se combiner, s’associer dans de nouveaux groupes et confédérations (associations libres) en rapport avec la situation. Chacune des unités politiques impliquées dans la démocratie participative est essentiellement démocratique.

De cette façon, ce que nous appelons démocratie est l’application des processus démocratiques de prise de décision politique partant du local pour rayonner vers le global et ce dans un cadre de processus politique fluide et continu. Ce processus va affecter la structure de la toile sociale de la société en contraste avec la poussée pour l’homogénéité de l’état-nation, une construction qui ne peut être obtenue que par la force menant ainsi à la perte inhérente de la liberté.

J’ai déjà dit que le niveau local est le niveau où les décisions sont prises. Quoi qu’il en soit, la pensée menant à ces décisions a besoin d’être en ligne et en connexion avec les problèmes globaux et généraux. Nous devons comprendre et intégrer le fait que mêmes les villages et les banlieues urbaines demandes des structures confédérées. Tous les aspects de la société doivent être autogérés et tous les niveaux doivent être libres de participer.

L’auto-defense

Essentiellement, l’état-nation est une entité structurée militairement. Les états-nations sont tous ultimement des produits de toutes sortes de conflits et de guerres internes et externes. Absolument aucun de tous ces états-nations existant, n’est apparu “naturellement”, par lui-même. Invariablement, ils ont un grand nombre de guerres en archives. Ce processus n’est pas limité à leur phase de création, mais plutôt, il construit sur la militarisation de la société entière. Le leadership civil de l’état-nation n’est qu’un ustensile de son appareil militaire. Les démocraties dites libérales vont même plus loin en peignant leurs structures militaires aux couleurs de la démocratie libérale. Cela ne les empêche nullement de rechercher des solutions autoritaires au climax d’une crise qui a été engendrée par le système lui-même. L’exercice fasciste du pouvoir est la nature même de l’état-nation. Le fascisme est la forme la plus pure de l’état-nation.

Cette militarisation ne peut-être repoussée qu’avec l’aide de l’auto-défense. Les sociétés sans aucun mécanisme d’auto-défense perdent leur identité, leur capacité de prise de décision démocratique et leur nature politique. C’est pourquoi l’auto-défense d’une société n’est pas seulement limitée à la dimension militaire. Cela présuppose également la préservation de son identité, de sa propre conscience politique et d’un processus de démocratisation. Alors seulement peut-on parler d’auto-défense.

Sur cette toile de fond, le confédéralisme démocratique peut être appelé un système d’auto-défense de la société. Seulement avec l’aide de réseaux confédérés peut-il y avoir une base pour opposer la domination globale des monopoles et du militarisme de l’état-nation.

Contre le réseau des monopoles, nous devons construire un réseau tout aussi fort de confédérations politico-sociales. Ceci veut dire en particulier que le paradigme social du confédéralisme n’implique aucunement un monopole militaire des forces armées, qui n’ont pour seule tache que d’assurer la sécurité intérieure et extérieure. Elles sont sous le contrôle direct des institutions démocratiques (les assemblées). La société elle-même déterminera leurs devoirs. Une de leurs taches majeure sera la défense de la liberté d’action de la société d’interventions intérieures et extérieures. La composition du leadership militaire doit être déterminée en termes et parties égaux d’à la fois les institutions politiques et les groupes confédérés.

Le confédéralisme démocratique contre la velléité d’hégémonie

Dans le confédéralisme démocratique, il n’y a aucune place pour quelque sorte de volonté hégémonique que ce soit. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’idéologie. L’hégémonie est habituellement un principe qui est suivi par le type classique de civilisation. Les civilisations véritablement démocratiques rejettent les pouvoirs hégémoniques et les idéologies.

[…]

La façon collective de gérer les affaires sociales a besoin de compréhension, de respect des opinions non consentantes ou dissidentes et des méthodes démocratiques de prise de décision. Ceci est en contraste total avec la compréhension de la notion de leadership dans la modernité capitaliste où des décisions bureaucratiques arbitraires du caractère de l’état-nation sont diamétralement opposées avec le leadership démocratique confédéré en ligne avec des fondations éthiques.

Dans le confédéralisme démocratique les institutions de leadership n’ont pas besoin de validation, de légitimation idéologiques. De la sorte, elles n’ont aucune velléité d’obtenir l’hégémonie.

Il est bien entendu que le point de focalisation du confédéralisme démocratique se situe au niveau local, néanmoins l’organisation du confédéralisme au niveau global n’est en rien exclu. Au contraire, nous avons besoin d’établir une plateforme de sociétés civiles nationales en termes d’une assemblée confédérée afin de nous opposer aux Nations-Unis en tant qu’association des états-nations sous la direction des grandes puissances. De cette façon, nous pourrions obtenir de meilleures décisions en ayant toujours une claire vision sur la paix, l’écologie, la justice et la productivité dans le monde.

Conclusion

Le confédéralisme démocratique peut-être décrit comme une sorte d’auto-administration, d’autogestion, en contraste total avec l’administration de l’état-nation. Mais, sous certaines circonstances, une coexistence pacifique est possible aussi loin que l’état-nation n’interfère pas avec les affaires centrales de l’autogestion. (NdT: On reconnaît ici le principe même du traité Wampum Deux Rangées mis en place par la confédération iroquoise pour gérer les relations entre la confédération et des groupes extérieurs venant en contact, ceci pour dire que le mécanisme de gestion de l’autre existe, il a déjà été mis en place dans l’histoire et fonctionne parfaitement bien, le colonialisme en tant que fonction inhérente de l’État destructeur a cancérisé la société humaine. L’État est un cancer ! ). Toute intervention d’interférence appelerait à une action d’auto-défense de la part de la société civile.

Le confédéralisme démocratique n’est en guerre avec aucun état-nation mais il ne restera pas passif et timide à tout effort d’assimilation. Un renversement révolutionnaire ou la fondation d’un nouvel état ne créent en rien un changement durable et viable. Sur le long terme, liberté et justice ne peuvent être accomplies que par un processus dynamique politique démocratique et confédéré.

Ni le rejet total ni la reconnaissance totale de l’état sont utiles aux efforts démocratiques de la société civile. L’estompage de l’état, particulièrement de l’état-nation, est un processus de long-terme.

L’état sera dépassé lorsque le confédéralisme démocratique aura prouvé ses capacités à résoudre les problèmes en vue des affaires politiques et sociales. Ceci ne veut pas dire que des attaques par l’état-nation doivent être acceptées. Les confédérations démocratiques vont maintenir l’auto-défense et ses forces à tout moment. Les confédérations démocratiques ne seront pas limitées à s’organiser au sein d’un territoire particulier. Elles vont devenir des confédérations au-delà des frontières lorsque les sociétés concernées le désireront.

Les principes du confédéralisme démocratique

  1. Le droit d’auto-détermination des peuples inclut le droit à un état qui leur soit propre. Mais la fondation d’un état n’augmente en rien la liberté des peuples. Le système des Nations-Unies (ONU) qui est basé sur l’état-nation est demeuré inefficace. Dans le même temps, les états-nations sont devenus de sérieux obstacles pour tout développement social. Le confédéralisme démocratique est le paradigme par contraste du peuple opprimé.
  2. Le confédéralisme démocratique est un paradigme politico-social non étatique. Il n’est pas contrôlé par un état. Dans le même temps, le confédéralisme démocratique est le modèle organisationnel culturel d’une nation démocratique.
  3. Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la base du epuple. Ses processus de prises de décisions reposent sur les communautés. De plus hauts niveaux ne servent qu’à la coordination et la mise en place de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués (révocables) aux assemblées générales. Pour une durée et un espace limités, ils sont à la fois les portes-parole et institutions exécutives. Quoi qu’il en soit, la base du pouvoir de décision demeure avec les institutions de la base populaire au sein des communautés.
  4. Au Moyen-Orient, la démocratie ne peut pas être imposée par le système capitaliste et ses puissances impérialistes qui ne font qu’endommager la démocratie. La propagation de la démocratie de la base populaire est élémentaire. C’est la seule approche qui peut s’occuper des divers groupes ethniques, religions et différences de classes actuelles. Cela est aussi en adéquation avec la structure confédérale traditionnelle de la société dans son ensemble.
  5. Le confédéralisme démocratique au Kurdistan est un mouvement anti-nationaliste. Il vise à réaliser le droit d’auto-défense des peuples par l’avancement de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan sans questionner les frontières politiques existantes. Son but n’est absolument pas la formation d’un état-nation kurde, mais le mouvement a l’intention d’établir des structures fédérales en Iran, en Turquie, en Syrie et en Irak, qui seront ouvertes à tous les Kurdes et dans le même temps qui formeront une confédération parapluie pour les quatre parties du Kurdistan.

Les problèmes des peuples au Moyen-Orient et les voies possibles pour une solution

La question nationale n’est pas un fantasme de la modernité capitaliste. Mais quoi qu’il en soit, ce fut cette modernité capitaliste qui imposa cette question à la société. La nation remplaça la communauté religieuse., mais la transition vers une société nationale a besoin de dépasser ceci si la nation ne veut pas demeurer le déguisement des monopoles répressifs.

[…] La méthode pour gérer ce problème ne doit pas être idéologique mais scientifique et pas du domaine de l’état-nation, mais au contraire basé sur le concept de nation démocratique et de communalisme démocratique.

[…] Au lieu de cultiver une concurrence productive, le capital impose des guerres internes et externes au nom de l’état-nation.

La théorie du communalisme serait une alternative au capitalisme. Dans le cadre de nations démocratiques qui ne poussent pas pour des monopoles de pouvoir, cela peut conduire à la paix dans une région qui n’a été que le théâtre de guerres sanglantes et de génocides.

Dans ce contexte, nous pouvons parler de quatre nations majoritaires: arabes, perses, turques et kurdes. Je ne veux pas diviser les nations en majorité et minorité car je ne trouve pas cela très approprié. Mais à cause de considérations démographiques, je parlerai de nations majoritaires. Nous pouvons utiliser le terme de monoritaire dans le même contexte démographique.

  1. Il y a plus de 20 états-nations arabes qui divisent la communauté arabe et endommagent leurs sociétés par des guerres sans fin. […] Un nationalisme tribal motivé religieusement combiné avec une société patriarcale sexiste sont pervasifs à toutes les zones de la société résultant en un conservatisme très particulier et une forme d’obéissance très esclavagiste. Personne ne croit que les Arabes seront capables de trouver une solution nationale arabe à leurs problèmes endogènes. Quoi qu’il en soit, une démocratisation et une approche communaliste pourraient bien apporter une telle solution. Leur faiblesse envers Israël, que les états-nations arabes regardent comme un concurrent, n’est pas seulement le résultat d’un soutien international des puissances hégémoniques [à Israël], mais plutôt est le résultat de fortes institutions communales au sein d’Israël. Au cours du siècle écoulé, la société de la nation arabe a été affaiblie par un nationalisme radical et l’islamisme. Pourtant, s’ils sont capables d’unifier le socialisme communaliste auquel ils ne sont pas du tout étrangers avec la compréhension d’une nation démocratique, alors ils seront capables de trouver une solution sécure de long terme.
  2. Les Turcs et les Turkmens forment une autre nation d’influence. Ils partagent une compréhension idéologique et de pouvoir similaire avec les Arabes. Ils sont de profonds convaincus du bienfondé de l’état-nation et ont de profondes racines religieuses et de nationalisme racial.
    […] Les problèmes nationaux sont complexes. Le pouvoir dérive et se renforce de l’état-nation, d’un nationalisme distinctif et d’une société patriarcale sexiste, créant un environnment social ultra conservateur. La famille y est vue comme la plus petite cellule de l’État. Les communautés turques et turkmens luttent pour le pouvoir. Les autres groupes ethniques sont soumis à une politique de subjugation. Les structures du pouvoir centralisées de l’état-nation turc avec son idéologie officielle très rigide ont empêché jusqu’à aujourd’hui une solution viable à la question kurde. La société a été amenée à penser qu’il n’y a aucune alternative à l’État. (NdT: ceci est également vrai dans toute la société occidentale où les institutions étatiques persuadent les peuples qu’il n’y a non seulement pas d’alternative à l’État, mais que l’État serait la forme organisationnelle la plus “évoluée” pour l’humanité…) Ainsi, il n’y a aucun équilibre entre l’individu et l’état. L’obéissance aveugle est vue comme la plus grande des vertus. […]
    Une confédération démocratique des communautés nationales turques pourrait être une sérieuse contribution à la paix dans le monde et à un système de modernité démocratique.
  3. La société national kurde est très complexe. Dans le monde, les Kurdes sont la plus grande nation sans un état à leur nom. Les Kurdes sont sur leurs terres actuelles depuis le Néolithique.
    La question nationale kurde émerge du fait qu’on leur a toujours nié le droit à une nationalité. Certains ont essayé de les assimiler, de les annihiler et à la fin, simplement de nier leur existence même. Ne pas avoir son propre état possède des avantages et des inconvénients. Ce fut certainement un bénéfice dans la compréhension pour la réalisation de concepts sociaux alternatifs bien au-delà de la modernité capitaliste. La zone d’établissement du peuple kurde est divisée par les frontières de quatre pays (la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran) et se trouve au cœur même d’une très importante région géostratégique, ce qui donne aux Kurdes un gros avantage stratégique. Les Kurdes ne forment pas une société nationale au moyen du pouvoir d’état. Bien qu’il existe aujourd’hui une entité politique kurde dans un “Kurdistan irakien”, ceci n’est pas un état-nation mais plutôt une entité para-étatique.
    Le Kurdistan a aussi été la patrie de minorités arméniennes et aramaïques/araméennes avant que celles-ci ne soient les victimes de génocides (commis par les états-nations). Il y a aussi de petits groupes arabes et turcs. Même aujourd’hui, il y a beaucoup de religions et de croyances différentes vivant côte à côte en terres kurdes. Il y a aussi quelques rudiments de culture tribale et clanique tandis qu’il n’y a pratiquement aucune culture urbaine.
    Toutes ces propriétés sont une grande opportunité pour de nouvelles formations politiques démocratiques ; des coopératives communales dans l’agriculture, mais aussi dans la distribution de l’eau, de l’énergie, sont d’excellents moyens de production. La situation est aussi favorable pour le développement d’une société politique éthique, même l’idéologie patriarcale est moins ancrée ici que dans les sociétés voisines.
    Ceci est bénéfique pour l’établissement d’une société démocratique où la liberté de la femme et l’égalité seront un des principaux piliers. Ceci donne aussi l’opportunité de construire une nation démocratique fondée sur des identités multi-nationales ce qui représente une bien meilleure solution à l’impasse présentée par l’état-nation. L’entité émergente de tout ceci pourrait servir de modèle pour tout le Moyen-Orient et s’étendre dynamiquement dans les pays voisins. Convaincre les pays voisins de ce modèle changera la face et la destinée dub Moyen-Orient et renforcera la chance pour la modernité démocratique de créer une alternative réelle et viable.
  4. Les raisons des problèmes de la nation perse ou iranienne d’aujourd’hui peuvent être trouvées dans les interventions des civilisations historiques et la modernité capitaliste. Bien que leur identité d’origine fut le résultat de la tradition zoroastre et mithraïque, celles-ci furent annulées par un dérivé de l’Islam. Le manichéisme qui émergea de la synthèse du judaïsme, du christianisme et de l’Islam mélangés à la philosophie grecque ne fut pas capable de prévaloir sur l’idéologie de la civilisation officielle. De fait, cela n’alla pas plus loin que de pomponner la tradition de la rébellion. Ceci convertit donc la tradition islamique en une dénomination chi’ite et l’a adopté pour être la dernière idéologie civilisationnelle en date. Des efforts sont faits pour moderniser cette idéologie en passant des éléments de la modernité capitaliste au travers du filtre chi’ite.
    La société iranienne est multi-ethnique et multi-religieuse et possède une très riche culture. Toutes les identités nationales et religieuses du Moyen-Orient peuvent se trouver en Iran. Cette diversité est en contraste marqué avec l’affirmation hégémonique de la théocratie qui cultive un subtil nationalisme religieux et la classe dirigerante ne se recoqueville pas de sa propagande anti-moderniste lorsque cela sert ses intérêts. Des tendances révolutionnaires et démocratiques ont été intégrées par la civilisation traditionnelle. Un régime despotique y gouverne avec perspicacité.
    Malgré un centralisme étatique très fort en Iran, une forme de fédéralisme existe depuis la base populaire. Lorsque des éléments de civilisation démocratique et fédéraliste s’y entrecroisent incluant les Azeris, les Kurdes, les Balouchis, les Arabes et les Turkmens, le projet d’une “Confédération Démocratique d’Iran” peut tout à fait émerger et devenir une solution très attractive. Le mouvement des femmes et les traditions communales joueront ici un rôle spécial et prépondérant.
  5. La question nationale arménienne contient une des plus grandes tragédies que le “progrès” de la modernité capitaliste ait amené au Moyen-Orient. Les Arméniens sont un vieux peuple. Ils partagent bien de leurs installations territoriales avec les Kurdes. Tandis que les Kurdes vivent principalement de l’agriculture et de l’élevage, les Arméniens sont des artisans et des artistes. Tout comme les Kurdes, les Arméniens ont développé une tradition d’auto-défense. Mise à part une très courte période, les Arméniens n’ont jamais fondé d’État. Ils reposent sur la foi chrétienne qui leur donne leur identité et leur foi en la rédemption. A cause de leur religion, ils furent souvent opprimés par la majorité musulmane. Ainsi, le nationalisme émergeant bourgeonna dans la bourgeoisie arménienne. Il y eut très vite de grandes différences avec le nationalisme turc ce qui déboucha sur le génocide des Arméniens par les Turcs. Les Arméniens sont le second groupe culturel avec les juifs vivant dans une diaspora. La création d’un état arménien à l’ouest de l’Azerbaïdjan n’a néanmoins pas résolu la question nationale arménienne. Les conséquences du génocide ne peuvent pas être exprimées par les mots. La quête de leur pays perdu définit leur psychée nationale et est au cœur même de la question arménienne. La situation est aggravée par le fait que ces zones ont été colonisées depuis par d’autres personnes. Tous concepts basés sur un état-nation ne peuvent pas résoudre le problème, offrir une vraie solution. Il n’y a là-bas ni une structure populaire homogène, ni de frontières suffisamment claires comme il est requis dans le système de la modernité capitaliste.
    Ainsi des structures confédérées pourraient bien être la solution pour le peuple arménien. […] Cela leur permettrait de retrouver une place dans la pluralité culturelle moyen-orientale. S’ils se renouvelaient sous une nation arménienne confédérale démocratique, non seuleent continueraient-ils à jouer un rôle historique important au sein de la culture moyen-orientale, mais ils y trouveraient également le vrai chemin de la libération.
  6. Dans les temps modernes, les chrétiens araméens (Assyriens) ont aussi souffert de la même destinée que les Arméniens. Eux aussi sont un des plus vieux peuples du Moyen-Orient. Ils ont partagé une zone teritoriale avec les Kurdes et avec d’autres peuples. Tout comme les Arméniens, ils ont souffert d’une oppression de la part de la majorité musulmane pavant la voie pour un nationalisme araméen de leur bourgeoisie. Les Araméens furent aussi victimes d’un génocide aux mains des Turcs sous les auspices criminels du Comité pour l’Unité et le Progrès fasciste. Des collabos kurdes au régime ont été complices de ce génocide. La question de la société nationale araméenne a ses racines dans la civilisation mais s’est aussi développée plus avant avec le christianisme et les idéologies de la modernité. Pour une solution viable, il est besoin d’un changemement radical des Araméens. Leur véritable salut réside probablement dans leur départ de la mentalité de la civilisation classique et de la modernité capitaliste et en lieu et place, embrasse la civilisation démocratique et renouvelle leur riche mémoire culturelle comme un élément de la modernité démocratique afin qu’ils se reconstruisent comme une “Nation Araméenne Démocratique”.
  7. L’histoire du peuple juif donne aussi une expression de la problématique générale de l’histoire culturelle du Moyen-Orient. La recherche de la toile de fond d’expulsion, de pogroms et de génocide revient à équilibrer les comptes des civilisations. L’ancienne communauté juive a pris les influences des anciennes cultures sumérienne et égyptienne ainsi que que celles des cultures tribales locales. Elle a énormément contribué à la culture moyen-orientale. Comme les Araméens, ils furent les victimes des développement extrèmes de la modernité. Sur cette toile de fond, les intellectuels de descendance juive ont développé un point de vue complexe envers ces affaires.
    […] L’état-nation israélien est en guerre depuis sa création. Le slogan est: œil pour œil. On ne peut pas combattre le feu avec le feu. Même si Israël jouit d’une relative sécurité grâce au soutien international qu’il possède, ceci ne représente en rien une solution durable. Rien ne sera sécure en permanence aussi longtemps qu’on n’aura pas dépassé la modernité capitaliste.
    Le conflit en Palestine démontre que le paradigme de l’état-nation n’est pas une solution viable. Il y a eu trop d’effusion de sang et ce qui demeure est le difficile héritage de problèmes en apparence insolubles. L’exemple israélo-palestinien démontre l’échec total de la modernité capitaliste et le modèle d’état-nation.
    Les Juifs font partie des porteurs de culture du Moyen-Orient. Nier leur droit à l’existence est une attaque sur le Moyen-Orient en tant que tel. Leur transformation en une nation démocratique comme pour les Arméniens et les Araméens rendrait leur participation à une confédération démocratique du Moyen-Orient bien plus facile.
    Le projet pour une “Confédération Démocratique de l’Égée Orientale” serait un point de départ tout à fait positif. Des identités religieuses et nationales au sens strict du terme pourraient bien évoluer en des identités ouvertes et flexibles sous un tel projet. Israël pourrait aussi bien évoluer en une nation plus démocratique et acceptable. Ses voisins devront sans aucun doute participer à cette transformation eux-mêmes.
    Les tensions et les conflits armés du Moyen-Orient rendent la transformation du paradigme politique de la modernité inévitable. Sans cela, une solution aux difficiles problèmes sociaux et aux questions nationales est impossible. La modernité démocratique offre une alternative à ce système actuel qui est absolument incapable de résoudre les problèmes.
  8. L’annihiliation de la culture hellénique en Anatolie (NdT: aussi appelée l’Asie Mineure, qui correspond aujourd’hui au territoire turc oriental, plus de 90% de sa superficie) est une perte qui ne peut pas être compensée. Le nettoyage ethnique qui fut entrepris par à la fois les Turcs et les Grecs dans le premier quart du XXème siècle a laissé sa marque. Aucun état n’a le droit de chasser des peuples de leurs terres ancestrales et de leur région culturelle. Quoi qu’il en soit, les états-nations ont démontré leur inhumanité envers les problèmes politiques et culturels encore et toujours. Les attaques sur les cultures hellénique, araméenne, juive et arménienne montèrent d’un cran alors que l’Islam se répandait sur le Moyen-Orient. Ceci en retour, contribua au déclin de la civilisation moyen-orientale. La culture musulmane n’a jamais été capable de remplir le vide laissé et émergeant. Au XIXème siècle, lorsque la modernité capitaliste s’avança au Moyen-Orient, elle y trouva un désert culturel créé par une érosion culturelle auto-infligée. La diversité culturelle renforce également les mécanismes de défense d’une société. Les monocultures sont moins robustes. Ainsi la conquête du Moyen-Orient ne fut pas difficile. Le projet de nation homogène comme il fut propagé par l’État-nation ne fit qu’avancer leur déclin culturel.
  9. Les groupes ethniques caucasiens (NdT: blancs) ont aussi leurs problèmes sociaux qui ne sont pas insignifiants. Encore et encore ont-ils migré vers le Moyen-Orient et stimulé sa culture. Ils ont contribué de manière incontestable à sa richesse culturelle. L’arrivée de la modernité a presque fait disparaître ces minorités culturelles. Eux aussi trouveraient une place plus qu’adéquate au sein d’une structure confédéraliste démocratique.

Finalement, laissez-moi encore dire que les problèmes fondamentaux du Moyen-Orient sont profondément enracinés dans la civilisation de classes. Elles se sont resserrées avec la crise globale de la modernité capitaliste. Cette modernité et sa domination clâmée ne peut offrir aucune solution sans mentionner l’absence de perspective à très long terme pour la région moyen-orientale.
Le futur est le Confédéralisme Démocratique.

= = =

Note de Résistance 71:

Nous avons trouvé le texte complet en français en ligne, le voici:

« Le Confédéralisme Démocratique », Abdullah Ocalan, 2011

Résistance politique à l’état policier français en marche… Surveillance partout, liberté nulle part !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 27 mars 2016 by Résistance 71

Excellent article du sociologue Jean-Claude Paye qui décortique les lois d’exception liberticides et totalitaires mises en place en France, mais aussi un peu partout en occident dans le sillage du « Patriot Act » yankee de l’après 11 Septembre, non pas en regard de cette « guerre contre le terrorisme » bidon et fabriquée, mais en regard de la répression systémique de toute dissidence au système oligarchique en place.

L’État est une entité fasciste de par sa nature même, le totalitarisme  y est une caractéristique inhérente, tout n’est qu’une question de degré… La poussée totalitaire actuelle est inévitable car l’oligarchie est au bout du rouleau. Pour se maintenir au pouvoir partout, continuer à acheter le politique pour satisfaire ses diktats hégémoniques, l’oligarchie est aujourd’hui totalement à découvert et, comme nous l’avions dit il y a plusieurs années, le temps ne joue plus du tout pour elle. L’état et ses maîtres sont dans une logique nihiliste et nous sommes vraisemblablement entrés dans la phase finale de ce qui sera un remake de « Règlement de compte à OK Coral » à l’échelle planétaire entre « eux » [les oligarques et leur clique dont certains commencent vraiment à sentir le vent du boulet…] et « nous » [les peuples de cette planète].
Sur une musique de Ennio Morricone bien entendu et peut-être qui sait… des décors de Roger Harth et des costumes de Donald Cardwell.

— Résistance 71 —

 

Procédure d’exception sans état d’urgence

Ou l’installation d’un état policer en France 1ère partie

 

Jean-claude Paye (sociologue)

26 Mars 2016

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article190918.html

 

Dans le contexte des attentats revendiqués par Daesh, le gouvernement français procède à une série de réformes visant à accroître considérablement les pouvoirs de la police et de l’administration au détriment de la Justice. Étant entendu que ces réformes sont sans lien avec la prévention de ce type d’attentat qui nécessite d’abord des mesures politiques, la France se dirige vers un régime d’arbitraire.

A une large majorité et quasiment sans débat, l’Assemblée nationale vient d’adopter le 9 mars 2016, le nouveau projet de loi de réforme pénale « renforçant la lutte contre le terrorisme et le crime organisé » [1]. Ce texte doit encore passer au Sénat et, étant en procédure accélérée, il ne doit faire l’objet que d’une seule lecture par chambre.

Le projet fait entrer dans le droit commun, des dispositions considérées comme relevant d’un droit d’exception. Ainsi, dans le texte transmis pour avis au Conseil d’État, le gouvernement confirme sa volonté de « renforcer de façon pérenne les outils et moyens mis à disposition des autorités administratives et judiciaires, en dehors du cadre juridique temporaire, mis en œuvre dans le cadre de l’état d’urgence » [2].

Un état d’urgence sans état d’urgence

Bien que les deux textes soient en étroite relation, ce projet de loi ne doit pas être confondu avec la loi du 20 novembre 2015 qui prolonge l’état d’urgence pour une nouvelle période de trois mois, tout en renforçant les restrictions aux libertés privées et publiques, contenues dans la loi de 1955 [3], la nouvelle loi ne s’attaquant plus seulement à des actes, mais également à des intentions. Bien que les dispositions d’exception aient été, de nouveau, prolongées, le gouvernement n’a pas renoncé à réformer la procédure pénale. Il s’agit d’y inscrire des mesures liberticides autorisées par l’état d’urgence, sans que celui-ci soit déclaré. Ce dernier a pour objet de s’affranchir du principe de séparation des pouvoirs, de liquider le pouvoir judiciaire et de concentrer l’ensemble des prérogatives aux mains de l’Exécutif et de la police. Le projet de réforme de la procédure pénale s’inscrit également dans cet objectif.

Le texte donne un débouché pénal aux dispositifs légaux d’espionnage des ressortissants français. Comme l’exprime l’exposé des motifs du projet de loi, « l’arsenal de prévention », mis en place par la loi relative au Renseignement [4], « doit être complété par un volet judiciaire » [5]. Grâce à celui-ci, les renseignements obtenus par les fausses antennes Imsi-catchers, par la surveillance vidéo, la captation d’image et la sonorisation d’un domicile pourront servir de base à des poursuites pénales.

Renforcement formel du procureur

Le projet de loi renforce les prérogatives du procureur, un magistrat dépendant du pouvoir exécutif. Il s’inscrit ainsi dans une constante de l’action des gouvernements, toutes majorités confondues, celle de réduire le rôle du juge d’instruction, une fonction jugée trop indépendante par rapport à l’exécutif. Il s’agit de le déposséder de l’exclusivité de certains de ses pouvoirs, tel le contrôle des procédures d’enquêtes intrusives, afin de le confier également au procureur de la République.

Dans le texte voté par l’Assemblée nationale, le procureur devient aussi un « directeur d’enquête ». Il conduit les « enquêtes préliminaires », dans le cadre desquelles il a la faculté de renvoyer le suspect devant un tribunal. Ensuite, il porte l’accusation lors d’un procès qu’il a initié. Au four et au moulin, il lui reviendra également de vérifier si les « enquêtes effectuées par la police judiciaire sont bien menées à charge et à décharge ».

Dans les enquêtes placées sous la direction du procureur, l’accès au dossier est reporté à la fin des investigations. Ainsi, la personne incriminée, au moment de sa mise en cause, n’a pas les moyens de contester la légalité ou la nécessité d’une technique d’enquête. Au contraire de la procédure liée au juge d’instruction, l’accès au dossier reste non systématique. Afin de « donner de nouveaux droits » au suspect et surtout de pérenniser l’emprise du procureur sur la procédure pénale, le projet de loi introduit une réforme permettant au justiciable d’intervenir dans le processus d’enquête. Ce qui semble aller dans le bon sens se révèle en fait être une perversion du système judiciaire et des droits de la défense.

Une perversion du système pénal

Ainsi, le projet de loi introduit une modification majeure du système pénal, le passage d’une procédure inquisitoire, centrée autour du juge d’instruction, à un système qui se rapproche de la démarche accusatoire en vogue dans les pays anglo-saxons. Le texte prévoit d’introduire, dès le stade de l’enquête préliminaire, d’investigations de plus d’un an, un débat contradictoire avec les suspects et leurs avocats [6]. Ces derniers auraient la possibilité de demander au procureur des actes déterminés, tels que des auditions ou des expertises. L’introduction de ces nouvelles procédures fait que, comme aux États-Unis, seules les personnes fortunées seront en mesure de se défendre. D’ailleurs, pour les autres, le projet de loi a déjà prévu de simplifier les modalités de passage devant le juge des libertés et de la détention, afin de pouvoir les juger encore plus rapidement dans le cadre de la comparution immédiate.

Aujourd’hui, le procureur, en l’absence de tout comportement suspect et d’infraction, a la faculté d’autoriser préventivement le contrôle d’identité et la fouille de véhicules se trouvant dans un lieu précis et pour une période déterminée. Le projet de loi étend cette procédure à la fouille des bagages, alors que actuellement, celle-ci ne peut être autorisée que dans le cadre d’une perquisition. Rappelons que ces inspections ne visent pas nécessairement des personnes suspectes, mais aussi celles qui se trouvent dans un lieu déterminé. L’extension prévue par le projet augmente surtout le pouvoir des forces de l’ordre. Les fouilles auront lieu, non pas parce que les policiers ont l’indice d’un délit, mais simplement parce qu’ils ont le droit de les faire au prétexte qu’ils sont là pour éviter ou rechercher des infractions.

Éviction du juge d’instruction

Le procureur de la République dispose ainsi de plus en plus des prérogatives jusqu’à présent réservées au juge d’instruction. Celui-ci est de nouveau écarté par le projet de loi, alors que, en France, il est déjà cantonné dans une petite fraction des affaires.

Le juge d’instruction est inamovible : il ne peut pas être déplacé par le ministre de la Justice et ne peut se voir retirer un dossier par sa hiérarchie. En ce qui concerne sa nomination, l’avis du Conseil supérieur de la magistrature s’impose, ce qui garantit également son autonomie. Ce magistrat, dont l’indépendance est statutaire, se voit enlever la spécificité de son action : décider du renvoi du prévenu devant un tribunal et enquêter à charge et à décharge et cela au profit du procureur et de la police judiciaire qui, rappelons le, dépend non du ministère de la Justice, mais bien de l’Intérieur, indiquant bien, par là, la primauté de sa fonction de maintien de l’ordre.

La surveillance vidéo, la captation d’image et la sonorisation d’un lieu ou d’un domicile étaient aussi, jusqu’ici, réservées aux informations judiciaires confiées à un juge d’instruction. Elles pourront désormais être décidées dès l’enquête préliminaire, après une simple autorisation du juge des libertés et de la détention.

Remarquons que l’augmentation des pouvoirs du procureur se fait sans une modification du statut du parquet, lui accordant un minimum d’autonomie vis-à-vis de l’Exécutif. Même la réforme, prévue précédemment par François Hollande, garantissant que le gouvernement nomme les procureurs, après avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature, n’est pas réalisée [7].

Une police incontrôlable

Dans les faits, le renforcement de la fonction du procureur n’existe que par rapport à celle du juge d’instruction. En ce qui concerne la police judiciaire, le contrôle de ce magistrat reste purement formel. En Belgique, devant la commission parlementaire relative à la mise en place, en 1999, de la police unique, dite « structurée à deux niveaux » [8], les procureurs ont déjà fait savoir que, une fois l’autorisation de l’enquête donnée, ils n’avaient plus le contrôle effectif de son déroulement. Cette réalité est encore plus criante en France. Le Parquet est particulièrement débordé, puisque, peu nombreux, les procureurs ont un pouvoir de quasi-juridiction et traitent la grande majorité des dossiers judiciaires. Les nouvelles prérogatives que lui donnent ce projet de loi ne pourront qu’accentuer leur surcroît de travail et rendre impossible toute surveillance du travail de la police. Cette dernière est en fait la grande gagnante de ces réformes, confirmant ainsi son rôle central dans l’exercice actuel du pouvoir d’État.

Une police toute puissante

L’accroissement des pouvoirs de la police est confirmé par l’extension du cadre de la légitime défense pour les forces de l’ordre. Les policiers seront reconnus pénalement « irresponsables » s’ils font feu, en cas « d’absolue nécessité », sur « une personne ayant tué ou tenté de tuer et sur le point de recommencer ». Quant on sait qu’il existe déjà une jurisprudence leur reconnaissant la légitime défense pour avoir abattu dans dos une personne en fuite [9], on comprend que l’objet de cet article est moins de protéger les policiers de poursuites pénales que de signifier aux citoyens qu’ils peuvent être traités comme des ennemis. Un exemple extrême illustre bien cette perspective. La France a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l’homme, dans une affaire où la justice avait prononcé une ordonnance de non lieu vis-à-vis d’un gendarme qui avait abattu de dos une personne menottée s’enfuyant d’une garde à vue [10].

Les forces de l’ordre pourront aussi retenir une personne, même mineure, et hors la présence d’un avocat, même si celle-ci a une pièce d’identité et cela à la condition floue et hypothétique, qu’il y ait « des raisons sérieuses » de penser qu’elle a un « lien » avec une activité terroriste.

Une précédente mouture du projet allait encore plus loin, en créant un délit « d’obstruction à la perquisition ». Si cet article a été abandonné, il montre bien la volonté du gouvernement de criminaliser toute résistance à l’arbitraire de la police. Cette disposition devait faire taire les protestations, suite aux exactions lors de la vague de perquisitions autorisées par l’état d’urgence. En outre, cette ancienne version du texte indiquait que les policiers pourraient saisir tout objet ou document, sans en référer au procureur [11]. Ainsi, la police aurait été libérée du dernier élément du contrôle judiciaire, celui du procureur, d’un magistrat pourtant directement soumis au pouvoir exécutif.

Le juge des libertés et de la détention : un alibi

Le pouvoir exécutif ne peut contrôler le travail de la police grâce au procureur. Le pouvoir judiciaire en est totalement incapable à travers l’autre figure, valorisée par le projet de loi, celle du juge des libertés et de la détention. C’est pourtant sur lui que repose la plupart des autorisations de mise en œuvre des dispositions de la loi. Le contrôle de la légalité et de la proportionnalité des mesures ne peut qu’être formel, car ce juge ne connaît pas le fond du dossier. Il n’a accès à celui-ci qu’au moment où il lui est remis et quand il doit prendre sa décision. Une fois l’autorisation accordée, il ne dispose d’aucun moyen lui permettant de contrôler l’action du procureur et de la police.

Statutairement, le juge de la liberté et de la détention est fragilisé. Il ne présente pas le degré d’indépendance d’un juge d’instruction, puisqu’il n’est pas nommé par décret, mais par le président de juridiction qui peut, du jour au lendemain, le décharger de ses fonction, si par exemple il refuse d’autoriser des écoutes [12].

En matière de terrorisme et avec l’autorisation préalable du juge des libertés et de la détention, les perquisitions de nuit seront autorisées dans les habitations et cela dès l’enquête préliminaire. Cette procédure se substitue à l’autorisation donnée par le juge d’instruction dans la phase de l’enquête proprement dite. (Dans le cadre de l’état d’urgence, elles peuvent être ordonnées par le préfet). Désormais, les perquisitions pourront aussi avoir lieu de manière préventive, sur base de l’éventualité d’un danger, lorsqu’il s’agira « de prévenir un risque d’atteinte à la vie ou à l’intégrité physique » [13].

Les perquisitions de nuit dans les habitations sont banalisées. Le texte parle « d’un risque d’atteinte », sans le qualifier ni d’actuel, ni d’imminent. Il porte sur des situations très nombreuses, sur les atteintes à la vie, mais aussi à l’intégrité physique. De vagues suspicions pourront conduire à ces intrusions domiciliaires. Celles-ci deviendront généralisées, si la limitation aux seules infractions terroristes n’est que temporaire.

Perquisition informatique sans garantie judiciaire

Le texte prévoit aussi l’élargissement des possibilités de surveillance dans les lieux publics et le recours aux IMSI-catchers, ces fausses antenne-relais qui espionnent les téléphones et les ordinateurs à l’insu de leur utilisateur. Elles captent aussi tous les portables situés dans leur rayon d’action. Il s’agit d’un dispositif massif et indifférencié de capture des données. Son usage ne sera pas limité aux seules enquêtes antiterroristes et sera renouvelable, de mois en mois, pour des périodes très larges, ouvrant la voie à une captation massive d’informations sur les ressortissants français. Il sera autorisé par le juge de la liberté et de la détention ou, « en urgence », par le procureur de la République, sachant que c’est généralement la police elle-même qui nomme le caractère urgent de la situation.

Jusqu’à présent, les IMSI-catchers pouvaient seulement être autorisées dans le cadre d’informations judiciaires, mais ont été peu utilisées par les juges d’instruction, vu le flou juridique du dispositif. La loi sur le Renseignement a légalisé leur utilisation par les services secrets.

L’article 3 du projet de loi relative à la procédure pénale prévoit aussi d’étendre la captation des données informatiques aux données archivées. Pourront être aspirées, l’ensemble des données contenues dans les appareils informatiques. Ce dispositif ne s’apparente plus à des écoutes ciblées, visant les conversations en cours et à venir, mais à une perquisition pouvant s’étendre à des données très anciennes. Cette dernière procédure présente normalement quelques garanties, telle que la présence de la personne suspectée ou celle de deux témoins, ainsi que la réalisation d’une copie sécurisée qui limite le risque de modification ou d’intervention extérieure sur les informations recueillies. Ce n’est évidemment pas le cas en ce qui concerne la captation de données [14].

Le Préfet : un agent de l’état d’exception permanent

Comme dans l’état d’urgence, le préfet voit son action renforcée. Le projet de réforme relatif à la procédure pénale est en étroite correspondance avec la loi du 20 novembre 2015 prolongeant l’état d’urgence qui criminalise des intentions, en lieu et place d’actes concrets. L’intentionnalité terroriste attribuée aux personnes, revenant de Syrie, est aussi au centre du dispositif de « surveillance » autorisé par le préfet.

Aujourd’hui, les « retours de Syrie », sont judiciarisés. Les suspects sont mis en examen, écroués ou placés sous contrôle judiciaire. Désormais, les préfets pourront, pendant un mois, les assigner à résidence et leur demander, pendant trois mois, les codes de leurs téléphones et ordinateurs, les obliger à signaler leurs déplacements et leur interdire de parler à certaines personnes. Ces dispositions présentent bien les attributs d’une procédure judiciaire, mais il s’agit d’un pur acte administratif, un contrôle sans juge. Elle laisse toute la place à l’arbitraire et ne donne, à la personne suspectée, aucune possibilité de confronter les allégations portées contre elle. C’est l’intention attribuée à la personne qui est attaquée, sans que celle-ci puisse se défendre. Ainsi, comme dans l’état d’urgence, le ministre de l’Intérieur, par l’intermédiaire du préfet, se substitue au juge d’instruction. Ce projet de loi lui donne un pouvoir de privation de liberté, en dehors de toute infraction pénale.

La criminalisation des « retours de Syrie » s’inscrit dans une procédure de double discours du pouvoir. L’ancien ministre Laurent Fabius avait publiquement déclaré, en août 2012, que « Bachar el-Assad ne mériterait pas d’être sur terre ». Il a remis le couvert devant les médias en décembre 2012, en affirmant, sans être poursuivi pour « apologie du terroriste » [15], que « Le Front al-Nosra fait du bon boulot ». Cette organisation djihadiste venait d’être classée comme terroriste par les États-Unis [16]. En même temps que l’affirmation de son soutient aux groupes terroristes, le gouvernement diabolise et poursuit les personnes qui auraient pu être influencées par son discours.

Le juge administratif : un contrôle en trompe l’œil

Le projet de loi donne au juge administratif un pouvoir de contrôle des dispositions relatives aux « retours de Syrie ». Il lui « appartient de contrôler l’exactitude des motifs donnés par l’administration, comme étant ceux de sa décision et de prononcer l’annulation de celle-ci, lorsque le motif invoqué repose sur des faits matériellement inexacts ». Ainsi, en opposition avec le principe de séparation des pouvoirs, l’administration se contrôle elle même. De plus, la surveillance est purement formelle. Le juge administratif, au contraire du juge d’instruction et du juge de la liberté et de la détention, intervient après coup et son contrôle est aléatoire. Il n’intervient que si la personne arrêtée le saisit. Surtout, il ne dispose pas d’éléments concrets pour fonder sa décision. Il ne peut se baser que sur des documents imprécis et non sourcés : les notes blanches produites par les services de Renseignement, des documents non signés, non datés et sans en-tête de service.

Sur autorisation du préfet et dans un cadre purement administratif de « prévention du terrorisme », la police pourra aussi procéder à l’inspection visuelle, à la fouille des bagages et à la visite des véhicules. Elle est ainsi libérée de l’autorisation préalable du procureur, s’il s’agit d’installations ou d’établissements déclarés « sensibles » par le préfet, dans les faits nommées comme tel par la police.

Ainsi, le texte de loi consacre « l’entrée du préfet dans le code de procédure pénale ». Mais, il s’agit d’un retour, puisque, avant que la réforme de 1993 [17] ne les lui enlève, le préfet disposait déjà de pouvoirs de police judiciaire. L’ancien article 10 du code de procédure pénale lui permettait, en cas d’atteinte à la sécurité intérieure ou d’espionnage, de jouer le rôle d’officier de police judiciaire, c’est-à-dire de faire procéder à des arrestations et à des contrôles. Cette concentration récurrente de prérogatives judiciaires aux mains du préfet indique que, au pays de Montesquieu, la séparation des pouvoirs, revendiquée comme un patrimoine national, a toujours été, pour le moins, erratique.

Notes:

[1] « Projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé et son fonctionnement, l’efficacité et les garanties de la procédure pénale », Assemblée nationale, 3 février 2016.

[2] Jean-Baptiste Jacquin, « Les pouvoirs de police renforcés pour se passer de l’état d’urgence », Le Monde, le 6 janvier 2016.

[3] « Loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l’état d’urgence, version consolidée au 15 mars 2016 ».

[4] « Loi française sur le Renseignement, Société de surveillance ou société surmoïque », Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, le 28 novembre 2015.

[5] « Projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale » (JUSD1532276L), Conseil des ministres du 3 février 2016

[6] Jean-Baptiste Jacquin, « Réforme pénale : les procureurs prennent la main sur les enquêtes », Le Monde, 4 mars 2016.

[7] Jean-Baptiste Jacquin, « comment la réforme pénale renforce les pouvoirs des procureurs », Le Monde, le 4 mars 2016, http://www.lemonde.fr/societe/artic…

[8] Lire : Jean-Claude Paye, « Vers un État policier en Belgique ? », Le Monde diplomatique, novembre 1999, https://www.monde-diplomatique.fr/1… et Vers un État policier en Belgique, EPO, Bruxelles 2000, 159 p.

[9] « Acquittement du policier qui avait tué un braqueur et colère des parties civiles », L’express.fr, 15 janvier 2016.

[10] « Le gendarme tue le gardé à vue : la France condamnée par la CEDH », Net-iris.fr, 18 avril 2014.

[11] Sylvain Rolland, « Sécurité : l’inquiétante dérive vers la surveillance de masse », La Tribune.fr, 4 décembre 2015, l

[12] Questions/réponses critiques du Syndicat de la magistrature sur le projet de loi criminalité organisée/terrorisme, Syndicat de la Magistrature, 14 mars 2016, p. 9.

[13] Jean-Baptisque Jacquin, « Les pouvoirs de la police renforcés pour pouvoir se passer de l’état d’urgence », Le Monde, 6 janvier 2016.

[14] Op. Cit. p. 8.

[15] L’incrimination d’apologie du terrorisme a été créée par la Loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme du 14 novembre 2014. Lire : Jean-Claude Paye, « La criminalisation du Net en France », Réseau Voltaire, 13 septembre 2015.

[16] « Des Syriens demandent réparation à Fabius », Le Figaro avec AFP, 10 décembre 2014 ; et « Des Syriens attaquent l’État en appel », Le Figaro avec AFP, 7 septembre 2015.

[17] « Loi n° 93-2 du 4 janvier 1993 portant réforme de la procédure pénale, Version consolidée au 13 mars 2016 », Légifrance.

Resistance au colonialisme: La falsification des « traités » comme partie de la supercherie coloniale… Le cas du traité de Canandaigua de George Washington (MNN)

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La ceinture wampum de George Washington en 1794

 

Mohawk Nation News

 

22 Mars 2016

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2016/03/22/george-washington-belt-1794/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Nous pensions que le Conseil des Chefs d’Onondaga Inc. et le Conseil de Saint Regis d’Akwesasne Inc. allèrent récemment à Washington D.C afin de donner la fessée à George Washington pour ce qu’il nous a fait. Au lieu de cela, ils étaient tout sourire et commémoraient la ceinture wampum de George Washington de 1794, autrement nommée le traité de Canandaigua. Cette ceinture honore la doctrine de la découverte et la mise en place d’une relation génocidaire de maître à esclave connue aujourd’hui sous le nom de loi fédérale indienne. Ils ont le traité de papier et notre terre et nous avons cette ceinture qui pendouille dans leur capitale.

Cette ceinture wampum fait environ 1m90 de long (6 pieds) et représente 13 grandes personnes debout de chaque côté de la ceinture symbolisant les 13 lignes de sang. La Maison Blanche y est montrée avec une petite longue maison iroquoise à l’intérieur. Deux personnes plus petites, un Mohawk (gardien de la porte orientale de la confédération) et un Seneca (gardien de la porte occidentale de la confédération) se tiennent debout à côté de la longue maison. Les bras sont tendus au-dessus d’eux suggérant qu’ils sont devenus les pupilles de l’état et qu’ils sont protégés par celui-ci. (NdT: voir la photo de la ceinture si intéressé dans l’article original en anglais) Les Mohawks et les Seneca ne furent jamais partie prenante de cet “accord”. Ceci n’est qu’une fraude ! (NdT: de plus…)

George Washington balladait cette ceinture pour la donner à ceux qui acceptaient son accord, celui de s’assoir sur nous et de nous dire ce que nous avions à faire. Cette ceinture n’est jamais passée en session de Grand Conseil Rotino’shonni (iroquois, représentant les 6 nations) et elle est donc de ce fait totalement illégitime. Quiconque honore cette ceinture nous montre qu’il/elle a quitté le canoë et est allé de l’autre côté, sur le navire colon, de son plein gré. Rappelez-vous de ce qui est arrivé au traître Joseph Brant (1743-1807) en 1804 ! (NdT: Joseph Brant de son nom mohawk Thayendanagea est une figure controversive et controversée. Mohawk éduqué dans les écoles anglaises, capitaine dans l’armée britannique soi-disant “chef de guerre Mohawk” pour les colons qui en ont fait un symbole de la collaboration fructueuse entre deux mondes, il est méprisé par les siens et il mourut esseulé dans sa propriété de Brantford en Ontario, octroyée pour services rendus à la couronne. Brant ne fut qu’un “chef sapin” (pine tree chief selon Kaiane’re:kowa), c’est à dire dans la tradition iroquoise, un leader reconnu, conseiller, mais n’ayant pas le droit de siéger en conseil. Sa mission pour les colons fut de diviser la nation mohawk et il y parvint dans une certaine mesure. Les britanniques et les colons en ont fait un modèle alors qu’il est méprisé par son peuple traditionnel et considéré comme un traître, comme vient de le dire l’auteure de cet article…)

Oren Lyons, Sid Hill, Jake Edwards, Sam George, Leo Henry et bien d’autres du conseil corporatif d’Onondaga et de la corporation tribale mohawk (NdT: le mot “tribal” employé par un amérindien est péjoratif. La notion de “tribu” n’existe pas chez les Indiens où la société fonctionne en clans, en nations et parfois en confédération de nations comme celles des Iroquois, des Algonquins, des Sioux, etc… Le mot “tribu” est un terme colonial qui sert à dénaturer, discréditer l’organisation politique amérindienne existante et plus que fonctionnelle aux yeux des colons.) de St Regis ont célébré cette ceinture comme si elle était légitime. Quelques Senecas participèrent à cette récente commémoration mais ceux qui jouent double-jeu ne les ont pas invités ni inclus dans la photo “officielle” avec la ceinture. Les Onondaga Oneida, Cayuga, and Tuscaroa savent que c’est illégitime sans la présence de leurs frères aînés (Mohawk et Seneca) présents à chaque réunion de conseils.

Il est grand temps maintenant pour qu’Ongwe’honweh (natifs de l’Île de la Grande Tortue) arrête d’honorer ces ceintures de traités. Elles n’ont jamais honoré leur côté. A chaque fois que nous mettons nos Gustowas et nos chemises et que nous marchons coude à coude avec les fédéraux, nous ne faisons que célébrer le déshonneur qu’ils ont apporté de leur côté à chaque ceinture à laquelle ils ont adhéré.

*Clarification: Le 23 Mars 2016, John Kane (Mohawk et hôte de “Let’s Talk Native”) a fait ce commentaire très important:

“… la ceinture n’a aucune signification. Quelque soit l’intention de ces images, cela ne veut absolument rien dire. Il n’y a aucun terme à un accord. Il n’y a pas de narratif archivé de sa signification. Washington a fait faire cette ceinture. Il a commissionné un Oneida pour la fabriquer deux ans avant même le traité de Canandaigua. Ses hommes l’ont sans doute transportée avec eux là-bas, mais il n’y a absolument aucune connexion entre ces images de la ceinture qui sont très insultantes et le traité de 1794. Aussi merdique que cette coupe dans le territoire fut, il n’y a rien dans le traité qui demande pour une protection ou qui suggère une quelconque subjugation. Trois fois dans le traité de “Canandaigua” les Etats-Unis mentionnent qu’ils reconnaissent notre terre comme étant la NÔTRE et que les Etats-Unis ne la demanderont jamais et ce malgré la doctrine chrétiene de la découverte et ce que la cour suprême de John Marshall dira quelques 30 années plus tard. L’article 7 de ce traité est parfaitement clair et stipule qu’AUCUNE autorité ne sera imposée par les Etats-Unis, même dans le cas de mauvaises actions par des individus esseulés. Ne me méprenez pas, ce document est une merde infâme, qui ne fut jamais ratifié par les deux côtés. Mais RIEN du langage du traité de “Canandaigua”ne représente les images de la ceinture fournie par “Ranatakaias*”, le nom que nous donnons à George Washington.”

(*) Ranatakaias veut dire: “Il est comme un chien enragé qui court dans le village et attaque, mord et tue tout, sans discrimination.”

Le danger de l’empire: Mascarade, mensonges et grand cirque politique pour une continuelle hégémonie mondiale (John Pilger)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, crise mondiale, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 25 mars 2016 by Résistance 71

“La minorité a découvert qu’elle pouvait influencer la majorité dans le sens de ses intérêts. Il est désormais possible de modeler les opinions des masses pour les convaincre d’engager leur force nouvellement acquise dans la direction voulue. Étant donnée la structure actuelle de la société, cette pratique est inévitable. De nos jours, la propagande intervient nécessairement dans tout ce qui a un peu d’importance sur le plan social, que ce soit dans le domaine de la politique ou de la finance, de l’industrie, de l’agriculture, de la charité ou de l’enseignement. La propagande est l’organe exécutif du gouvernement invisible.”

“La force d’inertie est l’obstacle majeur auquel se heurtent les tentatives de changement des comportements humains. La civilisation trouve sa limite dans l’inertie.”

~ Edward Bernays, 1928 ~

 Chose encore plus extraordinaire, voici ce que dit Edward Bernays, qui était le neveu de Sigmund Freud, dans la toute dernière phrase de son livre phare publié en 1928: “Propagande, comment manipuler l’opinion en démocratie”, publié en français par les éditions de la Découverte, collection Zones, 2007.

La toute dernière phrase dit ceci, accrochez-vous bien:

“La propagande ne cessera jamais d’exister. Les esprits intelligents doivent comprendre qu’elle leur offre l’outil moderne dont ils doivent se saisir à des fins productives, pour créer de l’ordre à partir du chaos.”

Rappelons ici que la devise de l’engeance du Nouvel Ordre Mondial est “Ordo ab Chao”, qui en latin veut dire: “L’ordre à partir du chaos”…

Dans cet article, John Pilger non seulement aide à comprendre l’ineptie et la criminalité intégrées du système étatique, mais pour la première fois, à l’instar de Pau Craig Roberts, il explicitement démontre qu’AUCUN des candidats à la présidence de l’empire ou de tout état satellite (France comprise) ne mérite le temps et les votes d’électeurs dupés. S’il ne le dit pas (encore) ouvertement, son message est clair: BOYCOTT DU VOTE ! C’est un excellent début ! Nous savons qu’il n’y a pas de solutions au sein du système, l’état n’est pas la solution… Il est l’instrument du problème. C’est l’évidence même pour tout analyste politique honnête.

~ Résistance 71 ~

 

Une guerre mondiale a commencé Brisons le silence

 

John Pilger

 

20 Mars 2016

 

url de l’article original:

http://johnpilger.com/articles/a-world-war-has-begun-break-the-silence-

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Ceci est la version édité par ses soins du discours qu’a fait récemment John Pilger à l’université de Sydney.

J’ai filmé aux îles Marshall. Qui sont au nord de l’Australie, au milieu de l’océan Pacifique. A chaque fois que je le dis aux gens , ils demandent: “Où est-ce ?” et si je leur donne un indice en leur disant “Bikini”, ils me disent: “vous voulez dire le maillot de bain ?”.

Peu ont l’air de se rendre compte que ce maillot de bain bikini a été appelé ainsi pour célébrer les explosions nucléaires qui ont dévasté l’île de Bikini. Soixante-six engins nucléaires ont été explosés par les Etats-Unis aux Îles Marshall entre 1946 et 1958, l’équivalent de 1,6 Hiroshima chaque jour… pendant 12 ans !

Aujourd’hui, Bikini est totalement silencieuse, mutée et contaminée. Les cocotiers poussent dans des formations étranges. Rien ne bouge. Il n’y a plus d’oiseaux. Les pierres tombales du vieux cimetière sont vivantes de radiations. Mes chaussures étaient sans cesse en zone “dangereux” sur le compteur Geiger.

Sur la plage, j’ai observé les eaux du Pacifique vertes émeraude tomber dans un énorme trou noir. Ceci est le cratère laissé par la bombe H appelée “Bravo”. L’explosion a empoisonné bien des gens et leur environnement sur des centaines de kilomètres, peut-être pour toujours.

A mon retour, je me suis arrêté à l’aéroport d’Honolulu à Hawaii et ai remarqué un magazine américain appelé “Women’s Health”. Sur la couverture figurait une femme souriante en bikini avec ce titre: “Vous aussi, vous pouvez avoir un corps pour le bikini” Quelques jours plus tôt, aux îles Marshall, j’avais interviewé des femmes qui avaient un bien autre “coprs pour le bikini” ; chacune avait souffert de cancer de la thyroïde et autres cancers mortels.

A l’encontre de la femme souriante du magazine, toutes étaient pauvres: des victimes et des cobayes d’une super-puissance vorace qui est aujourd ‘hui plus dangereuse que jamais.

Je narre cette expérience en tant qu’avertissement et pour interrompre une distraction qui a consummé tant d’entre nous. Le créateur de la propagande moderne Edward Bernays, a décrit ce phénomène comme étant “la manipulation consciente et intelligente des habitudes et des opinions” dans les sociétés dites démocratiques. Il appelait ceci “le gouvernement invisible”.

Combien de gens ont-ils vraiment conscience qu’une guerre mondiale a déjà commencé ? En ce moment, c’est une guerre de propagande, de mensonges et de distraction, mais tout ceci peut changer instantanément avec le premier ordre mal interprêté, le premier missile.

En 2009, le président Obama se tenait devant une foule d’adorateurs au centre de la ville de Prague, au cœur même de l’Europe. Il se promit alors de faire du monde “un endroit sans armes nucléaires”. Des gens l’acclamèrent, certains même pleurèrent. Un torrent de platitudes inondèrent le public en provenance des médias. Dans la foulée, Obama reçût le Prix Nobel de la Paix.

Tout ceci n’était qu’une mascarade. Il mentait.

Le gouvernement Obama et son administration a construit encore plus d’armes nucléaires, plus de têtes nucléaires, plus de systèmes d’envoi ballistique de ces têtes nucléaires. La dépense pour le développement de la capacité nucléaire américaine a été au plus haut sous Obama que sous n’importe quel autre président des Etats-Unis. Sur les derniers trente ans, le coût du développement de la capacité nucléaire des Etats-Unis est de plus de 1000 milliards de dollars.

Une mini bombe nucléaire est planifiée, elle est connue sous le nom de B61 modèle 12. On a jamais rien vu de semblable. Le général James Cartwright, un ex-chef d’état major adjoint a dit: “les rendre plus petites, rend leur utilisation plus possible et plausible..”

Ces derniers 18 mois, le plus grand rassemblement militaire depuis la seconde guerre mondiale, emmené par les USA, est en train de se dérouler le long de la frontière avec la Russie. Il n’y a pas eu de concentration de forces militaires de cette sorte à cet endroit depuis la préparation de l’invasion de l’URSS par Hitler. Aucune force depuis lors n’a démontré une telle menace envers la Russie. (NdT: pas même les forces de l’OTAN au plus fort de la guerre froide, parce que la réciproque existait de l’autre côté avec les forces du pacte de Varsovie…)

L’Ukraine, autrefois partie de l’Union Soviétique, est devenue un terrain de jeu de la CIA. Après avoir orchestré le coup d’état de Kiev, Washington contrôle de fait un régime qui est voisin et totalmement hostile à la Russie: un régime corrompu, pourri jusqu’à la moëlle par les nazis, littéralement. Des personnalités parlementaires prominentes ukrainiennes sont les descendants politiques des tristement célèbres OUN et UPA fascistes. Ils vénèrent Hitler ouvertement et appellent à la persécution et l’expulsion de toute la minorité linguisitique russe.

Ceci ne fait que rarement les unes en occident ou est pirouetté pour supprimer la vérité.

Dans les pays Baltes, voisins de la Russie, l’armée américaine y déploie des troupes de combat, des chars, de l’artillerie lourde. Cette provocation extrême aux portes de la seconde puissance nucléaire mondiale n’est pas mentionnée en occident.

Ce qui rend la perspective d’une guerre nucléaire encore plus dangereuse est qu’une campagne parallèle se déroule contre la Chine.

Il se passe rarement un jour où la Chine n’est pas élevée au rang de “menace”. D’après l’amiral américain Harry Harris, le chef de la flotte du Pacifique, la Chine “est en train de construire une grande muraille de sable dans la Mer de Chine méridionnale”.

Il se réfère ici à la construction par la Chine de bases aériennes dans les îles Spratly, qui sont sujettes à dispute territoriale avec les Philippines, une dispute qui n’en fut jamais une jusqu’à ce que Washington corrompe le gouvernement de Manille et que le Pentagone ne lance une campagne de propagande appelée “liberté de navigation”.

Qu’est-ce que tout cela veut vraiment dire ? Cela veut dire liberté pour les navires de guerre américains de patrouiller et de dominer les eaux côtières chinoises. Essayez donc d’imaginer la réaction des Américains si des navires de guerre chinois venaient faire la même chose aux larges des côtes californiennes.

J’ai réalisé un documentaire appelé “The War You Don’t See”, dans lequel je m’entretiens avec de distingués journalistes américains et britanniques: des reporters comme Dan Rather de CBS News, Rageh Omar de la BBC, David Rose de l’Observer.

Tous ont dit que si les journalistes et les chaînes de télévision et leurs services d’information avaient fait leur boulot et mis en question la propagande disant que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, si les mensongés éhontés des Bush et Blair n’avaient pas été amplifiés par les journalistes, alors l’invasion de l’Irak en 2003 n’aurait sans doute pas eu lieu et des centaines de milliers de personnes, hommes, femmes et enfants, seraient encore en vie aujourd’hui.

La propagande qui établit la fondation pour une guerre contre la Russie et/ou la Chine n’est pas différente dans le principe. A ma connaissance, aucun journaliste du calibre disons d’un Dan Rather dans les médias occidentaux, n’a posé la question de savoir pourquoi la Chine construit-elle des bases aériennes en Mer de Chine du Sud ?

La réponse saute aux yeux pourtant. Les Etats-Unis sont en tran d’encercler la Chine avec un réseau intriqué de bases militiares, de missiles ballistiques, de groupes de combat et de bombardiers à haute capacité nucléaire.

L’arc létal s’étend de l’Australie aux îles du Pacifique, les Mariannes, Marshall et Guam, aux Philippines, la Thaïlande, Okinawa au Japon et la Corée du Sud, à travers l’Eurasie par l’Afghanistan et l’Inde. Les Etats-Unis ont mis un nœud coulant autour du cou de la Chine. Ceci n’est pas nouveau. Silence des médias = guerre par médias.

En 2015, les Etats-Unis et l’Australie ont effectué dans le plus grand secret, la plus grande manœuvre militaire aéro-navale de l’histoire récente, nom de code “Sabre talisman”. Son objectif était une répétition générale d’un plan de bataille aéro-naval bloquant des routes maritimes stratégiques come le détroit de Malacca (entre la Malaisie et Sumatra en Indonésie) et le détroit de Lombok (en Indonésie), qui couperait l’accès de la Chine au pétrole, au gaz et à d’autres matières premières vitales en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique.

Dans le grand cirque qu’est la campagne présidentielle américaine, Donald Trump est présenté comme un dérangé, un fasciste. Il est très certainement odieux, mais il est aussi une tête de turc des médias, rien que cela devrait éveiller le scepticisme.

Les vues de Trump sur l’immigration sont des plus grotesques, mais pas plus grotesques que celles d’un David Cameron, Ce n’est pas Trump qui est en ce moment le plus grand déporteur des Etats-Unis, mais bel et bien le Prix Nobel de la Paix Barack Obama.

D’après un commentateur “prodigieux” libéral, Trump est en train de “lâcher les forces des ténèbres et de la violence” aux Etats-Unis. Les lâcher ?

Ceci est le pays où de petits gamins flinguent leurs mères et la police déclenche une guerre meurtrière contre les afro-américains. Ceci est le pays qui a attaqué et a recherché le renversement de plus de 50 gouvernements, pour la plupart démocratiquement élus et qui a bombardé intensément de l’Asie au Moyen-Orient, causant la mort et la dépossession de millions et de millions de personnes.

Aucun pays ne peut rivaliser avec cette violence systémique. La plus grande partie des guerres de l’Amérique (pratiquement toute contre des nations sans défense réelle) n’ont pas été lancées par des présidents républicains, mais bien par des présidents libéraux comme Truman, Kennedy, Johnson, Carter, Clinton et donc Obama.

En 1947, une série de directives en provenance du Conseil Nationale de la Sécurité (CNS) décrivit l’objectif primordial de la politique étrangère américaine comme étant “de façonner un monde substantiellement à l’image des Etats-Unis eux-mêmes”. L’idéologie empruntée était l’américanisme messianique (NdT: le même qui est utilisé pour justifier de la doctrine chrétienne de la découverte et du concept de “peuple élu” biblique, tel que la démontré le juriste Steven Newcomb dans son ouvrage de recherche: “Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte”, que nous avons traduit). Nous étions tous des Américains ; ou alors… Les hérétiques seront convertis, subvertis, corrompus, achetés, calomniés et écrasés.

Donald Trump en est un symptome mais il en est aussi un marginal. Il dit que l’invasion de l’Irak fut un crime ; il ne veut pas entrer en guerre contre la Russie ou la Chine. Le danger réel pour nous tous dans ce système n’est pas Trump mais bel et bien Hillary Clinton. Elle n’est pas du tout marginale. Elle personnalise l’endurance et la violence d’un système dont l’ “exceptionnalisme” tant vanté est totalitaire avec de temps en temps un visage libéral.

Alors que les élections présidentielles s’approchent, Clinton sera acclamée comme la première femme président, et ce en dépit de tous ses crimes et ses mensonges, tout comme Obama fut loué comme le premier président noir américain et les libéraux ont gobé tout ce non sens total au sujet de l’espoir (NdT: Le “Hope” de sa campagne électorale et son tout aussi pathétique “Yes We Can !” qui a endormi la gôche bobo yankee pour des années et muselé le mouvement anti-guerre… l‘enfumage fut total et réussi… plus dur est le réveil aujourd’hui !)

Décrit par le journaliste du Guardian Owen Jones comme “drôle, charmant, avec une aura qui balaie pratiquement tous les autres politiciens”, cet Obama donc l’autre jour à envoyé des drones massacrer plus de 150 personnes en Somalie. Il tue en général les gens les mardis, car c’est ce jour d’après le New York Times, qu’on lui remet la liste de la semaines des candidats à la mort par drone. Tellement cool. (NdT: Obama a lui même déclaré: “En fait, je suis assez bon à tuer des gens”, sa phrase exacte ayant été: “It turns out that I am pretty good at killing people”, 2012…)

Dans la campagne présidentielle de 2008, Hillary Clinton avait menacé de “totalement oblitérer” l’Iran avec des armes nucléaires. En tant que ministre des affaires étrangères du gouvernement Obama, elle a participé au renversement du gouvernement démocratique du Honduras. Sa contribution à la destruction de la Libye en 2011 fut radieuse. Quand le leader libyen le colonel Kadhafi fut publiquement sodomisé avec un couteau, un assassinat rendu possible grâce à la logistique américaine, Clinton éructa dans un entretien: “Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort.”

Une des alliées les plus proches de Clinton est l’ancienne ministre des AE de Bill Clinton, Madeleine Albright, qui attaqua vertement des jeunes femmes pour ne pas soutenir “Hillary”. La même Albright qui célébra à la TV dans un épisode d’entretien tristement célèbre qu’un demi million d’enfants irakiens morts durant l’embargo de 10 ans du pays “en valait la peine”…

Parmi les plus gros soutiens de Clinton se trouve le lobby israélien et les entreprises d’armement qui entretiennent la violence au Moyen-Orient. Elle et son mari Bill on reçu des fortunes de Wall Street et pourtant elle va être nominée comme la candidate femme à la présidentielle, pour battre le grand méchant Trump, le démon officiel. Son fan club inclut de distingué(e)s féministes, du style de Gloria Steinem aux Etats-Unis et Anne Summers en Australie.

Il y a une génération de cela, un culte post-moderne comme “la politique identitaire” avait arrêté bien des personnes intelligentes et bien-intentionnées qui examinaient les causes et les individus qui soutenaient de telles personnes comme Obama et Clinton, ou des mouvement frauduleux comme Syriza en Grèce, des traîtres qui ont leurré un peuple et un pays entiers et se sont alliés à leurs ennemis.

L’auto-absorption, une sorte d’égoïsme, de “moi-isme”, est devenue un nouvel esprit du temps dans les sociétés occidentales privilégiées et a signalé l’échec des grands mouvements collectifs anti-guerre, contre l’injustice sociale, l’inégalité, le racisme et le sexisme.

Aujourd’hui, le grand sommeil est peut-être fini. Les jeunes ont repris la barre, graduellement. Les milliers en Angleterre qui ont soutenu Jeremy Corbyn en tant que leader du parti travailliste, font partie de cet éveil, tout comme ceux qui s’étaient ralliés aux Etats-Unis à la cohorte de soutien du sénateur Bernie Sanders.

En Grande-Bretagne la semaine dernière, l’allié le plus proche de Jeremy Corbyn, son trésorier de l’ombre John McDonnell, a rejoint un gouvernement travailliste pour payer les dettes des banques parasites et pirates et de fait, de continuer la soi-disante austérité.

Aux Etats-Unis, Bernie Sanders a promis de soutenir Clinton si ou quand elle sera nominée candate démocrate. Lui aussi a voté pour l’utilisation de la force par les Etats-Unis contre d’autres pays quand il pense que c’est “juste et bien”. Il dit qu’Obama a fait un “super boulot”.

En Australie, il existe une sorte de politique mortuaire dans laquelle des jeux parlementaires fastidieux se jouent dans les médias alors que des réfugiés et des indigènes sont persécutés, que l’inégalité sociale croît avec le danger de guerre. Le gouvernement de Malcom Turnbull vient juste de voter un soi-disant budget de la défense de 195 milliards de dollars, ce qui représente une sacrée poussée vers la guerre. Il n’y eut aucun débat. Juste le silence.

Qu’est-il arrivé à la grande tradition populaire de l’action directe (NdT: et de la désobéissance civile si chère à Howard Zinn…), imperméable aux partis politiques ? Où est le courage, l’imagination et la motivation, l’implication, tous des requis pour commencer le long chemin vers un monde meilleur, plus juste et pacifique ? Où sont les dissidents dans l’art, le cinéma, le théâtre, la littérature ?

Où sont tous ceux qui brisent le silence ? Ou devons-nous attendre jusqu’à ce que le premier missile nucléaire soit tiré ?