Archive for the pédagogie libération Category

« Ni dieu ni maître, histoire de l’anarchisme de 1840 à 1945 » (Documentaire)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 19 septembre 2018 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

19 septembre 2018

 

Nous avions mis en lien ce documentaire l’an dernier dans plusieurs de nos articles et de nos pages, mais un de nos lecteurs, que nous remercions, nous a signalé que le lien n’était plus actif.

Nous en profitons donc pour remettre la vidéo du documentaire de Tancrède Ramonet: « Ni dieu ni maître, histoire de l’anarchisme de 1840 à 1945 », diffusé sur la chaîne Arte en 2017. Cette fois-ci nous mettons le documentaire non tronqué de 2h21, à voir et diffuser sans aucune modération…

Nous plaçons ci-dessous une liste (non exhaustive) de textes complémentaires à lire que nous avons publiés. Pratiquement tous les auteurs qui y sont sont cités dans le documentaire. Leur lecture fera échos au documentaire qui ne détaille pas la pensée de chacun des protagonistes, tel n’est du reste par l’objectif.

 

 

Lectures complémentaires:
Proudhon_Quest_ce_que_la_propriete
La_Conquête_du_Pain_Kropotkine
Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste
Un-autre-regard-anarchiste-sur-la-vie-avec-emma-goldman
Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique
Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018
Manifeste pour la Société des Sociétés
L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey
champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910
Dieu et lEtat_Bakounine
Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine
Un monde sans argent: le communisme
Voline_La revolution inconnue 3 livres
Daniel_Guerin_L’anarchisme
Inevitable_anarchie_Kropotkine
Que faire ?
Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard
Nestor Makhno Anarchie dans la Revolution Russe
L’anarchie pour la jeunesse
40ans_Hommage_Pierre_Clastres
Errico_Malatesta_écrits_choisis
Bakounine_et_letat_marxiste_Leval
Erich_Mühsam la liberté de chacun est la liberté de tous
La Morale Anarchiste de Kropotkine)
Les_amis_du_peuple_révolution_française
vie_et_oeuvre_gustav_landauer
kropotkine_science-etat-et-societé
le-prince-de-levolution-Dugatkin
Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

 

Publicités

Résistance politique avec Ricardo Flores Magon, journaliste, anarchiste et révolutionnaire mexicain (1874-1922)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, canada USA états coloniaux, colonialisme, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 19 septembre 2018 by Résistance 71


Ricardo F. Magon et son frère Enrique

Nous allons publier une douzaine de textes de Magon qui ont pour la plupart l’avantage d’être courts dans un style puncheur rappelant la prose d’un autre grand militant anarchiste italien celui-là: Errico Malatesta.
En voici les deux premiers…
~ Résistance 71 ~

 

Je ne veux pas être tyran !

Ricardo Flores Magon*

1910

Je ne lutte pas pour un poste au gouvernement.

J’ai reçu des propositions de beaucoup de madéristes de bonne foi -car il y en a, et en assez grand nombre- pour que j’accepte un poste dans ce qu’on appelle le Gouvernement « provisoire », et le poste que l’on m’offre est celui de vice-président de la République. Avant tout, je dois dire que les gouvernements me répugnent. je suis fermement convaincu qu’il n’y a pas, qu’il n’y aura jamais de bon gouvernement. Tous sont mauvais, qu’ils s’appellent monarchies absolues ou républiques constitutionnelles. Le gouvernement c’est la tyrannie parce qu’il limite la libre initiative des individus et sert seulement à soutenir un état social impropre au développement intégral de l’être humain. Les gouvernements sont les gardiens des intérêts des classes riches et éduquées, et les bourreaux des saints droits du prolétariat. je ne veux donc pas être un tyran. je suis un révolutionnaire et le resterai jusqu’à mon dernier soupir. je veux être toujours aux côtés de mes frères, les pauvres, pour lutter avec eux, et non du côté des riches ni des politiciens, qui sont les exploitants des pauvres. Dans les rangs du peuple travailleur je suis plus utile à l’humanité qu’assis sur un trône, entouré de laquais et de politicards. Si le peuple avait un jour la très mauvaise idée de me demander d’être son gouverneur, je lui dirai: Je ne suis pas né pour être bourreau. Cherchez-en un autre !

Je lutte pour la liberté économique des travailleurs. Mon idéal est que l’homme arrive à posséder tout ce dont il a besoin pour vivre, sans qu’il ait à dépendre d’un quelconque patron, et je crois, comme tous les libéraux de bonne foi, qu’est arrivé le moment où nous, les hommes de bonne volonté, devons faire un pas vers la vraie libération, en arrachant la terre des griffes du riche, Madero inclus, pour la donner à son propriétaire légitime: le peuple travailleur. Dès qu’on aura obtenu cela, le peuple sera libre.

Mais il ne le sera pas s’il fait de Madero le Président de la République, parce que, ni Madero, ni aucun autre gouverneur, n’aura le courage de faire un pas dans ce sens et que s’il le faisait, les riches se soulèveraient et une nouvelle révolution suivrait la présente. Dans cette révolution, celle que nous sommes en train de contempler et celle que nous essayons de fomenter, nous devons enlever la terre aux riches.

= = =

Je ne veux pas être esclave !

Ricardo Flores Magon

1912

Note de R71: Il faut replacer ce texte dans son contexte politico-social de 1912. La révolution sociale a échoué là-bas comme ailleurs parce que la conjoncture politico-économique n’était pas propice. Elle l’est aujourd’hui mais les peuples n’ont plus de conscience politique affermie. De plus la révolution violente a historiquement montré ses limites. Il conviendra mieux de remplacer les institutions par les associations libres confédérées et créer la base de la société des sociétés, sans haine, ni armes, ni violence.

Camarades, Je ne veux pas être esclave ! crie le Mexicain, et, prenant le fusil, il offre au monde entier le spectacle grandiose d’une vraie révolution, d’une transformation sociale qui est en train de secouer les fondations mêmes du noir édifice de l’Autorité et du Clergé.

La présente révolution n’est pas la révolte mesquine de l’ambitieux qui a faim de pouvoir, de richesse et de commandement. Celle-ci est la révolution de ceux d’en bas; celle-ci est le mouvement de l’homme qui dans les ténèbres de la mine sentit une idée jaillir de son crâne et cria:  » Ce métal est à moi! « ; c’est le mouvement du péon qui, courbé sur le sillon, épuisé par la sueur de son front et les larmes de son infortune, sentit que sa conscience s’illuminait et cria:  » Cette terre est à moi, ainsi que les fruits que je lui fais produire! « ; c’est le mouvement de l’ouvrier qui, contemplant les toiles, les habits, les maisons, se rend compte que tout a été fait par ses mains et s’exclame ému: « Ceci est à moi! « ; c’est le mouvement des prolétaires, c’est la révolution sociale.

C’est la révolution sociale, celle qui ne se fait pas d’en haut vers le bas, mais d’en bas vers en haut; celle qui doit suivre son cours sans chefs et malgré les chefs; c’est la révolution du déshérité qui dresse la tête dans les festins des repus, réclamant le droit de vivre. Ce n’est pas la révolte vulgaire qui finit par le détrônement d’un bandit et la montée au pouvoir d’un autre bandit, mais une lutte de vie ou de mort entre les deux classes sociales: celle des pauvres et celle des riches, celle des affamés contre les satisfaits, celles des prolétaires contre les propriétaires, dont la fin sera, ayons foi en cela, la destruction du système capitaliste et autoritaire par la poussée formidable des courageux qui feront offrande de leur vie sous le drapeau rouge de Terre et Liberté !

Eh bien, cette lutte sublime, cette guerre sainte, qui a pour but de libérer le peuple mexicain du joug capitaliste, a des ennemis puissants qui, à tout prix et par tous les moyens, veulent empêcher son développement. La liberté et le bien-être – justes aspirations des esclaves mexicains – sont choses gênantes pour les requins et les vautours du Capital et de l’Autorité. Ce qui est bon pour l’opprimé est mauvais pour l’oppresseur. L’intérêt de la brebis est diamétralement opposé à celui du loup. Le bien-être et la liberté du Mexicain, de la classe ouvrière, signifie la disgrâce et la mort pour l’exploiteur et le tyran. C’est pour cela que lorsque le Mexicain met vigoureusement la main sur la loi pour détruire, et arrache des mains des riches la terre et les machines, des cris de terreur s’élèvent du camp bourgeois et autoritaire, et on demande que soient noyés dans le sang les généreux efforts d’un peuple qui veut son émancipation.

Le Mexique a été la proie de la rapacité d’aventuriers de tous les pays, qui se sont installés sur sa belle et riche terre, non pas pour faire le bonheur du prolétariat mexicain, comme le prétend continuellement le Gouvernement, mais pour exercer l’exploitation la plus criminelle qui ait existé sur la terre. Le Mexicain a vu passer la terre, les forêts, les mines, tout, de ses mains à celles des étrangers, ceux-ci appuyés par l’Autorité, et maintenant que le peuple fait justice de ses propres mains, désespéré de ne pouvoir la trouver nulle part, maintenant que le peuple a compris que c’est par la force et par lui-même qu’il doit retrouver tout ce que les bourgeois du Mexique et de tous les pays lui ont volé; maintenant qu’il a trouvé la solution au problème de la faim; maintenant que l’horizon de son avenir s’éclaircit et lui promet des jours de bonheur, d’abondance et de liberté, la bourgeoisie internationale et les gouvernements de tous les pays poussent le Gouvernement des Etats-Unis à intervenir dans nos propres affaires, sous le prétexte de garantir la vie et les intérêts des exploiteurs étrangers. Ceci est un crime ! C’est une offense à l’humanité, à la civilisation, au progrès ! On veut que quinze millions de Mexicains souffrent de la faim, des humiliations, de la tyrannie, pour qu’une poignée de voleurs vivent satisfaits et heureux !

Ainsi, le Gouvernement des États-Unis prête main forte à Francisco Madero pour étouffer le mouvement révolutionnaire, en permettant le passage des troupes fédérales par le territoire de ce pays, pour aller battre les forces rebelles, et exercer une persécution scandaleuse sur nous, les révolutionnaires, à qui on applique cette législation barbare qui a pour nom « lois de neutralité « . Eh bien : rien ni personne ne pourra arrêter la marche triomphale du mouvement révolutionnaire. La bourgeoisie veut la paix ? Elle n’a qu’à se convertir en classe ouvrière ! Ils veulent la paix ceux qui la font autoritairement ? Ils n’ont qu’à enlever leurs redingotes et empoigner, comme des hommes, la pelle et la pioche, la charrue et la bêche !

Parce que tant qu’il y aura inégalité, tant que quelques-uns travailleront pour que d’autres consomment, tant qu’existeront les mots bourgeoisie et plèbe, il n y aura pas de paix: il y aura guerre sans trêve, et notre drapeau, le drapeau rouge de la plèbe, continuera à provoquer la mitraille ennemie, soutenu par les braves qui crient: Vive Tierra y Libertad !

Au Mexique, les révolutions politiques sont passées à l’histoire. Les chasseurs de postes ne sont plus de ce temps. Les travailleurs conscients ne veulent plus de parasites. Les Gouvernements sont des parasites, c’est pour cela que nous crions : Mort au Gouvernement! Camarades, saluons notre drapeau.

Ce n’est pas le drapeau d’un seul pays, mais du prolétariat entier. Il contient toutes les douleurs, tous les supplices, toutes les larmes, ainsi que toutes les colères, toutes les protestations, toute la rage des opprimés de la Terre. Et ce drapeau ne renferme pas que des douleurs et des colères; il est le symbole de souriants espoirs pour les humbles et de tout un nouveau monde pour les rebelles. Dans les humbles demeures, le travailleur caresse la tête de ses enfants, rêvant ému que ces créatures vivront une vie meilleure que celle qu’il a vécue; ils ne traîneront plus de chaînes; ils n’auront plus besoin de louer leurs bras au bourgeois voleur, ni de respecter les lois de la classe parasitaire, ni les ordres des fripouilles qui se font appeler Autorité. Ils seront libres sans le patron, sans le curé, sans l’Autorité, l’hydre à trois têtes qui en ce moment, au Mexique, traquée, convulsée par la rage et la terreur, a encore des griffes et des crocs que nous libertaires lui arracherons pour toujours.

Voilà notre tâche frères de chaînes, écraser le monstre par le seul moyen qui nous reste : la violence ! L’expropriation par le fer, par le feu et par la dynamite !

Eh bien: cette lutte sublime, cette guerre sainte, qui a pour but de libérer le peuple mexicain du joug capitaliste, a des ennemis puissants qui, à tout prix et par tous les moyens, veulent empêcher son développement. La liberté et le bien-être – justes aspirations des esclaves mexicains – sont choses gênantes pour les requins et les vautours du Capital et de l’Autorité. Ce qui est bon pour l’opprimé est mauvais pour l’oppresseur. L’intérêt de la brebis est diamétralement opposé à celui du loup. Le bien-être et la liberté du Mexicain, de la classe ouvrière, signifie la disgrâce et la mort pour l’exploiteur et le tyran. C’est pour cela que lorsque le Mexicain met vigoureusement la main sur la loi pour détruire, et arrache des mains des riches la terre et les machines, des cris de terreur s’élèvent du camp bourgeois et autoritaire, et on demande que soient noyés dans le sang les généreux efforts d’un peuple qui veut son émancipation.

Le Mexique a été la proie de la rapacité d’aventuriers de tous les pays, qui se sont installés sur sa belle et riche terre, non pas pour faire le bonheur du prolétariat mexicain, comme le prétend continuellement le Gouvernement, mais pour exercer l’exploitation la plus criminelle qui ait existé sur la terre. Le Mexicain a vu passer la terre, les forêts, les mines, tout, de ses mains à celles des étrangers, ceux-ci appuyés par l’Autorité, et maintenant que le peuple fait justice de ses propres mains, désespéré de ne pouvoir la trouver nulle part, maintenant que le peuple a compris que c’est par la force et par lui-même qu’il doit retrouver tout ce que les bourgeois du Mexique et de tous les pays lui ont volé; maintenant qu’il a trouvé la solution au problème de la faim; maintenant que l’horizon de son avenir s’éclaircit et lui promet des jours de bonheur, d’abondance et de liberté, la bourgeoisie internationale et les gouvernements de tous les pays poussent le Gouvernement des Etats-Unis à intervenir dans nos propres affaires, sous le prétexte de garantir la vie et les intérêts des exploiteurs étrangers.

Ceci est un crime ! C’est une offense à l’humanité, à la civilisation, au progrès !

On veut que quinze millions de Mexicains souffrent de la faim, des humiliations, de la tyrannie, pour qu’une poignée de voleurs vivent satisfaits et heureux !

L’hypocrite bourgeoisie des États-Unis dit que nous, Mexicains, sommes en train de faire une guerre de sauvages. Ils nous appellent sauvages parce que nous sommes résolus à ne pas nous laisser exploiter ni par les Mexicains, ni par les étrangers, et parce que nous ne voulons pas de Présidents, ni blanc ni métis. Nous voulons être libres, et si un monde se met en travers de notre route, nous détruirons ce monde pour en créer un autre. Nous voulons être libres et si toutes les puissances étrangères se jettent sur nous, nous lutterons contre toutes ces puissances comme des tigres, comme des lions. je le répète, c’est une lutte de vie ou de mort. Les deux classes sociales sont face à face: les affamés d’un côté, de l’autre les satisfaits, et la lutte se terminera lorsque l’une des deux classes sera écrasée par l’autre. Déshérités, nous sommes les plus nombreux; nous triompherons !

En avant !

Nos ennemis tremblent; il faut être plus exigeants et plus audacieux; que personne ne se croise les bras : levez-vous tous ! Camarades !

Rien ne pourra parvenir à écarter les Mexicains du combat : ni la duperie du politicien qui promet monts et merveilles « après le triomphe », pour qu’on l’aide à prendre le Pouvoir : ni les menaces des sbires de ce pauvre clown qui s’appelle Francisco Madero, ni l’aide militaire des États-Unis. Cette lutte doit être menée jusqu’à son terme: l’émancipation économique, politique et sociale du peuple mexicain, qui se fera lorsqu’auront disparu de cette belle terre le bourgeois et l’Autorité, et flottera triomphant, le drapeau de Tierra y Libertad. Vive la Révolution Sociale !

(*) Ricardo Flores Magon (1874-1922) était un journaliste et activiste anarchiste mexicain, né à Oaxaca, influencé par les pensées de Bakounine, Reclus et surtout Kropotkine dont l’ouvrage “La conquête du pain” fut une grande source d’éveil politique pour lui. A partir des années 1910, il fut impliqué avec la révolution sociale mexicaine d’Emiliano Zapata et Pancho Villa. En exil aux Etats-Unis, il fut un farouche opposant à a première guerre mondiale. Il fut arrêté pour sédition et condamné à 20 ans de réclusion sous la loi scélérate contre “l’espionnage” de 1917. Il mourut des mauvaises conditions de sa détention sur sa santé fragile dans un pénitencier du Kansas en 1922 à l’âge de 48 ans.

Fragment de la voie du surpassement et de la lutte pour notre humanité réelle… « L’antéchrist » (Friedrich Nietzsche, 1888, version PDF)

Posted in actualité, pédagogie libération, philosophie, résistance politique with tags , , , on 18 septembre 2018 by Résistance 71

 

On pourrait tenter de résumer la philosophie, la pensée critique de Nietzsche, comme étant celle du dépassement ; de la mise à bas des artifices enchaînant l’humain pour que celui-ci puisse s’élever à sa véritable nature par delà le bien et le mal, par delà la morale établie en carcans religieux et philosophiques. Par sa récusation continuelle du carcan des lois, des obligations et des devoirs induits et anti-naturels, l’humain s’élève et transcende la condition où il est confiné par des idoles fictives et coercitives, qu’il s’est inventées et qu’on lui a également imposées.

Nietzsche nous incite à vouloir, parce que vouloir libère. Une des grandes étapes de la réconciliation entre le subjectif et l’objectif est de se libérer de l’illusion divine, car une fois débarrassé de “dieu et de sa morale”, l’humain retrouve sa solitude primordiale, il n’a plus de maître. En cela il proclame haut et fort, à l’instar de Max Stirner, le “je” non pas dans le sens égoïstico-maniaque, mais tel qu’il doit se constituer lui-même, dans une quête du devenir par delà le bien et le mal, affranchi de toute morale fictive. La Nature ne reconnaît ni bien ni mal, elle ne reconnaît que l’être et est amorale par essence. De fait, toute morale ne peut être que contre-nature, puisque la nature vue par le prisme religieux, est la source du pêché.

Albert Camus disait: “Pour Nietzsche, [à l’inverse de Marx,] la nature est ce à quoi on obéit pour subjuguer l’histoire.” Voilà qui ne serait sans doute pas désavoué par la pensée organique des peuples premiers de tous les continents.

La pensée de Nietzsche dresse l’humain contre les fléaux principaux de l’esprit qui minent la volonté de dépassement, de franchissement, de lâcher-prise, elle même menant à une surhumanité inhérente: la religion, la morale et l’État. En cela, la philosophie de Nietzsche est la philosophie la plus anti-hégélienne qui soit.

Avec Zarathoustra, Nietzsche a ironiquement mis en scène le prêcheur anti-religieux et anti-étatique, avec son “Antéchrist” (que Nietzsche établit être le christianisme lui-même…) que nous reproduisons ici sous format pdf, il détruit pièce par pièce le christianisme, fléau de l’humanité et ce afin que l’humain aboutisse à une humanité supérieure à qui la tâche de gouverner la terre incombera, par delà le bien et le mal. Bonne lecture !

~ Résistance 71 ~

Friedrich-Nietzsche_L’Antéchrist_1888

Version PDF réalisé par Jo de JBL1960

~ On sait ce que j’exige du philosophe : de se placer par-delà le bien et le mal, — de placer au-dessous de lui l’illusion du jugement moral.
[…] Le jugement moral a cela en commun avec le jugement religieux de croire à des réalités qui n’en sont pas. La morale n’est qu’une interprétation de certains phénomènes, mais une fausse interprétation.
C’est ce que l’Église a compris : elle a perverti l’homme, elle l’a affaibli, — mais elle a revendiqué l’avantage de l’avoir rendu « meilleur ».
[…] Le christianisme admet que l’homme ne sache point, ne puisse point savoir ce qui est bon, ce qui est mauvais pour lui : il croit en Dieu qui seul le sait. La morale chrétienne est un commandement ; son origine est transcendante ; elle est au-delà de toute critique, de tout droit à la critique ; elle n’a de vérité que si Dieu est la vérité,— elle existe et elle tombe avec la foi en Dieu.
~ Friedrich Nietzsche, “Le crépuscule des idoles”, 1888 ~


A. Camus, et la pensée de Nietzsche

 

Introduction à la philosophie de Friedrich Nietzsche

tirée de “L’homme révolté” d’Albert Camus, dans la partie “La révolte métaphysique”, 1951

Compilation R71, septembre 2018

Pour introduire la philosophie de Nietzsche, nous laisserons donc la parole à celui qui en a sans doute le mieux parlé, Albert Camus. De fait, nous conseillons même de lire ce sous-chapitre de ‘L’homme révolté” dans sa totalité (environ 20 pages) avant de lire tout écrit du philosophe allemand, qui est sans aucun doute le philosophe le plus mal compris de l’histoire de la philosophie. Camus aide grandement à ne pas faire les erreurs d’interprétation qui pourraient subvenir à la lecture de celui qui pratiquait la philosophie au marteau.
~ Résistance 71 ~

“Nous nions dieu, nous nions la responsabilité de dieu, c’est seulement ainsi que nous délivrerons le monde.” Avec Nietzsche, le nihilisme semble devenir prophétique… En lui, pour la première fois, le nihilisme devient conscient.
[…] La première démarche de Nietzsche est ainsi de consentir à ce qu’il sait. L’athéisme, pour lui, va de soi. Il est “constructif et radical.” On sait que Nietzsche enviait publiquement à Stendhal sa formule: “La seule excuse de dieu c’est qu’il n’existe pas.” […] Le monde ne peut être jugé. Tout jugement de valeur porté sur lui finalement aboutit à la calomnie de la vie. […] Nietzsche accepte le fardeau entier du nihilisme et de la révolte. […] Il n’a donc pas formulé une philosophie de la révolte, mais édifié une philosophie sur la révolte.
[…] Le royaume des cieux est immédiatement à notre portée. Il n’est qu’une disposition intérieure qui nous permet de mettre nos actes en rapport avec des principes et qui peut nous donner la béatitude immédiate. Non pas la foi, mais les œuvres, voilà, selon Nietzsche, le message du Christ. A partir de là, l’histoire du christianisme n’est qu’une longue trahison de ce message. Le Nouveau Testament est déjà corrompu et, de Paul aux Conciles, le service de la foi fait oublier les œuvres.
Quelle est la corruption profonde que le christianisme ajoute au message de son maître ? L’Idée du jugement, étrangère à l’enseignement du Christ et les notions corrélative de châtiment et de récompense.
[…] “Qu’est-ce que le Christ nie ? Tout ce qui porte à présent le nom de chrétien.”
[…] “Tout individu collabore à tout l’être cosmique, que nous le sachions ou non, que nous le voulions ou non.” […] Seule, la terre “grave et souffrante” est vraie, de même que cet Empédocle qui se précipitait dans l’Etna pour aller chercher la vérité là où elle est, dans les entrailles de la terre, Nietzsche proposait à l’Homme de s’abîmer dans le cosmos pour retrouver sa divinité éternelle et devenir lui-même Dyonisos.
[…] Dans l’histoire de l’intelligence, exception faite pour Marx, l’aventure de Nietzsche n’a pas d’équivalent, nous n’aurons jamais fini de réparer l’injustice qui lui a été faite. On connait sans doute des philosophies qui ont été traduites et trahies dans l’histoire. Mais jusqu’à Nietzsche et au national-socialisme, il était sans exemple qu’une pensée tout entière éclairée par la noblesse et les déchirements d’une âme exceptionnelle ait été illustrée aux yeux du monde par une parade de mensonges et par l’affreux entassement des cadavres concentrationnaires.
[…] Puisque le salut de l’Homme ne se fait pas en dieu, il doit se faire sur la terre. Puisque le monde n’a pas de direction, l’Homme, à partir du moment où il l’accepte, doit lui en donner une, qui aboutisse à une humanité supérieure.

[…]


“La tâche de gouverner la terre va nous échoir.”

Darwinisme et biologie sociale…. Rétablir la réalité avec une pensée critique sur l’évolution de l’Homme (Kropotkine et Darwin)

Posted in actualité, documentaire, média et propagande, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 17 septembre 2018 by Résistance 71

Pensée critique sur l’évolution de l’homme et le darwinisme

Pierre Kropotkine

Tirées d’écrits de Pierre Kropotkine publiés en Angleterre entre 1910 et 1915 sur sa pensée de l’évolution humaine et du darwinisme. Ces écrits furent publiés dans “the “Nineteenth Century and After”.

Nous avons traduits ces extraits d’une compilation réalisée par George Woodcock en 1995 dans la seconde partie de son livre “Evolution and Environment” chez Pierre Kropotkine. (éditions Black Rose Books). Dans ce recueil de pensées, Kropotkine analyse la pensée de Darwin sur l’évolution de l’Homme et la sélection naturelle et se lamente que bien des biologistes et socio-biologistes ne peuvent pas le démarquer du malthusianisme latent alors même qu’il avait reconnu que son hypothèse sur la survie du plus apte fondé sur la compétition naturelle, n’avait pas la validité escomptée. Laissons-lui la parole, celle de la voie du milieu dans laquelle Kropotkine excellait.

~ Résistance 71 ~ septembre 2018 ~

[…] Il n’y a pas le moindre doute sur le fait que l’hésitation de bien des biologistes à reconnaître la sociabilité et l’entraide comme une caractéristique fondamentale de la vie animale est due à la contradiction qu’ils voient entre une telle reconnaissance et la dure lutte pour la survie énoncée par Malthus, qu’ils considèrent comme le fondement même de la théorie darwinienne de l’évolution ; alors même qu’on leur rappelle que Darwin lui-même dans son second ouvrage “La filiation de l’Homme”, avait reconnu la valeur dominante de la sociabilité et des sentiments de “sympathie” dans la préservation des espèces ; ils ne peuvent pas réconcilier cette assertion avec la partie que Darwin et Wallace assignaient à la lutte individuelle malthusienne pour des avantages individuels dans leur théorie de la sélection naturelle.

[…] Darwin savait parfaitement que que sa sélection naturelle n’était qu’une HYPOTHESE et que pour être acceptée comme théorie, elle devait passer deux tests: sa capacité à expliquer un grand nombre de faits, incluant les cas difficiles et une certaine preuve à montrer que les processus auxquels elle faisait appel se produisent vraiment dans la Nature. Ainsi, quand on étudie son travail et sa correspondance, on est frappé par le mal de chien qu’il s’est donné pour tester la valeur de la sélection naturelle comme hypothèse capable d’expliquer la plus grande variété imaginable de faits biologiques et les problèmes les plus complexes rencontrés par l’évolution.

[…] Cette lettre [réponse de Darwin au biologiste George Lewes], écrite en 1868, est très instructive. Elle montre que Darwin distinguait déjà deux parties différentes dans le processus d’adaptation. Les facteurs extérieurs, par leur action directe sur une plante, produisent les commencements d’organes adaptés, des épines élémentaires, dues à l’avortement des lobes des feuilles.

[…] Une lettre de Darwin au géologue Moritz Wagner en 1868 est importante sous un autre aspect. Dans cette lettre il admettait franchement qu’il avait sous-estimé le facteur lamarckien, l’action directe de l’environnement:

A mon avis, la plus grande erreur que j’ai commise a été de ne pas envisager un poids suffisant de l’action directe de l’environnement comme par exemple la nourriture, le climat etc, indépendamment de la sélection naturelle. Des modifications ainsi causées qui ne sont ni à l’avantage ni au désavantage de l’organisme modifié, seraient spécifiquement favorisées, comme je peux le voir maintenant au travers de vos observations importantes, par l’isolation dans une endroit restreint où seuls quelques individus des espèces vivaient dans des conditions pratiquement uniformes. Lorsque j’ai écrit “L’origine de l’espèce” et quelques années après, Je n’ai pu trouver que de minces preuves pour une action directe de l’environnement alors que maintenant il y a un très vaste corps de preuves et votre cas de Saturna est un des plus remarquables qu’il m’ait été donné d’entendre (dans “Vie et correspondance”)

= = =

De la filiation de l’Homme (extraits), Charles Darwin, seconde édition 1874

Sur le concept de coopération, de sympathie et d’entraide

Chapitre V.

“[…] Les hommes primitifs, ou nos ancêtres simio-humains, n’ont pu devenir sociables qu’après avoir acquis les sentiments instinctifs qui poussent certains autres animaux à vivre en société ; ils possédaient, sans aucun doute, ces mêmes dispositions générales. Ils devaient ressentir quelque chagrin lorsqu’ils étaient séparés de leurs camarades pour lesquels ils avaient de l’affection ; ils devaient s’avertir mutuellement du danger et s’entr’aider en cas d’attaque ou de défense. Ces sentiments impliquent un certain degré de sympathie, de fidélité et de courage. Personne ne peut contester l’importance qu’ont, pour les animaux inférieurs, ces diverses qualités sociales ; or il est probable que, de même que les animaux, les ancêtres de l’homme en sont redevables à la sélection naturelle jointe à l’habitude héréditaire.

[…] Et d’abord, à mesure qu’augmentent la raison et la prévoyance des membres de la tribu, chacun apprend bientôt par expérience que, s’il aide ses semblables, ceux-ci l’aideront à leur tour. Ce mobile peu élevé pourrait déjà faire prendre à l’individu l’habitude d’aider ses semblables. Or la pratique habituelle des actes bienveillants fortifie certainement le sentiment de la sympathie, laquelle imprime la première impulsion à lu bonne action. En outre, les habitudes observées pendant beaucoup de générations tendent probablement à devenir héréditaires. […] “

De la conclusion de la seconde édition de “La filiation de l’Homme” de Charles Darwin, 1874:

“Le développement des qualités morales est un problème plus intéressant et plus difficile. Leur base se trouve dans les instincts sociaux, expression qui comprend les liens de la famille. Ces instincts ont une nature fort complexe, et, chez les animaux inférieurs, ils déterminent des tendances spéciales vers certains actes définis ; mais les plus importants de ces instincts sont pour nous l’amour et le sentiment spécial de la sympathie. Les animaux doués d’instincts sociaux se plaisent dans la société les uns des autres, s’avertissent du danger, et se défendent ou s’entr’aident d’une foule de manières. Ces instincts ne s’étendent pas à tous les individus de l’espèce, mais seulement à ceux de la même tribu. Comme ils sont fort avantageux à l’espèce, il est probable qu’ils ont été acquis par sélection naturelle.

[…]

Le désir d’aider les membres de leur communauté d’une manière générale, mais, plus ordinairement, le désir de réaliser certains actes définis, entraîne les animaux sociables. L’homme obéit à ce même désir général d’aider ses semblables, mais il n’a que peu ou point d’instincts spéciaux. Il diffère aussi des animaux inférieurs, en ce qu’il peut exprimer ses désirs par des paroles qui deviennent l’intermédiaire entre l’aide requise et accordée. Le motif qui le porte à secourir ses semblables se trouve aussi fort modifié chez l’homme ; ce n’est plus seulement une impulsion instinctive aveugle, c’est une impulsion que vient fortement influencer la louange ou le blâme de ses semblables. L’appréciation de la louange et du blâme, ainsi que leur dispense, repose sur la sympathie, sentiment qui, ainsi que nous l’avons vu, est un des éléments les plus importants des instincts sociaux.

[…]

Néanmoins les bases ou l’origine du sens moral reposent dans les instincts sociaux, y compris la sympathie, instincts que la sélection naturelle a sans doute primitivement développés chez l’homme, comme chez les animaux inférieurs.

Voici ce que disait Nietzsche du darwinisme dans son « Crépuscule des idoles », 1888:

« Pour ce qui en est de la fameuse « Lutte pour la Vie », elle me semble provisoirement plutôt affirmée que démontrée. Elle se présente, mais comme exception ; l’aspect général de la vie n’est point l’indigence, la famine, tout au contraire la richesse, l’opulence, l’absurde prodigalité même, — où il y a lutte, c’est pour la puissance… Il ne faut pas confondre Malthus avec la nature. — En admettant cependant que cette lutte existe — et elle se présente en effet, — elle se termine malheureusement d’une façon contraire à celle que désirerait l’école de Darwin, à celle que l’on oserait peut-être désirer avec elle : je veux dire au détriment des forts, des privilégiés, des exceptions heureuses. Les espèces ne croissent point dans la perfection : les faibles finissent toujours par se rendre maîtres des forts — c’est parce qu’ils ont le grand nombre, ils sont aussi plus rusés… Darwin a oublié l’esprit (— cela est bien anglais !), les faibles ont plus d’esprit… »

= = =

Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Le rêve d’un homme ridicule (Fiodor Dostoïevski)

Posted in actualité, documentaire, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique with tags , on 13 septembre 2018 by Résistance 71

 

Proposition de lecture de Résistance 71

 

« Le rêve d’un homme ridicule », Fiodor Dostoïevski, 1877

 

Mise en page PDF de Jo, JBL1960

 

Septembre 2018

 

L’un d’entre nous est (re)tombé récemment sur cette nouvelle, récit fantastique, que Dostoïevski publia en 1877 et qui est devenu un classique du théâtre au fil du temps. Pourquoi cette nouvelle nous a t’elle particulièrement touché ?
Parce qu’elle illustre parfaitement la recherche de la nature humaine profonde, nature qui nous fait comprendre que solution au marasme il y a pourvu que nous nous retrouvions, que nous retrouvions notre mode de vie organique et cessions de suivre des chimères.
Albert Camus commençait son essai « Le mythe de Sisyphe » (1942) par cette phrase: « Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux: c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre, à la question fondamentale de la philosophie. »
Plus loin, il dit de Dostoïevski: « Tous les héros de Dostoïevski s’interrogent sur le sens de la vie. C’est en cela qu’ils sont modernes: ils ne craignent pas le ridicule… »

Avec cette nouvelle, le grand écrivain russe aborde ces deux thèmes de front et procède en cela à une véritable ouverture de route vers une forme de salut qui ne saurait être qu’en nous et hors de l’artifice social que nous nous sommes fabriqués et qui nous a aussi été imposé dans sa forme la plus brutale et oppressive.

Ce petit texte par la taille (une trentaine de page) mais grandiose par le message et la dynamique, se lit d’une seule traite… A (re)découvrir !

« Je suis un homme ridicule. Maintenant, ils disent que je suis fou… »

Fiodor_Dostoievski_Le_rêve_dun_homme_ridicule

Version PDF

Origine et critique de l’État avec James C. Scott 1ère partie: « L’art de ne pas être gouverné, une histoire anarchiste des hauts-plateaux d’Asie du Sud-Est » (version PDF)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, chine colonialisme, colonialisme, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, sciences et technologies, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 8 septembre 2018 by Résistance 71

 

Nous avons traduit de larges extraits du professeur d’anthropologie James C. Scott « The Art of Not Being Governed, an Anarchist History of Upland South-East Asia » dans le but de faire mieux comprendre au plus large public une partie de l’histoire de l’État, son développement dans une zone donnée de la planète et comment des peuples depuis des siècles vont et viennent dans et hors des états, qu’un anthropologue hollandais a nommé « Zomia » et qui regroupe près de 200 millions de personnes au travers de 6 pays allant du Vietnam à l’Inde. Scott nous fait aussi comprendre que l’État, la centralisation et les institutions inhérentes ne sont pas inéluctables et que ce processus d’origine humaine est parfaitement réversible comme cela s’est déjà produit à maintes reprises dans l’histoire de l’humanité post-« révolution néolithique ».

Jo de JBL1960, comme à son habitude, nous en a fait un superbe pdf à télécharger et lire que vous pourrez trouver sous cette introduction.

Le livre existe dans une version française sous le titre de “Zomia, l’art de ne pas être gouverné”, édition Seuil, 2013. Nous encourageons bien évidemment les lecteurs à lire cet ouvrage dans sa totalité, il en vaut la peine.

(*) L’auteur James C Scott est professeur de science politique et d’anthropologie à l’université de Yale aux Etats-Unis. Il y est le co-directeur du programme sur les études agraires et membre de l’Académie des Arts et des Sciences des Etats-Unis.

James C Scott est devenu par ses recherches profondes et pertinentes, un universitaire spécialiste incontournable pour ceux qui désirent analyser et comprendre l’histoire de la société humaine depuis ses lointaines origines en battant en brèches les poncifs et dogmes de ce que l’anthropologie politique “orthodoxe” a prêché au service du statu quo oligarchique depuis des décennies. Scott s’inscrit dans la lignée anthropologique des Pierre Clastres, Marshall Sahlins et du plus jeune David Graeber. Clastrien revendiqué, Scott commence souvent ses livres et conférences avec cette citation de Clastres tirée de “La société contre l’État” (1974):

Il est dit que l’histoire des peuples qui ont une histoire est l’histoire de la lutte des classes. On pourrait dire avec au moins tout autant de véracité que l’histoire des peuples sans histoire est une histoire de leur lutte contre l’État.

James C Scott est l’auteur de 10 livres dont, outre cet ouvrage dont nous traduisons quelques extraits de l’anglais, les célèbres ‘Seeing like a State”, Yale U, 1998 et son tout dernier ouvrage dont nous traduirons également de larges extraits au plus tôt: “Against the Grain, a Deep History of the Eartliest States”, Yale U, 2017 (notre traduction est achevée et sera publiée sous format pdf sous peu). Il participe à de nombreuses conférences dans le monde et la plupart de celles-ci sont disponibles pour visionner gratuitement sur la toile.

Notons pour l’anecdote que le titre complet en anglais du livre de Scott est:

“The Art of Not Being Governed, an Anarchist History of Upland Southeast Asia” qu’on pourrait traduire par: “L’art de ne pas être gouverné, une histoire anarchiste des hauts-plateaux d’Asie du Sud-Est” or la traduction du titre du livre tel que publié en français aux éditions du Seuil en 2013 est comme suit: “Zomia, l’art de ne pas être gouverné”… Il est intéressant de constater que le mot “histoire anarchiste” du titre anglais et publié comme tel, en toute honnêteté et sans censure par les éditions de l’université de Yale, est passé à la trappe dans la traduction française “officielle”, est-ce bien surprenant ?… De quoi ont-ils donc si peur dans le pays qui fut si longtemps le berceau de l’anarchisme ?…

~ Résistance 71 ~


Zomia

La version PDF de notre traduction :

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

 


James C. Scott

Guerre impérialiste au Moyen-Orient: Un peu d’anti-propagande occidentale sur l’Iran… avant la bagarre ?…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, documentaire, guerre iran, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , , , on 5 septembre 2018 by Résistance 71


Téhéran et ses montagnes

 

Hello, ils vous ont menti au sujet de l’Iran !

 

André Vltchek

 

21 août 2018

 

Source:

https://www.investigaction.net/en/hello-they-lied-to-you-about-iran/ 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Avez-vous seulement considéré la possibilité que tout ce que vous avez appris sur le monde dans les médias occidentaux n’est que mensonge et fabrication ?…

Je suis sûr que vous l’avez envisagé, du moins récemment, lorsque l’insanité des médias occidentaux et leur propagande devient claire et évidente. Mais à quel degré avez-vous été endoctriné ?

Si vous vivez en Europe ou en Amérique du Nord, à quel point êtes-vous empoisonné par les mensonges au sujet de Cuba, du Vénézuéla, de la Russie et de la Chine, de la Corée du Nord et oui, au sujet de l’Iran également ? êtes-vous au-delà de toute guérison possible ? Si vous voyiez la vérité, si vous étiez confronté à la réalité, pourriez vous les reconnaître ? ou les percevriez-vous comme de la propagande et des mensonges ?

Je viens juste de quitter Téhéran, une ville à la très longue histoire et grande culture, remplie de musées, de théâtres, de superbes parcs remarquablement entretenus saupoudrés de culture et de sculptures modernes. C’est une ville aux transports publics modernes et totalement subventionnés, consistant en un métro de haute technologie, de voies de bus écologiques ainsi qu’un grand réseau de trains de banlieues. Une ville aux nombreux arbres, grands et sains, aux places tranquilles, aux cafés élégants et au peuple d’une rare gentillesse et hautement éduqué.


Université de Téhéran

Une ville qui pourrait parfaitement faire partie du classement des “10 meilleures villes du monde”, si elle n’était pas la capitale d’un pays que l’occident tente de ruiner, d’abord avec des sanctions économiques d’une injustice débordante et puis qui sait, au moyen d’une invasion militaire…

Que savent les occidentaux au sujet de l’Iran ? Que leur a t’on dit ? Je pense que l’image que veut projeter les merdias est celle de l’Iran, pays de l’islam radical, une sorte d’Arabie Saoudite chiite, peut-être pire. Bien pire, puisque l’Arabie Saoudite, proche alliée de l’occident, de Londres et de Washington (NdT: et de Tel Aviv…), ne peut pas être touchée en occident, quelque soit la barbarie et la terreur qu’elle répand chez elle et dans le monde.

Ceux qui connaissent à la fois Djeddah et Téhéran rient d’une telle comparaison. L’Arabie Saoudite et sa demie-colonie du Bahreïn, malgré leur richesse issue de la manne pétrolière, font parties des sociétés faisant preuve du moins de compassion sur cette planète, où la misère se frotte à la richesse repoussante, dégoulinante de vulgarité et son prosélytisme crâne.

L’Iran est essentiellement un pays socialiste, internationaliste et en solidarité totale avec les opprimés et les nations en lutte de notre planète. Non je ne parle pas seulement de la Syrie, du Yémen et de la Palestine ; mais aussi de Cuba, du Vénézuéla et de bien d’autres. Vous ne le saviez pas ? Aucune surprise: vous n’êtes pas supposés le savoir !…


Musée, Université, Téhéran

Vous êtes aussi supposés demeurer ignorants au sujet du système social iranien, clairement socialiste. Education gratuite, santé gratuite, transports publics modernes et culture subventionnés, très grands espaces publics et dans une certaine mesure, un gouvernement fort et au moins partiellement, une planification centralisée.

Note de R71: Nous ne faisons en rien une apologie de “l’état iranien” en traduisant cet article, notre position est claire depuis le départ sur le sujet: A bas l’État, quel qu’il soit !  cet ennemi viscéral des peuples. Nous publions cet article dans le seul souci de contre-balancer la propagande ambiante avec des informations de gens qui ont vu, visité et analysé le pays. L’auteur de cet article n’est pas le seul. Les chiens de guerre ne font que construire le mensonge permanent pour justifier de leurs actes d’agression et de guerre à l’encontre de nations dissidentes à l’ordre mondial occidental ethnocentrique et génocidaire. L’Iran est le grand pays de la région dont la tête doit orner le mur du bureau central, poliburo oligarque Inc.

Malgré les sanctions absolument injustes et terribles imposées, bien qu’avec quelques interruptions, par Washington et ses alliés, l’Iran reste debout et grandie, essayant contre vents et marées de s’occuper au mieux de son peuple. Et malgré ce à quoi les Iraniens doivent faire face, ils ne trichent pas et ne volent pas. La monnaie s’est effondrée après que Washington ait imposé de nouvelles sanctions les plus bizarres, déclenchant la frustration et certaines manifestations de mécontentement. Mais la grande majorité des Iraniens sait parfaitement qui est le coupable de cet état de fait et il n’est un secret pour personne que l’opposition est le plus souvent financée et pilotée depuis l’occident.

La plupart des visiteurs n’y comprennent rien au système monétaire et au taux de change. Je ne fais pas exception à cette règle. Lorsque je sois payer, je donne simplement mon porte-feuille aux chauffeurs de taxi ou aux serveurs de restaurant et ils y prennent l’argent nécessaire au paiement. J’ai contrôlé avec mes collègues iraniens: la somme prise à chaque fois est toujours la somme dûe.

Les Iraniens ne font jamais montre d’une “fièreté arrogante”, ils ne font que montrer la fièreté décente et déterminée d’une nation à la culture millénaire, qui sait parfaitement bien qu’elle est du bon côté de l’Histoire.

On nous a répété à quel point l’Iran était religieuse ; mais à l’encontre de l’Arabie Saoudite ou de l’Indonésie (NdT: succursale saoudienne), la religion ici ne vous est pas jetée en pleine figure. Elle n’est pas agitée en permanence comme un drapeau. En Iran, la religion est quelque chose d’interne, de profond, qui est exprimée humblement et sans tapage. Alors que les mosquées de Djakarta diffusent à longueur de journées par leurs hauts-parleurs, des sermons entiers, où les gens sont maintenant jetés en prison pour avoir critiqué cette imposition brutale de la religion sur le public au sens large, je n’ai presque pas pu détecter l’Adhan (l’appel à la prière) à Téhéran. La grande majorité des passantes féminines de Téhéran ne couvrent leurs cheveux que symboliquement, un tiers, ou même un quart gardant leurs cheveux exposés.

Mais l’occident n’infligera jamais de sanctions économiques sur l’Indonésie ni ne s’y opposera de quelque manière que ce soit et peu importe la brutalité démontrée sur son propre peuple: Washington, Londres et Canberra ont déjà ruiné son orientation socialiste avec le coup d’état de 1965 (NdT: voir ou revoir l’excellent film de Peter Weir “L’année de tous les dangers” sur le sujet avec Mel Gibson et la toujours exceptionnelle Helen Hunt…). Djakarta est maintenant asservie, obéissante, anti-communiste et turbo-capitaliste. Il n’y a plus rien de public, tout est privatisé (pillé). Les élites ont totalement pillé le pays pour le bien de l’occident. Les religions en Indonésie sont utilisées pour maintenir en place le régime fasciste pro-occidental.

L’Iran en est totalement opposé: son interprétation de la religion est “traditionnelle”, comme elle le fut avant même que l’occident ne parvienne à en faire dérailler l’essence dans tant de parties du monde. Elle est socialiste, emplie de compassion, spirituelle et oui, internationaliste. A l’encontre d’endroits comme Djeddah ou Djarkarta où sortir pour manger est maintenant le summum de la vie culturelle (et souvent la seule véritable option pour “jouir un peu de la ville”), Téhéran offre beaucoup de cinémas d’art et de qualité (les films iraniens sont parmi les meilleurs et les plus intellectuels produits au monde, NdT: voir pour s’en convaincre le petit chef-d’œuvre qu’est “Les enfants du ciel” de Majid Majidi, 1997, qui est dans la lignée du célèbre “Voleur de bicyclette”, de Vittorio De Sica, 1948 ou “Baran”, “La pluie” du même Majidi, 2001), des musées et des galeries d’art de classe mondiale, de très grands espaces publics ainsi qu’un grand nombre de facilités sportives et de loisirs, incluant des parcs superbes et remarquablement entretenus.

Vous voulez être suspendu à un câble et voler au dessus d’une vallée près d’une des plus grandes tours de télévision au monde ? Vous pouvez le faire à Téhéran. Vous voulez voir une série des tous derniers films chinois d’art et essai ? Vous le pouvez dans ce magnifique palace du cinéma appelé le Musée du Cinéma. Peut-être voudriez-vous voir des pièces de théâtres de Tennessee Williams ou de Tchékov, en farsi ?… Pourquoi pas ?

Bien sûr vous pouvez aussi rester assis dans votre voiture dans un embouteillage  comme vous le feriez à Riad ou Djakarta, mais vous pourriez tout aussi bien vous déplacer vite et facilement à travers la ville avec le système de métro très moderne. Vous pouvez flâner sur les grands trottoirs à l’ombre de grands arbres.

Que vous a t’on dit d’autre ? Que vous ne pouvez pas regarder une femme dans les yeux sous peine d’être lapidé ? Les couples se tiennent par la main partout à Téhéran et les filles ennuyées ou harassées giflent les hommes, souvent à titre de taquinerie, parfois sérieusement.

Mais le croiriez-vous si vous le voyiez ?… Ou est-ce trop tard, et avez-vous atteint le point de non-retour ?…

Un jour, un chauffeur de taxi m’emmenant de mon hôtel aux studios de Press TV m’a désespérément dit:

“Les Européens qui viennent ici même pour la première fois ne veulent pas apprendre. Même s’ils viennent pour la toute première fis, ils arrivent à l’aéroport, montent dans mon taxi et commencent à prêcher, à m’expliquer ce qu’il se passe dans mon propre pays ! Ils viennent tous avec la même histoire, avec la même critique de l’Iran. Il n’y a aucune diversité ! Comment peuvent-ils se prévaloir de venir de pays démocratiques s’ils pensent tous la même chose ?..”

A Téhéran, la diversité de pensée est absolument renversante. Avec mes collègues et camarades , on discute de tout, de la guerre en Yougoslavie, de l’Amérique Latine et bien entendu de l’Iran. Ils veulent toujours savoir sur la Russie et la Chine. J’adore ce que j’y vois et ce que j’y entends ; lorsque les gens sont curieux, respectueux des autres cultures, c’est toujours un excellent début !

L’Iran saigne, souffre, mais est forte. Tout le monde ici n’est pas d’accord avec la politique du gouvernement (bien que la plupart des Iraniens soutiennent leur gouvernement), mais tout le monde est déterminé à lutter et à défendre son pays s’il est attaqué économiquement ou par d’autres moyens.

Quand je viens ici, j’ai cette envie impolie, je veux crier à mes lecteurs: Venez ici et venez y apprendre quelque chose ! L’Iran n’est bien sûr pas parfaite, mais vraie, ici la vie est réelle et tout autant l’est son peuple. Grâce à leur culture et à leur histoire, ils savent comment séparer une pierre précieuse d’un simple caillou, la pensée pure de la propagande, le capitalisme bon marché et mortifère de la grande poussée pour un monde meilleur. Si vous ne me croyez pas, regardez simplement leurs films: un chef-d’œuvre après l’autre.

C’est peut-être pourquoi l’occident veut d’abord ruiner puis détruire ce pays. Pour l’occident, l’Iran est “dangereux”. L’Iran est dangereux et même mortel pour l’arrangement impérialiste du monde, tout comme la Russie, la Chine, Cuba, le Vénézuéla, La Bolivie le sont également.

Ruiner l’Iran ne sera pas chose facile. Je dirai même, cela peut-être impossible. Son peuple est trop intelligent, déterminé et fort. L’Iran n’est pas seul, il a beaucoup d’amis et de camarades. Mêmes ses voisins, la Turquie et le Pakistan sont en train de changer rapidement de direction et de s’éloigner de l’occident.

Ne me croyez pas sur parole. Venez et constatez par vous-mêmes. Mais ne prêchez pas: posez des questions et puis SVP, asseyez-vous, écoutez et apprenez quelque chose ! Ce pays a plus de 7000 ans d’histoire. Au lieu de le bombarder, lisez ses poètes, regardez ses films et apprenez de sa position internationale ! Et alors, alors seulement, décidez, si l’Iran est vraiment votre, notre ennemi ou un cher camarade et ami.


Pont piéton Téhéran