Archive pour juillet, 2010

Solutions sociétaires… Solutions libertaires

Posted in actualité, crise mondiale, média et propagande, militantisme alternatif, politique et social, politique française with tags , , , , , , on 30 juillet 2010 by Résistance 71

Le cantique de la résignation joyeuse

Du « Monde Libertaire » Juillet-Août 2010

url de l’article original: http://www.monde-libertaire.fr/debats/item/12830

Chers camarades de lutte, nous serions-nous tellement assoupis pour laisser imprégner nos articles de la propagande de la réaction ? Aurions-nous finalement cédé à la dictature de l’immédiat pour oublier les leçons du passé ? Aurions-nous perdu notre véritable âme anarchiste pour conduire nos combats sur les traces de l’individualisme ou du renoncement au vrai combat ? Nous serions-nous donc laissés enfermer dans des cercueils ne convenant ni aux morts ni aux vivants ?

De l’alternative au capitalisme qui aurait dû illuminer notre nouvelle année de lutte (numéro spécial des lecteurs de décembre du Monde libertaire), ne subsiste plus au mieux qu’un renoncement à la société anarchiste pour un lendemain proche. Solutions alternatives locales et parallèles dans un monde capitaliste néolibéral, formulation absolutiste du caractère capitaliste de toute société humaine, responsabilité personnelle de l’individu dans la situation actuelle… Ô certes, je ne confonds pas les tentatives de collectifs s’essayant aux futures possibilités d’organisation de notre société de demain avec les dérives idéologiques de penseurs perdus. Mais le métronome des dominants continue de battre le tempo trop rapidement pour nous permettre de commettre à nouveau les erreurs du passé.

La tentation de Robinson Crusoé

Qui n’a pas aspiré à vivre ses convictions en pleine harmonie avec la vie de tous les jours ? Qui ne s’est pas ainsi senti pleinement anarchiste en vivant en coopérative, en créant les alternatives locales à la vie organisée par l’État et les dominants ? Cette tentation nous habite tous, mais l’analyse de l’histoire nous démontre l’impossibilité, voire le danger de se tenir à cette simple alternative tant que l’ordre social actuel n’aura pas été totalement abattu. Ce que Michel Onfray appelle le principe de Gulliver (revendiqué par le philosophe pour des motifs beaucoup plus critiquables – comme nous le verrons par la suite) se traduit en réalité en syndrome de Robinson Crusoé, où chacun peut vivre en autonomie au milieu d’un océan d’oppression et d’exploitation, cherchant à élever son petit sauvage aux principes de l’anarchie expurgée. Plus d’attente d’un grand soir hypothétique, mais la réalisation concrète et partagée par quelques-un(e)s des ferments de la société du futur.

Pendant ce temps, la domination et l’oppression continuent son broyage d’hommes et de femmes – uniquement ralenties par le combat collectif. Les ouvriers de Continental, pourtant jetés devant les tribunaux, continuent de porter haut et fort la fierté prolétaire, les Grecs descendent dans la rue pour détruire un état corrompu et violent, les usines tentent de fermer les unes après les autres malgré les luttes d’un prolétariat qui a renoué avec la lutte concrète des classes et l’internationale (Flamands, Wallons, Allemands, Français ensemble contre le patronat en dépit des pseudo-rivalités nationales attisées par les pouvoirs et les médias). Autant de barricades en sourdine médiatique. Camarades, n’avons-nous pas oublié quelque chose en cours de route ?

Car si le système coopératif porte les germes de l’organisation économique de la société anarchiste que nous réclamons, il ne peut à l’heure et dans les conditions actuelles affranchir les travailleurs, ni améliorer notablement leur situation matérielle, tout en détournant du combat principal les énergies et les savoir-faire nécessaires à la réalisation de l’utopie révolutionnaire. Le capital ne craindra jamais la concurrence de toute association ouvrière pour la simple raison que ces associations réduites à leurs propres moyens ne seront jamais en état de former un capital capable de lutter contre le capital bourgeois. Malgré tous leurs efforts, elles ne seront jamais en mesure d’affranchir le travail de l’oppression de ce dernier. Pire, pour ne pas disparaître, elles seront même obligées de se faire concurrence – poussée à l’extrême et conduisant de facto à l’aggravation des conditions des travailleurs. Avec en prime la mise au pilori de l’idée de coopérative tuée non pas par son échec inhérent mais par les conditions extérieures incompatibles avec son éclosion même. Sans liquidation sociale, sans abolition de la propriété privée et de sa thésaurisation par l’héritage, pas d’avenir ni de liberté pour le prolétariat !

Pendant ce temps, comme le rappelait déjà Marx, dans 18 Brumaire, « le prolétariat renonce à transformer le vieux monde à l’aide des grands moyens qui lui sont propres, mais cherche tout au contraire à réaliser son affranchissement, pour ainsi dire, derrière le dos de la société, de façon privée, dans les limites restreintes de ses conditions d’existence et, par conséquent, échoue nécessairement ». Nos anciens l’ont tenté dès 1844 et le bilan, cinquante ans plus tard, fut laconique : « Le système coopératif a complètement fait naufrage. Personne ne peut plus songer à la coopération comme moyen de salut » (Bakounine, Théorie générale de la Révolution). Pourquoi refaire les mêmes erreurs à l’heure d’un capitalisme évolué et en ordre de bataille mondial ?

Géant chez Lilliput

Cette erreur stratégique et tragique du choix d’une action exclusive immédiate concentrée, mais limitée de fait tant dans la portée révolutionnaire que dans la force de déstabilisation du système de domination actuel, est malheureusement applaudie et encouragée par certains intellectuels médiatisés qui y voient une alternative intéressante au vrai socialisme et aux moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. La manipulation est d’autant plus insidieuse qu’elle s’accompagne d’une réappropriation et d’une réécriture du langage, des symboles et de la pensée révolutionnaire pour les vider de leur sens et les utiliser contre le désir inhérent de l’humanité à vivre libre.

Ainsi, quand Michel Onfray proclame que le capitalisme est aussi vieux que le monde et durera autant que lui, c’est pour mieux s’autoriser un droit d’inventaire de la pensée libertaire et affirmer en final qu’un capitalisme libertaire n’est en aucun cas contradictoire, voire la solution finale de l’histoire humaine. Le tour de passe-passe est osé mais n’a fait jusqu’ici l’objet d’aucune réaction, symptôme que le bombardement permanent de ces dérives sémantiques a réussi à pervertir nos capacités de réflexion et d’analyse des conséquences de tels propos.

Avant de s’interroger sur les fins, rappelons que, contrairement à ce qui est affirmé, le capitalisme ne peut se confondre avec l’esclavage et le servage auxquels il succède – autant par la forme sociale que par la structure même de domination et de pouvoir qui le forme : plus raffiné, plus habile mais surtout dramatiquement plus efficace en terme de richesses générées, il a inventé la notion de travail « libre » qui masque en réalité une extorsion industrialisée de la plus-value aux salariés et une dépendance par la faim des exploités aux exploiteurs.

Quant au libéralisme, il n’est qu’une forme évoluée du capitalisme – axant tout sur les « forces et lois » du marché, en fait un autre nom de la rareté (revenus limités, besoins théoriquement infinis), organisée ou subie, et dont les profits restent toujours détournés par quelques-uns. Le marché ajoute à la notion de travail l’apparence du contrat et de l’enchère, masquant de ce fait la servitude « volontaire ». Organisant la rareté, le besoin, la frustration, le libéralisme n’est qu’un catalyseur puissant du capitalisme. Dans tous les cas, le capitalisme de la révolution industrielle ou libéral repose systématiquement sur le vol sur plusieurs générations par quelques-uns des richesses créées par l’immense majorité. Comment peut-on parler en toute conscience de capitalisme libertaire ?!!! Pour Onfray, les léopards peuvent changer de peau. Pas dans notre jungle !

« Annuler le politique et imposer toute une série de fins indiscutées » (Bourdieu, Contre-feux), telle semble donc être la stratégie du philosophe étouffé par un hédonisme s’apparentant de plus en plus à l’idéalisation de l’individualisme et de l’égoïsme le plus violent, et en plein dilemme intellectuel entre son fond rationnel et pertinent – malheureusement en voie de disparition – et la jouissance de sa position sociale dans une société inique. Est-ce une surprise si l’homme retient volontiers Stirner parmi les penseurs libertaires, oubliant volontairement les analyses de Reclus, de Bakounine ou Kropotkine aux antipodes de ses affirmations actuelles ? L’anarchie n’est cependant pas un magasin d’idées où des consommateurs de postures viennent choisir les décorations qui moderniseront l’allure de leur pensée. L’anarchie n’est pas une idéologie, ni une pensée, elle est une et multiple, elle est la manifestation de la vie et des aspirations populaires à la liberté et à l’harmonie partagée. – le plus bel ordre du monde où chacun a sa place !

La tectonique des classes

Si la remise en question de l’ordre social ne peut être à l’ordre du jour d’un homme ayant visiblement beaucoup à perdre dans l’affaire, il n’en reste pas moins qu’il participe – involontairement ? – à la propagande permanente de l’inéluctable et du renoncement à un autre futur : hygiène mentale distribuée à longueur d’ondes, suppression de l’imaginaire, galvanisation du culte de l’individu détruisant l’individualité au profit de l’individualisme. Le monde est injuste ? Vous êtes exploités ? C’est que vous l’avez voulu ! « Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres », affirme Michel Onfray. Mais sur quelle planète vit-il, bon sang ?

La situation actuelle n’est pas la conséquence de renoncements individuels, mais d’une organisation féroce et efficace de la réaction. On domine d’autant mieux que le dominé en demeure inconscient. Fondée sur la suprématie de la force à un instant de l’histoire, la domination, pour se maintenir, doit contrôler les esprits, domestiquer les cerveaux pour durer. Seul cela peut expliquer que la grande majorité continue de se faire exploiter pour et par une poignée de privilégiés. Comment un homme qui a créé l’Université populaire de Caen peut-il à ce point renoncer à ses convictions initiales ?

Je préfère donc écouter les travailleurs et les peuples, et leur conscience émerge au-delà des présupposés de certains intellectuels de Babel ; la musique qui émerge est tout autre : peu à peu, nous reconnaissons les barreaux de nos prisons, première étape nécessaire pour en faire tomber les murs. On ne manipulera jamais le peuple. Des individus oui, mais jamais le peuple. L’intelligence du prolétariat prévaudra à jamais à celle des plateaux télévision car elle est faite de chairs, de larmes, de souffrance, de rêves, d’espoir et de rires qui sauront toujours détruire les constructions factices des dominants. L’anarchie se nourrit de ces matériaux et vivra à jamais, maintenant et pour toujours.

Un autre futur naît ici et maintenant – à travers les continents parmi tous les opprimés. La déflagration sera à la mesure de l’oppression subie, tel un barrage ne pouvant plus endiguer les eaux de milliers de ruisseaux trop longtemps contenus. Monsieur Onfray, vous nous parlez de microrésistances. C’est la tectonique des classes qui changera la surface du monde. Sans dieu ni maître.

Salut et fraternité !

Johann Hénocque

Nouvel Ordre Mondial: Les crimes de la CIA et l’urgence de son abolition immédiate et sans concessions

Posted in 11 septembre, actualité, guerres imperialistes, média et propagande, N.O.M, politique et social with tags , , , , , on 27 juillet 2010 by Résistance 71

La CIA est au-delà de toute rédemption et doit être abolie

24 Juillet 2010

par Sherwood Ross

url de l’article original:

http://www.veteranstoday.com/2010/07/24/the-cia-beyond-redemption-and-should-be-terminated-2/

Traduit de l’anglais par Résistance 71

L’agence centrale d’intelligence (CIA) a confirmé la pire des peurs de son créateur le président Truman, qu’elle pourrait facilement dégénérer en une « gestapo américaine ». Elle a juste été cela depuis trop longtemps et elle est au de la de la rédemption. Elle représente 60 ans d’échec et de fascisme grandement en contradiction avec une démocratie et doit être fermée de maniere permanente.

Depuis tant d’années, « L’Agence » comme elle est connue, a donné aux présidents américains tellement d’informations fausses et erronées sur autant de sujets critiques, enfreint tellement la loi, perverti tellement d’élections, renversé tellement de gouvernements, financé tellement de dictateurs, torturé et tué tellement d’innocents que ses pages d’histoire pourraient être écrite avec le sang de ses victimes et non avec de l’encre. Les populations du monde la regardent avec dégoût et cette évaluation, malheureusement pour les Etats-Unis est tout a fait correcte. De plus, comme le président actuel Obama a plus d’une demi-douzaine d’agences de renseignement pour le guider, pourquoi aurait il besoin de la CIA ? D’un coup, il pourrait faire l’économie de 27 000 employées, tous fonctionnaires, faire économiser aux contribuables américains quelques dizaines de milliards de dollars et virer la marque d’infamie de la CIA sur le drapeau américain.

Si vous pensez que ceci est une « idée radicale », repensez-y. Ce qui est franchement radical, est de donner tout pouvoir a une clique d’espions a errer sur la planète pour déclencher le chaos partout ou ils passent sans se soucier de la morale, de la responsabilité qui incombe a une telle puissance. L’idée simple de ne pas poursuivre judiciairement les interrogateurs de la CIA (les bourreaux des salles de torture), comme l’a dit le président Obama, fait froid dans le dos. Ces crimes doivent être arrêtés a un moment donné ou ils se perpétreront encore et encore.

« La CIA a déjà été impliquée dans des interrogatoires pratiqués dans des centres de détention secrets auparavant, des 1950, en Allemagne, au Japon, au Panama », écrit le journaliste du New York Times Tim Weiner dans son livre « Legacy of ashes, the history of the CIA » (éditions Random House). Weiner a reçu un prix Pulitzer pour ses enquêtes sur le monde du renseignement. « Elle a participé a la torture d’ennemis combattants capturés, avant 1967, sous le programme Phoenix au Vietnam. Elle a kidnappé des suspects de terrorisme et d’assassinat auparavant. »

En Iran en 1953 par exemple, un coup d’état a l’instigation de la CIA a restauré le roi (Shah) sur le trône du pouvoir absolu, ce qui a valu ce commentaire du journaliste William Blum dans son livre « Rogue State » (Common Courage Press) « cela a instigué une période de 25 ans de torture, de répression, alors que l’industrie pétrolière était de nouveau sous contrôle et propriété étrangère, avec les Etats-Unis et le Royaume Uni chacun glanant 40%. » A peu pres en même temps au Guatemala, ajoute Blum, un coup d’état organisé par la CIA a renversé le regime démocratiquement élu de Jacobo Arbenz, générant 40 années de gouvernement militaire, d’escadrons de la mort, de répression, de torture, de « disparitions », d’exécutions de masse et d’une cruauté inimaginable, totalisant plus de 200 000 victimes, de maniere indiscutable, un des chapitres les plus inhumains du XXeme siècle. » Ce massacre a très grande échelle peut se comparer, au moins en ce qui concerne le nombre de victimes, avec le massacre de Hitler des juifs roumains et ukrainiens durant l’holocauste. Et pourtant, très peu de citoyens américains sont au courant.

Blum nous donne un autre exemple de crime commis par la CIA. En Indonésie, elle a essayé en 1957-58 de renverser le président Sukarno. Elle a fomenté son assassinat, essayé de le faire chanter avec un faux film porno, et s’est alliée avec les forces des officiers de l’armée dissidents pour déclencher une guerre totale contre le gouvernement; ceci impliqua des bombardements effectuées par des pilotes américains, écrit Blum. Cette tentative, tout comme celle du Costa Rica pratiquement au même moment, échoua. La CIA essaya également d’assassiner en 1960 le président irakien Abdul Kassem. D’autres tentatives furent plus « fructueuses ».

Au Laos, la CIA fut impliquée dans des tentatives de coups d’états en 1958, 1959 et 1960, créant une armée clandestine de 30 000 hommes pour renverser le gouvernement.En Equateur, la CIA se débarrassa du président José Velasco apres que celui-ci eut reconnu le gouvernement cubain de Fidel Castro. La CIA orchestra également l’assassinat du président congolais démocratiquement élu Patrice Lumumba en 1961 et installa au pouvoir Mobutu Seko qui dirigea le pays avec « un niveau de corruption et de cruauté qui choqua ses conseillers de la CIA même. » rappelle Blum.

Au Ghana en 1966, La CIA sponsorise un coup d’état militaire contre le leader Kwame Nkrumah. Elle finance et arrange le renversement du président chilien, démocratiquement élu, Salvador Allende le 11 Septembre 1973 et amene ainsi au pouvoir le régime meurtrier du général Augusto Pinochet, qui fît exécuter plus de 3 000 opposants politiques et en fît arrêter et torturer des milliers d’autres. En Grece, 1967, la CIA aida a truquer les élections et fomenta un coup d’état militaire qui assassinat 8 000 grecs dans son premier mois d’opération. « Avec des tortures toutes plus horribles les unes que les autres, le plus souvent perpétrées avec du matériel américain, ceci était routinier. » écrit toujours Blum.

En Afrique du Sud, la CIA donna au gouvernement d’apartheid l’information qui mena a l’arrestation du leader du Congres National Africain Nelson Mandela, qui passa de nombreuses années en prison. 1964, Bolivie, la CIA renverse le président Victor Paz; en Australie de 1972 a 1975, la CIA financent l’opposition au parti travailliste avec des millions de dollars, idem au Brésil en 1962; au Laos en 1960, la CIA truque les élections pour mettre son homme fort au pouvoir, dans les années 70 au Portugal, les candidats financés par la CIA triomphent face au gouvernement socialiste. Entre 1970 et 1990, la CIA a financé aux Philippines des gouvernements qui employaient arrestation arbitraires, torture et exécutions sommaires contre son peuple; au Salvador dans les années 1990, la CIA supporta l’oligarchie des riches au pouvoir dans une guerre civile qui fit plus de 75 000 tués chez les civils, et la liste peut s’étendre a l’infini.

Bien sûr la haine que la CIA engendre pour les citoyens américains et les entreprises américaines est énorme. Parce que l’agence opere essentiellement en secret, la vaste majorité des citoyens ignorent les crimes qu’elle commet en leur nom. Comme l’écrit Chalmers Johnson dans son livre « Blowback » (éditions Henry Holt), le directeur de longue date et maintenant le secrétaire a la défense de l’administration Obama Robert Gates a admis que les services de renseignement états-uniens ont commencé a aider les guérilleros mudjahedines en Afghanistan 6 mois avant l’invasion soviétique de décembre 1979.

Comme cela a souvent été le cas dans le passé, la CIA a répondu a un ordre criminel de l’un d’une succession de présidents impérialistes qui ont occupés la maison blanche, en l’occurrence, un en date du 3 Juillet 1979 du président Jimmy Carter. L’agence a reçu l’ordre d’aider les opposants au régime pro-soviétique de Kaboul, une aide qui pourrait forcer la main au Kremlin d’envahir l’Afghanistan. « La CIA a supporté et financé Ossama Ben Laden, ainsi que bon nombre d’autres extrémistes fondamentalistes en Afghanistan, depuis au moins l’année 1984 », écrit Johnson, aidant en cela Ben Laden a entrainer une bonne partie des 35 000 Arabes d’Afghanistan.

Ainsi Carter, comme ses successeurs dans le gouvernement de George H. W. Bush, les Gates, Cheney, Rumsfeld, Condoleezza Rice, Wolfowitz et Colin Powell « tous portent une certaine responsabilité dans les 1,8 millions de victimes afghanes, les 2,6 millions de réfugiés et les 10 millions de mines anti-personnel non explosées qui sont en place suite a leurs décisions, ainsi que des « dommages collatéraux » qui se sont abattus sur New York le 11 Septembre 2001 d’une organisation qu’ils ont aidée a développer durant les années de la résistance anti-soviétique », Johnson ajoute. Pire, le régime Bush-Cheney apres le 11 septembre « enleva les limites de ce que l’agence pouvait faire. Ceci fut les fondations pour un système de prisons secretes ou la CIA et ses agents et contractés utilisent des techniques qui incluent la torture. » écrivit Weiner. Il est estimé que la CIA en 2006, détenait 14 000 prisonniers dans 11 prisons secretes, ce qui constitue un vaste crime contre l’humanité.

La CIA n’a aucun intérêt en la justice et s’engage dans une cruauté gratuite provenant de l’indiscrimination des coups de filet et des arrestations qu’elle a perpétré: « les agents de la CIA ont arrêté plus de 3 000 personnes dans plus de 100 pays apres le 11 septembre 2001 », écrit Weiner, ajoutant que seulement 14 des hommes détenus « étaient de hautes figures du terrorisme d7Al aida ou autre. Avec eux, la CIA a jeté des centaines et des centaines de quidams, qui devinrent les prisonniers fantômes de la guerre contre le terrorisme. »

Quant a fournir la maison blanche avec des informations sûres, ceci a été un fiasco total pour la CIA. L’agence disait en son temps au président Carter que les iraniens adoraient le Shah et qu’il était solidement arrimé au pouvoir en 1979, quand n’importe quel lecteur du magazine Harper’s qu’on pouvait se procurer en étale de rue pour un dollar, pouvait lire que son renversement entait imminent, et tel état le cas. Au long des années, l’agence a eu tort bien plus souvent de fois qu’elle n’a eu raison.

D’apres un rapport d’Associated Press, lorsqu’il fut confirmé par le sénat comme nouveau directeur de la CIA, Léon Panetta déclara que l’administration Obama ne poursuivrait pas en justice les agents de la CIA qui « participent dans des interrogatoires musclés, même si cela constitue un acte de torture, aussi loin qu’ils n’ont pas dépassé le cadre de leurs instructions. » Ceciva permettre aux interrogateurs d’échapper aux poursuite judiciaires pour avoir suivi des ordres criminels qu’ils auraient été pleinement en droit de refuser d’appliquer.

« Panetta a aussi déclaré que l’administration Obama continuera a transférer des détenus étrangers dans d’autres pays pour interrogation, mais seulement si les officiels pensent que les prisonniers ne seront pas torturés. » continue le rapport d’AP. Si le passé prévaut, comment Panetta et ses sbires peuvent ils savoir que l’Egypte et le Maroc vont arrêter de torturer les prisonniers ? Pourquoi la CIA a t’elle fait kidnapper des hommes des rues de Milan ou de New York et les a envoyé dans ces pays si ce n’est pas pour y être torturés ? L’agence ne les a sûrement pas envoyé en vacances méditerranéenne. Par sa longue et parfaite histoire de déni du droit international, la CIA s’est privée du droit même d’exister.

Ce serait pis que de la maladresse pour le preesident Obama de continuer le programme inhumain et illégal de kidnapping et d’exportation de prisonniers commencé sous l’administration Clinton, et continué sous Bush, qui l’a lui grandement étendu. Si la maison blanche pense que ses bourreaux peuvent arpenter le monde pour y arrêter et torturer toute personne qui leur semble suspecte sans un ordre de justice, sans contrôle, sans procès, et sans rendre compte de leurs crimes, ceci signifie simplement que les Américains pensent être une race supérieure, meilleure que le reste du monde et au dessus de la loi internationale. Ceci n’est pas très différent de la philosophie qui motiva le troisième Reich d’Adolf Hitler. Ne serait-ce pas une suprême ironie du sort, si le public américain qui pensait avoir répudié le racisme en Novembre, réalisent qu’ils ont élu au plus haut niveau électoral un avocat constitutionnel qui réaffirme les vues illégales de ses prédécesseurs sur cette activité. Le programme de rendition (kidnapping) doit être arrêter. La CIA doit être abolie.

(Sherwood Ross is a Miami-based public relations consultant and columnist who formerly reported for the Chicago Daily News, the New York Herald-Tribune, and wire services.)

Le cri de la dissidence symptomatique états-uniennes: Non a l’oligarchie !

Posted in économie, crise mondiale, N.O.M, politique et social with tags , , , , , , , on 25 juillet 2010 by Résistance 71

Certains s’étonneront de la publication ici de la traduction d’un article des médias de masse états-uniens dont l’auteur est un membre indépendant (mais sous l’égide du parti démocrate) du congres américain.

Il nous est apparu assez significatif dans la mesure ou le texte sonne juste pour la critique de l’oligarchie que sont depuis belle lurette les Etats-Unis. Dans un contexte d’argument politique systémique républicain, il est même de tres bon aloi. Il est évident que ce que l’auteur redoute dans sa description des faits est déja bien établi dans l’ere moderne depuis le passage de la loi sur la réserve fédérale en décembre 1913; loi qui recréa de facto, l’oligarchie financiere du petit nombre sur les Etats-Unis puis le monde des l’apres seconde guerre mondiale.

Les Etats-Unis sont une oligarchie politique et financiere établie, les évidences existent. Par contre, ce qui est bien plus nouveau est que cela soit dit de maniere ouverte, sans langue de bois, par une catégorie grandissante d’hommes politiques qui ont sus restés le plus integres possibles dans un univers de corruption généralisée.

Peu de ces épanchements transpirent dans la presse française, nous avons traduit cet article significatif a notre sens de l’orientation que prend l’opinion publique occidentale quant a l’arrogance des suppôts du Nouvel Ordre Mondial.

Resistance 71

Non a l’oligarchie

Bernie Sanders | July 22, 2010

Source URL: http://www.thenation.com/article/37889/no-oligarchy

Bernie Sanders est un membre du caucus sénatorial démocrate aux Etats-Unis et il est l’indépendant le plus ancient de l’histoire du congres américain.

Le peuple américain souffre. Pour résultat de la cupidité, de la veulerie et d’une attitude illégale de Wall Street, des millions de citoyens états-uniens ont perdu leur emploi, leur maison, leurs économies et leur possibilité d’un plus haute éducation. Aujourd’hui quelques 22% de nos enfants vivent dans la pauvreté et des millions supplémentaires deviennent de plus en pus dépendant de donation et de tickets pour manger.

Tandis que la grande récession de Wall Street a devasté la classe moyenne, la réalité est que les familles qui travaillent ont expérimenté un déclin depuis des décennies. Rien que durant les années de l’administration Bush, de 2000 a 2008, le revenu moyen par famille a baissé de 2,200 US$ par an et des millions ont perdu leur assurance santé. Aujourd’hui, a cause de la stagnation des revenus et du coût plus élevé des nécessités de base, la famille moyenne a deux salaires a moins de revenu et de pouvoir d’achat qu’une famille a un salaire il y a une génération. Le citoyen américain moyen aujourd’hui est sous-payé, surmené et stressé a considérer ce que le futur lui réserve a lui et ses enfants. Pour beaucoup, le rêve américain est devenu un cauchemar.

Mais tout le monde ne souffre pas. Tandis que la classe moyenne disparait et la paupérisation augmente, les personnes les plus riches de ce pays non seulement s’en sortent très bien, mais ils utilisent leur richesse et puissance politique pour protéger et étendre leurs privilèges aux dépens de la majorité. Ce sérail de familles ultra-riches s’ingénient a détruire la vision démocratique de cette classe moyenne forte qui fut l’envie du monde. A sa place, ils sont déterminés a créer une oligarchie au sein de laquelle quelques familles contrôlent la vie économique et politique de notre pays.

Les 400 familles les plus riches des Etats-Unis, qui ont vues leur richesse augmentée de quelques 400 milliards de dollars pendant les années Bush, ont maintenant accumulé une riches de 1 270 milliards de dollars. 400 familles ! Pendant ces 15 dernières années, pendant que ces gens immensément riches sont devenus de plus en plus riches, leur taux d’imposition a été coupé de pres de 50%. Alors que les 400 américains les mieux payés ont eu un revenu annuel moyen de 345 millions de dollars en 2007, le résultat de la politique fiscale de Bush a vu ces gens n’être imposés qu’a un taux de 16,6%… Le plus bas de l’histoire de ce pays.

L’an dernier, les managers de 25 plus gros hedge funds ont engrangé ensemble quelques 25 milliards de dollars, mais grâce a la politique fiscale que leurs avocats ont aidée a rédiger, ils ont payé proportionnellement bien moins d’impôts qu’un enseignant, une infirmière ou un policier. La conséquence directe des paradis fiscaux aux îles Caymans, aux Bermudes et ailleurs, les riches citoyens et plus grosses corporations fraudent plus de 100 milliards de dollars par an d’impôts qui devraient être payées aux Etats-Unis. Warren Buffet, une des personnes les plus riches de la planète a souvent commenté sur le fait qu’il payait en proportion bien moins d’impôt que sa secrétaire.

Mais ce ne sont pas seulement les individus qui manipulent éhontement le système pour leur bénéfice. Ce sont également les multinationales qu’ils possèdent et contrôlent. En 2009, Exxon Mobil, la multinationale qui dégage le plus de profit de l’histoire de cette nation, a réalisé un exercice de profit net pour l’année fiscale de 19 milliards de dollars; non seulement ils n’ont payé aucune taxe ou impôt fédéraux, mais ils ont reçu 156 millions de dollars de remboursement de la part du gouvernement. En 2005, une grosse multinationale sur quatre aux Etats-Unis ne payaient aucun impôt sur le revenu tout en dégageant au total 1 100 milliards de dollars de revenu net.

Mais peut-être que la plus extravagante diminution d’impôts donnée aux multimillionnaires et aux milliardaires s’est produite ce mois de Janvier dernier quand la taxe foncière établie en 1916 a été annulée pour un an suite a la loi sur les impôts de Bush datant de 2001. Cette mesure s’applique aux 3/10 des plus riches du top 1% de la population états-unienne. C’est ce que le président Teddy Roosevelt, un leader pro-impôt foncier, dit en 1910: « L’absence d’un état efficace et spécialement de mesures restrictives nationales pour empêcher l’ampleur de l’accumulation de gains et de richesses a abouti a créer une petite classe de gens immensément riches et très puissants économiquement, dont le but essentiel est de continuer a maintenir et contrôler leur puissance sur le système. Le plus important est de changer les conditions qui permettent a ces hommes d’accumuler la puissance qui n’est pas pour le bien commun. Ainsi, je crois en un impôt graduel sur les héritages de grosses fortunes, dûment protéger contre l’évasion fiscale et augmentant rapidement avec la taille du patrimoine hérité. » C’est ce que nos avons eu dans une certaine mesure ces quatre-vingt-quinze dernières années et ce jusqu’en 2010…

Aujourd’hui, non contente des abattements fiscaux sur leurs revenus, non contente du vide juridique gigantesque sur les taxes corporatives, non contente des lois sur le libre échange qui leur permet de délocaliser a outrance des millions d’emplois de travailleurs américains vers des pays a bas salaires et non contente des paradis fiscaux qu’elle trouve de par le monde, l’élite au pouvoir et ses lobbies travaillent fiévreusement pour éliminer l’impôt foncier ou  considérablement le baisser. S’ils y parviennent comme ce fut presque le cas en 2006, avec tous les républicains sauf deux qui avaient voté pour, cela augmentera la dette du pays de plus de 1 000 milliards de dollars sur 10 ans. A un moment ou nous avons déjà une dette de 13 000 milliards de dollars, des objectifs non remplis et le plus haut niveau d’inégalité sociale du monde développé, il est tout simplement insensé de donner toujours plus d’exonération d’impôts aux multi-millionnaires et aux milliardaires.

Voila pourquoi j’ai introduit la proposition de loi S.3533 du « responsable estate tax act ». Cette législation ramènerait dans les caisses de l’Etat 318 milliards de dollars dans la prochaine décennie en établissant un impôt graduel sur l’héritage foncier au dessus de 3,5 millions de dollars avec effet rétroactif sur 2010. Cette proposition assure que les 0,3% des américains les plus riches paient leurs dus en impôts fonciers, tout en garantissant que 97,3% des citoyens n’aient jamais a payer un centime apres avoir perdu un être cher. Ceci également garantirait que la vaste majorité des familles de fermiers et de petits businesses n’auront jamais a payer une taxe foncière.

Cette législation doit être passée car avec 13 000 milliards de dollars de dette, nous ne pouvons pas nous permettre plus d’exonérations fiscales pour les familles millionnaires et milliardaires. Mais plus important, cette législation doit passer pour empêcher que les Etas-Unis ne deviennent une oligarchie totale dans laquelle une poignée de familles riches et puissantes contrôlent la destinée de notre nation. Trop de gens depuis le début de cette nation ont lutté et sont morts pour maintenir notre vision démocratique. Nous leur devons cela, a eux et a nos enfants, nous leur devons de maintenir cette vision.

Rompre avec les acquis sociaux du travail

Posted in économie, philosophie, politique et social, politique française, Social & Retraite with tags , , , , , , on 23 juillet 2010 by Résistance 71

Rompre avec les acquis sociaux du travail

par AnarSonore

Url de l’article original: http://anarsonore.free.fr/spip.php?article443

Dans ce document, André Gorz dit qu’il est avant tout nécessaire d’inventer de nouveaux modes de vie (la culture) dits post capitalistes et que la prise de pouvoir au sens politique est secondaire.

En faisant une distinction entre « sphères de l’autonomie » et « sphères du loisir » Gorz observe que la stratégie de domination du capital consiste à empêcher l’apparition « d’espaces d’auto-activités » émancipateurs, conduisant les gens à croire que le travail rémunéré, celui de l’emploi, serait indispensable à leur dignité et épanouissement personnel.

Il ajoute que la raréfaction des emplois (et pas du travail) correspond à une stratégie de domination amenant les gens à devoir accepter des conditions de travail toujours plus difficiles, dans un système ou ceux-ci sont de plus en plus dépendants de l’emploi pour répondre à leur besoins, par l’utilisation de l’argent et des marchandises.

Pour toute tentative d’émancipation, les individus doivent rompre avec ce qu’il nomme « l’imaginaire du travail ». En utilisant la métaphore de « l’exode », le philosophe propose de prendre mentalement et spirituellement de la distance avec la société de l’emploi, du salaire et de la marchandise afin de préparer cette rupture.

Enfin en prenant l’exemple des informaticiens, André Gorz explique que la nature de la force de production la plus importante et la plus indispensable sur laquelle repose l’économie actuelle (créativité), exige un perpétuel travail d’auto épanouissement des facultés intellectuelles, culturelles et morales, humaines, de telle sorte que par nature, le développement de cette force de travail se doit d’être dégagée, des contraintes de temps liées à l’emploi, réalisant ce que Marx interprétait comme le « Surtravail » c’est-à-dire l’utilisation par les travailleurs de leur propre productivité afin de disposer du temps nécessaire à leur émancipation.

L’immatériel

Bien qu’assez âgé, il produisit aussi un livre consacré à l’analyse de la démarchandisation que pouvait opérer les réseaux de l’internet libre, la découverte de nouveaux espaces de création et de coopération parcourus par « les colonisateurs d’un nouveau monde ».

Dans son livre intitulé « l’immatériel, Connaissance, valeur et capital » l’auteur montre le glissement, la mutation qui s’opère entre la production matérielle (marchandisable) et production immatérielle (savoir, développement humain, bien commun, dématérialisation de la production) dans le contexte récent du capitalisme livré à l’ère de la société de l’information et de l’économie numérique dans son rapport à la science et aux hommes.

Il montre aussi comment la science autant que le capitalisme privent l’humain du retour réflexif sur soi nécessaire à la pensée. Qui mènera la bataille de l’esprit ? Pour André Gorz, le « néo prolétariat post industriel » serait « le principal acteur futur d’une mutation culturelle anti-productiviste et anti-étatiste » s’appuyant sur les logiciels et les réseaux libres, « lieu structurel de la contestation du capitalisme mondialisé ».

Les sociétés ne sont pas l’Etat.

Posted in actualité, crise mondiale, militantisme alternatif, politique et social, Social & Retraite with tags , , , , , , , on 22 juillet 2010 by Résistance 71

Sociétés contre l’État

Url de l’article originall:

http://www.monde-libertaire.fr/autogestion/item/13571

Sans foi, sans loi, sans roi…

« Les Indiens n’ont d’humain que l’apparence et ignorent tout de la civilisation, des arts, de la religion, plus bestiaux que les bêtes qu’ils chassent, plus sauvages que ces étendues où se déchaînent les éléments et où ils errent plutôt qu’ils n’habitent, créatures de Satan 1. » Cette vision brutale des « primitifs » par la « civilisation » européenne du XVIIe siècle a laissé place à une ethnologie évolutionniste, notamment marxiste, plus compatissante à l’égard de ces sociétés, « enfance de l’humanité » : l’absence d’un État qui dit le bien commun et l’impose, montre leur incomplétude, dixit le « matérialisme historique », véritable théologie de l’histoire.

Pourtant, dès le XVIe siècle, alors que les Indiens découvrent armes et croix que portent mercenaires et missionnaires, La Boétie 2 montre qu’il y a rupture radicale entre l’ère de la liberté et celle de l’État, qu’il appelle l’« Innommable », impliquant la servitude. Plus récemment, dans les années 1970, l’anthropologue Pierre Clastres 3, familier des Indiens guayaki et guarani, affirme que les sociétés « primitives » n’ont pas d’État car elles refusent la division entre dominants et dominés, ce sont des sociétés contre l’État. Ainsi le « chef » a un devoir de « porte-parole », mais sa parole ne sera écoutée que si elle exprime le point de vue de la société comme totalité une. B. Traven 4 rapporte plaisamment la symbolique liée à la fête d’investiture d’un chef indien, choisi pour un an : assis sur son trône, il s’adresse dignement à la communauté, qui plaisante et se réjouit ; son postérieur dénudé est posé sur une chaise percée, placée au-dessus de braises rougeoyantes, afin de lui rappeler « qu’il n’est pas installé pour se reposer, mais pour travailler pour le peuple » ; les cicatrices dont il hérite sont la marque de l’honneur d’avoir été choisi, mais aussi le soustraient à la tentation de se faire réélire. De son côté, Marshall Sahlins 5 avait expliqué que le « mode de production domestique » primitif fonctionne comme une machine antiproduction, hostile à la formation de surplus, condition nécessaire à l’instauration d’un pouvoir séparé. Des sociétés ont fait le choix de fonctionner sans État et sans marché.

Démocratie directe en zone rurale

Pour beaucoup, ces « bons sauvages » ne méritent que la « repentance » pour le passé et l’« écotourisme » pour le présent. Mais quelle surprise de voir des Indiens tseltals, tsotsils, choles, tojolabals, mames, zoques sortir de la forêt lacandon en 1994 ! Depuis, plusieurs centaines de milliers de paysans du Chiapas, malgré la répression et les vautours des multinationales, ont entrepris de se gouverner eux-mêmes. Ainsi dans chaque commune autonome, qui regroupe plusieurs villages, l’assemblée choisit le conseil de la commune, ceux ou celles qui vont remplir les diverses « cargas » (charges) pour deux ans : services non rémunérés, utiles à la communauté (santé, éducation, alimentation, culture, information, justice, etc.). Ces mandats sont révocables.

La coordination des communes autonomes est réalisée par un « conseil de bon gouvernement » qui se réunit au « caracol », centre de chacune des cinq régions zapatistes, où se trouvent également coopératives de production, cliniques, écoles, centres culturels, etc. Chaque commune y est représentée par un ou deux délégués, tournant rapidement (quelques semaines) parmi les conseillers communaux. Cette rotation permet d’éviter toute dissociation avec la vie locale, où les décisions sont prises au consensus. Cette conception non spécialisée 6 des tâches collectives risque de désorienter l’« occidental », adepte de l’efficacité, devant la « lenteur » de certaines prises de décision, qui permet pourtant de laisser le temps de s’informer, soupeser les avis, élaborer collectivement une solution obtenant l’adhésion de tous. Dans tous les domaines, les activités se répartissent entre le local et le régional : agents communautaires de santé, microcliniques, cliniques, écoles primaires, secondaires, formation d’enseignants, etc. Les différences de développement entre communes sont compensées par la région.

Pour les zapatistes cette forme de gouvernement collectif, basée sur une démocratie directe issue des « us et coutumes » communautaires, n’est pas destinée aux seuls peuples indiens et s’adresse « à tous les peuples du monde ».

Démocratie directe en zone urbaine

En 2006, des centaines de milliers d’insurgés ont défié l’État 7, dans la « Commune d’Oaxaca », montrant la relation très étroite qui subsiste entre la population pauvre des villes et le monde indien. Beaucoup d’habitants des « colonias » (quartiers populaires) viennent des communautés indigènes. Quand, en ville et dans les gros bourgs, tout ce qui rappelle le pouvoir (mairie, administration, police, etc.) est occupé et fermé, c’est la tradition de l’assemblée comme instance de prise de décision et d’initiatives qui le remplace.

Pourtant, dès le début de l’explosion sociale, une trentaine de dirigeants d’organisations mettent en place un front unique, structure « provisoire » de coordination. Mais l’investissement des « colonias », des « barricadiers », des peuples indiens impose la mise en place de l’Assemblée populaire des peuples de l’Oaxaca (Appo) qui comptera jusqu’à 1 500 délégués. De vives critiques s’y élèvent contre ceux qui se présentent comme les leaders devant les caméras et qui ne goûtent ni la recherche du consensus ni la participation collective à la prise de décisions. « En s’engageant de façon autonome, un peu comme la Commune de Paris, qui reste le symbole de ce type d’organisation à la base des gens eux-mêmes 8 », les habitants ont rapidement pris confiance, ont communiqué entre eux et « ont retrouvé le goût d’une vie sociale libérée de la servitude, des hommes du pouvoir et de la politique 9 ». Ainsi les centaines de barricades deviennent un espace autonome, un lieu de convivialité, de cohabitation quotidienne, la colonne vertébrale de l’insurrection.

Malgré une répression féroce, les espoirs d’émancipation n’ont pas disparu ; dans les « colonias » se développent boulangeries collectives, jardins communautaires, lieux de discussions. Pour préserver l’autonomie du mouvement, Vocal (Voix oaxaquègne construisant l’autonomie et la liberté) est créé en mars 2007. David Venegas rappelle que « ce mouvement horizontal et assembléiste s’adresse à l’ensemble des peuples de l’Oaxaca, des peuples indiens, des travailleurs, des paysans, l’ensemble de tous ceux et de toutes celles qui luttent et rêvent d’un monde meilleur où aient leur place tous les mondes ».

Le monde doit changer de bases

L’autonomie traditionnelle, qui constitue l’essence du mode de vie indien, prend aujourd’hui une autre dimension, par l’adaptation d’une identité politique et sociale anticapitaliste, la recherche d’alliances nationales et internationales, la plus grande participation des femmes et des jeunes, le développement de réseaux multiethniques. Rubén Valencia, membre de Vocal, souligne que « face à la chute des idéologies, du socialisme collectiviste au capitalisme individualiste, certains ont commencé à s’intéresser à cette idée, la communalisation des moyens de production, ce que pratiquent un grand nombre de peuples depuis plus de cinq cents ans ». En « Occident », toutes les tendances de la « modernité politique » se sont employées à nous convaincre que la seule forme possible de l’intérêt commun est l’État. Pourtant, seule une organisation politique fondée sur l’autonomie des communes locales, sur leur capacité à se fédérer, peut permettre notre émancipation. Des tentatives sont déjà apparues en Europe : conseils (ouvriers, paysans, quartiers, villes), en Russie en 1905 et 1917 avant que le parti bolchevik ne les vide de leur substance, en Allemagne, Hongrie, Italie entre 1918 et 1923, en Catalogne et Aragon en 1936-1937.

Raoul Zibechi 10 montre que des mouvements sociaux forts entraînent la désarticulation de la centralisation étatique et l’adoption de formes d’organisation ne créant pas de nouvel appareil bureaucratique. Il observe qu’en Amérique latine, à partir des pratiques et des luttes des communautés indigènes, une culture politique horizontale se diffuse dans de nouveaux groupes sociaux. De même, David Graeber 11, anthropologue américain, relève que les principes anarchistes traditionnels – autonomie, association volontaire, autogestion, entraide, démocratie directe – jouent un rôle important dans les mouvements radicaux du monde entier.

Toutes ces alternatives anarchistes en actes, si elles se développent et se fédèrent, renverront le capitalisme et l’État dans les poubelles de l’histoire.

Élan noir

1. Nancy Delanoë, L’Entaille rouge, Albin Michel, 1996.

2. « Il y a trois sortes de tyrans. Les uns régnant par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves. »

3. La Société contre l’État, Éditions de Minuit, 1974.

4. Indios, 1931 (éd. fr., Christian Bourgois, 1990).

5. Âge de pierre, âge d’abondance, Gallimard, 1972.

6. « Tous nous avons été gouvernement. »

7. Georges Lapierre, La Commune d’Oaxaca, Rue des Cascades, 2008.

8. Miguel, membre du Cipo (Conseil indigène et populaire d’Oaxaca), organisation indienne d’esprit libertaire

9. David Venegas, membre de l’Appo et de Vocal.

10. Raoul Zibechi, Disperser le pouvoir, L’Esprit frappeur, 2009.

11. Pour une anthropologie anarchiste, Lux éditeur

Comment les médias fabriquent des dissidents

Posted in actualité, désinformation, média et propagande, N.O.M, politique et social with tags , , , on 22 juillet 2010 by Résistance 71

Une histoire vraie, digne d’un roman d’espionnage

Les « dissidents cubains » tels que les fabriquent nos médias.

Maxime VIVAS

On se souvient peut-être de Valladarés. Ex policier du dictateur Batista, arrêté à Cuba peu après la Révolution alors qu’il transportait des explosifs, il a bénéficié d’une campagne internationale en faveur de sa libération. La presse le disait poète et paralytique. Quant le gouvernement cubain a décidé de l’expulser à Madrid, le président François Mitterrand a envoyé Régis Debray pour l’accueillir à l’atterrissage de son avion. La foule des photographes a vu alors un homme hilare descendre la passerelle sur ses deux jambes. Aujourd’hui, on sait que le seul poème dont il s’est prévalu était un plagiat et il vit aux USA, ce qui fit dire à Debray : « Le poète n’était pas poète, le paralytique n’était pas paralytique et le Cubain est Américain. »

Mais Cuba était devenu dans l’imaginaire collectif un pays où sont emprisonnés les poètes et autres intellectuels.

Voici 3 chapitres extraits de mon livre « La face cachée de reporters sans frontières. De la CIA aux Faucons du Pentagone » (éditions Aden, octobre 2007).

Pour l’anecdote, Robert Ménard y répond dans son livre « Des libertés et autres chinoiseries » (éditions Robert Laffont, octobre 2008) où il affirme « Maxime Vivas invente ».

Le problème est qu’aucun menteur n’a assez de mémoire pour gérer ses mensonges dans le temps. Ménard a donc oublié qu’à deux reprises, en 2004 sur le site du Nouvel Observateur et en 2006 sur le site de RSF il avait avoué (voir plus bas) avoir recruté le « journaliste dissident » dont je parle et qui a fini par lui poser de singuliers et très amusants problèmes.

OSS 117/Robert Ménard à La Havane

Le 20 septembre 1998, Robert Ménard, flanqué d’un de ses collaborateurs parisien, se rend à Cuba. Objectif : recruter pour RSF un journaliste « dissident » dont on lui a dit le plus grand bien. La recrue s’appelle Néstor Baguer Sanchez Galarraga. Petit homme émacié, volontiers coiffé d’un grand béret, c’est un intellectuel et un journaliste chevronné. Il a fait ses études dans une université états-unienne, il a vécu à New-York et il a gardé des amis aux Etats-Unis. Parmi eux, Jimmy Carter qui, lorsqu’il était président l’a invité à se rendre aux États-Unis pour donner des cours d’espagnol à l’Université.

Membre du Comité Martiano por los Derechos Humanos et de la Corriente Socialista Democrática, groupuscules liés à deux organisations anti-cubaines dirigées depuis l’extérieur : Concertation Democrática Cubana et Plataforma Democrática Cubana, il ne tardera pas à créer L’Agence de Presse Indépendante Cubaine (APIC). Son engagement n’a jamais faibli, même quand il a été victime de tracasseries annonciatrices de possibles ennuis plus sérieux. Amnesty International s’est ému de la confiscation, par la Sécurité de l’Etat, le 10 juillet 1995 d’un télécopieur dont il se servait pour envoyer ses articles hors de l’île. Heureusement, dès le 18 août, il s’en était procuré un nouveau.

Le rapport annuel 1996 de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH), s’émouvra également des persécutions contre le journaliste : « Néstor Baguer, président de l’Agence de presse indépendante (APIC) a été gravement blessé par un inconnu qui l’a roué de coups, lui occasionnant une fracture du poignet et de nombreux hématomes. Les faits se sont produits à La Havane, le 2 mars 1995. Le 11 juillet de la même année, des membres de la sécurité de l’Etat ont perquisitionné son domicile et saisi un télécopieur et ils l’ont déconnecté du service téléphonique. Quelques jours plus tard, Néstor Baguer a présenté une plainte au tribunal municipal de Plaza pour obtenir la restitution du matériel confisqué ; le greffier du tribunal a toutefois refusé de la recevoir en déclarant qu’elle n’était pas légalement valide. »

Néstor Baguer publie des articles mordants pour la RECE (REpresentación Cubana en el Exilio), créée par la CIA dans les années 60 et dirigée par l’extrême droite de Miami. Il écrit aussi pour la Fondation Nationale Cubano-Americaine (FNCA), également organisation d’extrême droite basée à Miami, fondée en 1983 par Ronald Reagan, étroitement liée à la CIA et au Département d’Etat. La FNCA a été particulièrement efficace, au Nicaragua, dans le soutien à la « Contra » qui fit chuter le gouvernement de Daniel Ortega en février 1990 et qui a replongé ce pays dans la misère, l’analphabétisme et la soumission aux oligarchies nationales et étrangères. Elle a financé la préparation et/ou l’exécution de nombreux attentats terroristes contre Cuba, visant des centres industriels et des points de concentration de touristes, la raffinerie de Cienfuegos, la centrale thermo-électrique de Matanzas et le cabaret Tropicana, dans l’ouest de la capitale. Le 4 septembre 1997, un jeune touriste italien, Fabio Di Celmo se trouve dans le hall de l’hôtel Copacabana lorsqu’une bombe explose et le tue. Deux autres hôtels ont été aussi la cible d’attentats au plastic pratiquement au même moment.

Oui, à l’évidence, Néstor Baguer offrait toutes les compétences pour aller grossir les rangs des « journalistes indépendants » promus par Robert Ménard.

A peine débarqué de l’aéroport José Marti, OSS 117/Robert Ménard loue une voiture haut de gamme et va déposer ses bagages à l’hôtel Nacional, établissement luxueux qui reçoit des visiteurs de marque et fortunés. Puis, il fonce discrètement vers la modeste maison d’un honorable correspondant, un « dissident » qu’il a contacté depuis Paris pour organiser la rencontre. Prévenu, Néstor Baguer est au rendez-vous, pressé de rencontrer ce héraut de la Liberté venu tout exprès pour le voir depuis la patrie des Droits de l’Homme.

Cependant, le dicton et les films d’espionnage l’attestent, les murs ont des oreilles. Prudent, Robert Ménard refuse donc de discuter dans la maison de son contact et il embarque Néstor Baguer dans la voiture. Ainsi, il est assuré que ce qui va se passer ne pourra jamais être connu. Et c’est tant mieux car, à le voir agir, on dirait bien qu’il est un espion d’une puissance étrangère et non le représentant d’une ONG. Tous deux s’assoient à l’arrière du véhicule, l’autre français faisant office de chauffeur. Les conspirateurs parcourent ainsi le quartier de Vedado, le temps nécessaire pour faire connaissance et pour arrêter les modalités et les conditions de leur future collaboration. Néstor Baguer étudie discrètement son interlocuteur. La coupe de ses habits, la grosseur de sa voiture, l’hôtel où il est descendu, attestent que l’homme est un paquet de dollars ambulants. Quant à sa conversation, elle révèle assez bien ce qu’il est et ce qu’il veut : cassant, il est là pour donner des instructions, dicter ce qu’il faudra faire, pas pour écouter. C’est la première fois qu’il vient ici, mais il explique doctement à Néstor Baguer le problème racial cubain et autres choses de ce tonneau. Baguer écoute poliment. On l’a dit, il connaît bien les USA et il sait ce que racisme veut dire. Il vit dans un pays métissé, à cent cinquante kilomètres d’un Empire où le taux de mariage mixte n’atteint pas 1 %. Mais il se tait. Il sera toujours temps, plus tard, si RSF lui commande un article sur ce sujet, de le développer, de manière à grossir les derniers et réels vestiges d’un racisme séculaire hérité du colonialisme, sans pour autant déchoir jusqu’au mensonge pur. Néstor Baguer est prêt à faire beaucoup de choses pour ses idées, mais pas à perdre sa propre estime par ses écrits.

Enfin, Robert Ménard en vient au fait : les informations anti-cubaines propagées en Europe par RSF proviennent de Miami. Il veut une source directe, un correspondant particulier dans l’île afin d’accroître la fiabilité de ses dossiers. Et peut-être aussi d’en déterminer la teneur.

Au bout d’une heure, ils se séparent. Un nouveau rendez-vous sera pris plus tard par téléphone, mais pas chez le « dissident » qui les a déjà accueillis. Les règles de la guerre de l’ombre sont strictes.

Quelques jours plus tard, Néstor Baguer reçoit un appel : il devra se rendre dans un parc du quartier de Vedado à une heure déterminée et il s’assiéra sur un banc pour attendre qu’on lui remette un colis. Le journaliste dissident est surpris par ce luxe de précautions paranoïaques qui n’est pas de mise quand les journalistes de son obédience se réunissent. Néanmoins, il ne discute pas et il sera ponctuel au rendez-vous. Il patientera à peine quelques minutes avant de voir arriver son nouveau contact. C’est le mentor de Robert Ménard, qui lui remet furtivement un paquet et qui file sans s’attarder. Les parcs ne sont-ils pas truffés de caméras, voire de micros dissimulés dans les fleurs et de flics déguisés en jardiniers, en étudiant boutonneux, en mères de famille ou en vieillards claudiquant dont le faux sonotone est directement relié au bureau de Fidel Castro ? De retour chez lui, Néstor Baguer ouvre le paquet. Il s’agit d’un ordinateur portable dans son emballage d’origine. Le Président de l’Association des Journalistes Indépendants va pouvoir écrire sur son pays, les articles que RSF aime lire.

Un dissident très (trop) scrupuleux.

Il va se consacrer à cette tâche avec une conscience digne d’éloges. Fin lettré, non seulement il est capable de proposer des articles anti-cubains bien écrits, mais l’intelligence est au rendez-vous de sa prose. De plus, Néstor Baguer veille soigneusement à la crédibilité des écrits des « journalistes indépendants » qu’il chapeaute. Le problème qu’il rencontre en effet est celui de la vénalité. Plus un article est sensationnel et accusateur, plus les journaux de Miami, via la Section des Intérêts Nord-Américains (la SINA, ersatz d’ambassade) à La Havane le paient cher. De nombreux articles vont alimenter les émissions de Radio Marti, qui émet depuis Miami vers Cuba sur des fréquences qui ne lui sont pas attribuées, en contravention aux règlements de l’Union Internationale des Télécommunications et en violation de l’espace radioélectrique cubain. Créée en 1985 à l’initiative du président Reagan, cette radio pirate bénéficie d’un budget gouvernemental de plusieurs dizaines de millions de dollars. C’est la seule radio US qui déroge à la loi sur l’interdiction de financement d’un média par l’Etat. Son objectif est le renversement du gouvernement cubain. Elle déverse 1200 heures d’émissions hebdomadaires sur l’île. On a pu y entendre des appels à la subversion intérieure et à commettre des sabotages.

A Cuba, où le salaire moyen ne dépasse guère quinze dollars, un « journaliste indépendant » peut encaisser sans trop de mal entre cinquante et cent dollars mensuels, ce qui le dispense, avec sa famille, de se livrer à tout autre activité salariée. Du coup, des petits malins se décrètent journalistes sans avoir jamais auparavant écrit une ligne, voire sans être familiers de la syntaxe. Les « Agences de presse indépendantes » prolifèrent, parfois formées du père, de la mère et du fils auto-promus « journalistes » du jour au lendemain. L’effet pervers est que la course aux dollars entraîne une surenchère dans les diatribes antigouvernementales, des récits de faits spectaculaires mais inventés, des interviews bidonnées. Peu importe, la plupart des bobards, dès lors qu’ils sont politiquement conformes aux desiderata des payeurs, sont acceptés et propagés. Mais Néstor Baguer entend prouver que dissidence et éthique peuvent co-exister. Et là, il va rapidement commencer à décevoir.

D’abord, c’est son refus d’articles trop invraisemblables qui surprend. C’est nouveau ! A un « journaliste » improvisé qui espère bien palper un paquet de billets verts en décrivant une émeute populaire réunissant dix mille personnes à l’angle de deux rues à Manzanillo pour cause de déménagement forcé d’une famille par la « dictature castriste », Baguer fait préciser les circonstances. Il apparaît très vite que l’étroitesse des lieux ne permettait pas un tel rassemblement, que l’incident était en fait dû à un transfert illicite de logements et que seuls les locataires concernés avaient râlé dans la rue. Ayant dégonflé l’émeute, Baguer met le papier au panier.

Mais il fait pire. En même temps qu’il fournit Paris et Miami en articles critiques contre son pays, il n’hésite pas à se déplacer pour vérifier certaines des informations qui transitent par lui. Un jour où lui est soumis un article sur une grève de la faim politique, il se rend à l’improviste sur les lieux, dans le quartier de Santo Suárez, et tombe sur des « grévistes » joyeusement attablés. Tout était faux et Néstor Baguer se désole d’autant plus de ces avalanches de mensonges, que RSF s’impatiente et lui donne en exemple ce qu’écrivent ses confrères. Or, s’il a bien accepté de produire, contre des dollars, des informations tendancieuses, il entend cependant ne pas perdre son âme. Il s’irrite de voir Paris lui indiquer quels thèmes il doit aborder dans son prochain article. Mais surtout, RSF ne tarde pas à lui reprocher d’être trop modéré. De leur côté, les états-uniens s’étonnent qu’il ne traite pas Fidel Castro d’assassin dans ses textes. Néstor Baguer écrit en effet : « Le Président de Cuba, Monsieur Fidel Castro » alors que d’autres écrivaient « le dictateur ». L’attaché culturel US fera un constat : « Monsieur Baguer, vous ne haïssez pas Fidel Castro ». Néstor Baguer confirme. La haine est-elle nécessaire ? Il invoque son bagage culturel, son éducation, son style journalistique. Il y a des mots, monsieur, qu’il n’emploie pas. Il rappelle qu’il est « membre de l’Académie de la Langue et [qu’il ne peut] pas écrire d’insultes ». Quand Jimmy Carter est venu en voyage officiel à Cuba, il a tenu à dîner avec son ami Néstor Baguer. Est-ce que Carter traite Castro d’assassin ? Non. C’est donc simple : insulter l’Autorité, c’est chercher des ennuis et ne plus pouvoir travailler. De plus, fort de son statut d’intellectuel et de son appartenance à l’Académie, il ne saurait tolérer qu’un fonctionnaire retouche un de ses articles.

A Paris, on trouve cet intellectuel bien mou et les relations commencent à se tendre. Les patrons de RSF doutent à présent de disposer du right man at the right place. De son côté Néstor Baguer note l’escalade dans les commandes qui lui sont faites. Il lui faut maintenant s’informer sur la présence éventuelle de dissidents dans la police et dans les forces armées. S’agit-il là d’une curiosité d’une ONG ? Plutôt d’une agence de presse, et peut-être même d’une agence de renseignements. Il lui semble que la CIA lui aurait posé la même question. Pas Amnesty International, pas la Croix Rouge, pas la Ligue internationale des Droits de l’Homme, pas l’Unicef ou Médecin sans frontières. Cependant, l’argent afflue. Néstor Baguer le perçoit chaque mois par retrait avec sa carte Transcard. Il garde ce qui lui revient (cent dollars mensuels, soit deux fois la paie d’un ministre cubain) et distribue le reste en fonction du travail des « journalistes » qu’il chapeaute. Quand l’article déplait, il n’est pas rétribué par les commanditaires. Plus la charge anti-cubaine est rude, plus elle rapporte.

Les USA regardent le travail de Néstor Baguer avec sympathie. Il a fait son chemin depuis sa rencontre avec Robert Ménard jusqu’à être reconnu par la presse internationale comme l’un des plus éminents leaders de la dissidence.

Très vite ils lui délivrent un laissez-passer permanent qui lui permet d’entrer à sa guise dans les locaux de la Section des Intérêts Nord-Américains (SINA) de La Havane. Il y rencontre Gene Bigler, l’attaché culturel qui le présente à son chef, Joseph Sullivan. Les trois sont en phase, ils parlent la même langue, connaissent les mêmes endroits aux USA, servent la même cause. Le Cubain leur soumet des dizaines d’articles émanant des « agences de presse « . Triées, corrigées, les copies sont conformes aux intérêts de l’Empire et à ses desseins dans l’archipel des Caraïbes. La SINA y veille.

Chacun est bien conscient que ces activités tombent sous le coup de la loi cubaine 88 dite de « protection de l’indépendance nationale et de l’économie de Cuba ». En interdisant « le travail de concert avec une puissance étrangère dans l’objectif d’ébranler le gouvernement cubain » la Justice de l’île ne se distingue d’ailleurs pas de celle des autres pays, notamment pas de celle des Etats-Unis dont le Code pénal (art 18, §951) précise que « toute personne qui accepte d’opérer à l’intérieur des États-Unis sous la direction ou le contrôle d’un gouvernement étranger sera inculpé de crime et risque une peine de 10 ans de prison ».

Dans son article (déjà cité) du Monde Diplomatique de février 2004, l’écrivain cubain René Vázquez Díaz, constate que la Suède, son pays d’adoption, « condamne à un maximum de deux années d’emprisonnement (Code pénal, chapitre 19, article 13, sur les délits contre la sécurité de l’Etat ) celui qui perçoit de l’argent ou d’autres dons d’une puissance étrangère ou de quiconque agit dans l’intérêt de celle-ci, afin de publier ou diffuser des écrits, ou d’influencer de quelque façon que ce soit l’opinion publique en ce qui concerne l’organisation interne de l’Etat ». La Suède punit également dans son article 8 « celui qui propage ou transmet à des puissances étrangères ou à leurs agents des informations inexactes ou tendancieuses, dans le but de créer des menaces pour la Sécurité de l’Etat ». Et, comme délit de haute trahison, la paisible Suède, qui ne se connaît pas d’ennemi, punit « celui qui constitue une menace contre la sécurité de l’Etat pour avoir utilisé des moyens illégaux avec l’appui d’une puissance étrangère, à dix ans de prison ou à la réclusion criminelle à perpétuité. »

Quant au Code pénal français, il stipule en son article 411-6 : « Le fait de livrer ou de rendre accessibles à une puissance étrangère, à une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents, des renseignements […] de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation est puni de quinze ans de détention criminelle et de 225 000 euros d’amende. »

Il ajoute en son article 411-10 : « Le fait de fournir, en vue de servir les intérêts d’une puissance étrangère […] des informations fausses de nature à […] induire en erreur et à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation est puni de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende. »

Enfin, quand RSF se montrait curieuse sur les éventuels maillons faibles dans la police et dans l’armée cubaine, elle faisait fi de ce que l’article 411-4 notre propre Code pénal prévoit en la matière : « Le fait d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d’agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d’amende. Est puni des mêmes peines le fait de fournir à une puissance étrangère, à une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents les moyens d’entreprendre des hostilités ou d’accomplir des actes d’agression contre la France. » Néstor Baguer, lui, n’ignore pas comment les Etats, dont le sien, se protègent. Il sait que, compte tenu des rapports de guerre larvée entre les USA et Cuba, de la possibilité d’une invasion impromptue sans cesse promise et qui n’attend que le bon prétexte, la loi cubaine s’appliquera dans toute sa rigueur. Il est assez érudit pour savoir aussi que, dans quelque pays du monde que ce soit, à contexte égal, il en serait ainsi.

Il se demande in petto comment RSF, une organisation censée défendre la liberté des journalistes peut financer des articles bidons, imposer les sujets à traiter, les refuser à sa convenance, réprimander les auteurs dont la virulence n’est pas adaptée aux enjeux politiques.

Il voit les gens de la Section des Intérêts Nord-Américains (SINA) dicter les sujets à ceux qu’il appelle les « handicapés mentaux, les pseudo-journalistes ». Pis, il voit ces derniers, lorsqu’ils ont pondu leurs textes, aller les faire réviser à la SINA avant de les transmettre, au cas où quelque chose ne conviendrait pas politiquement. S’ils étaient approuvés, on les transmettait.

Et les amours s’étiolent entre RSF et lui. Au fil des mois, la tension ne cessera de grimper avec ses commanditaires parisiens. Finalement, ils renonceront à ses services. Exit Néstor Baguer ?

Pas tout à fait. L’histoire de ce collaborateur scrupuleux et indocile va en effet connaître un spectaculaire rebondissement.(73)

L’agent secret Octavio démasque Néstor Baguer.

En mars 2003, la Justice cubaine a lancé une vague d’arrestations « pour conspiration, activités subversives et collaboration avec la mise en place du blocus imposé par Washington ». Dans le lot des personnes interpellées il s’en trouva douze qui étaient en réalité des agents infiltrés de la sécurité de l’Etat cubain. Parmi ces « taupes », l’agent Octavio.

L’agent Octavio est un petit homme émacié, volontiers coiffé d’un grand béret, journaliste chevronné, intellectuel qui a fait ses études aux Etats-Unis, membre de l’Académie de la Langue, ami de Jimmy Carter, bref, un loustic dans lequel nous reconnaissons… Néstor Baguer. Depuis plus de quatre ans, Octavio/Néstor Baguer tenait informé le contre-espionnage cubain du développement du « journalisme indépendant », de la corruption de ses compères par l’ennemi, des agissements de Reporters sans frontières et de ses exigences. Quand, en jouant au James Bond, il recruta ce collaborateur « anti-castriste » et lui fit une démonstration de l’application des règles de clandestinité, Robert Ménard ne savait pas que l’autre, authentique agent secret depuis vingt-cinq ans, riait sous cape. A La Havane, Néstor Baguer persifle et se répand en interviews : « Dès que j’ai créé l’Agence de Presse Indépendante de Cuba (APIC à laquelle participera Raùl Rivero(74) qui a été arrêté en mars 2003 et qui vit aujourd’hui en Espagne), j’ai reçu les félicitations de Miami ainsi que d’autres témoignages d’amour et de sympathie. Ils me considéraient comme le meilleur des patriotes. Reporters sans frontières faisait mon éloge partout et m’envoyait de l’argent. C’était incroyable. »Par exemple, rigole Octavio, j’ai reçu de RSF du matériel et « 1000 dollars pour financer le « Bureau de presse ».

Quand Salim Lamrani l’interroge en mai 2003 (interview cité), Robert Ménard, alors que la supercherie de Néstor Baguer a été dévoilée, persistera, dans son incomparable style hasardeux et abscons, à se vanter de ses liens avec la presse « indépendante » cubaine. Lisons : « Ecoutez, le nombre d’articles qui sont repris dans la presse internationale, ces gens de la presse indépendante cubaine qui sont cités par la presse internationale, ce qui traduit que cette presse internationale, qui ne serait pas intéressée par des articles signés que par des opposants. Le fait qu’ils les reprennent marque une amélioration. Quant à dire qu’elle est manipulée par les uns et les autres, c’est une absurdité. Nous avons plus de liens avec la presse indépendante cubaine que le gouvernement des Etats-Unis. » (sic).

Quant à Baguer, on lui apprend qu’un article de Reuters, reproduit par le New-York Times le 10 avril 2003, le qualifie désormais de « supposé journaliste » (Alleged journalist, exactement). Il feint alors la naïveté : « Comme c’est curieux ! Quand j’étais un « dissident » la presse nord-américaine ne m’a jamais appelé « supposé journaliste ». Ça ne serait jamais venu à l’esprit de personne… » Et il propose tout de go à l’interviewer de lui fournir une copie de son diplôme de journaliste pour « mettre un terme à cette rumeur »(75).

A Paris, dans les locaux de RSF, c’est la consternation. Le mieux est de ne pas ébruiter l’affaire. Le rapport 2004 de l’ONG fera allusion à Néstor Baguer, mais en taisant que Robert Ménard était allé le recruter sur place et que RSF le payait depuis des années. Quand, le 22 octobre 2004, Robert Ménard est l’invité du forum en ligne organisé par le Nouvel Observateur, il sera questionné ainsi par un Internaute : « Pouvez-vous nous dire si vous avez rencontré M. Néstor Baguer Sanchez à Cuba et ce que vous lui avez demandé ? »

Piteuse et lapidaire réponse de Robert Ménard : « Ce monsieur a été notre correspondant plusieurs années avant que nous nous séparions de lui. Une bonne chose puisqu’il s’est avéré qu’il était un agent de la police politique. C’est lui-même qui l’a déclaré lors du procès de 75 dissidents au printemps 2003. »

Au mois de mars 2006, sur son site et sous le titre « Cuba : le printemps noir, 3 ans après » où tout ce qu’il faut savoir sur le sujet est rapporté avec force détails, ces liens mercantiles de RSF et de Baguer seront tus : « Le ver est en fait dans le fruit dès l’apparition de l’APIC, en 1992, dont deux des fondateurs, Indamiro Restano et Néstor Baguer alias « Octavio « se révéleront être des agents de la Sécurité de l’Etat, la police politique. » Un ver que RSF a recruté, équipé, nourri, engraissé, conseillé, couvert de dollars quand elle le prenait pour un mercenaire travaillant contre son pays, écrivant n’importe quoi pourvu que l’Empire en soit satisfait. Mais ces détails ne seront même pas évoqués. Cachez ce sein que je ne saurais voir…

Ainsi donc, RSF fait campagne contre un petit pays indépendant grâce à des articles abracadabrants, non vérifiés, des fictions fournies par des agents secrets du gouvernement et par des chasseurs de dollars.

Les informations erronées publiées ne sont pas rectifiées quand les agents se dévoilent. Et pourquoi donc ? Parce qu’elles contribuent à dessiner l’image négative d’un pays sur lequel RSF s’excite prioritairement depuis des années et qui exaspère les dirigeants états-uniens par son fier refus de devenir la cinquante et unième étoile de leur bannière ?

Maxime Vivas

extraits de La face cachée de Reporters sans frontières – de la CIA aux faucons du Pentagone.

Url de l’article original:

http://www.legrandsoir.info/spip.php?page=imprimer_article&id_article=10121

La chute d’Obama

Posted in actualité, économie, crise mondiale, politique et social with tags , , , , on 19 juillet 2010 by Résistance 71
La chute d’Obama

par Alexander Cockburn, traduit de l’anglais par Résistance 71

Url de l’article original:

http://www.counterpunch.org/cockburn07162010.html

L’homme qui s’est emparé de la maison blanche en fomentant une humeur d’espoir irrationnelle est maintenant confronté a une récompense amère assénée par la réalité. La réalité est qu’il ne peut pas y avoir de « bon » président américain. C’est une main impossible a jouer. Obama est très proche d’être fini.

Le premier président noir de la nation états-uniennes a promis du changement au moment précis ou personne, même investi de la puissance de communication d’un Franklin Roosevelt, la maîtrise politique d’un Lyndon Johnson ou l’agilité d’un Bill Clinton, n’aurait pu renverser la vapeur du désastre qui est celui de l’Amérique depuis 30 ans.

Cet été, beaucoup d’Américains ont peur. Plus de 100,000 citoyens se mettent en banqueroute chaque mois. 3 millions de propriétaires immobiliers devront faire face a la repossession et l’expulsion cette année. Ajouter a cela les 2,8 millions qui ont été dépossédés en 2009 durant la première année d’Obama au pouvoir. Pres de 7 millions sont sans travail depuis un an ou plus. En y ajoutant le nombre de personnes qui ont abandonnées la recherche d’un emploi et ceux qui travail a temps-partiel, le total est de pres de 20 millions.

Les gens qui ont peur deviennent irrationnels. Tout comme les racistes. Obama est la cible de choses éhontées. Un bon pourcentage du public américain pense qu’il est socialiste, chose aussi stupide que de dire que l’archevêque de Canterbury est un druide. Obama a une révération pour le système capitaliste. Il admire les prédateurs du sérail de wall street qui ont inondés sa campagne électorale avec des millions de dollars. La terrible catastrophe du golfe du Mexique provient directement du feu vert donné a BP par lui-même et son secrétaire a l’intérieur Ken Salazar.

Ce n’est pas la faute d’Obama si les Etats-Unis ont exporté de maniere permanente le travail vers le tiers monde ces 30 dernières années sus les administrations de Reagan, des Bush père et fils et de Clinton. Le travail que les Américains ont tant besoin aujourd’hui n’existe plus ici dans la patrie et n’y existera plus jamais. Le travail est maintenant en Chine, a Taiwan, au Vietnam, en Inde et en Indonésie.

Aucun programme de « stimulus », donnant des fonds a des sous-traitants du ciment pour boucher les nids de poule sur le réseau autoroutier fédéral, ne va ramener ce travail perdu a la maison mère. Les ouvriers hautement qualifiés, les aristocrates du secteur industriel font, au mieux, des hamburgers pour 7,50 US$ de l’heure parce que leurs entreprises ont envoyé leur travail a Guangzhou, avec la bénédiction des politiciens copieusement arrosés par le lobby du « libre échange »

Ce n’est pas la faute d’Obama si depuis 30 ans de plus en plus d’argent a été transféré en haut de la pyramide sociale, jusqu’à ce que les Etats-Unis redeviennent ce qu’ils étaient dans les années 1880: une nation de clochards et de millionnaires. Ce n’est pas de sa faute si chaque exemption fiscale, chaque nouvelle régulation, chaque décision de justice penchent vers le gros business et les riches. C’était l’Amérique néolibérale dans sa vitalité maligne des années 1970.

Mais c’est de la faute d’Obama de ne pas avoir compris que comme toujours, depuis le départ, il a flatté les américains avec leur gloire passée, sans les mettre en garde contre la corruption du système politique et industriel qui détruit ce pays et de la résistance a laquelle il ferait face s’il devait réellement lutter contre les arrangements primordiaux qui détruisent les Etats-Unis. Il leur a offert un espoir facile et gratuit vers un meilleur futur et maintenant ils se rendent compte que la promesse était vide.

C’est la faute d’Obama également qu’il soit incapable comme communicateur de rallier et d’inspirer la nation contre ses peurs. Depuis ses plus tendres années, il s’est ingénié a être discipliné, non excitable, de ne pas être le noir en colère qui alarmerait ses amis blancs de Harvard et plus tard ses commanditaires dans le business. Le self-contrôle a été son passeport pour rencontrer les gardiens du système, ceux qui étaient désespérés de trouver un leader symbolique pour restaurer la crédibilité de l’Amérique dans le monde apres les désastre de l’erre Bush. Il est trop cool.

Ainsi maintenant, un nombre de plus en plus important de citoyens états-uniens ont perdu leur confiance en lui. Pour la première fis dans les sondages, des résultats négatifs dominent les positifs. Il ne commande plus la confiance. Son support est a 40 pour-cent. La rhétorique qui lui permit de flatter les pontes de l’industrie comme les ouvriers semble n’être aujourd’hui qu’un trait d’opportunisme. La campagne pour l’élimination d’Al Qaida en Afghanistan est maintenant soldée dans une campagne désastreuse vue avec hostilité par une majorité de citoyens.

Les sondages montrent le désastre. Il apparait maintenant que les républicains vont probablement s’emparer non seulement de la chambre, mais aussi le plus vraisemblablement du sénat. L’humeur publique est telle, que même si les sondages montrent que les démocrates auraient toujours selon les opinions de meilleurs arguments pour lutter contre la crise économique que les républicains, ils voteront contre les démocrates au pouvoir dans les prochaines élections a l’automne. Le public veut juste virer les clowns.

Obama a demandé le conseil de Bill Clinton en cette heure désespérée. Si Clinton est honnête, il rappellera a Obama que ses espoirs pour un premier mandat progressiste ont été détruits par l’échec de sa réforme de la santé publique au printemps 1993. En août de cette année la, il importait un républicain, David Gergen, pour gérer la maison blanche.

Obama a eu sa fenêtre d’opportunité l’an dernier, quand il aurait pu faire de l’emploi et de la réforme financière ses objectifs principaux. C’est ce que les Américains espéraient. Au lieu de cela, hypnotisé par les conseillers financiers et économiques de son entourage, tous des créatures de la haute finance, il s’est immergé dans la Mer des Sargasses de la réforme de la santé, gâché la meilleure partie de l’année pour finir avec un projet qui ne satisfait personne.

Qu’est-ce qui peut sauver Obama maintenant? Il est très difficile d’entrevoir une brindille a laquelle il pourrait s’accrocher. Il est toujours bien tôt pour le dire, mais comme disait Marlene Dietrich a Orson Welles dans le film « Touch of Evil »: « Ton futur est au bout du rouleau ».