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Résistance aux crimes de l’Église et de l’État: De la chute d’un pape en février 2013 à l’Opération Rachat d’avril 2018

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Cinq ans après, réflexions sur la chute du gros rat et sur l’augmentation des réclamations

 

Kevin “tueur de pape” Annett

 

12 février 2018

 

reçu par courriel

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“Le pape Benoît XVI, Joseph Ratzinger, a réservé une réunion avec le président italien Giorgio Napolitano pour le samedi 23 février afin de discuter son immunité contre des poursuites judiciaires qui seraient engagées contre lui par le gouvernement italien, d’après des sources médiatiques italiennes.

La réunion de Ratzinger fait suite à la remise au secrétariat du département d’état du Vatican le 6 février d’une note diplomatique issue par un gouvernement européen dont le nom est tenu secret. Cette note manifeste l’intention pour ce gouvernement de coopérer avec une haute cour de justice pour émettre un mandat d’arrêt contre Ratzinger qui a démissionné de son pontificat moins d’une semaine après.” ceci émanait d’un communiqué du TICEE du 14 février 2013.

“Beaucoup de gens ne peuvent pas accepter que ce petit caillou que nous avons lancé fut capable de renverser le Goliath de Rome. En tant qu’esclaves obéissant, ils ne peuvent pas croire que le droit fait force. Mais leurs maîtres ont peur de ce qui s’est produit, car ils savent maintenant pour sûr que tout dirigeant peut-être mis à bas et avec lui son royaume entier et un monde basé sur les royaumes.” (du livre “Déchu”, Kevin Annett)

Le vieil homme n’ose toujours pas sortir des 100 acres de terre appelés la ville du Vatican, car il ferait face à une arrestation immédiate pour ses crimes de guerre. Mais ce qui l’a mis et maintenu dans sa prison dorée est tout sauf oublié maintenant. C’est un pense-bête. Cela ne s’est jamais produit auparavant. Au soir de leur condamnation par un tribunal public pour leurs crimes contre des enfants, non seulement un pape en activité mais aussi trois autres officiels du Vatican, ont démissionné de leurs fonctions, incluant le soi-disant “pape noir”: respectivement Joseph Razinger (pape Benoît XVI), Tarcision Bertone, Sean Brady et le chef des jésuites, “pape noir”, Adolfo Pachon.

“Lorsque vous avez été battu par un opposant plus faible que vous, faites en sorte que votre défaite apparaisse comme une victoire, ou une manœuvre tactique plutôt qu’une retraite.” avait conseillé aux papes et autres monarques Nicolo Machiavelli en Italie au XVIème siècle, dans son livre tuteur dédié aux puissants de ce monde appelé “Le Prince”: un conseil que le Vatican a pris très sérieusement à la suite des démissions sans précédent de pontes de l’église. Car depuis février 2013, Rome a essayé de faire oublier la raison de sa retraite devant le verdict d’un tribunal de droit coutumier qui a déclaré que ses dirigeants sont des criminels condamnés et que l’église catholique romaine est une institution criminelle.

Il y a 5 ans jour pour jour aujourd’hui, lorsque la nouvelle fut connue que le pape Benoît, alias “Joe le rat”, Ratzinger, n’était plus l’archevêque de Rome, j’ai reçu un coup de téléphone très matinal du journal de Toronto du National Post. Un jeune journaliste remarquablement lent à la détente me demanda si c’était vrai qu’il y avait un mandat d’arrêt contre le pape Benoît XVI, mandat que j’avais aidé à mettre en place et qui avait précipité sa démission.

“Absolument” ai-je répondu avec un grand sourire. Anticipant sa question suivante, je continuais, “mais allez demander au gouvernement espagnol si vous ne me croyez pas.”

Je n’ai plus jamais entendu parler de ce journaliste, le Post ni aucun autre média de masse (merdia) n’a jamais non plus publié quoi que ce soit sur la menace d’arrestation de Joe le rat qui l’avait envoyé bouler de sa perche pontificale. En lieu et place, avec une précision horlogère de larbinisme attendu, la presse mondiale reprît et répéta la version officielle du Vatican faisant état d’une “soudaine maladie” comme cause de la démission du pape Benoît XVI et re-focalisa l’attention avec une ferveur d’école sur le pirouetteur jésuite qui attendait dans l’ombre et qui allait bientôt être couronné pape François 1er.

La vérité est que le 1er février 2013, notre tribunal de droit coutumier qui avait jugé l’affaire contre le pape Benoît et les autres fut notifiée par un officiel du gouvernement espagnol que, fondé sur l’examen de nos preuves contre le pape Benoît, une haute cour de Madrid allait émettre un mandat d’arrêt contre lui dès le 15 février et que ce mandat serait exécuté si Ratzinger mettait le pied sur le territoire espagnol. Encore mieux, le tribunal considérait même de placer une saisie sur la propriété de l’église pour compenser l’Espagne de toutes réparations/compensations qui seraient dues aux milliers de ses citoyens torturés et trafiqués comme les enfants par les prêtres et les nonnes durant la dictature de Franco si amicale envers le Vatican.

Seigneur, Marie, Joseph ! Après que Rome ait reçu la notification diplomatique espagnole avec cette nouvelle le 6 février, la merde a fait bien plus que d’atteindre les pales du ventilateur. Comme dans un scenario hilarant de série B de gangster, une floppée de cardinaux obèses, de banquiers de l’église et la clique de mafiosi assortis de la cosa nostra se sont sans aucun doute assis avec Joe le rat pour lui dire avec cette ardeur toute italienne, de virer sa bella figura et ce molto pronto de la place. Bref, pour lui dire: mors ta chique Joe avant que nous ne perdions tous notre liquette et que nous coulions. Donc, en bon petit soldat de la Hitlerjugend, les doigts sur les coutures de la soutane, ce brave Benoiit savait l’importance de bien suivre les ordres. Le vieux salopard démissionna cinq jours plus tard ; et ses acolytes dans le crime qui furent aussi condamnés par le tribunal, Bertone, Brady et Pachon, suivirent tous la même procédure dans les semaines suivantes.

Il est très infortuné qu’à la suite de David ayant pourfendu Goliath, l’armée philistine en déroute et son roi n’avaient pas un des Dr la pirouette du Vatican travaillant pour eux. Car dès lors leur régime vacillant aurait pu être stabilisé et les blaireaux remis en position de force avec une annonce officielle disant que loin d’avoir été abattu par la pierre unique du minuscule berger, Goliath avait en fait succombé à “une maladie soudaine” et continueraient  à annoncer que maintenant n’était pas venu le temps de plus de guerre mais de plutôt un temps de réconciliation comme incarné par notre nouveau leader, notre Goliath plus gentil et sympathique que jamais ! Car telle est la ligne de conduite des tyrans lorsqu’ils ont le dos au mur, que ce soit aujourd’hui ou il y a quelques millénaires.

Depuis ce glorieux moment il y a 5 ans où nous avons vu un assassin d’enfants tomber de son trône, l’impact de cet effondrement s’est propagé comme un tsunami dans le monde, malgré tous les prétextes pour rendre le Vatican “plus sympathique”. Et comme avec tous les grands tournants de l’histoire, la plus grande victoire fut une subtile victoire psychologique, un changement sur le comment les esclaves et les propriétaires d’esclaves se perçoivent. L’illusion d’un pouvoir ne pouvant être défié est maintenant finie. En montrant au monde que le plus puissant des autocrates peut être déposé et en montrant la façon de le faire, notre tribunal de droit coutumier fut comme ce simple caillou dans la face de ce géant. La victoire du 11 février 2013 fut littéralement un tir entendu dans le monde entier et a commencé une nouvelle phase de l’histoire de l’humanité: la réclamation de la loi et du pouvoir souverain par NOUS, LE PEUPLE, par nos propres tribunaux de justice et nos actions directes. Mais cette récupération est toujours potentielle. Le but maintenant n’est pas seulement d’enterrer César mais de le remplacer: plus facile à dire qu’à faire certes mais ce voyage a déjà commencé.

Un de mes amis autochtones a résumé la situation peu de temps après la chute du pape Ratzinger: “Kevin, ton exorcisme a vraiment marché ! Tu a compté les coups contre le plus grand salopard d’entre tous. Maintenant tous ces riches fumiers font dans leur froc ! Le problème est que personne ne voudra le croire…”

Son dernier commentaire me tenta de répondre avec les mots d’un autre de mes amis à qui sa mère avait annoncé la mort par overdose d’un ami commun et qu’elle ne pouvait pas y croire: “Tu peux ne pas y croire, mais le cadavre est bien là.” Il est temps d’enterrer les morts une fois pour toute. L’”Opération Rachat” commence le 15 avril 2018 (voir ci-dessous). Finissons le boulot une bonne fois pour toute !

Mettre fin au règne de la terreur contre les enfants

OPERATION RACHAT

A partir du 15 avril 2018

Jour du souvenir de l’holocauste des enfants

Le trafic, la torture et l’assassinat routiniers d’enfants sont devenus une industrie mondiale très lucrative dans laquelle les entreprises ecclésiastiques sont profondément impliquées. Le Vatican, l’église anglicane et autres églises ont été condamnées dans des tribunaux de droit coutumier pour ces crimes et autres actes génocidaires. Votre financement et votre adhésion à ces églises criminelles permettent à leur malfaisance de perdurer.

Le 15 avril 2018, les peuples d’un bon nombre de pays vont prendre une action directe afin de mettre un terme à ces crimes en frappant à leur source. L’Opération Rachat va impliquer des arrestations citoyennes de violeurs d’enfants connus et des officiels des églises qui les ont aidé et protégé, des occupations pacifiques d’églises et d’endroits de culte afin de perturber leurs opérations et l’arrêt du financement et de la protection légale qui permettent l’existence de ces institutions criminelles. Ces églises ont trahi la confiance qui a été placée en elles et ont perdu leur droit de fonctionner sous la loi divine et de l’humanité. NOUS, LE PEUPLE, ne permettrons plus que ces loups déguisés en moutons exploitent et brutalisent nos enfants.

Vous pouvez grandement aider à sauver des vies innocentes en vous joignant à cet effort global, voici comment:

1. BOYCOTT des églises catholique romaine, anglicane/épiscopale et unifiée du Canada et en leur refusant toute participation et tout financement.

2. DEMANDEZ que votre gouvernement révoque le statut d’exonération fiscale de ces églises.

3. EDUQUEZ-VOUS et les autres au sujet des crimes et de l’histoire cachée et de la nature de ces églises criminelles.

4. REJOIGNEZ le groupe d’action de l’Opération Rachat le plus proche de chez vous et participez directement à l’arrêt des activités de ces fausses églises assassines. Contact itccsoffice@gmail.com pour participer.

Partagez ce pamphlet avec des amis. Agissez maintenant pour arrêter la guerre menée contre nos enfants !

Promu par The International Tribunal of Crimes of Church and State (ITCCS) ou le Tribunal International contre les Crimes de l’Église et de l’État (TICEE)

itccsoffice@gmail.com , thecommonland@gmail.com , www.itccs.org

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Lecture connexe:

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

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Comprendre le système légal colonial d’oppression pour mieux le démonter…

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Résistance 71

 

14 février 2018

 

Les charlatans illusionnistes ayant pris en charge nos vies sous tout aspect continuent de nous faire croire que nous vivons dans un monde « post-colonial »… Rien n’est plus faux. L’empire moderne prévalent, souvent qualifié d’anglo-américain, est unique dans l’histoire de l’humanité, pourquoi ? Parce qu’il est le seul et premier empire établi, contrairement aux empires précédents, sur des terres volées, usurpées. Il est le premier empire résultat du déracinement d’une population, en l’occurence chrétienne et européenne, envahissant des terres occupées par des populations natives, pour s’y fixer et construire une nouvelle base impérialiste.
Ainsi, les Etats-Unis d’Amérique, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et de fait tous les pays dépendants du Commonwealth britannique sont toujours aujourd’hui, des états colons ou des colonies. L’empire anglo-américain, tout comme les nations artificielles coloniales (non impérialistes simplement par faute de moyens) d’Amérique centrale et du sud, sont construits sur la base de la doctrine chrétienne de la découverte édictée sous les papes du XVème siècle.
Depuis lors, suivant les principes établis par l’oligarchie de la souveraineté et de la succession, la doctrine chrétienne a été pas à pas ciselée dans le tissu même du droit établissant les états-nations résultant de l’évolution de ce cancer politico-social.
Pour mieux être capable de se positionner et offrir une solution viable et durable au diktat impérialiste au moyen d’un changement radical de paradigme politique, nous devons avant tout comprendre les rouages de ce que nous affrontons.
Deux légistes du nouveau monde, Peter D’Errico, issu de la culture colonisatrice et Steven Newcomb, issu de la culture native amérindienne (Shawnee, Lenape), ont dévoué leur carrière légale à la recherche et au décorticage des textes fondateurs de l’empire anglo-américain actuel pour mieux pouvoir le démonter et l’éradiquer. Il est intéressant de noter que la complémentarité de leur culture et recherche respectives mène à une union, à un renforcement de la validation de tout mouvement de résurgence indigène pour mettre définitivement fin au marasme politico-économique que cet état de fait a forcé non seulement sur les populations locales, mais à terme, sur le monde entier.
Depuis quelques années nous avons traduit plus de 50 de leurs textes de recherche légale, ainsi que la traduction de très larges extraits du livre de Newcomb « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte » et ces textes se trouvent sur le blog, éparpillés, au gré de leur publication. Nous avons donc vu la nécessité de regrouper ces textes pour qu’ils soient plus faciles d’accès à la lecture.Bien entendu, Jo de JBL1960 nous en a fait de très beaux et fonctionnels documents en format PDF que nous vous présentons ci-dessous sans plus attendre:

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

L’histoire manipulée…

Posted in actualité, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 11 février 2018 by Résistance 71

L’histoire cette inconnue

 

Manuel de Dieguez

 

9 février 2018

 

Source:

http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024/tstmagic/decodage/histoire_inconnue.htm

 

Sous les yeux des spectateurs français sidérés, la planisphère change rapidement de configuration : nos moyens de communication devenus instantanés ne cessent de nous entretenir de deux religions étrangères au territoire national, le judaïsme et l’islamisme. Or, plus des deux tiers des Français laïcisés ne croient plus en l’existence d’aucune divinité et relèguent la croyance en un créateur mythique du cosmos parmi les récits à raconter aux enfants en bas âge et quasiment au niveau de la croyance au Père Noël. Les Français laïcs et relativement cultivés qui forment l’immense majorité de la classe dirigeante du pays en éprouvent un sentiment de dépossession et de frustration de leur identité naturelle, comme si l’élite du pays se trouvait privée de son compagnonnage culturel et politique habituel.

Qu’est-ce qu’un véritable chef d’Etat? Quelles sont les caractéristiques d’un faux chef d’Etat ? En quoi un chef d’Etat authentique est-il un acteur et à quel moment ce genre d’acteur incarne-t-il son personnage? A quel moment le Général de Gaulle est-il devenu son personnage historique? Et peut-on encore parler d’un véritable homme d’Etat comme d’un acteur seulement plus grand que les autres, ou bien faut-il étudier cet acteur nouveau de l’histoire?

Comment redresser des erreurs incrustées dans les têtes? Nos ancêtres ne s’appelaient pas les Galli – les coqs – comme le croyait Jules César – mais les Gali, les Gaulois, ce qui, dans leur langue celtique, signifiait les jaillissants, les vaillants. Comment le savons-nous, alors que les découvertes de ces historiens centraux tiennent en quelques lignes et ne rencontreraient pas un lectorat suffisant pour intéresser l’édition papier? La plupart d’entre eux ont trouvé un tremplin sur internet et notamment sur Wikipedia dont l’encyclopédie est devenue une fontaine d’Aréthuse de l’historien moderne.

L’ultime incarnation des historiens qui se sont fait une idée sentimentale du concept même d’historicité n’est autre que Pierre Nora qui jalonne le temps à l’aide de « lieux de mémoire » assignés à jouer le rôle d’oracles delphiques.

D’où, aujourd’hui, un sentiment de stupeur et de révolte face à l’abîme de l’ignorance et de la superstition dont on s’était largement retiré et dans lequel le pays semble sur le point de retomber. Tout se passe comme si la sottise originelle qui faisait dire que la sentence cujos regio eos religio retrouvait une manière de droit de cité.

Mais comment paraître légitimer de nouveau un démiurge qui se présente en tueur universel, puisqu’il est censé passer le temps de sa sainte éternité à soumettre les morts à des tortures éternelles, à l’exception d’une frange de rescapés bienheureux. Et puis, il semblait devenu évident que si chaque région est censée bénéficier d’une révélation particulière et précisément pliée d’avance aux mœurs et coutumes de l’endroit, alors toutes les théologies se réfutent par leur localisation même et leur soumission d’avance à des rituels toujours strictement locaux.

Ainsi les trappistes de la Grande Trappe de Rancé près de Soligny disent qu’ils se lèvent tous les jours à deux heures du matin pour « faire exister Dieu« , comme je l’ai déjà évoqué ailleurs. Certes, ils croient que Dieu existerait sans eux, mais dans le même temps, ils disent tout le contraire, car ils savent très bien que les dieux en lesquels personne ne croit plus et dont plus personne ne salue les apanages et tout l’apparat liturgique, révèle, qu’en réalité, ils n’ont jamais existé ailleurs que dans l’esprit de leurs adorateurs.

C’est à partir du moment où les Français ont passé par une scolarité censée les avoir initiés à la pensée rationnelle et à la philosophie – le bac philo demeure unique au monde – que le moment est venu de rabâcher des évidences primaires au sein d’une immense masse de cerveaux à nouveau théologisés dès le berceau.

Mais il se trouve que toutes nos découvertes philosophiques ou scientifiques se révèlent d’avance articulées avec nos progrès dans la connaissance et la compréhension du fonctionnement pertinent ou trompeur de notre encéphale. C’est pourquoi l’histoire véritable de notre espèce est celle d’une vingtaine seulement de cerveaux supérieurs qui ont engendré les millions de cerveaux à la manière dont un aimant attire la limaille de fer . Je n’en donnerai que quelques exemples: quand Pizarre ou Christophe Colomb découvrent l’Amérique, ils se révèlent déjà les bénéficiaires d’une époque à laquelle les Copernic et les Galilée ont fait découvrir la rotondité de la terre et sa course autour du soleil. Les conquêtes terrestres se heurtaient déjà à un monde soustrait en profondeur au type de compréhensibilité qu’un créateur du ciel et de la terre était censé dispenser à quelques auditeurs privilégiés.

A l’origine du nucléaire, quand la découverte des atomes a fait entrer notre science de la nature dans la connaissance du mystère de la danse de la matière cosmique, nous étions déjà entrés en profondeur dans la mutation de la connaissance de l’espace et du temps qui nous avait placés dans un univers tri-dimensionnel. Et Einstein était sur le point de nous informer que le temps lui-même est une forme de la matière.

Comment, dans ces conditions, les progrès de nos connaissances philosophiques et scientifiques n’auraient-ils pas été confusibles avec les débuts de l’ère nucléaire et ne nous auraient-ils pas fait connaître les premiers pas de l’énergie atomique? Mais c’est dire que tous les progrès de nos connaissances scientifiques et philosophiques ont commencé de nous faire connaître les secrets du fonctionnement et des disfonctionnements de nos cerveaux de sorte que nos têtes devenaient la plaque tournante de tout progrès réel de notre connaissance de nous-mêmes.

Du coup, comment une anthropologie réellement scientifique ne se serait-elle pas focalisée sur une connaissance de plus en plus vertigineuse de la dizaine de cerveaux de génie qui n’ont cessé de féconder les cerveaux insulaires ? Il se trouve que le cerveau des grands hommes est toujours une île à la recherche de son statut particulier et que toute connaissance de nous-mêmes ne peut que s’approfondir à la lumière d’une découverte progressive de l’ultime subjectivité du rationnel. Car si tout signifiant se révèle subjectif du seul fait qu’il demeurera nécessairement humain, il devient vital de découvrir ce qu’il y a d’humain dans le concept même de signification. Et la connaissance de la subjectivité du sacré redevient focale car elle nous révèle l’ultime secret de la politique, puisque nous découvrons alors que ce que les dieux demandaient en réalité à la créature était de leur renvoyer une image idéale, donc falsifiée de leur autorité.

S’il n’existe pas de signifiants en soi, mais seulement des chefferies mythiques, appelées à se disputer leurs proies entre elles, on comprend que la connaissance philosophique et scientifique de soi-même se révèle dans le même temps la clé de la géopolitique et que nous avons intérêt à observer notre cervelle à l’école et à l’écoute de nos chefferies mythiques. La fécondation de l’avenir de notre humanisme est à ce prix, parce que l’islam est redevenu une croisade d’Allah et que l’islam ne tue pas pour tuer, mais pour servir les intérêts du dieu Allah.

De toute façon, l’homme est un animal dont l’ambition ne peut se révéler que cérébrale, donc politique et le politique divinisé est toujours et nécessairement totalisant et totalitaire. C’est pourquoi le sacré nous livre également les clés de la tyrannie.

= = =

« La mémoire, l’histoire, sont des réminiscences de mensonges passés, de forfaitures et aussi une réminiscence que des gens en apparence impuissants peuvent vaincre ceux qui les dirigent, s’ils persistent. »

« J’essaie de réécrire l’histoire afin de refléter le point de vue de ces gens qui en ont été exclus, parce que l’histoire que nous avons jusqu’à présent n’a été que l’histoire vue d’en haut, l’histoire du point de vue des politiciens, des généraux, des militaristes et des industriels. »
~ Howard Zinn ~

Censure de la conférence de Kevin Annett à l’Oxford Union sur le thème: « Le bien existe t’il dans l’église catholique ? »…

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“Je termine ici et je prononce mon jugement. Je condamne le christianisme, j’élève contre l’Église chrétienne la plus terrible des accusations, que jamais accusateur ait prononcée. Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer, elle a eu la volonté de la dernière corruption imaginable. L’Église chrétienne n’épargna nulle part sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de chaque intégrité une bassesse d’âme. Qu’on ose encore me parler de ses bienfaits « humanitaires ». Supprimer une misère était contraire à son plus profond utilitarisme, elle vécut de misères, elle créa des misères pour s’éterniser…”
~ Friedrich Nietzsche, “L’antichrist”, 1895 ~

“Quant aux dogmes chrétiens, ils furent élaborés comme on sait, dans une série de travaux théologiques, littéraires et dans les conciles, principalement par les néo-platoniciens convertis à l’Orient… Pendant 10 siècles, le christianisme, armé de la toute puissance de l’église et de l’État et sans concurrence aucune de la part de qui que ce fût, put dépraver, abrutir et fausser l’esprit de l’Europe..”
~ Michel Bakounine ~

 

Censure: La conférence de Kevin Annett à L’Oxford Union qui n’a jamais eu lieu

Le sujet de la conférence: “Le bien existe t’il dans l’église catholique ?”

 

Kevin Annett

 

10 janvier 2018

 

url de l’article original:

http://kevinannett.com/2018/01/10/censored-news-the-oxford-union-lecture-by-kevin-annett-that-didnt-happen-until-now/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Bonjour et bienvenue. Je m’appelle Kevin Annett. Il y a peu de temps, j’ai reçu une invitation officielle de la plus vieille société colloquiale au monde, l’Oxford Union, pour y venir débattre d’une plutôt étrange question, à savoir s’il y avait “quelque chose de bien” dans l’église catholique. Juste une semaine avant le débat programmé et de la même manière qu’en bien d’autres occasions, mon invitation pour donner ce discours fut annulée sans aucune explication. Voici donc ce que je prévoyais de présenter au débat de l’Oxford Union.

Bonsoir. Laissez-moi commencer par dire que c’est une agréable surprise pour moi d’être capable de me joindre à vous ce soir. La dernière fois que j’ai essayé de parler en public en Angleterre, dans une manifestation à Londres contre le trafic d’enfants mené par l’église et l’état, votre police des frontières privées avait jugé bon de m’arrêter, de prendre mes empreintes digitales et de m’expulser de ce pays sans aucune raison tangible. Je vous remercie donc de m’avoir invité ici ce soir.

Le sujet du débat de ce soir est formulé de manière non équivoque: “Y a t’il quelque chose de bien/bon dans l’église catholique ?” et donc de manière présumée dans son entreprise mère, la holding du Vatican Inc. Le phrasé même de la question implique que non, il n’y a rien de bien, alors essayons d’en trouver. Bien entendu, essayer de localiser une quelconque intégrité dans une entreprise corporatiste revient à essayer de trouver l’amour dans un bordel. Donc peut-être que la question de ce soir a déjà reçu sa réponse, mon boulot est terminé, nous pouvons tous rentrer à la maison.

Quoi qu’il en soit, le libellé du débat de ce soir prête quelque peu à confusion et ce à commencer avec le mot “bien/bon”, qui est après tout un terme complètement subjectif, relatif et moralement ambigu.

Les conquistadores espagnols et leurs prêtres catholiques bénissant les massacres ont pensé qu’ils faisaient le bien en exterminant des millions de non-catholiques pour leur propre bien. L’inquisition vaticane qui a passé au barbecue et a torturé à mort des chrétiens qui n’étaient pas d’accord avec Rome portait le titre officiel d’Auto da Fe ou acte de foi. Même le pape actuel, soi-disant “libéral”, François 1er, Jorge Bergoglio, parle de “la bonté et du zèle” des missionnaires franciscains qui ont fait travailler à mort des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants aborigènes, comme esclaves dans leurs plantations de Californie. Bergoglio a récemment pardonné quelques 10 000 de ses propres ouailles prêtres violeurs d’enfants, sans aucun doute toujours dans le même esprit de “faire le bien” : du moins, le bien pour son institution. Les êtres humains, spécifiquement lorsque pressés et ayant la religion pour justification, emballent toujours leurs crimes d’un halo de bonté.

J’ai une expérience personnelle de ce sont je parle. Pendant plus de 20 ans au Canada, ai-je vécu et travaillé et documenté les histoires de bien des survivants des camps de la mort appelés les “pensionnats pour Indiens” et qui étaient essentiellement gérés par l’église catholique (NdT: mais aussi par l’église anglicane, rattachée au Vatican et à l’église Unifiée du Canada). Plus de 60 000 enfants autochtones moururent dans ces camps. La moitié des enfants incarcérés ne revinrent jamais parce qu’ils étaient rituellement torturés aux mains des prêtres et des bonne-sœurs qui géraient ces centres ; ils étaient routinièrement affamés (NdT: afin de compromettre leur système immunitaire et de les rendre plus vulnérables aux maladies telles la TB qui étaient rampante dans ces endroits…), trafiqués, ils servaient de cobayes humains pour des expériences médicales, ils étaient fouettés, violés en réunion et assassinés en masse avec l’aide de la variole et de la tuberculose. Pas un seul prêtre catholique n’a jamais été incarcéré au Canada pour ces crimes et ils ne le seront jamais. Ces assassins sont au-dessus des lois et ayant eu l’infortune de discuter avec bon nombre d’entre eux, je sais que ces membres du clergé complices sont toujours convaincus qu’ils essayaient de faire le bien pour ces pauvres sauvages bronzés, en tuant leurs corps pour sauver leurs âmes, pour citer le fondateur de la théologie catholique Thomas D’Aquin.

Alors peut-être devons nous redéfinir le terme de “faire le bien” de bien meilleure façon, en utilisant cette simple définition: faire le bien signifie ne pas nuire à autrui et le laisser tranquille. Bien sûr, sous cette définition, on condamne immédiatement l’église catholique romaine., qui a tué plus de gens que n’importe quelle autre institution dans l’histoire de l’humanité. Le nombre de morts aux mains de l’église de Rome, depuis qu’elle est devenue cette vaste entreprise légale par l’empereur Constantin en 317 de notre ère, dépasse les 50 millions. D’accord, c’est peut-être vrai, rétorqueront les souteneurs de Rome, personne n’est parfait ! Mais regardez toutes ces œuvres de charité que l’église accomplit également ! N’est-ce pas bien ?…

Alors dans ce sens là, le sujet de ce soir aurait peut-être dû être libellé en: “Y a t’il eu quelque chose de bien avec Pablo Escobar, le patron du grand cartel de la drogue de Medelin en Colombie ? Car Pablo s’est engagé dans beaucoup d’œuvres charitables pour les pauvres de Colombie. Tout comme l’église catholique romaine de laquelle il fut toujours un loyal serviteur payant son écot, Pablo utilisa une partie de son butin malfaisant pour faire construire des refuges pour les sans abris, des parcs de jeu pour les enfants des bidonvilles et des soupes populaires pour les affamés. Il est certain que cet argent charitable était couvert de sang et était une rétribution de biens des morts prématurées de ces mêmes pauvres gens par addiction à la drogue, mais Hé, cela faisait le bien non ?…

Mon analogie entre Pablo Escobar et le Vatican fait mieux qu’être pertinente, car la Banque du Vatican est elle-même lourdement investie dans les cartels de la drogue internationaux ainsi que dans les trafics d’armes, d’êtres humains, lesquelles vont toutes la main dans la main. Les entreprises de la transformation génétique (OGM), l’industrie pharmaceutique, la plus grosse entreprise de petites armes au monde, Beretta Limited, et même quelques douzaines d’entreprise pornographiques de l’internet… ont toutes pour point commun 100% d’investissements et paient pour les produits distribués à ces pauvres gens qui embrassent la pince que les nourrit.

Confrontons donc directement la suggestion que l’église catholique romaine, en tant que corporation la plus riche et la plus irresponsable au monde, joue un rôle majeur dans la charité donnée aux plus nécessiteux du globe. Demandons-nous donc quel pourcentage des revenus annuels de l’église vont de fait dans ses œuvres caritatives ? C’est une question très importante, pas seulement pour le débat de ce soir, mais aussi parce que c’est la SEULE base légale exonérant l’église d’impôts sous la loi des nations, qui veut qu’elle doit dévouer tous ses revenus, pas seulement une partie, mais tous ses revenus collectés soit pour l’avancement de la religion ou pour la pratique de la charité. Bon, rien que là, vous pouvez laisser tomber l’église catholique romaine, à moins que quelqu’un ne veuille expliquer ce que le blanchiment d’argent de la mafia, l’achat de missiles de croisière pour des dictateurs du tiers monde, ou payer des pot-de-vin routiniers à des politiciens et des gouvernements partout dans le monde, a quoi que ce soit à faire avec la religion ou la charité.

Quel pourcentage des revenus de l’église catholique est reversé à la charité ? Moins de 1%, du moins en Amérique. De fait, c’est le seul pays au monde où l’église publie de manière consistante ses déclarations financières. Après tout, le Vatican est un corps constitué fermé, qui s’auto-gère, s’auto-gouverne et qui ne rend de comptes à absolument personne, comme toute société secrète qui se respecte. Mais cette notion inconvéniente et persistante de la soi-disante “séparation de l’église et de l’État” qui figure dans la constitution des Etats-Unis demande que même l’église catholique se doit de créer ne serait-ce que l’apparence d’une certaine transparence. Et donc, d’après le gouvernement des Etats-Unis, en 2013, l’église catholique aux Etats-Unis a eu un revenu net de 13,4 milliards de dollars. Ceci juste dans un pays (NdT: où le catholicisme est minoritaire…) et où on ne trouve que 15% des catholiques du monde.

Par projection, le revenu annuel du Vatican doit-être de centaines de milliards de dollars, pas seulement des quêtes faites dans les églises et du denier du culte, mais de cet énorme porte-feuille d’investissement mondial et ses accords de concordat de financement secret avec plus de 100 nations dont les gouvernements dirigent un pourcentage régulier de leurs revenus fiscaux directement à la Banque du Vatican (NdT: sise à la City de Londres, dont les intérêts et investissements sont gérés par la famille Rothschild… Rappelons-nous du “banquier de dieu” très proche du Vatican. Roberto Calvi, retrouvé pendu sous un pont de Londres en 1982…).

Pour en revenir aux Etats-Unis, le seul pays où un semblant de lumière éclaire les eaux turbides de monde parallèle des finances du Vatican: d’après le même audit fait par l’église elle-même, des 13,4 milliards de dollars engrangés en 2013, seulement 1,1% allèrent aux œuvres caritatives. Mais comme la moitié de cette somme provenait de donations gouvernementales aux sociétés d’aides catholiques, en réalité on peut dire que seulement 0,6% des revenus de l’église allèrent à ses œuvres caritatives. Mais comme ces charités sont pratiquement toutes propriétés de l’église, cela veut aussi dire en clair, qu’un tentacule de la grosse pieuvre vaticane en nourrit un autre.

La moitié d’un pourcent mes amis. La vérité est que l’église catholique n’est en rien une force de travail charitable. Elle est en fait une gigantesque entreprise de racket, un entreprise financière qui pompe le fric et qui est maintenue à flot par chaque contribuable du monde.

Bon, voyons l’autre base sur laquelle l’église ne paie pas un sou d’impôts: l’avancement de la religion. Quel pourcentage de son temps et de ses revenus sert à faire avancer son sacerdoce qu’on peut qualifier d’extrêmement violent ? Moins de 10%. C’est le temps que chaque semaine un prêtre passe à dire des prières publiques, des messes ou à enseigner des classes de catéchisme, d’après les propres déclarations du Collège des Cardinaux du Vatican, qui en 2014, a émis un rapport interne concernant la formation et l’ordre de ses prêtres. Le travail principal du clergé, d’après les cardinaux eux-mêmes, est la maintenance matérielle et sociale de l’église, la sauvegarde de ses traditions et opérations et l’expansion de ses revenus et de ses membres. Quelqu’un peut-il me dire où dieu sans même parler de Jésus, a quoi que ce soit à faire avec tout cela ?…

Strike no2. Ah c’est un terme de baseball, désolé je ne joue pas au cricket. Le 3ème et dernier strike contre l’église catholique réside dans sa nature réelle et non pas celle imaginée, une fois que ses énormes prétention et mensonges sont dévoilés et que nous l’observons pour ce qu’elle est véritablement, historiquement et aujourd’hui. Mais pour ce faire, et pour percer le brouillard mental entourant cette entreprise du Vatican Inc. nous devons comprendre que l’église catholique n’est pas du tout une église chrétienne. Bien au contraire, elle est en tous points un culte d’adoration d’un empereur dérivé du 3ème siècle de notre ère, pas de celui de Jésus ni de l’église chrétienne primordiale. Ce fait est crucial à comprendre si nous voulons comprendre le niveau de confusion mentale de bien des gens, incluant les athées, qui se demandent toujours : “Mais comment un corps qui prêche l’amour de Jésus peut-il être responsable d’assassinats de masse, de génocide et du viols d’enfants institutionnalisés ?…

Bien sur, la réponse simple à cela est que c’est toujours le pire violeur d’enfants qui a la réputation la plus immaculée. Ce qui est utile comme couverture pour tout escroc: plus grand est le crime, plus douce et châtoyante sa couverture. La parole, mes amis, est des plus faciles, surtout depuis une chaire…

Mais n’oublions pas ce que Jésus avait dit pour nous avertir: “Bien des faux prophètes viendront en mon nom et diront ‘je suis le christ’. Ne vous y trompez pas, vous les reconnaîtrez par leurs œuvres.”

Nous pouvons aussi voir la papauté à l’œuvre: conquête, brutalité en tout genre, guerres, génocide, inquisition et l’écrasement de l’esprit humain. Tout cela commença lorsque les empereurs romains Aurélien et Constantin créèrent l’église catholique romaine sur les os du premier mouvement chrétien. Cette église de Rome fut une extension et une continuation de cette autre machine à massacrer que fut l’empire romain. Pour preuve, vous ne devez pas aller plus loin que le titre même du pape qui est Pontifex Maximus ce qui veut dire en latin, “grand pont”, entre la terre et les cieux. C’était le titre latin des empereurs à Rome, à commencer avec Aurélien en l’an 275, qui assuma aussi le titre de “ Deus et Dominus”: Dieu et Maître. Un homme qui est devenu dieu. D’abord ce fut l’empereur et maintenant, pour un catholique, le pape. Le christ n’est plus le lien vers dieu, mais un homme l’est, élu et élevé de manière blasphématoire au dessus de l’humanité, même au dessus de dieu, par d’autres vieux bonshommes portant un drôle d’accoutrement.

De manière non surprenante, chaque pape nouvellement élu reçoit le titre de “vicaire du christ” ou vicarii christi, ce qui veut dire en latin: “le remplacement du christ”.

C’est là, noir sur blanc: le catholicisme est le remplacement du christianisme, un empire de conquête (hérité de l’empire romain) et de richesse se reposant sur les moyens terrestres et non pas la voie du christ. Regardez simplement cette entité et écoutez ces admissions de culpabilité, directement de la bouche des chevaux: des déclarations de multiples papes au cours des siècles qui n’ont jamais été contredites ni répudiées par quelques successeurs que ce soit:

Pape Boniface en 1302: “Nous déclarons l’utilité pour chaque créature humaine d’être sujet du souverain pontife.”

Pape Léon en 1520: “Le pape est le christ lui-même sur terre.”

Pape Pie en 1929: “Le fascisme est simplement les doctrines de notre foi faites loi et gouvernement.”

Pape Jean en 1962: “Personne ne peut entrer dans le christ à moins qu’il n’y soit mené par le souverain pontife.”

Pape Jean-Paul II en 1996: “N”ayez crainte lorsque des hommes m’appellent le christ sur terre car je le suis.”

Pape Benoît en 2008: “Vous n’avez pas besoin d’aller au christ pour la rédemption ; venez à moi.”

Pape François en 2016: “Le christ a pêché, est devenu le diable pour notre rédemption. Seule l’église et sa magisterium peuvent clâmer la sainte infaillibilité.”

Vous en avez assez ?…

Pas étonnant qu’une telle religion mégalonaniaque et obsédée par le pouvoir fasse qu’elle ne rende de compte à personne, ne voit rien de mal dans ses crimes et utilise les images et les mots du christ pour tromper et enfumer ses dizaines de millions de croyants dans cette illusion qu’une petite communion, une ostie ou une bénédiction pontificale, ou la bonne somme d’argent délivrée dans les coffres de l’église, achèteront leur passage au paradis, comme si on le pouvait ?…

Je l’ai vu par moi-même lorsque j’ai été pour la dernière fois à Rome en 2011: là, au musée du Vatican, un panneau d’annonces pour l’achat d’indulgences, tout comme lors du jour de Martin Luther. (NdT: les églises protestantes ne sont pas non plus en reste dans l’imposture, les massacres et les bûchers… mais ce n’est pas ici le sujet, Kevin Annett, ex-prêtre de l’église unifiée du Canada, protestante, n’en est pas non plus dupe comme il l’a souvent montré. Il lutte de la même manière contrer l’imposture et les crimes protestants contre l’humanité…) Une bénédiction pontificale pour seulement 150 euros !!… Imaginez ! Plus vous dépensez et au plus près de toi mon dieu ! Mais attention: apparemment “dieu” préfère les cartes de crédit à l’argent liquide.

A quel point le pape Léon avait-il raison lorsqu’il a dit en 1520: “Ce mythe du christ nous a bien servi.”

Le groupe le plus dangereux au monde est un culte super riche qui se voit lui-même comme étant dieu, comme étant supérieur à tout le monde et donc est justifié de faire quoi que ce soit d’utile pour se protéger et pour régner sur le monde. Un culte, en d’autres termes, comme l’église de Rome.

Quoi d’autre qu’un culte peut opérer en accord avec une politique criminelle telle que Crimen Sollicitationas, qui est une loi liant l’église catholique depuis 1929 ? Cette politique dit qu’à chaque fois qu’un enfant est violé ou meurtri par un prêtre catholique, la police ne doit pas en être informée et la victime doit être réduite au silence et que quiconque parle des dommages faits devra faire face à l’excommunication. Clairement, le dieu de Rome, tout comme la mafia, ne peut pas tolérer une dénonciation. Mieux en fait de fonctionner sous une conspiration mondiale criminelle à aider et protéger les violeurs d’enfants et les assassins plutôt que de causer des poursuites judiciaires à l’église ou sauver la vie d’un enfant. Malgré tous ces arrangements criminels, le monde continue à se demander pourquoi y a t’il autant de viols d’enfants au sein de l’église de Rome. Sommes-nous si aveugles ? Pensons-nous qu’un lion ne dévorera pas les agneaux ?…

Le pouvoir absolu corrompt absolument a dit le politicien britannique John Acton. Il faisait allusion à l’église de Rome lorsqu’il fit cette déclaration, quelque chose qui fut laissé en dehors des livres d’histoire de manière bien utile. L’église catholique est absolument corrompue, mais elle corrompt également quiconque navigue dans son entourage, comme tous ceux qui y participent, qui la financent, qui s’associent avec elle, lui loue ses salles ou sourient et acquiescent à ses politiques ou à ses manœuvres de relation publique.: tous ceux qui suivent ce schéma participent eux-mêmes à la corruption et sous la loi de dieu et de l’humanité, ces accessoires humains sont aussi coupables de tous ces crimes. La seule bonne chose qui puisse être dite sortir de ce corps constitué le plus violent, corrompu et anti-christ dans l’histoire est comment sa malfaisance éveille les gens au besoin d’un retour aux mots simples, au témoignage et esprit de Jésus qui a toujours été un adversaire de Rome.

Jésus a fondé une communauté des justes, un résidu non pas de ce monde, une congrégation, pas une église. Nulle part Jésus n’a parlé de papes, d’évêques, de rites ni de cérémonies par lesquels quelqu’un pourra servir d’intermédiaire envers lui, dieu et autres. Il a dit que le royaume des cieux est en chacun de nous et non pas en dehors, pas dans une ostie de communion ni dans un rituel religieux. Ce royaume intérieur du christ seul est le guide de tous véritables chrétiens, qui doivent sortir et se séparer de toutes ces fausses et violentes églises qui nient dieu dans la pratique. Et ceci est la tâche de toute âme trompée toujours prise dans la poigne fatale de Rome et de ses illusions blasphématoires et dépravées.

Comme l’ont dit les pères fondateurs des Etats-Unis (NdT: tous de riches propriétaires d’esclaves œuvrant pour leurs intérêts personnels…), “nous tenons cette vérité pour évidence” ; et un de ces hommes, le second président John Adams a dit: “Un gouvernement libre et la religion catholique romaine ne peuvent jamais exister ensemble dans n’importe quel pays ou nation. Liberté et papauté sont opposées.” La nature d’un vieux mal corporatiste comme l’église de Rome ne change pas avec le temps, elle altère simplement son apparence parce qu’elle provient des sombres dirigeants de ce monde, ceux dont Jésus disait “Il est un mensonge depuis le début car il est le père des mensonges.”

C’est une bonne chose de nous libérer d’un si gros mensonge que ce catholicisme romain. En tant qu’hommes et femmes libres de naissance nous sommes faits pour embrasser la vérité et donc quand nous la reconnaissons, nos cœurs et nos esprits respirent librement et nous retournons à notre état naturel d’indépendance et de liberté. Depuis cet endroit de liberté nous avons le pouvoir d’agir pour arrêter les criminels en haut lieu, qu’ils soient papes, présidents ou premiers ministres. Car nous, les peuples, sommes la source de toute souveraineté, du gouvernement, de la loi et de la véritable religion. Nous devons et pouvons arrêter, et empêcher de nuire les prêtres violeurs d’enfants lorsque la police et les tribunaux refusent de le faire. Nous devons et pouvons fermer les églises qui trafiquent les enfants et qui ont caché leurs crimes pendant des siècles. Car la vie d’un enfant est bien plus sacrée que toutes les fanfares et rituels de quelque église que ce soit, n’importe où.

La prescription de Jésus pour les meurtriers d’enfants était simple: “Quiconque devrait faire du mal à un de ces innocents devra avoir une pierre à moudre le grain attachée autour du cou et devra être jeté dans la mer.” Je me demande donc ce que dirait Jésus au sujet d’une entière institution qui se moque de dieu, assassinent en toute impunité, viole et tue des enfants et protège ceux qui l’ont fait. Y a t’il une pierre à moudre assez grosse pour punir une telle abomination ?

Il y en a une. C’est nous, le peuple.

Merci de votre attention.

= = =

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Analyse politique: Les Mayas zapatistes nous montrent la voie… Du feu à la parole, entretien avec Jérôme Baschet

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Entretien avec Jérôme Baschet sur l’expérience zapatiste d’autogouvernement

mercredi 3 janvier 2018, par Alizé Lacoste Jeanson, Jérôme Baschet

Source: https://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Jerome-Baschet-sur-l-experience-zapatiste-de-l-autonomie

Le Comptoir : Vous êtes historien, enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris jusqu’en 2016 et à l’Université autonome du Chiapas à San Cristóbal de Las Casas encore aujourd’hui, où vous vivez depuis 1997. Qu’est-ce qui vous a amené au Mexique, et quel est votre rôle à l’université de San Cristóbal de Las Casas ?

Jérôme Baschet : C’est en effet une trajectoire de vingt ans, pendant laquelle j’ai mené en parallèle mon intérêt pour les dynamiques contemporaines au Mexique et mon enseignement et mes recherches comme historien du Moyen Âge. Mais le déplacement progressif de l’équilibre entre ces deux versants de mon activité m’a conduit, il y a un an, à mettre fin à mon enseignement à l’EHESS, à Paris. C’est vous dire dans quel sens penche la balance…

Comment liez-vous votre recherche d’historien à l’actualité du zapatisme auquel vous avez consacré quatre ouvrages ?

Je dirais surtout que mon expérience au Chiapas a complètement transformé mon travail comme historien. Enseigner le Moyen Âge européen à des étudiants mexicains a été pour moi l’occasion de repenser cette période à partir de ses prolongements outre-Atlantique, dans les structures du monde colonial qui resteraient incompréhensibles si l’on ne prenait en compte le rôle que l’Église a joué dans leur consolidation. Sur des points plus spécifiques, la connaissance des conceptions des peuples mayas a constitué un point d’appui important pour l’étude comparée des conceptions de la personne humaine et pour atteindre, par différence, une meilleure compréhension des représentations propres à l’Occident médiéval (c’est ce à quoi est consacré Corps et âmes. Une histoire de la personne au Moyen Âge, publié l’an dernier et qui comporte un versant comparatiste).

Enfin, l’inspiration zapatiste m’est apparue d’emblée très féconde, bien sûr dans une perspective politique, mais aussi d’un point de vue historiographique. On peut y découvrir de riches filons pour reprendre l’examen de nos conceptions de l’histoire et de la temporalité, et notamment pour lutter contre la tyrannie du présent, qui s’impose dans notre monde toujours plus pressé, en manque de temps et soumis à la dictature de l’urgence. C’est ce que les historiens ont pris l’habitude de dénommer « présentisme » et que les zapatistes identifient comme le règne d’un « présent perpétuel ». C’est à en préciser les caractéristiques et à explorer les chemins qui permettent d’en sortir qu’est consacré mon prochain livre, qui paraîtra au début de l’année prochaine et qui, une fois encore, trouve son appui principal dans l’expérience zapatiste.

Comme pour la problématique de la tyrannie du présent, il semble que le mouvement zapatiste intègre des constructions théoriques et trouve les moyens de lutter par la pratique quotidienne. Est-ce que cela provient des années de clandestinité durant lesquelles les zapatistes de l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) se sont intégrés aux communautés pour s’en inspirer ?

En effet, l’EZLN a été fondée, en 1983, comme un foyer de guérilla guévariste relativement classique. Pour de multiples raisons, elle s’est rapidement transformée en organisation armée des communautés indiennes. Cette organisation n’est pas restée extérieure au monde indigène ; elle s’est « indianisée ». Les militants formés au marxisme-léninisme racontent leur expérience comme une heureuse défaite, au cours de laquelle leur vision du monde initiale, carrée et pétrie de certitudes, s’est retrouvée « toute cabossée ». C’est sans doute cette expérience initiale qui a amorcé un profond et constant processus d’autotransformation, dans lequel c’est, le plus souvent, l’expérience concrète qui prime. Ce qui n’empêche pas l’EZLN d’être dotée d’une notable créativité théorique.

Dans l’expérience zapatiste, le rapport entre théorie et pratique me semble bien exprimé par l’expression qui invite à caminar preguntando [avancer en posant des questions]. C’est le refus des postures dogmatiques et avant-gardistes, sûres de savoir où guider les « masses ». Il faut avancer sans certitude et sans garantie. C’est la force des questions qui se posent à chaque pas qui permet d’ouvrir un chemin qui n’est pas tracé d’avance.

« Les théories non seulement ne doivent pas s’isoler de la réalité, mais doivent chercher en elles les leviers qui leur sont parfois nécessaires quand elles se retrouvent dans une impasse conceptuelle. Les théories rondes, complètes, achevées, cohérentes, sont parfaites pour présenter un examen professionnel ou remporter un prix, mais généralement elles sont réduites en miettes au premier coup de vent de la réalité. » Sous-commandant Marcos, « Sentir le rouge », Saisons de la digne rage (Climats, 2009)

Pouvez-vous nous décrire le rapport de forces au moment de l’insurrection du 1er janvier 1994 ?

L’essor de l’EZLN au Chiapas a été impressionnant pendant les années de clandestinité. Dans la région que l’on appelle la « forêt Lacandone », presque tous les villages étaient devenus zapatistes. Leur implantation était également forte dans les hauts plateaux du Chiapas, région où se trouve San Cristóbal de Las Casas, la capitale historique de l’État. Ce sont probablement des centaines de milliers d’Indiens qui ont pris part, directement ou indirectement, au soulèvement lors duquel quatre villes du Chiapas ont été occupées par l’EZLN, sans compter les nombreuses organisations qui, sans être zapatistes, ont profité du soulèvement pour se mobiliser et notamment pour lancer leurs propres occupations de terres.

S’agissant des zapatistes, leur équipement militaire était des plus rudimentaires (de simples fusils de chasse pour certains) ; le rapport de forces avec l’armée fédérale mexicaine était, sur ce plan, des plus déséquilibrés. Mais la connaissance du terrain et l’intégration avec les communautés indiennes ont toutefois constitué des facteurs favorables ; lorsque l’armée fédérale, en février 1995, a lancé une offensive visant à éliminer tous les dirigeants de l’EZLN, elle a échoué. Surtout, en position d’infériorité sur le plan militaire, la justesse des causes défendues par l’EZLN a suscité une énorme solidarité au plan national, et aussi international ; c’est très certainement ce qui a permis au zapatisme de poursuivre son chemin jusqu’à aujourd’hui.

Enfin, puisque vous me posez une question sur « le rapport de forces », j’ajouterai que les zapatistes ont souvent dit, avec l’humour qui les caractérise, qu’ils disaient « merde au rapport de forces ». Une manière de signaler que s’ils avaient attendu que le rapport de forces leur soit favorable, ils n’auraient jamais rien entrepris…

Comment résumer les presque dix années de combat politique au niveau local et national qui ont suivi, jusqu’à la création des Caracoles (escargots en espagnol, qui désignent les bâtiments où se prennent les décisions pour chaque zone) en 2003 ?

Les zapatistes eux-mêmes ont souvent divisé cette histoire en deux parties : le feu et la parole. Elles sont très inégales en durée. Le feu des fusils a retenti pendant douze jours seulement. Puis, les zapatistes ont accepté le cessez-le-feu exigé par la population mexicaine et proposé par le gouvernement. S’est alors ouverte l’étape de la parole. Des « dialogues » ont eu lieu avec le gouvernement fédéral, dans la cathédrale de San Cristóbal d’abord, sous les auspices de l’évêque Samuel Ruiz, puis dans la petite ville de San Andrés Sakamch’en de los Pobres, où les délégations zapatiste et gouvernementale signent une première série d’accords portant sur les droits et la culture indigènes, en 1996. À partir de là, en même temps qu’ils poursuivaient le dialogue avec la « société civile » mexicaine et internationale (à travers toute une série d’initiatives, comme la Rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme, à l’été 1996), les zapatistes n’ont eu de cesse de lutter pour obtenir la transcription constitutionnelle des Accords de San Andrés, ce que le président d’alors, Ernesto Zedillo, a refusé. Obtenir cette reconnaissance constitutionnelle était l’objectif de la Marche de la couleur de la terre jusqu’à Mexico, en 2001, qui a permis de plaider en sa faveur à la tribune du Parlement. Mais en vain. Une nouvelle rupture est alors intervenue : tirant les conclusions de l’échec d’un chemin très légaliste, les zapatistes décident de mettre en pratique, dans les faits, l’autonomie reconnue aux peuples indiens dans les Accords de San Andrés, à défaut d’en avoir obtenu la reconnaissance constitutionnelle. C’est le début d’une nouvelle étape, qui dure jusqu’à aujourd’hui.

Comment s’est traduite cette autonomie sur la prise de décisions collectives et à quelle échelle ?

C’est un véritable système politique d’auto-gouvernement qui s’est mis en place, sur un territoire assez ample, de l’ordre d’une région comme la Bretagne. Il se développe à trois échelles. D’abord, les communautés, c’est-à-dire les villages, qui, dans la tradition indienne, ont leur assemblée, qui est le lieu de parole et d’élaboration des décisions collectives. Puis les communes autonomes, qui ont commencé à se constituer à partir de 1994 et qui sont aujourd’hui au nombre de vingt-sept (une commune, au Mexique, c’est très grand ; cela peut représenter des dizaines de villages, voire une centaine). Enfin, en 2003, les zapatistes ont créé cinq conseils de bon gouvernement, qui sont des instances régionales qui coordonnent l’action de plusieurs communes.

À chacun de ces trois niveaux, il y des assemblées et des délégués élus pour des mandats non renouvelables, révocables à tout moment, sans salaire ou avantage matériel (ce qui fait une différence considérable avec les structures institutionnelles au Mexique). Ces fonctions sont conçues comme des « charges », dans une véritable éthique du service rendu à la communauté et un souci concret d’opérer une dispersion des fonctions politiques, qui sont effectivement partagées entre tous, hommes et femmes, acteurs ordinaires de la vie collective. Malgré des manquements et des défauts toujours à corriger, on peut bien dire que, dans l’autonomie, « le peuple dirige et le gouvernement obéit », comme on peut le lire sur les panneaux placés à l’entrée des territoires zapatistes.

La manière de prendre les décisions ne peut évidemment pas être la même aux trois niveaux. Au niveau de la communauté, l’assemblée, une instance traditionnelle, est le lieu de prise de décision ; même s’il existe aussi un représentant communautaire élu qui joue un certain rôle. Au niveau de la commune, le conseil municipal interagit avec l’assemblée municipale. De même au niveau de la région, le conseil de bon gouvernement soumet ses propositions à l’assemblée régionale, qui se réunit plus rarement : les propositions peuvent être approuvées s’il y a un accord suffisant ; sinon, les représentations des communautés sont chargées de soumettre le projet à discussion dans les villages et reviennent à l’assemblée suivante avec leur accord, leur refus ou des propositions d’amendement ; on réalise alors un nouveau projet, qui peut être approuvé directement ou bien être à nouveau renvoyé pour discussion dans les villages. Cela peut paraître long, mais c’est la condition pour qu’un projet, véritablement discuté et approprié par tous et toutes, ait quelque chance d’être convenablement mis en pratique.

Y a-t-il eu, ou y a-t-il encore, des résistances au niveau local ?

Les difficultés sont immenses et les conditions dans lesquelles se déploie l’autonomie très précaires. De fait, il a fallu une détermination considérable et une énorme capacité de résistance pour en arriver là où en sont aujourd’hui les zapatistes. Ils ont d’abord fait face aux attaques de l’armée fédérale, puis des groupes paramilitaires, qui, à partir de 1996, ont constitué la principale stratégie du gouvernement mexicain pour se débarrasser des zapatistes. Le résultat : des dizaines de milliers de déplacés et le massacre d’Acteal, en 1997, où quarante-cinq hommes, femmes et enfants ont été assassinés. Depuis les années 2000, les gouvernements ont opté pour d’autres formes de division au sein des villages indiens. D’une part, ils cherchent à attirer les zapatistes hors de l’organisation en faisant miroiter l’argent des « programmes sociaux » qui sont autant de moyens de contrôle de la population. De l’autre, ils encouragent des groupes non zapatistes à s’emparer des terres des zapatistes, en échange d’appui pour des projets productifs. Les familles zapatistes sont parfois chassées de leurs maisons, leurs biens incendiés, et en 2014, le maestro zapatiste Galeano a été assassiné à La Realidad.

Qu’en est-il de l’autonomie alimentaire, énergétique et au niveau de l’éducation et de la santé ?

L’autonomie n’est pas l’autarcie : il ne s’agit pas du tout de se refermer sur soi, comme en témoignent les nombreuses initiatives nationales et internationales que les zapatistes multiplient en parallèle à la construction de l’autonomie.

Bien entendu, l’autosuffisance alimentaire est importante. Les zapatistes y parviennent pour les produits essentiels. Ils cultivent aussi du café, sur de petites parcelles familiales, qui est commercialisé par des coopératives et des réseaux de distribution solidaire (au Mexique, dans plusieurs pays d’Amérique et d’Europe). La vente du café permet aux familles zapatistes de se procurer les biens élémentaires qui ne sont pas produits dans les communautés.

En matière d’énergie, l’autonomie est moins avancée, mais il est assez répandu au Mexique, et surtout dans un État comme le Chiapas où se trouvent les principaux barrages hydroélectriques du pays, de lutter contre les tarifs élevés de l’électricité en faisant des branchements sauvages et en les défendant contre les fonctionnaires de l’entreprise productrice.

C’est en matière de santé et d’éducation que l’autonomie a le plus avancé. Les zapatistes ont mis en place leur propre système de santé, avec des cliniques dans chaque région, des microcliniques dans les communes et des « promoteurs de santé » dans les villages. Pour l’éducation, ils ont construit des centaines d’écoles, primaires et secondaires, formé des centaines d’enseignants et conçu un projet éducatif propre, adapté à leur culture, à leur horizon politique et à leur intérêt pour les luttes de tous les peuples du monde. À noter aussi que les conseils autonomes rendent la justice, une justice autre, de médiation et sans recours à la prison, à laquelle les non-zapatistes ont aussi volontiers recours.

Tout cela fonctionne évidemment sans la moindre aide gouvernementale (les zapatistes se refusent à recourir au moindre argent venant des instances constitutionnelles). Il est très intéressant de voir que l’ensemble du système de santé et d’éducation fonctionne sans recourir au salaire. Bon nombre d’enseignants restent paysans et cultivent leurs propres terres pendant les pauses du calendrier scolaire, et ils bénéficient de l’engagement de la communauté de les aider à les cultiver ou de subvenir à leurs besoins. Pour la santé, ce sont surtout des formes de travail collectif auxquelles tous collaborent qui permettent de faire fonctionner les cliniques. On a donc des formes d’organisation collective qui s’efforcent d’échapper aux catégories capitalistes du salaire et de l’argent.

Peut-on dire qu’en pratique il y a eu sécession entre le Chiapas et l’État mexicain ? Comment qualifier leurs relations ?

Sécession, au sens de ne plus collaborer avec les institutions de l’État, de s’en séparer presque complètement, oui, assurément. Mais pas du tout au sens d’un processus dont l’objectif serait de se rendre indépendant du Mexique. Les zapatistes se sentent mexicains et affichent volontiers leur nationalisme. L’autonomie, telle qu’ils l’entendent, n’est pas un projet indépendantiste. C’est une conception du politique qui se construit sans l’État, ou si l’on veut, contre l’État, au sens de Pierre Clastres.

On peut donc parler de sécession, mais aussi de destitution, au sens de ce qui rend le pouvoir inutile. De fait, dans leurs territoires, les zapatistes ont œuvré — c’est-à-dire lutté durement — pour rendre les institutions mexicaines parfaitement inutiles (même si, comme on l’a vu, celles-ci ne se laissent évidemment pas faire). La destitution suppose donc la résistance, la lutte contre, mais aussi un art de faire croître des formes d’organisation propres, pour que puissent se déployer les manières de vivre que les gens considèrent leurs. On peut, si l’on veut, appeler cela destitution ou sécession ; mais aussi autonomie, comme le font les zapatistes. Entendue en son sens politique radical, antiétatique, l’autonomie est une notion forte.

Alors que l’autonomisation semble être un moyen et une fin qui porte ses fruits au Chiapas, pensez-vous qu’il faut encore tenter de résister à l’emprise du capitalisme au niveau international, en prenant part ou en perturbant les réunions internationales du type COP (Conférences des parties) ou celle de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en ce moment [10-13 décembre 2017], comme le fait la Via Campesina par exemple ? Ou faut-il plutôt envisager, comme ce qui a lieu de manière plus ou moins désordonnée avec les ZAD, une réappropriation des territoires zone par zone, qui s’accompagne d’une reprise en main des capacités de décision et de gestion au niveau local ?

Une construction territorialisée de l’autonomie me semble en effet pouvoir porter ses fruits, comme au Chiapas ou sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et ailleurs. Mais elle ne peut être une fin en soi (il faut d’ailleurs dire, au passage, qu’une politique de l’autonomie ne peut avoir de fin, au sens où elle ne peut jamais prétendre être pleinement réalisée). Tant qu’elle reste un espace qui tente de se libérer au milieu de la marée noire capitaliste, une expérience d’autonomie est nécessairement limitée, agressée, minée de l’intérieur… Alors oui, bien sûr, il faut s’affronter à l’emprise du capitalisme à une échelle internationale, même si les actions réalisées à l’occasion des sommets et rencontres internationales ne sont pas les seules possibles.

Pour revenir aux zapatistes, ils consacrent beaucoup d’énergie à la construction de l’autonomie, mais aussi à la mise en œuvre d’initiatives nationales (comme en ce moment, la formation d’un Conseil indien de gouvernement au niveau national et la tentative d’inscrire sa porte-parole comme candidate indépendante à l’élection présidentielle de 2018) et à l’organisation de rencontres internationales. Il y a eu la rencontre dite « intergalactique » de 1996, mais aussi, entre autres, le Festival mondial de la digne rage en 2008, le Festival mondial des résistances et des rébellions en 2014, les rencontres consacrées aux arts et aux sciences, en 2016 et 2017, ou encore le séminaire international « La pensée critique face à l’hydre capitaliste », en mai 2015 (les interventions de l’EZLN à ce séminaire sont devenues un livre, qui sera bientôt disponible en français). Le titre de cette dernière rencontre suggère, à lui seul, que nous avons un ennemi global commun, dont la puissance destructrice redoutable (mais pas invincible) se fait sentir sur l’ensemble de la planète ; et face à cet ennemi notre objectif ne peut être que de l’affronter (avec intelligence) et de faire en sorte qu’il soit vaincu. En outre, les zapatistes ont appelé, depuis 2005 et sous une forme renouvelée depuis 2013, à la constitution d’un réseau planétaire de luttes et de résistances, qu’ils appellent la Sexta.

Bref, nous ne devrions pas opposer, comme deux termes entre lesquels il faudrait choisir, les expériences de construction territorialisée et la perspective d’une lutte plus ample contre le capitalisme. Construire (territorialement) et attaquer (l’ennemi global) ne peuvent qu’aller de pair. Construire des lieux et des expériences qui donnent consistance à ce que nous voulons est une base indispensable, mais le risque est de s’enfermer dans des îlots et de s’isoler, ce qui serait une option de courte vue et bien illusoire. Ne serait-ce que pour se maintenir, les expériences territorialisées doivent chercher à tisser des liens au-delà d’elles, à contribuer aux autres luttes et au renforcement de la capacité globale d’action contre l’hydre capitaliste.

Pensez-vous que le succès du zapatisme soit lié à l’histoire du Mexique et à la présence de communautés aux traditions encore fortes au Chiapas ou estimez-vous au contraire qu’il y a des raisons d’espérer qu’on puisse s’autonomiser et rendre l’État inutile ailleurs ?

Il y a certes des particularités liées notamment à l’impact historique de la Révolution mexicaine ; et le maintien de formes de vie communautaires n’ayant pas été détruites par la guerre totale que le monde de l’Économie mène contre tout ce qui ne répond pas à ses normes est assurément un avantage. Pour autant, il serait erroné de penser que ce qu’ont fait les zapatistes serait venu naturellement ou facilement : il a fallu construire la force collective nécessaire pour se dresser — au pire moment du triomphe néolibéral — contre un état de fait implacable et contre un rapport de forces qui semblait éminemment défavorable.

Si les zapatistes se gardent bien d’ériger leur expérience en modèle et soulignent qu’elle n’est pas reproductible telle quelle, il me semble que la logique de l’autonomie n’est pas du tout spécifique aux peuples indiens ou au Mexique. L’idée d’une politique non étatique, dont le principe consiste à éprouver que nous sommes capables de nous gouverner nous-mêmes, est enracinée dans les expériences historiques de très nombreuses régions du monde. S’il y a bien quelque chose à célébrer, en ce centenaire de la Révolution russe, c’est la lutte anonyme de tous ceux et celles qui ont inventé et donné corps aux conseils (soviets) paysans, ouvriers et de soldats, qui auraient pu constituer une forme non étatique d’autogouvernement populaire. Bien d’autres expériences pourraient être citées, des communes d’Aragon et Catalogne en 1936-1937 au Kurdistan actuel. En Europe aujourd’hui, les expériences sont plus restreintes, mais elles ne sont pas inexistantes. Ce qui se joue sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, ou dans d’autres espaces parfois urbains, comme le quartier libre des Lentillères à Dijon, est, pour cela, d’une grande importance. Développer ces capacités à faire par nous-mêmes, à nous gouverner nous-mêmes, c’est faire un pas qui donne consistance à l’autonomie et tend à rendre inutile le pouvoir d’État. Mais il ne faut pas oublier que notre ennemi est plus vaste encore : c’est le monde de l’Économie. De fait, l’autonomie n’a de sens que si elle permet de faire croître des manières de vivre que nous éprouvons comme nôtres, c’est-à-dire qui sont à la fois exemptes de la dépossession étatique et de l’hétéronomie de la marchandise.

Résistance politique: Voie populaire, voie prolétaire ?… (Nestor Makhno)

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Juste un petit rappel sur ce qu’est le prolétariat. Est prolétaire toute personne qui n’a pour seule alternative pour survivre dans le monde actuel que de vendre sa force de travail contre une rémunération devant assurer sa pitance, personne condamnée au travail aliéné vampirisé par la classe capitaliste parasite. Ceci revient à dire que 99,9% de l’humanité est prolétaire, de l’ouvrier agricole au médecin en passant par l’enseignant, le flic et le bidasse. Cela nous confère à tous une sérieuse convergence d’intérêt n’est-il pas ?
~ Résistance 71 ~

 

 

Les voies du pouvoir prolétarien

 

Nestor Makhno (1932)

 

Cela fait bien longtemps que l’intelligentsia socialiste d’avant-garde a formulé, de manière plus ou moins achevée, les fins de la lutte historique du prolétariat contre la bourgeoisie et que les prolétaires, adoptant sans aucun correctif cette formulation de l’intelligentsia, sont rentré sous sa direction dans cette lutte. Cela a été un triomphe incontestable pour l’intelligentsia qui donné ainsi pour but de mener le prolétariat à l’émancipation complète par le biais par la destruction du pouvoir et de l’Etat bourgeois, devant faire place à un Etat et un pouvoir « prolétarien ».

Bien naturellement, ni l’intelligentsia, ni le prolétariat lui-même n’ont pas épargné leur efforts et connaissances pour démontrer devant la plus grande audience le mal commis par l’Etat bourgeois. Grâce à cela ils ont pu développer et renforcer parmi les masses laborieuses l’idée d’un pouvoir « prolétarien » qui devrait résoudre tous leurs problèmes. Selon cette conception, le prolétariat utiliserait ainsi, à travers son pouvoir et Etat de classe, le seul moyen existant, pour lui et les autres classes, de se libérer de la bourgeoisie et d’instaurer un principe égalitaire et libre dans les relations entre les hommes. Une telle prédestination du pouvoir « prolétarien » nous a toujours semblé, à nous anarchistes, grossièrement erronée. Nos camarades des temps passés se sont constamment insurgés contre cette conception et ont démontré l’égarement déteste lorsque ceux-ci distinguaient le pouvoir « prolétarien » du pouvoir d’Etat en général, en désignant au premier une mission qui lui était profondément étrangère.

Les socialistes étatiques sont pourtant restés fidèle à leur école autoritaire et c’est avec cette acception qu’ils ont appréhendé la Grande Révolution russe, révolution d’une profondeur et ampleur sociales encore inconnue jusque là. Quant à nous, anarchistes, nous nous sommes arraché à leur prédestination du pouvoir « prolétarien ». Au cours de cette polémique, nous avons démontré aux étatiste de tout Etat, qu’il soit bourgeois ou prolétarien, ne tend par sa nature même qu’à exploiter l’homme, qu’à détruire en chacun comme en tous toutes les qualités naturelles de l’esprit humain qui poussent à la liberté et à la solidarité qui la fonde. Cela nous a valu, de la part des socialistes étatistes, une haine encore plus grande. Or, l’existence et la pratique du pouvoir prolétarien en Russie ont confirmer et confirment sans cesse la justesse de notre analyse. L’Etat « prolétarien » a mis de plus en plus sa nature à nu et prouvé que son caractère prolétarien était simple fiction, ce que les prolétaires ont pu constater dès les premières années de la révolution, d’autant plus qu’ils ont contribué eux-même à l’installer.

Le fait que le pouvoir « prolétarien », au cours de sa dégénérescence, ne s’est révélé être qu’un pouvoir d’Etat tout court est devenu indiscutable et l’a amené à ne plus dissimuler savamment son vrai visage. Par sa pratique, il a abondamment prouvé que ses fins et celles de la Grande Révolution russe n’avaient absolument rien de commun. Au cours de toutes ces années d’hypocrisie, il n’a pu soumettre pacifiquement les fins de la révolution russe aux siennes propres et à du affronter tout ceux qui menaçaient de mettre à nu son essence véritable – une plaie immense et purulente sur le corps de la révolution -, dont la lâcheté et la fourberie apportent la mort et la dévastation à tous sans exception, en premier lieu à ceux qui tentent d’être indépendants et d’agir librement.

On peut se demander: comment se fait-il que cela se soit passé ainsi? Selon Marx et Lénine, le pouvoir « prolétarien » ne devait en aucun cas ressembler au pouvoir bourgeois. Une partie de l’avant-garde du prolétariat n’aurait-elle pas sa part de responsabilité dans ce résultat?

De nombreux anarchistes sont enclins à penser que le prolétariat n’y est pour rien, ayant été dupé par la caste des intellectuels socialistes, laquelle aspirerait, au cours d’une série d’événement purement socio-historique et en vertu de la logiques des transformations étatiques inévitables, à remplacer le pouvoir de la bourgeoisie par le sien propre. Ce serait pour cette raison que l’intelligentsia socialiste s’efforcerait de diriger en permanence la lutte du prolétariat contre le monde capitaliste et bourgeois.

A mon avis, cette formulation n’est, ni tout à fait exacte, ni vraiment suffisante. L’expérience révolutionnaire de la Russie nous fournit d’abondantes données objectives à ce sujet. Elle nous montre de façon irréfutable que le prolétariat n’a nullement été homogène au cours de la révolution. Ainsi, le prolétariat urbain, lorsqu’il a participé au renversement dans de nombreuses ville du pouvoir de l’ennemi de classe – la bourgeoisie – , a hésité un moment entre les voies de la révolution de Février et d’Octobre 1917. Ce n’est qu’après un certain temps, à la suite de la victoire militaire d’Octobre sur Février, qu’une partie notable du prolétariat urbain à commencé à fusionner avec une partie de ses frères, les partisans directs des conquêtes d’Octobre. Bientôt, cette partie du prolétariat non seulement a oublié de défendre elle-même ses conquête, mais s’est en plus pressée de rallier le parti bolchevik au pouvoir qui a su flatter immodérément en lui inculquent un goût pour les privilèges politiques, économiques et juridiques de classe. Imbue de ses privilèges de classe, cette partie du prolétariat s’est éprise d’un égal amour pour son « Etat prolétarien de classe ». Bien évidemment, le parti social démocrate bolchevik l’a entièrement soutenue et encouragée dans cette évolution, car celle-ci ouvrait devant lui une large arène pour appliquer son programme propre qui consistait à utiliser la lutte révolutionnaire pratique du prolétariat pour se soumettre l’ensemble de celui-ci puis de s’emparer au nom du pouvoir d’Etat, Chemin faisant, pour mieux se singulariser, le parti social démocrate bolchevik s’est transformé en parti « communiste bolchevik », ne se privant aucunement d’user de la démagogie la plus effrontée, ne dédaignant aucun moyen, n’hésitant pas au besoin de voler des programmes d’autres formations politiques; tout ce la dans l’unique but de mieux faire adhérer le prolétariat, auquel il promettait son aide indéfectible, alors qu’en fait il n’avançait que vers son propre but. C’est en cela que ce parti a incarné au mieux les espérances historiques de la caste intellectuelle: replacer au pouvoir la bourgeoisie et exercer ce pouvoir à quelque prix que ce soit. Une partie du prolétariat ne s’est pas opposé à ses vues, bien au contraire, elle s’est reconnue dans ses action et ne s’en est faite la complice.

Cette partie du prolétariat avec pourtant été éduquée durant des générations dans l’idée que le prolétariat ne s’émanciperait de la bourgeoisie que lorsqu’il ne briserait son pouvoir, à détruire son organisation étatique afin d’édifier la sienne propre. Néanmoins, cette partie du prolétariat a aidé le parti bolchevik-communiste à organiser son « pouvoir prolétarien » et à édifier son état de classe.

La voie suivie et les moyens employés n’ont pas tardé à rendre cette partie du prolétariat semblable en tous points à la bourgeoisie renversée, tout aussi impudente et arrogante, ne craignant pas abuser de la violence la plus féroce pour asseoir sa domination sur le peuple et la révolution.

Il va sans dire que cette violence était toute naturelle chez la caste intellectuelle du parti, car elle était préparée durant de longues années à l’utiliser et s’en est grisée. Quand à la masse du prolétariat – l’esclave muet d’hier -, la violence exercée sur ses semblable lui est profondément étrangère. Occupée à édifier son « Etat de classe », une partie du prolétariat a donc été amenée à se comporter, par l’usage de la violence d’une manière répugnante à l’égard de la liberté individuelle, de la liberté de parole et d’expression de quelqu’organisation révolutionnaire que ce soit, à partir du moment où elle divergeait d’avec l’impudence du « pouvoir prolétarien ». Cette partie du prolétariat s’est empressée d’occuper, sous la direction du parti bolchevik communiste, les places laissées vacante par les despotes de la bourgeoisie renversée, devenant à son tour une maîtresse tyrannique, n’hésitant pas à user pour cela de la violence la plus horrible, sans aucun discernement, contre tous ceux qui s’opposaient à ses visées. Ce comportement a été en même temps habilement masqué par la « défense de la révolution ».

Cette violence a été surtout exercée sur le corps de la révolution russe au profit des intérêts étroit d’une partie du prolétariat et du parti bolchevik-communiste, et au nom de leur domination complète sur toutes les autres classes laborieuses. On ne peut y voir seulement un égarement passager du prolétariat. Encore une fois, nous pouvons constater avec beaucoup de netteté comment tout pouvoir d’Etat manifeste impudemment sa nature, le qualificatif de prolétarien n’y changeant absolument rien.

A mon avis, c’est pour toutes ces raisons que tous les camarades étrangers, qui n’ont pas connu cette expérience, doivent étudier avec soin toutes les étapes de la révolution russe, en particulier le rôle qu’y ont joué la parti bolchevik-communiste et la partie du prolétariat qui l’a suivi. Cela afin de se garder de tomber dans les mêmes erreurs, à la suite de la démagogie éhontée des bolchevik et de leurs partisans, à propos de l’utilité du « pouvoir prolétarien ».

Il est également vrai que la lutte actuelle de tous nos camarades contre le mensonge bolchevik doit être menée à l’aide de sérieuses connaissances de ce qu’ils peuvent proposer eux-même aux larges masses à la place de ce « pouvoir prolétarien ». Les beaux slogans ne suffisent pas, bien que souvent la masse n’y soit pas indifférente. Cette lutte s’y déroule à partir de situation concrètes et amène à se poser continuellement les questions vitales et pressantes: comment et quels moyens d’actions sociales les masses laborieuses doivent-elles employer pour s’émanciper totalement?

Il convient de répondre à de telles questions le plus directement possible et avec la plus grande clarté. C’est une nécessité essentielle, non seulement pour pouvoir mener une lutte active contre le monde capitaliste et bourgeois, mais aussi pour notre mouvement anarchiste, car c’est d’elle que dépendra l’influence de nos idée sur le début et l’issue de cette lutte. Cela signifie donc que le prolétariat ne doit pas répéter l’erreur commise par ses frère de Russie, c’est a dire de ne pas s’occuper d’organiser un « pouvoir prolétarien », sous la baguette quelconque d’un parti, même dit « prolétarien », mais uniquement d’organiser la satisfaction des besoins de tous et de défendre la révolution contre toutes sortes de pouvoir d’Etat.

Analyse politique: révolution sociale, mal français et mièvrerie postmoderne…

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Et dire qu’il faille se référer au Mexique et à la réflexion d’anarchistes mexicains pour lire/entendre une telle analyse en dit long sur l’échec de la conscience politique par chez nous. Il est vrai que l’environnement hispanisant (également par voie coloniale…) a maintenu dans le réel les voies de la révolution sociale. Les milieux anarchistes français en sont devenus bien malheureusement incapables. L’analyse ici faite de la décomposition totale du concept de révolution sociale dans la mièvrerie dite “postmoderne” est au scalpel.

Une chose à ajouter à ce qui suit: le monde universitaire est en très grande partie sous contrôle de l’oligarchie marchande, nous devons donc considérer le fait que tout cet ersatz de « pensée philosophique » produite n’est en aucun cas le fait du hasard mais une commande de dilution évanescente de l’esprit révolutionnaire. Il est grand temps de revenir à la réalité des choses et d’arrêter l’enfumage…

~ Résistance 71 ~

Lectures connexes:

Manifeste de la societe des societes

Que faire ?

Inevitable_anarchie_Kropotkine

L’anarchie pour la jeunesse

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Appel au Socialisme (PDF)

 

Vent debout contre le mal français

 

Miquel Amoros

 

7 janvier 2018

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Vent-debout-contre-le-mal-francais

Critique de la philosophie postmoderne et de ses effets sur la pensée critique et sur la pratique révolutionnaire

Le recul théorique causé par la disparition de l’ancien mouvement ouvrier a permis l’hégémonie d’une philosophie surprenante, la première qui ne se fonde pas sur l’amour de la vérité, objet primordial du savoir. La pensée faible (ou philosophie de la postmodernité) relativise ce concept, qu’elle fait dériver d’un mélange de conventions, de pratiques et de coutumes instables dans le temps, quelque chose de « construit », et, par conséquent, d’artificiel, sans aucun fondement. Et dans la foulée, toute idée rationnelle de réalité, de nature, d’éthique, de langage, de culture, de mémoire, etc. De plus, certaines autorités du petit monde postmoderne n’ont pas manqué de qualifier certaines d’entre elles de « fascistes ». Finalement en récupérant Nietzsche, il n’y a donc plus de la vérité, mais seulement de l’interprétation. En vérité, une telle démolition systématique d’une pensée qui naît avec les Lumières et réclame la constitution de la liberté — qui donnera naissance, plus tard, avec l’apparition de la lutte de classes moderne, à la critique sociale et aux idéologies révolutionnaires — par ceux qui plutôt que de se baigner dans l’eau claire de l’authenticité préfèrent se vautrer dans la boue de l’imposture, principalement les professeurs et les étudiants, a toute les apparences d’une démystification radicale menée à bien par de véritables penseurs incendiaires, dont la finalité ne serait rien d’autre que le chaos libérateur de l’individualité exacerbée, la prolifération d’identités et l’abrogation de toute norme de conduite commune. Au lendemain d’une telle orgie de déconstruction, aucune valeur ni aucun concept universel ne tiendrait plus debout : être, raison, justice, égalité, solidarité, communauté, humanité, révolution, émancipation… seront tous qualifiés d’« essentialistes », c’est-à-dire d’abominations « pro-natura ». Cependant, l’extrémisme négateur des postphilosophes manifeste sur un plan spirituel des coïncidences suspectes avec le capitalisme actuel. Ce radicalisme d’une haute intensité contraste non seulement avec la vie et les choix politiques de ses auteurs, très académiques pour les uns, et conventionnels pour les autres, mais en outre épouse parfaitement la phase en cours de globalisation capitaliste, caractérisée par la colonisation technologique, le présent perpétuel, l’anomie et le spectacle. C’est un complément pour lequel tout est facilité. Personne ne les dérangera dans leurs chaires universitaires. Grâce à la priorité accordée par la domination à la connaissance instrumentale, et par conséquent grâce à la faible importance que la mentalité dominante concède aux « humanités », ont pu surgir sans entraves des bulles philosophiques pseudo-transgressives et toutes sortes de prouesses spéculatives totalement étrangères à la réalité environnante, créant une contrefaçon tourbillonnante de la pensée critique moderne, qui aime être accompagnée d’un vaste bruit médiatique.

Les louanges postmodernes à la transgression normative correspondent d’une certaine manière à la disparition de la sociabilité dans les agglomérations urbaines. En accord avec la nouvelle faiblesse en matière philosophique, rien n’est original, tout est construit, et donc tout repose sur du sable. L’économie politique, les classes, l’histoire, le tissu social, l’opinion… tout. Alors, s’il n’y a pas de relation sociale qui vaille, pas de véritable libération collective, pas de dialectique, pas de critère définitif à prendre en compte à cet égard, quelle est la signification des normes, des moyens et des fins ? On part de rien pour arriver nulle part. Nihilisme en harmonie avec les marchés puisque pour ceux-ci, ce qui n’a pas de valeur économique est négligeable. Il ne faut pas non plus s’étonner que l’éloge de la déshumanisation et le chaos typique des déconstructeurs aillent de pair avec l’apologie de la technique. La pensée faible, entre autres, célèbre l’hybridation de l’homme avec la machine. La nature mécanique, libre de constructions, ne serait-elle pas supérieure à une nature humaine, esclave des lois naturelles ? Le nihilisme inhérent à la logique mécanique reflète et répond à l’abolition de l’histoire, à la suppression de l’authenticité, à la liquidation des classes et à la consécration de l’individualité narcissique ; c’est donc un produit de la culture du capitalisme tardif — si on peut encore appeler ça de la culture — et sa fonction ne serait autre que l’adaptation idéologique au monde de la marchandise tel qu’il est devenu. La philosophie postmoderne est par rapport à l’existant une philosophie de légitimation.

Ce qui était né comme une réaction à la révolte de Mai 68, « dans les bas-fonds de l’Esprit du temps » (Debord), a été reçu dans les universités américaines comme un paradigme de la profondeur critique, et de là, la French Theory a rayonné dans tous les laboratoires pensants de la société capitaliste, descendant dans les ghettos de jeunes sous forme de mode intellectuelle transgressive. Compte tenu de leur caractère ambivalent et malléable, les syllogismes liquides de la postmodernité ont rempli la caisse à outils de toute espèce d’idéologues du vide, des citoyennistes les plus caméléonesques aux anarchistes les plus à la page. Même un nouveau type d’anarchisme, né de la faillite des valeurs bourgeoises historiques, centré sur l’affirmation subjectiviste, l’activisme sans objet ni projet et le manque de mémoire, remplace dans la majorité des espaces l’ancien, fils de la raison, issu de la lutte de classes, bâtisseur d’une éthique universelle et dont le travail révolutionnaire a été fortement ancré dans l’histoire. Dans la French Theory, ou plutôt dans le morbus gallicus, dont le post-anarchisme est l’enfant bâtard, les références ne comptent pas ; elles révèlent la nostalgie du passé, quelque chose de très condamnable aux yeux d’un déconstructionniste. La question sociale se dissout en une multitude de questions identitaires : des questions de genre, de sexe, d’âge, de religion, de race, de culture, de nation, d’espèce, de santé, d’alimentation, etc., qui sont au centre du débat et donnent lieu à un singulier politiquement correct qui se traduit par une orthographe torturée et un discours bourré de saillies et d’embrouillaminis grammaticaux. Une collection d’identités fluctuantes remplace le sujet historique, le peuple, le collectif social ou la classe. Son affirmation absolutiste ignore la critique de l’exploitation et de l’aliénation et, par conséquent, un jeu « intersectionnel » de minorités opprimées supplante la résistance collective au pouvoir établi. La libération proviendra d’une transgression ludique des règles qui entravent ces identités et oppriment ces minorités, et non d’une « alternative » globale ou d’un projet révolutionnaire de changement social, sans doute considéré comme totalitaire, car une fois « constitué » il engendrerait de nouvelles règles, plus de pouvoir et donc plus d’oppression. Le communisme libertaire, de ce point de vue, ne serait que l’incarnation d’une dictature. L’analyse critique et l’anticapitalisme lui-même, grâce à l’annulation de toute référence historique, font place au questionnement de la normativité, à la contorsion de la langue et à l’obsession de la différence, du multiculturalisme et de la singularité. On ne peut en discuter la cohérence puisque la catégorie de la contradiction a été reléguée dans l’oubli tout comme celles d’aliénation, de dépassement ou de totalité. Construire ou déconstruire, voilà la question.

Sans aucun doute, le prolétariat n’a pas « réalisé » la philosophie, comme Marx, Korsch ou l’Internationale situationniste le souhaitaient, c’est-à-dire qu’il n’a pas accompli ses aspirations de liberté et aujourd’hui nous en payons les conséquences. Il est vrai que, dans le développement de la lutte des classes, s’est manifestée une pensée critique qui plaçait la classe ouvrière au centre de la réalité historique, et qui fut qualifiée de marxiste, d’anarchiste ou simplement de socialiste. En fait, il s’agissait de capturer la réalité le plus fidèlement possible, en tant que totalité qui se développe dans l’histoire, afin d’élaborer des stratégies pour vaincre l’ennemi de classe. La victoire finale devait être inscrite dans l’histoire elle-même. Néanmoins, les attaques prolétariennes contre la société de classe n’ont pas abouti. Et tandis que le capitalisme surmontait ses crises, les contradictions dévoraient les postulats d’une telle pensée et de nouvelles formulations étaient nécessaires. Les contributions étaient multiples et il n’est pas nécessaire de les énumérer. Ce qui les caractériserait toutes serait la clarté ajoutée dans la perspective du combat libérateur, mais plongée dans un contexte de régression, puis progressivement éloigné de la pratique. Toutefois, sa lecture a renforcé la conviction qu’une société libre était possible, que la lutte était utile à quelque chose et qu’il ne fallait jamais baisser les bras, que la solidarité entre résistances nous rendait meilleurs et que la formation nous rendait lucides… La lutte des minorités, loin de démanteler la critique sociale, contribuait à l’enrichir. Loin d’être secondaires, les questions d’identité sont devenues de plus en plus importantes à mesure que le capitalisme pénétrait dans la vie quotidienne et détruisait les structures traditionnelles. Elles dénonçaient des aspects de l’exploitation jusqu’alors peu pris en considération. Dans un premier temps, l’universalité et l’identité convergeaient ; on ne concevait pas de solution à la ségrégation raciale, à la discrimination sexuelle, au patriarcat, etc., séparément, mais en vue d’une transformation révolutionnaire globale. Personne ne pouvait imaginer souhaitable un racisme noir, une société d’amazones, un capitalisme gay ou un état d’exception végétarien. La révolution sociale était le seul endroit où toutes les questions pouvaient vraiment être soulevées et résolues. Au-delà, il ne restait plus que la spécialisation élitiste, le sectarisme du « milieu », le narcissisme activiste et le stéréotype militant. C’était la voie ouverte par les postmodernes.

La pensée faible exploitait également le filon de la crise idéologique, en récupérant les auteurs et les idées, mais avec des effets et des conclusions opposés. Une fois que le sujet révolutionnaire a été neutralisé dans la pratique, il fallait le supprimer dans la théorie, de sorte que les luttes resteraient isolées, marginales et incompréhensibles, enveloppées dans un verbiage crétinisant et autoréférentiel adapté seulement aux initiés. Ce fut la tâche de la French Theory. Une escalade démarrait dans la confusion sophistiquée et cryptique qui consacrait, comme mages privilégiés, la caste intellectuelle et comme peuple élu, les disciples, principalement universitaires. Le mal français a été la première philosophie irrationaliste liée au mode de vie des fonctionnaires, relativement rétribuée et à juste titre : sa révision de la critique sociale du pouvoir et la contestation de l’idée révolutionnaire ont rendu de magnifiques services à la cause de la domination. La notion de pouvoir comme un éther omniprésent qui s’étend à tout condamne toute pratique collective à la poursuite d’un idéal en ce qu’elle est vue comme le renouvellement ou la reconstruction du pouvoir lui-même, une sorte de poisson qui se mord la queue. Le pouvoir n’est apparemment pas incarné dans l’État, le Capital ou les Marchés comme lorsque le prolétariat était la classe potentiellement révolutionnaire. Le pouvoir maintenant nous le sommes tous ; c’est le tout. La révolution serait ainsi redéfinie comme leurre du pouvoir afin de se refaire, dans des cas extrêmes, à partir de nouvelles valeurs et normes aussi arbitraires que celles qu’elle-même reléguerait. Le discrédit de la révolution sociale est plus utile pour le pouvoir réel en temps de crise, parce qu’une opposition subversive organisée qui tente de se former (un sujet social qui tente de se constituer) sera immédiatement dénoncée comme un pouvoir d’exclusion. Bref, un mauvais « récit de la modernité » — en terminologie lyotardienne — tout comme celui de la lutte des classes. Le rejet de la notion de classe laisse aussi apparaître involontairement une haine de classe, héritage de la domination passée active dans l’imaginaire post-rationnel. En bref, on abandonne toute velléité communiste révolutionnaire pour la transmigration de genres, le polyamour, la transversalité et le régime vegan. Les problèmes individuels résolus de cette manière, le chemin est alors dégagé pour une opposition collaborative et participative, prêt à entrer dans le jeu et bien sûr à voter, à occuper des espaces de pouvoir et à gérer en son sein l’ordre actuel avec un discours radicalement identitaire donc politiquement très correct, et par ricochet, un discours hypercitoyenniste qui fait rage non seulement dans la nouvelle gauche, mais également dans la gauche intégrée de toujours.

La situation de la critique, en proie au mal français, est donc affligeante, aussi affligeante que la vie dans le monde occidental et urbain ravagée par le capitalisme. C’est la fin de la raison, la fermeture spirituelle d’un monde suranné où la résistance au pouvoir était possible, l’évaporation de la conscience de classe historique, l’apothéose de la relativité, le triomphe absolu du bluff, le règne accompli du spectacle… On pourra appeler ce phénomène comme on veut, mais c’est surtout l’effet intellectuel de la défaite historique du prolétariat au cours des années 1970 et 1980, et, par conséquent, de la disparition de deux ou trois générations entières de combattants sociaux et de l’incapacité de ces derniers à transmettre leurs expériences et leurs connaissances aux nouvelles générations, les livrant à la psychose postmoderne et son jargon inintelligible. Il existe une ligne de rupture générationnelle très claire qui coïncide plus ou moins avec l’apparition du « milieu » ou ghetto de la jeunesse à la fin des années 1980 et une relation de celui-ci avec les processus de gentrification des centres urbains ; finalement, on peut établir avec évidence, une relation entre l’extension de la maladie postmoderne et le développement des nouvelles classes moyennes. L’effondrement du mouvement social révolutionnaire et la catastrophe théorique sont deux aspects du même désastre, et donc du double triomphe, pratique et idéologique, de la domination capitaliste, patriarcale et étatique. Malgré tout, la débâcle n’est jamais définitive, car les antagonismes prolifèrent beaucoup plus que les identités, et la volonté de se libérer en commun est plus forte que le désir narcissique de se démarquer. Dix minutes de pathétique gloire virtuelle sont des gouttes d’eau dans l’océan troublé de la « conflictivité » permanente.

La lutte des classes réapparaît dans la critique du monde de la technologie et dans la défense du territoire, dans les projets communautaires de sortie du capitalisme et dans les luttes que mènent les classes paysannes contre l’agriculture industrielle et la marchandisation de la vie. Probablement, dans les pays turbo-capitalistes, ces conflits ne parviennent pas à échapper aux approches « intersectionnelles », aux traitements « de genre » et autres réductionnismes identitaires, parfaitement compatibles avec une casuistique réformiste issue de « l’économie sociale », mais partout où cristallise un véritable front de lutte, de telles bagatelles tourneront en rond et seront consumées par le feu de l’universalité.

Discussions sur « anarchisme et postmodernité »,

14 novembre 2017, Centro Social Ruptura, Guadalajara (Jalisco),

et 25 novembre 2017, Biblioteca Social Reconstruir, ville de Mexico