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20 juillet 1969 ~ 20 juillet 2019… 50 ans pour passer de héros à zéro ?…

Posted in actualité, désinformation, documentaire, Internet et liberté, média et propagande, pédagogie libération, résistance politique, science et nouvel ordre mondial, sciences et technologies, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 20 juillet 2019 by Résistance 71

« Dans un monde de mensonge perpétuel, dire la vérité est un acte révolutionnaire. »
~ George Orwell ~

Jusqu’à il n’y a pas si longtemps que ça, nous n’avions aucune raison tangible de mettre en doute la plus formidable des réalisations exploratrices humaines: l’envoi d’êtres humains sur notre satellite naturel: la lune.
Puis est venu le 11 septembre 2001 et pour bon nombre d’entre nous… tout a changé. Il ne devenait plus possible de croire en le narratif officiel d’un évènement historique de grande ampleur 
impactant sur la destinée de l’humanité. Il ne devenait plus possible de croire les élucubrations de nos gouvernements mis en place pour perpétrer ad vitam aeternam, la dictature de la marchandise et des intérêts particuliers.
Pour beaucoup d’entre nous, nous avons vu l’alunissage d’Apollo 11 en direct. On nous avait rappelés dans les écoles pour suivre l’évènement, car en 1969, aussi incroyable que cela puisse paraître à la jeune génération, tout le monde n’avait pas la télévision… Qui pouvait alors douter de la véracité de l’évènement ? Nos grands-parents et arrières-grands-parents ? Mais ces vieux schnocks n’étaient que des rétrogrades refusant la modernité n’est-ce pas ?…
Pas à pas, avec le décorticage des évènements du 11 septembre, l’analyse historique sur le fond des affaires se généralisa. L’alunissage d’Apollo 11 et ceux qui suivirent ne pouvait plus échapper à l’analyse critique. Bien des choses farfelues ont été dites et écrites, d’autres bien plus sensées et argumentées l’ont aussi été.
Ci-dessous, nous avons traduit un long article de VT sur le sujet, sans aucune doute le meilleur que nous ayons lu sur le sujet, car il analyse non seulement l’aspect technique, technologique et humain mais aussi le contexte géopolitique de l’époque. Nous vous le soumettons et de là, chacun est libre de continuer son analyse et de croire en ce qu’il veut, mais une chose est certaine: il y a d’énormes zones ouvertes à toute sorte de mise en question dans le narratif de ce qui se présente comme la plus grande aventure de l’histoire de l’humanité. Ne prenez rien pour garanti et recherchez par vous-mêmes. A vous de juger… Nous ne sommes plus sûrs de rien…
~ Résistance 71 ~

 

 OU

 

Les alunissages, énorme escroquerie sur l’humanité ?

 

Kevin Barrett

 

15 juillet 2019

 

url de l’article original:

https://www.veteranstoday.com/2019/07/15/landings/

 

Nous recommandons après lecture de notre traduction d’aller sur l’article original de KB car il y a un foisonnement de photos, de vidéos et de liens à suivre pour chaque argument invoqué. Nous en mettons quelques-uns mais pas tous (tout est en anglais…) ~ R71 ~

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~
~ Publié le 20 juillet 2019 ~

 

L’article ci-dessous en version pdf téléchargeable (merci Jo ! ):

20-juillet-1969-20-juillet-2019-50-ans-pour-passer-de-heros-a-zero

 

Alors que les Etats-Unis célèbrent le 50ème anniversaire de l’alunissage d’Apollo 11, la vaste majorité du monde demeure quelque peu sceptique.

Etait-ce juste encore un mensonge du gouvernement des Etats-Unis sur la véritable histoire des années 1960, comme les versions officielles sur les affaires Kennedy, Matin Luther King, Malcom X, les assassinats de Manson, l’incident du Golfe du Tonkin, la naissance du mouvement hippie et bien d’autres encore ? Ou est-ce alors une de ces fois où les sources officielles semblent dire la vérité ?

Jusqu’à il y a encore assez récemment, l’hypothèse des faux alunissages était une de ces théories de la conspiration à laquelle je ne croyais pas. Mais après avoir regardé le documentaire (de 3h30) de Massimo Mazzucco American Moon, et après avoir lu l’article du sceptique sur les alunissages ci-dessous, j’ai dû reconsidérer ma position.

Note: La personne se cachant derrière le pseudonyme de “Moon Landing Sceptic” va très bientôt révéler sa véritable identité lors d’un entretien qu’il/elle aura avec moi sur mon émission de radio –Kevin Barrett, Veterans Today Editor

Voici une version révisée de mon article éponyme posté en avril sur  unz.com , corrigé et enrichi de ce que j’ai appris de la richesse des commentaires et des sources fournies (le documentaire “American Moon” étant en tête de liste… Note de R71: le documentaire de Massimo Mazzucco existe en français en DVD sur le site de l’auteur). Ceci est maintenant et plus que jamais un travail collectif. Merci à toutes et à tous.
– Moon Landing Sceptic –

 

 

Les alunissages: un vaste canular joué à l’humanité ?

version révisée

Moon Landing Skeptic

 

Est-ce que les croyants sont en danger d’extinction ?

Voilà, on y est: le 50ème anniversaire de l’alunissage d’Apollo 11.

En 2016, un sondage a montré que 52% du public britannique pensaient que les alunissages étaient bidons. Le scepticisme est plus important chez ceux qui sont trop jeunes pour avoir vu l’évènement en direct à a télévision: 73% des personnes interrogées dans la tranche d’âge 25-34 ans ne croient pas qu’on ait jamais aluni, comparés au 38% des plus de 55 ans. Ces chiffres semblent augmenter d’année en année.

Les non-croyants britanniques n’étaient que 25% il y a 10 ans. On ne sait pas combien ils sont aujourd’hui, mais un sondage russe de 2018 par le Centre de Recherche en Opinion Publique a révélé que 57% des russes interrogés croyaient qu’il n’y avait jamais eu d’alunissages humains. Le pourcentage grimpe à 69% chez les gens de l’éducation supérieure: ainsi, plus les gens sont éduqués et moins ils croient aux alunissages humains.

Pour les Américains, un sondage Gallup de 1999 a donné juste 6% de sceptiques et en 2013, un sondage de l’institut de recherche Pew a montré que leur nombre était passé à juste 7%. Ceci est suspicieusement bien bas. Un sondage en 2005-2006 “a trouvé que plus d’un quart des Américains de 18 à 25 ans ont exprimé certains doutes sur le fait que l’être humain ait jamais posé le pied sur la lune.” Ceci est plus proche des données britanniques et bien plus plausible. Il est intéressant de noter que dans un sondage de Knight Newspaper réalisé juste un an après le premier alunissage, plus de 30% des sondés étaient suspicieux des voyages de la NASA sur la lune. Un bon nombre de ces sceptiques de la première heure ont pu se convertir par la suite à la croyance ou ont simplement perdu leur énergie de dissident.

Mais la théorie du canular lunaire a repris du mouvement avec l’avènement de l’internet et le développement de YouTube, qui permet une scrutinité accrue des vidéos du programme Apollo pour tous ceux qui ‘y intéressent. Avant l’internet, toux ceux qui avaient de sérieux doute n’avaient que peu de moyens pour les partager et de faire des recherches pour rendre leur argument convaincant. Un des pionniers de l’affaire fut Bill Kaysing qui attaqua le sujet avec son livre de 1976 publié à compte d’auteur  We Never Went to the Moon: America’s Thirty Billion Dollar Swindle. On peut parler de lui comme d’un lanceur d’alerte, car il travaillait pour Rocketdyne, une entreprise qui a créé et construit les fusées du programme Apollo. Puis vint le physicien Ralph René avec son  NASA Mooned America: How We Never Went to the Moon and Why, qui fut le premier à introduire toute l’affaire des radiations des ceintures de Van Allen.

La recherche gagna en profondeur et en diversité et l’incrédulité devint une épidémie aux alentours du 30ème anniversaire de l’alunissage d’Apollo 11, ce grâce en grande partie au cinéaste britannique David Percy, qui fut le co-auteur du livre Dark Moon avec Mary Bennett et qui réalisa le documentaire de 3 heures What Happened on the Moon? An Investigation into Apollo (2000), présenté par Ronnie Stronge. Ce documentaire demeure jusqu’à aujourd’hui, essentiel pour quiconque ayant la volonté de développer une opinion bien informée. Puis il y eut le bien plus court A Funny Thing Happened on the Way to the Moon (2001), de Bart Sibrel, qui offre une vision du contexte historique de l’évènement.

Sibrel défia aussi les astronautes de la NASA de jurer sur la bible, devant caméra, qu’ils avaient bien marché sur la lune et il compila ces séquences dans son Astronauts Gone Wild, avec d’autres extraits de déclarations embarrassantes et bizarres faites par des astronautes de la NASA qui étaient supposés avoir marché sur la lune mais qui paraissaient et résonnaient comme étant incompétents et inconsistants ; Allan Bean par exemple de la mission Apollo 12 apprenant de la bouche de Sibrel qu’il avait traversé la ceinture de radiations de Van Allen, ce morceau de choix est à voir… (also here).

Puis, utilisant du matériel de ces films et d’autres sources, s’en vint le documentaire télévision dévastateur Did We Land on the Moon? en 2001, réalisé par John Moffet pour Fox TV. C’est une super introduction à la controverse, bien qu’il contienne quelques erreurs d’interprétation sur les photos lunaires. Vous pouvez regarder ce documentaire dans cette version de 2013 qui a été rediffusée:

Avons-nous aluni ?

Très récemment, le photographe et réalisateur italien Massimo Mazzucco, qui a préalablement réalisé un super documentaire sur les attentats du 11 septembre 2001, a diffusé American Moon (2018), qui est jusqu’ici le meilleur documentaire jamais réalisé sur la controverse des alunissages. Le documentaire est remarquable en tous points sur la précision de l’argumentation et de la documentation fournie. Mazzucco a le grand mérite de répondre en détail à chaque contre-argument des debunkers. En tant que réalisateur et photographe professionnel, sa contribution majeure, bien que ce ne soit pas la seule, se situe dans la qualité de l’analyse des photos (il corrige quelques erreurs communes trouvées dans le documentaire Did We Land On The Moon?). Mazzucco a aussi sollicité les contributions analytiques de plusieurs grands photographes de renom, dont les analyses sont absolument dévastatrices pour la crédibilité de la NASA en ce qui concerne ses photos lunaires. Vous pouvez écouter l’entretien de Mazzucco sur l’émission radiophonique de Kevin Barrett, mais je recommande grandement que vous visionniez le DVD du documentaire.

Il y a peu de livres disponibles sur le sujet. Je n’ai pas connaissance d’un livre mieux documenté que One Small Step? The Great Moon Hoax and the Race to Dominate Earth From Space du chercheur allemand Gerhard Wisnewski, publié originellement en 2005 et duquel je tire souvent mes références et mes citations.

Il y a aussi d’autres bonnes sources dont je ne parlerai pas plus que cela ici par manque de temps et d’espace, comme Randy Walsh’s The Apollo Moon Missions: Hiding a Hoax in Plain Sight (Part I), publié en 2018. Son chapitre 2 démontre que, comme le suspectait déjà Kaysing, les moteurs F-1 de la fusé Saturne V utilisée pour les missions Apollo n’avaient pas suffisamment de carburant ni de puissance pour envoyer la fusée en condition de décollage (poids d’environ 3000 tonnes) en orbite basse terrestre. Son chapitre 3 détaille le composant de guidage de l’ordinateur de navigation d’Apollo construit par Raytheon et les taches impossibles qu’on attendait qu’il produise afin de naviguer en sécurité la mission vers la lune et son retour,

Hautement recommandée est aussi l’enquête humoristique de feu David MacGowan Wagging the Moondoggie (aussi here on pdf). Je ne vais pas discuter de toutes les preuves amenées par ces sources ; je ne peux que les recommander ainsi que quelques autres. Je vais simplement énoncer ce que je pense être les arguments les plus convaincants, j’y ajouterai quelques développements récents, je donnerai ma meilleure conclusion, placerai l’affaire dans une perspective historique plus large et tirerai quelques leçons de tout cela à propos de la matrix dans laquelle nous vivons.

D’abord, nous devons être clairs sur le but d’une telle enquête.

Nous ne devons pas nous attendre à une preuve conclusive que Neil Armstrong ou tout autre astronaute, n’aient pas marché sur la lune. Ceci ne peut pas être prouvé, sans la preuve absolument irréfutable qu’il était ailleurs (orbitant la Terre par exemple) au moment précis où il a affirmé avoir marché sur la lune. Dans la plupart des cas, on ne peut pas prouver que quelque chose ne s’est pas produit, tout comme vous ne pouvez pas prouver que quelque chose n’existe pas. Vous ne pouvez pas prouver par exemple que les licornes n’existent pas. C’est pour cela que le poids de la preuve réside sur ceux qui affirment qu’elles existent. Si je vous dis que j’ai marché sur la lune vous allez me demander de le prouver et vous ne prendrez pas pour réponse quelque chose comme : “non, c’est à vous de prouver que je n’y ai pas été.”

Est-ce que cela fait une différence si je suis la NASA ? Oui, parce que dire que la NASA ment va inévitablement vous mener à questionner tout ce que vous avez toujours cru en provenance de votre gouvernement, des institutions éducatives, de la communauté scientifique et des médias de masse. C’est un pas de géant en effet ! Tout comme les enfants de parents abusifs, les citoyens décents de gouvernements abusifs tendront à réprimer la preuve de la malveillance impliquée. Donc, les gens choisissent de croire dans les alunissages sans même demander plus de preuves, simplement parce que “Ils n’auraient pas pu mentir pendant 50 ans. Les médias auraient exposé le mensonge il y a bien longtemps (rappelez-vous de l’affaire du Watergate…). Et quid des quelques 250 000 personnes impliquées dans le projet ? Quelqu’un aurait fatalement parlé.” Je peux en fait m’entendre parler de la sorte il y a encore 10 ans. Toutes ces objections doivent être de fait adressées.

Mais avant cela, la chose scientifique à faire est de se poser cette question: Est-ce que la NASA peut prouver qu’elle a envoyé des hommes sur la lune ? Si la réponse est non, l’étape suivante est de décider si on doit les croire sur parole ou non. Ceci implique de se demander quelles auraient bien pu être les raisons d’un tel énorme mensonge. Nous y viendrons. Mais d’abord, la NASA peut-elle fournir des preuves tangibles des alunissages ?

Preuve solide comme la roche.. d’Antarctique

Oui Elle le peut. Ils ont ramené des morceaux de la lune: environ 380 kg de pierres lunaires et d’échantillons de sol sur toutes les missions Apollo combinées. Les pierres lunaires prouvent les alunissages n’est-il pas ? Oui sans aucun doute, pourvu qu’on puisse établir sans l’ombre d’un doute qu’elles ne furent pas excavées de la terre. Là réside le problème. Comme expliqué ici (lien dans l’article original) “des météorites ont été trouvées en Antarctique ayant les mêmes caractéristiques que les pierres lunaires.” Il peut être utile de savoir qu’en 1967, deux ans avant la mission lunaire d’Apollo 11, la NASA envoya une mission en Antarctique, à laquelle se joignit Werner von Braun, le propagandiste (allemand) de la NASA pour les missions lunaires (NdT: et spécialiste allemand des fusées et moteurs à réaction pour les nazis durant la seconde guerre mondiale, récupéré par les Yankees au cours de “l’opération paperclip” d’exfiltration des nazis ayant une valeur pour travailler avec l’empire et aussi les soustraire à l’URSS…). L’Antarctique est la région terrestre la plus riche en météorites. Des spécimens furent ramenés de cette expédition, officiellement à titre de référence comparative pour les échantillons lunaires à venir. (comme le dit Mazzucco dans son documentaire)

Ainsi donc les pierres lunaires sont bien loin de représenter une preuve tangible des alunissages. De fait, aucune des soi-disantes pierres lunaires ne peuvent être prouvées en provenance de la lune et non pas de l’Antarctique ou quelque part d’autre sur terre. Mais il y a pire: quelques unes de ces soi-disantes pierres lunaires ont été prouvées fausses de manière conclusive. L’astro-biologiste britannique Andrew Steele reçut le rare privilège de voir de très près quelques uns des précieux échantillons fournis par la NASA dans une de ses places hautement sécurisées. Imaginez sa surprise lorsqu’il découvrit que ces échantillons contenaient des poils, des morceaux de plastique, de nylon et de téflon et de petits animaux terrestres (Wisnewski p.207). Une autre de ces pierres lunaires fit la une des journaux lorsque, 40 ans après avoir été personnellement donnée par Neil Armstrong et Buzz Aldrin au premier ministre hollandais, elle fut analysée et prouvée être du bois pétrifié.

Bien entendu, une fausse pierre lunaire ne prouve pas que tous les échantillons sont faux. Mais cela devrait être une raison suffisante pour commencer à faire un examen scientifique systématique des centaines d’autres échantillons que les Etats-Unis donnèrent le plus cérémonieusement du monde en 1969 et dans les années 70. Malheureusement, la plupart sont perdus. Comme l’a rapporté Associated Press le 13 septembre 2009: “Près de 270 pierres ramassées par la astronautes furent données à des nations étrangères par l’administration Nixon. […] Des 135 pierres données après Apollo 17 aux leaders des nations, seules environ 25 ont pu être localisées. […] La prospective pour tracer les quelques 134 pierres d’Apollo 11 données est même bien plus basse. L’endroit de moins d’une douzaine est connu.” (Associated Press reported on September 13, 2009, )

La preuve vidéo et photographique

Quelle autre preuve a la NASA de ses alunissages ? Les films et les photos bien sûr !… Malheureusement, les films disponibles des archives télévisées sont très flous. Comment par exemple, peut-on être sûr que l’astronaute David Scott de la mission Apollo 15, lâche bien un vrai marteau et une vraie plume pour démontrer la gravitation newtonnienne dans un environnement sans atmosphère, alors que l’on peut à peine voir les objets ? Plus important, comment peut-on être sûr que l’apparence d’une gravité moins forte lors des sorties extra véhiculaires lunaires n’a pas été obtenue en simplement utilisant un ralenti d’images ? Des sceptiques ont fait remarqué que si on double la vitesse de passage des films, cela donne l’impression de mouvements quasi similaires à ceux qu’ils auraient sur Terre.

Certains même questionnent si le ralenti des films des missions Apollo est réaliste. William Cooper par exemple, explique que dans un environnement où la gravité est de 1/6 de celle de la Terre, les bonds et sauts des astronautes devraient être bien plus longs et plus haut que sur terre: ils pourraient en toute logique sauter 6 fois plus haut que sur terre. Certains Astronautes comme Eugene Cernan de la mission Apollo 17 ont particulièrement aimé apparemment faire des sauts de kangourous sur la lune, mais pourquoi ne semblent-ils pas capables de sauter plus haut qu’une trentaine de centimètres ?

La très mauvaise qualité des images télévisées est due au processus de leur réalisation : “parce que l’équipement de la NASA n’était pas compatible avec la technologie de la TV de cette époque, les transmissions originales ont dû être diffusées sur un moniteur et être refilmées par une caméra de TV pour être rediffusées à l’antenne.” (comme expliqué dans ce rapport de l’agence Reuters le 15 août 2006: Reuters). Pour être précis, la NASA affirme que les images reçues de la lune étaient en couleur et qu’elles furent refilmées depuis un moniteur 16mm noir et blanc (en couleur à partir de la mission Apollo 14), utilisant un kinescope, qui est un objectif se focalisant sur le moniteur / écran. Ce dont nous avons besoin pour une enquête de bonne qualité sont les enregistrements originaux de la NASA. Des chercheurs demandent depuis des années, des décennies, d’y avoir accès sous une procédure de la loi sur la liberté de l’information (Freedom of Information Act ou FoIA)

En 2006, ils reçurent une réponse. Le porte-parole de la NASA, Grey Hautaluoma déclara : “Nous ne les avons pas vu depuis un bon moment. On a cherché pendant plus d’un an et on ne les a pas trouvées…” Ainsi, 700 cartons contenant des bandes vidéo magnétiques ont disparu, dit le rapport déjà cité de Reuters, ajoutant:

La NASA a admis en 2006 que personne n’a pu retrouver les vidéos originales et les enregistrements du 20 juillet 1969 et de l’alunissage. Depuis lors, Richard Nafzager, un ingénieur du Goddard Space Flight Center de la NASA dans le Maryland, qui supervisa le processus télévisé d’Apollo 11, les recherche. La bonne nouvelle est qu’il a trouvé où elles sont parties. La mauvaise nouvelle est qu’elles firent partie des quelques 200 000 cassettes vidéos qui furent effacées magnétiquement pour être réutilisées afin d’économiser de l’argent.

Toutes les données télémétriques ont aussi apparemment disparu, reçues et enregistrées pour contrôler la localisation et le fonctionnement mécanique du vaisseau spatial, ainsi que les fréquences cardiaques des astronautes.. Perdus également sont les plans des modules lunaires (LEM), des rovers lunaires et des fusées multi-sections Saturne V.

As a result of this NASA admission, Russian officials have started demanding an international investigation. les Russes ont demandé une enquête internationale.

Pour conclure sur le sujet des enregistrements vidéos originaux disparus et donc manquants, il est approprié ici de mentionner un des arguments les plus puissants présentés par les “Apollo truthers”: la capacité limitée de batterie embarquée dans les modules lunaires comme dûment documenté par la NASA (as documented by NASA), celle-ci était ridiculement insuffisante pour la transmission d’un signal vidéo vers la Terre, et ce même s’ils avaient une antenne directement pointée sur Houston, ce qu’ils n’avaient pas. Ce point est particulièrement bien débattu par le cinéaste américain Joe Frantz et un ingénieur en fréquences radio dans cette vidéo (this video ), vous y verrez également ce clip absolument stupéfiant d’astronautes transparents, trahissant une mauvaise composition en studio.

Nous n’avons pas les films, mais heureusement nous avons les photos. A part planter des drapeaux américains et collecter des échantillons de roche (“ne venez jamais sur la lune sans un marteau”, avait plaisanté Allan Bean, astronaute de la mission Apollo 12), les astronautes ont passé beaucoup de temps à prendre des photos sur la lune. Et soyons juste: en 2015, la NASA a publié pour le public des milliers d’entre elles en très haute résolution. On peut les voir là (here,) et on peut les examiner dans le détail. La plupart d’entre elles sont absolument remarquables dans leur qualité. L’équipage de la mission Apollo 11 a utilisé un Hasselblad 500C standard avec quelques modifications, incluant le retrait du miroir réflex. Le film utilisé était un standard Ektachrome diapositives de 160 ASA.

De manière surprenante, ceci est un film très sensible pour prendre des photos dans un endroit où la lumière solaire n’est pas filtrée par une atmosphère, considérant spécifiquement que certaines photos sont sorties sans être surexposées alors que prises directement dans la lumière du soleil. Il y a aussi quelques problèmes d’ordre technique et de fiabilité de ce matériel photographique à la surface de la lune où la température au soleil et à l’ombre passe de +100oC à -100oC: la seule protection contre la chaleur pour à la fois l’appareil photo et le magasin contenant le film n’était qu’une couche protectrice réfléchissante. (comment les astronautes ont eux-mêmes survécus à ces amplitudes thermiques est même encore plus un problème…)

Un autre aspect posant problème est la qualité professionnelle de la vaste majorité de toutes ces photos. Toutes les photos prises par Neil Armstrong par exemple, sont parfaitement cadrées et exposées. Wisnewski (144-149) fait correctement remarquer à quel point ceci est remarquable, considérant le fait qu’Armstrong et tous les autres astronautes, ne pouvaient pas viser, car l’appareil photo était fixé sur leurs poitrines et qu’il ne pouvait même pas le voir. Sans mentionner la difficulté de sélectionner et de régler l’exposition pour chaque photo, de régler la distance focale, la vitesse d’exposition du film, le tout manuellement dans des gants pressurisés, sans système de visée et sans expérience de photographie sur la lune et son environnement. Nous devons nous rappeler qu’à l’époque, la photographie était un métier et ce même sur terre et il est absolument étonnant de voir que les photos prises par Armstrong furent juste parfaites. Plus directement. Y a t’il une preuve quelconque que ces photos ont été prises sur la lune ? Absolument aucune.

Elles sont facile à faire en studio. Et de fait, la NASA a été très loin dans l’entraînement des astronautes dans des endroits intérieurs protégés pour recréer les conditions de la surface de la lune telles qu’ils l’imaginaient, fabricant des tonnes de “poussière lunaire” à cet effet (avant même que quiconque n’ait pu voir à quoi ressemblait vraiment cette poussière) ; ils allèrent même jusqu’à simuler le ciel noir. Quelques-unes de ces photos prises lors d’entrainement dans ce type de studios de cinéma, comme celle-ci prise des archives de la NASA, seraient difficiles de distinguer des “vraies” si elles étaient cadrées un peu différemment.

Armstrong et Aldrin s’entraînant sur de la fausse poussière lunaire sous un faux ciel noir

Soyons francs: il n’y a aucune preuve qu’une quelconque photo prise durant le programme Apollo soit vraie. Cela ne sera pas suffisant pour déstabiliser les croyants. Mais ce qui devrait est qu’un bon nombre de ces photos “débordent d’anomalies et d’inconsistances”, des mots de David Percy, qui prouve son argument dans son documentaire What Happened on the Moon? Le film contient un entretien avec Jan Lundberg, l’ingénieur du projet pour le Hasselblad Apollo. Lorsque questionné sur certaines inconsistances en regard des ombres et de l’exposition à la lumière (comme par exemple une photo d’un astronaute complètement éclairé alors qu’il se tient dans l’ombre du LEM, comme celle qui illustre la couverture du livre de Wisnewski, il répond: “Je ne peux pas l’expliquer. Ça m’échappe… pourquoi ?..

Incidemment, l’admission embarrassante de Lundberg est la parfaite illustration de phénomène de compartimentage, ce qui a sans doute rendu cette supercherie d’alunissage possible. Comme les centaines de milliers de personnes impliquées dans ce projet, Lundberg travaillait sur une base de “minimum de connaissance” et n’avait aucune raison de suspecter qu’il travaillait sur quelque chose  d’autre que ce dont on lui avait dit, du moins jusqu’à ce que quelqu’un le mit au défi d’expliquer des photos impossibles dans le contexte du programme. Juste une poignée de personnes devaient savoir le plan complet et il n’est même pas certain que le président Nixon lui-même ait été au courant. Il a été estimé que quelques 20 000 entreprises sous-traitantes et fournisseurs, répartis aux quatre coins des Etats-Unis, ont travaillé sur le projet Apollo: aucun de leurs employés n’avait les moyen sans parler même de l’intérêt, de questionner l’utilité de ce qu’ils faisaient.

Comme l’illustre très bien Wisnewski dans son livre (p. 121-126) avec le programme Corona alias Discoverer (un satellite de recherche américain lancé en 1959 avec le but secret d’espionner l’URSS), il est faux d’assumer que l’armée et les communautés du renseignement et de l’aérospatiale ne peuvent pas garder un secret. Un autre exemple, des centaines de milliers de personnes ont travaillé sur le Manhattan Project, qui est resté totalement inconnu du public jusqu’à ce que la bombe soit larguée sur Hiroshima.

Je ne vais pas ici lister ni analyser toutes les anomalies des photos du programme Apollo, car tout cela a été analysé dans les documentaires mentionnés ci-dessus. Le plus récent d’entre eux, celui de Massimo Mazzucco, “American Moon”, donne sans aucun doute les meilleures preuves, qui nous sont présentés par des photographes professionnels (NdT: de réputation mondiale et qui, comme le dit Mazzucco dans le film, était tous convaincus de la véracité des alunissages…) sur la falsification des photos Apollo. Un de ses mérites supplémentaires est aussi de corriger certains faux arguments des “chercheurs de vérité” notamment en ce qui concerne l’angle et la direction des ombres sur certaines photos et aussi les “croix” des photos recouverts par des sujets.

Ajout de R71: Nous vous mettons ici un entretien en français avec le réalisateur/photographe Massimo Mazzucco au sujet de son dernier documentaire « American Moon ». A voir et diffuser sans aucune modération. Le passage des entretiens avec les top photographes professionnels qui analysent les photos lunaires est absolument dévastateur…

Pour juste donner une idée aux débutants, voici un exemple d’inconsistance dans la direction des ombres sur la photo de la NASA #AS14-68-9486/7, qui, d’après des sceptiques, prouve que la source de lumière est plus proche que le soleil (et non pas “sources de lumière multiples”, comme il est dit de manière erronée dans Did we Go to the Moon?): [voir la photo en question sur l’article original…]

Les affirmations concernant les analyses sur les ombres sont néanmoins ouvertes à des réfutations sans fin. Je trouve beaucoup plus instructif et pertinent d’examiner attentivement quelques photos des modules lunaires qui peuvent être trouvées en haute résolution sur le site internet des archives de la NASA (NASA archive site.) Je recommande de les observer et d’utiliser votre simple bon sens. Demandez-vous par exemple si vous pouvez vraiment croire le que module lunaire Eagle de la mission Apollo 11 que l’on peut voir (here, here, ou here), aurait pu faire alunir deux astronautes et les faire repartir vers le module de commandement en orbite lunaire. Ou bien prenez le LEM Antares d’Apollo 14 (here), ou Orion d’Apollo 16 (here, or here avec le rover lunaire qui en est miraculeusement sorti…) ou Challenger de la mission Apollo 17 (here). 

Gardez présent à l’esprit que ces cabanes délabrées devaient demeurer tout ce temps hermétiquement pressurisées dans un environnement de vide spatial, à chaque fois qu’un astronaute sortait ou rentrait de ses explorations extra-véhiculaires et dans les deux derniers cas, deux astronautes ont passé plus de 3 jours (respectivement 71 et 76 heures), sur la lune et ont dormi 3 nuits dans le module. Si vous voulez être guidé dans cette réflexion voici une vidéo de 15 minutes [en anglais] ( this 15-minute video.) Mais vous aurez une bien meilleure explication de ce problème dans le récent documentaire American Moon.

Où sont passées toutes les étoiles ?

Si les équipages des missions Apollo avaient photographié le ciel étoilé depuis la lune, la NASA aurait pu utiliser ces images pour contrer les accusations de fraude. Dans les années 1960, il aurait été particulièrement difficile d’utiliser des calculs ordinateur pour rendre frauduleusement les constellations d’étoiles consistantes avec ce qu’elles devaient être.

Malheureusement, personne n’y a pensé à la NASA. On a demandé aux astronautes de regarder par terre et de collecter des cailloux et pas de regarder en l’air et étudier les étoiles. C’est comme si la NASA était devenue une congrégation de géologues qui détestaient l’astronomie. Et de penser que de nos jours la même administration dépense des milliards de dollars pour envoyer des télescopes en orbite…

Avant les missions Apollo, on pensait largement que les étoiles seraient particulièrement brillantes lorsque vues au delà de l’atmosphère terrestre: “exceptionnellement brillantes” les avaient décrites Youri Gagarine depuis son orbite terrestre en 1961. Les astronautes du programme Gemini témoignèrent également de s’être émerveillés à la beauté des étoiles.

Voici une photo du site internet de la NASA avec l’explication suivante: “Si vous pouviez arrêter l’atmosphère d’éparpiller la lumière solaire si brillante, le ciel de jour aujourd’hui pourrait ressembler à quelque chose comme cela” (de McGowan, chapitre 12) [NdT: photo sur l’article original]

Pourtant les missions Apollo ont apparemment torpillé cette croyance: il n’y avait pas d’étoiles visibles dans le ciel lunaire. Point barre. Le problème n’est pas que les étoiles ne sont pas visibles sur les photos de la NASA prise de la surface de la lune: c’est normal, disent les photographes interviewés par Mazzucco, car l’exposition nécessaire pour capturer les étoiles sur film aurait surexposé la surface lunaire.

Le problème réside dans le fait que les astronautes n’ont pas vu d’étoiles avec leurs propres yeux. Tous, d’Apollo 11 à Apollo 17, ont déclaré de manière consistante que le ciel était complètement noir: “Un ciel immense noir de velours, totalement noir”, des mots mêmes de l’astronaute Edgar Mitchell, le 6ème homme sur la lune.

Etait-ce parce que la surface lunaire était trop brillante et qu’ainsi leurs yeux ne pouvaient pas s’ajuster (un jour sur la lune dure 27 jours terrestres, donc les astronautes qui ont aluni sur la face illuminée de la lune n’ont jamais fait l’expérience d’une nuit lunaire} ? Si telle est la raison, alors les astronautes auraient dû voir plein d’étoiles lors de leur voyage de la terre à la lune. Ils n’ont pas rapporté en avoir vu aucune. Lorsqu’ils orbitèrent autour de la lune et passèrent du côté sombre, ils se sont retrouvés dans un noir d’encre et ils n’ont toujours pas vu d’étoiles. Michael Collins qui a orbité autour de la lune plusieurs fois à bord du module de commandement alors qu’Armstrong et Aldrin étaient sur la lune, a déclaré dans leur conférence de presse en 1969: “Je ne me rappelle pas en avoir vu une !” Voilà une des remarques les plus bizarres que vous pouvez entendre de la part d’un astronaute, mais toute cette conférence de presse est bizarre, en faire l’expérience est aussi bizarre.

Ne demandez pas à Neil Armstrong

L’interview de Neil Armstrong de novembre 1970 est juste très bizarre. (November 1970 interview ) Elle a été utilisée par quelques sceptiques comme preuve qu’il ment. Je ne peux que recommander cette analyse professionnelle commissionnée par Richard D. Hall de RichPlanet TV par Peter Hyatt, expert national reconnu sur la détection du mensonge. je trouve cette analyse absolument dévastatrice pour la crédibilité d’Armstrong.

[Analyse vidéo du mensonge de Neil Armstrong par le psychologue analyste spécialiste Peter Hyatt, en anglais -]

Après ça, Armstrong a dû être ordonné de rester à l’écart de tout entretien. Il fit une toute dernière apparition très rapide le 20 juillet 1994 en présence du président Clinton, seulement pour se comparer à un perroquet, “le seul oiseau capable de parler” mais “qui ne vole pas très bien” et de conclure sur une remarque cryptique au sujet “des avancées encore non effectuées disponibles à ceux qui peuvent enlever une des couches de protection de la vérité”. Puis il retourna dans son isolement et refusa de participer (ou on ne lui a pas demandé…) aux célébrations du 40ème anniversaire de l’alunissage et de ses premiers pas sur la lune. Fort heureusement pour les gardiens du mythe, il a maintenant vraiment et définitivement quitté la Terre et son histoire peut maintenant être narrée par Hollywood.

Bouclez vos ceintures Van Allen

On s’est fixé de savoir si une quelconque preuve des alunissages est réelle. Jusqu’ici, nous n’en avons trouvée aucune. En lieu et place, nous avons trouvé la preuve qu’ils n’étaient pas réels. Mais en fait, tout ceci était à peine nécessaire, car les ingénieurs de la NASA eux-mêmes nous disent qu’ils sont impossibles, pour la simple et bonne raison que les astronautes auraient dû voyager à travers les létales ceinture de radiations de Van Allen (Van Allen Radiation Belts) qui commencent à partir de 1600 km au-dessus de la Terre et qui vont jusqu’à 42 000km. Même au-delà de ces ceintures de radiations, les astronautes continueraient à être bombardés par toutes sortes de radiations mortelles (un très bon article là-dessus here). Le 24 juin 2005, la NASA fit cette déclaration remarquable:

La vision de la NASA pour l’exploration spatiale appelle à un retour sur la lune comme préparation à de plus longs voyages vers mars et au-delà. Mais il y a un rabat-joie potentiel: les radiations. L’espace au-delà de l’orbite basse terrestre, est noyé dans une intense radiation en provenance du soleil et de sources profondes galactiques comme par exemple les supernovas. […] la façon la plus commune de gérer les radiations est de simplement les bloquer physiquement, tout comme la très épaisse paroi de béton armé le fait autour d’un réacteur nucléaire. Mais fabriquer des vaisseaux spatiaux en béton armé n’est pas une option…” (cité de McGowan, chapitre 3).

Il y a des centaines de documents disponibles d’ingénieurs de la NASA expliquant pourquoi voyager au-delà de la basse orbite terrestre demeure un obstacle pour les missions impliquant des êtres humains embarqués, par exemple celui-ci: this one:

“Les radiations dans l’espace sont bien plus dangereuses que les radiations rencontrées sur terre. Même si la Station Internationale se situe juste dans le champ magnétique protecteur de la planète, les astronautes y reçoivent plus de 10 fois les radiations que celles qu’ils recevraient naturellement sur terre. Hors du champ magnétique terrestre, c’est le domaine des Rayons Cosmiques Galactiques (RCG), des évènements de particules solaires et des ceintures de Van Allen qui contiennent des radiations piégées ne pouvant s’échapper. La NASA parvient à protéger les astronautes des évènements solaires en leur disant de se mettre derrière des accessoires de protection supplémentaire dans une zone spécifique à cet effet. Mais il est plus difficile de se protéger contre les RCG. Ces particules à haute énergie proviennent de partout dans la galaxie. Elles ont tant d’énergie qu’elles peuvent passer au travers de métaux, de plastique, d’eau et tout matériau cellulaire. Alors que ces particules énergétiques traversent l’environnement, des neutrons, des protons et d’autres particules sont générées dans une réaction en chaîne qui se produit à travers les matériaux de protection. Cette radiation secondaire peut parfois créer une situation plus dangereuse pour l’équipage.

L’ingénieur de la NASA, Kelly Smith, a expliqué dans un documentaire très court, le programme Orion, que les ceintures de Van Allen posent un sérieux défi que “nous devons résoudre avant d’envoyer des humains dans cette région de l’espace” (voir le documentaire complet ici, here). La séquence clef est incluse dans la vidéo ci-dessous, parmi d’autres séquences d’astronautes qui admettent par inadvertance que la technologie pour envoyer des astronautes au-delà de l’orbite basse terrestre n’a pas encore été inventée. Ne manquez surtout pas l’astronaute expérimenté de la NASA Donald Roy Pettit qui explique qu’en fait la technologie n’est plus disponible : “Le problème est que nous n’avons plus la technologie pour le faire. On l’avait, mais on a détruit cette technologie et c’est un processus très douloureux que de la reconstruire.

L’obstacle des radiations est peut-être la raison du pourquoi aucune mission humaine vers la lune n’a été tentée, ni même au-delà de l’orbite basse terrestre, depuis les jours de Tricky Dick. Rappelez-vous que la Station Spatiale Internationale orbite la terre à une distance de 370 km, alors que la lune est à environ une distance 1000 fois supérieure. Le 14 janvier 2004, le président Bush, qui parlait depuis le QG de la NASA, a annoncé une nouvelle aventure, celle de “remettre le pied sur la lune” et au-delà, faisant remarquer: “Ces trente dernières années, aucun être humain n’a mis le pied sur un autre monde ou ne s’est aventuré plus loin dans l’espace que la distance entre Washington DC et Boston.” (cité par Wisnewski p-329). Aucune mission humaine vers la lune n’est venue de cette annonce.

Le temps travaille pour les chercheurs de vérité au sujet du programme Apollo, car chaque année qui passe et plus de gens se demandent: “si ce fut facile d’envoyer des hommes sur la lune entre 1969 et 1972, pourquoi est-ce que cela ne s’est jamais reproduit depuis ?” Moins de la moitié des Britanniques et des Russes interrogés croient toujours aux alunissages. Parmi les gens plus éduqués, ce pourcentage chute de plus en plus vite. Que se passera t’il dans 20 ans lorsque les Américains réaliseront qu’il n’y a plus qu’eux qui y croient encore ? Les Etats-Unis survivront-ils à la divulgation de cette immense supercherie ? Les mensonges tendent à se reproduire, un peu comme des organismes vivants, car chaque mensonge doit être couvert par encore plus de mensonges. Ainsi, la mise au grand jour d’un mensonge conduit à mettre à jour d’autres mensonges alors que les gens perdent confiance et commencent à sérieusement questionner tout ce qu’on leur a appris.

Si les alunissages étaient réels, il serait facile pour la NASA de mettre fin à toute controverse. Comme le dit Massimo Mazzucco dans son documentaire American Moon:La possibilité d’inspecter l’endroit des alunissages s’est produite en 2007 lorsque Google a lancé le concours international du Lunar X Prize. Le concours offrait 30 millions de dollars de récompense à la première organisation privée qui pourrait envoyer sur la lune un robot capable de voyager au moins 500 m en retransmettant des images en direct vers la Terre. Plus de vingt équipes du monde entier avaient exprimé leur désir de participer à ce concours. Google avait aussi introduit un bonus de 4 millions de dollars pour ceux qui pourraient transmettre des images en direct d’un des sites d’alunissage des missions Apollo sur la lune.

A cette époque, Astrobotic Technology, une entreprise de Pittsburg, annonça qu’elle planifiait de visiter avec sa propre sonde le site le plus célèbre de tous… Celui d’Apollo 11.” Mais bizarrement, au lieu de voir ce défi comme une opportunité d’apporter une preuve de source indépendante pour leurs missions Apollo, la NASA publia en 2011 une législation sans précédent demandant qu’aucun robot n’approche aucun des sites d’alunissages des missions Apollo dans un rayon de 2km…

Le document de 93 pages de la NASA “Recommendations to Space-Faring Entities: How to Protect and Preserve the History and Scientific Value of U.S. Government Lunar Artifacts” justifie la décision prise par le besoin de préserver les sites historiques des premiers alunissages de toute contamination possible. Pour satisfaire à la demande de la NASA, Astrobotic Technology transféra son objectif de mission vers le pole nord de la lune et tous les participants au concours de Google décidèrent de jouer selon les règles de la NASA, le bonus de 4 millions de dollars fut levé comme fut rapporté dans l’article cité par Mazzucco “Rocketeers obey NASA moon rules”.

En 2018, Google annonça qu’aucun concurrent ne pourrait être prêt à la date butoir de mars 2018. Dans le même temps, la NASA produisait un nouveau document insistant encore que tout projet interférant avec les sites des alunissages des missions Apollo devraient faire l’objet d’une autorisation préalable de l’administration.

Kennedy, Johnson et la NASA

Si les alunissages Apollo furent bidons, de sérieuses questions doivent être posées au sujet de la NASA pour commencer. Puis, il y a besoin d’une réflexion profonde sur ce que sont devenus les Etats-Unis depuis la seconde guerre mondiale. Plus encore, l’escroquerie des alunissages est le parfait point de départ pour réfléchir sur le contrôle hypnotique exercé par la télévision et les médias d’information sur nos esprits. Ce n’est pas qu’un problème politique, c’est aussi une bataille pour nos esprits, nos âmes.

Le premier pas est de grandir et de sortir de nos croyances infantiles au sujet de la NASA et de faire quelques recherches de base sur ce qu’elle est. L’Administration Nationale de l’Espace et de l’Aéronautique (de son acronyme anglais: NASA) a été fondée par le président Eisenhower en 1958. Pas mal de gens aujourd’hui félicite Eisenhower pour avoir averti les Américains en quittant ses fonctions à la Maison Blanche, contre la menace grandissante du complexe militaro-industriel et le “potentiel pour une montée désastreuse d’un pouvoir déplacé/détourné”. De manière tout à fait ironique, la création de la NASA fut un pas de géant pour ce complexe militaro-industriel. Il ne fait aucun doute que le programme de la NASA soi-disant “programme aérospatial civil” était en premier lieu et principalement “une couverture élaborée pour la recherche, le développement et le déploiement d’un armement et de systèmes de surveillance depuis l’espace” (des mots de McGowan). La loi de 1958 créant la NASA explicite une collaboration avec le ministère de la défense et dans la pratique, le Pentagone fut impliqué dans toutes les décisions impliquant les programmes Mercury, Gemini et Apollo (NdT: d’où proviennent les astronautes en très vaste majorité si ce n’est de l’USAF et de l’aéro-navale yankee, sauf Armstrong il est vrai, mais il voulait un “non-militaire” pour “faire les premiers pas sur la lune”……)

Erlend Kennan et Edmund Harvey ont très bien documenté ce point dans leur Mission to the Moon: a critical examination of NASA and the space program, dès 1969 pour conclure:

Il est impératif que la NASA conserve son statut de decorum  de porte-parole de l’âge de l’espace et donne au ministère de la défense et ses efforts spatiaux une ‘couverture’ efficace.” (cité par Wisnewski, p.296) a part lancer des satellites à des fins d’espionnage la NASA devait contribuer au développement des fusées transcontinentales, car après la seconde guerre mondiale, l’équation était devenu très simple: Fusée + bombe atomique = pouvoir mondial. (Wisnewski p.62)

Le but paramilitaire de la NASA est essentiel pour bien comprendre l’escroquerie Apollo. Car en matière de programmes militaires, “ce que le public sait est aussi connu de l’ennemi. Ce qui veut dire qu’en principe, le public et l’ennemi peuvent être vus comme une seule et même chose.” (Wisnewski 7) C’est pourquoi nous devons bien comprendre que tromper les Américains ne fut pas une perversion du but original de la NASA, mais cela faisait partie intégrante du processus.

Ce fut le rôle de Kennedy de vendre le programme spatial au congrès et au public américain afin de faire augmenter dramatiquement le budget de la NASA. Le 25 mai 1961. juste 43 jours après que Youri Gagarine ait soi-disant accompli son tour de la Terre en orbite, Kennedy délivra un message spécial devant le congrès des Etats-Unis (Kennedy delivered before the Congress a special message) sur les “besoins urgents nationaux”. Il demanda un rajout de 7 à 9 milliards de dollars sur une période de 5 ans pour le programme spatial, pour le but, affirma t’il, “de parvenir au but, avant la fin de la décennie, de faire alunir un homme sur la lune et de le ramener sur Terre en sécurité. Aucun projet spatial dans cette période ne sera plus impressionnant pour l’humanité, ou plus important pour l’exploration de longue portée de l’espace.

On peut blâmer Kennedy pour avoir tromper le public américain, mais il est plus que probable qu’il ait été lui-même trompé, tout comme il fut trompé par la CIA dans cette désastreuse invasion loupée de la Baie des Cochons à Cuba juste un mois plus tôt. En tout cas, la lune était le projet de Johnson, pas celui de Kennedy. On pense que ce fut un memorandum de Lyndon Johnson qui convainquit Kennedy, “Evaluation of Space Program”, daté du 28 avril 1961, supposément fondé sur des discussions avec des tops exécutifs de la NASA. Le memo assurait le président de “la possibilité de l’alunissage et du retour en toute sécurité d’un homme sur la lune vers 1966-67”, si “un gros effort” était fait.

Pour le bénéfice de l’affaire, Johnson le présenta de cette façon:

D’autres nations, sans regard aucun sur leur appréciation de nos valeurs idéales, tendront à s’aligner sur le pays qu’elles pensent être le leader mondial, le vainqueur sur la durée. Des réussites dramatiques dans le domaine de l’espace sont de plus en plus identifiées comme indicateur majeur d’un leadership mondial.

Deux semaines après avoir reçu le memo de Johnson, Kennedy fit son célèbre discours au congrès (le 25 mai 1961) disant: “Je pense que cette nation devrait se commettre au but avant la fin de la décennie, de mettre un homme sur la lune et de le ramener en toute sécurité sur terre.” Puis, un mois plus tard, Il nomma officiellement son vice-président chef du National Aeronautics and Space Council à charge d’explorer le projet lunaire. Comme l’a dit Alan Wasser: “Peu de gens réalisent ou se souviennent aujourd’hui, qu’un seul homme, Lyndon Baines Johnson ou “LBJ”, est principalement responsable d’à la fois avoir commencé et mis un terme à la “course à l’espace’”.

Ceci explique pourquoi les industries texanes furent les plus grosses bénéficiaires du programme spatial et pourquoi le NASA Manned Spacecraft Center de Houston fut rebaptisé le Lyndon B. Johnson Space Center en 1973. Sous Eisenhower, Johnson fut à la fois le leader de la majorité au sénat et un joueur clef dans le secteur texan du complexe militaro-industriel. Il est du reste intéressant de savoir que dans le brouillon original du discours de départ d’Eisenhower, écrit par ses assistants Malcom Moos et Ralph Williams, il devait parler de “complexe militaro-industrio-congressionnel”, mais Eisenhower fit retirer le mot “congressionnel” par peur peut-être de Johnson.

La corruption de Johnson s’aggrava lorsqu’il devint vice-président et nomma ses amis texans à la tête de la marine, d’abord John Connally, puis Fred Korth, qui démissionna en 1963 après que le ministère de la justice, emmené par Robert Kennedy, l’impliqua dans un réseau de corruption dans les contrats des avions TFX pour la force commune armée de l’air-aéronavale. Le contrôle de Johnson sur la NASA fut fait par James E. Webb, que Johnson nomma grand administrateur de la NASA. Celui-ci joua un rôle décisif dans le lobbying en faveur du programme Apollo. Web était si lié à Johnson qu’il démissionna lorsque LBJ annonça sa décision de ne pas se représenter à un second mandat présidentiel en 1968, évitant ainsi d’être en charge lors des glorieux alunissages Apollo.

Le programme Apollo reçut également le soutien efficace du sénateur Robert S. Kerr de l’Oklahoma, autre associé en affaire et allié politique de Johnson. Dans ses mémoires “Wheeling and Dealing: Confessions of a Capitol Hill Operator”, l’aide de camp de Johnson Bobby Baker “se rappelle des efforts pour collecter 500 000 dollars en liquide demandés par le sénateur Kerr de l’industrie Savings and Loans en retour d’un ajustement législatif favorable.

(Andrew Cockburn, “How the Bankers Bought Washington: Our Cheap Politicians,” CounterPunch).

Dans son très récent film, Massimo Mazzucco apporte une information clef qui enrichit notre compréhension de la relation entre Johnson et Kennedy et pourrait bien faire de la lumière sur l’assassinat de Kennedy. Nous y apprenons que, bien que Kennedy ait laissé le projet Apollo sous la supervision directe de Johnson, le 18 septembre 1963, il fit appeler Webb au bureau ovale pour partager ses doutes quant à la possibilité et la valeur d’envoyer des hommes sur la lune, ce qui allait coûter “un sacré paquet de pognon”, suggérant que suffisamment de données et de connaissances scientifiques pourraient être recueillies en y envoyant simplement des sondes. “Envoyer un homme sur la lune ne vaut pas tout ce paquet de milliards”, dit-il lors de cette conversation enregistrée. Webb insista alors qu’il était trop tard pour changer les plans.

Deux jours après cette réunion, dans un discours qu’il fit à l’ONU, Kennedy invita publiquement l’URSS à collaborer à l’exploration spatiale et en particulier dans une “expédition commune vers la lune”. Kroutchev déclina poliment l’offre américaine en faisant cette déclaration:

Nous ne planifions pas en ce moment de vols de cosmonautes vers la lune. J’ai lu un rapport que les Américains veulent alunir avant 1970. Nous leur souhaitons tout le succès possible. Et nous verrons comment ils voleront là-bas et comment ils vont alunir et plus important encore, comment ils vont en décoller et revenir. Nous ne voulons pas entrer en concurrence en envoyant des gens vers la lune sans une préparation des plus sérieuses.

Deux jours plus tard, Kennedy fut assassiné à Dallas. La chronologie est importante parce qu’elle révèle que Kennedy essaya de neutraliser un des arguments majeurs de la course vers la lune, ce qui devait en faire un champ de bataille de la guerre froide. Cette tentative de Kennedy doit être mise en relation avec ce qui est par ailleurs connu des communications secrètes entre Kennedy, Kroutchev et Castro dans ses efforts de mettre fin justement à la guerre froide, en relation aussi avec son intention aujourd’hui bien documentée de retirer les troupes américaines du Vietnam.

La fabrication de la croyance

La NASA n’était pas juste une opération de camouflage pour les développements militaires. elle était aussi un rêve fabriqué pour que les Américains continuent de regarder vers le ciel alors que leur gouvernement commettait les pires atrocités au Vietnam. Ainsi donc, la NASA avait aussi de très étroites relations avec l’industrie cinématographique. Son premier patron T. Keith Glennan (de 1958 à 1961) avait une longue expérience dans la gestion de studios de cinéma à Hollywood (Wisnewski p.298)

Dans la période de transition entre Johnson et Nixon, Apollo 8 soi-disant transporta trois astronautes 10 fois autour de la lune. Puis, après deux autres missions tests (Apollo 9 et 10), six équipages Apollo alunirent entre 1969 et 1972, toutes durant la présidence Nixon. Wisnewski (130-139) fournit un parallèle spectaculaire montrant comment les informations de Une en rapport avec le programme Apollo détournèrent de manière fort utile l’œil du public américain des crimes de la guerre du Vietnam (voir aussi McGowan, Chap.3). Apollo 11 alunit deux mois après que les médias aient exposé le bombardement parfaitement illégal du Cambodge. Le coup de téléphone de Nixon depuis la Maison Blanche à Neil et Buzz sur la lune fit monter sa popularité. Le programme Apollo s’arrêta juste après la fin officielle de l’ingérence américaine en Asie du Sud-Est. Wisnewski écrit:

Tandis que les Etats-Unis massacraient des milliers de Vietnamiens, brûlant un hectare après l’autre de la jungle vierge et empoisonnant les sols avec des produits chimiques [agent orange], ils tentaient d’un autre côté de fasciner ou devrions-nous dire d’hypnotiser ? le monde avec sa conquête d’une toute autre nature.” (p.131)

Pour le reste du monde l’excitation culturelle et technologique causée par les alunissages dut être submergeante et aussi désarmante comme l’impact négatif des attentats du 11 septembre 2001 le fut plus tard. Jusqu’à aujourd’hui, les Etats-Unis tirent profit et force de l’admiration sans bornes qu’a générée ces alunissages. Et je maintiens toujours que cette ‘conquête’ de la lune, cet ancien mythe de l’humanité, a élevé l’Amérique au statut de nation quasi-divine. Les alunissages cadrent parfaitement avec la grande stratégie psychologique du pays de l’auto-agrandissement, combiné avec le fait de subjuguer, de diminuer et de démoraliser les autres.” (p.287)

Le voyage spatial civil est devenu une forme ‘d’opium du peuple’, une promesse de rédemption amenant un nouveau et meilleur futur à l’univers.” (p.63)

Il est vrai que voyager de la terre à la lune et en revenir vivant est un exploit aux proportions mythiques. Cela relève de voyager vers “l’au-delà” et revenir dans le monde des vivants avec votre corps physique. Cela fait des astronautes de la NASA des équivalents des héros super-naturels antiques (Hercule etc…), des demis-dieux immortels et cet aspect semi-divin se rapporte de fait aux Etats-Unis dans son entièreté. Telle fut la signification des alunissages Apollo: une nouvelle religion qui éleva les Etats-Unis au dessus de toutes les autres nations. Beaucoup a été dit au sujet des religions institutionnalisées comme moyen de contrôle mental collectif. Mais aucune croyance religieuse ne peut se comparer à la croyance aux alunissages en terme d’abus cynique de la naïveté des gens. Et aucune religion ne peut de fait entrer en compétition, du moins jusqu’à récemment, avec le nombre global de croyants.

La leçon plus profonde aussi à retenir est que tout ceci fut rendu possible grâce à la télévision et cela aurait été impossible sans elle. Pratiquement personne ne l’aurait cru s’ils ne l’avaient pas vu de leurs propres yeux. Dans le livre de Lewis Carroll Through the Looking Glass, Alice dit à la reine blanche “on ne peut pas croire aux choses impossibles”, mais la reine insiste que cela est possible avec suffisamment de pratique: “Quand j’avais ton âge, je le faisait pour au moins une demi-heure par jour. Ainsi, parfois, j’ai pu croire en jusqu’à six choses impossibles avant même le petit déjeuner.” Avec la télévision, croire en six impossibles alunissages s’est produit sans aucun effort.

Appendice: l’hypothèse Kubrick

Avant d’être diffusé à la télévision, les alunissages Apollo furent des productions de studios. Pas étonnant donc qu’un des plus importants et influents lanceurs d’alerte fut le réalisateur d’Hollywood Peter Hyams avec son film Capricorn One (1978).

Bien que cela n’ait aucune incidence sur l’affaire de la réalité ou de la possibilité des alunissages et ne doit pas être pris comme argument, je voudrais ici mentionner un des développements les plus intrigant de la théorie de la conspiration sur l’escroquerie de ces alunissages: la suggestion que le réalisateur Stanley Kubrick collabora avec la NASA dans la conception des films Apollo en faisant son célèbre film “2001: Odyssée de l’espace” (1968), film sur lequel il commença à travailler dès 1964, juste après avoir fini sont très anti-militariste “Dr Folamour”.

La rumeur veut que Kubrick ait été poussé à signer un contrat faustien en échange de financements et autre aide. Que Kubrick ait reçu une aide de la NASA pour faire son “2001…” n’est absolument pas un secret: le scenario fut co-écrit par Arthur C. Clarke, supporteur enthousiaste et contributeur des aventures de la NASA et plusieurs assistants sur le film comme Harry Lange et Frederick Ordway, travaillèrent pour la NASA et des sous-contractants de l’aérospatiale. Certains croient en conséquence que “2001…” faisait partie d’un programme de la NASA pour à la fois fasciner le public avec des histoires de voyages spatiaux mais aussi pour tester des techniques de production.

Cette hypothèse s’est d’abord développée lorsque des sceptiques étudiant des photos des missions Apollo furent convaincus que celles-ci furent faites dans des studios de cinéma utilisant la technique dite de “la projection sur écran”, qui fut perfectionnée par Kubrick pour son film “2001…” La théorie était déjà émise depuis un certain temps losqu’un documentaire satirique français appelé Dark Side of the Moon, ou “La face cachée de la lune”, réalisé par le cinéaste franco-israélien William Carel, fut diffusé sur la chaîne Arte en 2002 dans une tentative de discréditer la théorie en proposant la fausse confession d’un faux Kubrick ainsi que mettant en scène des paroles détournées et hors contexte de gens comme Donald Rumsfeld et Henry Kissinger.

La stratégie est de prétendre soutenir la théorie de la conspiration avec quelques “preuves” bidons facilement réfutables afin de fabriquer un argument prêt-à-l’usage contre l’ensemble de toute la théorie expliquant l’escroquerie des alunissages. A mon avis, le fait même que des médias officiels financent et diffusent un tel documentaire en obtenant la permission de Rumsfeld et de Kissinger de détourner leurs paroles afin de discréditer la théorie Kubrick, est une raison en elle-même suffisante pour prendre cette thèse sérieusement.

La théorie Kubrick gagna une nouvelle vigueur lorsque le réalisateur Jay Weidner, après avoir documenté la technique de la projection sur écran utilisée dans les photos et les films des missions Apollo (voir ici, here), y ajouta le fait que Kubrick fit une crypto-confession de sa participation dans son film de 1980 “The Shining”. Weidner présente son argumentation dans son documentaire de 2011:

 Kubrick’s Odyssey: Secrets Hidden in the Films of Stanley Kubrick. Part One: Kubrick and Apollo. Il y donne aussi un bref résumé de sa théorie dans son documentaire Room 237 (2012), visible on Vimeo (Weidner’s contribution is between 00:44:25 and 00:51:55, and between 1:16:00 and 1:16:45).

Lorsque j’ai pris connaissance de cette théorie et que j’ai visionné Room 237 (je n’ai as vu Kubrick’s Odyssey), je n’en ai d’abord pas pensé grand chose. Mais après avoir regardé de nouveau le film de Kubrick “The Shining” avec le documentaire présent à l’esprit et avoir étudié d’autres films de Kubrick, spécifiquement son tout dernier “Eyes Wide Shut”, mis en salles le 16 juillet 1999, soit 30 ans jour pour jour après le premier jour du lancement d’Apollo 11, comme Kubrick l’avait spécifié sur son contrat avec les studios, et leurs couches de signification implicite, masquée, en apprenant aussi à quel point Kubrick était un perfectionniste, à la limite de l’obsession pour chaque détail d’un film, je trouvais alors la théorie non seulement fascinante, mais franchement hautement plausible.

Le point de départ de Weidner est l’observation que, bien que le film de Kubrick The Shining soit supposément basé sur le roman éponyme de Stephen King, Kubrick ignora le scenario adapté par King lui-même et changea tant de choses dans l’histoire qu’on peut dire que c’est en fait une histoire complètement différente, ce qui rendit King mécontent. Kubrick semble avoir utilisé le roman de King comme d’une couverture pour une histoire qui lui était propre. Ce qui est donc particulièrement intéressant, c’est de se concentrer exclusivement sur les éléments du film qui sont différents du roman de King et sur les détails qui semblent n’avoir aucun lien direct avec le narratif central. Weidner n’est pas le seul à adopter cette approche du film: bon nombre des admirateurs de Kubrick pensent que le film a bel et bien des significations cachées.

Certains argumentent, je pense de façon convaincante, que le film contient des crypto-références sur l’abus des enfants, ce qui est aussi un thème sous-jacent de “Eyes Wide Shut” ; mais Weidner fait une crypto-lecture du film qui s’apparente à une auto-confession de Kubrick sur son rôle dans la falsification des alunissages Apollo onze ans plus tôt.

D’après cette interprétation, Jack Torrance, joué par Jack Nicholson dans le film, représente Kubrick lui-même, tandis que le Overlook Hotel (construit sur un site funéraire indien), représente les Etats-Unis. Le gérant de l’hôtel, Stuart Ullman (joué par Barry Nelson), représenté physiquement comme JF Kennedy, représente le gouvernement des Etats-Unis (ainsi que peut-être le JFK Space Center), tandis que son assistant Bill Watson, qui ne fait qu’observer Torrance sans dire un mot lors de leur réunion, représente le monde sous-terrain du renseignement (NdT: ce qu’on appelle aussi le composant actif essentiel de l’état profond…).

Deux scènes du film en particulier donnent les clefs de ce crypto-narratif. La première est lorsque Danny (le fils de Torrance, représentant l’enfant de Kubrick c’est à dire les films Apollo) se lève portant un sweat-shirt “Apollo 11” sur un tapis ayant un motif graphique similaire au complexe de lancement depuis lequel les fusées du programme Apollo furent lancées. Peu après, Danny entre dans la fameuse chambre 237 qui contient le secret de l’hôtel. Dans le livre de King, le numéro de chambre était 217, mais Kubrick a changé le numéro en 237 en référence à la distance communément admise à l’époque, de la terre à la Lune qui est de 237 000 miles.

La “chambre 237” est en fait la “chambre de la lune”, parce que “room” (NdT: chambre en anglais) est similaire à “moon” (Ndt: lune en anglais) lorsqu’on le lit à l’envers et Kubrick nous a appris à lire les mots à l’envers dans la scène où le mot “redrum” devient en fait “murder” (meurtre) dans le miroir.

La seconde scène plus importante du film du point de vue de l’interprétation de la sous-jacence de Kubrick dans le film est lorsque Wendy (NdT: la femme de Torrance jouée par Shelley Duvall) découvre que Jack, son mari, qui est supposé écrire un roman, n’a en fait tapé q’une seule et même phrase encore et encore sur des pages et des pages: “All work and no play makes Jack a dull boy.” Cette phrase, qui a été choisie par Kubrick pour un but très précis, prend une dimension supplémentaire une fois que vous comprenez que le mot “All”, tapé sur une machine à écrire américaine, ne peut pas être différencié de A11, qui signifie Apollo 11.

Lorsque Jack surprend alors Wendy lisant ses pages, il lui dit [NdT: dans une longue tirade que Nicholson rend à la perfection] à quel point mortel son contrat est sérieux:

As-tu déjà pensé un seul petit moment à mes responsabilités envers mes employeurs ?… […] Est-ce que cela a une quelconque importance pour toi, que les propriétaires aient placé leur confiance complète et totale en moi et que j’ai signé une lettre d’accord, un contrat, dans laquelle j’ai accepté cette responsabilité ? […] As-tu seulement pensé ce qui arriverait à mon futur si j’échouais dans mes responsabilités ?..

En dehors de ces deux scènes clefs, il y a un grand nombres d’autres indices soutenant cette lecture sous-jacente du film. Pourquoi par exemple Kubrick a t’il fait de la grande tapisserie murale indienne dans le lobby de l’hôtel, une grande fresque représentant des fusées ? Est-ce que Jack les visant en faisant rebondir une balle de baseball sur elles représente Kubrick “shooting” les films Apollo ?… [NdT: lors de cette scène, Torrance/Nicholson est nerveux, voire hargneux et il lance la balle sur la fresque avec violence, ceci peut aussi être interprété comme la hargne et la colère qui ronge Kubrick de l’intérieur 11 ans plus tard… 11 ans, comme Apollo 11… « The Shilling » n’est pas sorti en 1979 ni en 1981, mais en 1980, 11 ans après Apollo 11… coïncidence ? venant de Kubrick ?…]

Juste après cette séquence, Wendy et Danny entre dans le labyrinthe végétal dans le jardin de l’hôtel. Jack observe une maquette du labyrinthe dans le lobby de l’hôtel qui bientôt se confond dans un fondu-enchaîné avec le vrai labyrinthe, suggérant que celui-ci n’est pas réel. Ceci est aussi suggéré par une vue aérienne de l’hôtel Overlook, qui montre clairement qu’il n’y a pas de labyrinthe à côté de lui. De la part de Kubrick, ceci ne peut pas être une simple erreur de continuité dans le film.

Certaines impossibilités spatiales ont aussi été détectés dans le film par des analystes très attentifs du film comme Rob Ager. Il n’y a pas d’erreurs, Kubrick s’est donné beaucoup de mal pour les produire. Ainsi, elles doivent avoir un message à dire, possiblement que ce qui apparaît se passer en extérieur était en fait filmé en intérieur.

Il y a aussi deux très brèves allusions à la télévision qui cadrent parfaitement avec le narratif sous-jacent: une remarque sarcastique de Torrance sur la notion que si on le voit à la TV “c’est OK !” (voir la scène ici, here), et une mystérieuse télévision sans aucun fil (impossible en 1980) qui montre le film “Summer of 42”.

“Tu vois, c’est OK, il l’a vu à la télé !””

Un autre indice possible laissé ar Kubrick pour nous faire savoir qu’il avait l’intention que son film “The Shining” soit vu et lu avec son crypto-contexte autobiographique, est le documentaire qu’il demanda à sa fille Vivian de réaliser sur le tournage du film (qui est maintenant inclus comme bonus dans les DVD de réédition du film). Le documentaire fait apparaître Kubrick comme une véritable image miroir de Torrance. Ceci a même été détecté par des critiques de cinéma n’ayant absolument aucun intérêt dans l’histoire de la théorie sur les films Apollo, comme Rob Ager qui écrit:

La décision de Kubrick de permettre qu’un documentaire soit filmé sur le tournage et sur les lieux de tournage mêmes du film “the Shining” fut un bris de routine sans précédent dans sa politique de travail qui est de procéder de manière ultra-secrète. Toutes les scènes de plateaux hors champs furent filmées par sa fille Vivian. Sans en être conscient, beaucoup de critiques de cinéma et de biographes ont accidentellement identifiés les motifs de Kubrick pour diffuser ce documentaire. Encore et toujours ont-ils décrit son attitude très psychologiquement limite dans des scènes de derrière les décors, comparable à celle de Jack Torrance, le personnage principal du film. Une des biographies que j’ai lue […] a même affirmé qu’il y avait des blagues de plateau au sujet des similarités dans l’apparence et l’attitude du personnage joué par Nicholson et Kubrick lui-même.

Ma théorie est que Kubrick a délibérément créé ces parallèles de personnalité et de caractère entre lui-même et Jack Torrance, à la fois dans le documentaire et parmi les personnels de son film de manière générale. Mais l’exemple le plus probant de ce parallèle volontaire est le traitement absolument dégradant que Kubrick réserva à l’actrice Shelley Duvall (Wendy) et à l’acteur Scatman Crothers (Halloran), dont les deux personnages dans le film étaient les victimes de la folie de Jack Torrance.

 


La vérité libère !…

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Anthropologie politique: Ethnologie et anarchisme, don et partage avec Charles MacDonald

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 17 juillet 2019 by Résistance 71

Analyse très intéressante de Charles MacDonald surtout la partie sur la différence entre le don et le partage. Une fois cela assimilé, amenons le principe de gratuité et on résout quasiment tout le problème “économique” qui n’est rappelons-le, qu’une dérive du politique en tant qu’il est une fiction, création de l’humain, une fabrication imposée qui n’a aucun lieu d’être. La marchandise et l’argent, la propriété et l’exploitation sont des créations humaines qui peuvent être défaites et mises à la poubelle sans espoir de retour. Il suffit de dire NON !

Là réside, dans la reprise du décisionnaire, donc du politique par les associations libres et la neutralisation définitive de la dictature marchande et de l’état, le chemin vers la société des sociétés.

= Résistance 71 =

 

 

Ethnologie et anarchisme

Ethnologie, anthropologie et anarchisme (version préliminaire)

 

Charles Macdonald

(Aix Marseille Univ, CNRS, EFS, ADES, Marseille, France)

 

Communication au Colloque Anarchisme et sciences sociales, Université de Lille, 23- 24 mars 2018

 

Source:

https://anarchogregaire.wordpress.com/2018/03/20/ethnologie-et-anarchisme/

« L’anarchie, une société sans gouvernement, a existe depuis les temps immémoriaux. L’anarchisme, la doctrine qui veut qu’une telle société soit désirable, est un développement bien plus récent. » (R. Graham, Anarchism, 2018)

Dans cette présentation je traiterai brièvement de deux questions principalement, avant de conclure sur des considérations plus générales avec une note sur un mouvement libertaire récent, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. La première question concerne le rapport entre l’anarchisme et l’ethnologie ou l’anthropologie sociale. La seconde traite de la nature des collectifs anarchiques ou d’agrégation faible et des concepts qui permettent de les comprendre. (Les citations qui renvoient aux données contenues dans cette présentation sont indiquées dans la bibliographie de mon ouvrage L’Ordre contre l’Harmonie, Editions Petra, Paris 2018).

I- Anarchisme et anthropologie

La première question est celle du rapport entretenu entre l’ethnologie ou anthropologie sociale –du 19ème siècle au début du nôtre– d’une part, et les théories anarchistes et/ou libertaires jusqu’à aujourd’hui d’autre part. C’est un fait très paradoxal que les ethnologues de ces cent dernières années n’aient généralement pas adopté une approche inspirée par les fondateurs de l’anarchisme (Godwin, Bakounine, Kropotkine, Proudhon, etc.) pour interpréter les systèmes sociaux des peuples qu’ils étudiaient alors que nombre de ceux-ci, les Inuit par exemple, offraient des exemples évidents d’une organisation anarchiste, c’est-à-dire sans Etat ou même sans chefs. Pourquoi l’anarchisme n’a-t-il pas eu de succès avec les ethnologues ? Je vois plusieurs raisons à cela.

La première tient peut-être au caractère fondamentalement utopique de l’anarchisme politique et son incompatibilité avec la très grande majorité des systèmes sociaux existant. L’humanité tout entière, à quelques rares exceptions près (communes ou petits groupes ethniques géographiquement marginaux et isolés) est aujourd’hui rassemblée sous la bannière de l’Etat-Nation, dans toutes ses variantes, autoritaires et démocratiques. Les bandes de chasseurs-cueilleurs nomades paraissaient alors comme des espèces sociales simplement amputées d’un organe principal. D’un point de vue évolutionnaire, entre celles-ci et les sociétés modernes (pour adopter un schéma néo-évolutionniste pas vraiment abandonné), se situaient les chefferies, les tribus, les confédérations, les royaumes et finalement l’Etat moderne avec la paysannerie quelque part au milieu. Pour Morgan, puis Marx et Engels la société primitive était communaliste et proto-démocratique mais l’évolution des forces et des rapports de production lui enlevait toute pertinence en tant que modèle pour une société moderne. Dans cette perspective étatiste, qui suppose la nécessité d’un organe central de gouvernement, les peuples sans Etat restaient soit dans une sorte de magma primordial dépourvu de toute structure, soit étaient dotés de quelque chose qui ressemblait ou préfigurait l’Etat. C’est ainsi que, classiquement, les anthropologues britanniques interprétaient le système lignager des peuples nilotiques, « l’anarchie ordonnée » d’Evans-Pritchard. Ce système permettait une centralisation et une organisation linéaire par une distribution systématique des individus dans les groupes au moyen d’une hiérarchie segmentaire. Les études de parenté, qui formaient le cœur de la discipline, permettaient de croire à l’existence de dispositifs primaires d’assignation des statuts, de formation des groupes et de structuration linéaire de l’organisation sociale dans son ensemble. A partir des années 80, les études de parenté sont passées à la trappe sans qu’aucune réflexion majeure sur les structures sociales ne vienne les remplacer. L’ethnologie, en devenant anthropologie, a perdu son paradigme initial (l’étude des peuples

« primitifs ») et s’est éparpillée dans d’innombrables digressions interprétatives et journalistiques. Elle aurait pu se saisir de la pensée anarchiste et libertaire mais ne l’a pas fait, bien qu’intéressée par les mouvement autonomistes toujours présents ou les nombreuses formations marginales et interstitielles : clubs de football, joueurs d’échecs, adeptes du surf ou sectes évangélistes.

Une autre raison importante doit être signalée : la domination du marxisme et sa pénétration dans la théorie ou les théories anthropologiques du social. Les anthropologues ont ainsi répété l’histoire : la défaite de Bakounine lors du Congrès de La Haye (qui voit l’exclusion de celui-ci de la Première Intenationale en 1872), celle de Strirner que Marx démolit dans l’Idéologie allemande, et celle des anarcho-syndicalistes face au parti communiste stalinien dans l’entre-deux guerre. La voix isolée d’un ethnologue français, Pierre Clastres, s’est bien faite entendre et son œuvre est souvent citée, –un peu comme celle de Tönnies qu’on cite régulièrement sans l’avoir lu–, mais très rarement suivie.

J’ajouterai à tout cela une raison d’ordre plus général. On a fait depuis Rousseau de la propriété privée le fondement d’un ordre social jugé injuste et la révolution bolchévique a fait de son rejet un de ses principaux arguments. En revanche l’existence d’une hiérarchie ou de chefs ne représentait pas, bien au contraire, un obstacle à l’édification d’une société juste et équitable. Il nous est de toute façon beaucoup plus facile d’imaginer une société sans propriété qu’une société sans chef. Or ceci n’est pas vérifié par les faits. Dans nombre de groupes humains anarchiques et grégaires, qu’ils soient chasseurs-cueilleurs nomades, nomades marins ou agriculteurs itinérants, ceux que l’on appelle chefs (souvent des anciens ou des spécialistes religieux) n’ont aucun pouvoir et ne peuvent donner d’ordre à personne. En revanche il existe toujours une forme minimale de propriété privée même dans les groupes les plus démunis de biens matériels. Des anthropologues chevronnés comme Marshall Sahlins ont soutenu qu’il n’existait nulle part de groupe humain dénué de toute hiérarchie, ne serait-ce qu’entre les parents et les enfants. On peut cependant démontrer que pouvoir et autorité sont deux principes distincts et que l’égalité se construit avec de l’asymétrie. Les groupes sans chefs existent. Les groupes sans propriété n’existent pas.

Si le tableau que je viens d’esquisser est conforme dans son ensemble à l’histoire de la discipline, il est apparu ici et là de notables exceptions. Clastres déjà cité a été l’une d’elles, mais académiquement il n’a pas fait école. Il faut regarder vers nos collègues et prédécesseurs anglo-saxons. Parmi ceux-ci citons les noms de Stanley Diamond aux Etats-Unis et Brian Morris au Royaume-Uni. Plus récemment, ceux de Jim Scott et David Graeber tiennent la tête de l’affiche. Le présent colloque fournit aussi la preuve d’un regain d’intérêt pour la pensée anarchiste et libertaire dans les sciences sociales.

II- Régimes anarcho-grégaires (ou collectifs d’agrégation faible)

J’entends par ce néologisme hybride et peu élégant (« anarcho-grégaire ») une forme d’organisation qui a trois caractéristiques. La première est simplement d’être dépourvue de pouvoir politique, de ne pas avoir de chefs et de refuser toute forme de hiérarchie. La deuxième, liée à la connotation habituelle du mot « anarchique » comme « chaotique », est d’être complexe et aléatoire, non linéaire, stochastique. La troisième, « grégaire », est de posséder une force de cohésion propre à toute l’espèce humaine, basée sur la nécessité de vivre en groupe ou en troupeau. L’homme est grégaire avant d’être social.

Dans la mesure où dans un groupe, personne ne donne d’ordre à personne, où il n’y a pas de coercition, les agents sont autonomes et par conséquents égaux. Ils le sont en tout cas politiquement de façon absolue, et tendanciellement du point de vue économique. Dans ce système, l’autonomie des agents, leur égalité et l’absence de hiérarchie constituent une tautologie sur le plan logique. Dans la mesure où ces agents coopèrent, ils le font volontairement, de façon non coercitive. Coopération volontaire, égalité et autonomie s’impliquent mutuellement.

Dans sa forme la plus épurée et théorique cette proposition se justifie de la façon suivante. La communauté se fonde sur la coopération. Celle-ci est fondée à son tour, dans l’hypothèse d’agents autonomes, sur la volonté des agents de coopérer, de consacrer leurs efforts à la poursuite d’un but commun qui profite à tous les agents coopérateurs. Ils ne peuvent donc être strictement égoïstes, mais n’ont pas besoin non plus d’être complètement altruistes. La maxime est la suivante : agir de manière altruiste en poursuivant un intérêt personnel (action altruiste d’intérêt personnel). Autrement dit, il faut qu’il y ait un coefficient d’altruisme dans l’action des agents et il faut que cette action leur profite aussi. C’est le mutualisme qui est plus synthétique que la réciprocité. De nombreux essais et réflexions ont été menés –sur la base par exemple du « stag hunt » (emprunté à Rousseau)– à ce sujet.

Ce qui est vrai de la coopération dans l’effort de production doit rester vrai au moment de la répartition du produit. Si les agents ont des parts trop inégales, ils cessent de coopérer . Si des agents autonomes ne tirent aucun profit de leur effort ils ne coopèrent plus. Il faut donc une certaine dose d’égalitarisme dans la répartition du produit, faute de quoi les agents cessent de coopérer. Ou alors il faut que la coopération cesse d’être volontaire et devienne obligatoire, qu’il y ait coercition. On bascule alors dans un système hiérarchique où les agents ne sont plus égaux, ni dans le travail, ni dans le bénéfice du travail. Ils ne sont plus autonomes. C’est bien entendu le principe qui organise les sociétés dans lesquelles nous vivons. L’autonomie implique donc l’égalité, et réciproquement, dans l’action et dans le résultat de l’action. La communauté, c’est-à-dire la cohésion d’un groupe de coopérateurs autonomes, s’édifie et se stabilise sur cette base. Se crée ainsi une communauté (collectif doué d’une cohésion relative) basée sur l’action d’agents autonomes et égaux au niveau de l’action et du résultat de l’action.

Maintenant, se pose la question de savoir si cette solution est possible, souhaitable ou tout simplement attestée par les faits. Dans les trois cas la réponse est oui, mais seulement dans des conditions particulières. La condition particulière essentielle est la condition démographique, mais il y en a d’autres, dont celle de la compétition ou de son absence pour des ressources rares.

La situation générale est celle-ci : tous les hommes vivent en groupe et coopèrent. La question est donc de comprendre comment ils coopèrent sans hiérarchie (personne ne donne d’ordre, il n’y a aucune coercition). L’observation la plus élémentaire et l’expérience commune butent immédiatement sur la constatation suivante : il est déjà difficile d’organiser de façon efficace l’activité de plusieurs acteurs autonomes, mettons une dizaine, comment est-il possible de le faire quand les acteurs sont plus de mille, voire des millions ? La réponse unanime des sociétés post-néolithiques est : la hiérarchie et un système d’ordre coercitif.

La possibilité et la nature de la coopération volontaire sont au centre de la problématique des communautés anarchiques pour lesquelles j’évite le terme de « social » et de ses dérivés. Il s’agit là d’une question que l’anthropologie sociale n’a pas résolue. Comme je l’ai dit plus haut une société sans chefs paraît être une pure utopie. Mais il n’en est rien.

Un certain nombre de groupes étudiés par les ethnologues (Aché, Piaroa, Inuit, Semai, Batek, Chewong, Paliyan, Lobi, Hadza, etc. etc.) présentent une configuration « non sociale » et les auteurs des monographies concernant ces peuples se sont vu opposer que la sociologie ou l’anthropologie de ces groupes ne correspondaient à aucune théorie en cours. Il aurait fallu, ont dit certains, inventer une nouvelle théorie, une théorie qui n’a jamais vu le jour. C’est ce que, pour ma part, j’essaie de faire. La cécité de l’anthropologie partagée par l’ensemble des sciences sociales est, sur ce point, stupéfiante, d’autant plus que, encore une fois, les ethnographes et ethnologues de ces groupes avaient sous les yeux des exemples de ce type. Il s’agissait clairement de communautés ayant des langues et des cultures, des modes de vie stables, une éthique comportementale, des valeurs et représentations communes, se reproduisant sur de longues périodes (des centaines, voire des milliers d’années). Mais les concepts permettant de faire sens de ces formations manquaient. Lesquels ? Dans la section suivante je vais en présenter quelques-uns.

Liens forts (permanents) et liens faibles (temporaires)

La notion de lien faible a été introduite avec profit en sociologie (Granovetter) à partir du contraste qui existe entre liens interindividuels intenses et fréquents par opposition à des liens neutres et épisodiques, comme l’amitié différant de la simple accointance. Une famille domestique a des liens forts et un cercle de « connaissances », de gens qui « se connaissent de vue », des liens faibles.

J’utilise ces termes dans un sens légèrement différent, car ce n’est pas l’intensité émotionnelle du lien qui me paraît être sociologiquement le plus important. C’est d’une part le fait d’être conçu comme permanent, et d’autre part de devoir être validé par un tiers. Une corporation, qui est une « personne morale », est fondée sur des liens forts. Un groupe de randonneurs est fondé sur des liens faibles. Le mariage est un lien fort (il est ou était conçu comme « éternel »), et il est ou était « sacré », c’est- à-dire validé par un tiers (l’Eglise ou l’Etat, le curé ou le Maire). Un lien amoureux est faible : il est intense mais ne dure pas (généralement !) et dépend uniquement de la disposition des amoureux qui sont autonomes et n’ont besoin d’aucune autorité tierce pour s’unir ou se séparer. Notons en passant que les systèmes hiérarchiques dans lesquels nous vivons, qui existent principalement sur la base de liens forts, c’est-à-dire « sacrés » et « éternels », veulent nous faire croire que des liens faibles, comme l’amitié ou l’amour, sont des liens forts (sacrés, plus forts que la mort et ainsi de suite). Cette duperie est constamment reprise par nos idéologies, notre littérature et nos philosophies. Les sociétés post-néolthiques se sont constituées avec des liens forts, des corporations, des nations, même si les liens faibles restaient présents dans les relations interpersonnelles. La notion de « réseaux sociaux » a une forte résonnance aujourd’hui par ce qu’ils substituent aux liens forts qui constituent l’armature sociale, des liens faibles qui créent un environnement d’agents autonomes.

Il est clair que les petites communautés de chasseurs-cueilleurs, essarteurs, etc. (tout comme les repas entre amis, navigations de plaisanciers, rencontres mondaines, etc.) sont formées exclusivement de liens faibles, une vérité impossible à prendre au sérieux pour une sociologie durkheimienne attachée à une définition du social comme fondé sur la permanence et la fixité de liens forts et transcendants. Il résulte de cela que ces communautés sont en proie à une turbulence permanente, celle de liens faibles qui se nouent et se dénouent constamment. Cela fait désordre et notre pensée du social s’en trouve remise en question.

Conditions de félicité de la vie collective

Je suis immédiatement conduit à introduire cette notion qui s’impose à la suite des considérations précédentes. En effet, si des liens faibles, essentiellement impermanents et fragiles, constituent la base du lien communautaire, une certaine dose de renforcement desdits liens s’impose nécessairement. Tout fragiles et fréquemment rompus qu’ils sont, ils doivent malgré tout assurer une certaine continuité à la coopération. Pour que celle-ci soit réitérée et ne se dissolve pas immédiatement, ou ne se trouve bloquée dès le départ, certaines conditions sont nécessaires. J’emprunte à la linguistique et à la sociologie gofmanienne la notion de « conditions de félicité ». Elles existent quand les liens interpersonnels entre agents coopérateurs sont renforcés et favorisés par des prestations de sentiments et d’actes mutuellement bienveillants.

C’est dans ce domaine entre autres qu’Homo sapiens a montré le plus d’imagination. Les dispositifs qui indiquent aux agents coopérateurs les bonnes dispositions d’autres agents coopérateurs s’étendent de la musique et de la danse, à l’humour, la plaisanterie, les codes de l’étiquette, de la déférence, de l’obéissance, du respect, de la familiarité, en passant par une vaste chorégraphie de signaux verbaux, de grimaces faciales et de postures corporelles. La simple politesse a d’abord cette fonction. Si la caissière du supermarché vous dit bonjour c’est qu’elle ne veut pas vous tuer, mais agir en coopérant dans l’achat de vos boîtes de conserve. Si vous lui rendez son salut, vous indiquez que vous faites de même en sortant votre carte de crédit. Une

distance respectueuse teintée de bienveillance est établie. L’employée subalterne et le client roi font profession d’égalitarisme dans l’échange de salutations propices à la transaction commerciale. Les conditions de félicité sont respectées. Vous sortez avec vos sacs et elle s’occupe du client suivant.

Dans l’étude de communautés anarchiques, amérindiennes, asiatiques ou africaines, l’étude de ces comportements acquiert une importance théorique majeure et ne concerne pas seulement des fonctions cosmétique ou ludiques accessoires, comme le voulait une sociologie tournée vers la « gravitas » du social.

Réciprocité et partage

Je me tourne maintenant vers une distinction conceptuelle cruciale qui a échappé et échappe encore à la grande majorité des anthropologues sociaux. Le don et la réciprocité d’un côté, le partage de l’autre possèdent des logiques différentes et antithétiques.

Dans la réciprocité telle que théorisée par Mauss et ses successeurs jusqu’à aujourd’hui, il y a trois obligations successives : de donner, de recevoir et de rendre. Ces trois relations sont attestées dans toutes les sociétés et leur domaine d’application s’étend sur les sphères économiques et morales. Elles constituent un véritable moteur social et on a fréquemment qualifié le don de contrat social, surtout en ce qui concerne les sociétés non marchandes. Ce modèle a été exploré et examiné sous toutes les coutures et s’est révélé être un des modèles les plus robustes dans l’ensemble des sciences sociales.

Il éclairait incontestablement une grande portion de la réalité mais laissait dans une zone d’ombre des transactions qui ne relevaient pas de lui. Celles-ci appartiennent au partage. Le don et le système qu’il induit suppose une asymétrie initiale entre celui qui donne et celui qui reçoit. C’est la dette. Dans la dette le créancier se trouve dans une position superordonnée et le débiteur dans une position subordonnée. Dans le partage il n’y a ni don ni dette, il n’y a que des bénéficiaires qui restent égaux entre eux, dans une position de symétrie.

Prenons un exemple simple. Dans de vieilles sociétés rurales, dit-on, le maître de maison coupait lui-même le pain de la miche qu’il était seul à tenir. Il en tendait des morceaux successivement à tous les convives autour de la table. Il faisait un don qui signifiait très clairement que lui, le Maître de maison, nourrissait ses dépendants, femme, enfants et valets de ferme, en échange de l’obligation où ils étaient de lui fournir des services. Dans un dîner entre amis, au contraire, le pain est coupé en tranches et chacun se sert à son tour dans la panière qui circule autour de la table. Personne ne donne le pain à personne. Le partage du pain ne suppose aucune asymétrie entre les convives.

Le partage introduit une dimension mutualiste que même le don pur ne comporte pas parce que la distribution s’effectue sur un bien dont personne n’est propriétaire. Dans la réalité le partage repose sur des dispositifs et des croyances variées. Pour des peuples chasseurs, l’idée est que le chasseur n’est pas propriétaire du gibier, ou en tout cas n’en a pas la propriété exclusive. Ainsi, pour les Inuit, l’animal –dans certains cas au moins—s’est sacrifié pour le chasseur mais à condition qu’il partage la viande avec les autres. Ou alors la proie fait l’objet d’une répartition selon des règles qu’il ne fixe pas. Pour les Palawan c’est le Maître des animaux sauvages qui consent à donner un de ses animaux domestiques, le sanglier. Le chasseur ne fait qu’apporter la carcasse dans la communauté et un autre que lui la répartit. Pour les Nayaka c’est la forêt qui est pourvoyeuse. Chez les Hazda ce n’est pas celui qui récolte les noix oléagineuses qui en est le propriétaire mais les femmes qui ont fabriqué le filet pour leur transport. Chez les Australiens la coutume permet de prendre un bien contre le gré de son propriétaire (« demande forcée »), lui déniant ainsi le droit même de propriété. Chez nous on croit au Père Noël. Tout se passe comme si le produit de la chasse, ou de la collecte, venait de l’extérieur de la communauté humaine et non pas de celui ou celle qui l’a obtenu. Il ne la possède pas plus que le facteur ne possède le colis qu’il dépose dans votre boîte aux lettres.

C’est la communauté dans son entier qui la reçoit et la répartit entre ses membres. Le partage est ainsi un facteur de mutualisme et d’égalitarisme. Il ne crée aucune subordination et n’implique pas la dette.

Il n’empêche que les cultures qui privilégient le partage comme dimension morale de leurs transactions, se livrent aussi à toutes sortes de dons, d’échanges et de prêts. Ces différentes formes de transaction se mêlent et finissent par former des circuits complexes dans lesquels le partage et la réciprocité alternent ou s’additionnent. Le partage est au moins autant un contrat social que la réciprocité avec ses dons et ses contre-dons, mais un contrat égalitaire. Au cœur de la réciprocité, en revanche, il y a la dette et la subordination. Répétons la fameuse parole du chasseur inuit qui disait à son compagnon européen : « Ici on ne fait pas de cadeaux, parce que c’est avec les cadeaux qu’on fait les esclaves, comme c’est avec le fouet qu’on dresse les chiens ». Ou alors la parole de Sénèque beneficium accipere libertatem vendere est (« accepter une faveur c’est vendre sa liberté »).

III Conclusions

L’appareil conceptuel succinctement présenté ici ne suffit pas à rendre compte de tous les aspects des communautés anarchiques mais il en forme déjà une base provisoirement acceptable. Une conclusion générale se dégage.

Des communautés et des groupes établissent leur ethos et leur mode de fonctionnement sur des maximes simples : les sujets sont des personnes concrètes et idiosyncratiques en relation d’équivalence entre elles, dans un rapport d’immanence, leur action obéit à l’entraide, au mutualisme et au partage. Leur comportement est altruiste mais reste d’intérêt personnel. Leurs liens sont faibles et négociables et doivent respecter certaines conditions, comme la déférence et l’amitié. Il n’y a pas de pouvoir.

Les sociétés dans lesquelles nous vivons, tout au contraire, sont basées sur la supposition que les sujets sont des agents abstraits ontologiquement définis par leur appartenance à des entités fictives et transcendantes (la Nation, le Peuple, la classe sociale, etc.). Les sujets ne sont pas équivalents mais hiérarchisés. Leur action est principalement fonction d’un intérêt égoïste. Les liens entre sujets sont forts (pensés comme permanents et sanctifiés par une autorité transcendante). Le pouvoir est une dimension essentielle de la vie collective.

L’examen des données de la préhistoire et de l’évolution me permet d’avancer l’hypothèse que la première formule est celle qui a été adoptée par les premiers groupes d’Homo sapiens et qu’elle forme le noyau de notre moralité hominienne aujourd’hui encore.

Un exemple récent peut fournir un test de ces hypothèses générales. Celui de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. D’après les témoignages et écrits de plusieurs de leurs membres il apparaît clairement que les maximes énoncées plus haut sont mises en œuvre : construction de la communauté à partir du consensus de personnes concrètes et équivalentes entre elles, refus de la hiérarchie et de sa représentation dans l’Etat (et de ses lois abstraites écrites par d’autres), partage et mutualisme. A cela il faut ajouter la création de richesse et le projet de survie sur une base économique viable (à partir du maraîchage, de l’élevage, de l’exploitation respectueuse de l’environnement).

L’effort d’une telle association est double : lutter contre l’Etat mais créer en même temps une communauté. Le projet communautaire est alimenté et renforcé par un engagement environnementaliste qui lui est étroitement lié. Le collectif ainsi formé a tous les aspects d’autres collectifs d’agrégation faible : groupe ouvert sans examen ou droit d’entrée, hybridité sociale, religieuse, idéologique, culturelle, pas de structure autoritaire, égalité posée entre hommes et femmes, nombreuses activités conviviales et hédonistes, organisation horizontale et réticulaire, autonomie des membres qui peuvent quitter le groupe librement, coopération technique et économique, ou même quasi-militaire dans les affrontements avec les forces de l’ordre, mais affirmation de pacifisme comme valeur cardinale. La communauté est vue comme durable, comme une forme d’organisation collective qui s’oppose globalement à la société politique environnante et qui tend vers un idéal incompatible et de valeur supérieure à « Babylone2 ».

Dans un opuscule du Collectif « Mauvaise Troupe », Défendre la Zad, (Editions de l’Eclat, 2016) les points suivants sont clairement énoncés :

• Priorité dans la construction de la communauté terrienne « d ‘une destinée commune » (Résolutions de 1915) fondée sur « l’intelligence collective », « une compréhension partagée »

• Relation symbiotique à l’environnement « créer un lien intime avec les mares, les prairies naturelles ou les salamandres… » et attachement à l’écoumène,

« inconcevable de partir d’ici »

• Organisation réticulaire, horizontale, à partir de micro-communautés « soixante lieux de vie sur la ZAD », « 200 collectifs locaux en France »

• Complexité dynamique, ordre stochastique, entropie assumée, état de désorganisation fonctionnelle, ethnogénèse permanente « emmêlement d’expériences singulières », « groupes informels qui se composent et se

recomposent », « foisonnement constant » « enjeux complexes » (ressortissant de la justice, la santé, l’économique, etc.) « communauté de lutte en train de naître »,

« pépinière », « zone expérimentale permanente », état d’effervescence anarchique dans le conflit et la résolution du conflit

• Immanence « légitimité du vécu ne relevant d’aucune transcendance »

• Implication de personnes concrètes, dans leur totalité, à partir de liens affectifs et

intellectuels multiples « histoires d’amour et d’amitié », « belles rencontres »

• Refus du pouvoir « irrépressible disposition à l’insoumission », « foisonnement qui

conjure la possibilité d’une prise de pouvoir », « pas d’instance hégémonique »

• L’autonomie comme valeur suprême, valeurs utilitaires subalternes « autarcie au

profit de l’autonomie politique » l’autarcie (utilitaire) est le moyen d’une fin morale

et sociétale

• Elaboration et effectuation d’une éthique personnelle souvent définie par opposition

aux valeurs de Babylone telle que « le consumérisme, les logiques marchandes, le moi social, l’individualisme, le sexisme » et l’ensemble des statuts hiérarchisés qui définissent le sujet « social » (babylonien »)

• Hédonisme « divertissements, banquets, transes nocturnes, musique »

• Communitas « « irrépressible émotion collective » (à propos de la commune de

1871)

• Hybridité et ouverture du groupe « paysans, mineurs en fugue, sans-abris, réfugiés

de Calais, visiteurs intéressés… »

• Idée de « partage » de « prix libres » de « bien commun » (terre, ressources)

• Recherche d’auto-gouvernement par consensus et quasi-unanimité « assemblées

bisannuelles », « coopératives », « autogestion »

• Dérision et humour dans les désignations « Chat-Teigne, NoTaverne », « tracteurs

vigilants », acronymes « COPAINS »

• Solidarité « dans la lutte » et dans la mobilisation inter-communautés

Nous trouvons donc là tous les élément des collectifs anarcho-grégaires que les acteurs de la ZAD, bien qu’issus du ventre même de Babylone, avaient trouvé en eux-mêmes pour y adhérer passionnément, un indice certainement de la persistance dans le psychisme humain de la grégarité non sociale.

Un mot encore. Toutes ces considérations justifient-elles un projet d’anthropologie anarchiste ? Non, car l’anthropologie veut être une science et non une idéologie. On ne peut pas fonder une science sur des jugements de valeur. Il n’y a pas de botanique qui se base sur la distinction entre « bonnes » et « mauvaises » herbes. Ce sont les utilisateurs qui décident si une plante est utile ou nuisible. Mais elles justifient l’incorporation dans la théorie anthropologique des concepts et notions-clé des penseurs anarchistes, comme l’entraide, le mutualisme, l’égalité et l’autonomie des agents. Réciproquement, l’anthropologie des communautés anarchiques éclaire et valide en grande partie un projet anarchiste. Il lui apporte un sens nouveau en lui conférant une place de premier plan dans l’évolution hominienne.

En fin de compte, les anarchistes comme les anthropologues redécouvrent les vertus primordiales de la personne concrète et mettent fin à la domination idéologique de sujets abstraits, c’est-à-dire de personnes radicalement aliénées.

 


Vers la société des sociétés

Résistance politique: Coopération et socialisme (Pierre Kropotkine)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 16 juillet 2019 by Résistance 71


Manifeste pour la Société des Sociétés

 

Coopération et socialisme

 

Pierre Kropotkine

Les Temps Nouveaux, juillet/août 1895

 

Il faut se reporter aux années trente et quarante de ce siècle pour réaliser l’enthousiasme avec lequel on envisageait alors la coopération, ou bien « l’association », comme on disait en France, et pour apprécier l’audace de Proudhon qui osa l’attaquer de front.

L’association, dans les idées d’alors, devait tout changer. Pour éviter de payer un tribut formidable aux intermédiaires du commerce, un groupe d’ouvriers se cotisait pour acheter ensemble un sac de farine, et la revendre aux membres du groupe au prix de revient, plus quelques frais minimes d’administration. Et, peu à peu, à force de privations et de luttes, ce groupe réussissait à en attirer d’autres et à se fournir mutuellement tout ce qu’ils consommaient à 20 ou 30 pour 100 au-dessous des prix chez les fournisseurs marchands.

Ce petit essai devait peu à peu réformer le monde. La petite coopération ferait tache d’huile, elle finirait par englober tous les travailleurs. Elle supprimerait les intermédiaires. Pain, viande, logement seraient fournis au prix de revient : le travailleur s’émanciperait du vautour-intermédiaire. Il gagnerait l’habitude de l’association, de la gérance de ses propres affaires. Il toucherait du doigt les avantages du communisme et acquerrait graduellement des vues plus larges sur les rapports nationaux et internationaux.

Puis, en utilisant une part des bénéfices pour élargir les affaires, on créerait des groupes producteurs. Au lieu d’acheter le drap ou les chaussures au fabricant capitaliste, on formerait des associations de production qui fourniraient aux associations de consommateurs tout ce qu’elles achètent aujourd’hui aux vautours capitalistes. Peu à peu, ceux-ci seraient éliminés de la production, aussi bien que de la consommation. Et si les travailleurs réussissaient à forcer l’État à leur ouvrir crédit pour la production (projet Louis Blanc, repris plus tard par Lassalle et encore en vogue dans la démocratie socialiste), la révolution économique serait faite.

Le travailleur, affranchi du capitaliste, se trouverait en possession de l’outillage nécessaire pour produire. Il jouirait du produit intégral de son travail. Les bons de travail aidant, pour permettre à l’ouvrier d’acheter sans attendre que la vente de ses produits soit faite, c’était la révolution sociale accomplie.

Il ne serait pas juste de traiter le mouvement coopératif d’insignifiant. Au contraire. En Angleterre et en Écosse, plus de 1.600.000 personnes et ménages font partie des coopératives de consommation. Les coopératives se rencontrent partout, surtout dans les villes et villages du Nord. Leurs affaires se chiffrent par des milliards de francs. Et la coopérative centrale, en gros, à Manchester, qui fournit tout aux coopératives locales, est un établissement formidable, dont les magasins à plusieurs étages couvrent tout un quartier, sans parler de ses immenses magasins dans les docks de Liverpool. Elle envoie ses cinq ou six vaisseaux chercher le thé en Chine, elle achète le sucre aux Indes, le beurre au Danemark, les cotonnades aux grands producteurs, et ainsi de suite… — « Supposez une révolution sociale à Manchester, demandai-je aux administrateurs, pourriez-vous nourrir et vêtir toute la cité, et distribuer les produits dans tous les quartiers ? — Avec notre matériel, nos arrangements et les hommes de bonne volonté, ce serait fait en vingt-quatre heures. Fournissez l’argent ou le crédit pour acheter, — il n’y aurait pas l’ombre de difficulté », fut la réponse immédiate.

Et c’est vrai. Il faut voir l’établissement pour comprendre la justesse de l’affirmation.

En outre, la tendance est depuis quelque temps de fonder des associations de production sur une large échelle, qui fabriquent le nécessaire. Après nombre d’échecs, les coopérateurs anglais ont réussi à faire bien marcher leurs fabriques de chaussures, leurs moulins à farine, leurs boulangeries. Un tiers du pain mangé par les 686.000 habitants de Glasgow est déjà fourni par les coopératives.

En un mot, les coopérateurs anglais et écossais ont eu un succès considérable ; ils sont une force qui grandit encore. Seulement, ce succès est tel que les premiers coopérateurs s’en seraient détournés avec dégoût ; car, jusqu’à ces dernières trois ou quatre années, où l’esprit socialiste a commencé à envahir les coopératives, aussi bien que la bourgeoisie elle-même, les coopératives anglaises restaient les forteresses du bourgeoisisme ouvrier.

Quant à leurs effets directs sur le bien-être de l’ouvrier, ils sont bien minces.

Nos lecteurs suisses se souviennent de la misère qui régnait à la Chaux-de-Fonds en 1877-78. On ouvrit alors une cantine municipale, où l’on avait un bon repas à bas prix. Mais déjà, deux mois après l’ouverture de la cantine, le loyer des chambres dans un rayon d’un demi-kilomètre de la cantine avait monté d’au moins cinq francs par mois. — « Mais monsieur peut bien payer cinq francs de plus pour la chambre, puisqu’il sera à deux pas de la cantine », répondaient ces dames avec un doux sourire.

Le gros bourgeois anglais a fait plus : il a imposé le partage des bénéfices dus aux coopératives. Il y a quelques années, un coopérateur de Newcastle nous amena chez un vieux mineur qui devait nous initier aux avantages de la coopération, et il le fit en ces termes :

« Eh bien, vous voyez. Avec 9 shillings de salaire par semaine, je vis aujourd’hui tout aussi bien que je vivais, il y a vingt ans, avec 16 shillings. Et cela, grâce à la coopérative. La maisonnette m’appartient ; je l’ai achetée par la coopérative et n’ai plus de loyer à payer. Sur tout ce que j’achète, j’économise au moins trente pour cent. Et mes neuf shillings suffisent là où seize suffisaient à peine. »

On prévoit notre question : « Mais pourquoi ne gagnait-il plus que 9 shillings au lieu de 16 ? » et l’on prévoit aussi la réponse : — « Le travail ne marche pas ; nous ne travaillons que trois jours par semaine ! »

Autrement dit : puisque le capitaliste a tout avantage à tenir une armée de mineurs, qu’il ne fera travailler que trois jours par semaine et qui, au moment où les prix du charbon montent, pourront doubler la production — il le fait. Il fait en grand ce que les bonnes dames de la Chaux-de-Fonds faisaient en petit. Il profite de la coopérative.

Ces deux petits tableaux — deux petits coins de la réalité — résument toute l’histoire des coopératives. La coopérative peut accroître le bien-être de l’ouvrier ; cela va sans dire. Mais pour que l’ouvrier ne perde pas tout l’avantage à la suite de salaires rognés, de chômages exagérés, de rentes sur la terre et, partant, des loyers montant toujours, et des impôts toujours grandissants, — pour que l’avantage acquis par la suppression de l’intermédiaire ne soit pas volé par le seigneur foncier, le banquier, le patron et l’État, il faut qu’il attaque de front cette nouvelle coopérative de vautours ; il faut qu’il lutte avec eux par la famine ou la torche des grèves, par la conspiration et la révolte. Et s’il ne le fait pas — il a travaillé pour l’autre coopérative, celle des vautours.

On en arrive toujours au même point. La lutte, la guerre contre l’exploiteur, reste toujours la seule arme de l’exploité.

Mais il y a pire.

Tandis que la lutte, par la grève, la guerre aux machines, la guerre contre le seigneur foncier (qui prend mille caractères divers selon les localités), et la révolte contre l’État, unit les travailleurs, — ces expédients, tels que la coopérative, les divisent.

En effet, jusqu’à ces dernières trois ou quatre années, il n’y avait pas en Angleterre pires patrons que les coopérateurs. Leurs congrès de 1886 et 1887 étaient frappants sous ce rapport. L’égoïsme des coopérateurs, surtout dans le Nord, a été un des plus grands obstacles au développement du socialisme dans cette partie de l’Angleterre. La peur de perdre le peu qu’ils avaient acquis après tant de luttes — l’homme aime toujours ce pour quoi il a lutté — s’élevait comme une barrière contre toute propagande de solidarité, soit dans les grèves, soit dans la propagande des idées socialistes. Il était bien plus facile de convertir un jeune bourgeois au socialisme que d’y amener un coopérateur.

Cela change aujourd’hui, empressons-nous de le dire à haute voix. Certainement, cela change ; mais le « comment » du changement est hautement instructif. Cela change, parce que d’autres ont mieux fait à côté.

En effet, lors de la dernière grève des mineurs du Yorkshire, tout le monde lisait avec stupéfaction que la coopérative en gros de Manchester avait versé 125.000 francs d’un coup au fonds gréviste. On imagine l’effet de ce cadeau sur l’issue de la grève. Mais ils ont fait mieux. On nous affirme que la coopérative centrale avait ouvert un crédit de près d’un million de francs aux petites coopératives locales dans les villages de mineurs, et quiconque sait combien la négation de tout crédit est un article de foi chez les coopérateurs, appréciera encore mieux cette avance qui permit aux coopératives locales d’ouvrir crédit aux mineurs.

Des amis dignes de foi nous affirment, en outre, que dans les nouvelles associations de production, les relations entre ouvriers-ouvriers et ouvriers-patrons changent complètement, et nous nous empressons d’admettre qu’il en soit ainsi.

Mais d’où vient donc ce vent nouveau qui souffle dans les coopératives ?

— Des « théoriciens », parbleu ! Les coopératives aussi se ressentent du souffle de socialisme qui fait aujourd’hui des recrues jusque dans le camp ennemi des bourgeois.

Deux courants se dessinaient nettement, il a cinquante ans, au sein des socialistes. Les uns voulaient. Être « pratiques » et se lançaient dans une série d’expédients. « Puisque les travailleurs ne sont pas communistes, disaient-ils, il faut les rendre communistes par intérêt personnel. La coopérative, basée sur l’égoïsme personnel, les habituera au communisme. » Et pendant cinquante ans on a fait la pratique de cet expédient, avec les résultats que l’on connaît.

Mais, heureusement, il y avait aussi des « théoriciens », des « écervelés », parmi les socialistes. Ils n’ont pas voulu entendre parler d’esprit communiste développé par l’étroit égoïsme pécunier. Ils ont tourné le dos aux expédients (tout comme nous, anarchistes, tournons aujourd’hui le dos aux expédients politiques et économiques). Ils ont suivi leur évolution naturelle.

Deux lignes divergentes se sont ainsi produites de cette façon. Les hommes aux expédients ont suivi l’une, les socialistes ont suivi l’autre. — « Vous êtes des théoriciens, des rêveurs, des insensés, des fous, a-t-on dit à ceux-ci ; vous devriez devenir pratiques, faire de la coopération et le reste ! » À quoi ils répondaient avec un mépris hautain et suivaient leur voie — la voie de la propagande et de la révolte contre tout l’ensemble de la civilisation actuelle, contre toutes les formes de l’exploitation à la fois.

Et ils avaient mille fois raison. Les deux lignes ont divergé de plus en plus. Et voilà que maintenant lorsque le socialisme, dans son entier, et l’anarchie, dans son entier, ont fait impression profonde sur les idées du siècle, lorsque la révolte contre toute exploitation économique et étatiste a fait des recrues dans toutes les couches sociales, — les « expédientistes » aussi sont atteints, et leur ligue commence à verser dans le courant socialiste.

Elle sera forcée d’y verser entièrement. Autrement, elle appartiendrait au monde qui s’en va, et serait condamnée à disparaître.

Peut-on demander, après cela, si les socialistes ont eu raison de refuser les compromis et de rester « théoriciens », comme les bourgeois aimaient à dire ? S’ils rentraient dans le courant coopérateur — faux à son origine même, puisque basé sur l’affranchissement partiel de l’individu, dans une partie minime seulement de ses servitudes, — si le courant socialiste versait dans la coopération, il y était noyé, il devenait méconnaissable, il y perdait son essence même ; il devenait ni chair ni poisson — un compromis.

Mais il a préféré rester dans son isolement. Plutôt être une poignée que de perdre ses traits distinctifs, de sacrifier le meilleur de sa pensée ! Et il a fini par forcer l’autre courant à donner tout ce qu’il devait donner, à se développer entièrement et, alors, verser ses eaux dans le courant socialiste.

Absolument la même chose arrive avec le courant anarchiste. Nous savons que dans la révolution sociale l’association des consommateurs et des producteurs sera une des formes de la société naissante. Mais pas cette association ayant pour but d’encaisser sa plus-value ou son bénéfice. Et nous propageons toute notre pensée, nous soufflons toute notre révolte contre le monde qui s’en va. Nous propageons nos idées partout, dans l’union ouvrière, dans la coopération comme dans les masses ouvrières non organisées — et en faisant cela, — puisque nous sommes dans le vrai, — nous finirons par faire verser tous ces courants partiels dans un grand courant : — l’anarchie.

 

Résistance au colonialisme: Sur l’imposture du « droit à l’existence d’Israël »… (Jeremy Hammond)

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“Aucun État centralisé, bureaucratique et par là même militaire, s’appela-t-il même république, ne pourra entrer sérieusement et sincèrement dans une confédération internationale. Par sa constitution, qui sera toujours une négation ouverte ou masquée de la liberté à l’intérieur, il serait nécessairement une déclaration de guerre permanente, une menace contre l’existence des pays voisins. Fondé essentiellement sur un acte ultérieur de violence, la conquête, ou ce que dans la vie privée on appelle le vol avec effraction, — acte béni par l’Église d’une religion quelconque, consacré par le temps et par là même transformé en droit historique, — et s’appuyant sur cette divine consécration de la violence triomphante comme sur un droit exclusif et suprême, chaque État centraliste se pose par là même comme une négation absolue du droit de tous les autres États, ne les reconnaissant jamais, dans les traités qu’il conclut avec eux, que dans un intérêt politique ou par impuissance.”
~ Michel Bakounine, 1895 ~


Gaza crie !…

Excellente analyse dont les ramifications vont bien au-delà de ce cas d’école de l’illégalité et de l’illégitimité qu’est cet “état d’Israël”, colonial par sa nature même. Cette analyse peut de fait être étendue à tous les états coloniaux demeurant sur cette planète et dont l’existence n’est qu’une fiction imposée par la clique oligarchique du pouvoir marchand. Voir nos notes émaillant l’article… Nous irons même, en ce sens, plus loin que Jeremy Hammond en disant, et l’analyse le prouve (cf nos liens de lectures complémentaires sous l’article), que l’état sioniste d’Israël existe parce qu’il y a eu précédent et que des états racistes, suprémacistes et génocidaires prévalent toujours directement sur cette planète à l’instar des Etats-Unis, du Canada, du Mexique, de tous les états d’Amérique centrale et latine, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, entités coloniales fictives ayant assujettis par la violence et le nettoyage ethnique les terres qu’elles occupent et sur lesquelles elles n’ont aucun droit et n’ont fait qu’imposer la puissance de la force, toujours en vigueur de nos jours.
Cet article de Hammond est une invitation à repenser le mode de fonctionnement total de notre système inique et génocidaire qe nous avons étendu (que nous avons laissé étendre est sans doute plus approprié) de fait à la planète entière. C’est la seule façon que nous ayons de nous émanciper et de réaliser notre humanité. Tenons-nous debout, main dans la main avec les nombreux peuples colonisés de cette planète, afin de réaliser ensemble notre émancipation de la dictature étatico-marchande pour finalement devenir ce que nous sommes: des humains adultes dans le véritable acceptation du terme, parce que finalement… Nous sommes tous des colonisés !.

~ Résistance 71 ~

 

La Résolution 2621 XXV, du 12 octobre 1970 des Nations Unies affirme « le droit inhérent des peuples colonisés à lutter par tous les moyens nécessaires contre les puissances coloniales qui répriment leur aspiration à la liberté et à l’indépendance.»

Résolution 37-43 des Nations Unies : « Tout peuple a le droit de résister à l’oppression, l’occupation, l’annexion ou colonisation par une force étrangère. Cette opposition légitime est la résistance armée « .

 

 

Sur l’imposture du “droit à l’existence de l’état d’Israël”

 

Par Jeremy R. Hammond

 

Source : Foreign Policy Journal

Traduction : lecridespeuples.fr  

 

Article en français:

https://lecridespeuples.fr/2019/07/09/sur-limposture-du-droit-a-lexistence-de-letat-disrael/

 

Les apologistes des crimes d’Israël contre les Palestiniens prétendent que cet État a le « droit d’exister », dans un effort visant à légitimer le nettoyage ethnique de la Palestine.

Les sionistes qui s’évertuent à défendre les crimes d’Israël contre le peuple palestinien portent souvent l’accusation que les détracteurs de l’ « Etat juif » autoproclamé tentent de le « délégitimer ». Israël, rétorquent-ils, a le « droit d’exister ». Mais ils se trompent.

Il ne s’agit pas de faire une exception pour Israël. Il n’existe pas de « droit à l’existence » pour les États, point final. Aucun « droit à l’existence » n’est reconnu pour les Etats par le droit international. Un tel droit serait totalement insensé. Le concept même est absurde. Ce sont les individus, et non les entités politiques abstraites, qui ont des droits.

Les droits individuels peuvent bien sûr être exercés collectivement, mais à la condition que cela se fasse sans préjudice pour les droits des individus. Le droit pertinent dans ce contexte est plutôt le droit à l’autodétermination, qui fait référence au droit d’un peuple à exercer collectivement ses droits individuels par le biais de l’autonomie politique. L’exercice collectif de ce droit ne peut porter atteinte à l’exercice individuel de ce droit. Le seul but légitime du gouvernement est de protéger les droits individuels, et un gouvernement n’a aucune légitimité sans le consentement des gouvernés. Ce n’est qu’en ce sens que le droit à l’autodétermination peut être exercé collectivement, par un peuple qui choisit pour lui-même son mode de gouvernement et qui y consent.

Le droit à l’autodétermination, contrairement au concept absurde de « droit à l’existence » d’un État, est reconnu par le droit international. C’est un droit qui est explicitement garanti, par exemple, par la Charte des Nations Unies, que l’État d’Israël a ratifiée.

Le cadre approprié pour la discussion est donc le droit à l’autodétermination, et c’est précisément pour obscurcir cette vérité que la propagande revendique fréquemment pour Israël le « droit d’exister ». Les apologistes d’Israël sont contraints de déplacer ainsi le cadre de la discussion, car dans le cadre du droit à l’autodétermination, c’est évidemment Israël qui rejette les droits des Palestiniens et non le contraire.

Et ce n’est pas seulement dans la perpétuation de l’occupation des territoires palestiniens que le rejet d’Israël se manifeste. Ce rejet des droits des Palestiniens s’est également manifesté dans les moyens mêmes par lesquels Israël a été créé.

Il existe une croyance populaire selon laquelle Israël a été fondé par une sorte de processus politique légitime. C’est faux. Ce mythe est fondé sur l’idée que la fameuse résolution sur le « plan de partition » de l’Assemblée Générale des Nations Unies – résolution 181 du 29 novembre 1947 – a légalement partitionné la Palestine et ainsi conféré une autorité légale aux dirigeants sionistes pour leur déclaration unilatérale de l’existence d’Israël le 14 mai 1948.

En effet, dans cette déclaration, le document fondateur d’Israël, les dirigeants sionistes se sont appuyés sur la Résolution 181 pour revendiquer une légitimité juridique. Cependant, la vérité est que la Résolution 181 ne lui a rien conféré de tel. L’Assemblée Générale de l’ONU n’avait aucune autorité pour partitionner la Palestine contre la volonté de la majorité de ses habitants. Et elle n’a pas non plus eu la prétention de faire une telle chose. Au contraire, l’Assemblée s’est contentée de recommander la partition de la Palestine en Etats juif et arabe séparés, ce qui devrait être accepté par les deux peuples pour prendre effet sur le plan juridique. L’Assemblée a transmis la question au Conseil de sécurité, où le plan est devenu caduc du fait de la reconnaissance explicite que l’ONU n’avait aucune autorité pour mettre en œuvre – c’est-à-dire imposer – une telle partition.

La déclaration unilatérale des sionistes est souvent décrite comme une « Déclaration d’indépendance ». Mais ce n’était rien de tel. Une déclaration d’indépendance suppose que le peuple qui déclare son indépendance soit souverain sur le territoire sur lequel il souhaite exercer son droit à l’autodétermination. Mais les sionistes n’étaient pas souverains sur la terre qui est devenue le territoire de l’État d’Israël.*

(*) Note de R71: Voit-on ici émerger une similitude avec l’imposture coloniale que sont les Etats-Unis, le Canada, de fait tous les pays du continent américain, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et autres nations toujours sous emprise coloniale ? Si les sionistes n’étaient et ne sont en rien “souverains” sur la terre de Palestine, les colons / immigrants chrétiens européens ne l’étaient et ne le sont en rien également sur les terres qu’ils ont envahies, colonisées et martyrisées et qu’ils continent d’occuper sur deux continents… L’imposture criminelle d’Israël existe parce qu’existe et perdure les impostures coloniales des Etats-Unis, du Canada, du Mexique, de tous les pays d’Amérique Latine et des deux terres majeures d’Océanie…

Au contraire, lorsqu’ils ont déclaré l’existence d’Israël, les Juifs possédaient moins de 7% de la terre en Palestine. Les Palestiniens possédaient plus de terres que les Juifs dans chacun des districts de la Palestine. Les Palestiniens constituaient également une majorité numérique en Palestine. Malgré l’immigration massive [et illégale], les Juifs restaient une minorité représentant environ un tiers de la population.

Même à l’intérieur du territoire proposé par l’ONU pour l’Etat juif, lorsque la population bédouine a été recensée, les Arabes constituaient une majorité. Même à l’intérieur de ce territoire, les Arabes possédaient plus de terres que les Juifs.

En clair, les dirigeants sionistes n’avaient absolument aucune légitimité [sinon celle de leurs textes religieux, qui ne font autorité nulle part] à revendiquer une souveraineté sur le territoire qu’ils ont finalement acquis par la guerre.

D’autant plus que l’acquisition de territoire par la guerre – ou droit de conquête – est interdite par le droit international. (NdR71: ceci est valable bien entendu pour toute autre nation conquise et assujettie par la force et la puissance coloniale. Voir notre note un peu plus haut…)

Loin d’être le fruit d’un processus politique légitime, Israël a été créé par la violence. Les sionistes ont acquis la majeure partie du territoire de leur État par le nettoyage ethnique de la majeure partie de la population arabe, soit plus de 700 000 personnes, exclues de leurs demeures et de leurs terres en Palestine. Des centaines de villages arabes ont été littéralement détruits et rayés de la carte.

Ainsi, quand les sionistes prétendent qu’Israël a un « droit à l’existence », ce qu’ils disent en réalité, c’est que les sionistes avaient le « droit » de procéder à un nettoyage ethnique de la Palestine afin d’établir leur « Etat juif ».

Évidemment, un tel droit n’existe pas. Au contraire, une fois de plus, en droit international, le nettoyage ethnique est reconnu comme un crime contre l’humanité.

Les sionistes accusent ceux qui dénoncent les crimes d’Israël contre les Palestiniens de vouloir « délégitimer » l’ « Etat juif », mais il importe de souligner que la déclaration unilatérale du 14 mai 1948 proclamant l’Etat d’Israël n’avait aucune légitimité. Il importe de souligner que le crime de nettoyage ethnique ne peut aucunement être justifié ou légitimé. Cela neutralise complètement les accusations des thuriféraires d’Israël.

Lorsque cette accusation est portée contre les détracteurs d’Israël, ce qui se passe réellement, c’est que ce sont les apologistes d’Israël qui tentent de délégitimer le droit des Palestiniens à l’autodétermination, ainsi que le droit internationalement reconnu des réfugiés de guerre à retourner dans leur patrie.

Indépendamment de l’illégitimité des moyens par lesquels Israël a été créé, il existe. Telle est la réalité actuelle. (NdR71: tout comme l’est l’existence des états colons des Amériques et d’Océanie, mais cela n’est en rien inéluctable…) Cependant, l’exigence de l’Etat d’Israël que les Palestiniens reconnaissent son « droit » non seulement d’exister, mais d’exister « en tant qu’Etat juif », est simplement une exigence que les Palestiniens renoncent à leurs droits et adhèrent à la déclaration unilatérale des sionistes et au nettoyage ethnique de la Palestine en les reconnaissant comme légitimes.

Et c’est pourquoi il n’y a pas eu de paix. Il n’y aura pas de paix tant que les droits des Palestiniens ne seront pas reconnus et respectés. Le problème pour les sionistes est que si les Palestiniens exercent leurs droits, cela signifierait la fin de l’existence d’Israël en tant qu’ « Etat juif ».

Mais qu’y aurait-il de mal à mettre fin à un régime fondamentalement raciste qui viole perpétuellement le droit international et les droits de l’homme des Palestiniens ? Qu’y aurait-il de mal à le remplacer par un gouvernement qui respecte l’égalité des droits de tous les habitants du territoire sur lequel il exerce sa souveraineté politique et gouverne avec le consentement des gouvernés ?

Pour quiconque est capable de faire preuve d’un minimum d’honnêteté et d’intégrité morale, la réponse claire aux deux questions est : rien. Il n’y aurait aucun mal à cela, bien au contraire.

Pour tous ceux qui jouent un rôle actif dans la recherche de la paix et de la justice, c’est donc sur ce but que nous devons concentrer nos efforts collectifs. Il faut commencer par acquérir une bonne compréhension de la véritable nature du conflit et par ouvrir les yeux de tous ceux qui sont intègres, mais qui ont été trompés par les mensonges et la propagande qui ont perpétué la violence et l’injustice pendant si longtemps.

= = =

Lectures complémentaires en PDF:

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

La Bible Déterrée Israel Finkelstein

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

la-peste-religieuse-par-johann-most-1892

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Ashraf Ezzat Mythe Biblique

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

Mise en demeure du gouvernement canadien par le Tribunal International pour les Disparus du Canada

 

 

Anthropologie politique et les valeurs de l’anarchie en tant que partie intégrante de la nature humaine…

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Article très intéressant qui rejoint en bien des points ce que nous avons bien plus longuement détaillé, analysé et développé dans notre “Manifeste pour la société des sociétés” d’octobre 2017. Nous mettons sous l’article quelques lectures complémentaires sur ce sujet que nous développons ici sur ce blog depuis maintenant près de 10 ans. Voici quelques auteurs/chercheurs indispensables à lire pour mieux comprendre la “nature humaine” ici évoquée et notre tendance sociétaire profonde étouffée et bafouée par l’État et la société marchande depuis quelques 5 000 ans (sur les 1,8 millions d’années d’existence de l’espèce humaine…) : Marcel Mauss, Pierre Clastres, Claude Lévi-Strauss, Jacques Lizot, Robert Jaulin, Marshall Sahlins, James C. Scott, David Graeber, Sam Mbah, Alain Guillem, Jean-Paul Demoule, Marylène Patou-Mathis. Vous trouverez en grande partie ces auteurs sur R71 (liens de lecture multiples sous l’article)…
Si le mouvement des Gilets Jaunes veut franchir une étape décisive vers l’émancipation réelle de la société, il serait temps de commencer à sérieusement analyser et intégrer ces notions présentées ci-dessous. Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir. Ceci devrait devenir l’évidence même pour de plus en plus de personnes.

~ Résistance 71 ~

 


L’histoire de l’État… c’est l’histoire de la guerre

 

Les valeurs morales de l’anarchie du point de vue de l’anthropologie

 

Charles MacDonald

 

1er juillet 2019

 

Source: 

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Les_valeurs_morales_de_lanarchisme_et_de_la_pensee_libertaire_du_point_de_vue_de_lanthropologie

 

L’anarchisme, avant d’être une théorie politique, est une philosophie sociale très ancienne. Elle repose sur l’idée que les êtres humains ne sont pas faits pour être opprimés et dominés par d’autres et que leur existence collective repose sur une disposition à l’entraide généreuse. Dans les conditions actuelles de la vie collective mondiale aucune de ces deux conditions n’est satisfaite. La quasi totalité des habitants de notre planète vivent dans des conditions d’asservissement patents ou déguisés et poursuivent leur intérêt personnel au détriment d’autres personnes. Comment expliquer que des mouvements spontanés de masse apparaissent avec fréquence et régularité dans les sociétés modernes inégalitaires, pour exiger une complète égalité et une répartition juste des ressources, dans un esprit de partage communautaire et fraternel, et cela en dehors des cadres imposés par l’État ? La France a connu ces dernières années ce phénomène : Gilets Jaunes, ZAD de Notre-Dame des Landes, Indignés, Nuits Debout. En dehors de France, des mouvements de ce type sont fréquents : Occupy Wall Street, Black Blocs, Zapatistes mexicains, Rojava…. Tous ces phénomènes, dont la liste comprend une immense variété de révoltes populaires, de mouvements de contestation et d’expériences communautaires dans l’histoire des deux derniers siècles et bien avant, paraissent hétérogènes et différents mais se rejoignent tous dans le besoin d’une démocratie directe établie hors ou contre les pouvoirs de L’État.

Les théoriciens de l’anarchisme, comme Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Makhno, et plus près de nous, Chomsky, pensent que l’anarchisme est inhérent à la « nature humaine ». Emma Goldman écrivait : « Je suis convaincue que l’anarchisme est trop vital et trop proche de la nature humaine pour mourir jamais ». (A Life Worth Living, 1934- ma traduction). Des philosophes et les sciences sociales depuis un demi-siècle ignorent ou refusent la notion de « nature humaine » qu’ils jugent fausse ou non pertinente pour leur propos. Or l’anthropologie sociale (autrefois appelée ethnologie) dans ses développements plus récents, alliée à d’autres disciplines (l’évolutionnisme darwinien appuyé par la génétique mendélienne, la primatologie, l’éthologie, la paléoanthropologie informée par la génétique des populations, la psychologie cognitive, les neurosciences) vient confirmer certaines des convictions des penseurs de l’anarchisme et notamment que l’anarchisme et l’esprit libertaire sont ancrés dans la nature humaine. 

Une brève mise en garde tout d’abord sur la question controversée de la « nature humaine ». Cette notion ne relève pas –ou ne relève plus– de la philosophie mais de la science. Celle-ci tente de distinguer ce qui est génétique, épigénétique et/ou culturel, ce qui est inné et/ou ce qui est acquis, ce qui ressort de la phylogenèse et/ou de l’ontogenèse, ce qui appartient à l’hérédité et/ou ce qui résulte de l’invention consciente, dans le cadre de ce qu’on appelle la co-évolution. Nous sommes loin de tout savoir à ce sujet. 

Homo sapiens est un mammifère qui a une histoire biologique dont les représentants actuels sont le résultat. Cette histoire est enfouie dans un passé de plusieurs centaines de milliers ou même de millions d’années. Nous ne connaissons réellement qu’une infime partie de cette histoire (moins de dix mille ans). Les nouvelles connaissances acquises dans les disciplines que je viens de citer permettent cependant de commencer à construire des hypothèses assez solides sur ce qu’était Homo sapiens avant qu’il ne devienne à une époque extrêmement récente un être urbain, hiérarchisé et soumis aux lois du marché.

Pour reconstruire une partie de cette préhistoire sociale, l’archéologie préhistorique ne possède aucune preuve ou indice directs des formes d’organisation collective jusqu’au néolithique. Les peintures de Lascaux ou de la grotte Chauvet ne disent rien des sociétés ou des groupes qui les ont faites : étaient-ils organisés en clans qui se combattaient ? étaient-ils patriarcaux ou matriarcaux ? se livraient-ils à la promiscuité sexuelle ou pratiquaient-ils le mariage monogame ? avaient-ils des chefs aux pouvoirs étendus ou vivaient-ils dans l’égalitarisme le plus strict? quelques rares indices, assez tardifs, comme des tombes et des restes funéraires accompagnés d’ornements, signalent un début de différenciation sociale. L’évolution de l’outillage lithique permet d’inférer une évolution parallèle de l’appareil cognitif. On a encore d’autres indices mais rien de précis quant à la forme exacte des organisations qui ont jalonné la préhistoire humaine ancienne. 

On sait cependant, grâce à la génétique, plusieurs choses importantes : qu’Homo sapiens ne forme qu’une seule espèce dont l’âge peut remonter jusqu’à 300 000 ans, qu’il a côtoyé, qu’il s’est mélangé à, et qu’il a peut-être éliminé d’autres espèces ou sous-espèces humaines (Neandertal, Denisovan, Homme de Florès), qu’il est passé d’Afrique en Eurasie il y a environ 70 000 ans et que 30 ou 40 000 ans plus tard il s’était répandu sur tous les continents. On sait aussi qu’il était chasseur, cueilleur et charognard et qu’il devait se déplacer fréquemment et sur de longues distances. Ce mode de vie est plus ou moins celui des chasseurs-cueilleurs actuels, certains d’entre eux du moins, et l’on tient là une deuxième source d’information putative. L’ethnologie des chasseurs-cueilleurs modernes (ceux observés au 19ème siècle et jusqu’à maintenant) livre des données qui peuvent être extrapolées avec prudence : On peut ainsi en inférer que durant le paléolithique l’homme se déplaçait en petites bandes nomades de type familial, tendait à être égalitaire et dans l’ensemble pacifique, qu’il exploitait de vastes territoires, qu’il était un chasseur intrépide et bien organisé, avec des armes de jet. On sait qu’il possédait le feu de cuisine, campait ou résidait dans des endroits protégés comme les grottes, ou dans des abris temporaires. Il fabriquait des outils, possédait le langage phonique doublement articulé et des capacités de représentation proches ou identiques aux nôtres dans leur dimension esthétique et symbolique. Tout cela ne donne au final qu’une image très floue de son organisation sociale ou plutôt de ses organisations sociales – car il est vraisemblable qu’il a expérimenté de nombreuses formes de vie collectives qui ont disparu sans laisser aucune trace – et ne permet surtout pas de comprendre comment nos organisations sociales modernes sont apparues. 

On s’est contenté de l’hypothèse de la « révolution néolithique » qui constitue en fait une révolution technologique (« invention » de l’agriculture, de l’élevage, de la métallurgie, de la poterie) accompagnée ou suivie de la naissance de concentrations urbaines et de croissance démographique, ainsi que d’institutions royales et religieuses. Cette séquence qui va de la bande aux royaumes et aux empires, en passant par les tribus et les chefferies, séquence que l’on retrouve indépendamment sur l’ancien et le nouveau monde, reflète bien l’évolution humaine dans sa phase ultime mais n’explique en rien pourquoi et comment cette forme d’organisation extrêmement hiérarchisée, reposant sur une sphère marchande, sur des idéologies de la soumission (abrahamiques par exemple [note] : Christianisme, Islam et Judaïsme.), sur la guerre et la compétition, est apparue et a fini par dominer toutes les autres. 

Deux hypothèses sont logiquement possibles. Cette forme moderne de société hiérarchisée et inégalitaire était contenue dès le départ, en germe, dans les organisations primitives. Ou alors il y a eu, en raison de circonstances spéciales, une mutation de la forme égalitaire en une forme inégalitaire qui, en raison de son efficacité adaptative, a pris le dessus et éliminé toutes les autres formes d’organisation. D’une façon comme d’une autre il reste que 95% ou plus de l’existence terrestre d’Homo sapiens s’est déroulé sous le régime de petites bandes multi-mâles multi-femelles de douze à cinquante individus, de type familial et égalitaire, bandes labiles, en processus constant de fission-fusion, en contact les unes avec les autres, changeant de forme et de composition rapidement, sans pouvoir central, sans organisation politique. Ce qu’enseigne l’observation des chasseurs-cueilleurs (chasseurs à pied, nomades, sans surplus, à stockage limité) est qu’un certain nombre de règles, définissant une éthique minimale, sont systématiquement observées dont en particulier la règle de partage et de mutualisme, de solidarité interne de la bande, de soins aux enfants dispensées par l’ensemble du groupe, de consensus, voire d’unanimité dans les décisions, d’absence de toute forme de pouvoir politique (les « chefs » persuadent mais ne commandent pas). En un mot, si ces conditions prévalaient, l’homme a vécu dans un état de pure anarchie durant presque toute son existence. Il a ainsi acquis et fixé des comportements d’entraide et d’égalitarisme qui définissent sa nature sociale. Les quelques milliers d’années durant lesquelles il a plié sous le joug des contraintes hiérarchiques et a été enfermé dans la cage appelée « civilisation » l’a peut-être transformé mais n’a pas pu éliminer ce fonds de réflexes, d’aspirations, de valeurs qui lui ont permis de survivre en tant qu’espèce vivante. 

Mais comment peut-on être sûr de cela ? A l’ethnologie comparée vient maintenant s’adjoindre une nouvelle source de connaissances dispensées par la biologie et deux de ses branches, l’éthologie et la primatologie. Tout d’abord la biologie renseigne sur certaines contraintes propres à différentes espèces. Il y en a au moins trois qui concernent directement l’espèce humaine. La première est la grégarité, la deuxième la coopération, la troisième la néoténie et la « K-stratégie ». On sait que les humains sont grégaires – vivent en groupes, collectifs, troupes, bandes, tribus ou autre – et non pas solitaires. C’est une donnée prioritaire. Ensuite ils coopèrent efficacement. La coopération existe d’ailleurs à tous les étages du vivant mais l’espèce humaine coopère de façon particulière. Enfin les humains font peu d’enfants (en général un à la fois) et le développement infantile est très long, l’enfant humain n’arrivant à maturité que vers quinze ans et son cerveau à vingt ans ou plus. Enfin, au contraire des insectes sociaux, l’humain est très autonome, sa marge de choix – eu égard principalement à la coopération – est très étendue. Sur cette base les groupes humains se sont formés en tenant compte de ces contraintes : il fallait coopérer avec des sujets très autonomes dans le but de protéger, alimenter et élever une progéniture extrêmement fragile et dépendante sur une longue période de temps. Dans la mesure où le sujet est autonome et où il doit coopérer s’il veut se reproduire, la coopération doit être voulue et ne peut l’être que sur la base d’une répartition équitable des tâches et des produits, du mutualisme (en d’autres termes de l’action altruiste d’intérêt personnel). Le souci de protéger sa famille est peut-être encore le souci le plus fréquemment attesté chez l’adulte. Le groupe familial fondé sur l’entraide et la coopération a été ainsi le creuset de l’évolution sociale. Nous sommes donc restés très coopératifs, très altruistes (mais de façon éclairée et pragmatique), et très profondément pénétrés de la valeur des relations personnelles. L’État moderne en faisant de nous des sujets abstraits a nié notre existence humaine primitive. Mais celle-ci demeure persistante et s’exprime de mille manières au cours de l’histoire ancienne et moderne. Les manifestations diverses de l’esprit libertaire naissent de notre conscience commune et universelle, comme le foyer au centre de la terre qui jaillit par autant de volcans disséminés à la surface du monde.

On peut ainsi parler d’une grande mouvance libertaire et/ou anarchiste, sans tout confondre sous ce terme, car il est clair qu’un autre courant est apparu durant l’histoire, celui de l’autoritarisme, du culte de la force, du pouvoir absolu, de L’État, celui des croyances à des entités fictives toutes-puissantes (la Nation, la Race, la Religion) et donc de la guerre. Ces deux courants s’entrechoquent toujours au sein des sociétés modernes sans qu’on puisse savoir lequel va l’emporter ou si une synthèse est vraiment possible. Après l’échec des expériences communistes, devant la dégradation morale et physique infligée par l’ordre étatiste et capitaliste, il ne reste plus qu’à nous retourner vers les origines anarchiques de notre vie collective pour en tirer les enseignements et les convictions dont nous avons besoin pour inventer une autre forme de vie.

Article tiré du Monde Libertaire, mai 2019

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Lectures complémentaires:

Notre page « La fin de l’État »

Notre page « Anthropologie Politique »

Notre page « Pierre Clastres et l’anthropologie politique »

Notre « Manifeste pour la société des sociétés » (octobre 2017)

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

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Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Marshall-Sahlins-La-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Un-autre-regard-anarchiste-sur-la-vie-avec-emma-goldman

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

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L’anarchie pour la jeunesse

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Erich_Mühsam la liberté de chacun est la liberté de tous

Le_Défi_Celtique_Alain_Guillerm

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

kropotkine_science-etat-et-societé

 

Empire et géopolitique: Les Frères Musulmans sbires du MI6 britannique et de la CIA (Thierry Meyssan)

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Suite de la saga de la confrérie des Frères Musulmans, autre turpitude étatico-capitaliste et création des services.

~ Résistance 71 ~

 

Les frères musulmans comme force d’appoint du MI6 et de la CIA

 

Thierry Meyssan

 

28 juin 2019

 

url de l’article original:

https://www.voltairenet.org/article206725.html

 

Nous poursuivons la publication du livre de Thierry Meyssan, « Sous nos yeux ». Dans cet épisode, il décrit la manière dont le président Jimmy Carter et son conseiller national de Sécurité, Zbigniew Brzezinski, utilisèrent les capacités terroristes des Frères musulmans contre les Soviétiques.

La confrérie au service de l’administration Carter/Brzezinski

En 1972-73, un responsable du Foreign Office — et probablement du MI6 —, James Craig, et l’ambassadeur britannique en Égypte, Sir Richard Beaumont, commencent un intense lobbying pour que leur pays et les États-Unis s’appuient sur les Frères musulmans non seulement en Égypte, mais dans tout le monde musulman contre les marxistes et les nationalistes. Sir Craig sera bientôt nommé ambassadeur de sa Majesté en Syrie, puis en Arabie, et trouvera une oreille attentive à la CIA. Il sera, beaucoup plus tard, le concepteur des «  Printemps arabes  ».

En 1977 aux États-Unis, Jimmy Carter est élu président. Il désigne Zbigniew Brzezinski comme conseiller national de sécurité. Ce dernier décide d’utiliser l’islamisme contre les Soviétiques. Il donne son feu vert aux Saoudiens pour augmenter leurs versements à la Ligue islamique mondiale, organise des changements de régime au Pakistan, en Iran et en Syrie, déstabilise l’Afghanistan, et fait de l’accès états-unien au pétrole du Moyen-Orient un objectif de sécurité nationale. Enfin, il confie des moyens militaires à la Confrérie.

Cette stratégie est clairement expliquée par Bernard Lewis lors de la réunion du Groupe de Bilderberg [1] que l’Otan organise en avril 1979 en Autriche. L’islamologue anglo-israélo-états-unien y assure que les Frères musulmans peuvent non seulement jouer un grand rôle face aux Soviétiques et provoquer des troubles internes en Asie centrale, mais aussi balkaniser le Moyen-Orient dans l’intérêt d’Israël.

Contrairement à une idée reçue, les Frères ne se sont pas contentés de suivre le plan Brzezinski, ils ont vu plus loin et obtenu l’assistance de Riyad et de Washington pour constituer d’autres branches de la Confrérie dans d’autres pays  ; branches qui prendront ultérieurement leur essor. À cette époque, le roi d’Arabie octroie une moyenne de 5 milliards de dollars annuels à la Ligue islamique mondiale qui étend ses activités dans 120 pays et finance des guerres. À titre indicatif, 5 milliards de dollars, c’était l’équivalent du budget militaire de la Corée du Nord. La Ligue obtient le statut consultatif auprès du Conseil économique et social de l’ONU et un statut d’observateur à l’Unicef.

Au Pakistan, le général Muhammad Zia-ul-Haq, chef d’état-major des armées formé à Fort Bragg aux États-Unis, renverse le Président Zulfikar Alî Bhutto et le fait pendre. Membre de la Jamaat-e-Islami, c’est-à-dire de la version locale des Frères musulmans, il islamise la société. La charia est progressivement établie — y compris la peine de mort pour blasphème — et un vaste réseau d’écoles islamiques est installé. C’est la première fois que la Confrérie est au pouvoir hors d’Égypte.

En Iran, Brzezinski convainc le Shah de partir et organise le retour de l’imam Rouhollah Khomeini, qui se définit comme un «  islamiste chiite  ». Dans sa jeunesse, Khomeini a rencontré Hasan el-Banna au Caire, en 1945, pour le persuader de ne pas alimenter de conflits sunnites/chiites. Par la suite, il a traduit deux livres de Sayyid Qutb. Les Frères et le Révolutionnaire iranien s’accordent sur des sujets sociétaux, mais pas du tout sur les questions politiques. Brzezinski réalise sa méprise le jour même de l’arrivée de l’ayatollah à Téhéran, car celui-ci va prier sur les tombes des martyrs du régime du Shah et appelle l’armée à se révolter contre l’impérialisme. Brzezinski commet une seconde erreur en envoyant la Delta Force secourir les espions états-uniens qui sont retenus dans leur ambassade à Téhéran. Même s’il parvient à masquer aux yeux des Occidentaux que ses diplomates n’étaient pas des otages mais bien des espions, il ridiculise ses militaires dans l’opération manquée «  Serre d’aigle  », et installe au Pentagone l’idée selon laquelle il faudra se donner les moyens pour vaincre les musulmans.

En Afghanistan, Brzezinski met sur pied l’«  Opération Cyclone  ». Entre 17 et 35 000 Frères musulmans, originaires d’une quarantaine de pays, vont se battre contre l’URSS venue défendre à sa demande la République démocratique d’Afghanistan du terrorisme des Frères [2]— il n’y a jamais eu d’«  invasion soviétique  » comme le prétend la propagande US. Ils ne seront jamais plus de 15 000 à la fois. Ces hommes viennent en renfort d’une coalition de combattants conservateurs et des Frères musulmans locaux, dont le Pachtoune Gulbuddin Hekmatyar et le Tadjik Ahmed Chah Massoud. Ils reçoivent leur armement pour l’essentiel d’Israël [3]— officiellement leur ennemi juré, mais désormais leur partenaire. L’ensemble de ces forces est commandé depuis le Pakistan par le général Muhammad Zia-ul-Haq et financé par les États-Unis et l’Arabie saoudite. C’est la première fois que la Confrérie est utilisée par les Anglo-Saxons pour livrer une guerre. Parmi les combattants présents se trouvent les futurs responsables des guerres du Caucase, de la Jemaah Islamiyah indonésienne, du groupe Abou Sayyaf aux Philippines, et bien sûr d’Al-Qaïda et de Daech. Aux États-Unis l’opération antisoviétique est soutenue par le Parti républicain et un groupuscule d’extrême gauche, les trotskistes de Social Democrats USA.

La stratégie Carter/Brzezinski représente un changement d’échelle [4]. L’Arabie saoudite, qui était jusqu’ici le financier des groupes islamistes, se voit chargée de gérer les fonds de la guerre contre les Soviétiques. Le directeur général du Renseignement saoudien, le prince Turki (fils du roi de l’époque, Fayçal), devient une personnalité incontournable de tous les sommets occidentaux du Renseignement.

Les problèmes entre Arabes et Afghans étant récurrents, le prince Turki envoie d’abord le Palestinien Abdallah Azzam, l’«  imam du jihad  », remettre de l’ordre entre les Frères et administrer le bureau local de la Ligue islamique mondiale, puis le milliardaire Oussama Ben Laden. Azzam et Ben Laden ont été formés ensemble en Arabie saoudite par le frère de Sayyid Qutb.

Toujours durant le mandat Carter, les Frères musulmans entreprennent une longue campagne de terreur en Syrie, incluant l’assassinat des cadets non sunnites à l’Académie militaire d’Alep par l’«  Avant-garde combattante  ». Ils disposent de camps d’entraînement en Jordanie où les Britanniques leur dispensent une formation militaire. Durant ces années de plomb, la CIA parvient à sceller une alliance entre les Frères musulmans et le groupuscule ex-communiste de Riyad Al-Turk. Celui-ci et ses amis, Georges Sabra et Michel Kilo, avaient rompu avec Moscou durant la guerre civile libanaise pour soutenir le camp occidental. Ils s’affilient au groupe trotskiste états-unien, Social Democrats USA. Les trois hommes rédigent un manifeste dans lequel ils affirment que les Frères musulmans forment le nouveau prolétariat et que la Syrie ne pourra être sauvée que par une intervention militaire états-unienne. En définitive, les Frères tentent un coup d’État en 1982, avec le soutien du Baas irakien (qui collaborait alors avec Washington contre l’Iran) et de l’Arabie saoudite. Les combats qui suivent à Hama font 2 000 morts selon le Pentagone, 40 000 selon la Confrérie et la CIA. Par la suite, des centaines de prisonniers sont assassinés à Palmyre par le frère du président Hafez el-Assad, Rifaat, qui sera révoqué et contraint à l’exil à Paris lorsqu’il tentera à son tour un coup d’État contre son propre frère. Les trotskistes sont emprisonnés et la plupart des Frères fuient soit vers l’Allemagne (où réside déjà l’ancien Guide syrien Issam Al-Attar), soit vers la France (comme Abou Moussab «  Le Syrien  »), où le chancelier Helmut Kohl et le président François Mitterrand leur donnent asile. Deux ans plus tard, un scandale éclate au sein de l’opposition désormais en exil au moment du partage  : trois millions de dollars ont disparu sur une enveloppe de 10 millions donnée par la Ligue islamique mondiale.

4— Vers la constitution d’une internationale du Jihad

Durant les années 1980, la Ligue islamique mondiale reçoit instruction de Washington de transformer la société algérienne. Durant une décennie, Riyad offre la construction de mosquées dans les villages. Chaque fois, un dispensaire et une école y sont adjoints. Les autorités algériennes se réjouissent d’autant plus de cette aide qu’elles ne parviennent plus à garantir l’accès de tous à la Santé et à l’Éducation. Progressivement, les classes laborieuses algériennes se détachent d’un État qui ne leur est plus d’un grand secours et se rapprochent des mosquées si généreuses.

Lorsque le prince Fahd devient roi d’Arabie saoudite, en 1982, il place le prince Bandar (fils du ministre de la Défense) comme ambassadeur à Washington, poste qu’il conservera durant tout son règne. Sa fonction est double  : d’un côté, il gère les relations saoudo-états-uniennes, de l’autre il sert d’interface entre le directeur du Renseignement Turki et la CIA. Il se lie d’amitié avec le vice-président et ancien directeur de la CIA, George H.W. Bush, qui le considère comme son «  fils adoptif  »  ; puis avec le secrétaire à la Défense Dick Cheney, et le futur directeur de la CIA, George Tenet. Il s’insère dans la vie sociale des élites et intègre aussi bien la secte chrétienne des chefs d’état-major du Pentagone, The Family, que l’ultra conservateur Bohemian Club de San Francisco.

Bandar commande les jihadistes depuis la Ligue islamique mondiale. Il négocie avec Londres l’achat d’armement pour son Royaume auprès de British Aerospace en échange de pétrole. Les contrats du «  pigeon  », (en arabe Al-Yamamah), coûteront entre 40 et 83 milliards de livres sterling à Riyad dont une partie importante sera reversée par les Britanniques au prince.

En 1983, le Président Ronald Reagan confie à Carl Gershman, l’ancien leader de Social Democrats USA, la direction de la toute nouvelle National Endowment for Democracy [5]. C’est une agence dépendante de l’accord des «  Cinq Yeux  », camouflée en ONG. Elle est la vitrine légale des services secrets australiens, britanniques, canadiens, états-uniens et néo-zélandais. Gershman a déjà travaillé avec ses camarades trotskistes et ses amis Frères musulmans au Liban, en Syrie et en Afghanistan. Il met en place un vaste réseau d’associations et de fondations que la CIA et le MI6 utilisent pour soutenir la Confrérie là où c’est possible. Il se réclame de la «  doctrine Kirkpatrick  »  : toutes les alliances sont justes lorsqu’elles servent l’intérêt des États-Unis.

Dans ce contexte, la CIA et le MI6 qui avaient créé au plus fort de la Guerre froide la Ligue anti-communiste mondiale (WACL), vont l’utiliser pour acheminer en Afghanistan les fonds nécessaires au jihad. Oussama Ben Laden adhère à cette organisation qui compte plusieurs chefs d’États [6].

En 1985, le Royaume-Uni, fidèle à sa tradition d’expertise académique, se dote d’un institut chargé d’étudier les sociétés musulmanes et la manière dont les Frères peuvent les influencer, l’Oxford Centre for Islamic Studies.

En 1989, les Frères réussissent un second coup d’État, cette fois au Soudan au profit du colonel Omar el-Béchir. Il ne tarde pas à placer le Guide local, Hassan el-Turabi, à la présidence de l’Assemblée nationale. Ce dernier, dans une conférence délivrée à Londres, annonce que son pays va devenir la base arrière des groupes islamistes dans le monde.

Toujours en 1989, le Front islamique du Salut (FIS) surgit en Algérie, autour d’Abassi Madani, tandis que le parti au pouvoir s’effondre dans divers scandales. Le FIS est soutenu par les mosquées «  offertes  » par les Saoudiens, et par voie de conséquence par les Algériens qui les fréquentent depuis une décennie. À la faveur d’un rejet des dirigeants et non par adhésion à son idéologie, il gagne les élections locales. Considérant l’échec des politiques et l’impossibilité ontologique de négocier avec les islamistes, l’armée opère un coup d’État et annule les élections. Le pays s’enfonce dans une longue et meurtrière guerre civile dont on ne saura pas grand chose. La guérilla fera plus de 150 000 victimes. Les islamistes n’hésitent pas à pratiquer à la fois les punitions individuelles et collectives, par exemple lorsqu’ils massacrent les habitants de Ben Talha — coupables d’avoir voté malgré la fatwa l’interdisant — et rasent le village. À l’évidence, l’Algérie sert de laboratoire pour de nouvelles opérations. La rumeur se répand que c’est l’armée, et non pas les islamistes, qui massacre les villageois. En réalité, seuls quelques hauts responsables des services secrets formés aux États-Unis rejoignent les islamistes et sèment la confusion.

En 1991, Oussama Ben Laden, qui est retourné en Arabie saoudite comme un héros de la lutte anticommuniste à la fin de la guerre d’Afghanistan, se brouille officiellement avec le roi alors que les «  sourouristes  » se soulèvent contre la monarchie. Cette insurrection, le «  Réveil islamique  », dure quatre ans et se clôt avec l’emprisonnement des principaux leaders. Elle montre à la monarchie — qui s’imaginait disposer de toute autorité — qu’en entretenant le mélange entre religion et politique, les Frères ont créé les conditions d’une révolte via les mosquées.

Dans ce contexte, Oussama Ben Laden prétend avoir proposé l’aide de quelques milliers d’anciens combattants d’Afghanistan contre l’Irak de Saddam Hussein, mais, ô surprise, le roi aurait préféré le million de soldats des États-Unis et de leurs alliés. Il part «  donc  » en exil au Soudan, en réalité avec la mission de reprendre le contrôle des islamistes qui ont échappé à l’autorité des Frères et se sont soulevés contre la monarchie. Avec Hassan el-Tourabi, il organise des conférences populaires panarabes et panislamiques où il invite les représentants de mouvements islamistes et nationalistes d’une cinquantaine de pays. Il s’agit de créer au niveau des partis l’équivalent de ce que l’Arabie saoudite a déjà fait avec l’Organisation de la Conférence islamique qui réunit, elle, des États. Les participants ignorent que les rencontres sont payées par les Saoudiens et que les hôtels où elles se tiennent sont surveillés par la CIA. De Yasser Arafat au Hezbollah libanais, tous y participent.

Le FBI parvient à faire condamner la BCCI, une gigantesque banque musulmane devenue au cours du temps celle utilisée par la CIA pour ses opérations secrètes, notamment le financement de la guerre en Afghanistan — mais aussi le narcotrafic en Amérique latine [7]. Lorsque la faillite de la banque est prononcée, ses petits clients ne sont pas remboursés, mais Oussama Ben Laden parvient à récupérer 1,4 milliard de dollars pour poursuivre l’engagement des Frères musulmans au service de Washington. La CIA déplace alors ses activités sur la Faysal Islamic Bank et sa filiale Al-Baraka.

[1] « Ce que vous ignorez sur le Groupe de Bilderberg », par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda (Russie) , Réseau Voltaire, 9 avril 2011.

[2] « Brzezinski : « Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes … » », par Zbigniew Brzeziński, Nouvel Observateur (France) , Réseau Voltaire, 15 janvier 1998.

[3] Charlie Wilson’s War : The Extraordinary Story of How the Wildest Man in Congress and a Rogue CIA Agent Changed the History of Our Times, George Crile, Grove Press (2003).

[4] Les dollars de la terreur, Les États-Unis et les islamistes, Richard Labévière, Éditions Bernard Grasset (1999).

[5] « La NED, vitrine légale de la CIA », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 6 octobre 2010.

[6] Inside the League : The Shocking Expose of How Terrorists, Nazis, and Latin American Death Squads Have Infiltrated the World Anti-Communist League, Scott & Jon Lee Anderson, Dodd Mead & Company éd. (1986). « La Ligue anti-communiste mondiale, une internationale du crime », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 mai 2004.

[7] The BCCI Affair, John Kerry & Hank Brown, US Senate (1992) ; Crimes of a President : New Revelations on the Conspiracy and Cover Up in the Bush and Reagan Administration, Joel Bainerman, SP Books (1992) ; From BCCI to ISI : The Saga of Entrapment Continues, Abid Ullah Jan, Pragmatic Publishing (2006).

Anthropologie politique: de l’ethnocide de Pierre Clastres en PDF

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Résistance 71

 

2 juillet 2019

 

Nous avons récemment publié l’article « De l’ethnocide » de Pierre Clastres (1974), juste après celui sur la « chefferie indienne ».

Jo nous a mis ces deux articles sous format pdf, voici le tout dernier « De l’ethnocide »:

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

 

A consulter aussi:

Notre page « Pierre Clastres »
Notre page « Anthropologie politique » pour mieux comprendre d’où nous venons, pourquoi nous sommes dans ce type de société et où aller pour sortir du marasme… Devenons ce que nous sommes.

Pierre Clastres sur l’anthropologie et la chefferie non coercitive indienne sur France Culture en 1976 et 1967, cliquez ici