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Résistance politique: Communisme et anarchie ~ 1ère partie ~ (Pierre Kropotkine)

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Pour une société des sociétés

 

Communisme et anarchie

 

Pierre Kropotkine

1903

 

1ère partie

2ème partie

 

L’importance de la question a à peine besoin d’être rappelée. Beaucoup d’anarchistes et de penseurs en général, tout en reconnaissant les immenses avantages que le communisme peut offrir à la société, voient dans cette forme d’organisation sociale un danger pour la liberté et le libre développement de l’individu. D’autre part, prise dans son ensemble, la question rentre dans un autre problème, si vaste, posé dans toute son étendue par notre siècle : la question de l’Individu et de la Société.

Le problème a été obscurci de diverses façons. Pour la plupart, quand on a parlé de communisme, on a pensé au communisme plus ou moins chrétien et monastique, et toujours autoritaire, qui fut prêché dans la première moitié de ce siècle et mis en pratique dans certaines communes. Celles-ci, prenant la famille pour modèle, cherchaient à constituer « la grande famille communiste », à « réformer l’homme », et imposaient dans ce but, en plus du travail en commun, la cohabitation serrée en famille, l’éloignement de la civilisation actuelle, l’isolement, l’intervention des « frères » et des « sœurs » dans toute la vie psychique de chacun des membres.

En outre, distinction suffisante ne fut pas faite entre les quelques communes isolées, fondées à maintes reprises pendant ces derniers trois ou quatre siècles, et les communes nombreuses et fédérées qui pourraient surgir dans une société en voie d’accomplir la révolution sociale. 

Il faudra donc, dans l’intérêt de la discussion, envisager séparément :

La production et la consommation en commun ;

La cohabitation — est-il nécessaire de la modeler sur la famille actuelle ?

Les communes isolées de notre temps ;

Les communes fédérées de l’avenir.

Et enfin, comme conclusion : le communisme amène-t-il nécessairement avec lui l’amoindrissement de l’individu ? Autrement dit : l’Individu dans la société communiste.

* * *

Sous le nom de socialisme en général, un immense mouvement d’idées s’est accompli dans le courant de notre siècle, en commençant par Babeuf, Saint-Simon, Robert Owen et Proudhon, qui formulèrent les courants dominants du socialisme, et ensuite par leurs nombreux continuateurs français (Considérant, Pierre Leroux, Louis Blanc), allemands (Marx, Engels), russes (Tchernychevsky, Bakounine) etc., qui travaillèrent soit à populariser les idées des fondateurs du socialisme moderne, soit à les étayer sur des bases scientifiques.

Ces idées, en se précisant, engendraient deux courants principaux : le communisme autoritaire et le communisme anarchiste, ainsi qu’un certain nombre d’écoles intermédiaires, cherchant des compromis, tels que l’État seul capitaliste, le collectivisme, la coopération ; tandis que, dans les masses ouvrières, elles donnaient naissance à un formidable mouvement ouvrier, qui cherche à grouper toute la masse des travailleurs par métiers pour la lutte contre le capital de plus en plus international.

Trois points essentiels ont été acquis par ce formidable mouvement d’idées et d’action, et ils ont déjà largement pénétré dans la conscience publique. Ce sont :

  • L’abolition du salariat — forme actuelle du servage ancien ;
  • L’abolition de l’appropriation individuelle de tout ce qui doit servir à la production ; 
  • Et l’émancipation de l’individu et de la société du rouage politique, l’Ḗtat, qui sert à maintenir la servitude économique.

Sur ces trois points l’accord est assez prêt de s’établir ; car ceux mêmes qui préconisent les « bons de travail », ou bien nous disent (comme Brousse) : « Tous fonctionnaires ! » c’est-à-dire « tous salariés de l’État ou de la commune », admettent qu’ils préconisent ces palliatifs uniquement parce qu’ils ne voient pas la possibilité immédiate du communisme. Ils acceptent ces compromis comme un pis aller. Et, quant à l’État, ceux-là même qui restent partisans acharnés de l’État, de l’autorité, voire même de la dictature, reconnaissent que lorsque les classes que nous avons aujourd’hui auront cessé d’exister, l’État devra disparaître avec elles.

On peut donc dire, sans rien exagérer de l’importance de notre fraction du mouvement socialiste — la fraction anarchiste — que malgré les divergences qui se produisent entre les diverses fractions socialistes et qui s’accentuent surtout par la différence des moyens d’action plus ou moins révolutionnaires acceptés par chacune d’elles, on peut dire que toutes, par la parole de leurs penseurs, reconnaissent, pour point de mire, le communisme libertaire. Le reste, de leur propre aveu, ne sont que des étapes intermédiaires.

* * *

Toute discussion des étapes à traverser serait oiseuse, si elle ne se basait sur l’étude des tendances qui se font jour dans la société actuelle. Et, de ces tendances diverses, deux méritent surtout notre attention.

L’une est qu’il devient de plus en plus difficile de déterminer la part qui revient à chacun dans la production actuelle. L’industrie et l’agriculture modernes deviennent si compliquées, si enchevêtrées, toutes les industries sont si dépendantes les unes des autres, que le système de paiement du producteur-ouvrier par les résultats devient impossible. Aussi voyons-nous que plus une industrie est développée, plus le salaire aux pièces disparaît pour être remplacé par un salaire à la journée. Celui-ci, d’autre part, tend à s’égaliser. La société bourgeoise actuelle reste certainement divisée en classes, et nous avons toute une classe de bourgeois dont les émoluments grandissent en proportion inverse du travail qu’ils font : plus ils sont payés, moins ils travaillent. D’autre part, dans la classe ouvrière elle-même, nous voyons quatre divisions : les femmes, les travailleurs agricoles, les travailleurs qui font du travail simple, et enfin ceux qui ont un métier plus ou moins spécial. Ces divisions représentent quatre degrés d’exploitation et ne sont que des résultats de l’organisation bourgeoise.

Mais, dans une société d’égaux, où tous pourront apprendre un métier et où l’exploitation de la femme par l’homme, et du paysan par l’industriel, cessera, ces classes disparaîtront. Et aujourd’hui même, dans chacune de ces classes les salaires tendent à s’égaliser. C’est ce qui a fait dire, avec raison, qu’une journée de travail d’un terrassier vaut celle d’un joaillier, et ce qui a fait penser à Robert Owen aux bons de travail, payés à chacun de ceux qui ont donné tant d’heures de travail à la production des choses reconnues nécessaires.

Cependant, quand nous considérons l’ensemble des tentatives de socialisme, nous voyons, qu’à part l’union de quelques mille fermiers aux États-Unis, le bon de travail n’a pas fait son chemin depuis les trois quarts de siècle qui sont passés depuis la tentative faite par Owen de l’appliquer. Et nous en avons fait ressortir ailleurs (Conquête du Pain ; le Salariat) les raisons.

Par contre, nous voyons se produire une masse de tentatives partielles de socialisation dans la direction du Communisme. Des centaines de communes communistes ont été fondées durant ce siècle, un peu partout, et en ce moment même nous en connaissons plus d’une centaine — toutes plus ou moins communistes.

C’est aussi dans le sens du communisme — partiel, bien entendu — que se font presque toutes les nombreuses tentatives de socialisation qui surgissent dans la société bourgeoise, soit entre particuliers, soit dans la socialisation des choses municipales.

L’hôtel, le bateau à vapeur, la pension sont tous des essais faits dans cette direction, par les bourgeois. En échange d’une contribution de tant par jour, vous avez le choix des dix ou cinquante plats qui vous sont offerts, dans l’hôtel ou sur le bateau, et personne ne contrôle la quantité de ce que vous avez mangé. Cette organisation s’étend même internationalement, et avant de partir de Paris ou de Londres vous pouvez vous munir de bons (à raison de 10 francs par jour) qui vous permettent de vous arrêter à volonté dans des centaines d’hôtels en France, en Allemagne, en Suisse, etc., appartenant tous à la Ligue internationale des hôtels.

Les bourgeois ont très bien compris les avantages du communisme partiel, combiné avec une liberté presque entière de l’individu, pour la consommation ; et dans toutes ces institutions, pour un prix de tant par mois, on se charge de satisfaire tous vos besoins de logement et de nourriture, sauf ceux de luxe extra (vins, chambres spécialement luxueuses), que vous payez séparément.

L’assurance contre l’incendie (surtout dans les villages où une certaine égalité de conditions permet une prime égale pour tous les habitants), contre l’accident, contre le vol ; cet arrangement qui permet aux grands magasins anglais de vous fournir chaque semaine, à raison d’un shilling par semaine, tout le poisson que vous consommerez dans une petite famille ; le club ; les sociétés sans nombre d’assurance en cas de maladie, etc., etc., toute cette immense série d’institutions nées dans le courant de ce siècle, rentrent dans la même catégorie des rapprochements vers le communisme pour une certaine partie de la consommation.

Et enfin nous avons toute une vaste série d’institutions municipales — eau, gaz, électricité, maisons ouvrières, tramways à taux uniforme, force motrice, etc., — dans lesquelles les mêmes tentatives de socialisation de la consommation sont appliquées sur une échelle qui s’élargit tous les jours davantage.

Tout cela n’est certainement pas encore du communisme. Loin de là. Mais le principe qui prévaut dans ces institutions contient une part du principe communiste : — Pour une contribution de tant par an ou par jour (en argent aujourd’hui, en travail demain), vous avez droit de satisfaire telle catégorie de vos besoins — le luxe excepté.

Pour être communistes, il manque à ces ébauches de communisme bien des choses, dont deux surtout sont essentielles :

1° le paiement fixe se fait en argent, au lieu de se faire en travail ; et

2° les consommateurs n’ont pas de voix dans l’administration de l’entreprise.

Cependant si l’idée, la tendance de ces institutions était bien comprise, il n’y aurait aucune difficulté, aujourd’hui même, de lancer par entreprise privée ou sociétaire, une commune, dans laquelle le premier point serait réalisé. Ainsi, supposons un terrain de 500 hectares. Deux cents maisonnettes, chacune entourée d’un quart d’hectare de jardin ou de potager, sont bâties sur ce terrain. L’entreprise donne à chaque famille qui occupe une de ces maisons, à choisir sur cinquante plats par jour tout ce qu’ils voudront, ou bien elle leur fournit le pain, les légumes, la viande, le café à volonté, pour être cuits à domicile. Et, en échange, elle demande, soit tant par an payé en argent, soit tant d’heures de travail de l’établissement : agriculture, élève du bétail, cuisine, service de propreté. Cela peut se faire déjà demain si l’on veut ; et on peut s’étonner qu’une pareille ferme-hôtel-jardin n’ait pas déjà été lancée par quelque hôtelier entreprenant.

A suivre…

= = =

Lectures complémentaires:

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018

Manifeste pour la Société des Sociétés

champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910

Dieu et lEtat_Bakounine

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

Que faire ?

Errico_Malatesta_écrits_choisis

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

kropotkine_science-etat-et-societé

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

le-prince-de-levolution-Dugatkin

Appel au Socialisme Gustav Landauer

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Entité sioniste: « Lobby USA », le documentaire que le lobby israélien veut cacher… (The Electronic Intifada)

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Pour visionner les deux parties du documentaire, cliquez sur le lien menant au site Orient XXI au début de l’article. Visionnez les avant qu’elles ne « disparaissent »…

Lecture récente intéressante, notre traduction de l’article de Kevin Barrett: sur l’arnaque planétaire de l’état d’Israël…

~ Résistance 71 ~

“Lobby USA” voilà le film que le lobby israélien veut vous cacher

 

The Electronic Intifada

 

3 novembre 2018

 

url de l’article en français:

https://www.legrandsoir.info/lobby-usa-voila-le-film-que-le-lobby-israelien-veut-vous-cacher-the-electronic-intifada.html

 

The Electronic Intifada a obtenu une copie intégrale du film Lobby – USA, une enquête en quatre parties menée sous couverture par Al Jazeera sur la campagne secrète israélienne de lobbying aux Etats-Unis.

Nous diffusons aujourd’hui les deux premiers épisodes. Le site Orient XXI, basé à Paris, a diffusé les mêmes épisodes sous-titrés en français.

Le film, commencé par Al Jazeera en 2016, a été terminé en octobre 2017.

Mais il a été censuré suite aux intenses pressions du lobby israélien sur le Qatar, l’émirat du Golfe riche en gaz qui finance Al Jazeera.

Le directeur général d’Al Jazeera a affirmé le mois dernier que le film posait des problèmes juridiques mais il a été contredit par ses propres journalistes.

En mars, The Electronic Intifada a été le premier à révéler le contenu spécifique du film. Nous avons ensuite publié le premier extrait du film en août, et, peu après, Max Blumenthal du Grayzone Project en a publié d’autres.

Depuis, The Electronic Intifada a publié trois autres extraits, et plusieurs autres journalistes ont vu le film en entier et en ont parlé, dont Alain Gresh et Antony Loewenstein.

The Electronic Intifada a maintenant réussi à se procurer les quatre parties du film.

Vous pouvez voir les deux premières parties de la vidéo (sous-titrées en Français ici et ici, ndt).

Pour avoir un accès sans précédent aux rouages internes du lobby israélien, le journaliste sous couverture ’Tony’ s’est fait passer pour un volontaire pro-israélien à Washington.

Le film qui en résulte montre les efforts d’Israël et de ses lobbyistes pour espionner, salir et intimider les citoyens américains qui soutiennent les droits de l’homme palestiniens, en particulier le BDS – le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions.

Il montre la collusion entre l’agence gouvernementale d’opérations plus ou moins clandestines d’Israël, le ministère des Affaires stratégiques, et un vaste réseau d’organisations basées aux États-Unis, notamment la Coalition Israël sur les campus, The Israel Projet et la Fondation pour la défense des démocraties.

Censuré par le Qatar

Le film n’a pas été diffusé à cause des pressions que le gouvernement du Qatar a subies de la part, ironiquement, du lobby même dont le film dénonce l’influence et les manœuvres.

Clayton Swisher, chef des enquêtes d’Al Jazeera, arévélé dans un article paru dans The Forward en mars qu’Al Jazeera avait envoyé plus de 70 lettres à des individus et des organisations qui apparaissent dans le film ou qui y sont mentionnés pour qu’ils puissent réagir.

Seulement trois l’ont fait. Au lieu de répondre, des groupes pro-israéliens ont essayé de faire interdire le film qui dévoile les activités du lobby.

En avril, la direction d’Al Jazeera a été obligée de réfuter l’affirmation de the Zionist Organization of America, une organisation d’extrême droite, selon laquelle la diffusion du film avait été absolument interdite.

En juin, The Electronic Intifada a appris qu’une source de haut niveau à Doha avait déclaré que le retard indéfini du film était dû à des préoccupations de ’sécurité nationale’ du gouvernement qatari.

Opérations secrètes

Comme l’a révélé un clip publié par l’Intifada électronique plus tôt cette semaine, dans le film on voit Julia Reifkind – alors employée d’une ambassade israélienne – expliquer que sa journée de travail consiste principalement à ’recueillir du renseignement, pour le compte d’Israël… en lien avec le ministère des Affaires étrangères et/ou le ministère des Affaires stratégiques’.

Elle dit que le gouvernement israélien ’apporte, dans les coulisses,son soutien’ aux groupes qui sont au front.

Reifkind admet également avoir utilisé de faux profils Facebook pour infiltrer les cercles de militants de la solidarité palestinienne sur le campus.

Le film révèle également que des groupes basés aux États-Unis coordonnent leurs efforts directement avec le gouvernement israélien, en particulier avec son ministère des Affaires stratégiques.

Dirigé par un ancien officier du renseignement militaire, le ministère est responsable de la campagne internationale secrète de sabotage du mouvement BDS menée par Israël.

Le film montre des images de cet ex-officier du renseignement militaire, Sima Vaknin-Gil, en train d’expliquer qu’elle a dressé la carte de l’activisme palestinien en faveur des droits de l’homme ’dans le monde entier. Pas seulement aux États-Unis, pas seulement dans les campus, mais dans les campus, l’intersectionnalité, les syndicats et les églises.’

Elle dit qu’elle va utiliser ces données pour mener des ’actions offensives’ contre les militants palestiniens.

On voit Jacob Baime, directeur exécutif de l’Israel on Campus Coalition, affirmer dans la vidéo cachée que son organisation utilise ’un excellent logiciel de surveillance des médias sociaux, du type de ceux utilisés dans les grandes entreprises’ pour repérer les événements liés à la Palestine organisés par les étudiants sur le campus, ’généralement dans les 30 secondes, parfois moins’ de leur publication en ligne.

Baime dit également devant la caméra cachée que son groupe se ’coordonne’ avec le ministère israélien des Affaires stratégiques.

Baime déclare que ses chercheurs ’envoient des alertes immédiates à nos partenaires’ – dont les ministères israéliens.

Le collègue de Baime, Ian Hersh, dit dans le film qu’il ajoute le ’ministère des Affaires stratégiques d’Israël à nos briefings sur les opérations et le renseignement’.

’Une guerre psychologique’

Baime décrit la manière dont son groupe utilise des sites Web anonymes pour cibler des militants.

’Avec les opposants à Israël, ce qui est le plus efficace, ainsi que nous l’avons constaté l’année dernière du moins, c’est de faire des recherches sur l’opposition, créer un site Web anonyme, puis y poster des publicités Facebook ciblées, explique Baime dans la troisième partie du film.

’Canary Mission en est un bon exemple, dit-il. ’C’est une guerre psychologique.’

Le film révèle que c’est Adam Milstein, le multimillionnaire condamné pour évasion fiscale, qui a financé et administré Canary Mission – un site de diffamation anonyme ciblant des étudiants activistes.

The Electronic Intifada l’avait déjà révélé dans un clip en août.

On voit aussi Eric Gallagher, alors directeur de la collecte de fonds pour The Israel Project, dire que ’Adam Milstein, c’est lui qui finance’ Canary Mission.

Milstein finance également The Israel Project, selon Gallagher.

Gallagher se vante dans le film d’avoir ’ échangé des courriels avec [Adam Milstein] pendant qu’il était en prison’, lorsque, lui, Gallagher travaillait pour l’AIPAC, le groupe de pression israélien le plus puissant de Washington.

Bien qu’il n’ait pas répondu à la demande de commentaires d’Al Jazeera, Milstein a nié que lui et sa fondation familiale ’aient financé Canary Mission’ le jour où The Electronic l’Intifada a publié le clip.

Depuis, Josh Nathan-Kazis de The Forward a identifié beaucoup d’autres groupes étasuniens qui financent Canary Mission.

L’interdiction du film

En mars, The Electronic Intifada a publié les premiers détails sur le film.

Nous avons dévoilé qu’on y voyait Sima Vaknin-Gil expliquer qu’elle avait réussi à faire travailler pour son ministère l’influent think tank néoconservateur, la Fondation for défense of démocraties working.

Sur le film en caméra cachée, on voit Vaknin-Gil affirmer : ’Nous avons FDD. Nous avons d’autres personnes qui travaillent’ sur des projets, ’incluant la collecte de données, l’analyse de l’information, le travail sur les organisations militantes et la piste financière. C’est quelque chose que seul un pays, avec ses ressources, peut faire.’

Comme cela est indiqué dans la première partie du documentaire, l’existence du film et l’identité du journaliste infiltré ont été révélées après la diffusion, début 2017, d’images qu’il avait tournées pour le film The Lobby d’Al Jazeera – sur la campagne d’influence clandestine d’Israël au Royaume-Uni.

Depuis, les lobbyistes israéliens exercent de fortes pressions sur le Qatar pour empêcher la diffusion du film réalisé aux Etats-Unis.

’Agent étranger’

Clayton Swisher, chef des enquêtes d’Al Jazeera, a confirmé pour la première fois en octobre 2017 que la chaîne avait, au même moment, un journaliste infiltré dans le lobby israélien américain et un autre au Royaume-Uni.

Swisher avait promis que le film sortirait ’très bientôt’, mais il n’est jamais sorti.

De nombreuses sources israéliennes ont déclaré au journal israélien Haaretz en février que des dirigeants qataris leur avaient assuré à la fin de l’année dernière que le documentaire ne serait pas diffusé.

Le Qatar l’a démenti, mais Swisher n’est pas revenu sur son annonce.

L’article de Swisher dans The Forward de mars dernier a été son premier commentaire public sur le sujet depuis qu’il avait annoncé le documentaire en 2017.

Il y réfute les allégations du lobby israélien sur le film et exprime sa frustration qu’Al Jazeera ne l’ait pas diffusé, apparemment à cause de pressions extérieures.

Plusieurs députés pro-israéliens à Washington ont multiplié les pressions sur le ministère de la Justice pour qu’il force Al Jazeera à s’enregistrer comme ’agent étranger’ en vertu d’une loi de contre-espionnage datant des années 1930.

Le lobby israélien se rend à Doha

Bien que la diffusion du film ait été repoussée, une vague de personnalités pro-israéliennes a déferlé sur le Qatar à l’invitation de son dirigeant, l’Emir Tamim bin Hamad Al Thani.

On y a vu certaines des figures les plus à droite et les plus extrémistes parmi les défenseurs d’Israël aux États-Unis, comme Alan Dershowitz, professeur de droit à Harvard, et Morton Klein, directeur de l’Organisation sioniste d’Amérique.

Swisher a écrit dans The Forward qu’il a rencontré Dershowitz dans un restaurant de Doha lors d’une de ces visites, et a invité le professeur à une projection privée du film.

Swicher rapporte que Dershowitz lui a dit, aprèscoup : ’Je n’ai aucun problème avec les tournages en caméra cachée ; et ça ne me dérangerait pas que ce film soit diffusé sur PBS’ – la télévision publique étasunienne.

Pourtant, il semble bien que les efforts du lobby israélien pour interdire le film aient été couronnés de succès – jusqu’à présent.

 

Pour une résistance au colonialisme d’hier et d’aujourd’hui: « Peau noire, masques blancs » de Frantz Fanon (version pdf)

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Résistance 71

 

2 novembre 2019

 

Nous avons récemment publié une version PDF du « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire, nous vous faisons (re)découvrir aujourd’hui la célèbre analyse anti-coloniale de Frantz Fanon, « Peau noire, masques blancs », publié en 1952.

Frantz Fanon (1925-1961) est un psychiatre martiniquais, philosophe, pan-africaniste et marxiste humaniste qui fut un fervent soutien à l’indépendance de l’Algérie. Très proche du FLN, il fut expulsé d’Algérie en 1957. Grand spécialiste de la décolonisation, il meurt de leucémie en exil volontaire à New York en 1961.  Il est enterré à Aïn Kerma en Algérie sous le nom d’Ibrahim Fanon.

Version PDF, mise en page Jo, JBL1960
Peau_Noire_Masques_Blancs.Frantz_Fanon

 

Résistance politique: Désobéir aujourd’hui comme en 1936

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Quelques mots lumineux en provenance de Belgique remontant au « Front Populaire » et à la révolution social espagnole en 1936.

~ Résistance 71 ~

 

Lectures complémentaires:

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Emile_Pouget_textes-choisis-anarchistes-du-pere-peinard

Manifeste pour la Société des Sociétés

 

 

Désobéir

 

Maurice Vlaminck

1936

 

Extraits

I

(…)

  • Détruire les machines, et travailler pour la paix. Ou continuer à faire tourner les machines pour la guerre. (…) 
  • Les hôpitaux ? Quelle hypocrisie ! Quel mensonge ! (…) 
  • (…) Avez-vous l’intention de secourir efficacement ceux qui en ont besoin : les vrais pauvres, ceux qui se couchent sans manger et dont les enfants n’ont pas de souliers aux pieds, ni de chemise sur le dos ? La pauvre môme qui, s’étant fait mettre enceinte, ne sait pas comment elle va faire pour garder son petit ? Est-ce cela que vous voulez faire ?
    Un hôpital ? C’est trop facile et ça ne sert pas aux pauvres. Bâtir un hôpital ? Il y aura l’achat du terrain, la commission à l’intermédiaire, le pourcentage de l’architecte, les bénéfices des entrepreneurs ; ensuite, le fixe du directeur et du sous-directeur, celui de l’économe, du médecin, du chirurgien ; les salaires des cuisiniers, des infirmières, des surveillants, du concierge ; les congés payés : enfin toutes les charges que comporte l’entretien d’un hôpital. Est-ce pour faire vivre tout ce monde-là ou pour aider véritablement les pauvres que vous voulez distribuer votre argent ? (…) 
  • Des maisons confortables. Des escaliers qui montent tout seuls… Eau, gaz, électricité à tous les étages… Water… tout à l’égout… Métro… Autos… On n’a plus rien à faire. Tout marche tout seul. Même la pensée ! On a la T.S.F. et le journal : cela évite de réfléchir et on sait d’avance ce que l’on a à dire. On a une opinion toute faite, toute calibrée, comme l’étoffe qu’on vend au mètre…
    On est nourri avant d’avoir mangé. On arrive sans avoir marché. On a de l’amour sans la peine – ni le plaisir – d’aimer.
    On n’a qu’à payer pour rire. On ne sait même plus pleurer.
    Et malgré cette vie mécanique, électrique, on a peur de mourir et on parle de bonheur ! (…) 
  • Je vis dans la solitude totale, loin de la ville. Loin d’une vie truquée, peuplée de combines, rongée par la passion de l’argent et ses hypocrites laideurs. (…)
    A la campagne, il n’y a pas d’indigents. Il n’y a que de simples gens. Il y a des masures, mais pas de taudis.
    Je pense aux années de ma jeunesse, passées dans la sombre et triste banlieue de Paris : paysages de cheminées d’usines, de petits champs garnis de petits treillages où brillent les culs de bouteilles, les débris de porcelaine. Je revois les villas des retraités et des petits commerçants, bâties au prix de vingt ou trente ans d’une application sédentaire, vingt ou trente ans d’emprisonnement, sans espace, sans lumière. (…) 
  • A quoi bon parler d’hygiène, d’augmentation de la durée de la vie humaine, quand une guerre moderne, tenant la place des choléras et des pestes d’antan, fait disparaître des millions d’êtres ? 
  • Je monte dans le rapide de Bruxelles. Je m’installe et coupe les premières pages du “Petit Mexicain” d’Aldous Huxley.
    Le train démarre.
    Frontière. Arrêt. Un douanier belge, à la casquette chargée de galons, me demande mes papiers.
    Je n’ai sur moi aucun “papier”… Pour moi, la Belgique, c’est mon pays… (…)
    Un douanier, encore plus galonné, intrigué par ce colloque, s’arrête devant moi. On le met au courant, il lit les lettres.
    Les deux hommes parlementent un instant. Ils sont évidemment persuadés de ma bonne foi… Ils redoutent une tuile.
    On va vous laisser passer, dit celui qui paraissait le chef… Mais, une autre fois, sais-tu, il faudra avoir des papiers. (…) 
  • Il est curieux de remarquer que la plupart des Français qui ont voté pour le Front Populaire – S.F.I.O., parti communiste – ont tous, dans la poche, un billet de Loterie Nationale, ne serait-ce qu’un dixième ou un vingtième de billet, dans l’espoir de devenir millionnaire ? (…) 

II

(…)

  • Qu’y a-t-il de plus monotone, de plus triste à voir, qu’une pépinière où se trouvent alignés des arbres de même essence, plantés en files parallèles ? Mais quelle beauté, quelle grandeur émanent de la forêt ! L’implacable injustice qui s’en dégage exprime une vérité souveraine. 
  • Vers 1896, je collaborais au journal Le Libertaire.
    Le Libertaire avait ses “bureaux” rue d’Orsel. Ils consistaient en une simple baraque de bois élevée dans le fond d’une cour, derrière un immeuble noir et pauvre. On y rencontrait de ces vieux militants dont les bourgeois parlaient comme de monstres assoiffés de sang et qu’ils décrivaient comme des bandits.
    Trente ans plus tard, ces anarchistes devinrent, pour les mêmes bourgeois, les bolchevicks au couteau entre les dents. Aujourd’hui, le camarade des temps héroïques, communiste parisien en veston, a pris ses Invalides sur les banquettes du Parlement bourgeois…
    A l’époque de Ravachol, d’Emile Henry, de Vaillant, le journal Le Libertaire était le seul organe qui osât batailler contre le capitalisme. En guise de récompense et de salaire, ses rédacteurs étaient toujours sûrs d’écoper de quelques mois de prison.

    Certains soirs, nous nous réunissions autour d’une tasse de thé qu’offrait Matta, principal rédacteur et gérant du journal. On palabrait tard dans la nuit, et quand nous sortions dans la rue, les flics rôdaient. Le frère d’Henry : Fortuné Henry, Vigo Almeyreda, Charles Malato, Georges Pioch étaient des habitués du repaire.
    Manquant continuellement de fonds, le journal paraissait irrégulièrement, et souvent Matta exprimait les craintes les plus sombres : disparition définitive ! Il répondait aux doléances ou aux menaces en nous mettant le bilan sous le nez et en nous proposant pour exemple ceux qui avaient été jusqu’à donner leur vie pour l’Idée, pour la “Cause” ! Malgré tout, l’espoir de réformer le Monde ne nous abandonnait pas. Nous nous sentions animés d’une Foi capable de nous imposer les plus grands sacrifices.
    La presse bourgeoise ! nous disait un soir Matta, elle a dépeint Ravachol comme un monstre ! comme un vil nécrophore ! Alors que Ravachol était un brave coeur, un brave type qui nourrissait par son travail sa mère et son jeune frère. C’était un être courageux, simple, désintéressé…
    Un matin, continua Matta, les journaux relatèrent le décès d’une bourgeoise de la haute. On racontait qu’à la prière de la défunte, le mari l’avait fait enterrer avec tous ses bijoux. Il y en avait pour soixante mille francs !… Soixante mille francs de perdus pour tout le monde !… Soixante mille francs enterrés inutilement avec cette morte !
    Cela révoltait l’esprit logique de Ravachol. Il dit simplement :
    Je vais aller les chercher ! Sans tarder il se renseigna et, le lendemain, à deux heures du matin, muni des outils indispensables à son entreprise, il escaladait les murs du cimetière.
    Il pénétra dans la petite chapelle mortuaire. La pierre du sépulcre n’était pas encore posée. Il descendit dans le tombeau, ouvrit le cercueil. Suffoqué par l’odeur du cadavre, il mit le feu aux couronnes et aux bouquets… Il écarta le linceul… Il souleva la morte… Les bijoux n’y étaient pas. Les journaux bourgeois avaient menti… Et le mari aussi ! 
  • (…) Le Fauvisme, art anarchiste, individualiste, est né à Chatou – Ecole de Chatou – de ma rencontre avec Derain.
    En 1900, à ma libération du service militaire, des révoltes bouillonnaient en moi. Révoltes contre une société enfermée dans des conventions étriquées, bornée par des cadres étroits, soumise à des lois égoïstes et mesquines. Et le moindre choc, le moindre heurt auraient suffi pour que ces révoltes fissent explosion…
    La peinture fut un exutoire, un abcès de fixation. Sans elle, sans ce don, j’aurais mal tourné. Ce que je n’aurais pu faire dans la société qu’en jetant une bombe – ce qui m’aurait conduit à l’échafaud – j’ai tenté de le réaliser dans l’art, dans la peinture, en employant du pures couleurs sortant de leur tube. J’ai satisfait ainsi à ma volonté de détruire, de désobéir, afin de recréer un monde sensible, vivant, et libéré. (…) 
  • Quand on tue un poulet pour le manger, on ne l’insulte pas : il est de mauvais goût de faire croire à la Société des Nations que c’est le poulet qui a commencé ! (…) 
  • Le progrès a amené l’homme de 1936 à un tel degré d’abrutissement que l’équipe gouvernementale comporte un ministère dit “des Loisirs, du Tourisme et des Sports” ! (…) 
  • La Société des Nations… La Conférence du Désarmement : une équipe d’ingénieurs, de techniciens qui imaginent qu’en boulonnant le couvercle de cette immense marmite qu’on appelle le Monde, elle n’éclatera pas, même si on la laisse sur le brasier des usines. 
  • Tout travail fait en série est belliqueux. 
  • Une Nation qui se flatte d’avoir “LA PAIX” pour idéal ne peut pas être une nation industrielle. 
  • Une nation pacifiste ne peut être qu’une nation de poètes, d’artistes, d’artisans ou de sauvages. (…) 
  • Une guerre européenne serait évidemment la fin de la civilisation occidentale.
    Une guerre n’est pas souhaitable, certes ! Mais la fin de cette civilisation mécanique, avec tout ce qu’elle comporte d’avilissement, ne serait-elle pas un bienfait pour l’Homme ? 
  • Au temps de l’esclavage, les captifs aspiraient à la liberté. En 1936, époque de “progrès” et de “science”, tout ce que les hommes revendiquent, c’est le droit d’être enfermés pendant quarante heures par semaine pour faire un travail idiot ! 
  • Définition du Bourgeois :
    Le bourgeois est celui qui pense que l’épaisseur de son portefeuille mesure sa supériorité et son intelligence. 
  • Chaque ouvrier est un bourgeois en puissance, en formation : assurances sociales, assurances maladies, retraites ! Comme idéal suprême, une chambre à coucher en faux bois, des tapis en fausse laine, des robes et des bas en soie artificielle, des bijoux en simili et des bibelots à “prix unique”… 
  • Qu’est-ce que le communisme ? ai-je demandé d’un air innocent à un ouvrier syndiqué.
    Parbleu ! la révolution sociale…
    Je ne lui ai pas demandé si elle serait aéro-dynamique. 
  • Pendant mon séjour aux usines, j’ai pu constater combien la classe ouvrière, fabriquée, malaxée par le milieu et l’ambiance était “standard”. Comme un pain de quatre livres ressemble à un autre pain de quatre livres, un ouvrier ressemble à un autre ouvrier… (…) 
  • La classe bourgeoise est désemparée à la perspective d’une révolution qui la dépouillerait de son argent. 
  • Il n’aimait que l’argent ! Il ne voyait que l’argent, ne comptait que sur la puissance de l’argent. L’argent s’écroulant, s’évanouissant, que va-t-il lui rester pour vivre ? Il avait bâti son existence sur l’argent. L’argent était le but de sa vie, son Idéal ! Le bourgeois ne croit plus en Dieu. Il va encore à l’Eglise, à la messe, pour remplir un rite obligatoire de sa condition… Mais, si l’argent n’existe plus, s’il n’a plus le moyen de s’enrichir, que fera-t-il de sa vie ? (…) 
  • Il est plus facile de devenir un technicien, un érudit, que de connaître la vie avec tout ce qu’elle comporte. 
  • Il faut beaucoup plus de volonté, d’intelligence, de compréhension pour labourer la terre, quand on a les moyens de ne pas la labourer, qu’il ne faut justifier d’authentiques qualités pour devenir avocat, médecin ou ministre. 

III

(…)

  • Quand ils prêchent le Désarmement, les Pacifistes en parlent comme les curés parlent du péché, de l’Enfer et du Paradis.
    Il n’est question dans leurs discours que de canons, de tanks, de mitrailleuses et d’avions de bombardement. Pourquoi oublient-ils le principal ? L’accroissement de la natalité de certaines puissances… les usines d’autos, de produits chimiques, d’avions de tourisme et même les fabriques de couteaux à dessert et de cuillers à café.
    Désarmer ? Oui ! mais désarmer la vie moderne ! (…) 
  • J’ai toujours été, depuis mon jeune âge, fixé quant à mes goûts, mes inclinations, mes sympathies. J’ai laissé aux autres, et sans regret, l’envie de ce que je n’aimais pas et de ce qu’ils adorent…
    Je n’ai jamais voulu qu’une chaumière, une vraie femme, des arbres fruitiers, un petit bois, une rivière, pas de livret militaire ; des fleurs et des bêtes. Comme c’est l’idéal le plus vrai, le plus réel, le plus simple depuis le commencement du monde, ce n’est pas très commode à réaliser. (…) 
  • Ce petit homme passe devant le tribunal correctionnel pour crime de défaitisme et attentat au crédit de l’Etat :
    100 francs d’amende et huit jours de prison ! prononce le Président.
    Mon président, dit l’accusé d’une voix douce, vous pouvez me condamner à 100 francs d’amende et huit jours de prison ; mais il n’est pas en votre pouvoir de me condamner à être un imbécile.
    (…) 
  • (…) Parfois, à travers des verdures – d’un vert pâle et indéfini – on aperçoit un château. Ce sont les fameux châteaux de la Loire que les panneaux-réclames, le Ministère des Loisirs et du Tourisme et les Guides vous invitent à visiter… Quelles grandeurs vides ! Quel froid ennui se dégage de tout cela ! Quel concours de richesses inutiles !
    Ces “châteaux” ont un destin amer. Ils deviennent des sanatoriales, des maisons de retraite pour vieux domestiques, vieux cabotins, vieilles concierges, vieux intellectuels…
    Quand l’homme aura retrouvé sa vie d’homme, qu’il aura refusé de “produire” quarante heures par semaine, les usines deviendront des refuges pour vieux exploiteurs, patrons séniles, techniciens gâteux, ouvriers pâles et syndiqués. (…) 
  • Si une nouvelle guerre éclate, pourra-t-on parler encore sans rire – ou sans pleurer – des bienfaits de l’instruction, du progrès et de la civilisation ? (…) 
  • Le marasme dans lequel se débattent toutes les branches de l’activité humaine n’est pas une crise : c’est un aboutissement, un résultat. 
  • (…) Où va la peinture ?
    L’Art n’ayant, par principe, aucun but, la peinture n’a jamais à “aller” nulle part. Elle n’a pas à devenir autre chose que ce qu’elle est :
    UNE MANIFESTATION INDIVIDUELLE.
    Si, aujourd’hui, se pose la question de l’avenir de la peinture, les peintres en sont responsables, qui ont fait de la peinture un métier. Ce qu’il faut plutôt se demander, et franchement, c’est ce que vont faire les peintres ! Etre “artiste peintre” ne constitue pas un métier et n’aurait jamais dû être considéré comme tel. (…)
    Engager les artistes à peindre des travailleurs pendant la période révolutionnaire, et à portraiturer des dictateurs pendant l’ère fasciste et des généraux pendant l’ère guerrière, c’est un point de vue !
    Leur faire décorer les mairies, les écoles, les maisons du peuple à l’avènement du communisme ; des palais et des châteaux sous le règne des aristocrates et des rois, c’est une manière d’en sortir. Et, si c’est possible, d’en vivre !
    Mais alors, avec de telles conceptions, qu’on ne vienne plus nous parler d’Art ! (…)
    Attribuer à la peinture un “but”, c’est aussi puéril que d’en attribuer un au chant du rossignol. (…)
    Je désire que tout le monde vive, que chacun mange et boive à son saoul. Mais quand on s’engage dans une voie aussi fragile, aussi peu sûre, dans un chemin aussi “en dehors” que la peinture, ne doit-on pas en accepter tous les risques avec dignité et abnégation ?
    Avant l’industrialisation, avant le règne de la machine, tous ceux qui envisagent ou embrassent aujourd’hui la carrière de peintre avaient leur place dans l’Artisanat. Avant que la machine ne les ait remplacés, ils exécutaient des tapisseries, des meubles, travaillaient la pierre, le bois, forgeaient le fer. (…)
    Ayant toujours placé la peinture au-dessus des contingences matérielles, j’ai fait tous les métiers pour gagner ma vie. Mais je n’ai jamais fait de la peinture un métier. (…) 
  • Un ami qui arrive de Russie me fait un récit enthousiaste de la vie en U.R.S.S.
    Je le questionne :
    Au point de vue de la vie, telle que nous la comprenons en France, y a-t-il quelques chose de changé ?
    Tout !
    Tout quoi ?
    Je dis “TOUT”. C’est bien simple, si tu ne me crois pas, vas y voir toi-même.
    Voyons, lui dis-je, procédons par ordre !
    Y a-t-il des maçons qui montent des murs, des cantonniers qui mettent des pierres sur les routes, des vidangeurs qui vident les fosses, des mineurs qui descendent dans la mine, des paysans qui labourent la terre, pendant que d’autres citoyens sont bien au chaud quand il fait froid et bien au frais quand il fait chaud ?
    Qu’est-ce que tu me racontes-là ?
    Je te demande s’il y a des types qui sont dans un bureau, en train de noircir du papier et des intellectuels qui glorifient le travail pendant que les copains le font ?
    Mon ami avait tout de même l’air un peu décontenancé…
    C’est forcé, tout cela, me dit-il avec brusquerie. Comment veux-tu que ça marche autrement ? Je me demande un peu ce que tu voudrais ! (…) 
  • Le Progrès, c’est la vieillesse et la Mort déguisées en Avenir… (…) 
  • La moitié du monde passe sa vie à s’approprier l’argent que possède l’autre moitié. 
  • La machine est le moyen de faire travailler quelques-uns au profit de tous… (…) 
  • Les théories cubistes sont à la peinture ce que les théories marxistes sont à la Sociologie. (…) 
  • Le communisme, c’est le régime bourgeois de demain. 
  • Animés par un nouvel idéal social, de nouveaux révolutionnaires surgiront. Mais il y aura toujours des marches militaires et des policiers. 
  • La guerre de 1914 fut une guerre “cubiste”, mais celle qui vient sera “surréaliste”. 
  • L’esprit bourgeois n’est pas prêt de mourir ; il renaît tous les jours, sous d’autres formes. 
  • En politique sociale, à part quelques grands artistes, Ravachol, Emile Henry et Vaillant, quels chefs-d’oeuvre les autres ont-ils fait ? Il y a bien eu Jésus-Christ. Mais cela ne lui a pas réussi… (…) 
  • Le vrai, le seul pacifiste, c’est celui qui l’est PAR NATURE, c’est le paysan. (…)
    Le Pacifisme n’est pas une théorie. C’est une fonction essentielle de l’ETRE, c’est une façon de vivre. Il suppose le renoncement de l’âme, le reniement des oeuvres factices, l’abjuration de la vie artificielle que l’homme s’est fabriquée.
    Voilà pourquoi le véritable pacifisme est incompatible avec les aspirations de la foule, de la masse du peuple des Villes…
    Le pacifiste, ce n’est pas le troupeau, c’est l’INDIVIDU. Ce n’est pas l’électeur et ce n’est pas l’élu, c’est l’HOMME.
    (…) 

IV

(…)

  • Mourir pour la collectivité, en héros, est une duperie : il n’y a pas réciprocité. 
  • Le Poilu Inconnu doit être fixé sur l’incommensurable bêtise et sur la monstrueuse hypocrisie humaine. 
  • Mourir empoisonné par des champignons ou mourir au champ d’honneur ? Dans les deux cas, c’est faire montre d’ignorance et de candeur. (…) 
  • Tous les groupements : Communistes, Croix de feu, toutes les Ligues, tous les Rassemblements populaires ne correspondent qu’à la même illusion, revivifier, électriser par la confiance un système faux, renouveler par la surenchère des combinaisons mortes, miser sur ce qu’on croit une martingale et qui n’est qu’une illusion. 
  • Si, dans chaque Nation, les dirigeants n’entrevoyaient pas la Guerre comme une fin providentielle, ils deviendraient fous devant l’insoluble problème économique et financier qui se pose au Monde. (…) 
  • On a séparé l’Eglise de l’Etat.
    A quand la suppression de l’instruction obligatoire et du service militaire obligatoire ? (…) 
  • Ce qui est dangereux, c’est que l’homme est arrivé à voler à cinq cent kilomètres à l’heure, cependant que son coefficient de bêtise, d’égoïsme et de cruauté est resté le même qu’au bon temps où il n’avait que ses pieds pour aller chez le voisin. (…) 
  • Pour le particulier, le seul moyen de sortir élégamment d’une situation inextricable, c’est le suicide. Pour une nation, c’est la guerre…
    L’Espagne est en train de résoudre pour une quarantaine d’années les problèmes jumeaux de chômage et de la surabondance. “Paix, pain et liberté !”… “Foi, espérance et charité”. Ces deux idéologies se seront affrontées avec une rage égale et les espoirs qu’elles représentent auront disparu, l’un comme l’autre, à tout jamais. (…) 
  • Les membres des Parlements de toutes nuances et de toutes couleurs votent des lois, toutes les lois qui leur passent par la tête. Cela n’a, à mon sens, aucune espèce d’importance. 
  • (…) Le travail de la machine rabaisse l’homme au niveau de la brute : ce ne sont pas les réductions d’heures de travail qui modifieront cet état… (…)
    Cet ennui qui ronge le Monde, cette insatisfaction, cette angoisse mortelle ont pour cause l’abandon de la création individuelle, du travail manuel intelligent qui, seul, peut apaiser le besoin d’extériorisation que nous ressentons tous, du plus petit au plus grand. (…)
    Où est le temps, pas encore si lointain, où les tailleurs de pierre se plaisaient à tailler la pierre, où les forgerons aimaient à forger le fer, où l’ébéniste, l’artisan, le sculpteur fabriquaient et sculptaient leurs meubles avec amour ?
    Tous chérissaient leur travail : l’artiste son art et le laboureur sa terre.
    (…) 
  • Les vrais artistes, les créateurs, sont des fleurs qu’enfante le hasard. 
  • On naît peintre comme on naît bossu. C’est un don ou une infirmité. 
  • Pour être champion de boxe, il ne suffit pas d’avoir un père millionnaire. 
  • Encourager les arts, c’est nourrir des nullités et donner un vain espoir aux médiocres ! 
  • Celui qui a une belle voix chantera malgré sa misère. (…) 
  • La lutte, la nage, la marche, la course ne sont plus des choses naturelles auxquelles on se livre sans réglementation et sans code… Au moins, parlez-nous du “sport” !
    Le “sport” est une institution de progrès. (…) 
  • L’activité du “Ministère des Sports” et de celui du “Sauvetage de l’Enfance” me font penser à celle des fabricants de masques destinés à combattre l’empoisonnement des villes par gaz toxiques.
    Il serait plus simple de supprimer l’emploi des gaz. De cette façon, les manufactures de masques perdraient leur raison d’être… Mais il est aussi impossible d’enrayer la vacherie humaine que la tuberculose et le cancer ! (…) 
  • Ainsi, grâce aux ingénieurs et aux techniciens, le monde actuel nage-t-il dans le bonheur et la béatitude… 
  • Un homme bien portant n’entrevoit même pas l’éventualité de son passage entre les mains d’un chirurgien. (…) 

V

(…)

Les techniciens agronomes sont de pauvres types et leurs statistiques une fumisterie. Tout cela ne changera rien aux faits et aux résultats. (…)

Leurs prévisions et leurs calculs vont se trouver en défaut. Tous les engrais chimiques du monde ne peuvent contrarier les lois de la nature. Personne n’oublierait ces vérités essentielles, si le désordre ne s’était installé dans tous les cerveaux, à commencer par ceux des spécialistes et des dirigeants de l’économie distributive.

En quoi consiste cette “surabondance” dont les techniciens parlent avec tant de véhémence ?

Abondance de saucisses, de fraises, de cerises, de pommes de terre, de tête de veau, de bifsteacks, d’abricots et de haricots verts ? Cette année, de blé ?

Il n’y a pas assez de beurre en France puisque le Tip le remplace. Pas assez de fruits puisqu’on les fait venir d’Espagne ou d’Amérique. Pas assez de pommes et de poires, puisqu’on en importe du Canada. S’il y a surabondance, c’est une surabondance de cons.

Accessoirement, c’est une surabondance d’objets manufacturés, d’autos, de bicyclettes, de machines à écrire, de seaux de toilette, de casseroles, de T.S.F., de phonos, de toute une quincaillerie, de bricoles en zinc chromée, en clinquant, qui, pour avoir subi les lois de la production intensifiée, ne trouvent plus ni débouchés, ni acheteurs.

Non contents de ne plus savoir que faire de toutes ces inutilités qui encombrent la vie actuelle, de ne plus savoir à qui les refiler, on a imaginé d’augmenter les salaires de ceux qui les fabriquent, afin qu’ils continuent à les fabriquer. Loin de restreindre la production, on crie stupidement à la sous-consommation.

Les techniciens de l’économie dirigée en sont toujours là : intensifier ! et l’augmentation des salaires n’a pas d’autre objet que de donner obligatoirement aux Français les moyens d’acheter deux autos, dix phonos, trois vélos, sept stylos, vingt pots de chambre, douze douzaines de briquets, trois moulins à café, neuf postes de T.S.F., deux mitrailleuses, un avion et trois tanks. (…)

L’ouvrier syndiqué, le fonctionnaire, n’est-ce pas le nouveau bourgeois d’aujourd’hui, le bourgeois à prix unique ? Est-il plus sympathique et le crois-tu meilleur et plus humain que le bourgeois classique, celui de la chaîne de montre en or et du chapeau haut de forme d’avant-guerre ? As-tu réfléchi que toutes les revendications humanitaires et égalitaires ne devaient aboutir qu’à ressembler au bourgeois, à jouer au bourgeois ? A enfiler un pyjama de plage, à s’épiler les sourcils, à se faire faire une permanente ? En un mot à s’affubler des signes extérieurs du capitalisme ?

Ne sais-tu pas que les mêmes saloperies se répètent éternellement ? Qu’aujourd’hui ceux qui ont la chance de travailler trouvent tout naturel d’être augmentés et d’avoir des congés payés, cependant que des centaines de milliers de leurs camarades, mâles et femelles, crèvent la faim et chôment ?

Se cramponnant à leurs places, ils ont obtenu ce qu’ils voulaient, ils se sont habillés “en dimanche” et se sont dirigés vers les gares… Ah ! s’ils avaient eu le beau geste ! S’ils avaient abandonné le prix de leur billet à ceux dont la machine a fait des morts vivants, aux camarades chômeurs ! On aurait pu dire qu’il y avait dans l’humanité quelque chose de changé, un espoir, l’aube de temps meilleurs. (…)

Le nouveau paysage que j’ai devant les yeux provoque en ma mémoire l’éveil de toute une autre catégorie de souvenirs : les révoltes anarchistes de mes vingt ans, les rancoeurs contre une aristocratie incapable et dégénérée, contre une bourgeoisie mesquine et dépourvue de véritables sentiments humains. A cette époque je croyais au peuple. Je l’imaginais perfectible. Mais qu’est-elle devenue cette masse ? En quelles pitreries se sont changés ces grands gestes qu’elle faisait quand elle tenait un pan du veston bourgeois ? Elle n’a su qu’imiter les vices contre lesquels elle se révoltait. Elle a prit à son compte les idéaux que nourrit l’argent. Elle a endossé, sans même les désinfecter, les défroques de ceux qu’elle avait combattus et réprouvés… (…)

A la mer, il y a les gens vêtus de pantalons de flanelle blanche qui se donnent des allures de yachtmen, les femmes aux cheveux platinés, vêtues d’une épuisette et du pyjama de plage à pattes d’éléphant… Tous ces échappés de prisons ont l’air heureux. La vie leur semble belle et ils ne songent qu’à remettre cela l’année prochaine.

Cette ville de pêcheurs, de gens qui avaient un métier, en est réduite à attendre avec anxiété, comme un banc de sardines aberrant, les francs-papiers de l’estivale nuée de sauterelles parisiennes. (…)

Peu de temps après, quelqu’un m’avait raconté l’histoire d’un chantage monstre qu’Arnold et trois ou quatre de ses amis, médecins et chimistes, avaient monté au détriment de grandes firmes américaines de conserves alimentaires.

Sous la menace de publier des comptes rendus de travaux de laboratoire concernant les origines et la propagation du cancer et de dévoiler ces dernières au grand public en les attribuant à la consommation d’aliments en conserves, ils avaient réussi à extorquer à ces firmes je ne sais combien de milliers de dollars… (…)

En ce même moment, la révolution espagnole fait rage… des milliers d’hommes s’entretuent.

Un idéal social, une mystique les séparent : deux clans, comme dans les guerres de religion. Et ces hommes se battent, s’entretuent et meurent pour un idéal de servitude !

Idéal de servitude, toujours…

S’il est difficile de ne pas obéir, il est aussi très difficile de ne pas avoir le désir de commander.

DESOBEIR au Progrès, à la civilisation… Désobéir à la mode, au snobisme, aux théories changeantes, contradictoires et déraisonnables. Désobéir à la machine ! Désobéir à la bêtise ! Prendre à rebours le chemin que suit la foule, la masse. Fuir la fausse mystique moderne. Renier l’idéal de la fille de la concierge, du fils du banquier, du retraité des assurances sociales…

S’en aller seul, tout seul… Ne compter que sur soi et n’obéir qu’à ses instincts, aux lois certaines de la nature… On frôle peut-être le précipice. Mais, à tout prendre, on ne risque pas beaucoup plus que le petit garçon bien gentil enterré à Verdun ou ailleurs…

Que ce soit au service d’Attila, de Charlemagne, de Robespierre, de Napoléon, de Guillaume II, de Lénine, d’Hitler, de Mussolini, de Franco…

Les masses s’évanouissent, disparaissent, conservant dans la Mort leur anonymat.

Les noms seuls de quelques-uns dont les mains furent rouges de sang sont gravés pour l’éternité dans la pierre.

On les imprime dans les livres pour les petits enfants.

 

Résistance politique: “Chiapas, feu et parole d’un peuple qui dirige et dont le gouvernement obéit” (essentiel EZLN version PDF)

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Présentation PDF EZLN

“Chiapas, feu et parole d’un peuple qui dirige et dont le gouvernement obéit”

 

Résistance 71

 

22 octobre 2018

 

 

— Le zapatisme n’est pas une idéologie
Ce n’est pas une doctrine à vendre et achetée
C’est… une intuition
Quelque chose de si ouvert et de si flexible que
Cela se produit en tout lieu
Le zapatisme pose la question:
“Qu’est-ce qui m’a exclu ?
Qu’est-ce qui m’a isolé ?”
En chaque endroit, la réponse est différente
Le zapatisme ne fait que poser la question
Et stipule que la réponse est plurielle
Que la réponse est inclusive…
Marcos, 1994 —

En adéquation avec l’appel venu récemment des montagnes du sud-est mexicain pour la formation d’un Réseau de Résistance et de Rébellion International contre l’oppression de la société capitaliste marchande et avec l’aide de Jo de JBL1960, nous avons compilé une bonne moitié des textes de l’EZLN que nous avons publiés, parfois traduits depuis 2012 sur ce blog, dans un pdf essentiel pour tous ceux qui désirent aller de l’avant dans l’émancipation par la pensée et l’action critiques menant sur le chemin de la complétion de notre humanité.

Après 10 ans de préparation clandestine, le cri des opprimés natifs originels de cette région du monde “¡Ya Basta!” “Assez est assez !” a retenti en 1994 et résonne toujours de plus en plus fort dans le monde, amplifié par les caisses de résonance que sont devenus les états de nos sociétés moribondes, coquilles vides de substance politique, sociale et culturelle.

Ces textes politiques essentiels, souvent émis par le porte-parole du mouvement, le charismatique et facétieux “Marcos” au nom de tous les compañeros et compañeras de la Sixta et des peuples opprimés du monde, nous montrent le chemin de la réalisation dans chaque endroit, ici et maintenant de nos sociétés émancipées par les associations volontaires qui, unifiées dans la grande compréhension de la complémentarité, créeront la société des sociétés qui réalisera pleinement l’Homme et le réconciliera avec la Nature qu’il bafoue depuis des siècles et des siècles.

 

Compilation PDF textes de l’EZLN
Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

 


« Vous êtes en territoire zapatiste en rébellion »

Les paroles ci-dessous nous expliquent qui sont les Zapatistes et affirment que leur lutte n’est pas seulement la leur, mais celle de nous tous, peuples opprimés, majorité des 99,9% trompés, bafoués, exploités et à terme assassinés par les 0,1% d’une “élite” auto-proclamée qui doit s’entendre dire une fois pour toute: “Assez, est assez !” Il suffit de dire NON ! Ensemble…

Voici qui nous sommes.
L’Armée Zapatiste de Libération Nationale.
La voix qui s’arme pour être entendue.
Le visage qui se cache pour être vu.
Le nom qui se cache pour être nommé.
L’étoile rouge qui appelle l’humanité et le monde, pour être entendue, vue et nommée.
Le demain à être moissonné dans le passé.

Derrière notre masque noir,
Derrière notre voix armée,
Derrière notre nom innommable,
Derrière nous, que vous voyez,
Derrière nous, nous sommes vous.

Derrière, nous sommes les mêmes femmes et hommes ordinaires,
Qui se répètent dans toutes les races,
Peints de toutes les couleurs,
Parlant dans toutes les langues,
Et vivant dans tous les endroits.
Les mêmes femmes et hommes oubliés.
Les mêmes exclus,
Les mêmes intolérés,
Les mêmes persécutés,
Nous sommes vous.

Derrière nous, vous êtes nous.
Derrière notre masque se trouve le visage de toutes les femmes exclues,
De tous les indigènes oubliés,
De tous les jeunes méprisés,
De tous les migrants battus,
De tous ceux emprisonnés pour leurs paroles et leurs pensées,
De tous les homosexuels persécutés,
De tous les travailleurs humiliés,
De tous ceux morts par négligence,
De tous les femmes et hommes ordinaires,
Qui ne comptent pas,
Qui ne sont pas vus,
Qui sont sans nom,
Qui n’ont pas de lendemain

Nous sommes les Zapatistes.
Nous vous avons invité pour que nous puissions nous parler,
Pour que vous voyez tout ce que nous sommes.

~ Comité Indigène Révolutionnaire Clandestin, depuis les montagnes du sud-est mexicain, le 27 juillet 1996 —

(Traduction Résistance 71 )

 

Notre page « Textes Fondateurs pour un Changement Politique »

 

Pour une résistance au colonialisme d’hier et d’aujourd’hui… « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire

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Résistance 71

 

19 octobre 2018

 

Avec l’aide de Jo de JBL1960 pour l’excellente mise en page pdf, nous vous proposons ci-dessous un des grands classiques de l’analyse critique du colonialisme publié en 1955 par Aimé Césaire: « Discours sur le colonialisme ». Pourquoi ? Parce que nous ne vivons en aucun cas dans un monde « post-colonial » comme l’oligarchie en place se plaît à nous le faire croire. Des continents entiers (Amériques, Océanie) sont toujours sous le joug colonial et oppriment en permanence les peuples originels aux endroits. Les ex-peuples colonisées sont toujours opprimées par des régimes issus d’un néo-colonialisme avéré et dont les élites corrompues bouffent toujours au râtelier de leurs anciens maîtres colonisateurs…
Halte à l’hypocrisie, sortir de la mentalité coloniale, de la relation oppresseur/opprimé fait partie intégrante de notre émancipation future. C’est une mission éducative qui passe par la connaissance et la mise au rancart de la dissonance cognitive dont bien des occidentaux font preuve.

Bonne lecture !

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme (PDF)

 

Résistance politique et réflexion sur les médias…

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De l’autre côté du miroir

Réflexions sur les médias

 

Salto subversion & anarchie

2013

 

« Je ne sais pas ce que vous entendez par “gloire” », dit Alice. Humpty Dumpty sourit d’un air méprisant : « Bien sûr que vous ne le savez pas, puisque je ne vous l’ai pas encore expliqué. J’entendais par là : “Voilà pour vous un bel argument sans réplique !” » « Mais “gloire” ne signifie pas “bel argument sans réplique” », objecta Alice. « Lorsque moi j’emploie un mot, répliqua Humpty Dumpty d’un ton de voix quelque peu dédaigneux, il signifie exactement ce qu’il me plaît qu’il signifie, ni plus, ni moins. » « La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire. » « La question, riposta Humpty Dumpty, est de savoir qui est le maître… C’est tout. » (Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir.)

En Europe, l’État moderne a hérité, en le sécularisant et en l’adaptant aux besoins du capitalisme, du mode de représentation spécifique au christianisme. La démocratie avec les institutions et les formes de représentation qui l’accompagnent et qui la sanctifient – dont les médias sont l’une des pièces maîtresses -, est véritablement le ciel idéalisé du monde terrestre du capital. Elle rappelle, par bien des côtés, l’univers chrétien avec ses fidèles, ses rites, sa hiérarchie ecclésiastique et même ses hérétiques. Les citoyens continuent, sous des costumes profanes, à se comporter en partie comme des chrétiens. Ils protestent parfois contre les abus des ministres terrestres du dieu démocratique et contre la fourberie des interprètes de sa parole, à l’occasion de façon impertinente, en les insultant, en les chassant et parfois en les rossant. Il leur arrive même de refuser de participer aux cérémonies présidant au choix et à l’intronisation de leurs élus par l’intermédiaire des élections – encore le jargon religieux ! Mais ils ne vont pas jusqu’à briser l’idole et à rejeter en totalité le système global de représentation qui l’enveloppe. Là, ils restent paralysés, comme frappés de terreur sacrée face à l’ampleur du sacrilège. Malgré leurs poussées de colère et de méfiance, ils continuent à y croire et à l’accepter pour autant qu’il prenne des apparences plus aimables, fasse mine d’écouter leurs doléances et de les rapporter aux représentants du peuple souverain. Et nombre de contestataires qui crachent sur la mise en spectacle de la réalité effectuée par l’institution étatique n’hésitent pourtant pas à céder aux appels de pied des médias, voire à les solliciter.

Il est donc impossible d’en rester à la stigmatisation des médias pour leurs omissions, leurs déformations, leurs falsifications, leurs calomnies, leur rôle de relais de la police, etc. Sinon, la rupture avec les bases même de l’État, telles qu’elles furent constituées à l’époque de la prise du pouvoir par la bourgeoisie, reste incomplète. Car les illusions sur la possibilité d’utiliser les médias sont la conséquence et la consécration de celles, concomitantes à la création et à la consolidation de l’État démocratique, sur la possibilité de prendre part aux assemblées souveraines, en premier lieu l’assemblée parlementaire, dans l’objectif de les transformer en tribunes de diffusion des idées subversives. L’auréole qui entourait, au lendemain de la Commune de Paris, la représentation parlementaire devait finalement, vu la multiplication des dispositifs et des médiations mis en place dans tous les domaines de la vie sociale, et vu la résorption relative de la politique dans l’économie et dans le social, être élargie à la représentation en général, au fur et à mesure que le capital labourait et domestiquait l’ensemble de la société.

C’est ainsi que le spectacle de la politique, désormais bien décrépi, est devenu le spectacle du monde par l’intermédiaire des médias, la culture jouant ici le rôle de l’une des prothèses essentielles de la politique. Par suite, quasi personne ne pense plus à participer aux élections (nationales ou communales) dans l’objectif de les retourner pour en faire des tribunes et pour en faciliter le dynamitage en cas d’insurrection. Par contre, l’argumentation de type léniniste, employée hier pour justifier la participation à la tribune parlementaire, est reprise presque à l’identique aujourd’hui pour affirmer que les révolutionnaires peuvent utiliser, à l’occasion, les tribunes que représenteraient les médias pour communiquer leurs idées – la communication est la transcription du terme désormais suspect de propagande. Bien entendu, face aux réticences que génèrent leur « subtile » tactique, à peu près aussi « subtile » que le parlementarisme des partis communistes d’antan, les adeptes de la dissidence journalistique déposent les mêmes bémols sur la même partition usée jusqu’à la corde, avec des promesses solennelles du genre : « L’utilisation des médias ne sera pas le nombril de notre activité. » Mais, dès que l’on a mis le pouce dans les engrenages de la représentation, il est difficile de l’en retirer et il n’est pas rare que, peu à peu, le corps y passe en entier, tête comprise. Dans Humain, trop humain, Nietzsche a bien résumé le processus amenant les individus, qui croient possible de jouer au plus malin avec la domination sans disposer du pouvoir réel, à en devenir de vulgaires partisans :

« À force de croire pouvoir endosser sans conséquences les rôles les plus divers, l’individu change peu à peu. À la fin, il n’est plus que ce qu’il croyait paraître. »

De même, l’antique préjugé religieux sur la toute-puissance attribuée au verbe est loin d’être dépassé, préjugé qui, hier encore, justifiait que les partis léninistes créent des fractions parlementaires, qui ne devaient pas participer aux commissions parlementaires et jouer seulement le rôle de tribuns du haut de leur perchoir. L’histoire du parlementarisme révolutionnaire a montré que les prétendus propagandistes étaient devenus, en règle générale et à bref délai, des députés au sens le plus habituel du terme, leur phraséologie révolutionnaire camouflant leur activité de gestionnaires de l’État. De même aujourd’hui, on imagine parfois pouvoir faire irruption sur le terrain de la représentation médiatique pour le labourer, en quelque sorte, avec le langage de la subversion. Mais ce n’est que dans la mythologie biblique que les trompettes détruisirent les murailles de Jéricho. De telles conceptions, qui accordent des vertus quasi magiques au verbe révolutionnaire, pouvaient faire encore illusion lorsque le système de représentation officiel du capitalisme le traitait en permanence en ennemi, le censurait, l’ignorait, etc. Mais l’histoire des poussées révolutionnaires, en particulier celles des années 1960-1970 et de leurs échecs successifs, est passée par là. Leurs caractéristiques inédites, entre autres leur critique embryonnaire de la séparation politique et du rôle de laquais du pouvoir d’État joué par les médias institutionnels ont affecté en profondeur le système de représentation contemporain. Loin d’être la simple conséquence de l’évolution propre du capital, il est aussi l’exécuteur testamentaire des illusions de ces révoltes, en particulier de la tendance à charger le langage de plus de potentialités subversives qu’il ne peut en avoir. L’État démocratique a pu ainsi effectuer la neutralisation des idées qu’elles portaient plutôt que les interdire.

Désormais, le fossé est pour l’essentiel comblé. Lorsque des formes d’expression hostiles à la société semblent prendre de la vigueur et acquérir quelque influence hors des sentiers balisés, les pires ennemis ne sont plus les censeurs, mais les récupérateurs et les experts en reconnaissance sociale et étatique, des journalistes aux sociologues. La démocratie fonctionne ainsi : les choses qu’elle ne peut pas ignorer, elle les reconnaît pour mieux les réduire à rien en les vidant de leur sens. Pour les irréductibles qui refusent de jouer le jeu, il reste évidemment la coercition. Mais plus les oppositions que l’État arrive à séduire paraissent subversives, plus le système de représentation y gagne. L’essentiel est qu’elles ne dé- bouchent pas sur quelque tentative de transformation du monde. En la matière, le rôle des médias est déterminant. Il y a longtemps qu’elles ne se contentent plus de dépeindre sous des couleurs chatoyantes le monde capitaliste et de stigmatiser en bloc n’importe quelle tentative de le remettre en cause. Bien que le mensonge, en particulier le mensonge par omission, reste nécessaire, la domination actuelle est capable d’absorber sans crises majeures l’étalage des horreurs qui accompagnent son cours. Même la contestation peut parfois devenir marchandise, en particulier lorsqu’elle évolue sur le terrain politique et culturel. Là aussi, la récupération du refus embryonnaire de la politique, qui avait cours dans les années 1960-1970, a été décisive. La politique dite révolutionnaire est devenue objet de représentation officielle, après avoir perdu son sel réellement révolutionnaire. Les médias y gagnent la faculté de représenter de façon réifiée les révoltes, de purger les passions de ce qu’elles peuvent avoir de subversif, de transformer les rêves et les tentatives de bouleverser le monde en d’inoffensives rêvasseries qui ne changent rien à la vie de ceux qui participent au spectacle de la consolation citoyenne. Les médias ont en fait des informations au même titre que le reste, des masses de données à sélectionner, à traiter et à régurgiter aux spectateurs désabusés par le spectacle quotidien du monde, qui va de crises en catastrophes, mais toujours à la recherche de nouvelles drogues médiatiques, aussi excitantes qu’éphémères. Ainsi tourne le monde de la marchandise la plus moderne.

Face à la désaffection envers la politique et à la dégénérescence des partis en clans occupés à gérer les affaires courantes, l’État a reconnu qu’il ne pouvait plus régenter la société seulement par les moyens habituels : par la coercition sans phrases et la gestion administrative des populations. Il y a là des fissures peut-être pleines de risques qui apparaissent et le pouvoir d’État a horreur du vide. C’est pourquoi l’heure est au serrage de vis, mais aussi à la participation de tous au spectacle qu’offre la démocratie. La censure existe toujours par intermittence, mais c’est essentiellement l’autocensure qui domine. La domination moderne ne peut se maintenir par le biais de la seule contrainte imposée comme telle et sans faire participer ceux et celles qu’elle écrase, à des degrés divers, au maintien de leur propre subordination. Elle favorise donc la mise en place des médiations destinées à encadrer et à neutraliser les tentatives de contestation embryonnaires, tels les colloques, les discutions contradictoires et les consultations, relayés par les médias et parfois organisés avec eux, voire par eux, dans lesquels les associations de citoyens sont invitées à débattre et à donner leur avis sur les « questions de société », déjà tranchées pour l’essentiel dans les coulisses du pouvoir d’État, afin de participer à la cogestion de leur aliénation. Les médias, même les plus contestataires d’entre eux, constituent donc des pièces maîtresses du dispositif de neutralisation en cours d’institutionnalisation. Ils jouent le rôle de relais de l’État pour combler les vides générés par l’atomisation de la vie quotidienne, pour « resocialiser les citoyens » et leur « redonner goût à la politique », comme l’affirment les sociologues. En d’autres termes, les médias participent pleinement au processus de sélection et de reconnaissance par l’État de leaders, d’associations, de lobbys, etc., qui sont censés représenter les forces d’opposition qui agitent la prétendue société civile. Au point que, contrairement à ce qui arrivait à l’époque de la reconnaissance par l’État des associations syndicales, il suffit aujourd’hui que telle ou telle vedette de la contestation soit reconnue par les médias comme interlocuteur pour que l’on dise d’elle qu’elle est représentative. Sans même savoir de qui et de quoi. Les médias donnent ainsi quelque apparence de force à des choses qui, parfois, en ont peu, ou pas du tout.

Dans de telles conditions, l’idée d’utiliser à l’avantage des révolutionnaires les niches médiatiques que le pouvoir leur concède n’est pas seulement illusoire. Elle est franchement dangereuse. Leur seule présence sur les plateaux ne suffit à fissurer le carcan de l’idéologie dans la tête des spectateurs. À moins de confondre puissance d’expression et puissance de transformation et à croire que le sens de ce que l’on exprime, par la parole, par la plume, par l’image, etc., est donné a priori, sans avoir à se préoccuper de savoir qui a le pouvoir de le faire. Il y aurait là du contenu qui pourrait exister sous des formes diverses sans en être affecté. Vieille illusion du monde réifié dans lequel les activités apparaissent comme des choses en soi détachées de la société. Mais pas plus que d’autres formes d’expression, la forme subversive du langage est la garante de l’incorruptibilité du sens. Elle n’est pas immunisée contre les dangers de la communication. Il suffit de l’exprimer sur les terrains propres à la domination pour en miner la signification, voire pour l’inverser.

C’est très exactement ce qui arrive sur le terrain des médias, lorsque l’on accepte d’y intervenir, même de façon insolente. Séparées de l’ensemble des conditions qui participaient à leur donner leur sens, les idées contestataires, même lorsque les médias n’y changent pas la moindre virgule, n’apparaissent plus que comme des opinions balancées sur le marché médiatique des idées, comme des interprétations du monde, voire des interprétations de la transformation du monde, parmi d’autres, bref des prises de position sans conséquences réelles. Au fond, il arrive ici, par exemple dans les tables rondes, ce qui est déjà advenu à l’époque de la naissance du parlementarisme. Des députés d’opposition prononçaient même parfois dans l’hémicycle des discours incendiaires qui les conduisaient en prison. Pourtant, en acceptant d’intervenir sur le terrain de la représentation politique, dont la clé de voûte était alors la Chambre des députés, ils apportaient de l’eau au moulin de la domination. À l’origine, ils pensaient sans doute diffuser leurs discours révolutionnaires en direction des populations qui, pétries d’illusions démocratiques, étaient à l’écoute de ce qui était débattu dans l’enceinte parlementaire. En réalité, ils étaient en train de passer de l’autre côté du miroir et commençaient à dialoguer avec le pouvoir d’État. Rien d’étonnant qu’ils aient fini, en règle générale, par y participer, voire par en prendre la direction. Car le spectacle n’est pas réductible à des ensembles d’images, mais il constitue le système de représentation dominant, intégré aux rapports sociaux entre des personnes, médiatisés par des images, rapports propres à la domination du capital. Partie intégrante de la domination, les médias participent également à l’instrumentalisation des relations sociales.

Avec l’introduction et la généralisation des nouveaux médias digitaux comme Internet, l’utilisation des « vieux » médias à des fins « subversives » semble laisser la place à l’intégration de toute une génération d’activistes, voire de révolutionnaires et d’anarchistes, dans les sphères virtuelles. Même quand ils identifient ces médias et leurs corollaires « participatifs » et « sociaux » comme des instruments de la domination, ils croient pouvoir en faire un usage qui nuirait à cette nouvelle forme de production de la pacification sociale. Mais le contenu cède rapidement la place aux exigences inhérentes à ces instruments et à toute la technologie de communication : rapidité, compatibilité avec l’ensemble, réductionnisme, reconnaissance par et dans le spectacle virtuel, efficacité. La subversion dans la pensée et dans les actes ne peut être imaginée que comme un mouvement de libération de telles caractéristiques. La représentation dans le monde virtuel suit la même ligne logique qui va de l’assemblée parlementaire aux médias : elle suscite l’illusion de combler la lacune entre les discours révolutionnaires et les véritables poussées subversives et reculs dans les rapports sociaux. Ce qui peut être représenté, ne saurait longtemps résister à l’intégration dans la gestion moderne de l’ordre.

Les spectateurs, même les plus informés, n’en restent pas moins des spectateurs. Il règne entre eux le silence ou le rabâchage des clichés aussi protéiformes que banals qui correspondent aux rapports entre marchandises. Ils restent isolés ensemble. Toutes les formes de langage leur sont alors étrangères et s’autonomisent comme discours du pouvoir. Le spectacle est l’inverse du dialogue, de la rencontre et de la recherche d’affinités pour combattre le système qui nous sépare et nous traite comme des objets manipulables à volonté. Refusons donc des formes d’instrumentalisation, telles que la participation au spectacle médiatique, et traitons-les comme elles le méritent : en ennemies. N’oublions jamais que, séparés de l’activité subversive, les modes d’expression, aussi subversifs qu’ils puissent paraître, finissent par perdre leur saveur. À nous de mettre en œuvre nos modes de dialogue, par la plume et par d’autres moyens qui nous sont propres.

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Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

Que faire ?

L’anarchie pour la jeunesse

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme Gustav Landauer

le bouclier du lanceur d’alerte