Archive pour désobéissance civile

Technologie et Nouvel Ordre Mondial: quand un ancien gourou de Facebook dit: « Ma décision est de ne pas utiliser cette merde »…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, crise mondiale, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, Internet et liberté, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, presse et média, résistance politique, sciences et technologie, sciences et technologies, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 21 janvier 2018 by Résistance 71

L’actualité déconcertante de la pensée de Michel Bakounine, tirée de son texte posthume « Dieu et l’État », recueil d’écrits publié par ses amis Carlo Cafiero et Élisée Reclus en 1882 soient 6 ans après sa mort. Analysez la pensée de Bakounine après la lecture du texte de Henderson que nous avons traduit ci-dessous (et vice versa) et observez ce qu’il se passe autour de vous dans le rapport de l’Homo imbecilus moderne avec ses gadgets électroniques. « Etonnant non ?… » dirait le professeur Cyclopède…
~ Résistance 71 ~

« Un corps scientifique auquel on aurait confié le gouvernement de la société finirait par bientôt ne plus s’occuper du tout de science, mais d’une toute autre affaire, l’affaire de tous les pouvoirs établis serait de s’éterniser en rendant la société confiée à ses soins toujours plus stupide et par conséquent toujours plus nécessiteuse de son gouvernement et de sa direction. »

« Je ne reconnais point d’autorité infaillible, même dans les questions toutes spéciales ; par conséquent, quelque respect que je puisse avoir pour l’honnêteté et la sincérité de tel ou tel autre individu, je n’ai de foi absolue en personne. Une telle foi serait fatale à ma raison, à ma liberté et au succès de mes entreprises ; elle me transformerait immédiatement en un esclave stupide et un instrument de la volonté et des intérêts d’autrui… »
~ Michel Bakounine ~

 

L’addiction technologique et l’agenda du Nouvel Ordre Mondial

 

Dean Henderson

 

8 janvier 2018

 

url de l’article original:

https://hendersonlefthook.wordpress.com/2018/01/09/tech-addiction-the-illuminati-agenda/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans une lettre ouverte récente, les deux plus grands investisseurs d’Apple, Jana Partners et le California State Teacher’s Retirement System ont appelé le géant de la technologie à sérieusement regarder et analyser en quoi l’augmentation du temps passé devant les écrans affectent et enchaînent les enfants à la technologie électronique.

La lettre dit: “Apple peut jouer un rôle important en signalant à l’industrie de prêter particulièrement attention à la santé et au développement de la prochaine génération de nos enfants et que ceci est une bonne pratique affairiste et la chose correcte à faire.”

Tandis qu’une poignée de commentateurs, moi compris (https://hendersonlefthook.wordpress.com/2016/07/13/the-internet-psyop-the-coming-collapse/) ont averti contre les dangers d’un monde opérant en mode de “réalité accrue”, cette lettre pourrait-elle être une sonnette d’alarme pour un saut quantique de conscience sociétale en ce qui concerne les dangers de l’addiction technologique sur une très grande échelle ?

Espérons-le.

Avec le CERN qui ouvre la boîte de Pandore dans sa quête arrogante de la “particule de dieu” et les antennes émettrices/réceptrices toujours plus puissantes de notre téléphonie mobile émettant la matière noire générée par le CERN et les appareils démoniaques à “reconnaissance faciale” aux mains de presque chaque américain, enfant et adulte de manière indifférenciée, nous sommes maintenant à une croisée des chemins spirituelle sur cette planète Terre.

La programmation illuminati à la fois sur les télévisions et sur internet, sort au grand jour. La fin de la toute dernière publicité pour la chaîne de Fastfood Taco Bell contient l’admission tacite de l’existence des sociétés secrètes.

Le 13 novembre dernier, la Food and Drug Administration (NdT: FDA, l’organisme américain régissant l’agro-alimentaire, la nourriture et les médicaments – “drugs” en anglais…) a approuvé le premier médicament sous prescription contenant un micro-processeur.  Abilify MyCite contient un “système de traçage d’ingestion numérique”, qui va enregistrer si le patient a pris ou non son médicament.

La fin de partie pour les oligarques est proche et la technologie est leur fer de lance. Ironiquement, c’est le disCERNement qui devient très important alors que les médias de l’oligarchie montent d’un cran dans le mensonge et la déception et brouillent les cartes de qui sont les anges et qui sont les démons.

Les médias sociaux sont leur endroit privilégié.

En novembre dernier, l’ancien président de Facebook, Sean Parker, a demandé au sujet des plateformes de médias sociaux: “Quel effet cela a t’il sur les cerveaux de nos enfants ?”

Un ancien top exécutif de Facebook Chamath Palihapitiya a parlé de la solution évidente: “Je peux contrôler ma décision, qui est en fait de na pas utiliser cette merde.” Ceux qui choisissent de rester accrocs à leur portable et autres instruments électroniques, tablettes, agissent comme conducteurs électriques pour un portail démoniaque de foule prône au lynchage et qui ne fait qu’apporter mensonge, haine, division, mort et destruction sur cette planète.

Ceux qui choisissent de retourner parler aux animaux, aux arbres, au ciel et à la terre-mère vont voir le mensonge ambiant et vont chercher à réunifier les gens pour devenir les ennemis de l’état satanique.

C’est assez simple en fait. et c’est précisément là où on peut trouver dieu/la Nature…

= = =

Comprendre et agir:

Manifeste de la societe des societes

Que faire ?

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Résistance politique: Coopération et socialisme (Pierre Kropotkine)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 19 janvier 2018 by Résistance 71

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Coopération et socialisme

 

Pierre Kropotkine

 

Les Temps Nouveaux, juillet/août 1895

 

Il faut se reporter aux années trente et quarante de ce siècle pour réaliser l’enthousiasme avec lequel on envisageait alors la coopération, ou bien « l’association », comme on disait en France, et pour apprécier l’audace de Proudhon qui osa l’attaquer de front.

L’association, dans les idées d’alors, devait tout changer. Pour éviter de payer un tribut formidable aux intermédiaires du commerce, un groupe d’ouvriers se cotisait pour acheter ensemble un sac de farine, et la revendre aux membres du groupe au prix de revient, plus quelques frais minimes d’administration. Et, peu à peu, à force de privations et de luttes, ce groupe réussissait à en attirer d’autres et à se fournir mutuellement tout ce qu’ils consommaient à 20 ou 30 pour 100 au-dessous des prix chez les fournisseurs marchands.

Ce petit essai devait peu à peu réformer le monde. La petite coopération ferait tache d’huile, elle finirait par englober tous les travailleurs. Elle supprimerait les intermédiaires. Pain, viande, logement seraient fournis au prix de revient : le travailleur s’émanciperait du vautour-intermédiaire. Il gagnerait l’habitude de l’association, de la gérance de ses propres affaires. Il toucherait du doigt les avantages du communisme et acquerrait graduellement des vues plus larges sur les rapports nationaux et internationaux.

Puis, en utilisant une part des bénéfices pour élargir les affaires, on créerait des groupes producteurs. Au lieu d’acheter le drap ou les chaussures au fabricant capitaliste, on formerait des associations de production qui fourniraient aux associations de consommateurs tout ce qu’elles achètent aujourd’hui aux vautours capitalistes. Peu à peu, ceux-ci seraient éliminés de la production, aussi bien que de la consommation. Et si les travailleurs réussissaient à forcer l’État à leur ouvrir crédit pour la production (projet Louis Blanc, repris plus tard par Lassalle et encore en vogue dans la démocratie socialiste), la révolution économique serait faite.

Le travailleur, affranchi du capitaliste, se trouverait en possession de l’outillage nécessaire pour produire. Il jouirait du produit intégral de son travail. Les bons de travail aidant, pour permettre à l’ouvrier d’acheter sans attendre que la vente de ses produits soit faite, c’était la révolution sociale accomplie.

Il ne serait pas juste de traiter le mouvement coopératif d’insignifiant. Au contraire. En Angleterre et en Écosse, plus de 1.600.000 personnes et ménages font partie des coopératives de consommation. Les coopératives se rencontrent partout, surtout dans les villes et villages du Nord. Leurs affaires se chiffrent par des milliards de francs. Et la coopérative centrale, en gros, à Manchester, qui fournit tout aux coopératives locales, est un établissement formidable, dont les magasins à plusieurs étages couvrent tout un quartier, sans parler de ses immenses magasins dans les docks de Liverpool. Elle envoie ses cinq ou six vaisseaux chercher le thé en Chine, elle achète le sucre aux Indes, le beurre au Danemark, les cotonnades aux grands producteurs, et ainsi de suite… — « Supposez une révolution sociale à Manchester, demandai-je aux administrateurs, pourriez-vous nourrir et vêtir toute la cité, et distribuer les produits dans tous les quartiers ? — Avec notre matériel, nos arrangements et les hommes de bonne volonté, ce serait fait en vingt-quatre heures. Fournissez l’argent ou le crédit pour acheter, — il n’y aurait pas l’ombre de difficulté », fut la réponse immédiate.

Et c’est vrai. Il faut voir l’établissement pour comprendre la justesse de l’affirmation.

En outre, la tendance est depuis quelque temps de fonder des associations de production sur une large échelle, qui fabriquent le nécessaire. Après nombre d’échecs, les coopérateurs anglais ont réussi à faire bien marcher leurs fabriques de chaussures, leurs moulins à farine, leurs boulangeries. Un tiers du pain mangé par les 686.000 habitants de Glasgow est déjà fourni par les coopératives.

En un mot, les coopérateurs anglais et écossais ont eu un succès considérable ; ils sont une force qui grandit encore. Seulement, ce succès est tel que les premiers coopérateurs s’en seraient détournés avec dégoût ; car, jusqu’à ces dernières trois ou quatre années, où l’esprit socialiste a commencé à envahir les coopératives, aussi bien que la bourgeoisie elle-même, les coopératives anglaises restaient les forteresses du bourgeoisisme ouvrier.

Quant à leurs effets directs sur le bien-être de l’ouvrier, ils sont bien minces.

Nos lecteurs suisses se souviennent de la misère qui régnait à la Chaux-de-Fonds en 1877-78. On ouvrit alors une cantine municipale, où l’on avait un bon repas à bas prix. Mais déjà, deux mois après l’ouverture de la cantine, le loyer des chambres dans un rayon d’un demi-kilomètre de la cantine avait monté d’au moins cinq francs par mois. — « Mais monsieur peut bien payer cinq francs de plus pour la chambre, puisqu’il sera à deux pas de la cantine », répondaient ces dames avec un doux sourire.

Le gros bourgeois anglais a fait plus : il a imposé le partage des bénéfices dus aux coopératives. Il y a quelques années, un coopérateur de Newcastle nous amena chez un vieux mineur qui devait nous initier aux avantages de la coopération, et il le fit en ces termes :

« Eh bien, vous voyez. Avec 9 shillings de salaire par semaine, je vis aujourd’hui tout aussi bien que je vivais, il y a vingt ans, avec 16 shillings. Et cela, grâce à la coopérative. La maisonnette m’appartient ; je l’ai achetée par la coopérative et n’ai plus de loyer à payer. Sur tout ce que j’achète, j’économise au moins trente pour cent. Et mes neuf shillings suffisent là où seize suffisaient à peine. »

On prévoit notre question : « Mais pourquoi ne gagnait-il plus que 9 shillings au lieu de 16 ? » et l’on prévoit aussi la réponse : — « Le travail ne marche pas ; nous ne travaillons que trois jours par semaine ! »

Autrement dit : puisque le capitaliste a tout avantage à tenir une armée de mineurs, qu’il ne fera travailler que trois jours par semaine et qui, au moment où les prix du charbon montent, pourront doubler la production — il le fait. Il fait en grand ce que les bonnes dames de la Chaux-de-Fonds faisaient en petit. Il profite de la coopérative.

Ces deux petits tableaux — deux petits coins de la réalité — résument toute l’histoire des coopératives. La coopérative peut accroître le bien-être de l’ouvrier ; cela va sans dire. Mais pour que l’ouvrier ne perde pas tout l’avantage à la suite de salaires rognés, de chômages exagérés, de rentes sur la terre et, partant, des loyers montant toujours, et des impôts toujours grandissants, — pour que l’avantage acquis par la suppression de l’intermédiaire ne soit pas volé par le seigneur foncier, le banquier, le patron et l’État, il faut qu’il attaque de front cette nouvelle coopérative de vautours ; il faut qu’il lutte avec eux par la famine ou la torche des grèves, par la conspiration et la révolte. Et s’il ne le fait pas — il a travaillé pour l’autre coopérative, celle des vautours.

On en arrive toujours au même point. La lutte, la guerre contre l’exploiteur, reste toujours la seule arme de l’exploité.

Mais il y a pire.

Tandis que la lutte, par la grève, la guerre aux machines, la guerre contre le seigneur foncier (qui prend mille caractères divers selon les localités), et la révolte contre l’État, unit les travailleurs, — ces expédients, tels que la coopérative, les divisent.

En effet, jusqu’à ces dernières trois ou quatre années, il n’y avait pas en Angleterre pires patrons que les coopérateurs. Leurs congrès de 1886 et 1887 étaient frappants sous ce rapport. L’égoïsme des coopérateurs, surtout dans le Nord, a été un des plus grands obstacles au développement du socialisme dans cette partie de l’Angleterre. La peur de perdre le peu qu’ils avaient acquis après tant de luttes — l’homme aime toujours ce pour quoi il a lutté — s’élevait comme une barrière contre toute propagande de solidarité, soit dans les grèves, soit dans la propagande des idées socialistes. Il était bien plus facile de convertir un jeune bourgeois au socialisme que d’y amener un coopérateur.

Cela change aujourd’hui, empressons-nous de le dire à haute voix. Certainement, cela change ; mais le « comment » du changement est hautement instructif. Cela change, parce que d’autres ont mieux fait à côté.

En effet, lors de la dernière grève des mineurs du Yorkshire, tout le monde lisait avec stupéfaction que la coopérative en gros de Manchester avait versé 125.000 francs d’un coup au fonds gréviste. On imagine l’effet de ce cadeau sur l’issue de la grève. Mais ils ont fait mieux. On nous affirme que la coopérative centrale avait ouvert un crédit de près d’un million de francs aux petites coopératives locales dans les villages de mineurs, et quiconque sait combien la négation de tout crédit est un article de foi chez les coopérateurs, appréciera encore mieux cette avance qui permit aux coopératives locales d’ouvrir crédit aux mineurs.

Des amis dignes de foi nous affirment, en outre, que dans les nouvelles associations de production, les relations entre ouvriers-ouvriers et ouvriers-patrons changent complètement, et nous nous empressons d’admettre qu’il en soit ainsi.

Mais d’où vient donc ce vent nouveau qui souffle dans les coopératives ?

— Des « théoriciens », parbleu ! Les coopératives aussi se ressentent du souffle de socialisme qui fait aujourd’hui des recrues jusque dans le camp ennemi des bourgeois.

Deux courants se dessinaient nettement, il a cinquante ans, au sein des socialistes. Les uns voulaient. Être « pratiques » et se lançaient dans une série d’expédients. « Puisque les travailleurs ne sont pas communistes, disaient-ils, il faut les rendre communistes par intérêt personnel. La coopérative, basée sur l’égoïsme personnel, les habituera au communisme. » Et pendant cinquante ans on a fait la pratique de cet expédient, avec les résultats que l’on connaît.

Mais, heureusement, il y avait aussi des « théoriciens », des « écervelés », parmi les socialistes. Ils n’ont pas voulu entendre parler d’esprit communiste développé par l’étroit égoïsme pécunier. Ils ont tourné le dos aux expédients (tout comme nous, anarchistes, tournons aujourd’hui le dos aux expédients politiques et économiques). Ils ont suivi leur évolution naturelle.

Deux lignes divergentes se sont ainsi produites de cette façon. Les hommes aux expédients ont suivi l’une, les socialistes ont suivi l’autre. — « Vous êtes des théoriciens, des rêveurs, des insensés, des fous, a-t-on dit à ceux-ci ; vous devriez devenir pratiques, faire de la coopération et le reste ! » À quoi ils répondaient avec un mépris hautain et suivaient leur voie — la voie de la propagande et de la révolte contre tout l’ensemble de la civilisation actuelle, contre toutes les formes de l’exploitation à la fois.

Et ils avaient mille fois raison. Les deux lignes ont divergé de plus en plus. Et voilà que maintenant lorsque le socialisme, dans son entier, et l’anarchie, dans son entier, ont fait impression profonde sur les idées du siècle, lorsque la révolte contre toute exploitation économique et étatiste a fait des recrues dans toutes les couches sociales, — les « expédientistes » aussi sont atteints, et leur ligue commence à verser dans le courant socialiste.

Elle sera forcée d’y verser entièrement. Autrement, elle appartiendrait au monde qui s’en va, et serait condamnée à disparaître.

Peut-on demander, après cela, si les socialistes ont eu raison de refuser les compromis et de rester « théoriciens », comme les bourgeois aimaient à dire ? S’ils rentraient dans le courant coopérateur — faux à son origine même, puisque basé sur l’affranchissement partiel de l’individu, dans une partie minime seulement de ses servitudes, — si le courant socialiste versait dans la coopération, il y était noyé, il devenait méconnaissable, il y perdait son essence même ; il devenait ni chair ni poisson — un compromis.

Mais il a préféré rester dans son isolement. Plutôt être une poignée que de perdre ses traits distinctifs, de sacrifier le meilleur de sa pensée ! Et il a fini par forcer l’autre courant à donner tout ce qu’il devait donner, à se développer entièrement et, alors, verser ses eaux dans le courant socialiste.

Absolument la même chose arrive avec le courant anarchiste. Nous savons que dans la révolution sociale l’association des consommateurs et des producteurs sera une des formes de la société naissante. Mais pas cette association ayant pour but d’encaisser sa plus-value ou son bénéfice. Et nous propageons toute notre pensée, nous soufflons toute notre révolte contre le monde qui s’en va. Nous propageons nos idées partout, dans l’union ouvrière, dans la coopération comme dans les masses ouvrières non organisées — et en faisant cela, — puisque nous sommes dans le vrai, — nous finirons par faire verser tous ces courants partiels dans un grand courant : — l’anarchie.

Analyse politique: Les Mayas zapatistes nous montrent la voie… Du feu à la parole, entretien avec Jérôme Baschet

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A lire en complément:

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Entretien avec Jérôme Baschet sur l’expérience zapatiste d’autogouvernement

mercredi 3 janvier 2018, par Alizé Lacoste Jeanson, Jérôme Baschet

Source: https://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Jerome-Baschet-sur-l-experience-zapatiste-de-l-autonomie

Le Comptoir : Vous êtes historien, enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris jusqu’en 2016 et à l’Université autonome du Chiapas à San Cristóbal de Las Casas encore aujourd’hui, où vous vivez depuis 1997. Qu’est-ce qui vous a amené au Mexique, et quel est votre rôle à l’université de San Cristóbal de Las Casas ?

Jérôme Baschet : C’est en effet une trajectoire de vingt ans, pendant laquelle j’ai mené en parallèle mon intérêt pour les dynamiques contemporaines au Mexique et mon enseignement et mes recherches comme historien du Moyen Âge. Mais le déplacement progressif de l’équilibre entre ces deux versants de mon activité m’a conduit, il y a un an, à mettre fin à mon enseignement à l’EHESS, à Paris. C’est vous dire dans quel sens penche la balance…

Comment liez-vous votre recherche d’historien à l’actualité du zapatisme auquel vous avez consacré quatre ouvrages ?

Je dirais surtout que mon expérience au Chiapas a complètement transformé mon travail comme historien. Enseigner le Moyen Âge européen à des étudiants mexicains a été pour moi l’occasion de repenser cette période à partir de ses prolongements outre-Atlantique, dans les structures du monde colonial qui resteraient incompréhensibles si l’on ne prenait en compte le rôle que l’Église a joué dans leur consolidation. Sur des points plus spécifiques, la connaissance des conceptions des peuples mayas a constitué un point d’appui important pour l’étude comparée des conceptions de la personne humaine et pour atteindre, par différence, une meilleure compréhension des représentations propres à l’Occident médiéval (c’est ce à quoi est consacré Corps et âmes. Une histoire de la personne au Moyen Âge, publié l’an dernier et qui comporte un versant comparatiste).

Enfin, l’inspiration zapatiste m’est apparue d’emblée très féconde, bien sûr dans une perspective politique, mais aussi d’un point de vue historiographique. On peut y découvrir de riches filons pour reprendre l’examen de nos conceptions de l’histoire et de la temporalité, et notamment pour lutter contre la tyrannie du présent, qui s’impose dans notre monde toujours plus pressé, en manque de temps et soumis à la dictature de l’urgence. C’est ce que les historiens ont pris l’habitude de dénommer « présentisme » et que les zapatistes identifient comme le règne d’un « présent perpétuel ». C’est à en préciser les caractéristiques et à explorer les chemins qui permettent d’en sortir qu’est consacré mon prochain livre, qui paraîtra au début de l’année prochaine et qui, une fois encore, trouve son appui principal dans l’expérience zapatiste.

Comme pour la problématique de la tyrannie du présent, il semble que le mouvement zapatiste intègre des constructions théoriques et trouve les moyens de lutter par la pratique quotidienne. Est-ce que cela provient des années de clandestinité durant lesquelles les zapatistes de l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) se sont intégrés aux communautés pour s’en inspirer ?

En effet, l’EZLN a été fondée, en 1983, comme un foyer de guérilla guévariste relativement classique. Pour de multiples raisons, elle s’est rapidement transformée en organisation armée des communautés indiennes. Cette organisation n’est pas restée extérieure au monde indigène ; elle s’est « indianisée ». Les militants formés au marxisme-léninisme racontent leur expérience comme une heureuse défaite, au cours de laquelle leur vision du monde initiale, carrée et pétrie de certitudes, s’est retrouvée « toute cabossée ». C’est sans doute cette expérience initiale qui a amorcé un profond et constant processus d’autotransformation, dans lequel c’est, le plus souvent, l’expérience concrète qui prime. Ce qui n’empêche pas l’EZLN d’être dotée d’une notable créativité théorique.

Dans l’expérience zapatiste, le rapport entre théorie et pratique me semble bien exprimé par l’expression qui invite à caminar preguntando [avancer en posant des questions]. C’est le refus des postures dogmatiques et avant-gardistes, sûres de savoir où guider les « masses ». Il faut avancer sans certitude et sans garantie. C’est la force des questions qui se posent à chaque pas qui permet d’ouvrir un chemin qui n’est pas tracé d’avance.

« Les théories non seulement ne doivent pas s’isoler de la réalité, mais doivent chercher en elles les leviers qui leur sont parfois nécessaires quand elles se retrouvent dans une impasse conceptuelle. Les théories rondes, complètes, achevées, cohérentes, sont parfaites pour présenter un examen professionnel ou remporter un prix, mais généralement elles sont réduites en miettes au premier coup de vent de la réalité. » Sous-commandant Marcos, « Sentir le rouge », Saisons de la digne rage (Climats, 2009)

Pouvez-vous nous décrire le rapport de forces au moment de l’insurrection du 1er janvier 1994 ?

L’essor de l’EZLN au Chiapas a été impressionnant pendant les années de clandestinité. Dans la région que l’on appelle la « forêt Lacandone », presque tous les villages étaient devenus zapatistes. Leur implantation était également forte dans les hauts plateaux du Chiapas, région où se trouve San Cristóbal de Las Casas, la capitale historique de l’État. Ce sont probablement des centaines de milliers d’Indiens qui ont pris part, directement ou indirectement, au soulèvement lors duquel quatre villes du Chiapas ont été occupées par l’EZLN, sans compter les nombreuses organisations qui, sans être zapatistes, ont profité du soulèvement pour se mobiliser et notamment pour lancer leurs propres occupations de terres.

S’agissant des zapatistes, leur équipement militaire était des plus rudimentaires (de simples fusils de chasse pour certains) ; le rapport de forces avec l’armée fédérale mexicaine était, sur ce plan, des plus déséquilibrés. Mais la connaissance du terrain et l’intégration avec les communautés indiennes ont toutefois constitué des facteurs favorables ; lorsque l’armée fédérale, en février 1995, a lancé une offensive visant à éliminer tous les dirigeants de l’EZLN, elle a échoué. Surtout, en position d’infériorité sur le plan militaire, la justesse des causes défendues par l’EZLN a suscité une énorme solidarité au plan national, et aussi international ; c’est très certainement ce qui a permis au zapatisme de poursuivre son chemin jusqu’à aujourd’hui.

Enfin, puisque vous me posez une question sur « le rapport de forces », j’ajouterai que les zapatistes ont souvent dit, avec l’humour qui les caractérise, qu’ils disaient « merde au rapport de forces ». Une manière de signaler que s’ils avaient attendu que le rapport de forces leur soit favorable, ils n’auraient jamais rien entrepris…

Comment résumer les presque dix années de combat politique au niveau local et national qui ont suivi, jusqu’à la création des Caracoles (escargots en espagnol, qui désignent les bâtiments où se prennent les décisions pour chaque zone) en 2003 ?

Les zapatistes eux-mêmes ont souvent divisé cette histoire en deux parties : le feu et la parole. Elles sont très inégales en durée. Le feu des fusils a retenti pendant douze jours seulement. Puis, les zapatistes ont accepté le cessez-le-feu exigé par la population mexicaine et proposé par le gouvernement. S’est alors ouverte l’étape de la parole. Des « dialogues » ont eu lieu avec le gouvernement fédéral, dans la cathédrale de San Cristóbal d’abord, sous les auspices de l’évêque Samuel Ruiz, puis dans la petite ville de San Andrés Sakamch’en de los Pobres, où les délégations zapatiste et gouvernementale signent une première série d’accords portant sur les droits et la culture indigènes, en 1996. À partir de là, en même temps qu’ils poursuivaient le dialogue avec la « société civile » mexicaine et internationale (à travers toute une série d’initiatives, comme la Rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme, à l’été 1996), les zapatistes n’ont eu de cesse de lutter pour obtenir la transcription constitutionnelle des Accords de San Andrés, ce que le président d’alors, Ernesto Zedillo, a refusé. Obtenir cette reconnaissance constitutionnelle était l’objectif de la Marche de la couleur de la terre jusqu’à Mexico, en 2001, qui a permis de plaider en sa faveur à la tribune du Parlement. Mais en vain. Une nouvelle rupture est alors intervenue : tirant les conclusions de l’échec d’un chemin très légaliste, les zapatistes décident de mettre en pratique, dans les faits, l’autonomie reconnue aux peuples indiens dans les Accords de San Andrés, à défaut d’en avoir obtenu la reconnaissance constitutionnelle. C’est le début d’une nouvelle étape, qui dure jusqu’à aujourd’hui.

Comment s’est traduite cette autonomie sur la prise de décisions collectives et à quelle échelle ?

C’est un véritable système politique d’auto-gouvernement qui s’est mis en place, sur un territoire assez ample, de l’ordre d’une région comme la Bretagne. Il se développe à trois échelles. D’abord, les communautés, c’est-à-dire les villages, qui, dans la tradition indienne, ont leur assemblée, qui est le lieu de parole et d’élaboration des décisions collectives. Puis les communes autonomes, qui ont commencé à se constituer à partir de 1994 et qui sont aujourd’hui au nombre de vingt-sept (une commune, au Mexique, c’est très grand ; cela peut représenter des dizaines de villages, voire une centaine). Enfin, en 2003, les zapatistes ont créé cinq conseils de bon gouvernement, qui sont des instances régionales qui coordonnent l’action de plusieurs communes.

À chacun de ces trois niveaux, il y des assemblées et des délégués élus pour des mandats non renouvelables, révocables à tout moment, sans salaire ou avantage matériel (ce qui fait une différence considérable avec les structures institutionnelles au Mexique). Ces fonctions sont conçues comme des « charges », dans une véritable éthique du service rendu à la communauté et un souci concret d’opérer une dispersion des fonctions politiques, qui sont effectivement partagées entre tous, hommes et femmes, acteurs ordinaires de la vie collective. Malgré des manquements et des défauts toujours à corriger, on peut bien dire que, dans l’autonomie, « le peuple dirige et le gouvernement obéit », comme on peut le lire sur les panneaux placés à l’entrée des territoires zapatistes.

La manière de prendre les décisions ne peut évidemment pas être la même aux trois niveaux. Au niveau de la communauté, l’assemblée, une instance traditionnelle, est le lieu de prise de décision ; même s’il existe aussi un représentant communautaire élu qui joue un certain rôle. Au niveau de la commune, le conseil municipal interagit avec l’assemblée municipale. De même au niveau de la région, le conseil de bon gouvernement soumet ses propositions à l’assemblée régionale, qui se réunit plus rarement : les propositions peuvent être approuvées s’il y a un accord suffisant ; sinon, les représentations des communautés sont chargées de soumettre le projet à discussion dans les villages et reviennent à l’assemblée suivante avec leur accord, leur refus ou des propositions d’amendement ; on réalise alors un nouveau projet, qui peut être approuvé directement ou bien être à nouveau renvoyé pour discussion dans les villages. Cela peut paraître long, mais c’est la condition pour qu’un projet, véritablement discuté et approprié par tous et toutes, ait quelque chance d’être convenablement mis en pratique.

Y a-t-il eu, ou y a-t-il encore, des résistances au niveau local ?

Les difficultés sont immenses et les conditions dans lesquelles se déploie l’autonomie très précaires. De fait, il a fallu une détermination considérable et une énorme capacité de résistance pour en arriver là où en sont aujourd’hui les zapatistes. Ils ont d’abord fait face aux attaques de l’armée fédérale, puis des groupes paramilitaires, qui, à partir de 1996, ont constitué la principale stratégie du gouvernement mexicain pour se débarrasser des zapatistes. Le résultat : des dizaines de milliers de déplacés et le massacre d’Acteal, en 1997, où quarante-cinq hommes, femmes et enfants ont été assassinés. Depuis les années 2000, les gouvernements ont opté pour d’autres formes de division au sein des villages indiens. D’une part, ils cherchent à attirer les zapatistes hors de l’organisation en faisant miroiter l’argent des « programmes sociaux » qui sont autant de moyens de contrôle de la population. De l’autre, ils encouragent des groupes non zapatistes à s’emparer des terres des zapatistes, en échange d’appui pour des projets productifs. Les familles zapatistes sont parfois chassées de leurs maisons, leurs biens incendiés, et en 2014, le maestro zapatiste Galeano a été assassiné à La Realidad.

Qu’en est-il de l’autonomie alimentaire, énergétique et au niveau de l’éducation et de la santé ?

L’autonomie n’est pas l’autarcie : il ne s’agit pas du tout de se refermer sur soi, comme en témoignent les nombreuses initiatives nationales et internationales que les zapatistes multiplient en parallèle à la construction de l’autonomie.

Bien entendu, l’autosuffisance alimentaire est importante. Les zapatistes y parviennent pour les produits essentiels. Ils cultivent aussi du café, sur de petites parcelles familiales, qui est commercialisé par des coopératives et des réseaux de distribution solidaire (au Mexique, dans plusieurs pays d’Amérique et d’Europe). La vente du café permet aux familles zapatistes de se procurer les biens élémentaires qui ne sont pas produits dans les communautés.

En matière d’énergie, l’autonomie est moins avancée, mais il est assez répandu au Mexique, et surtout dans un État comme le Chiapas où se trouvent les principaux barrages hydroélectriques du pays, de lutter contre les tarifs élevés de l’électricité en faisant des branchements sauvages et en les défendant contre les fonctionnaires de l’entreprise productrice.

C’est en matière de santé et d’éducation que l’autonomie a le plus avancé. Les zapatistes ont mis en place leur propre système de santé, avec des cliniques dans chaque région, des microcliniques dans les communes et des « promoteurs de santé » dans les villages. Pour l’éducation, ils ont construit des centaines d’écoles, primaires et secondaires, formé des centaines d’enseignants et conçu un projet éducatif propre, adapté à leur culture, à leur horizon politique et à leur intérêt pour les luttes de tous les peuples du monde. À noter aussi que les conseils autonomes rendent la justice, une justice autre, de médiation et sans recours à la prison, à laquelle les non-zapatistes ont aussi volontiers recours.

Tout cela fonctionne évidemment sans la moindre aide gouvernementale (les zapatistes se refusent à recourir au moindre argent venant des instances constitutionnelles). Il est très intéressant de voir que l’ensemble du système de santé et d’éducation fonctionne sans recourir au salaire. Bon nombre d’enseignants restent paysans et cultivent leurs propres terres pendant les pauses du calendrier scolaire, et ils bénéficient de l’engagement de la communauté de les aider à les cultiver ou de subvenir à leurs besoins. Pour la santé, ce sont surtout des formes de travail collectif auxquelles tous collaborent qui permettent de faire fonctionner les cliniques. On a donc des formes d’organisation collective qui s’efforcent d’échapper aux catégories capitalistes du salaire et de l’argent.

Peut-on dire qu’en pratique il y a eu sécession entre le Chiapas et l’État mexicain ? Comment qualifier leurs relations ?

Sécession, au sens de ne plus collaborer avec les institutions de l’État, de s’en séparer presque complètement, oui, assurément. Mais pas du tout au sens d’un processus dont l’objectif serait de se rendre indépendant du Mexique. Les zapatistes se sentent mexicains et affichent volontiers leur nationalisme. L’autonomie, telle qu’ils l’entendent, n’est pas un projet indépendantiste. C’est une conception du politique qui se construit sans l’État, ou si l’on veut, contre l’État, au sens de Pierre Clastres.

On peut donc parler de sécession, mais aussi de destitution, au sens de ce qui rend le pouvoir inutile. De fait, dans leurs territoires, les zapatistes ont œuvré — c’est-à-dire lutté durement — pour rendre les institutions mexicaines parfaitement inutiles (même si, comme on l’a vu, celles-ci ne se laissent évidemment pas faire). La destitution suppose donc la résistance, la lutte contre, mais aussi un art de faire croître des formes d’organisation propres, pour que puissent se déployer les manières de vivre que les gens considèrent leurs. On peut, si l’on veut, appeler cela destitution ou sécession ; mais aussi autonomie, comme le font les zapatistes. Entendue en son sens politique radical, antiétatique, l’autonomie est une notion forte.

Alors que l’autonomisation semble être un moyen et une fin qui porte ses fruits au Chiapas, pensez-vous qu’il faut encore tenter de résister à l’emprise du capitalisme au niveau international, en prenant part ou en perturbant les réunions internationales du type COP (Conférences des parties) ou celle de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en ce moment [10-13 décembre 2017], comme le fait la Via Campesina par exemple ? Ou faut-il plutôt envisager, comme ce qui a lieu de manière plus ou moins désordonnée avec les ZAD, une réappropriation des territoires zone par zone, qui s’accompagne d’une reprise en main des capacités de décision et de gestion au niveau local ?

Une construction territorialisée de l’autonomie me semble en effet pouvoir porter ses fruits, comme au Chiapas ou sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et ailleurs. Mais elle ne peut être une fin en soi (il faut d’ailleurs dire, au passage, qu’une politique de l’autonomie ne peut avoir de fin, au sens où elle ne peut jamais prétendre être pleinement réalisée). Tant qu’elle reste un espace qui tente de se libérer au milieu de la marée noire capitaliste, une expérience d’autonomie est nécessairement limitée, agressée, minée de l’intérieur… Alors oui, bien sûr, il faut s’affronter à l’emprise du capitalisme à une échelle internationale, même si les actions réalisées à l’occasion des sommets et rencontres internationales ne sont pas les seules possibles.

Pour revenir aux zapatistes, ils consacrent beaucoup d’énergie à la construction de l’autonomie, mais aussi à la mise en œuvre d’initiatives nationales (comme en ce moment, la formation d’un Conseil indien de gouvernement au niveau national et la tentative d’inscrire sa porte-parole comme candidate indépendante à l’élection présidentielle de 2018) et à l’organisation de rencontres internationales. Il y a eu la rencontre dite « intergalactique » de 1996, mais aussi, entre autres, le Festival mondial de la digne rage en 2008, le Festival mondial des résistances et des rébellions en 2014, les rencontres consacrées aux arts et aux sciences, en 2016 et 2017, ou encore le séminaire international « La pensée critique face à l’hydre capitaliste », en mai 2015 (les interventions de l’EZLN à ce séminaire sont devenues un livre, qui sera bientôt disponible en français). Le titre de cette dernière rencontre suggère, à lui seul, que nous avons un ennemi global commun, dont la puissance destructrice redoutable (mais pas invincible) se fait sentir sur l’ensemble de la planète ; et face à cet ennemi notre objectif ne peut être que de l’affronter (avec intelligence) et de faire en sorte qu’il soit vaincu. En outre, les zapatistes ont appelé, depuis 2005 et sous une forme renouvelée depuis 2013, à la constitution d’un réseau planétaire de luttes et de résistances, qu’ils appellent la Sexta.

Bref, nous ne devrions pas opposer, comme deux termes entre lesquels il faudrait choisir, les expériences de construction territorialisée et la perspective d’une lutte plus ample contre le capitalisme. Construire (territorialement) et attaquer (l’ennemi global) ne peuvent qu’aller de pair. Construire des lieux et des expériences qui donnent consistance à ce que nous voulons est une base indispensable, mais le risque est de s’enfermer dans des îlots et de s’isoler, ce qui serait une option de courte vue et bien illusoire. Ne serait-ce que pour se maintenir, les expériences territorialisées doivent chercher à tisser des liens au-delà d’elles, à contribuer aux autres luttes et au renforcement de la capacité globale d’action contre l’hydre capitaliste.

Pensez-vous que le succès du zapatisme soit lié à l’histoire du Mexique et à la présence de communautés aux traditions encore fortes au Chiapas ou estimez-vous au contraire qu’il y a des raisons d’espérer qu’on puisse s’autonomiser et rendre l’État inutile ailleurs ?

Il y a certes des particularités liées notamment à l’impact historique de la Révolution mexicaine ; et le maintien de formes de vie communautaires n’ayant pas été détruites par la guerre totale que le monde de l’Économie mène contre tout ce qui ne répond pas à ses normes est assurément un avantage. Pour autant, il serait erroné de penser que ce qu’ont fait les zapatistes serait venu naturellement ou facilement : il a fallu construire la force collective nécessaire pour se dresser — au pire moment du triomphe néolibéral — contre un état de fait implacable et contre un rapport de forces qui semblait éminemment défavorable.

Si les zapatistes se gardent bien d’ériger leur expérience en modèle et soulignent qu’elle n’est pas reproductible telle quelle, il me semble que la logique de l’autonomie n’est pas du tout spécifique aux peuples indiens ou au Mexique. L’idée d’une politique non étatique, dont le principe consiste à éprouver que nous sommes capables de nous gouverner nous-mêmes, est enracinée dans les expériences historiques de très nombreuses régions du monde. S’il y a bien quelque chose à célébrer, en ce centenaire de la Révolution russe, c’est la lutte anonyme de tous ceux et celles qui ont inventé et donné corps aux conseils (soviets) paysans, ouvriers et de soldats, qui auraient pu constituer une forme non étatique d’autogouvernement populaire. Bien d’autres expériences pourraient être citées, des communes d’Aragon et Catalogne en 1936-1937 au Kurdistan actuel. En Europe aujourd’hui, les expériences sont plus restreintes, mais elles ne sont pas inexistantes. Ce qui se joue sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, ou dans d’autres espaces parfois urbains, comme le quartier libre des Lentillères à Dijon, est, pour cela, d’une grande importance. Développer ces capacités à faire par nous-mêmes, à nous gouverner nous-mêmes, c’est faire un pas qui donne consistance à l’autonomie et tend à rendre inutile le pouvoir d’État. Mais il ne faut pas oublier que notre ennemi est plus vaste encore : c’est le monde de l’Économie. De fait, l’autonomie n’a de sens que si elle permet de faire croître des manières de vivre que nous éprouvons comme nôtres, c’est-à-dire qui sont à la fois exemptes de la dépossession étatique et de l’hétéronomie de la marchandise.

Résistance politique: Voie populaire, voie prolétaire ?… (Nestor Makhno)

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Juste un petit rappel sur ce qu’est le prolétariat. Est prolétaire toute personne qui n’a pour seule alternative pour survivre dans le monde actuel que de vendre sa force de travail contre une rémunération devant assurer sa pitance, personne condamnée au travail aliéné vampirisé par la classe capitaliste parasite. Ceci revient à dire que 99,9% de l’humanité est prolétaire, de l’ouvrier agricole au médecin en passant par l’enseignant, le flic et le bidasse. Cela nous confère à tous une sérieuse convergence d’intérêt n’est-il pas ?
~ Résistance 71 ~

 

 

Les voies du pouvoir prolétarien

 

Nestor Makhno (1932)

 

Cela fait bien longtemps que l’intelligentsia socialiste d’avant-garde a formulé, de manière plus ou moins achevée, les fins de la lutte historique du prolétariat contre la bourgeoisie et que les prolétaires, adoptant sans aucun correctif cette formulation de l’intelligentsia, sont rentré sous sa direction dans cette lutte. Cela a été un triomphe incontestable pour l’intelligentsia qui donné ainsi pour but de mener le prolétariat à l’émancipation complète par le biais par la destruction du pouvoir et de l’Etat bourgeois, devant faire place à un Etat et un pouvoir « prolétarien ».

Bien naturellement, ni l’intelligentsia, ni le prolétariat lui-même n’ont pas épargné leur efforts et connaissances pour démontrer devant la plus grande audience le mal commis par l’Etat bourgeois. Grâce à cela ils ont pu développer et renforcer parmi les masses laborieuses l’idée d’un pouvoir « prolétarien » qui devrait résoudre tous leurs problèmes. Selon cette conception, le prolétariat utiliserait ainsi, à travers son pouvoir et Etat de classe, le seul moyen existant, pour lui et les autres classes, de se libérer de la bourgeoisie et d’instaurer un principe égalitaire et libre dans les relations entre les hommes. Une telle prédestination du pouvoir « prolétarien » nous a toujours semblé, à nous anarchistes, grossièrement erronée. Nos camarades des temps passés se sont constamment insurgés contre cette conception et ont démontré l’égarement déteste lorsque ceux-ci distinguaient le pouvoir « prolétarien » du pouvoir d’Etat en général, en désignant au premier une mission qui lui était profondément étrangère.

Les socialistes étatiques sont pourtant restés fidèle à leur école autoritaire et c’est avec cette acception qu’ils ont appréhendé la Grande Révolution russe, révolution d’une profondeur et ampleur sociales encore inconnue jusque là. Quant à nous, anarchistes, nous nous sommes arraché à leur prédestination du pouvoir « prolétarien ». Au cours de cette polémique, nous avons démontré aux étatiste de tout Etat, qu’il soit bourgeois ou prolétarien, ne tend par sa nature même qu’à exploiter l’homme, qu’à détruire en chacun comme en tous toutes les qualités naturelles de l’esprit humain qui poussent à la liberté et à la solidarité qui la fonde. Cela nous a valu, de la part des socialistes étatistes, une haine encore plus grande. Or, l’existence et la pratique du pouvoir prolétarien en Russie ont confirmer et confirment sans cesse la justesse de notre analyse. L’Etat « prolétarien » a mis de plus en plus sa nature à nu et prouvé que son caractère prolétarien était simple fiction, ce que les prolétaires ont pu constater dès les premières années de la révolution, d’autant plus qu’ils ont contribué eux-même à l’installer.

Le fait que le pouvoir « prolétarien », au cours de sa dégénérescence, ne s’est révélé être qu’un pouvoir d’Etat tout court est devenu indiscutable et l’a amené à ne plus dissimuler savamment son vrai visage. Par sa pratique, il a abondamment prouvé que ses fins et celles de la Grande Révolution russe n’avaient absolument rien de commun. Au cours de toutes ces années d’hypocrisie, il n’a pu soumettre pacifiquement les fins de la révolution russe aux siennes propres et à du affronter tout ceux qui menaçaient de mettre à nu son essence véritable – une plaie immense et purulente sur le corps de la révolution -, dont la lâcheté et la fourberie apportent la mort et la dévastation à tous sans exception, en premier lieu à ceux qui tentent d’être indépendants et d’agir librement.

On peut se demander: comment se fait-il que cela se soit passé ainsi? Selon Marx et Lénine, le pouvoir « prolétarien » ne devait en aucun cas ressembler au pouvoir bourgeois. Une partie de l’avant-garde du prolétariat n’aurait-elle pas sa part de responsabilité dans ce résultat?

De nombreux anarchistes sont enclins à penser que le prolétariat n’y est pour rien, ayant été dupé par la caste des intellectuels socialistes, laquelle aspirerait, au cours d’une série d’événement purement socio-historique et en vertu de la logiques des transformations étatiques inévitables, à remplacer le pouvoir de la bourgeoisie par le sien propre. Ce serait pour cette raison que l’intelligentsia socialiste s’efforcerait de diriger en permanence la lutte du prolétariat contre le monde capitaliste et bourgeois.

A mon avis, cette formulation n’est, ni tout à fait exacte, ni vraiment suffisante. L’expérience révolutionnaire de la Russie nous fournit d’abondantes données objectives à ce sujet. Elle nous montre de façon irréfutable que le prolétariat n’a nullement été homogène au cours de la révolution. Ainsi, le prolétariat urbain, lorsqu’il a participé au renversement dans de nombreuses ville du pouvoir de l’ennemi de classe – la bourgeoisie – , a hésité un moment entre les voies de la révolution de Février et d’Octobre 1917. Ce n’est qu’après un certain temps, à la suite de la victoire militaire d’Octobre sur Février, qu’une partie notable du prolétariat urbain à commencé à fusionner avec une partie de ses frères, les partisans directs des conquêtes d’Octobre. Bientôt, cette partie du prolétariat non seulement a oublié de défendre elle-même ses conquête, mais s’est en plus pressée de rallier le parti bolchevik au pouvoir qui a su flatter immodérément en lui inculquent un goût pour les privilèges politiques, économiques et juridiques de classe. Imbue de ses privilèges de classe, cette partie du prolétariat s’est éprise d’un égal amour pour son « Etat prolétarien de classe ». Bien évidemment, le parti social démocrate bolchevik l’a entièrement soutenue et encouragée dans cette évolution, car celle-ci ouvrait devant lui une large arène pour appliquer son programme propre qui consistait à utiliser la lutte révolutionnaire pratique du prolétariat pour se soumettre l’ensemble de celui-ci puis de s’emparer au nom du pouvoir d’Etat, Chemin faisant, pour mieux se singulariser, le parti social démocrate bolchevik s’est transformé en parti « communiste bolchevik », ne se privant aucunement d’user de la démagogie la plus effrontée, ne dédaignant aucun moyen, n’hésitant pas au besoin de voler des programmes d’autres formations politiques; tout ce la dans l’unique but de mieux faire adhérer le prolétariat, auquel il promettait son aide indéfectible, alors qu’en fait il n’avançait que vers son propre but. C’est en cela que ce parti a incarné au mieux les espérances historiques de la caste intellectuelle: replacer au pouvoir la bourgeoisie et exercer ce pouvoir à quelque prix que ce soit. Une partie du prolétariat ne s’est pas opposé à ses vues, bien au contraire, elle s’est reconnue dans ses action et ne s’en est faite la complice.

Cette partie du prolétariat avec pourtant été éduquée durant des générations dans l’idée que le prolétariat ne s’émanciperait de la bourgeoisie que lorsqu’il ne briserait son pouvoir, à détruire son organisation étatique afin d’édifier la sienne propre. Néanmoins, cette partie du prolétariat a aidé le parti bolchevik-communiste à organiser son « pouvoir prolétarien » et à édifier son état de classe.

La voie suivie et les moyens employés n’ont pas tardé à rendre cette partie du prolétariat semblable en tous points à la bourgeoisie renversée, tout aussi impudente et arrogante, ne craignant pas abuser de la violence la plus féroce pour asseoir sa domination sur le peuple et la révolution.

Il va sans dire que cette violence était toute naturelle chez la caste intellectuelle du parti, car elle était préparée durant de longues années à l’utiliser et s’en est grisée. Quand à la masse du prolétariat – l’esclave muet d’hier -, la violence exercée sur ses semblable lui est profondément étrangère. Occupée à édifier son « Etat de classe », une partie du prolétariat a donc été amenée à se comporter, par l’usage de la violence d’une manière répugnante à l’égard de la liberté individuelle, de la liberté de parole et d’expression de quelqu’organisation révolutionnaire que ce soit, à partir du moment où elle divergeait d’avec l’impudence du « pouvoir prolétarien ». Cette partie du prolétariat s’est empressée d’occuper, sous la direction du parti bolchevik communiste, les places laissées vacante par les despotes de la bourgeoisie renversée, devenant à son tour une maîtresse tyrannique, n’hésitant pas à user pour cela de la violence la plus horrible, sans aucun discernement, contre tous ceux qui s’opposaient à ses visées. Ce comportement a été en même temps habilement masqué par la « défense de la révolution ».

Cette violence a été surtout exercée sur le corps de la révolution russe au profit des intérêts étroit d’une partie du prolétariat et du parti bolchevik-communiste, et au nom de leur domination complète sur toutes les autres classes laborieuses. On ne peut y voir seulement un égarement passager du prolétariat. Encore une fois, nous pouvons constater avec beaucoup de netteté comment tout pouvoir d’Etat manifeste impudemment sa nature, le qualificatif de prolétarien n’y changeant absolument rien.

A mon avis, c’est pour toutes ces raisons que tous les camarades étrangers, qui n’ont pas connu cette expérience, doivent étudier avec soin toutes les étapes de la révolution russe, en particulier le rôle qu’y ont joué la parti bolchevik-communiste et la partie du prolétariat qui l’a suivi. Cela afin de se garder de tomber dans les mêmes erreurs, à la suite de la démagogie éhontée des bolchevik et de leurs partisans, à propos de l’utilité du « pouvoir prolétarien ».

Il est également vrai que la lutte actuelle de tous nos camarades contre le mensonge bolchevik doit être menée à l’aide de sérieuses connaissances de ce qu’ils peuvent proposer eux-même aux larges masses à la place de ce « pouvoir prolétarien ». Les beaux slogans ne suffisent pas, bien que souvent la masse n’y soit pas indifférente. Cette lutte s’y déroule à partir de situation concrètes et amène à se poser continuellement les questions vitales et pressantes: comment et quels moyens d’actions sociales les masses laborieuses doivent-elles employer pour s’émanciper totalement?

Il convient de répondre à de telles questions le plus directement possible et avec la plus grande clarté. C’est une nécessité essentielle, non seulement pour pouvoir mener une lutte active contre le monde capitaliste et bourgeois, mais aussi pour notre mouvement anarchiste, car c’est d’elle que dépendra l’influence de nos idée sur le début et l’issue de cette lutte. Cela signifie donc que le prolétariat ne doit pas répéter l’erreur commise par ses frère de Russie, c’est a dire de ne pas s’occuper d’organiser un « pouvoir prolétarien », sous la baguette quelconque d’un parti, même dit « prolétarien », mais uniquement d’organiser la satisfaction des besoins de tous et de défendre la révolution contre toutes sortes de pouvoir d’Etat.

Résistance politique: Analyse visionnaire sur le syndicalisme (Errico Malatesta)

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Intervention au congrès anarchiste d’Amsterdam au sujet du syndicalisme

Errico Malatesta (1907)

Je tiens à déclarer tout de suite que je ne développerai ici que les parties de ma pensée sur lesquelles je suis en désaccord avec les précédents orateurs, et tout particulièrement avec Monatte. Agir autrement serait vous infliger de ces répétitions oiseuses qu’on peut se permettre dans les meetings, quand on parle pour un public d’adversaires ou d’indifférents. Mais ici nous sommes entres camarades, et certes aucun d’entre vous, en m’entendant critiquer ce qu’il y a de critiquable dans le syndicalisme, ne sera tenté de me prendre pour un ennemi de l’organisation et de l’action des travailleurs ; ou alors celui-là me connaîtrait bien mal !

La conclusion à laquelle en est venu Monatte, c’est que le syndicalisme est un moyen nécessaire et suffisant de révolution sociale. En d’autres termes, Monatte a déclaré que « le syndicalisme se suffit à lui-même ». Et voilà, selon moi, une doctrine radicalement fausse. Combattre cette doctrine sera l’objet de ce discours.

Le syndicalisme, ou plus exactement le mouvement ouvrier (le mouvement ouvrier est un fait que personne ne peut ignorer, tandis que le syndicalisme est une doctrine, un système, et nous devons éviter de les confondre) le mouvement ouvrier, dis-je a toujours trouvé en moi un défenseur résolu, mais non aveugle. C’est que je voyais en lui un terrain particulièrement propice à notre propagande révolutionnaire, en même temps qu’un point de contact entre les masses et nous. Je n’ai pas besoin d’insister là-dessus. On me doit cette justice que je n’ai jamais été de ces anarchistes intellectuels qui, lorsque la vieille Internationale eut été dissoute, se sont bénévolement enfermés dans la tour d’ivoire de la pure spéculation ; que je n’ai cessé de combattre, partout où je la rencontrais, en Italie, en France, en Angleterre et ailleurs, cette attitude d’isolement hautain, ni de pousser de nouveau les compagnons dans cette voie que les syndicalistes, oubliant un passé glorieux, appellent nouvelle, mais qu’avaient déjà entrevue et suivie, dans l’Internationale, les premiers anarchistes.

Je veux, aujourd’hui comme hier, que les anarchistes entrent dans le mouvement ouvrier. Je suis, aujourd’hui comme hier, un syndicaliste, en ce sens que je suis partisan des syndicats. Je ne demande pas des syndicats anarchistes qui légitimeraient, tout aussitôt des syndicats social-démocratiques, républicains, royalistes ou autres et seraient, tout au plus, bons à diviser plus que jamais la classe ouvrière contre elle-même. Je ne veux pas même de syndicats dits rouges, parce que je ne veux pas de syndicats dits jaunes. Je veux au contraire des syndicats largement ouverts à tous les travailleurs sans distinction d’opinions, des syndicats absolument neutres.

Donc je suis pour la participation la plus active possible au mouvement ouvrier. Mais je le suis avant tout dans l’intérêt de notre propagande dont le champ se trouverait ainsi considérablement élargi. Seulement cette participation ne peut équivaloir en rien à une renonciation à nos plus chères idées. Au syndicat, nous devons rester des anarchistes, dans toute la force et toute l’ampleur de ce terme. Le mouvement ouvrier n’est pour moi qu’un moyen, – le meilleur évidemment de tous les moyens qui nous sont offerts. Ce moyen, je me refuse à le prendre pour un but, et même je n’en voudrais plus s’il devait nous faire perdre de vue l’ensemble de nos conceptions anarchistes, ou plus simplement nos autres moyens de propagande et d’agitation.

Les syndicalistes, au rebours, tendent à faire du moyen une fin, à prendre la partie pour le tout. Et c’est ainsi que, dans l’esprit de quelques-uns de nos camarades, le syndicalisme est en train de devenir une doctrine nouvelle et de menacer l’anarchisme dans son existence même. Or, même s’il se corse de l’épithète bien inutile de révolutionnaire, le syndicalisme n’est et ne sera jamais qu’un mouvement légalitaire et conservateur, sans autre but accessible -et encore !- que l’amélioration des conditions de travail. Je n’en chercherai d’autre preuve que celle qui nous est offerte par les grandes unions nord-américaines. Après s’être montrées d’un révolutionnarisme radical, aux temps où elles étaient encore faibles, ces unions sont devenues, à mesure qu’elles croissaient en force et en richesse, des organisations nettement conservatrices, uniquement occupées à faire de leurs membres des privilégiés dans l’usine, l’atelier ou la mine et beaucoup moins hostiles au capitalisme patronal qu’aux ouvriers non organisés, à ce prolétariat en haillons flétri par la social-démocratie ! Or ce prolétariat toujours croissant de sans-travail, qui ne compte pas pour le syndicalisme, ou plutôt qui ne compte pour lui que comme obstacle, nous ne pouvons pas l’oublier, nous autres anarchistes, et nous devons le défendre parce qu’il est le pire des souffrants.

Je le répète : il faut que les anarchistes aillent dans les unions ouvrières. D’abord pour y faire de la propagande anarchiste : ensuite parce que c’est le seul moyen pour nous d’avoir à notre disposition, le jour voulu, des groupes capables de prendre en mains la direction de la production, nous devons y aller enfin pour réagir énergiquement contre cet état d’esprit détestable qui incline les syndicats à ne défendre que des intérêts particuliers.

L’erreur fondamentale de Monatte et de tous les syndicalistes révolutionnaires provient, selon moi, d’une conception beaucoup trop simpliste de la lutte de classe. C’est la conception selon laquelle les intérêts économiques de tous les ouvriers -de la classe ouvrière- seraient solidaires, la conception selon laquelle il suffit que des travailleurs prennent en mains la défense de leurs intérêts propres pour défendre du même coup les intérêts de tout le prolétariat contre le patronat. La réalité est , selon moi, bien différente.

Les ouvriers, comme les bourgeois, comme tout le monde, subissent cette loi de concurrence universelle qui dérive du régime de la propriété privée et qui ne s’éteindra qu’avec celui-ci. Il n’y a donc pas de classes, au sens propre du mot, puisqu’il n’y a pas d’intérêts de classes. Au sein de la « classe » ouvrière elle-même, existent, comme chez les bourgeois, la compétition et la lutte. Les intérêts économiques de telle catégorie ouvrière sont irréductiblement en opposition avec ceux d’une autre catégorie. Et l’on voit parfois qu’économiquement et moralement certains ouvriers sont beaucoup plus près de la bourgeoisie que du prolétariat. Comélissen nous a fourni des exemples de ce fait pris en Hollande même. Il y en a d’autres. Je n’ai pas besoin de vous rappeler que, très souvent, dans les grèves, les ouvriers emploient la violence… contre la police ou les patrons ? Non pas : contre les Kroumirs (note : En Italie et en Suisse, on appelle ainsi les jaunes, ceux qui travaillent en temps de grève.) qui pourtant sont des exploités comme eux et même plus disgraciés encore, tandis que les véritables ennemis de l’ouvrier, les seuls obstacles à l’égalité sociale, ce sont les policiers et les patrons.

Cependant , parmi les prolétaires, la solidarité morale est possible, à défaut de la solidarité économique. Les ouvriers qui se cantonnent dans la défense de leurs intérêts corporatifs ne la connaîtront pas, mais elle naîtra du jour ou une volonté commune de transformation sociale aura fait d’eux des hommes nouveaux. La solidarité, dans la société actuelle, ne peut être que le résultat de la communion au sein d’un même idéal. Or c’est le rôle des anarchistes d’éveiller les syndicats à l’idéal, en les orientant peu à peu vers la révolution sociale, – au risque de nuire à ces  » avantages immédiats  » dont nous les voyons aujourd’hui si friands.

Que l’action syndicale comporte des dangers, c’est ce qu’il ne faut plus songer à nier. Le plus grand de ces dangers est certainement, dans l’acceptation par le militant de fonctions syndicales, surtout quand celles-ci sont rémunérées. Règle générale : l’anarchiste qui accepte d’être le fonctionnaire permanent et salarié d’un syndicat est perdu pour la propagande, perdu pour l’anarchisme ! Il devient désormais l’obligé de ceux qui le rétribuent et, comme ceux-ci ne sont pas anarchistes, le fonctionnaire salarié placé désormais entre sa conscience et son intérêt, ou bien suivra sa conscience et perdra sa son poste, ou bien suivra son intérêt et alors, adieu l’anarchisme !

Le fonctionnaire est dans le mouvement ouvrier un danger qui n’est comparable qu’au parlementarisme : l’un et l’autre mènent à la corruption et de la corruption à la mort, il n’y a pas loin.

Et maintenant, passons à la grève générale.

Pour moi, j’en accepte le principe que je propage tant que je puis depuis des années. La grève générale m’a toujours paru un moyen excellent pour ouvrir la révolution sociale. Toutefois gardons-nous bien de tomber dans l’illusion néfaste qu’avec la grève générale, l’insurrection armée devient une superfétation.

On prétend qu’en arrêtant brutalement la production, les ouvriers en quelques jours affameront la bourgeoisie qui, crevant de faim, sera bien obligée de capituler. Je ne puis concevoir absurdité plus grande. Les premiers à crever la faim, en temps de grève générale, ce ne seraient pas les bourgeois qui disposent de tous les produits accumulés, mais les ouvriers qui n’ont que leur travail pour vivre. La grève générale telle qu’on nous la décrit d’avance est une pure utopie. Ou bien l’ouvrier, crevant de faim après trois jours de grève, rentrera à l’atelier, la tête basse, et nous compterons une défaite de plus. Ou bien, il voudra s’emparer des produits de vive force. Qui trouvera-t-il devant lui pour l’en empêcher ? Des soldats, des gendarmes, sinon les bourgeois eux-mêmes, et alors il faudra bien que la question se résolve à coups de fusils et de bombes. Ce sera l’insurrection, et la victoire restera au plus fort.

Préparons-nous donc à cette insurrection inévitable, au lieu de nous borner à préconiser la grève générale, comme une panacée s’appliquant à tous les maux. Qu’on n’objecte pas que le gouvernement est armé jusqu’aux dents et sera toujours plus fort que les révoltés. A Barcelone, en 1902, la troupe n’était pas nombreuse. Mais on n’était pas préparé à la lutte armée et les ouvriers, ne comprenant pas que le pouvoir politique était le véritable adversaire, envoyaient des délégués au gouverneur pour lui demander de faire céder les patrons.

D’ailleurs la grève générale, même réduite à ce qu’elle est réellement, est encore une de ces armes à double tranchant qu’il ne faut employer qu’avec beaucoup de prudence. Le service des subsistances ne saurait admettre de suspension prolongée. Il faudra donc s’emparer par la force des moyens d’approvisionnement, et cela tout de suite, sans attendre que la grève se soit développée en insurrection.

Ce n’est donc pas tant à cesser le travail qu’il faut inviter les ouvriers, c’est bien plutôt à le continuer pour leur propre compte. Faute de quoi, la grève générale se transformerait vite en famine générale, même si l’on avait été assez énergiques pour s’emparer dès l’abord de tous les produits accumulés dans les magasins. Au fond l’idée de grève générale a sa source dans une croyance entre toutes erronée : c’est la croyance qu’avec les produits accumulés par la bourgeoisie, l’humanité pourrait consommer, sans produire, pendant je ne sais combien de mois ou d’années. Cette croyance a inspiré les auteurs de deux brochures de propagande publiées il y a une vingtaine d’années : Les Produits de la Terre et les Produits de l’Industrie , et ces brochures ont fait, à mon avis, plus de bien que de mal. La société actuelle n’est pas aussi riche qu’on le croit. Kropotkine a montré quelque part qu’à supposer un brusque arrêt de production, l’Angleterre n’aurait que pour un mois de vivres ; Londres n’en aurait que pour trois jours. Je sais bien qu’il y a le phénomène bien connu de surproduction. Mais toute surproduction a son correctif immédiat dans la crise qui ramène bientôt l’ordre dans l’industrie. La surproduction n’est jamais que temporaire et relative.

Il faut maintenant conclure.

Je déplorais jadis que les compagnons s’isolassent du mouvement ouvrier. Aujourd’hui je déplore que beaucoup d’entre nous, tombant dans l’excès contraire, se laissent absorber par ce même mouvement. Encore une fois, l’organisation ouvrière, la grève, la grève générale, l’action directe, le boycottage, le sabotage et l’insurrection armée elle-même, ce ne sont là que des moyens. L’anarchie est le but.

La révolution anarchiste que nous voulons dépasse de beaucoup les intérêts d’une classe : elle se propose la libération complète de l’humanité actuellement asservie, au triple point de vue économique, politique et moral.

Gardons-nous donc de tout moyen d’action unilatéral et simpliste. Le syndicalisme, moyen d’action excellent à raison des forces ouvrières qu’il met à notre disposition, ne peut pas être notre unique moyen. Encore moins doit-il nous faire perdre de vue le seul but qui vaille un effort : l’Anarchie !

Changement de paradigme: Exemple d’une nouvelle organisation politico-sociale de la société (Pierre Besnard)

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Pour donner une certaine direction à 2018, notre première publication de l’année analysera une question souvent posée: peut-on, doit-on planifier la structure même de la nouvelle société envisagée ? Le débat existe depuis plus de 150 ans. Nous avons choisi une voie, sans négliger les autres parce que le futur sera fait de complémentarité acceptée et non plus des antagonismes dont on nous gave depuis des générations…
~ Résistance 71 ~

 

 

Analyse et concept de Pierre Besnard publiés en septembre 1934 dans son écrit “Le monde nouveau”

 

Présentation et analyse de Résistance 71 

 

Janvier 2018

 

Cette publication analytique de Pierre Besnard a précédé la révolution sociale espagnole de 1936-39 et peut-être comparée avec les comptes-rendus de l’action populaire anarchiste dans les domaines industriel, agricole et social dans cette révolution, publiés a posteriori par des personnes comme Diego Abad de Santillan, Gaston Leval ou Sam Dolgoff.

Dans ces 90 pages. Besnard dresse un exemple de plan d’action pour l’établissement égalitaire et fonctionnel de la nouvelle société faisant table rase de l’ineptie du contrôle criminel que représentent l’État et le capitalisme.

Ceci ne représente qu’un exemple, parfaitement flexible et adaptable. Nous n’en reproduirons ici que les grands titres, mais les lecteurs intéressés trouveront dessous le lien vers le PDF du document complet, organigrammes compris.

Pour notre part, nous voulons ici attirer l’attention du lecteur sur un problème interne au mouvement révolutionnaire, problème méthodologique qui n’est pas nouveau et que Besnard reconnait lui-même dans son introduction au texte. Le concept de l’organisation politico-sociale de la révolution sociale et de la société nouvelle émergente est en fait scinder en deux:

  1. La tendance à concevoir qu’une organisation structurelle est nécessaire pour guider le peuple dans la nouvelle société. Que la structure doit être pré-établie, demeurer flexible et égalitaire. elle se fonde sur le fédéralisme et tourne autour de deux entités administratives: la commune libre et le syndicat de travailleurs. Pierre Besnard dit faire partie de cette tendance, qui voit également le facteur économique comme étant le facteur directeur de la société.
  2. La tendance à concevoir que le peuple saura parfaitement s’organiser le moment venu pour gérer la société nouvelle et remplacer les institutions étatico-capitalistes par les associations et les communes libres qui se confédéreront en respectant les besoins et la flexibilité de chaque communauté selon le principe du « à chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins ». Nous faisons partie de cette tendance, qui ne reconnaît pas nécessairement l’économie comme étant le facteur directeur de la société. Nous pensons, après longue recherche et analyse synthétisées dans notre “Manifeste pour la société des sociétés”  (octobre 2017) que le facteur politique, décisionnaire, est de fait le facteur directeur de la société car précédant l’économique qui n’est qu’une pièce rapportée certes ayant pris une dimension des plus étouffantes. La division de la société établissant la relation dominant/dominé étant à l’origine une division politique, donc une question de pouvoir, il convient de comprendre que la réorganisation de la société post étatico-capitaliste passe par la dilution du pouvoir dans le peuple,

Les partisans de la première tendance regardent souvent les partisans de la seconde comme des “révolutionnaires romantiques” n’ayant pas le sens de la réalité ; les partisans de la seconde tendance regardent souvent les partisans de la première comme des dirigistes recréant à terme un système de contrôle bureaucratique et facilement récupérable par un système de “partis”. Il serait en effet assez simple pour un syndicat unique, contrôlant les rouages et des milices populaires de se corrompre et de dégénérer en nouveau système pyramidal. De fait, les deux côtés ont des points valides, il ne faut pas à notre sens les voir comme antagonistes, mais comme complémentaires, la solution étant sans aucun doute un compromis des deux tendances selon le contexte culturel de la société impliquée.

Une chose est certaine, lorsque l’on cherche une documentation sur ce sujet, on tombe essentiellement sur des écrits analysant la première tendance pour la simple raison que ceux qui pensent qu’il faut une structure organisationnelle… l’écrivent, la mettent sur papier pour la présenter, comme Besnard par exemple. Les partisans de la seconde tendance, pensant que si l’émancipation de l’Homme viendra de l’Homme lui-même, il est alors impossible de dicter quoi que ce soit de la marche à suivre de la grande révolution sociale. La société humaine, ou plutôt les sociétés humaines, dans toute leur diversité, sont bien antérieures au capitalisme et à l’État. Il est assez évident que la solution politico-sociale passe par la construction du neuf avec le vieux, avec ce qui a déjà été dit et fait, simplement en l’adaptant aux besoins réels tout en mettant en place des conseils populaires et des comités de gestion de production et de distribution, sans qu’ils soient la priorité. L’essentiel demeurant le changement de perception entre membres de la société, ceci menant à un changement d’attitude pour retrouver le souffle, l’esprit de la société organique humaine et sa véritable nature. Nous nous sommes égarés en chemin. Il nous faut retrouver la voie qui depuis s’est embroussaillée. De fait, il n’est pas nécessaire de retrouver le chemin perdu, mais de le recréer dans notre temporalité, à l’aune de notre savoir, de notre analyse et de notre expérience.

Dans la conclusion de son texte, Pierre Besnard nous dit:

“Tels sont les organismes et les rouages qui me paraissent à la fois, nécessaires et suffisants pour assurer la vie de l’ordre nouveau. 

Aux uns, ils paraîtront peu nombreux, primitifs, simplistes peut-être. Aux autres, ils sembleront, au contraire, trop nombreux, compliqués et centralisés. Ceci prouvera, tout simplement, combien il est difficile de satisfaire tous ceux qui aspirent à connaître et vivre des temps meilleurs. 

Quoi qu’il en soit, il n’est pas dans mes intentions de forcer leur jugement, de modifier leurs sentiments et leurs désirs, s’ils sont définitifs, ni de violenter leur pensée. 

Ils sont libres, comme je suis libre, en notre époque de relativité… Qu’ils cherchent et, s’ils trouvent vraiment la formule idéale, je serai le premier à saluer leur succès. 

En ce qui me concerne, j’ai cherché à faire quelque chose de solide et de pratique à la fois. J’ai cru le trouver à équidistance de l’absence totale d’organisation, qui ne peut conduire qu’au désordre et à la défaite, et de l’organisation trop compliquée, qui paralyse toute action et tout mouvement. Le système que je présente est donc une sorte de moyen-terme. Il est le produit d’un accord entre le sentiment et la raison. 

Je demande à tous ceux qui, comme moi, sont à la recherche du réel, du possible, du nécessaire, de bien réfléchir avant de choisir, d’avoir constamment en vue la tâche à accomplir : la révolution sociale constructive, c’est-à-dire : la transformation totale du Monde actuel et l’édification d’un Monde Nouveau, fraternel et égalitaire, capable d’abriter, tout entière, une Humanité libre.”

C’est pour cela que sa vision mérite le temps de la réflexion et de l’analyse.

Le texte complet en format pdf est en lien ci-dessous, en voici l’essence structurelle pour un monde nouveau…

L’organisation de la production industrielle

  • Comités d’ateliers et d’usines
  • Conseils ouvriers / syndicat
  • Fédérations régionales d’industrie
  • Fédérations nationales d’industrie
  • Fédération internationale d’industrie

L’organisation de la production agricole

  • Organisation agricole
  • Paysans travailleurs
  • Conseils de fermes
  • Fédérations régionales / nationales
  • Fédération internationale agricole

L’organisation syndicale

  • Union syndicale locale
  • Union syndicale régionale
  • Union syndicale nationale
  • Internationale syndicale
  • Offices de production: agricole et industrielle
  • Office de la répartition et de la distribution
  • L’organisation politique & administrative
  • Services dans les communes: distribution, éducation, loisirs, santé, assistance sociale, statistique, travaux publics, habitation, sécurité, voies de communication, transports, arts, sciences, relations extérieures…
  • Fédérations régionales des communes
  • Confédération nationale des communes
  • association internationale des communes
  • La cellule de base: la commune (voir le document complet p.46)

L’organisation sociale

  • Distribution des vivres et produits divers
  • Education et loisirs
  • Assistance sociale et santé publique
  • La statistique (gestion de tous les domaines)
  • Travaux publics
  • Habitat
  • Sécurité individuelle et collevtive
  • Création, entretien et fonctionnement des voies de communication et des transports
  • Relations extérieures
  • Arts
  • Sciences

L’organisation générale du monde nouveau

  • Organisation politique
  • Organisation économique et sociale

Remplacement de l’État

  • Le grand conseil des travailleurs
  • Prérogatives des conseils d’industrie, agricole et des différents offices

Déclaration de principes

Planches organigrammes

L’essai de Pierre Besnard “Le monde nouveau” (1934), version pdf:

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard (1934)

Note de R71: 

L’exposé de Besnard aussi pertinent et digne d’intérêt soit-il ne mentionne que du bout des lèvres un des problèmes fondamentaux sur lequel les anarchistes se heurtent depuis maintenant près de 200 ans: le problème de l’argent et du salariat. 

Dans son exposé sur la distribution, Besnard mentionne l’échange de biens, produits ou de services contre des “bons de travail” (p.39), ce qui laisse sous entendre qu’il considère pertinente non pas l’abolition de l’argent et du salariat, mais de son remplacement par des bons de travail, ce qui est une autre manière de considérer… l’argent et l’échange, c’est à dire l’asservissement. Il est totalement utopique de penser qu’il soit possible de brider de quelque manière que ce soit la spirale de l’échange. L’échange monétaire contient en lui-même sa terminaison fatale dans le trou noir de la dette spéculative…

L’expérience a prouvé que le seul moyen de maintenir une société égalitaire est de:

  • Maintenir le pouvoir inséré dans le corps social pour qu’il soit exercé par toutes et tous et…
  • De supprimer par là l’inégalité économique induite par la propriété privée et l’argent, qui s’aboliront tous deux à l’instar de l’État lorsque le support, la cause de l’inégalité n’existera plus, ne pourra plus exister. Cette cause réside dans le transfert du pouvoir, de la capacité de décider, dans une entité séparée du corps social. Ceci génère de facto la relation “dominant/dominé” qui ne peut disparaître qu’en refondant le pouvoir dans le corps social.

Ainsi Besnard, par la volonté d’introduire les “bons de travail” en substitution illusoire de l’argent, ne fait pas fonctionner la nouvelle société sur la base de la formule du “A chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins”, mais sur la formule du “A chacun selon sa participation, à chacun selon ses besoins”. Ce qui maintient, à terme, le potentiel d’accumulation et donc de disparité, terreau de la division et de l’oppression par l’exploitation, car cette porte laissée entr’ouverte deviendra une brèche béante à terme.

La société des sociétés qui est envisageable sera la société une et indivisée dans la complémentarité de sa diversité ; elle sera organique, égalitaire par essence en ayant renoué avec l’esprit ancestral de l’être générique, qui se régira sans État, sans institutions bureaucratiques, sans argent et sans économie puisque le changement radical de vision sociale nous ramènera à un mode de production domestique… à l’échelle planétaire.

Suite à la rédaction et publication de notre Manifeste de la société des sociétés”, nous nous sommes posés la question (et le sujet est venu sur le tapis dans la correspondance avec certains de nos lecteurs, la compañera Jo étant l’une d’entre eux…) de savoir si nous ne pourrions pas donner une suite à ce texte en essayant de visionner la structure de cette société afin de donner une dimension pratique à notre Manifeste. C’est donc en recherchant plus avant que nous avons lu ce document de Pierre Besnard, après avoir lu il y a plusieurs années les comptes-rendus de la pratique révolutionnaire espagnole que nous ont laissés Diego Abad de Santillan, Sam Dolgoff, Gaston Leval et Murray Bookchin par exemple, et que nous sommes arrivés à la conclusion suivante: il n’est pas possible d’envisager la structure de la société des sociétés et d’en faire un projet  sur le papier sans que le résultat ne paraisse être sorti des burlingues propagandistes d’un quelconque politburo doctrinaire ou du moins de paraître sur le papier, ne serait-ce qu’un tantinet dirigiste et donc recupérable, ce qui ne peut satisfaire un esprit anarchiste. Il ne nous appartient donc pas d’en refaire des schémas, sachant qu’à terme, les choses ne se passent jamais vraiment comme prévu… A ce sujet, prenons pour exemple la grande illustration de ce que voyait Pierre Besnard dans la période historique où il écrivait son analyse: la toute puissance des syndicats, le pouvoir syndicaliste des années 1920 jusquà la seconde guerre mondiale, la CNT anarcho-syndicaliste espagnole qui comptait près de 2 millions d’adhérents en Espagne avant 1936, ce contexte était effectivement propice à un leadership syndical, il se produisit et fut trahi. Où en sont les syndicats aujourd’hui ? Tous bouffent dans la main du patronat et de l’État, dépendant de la manne étatique pour survivre et ont abandonné toute velléité révolutionnaire et de promotion de la révolution sociale. Le syndicalisme moderne n’est que réformisme stérile ne cherchant plus qu’à arrondir les angles et accommoder le travailleur par l’amélioration illusoire des conditions de travail et salariales. Le syndicat n’est plus le pilier révolutionnaire qu’il a été et il est évident que ce n’est pas de là que soufflera de nouveau l’esprit de la société organique. Ils ont eu leur heure, elle est passée.

Il est donc plus que certainement vain de planifier, du moins dans le détail. Il est bon d’avoir une ligne de conduite générale, d’avancer le long de celle-ci tout en gardant les sens en éveil pour mieux s’adapter aux besoins et aux situations qui seront de toute façon différentes selon la société faisant sa révolution dans quelque endroit du monde.

Un plan, une structure possède la tendance inhérente à être rigide tandis qu’une ligne de conduite, tel le roseau au gré du vent, plie, s’adapte et se renforce. Là réside la forme d’action la plus profonde, celle qui provient de l’adaptation aux éléments et aux évènements. La rigidité (le dogmatisme) est synonyme de sclérose et de mort, la fluidité est création et vie. Comprendre que nous sommes complémentaires dans les corps de métiers, dans les cultures diverses et nos approches de l’humanité et non pas antagonistes, doit devenir un pilier porteur de la société nouvelle. Adaptons-nous, embrassons notre complémentarité, devenons politiquement adulte et construisons la société des sociétés, la seule qui puisse nous émanciper du piège mortel terminal dans lequel nous nous trouvons. Mais en tout premier lieu… Il nous faudra dire NON ! Chaque voyage aussi long soit-il commence toujours avec le premier pas.

“Sois comme l’eau mon ami.”
~ Bruce Lee ~

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Lectures complémentaires:

L’anarchie pour la jeunesse

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Bakounine_et_letat_marxiste_Leval

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

la-sixta

kropotkine_science-etat-et-societé

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme (PDF)

 

Meilleurs vœux 2018 !

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, Internet et liberté, média et propagande, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 1 janvier 2018 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

1er janvier 2018

 

Tournons la page 2017 pour en venir à celle de 2018.

Pour cette année qui démarre et qui annonce pas mal de vent dans les voiles, nous prendrons la résolution de toujours être à la recherche d’une info de réinformation en continuant à filtrer au mieux de nos capacités les eaux du grand fleuve.

Néanmoins, comme nous l’avons analysé dans notre “Manifeste pour la société des sociétés”, nous insisterons plus sur le fait que la solution au marasme de nos sociétés est politique et en aucun cas économique, qu’elle ne peut provenir que de la réappropriation du pouvoir politique pour le rediluer dans le corps social. Ceci est une condition sine qua non pour un réel progressisme de la société humaine.

Toute analyse, article, prônant une solution économique ou insistant sur les faits économiques est un leurre et toutes les critiques du système régnant ne s’accompagnant pas de propositions de solutions politiques viables sont également des leurres et du verbiage creux. L’heure n’est plus seulement à la critique, aussi pertinente soit-elle. « On ne peut pas être neutre dans un train en marche » nous disait fort justement le grand historien Howard Zinn.

A ce titre, nous avons décidé qu’à partir de 2018, chaque article critique que nous reprendrons ou traduirons, sera soumis à une évaluation quant aux solutions potentielles offertes, si le sujet s’y prête. Depuis près de deux décennies existe t’il sur la toile une critique constante des affaires du monde et de leur gestion oligarchique tout autant criminelle qu’obsolète par la clique habituelle. Toute personne lisant les médias alternatifs est au courant de la critique générale de l’empire, du Nouvel Ordre Mondial, et ce à travers tout le spectre politique possible et imaginable, de l’extrême gauche à l’extrême droite du système étatico-capitaliste. C’est bien ; mais la critique n’est plus suffisante…

Il est grand temps de converger vers la proposition de solutions. C’est maintenant que les médias “alternatifs” doivent faire la différence, celle-ci proviendra des solutions proposées autres que de dire et prétendre “attendre 4 ou 5 ans pour voter les incompétents hors du pouvoir et en mettre d’autres à leur place”…

Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais !
Le seul véritable “progressisme”, terme si chère à la gogoche bobo, est celui de dire Non ! et de fonder les communes libres fondées sur l’association libre. Tout le reste n’est que…

Il est  quand même grand temps de s’en rendre compte et d’agir en conséquence !

2018 pourra t’elle être l’année zéro d’une prise de conscience politique collective ? Qui sait ? Ce qui est sûr c’est que la balle est dans notre camp, elle l’est depuis un bon moment du reste…

A suivre donc avec grand intérêt…