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Révolution sociale espagnole 1936-1939: Les persécutions politiques dans l’Espagne républicaine (Emma Goldman)

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 23 juillet 2019 by Résistance 71

 

Persécution politique dans l’Espagne républicaine

 

Emma Goldman

 

“Freedom, Spain & the World”

1937

 

Lors de mon premier séjour en Espagne en septembre 1936, rien ne m’a autant surpris que la liberté politique visible partout. Certes, elle ne s’étendait pas aux fascistes, mais, à part ces ennemis déclarés de la révolution et de l’émancipation des travailleurs, tout le monde au sein du front anti-fasciste jouissait d’une liberté politique qui n’avait jamais existé dans aucune soi-disant démocratie européenne. Le parti qui en a fait le meilleur usage était le PSUC [Parti socialiste unifié de Catalogne], le parti stalinien. Leur radio et leurs hauts-parleurs remplissaient l’air. Ils exhibaient quotidiennement aux yeux de tous leurs défilés en formation militaire et leurs drapeaux flottant au vent. Ils semblaient prendre un malin plaisir à défiler devant les bâtiments du Comité Régional comme si ils voulaient démontrer à la CNT-FAI leur détermination à lui porter le coup fatal lorsqu’ils auraient obtenu les pleins pouvoirs. C’était l’évidence pour tous les délégués étrangers et les camarades venus soutenir la lutte anti-fasciste. Ce ne l’était pas pour nos camarades espagnols. Ils prenaient à la légère les provocations communistes. Ils affirmaient que tout ce cirque n’influerait pas la lutte révolutionnaire, et qu’ils avaient des choses plus importantes à faire que de perdre leur temps pour des exhibitions sans intérêt. Il m’avait semblé alors que les camarades espagnols n’avait que peu de compréhension de la psychologie des masses qui a besoin de drapeaux, de discours, de musique et de manifestations. Alors que la CNT-FAI, à l’époque, était concentrée sur des tâches plus constructives et combattait sur différents fronts, ses alliés communistes préparaient les lendemains qui chantent. Ils ont démontré depuis ce quelles étaient leurs intentions.

Durant mon séjour de trois mois, j’ai visité beaucoup de lieux de propriétés et usines collectivisées, des maternités et des hôpitaux à Barcelone, et, enfin et surtout la prison « Modelo ». C’est un endroit qui a hébergé quelques uns des révolutionnaires et anarchistes les plus distingués de Catalogne. Nos camarades héroïques Durruti, Ascaso, Garcia Oliver et tant d’autres, ont été les voisins de cellule de Companys,[1] le nouveau président de la Generalitat. J’ai visité cette institution en présence d’un camarade,35 un médecin spécialisé en psychologie criminelle. Le directeur m’a laissé libre accès à tous les secteurs de la prison et le droit de parler avec tous les fascistes sans la présence des gardes. Il y avait des officiers et des prêtres parmi les admirateurs de Franco. Ils m’ont assuré d’une seule voix du traitement juste et humain dont ils bénéficiaient de la part du personnel pénitentiaire, dont la plupart était membre de la CNT-FAI.

J’étais loin de penser à l’éventualité que les fascistes seraient bientôt remplacés par de révolutionnaires et anarchistes. Au contraire, l’apogée de la révolution à l’automne 1936 laissait percevoir l’espoir que la salissure que représente la prison serait effacée lorsque Franco et ses hordes seraient vaincus.

La nouvelle du meurtre odieux du plus doux des anarchistes, Camillo Berneri et de son colocataire, Barbieri, fut suivi par des arrestations, des mutilations et des assassinats de masse. Cela semblait trop démesuré, le changement de la situation politique trop incroyable pour y croire. J’ai décidé de retourner en Espagne pour voir de mes propres yeux jusqu’à quel point la liberté nouvellement acquise du peuple espagnol avait été annihilée par les hommes de mains de Staline.

Je suis revenue le 16 septembre de cette année. Je me suis rendue directement à Valence et j’ai découvert là que 1 500 membres de la CNT, des camarades de la FAI et des Jeunesses Libertaires, des centaines de membres du POUM et même des Brigades Internationales, emplissaient les prisons. Durant mon court séjour ici, j’ai retourné chaque pierre pour obtenir la permission de rendre visite à quelques-uns d’entre eux, parmi lesquels Gustel Dorster que j’avais connu en Allemagne alors qu’il militait principalement dans le mouvement anarcho-syndicaliste avant que Hitler n’accède au pouvoir. J’avais obtenu l’assurance que l’on me le permettrait, mais au dernier moment, avant mon départ pour Barcelone, on m’informa que les étrangers n’étaient pas admis dans la prison. J’ai découvert plus tard la même situation dans chaque ville et village où je me suis rendue. Des milliers de camarades et de révolutionnaires intègres emplissaient les prisons du régime stalinienne de Negrin-Prieto.

Lorsque je suis revenue à Barcelone, au début octobre, j’ai immédiatement cherché à voir nos camarades à la prison Modelo. Après de nombreuses difficultés, le camarade Augustin Souchy a réussi à obtenir la permission d’avoir un entretien avec quelques camarades allemands. A mon arrivée à la prison, j’ai retrouvé, à ma grande surprise, le même directeur encore en fonction. Il m’a reconnu aussi et m’a, à nouveau, donné libre accès. Je n’ai pas eu à parler avec les camarades à travers les horribles barreaux. J’étais dans la grande salle où ils se rassemblent, entourée de camarades allemands, italiens, bulgares, russes et espagnols, essayant tous de parler en même temps et de me raconter leurs conditions de détention. J’ai découvert que les accusations portées contre eux n’auraient tenu devant aucun tribunal, même sous le capitalisme, et qu’on leur avait préféré celle stupide de « trotskisme ».

Ces hommes de toutes les régions du globe qui avaient afflué en Espagne, souvent en faisant la manche en chemin, pour aider la révolution espagnole, rejoindre les rangs des anti-fascistes et risquer leur vie dans la lutte contre Franco, étaient maintenant détenus prisonniers. D’autres avaient été arrêtés en pleine rue et avaient disparu sans laisser de traces. Parmi eux, Rein,[2] le fils du menchevique russe internationalement connu, Abramovich.

La victime la plus récente était Kurt Landau un ancien membre du Comité Directeur du Parti Communiste Australien, et lors de son arrestation, du Comité Directeur du POUM.[3] Toutes les tentatives pour le retrouver avaient été vaines. Suite à la disparition de Andrés Nin 38 du POUM et de nombreux autres, il est raisonnable de penser que Kurt Landau a connu le même sort.

Mais revenons à la prison Modelo. Il est impossible de donner tous les noms parce qu’ils sont trop nombreux à être incarcérés ici. Le plus extraordinaire est un camarade qui, en charge de hautes responsabilités avant les événements de mai, avaient remis des millions de pesetas, trouvés dans des églises et des palaces à la Generalitat. Il est détenu sous l’accusation absurde, d’avoir détourné 100 000 pesetas.

Le camarade Helmut Klaus, un membre de la CNT-FAI. Il a été arrêté le 2 juillet. Aucune accusation n’a été prononcée contre lui à ce jour et il n’a pas comparu devant un juge. Il était membre de la FAUD en Allemagne (une organisation anarcho-syndicaliste). Après avoir été arrêté plusieurs fois, il a émigré en Yougoslavie à l’été 1933. Il en a été expulsé en février 1937 à cause de ses activités anti-fascistes et est venu en Espagne en mars. Il a rejoint le service frontalier de la FAI, dans le bataillon « De la Costa ». Après sa dissolution, en juin, il a été démobilisé et est entré au service de la coopérative agricole de San Andres. A la demande de son groupe, il a entrepris plus tard la réorganisation de la coopérative de confection du Comité des Immigrés. L’accusation de la Tchéka, selon laquelle il aurait désarmé un officier alors qu’il était en service sur la frontière à Figueras est sans aucun fondement.

Le camarade Albert Kille. Il a été arrêté le 7 septembre. On ne lui a donné aucune raison. En Allemagne, il était membre du Parti Communiste. Il a émigré en Autriche en 1933. Après les événements de février, il s’est enfui à Prague puis retourna plus tard en Autriche d’où il fut expulsé et partit pour la France. Là, il rejoignit un groupe d’allemands anarcho-syndicalistes. En août 1936, il arriva en Espagne où il fut immédiatement dirigé vers le front. Il fut blessé une fois. Il a appartenu à la colonne Durruti jusqu’au moment de sa militarisation. En juin, il a été démobilisé.

J’ai aussi visité la section du POUM. Beaucoup de prisonniers sont espagnols mais il y a aussi un grand nombre d’étrangers, italiens, français, russes et allemands. Deux membres du POUM m’ont approchée personnellement. Ils ont peu parlé de leurs souffrances personnelles mais m’ont demandé de délivrer un message pour leur femme à Paris. C’était Nicolas Sundelwitch – le fils du célèbre menchevique qui avait passé la plus grande partie de sa vie en Sibérie. Nicolas Sundelwitch ne m’a certainement pas donné l’impression d’être coupable des accusations sérieuses portée contre lui, notamment d’avoir « communiqué des informations aux fascistes », entre autres. Il faut un esprit communiste pervers pour emprisonner un homme parce qu’il a fuit illégalement la Russie en 1922.

Richard Tietz a été arrêté alors qu’il sortait du Consulat d’Argentine à Barcelone où il s’était rendu après l’arrestation de sa femme. Lorsqu’il a demandé le motif de son arrestation, le commissaire lui a nonchalamment répondu « Je la considère justifiée ». C’est évidemment suffisant pour garder Richard Tietz en prison depuis juillet.

Pour autant que les conditions carcérales puissent être humaines, la prison Modelo est certainement supérieure à celles de la Tchéka introduites en Espagne par les staliniens d’après les meilleurs modèles en Union Soviétique. La prison Modelo conserve encore ses privilèges politiques traditionnels tels que le droit des détenus de se rassembler librement, d’organiser leurs comités pour les représenter auprès du directeur, de recevoir des colis,du tabac, etc., en plus des maigres rations de la prison. Ils peuvent aussi écrire et recevoir des lettres. En outre, les prisonniers éditent des petits journaux et bulletins qu’ils peuvent distribuer dans les couloirs où ils s’assemblent. J’en ai vu dans les deux sections que j’ai visité, ainsi que des affiches et photos des héros de chaque partie. Le POUM avait même un joli dessin de Andres Nin[4] et une photo de Rosa Luxembourg, alors que la section anarchiste avait Ascaso et Durruti sur les murs.

La cellule de Durruti qu’il a occupé jusqu’à sa libération après les élections de 1936 était des plus intéressantes. Elle a été laissée en l’état depuis qu’il en a été le locataire involontaire. Plusieurs grandes affiches de notre courageux camarade la rendent très vivante. Le plus étrange, cependant, est qu’elle est située dans la section fasciste de la prison. En réponse à ma question sur ce point, le garde m’a répondu que c’était comme « exemple de l’esprit vivant de I’esprit de Durruti qui détruira le fascisme ». Je voulais photographier la cellule mais il fallait l’accord du ministère de la justice. J’ai abandonné l’idée. Je n’ai jamais demandé aucune faveur au ministère de la justice et je demanderai encore moins quoi que ce soit au gouvernement contre-révolutionnaire, la Tchéka espagnole.

Ma visite suivante fut pour la prison des femmes, que j’ai trouvé mieux tenue et plus gaie que celle du Modelo. Seules, six prisonnières politiques s’y trouvaient à ce moment. Parmi elles, Katia Landau, la femme de Kurt Landau,qui avait été arrêtée quelques mois avant lui. Elle ressemblait aux révolutionnaires russes d’antan, entièrement dévouée à ses idées. J’étais déjà au courant de la disparition de son mari et de sa possible mort mais je n’ai pas eu le cœur d’aborder le sujet avec elle. C’était en octobre. En novembre, j’ai été informée par quelques-uns de ses camarades à Paris que Mrs. Landau avait commencé une grève de la faim le 11 novembre. Je viens juste de recevoir un mot selon lequel Katia Landau a été libérée suite à deux grèves de la faim.[5]

Quelques jours avant mon départ d’Espagne, j’ai été informée par les autorités que l’affreuse vieille Bastille, Montjuich, allait être utilisée à nouveau pour loger des prisonniers politiques. L’infâme Montjuich, dont chaque pierre pourrait raconter l’histoire de l’inhumanité de l’homme envers l’homme, celle des milliers de prisonniers conduits à la mort, rendus fous ou poussés au suicide par les méthodes de tortures les plus barbares. Montjuich, où en 1897, l’Inquisition espagnole avait été réintroduite par Canovas del Castillo, alors premier ministre d’Espagne. Ce fut sous ses ordres que 300 ouvriers, parmi lesquels d’éminents anarchistes, ont été gardé pendant des mois dans des cellules humides et sales, régulièrement torturés et privés d’assistance juridique. Ce fut à Montjuich que Francisco Ferrer fut assassiné par le gouvernement espagnol et l’Église catholique. L’année dernière, j’ai visité cette forteresse terrifiante. Il n’y avait alors aucun prisonnier. Les cellules étaient vides. Nous sommes descendus dans les profondeurs sombres avec des torches éclairant notre chemin. Il me semblait entendre les cris d’agonie des milliers de victimes qui avaient poussé leur dernier souffle dans cet épouvantable trou. Ce fut un soulagement que de retrouver la lumière du jour.

L’histoire ne fait que se répéter, après tout. Montjuich remplit à nouveau son effroyable rôle. La prison est surpeuplée d’ardent révolutionnaires qui ont été parmi les premiers à se précipiter sur les différents fronts. Les miliciens de la colonne Durruti, offrant librement leur force et leur vie, mais pas disposés à être transformés en automates militaires ; des membres des Brigades Internationales venus en Espagne de tous les pays pour combattre le fascisme, seulement pour découvrir les différences flagrantes entre eux, leurs officiers et les commissaires politiques, ainsi que le gaspillage criminelle de vies humaines du à l’ignorance du domaine militaire et au nom des objectifs et de la gloire du parti. Ceux-ci, et d’autres encore, sont de plus en plus emprisonnés dans la forteresse de Montjuich.

Depuis la boucherie mondiale et l’horreur perpétuelle sous les dictatures, rouges et brunes, la sensibilité humaine a été atrophiée ; mais il doit bien en exister quelques-uns qui ont encore le sens de la justice. Certes, Anatole France, George Brandes et tant autres grands esprits, dont les protestations ont sauvé vingt-deux victimes de l’état soviétique en 1922, ne sont plus parmi nous. Mais il y a encore les Gide, Silone, Aldous Huxley, Havelock Ellis, John Cowper Powys, Rebecca West, Ethel Mannin et d’autres, qui protesteraient certainement si ils avaient connaissance des persécutions politiques systématiques sous le régime communiste de Negrin et Prieto.

Je ne peux rester silencieuse d’aucune façon face à de telles persécutions politiques barbares. Par justice envers les milliers de camarades en prison que j’ai laissé derrière moi, je dois et vais dire ce que je pense.

[1] Luis Company a été emprisonné de 1934 à 1936 pour avoir été à la tête de la rébellion séparatiste catalane contre le gouvernement madrilène de droite.

[2] Il s’agit ici de Marc Rein, un correspondant à l’époque d’un journal social-démocrate suédois, arrêté au début d’avril 1937. Rafail A. Abramovich, une figure éminente des exilés mencheviques après la consolidation du pouvoir par les bolcheviques en Russie, écrivant encore et toujours en contact avec les clandestins anti-bolcheviques russes, fut une des cibles principales des purges staliniennes lors des procès des années 1930.

[3] Kurt Landau (1905- 1937?) était devenu un dirigeant de la gauche allemande pro-trotskiste opposée aux communistes, en 1923 et secrétaire de la vague organisation internationale rassemblant cette tendance. En 1931, il avait formé son propre groupe politique avant que de fuir le régime nazi deux ans plus tard. Il était arrivé en Espagne en novembre 1936 pour aider le POUM – bien que apparemment il n’était pas membre du Comité Directeur, comme le suggère ici Goldman. Néanmoins, les agents soviétiques et les communistes en général le décrivaient comme un acteur majeur de la « conspiration internationale trotskiste-fasciste ». Il a été enlevé le 23 septembre 1937 et assassiné par la suite par la police stalinienne. Pour plus de détails, voir le récit de sa femme Katia Landau, « I.e Stalinisme : Bourreau de la révolution espagnole, 1937- 1938 » Spartacus (Paris), n°40 (Mai 1971).

[4] Andrés Nin (1892- 1937) fut d’abord un dirigeant de la CNT qu’il représentait lors du congrès fondateur du Komintern en Russie. Après son adhésion au communisme, il forma avec d’autres le Parti Communiste Espagnol et fut le secrétaire de l’Internationale Syndicale Rouge. A ce poste, il se rangea du côté de Trotski contre Staline et retourna en Espagne en 1931 pour organiser la gauche communiste d’opposition. En 1935, son groupe fusionna avec un autre pour former le POUM, avec Nin comme l’un des deux principaux dirigeants. Arrêté le 16 juin 1937, avec d’autres dirigeants du POUM dans une tentative communiste pour briser le parti en prouvant sa « responsabilité » dans les événements de mai et, pire encore, son rôle comme agent de la Gestapo, Nin fut exécuté le 20 juin 1937. Étant donné ses nombreux contacts à travers le monde et son prestige, sa disparition et le crime stalinien causèrent un scandale international.

[5] En fait, la libération que Goldman mentionne ici n’a duré qu’une semaine. Elle fut arrêtée et emprisonnée de nouveau avant d’être expulsée d’Espagne.

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Lectures complémentaires:

Un-autre-regard-anarchiste-sur-la-vie-avec-emma-goldman

Manifeste pour la Société des Sociétés

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Un monde sans argent: le communisme

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

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Résistance au colonialisme: Mise en demeure du gouvernement canadien par le Tribunal International des Disparus du Canada

Posted in actualité, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 15 juillet 2019 by Résistance 71

The International Tribunal for the Disappeared of Canada
Established on January 1, 2016 under the Law of Nations

Lettre ouverte à Justin Trudeau, premier ministre du Canada du directoire du Tribunal international pour les Disparus du Canada (TIDC)

 

9 juillet 2019

 

Monsieur le premier ministre,

Le mois dernier vous avez publiquement admis que le crime de génocide des peuples aborigènes a été perpétré au Canada. Votre manque à ajouter “… par l’état et l’église du Canada” ne minimise en rien la responsabilité et la culpabilité de votre gouvernement et de ses associées les églises, dans ce crime contre l’humanité et pour la mort d’innombrables hommes, femmes et enfants aborigènes.

En vérité, votre admission du crime de génocide amène ses inévitables conséquences en regard de la loi internationale et de la loi canadienne. La convention de l’ONU sur le crime et la prévention du génocide, ratifiée par le Canada en 1952, requiert maintenant que le Canada soit “mis en accusation et puni” pour ce crime. Cette poursuite judiciaire et cette punition doivent être mises en œuvre par des états signataires de la convention et membre de l’ONU, mais aussi par les citoyens canadiens en accord avec les principes légaux de Nüremberg et la convention de la Cour Pénale Internationale, qui demandent que les citoyens ne soient pas les accessoires des crimes de leur propre gouvernement.

Le temps des paroles vides et des “enquêtes” de complaisance menées par les perpétrateurs même du crime est révolu. L’état canadien et ses complices dans le crime doivent maintenant être traduits en justice par la communauté internationale et par le peuple canadien lui-même. Et vous, Justin Trudeau, devez vous tenir comme premier accusé sur le banc de ce procès pour crime. Chose que vous savez pertinemment bien, puisque vous avez été publiquement inculpé le 7 juin courant et avez reçu une demande de comparution devant le tribunal international, qui se réunira à Vancouver le 16 septembre de cette année.

En tant que co-conspirateur inculpé pour crimes contre l’humanité, vous et votre gouvernement devez vous réfréner de toute action supplémentaire qui aide et sert le génocide continuel des peuples aborigènes, ou qui le masque. Par exemple, votre gouvernement doit immédiatement arrêter de distribuer des statuts d’exonération d’impôt et des privilèges à vos co-conspirateurs dans le génocide, à savoir: l’église catholique romaine, les églises anglicane et unifiée du Canada et vous devez abroger le Concordat Financier du Canada avec l’église de Rome ; car fournir à ces églises de tels privilèges incite les Canadiens à financer des entités criminelles et ainsi à violer la loi internationale et domestique.

De plus, votre gouvernement et la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) font une obstruction active à la justice en réduisant au silence des témoins du génocide et en détruisant des archives vitales, des sites de charniers et des preuves documentaires du génocide par l’état canadien et les églises. Vous devez immédiatement cesser et vous désister de ces actions illégales et remettre toutes ces preuves à notre tribunal afin de permettre une totale transparence publique.

Finalement et comme corollaire à ces requis émergeant de votre statut en tant que co-conspirateur cité dans des crimes contre l’humanité, ni vous, ni aucun autre élu du gouvernement canadien ne doivent rechercher un autre mandat électoral dans les élections à venir du 21 octobre courant. Le faire, serait demander aux Canadiens de cautionner et de devenir des complices continuels de l’attitude criminelle de l’état canadien.

Monsieur le premier ministre, nous attendons dûment que vous-même et tous les membres de votre gouvernement obéissiez à ces demandes et aux diktats de la loi internationale et de la moralité.

A cette fin, une délégation du directoire de notre tribunal, escortée par des gardiens de la paix et des observateurs internationaux, se rendra à Ottawa le lundi 15 juillet 2019 afin de rendre public ces faits lors d’une conférence de presse et durant d’autres évènements publics. Nous requérons une réunion en votre compagnie ainsi que celle de votre cabinet à cette date ou autre proche de cette date afin de discuter de ces affaires et de nous assurer que vous obéirez aux requis de la loi internationale.

Nous avons demandé à notre secrétaire de terrain canadien, le révérend Kevin Annett, d’être présent durant ces évènements et la réunion avec vous. Ce dernier quart de siècle, le révérend Annett a mené une campagne de documentation et de mise en accusation pour crime de génocide au Canada. Il a fait ceci a grand risque et coût personnels et contre une campagne concertée de l’état canadien, des églises et de la GRC qui ont perturbé son travail, traîné son nom dans la boue et lui ont retiré toute possibilité de vie décente, le privant de sa famille et de libertés civiles. Nous pensons très approprié qu’il soit présent.

Veuillez noter que tout manque de votre part ou de vos représentants de répondre à cette lettre ouverte et de notification sera pris en compte par les juges présidant au tribunal du 16 septembre devant lequel vous et vingt autres officiels, avez été légalement requis de comparaître.

Salutations,

Ellen Bradbury-Dufort, LL.B., M.A. (signed in the original)

Secretary and on behalf of The Directorate of the International Tribunal for the Disappeared of Canada 

disappearedofcanada@gmail.com , www.murderbydecree.com 

cc: Reverend Kevin Annett, federal politicians, Cabinet Ministers, United Nations affiliates and the world media

 

https://www.youtube.com/watch?v=jfKiOhcN1I0&feature=youtu.be

 

Traduit de l’anglais par Résistance 71

le 13 juillet 2019

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Lectures complémentaires:

« Sur l’imposture du droit à l’existence de l’état d’Israël »

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

 

Résistance au colonialisme: Sur l’imposture du « droit à l’existence d’Israël »… (Jeremy Hammond)

Posted in actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 15 juillet 2019 by Résistance 71

“Aucun État centralisé, bureaucratique et par là même militaire, s’appela-t-il même république, ne pourra entrer sérieusement et sincèrement dans une confédération internationale. Par sa constitution, qui sera toujours une négation ouverte ou masquée de la liberté à l’intérieur, il serait nécessairement une déclaration de guerre permanente, une menace contre l’existence des pays voisins. Fondé essentiellement sur un acte ultérieur de violence, la conquête, ou ce que dans la vie privée on appelle le vol avec effraction, — acte béni par l’Église d’une religion quelconque, consacré par le temps et par là même transformé en droit historique, — et s’appuyant sur cette divine consécration de la violence triomphante comme sur un droit exclusif et suprême, chaque État centraliste se pose par là même comme une négation absolue du droit de tous les autres États, ne les reconnaissant jamais, dans les traités qu’il conclut avec eux, que dans un intérêt politique ou par impuissance.”
~ Michel Bakounine, 1895 ~


Gaza crie !…

Excellente analyse dont les ramifications vont bien au-delà de ce cas d’école de l’illégalité et de l’illégitimité qu’est cet “état d’Israël”, colonial par sa nature même. Cette analyse peut de fait être étendue à tous les états coloniaux demeurant sur cette planète et dont l’existence n’est qu’une fiction imposée par la clique oligarchique du pouvoir marchand. Voir nos notes émaillant l’article… Nous irons même, en ce sens, plus loin que Jeremy Hammond en disant, et l’analyse le prouve (cf nos liens de lectures complémentaires sous l’article), que l’état sioniste d’Israël existe parce qu’il y a eu précédent et que des états racistes, suprémacistes et génocidaires prévalent toujours directement sur cette planète à l’instar des Etats-Unis, du Canada, du Mexique, de tous les états d’Amérique centrale et latine, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, entités coloniales fictives ayant assujettis par la violence et le nettoyage ethnique les terres qu’elles occupent et sur lesquelles elles n’ont aucun droit et n’ont fait qu’imposer la puissance de la force, toujours en vigueur de nos jours.
Cet article de Hammond est une invitation à repenser le mode de fonctionnement total de notre système inique et génocidaire qe nous avons étendu (que nous avons laissé étendre est sans doute plus approprié) de fait à la planète entière. C’est la seule façon que nous ayons de nous émanciper et de réaliser notre humanité. Tenons-nous debout, main dans la main avec les nombreux peuples colonisés de cette planète, afin de réaliser ensemble notre émancipation de la dictature étatico-marchande pour finalement devenir ce que nous sommes: des humains adultes dans le véritable acceptation du terme, parce que finalement… Nous sommes tous des colonisés !.

~ Résistance 71 ~

 

La Résolution 2621 XXV, du 12 octobre 1970 des Nations Unies affirme « le droit inhérent des peuples colonisés à lutter par tous les moyens nécessaires contre les puissances coloniales qui répriment leur aspiration à la liberté et à l’indépendance.»

Résolution 37-43 des Nations Unies : « Tout peuple a le droit de résister à l’oppression, l’occupation, l’annexion ou colonisation par une force étrangère. Cette opposition légitime est la résistance armée « .

 

 

Sur l’imposture du “droit à l’existence de l’état d’Israël”

 

Par Jeremy R. Hammond

 

Source : Foreign Policy Journal

Traduction : lecridespeuples.fr  

 

Article en français:

https://lecridespeuples.fr/2019/07/09/sur-limposture-du-droit-a-lexistence-de-letat-disrael/

 

Les apologistes des crimes d’Israël contre les Palestiniens prétendent que cet État a le « droit d’exister », dans un effort visant à légitimer le nettoyage ethnique de la Palestine.

Les sionistes qui s’évertuent à défendre les crimes d’Israël contre le peuple palestinien portent souvent l’accusation que les détracteurs de l’ « Etat juif » autoproclamé tentent de le « délégitimer ». Israël, rétorquent-ils, a le « droit d’exister ». Mais ils se trompent.

Il ne s’agit pas de faire une exception pour Israël. Il n’existe pas de « droit à l’existence » pour les États, point final. Aucun « droit à l’existence » n’est reconnu pour les Etats par le droit international. Un tel droit serait totalement insensé. Le concept même est absurde. Ce sont les individus, et non les entités politiques abstraites, qui ont des droits.

Les droits individuels peuvent bien sûr être exercés collectivement, mais à la condition que cela se fasse sans préjudice pour les droits des individus. Le droit pertinent dans ce contexte est plutôt le droit à l’autodétermination, qui fait référence au droit d’un peuple à exercer collectivement ses droits individuels par le biais de l’autonomie politique. L’exercice collectif de ce droit ne peut porter atteinte à l’exercice individuel de ce droit. Le seul but légitime du gouvernement est de protéger les droits individuels, et un gouvernement n’a aucune légitimité sans le consentement des gouvernés. Ce n’est qu’en ce sens que le droit à l’autodétermination peut être exercé collectivement, par un peuple qui choisit pour lui-même son mode de gouvernement et qui y consent.

Le droit à l’autodétermination, contrairement au concept absurde de « droit à l’existence » d’un État, est reconnu par le droit international. C’est un droit qui est explicitement garanti, par exemple, par la Charte des Nations Unies, que l’État d’Israël a ratifiée.

Le cadre approprié pour la discussion est donc le droit à l’autodétermination, et c’est précisément pour obscurcir cette vérité que la propagande revendique fréquemment pour Israël le « droit d’exister ». Les apologistes d’Israël sont contraints de déplacer ainsi le cadre de la discussion, car dans le cadre du droit à l’autodétermination, c’est évidemment Israël qui rejette les droits des Palestiniens et non le contraire.

Et ce n’est pas seulement dans la perpétuation de l’occupation des territoires palestiniens que le rejet d’Israël se manifeste. Ce rejet des droits des Palestiniens s’est également manifesté dans les moyens mêmes par lesquels Israël a été créé.

Il existe une croyance populaire selon laquelle Israël a été fondé par une sorte de processus politique légitime. C’est faux. Ce mythe est fondé sur l’idée que la fameuse résolution sur le « plan de partition » de l’Assemblée Générale des Nations Unies – résolution 181 du 29 novembre 1947 – a légalement partitionné la Palestine et ainsi conféré une autorité légale aux dirigeants sionistes pour leur déclaration unilatérale de l’existence d’Israël le 14 mai 1948.

En effet, dans cette déclaration, le document fondateur d’Israël, les dirigeants sionistes se sont appuyés sur la Résolution 181 pour revendiquer une légitimité juridique. Cependant, la vérité est que la Résolution 181 ne lui a rien conféré de tel. L’Assemblée Générale de l’ONU n’avait aucune autorité pour partitionner la Palestine contre la volonté de la majorité de ses habitants. Et elle n’a pas non plus eu la prétention de faire une telle chose. Au contraire, l’Assemblée s’est contentée de recommander la partition de la Palestine en Etats juif et arabe séparés, ce qui devrait être accepté par les deux peuples pour prendre effet sur le plan juridique. L’Assemblée a transmis la question au Conseil de sécurité, où le plan est devenu caduc du fait de la reconnaissance explicite que l’ONU n’avait aucune autorité pour mettre en œuvre – c’est-à-dire imposer – une telle partition.

La déclaration unilatérale des sionistes est souvent décrite comme une « Déclaration d’indépendance ». Mais ce n’était rien de tel. Une déclaration d’indépendance suppose que le peuple qui déclare son indépendance soit souverain sur le territoire sur lequel il souhaite exercer son droit à l’autodétermination. Mais les sionistes n’étaient pas souverains sur la terre qui est devenue le territoire de l’État d’Israël.*

(*) Note de R71: Voit-on ici émerger une similitude avec l’imposture coloniale que sont les Etats-Unis, le Canada, de fait tous les pays du continent américain, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et autres nations toujours sous emprise coloniale ? Si les sionistes n’étaient et ne sont en rien “souverains” sur la terre de Palestine, les colons / immigrants chrétiens européens ne l’étaient et ne le sont en rien également sur les terres qu’ils ont envahies, colonisées et martyrisées et qu’ils continent d’occuper sur deux continents… L’imposture criminelle d’Israël existe parce qu’existe et perdure les impostures coloniales des Etats-Unis, du Canada, du Mexique, de tous les pays d’Amérique Latine et des deux terres majeures d’Océanie…

Au contraire, lorsqu’ils ont déclaré l’existence d’Israël, les Juifs possédaient moins de 7% de la terre en Palestine. Les Palestiniens possédaient plus de terres que les Juifs dans chacun des districts de la Palestine. Les Palestiniens constituaient également une majorité numérique en Palestine. Malgré l’immigration massive [et illégale], les Juifs restaient une minorité représentant environ un tiers de la population.

Même à l’intérieur du territoire proposé par l’ONU pour l’Etat juif, lorsque la population bédouine a été recensée, les Arabes constituaient une majorité. Même à l’intérieur de ce territoire, les Arabes possédaient plus de terres que les Juifs.

En clair, les dirigeants sionistes n’avaient absolument aucune légitimité [sinon celle de leurs textes religieux, qui ne font autorité nulle part] à revendiquer une souveraineté sur le territoire qu’ils ont finalement acquis par la guerre.

D’autant plus que l’acquisition de territoire par la guerre – ou droit de conquête – est interdite par le droit international. (NdR71: ceci est valable bien entendu pour toute autre nation conquise et assujettie par la force et la puissance coloniale. Voir notre note un peu plus haut…)

Loin d’être le fruit d’un processus politique légitime, Israël a été créé par la violence. Les sionistes ont acquis la majeure partie du territoire de leur État par le nettoyage ethnique de la majeure partie de la population arabe, soit plus de 700 000 personnes, exclues de leurs demeures et de leurs terres en Palestine. Des centaines de villages arabes ont été littéralement détruits et rayés de la carte.

Ainsi, quand les sionistes prétendent qu’Israël a un « droit à l’existence », ce qu’ils disent en réalité, c’est que les sionistes avaient le « droit » de procéder à un nettoyage ethnique de la Palestine afin d’établir leur « Etat juif ».

Évidemment, un tel droit n’existe pas. Au contraire, une fois de plus, en droit international, le nettoyage ethnique est reconnu comme un crime contre l’humanité.

Les sionistes accusent ceux qui dénoncent les crimes d’Israël contre les Palestiniens de vouloir « délégitimer » l’ « Etat juif », mais il importe de souligner que la déclaration unilatérale du 14 mai 1948 proclamant l’Etat d’Israël n’avait aucune légitimité. Il importe de souligner que le crime de nettoyage ethnique ne peut aucunement être justifié ou légitimé. Cela neutralise complètement les accusations des thuriféraires d’Israël.

Lorsque cette accusation est portée contre les détracteurs d’Israël, ce qui se passe réellement, c’est que ce sont les apologistes d’Israël qui tentent de délégitimer le droit des Palestiniens à l’autodétermination, ainsi que le droit internationalement reconnu des réfugiés de guerre à retourner dans leur patrie.

Indépendamment de l’illégitimité des moyens par lesquels Israël a été créé, il existe. Telle est la réalité actuelle. (NdR71: tout comme l’est l’existence des états colons des Amériques et d’Océanie, mais cela n’est en rien inéluctable…) Cependant, l’exigence de l’Etat d’Israël que les Palestiniens reconnaissent son « droit » non seulement d’exister, mais d’exister « en tant qu’Etat juif », est simplement une exigence que les Palestiniens renoncent à leurs droits et adhèrent à la déclaration unilatérale des sionistes et au nettoyage ethnique de la Palestine en les reconnaissant comme légitimes.

Et c’est pourquoi il n’y a pas eu de paix. Il n’y aura pas de paix tant que les droits des Palestiniens ne seront pas reconnus et respectés. Le problème pour les sionistes est que si les Palestiniens exercent leurs droits, cela signifierait la fin de l’existence d’Israël en tant qu’ « Etat juif ».

Mais qu’y aurait-il de mal à mettre fin à un régime fondamentalement raciste qui viole perpétuellement le droit international et les droits de l’homme des Palestiniens ? Qu’y aurait-il de mal à le remplacer par un gouvernement qui respecte l’égalité des droits de tous les habitants du territoire sur lequel il exerce sa souveraineté politique et gouverne avec le consentement des gouvernés ?

Pour quiconque est capable de faire preuve d’un minimum d’honnêteté et d’intégrité morale, la réponse claire aux deux questions est : rien. Il n’y aurait aucun mal à cela, bien au contraire.

Pour tous ceux qui jouent un rôle actif dans la recherche de la paix et de la justice, c’est donc sur ce but que nous devons concentrer nos efforts collectifs. Il faut commencer par acquérir une bonne compréhension de la véritable nature du conflit et par ouvrir les yeux de tous ceux qui sont intègres, mais qui ont été trompés par les mensonges et la propagande qui ont perpétué la violence et l’injustice pendant si longtemps.

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Lectures complémentaires en PDF:

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

La Bible Déterrée Israel Finkelstein

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

la-peste-religieuse-par-johann-most-1892

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Ashraf Ezzat Mythe Biblique

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

Mise en demeure du gouvernement canadien par le Tribunal International pour les Disparus du Canada

 

 

Gilets Jaunes… La question de la révolution sociale est la même aujourd’hui qu’en 1848, 1871, 1936, 1968… Il est temps d’y répondre ! (avec P. Kropotkine)

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 10 juillet 2019 by Résistance 71

En 1895, Kropotkine pose dans ces deux textes quasi oubliés, les problèmes toujours si contemporains du réformisme et de la révolution sociale.

A quoi sont donc confrontés les gens en 2019 ?… Gilets Jaunes ou pas … A t’on résolu ces problèmes qui se posèrent si vividement déjà en 1848, 1871, puis dans les années 1930, en 1968 et 2008 avec l’entrée en phase terminale d’implosion du capitalisme ? Certainement pas, d’où cette constante impression que ces textes ne “vieillissent” pas. Ils ne vieillissent pas pour la simple et bonne raison que RIEN n’a été entrepris pour changer radicalement notre société humaine toujours sous les effets mortifères de la division et de l’exploitation de populations artificiellement dominés par un fragment de dominants privilégiés abusant du pouvoir qu’ils ont accaparé il y a bien des siècles.

Ainsi donc, en solution franche et radicale (de sa “racine”) à bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !

Tout le reste n’est que vain réformisme et pisser dans un violon…

~ Résistance 71 ~

 

 

Un temps d’arrêt

 

Pierre Kropotkine

Les Temps Nouveaux, mai 1895

 

Que les idées socialistes se répandent à flots dans la société actuelle nulle possibilité d’en douter. Le socialisme a déjà mis son cachet sur l’ensemble de la pensée de notre époque. La littérature, l’art et même la science s’en ressentent. La classe bourgeoise commence à s’en imprégner, aussi bien que la classe ouvrière. L’insécurité des fortunes basées sur l’exploitation ; les hasards de l’enrichissement et de la ruine ; l’accroissement, extrêmement rapide, de la classe qui vit aux dépens du travail manuel des masses, et le nombre, toujours croissant, des aspirants aux positions lucratives dans les professions libérales ; l’idée, enfin, dominante de l’époque, — tout pousse le jeune bourgeois vers le socialisme.

N’était l’État qui consacre la plupart de son budget de cinq milliards à la création de nouvelles fortunes bourgeoises et au maintien des anciennes — en même temps qu’il empêche l’expansion du socialisme par son éducation, son armée et sa hiérarchie de fonctionnaires — la désagrégation de la bourgeoisie et de la pensée bourgeoise serait bien plus rapide.

L’idée se propage. Mais nous ne ferons qu’exprimer une pensée très répandue en ce moment, si nous affirmons que le socialisme est arrivé à un moment d’arrêt : qu’il se sent forcé de soumettre toute sa doctrine à une révision complète, s’il tient à faire de nouveaux progrès et à jouer sa part dans l’oeuvre pratique de reconstruction de la société.

Le socialisme de l’Internationale s’exprimait par une formule très simple : l’expropriation. Était socialiste celui qui reconnaissait que tout ce qui est nécessaire pour travailler à la satisfaction des besoins multiples de la société, doit revenir à la société elle-même, — et ceci, à bref délai.

Que la possibilité de s’approprier la moindre parcelle de terrain ou des usines, afin de priver les autres des moyens de produire pour la satisfaction des besoins de tous — doit cesser d’exister. Que cette appropriation est la source des maux actuels ; que l’ensemble de la production doit être guidé par la société elle-même ; et que la transformation nécessaire ne peut s’opérer que par la voie de la révolution sociale.

Formule encore vague, il est vrai, quant à ses applications pratiques, mais assez nette quant à son but final.

Mais, peu à peu, un but beaucoup plus restreint vint se substituer à celui-ci, — surtout sous l’influence de l’Allemagne qui entrait à peine dans le cercle des nations industrielles de l’Occident et sortait seulement des tenailles du pouvoir absolu.

On maintint toujours ce but final dans les considérants théoriques du socialisme. Mais on élabora à côté un programme, tout autre, pour la pratique de tous les jours.

On fit à peu près comme l’Église chrétienne avait fait autrefois, lorsqu’elle affirma un idéal supérieur de « chrétien » mais admit en même temps que cet idéal était impossible à atteindre de sitôt ; et, par conséquent, à côté de cet idéal, dont on parle encore le dimanche, elle accepta un idéal pour les jours de la semaine, celui du chrétien qui pratique l’individualisme à outrance, et mitige son individualisme par de douces paroles sur « l’amour du prochain » et par l’aumône.

On fit quelque chose de semblable pour le socialisme. À côté de l’idéal, dont on parle les jours de fête, on plaça l’idéal de tous les jours : la conquête des pouvoirs dans l’État actuel, la législation pour protéger l’esclave salarié contre les écarts par trop brutaux de l’exploitation, et une certaine amélioration du sort de certaines catégories de travailleurs privilégiés.

Républicain en Allemagne, gréviste ou coopérateur en Angleterre et en Belgique, plus ou moins communaliste en France, — pourquoi le socialisme ne se maintiendrait-il pas, en effet, avec sa division subtile entre l’idéal des jours fériés et la pratique des jours de travail ?

Et puis, étant donné l’esprit arriéré des masses, leur incapacité de comprendre le « socialisme scientifique », — n’y avait-il pas tout avantage à grouper, organiser les masses sur des questions de moindre importance, et faire infiltrer, entre temps, les principes du socialisme ? Entamer la législation, faite jusqu’ici au profit des classes possédantes, pour habituer les esprits à une législation faite au profit de tous ? Et ainsi de suite… Chacun saura lui-même, s’il y tient, renchérir sur ces arguments, si souvent répétés.

Sur ces principes, la propagande socialiste fut lancée ; elle fut faite sur une large échelle, et on en connaît les résultats.

Bons ou mauvais, nous ne nous arrêterons pas ici pour les apprécier. Ce qu’il nous importe de constater, c’est que la propagande socialiste ne peut plus marcher sur ces principes. On veut, dans les masses ouvrières, en savoir plus long sur le but à atteindre, et des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour demander : Où l’on va ? où et comment veut-on arriver ?

C’est que le temps presse. Ces mêmes causes qui ont fait éclore le socialisme, imposent d’en arriver au plus tôt à la solution. Dans les pays d’industrie avancée — l’Angleterre, la France, la Belgique — le nombre de ceux qui produisent de leurs bras le pain, le vêtement, le logis et même les objets de luxe, diminue à vue d’œil, en rapport de ceux qui se font une vie supérieure à celle du producteur, en se faisant des organisateurs, des intermédiaires, des gouvernants. Les marchés, sur lesquels on vend à haut prix sa marchandise et achète à vil prix les produits bruts des pays arriérés en industrie, sont disputés, l’arme au bras, par les bourgeoisies de toutes les nations, y compris les nouveaux-venus, comme l’Italie, la Russie et le Japon. Le nombre des sans-travail jetés continuellement hors des rangs des producteurs, par les crises et l’ensemble des tendances de l’industrie, augmente ; il atteint les proportions formidables des bandes qui parcouraient la France, aux approches de 1788.(*) Toutes ces conditions demandent des remèdes immédiats ; mais la foi dans les bienfaits de la législation paternelle s’en va, dès que l’on commence à en goûter. Enfin, tous les principes essentiels qui servent de base à l’ancien régime et que l’on avait jusqu’ici maintenus par les mensonges de la religion et de la science, s’en vont… Le temps presse.

(*) Note de R71: Qu’est-ce qui a vraiment changé depuis ?… Où en est-on aujourd’hui entre la « France urbaine » et la « France péri-urbaine » , les campagnes « sacrifiées » ? Conclusion ?…

On a beau hâter le replâtrage : on s’aperçoit que les causes qui avaient fait songer à réparer l’édifice, agissent trop rapidement ; que les habitants, menacés d’écroulement, s’impatientent. Il faut procéder, immédiatement, sans retard, à la reconstruction complète, et on en demande le plan.

Et nous voyons se produire dans les masses, gagnées au socialisme, ou seulement touchées par l’idée, un arrêt. On n’ose plus marcher dans la même voie sans se rendre compte : où l’on va ? qu’est-ce que l’on veut avoir ? qu’est-ce que l’on cherchera à réaliser ?

Laisser le tout ― trouver le plan, l’exécuter — à ceux dont les noms sortiront un jour des urnes, après que l’on aura renversé les gouvernements actuels ? — L’idée seule fait sourire l’ouvrier qui pense — et ils sont nombreux ceux qui pensent aujourd’hui.

Et partout — dans les réunions, dans les articles de journaux, dans les questions jetées aux orateurs des réunions publiques, dans les conversations — on voit surgir la même grande question.

« La production de ce qui sert à satisfaire nos besoins s’est engagée dans une fausse voie ― très vrai ! Abandonnée au hasard du profit, elle paralyse plus l’initiative qu’elle ne la stimule. Elle ne répond point aux besoins. Elle ne satisfait pas les plus pressés, elle en crée des milliers d’artificiels. Le tout est un immense gaspillage de forces humaines.

« La tournure funeste prise par l’industrie engendre les crises — et elles sont fréquentes, alors même qu’elles ne sont pas générales, — les guerres au dehors, les guerres civiles. Elle met continuellement en danger les quelques libertés politiques conquises. Elle amène les violences d’en haut, que le travailleur ne veut plus supporter et auxquelles il répond par les violences d’en bas.

« D’accord avec tout cela, — dit le socialiste qui pense. — Mais comment organiser la production sur une base nouvelle ? Par quel bout commencer ? À quelle institution sociale en confier la transformation ?

« À l’État ? c’est-à-dire au parlement ? — faux en principe, faux dans ses actes, incapable de rien organiser, incapable même de contrôler la besogne qu’il s’empresse d’abandonner à une hiérarchie d’administrateurs ?

« Aux petits parlements municipaux qui répètent sur une moindre échelle les vices des parlements nationaux ?

« Ou bien aux syndicats ouvriers qui, du jour où ils procèdent par représentation, créent des parlements semblables aux précédents ?

« En admettant même qu’une inspiration dont on ne voit pas d’ailleurs l’origine, les affranchisse des vices communs aux assemblées législatives, — par quelle force mettraient-ils leurs décisions en exécution ? Par la police, le juge, le geôlier, comme auparavant ? »

Et, du coup, tout l’immense problème du gouvernement surgit devant celui qui interroge. Et quand on lui souffle, comme on le fait en Allemagne, les mots de « dictature des hommes de confiance », — il y croit peut-être en Allemagne, mais en Occident la triade Robespierre-Barras-Napoléon surgit immédiatement devant ses yeux. Il connaît trop la dictature pour y déposer sa foi…

La presse socialiste a beau dire que « tout cela » s’arrangera plus tard ; qu’en ce moment il s’agit de voter. Le socialiste a beau s’inculquer la maladie du vote et toujours voter — aujourd’hui pour un tel, député, demain — pour un tel, conseiller municipal, après-demain — pour le conseil de la paroisse. Cela n’avance à rien : on ne vote pas chaque jour, et les grandes questions reviennent toujours.

Passe encore en Allemagne, qui s’approche de son 1848, et où le démocratisme socialiste peut être maintenu par de vagues allusions des Ledru-Rollin et des Louis Blanc, tandis que l’essence du mouvement se dirige contre l’autorité personnelle d’un Bismarck ou d’un Guillaume et le règne de la camarilla. Mais cela ne suffit plus en France ni en Belgique, encore moins en Angleterre.

Et c’est ce qui fait que le socialisme s’arrête dans son développement. Les nombres peuvent grossir, mais il manque de substance : il la cherche.

Il sort de sa première phase d’enthousiasme général : il doit se substancier, se déterminer. Il doit oser se prononcer nettement. Il doit répondre aux grandes questions.

Mais, comment le ferait-il sans se déclarer anarchiste ? Anarchiste, ou dictatorial, il doit faire son choix, et l’avouer. Et c’est la phase dans laquelle le socialisme est obligé d’entrer maintenant, — à moins que les événements révolutionnaires ne viennent eux-mêmes imposer les solutions. Mais, même dans la tourmente révolutionnaire, la même question viendra se poser, comme elle se posait déjà en 1848 en France. — Anarchie ou dictature ! (*)

Nous reviendrons encore plusieurs fois sur ce sujet.

(suite ci-dessous)

(*) Note de R71: Elle se pose toujours aujourd’hui en 2019 et se posera toujours tant que nous n’aurons pas accompli notre émancipation qui ne peut survenir que par la révolution sociale, la seule radicalité qui sauvera l’humanité et nous mènera enfin à ce que nous sommes fondamentalement, des êtres de la jouissance organique hors structure exploiteuse etc contre tous les « avoirs » de la dictature marchande organisée.

= = =

Les petits expédients

Les Temps Nouveaux

juin 1985

 

Note de R71: Ce texte est la suite du texte ci-dessus…

 

Il se produit, disions-nous, un temps d’arrêt dans le développement du socialisme. Il ne s’agit plus de grossir seulement les rangs de ceux qui se disent socialistes et qui désirent vaguement, dans un avenir plus ou moins éloigné, la « socialisation des moyens de production ». Pour marcher de l’avant, il faut préciser ce que l’on entend par « socialisation », et se prononcer nettement sur la façon d’y arriver.

Sans cela, il y aura arrêt dans le développement ultérieur du socialisme, et nous en voyons déjà les signes partout : dans la presse indépendante, dans les discussions de tous les jours entre travailleurs, dans leurs appréciations de ce qui s’est fait jusqu’à ce jour, dans leur attitude indécise concernant les diverses fractions socialistes.

Et cependant, on continue à nous dire que l’essentiel, pour le moment, n’est nullement de se prononcer sur ce que l’on entend par révolution sociale. — « Vu l’état arriéré des esprits dans la grande masse des travailleurs, vu l’indifférence du grand nombre, bornons-nous ― disent les socialistes — à grouper pour le moment, à organiser les masses sur un principe général très vague — l’affirmation des droits du prolétaire, — mais surtout sur le terrain de questions secondaires pratiques, telles que la journée de travail, la protection légale du travailleur, et, avant tout, la conquête des pouvoirs publics dans l’État. C’est le moyen d’attirer le grand nombre, de faire leur éducation. »

Mais, nous demandons très sérieusement, à ceux qui suivent ce « plan de campagne », qu’est-ce qu’ils préparent ainsi, si ce n’est l’avilissement des caractères, le désespoir ou même le dégoût, chez l’ouvrier ? Que doit-il penser du socialisme, lorsque, après l’avoir attiré sous le drapeau rouge par des promesses de reprise du patrimoine humain pour l’humanité, après lui avoir demandé tant de sacrifices au nom de ce grand idéal, on lui déclare que cet idéal sera pour les siècles à venir, et que lui doit s’occuper seulement d’alléger sa servitude de salarié du capital et d’esclave de l’État ?

Aux grands jours de fêtes du travail, lorsque les masses marchent avec leurs drapeaux dans un parc ou sur une place publique, lorsqu’elles s’entassent dans les salles de meetings, — l’ouvrier étouffe les pensées amères que l’on fait surgir dans son cerveau par cette contradiction. L’enthousiasme grandit lorsque les foules se pressent, au son de leurs fanfares, autour des drapeaux. On acclame l’orateur socialiste qui chauffe l’enthousiasme par les mots de « grandeur du travail », de « marche victorieuse vers l’avenir » et ainsi de suite — qui ont remplacé ceux de patrie et de grandeur nationale chez le Gambetta socialiste. Mais, rentré chez lui après une journée de fatigue, le travailleur se demande où l’on en est après tout ce déploiement d’emblèmes et ces grands mots qui font si bien palpiter les coeurs, ― et il constate que l’on piétine sur place sans avancer ni en fait ni en idée.

Prenons, par exemple, cette question de journée de huit heures, qui a fait dernièrement les frais de tant de discours.

Les travailleurs américains, anglais et belges ne confondaient pas leur journée de huit heures avec la question sociale. Ils voulaient seulement arracher, ne fût-ce qu’une poignée de laine, à la brebis galeuse. L’arracher, non quémander. Un peu d’union dans les grèves, un peu d’énergie, une grève plus ou moins générale, et ils obtenaient une réduction de leurs journées de travail.

On a voulu en faire une partie de la question sociale, un acheminement vers sa solution !… Lorsque l’on travaillerait huit heures au lieu de dix, — dix ouvriers trouveraient du travail là où huit seulement en trouvent aujourd’hui. Le chômage allait disparaître ! Et puis, la journée de huit heures ne devait pas être obtenue de fait : elle devait être un don de l’État, et, pour amener le gouvernement à ces bonnes dispositions, il fallait des députés ouvriers aux parlements. On fouillait l’histoire pour prouver, au rebours de l’évidence, que jamais une amélioration, pas même une amélioration temporaire, dans les conditions du travail salarié ne pouvait être obtenue par les grèves sans que l’État intervînt par la loi. Enfin, tout le mouvement ouvrier du 1er mai, dans lequel on aurait dû voir un réveil général des travailleurs, été circonscrit dans la journée de huit heures, — légale, s’il vous plaît, pas autrement.

Et voilà que, bien avant de se rapprocher légalement des « Trois-Huit » (huit heures de travail, huit de sommeil et huit de loisir), des capitalistes intelligents et quelques administrations ont déjà introduit les huit heures dans leurs usines, et l’on peut déjà en apprécier les résultats.

Les chemins de fer ont certainement augmenté, jusqu’à un certain point (mais pas dans la proportion prédite), leur personnel, tout en exigeant d’ailleurs de chacun un travail beaucoup plus intense qu’auparavant. Quant aux usines, les capitalistes eux-mêmes apprécient les résultats en ces termes :

« J’ai réduit — nous dit tel « boss » américain — la journée à huit heures, et, sans même avoir amélioré les machines, j’obtiens de mes ouvriers en huit heures le même travail qu’ils faisaient auparavant en dix heures, ce qui me fait un gain net de tant et tant sur les frais généraux. »

Parfaitement ! C’est juste ce que les anarchistes ont toujours dit en parlant du gaspillage incroyable de travail humain qui se fait aujourd’hui sous le régime tant vanté de l’intérêt personnel. Certainement, on peut produire en huit heures ce qui se produit dans les usines patronales en dix heures ! Et avec quelques améliorations en plus, on le ferait même en six heures !

Seulement… puisque l’ouvrier augmente l’énergie de son travail, et puisque son travail devient d’autant plus nerveux et cérébral, il s’ensuit qu’il sort de l’usine tout autant, sinon plus fatigué après huit heures de travail qu’autrefois après dix heures d’usine.

Seulement… puisque l’usine demande maintenant des hommes capables de donner en huit heures ce que l’on obtenait autrefois en dix heures, la sélection des travailleurs les plus jeunes, et le renvoi de tous ceux qui dépassent la quarantaine, se fait bien plus strictement qu’auparavant. — Que les vieux et les faibles aillent mourir sur le pavé !…

Ceci, sans parler des usines vieux type qui doivent se fermer devant la concurrence de celles qui sont mieux organisées.

Si bien que ce prétendu « pas vers la solution de la question sociale » n’est qu’un moyen d’augmenter l’intensité du travail, toujours au profit de l’exploiteur…

Eh bien, le travailleur le sait, il l’apprend, il le prévoyait souvent. Que pensera-t-il donc de ceux qui lui ont fait rêver un règne d’or « pour chauffer l’enthousiasme », qui l’ont trompé sous prétexte de faire son éducation ?

Analysez bien chacune des « questions secondaires », soit en économie sociale, soit en politique, dont on a grandi à dessein l’importance pour en faire un moyen d’agitation, et dans chacune vous retrouvez le même fonds : tromperie, désillusion !

Et puisque la vie actuelle se charge bien vite de donner le démenti aux exagérations, l’ouvrier se voit bientôt dégoûté par toutes ces questions à côté, vers lesquelles on dirige son attention sous ce prétexte qu’il n’est pas mûr pour comprendre la grande question sociale ; il s’aperçoit qu’en réalité on évite simplement d’approfondir en quoi doit consister la « socialisation des moyens de production » qu’on lui a promise et quels sont les procédés nécessaires pour y arriver. Le dégoût saisit l’ouvrier pensant, et il se demande si ce socialisme n’est pas aussi un leurre comme la religion, le patriotisme, le radicalisme, etc., dont on parlait à ses pères.

Et puis, le temps presse… Qui peut répondre que d’ici douze mois, deux ans, nous n’aurons pas la révolution sur les bras, tout comme le peuple de Paris l’a eue au 18 mars, au moment où les révolutionnaires les plus en contact avec les masses se disaient qu’il n’y avait plus rien à faire à Paris ? Qui peut nous répondre que la période révolutionnaire ne sera pas ouverte d’ici un an à Rome, à Berlin, à Paris, à Vienne, à la chute d’un Crispi ou d’un Guillaume, à la suite d’une crise industrielle aiguë, ou bien de quelque défaite dans une guerre européenne ? Et pour peu qu’une révolution politique éclate n’importe où sur le continent, il est certain que la question sociale y sera posée dans toute sa grandeur, comme elle le fut à Paris en 1848.

Et que prépare-t-on, si ce n’est des journées de juin ou de mai, des défaites ouvrières noyées dans le sang sous les obus à la dynamite et la mitraille crachée à la vapeur, — quand on cache soigneusement à l’ouvrier la gravité du moment historique que nous traversons, la tâche immense qu’il aura à accomplir, lui-même, de ses propres forces, dans la révolution, s’il tient à en sortir, non pas sur un brancard porté à la fosse commune, non pas comme un forçat à Cayenne ou aux Philippines, mais après avoir préparé un meilleur avenir pour l’humanité ?

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Lectures complémentaires:

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Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

Comprendre pour agir juste… « Nous sommes tous des colonisés ! » (version pdf)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, canada USA états coloniaux, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 8 juillet 2019 by Résistance 71

 


¡Ya Basta!

 

Résistance 71

 

8 juillet 2019

 

En mai 2013, nous publiions cet article « Nous sommes tous des colonisés ! », une analyse sur le colonialisme et l’importance de ce qui nous aida à formuler cette pensée cruciale à notre sens pour quiconque pense à l’émancipation définitive de nos sociétés de la sclérose criminelle étatico-capitaliste pour enfin parachever notre humanité vraie, profonde et organique dans une société des sociétés affirmant notre être en lâchant prise de la tyrannie de l’avoir et de ses antagonismes factices inhérents:

« L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur terre. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais ! »

L’article eut une suite en juillet 2013 et est devenu un des articles les plus lus et téléchargés sur Résistance 71. Jo nous en a fait un superbe PDF de compilation que nous vous invitons à (re)lire et à diffuser sans aucune modération. Ce PDF a réactualisé les articles dans leur bibliographie car depuis toutes ces années, la bibliothèque s’est considérablement étoffée. Bonne lecture !…

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

 


Le Fléau de l’Occident


La solution: Dignité, Terre et Liberté !
Mouvement zapatiste 1994-2019

Empire et géopolitique: Les Frères Musulmans comme supplétifs du Pentagone (thierry Meyssan)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, colonialisme, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 8 juillet 2019 by Résistance 71

Article intéressant mais entaché d’une remarque qui nous a forcé à mettre une note en aparté. Ceci fait toujours poser la question: malgré les apparences, pour qui Meyssan pédale t’il vraiment ?… Fragment de réponse plus bas, car commence à se dégager subrepticement un certain canevas…

~ Résistance 71 ~

 


Daesh = Gladio 2.0

 

Les Frères Musulmans comme supplétifs du Pentagone

 

Thierry Meyssan

 

5 juillet 2029

 

url de l’article: https://www.voltairenet.org/article206726.html

 

Nous poursuivons la publication du livre de Thierry Meyssan, « Sous nos yeux ». Dans cet épisode, il décrit comment l’organisation terroriste des Frères musulmans a été intégrée au Pentagone. Elle a été rattachée aux réseaux anti-Soviétiques constitués avec les anciens nazis durant la Guerre froide.

5— Les islamistes pris en main par le Pentagone

Au début des années 1990, le Pentagone décide d’incorporer les islamistes — qui jusque-là dépendaient de la seule CIA — dans ses activités. C’est l’opération Gladio B, en référence aux services secrets de l’Otan en Europe (Gladio A [1]).

Durant une décennie, tous les chefs islamistes — y compris Oussama Ben Laden et Ayman Al-Zawahiri — se déplacent à bord des avions de l’US Air Force. Le Royaume-Uni, la Turquie et l’Azerbaïdjan participent à l’opération [2]. Par voie de conséquence, les islamistes — qui jusqu’ici étaient des combattants de l’ombre — sont «  publiquement  » intégrés aux forces de l’Otan.

L’Arabie saoudite — à la fois État et propriété privée des Saoud — devient officiellement la société chargée de gérer l’islamisme mondial. Le roi proclame une Loi fondamentale, en 1992, selon laquelle «  L’État protège la foi islamique et applique la charia. Il impose le Bien et combat le Mal. Il accomplit les devoirs de l’islam. (…) La défense de l’islamisme, de la société et de la patrie musulmane est le devoir de chaque sujet du roi.  »

En 1993, Charles, le prince de Galles, place l’Oxford Centre for Islamic Studies sous son patronage, tandis que le chef des services secrets saoudiens, le prince Turki, en prend la direction.

Londres devient ouvertement le centre névralgique du Gladio B, au point que l’on parle de «  Londonistan  » [3]. Sous le parapluie de la Ligue islamique mondiale, les Frères musulmans arabes et la Jamaat-i-Islami pakistanaise créent quantité d’associations culturelles et cultuelles autour de la mosquée de Finsbury Park. Ce dispositif permettra de recruter de nombreux kamikazes, de ceux qui attaqueront l’école russe de Beslan à Richard Reid, le Shoe bomber. Le Londonistan comprend surtout de nombreux médias, maisons d’édition, journaux (Al-Hayat et Asharq Al-Awsat — tous deux dirigés par des enfants de l’actuel roi Salmane d’Arabie —) et télévisions (le groupe MBC du prince Walid ben Talal émet une vingtaine de chaînes), qui ne sont pas destinés à la diaspora musulmane au Royaume-Uni, mais diffusés dans le monde arabe  ; l’accord entre les islamistes et l’Arabie saoudite ayant été étendu au Royaume-Uni — totale liberté d’action, mais interdiction de s’ingérer dans la politique intérieure. Cet ensemble emploie plusieurs milliers de personnes et brasse des quantités d’argent gigantesques. Il restera publiquement en place jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001 où il deviendra impossible aux Britanniques de continuer à le justifier.

Abou Moussab «  Le Syrien  » — un rescapé du coup d’État avorté de Hama devenu agent de liaison entre Ben Laden et le Groupe islamique armé (GIA) algérien — théorise le «  jihad décentralisé  ». Dans son Appel à la résistance islamique mondiale, il pose en termes islamiques la doctrine déjà bien connue de la «  stratégie de la tension  ». Il s’agit de provoquer les autorités pour susciter une terrible répression qui conduira le peuple à se soulever contre elles. Cette théorie a déjà été utilisée par les réseaux Gladio de la CIA/Otan en manipulant l’extrême gauche européenne dans les années 1970-80 (Bande à Baader, Brigades rouges, Action directe). Bien sûr il n’était pas question que cette stratégie aboutisse et la CIA/Otan savait qu’elle n’avait aucune chance d’y parvenir — elle n’a jamais été victorieuse, nulle part —, mais elle entendait utiliser la réaction répressive de l’État pour placer ses hommes au pouvoir. «  Le Syrien  » désigne l’Europe — et surtout pas les États-Unis — comme le prochain champ de bataille des islamistes. Il fuit la France après les attentats de 1995. Deux ans plus tard, il créé à Madrid et au Londonistan l’Islamic Conflict Studies Bureau, sur le modèle d’Aginter Press, que la CIA avait créé à Lisbonne durant les années 1960-70. Les deux structures excellent dans l’organisation d’attentats sous faux drapeaux (de celui attribué à l’extrême gauche Piazza Fontana, en 1969, à ceux attribués aux musulmans à Londres, en 2005).

Simultanément, les Frères élaborent un vaste programme de formation des leaders arabes pro-US. Le Libyen Mahmoud Jibril el-Warfally, professeur à l’université de Pittsburg, leur apprend à parler le «  politiquement correct  ». Il forme ainsi des émirs et des généraux d’Arabie saoudite, du Bahreïn, d’Égypte, des Émirats, de Jordanie, du Koweït, du Maroc et de Tunisie (mais aussi de Singapour). Mêlant principes de Relations publiques et étude des rapports de la Banque mondiale, les pires dictateurs sont désormais capables de disserter sans s’esclaffer de leur idéal démocratique aussi bien que de leur profond respect des Droits de l’Homme.

La guerre contre l’Algérie déborde en France. Jacques Chirac et son ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, interrompent le soutien de Paris aux Frères musulmans et font même interdire les livres de Youssef Al-Qaradâwî (le prêcheur de la Confrérie). Il s’agit pour eux de maintenir la présence française au Maghreb que les Britanniques veulent éradiquer. Le Groupe islamique armé (GIA) prend en otage les passagers du vol Air France Alger/Paris (1994), fait exploser des bombes dans le RER et en divers points de la capitale (1995) et planifie un gigantesque attentat — qui sera déjoué — lors de la Coupe du monde de football (1998), incluant la chute d’un avion sur une centrale électrique nucléaire. Chaque fois, les suspects qui parviennent à fuir trouvent asile au Londonistan.

La guerre de Bosnie-Herzégovine débute en 1992 [4]. Sur instruction de Washington, les services secrets pakistanais (ISI), toujours soutenus financièrement par l’Arabie saoudite, envoient 90 000 hommes y participer contre les Serbes (soutenus par Moscou). Oussama Ben Laden reçoit un passeport diplomatique bosniaque et devient conseiller militaire du président Alija Izetbegovic (dont l’États-unien Richard Perle est conseiller diplomatique et le Français Bernard-Henri Lévy, conseiller médiatique). Il constitue la Légion arabe avec d’anciens combattants d’Afghanistan et distribue le financement de la Ligue islamique mondiale. Par réflexe communautaire ou en compétition avec l’Arabie saoudite, la République islamique d’Iran se porte également au secours des musulmans de Bosnie. En bonne intelligence avec le Pentagone, elle envoie plusieurs centaines de Gardiens de la Révolution et une unité du Hezbollah libanais. Surtout, elle livre l’essentiel des armes utilisées par l’armée bosniaque.

Les services secrets russes, qui pénètrent dans le camp de Ben Laden, constatent que la totalité de la bureaucratie de la Légion arabe est rédigée en anglais et qu’elle reçoit directement ses ordres de l’Otan. Après la guerre, un Tribunal international spécial est créé. Il poursuit de nombreux combattants pour crimes de guerre, mais aucun membre de la Légion arabe.

Après trois ans de calme, la guerre entre musulmans et orthodoxes reprend en ex-Yougoslavie, au Kosovo cette fois. L’armée de libération du Kosovo (UÇK) est composée à partir de groupes mafieux formés au combat par les Forces spéciales allemandes (KSK) sur la base turque d’Incirlik. Les Albanais et les Yougoslaves musulmans ont une culture Naqchbandie. Hakan Fidan, le futur chef des services secrets turcs, est officier de liaison entre l’Otan et la Turquie. Les anciens de la Légion arabe intègrent l’UÇK, dont une brigade est commandée par un des frères d’Ayman Al-Zawahiri. Celle-ci détruit systématiquement les églises et monastères orthodoxes et chasse les chrétiens.

En 1995, renouant avec la tradition des assassinats politiques, Oussama Ben Laden tente d’éliminer le président égyptien, Hosni Moubarak. Il remet cela l’année suivante contre le Guide libyen, Mouammar Kadhafi. Ce deuxième attentat est financé à hauteur de 100 000 livres par les services secrets britanniques qui veulent sanctionner le soutien libyen à la Résistance irlandaise [5]. Toutefois l’opération échoue. Plusieurs officiers libyens fuient au Royaume-Uni. Parmi eux, Ramadan Abidi, dont le fils sera chargé des années plus tard, toujours par les services britanniques, de réaliser un attentat à Manchester. La Libye transmet des preuves à Interpol et émet le premier mandat d’arrêt international contre Oussama Ben Laden en personne, lequel dispose toujours d’un bureau de relations publiques au Londonistan.

En 1998, la Commission arabe des Droits humains est fondée à Paris. Elle est financée par la NED. Son président est le Tunisien Moncef Marzouki, et son porte-parole le Syrien Haytham Manna. Son objectif est de défendre les Frères musulmans arrêtés dans différents pays arabes en raison de leurs activités terroristes. Marzouki est un médecin de gauche travaillant avec eux depuis longtemps et Manna un écrivain qui gère les placements d’Hassan el-Tourabi et des Frères soudanais en Europe. Lorsque Manna se retire, sa compagne reste la directrice de l’association. Il est remplacé par l’Algérien Rachid Mesli, qui lui est avocat, notamment d’Abassi Madani et des Frères algériens.

En 1999 (c’est-à-dire après la guerre du Kosovo et la prise du pouvoir par les islamistes à Grozny), Zbigniew Brzezinski fonde avec une cohorte de néoconservateurs l’American Committee for Peace in Chechnya (Comité américain pour la paix en Tchétchénie). Si la première guerre de Tchétchénie était une affaire intérieure russe dans laquelle quelques islamistes s’étaient immiscés, la seconde vise la création de l’Émirat islamique d’Itchkérie. Brzezinski, qui préparait cette opération depuis plusieurs années, tente de reproduire l’expérience afghane. Les jihadistes tchétchènes, comme Chamil Bassaïev, n’ont pas été formés au Soudan par Ben Laden, mais en Afghanistan par les Talibans. Durant toute la guerre, ils bénéficient du soutien «  humanitaire  » de la Millî Görüs turque de Necmettin Erbakan et de Recep Tayyip Erdogan et de l’«  IHH – Droits de l’Homme et Libertés  ». Cette dernière association turque a été créée en Allemagne sous le nom d’Internationale Humanitäre Hilfe (IHH). Par la suite, ces jihadistes organiseront plusieurs grandes opérations  : notamment contre le Théâtre de Moscou (2002, 170 morts, 700 blessés), contre une école de Beslan (2004, 385 morts, 783 blessés) et contre la ville de Naltchik (2005, 128 morts et 115 blessés). Après le massacre de Beslan et la mort du leader jihadiste Chamil Bassaïev, la Millî Görüs et l’IHH organisent à la mosquée Fatih d’Istanbul de grandes funérailles, sans le corps mais avec des dizaines de milliers de militants.

Durant cette période, trois grands attentats sont attribués à Al-Qaïda. Cependant, aussi importantes que soient ces opérations, elles représentent une déchéance pour les islamistes qui sont intégrés au sein de l’Otan et se voient simultanément ravalés au niveau de terroristes « anti-américains ». 

  • En 1996, un camion piégé fait exploser une tour de huit étages à Khobar en Arabie saoudite, tuant 19 soldats US. D’abord attribué à Al-Qaïda, la responsabilité de l’attentat est reportée sur l’Iran, puis finalement sur personne. 
  • En 1998, deux bombes explosent devant les ambassades états-uniennes à Nairobi (Kenya) et Dar-es-Salam (Tanzanie), tuant 298 Africains – mais aucun États-unien – et blessant plus de 4 500 personnes. Ces attentats sont revendiqués par une mystérieuse Armée islamique de libération des lieux saints. Selon les autorités US, ils auraient été commis par des membres du Jihad islamique égyptien en rétorsion à l’extradition de quatre de leurs membres. Pourtant, les mêmes autorités accusent Oussama Ben Laden d’être le commanditaire et le FBI émet — enfin — un mandat d’arrêt international contre lui. 
  • En 2000, une embarcation suicide vient exploser contre la coque du destroyer USS Cole en rade d’Aden (Yémen). L’attentat est revendiqué par Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), mais un tribunal états-unien en rendra responsable le Soudan.

Ces attentats surviennent alors que la collaboration entre Washington et les islamistes se poursuit. Ainsi, Oussama Ben Laden a conservé son bureau au Londonistan jusqu’en 1999. Situé dans le quartier de Wembley, l’Advice and Reformation Committee (ARC), vise à la fois à diffuser les déclarations de Ben Laden et à couvrir les activités logistiques d’Al-Qaïda, y compris en matière de recrutement, de paiements, et d’acquisition de matériels. Parmi ses collaborateurs à Londres, on trouve le Saoudien Khaled Al-Fawwaz et les Égyptiens Adel Abdel Bary et Ibrahim Eidarous, trois hommes qui font l’objet de mandats d’arrêt internationaux, mais ont pourtant reçu l’asile politique au Royaume-Uni. C’est en parfaite légalité à Londres que le bureau de Ben Laden publiera en février 1998 son célèbre Appel au Jihad contre les juifs et les croisés. Gravement malade des reins, Ben Laden est hospitalisé, en août 2001, à l’hôpital américain de Dubaï. Un chef d’État du Golfe m’a confirmé lui avoir rendu visite dans sa chambre où sa sécurité était assurée par la CIA.

6— La fusion des deux « Gladio » et la préparation de Daesh

Dans la même logique, l’administration Bush rend les islamistes responsables des gigantesques attentats qui surviennent le 11 septembre 2001 aux États-Unis. La version officielle s’impose bien qu’elle comprenne d’innombrables incohérences. Le secrétaire à la Justice assure que des avions ont été détournés par des islamistes, même si selon les compagnies aériennes, aucun des suspects ne s’est trouvé à bord. Le département de la Défense publiera une vidéo dans laquelle Ben Laden revendique les attentats, alors même qu’il les avait publiquement rejetés et que les experts en reconnaissance faciale et vocale affirment que l’homme de la vidéo n’est pas Ben Laden. Quoi qu’il en soit, ces événements servent de prétexte à Washington et à Londres pour lancer la « Guerre sans fin » et attaquer leurs anciens alliés, les Talibans en Afghanistan, et l’Irak de Saddam Hussein.

Bien qu’il ait souffert d’insuffisance rénale chronique, Oussama Ben Laden succombe à sa maladie le 15 décembre 2001 des suites d’un syndrome de Marfan. Un représentant du MI6 assiste à ses obsèques en Afghanistan. Par la suite, plusieurs sosies plus ou moins ressemblants vont maintenir sa fable en vie, dont un sera lui-même assassiné par Omar Sheikh, en 2005, selon la Première ministre pakistanaise Benazir Bhuto.

En août 2002, le MI6 organise à Londres une conférence des Frères musulmans sur le thème «  La Syrie pour tous  ». Les orateurs y développent l’idée que la Syrie serait opprimée par la secte des alaouites et que seuls les Frères musulmans offriraient une véritable liberté.

Après Sayyed Qutb et Abou Moussab «  Le Syrien  », les islamistes se dotent d’un nouveau stratège, Abou Bakr Naji. En 2004, ce personnage, qui semble n’avoir jamais existé, publie un ouvrage sur Internet, La Gestion de la barbarie, une théorie du chaos [6]. Bien que certains aient cru reconnaître le style d’un auteur égyptien, il semble que l’ouvrage ait été écrit en anglais, puis enrichi de citations coraniques superfétatoires et traduit en arabe. La «  Barbarie  » dans le titre du livre, ne désigne pas le recours à la terreur, mais le retour à l’état de nature avant que la civilisation ne crée l’État. Il s’agit de renvoyer l’Humanité au moment où «  L’homme est un loup pour l’homme  ». La stratégie du chaos tient en trois phases  : 

  • Premièrement, démoraliser et épuiser l’État en l’attaquant sur ses flancs les moins bien protégés. On choisira donc des cibles secondaires, souvent sans intérêt, mais faciles à détruire et dispersées. Il s’agira de donner l’impression d’un soulèvement généralisé, d’une révolution. 
  • Deuxièmement, lorsque l’État se sera retiré des banlieues et des campagnes, conquérir certaines zones et les administrer. On s’appuiera sur la charia pour marquer le passage à une nouvelle forme d’État. Durant cette période, on nouera des alliances avec tous ceux qui s’opposent au Pouvoir et que l’on ne manquera pas d’armer. On mènera alors une guerre de position. 
  • Troisièmement, proclamer l’État islamique.

Ce traité ressort de la science militaire contemporaine. Il accorde une grande place aux opérations psychologiques, notamment à l’usage de la violence spectaculaire. Dans la pratique, cette stratégie n’a rien à voir avec une révolution, mais avec la conquête d’un pays par des puissances extérieures, car elle suppose un investissement massif. Comme toujours dans la littérature subversive, le plus intéressant réside dans ce qui n’est pas dit ou juste cité incidemment  : 

  • la préparation des populations pour qu’elles accueillent les jihadistes suppose la construction préalable d’un réseau de mosquées et d’œuvres sociales, comme cela a été fait en Algérie avant la guerre «  civile  »  ; 
  • pour être menées, les premières opérations militaires nécessitent des armes qu’il faudra importer au préalable. Surtout, par la suite, les jihadistes n’auront aucun moyen de se fournir en armes et encore moins en munitions. Ils devront donc être appuyés de l’extérieur  ; 
  •  l’administration des zones conquises suppose que l’on dispose de hauts fonctionnaires formés à l’avance, comme ceux des armées régulières chargées de «  reconstruire des États  »  ;
  • enfin la guerre de position suppose la construction de très vastes infrastructures qui nécessiteront quantité de matériaux, d’ingénieurs et d’architectes.

De facto, le fait de se réclamer de cet ouvrage atteste que les islamistes entendent continuer à jouer un rôle militaire pour le compte de puissances extérieures, mais cette fois à très grande échelle.

En 2006, les Britanniques demandent à l’émir Hamad du Qatar de placer sa chaîne de télévision panarabe, Al-Jazeera, au service des Frères musulmans [7]. Le Libyen Mahmoud Jibril, qui a formé la famille royale à parler en langage démocratique, est chargé d’introduire pas à pas ses Frères dans la chaîne et de créer des canaux en langues étrangères (anglais, et par la suite bosniaque et turc), ainsi qu’une chaîne pour les enfants. Le prédicateur Youssef Al-Qaradâwî devient «  conseiller religieux  » d’Al-Jazeera. Bien sûr, la chaîne diffusera et validera les enregistrements audio ou vidéo des «  Oussama Ben Laden  ».

Dans la même période, les troupes US en Irak doivent faire face à un soulèvement qui se généralise. Après avoir été abattus par la soudaineté et la brutalité de l’invasion (technique «  du choc et de la stupeur  »), les Irakiens organisent leur résistance. L’ambassadeur états-unien à Bagdad, puis directeur du Renseignement national, John Negroponte, propose de les vaincre en les divisant et en retournant leur colère contre eux-mêmes, c’est-à-dire de transformer la Résistance à l’occupation en guerre civile. Expert en opérations secrètes, il a notamment participé à l’opération Phoenix au Vietnam, puis a organisé la guerre civile au Salvador et l’Iran-Contras au Nicaragua, et a conduit à l’effondrement de la rébellion au Chiapas mexicain*. Negroponte appelle un des hommes sur lesquels il s’est appuyé au Salvador, le colonel James Steele. Il lui confie la charge de créer des milices irakiennes chiites contre les sunnites et sunnites contre les chiites. Pour ce qui est de la milice sunnite, Steele recourt aux islamistes. À partir d’Al-Qaïda en Irak, il arme une coalition tribale, l’Émirat islamique en Irak (futur Daech), sous couvert de la Police spéciale («  Brigade des Loups  »). Pour terrifier les victimes et leurs familles, il forme l’Émirat à la torture selon les méthodes de l’École des Amériques (School of America) et de la Political Warfare Cadres Academy de Taïwan, où il a enseigné. En quelques mois, une nouvelle horreur s’abat sur les Irakiens et les divise selon leur appartenance religieuse. Par la suite, lorsque le général David Petraeus prendra le commandement des troupes états-uniennes dans le pays, il désignera le colonel James H. Coffman pour travailler avec Steele et lui rendre des rapports sur l’opération, tandis que Brett H. McGurk rendra directement compte au président. Les principaux chefs de l’Émirat islamique sont recrutés au camp d’internement de Bucca, mais font l’objet d’une mise en condition à la prison d’Abou Ghraib selon les méthodes de «  lavage de cerveau  » des professeurs Albert D. Biderman et Martin Seligman [8]. Le tout est supervisé depuis Washington par le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, dont Steele dépend directement.

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(*) Question et note de R71: D’où Meyssan tient-il que la rébellion zapatiste au Chiapas s’est effondrée ? Elle tient et est plus fortement organisée que jamais 25 ans après sa sortie au grand jour le 1er janvier 1994 ? C’est par ce genre de remarque non fondée, une affirmation sans aucun fondement, que Meyssan discrédite son propos… Il est malheureusement assez coutumier du fait (cf ses tirades sur le Rojava où il fait un amalgame systématique menant à une confusion qu’on peut supposer voulue…). Dommage… Mais on peut aussi se poser légitimement la question: pourquoi fait-il ce genre de réflexions, facilement qualifiables de désinformation ?… Quel est le but ?… Pour qui pédale t’il vraiment ?… Il est intéressant de noter qu’après le Rojava, il s’en prend ici sans aucun fondement et manifestement sans aucune connaissance approfondie du sujet, au Chiapas zapatiste, c’est à dire contre des mouvements anti-étatistes déclarés et avérés. Coïncidence?… On ne le pense pas. Il est de plus en plus clair que Meyssan suit une ligne directrice propagandiste de maintenance de tout mouvement dissident dans le consensus du statu quo oligarchique. Meyssan est et demeure malgré tout un agent du système même s’il s’est rebellée contre sa branche extrémiste des nouveaux cons yankee et ses ramifications planétaires…

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En 2007, Washington informe la Confrérie qu’il va renverser les régimes laïcs du Moyen-Orient élargi, y compris ceux des États alliés, et qu’elle doit se préparer à exercer le pouvoir. La CIA organise des alliances entre les Frères et des personnalités ou des partis laïcs, de tous les États de la région. Simultanément, elle relie les deux branches du «  Gladio  » en tissant des liens entre les groupes nazis occidentaux et les groupes islamistes orientaux.

Ces alliances sont parfois bancales, par exemple lors de la «  Conférence nationale de l’opposition libyenne  », à Londres, les Frères ne parviennent à fédérer autour d’eux que le Groupe islamique combattant en Libye (Al-Qaïda en Libye) et la Confrérie wahhabite sénoussie. La plateforme programmatique prévoit de rétablir la monarchie et de faire de l’islam la religion d’État. Plus convaincante est la constitution du Front de salut national, à Berlin, qui officialise l’union des Frères et de l’ancien vice-président baasiste syrien Abdel Halim Khaddam.

Le 8 mai 2007, à Ternopol (dans l’ouest de l’Ukraine), des groupuscules nazis et islamistes créent un Front anti-impérialiste afin de lutter contre la Russie. Des organisations de Lituanie, de Pologne, d’Ukraine et de Russie y participent, dont les séparatistes islamistes de Crimée, d’Adyguée, du Dagestan, d’Ingouchie, du Kabardino-Balkarie, du Karatchaïévo-Tcherkessie, d’Ossétie, de Tchétchénie. Ne pouvant s’y rendre du fait des sanctions internationales prises contre lui, Dokou Oumarov — qui a aboli la République de Tchétchénie et proclamé l’Émirat islamique d’Itchkérie —, y fait lire sa contribution. Le Front est présidé par le nazi Dmytro Iarosh, qui deviendra lors du coup d’État de Kiev, en février 2014, secrétaire adjoint du Conseil de sécurité nationale d’Ukraine.

Au Liban, en mai/juin 2007, l’armée nationale entreprend le siège du camp palestinien de Nahr el-Bared, après que des membres du Fatah el-Islam s’y sont retranchés. Les combats durent 32 jours et coûtent la vie à 76 soldats dont une trentaine sont décapités.

En 2010, la Confrérie organise la Flottille de la Liberté via l’IHH. Il s’agit officiellement de braver l’embargo israélien et d’apporter de l’aide humanitaire aux Gazaouis [9]. En réalité, le principal bâtiment de cette équipée change de pavillon durant la traversée et poursuit sous les couleurs turques. De nombreux espions se mêlent aux militants non violents participant à l’expédition, dont un agent irlandais de la CIA, Mahdi Al-Harati. Tombant dans le piège que lui tendent les États-Unis, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, donne l’assaut aux bateaux dans les eaux internationales, faisant 10 morts et 54 blessés. Le monde entier condamne cet acte de piraterie sous l’œil narquois de la Maison-Blanche. Israël, qui fournissait leurs armes aux jihadistes en Afghanistan et a soutenu la création du Hamas contre l’OLP de Yasser Arafat, s’est retourné contre les islamistes en 2008 et les a bombardés, ainsi que la population gazaouie. Nétanyahou paye de cette manière l’opération «  Plomb durci  » qu’il a menée avec l’Arabie saoudite contre l’avis de la Maison-Blanche. En définitive, les passagers de la Flottille sont libérés par Israël. La presse turque montre alors le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan rendant visite dans un hôpital à Mahdi Al-Harati.

[1] NATO’s secret armies : operation Gladio and terrorism in Western Europe, Daniele Ganser, Foreword by Dr. John Prados, Frank Cass/Routledge (2005). Version française : Les armées secrètes de l’Otan, Demi-Lune (2017).

[2] Classified Woman : The Sibel Edmonds Story : A Memoir, Sibel Edmonds (2012).

[3] Londonistan, Melanie Phillips, Encounter Books (2006).

[4] Wie der Dschihad nach Europa kam, Jürgen Elsässer, NP Verlag (2005) ; version française : Comment le Djihad est arrivé en Europe, préface de Jean-Pierre Chevénement, Xenia (2006). Intelligence and the war in Bosnia 1992-1995 : The role of the intelligence and security services, Nederlands Instituut voor Oologsdocumentatie (2010). Al-Qaida’s Jihad in Europe : The Afghan-Bosnian Network, Evan Kohlmann, Berg (2011).

[5] « David Shayler : « J’ai quitté les services secrets britanniques lorsque le MI6 a décidé de financer des associés d’Oussama Ben Laden » », Réseau Voltaire, 18 novembre 2005.

[6] The Management of Savagery : The Most Critical Stage Through Which the Umma Will Pass, Abu Bakr Naji, Harvard University (2006). Version française : Gestion de la barbarie, éd de Paris (2007).

[7] « Wadah Khanfar, Al-Jazeera et le triomphe de la propagande télévisuelle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 septembre 2011.

[8] « Le secret de Guantánamo », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 28 octobre 2009.

[9] « Flottille de la liberté : le détail que Netanyahu ignorait », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 juin 2010.

 


Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord

Anthropologie politique et les valeurs de l’anarchie en tant que partie intégrante de la nature humaine…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 5 juillet 2019 by Résistance 71

Article très intéressant qui rejoint en bien des points ce que nous avons bien plus longuement détaillé, analysé et développé dans notre “Manifeste pour la société des sociétés” d’octobre 2017. Nous mettons sous l’article quelques lectures complémentaires sur ce sujet que nous développons ici sur ce blog depuis maintenant près de 10 ans. Voici quelques auteurs/chercheurs indispensables à lire pour mieux comprendre la “nature humaine” ici évoquée et notre tendance sociétaire profonde étouffée et bafouée par l’État et la société marchande depuis quelques 5 000 ans (sur les 1,8 millions d’années d’existence de l’espèce humaine…) : Marcel Mauss, Pierre Clastres, Claude Lévi-Strauss, Jacques Lizot, Robert Jaulin, Marshall Sahlins, James C. Scott, David Graeber, Sam Mbah, Alain Guillem, Jean-Paul Demoule, Marylène Patou-Mathis. Vous trouverez en grande partie ces auteurs sur R71 (liens de lecture multiples sous l’article)…
Si le mouvement des Gilets Jaunes veut franchir une étape décisive vers l’émancipation réelle de la société, il serait temps de commencer à sérieusement analyser et intégrer ces notions présentées ci-dessous. Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir. Ceci devrait devenir l’évidence même pour de plus en plus de personnes.

~ Résistance 71 ~

 


L’histoire de l’État… c’est l’histoire de la guerre

 

Les valeurs morales de l’anarchie du point de vue de l’anthropologie

 

Charles MacDonald

 

1er juillet 2019

 

Source: 

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Les_valeurs_morales_de_lanarchisme_et_de_la_pensee_libertaire_du_point_de_vue_de_lanthropologie

 

L’anarchisme, avant d’être une théorie politique, est une philosophie sociale très ancienne. Elle repose sur l’idée que les êtres humains ne sont pas faits pour être opprimés et dominés par d’autres et que leur existence collective repose sur une disposition à l’entraide généreuse. Dans les conditions actuelles de la vie collective mondiale aucune de ces deux conditions n’est satisfaite. La quasi totalité des habitants de notre planète vivent dans des conditions d’asservissement patents ou déguisés et poursuivent leur intérêt personnel au détriment d’autres personnes. Comment expliquer que des mouvements spontanés de masse apparaissent avec fréquence et régularité dans les sociétés modernes inégalitaires, pour exiger une complète égalité et une répartition juste des ressources, dans un esprit de partage communautaire et fraternel, et cela en dehors des cadres imposés par l’État ? La France a connu ces dernières années ce phénomène : Gilets Jaunes, ZAD de Notre-Dame des Landes, Indignés, Nuits Debout. En dehors de France, des mouvements de ce type sont fréquents : Occupy Wall Street, Black Blocs, Zapatistes mexicains, Rojava…. Tous ces phénomènes, dont la liste comprend une immense variété de révoltes populaires, de mouvements de contestation et d’expériences communautaires dans l’histoire des deux derniers siècles et bien avant, paraissent hétérogènes et différents mais se rejoignent tous dans le besoin d’une démocratie directe établie hors ou contre les pouvoirs de L’État.

Les théoriciens de l’anarchisme, comme Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Makhno, et plus près de nous, Chomsky, pensent que l’anarchisme est inhérent à la « nature humaine ». Emma Goldman écrivait : « Je suis convaincue que l’anarchisme est trop vital et trop proche de la nature humaine pour mourir jamais ». (A Life Worth Living, 1934- ma traduction). Des philosophes et les sciences sociales depuis un demi-siècle ignorent ou refusent la notion de « nature humaine » qu’ils jugent fausse ou non pertinente pour leur propos. Or l’anthropologie sociale (autrefois appelée ethnologie) dans ses développements plus récents, alliée à d’autres disciplines (l’évolutionnisme darwinien appuyé par la génétique mendélienne, la primatologie, l’éthologie, la paléoanthropologie informée par la génétique des populations, la psychologie cognitive, les neurosciences) vient confirmer certaines des convictions des penseurs de l’anarchisme et notamment que l’anarchisme et l’esprit libertaire sont ancrés dans la nature humaine. 

Une brève mise en garde tout d’abord sur la question controversée de la « nature humaine ». Cette notion ne relève pas –ou ne relève plus– de la philosophie mais de la science. Celle-ci tente de distinguer ce qui est génétique, épigénétique et/ou culturel, ce qui est inné et/ou ce qui est acquis, ce qui ressort de la phylogenèse et/ou de l’ontogenèse, ce qui appartient à l’hérédité et/ou ce qui résulte de l’invention consciente, dans le cadre de ce qu’on appelle la co-évolution. Nous sommes loin de tout savoir à ce sujet. 

Homo sapiens est un mammifère qui a une histoire biologique dont les représentants actuels sont le résultat. Cette histoire est enfouie dans un passé de plusieurs centaines de milliers ou même de millions d’années. Nous ne connaissons réellement qu’une infime partie de cette histoire (moins de dix mille ans). Les nouvelles connaissances acquises dans les disciplines que je viens de citer permettent cependant de commencer à construire des hypothèses assez solides sur ce qu’était Homo sapiens avant qu’il ne devienne à une époque extrêmement récente un être urbain, hiérarchisé et soumis aux lois du marché.

Pour reconstruire une partie de cette préhistoire sociale, l’archéologie préhistorique ne possède aucune preuve ou indice directs des formes d’organisation collective jusqu’au néolithique. Les peintures de Lascaux ou de la grotte Chauvet ne disent rien des sociétés ou des groupes qui les ont faites : étaient-ils organisés en clans qui se combattaient ? étaient-ils patriarcaux ou matriarcaux ? se livraient-ils à la promiscuité sexuelle ou pratiquaient-ils le mariage monogame ? avaient-ils des chefs aux pouvoirs étendus ou vivaient-ils dans l’égalitarisme le plus strict? quelques rares indices, assez tardifs, comme des tombes et des restes funéraires accompagnés d’ornements, signalent un début de différenciation sociale. L’évolution de l’outillage lithique permet d’inférer une évolution parallèle de l’appareil cognitif. On a encore d’autres indices mais rien de précis quant à la forme exacte des organisations qui ont jalonné la préhistoire humaine ancienne. 

On sait cependant, grâce à la génétique, plusieurs choses importantes : qu’Homo sapiens ne forme qu’une seule espèce dont l’âge peut remonter jusqu’à 300 000 ans, qu’il a côtoyé, qu’il s’est mélangé à, et qu’il a peut-être éliminé d’autres espèces ou sous-espèces humaines (Neandertal, Denisovan, Homme de Florès), qu’il est passé d’Afrique en Eurasie il y a environ 70 000 ans et que 30 ou 40 000 ans plus tard il s’était répandu sur tous les continents. On sait aussi qu’il était chasseur, cueilleur et charognard et qu’il devait se déplacer fréquemment et sur de longues distances. Ce mode de vie est plus ou moins celui des chasseurs-cueilleurs actuels, certains d’entre eux du moins, et l’on tient là une deuxième source d’information putative. L’ethnologie des chasseurs-cueilleurs modernes (ceux observés au 19ème siècle et jusqu’à maintenant) livre des données qui peuvent être extrapolées avec prudence : On peut ainsi en inférer que durant le paléolithique l’homme se déplaçait en petites bandes nomades de type familial, tendait à être égalitaire et dans l’ensemble pacifique, qu’il exploitait de vastes territoires, qu’il était un chasseur intrépide et bien organisé, avec des armes de jet. On sait qu’il possédait le feu de cuisine, campait ou résidait dans des endroits protégés comme les grottes, ou dans des abris temporaires. Il fabriquait des outils, possédait le langage phonique doublement articulé et des capacités de représentation proches ou identiques aux nôtres dans leur dimension esthétique et symbolique. Tout cela ne donne au final qu’une image très floue de son organisation sociale ou plutôt de ses organisations sociales – car il est vraisemblable qu’il a expérimenté de nombreuses formes de vie collectives qui ont disparu sans laisser aucune trace – et ne permet surtout pas de comprendre comment nos organisations sociales modernes sont apparues. 

On s’est contenté de l’hypothèse de la « révolution néolithique » qui constitue en fait une révolution technologique (« invention » de l’agriculture, de l’élevage, de la métallurgie, de la poterie) accompagnée ou suivie de la naissance de concentrations urbaines et de croissance démographique, ainsi que d’institutions royales et religieuses. Cette séquence qui va de la bande aux royaumes et aux empires, en passant par les tribus et les chefferies, séquence que l’on retrouve indépendamment sur l’ancien et le nouveau monde, reflète bien l’évolution humaine dans sa phase ultime mais n’explique en rien pourquoi et comment cette forme d’organisation extrêmement hiérarchisée, reposant sur une sphère marchande, sur des idéologies de la soumission (abrahamiques par exemple [note] : Christianisme, Islam et Judaïsme.), sur la guerre et la compétition, est apparue et a fini par dominer toutes les autres. 

Deux hypothèses sont logiquement possibles. Cette forme moderne de société hiérarchisée et inégalitaire était contenue dès le départ, en germe, dans les organisations primitives. Ou alors il y a eu, en raison de circonstances spéciales, une mutation de la forme égalitaire en une forme inégalitaire qui, en raison de son efficacité adaptative, a pris le dessus et éliminé toutes les autres formes d’organisation. D’une façon comme d’une autre il reste que 95% ou plus de l’existence terrestre d’Homo sapiens s’est déroulé sous le régime de petites bandes multi-mâles multi-femelles de douze à cinquante individus, de type familial et égalitaire, bandes labiles, en processus constant de fission-fusion, en contact les unes avec les autres, changeant de forme et de composition rapidement, sans pouvoir central, sans organisation politique. Ce qu’enseigne l’observation des chasseurs-cueilleurs (chasseurs à pied, nomades, sans surplus, à stockage limité) est qu’un certain nombre de règles, définissant une éthique minimale, sont systématiquement observées dont en particulier la règle de partage et de mutualisme, de solidarité interne de la bande, de soins aux enfants dispensées par l’ensemble du groupe, de consensus, voire d’unanimité dans les décisions, d’absence de toute forme de pouvoir politique (les « chefs » persuadent mais ne commandent pas). En un mot, si ces conditions prévalaient, l’homme a vécu dans un état de pure anarchie durant presque toute son existence. Il a ainsi acquis et fixé des comportements d’entraide et d’égalitarisme qui définissent sa nature sociale. Les quelques milliers d’années durant lesquelles il a plié sous le joug des contraintes hiérarchiques et a été enfermé dans la cage appelée « civilisation » l’a peut-être transformé mais n’a pas pu éliminer ce fonds de réflexes, d’aspirations, de valeurs qui lui ont permis de survivre en tant qu’espèce vivante. 

Mais comment peut-on être sûr de cela ? A l’ethnologie comparée vient maintenant s’adjoindre une nouvelle source de connaissances dispensées par la biologie et deux de ses branches, l’éthologie et la primatologie. Tout d’abord la biologie renseigne sur certaines contraintes propres à différentes espèces. Il y en a au moins trois qui concernent directement l’espèce humaine. La première est la grégarité, la deuxième la coopération, la troisième la néoténie et la « K-stratégie ». On sait que les humains sont grégaires – vivent en groupes, collectifs, troupes, bandes, tribus ou autre – et non pas solitaires. C’est une donnée prioritaire. Ensuite ils coopèrent efficacement. La coopération existe d’ailleurs à tous les étages du vivant mais l’espèce humaine coopère de façon particulière. Enfin les humains font peu d’enfants (en général un à la fois) et le développement infantile est très long, l’enfant humain n’arrivant à maturité que vers quinze ans et son cerveau à vingt ans ou plus. Enfin, au contraire des insectes sociaux, l’humain est très autonome, sa marge de choix – eu égard principalement à la coopération – est très étendue. Sur cette base les groupes humains se sont formés en tenant compte de ces contraintes : il fallait coopérer avec des sujets très autonomes dans le but de protéger, alimenter et élever une progéniture extrêmement fragile et dépendante sur une longue période de temps. Dans la mesure où le sujet est autonome et où il doit coopérer s’il veut se reproduire, la coopération doit être voulue et ne peut l’être que sur la base d’une répartition équitable des tâches et des produits, du mutualisme (en d’autres termes de l’action altruiste d’intérêt personnel). Le souci de protéger sa famille est peut-être encore le souci le plus fréquemment attesté chez l’adulte. Le groupe familial fondé sur l’entraide et la coopération a été ainsi le creuset de l’évolution sociale. Nous sommes donc restés très coopératifs, très altruistes (mais de façon éclairée et pragmatique), et très profondément pénétrés de la valeur des relations personnelles. L’État moderne en faisant de nous des sujets abstraits a nié notre existence humaine primitive. Mais celle-ci demeure persistante et s’exprime de mille manières au cours de l’histoire ancienne et moderne. Les manifestations diverses de l’esprit libertaire naissent de notre conscience commune et universelle, comme le foyer au centre de la terre qui jaillit par autant de volcans disséminés à la surface du monde.

On peut ainsi parler d’une grande mouvance libertaire et/ou anarchiste, sans tout confondre sous ce terme, car il est clair qu’un autre courant est apparu durant l’histoire, celui de l’autoritarisme, du culte de la force, du pouvoir absolu, de L’État, celui des croyances à des entités fictives toutes-puissantes (la Nation, la Race, la Religion) et donc de la guerre. Ces deux courants s’entrechoquent toujours au sein des sociétés modernes sans qu’on puisse savoir lequel va l’emporter ou si une synthèse est vraiment possible. Après l’échec des expériences communistes, devant la dégradation morale et physique infligée par l’ordre étatiste et capitaliste, il ne reste plus qu’à nous retourner vers les origines anarchiques de notre vie collective pour en tirer les enseignements et les convictions dont nous avons besoin pour inventer une autre forme de vie.

Article tiré du Monde Libertaire, mai 2019

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Lectures complémentaires:

Notre page « La fin de l’État »

Notre page « Anthropologie Politique »

Notre page « Pierre Clastres et l’anthropologie politique »

Notre « Manifeste pour la société des sociétés » (octobre 2017)

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Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

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Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Marshall-Sahlins-La-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

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David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

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Un monde sans argent: le communisme

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