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Nouvel Ordre Mondial: Russie contre Mafia Khazare ?…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , on 22 février 2017 by Résistance 71

La Russie appelle à l’élimination du Nouvel Ordre Mondial

 

Jonas Alexis

 

21 février 2017

 

url de l’article original:

http://www.veteranstoday.com/2017/02/21/russia-calls-for-the-elimination-of-the-new-world-order/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“Lavrov a dit que le temps où l’occident décidait est fini et, reléguant l’OTAN à une relique de la guerre froide a ajouté: ‘j’espère que le monde va choisir un ordre mondial démocratique, un post-occidental, dans lequel chaque pays est défini selon sa souveraineté,’”

Parlant à la conférence de Munich sur la sécurité, on nous dit que le ministre des AE russe Sergueï Lavrov “a appelé samedi la fin d’un monde dominé par l’occident et a dit que Moscou voulait établir une relation ‘pragmatique’ avec les Etats-Unis.”

Ceci est très certainement une magistrale gifle au Nouvel Ordre Mondial et à ses agents tels que John McCain et la clique néoconservatrice, qui ne sont jamais fatigués de boire le sang des autres au Moyen-Orient et ailleurs. Et ceci n’est que le début:

“Lavrov a dit que le temps où l’occident décidait est fini et, reléguant l’OTAN à une relique de la guerre froide a ajouté: ‘j’espère que le monde va choisir un ordre mondial démocratique, un post-occidental, dans lequel chaque pays est défini selon sa souveraineté,’ Lavrov a ajouté que Moscou voulait construire des relations avec Washington qui seraient pragmatiques, fondées sur le respect mutuel et la reconnaissance de notre responsabilité envers la stabilité mondiale.”

Lavrov, qu’il le sache ou non, demande le retour de la raison pratique dans le firmament politique. Sa plaidoirie est certainement en accord avec ce que Kant aurait appelé un impératif catégorique qui recherche des principes universels. Comme je l’ai discuté dans le passé, l’impératif catégorique interdit la contradiction et l’irrationalité précisément parce qu’il est basé sur la loi morale elle-même, déclarant:

“N’agissez qu’en accord avec cette maxime par laquelle vous pouvez et en même temps voulez qu’elle devienne une loi universelle.”[1]

Ceci de manière évidente balance l’idéologie du N.O.M par la fenêtre parce que le N.O.M lui-même ne peut pas être universalisé. Les agents du N.O.M continuent de détruire un pays après l’autre sans aucun principe moral. Ce qui est le plus stupéfiant pour la majeure partie du monde est que les agents du NOM ne voient rien de mal à oblitérer des hommes, femmes et enfants. Ils n’ont aucun remords. Ecoutez attentivement ce que dit Ann Coulter ici:

“Désolés que nous ayions à utiliser votre pays, Irakiens, mais vous avez laissé Saddam au pouvoir et nous allons apporter la démocratie dans votre pays.” [2]

Ainsi, pour “instiller la démocrastie”, des hommes, femmes et enfants doivent mourir par milliers. Des mères doivent porter le deuil de leurs bébés et les pères doivent être disloqués. Cette “démocratie” est en fait l’enfer sur terre. Coulter et ses patrons continuent de vivre dans un monde fantasmagorique où la raison pratique ne joue absolument aucun rôle. Si ceci semble assez tiré par les cheveux, peut-être est-il utile alors d’amener le grain de sel de l’enflammé nouveau con(ervateur) juif Michael Ledeen qui a déclaré:

“La destruction créative est notre second prénom, à la fois dans notre société et à l’étranger. Nous déchirons tous les jours un peu plus l’ancien ordre mondial, du monde des affaires à la science, en passant par la littérature, l’art, l’architecture, le cinéma, la politique et le droit. Nos ennemis ont toujours détesté ce tourbillon d’énergie et de créativité qui menace leurs traditions (quelles qu’elles soient) et fait honte à leur incapacité de maintenir le rythme… Nous devons les détruire pour faire avancer notre mission historique.” [3]

Il se trouve que le Nouvel Ordre Mondial, que la mafia khazare et ses laquais tentent d’établir depuis des années n’est pas fondé sur la poursuite de la vérité ou de principes moraux, mais sur les mensonges catégoriques, les escroqueries monumentales, des moyens de déception et des falsifications et fabrications complètes. Vous rappelez-vous comment les agents du NOM ont mené le peuple américain à la guerre en Irak ? Vous vous rappelez comment ils ont mené les moutons en Afghanistan (NdT: qui fut en fait avant l’Irak… Afghanistan dès Octobre 2001, l’Irak en 2003..) puis en Libye (2011) ? Vous souvenez-vous comment ils voulurent la même chose pour la Syrie ? (NdT: 2011, après la Libye. L’armée “djihadiste” mercenaire de l’OTAN fut transférée par l’OTAN de Libye à la Syrie, puis d’autres mercenaires furent également formés en Arabie Saoudite et au Qatar, en Jordanie et en Turquie, et passés par les frontières limitrophes sous protection de l’aviation yankee…)

Voyez-vous, personne ne peut universaliser l’idéologie du NOM parce qu’elle est fondamentalement et existentiellement incohérente et Kant l’aurait sans nul doute jetée dans la poubelle de l’histoire une bonne fois pour toute.

La morale ou la loi universelle, dit Kant, est ce qui nous lie tous ensemble en tant que créatures rationnelles. Toute déviation de la morale est une recette pour un désastre. Ainsi, tout système qui cherche à écarter la morale doit avoir tort précisément parce que ce système va inévitablement devenir incohérent et sans aucune valeur métaphysique. Kant continue pour dire que pour qu’une action soit bonne, “il n’est pas suffisant qu’elle soit conforme à la morale, mais elle dit aussi être faite dans le but de la morale.” [4]

Kant une fois de plus tue l’idéologie du Nouvel Ordre Mondial ici. Et si vous pensez que Kant est hors de propos ici, écoutez ce que nous dit le nouveau con enflammé qu’est John Bolton:

“C’est une grosse erreur de notre part que de donner une quelcnque validité à la loi internartionale… parce que sur le long terme, le but de ceux qui pensent que cela veut vraiment dire quelque chose, sont ceux qui veulent restreindre les Etats-Unis.” [5]

Ce que finalement Bolton a dit est que la loi internationale et l’idéologie du NOM sont incompatibles. Pour que l’un existe, l’autre doit être supplanté. Mais Bolton ne s’est pas arrêté en si bon chemin ; il a continué et déclaré qu’il veut “faire la promotion du secret et faire passer ce mensonge !” et aussi “si je devait dire quelque chose que je sais faux pour préserver notre sécutité nationale, je le ferai.” A dit Bolton il y a quelques années.

En d’autres termes, des gens comme Bolton sont grassement payés pour mentir au peuple américain. Ce sont des satanistes.

De manière évidente, Lavrov semble avoir traité au niveau de Kant lorsqu’il a essentiellement demandé un arrêt du NOM, qui n’est que satanisme déguisé. Cela ne devrait pas être une surprise de voir que les agents du NOM sont toujours tristes et énervés de constater que la Russie continue de jouer un rôle majeur dans l’établissement de ce que Lavrov appelle un ordre mondial “pragmatique”.

Mais qui a établi l’idéologie du NOM dans le monde ? Qui est derrière les guerres perpétuelles en Irak et partout ailleurs ? Qui est derrière l’immigration forcée de masse en Amérique et en Europe ?

Réponse courte: la mafia khazare… La Russie dérange son agencement du monde et les membres de cette mafia veulent contre-attaquer, pas en termes moraux, mais sur un principe diabolique. La Russie les a empêché d’oblitérer la Syrie et la mafia khazare ne pardonnera jamais à Poutine ce crime politique.

Ceci est une des raisons pour laquelle les agents du NOM et les satanistes envoient les marionnettes nouveaux cons comme John McCain au front politique. C’est aussi une des raisons pour laquelle ce même McCain est incapable de mettre deux pensées cohérentes l’une derrière l’autre.

 

[1] Emmanuel Kant, Foundations of the Metaphysics of Morals (Indianapolis: Bobbs-Merrill, 1959), 39.

[2] George Gurley, “Tea With Miss Coulter,” NY Observer, November 12, 2011.

[3] Quoted in John Laughland, “Flirting with Fascism,” American Conservative, June 30, 2003.

[4] Emmanuel Kant, Groundwork for the Metaphysics of Morals (New York: Torchbooks, 1964), 390.

[5] Jon Basil Utley, “Trump and the Neoconservatives,” American Conservative, November 13, 2016.

Vie et œuvre de Gustav Landauer ~ 2ème partie ~

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Gaël Cheptou

 

12 mars 2015

 

A Contre-Temps

 

Source: http://acontretemps.org/spip.php?article557

 

A lire: « Appel au Socialisme », de Gustav Landauer (seconde édition 1919)

 

1ère partie

2ème partie

vie_et_oeuvre_gustav_landauer (PDF réalisé par JBL1960)

1910.– La rupture est consommée avec les ouvriers anarchistes qui refusent de le suivre dans son projet d’implantation communautaire au motif que l’émancipation du prolétariat passerait nécessairement par la lutte de classe révolutionnaire et la destruction de l’État, alors que la fondation de communautés ne ferait que renforcer le système économique en place. Dans une lettre qu’il adresse à Max Nettlau, au détour d’une critique de Kropotkine, transparaît le regret de devoir constater le faible écho que rencontre, en Allemagne et à l’étranger, son anarchisme :

« Vous savez que je suis un hérétique. Mais vous ne savez peut-être pas à quel point je le suis. Je vénère notre Kropotkine en tant que puissance intellectuelle, en tant que nature, en tant qu’être humain, en tant qu’homme, en tant que travailleur de l’esprit ; mais je dois pourtant avouer que, pour moi, La Science moderne et l’anarchie ne contient en grande partie que des platitudes et n’est souvent rien de plus qu’une compilation tendancieuse de connaissances mal digérées. Allez-y, lapidez-moi. Dans tous les pays, je trouve que le mouvement anarchiste est un mouvement d’épigones. Pour ma part, je n’ai pas du tout envie de trouver mes conceptions chez les autres ; peut-être avez-vous vu avec quel plaisir, dans les derniers numéros du Sozialist , j’ai traduit les idées de Bakounine sur la philosophie et la science, bien que je désapprouve certains points essentiels de son matérialisme et de son atomisme. Mais c’était un esprit philosophique, tout différent de nos compilateurs d’aujourd’hui.

 Compte tenu de cet état de choses – en supposant toutefois qu’il est tel que je le vois – je me dois d’abandonner la réserve que j’observe par décence et de dire franchement que l’on fait du tort au mouvement anarchiste en ne tenant absolument aucun compte de mes conceptions et de mes analyses – ou en les écartant, comme l’a fait Domela Nieuwenhuis, par quelques phrases hors de propos. Je ne veux vraiment pas dire qu’un homme vieux et malade comme Kropotkine doive débattre avec moi. Pour lui, tout cela ne serait qu’une sorte de “kantisme” ou de “mystique”, mais certainement pas du “communisme”. Mais j’ai quelques raisons de penser qu’il devrait bien se trouver, en Angleterre, en Amérique et en France, par exemple, de jeunes camarades qui, comprenant l’allemand, tout en étant productifs dans leur langue, pourraient se fixer comme tâche de traduire certains de mes articles. Ce n’est pas la vanité qui parle ici – j’ai bien trop conscience de ma propre valeur pour cela – mais le désir d’agir selon mes forces. Je suis sur le point de publier mon petit livre Aufruf zum Sozialismus  ; ce que je dis dans ce livre, ainsi que dans mon livre Die Revolution , mais aussi dans certains articles que j’ai écrits dans le Sozialist , j’aimerais pouvoir le dire, en effet, aussi à des lecteurs de langue française et anglaise. Le champ d’action est très étroit en Allemagne ; et nous n’avons pas les moyens de l’élargir rapidement. C’est déjà un petit miracle si le Sozialist existe aujourd’hui et que nous puissions, à côté, publier ceci ou cela. [28] »

En octobre, il publie dans le Sozialist un article simple, beau et saisissant, intitulé « Polizisten und Mörder » (Policiers et meurtriers). Commentant un entrefilet qui racontait comment deux policiers qui, alors qu’ils étaient encore prêts quelques heures auparavant à tuer sur ordre des manifestants anti-jaunes, avaient sauvé au péril de leur vie un ouvrier alcoolisé appelant à l’aide dans les eaux sombres d’un canal, Landauer cite ce passage de L’Entraide de Kropotkine : « C’est le fond de la psychologie humaine. À moins que les hommes soient affolés sur le champ de bataille, ils “ne peuvent pas y tenir” d’entendre appeler au secours et de ne pas répondre. [29] » Puis il en vient à décrire en termes forts et expressifs un monde où l’État, la violence et la mort ont remplacé l’esprit communautaire, où des mécanismes aveugles se sont substitués à l’humanité vivante, où les hommes portent des masques, jouent le rôle qui leur est socialement assigné :

« S’il se passe de terribles choses entre nous, cela ne tient ni à notre nature, ni à notre être, ni à notre espèce. La faute de ce qui se passe entre nous vient de ce que nous ne tenons pas ce que nous promettons ; que nous ne sommes pas ce que pourtant nous sommes. Les choses iront mieux quand les hommes ne joueront plus aucun rôle ; quand ils se comporteront les uns envers les autres, c’est-à-dire quand ils ordonneront leurs relations entre eux, tels qu’ils sont en vérité. Aujourd’hui, les habits que nous endossons se livrent un combat à mort, mais ce sont les hommes vivants qui en reçoivent les blessures dans le corps et dans l’âme. L’uniforme militaire et la blouse de travail sont aujourd’hui les dirigeants de la vie ; la chair qui s’y trouve est comme l’automate mécanique et obéissant. Rétablissez l’ordre de la nature ; comprenez bien le mot du sage Socrate : connais-toi toi-même ! Connais-toi toi-même, tel que tu es vraiment, derrière la défroque que tu endosses, et n’agis point selon les lois de la défroque, mais selon l’être des hommes. Connais-toi toi-même, et reconnais ton prochain et ton semblable dans celui qui se tient devant toi. Reconnais-le derrière le masque dont il est affublé tout comme toi. Nous sommes tous ensemble des corps nus d’êtres humains, et nous nous laissons déchirer les entrailles et empoisonner jusqu’à la moelle par les tuniques de Nessus dont nous enveloppe cette odieuse société de mascarade que personne ne veut être et que pourtant nous sommes tous. [30] »

« Les choses iront mieux quand les hommes ne joueront plus aucun rôle ; quand ils se comporteront les uns envers les autres, c’est-à-dire quand ils ordonneront leurs relations entre eux, tels qu’ils sont en vérité » : on retrouve, ici, une idée puissante de Landauer, qu’il exprimera ainsi dans son Appel au socialisme  : « Le socialisme doit revenir à ses héritiers légitimes, pour qu’il devienne ce qu’il est [déjà]. » Le socialisme, l’unité de l’espèce, est déjà là, existe déjà comme « fait mystique » [31], atemporel, mais sans apparaître dans la réalité, car les hommes, les individus empiriques, isolés et dispersés, continuent d’ordonner leurs relations selon les règles de l’État et du Capital (qui sont plus que de simples choses puisqu’ils ont « absorbé » les relations humaines). Ce qui permet à Landauer de développer une critique « mystique » – et non pas seulement éthique – de la société capitaliste, en ce qu’elle est un monde du faux et de la séparation auquel se livrent les hommes, de rejeter toute forme d’évolutionnisme (le socialisme n’est pas un futur qui n’existe pas encore, mais quelque chose que l’on transforme en réalité) et d’occuper une position « intempestive », surplombant l’actualité journalière et politique.

« […] Cette odieuse société de mascarade que personne ne veut être et que pourtant nous sommes tous » : dans les écrits de cette époque, en effet, dont ce texte-ci et, en particulier, celui qui s’intitule « Si les hommes d’État sont faibles, le peuple l’est plus encore ! » – dans lequel il développe sa conception de l’État [32] –, on retrouve, souvent, la trace de l’influence de La Boétie, dont il traduit De la servitude volontaire pour le Sozialist.

1911.– Parution de son œuvre majeure, l’Appel au socialisme, qui exercera une profonde influence sur toute une génération d’intellectuels et de militants allemands [33]. Comme l’indique le titre, le socialisme dépend de la volonté des hommes – puisqu’on peut y appeler. Il ne viendra pas automatiquement à partir d’un certain stade de développement des forces productives ; il ne naîtra pas du capitalisme, période non pas de progrès mais de décadence et de maladie morales – dont la description occupe une place importante dans le livre – qui affectent tous les hommes. « Le socialisme est possible à toute époque quand un nombre suffisant d’hommes le veulent. [34] » Landauer règle férocement ses comptes avec le marxisme social-démocrate, « exotérique » dirait-on aujourd’hui :

« Ils n’ont d’yeux que pour les formes extérieures, négligeables, superficielles de la production capitaliste qu’ils se plaisent à nommer production sociale […] Le marxisme est philistin, et pour le philistin, rien n’est plus important, plus formidable, plus sacré que la technique et le progrès […] C’est alors – lorsque nous considérons le culte sans bornes que voue à la technique le petit-bourgeois progressiste – que nous commençons à nous rapprocher de l’origine du marxisme. La source du marxisme, ce n’est pas l’étude de l’histoire, ce n’est pas non plus Hegel, ni Smith ou Ricardo, ni l’un des socialistes d’avant Marx, ni l’époque de la révolution démocratique, et encore moins la volonté des hommes et leur besoin de culture et de beauté. La source du marxisme, c’est la vapeur. Il y a des vieilles femmes qui lisent l’avenir dans le marc de café ; Karl Marx, quant à lui, lit l’avenir dans la vapeur. [35] »

Pour lui, les marxistes, dans leur obsession de la masse et de l’État, sont tout bonnement incapables de voir ce qu’il peut y avoir de socialiste « dans une cité-État du Moyen Âge, un district villageois allemand, un mir russe, une allmend suisse [terre communale] ou une colonie communiste » [36]. Fondé sur la communauté villageoise et familiale, se nourrissant – à l’opposé des révolutionnaires « tablerasistes » (Gross !) qui rejettent en bloc toutes les traditions communautaires de la civilisation occidentale – de certaines expériences historiques populaires comme les ligues de la guerre des Paysans, le socialisme est avant tout une question agraire. La lutte de classes reste évidemment une nécessité vitale pour les prolétaires, tant qu’ils ne sont pas « sortis du capitalisme », mais au prix d’un enfermement toujours plus étroit, plus mortel, dans le cercle infernal du capitalisme, là où, déshumanisés, sans joie (« Qui sait aujourd’hui ce qu’est la joie ? »), ils sont transformés « en numéro », en un « appendice des rouages de la machine ». Car « tout ce qui se passe à l’intérieur de la production capitaliste, nous enfonce plus profondément dans celle-ci… » [37]. Le prolétariat ne saurait en sortir, donc, qu’en s’abolissant lui-même comme classe-du-capital et « en entrant dans d’autres relations » [38].

Le capital, tout comme l’État, est, en effet, pour Landauer un certain type de relation sociale et une « marotte » ou un « spectre » – des abstractions intériorisées et vivantes, donc qu’il convient de démystifier, de dissiper au moyen de la « critique du langage » qui vient ici se confondre avec l’anarchisme et l’individualisme :

« Le résultat fondamental de l’anarchisme ou de l’individualisme est le suivant : il n’y a, dans la société humaine [empiriquement, concrètement] que des individus et que le faire et le laisser-faire des individus. On se fait anarchiste quand on dit que les prétendus rapports sociaux ne sont rien d’autre que le comportement des hommes ; que la société n’est qu’un ensemble de fins humaines ; que la servitude dans laquelle se trouvent les masses est une servitude volontaire qu’elles pourraient secouer si seulement elles avaient l’esprit clair et une volonté ferme ; que l’État n’est point un groupe plus ou moins nombreux de gouvernants, mais un fantôme ou une marotte, un état singulier de l’âme à l’intérieur de l’homme, qui le conduit à se condamner lui-même à la misère et l’asservissement, en acceptant d’être soldat ou autre. Donc l’anarchisme, tel qu’il est apparu dans le monde depuis Étienne de La Boétie et selon l’expression la plus claire que Max Stirner lui a donnée, on pourrait le définir comme l’application pratique de la critique du langage [39] : l’État, cet État dans lequel les hommes habitent, cela n’existe pas ; c’est l’idée d’État qui réside dans les hommes et qui y fait des ravages ; le capital, ce capital dont les hommes auraient besoin pour travailler, cela n’existe pas ; il y a des liens entre les hommes qui leur permettent de travailler et d’échanger – ou il y a absence de liens, ce qui fait naître le parasitisme, l’exploitation et le monopole, etc. Ainsi, on rattache l’autorité, l’oppression et l’exploitation à la domination d’idées ou d’abstractions pétrifiées, considérées comme sacro-saintes et comme réelles, qui se sont naturellement données des formes concrètes, qui se sont développées pour devenir des organismes artificiels, car les hommes, en se rendant eux-mêmes irréels, ont du même coup rendu réel l’irréel ; et l’anarchisme, ou l’individualisme, est la révolte de l’individu singulier vivant contre ces spectres qui se sont fortifiés par l’immobilité et la non-vitalité millénaires des hommes. L’anarchisme est un principe rationnel, anhistorique, c’est le sursaut du droit de raison individualiste contre tout féodalisme sacralisé […]. [Mais] l’anarchie, ou la liberté, n’est qu’un principe négatif. Il rappelle à chaque individu du peuple que sa liberté est toujours indestructiblement présente. Ce principe tue les idoles et détruit les fausses reliques sacrées : État ? Capital ? Oh, il vous suffit de vouloir, vous les individus, de penser et de vouloir ; dès lors, l’État et le Capital n’existent pour vous que dans la mesure où ceux qui refusent de penser et de vouloir peuvent vous faire obstacle. Certes, ils peuvent vous faire obstacle dans bien des cas ; mais, dans certains cas, vous pouvez faire immédiatement usage de votre liberté, en réalisant ensemble, comme un seul homme, ce que vous pensez et voulez tous individuellement de la même manière.

Il n’y a pas que des fausses reliques, certaines sont authentiques. Elles sont fausses quand elles sont imposées de l’extérieur ; elles sont authentiques quand, nées à l’intérieur des individus, elles forment un lien unissant les hommes. […] On fait appel aux individus quand il s’agit de se libérer des idoles et des spectres de ces pouvoirs abstraits qui nous trompent et nous oppriment. Mais, en vérité, il n’y a d’individus ni dans la nature ni dans l’histoire. L’anarchie est seulement la face négative de ce qu’est, positivement, le socialisme . L’anarchie est l’expression de l’émancipation de l’homme par rapport aux idoles de l’État, de l’Église, du Capital ; le socialisme est l’expression de la véritable et authentique union des hommes, authentique parce qu’elle provient de l’esprit individuel, qu’elle s’épanouit dans l’esprit de l’individu comme ce qui reste éternellement un et le même, comme idée vivante, qu’elle naît sous la forme d’une alliance libre entre les hommes. [40] »

Landauer rappelle, alors, l’idée anarchiste fondamentale que la Ligue socialiste a, selon lui, exhumée, sauvée et revivifiée : « La liberté ne peut être créée, elle ne peut être qu’expérimentée. Il ne faut pas dire : aujourd’hui, nous ne sommes pas libres, mais demain, par on ne sait quel coup de baguette magique, nous serons libres ; il faut dire : nous avons tous sans exception la liberté en nous et nous devons seulement la faire passer dans la réalité extérieure. [41] »

Dans un petit article, à l’occasion d’une grève des garçons boulangers à Berlin, il constate une absence totale de forces créatrices dans le mouvement, alors qu’il faudrait, selon lui, au lieu de faire ou de soutenir la grève (« lutte de classes capitaliste »), permettre à la population de cuire elle-même son pain en construisant des fours coopératifs ou communautaires. Ce serait là du véritable socialisme, car, tout en luttant contre l’envahissement du pain chimique et fade de l’industrie alimentaire, on ferait ainsi renaître des traditions et des cultures artisanales englouties par le capitalisme et on favoriserait la diversité individuelle – l’individualité – dans l’unité [42]. 

Face au danger de guerre (seconde crise marocaine), Landauer renforce son action antimilitariste ; une brochure – La suppression de la guerre par l’autodétermination du peuple –, qu’il rédige sous la forme de questions-réponses, imprimée à 100 000 exemplaires, est interdite et confisquée avant sa diffusion. Il conçoit le plan d’un « congrès ouvrier libre » : il appelle la classe ouvrière à s’auto-organiser, à prendre ses propres affaires en main, à rompre avec les bureaucraties politique et syndicale et à opposer à la guerre la « grève générale active ». Dans son esprit, le « congrès ouvrier libre », une assemblée de délégués ouvriers, sur le modèle des « sections » de Paris pendant la Révolution française, pourrait se substituer au système de gouvernement en place, sous la forme d’un socialisme de conseils.

1912.– Il commence à travailler pour le Börsen-Courier comme critique de théâtre.

En février, il prononce une conférence sur le thème « Judaïsme et socialisme » devant le « groupe local Berlin-Ouest du mouvement sioniste » où, bien qu’il se dise « sioniste aux six septièmes », il s’oppose au sionisme politique, car, rappelle-t-il, il n’existera aucun « peuple », y compris juif, tant que tous les peuples ne seront pas organisés sur la base de communautés socialistes [43].

Parution de l’article « Das Glückhafte Schiff » (La nef fortunée, 15 mai) : la communauté humaine ne vient pas par la voie de la guerre ou de l’État, mais elle naît du travail, de l’entraide, du bon et joyeux voisinage qui soudent ensemble les hommes, les communes et les peuples, en les aidant à surmonter les puissances naturelles hostiles. Landauer fait la proposition de constituer en Europe un vaste territoire neutre et indépendant qui, suivant la ligne des régions-frontières, irait de la Savoie à la mer du Nord, en passant par la Suisse et l’Alsace-Lorraine.

Traduction, et publication dans le Sozialist, d’un extrait des Jours d’exil d’Ernest Cœurderoy : « Une fête universelle à Lisbonne ».

1913.– Il publie, dans le recueil Du judaïsme, édité par l’association des étudiants juifs Bar Kochba de Prague, son texte programmatique : « Sind das Ketzergedanken ? » (Ces pensés sont-elles hérétiques ?) [44]. Combinant anarchisme et judaïsme, repoussant et l’assimilation allemande et le nationalisme juif (« Le fait d’insister sur sa propre nationalité est une faiblesse »), il déclare que la régénération du peuple juif, dont la situation diasporique préfigurerait la communauté qui vient, va de pair avec la régénération de l’humanité tout entière.

Prenant prétexte d’un appel de l’écrivain Paul-Hyacinthe Loyson aux socialistes d’Allemagne et de France, publié dans la revue Les Droits de l’homme, il rédige un essai sur le problème de la guerre franco-allemande. Il critique violemment Gustave Hervé qui vient de retourner sa veste de « sans-patrie » et prend position contre les thèses que Charles Andler avait formulées à propos du « socialisme impérialiste allemand ». L’antimilitarisme et la lutte contre la guerre ne sauraient dépendre des engagements que prendraient les socialistes étrangers d’agir dans le même sens. Et cela, d’autant plus, et de toute façon, qu’on ne peut rien attendre des socialistes de parti, qui ne cherchent qu’à conquérir le pouvoir dans l’État, « régime de violence, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur » :

« Il y a des guerres seulement parce qu’il y a des États ; et il y aura des guerres aussi longtemps qu’il y aura des États. Les pauvres hommes affolés pensent que c’est l’inverse et que les États, avec leur puissance militaire, sont nécessaires pour empêcher l’ennemi de venir et d’assujettir le peuple ; chaque peuple se considère comme pacifique parce qu’il sait qu’il l’est ; et il considère que son voisin est belliqueux parce qu’il croit que le gouvernement du voisin représente l’esprit du peuple. Tous les gouvernements sont belliqueux parce qu’ils ont la violence pour tâche et vocation. Ainsi, celui qui veut vraiment la paix, doit avoir conscience qu’il est, dans chaque pays, pour le moment, seulement le porte-parole d’une toute petite minorité et qu’il ne doit pas subordonner ses résolutions à quelque parti politique que ce soit à l’étranger. Le monde peut sombrer dans la folie la plus folle – du moment que je ne manque pas à mon devoir envers ma conscience. »

Pour Landauer, la lutte contre la guerre doit, donc, se transformer en une lutte pour la réorganisation des peuples dans le sens du socialisme libertaire : « La paix, ce n’est pas l’absence de guerre ; la paix, ce n’est pas une pure négation ; la paix, c’est l’organisation positive de la liberté et de la justice. La paix, c’est l’édification du socialisme. [45] »

En décembre, il participe à la fondation de l’Association d’implantation agricole Communauté à Wittenberg. Mais, déjà, la Ligue socialiste est entrée en déclin.

1914.– En juin, il participe aux activités du Forte-Kreis, cercle de réflexion internationale créé à Postdam dans le but d’empêcher la guerre et d’œuvrer à l’entente entre les peuples (avec Romain Rolland, Walter Rathenau, Martin Buber, etc.). Il se dissout au début la guerre.

Lorsque la guerre éclate – et contrairement à certains de leurs amis, comme Martin Buber, Fritz Mauthner ou Erich Mühsam qui succombent à la fièvre nationaliste –, Gustav Landauer et Hedwig Lachmann restent obstinément fidèles à leurs positions antimilitaristes et pacifistes. Landauer se retrouve de nouveau isolé politiquement.

1915.– Le Sozialist doit suspendre sa parution à la suite de l’incorporation de Max Müller, qui en était l’éditeur, le rédacteur et le compositeur. La diffusion de l’Aufruf zum Sozialismus est interdite. En avril, Landauer se rend en Suisse où il entre en contact avec des écrivains expressionnistes (Ludwig Rubiner, René Schickele) et des socialistes-religieux (Leonhard Ragaz, Jean Matthieu). De retour en Allemagne, un conseil de révision le déclare inapte à la guerre. Il prend part aux activités du Bund Neues Vaterland (Ligue de la nouvelle patrie) qui lutte pour la paix et contre les annexions, et collabore à la revue Der Aufbruch (Renouveau) d’Ernst Joël, organe du mouvement de la jeunesse et d’un socialisme éthique.

En réponse à des critiques qui considèrent que le Sozialist, plutôt que de chercher à découvrir et raviver des manifestations authentiques passées d’esprit communautaire, doit se concentrer sur l’organisation et l’agitation, Landauer écrit :

« Je maintiens que les grands hommes de tous les temps et de tous les peuples doivent nous servir de collaborateurs vivants, et cela surtout tant que les contemporains prétendument vivants ne sont pas à la hauteur de leur tâche. Pour moi, les morts vivent, de même qu’à mes yeux un très grand nombre de vivants sont morts. C’est toujours la malheureuse histoire de camarades qui jugent la feuille non pas par rapport à ce qu’elle leur donne, mais par rapport à la valeur de la propagande qu’offrent les numéros. Le Sozialist est fait pour être lu, pour être lu avec application et réflexion. [46] »

1916.– Dans la Frankfurter Zeitung du 6 février, paraît l’essai « Ein Weg deutschen Geistes » (« Un chemin de l’Esprit allemand »), où il suit la ligne de l’évolution qui mène de Goethe à Georg Kaiser, en passant par A. Stifter.

Il prononce le discours d’ouverture (« Judaïsme et socialisme ») à l’inauguration du Foyer populaire juif où il dispense un cours sur le socialisme.

Au cours de l’été, la Zentralstelle Völkerrecht (Comité central pour le droit international) est fondée par des délégués de la Ligue de la nouvelle patrie et de la Ligue allemande des droits de l’homme. Le Comité entend œuvrer en faveur d’une paix de conciliation. Landauer, qui en dirige la section berlinoise, avait rédigé l’appel constitutif initial avec le libéral Ludwig Quidde.

Il donne plusieurs conférences littéraires sur Shakespeare, Hölderlin, Goethe et Kaiser.

En décembre, il écrit au président américain T.W. Wilson une lettre dans laquelle il avance l’idée d’un nouvel ordre de paix fondée sur une ligue des nations.

1917.– En mai, en raison de la situation du ravitaillement à Berlin, la famille Landauer s’installe à Krumbach, en Bavière.

1918.– Mort de Hedwig Lachmann, le 21 février, d’une pneumonie. Bouleversé, Landauer ne s’en remettra pas. Il se décide, après de longues hésitations, à accepter la proposition qui lui est faite au Théâtre de Düsseldorf d’occuper un poste de dramaturge et de prendre en charge la revue Masken. Mais il n’aura pas le temps de s’installer à Düsseldorf, car la révolution éclate en Bavière le 7 novembre et le nouveau président bavarois, Kurt Eisner, l’invite « aussi vite que sa santé le permet » à venir contribuer à la « révolution des consciences ». Il devient, sur recommandation de Mühsam, membre du Conseil ouvrier révolutionnaire et, ainsi, du Conseil d’ouvriers, de paysans et de soldats de Munich. Il fait également partie du Conseil national provisoire bavarois.

Parution de l’essai Die vereinigten Republiken Deutschlands und ihre Verfassung (Les républiques unies d’Allemagne et leur constitution) : la révolution lui fait entrevoir la possibilité historique d’une Allemagne socialiste, fédéraliste, décentralisée, organisée sur le système des conseils et des corporations, une ligue de républiques allemandes autonomes, chacune enracinée dans sa culture et son histoire propres, en opposition à l’Allemagne prussienne, au jacobinisme bolchevique et à la démocratie parlementaire. Il critique, en particulier, les élections, se prononce contre le vote secret qui, fondé sur l’individu isolé et non pas sur les communautés humaines existantes ou en devenir, parachève, selon lui, l’atomisation des hommes dans la société moderne. Il appelle « à revenir à la démocratie authentique, telle qu’elle est préfigurée dans les assemblées communales et provinciales du Moyen Âge, de Norvège et de Suisse, et en particulier dans les réunions des sections de la Révolution française. [47] »

1919.– En janvier, en faisant paraître ses Briefe aus der französischen Revolution, il s’efforce de recueillir l’expérience de la Révolution française et d’en tirer les enseignements pour la période à venir, en laissant parler les principaux acteurs au travers de leurs lettres. Il publie également une nouvelle édition – dite « édition de la Révolution » – de son Appel au socialisme et un recueil d’articles d’avant-guerre (Rechenschaft). Dans une lettre à son cousin Hugo, il écrit, fidèle à lui-même : « Ce n’est pas la dictature mais l’abolition du prolétariat qui doit être le mot d’ordre » [48].

Le 12 janvier, les résultats de l’USPD d’Eisner aux élections au Parlement régional bavarois sont catastrophiques (2,5 %) ; bien qu’opposé à ces élections, Landauer se présente, à la demande d’Eisner, dans la circonscription de Krumbach, comme candidat « sans-parti » sur une liste de l’USPD : il obtient 92 voix. Le 21 février, Eisner est assassiné alors qu’il se rend au nouveau Parlement pour remettre sa démission à Auer, son successeur – qui est lui grièvement blessé, en représailles, une heure plus tard, en plein Parlement. Landauer prononce le discours funèbre. En réaction, il soumet au Conseil central des propositions visant à prendre des otages pour se protéger et à procéder à des arrestations pour enrayer la « contre-révolution universitaire ». Bien qu’attaché à son idéal de non-violence, il estime que le recours à la force – et à la censure – est parfois nécessaire pour défendre le socialisme des conseils contre les forces de la bourgeoisie.

La classe ouvrière se soulève. La vacance du pouvoir qui s’est ouverte avec les attentats est comblée de nouveau par les conseils. Landauer s’engage, alors, en faveur de la socialisation des moyens de production, ainsi que de la presse, pour briser le monopole idéologique de la contre-révolution. Le 7 avril, le jour de son anniversaire, la « République des conseils » est proclamée à Munich : il devient commissaire du peuple à l’Instruction publique et à la Culture. Les communistes n’y participent pas. Le 13, un putsch des troupes contre-révolutionnaires du gouvernement social-démocrate Hoffmann, réfugié à Bamberg, est repoussé, mais les communistes saisissent l’occasion pour prendre le pouvoir et proclament la deuxième République des conseils (d’Eugen Leviné). Landauer se sent moralement tenu de proposer sa collaboration au nouveau Comité révolutionnaire, qui décline ses services. Il se retire dans la banlieue de Munich, chez la veuve de Kurt Eisner. Le 1er mai, alors que les troupes gouvernementales contre-révolutionnaires reprennent la ville, il est arrêté à la suite d’une dénonciation. « Les gens criaient hourra ! hourra !, tapaient dans les mains et agitaient des mouchoirs. La foule criait : “Réglez-lui son compte à ce chien, ce juif, cette canaille !”. [49] » Le lendemain, il est battu à mort par la soldatesque dans la cour de la prison centrale de Stadelheim. « Tuez-moi donc ! Et vous vous dites des hommes ! » auraient été ses derniers mots [50].

 

1] « Vor fünfundzwanzig Jahren » (1913), in : G. Landauer, Zwang und Befreiung, Cologne, Hegner, 1968, pp. 47-53.

[2] « Dühringianer und Marxist », Der Sozialist, 22 octobre 1892, in : Landauer AS 2, pp. 114-121 (ici p. 121).

[3] Encore que, dans le texte « Quelques mots à propos de l’anarchisme » (1897), il fasse preuve de compréhension à l’égard des auteurs d’attentats anarchistes et prenne leur défense.

[4] Ein Weg zur Befreiung der Arbeiter-Klasse, Berlin, Adolf Marreck, 1895, p. 6. Voir, dans le même esprit, son texte « Sortir de l’État » d’août 1895. Il est à noter que les Œuvres choisies n’ont pas repris la brochure de Landauer. Qui pourrait être rééditée, pourtant.

[5] « Anarchismus-Sozialismus », Der Sozialist, 7 septembre 1895, in : Landauer AS 2, pp. 179-185 (ici, pp. 179-180).

[6] Voir, à ce propos, en particulier, Joachim Willems, Religiöser Gehalt des Anarchismus und anarchistischer Gehalt der Religion ? Die jüdisch-christlich-atheistische Mystik Gustav Landauers zwischen Meister Eckhart und Martin Buber, Albeck bei Ulm, 2001, pp. 23-26, pp. 82-87, et passim.

[7] Plus tard, Kropotkine, à qui Landauer avait fait remarquer la confusion à laquelle pouvait prêter, dans L’Entraide, l’emploi indistinct du mot « individualisme » tout particulièrement en Allemagne [voir plus bas ce que Landauer entend par cette notion], explique qu’il fait une distinction entre l’« individualité », si étroitement liée à l’« entraide », et l’atomisation concurrentielle-capitaliste. Voir la lettre de P. Kropotkine à G. Landauer du 9 novembre 1903, in : Edmund Silberner, « Unbekannte Briefe Peter Kropotkins an Gustav Landauer », Cahiers internationaux d’histoire économique et sociale, n° 9, 1978, pp. 114-115.

[8] « Zur Entwicklungsgeschichte des Individuums », in : Landauer AS 2, pp. 45-68 (ici, p. 68). D’où, par la suite, l’extrême méfiance de Landauer envers toutes les expériences d’épanouissement de la personnalité ; d’où son rejet catégorique tant de la psychanalyse freudienne que des formes de vie nouvelles et sans attaches de la bohème ; d’où, enfin, sa violence polémique à l’égard d’Otto Gross qui, dans le mouvement anarchiste, était la figure où semblaient se rejoindre les diverses tentatives de « réalisation de soi-même ». Sur ce sujet, on lira l’étude de Guillaume Paoli, Landauer, Gross, Mühsam : histoires de famille, publiée dans ce numéro.

[9] Cité d’après : Siegbert Wolf, Gustav Landauer zur Einführung, Hambourg, 1988, p. 13.

[10] Ibid., p. 21. Voir aussi « Quelques mots à propos de l’anarchisme » (10 juillet 1897), texte reproduit dans ce numéro, où il est dit : « … l’anarchisme ne peut pas, à notre époque, être un mouvement de masse, mais seulement un mouvement d’individus, de pionniers. […] En Allemagne, une grande partie des ouvriers commence à se réjouir plus ou moins ouvertement qu’il y ait des anarchistes dans leur pays, tout en considérant qu’il n’est pas possible pour eux d’être anarchiste ou qu’il n’est pas nécessaire qu’ils le soient. »

[11] Selon Rudolf Rocker, Im Sturm der Zeiten, manuscrit IISG, p. 70.

[12] « Der Dichter als Ankläger », Der Sozialist, 5 février 1898, in : Laudauer AS 1, pp. 62-68. Ce n’est que sous l’impulsion de Buber, vers 1908-1910, que Landauer, redécouvrant son identité juive, va se préoccuper réellement du judaïsme et de l’antisémitisme.

[13] Voir l’étude de Walter Fähnders et Christoph Knüppel « Gustav Landauer et Les Mauvais Bergers »Cahiers Octave Mirbeau, n° 3, 1996, pp. 73-90 –, reprise, en version révisée, dans ce numéro.

[14] Lettre à Hedwig Lachmann du 10 mars 1899 (Landauer Lebensgang, op. cit., tome 1, p. 12). Joachim Willems estime que Landauer tendait alors à s’identifier à Eckhart, cf. Religiöser Gehalt des Anarchismus, op. cit., p. 31.

[15] Kropotkine exprime cette même et grandiose vision unitaire de l’espèce dans son langage scientifique-scientiste : « Quand le physiologue parle de la vie d’une plante ou d’un animal, il y voit plutôt une agglomération, une colonie de millions d’individus séparés, qu’une personnalité unie et indivisible. Il vous parle d’une fédération d’organes digestifs, sensuels, nerveux, etc., tous très intimement liés entre eux, tous subissant le contrecoup du bien-être ou du malaise de chacun, mais vivant chacun de sa vie propre. Chaque organe, chaque portion d’organe, à son tour, est composé de cellules indépendantes qui s’associent pour lutter contre les conditions défavorables à leur existence. L’individu est tout un monde de fédérations, il est tout un “cosmos” à lui seul ! […] Bref, chaque individu est un cosmos d’organes, chaque organe est un cosmos de cellules, chaque cellule est un cosmos d’infiniment petits ; et dans ce monde complexe, le bien-être de l’ensemble dépend entièrement de la somme de bien-être dont jouit chacune des moindres parcelles microscopiques de la matière organisée. » (P. Kropotkine, L’Anarchie. Sa philosophie. Son idéal. Conférence qui devait être faite le 6 mars 1896 dans la salle de Tivoli-Vauxhall à Paris, Paris, Stock, 1896, pp. 11-12.)

[16] « Durch Absonderung zur Gemeinschaft », in : Landauer AS 7, pp. 131-148. L’influence de Maître Eckhart sur sa pensée est ici manifeste : Eckhart considère que tout individu porte en lui une petite étincelle divine, le « fond de l’âme » (Seelengrund), et qu’il peut parvenir à l’unio mystica, à l’union avec Dieu, s’il se concentre tout entier sur ce « Dieu en moi », par le « détachement » (Abgeschiedenheit), par le renoncement au monde et le dépouillement total de soi. Selon Eckhart, seul l’individu vraiment « pauvre en esprit » peut laisser la divinité « percer » en lui. « […] Car il n’y a vraiment de pauvreté en esprit que lorsque l’homme est à tel point libéré de Dieu et de toutes ses œuvres que Dieu, s’Il voulait opérer dans l’âme, devrait être lui-même le Lieu de son opération » (traduction : Alain de Libera, in : Eckhart, Traités et sermons, Paris, Flammarion, 1995, p. 353). Voir Joachim Willems, Religiöser Gehalt, op. cit., pp. 62-67.

[17] Landauer avait déjà traduit des textes de Déjacque, notamment l’article du Libertaire intitulé « L’autorité – La dictature » (connu plus tard sous le titre « À bas les chefs ! ») qui parut dans le Sozialist en octobre 1895.

[18] Le couple part aussi en Angleterre pour échapper au déshonneur social en Allemagne, puisque Landauer est encore marié et qu’un divorce d’avec Margarethe Leuschner est impossible en raison de son état de santé.

[19] Selon Max Nettlau, cité par Heiner Becker, op. cit., p. 112.

[20] « Peter Kropotkin », Der Sozialist, Noël 1912, 15 janvier et 15 février 1913, in : Landauer AS 1, pp.191-204. Bien qu’il l’ait annoncé à plusieurs reprises, il n’est jamais entré dans une critique de fond des idées de Kropotkine.

[21] Pierre Kropotkine, La Conquête du pain, Paris, Stock, 1892 (deuxième édition), p. 34 (souligné dans le texte).

[22] « Anarchistische Gedanken über Anarchismus », Die Zukunft, vol. 37, n° 4, 1901, pp. 134-140, in : Landauer AS 2, pp. 274-281 (ici, p. 277.)

[23] Laquelle est la mère du cinéaste américain Mike Nichols (1931-2014).

[24] G. Landauer, La Révolution, op. cit., p. 39.

[25] Ibid., p. 55.

[26] Voir « Les syndicalistes révolutionnaires français », texte représentatif reproduit dans de ce numéro.

[27] « Der erste Mai », Der Sozialist, 1er mai 1909, in : Landauer AS 3, pp. 78-83.

[28] Voir Matzigkeit, op. cit., pp. 130-131 (lettre à Max Nettlau du 10 août 1910).

[29] Pierre Kropotkine, L’Entraide, un facteur de l’évolution, Montréal, Ecosociété, 2001, p. 340.

[30] « Polizisten und Mörder », Der Sozialist, 13 octobre 1910, in : G. Landauer, Der werdende Mensch, Postdam, 1921, pp. 73-77. [Non repris apparemment – la chose est surprenante – par Siegbert Wolf dans les Œuvres choisies].

[31] Voir Joachim Willems, op. cit., p. 178.

[32] « Schwache Staatsmänner, schwächeres Volk ! », Der Sozialist , 15 juin 1910. Texte reproduit dans ce numéro.

[33] On lit par exemple, en 1925, les lignes suivantes à propos de Landauer dans L’Internationale, l’organe théorique de la FAUD : « Pour nous, il est clair que son Aufruf zum Sozialismus est son œuvre la plus importante ; nous considérons que c’est même ce qu’on a écrit de meilleur en Allemagne sur le socialisme » (Fritz Oerter, « Gustav Landauer », L’Internationale, 1925, n° 4, pp. 23-28, ici p. 25.)

[34] Aufruf zum Sozialismus, Francfort/Main, EVA, 1967, p. 108.

[35] Ibid., pp. 97-98.

[36] Ibid., p. 93. Certains passages du livre rappellent, d’ailleurs, la lettre de Marx à Vera Zassoulitch.

[37] Ibid., respectivement p. 133 et p. 122.

[38] [our reprendre une expression qu’il emploie dans son article « Schwache Staatsmänner, schwächeres Volk ! ».

[39] Pour Stirner, on sait que, par exemple, « le droit est une marotte dont nous a gratifié un fantôme » (L’Unique et sa propriété, traduction de Robert L. Reclaire, Paris, Stock, 1900, p. 251.)

[40] « Individualismus », Der Sozialist, 15 juillet 1911, in : Landauer AS 2, pp. 83-89.

[41] Ibid.

[42] « Brot », Der Sozialist, 1er juin 1911, in : Landauer AS 3, pp. 83-86.

[43] « Judentum und Sozialismus », in : Landauer AS 5, pp. 347-351.

[44] « Sind das Ketzergedanken ? », Ibid., pp. 362-368.

[45] « Deutschland, Frankreich und der Krieg », Der Sozialist, 1er mars 1913, in : Landauer AS 4, pp. 153-164.

[46] Ulrich Linse, Organisierter Anarchismus im deutschen Kaiserreich von 1871, Berlin, 1969, pp. 298-299.

[47] « Die vereinigten Republiken Deutschlands und ihre Verfassung », in : Landauer AS 4, pp. 254-260, ici p. 256.

[48] Lettre de Gustav Landauer à Hugo Landauer, du 29 janvier 1919, in : Lebensgang, op. cit., tome 2, p. 369.

[49] D’après une lettre d’Else Eisner, citée par S. Wolf, Landauer AS 4, p. 40.

[50] Rocker, op. cit., p. 123.

Présidence Trump… Repose en paix (Paul Craig Roberts)

Posted in actualité, crise mondiale, désinformation, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 18 février 2017 by Résistance 71

Article de PCR qui suit l’analyse du Saker d’il y a quelques jours: « La présidence Trump est finie !… »

Le but de tout cela ? Le chaos politico-social. Trump est-il un dupé ou est-il partie du plan ? L’avenir le dira… Tout ce merdier arrive à grands pas en France. Voter c’est acquiescer, voter c’est être complice de ces criminels de la politique professionnelle, du mensonge permanent et du conflit, guerre sans fin, du consensus du statu quo oligarchique… Il n’y a pas de solution au sein du système, il n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais ! qu’on se le dise !…

~ Résistance 71 ~

 

La présidence de Trump: Repose en paix

 

Paul Craig Roberts

 

16 février 2017

 

url de l’article original:

http://www.paulcraigroberts.org/2017/02/16/trump-presidency-rip/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Donald Trump a t’il surestimé son pouvoir présidentiel ? La réponse est oui.

Steve Bannon, le conseiller principal de Trump, est-il politiquement inexpérimenté ? La réponse est oui.

Nous pouvons conclure suite aux réponses à ces deux questions que Trump est submergé et qu’il va payer un lourd tribut.

Combien ?

Le New York Times rapporte que “les agences de renseignement américaines ont cherché à apprendre si la campagne électorale de Trump était de mèche avec les Russes au sujet du hacking et autres efforts pour influencer les élections.”

L’ancien espion de la NSA John Schlinder a tweeté qu’un collègue haut placé dans la communauté du renseignement lui avait envoyé un courriel disant que l’état profond avait déclaré une guerre nucléaire à Trump et qu’il “mourait en prison”.

https://sputniknews.com/us/201702151050723578-intelligence-community-war-trump/

Il est très possible que cela se produise.

A la fin de la seconde guerre mondiale, le complex militaro-industriel et de la sécurité décida que le flot de revenus et de bénéfices ainsi que le pouvoir, émanant de la guerre et des menaces de guerre, étaient bien trop important pour être abandonnés dans une ère de paix. Ce complexe manipula un faible et inexpérimenté président Truman de s’engager dans une guerre froide totalement inutile avec l’URSS. Le mensonge fut créé et accepté par le peuple américain naïf, mensonge disant que le communisme internationaliste avait l’intention de conquérir le monde. Ceci était un mensonge transparent, parce que Staline avait purgé le système et fait assassiné Léon Trotski et tous les communistes qui croyaient en une révolution mondiale. “Le socialisme dans un seul pays” avait déclaré Staline.

Les experts universitaires, sachant pertinemment où leurs tartines étaient beurrées, s’accommodèrent et contribuèrent même au mensonge et à la falsification. Dès 1961, le pouvoir extrême du complexe militaro-industriel devint très apparent au président Eisenhower, un général 5 étoiles qui fut en charge de l’invasion américaine de l’Europe occidentale occupée par les Allemands durant la seconde guerre mondiale. Le pouvoir privé, que le complexe militaro-industriel (nom donné par Eisenhower lui-même) exerçait, dérangea tellement “Ike” lui-même que sa dernière adresse au peuple américain au soir de sa présidence fut pour le mettre en garde contre la subversion de la démocratie (NdT: si tant est qu’elle existait avant… une simple analyse historique prouve que non, mais c’est une autre histoire… disons que c’était devenu bien pire…):

“Jusqu’au dernier des conflits mondiaux, les Etats-Unis ne possédaient pas d’industrie d’armement. Les fabricants américains de charrues pouvaient le moment venu et suivant la demande, forger tout aussi bien des épées. Mais maintenant, nous ne pouvons plus prendre le risque d’une gestion d’urgence de notre défense nationale, on nous a forcé à créer une industrie d’armement permanente et ce à grande échelle. De plus, trois millions et demi d’hommes et de femmes sont directement engagés dans le secteur de la défense. Nous dépensons annuellement en sécurité militaire plus que les revenus nets de toutes les entreprises américaines combinées.

Cette conjoncture d’un grand et vaste secteur militaire et d’une importante industrie de l’armement est une nouvelle expérience pour l’Amérique. L’influence totale, économique, politique et même spirituelle, s’en fait ressentir dans chaque ville, dans chaque état, dans chaque bureau du gouvernement fédéral. Nous reconnaissons le besoin impératif d’un tel développement. Pourtant, nous ne devons pas manquer de comprendre ses graves implications. Notre travail, nos ressources et notre mode de vie sont tous impliqués, ainsi que la structure même de notre société.

Dans les conseils gouvernentaux, nous devons nous réfréner de l’acquisition d’une influence non mandatée, qu’elle soit recherchée ou pas, par le complexe militaro-industriel. Le potentiel pour la montée désastreuse d’un pouvoir mal placé existe et persistera.

Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertees ou les processus démocratiques. Nous ne devons rien prendre pour acquis. Seuls des citoyens alertes et informés peuvent forcer le meilleur maillage de cette énorme machine militaro-industrielle de la défense avec nos objectifs et méthodes pacifiques et ce de façon à ce que la sécurité et la liberté puissent prospérer de concert.”

L’avertissement d’Eisenhower était d’une grande justesse. Mais cela reposait sur le concept “de citoyens alertes et informés”, ce que les Etats-Unis ne possèdent pas. La population américaine est, dans les grandes largeurs, grandement insouciante et se dirige, sous la houlette de tout le spectre politique de l’extrême gauche à l’extrême droite, vers l’auto-destruction.

Les médias de presse écrite et audiovisuelle, qui servent de propagandistes pour les élites du complexe militaro-industriel et de Wall Street, s’assurent que les Américains ne sont exposés qu’à une information bidon et totalement orchestrée. Chaque foyer ou personne qui allume sa télé ou lit les journaux/magazines, est programmé pour vivre dans une réalité falsifiée, orchestrée qui ne sert que le plus petit nombre du sommet de la pyramide du pouvoir et du contrôle.

Trump a défié cet establishment sans réaliser vraiment que celui-ci était bien plus puissant que le président des Etats-Unis.

Voici ce qui s’est produit: Pendant le second terme de la présidence d’Obama, la Russie et son président (Poutine) furent diabolisés par le complexe militaro-industriel et les nouveaux cons(ervateurs) utilisant les médias pressetitués.. La diabolisation a facilité la capacité des médias pressetitués comme le Washington Post, le New York Times, CNN, MSNBC et le reste de la clique, d’associer le contact avec la Russie et des articles questionnant les tensions orchestrées entre les Etats-Unis et la Russie avec des activités suspicieuses, voire même de trahison. Trump et ses conseillers étaient par trop inexpérimentés pour comprendre que la conséquence de l’élimination politique de Flynn était en place pour valider cette association (amalgame) orchestrée de la connexion de la présidence de Trump avec le renseignement russe.

Maintenant nous avons les putes des médias et de la politique qui posent des questions du genre de celles qui furent utilisées pour noircir le président Nixon et le forcer à démissionner: “Qu’est-ce que le président savait et quand l’a t’il su ?…” Trump savait-il que le général Flynn avait parlé avec l’ambassadeur russe des semaines avant que Trump a dit qu’il l’avait fait ? Est-ce que Flynn a commis l’irréparable ? Parler à un Russe, parce que Trump lui a dit de le faire ?…

Les fournisseurs de bobards (“fake news”) tels que le NYT, le WP, CNN, MSNBC et le reste de ces détestables menteurs en série, utilisent des allusions totalement irresponsables afin d’emmêler le président Trump dans une toile d’araignée de la trahison. Voici une des manchettes du NYT: “Les aides-de-camp de la campagne Trump ont eu des contacts répétés avec le renseignement russe.” Ce à quoi nous assistons est une campagne gérée par l’état profond utilisant ses putes des médias pour piéger Trump et amener sa destitution.

Ceux qui sont à la manœuvre pour renverser le résultat de l’élection présidentielle US de 2016 sont si confiants en leur succès, qu’ils déclarent publiquement leur préférence pour un coup de palais à la démocratie (NdT: disons à la mascarade de démocratie, mais là n’est pas le sujet de PCR…). Le méga sioniste, chien de guerre nouveau con Bill Kristol a exprimé sa préférence pour un coup d’état en provenance de l’état profond sur le président élu Donald Trump.

http://www.breitbart.com/big-government/2017/02/15/bill-kristol-backs-deep-state-president-trump-republican-government/

La “gauche/libérale/progessiste” s’est alignée avec le 1% contre la classe salariale étiquetée “raciste, misogyne et homophobe”, qualifiée des “déplorables de Trump” (NdT: par Hillary Clinton durant sa campagne…), classe qui a essentiellement élu Trump. Même ce tâcheron mal informé de musicien, Moby, s’est senti obligé de poster des non-sens flagrants sur Facebook en déclarant: “1-le dossier russe contre Trump est vrai. 100% vrai, le gouvernement russe le fait chanter, pas seulement parce qu’il s’est fait pisser dessus par des putes russes, mais pour des choses bien plus graves et 2-l’administration Trump est en collusion avec le gouvernement russe et elle l’a été depuis le tout premier jour.

Maintenant que Trump a été marqué du sceau “d’associations avec le renseignement russe”, les idiots républicains, d’après Bloomberg, “ont rejoint les appels des démocrates pour avoir une enquête sur les contacts entre les membres de l’équipe Trump et les agents du renseignement russe ce mercredi (15 février), ceci indiquant un péril politique croissant au sein du parti alors que de nouveaux rapports émergent sur les contacts extensifs entre les deux.

https://www.bloomberg.com/politics/articles/2017-02-14/flynn-s-ouster-sparks-new-gop-calls-for-wider-russia-probe?cmpid=BBD021517_BIZ

Bien sûr, il n’y a absolument aucune preuve de ces soi-disants contacts, mais les faits réels ne font pas partie de la campagne visant à déposer Trump.

L’acceptation de la démission de Flynn par Trump est utilisée par ses opposants comme une confirmation de leurs fausses accusations disant que le président des Etats-Unis est compromis par le renseignement russe. Comprenant son erreur, la Maison Blanche a essayé de contrer sa bourde (l’acceptation d e la démission de Flynn) en disant que Flynn a été écarté parce que Trump avait perdu confiance en lui, pas parce qu’il avait fait quelque chose d’illégal ou avait des connexions avec le renseignement russe. Mais aucun des opposants de Trump n’écoute quoi que ce soit et la CIA continue à alimenter la pressetituée de bobards.

Depuis le tout début j’avais prévenu que Trump manquait singulièrement d’expérience et de connaissance pour choisir un gouvernement qui lui serait fidèle et servirait son agenda. Trump a maintenant viré la seule personne sur laquelle il pouvait vrament compter. La conclusion la plus évidente est celle-ci: Trump est de la viande froide.

L’effort du peuple américain pour ramener le gouvernement sous contrôle via Trump a été défait et vaincu par l’état profond.

L’argument de Chris Hedges qui dit que la révolution est maintenant la seule façon pour les Américains de reprendre le contrôle de leur pays, continue à gagner en crédibilité.

Voici les mots qui ont condamné Trump lorsqu’il a déclaré la guerre à l’establishment avant même d’avoir assemblé son armée:

“Il n’y a rien que ne fera pas l’establishment politique, aucun mensonge qu’il ne proférera pas, pour conserver son prestige et le pouvoir à vos dépends. L’establishment de Washington et les corporations médiatiques et financières qui le financent, n’existe que pour une seule raison: se protéger et s’enrichir. Ceci représente un carrefour dans l’histoire de notre civilisation qui déterminera si oui ou non, nous, le peuple, allons reconquérir le contrôle de notre gouvernement. L’establishment politique qui essaie de nous en empêcher est le même groupe responsable de nos désastreux rapports commerciaux, de l’immigration illégale massive et de politiques économiques et étrangères qui ont saigné ce pays à blanc.

L’establishement politique a amené la destruction sur nos usines et sur nos boulots alors qu’ils s’échappent vers le Mexique, la Chine et d’autres pays du monde. C’est une structure de pouvoir mondiale qui est responsable des décisions économiques qui ont volé notre classe ouvrière et nos salariés, qui a vidé notre pays de sa richesse et mis ce fric dans les poches d’une poignée de grandes entreprises et d’entités politiques.”

Résistance au colonialisme: Frankenstein et les Indiens (Steven Newcomb)

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Frankenstein et les peuples natifs ou l’expression d’une ironie

Le Frankenstein de Mary Shelley sanglota sur les actes ignobles commis par les chrétiens européens [sur les Indiens]

 

Steven Newcomb

 

14 février 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/frankenstein-native-peoples-expression-irony/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

A lire: « Païens en terre promise, décider la doctrine chrétienne de la découverte », Steven Newcomb, Fulcrum, 2008 (version française PDF, traduction Résistance 71, mise en page JBL1960, 2016)

 

Si ce n’était pas à cause de mon bon ami Peter d’Errico, je ne saurais pas que Mary Shelley mentionne les Amérindiens dans son célèbre livre d’horreur “Frankenstein”. Peter est une des seules personnes que je connaisse qui a en fait lu le livre plutôt que de se référer aux films d’Hollywood sur cette histoire. Dans le “Frankenstein” de Shelly, une jeune Arabe du nom de “Safie” est instruite par son tuteur Félix. Un des livres qui est utilisé pour son éducation est “Ruines d’empire” du Comte Volney. Des leçons, le monstre de Shelley dit: “J’ai entendu parler de la découverte de l’Amérique et j’ai pleuré avec Safie sur le triste sort de ses habitants originels.

Quelle parfaite expression de l’ironie: le monstre de Shelley pleure sur les actes monstrueux commis par les chrétiens européens contre les peuples originels de ce continent, connu sous le nom de “Continent des Amériques”. Il y a une autre ironie en regard du Frankenstein de Mary Shelley, livre qui d’après certains érudits, est un des tous premiers livres de science-fiction: son histoire fut joué en premier lieu sous forme de pièce de théâtre en 1823, la même année que la décision de fiction légale par la Cour Suprême des Etats-Unis dans son verdict de l’affaire Johnson c. M’Intosh, décision qui a eu pour résultat tant de destruction pour nos nations originelles et qui est toujours vu et considéré aujourd’hui comme un précédent légal valide et actif.

La fiction de la CS dans sa décision Johnson c. M’intosh suit ce que John Steinbeck appelait “le schéma de la réalité contrôlé et façonné par la pensée de l’écrivain.La décision de Johnson c. M’Intosh est un schéma de réalité créé par l’esprit du juge John Marshall, utilisant des idées préexistantes et sous-jacentes à la sémantique de la domination que l’on trouve dans la langue anglaise. Une idée que Marshall créa dans son rendu de la décision qu’il écrivit pour la cour unanime, est que la liberté des nations originelles de ce continent a été “nécessairement diminuée” par le “peuple chrétien” supposément en “découvrant” des terres “habitées” par des non-chrétiens (“natifs qui étaient païens”).
Etant donné l’effort de la cour de Marshall pour utiliser l’expression d’idées dans la décision de l’affaire Johnson comme moyen d’essayer de mettre un terme à la liberté des nations originelles du continent, quelle ne fut pas l’ironie du sort de voir que la fameuse cloche de la liberté de Philadelphie se fissura lorsqu’elle résonna lors de la processon des funérailles du juge Marshall, comme l’a décrit Alfred Steinberg en 1835:

“Tandis que la dépouille du juge Marshall était portée dans les rues de Philadelphie vers les embarcadères pour qu’elle soit restituée à Richmond en Virginie, les autorités de la ville lui rendirent un grand honneur. Elles ordonnèrent que la Cloche de la Liberté qui avait sonné l’indépendance des Etats-Unis depuis len beffroi de l’Independance Hall le 4 juillet 1776, sonna en l’honneur du juge Marshall. Durant son carillonage, la cloche se fendit soudain et une grande fissure apparut sur son flanc.”

Quelle synchronicité ironique: la Cloche de la Liberté est morte durant un effort de la faire sonner en l’honneur du juge Marshall, que le peuple des Etats-Unis tient en haute estime, mais qui a tant fait pour tuer la liberté de nos nations originelles. Mary Shelley a utilisé son personnage de Frankenstein comme moyen de commenter de telles injustices. Témoin de l’instruction reçue par le jeune Safie, le monstre pose une question qui semble capturer à merveille la contradiction entre l’injustice de la décision de Johnson c. M’Intosh écrite par le juge Marshall et la haute estime que lui porte le peuple américain.

En parlant des leçons d’histoire dont il a été le témoin, Frankenstein déclare: “Ces superbes narrations m’ont rempli de sentiments étranges. L’Homme fut-il en fait à un moment donné si puissant, si vertueux et magnifique et pourtant à la fois si méchant et vil ?” Le monstre continue avec un commentaire qui semble capturer les vues contradictoires de Marshall, dépendant de la perspective de chacun: “Il apparaît à un moment donné comme un héritier du principe du mal et à un autre moment tout ce qui pourrait être considéré de noble et de divin.” Puis le monstre dit: “Pendant très longtemps je n’ai pas pu concevoir comment un homme pouvait aller de l’avant et tuer un de ses semblables ni même pourquoi il y avait des lois et des gouvernements, mais quand j’ai entendu les détails du vice et du massacre, j’ai cessé de me poser la question…

Ici Frankenstein semble suggérer que ces “détails historiques de vice et de massacre” fournissent une réponse à la question du “Pourquoi y a t’il des lois et des gouvernements ?” Ceci ne répond pas en tout cas à ce que les lois et les gouvernements soient utilisés comme moyens de perpétrer le vice et le massacre, comme nous le trouvons fréquemment dans l’histoire des lois et des gouvernements des Etats-Unis (gouvernement fédéral ET les gouvernements des états) qui sont utilisés contre les nations originelles de ce continent et résultant dans le type d’histoires tragiques aur lesquelles sanglota le monstre de Mary Shelley.

Frankenstein continue ses réflexions et dit: “Chaque conversation des villageois ont ouvert maintenant de nouvelles préoccupations pour moi.” Il continue:

Tandis que j’écoutais l’enseignement que Félix donnait à l’Arabe [Safie], l’étrange système de la société humaine me fut expliqué. J’ai appris au sujet de la division de la propriété, d’immense richesse et de pauvreté abjecte ; du rang, de la descendance, de l’ancestralité et du sang noble.

La propriété est le point de focus de la décision de l’affaire Johnson c. M’Intosh. Marshall l’indiqua lorsqu’il écrivit que “le droit de la société de prescrire ces règles par lesquelles la propriété peut être acquise et préservée n’est pas et ne peut pas être remis en cause.Le verdict de Johnson c. M’Intosh, qui fait partie intégrante du système légale foncier des Etats-Unis d’Amérique a eu pour résultat l’accumulation “d’une très grande richesse” pour les Etats-Unis et une “pauvreté abjecte” pour les nations originelles de ce continent.

Le Dr David Nichols dans son livre Lincoln and the Indians, fournit des détails à fendre le cœur sur ce que les peuples originels ont expérimenté comme résultat de leur appauvrissement sous la colonisation états-unienne de ce sous-continent nord-américain. Dans cet exemple au Kansas, le superintendant des affaires indiennes Coffin “a estimé le nombre de réfugiés indiens être entre 10 à 16 000.” Il a dit au haut-commissaire Dole: “Ils sont dans un état de destitution des plus déplorables, certains d’entre eux sont morts de faim et ont gelé [sic] à mort après la désastreuse bataille.” Nichols note “qu’ils manquent de provisions de toute sorte” et cite un médecin de l’armée américaine qui a décrit le degré de pauvreté extrême et la souffrance des Indiens, dans ce cas précis au Kansas:

Il est impossible pour moi de décrire l’état de délabrement de leur condition. Lere seule protection contre la neige sur laquelle ils s’allongent est l’herbe de la prairie et contre le vent des morceaux et lambeaux de tissus fixés et tendus entre deux poteaux. Certains d’entre eux avaient des vêtements mais beaucoup n’avaient que des vêtements en lambeaux qui ne masquaient pas leur nudité et j’ai même vu sept d’entre eux d’un âge variant entre 3 et 15 ans n’ayant absolument rien pour se couvrir.”

Nichols résume en déclarant: “Il y avait très peu de nourriture et la maladie fit des ravages.” Cette information citée nous ramène aux mots du monstre de Mary Shelley:

Les paroles des leçons m’incitèrent à l’introspection. J’ai appris que les possessions les plus estimées par vos semblables sont une belle et pure ascendance unifiée par des richesses. Un humain peut-être respecté avec seulement un seul de ces avantages, mais sans aucun des deux, il était considéré, à de rares exceptions près, comme un vagabond et un esclave, condamné à gaspiller son énergie pour le profit du petit nombre choisi !

La description fournie ci-dessus du Dr Nichols ne nous donne juste qu’un tout petit aperçu de l’incroyable degré de souffrance qui fut infligé aux peuples et nations originels par le verdict de l’affaire Johnson c. M’Intosh et son héritage, ainsi qu’avec la loi et la politique fédérales indiennes de manière générale. Le Frankenstein de Shelley pose une question qui fournit un cadre de référence pour le verdict de l’affaire Johnson c. M’Intosh et le code de la domination. C’est une question que ceux souffrant et mourant dans les vents glacés des prairies du Kansas auraient pu se poser: “Ai-je été un monstre, une vermine sur la terre, que tout le monde fuyait et déshérité de tous ?

Dressez-vous avec nous à Standing Rock !

Mni Wiconi: l’eau c’est la vie !

Résistance politique et changement de paradigme: Réalité historique de la fin de l’État et fenêtre d’ouverture sur le confédéralisme démocratique et l’écologie sociale…

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“Les humains ne seront pas unifiés par la domination, mais comme des frères sans domination: an-archie. Ainsi le slogan doit demeurer: sans domination…”

“Les socialistes ne peuvent pas éviter la lutte contre la propriété foncière de la terre. La lutte pour le socialisme est une lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire.”

“L’État est une condition, une certaine relation entre les individus, un mode de comportement ; nous le détruisons en contractant d’autres relations, en nous comportant différemment les uns envers les autres… Nous sommes l’État et nous continuerons à être l’État tant que nous n’aurons pas créé les institutions qui forment une véritable communauté (société).”

“L’objectif de la société des sociétés est les gens, la société, la communauté, la liberté, la beauté et la joie de vivre. Cet appel au socialisme s’adresse aux Hommes d’action qui veulent y débuter.”

~ Gustav Landauer ~

 

Raison créativité et liberté ou le modèle communaliste

 

Eléanor Finlay*

 

11 février 2017

 

url de l’article original:

https://roarmag.org/essays/communalism-bookchin-direct-democracy/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

(*) Eleanor Finlay est doctorante en anthropologie de l’université du Massachussetts, Amherst

“Que le XXIème siècle devienne l’époque la plus radicale ou la plus réactionnaire… va dépendre en grande partie du type de mouvement social et de programme que les radicaux sociaux créent de leur richesse théorique, organisationnelle et politique, qui fut accumulée ces deux derniers siècles… La direction que nous sélectionnerons déterminera le futur de notre espèce pour les siècles à venir.”

Murray Bookchin, The Communalist Project (2002)

Après l’élection de Donald Trump, des images dévastatrices et des souvenirs des première et seconde guerre mondiales inondèrent nos esprits. L’anti-rationalisme, la violence raciste, la politique du bouc émissaire, la misogynie et l’homophobie ont été lâchés depuis la marge de la société et amenés dans la politique quotidienne.

Dans le même temps, l’humanité se trouve dans une course contre la montre à la vie à la mort. Le trouble impensable qu’est le changement climatique devient maintenant une réalité (NdT: pas pour des raisons anthropiques, lorsque réchauffement – ou refroidissement – il y a, les causes sont essentiellement naturelles, la part de l’Homme dans ces évènements se produisant depuis des milliads d’années, est infinitésimale. Ceci ne veut bien entendu pas dire qu’il ne faut pas se préoccuper des problèmes de pollutions dont nous sommes responsables… mais laissons le CO2 de côté, il n’est ni une pollution, ni une production humaine affectant la planète… Nous nous devions ici d’interjecter car nous n’endorsons aucunement tout discours sur le “changement climatique anthropique”. Ce désaccord n’enlève en rien la pertinence politique des propos de Mlle Finlay par ailleurs.) et rien n’est entrepris par nos instances pour mitiger la catastrophe. Alors que la petite et paradoxale ère du républicanisme américain touche à sa fin, l’expérience de la nature en une créature si créative et consciente que l’humanité arrive à un tournant critique.

Précisément parce que ces cauchemards sont devenus réalité, il est maintenant temps de faire décisivement face à la tâche de créer un système politico-économique libre et juste. Pour la sauvegarde de l’humanité et en fait de toute vie sur terre, nous devons contre-balancer le fascisme aujourd’hui personnalisé par le capitalisme d’état-nation et mettre à jour tout un complexe de problèmes sociaux, économiques, politiques et écologiques tous imbriqués et interdépendants les uns des autres. Mais comment ?

Comme solution à la situation présente, un nombre croissant de gens dans le monde proposent le “communalisme”: le remplacement du capitalisme, de l’état et de la hiérarchie sociale par la ville, le village, les voisinages, réunis en assemblées et en fédérations.
Le communalisme est une idée vivante, organique, qui se construit sur un riche héritage de mouvements socio-politiques historiques.

La Commune du Rojava aux Zapatistes

Le terme de communalisme (libertaire) a émergé du soulèvement des Parisiens en 1871 dans le mouvement qui fut connu sous le nom de “Commune de Paris” et qui fut ravivé à la fin du XXème siècle par le philosophe politique américain Murray Bookchin (1931-2006). Le mot “communalisme” est souvent utilisé de manière interchangeable avec le mot “municipalisme”, ou “municipalisme libertaire” (un terme aussi inventé par Bookchin) et aussi le “confédéralisme démocratique” (inventé plus récemment par le leader emprisonné du parti des Travailleurs Kurdes, PKK, Abdullah Ocalan).

Bien que chacun de ces termes essaie de décrire une démocratie directe de face à face, le communalisme insiste plus sur ses dimensions organiques et vécues. Les communautés civiques en face à face, appelées “communes” historiquement, sont plus que simplement une structure ou un mode de gestion. Elles sont plutôt des communautés sociales et ethniques unifiant des groupes culturels et sociaux divers. La vie communale est un bien en soi.

Il y a d’inombrable précédents historiques qui modèlent les principes institutionnels et éthiques du communalisme. Les communautés tribales à petite échelle fournissent bien des exemples. En Amérique du Nord, la Confédération des Six Nation Haudenosaunee (Iroquoises) a gouverné la région des Grands Lacs par une démocratie directe confédérée pendant plus de 800 ans (NdT: contrairement à ce que laisse entendre l’auteure de ces lignes, cette confédération existe toujours aujourd’hui, nos lecteurs sont au courant de nos relais constants par nos traduction de Mohawk Nation News, traditionnellement ancrés dans la Grande Loi de la Paix, Kaiane’re:kowa dont nous avons traduit en français les 117 wampums/articles). Sur les côtes du Panama, la nation Kuna continue de gérer un archipel d’îles vibrant économiquement. Avant la dévastation amenée par l’esclavage et la colonisation, le peuple Igbo du Delta du fleuve Niger pratiquait une forme hautement cosmopolite de gestion communale. Encore plus récemment, dans la province du Chiapas au Mexique, le mouvement zapatiste de l’EZLN a réinventé les assemblées politiques pré-colombiennes au travers de centaines de municipios autonomes et cinq grandes capitales régionales appelées les Caracoles (escargots) dont les volutes spiralées symbolisent la connexion et la réunification des villages.

Les prédécesseurs des communalistes ont aussi émergés depuis de grandes communautés urbaines. De l’Athènes classique aux villes-états médiévales d’Italie et d’Europe, la démocratie directe s’est trouvée aussi chez elle en ville. En 2015, le mouvement politique de Barcelone “Barcelona en Comú” a gagné la mairie de Barcelone, basé sur un vaste collectif d’assemblées de voisinages richement étagé. Aujourd’hui, ils sont le premier parti siégeant au conseil municipal et continuent de décider leurs politiques et leurs plateformes au travers d’assemblées. En Syrie septentrionnale, le Mouvement de la Liberté Kurde a établi le confédéralisme démocratique, un réseau d’assemblées et de conseils populaires qui gouvernent avec le parti d’Union Démocrate ou PYD.

Ceci ne sont que quelques exemples parmi un grand nombre de traditions politiques qui attestent de “la grande richesse théorique, organisationnelle et politique”, qui est à notre disposition afin de rendre le pouvoir au peuple contre l’autoritarisme forcené qui nous est imposé.

Pouvoir, administration et citoyenneté

L’institution la plus fondamentale du communalisme est l’assemblée populaire. Elles se produisent de manière régulière au cours de rassemblements communaux ouverts à tous les adultes au sein d’une municipalité donnée, comme une ville, un village ou un district (canton) ; le but est de discuter, de débattre et de prendre des décisions au sujet d’affaires qui concernent la communauté dans sa totalité.

Afin de comprendre comment fonctionne une assemblée populaire, on doit d’abord comprendre la distinction subtile mais cruciale entre l’admnistration et le pouvoir décisionnaire politique. L’administration comprend des taches et des plans en rapport à l’exécution des décisions politiques prises. L’administration d’un projet particulier peut prendre quelques décisions mineures, comme par exemple quelle sorte de pierres utiliser pour construire un pont.

Le pouvoir, d’un autre côté, réfère à la capacité de faire une politique et de prendre des décisions majeures, comme par exemple de construire ou non un pont. Dans le communalisme, le pouvoir réside dans le corps collectif, tandis que de plus petits conseils mandatés expressement sont délégues pour l’exécution des décisions prises collectivement. Des experts comme les ingénieurs, ou les praticiens de santé publique jouent un röle important dans les assemblées populaires en informant les citoyens, mais c’est le corps collectif lui-même qui a le pouvoir de prendre de fait les décisions.

Avec cette distinction très claire entre l’administratif et le pouvoir, la nature du leadership individuel change dramatiquement. Les leaders cultivent le dialogue et exécute la volonté de la communauté. Les Zapatistes expriment ceci au travers du terme de “cargo”, ce qui veut dire avoir la charge ou le poids de la réalisation. Les membres du conseil exécutent la volonté de leur communauté, le leadership veut dire “obéir et non pas commander, représenter et non pas supplanter, descendre et non pas monter.”

Une deuxième distinction critique entre la politique pilotée par des professionnels de la politique et le communalisme est la notion de citoyenneté. En utilisant le terme de “citoyen”, les communalistes contredisent volontairement la notion restrictive et vide de tout sens de la citoyenneté invoquée dans les états-nations modernes. Dans les sociétés communales, la citoyenneté est conférée à chaque adulte qui vit au sein de la municipalité. Chaque adulte qui vit au sein de la municipalité a le pouvoir de participer directement, de voter et de participer à tour de rôle aux taches administratives. En fait, cette idée radicale de citoyenneté est fondée sur la résidence et sur les relations de face à face dans la communauté.

Les assemblée populaires sont une tradition vivante qui sont apparues encore et toujours au cours de l’histoire. Il faut ici faire une pause pour considérer les ressources conceptuelles que nous a laissées le démocratie athénienne classique. Il est clair que cette société était loin d’être parfaite, Tout comme le reste du pourtour de la Méditerranée à cette époque, Athènes a été construite sur le dos des esclaves et des femmes au foyer. Quoi qu’il en soit, la démocratie athénienne jusqu’à aujourd’hui est l’exemple historique le mieux documenté d’une auto-gestion communale directe (NdT: la documentation de la gestion des collectifs anarchistes espagnols de 1936 à 1939 est aussi très abondante et utile, cf Gaston Leval, Sam Dolgoff et Diego Abad de Santillan).

Agora: La place publique ou la maison où l’assemblée populaire se tient. L’agora est l’endroit de notre identité publique, là où nous allons pour prendre des décisions, pour soulever des problèmes et nous engager dans des discussions publiques.

Ekklesia: L’assemblée générale, une communauté de citoyens.

Boule: Le corps administratif de 500 citoyens qui tourne une fois par an.

Polis: La ville elle-même. Mais là encore, le terme réfere non pas à une communauté matérielle mais à une communauté multiple, richement peuplée, organique et matérielle. La polis est une entité et une personne par et pour elle-même.

Paeida: L’éducation politique et éthique continue que chacun suit, atteint afin de parvenir à la vertu et/ou l’excellence.

La vision clef de la démocratie classique arthénienne est que l’assemblée politique est un corps organique. Bien plus qu’une simple structure ou faisceau de mécanismes, le communalisme est une véritable synergie d’éléments et d’institutions qui mène à un type particulier de communauté et de processus. Pourtant les assemblées seule n’épuisent pas la politique communale. De la même manière que les communautés sont socialement, économiquement, écologiquement inter-dépendantes, une véritable société libre et éthique doit s’engager dans un robuste dialogue inter-communal, celui-ci menant à des associations libres inter-communes. La confédération permet aux communautés autonomes de s’évaluer et de s’ajuster en vue d’une coordination au niveau régional.

La confédération est différente de la démocratie représentative parce qu’elle est fondée sur des délégués révocables à tout moment par les communautés dont ils dépendent plutôt que sur des représentants individuels qui ont un pouvoir. Les délégués sont des porte-parole et n’ont aucun pouvoir. Ils ne peuvent pas prendre de décision pour la communauté. Ils ramènent les propositions dans leurs assemblées. Des chartes articulent les principes éthiques d’une confédération et définissent les attentes pour chaque membre. De cette façon, les communautés ont une base pour se tenir elles-mêmes et les autres responsables. Sans principes clairs, base d’un débat pour des actions de raison, d’humanisme et de justice, il ne peut y avoir de succès politique.

Note de R71: Nous intervenons ici pour ajouter comme cité plus haut, que la plus vieille charte confédérale au monde, unissant 6 nations amérindiennes (les 6 nations iroquoises des Seneca, Oneida, Onondaga, Cayuga, Tuscarora et Mohawk) et toujours en activité aujourd’hui, Kaianerekowa ou la Grande Loi de la Paix, date du XIIème siècle. Dans l’époque pré-invasion européenne, jusqu’à 58 nations amérindiennes étaient regroupées et suivaient volontairement la “charte” iroquoise. L’arrivée des européens à complètememt changer la donne, mais quoiqu’il en soit et malgré de multiples tentatives des Anglais et des Français de faire entrer en conflit les Iroquois les uns contre les autres, les nations iroquoises ne se sont pas combattues entre elles depuis le XIIème siècle. Kaianerekowa est la loi de la terre sur Onowaregeh (l’Île de la Grande Tortue) et aussi loin que la société traditionnelle iroquoise est concernée, les Européens ont brisé cette loi de longue date et n’ont AUCUNE LEGITIMITE sur les terres ancestrales autochtones. Le système confédéral fonctionne, il fonctionne même très, très bien ! Nous devrions en tirer les conclusions qui s’imposent d’elles-mêmes !…

Dans le Mouvement pour la Liberté Kurde du Rojava dans le nord de la Syrie, le Contrat Social est fondé sur les piliers du féminisme, de l’écologie, de l’économie morale et de la démocratie directe. Ces principes résonnent au travers de tout le mouvement, liant entre elles diverses organisations et communautés sur la base partagée du multi-culturalisme radical, de la bonne direction écologique et du féminisme.

Une société libre

Il n’y a pas de plan de marche à suivre pour un mouvement municipaliste/communaliste. Sans aucun doute, la réalisation de telles communautés politiques ne peut venir que d’un changement fondamental de notre fabrique sociale, culturelle et économique. Les attitudes de racisme, de xénophobie, qui ont alimenté la montée virulente des fascismes aujourd’hui dans des endroits comme les Etats-Unis, doivent être combattues au moyen d’un humanisme radical qui célèbre la diversité ethnique, culturelle et spirituelle. Depuis des millénaires, l’oppression sexiste a dénigré des valeurs et formes sociales attribuées aux femmes. Ces attitudes doivent être supplantées par une éthique égalitaire et une sensibilité d’entraide. (NdT: dans les sociétés traditionnelles nord-américaines, comme dans la confédération Haudenosaunee, mais pas seulement loin s’en faut, les conseils de femmes et d’anciens ont une importance capitale. Les conseils des femmes nomment les chefs, qui comme dans toute société traditionnelle ancestrale n’ont pas de pouvoir, ne commandent pas mais représentent les décision prise par les conseils. Elles ont aussi le pouvoir de révoquer les chefs errants et dérogeant à la charte et sont expressément consultés en prévention de conflits armés…)

La liberté ne peut pas non plus venir sans stabilité économique. Le capitalisme ainsi que toutes les formes d’exploitation économique doivent être abolis et remplacés par des sytèmes de production, de consommation et de distribution pour utilisation nécessaire et de plaisir plutôt que pour la vente et le profit. Les vastes ceintures de béton de nos cités industrielles “modernes”, doivent être réduites en des espaces urbains ayant un sens, étant vivables et durables. Nous devons gérer les problèmes urbains avec une grande attention pour un meilleur développement, une meilleure égalité personnifiant ainsi les espaces urbains.

De la même manière que des individus ne peuvent pas être séparés d’une comunauté politique au sens large de laquelle ils font partie, la société humaine ne peut pas être séparée de notre contexte au sein du monde naturel. La politique coopératrice, humaniste du communalisme fonctionne ainsi main dans la main avec une sensibilité écologique radicale qui reconnaît l’humain comme un être unique, partie intégrante et consciente de la nature.

Tout en gérant nos propres besoins et désirs, nous avons la capacité de penser hors de la boîte et d’être orientés vers le futur. La Confédération Haudenosauné (iroquoise) appelle ceci le “principe de la 7ème génération”. D’après ce principe, toute délibération politique doit être faite pour la communauté actuelle, incluant les animaux et la communauté écologique locale au sens large et toute décision prise doit l’être en pensant à l’impact que la ou des décisions aura sur la 7ème génération.
Bien qu’une petite illustration de tous les changements sociaux dont nous aurions besoin aujourd’hui excède de loin le sujet de ce bref essai, le grand travail de Murray Bookchin et d’autres socioécologistes fournissent de riches discussions au sujet de la signification d’une démocratie directe et d’une société écologique. Pour le mouvement des verts, celui de l’anti-mondialisme, d’Occupy Wall Street et les mouvements des Indignados d’Espagne et du Chili, les idéaux communalistes ont aussi joué un grand et croissant rôle dans les luttes sociales et politiques dans le monde. C’est un mouvement en pleine croissance.

Le communalisme n’est en aucun cas une idéologie rigide, froide et dure, mais plutôt un corps d’idées cohérent et en perpétuel mouvement, construit sur un cœur fondamental de principes et d’institutions. C’est, par définition, un processus, ouvert et adaptable à virtuellement une infinité de contextes culturels, historiques et écologiques. En fait, des précédents historiques du communalisme dans la démocratie tribale primordiale et les assemblées de villes et de villages, peuvent être trouvés dans pratiquement tous les coins de la terre.

L’ère de la politique d’état menée par des professionnels est arrivée à sa fin. Seule la démocratie de la base populaire menée à une échelle mondiale peut s’opposer avec succès au futur dystopique qui nous attend. Tous les outils nécessaires sont disponibles. Une énorme richesse de ressources s’est accumulée au cours des luttes politico-sociales de l’humanité. Avec cette richesse, avec le communalisme, nous pourrons reforger le monde sur le potentiel raisonnable de l’humanité, sur sa créativité et sa liberté.

 

= = =

 

Textes à lire sur le sujet:

 “L’appel au Socialisme”, Gustav Landauer, 1911

3 textes fondamentaux pour un changement de paradigme politique:

 

Bonne lecture !

Vie et œuvre de Gustav Landauer ~ 1ère partie ~

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Gaël Cheptou

 

12 mars 2015

 

A Contre-Temps

Source: http://acontretemps.org/spip.php?article557

 

A lire: « Appel au Socialisme », de Gustav Landauer (seconde édition 1919)

 

1ère partie

2ème partie

 

1870.– Naissance, le 7 avril, de Gustav, troisième fils d’une famille juive non religieuse de Karlsruhe ; son père, Hermann Landauer, commerçant, possède une boutique de chaussures.

1875.– Congrès d’unification du Parti social-démocrate à Gotha.

1878-1890.– Promulgation des lois antisocialistes.

1887.– Ferdinand Tönnies publie Gemeinschaft und Gesellschaft dans lequel il analyse deux grandes formes de vie sociale : la « communauté », de formation naturelle, et la « société », de composition mécanique.

1888.– Landauer obtient son baccalauréat (Abitur), après avoir suivi un enseignement humaniste classique dans un lycée de Karlsruhe. Il considère rétrospectivement que sa scolarité ne fut qu’un « monstrueux vol de [son] temps ». « Ce qui m’a conduit, écrit-il, à m’opposer à la société environnante et m’a plongé dans le rêve et la révolte, ce n’est pas le sentiment d’appartenir à une classe ni la pitié sociale, mais le heurt continuel de la nostalgie romantique aux étroites limites des philistins. C’est ainsi que j’étais anarchiste sans le savoir, avant d’être un socialiste, et que je suis un des rares à ne pas être passé par la social-démocratie [1]. »

1888-1892.– Il suit des études de germanistique, de philosophie, d’anglais et d’histoire de l’art aux universités de Heidelberg, de Strasbourg et de Berlin. La lecture des pièces d’Ibsen le renvoie à sa propre révolte, celle de l’individu créateur contre les conventions bourgeoises. Il découvre Nietzsche dont il retient le culte de la vie, de la spontanéité et de la volonté ; en novembre 1890, il entame la rédaction de son roman Der Todesprediger (Le prêcheur de mort) dont le titre s’inspire de celui d’un chapitre d’Ainsi parlait Zarathoustra. À côté d’auteurs modernes, il lit aussi des auteurs classiques tels que Spinoza, Fichte et Schopenhauer.

1890.– Il publie ses premiers articles dans la revue Deutschland du philosophe, écrivain et critique Fritz Mauthner, dont un compte rendu du roman Sous-Offs de Lucien Descaves. Il découvre avec enthousiasme le socialisme, notamment par la lecture de La Femme et le socialisme d’August Bebel.

1891.– Landauer fréquente les milieux de la bohème anarchiste et de la colonie littéraire socialiste de Friedrichshagen. Il devient également membre du Freie Volksbühne (Théâtre libre populaire) qui avait été fondé l’année précédente par des sociaux-démocrates dans un but d’éducation ouvrière. Premières activités politiques : à l’occasion du congrès international des étudiants socialistes qui doit se tenir à Bruxelles en décembre 1891, il rédige un manifeste au nom d’un groupe d’étudiants de Berlin. En novembre, pour la première fois, il se définit lui-même comme « anarchiste ». Lecture de L’Unique et sa propriété de Max Stirner.

1892.– Le 24 février, il adhère à l’Union des socialistes indépendants, un groupe de militants radicaux – les « Jeunes » – exclus du Parti social-démocrate au congrès d’Erfurt (14-20 octobre 1891). La violence haineuse avec laquelle la social-démocratie condamne, pour des raisons qui tiennent autant de l’idéologie que de l’opportunisme, les émeutes de chômeurs à Berlin, fait naître en lui une aversion profonde et durable pour tout socialisme de parti. Il participe à la fondation du Neue Freie Volksbühne (Nouveau théâtre libre populaire), scission d’avec le Freie Volksbühne, dominé par la social-démocratie officielle ; il fera partie jusqu’en 1917 de la commission artistique du théâtre. Il y rencontre la couturière Margarethe Leuschner avec qui il se marie à Zurich contre l’avis de ses propres parents. Le couple aura deux filles : Charlotte Clara et Marianne.

Obligé d’abandonner ses études universitaires par manque d’argent, exclu de toutes les universités prussiennes pour « manque de moralité » (activités subversives, en jargon policier), il cherche à s’établir comme écrivain. Il se plonge dans la lecture d’ouvrages d’économie politique ; lit les œuvres d’Eugen Dühring et entre en relation avec l’anarchiste antimarxiste Benedikt Friedländer, un de ses proches disciples. Appelant les marxistes « évolutionnistes » à accepter les dernières conséquences de leur conception matérialiste, il les invite, avec un humour radical, à se laisser « enterrer » ou « mettre dans la saumure » pour « ne pas gêner l’avènement progressif et naturel de la société socialiste ». « Il est bon et utile […] de grouper les hommes en masses. Mais nous ne devons cependant pas oublier le plus important : dissoudre les masses dans les hommes. [2] » Il prononce deux conférences, dans les cercles des socialistes indépendants, sur « Max Stirner et l’individualisme » et sur la question religieuse. C’est à cette époque qu’il décide de sortir officiellement de la communauté religieuse juive.

1893.– Il devient, en février, le rédacteur de Der Sozialist qui, en juin, après une lutte énergique contre la tendance marxiste radicale, se reconnaît officiellement comme anarchiste, en prenant le sous-titre d’ « organe de tous les révolutionnaires ». Landauer est choisi comme délégué des anarchistes et des ouvriers sur métaux de Berlin pour assister au congrès socialiste international de Zurich (6-12 août 1893), mais il ne peut y participer : la majorité socialiste expulse les anarchistes et adopte la résolution de Bebel qui privilégie l’action politique, c’est-à-dire la conquête des pouvoirs publics par la voie parlementaire. Il prend part, alors, à la manifestation au Plattengarten des anarchistes et des socialistes révolutionnaires expulsés du congrès, où il se prononce en faveur de la grève générale. À l’automne, Landauer est emprisonné successivement pour « incitation à la désobéissance civile » et « excitation à la révolte ». En prison, il compose la nouvelle Arnold Himmelheber et se livre à une lecture critique approfondie du Capital de Marx. Parution du roman Der Todesprediger.

1895.– L’essai « Der Anarchismus in Deutschland » (L’anarchisme en Allemagne) paraît dans la revue non anarchiste Die Zukunft (L’avenir). Ce qui importe pour Landauer, ce n’est pas la lutte de classe des prolétaires mais la révolutionnarisation des esprits par les prêcheurs anarchistes qui doivent se consacrer tout entiers à la « diffusion des lumières », une sorte d’anti-autoritarisme rationnel, dans toutes les couches de la société. Il prend ses distances avec la « propagande par le fait » [3], lui qui avait été si fasciné par la figure de Ravachol – au point d’insérer dans le roman Der Todesprediger, sans en citer l’auteur, la déclaration de Ravachol devant la cour de Montbrison, discours qui avait été publié par le Sozialist en août 1892. Rejetant toute forme d’autorité, l’anarchiste ne saurait faire progresser « sa vérité » par l’oppression violente des autres pensées.

Au début de l’année, il participe à la fondation de la coopérative de consommation Befreiung (Émancipation) à Berlin et fait paraître anonymement, à cette occasion, une brochure programmatique : Ein Weg zur Befreiung der Arbeiter-Klasse (Un chemin vers l’émancipation de la classe ouvrière). Il y affirme que ni l’action politique ni la violence révolutionnaire ne conduiront les travailleurs à leur émancipation. La question « réforme ou révolution ? » serait, par ailleurs, mal formulée, elle devrait être « réforme ou phrase ? » puisque les prétendus révolutionnaires ne luttent au fond qu’avec de grands mots. Mais la réforme que propose Landauer, pour qui « le travail positif est nécessaire à la préparation de la société socialiste », n’a rien à voir avec les réformes sociales qui ne font que fortifier l’État moderne et sa police ; il s’agit de réaliser immédiatement un fragment, une forme embryonnaire du socialisme par la création en dehors de l’État, sur les principes de l’auto-assistance et de la coopération, d’organisations ouvrières de consommation et de production. Landauer appelle la classe ouvrière à « refuser ses services économiques à la société bourgeoise, à être une société librement organisée au sein de la société » [4]. 

Le Sozialist est interdit pendant quelques mois – il reprend sa parution en août, avec pour nouveau sous-titre : « organe pour l’anarchisme-socialisme ». « L’anarchisme est placé en avant, parce qu’il est le but qui doit être atteint : l’absence de domination, l’absence d’État, le libre développement des individus. Puis est indiqué le moyen par lequel nous voulons atteindre et garantir cette liberté des hommes : par le socialisme, par l’entraide solidaire des hommes pour tout ce qui leur est commun, et par le travail coopératif. » [5] 

Ses premières traductions de Pierre Kropotkine paraissent dans le Sozialist : il s’agit d’une série d’articles des Temps nouveaux (août-novembre 1895) sur les « expédients économiques ». 

Dans un article sur « les démagogues au temps de la Réforme », Landauer exprime sa sympathie à l’égard du hussitisme, de l’anabaptisme et des mouvements de révolte populaire pendant la guerre des Paysans. Il commence également la rédaction d’un long essai intitulé « Zur Entwicklungsgeschichte des Individuums » (Contribution à l’histoire du développement de l’individu), où, déposant le germe des idées qu’il développera au tournant du siècle [6], il interroge la notion d’individu en insistant sur le primat de l’unité de l’espèce humaine. Pour lui, le cri de ralliement des anarchistes ne saurait être « individu », créature – si tant est qu’elle existe réellement et indépendamment de l’espèce – souvent laide, petite et mesquine, mais « individualité ». Dans une perspective qui rappelle Kropotkine, il distingue, en effet, l’individu de l’« individualité » [7] – ce qui dans l’individu, tout en lui étant propre, permet à l’humanité de progresser et de se perfectionner – qu’il « convient de cultiver et de développer, par la lutte contre nos instincts les plus grossiers et les plus bas, par la lutte contre les hommes et les institutions qui oppriment et entravent, par l’union solidaire avec ceux qui partagent nos sentiments, avec nos compagnons de combat et de souffrance » [8]. La société socialiste dépend donc d’un certain degré de développement de l’humanité. 

1896.– Landauer soutient activement la grande grève des travailleurs de la confection qui éclate à Berlin. Il est délégué au congrès socialiste international de Londres (27 juillet-1er août), où les anarchistes sont définitivement exclus de la Deuxième Internationale. Lors d’un meeting de protestation, il fait la connaissance de Pierre Kropotkine. Au congrès extraordinaire des anarchistes, il prononce un discours très remarqué, dans lequel il appelle les petits paysans et les ouvriers agricoles à se regrouper pour fonder des coopératives agricoles. Publication en trois langues de la brochure : De Zurich à Londres. Rapport sur le mouvement ouvrier allemand au Congrès international de Londres.

1897.– Landauer prend part, avec l’anarchiste chrétien Moritz Egidy et l’écrivain – et traducteur allemand de Multatuli – Wilhelm Spohr, à une manifestation publique contre les « horreurs judiciaires de Barcelone » (Justizgreuel in Barcelona), commises lors du procès de Montjuich où des anarchistes avaient été mis à la torture avant d’être sévèrement condamnés. En novembre, il prononce une série de conférences à travers le pays contre « l’inquisition en Espagne ».

En raison de désaccords sur l’orientation du Sozialist qu’elle juge par trop théorique, la tendance ouvriériste, majoritaire au sein du journal, qui entend développer un « anarchisme ouvrier de masse », s’organise indépendamment et publie son propre organe, Neues Leben (Vie nouvelle). Landauer s’y oppose catégoriquement : un « anarchisme de masse » ne serait possible qu’à condition de céder à la facilité démagogique et de faire « miroiter la perspective d’un gouvernement des masses, d’une démocratie dissimulée sous le voile anarchiste » [9]. L’anarchisme ne saurait se réduire à quelques slogans d’agitation :

« La liberté ne vient pas si on ne s’octroie pas soi-même la liberté et la manière propre de la vivre ; l’anarchie de l’avenir ne viendra que si les hommes du présent sont des anarchistes et non pas des partisans de l’anarchisme. Il y a une grande différence entre le fait d’être un partisan de l’anarchisme et le fait d’être un anarchiste. N’importe quel philistin ou petit-bourgeois peut être, du reste, le partisan d’un édifice théorique quelconque ; une transformation de l’essence des individus est nécessaire ou, du moins, un bouleversement complet, de sorte que la conviction intérieure finisse par devenir quelque chose de vécu dans la réalité [10]. »

Landauer se voit alors reprocher, avec une certaine malveillance anti-intellectuelle, de manquer d’authenticité populaire, de se complaire dans la théorie et de s’abandonner à des sentiments de fraternité universelle. Il demeure politiquement isolé. Le coup est rude non seulement pour lui personnellement, mais encore pour tout le mouvement anarchiste allemand [11]. Le Sozialist entre en déclin. Landauer se retire de son poste de rédacteur, tout en continuant de collaborer au journal. Dès lors, il se consacre de plus en plus à des travaux personnels d’ordre littéraire et philosophique.

1898.– Il entreprend un cycle de conférences sur l’histoire de la littérature allemande à Berlin. Commence alors pour lui une série de revers et de malheurs personnels. Décès de sa fille Marianne [Annie], âgée de quatre ans, des suites d’une tuberculose et d’une méningite. Le couple ne s’en remet pas. Sa femme, Margarethe, est elle aussi gravement malade depuis plusieurs années. Décès de son ami Moritz von Egidy.

 À propos de l’Affaire Dreyfus, dont il ne mésestime pas les aspects humains, il considère qu’il a trois bonnes raisons de se taire : en tant que Juif, à cause du fanatisme de la communauté juive internationale ; en tant qu’Allemand, à cause du patriotisme outrancier de la presse allemande ; en tant qu’anarchiste « anti-politique », parce qu’il s’agit d’ « une sale affaire interne à la classe dominante » [12].

1899.– À la suite de l’Affaire Ziethen, au cours de laquelle il obtient, en organisant une campagne de presse à la manière de Zola, la révision du procès d’un condamné qu’il croit innocent, Landauer est lui-même condamné à six mois de prison pour outrages et diffamation. Au cours de cet emprisonnement (du 18 août 1899 au 26 février 1900), qui marque un tournant dans son existence, s’ouvrent à lui de nouveaux horizons anarchistes dont l’exploration va se poursuivre dans ses écrits ultérieurs. Dans sa cellule, vaillant à la tâche, il révise les travaux de critique du langage de son ami Mauthner, écrit la nouvelle Lebendig tot (Mort vivant), traduit du français la pièce Les Mauvais Bergers d’Octave Mirbeau [13] et du moyen-haut-allemand un choix de sermons de Maître Eckhart. Immergé dans le monde de la mystique médiévale, il écrit à sa future seconde femme Hedwig Lachmann (qu’il avait rencontrée le 28 février 1899) :

« La prison peut être pour nous, modernes, ce que le monastère était au Moyen Âge. Les ânes qui nous prescrivent cette cure ne se doutent pas du bienfait qu’ils ont déjà rendu à quelques-uns. J’ai connu jadis, là entre ses murs, de délicieux moments de solitude sans équivalents, et j’y ai fait l’expérience de la force qui naît de la souffrance. [14] »

Eduard Bernstein fait paraître Die Voraussetzungen des Sozialismus und die Aufgaben der Sozialdemokratie (Les présupposés du socialisme et les tâches de la social-démocratie), point de départ de la « crise révisionniste » au sein de la social-démocratie allemande.

1900.– Landauer contribue à la fondation de la Neue Gemeinschaft (Nouvelle communauté), une communauté d’artistes et d’intellectuels de la bohème de Friedrichshagen. Il y rencontre, entre autres, Erich Mühsam et Martin Buber. Le 18 juin, il prononce la fameuse conférence « Durch Absonderung zur Gemeinschaft » (La communauté par la séparation) dans laquelle il expose les nouvelles conceptions anarchistes qu’il s’est formées, en prison, à partir des écrits de Maître Eckhart et de Fritz Mauthner. Le primat de l’unité de l’espèce, encore et toujours. L’homme ne s’appartient pas : « Le temps est maintenant venu de réaliser que l’individu n’existe pas, que seules existent des appartenances et des communautés. » Les hommes sont capables de communauté, précisément parce qu’ils sont eux-mêmes communauté [15]. Plus ils se séparent des influences extérieures, plus ils s’enfoncent dans les tréfonds intimes de leur vie individuelle et plus ils retrouvent, par cette introspection mystique, « la grande communauté des vivants », l’expérience collective de l’espèce humaine, qui les relie entre eux et au monde : « Ce que nous avons de plus individuel est ce que nous avons de plus universel. [16] » Ceux qui auront connu cette régénération intérieure, possible à tout moment, indépendante de tout développement, seront mûrs, alors, pour rompre définitivement avec les communautés autoritaires fortuites du présent et pour réaliser pratiquement cette communauté immémoriale et universelle qu’ils portent en eux. Pour se passer de la médiation de l’État, en somme, et faire place à l’esprit communautaire.

Paraît également, de lui, dans la revue culturelle viennoise Die Zeit (Le temps), un compte rendu de la réimpression de L’Humanisphère de Joseph Déjacque (Bruxelles, Bibliothèque des Temps nouveaux, 1899), dans lequel il insiste, en particulier, sur le projet que l’utopiste français avait formé de fonder, en lien étroit avec ses conceptions anarchistes, une « cosmologie mystique ». À propos de Déjacque, il évoque, en passant, « sa polémique enflammée contre la conception philistine que Proudhon avait de la question féminine » [17].

1901.– Landauer se détourne de la Neue Gemeinschaft. Cette expérience lui a appris « comment une communauté ne naît pas » (Buber). Tout comme Buber et Mühsam, il refuse de suivre les frères Hart, les principaux initiateurs de la communauté, dans leurs efforts ambitieux de créer une nouvelle religion.

En septembre, il décide de s’installer en Angleterre avec sa nouvelle compagne, Hedwig Lachmann [18], à Londres et à Bromley dans le Kent, non loin de la maison des Kropotkine. Entre les deux hommes, il n’y aura pas de relation durable ni d’échanges intellectuels réels, même si Landauer, profondément impressionné par la figure et la vie du « prince anarchiste », traduit en allemand, dans les années qui suivent, plusieurs de ses œuvres : L’Entraide (1904) ; Champs, usines et ateliers (1904) ; La Grande Révolution (1909). Kropotkine avait tendance à se méfier de tout ce qui venait d’Allemagne, y compris et même en tout premier lieu sous l’étiquette anarchiste : « Pour Kropotkine, tout Allemand était (à part Bernhard Kampffmeyer et Rudolf Rocker) suspect de stirnérisme ou de nietzschéisme [19] ». Landauer, de son côté, lui reproche, outre des sympathies russophiles et slavophiles, son positivisme, hérité des sciences naturelles, qui le conduirait – à l’opposé de Tolstoï – à une forme de relativisme moral, à tout sacrifier au développement historique, sans exclure le recours à la violence si nécessaire [20]. Plus proche du mutualisme et du collectivisme, il ne pouvait évidemment souscrire à certaines affirmations absolues et rassurantes de Kropotkine, à la mode dans les milieux communistes-anarchistes : « Nous maintenons, en outre, que le communisme est non seulement désirable, mais que les sociétés actuelles, fondées sur l’individualisme, sont même forcées continuellement de marcher vers le communisme [21]. » 

En Angleterre, Landauer entretient des relations avec Tárrida del Mármol, Max Nettlau et Rudolf Rocker. Importants travaux de traduction, parfois en collaboration avec Hedwig Lachmann, en particulier des œuvres d’Oscar Wilde et de Rabindranath Tagore. 

Parution, dans la revue Die Zukunft (L’avenir), d’un article fondamental : « Pensées anarchistes sur l’anarchisme », dans lequel il tire les conséquences politiques de la nouvelle orientation qu’il a imprimée à son anarchisme. Condamnant expressément la tactique de la « propagande par le fait », il estime que l’anarchiste ne saurait exercer la moindre violence, ou que, s’il y en a une, ce ne peut être que la violence contre soi-même, l’anéantissement du moi (« mort mystique ») pour renaître dans la communauté humaine .

« L’anarchie n’appartient pas à l’avenir, mais au présent ; elle n’est pas affaire de revendications, mais affaire de vie. Il ne s’agit point de la nationalisation des conquêtes du passé, il s’agit de la naissance d’un peuple nouveau qui, venant de petits commencements, se forme de tous côtés par colonisation intérieure, au milieu des autres peuples, dans de nouvelles communautés. Il ne s’agit point de la lutte de classes des non-possédants contre les possédants, mais il s’agit du fait que des êtres libres, moralement forts et maîtres d’eux-mêmes, se séparent des masses pour s’unir dans de nouveaux liens. [22] »

1902.– En raison de leur isolement et par manque de possibilités de travail, le couple rentre en Allemagne pour s’installer à Hermsdorf, dans la banlieue de Berlin.

1903.– Landauer se rapproche de la Société allemande des cités-jardins que préside B. Kampffmeyer. 

Divorce d’avec sa première femme. En mai, il épouse Hedwig Lachmann – dont il aura deux filles, Gudula Susanne et Brigitte [23]. 

Outre la traduction des Sermons d’Eckhart et un recueil de nouvelles – Macht und Mächte (Puissance et puissances) –, Landauer publie Skepsis und Mystik (Scepticisme et mystique), texte dans lequel il reprend et retravaille plusieurs essais déjà parus – dont La Communauté par la séparation – pour en faire une sorte de manifeste mystico-philosophique.

1904-1906.– Landauer travaille dans la maison d’édition et de librairie de Karl Schnabel pour subvenir aux besoins de sa famille. Il entre, alors, en relation avec le philosophe spinoziste Constantin Brunner (Leo Wertheimer) dont il médite Die Lehre von den Geistigen und vom Volke (La doctrine des hommes d’esprit et du peuple).

1907.– La Révolution paraît dans la collection « Die Gesellschaft » que dirige Martin Buber aux éditions Rütten & Loening : après une critique mi-sérieuse mi-ironique des sciences historiques, Landauer en vient à décrire la révolution comme un long procès historique non achevé, qui remonte au temps de la Réforme et de la guerre des Paysans, un grand fleuve historique dans lequel il est lui-même plongé et dont il continue de suivre le cours dans le présent. Le Moyen Âge est pour lui une « époque unique de floraison » – ce qu’il ne manque pas d’illustrer par des exemples tirés de L’Entraide de Kropotkine – parce qu’il « consistait en une synthèse de liberté et de sujétion » [24]]. Pour mieux se faire comprendre, il se sert de la notion d’ « esprit » (commun, communautaire), qui devient centrale dans ses écrits ultérieurs. L’esprit est la capacité communautaire – enfouie ou révélée, « devenue et en devenir » – des hommes, le sentiment qu’ils ont de leur intime solidarité. Le Moyen Âge est entré en décadence quand le christianisme, dont l’esprit commun avait pris la forme, a été vidé de son pouvoir mythique et surnaturel par la Réforme, sans que lui succède un nouvel ordre communautaire. La « révolution », pour Landauer, c’est donc cette phase de transition qui dure depuis lors, avec des périodes de recrudescence et de déclin. Ce qui est la marque horrible de cette « époque moderne », c’est que l’État, en raison du refoulement de l’esprit, absorbe toutes les fonctions de la communauté : « Quand l’esprit est absent, il y a violence : l’État et les formes d’autorité qui lui sont propres et le centralisme. [25] » 

Publication de Peuple et Terre : trente thèses socialistes dans les pages de la revue Zukunft. Landauer y définit ce qu’il entend par « peuple » : une communauté qui ne résulte ni d’une autorité extérieure ni d’une origine commune, mais de l’« esprit » que les hommes doivent laisser grandir en eux et entre eux.

1908.– Retour de Landauer sur la scène politique avec la fondation du Sozialisticher Bund (Ligue socialiste), aux côtés, entre autres, d’Erich Mühsam et de Martin Buber. À Berlin, il prononce deux conférences – dont sera issu, en partie, son Appel au socialisme – devant des anarchistes et des socialistes révolutionnaires, et procède à la proclamation des Douze articles de la Ligue socialiste. Il y exprime le refus de la séparation entre deux temporalités, le présent et l’avenir lointain, à la différence du marxisme (et des anarchismes) qui n’aurait pas d’autre choix que de combler ce vide béant par l’attente passive de la maturité révolutionnaire et le ressassement d’une doctrine toujours plus grise et desséchée. « Nous n’attendons pas la révolution pour que commence le socialisme ; nous commençons par faire du socialisme une réalité pour qu’advienne le grand bouleversement du monde ! » Le but de la Ligue est la réorganisation de la société par la « sortie du capitalisme », par la création de colonies communautaires qui doivent se rattacher à des traditions communales, la commune rurale étant considérée comme le « pont » qui relie l’idéal socialiste à l’histoire humaine. Anticipations du socialisme à venir qui, par l’exemple qu’elles donnent, sont censées faire naître, dans les masses, l’envie et l’imitation, ces communautés – dont Landauer savait le caractère provisoire et limité en l’absence de révolution – tiennent aussi de la « cure de désintoxication » de l’État, de la marchandise et du narcissisme. 

Son initiative rencontre de fortes résistances dans les milieux anarchistes berlinois, qui se montrent favorables à la lutte de classes. Il entreprend une tournée de conférences dans le sud de l’Allemagne et en Suisse où il rencontre l’anarchiste Margarethe Faas-Hardegger avec qui il aura une relation amoureuse pendant un an.

1909.– Reprise de la parution du Sozialist. Il prononce plusieurs conférences pour le compte de la Ligue dans l’ouest de l’Allemagne dans le but de fonder des groupes locaux. Nombreuses traductions de Proudhon.

Il est amené à critiquer le mouvement ouvrier organisé de son temps, notamment sous deux aspects qui sont liés entre eux [26]. Ce qu’il appelle, d’une part, la « tactique des apparences » dont le Premier Mai est, selon lui, le parfait exemple : une marche rituelle, piailleuse, stérile, sans idée ni lendemain, déguisement de la faiblesse, simulant aux yeux des maîtres, mais aussi des ouvriers qu’on fait jouer à la Révolution une fois par an, en public et en bon ordre, un pouvoir qui n’existe pas [27]. Et, d’autre part, la « paresse des mains et du cœur », un manque d’effort socialiste, qui très souvent se traduit par une « lutte contre les institutions », aussi spectaculaire qu’elle est improductive.

A suivre…

La présidence Trump est finie !… Trump a plié devant l’état profond en moins d’un mois… Pour les nouveaux cons: « Que la fête continue!… »

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, crise mondiale, guerre iran, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 15 février 2017 by Résistance 71

Parce qu’il N’Y A PAS DE SOLUTIONS AU SEIN DU SYSTEME, N’Y EN A JAMAIS EU ET N’Y EN AURA JAMAIS…

France ! Le nouveau tournez manège du mensonge institutionnalisé arrive à grands pas. STOP à la mascarade politique du cirque de la société du spectacle…

BOYCOTT DU VOTE ! MISE EN PLACE DE LA RESISTANCE POLITIQUE PAR LA CONFEDERATION DES ASSOCIATIONS LIBRES !

~ Résistance 71 ~

 

Mise à jour du Saker sur le coup de l’état profond américain contre Flynn et Trump

L’état profond a émasculé Trump et sa présidence, c’est fini les gars!

 

Le Saker

 

14 février 2017

 

Source:

http://www.informationclearinghouse.info/46444.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Note des traducteurs: Nous n’avons traduit que la mise à jour du Saker qui est plus percutante et directe que son analyse précédente. Elle permet de garder les points essentiels de ce qui vient de se produire à Washington. Nous partageons l’analyse du Saker sur cette affaire (mise à part sa position sur le vote bien entendu… nos commentaires nécessaires sont intégrés à la traduction), qui est essentielle et visiblement mal comprise (volontairement ?…) par bien des analystes et “experts” en géopolitique.

 

La première analyse du Saker en français est ici:

http://lesakerfrancophone.fr/les-neocons-et-l-etat-profond-ont-chatre-la-presidence-de-trump-cest-cuit-les-gars

 

Mise à jour de l’article en lien ci-dessus:

 

Ok, il me semble qu’un grand nombre de commentateurs comprennent mal ce qui se passe. Il est donc temps, plutôt que d’écrire une analyse, de cracher le morceau, je vais énumérer les points essentiels dans un style plus abrupt afin d’être plus clair dans mon point de vue. Allons-y donc:

  1. TOUT CECI N’EST PAS A CAUSE DE FLYNN. Laissez-moi encore répéter cela:
    CECI N’EST PAS A CAUSE DE FLYNN !!…
    SVP ne venez pas me dire que Flynn avait tort sur l’Iran, sur l’Islam, sur la Chine. Je suis d’accord, Mais…
    ==>>
    CECI N’EST PAS A CAUSE DE FLYNN !!<<==
  2. C’EST AU SUJET DU POUVOIR. Au sujet de qui est la patron ? Qui est le numéro 1 ? Qui est le top alpha mâle ? Le président ou “l’État Profond” ? Ce n’est qu’à ce propos, montrer clairement à tout le monde qui est en charge.
  3. FLYNN ETAIT UN SYMBOLE. Le symbole de toute cette notion de drainer le marécage de Washington, qui consiste essentiellement en les agences à 3 lettres et le Pentagone. Flynn fut le mec qui osa défier la police de la pensée et être amical avec les Russes. Flynn fut le mec qui voulut ramener la CIA et le grand Etat-Major des armées (Join Chief of Staff) sous le contrôle de la Maison Blanche. Et Flynn était le mec qui avait les contacts avec le SOCOM (NdT: Special Operations Command ou haut commandement des opérations secrètes) et l’Etat-Major des armées. Flynn devait être éliminé.
  4. FLYNN ETAIT AUSSI UNE PIERRE ANGULAIRE. Pour le meilleur ou pour le pire, il est absolument évident que Flynn était le cerveau derrière toute la politique étrangère de Trump. Sur quelques affaires Flynn était super (la Russie), sur d’autres juste OK (le terrorisme takfiri), sur d’autres il était ridicule (la Chine) voire même franchement mauvais (l’Iran). Mais ce n’est pas ce qui est important ici. Ecoutez Kucinich qui nous dit clairement que tout cela n’est pas au sujet de Flynn ou de Trump, mais au sujet d’un coup d’état (silencieux) contre la présidence des Etats-Unis, mené par son “État Profond”. Maintenant que Flynn a été sorti, il ne reste plus rien de la “politique étrangère de Trump”.
  5. FLYNN EST AUSSI UN DOMINO. Ok, ceci est crucial à comprendre, faites maintenant bien attention à ce qui suit… Poutine a souvent été critiqué pour protéger ses amis et ce même quand ses amis sont coupables de malversations. Maintenant laissez-moi vous poser une question très simple: pour qui vous mouilleriez-vous, pour Trump ou Poutine ?… Exactement… Si Trump était un mec loyal, il aurait très bien pu appeler Pence et Flynn dans le bureau ovale, demander à Flynn de s’excuser et dire à Pence de fermer sa gueule. Mais il n’en a rien fait. En acceptant la “démission” de Flynn, Trump a démontré qu’il ne protège et ne protègera pas ceux qui travaillent pour lui. Il y aura donc certainement un effet domino, car tous ceux qui ont de l’importance savent maintenant ceci: Trump est un faible, les nouveaux cons le tiennent par les couilles et Trump va les larguer en rase campagne lorsque le niveau de merde atteindra le ventilateur.
  6. LA CHUTE DE FLYNN EST AUSSI UN MESSAGE. Un message à tous ceux qui détestent Trump et tout ce qu’il représente. Ce message est très simple: Nous sommes revenus en contrôle et la fête continue !... Maintenant que Trump a été brisé et humilié, mainenant qu’il a perdu son haut QI et son allié puissant à la Maison Blanche, les nouveaux cons et l’état profond ont senti le sang et les cercles se rapetissent, il vont doubler l’attaque qui va augmenter en intensité. La prochaine victime sacrificielle des plus symboliques pourrait bien être le très détesté Steve Bannon. Le but est très simple: la chasse est ouverte pour les “penseurs criminels” du contre-état profond.
  7. EN FAIT. TOUT EN VIENT A LA PERSONNALITE DE TRUMP. C’était la grande inconnue non ?… Personne ne savait vraiment quel type de président Trump ferait. Tout le monde, incluant votre dévoué serviteur, se complaisait à spéculer sur son ego, son manque d’expérience politique, sur le fait qu’il ne devait rien à personne, qu’il était celui qui faisait les deals, un pragmatiste de sens commun. Bon, on ne sait toujours pas quel type de président il sera, mais j’ai bien peur que l’on sache déjà quel type de président il NE SERA PAS: il ne VA PAS drainer le marécage de Washington, il ne VA PAS changer la subordination des intérêts nationaux des Etats-Unis à l’empire anglo-sioniste, il NE VA PAS forger un partenariat historique avec la Russie et enfin, IL NE VA PAS renvoyer les nouveaux cons(ervateurs) au placard d’où ils ont rampé il y a quelques 24 années. On ne peut que supputer si Trump manque d’intelligence ou de couilles, mais il est maintenant évident à tous qu’il a bien plus en commun avec le président Yanoukovitch (NdT: l’ancien président ukrainien déposé par le coup d’état néo-nazi piloté par la Maison blanche sous Obama…) qu’avec Poutine.

Comme je l’ai dit précédemment, c’est fini. Pas à cause des vues de Flynn sur l’Iran ou l’Islam ; mais parce que Trump a plié, il a été brisé et maintenant tout ce qu’il reste devant nous sont 4 longues années d’agonie pure. Ceci en assumant que les nouveaux cons ne le fassent pas destituer juste pour se vautrer un peu plus dans leur arrogance et leur sens de la suprématie.

Franchement, mon cœur va à tous ceux et celles qui ont sincèrement cru que Trump serait l’homme de la libération des Etats-Unis de l’emprise des nouveaux cons et de la restauration du pouvoir de ce “panier de déplorables” sur la multitude de minorités des intérêts particuliers. Quelques personnes vont sûrement maintenant se pavaner dans des remarques du style “je vous l’avais bien dit”, mais ils auront tort. Espérer le meilleur fut la meilleure des choses à faire. Ceux qui ont voté pour Trump ont fait la seule chose en leur pouvoir pour empêcher Hillary d’occuper la Maison Blanche (NdT; et au bout du compte, guerre il y aura quand même, peut-être en d’autres termes, mais on est parti pour d’une manière ou d’une autre et çà oui Mr Saker, on l’avait dit, beaucoup avaient prévenu. Une chose est on ne peut plus claire: notre slogan en préambule de l’article…). Ce fut la bonne décision, ils ont fait ce qu’il fallait faire, moralement et pragmatiquement (NdT: bref, le “vote utile” imbécile qui ne sert à rien… la preuve !… C’est çà ta solution Saker ?… Continuer de voter pour les futurs Bozos ad vitam aeternam ?… Pour continuer à en prendre plein la gueule ?… Jusqu’à quand ?… Quand assez est-il assez ?…)

Mais maintenant nous devons rassembler notre courage et accepter la réalité de ce qui s’est produit. Minimiser les implications de ce coup de l’état profond n’a absolument aucun sens, ni moralement, ni pragmatiquement. Et la réalité est la suivante:

Il aura fallu moins d’un mois aux nouveaux cons et à l’état profond pour renverser les résultats de l’élection présidentielle.”

Trump maintenant déclare qu’il “attend que la Russie rende la Crimée.”

C’est fini les gars. Nous vous souhaitons la bienvenue de retour dans la guerre entre la Russie et l’empire.

The Saker

PS: Une chose encore. Trump lui-même a toujours été, bien entendu, le candidat d’une partie de “l’État Profond Américain”. Trump n’est pas tombé de nulle part, ni Flynn du reste. Ce qui se passe est qu’une faction de l’état profond se bat contre une autre. Les élites américaines sont divisées depuis un bon moment. (NdT: ce que nous disons sur R71 depuis des années…) Mais comme Trump a maintenant l’autorité légale, ceux qui essaient de le faire tomber sous le coup d’une révolution colorée, je parle donc ici de l’état profond contre la présidence.