Archive pour septembre, 2018

Résistance politique: De la réversibilité de l’État et de l’oppression institutionnalisée

Posted in actualité, altermondialisme, documentaire, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 30 septembre 2018 by Résistance 71

Si tu ne sais pas où tu vas, arrête-toi, retourne-toi et regarde d’où tu viens.”
~ Proverbe Africain ~

 


Aurore de la société des sociétés

 

De la réversibilité de l’État et de l’oppression institutionnalisée 

 

Résistance 71

 

30 septembre 2018

 

L’orthodoxie systémique fait croire aux peuples depuis l’antiquité, que la gestion politico-sociale de la société humaine a atteint son apogée avec l’avènement de l’État. Déjà Socrate et Platon, Aristote et la tradition philosophique européenne, avaient édicté l’inéluctabilité de l’État et le bienfondé moral de son existence ; John Adams et Thomas Hobbes plus tard, en feront le paragon de l’ordre politique et social. Hegel se chargea de le canoniser sous la forme de “l’avènement de la Raison dans l’histoire”.

Il s’avère à la lumière des recherches modernes en anthropologie et en archéologie que tout ceci n’est que préjugé et vue de l’esprit, certes très arrangeant pour la caste dominante ayant usurpé le pouvoir il y a bien longtemps déjà. L’État et ses institutions ne sont en rien inéluctables, sont parfaitement réversibles et sont de fait des caractéristiques anti-naturelles totalement artificielles, obsolètes et ne servant que l’intérêt du plus petit nombre aux dépends du plus grand nombre. De fait, l’humanité entière a vécu quelques 99,4% de son existence sans État, sans pouvoir centralisé, sans coercition, sans économie, sans système de marché ni argent. Ce n’est que durant les 0,6% restant de son existence la plus moderne que l’État, outil du maintien de la division politique de la société, a aidé à amener notre espèce au bord de l’abîme de l’oubli éternel.

Nous avons, depuis plusieurs années, publié les textes de grands anthropologues politiques et d’archéologues, historiens de la seconde moitié du XXème siècle et de ce début de XXIème siècle, qui nous emmènent sur le chemin de l’origine de la société humaine, du pourquoi et du comment de son évolution politico-sociale et nous laissant entrevoir la possibilité de sortir du marasme dans lequel est irrémédiablement plongé l’humanité.

Cette page regroupe ces textes de Pierre Clastres, Marshall Sahlins, James C. Scott, David Graeber, Jean-Paul Demoule, Marylène Patou-Mathis et Alain Guillerm réunifiés dans leur version pdf indépendante ou sous forme de dossier spécial constitué.

Pour comprendre où notre société va, il nous faut comprendre d’où elle vient et comment nous pouvons factuellement sortir du cercle vicieux étatico-capitaliste dans lequel nous avons été enfermé par la caste parasitaire profitant de la mise de nos sociétés sous tutelle étatique et capitaliste.

Rien n’est inéluctable sauf la mort. L’État est une phase transitoire socio-politique qui a vécu et qui est en train de laisser la place à une dimension supérieure de l’organisation humaine, dimension que nous appelons à l’instar de Gustav Landauer: la société des sociétés.

Ces lectures compilées sur cette présente page sont sans aucun doute parmi les plus importantes que vous lirez dans votre parcours d’éveil politique et c’est avec un immense plaisir et grande excitation que nous les partageons avec vous…

Merci de les lire, de les diffuser et de les partager sans aucune modération ; au plus de gens auront connaissance de ces informations vitales et au plus vite nous pourrons nous organiser contre le crime organisé étatique et capitaliste qui nous subjugue depuis des siècles, mettre à bas l’État, la marchandise, l’argent, le salariat, qui sont tous absolument inutiles à l’épanouissement naturel de la société humaine.

Pourquoi l’État est une supercherie contre-nature et comment en sortir:

Marshall-Sahlins-La-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Clastres_Préface_Sahlins

On a retrouvé l’histoire de france (Jean Paul Demoule)

Marylène Patou-Mathis et la préhistoire de la violence et de la guerre


Notre page: La Fin de l’État

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Analyse politique: l’église et l’état… jus vert et vert jus (Bakounine)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 29 septembre 2018 by Résistance 71

Texte intéressant et très peu connu de Bakounine où il aborde le thème de la franc-maçonnerie avec laquelle il flirta un temps et du rôle historique de a bourgeoisie. Son analyse remet ici quelques pendules à l’heure par son approche multilatérale et parfois surprenante.
~ Résistance 71 ~

La théorie identique de l’église et de l’état

 

Michel Bakounine

 

Texte rare publié par “Le Progrès”, entre mars et mai 1869

I

Ce 23 février 1869 Neufchâtel

Amis et frères,

Avant de quitter vos montagnes, j’éprouve le besoin de vous exprimer encore une fois, par écrit, ma gratitude profonde pour la réception fraternelle que vous m’avez faite. N’est-ce pas une chose merveilleuse qu’un homme, un Russe, un ci-devant noble, qui jusqu’à cette dernière heure vous a été parfaitement inconnu, et qui a mis pour la première fois le pied dans votre pays, à peine arrivé, se trouve entouré de plusieurs centaines de frères ! Ce miracle ne peut plus être réalisé aujourd’hui que par l’Association Internationale des Travailleurs, et cela par une simple raison : elle seule représente aujourd’hui la vie historique, la puissance créatrice de l’avenir politique et social. Ceux qui sont unis par une pensée vivante, par une volonté et par une grande passion communes, sont réellement frères, lors même qu’ils ne se connaissent pas.

Il y eut un temps où la bourgeoisie, douée de la même puissance de vie et constituant exclusivement la classe historique, offrait le même spectacle de fraternité et d’union aussi bien dans les actes que dans la pensée. Ce fut le plus beau temps de cette classe, toujours respectable sans doute, mais désormais impuissante, stupide et stérile, à l’époque de son plus énergique développement. Elle fut ainsi avant la grande révolution de 1793 ; elle le fut encore, quoique à un moindre degré, avant les révolutions de 1830 et de 1848. Alors, la bourgeoisie avait un monde à conquérir, une place à prendre dans la société, et organisée pour le combat, intelligente, audacieuse, se sentant forte du droit de tout le monde, elle était douée d’une toute-puissance irrésistible : elle seule a fait contre la monarchie, la noblesse et le clergé réunis les trois révolutions.

A cette époque la bourgeoisie aussi avait créé une association internationale, universelle, formidable, la Franc-Maçonnerie.

On se tromperait beaucoup si l’on jugeait de la Franc-Maçonnerie du siècle passé, ou même de celle du commencement du siècle présent, d’après ce qu’elle est aujourd’hui. Institution par excellence bourgeoise, dans son développement, par sa puissance croissante d’abord et plus tard par sa décadence, la Franc-Maçonnerie a représenté en quelque sorte le développement, la puissance et la décadence intellectuelle et morale de la bourgeoisie. Aujourd’hui, descendue au triste rôle d’une vieille intrigante radoteuse, elle est nulle, inutile, quelquefois malfaisante et toujours ridicule, tandis qu’avant 1830 et surtout avant 1793, ayant réuni en son sein, à très peu d’exceptions près, tous les esprits d’élite, les cœurs les plus ardents, les volontés les plus fières, les caractères les plus audacieux, elle avait constitué une organisation active, puissante et réellement bienfaisante. C’était l’incarnation énergique et la mise en pratique de l’idée humanitaire du XVIIIe siècle. Tous ces grands principes de liberté, d’égalité, de fraternité, de la raison et de la justice humaines, élaborés d’abord théoriquement par la philosophie de ce siècle, étaient devenus au sein de la Franc-Maçonnerie des dogmes politiques et comme les bases d’une morale et d’une politique nouvelles, — l’âme d’une entreprise gigantesque de démolition et de reconstruction. La Franc-Maçonnerie n’a été rien [de] moins, à cette époque, que la conspiration universelle de la bourgeoisie révolutionnaire contre la tyrannie féodale, monarchique et divine. — Ce fut l’Internationale de la Bourgeoisie.

On sait que presque tous les acteurs principaux de la première Révolution ont été des Francs-Maçons, et que lorsque cette Révolution éclata, elle trouva, grâce à la Franc-Maçonnerie, des amis et des coopérateurs dévoués et puissants dans tous les autres pays, ce qui assurément aida beaucoup son triomphe. Mais il est également évident que le triomphe de la Révolution a tué la Franc-Maçonnerie, car la Révolution ayant comblé en grande partie les vœux de la Bourgeoisie en lui ayant fait prendre la place de l’aristocratie nobiliaire, la Bourgeoisie, après avoir été si longtemps une classe exploitée et opprimée, est devenue tout naturellement à son tour la classe privilégiée, exploitante, oppressive, conservatrice et réactionnaire, l’amie et le soutien le plus ferme de l’État. Après le coup d’État du premier Napoléon, la Franc-Maçonnerie était devenue, dans une grande partie du continent européen, une institution impériale.

La Restauration la ressuscita quelque peu. En se voyant menacée du retour de l’Ancien Régime, forcée de céder à l’Église et à la noblesse coalisées la place qu’elle avait conquise par la première révolution, la bourgeoisie était forcément redevenue révolutionnaire. Mais quelle différence entre ce révolutionnarisme réchauffé et le révolutionnarisme ardent et puissant qui l’avait inspirée à la fin du siècle dernier ! Alors la bourgeoisie avait été de bonne foi, elle avait cru sérieusement et naïvement aux droits de l’homme, elle avait été poussée, inspirée par le génie de la démolition et de la reconstruction, elle se trouvait en pleine possession de son intelligence, et dans le plein développement de sa force ; elle ne se doutait pas encore qu’un abîme la séparait du peuple ; elle se croyait, se sentait, elle était réellement la représentante du peuple. La réaction thermidorienne et la conspiration de Babeuf l’ont à jamais privée de cette illusion. — L’abîme qui sépare le peuple travailleur de la bourgeoisie exploitante, dominante et jouissante s’est ouvert, et il ne faut rien [de] moins que le corps de la bourgeoisie tout entière, toute l’existence privilégiée des bourgeois, pour le combler.

Aussi ne fut-ce plus la bourgeoisie tout entière, mais seulement une partie de la bourgeoisie qui se remit à conspirer après la Restauration, contre le régime clérical, nobiliaire et contre les rois légitimes.

Dans ma prochaine lettre, je vous développerai, si vous voulez bien me le permettre, mes idées sur cette dernières phase du libéralisme constitutionnel et du carbonarisme bourgeois.

II

J’ai dit dans mon article précédent que les tentatives réactionnaires, légitimistes, féodales et cléricales avaient fait revivre l’esprit révolutionnaire de la bourgeoisie, mais qu’entre cet esprit nouveau et celui qui l’avait animée avant 1793, il y avait une différence énorme. Les bourgeois du siècle passé étaient des géants en comparaison desquels les plus osants de la bourgeoisie de ce siècle n’apparaissent que comme des pygmées.

Pour s’en assurer, il n’y a qu’à comparer leurs programmes. Quel a été celui de la philosophie et de la la grande révolution du XVIIIe siècle ? Ni plus ni moins que l’émancipation intégrale de l’humanité tout entière ; la réalisation du droit et de la liberté réelle et complète pour chacun, par l’égalisation politique et sociale de tous ; le triomphe de l’humain sur les débris du monde divin ; le règne de la justice et de la fraternité sur la terre. — Le tort de cette philosophie et de cette révolution, c’était de n’avoir pas compris que la réalisation de l’humaine fraternité était impossible, tant qu’il existerait des États, et que l’abolition réelle des classes, l’égalisation politique et sociale des individus ne deviendra possible que par l’égalisation des moyens économiques, d’éducation, d’instruction, du travail et de la vie pour tous. On ne peut reprocher au XVIIIe [siècle] de n’avoir pas compris cela. La science sociale ne se crée et ne s’étudie pas seulement dans les livres, elle a besoin des grands enseignements de l’histoire, et il a fallu faire la révolution de 1789 et de 1793, il a fallu encore passer par les expériences de 1830 et de 1848, pour arriver à cette conclusion désormais irréfragable, que toute révolution politique qui n’a pas pour but immédiat et direct l’égalité économique n’est, au point de vue des intérêts et des droits populaires, qu’une réaction hypocrite et masquée.

Cette vérité si évidente et si simple était encore inconnue à la fin du XVIIIe siècle, et lorsque Babeuf vint poser la question économique et sociale, la puissance de la révolution était déjà épuisée. Mais il ne lui en reste pas moins l’honneur immortel d’avoir posé le plus grand problème qui ait jamais été posé dans l’histoire, celui de l’émancipation de l’humanité tout entière.

En comparaison de ce programme immense, voyons quel fut plus tard le programme du libéralisme révolutionnaire, à l’époque de la Restauration et de la monarchie de Juillet ? La prétendue liberté constitutionnelle, une liberté bien sage, bien modeste, bien réglementée, bien restreinte, toute faite pour le tempérament amoindri d’une bourgeoisie à demi rassasiée et qui, lasse de combats et impatiente de jouir, se sentait déjà menacée, non plus d’en haut, mais d’en bas, et voyait [avec] inquiétude poindre à l’horizon, comme une masse noire, ces innombrables millions de prolétaires exploités, las de souffrir et se préparant aussi à réclamer leur droit.

Dès le début du siècle présent, ce spectre naissant, qu’on a plus tard baptisé du nom de spectre rouge, ce fantôme terrible du droit de tout le monde opposé aux privilèges d’une classe d’heureux, cette justice et cette raison populaire, qui, en se développant davantage, doivent réduire en poussière les sophismes de l’économie, de la jurisprudence, de la politique et de la métaphysique bourgeoises, devinrent, au milieu des triomphes modernes de la bourgeoisie, ses trouble-fête incessants, les amoindrisseurs de sa confiance, de son courage et même de son esprit.

Et pourtant, sous la Restauration, la question sociale était encore à peu près inconnue, ou pour mieux dire, oubliée. Il y avait bien quelques grands rêveurs isolés, tels que Saint-Simon, Robert Owen, Fourier, dont le génie ou le grand cœur avaient deviné la nécessité d’une transformation radicale de l’organisation économique de la société. Autour de chacun [d’eux] se groupaient un petit nombre d’adeptes dévoués et ardents, formant autant de petites églises, mais aussi ignorés que les Maîtres, et n’exerçant aucune influence au dehors. Il y avait eu en outre encore le testament communiste de Babeuf, transmis par son illustre compagnon et ami, Buonarroti, aux prolétaires les plus énergiques, au moyen d’une organisation populaire et secrète. Mais ce n’était alors qu’un travail souterrain, dont les manifestations ne se firent sentir que plus tard, sous la monarchie de Juillet, et qui sous la Restauration ne fut aucunement aperçu par la classe bourgeoise. — Le peuple, la masse des travailleurs restait tranquille et ne revendiquait encore rien pour elle-même.

Il est clair que si le spectre de la justice populaire avait une existence quelconque à cette époque, ce ne pouvait être que dans la mauvaise conscience des bourgeois. D’où venait-elle, cette mauvaise conscience ? Les bourgeois qui vivaient sous la Restauration étaient-ils, comme individus, plus méchants que leurs pères qui avaient fait la Révolution de 1789 et de 1793 ? Pas le moins du monde. C’étaient à peu près les mêmes hommes, mais placés dans un autre milieu, dans d’autres conditions politiques, enrichis d’une nouvelle expérience, et par conséquent ayant une autre conscience.

Les bourgeois du siècle dernier avaient sincèrement cru qu’en s’émancipant eux-mêmes du joug monarchique, clérical et féodal, ils émancipaient avec eux tout le peuple. Et cette naïve et sincère croyance fut la source de leur audace héroïque et de toute leur puissance merveilleuse. — Ils se sentaient unis à tout le monde et marchaient à l’assaut portant en eux la force, le droit [de] tout le monde. Grâce à ce droit et à cette puissance populaire qui s’étaient pour ainsi dire incarnés dans leur classe, les bourgeois du siècle dernier purent escalader et soumettre cette forteresse du pouvoir politique, que leurs pères avaient convoitée pendant tant de siècles. Mais au moment même où il y plantaient leur bannière, une lumière nouvelle se faisait dans leur esprit. Dès qu’ils eurent conquis le pouvoir, ils commencèrent à comprendre qu’entre leurs intérêts, ceux de la classe bourgeoise, et les intérêts des masses populaires, il n’y avait plus rien de commun, qu’il y avait au contraire opposition radicale et que la puissance et la prospérité exclusives de la classe des possédants ne pouvaient s’appuyer que sur la misère et sur la dépendance politique et sociale du prolétariat.

Dès lors, les rapports de la bourgeoisie et du peuple se transformèrent d’une manière radicale, et avant même que les travailleurs aient compris que les bourgeois étaient leurs ennemis naturels, encore plus par nécessité que par mauvaise volonté, les bourgeois étaient déjà arrivés à la conscience de cet antagonisme fatal. — C’est ce que j’appelle la mauvaise conscience des bourgeois.

III

La mauvaise conscience des bourgeois, ai-je dit, a paralysé, dès le commencement de ce siècle, tout le mouvement intellectuel et moral des bourgeois. Je me corrige, et je remplace ce mot : paralysé, par cet autre : dénaturé. Car il serait injuste de dire qu’il y a eu paralysie ou absence de mouvement dans un esprit qui, passant de la théorie à l’application des sciences positives, a créé tous les miracles de l’industrie moderne, les bateaux à vapeur, les chemins de fer et le télégraphe, d’un côté ; et [qui,] de l’autre, en mettant au jour une science nouvelle, la statistique, et en poussant l’économie politique et la critique historique du développement de la richesse et de la civilisation des peuples jusqu’à leurs derniers résultats, a jeté les bases d’une philosophie nouvelle, — le socialisme, qui n’est autre chose, au point de vue des intérêts exclusifs de la bourgeoisie, qu’un sublime suicide, la négation même du monde bourgeois.

La paralysie n’est survenue que plus tard, depuis 1848, alors qu’épouvantée des résultats de ses propres travaux, la bourgeoisie s’est rejetée sciemment en arrière, et que pour conserver ses biens, renonçant à toute pensée et à toute volonté, elle s’est soumise à des protecteurs militaires et s’est donnée corps et âme à la plus complète réaction. Depuis cette époque, elle n’a plus rien inventé, elle a perdu, avec le courage, la puissance même de sa création. Elle n’a plus même la puissance ni l’esprit de la conservation, car tout ce qu’elle a fait et ce qu’elle fait pour son salut la pousse fatalement vers l’abîme.

Jusqu’en 1848, elle était encore pleine d’esprit. Sans doute, cet esprit n’avait plus cette sève vigoureuse qui du XVIe au XVIIIe siècle lui avait fait créer un monde nouveau. Ce n’était plus l’esprit héroïque d’une classe qui avait eu toutes les audaces parce qu’il lui avait fallu tout conquérir. C’était l’esprit sage et réfléchi d’un nouveau propriétaire qui, après avoir conquis un bien ardemment convoité, devait maintenant le faire prospérer et [le faire] valoir. Ce qui caractérise surtout l’esprit de la bourgeoisie dans la première moitié de ce siècle, c’est une tendance presque exclusivement utilitaire.

On lui en a fait un reproche, et à tort. Je pense au contraire qu’elle a rendu un dernier grand service à l’humanité, en prêchant, encore plus par son exemple que par ses théories, le culte, ou pour mieux dire, le respect des intérêts matériels. Au fond, ces intérêts ont toujours prévalu dans le monde, mais ils s’y étaient produits jusque-là sous la forme d’un idéalisme hypocrite ou malsain, qui les avait précisément transformés en intérêts malfaisants ou iniques.

Quiconque s’est un peu occupé d’histoire n’a pu manquer de s’apercevoir qu’au fond des luttes religieuses et théologiques, il y a toujours quelque grand intérêt matériel. Toutes les guerres de races, de nations, d’États et de classes, n’ont jamais eu d’autre but que la domination, condition et garantie nécessaires de la jouissance et de la possession. L’histoire humaine, considérée à ce point de vue, n’est rien que la continuation de ce grand combat pour la vie, qui, d’après Darwin, constitue la loi fondamentale de la nature organique.

Dans ce monde animal, ce combat se fait sans idées et sans phrases, il est aussi sans solution : tant que la terre existera, le monde animal s’entre-dévorera. C’est la condition naturelle de sa vie. — Les hommes, animaux carnivores par excellence, ont commencé leur histoire par l’anthropophagie. — Ils tendent aujourd’hui à l’association universelle, à la production et à la jouissance collectives. 

(NdlR: Bakounine ici, à l’instar de Marx et Engels, est la victime de l’ignorance anthropologique de son époque, on en sait fort heureusement bien plus aujourd’hui et on ne peut que sourire ici, au narratif “anthropologique” des plus limité et erroné de Bakounine…)

Mais, entre ces deux termes, quelle tragédie sanglante et horrible ! Et nous n’en avons pas encore fini avec cette tragédie. — Après l’anthropophagie est venu l’esclavage, après l’esclavage le servage, après le servage, le salariat, auquel doit succéder d’abord le jour terrible de la justice, et plus tard, beaucoup plus tard, l’ère de la fraternité. — Voilà les phases par lesquelles le combat animal pour la vie se transforme graduellement, dans l’histoire, en l’organisation humaine de la vie. (NdlR: cf notre note ci-dessus, la recherche anthropologique associée à l’archéologie, a démontré la non-linéarité de ce que décrit Bakounine. L’humain n’est pas passé de l’un à l7autre en “fermant irrémédiablement” les portes derrière lui, c’est bien plus compliqué que cela, nous référons les lecteurs à nos publications anthropologiques sur ce blog…)

Et au milieu [de] cette lutte fratricide des hommes contre des hommes, dans cet entre-dévorement mutuel, dans cet asservissement et dans cette exploitation des uns par les autres qui, changeant de noms et de formes, se sont maintenus à travers tous les siècles jusqu’à nos jours (NDLR: Kropotkine est venu un peu plus tard avec son “L’Entraide, un facteur de l’évolution”, corriger et remettre le darwinisme-social dans les poubelles de la science…) , la religion, quel rôle a-t-elle joué ? — elle a toujours sanctifié la violence, et l’a transformée en droit. Elle a transporté dans un ciel fictif l’humanité, la justice et la fraternité, pour laisser sur la terre le règne de l’iniquité et de la brutalité. Elle a béni les brigands heureux, et pour les rendre encore plus heureux, elle a prêché la résignation et l’obéissance à leurs innombrables victimes, — les peuples. Et plus l’idéal qu’elle adorait dans le ciel semblait sublime, plus la réalité de la terre devenait horrible. Car c’est le caractère propre de tout idéalisme, tant religieux que métaphysique, de mépriser le monde réel, et, tout en le méprisant, de l’exploiter, — d’où il résulte que tous idéalisme engendre nécessairement l’hypocrisie.

L’homme est matière et ne peut pas impunément mépriser la matière. Il est un animal et ne peut détruire son animalité ; mais il peut et doit la transformer et l’humaniser par la liberté, c’est-à-dire par l’action combinée de la justice et de la raison, qui à leur tour n’ont de prise sur elle que parce qu’elles en sont les produits et la plus haute expression. Toutes les fois au contraire que l’homme a voulu faire abstraction de son animalité, il en est devenu le jouet et l’esclave, et le plus souvent même le serviteur hypocrite, — témoins les prêtres de la religion la plus idéale et la plus absurde du monde : le christianisme.

Comparez leur obscénité bien connue avec leur serment de chasteté ; comparez leur convoitise insatiable avec leur doctrine de renoncement aux biens de ce monde, et avouez qu’il n’existe pas d’êtres aussi matérialistes que ces prêcheurs de l’idéalisme chrétien. A cette heure même, quelle est la question qui agite le plus toute l’Église ? — C’est la conservation de ces biens de l’Église, que menace de confisquer partout aujourd’hui cette autre Église, expression de l’idéalité politique, l’État.

L’idéalisme politique n’est ni moins absurde, ni moins pernicieux, ni moins hypocrite que l’idéalisme de la religion, dont il n’est d’ailleurs qu’une forme différente, l’expression ou l’application mondaine et terrestre. L’État est le frère cadet de l’Église — et le patriotisme, cette vertu et ce culte de l’État, n’est qu’un reflet du culte divin.

L’homme vertueux, selon les préceptes de l’école idéale, religieuse et politique à la fois, doit servir Dieu et se dévouer à l’État. Telle est la doctrine dont l’utilitarisme bourgeois, dès le début de ce siècle, a commencé à faire justice.

IV

Qu’est-ce que l’État ? C’est, nous répondent les métaphysiciens et les docteurs en droit, c’est la chose publique ; les intérêts, le bien collectif et le droit de tout le monde, opposés à l’action dissolvante des intérêts et des passions égoïstes de chacun. C’est la justice et la réalisation de la morale et de la vertu sur la terre. Par conséquent il n’est point d’acte plus sublime ni de plus grand devoir pour les individus, que de se dévouer, de se sacrifier, et au besoin de mourir pour le triomphe, pour la puissance de l’État.

Voilà en peu de mots toute la théologie de l’État. Voyons maintenant si cette théologie politique, de même que la théologie religieuse, ne cache pas sous de très belles et de très poétiques apparences, des réalités très communes et très sales.

Analysons d’abord l’idée même de l’État, telle que nous la représentent ses prôneurs. C’est le sacrifice de la liberté naturelle et des intérêts de chacun, individus aussi bien qu’unités collectives, comparativement petites : associations, communes et provinces, — aux intérêts et à la liberté de tout le monde, à la prospérité du grand ensemble. Mais ce tout le monde, ce grand ensemble, qu’est-il en réalité ? C’est l’agglomération de tous les individus et de toutes les collectivités humaines plus restreintes qui le composent. Mais du moment que pour le composer et pour s’y coordonner, tous les intérêts individuels et locaux doivent être sacrifiés, le tout, qui est censé les représenter, qu’est-il en effet ? Ce n’est pas l’ensemble vivant, laissant respirer chacun à son aise et devenant d’autant plus fécond, plus puissant et plus libre que plus largement se développent en son sein la pleine liberté et la prospérité de chacun ; ce n’est point la société humaine naturelle, qui confirme ou augmente la vie de chacun par la vie de tous ; — c’est, au contraire, l’immolation de chaque individu comme de toutes les associations locales, l’abstraction destructive de la société vivante, la limitation, ou pour mieux dire la complète négation de la vie et du droit de toutes les parties qui composent tout le monde : c’est l’État, c’est l’autel de la religion politique sur lequel la société naturelle est toujours immolée : une universalité dévorante, vivant de sacrifices humains, comme l’Église. — L’État, je le répète encore, est le frère cadet de l’Église.

Pour prouver cette identité de l’Église et de l’État, je prie le lecteur de vouloir constater ce fait, que l’une comme l’autre sont fondés essentiellement sur l’idée du sacrifice de la vie et du droit naturel, et qu’ils partent également du même principe ; celui de la méchanceté des hommes, qui ne peut être vaincue, selon l’Église, que par la grâce divine et par la mort de l’homme naturel en Dieu, et selon l’État, que par la loi, et par l’immolation de l’individu sur l’autel de l’État. L’une et l’autre tendent à transformer l’homme, l’une en un saint, l’autre en un citoyen. Mais l’homme naturel doit mourir, car sa condamnation est unanimement prononcée par la religion de l’Église et par celle de l’État.

Telle est dans sa pureté la théorie identique de l’Église et de l’État. C’est une pure abstraction ; mais toute abstraction historique suppose des faits historiques. Ces faits, comme je l’ai déjà dit dans mon précédent article, sont d’une nature toute réelle, toute brutale : c’est la violence, la spoliation, l’asservissement, la conquête. L’homme est ainsi formé, qu’il ne se contente pas de faire, il a encore le besoin de s’expliquer et de légitimer, devant sa propre conscience et aux yeux de tout le monde, ce qu’il a fait. La religion est donc venue à point pour bénir les faits accomplis et, grâce à cette bénédiction, le fait inique et brutal s’est transformé en droit. La science juridique et le droit politique, comme on sait, sont issus de la théologie d’abord ; et plus tard de la métaphysique, qui n’est autre chose qu’une théologie masquée, une théologie qui a la prétention ridicule de ne point être absurde, s’est efforcée vainement de leur donner le caractère de la science.

=*=*=

Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

Dieu et lEtat_Bakounine

L’anarchie pour la jeunesse

Bakounine_et_letat_marxiste_Leval

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

Anthropologie politique: « Contre le grain, une histoire profonde des premiers états » avec James C Scott (larges extraits version PDF)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, démocratie participative, documentaire, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, sciences et technologies, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 28 septembre 2018 by Résistance 71

“Il n’y a rien dans la nature de plus pervers que notre idée de la nature humaine. Ce n’est qu’une fabrication de notre imagination… Nous ne sommes pas condamnés comme le pensent nos anciennes philosophies et notre science moderne, par cette irrésistible nature humaine qui fait que nous ne ferions que ce qui nous avantage au dépend de quiconque concerné, menaçant ainsi notre propre existence sociale.
Tout ceci n’a été qu’une gigantesque erreur. Ma modeste conclusion est que la civilisation a été construite sur une idée pervertie et erronée de la nature humaine. Vraiment, franchement désolé, ceci n’est qu’une grosse erreur. Quoi qu’il en soit, il est probablement vrai que cette idée erronée de la nature humaine qui nous pilote, mette en danger notre existence.”
~ Marshall Sahlins, “L’illusion occidentale de la nature humaine”, 2008 ~

Extraits du livre “Against the Grain, a Deep History of the Earliest States”,

“Contre le grain, une histoire profonde des premiers états”, 2017

par James C Scott*

~ Traduit partiellement de l’anglais par Résistance 71 ~

Septembre 2018

(*) L’auteur James C Scott est professeur de science politique et d’anthropologie à l’université de Yale aux Etats-Unis. Il y est le co-directeur du programme sur les études agraires et membre de l’Académie des Arts et des Sciences des Etats-Unis.

James C Scott est devenu par ses recherches profondes et pertinentes, un universitaire spécialiste incontournable pour ceux qui désirent analyser et comprendre l’histoire de la société humaine depuis ses lointaines origines en battant en brèches les poncifs et dogmes de ce que l’anthropologie politique “orthodoxe” a prêché au service du statu quo oligarchique depuis des décennies. Scott s’inscrit dans la lignée anthropologique des Pierre Clastres, Marshall Sahlins et du plus jeune David Graeber. Clastrien revendiqué, Scott commence souvent ses livres et conférences avec cette citation de Clastres tirée de “La société contre l’État” (1974):

Il est dit que l’histoire des peuples qui ont une histoire est l’histoire de la lutte des classes. On pourrait dire avec au moins tout autant de véracité que l’histoire des peuples sans histoire est une histoire de leur lutte contre l’État.

James C Scott est l’auteur de 10 livres dont, outre cet ouvrage dont nous traduisons quelques extraits de l’anglais, les célèbres ‘Seeing like a State”, Yale U, 1998, L’art de ne pas être gouverné, une histoire anarchiste des hauts-plateaux d’Asie du Sud-Est”, Yale U, 2009 et son tout dernier ouvrage dont nous traduisons ici de larges extraits: “Against the Grain, a Deep History of the Eartliest States”, Yale U, 2017. Il participe à de nombreuses conférences dans le monde et la plupart de celles-ci sont disponibles pour visionner gratuitement sur la toile.

Larges extraits du livre “Against de Grain, a Deep History of the Earliest States” ou “Contre le grain, histoire profonde des états initiaux”, traduit de l’anglais par Résistance 71

Le livre, publié aux éditions Yale University Press, se compose d’une préface de l’auteur, d’une introduction, de 7 chapitres (256 pages), suivis de 44 pages de notes bibliographiques.

La version PDF de notre traduction a été réalisée par la toujours excellente Jo de JBL1960 :

« Contre le Grain », James C. Scott (version PDF):
James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-Histoire-Profonde-des-Premiers-Etats

Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

James_C_Scott_Lart_de_ne_pas_etre_gouverne

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

Marshall-Sahlins-La-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Résistance politique: propositions de l’EZLN pour un Réseau de Résistance et de Rébellion international contre la société marchande…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 27 septembre 2018 by Résistance 71

Résistance 71 se joint à la proposition de l’EZLN du Chiapas d’internationaliser et de coordonner les mouvements de résistance à la dictature de la marchandise qui croît de jour en jour dans sa répression et sa violence systémique partout dans le monde. 

Nous traduirons, publierons et agirons en accord avec le Réseau de Résistance et de Rébellion et participerons à notre humble niveau à l’éveil de la conscience politique du plus de personnes possible dans nos entourages et au-delà. 

Nous avons dit et avons répété depuis bien longtemps que l’avenir de l’humanité passe par la prise de conscience définitive occidentale de la criminalité du système qu’elle a contribué à mettre en place et à faire perdurer au fil des siècles, pour que “l’Homo occidentalis” se tienne enfin main dans la main avec ses compagnons natifs opprimés, afin d’œuvrer dans la complémentarité culturelle et mettre en place une société des sociétés seule capable de servir l’intérêt général en éradiquant  la possibilité d’existence même d’une société politiquement divisée et donc intrinsèquement inégalitaire et oppressive.

Il n’y a pas de solutions au sein du système, il n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir, c’est devenu une évidence. Agissons en conséquence, ensemble, au-delà de la division et de l’antagonisme induits et entretenus par l’oligarchie transnationale du culte de la marchandise.

Nous sommes tous inter-reliés et complémentaires dans le fonctionnement du grand tout naturel planétaire. L’heure est à l’Union et au lâcher-prise de l’illusion étatico-capitaliste qui ne fait que nous diviser et ne pourra que continuer à nous diviser !

~ Résistance 71 ~

« En point de départ, je suggèrerais de conceptualiser ce qu’on pourrait appeler l’anarcho-indigénisme […] Le mot indigène qui évoque l’enracinement spirituel et culturel dans cette terre et la lutte pour la justice et la liberté d’Onkwe’hon:weh ; combiné au mouvement politique et philosophique qui est fondamentalement anti-institutionnel, radicalement démocratique et dévoué à prendre action afin d’amener le changement: l’anarchisme. »
~ Taiaiake Alfred, professeur de science politique, Université Victoria, 2005 ~

“Sur le continent des Amériques et en Europe, l’oppression que nous subissons est la même.
Les couleurs, les langues et les cultures varient, mais l’oppression est constante.
C’est pour cela que nous, Zapatistes, sommes avec vous aujourd’hui.
C’est pour cela que vous êtes avec nous aujourd’hui.
Parce que nous ne voulons plus de ce type de monde.
Nous ne voulons plus que le crime soit célébré.
Nous ne voulons plus que le mensonge soit traité somme une vertu.
Parce que nous ne voulons plus que d’autres nous imposent leur façon d’être et leur mode de pensée.
Nous voulons être libres.
Et le seul moyen de l’être est de l’être ensemble. Voilà pourquoi nous voulons de la liberté dans la solidarité…
Nous ne nous en irons pas.
Nous ne serons plus silencieux.
Nous nous tiendrons debout.
Nous lutterons.
Nous construirons un autre monde.
Bien meilleur.
Bien plus vaste.
Un monde dans lequel tous les mondes trouveront leur place.
Rebelles, frères et sœurs d’Europe…
Nous sommes heureux de marcher avec vous aujourd’hui.
Nous vous remercions de l’espace et de la voix que vous donnez aux Zapatistes.
Le pont que vous avez construit de vos cœurs a franchi l’océan…
Vos rêves sont entendus bien loin d’ici.
Nous nous en faisons l’écho, tous ceux en lutte et en rébellion s’en font l’écho.
Parce qu’à travers le monde, tous les partagent.”
~ SCI Marcos, septembre 1997 ~

 

 

Pour un Réseau de Résistance et Rébellion 

propositions de l’EZLN

 

EZLN

 

mardi 25 septembre 2018, par EZLN, SCI Galeano, SCI Moisés

 

Source en français:

https://www.lavoiedujaguar.net/Pour-la-construction-d-un-Conseil-qui-integre-les-luttes-de-tous-les-opprimes

 

Lors de la Rencontre des réseaux d’appui au Conseil indigène de gouvernement, dans le caracol de Morelia, en août 2018, l’EZLN a présenté un long texte en trois parties développant une analyse de la situation au Mexique et dans le monde. Dans sa partie finale, il formule des propositions de portée internationale pour poursuivre et amplifier le processus engagé avec le Conseil indigène de gouvernement.

C’est cet extrait qui est traduit ici.

(…)

Nous pensons que nous devons continuer aux côtés des peuples originaires.

Peut-être que certains parmi les réseaux [d’appui au Conseil indigène de gouvernement (CIG)] pensent encore que nous apportons un appui aux peuples originaires. Ils vont se rendre compte, à mesure que le temps va passer, que c’est le contraire : ce sont eux qui vont nous aider avec leur expérience et leurs formes d’organisation, c’est-à-dire que c’est nous qui allons apprendre. Car si quelqu’un est expert en matière de tourmentes ce sont bien les peuples originaires — ils ont été attaqués de tant de manières et ils sont toujours là, ou plutôt, nous sommes toujours là.

Mais nous pensons aussi — et vous le disons très clairement, compañer@s — que cela ne suffit pas, que nous devons intégrer à notre horizon l’ensemble de nos réalités avec leurs douleurs et leurs rages, c’est-à-dire que nous devons cheminer vers l’étape suivante : la construction d’un Conseil qui intègre les luttes de tous les opprimés, ceux qui sont traités comme des déchets, les disparues et les assassinées, les prisonniers politiques, les femmes agressées, l’enfance prostituée, de tous les calendriers et de toutes les géographies qui tracent une carte impossible pour les lois des probabilités, les enquêtes et les votes : la carte contemporaine des rébellions et des résistances sur la planète entière.

Si vous et nous, ensemble, allons défier la loi des probabilités qui dit qu’il n’y a aucune chance, ou très peu, que nous réussissions, si nous allons défier les enquêtes, les millions de votes, et tous ces chiffres que le Pouvoir accumule pour que nous nous rendions ou pour que nous nous évanouissions, alors nous devons faire que le Conseil devienne plus grand.

Pour le moment, ce n’est qu’un point de vue que nous exprimons ici, mais nous voulons construire un Conseil qui n’absorbe ni n’annule les différences, et qui au contraire permette de les renforcer dans le cheminement avec d’autres qui partagent le même effort.

Selon un tel raisonnement, ces paramètres ne devraient pas avoir pour limite la géographie imposée par les frontières et les drapeaux : il faudrait donc viser qu’il devienne international.

Ce que nous proposons, c’est non seulement que le Conseil indigène de gouvernement cesse d’être indigène, mais aussi qu’il cesse d’être national.

C’est pourquoi, nous les zapatistes — hommes, femmes et différents — proposons de soumettre à une consultation, outre l’ensemble des propositions formulées durant cette rencontre, ce qui suit :

1. Réaffirmer notre appui au Congrès national indigène et au Conseil indigène de gouvernement.

2. Créer et maintenir des canaux de communication ouverts et transparents entre nous qui nous sommes connus durant le cheminement du Conseil indigène de gouvernement et de sa porte-parole.

3. Commencer ou continuer l’analyse-évaluation de la réalité dans laquelle nous nous mouvons, en produisant et en partageant ces analyses et évaluations, ainsi que les propositions d’action coordonnées qui en découlent.

4. Nous proposons le dédoublement des réseaux d’appui au CIG afin que, sans abandonner l’appui aux peuples originaires, notre cœur s’ouvre aussi aux rébellions et résistances qui émergent et persévèrent là où chacun se trouve, dans les campagnes ou dans les villes, sans qu’importent les frontières.

5. Commencer ou continuer la lutte qui vise à rendre plus grandes les revendications et la nature du Conseil indigène de gouvernement, de façon à ce qu’il ne se limite pas aux peuples originaires et incorpore les travailleurs des campagnes et des villes, ainsi que tous ceux qui sont traités comme des déchets mais qui ont une histoire et une lutte propres, c’est-à-dire une identité.

6. Commencer ou continuer l’analyse et la discussion qui vise à faire naître une coordination ou une fédération de réseaux, qui évite toute direction centralisée et verticale, et qui fortifie l’appui solidaire et la fraternité entre ceux qui la forment.

7 et dernier. Célébrer une réunion internationale de réseaux, quelle que soit la façon dont ils s’appellent — quant à nous, nous proposons que, pour le moment nous nous appelions Réseau de Résistance et Rébellion… et, à la suite, chacun son nom —, en décembre de cette année, après avoir analysé et évalué ce que décideront et proposeront le Congrès national indigène et le Conseil indigène de gouvernement (lors de leur réunion, en octobre prochain) et aussi afin de connaître les résultats de la consultation à laquelle la présente réunion appelle. Pour cette rencontre, nous mettons à disposition, si cela vous paraît pertinent, un espace dans l’un des caracoles zapatistes.

Notre appel n’est pas seulement adressé aux peuples originaires, mais à toutes celles, à tous ceux et à toutes celleux qui se rebellent et résistent dans tous les recoins du monde. À ceux qui défient les schémas tout faits, les règles, les lois, les préceptes, les chiffres et les pourcentages.

(…)

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
sous-commandant insurgé Moisés, sous-commandant insurgé Galeano
Mexique, août 2018.

Lectures complémentaires:

Marshall-Sahlins-La-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Que faire ?

Effondrer le colonialisme

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

6ème_déclaration_forêt.lacandon

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

Appel au Socialisme Gustav Landauer


SCI Marcos/Galeano

 

Analyse critique: Qu’est-ce que le terrorisme ?…

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, police politique et totalitarisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 26 septembre 2018 by Résistance 71

Le terrorisme ne peut être le fait et la pratique que de l’entité qui possède le monopole de la violence (pseudo) légale: l’État. La guerre est le terrorisme ultime. Tout le reste n’est que de la violence plus ou moins légitime.
L’opprimé qui lutte contre ses oppresseurs, où que ce soit, est en état de légitime défense permanente et ne peut en aucun cas être un “terroriste”. Seul l’État est un terroriste, de fait et historiquement le plus grand des terroristes de par son essence même.
~ Résistance 71 ~

Qu’est-ce que le terrorisme ?

 

Mare Almani

 

Diavolo in corpo, Turin, 2000

 

En mai 1898, le roi Umberto I, préoccupé par les nouvelles qui lui parviennent de Milan où venait d’éclater une grève générale, confiait au général Bava Beccaris le soin de réprimer la révolte. L’ordre est donné aux soldats de tirer à vue, et Bava Beccaris fait ouvrir le feu sur la ville à coups de canon. Le bilan est de 80 morts et 450 blessés. Fier du devoir accompli, le général télégraphe au roi que Milan est désormais « pacifiée ». Le chef de gouvernement, le marquis Di Rudini, fait interdire plus de cent journaux d’opposition, les Bourses du Travail, les cercles socialistes, les Sociétés mutualistes, mais aussi pas moins de 70 comités diocésains et 2500 comités paroissiaux. De plus, les Universités de Rome, Naples, Padoue et Bologne sont fermées, tandis que se déroulent des milliers d’arrestations. Umberto I envoie immédiatement un télégramme de félicitations à Bava Beccaris et le décore de la croix de l’Ordre Militaire de Savoie « pour les précieux services rendus aux institutions et à la civilisation ». Deux ans plus tard, le 29 juillet 1900, l’anarchiste Gaetano Bresci allège le roi Umberto I du poids de ses responsabilités en le tuant à Monza. Le Roi et l’anarchiste. Deux assassins aux mains tâchées de sang, c’est indéniable. Pourtant, peut-on les mettre sur le même plan ? Je ne le pense pas, pas plus qu’on ne peut considérer les motivations et les conséquences de leurs actes de la même manière.

Et donc, puisqu’ils ne peuvent être unis dans une exécration commune, lequel des deux a commis un acte de terrorisme ? Le roi qui a fait massacrer la foule, ou l’anarchiste qui a abattu le roi ?

Se demander ce qu’est le terrorisme est une de ces questions qu’il est en apparence inutile de poser, parce qu’elle est destinée à recevoir une réponse univoque. En réalité – lorsqu’elle est formulée de manière rigoureuse –, elle ne manque pas de susciter des réactions étonnantes. Les réponses sont en effet toujours différentes et contradictoires. « Le terrorisme, c’est la violence de ceux qui combattent l’Etat » diront certains ; « le terrorisme c’est la violence de l’Etat » répondront d’autres ; « mais non, le terrorisme est tout acte de violence politique, d’où qu’elle vienne », préciseront les derniers. Et ne parlons pas des débats qui s’ouvrent face aux distinctions qui peuvent être faites par la suite en la matière : par exemple, le terrorisme est uniquement la violence contre les personnes ou également contre les choses ? Doit-il nécessairement posséder une motivation d’ordre politique ou se caractérise-t-il uniquement par la panique qu’il sème ?

La multiplicité de sens assignés à ce terme est suspecte. La sensation ici n’est pas de se trouver en présence des malentendus habituels liés à l’incapacité des mots à exprimer une réalité dont la complexité dépasse les symboles qui voudraient la représenter. Au contraire, l’impression est celle de se retrouver face à un confusionnisme intéressé, à une relativisation d’interprétations créée artificiellement, dans l’intention de vider les idées de leur sens, de neutraliser la force pratique, de banaliser toute la question en réduisant à du bavardage toute réflexion qu’on pourrait mener à son propos.

Pourtant, ce mot de dix lettres doit bien avoir une origine, une histoire, dont il serait possible de déduire un sens en mesure de dissiper au moins une bonne partie des ambiguïtés que son usage génère aujourd’hui. Et c’est en effet le cas.

La première définition qui est donnée à ce terme par la plus grande partie des dictionnaires est à caractère historique : « le gouvernement de la Terreur en France ». On connaît donc avec précision l’origine du vocable. Le terrorisme correspond à la période de la Révolution Française qui va d’avril 1793 à juillet 1794, lorsque le Comité de salut public mené par Robespierre et Saint-Just a ordonné un grand nombre d’exécutions capitales. La Terreur était donc représentée par cette guillotine dont la lame a tranché la tête à des milliers de personnes qui, présume-t-on, constituaient une menace pour la sécurité du nouvel Etat en formation. A partir de cette base, les mêmes dictionnaires ajoutent par extension une définition plus générale du terrorisme : « toute méthode de gouvernement fondée sur la terreur ».

A présent, cette première interprétation du concept de terrorisme est extrêmement claire. Tout d’abord, elle met au jour le lien étroit qu’il y a entre terrorisme et Etat. Le terrorisme est né avec l’Etat, est exercé par l’Etat, est justement une « méthode de gouvernement » que l’Etat emploie contre ses ennemis pour garantir sa propre conservation. « La guillotine – disait Victor Hugo – est la concrétion de la loi ». Seul l’Etat peut promulguer des lois. Et la loi, loin d’être l’expression de ce contrat social garant de la cohabitation harmonieuse entre les êtres humains, représente le fil barbelé avec lequel le pouvoir protège ses privilèges. Quiconque oserait l’outrepasser aura à passer entre les mains du bourreau. Ainsi, avant le mois d’avril 1793, de prétendus criminels de droit commun et quelques insurgés étaient déjà montés à l’échafaud.

Quoi qu’on en pense, la guillotine n’est en effet pas une invention de monsieur Guillotin. En France, cet instrument d’exécution capitale avait déjà une histoire, mais personne ne parlait encore de Terreur. Ce n’est que lorsque l’autorité de l’Etat, alors aux mains des jacobins, sera menacée par une vague révolutionnaire, ce n’est que lorsqu’il n’aura plus seulement affaire à de simples hors-la-loi ou à des insurgés isolés, mais à un énorme mouvement social capable de le renverser, ce n’est qu’à ce moment que la violence répressive se nommera Terreur.

Mais, en plus de son caractère institutionnel, une autre caractéristique distingue le terrorisme : tout un chacun peut en être victime. Au cours de la période de la Terreur, rien que dans Paris, il y aurait eu pas moins de 4 000 exécutions. Louis Blanc aurait retrouvé l’identité de 2 750 guillotinés, découvrant que seulement 650 d’entre eux appartenaient aux classes aisées. Cela signifie que la machine étatique de la guillotine ne faisait pas tant de distinctions, décapitant quiconque était estimé incommode ou suspect. Il n’y a pas que les nobles, les militaires et les prêtres qui ont perdu leur tête lors de ces journées – comme le voudrait la propagande la plus conservatrice et traditionaliste –, mais surtout de simples artisans, des paysans, des pauvres. Le terrorisme est tel parce qu’il frappe à l’aveugle, d’où le sentiment de panique collective qu’il inspire. L’usage indiscriminé de la guillotine, systématisé grâce à la simplification des procédures judiciaires permise par la loi de Prairial, crée l’effet inéluctable d’opérations à la chaîne, annulant les différences individuelles entre tous ces décapités. Cette pratique de l’amalgame a un sens politique précis : regroupant en une même séance des personnes soupçonnées de « crimes » de nature ou d’identité complètement différents, la Terreur vise à anéantir les différences individuelles pour créer un consensus populaire, et à détruire « l’abjection du moi personnel » (Robespierre), vu qu’il ne doit exister qu’une seule entité dans laquelle fondre les individus : l’Etat. Le terrorisme est donc né comme instrument institutionnel et indiscriminé. Ces deux aspects retentissent aussi dans des expressions courantes, comme par exemple « des bombardements terrorisants ». Un bombardement, en effet, non seulement se déroule lors d’une guerre menée entre Etats, mais sème la mort et la désolation dans toute la population. On pourrait faire le même discours concernant le terrorisme psychologique, considéré comme « une forme d’intimidation ou de chantage afin de manipuler l’opinion publique, effectuée surtout à travers les moyens de communication, par l’exagération des dangers de certaines situations ou bien en les inventant, afin d’induire les masses à des comportements déterminés au plan politique, social, économique ». On voit bien comment seul celui qui détient le pouvoir est en mesure de manipuler les grands moyens de communication et, à travers eux, les « masses », afin d’atteindre son but.

Le terrorisme est donc la violence aveugle de l’Etat, comme le montre sans ambiguïté l’origine du terme. Mais le langage n’est jamais une expression neutre. Loin d’être uniquement descriptif, le langage est avant tout un code. Le sens des mots indique toujours le côté vers lequel penche la balance de la domination. Celui qui détient le pouvoir possède aussi le sens des mots. Cela explique comment il se fait que, le temps passant, le concept de terrorisme ait recouvert un nouveau sens qui contredit complètement sa genèse historique mais correspond aux exigences de la domination. Aujourd’hui, ce concept est défini comme « une méthode de lutte politique fondée sur des violences intimidatrices (meurtres, sabotages, attentats explosifs, etc), employés généralement par des groupes révolutionnaires ou subversifs (de gauche ou de droite) ». Comme on le voit, cette interprétation, qui a commencé à se diffuser à la fin du XIXe siècle, s’oppose complètement à ce qui a été dit jusqu’à présent. Dans l’acceptation initiale du terme, c’est l’Etat qui recourt au terrorisme contre ses ennemis ; dans la seconde, ce sont ses ennemis qui emploient le terrorisme contre l’Etat. Le renversement de sens ne pourrait être plus explicite. L’utilité d’une telle opération pour la Raison d’Etat n’est que trop évidente. Mais comment naît cette mystification ? La Terreur en France a été l’œuvre d’un Etat né lors d’une Révolution. Pour justifier le sens actuel du concept de terrorisme, l’idéologie dominante a du intervertir les sujets et attribuer à la Révolution la responsabilité qui appartenait en réalité à l’Etat. Ainsi, on nous enseigne aujourd’hui que la Terreur est l’œuvre de la Révolution qui, en ce lointain contexte historique, s’était incarnée dans l’Etat. La Terreur serait donc synonyme de violence révolutionnaire. Un saut acrobatique de la logique qui continue à enchanter les parterres de spectateurs du monde entier, qui ne semblent pas se rendre compte de l’arnaque plus qu’évidente.

En réalité, on ne peut attribuer la Terreur à la Révolution, au peuple insurgé, parce que ce n’est que lorsque la Révolution s’est faite Etat que la Terreur est apparue. C’est un énorme mensonge idéologique et un faux historique grossier que de faire de la Terreur l’expression même de la violence révolutionnaire « massacrante », celle des rues, des journées sur les barricades, de la vengeance populaire. Avant le 17 avril 1793 (jour de la fondation du tribunal révolutionnaire), la violence exercée contre le pouvoir, même celle particulièrement cruelle, n’avait jamais recouvert le nom de terrorisme. Ni les sanglantes Jacqueries du XIVe siècle, ni les excès qui se sont déroulés lors de la Grande Révolution (comme par exemple la manifestation des femmes de Marseille qui portaient à la ronde, au bout d’une pique, les viscères du major De Beausset au cri de « qui veut des tripes ? ») n’ont été considérés comme des actes de terrorisme. Ce terme n’indiquait que la violence répressive de l’appareil étatique au moment où il devait se défendre – pour la première fois dans l’histoire – d’un assaut révolutionnaire. En somme, l’aspect historique du terme montre comment le terrorisme est la violence du pouvoir qui se défend de la Révolution, non pas la Révolution qui attaque le pouvoir. 

(NdLR: ce fut en fait le cas de quasiment toutes les révolutions parce qu’elles ne se séparèrent jamais de l’État. Celui-ci est le garant de ce que rien ne change et le pouvoir ne fasse que changer d’oligarques…)

Il faut dire à ce propos que la persistance de cette ambiguïté a été encouragée pendant longtemps par les révolutionnaires eux-mêmes, qui ont accepté de bon gré ce qualificatif, sans se rendre compte que ce faisant, ils aidaient la propagande de cet Etat qu’ils souhaitaient frapper. Et si le concept de terrorisme peut légitimement trouver sa place dans un concept autoritaire de la révolution (comme Lénine et Staline l’ont démontré en Russie), il est absolument privé de sens, pour ne pas dire aberrant, dans une perspective de libération anti-autoritaire. Ce n’est pas par hasard si ce sont justement les anarchistes qui ont en premier revu l’usage impropre de ce terme, peut-être poussés par les événements. En 1921 eut lieu le tragique attentat contre le cinéma-théâtre Diana de Milan, qui a causé la mort et des blessures à de nombreux spectateurs, bien qu’ayant comme objectif le préfet de la ville, responsable de l’incarcération de quelques anarchistes célèbres. Malgré les intentions de ses auteurs, ce fut un acte de terrorisme. Comme on peut l’imaginer, cet acte a provoqué d’âpres discussions à l’intérieur du mouvement anarchiste. Ainsi, face à la condamnation du geste par de nombreux anarchistes, si la revue Anarchismo de Pise, sans aucun doute la publication plus diffusée de l’anarchisme autonome en Italie, continuait à défendre « cette vérité anarchiste cardinale, à savoir l’impossibilité de séparer le terrorisme de l’insurrectionnalisme », elle commençait d’un autre côté à esquisser les premières réflexions critiques sur le concept de terrorisme : « pourquoi nommer et taxer de “terreur catastrophique” – qui est le propre de l’Etat – l’acte de révolte individuel ? L’Etat est terroriste, le révolutionnaire qui s’insurge, jamais ! ». Un demi-siècle plus tard, en un contexte de fortes tensions sociales, cette critique sera reprise et développée par ceux qui n’entendaient pas accepter l’accusation de terrorisme lancée par l’Etat contre ses ennemis.

Les mots ont toujours été sujets à une évolution de leur sens. Il n’est pas surprenant que le sens du terme terrorisme se soit également modifié. Il n’est toutefois pas acceptable qu’il contredise chacune de ses caractéristiques originaires, qui sont celles de l’aspect institutionnel et indiscriminé de la violence. Cette violence peut être exercée contre les personnes ou contre les choses, peut être physique ou psychologique, mais pour qu’on puisse parler de terrorisme, il faut au moins qu’une de ces deux caractéristiques demeure. Par exemple, on a justement parlé de terrorisme pour indiquer les actions menées par des escadrons de la mort de l’Etat espagnol contre des militants d’ETA. Ces actions étaient dirigées contre un objectif précis, mais il s’agissait de toute façon d’une forme de violence institutionnelle contre une menace considérée comme révolutionnaire. De même, le terrorisme peut ne pas toujours être mené par des institutions. Mais pour qu’on puisse le considérer ainsi, ses manifestations doivent alors frapper de manière indiscriminée. Une bombe dans une gare ou dans un supermarché en service, ou sur une plage surpeuplée peut à juste titre être définie comme terroriste. Même lorsque c’est le fruit du délire d’un « fou » ou lorsque cela est revendiqué par une organisation révolutionnaire, le résultat d’une telle action est de semer la panique dans la population.

Lorsqu’en revanche la violence n’est ni institutionnelle ni indiscriminée, c’est un non-sens de parler de terrorisme. Un individu en proie à une crise de folie et qui extermine sa famille n’est pas un terroriste. Pas plus qu’un révolutionnaire ou une organisation subversive qui choisit avec soin les objectifs de ses actions. Bien sûr que c’est de la violence, de la violence révolutionnaire, mais pas du terrorisme. Elle ne vise ni à défendre l’Etat ni à semer la terreur dans la population. Si, lors de telles attaques, les médias parlent de « psychose collective » ou « de nations toutes entières qui tremblent », ce n’est qu’en référence au vieux mensonge qui veut identifier un pays entier avec ses représentants, pour mieux justifier la poursuite des intérêts privés de quelques uns au nom et aux dépends des intérêts sociaux de tous les autres. Si quelqu’un devait commencer à tuer les politiciens, les industriels et les magistrats, cela ne sèmerait la terreur que parmi les politiciens, les industriels et les magistrats. Personne d’autre ne serait matériellement touché. Mais si quelqu’un posait une bombe dans un train, n’importe qui pourrait en être victime, sans exclusive : le politicien comme l’ennemi de la politique, l’industriel comme l’ouvrier, le magistrat comme le repris de justice. Dans le premier cas, nous sommes face à un exemple de violence révolutionnaire, dans le second il s’agit en revanche de terrorisme. Et malgré toutes les objections, critiques et perplexité que puissent soulever la première forme de violence, on ne peut certainement pas la comparer à la seconde.

Ceci dit, revenons au problème initial. Entre le roi qui a fait massacrer la foule et l’anarchiste qui a tiré sur le roi, qui est le terroriste ?

 


Pour la société des sociétés

Résistance politique avec Ricardo Flores Magon, journaliste, anarchiste et révolutionnaire mexicain (1874-1922) ~ 4ème partie ~

Posted in Uncategorized on 26 septembre 2018 by Résistance 71

Nous publions ci-dessous deux excellents textes très courts mais très explicites de Ricardo Magon, publiés en 1911 et 1912 lors de la révolution sociale mexicaine. Les frères Magon, proches d’Emiliano Zapata et de “Pancho” Villa, deux révolutionnaires qui ont préfiguré en Amérique du nord la révolution makhnoviste paysanne et anarchiste de Nestor Makhno en Ukraine entre 1918 et 1923, furent des piliers politiques de cet évènement politique toujours mal connu et éludé en Europe. Ce fut pourtant un essai majeur de la mise en pratique de la radicalité politique organique de l’Homme dans sa résolution de la question sociale: la question agraire sur toile de fond de la question de la propriété et de l’égalité…

~ Résistance 71 ~

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

5ème partie

6ème partie

 

Bandit !

 

Ricardo Flores Magon*

1911

 

Voilà le nom que nous donnent les gens qui représentent l’ordre. Pourquoi ? Parce que nous enseignons à nos frères de misère que tout ce qui existe doit appartenir à tous et nous les invitons à ce qu’ils en prennent possession. Qui a fait la terre ?… Est-ce que ce sont ces messieurs en habits et à gants blancs qui l’ont faite et qui disent qu’elle leur appartient ?… Non, la terre est un bien naturel, un bien commun à tous les êtres vivants. Qui a fait les maisons, les vêtements, tout ce qui rend notre vie plus confortable ?… Est-ce que ce sont ces messieurs qui vivent dans des palais ou des hôtels de luxe ?… Non, tout ça est sorti des mains des pauvres personnes qui s’amoncellent dans des taudis, qui pourrissent au bagne, qui se vendent dans les bordels et qui meurent dans les hôpitaux, bien avant leur temps, ou dans un échafaudage, peu importe l’endroit… Bandits ! Les bandits sont ceux qui ne veulent pas qu’il y ait de bandits. Non, messieurs les bourgeois ; les bandits ce sont vous qui, sans aucun droit, se sont appropriés les produits du travail des hommes et tous les biens naturels que vous n’avez pas encore transformés. Tout cela sans jamais laisser tomber une goutte de sueur. Ce sont vous les bandits messieurs les bourgeois qui, illégalement, parce que la loi est entremetteuse de votre esprit rapace, avez pris la majeure partie du produit du travail des hommes sans qu’il n’y ait de danger de vous retrouver un jour au bagne. Et bien, entre bandit et bandit, moi je préfère celui qui, couteau à la main et l’esprit résolu, sort d’un coin sombre en criant : « Ton argent ou ta vie ! « . Je préfère, et j’insiste, celui là, que le bandit qui assis à son bureau, froidement, l’esprit tranquille, sereinement, suce le sang de ses travailleurs. Et pour le premier bandit, celui qui attaque audacieusement et courre les risques dans cette aventure, il y a la prison ou le peloton d’exécution ; pour l’autre bandit, celui aux gants blancs, il y a le respect, l’honneur, le bonheur. Voilà comment les choses sont présentement dans ce système d’injustice sociale. Pour ces personnes « honnêtes » et qui respectent l’ordre, voler n’est pas un crime si le vol est considérable. Les banquiers, les commerçants ont des combines qui augmentent la faim et la tristesse dans plusieurs centaines de lieux ; mais ça passe comme une opération financière habillement faite. Un homme qui souffre de faim prend dans un magasin un morceau de pain ; c’est lui qui sera appelé voleur. L’autorité, encore plus vile que la loi puisqu’elle est son exécutrice, soutien tout cela.

Mort à l’autorité !

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Les chefs

 

Ricardo Flores Magon

1912

 

Il ne faut pas former une masse, inutile de reproduire les préjugés, les préoccupations, les erreurs et les coutumes qui caractérisent les foules aveugles. La masse est fermement convaincue qu’il lui faut un chef ou un guide pour la mener à son destin. Vers la liberté ou vers la tyrannie, peu importe : elle veut être guidée, avec la carotte ou avec le bâton.

Cette habitude si tenace est source de nombreux maux nuisibles à l’émancipation de l’être humain : elle place sa vie, son honneur, son bien-être, son avenir, sa liberté entre les mains de celui qu’elle fait chef. C’est lui qui doit penser pour tous, c’est lui qui est chargé du bien-être et de la liberté du peuple en général comme de chaque individu en particulier.

C’est ainsi que des milliers de cerveaux ne pensent pas puisque c’est le chef qui est chargé de le faire. Les masses deviennent donc passives, ne prennent aucune initiative et se traînent dans une existence de troupeau. Ce troupeau, les politiques et tous ceux qui aspirent à des postes publics le flattent au moment des élections pour ensuite mieux le tromper une fois qu’elles sont passées. Les ambitieux le trompent à coups de promesses au cours des périodes révolutionnaires pour récompenser ensuite ses sacrifices à coups de pieds une fois la victoire obtenue.

Il ne faut pas former une masse. Il faut former un ensemble d’individus pensants, unis pour atteindre des fins communes à tous mais où chacun, homme ou femme, pense avec sa propre tête et s’efforce de donner son opinion sur ce qu’il convient de faire pour réaliser nos aspirations communes, qui ne sont autres que la liberté et le bien-être de tous fondés sur la liberté et le bien-être de chacun. Pour parvenir à cela, il est nécessaire de détruire ce qui s’y oppose : l’inégalité. Il faut faire en sorte que la terre, les outils, les machines, les provisions, les maisons et tout ce qui existe, qu’il s’agisse du produit de la nature ou de l’intelligence humaine, passent du peu de mains qui les détiennent actuellement aux mains de tous, femmes ou hommes, pour produire en commun, chacun selon ses forces et ses aptitudes, et consommer selon ses besoins.

Pour y parvenir, nul besoin de chefs. Bien au contraire, ils constituent un obstacle puisque le chef veut dominer, il veut qu’on lui obéisse, il veut être au-dessus de tout le monde. Jamais aucun chef ne pourra voir d’un bon œil la volonté des pauvres d’instaurer un système social basé sur l’égalité économique, politique et sociale. Un tel système ne garantit pas aux chefs la vie oisive et facile, pleine d’honneur et de gloire, qu’ils souhaitent mener aux dépends des sacrifices des humbles.

Ainsi donc, frères mexicains, agissez par vous-même pour mettre en pratique les principes généreux du manifeste du 23 septembre 1911. Nous ne nous considérons pas comme vos chefs, et nous serions attristés que vous voyiez en nous des chefs à suivre sans lesquels vous n’arriveriez pas à agir pour la révolution. Nous sommes sur le point d’aller au bagne, non parce que nous sommes des criminels, mais parce que nous ne nous vendons ni aux riches ni à l’autorité, parce que nous ne voulons pas devenir vos tyrans en acceptant des postes publics ou des liasses de billets de banque pour nous convertir en bourgeois et exploiter vos bras. Nous ne nous considérons pas comme vos chefs mais comme vos frères, et nous irons au bagne le cœur plus léger si, en vous comportant comme des travailleurs conscients [sic], vous ne changiez pas d’attitude face au capital et à l’autorité. Ne soyez pas une masse, mexicains, ne soyez pas la foule qui suit le politique, le bourgeois ou le caudillo militaire. Pensez chacun avec votre tête et œuvrez selon ce que dicte votre pensée.

Ne vous découragez pas lorsque nous serons séparés par les noires portes du bagne, car seules nos paroles amicales vous manqueront, rien de plus. Des compagnons continuent à publier Regeneración : offrez-leur votre aide pour poursuivre cette œuvre de propagande qui doit être toujours plus vaste et plus radicale.

Ne faites pas comme l’année dernière lorsqu’on nous a arrêtés et que votre enthousiasme s’est refroidi, que s’est affaiblie votre volonté de participer par tous les moyens possibles à la destruction du système capitaliste et autoritaire, et que seuls quelques uns sont restés fermes. Soyez fermes à présent ! Ne restez pas focalisés sur nos personnes et, avec un brio renouvelé, offrez votre aide matérielle et personnelle à la révolution des pauvres contre les riches et l’autorité.

Que chacun d’entre vous soit son propre chef pour que nul n’ait besoin de vous pousser à continuer la lutte. Ne nommez pas de dirigeants, prenez simplement possession de la terre et de tout ce qui existe, produisez sans maîtres ni autorité. La paix arrivera ainsi en étant le résultat naturel du bien-être et de la liberté de tous. Si, à l’inverse, troublés par la maudite éducation bourgeoise qui nous fait croire qu’il est impossible de vivre sans chef, vous permettez qu’un nouveau gouvernant vienne une fois encore se poser au-dessus de vos fortes épaules, la guerre continuera parce que les mêmes maux continueront à exister et à vous faire prendre les armes : la misère et la tyrannie.

Lisez notre manifeste du 23 septembre 1911 !

Mort au capital !

Mort à l’autorité !

Terre et Liberté ! (¡Tierra y Libertad!)

 

(*) Ricardo Flores Magon (1874-1922) était un journaliste et activiste anarchiste mexicain, influencé par les pensées de Bakounine, Reclus et surtout Kropotkine dont l’ouvrage “La conquête du pain” fut une grande source d’éveil politique pour lui. A partir des années 1910, il fut impliqué avec la révolution sociale mexicaine d’Emiliano Zapata et Pancho Villa. En exil aux Etats-Unis, il fut un farouche opposant à a première guerre mondiale. Il fut arrêté pour sédition et condamné à 20 ans de réclusion sous la loi scélérate contre “l’espionnage” de 1917. Il mourut des mauvaises conditions de sa détention sur sa santé fragile dans un pénitencier du Kansas en 1922 à l’âge de 48 ans.

Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 


Emiliano Zapata

Résistance politico-sociale: A bas l’État, la marchandise et le salariat !..

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Lectures complémentaires:

Proudhon_Quest_ce_que_la_propriete

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

Manifeste pour la Société des Sociétés

champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910

Manifeste contre le travail*

Un monde sans argent: le communisme

(*) Ce texte (version pdf) se doit d’être lu car il est en relation directe avec le texte présenté ci-dessous. (R71)

 

Pourquoi “l’abolition de l’impératif de croissance” ne peut se faire sans l’abolition de la production de marchandises

 

Norbert Trenkle

 

Septembre 2018

 

Source:

http://www.autrefutur.net/Pourquoi-l-abolition-de-l-imperatif-de-croissance-ne-peut-se-faire-sans-l

 

Si vous croyez en l’économie, l’être humain est essentiellement programmé pour la compétition, la performance et le consumérisme sans fin, et il poursuit avant tout et toujours, ses propres intérêts. Par conséquent, une société qui fonctionne doit toujours être basée sur l’économie de marché et la production de marchandises.

Mais cette idée est fausse. Elle ne naît qu’avec la société capitaliste moderne, qui ainsi se déclare être une nécessité éternelle. Ce n’est que dans le capitalisme que les gens se confrontent en tant que producteurs privés isolés en se rapportant les uns aux autres par le biais de la marchandise, de l’argent et du travail abstrait. Les marchandises et l’argent ne sont pas seulement des moyens techniques pour organiser et faciliter la division sociale du travail. Au contraire, ils créent des contraintes objectives qui dominent la société et rétro-agissent sur les humains comme des contraintes apparemment naturelles. Marx appelle cela le fétichisme de la production marchande.

Une de ces contraintes n’est pas la moindre : la fameuse « croissance obligatoire », qui est vénérée et suivie comme une sorte de dogme religieux dans toute la société. Ce n’est rien d’autre que la manifestation de la dynamique d’accumulation capitaliste dont le seul but est de faire plus d’argent avec de l’argent. Le contenu matériel de la production de richesses est toujours un moyen indifférent pour augmenter la richesse abstraite (exprimée en argent). La destruction écologique qui en résulte devient de plus en plus extrême dans la crise fondamentale en cours du capitalisme. De plus en plus imprudemment, les fondements naturels de la vie sont détruits, afin de maintenir en quelque sorte l’accumulation de capital, même si cela ne fait que retarder l’effondrement économique et social.

La critique radicale de la croissance doit se concentrer sur cette connexion. Une transformation fondamentale de la richesse sociale ne peut être réalisée sans l’abolition de la production de la richesse abstraite (la valeur) et, par conséquent, de la production de marchandises.

D’un autre côté, toutes les idées de réduction de la production marchande et de l’économie de marché à de petits cycles régionaux reviennent à actualiser les contraintes existantes et à les compléter par de nouvelles contraintes moralement sanctionnées. En tout cas, si elles sont concevables dans la pratique, c’est d’une part au mieux, comme une niche de luxe, et d’autre part comme une économie de gestion de la pauvreté dans le processus de crise en cours.

Ils ne représentent donc pas une perspective émancipatrice.

Norbert Trenkle

Extrait de la conférence le 22 juin 2017 à la rencontre Move Utopia à Rahmen.

(Trenkle est co-auteur avec Ernst Lohoff, de La Grande dévalorisation. Pourquoi la spéculation et la dette de l’Etat ne sont pas les causes de la crise, Post-éditions, 2014, ainsi que du “Manifeste contre le travail” du groupe Krisis)