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2018-2019: Ce mouvement des Gilets Jaunes qui rend les rues de France jaunes de monde

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Le jaune est mis…

 

Un an de rues de France jaunes de monde

 

Résistance 71

 

15 novembre 2017

 

17 novembre 2018 – 17 novembre 2019… Mouvement des Gilets Jaunes : Un an de lutte sociale, de présence massive de terrain sur les ronds-points, dans les rues, devant les organes de pouvoir et de propagande de France. La résurgence des Gaulois réfractaires qui n’ont pas oublié qu’en chacun de nous sommeille un communard est enfin arrivée et dure.

Beaucoup a déjà été dit et écrit sur le mouvement des Gilets Jaunes avec la litanie habituelle de bonnes choses et d’inepties. Que pouvons-nous en dire le plus succinctement possible ? 

Le mouvement des Gilets Jaunes est :

  • Unique dans sa longévité
  • Unique dans sa résistance à la cooptation ce qui explique le point #1
  • Unique dans son refus instinctif du moule de communication sociétal
  • Unique dans son rassemblement par delà les scissions politiques induites
  • Unique dans son mode opératoire de communication des ronds-points
  • Unique dans la convergence d’un apolitisme de partis devenu militant
  • Unique dans sa réappropriation de la communication
  • Unique dans sa résilience
  • Unique dans sa capacité d’adaptation

Où est le mouvement à cet instant précis de l’histoire ?

Il nous semble que le mouvement, bien qu’en cours de transformation, se dirige vers toujours plus de dialogue de sourd avec un État et des “pouvoirs publics” autistes et dont les fonctions sont de protéger les privilèges et le système en place. Le fait depuis plusieurs mois, d’accepter l’encadrement et la déclaration / autorisation officielle des manifestations ne fait plus beaucoup avancer les choses et se doit d’être dépassé. On voit certains “leaders” entrer dans divers organes médiatiques, la vigilance est de mise !

Quel avenir ?

Tout dépend en fait des objectifs qu’on se fixe. Ces objectifs ne peuvent être décidés qu’en réunions / assemblées populaires locales. Ce qui a commencé à se faire à l’instigation des Gilets Jaunes de Commercy dans la Meuse très tôt dans le mouvement et a gagné du terrain, surtout dans les provinces. La coordination, pour être efficace, doit dépasser le cadre local et les initiatives des Assemblées des Assemblées ont enclenché un véritable processus de décision populaire et de volonté de reprendre en main l’affaire politique sans passer par des intermédiaires s’avérant toujours corrompus. Ceci doit se généraliser sur l’ensemble du territoire. Que fleurissent les assemblées populaires !

Il est bien entendu que pour la vaste majorité des personnes impliquées, la préoccupation primordiale est les conditions de vie au quotidien. C’est une évidence et personne ne le discutera. Cependant, nous devons comprendre que l’objectif n’est pas et ne doit pas devenir une “amélioration cosmétique” des conditions de notre exploitation et de notre oppression au cours de notre vie quotidienne, mais un changement profond, radical ( étymologiquement: depuis la racine des choses) de la société. Comprendre véritablement notre réalité et œuvrer ensemble pour la transformer positivement dans le sens de l’égalité et de l’harmonie sociale pour toutes et tous.

Pour que ceci se produise, il est indispensable que le plus de personnes comprennent finalement qu’il n’y a pas de solution au sein de ce système marchand étatico-capitaliste, fondé sur la division et la préservation du rapport dominant/dominé induit et en aucun cas inéluctable et qu’ainsi il ne peut pas y avoir de solution au sein du système en place qui, à terme, ne génère que chaos social, exploitation intensifiée, répression de toute dissidence et annihilation de toute volonté de résister afin de préserver coûte que coûte le statu quo oligarchique et son hégémonie culturelle.

Le mouvement des Gilets Jaunes démontre depuis un an que les sans noms, tous autant que nous sommes, avons toujours cette fibre instinctive de la révolte, et ce, à n’en pas douter, à la grande surprise de l’oligarchie et de ses sbires de terrain que sont les politiciens, les médias et autres cerbères futiles, qui nous pensaient anesthésiés dans la ouate chloroformée de la société du spectacle marchand et de sa culture débilitante. Mais que nenni ! La résurgence du peuple s’est activée, il convient maintenant de la transformer en une révolution sociale qui balaiera une fois pour toute les vestiges de cette société mortifère, gérée depuis les burlingues feutrés des cartels industrio-financiers transnationaux.

Notre émancipation finale ne pourra se produire que lorsque nous aurons individuellement et collectivement, par une prise de conscience politique radicale et définitive, compris que nous avons été artificiellement cloitrés dans un carcan politico-social dans sa dimension étatico-capitaliste et que cet état de fait, tout artificiel et construit qu’il est n’est en rien une fatalité et peut parfaitement être déconstruit comme toute création humaine. Pour ce faire, il nous faut lâcher prise des antagonismes, analyser et intégrer toute différence comme une complémentarité qui à terme, en œuvrant ensemble nous unira et nous renforcera. Ceci est la condition sine qua non de notre émancipation combinée avec la mise en place des associations libres gérées localement, régionalement et au niveau de la “nation” révisée dans son concept, par des assemblées populaires seules capables de prendre les décisions pour le bien commun et de les mettre en application par la grâce des membres des associations libres comprenant qu’ils agissent et travaillent non plus de manière aliénée, mais pour la satisfaction de tous.

Le mouvement des Gilets Jaunes a vu émerger publiquement le concept du Referendum d’Initiative Citoyenne ou Populaire (RIC / RIP) qui présente l’intérêt de faire réfléchir les gens collectivement sur des sujets d’ordre politiques et économiques ; son inconvénient étant qu’il soit une revendication demeurant au sein du système étatique qui est au delà de toute réforme et rédemption politique. L’État et les rouages capitalistes du spectacle marchand sont par design des entités construites contre toute velléité de révolution sociale puisque entités de la perpétuation de la division et de l’exploitation du plus grand nombre par le plus petit nombre dans un rapport synthétique dominant / dominé. Néanmoins le concept du RIC / RIP est bon hors de ce contexte, en l’appliquant dans une gestion autonome par assemblées qui pourraient demander l’avis direct du peuple sur des questions référendaires.

Tout ce qui sort du travail de réflexion collectif et qui tend à faire consensus est une bonne chose, mais doit être appliqué en dehors du système existant. Nous devons recréer notre réalité et non pas réformer celle qui a été inventée pour nous et nous laissant pour compte en chemin il y a déjà bien longtemps. 

A cet égard, l’action de grève générale reconduisible du 5 décembre à venir pourrait s’avérer être un tremplin adéquat pour enfoncer les coins des assemblées et conseils ouvriers et des travailleurs afin de faire péter les verrous du carcan social, si ces conseils pouvaient se mettre en place à cette occasion. Toutes les factions de lutte radicale depuis le XIXème siècle ont prôné la grève illimitée et expropriatrice comme arme absolue contre le pouvoir du capital. Ceci a déjà été mis en pratique lors des grandes grèves ouvrières du nord de l’Italie en 1920 sous l’impulsion d’anarchistes comme Errico Malatesta. Ceci s’est reproduit en Espagne 36, et dans la révolution des conseils de Budapest en 1956. Le plus grand mouvement récent en France fut la grève sauvage ilimitée ouvrière de 1968 qui déborda le système et ses garde-chiourmes des syndicats, ce fait constitua le véritable “Mai 68”, le mouvement étudiant ne venant que s’y greffer et le pourrir par infiltration des taupes d’usage. 

N’oublions pas qu’avant la révolution russe d’octobre 1917, il y eut les prémisses de 1905 et la création du premier “soviet” ou conseil ouvrier à St Petersbourg par une majorité d’anarchistes. Quand les révolutionnaires clamaient “Tout le pouvoir aux soviets !” cela voulait dire tout le pouvoir aux conseils ouvriers/populaires, cela voulait dire à terme, la fin du système étatique et la reprise du pouvoir par le peuple qui le rediluerait en lui-même pour de nouveau vivre dans une société contre l’État et organisée de la sorte. Lénine et Trotsky furent envoyés pour casser cet anti-système qui fait tant trembler et à juste titre, l’oligarchie transnationale. Ainsi, ce n’est pas un hasard si nous, à Résistance 71, aidons à clamer “Tout le pouvoir aux ronds-points !” depuis très tôt dans le mouvement des Gilets Jaunes.

C’est dans cette formule imagée bien entendu que réside une bonne partie de la solution.

Le mouvement des Gilets Jaunes a aussi vu l’ouverture de Maisons du Peuple dans plusieurs villes et certains repensent le concept de nos anciens, celui des Bourses du Travail. Tout cela va dans le bon sens et se doit de s’étendre.

Enfin, pour reprendre une expression moderne très prisée, pensons que chaque quartier, chaque voisinage, chaque lieu de travail que nous voulons désaliéné, chaque commune (bientôt libre et librement associée…) sont des ZAD… des Zones A Défendre, parce que nous voulons en faire des zones de vie décente et heureuse, de vie collective riche et pleine où nous viv(r)ons sainement, ensemble, par delà tous les antagonismes et conflits de la société marchande caduque et non pas conserver ces mouroirs sociaux actuels, négateurs de nos êtres dans l’avilissement de l’avoir à tout prix pour le seul profit du plus petit nombre.

Les Zapatistes du Chiapas au Mexique ont mis 10 ans de préparation clandestine entre 1984 et 1994 avant de sortir au grand jour et de mettre en action leur révolution sociale qui existe toujours aujourd’hui plus forte que jamais, 25 ans plus tard. Chaque société est différente mais complémentaire, il ne nous faudra pas 10 ans pour mettre en place une nouvelle société si nous savons utiliser à bon escient analyse et conseils fournis par l’histoire.

Il ne tient qu’à nous de dire NON ! Ensemble.

De réfléchir et d’agir ensemble pour l’émancipation de notre société.

Les entités du pouvoir coercitif de la division que sont l’État et son mode de production dit capitaliste ont fait leur temps, n’ont amené que perversion, chaos, guerres, dévastations, exploitation et oppression en un volume bien plus conséquent que les quelques positrons qui en émergèrent. Ils sont au bout du rouleau, ils ne peuvent plus régner que dans la terreur et le massacre généralisé, ils se meurent… Achevons-les et par là-même, mettons fin à notre misère par notre renaissance sociale.

Le pouvoir, la capacité de décider et d’agir pour le bien de tous, c’est NOUS et personne d’autre qui l’avons. Qu’on se le dise une bonne fois pour s’en convaincre définitivement !

Longue vie aux Gilets jaunes !

A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !

Vive les communes libres émancipées !

Pour que nos Êtres priment sur leur Avoir…

 

Collectif Résistance 71
Novembre 2019

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Autres textes utiles à intégrer notre réalité pour la transformer depuis la racine :

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Il y a 50 ans… Mai 68

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

 

Textes des Gilets Jaunes issus des Assemblées des Assemblées:

AdA_Montceau_les_mines_Proposition_axes_travail

AdA_Marche_Jaune

compte-rendu-complet-2e-ada-stnazaire

AssDesAss-2-Appel-pour-un-acte-national-pour-lannulation-des-peines

AssDesAss-2-Appel-pour-des-assemblées-citoyennes

AssDesAss-2-Appel-pour-une-convergence-écologique

Tract_Gilets_Jaunes

 

Un an de Gilets Jaunes… Réflexion stratégique pour le week-end du 16-17 novembre 2019

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Essai stratégique sur le week-end parisien des 16 et 17 novembre 2019

 

Des Gilets Jaunes parmi tant d’autres

 

Novembre 2019

 

Source: 

https://paris-luttes.info/nouvel-article-no-10749-10749?lang=fr

 

Quelques pistes de réflexion pour le week-end du 16 et 17 novembre : ne pas retomber encore une fois dans l’immobilisme qui a gagné le mouvement des Gilets jaunes depuis plusieurs mois. Comment dépasser les dispositifs de répression massifs qui seront présents ? Propositions et stratégies.

Les arrêtés préfectoraux sont de nouveau à jour depuis le samedi 9 novembre, les interdictions de manifestations seront sûrement renouvelées dans les périmètres de l’Ouest parisien. Nous sommes face à deux problèmes : la mobilisation des forces de répression et ce qui en découle : contrôles « préventifs », nombreuses interpellations, encadrement du cortège… L’autre problème est celui de la jonction des groupes en un véritable cortège.

Le 21 septembre dernier, plusieurs poches de manifestants ont réussi à atteindre les Champs de manière plus ou moins prononcée, sans réussir à se regrouper en une masse importante. La stratégie ultra-agressive de la préfecture ne nous permet plus de rester dans un lieu statique en attendant l’agrégation de petits groupes pour former un véritable cortège. La mobilité permanente des manifestants se traduit de plus en plus par la fuite face à la machine policière ; phénomène accentué par la variabilité du nombre de manifestants dans la rue.

Le samedi 16 novembre sur Paris, si nous voulons arracher petit à petit les quartiers riches aux dominants, nous devrons prendre en considération la forme que prendra l’occupation policière, c’est-à-dire celle d’un espace bunkerisé. Nous ne pouvons pas les déloger en les attaquant de front, mais seulement en les dispersant.

Partons du principe que la nécessité de retrouver les Champs est devenue une logique défensive. Depuis le nouveau préfet et sa tactique « post-16 mars », il ne faut plus chercher à fortifier ou à défendre une base fixe, ne plus attendre d’être encerclés pour riposter. Face au quadrillage des lieux les plus stratégiques, notre technique doit se baser sur le harcèlement, le découragement, la distraction des forces de l’ordre. Depuis, chaque lieu de rendez-vous annoncé se trouve être totalement maîtrisé par les flics : c’est pourquoi un point de rassemblement dans un secteur non centralisateur serait à notre avantage. Nous devons nous élancer à partir de lieux non interdits afin de concentrer un maximum de force. Pour avoir l’avantage, il faut dès le début de la matinée pouvoir, avec le nombre, décrocher les policiers de leurs fonctions de contrôle statique et les amener au plus vite à leur devoir de maintien de l’ordre actif dans les quartiers interdits. Lorsque l’effet de masse prendra, la stratégie n’est que pratique et se développera selon les circonstances.

Développons au maximum des réflexions sur les contournements possibles de l’occupation policière. Réfléchissons à réduire l’implication des voltigeurs, forcer les compagnies de CRS à ne faire que des allers-retours, avoir comme objectif : la désorganisation. Utilisons les départs de feu pour scinder la vague policière, amenons les camions à eau en première ligne pour rendre difficile l’incursion des unités mobiles dans nos rangs. Nous connaîtrons des moments de faiblesse, de panique dus aux armes de la police et à la dispersion des groupes. Il nous faut trouver le moyen de se regrouper malgré les poursuites incessantes de la police. Pour entretenir le flux et le reflux des manifestants, il faudrait selon l’ampleur des manifestations, proposer d’autres secteurs de rassemblements dans le début de soirée. Ce qui nous permettrait d’alimenter notre motivation à tenir la rue, et voir dans la journée de samedi plusieurs phases, plusieurs batailles. Pour ne pas se sentir écrasé et permettre une prolongation de l’effort. La multiplicité des moments que recouvrira cette journée générera le refus de partir. Pour ne pas se sentir essoufflé et sans horizon au fil de la journée !

– Avoir plusieurs étapes dans la journée de samedi.

– Une phase le matin, l’après-midi, le soir. 

– Se donner des moments de répit, pour résister jusqu’à tard.

Encore une semaine pour réenvisager nos tactiques, du moins prendre en compte une diversification de nos modes d’action en fonction des différentes situations. Une semaine pour ramener le plus de monde possible !

Des Gilets jaunes parmi tant d’autres

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Vive la Commune !

Analyse politique: Sur la Commune avec l’Internationale Situationniste (Guy Debord)

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Sur la Commune

 

Guy Debord, Raoul Vaneigem, Attila Kotanyi

Internationale Situationniste, 1962

1

« Il faut reprendre l’étude du mouvement ouvrier classique d’une manière désabusée, et d’abord désabusée quant à ses diverses sortes d’héritiers politiques ou pseudo-théoriques, car ils ne possèdent que l’héritage de son échec. Les succès apparents de ce mouvement sont ses échecs fondamentaux (le réformisme ou l’installation au pouvoir d’une bureaucratie étatique) et ses échecs (la Commune ou la révolte des Asturies) sont jusqu’ici ses succès ouverts, pour nous et pour l’avenir. » (Notes éditoriales d’I.S. 7)

Note de R71: Les initiales I.S veulent dire: Internationale Situationniste, mouvement artistique et politique créé par Debord en 1957. C’est justement en 1962 que l’I.S prend son ampleur politique dans la critique radicale de la société du spectacle marchand, qui culminera en 1967 avec la publication de “La société du spectacle” et la participation des situationnistes à mai 68. L’I.S s’auto-dissoudra en 1972.

2

La Commune a été la plus grande fête du XIXème siècle. On y trouve, à la base, l’impression des insurgés d’être devenus les maîtres de leur propre histoire, non tant au niveau de la déclaration politique « gouvernementale » qu’au niveau de la vie quotidienne dans ce printemps de 1871 (voir le jeu de tous avec les armes ; ce qui veut dire : jouer avec le pouvoir). C’est aussi en ce sens qu’il faut comprendre Marx : »la plus grande mesure sociale de la Commune était sa propre existence en actes ».

3

Le mot de Engels : « Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat » doit être pris au sérieux, comme base pour faire voir ce que n’est pas la dictature du prolétariat en tant que régime politique (les diverses modalités de dictatures sur le prolétariat, en son nom).

4

Tout le monde a su faire de justes critiques des incohérences de la Commune, du défaut manifeste d’un appareil. Mais comme nous pensons aujourd’hui que le problème des appareils politiques est beaucoup plus complexe que ne le prétendent les héritiers abusifs de l’appareil de type bolchevik, il est temps de considérer la Commune non seulement comme un primitivisme révolutionnaire dépassé dont on surmonte toutes les erreurs, mais comme une expérience positive dont on n’a pas encore retrouvé et accompli toutes les vérités.

5

La Commune n’a pas eu de chefs. Ceci dans une période historique où l’idée qu’il fallait en avoir dominait absolument le mouvement ouvrier. Ainsi s’expliquent d’abord ses échecs et succès paradoxaux. Les guides officiels de la Commune sont incompétents (si on prend comme référence le niveau de Marx ou Lénine, et même Blanqui). Mais en revanche les actes « irresponsables » de ce moment sont précisément à revendiquer pour la suite du mouvement révolutionnaire de notre temps (même si les circonstances les ont presque tous bornés au destructif – l’exemple le plus connu est l’insurgé disant au bourgeois suspect qui affirme qu’il n’a jamais fait de politique : « c’est justement pour cela que je te tue »).

6

L’importance vitale de l’armement général du peuple est manifestée, dans la pratique et dans les signes, d’un bout à l’autre du mouvement. Dans l’ensemble on n’a pas abdiqué en faveur de détachements spécialisés le droit d’imposer par la force une volonté commune. La valeur exemplaire de cette autonomie des groupes armés a son revers dans le manque de coordination : le fait de n’avoir à aucun moment, offensif ou défensif, de la lutte contre Versailles porté la force populaire au degré de l’efficacité militaire ; mais il ne faut pas oublier que la révolution espagnole s’est perdue, et finalement la guerre même, au nom d’une telle transformation en « armée républicaine ». On penser que la contradiction entre autonomie et coordination dépendait grandement du degré technologique de l’époque.

7

La Commune représente jusqu’à nous la seule réalisation d’un urbanisme révolutionnaire, s’attaquant sur le terrain aux signes pétrifiés de l’organisation dominante de la vie, reconnaissant l’espace social en termes politiques, ne croyant pas qu’un monument puisse être innocent. Ceux qui ramènent ceci à un nihilisme de lumpenprolétaire, à l’irresponsabilité des pétroleuses, doivent avouer en contrepartie tout ce qu’ils considèrent comme positif, à conserver, dans la société dominante (on verra que c’est presque tout).

« Tout l’espace est déjà occupé par l’ennemi… Le moment d’apparition de l’urbanisme authentique, ce sera de créer, dans certaines zones, le vide de cette occupation. Ce que nous appelons construction commence là. Elle peut se comprendre à l’aide du concept de trou positif forgé par la physique moderne. » (Programme élémentaire d’urbanisme unitaire, I.S. 6)

8

La Commune de Paris a été vaincue moins par la force des armes que par la force de l’habitude. L’exemple pratique le plus scandaleux est le refus de recourir au canon pour s’emparer de la Banque de France alors que l’argent a tant manqué. Durant tout le pouvoir de la Commune, la Banque est restée une enclave versaillaise dans Paris, défendue par quelques fusils et le mythe de la propriété et du vol. Les autres habitudes idéologiques ont été ruineuses à tous propos (la résurrection du jacobinisme, la stratégie défaitiste des barricades en souvenir de 48, etc.).

9

La Commune montre comment les défenseurs du vieux monde bénéficient toujours, sur un point ou sur un autre, de la complicité des révolutionnaires ; et surtout de ceux qui pensent la révolution. C’est sur le point où les révolutionnaires pensent comme eux. Le vieux monde garde ainsi des bases (l’idéologie, le langage, les moeurs, les goûts) dans le développement de ses ennemis, et s’en sert pour regagner le terrain perdu. (Seule lui échappe à jamais la pensée en actes naturelle au prolétariat révolutionnaire : la Cour des Comptes a brûlé). La véritable « cinquième colonne » est dans l’esprit même des révolutionnaires.

10

L’anecdote des incendiaires, aux derniers jours, venus pour détruire Notre-Dame, et qui s’y heurtent au bataillon armé des artistes de la Commune, est riche de sens : elle est un bon exemple de démocratie directe. Elle montre aussi, plus loin, les problèmes encore à résoudre dans la perspective du pouvoir des conseils. Ces artistes unanimes avaient-ils raison de défendre une cathédrale au nom de valeurs esthétiques permanentes, et finalement de l’esprit des musées, alors que d’autres hommes voulaient justement accéder à l’expression ce jour-là, en traduisant par cette démolition leur défi à une société qui, dans la défaite présente, rejetait toute leur vie au néant et au silence ? Les artistes partisans de la Commune, agissant en spécialistes, se trouvaient déjà en conflit avec une manifestation extrémiste de la lutte contre l’aliénation. Il faut reprocher aux hommes de la Commune de n’avoir pas osé répondre à la terreur totalitaire du pouvoir par la totalité de l’emploi de leurs armes. Tout porte à croire qu’on a fait disparaître les poètes qui ont traduit à ce moment la poésie en suspens de la Commune. La masse des actes inaccomplis de la Commune permet que deviennent « atrocités » les actes ébauchés, et que les souvenirs soient censurés. Le mot « ceux qui ont fait les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau » explique aussi le silence de Saint-Just.

11

Les théoriciens qui restituent l’histoire de ce mouvement en se plaçant du point de vue omniscient de Dieu, qui caractérisait le romancier classique, montrent facilement que la Commune était objectivement condamnée, qu’elle n’avait pas de dépassement possible. Il ne faut pas oublier que, pour ceux qui ont vécu l’évènement, le dépassement était là.

12

L’audace et l’invention de la Commune ne se mesurent évidemment pas par rapport à notre époque mais par rapport aux banalités d’alors dans la vie politique, intellectuelle, morale. Par rapport à la solidarité de toutes les banalités parmi lesquelles la Commune a porté le feu. Ainsi, considérant la solidarité des banalités actuelles (de droite et de gauche) on conçoit la mesure de l’invention que nous pouvons attendre d’une explosion égale.

13

La guerre sociale dont la Commune est un moment dure toujours (quoique ses conditions superficielles aient beaucoup changé). Pour le travail de « rendre conscientes les tendances inconscientes de la Commune » (Engels), le dernier mot n’est pas dit.

14

Depuis près de vingt ans, en France, les chrétiens de gauche et les staliniens s’accordent, en souvenir de leur front national anti-allemand, pour mettre l’accent sur ce qu’il y eut dans la Commune de désarroi national, de patriotisme blessé, et pour tout dire de « peuple français demandant par pétition d’être gouverné » (selon la « politique stalinienne » actuelle), et à la fin poussé au désespoir par la carence de la droite bourgeoise apatride. Il suffirait, pour recracher cette eau bénite, d’étudier le rôle des étrangers venus combattre pour la Commune : elle était bien, avant tout, l’inévitable épreuve de force où devait se mener l’action en Europe depuis 1848 de « notre parti », comme disait Marx.

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Lectures complémentaires:

L’essentiel-et-l’indispensable-de-Raoul_Vaneigem

Michel_Bakounine_La_Commune_de_Paris_et_la_notion_detat

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Inevitable_anarchie_Kropotkine

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Gilets Jaunes… 4 textes modernes pour mieux comprendre notre réalité et radicalement en changer…

Posted in actualité, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 2 novembre 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71 

 

2 novembre 2019

 

4 textes modernes pour mieux comprendre et agir sur notre réalité:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés (Résistance 71)

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie (Résistance 71)

Ces textes d’analyse radicale (allant à la racine profonde des choses et de toute l’affaire politico-économique de la société humaine) transcendent toutes les guéguerres de clochers et antagonismes induites et entretenues par cette misère de la philosophie inhérente à la société de la dictature marchande, pour qui la division sur toute ligne possible est une condition sine qua non de sa survie.
Ces textes se placent résolument, par leurs conclusions d’analyse et indépendamment du cheminement de pensée emprunté, sur la voie de l’harmonie dans la complémentarité et cette convergence vers une réalité objective qu’il nous incombe à toutes et tous d’intégrer pour que nous mettions en place la société organique de notre être véritable, c’est à dire finalement de devenir ce que nous sommes, réellement par-delà tous les antagonismes des conflits de la fatuité et ineptie marchandes contre-natures.

Pour ce faire, à bas l’État, à bas la marchandise, à bas l’argent, à bas le salariat !
Vive l’être générique triomphant de l’avoir pathologique et mortifère dans la communion des associations de communes libres !
A lire, relire et diffuser sans aucune modération !

 

Changement radical et nécessaire de paradigme : petite discussion sur l’anarchie avec Federica Montseny

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 28 octobre 2019 by Résistance 71

Quelques bons points développés ici par Federica Montseny*, qui nous donnent l’opportunité de montrer une fois de plus qu’il ne faut pas scinder une pensée, qu’il faut la voir dans son évolution progressive et intégrer chaque nouvel élément à ce qui précède. Il n’y a pas de “conflit” entre la pensée anarchiste du XIXème siècle et celle des penseurs et acteurs modernes, il n’y a qu’une continuité pour arriver à une conclusion finale qui est des plus similaires.

Il en va de même avec la pensée marxienne (et non pas marxiste de parti, qui n’existe que dans la division, le catéchisme et la dichotomie…), qui, au bout du chemin de la pensée et de la pratique, se réconcilie avec la pensée anarchiste pour énoncer la mise à bas de l’État, de ses institutions, de la marchandise, de l’argent et du salariat, dans un grand lâcher prise de toute l’illusion démocratique de la dictature de la marchandise écrasant tout sur son passage ; chosifiant tout pour l’assujettir dans un grand maelström menant à la destruction de l’humanité, qui n’est fort heureusement pas inéluctable pourvu que nous comprenions le sens réel et profond de l’histoire pour l’intégrer dans notre changement d’attitude radical envers le paradigme mortifère étatico-capitaliste en fin de parcours…

Voici un texte illustrant parfaitement ce propos.

~ Résistance 71 ~

 

 

Discussion sur l’anarchie

 

Federica Montseny*

 

Extrait des actes de la conférence: “Les anarchistes et l’Anarchie dans le monde contemporain” du 5 décembre 1969

Je rends hommage à la bonne volonté du Professeur Valiani et à l’effort méritoire qu’il a fait pour exposer les grandes lignes de la pensée anarchiste. Mais je dois dire qu’à mon avis il n’est pas allé au-delà de ce qu’on pourrait qualifier d’anarchisme du XIXe siécle, réduisant singuliérement les perspectives de l’anarchisme dans son ensemble. En parlant des anarchistes espagnols, par exemple, il ne cite que des hommes du XIXe siècle. Ses références à tout ce qu’a produit la pensée anarchiste espagnole, sont pratiquement inexistantes.

Contre l’avis de plusieurs historiens et de certains penseurs s’intéressant aux problèmes de l’anarchisme, j’affirme que ce mouvement ne c’est pas arrêté ni à la pensée de Proudhon, ni à celle de Bakounine, ni à celle de Kropotkine, ni même à la pensée de Malatesta, le plus proche de nous. L’anarchisme, aujourd’hui, n’est pas seulement une pensée philosophique, mais un mouvement politique et social qui dépasse largement cette conception artisanale de la société qu’on veut bien lui attribuer – communisme des premiers chrétiens, Guildes de Moyen Age, idéalisme bucolique à la Rousseau – L’anarchisme n’est pas une utopie fossilisée dans la conception mutualiste de Proudhon, de Bakounine, dans le communisme humaniste de l’Ethique et l’entraide de Kropotkine, son ‟ prenez dans le tas ” et sa croyance dans la bonté de l’homme, idées que nous trouvons déjà chez Rousseau. L’anarchisme est un mouvement en évolution continuelle et qui a, aujourd’hui comme hier, la faculté d’évoluer, de s’intégrer dans la marche de l’humanité, de reconnaître et d’accepter tous les faits nouveaux. Il y a donc, à mon avis, une erreur fondamentale lorsqu’on circonscrit l’anarchisme aux affirmations de ses premiers théoriciens.

Les anarchistes espagnols – je parle d’eux parce que ce sont eux que je connais les mieux – ont été constamment habités par l’idée de faire une révolution transformant la société actuelle et instaurant une nouvelle société, tout en tenant compte du progrès scientifique et technologique et des réalités économiques.

A plusieurs reprises, dans tous les congrès célébrés en Espagne, en dehors d’Espagne et dans le dernier Congrès anarchiste de Carrara, en 1968, nous avons eu soin de toujours apporter des projets d’organisation d’une nouvelle société, justement parce que nous avions pris conscience des réalités actuelle : pas des rêves et autre chose que des théories. Je veux insister sur ceci, parce que je sais que l’on admet généralement que cet anarchisme ‟ romantique ” et ‟ généreux ”, réduit à une affirmation de liberté, a plus ou moins inspiré différents mouvements internationaux, mais qu’il reste une pure aspiration, un mouvement de la pensée, coupé de l’évolution sociale, politique, scientifique, économique, du monde d’aujourd’hui.

Je tiens à dire que la révolution espagnole de 1936, dans un pays qui n’est pas évidemment le plus avancé de l’Europe, mais dans une contrée qui est la plus évoluée de l’Espagne, la Catalogne, a démontré par les faits que les anarchistes ne rêvent pas et qu’ils sont capables d’organiser la gestion de la production et la distribution et de prendre demain, en somme, l’organisation de la société.

Il y a une constante, il est vrai, dans l’idéologie anarchiste : c’est la destruction de l’Etat, non par une position philosophique, mais parce que nous sommes arrivés à la conclusion que l’Etat, tant qu’il existera, sera toujours l’origine et la cause de l’autorité et de tous les privilèges, injustices et inégalités que cette autorité implique.

Nous avons vécu l’expérience de la révolution russe. L’Etat a pris le nom de socialiste, de communiste, de révolutionnaire, mais il a été tout aussi oppresseur que l’Etat du passé et il a crée à nouveaux les organes et les besoins inhérents à tout Etat. Nous fondons notre idéologie sur la destruction de l’Etat, mais la destruction de l’Etat ne signifie ni chaos ni ‟ anarchie ”, dans le sens péjoratif du mot, non dans le sens éthymologique du terme. Nous voulons détruire l’Etat parce que nous croyons qu’il est à l’origine de tous les maux de l’humanité, et nous voulons le substituer par l’administration des choses, de l’homme jusqu’à la Commune et à la Confédération des Communes ; du producteur jusqu’au syndicat et à la Confédération des syndicats, pour parvenir enfin à la Confédération des peuples. C’est à dire, que nous avons cherché, et peut-être trouvé, un moyen d’utiliser les mêmes organismes que les travailleurs en révolte contre le capitalisme ont crée dans cette société, pour organiser la première période de la révolution, en substituant l’Etat et ses organismes par des Conseils élus directement par les producteurs et représentant toute la gamme des activités économiques et sociales. Conseils qui n’auront aucune faculté directive et qui seront constamment révocables et renouvables.

Plusieurs théoriciens, écrivains, militants syndicalistes, anarcho-syndicalistes, l’ont défini : on l’oublie et on ne lit probablement pas les théoriciens comme Malatesta ou Besnard qui dégagèrent des idées très réalistes sur l’organisation de la société nouvelle. Ou oublie tout ce que l’anarchisme a apporté de constructif, devenant chaque jour plus actuel, pour évoquer uniquement le vieil anarchisme ‟ romantique ” et ‟ généreux ” de tous les premiers théoriciens.

(*) Federica Montseny née à Madrid en 1905, décédée à Toulouse en 1994, anarchiste espagnole, ministre de la santé durant la révolution sociale espagnole de 1936 ; essayiste, chroniqueuse pour les journaux anarchistes Solidaridad Obrera (Solidarité Ouvrière) et Tierra y Libertad (Terre et Liberté). Membre de la Confederacion Nacional del Trabajo (CNT), rejoint la Federacion Anarquista Iberica (FAI) en 1927, grande oratrice et première femme “ministre” d’Europe Occidentale.
(Résistance 71)

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Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

 

Entretien avec un prisonnier politique anarchiste d’une commune en lutte d’Oaxaca Mexique…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 17 octobre 2019 by Résistance 71


… l’autre lutte autonome

 

Entretien avec Miguel Peralta, prisonnier anarchiste d’Eloxochitlan de Flores Magon, Oaxaca, Mexique

 

Miguel Peralta

 

15 octobre 2019

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Miguel-Peralta-prisonnier-anarchiste-d-Eloxochitlan-de-Flores

 

Histoire des luttes de son village, assemblée communautaire, infiltration des partis politiques, répression, solidarité internationale, liens entre mouvement libertaire et mouvement indigène au Mexique…

Dans cet entretien réalisé au printemps 2018 par Voices in Movement pour le média anarchiste américain It’s going down, Miguel Peralta revient sur la longue histoire collective qui l’a conduit, à trente-quatre ans, à se retrouver sous la menace d’une peine de cinquante ans de prison.

Après quatre ans, cinq mois et quinze jours d’enfermement, Miguel a été libéré le 15 novembre 2019 à la suite d’une longue grève de la faim appuyée par le Groupe de solidarité pour la liberté de Miguel Peralta au Mexique et un mouvement de solidarité internationale.

En France, la solidarité avec Miguel est organisée par le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL), qui a diffusé cet entretien et les informations sur sa situation. Pour tout message, aide financière, événement de soutien… contacter le CSPCL : cspcl(at)samizdat.net

Voices in Movement : Hola, bonne après-midi ou bonne nuit à toutes et tous, nous sommes ici avec notre compañero Miguel, prisonnier politique d’Oaxaca, au Mexique, et on va un peu parler avec lui de sa procédure judiciaire, de sa vision des différentes luttes à Oaxaca et au Mexique, de la relation entre les mouvements anarchistes et autochtones, et aussi au final des différentes choses en lien avec la solidarité internationale dans ces cas-là, et des formes possibles par lesquels on pourrait l’aider dans son procès judiciaire.

Salut Miguel, merci d’être avec nous !

Miguel : Comment va ? Bonne nuit, ou bonjour à tous les compas qui nous écoutent.

Ok on va commencer, est-ce que tu peux nous parler un peu de toi, de qui tu es, d’où tu viens, où tu te trouves actuellement et n’importe quelle autre chose que tu aimerais partager avec les compas qui écoutent cette émission ?

Ok bon, mon nom complet c’est Miguel Ángel Peralta Betanzos, je fais partie de la communauté d’Eloxochitlán de Flores Magón, qui fait elle-même partie du groupe autochtone mazatèque, et qui se situe au nord-est de l’État d’Oaxaca. Dans ma communauté et dans la région mazatèque nous parlons la langue mazatèque.

J’ai étudié un peu d’anthropologie, depuis petit j’ai toujours aimé être entouré d’amis, tant des compas d’autres endroits du monde que de mon propre village. Connaître son territoire, arpenter un peu la communauté et ses sentiers… J’aime bien la musique, différents types de sons et… la bouffe, la gastronomie de ma communauté et des autres endroits, j’aime beaucoup lire aussi, faire du sport, jouer, faire du basket, un peu de foot, nager, aller à la rivière, sentir et marcher sous la pluie, marcher pieds nus dans la boue, depuis petit. J’aime les fêtes traditionnelles de mon village, la fête des morts qui est le moment où on peut le plus célébrer et partager la communalité [1], la communalité avec nos compas et nos proches sur notre terre. J’aime me souvenir de nos morts aussi, mes grands-parents, mes oncles qui ont été vivants et qui nous ont laissé leur empreinte dans notre conscience.

Je suis membre de l’assemblée communautaire, qui est l’entité où se développent différentes activités collectives comme le tequio ou la faena [2] , qui font partie du travail ou de l’entraide qui se vivent au quotidien dans la communauté. On a aussi participé à différentes luttes, que ce soit au sein de la communauté mais aussi en dehors comme en 2006, où on a participé aux révoltes d’Oaxaca.

Tu peux mentionner quelques antécédents de la lutte dans ton village, Eloxochitlán de Flores Magón ?

Lors du boom de la culture du café, dans les années 1970, 1980, 1990, il y a eu une augmentation du caciquisme, du despotisme. La figure du cacique, c’est la personne qui arrivait à s’imposer grâce à son pouvoir et grâce à l’argent, et qui s’appuyait aussi sur des gens armés. Il décidait en gros de la destinée de la communauté, c’est lui aussi qui répartissait les charges collectives ou les charges municipales. Eh bon face à cela, au travers des instituteurs démocratiques et des paysans conscients, il y a eu une lutte contre le caciquisme qui a démarré durant ces décennies-là eh bon, durant les années 1990, en 1996, il y a eu un congrès indigène qui a eu lieu dans la communauté d’Eloxochitlán.

Les thèmes qui y avaient été développés concernaient l’identité et l’autonomie. C’était le moment de la lutte zapatiste, qui avait détonné en 1994, et en 1996 il y a eu ce congrès dans la communauté d’Eloxochitlán. À ce congrès il y a eu différents villages des alentours qui ont partagé leurs expériences de lutte. En 1997, il y a eu tout un cycle d’activités qui a démarré avec une marche-randonnée du village jusqu’à la ville de Mexico, qui a duré à peu près cinq jours et à laquelle ont participé quelque chose comme quatre cents personnes, cela pour rendre hommage à la mort de Ricardo Flores Magón [3] qui a été assassiné dans une prison des États-Unis, et pour lancer ce qu’ils ont appelé l’année citoyenne Ricardo Flores Magón, eh bon durant toute cette année-là il y a eu des discussions sur les questions de genre, sur le féminisme, sur la paramilitarisation et sur l’autodéfense évidemment, et il y a eu des concerts de rock et de punk dans la communauté, de musique traditionnelle mazatèque aussi. Il y a eu aussi des ateliers de médecine traditionnelle, des projections de films, et aussi des ateliers sur la terre, les cultures et les semences transgéniques. Ça, c’était en 1997.

Et en 2001, il y a une radio communautaire qui a été mise en place qui servait un peu de pont dans la lutte pour l’autodétermination, en plus d’un fanzine qui s’appelait La Voz de N’guixó [4], et ça servait pour renforcer la conscience sur la défense des ressources naturelles et ça a aussi permis de lutter contre les partis politiques. Après, il y a eu la création d’un conseil, qu’ils ont appelé le conseil indigène, eh bon, je crois que c’est ça un peu les antécédents qui ont été à l’origine d’une partie de la lutte que nous avons menée contre les partis politiques, et aussi pour la défense du territoire.

Et donc maintenant que nous entrons un peu plus dans le vif du sujet, tu peux nous expliquer un peu comment se passe la politique dans les villages d’Oaxaca, et en particulier le système des us et coutumes ?

Dans l’État d’Oaxaca, il y a approximativement plus de cinq cents municipalités, la majorité autochtones et qui sont réparties en huit régions. C’est très caractéristique d’Oaxaca cette question, parce que la majorité des gens parlent une langue autochtone, mais aussi parce que depuis très longtemps ces municipalités sont régies par un système qui s’appelle us et coutumes, plus de la moitié sont régies par ce système dont le nom a été modifié il y a tout juste quelques années de cela, il y a cinq ans, pour le remplacer par celui de système normatif interne, qui veut dire qu’on suppose que les municipalités ont leur propre autonomie dans laquelle elles se régissent par ce système, et où elles élisent leurs autorités, tant leurs autorités municipales que toutes les charges qui sont liées à cette organisation politique.

Mais c’est de cette manière aussi que l’État a une forme d’ingérence à Oaxaca, parce que, au final bon ok,  les municipalités sont régies par les us et coutumes, les élections se font par une assemblée et c’est en assemblée que sont pris les accords pour élire leurs autorités, mais quand elles élisent leur représentant ou leurs différents représentants, elles envoient leurs documents au bureau du « Système normatif interne », et c’est là qu’ils avalisent pour de bon les représentants. Mais la voix et la parole de ces représentants est importante, et elle se donne durant l’assemblée communautaire, durant les assemblées communautaires des municipalités.

Ok, continuons avec le panorama historique de lutte et d’organisation de ton village.

Après, durant la décennie des années 2000, notre communauté était supposée être régie par les us et coutumes, et ne pas se retrouver avec des partis politiques. Mais aux alentours de 2006, après le soulèvement d’Oaxaca, il s’est formé une sorte de tendance au sein de la communauté visant à y introduire les partis politiques, mais cette fois de manière visible, à visage découvert, à la « gueule du chien », comme on dit ici. Et donc est entré le PRI, qui a de fait beaucoup de gens sous sa coupe, mais aussi le PAN, et le PRD, bien évidemment [5]. Mais d’autres partis sont aussi entrés, comme Convergencia il me semble ; tout cela s’est passé entre 2009 et 2011, et en 2011 les élections ont été menées comme si elles avaient lieu avec des partis politiques.

Une personne qui se nomme Manuel Zepeda Cortés débute alors sa campagne électorale, une chose que l’on n’avait jamais vu jusqu’alors au sein de la communauté : qu’une personne fasse du prosélytisme et qu’en plus elle distribue de l’argent pour que les gens votent pour lui ! Car bon, jusque-là les élections dans la communauté, elles étaient appelées en soufflant dans une conque, une date était fixée, et les personnes se rendaient au centre du village pour pouvoir élire leurs autorités traditionnelles.

Mais cette fois-là, cela ne s’est pas déroulé comme cela, ça s’est divisé en deux, et cette personne a demandé qu’on lui apporte ses tee-shirts orange, et il les a fait revêtir aux personnes de son groupe. Et c’est là que ça a commencé, cette tendance des partis, et qu’a commencé la lutte contre les partis politiques, mais d’une manière très directe, très frontale, parce qu’on n’a pas permis que cette personne arrive et s’empare du palais municipal en 2011, et ce qu’il a fait alors, c’est d’appeler la police de l’État d’Oaxaca, et de fait, l’armée entre dans notre communauté en février 2011 sous le prétexte de chercher des armes et de la drogue, mais on sait bien que cela ils l’ont fait pour lui, car ils ont ouvert le palais municipal pour cette personne.

Et c’est comme ça qu’il y a eu des affrontements durant tout son triennat, et de fait le mandat de cette personne était en partie illégal, parce que le tribunal a mis en cause cette élection car la communauté n’était pas d’accord pour que cette personne gouverne, et il l’a fait de manière dictatoriale en utilisant les moyens policiers et la répression sous ses différentes formes, à tel point que la peur a commencé à s’installer à l’intérieur de la communauté du fait des personnes armées qu’il a amenées. De fait, il a formé un groupe paramilitaire au sein de la communauté afin de s’en prendre aux personnes qui étaient contre lui.

Une autre chose que cette personne a faite, c’est d’exproprier l’eau du village pour ses bassins, et d’acheter des terrains pour en extraire de la pierre et du sable ; parce que cette personne avait une broyeuse et se chargeait de vendre ce matériau à quelques entreprises dédiées à la construction de routes ou de bâtiments ; et il y a eu beaucoup de gens qui n’étaient pas d’accord avec cette situation et qui ont commencé à protester, parce qu’il s’appropriait de l’eau des autres ; mais à ce moment-là, il avait déjà un groupe paramilitaire et il avait déjà la police de l’État de son côté ainsi que l’armée, et il les appelait chaque fois qu’il se passait quelque chose.

Ensuite, en 2012 ils arrêtent le compañero Pedro Peralta et ils le torturent, et ils l’incarcèrent trois ans dans la prison de Cuicatlán, et une lutte démarre pour la liberté des prisonniers politiques. Ils incarcèrent aussi le compañero Jaime Betanzos et le compañero Alfredo Bolaños à cette époque. Après il y a cette lutte qui commence contre les partis politiques, et la communauté commence à s’unifier ; et en 2014 on retourne à une élection plus collective, plus traditionnelle, où les groupes ont pu se mettre d’accord et élire leurs autorités.

Mais ça, ça n’a pas duré longtemps, à peu près huit mois, car ensuite il y a eu l’attaque des autorités communautaires, car durant le triennat révolu de ce monsieur, qui s’est passé de manière dictatoriale, il y a eu du vol, de l’enrichissement illicite. Il a volé tout l’argent de la communauté et il a commencé à se construire d’autres trucs, à s’acheter des voitures, des terrains et bien d’autres choses, des comptes bancaires à l’étranger et ces choses que vous saurez par le futur ; et la cour des comptes supérieure de l’État d’Oaxaca, qui est l’institution en charge de l’argent des villages, a requis en 2014 au président municipal du village, qui était alors Alfredo Bolaños, qu’il convoque ce monsieur Manuel Zepeda afin qu’il procède aux justifications concernant les 21 millions de pesos de dépenses qu’il restait à justifier, et c’est cela qui a abouti au conflit dans lequel nous nous trouvons maintenant, qui s’est transformé en un affrontement en 2014.

Prétextant ne pas avoir à rendre de comptes, celui-ci a occupé le palais municipal et c’est alors qu’a commencé l’escalade de la violence. Et le peuple s’est organisé pour défendre ses droits collectifs, et c’est pour cela que nous sommes incarcérés aujourd’hui.

Le 17 novembre 2014, après que la cour des comptes supérieure de l’État d’Oaxaca a fait citer Manuel Zepeda Cortés à comparaître, celui-ci se refuse à le faire et le même jour, aux alentours de midi, il occupe avec environ quatre-vingts personnes le palais municipal et séquestre les autorités communautaires ; il les maintient séquestrées pendant environ huit heures, et les gens commencent à s’organiser pour aller libérer ces personnes enfermées dans le palais municipal, mais eux les avait frappées, et ils ont fait signer au président municipal un acte par lequel il renonçait à sa charge élective, chose qui ne pouvait avoir lieu car la communauté l’avait élu, à moins que ce document n’ait été émis par le Congrès de l’État d’Oaxaca. Mais après cela une ambiance hostile s’est déposée sur la communauté, une ambiance de violence sourde prête à éclater, car le groupe de cette personne n’arrêtait pas de patrouiller, ils circulaient armés dans la communauté, insinuant la peur.

Le 14 décembre, une assemblée est convoquée dans la communauté d’Eloxochitlán pour élire un représentant communautaire, l’alcalde municipal, qui est la personne chargée de délimiter le territoire. Ce doit être une personne adulte, qui connaît les terres de la communauté, pour que puisse être vendus les terrains si certaines personnes veulent les vendre ou les céder, ainsi que pour surveiller les espaces communs du village et du territoire. Ce jour-là, l’assemblée communautaire se rassemble au centre du village, et c’est là qu’un affrontement éclate, car les gens de ce monsieur Manuel Zepeda Cortés appellent aussi à cette assemblée, mais eux convoquent pour l’agresser, pour lancer l’agression contre les compañeros de l’assemblée communautaire. Moi je me trouvais alors à Mexico, car j’avais été mandaté pour acheter des jouets pour les enfants qui allaient être offerts le 6 janvier suivant, le 6 janvier 2015 (on était encore en 2014) [6]. Et c’est là que j’apprends qu’un affrontement avait éclaté. Tout d’abord, à 11 heures du matin, les compañeros montent jusqu’au centre du village en faisant une petite manifestation jusqu’au palais municipal, où doit être célébrée l’assemblée, et là ils sont reçus par des tirs d’armes à feu. L’affrontement commence, et certains se retrouvent blessés par balle.


Oaxaca… Guerre sociale, mort à l’État

Il y a ensuite un second épisode, cette fois dans la maison de ce monsieur Manuel Zepeda Cortés, et là ils arrêtent une personne, qui se nomme Manuel Zepeda Lagunas — le fils —, qu’ils arrêtent en possession d’une arme à feu, et ils l’emmènent à Huautla, parce que c’est là que se trouve un commissariat. L’autorité municipale — les représentants communautaires — les emmènent là-bas, au commissariat de Huautla, et ils le livrent à la police de l’État d’Oaxaca. Après que cette agression a eu lieu, dans la communauté l’ambiance est tendue, parce que personne ne sait exactement ce qui s’est passé à partir de là. Là-bas, une fois que cette personne est livrée au commissariat, il y a d’autres compañeros qui emmènent à l’hôpital nos compas qui ont été blessés, certains par des tirs dans la nuque, la tête, les mains. Ils les emmènent à l’hôpital pour qu’ils soient pris en charge, mais à partir de 8 heures du soir, [les flics] commencent arrêter les compañeros, et notamment celui qui était chargé de la présidence municipale, Alfredo Bolaños Pacheco, ainsi que les policiers de village qui l’accompagnaient et qui avaient amené [au commissariat] cette personne qu’ils avaient arrêtée.

Après cela, le compañero Jaime Betanzos est aussi arrêté, alors qu’il se trouvait en train d’attendre un transport pour revenir à notre communauté. Il est détenu par des agents de la police ministérielle à Huautla, au carrefour à côté de Banco Azteca, et ils l’emmènent à la ville d’Oaxaca ; sept autres compañeros sont eux aussi emmenés avec lui, tous accusés du délit d’homicide, alors qu’ils ont apporté cette personne en vie. À partir de ce moment commence la chasse contre les membres de l’assemblée ; beaucoup de gens sont obligés de fuir de la communauté, beaucoup de gens s’en vont, par peur de la répression. De fait, la police de l’État d’Oaxaca monte une unité spéciale ; la police fédérale arrive elle aussi le 15 décembre, et à ce moment sur place, on ne respire que la peur.

À partir de là, l’assemblée commence à se séparer, à se désagréger, eh bon, la lutte pour les prisonniers a été très diverse, très vague disons, très séparée au niveau de l’organisation pour cette raison même, de par la peur qui a été semée et qu’ils ont réussi à semer également au travers des médias : au travers de la police et de la répression, mais aussi au travers de l’apathie et du déplacement forcé, car beaucoup de familles se sont déplacées vers d’autres villes et d’autres communautés. Des familles entières ont dû se déplacer, et c’est la raison pour laquelle cela n’a pas été possible de revenir et de s’organiser, car beaucoup vivent dans la peur, et ils nous disent seulement cela, que celui qui s’organise va finir en prison, et c’est là que se trouve le compliqué de la situation. La peur part de là, on mentionne la prison et ils ont peur de finir ici, en prison. C’est toujours un peu compliqué d’avoir un proche enfermé, parce que c’est des frais, pour plein de raisons très différentes, et parce que, au final, c’est très difficile d’arriver à se réorganiser. Il y a beaucoup de compañeros qui parfois cherchent à résoudre la question de l’harmonie et de la communauté, mais la communauté de leur famille, eh bon, du coup ils ne cherchent pas à partager ce qui a trait au communautaire, à la lutte.

Cela, c’est ce qui s’est passé dans notre communauté : qu’il y a énormément de peur qui a été semée au travers des médias et de la répression, et que cela, ça a fait que nous n’avons pas pu avancer dans la lutte pour notre liberté à nous, les compañeros qui sommes emprisonnés, et au-delà pour la liberté et pour l’autodétermination de notre village, pour recommencer à nous organiser contre cette imposition qui existe et qui continue à semer la peur au travers de ces personnes qui se font passer pour des défenseurs des droits humains et qui demandent des mesures de protection pour elles-mêmes, et que le gouvernement leur accorde cette « couverture » afin de continuer à gouverner au travers de la répression.

C’est là qu’on en est aujourd’hui. On tente de se réorganiser, au moins pour qu’on soit libérés, au travers des différentes formes de lutte que nous avons à l’intérieur de la prison, c’est-à-dire tant depuis le travail qu’on y fait [des sacs et des hamacs vendus en solidarité, NdT], que des jeûnes ou des grèves de la faim qu’on mène depuis l’enfermement/isolement.

Bien. Tu veux nous raconter les détails de ton arrestation ?

Eh bien… Bon, moi on m’a arrêté le 30 avril 2015, alors que je travaillais à Mexico dans le quartier de Tepito. Des personnes vêtues en civil, sans identification, sont entrées dans le local où je travaillais avec mon frère. Ils ont commencé à nous agresser, sans jamais s’identifier. Ils n’avaient pas d’ordre d’arrestation et on a résisté un moment à la détention. Mais il y a de plus en plus de flics qui sont arrivés et ils ont réussi à nous sortir sous la menace de leur flingue et sous la lacrymo. Ils m’ont emmené à la Procuraduria [équivalent du parquet du juge d’instruction, NdT] de la capitale dans une voiture banalisée et après ils m’ont fait la révision médicale, ils m’ont mis face à un journaliste, ils m’ont pris quelques photos très générales. Ensuite ils m’ont confié à la police ministérielle d’Oaxaca et ces policiers m’ont emmené à une taule qui s’appelle « Tlaxiaco », qui se trouve dans la région mixteca d’Oaxaca, à environ 400 à 500 kilomètres de ma communauté. C’est ça, le panorama de mon arrestation.

Et où tu te trouves aujourd’hui ?

Aujourd’hui… ! Bon, en fait à Tlaxiaco je ne suis resté qu’un mois, parce qu’on a sollicité avec mes avocats mon transfert à une prison plus rapprochée de ma communauté, ce qui est dans mes droits. Du coup je suis maintenant dans un endroit qui s’appelle San Juan Bautista Cuicatlán, qui se trouve dans la région de la cañada d’Oaxaca, à quatre heures de ma communauté. C’est là que je me trouve. J’ai passé à peu près deux ans et huit mois dans cet enfermement [NdT : aujourd’hui plus de quatre ans et demi].

Et ton dossier judiciaire, il en est où aujourd’hui ?

Eh bien on est dans une procédure irrégulière, il n’y a pas eu de procédure normale et conforme au droit, vu que tout le dossier est une construction politique. De fait, en ce moment nous sommes sept prisonniers de ma communauté, certains sont dans la prison d’Ixcotel (centre d’Oaxaca), un autre compañero se trouve enfermé à Etla, et moi je suis ici à Cuicatlán. À chaque fois les audiences ont été différées. On a sollicité par exemple des interrogatoires, et les personnes offensées ou bien celles qui nous accusent ont tardé énormément pour se présenter. De fait, il manque toujours les déclarations de deux personnes, et bien que plus de deux ans se soient écoulés, elles ne sont jamais venues déclarer. Il n’y a que les policiers de l’État d’Oaxaca et les flics ministériaux qui l’ont fait car c’est dans leur obligation, et nous nous avons insisté énormément pour qu’ils aillent remettre leur compte-rendu. Et par exemple moi, cela fait plus de deux ans que j’ai fait un recours, et ce n’est qu’en décembre dernier qu’est sortie la résolution du tribunal à ce sujet, pour me le nier. Au sujet de la procédure au tribunal mixte de Huautla, ils ont laissé couler. Il n’y a pas de justice impartiale, ils ont été payés. Les juges ont été remplacés plein de fois durant notre procédure, et ils n’ont fait aucun cas de nos demandes, qui sont des questions de droit et des questions légales, là où je pense que, s’il y avait de la justice et de l’impartialité, on devrait être libres, parce qu’il n’y a aucun signalement direct déterminant la conduction du prétendu crime que nous aurions commis, ou du délit qu’on nous impute.


Oaxaca… Vive la Commune, vive l’insurrection

Bon, Miguel, tu nous as parlé de la lutte de ton village et de ton cas judiciaire, mais pour les gens d’ailleurs, tu peux nous faire un panorama plus large des luttes sociales au Mexique ? Où est-ce que tu vois les exemples de lutte qui t’inspirent, et qu’est-ce que tu penses être les nécessités de cette diversité des luttes du Mexique… Et une chose qui m’intéresse plus, si tu peux donner ton avis : toi tu es d’un village indigène de la Sierra mazateca d’Oaxaca, mais tu es aussi influencé par des réflexions et des pratiques libertaires et anarchistes. Tu pourrais partager avec nous comment tu vois cette relation entre les mouvements et les courants de lutte anarchistes et les mouvements et les luttes indigènes ?

Je crois que la lutte ou les luttes sociales au Mexique sont très diverses, il existe une infinité de mouvements, tant des mouvements urbains qui sont dans la défense ou l’autodéfense de leur propre territoire, ou dans l’organisation pour s’approprier des espaces publics, comme dans les assemblées des quartiers de la ville de Mexico, par exemple en ce moment. Suite au tremblement de terre[6], il y a beaucoup de gens qui sont en train de se réorganiser pour avoir un toit et pouvoir lutter aussi contre les mégaprojets. Et c’est sans parler des luttes de la campagne, du mouvement indigène en soi et des mouvements qui se trouvent hors des villes, qui sont dans la lutte contre le même monstre qui est le capitalisme et contre les mégaprojets. Le problème des exploitations minières notamment, cela englobe toute la question des ressources naturelles, parce que l’eau se trouve au centre. Et même jusqu’aux plantes médicinales, que certaines entreprises étrangères (japonaises, américaines, canadiennes, espagnoles et françaises) tentent de monopoliser ou de breveter pour les commercialiser et vendre le médicament, et nous rendre dépendants de leurs médecines et qu’on consomme cela, alors qu’on sait bien qu’il existe une médecine traditionnelle des peuples.

Il y a des luttes pour le territoire, pour l’autodétermination et pour l’autonomie, et il y a beaucoup de différences de fait dans le mouvement indigène, parce que certains sont dans la question du refus de l’intromission des partis politiques, quand d’autres sont dans la lutte pour la défense du territoire, sans être pleinement conscients que les partis politiques sont fourrés là-dedans, et d’autres qui sont dans la question de l’autonomie en soi, sans avoir aucune ingérence avec l’État.

Et donc sur quelques questions, par exemple comme ce que tu me demandes sur la relation qui existerait entre mouvements indigènes et mouvements libertaires ou anarchistes, je crois qu’ils partagent certains principes basiques au sein de la réflexion libertaire et il y a quelques penseurs libertaires qui ont influencé aussi la luttes des villages et des peuples, comme par exemple sur la question de l’autogestion, de l’autonomie, de la défense du territoire, de l’expropriation aussi de ses ressources et de ses espaces, de l’autodétermination, et toutes ses luttes se conjuguent contre un même monstre, qui est le capitalisme depuis ses débuts.

Il y a aussi des ruptures au sein des luttes ; il y a une rupture très forte au sujet de la question électorale au Mexique. Il y a des mouvements ou une partie du mouvement indigène qui cheminent vers la question électorale, qu’ils ont appelé le « bon gouvernement », et il y a une autre partie du mouvement indigène qui n’est pas dans cette situation-là, qui continue à défendre la question de l’autonomie sans avoir aucune visée vers la question électorale ou de prendre le pouvoir national, eh bon, chacun mène la lutte depuis chez lui et depuis ses espaces. Je crois qu’il existe quelques mouvements et quelques communautés qui ont leurs propres formes communautaires de défense, et je crois que cela, c’est ce qui guide et ce qui peut avoir une certaine relation avec le mouvement libertaire, et que cela part d’une lutte de l’être même, depuis la communauté ou depuis les individus. Il y a par exemple des communautés qui ne luttent pas seulement contre les mégaprojets, certaines luttent contre l’identité même, ou pour leur propre identité à elles, pour la langue, pour le maïs, pour leur cosmovision, pour leur manière de se vêtir, et aussi contre les aliments [industriels] et les transgéniques, et je crois aussi que cela, cela fait partie du mouvement indigène et aussi du mouvement libertaire, le fait que nous luttions pour être soi-même, pour être libres. Au final, ces deux parties cherchent un bien commun, de fait c’est cela qu’on idéalise, cette question du bien commun, du fait que cela exige l’autogestion dans les communautés et aussi dans le mouvement libertaire.

Au fil du territoire et de la géographie qui est la nôtre, il existe des mouvements qui nous inspirent, comme par exemple à Oaxaca la lutte des Ikoots, à Álvaro Obregón, qui luttent contre les éoliennes, à Cherán [dans le Michoacán] les compas qui luttent pour l’autonomie, les Yaquis, dans le Sonora, qui luttent pour la défense du territoire et pour la défense du fleuve Yaqui, il y a les compañeros de Xanica dans la Sierra sud d’Oaxaca qui défendent leur territoire, leur système communautaire et leur organisation, et, plus au sud du continent, les compañeros mapuche qui ont toute une longue tradition dans leur lutte en défense du territoire, de l’autonomie, de l’autodétermination et de l’identité mapuche ancestrale, et je crois que, dans toutes ces luttes, la question, c’est que toutes maintiennent leurs propres formes d’organisation. Au final, on ne peut pas idéaliser, dire que tout est harmonie et que dans les luttes indigènes tout est harmonieux, parce qu’il y a aussi des conflits, il y a beaucoup de questions qui sont en lutte à l’intérieur comme la question du machisme, la question culturelle…

Il y a aussi des compas dans la Sierra Norte de l’État de Puebla, les Totonaques et les Nahuas, qui sont en train de lutter contre les entreprises chinoises et canadiennes qui sont en train de leur piquer leur eau et les minerais de ces endroits et de leurs villages, et là aussi il y a une tradition de médecine naturelle et traditionnelle, et de lutte pour un marché juste, où ils puissent commercialiser les produits qu’ils font. Tout ça, c’est les luttes qui nous inspirent en ce moment.

Pour les compas qui écoutent cet entretien, comment peuvent-ils faire ou comment peut-on faire pour te soutenir dans la procédure judiciaire que tu traverses toi et les autres compañeros prisonniers d’Eloxochitlán de Flores Magón ? Et pour finir, tu pourrais mentionner pour toi ce que la solidarité internationale signifie, et de quelle manière peut-on cultiver cette solidarité ?

La question de la solidarité internationale me paraît très importante, à partir du moment où il y a cette réciprocité entre compañeros, au moins par le biais de lettres, d’appels… Parce que au final la solidarité internationale ce n’est pas pour une lutte locale ou pour une question territoriale, c’est une question plus large, et une lutte plus large qu’on ne peut pas réduire à un seul endroit seulement, mais c’est dans le monde entier et pour tous les individus. C’est quelque chose qui rompt les murs et les frontières. Je crois que la solidarité internationale est importante aussi parce qu’au travers de ses formes de mobilisation, elle génère une certaine pression dans les pays et dans les espaces où se font la lutte et le soutien…

Par exemple nous, qui sommes enfermés dans une prison : si vous téléphonez au tribunal, si vous envoyez des lettres par exemple, cela génère une certaine pression, et on entre dans une autre dimension de la lutte… Et il y a des question importantes que ça amène, comme l’accompagnement, la camaraderie, et il y a une certaine amitié qui se crée aussi entre compañeros car on échange des lettres, des appels et on peut s’écouter au travers des différents médias à notre disposition, eh bon, dans notre cas pour moi ça me paraît important cette partie-là, parce que vous vous pouvez diffuser nos histoires dans d’autres endroits et vous pouvez amener notre parole et nos petites luttes jusqu’à d’autres endroits, d’autres lieux. Et une autre partie, ce serait de nous aider à commercialiser nos produits, parce que moi par exemple je dédie mon temps à faire des hamacs et des sacs, et une partie ce serait de pouvoir nous aider économiquement pour la question juridique, pour que nos proches puissent venir nous voir, puissent nous amener des aliments à la prison, parce que ici c’est compliqué d’obtenir pas mal de choses qu’il faut amener de l’extérieur. C’est pour cela que ça me paraît important cette partie de l’accompagnement international ou de la solidarité avec des compañeros avec lesquels on ne se connaît pas, mais avec qui on a des choses en commun qui nous attirent et nous appellent à être ensemble dans cette lutte.

Une autre chose qui me paraît importante de mentionner est le fait que la solidarité internationale puisse se diriger vers des compañeros qui sont d’autres endroits, d’autres lieux du globe afin qu’ils soient attentifs à la situation qu’on traverse depuis l’enfermement, en sollicitant leur soutien aux mobilisations qui sont organisées au travers de l’envoi de lettres, en appelant au téléphone, ou bien, s’il y a un moment de répression, me demander aussi à moi mon soutien pour les situations qui éclatent au cours de la procédure et au cours de cette lutte qu’on mène depuis l’isolement.

Il y a quelque chose d’autre que tu veux partager avec les compas qui écoutent cet entretien ?

Eh bien remercier les compañeros qui écoutent [ou lisent ! Merci à vous, NdT], qui sont partie prenante des luttes et qui se solidarisent aussi avec les compañeros dans le monde qui sont emprisonnés, ou avec les luttes libertaires ou les luttes des peuples, car on est pareils. Et j’aimerais aussi remercier le collectif Los Otros Abogados, qui sont les compañeros qui s’occupent de mon dossier et qui ont mis de leurs efforts et de leur solidarité pour pouvoir avancer dans cette procédure et arriver à nous libérer de ce joug de la loi, de l’injustice et du pouvoir, et pouvoir avancer vers la liberté. Avec l’effort de ces compas nous avons avancé lentement, mais on arrive peu à peu à ouvrir la brèche grâce à leur solidarité, leur effort, leur travail avant tout, eh bon, on a une dette envers eux.

De l’autre, eh bien vous demander votre soutien à notre petite lutte, comme je vous l’expliquais on a ces manières de nous organiser et de lutter depuis l’enfermement, on a quelques produits à commercialiser, pour que vous puissiez aussi acquérir certaines choses comme je vous disais, les hamacs et les sacs que je fabrique ici pour tuer le temps, pour ne pas m’ennuyer, mais aussi pour pouvoir nous maintenir avec un peu de ressources pour les coûts immédiats pour les question de défense, des avocats, pour pouvoir faire les dépôts administratifs, pour que nos familles puissent venir nous visiter et pour l’alimentation et les nécessités basiques des personnes qui nous retrouvons dans l’isolement. Et puis eh bien, depuis ici je vous adresse une forte embrassade, et j’espère que vous aussi vous allez bien dans vos luttes, eh bon que la force soit avec vous… et à bas les murs des prisons !

Notes

[1] La communalité est une notion politique développée à Oaxaca, qui se réfère à ce qui a trait à la vie communale d’un village ou d’un peuple : les fêtes, le travail collectif, le territoire commun, la cosmovision… « l’être-communal ».

[2] Le tequio (appelé faena dans la Mazateca), ce sont les travaux collectifs effectués au nom de la communauté, et convoqués traditionnellement par le représentant du village au travers du soufflement dans une conque de caracol.

[3] Ricardo Flores Magón est un célèbre anarchiste mexicain du début du vingtième siècle né à Eloxochitlán, fondateur du journal Regeneración, et qui initia la révolution mexicaine par des soulèvements armés en 1910 au nom des idéaux de « Terre et Liberté ».

[4] « La Voix de N’guixó », nom mazatèque de la communauté, NdT.

[5] PRI : Parti révolutionnaire institutionnel, ancien parti-État qui a dirigé le Mexique des années 1930 aux années 2000. PAN : Parti d’action nationale, qui lui a succédé au pouvoir de 2000 à 2012, parti capitaliste de la droite intégriste. PRD : Parti de la révolution démocratique, formé dans les années 1980 de l’agglomérat de différents partis de tendance marxistes avec des scissions nationalistes du PRI, telle celle de López Obrador, actuel président du Mexique et qui a depuis créé son propre parti, Morena (Mouvement de régénération nationale), pour gagner les dernières élections politiques.

[6] À la différence de la France, l’Espagne et les pays latino-américains distribuent les « cadeaux de Noël » le 6 janvier, jour des Rois mages qui seraient venus offrir leurs cadeaux au petit Jésus, NdT.

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Lectures complémentaires:

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

zenon_pourquoi suis je anarchiste ?

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard

 

 

 

Confédéralisme Démocratique du Rojava: De l’État à la démocratie… Anatomie d’un changement de paradigme 2ème partie

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 15 octobre 2019 by Résistance 71

La seconde partie nous indique ce qu’est le Confédéralisme Démocratique et comment il s’applique sur le terrain, au Rojava et potentiellement ailleurs…
Pour que voit le jour la Société des Sociétés, à bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat ! Vive la confédération des communes libres volontairement associées !

~ Résistance 71 ~

En résultat [de la colonisation], la terre natale kurde fut divisée et les Kurdes furent forcés de se soumettre à des politiques d’états de déni et de diminution de leur volonté et pouvoir politique. Leurs réalités sociales furent divisées et bientôt ils se perdirent eux-mêmes. Pour subvenir à leurs besoins économiques, ils durent abandonner leur identité et furent démunis de statut légal et d’opportunités contemporaines d’éducation afin de récupérer leur existence idéologique et culturelle fondée sur leur identité. Ce déni d’identité tourna alors sur une question du fait qu’ils ne pouvaient pas vivre librement.
(Abdullah Öcalan)

“Les états sont maintenant des synonymes de chaos, de crise, de ruine et de malheur pour l’humanité. Nous devons nous libérer de cette calamité. Si vivre sous le joug de l’exploitation et de l’oppression n’est pas dans la nature de l’être humain, alors ni l’État, ni le drapeau qui le représente ne peuvent représenter le peuple et la société.”
(Commune Internationaliste du Rojava)

 


Réseau de Résistance & Rébellion International 

 

De l’État à la démocratie: anatomie d’un changement de paradigme

 

Komun

Commune Internationaliste du Rojava

 

Juin 2018

Source: https://komun-academy.com/2018/06/27/the-new-paradigm/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

 

De cette façon, depuis 2005, le PKK et toutes les organisations affiliées ont été restructurés sur la base d’un projet appelé KCK (Union des Communautés du Kurdistan ou Koma Civakên Kurdistan).

Le KCK est une organisation fondée sur la société et créée comme alternative à l’État, elle vise à s’organiser depuis la base sous la formes d’assemblées populaires.Le KCK est un mouvement qui lutte pour former sa propre démocratie, il ne voit pas les états existants comme un modèle, ni ne les voit comme un obstacle. 

Note de R71: Ce lâcher-prise de l’antagonisme est une excellente chose qui ne peut mener qu’à la synthèse politique adéquate, celle de la société des sociétés. Bien entendu, toutes les impostures et dictatures de la marchandise œuvrent et œuvreront contre…

Le but principal dans la formation du KCK est défini comme une lutte pour disséminer la démocratie radicale (fondamentale) sur l’organisation démocratique du peuple et sa capacité à prendre des décisions. La formation du KCK met en place un nouvel instrument qui surpasse la façon de voir étatique des relations sociales. En cela, le confédéralisme démocratique, qui constitue l’idée fondamentale du KCK et de son organisation, est valide partout dans la vie des Kurdes. Ceci inclut l’Irak, où les Kurdes vivent dans une structure d’état fédéral ayant des droits constitutionnels, incluant l’auto-gouvernement.

Il y a deux facteurs clefs dans le projet: une compréhension de la démocratie en tant que pouvoir du peuple, non pas une forme de gouvernement et que l’état et la nation doivent être laissés en dehors de cette compréhension.

Le confédéralisme démocratique est l’organisation du peuple, dans toutes les sphères non-étatiques de la vie. Il correspond à la diminution drastique de l’état existant dans le monde et de la tendance de la société à s’organiser en dehors de structures étatiques pour arranger sa propre vie sociale… Même si l’État fait obstacle, le mouvement de la liberté kurde exercera son droit légitime de s’organiser finalement démocratiquement. Il n’abandonnera définitivement pas ce but en disant: “l’état nous met des bâtons dans les roues”.

En définitive, tandis que la république démocratique est un projet de réforme d’un état, le confédéralisme démocratique et l’autonomie démocratique se situent au-delà de l’État et comprennent une idée politique sans État.

En conséquence, le projet de confédéralisme démocratique est lié au projet de république démocratique et d’après Öcalan, un Kurdistan libre ne peut exister que dans un Moyen-Orient démocratique. (a.g.e 34-5)

Nous avons mentionné que tout en suivant la ligne de développement de la pensée d’Öcalan, se situe l’importance centrale de ces trois concepts inter-reliés: la république démocratique, le confédéralisme démocratique et l’autonomie démocratique. Dans tous ces projets, le concept de démocratie est d’une importance capitale. La compréhension de ce terme a évolué vers plus de radicalité (NdT: une fois encore pris dans son sens de “racine”, d’ancrage profond dans la réalité et non pas dans le sens galvaudé usuel “d’extrémiste”, manipulation sémantique bien utile pour l’oligarchie…) depuis la contradiction entre les traditions démocratique et républicaine. Pour le PKK, la démocratie est un antidote à la structure centralisée de la république turque qui est fondée sur le concept d’état-nation et la version séculière française. L’idée la plus fondamentale de cette approche est que “la centralisation a tué la démocratie”.

Les différences principales entre le projet de république démocratique et le confédéralisme démocratique / autonomie démocratique sont que le point de focalisation de la première se situe sur la définition de l’état et de la citoyenneté tandis que les deux autres focalisent sur le développement d’une alternative à l’état et sur le peuple construisant sa propre organisation. Nous allons ici aborder le sujet du développement d’alternatives à l’État. Au lieu que les projets de confédéralisme et d’autonomie démocratiques ne soient vus comme potentiellement contradictoires vis à vis de l’organisation, il serait mieux de les considérer comme étant ensemble parties d’une stratégie d’harmonisation. Ils donnent une direction politique à la lutte d’aujourd’hui où que soit située l’action du PKK.

Le changement de paradigme qu’a vu le PKK au XXIème siècle a rendu une fière contribution aux vues politiques radicales en ce qui concerne une approche radicalement différente de ces trois aspects de la vie politique : l’état, la classe et le parti et “la politique non-étatique, l’organisation politique en dehors du parti et de thèmes politiques en dehors de la classe.” Du point de vue du PKK, ceci a impliqué une réforme de lui-même en amenant toute une série de transformations. Certaines de ces transformations du PKK et les changements radicaux effectués sur des points comme le droit à l’auto-détermination, la nation, la libération nationale, la violence et les femmes, sont particulièrement marquantes et frappantes.

Le principe d’auto-détermination des nations, qui fut soulevé dans le premier quart du XXème siècle, a laissé sa marque sur le siècle dernier. Les formes d’auto-détermination exprimées à la fois par le leader américain Woodrow Wilson et par le fondateur de l’URSS, Lénine, sont devenues un tremplin fondamental pour bien des luttes de libération et une partie inaliénable du droit international. Mais ce qui ne doit pas être oublié, est cette vérité que l’auto-détermination est en tout premier lieu, un principe d’action défini comme politique.

C’est pourquoi, lorsque le président Wilson a annoncé ce principe au congrès américain le 11 février 1918, il insista ouvertement sur le fait que : “L’auto-détermination n’est pas qu’une simple expression, c’est un principe impératif d’action que les hommes d’état ne pourront ignorer qu’à leur péril.” Ainsi, le PKK, du noyau de ce qui en a émergé dans les années 1970 et plus avant, adressa le principe d’auto-détermination comme principe impératif d’action puisque le peuple kurde avait été privé de tous droits fondamentaux et de libertés et condamnés sur leur terre même à un manque de statut, en retrait même du statut et de la règle coloniaux. Les territoires sur lesquels vivaient traditionnellement le peuple kurde furent divisés entre 4 états-nations (La Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran) dans les années 1920 et les très nombreuses réglementations et politiques coloniales imposées par ces états menèrent le peuple kurde à la ruine. Abdullah Öcalan exprime cet état de fait de la façon suivante:

En résultat, la terre natale kurde fut divisée et les Kurdes furent forcés de se soumettre à des politiques d’états de déni et de diminution de leur volonté et pouvoir politique. Leurs réalités sociales furent divisées et bientôt ils se perdirent eux-mêmes. Pour subvenir à leurs besoins économiques, ils durent abandonner leur identité et furent démunis de statut légal et d’opportunités contemporaines d’éducation afin de récupérer leur existence idéologique et culturelle fondée sur leur identité. Ce déni d’identité tourna alors sur une question du fait qu’ils ne pouvaient pas vivre librement.” (A. Öcalan, Kurdish Question and Democratic Nation Solution, published in Turkish, p.226).

Dans un tel environnement, le PKK a adopté comme guide le droit à l’auto-détermination du peuple kurde comme principe d’action fondamental. Bien sûr, sa conception et son application de ce principe fut lourdement influencé par les caractéristiques idéologiques, politiques et sociales de la période. Après la seconde guerre mondiale, les luttes de libération nationale se déroulèrent dans un système bi-polaire, d’abord au Vietnam et en Algérie, ce qui mena à l’indépendance de bon nombre d’anciennes colonies. Ceci affecta grandement le monde des années 1970. a ce sujet, Öcalan dira ceci plus tard:

Dans cette période des années 50 à 70, lorsque les luttes de libération nationale arrivèrent à leur point culminant et qu’elles eurent pour résultat des états séparés, ceci devint presque le seul modèle valide… En fait, le principe du droit des nations à l’auto-détermination fut en premier lieu exprimé par le président américain Wilson après la 1ère guerre mondiale et fut très lié avec les politiques hégémoniques des Etats-Unis. Lénine, afin de ne pas être en reste devant Wilson et pour gagner le soutien de nations opprimées et des peuples colonisés, radicalisa le même principe et le réduisit au fait de fonder un état indépendant. Une course commença alors entre les deux systèmes.
(The Kurdish Question and the Democratic Nation Solution [Turkish], p. 271-2).

Le PKK a approché l’auto-détermination au sein d’un cadre de compréhension d’un socialisme déjà existant à cette époque, se faisant ainsi l’avocat du modèle de la création d’un état. Mais, à partir du début des années 1990, la critique d’Öcalan de, premièrement, la compréhension du socialisme existant et, plus tard, de l’idéologie même de l’état-nation dans les premières années du nouveau millénaire, ont démontré un renouveau radical de l’approche du PKK sur le sujet. Aujourd’hui, l’auto-détermination est toujours un principe impératif d’action, mais la façon de le mettre en pratique ne passe plus par l’État, mais de mettre ce principe d’auto-gouvernement en mouvement à chaque niveau de la société.

La compréhension de l’autonomie démocratique constitue le cadre principal de cet auto-gouvernement. Les résultats de cette ligne de conduite, basés sur les Kurdes déterminant leur propre destinée sur la base du principe d’auto-gouvernement sans incliner à créer leur propre état séparé, où qu’ils vivent, d’abord et en premier lieu en Turquie, en Irak, en Iran et en Syrie, ont clairement émergé avec les développements historiques en Irak et en Syrie, au cœur même du Moyen-Orient.

En conséquence, le PKK a renversé l’argument de Lénine qu’”il serait erroné d’amener une interprétation différente au droit d’auto-détermination que d’être le droit à un état séparé d’exister.”, disant qu’il serait tout aussi erroné et trompeur de ne voir le droit à l’auto-détermination que comme s’il ne contenait aucune autre signification que ce droit à un état séparé d’exister. Cette vision est aussi corroborée dans l’analyse historique de l’état moderne en tant que projet bourgeois. (Mustafa Karasu, Radical Democracy, 2009).

Une fois de plus, lié à cela, le concept de nation du PKK a aussi été radicalement renouvelé. Au milieu des années 70, lorsque le PKK fut formé, la plupart des mouvements socialistes et de libération nationale étaient sous l’influence de l’idéologie de l’état-nation avec la plus rigide des définitions de ce terme exprimée par Staline. Sa célèbre formule: “Les nations ont une langue, un territoire, une vie économique et une culture en commun”, fut aussi un point de départ pour le PKK. Avec le nouveau paradigme politique, Öcalan critiqua cette formule, développant la définition d’une nation démocratique:

D’abord il est nécessaire de montrer qu’il n’y a pas qu’une seule définition de la nation. Quand un état-nation est fondé, la définition la plus commune est justement d’être un “état-nation”. Si l’élément unificateur est l’économie, alors il est possible de l’appeler nation-marché… On ne peut pas faire la généralisation qu’une nation partage une langue, une culture, un marché, une histoire, ce qui veut dire qu’on ne peut pas rendre absolu une unique compréhension de ce qu’est une nation. Cette compréhension de nation qui fut adoptée par le socialisme existant est contraire à la notion de nation démocratique. Cette définition qui fut développée par Staline en particulier pour l’appliquer à l’URSS, fut en fait une des raisons principales de l’effondrement de celle-ci. Aussi longtemps que la définition de nation, qui est rendue absolue par la modernité capitaliste, n’est pas transcendée, la résolution des questions nationales restera dans une impasse. Le fait que se pose toujours la question nationale avec une intense gravité après 300 ans est intimement lié à cette définition inepte se voulant absolue.” (2012, p.432).

D’après Öcalan: “En ce qui concerne la nation démocratique, c’est une société mutualiste établie par la libre volonté, la libre association d’individus et de communautés. La force unificatrice de la nation démocratique est la volonté d’association libre des individus et des groupes qui décident d’être dans la même nation… a définition de la nation démocratique exprime une vie commune de solidarité de citoyens pluralistes, libres et égaux qui ne sont pas entravés par des frontières politiques rigides, une langue unique, une religion ou une interprétation de l’histoire. Une société démocratique ne peut se réaliser qu’avec un tel modèle de nation.”(p.432).

L’approche de la violence dont l’utilisation stratégique et tactique fut toujours une pierre angulaire de la lutte du PKK est aussi passée par un changement radical. Au départ, l’approche de la violence, “la sage-femme de la société nouvelle”, fut une approche marxiste classique. Dans le processus induit de la révolte, la violence, sous forme de méthode de combat de guérilla, fut une tactique fondamentale de la lutte. A terme, la violence prit même une dimension fanonnienne, gagnant une personnalité existentielle et le rôle de libérateur social et individuel. Mais dans le nouveau paradigme, le PKK n’envisage pas un rôle de la violence au-delà du cadre de la self-defense légitime.
(Legitimate Defence Strategy, 2004).

La plus sévère forme de domination

Aujourd’hui, à la fois l’État et sa version capitaliste moderne, l’état-nation, sont sérieusement mis en question. Il est reconnu que l’état-nation ne profite en rien aux peuples et à l’humanité et qu’il contient même en lui une caractéristique génocidaire qui prépare le terrain pour la disparition de différentes cultures et différentes identités. Dans les circonstances de la règle du profit maximum du capitalisme de l’état-nation et de la modernité capitaliste, tout comme cela mena à la grande douleur des deux guerres mondiales, il a commis autant de crimes contre l’humanité que tous ceux qui ont été commis au cours de l’histoire de l’humanité.

La plus grande preuve de ceci est la disparition, ou la mise au bord de l’extinction de groupes ethniques qui vivaient au Moyen-Orient jusqu’à il y a encore quelques 200 ans. Les peuples arménien et assyro-syrien ont été décimés à cause de cette mentalité. Les Kurdes ont aussi été amenés au bord de l’abîme de la destruction sous la domination incessante des états-nations. Les peuples Alevis, Yazidis, Druze et autres groupes de foi ont été chassés de leurs terres en résultat de cette compréhension du concept. La même chose est arrivée aux peuples circassiens qui furent expulsés des montagnes du Caucase.

Il est trop difficile de comptabiliser tous les maux engendrés par les états-nations ; mais quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas seulement de l’état-nation de la modernité capitaliste, mais tous les États qui sont devenus une charge bien trop lourdes à supporter pour l’humanité. Les premiers problèmes sociaux ont commencé avec la domination masculine sur les femmes et avec ceux s’établissant hiérarchiquement plus haut que les autres, affirmant une domination sur d’autres segments sociaux pour mieux les exploiter. Après tout, l’État a été défini comme un instrument d’oppression des classes dirigeantes de la société. Ceci n’a en rien diminué avec le temps et est devenu une des pires formes de domination jusqu’à ce jour. De fait, l’État-nation est devenu la pire forme de domination.

L’état-nation a atteint la caractéristique d’être une sphère de domination et d’exploitation de la société entière, avec ses frontières, tout comme le patron d’une usine entouré de ses murs. tandis que dans le passé les états ne représentaient que la domination politique, dans l’époque capitaliste, ils se sont développés en une domination totalitaire qui cherche à dominer tous les aspects de la société et d’aller aussi loin que de dominer toutes les cellules de celle-ci.

Avec le système dirigeant de l’état intensifiant les problèmes sociaux, l’État et son gouvernement ont été amenés à être de plus en plus critiqués. Dans le passé, les anarchistes se sont opposés à l’État comme l’origine de tous les maux, graduellement développant des solutions politiques, idéologiques et de paradigme sur une base historique et systémique. Dans le présent, le zénith de l’analyse en ce qui concerne l’état et son gouvernement provient de ceux semblables à Abdullah Öcalan. La grande différence avec celui-ci résidant dans la profondeur de son analyse sur les femmes et l’État. Il a aussi soumis le capitalisme et l’état-nation à une analyse critique compréhensive. L’analyse d’Öcalan sur les femmes en particulier, est de très grande valeur dans la mesure où elle a apronfondi toutes les autres analyses et aidé à atteindre son véritable caractère.

Plus il y a de démocratie, moins il y a d’État : le système confédéral démocratique

Le gouvernement et l’État sont, par essence, une concentration et une intensification du pouvoir, une centralisation. A cet égard, ils sont des facteurs qui sont opposés au peuple. Il ne peut ainsi pas y avoir d’état et de gouvernement qui appartiennent au peuple. Le gouvernement et le peuple ne devraient pas être confondus. Un gouvernement populaire (NdT: de par et pour le peuple) est une démocratie. Ce n’est pas la concentration ni l’intensification du pouvoir, celui-ci étant donné à certains cercles particuliers, mais celui-ci allant à la base, au local, appartenant et retournant au peuple. La démocratie et l’État peuvent coexister pendant un certain temps dans une accommodation, mais ce sont des faits contradictoires par nature. Il y a une formule dialectique qui dit que plus il y a d’État et moins il y a de démocratie et plus il y a de démocratie et moins il y a d’État. Même aujourd’hui, dans l’âge moderniste, avec le capitaliste qui dirige les états, la diminution de l’État est en discussion.

Nous sommes maintenant dans une ère où on peut penser, envisager une vie sans l’État, une société sans (NdT; contre) l’État, sans vie politique, économique, sociale et culturelle dirigée par l’État. L’humanité doit trouver un système qui la libèrera de l’État qui la tyrannise. Nous sommes entrés dans l’ère où nous pouvons penser vivre sans État. Même si les gens peuvent s’accommoder de vivre avec l’Etat un peu plus longtemps, ils doivent atteindre un système politique, social, économique et culturel qui n’aura pas d’État. Ce n’est ni une obligation, ni une fatalité que de vivre sous un régime étatique, car la démocratie exprime la transcendance de l’État. Aujourd’hui, une alternative à l’État est un système confédéral démocratique fondé sur une société démocratique organisée. Le peuple peut se gouverner lui-même dans un système confédéral démocratique sans être exposé à l’oppression et à l’exploitation.

Un système démocratique peut mettre en place un système administratif démocratique où il n’y aura ni exploitation ni oppression. L’État et ses rouages appartiennent aux dirigeants, tandis que le confédéralisme démocratique est le système de fonctionnement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Les états sont maintenant des synonymes de chaos, de crise, de ruine et de malheur pour l’humanité. Nous devons nous libérer de cette calamité. Si vivre sous le joug de l’exploitation et de l’oppression n’est pas dans la nature de l’être humain, alors ni l’État, ni le drapeau qui le représente ne peuvent représenter le peuple et la société.

Öcalan a mis en place le confédéralisme démocratique en le fondant sur une société démocratique organisée comme une alternative viable à l’État et ce pour toutes les sociétés et non pas pour le peuple kurde uniquement. C’est un système qui par sa différence crée une identité unique contrairement à l’état-nation. Toute différence peut parvenir à la liberté avec sa propre identité au sein d’une confédération démocratique. A cet égard, le confédéralisme démocratique représente la vie libre pour tout peuple et toute communauté. Ceci peut aussi être appelé la démocratie complète réalisée. Il ne peut pas y avoir de démocratie dans un système étatique. Qui peut parler de démocratie véritable et complète là où il y a des dirigeants ?

Le temps des peuples

Le confédéralisme démocratique est une alternative viable à l’État. Si nous disons que le temps et l’ère des peuples arrive, cela veut dire que l’ère du confédéralisme démocratique pointe à l’horizon. Au sein d’un état il ne peut y avoir ni démocratie, ni socialisme. L’État ne peut pas être éradiqué en tant qu’état par un état. L’État ne peut être transcendé et mené à l’extinction que par le confédéralisme démocratique. Les peuples ne peuvent pas s’émanciper avec l’État ni atteindre une vraie liberté et une véritable vie démocratique. Les peuples seront libérés par le confédéralisme démocratique.

Ceci constitue la ligne politique et idéologique d’Öcalan, son paradigme politique. Ceci constitue sa compréhension de la démocratie, de la liberté et du socialisme. Il ne peut pas y avoir de gouvernement de par et pour le peuple en dehors du Confédéralisme Démocratique.

Partant de ce principe, il est impossible pour les peuples de défendre l’État.

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Lectures complémentaires:

Longue vie au Rojava !… Le texte du Confédéralisme Démocratique

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

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kaianerekowa Grande Loi de la Paix

 


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