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L’après 5 décembre… Où va t’on ? Y a t’il une vie avant la mort ?…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, gilets jaunes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 6 décembre 2019 by Résistance 71


Plus que jamais… Tout le pouvoir aux ronds-points !

 

A lire: « 5 décembre 2019… Retour la vie, tout simplement »

Collectif Guerre de Classe:
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Retraite : Y a t’il une vie avant la mort ?

 

Résistance 71

 

6 décembre 2019

 

Que dire après ce 5 décembre qui fut un succès populaire ?… Bien sûr que le plan de “réforme” des retraites de la Macronie est inique et destructeur, mais objectivement, il n’est qu’un plan parmi d’autres et après celui-là, retoqué ou pas, il y en aura un autre car le capitalisme dans sa phase terminale n’a plus d’autre choix que de tout vampiriser pour se maintenir toujours un peu plus en vie.

La véritable question à notre sens et au sens d’un nombre croissant de personnes semble t’il, est celle de notre vie, pas celle de notre fin de vie…

Les “acquis sociaux” sur lesquels s’arc-boutent la lutte syndicale bouffant au râtelier du système, ont déjà été bien malmenés et ils le seront encore et toujours dans une marchandisation de tout et de chacun ; n’allons pas très loin : il suffit de regarder le comportement des zombies de la marchandise lors de ces opérations de la dégénérescence appelées “Black Friday” ou “Vendredi Noir”, pour voir la lobotomie marchande à l’œuvre. Penser aujourd’hui qu’on puisse restaurer les “acquis” issus du CNR et des trente glorieuses de l’après guerre n’est que pure utopie dans cette folie débridée de la dictature du fétichisme marchand. Une telle période ne pourrait renaître que sous une seule condition: un après 3ème guerre mondiale non thermonucléaire. C’est du reste la seule recette qu’a le système pour remettre en quelque sorte les compteurs économiques à zéro et repartir pour un tour de manège d’exploitation après chaque crise profonde, deux guerres mondiales faisant des centaines de millions de morts sont là pour en témoigner. 

Aussi loin que l’oligarchie est concernée dans le système de privilèges qu’elle défend, le temps d’une guerre majeure est venu, à moins qu’elle ne parvienne à mettre en place plus rapidement son projet de Nouvel Ordre Mondial fasciste supranational (fusion des états avec les entreprises des cartels techno-industrio-financiers) et sa grille de contrôle technotronique de dictature globale. Nous allons soit vers l’un, soit vers l’autre de ces plans oligarchiques.

Le problème fondamental ici ne réside pas dans la “réforme des retraites”, qui ne devient à l’analyse, qu’un épiphénomène d’une réalité bien plus malsaine, celle de notre mode de vie que nous n’avons en rien choisi mais qui nous a été imposé par la force de la division, du chantage au travail, au chantage marchand. Devons-nous passer l’essentiel de nos meilleures années de vie à travailler de manière aliénée dans cette course effrénée de l’annihilation et du contrôle marchand ? Il ne serait même pas question de “retraite” dans une société naturellement équilibrée au travail émancipé de la valeur marchande, parce que oui, il est parfaitement possible de sortir toute valeur marchande de l’équation pour ne produire qu’en rapport des besoins réels des sociétés et non plus en suivant le diktat du profit et de l’esclavage de la valeur et de la plus-value. La retraite en elle-même est une ineptie et fait partie du processus induit de ce chantage continuellement exercé sur le prolétaire, c’est à dire celui / celle qui n’a que sa force de travail à vendre pour (sur)vivre. Le monde du travail aliéné est une gigantesque fabrique et service de maintien d’une prostitution planétaire du labeur au profit du plus petit nombre dominant une société humaine préalablement divisée pour que ceci puisse non seulement se produire mais aussi perdurer depuis quelques 5000 ans sur les 1,8 millions d’années d’existence de L’Homo erectus.

Il nous suffit de remettre les choses à l’endroit et il n’y aura plus besoin pour personne de se préoccuper de la “retraite”, qui de fil en aiguille en est arrivée à être attribuée au travailleur arrivant en limite de vie en bonne santé. La “retraite” est devenu ce mouroir physique et mental où l’ex-travailleur-euse vivote en attendant la mort que le système désire au plus tôt pour cesser d’alimenter ces vies exengue de toute “productivité” et donc des poids morts économiques pour un système à bout de souffle. Le capital et ses valets veulent passer au stade de l’euthanasie sociale (puis physique) pour toutes celles et ceux qui ont dépassé le sacro-saint seuil de rendement, le seuil de vie en bonne santé, passée à trimer et à se faire traire jusqu’à la moëlle. Cessons de perdre notre temps et nos vies ! Renversons les rôles !

Euthanasions ce système parasite et retrouvons le chemin de la vraie vie, arrêtons de survivre et clamons, reprenons, notre pouvoir sur nos vies et notre société, recréons les communes libres organiques émancipées de la dictature marchande et œuvrons ensemble pour que chacun fasse selon ses capacités et reçoivent selon ses besoins. Devenons qui nous sommes: des humains à part entière et non pas des zombies de la marchandise en mouvement.

Il est là l’enjeu de ce mouvement social. L’idée n’est pas d’empêcher une énième réforme des retraites qui viendra de toute façon tôt ou tard dans la logique irrémédiable de la déchéance capitaliste, mais de SORTIR à tout jamais de ce cercle vicieux de l’abrutissement et de l’aliénation sociale dont le travail n’est qu’un des éléments de cette misère sociale et intellectuelle créée de toute pièce. 

Il ne s’agit pas ici de révolution mais bel et bien d’évolution… 

Cessons de nous laisser dicter notre façon de vivre du berceau au caveau en veaux soumis à ce veau d’or des plus factices. Il y a une alternative, la plus belle: celle de la Vie, incarnée dans une société des sociétés ne se concernant que pour le bien commun et le bonheur de toutes et tous, dans une relation naturelle à l’organisation de la société humaine faisant de notre complémentarité le lien organique entre les sociétés libérées par-delà tous les antagonismes et conflits de la politique marchande.

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir.

Pour l’avenir de la société et la reprise en main de nos vies : a bas l’État, à bas la marchandise, à bas l’argent, à bas le salariat !

Tout le reste n’est que pisser dans un violon !

 

 

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Vers une autre réalité…

5 décembre 2019 : Retour à la vie, tout simplement…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 4 décembre 2019 by Résistance 71

“Qu’est-ce que l’État ? C’est le signe achevé de la division dans la société, en tant qu’il est l’organe séparé du pouvoir politique: la société est désormais divisée entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent. La société n’est plus un. Nous indivisé, une totalité une, mais un corps morcelé, un être social hétérogène… »
~ Pierre Clastres ~

“La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation. Avant d’être économique, l’aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l’économique est une dérive du politique, l’émergence de l’État détermine l’apparition des classes.”
~ Pierre Clastres, directeur de recherche en anthropologie politique au CNRS, 1974 ~

« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

“L’identification de la vie à la survie est l’un des mensonges fondateurs de la civilisation marchande.”
~ Raoul Vaneigem ~

 

 

Retour à la vie, tout simplement

 

Résistance 71 

 

4 décembre 2019

 

6 décembre:
« L’après 5 décembre… Où va t’on ? Y a t’il une vie après la mort ? »

 

Tous les mouvements radicaux de rébellion depuis des siècles jusqu’à aujourd’hui, incluant le mouvement des Gilets Jaunes de novembre 2018, ont une chose en commun: la volonté du retour à une vie symbiotique naturelle, faite d’entraide et de complémentarité bien ordonnée plutôt que de continuer sur le chemin de cette vie sociale factice, parasitique, celui de la division, du vol, du viol, chemin parfaitement anti-naturel et donc par essence anti-humain, qui nous a été initialement imposé par la division politique de la société, menant à la sortie et au maintien du pouvoir décisionnaire des humains hors du corps social des groupements organisés et volontairement assemblés.

Une fois la division mise en place, la logique évènementielle inhérente nous a mené au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, celui de la dictature du fétichisme marchand, monde de la division entretenue artificiellement, de la tromperie, du mensonge, de la veulerie, de la marchandisation à outrance de tout et de tout le monde. Tout y a un prix, tout se vend et s’achète, y compris la vie humaine dans un grand marché de la réification absolue, pour le seul profit du plus petit nombre.

Demain 5 décembre 2019, le grand mouvement social de grève générale reconductible qui va déferler sur la France ne luttera pas contre “le gouvernement Macron”, mais contre la société du spectacle marchand planétaire ayant durci inexorablement sa dictature dans la course folle qui la mène à son auto-destruction. Le grand mouvement qui s’annonce n’est pas un épiphénomène de lutte contre des mesures avilissantes au sein de la société française, mais le nième jet de la rébellion sociale dans sa longue continuité universelle, après l’amorce récente faite par le mouvement des Gilets Jaunes depuis novembre 2018. 

Ce que nous allons vivre à partir de demain est, doit être, le grand départ de la société de l’avoir pour un retour vers la société de l’être ; un grand rejet du monde marchand et de ses crimes et turpitudes, pour un élan collectif vers la vie organique, celle de notre nature humaine profonde de la satisfaction de nos besoins sans contraintes ni avilissements. Comme le dit superbement Raoul Vaneigem, cette lutte radicale dont nous devons faire l’expérience est de fait la lutte pour retrouver en nous-mêmes les racines du vivant. Les seules qui vaillent et rien d’autre aujouterions-nous.

Le système mis en place a passé des siècles à persuader les masses, parfois à grand renfort de science tronquée ou incomplète érigée en dogme, qu’il “n’y avait pas d’alternative”, que l’État et le capitalisme étaient l’aboutissement de notre évolution et que nous devions nous en satisfaire parce que rien d’autre ne fonctionne pour gouverner et agencer l’humanité dans sa modernité achevée. Il continue aussi à dépenser des milliards chaque année pour nous convaincre par médias et financements “scientifiques” interposés, du bienfondé des raisonnement fallacieux émis en la circonstance par ses caciques à la botte.

Or, il n’en est rien. Ce système n’est en rien inéluctable, il n’est qu’une “option” imposée et maintenue par la force. Il ne tient qu’à nous de mettre à bas ce dogme éculé, ayant prouvé toujours et encore sa totale inefficacité et perversité au profit exclusif d’un petit nombre de privilégiés, lui-même dépendant du système mis en place pour sa survie politique et économique. A ce stade, le système prévaut sur l’humain, les têtes sont interchangeables mais la machine continue de broyer les vies du commun quelques soient les pilotes et les sbires en charge. Le système étant fondé sur la division et donc sur le rapport dominant/dominé, il corrompt par nature toute velléité de changement dans un grand mouvement d’auto-préservation. L’État et son acolyte du capital ne peuvent en aucun cas être “rendus plus vertueux” ou “servir l’intérêt commun” puisqu’ils sont radicalement (à leur racine), ancrés dans la disparité, l’antagonisme, l’inégalité et l’injustice. On ne peut au mieux en son sein, que changer la température ambiante de la dictature appliquée pour le faire perdurer à l’encontre de toute loi naturelle.

Pour retrouver harmonie, complémentarité, égalité, justice, entraide et fraternité, ces caractéristiques primordiales de la société humaine organique et véritable, le système doit être mis à bas dans tous ses mécanismes. Ainsi, comme nous l’avons dit depuis des années déjà, il est clair qu’il n’y a pas de solution à nos problèmes au sein du système, il n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir. Tout doit partir, pour que nous puissions réaliser notre retour vers la vie organique, celle nous faisant vivre pleinement et non plus survivre en attendant cette mort, seule certitude définitive de notre réalité organique. Alors, pour vivre enfin heureux en attendant la mort (bien à toi Pierre):

A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !

Il est devenu évident pour qui veut voir et comprendre, que tout le reste n’est que réformisme béat, reculer pour mieux sauter, bref… n’est que pisser dans un violon !

Réflexion => Coopération => Action => Émancipation

Qu’on se le dise !

Pour mieux y parvenir:

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

“L’État est une société d’assurance mutuelle entre le propriétaire terrien, le général militaire, le juge, le prêtre et plus tard, le capitaliste, afin de soutenir l’autorité de l’un l’autre sur le peuple et pour exploiter la pauvreté des masses tout en s’enrichissant eux-mêmes.
Telle fut l’origine de l’État, telle fut son histoire et telle est son essence actuelle.”
~ Pierre Kropotkine ~

“On peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire, il ne peut y en avoir qu’une qui serait une révolution définitive. Le mouvement qui semble achever la boucle en entame déjà une nouvelle à l’instant même où le gouvernement se constitue. Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct. Il implique contradiction, dit Proudhon, que le gouvernement puisse être jamais révolutionnaire et cela pour la raison toute simple qu’il est gouvernement.’  […] S’il y avait une seule fois révolution, en effet, il n’y aurait plus d’histoire. Il y aurait unité heureuse et mort rassasiée.“
~ Albert Camus ~

 

5 décembre 2019: « Nous sommes là où tout commence… » pour la renaissance de l’humain contre la dictature marchande (Raoul Vaneigem)

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Excellent article ci-dessous de Raoul Vaneigem, qui en d’autres termes, réaffirme ce que nous disons depuis bien longtemps également. Il est grand temps pour tout à chacun de comprendre la réalité de notre vie au-delà des guerres de clochers induites afin d’agir ensemble sur un changement radical (à la racine) de notre condition. Nous l’avons dit maintes fois et le répèterons sans cesse: Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir.
Dans la perspective du 5 décembre et des journées, semaines, mois qui suivront, le chemin de l’émancipation de la dictature du fétichisme marchand se dévoile en lâchant prise des antagonismes et en embrassant notre complémentarité naturelle pour clamer haut et fort: A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !
Ensemble œuvrons pour notre société des sociétés…

~ Résistance 71 ~

 


Guy Debord & Raoul Vaneigem

 

La renaissance de l’humain est la seule croissance qui nous agrée

 

Raoul Vaneigem

 

Novembre 2019

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/La-renaissance-de-l-humain-est-la-seule-croissance-qui-nous-agree

 

A lire aussi: “L’État n’est plus rien, soyons tout !”

 

Les coups de boutoir que la liberté porte à l’hydre capitaliste, qui l’étouffe, font fluctuer sans cesse l’épicentre des perturbations sismiques. Les territoires mondialement ponctionnés par le système du profit sont en butte à un déferlement des mouvements insurrectionnels. La conscience est mise en demeure de courir sus à des vagues successives d’événements, de réagir à des bouleversements constants, paradoxalement prévisibles et inopinés.

Deux réalités se combattent et se heurtent violemment. L’une est la réalité du mensonge. Bénéficiant du progrès des technologies, elle s’emploie à manipuler l’opinion publique en faveur des pouvoirs constitués. L’autre est la réalité de ce qui est vécu quotidiennement par les populations.

D’un côté, des mots vides travaillent au jargon des affaires, ils démontrent l’importance des chiffres, des sondages, des statistiques ; ils manigancent de faux débats dont la prolifération masque les vrais problèmes : les revendications existentielles et sociales. Leurs fenêtres médiatiques déversent chaque jour la banalité de magouilles et de conflits d’intérêts qui ne nous touchent que par leurs retombées négatives. Leurs guerres de dévastation rentable ne sont pas les nôtres, elles n’ont d’autre but que de nous dissuader de mener la seule guerre qui nous concerne, la guerre contre l’inhumanité mondialement propagée.

D’un côté, selon l’absurde vérité des dirigeants, les choses sont claires : revendiquer les droits de l’être humain relève de la violence antidémocratique. La démocratie consisterait donc à réprimer le peuple, à lancer contre lui une horde de policiers que pousse à des comportements fascisant l’impunité garantie par le gouvernement et par les candidats d’opposition, avides de lui succéder. Imaginez à quels trémolos se livreront les zombies médiatiques si l’immolation par le feu d’une victime de la paupérisation débouche sur l’incendie du système responsable !

De l’autre, la réalité vécue par le peuple est tout aussi claire. On ne nous fera pas admettre que l’on puisse réduire à un objet de transactions marchandes l’astreinte du travail mal rémunéré, la pression bureaucratique accroissant les taxes, diminuant le montant des retraites et des acquis sociaux, la pression salariale qui réduit la vie à une stricte survie. La réalité vécue n’est pas un chiffre, c’est un sentiment d’indignité, c’est le sentiment de n’être rien entre les griffes de l’État, un monstre qui se racornit en peau de chagrin sous la ponction des malversations financières internationales.

Oui, c’est dans le choc de ces deux réalités — l’une imposée par le fétichisme de l’argent, l’autre qui se revendique du vivant — qu’une étincelle, souvent infime, a mis le feu aux poudres.

Il n’est pas de futilité qui ne soit aujourd’hui de nature à déchaîner la violence de la vie réprimée, de la vie résolue à briser ce qui la menace d’extinction.

L’inertie séculaire, la léthargie si bien confortées par la vieille recette « du pain et des jeux », fondent la formidable puissance de la servitude volontaire. Déjà dénoncée au XVIe siècle par La Boétie, elle demeure notre ennemi le plus implacable. En nous attaquant de l’intérieur, la servitude volontaire favorise une propension qui agit chez beaucoup comme une drogue : la volonté d’exercer un pouvoir, d’endosser le rôle de guide. L’autorité de quelques-uns a bien souvent infesté les milieux libertaires de sa morbidité. Aussi faut-il se réjouir de la détermination des Gilets jaunes et des insurgés de la vie quotidienne à rappeler sans trêve leur refus de chefs, de délégués autoproclamés, de maîtres à penser, de grenouilles de bénitier politiques et syndicales.

Libre à ceux qui souhaitent mourir en paix d’attendre la mort dans le confort conjoint du cercueil et de la télévision, mais nous ne laisserons pas leur gâtisme infester notre volonté de vivre.

Ce que nous voulons, c’est la souveraineté de l’être humain. Rien de plus, rien de moins !

La paupérisation frappe à la porte avec une violence accrue, qui va la défoncer. C’en est fini de l’hédonisme des derniers jours que martèle le slogan consumériste et gouvernemental : « Jouissez d’aujourd’hui car demain sera pire ! » Le pire, c’est maintenant, si nous continuons à nous en accommoder. Cessons de croire à la toute-puissance du capitalisme et du fétichisme de l’argent. Nous avons appris que la grande farce macabre qui fait valser le monde n’obéit plus qu’à un petit ressort sordide, celui du profit à court terme, de l’absurde rapacité d’un boutiquier en faillite raclant les fonds de tiroirs.

Je ne parle pas d’espoir. L’espoir n’est que le leurre de la désespérance. Je parle de la réalité de toutes les régions de la terre où une insurrection de la vie quotidienne — appelez cela comme vous voulez — a entrepris de démanteler la dictature du profit et de jeter à bas les États qui l’imposent à des peuples, censés être représentés par eux. Ce que nous voulons, ce n’est pas demain, c’est maintenant, comme l’expriment très bien les aides-soignants, infirmières, infirmiers, urgentistes, médecins confrontés à la gestion économique qui déshumanise le secteur hospitalier.

Le système d’exploitation de la nature terrestre et de la nature humaine a mondialement plombé l’horizon. La chape de la rentabilité à tout prix ne laisse aucune issue à la générosité de la vie et au sens humain qui en favorise la pratique.

De toute évidence, exploiteurs et exploités sont persuadés que la marmite va exploser. La violence est inéluctable. Le problème n’est pas là. La question à résoudre sans ambiguïté repose sur une alternative.

Allons-nous tolérer que l’explosion sociale débouche sur un état de guerre civile endémique, sur un chaos de vengeances et de haines qui bénéficiera en fin de compte aux mafias multinationales, libres de poursuivre impunément, et jusqu’à l’autodestruction, leur projet de désertification lucrative ?

Ou bien, allons-nous créer des microsociétés affranchies de la tyrannie étatique et marchande, des territoires fédérés où l’intelligence des individus se libère de cet individualisme de troupeau en mal d’un guide suprême qui les mène à l’abattoir ? Allons-nous enfin oser prendre en main notre propre destinée et araser une jungle sociale où les bêtes de somme n’ont d’autre liberté que celle d’élire les bêtes de proie qui les dévorent ?

En 1888, Octave Mirbeau écrivait : « Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne disent rien et n’espèrent rien. Mais du moins, ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des révolutions pour conquérir ce droit. »

N’êtes-vous pas lassés de faire virevolter de génération en génération la même et inusable pièce de monnaie : pile la matraque de l’Ordre, face le mensonge humanitariste ?

Il n’y a pas de « vote du moindre mal », il n’y a qu’une démocratie totalitaire, que seule révoquera la démocratie directe exercée par le peuple et pour le peuple. Je me suis amusé au passage d’un slogan qui, si sommaire qu’il soit, appelle à une réflexion plus poussée : « Macron, Le Pen, Mélenchon, même combat de cons ! » (J’aurais préféré « même combat de capons », mais le rejet de toute forme de pouvoir et de dialogue avec l’État fait partie de ces petits plaisirs d’où viennent les grandes vagues de la jouissance individuelle et collective.)

Autonomie, auto-organisation, autodéfense

Les instances au pouvoir ne vont pas tolérer que le peuple s’affranchisse de leur tyrannie. Nous devons nous préparer à une longue lutte. Celle à mener contre la servitude volontaire ne sera pas la moindre. La seule assise dont le despotisme puisse se prévaloir, c’est la hargne sécuritaire des résignés, c’est le ressentiment suicidaire d’une majorité prétendument silencieuse qui hurle sa haine de la vie.

La meilleure défense est toujours l’offensive. À ce principe, amplement démontré par la tradition militaire, j’aimerais substituer celui de l’ouverture, car, à l’avantage de briser l’encerclement s’ajoute le plaisir de briser l’encasernement.

L’ouverture à la vie, nous la voyons à l’œuvre dans la farouche détermination des insurrections en cours. Même si certaines s’éteignent, elles repartent de plus belle. Nous le sentons dans le caractère festif des manifestations de protestation qui perdurent bien qu’elles se heurtent à l’aveuglement, à la surdité, à la rage répressive des gouvernements. C’est en me fondant sur cette ouverture que j’ai parlé de pacifisme insurrectionnel.

Le pacifisme insurrectionnel n’est ni pacifique, au sens bêlant du terme, ni insurrectionnel, si l’on entend par là les aberrations de la guérilla urbaine et guévariste.

Je n’ai ni vocation de guerrier ni vocation de martyr. Je m’en remets à la vie et à sa poésie du soin de dépasser les contraires afin qu’ils ne deviennent pas contrariétés, afin qu’ils échappent à la dualité manichéenne du pour et du contre. Je mise sur la créativité des individus pour inventer une révolution dont il n’existe aucun exemple par le passé. Le désarroi et les incertitudes d’une civilisation qui naît n’ont rien de commun avec le désarroi d’une civilisation qui n’a que la certitude de crever.

Philosophes, sociologues, experts en pensées, épargnez-nous les sempiternelles discussions sur la malignité du capitalisme qui rentabilise son agonie. Tout le monde est d’accord sur ce point, même les capitalistes. Les vrais problèmes en revanche n’ont pas été abordés. Ce sont ceux de la base, ceux des villages et des quartiers urbains, ceux de notre propre corps, qui est tout de même, faut-il le rappeler, le vrai décideur de notre destinée, non ?

Plus les luttes se répandent planétairement, plus leur sens gagne en radicalité, en profondeur, en expérience vécue, plus elles se passent d’engagement militant, plus elles se moquent des intellectuels, spécialistes en manipulation subversive ou réactionnaire (car la manipulation traite l’une et l’autre comme l’avers et le revers d’une pièce de monnaie). C’est à la fois dans leur vécu existentiel et dans leur fonction sociale que les individus se découvrent sur le terrain où leur aspiration à vivre commence à saper et à déblayer le mur que les chiffres d’affaires leur opposent, comme si là s’arrêtait leur destin.

Non, on ne peut plus parler de l’homme abstrait, le seul que reconnaissent les statistiques, les calculs budgétaires, la rhétorique de celles et ceux qui — laïcs ou religieux, humanistes ou racistes, progressistes ou conservateurs — font matraquer, éborgner, violer, emprisonner, massacrer, tandis que, tapis dans leurs ghettos de lâches, ils comptent sur l’arrogant crétinisme de l’argent pour assurer leur impunité et leur sécurité.

La dictature du profit est une agression contre le corps. Confier à la vie le soin de nous immuniser contre le chancre financier qui corrompt notre chair implique une lutte poétique et solidaire. Rien de tels que les feux de la joie de vivre pour réduire en cendre la morbidité du monde ! La révolution a des vertus thérapeutiques, insoupçonnées jusqu’à nos jours.

Écologistes, qu’allez-vous brailler à l’amélioration climatique auprès d’États qui vous narguent en polluant chaque jour davantage, alors qu’il est urgent d’agir sur un terrain où les questions n’ont rien de mondanités intellectuelles. Des questions telles que :

☀ Comment passer des terres empoisonnées par l’agro-alimentaire à leur renaturation par la permaculture ?

☀ Comment interdire les pesticides sans léser le paysan qui, piégé par Monsanto, Total et consorts, détruit sa santé en détruisant celle des autres ? Comment rebâtir sur des bases nouvelles ces petites écoles de village et de quartier que l’État a ruinées et interdites pour promouvoir un enseignement concentrationnaire ?

☀ Comment boycotter les produits nocifs et inutiles que le harcèlement publicitaire nous enjoint d’acheter ?

☀ Comment constituer des banques d’investissement local où la monnaie d’échange palliera opportunément l’effondrement monétaire et le krach financier programmé ?

☀ Comment couper court aux prélèvements fiscaux que l’État affecte aux malversations bancaires, et entreprendre de les investir dans l’autofinancement de projets locaux et régionaux ?

☀ Surtout, comment propager partout le principe d’une gratuité que la vie revendique par nature et que le fétichisme de l’argent dénature. Gratuité des trains et des transports publics, gratuité des soins, gratuité de l’habitat et de l’autoconstruction, gratuité graduelle de la production artisanale et alimentaire locale.

Utopie ? Y a-t-il pire utopie que le fatras de projets absurdes et délétères que déballent, sous les yeux fatigués des téléspectateurs, ces cabotins sans talent qui agitent le spectre de leurs guerres de commis-voyageurs, réitèrent sans fin la pitrerie du combat des chefs, voilent sous de faux débats les vraies questions existentielles et sociales, éclipsent le terrorisme d’État par un terrorisme de faits-divers où la folie suicidaire croît avec la paupérisation et un air ambiant de plus en plus irrespirable ?

A-t-on assez pris conscience que, dans leur diversité, voire dans leurs divergences, les Gilets jaunes et les mouvements revendicatifs formaient un formidable groupe de pression capable de boycotter, bloquer, paralyser, détruire tout ce qui pollue, empoisonne, appauvrit, menace notre vie et notre environnement ? Nous faire sous-estimer notre puissance et notre créativité relève des mécanismes démocratiques de la tyrannie étatique et marchande. Plus que sur ses gendarmes, la force illusoire de l’État repose sur un effet de propagande qui nous presse à chaque instant de renoncer à la puissance poétique qui est en nous, à cette force de vie dont aucune tyrannie ne viendra à bout.

Or, pendant ce temps-là…

Au Chili, la lutte contre la vermine qui prolifère sur le cadavre de Pinochet a ravivé la conscience que tout doit repartir de la base, que les représentants du peuple ne sont pas le peuple, que l’individualiste manipulé par l’esprit grégaire n’est pas l’individu capable de réfléchir par lui-même et de prendre le parti de la vie contre le parti de l’argent qui tue. Il faut laisser au peuple la conquête d’une intelligence qui lui appartient et que les diverses formes de pouvoir s’attachent à lui ôter.

Il en va de même en Algérie, au Soudan, au Liban, en Irak. Je fais confiance au Rojava pour transformer sa retraite momentanée en offensive. Les zapatistes ont, quant à eux, répondu aux arguments économistes du socialiste López Obrador en accroissant le nombre de leurs bases (caracoles) et de leurs conseils de bon gouvernement, où les décisions sont prises par le peuple et pour le peuple.

La revendication opiniâtre d’une démocratie à Hongkong oscille entre d’une part une colère aveugle, prête à se satisfaire d’un parlementarisme partout remis en cause, et d’autre part une colère lucide qui ébranle et fait trembler par sa persistance la gigantesque pyramide du régime totalitaire chinois (qu’inquiète la menace d’un krach financier.) Qui sait ? Le lierre s’infiltre partout, et le passé insurrectionnel de Shanghai n’est pas loin.

Le Soudan secoue le joug de la tyrannie et du pouvoir militaire, l’Iran vacille. Le Liban est un coup de semonce pour le Hezbollah et pour l’islamisme dont la défroque religieuse ne masque plus l’objectif politico-pétrolier. L’Algérie ne veut pas d’un ripolinage gouvernemental. L’Irak découvre que la réalité sociale l’emporte sur l’importance accordée aux rivalités religieuses. Restent les Catalans, les seuls à vouloir un État alors que le « plus froid des monstres froids » est partout criblé de flèches. Mais il n’est pas impossible que les indépendantistes, engagés dans une impasse par le bras de fer opposant l’État madrilène à la non moins étatique Generalitat, respirent soudain les remugles du cadavre franquiste que l’esprit nationaliste a sorti de ses cimetières. Donc il n’est pas impossible que leur revienne la mémoire des collectivités libertaires de la révolution de 1936 où se forgea une véritable indépendance, avant que le parti communiste et son allié, l’État catalan, les écrasent.

Ce n’est qu’un rêve mais la vie est un songe et nous sommes entrés dans une ère où la poésie est le passage du rêve à la réalité, un passage qui marque la fin du cauchemar et de sa vallée de larmes.

Ouvrir un espace vital à celles et ceux que paralysent le désarroi et l’angoisse du futur, n’est-ce pas la pratique poétique qui fait l’insolente nouveauté de l’insurrection de la vie quotidienne ? Ne la voyons-nous pas dans la déperdition du militantisme, dans l’érosion de ce vieux réflexe militaire qui multiplie les petits chefs et leurs troupeaux apeurés ?

Sous la diversité de ses prétextes, l’unique revendication qui s’exprime aujourd’hui sans réserve, c’est la vie pleine et entière.

Qui s’y tromperait ? Nous ne sommes pas dans le tumulte de révoltes prévisibles ou inattendues, nous sommes au sein d’un processus révolutionnaire. Le monde change de base, une vieille civilisation s’effondre, une civilisation nouvelle apparaît. Les mentalités compassées et les comportements archaïques ont beau se perpétuer sous un ersatz de modernité, une nouvelle Renaissance émerge au sein d’une histoire que son inhumanité met en capilotade sous nos yeux. Et ces yeux se dessillent peu à peu. Ils découvrent chez la femme, l’homme et l’enfant un génie d’expérimenter innocemment des innovations inouïes, des énergies insolites, des formes de résistance à la mort, des univers qu’aucune imagination n’avait osé mettre en branle par le passé.

Nous sommes là où tout commence.

17 novembre 2019

Raoul Vaneigem

L’essentiel-et-l’indispensable-de-Raoul_Vaneigem

Guy_Debord_La_societe_du_spectacle

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Lectures complémentaires:

L’anarchie pour la jeunesse

Erich_Mühsam la liberté de chacun est la liberté de tous

confederalisme_democratique

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Un-autre-regard-anarchiste-sur-la-vie-avec-emma-goldman

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

James_C_Scott_Lart_de_ne_pas_etre_gouverne

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Guy_Debord_La_societe_du_spectacle

Murray_Bookchin_Le_municipalisme_libertaire

Murray_Bookchin_Ecoute_Camarade

Voline_La_synthese_anarchiste

Alexandre_Skirda_Organisation_anarchiste_de_Proudhon_a_nos_jours

 

 

 

 

En amont du 5 décembre… A bas l’État, à bas la marchandise, à bas l’argent, à bas le salariat ! Seul chemin de l’émancipation politique et sociale….

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A bas l’État, à bas la marchandise, à bas le salariat !
Manifeste contre le travail

 

On se crève au travail, que crève le travail !

 

Paris-Luttes Info

 

27 novembre 2019

 

url de l’article orignal:

https://paris-luttes.info/on-se-creve-au-travail-que-creve-12952?lang=fr

 

S’il est essentiel de lutter à partir du 5 décembre contre la réforme annoncée des retraites, notre réplique ne saurait s’en tenir à des luttes conjoncturelles visant simplement à sauvegarder l’existant. Puisqu’il est vain de mal vivre aujourd’hui pour survivre à peine demain, réaffirmons que le cœur de la lutte doit bel et bien viser le travail qui, sous ses formes actuelles, ne peut être autre chose qu’une violence et un renoncement.

Pourquoi lutter à nouveau ?

Si nous serons dans la rue le 5 décembre, ce ne sera pas par plaisir de taquiner le pavé, par goût des promenades de santé sous la flotte de décembre, par atavisme militant ou habitude grégaire, par amour du folklore ou par pulsion de sacrifier une journée de salaire.

Pourquoi donc lutter à nouveau ? Parce que ce vieux monde est puant et va l’être encore davantage. Parce que nous refusons déjà cette piteuse retraite à 62 ans et que leurs 64 ans sont toujours le plafond de l’espérance de vie en bonne santé. Parce que cette réforme permettrait à nos chefaillons à venir de trafiquer la valeur des points au gré de leurs lubies budgétaires. Parce qu’en substituant au décompte actuel un système fondé sur l’ensemble de la carrière, on flinguera les plus précaires, les carrières hachurées, les temps partiels, les salaires de rien du tout – et, bien sûr, ce sont encore les femmes qui trinqueront les premières. Parce que les bouffeurs de homard pourront toujours placer leur épargne-retraite et — comme s’ils n’y avaient pas pensé tout seuls comme des grands — y seront même invités par d’appétissants avantages fiscaux. Parce que les massacreurs de la police et de l’armée, dont l’État compte bien se servir pour continuer à nous éborgner et exhiber leurs fusils d’assaut, snipers et autres joujoux d’apparat, sont les seuls exemptés de cette réforme de misère. Parce qu’une triste raison comptable d’État nous condamne à baigner dans le régime du moins-disant social au nom d’une « crise » qui n’est même pas la nôtre, mais celle des possédants, de leurs abus, de leur luxe, de leur sale besogne de privatisation des profits et de mutualisation des risques et des pertes. Enfin, parce que cette réforme révèle dans sa naïve splendeur la vanité et l’hypocrisie de cette clique de lambins, aussi prompts à se gargariser du nom de « République » qu’à piétiner à coups de gros rangers et de mocassins à glands les principes mêmes dont ils se prétendent les héritiers, ceux qui inspirèrent en 1944 à quelques résistants un système de « retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ».

La grande abdication

Toute une clique de clowns éditocrates pour laquelle l’idée de « pénibilité » se réduit à faire chaque matin en SUV le trajet du 16e arrondissement de Paris à un studio du 15e, se faire maquiller et passer sa journée le cul sur une chaise à lire des notes préparées par d’autres, nous placera du mauvais côté de l’histoire. On dégobille déjà, sur ces plateaux criards, contre le « conservatisme » des « gens » (« les gens », ça veut toujours dire « les autres ») qui « vivent dans le passé », refusent de « s’adapter », de se « moderniser », d’aller dans le sens du « progrès », de la « flexibilité », d’adouber sans jacter les « réformes » aussi « nécessaires » qu’« urgentes ». Interdisons-leur l’emploi de ces mots creux : il ne leur restera plus grand-chose à bavasser.

Comme d’habitude, ils y entravent walou. Nous ne sommes pas conservateurs, nous ne vivons pas dans le fantasme d’années passées et dépassées. Si nous ne voulons pas du 2020 qu’ils veulent nous refourguer, ce n’est pas que nous nous idolâtrons 2019, 1944 ou 1936. Mais ces marchands de rien arrivent à faire passer leur soupe. Les partis de gouvernement et syndicats de service se mettent à leur traîne : abandonnant tout espoir, englués dans leur défaitisme, ils meurent au crédit de leurs renoncements. Ceux qui animent ces grosses machines résignées sont incapables de voir que s’ils échouent même à sauvegarder l’existant, à arracher le status quo, c’est parce qu’ils ont renoncé à envisager du progrès. Leurs slogans en carton ne veulent que le maintien du même, parce qu’ils ont oublié d’exiger du mieux ; ils ont déjà perdu, parce qu’ils partent toujours perdants. Et, mollement, s’alignent les défilés sclérosés avec option ballons et mots d’ordre sans gouaille, comme pour dire au pouvoir qu’on ne fait que passer et qu’on ne veut surtout pas avoir l’air de déranger. Quelle morne abdication, quelle raison tronquée que celle qui refuse d’imaginer du changement pour autre chose que pour le pire. Pour notre part, nous ne voulons pas vivre « comme avant », nous voulons vivre toujours mieux, vivre d’une vie pleine : et la vraie question ici reste celle du travail.

La valeur du travail

Enfumés par l’illusion de travailler pour notre salaire, c’est bel et bien pour eux que nous travaillons, que nous produisons de la valeur. Pas besoin de lire de gros livres pour savoir que c’est notre sueur qui paye leurs yachts, leurs vacances, l’école privée de leurs chiards et la clinique de leurs croulants. Que ce sont nos troubles musculo-squelettiques (et notre business postcolonial) qui font augmenter le patrimoine de Bernaud Arnault de 792 euros chaque seconde et offrent à Lafarge le loisir de se faire du biff avec Daesh. Que ce sont nos angoisses et notre impuissance qui permettent aux banques de se faire chaque année 7 milliards d’euros sur nos seuls incidents bancaires — les sans-dents, ça rapporte — et aux groupes du CAC 40 de redistribuer les deux tiers de leurs bénéfices aux actionnaires contre 5% à nos gueules. Que ce sont les efforts de « ceux qui ne sont rien » qui autorisent les capitalistes à penser qu’ils sont tout. Qu’on claque un « pognon de dingue » pour traquer 60 millions de fraudes au RSA et qu’on colle de la ferme aux affamés pour un vol de sandwich en supermarché, sans se remuer pour les 3 milliards de fraudes fiscales de ceux qui ont eu la bonne idée de « traverser la rue » pour se payer un costard. Le tout avec son cortège d’humiliations, de harcèlements, de douleurs : celle de la caissière qui trimballe l’équivalent d’un éléphant chaque jour, celle du livreur à vélo qui se bouffe une portière par semaine, celle de la fille d’un suicidé de France Télécom à laquelle un patron avarié n’a rien su répondre d’autre que « c’est la faute de la dette » quand elle lui balançait, sévère et digne, dans la salle d’audience : « Vous avez tué mon père ».

Mais c’est aussi notre travail qui engraisse l’État, les policiers qui nous tabassent, les huissiers qui viennent nous soutirer notre télé ou notre baraque, les juges qui nous collent en zonzon, les profs qui nous hiérarchisent, les députés qui chouinent de devoir manger des pâtes parce qu’ils ne touchent que 5 000 euros par mois, les militaires qui vont bombarder des gens dont nous ignorons tout, sans qu’on nous demande notre avis, jusqu’au jour où on les retourne contre nous. Tous ceux-là vivent de nos misères, et pourtant ils sont nos maîtres. Encore et toujours, tout est à nous, rien n’est à eux.

La valeur-travail

Mais le fond de l’arnaque, le truc par excellence, c’est qu’ils veulent nous faire travailler — sans quoi ils n’existeraient pas, et leur indécence non plus. Nous avons une productivité telle qu’il n’y a pas 500 000 offres de travail pour dix fois plus d’inscrits chez Pôlot. Il y a bien longtemps que nous n’avons plus besoin de trimer autant pour produire à la hauteur de nos « besoins », même délirants. Si nous continuons à nous éreinter, c’est parce le travail a été érigé en vertu, en valeur, en obligation morale. Parce que le travail est la meilleure école de discipline et d’obéissance, d’ordre et de hiérarchie. Le labeur salarié est un labeur de serf ; un homme qui travaille est un homme dompté ; une femme au turbin est une femme acquise. Leur monde rafistolé ne tiendrait pas un quart de seconde si chaque personne ne travaillait plus que trois ou quatre heures par jour et occupait le reste de son temps libre à l’être réellement – et les mots ont un sens : c’est que le temps de travail est un temps d’esclave. Imaginez l’insubordination généralisée, si tous et toutes avaient les moyens de vivre une vie vraie, une vie d’humain. Voilà pourquoi ils nous ont imposé le travail comme unique modalité de réalisation de soi : c’est désormais en bossant qu’on doit devenir soi-même. D’où leurs team-building et afterworks avec des collègues qu’on ne peut pas piffer, leurs voyages de cohésion d’équipe et tous les petits dispositifs minables par lesquels ils essayent de nous faire croire que « le travail, c’est sympa ». Mais si l’on doit se réaliser par le turbin, c’est aussi par lui et en lui (amen) qu’on doit se définir : que l’on ose se présenter en soirée à des inconnus autrement que par son travail ; que l’on essaye donc de répondre par autre chose que par son travail à la question : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? ». Profession, piège à cons.

Tout cela n’est que magouille et pitrerie, puisqu’ils n’ont plus rien à proposer que des boulots de merde qui n’ont aucun sens, qui ne servent plus jamais à produire des choses vraies, qui nous aliènent même la fierté du beau geste ouvrier. Même ce qui produit du palpable perd son sens, dès lors qu’on élève des poulets ou fait pousser des tomates qui finiront dans une poubelle de supermarché (avec de la javel, pour ne pas casser les lois du marché), dès lors qu’on met la main à la pâte pour produire l’acier ou le plastique d’une trottinette électrique destinée à partir dans la Garonne avec son lithium pourri, après avoir trimballé la crème des imbéciles, prêts à payer 20 centimes la minute. Mais tout ça, désormais, il paraît que ce ne sont plus de vrais métiers : faut s’imaginer aussi, les types ils marchent dans la terre (alors que la terre c’est sale), ils bossent dans des usines (alors que les usines c’est sale), sans se rendre compte qu’ils pourraient comme tout le monde bosser en chaussettes dans un open space avec du top fun gazon artificiel et un patron-super-copain. Tout ça, c’est déjà un peu du passé, parce qu’on nous condamne à bosser au service d’entreprises elles-mêmes au service d’entreprises au service d’entreprises au service d’entreprises. Et ce néant n’est même pas le monopole du populo : on se demande toujours à quoi ça peut bien servir, un chief executive, un community manager, un chargé de projet en digital marketing ou un consultant en productique – et on espère qu’ils se le demandent aussi.

Mais au fond, le sens du travail est surtout un jeu truqué parce que nous n’avons qu’un seul travail, parce que tout est divisé, atomisé, spécialisé, et qu’il ne nous est pas donné de cultiver le matin, de fraiser l’après-midi et de chanter le soir sans jamais devenir cultivateur, fraiseur ou chanteur. C’est aussi un jeu truqué parce que nous avons le choix entre un surtravail débile qui nous arrache la vie, et un sous-travail stérilisant. Va donc te « réaliser au travail » en dormant quatre heures par nuit ou en jouant au Free Cell sept heures par jour. Et surtout, va t’y réaliser quand tu as sur le dos une clique de pseudo-experts sortis tout droit de leurs petites écoles de contremaîtres, qui viennent sous couvert de déconnades en franglish nous apprendre comment faire notre boulot.

Que crève le vieux monde !

Le 5 décembre et pour le reste de nos vies, on ne luttera pas pour la retraite « tout pareil qu’hier », parce qu’on ne marche pas dans la combine. On ne veut pas d’un « progrès » qui signifierait bûcher « un peu moins » comme un dératé, décaniller en faisant un cadavre « un peu moins » amoché, balancé entre quatre planches « un peu moins » cheap. On ne veut pas mal vivre aujourd’hui pour survivre à peine demain. On ne veut pas se sacrifier pour que nos enfants aient le droit de se sacrifier – de toute façon, ils ne viendront pas nous voir à l’EHPAD ces petits ingrats, ils auront trop à faire à payer leurs dettes, chercher une crèche, nourrir leurs mouflets, engraisser leur proprio et enterrer leurs rêves. À la lanterne donc, leur travail d’esclave qui, tel qu’il existe, ne peut être autre chose qu’une violence, un ennui, une dépendance, un sacrifice, à 64, à 44 et déjà à 24 ans. Nous voulons du travail qui ait du sens, qui ne sente ni la dèche ni la charogne, du travail par volonté et pas pour l’artiche, du travail qui ne soit plus la face visible de la lune alors que notre vraie vie végète dans l’ombre, du travail riche et pas du travail de riches, du travail qui nous fasse respirer, imaginer, labourer, gamberger, usiner, discuter, clouer, aimer, et tout ça dans la même journée : vingt-quatre heures, c’est long si on ne les use pas à larbiner. Ivres de rage et d’indignation, nos rangs seront serrés tant que n’aura pas crevé le vieux monde, tant qu’il y aura besoin de clamer, encore et encore, les beaux mots qu’Albert Libertad jetait déjà à la gueule des résignés de 1905 :

« Ô je hais la résignation !

J’aime la vie.

Je veux vivre, non mesquinement comme ceux qui ne satisfont qu’une part de leurs muscles, de leurs nerfs, mais largement en satisfaisant les muscles des faciaux tout aussi bien que ceux des mollets, la masse de mes reins comme celle de mon cerveau.

Je ne veux pas troquer une part de maintenant pour une part fictive de demain, je ne veux rien céder du présent pour le vent de l’avenir.

Je me moque des retraites, des paradis, sous l’espoir desquels tiennent résignés, religions et capital.

Je ris, de ceux qui accumulant pour leur vieillesse se privent en leur jeunesse ; de ceux qui pour manger à soixante jeûnent à vingt ans.

Je veux la joie pour moi, pour la compagne choisie, pour les enfants, pour les amis. Je veux un home où se puissent reposer agréablement mes yeux après le labeur fini.

Car je veux la joie du labeur aussi, cette joie saine, cette joie forte.

Je veux être utile, je veux que nous soyons utiles. Je veux être utile à mon voisin, et je veux que mon voisin me soit utile. Je désire que nous œuvrions beaucoup, car je suis insatiable de jouissance. Et c’est parce que je veux jouir que je ne suis pas résigné.

Il n’y a pas de Paradis futur, il n’y a pas d’avenir, il n’y a que le présent.

Vivons-nous !

Vivons ! La Résignation, c’est la mort.

La Révolte, c’est la vie ».

= = =

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Terreur marchande.. La France au Mali (entre autre)

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Résumé en un dessin du racket organisé :

 

 

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

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L’organisation anarchiste de Proudhon à nos jours (Alexandre Skirda en PDF)

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Résistance 71

 

2 décembre 2019

 

Très belle compilation et analyse de l’organisation anarchiste au gré de l’histoire depuis les années 1840 mise en page par Jo de JBL1960.
De Proudhon à mai 68 en passant par la Commune, la révolution russe de 1905 et 1917, le makhnovisme dont il est un spécialiste, l’Espagne 36, Alexandre Skirda, historien français anarchiste d’origine ukrainienne nous fait revivre les grands moments historiques où la société humaine s’est organisée contre l’État avec plus ou moins de succès, plus ou moins aussi de trahison. L’annexe de fin de texte fait une grande part à ce que fut « la Plateforme » (1927), directement issue du makhnovisme ukrainien.
Cet écrit donne une idée de ce qui a été fait, de ce qui peut être repris et de ce qui doit être abandonné, il est une fenêtre ouverte sur l’expérience de l’organisation anarchiste sur une période de près de 150 ans, ses succès et ses échecs.
A lire et diffuser pour mieux comprendre le fond de l’affaire à laquelle nous faisons face.

Version PDF:
Alexandre_Skirda_Organisation_anarchiste_de_Proudhon_a_nos_jours

 

Lectures complémentaires vitales:

 

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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Introspection sociale: L’angoisse du journaliste alternatif devant l’indifférence publique…

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, pédagogie libération, résistance politique with tags , , , , , on 1 décembre 2019 by Résistance 71

 

Les mensonges fabriqués par l’occident et qu’il consomme

 

Andre Vltchek*

New Eastern Outlook (NEO) Moscou, VT et l’Institut des Etudes Orientales de l’Académie des Sciences de Russie

 

29 novembre 2019

 

Sources:

https://www.veteranstoday.com/2019/11/29/neo-lies-which-the-west-manufactures-and-then-consumes/

https://journal-neo.org/2019/11/20/lies-which-the-west-manufactures-and-then-consumes/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

(*) Andre Vltchek est un journaliste d’enquête indépendant, essayiste, réalisateur de documentaires. Il est l’auteur de plusieurs livres, il écrit et publie essentiellement pour NEO.

Après avoir fini mon travail au Moyen-Orient, du moins pour le moment, j’attendais mon vol pour Santiago au Chili à Paris. Je pouvais compter sur quelques jours “libres”, ruminant ce que j’avais appris et ce dont j’avais été témoin à Beyrouth. Jour après jour, pendant de longues heures, je m’asseyais dans le grand hall / lobby de l’hôtel tapant sur mon clavier, tapant encore, réfléchissant pour taper de plus belle.

Alors que je travaillais, au dessus de moi, un grand écran plat diffusait en boucle les infos de la chaîne française France 24.

Les gens autour de moi allaient et venaient: des élites d’Afrique de l’Ouest étaient dans un délire de shopping sauvage, hurlant de manière peu cérémonieuse dans leur téléphone portable. Des Coréens et des Japonais “se faisaient Paris”. Des Allemands impolis et des Nord-Américains obèses discutaient d’affaires, riant vulgairement, sans aucune considération pour les “sous-hommes”, en fait pour tout le monde dans leur vicinité immédiate.

Quoi qu’il arrive dans mon hôtel, France 24 passait en boucle et oui précisément 24/24, recyclant les jours et nuits durant les mêmes histoires, faisant de temps en temps une petite mise à jour avec un petit air arrogant de supériorité. Là, la France jugeait le monde, donnait des leçons à l’Asie, au Moyen-Orient, à l’Afrique et à L’Amérique Latine, sur ce qu’ils devaient faire.

Au dessus de moi, devant mes yeux, sur cet écran, le monde changeait. Depuis des mois, je couvrais les émeutes cauchemardesques des ninjas traîtres et violents de Hong Kong.

J’ai été partout au Moyen-Orient, surtout au Liban et je me rendais maintenant dans mon second chez moi: l’Amérique Latine, où le socialisme avait continuellement gagné des élections, mais se faisait battre, terroriser même, par l’empire occidental escroc et corrompu.

Tout ce que continuait de montrer France 24, je l’ai habituellement vu de mes propres yeux et plus, bien plus, d’un point de vue bien différent. Je l’ai filmé, j’ai écrit là-dessus et je l’ai analysé.

Dans bien des pays du monde, des gens ont partagé leurs histoires avec moi. J’ai vu des barricades, photographié et filmé des corps blessés ainsi qu’un enthousiasme et un exitement incroyablement révolutionnaire. J’ai aussi été le témoin de trahisons, de forfaitures, de bassesses et de lâcheté.

Mais dans le lobby de cet hôtel, devant ce poste de télévision, tout apparaissait sympa, classe et très confortant. Le sang avait l’air de couleurs mélangées et les barricades ressemblaient à des décors d’un plateau d’une comédie musicale de Broadway.

Des gens mouraient superbement, leurs cris insonorisés, de manière très théâtrale. La journaliste très élégante dans sa robe très mode souriait béatement dès que des gens sur l’écran osaient montrer quelque émotion forte ou grimaçaient de douleur. Elle était en charge, elle était bien au dessus de tout ça. A Paris, Londres et New York, les émotions fortes, les engagements politiques et les grands gestes idéologiques ont été démodés depuis bien longtemps.

Pendant ces quelques jours que je passais à Paris, bien des choses ont changé sur tous les continents.

Les émeutiers de Hong Kong évoluaient ; commençant à mettre le feu à leurs compatriotes simplement parce qu’ils osaient montrer leur allégeance à Pékin. Des femmes étaient battues vulgairement avec des barres de fer jusqu’à ce que leurs visages fussent couverts de sang.

Au Liban, le poing fermé des manipulations de changement de régime occidentaux Otpor devint soudainement le centre des manifestations anti-gouvernement. L’économie du pays s’effondrait, mais les “élites” libanaises crâmaient un fric fou tout autour de moi à Paris et partout dans le monde.

Les pauvres misérables libanais ainsi que la classe moyenne s’appauvrissant, demandaient la justice sociale. Mais les riches Libanais se gaussaient d’eux et leur montraient. Ils avaient tout prévu: ils avaient pillé leur propre pays, puis l’avaient laissé derrière eux exengue et maintenant ils faisaient la fête ici, dans la “ville des lumières”.

Mais les critiquer ici en occident est devenu tabou, interdit. Le politiquement correct, la puissante arme occidentale utilisée pour maintenir le statu quo, les a rendus intouchables ; parce qu’ils sont Libanais et moyen-orientaux.

La bonne affaire n’est-il pas ? Ils volent leurs propres associés moyen-orientaux pour leurs maîtres occidentaux de Paris, de Washington et de Londres, mais ici à Paris ou à Londres, c’est tabou d’exposer au grand jour leur “culture” de la débauche.

En Irak, les sentiments anti-chiites et donc anti-iraniens ont été introduits clairement et puissamment depuis l’étranger. Ce fut le second épisode de ce qui fut connu sous le nom des “printemps arabes”.

Les Chiliens ont lutté et sont morts en essayant de mettre à bas le système néolibéral dont on les gave depuis la prise de pouvoir par Los Chicago Boys en 1973.

Le gouvernement socialiste bolivien, démocratique, racialement inclusif et ayant eu du succès, a été renversé par Washington et des cadres traîtres boliviens. Il y a eu des morts là-bas aussi, dans les rues d’El Ato, de La Paz et ce Cochabamba.

Israël a remis le couvert à Gaza, plein pot. Damas a été bombardée. J’ai été filmer les Algériens, les Libanais et les Boliviens, des gens qui poussaient leur agenda place de la République. J’ai anticipé les horreurs qui m’attendaient bientôt au Chili, en Bolivie et à Hong Kong. J’écrivais fiévreusement alors que la télé ronronnait.

Des gens entraient et sortaient le lobby de l’hôtel, se rencontrant, se séparant, riant, criant, pleurant et se réconciliant. Rien à voir avec le monde.

Ces éclats de rire indécents éclataient périodiquement, alors même que les bombes explosaient sur l’écran, alors même que les gens chargeaient contre la police et l’armée.

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Puis, un jour, j’ai compris que personne en fait n’en avait quoi que ce soit à foutre. Comme ça, c’est si simple. Vous voyez ce qui se passe, partout dans le monde ; vous le documentez. Vous risquez votre vie. Vous vous engagez. Vous êtes blessé. Parfois vous êtes près, si près de la mort. Vous ne regardez pas la télé. Jamais ou presque jamais. Vous apparaissez à la télé certes, vous lui fournissez des histoires et des images, mais vous ne voyez jamais le résultat ; quelles émotions votre travail, vos mots et vos images déclenchent-ils vraiment.

Évoquent-ils une émotion quelconque ? Vous ne travaillez que pour des officines anti-impérialistes, jamais pour les merdias de masse. Mais pour qui que ce soit que vous travailliez, vous n’avez aucune idée des expressions de visages que vos rapports des zones de guerre occasionnent sur les spectateurs et lecteurs, ni même ce que déclenche quelque rapport que ce soit en provenance de quelque zone de guerre que ce soit.

Et puis vous vous retrouvez à Paris et vous avez un peu de temps pour regarder vos lecteurs et soudainement vous comprenez. Ca clique : pourquoi si peu d’entre eux vous écrivent, soutiennent votre lutte ou même luttent pour les pays qui sont détruits, décimés par l’empire.

Lorsque vous regardez autour de vous, observant les gens assis dans le lobby de l’hôtel, vous réalisez alors clairement : ils ne ressentent rien. Ils ne veulent rien voir. Ils ne comprennent rien.

France 24 diffuse, mais ce n’est pas la chaîne d’information qu’elle était supposée être il y a plusieurs années. C’est du spectacle qui n’est supposé que produire un bruit de fond et c’est ce qu’elle fait, précisément cela: un bruit de fond, comme une musique d’ascenseur.

C’est pareil pour la BBC, CNN, Fox News et Deutsche Welle.

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Alors que le président légitimement élu de Bolivie était forcé à l’exil les larmes aux yeux, je me suis emparé de la télécommande de la télé et j’ai zappé sur une chaîne très bizarre de dessins animés archaïques.

Rien ne changea. Les expressions faciales des quelques vingt personnes autour de moi ne changèrent pas d’un iota.

S’il y avait eu des images d’une explosion nucléaire sur cet écran, quelque part dans le sous-continent, personne n’y aurait prêté la moindre attention.

Certaines personnes prenaient des selfies. Alors que je décrivais l’effondrement de la culture occidentale en écrivant mon article sur mon MacBook, nous étions tous occupés d’une certaine manière. Le Cachemire, La Papouasie occidentale, l’Irak, le Liban, Hong Kong, la Palestine, la Bolivie, le Chili étaient en feu… Et alors ?…

A moins de dix mètres de moi, un homme d’affaire américain criait dans son portable: “Vous me réinvitez à Paris en décembre ? Oui ? Ok, nous devons discuter des détails. Combien vais-je toucher par jour ?

Des coups d’état, des soulèvements, des émeutes, partout dans le monde. Et ce sourire plastique et figée de cette fille de la chaîne de télé dans sa robe mode bleue et blanche rétro ; si confiante, si française et si profondément fausse.

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Récemment, je me suis demandé si les habitants de l’Europe et de l’Amérique du Nord avaient un quelconque droit moral de contrôler le monde. Ma conclusion définitive est: certainement pas ! Ils ne savent pas, et ne veulent pas savoir. Ceux qui accèdent au pouvoir sont obligés de savoir. A Paris, Londres, Berlin, New York, les gens sont bien trop occupés à s’admirer narcissiquement ou à “souffrir” de leurs petits problèmes égoïstes et mesquins. Ils sont trop occupés à prendre ces selfies ou préoccupés par leur orientation sexuelle et bien entendu par leurs “affaires”, leur “business”…

Voilà pourquoi je préfère écrire pour des officines d’information russes ou chinoises, pour m’adresser à des gens qui ont peur, tout comme moi, qui sont inquiets, anxieux pour l’avenir du monde.

Les éditeurs de ce magazine [NEO], loin, à Moscou le sont ; ils sont inquiets et passionnés en même temps. Je sais qu’ils le sont. Moi et mes articles, ne sont pas du “business” pour eux. Tous ces gens dont les villes sont pulvérisées, dont les vies sont ruinées, ne sont en rien une forme de spectacle et d’amusement dans la salle éditoriale de NEO.

Dans bien des pays occidentaux, les gens ont perdu leur capacité de ressentir [compassion], de s’engager et de se battre pour un monde meilleur. A cause de cette perte, ils devraient être forcés d’abandonner leur pouvoir sur le monde.

Notre monde est sévèrement endommagé, balafré, mais il est aussi superbe et précieux. Ce n’est pas un business que de travailler pour son amélioration plus que pour sa survie. Seuls les grands rêveurs et les poètes, les penseurs peuvent avoir notre confiance de se battre pour lui, de le mener de l’avant.

Y a t’il beaucoup de rêveurs et de poètes parmi mes lecteurs ? Ou ressemblent-ils / elles et se comportent-ils / elles comme ces clients dans le lobby de l’hôtel de Paris devant cet écran exhibant France 24 ?…