Archives de mai, 2011

Résistance politique: joindre l’action directe non violente à la parole…

Posted in actualité, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , on 31 mai 2011 by Résistance 71

Nous ne pouvons qu’adhérer aux propos de Hozé reproduits ici. Nous l’avions déjà dit et redit à propos du « printemps arabe », récupéré depuis par le consesnsus du statu quo oligarchique: si un mouvement populaire de masse doit réussir, c’est par son action directe à également changer le système, pacifiquement. Pour ce faire, il faut avoir une ligne sociale et politique progressiste commune, et faire bouger les choses. Gagner un momentum populaire, oui… Scléroser le mouvement non !…

A un moment donné, boycotts, désobéissance civile solidaires devront donner une dimension réellement sociale au mouvement. Le temps et la stagnation jouent pour l’oligarchie. La précipitation mène au chaos, l’inertie à la désintégration du mouvement.

Il faut trouver l’équilibre entre les deux: sacrifier l’action au profit de la parole n’est que verbalisme, sacrifier la réflexion à l’action n’est que de l’activisme. Joindre les actes justes (non-téléguidés de l’extérieur) aux paroles réfléchies (non-dictées de l’extérieur) est la condition sine qua non du succès d’un mouvement social. Democracia Real Ya ! en a le potentiel. Les semaines à venir seront cruciales.

— Résistance 71 —

 

 

Ce n’est pas tout de le dire

 

Par José Camarena le 29 Mai 2011

Url de l’artice original:

http://samesoule.wordpress.com/2011/05/29/ce-n’est-pas-tout-de-le-dire/

 

 

Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des banquiers et des politiques », dit la pancarte principale de la #spanishrevolution. Certes, mais ce n’est pas tout de le dire ! Ce n’est pas tout de prôner la non-violence absolue en se réclamant de Gandhi et en oubliant que ce dernier avait pris les coloniaux Britanniques par la bourse en demandant à son peuple de boycotter le sel et, même de manière violente et tragique en certains moments. Ni la révolution espagnole ni les arabes et musulmanes (que l’on voit d’ores et déjà, comme prévu, récupérées ou édulcorées) ne parviendront à leur fin sans toucher la bête (ici appelée banquiers et politiciens) à l’endroit où cela lui fait le plus mal : l’indépendance !

Au risque de me répéter, on ne se façonne pas une révolution pacifique si celle-ci n’est pas supportée par l’immense majorité du peuple et donc, si les revendications ne sont pas susceptibles d’être acceptées comme propres par cette immense majorité. Tant que les « acampados » ne s’allieront pas, d’une manière ou d’une autre, les travailleurs, les petits indépendants et les paysans les plus pauvres autour d’un programme minimal mais crédible et porteur, le mouvement est condamné à disparaître plus ou moins rapidement. Or, qu’est-ce qui fait mal aux politiciens et aux banquiers ? C’est que les premiers n’ont plus aucun pouvoir sur les seconds et que les seconds ont besoin du bras armé des premiers pour continuer leur accumulation. S’attaquer au dieu Marché et à ses contradictions réelles et concrètes ! Bien sûr, l’Espagne n’est pas l’Islande, mais justement, et là-bas, c’est ce qu’ils ont fait : refuser de rembourser la dette, ne plus répondre aux banquiers, etc.

C’est à démonter cet engrenage que les assemblées et le mouvement tout entier doit s’atteler ; à en faire un mot d’ordre général qui fasse prendre la mèche, réellement, objectivement, dans l’ensemble du pays et, en dehors, dans l’ensemble de l’Europe en crise. Je ne sais ce qui va sortir des assemblées qui ont lieu en ce moment même –je sais que l’épisode enthousiasmant de la Bastille, a été stoppé net, par une charge musclée de CRS sans état d’âme- mais, j’espère que les résultats n’en resteront pas à de vagues déclarations sur la méthode et la forme plus que sur le fond de revendications qui, quoi qu’on y fasse, sont des revendications politiques. S’attaquer aux politiciens véreux, critiquer la démocratie formelle et combattre les privilèges, ne peut, en aucune façon, vouloir dire renier la politique, se battre pour plus de démocratie et mettre en place des manières, une manière, de vie en commun qui soit autre, certes, mais ailleurs que dans les places occupées : dans les usines, les villages, les régions, le pays tout entier, les facultés, etc.

Loin de moi l’idée de vouloir faire plaisir à tout le monde –que du contraire. Il me semble qu’un des pièges de mes amis de Sol et d’ailleurs (qui savent très bien ce que je suis en train d’écrire puisque le mouvment s’appelle Démocratie REELLE, tout de suite) réside, précisément, dans un vouloir contenter tout le monde qui, en bout de course, ne contentera personne si ce n’est le pouvoir en place qui verra comment l’illusion s’effrite et le danger, par eux ressenti, s’éloigne ou disparaît. Me propos pourraient sembler contradictoires : d’un côté chercher à rassembler l’immense majorité autour d’un ou deux thèmes d’un programme capable de rassembler le plus grand nombre et, de l’autre, l’appel à ne pas chercher à contenter tout le monde. La contradiction disparaît, dès lors que l’on touche à la politisation obligée du mouvement –il ne peut en aucun cas en rester à l’état de mouvement spontanné. Politiser la lutte, faire pression, s’organiser et organiser des contre-pouvoirs réels, des actions d’envergure qui visent le centre nerveux de ce qu’il faut bien nommer par son nom : le système capitaliste, pour qu’il flanche et qu’à terme il menace de « révolutionner ». La lutte sera longue, on le savait ; il ne faut pas qu’elle s’arrête avant d’avoir été menée, avant d’avoir été au-delà des prémisses de l’espoir et du courage intelligent qui rassemble au départ du concret. Il faut tenir dans la distance et les politiques le savent qui, tous, de la gauche institutionnalisée aux écolos bon teint, en passant par les idéologues sectaires, les sociaux-démocrates et les libéraux, se tiennent en retrait. Je n’ai lu ni entendu aucun appui convaincu et fort, aucun geste fort qui appuie les revendications ni le mouvement de la part de cette clique ! Aucun renoncement à la pension à vie en tant que parlementaire, aucune proposition de projet de loi contre les privilèges basiques repris dans le manifeste de la plate-forme : rien !

Certains se méfient du spontanné, d’autres pensent à leur propre jeunesse soixante-huitarde et replongent dans des dilemmes d’avant la chute du mur, d’autres, enfin, craignent pour leur carrière, leurs privilèges, leur fortune… On n’a pas besoin d’eux : ils ont besoin de nous ; mais, de « nous » qui veut dire le peuple et non pas dix mille, même cent mille personnes, même un million : le peuple ! Et, pour le moment, le peuple continue, comme si de rien –même si les élections italiennes confirment la tendance de l’Espagne, la semaine dernière, l’abstention continue de croître jusqu’à des sommets difficilement soutenables, même en démocratie formelle : terreau pour l’extrême-droite. D’ailleurs, à noter que, pour la première fois depuis des décennies, un partie xénophobe et allié de le Pen, a émergé en Catalogne dimanche dernier… Il en va et en ira de même dans toute l’Europe si personne n’est capable de redonner sens au désespoir, de mettre des mots sur des douleurs et des maux, de redonner ses lettres de noblesse à la politique et à l’Utopie.

Je sais et je suis certain que c’est cela qui sortira des débats épuisants menés dans le plus grand respect de la parole de tous et avec des manières de faire, tellement organisées, qu’il était impossible qu’un petit (ou un grand) leader apparût. Déjà Barcelone a décidé de prendre deux jours de plus afin de « se structurer et pouvoir dé »centraliser le mouvement vers la périphérie » ; Madrid, Séville et Valence viennent, à l’instant (minuit) de décider la même chose. Après, il s’agira d’unifier tous ces petits laboratoires, de les relier autrement que par le Net et les réseaux sociaux.

Ces laboratoires portent le germe d’un autre possible, d’une véritable révolution (la première) qui met en avant et l’internationalisme et le pacifisme et la protection de la Nature ! L’Utopie vaut la peine t les gens y adhèrent pour peu qu’elle se montre de face, sans chichis. Le grand écrivain Galeano, disait l’autre jour, sur une chaîne catalane, alors qu’il était interrogé sur ce qu’il venait de voir à Madrid, à peu près ceci que je cite de mémoire : « Un ami cinéaste et moi étions en Colombie, devant un parterre d’étudiants et tout se passait bien jusqu’à ce que quelqu’un nous demande ce qu’est l’Utopie. Je regarde, perdu, mon ami et lui passe la parole en me disant « le pauvre » et, à ma grande surprise, il répond tranquillement cette phrase merveilleuse : l’Utopie, c’est comme l’horizon, toujours visible et toujours inaccessible, tu avances de dix pas et il recule de dix pas, mais tu avances ; l’Utopie, c’est cela, ce qui te permet et qui te fait avancer. »

Sans cela, le risque est grand de tomber dans ce qui, malheureusement, est devenu l’alternatives du Maghreb et du Makrech : démocratie réelle, réformisme mou ou recul et répression. Aucune révolution –et encore moins en ces temps où le pouvoir est tout aussi globalisé que les oppositions et aussi rapidement interconnecté- ne peut se faire sans l’appui des classes populaires et des intellectuels –je l’ai déjà dit- mais sans celui, également, de la petite bourgeoisie et des indépendants, eux aussi victimes du système. En fin de compte, les bénéficiaires du capitalisme sont très peu nombreux, alors pourquoi ses sbires tiennent-ils les rênes si fortement qu’on dirait des laisses invisibles au cou des citoyens avachis, abrutis, manipulés, aliénés ? C’est une des questions auxquelles il faudra répondre et qui n’est pas la plus difficile, afin de mettre en place des contre-pouvoirs efficaces (qui touchent et éveillent la conscience des peuples, au-delà de l’indignation). Pour les pays de l’hiver jasmin, sur la rive méridionale de la Grande Bleue, se défaire des multinationales et des puissances « alliées » encore à la tête des politiques et des militaires aujourd’hui démocrates, afin d’en terminer avec une réelle démocratisation, une réelle indépendance économique et politique, une réelle négociation avec Israël d’égal à égal et se sortir des bourbiers Syrien, Libyen, Yéménite, du Bahreïn, etc. Pour l’Espagne, se défaire du poids des restes du franquisme, récupérer la mémoire historique, et se trouver des alliances autres que celles des politiques aux ordres des agences de notation et de l’empire du marché des armes et de la drogue (le tourisme, pour ne citer que lui, repose sur le grand banditisme et la corruption généralisée, sur la péninsule). Pour tous, viser le FMI, la BM, le G8 et le G20… Parenthèse : Galeano disait aussi, dans la même interview que DSK, avant de violer l’employée de l’hôtel, avait violé impunément des pays et des continents entiers –ce qui peut donner une certaine idée de toute-puissance et il devrait être jugé pour les deux types de viols commis. Fin de la parenthèse.

Je ne vais pas revenir sur mes articles précédents concernant le mouvement Democracia Real Ya (DRY). J’y crois, je veux y croire et nous devrions, nous tous qui sommes pour un monde autre, être solidaires et y croire. La #spanishrevolution a les pieds bien sur terre et a fait preuve d’indépendance, de courage, de ténacité, de lucidité et d’énergies vitales qui la rendent capable non seulement de durer, mais d’aller jusqu’au bout. Il lui faut, à présent, avancer : l’horizon ! La graine semée a d’ores et déjà pris, il s’agit d’en récolter les fruits, en prenant soin, auparavant, et cela durera le temps que cela doit durer, de veiller jalousement à la santé des pousses ! Plus rien ne sera jamais plus comme avant (au Sud de la Méditerranée non plus) : cela a déjà touché le cœur ou l’estomac des partis de la gauche, quoi qu’ils disent, parce que les revendications sont réalistes et que l’analyse de départ est sans failles et inattaquable –raison pour laquelle l’effort doit porter sur l’enracinement de celles-ci parmi les couches les plus larges et de la manière la plus fertile possibles. Il n’est pas inutile de le rappeler : le mouvement est contre le système, mais pas apolitique, il vise à un changement de système, clairement progressiste –même s’ils n’aiment pas qu’on les compare à ce qui existe car ils veulent autre chose de complètement nouveau. Ils ont raison, raison pour laquelle c’est révolutionnaire. Ce contre quoi je les mets en garde c’est précisément cela : des demandes si réalistes au départ d’analyses si évidentes peuvent, si le processus n’est pas huilé et très bien structuré, aboutir à l’inverse de l’effet escompté : renforcer la social-démocratie dont les thèses pourraient se voir enrichies par le travail effectué tout au long de ces semaines par les jeunes et les moins jeunes « acampados ». Car, comme le souligne un politicien de Barcelone : « tout cela met en évidence, le manque de politique au niveau Européen susceptible de donner des réponses aux problèmes de la Société » (repris par le journal publico.es du 29/5)

En fait, le politique que l’on croyait mort, les idéologies et l’histoire finis, reviennent en force –et de quelle manière- sur le devant de la scène, avec des citoyens protagonistes, anxieux de redevenir sujets de leur destin et solidaires des affaires du monde. Jusqu’ici, la révolution cherche à se définir comme révolution sociale : représentation réellement démocratique, lutte contre la corruption et les privilèges, séparation effective et réelle des pouvoirs, contrôle citoyen sur les responsables et les responsabilités des politiques. Un des porte-parole de Sol a pu même déclarer que toutes ces revendications « a minima » se trouvaient déjà dans les textes de Loi et la Constitution, mais sans être respectées ni appliquées. En somme, une évolution plus qu’une révolution au sens classique du terme. Une évolution qui, sans s’en rendre vraiment compte, de se mettre en place, pousserait le système à s’embourber dans ses contradictions car, en l’état actuel du fonctionnement des affaires du monde, pouvoir et corruption, manipulation et mensonge, non respect des Constitutions et inégalités, maintien des privilèges et politiciens aux ordres du fantôme tout-puissant surnommé « communauté internationale » sont tout bonnement indispensables à sa survie !

Je terminerai cet article par les paroles de Natalia Muñoz, une des instigatrices du mouvement DRY : « il est logique que certaines choses que nous disons ne soit pas suffisamment rigoureuses car elles ne sont que l’expression d’un mal-être. C’est pour cette raison que nous avons besoin de l’appui de spécialistes et l’aide de tous ceux qui s’y connaissent dans chacun des points abordés. » (in publico.es, idem supra) en somme une espèce de deuxième transition –véritablement consensuelle et partie du peuple, cette fois- contrairement à celle, peureuse, qui suivit la mort du dictateur, l’instauration de la Monarchie et la rédaction d’une Constitution à la Belge, sous la pression des pouvoirs factieux encore en place, le souvenir des horreurs et, en même temps leur déni de fait, de la mémoire historique, le début des années de crise qui annonçaient les Thatcher-Reagan dont on connaît les méthodes, les objectifs et les limites imposées en des temps dits de Guerre Froide. Aujourd’hui, la rue redevient Agora, et l’on ne se contente plus d’abattre des murs, mais on emploie toute son énergie à construire des ponts. La Parole retrouvée –une Parole vraie tant au sens marxien qu’au sens lacanien du terme : quelle, belle et grande, révolution en ces temps d’uniformité et de replis frileux !

José Camarena 290511

© Hozé 5/2011

Média et propagande: cabale médiatique en Espagne

Posted in actualité, autogestion, démocratie participative, néo-libéralisme et paupérisation, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , on 30 mai 2011 by Résistance 71
ESPAGNE : LA CNT-AIT CONTRE LA MANIPULATION DES MÉDIAS

 

dimanche 29 mai 2011

Ci dessous, la traduction de textes des compagnons de la CNT-AIT en espagne à propos des évènements récents et des tentatives de manipulations médiatiques et policières, ainsi que des témoignages sur les évènements du 15 mai dernier . (infos actualisées sur le Forum Rouget et Noir : http://cnt.ait.caen.free.fr/forum/v…) :

[Traductions CNT-AIT (Toulouse, Clermont, …)]

 

La CNT-AIT contre la manipulation médiatique du mouvement du 15 mai.

Ces derniers jours, ont été rendues publiques plusieurs informations relatives à la CNT et au mouvement du 15 mai, informations qui vont de la méconnaissance du phénomène jusqu’à la manipulation journalistique grossière. Quoiqu’il en soit, le résultat est le même : discréditer la Confédération Nationale du Travail et s’attaquer à celles et ceux qui participent activement aux campements et aux mobilisations.

Il est à noter qu’après une première phase de stupéfaction face au recours à la police contre les manifestants (répression brutale de la manifestation du 15 mai, expulsion du premier campement), l’attitude des médias (à l’exception éminemment marginale des médias classés à droite) est devenue dans une certaine mesure condescendante en donnant une vision revendicative mais à la fois innofensive des protestations.

Le fait est que, une fois passée les élections régionales et municipales , et devant l’extension des campements, le discours a commencé à se durcir : si auparavant les commerçants « aidaient les indignés », désormais ils se plaignent et affirment que le mouvement est un « trouble à l’ordre public », si auparavant le mouvement était composé de personnes issues de divers horizons idéologiques et de diverses sensibilités, désormais il est infiltré par des « agitateurs professionnels », si auparavant les participants étaient des utopistes, soudain ils se sont transformés en « radicaux d’ultra-gauche »… Le tout dessine clairement une stratégie de préparation de l’opinion pour la mise en oeuvre d’une nouvelle solution policière.

C’est dans ce contexte que nous avons lu hier dans « El Pais » qu’on débattait à Madrid sur les moyens de « se dissocier d’une manifestation de la branche métallurgique de la CNT appelée aujourd’hui à 19h sur la place de la Puerta del Sol ». Erreur, qu’il aurait été facile d’éviter en consultant le site internet du syndicat qui annonçait avoir annulé cette action de la Confédération depuis plusieurs jours en raison du campement qui perdurait sur la place (et encore, sans compter que l’action avait été autorisée bien avant même la manifestation du 15 mai). Et aujourd’hui, nous nous réveillons avec EL MUNDO qui écrit que « mercredi dernier, alors que le campement de la Puerta del Sol avait déjà pris de l’ampleur, des sources policières ont laissé filtrer que la CNT contrôlait l’occupation » sans précaution aucune montrant une fois de plus que ce qui compte c’est de ne pas laisser la réalité gâcher un bon titre.

En conséquence, la Confédération Nationale du Travail dénonce dans cette attitude le manque de rigueur et l’atteinte portée aux règles déontologiques les plus élémentaires du journalisme et exige des médias qu’ils aient la décence de recouper leurs informations.

Enfin, et malgré tout cela, nous réitérons une fois de plus notre appel à la désobéissance comme élément principal des mobilisations et de l’expression de la protestation, pour défier et affronter la répression et les tentatives de ralentissement des campements, pour renforcer toujours plus la participation, l’implication et la prise de conscience de la nécessité de nous organiser, pour élargir la solidarité et le dépassement de la peur qui reste le premier ennemi de la lutte.

Secrétariat à la Presse et à la Communication de la CNT-AIT espagne (. jeudi 26 mai 2011 )

Organisation de la résistance populaire politique et autonome

Posted in actualité, autogestion, crise mondiale, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags on 30 mai 2011 by Résistance 71

Communiqués de la CNT-AIT

 

EN ESPAGNE COMME EN FRANCE, LA RÉSISTANCE POPULAIRE AUTONOME S’ORGANISE

 

dimanche 29 mai 2011

 

Dans plusieurs villes de France, les compagnons de la CNT-AIT participent au mouvement de solidarité avec le mouvement espagnol :

 

Tract distribué dans les rues de Caen :

La résistance populaire autonome s’organise !

En Espagne, le dimanche 15 mai, une manifestation de rejet des partis politiques a été convoquée par un mouvement « pour une démocratie réelle » (democracia real, ya ! ) qui se situe dans la droite ligne de la vague abstentionniste consciente qui traverse les pays pseudo-démocratiques, et ce avec toutes les contradictions que cela peut comporter.

Depuis deux semaines maintenant, des manifestations, des campements, des rassemblements, des assemblées populaires se déroulent dans toute l’Espagne.

Spontané, ce phénomène exprime une désaffection massive à l’égard du parlementarisme et du capitalisme. Ce phénomène démontre une fois de plus que les capacités d’auto-organisation des classes populaires sont à même d’en finir avec la léthargie, la résignation et l’insignifiance pour laisser place à une de prise de conscience.

Le mode d’organisation développé dans ces mobilisations met en évidence la viabilité de la participation directe dans les assemblées, lorsqu’il s’agit de prendre des décisions qui structurent nos aspirations, nos revendications et qui nous font dépasser les positions individualistes. Nous devenons ainsi des protagonistes, nous cessons d’être les spectateurs d’un système, basé sur la délégation et la représentativité, qui écrase notre personnalité. Les assemblées, avec les tours de parole et les commissions de travail, stimulent la responsabilité, surtout lorsque l’implication et la clarté sont les crans qui font tourner cette machine capable de défier le Pouvoir.

D’ailleurs, la réaction du Pouvoir ne s’est pas fait attendre ! A Madrid, notamment, la police du Roi a chargé les manifestants et tiré dans la foule. Le résultat : des dizaines de blessés, une ville quadrillée par les forces de l’ordre, 24 personnes arrêtées dont un compagnon de notre « Association Internationale des Travailleurs » (AIT).

La presse aux bottes du Pouvoir a immédiatement soutenu la répression, mais le mouvement ne saurait pour autant faiblir !

D’autre part, l’auto-organisation se propage partout en Europe (Islande, Angleterre, Portugal, Espagne, Grèce…) pour dénoncer un même système entrainant précarité, paupérisation, etc., pour refuser de payer une crise qui n’est pas la nôtre, pour rejeter tous les politiques. Des luttes ouvrières éclatent également dans le reste du monde.

Tout ces évènements sont occultés en France car la chape de plomb règne. Mais pour combien de temps encore ? Des initiatives sont lancées dans plusieurs villes du pays comme à Lille, Paris, Clermont-Ferrand, Toulouse, Perpignan…

Pour plus d’ informations, consulter notre forum rouge et noir : http//cnt.ait.caen.free.fr

Nous ne sommes rien, soyons tout ! Auto-organisons-nous !

Confédération Nationale du Travail

Association Internationale des Travailleurs

BP 2010

14089 CAEN CEDEX

cnt.ait.caen@free.fr

=========================== Clermont Ferrand :

Rassemblement de soutien aux exploité-e-s d’Espagne

Le 21 mai, à l’appel de la seule CNT-AIT, nous organisions un rassemblement de soutien et d’info sur ce qui se passe en Espagne. Nous apprenions la veille que Barcelone s’y met, et fait des petits en Italie, à Toulouse et à Poitiers.

Seul-e-s, car TOUS les partis sont les ennemis de l’émancipation. Car TOUS les syndicats sont des appareils idéologiques d’Etat. Parce qu’en Espagne, illes s’organisent sans et contre ça. Parce qu’enfin, c’est la mise en pratique de ce pourquoi nous luttons. La Résistance Populaire et Autonome. On nous a reproché d’avoir fait ça seul-e-s (y’avait un rassemblement des syndicats de profs en même temps pas loin, d’ailleurs sans qu’on s’y pointe des gens se sont barrés de celui là pour nous rejoindre…), mais pas besoin que NPA, FdG ou SUD-CGT viennent nous parler de leurs homologues espagnols, qui sont d’ailleurs contre ce qui se passe et ont appelé à voter aujourd’hui…

Rassemblement décidé jeudi soir. Tracts tirés vendredi, et des mails ont tourné à l’arrache. Malgré tout, environ 25 personnes étaient présentes ! Pendant que les gens discutaient de la situation làs bas, des militant-e-s anarchosyndicalistes diffusaient le tract-ci dessous, écrit avec un compagnon espagnol. 150 de donnés. Et plus de la moitié des gens qui le recevaient s’arrêter pour en parler avec nous, car illes n’étaient pas au courant, ou alors avaient les versions mensongères des médias bourgeois (”quelques centaines” en fait plusieurs milliers “democracia real” alors que ces gauchistos républicains sont en minorité depuis le début). Une action très bien reçue donc, en prouvant qu’il est facile de s’organiser de façon autonome ! Ce n’est qu’un début !

Texte du tract diffusé :

ESPAGNE, UN AIR DE REVOLUTION ?

Dimanche 15 mai, à travers toute l’Espagne, furent organisés des rassemblements, des manifestations, pour laisser éclater la rage. Des manifestations contre le système, la paupérisation rampante, la répression, le racisme d’État, la mise à sac de la planète (d’ailleurs comme ici non ?). Nos compagnes-ons espagnol-e-s sont descendu-e-s par dizaines de milliers dans la rue, notamment pour en finir avec le mirage consumériste.

Mais, car il y a toujours un mais, en Espagne comme ici, comme en Syrie… l’État (de droite comme de gauche en Espagne) et ses bras armés, polices, médias… ne supportent pas les contestations (révolutionnaires ?).

À Madrid, la police a chargé les manifestant-e-s, et tiré dans la foule. Résultat, des dizaines de blessé-e-s, une ville quadrillée par les forces du désordre. Et 24 arrestations, dont un militant de la CNT, section espagnole de notre Association Internationale des Travailleurs-euses (AIT). L’exploitation et la misère sont globales, notre lutte aussi.

Immédiatement, la presse espagnole, aux ordres du capitalisme, a soutenu la répression. Il n’y a ni débats, ni opinion. Pourtant, l’auto-organisation se propage partout en Europe : en Grèce, au Portugal, en Angleterre, en Islande et maintenant en Espagne. Mais tout cela est occulté par les médias. Il faut ouvrir les yeux, prendre conscience qu’aujourd’hui, il est possible de détruire ce qui nous détruit. Depuis, les rassemblements de soutien se multiplient. À la Puerta del Sol (place principale de Madrid), se tient un campement sauvage. La police ne peut intervenir, la place est noir de monde. Chaque soir, se tiennent des AGs populaires.

Nous nous rassemblons aujourd’hui pour soutenir les enragé-e-s de cette guerre sociale qui monte, de Madrid à Tripoli, de Tunis à Paris. Et pourquoi pas ici ??Pour exiger la libération immédiate des arrêté-e-s madrilènes du 15 mai.

ON A EU ASSEZ DE CHEFS, ESSAYONS UNE FOIS NOUS-MÊMES ! UNE ATTAQUE CONTRE L’UN-E EST UNE ATTAQUE CONTRE TOUTES ET TOUS !

 

FACE À L’ÉTAT ET AU CAPITAL, ORGANISE-TOI ET LUTTE !

Tract CNT-AIT 63 écrit avec un militant anarchosyndicaliste de la CNT-AIT espagnole.

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A Montauban, la prochaine assemblée populaire est appelée pour le mercredi 1er juin, -place des fontaines- à 19 heures.

A Toulouse RDV Place du Cap tous les soirs à 19 heures

 

Réelle Démocratie: les réserves de la police espagnole quant à la légitimité de la dispersion de la foule…

Posted in actualité, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique française, résistance politique with tags on 30 mai 2011 by Résistance 71

Une révolution ne peut triompher que si la cause est si évidemment juste qu’elle y fait se rallier les forces de répression de l’État, lui-mème garde-chiourme du statu quo oligarchique. L’Histoire est en cela notre témoin.

Nous sommes en bonne voie. Les forces de répression se rallieront aux peuples, et l’oligarchie emploiera alors des mercenaires. C’est prévu, mais en coupant le nerf de la guerre: le fric, les mercenaires capituleront aussi faute de ressources.

— Résistance 71 —

 

 

Communiqué de l’Union des Officiers de la Guardia Civil face aux violence de la Plaza Cataluña

 

 

 

pierrehg le 29 mai 2011

 

Face à la violence du délogement des indignés à Barcelone l’Union des Officiers de la Guardia Civil a rédigé un communiqué que je vous ai traduis ici :

 

DÉLOGEMENT DES INDIGNÉS: MAINTENANT NON !

 

L’association professionnelle d’officiers de la Guardia Civil, l’Union de Officiers (UO), dénonce l’opportunisme du Ministère de l’Intérieur qui ne respecte pas la loi en ne prenant pas en compte les résolutions de la Junta Electoral Central établissant l’illégalité de la manifestation (du 21 mai, ndt).

L’Union des Officiers (UO) dénonce la non mise en œuvre de la décision de la Junta Electoral Central portant sur le délogement, DURANT LA JOURNÉE DE REFLEXION, sans porter atteinte au fait que la manifestation continue les jours suivant, comme c’est en train de se passer.

Cependant, maintenant que le Ministère de l’Intérieur souhaite déloger les campements, l’Union des Officiers (UO) ne pense pas que les motifs exposés lors du recours à la Loi Organique par laquelle est régulé le droit de réunion soient suffisants et légitiment la limitation du droit fondamental à manifester et, en conséquence, met en doute la légalité d’un tel délogement, surtout si pour ce faire il est nécessaire de recourir à la violence.

Le nettoyage de la place n’est pas un motif que puisse justifier la limitation du droit fondamental, surtout quand ce nettoyage peut se faire par zone, rendant possible sa simultanéité avec l’occupation la place. On ne peut pas non plus justifier le délogement de la Plaza Cataluña en prévision de la célébration d’une victoire de football (qui ne se déroule d’ailleurs même pas en Espagne) et de la possible convergence de supporters vers les manifestants. Dans ce cas, la fonction de la police est de canaliser les flux humains pour qu’ils ne se trouvent pas dans le même espace, situation qui ne justifie pas la limitation d’un droit fondamental pour certains en vu de le rendre effectif pour d’autres.

Cette situation démontre le volonté clairement électoraliste du Ministère de l’Intérieur de par l’omission de la dissolution de la manifestation quand il devait le faire, quand il y avait obligation, de par la décision de la Junte Electoral déterminant l’illégalité de la manifestation lors de la journée de réflexion. Maintenant que les élections sont passées, il semblerait que nos dirigeants politiques ne se montrent plus aussi permissifs.

Que sont devenus les principes d’opportunité, de congruence et de proportionnalité qu’arborait M. Rubalcaba à la veille des élections ?

Madrid, 27 de mayo de 2011
UNIÓN DE OFICIALES GUARDA CIVIL PROFESIONAL
Área de Comunicación – Prensa
prensa@unionoficiales.orgprensa
[at] unionoficiales [dot] org – http://www.unionoficiales.org
Ptvoz: D. Jesús Martín Vázquez 639.47.84.16

Traduit par pierrehg

Manifeste Réelle Démocratie…

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Résistance 71 endorse le manifeste du collectif Réelle Démocratie et relaiera les informations émanant du mouvement de manière régulière.

Les peuples sont en train de forger leur destin. Halte au capitalisme, halte au fascime de la pensée unique, halte au parasitisme oligarchique politico-social !

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Manifeste de Réelle Démocratie

 

« Depuis le début de la crise financière en 2008, nos gouvernants ont décidé de mettre à genoux les peuples au lieu de faire payer les banques. Les démocraties européennes ont été séquestrées par les marchés financiers internationaux. Nous sommes pris à la gorge par les plans d’austérité qui se multiplient partout en Europe. Le chômage a explosé et plonge dans la précarité et la misère des millions de personnes. La crise touche tout le monde. En France, alors que les profits du CAC 40 ont doublé, le chômage des jeunes atteint 25 %. En Espagne, c’est 40 % des moins de 35 ans qui sont sans emploi.

Face à cela, le peuple espagnol s’est soulevé. Depuis le 15 Mai, ce sont des dizaines de milliers d’espagnols qui occupent les places jour et nuit. Le mouvement Democracia Real Ya ! (Une démocratie réelle maintenant !) s’organise autour de deux axes de revendications : régénération démocratique du système politique et défense d’une politique sociale. Il s’agit d’une véritable mobilisation citoyenne totalement indépendante et autogérée.

Suite aux rassemblement de solidarité organisés par les Espagnols résidant en France, nous citoyens nous reconnaissons dans les aspirations du peuple Espagnol. Nous appelons chacun à devenir acteur de cette dynamique de changement. La révolte des pays arabes a traversé la Méditerranée. Le réveil du peuple espagnol envoie un message clair à tous les européens, à nous de saisir cette opportunité.

Face à cette oligarchie politique qui détient tous les pouvoirs, revendiquons la convocation d’une Assemblée Constituante pour rappeler à nos gouvernants que le seul souverain, c’est le peuple !
Face à la poignée d’ultra riches qui parasitent notre société, exigeons une nouvelle répartition des richesses !

Nous appelons donc partout en France à l’organisation de rassemblements et d’occupations pacifiques des places publiques. C’est en nous réappropriant l’espace public que nous déciderons ensemble des revendications et des moyens d’action (culturels, artistiques, politiques et citoyens).
La seule limite à l’exploitation, c’est la résistance à l’exploitation ! »

Voté à l’unanimité par l’Assemblée Générale de Paris,
Place de la Bastille,
Dimanche 22 Mai 2010

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Guerres impérialistes: à propos de l’ex-Yougoslavie… Quand le Tribunal Pénal International est à la botte de l’empire, Srebreniça, Kosovo: éclairage…

Posted in actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, terrorisme d'état with tags , , , , on 29 mai 2011 by Résistance 71

Nous reproduisons ici un long article publié en Janvier 2006 concernant la partialité du Tribual Pénal International pour l’ex-Yougoslavie et qui replace de manière non partisane l’affaire du démantèlement de l’ex-Yougoslavie au profit de l’empire et comment ce même tribunal fantôche a constamment appliqué la politique et la justice du « deux poids, deux mesures » si usuelle à la pensée unique dominante impérialiste occidentale.

L’affaire yougoslave a également permis d’impliquer pour la première fois l’OTAN dans une guerre impérialiste et ainsi faire de cette organisation obsolète, le gendarme de l’empire anglo-américain à travers le monde, ce depuis 1999. Nous en voyons encore plus de « résultats humanitaires » aujourd’hui avec la guerre impérialiste déclenchée en Libye. L’éclatement voulu dans un chaos ethnique sans nom de la Yougoslavie a servi de prétexte pour redonner et redéfinir un rôle pour l’OTAN, rôle d’agresseur aux ordres de la haute finance internationale.

Cet article est un peu long, mais vaut chaque minute de sa lecture. Edifiant !

— Résistance 71 —

 

 

Le TPI organe de l’OTAN et de la mauvaise foi

 

 

 

 

 

Ed Herman

 

27 janvier 2006

Url de l’article original:

http://www.michelcollon.info/Le-TPI-organe-de-l-039-Otan-et-de.html?lang=fr

 

Politique Economique d’un Simulacre de Justice : Justice et Profits de Goldman Sachs, version Carla Del Ponte 
Le 6 octobre 2005, Carla Del Ponte, procureur général du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), a donné à Londres, devant l’auditoire de Goldman Sachs, une allocution non moins révélatrice sur le rôle du TPIY que sur la personnalité et les priorités de Mme Del Ponte elle-même.

 

S’adressant à un parterre d’hommes d’affaires, Mme Del Ponte insiste alors qu’en tant qu’organe des Nations Unies, le TPIY est une organisation à but non-lucratif mais que de telles organisations, et celle-ci en particulier, n’en rendent pas moins pour les autres le terrain plus propice aux affaires. « Prévenir les conflits ou rendre la justice ne remplit les comptes en banques ni de l’ONU, ni de qui que ce soit, » déclare-t-elle. Le secteur privé ne peut remplir de telles fonctions. Mais pour Mme Del Ponte, de tels services ne se bornent pas à sauver des vies ou à améliorer le sort des populations, ils contribuent à ramener la stabilité : « C’est en cela que résident les bénéfices à long terme du travail des Nations Unies. Nous nous efforçons de créer un environnement stable et favorable à des investissements sûrs. » Il en résultera « une démocratie raisonnablement prospère, facteur de paix et de stabilité dans le monde. » 

Pour vendre à cet auditoire de businessmen, le TPIY comme un partenaire fiable au service du néolibéralisme, Del Ponte traîne un handicap : les activités de son organisation se sont en effet avérées hautement déstabilisatrices, n’ont en réalité aucunement contribué à « sauver des vies » ou à limiter les souffrances et les destructions, et ont jusqu’à présent maintenu leurs principales zones d’intervention – Bosnie/Herzégovine, Serbie/Monténégro, et Kosovo – dans un état de crise quasi-permanent, caractérisé par des conditions singulièrement peu attractives pour l’investissement privé (en dehors des activités liées aux trafics de drogue et de prostituées, particulièrement florissants au Kosovo.)

D’un autre côté, servant effectivement les objectifs réels de MM. Clinton et Blair, entre autres membres prééminents de l’OTAN – comme, par exemple, justifier le maintien de l’OTAN (obsolète depuis la fin de la Guerre Froide) au moment de son cinquantième anniversaire, en 1999, en montrant que l’OTAN a toujours un rôle à jouer comme organisation sous contrôle américain ; briser la Yougoslavie, indépendante et obstinément socialiste afin d’en ramener les débris dans l’orbite d’influence de l’OTAN ; ou préparer le terrain à d’autres « interventions humanitaires » – le TPIY apparaît comme un organe des principales puissances occidentales et de fait, du néolibéralisme au sens le plus large du terme.

Dès l’introduction de son allocution, Del Ponte affirme que le TPIY a pour objectif premier de « ramener la paix, la sécurité et la justice », mais quelques minutes plus tard, paix et sécurité basculent à l’arrière-plan et elle déclare : « notre objectif premier est de rendre la justice. » La justice est fondamentale, affirme-t-elle, car « elle contribue à la réconciliation de peuples dont les guerres des années quatre-vingt-dix ont ruiné l’unité. » Avant d’expliquer en quoi tout cela est parfaitement faux, à fortiori avec une notion de justice aussi partiale et hautement politisée que celle de Del Ponte, de l’ONU et de l’OTAN, qu’il me soit permis de souligner que rendre la justice ne signifie pas nécessairement ramener la paix. Ce n’est pas un hasard si, de même que les efforts du TPIY coïncidaient avec une instabilité chronique en ex-Yougoslavie, loin de contribuer à « la paix », ses attributions évoluaient parallèlement aux déchaînements de violence aveugle de deux conflits locaux successifs et des campagnes d’intervention armée occidentales qui en découlaient. Il est, en fait, parfaitement légitime d’incriminer le TPIY lui-même pour avoir, en se focalisant exclusivement sur la « justice », offert le meilleur moyen d’empêcher la paix, et pour n’avoir eu d’autre objectif réel que de faciliter la guerre, le démantèlement de la Yougoslavie et l’écrasement militaire économique et diplomatique de la serbie.

C’est ce que fait Michael Mandel, de façon tout à fait convaincante, dans son ouvrage : How America Gets Away With Murder : Illegal Wars, Collateral Damage and Crimes Against Humanity [Comment l’Amérique Est Blanchie de ses Crimes : Guerres Illégales, Dommages Collatéraux et autres Crimes Contre l’Humanité, Pluto Press, 2004], où il souligne qu’en 1992, à la veille de la formation du TPIY, Lawrence Eagleberger du Département d’Etat [le Ministère des affaires étrangères U.S.], désignait déjà dans un discours officiel trois des principaux leaders serbes comme devant être traînés en justice, et déclarait textuellement : « La communauté internationale doit dès à présent envisager d’outrepasser le cadre des accords (de paix) de Londres et se préparer à des actions plus agressives. » Les Etats-Unis avaient déjà précédemment saboté les accords de Lisbonne de février 1992, pourtant prometteurs, en encourageant le leader musulman bosniaque Alija Izetbegovic à se retirer et à faire échec au plan de paix que Croates, Serbes et musulmans de Bosnie – y compris Alija Izetbegovic lui-même – avaient dores et déjà accepté. En février 1993, suite au discours de Eagleberger, Lord David Owen écrivait, non sans amertume : « Nous sommes plus ou moins parvenus à un accord de paix, mais un problème se pose : les musulmans refusent de s’y tenir.

Et c’est en grande partie à cause des Américains, car les musulmans ne cèderont pas tant qu’ils seront convaincus que le soutien de Washington leur est acquis », en d’autres termes, « c’est l’entourage de Clinton qui bloque [l’accord de paix]. » Pour cruciaux qu’ils aient pu être, ces faits et déclarations de milieux on ne peut mieux informés ne remirent jamais en cause la version officielle selon laquelle c’était Milosevic et les Serbes de Bosnie qui, tout à leur projet de « Grande Serbie », rejetaient obstinément toute perspective de paix.

Le rôle du TPIY dans ce sabotage du plan de paix était de faire inculper les dirigeants Serbes afin, en les diabolisant à outrance, d’imposer leur éviction de toute négociation de paix à venir. Comme l’explique Mandel, la fonction même du TPIY était alors de permettre aux Américains de « justifier leur intention d’entrer en guerre, en dépeignant les ennemis qu’ils s’étaient choisis comme des Nazis. » Au sujet du leader Serbe Bosniaque Radovan Karadzic, le juge Antonio Cassese, alors président du tribunal, ironisait : « Voyons qui viendra s’asseoir à la table des négociations avec un homme accusé de génocide. » Plus tard, à la veille des bombardements de la Yougoslavie par l’OTAN, le TPIY dénonça invariablement les Serbes et, comme le souligne Mandel, son activité « n’était alors en rien de poursuivre et juger des criminels mais se bornait purement et simplement à assurer aux positions de l’OTAN une indispensable crédibilité. » Sur le plan des relations publiques, au cours des 78 jours de bombardements de l’OTAN – qui débutèrent le 24 mars 1999 – le TPIY fut l’une des pièces maîtresses de l’arsenal de l’OTAN, particulièrement à travers l’inculpation de Milosevic dès mai 1999, au moment même où l’OTAN se voyait vertement mis en cause pour avoir étendu le ciblage des bombardements aux infrastructures civiles serbes [violation des Conventions de Genève]. Ainsi intégré à l’arsenal de l’OTAN, le TPIY permit de bloquer les accords de paix dans le conflit bosniaque au cours des sanglantes années 1992-1994 puis, de faciliter, justifier et prolonger l’agression de la Yougoslavie par l’OTAN, en 1999.

Cette fonction du TPIY reposait sur des éléments structurels : l’institution avait été crée par les principales puissances de l’ONU, Etats-Unis en tête ; il était somptueusement financé par ces derniers et des ONG à leur service (comme l’Open Society Institute de Georges Sorros) ; issus du personnel de l’OTAN, ses agents travaillaient le plus souvent dans les deux structures en même temps et les plus hauts responsables en avaient été désignés par les représentants des pays membres de l’OTAN. Enfin, le TPIY dépendait entièrement de l’OTAN en matière de renseignements et de services de police. L’OTAN s’en trouvait donc de-facto exempt de « justice », et les clients de l’OTAN littéralement à l’abri de toute poursuite, eussent-ils commis des crimes similaires voire pires que ceux de leurs homologues serbes. Mandel explique que lorsqu’il présenta au procureur du TPIY une dénonciation des crimes de guerre de l’OTAN qu’accompagnaient un dossier complet en trois volumes sur la question, le procureur prit un an de réflexion pour finalement débouter l’accusation sans avoir jamais pris la peine d’enquêter formellement sur les faits. Inversement, dans le cas du massacre de Raçak, imputable aux Serbes, le procureur déclara immédiatement qu’il s’agissait d’un Crime de Guerre, lança la procédure le jour même, sur la seule base des informations fournies par le représentant des Etats-Unis, William Walker. De tous les chefs d’Etat des différents pays impliqués dans les conflits des Balkans, ni Clinton, ni Blair, ni Izetbegovic, ni Tudjman ne furent jamais mis en cause par le TPIY. Seul Milosevic fut accusé, bien que dans la logique prévalant au procès de ce dernier, chacun des chefs d’Etat exemptés aurait pu faire l’objet des mêmes accusations, sinon de bien plus graves.

Non seulement la conception hautement politisée de la justice affichée par le TPIY servait la paix plutôt que la guerre, mais elle demeure fondamentalement tout sauf juste. Une justice qui se dispense d’être partiale perd toute crédibilité. Si en outre elle sert ouvertement des objectifs politiques et se conforme à un ordre du jour extérieur à ses attributions, elle sera inévitablement biaisée et incapable de rendre la moindre justice, si louables que puissent être ses objectifs affichés. Si elle est politiquement corrompue, ses décisions le seront aussi, et orientées dans le sens de ces mêmes objectifs politiques. Et c’est effectivement ce qui a caractérisé le travail du TPIY depuis sa création – s’agissant des nombreux chefs d’accusation ajustés pour l’OTAN, sur ses priorités politiques ou de relations publiques du moment (inculpation du leader paramilitaire serbe Arkan en mars 1999, au moment où commençait la campagne de bombardements de l’OTAN ; de Milosevic en mai 1999, alors que les bombardements d’objectifs civils soulevaient l’indignation, de même de son recours systématique à la publicité, compromettant l’équité des prétendues procédures judiciaires, auxquel venaient s’ajouter les innombrables irrégularités judiciaires dans les procédures mêmes du TPIY.

Selon Michael Sharf, fervent défenseur du TPIY, plus de 90% des preuves avancées au procès de Milosevic étaient des ouï-dires, librement versés au dossier par la juge, bien que littéralement aucun n’ait eu le moindre lien avec le fait d’avoir ordonné ou commis les crimes de guerre imputés à l’accusé (accusations, au reste, ni plus ni moins graves que celles qu’on pouvait au même titre imputer aux Croates ou aux Musulmans Bosniaques à l’encontre des Serbes, ou que le bombardement des infrastructures civiles Serbes par l’OTAN). Elles donnaient le ton, cependant, en offrant un contexte moral justifiant la diabolisation de la cible, et parfaitement ajusté aux objectifs politiques de l’OTAN, quoiqu’aux dépens de la partialité même du procès.

Parmi une multitude d’autres exemples, il en est un qui illustre particulièrement la partialité patente du procès : lors du témoignage de William Walker, pas une fois le juge Richard May ne l’a interrompu dans ses interminables digressions, allant jusqu’à développer son point de vue personnel sur « l’attitude générale » de Milosevic. Inversement, tandis que 45 chefs d’accusations pour meurtre étaient retenus contre Milosevic sur la seule base du « massacre de Raçak », et bien que Walker ait été ici le principal accusateur, May donna à la défense un temps d’intervention limité et en interrompit le plaidoyer plus de 60 fois, rendant tout contre-interrogatoire sérieux littéralement impossible. Après avoir jugé recevables une montagne de ouï-dires avancés par les témoins, May s’opposa définitivement à laisser Milosevic citer les articles du Monde et du Figaro qui rendaient plus que douteuse la version de Walker au sujet des événements de Raçak.

Lors du témoignage du Général Wesley Clark, le juge laissa les représentants du gouvernement américain imposer un huis clos et examiner la déposition avant qu’elle ne soit enregistrée. Clark fut laissé libre de choisir les sujets qu’il entendait aborder, y compris dix bonnes minutes d’auto-adulation (sans la moindre objection de la part du juge), et fut autorisé à téléphoner à Bill Clinton pour lui réclamer une lettre de soutien, en violation du règlement interdisant toute communication extérieure au cours des interrogatoires. Milosevic, lui, se vit refuser le droit de poser aucune question mettant en cause la crédibilité de Clark ou sans lien direct avec les déclarations de ce dernier. Plus récemment, interrompant l’exposé des faits par la défense, le juge du TPIY autorisa la partie civile à produire un enregistrement vidéo montrant l’exécution supposée de six musulmans bosniaques, remontant à 1995, bien que celle-ci n’ait eu strictement aucun rapport avec l’interrogation des témoins de la défense, alors en cours, et qu’elle fût présentée sans que la défense ait été, ni préalablement informée, ni autorisée à en contester la présentation ou la validité. La présentation de cette vidéo n’en fut pas moins une occasion supplémentaire de dramatiser les accusations relatives au massacre de Srebreniça, au moment même où l’establishment occidental en faisait bruyamment célébrer le dixième anniversaire.

Au cours de son allocution au siège de la Goldman Sachs, Del Ponte soutient d’autorité que 8 000 musulmans bosniaques ont été massacrés à Srebreniça, au cours de « l’unique génocide » survenu en Europe depuis la seconde Guerre Mondiale. Ce chiffre est celui qu’avancé la Croix Rouge Internationale en 1995, partant d’une estimation brute et non vérifiée d’environ 3 000 musulmans fait prisonniers par les Serbes Bosniaques, plus environ 5 000 préalablement « portés disparus. » La Croix Rouge et d’autres observateurs sur le terrain n’avaient d’ailleurs pas tardé à reconnaître que plusieurs milliers de ces « disparus » étaient en réalité parvenus à fuir l’enclave pour rejoindre les lignes des Musulmans Bosniaques ou la Serbie même. Il ne faisait par ailleurs aucun doute que plusieurs milliers d’autres avaient été tués au combat. Ce chiffre de 8 000 personnes massacrées n’en est pas moins demeuré inchangé depuis, mais n’est pour autant pas le seul à mériter rectification. En effet, le nombre de corps exhumés dans la région de Srebreniça reste à ce jour inférieur à 3 000, dont une proportion considérable mais toujours non-évaluée ont indiscutablement été victimes des combats particulièrement violents de juillet 1995, et d’accrochages antérieurs. L’éventualité qu’une partie des corps aient pu être exhumés, transportés et enterrés ailleurs demeure hautement improbable et viendrait d’ailleurs contredire les mises en gardes de Madeleine Albright à l’adresse des Serbes, à l’époque : « Nous surveillerons tous vos faits et gestes. » Or aucune photo satellite n’a jamais pu être produite publiquement attestant qu’on ait pu déterrer, déplacer par camion ou ré-enterrer des corps à cette période. En fin de compte le chiffre de 8 000 exécutions n’avait d’autre fondement que les besoins d’une campagne de propagande qui permettait de gonfler démesurément le mythe d’un génocide en cours, mythe dont tiraient avantageusement parti ceux qui en étaient à l’origine, à savoir les représentants de l’OTAN, les médias occidentaux et le TPIY lui-même.

L’affirmation de Del Ponte devant l’auditoire de la Goldman Sachs, selon laquelle qu’il s’agissait bien d’un « génocide » caractérisé, s’inscrit dans une série de révélations et de conclusions types du TPIY, qui ne résiste pas à la moindre analyse et que caractérise de graves contradictions internes. A maintes reprises, les juges du TPIY donnèrent en effet pour un fait établi que 7 à 8 000 musulmans bosniaques avaient sommairement exécutés à Srebreniça, admettant par ailleurs que les faits « suggéraient » qu’en réalité « une majorité » des 7 à 8 000 disparus n’avaient pas été tués au combat, ce qui nécessairement, outre la marge d’approximation, indique un chiffre substantiellement inférieur à 7 ou 8 000 exécutions. Peut-on réellement perpétrer un génocide dans une petite ville ? Les juges ont suggéré que le déplacement forcé de tous les habitants musulmans bosniaques hors de Srebreniça et l’exécution d’une part importante de la population masculine constituait en soi un génocide, insistant que nettoyage ethnique et génocide n’étaient qu’une seule et même chose.

Confronté au problème d’une intention génocidaire des Serbes consistant à déplacer en bus les femmes et les enfants hors de la ligne de front, le tribunal se contenta d’expliquer qu’ils avaient agi de la sorte pour des raisons de relations publiques, mais, comme le souligne Michael Mandel, ne pas commettre le crime qu’on a l’intention de commettre – quoique cette intention ne soit nullement prouvée et ne repose que sur un à priori idéologique/politique du personnel du TPIY – revient en réalité à « n’avoir pas commis le crime en question. » A aucun moment le TPIY ne demanda pourquoi les Serbes, pour perpétrer leur génocide, n’avaient pas plutôt encerclé la ville avant de la prendre, afin de rendre impossible la fuite de milliers de musulmans mâles vers la Serbie et les positions des musulmans bosniaques. La question de savoir pourquoi les musulmans bosniaques avaient sciemment abandonné leurs femmes, leurs enfants et un grand nombre de leurs camarades blessés à la merci des Serbes, ne fut jamais posée non plus et l’on ne confronta pas aux prétendues intentions génocidaires avérées des Serbes le fait que quelques 10 000 habitants de Zvornik fuyant la guerre civile et musulmans pour la plupart, étaient venus trouver refuge en Serbie même, ainsi que le déclara devant la cour Borislav Jovic, témoin au procès. 
Il est intéressant d’observer que « l’Opération Tempête » d’août 1995 – nettoyage ethnique de quelque 250 000 Serbes de Krajina par les forces croates – ne fut jamais considéré comme « un génocide » par le TPIY. Dans ce cas pourtant nombre de femmes et d’enfants avaient été massacrés et le nettoyage ethnique avait frappé une zone géographique bien plus étendue et une population bien plus nombreuse qu’à Srebreniça. Cette opération s’était vue en outre précédée, dès 1993, d’une série d’attaques des forces croates sur des villages Serbes tels Medak, Citluk et Divoselo, où plus d’une centaines de civils sans armes furent massacrés à l’intérieur même de la zone de Krajina placée sous protection des Nations Unies, puis du sanglant nettoyage ethnique de « l’Opération Flash », en mai 1995, qui fit plusieurs centaines de victimes en Slavonie Occidentale. Le TPIY ne prit jamais aucune dispositions particulière à l’égard de ces massacres organisés d’envergure, bien qu’un dossier de l’ONU ait été soumis au TPYI, qui exposait en détail les exactions commises en 1993.

Le parti pris fondamentalement politique et complètement biaisé du TPIY par rapport aux événements de Srebreniça et de Krajina apparaît de manière particulièrement flagrante dans la présentation qu’en a fait Del Ponte devant l’auditoire de la Goldman Sachs. Dans le cas de Srebreniça, elle se fonde sur une interprétation spécieuse du terme de génocide, sans la remettre en cause, ainsi que sur une surévaluation du nombre des victimes qu’aucun élément d’enquête ne corrobore. Elle fait en outre totalement abstraction d’éléments contextuels clés, tels que la position stratégique de Srebreniça comme place forte du commandant musulman bosniaque Naser Oric, d’où ce dernier avait lancé entre 1992 et 1995, une série de raids anti-serbes sanglants sur où plus d’un millier de civils serbes avaient été massacrés. 
Le contraste avec sa description de « l’Opération Tempête » et les massacres de Krajina est si éloquent que son commentaire mérite d’être cité en entier. 
« Autre cas typique, celui d’Ante Gotovina [pour en savoir plus sur ledit Gotovina, cf. http://monde-diplomatique.fr/dossie… ]. Ce général Croate fut mis en cause en 2001 pour une série de crimes commis contre des Serbes en 1995 [l’Opération Tempête (Opération Storm)]. Plus d’une centaine de personnes furent tuées et cent-mille forcées de quitter leur foyer, tandis que leurs maisons étaient pillées ou détruites. Ces exactions furent commises au cours d’une opération militaire, incontestablement légitime en tant que telle, et dont l’objectif était de reprendre la partie du territoire croate alors occupée par les forces Serbes. L’opération fut un succès, et est restée pour les Croates l’une de leurs plus belles heures de gloire. Gotovina commandait une partie de l’opération et il est de fait considéré, assez naturellement du reste, comme un héros national. La seule évocation des crimes de guerre commis au cours de cette opération fut pendant des années considérée comme un tabou. La logique était que : seules les forces ennemies ont commis des crimes de guerre, les défenseurs étant innocents, par définition. C’est seulement récemment que le gouvernement a reconnu que des crimes de guerre avaient effectivement été commis, et que ceux qui s’en étaient rendus coupables, y compris Gotovina, devaient être traduits devant la cour, à La Haie. » 
C’est une apologétique sans équivoque d’un nettoyage ethnique, où les faits qui ne sont pas tout bonnement supprimés sont grossièrement déformés. La juge se dispense de rappeler que la Krajina était sous protection de l’ONU, tout comme Srebreniça, protection sciemment et ouvertement violée par les Croates en 1993. Elle se dispense aussi d’évoquer l’Opération Flash, de mai 1995, où les Croates massacrèrent des centaines de civils Serbes. Les pressions de l’ONU en faveur d’un règlement négocié de la question de la Krajina, mais royalement ignorées par les Croates au moment de leur terrible offensive d’août 1995, sont elles aussi passées sous silence. Ces crimes furent, dit-elle, « commis au cours d’une opération militaire », mais ce n’était pas moins le cas de ceux commis à Srebreniça.

En réalité, Srebreniça avait été défendue (puis abandonnée) par des forces armées proportionnellement supérieures à celles que les Serbes de Krajina avaient vainement tenté d’opposer à leurs adversaires. L’idée que l’opération menée en Krajina était « incontestablement légitime », car elle avait pour objectif « de reprendre la partie du territoire croate alors occupée par les forces Serbes » offre en outre à cette opération un contexte apologétique qui repose sur une contre-vérité patente. Il s’agissait d’une campagne soigneusement planifiée dont le but était loin de se borner à déloger les « forces Serbes » – relativement faibles en Krajina et qui avaient clairement vocation à défendre des populations civiles contre des exactions de l’armée croate telles que celles perpétrées à Medak et au cours de l’Opération Flash – mais davantage de chasser une population Serbe installée dans cette région depuis des siècles. Il s’agissait bel et bien d’une épuration ethnique délibérée, mais que Mme Del Ponte refuse catégoriquement de reconnaître comme telle. Peut-on imaginer Mme Del Ponte déclarant que l’offensive serbe sur Srebreniça visait « à déloger les forces des musulmans bosniaques », ou que les opérations Serbes au Kosovo en 1998-99 visaient à « repousser les forces de l’UCK ? » Que les offensives serbes soient invariablement tenues pour des opérations de nettoyage ethnique, tandis que celles des Croates, non moins clairement dirigées contre des civils (et souvent davantage), apparaissent tout au plus comme des « opérations militaires », dénote en fait un ordre du jour politique sans équivoque.

On peut aussi s’inscrire en faux lorsqu’elle affirme que « plus d’une centaine de personnes furent tuées et cent-mille forcées de quitter leur foyer. » De même quelle reprends sans le remettre en cause le nombre de 8 000 exécutions sommaires à Srebreniça, Del Ponte sous-évalue grossièrement le nombre, politiquement embarrassant, des victimes Serbes de Krajina. Selon les estimations de Veritas, organisation humanitaire serbe, l’Opération Tempête fit à elle seule 1 205 victimes civiles serbes, dont 368 femmes et enfants – les Croates n’ont pas évacué les femmes et les enfants en lieu sûr comme le firent les Serbes lors du « génocide » de Srebreniça. Il semble même que l’Opération Tempête ait fait davantage de victimes civiles Serbes que ne furent tués de civils musulmans bosniaques lors du massacre de Srebreniça : la plupart des musulmans bosniaques tués à Srebreniça étaient des combattants, non des civils (un seul corps de femme fut retrouvé parmi les 1 883 corps exhumés des diverses fosses et tombes autour de Srebreniça). 
De même, s’agissant des populations chassées de Krajina, même les études les plus standard gravitent au bas mot autour de 200 000 personnes. Del Ponte s’efforce d’en minimiser le nombre car il est assez difficile de justifier le nettoyage ethnique de 250 000 civils en s’en tenant à la version d’une simple « opération militaire » visant à « déloger les forces serbes. » A l’inverse de sa dramatisation systématique des violences serbes, Del Ponte recours à un langage modéré pour évoquer les exactions croates. Les 100 000 Serbes de Krajina ne furent ni « expulsés », ni « déportés », ni « ethniquement nettoyés » – comme n’auraient pas manqué de le dire la juge ou ses alliés pour décrire semblable action perpétrée par des Serbes – mais seulement « forcées de quitter leur foyer. » Elle occulte ostensiblement les détails de l’impitoyable acharnement des Croates, tel le témoignage de ces « troupes de l’ONU [qui] observaient atterrés les soldats croates traînant les cadavres des Serbes le long de la route qui jouxtait la base de l’ONU, avant de les arroser de rafales d’AK-47. Ils broyèrent alors les corps criblés de balles sous les chenilles d’un char. »

Ainsi, pour Del Ponte, les Croates pouvaient raisonnablement voir dans ce vaste nettoyage ethnique de civils « l’une de leurs plus belles heures de gloire », car c’était avant tout un succès militaire, bien qu’accessoirement entaché de quelques « crimes de guerre. » A aucun prix elle ne donnerait à voir la prise de Srebreniça – bien mieux défendue en l’occurrence – par les Serbes de Bosnie, comme un succès militaire honorable, et dont les Serbes pourraient se vanter à juste titre – ici, l’ampleur des exactions commises interdit de parler de victoire et si elle n’a de cesse de s’en prendre aux Serbes, c’est qu’un bon tiers d’entre eux refuserait toujours, paraît-il, d’entendre parler de crimes de guerre commis à Srebreniça. Le cadre apologétique où elle l’inscrit lui permet de légitimer l’Opération Tempête, tandis qu’elle évacue le contexte d’exactions anti-Serbes perpétrées par les musulmans bosniaques avant la prise de Srebreniça qui, en suggérant un possible désir de vengeance, pourrait ruiner l’argument politique/idéologique d’une violence gratuite inouïe s’abattant sur des innocents.

C’est l’étalage d’une justice à deux vitesses, fondée en grande partie sur la déformation et l’occultation des faits. 
Del Ponte note que l’inculpation du général Croate Ante Gotovina pour les crimes de guerre commis durant l’Opération Tempête remonte à 2001. Soit, mais pourquoi six années se sont-elles écoulées entre les faits et cette inculpation, alors que le général bosno-serbe Mladic et le président Karadzic étaient inculpés à peine quelques jours après le massacre de Srebreniça et avant même que les faits mis en cause aient pu être dûment vérifiés ? Pourquoi l’OTAN n’a-t-elle jamais envoyé de forces armées en Croatie pour capturer Gotovina comme elle a su le faire à plusieurs reprises en Bosnie et en Serbie pour rechercher Mladic et Karadzic ? Cette inculpation est-elle à rapprocher de l’arrestation de Milosevic et de l’impérieux besoin d’exhiber au moins un semblant d’équité ? Pourquoi le Président Tujman ne fut-il pas inculpé pour ces crimes, comme le fut Milosevic (que le TPIY s’est toujours obstinément et vainement efforcé d’impliquer dans le massacre de Srebreniça), alors que l’implication directe de Tujman dans l’Opération Tempête est patente. Pourquoi Clinton, Albright et Holbrooke n’ont-ils pas été poursuivi pour avoir officiellement avalisé et un soutenu l’Opération Tempête. 
La réponse à ces questions et la clé de la justice à deux vitesses et des occultations de Del Ponte, repose dans le fait que l’énorme opération d’épuration ethnique des Croates en Krajina était menée avec l’aval, et le soutien logistique des Etats-Unis, tandis que les Serbes étaient l’ennemi que les USA s’étaient alors donnés pour cible.

De sorte que, tout comme l’OTAN se trouvait d’office dispensé de rendre des comptes, de part la vocation, le contrôle et la structure même du TPIY, les dirigeants des Etats clients allaient bénéficier de la même impunité, quoiqu’on puisse toujours jeter en pâture au tribunal quelques os à ronger tels Gotovina (tardivement et suite à de molles pressions), pour le grimer d’un bien peu crédible semblant de justice. 
L’un des points clés du discours de Del Ponte, était le rôle crucial de la justice pour porter la réconciliation dans la région. Les coupables doivent être traduits en justice et punis ; les victimes et/ou leurs héritiers doivent sentir que leurs bourreaux ont payé pour leurs actes, afin qu’ils se réconcilient et choisissent la paix.

S’il s’agit des exactions de l’Indonésie au Timor Oriental, où les USA et leur allié britannique prirent part aux massacres de masse, ce principe cesse d’être appliqué. On n’y songera, bien sûr, pas une seconde là où les USA et leur allié britannique ont eux-mêmes commis l’agression et massacrés des dizaines de milliers de civils, comme en Irak. 
On ne l’a pas vraiment appliqué non plus au TPIY, où une « justice » sélective a montré son vrai visage, à la fois outil de vengeance et feuille de vigne d’objectifs politiques. Le nettoyage ethnique en Bosnie était en réalité bien loin d’être l’apanage d’un seul camp, et le nombre de morts par nationalité resta peu ou prou proportionnel à chaque population. Les Serbes ont eu, preuves à l’appui, des milliers de victimes aux mains des Croates ou des musulmans bosniaques et de leurs cadres Mujahidins importés; leurs propres groupes d’experts examinent actuellement quelques 73 fosses, cherchant à identifier les cadavres qui y ont été entassés. Ces massacres là sont littéralement passés inaperçu dans les médias occidentaux comme au TPIY. Médecin légiste de renom et spécialiste Yougoslave des autopsies, Zoran Stankovic, observait déjà en 1996, que « le fait que son équipe ait déjà identifié les corps de plus de 1 000 serbes de Bosnie dans la région [de Srebreniça] n’avait nullement intéressé le procureur Richard Goldstone. » On retrouve au contraire constamment cette vieille rengaine qui voudrait que les Serbes aient toujours eu tendance à pleurer sur leur sort, tandis que les musulmans bosniaques sont de vraies victimes, dont on ne dit jamais que les plaintes sont des simagrées. De sorte que s’il est une question qui ne se pose jamais pour Del Ponte et ses alliés, médias occidentaux inclus, c’est bien celle-ci : si « la justice » est la condition sine qua non de la réconciliation, qu’est ce qui va pouvoir réconcilier les milliers de Serbes victimes des campagnes de nettoyage ethniques, et leurs héritiers, notamment ceux des quelque 250 000 Serbes chassés de la Krajina, désormais croate, si leurs revendications ne reçoivent qu’indifférence ? Les arrêts d’une justice inéquitable ne risquent-ils plutôt d’aggraver leur ressentiment ? 
D’une manière générale, prétendre que le TPIY est fondamentalement au service de la justice, indispensable préalable à toute réconciliation – outre qu’elle est ici à deux vitesses – est parfaitement malhonnête. Loin d’aider à la réconciliation, la constante focalisation sur les victimes et bourreaux de Srebreniça n’a fait que renforcer la haine et le sentiment nationaliste dans le camp même de ceux auxquels le TPIY était supposé rendre justice.

De même, la guerre du Kosovo et son cortège d’exactions exacerbant la haine et les tensions intercommunautaires dans la région, montrait clairement combien le prétendu objectif de Clinton d’un Kosovo multiethnique et tolérant avait été faussement mis en avant. Au Kosovo, cette propagande ouvertement partiale et le poids de l’OTAN dans les décisions, a déchaîné une flambée de violence anti-Serbe (mais aussi anti-Tzigane, anti-Turcs, anti-dissidents Albanais), que la capacité des responsables de l’OTAN à fermer les yeux sur les exactions de leurs alliés – les prétendues victimes – poursuivant inlassablement leur vengeance et leur vieil objectif d’épuration ethnique, ne pouvait en réalité que renforcer.

En Bosnie, il semble que la proposition du ministère britannique des affaires étrangères, d’utiliser la commémoration du dixième anniversaire du massacre de Srerbreniça comme une « statesmanlike initiative » [une initiative de l’ensemble de la classe politique] en faveur de la réconciliation publique entre les différents groupes ait été violemment rejetée par les représentants des différents partis bosniaques. David Chandler souligne que « la focalisation de la communauté internationale sur la guerre a favorisé les courants les plus réactionnaires et les plus rétrogrades de Bosnie. » « Ceux qui, socialement, se trouvaient les plus exclus de la vie bosniaque, se sont retrouvés en mesure d’imposer l’ordre du jour politique et de contrecarrer les politiques de réconciliation, parce que leur poids social s’était retrouvé artificiellement renforcé par l’omniprésence internationale dans le jeu politique d’un si petit pays. Si la Bosnie ne dépendait à ce point d’acteurs extérieurs sur le plan politique, social et économique, dépendance que vient légitimer son image de victime, il est peu probable que la guerre eut conservé une place aussi centrale dans la vie bosniaque.  »

En Bosnie comme en Serbie, sans parler du Kosovo, où la vague sans précédent d’épuration ethnique des années 90 n’est toujours pas stabilisée, les Serbes, outre l’humiliation, ont encaissé une agression constante, et leurs leaders et responsables militaires ont été sanctionnés, lors même que ceux de leurs adversaires – Croates, musulmans bosniaques ou responsables de l’OTAN – actuellement accusés de crimes, ne font, à de rares exceptions près, l’objet d’aucune investigation ou sanction d’aucune sorte, allant le cas échéant jusqu’à prétendre incarner la justice. Le bilan général suggère fortement que ceux qui statuent sur les peines ne visent en réalité ni la justice, ni la réconciliation. Outre qu’ils favorisent la vengeance brute, leur objectif est davantage de renforcer et polariser les positions des musulmans de Bosnie, de broyer la Republika Srpska, voire à l’éliminer purement et simplement comme entité indépendante à l’intérieur de la Bosnie. Ils s’efforcent aussi de maintenir la Serbie totalement désorganisée, affaiblie et dépendante de l’Ouest – justifiant ainsi par avance l’amputation du Kosovo comme province Serbe – et d’imposer une image définitivement positive de l’agression et du démantèlement de la Yougoslavie par les USA et l’OTAN. Ce dernier objectif implique d’occulter l’opportunité offerte à Al Qaeda par Clinton et les musulmans croates de prendre pied dans les Balkans, le rapprochement entre Itzebzegvic et Ben Laden, la Déclaration Islamique de ce dernier affichant son hostilité envers l’idée d’un état multiethnique, l’installation de 4 000 mujhaïdins venus mener une guerre sainte en Bosnie, avec la collaboration active de l’administration Clinton et de l’interconnexion entre l’UCK et Al Qaeda.

En somme, le TPIY a été créé par les puissances de l’OTAN, non pour porter la paix ou la justice en Yougoslavie, mais pour y servir les intérêts des USA et de l’OTAN, lesquels exigeaient le démantèlement de la Yougoslavie, l’écrasement de la Serbie, et la conversion des mini états de l’ex-Yougoslavie en dépendances annexes des puissances de l’OTAN. Les Serbes s’étant dressés comme le principal obstacle à ce programme, il fallait les diaboliser, purger de leurs leaders leurs milieux politiques et les incarcérer, mais encore punir, briser et humilier leur peuple. Le TPIY devait donc se concentrer sur une forme de « justice » (sélective) propre à diaboliser les Serbes et à justifier la mise en échec de tout accord de paix, et le déclenchement de la guerre. Le TPIY s’est strictement et efficacement tenu à cette fonction, fort du soutien patriotique et peu scrupuleux des médias et intellectuels occidentaux.

Le procès de Milosevic et l’interminable traque de Malko Mladic et Radovan Karadzic sont l’aboutissement de ce travail. La traque perpétuelle de Mladic et Karadzic permet en effet de justifier maintien de pressions constantes sur les Serbes, en Bosnie, en Serbie comme au Monténégro ; « le procès », de démontrer que les interventions et bombardements de l’OTAN étaient une juste nécessité, et de donner de « l’intervention humanitaire » des puissances impériales une image plus reluisante. Pour de telles fins, Carla Del Ponte et le TPIY étaient d’utiles instruments.

Traduction : Dominique Arias

Guerre impériale en Libye: de la question de la légalité même de cette guerre et du terrorisme des états occidentaux…

Posted in actualité, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, terrorisme d'état with tags , , , , , on 29 mai 2011 by Résistance 71

UN MÉMORANDUM DU PROFESSEUR HANS KÖCHLER

La Résolution 1973 et l’intervention en Libye sont-elles légales ?

 

Il est d’usage de considérer les résolutions du Conseil de sécurité comme sources de droit. Encore faut-il qu’elles se conforment aux principes de la Charte des Nations-Unies. Ce n’est manifestement pas le cas de la résolution 1973 autorisant l’intervention des volontaires de l’OTAN en Libye.

 

27 MAI 2011

 

Url de l’article repris:
http://www.silviacattori.net/article1644.html

 

Mémorandum relatif à la Résolution 1973 du Conseil de sécurité et à son application par une « coalition de volontaires » sous le commandement des Etats-Unis et de l’OTAN.

 

Le 17 mars 2011, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une Résolution dans le but de protéger la population civile dans le conflit interne à la Jamahiriya arabe libyenne. Bien que l’article 27-3 de la Charte des Nations Unies exige l’accord de tous les ­membres permanents pour toutes les décisions qui ne relèvent pas des questions de procédure, la décision adoptée sans le consentement de la Chine et de la Russie est considérée comme légalement valide puisqu’il est devenu coutumier parmi les membres des Nations Unies de considérer l’abstention comme un consentement.
Pour répondre aux exigences de l’ar­ticle 39 de la Charte en ce qui concerne l’imposition de mesures coercitives, dont l’usage de la force, le Conseil a établi que la « situation » de conflit interne à la Libye constituait une menace pour la paix et la sécurité internationales. En violation des dispositions des articles 42 et suivants de la Charte relatifs à la mise en application collective de résolutions par le Conseil lui-même, les para­graphes opérationnels 4 et 8 de la Résolution autorisent tous les Etats membres à prendre au besoin, individuellement ou dans le cadre d’organismes ou d’arrangements régionaux, toutes mesures nécessaires pour protéger la population et faire respecter l’interdiction de tous vols dans l’espace aérien de la Jamahiriya arabe libyenne.
Il est évident que la délégation de pouvoirs quasi illimités aux parties et groupes régionaux intéressés, qui est devenue habituelle depuis les Résolutions de 1990/1991 sur la Guerre du Golfe, est incompatible non seulement avec la Charte des Nations Unies mais aussi avec le droit international. Bien que les dispositions des articles 43 et suivants de la Charte concernant la mise à la disposition du Conseil de sécurité de forces armées et de contingents de forces aériennes nationales soient restées lettre morte et que le Comité d’état-major ne soit jamais devenu opéra­tionnel, le Conseil de sécurité ne peut en aucun cas autoriser l’usage de la force dont l’ampleur et la forme sont uniquement à la discrétion des parties qui s’offrent pour intervenir au nom de l’ONU. Les procédures évoquées dans les paragraphes opérationnels de la Résolution 1973 et leur application par les parties intéressées, dont l’OTAN, sont contraires à la doctrine de sécurité collective qui constitue la base des dispositions du chapitre VII de la Charte des Nations Unies sur plusieurs points importants :
1. La notion de « toutes me­sures nécessaires » que les Etats ­membres intéressés sont invités à prendre pour « protéger les populations civiles » (§ 4) et « faire respecter l’interdiction de vol » § 8 est vague ; elle n’a pas été définie. Dans un contexte de politique internationale hégémonique, les termes imprécis sont inévitablement interprétés en fonction des intérêts particuliers des parties intervenantes et ils ne peuvent par conséquent jamais constituer la base d’actions légalement justifiées. Ces termes ont souvent été utilisés comme prétexte à un usage pratiquement illimité de la force.
2. L’absence de définition précise de l’expression « toutes mesures nécessaires » empêche d’entrée de jeu d’affirmer la compatibilité des mesures adoptées avec les buts affirmés dans la Résolution. En réalité, cela autorise les Etats et les groupes d’Etats intéressés ainsi que leurs dirigeants politiques et militaires à agir en dehors de tout contrôle et dans une totale impunité.
3. « Autoriser » les Etats à prendre « toutes mesures nécessaires » pour appliquer une Résolution légalement contraignante est une invitation à exercer un pouvoir arbitraire et arrogant et prive de tout sens les obligations de l’ONU envers le droit international. Le fait que le Conseil de sécurité, en utilisant l’expression « toutes mesures nécessaires », ait adopté auparavant la même approche, c’est-à-dire dans la Résolution 678 (de 1990), qui portait sur la situation entre l’Irak et le Koweït, ne justifie pas l’action actuelle dans le conflit interne à la Libye.
4. L’interprétation de l’expression « toutes mesures nécessaires » par deux membres importants du gouvernement britannique peu après l’adoption de la Résolution est une preuve des problèmes suscités par l’emploi de termes non définis et en particulier des abus de pouvoir qu’il invite à commettre. Les ministres de la Défense et des Affaires étrangères ont tous les deux explicitement exclu le fait de tuer le dirigeant libyen des mesures « ­possibles » autorisées par la Résolution. Bien qu’ils n’aient pas repris cette idée dans des déclarations ultérieures et que le Premier ministre britannique n’ait pas adhéré à cette interprétation de « ­toutes me­sures nécessaires », la boîte de Pandore est maintenant ouverte.
5. Le Premier ministre de la Fédération de Russie a très justement qualifié la Résolution de « défectueuse » et d’« imparfaite » dans la mesure où elle permet « n’importe quoi » et ressemble à un « appel médiéval à la croisade ». Bien que ce jugement puisse paraître choquant aux gardiens attitrés de l’humanité et représentants de la « communauté internationale », la procédure par laquelle les dirigeants d’un pays sont déclarés hors-la-loi internationaux et chaque Etat ou groupe régional est invité à se joindre au combat comme il l’entend ressemble effectivement à l’esprit des croisades. Or les déclarations de guerre médiévales n’ont rien à faire en droit international moderne. La justice expéditive et la mêlée générale humanitaire sont des éléments anarchiques qui appartiennent au système prémoderne des puissances impériales qui existait avant l’abrogation du jus ad bellum.
6. Dans le cadre des mesures d’application du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, qui comprennent l’usage de la force, l’expression « toutes mesures nécessaires » invite effectivement les membres autoproclamés d’une « coalition de volontaires » à agir de manière unilatérale. C’est quelque chose qui non seulement subvertit mais pervertit la logique de sécurité collective des Nations Unies au service d’une politique impérialiste masquée derrière des motifs humanitaires comme ceux proclamés à l’aide du slogan « responsabilité de protéger » [1] (qui désigne un ensemble de principes adoptés en 2005 par l’Assemblée générale des Nations Unies) qui semble avoir remplacé celui, antérieur, d’« intervention humanitaire ».
7. L’interdiction stipulée à l’article 4-2 de la Charte aura perdu tout son sens si, au moyen d’une Résolution en rapport avec le chapitre VII, tout Etat membre peut réellement recourir à la force pour poursuivre un but abstrait de manière unilatérale et sans aucun contrôle.
8. L’objectif déclaré de « protection des populations civiles » a été appliqué par les Etats membres intéressés, avant tout par les anciennes puissances coloniales d’Afrique du Nord, en collaboration avec les Etats-Unis, de telle manière qu’il a fait encore davantage de victimes parmi les civils innocents.
9. Contrairement à l’objet du chapitre VII de la Charte, l’application de la Résolution 1973 par les parties intéressées a augmenté la menace à l’endroit de la sécurité internationale au lieu de la réduire. Ce qui était essentiellement un conflit interne résultant d’un soulèvement armé est devenu un conflit international. En intervenant dans un conflit interne aux côtés d’une seule partie, les Etats qui se sont chargés d’appliquer la Résolution, individuellement et au travers de l’OTAN, ont attisé le conflit et provoqué une situation qui pourrait conduire à une désintégration de la Libye, avec la perspective d’une instabilité à long terme dans toute la région nord-africaine et méditerranéenne.
10. La participation de l’OTAN en tant que coordinatrice de l’application de l’interdiction de vol et, finalement, de ­toutes les opérations militaires en Libye, a encore compliqué la dimension internationale du conflit. L’OTAN est un pacte de défense mutuelle d’Etats européens ainsi que de la Turquie et des Etats-Unis. Même sous couvert de « gestion des crises » et de nobles motifs humanitaires, les opérations d’agression en Afrique du Nord – en dehors de la zone du Traité – continuent d’être une menace pour la paix et la sécurité. La participation de l’OTAN en tant qu’organisation régionale, bien qu’elle ne représente pas la région nord-africaine, témoigne également des dangers que constitue la formule d’autorisation générale de la Résolution 1973. Il est certain que l’OTAN représente un éventail d’intérêts totalement différents de ceux de la région concernée. Au vu de sa composition et de ses objectifs politiques, l’OTAN n’a absolument pas à agir en tant qu’exécutant exclusif des Résolutions du Conseil de sécurité en rapport avec le chapitre VII de la Charte des Nations Unies.
11. En décidant de « protéger les populations civiles » en Libye alors qu’il ne l’a pas fait dans des situations comparables au Bahreïn et au Yémen, le Conseil de sécurité a manifestement choisi une politique de deux poids deux mesures qui semble déterminée par les intérêts stratégiques et économiques des pays participants.
12. Avec une extrême hypocrisie, les pays participants dissimulent leurs intérêts évidents derrière l’objectif humanitaire affirmé dans la Résolution 1973. Sous couvert de « responsabilité de protéger » invoquée par le Secrétaire général des Nations Unies comme justification de la Résolution, un usage vraiment unilatéral de la force a été décidé qui équivaut à des mesures militaires qui, en tant qu’acte de guerre aux côtés d’une seule des parties à un conflit interne, dépassent considérablement l’objectif affirmé et sont appliquées dans une totale impunité et sans contrôle suffisant. Avec son expression « ­toutes mesures nécessaires » figurant dans la Résolution 678 (de 1990), le Conseil de sécurité s’est mué en simple spectateur. A cause de la disposition de l’article 27-3 de la Charte des Nations Unies concernant les votes, l’autorisation ne peut pas être annulée sans l’approbation des membres permanents qui ont réussi à l’introduire dans la Résolution.
13. Il faut rappeler que le paragraphe opérationnel no 6 de la Résolution 1970 (de 2011) par laquelle le Conseil de sécurité a soumis la situation en Libye à la Cour pénale internationale (CPI) fournit une sorte d’« immunité préventive » à tous les responsables et exécutants qui interviennent militairement en Libye – pays qui n’est pas partie aux Statuts de Rome – dans la mesure où leurs ressortissants, en dépit de la décision de l’article 13-b des Statuts, ne seront pas assujettis à la juridiction de la CPI. Cette approche qui revient à amender des Statuts en ce qui concerne sa juridiction territoriale, procédure à laquelle le Conseil de sécurité n’est pas habilité, révèle à nouveau la prédominance des considérations politiques sur celles de justice et de droits humains.
14. En lien avec la tendance du Conseil de sécurité, depuis la fin de la guerre froide, à s’arroger des pouvoirs que la Charte ne lui donne pas et à élargir son mandat en tant qu’« administrateur de la justice », la Résolution 1973 semble avoir encore étendu la portée de l’action sur la base du ­chapitre VII de la Charte au point d’inclure la protection des populations civiles dans des situations de conflit interne. Cependant, si le Conseil de sécurité aspire à appliquer le droit et à arbitrer les conflits internes, il devra respecter les prin­cipes fondamentaux du droit, et avant tout l’interdiction de l’arbitraire dans l’application de la loi. Tant qu’il encouragera des Etats membres à agir selon leur bon vouloir, les autorisant à servir leurs intérêts nationaux au prétexte d’agir au nom des Nations Unies, les pratiques du Conseil de sécurité représenteront une menace pour la paix et la sécurité internationales.
15. Etant donné les contradictions résultant de l’autorisation d’appliquer « toutes mesures nécessaires » contenue dans les Résolutions du Conseil de sécurité en rapport avec le chapitre VII de la Charte des Nations Unies, contradictions qui mettent en cause la légitimité de l’ONU en tant qu’agent de sécurité collective, les Etats membres de l’Assemblée générale des Nations Unies devraient envisager de solliciter un avis consultatif de la Cour internationale de justice conformément à l’article 96-1 de la Charte.

Dr. Hans Köchler 
International Progress Organization 
26 mars 2011.

Le professeur de philosophie autrichien Hans Köchler a été, de 1990 à 2008, directeur de l’Institut de philosophie de l’Université d’Innsbruck et il est aujourd’hui président du Groupe de travail autrichien de science et de politique, co-président de l’Académie internationale de philosophie et président de l’International Progress Organization dont il a été le co-fondateur en 1972.

Traduit de l’anglais par Horizons et débats (16.05.2011) : 
http://www.horizons-et-debats.ch/index.php ?id=2662 
et repris par le Réseau Voltaire (27.05.2011).
Texte original en anglais (26.03.2011) : 
http://www.i-p-o.org/IPO-nr-UN-Libya-28Mar.htm

[1] Sur la « responsabilité de protéger », voir également : 
 « Un monde plus juste et la “responsabilité de protéger” » , par Jean Bricmont, 30 juillet 2009. 
 « La “responsabilité de protéger” : une façade légale pour légitimer l’ingérence ? – Entretien avec Jean Bricmont » , par Silvia Cattori, 24 septembre 2009.