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Gilets Jaunes: Brève revue de la 3ème Assemblée des Assemblées de Montceau-les-Mines des 28-30 juin 2019

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Brève relation sur  la 3ème assemblée des assemblées de Montceau-les-Mines (28-29-30 juin) 

 

par un mandaté du rond-point des Vaches 

de St.-Etienne-du-Rouvray banlieue sud de Rouen  

 

Juillet 2019

  

Un grand chapeau bas aux Gilets Jaunes du Magny et de la région pour cette 3ème ADA. Toutes les critiques que nous pouvons émettre sur l’organisation ou le fonctionnement ne réduiront aucunement ce retour de sympathie que nous leur adressons fraternellement. 

  Rappelons les six axes de réflexion proposés aux 250 groupes pour 650 environ mandatés et observateurs G.J et travaillés en groupes, avec quelques commentaires succints. 

1 Le référendum d’initiative partagée.

   Il concerne la non privatisation des Aéroports de Paris. Il y a eu ici une unanimité pour la tenue du RIP ce qui demandera donc une très forte mobilisation. 

2 Doit-on et/ou peut-on sortir du capitalisme ?

   La synthèse finale de cet axe semblait ne pas correspondre aux discussions lors des débats des groupes sur ce sujet. Aussi certains ont décidé de la refaire, ce qu’ils ont entrepris le dimanche matin près de votre serviteur qui s’occupait d’un stand pour distribuer l’affiche « le briseur de chaines de l’arène social ». Les trois « G.J » qui s’activaient à l’écriture se sont focalisés sur le rappel de la définition du capitalisme dans un langage marxeux, pas une seule fois je ne les ai entendus parler du  travail des groupes de réflexion qu’ils étaient censés synthétiser. Bigre ces trois là refaisaient le monde avec fébrilité ! Pour les taquiner j’ai demandé à une des rédactrices une seule phrase pour définir le capitalisme, elle m’a répondu immédiatement : « c’est la surexploitation de l’homme par l’homme ». Dans cette époque de confusionnisme j’aurais pu lui faire remarquer idiotement son manque de féminité mais j’ai préféré lui rétorquer sérieusement que l’on retrouvait cette surexploitation à Athènes au Vème siècle avant J C et que ce n’était pas encore le capitalisme. Aïe aïe aïe ! Corriger la copie ! Nous verrons plus loin comment a été accueillie leur prose. Je note cependant que la plupart ne connaissent pas  ou ne comprennent pas la meilleure critique positive de Marx, jamais réfutée à ma connaissance,  celle de J.- P. Voyer  dans son livre de 1976 : « Une Enquête sur la nature et les causes de la misère des gens » éd Anonymes  (voir à partir du 2ème chapitre : Confidential report)(1) et je me range avec humilité aux cotés des G.J du Magny pour lesquels cette question les laisse encore « perplexes, divisés et méfiants ». Nous ne sommes pas obsédés par le but, nous construisons notre chemin… Et j’ai de plus en plus de mal à supporter les relents méphitiques des idéologies politico-religieuses !

(1) disponible sur le site :http://leuven.pagesperso-orange.fr/ rubrique : « publication ».

3 Les assemblées citoyennes locales. 

  Ce terrain d’expérimentation intéresse beaucoup les G.J des zones rurales et péri-urbaines avec lesquels j’ai pu discuter : terrain prêté par le maire ou un paysan, bâtiment quelquefois… J’en profite pour saluer tous les G.J que j’ai rencontrés, ceux du Gard,  du  Morvan, , de l’Aude, de Lot-et-Garonne, de Metz… et le très sympathique Nico de  Dieppe, mon  compagnon de voyage.

4 Occuper le terrain. 

   Comment assurer notre visibilité puisque c’est précisément là-dessus que nous sommes combattus. Diverses opérations ont donc été discutées (Tour de France cycliste, fête du 14 juillet…)

5 Les ada, assemblée des assemblées. 

Comment renforcer, améliorer cette assemblée. Notons d’abord qu’il est fort dommage que l’ appel de Commercy (chapeau bas aussi aux G.J de là-bas pour le travail effectué) du 26 janvier pour la première assemblée des assemblées s’est adressé à des comités populaires locaux (sic !) autrement dit à  des groupes ou collectifs qui n’avaient absolument pas l’expérience de vie, le vécu relationnel des G.J des ronds-points ou de ceux qui, trop éloignés, les accompagnent dans leurs opérations. La porte était grande ouverte pour ceux qui apprécient de débattre confortablement assis sur le « vivre ensemble », grande ouverte pour confondre Gilets Jaunes et soutiens aux Gilets Jaunes(1). La 3èmè ADA ne fait que confirmer cette présence ennuyeuse des « G.J » de centre ville que l’on remarque vite par le style laborieux du langage militant ou de l’activisme lourdingue (évidemment je connais des G.J de centre ville qui ont un grand savoir-vivre mais la tendance dominante est à la lourdeur !) 

(1) cf http://laviedesidees.fr/La-banlieue-jaune.html et surtout les articles sur les Gilets Jaunes sur le site https://collectiflieuxcommuns.fr/ qui a accepté de publier notre courte thèse : « Des différences – comportementales, psychologiques-sociologiques-financières entre Gilets Jaunes péri-urbains et « Gilets Jaunes » du centre ville à Rouen »  

6 Les convergences. 

Quatre groupes composaient cet axe de réflexion. C’est en participant à un de ces groupes que l’idée m’est venue, grâce à deux Gilets Jaunes, de remplacer le terme « convergence » par « alliance » et de préciser l’apport de notre mouvement comme « protection et avancée du bien commun » plutôt que « défense de l’intérêt général » dans les futures alliances. Là aussi on a eu droit en plénière à la vieille chanson de cette gauche faussement appelée radicale que l’on retrouve dans les centres des villes   importantes  avec l’appel soporifique du « blocage total du pays » par un jeune emporté alors que les racineux sont les G.J ruraux et péri-urbains.  Si un jour une paralysie réelle des activités gagne le pays ces miltants pseudo-radicaux penseront en être la cause par leurs incantations répétées mille fois et plaquées à chaque mouvement. Indécrottables !

Une précision importante pour les lecteurs :

Après la discussion d’un groupe, deux ou trois personnes effectuent une synthèse écrite. Cette synthèse devrait retourner au groupe qui peut s’en satisfaire, l’amender ou la refondre. A défaut de retour l’esprit vivant de chaque groupe se perd souvent dans la synthèse. De plus quand vous avez 4 groupes pour un thème donc quatre synthèses, que celles-ci ne font pas retour et vont former une synthèse globale, on comprend pourquoi  cette  synthèse globale paraît indigeste à tous ceux qui ont participé au thème.

Quelques anecdoctes très peu croustillantes

Mini pression de groupes de « G.J »   lors de  la déclamation sur l’axe 2 « doit-on et /ou peut-on sortir du capitalisme ? » où la conclusion « il faut détruire le capitalisme »  a été applaudie par certains en scandant « révolution ». Hélas ! La destruction du capitalisme n’implique pas l’établissement d’une société fraternelle et les cendres des staliniens, anti-capitalistes d’Etat bien connus, ont du virevolter de plaisir dans leurs urnes. Aussi applaudissements et scansion n’ont pas pris l’envol escompté, la très grande majorité des G.J attendant avec sérénité que le silence revienne !

Mini pression de groupes de « G.J »  lors de la déclamation sur l’axe 6 « convergence » où la conclusion « blocage total du pays » a été applaudi par certaines en scandant  « anticapitaliste ». Hélas encore ! « le blocage total du pays » n’implique pas l’établissement d’une société fraternelle et les cendres des staliniens, anticapitalistes d’Etat bien connus, ont du virevolter de plaisir dans leurs urnes. Aussi applaudissements et scansion n’ont pas pris l’envol escompté, là encore la très grande majorité des G.J attendant avec sérénité que le silence revienne !  

Ces deux mini-pressions ont été surtout l’oeuvre de « G.J » de centre ville (on les reconnaît vite au fait que la plupart ne portent pas la tunique d’or, la chasuble de l’espoir !), « G.J » pseudo-intellos ou activistes. Attention, je ne divise pas, c’est une simple question d’honnêteté ! C’est une question d’expérience vécue et il importe de reconnaître les différences plutôt que de les dénier.

C’est une majorité des mêmes qui conspuèrent une mandatée qui avait eu le tort de se montrer trop insistante dans son groupe de réflexion pour que les manifs soient déclarées. La pauvrette a versé quelques larmes devant ces manqueurs de savoir-vivre, ces petits insolents, vite fait bien fait réprimandés par les organisatrices et réduits au silence.

Alors que je sortais quelques minutes de la plénière pour fumer une clope, je me suis retrouvé avec un jeune homme et deux femmes. Je ne sais plus comment la discussion est venue sur F. Boulo. Je disais au jeune que s’il voulait être mandaté, François pouvait l’être puisqu’il était G.J, celui-ci me rétorqua « c’est un homme de pouvoir ». Je lui répondis que « ce n’est pas parce qu’il passe dans les médias que c’est un homme de pouvoir, pour l’instant c’est un homme d’influence ». Alors il se raidit et répliqua « c’est un homme de pouvoir, je ne discute pas » et rentra dans la salle. Ce bouffon confond radicalité et impertinence ! Montpellier-centre je crois, vous voyez là encore un centriste, un nombriliste. Certains priment l’organisation, d’autres le savoir-vivre c’est la différence qui crée la différence !

Le véritable apport de l’ada : les recontres entre Gilets Jaunes – un exemple pratique

La décence commune, chère à Orwell et repris par J.C. Michéa dans son essai « le complexe d’Orphée » ed Champs essais, autrement dit la triple obligation de « donner, recevoir, redonner », constitue le socle de toutes les relations humaines. L’ordre néo-libéral vise à déraciner totalement cette manière de communiquer son humanité et encourage officiellement la cupidité, la trahison ou le cynisme pour encourager les parvenus. L’idéal de ces gens là ne nous intéressent pas ; l’égoïsme borné, le mauvais je, le je sans nous, le moi-je qui ne reconnaît pour « autre » que son ombre sauf quand il est en danger et appelle au-secours c’est bon pour les trous du cul ! Le président d’ici qui ne sera pas toujours président en est le parfait exemple ! Le fondement anthropologique de la décence commune se prolonge par le savoir-vivre et le bon sens si appréciés de tous les peuples. Ce sont ces trois manières de faire et de penser qui nous amènent à critiquer la notion de « convergence » et à lui substituer l’ « alliance », le concept enfin trouvé qui réunit l’idée et le réel : 

  Le mouvement des G.J ne peut converger avec les luttes syndicales ou les combats des partis politiques puisque dès le commencement il s’est auto-organisé, auto-constitué et auto-défini en défiance vis à vis des syndicats et des partis. Converger signifie se diriger vers un point commun, tendre au même résultat. On saisit immédiatement l’intérêt de parvenir à circonscrire le mouvement des G.J comme composante dans une convergence pour les syndicats et les partis, les trois rivières confluant dans le même fleuve de telle sorte que notre mouvement se dilue jusqu’à ce qu’il disparaisse. Ce confusionnisme nous le dénonçons et nous opposons la clarté, l’honnêteté qui ici consiste à nommer « alliance » les rapports que nous envisageons avec les travailleurs, syndiqués ou non. Quant aux partis qu’ils convergent donc entre eux. S’allier à un partenaire c’est s’engager mutuellement en sachant que les buts de chaque partenaire sont reconnus différents. Créer un pacte d’alliance c’est poser un échange. Ainsi les G.J soutiennent toutes les revendications partielles de travailleurs syndiqués ou non, par exemple sauvegarder leur emploi menacé, augmenter leur salaire, dénoncer un manque d’effectifs, etc… En échange de notre soutien actif, de notre engagement dans leurs luttes nous leur apportons notre contribution pour la protection et l’avancée du bien commun dans le secteur dans lequel ces salariés turbinent. Nous leur demandons donc de prendre en considération ce que pensent et formulent les G.J, cette partie du peuple qui donne le ton, qui fait l’histoire. Et voici, citoyennes et citoyens, un exemple concret avec la grève des urgentistes :

AUX URGENTISTES EN GREVE 

   Nous, G.J du rond-point des vaches de St Etienne du Rouvray de la banlieue sud de Rouen, nous sommes directement concernés par vos revendications qui concernent le manque crucial d’effectifs et de moyens. D’ailleurs nous vous sommes reconnaissants d’avoir assisté les G.J éborgnés, défigurés, déglingués (547 blessés 

fin mai dont 244 au visage). Nous saluons aussi les 35 ophtalmologistes qui ont écrit à celui qui est encore appelé « président » (il ne le sera pas ad vitam aeternam n’est-ce-pas !) pour dénoncer les LBD. Vous tous urgentistes vous avez été témoins de cette violence inouïe et disproportionnée voulue par le gouvernement pour rendre invisible notre mouvement (visage –  visible – viser – même racine latine de visus, part. passé de videre, voir) et vous avez été témoin de la falsification des faits par Castaner. En échange de notre soutien actif nous vous demandons de prendre en considération ces pensées concernant la politique de la santé exprimées par bon nombre de G.J :

1 Nous sommes opposés à la fermeture des hôpitaux de proximité qui ne peut que surajouter de l’anxiété, du stress voire de l’angoisse à des personnes déjà fragilisées par la pénétration douloureuse de l’argent dans tout ce qui existe et par la multiplication des taxes à leur encontre.

2 Nous sommes opposés et voulons un vrai débat sur la survaccination des nourrissons imposée par le lobby pharmaco-chimique uniquement pour son profit.

3 Nous sommes opposés et voulons un vrai débat sur la manière dont s’effectue la mise sur le marché des médicaments. « 80% des médicaments mis sur le marché ne servent à rien » écrit le professeur Even, président de l’Institut Necker et coauteur du rapport sur le système de contrôle des médicaments.

4 Nous sommes opposés et voulons un vrai débat sur ce cataclysme des maladies iatrogènes car le cabinet du médecin se change le plus souvent en supermarché. Le chiffre de 150.000 personnes rendues malades tous les ans par les médocs est un minimum (voir l’étude EMIR conduite par le réseau des centres régionaux de pharmaco-vigilance). Plus de 10.000 décès par an, les chiffres variant de 13.000 à 34.000. A comparer avec les 3500 à 4000 morts par accidents de la route.

5 Nous sommes opposés et voulons un vrai débat sur la surmédication (notamment de nos vieilles et de nos vieux – plus de 115.000 d’entre eux hospitalisés pour iatrogénie en 2011) et aux interventions chirurgicales totalement inutiles, environ 30% (cf Jörg Blech : « Ces traitements dont il faut se méfier » éd : Actes Sud )

6 Nous sommes opposés à la commercialisation du corps des femmes. Les milliards que va engendrer la G.P.A pour les mêmes riches qui détruisent et pillent les nations et qui vont donc contraindre des dizaines de milliers de femmes pauvres à louer leur ventre pour pouvoir subsister et nourrir leur famille.

7 etc… Sur la dictature allopathique instituée par les labos… etc… Pour une recherche réelle sur les effets placebo et nocebo…etc… Hommage à tous les chercheurs qui ont vécu les pires difficultés jusqu’à en perdre quelquefois  la vie face au lobby pharmaco-chimique, pour n’en citer que trois : Dr Semmelweis , Dr Maschi, Dr Beljanski…etc…

Rond-Point des Vaches banlieue sud de Rouen – 17 juillet 2019

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

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Analyses et réflexions politiques: La guerre civile en France, entretien de Francis Cousin avec le collectif Guerre de Classe (vidéo)

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“L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement et le mensonge que voici sort de sa bouche: ‘Moi, l’État, je suis le peuple !’… Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l’État et il le hait comme un mauvais œil et comme un pêché contre les coutumes et les droits… L’État, lui, ment dans tous les idiomes du bien et du mal ; et quoi qu’il dise, il ment et ce qu’il possède il l’a volé. Tout est faux en lui, il mord avec des dents volées, lui qui mord si volontiers. Fausses sont même ses entrailles… ‘Sur Terre il n’est rien de plus grand que moi: je suis le doigt qui crée l’ordre, le doigt de dieu’, voilà ce que hurle ce monstre…”

“Oui, il a été inventé là une mort pour les multitudes, une mort qui se vante d’être la vie: en vérité un fier service rendu à tous les prédicateurs de mort. J’appelle État le lieu où sont tous ceux qui boivent du poison, qu’ils soient bons ou méchants… État le lieu où le lent suicide de tous s’appelle… la vie.”
“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”

~ Friedrich Nietzsche ~

Résistance 71

 

21 juillet 2019

 

Nous vous invitons à visionner avec attention cette vidéo / entretien ci-dessous de Francis Cousin avec le collectif Guerre de Classe du 18 juillet courant sur « La guerre civile en France ».
L’entretien fait 2heures et 17 minutes où on ne s’ennuie pas une seconde. Cousin répond à quelques questions pour couvrir la situation politique de notre société humaine en France et à l’échelle mondiale. Tout y passe, sur fond bien entendu du mouvement des Gilets Jaunes, véritable mouvement révolutionnaire n’obéissant à aucun diktat exogène: la crise finale du capitalisme et de l’État, les luttes sociales, les gilets jaunes, la géopolitique impérialiste et le rôle de la France, la différence social / sociétal, les antagonismes induits, les leurres et mascarades mis en place par la société du spectacle et sa logique d’expansion et d’implosion programmée et une superbe conclusion sur les 10-12 dernières minutes ; œuf, jambon, fromage, Cousin nous fait ici la totale dans une analyse radicale (touchant aux racines profondes de la réalité sociale aliénée) que nous partageons pleinement.
Alors oui, c’est long, mais il y a tant à dire. Visionnez par épisodes si nécessaires, mais ce type d’entretien, si rare de nos jours doit à notre sens être visionné et partagé sans aucune modération.

Francis Cousin se réfère toujours à l’histoire, et l’analyse en rapport avec l’histoire des luttes sociales, par les analyses de Marx/Engels, Rosa Luxembourg et Guy Debord. Il y a, à notre sens, une plus vaste littérature analytique sur le sujet de la question et de la révolution sociales, ce qui nous amène à vous proposer quelques lectures complémentaires sous la vidéo de l’entretien… Tous les chemins de la véritable pensée radicale mènent à la même conclusion:

A bas l’État, l’argent, la marchandise et le salariat pour que vive la Commune des communes libres et émancipées. Pourquoi et comment ?
Cela débute sur l’air du « temps des cerises » et de flashes de la lutte de rues des Gilets Jaunes de Novembre 2018  à Janvier 2019 et puis…

 

 

 

 

Lectures complémentaires

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Il y a 50 ans… Mai 68

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Faire passer le proletariat pour fascisant_Francis_Cousin

Manifeste pour la Société des Sociétés

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Paulo_Freire_Extension ou Communication

Michel_Bakounine_La_Commune_de_Paris_et_la_notion_detat

L’essentiel-et-l’indispensable-de-Raoul_Vaneigem

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

James_C_Scott_Lart_de_ne_pas_etre_gouverne

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910

La_City_de_Londres_au_coeur_de_lempire

Dieu et lEtat_Bakounine

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

Erich_Mühsam la liberté de chacun est la liberté de tous

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

Gilets Jaunes.. 36ème round…

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Gilets Jaunes !

Il y a maintenant plus de huit mois de lutte écoulés qui nous montrent on ne peut plus clairement qu’il n’y a pas de solutions au sein du système, qu’il n’y en a en fait jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir !

Ceci se doit de devenir une évidence incontournable pour toutes et tous, membres de notre lutte organique pour une société enfin libre.

Ainsi, toute négociation avec l’État et les représentants de l’oligarchie est non seulement futile mais contre-productive. Ignorons-les !

Solidarité – Union – Persévérance – Réflexion – Action

Devenons S.U.P.R.A Gilets Jaunes !

Reprenons le pouvoir par les Assemblées Populaires et ainsi:

  • Boycottons les institutions
  • Boycottons l’élection et l’impôt absorbant l’intérêt de la dette odieuse
  • Boycottons les entreprises du CAC40 et des transnationales criminelles
  • Achetons et promouvons les produits locaux
  • Réaménageons nos campagnes et nos communautés agricoles
  • Rassemblons-nous en comités populaires de voisinage, de travail…
  • Restons incontrôlables et imprévisibles !

Tout le Pouvoir aux Ronds-Points !

Pour une société émancipée et donc libre !

Groupe Gilets Jaunes de _______________

 


Vive la Commune !

 

Aussi…

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Anthropologie politique: Ethnologie et anarchisme, don et partage avec Charles MacDonald

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 17 juillet 2019 by Résistance 71

Analyse très intéressante de Charles MacDonald surtout la partie sur la différence entre le don et le partage. Une fois cela assimilé, amenons le principe de gratuité et on résout quasiment tout le problème “économique” qui n’est rappelons-le, qu’une dérive du politique en tant qu’il est une fiction, création de l’humain, une fabrication imposée qui n’a aucun lieu d’être. La marchandise et l’argent, la propriété et l’exploitation sont des créations humaines qui peuvent être défaites et mises à la poubelle sans espoir de retour. Il suffit de dire NON !

Là réside, dans la reprise du décisionnaire, donc du politique par les associations libres et la neutralisation définitive de la dictature marchande et de l’état, le chemin vers la société des sociétés.

= Résistance 71 =

 

 

Ethnologie et anarchisme

Ethnologie, anthropologie et anarchisme (version préliminaire)

 

Charles Macdonald

(Aix Marseille Univ, CNRS, EFS, ADES, Marseille, France)

 

Communication au Colloque Anarchisme et sciences sociales, Université de Lille, 23- 24 mars 2018

 

Source:

https://anarchogregaire.wordpress.com/2018/03/20/ethnologie-et-anarchisme/

« L’anarchie, une société sans gouvernement, a existe depuis les temps immémoriaux. L’anarchisme, la doctrine qui veut qu’une telle société soit désirable, est un développement bien plus récent. » (R. Graham, Anarchism, 2018)

Dans cette présentation je traiterai brièvement de deux questions principalement, avant de conclure sur des considérations plus générales avec une note sur un mouvement libertaire récent, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. La première question concerne le rapport entre l’anarchisme et l’ethnologie ou l’anthropologie sociale. La seconde traite de la nature des collectifs anarchiques ou d’agrégation faible et des concepts qui permettent de les comprendre. (Les citations qui renvoient aux données contenues dans cette présentation sont indiquées dans la bibliographie de mon ouvrage L’Ordre contre l’Harmonie, Editions Petra, Paris 2018).

I- Anarchisme et anthropologie

La première question est celle du rapport entretenu entre l’ethnologie ou anthropologie sociale –du 19ème siècle au début du nôtre– d’une part, et les théories anarchistes et/ou libertaires jusqu’à aujourd’hui d’autre part. C’est un fait très paradoxal que les ethnologues de ces cent dernières années n’aient généralement pas adopté une approche inspirée par les fondateurs de l’anarchisme (Godwin, Bakounine, Kropotkine, Proudhon, etc.) pour interpréter les systèmes sociaux des peuples qu’ils étudiaient alors que nombre de ceux-ci, les Inuit par exemple, offraient des exemples évidents d’une organisation anarchiste, c’est-à-dire sans Etat ou même sans chefs. Pourquoi l’anarchisme n’a-t-il pas eu de succès avec les ethnologues ? Je vois plusieurs raisons à cela.

La première tient peut-être au caractère fondamentalement utopique de l’anarchisme politique et son incompatibilité avec la très grande majorité des systèmes sociaux existant. L’humanité tout entière, à quelques rares exceptions près (communes ou petits groupes ethniques géographiquement marginaux et isolés) est aujourd’hui rassemblée sous la bannière de l’Etat-Nation, dans toutes ses variantes, autoritaires et démocratiques. Les bandes de chasseurs-cueilleurs nomades paraissaient alors comme des espèces sociales simplement amputées d’un organe principal. D’un point de vue évolutionnaire, entre celles-ci et les sociétés modernes (pour adopter un schéma néo-évolutionniste pas vraiment abandonné), se situaient les chefferies, les tribus, les confédérations, les royaumes et finalement l’Etat moderne avec la paysannerie quelque part au milieu. Pour Morgan, puis Marx et Engels la société primitive était communaliste et proto-démocratique mais l’évolution des forces et des rapports de production lui enlevait toute pertinence en tant que modèle pour une société moderne. Dans cette perspective étatiste, qui suppose la nécessité d’un organe central de gouvernement, les peuples sans Etat restaient soit dans une sorte de magma primordial dépourvu de toute structure, soit étaient dotés de quelque chose qui ressemblait ou préfigurait l’Etat. C’est ainsi que, classiquement, les anthropologues britanniques interprétaient le système lignager des peuples nilotiques, « l’anarchie ordonnée » d’Evans-Pritchard. Ce système permettait une centralisation et une organisation linéaire par une distribution systématique des individus dans les groupes au moyen d’une hiérarchie segmentaire. Les études de parenté, qui formaient le cœur de la discipline, permettaient de croire à l’existence de dispositifs primaires d’assignation des statuts, de formation des groupes et de structuration linéaire de l’organisation sociale dans son ensemble. A partir des années 80, les études de parenté sont passées à la trappe sans qu’aucune réflexion majeure sur les structures sociales ne vienne les remplacer. L’ethnologie, en devenant anthropologie, a perdu son paradigme initial (l’étude des peuples

« primitifs ») et s’est éparpillée dans d’innombrables digressions interprétatives et journalistiques. Elle aurait pu se saisir de la pensée anarchiste et libertaire mais ne l’a pas fait, bien qu’intéressée par les mouvement autonomistes toujours présents ou les nombreuses formations marginales et interstitielles : clubs de football, joueurs d’échecs, adeptes du surf ou sectes évangélistes.

Une autre raison importante doit être signalée : la domination du marxisme et sa pénétration dans la théorie ou les théories anthropologiques du social. Les anthropologues ont ainsi répété l’histoire : la défaite de Bakounine lors du Congrès de La Haye (qui voit l’exclusion de celui-ci de la Première Intenationale en 1872), celle de Strirner que Marx démolit dans l’Idéologie allemande, et celle des anarcho-syndicalistes face au parti communiste stalinien dans l’entre-deux guerre. La voix isolée d’un ethnologue français, Pierre Clastres, s’est bien faite entendre et son œuvre est souvent citée, –un peu comme celle de Tönnies qu’on cite régulièrement sans l’avoir lu–, mais très rarement suivie.

J’ajouterai à tout cela une raison d’ordre plus général. On a fait depuis Rousseau de la propriété privée le fondement d’un ordre social jugé injuste et la révolution bolchévique a fait de son rejet un de ses principaux arguments. En revanche l’existence d’une hiérarchie ou de chefs ne représentait pas, bien au contraire, un obstacle à l’édification d’une société juste et équitable. Il nous est de toute façon beaucoup plus facile d’imaginer une société sans propriété qu’une société sans chef. Or ceci n’est pas vérifié par les faits. Dans nombre de groupes humains anarchiques et grégaires, qu’ils soient chasseurs-cueilleurs nomades, nomades marins ou agriculteurs itinérants, ceux que l’on appelle chefs (souvent des anciens ou des spécialistes religieux) n’ont aucun pouvoir et ne peuvent donner d’ordre à personne. En revanche il existe toujours une forme minimale de propriété privée même dans les groupes les plus démunis de biens matériels. Des anthropologues chevronnés comme Marshall Sahlins ont soutenu qu’il n’existait nulle part de groupe humain dénué de toute hiérarchie, ne serait-ce qu’entre les parents et les enfants. On peut cependant démontrer que pouvoir et autorité sont deux principes distincts et que l’égalité se construit avec de l’asymétrie. Les groupes sans chefs existent. Les groupes sans propriété n’existent pas.

Si le tableau que je viens d’esquisser est conforme dans son ensemble à l’histoire de la discipline, il est apparu ici et là de notables exceptions. Clastres déjà cité a été l’une d’elles, mais académiquement il n’a pas fait école. Il faut regarder vers nos collègues et prédécesseurs anglo-saxons. Parmi ceux-ci citons les noms de Stanley Diamond aux Etats-Unis et Brian Morris au Royaume-Uni. Plus récemment, ceux de Jim Scott et David Graeber tiennent la tête de l’affiche. Le présent colloque fournit aussi la preuve d’un regain d’intérêt pour la pensée anarchiste et libertaire dans les sciences sociales.

II- Régimes anarcho-grégaires (ou collectifs d’agrégation faible)

J’entends par ce néologisme hybride et peu élégant (« anarcho-grégaire ») une forme d’organisation qui a trois caractéristiques. La première est simplement d’être dépourvue de pouvoir politique, de ne pas avoir de chefs et de refuser toute forme de hiérarchie. La deuxième, liée à la connotation habituelle du mot « anarchique » comme « chaotique », est d’être complexe et aléatoire, non linéaire, stochastique. La troisième, « grégaire », est de posséder une force de cohésion propre à toute l’espèce humaine, basée sur la nécessité de vivre en groupe ou en troupeau. L’homme est grégaire avant d’être social.

Dans la mesure où dans un groupe, personne ne donne d’ordre à personne, où il n’y a pas de coercition, les agents sont autonomes et par conséquents égaux. Ils le sont en tout cas politiquement de façon absolue, et tendanciellement du point de vue économique. Dans ce système, l’autonomie des agents, leur égalité et l’absence de hiérarchie constituent une tautologie sur le plan logique. Dans la mesure où ces agents coopèrent, ils le font volontairement, de façon non coercitive. Coopération volontaire, égalité et autonomie s’impliquent mutuellement.

Dans sa forme la plus épurée et théorique cette proposition se justifie de la façon suivante. La communauté se fonde sur la coopération. Celle-ci est fondée à son tour, dans l’hypothèse d’agents autonomes, sur la volonté des agents de coopérer, de consacrer leurs efforts à la poursuite d’un but commun qui profite à tous les agents coopérateurs. Ils ne peuvent donc être strictement égoïstes, mais n’ont pas besoin non plus d’être complètement altruistes. La maxime est la suivante : agir de manière altruiste en poursuivant un intérêt personnel (action altruiste d’intérêt personnel). Autrement dit, il faut qu’il y ait un coefficient d’altruisme dans l’action des agents et il faut que cette action leur profite aussi. C’est le mutualisme qui est plus synthétique que la réciprocité. De nombreux essais et réflexions ont été menés –sur la base par exemple du « stag hunt » (emprunté à Rousseau)– à ce sujet.

Ce qui est vrai de la coopération dans l’effort de production doit rester vrai au moment de la répartition du produit. Si les agents ont des parts trop inégales, ils cessent de coopérer . Si des agents autonomes ne tirent aucun profit de leur effort ils ne coopèrent plus. Il faut donc une certaine dose d’égalitarisme dans la répartition du produit, faute de quoi les agents cessent de coopérer. Ou alors il faut que la coopération cesse d’être volontaire et devienne obligatoire, qu’il y ait coercition. On bascule alors dans un système hiérarchique où les agents ne sont plus égaux, ni dans le travail, ni dans le bénéfice du travail. Ils ne sont plus autonomes. C’est bien entendu le principe qui organise les sociétés dans lesquelles nous vivons. L’autonomie implique donc l’égalité, et réciproquement, dans l’action et dans le résultat de l’action. La communauté, c’est-à-dire la cohésion d’un groupe de coopérateurs autonomes, s’édifie et se stabilise sur cette base. Se crée ainsi une communauté (collectif doué d’une cohésion relative) basée sur l’action d’agents autonomes et égaux au niveau de l’action et du résultat de l’action.

Maintenant, se pose la question de savoir si cette solution est possible, souhaitable ou tout simplement attestée par les faits. Dans les trois cas la réponse est oui, mais seulement dans des conditions particulières. La condition particulière essentielle est la condition démographique, mais il y en a d’autres, dont celle de la compétition ou de son absence pour des ressources rares.

La situation générale est celle-ci : tous les hommes vivent en groupe et coopèrent. La question est donc de comprendre comment ils coopèrent sans hiérarchie (personne ne donne d’ordre, il n’y a aucune coercition). L’observation la plus élémentaire et l’expérience commune butent immédiatement sur la constatation suivante : il est déjà difficile d’organiser de façon efficace l’activité de plusieurs acteurs autonomes, mettons une dizaine, comment est-il possible de le faire quand les acteurs sont plus de mille, voire des millions ? La réponse unanime des sociétés post-néolithiques est : la hiérarchie et un système d’ordre coercitif.

La possibilité et la nature de la coopération volontaire sont au centre de la problématique des communautés anarchiques pour lesquelles j’évite le terme de « social » et de ses dérivés. Il s’agit là d’une question que l’anthropologie sociale n’a pas résolue. Comme je l’ai dit plus haut une société sans chefs paraît être une pure utopie. Mais il n’en est rien.

Un certain nombre de groupes étudiés par les ethnologues (Aché, Piaroa, Inuit, Semai, Batek, Chewong, Paliyan, Lobi, Hadza, etc. etc.) présentent une configuration « non sociale » et les auteurs des monographies concernant ces peuples se sont vu opposer que la sociologie ou l’anthropologie de ces groupes ne correspondaient à aucune théorie en cours. Il aurait fallu, ont dit certains, inventer une nouvelle théorie, une théorie qui n’a jamais vu le jour. C’est ce que, pour ma part, j’essaie de faire. La cécité de l’anthropologie partagée par l’ensemble des sciences sociales est, sur ce point, stupéfiante, d’autant plus que, encore une fois, les ethnographes et ethnologues de ces groupes avaient sous les yeux des exemples de ce type. Il s’agissait clairement de communautés ayant des langues et des cultures, des modes de vie stables, une éthique comportementale, des valeurs et représentations communes, se reproduisant sur de longues périodes (des centaines, voire des milliers d’années). Mais les concepts permettant de faire sens de ces formations manquaient. Lesquels ? Dans la section suivante je vais en présenter quelques-uns.

Liens forts (permanents) et liens faibles (temporaires)

La notion de lien faible a été introduite avec profit en sociologie (Granovetter) à partir du contraste qui existe entre liens interindividuels intenses et fréquents par opposition à des liens neutres et épisodiques, comme l’amitié différant de la simple accointance. Une famille domestique a des liens forts et un cercle de « connaissances », de gens qui « se connaissent de vue », des liens faibles.

J’utilise ces termes dans un sens légèrement différent, car ce n’est pas l’intensité émotionnelle du lien qui me paraît être sociologiquement le plus important. C’est d’une part le fait d’être conçu comme permanent, et d’autre part de devoir être validé par un tiers. Une corporation, qui est une « personne morale », est fondée sur des liens forts. Un groupe de randonneurs est fondé sur des liens faibles. Le mariage est un lien fort (il est ou était conçu comme « éternel »), et il est ou était « sacré », c’est- à-dire validé par un tiers (l’Eglise ou l’Etat, le curé ou le Maire). Un lien amoureux est faible : il est intense mais ne dure pas (généralement !) et dépend uniquement de la disposition des amoureux qui sont autonomes et n’ont besoin d’aucune autorité tierce pour s’unir ou se séparer. Notons en passant que les systèmes hiérarchiques dans lesquels nous vivons, qui existent principalement sur la base de liens forts, c’est-à-dire « sacrés » et « éternels », veulent nous faire croire que des liens faibles, comme l’amitié ou l’amour, sont des liens forts (sacrés, plus forts que la mort et ainsi de suite). Cette duperie est constamment reprise par nos idéologies, notre littérature et nos philosophies. Les sociétés post-néolthiques se sont constituées avec des liens forts, des corporations, des nations, même si les liens faibles restaient présents dans les relations interpersonnelles. La notion de « réseaux sociaux » a une forte résonnance aujourd’hui par ce qu’ils substituent aux liens forts qui constituent l’armature sociale, des liens faibles qui créent un environnement d’agents autonomes.

Il est clair que les petites communautés de chasseurs-cueilleurs, essarteurs, etc. (tout comme les repas entre amis, navigations de plaisanciers, rencontres mondaines, etc.) sont formées exclusivement de liens faibles, une vérité impossible à prendre au sérieux pour une sociologie durkheimienne attachée à une définition du social comme fondé sur la permanence et la fixité de liens forts et transcendants. Il résulte de cela que ces communautés sont en proie à une turbulence permanente, celle de liens faibles qui se nouent et se dénouent constamment. Cela fait désordre et notre pensée du social s’en trouve remise en question.

Conditions de félicité de la vie collective

Je suis immédiatement conduit à introduire cette notion qui s’impose à la suite des considérations précédentes. En effet, si des liens faibles, essentiellement impermanents et fragiles, constituent la base du lien communautaire, une certaine dose de renforcement desdits liens s’impose nécessairement. Tout fragiles et fréquemment rompus qu’ils sont, ils doivent malgré tout assurer une certaine continuité à la coopération. Pour que celle-ci soit réitérée et ne se dissolve pas immédiatement, ou ne se trouve bloquée dès le départ, certaines conditions sont nécessaires. J’emprunte à la linguistique et à la sociologie gofmanienne la notion de « conditions de félicité ». Elles existent quand les liens interpersonnels entre agents coopérateurs sont renforcés et favorisés par des prestations de sentiments et d’actes mutuellement bienveillants.

C’est dans ce domaine entre autres qu’Homo sapiens a montré le plus d’imagination. Les dispositifs qui indiquent aux agents coopérateurs les bonnes dispositions d’autres agents coopérateurs s’étendent de la musique et de la danse, à l’humour, la plaisanterie, les codes de l’étiquette, de la déférence, de l’obéissance, du respect, de la familiarité, en passant par une vaste chorégraphie de signaux verbaux, de grimaces faciales et de postures corporelles. La simple politesse a d’abord cette fonction. Si la caissière du supermarché vous dit bonjour c’est qu’elle ne veut pas vous tuer, mais agir en coopérant dans l’achat de vos boîtes de conserve. Si vous lui rendez son salut, vous indiquez que vous faites de même en sortant votre carte de crédit. Une

distance respectueuse teintée de bienveillance est établie. L’employée subalterne et le client roi font profession d’égalitarisme dans l’échange de salutations propices à la transaction commerciale. Les conditions de félicité sont respectées. Vous sortez avec vos sacs et elle s’occupe du client suivant.

Dans l’étude de communautés anarchiques, amérindiennes, asiatiques ou africaines, l’étude de ces comportements acquiert une importance théorique majeure et ne concerne pas seulement des fonctions cosmétique ou ludiques accessoires, comme le voulait une sociologie tournée vers la « gravitas » du social.

Réciprocité et partage

Je me tourne maintenant vers une distinction conceptuelle cruciale qui a échappé et échappe encore à la grande majorité des anthropologues sociaux. Le don et la réciprocité d’un côté, le partage de l’autre possèdent des logiques différentes et antithétiques.

Dans la réciprocité telle que théorisée par Mauss et ses successeurs jusqu’à aujourd’hui, il y a trois obligations successives : de donner, de recevoir et de rendre. Ces trois relations sont attestées dans toutes les sociétés et leur domaine d’application s’étend sur les sphères économiques et morales. Elles constituent un véritable moteur social et on a fréquemment qualifié le don de contrat social, surtout en ce qui concerne les sociétés non marchandes. Ce modèle a été exploré et examiné sous toutes les coutures et s’est révélé être un des modèles les plus robustes dans l’ensemble des sciences sociales.

Il éclairait incontestablement une grande portion de la réalité mais laissait dans une zone d’ombre des transactions qui ne relevaient pas de lui. Celles-ci appartiennent au partage. Le don et le système qu’il induit suppose une asymétrie initiale entre celui qui donne et celui qui reçoit. C’est la dette. Dans la dette le créancier se trouve dans une position superordonnée et le débiteur dans une position subordonnée. Dans le partage il n’y a ni don ni dette, il n’y a que des bénéficiaires qui restent égaux entre eux, dans une position de symétrie.

Prenons un exemple simple. Dans de vieilles sociétés rurales, dit-on, le maître de maison coupait lui-même le pain de la miche qu’il était seul à tenir. Il en tendait des morceaux successivement à tous les convives autour de la table. Il faisait un don qui signifiait très clairement que lui, le Maître de maison, nourrissait ses dépendants, femme, enfants et valets de ferme, en échange de l’obligation où ils étaient de lui fournir des services. Dans un dîner entre amis, au contraire, le pain est coupé en tranches et chacun se sert à son tour dans la panière qui circule autour de la table. Personne ne donne le pain à personne. Le partage du pain ne suppose aucune asymétrie entre les convives.

Le partage introduit une dimension mutualiste que même le don pur ne comporte pas parce que la distribution s’effectue sur un bien dont personne n’est propriétaire. Dans la réalité le partage repose sur des dispositifs et des croyances variées. Pour des peuples chasseurs, l’idée est que le chasseur n’est pas propriétaire du gibier, ou en tout cas n’en a pas la propriété exclusive. Ainsi, pour les Inuit, l’animal –dans certains cas au moins—s’est sacrifié pour le chasseur mais à condition qu’il partage la viande avec les autres. Ou alors la proie fait l’objet d’une répartition selon des règles qu’il ne fixe pas. Pour les Palawan c’est le Maître des animaux sauvages qui consent à donner un de ses animaux domestiques, le sanglier. Le chasseur ne fait qu’apporter la carcasse dans la communauté et un autre que lui la répartit. Pour les Nayaka c’est la forêt qui est pourvoyeuse. Chez les Hazda ce n’est pas celui qui récolte les noix oléagineuses qui en est le propriétaire mais les femmes qui ont fabriqué le filet pour leur transport. Chez les Australiens la coutume permet de prendre un bien contre le gré de son propriétaire (« demande forcée »), lui déniant ainsi le droit même de propriété. Chez nous on croit au Père Noël. Tout se passe comme si le produit de la chasse, ou de la collecte, venait de l’extérieur de la communauté humaine et non pas de celui ou celle qui l’a obtenu. Il ne la possède pas plus que le facteur ne possède le colis qu’il dépose dans votre boîte aux lettres.

C’est la communauté dans son entier qui la reçoit et la répartit entre ses membres. Le partage est ainsi un facteur de mutualisme et d’égalitarisme. Il ne crée aucune subordination et n’implique pas la dette.

Il n’empêche que les cultures qui privilégient le partage comme dimension morale de leurs transactions, se livrent aussi à toutes sortes de dons, d’échanges et de prêts. Ces différentes formes de transaction se mêlent et finissent par former des circuits complexes dans lesquels le partage et la réciprocité alternent ou s’additionnent. Le partage est au moins autant un contrat social que la réciprocité avec ses dons et ses contre-dons, mais un contrat égalitaire. Au cœur de la réciprocité, en revanche, il y a la dette et la subordination. Répétons la fameuse parole du chasseur inuit qui disait à son compagnon européen : « Ici on ne fait pas de cadeaux, parce que c’est avec les cadeaux qu’on fait les esclaves, comme c’est avec le fouet qu’on dresse les chiens ». Ou alors la parole de Sénèque beneficium accipere libertatem vendere est (« accepter une faveur c’est vendre sa liberté »).

III Conclusions

L’appareil conceptuel succinctement présenté ici ne suffit pas à rendre compte de tous les aspects des communautés anarchiques mais il en forme déjà une base provisoirement acceptable. Une conclusion générale se dégage.

Des communautés et des groupes établissent leur ethos et leur mode de fonctionnement sur des maximes simples : les sujets sont des personnes concrètes et idiosyncratiques en relation d’équivalence entre elles, dans un rapport d’immanence, leur action obéit à l’entraide, au mutualisme et au partage. Leur comportement est altruiste mais reste d’intérêt personnel. Leurs liens sont faibles et négociables et doivent respecter certaines conditions, comme la déférence et l’amitié. Il n’y a pas de pouvoir.

Les sociétés dans lesquelles nous vivons, tout au contraire, sont basées sur la supposition que les sujets sont des agents abstraits ontologiquement définis par leur appartenance à des entités fictives et transcendantes (la Nation, le Peuple, la classe sociale, etc.). Les sujets ne sont pas équivalents mais hiérarchisés. Leur action est principalement fonction d’un intérêt égoïste. Les liens entre sujets sont forts (pensés comme permanents et sanctifiés par une autorité transcendante). Le pouvoir est une dimension essentielle de la vie collective.

L’examen des données de la préhistoire et de l’évolution me permet d’avancer l’hypothèse que la première formule est celle qui a été adoptée par les premiers groupes d’Homo sapiens et qu’elle forme le noyau de notre moralité hominienne aujourd’hui encore.

Un exemple récent peut fournir un test de ces hypothèses générales. Celui de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. D’après les témoignages et écrits de plusieurs de leurs membres il apparaît clairement que les maximes énoncées plus haut sont mises en œuvre : construction de la communauté à partir du consensus de personnes concrètes et équivalentes entre elles, refus de la hiérarchie et de sa représentation dans l’Etat (et de ses lois abstraites écrites par d’autres), partage et mutualisme. A cela il faut ajouter la création de richesse et le projet de survie sur une base économique viable (à partir du maraîchage, de l’élevage, de l’exploitation respectueuse de l’environnement).

L’effort d’une telle association est double : lutter contre l’Etat mais créer en même temps une communauté. Le projet communautaire est alimenté et renforcé par un engagement environnementaliste qui lui est étroitement lié. Le collectif ainsi formé a tous les aspects d’autres collectifs d’agrégation faible : groupe ouvert sans examen ou droit d’entrée, hybridité sociale, religieuse, idéologique, culturelle, pas de structure autoritaire, égalité posée entre hommes et femmes, nombreuses activités conviviales et hédonistes, organisation horizontale et réticulaire, autonomie des membres qui peuvent quitter le groupe librement, coopération technique et économique, ou même quasi-militaire dans les affrontements avec les forces de l’ordre, mais affirmation de pacifisme comme valeur cardinale. La communauté est vue comme durable, comme une forme d’organisation collective qui s’oppose globalement à la société politique environnante et qui tend vers un idéal incompatible et de valeur supérieure à « Babylone2 ».

Dans un opuscule du Collectif « Mauvaise Troupe », Défendre la Zad, (Editions de l’Eclat, 2016) les points suivants sont clairement énoncés :

• Priorité dans la construction de la communauté terrienne « d ‘une destinée commune » (Résolutions de 1915) fondée sur « l’intelligence collective », « une compréhension partagée »

• Relation symbiotique à l’environnement « créer un lien intime avec les mares, les prairies naturelles ou les salamandres… » et attachement à l’écoumène,

« inconcevable de partir d’ici »

• Organisation réticulaire, horizontale, à partir de micro-communautés « soixante lieux de vie sur la ZAD », « 200 collectifs locaux en France »

• Complexité dynamique, ordre stochastique, entropie assumée, état de désorganisation fonctionnelle, ethnogénèse permanente « emmêlement d’expériences singulières », « groupes informels qui se composent et se

recomposent », « foisonnement constant » « enjeux complexes » (ressortissant de la justice, la santé, l’économique, etc.) « communauté de lutte en train de naître »,

« pépinière », « zone expérimentale permanente », état d’effervescence anarchique dans le conflit et la résolution du conflit

• Immanence « légitimité du vécu ne relevant d’aucune transcendance »

• Implication de personnes concrètes, dans leur totalité, à partir de liens affectifs et

intellectuels multiples « histoires d’amour et d’amitié », « belles rencontres »

• Refus du pouvoir « irrépressible disposition à l’insoumission », « foisonnement qui

conjure la possibilité d’une prise de pouvoir », « pas d’instance hégémonique »

• L’autonomie comme valeur suprême, valeurs utilitaires subalternes « autarcie au

profit de l’autonomie politique » l’autarcie (utilitaire) est le moyen d’une fin morale

et sociétale

• Elaboration et effectuation d’une éthique personnelle souvent définie par opposition

aux valeurs de Babylone telle que « le consumérisme, les logiques marchandes, le moi social, l’individualisme, le sexisme » et l’ensemble des statuts hiérarchisés qui définissent le sujet « social » (babylonien »)

• Hédonisme « divertissements, banquets, transes nocturnes, musique »

• Communitas « « irrépressible émotion collective » (à propos de la commune de

1871)

• Hybridité et ouverture du groupe « paysans, mineurs en fugue, sans-abris, réfugiés

de Calais, visiteurs intéressés… »

• Idée de « partage » de « prix libres » de « bien commun » (terre, ressources)

• Recherche d’auto-gouvernement par consensus et quasi-unanimité « assemblées

bisannuelles », « coopératives », « autogestion »

• Dérision et humour dans les désignations « Chat-Teigne, NoTaverne », « tracteurs

vigilants », acronymes « COPAINS »

• Solidarité « dans la lutte » et dans la mobilisation inter-communautés

Nous trouvons donc là tous les élément des collectifs anarcho-grégaires que les acteurs de la ZAD, bien qu’issus du ventre même de Babylone, avaient trouvé en eux-mêmes pour y adhérer passionnément, un indice certainement de la persistance dans le psychisme humain de la grégarité non sociale.

Un mot encore. Toutes ces considérations justifient-elles un projet d’anthropologie anarchiste ? Non, car l’anthropologie veut être une science et non une idéologie. On ne peut pas fonder une science sur des jugements de valeur. Il n’y a pas de botanique qui se base sur la distinction entre « bonnes » et « mauvaises » herbes. Ce sont les utilisateurs qui décident si une plante est utile ou nuisible. Mais elles justifient l’incorporation dans la théorie anthropologique des concepts et notions-clé des penseurs anarchistes, comme l’entraide, le mutualisme, l’égalité et l’autonomie des agents. Réciproquement, l’anthropologie des communautés anarchiques éclaire et valide en grande partie un projet anarchiste. Il lui apporte un sens nouveau en lui conférant une place de premier plan dans l’évolution hominienne.

En fin de compte, les anarchistes comme les anthropologues redécouvrent les vertus primordiales de la personne concrète et mettent fin à la domination idéologique de sujets abstraits, c’est-à-dire de personnes radicalement aliénées.

 


Vers la société des sociétés

Résistance au colonialisme: Sur l’imposture du « droit à l’existence d’Israël »… (Jeremy Hammond)

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“Aucun État centralisé, bureaucratique et par là même militaire, s’appela-t-il même république, ne pourra entrer sérieusement et sincèrement dans une confédération internationale. Par sa constitution, qui sera toujours une négation ouverte ou masquée de la liberté à l’intérieur, il serait nécessairement une déclaration de guerre permanente, une menace contre l’existence des pays voisins. Fondé essentiellement sur un acte ultérieur de violence, la conquête, ou ce que dans la vie privée on appelle le vol avec effraction, — acte béni par l’Église d’une religion quelconque, consacré par le temps et par là même transformé en droit historique, — et s’appuyant sur cette divine consécration de la violence triomphante comme sur un droit exclusif et suprême, chaque État centraliste se pose par là même comme une négation absolue du droit de tous les autres États, ne les reconnaissant jamais, dans les traités qu’il conclut avec eux, que dans un intérêt politique ou par impuissance.”
~ Michel Bakounine, 1895 ~


Gaza crie !…

Excellente analyse dont les ramifications vont bien au-delà de ce cas d’école de l’illégalité et de l’illégitimité qu’est cet “état d’Israël”, colonial par sa nature même. Cette analyse peut de fait être étendue à tous les états coloniaux demeurant sur cette planète et dont l’existence n’est qu’une fiction imposée par la clique oligarchique du pouvoir marchand. Voir nos notes émaillant l’article… Nous irons même, en ce sens, plus loin que Jeremy Hammond en disant, et l’analyse le prouve (cf nos liens de lectures complémentaires sous l’article), que l’état sioniste d’Israël existe parce qu’il y a eu précédent et que des états racistes, suprémacistes et génocidaires prévalent toujours directement sur cette planète à l’instar des Etats-Unis, du Canada, du Mexique, de tous les états d’Amérique centrale et latine, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, entités coloniales fictives ayant assujettis par la violence et le nettoyage ethnique les terres qu’elles occupent et sur lesquelles elles n’ont aucun droit et n’ont fait qu’imposer la puissance de la force, toujours en vigueur de nos jours.
Cet article de Hammond est une invitation à repenser le mode de fonctionnement total de notre système inique et génocidaire qe nous avons étendu (que nous avons laissé étendre est sans doute plus approprié) de fait à la planète entière. C’est la seule façon que nous ayons de nous émanciper et de réaliser notre humanité. Tenons-nous debout, main dans la main avec les nombreux peuples colonisés de cette planète, afin de réaliser ensemble notre émancipation de la dictature étatico-marchande pour finalement devenir ce que nous sommes: des humains adultes dans le véritable acceptation du terme, parce que finalement… Nous sommes tous des colonisés !.

~ Résistance 71 ~

 

La Résolution 2621 XXV, du 12 octobre 1970 des Nations Unies affirme « le droit inhérent des peuples colonisés à lutter par tous les moyens nécessaires contre les puissances coloniales qui répriment leur aspiration à la liberté et à l’indépendance.»

Résolution 37-43 des Nations Unies : « Tout peuple a le droit de résister à l’oppression, l’occupation, l’annexion ou colonisation par une force étrangère. Cette opposition légitime est la résistance armée « .

 

 

Sur l’imposture du “droit à l’existence de l’état d’Israël”

 

Par Jeremy R. Hammond

 

Source : Foreign Policy Journal

Traduction : lecridespeuples.fr  

 

Article en français:

https://lecridespeuples.fr/2019/07/09/sur-limposture-du-droit-a-lexistence-de-letat-disrael/

 

Les apologistes des crimes d’Israël contre les Palestiniens prétendent que cet État a le « droit d’exister », dans un effort visant à légitimer le nettoyage ethnique de la Palestine.

Les sionistes qui s’évertuent à défendre les crimes d’Israël contre le peuple palestinien portent souvent l’accusation que les détracteurs de l’ « Etat juif » autoproclamé tentent de le « délégitimer ». Israël, rétorquent-ils, a le « droit d’exister ». Mais ils se trompent.

Il ne s’agit pas de faire une exception pour Israël. Il n’existe pas de « droit à l’existence » pour les États, point final. Aucun « droit à l’existence » n’est reconnu pour les Etats par le droit international. Un tel droit serait totalement insensé. Le concept même est absurde. Ce sont les individus, et non les entités politiques abstraites, qui ont des droits.

Les droits individuels peuvent bien sûr être exercés collectivement, mais à la condition que cela se fasse sans préjudice pour les droits des individus. Le droit pertinent dans ce contexte est plutôt le droit à l’autodétermination, qui fait référence au droit d’un peuple à exercer collectivement ses droits individuels par le biais de l’autonomie politique. L’exercice collectif de ce droit ne peut porter atteinte à l’exercice individuel de ce droit. Le seul but légitime du gouvernement est de protéger les droits individuels, et un gouvernement n’a aucune légitimité sans le consentement des gouvernés. Ce n’est qu’en ce sens que le droit à l’autodétermination peut être exercé collectivement, par un peuple qui choisit pour lui-même son mode de gouvernement et qui y consent.

Le droit à l’autodétermination, contrairement au concept absurde de « droit à l’existence » d’un État, est reconnu par le droit international. C’est un droit qui est explicitement garanti, par exemple, par la Charte des Nations Unies, que l’État d’Israël a ratifiée.

Le cadre approprié pour la discussion est donc le droit à l’autodétermination, et c’est précisément pour obscurcir cette vérité que la propagande revendique fréquemment pour Israël le « droit d’exister ». Les apologistes d’Israël sont contraints de déplacer ainsi le cadre de la discussion, car dans le cadre du droit à l’autodétermination, c’est évidemment Israël qui rejette les droits des Palestiniens et non le contraire.

Et ce n’est pas seulement dans la perpétuation de l’occupation des territoires palestiniens que le rejet d’Israël se manifeste. Ce rejet des droits des Palestiniens s’est également manifesté dans les moyens mêmes par lesquels Israël a été créé.

Il existe une croyance populaire selon laquelle Israël a été fondé par une sorte de processus politique légitime. C’est faux. Ce mythe est fondé sur l’idée que la fameuse résolution sur le « plan de partition » de l’Assemblée Générale des Nations Unies – résolution 181 du 29 novembre 1947 – a légalement partitionné la Palestine et ainsi conféré une autorité légale aux dirigeants sionistes pour leur déclaration unilatérale de l’existence d’Israël le 14 mai 1948.

En effet, dans cette déclaration, le document fondateur d’Israël, les dirigeants sionistes se sont appuyés sur la Résolution 181 pour revendiquer une légitimité juridique. Cependant, la vérité est que la Résolution 181 ne lui a rien conféré de tel. L’Assemblée Générale de l’ONU n’avait aucune autorité pour partitionner la Palestine contre la volonté de la majorité de ses habitants. Et elle n’a pas non plus eu la prétention de faire une telle chose. Au contraire, l’Assemblée s’est contentée de recommander la partition de la Palestine en Etats juif et arabe séparés, ce qui devrait être accepté par les deux peuples pour prendre effet sur le plan juridique. L’Assemblée a transmis la question au Conseil de sécurité, où le plan est devenu caduc du fait de la reconnaissance explicite que l’ONU n’avait aucune autorité pour mettre en œuvre – c’est-à-dire imposer – une telle partition.

La déclaration unilatérale des sionistes est souvent décrite comme une « Déclaration d’indépendance ». Mais ce n’était rien de tel. Une déclaration d’indépendance suppose que le peuple qui déclare son indépendance soit souverain sur le territoire sur lequel il souhaite exercer son droit à l’autodétermination. Mais les sionistes n’étaient pas souverains sur la terre qui est devenue le territoire de l’État d’Israël.*

(*) Note de R71: Voit-on ici émerger une similitude avec l’imposture coloniale que sont les Etats-Unis, le Canada, de fait tous les pays du continent américain, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et autres nations toujours sous emprise coloniale ? Si les sionistes n’étaient et ne sont en rien “souverains” sur la terre de Palestine, les colons / immigrants chrétiens européens ne l’étaient et ne le sont en rien également sur les terres qu’ils ont envahies, colonisées et martyrisées et qu’ils continent d’occuper sur deux continents… L’imposture criminelle d’Israël existe parce qu’existe et perdure les impostures coloniales des Etats-Unis, du Canada, du Mexique, de tous les pays d’Amérique Latine et des deux terres majeures d’Océanie…

Au contraire, lorsqu’ils ont déclaré l’existence d’Israël, les Juifs possédaient moins de 7% de la terre en Palestine. Les Palestiniens possédaient plus de terres que les Juifs dans chacun des districts de la Palestine. Les Palestiniens constituaient également une majorité numérique en Palestine. Malgré l’immigration massive [et illégale], les Juifs restaient une minorité représentant environ un tiers de la population.

Même à l’intérieur du territoire proposé par l’ONU pour l’Etat juif, lorsque la population bédouine a été recensée, les Arabes constituaient une majorité. Même à l’intérieur de ce territoire, les Arabes possédaient plus de terres que les Juifs.

En clair, les dirigeants sionistes n’avaient absolument aucune légitimité [sinon celle de leurs textes religieux, qui ne font autorité nulle part] à revendiquer une souveraineté sur le territoire qu’ils ont finalement acquis par la guerre.

D’autant plus que l’acquisition de territoire par la guerre – ou droit de conquête – est interdite par le droit international. (NdR71: ceci est valable bien entendu pour toute autre nation conquise et assujettie par la force et la puissance coloniale. Voir notre note un peu plus haut…)

Loin d’être le fruit d’un processus politique légitime, Israël a été créé par la violence. Les sionistes ont acquis la majeure partie du territoire de leur État par le nettoyage ethnique de la majeure partie de la population arabe, soit plus de 700 000 personnes, exclues de leurs demeures et de leurs terres en Palestine. Des centaines de villages arabes ont été littéralement détruits et rayés de la carte.

Ainsi, quand les sionistes prétendent qu’Israël a un « droit à l’existence », ce qu’ils disent en réalité, c’est que les sionistes avaient le « droit » de procéder à un nettoyage ethnique de la Palestine afin d’établir leur « Etat juif ».

Évidemment, un tel droit n’existe pas. Au contraire, une fois de plus, en droit international, le nettoyage ethnique est reconnu comme un crime contre l’humanité.

Les sionistes accusent ceux qui dénoncent les crimes d’Israël contre les Palestiniens de vouloir « délégitimer » l’ « Etat juif », mais il importe de souligner que la déclaration unilatérale du 14 mai 1948 proclamant l’Etat d’Israël n’avait aucune légitimité. Il importe de souligner que le crime de nettoyage ethnique ne peut aucunement être justifié ou légitimé. Cela neutralise complètement les accusations des thuriféraires d’Israël.

Lorsque cette accusation est portée contre les détracteurs d’Israël, ce qui se passe réellement, c’est que ce sont les apologistes d’Israël qui tentent de délégitimer le droit des Palestiniens à l’autodétermination, ainsi que le droit internationalement reconnu des réfugiés de guerre à retourner dans leur patrie.

Indépendamment de l’illégitimité des moyens par lesquels Israël a été créé, il existe. Telle est la réalité actuelle. (NdR71: tout comme l’est l’existence des états colons des Amériques et d’Océanie, mais cela n’est en rien inéluctable…) Cependant, l’exigence de l’Etat d’Israël que les Palestiniens reconnaissent son « droit » non seulement d’exister, mais d’exister « en tant qu’Etat juif », est simplement une exigence que les Palestiniens renoncent à leurs droits et adhèrent à la déclaration unilatérale des sionistes et au nettoyage ethnique de la Palestine en les reconnaissant comme légitimes.

Et c’est pourquoi il n’y a pas eu de paix. Il n’y aura pas de paix tant que les droits des Palestiniens ne seront pas reconnus et respectés. Le problème pour les sionistes est que si les Palestiniens exercent leurs droits, cela signifierait la fin de l’existence d’Israël en tant qu’ « Etat juif ».

Mais qu’y aurait-il de mal à mettre fin à un régime fondamentalement raciste qui viole perpétuellement le droit international et les droits de l’homme des Palestiniens ? Qu’y aurait-il de mal à le remplacer par un gouvernement qui respecte l’égalité des droits de tous les habitants du territoire sur lequel il exerce sa souveraineté politique et gouverne avec le consentement des gouvernés ?

Pour quiconque est capable de faire preuve d’un minimum d’honnêteté et d’intégrité morale, la réponse claire aux deux questions est : rien. Il n’y aurait aucun mal à cela, bien au contraire.

Pour tous ceux qui jouent un rôle actif dans la recherche de la paix et de la justice, c’est donc sur ce but que nous devons concentrer nos efforts collectifs. Il faut commencer par acquérir une bonne compréhension de la véritable nature du conflit et par ouvrir les yeux de tous ceux qui sont intègres, mais qui ont été trompés par les mensonges et la propagande qui ont perpétué la violence et l’injustice pendant si longtemps.

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Lectures complémentaires en PDF:

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

La Bible Déterrée Israel Finkelstein

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

la-peste-religieuse-par-johann-most-1892

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Ashraf Ezzat Mythe Biblique

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

Mise en demeure du gouvernement canadien par le Tribunal International pour les Disparus du Canada

 

 

Pour un 14 juillet Gilets Jaunes !…

Posted in actualité, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 14 juillet 2019 by Résistance 71

 

 

 

 

Gilets Jaunes 35ème round… Tout le pouvoir aux Ronds-Points !

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 12 juillet 2019 by Résistance 71

 

Gilets Jaunes !

Il y a maintenant près de huit mois de lutte écoulés qui nous montrent on ne peut plus clairement qu’il n’y a pas de solutions au sein du système, qu’il n’y en a en fait jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir !

Ceci se doit de devenir une évidence incontournable pour toutes et tous, membres de notre lutte organique pour une société enfin libre.

Ainsi, toute négociation avec l’État et les représentants de l’oligarchie est non seulement futile mais contre-productive. Ignorons-les !

Solidarité – Union – Persévérance – Réflexion – Action

Devenons S.U.P.R.A Gilets Jaunes !

Reprenons le pouvoir par les Assemblées Populaires et ainsi:

  • Boycottons les institutions
  • Boycottons l’élection et l’impôt absorbant l’intérêt de la dette odieuse
  • Boycottons les entreprises du CAC40 et des transnationales criminelles
  • Achetons et promouvons les produits locaux
  • Réaménageons nos campagnes et nos communautés agricoles
  • Rassemblons-nous en comités populaires de voisinage, de travail…
  • Restons incontrôlables et imprévisibles !

Tout le Pouvoir aux Ronds-Points !

Pour une société émancipée et donc libre !

Groupe Gilets Jaunes de _______________

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Aussi…

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération: