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Résistance politique: Du réformisme syndical à la révolution sociale (sur une base d’un édito de la CNT-SO)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 10 juillet 2017 by Résistance 71

Dans le contexte étatico-capitaliste de circonstance, ce que disent ci-dessous les compagnons de la CNT-SO est on ne peut plus juste, et leur action de terrain est hautement respectée, mais voilà… le piège tendu par l’oligarchie est celui de maintenir la lutte syndicale dans le réformisme, dans “l’aménagement” de la misère et de la précarité pour qu’elles deviennent plus “supportables”. Dans ce contexte précis, l’autogestion ne devient que l’autogestion de la même merde capitaliste, simplement laissé aux ouvriers et salariés. Beaucoup (trop) de compagnons tombent dans ce piège.

La seule solution est la révolution sociale, le tsunami qui emporte tout du monde obsolète étatique et capitaliste pour faire place à la société des sociétés, celle des associations libres  et des communes émancipées et confédérées, latente car fondement de l’organisation sociale humaine depuis quelques centaines de milliers d’années. Les compagnons des syndicats peuvent avoir une grande importance, celle de la coordination sur le terrain de la seule grève ayant un sens politique: la grève générale illimitée et expropriatrice !

Tout le reste n’est que réformisme béat et donc à terme… pisser dans un violon !

En bref: mettre un terme à  l’État, au capitalisme, au salariat, à l’économie de marché, à l’argent et au fétichisme de la marchandise en ayant présent à l’esprit en toute circonstance, que la solution n’est pas économique, mais politique. Mettre fin à la relation dominant/dominé, exploiteur/exploité n’est pas un acte économique, mais politique. Il faut abattre la pyramide du pouvoir, celle devenue exogène à la société, sortie de solution du peuple, pour l’y retourner, rediluer le pouvoir dans le(s) peuple(s). éliminer le rapport dominant/dominé, c’est faire en sorte que le pouvoir ne soit plus séparé du corps social, qu’il soit un et total avec le peuple, de là s’ensuivra une responsabilité croissante d’un mode de production qui ne sera plus basé sur l’argent, le profit, la spéculation et l’exploitation, mais sur la juste répartition en fonction des besoins et des capacités de chacun.

~ Résistance 71 ~

Édito : Macron : un gouvernement au service du fric et des patrons !

Confédération Nationale des Travailleurs-Solidarité Ouvrière

Bulletin été 2017

Source: http://www.cnt-so.org/Bulletin-de-la-CNT-Solidarite581

Pierre Gattaz, le patron du MEDEF peut être « sur un nuage », Macron veux passer en force, par ordonnances, d’ici septembre, sa nouvelle réforme du droit du travail qui viendra aggraver les logiques de la loi El Khomri et laminer toujours plus nos droits. D’autres attaques se profilent avec des mesures visant au démantèlement de la protection sociale solidaire et un nouveau coup d’austérité qui touchera durement les services publics et les fonctionnaires.

Les concertations prévues cet été sont bidons, le gouvernement déroule les mesures prévues dans le programme présidentiel de Macron et cherche même à aller plus loin. Les syndicats qui se prêtent à la mascarade du dialogue social avec le gouvernement ont tout faux. Plus que jamais, ce n’est pas de « partenaires sociaux » dont nous avons besoin mais de syndicats forts et combatifs pour nous défendre, gagner de nouveaux droits et porter collectivement le projet d’une autre société ! Tout est question de rapport de force, organisons-nous sans plus tarder !

Dans la bataille sociale à venir, il s’agit d’abord d’identifier et de comprendre les dangers, afin d’argumenter pour mobiliser sur nos lieux de travail et de vie. Avec ce quatre-pages d’analyse, la CNT – Solidarité Ouvrière essaye de forger un outil, au service de la lutte. Bonne lecture !

Macron : un gouvernement au service du fric et des patrons !

La loi El Khomri démultipliée

Plafonnement des indemnités prud’homales

Macron avait déjà introduit un barème indicatif suivant l’ancienneté dans l’entreprise avec sa loi de 2015. Il va plus loin en proposant un plancher et un plafond obligatoire pour les licenciements abusifs. Une nouvelle fois, ce sont les capacités de défense juridiques des salarié.e.s qui sont mises à mal : cette mesure favorisera les licenciements en faisant baisser le montant des réparations financières.

Liberté de négociation locale quasi totale

La loi El Khomri avait déjà inversé la hiérarchie des normes (primauté de la loi sur l’accord de branche puis d’entreprise) mais uniquement sur le temps de travail. Cette fois-ci tout sera directement négociable dans l’entreprise, au-delà du socle minimal du Code du travail. La portée des accords de branches, au nombre considérablement réduit (de 50 à 100 au lieu de 700 environ actuellement), serait limitée aux minimas salariaux et à l’égalité professionnelle. Avec le chantage permanent au licenciement, une faible syndicalisation particulièrement dans les TPE et PME, le rapport de force sera extrêmement défavorable aux salarié.e.s et nos droits tirés vers le bas !

Le référendum d’entreprise initié par les patrons

Avec la loi El Khomri, un accord d’entreprise devait être validé par des syndicats représentant au moins 50 % des salarié.e.s ou par une consultation directe des salarié.e.s basé sur un accord minoritaire (30%). Désormais l’employeur pourra lui même convoquer ces « référendums » et disposera d’un moyen de pression supplémentaire. Loin d’un dialogue social apaisé vanté par les macronistes, nous savons bien que la réalité du terrain dans les entreprises, c’est la guerre totale des patrons contre les syndicats qui refusent la collaboration et une pression continuelle sur les salarié.e.s.

Fusion des institutions représentatives des personnels (IRP)

Toutes les entreprises pourront désormais fusionner leurs IRP (délégué.e.s du personnel, CE, CHSCT) en une délégation unique (DUP). Cette fusion vise a réduire le nombre de représentant.e.s donc de salarié.e.s protégé.e.s. Les militant.e.s seront submergé.e.s par les tâches de chaque mandat et auront moins de temps pour l’action syndicale.

Le démantèlement de la protection sociale solidaire

Baisse des cotisations sociales pour les entreprises et indépendants

Nous allons avoir encore droit aux même recettes libérales avec des exonérations massives de cotisations sociales pour les indépendants et les entreprises (baisse de 6% et objectif zéro cotisation pour un salarié au SMIC soit une baisse de 10 %). L’objectif est clairement affiché : « rendre le travail moins cher pour les employeurs », en baissant nos salaires. Rappelons-le, les cotisations sociales ne sont pas des « charges » mais une partie intégrante de nos salaires, socialisés pour nous protéger des aléas de la vie. Les réduire, c’est réduire les salaires (voir le zoom en page 4) !

Basculement du financement de la protection sociale vers l’impôt

Les cotisations sociales maladie et chômage vont être supprimées pour les salarié.e.s et remplacées par une hausse de la CSG. On touche au cœur même de la sécurité sociale , en s’éloignant toujours plus d’un système de répartition solidaire entre salariés pour poursuivre son étatisation. En prélude à sa privatisation ? Dans ce cadre, la hausse des salaires nets, si elle est réelle, est un attrape-nigaud ! Si on assèche les sources de financement de la protection sociale, il faudra bien compenser le manque (le fameux trou !) soit par une baisse des services, des hausses d’impôts ou la privatisation de pans entiers de la protection sociale.

Répression des chômeurs.euses

La possibilité de toucher des allocations après une démission cache un flicage accru des chômeurs.euses avec un renforcement des sanctions (suspension des allocations après deux refus d’offre d’emploi « décent »). Il n’est pas certain que nous ayons la même définition d’un « emploi décent » que Pôle Emploi, là encore il s’agit de faire pression pour tirer nos conditions de travail et nos droits vers le bas.

Retraite à points

La réforme envisagée reste encore floue. Il s’agirait d’évoluer vers un système unique public/privé dit de « comptes notionnels » où chacun alimentera un capital individuel virtuel, revalorisé chaque année selon la croissance des salaires. Le total des droits accumulés serait converti au moment de la retraite en une pension, à l’aide d’un coefficient de conversion fonction de l’âge de départ, de l’année de naissance ou encore de l’espérance de vie de chaque génération. Au regard des conditions spécifiques de carrière, des règles de cotisations actuellement très différentes, notamment entre public et privé, il y a fort à parier que cette réforme fera de nombreux perdants. La possibilité de modifier régulièrement le coefficient de conversion fait aussi peser une lourde incertitude sur le montant réel des pensions à l’arrivée. Ce système incitera globalement à travailler plus vieux puisque plus l’âge de départ sera élevé plus la pension sera importante. De même, pour une espérance de vie supposée plus longue pour une génération, il faudra choisir entre partir plus tard ou avoir une pension moindre. Sauf que le choix sera fait individuellement et non plus en reculant clairement un âge de départ commun à tous, encore un tour de passe-passe macroniste pour rendre indolore une régression !

Casse des services publics et austérité pour financer les riches

Les dépenses publiques sabrées

Macron, c’est la poursuite de l’austérité avec un objectif annoncé de réduction des « dépenses publiques » à 50 % du PIB qui est chiffrée à 60 milliards sur 5 ans mais qui pourrait être bien supérieure (jusqu’à 170 milliards selon certains économistes). Derrière ces chiffres, c’est inévitablement une diminution de la qualité des services publics pour les usager.e.s et une dégradation des conditions de travail pour les fonctionnaires.

120 000 suppressions de postes et des droits amputés

Première conséquence de ces « économies », la suppression programmée de 120 000 postes dans la fonction publique (50 000 pour l’État et 70 000 pour la territoriale). Cela sera un nouveau coup dur pour des services publics déjà très fragilisés par les suppressions massives de la dernière décennie. Le poids sera important pour les collectivités locales qui devront faire avec moins d’agents alors que de nombreuses compétences leur ont été déléguées ces dernières années. Pour compenser, il est bien sûr envisagé de s’attaquer aux statuts (recrutement hors statuts, recours aux contractuels et/ou au privé).

Des sacrifices à sens unique

Le but de cette politique austéritaire est clairement affiché : financer les plus riches et les entreprises. En plus des réductions de cotisations, les entreprises vont bénéficier d’avantages fiscaux : notamment un taux d’imposition des sociétés abaissé à 25%. Macron projette de faire baisser la fiscalité sur les revenus fonciers et les dividendes ou encore de supprimer l’ISF pour le remplacer par un impôt sur la seule fortune immobilière, facilement contournable.

ZOOM : Le salaire socialisé, c’est quoi ?

Un employeur.e fait deux versements, l’un au salarié.e qu’il emploie, le salaire direct, composante individuelle ou salaire net au bas de la feuille de paye, l’autre aux caisses de Sécurité Sociale (chômage, maladie, retraite, etc.) sous forme de cotisations sociales proportionnelles au salaire direct : c’est la composante collective, le salaire indirect ou salaire socialisé.

La cotisation sociale fait donc partie intégrante du salaire. Réduire la cotisation sociale, sous prétexte de soulager les « charges » de l’entreprise, c’est réduire le salaire ! Elle n’est pas un prélèvement ou une charge, ni un impôt, ni une taxe, ni une épargne, ni une assurance mais du salaire ! Salaire lui-même défini en référence à un barème, un tarif négocié au sein des conventions collectives, basé sur une grille de classification et non pas sur les résultats de l’entreprise.

Cette cotisation sociale est répartie entre la part du salarié.e et la part dite patronale. Versée aux caisses, elle est immédiatement transformée en prestations sociales (elle transite en flux direct). Elle établit clairement le fait qu’à chaque instant, c’est le travail productif qui crée la valeur finançant la protection sociale, dont les retraites. C’est donc le salaire socialisé qui, en France, finance la protection sociale.

Le salaire socialisé permet la reconnaissance sociale de toutes les situations des travailleurs.euses et de prendre en compte les aléas de la vie. Qu’ils soient actifs.ves, précaires, chômeurs.euses, retraité.e.s, les salarié.e.s sont reconnus en tant que travailleurs.euses : le/la chômeur.euse indemnisé comme un salarié.e demandeur.euse d’emploi, le.la retraité.e, comme un salarié.e pensionné.e.

Cet aspect est fondamental car il pose comme principes :

  • la solidarité entre les travailleurs.euses
  • il confisque aux représentant.e.s de l’État la gestion d’une partie des revenus des travailleurs.euses : le salaire socialisé. L’État intervient par l’impôt dans une logique d’assistanat, d’aide aux plus pauvres. Grâce à la cotisation, il n’y a pas de « pauvres » mais des « salarié.e.s inactifs.ves », dont le revenu est maintenu.
  • La cotisation est une arme économique au service des travailleurs.euses. Elle permet de financer les retraites, les allocations familiales, les remboursements des frais médicaux de millions de salarié.e.s. Elle est indexée sur le salaire net, et suit donc son évolution.

En tant que révolutionnaires, nous ne nous contenterons pas de maintenir le statu-quo de comptes «  équilibrés » de la Sécu. Les richesses produites dans les entreprises sont le fruit de l’activité des travailleurs.euses, elles doivent donc leur revenir !

Ensemble revendiquons !

  • Refus des nouvelles mesures Macron
  • Abolition des lois Macron de 2015, El Khomry de 2016
  • Retour sur l’ensemble des contre-réformes depuis 1993 sur les retraites et la sécu, gestion directe des caisses par les travailleurs-euses
  • Au delà, il impératif demain de :
  • Travailler moins  : 30h hebdomadaires sans baisse des salaires,
  • Travailler tous : répartir la charge de travail pour faire cesser la précarité et le chômage,
  • Travailler autrement : autogestion et contrôle ouvrier sur les entreprises

Changement de paradigme politique: L’anarchie dans l’évolution socialiste (Pierre Kropotkine) ~ 1ère partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 7 juillet 2017 by Résistance 71

 

L’ANARCHIE

Dans l’Évolution Socialiste

2ème Édition

Pierre Kropotkine

Prix : 10 centimes

PARIS

Au bureau de la Révolte

140, rue Mouffetard, 14ème

1892

 

1ère partie

2ème partie

 

Brochure publiée à sept mille exemplaires, conformément au désir de notre camarade Lucien Massé, coiffeur à Ars en Ré, qui, en mourant, a légué la RÉVOLTE la somme nécessaire.

Citoyennes et citoyens,

Vous vous êtes certainement demandé, maintes fois, quelle est la raison d’être de l’Anarchie ? Pourquoi, parmi tant d’autres écoles socialistes, venir fonder encore une école de plus, l’école anarchiste ? C’est à cette question que je vais répondre. Et, pour mieux y répondre, permettez-moi de me transporter à la fin du siècle passé.

Vous savez tous ce qui caractérisa cette époque. L’épanouissement de la pensée. Le développement prodigieux des sciences naturelles ; la critique impitoyable des préjugés reçus ; les premiers essais d’une explication de la nature sur des bases vraiment scientifiques, d’observations, d’expérience, de raisonnement.

D’autre part, la critique des institutions politiques léguées à l’humanité par les siècles précédents ; la marche vers cet idéal de Liberté, d’Égalité et de Fraternité qui, de tout temps, fut l’idéal des masses populaires. 

Entravé dans son libre développement par le despotisme, par l’égoïsme étroit des classes privilégiées, ce mouvement, appuyé et favorisé en même temps par l’explosion des colères populaires, engendra la grande Révolution qui eut à se frayer un chemin au milieu de mille difficultés intérieures et extérieures.

La Révolution fut vaincue ; mais ses idées restèrent. Persécutées, conspuées d’abord, elles sont devenues le mot d’ordre de tout un siècle d’évolution lente. Toute l’histoire du xixe siècle se résume dans l’effort de mettre en pratique les principes élaborés à la fin du siècle passé. C’est le sort de toutes les révolutions. Quoique vaincues, elles donnent le mot de l’évolution qui les suit.

Dans l’ordre politique, ces idées sont l’abolition des privilèges de l’aristocratie, la suppression du gouvernement personnel, l’égalité devant la loi. Dans l’ordre économique, la Révolution proclame la liberté des transactions. « Tous, tant que vous êtes sur le territoire — dit-elle — achetez et vendez librement. Vendez vos produits — si vous pouvez produire ; et si vous n’avez pas pour cela l’outillage nécessaire, si vous n’avez que vos bras à vendre, vendez-les, vendez votre travail au plus donnant : l’État ne s’en mêlera pas ! Luttez entre vous, entrepreneurs ! Point de faveurs pour personne. La sélection naturelle se chargera de tuer ceux qui ne seront pas à la hauteur des progrès de l’industrie, et de favoriser ceux qui prendront les devants. »

Voilà, du moins, la théorie de la révolution du tiers-État. Et si l’État intervient dans la lutte pour favoriser les uns au détriment des autres — on l’a vu assez, ces jours-ci, lorsqu’on a discuté les monopoles des compagnies minières et des chemins de fer, — ce sera considéré par l’école libérale comme une déviation regrettable aux grands principes de la Révolution, un abus à réparer.

Le résultat ? — Vous ne le connaissez malheureusement que trop, citoyennes et citoyens réunis dans cette salle. L’opulence oisive pour quelques-uns, l’incertitude du lendemain, la misère pour le plus grand nombre. Les crises, les guerres pour la domination sur les marchés ; les dépenses folles des États pour procurer des débouchés aux entrepreneurs d’industrie.

C’est que, en proclamant la liberté des transactions, un point essentiel fut négligé par nos pères. Non pas qu’ils ne l’eussent entrevu ; les meilleurs l’ont appelé de leurs vœux, mais ils n’osèrent pas le réaliser. C’est que, en proclamant la liberté des transactions, c’est-à-dire la lutte entre les membres de la société, la société n’a pas mis en présence des éléments de force égale, et les forts, armés pour la lutte de l’héritage paternel, l’ont emporté sur les faibles. Les millions de pauvres, mis en présence de quelques riches, devaient fatalement succomber.

Citoyennes et citoyens ! Vous êtes-vous posé cette question : D’où vient la fortune des riches ? — Est-ce de leur travail ? Ce serait une bien mauvaise plaisanterie que de le dire. Mettons que M. de Rothschild ait travaillé toute sa vie. Mais, vous aussi, chacun des travailleurs dans cette salle, a aussi travaillé. Pourquoi donc la fortune de Rothschild se chiffre-t-elle par des centaines de millions, et la vôtre par si peu de chose ?

La raison en est bien simple. C’est que vous vous êtes appliqués à produire vous-mêmes, tandis que M. Rothschild s’est appliqué à recueillir le fruit du travail des autres. Tout est là.

« Mais, comment se fait-il, me dira-t-on, qu’il se soit trouvé des millions d’hommes laissant les Rothschild accaparer le fruit de leurs travaux ? » — La réponse est simple : ils ne pouvaient pas faire autrement, puisqu’ils sont misérables !

En effet, imaginez une cité dont tous les habitants — à condition de produire des choses utiles pour tout le monde — trouvent le gîte, le vêtement, la nourriture et le travail assuré ; et supposez que dans cette cité débarque un Rothschild, porteur d’un baril d’or.

S’il dépense son or, le baril s’allègera rapidement. S’il l’enferme sous clef, il ne débordera pas, parce que l’or ne pousse pas comme les haricots, et, au bout d’une année, notre Rothschild ne retrouvera pas, dans son tiroir, 110 louis s’il n’y en a mis que cent. Et s’il monte une usine et propose aux habitants de la cité de travailler dans cette fabrique pour cinq francs par jour tandis qu’ils en produiront pour dix, on lui répondra : « Monsieur, chez nous vous ne trouverez personne qui veuille travailler à ces conditions ! Allez ailleurs, cherchez une cité de misérables qui n’aient ni travail assuré, ni vêtement, ni pain, qui consentent à vous abandonner la part du lion dans les produits de leur travail, pourvu que vous leur donniez de quoi acheter du pain. Allez là où il y a des meurt-de-faim ! Là vous ferez fortune ! »

L’origine de la fortune des riches, c’est votre misère ! Point de misérables d’abord ! Alors, il n’y aura point de millionnaires !

Or, c’est ce que la Révolution du siècle passé ne sut ou ne put réaliser. Elle mit en présence des ex-serfs, des meurt-la-faim et des va-nu-pieds d’une part, et d’autre part, ceux qui étaient déjà en possession de fortunes. Elle leur dit : Luttez ! Et les misérables succombèrent. Ils ne possédaient point de fortune ; mais ils possédaient quelque chose de plus précieux que tout l’or du monde — leurs bras — Et ces bras — cette source de toutes les richesses — furent asservis par les riches.

Et nous avons vu surgir ces immenses fortunes qui sont le trait caractéristique de notre siècle. Un roi du siècle passé, « le grand Louis XIV » des historiens salariés, a-t-il jamais osé rêver la fortune des roi du XIXe siècle, les Vanderbilt et les Mackay ?

Et d’autre part, nous avons vu le misérable réduit de plus en plus à travailler pour autrui ; le producteur pour son propre compte disparaissant de plus en plus ; chaque jour davantage nous sommes condamnés à travailler pour enrichir les riches.

On a cherché à obvier à ces désastres. On a dit : Donnons à tous une instruction égale. Et on a répandu l’instruction. On a fait de meilleures machines humaines, mais ces machines instruites travaillent toujours pour enrichir les riches. Tel savant illustre, tel romancier de talent, est encore la bête de somme du capitaliste. Le bétail à exploiter s’améliore par l’instruction, mais l’exploitation reste.

On est venu parler ensuite d’association. Mais on s’est vite aperçu qu’en associant leurs misères, les travailleurs n’auraient pas raison du capital. Et ceux-là mêmes qui nourrissait le plus d’illusions à ce sujet ont dû en venir au socialisme.

Timide à ses débuts, le socialisme parla d’abord au nom du sentiment, de la morale chrétienne. Il y eut des hommes profondément imbus des côtés moraux du christianisme — fonds de morale humaine conservée par les religions, — qui vinrent dire : « Le chrétien n’a pas le droit d’exploiter ses frères ! » Mais on leur rit au nez, en leur répondant : « Enseignez au peuple la résignation du christianisme, dites au nom du Christ que le peuple doit présenter la joue gauche à celui qui l’a frappé sur la joue droite, — vous serez les bienvenus ! Quant aux rêves égalitaires que vous retrouvez dans le christianisme, allez méditer vos trouvailles dans les prisons ! »

Plus tard, le socialisme parla au nom de la métaphysique gouvernementale. « Puisque l’État, disait-il, a surtout pour mission de protéger les faibles contre les forts, il est de son devoir de subventionner les associations ouvrières. L’État seul peut permettre aux associations de travailleurs de lutter contre le capital et d’opposer à l’exploitation capitaliste le chantier libre des travailleurs encaissant le produit intégral de leur travail. » — À ceux-là la bourgeoisie répondit par la mitraillade de juin 48.

Et ce n’est que vingt à trente ans après, lorsque les masses populaires furent conviées à entrer dans l’Association Internationale des Travailleurs, que le socialisme parla au nom du peuple ; c’est alors seulement que, s’élaborant peu à peu dans les Congrès de la grande Association et, plus tard chez ses continuateurs, il en arriva à cette conclusion :

« Toutes les richesses accumulées sont des produits du travail de tous — de toute la génération actuelle et de toutes les générations précédentes. Cette maison dans laquelle nous sommes réunis en ce moment, n’a de valeur que parce qu’elle est dans Paris, — cette ville superbe où les labeurs de vingt générations sont venus se superposer. Transportée dans les neiges de la Sibérie, la valeur de cette maison serait presque nulle. Cette machine que vous avez inventée et brevetée, porte en soi l’intelligence de cinq ou six générations ; elle n’a de valeur que comme partie de cet immense tout que nous appelons l’industrie du dix-neuvième siècle. Transportez votre machine à faire les dentelles au milieu des Papouas de la Nouvelle-Guinée, et là, sa valeur sera nulle. Ce livre, enfin, cette œuvre de génie que vous avez faite, nous vous défions, génie de notre siècle, de nous dire quelle est la part de votre intelligence dans vos superbes déductions ! Les faits ? Toute une génération a travaillé à les accumuler. Les idées ? c’est peut-être la locomotive sillonnant les champs qui vous les a suggéré. La beauté de la forme ? c’est en admirant la Vénus de Milo ou l’œuvre de Murillo que vous l’avez trouvée. Et si votre livre exerce quelque influence sur nous, c’est grâce à l’ensemble de notre civilisation.

Tout est à tous ! Et nous défions qui que ce soit de nous dire quelle est la part qui revient à chacun dans les richesses. Voici un immense outillage que le dix-neuvième siècle a créé ; voici des millions d’esclaves en fer que nous appelons machines et qui rabotent et scient, tissent et filent pour nous, qui décomposent et recomposent la matière première, et font les merveilles de notre époque. Personne n’a le droit de s’accaparer aucune de ces machines et de dire aux autres : « Ceci est à moi ; si vous voulez vous servir de cette machine pour produire, vous me paierez un tribut sur chaque chose que vous produirez, » — pas plus que le seigneur du moyen-âge n’avait le droit de dire au cultivateur : « Cette colline, ce pré sont à moi et vous me paierez un tribut sur chaque gerbe de blé que vous récolterez, sur chaque meule de foin que vous entasserez. »

« Tout est à tous ! Et pourvu que l’homme et la femme apportent leur quote-part de travail pour produire les objets nécessaires, ils ont droit à leur quote-part de tout ce qui sera produit par tout le monde ! »

II

« Tout est à tous. Et pourvu que l’homme et la femme apportent leur quote-part de travail pour produire les objets nécessaires, ils ont droit à leur quote-part de tout ce qui sera produit par tout le monde ! »

Mais, c’est le Communisme ? — direz-vous. Oui, c’est le Communisme ; mais le Communisme qui parle, non plus au nom de la religion, non plus au nom de l’État, mais au nom du peuple.

Depuis cinquante ans, un formidable réveil s’est produit dans la classe ouvrière. Le préjugé de la propriété privée s’en va. De plus en plus le travailleur s’habitue à considérer l’usine, le chemin de fer, la mine, non pas comme un château féodal appartenant à un seigneur, mais comme une institution d’utilité publique, que tout le monde a le droit de contrôler.

L’idée de possession commune n’a pas été élaborée, de déduction en déduction, par un penseur de cabinet. C’est la pensée qui germe dans les cerveaux de la masse ouvrière. Et lorsque la révolution que nous réserve la fin de ce siècle aura jeté le désarroi dans le camps des exploiteurs, — vous verrez que la grande masse populaire demandera l’Expropriation et proclamera son droit à l’usine, à la manufacture, à la locomotive et au bateau à vapeur.

Autant le sentiment de l’inviolabilité de l’intérieur du chez soi, s’est développé pendant la deuxième moitié de notre siècle, autant le sentiment du droit collectif à tout ce qui sert à la production des richesses s’est développé dans les masses. C’est un fait ; et quiconque voudra vivre, comme nous, de la vie populaire et suivre son développement, conviendra que cette affirmation n’est qu’un résumé fidèle des aspirations populaires.

Oui, la tendance de la fin du xixe siècle est au Communisme ; non pas le Communisme du couvent ou de la caserne prêché jadis, mais au Communisme libre, qui met à la disposition de tous les produits récoltés ou fabriqués en commun, laissant à chacun la liberté de les consommer comme il lui plaira, dans son chez soi.

C’est la solution la plus accessible aux masses populaires, la solution que le peuple réclame aux heures solennelles. En 1848, la formule : « De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins » est celle qui va le plus droit au cœur des masses. Si elles acclament le République, le suffrage universel, c’est parce qu’elles espèrent trouver le Communisme au bout de l’étape. Et en 1871, dans Paris assiégé, lorsque le peuple veut faire un effort suprême pour résister à l’envahisseur, que réclame-t-il ? — Le rationnement !

La mise au tas de toutes les denrées et la distribution selon les besoins de chacun. La prise au tas de ce qui est en abondance, le rationnement des objets qui peuvent manquer, c’est la solution populaire. Elle se pratique chaque jour dans les campagnes. Tant que les prés suffisent, — quelle est la Commune qui songe à en limiter l’usage ? Lorsque le petit bois et les châtaignes abondent, — quelle Commune refuse aux communiers d’en prendre ce qu’ils veulent ? Et lorsque le gros bois commence à manquer, qu’est-ce que le paysan introduit ? C’est le rationnement !

Prise au tas pour toutes les denrées qui abondent. Rationnement pour tous les objets dont la production est restreinte, et rationnement selon les besoins, donnant la préférence aux enfants et aux vieillards, aux faibles en un mot.

Et le tout, — consommé non pas dans la marmite sociale, mais chez soi, selon les goûts individuels, en compagnie de sa famille et de ses amis. Voilà l’idéal des masses dont nous nous sommes fait les porte-voix.

Mais il ne suffit pas de dire « Communisme, Expropriation ! » Encore faut-il savoir à qui incomberait la gérance du patrimoine commun, et c’est sur cette question que les écoles socialistes se trouvent surtout divisées, les uns voulant le Communisme autoritaire, et nous autres nous prononçant franchement pour le Communisme anarchiste.

Pour juger les deux, revenons encore une fois à notre point de départ, — la Révolution du siècle passé.

En renversant la royauté, la Révolution proclama la souveraineté du peuple. Mais par une inconséquence, toute naturelle à cette époque, elle proclama, non pas la souveraineté en permanence, mais la souveraineté intermittente, s’exerçant à intervalles seulement, pour la nomination de députés qui sont censés représenter le peuple. Au fond, elle copia ses institutions sur le gouvernement représentatif de l’Angleterre.

On noya la Révolution dans le sang, et néanmoins, le gouvernement représentatif devint le mot d’ordre en Europe. Toute l’Europe, sauf la Russie, l’a essayé, sous toutes les formes possibles, depuis le gouvernement censitaire jusqu’au gouvernement direct des petites républiques de l’Helvétie.

Mais, chose étrange, à mesure que nous approchions du gouvernement représentatif idéal, nommé par le suffrage universel complètement libre, nous en découvrions les vices essentiels. Nous constations que ce mode de gouvernement pèche par la base.

N’est-il pas absurde, en effet, de prendre au sein de la population un certain nombre d’hommes et de leur confier le soin de toutes les affaires publiques, en leur disant : « Occupez-vous en, nous nous déchargeons sur vous de la besogne. À vous de faire les lois sur tous les sujets : Armements et chiens enragés ; observatoires et tuyaux de cheminées ; instruction et balayage des rues. Entendez-vous comme vous le voudrez et légiférez, puisque vous êtes les élus que le peuple a trouvé bons à tout faire. »

Je ne sais pas, citoyens, mais il me semble que si on venait offrir à un homme sérieux un pareil poste, il devrait tenir à peu près ce langage : « Citoyens, vous me confiez une besogne qu’il m’est impossible d’accomplir. Je ne connais pas la plupart des questions sur lesquelles je serai appelé à légiférer. Ou bien j’agirai à l’aveuglette et vous n’y gagnerez rien, ou bien je m’adresserai à vous et provoquerai des réunions, dans lesquelles vous-mêmes chercherez à vous mettre d’accord sur la question, et alors mon rôle deviendra inutile. Si vous vous êtes fait une opinion et si vous l’avez formulée ; si vous tenez à vous entendre avec d’autres citoyens qui, eux aussi, se sont fait une opinion sur ce sujet, alors vous pourrez tout simplement entrer en échange d’idées avec vos voisins, et envoyer un délégué qui pourra se mettre d’accord, avec d’autres délégués sur cette question spéciale ; mais vous réserverez certainement votre décision définitive. Vous ne lui confierez pas le soin de vous faire des lois. C’est ainsi qu’agissent déjà les savants, les industriels, chaque fois qu’ils ont à s’entendre sur des questions d’ordre général. »

Mais ceci serait la négation du régime représentatif, du gouvernement et de l’État. Et cependant c’est l’idée qui germa partout, depuis que les vices du gouvernement représentatif, mis à nu, sont devenus si criants.

Notre siècle est allé encore plus loin. Il a mis en discussion les droits des États et de la société par rapport à l’individu. On s’est demandé jusqu’à quel point l’ingérence de l’État est nécessaire dans les mille et mille fonctions d’une société.

A suivre…

Histoire et anarchie: Les questions d’hier sont toujours celles d’aujourd’hui…

Posted in actualité, documentaire, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 29 juin 2017 by Résistance 71

… faisons en sorte qu’elles ne soient plus celles de demain !

~ Résistance 71 ~

 

« C’est parce que le pouvoir est maudit
que je suis anarchiste… »

 

L’ère nouvelle

Louise Michel

I

Pareil à la sève d’avril, le sang monte au renouveau séculaire dans le vieil arbre humain ( le vieil arbre de misère ).

Sous l’humus des erreurs qui tombent pour s’entasser pareilles à des feuilles mortes, voici les perce-neige et les jonquilles d’or, et le vieil arbre frissonne aux souffles printaniers.

Les fleurs rouges du joli bois sortent saignantes des branches ; les bourgeons gonflés éclatent : voici les feuilles et les fleurs nouvelles.

C’est une étape de la nature.

Cela deviendra les fourrés profonds où s’appelleront les nids, où mûriront les fruits ; et tout retournera au creuset de la vie universelle.

Ainsi souffle la brise matinière à la vermeille aurore du Monde nouveau.

Les religions et les États sont encore là, devant nos yeux, mais les cadavres n’ont-ils pas gardé l’apparence humaine quand on les ensevelit pour les confier à la terre ?

La pâleur, la rigidité des morts, l’odeur de la décomposition, n’indiquent-elles pas que tout est fini pour l’être qui a cessé de vivre ?

Cette pâleur, cette décomposition, la vieille société les a déjà dans les affres de son agonie.

Soyez tranquille, elle va finir.

Elle se meurt la vieille ogresse qui boit le sang humain depuis les commencements pour faire durer son existence maudite.

Ses provocations, ses cruautés incessantes, ses complots usés, tout cela n’y fera rien ; c’est l’hiver séculaire, il faut que ce monde maudit s’en aille : voici le printemps où la race humaine préparera le nid de ses petits, plus malheureux jusqu’à présent que ceux des bêtes.

Il faut bien qu’il meure ce vieux monde, puisque nul n’y est plus en sûreté, puisque l’instinct de conservation de la race s’éveille, et que chacun, pris d’inquiétude et ne respirant plus dans la ruine pestilentielle, jette un regard désespéré vers l’horizon.

On a brûlé les étapes ; hier encore, beaucoup croyaient tout cela solide ; aujourd’hui, personne autre que des dupes ou des fripons ne nie l’évidence des faits. — La Révolution s’impose. L’intérêt de tous exige la fin du parasitisme.

Quand un essaim d’abeilles, pillé par les frelons, n’a plus de miel dans sa ruche, il fait une guerre à mort aux bandits avant de recommencer le travail.

Nous, nous parlementons avec les frelons humains, leur demandant humblement de laisser un peu de miel au fond de l’alvéole, afin que la ruche puisse recommencer à se remplir pour eux.

Les animaux s’unissent contre le danger commun ; les bœufs sauvages s’en vont par bandes chercher des pâtures plus fertiles : ensemble, ils font tête aux loups.

Les hommes, seuls, ne s’uniraient pas pour traverser l’époque terrible où nous sommes ! Serions-nous moins intelligents que la bête ?

Que fera-t-on des milliers et des milliers de travailleurs qui s’en vont affamés par les pays noirs dont ils ont déjà tiré tant de richesses pour leurs exploiteurs ?

Vont-ils se laisser abattre comme des bandes de loup ?

Les Romains, quand ils n’étaient pas assez riches pour envoyer le trop-plein de leurs esclaves à Carthage, les enfouissaient vivants ; une hécatombe eût fait trop de bruit ; le linceul du sable est muet. Est-ce ainsi que procédera la séquelle capitaliste?

Emplira-t-on les prisons avec tous les crève-de-faim? Elles regorgeraient bientôt jusqu’à la gueule.

En bâtira-t-on de nouvelles ? Il n’y a plus assez d’argent même pour le mal : les folies tonkinoises et autres ont absorbé les millions, les fonds secrets sont épuisés pour tendre des traquenards aux révolutionnaires.

Essaiera-t-on de bercer, d’endormir encore les peuples avec des promesses ?

Cela est devenu difficile. Les Don Quichotte revanchards qui soufflent dans leurs clairons au moindre signe des Bismarck ( pour les protéger en donnant l’illusion qu’ils les menacent ) ne trompent heureusement pas la jeunesse entière : l’esprit de l’Internationale a survécu aux fusillades versaillaises.

Plus hauts et plus puissants que le cuivre tonnent de cime en cime les appels de la Liberté, de l’Égalité, dont la légende éveille des sens nouveaux.

Il faut maintenant la réalité de ces mots partout inscrits, et qui, nulle part, ne sont en pratique.

La chrysalide humaine évolue : on ne fera plus rentrer ses ailes dans l’enveloppe crevée.

Il faut que tout s’en aille à l’Océan commun, sollicité par des besoins de renouveau, par des sens jusqu’ici inconnus et dont rien ne peut arrêter le développement fatal.

Comme la goutte d’eau tient à la goutte d’eau d’une même vague et d’un même océan, l’humanité entière roule dans la même tempête vers le grand but.

La bête humaine qui, au fond des âges, avait monté de la famille à la tribu, à la horde, à la nation, monte, monte encore, monte toujours ; et la famille devient race entière.

Les langues, qui ont évolué suivant les vicissitudes humaines, adoptent pour leurs besoins nouveaux des mots semblables, parce que tous les peuples éprouvent ce même besoin : la Révolution.

Et la révolution dans la science, dans les arts, comme dans l’industrie, rend de plus en plus nécessaire cette langue universelle qui déjà se forme d’elle-même et qui sera le corollaire de la grande éclosion.

II

La société humaine n’en a plus pour longtemps de ces guerres qui ne servent qu’à ses ennemis, ses maîtres : nul ne peut empêcher le soleil de demain de succéder à notre nuit.

Aujourd’hui nul homme ne peut vivre autrement que comme l’oiseau sur la branche, c’est-à-dire guetté par le chat ou le chasseur.

Les États eux-mêmes ont l’épée de Damoclès suspendue sur leur tête : la dette les ronge et l’emprunt qui les fait vivre s’use comme le reste.

Les crève-de-faim, les dents longues, sortent des bois ; ils courent les plaines, ils entrent dans les villes : la ruche, lasse d’être pillée, bourdonne en montrant l’aiguillon. Eux qui ont tout créé, ils manquent de tout.

Au coin des bornes, il y a longtemps qu’ils crèvent, vagabonds, devant les palais qu’ils ont bâtis : l’herbe des champs ne peut plus les nourrir, elle est pour les troupeaux des riches.

Il n’y a de travail que pour ceux qui s’accommodent d’un salaire dérisoire ou qui s’abrutissent dans une tâche quotidienne de huit à dix heures.

Alors la colère monte : les exploités se sentent, eux aussi, un cœur, un estomac, un cerveau.

Tout cela est affamé, tout cela ne veut pas mourir ; et ils se lèvent ! Les Jacques allument la torche aux lampes des mineurs : nul prolétaire ne rentrera dans son trou : mieux vaut crever dans la révolte.

La révolte ! c’est le soulèvement des consciences, c’est l’indignation, c’est la revendication des droits violés… Qui donc se révolte sans être lésé ?

Plus on aura pesé sur les misérables, plus la révolte sera terrible ; plus ceux qui gouvernent commettront de crimes, plus on verra clair enfin, et plus implacablement on fera justice…

III

— Le Capital ! dit-on avec un respect craintif, — on parle de détruire le capital ! Hein ? …

Ah ! Il y a longtemps que la raison, que la logique en a fait justice du Capital : est-il d’essence supérieure au travail et à la science ?

Supposez des Rothschilds quelconques, possédant toutes les mines d’or et de diamants de la terre, qu’en feraient-ils sans les mineurs ? Qui donc extrairait l’or du sable, le diamant de la gemme ?

Donnez aux exploiteurs des carrières de marbre sans personne pour en tailler, pour en arracher les blocs…

Que ces gens-là le sachent, ils sont incapables de tirer parti de rien sans les travailleurs : mangeront-ils la terre si personne ne la fait produire ?

Allez, allez ! il y a longtemps que la Bastille capitaliste ne compte plus pour l’avenir.

Et, du reste, cette portion de biens qu’ils détiennent au détriment de la foule des déshérités est infime en regard des prodigieuses richesses que nous donnera la science !

Ce n’est pas pour le reconstituer sur la terre qu’on a détruit l’enfer d’outre-vie ; détruit, le jour où l’on a eu conscience qu’il serait monstrueux, ce Dieu éternellement bourreau, qui, pouvant mettre partout la justice, laisserait le monde se débattre à jamais dans tous les désespoirs, dans toutes les horreurs ; et en même temps que l’enfer des religions s’écroulent les enfers terrestres avec les amorces de récompenses égoïstes qui n’engendrent que corruption.

C’est avec ces récompenses corruptrices qu’on a fait patienter si longtemps les uns que leur patience est usée, et si bien persuadé aux autres que tout doit se passer ainsi de par l’ injustice séculaire, qu’ils ont la conscience ankylosée et commettent ou subissent le crime.

Cela est fini : les voiles de tous les tabernacles se déchirent.

Finis les trônes, finies les chamarreries de dignités illusoire, finis les grelots humains.

Toute chose à laquelle on ne croit plus est morte.

On commence à s’apercevoir que les oiseaux, les fourmis, les abeilles se groupent librement, pour faire ensemble le travail et résister au danger qui pourrait surgir ; et que les animaux donnent aux hommes l’exemple de la sociabilité.

Comment tombera la geôle du passé que frappent de toutes parts les tempêtes populaires ?

Nul ne le sait.

Croulera-t-elle dans les désastres ?

Les privilégiés, acculés par le malheur commun, feront-ils une immense nuit du 4 Août ?

La marée populaire couvrira-t-elle le monde ?…

Ce qui est sûr, c’est que le siècle ne se couchera pas sans que se lève enfin l’astre de la Révolution : l’homme, comme tout être, veut vivre, et nul — pas même l’exploiteur — ne pourra bientôt plus vivre si le droit ne remplace la force.

Prolétaires, employés, petits commerçants, petits propriétaires, tous sentent que d’un bout à l’autre de la société, chacun, dans son âpre lutte pour l’existence, est, à la fois, dévorant et dévoré.

Le grand propriétaire, le grand capitaliste, pèse sur le petit de la même manière que les petits boutiquiers pèsent sur les travailleurs, lesquels travailleurs s’infligent entre eux les mêmes lois fatales de la concurrence et ont de plus à supporter tout le poids des grands et petits exploiteurs ; aussi, comme le grain sous la meule, sont-ils finalement broyés.

On s’aperçoit, d’autre part, que le soleil, l’air, appartenant à tous ( parce qu’on n’a pas pu les affermer au profit de quelques-uns ), n’en continuent pas moins à vivifier la nature au bénéfice de tous ; qu’en prenant le chemin de fer, aucun voyageur n’empêche les autres de parvenir à destination ; que les lettres ou télégrammes reçus par les uns n’entravent nullement l’arrivée des lettres ou télégrammes au profit des autres.

Au contraire, plus les communications s’universalisent et mieux cela vaut pour chacun.

On n’a que faire, pour toutes ces choses, de gouvernement qui entrave, taxe, impose, en gros et en détail, on même qui gaspille, mais on a besoin de travail, d’intelligence, de libre essor qui vivifient.

En somme, le principe de tout pour tous se simplifie, se formule clairement dans les esprits.

On pourrait dire, cependant, que le soleil et l’air n’appartiennent pas également à tout le monde, puisque les uns ont mille fois plus d’espace et de lumière qu’il ne leur en faut, et que les autres en ont mille fois moins ; mais la faute en étant aux inégalités sociales, doit disparaître avec elles.

L’ignorance qui les engendre, quelle calamité !

L’ignorance des premières notions d’hygiène est cause que tant de citadins — qui succombent faute d’air — diminuent encore cette quantité d’air.

Comme si la santé — le premier des biens — n’exigeait pas qu’on balayât, par la ventilation, les miasmes du bouge où l’on nous entasse, de l’usine où l’on nous dépouille !

Comme si pour assainir, l’air pur n’était pas le complément du feu !

« Courants d’air ! courants d’air ! » quelle sempiternelle rengaine déchire l’oreille de ceux dont l’enfance s’est épanouie aux douces senteurs des champs, dont les poumons se sont trempés dans l’atmosphère rustique de la belle Nature !

Heureux le riche !

Il est de fait que la naissance et la mort, ces grandes égalitaires, ne se présentent pas de la même façon pour le riche que pour le pauvre. Étant donné nos lois iniques, il n’en peut être autrement.

Mais ces lois iniques disparaîtront avec le reste : il faut bien arracher le chaume et retourner la terre pour semer le blé nouveau.

IV

Supposons que la chose soit faite, que dans la tempête révolutionnaire, l’épave sur laquelle nous flottons ait enfin touché le rivage, malgré ceux qui, stupidement, préfèrent s’engloutir avec la société actuelle.

Supposons que la ruche travailleuse, se répande libre dans l’espace, voici ce qu’elle dirait :

— Nous ne pouvons plus vivre comme nos aïeux de l’âge de pierre, ni comme au siècle passé, puisque les inventions successives, puisque les découvertes, de la science ont amené la certitude que tout produira au centuple quand on utilisera ces découvertes pour le bien-être général, au lieu de ne laisser qu’une poignée de rapaces s’en servir pour affamer le reste.

Les machines, dont chacune tue des centaines de travailleurs, parce qu’elles n’ont jamais été employées que pour l’exploitation de l’homme par l’homme, seraient, étant à tous, une des sources de richesses infinies pour tous.

Jusqu’à présent le peuple est victime de la machine ; on n’a perfectionné que les engrenages qui multiplient le travail : on n’a pas touché à l’engrenage économique qui déchire le travailleur sous ses dents.

Dam ! comme on ne peut pas établir d’abattoirs pour se débarrasser des prolétaires exténués avant l’âge, la machine s’en charge, et ce serait dommage d’entraver d’aussi hautes œuvres.

Eh bien ! au contraire, la machine, devenue l’esclave de l’ouvrier, ferait produire à chacun, au bénéfice général, ce que produisent actuellement un si grand nombre d’exploités au bénéfice des quelques-uns et souvent du seul individu qui les exploite, et même alors chacun aurait tous les jours, pour son repos ou ses études, plus de temps, plus de loisirs, qu’il n’en peut avoir, aujourd’hui, dans toute sa semaine.

Le repos après le travail ! l’étude ! c’est si bon ! et si rare, excepté pour les riches qui en ont trop.

Autant celui qui ne travaille jamais ignore le bien-être d’un peu de repos, autant l’être surmené y aspire.

Celui dont le cerveau s’est rétréci, muré par l’égoïsme, n’a plus d’idées : elles ne jaillissent plus, elles sont mortes.

Au contraire, le cerveau, comme l’estomac du travailleur, deviennent avides par l’activité dévorante de toute une race sans pâture depuis des siècles, activité mise encore en appétit par l’époque virile de l’humanité : dans les cerveaux incultes germent des idées fortes et fières pareilles aux poussées des forêts vierges.

C’est bien le temps du renouveau.

En attendant, vous savez ces vers du bon Lafontaine :

Pour un âne enlevé, deux voleurs se battaient :

Survint un troisième larron

Qui saisit maître Aliboron…

Telle est l’histoire des gouvernements qui légifèrent et des Compagnies financières gloutonnes qui affament le gréviste et se repaissent avec les détritus des vieilles sociétés : gouvernements et Compagnies le harcèlent, toujours tenant les fusils de l’ordre sur sa gorge, et discutent pour savoir si c’est la Compagnie ou si c’est l’État qui reprendra l’exploitation ( comme à Decazeville ).

Survient le troisième larron de la fable, sous forme de la ruine, qui détruit la mine sans mineurs, la mine où s’enflamme la poussière des charbons abandonnés, la mine envahie par l’eau qui s’engouffre dès qu’on cesse de la combattre.

Partout où n’est plus la main créatrice du pionnier, l’industrie meurt, et cette main créatrice, cette main du pionnier seule la ressuscitera dès qu’il le pourra sans forfaiture ; et il le pourra la mine étant à ceux qui la fouillent, la terre à ceux qui la font produire, la machine à ceux qui la font grincer, c’est-à-dire, à chacun et à tous, tous les moyens de produire et tous les produits.

La Révolution, la Révolution violente est hâtée, soufflée, rendue inévitable par l’affolement du pouvoir.

La propriété n’est plus si les prolétaires préfèrent crever de faim que d’engraisser leurs maîtres, leurs sangsues, et le Capital aura vécu comme les autres erreurs quand on le voudra.

S’il plaît au travailleur de faire grève, s’il lui plaît de se révolter, la terre est noire des fourmis humaines. Elles sont le nombre, le nombre immense qui n’a jamais su sa force : le désespoir la lui apprendra.

Les coups de cravache l’apprennent au lion en cage comme le coup de massue l’apprend au taureau à l’abattoir : alors le lion prend sous ses ongles l’histrion qui l’a cravaché ; le taureau brise la corde qui lui courbait la tête à l’anneau du supplice, s’échappe et sème l’effroi sur son passage.

On l’a vu en 1793 et au 18 Mars, on l’a vu à Decazeville quand la mesure a été comble : on le verra ailleurs, peut-être un jour à Vierzon.

V

Rien n’est inutile dans la nature : pas plus que les bourgeons printaniers qui couvrent les arbres en avril, les sens nouveaux qui gonflent les cerveaux des foules ne resteront sans germe et ne germeront en vain.

Remarquez ceci : la plupart des grévistes soit de Decazeville, soit du Borinage, ne savaient un mot de socialisme ; les mots de Liberté ou d’Égalité, qu’ils épellent au fronton des édifices, ne leur disaient rien.

Mais ils ont jeté des effluves si chaudes, ces mots-là, que partout ils deviennent des sens rudimentaires et font que partout la race humaine doit remplacer le bétail humain que nous sommes encore.

Le dernier des grands bardes solitaires est mort. Voici le choeur des bardes, et les bardes ce sont les foules : comme chacun parle, comme chacun marche, chacun se servira de son oreille, de sa voix, de ses yeux.

L’oreille se développe par l’éducation musicale ; les yeux deviennent justes chez les peintres ; les mains, qui, chez le sculpteur, savent tailler le bois, le marbre et la pierre, deviendront, par la pratique, expertes chez tous ; car nul n’a des yeux, des oreilles, des mains pour ne pas s’en servir, de sorte que les races atteindront à un degré difficile à comprendre.

Elle sera magnifique, la légende nouvelle chantée par ceux qui nous succéderont.

Tous étant poètes, tous étant savants, tous sachant se servir de facultés jusqu’alors rudimentaires, rien de nos sauvageries présentes ne subsistera.

L’Humanité évoluant enfin en pleine lumière de liberté, des objections, basées alors sur les mœurs d’aujourd’hui, seraient encore moins valables.

— Comment vivraient les paresseux ? Comment l’envie, la jalousie s’arrangeraient-elles de l’égalité ?

— Est-ce que dans le bien-être général ces arguments ne tombent pas d’eux-mêmes ?

Eh parbleu ! comment vivront les fainéants ?

Est-ce qu’il n’y aura pas encore pendant longtemps des estropiés de corps ou d’esprit, des fainéants, des gens qui, par atavisme, hériteront des infirmités présentes ?

Les paresseux, comme les aveugles, ou les sourds, sont des infirmes qui ont droit à la vie, et ils vivront, ou plutôt végéteront sans nuire à personne.

Quant à la jalousie, quant à l’envie, etc., est-ce qu’il y aura de tels états possibles ? Puisque la machine sera au service de l’homme, et au profit de tous, à quoi donc servirait d’envier ce dont on serait toujours sûr de jouir en toute plénitude ?

Est-ce que la science universalisée n’empêchera pas les folies de l’orgueil ?

Est-ce que les travailleurs, alors, resteront enchaînés à un métier qu’ils ne pourraient faire, par manque d’aptitudes ou parce qu’il ne leur plairait pas de l’exercer ? Est-ce qu’en changeant de groupements ils ne trouveraient pas toujours des ressources nouvelles ?

Au lieu d’héritages qui font les parricides, chacun aura l’héritage de l’humanité, héritage immense, et dont nous avons à peine une idée, sous forme des richesses de chaque genre, ou plutôt de tous les genres de travail, dans leurs incommensurables variétés.

Les groupements libres d’individus libres, le travail fait pour le bien-être de tous et de chacun : il faudra bien qu’on en arrive là ( par nécessité ), puisque quelques oisifs, quelques monstrueux parasites, ne peuvent faire disparaître, à leur gré, les légions sans nombre, les légions grondantes de ceux qui travaillent.

Faut-il que ceux dont la mort n’empêcherait rien de marcher causent la perte de l’espèce entière ?

Les choses, du reste, seront bien simplifiées : l’Europe, l’univers éprouvent, les mêmes anxiétés qui sont le prélude de l’enfantement du Monde nouveau pur lequel toute entraille de penseur se sent déjà tressaillir.

Les âges de pierre et de bronze ont passé ; notre âge passera : nous ressentons les heurts spasmodiques de son agonie, et c’est dans sa mort que nous voyons l’histoire de toutes les époques disparues.

Chacune d’elles emporte froides les choses qui l’ont passionnée ; elles sont finies : alors dans le renouveau grandissent les choses regardées comme utopies à la dernière étape.

Les idées jetées en jalons par les sentinelles perdues servent à de nouveaux explorateurs et, sans fin, on va vers des temps incomparablement plus proches de l’Idéal.

Entre ces temps et le nôtre justement est la période où l’humanité, devenant virile, ne supporte plus qu’en regimbant les chaînes qui l’immobilisent dans l’ornière.

Nulle promesse endormeuse ne bercera plus ceux qui auront vu les malheurs amoncelés sur notre espèce par la crédulité, pas même les miroitements d’amélioration basés sur des paroles vaines.

Les paroles s’envolent à tous les vents : serments et plaintes tombent ensemble dans le balayement éternel.

C’est ce qui, sous le nom de parlementarisme, allonge l’étape actuelle où nous piétinons.

Étape tourmentée où le vertige habite de plus en plus les sommets du pouvoir : l’impuissance, le parasitisme, la bêtise, la folie, étayés l’un sur l’autre, sont encore debout.

Mais quelle ruine dure toujours ?

Aussi n’y a-t-il pas de doute que la plus abominable de toutes les caducités — notre état social — ne doive bientôt disparaître.

Avec cette société devenue coupe-gorge, il y a nécessité absolue d’en finir.

VI

Savez-vous comment on s’apercevra que le vieux monde n’existe plus ? Ceux qui, d’une oubliette, sont revenus à la lumière, à la sécurité, ceux-là, seuls, pourraient le dire.

Les groupements formés par le danger commun et survivant seuls à la ruine commune reprendront naturellement les choses d’intérêt général, dont aujourd’hui nos ennemis mortels sont les seuls à bénéficier :

Postes, chemins de fer, télégraphes, mines, agriculture, seront d’autant plus en activité que les communications entre les travailleurs auront la surabondance de vie des foules délivrées — enfin respirant libres.

Plus de guerres, plus de parasites à gorger : la puissance de l’homme sur les choses d’autant plus grande et d’autant plus salutaire que le pouvoir des individus les uns sur les autres aura été détruit.

Plus de luttes pour l’existence — de luttes pareilles à celles des fauves : toutes les forces pour multiplier les productions, afin que chaque être nage dans l’abondance ; toutes les inventions nouvelles — et la science, enfin libre dans ses investigations — servant, pour la première fois, à l’humanité entière : rayonnantes, fécondes, audacieuses, elles frapperont de leur fulgurance tout ce qu’à cette heure encore on amoindrit, étouffe, enténèbre.

S’il se dépense, hélas ! autant d’efforts pour entraver la marche irrésistible du progrès, c’est que, outre ceux qui vivent d’ignorance, d’erreur, d’injustice, il y a ceux qui en meurent et trouvent cela bien ; il y a aussi les retardataires s’entêtant sur des choses inutiles parce qu’elles leur ont coûté beaucoup à conquérir — c’est naturel — et ce n’est pas avec des paroles qu’on guérira les gens de pareils béguins : les catastrophes seules pourront y suffire.

On discutera encore dans nos parlotes bourgeoises ( et même révolutionnaires ) quand le ras de marée des crève-de-faim nous passera sur la tête à tous.

Il monte vite, et, par les trouées faites un peu partout : à Decazeville, en Belgique, en Angleterre, en Amérique, le récif qui protège le monde vermoulu de jour en jour s’ébrèche et c’est par ces brèches que passera l’océan de la révolte qui partout mugit. ( Tout vient à son heure. )

C’est dans cet océan-là que les fleuves humains se précipitent : ainsi s’en vont : arts, littératures, sciences, ainsi tout se noie sous le flot de la rouge aurore du vingtième siècle qui déjà reluit.

Et sous le flot de cette aurore grandissante, comme un amas de poussières en fusion les petites vanités deviennent l’immense amour du progrès humain ; et les grelots de célébrité, d’honneurs, cessent de tinter pour des oreilles, pour des coeurs brûlant d’une soif de perfectibilité.

Tout ce qui nous semble indéchiffrable : l’électricité, le magnétisme, aura, dans vingt-cinq ans, donné des résultats tels, qu’en y joignant les découvertes sur la chimie, l’agriculture, le mécanisme, on se demandera, stupéfait, comment les hommes de notre époque pouvaient croire que la misère qui décime les masses fût une calamité inévitable et fût nécessaire au bien-être d’une poignée de privilégiés !

N’est-il pas grandement temps que chacun le soit, privilégié ! N’y a-t-il pas assez longtemps déjà que cela dure, assez longtemps que chacun traîne son boulet, que chacun tire sur sa chaîne sans parvenir à la rompre ! Rompues ? Alors elles le seront toutes.

« Voici les rouges pâques », dit la chanson des Jacques.

Les rouges pâques après lesquelles la chrysalide humaine aura évolué, pressée par les souffles de germinal, pour être jetée ensuite sur la terre, les ailes déchirées, peut-être. Qu’importe ! elle a senti l’air libre : d’autres y voleront, et gagnés de la même fièvre sublime, tous y voleront à leur tour.

VII

A quoi bon comparer toujours ce qui se passe sous ce régime infect à ce qui se passera dans des milieux salubres ?

Est-ce que les fenêtres fermées à la neige d’hiver ne s’ouvrent pas toutes grandes aux haleines chaudes de l’été ?

Est-ce que les âges de la vie ont les mêmes besoins, les mêmes aptitudes ?

Ne nous arrêtons donc plus à des arguments oiseux.

Est-ce que les besoins nouveaux, les aptitudes nouvelles, ne sont pas, à leur tour, les sources d’autres besoins éveillant d’autres aptitudes ?

L’homme se façonne aux arts, aux sciences, aux idées de justice, comme chez les protées aveugles évolue le sens visuel sollicité par la lumière ; et malgré des milieux défavorables, la bête humaine, enfin, se sent, elle aussi, appelée par des horizons lumineux.

Du feu ravi au cratère fumant, de forêts enflammées par la foudre, ou même du simple frottement de deux morceaux de bois, est venue une si grande poussée en avant, qu’après avoir fixé les Prométhées au pic rocheux où le dévorent les vautours, l’homme adora le feu et le divinisa.

Rien de plus expressif que cette légende.

Toujours ceux qui sont le plus intéressés au progrès se révoltent le plus farouchement contre ce progrès.

On immola les premiers qui firent du feu ; on battit de verges le premier qui, proclamant le mouvement de la terre autour du soleil, détruisait la légende de Josué, comme on ôte une pierre à une citadelle.

Toujours ceux qui s’attaquèrent aux dieux et aux rois furent brisés dans la lutte ; pourtant les dieux sont tombés, les rois tombent, et bientôt se vérifieront les paroles de Blanqui : « Ni Dieu ni maître ! »

Que les Prométhées soient livrés aux vautours, est-ce que cela empêche la tribu de se grouper au foyer commun ? Est-ce que cela empêche la vapeur de faire des merveilles, l’électricité d’en promettre de plus grandes ?

Au contraire, l’idée arrosée de sang germe plus vite et mieux, elle ramifie plus profondément ; dans les cerveaux fouillés par la douleur, électrisés par les passions ardentes et âprement généreuse, elle se fertilise ; et, pareille à la graminée sauvage, elle deviendra froment.

Plus on brise les hommes, et plus profondément, sinon plus rapidement, les idées se répandent.

On voit loin par les fenêtres des cellules. Au grand silence, l’être grandit dans l’humanité entière. On vit en avant, le présent disparaît : l’esprit, qui pressent l’Ère nouvelle, plane dans l’Avenir.

A présent, la lutte s’est faite suprême par le concours d’événements, de circonstances impérieuses, qui acculent, à notre fin de siècle, la vieille société comme une bête enragée que le travail et la science remplacent avant même qu’elle ne crève.

Qu’est-ce que cela fait qu’elle nous étouffe dans le spasme de son agonie, la bête maudite, puisqu’elle va mourir ?

Il faudra bien que le droit triomphe, à moins qu’on n’abatte les travailleurs, qu’on les assomme, qu’on les fusille comme des bandes de loups qui hurlent la faim.

Et ceux qui produisent tout, et qui n’ont ni pain, ni abri, commencent à sentir que chaque que chaque être doit avoir sa place au banquet du trop-plein.

On ne peut pas plus empêcher ce grandissement des sociétés humaines qu’on ne fera remonter l’homme adulte à son berceau.

Le monde a eu sa première enfance bercée de légendes, puis, sa jeunesse chevaleresque, et le voilà à l’âge viril, qui déjà prépare le nid des races à venir.

Des individualités se dessinent : l’humanité où vivent et pullulent tous les êtres est à la fois une et multiple.

Des figures étranges et hardies passent qui joignent l’idée nouvelle aux types d’autrefois.

S’il est, hélas ! des pieuvres humaines à qui le sang du monde entier ne suffirait pas : finances, pouvoir, ânerie, lâcheté, monstres grouillant dans notre humus — et ce n’est pas de trop de toutes les foules pour les y étouffer — nous avons aussi des fakirs jetant leur vie comme on verse une coupe, les uns pour l’idée, les autres pour la science, mais tous pour le grand triomphe.

Après ses luttes, la race, voulant vivre, se groupera sur le sol délivré.

Les astres s’attirent pour graviter ensemble dans les espaces stellaires : ainsi les hommes, librement, prendront leur place par groupes.

Le travail libre, conscient, éclairé, fera les moissons fertiles là où sont les champs déserts.

La force des tempêtes et des gouffres, portée comme un outil, broiera les rochers, creusera des passages dans les montagnes pour ne faire qu’un seul paradis humain des deux hémisphères.

Les navires sous-marins explorant le fond de l’Océan mettront à découvert des continents disparus : et l’Atlantide peut-être nous apparaîtra morte sous son linceul de flots et gisant pâle dans des ruines cyclopéennes enguirlandées de gigantesques coraux et d’herbes marines.

L’électricité portera les navires aériens par-dessus les glaces des pôles, pour assister aux nuits de six mois sous la frange rouge des aurores polaires.

Que de choses quand on regarde en avant, de choses tellement grandes que lorsqu’on y songe il devient impossible de s’occuper de son misérable individu !

En y songeant, elles seront loin les personnalités !

Chacun vivra inoffensif et heureux, dans l’humanité entière, aidant à multiplier indéfiniment les forces, la pensée, la vie.

VIII

Les idées ayant germé sous notre ombre, les voilà qui dardent leur flamme ; on voit partout sous leur vrai jour les choses que l’obscurité faisait vagues et trompeuses.

Les voilà dans la vie, les idées de Liberté, d’Égalité, de Justice, si longtemps affichées sur les geôles.

On admire les oeuvres d’une réunion de savants, d’artistes, de travailleurs ; on a admiré les monuments auxquels ont travaillé des générations d’hommes.

Les idées s’allument, flamboient, remuées, fertilisées par la lutte, le coeur se dilate, la vie se multiplie.

Sur les agglomérations des foules passent des souffles brûlants ; cela vous empoigne, vous transfigure, vous jette au courant qui se précipite à l’océan révolutionnaire, au creuset où la fange même s’irradie en soleil.

Les hommes ne pèsent guère dans ce cataclysme, le progrès seul y survit, le progrès juste, implacable, celui qui bat en brèche les vieux récifs.

Quelle parcelle de terre n’est couverte de sang, quelle loi du réseau maudit ne sert de noeud coulant qui nous étrangle ?…

Rien n’est à garder.

Vous avez vu le laboureur retourner les sillons pour semer le blé nouveau : ainsi seront retournées toutes les couches humaines comme pour y enfouir, pareilles aux vieux chaumes, toutes les iniquités sociales.

Il le faut !

Pour qui seraient donc les découvertes, les sciences, pour qui seraient donc les machines, si ce n’est pour créer le bonheur de tous en même temps que multiplier les forces vivifiantes ?

A quoi bon le sens des arts, si c’est pour l’étouffer chez les multitudes, et ne le cultiver qu’à grands frais chez quelques vaniteux artistes ?

Tous ont les mêmes sens, excepté que les races qui ont trop joui ont le cerveau plus aride encore que ne l’ont les autres sans culture.

Attendez qu’un quart de siècle ait passé sur la race, qu’elle ait évolué en pleine lumière de liberté, la différence entre la végétation intellectuelle à cette époque et la végétation présente sera telle que le vulgaire, imbu des sornettes dirigeantes, ne peut actuellement le saisir.

Ni les États dont nous voyons les derniers haillons trempés du sang des humbles flotter dans la tourmente, ni les mensonges de carte géographique, de race, d’espèce, de sexe, rien ne sera plus de ces fadaises.

Chaque caractère, chaque intelligence prendra sa place.

Les luttes pour l’existence étant finies, la science ayant régénéré le monde, nul ne pourra plus être bétail humain, ni prolétaire.

Et la femme dont la vie, jusqu’à présent, n’a été qu’un enfer ?…

Qu’il s’en aille, aussi cet enfer-là avec les songes creux des enfers mystiques !

Chaque individu vivant en tout le genre humain ; tous vivant en chaque individu et surtout vivant en chaque individu et surtout vivant en avant, en avant toujours où flamboie l’idée, dans la grande paix, si loin, si loin, que l’infini du progrès apparaîtra à tous dans le cycle des transformations perpétuelles.

C’est ainsi qu’avant de retourner au creuset, chaque homme, en quelques ans, en quelques jours, aura l’éternité.

Guerre impérialiste au MO: L’occident soutient le terrorisme… et pas qu’un peu !…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, presse et média, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 29 juin 2017 by Résistance 71

L’info se confirme: l’occident soutient le terrorisme !

 

Daniel Vanhove

 

22 juin 2017

 

source: http://www.mondialisation.ca/linformation-se-confirme-loccident-finance-et-soutient-le-terrorisme/5595700 

 

Pour ceux qui essaient de s’y retrouver dans les tumultes du monde actuel, les guerres qui ravagent le M-O et particulièrement celle de Syrie depuis mars 2011, donnent à mieux comprendre le jeu retors des puissances extérieures qui les alimentent.

Sous un départ qui s’apparentait à ce que d’aucuns nous ont vendu comme « les printemps arabes », cette terrible guerre fomentée et financée par l’Occident qui espérait la mettre à profit pour renverser le président B. al Assad et avoir ainsi un meilleur contrôle des réserves d’hydrocarbures et des oléoducs du pays, n’en finit pas de nous livrer les arcanes de ce qui se trame dans les couloirs obscurs des chancelleries.

Que l’on ne me rétorque pas que mon propos n’est pas étayé. Il y a aujourd’hui suffisamment de preuves qui attestent que c’est bien l’Occident qui est à la manœuvre derrière toutes ces pseudo révolutions populaires, tant au M-O qu’en Ukraine ou au Venezuela. Et les dernières déclarations du secrétaire d’Etat américain Tex Tillerson en sont l’illustration la plus flagrante, dès lors qu’il a dit devant le comité des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants : « … soutenir des éléments à l’intérieur de l’Iran pour une transition pacifique (ben, voyons !) du régime. » De tels propos sont évidemment inacceptables, mais ils ont l’avantage d’indiquer à ceux qui en doutaient encore, que ce sont bien nos pays qui agissent de manière « terroriste » sur la scène internationale, en intervenant en sous-main pour tenter via quelques ONG « colorées » ou groupuscules d’opposants de renverser des gouvernements qui ne nous conviennent pas afin d’y installer des pions plus dociles et corvéables moyennant quelques avantages. Cela s’apparente bien à des « complots », et nous pratiquons ainsi ce qu’il faut qualifier du seul nom qui convienne : le terrorisme d’Etat !

Les USA ont mis sur pied une coalition des plus douteuse à laquelle participent hélas nombre de pays européens via l’OTAN, ainsi que le gouvernement sioniste de Tel-Aviv en Palestine occupée. Cette coalition est intervenue en Syrie sans l’aval du gouvernement syrien. Il s’agit donc d’une violation flagrante de l’espace souverain syrien. En effet, lequel de ces pays la Syrie aurait-elle menacé pour qu’ils lui fassent la guerre ? Aucun ! Et l’UE s’est alignée en rampant comme une hyène face aux dictats yankees. Voilà les faits ! Voilà l’état de nos diplomaties européennes !

A l’inverse, le gouvernement syrien a demandé l’aide de la Russie, afin de contrer cette coalition contre laquelle son armée esseulée ne pouvait combattre par insuffisance de moyens. Ensuite, et vu la coalition mise en place par l’Occident, l’Iran et le Hezbollah libanais se sont également joints aux forces gouvernementales syriennes pour contrer les agressions de nos pays hostiles et belliqueux, toujours animés par cette arrogance propre à l’esprit colonial qui, décidément nous colle à la peau.

Depuis plus de six ans, le peuple syrien souffre d’une guerre qui se joue sur l’ensemble de son territoire, sans qu’il n’ait rien demandé à qui que ce soit. Des officines extérieures, principalement américaines et sionistes, ont longtemps préparé, formé, financé et armé des groupes de dissidents afin de provoquer un soulèvement du peuple, dans la foulée de ce qui se passait dans les pays voisins. Sauf que les incultes qui étaient à la manœuvre ne se sont pas aperçus que le Dr B. al Assad n’était ni S. Hussein, ni M. Khadafi… et que le peuple syrien est l’un des plus cultivés du monde arabe, capable d’une résistance et d’une résilience imprévues par ces « experts ».

Après avoir laminé l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et y avoir semé le chaos et la désolation sous les fallacieux prétextes de « menaces terroristes » qui nous guettaient, le décor syrien marque l’arrêt de ces piètres scenarii relayés par la clique habituelle des intellos promus au rang de « spécialistes » en stratégie militaire et singulièrement dévoués à l’essor du sionisme. L’allié russe a dit STOP aux aventures occidentales sous couvert aisé des « Droits de l’Homme », et l’équilibre s’en trouve bouleversé, ce qui paraît sain dans un monde globalisé où un seul Etat devenu l’Empire ne peut prétendre à en être le seul gendarme, en fonction de ses stricts intérêts.

Par ailleurs, la Syrie, pays laïc où cohabitaient les différents courants religieux, peut assurément prétendre à une certaine forme de démocratie si l’on concède cette appellation à Israël qui ne s’embarrasse pas de discriminer une large partie de sa population ; pratique l’apartheid à l’encontre de millions d’habitants palestiniens, sans parler des villages non-reconnus et ne figurant même pas sur les cartes routières sous prétexte que ce sont des Arabes qui les habitent ; jette et détient de manière arbitraire des mineurs en prisons où y sont pratiquées la torture ; procède à des punitions collectives ce qui est interdit par les Traités internationaux (https://ihl-databases.icrc.org/dih-traites/com/380-600038) ; étrangle depuis 10 ans la population de Gaza qui n’a plus d’électricité que 2 heures par jour ; ne respecte aucune des Résolutions de l’ONU. Et j’en passe… Aucun gouvernement ne s’autoriserait un tel comportement sans être mis au ban de la société des Nations et subir sanctions et menaces diverses émanant de tous bords. C’est dire combien les notions de Démocratie et de Justice sont piétinées par de tels agissements, et combien les citoyens s’en méfient tant elles sont galvaudées par le microcosme politico-médiatique qui non seulement laissent perdurer ces exemples désastreux, mais pire, les alimentent ! (https://www.legrandsoir.info/au-bout-de-10-de-siege-gaza-atteint-un-point-de-rupture-humanitaire-et-politique-ma-an-news.html)

Ce que l’on apprend au fil des mois de ce qui se passe en Syrie est absolument confondant. Et il faut souligner combien le Droit international est mis à mal par ceux-là mêmes qui dénoncent toujours chez les autres, des comportements qu’ils pratiquent eux-mêmes et à grande échelle.

Mais ce qui dépasse l’entendement, ce sont ces révélations au fil des mois, où l’on voit les USA et cette coalition – donc, nos pays ! – soutenir les groupes qu’ils qualifient eux-mêmes de « terroristes » (Daesh, l’E.I., al-Nosra and c°…) qu’ils affirment combattre par tous les moyens…; ainsi qu’Israël financer directement et soigner les mercenaires issus de ces mêmes groupes ! (http://presstv.com/DetailFr/2017/06/21/526020/IsralAl-Nosra–rvlations-russes).

De plus, si cette criminelle coalition ne s’embarrasse pas des « dégâts collatéraux » lors de ses bombardements qui font des milliers de tués civils, elle aide et évacue directement les chefs de Daesh quand ceux-ci perdent du terrain et tentent d’échapper à l’alliance mise en place par le gouvernement syrien (http://presstv.com//DetailFr/2017/06/14/525261/Raqqa-Syrie-Commandants-de-Daech-hliports-par-les-USA-Etats-Unis).

Pourquoi nos médias et les « pleureuses d’Alep » d’il y a quelques mois passent-ils sous silence ces bombardements que s’autorisent les chasseurs US à l’encontre de l’armée régulière syrienne dès lors que celle-ci menace les positions de Daech ? Ou quand un F-16 américain abat un SU-22 syrien, comme cela s’est encore passé ce dernier week-end. Une telle collusion avec des fanatiques est inadmissible !

A chaque réunion officielle et/ou sommet international, les gouvernements de « nos exemplaires démocraties » dénoncent le terrorisme, mais dans l’ombre et sur le terrain, le soutiennent activement… Tout cela, faut-il le rappeler, avec l’argent de nos impôts ! Comment accepter un tel état de faits !? (http://arretsurinfo.ch/syrie-selon-le-wall-street-journal-israel-soutient-les-combattants-des-groupes-terroristes/) Comment se prêter encore au jeu infâme de ces cérémonies posthumes où les responsables de nos gouvernements pleurent quelques larmes de crocodile sur fond d’hymne national à la mémoire de civils pris pour cibles, quand dans les coulisses, ils arment et financent le terrorisme !? L’on voit clairement que les victimes du terrorisme dans nos pays sont le résultat direct des collusions de nos Etats avec les groupes terroristes qu’ils soutiennent sur le terrain des opérations. Ces funestes choix politiques se retournent contre nous de la société civile, qui les essuyons de plus en plus souvent. Qui donc aura le courage de le dénoncer avec force !? Qui donc mettra ces responsables politiques face à leurs impostures afin qu’une procédure soit intentée à leur encontre !? Qui interpellera ces élus pour leur dire que de tels agissements méritent une condamnation sans aucune circonstance atténuante !?

Le constat est donc sans appel : oui, nos Etats occidentaux assassinent leur propre population par soutien direct au terrorisme international !

Devoir de mémoire: Hommage poétique et politique aux massacrés et fusillés de la Commune de Paris (Victor Hugo)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, documentaire, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 27 juin 2017 by Résistance 71

Petit jeu poétique sans peur du ridicule qui ne manquera pas de nous retomber dessus, nous nous piquons à cette verve du Grand Homme et son hommage aux massacrés de la semaine sanglante  qui suivit la fin de la Commune de Paris en mai 1871 et tentons , le plus humblement du monde ,  de “préfacer” ce long poème dédiés aux fusillés de la Commune. Ne fais pas de sauts de carpe dans ton tombeau Victor, nous jouons et n’insultons point…

Nous dédions cette tentative poétique politique à Zénon et à Jo .

Rends cœur

Honte à toi république massacrante,
L’âme de ton peuple à jamais tu as violé,
Celle-là même qui fut pour toi des plus amantes,
Lorsque d’une autre tyrannie tu es née.
Aux Communeux notre mémoire demeurera penchante,
Que d’icelle, toi et ton comparse l’état , à tout jamais soient effacés.

Résistance 71

26 juin 2017 et maintenant place à la vraie poésie au service de l’Idée…

 

Les fusillés

 

Victor Hugo

 

“L’année terrible”, 1872

 

Guerre qui veut Tacite et qui repousse Homère !

La victoire s’achève en massacre sommaire.

Ceux qui sont satisfaits sont furieux ; j’entends

Dire : — Il faut en finir avec les mécontents. —

Alceste est aujourd’hui fusillé par Philinte.

Faites.

Partout la mort. Eh bien, pas une plainte.

O blé que le destin fauche avant qu’il soit mûr !

O peuple !

On les amène au pied de l’affreux mur.

C’est bien. Ils ont été battus du vent contraire.

L’homme dit au soldat qui l’ajuste : Adieu, frère.

La femme dit : — Mon homme est tué. C’est assez.

Je ne sais s’il eut tort ou raison, mais je sais

Que nous avons traîné le malheur côte à côte ;

Il fut mon compagnon de chaîne ; si l’on m’ôte

Cet homme, je n’ai plus besoin de vivre. Ainsi

Puisqu’il est mort, il faut que je meure. Merci. —

Et dans les carrefours les cadavres s’entassent.

Dans un noir peloton vingt jeunes filles passent ;

Elles chantent ; leur grâce et leur calme innocent

Inquiètent la foule effarée ; un passant

Tremble. — Où donc allez-vous ? dit-il à la plus belle.

Parlez. — Je crois qu’on va nous fusiller, dit-elle.

Un bruit lugubre emplit la caserne Lobau ;

C’est le tonnerre ouvrant et fermant le tombeau.

Là des tas d’hommes sont mitraillés ; nul ne pleure ;

Il semble que leur mort à peine les effleure,

Qu’ils ont hâte de fuir un monde âpre, incomplet,

Triste, et que cette mise en liberté leur plaît.

Nul ne bronche. On adosse à la même muraille

Le petit-fils avec l’aïeul, et l’aïeul raille,

Et l’enfant blond et frais s’écrie en riant : Feu !

Ce rire, ce dédain tragique, est un aveu.

Gouffre de glace ! énigme où se perd le prophète !

Donc ils ne tiennent pas à la vie ; elle est faite

De façon qu’il leur est égal de s’en aller.

C’est en plein mois de mai ; tout veut vivre et mêler

Son instinct ou son âme à la douceur des choses ;

Ces filles-là devraient aller cueillir des roses ;

L’enfant devrait jouer dans un rayon vermeil ;

L’hiver de ce vieillard devrait fondre au soleil ;

Ces âmes devraient être ainsi que des corbeilles

S’emplissant de parfums, de murmures d’abeilles,

De chants d’oiseaux, de fleurs, d’extase, de printemps !

Tous devraient être d’aube et d’amour palpitants.

Eh bien, dans ce beau mois de lumière et d’ivresse,

O terreur ! c’est la mort qui brusquement se dresse,

La grande aveugle, l’ombre implacable et sans yeux ;

Oh ! comme ils vont trembler et crier sous les cieux,

Sangloter, appeler à leur aide la ville,

La nation qui hait l’Euménide civile,

Toute la France, nous, nous tous qui détestons

Le meurtre pêle-mêle et la guerre à tâtons !

Comme ils vont, l’œil en pleurs, bras tordus, mains crispées

Supplier les canons, les fusils, les épées,

Se cramponner aux murs, s’attacher aux passants,

Et fuir, et refuser la tombe, frémissants ;

Et hurler : On nous tue ! au secours ! grâce ! grâce !

Non. Ils sont étrangers à tout ce qui se passe ;

Ils regardent la mort qui vient les emmener.

Soit. Ils ne lui font pas l’honneur de s’étonner.

Ils avaient dès longtemps ce spectre en leur pensée.

Leur fosse dans leur cœur était toute creusée.

Viens, mort !

Etre avec nous, cela les étouffait.

Ils partent. Qu’est-ce donc que nous leur avions fait ?

O révélation ! Qu’est-ce donc que nous sommes

Pour qu’ils laissent ainsi derrière eux tous les hommes,

Sans un cri, sans daigner pleurer, sans un regret ?

Nous pleurons, nous. Leur cœur au supplice était prêt.

Que leur font nos pitiés tardives ? Oh ! quelle ombre !

Que fûmes-nous pour eux avant cette heure sombre ?

Avons-nous protégé ces femmes ? Avons-nous

Pris ces enfants tremblants et nus sur nos genoux ?

L’un sait-il travailler et l’autre sait-il lire ?

L’ignorance finit par être le délire ;

Les avons-nous instruits, aimés, guidés enfin,

Et n’ont-ils pas eu froid ? et n’ont-ils pas eu faim ?

C’est pour cela qu’ils ont brûlé vos Tuileries.

Je le déclare au nom de ces âmes meurtries,

Moi, l’homme exempt des deuils de parade et d’emprunt,

Qu’un enfant mort émeut plus qu’un palais défunt

C’est pour cela qu’ils sont les mourants formidables,

Qu’ils ne se plaignent pas, qu’ils restent insondables,

Souriants, menaçants, indifférents, altiers,

Et qu’ils se laissent presque égorger volontiers.

Méditons. Ces damnés, qu’aujourd’hui l’on foudroie,

N’ont pas de désespoir n’ayant pas eu de joie.

Le sort de tous se lie à leur sort. Il le faut.

Frères, bonheur en bas, sinon malheur en haut !

Hélas ! faisons aimer la vie aux misérables.

Sinon, pas d’équilibre. Ordre vrai, lois durables,

Fortes mœurs, paix charmante et virile pourtant,

Tout, vous trouverez tout dans le pauvre content.

La nuit est une énigme ayant pour mot l’étoile.

Cherchons. Le fond du cœur des souffrants se dévoile.

Le sphinx, resté masqué, montre sa nudité.

Ténébreux d’un côté, clair de l’autre côté,

Le noir problème entr’ouvre à demi la fenêtre

Par où le flamboiement de l’abîme pénètre.

Songeons, puisque sur eux le suaire est jeté,

Et comprenons. Je dis que la société

N’est point à l’aise ayant sur elle ces fantômes ;

Que leur rire est terrible entre tous les symptômes,

Et qu’il faut trembler, tant qu’on n’aura pu guérir

Cette facilité sinistre de mourir.

Résistance politique contre le marasme ambiant: Anarchie et organisation (Errico Malatesta)

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A lire en complément: 

~ Résistance 71 ~

Anarchie et organisation

Errico Malatesta (1927)

Un opuscule français intitulé: “Plateforme d’organisation de l’Union générale des Anarchistes (Projet)“ me tombe entre les mains par hasard. (On sait qu’aujourd’hui les écrits non fascistes ne circulent pas en Italie.)

C’est un projet d’organisation anarchique, publié sous le nom d’un “ Groupe d’anarchistes russes à l’étranger “ et qui semble plus spécialement adressé aux camarades russes. Mais il traite de questions qui intéressent tous les anarchistes et, de plus, il est évident qu’il recherche l’adhésion des camarades de tous les pays, du fait même d’être écrit en français. De toute façon, il est utile d’examiner, pour les Russes comme pour tous, si le projet mis en avant est en harmonie avec les principes anarchistes et si sa réalisation servirait vraiment la cause de l’anarchisme. Les mobiles des promoteurs sont excellents. Ils déplorent que les anarchistes n’aient pas eu et n’aient pas sur les événements de la politique sociale une influence proportionnée à la valeur théorique et pratique de leur doctrine, non plus qu’à leur nombre, à leur courage, à leur esprit de sacrifice, et ils pensent que la principale raison de cet insuccès relatif est l’absence d’une organisation vaste, sérieuse. Effective.

Jusqu’ici, en principe, je serais d’accord.

L’organisation n’est que la pratique de la coopération et de la solidarité, elle est la condition naturelle, nécessaire de la vie sociale, elle est un fait inéluctable qui s’impose à tous, tant dans la société humaine en général que dans tout groupe de gens ayant un but commun à atteindre.

L’homme ne veut et ne peut vivre isolé, il ne peut même pas devenir véritablement homme et satisfaire ses besoins matériels et moraux autrement qu’en société et avec la coopération de ses semblables. Il est donc fatal que tous ceux qui ne s’organisent pas librement, soit qu’ils ne le puissent pas, soit qu’ils n’en sentent pas la pressante nécessité, aient à subir l’organisation établie par d’autres individus ordinairement constitués en classes ou groupes dirigeants, dans le but d’exploiter à leur propre avantage le travail d’autrui.

Et l’oppression millénaire des masses par un petit nombre de privilégiés a toujours été la conséquence de l’incapacité de la plupart des individus à s’accorder, à s’organiser sur la base de la communauté d’intérêts et de sentiments avec les autres travailleurs pour produire, pour jouir et pour, éventuellement, se défendre des exploiteurs et oppresseurs. L’anarchisme vient remédier à cet état de choses avec son principe fondamental d’organisation libre, créée et maintenue par la libre volonté des associés sans aucune espèce d’autorité, c’est-à-dire sans qu’aucun individu ait le droit d’imposer aux autres sa propre volonté. Il est donc naturel que les anarchistes cherchent à appliquer à leur vie privée et à la vie de leur parti ce même principe sur lequel, d’après eux, devrait être fondé toute la société humaine.

Certaines polémiques laisseraient supposer qu’il y a des anarchistes réfractaires à toute organisation; mais en réalité, les nombreuses, trop nombreuses discussions que nous avons sur ce sujet, même quand elles sont obscurcies par des questions de mots ou envenimées par des questions de personnes, ne concernent au fond, que le mode et non le principe d’organisation. C’est ainsi que des camarades, en paroles les plus opposées à l’organisation, s’organisent comme les autres et souvent mieux que les autres, quand ils veulent sérieusement faire quelque chose. La question, je le répète, est toute dans l’application.

Je devrais donc regarder avec sympathie l’initiative de ces camarades russes, convaincu comme je le suis qu’une organisation plus générale, mieux formée, plus constante que celles qui ont été jusqu’ici réalisées par les anarchistes, même si elle n’arriverait pas à éliminer toutes les erreurs, toutes les insuffisances, peut-être inévitables dans un mouvement qui, comme le nôtre, devance les temps et qui, pour cela, se débat contre l’incompréhension, l’indifférence et souvent l’hostilité du plus grand nombre, serait tout au moins, indubitablement, un important élément de force et de succès, un puissant moyen de faire valoir nos idées.

Je crois surtout nécessaire et urgent que les anarchistes s’organisent pour influer sur la marche que suivent les masses dans leur lutte pour les améliorations et l’émancipation. Aujourd’hui, la plus grande force de transformation sociale est le mouvement ouvrier (mouvement syndical) et de sa direction dépend, en grande partie, le cours que prendront les événements et le but auquel arrivera la prochaine révolution. Par leurs organisations, fondées pour la défense de leurs intérêts, les travailleurs acquièrent la conscience de l’oppression sous laquelle ils ploient et de l’antagonisme qui les sépare de leurs patrons, ils commencent à aspirer à une vie supérieure, ils s’habituent à la lutte collective et à la solidarité et peuvent réussir à conquérir toutes les améliorations compatibles avec le régime capitaliste et étatiste. Ensuite, c’est ou la révolution ou la réaction.

Les anarchistes doivent reconnaître l’utilité et l’importance du mouvement syndical, ils doivent en favoriser le développement et en faire un des leviers de leur action, s’efforçant de faire aboutir la coopération du syndicalisme et des autres force qui comporte la suppression des classes, la liberté totale, l’égalité, la paix et la solidarité entre tous les êtres humains. Mais ce serait une illusion funeste que de croire, comme beaucoup le font, que le mouvement ouvrier aboutira de lui-même, en vertu de sa nature même, à une telle révolution. Bien au contraire: dans tous les mouvements fondés sur des intérêts matériels et immédiats (et l’on ne peut établir sur d’autres fondements un vaste mouvement ouvrier), il faut le ferment, la poussée, l’oeuvre concertée des hommes d’idées qui combattent et se sacrifient en vue d’un idéal à venir. Sans ce levier, tout mouvement tend fatalement à s’adapter aux circonstances, il engendre l’esprit conservateur, la crainte des changements chez ceux qui réussissent à obtenir des conditions meilleures. Souvent de nouvelles classes privilégiées sont crées, qui s’efforcent de faire supporter, de consolider l’état de choses que l’on voudrait abattre.

D’où la pressante nécessité d’organisations proprement anarchistes qui, à l’intérieur comme en dehors des syndicats, luttent pour l’intégrale réalisation de l’anarchisme et cherchent à stériliser tous les germes de corruption et de réaction,

Mais il est évident que pour atteindre leur but, les organisations anarchistes doivent, dans leur constitution et dans leur fonctionnement, être en harmonie avec les principes de l’anarchie. Il faut donc qu’elles ne soient en rien imprégnées d’esprit autoritaire, qu’elles sachent concillier la libre action des individus avec la nécessité et le plaisir de la coopération, qu’elles servent à développer la conscience et la capacité d’initiative de leurs membres et soient un moyen éducatif dans le milieu où elles opèrent et une préparation morale et matérielle à l’avenir désiré.

Le projet en question répond-il à ces exigences? Je crois que non. Je trouve qu’au lieu de faire naître chez les anarchistes un plus grand désir de s’organiser, il semble fait pour confirmer le préjugé de beaucoup de camarades qui pensent que s’organiser c’est se soumettre à des chefs, adhérer à un organisme autoritaire, centralisateur, étouffant toute libre initiative. En effet, dans ces statuts sont précisément exprimées les propositions que quelques-uns, contre l’évidence et malgré nos protestations, s’obstinent à attribuer à tous les anarchistes qualifiés d’organisateurs.

Examinons:

Tout d’abord il me semble que c’est une idée fausse (et en tout cas irréalisable) de réunir tous les anarchistes en une “Union générale”, c’est-à-dire, ainsi que le précise le Projet, en une seule collectivité révolutionnaire active.

Nous, anarchistes, nous pouvons nous dire tous du même parti si, par le mot parti, on entend l’ensemble de tous ceux qui sont d’un même côté, qui ont les mêmes aspirations générales, qui, d’une manière ou d’une autre, luttent pour la même fin contre des adversaires et des ennemis communs. Mais cela ne veut pas dire qu’il soit possible- et peut-être n’est-il pas désirable- de nous réunir tous en une même association déterminée. Les milieux et les conditions de lutte diffèrent trop, les modes possibles d’action qui se partagent les préférences des uns et des autres sont trop nombreux et trop nombreuses aussi les différences de tempérament et les incompatibilités personnelles pour qu’une Union générale, réalisée sérieusement, ne devienne pas un obstacle aux activités individuelles et peut-être même une cause des plus âpres luttes intestines, plutôt qu’un moyen pour coordonner et totaliser les efforts de tous.

Comment, par exemple, pourrait-on organiser de la même manière et avec le même personnel, une association publique faite pour la propagande et l’agitation au milieu des masses, et une société secrète, contrainte par les conditions politiques où elle opère, à cacher à l’ennemi ses buts, ses moyens, ses agents? Comment la même tactique pourrait-elle être adoptée par les éducationnistes persuadés qu’il suffit de la propagande et de l’exemple de quelques-uns pour transformer graduellement les individus et, par conséquent, la société et les révolutionnaires convaincus de la nécessité d’abattre par la violence un état de choses qui ne se soutient que par la violence, et de créer, contre la violence des oppresseurs, les conditions nécessaires au libre exercice de la propagande et à l’application pratique des conquêtes idéales? Et comment garder unis des gens qui, pour des raisons particulières, ne s’aiment et ne s’estiment pas et, pourtant, peuvent également être de bons et utiles militants de l’anarchisme?

D’autre part, les auteurs du Projet déclarent inepte l’idée de créer une organisation réunissant les représentants des diverses tendances de l’anarchisme. Une telle organisation, disent-ils, “ incorporant des éléments théoriquement et pratiquement hétérogènes, ne serait qu’un assemblage mécanique d’individus qui ont une conception différente de toutes les questions concernant le mouvement anarchiste; elle se désagrégerait infailliblement à peine mise à l’épreuve des faits et de la vie réelle “.

Fort bien. Mais alors, s’ils reconnaissent l’existence des anarchistes des autres tendances, ils devront leur laisser le droit de s’organiser à leur tour et de travailler pour l’anarchie de la façon qu’ils croient la meilleure. Ou bien prétendront-ils mettre hors de l’anarchisme, excommunier tous ceux qui n’acceptent pas leur programme? Ils disent bien vouloir regrouper en une seule organisation tous les éléments sains du mouvement libertaire, et, naturellement, ils auront tendance à juger sains seulement ceux qui pensent comme eux. Mais que feront-ils des éléments malsains?

Certainement il y a, parmi ceux qui se disent anarchistes, comme dans toute collectivité humaine, des éléments de différentes valeurs et, qui pis est, il en est qui font circuler au nom de l’anarchisme des idées qui n’ont avec lui que de bien douteuses affinités. Mais comment éviter cela? La vérité anarchiste ne peut pas et ne doit pas devenir le monopole d’un individu ou d’un comité. Elle ne peut pas dépendre des décisions de majorités réelles ou fictives. Il est seulement nécessaire- et il serait suffisant- que tous aient et exercent le plus ample droit de libre critique et que chacun puisse soutenir ses propres idées et choisir ses propres compagnons. Les faits jugeront en dernière instance et donneront raison à qui a raison.

Abandonnons donc l’idée de réunir tous les anarchistes en une seule organisation, considérons cette “ Union générale “ que nous proposent les Russes comme ce qu’elle serait en réalité: l’union d’un certain nombre d’anarchistes, et voyons si le mode d’organisation proposé est conforme aux principes et aux méthodes anarchistes et s’il peut aider au triomphe de l’anarchisme. Encore une fois, il me semble que non. Je ne mets pas en doute le sincère anarchisme de ces camarades russes; ils veulent réaliser le communisme anarchiste et cherchent la manière d’y arriver le plus vite possible. Mais il ne suffit pas de vouloir une chose, il faut encore employer les moyens opportuns pour l’obtenir, de même que pour aller à un endroit il faut prendre la route qui y conduit, sous peine d’arriver en tout autre lieu. Or, toute l’organisation proposée étant du type autoritaire, non seulement elle ne faciliterait pas le triomphe du communisme anarchiste, mais elle fausserait l’esprit anarchiste et aurait des résultats contraires à ceux que ses organisateurs en attendent.

En effet, une “ Union générale “ consisterait en autant d’organisations partielles qu’il y aurait de secrétariats pour en diriger idéologiquement l’oeuvre politique et technique, et il y aurait un Comité exécutif de l’Union chargé d’exécuter les décisions prises par l’Union, de “ diriger l’idéologie et l’organisation des groupes conformément à l’idéologie et à la ligne de tactique de l’Union “.

Est-ce là de l’anarchisme? C’est à mon avis, un gouvernement et une église. Il y manque, il est vrai, la police et les baïonnettes, comme manquent les fidèles disposés à accepter l’idéologie dictée d’en haut, mais cela signifie simplement que ce gouvernement serait un gouvernement impuissant et impossible et que cette église serait une pépinière de schismes et d’hérésies. L’esprit, la tendance restent autoritaires et l’effet éducatif serait toujours antianarchiste.

Écoutez plutôt: “ L’organe exécutif du mouvement libertaire général- l’Union anarchiste- adopte le principe de la responsabilité collective; toute l’Union sera responsable de l’activité révolutionnaire et politique de chacun de ses membres, et chaque membre sera responsable de l’activité révolutionnaire et politique de l’Union. “

Et après cette négation absolue de toute indépendance individuelle, de toute liberté d’initiative et d’action, les promoteurs, se souvenant d’être anarchistes, se disent fédéralistes et tonnent contre la centralisation dont les résultats inévitables sont, disent-ils, l’asservissement et la mécanisation de la vie sociale et de la vie des partis.

Mais si l’Union est responsable de ce que fait chacun de ses membres, comment laisser à chaque membre en particulier et aux différents groupes la liberté d’appliquer le programme commun de la façon qu’ils jugent la meilleure? Comment peut-on être responsable d’un acte si l’on a pas la faculté de l’empêcher? Donc l’Union, et pour elle le Comité exécutif, devrait surveiller l’action de tous les membres en particulier, et leur prescrire ce qu’ils ont à faire ou à ne pas faire, et comme le désaveu du fait accompli n’atténue pas une responsabilité formellement acceptée d’avance, personne ne pourrait faire quoi que ce soit avant d’en avoir obtenu l’approbation, la permission du Comité. Et, d’autre part, un individu peut-il accepter la responsabilité des actes d’une collectivité avant de savoir ce qu’elle fera, et comment peut-il l’empêcher de faire ce qu’il désapprouve ?

De plus, les auteurs du Projet disent que c’est l’Union qui veut et dispose. Mais quand on dit volonté de l’Union, entend-on volonté de tous ses membres? En ce cas, pour que l’Union puisse agir, il faudrait que tous ses membres, sur toutes les questions, aient toujours exactement la même opinion. Or, il est naturel que tous soient d’accord sur les principes généraux et fondamentaux, sans quoi ils ne seraient pas unis, mais on ne peut supposer que des être pensants soient tous et toujours du même avis sur ce qu’il convient de faire en toutes circonstances et sur le choix des personnes à qui confier la charge d’exécuter et de diriger.

En réalité, ainsi qu’il résulte du texte même du Projet- par volonté de l’Union on ne peut entendre que la volonté de la majorité, volonté exprimée par des Congrès qui nomment et contrôlent le Comité exécutif et qui décident sur toutes les questions importantes. Les Congrès, naturellement, seraient composés de représentants élus à la majorité dans chaque groupe adhérant et ces représentants décideraient de ce qui serait à faire, toujours à la majorité des voix. Donc, dans la meilleure hypothèse, les décisions seraient prises par une majorité de majorité qui pourrait fort bien, en particulier quand les opinions en présence seraient plus de deux, ne plus représenter qu’une minorité.

Il est, en effet, à remarquer que, dans les conditions où vivent et luttent les anarchistes, leurs Congrès sont encore moins représentatifs que ne le sont les Parlements bourgeois, et leur contrôle sur les organes exécutifs, si ceux-ci ont un pouvoir autoritaire, se produit rarement à temps de manière efficace. Aux Congrès anarchistes, en pratique, va qui veut et qui peut, qui a ou trouve l’argent nécessaire et n’est pas empêché par des mesures policières. On y rencontre autant de ceux qui représentent eux-même seulement ou un petit nombre d’amis, que de ceux qui portent réellement les opinions et les désirs d’une nombreuse collectivité. Et sauf les précautions à prendre contre les traîtres et les espions, et aussi à cause même de ces précautions nécessaires, une sérieuse vérification des mandats et de leurs valeur est impossible.

De toute façon, nous sommes en plein système majoritaire, en plein parlementarisme.

On sait que les anarchistes n’admettent pas le gouvernement de la majorité (démocratie), pas plus qu’il n’admettent le gouvernement d’un petit nombre (aristocratie, oligarchie, ou dictature de classe ou de parti), ni celui d’un seul (autocratie, monarchie, ou dictature personnelle).

Les anarchistes ont mille fois fait la critique du gouvernement dit de la majorité qui, dans l’application pratique, conduit toujours à la domination d’une petite minorité. Faudra-t-il la refaire encore une fois à l’usage de nos camarades russes?

Certes les anarchistes reconnaissent que, dans la vie en commun, il est souvent nécessaire que la minorité se conforme à l’avis de la majorité. Quand il y a nécessité ou utilité évidente de faire une chose et que, pour la faire, il faut le concours de tous, le petit nombre doit sentir la nécessité de s’adapter à la volonté du grand nombre. D’ailleurs, en général, pour vivre ensemble en paix sous un régime d’égalité, il est nécessaire que tous soient animés d’un esprit de concorde, de tolérence, de souplesse. Mais cette adaptation d’une partie des associés à l’autre partie doit être réciproque, volontaire, dériver de la conscience de la nécessité et de la volonté de chacun de ne pas paralyser la vie sociale par son obstination. Elle ne doit pas être imposée comme principe et comme règle statutaire. C’est un idéal qui, peut-être, dans la pratique de la vie sociale générale, sera difficile à réaliser de façon absolue, mais il est certain que tout groupement humain est d’autant plus voisin de l’anarchie que l’accord entre la minorité et la majorité est plus libre, plus spontané, et imposé seulement par la nature des choses.

Donc, si les anarchistes nient à la majorité le droit de gouverner dans la société humaine générale, où l’individu est pourtant contraint d’accepter certaines restrictions parce qu’il ne peut s’isoler sans renoncer aux conditions de la vie humaine, s’ils veulent que tout se fasse par libre accord entre tous, comment serait-il possible qu’ils adoptent le gouvernement de la majorité dans leurs associations essentiellement libres et volontaires et qu’ils commencent par déclarer qu’ils se soumettent aux décisions de la majorité avant même de savoir ce qu’elles seront?

Que l’anarchie, l’organisation libre sans domination de la majorité sur la minorité, et vice versa, soit qualifiée, par ceux qui ne sont pas anarchistes, d’utopie irréalisable ou seulement réalisable dans un très lointain avenir, cela se comprend; mais il est inconcevable que ceux qui professent des idées anarchistes et voudraient réaliser l’anarchie, ou tout au moins s’en approcher sérieusement aujourd’hui plutôt que demain, que ceux-là même renient les principes fondamentaux de l’anarchisme dans l’organisation même par laquelle ils se proposent de combattre pour son triomphe.

Une organisation anarchiste doit, selon moi, être établie sur des bases bien différentes de celles que nous proposent ces camarades russes. Pleine autonomie, pleine indépendance et, par conséquence, pleine responsabilité des individus et des groupes; libre accord entre ceux qui croient utile de s’unir pour coopérer à une oeuvre commune, devoir moral de maintenir les engagements pris et de ne rien faire qui soit en contradiction avec le programme accepté. Sur ces bases, s’adaptent les formes pratiques, les instruments aptes à donner une vie réelle à l’organisation: groupes, fédérations de groupes, fédérations de fédérations, réunions, congrès, comités chargés de la correspondance ou d’autres fonctions. Mais tout cela doit être fait librement de manière à ne pas entraver la pensée et l’initiative des individus et seulement pour donner plus de portée à des effets qui seraient impossibles ou à peu près inefficaces s’ils étaient isolés.

De cette manière, les Congrès, dans une organisation anarchiste, tout en souffrant, en tant que corps représentatifs, de toutes les imperfections que j’ai signalées, sont exempts de toute autoritarisme parce qu’ils ne font pas la loi, n’imposent pas aux autres leurs propres délibérations. Ils servent à maintenir et à étendre les rapports personnels entre les camarades les plus actifs, à résumer et provoquer l’étude de programmes sur les voies et moyens d’action, à faire connaître à tous la situation des diverses régions et l’action la plus urgente en chacune d’elles, à formuler les diverses opinions ayant cours parmi les anarchistes et à en faire une sorte de statistique, et leur décision ne sont pas des règles obligatoires, mais des suggestions, des conseils, des propositions à soumettre à tous les intéressés, elles ne deviennent obligatoires et exécutives que pour ceux qui les acceptent. Les organes de correspondance, etc. – n’ont aucun pouvoir de direction, ne prennent d’initiatives que pour le compte de ceux qui sollicitent et approuvent ces initiatives, n’ont aucune autorité pour imposer leurs propres vues qu’ils peuvent assurément soutenir et propager en tant que groupes de camarades, mais qu’ils ne peuvent pas présenter comme opinion officielle de l’organisation. Ils publient les résolutions des Congrès, les opinions et les propositions que groupes et individus leur communiquent; ils sont utiles à qui veut s’en servir pour de plus faciles relations entre les groupes et pour la coopération entre ceux qui sont d’accord sur les diverses initiatives, mais libres à chacun de correspondre directement avec qui bon lui semble ou de se servir d’autres comités nommés par des groupes spéciaux. Dans une organisation anarchiste, chaque membre peut professer toutes les opinions et employer toutes les tactiques qui ne sont pas en contradiction avec les principes acceptés et ne nuisent pas à l’activité des autres. (Note de R71: ceci est prévu dans la “Grande Loi de la Paix” de la confédération iroquoise depuis le XIIème siècle, par exemple…) En tous les cas, une organisation donnée dure aussi longtemps que les raisons d’union sont plus fortes que les raisons de dissolution; dans le cas contraire elle se dissout et laisse place à d’autres groupements plus homogènes. Certes la durée, la permanence d’une organisation est condition de succès dans la longue lutte que nous avons à soutenir et, d’autre part, il est naturel que toute institution aspire, par instinct, à durer indéfiniment. Mais la durée d’une organisation libertaire doit être la conséquence de l’affinité spirituelle de ses membres et des possibilités d’adaptation de sa constitution aux changements des circonstances; quand elle n’est plus capable d’une mission utile, le mieux est qu’elle meure.

Ces camarades russes trouveront peut-être qu’une organisation telle que je la conçois et telle qu’elle a déjà été réalisée, plus ou moins bien, à différentes époques, est de peu d’efficacité. Je comprends. Ces camarades sont obsédés par le succès des bolchevistes dans leur pays; ils voudraient, à l’instar des blochévistes, réunir les anarchistes en une sorte d’armée disciplinée qui, sous la direction idéologique et pratique de quelques chefs, marchât, compacte, à l’assaut des régimes actuels et qui, la victoire matérielle obtenue, dirigeât la constitution de la nouvelle société. Et peut-être est-il vrai qu’avec ce système, en admettant que des anarchistes s’y prêtent et que les chefs soient des hommes de génie, notre force matérielle deviendrait plus grande. Mais pour quels résultats? N’adviendrait-il pas de l’anarchisme ce qui est advenu en Russie du socialisme et du communisme? Ces camarades sont impatients du succès, nous le sommes aussi, mais il ne faut pas, pour vivre et vaincre, renoncer aux raisons de la vie et dénaturer l’éventuelle victoire. Nous voulons combattre et vaincre, mais comme des anarchistes et pour l’anarchie.

56,8 le matin…

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Résistance 71

19 juin 2017

 

Les abstentionnistes appellent les abstentionnistes … pom pom pom pom… L’appel du 18 juin 2017 a été mieux entendu au second tour qu’au premier avec 56,83% d’abstention pour 52,3% au premier tour. Une moyenne en arrondissant un peu de 55% d’abstention pour ces législatives 2017, faut aller chercher les européennes de 2009 avec ses 59% d’abstention pour faire mieux. De fait on peut toujours faire mieux… Ne plus se déplacer du tout pour cette mascarade, on y vient, on y vient…

Le fait politique essentiel est le suivant et il est irrévocable: la nouvelle assemblée nationale franchouillarde, cette pitrerie obsolète et corrompue d’une société du spectacle et de la marchandise à l’agonie, va se constituer pour soutenir le nouveau président banquier, marionnette de l’oligarchie, de manière illégitime, sans l’aval du peuple, en étant d’emblée entièrement discréditée puisque 55% des électeurs potentiels ne se sont pas déplacés pour participer à cette mascarade et que sur les 45% d’opinions de veautards exprimées, auxquelles il faut retrancher les votes nuls et blancs, seule une petite portion du peuple de France soutien la nouvelle présidence et que bien moins d’un Français sur 2 soutient le système politique en général. Bref, les guignols sont à poil !

C’est maintenant qu’il faut cesser d’écouter les ânes politiques qui braient à tout va et commencer à sérieusement s’organiser entre nous afin de reprendre le pouvoir de la décision politique et de le re-dissoudre dans le peuple là où il est particulièrement soluble. L’abstention politique demande une action politique: celle des associations libres au sein de communes libres. L’heure arrive de l’avènement de la société des sociétés qui sauvera l’humanité du marasme étatisé-financier qui nous oppresse, arrive. Il est de notre devoir de participer à l’émancipation par les associations libres confédérées. Désavouer le système politique est bien, mais il faut agir pour son remplacement par le véritable pouvoir du peuple. La voie est ouverte, à nous de la suivre.

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