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Sortir du marasme par le seul changement de paradigme politique… Les deux routes (Errico Malatesta)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 16 janvier 2022 by Résistance 71

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Écrit il y a 100 ans… Qu’y a t’il de changé ?… Qu’attendons-nous, vraiment ?… Changer de paradigme politique est plus que jamais un impératif incontournable devant la tournure tyrannique que prend immanquablement le système étatico-capitaliste en bout de course. Le chemin à suivre est celui de la société des sociétés de notre humanité enfin réalisée. Malatesta l’avait déjà bien compris et exprimé. Nous l’avons dit le 14 juillet 2021, il n’y a pas de sortie de crise autre que politique. Nous sommes à la croisée des chemins, le choix est imminent.
~ Résistance 71 ~

Les deux routes

Errico Malatesta

1921

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Janvier 2022

I

Les conditions de vie au sein de la société actuelle ne peuvent pas durer éternellement et nous pourrions dire aujourd’hui qu’elles ne peuvent pas durer bien plus longtemps. Tout le monde s’accorde là-dessus, du moins tous ceux qui y accordent un temps de réflexion.

Il n’y a plus de conservateurs au sens propre du terme. Il n’y a plus que des gens qui profitent du moment et jouissent de leurs privilèges aussi longtemps qu’ils le peuvent sans se soucier de rien, car après eux, le déluge. Il y a aussi les réactionnaires enragés qui voudraient retourner dans le temps, noyer toute tentative de libération dans le sang et soumettre les masses à la loi de l’épée. Sans succès. La réaction pourrait bien teindre l’aube naissante d’un rouge plus vif, mais elle ne parviendra pas à empêcher la catastrophe à venir.

Les masses refusent d’être menées comme un troupeau.

Aussi longtemps que la croyance a tenu que toute cette souffrance était une punition ou une sorte de test mis en place par dieu et que tous les maux d’ici-bas seraient repayés cent fois dans le monde d’après, un système d’iniquité a pu être installé et a perduré, un système dans lequel une poignée de personnes impose sa volonté aux autres, les exploitant et les opprimant selon leur bon vouloir.

Mais une telle croyance n’a jamais été si efficace parce qu’elle n’a jamais empêché les gens de rechercher leur intérêt sur cette terre, ce qui est la raison pour laquelle la religion n’a pas réussi à étouffer complètement le progrès. Cette croyance a aussi sérieusement diminué et est en passe de disparaître. Même le clergé est obligé, afin de sauver la religion et en même temps de se sauver eux-mêmes, d’adopter un air de volonté de résoudre la question sociale et d’apaiser l’affliction des travailleurs.

Dès le moment où les yeux des travailleurs s’ouvrent sur la place qu’ils occupent dans la société, il leur devient impossible de continuer bien longtemps à trimer et à souffrir pour toujours, produisant leur vie durant pour leurs maîtres sans aucune perspective d’avenir, mis à part le repos des vieux jours pour lesquels ils n’ont aucune garantie d’avoir un toit et à manger. Comme ils sont les producteurs de toute la richesse et savent qu’ils peuvent produire afin de bien plus suffire aux besoins de chacun, il leur devient impossible de vouloir se résigner à tout jamais à cette existence de damné sous la menace constante du chômage et de la famine. Étant mieux éduqués, raffinés au contact de la civilisation, pour le bénéfice des autres et ayant goûté la force qu’ils peuvent tirer de l’union et du courage, il leur devient impossible d’accepter ce qu’il reste de la basse classe et de ne pas affirmer leur volonté d’une plus grande part dans les joies de la vie.

Aujourd’hui, le prolétaire sait, en tant que règle, qu’il est condamné à demeurer prolétaire toute sa vie, à moins qu’il n’y ait un grand chambardement dans l’ordre social. Il sait que ce changement ne peut pas survenir sans l’aide des autres prolétaires et c’est pourquoi il regarde les syndicats comme une force nécessaire pour l’imposer. Les bourgeois et les gouvernements qui les représentent et les défendent le savent également et afin d’éviter d’être balayés dans une sorte de cataclysme social, ils évaluent le besoin de prendre des mesures par étapes et ceux qui ont un gramme d’intelligence sachant aussi que la société actuelle endommage même ceux qu’elle favorise. Ainsi donc, tôt ou tard, d’un bloc ou graduellement, un changement doit se produire.

Mais quelle sera la substance de ce changement et jusqu’où ira t’il ?

La société actuelle est divisée entre les propriétaires rentiers et les prolétaires. Cela peut changer en supprimant la classe prolétaire en rendant tout à chacun co-propriétaire de toute la richesse de la société ou cela peut changer en gardant la structure intacte mais en améliorant la condition prolétaire.

Dans le premier cas, les humains deviendront libres et la société égalitaire ; ils s’organiseront et la société en accord des besoins de tous ; ainsi la nature humaine pourra atteindre son plein potentiel et développer des variations infinies. Dans le second cas, les prolétaires sont des animaux bien nourris et se résigneraient à leur condition d’esclave en étant heureux et satisfaits du meilleur traitement accordé par leurs maîtres. [NdT : c’est l’archétype même de tous les réformismes proposés par les plateformes politiques de “gauche”, syndicats inclus depuis la mi-XXème siècle]

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Liberté, émancipation ou esclavage. Anarchie ou esclavagisme moderne

Ces deux solutions potentielles sont à la racine de deux visions divergentes représentées dans leur manifestation la plus logique et cohérente, d’un côté par les anarchistes et par les socialistes réformistes de l’autre. Avec cette différence : les anarchistes savent ce qu’ils veulent et le revendiquent, c’est à dire la destruction de l’État et une société des associations libres organisées sur une base économique égalitaire, tandis que les socialistes sont en porte-à-faux avec eux-mêmes ; ils affirment être socialistes alors que leurs activités ont tendance à perpétuer le système capitaliste mais en le rendant plus humain, de cette manière, ils renient leur socialisme, dont le sens premier est l’abolition de la division des gens entre propriétaires capitalistes et prolétaires.

La tache des anarchistes et laissez-moi le dire, des véritables socialistes, est de s’opposer à cette tendance à l’acceptation de son sort, de cet esclavage moderne, vers un état esclavagiste atténué qui priverait l’humanité de ses qualités les plus fines, qui nierait la mise en place d’une société au potentiel le plus haut et dans le même temps qui aiderait à maintenir l’appauvrissement et la dégradation sociale dans lesquelles les masses sont précipitées, en les persuadant d’être patientes et de faire confiance en la providence de l’État et en la gentillesse et la compréhension de leurs maîtres.

Toutes les soi-disantes législations sociales, les mesures étatiques faites pour “protéger” le travail et garantir aux travailleurs un minima de bien-être et de sécurité, ainsi que toutes les mesures employées par les capitalistes malins pour enchaîner le travailleur à l’usine au moyen de bonus, financiers, de retraites et autres bénéfices, à moins que ce ne soient que des mensonges et des pièges, ne sont en fait que des pas supplémentaires vers la mise en esclavage étatique, ce qui pose une menace directe à l’émancipation des travailleurs et au progrès véritable de l’humanité.

Un salaire minimum légalement prescrit, des limites légales sur le temps de travail quotidien , un arbitrage obligatoire, des négociations collectives légalement contraignantes, un statut légal pour les associations de travailleurs, des mesures d’hygiène prescrite par le gouvernement dans les usines, une assurance maladie d’état, une assurance contre le chômage, les accidents du travail, les retraites, des plans de partage des dividendes etc, etc ne sont que des mesures pour s’assurer que les prolétaires demeurent des prolétaires pour toujours et que les propriétaires capitalistes le soient à tout jamais ; toutes ces mesures sont des mesures qui amènent un peu plus de confort et de sécurité aux travailleurs (et encore…), mais qui les volent de ce peu de liberté qu’ils ont et qui a la tendance de perpétuer la division de l’humanité en maîtres et esclaves.

Soyons clairs, jusqu’à ce qu’une révolution ne survienne, c’est une bonne chose, qui  nous rapproche de mieux d’une révolution, que les travailleurs essaient de gagner plus en travaillant moins et améliorent leur condition. C’est une bonne chose que les chômeurs ne crèvent pas de faim, que les vieux et les malades ne soient pas abandonnés. Mais ces choses et bien d’autres doivent être gagnées par les travailleurs eux-mêmes, dans la lutte et l’action directe contre leurs maîtres, par leurs propres organisations, par des moyens d’action individuels et collectifs et en chérissant le sens de la dignité de chaque personne et la conscience de ses droits.

Les cadeaux de l’État et les cadeaux des patrons sont des cadeaux empoisonnés, des fruits véreux qui portent en eux les graines de l’esclavage. Ils se doivent d’être refusés.

II

Si accordées et acceptées comme des concessions avantageuses par l’État et le patronat, toutes les réformes qui laissent la division du peuple en propriétaire et prolétaire et donc par conséquent, maintient une forme de “droit” de quelques uns à vivre du travail des autres sans altération, ne peut que ramollir le rébellion des masses contre leurs oppresseurs et mener à un état d’esclavagisme dans lequel l’humanité serait irréversiblement divisée en une classe dominante et une classe dominée esclave. Une fois que ceci est compris et reconnu, il n’y a pas d’autre solution que la révolution ; une révolution radicale, en profondeur, depuis la racine, qui démolisse entièrement la machine d’état, exproprie ceux qui s’accrochent et profitent de la richesse de la société et place tout le monde sur un même pied d’égalité politique et économique.

Cette révolution sera violente par nécessité, bien que la violence en elle-même soit insultante. Elle devra être violente parce que ce serait un non sens que de s’attendre à ce que les privilégiés s’éveillent au malheur et aux injustices qui naissent de leurs privilèges et leur faire comprendre qu’ils doivent les abandonner volontairement. Elle doit être violente parce que la violence révolutionnaire transitoire est la seule façon de mettre un terme à cette plus grande et durable violence qui maintient la très vaste majorité des gens sous un contrôle oppresseur et esclavagiste.

Nous accueillons les réformes à bras ouverts si elles sont possibles réalistiquement. Elles doivent avoir un rôle rassembleur et développer chez les masses plus d’ambition et de demandes, pourvu que les prolétaires gardent toujours à l’esprit que les patrons et les gouvernements sont leurs ennemis et que quelque soit ce qu’on arrive à leur faire concéder par la force ou la peur de la force nous serait arraché si nous relâchions notre attitude. Si par contre, les réformes sont sécurisées au moyen de la négociation et d’accords de collaboration entre les dominants et les dominés, alors ces réformes ne feront que renforcer les chaînes liant les travailleurs à la charrette de parasites.

De plus, ces temps-ci, le danger des réformes induisant les masses à dormir et à consolider avec succès et maintenir l’ordre bourgeois, semble être passé. Seul la tricherie délibérée par ceux qui ont réussi à gagner la confiance des travailleurs par leur propagande socialiste peuvent y attacher quelque valeur que ce soit.

L’aveuglement de la classe dirigeante et l’évolution naturelle du système capitaliste, accéléré par la guerre, a mené à ceci et que quelque réforme que ce soit qui serait acceptable pour les propriétaires capitalistes n’a aucun pouvoir de résolution de la crise qui mine le pays et son travail.

Ainsi la révolution s’impose d’elle-même, la révolution arrive.

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Mais comment cette révolution doit-elle être faite ? Quel développement doit-elle prendre ?

Il est bien entendu nécessaire de commencer par cet acte insurrectionnel qui balaiera tout obstacle matériel, les forces armées des gouvernements qui s’opposent toujours à chaque changement social. Pour cette insurrection, alors que nous vivons ici sous une monarchie [NdT : Italie, 1921], l’union de toutes les forces anti-monarchiques est souhaitable et même essentiel. Il est important de se préparer mentalement, moralement et matériellement de la meilleure façon possible et il est très important de bénéficier de tous les mouvements spontanés et d’œuvrer pour les rendre général et de les transformer en mouvement décisif afin que, tandis que les parties en cause se préparent, les forces populaires ne soient pas épuisées par des éruptions isolées.

Mais après la victoire de l’insurrection, après la chute du gouvernement, que faire ?

Nous, les anarchistes, souhaitons que les travailleurs de chaque localité ou plus à propos, les travailleurs qui ont une vision la plus claire de leur position et l’esprit d’initiative le plus affiné, prennent possession de tous les moyens de productions, de la richesse, de la terre, des matières premières, de la machinerie, des logements, de la nourriture et des stocks et dessinent ensemble le nouveau modèle social. Nous souhaitons que les paysans qui maintenant triment pour des propriétaires terriens ne reconnaissent plus l’autorité de ceux-ci et continuent, intensifient leur travail pour leur compte et celui de la communauté en entrant aussi en contact direct avec les transporteurs en échange de produits. Les ouvriers des industries ainsi que les ingénieurs doivent prendre possession des usines et faire de même que les paysans, continuer et intensifier le travail pour la communauté, transformant le paysage industriel de a fabrication de choses inutiles en choses dont tout le monde a besoin. Que les cheminots continuent de travailler aux chemins de fer, mais pour la communauté, cette communauté de travailleurs volontaires, localement élus et contrôlés par les masses, doivent saisir tous les logements disponibles et donner un toit à tout le monde. Que d’autres comités d’organisation, toujours sous contrôle des masses, organisent la distribution de la nourriture et des articles, produits, ustensiles nécessaires à la vie quotidienne de chacun. Que tous les bourgeois capitalistes rentiers et autres soient placés dans la société pour y être immergés et intégrés, au sein de cette ancienne masse prolétarienne et qu’ils travaillent en son sein afin de pouvoir vivre selon leurs besoins et qu’ils jouissent des mêmes bénéfices sociaux que tout le monde.

Tout ceci doit se faire rapidement, le même jour que la victoire insurrectionnelle ou le lendemain, sans attendre d’ordres de “comités centraux” ou autres autorités néfastes.

C’est ce que veulent les anarchistes et ceci se produirait de fait naturellement si la révolution était une véritable révolution sociale et ne se limitait pas à de simples changements cosmétiques de politique, qui, après quelques convulsions, nous ramèneraient exactement au point de départ.

Soit la classe bourgeoise est rapidement dépossédée de son pouvoir économique et politique ou elle reprendra bientôt le pouvoir que l’insurrection lui a ôté. Pour arracher le pouvoir économique de la bourgeoisie, il est vital et nécessaire d’organiser immédiatement un nouvel ordre économique fondé sur la justice et l’égalité. Les servies économiques, du moins les plus importants n’admettent aucune interruption et doivent être satisfaits rapidement. Les soi-disants “comités centraux” soit ne font rien ou commencent à agir lorsque leur travail n’est plus utile.

En opposition aux anarchistes, bien des révolutionnistes n’ont aucune confiance dans le pouvoir constructeur des masses, ils pensent être en possession de recettes infaillibles pour un bonheur universel ; is ont peur d’une possible réaction ; ils ont souvent plus peur de la concurrence des autres partis et des autres “écoles” des réformistes sociaux et ils veulent donc posséder eux-mêmes tout le pouvoir et remplacer le gouvernement “démocratique” d’aujourd’hui par un gouvernement dictatorial.

Ils veulent dire dictature, mais qui seraient les dictateurs ? Bien entendu ils pensent aux chefs de leur parti. Ils utilisent toujours le terme de “dictature du prolétariat”, soit par habitude ou par un désir conscient d’échapper aux explications, mais ceci est aujourd’hui une farce exposée au grand jour.

Voici l’explication de Lénine ou de quiconque l’écrivit pour lui :

“La dictature veut dire le renversement de la bourgeoisie au moyen d’une avant-garde révolutionnaire (qui est plus révolution que dictature), ce par contraste avec la notion qu’on devrait d’abord sécuriser une majorité par le vote électoral. Au moyen de la dictature, la majorité est obtenue, pas la dictature au moyen de la majorité.”

(Bien, mais si nous avons une minorité qui doit gagner une majorité après avoir saisi le pouvoir, parler de la dictature du prolétariat est un mensonge, le prolétariat étant de facto la majorité.)

La dictature veut dire l’utilisation de la violence et de la terreur.” (par qui et contre qui ?) Car si on suppose que la majorité est hostile et, en accord avec la logique de la dictature, cela ne peut pas être la masse mettant les mains sur les biens et moyens de production, la violence et le terreur doivent donc être celles déployées contre ceux qui ne plient pas aux volontés des dictateurs, exercées par des sbires à leur service.

La liberté de la presse et d’association reviendrait à autoriser la bourgeoisie à empoisonner l’opinion publique.” (donc après l’installation de la dictature du prolétariat, qui est supposée être constituée de la totalité des travailleurs, il y aura toujours une bourgeoisie qui, au lieu de travailler avec ses pairs, aura les moyens donc “d’empoisonner l’opinion publique” et une opinion publique ouverte à l’empoisonnement et séparée des prolétaires, qui mettrait en place la dictature ? Il y aurait des censeurs très puissants qui détermineraient ce qui peut être publié et ce qui ne le peut pas et des préfets auxquels il faudrait demander l’autorisation de publication et de tenir une réunion. Inutile de parler donc de la liberté qui serait accordée à ceux qui ne seraient pas de loyaux sujets des dirigeants du jour…

Seulement après l’expropriation des propriétaires, seulement dans le sillage de la victoire, le prolétariat gagnera t’il les masses de la population, qui jusqu’ici suivait la bourgeoisie.” Une fois de plus nous devons demander : qu’est-ce que c’est que ce prolétariat si ce n’est pas la masse de ceux qui travaillent ? Est-ce que le prolétariat veut donc dire ceux qui appartiennent à un certain parti, plutôt que ceux qui ne sont pas propriétaires ? Laissons donc ce faux terme de “dictature du prolétariat”, qui mène à tant de malentendus et parlons de dictature pour ce qu’elle est, c’est à dire la domination absolue d’un ou de plusieurs individus qui, avec le soutien d’un parti politique ou d’une armée ou des deux, deviennent le ou les maîtres du corps social et imposent leur volonté “avec violence et terreur”.

Leur volonté peut dépendre de la qualité de ceux qui détiennent le pouvoir. Dans notre cas, ce serait a volonté des communistes, c’est à dire une volonté inspirée par le bien commun.

Ceci est déjà bien douteux, parce que la règle veut que ceux qui sont les plus qualifiés pour saisir les rênes du pouvoir ne sont pas les plus sincères et les plus dévoués des amis de la case publique et lorsque la soumission à un gouvernement est prêchée aux masses, ceci ne peut que paver le chemin d’intrigants et d’ambitieux.

Mais supposons que les nouveaux dirigeants, les dictateurs qui mettraient en pratique les buts de la révolution, soient de véritables communistes, zélés, convaincus que le bonheur de l’humanité dépend de leur ardeur au travail et de leur énergie. Ils pourraient bien être des hommes du style de Torquemada ou Robespierre, qui, pour un bon objectif, au nom de la sauvegarde privée ou publique, étranglerait toute voix discordante, détruiraient tout souffle de vie libre et spontanée et seraient pourtant impuissants à résoudre les problèmes pratiques qu’ils retirent d’une gestion compétente des parties impliquées elles-mêmes, ils devront volontairement ou non, céder à ceux qui restaureront le passé.

Les justifications principales de la dictature sont les soi-disantes incapacité des masses et nécessité de défendre la révolution contre les tentatives réactionnaires.

Si les masses étaient vraiment un troupeau de moutons imbéciles incapables de vivre sans la direction d’un berger, si une minorité suffisante et consciente capable de transporter les masses par la persuasion et l’exemple n’existait déjà pas, alors nous serions capables de comprendre le point de vue des réformistes qui ont peur d’une montée populaire et pense qu’ils pourront, petit à petit, petites réformes après petites améliorations, minimiser l’état bourgeois et préparer le chemin du socialisme ; nous serions capables de comprendre les éducationnistes qui, sous-estimant l’influence de l’environnement, espèrent changer la société en changeant au préalable les individus ; mais nous ne pouvons pas comprendre les partisans de la dictature qui veulent éduquer et soulever les masses “par la violence et la terreur” devant ainsi utiliser des gendarmes et des censeurs comme facteurs principaux d’éducation.

En réalité, personne ne pourrait être en position d’établir une dictature révolutionnaire si le peuple n’avait pas au préalable fait la révolution, montrant par là même qu’il est capable de la faire et dans ce cas, la dictature ne pourrait que marcher sur la gorge de la révolution, la faire changer de chemin, l’étrangler et la tuer. 

Marx_worker

NdT : cf la révolution russe et l’écrasement par le parti “communiste” bolchévique lénino-trotskiste de la véritable révolution sociale des soviets, c’est à dire des assemblées du peuple et des travailleurs, soviets dont le premier fut mis en place dès 1905 à St Petersbourg en grande partie par les anarchistes. L’année ou Malatesta écrit ce texte, 1921, le fascisme rouge du capitalisme d’état à la solde de la City de Londres et de Wall Street, emmené par Lénine et Trotski, réprimera dans le sang la rébellion et révolution sociale de Cronstadt. Il en ira de même dans la guerre acharnée des bolchéviques contre les anarchistes paysans ukrainiens de Makhno entre 1918 et 1923…

Dans une révolution politique ne proposant que de renverser le gouvernement tout en laissant intacte l’organisation sociale existante, ceci laisse la porte ouverte pour une dictature à saisir le pouvoir, de placer ses hommes aux postes des fonctionnaires destitués et organiser un nouveau régime depuis le haut de la même structure.

Mais dans une révolution sociale où toutes les fondations de la vie sociale existante sont jetées, où la production doit être très rapidement réétablie pour le bénéfice direct des travailleurs, où la distribution des biens et denrées doit être immédiatement régulée en accord avec la justice sociale, une dictature ne peut rien faire. Ou bien les gens suffiront à leurs besoins par et pour eux-mêmes dans les communautés variées de la société ou la révolution sera un échec.

NdT : comme le fut au final la révolution russe de 1917… Disons aussi ici qu’en 1920, les conseils ouvriers italiens du nord de l’Italie avaient expropriés les bourgeois des usines et menés les prémices d’une révolution sociale qui commença à s’étendre au reste de l’Italie. Le mouvement fut trahit… par le parti communiste italien, qui fit des promesses qu’il savait ne pouvoir jamais tenir pour remettre les ouvriers au travail dans les conditions préalables. Une fois de plus, les « communistes » autoritaires d’état ont trahi la révolution, comme ils le feront encore en 1936 en Espagne.  La bourgeoisie fit tellement dans son froc qu’elle finira par mettre Mussolini au pouvoir en Italie pour la protéger, confirmant ainsi le dernier paragraphe du présent texte de Malatesta.

Peut-être qu’au fond (et certains le disent maintenant ouvertement) les supporters de la dictature ne veulent rien d’autre qu’une révolution politique à court terme, en d’autres termes, ils voudraient prendre le pouvoir et c’est tout ; puis progressivement changer la société au moyen de lois et de décrets. Dans ce cas, ils seraient probablement surpris de voir les autres se complaire dans le pouvoir plutôt qu’eux-mêmes et, en tous les cas, ils devraient par dessus tout, penser à lever une force armée (police), requise s’ils veulent imposer leurs propres lois. Dans le même temps, la bourgeoisie continuerait à détenir la richesse et une fois passée le point critique de la colère du peuple, préparerait sa riposte, infiltrerait la police de ses agents, exploiterait la gêne et la désillusion de ceux qui avaient espérer voir un paradis terrestre se mettre en place vaincre contre les dictateurs ou les remplacer par des hommes à elle.

Cette peur de la réaction, utilisée pour justifier le système dictatorial, surgit du fait de la prétention de faire une révolution alors qu’une classe de privilégiés, capable de récupérer le pouvoir, est permise de continuer d’exister.

Si au contraire, le commencement est fait de l’expropriation totale, alors une classe bourgeoise ne peut plus exister (NdT : pourvu que soit aussi abolis la marchandise, l’argent et le salariat dans le même temps…) et les forces vives du prolétariat, toutes les capacités existantes, seront pleinement employées à la reconstruction sociale.

Après tout, dans un pays comme l’Italie (appliquer ces remarques au pays dans lequel nous travaillons) dans lequel les masses sont bien pénétrées de l’instinct rebelle et libertaire, où les anarchistes représentent une force considérable par l’influence qu’ils peuvent exercer séparés de leurs organisations, une tentative de dictature ne pourrait se faire sans provoquer une guerre civile entre travailleurs et travailleurs et ne pourrait avoir de succès à moins que ce ne soit par des moyens tyranniques les plus féroces.

En ce cas, adieu au communisme !

Il n’y a qu’un seul chemin de salut : LIBERTÉ !

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

R71slogan

Réforme marxiste et illusion systémique…

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Marx_worker

Entretien de plus de 10 ans, mais intéressant pour constater l’évolution de certains “marxistes” face à la sclérose que la doctrine génère. Ceci dit, son paradigme demeure systémique, étatique et ne peut mener qu’à une impasse.
Pourquoi s’accrocher à l’illusion systémique, la réforme marxiste demeure une bouillabaisse bien indigeste et futile.
~ Résistance 71 ~

Entretien avec Constanzo Preve : Que veut dire être “marxiste” de nos jours ?

Rébellion / OSRE

12 décembre 2021

url de l’article original: http://rebellion-sre.fr/entretien-avec-costanzo-preve/

Sur le sentier étroit et abrupt de l’authentique engagement révolutionnaire

Article paru dans le numéro 33 (2008) de la revue Rébellion.  En Novembre prochain, nous célébrerons les dix ans de la disparition du philosophe italien Costanzo Preve. Nous avons réédité l’hommage que nous lui avions consacré pour participer à la redécouverte de son oeuvre majeure.

Un grand merci à monsieur Y. Branca pour sa traduction et ses notes.

Rébellion : Tu rejettes la pertinence de la dichotomie gauche/droite. Tu as été, semble-t-il, vilipendé pour cela en Italie. Peux-tu expliquer ta pensée à ce sujet ainsi que la genèse de celle-ci ? Comment faire pour traduire politiquement la critique de cette dichotomie ?

Costanzo Preve : Les attaques dont j’ai été l’objet en Italie (et par là-même, la rupture ou l’affaiblissement d’amitiés vieilles de plusieurs dizaines d’années) n’ont pas pu modifier le moins du monde mon programme de travail et de recherches, qui s’étend sur cent quatre vingt degrés ; je ne peux donc admettre le chantage de ceux qui veulent imposer de se borner à l’angle droit. Quand on cherche des voies nouvelles, on a toujours un prix à payer, et je considère que celui que je paie est minime. Comme enseignant à la retraite, je n’ai pas eu à payer économiquement (expulsions politiques, licenciements, refus d’embauche, etc.). Encore une preuve du principe marxiste selon lequel la liberté spirituelle n’est possible que sur la base d’une liberté matérielle qui la précède : dans mon cas, la fonction publique.

Ces attaques ont eu trois raison essentielles: d’abord, mon refus argumenté de la pertinence actuelle de la dichotomie droite/gauche, comme critère pour s’orienter dans les grandes questions politiques, économiques, géopolitiques, et culturelles présentes. Deuxièmement, j’ai accordé des entretiens et collaboré à des revues et des périodiques réputés de «droite » par préjugé, parmi lesquelles les revues françaises d’Alain de Benoist. J’en profite en passant pour dire que je ne considère pas les revues d’Alain de Benoist comme de « droite », que je les considère plutôt comme des revues qui critiquent l’actuelle évolution « mercatiste » de la droite. Si je devais les définir en un mot, je dirais : « revues critiques ouvertes à cent quatre vingt degrés ». Troisièmement, j’ai publié certains livres sans n’avoir fait aucune distinction entre des éditeurs réputés de « gauche »

( Bollati Boringhieri, Citta’ del Sole : La Cité du Soleil)) et des éditeurs réputés de « droite » : ( Settimo Sigillo : Le Septième Sceau, All’ insegna del Veltro : Le signe du Lévrier1). Vous savez bien comme il est difficile d’être publié si l’on est hors des circuits universitaires ou politiques « protégés ». Je n’ai jamais et seulement exigé que deux choses : qu’on ne me demande pas d’argent pour me publier, et aucune censure explicite ni implicite. Il me semblait que j’avais, pour ainsi dire, « joué franc jeu ».

Il n’en a pas été ainsi. Non sans un peu de naïveté, je pensais que, de même qu’un juge s’exprime par ses sentences, et un médecin par ses observations cliniques et ses diagnostics, de même fait un philosophe , par ses positions, absolument indépendantes de la couleur de la couverture du livre où elles sont exprimées. Mais évidemment, ce n’est pas comme cela que les choses se passent. Dans le monde manipulé de la paranoïa politique et identitaire de l’appartenance tribale, les positions philosophiques ne comptent pour rien, ce qui compte, c’est la couleur de la couverture. Et ce problème-là est sans solution, parce que c’est le problème lui-même qui prétend être la solution, et nous sommes dans un cercle vicieux. Je suis certainement un penseur original, mais aussi très modeste. Je suis certain que si des penseurs comme Sartre ou Althusser avaient publié chez des éditeurs considérés comme «  impurs », ils auraient été eux-mêmes passés sous silence.

Et voici, en bref, ce que je pense: la dichotomie Droite/Gauche a globalement exprimé un ensemble de vraies contradictions politiques et sociales, grosso modo, pendant deux siècles : de 1789 à 1989 ; mais cette dichotomie tend à disparaître, en entrant dans une nouvelle phase du capitalisme, que Hegel aurait définie comme « spéculative », et non plus dialectique, où la structure des classes antagonistes subsiste encore, mais ne peut plus être connotée par le conflit entre une bourgeoisie et un prolétariat dans le vieux sens du terme ; et par conséquent , si nous nous trouvons vraiment dans une phase inédite d’un capitalisme absolument post-bourgeois et post-prolétarien, et donc aussi post-fasciste et post-communiste, dans lequel s’est rompue la vieille alliance entre intellectuels et salariés (V. Boltanski-Chiapello2), il est alors inévitable que toutes les anciennes catégories politiques et culturelles dichotomiques soient à redéfinir et à réécrire. Mais c’est cela qui est empêché, présentement, par la force d’inertie, qui ralentit tout, des formes institutionnelles des trois structures de domination : la classe politique d’administration du système, dépourvue de toute conscience malheureuse3 ; le cirque médiatique de manipulation spectaculaire ; la cléricature intellectuelle universitaire de la philosophie et des sciences sociales. Ce ralentissement ne durera pas toujours, mais il peut durer encore pendant tout le cours de la vie terrestre de qui est entré dans le troisième âge, et peut-être bien même du deuxième âge. La genèse de ma pensée doit être reconstituée par d’autres, parce que tout point de vue autobiographique sur soi-même, par définition, n’est pas digne de créance. Mais si je dois répondre à tout prix, je dirai qu’il faut en trouver la genèse dans un processus d’autocritique radicale, interne, du point de vue révolutionnaire marxiste d’extrême gauche auquel j’ai adhéré dans ma jeunesse, dans les trois pays où j’ai vécu et dont je connais bien la langue et la situation politique: l’Italie, la France, et la Grèce. Cette autocritique politique radicale m’a pris plusieurs dizaines d’années ; elle s’est évidemment assortie d’inévitables désillusions existentielles, et de ruptures, quelquefois tragiques, quelquefois comiques, toujours tragi-comiques, avec d’anciennes appartenances et solidarités politiques et culturelles. Mais ici, mon expérience personnelle rejoint celle de ceux de ma génération politique, celle des quarante années qui vont de 1960 à 2000.

Comment faire pour traduire politiquement la critique de cette dichotomie ? Il est bien connu que la principale difficulté pratique et quotidienne consiste à être amalgamés et diffamés comme « fascistes infiltrés » dans le corps sacré de la vraie gauche politiquement correcte. Ces gens de gauche ne sont certainement pas les ennemis principaux, évidemment, mais ils sont les adversaires directs, immédiats, qui de fait empêchent la communication politique et la légitimation culturelle publique de cette position. A court terme, sur la base d’une évaluation réaliste et sans gémissements inutiles, nécessairement impuissants, j’estime que, malheureusement, les conditions politiques et culturelles ne sont pas mûres encore pour que cet obstacle soit surmonté. Je voudrais, évidemment, qu’il en fût autrement. Mais pour le moment, c’est comme cela. Je me rends compte parfaitement que l’ on s’use assez vite, lorsqu’on doit concentrer quatre-vingt quinze pour cent de ses propres efforts pour expliquer qu’ on ne fait pas partie des émules de Barbe-bleue, de Landru, du Marquis de Sade, ou de Jack l’éventreur.

De même que la pensée des Lumières fut la condition préalable et indispensable à la formation consécutive d’organisations politiques, je considère qu’il est aujourd’hui nécessaire qu’apparaisse un équivalent nouveau des anciennes Lumières, qui puisse donner jour à une nouvelle configuration symbolique et philosophique, qui fasse évanouir peu à peu non seulement la dichotomie Droite/Gauche, mais encore tout le cirque des dichotomies qui l’accompagnent : (Athéisme/religion ; Progressisme/ Conservatisme, Bourgeoisie/Prolétariat – dans le vieux sens du terme, Fascisme/ Antifascisme, Communisme/Anticommunisme, etc.). Aujourd’hui, ces dichotomies ne sont pas seulement erronées, elles se sont incorporées à des structures matérielles de pouvoir et de légitimation. Or, la force d’inertie de ces structures parasitaires est énorme.

Et cependant, ce n’est pas une raison pour se retirer dans la vie privée, ou se contenter d’une simple attitude de témoignage culturel, d’ ailleurs nécessaire. Mais le « militant » de cette position doit savoir, hélas, que l’obstacle symbolique de la diffamation sera dévastateur ; et s’il n’en allait pas ainsi, cela voudrait dire que sa propre proposition est inoffensive, et insignifiante. C’est justement parce qu’elle n’est ni insignifiante ni inoffensive, mais explosive en puissance et éruptive, qu’il faut s’attendre à ce que le « vieux monde » symbolique s’accroche et lutte avec bec et ongles avant de disparaître.

R : Que veut dire être «  marxiste » de nos jours ? Que signifie ta position de «  communisme critique » ?

C.P : Se déclarer « communiste critique » est une tautologie, parce qu’il est impossible de ne pas être tout ensemble communiste, et critique. Comme l’a fait remarquer Emmanuel Renault avec justesse, la pensée de Marx se base sur l’idée de critique comme fondement essentiel, d’où il suit que sa prétention propre à la véracité dérive de là-même – mais ceci, Renault ne l’affirme sans doute pas.

C’est du reste ce que Kant appelle un jugement analytique, où le prédicat est contenu dans le sujet. Le communiste est critique comme le corps est étendu.

Alors – pourra-t-on dire – comment expliquer que l’immense majorité des communistes réels (et non l’idée platonicienne du communiste, ou son idéal-type weberien) n’ont pas été critiques, mais acritiques, c’est-à-dire, dogmatiques? Marx lui-même l’a expliqué. Lorsqu’une théorie originairement critique est idéologiquement incorporée à des stratégies de légitimation du pouvoir, vient s’y greffer la fausse-conscience qui est par nécessité celle des agents historiques, et qui est « organisée » en structures administratives de pouvoir. Il s’agit d’un phénomène dialectique, que la seule lecture de la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel permet de conceptualiser.

L’idée de critique se retourne dialectiquement en idéologie de légitimation, sitôt que la nécessaire fausse-conscience des agents historiques s’en empare, si la situation historique objective ne permet pas une élaboration communautaire plus appropriée aux possibilités historiques.

En ce qui me concerne, plutôt qu’un « marxiste critique », je suis un marxiste qui essaie, presque toujours vainement, d’être critique. J’y réussis quelquefois, mais pas toujours.

Quant à ce que peut signifier être marxiste aujourd’hui, il faudrait le demander aux quelques marxistes encore en activité. Je ne peux répondre que pour moi-même, en utilisant nécessairement ce petit mot, «  je », que l’écrivain italien Carlo Emilio Gadda4a défini autrefois comme « le plus odieux des pronoms ». Par manque de place, je suis obligé d’être extrêmement synthétique.

En premier lieu, je serais souvent tenté de suivre mon défunt ami Jean-Marie Vincent, qui a indiqué que la première chose à faire pour celui qui veut se relier à Marx, c’est de « se débarrasser du marxis-me ». Mais le contexte symbolique où je me trouve m’oblige malgré que j’en aie à revendiquer fièrement mon marxisme, comme le signe provocateur de mon refus de me confondre avec la pittoresque bande des « soixante-huitards repentis ». Il ne s’agit pas tant du vieil et glorieux mot d’ordre d’ « épater le bourgeois » ; et c’est aussi parce que dans l’entre-temps, le bourgeois est devenu impossible à repérer, et a entièrement «  libéralisé » ses puissances d’indignation. Si nous nous déclarons marxistes en face d’un post-bourgeois d’aujourd’hui, il va nous répondre, comme le marquis de Sade : « Français, encore un effort ! ».

En second lieu, le modèle de Marx demeure le seul à unir une philosophie universaliste de l’émancipation à une théorie des modes de production, et du mode de production capitaliste en particulier. Chez Althusser, j’accepte la critique de l’historicisme et de l’économisme, mais certainement pas celle de l’humanisme. Je considère celui de Marx comme un humanisme révolutionnaire intégral. Je ne crois pas aux sciences de l’histoire. A mes yeux, les seules sciences proprement dites sont les sciences naturelles. Quitte à faire scandale, je tiens Marx pour la troisième et dernière grande figure de la philosophie classique allemande, après Fichte et Hegel (quant à Schelling, pour être bref, je le considère comme un panthéiste romantique et un spinoziste kantien5). Je ne crois pas du tout que Marx soit « matérialiste », à moins d’user de ce terme dans un sens métaphorique, comme une triple métaphore représentant l’athéisme, la « praxis », et surtout la structure si on l’oppose à la superstructure. Je tiens véritablement Marx pour un penseur traditionaliste, parce qu’il se relie à la tradition communautaire de la philosophie européenne, qui s’oppose à la nouveauté de l’individualisme moderne atomisé (Hobbes, Locke, Hume, Adam Smith, et quant à Smith, je partage son approche par Michéa). Je considère Denis Collin comme l’un des penseurs marxistes français les plus intéressants, parce qu’il a eu le courage de critiquer les aspects utopiques de la pensée de Marx, sympathiques mais erronés, devant lesquels, en général, les « marxistes » se prosternent avec vénération.

Pour faire bref, si l’on veut être des critiques vrais, et non pas feints et domestiqués, il faut que la critique adopte ce que Descartes appelait le doute hyperbolique. Se contenter du vieil et ennuyeux doute méthodique n’est digne que d’appariteurs de la philosophie. En un mot, voici ma définition du marxiste critique: c’est celui qui, fidèle à l’anticapitalisme radical de Marx, porte sa critique jusqu’au niveau du doute hyperbolique, sans se laisser épouvanter par la force d’inertie des positions erronées solidifiées en plus d’un siècle (et erronées surtout par historicisme et/ou par utopisme). Tout le reste doit être laissé au libre débat. Lequel, cependant, n’est en fait pas même commencé, nonobstant quelques pionniers courageux (l’un d’eux me vient à l’esprit : Georges Labica, mon ami disparu.)

R : Quels sont les grands axes de ta critique du capitalisme ? Est-ce que la crise actuelle du capitalisme rend légitime un projet communiste de dépassement de celui-ci ?

C.P : Deux remarques préliminaires, avant d’aborder la partie essentielle de ta question.

Premièrement, je ne pense pas qu’il existe quelque chose qui s’appelle un « projet communiste pour dépasser le capitalisme ». Sur ce point, je reste fidèle à la manière dont Marx posait le problème: il ne croyait pas à l’élaboration d’un projet communiste, qu’il tenait pour la formulation d’une utopie. En admettant qu’il soit possible (comme d’ ailleurs je le crois), et que nous puissions nous accorder aussi sur les seuls linéaments généraux de son profil historique, économique, politique, et culturel (et tout cela reste évidemment encore à vérifier), le communisme, à mon avis, n’est pas un projet, mais plutôt un ensemble de conditions économiques, sociales, et surtout culturelles préalables, qui d’ailleurs ne me paraissent pas encore mûres du tout, pour le moment, et sur la base desquelles les agents sociaux concrets peuvent alors éventuellement tenter de greffer des pratiques visant à dépasser la synthèse sociale capitaliste. J’espère que tu apprécieras ma démarche prudente pour définir les choses. Le défaut des groupes communistes d’extrême gauche est justement selon moi celui de se présenter devant des militants et des électeurs avec une sorte de « projet », qu’il s’agirait évidemment d’appliquer. Mais le communisme n’est jamais un projet à appliquer. Si c’est un projet, alors, cela ressemble comme deux gouttes d’eau au défunt communisme historique du XX° siècle mort depuis peu ( 1917-1991), qui était exactement un projet d’ ingénierie sociale, ensemble despotique et égalitaire, sous coupole géodésique protégée ( cette expression est de Jameson6). Il s’agit là d’une conception positiviste, qui trouve sa source non pas chez Karl Marx, mais chez Auguste Comte. Rien là de très grave, évidemment, pourvu qu’on en soit pleinement conscient. Partant, plutôt que de recommencer à se promettre un impossible projet (et déjà, Spinoza disait de se garder de concevoir Dieu comme un sujet qui projette la construction du monde naturel et moral), mieux vaut essayer de construire les conditions culturelles et sociales au sein desquelles, libres de toute omnipotence « projective », les sujets individuels et sociaux puissent développer leurs « potentialités » (ici encore dans le sens spinozien de « puissance » : en France, vous avez le bonheur d’avoir d’excellents commentateurs de Spinoza, comme mon ami André Tosel7).

En second lieu, je crois que c’est une erreur que de relier trop hâtivement les possibilités d’une révolution anticapitaliste à la montée d’une crise structurelle du capitalisme lui-même (comme il me semble que le soit celle qui est en cours, qui a éclaté il y a à peu près un an). Ses deux grands précédents historiques ne sont pas rassurants.

La grande crise du capitalisme qu’on appelle la « grande dépression » des années 1873 à 1896 a donné lieu à la période la plus contre-révolutionnaire de l’histoire contemporaine (colonialisme, racisme, impérialisme, antisémitisme, etc.). Si nous passons à la grande crise de 1929: elle a donné lieu à une période de contre-révolution : fascisme et guerre. Le communisme historiquement constitué en Europe après 1945 (non seulement dans les pays de l’Est, mais aussi en Italie et en France) n’a pas été un résultat de la crise économique, mais exclusivement des victoires militaires de l’U.R.S.S. Par conséquent, sans avoir la place ici d’approfondir ce sujet, j’affirme que je trouve imprudent de fonder d’excessifs espoirs anticapitalistes sur l’existence d’une telle crise, pour grave et structurelle qu’elle soit.

L’axe principal de ma critique à l’égard du capitalisme se base sans aucun doute aussi sur le scandale moral de l’inégalité croissante et sur le scandale culturel des manipulations médiatiques et de la dégradation anthropologique des sujets de l’individualisme absolu, mais je dois reconnaître que ce ne sont pas là pour moi les deux éléments philosophiques fondamentaux. L’aliénation et le fétichisme de la marchandise sont affreux, mais on a toujours pu jusqu’ici, d’une certaine façon, coexister avec eux. Le problème fondamental pour moi consiste dans cette dynamique de développement sans limites de la production capitaliste, et en ceci, que l’infini-illimité (en grec ancien apeiron, comme dans le fragment d’Anaximandre8), est le facteur principal de désagrégation et de dissolution de toute quelconque forme de vie communautaire. Et d’ailleurs, j’interprète la dynamique même de la philosophie grecque classique comme un combat entre l’élément communautaire et l’élément privé ; plus spécifiquement : dans tout le cours de la lutte entre les classes subalternes qui aspirent à sauvegarder la cohésion sociale et économique de la communauté, et les classes supérieures qui visent à dissoudre les liens communautaires, en se libérant de liens de dépendance économique de la communauté, ouvrant ainsi les portes à l’accumulation chrématistique9, dont Aristote avait déjà formulé une critique radicale, qui n’a rien à envier à celle que fit Marx dans d’autres circonstances ( voir, à ce sujet, les développements jamais dépassés de Karl Polanyi10).

Si j’insiste beaucoup sur cette référence aux anciens grecs, ce n’est pas pour faire étalage d’archaïsme ou d’érudition, mais parce que mon interprétation de Marx en est directement influencée. La principale erreur qu’on fait généralement sur le communisme, c’est celle de le considérer comme une sorte d’« affaire privée » des contradictions spécifiques au seul mode de production capitaliste, alors qu’il s’agit au contraire de la forme spécifiquement moderne (moderne = capitaliste) d’ un courant de l’histoire universelle beaucoup plus profond, et de longue durée : celui de la toujours résurgente opposition entre la tendance communautaire, agrégative, solidariste des hommes, et leur tendance individualiste, dissolutive, privative11.

Au moins, ceci est ma conception personnelle et spécifique du communisme. D’où il dérive pour moi, que, paradoxalement (mais c’est un paradoxe dont j’ai bien conscience, et Jean-Jacques Rousseau disait qu’entre paradoxe et préjugé, il faut choisir le paradoxe) Marx a été non seulement un philosophe idéaliste allemand classique, mais encore un grand penseur traditionnel classique, parce que tout simplement il a redéfini et reformulé la tradition communautaire et anti-individualiste (fondée par Aristote dès les temps antiques, renouvelée et présentée d’ une nouvelle manière par Hegel à l‘époque moderne), dans une opposition radicale à la nouveauté individualiste du capitalisme anglais robinsonien12, destructrice de tout fondement communautaire de la société ; fondement que John Locke exprima métaphoriquement par le terme de « substance » (le mot vient de sub stare :être dessous, tenir bon), précisément pour en proclamer l’inexistence, en tant que, selon sa conception de la société privée de toute «substance » ( qui représente la communauté), elle était redéfinie en termes de réseau de relations mercantiles individuelles. David Hume compléta l’ouvrage en concevant une auto-fondation intégrale économique de la société sur l’habitude de l’échange marchand, éliminant toute référence philosophique (le droit naturel) et politique (le contrat social). Jean-Claude Michéa a entièrement raison de dire que la contradiction propre à la « gauche » consiste à nier les conséquences du modèle de Smith, tout en recevant ses présupposés philosophiques et anthropologiques13.

Je pourrais m’étendre sur ce propos ; je dois m’arrêter par manque de place. Mais j’estime qu’il est déjà clair que j’apporte une image radicalement nouvelle de Marx, et des raisons fondamentales qui légitiment une critique du capitalisme après l’échec du communisme historique du XX°siècle tel qu’il fut réellement; et après la découverte des apories du modèle original utopico-scientifique de Marx – cet oxymoron n’est évidemment pas le fruit d’une distraction, il est absolument voulu, et intentionnel.

R :T’intéresses-tu à la géopolitique, et penses-tu que celle-ci puisse être un instrument utile à une théorie critique du capitalisme ?

C.P. : A l’intérieur de l’univers symbolique auto-référentiel de la culture de la gauche au profil politiquement correct, la géopolitique est a priori, en tant que telle, considérée comme « de droite », sans tenir compte de ses différentes écoles et thèses diverses. Ce fait est apparemment incompréhensible, puisque la gauche a en effet dans son pedigree de grands maîtres du « réalisme », de Machiavel à Marx et Lénine, etc. Mais cela provient d’une évolution récente de la gauche elle-même, du réalisme au moralisme; plus précisément, du réalisme stratégique à des doctrines et programmes d’un moralisme testimonial qui n’est pas loin de jouir de son impuissance. Cette fascination de

l’impuissance moraliste testimoniale a toute une génétique, avec deux racines principales. La première est, eu égard aux aspects extrême-ment « réalistes » du communisme historique du XX° siècle récemment décédé (le réalisme d’un Staline, d’un Mao, etc.), l’élaboration d’un sentiment de culpabilité, qui comporte un revirement dialectique de la violence révolutionnaire en programmes d’impuissance moraliste testimoniale. La seconde de ces racines est un sentiment d’im-puissance à former des projets, lequel procède, quant à lui, de l’écrasante menace d’une sorte de dispositif technico-économique inexorable : le Gestell14 de Heidegger, «  l’horreur économique » de madame Forrester, etc.

Il est évident que la géopolitique n’est ni de droite, ni de gauche, et fut toujours pratiquée par tous, de Gaulle, Roosevelt, Hitler, Staline, etc. Le seul fait de s’en occuper représente déjà un acte très symbolique de résistance intellectuelle envers ceux qui prétendrent nous imposer une position de témoignage purement moraliste condamnant tout « réalisme » en tant que tel. Alors qu’en son temps Marx essaya de dépasser Hegel (je n’ai pas ici la place d’examiner s’il y a plus ou moins bien réussi), la gauche voudrait désormais bel et bien enterrer les critiques de Hegel envers ce qu’ il appelle « la belle âme ». L’interprétation la moins mauvaise de la géopolitique qu’on trouve aujourd’hui sur le marché est celle dite « eurasiatique ». Cet avis ne suppose pas du tout mon adhésion à une mystique eurasiatique, qui combine la vieille slavophilie à l’idéalisation de l’empire mongol. Ce qui m’intéresse est une pure géopolitique de défense de l’Europe contre son incorporation à l’empire des U.S.A (V. Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Samir Amin, etc.). Mais il est indubitable que Sarkozy et madame Merkel rament en sens contraire, et que par conséquent, ce projet (qui est aussi celui de De Grossouvre, etc.) ne paraît guère actuel. Dommage ! Personnellement, je le partage pour l’essentiel.

R : Les derniers mois, s’est développée ce que l’on a appelé « l’Obamania ». Comment analyses-tu cette nouvelle lubie médiatique, et plus profondément, y vois-tu un nouveau cap adopté par la politique des Etats Unis ?

C.P : Pour moi, je ne crois pas à la légende qui a cours dans la vieille métropole européenne, et selon laquelle Obama aurait été expressément choisi par les Américains pour une opération internationale de lifting d’image, destinée au reste du monde désormais indigné par la politique et les idées de Bush. Les américains sont le peuple culturellement le plus introverti du monde, et comme tous les peuples impériaux et autoréférentiels, dotés d’une idéologie messianique de « destin évident » ( Manifest destiny15), sur des bases bibliques marquées par l’Ancien Testament (et qui servent aussi de fondement symbolique à leur appui intégral au sionisme), ils se fichent complètement de ce que le reste du monde peut penser. Ils votent en partant d’eux-mêmes, et de leur situation économique. J’estime que les causes de la victoire d’Obama sont toutes internes, et qu’elles tiennent à l’éclatement de la grande crise de l’été 2008. Les républicains avaient mené la politique économique la plus oligarchique et inégalitaire depuis la déclaration d’indépendance de 1776, et il s’est donc formé une alliance sociologique et électorale entre les travailleurs et la couche inférieure de la classe moyenne (lower middle class). Pour les U.S.A., je crois qu’Obama, c’est cela, et rien que cela. Je crois que ceux qui se font des illusions sur un changement stratégique dans la situation impériale et géopolitique des U.S.A. seront vite déçus. La stratégie impériale des U.S.A. domine sur tout changement d’image et de classe politique, si important soient-ils.

Voilà pour Obama. Tandis que l’« obamania » est un phénomène européen, fermement piloté par la manipulation médiatique, et particulièrement par la télévision. Le cirque médiatique est assurément poussé par des logiques internes de spectacularisation, devenues très autonomes par commission même, désormais directe, de la politique et de l’économie. Les européens sont devenus comme les sujets provinciaux de l’Empire romain. Après la mort de Vercingétorix étranglé dans une prison de Rome (sort très semblable à celui de Saddam Hussein et de Milosevic), les sujets provinciaux se sont mis à considérer que la domination de Rome était prévisible, et à souhaiter simplement qu’un Marc-Aurèle remplace un Néron. En bref, l’Obamania est un phénomène culturel inspiré par la volonté européenne de servilité envers le gentil empereur noir qui a remplacé le méchant empereur blanc, et aussi par l’espoir dont se flattent les intellectuels de gauche, qui croient que l’empire deviendra multilatéral de soi-même, c’est-à-dire à partir d’en haut.

Ce n’est pas grave. Il y en a encore qui croient au créationnisme et à la terre plate. Mais tôt ou tard, il faudra bien que l’enfant même le plus naïf devienne adulte.

R : Certains voient se développer avec espoir l’expérience boliva-rienne de Chavez au Venezuela. Que penses-tu de ce projet « socia-lisant » ? A-t-il une originalité ?

C.P. : Bien sûr que je suis attentif à l’expérience bolivarienne du Venezuela de Chavez, avec adhésion, solidarité, intérêt, espoir. Je soutiens complètement son solidarisme populaire, comme sa politique d’indépendance à l’égard des U.S.A. Ceci est évident, et ne demande pas d’autres précisions. Mais à ce propos, je tiens à mettre en garde de ne pas retomber dans un vieux défaut européen, l’exotisme révolutionnaire latino-américain de compensation de notre longue et pittoresque impuissance. Au moins, l’exotisme chinois comportait cinq années d’étude des idéogrammes et des monosyllabes à plusieurs tons ; mais l’exotisme latino-américain est plus à la portée de la main, il suffit d’un simple cours de trois mois d’espagnol dans une ambiance d’ « immersion totale ». Pauvre Ernesto Che Guevara, devenu une icône pop de l’esthétique post-moderne ! Il ne l’aurait certes pas voulu, ni mérité. Les pays andins ont le problème de la mise en valeur politique et culturelle des indiens, situation absolument non-européenne, bien qu’idéale pour les touristes politiques européens. Si les portugais sont des brésiliens tristes et introvertis, les brésiliens sont des portugais joyeux et extravertis, et dans ma perspective le Brésil est le pays le plus intéressant pour nous, européens. Toutefois, je n’ai aucune confiance dans le syndicalisme (voir Lula), que je considère comme un phénomène peu intéressant, à la différence du populisme charismatique (voir Chavez), qui l’est beaucoup plus, et adéquat à la culture politique latino américaine (voir à ce sujet les analyses d’ Alberto Buela16, que je partage). Mais le populisme a un défaut : il ne tient que tant que le Chef populaire est vivant et en bonne santé. Le populisme charismatique du parti unique du type communiste vaut certainement mieux, vu l’expérience historique du siècle dernier ; mais cela ne résout pas le problème…

Chavez n’est pas si intéressant par sa culture politique, qui répète de vieux modèles du populisme anti-impérialiste latino-américain, et qu’ en ce qui me concerne, j’ai souvent entendu exposer dans les mêmes termes par des étudiants latino-américains de gauche, dans le Paris des années soixante ; mais par la fonction historique objective qu’ il exerce. Dieu le bénisse et le garde longtemps ! Economie mixte, participation populaire, abandon du stupide « athéisme scientifique », rattachement aux traditions bolivariennes (Guevara était d’ailleurs un bolivariste). Parfait, tant que le prix du pétrole est élevé. Chavez n’est pas important parce qu’il est un modèle, ou parce qu’il offre des livres à Obama. Chavez est important simplement parce qu’il existe. Et c’est déjà beaucoup.

R. : Quelle est ta position sur la construction européenne ? En France, les « souverainistes » rejettent toute idée de projet politique supranational européen. Comment te situes-tu par rapport à ce débat, et penses-tu qu’il soit possible d’envisager un socialisme pour l’Europe ? Aurait-il d’ ailleurs une spécificité ?

C.P. : Les « souverainistes » français, qui pour l’essentiel ont mon approbation et ma solidarité (je suis ici en désaccord avec mon cher ami Alain de Benoist), représentent une version de gauche du gaullisme. C’est donc un phénomène presque exclusivement français, en ce que, hors de France, un vrai gaullisme n’a en effet jamais existé. Je porte en fait sur le gaullisme un jugement positif tempéré, au delà de son profil culturel conservateur (que je ne partage évidemment pas); c’est que je vois l’aspect principal de la contradiction européenne dans l’indépendance de l’Europe à l’égard des U.S.A.

(je tiens, comme vous le voyez, le langage de Mao), et cet aspect principal détermine aussi l’ aspect social du modèle économique européen, qui ne deviendra l’aspect principal (ce que pour le moment il n’est pas encore), que lorsque seulement le premier aspect sera résolu, et que la dernière base militaire américaine devra décamper de l’ Europe. Pas de démocratie athénienne avec une garnison athénienne ou spartiate sur l’Acropole. Je suis helléniste, mais il n’est pas besoin d’être helléniste pour comprendre cela.

L’Italie est un pays complètement dépourvu d’aspiration à la souveraineté nationale (je n’ai pas la place ici d’en montrer les causes, qui se résument dans le fait que le fascisme a entraîné la souveraineté nationale elle-même dans sa défaite méritée); à son sujet, je dois donc, malheureusement, dire avec de Gaulle, que l’Italie n’est pas un « pays pauvre », mais un « pauvre pays »17. C’est triste, mais il y a bien là une douloureuse vérité.

L’Europe, selon moi, n’est pas une nation. Si je pensais qu’elle l’était, et qu’elle peut le devenir en un temps moins long que les temps bibliques, je serais un européiste convaincu. Mais je ne vois pas pourquoi je devrais penser que je suis compatriote des finlandais, ou des estoniens, et non des tunisiens, ou des égyptiens. Une belle confédération d’Etats- nations en Europe me suffirait, en lui en ajoutant peut-être quelques-uns pacifiquement, par autodétermination (comme par exemple les basques, qui méritent, selon moi, d’avoir leur Etat-nation). Quant à un possible modèle de socialisme européen, il ne peut se caractériser que par un communautarisme démocratique, avec la plus complète liberté d’expression et d’organisation politique, constitutionnellement garantie; il n’en est évidemment pas question avec l’O.T.A.N. et les bases américaines. Mais tout cela appartient au futur. Pour le présent, j’aurais voté « non » à la constitution européenne, comme l’ont fait une intelligente majorité de français.

(Réponses traduites de l’italien par Yves Branca)

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

abolitionsalariat
A bas l’État, à bas la marchandise,
à bas l’argent… à bas le salariat !

Inde : Les principes anarchistes appliquées par les paysans mènent à leur victoire contre un gouvernement mondialiste fasciste (CrimethInc)

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Décembre 2021

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https://crimethinc.com/2021/11/19/how-the-farmers-defeated-the-government-of-india-a-year-of-protests-shows-the-effectiveness-of-horizontality-and-direct-action

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Dans le rapport qui suit, Pranav Jeevan explore le conflit entre les paysans et le gouvernement d’extrême-droite du premier ministre indien Narendra Modi, le caractère même de ce mouvement que les paysans ont initiés et les moyens par lesquels ils ont triomphé.

“Les peuples ne devraient pas avoir peur de leurs gouvernements. Les gouvernements devraient avoir peur de leurs peuples.”
– Alan Moore, V for Vendetta –

Les paysans en Inde ont gagné une victoire historique contre les efforts de l’état à privatiser le secteur agricole à des fins d’exploitations par les entreprises privées. La parti autoritaire d’extrême droite du gouvernement le Bharatiya Janata Party (BJP) du premier ministre Narendra Modi a du finalement courber l’échine devant les protestations des paysans, acceptant la demande de rejet de trois lois anti-paysans. Le succès de la lutte paysanne d’un an montre que des protestations horizontales, auto-organisées et décentralisées sont capables d’impliquer des centaines de milliers de personnes, qu’elles peuvent persister au travers de lourds obstacles pour finir par gagner devant des régimes autoritaires très déterminés.

Ni la propagande médiatique, ni la répression d’état, ni les attaques par des gangs pro-gouvernements, ne réussirent à supprimer la résistance paysanne. Les manifestations sont devenues un des plus grands mouvements de masse anti-corporation et anti-gouvernement au monde, identifiant le nexus corporation-gouvernement comme ennemis de la liberté, du bien-être et de l’auto-détermination du reste de la population de l’Inde. Même lorsque l’opposition parlementaire au régime régnant est faible, le judiciaire demeure silencieux sur les injustices dont sont victimes les gens et la bureaucratie sert les oppresseurs et pave le chemin pour toujours plus d’exploitation ; ainsi, les mouvements de masse peuvent toujours trouver une voie pour battre ces systèmes d’oppression.

Les paysans furent capables d’entretenir ces manifestations massives mois après mois face à tant de dureté pour deux raisons principales : l’auto-organisation et la décentralisation. Il n’y avait pas de leaders au commandement de chaque manifestation ; des réunions impliquant tous les groupes paysans prirent toutes les décisions ensemble. La participation des femmes et des paysans sans terre, des ouvriers agricoles s’est ajouté à la cause, se préoccupant de leurs problèmes et préoccupations et créant un front unifié allant bien au delà des lignes de fractures habituelles de la société indienne.

Ceci déclencha des discussions au sujet de la discrimination de caste et de genre prévalante dans la société indienne et sur d’autres législations anti-sociales comme l’annulation de l’Article 370 (retirant le statut d’état au Cachemire et au Jammu), la démonétisation, le Citizenship Amendment Act (CAA), the New Education Policy (NEP), l’Environmental Impact Assessment (EIA), la privatisation rampante des terres, les augmentations de prix du carburant et des biens de nécessité première, le chômage, et la crise économique. La lutte contre la loi sur les fermes est devenue très rapidement une lutte contre toutes les formes d’oppression auxquelles les gens doivent faire face aujourd’hui en Inde alors que les manifestants gagnaient pas à pas conscience de des problèmes politiques et sociaux qui minent le pays. Ceci mena à plus d’attention et de déchaînement contre les violences policières, la propagande médiatique et la négligence judiciaire. Les manifestants tinrent les politiciens et les bureaucrates pour responsables de leurs actions.

Ceci fut particulièrement visible lors de la réponse à l’incident de Lakhimpur Kheri, où le fils d’un ministre du parti BJP fonça sur les fermiers avec un SUV ; les paysans forcèrent le gouvernement BJP de remplir un rapport de première information et d’arrêter le coupable, ce malgré la claire intention du gouvernement de ne rien faire. Les paysans firent aussi des sit-ins en protestation de la violence policière ciblant les activistes du syndicat Dalit, Nodeep Kaur et Shiv Kumar. Ils forcèrent le retrait d’un officier de l’IAS qui ordonna la charge de Lhati contre les paysans de Karnal. Ils protestèrent contre l’assassinat d’un homme du Dalit, Lakhbir Singh, par un groupe de Hihang Sikhs qui affirmaient qu’il avait insulté le livre sacré des Sikhs, un cas très clair du comment les gens du Dalit sont toujours considérés comme intouchables en Inde.

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Les méthodes utilisés par les manifestants furent à la fois sans précédent et révolutionnaires. Les paysans commencèrent par marcher sur Delhi la capitale, où ils occupèrent la zone entourant la ville, se positionnant sur les grandes routes d’accès. Des manifestations de Rail Roko ou arrêt des trains eurent lieu dans lesquelles les paysans arrêtaient les trains et s’adressaient directement aux occupants pour leur signifier l’importance extrême de leur lutte et de leurs manifestations.

Les manifestants rencontrèrent une extrême violence étatique, à la fois la police et l’armée tentèrent de les briser. La police employa des gaz lacrymogènes, des canons à eau, fit des trous dans les routes et utilisa de multiples barricades pour bloquer la progression des manifestants. Plus de 700 paysans périrent dans ces manifestations. Le gouvernement essaya de démanteler les manifestations et leur organisation et coupant l’eau, l’électricité et les services internet dans les zones occupées par les manifestants. En réponse à cela, les paysans amenèrent tout ce dont ils avaient besoin de leurs villages afin de survivre sur les sites de manifestation. Ils organisèrent également d’énormes “langars”, fournissant ainsi de la nourriture aux manifestants.

NdT : Le “langar” vient de la culture et tradition sikh qui prévoit le partage de tout dans les moments difficiles, la nourriture certes, mais aussi, vêtements, logement, médicaments, livres, divers services etc… Le “langar” est initialement la “cuisine commune”, mais par extension, la mise en commun de tout pour le bien commun où tout le monde s’y met pour fournir son effort à l’effort général selon le slogan “d’à chacun selon sa capacité. à chacun selon son besoin”…

Petit à petit, ces formes d’auto-organisation ont permis l’établissement d’autres choses utilitaires comme les tentes, les points de recharge électrique solaire, la lessive, la librairie, des centres médicaux et de chirurgie dentaire. Dans le même temps, les paysans prirent une attention particulière à ne pas laisser les partis politiques d’opposition infiltrer leurs manifestations. Ils refusèrent d’endorser quelque leader politique que ce soit et n’offrirent aucune plateforme politique à aucun politicien (NdT: ce que firent aussi les Gilets Jaunes…). La vaste majorité des manifestants ont perdu toute confiance dans les partis politiques établis, sachant très bien qu’ils se détourneront de toute promesse une fois que la renverse de marée politique se met en place. Ils questionnent la sincérité de ces politiciens qui affirment es soutenir contre ces lois scélérates anti-paysans, considérant à juste titre que bon nombre de ces politiciens ont soutenu d’autres lois oppressives et autoritaires comme celle de l’Abrogation de l’Article 370.

Les paysans ont continué de bloquer les autoroutes vers Delhi au travers d’un hiver rude, au travers des très chauds mois d’été et même au travers des vagues mortelles de la pandémie. Ils appelèrent à la grève à travers le pays. Ils n’abandonnèrent jamais, tant bien même que des douzaines d’entre eux mouraient de froid, de chaleur et du COVID.

Les paysans savent très bien que pratiquement toute la politique du gouvernement est dictée par de massifs monopoles entrepreneuriaux qui financent les partis alternant au pouvoir et surtout le parti aujourd’hui en place. Ils ciblèrent les politiciens et les bureaucrates, mais aussi les empires entrepreneuriaux des deux top milliardaires indiens Mukesh Ambani et Gautam Adani. Ils étaient parfaitement éveillés au fait de la menace que représentaient ces deux empires pour leur mode de vie, refusant d’accepter les assurances des “experts” et des “économistes” qui décrivaient les lois comme étant une politique de libre échange qui par principe “aideraient les paysans”. Ils savaient pertinemment que tous ces “experts” et “économistes” n’étaient jamais sortis de leurs bureaux climatisés financés par le gros business afin d’apprendre sur le terrain au sujet des nuances de l’économie agricole indienne.

Ils savent très bien que si tous les top économistes de la Banque Mondiale et du FMI sont d’accord sur le fait que l’Inde a soi-disant besoin de nouvelles lois sur les fermes, les terres et l’agriculture, alors tout ceci est définitivement une très mauvaise nouvelle pour eux. Comme Ambani et Adani étaient les premiers bénéficiaires de ces lois agricoles que le gouvernement du BJP avait mises en place, les paysans du Punjab et de Haryana cessèrent d’utiliser les cartes JIO SIMS propriété de Ambani et passèrent sur des réseaux de télécom rivaux. Un certain nombre de tours antennes de JIO Telecom et autres infrastructures furent endommagées au Punjab. Des paysans commencèrent à boycotter les produits possédés par Reliance ainsi que ses services comme ses pompes à essence.

A un moment donné, la cour suprême d’Inde est intervenue pour mettre fin au face à face entre les paysans et le gouvernement. Les paysans étaient fermes dans leurs demandes et défièrent la cour de justice ouvertement, assurant qu’ils n’abandonneraient pas la lutte même si la cour le leur ordonnait, parce que cela n’était ni plus ni moins qu’une affaire de vie ou de mort pour eux. Les paysans avaient aussi perdu toute foi en le système judiciaire, dans la mesure où de récentes décisions de la cour suprême avaient largement accommodées le gouvernement. La cour fut obligée de céder, ordonnant un report de 18 mois pour l’application des lois.

Pratiquement tous les médias avaient soutenu la politique du gouvernement et diffusés des narratifs pro-gouvernement, répandant de fausses informations sur le mouvement paysan, les appelant “Khalistanis” et “terroristes”, les diabolisant, infantilisant leurs manifestations et les appelant des “ignorants”. Les médias de masse supprimèrent toute nouvelle concernant l’ampleur du mouvement. Ceci ne fit rien pour étouffer le mouvement. Les participants allaient directement de village en village, organisant des réunions dans chaque état, organisant et réunissant des centaines de milliers de participants. Durant ces réunions, ils y discutaient de ces lois et comment cela allait négativement impacter leurs vies, les plaçant à la merci des grosses entreprises. Ceux qui assistaient à ces réunions recevaient pour mission de parler autour d’eux dans leurs villages et leurs familles de ce qu’ils avaient vu et entendu. Ces chaînes de communication depuis la base, d’adressant directement aux gens concernés, furent bien plus forte que toute la propagande mise en place par le gouvernement indien et ce même avec tout le réseau de merdia corporatiste à la botte.

Lorsque les paysans se tournèrent vers Facebook et Instagram pour diffuser leur information, Facebook et sa succursale commencèrent à fermer les pages des paysans ainsi que les pages critiquant le gouvernement. Twitter retira plus de 500 comptes que des paysans utilisaient pour discuter ensemble des lois. Facebook retira la page de Kisan Ekta Morcha, une source d’information du mouvement lui-même, suite à un énorme tollé public, ils furent astreints de reposter la page.

Lorsque Rihanna tweeta son soutien au mouvement paysan indien, aidant à la contribution d’un mouvement international de solidarité et une harangue contre le gouvernement indien, l’état essaya d’entrer en contrôle des dégâts en faisant répondre ses propres célébrités médiatiques qui clamèrent à une “conspiration internationale” de diffamation de l’Inde.

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Dans chaque état où devait se produire une élection, comme au Bengal, que le BJP veut gagner depuis des années, des paysans envoyèrent leurs délégués parler directement aux gens afin d’expliquer la nature même des lois anti-paysans et leur demander de ne pas voter pour le BJP. Ceci mena à de gigantesques défaites électorales pour le parti dans bien des états. Les futures élections du Uttar Praresh (UP), qui décideront du gouvernement du BJP sur l’Inde, sont arrivées à un moment où les paysans intisifièrent leurs manifestations. De gigantesques manifs sont prévues partout en Inde pour l’anniversaire de ce mouvement de protestation qui vit le jour le 26 novembre 2020. Le BJP craint un gros retour de bâton durant ces élections, à la fois en provenance des paysans mais aussi à cause de leur gigantesque échec dans le contrôle de la seconde vague de la pandémie COVID-19, qui fut un désastre notamment à cause d’une pénurie d’oxygène dans les hôpitaux entre autres raisons.

En réponse à cela, ils prirent des mesures immédiates pour museler les paysans avant les élections. Le gouvernement n’avait pas d’autre alternative que de plier aux demandes des paysans. Ceux-ci ont reconnu que la déclaration du premier ministre Modi n’avait aucune valeur et qu’il voulait voir les lois abrogées dans la prochaine session du parlement et que les manifestations continueraient jusqu’alors. Ils veulent aussi que le gouvernement assure un prix de soutien minimum pour les productions agricoles. Ce gouvernement, qui a été si indifférent aux demandes du peuple, qui a continuellement attaqué la dissidence avec brutalité, violence et force propagande, qui était ultra déterminé à poursuivre les privatisations forcées quel qu’en soit le coût pour le peuple, a été vaincu et forcé de changer son fusil d’épaule.

[…]

Les principes de l’anarchisme, y compris la prise de décision horizontale et participatrice, le décentralisation du pouvoir, la solidarité, l’entraide et l’association volontaire, sont tous bien visibles dans ce mouvement de protestation paysan. Les anarchistes emploient l’action directe, la perturbation hiérarchique, la protestation contre l’injustice, l’auto-organisation de leurs vies en créant des contre-institutions comme les communes ou les collectifs non-hiérarchiques. Les anarchistes recherchent la création d’une relation anti-autoritaire dans un agencement collectif de façon à ce que tout le monde ait son mot à dire dans chaque décision qui va affecter la vie de tous, recherchant toujours un consensus sans avoir recours à un leader, chef ou cadre. Les anarchistes organisent le récupération des espaces publics où l’art, la poésie, la musique se mélangent pour représenter l’idéal anarchiste. Le squatt est une des façons de se réapproprier cet espace public du marché capitaliste d’un état autoritaire ; il sert aussi d’exemple à l’action directe.

Nous pouvons trouver des éléments de tous ces principes et pratiques dans les manifestations paysannes et là est la raison de leur robustesse et de leur succès. Cette victoire met à bas le mythe qui veut que ne devons avoir une chaîne de commandement centralisée avec des leaders en son sommet et des suiveurs dociles et aveugles en bas pour qu’une organisation de grande envergure puisse réussir. Toutes ces manifestations et actions se sont faites dans le temps, sans aucun leader : les participants eux-même atteignaient un consensus décisionnel sur le cours de l’action à suivre. Lorsque les gens prennent les décisions eux-mêmes et se coordonnent les uns les autres en petites communautés, s’aidant les uns les autres, ceci crée les plus fortes formes de pouvoir collectif et de solidarité.

Le fait que ces manifestations à terme réussirent, grâce à tant de gens s’unifiant et s’organisant collectivement, coopérant entre eux pendant si longtemps, nous montre que nous pouvons parfaitement créer des communautés sans institutions exogènes (imposées de l’extérieur), que nous n’avons pas besoin de bureaucratie autocrate et de gouvernement autoritaire, qui concentrent le pouvoir et oppriment les gens. Pour l’essentiel, ces manifestations furent menées et gérées par de pauvres paysans, des femmes sans éducation formelle, et des gens d’autres communautés marginalisées. Ensemble, ils ont démontré qu’ils pouvaient créer des communautés bien plus éthiques et égalitaires que celles qui existent chez les gens plus riches et éduqués. Ils ont montré que les opprimés et les indigents peuvent s’organiser en communautés d’entraide et de prise de décision directe, éliminant le supposé besoin de systèmes de gouvernance hiérarchisés et coercitifs, qui en fait n’existent que pour les exploiter.

Le succès de ce mouvement de contestation des paysans offre un modèle duquel tout le monde peut apprendre quelque chose, que tous nous pouvons mettre en place dans nos luttes contre les régimes oppresseurs qui nous exploitent. Le monde est le témoin d’une nouvelle ère de protestation et d’activisme. Les manifestations des paysans indiens devraient devenir le phare de la démocratie montrant comment il est possible de vaincre les régimes autoritaires.

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Crimethinc sur Résistance 71

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Vers la société des sociétés: anarchisme, sciences sociales et autonomie du social (Julien Vignet PDF)

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julien-vignet-pdf-novembre-2021

Nous avons récemment déniché ce texte… Une véritable perle, qui peut servir de base à une compréhension à la fois a minima mais aussi profonde de l’anarchie. Difficile de mieux résumé la pensée et l’action anarchiste depuis ses origines. Ce texte est une excellente base pour ceux qui désirent creuser plus avant et débroussailler le chemin de notre humanité réalisée. Nous l’avons publié le 8 novembre dernier
A lire et diffuser sans modération. Jo nous en a fait un PDF canon, digne de ce texte ainsi que les montages photos illustrant ce billet et le PDF.
~ Résistance 71 ~

Anarchisme-sciences-sociales-et-autonomie-du-social
Format PDF

Resistance71_slogan

Société des sociétés : sortir du cercle vicieux réformiste ou l’impossibilité de l’état socialiste (Errico Malatesta)

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“Tu es roi. Vis tout seul. Sur ton libre chemin
Va donc où te conduit librement ta pensée,
Enrichissant le fruit des meilleures idées,
Et pour un bel exploit sachant n’exiger rien.
Tout est en toi. Tu es ton tribunal suprême.
Plus rigoureux qu’autrui tu juges ton poème.
En es-tu satisfait, artiste sourcilleux ?”
~ Alexandre Pouchkine ~

Texte d’une grande lucidité politique publié par Malatesta il y a 125 ans… Pourquoi ces textes résonnent-ils toujours de grande actualité si ce n’est parce que rien n’a été fait depuis des siècles pour que tout change vraiment. La voie réformiste est celle de changer pour qu’en fait rien ne change jamais vraiment. Il est plus que grand temps de comprendre, devant la menace physique qu’exerce aujourd’hui l’oligarchie sur l’humanité, qu’il n’y a pas de solution au sein du système et qu’il ne saurait y en avoir !
Qu’on se le dise et qu’on le comprenne… enfin ! Ce n’est qu’à cette condition que nos actions deviendront véritablement (r)évolutionnaires.
~ Résistance 71 ~

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L’état socialiste

Errico Malatesta

1897

~ Traduction Résistance 71 ~

Le but des socialistes démocrates est “d’accéder au pouvoir public”.

Nous n’analyserons pas en cette occasion le fait de savoir si ce but est en accord avec leurs théories historiques, qui disent que les classes économiquement dominantes détiennent toujours inévitablement le pouvoir politique et que de là en découle que l’émancipation économique devrait, par nécessité, venir avant l’émancipation politique. Nous ne débattrons pas non plus ici de savoir si, assumant que le pouvoir politique puisse être acquis par une classe déshéritée, les moyens légaux seraient suffisant pour accomplir cette tâche.

Nous voulons à peine discuter ici de savoir si une saisie du pouvoir public serait en accord ou pas avec l’idéal socialiste de la société des êtres libres et égaux, dénuée de maîtres et de divisions de classe.

Les socialistes démocrates, spécifiquement les Italiens, qu’ils l’aiment ou pas, ayant été exposés plus que les autres à l’influence de la pensé anarchiste, ont l’habitude d’affirmer, du moins lorsqu’ils argumentent avec nous, qu’ils veulent eux aussi abolir l’État, c’est à dire le gouvernement et qu’afin d’être en position de pouvoir le faire, ils doivent le saisir. Qu’est-ce que cela veut dire ? S’ils veulent abolir l’État alors qu’ils le capturent, effacer toute garantie légale de “droits acquis”, démanteler toute force armée gouvernementale, mettre un terme au pouvoir législatif, laisser à chaque localité, chaque association et individu une autonomie totale et complète et faire la promotion d’une organisation de la société depuis sa base au travers des fédérations d’associations libres des producteurs et des consommateurs, alors toute l’affaire reviendra à ceci : qu’ils expriment par certains mots ce que nous exprimons avec d’autres. Disant nous voulons nous emparer de la forteresse et la détruire et en disant nous voulons saisir la forteresse et la démolir, cela veut dire exactement la même chose.

Le fait est que de telles déclarations d’intention de capturer l’État afin de a détruire sont soit des outils polémiques tendancieux ou, si sincères, viennent d’anarchistes-en-devenir qui pensent qu’ils sont toujours démocrates.

Il restera toujours entre les socialistes démocrates et nous une différence d’opinion, sans aucun doute de la plus grande importance, au sujet de savoir si la participation en des élections et l’entrée des socialistes au parlement aide ou entrave la révolution ; préparer les gens à une transformation radicale de l’ordre présent ou éduquer les gens à accepter une nouvelle tyrannie après la révolution ; mais sur le but ultime, nous serions entièrement d’accord.

Les véritables socialistes démocrates ont une notion toute différente de “gagner les pouvoirs publics”. Au congrès de Londres, pour ne citer que le plus récent, moment solennel, ils déclarèrent très clairement que le pouvoir public doit être capturé pour être exercé et “afin de légiférer et d’administrer la nouvelle société”. Dans le plus récent numéro de la revue Critica Sociale, nous y avons lu que c’est une erreur que de croire qu’une fois le pouvoir atteint, le parti socialiste sera capable ou même désireux de diminuer les impôts et qu’au contraire, l’État, par une augmentation progressive des impôts, devra absorber graduellement la richesse privée afin de mettre en place de grandes réformes, celles qui sont le but du socialisme (mettre des fonds à disposition des anciens, des handicapés, pour les accidentés, organiser les écoles pour les rendre efficaces dans un pays civilisé, récupérer le capital etc, etc…), avançant ainsi vers le but lointain du communisme parfait, quand tout deviendra service public et la richesse privée et la richesse de la société deviendront une et même chose (Giuseppe Bonzo, “Il Partito socialista e le imposte,” [1] in Critica Sociale, May 1, 1897).

Ainsi donc, les socialistes démocrates ne nous promettent rien d’autre qu’un gouvernement, complet avec toute sa litanie d’inspecteurs et de collecteurs d’impôts, de tribunaux pour les mauvais payeurs, de gendarmes et de prisons (pour tous ceux qui tentent de mettre ce système par la fenêtre), de juges, d’administrateurs de fonds d’assistance publique, de programmes scolaires avec leurs tuteurs des plus officiels, son agence de dette publique pour payer les intérêts du capital emprunté (NdT: Malatesta écrit ça en 1897 !!… Il avait tout compris déjà à l’époque de toute cette vaste escroquerie à la dette publique et le rôle de la haute finance dans le contrôle des nations par la dette…) etc, etc, en plus bien sûr d’un corps législatif faisant des lois et mettant en place des impôts et des ministères variés pour s’assurer de l’administration et de l’application des lois.

Ce faisant, il se peut qu’il y ait différentes modalités, des degrés différents de la centralisation et de ses tendances, ou des méthodes de gestion plus ou moins dictatoriale et un processus d’application plus ou moins abrupt ou graduel, mais dans l’essence de la chose, ils sont tous d’accord les uns avec les autres parce que cela constitue la substance même de leur programme politique.

Maintenant, nous devons regarder si ce gouvernement que les socialistes rêvent de mettre en place, fournit une quelconque garanti de justice sociale : s’il pourrait supprimer ou supprimerait les classes, bannir toute forme d’exploitation et d’oppression de l’homme par l’homme ; s’il pourrait en bref, établir les fondations solides pour une véritable société socialiste.

Les socialistes démocrates partent du principe que l’État, le gouvernement, ne sont que des agents politiques de la classe dirigeante. Ils disent que dans une société capitaliste, l’État de nécessité sert les intérêts des capitalistes et garantit leur droit d’exploiter les travailleurs. Mais dans une société socialiste, avec la propriété privée abolie et les distinctions de classes disparues après la disparition du privilège économique, l’État représenterait tout le monde et deviendrait l’agent impartial des intérêts sociaux de tous les membres de la société.

A ce moment, se lève une difficulté inévitable. S’il est vrai que le gouvernement est toujours par nécessité, l’instrument de quiconque possède les moyens de production, par quel miracle donc un gouvernement socialiste émergerait-il au milieu d’un système capitaliste avec pour mission d’abolir le capitalisme ? Cela se ferait-il comme Marx et Blanqui le voulurent, au travers d’une dictature imposé par une révolution (NdT : dictature du prolétariat), par l’action forcée de décrets révolutionnaires et l’imposition de la confiscation de la propriété privée au bénéfice de l’État, représentant des intérêts collectifs ? Ou bien sera-ce, comme semblent le vouloir tous les marxistes et les blanquistes modernes, par le moyen d’une majorité socialiste gagnée au parlement via le suffrage universel du système électoral ? Y aura t’il une expropriation brutale de la classe dirigeante par une classe économiquement subjuguée et dominée, ou y aura t’il un processus graduel par lequel les propriétaires et les capitalistes seront forcés d’abandonner leurs privilèges petit à petit ?

Tout ceci semble être en porte-à-faux avec la théorie du “matérialisme historique”, qui est le dogme de base des marxistes. Mais dans cette article nous n’avons pas l’intention d’explorer ces contradictions, ni de voir quelle mesure de vérité il peut y avoir dans la doctrine du matérialisme historique.

Imaginons donc que par quelque moyen, le pouvoir soit passé entre les mains des socialistes et qu’un gouvernement socialiste ait été établi. Cela voudrait-il dire que le triomphe du socialisme est en cours ?

Nous ne le pensons pas.

Si l’institution de la propriété privée est la racine de tous les maux que nous connaissons, ce n’est pas parce que tel ou tel bout de terrain est enregistré au nom de telle ou telle personne, mais parce que cette enregistrement autorise cette personne à utiliser ce terrain comme bon lui semble et la façon dont il est utilisé est toujours mauvaise, à savoir, au détriment de ses pairs. Toutes les religions à leur origine, ont affirmé que la richesse était un fardeau qui obligeait les propriétaires à s’occuper du bien-être des pauvres et à agir envers eux comme un père. Quand on regarde l’origine de la loi civile, nous découvrons que le propriétaire est obligé de suivre un grand nombre d’obligation civiques comme devant plutôt être un administrateur de biens dans l’intérêt public qu’un propriétaire au sens moderne du terme. Mais tel est l’homme quand il peut dominer et imposer ses désirs sur les autres, il use et abuse de sa position au point de réduire les autres en esclavage et à l’abjection. Et donc le proprio, qui était supposé être un “père” et un protecteurs des pauvres, s’est toujours transformé en un exploiteur féroce et vorace.

(NdR71 : Malatesta semble ici penser que l’homme est un abuseur par nature, ce qui renforcerait la théorie de Hobbes et de sa nécessité du Léviathan étatique qui serait le moindre mal… Nous pensons comme tout le courant de pensée kropotkinien, que ce sont les circonstances qui induisent la possibilité de l’abus et de la malversation. L’Homme n’est pas un abuseur par nature, l’abus, la violence et la tyrannie sont des constructions sociales. Il peut y avoir bien sûr des exceptions relevant plus de la psychologie / psychiatrie, mais de manière générale, l’humain n’est pas un abuseur, il aurait été incapable de survivre ses temps primordiaux s’il l’avait été. Si l’Homme crée un système, un système puissant créera aussi les hommes nécessaires à sa survie et perpétuation.)

Il en a toujours été ainsi et cela le sera toujours avec les dirigeants également.

Il ne sert à rien de dire que lorsqu’un gouvernement s’en vient du peuple, il servira les intérêts du peuple ; tout pouvoir a toujours découlé du peuple, car seul celui-ci peut lui donner la force nécessaire et ces pouvoirs ont toujours opprimé les peuples. On ne peut en rien dire que lorsqu’il n’y aura plus de classes privilégiées, alors le gouvernement servira le peuple et sera un agent du bien et de la volonté collectifs, les dirigeants constituent une classe à part entière et entre eux une solidarité de classe se développe, bien plus puissante que toute celle existante et ancrée dans le privilège économique.

Il est vrai que de nos jours, le gouvernement sert la bourgeoisie, mais cela tient moins au fait qu’il soit gouvernement que du fait que ses membres appartiennent à la bourgeoisie ; autrement, étant le gouvernement, il méprise ses maîtres et leur ment et les vole, comme tout serviteur. Ce ne fut pas pour servir la bourgeoisie que Crispi vola des banques ou piétina la constitution.

Tous ceux qui sont au pouvoir veulent  y demeurer et peu importe le coût, ils ont l’intention d’imposer leur volonté, et comme la richesse est un puissant instrument de pouvoir, le dirigeant, même s’il n’abuse ni ne vole personnellement, promeut la montée d’une classe autour de lui qui lui doit ses privilèges et possède un intérêt particulier à ce qu’il reste au pouvoir. Les partis dirigeants sont à la politique ce que la classe des propriétaires est à l’économie.

Les anarchistes l’ont dit des milliers de fois et toute l’histoire est faite, est marquée de ce qu’ils ont dit : la propriété privée et le pouvoir politique sont les deux maillons de la chaîne qui entrave l’humanité et sont comme le double tranchant de la lame de l’assassin. Il n’y a aucune façon de se libérer de l’un sans se libérer de l’autre. Abolissez la propriété privée sans abolir le gouvernement et la première sera ressuscitée par ceux qui gouvernent. Abolissez le gouvernement sans abolir la propriété privée et les propriétaires ressusciteront le gouvernement.

Lorsque Frédéric Engels affirma, peut-être pour parer à la critique anarchiste, qu’une fois les classes disparues, l’État n’aura plus de raison d’exister et passera du gouvernement des hommes à l’administration des choses, il ne faisait que jouer sur les mots. Quiconque a pouvoir de domination sur les choses possède la domination sur les hommes ; quiconque gouverne la production gouverne le producteur ; quiconque contrôle la consommation domine et possède le consommateur.

La question en définitive est celle-ci : ou bien les choses sont administrées en accord avec des associations librement acceptées par ceux qui sont concernés, dans ce cas nous avons l’anarchie, ou elles sont administrées en accord avec la loi faite par des administrateurs et nous avons le gouvernement, l’État, qui de manière inévitable bascule dans la tyrannie.

Il n’est pas ici question de la bonne foi ou de la bonne volonté de l’homme, mais de la nécessité dictée par les situations et les tendances générales dont font preuves les hommes lorsqu’ils se trouvent dans certaines circonstances.

(NdR71 : ceci invalide ce que sous-entendait Malatesta plus haut et qui suscita notre note.)

De plus, si le bien de tous est vraiment en jeu, s’il y a vraiment une intention “d’administrer les choses” dans les intérêts des administrés, qui peut donc mieux le faire que ceux qui produisent les choses et les consomment ?

Quelle est en fin de compte l’utilité d’un gouvernement ?

La toute première action d’un gouvernement socialiste lorsqu’il arrive au pouvoir devrait être celle-ci :

Considérant le fait qu’être gouvernement, nous ne pouvons rien faire de bon et serions en fait un handicap  a l’action des hommes en les forçant à attendre des lois que nous ne pouvons édicter sans sacrifier les intérêts de certains au profit des intérêts d’autres et les intérêts de tout le monde contre nos propres intérêts. Nous, gouvernement, déclarons donc de fait l’abolition de toute autorité et invitons les citoyens à s’organiser eux-mêmes en associations libres, correspondant à leurs besoins variés, de nous soumettre à l’initiative de ces associations et d’y apporter notre contribution par nos efforts personnels.

Aucun gouvernement n’a jamais fait quoi que ce soit ressemblant à cela et un gouvernement socialiste ne le ferait pas non plus. (NdT: le futur donna raison à Malatesta. Tous les gouvernements de capitalisme d’état marxistes n’ont jamais œuvré à ce but, pire même. ils ont réprimé dans le sang tous ceux qui tentèrent de le faire pour l’avènement du bien commun…). Ainsi donc, le jour ou le peuple aura la force du pouvoir entre les mains, s’il est sage et avisé, il empêchera donc l’établissement de quelque gouvernement que ce soit.

*

“L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement et le mensonge que voici sort de sa bouche: ‘Moi, l’État, je suis le peuple !’… Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l’État et il le hait comme un mauvais œil et comme un pêché contre les coutumes et les droits… L’État, lui, ment dans tous les idiomes du bien et du mal ; et quoi qu’il dise, il ment et ce qu’il possède il l’a volé. Tout est faux en lui, il mord avec des dents volées, lui qui mord si volontiers. Fausses sont même ses entrailles… ‘Sur Terre il n’est rien de plus grand que moi: je suis le doigt qui crée l’ordre, le doigt de dieu’, voilà ce que hurle ce monstre…”

“L’Église ? répondis-je, c’est une espèce d’État et c’en est l’espèce la plus mensongère. Cependant, tais-toi donc, chien hypocrite, mieux que personne tu connais ta propre espèce !

Tout comme toi, l’État est un chien hypocrite ; tout comme toi il aime à parler par fumée et hurlement afin de faire croire, tout comme toi, qu’en lui parle le ventre des choses. Car il veut à toute force, l’État, être l’animal le plus important sur terre ; et on le croit.”

“Oui, il a été inventé là une mort pour les multitudes, une mort qui se vante d’être la vie: en vérité un fier service rendu à tous les prédicateurs de mort. J’appelle État le lieu où sont tous ceux qui boivent du poison, qu’ils soient bons ou méchants… État le lieu où le lent suicide de tous s’appelle… la vie.” “Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”

~ Friedrich Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra 1883) ~

Les historiens et les économistes aux gages de l’État nous ont enseigné, sans doute, que la commune de village, étant devenue une forme surannée de la possession du sol, forme qui entravait les progrès de l’agriculture, dut disparaître sous l’action des forces économiques naturelles. Les politiciens et les économistes bourgeois ne cessent de le répéter jusqu’à nos jours ; et il y a même des révolutionnaires et des socialistes — ceux qui prétendent être scientifiques — qui récitent cette fable convenue, apprise à l’école.

Eh bien, jamais mensonge plus odieux n’a été affirmé dans la science. Mensonge voulu, car l’histoire fourmille de documents pour prouver à qui veut les connaître — pour la France, il suffirait presque de consulter Dalloz — que la commune de village fut d’abord privée par l’Etat de toutes ses attributions ; de son indépendance, de son pouvoir juridique et législatif ; et qu’ensuite ses terres furent, ou bien tout bonnement volées par les riches sous la protection de l’Etat, ou bien directement confisquées par l’Etat…

~ Pierre Kropotkine ~

= = =

Lectures complémentaires :

Errico Malatesta, écrits choisis

Gustav Landauer “Appel au socialisme”

Pierre Kropotkine “L’entraide, facteur de l’évolution”

Elisée Reclus « Evolution et révolution »

Pierre Clastres, hommage 40 ans 1977-2017

Hommage à David Graeber

James C. Scott “L’art de ne pas être gouverné”

Guy Debord « La société du spectacle »

Résistance 71 “Du chemin de la société vers son humanité réalisée”

constatA

Commune_1871-2021

A la recherche de l’esprit perdu… Recherche sur un anarchisme spirituel (Peter Lamborn Wilson)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique with tags , , , , , , , , , , on 25 octobre 2021 by Résistance 71

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Texte titilleur de conscience pour le moins, les lecteurs reconnaîtront dans cet essai de Wilson datant de 2002, certains sujets que nous avons abordés, pour certains abondamment sur ce blog. Nous vivons la fin d’une ère ceci est indéniable, nous ne devons pas nous laisser imposer la suite des évènements comme c’est le cas depuis ce fameux néolithique qui ne cesse de servir de référence à notre déchéance. Le système étatico-capitaliste se meurt et il est en train de muter en une entité qui nie l’humanité et cherche à l’annihiler. Nous devrons puiser très profond pour en sortir et au contraire réaliser notre humanité. Le combat qui s’annonce sera d’anthologie et fera l’Histoire. N’oublions jamais que nous sommes les ancêtres de la 7ème génération à venir, celle-ci chantera nos louanges comme les initiateurs de la grande (r)Evolution qui réalisa notre humanité vraie. C’est de cela qu’il s’agit et c’est sur quoi nous sommes engagés, la lutte sera épique et entrera dans la légende des siècles…
~ Résistance 71 ~

“Qu’est-ce que l’État ? C’est le signe achevé de la division dans la société, en tant qu’il est l’organe séparé du pouvoir politique: la société est désormais divisée entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent. La société n’est plus un Nous indivisé, une totalité une, mais un corps morcelé, un être social hétérogène… »
~ Pierre Clastres ~

“Dès que l’État n’est plus à même d’imposer l’union forcée, l’union surgit d’elle-même, selon les besoins naturels. Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même.”
~ Pierre Kropotkine ~

L’état n’est pas quelque chose qui peut être détruit par une révolution, mais il est un conditionnement, une certaine relation entre les êtres humains un mode de comportement humain, nous le détruisons en contractant d’autres relations, en nous comportant différemment.
~ Gustav Landauer ~

HakimBey1

Anarchisme spirituel

Peter Lamborn Wilson alias Hakim Bey

2002

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

1.

Le conservatisme de l’âge de pierre (tribal, égalitaire, proto-chamanique, chasseur / cueilleur / jardinier, économie du don et du partage, etc)

Les cités-états sumériennes (4ème millénaire AEC), l’effritement de l’organisation politique originelle non-stratifiée, l’émergence de la séparation (cf les recherches de Pierre Clastres)

Enkidu de Gilgamesh : la domestication de “l’homme sauvage”

La bonne vieille cause et l’éternel évangile, ce que William Blake appelle le druidisme, a toujours été en fait l’accoutrement de notre chamanisme de l’âge de pierre et de la “déesse” du paganisme.

Vs

Les 6000 ans de fumisterie et d’illusion illuminati : la religion d’état (et de l’État)

L’émergence de l’argent comme la sexualité des morts.

2.

L’âge du bronze : le paganisme du dieu guerrier, menant au paganisme impérial de l’âge du fer, celui de Rome, de la Grande Bête de la révélation ; contre cela, l’église de ses débuts apparaît comme une dialectique de la résistance, spécifiquement dans sa forme Essene ou Nazarite/Ebionite, le zèle, la gnostique, la réforme sociale (les marchands chassés du temple, l’évangile des pauvres, etc) et le mysticisme néo-platonicien.

VS

“Le don de Constantin”, l’appropriation du christianisme par Rome elle-même (tout juste comme les rois prêtres sumériens s’approprièrent la spiritualité néolithique en tant que “contenu censuré” des cultes du temple).

Le christianisme, à l’origine un culte gnostique radical (“le royaume de dieu est en vous”), fonctionne maintenant comme une religion d’état, impliquant de sévères contradictions et une culture schizophrène, etc.

3.

Mais toute religion est enracinée dans une contradiction de base : le contenu spirituel du vieil âge de pierre (le mythos clastrien pour ainsi dire) plaqué sur l’idéologie de l’âge du métal, celle de la séparation hégémonique (voir plus spécifiquement l’Enuma Elish ou la “génèse babylonienne” où le dieu de la guerre Marmuk tue la déesse néolithique Tiamat). La religion tente constamment de dépasser ou de rectifier cette contradiction. Mais les marchands retournent toujours au temple et la rectification est une nouvelle fois transformée et dénoncée comme hérésie, apostasie, ombres magiques et crime rituel.

Les sectes hérétiques du millénaire parlent de restaurer l’âge d’or ; ce rêve dérive de souvenirs réels (stockés dans les mythes) de l’âge de pierre et de la société grosso modo égalitaire des chasseurs, cueilleurs, de l’économie du don et du partage et de la société chamano-païenne.

4.

Spiritualité ne veut pas dire religion. La spiritualité est le créatif imaginaire (l’esprit, NdT: ce que Landauer appelait le “Geist” en allemand) du social, la religion son opposé négatif, son “spectre” comme le disait Blake : l’aliénation de cette créativité dans des pouvoirs et puissances d’oppression. Mais, à cause de paradoxes dialectiques complexes, le noyau de la spiritualité est souvent trouvé engoncé dans des coquilles religieuses, spécifiquement en ce qui concerne les mystiques comme maître Eckhart et les Franciscains spirituels ; et le poison de la religion souvent teinte les hérésies, spécifiquement si elles gagnent un véritable pouvoir.

5.

Dans les temps religieux, tout le discours et la pratique non-autoritaires seront exprimés en termes religieux, en général sous des vocables d’hérésie, de schisme, d’apostasie, de magie noire etc… mais parfois comme dans une “réforme su sein de l’église” ou des formes marginales mais permises d’excès comme le communisme monastique par exemple.

Les historiens de l’anarchisme qui tracent cela jusqu’aux cyniques grecs de l’antiquité et en ligne directe vers les Lumières avec rien entre les deux, échouent dans leur appréciation de la réalité de la mentalité que chaque âge doit expérimenter quelque chose de la liberté (si seulement même son rêve) dans la douleur de perdre son humanité. L’histoire de l’anarchie comme conscience plus qu’idéologie réside dans une archéologie de la résistance spirituelle. Nous devons lire de nouveau les hérétiques (voir par exemple l’excellent travail de Raoul Veneigem sur l’hérésie de l’esprit libre)

6.

Le problème du dualisme gnostique ; des formes extrêmes de spiritualité identifient souvent le monde social avec le monde naturel et les condamnent tous deux. Elles rejettent la “création divine” et son “dieu créateur” comme étant mauvais et détestent même “l’âme” en tant que principe de vie. Seul, “l’esprit” satisfait ces extrémistes. Leur haine du corps devient même plus exagérée et aggravée que celle de l’église (qui au moins condamne le suicide et promet la résurrection du corps).

Le problème du dualisme hante l’anarchisme, je pense. La haine de dieu de Proudhon est peut-être dérivée de ses lectures précoces de la littérature gnostique dualiste (peut-être alors qu’il la mettait en page en tant qu’ouvrier typographe), une sorte de catharisme séculier. Le matérialisme athéiste à la Bakounine, peut paraître bizarrement immatériel parfois, mené par ses propres “lutins”, impératifs catégoriques, adoration aveugle de la science, de la primauté de la machine sur l’humain et d’une étrange asexualité (NdT: cette remarque est assez fausse, Bakounine respectait certes la science mais ne l’adorait en rien, il se méfiait à juste titre d’une société menée par la science qui “ne s’occuperait bientôt plus de science” avait-il prédit, suffit de regarder notre société pour voir que Bakounine avait raison dès la fin XIXème…).

La haine du corps chrétienne / dualiste occupe le cœur secret de notre “crise environnementale”, même nous, en tant que post-chrétiens, ne pouvons échapper au motif de la conquête de la nature, qui colore la pensée progressiste de pratiquement tous les XIXème et XXème siècles.

Il est possible qu’une aide pour nous aider à surmonter un tel crypto-dualisme provienne d’une approche allant du “moniste panthéiste” aux modèles chamanique et païen, ce que T. McKenna a appelé la Résurrection Archaïque, non pas un retour à l’âge de pierre mais un retour de l’âge de pierre.

7.

Que nous en soyons satisfaits ou non, nous faisons partie de l’ère post-Lumière et la “science” nous pose le problème de la téléologie (ou téléonomie comme l’appelait Henri Bergson (NdT: dans “Le hasard et la nécessité”, la vue téléonomique voit le monde régit par une finalité). Nous croyons vraiment en la mort de dieu. L’aspect spectral des Lumières, ce qu’Adorno appelait “la cruelle instrumentalisation de la Raison, aplatit la conscience permise en une grande carte en 2 dimensions 2D. Toute manifestation du sens menacerait le monopole du “hasard brut”, “de la collision aléatoire des particules”, des modèles comportementaux mécanistes de la conscience. “”La nuit de Newton”.

Ainsi cette peste contemporaine de l’incohérence : nous en sentons tous les germes tapis derrière quelque écran filtrant une lumière hygiénique. Effondrement de la morale. Aucune pensée pendant sept générations. Mettre fin aux incendies de forêts en coupant les forêts. “La société n’existe pas” nous disait dame baronne Margaret Thatcher.

8.

Le mouvement du social au niveau de l’inconscient constituait en lui-même une sorte d’(anti)religion. Après tout, qu’elle preuve y a t’il du matérialisme athée ? c’est tout aussi tordu que dieu, vraiment, l’absence de sens.

Le parti communiste comme un autre empire romain.

Et la faiblesse philosophique de l’anarchisme réside sûrement quelque part près de la ligne de fracture entre l’incohérence et la morale. Comment peut-il exister une façon correcte de vivre dans un univers absurde ? Implication existentielle ? Saut dans le noir ? Mais pourquoi ne pas simplement prendre sa propre part ou plus même encore ? Quel esprit peut dire Nan ? (Voir Stirner / Nietzsche)

Nietzsche bien sûr a fini dans la folie et signa sa dernière lettre “Dionysos et le crucifié”, un dieu ressuscité, mais seulement dans un abysse sans parole. Peut-être devons-nous considérer l’exigence d’une “rude moralité” et peut-être même une sorte de sens, de cohérence, même si inexprimable, ou même “spirituel”.

9.

Avec l’effondrement actuel du social et le triomphe du capital global, nous, rebu brisé, pouvons sourire et dire que le mondialisme est juste le nouvel internationalisme, l’étape véritablement finale du Capital et que bientôt, les moyens de production seront mûrs pour tomber entre les mains du prolétariat mondial. Ou alors, nous pourrions admettre avec morgue que la totalité nous a englouti, que l’Histoire est morte, que l’aliénation est universelle, que les dernières expropriations ont été effectuées, que la combinaison des buts de la logique, de la technologie et de l’argent se termine avec l’élimination de l’humain. La pollution de l’espace-temps de Virillo, le Grand Accident. Ou nous pourrions refuser d’accepter la dichotomie et demander l’impossible. Mais qu’est-ce que l’impossible si ce n’est pas une sorte de spiritualité ?..

Si la religion et l’idéologie nous ont toutes deux trahi, peut-être avons-nous besoin d’un nouveau paradigme. Mais chaque “nouvelle“ vision du monde a ses ancêtres. Le post-modernisme ne veut pas simplement dire de compulser les poubelles de l’histoire pour construire toujours plus de commodités et d’attitudes “révolutionnaires” Disons que nous voulons essayer d’imaginer un mouvement véritablement écolo non-autoritaire basé sur un fédéralisme anarcho-proudhonien et une entraide kropotkinienne, ce qui constitue de fait la “plomberie anarchiste” de base, mais ancrée en une certaine forme de spiritualité. Où pouvons-nous aller voir pour chercher une inspiration _ Avons-nous une “tradition” en ce domaine ?

10.

Une généalogie de la résistance ? Une “chaîne de transmission dorée” passant de l’esprit autonomiste de l’âge de pierre d’âge en âge ?

Puisque nous avons mentionne l’Europe médiévale, commençons par là , malheureusement nous allons devoir ignorer l’ère classique, l’Orient etc… Le taoïsme par exemple ou le soufisme et l’extrémisme chii’te, la cabale radicale (Sabbatai Sevi et Jacob Frank), l’hindouisme (spécifiquement le tantrique ou les syncrétistes radicaux comme Kabir ou le parti terroriste du Bengale, ainsi que le chamanisme tribal et son histoire de l’âge de pierre à aujourd’hui. Restons-en au christianisme, si ce n’est que pour la fait que la plupart d’entre nous le considère comme l’ennemi par excellence. 

Sujet pour recherche :

Joachim di Fiori et les Franciscains spirtituels;

Beghards & Beguines—Confrérie de l’esprit libre;

Les Adamites (le retour littéral à L’Age d’Or);

L’aile radicale de l’hermétisme de la Renaissance comme Giordano Bruno, conduit au bûcher pour hérésie en 1600 et l’alchimiste Paracelsus, qui soutint la révolte paysanne de 1525 contre Luther et les princes ;

La réforme radicale, ni catholique, ni protestante ; anabaptistes et le “communisme biblique”

Les spiritualistes (Sebastian Franck, Schwenckfeld, Paracelsus) qui prêchèrent une église invisible exogène sans dogmes, sans sacrements, sans prêtrises ni autorités ;

Les Libertins

La Famille de l’Amour

Les Rose-Croix, l’idée de la “tolérance radicale”, l’influence de l’alchimie soufiste et de la cabale juive

Les mystiques allemands, Eckhart, Tauter, Suso, puis plus tard Jacob Boehme et les piétistes hermétiques (Jane Leade et les philadelphiens de Londres)

La révolution anglaise (voir Christopher Hill et J.P Thompson), Diggers, Ranters, Levellers, Seekers, les hommes de la 5ème monarchie et les Mugletoniens (la mère de William Blake était muggletonienne), les premiers Quakers, les Antinomiens, plus tars les Chapelles des blasphémeurs ;

La franc-maçonnerie de gauche ; John Tolan, les druides et les libre-penseurs, Paine et Blake en tant que “druides”. Les sociétés maçonniques derrière la révolution française.

William Blake, sine qua non

Les branches de gauche du romantisme allemand et britannique

Charles Fourier en tant que socialiste hermétique

Les romantiques américains : Thoreau, Emerson, S. Peral Andrews, le spiritualisme et la réforme radicale, la “religion de la Nature” (influence amérindienne native)

Gustav Landauer,

Gh. Scholem, W. Benjamin;

Le surréalisme spécifiquement dans sa fascination de l’hermétisme, aussi R. Callois et George Bataille ;

Le retour du chamanisme (depuis au moins le XVIIIème siècle)

Le néo-paganisme

Les hérésies universalistes

Les cultes psychédéliques, le “cérémonialisme enthéogénique” etc…

11.

La critique de la civilisation a besoin d’une forte science pour elle-même. Une science post-Lumière avec sa “matière morte” et sa crypto-métaphysique a besoin de sa révolution kuhnienne. La restauration du sens. Le réenchantement du paysage. Pas juste un mythe sorellien mais un vrai mythe, la subversion surréaliste, surrationaliste, surrégionaliste demande une spiritualité puissante centrée sur la terre, une hypothèse Gaïa qui est plus qu’hypothétique, une expérience spirituelle. Une Extase interne (voir Bakhtin), le festival de la conscience comme magie.

Dans ce contexte, l’hermétisme se recommande de lui-même de par sa vue néo-platonicienne rectifiée de la matière comme esprit, la doctrine de la Terre comme être vivant. (Nicolas de Cusa, Pico, Ficino, les néo-platoniciens de Cambridge…) L’hermétisme n’est pas une religion mais une science de l’esprit et de l’imagination, empirique, expérimentale. Il est plus proche de nous historiquement que le chamanisme ou les voies orientales, plus culturellement familier (bien que très étrange c’est certain). Il est compatible avec les mystiques chrétien, musulman, juif et hindou, peut-être aussi avec la taoïsme et le bouddhisme, certainement avec la rose-croix et la maçonnerie et avec la plupart des grandes hérésies.

12.

Je ne veux pas argumenter pour une “spiritualité anarchiste” ou un “anarchisme spirituel” sur le principe. Par leurs fruits tu les reconnaîtra. “Recherche” ici veut dire participation, une volonté d’halluciner et d’être entraînés au delà de la censure de la raison illuminée, peut-être même un peu dans le démoniaque. Psychonautes dans des bathysphères psychiques…

—October 2002

“Le socialisme vient des siècles et des millénaires précédents. Le socialiste englobe toute la société et son passé, sent et sait d’où nous venons et ensuite détermine où nous allons.”
“La terre et l’esprit [Geist] sont donc la solution du socialisme… Les socialistes ne peuvent en aucune manière éviter le combat contre la propriété foncière. La lutte pour le socialisme est une lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire !”
~ Gustav Landauer ~

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Communiqué EZLN – Chiapas – Mexique

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 23 septembre 2021 by Résistance 71

caracole1

COMMUNIQUÉ DU COMITÉ CLANDESTIN RÉVOLUTIONNAIRE INDIGÈNE – COMMANDEMENT GÉNÉRAL DE L’ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

LE CHIAPAS AU BORD DE LA GUERRE CIVILE

Source :
http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2021/09/21/le-chiapas-au-bord-de-la-guerre-civile/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+EnlaceZapatista+%28Enlace+Zapatista%29


MEXIQUE.

19 SEPTEMBRE 2021.

AU PEUPLE DU MEXIQUE,

AUX PEUPLES DU MONDE,

À LA SEXTA NATIONALE ET INTERNATIONALE,

À L’EUROPE D’EN BAS À GAUCHE,

PREMIÈREMENT.– LE 11 SEPTEMBRE 2021, LE MATIN ET ALORS QUE LA DÉLÉGATION ZAPATISTE AÉRIENNE SE TROUVAIT DANS LA VILLE DE MEXICO, DES MEMBRES DE L’ORCAO, ORGANISATION PARAMILITAIRE AU SERVICE DU GOUVERNEMENT DE L’ÉTAT DU CHIAPAS, ONT SÉQUESTRÉ LES COMPAÑEROS SEBASTÍAN NUÑEZ PEREZ ET JOSE ANTONIO SANCHEZ JUAREZ, AUTORITÉS AUTONOMES DU CONSEIL DE BON GOUVERNEMENT DE PATRIA NUEVA, CHIAPAS.

L’ORCAO EST UNE ORGANISATION POLITICO-MILITAIRE À CARACTÈRE PARAMILITAIRE ; ELLE A DES UNIFORMES, DES ÉQUIPEMENTS, DES ARMES ET DES MUNITIONS ACQUISES AVEC L’ARGENT QU’ELLE REÇOIT DES PROGRAMMES SOCIAUX. ELLE EN GARDE UNE PARTIE ET DONNE L’AUTRE AUX FONCTIONNAIRES POUR QU’ILS COMMUNIQUENT SUR LE FAIT QUE LA POLITIQUE D’ASSISTANAT SE RÉALISE BIEN. AVEC CES ARMES, ELLE TIRE TOUTES LES NUITS SUR LA COMMUNAUTÉ ZAPATISTE DE MOISÉS Y GANDHI.

L’EZLN A ATTENDU AVEC PATIENCE JUSQU’À CE QUE S’ÉPUISENT TOUTES LES VOIES POSSIBLES VERS LA SOLUTION. PENDANT QUE LE GOUVERNEMENT DE L’ÉTAT DU CHIAPAS SABOTAIT ET ENTRAVAIT LA LIBÉRATION, CE SONT DES ORGANISATIONS DE DÉFENSE DES DROITS HUMAINS ET L’ÉGLISE CATHOLIQUE PROGRESSISTE QUI ONT ÉVALUÉ AVEC JUSTESSE CE QU’IL POURRAIT SE PASSER.

DEUXIÈMEMENT.– LOS COMPAÑEROS ONT ÉTÉ PRIVÉS DE LEUR LIBERTÉ PENDANT 8 JOURS ET ONT ÉTÉ LIBÉRÉS AUJOURD’HUI, LE 19 SEPTEMBRE 2021, GRÂCE À L’INTERVENTION DES PRÊTRES DE SAN CRISTÓBAL DE LAS CASAS ET D’OXCHUC, QUI FONT PARTIE DU DIOCÈSE DE SAN CRISTÓBAL DE LAS CASAS. LES COMPAÑEROS ONT ÉTÉ DÉPOUILLÉS D’UNE RADIO DE COMMUNICATION ET DE 6000 PESOS EN LIQUIDE QUI APPARTIENNENT AU CONSEIL DE BON GOUVERNEMENT.

TROISIÈMEMENT.– LE DÉLIT DE SÉQUESTRATION EST PUNI PAR LES LOIS DU MAUVAIS GOUVERNEMENT ET PAR LES LOIS ZAPATISTES. PENDANT QUE LE GOUVERNEMENT DE L’ÉTAT DU CHIAPAS COUVRE ET ENCOURAGE CES CRIMES, ET NE FAIT RIEN, L’ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE A PROCÉDÉ À LA PRISE DES MESURES NÉCESSAIRES POUR LIBÉRER LES SÉQUESTRÉS ET ARRÊTER ET SANCTIONNER LES RESPONSABLES DU CRIME.

QUATRIÈMEMENT.- SI L’ESCALADE DU CONFLIT N’A PAS DÉBOUCHÉ SUR UNE TRAGÉDIE, C’EST GRÂCE À L’INTERVENTION DES PRÊTRES MENTIONNÉS, DES ORGANISATIONS DE DÉFENSE DES DROITS HUMAINS ET GRÂCE AUX MOBILISATIONS ET AUX DÉNONCIATIONS RÉALISÉES AU MEXIQUE, ET SURTOUT EN EUROPE.

CINQUIÈMEMENT.– LA MAUVAISE ADMINISTRATION DE RUTILIO ESCANDÓN EST EN TRAIN DE FAIRE TOUT SON POSSIBLE POUR DÉSTABILISER LE SUD-ORIENTAL ÉTAT MEXICAIN DU CHIAPAS :

ELLE RÉPRIME AVEC LUXE DE VIOLENCES LA COMMUNAUTÉ DES ÉCOLES NORMALES RURALES ;

ELLE SABOTE LES ACCORDS PRIS ENTRE LE PROFESSORAT DÉMOCRATIQUE ET LE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL, POUSSANT LES INSTITUTEURS À SE MOBILISER RADICALEMENT POUR QUE SOIENT RESPECTÉS LES DITS ACCORDS ;

SES ALLIANCES AVEC LE NARCOTRAFIC FONT QUE LES COMMUNAUTÉS ORIGINELLES SE VOIENT OBLIGÉES DE FORMER DES GROUPES D’AUTODÉFENSE, PARCE QUE LE GOUVERNEMENT NE FAIT RIEN POUR PRÉSERVER LA VIE, LA LIBERTÉ ET LES BIENS DES HABITANTS. NON SEULEMENT LE GOUVERNEMENT DU CHIAPAS COUVRE LES GANGS DE NARCOTRAFIQUANTS, MAIS IL ENCOURAGE, PROMEUT ET FINANCE AUSSI DES GROUPES PARAMILITAIRES COMME CEUX QUI ATTAQUENT CONTINUELLEMENT DES COMMUNAUTÉS À ALDAMA ET À SANTA MARTHA.

IL MÈNE UNE POLITIQUE VACCINALE INTENTIONNELLEMENT LENTE ET DÉSORDONNÉE QUI EST EN TRAIN DE PROVOQUER DES DÉSACCORDS PARMI LA POPULATION RURALE ET QUI NE TARDERA PAS À EXPLOSER. PENDANT CE TEMPS, LE NOMBRE DE MORTS DUES À LA COVID AUGMENTE DANS LES COMMUNAUTÉS SANS QU’ELLES SOIENT PRISES EN COMPTE.

SES FONCTIONNAIRES SONT EN TRAIN DE VOLER TOUT CE QU’ILS PEUVENT DU BUDGET DE L’ÉTAT DU CHIAPAS, SE PRÉPARANT PEUT-ÊTRE À UN EFFONDREMENT DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL OU PARIANT SUR UN CHANGEMENT DE PARTI AU POUVOIR.

IL A MAINTENANT ESSAYÉ DE SABOTER LA SORTIE DE LA DÉLÉGATION ZAPATISTE QUI PARTICIPE À LA TRAVERSÉE POUR LA VIE, CHAPITRE EUROPE, EN ORDONNANT À SES PARAMILITAIRES DE L’ORCAO L’ENLÈVEMENT DE NOS COMPAGNONS, LAISSANT LE CRIME IMPUNI ET ESSAYANT DE PROVOQUER UNE RÉACTION DE L’EZLN DANS LE BUT DE DÉSTABILISER UN ÉTAT DONT LA GOUVERNANCE NE TIENT QU’À UN FIL.

SIXIÈMEMENT.– SI L’OBJECTIF DU PARTI VERT ÉCOLOGISTE DU MEXIQUE (PVEM) EST DE PROVOQUER UN PROBLÈME QUI AURA DES RÉPERCUSSIONS INTERNATIONALES, AINSI QUE DE DÉSTABILISER LE RÉGIME AU POUVOIR, IL FERAIT MIEUX DE RECOURIR À LA CONSULTATION DE RÉVOCATION DE MANDAT.

LE PVEM EST UN DES NOMS QUE LE VIEUX PRI UTILISE SUR CES TERRES. PARFOIS C’EST LE PAN, PARFOIS LE PRD, MAINTENANT C’EST LE PVEM, MAL DÉGUISÉ EN PARTI DE MOUVEMENT DE RÉGÉNÉRATION NATIONALE. CE SONT LES MÊMES DÉLINQUANTS D’HIER ET MAINTENANT ILS FONT PARTIE DU MAL NOMMÉ MOUVEMENT «D’OPPOSITION», COMME «CINQUIÈME COLONNE» DANS LA 4T.

LES RESPONSABLES SONT : Rutilio Escandón et Victoria Cecilia Flores Pérez.

SI CE QUE VOUS VOULEZ C’EST FAIRE TOMBER L’ACTUEL GOUVERNEMENT FÉDÉRAL, OU LUI CAUSER DES DIFFICULTÉS EN REPRÉSAILLES DES INVESTIGATIONS PÉNALES À VOTRE ENCONTRE, OU QUE VOUS ÊTES EN TRAIN DE JOUER DANS L’UNE DES FACTIONS QUI SE DISPUTENT LA SUCCESSION DE 2024, UTILISEZ LES CANAUX LÉGAUX AUXQUELS VOUS AVEZ ACCÈS ET CESSEZ DE JOUER AVEC LA VIE, LA LIBERTÉ ET LES BIENS DES CHIAPANÈQUES. VOTEZ ET APPELEZ À VOTER POUR LA RÉVOCATION DU MANDAT ET CESSEZ DE JOUER AVEC LE FEU CAR VOUS ALLEZ VOUS BRÛLER.

SEPTIÈMEMENT.– NOUS APPELONS L’EUROPE D’EN BAS ET À GAUCHE ET LA SEXTA NATIONALE ET INTERNATIONALE À MANIFESTER DEVANT LES AMBASSADES ET CONSULATS DU MEXIQUE, ET LES CASAS DEL GOBIERNO DE L’ÉTAT DU CHIAPAS, POUR EXIGER QU’ILS CESSENT DÈS MAINTENANT LES PROVOCATIONS ET QU’ILS ABANDONNENT LE CULTE DE LA MORT QU’ILS PROFESSENT. LA DATE FIXÉE EST LE VENDREDI 24 SEPTEMBRE 2021.

DEVANT L’ACTION ET L’OMISSION DES AUTORITÉS D’ÉTAT ET FÉDÉRALES FACE AU CRIME ACTUEL ET AUX CRIMES ANTÉRIEURS, NOUS PRENDRONS LES MESURES PERTINENTES POUR QUE LA JUSTICE SOIT APPLIQUÉE AUX CRIMINELS DE L’ORCAO ET AUX FONCTIONNAIRES QUI LES PARRAINENT.

C’EST TOUT. LA PROCHAINE FOIS IL N’Y AURA PLUS DE COMMUNIQUÉ. C’EST-À-DIRE, IL N’Y AURA PAS DE MOTS, MAIS DES ACTES.

Depuis les montagnes du Sud-est mexicain

Au nom du CCRI-CG de l’EZLN

Sous-commandant insurgé Galeano

Mexique, 19 septembre 2021.

= = =

Lecture complémentaire :

6ème déclaration zapatiste d ela forêt de Lacandon (2005)

Mouvement Zapatiste : le feu et la parole

Réseau de Résistance et de Rébellion Internationales

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Résistance politique : Errico Malatesta, retour sur une vie

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , on 23 septembre 2021 by Résistance 71

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Errico Malatesta, retour sur une vie

Le Monde Libertaire

20 septembre 2021

Source:
https://monde-libertaire.fr/?article=Des_idees_et_des_luttes_Errico_MALATESTA

« La légende est plus vraie que l’histoire, plus intéressante. » Cette citation d’Errico Malatesta au sujet de la Commune de Paris de 1871 pourrait parfaitement s’appliquer à sa vie. On la connaît par les rapports de police essentiellement consacrés à noircir le personnage pour mieux l’enfermer, mais quid de sa vie intérieure, ses sentiments, son introspection. Très difficile exercice car il parlait assez peu de lui-même, tout consacré à une cause, l’anarchie à laquelle il consacrera un livre éponyme. Certes, il existe des articles, des discours, des propos enflammés d’amis, de compagnons qui magnifient le militant charismatique, lui qui voulait rester discret, au service des autres. Vittorio Giacopino publie chez Lux, un livre « roman historique » pour faire vivre la légende. Rien n’est faux, mais il fait parler Malatesta au plus près de ses lettres à ses amis, de ses réflexions. Enfermé vivant dans un petit appartement rue Andrea-Doria à Rome, surveillé, perquisitionné, harcelé par les nervis fascistes de Mussolini, il se remémore sa vie d’aventures, son départ en Amérique du Sud, ses voyages à Londres, un internationaliste qui rencontre Bakounine à Saint-Imier, se lie avec Pierre Kropotkine. 

La Révolution universelle

La Commune de Paris de 1871 sera sa prise de conscience de la nécessité de se battre pour un monde meilleur, il y pense encore en 1931, un an avant sa mort et croit toujours dans la Révolution universelle. « Nous ne reconnaissons d’autre patrie que la révolution universelle, d’autre ennemi que la tyrannie sous quelque forme qu’elle se présente. »

Ses premières actions relèvent du coup de poing, des initiatives à la hâte, des échecs, des procès, de la prison, mais toujours « je ne peux que nourrir du mépris pour ceux qui non seulement ne veulent rien faire, mais se complaisent à blâmer et maudire ceux qui agissent. » Alors, il agit toujours à l’affût d’une action, d’un espoir à relayer. « La foi, ce n’est pas une croyance aveugle : c’est le résultat d’une volonté ferme alliée à une forte espérance. »

Les souvenirs remontent à la surface, des regrets jamais, de la nostalgie parfois comme son séjour à Paris et le retour des communards en 1880, son exclusion de l’Internationale et le mépris de Marx à l’encontre des « anarchistes qui ne représentent pas les vrais travailleurs, mais des gens déclassés avec certains travailleurs abusés, comme troupe. »

Ses propos sont d’une actualité étonnante, bien qu’écrits au début du XXème siècle. « Tout le système social en vigueur est fondé sur la force brutale mise au service d’une petite minorité qui exploite et opprime la grande masse. » Il y oppose Le programme anarchiste qui se conclut ainsi « Nous voulons donc abolir radicalement la domination et l’exploitation de l’homme par l’homme. Nous voulons que les hommes, unis fraternellement par une solidarité consciente, coopèrent volontairement au bien-être de tous. […] Nous voulons pour tous le pain, la liberté, l’amour et la science. »

Une solidarité consciente

Ses regrets ? Oui sans doute le ralliement de Kropotkine et de quelques anarchistes à la guerre en 1914. Et puis aussi la révolution soviétique, même si au début il croit dans cette lumière qui se lève à l’Est, mais il écrit aussi en 1919 qu’en réalité « il s’agit de la dictature d’un parti, ou plutôt des chefs d’un parti […] qui préparent les cadres gouvernementaux qui serviront à ceux qui viendront après pour profiter de la révolution et la tuer. » Dans Pensiero et Volontà, il dénonce Lénine en ces termes, « lui, avec les meilleures intentions, fut un tyran, l’étrangleur de la Révolution russe, et nous qui ne pûmes l’aimer vivant, nous ne pouvons le pleurer mort. » Rappelons que Cronstadt, Mahkno et l’Ukraine, l’élimination des anarchistes sont passés par là. 

« Faire les anarchistes »

En 1920, se développe dans le Nord de l’Italie, une mobilisation ouvrière sans pareil, Malatesta en fait partie évidemment. Il faut occuper les usines et paralyser le système bourgeois. Cependant, les socialistes modérés, les syndicats limitent l’ampleur de la mobilisation et le reflux ne tarde pas à se faire sentir. Il en résultera des attentats du désespoir. 

Poursuivi par les fascistes, il se réfugie à Rome où la situation sera encore pire qu’à Milan. Isolé, il sent ses forces le quitter, entouré par les séides de Mussolini. Alors que faire, Errico Malatesta ? « Faire les anarchistes ; nous unir, nous organiser, approfondir les problèmes d’aujourd’hui et de demain. […] Ce qui importe le plus, c’est que le peuple, les hommes, perdent l’instinct et les habitudes grégaires que l’esclavage millénaire leur a insufflés, et apprennent à penser et à agir librement. Et c’est à cette grande œuvre de libération que les anarchistes doivent se consacrer. »

Francis Pian

Errico Malatesta, Vittorio Giacopino. Ed. LUX, 2018

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Errico Malatesta sur Résistance 71

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Résistance anti-coloniale de Mana Whenua pour la terre ancestrale sur Aoteraora (Nouvelle-Zélande)… Ihumatao 2015-2021

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , on 21 septembre 2021 by Résistance 71

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“La colonisation est une forme de conquête par laquelle une nation occupe un territoire lointain, y engouffre ses propres gens et contrôle ou élimine les populations locales natives… L’histoire de la colonisation… c’est aussi celle de la guerre et de l’exploitation des races et des nations les unes par les autres.”
~ Contre-amiral et historien Samuel Eliot Morison ~

“La révolte est, dans l’homme, le refus d’être traité en chose et d’être réduit à la simple histoire. Elle est l’affirmation d’une nature commune à tous les hommes, qui échappe au monde, la puissance.”
~ Albert Camus ~

« En point de départ, je suggèrerais de conceptualiser ce qu’on pourrait appeler l’anarcho-indigénisme […] Le mot indigène* qui évoque l’enracinement spirituel et culturel dans cette terre et la lutte pour la justice et la liberté d’Onkwe’hon:weh ; combiné au mouvement politique et philosophique qui est fondamentalement anti-institutionnel, radicalement démocratique et dévoué à prendre action afin d’amener le changement: l’anarchisme. »
~ Taiaiake Alfred, 2005, Mohawk et professeur de science politique ~

(*) dans cette citation, les peuples indigènes sont “onkwehonwe”, dans l’article que nous avons traduit ci-dessous, ils sont Mana Whenua en maori… Les mêmes choses, les mêmes luttes s’appliquent quel que soit le continent, car nous vivons toujours dans un monde colonial, de fait deux continents entiers, ceux des Amériques et de l’Océanie, sont toujours des entités coloniales actives, qui extraient ressources naturelles et humaines pour la clique de margoulins spéculateurs.

N’oublions jamais que si les hommes certes créent le système, celui-ci crée aussi les hommes qui le maintiennent en place… (Résistance 71)

Ihumatao

Ihumatao : récupérer la terre et résister au capitalisme colonisateur sur Aoteraora* / Nouvelle -Zélande

Anarchistes Tamaki Makaurau

Février 2020

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

(*) Aoteraora est le nom maori pour la “Nouvelle-Zélande” qui en est le nom colonial. Aoteraora en maori veut dire “la terre du long nuage blanc”.

Sur Aotearoa, une des principales formes de lutte sociale est la lutte indigène maorie pour récupérer la terre qui leur a été volée par le gouvernement colonial néo-zélandais en tant que partie intégrante de la colonisation capitaliste d’Aotearoa. Depuis 2015 se produit la plus grande lutte pour la terre de la décennie à Ihumatao, Tamaki Makaurau / Auckland où des Maoris et non-Maoris de l’action Save Our Unique Landscape (SOUL, acronyme qui veut dire “âme” en anglais) ont occupé la terre pour arrêter la firme de construction capitaliste Fletcher Building (FB) de commencer un projet de développement immobilier nuisible à l’environnement et à la communauté et aussi afin de retourner la terre à mana whenua (NdT: qui veut dire en maori “les gens de la place”, l’équivalent austral du “honkwehonwe” / peuples indigènes, mohawk dont nous parlons souvent ici…). Cette lutte pour la terre est la plus récente dans la longue histoire d’Ihumatao.

Il y a 800 ans, Ihumatao fut un des premiers endroits où arrivèrent les Maoris et établirent leurs communautés sur Aotearoa, dans une zone maintenant connue sous le nom de Otuataua Stonefields. Là, ils cultivèrent plus de 8000 hectares de terres afin de faire pousser kumara, taro, yams et potirons pour se nourrir. Ils ont aussi nourri les colons britanniques lorsque ceux-ci arrivèrent et commencèrent à coloniser Tamaki Makaurau et créer Auckland après la signature du traité de Te Tiritti O Waitangi entre quelques sous-tribus maories Hapu (NdT: les collabos de tout système colonial…) et l’empire britannique. Mais une telle coopération entre les Maoris et Pakeha (colons) ne dura pas bien longtemps, alors que la poussée pour toujours accumuler plus de biens et de richesses par le gouvernement de manière inhérente au capitalisme, mena le gouvernement néo-zélandais à utiliser plusieurs moyens pour transformer la terre communale maorie en terre d’état (colonial) et privée, moyens incluant la Native Land Court, des ventes de terres illégales et des guerres, ainsi que la version d’Aoteraora de la mise sous clotures des communaux (NdT :propriétés communales, comme dans l’Angleterre de Cromwell et sous la révolution française bourgeoise…)

Ceci culmina avec la guerre de Waikato, partie de la plus vaste guerre de Nouvelle-Zélande, qui commença en 1863 entre le gouvernement de la NZ, mené par le gouverneur de la couronne George Grey, leurs alliés maoris de Kupapa/Queennitanga et le mouvement Kingitanga qui voulait que Te Tiritti soit honoré. Durant la guerre, un fonctionnaire britannique fut envoyé à Ihumatao et demanda que les Maoris de l’endroit jurent allégeance à la couronne d’Angleterre et déposent les armes sous peine d’expulsion. Les Maoris refusèrent et en réponse, la couronne confisqua illégalement Ihumatao et la donna en 1869 à une famille Pakeha (colon), la famille Wallace, afin d’en faire une vaste entreprise agricole capitaliste alors que les Maoris étaient destitués et devenaient sans terre.

Durant le XXème siècle, alors que les Wallace géraient leur très vaste ferme, le centre de traitement des eaux usagées de Mangere fut construit entre 1960 et 2000, polluant dans le temps, l’air, l’eau et les fonds marins avoisinants. Les volcans furent nivelés pour la construction de l’aéroport d’Auckland ainsi que les réseaux routiers. En 2009, la deuxième construction d’une autoroute pour l’aéroport d’Auckland, mena au nivellement par bulldozers du très vieux centres funéraires (urupa) près de Manukau Harbor, mettant à jour 89 tombes. en 2012, le conseil de la province d’Auckland essaya de faire de cette terre un espace public et ceci fut amené devant le tribunal de l’environnement et ils durent retoquer la terre pour tout futur développement économique. En février 2014, la tribu locale iwi Te Kawerau de Maki signa un traité avec le gouvernement pour arranger la violation du traité Te Tirriti par le gouvernement. En juillet 2014, le gouvernement et le conseil d’Auckland désignèrent 32ha adjacents au Otuataua Stonefields et sa réserve historique comme zone spéciale de développement immobilière ou SHA62 pour le développement futur d’une zone d’habitation.

Lorsque ceci fut annoncé, la locale de Ihumatao, Pania Newton, ainsi que ses cousins, formèrent l’association SOUL en 2015 afin de mettre un terme à la rezonification. En 2016, les Wallace vendirent la terre à une société de construction capitaliste Fletcher Building, qui planifia la construction de 480 logements. En réponse à cela, en novembre 2016, SOUL commença son occupation de la terre et demanda l’arrêt immédiat du projet de FB et que la SHA62 soit dissoute. Un mois plus tard, Joe Hawke, le leader de l’occupation à Bastion Point, rendit visite à SOUL et proposa ses conseils. Dans les trois années qui suivirent, SOUL mit en place toute une série de tactiques diverses afin de tenter d’enrayer le plan de FB, ceci incluant une requête à l’ONU, la traduction de l’entreprise devant un tribunal environnemental ainsi que de nombreuses pétitions au gouvernement de Wellington / Poneke et du conseil de la province d’Auckland, tout ceci effectué à grand renfort de campagne médiatique dans les réseaux sociaux. Mais aucune de ces mesures n’eut de succès et le projet de développement de FB continua. En réponse, Te Kawerau a Maki négocia avec FB de mettre des logements au profit de la tribu Iwi puis soutint le projet, disant que cela était pour le mieux et que SOUL n’était pas Mana Whenua (autochtone)…

Sans plus d’obstacle devant elle, FB essaie maintenant de commencer les constructions sur Ihumatao. La police fut envoyée le 23 juillet 2019 pour exécuter des ordres d’expulsion et arrêta trois manifestants / activistes. Lorsque ceci se produisit, les trois ans de campagne de SOUL portèrent leurs fruits avec des centaines de personnes arrivant sur place pour renforcer le blocus et empêcher les constructions sur Ihamarao. Des membres anarchistes de Tamaki Makaurau se trouvèrent parmi elles. Grâce à ce blocus, le gouvernement qui avait initialement dit qu’il n’interviendrait pas le 24 juillet, déclara le 26 juillet que toute construction sur Ihumatao cesserait tandis qu’une solution entrait en cours de négociation entre Te Kawerau ā Maki, Fletchers et le conseil d’Auckland.

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Malheureusement, SOUL ne fut pas invité aux négociations et ils continuèrent le blocus essentiellement aussi parce que la police et FB demeuraient sur place à Ihumatao, les kiataki / protecteurs de Ihumatao étant capables de pousser la ligne de blocus toujours plus proche de la place tout en faisant face à une présence policière renforcée le 5 août. Le jour suivant, il y eut une journée nationale d’action en solidarité avec les demandes des locaux d’Ihumatao. Ceci aida grandement à maintenir la pression sur Fletcher et le gouvernement après que les Kingitanga offrirent de tenir un hui entre SOUL et Te Kawerau ā Maki pour en venir à une position acceptée par les deux camps.

Alors que continuèrent les négociations, ainsi continua aussi le blocus, la majorité des forces de police évacuant Ihutamao le 16 août alors que SOUL organisait une marche sur le bureau de la première ministre Jacinda Ardern afin qu’elle vienne voir ce qui se passait à Ihumatao, ce qu’elle refusa de faire. les Négociations prirent fin le 18 septembre, voyant SOUL et Te Kawerau ā Maki être d’accord sur le fait que Ihumatao devrait retourner à mana whenua. Depuis la mi-septembre 2019, des négociations continuent bien que SOUL ait été empêché d’y participer. Il y a nombre de signes positifs indiquant qu’une solution devrait être trouvée avec le gouvernement disant le 19 novembre qu’il considérait prêter de l’argent au conseil d’Auckland pour racheter Ihumatao à FB afin d’en faire un espace public tandis que Pania Newton annonçait le 23 décembre 2019 qu’une résolution verrait bientôt le jour et serait annoncée. Cette bonne nouvelle mena à un très joyeux Noël en 2019.

En 2020, la lutte pour Ihumatao commença bien avec FB retirant ses barrières de l’endroit. Il y avait aussi une attente de règlement de conflit imminent, Kingitanga baissant le drapeau de Ihumatao de manière symbolique alors que leur travail pour parvenir à un accord arrivait à sa fin. Mais toujours pas de résolution au jour de Waitangi. En rétrospective, le boulot de SOUL dans cette affaire de protection de la terre fut simplement un succès phénoménal, le mouvement transforma son action de réclamation initial de petite envergure en une campagne d’action directe qui créa un mouvement de masse sur Tamaki Makaurau et à travers tout Aotearoa afin de mettre un terme au développement immobilier de Fletcher, ceci soutenu par une remarquable campagne de gain d’attention dans les réseaux sociaux. Ceci permit aussi une nouvelle approche dans la politique maorie, menant une nouvelle génération d’activistes recherchant plus l’action directe afin que soient retournées les terres volées sans plus se fier aux structures corporatrices et institutionnelles en place pour négocier avec le gouvernement et pour obtenir des gains sur les traités en compensations financières ne faisant qu’enrichir une nouvelle classe / caste maorie capitaliste bouffant au râtelier du système.

Quoi qu’il en soit, cette lutte n’est pas encore arrivée à son terme et les actions du gouvernement ne peuvent être vues qu’avec scepticisme car ils feront tout ce qui est possible pour mettre un terme au fait que cette dispute soit utilisée comme un précédent pour retourner des terres privées aux Maoris dans de futurs arrangements sur les traités contestés. Si cela se produit, alors toutes les terres volées sur Aotearoa pourraient bien être retournées aux Maoris, déstabilisant ainsi les piliers de développement colonial capitaliste sur Aotearoa, ce que ce soit au sujet de terres privées ou en possession d’état. Peu importe ce qu’il adviendra, la campagne de SOUL pour réclamer Ihumatao a mis en pratique le cri anti-colonial maori de son chef Rangitira, Rewi Maniapoto, lancé durant la guerre de Waikato : “Ka whawhai tonu mātou, Ake! Ake! Ake! – Nous continuerons à nous battre encore et toujours !”

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“Il y a des connexions philosophiques entre les sociétés indigènes et quelques sensibilités anarchistes sur l’esprit de la liberté et les idéaux pour une bonne société. Des idées critiques parallèles et des visions d’un futur post-impérialiste ont bien été notées par quelques penseurs, mais quelque chose qu’on pourrait appeler ‘anarcho-indigénisme’ doit toujours se développer en une philosophie et une pratique cohérentes. Il y a également une grande similitude entre les façons de voir le monde des anarchistes et des peuples autochtones: un rejet des alliances avec des systèmes légalisés, centralisés d’oppression et une non-participation aux institutions qui structurent la relation coloniale, ainsi que la croyance d’amener le changement par l’action directe et la résistance au pouvoir d’état.”
~ Taiaiake Alfred, professeur sciences politiques, Mohawk ~

L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur terre. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais !
~ Résistance 71 ~

5 textes pour comprendre et éradiquer le colonialisme

« Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte », Steven Newcomb, 2008

« Comprendre le système de l’oppression coloniale par mieux le démonter », Steven Newcomb

« Comprendre le système de l’oppression coloniale pour mieux le démonter », Peter d’Errico

« Effondrer le colonialisme », Résistance 71

« Nous sommes tous des colonisés ! », Résistance 71

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Mana Whenua

Pistes pour trouver la voie de la société des sociétés : une réflexion critique ~ 2ème partie ~

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 20 septembre 2021 by Résistance 71

TAZ
Des Zones Autonomes Temporaires (ZAT)…
à une Zone Autonome Permanente Planétaire (ZAPP)

Pour une solution vers la société des sociétés par-delà les impostures et les guéguerres de clochers stériles qui divisent le mouvement de résistance radicale au système étatico-capitaliste.
Seul mot d’ordre viable pour notre émancipation finale :
A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !
Tout le reste n’est que pisser dans un violon. N’oubliez pas ça alors que commence à donner la fanfare de la mascarade étatico-politico-marchande du cirque électoral pour 2022. Mettre à bas dictature et illusions !
Vive la Commune Universelle de notre humanité réalisée dans la complémentarité de notre diversité !
~ Résistance 71 ~

Anarchisme

Hakim Bey

2009

Qu’est-ce que l’anarchisme ?

Le Prophète Mahomet a dit que tous ceux qui vous saluent par « Salam ! » (paix) doivent être considérés comme musulmans. De la même manière, tous ceux qui s’appellent eux-mêmes « anarchistes » doivent être considérés comme des anarchistes (à moins qu’ils ne soient des espions de la police) – c’est-à-dire, qu’ils désirent l’abolition du gouvernement. Pour les soufis, la question « Qu’est-ce qu’un musulman? » n’a absolument aucun intérêt. Ils demandent, au contraire, « Qui est ce musulman ? Un dogmatique ignorant ? Un coupeur de cheveux en quatre ? Un hypocrite ? Ou bien est-ce celui qui tend à expérimenter la connaissance, l’amour et la volonté comme un tout harmonieux ? »

« Qu’est-ce qu’un anarchiste ? » n’est pas la bonne question. La bonne question c’est : « Qui est cet anarchiste ? Un dogmatique ignorant ? Un coupeur de cheveux en quatre ? Un hypocrite ? Celui-là qui proclame avoir abattu toutes les idoles, mais qui en vérité n’a fait qu’ériger un nouveau temple pour des fantômes et des abstractions ? Est-ce celui qui essaye de vivre dans l’esprit de l’anarchie, de ne pas être dirigé / de ne pas diriger – ou bien est-ce celui qui ne fait qu’utiliser la rébellion théorique comme excuse à son inconscience, à son ressentiment et à sa misère ? »

Les querelles théologiques mesquines des sectes anarchistes sont devenues excessivement ennuyeuses. Au lieu de demander des définitions (des idéologies), posez la question : « Qu’est-ce que tu sais ? », « quels sont tes véritables désirs ? », « que vas-tu faire à présent ? » et, comme Diaghilev le dit au jeune Cocteau : « Étonne-moi ! »

Qu’est-ce que le gouvernement ?

Le gouvernement peut être décrit comme une relation structurée entre les êtres humains par laquelle le pouvoir est réparti inégalement, de telle manière que la vie créatrice de quelques-uns est réduite pour l’accroissement de celle des autres. Ainsi, le gouvernement agit dans toutes les relations dans lesquelles les intervenants ne sont pas considérés comme des partenaires à part entière agissant dans une dynamique de réciprocité. On peut ainsi voir à l’œuvre le gouvernement dans des cellules sociales aussi petites que la famille ou « informelles » comme les réunions de voisinage – là où le gouvernement ne pourra jamais toucher des organisations bien plus grandes comme les foules en émeute ou les rassemblements de passionnés par leur hobby, les réunions de quaker ou de soviets libres, les banqueteurs ou les œuvres de charité.

Les relations humaines qui s’engagent sur un tel partenariat peuvent, au travers d’un processus d’institutionnalisation, sombrer dans le gouvernement – une histoire d’amour peut évoluer en mariage, cette petite tyrannie de l’avarice de l’amour ; ou bien encore une communauté spontanée, fondée librement afin de rendre possible une certaine manière de vivre désirée par tous ses membres, peut se retrouver dans une situation où elle doit gouverner et exercer une coercition à l’encontre de ses propres enfants, au travers de règles morales mesquines et des reliquats d’idéaux autrefois glorieux.

Ainsi, la tâche de l’anarchie n’est jamais destinée à perdurer qu’à court terme. Partout et toujours les relations humaines seront concrétisées par des institutions et dégénéreront en gouvernements. Peut-être que l’on pourrait soutenir que tout cela est « naturel »… Mais quoi ? Son opposé est tout aussi « naturel ». Et s’il ne l’était pas, alors on pourrait toujours choisir le « non-naturel », l’impossible.

Cependant, nous savons que les relations libres (non gouvernées) sont parfaitement possibles, car nous en faisons l’expérience assez souvent – et plus encore lorsque nous luttons pour les créer. L’anarchiste choisit la tâche (l’art, la jouissance) de maximiser les conditions sociales afin de provoquer l’émergence de telles relations. Puisque c’est ce que nous désirons, c’est ce que nous faisons.

Et les criminels ?

Les considérations ci-dessus peuvent être comprises comme impliquant une forme d’« éthique », une définition mutable de la justice dans un contexte existentiel et situationniste. Les anarchistes ne devraient probablement considérer comme « criminels » que ceux qui contrarient délibérément la réalisation des relations libres. Dans une société hypothétique sans prison, seuls ceux que l’on ne peut dissuader de telles actions pourront être livrés à la « justice populaire » ou même à la vengeance.

Aujourd’hui, cependant, nous ferions bien de réaliser que notre propre détermination à créer de telles relations, même de manière imparfaite et utopique, nous placera inévitablement dans une position de « criminalité » vis-à-vis de l’État, du système légal et probablement de la « loi non écrite » du préjugé populaire. Depuis longtemps être un martyr révolutionnaire est passé de mode – le but présent est de créer autant de liberté que possible sans se faire attraper.

Comment fonctionne une société anarchiste ?

Une société anarchiste œuvre, partout où deux ou plusieurs personnes luttent ensemble, dans une organisation de partenariat original, afin de satisfaire des désirs communs (ou complémentaires). Aucun gouvernement n’est nécessaire pour structurer un groupe de potes, un dîner, un marché noir, un tong (ou une société secrète d’aide mutuelle), un réseau de mail ou un forum, une relation amoureuse, un mouvement social spontané (comme l’écosabotage ou l’activisme anti-SIDA), un groupe artistique, une commune, une assemblée païenne, un club, une plage nudiste, une Zone Autonome Temporaire. La clé, comme l’aurait dit Fourier, c’est la Passion – ou, pour utiliser un mot plus moderne, le désir.

Comment pouvons-nous y parvenir ? En d’autres termes, comment maximiser la potentialité que de telles relations spontanées puissent émerger du corps putrescent d’une société asphyxiée par la gouvernance ? Comment pouvons-nous desserrer les rênes de la passion afin de recréer le monde chaque jour dans une liberté originelle du « libre esprit » et d’un partage des désirs ? Une question à deux balles – et qui ne vaut réellement pas beaucoup plus puisque la seule réponse possible ne relève que de la science-fiction.

Très bien. Mon sens de la stratégie tend vers un rejet des vestiges des tactiques de l’ancienne « Nouvelle Gauche » comme la démo, la performance médiatique, la protestation, la pétition, la résistance non-violente ou le terrorisme aventurier. Ce complexe stratégique a été depuis longtemps récupéré et marchandisé par le Spectacle (si vous me permettez un excès de jargon situationniste).

Deux autres domaines stratégiques, assez différents, semblent bien plus intéressants et prometteurs. Le premier est le processus résumé par John Zerzan [1] dans Elements of Refusal – c’est-à-dire, le refus de mécanismes de contrôle étendus et largement apolitiques inhérents aux institutions comme le travail, l’éducation, la consommation, la politique électorale, les « valeurs familiales », etc. Les anarchistes pourraient tourner leur attention vers des manières d’intensifier et de diriger ces « éléments ». Une telle action pourrait bien tomber dans la catégorie traditionnelle de l’« agitprop », mais éviterait la tendance « gauchiste » à institutionnaliser ou « fétichiser » les programmes d’une élite ou avant-garde révolutionnaire autoproclamée.

L’action dans le domaine des « éléments du refus » est négative, « nihiliste » même, tandis que le second secteur se concentre sur les émergences positives d’organisations spontanées capables de fournir une réelle alternative aux institutions du Contrôle. Ainsi, les actions insurrectionnelles du « refus » sont complétées et accrues par une prolifération et une concaténation des relations du « partenariat original ». En un sens, c’est là une version mise à jour de la vieille stratégie « Wobbly » [2] d’agitation en vue d’une grève générale tout en bâtissant simultanément une nouvelle société sur les décombres de l’ancienne au travers de l’organisation des syndicats. La différence, selon moi, c’est que la lutte doit être élargie au-delà du « problème du travail » afin d’inclure tout le panorama de la « vie de tous les jours » (dans le sens de Debord).

J’ai essayé de faire des propositions bien plus spécifiques dans mon essai Zone Autonome Temporaire (Autonomedia, NY, 1991) ; donc, je me restreindrai ici à mentionner mon idée que le but d’une telle action ne peut être désigné proprement sous le vocable de « révolution » — tout comme la grève générale, par exemple, n’était pas une tactique « révolutionnaire », mais plutôt une « violence sociale » (ainsi que Sorel l’a expliqué). La révolution s’est trahie elle-même en devenant une marchandise supplémentaire, un cataclysme sanglant, un tour de plus dans la machinerie du Contrôle – ce n’est pas ce que nous désirons, nous préférons laisser une chance à l’anarchie de briller.

L’anarchie est-elle la Fin de l’Histoire ?

Si le devenir de l’anarchie n’est jamais « accompli » alors la réponse est non – sauf dans le cas spécial de l’Histoire définie comme auto-valorisation privilégiée des institutions et gouvernements. Mais, l’histoire dans ce sens est déjà probablement morte, a déjà « disparu » dans le Spectacle, ou dans l’obscénité de la Simulation. Tout comme l’anarchie implique une forme de « paléolithisme psychique », elle tend traditionnellement vers un état post-historique qui refléterait celui de la préhistoire. Si les théoriciens français ont raison, nous sommes déjà entrés dans un tel état. L’histoire comme l’histoire (dans le sens de récit) continuera, car il se pourrait que les humains puissent être définis comme des animaux racontant des histoires. Mais l’Histoire, en tant que récit officiel du Contrôle, a perdu son monopole sur le discours. Cela devrait, sans aucun doute, travailler à notre avantage.

Comment l’anarchie perçoit-elle la technologie ?

Si l’anarchie est une forme de « paléolithisme », cela ne signifie nullement que nous devrions retourner à l’Âge de la pierre. Nous sommes intéressés par un retour au Paléolithique et non en lui. Sur ce point, je crois que je suis en désaccord avec Zerzan et le Fifth Estate [3] ainsi qu’avec les futuro-libertariens de CaliforniaLand. Ou plutôt, je suis d’accord avec eux tous, je suis à la fois un luddite et un cyberpunk, donc inacceptable pour les deux partis.

Ma croyance (et non ma connaissance) est qu’une société qui aurait commencé à approcher une anarchie générale traiterait la technologie sur la base de la passion, c’est-à-dire, du désir et du plaisir. La technologie de l’aliénation échouerait à survivre à de telles conditions, alors que la technologie de l’amélioration survivrait probablement. La sauvagerie, cependant, jouerait aussi nécessairement un rôle majeur dans un tel monde, car la sauvagerie est le plaisir. Une société basée sur le plaisir ne permettra jamais à la techné [4] d’interférer avec les plaisirs de la nature.

S’il est vrai que toute techné est une forme de médiation, il en va de même de toute culture. Nous ne rejetons pas la médiation per se (après tout, tous nos sens sont une médiation entre le « monde » et le « cerveau »), mais plutôt la tragique distorsion de la médiation en aliénation. Si le langage lui-même est une forme de médiation alors nous pouvons « purifier le langage de la tribu » ; ce n’est pas la poésie que nous haïssons, mais le langage en tant que contrôle.

Pourquoi l’anarchie n’a-t-elle pas marché auparavant ?

Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? Elle a marché des milliers, des millions de fois. Elle a fonctionné durant 90 % de l’existence humaine, le vieil Âge de la pierre. Elle marche dans les tribus de chasseurs/cueilleurs encore aujourd’hui. Elle marche dans toutes les « relations libres » dont nous avons parlé auparavant. Elle marche chaque fois que vous invitez quelques amis pour un piquenique. Elle a « marché » même dans les « soulèvements ratés » des soviets de Munich ou de Shanghai, de Baja California en 1911, de Fiume en 1919, de Kronstadt en 1921, de Paris en 1968. Elle a marché pour la Commune, les enclaves de Maroons, les utopies pirates. Elle a marché dans les premiers temps du Rhodes Island et de la Pennsylvanie, à Paris en 1871, en Ukraine, en Catalogne et en Aragon.

Le soi-disant futur de l’anarchie est un jugement porté précisément par cette sorte d’Histoire que nous croyons défunte. Il est vrai que peu de ces expériences (sauf pour la préhistoire et les tribus primitives) ont duré longtemps – mais cela ne veut rien dire quant à la valeur de la nature de l’expérience, des individus et des groupes qui vécurent de telles périodes de liberté. Vous pouvez peut-être vous souvenir d’un bref, mais intense amour, un de ces moments qui aujourd’hui encore donne une certaine signification à toute votre vie, avant et après – un « pic d’expérience ». L’Histoire est aveugle à cette portion du spectre, du monde de la « vie de tous les jours » qui peut aussi devenir à l’occasion la scène de l’« irruption du Merveilleux ». Chaque fois que cela arrive, c’est un triomphe de l’anarchie. Imaginez alors (et c’est la sorte d’histoire que je préfère) l’aventure d’une importante Zone Autonome Temporaire durant six semaines ou même deux ans, le sens commun de l’illumination, la camaraderie, l’euphorie – le sens individuel de puissance, de destinée, de créativité. Aucun de ceux qui ont jamais expérimenté quelque chose de ce genre ne peut admettre, un seul moment, que le danger du risque et de l’échec pourrait contrebalancer la pure gloire de ces brefs moments d’élévation.

Dépassons le mythe de l’échec et nous sentirons, comme la douce brise qui annonce la pluie dans le désert, la certitude intime du succès. Connaître, désirer, agir – en un sens nous ne pouvons désirer ce que nous ne connaissons déjà. Mais nous avons connu le succès de l’anarchie pendant un long moment maintenant – par fragments, peut-être, par flashes, mais réel, aussi réel que la mousson, aussi réel que la passion. Si ce n’était pas le cas, comment pourrions-nous la désirer et agir peu ou prou à sa victoire ?

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

vivre_libre

resistanceA