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Révolution sociale, organisation et société des sociétés (avec Luigi Fabbri)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , on 21 octobre 2019 by Résistance 71

 

L’organisation anarchiste

 

Luigi Fabbri

 

Juin 1907

 

Rapport présenté au Congrès anarchiste italien de Rome (16-20 juin 1907)

et au Congrès anarchiste international d’Amsterdam (24-31 août 1907)

D’après Volonté anarchiste n°7 –

Edition du Groupe Fresnes-Antony de la Fédération anarchiste – 1979 –

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AVERTISSEMENT

Comme conclusion au suivant rapport sur l’action individuelle et collective dans le mouvement anarchiste présenté au 1er Congrès Anarchiste Italien tenu à Rome du 16 au 20 juin 1907, il fut proposé cette motion :

Le Congrès, considérant que dans la lutte contre les forces organisées du capitalisme et des gouvernements il est nécessaire l’union des forces anarchistes, souhaite que cette union se détermine toujours plus forte et plus étendue, sur la base de la solidarité et du concours conscient de toutes les volontés individuelles ; en conséquence retient que les anarchistes, non seulement d’accord sur les idées mais aussi sur les méthodes de lutte, unissent leur force en se constituant de partout en groupes, et tout en associant ces groupes entre eux, conservent naturellement l’autonomie individuelle dans les groupes et l’autonomie des groupes dans leurs unions ; déclare que, tout en retenant nécessaire cette association d’énergies pour l’action collective, il est aussi nécessaire qu’il reste l’action individuelle dans ses explications les plus conscientes, de chacun selon ses forces.

Le congrès, à l’unanimité moins un, approuva cette motion de caractère théorique et prit, pour l’Italie, la délibération suivante d’ordre pratique :

Le congrès recommande aux camarades des différentes localités de former rapidement des groupes pour pouvoir procéder, dans le temps le plus bref possible à la formation d’une Alliance socialiste anarchiste italienne, sur les bases de la plus complète autonomie, chargeant les groupes déjà existants du travail préparatoire.

En présentant le même rapport théorique et tactique au Congrès International Anarchiste d’Amsterdam, je souhaite que des résolutions identiques et encore plus précises y soient prises et que de l’affirmation doctrinaire on passe rapidement sur le terrain des faits à la constitution d’une Association internationale anarchiste.

Vive l’Internationale libertaire !

Rome, 20 août 1907

Luigi FABBRI

Note de R71: Sur la terminologie employée par Fabbri concernant le mot de “propagande” utilisé par les anarchistes. Nous l’avons déjà stipulé et le précisons encore ici: dans les vieux textes, disons dans les textes politiques d’avant 1928, date de publication de “Propaganda” d’Edward Bernays, neveu d’Edmund Freud, qui donna au terme sa connotation de “manipulation des masses par une information ciblée” ; le terme de propagande n’a pas la signification négative et péjorative qu’il a aujourd’hui. Le mot “propagande” vient du verbe “propager” c’est à dire diffuser, informer en l’occurence. Le terme de propagande est ici employé dans le sens de “moyen de diffusion de l’information”, il n’a pas le sens actuel de “matraquage” et de “lavage de cerveau”… Ce texte ne l’oublions pas est publié en 1907 et à cette époque il y avait beaucoup de journaux et de périodiques anarchistes en Italie et dans l’Europe entière et l’information circulait beaucoup directement mais aussi sous le manteau.

CAMARADES,

Cela fait plusieurs années que le mouvement anarchiste – ayant commencé aussi splendidement au sein de l’Internationale se débat dans une crise sans solution, et cela surtout par le manque de bonne volonté entre nous.

Nous, anarchistes, il faut le confesser, si nous n’avons jamais été abattus par les persécutions qui pleuvent sur nous, nous avons toujours eu une peur maudite de quelque phantasme que nous nous sommes créées. Nous nous sommes surtout résignés à êtres des victimes de tous les fous, de tous les extravagants, de tous les exagérés qui avec le prétexte de la logique ont prétendu, non seulement justifier tout ce qu’ils trouvaient d’inconvenant et d’ignoble chez les bourgeois, mais d’empêcher et de démolir tout travail de reconstruction que d’autres camarades tentèrent, laissant en permanence le spectre de l’incohérence avec les idées.

L’idée anarchiste a pour première base la liberté individuelle, mais ceux qui prétendirent que la liberté individuelle en anarchie est infinie et absolue seraient des utopistes dans le sens le plus ridicule du terme, puisque l’infini et l’absolu sont des concepts abstraits, des configurations mentales sans possibilité de réalisation pratique. Maintenant, c’est toujours au nom de la liberté individuelle que de nombreux anarchistes, selon que cela les satisfasse, ou proclament le droit de faire n’importe quoi et aussi celui de porter atteinte à la liberté et au droit d’autrui, ou déclarent comme incohérente toute tentative de réalisation révolutionnaire et d’organisation par la propagande.

Nous entendons nous occuper ici des objections qui sont portées à l’idée d’organisation.

On entend dire que l’organisation est une méthode et non une fin ; c’est une erreur. Le principe de l’organisation n’est pas seulement propagé parce qu’en nous organisant aujourd’hui nous pouvons mieux préparer la révolution, mais aussi parce que le principe d’organisation en soi est un des postulats principaux de la doctrine anarchiste.

Dans la société bourgeoise, que l’Etat et l’Eglise se chargent de tenir unie par la hiérarchie pour l’exploiter à leur avantage, la volonté individuelle est absorbée et souvent annulée par le mécanisme social, qui prétend pourvoir à tout, et régler la vie des individus de la naissance à la mort. Dans cette société dont l’organisation est monopolisée par l’Etat et par le capitalisme, l’unique organisation concevable est celle pour la lutte contre l’oppression et l’exploitation.

Mais la société préconisée par les anarchistes, où il n’y aura ni hommes ni instituts « providentiels », qui se basera sur le concours de tous les individus à la production et à l’association, aura besoin que l’organisation soit étendue jusqu’au dernier individu et que chacun concourt volontairement à l’harmonie générale. Et puisque la participation de chacun doit être spontanée, volontaire, libre, puisque sans qu’il n’y ait de coercition, aucun ne manque au devoir de la solidarité, il faut que soit d’abord répandue la conscience de la nécessité de l’organisation, de façon à ce que l’organisation signifie la satisfaction d’un besoin véritable tant matériel que moral. Voilà pourquoi, selon nous, la propagande de l’organisation doit être faite sans interruption, de la même façon que la propagande de tous les autres postulats de l’idéal anarchiste.

Comme nous critiquons les institutions actuelles de l’Etat, de la propriété, de la famille, pour préconiser l’avènement de l’anarchie, du communisme, de l’amour libre, nous ressentons le besoin d’attaquer et de critiquer le système de l’organisation autoritaire pour propager l’idée de l’organisation libertaire.

Quand nous entendons quelques camarades nous dire « d’en finir avec la question dépassée de l’organisation », nous éprouvons la même impression que si l’on disait d’en finir avec la propagande anarchiste. Malheureusement, nous sommes encore bien loin d’avoir convaincu les anarchistes de la nécessité de l’organisation libertaire : voilà pourquoi nous n’arrêtons pas de discuter avec eux et de faire la propagande dans le sens qui nous semble correspondre à la vérité.

Et puisque, comme cela se sait, la meilleure propagande se fait avec l’exemple – la propagande avec le fait – nous cherchons à nous organiser, à constituer des groupes, à nous fédérer. Nos adversaires nous attendent au tournant sur ce point, critiquant notre travail et les organisations existantes et ayant existé. Chacun de leur défaut, erreur ou incohérence devient une arme efficace pour combattre l’idée. Ils ne s’aperçoivent pas que les erreurs et les défauts sont inévitables dans les détails, puisqu’il n’y a rien de parfait au monde, et que cela du reste ne détruit pas l’utilité générale de l’ensemble, de la même façon que les mésaventures de la vie ne sont pas une raison pour nier la vie.

Sans l’organisation, l’anarchie est aussi inconcevable que le feu sans la matière pour le faire. Et nous propageons non seulement cette idée pour les raisons que nous allons énoncer, mais parce que nous sommes aussi persuadés que les consciences modernes doivent s’imprégner de son esprit, et surtout les consciences des anarchistes. L’organisation pour des buts généraux, avec des personnes d’autres partis et d’autres idées, est utile ; mais pour former la conscience anarchiste, pour la préciser chez ceux qui sont déjà anarchistes, il n’est adopté que l’organisation des anarchistes eux-mêmes, laquelle doit s’efforcer d’être le plus possible libertaire. Et c’est dans cet effort de rendre libertaire l’organisation des anarchistes que consiste l’élaboration de la nouvelle conscience, anti-autoritaire parmi nous, dont l’anarchisme est souvent limité à une conviction seulement doctrinaire.

Je ne sais pas si nous, qui en sommes partisans, réussirons vraiment à construire cette organisation que nous souhaitons, et vaincre cet esprit de réticence qui existe pour faire toute chose à laquelle il faut donner un certain travail, long et patient. Mais nous voulons commencer ce travail patient et long pour ne pas négliger ce fort moyen de propagande qui est la tentative et l’exemple. Il se peut que, malgré toutes nos raisons, beaucoup de choses empêchent l’apparition de véritables organisations anarchistes durables, dans la mesure où le blocage de beaucoup d’anti-organisateurs ne s’arrête pas.

Il se peut que l’on doive continuer encore ce déprimant travail de Sisyphe, de commencer la chose d’un côté, pendant que d’autres la détruisent par ailleurs, comme cela se fait parmi nous depuis quelques années. Je ne sais pas combien de temps pourra durer le fait que nos organisations apparaissent ici et là pour impulser notre propagande, répondant à un besoin pressant, alors que nous avons un caractère sporadique. Elles tombent alors plus fréquemment dans ces erreurs propres à leur jeunesse, qui se répètent car il leur manque la continuité d’existence et d’action…

Qu’importe ? Avant tout le seul fait que les organisations existantes ou ayant existé ont eu une brève existence, l’excuse des erreurs commises, qui ne s’évitent seulement qu’avec l’expérience acquise par la pratique et non seulement avec les notions apprises dans les brochures et les journaux.

Nous pensons que la plus belle et la plus parfaite organisation est destinée à mourir si ses membres, aussi savants que possible en théorie, restent inertes. La bonté de l’organisation consiste dans le fait qu’à égalité de conditions, il est préférable que les personnes décidées à l’action soient organisées que désorganisées. Il est naturel qu’un individu isolé qui agit, vale plus que mille personnes inaptes et non organisées.

Que la propagande pour faire surgir brièvement l’organisation anarchiste dont nous croyons à la nécessité, aboutisse ou non, cela importe jusqu’à un certain point. Il nous déplaira de ne pas réussir parce que nous ne pourrons recueillir tous les fruits que nous espérions ; mais nous aurons au moins fait la propagande d’un concept qui est inséparable de l’idée de l’anarchie, nous aurons jeté les graines qui un jour ou l’autre germeront. La propagande pour l’organisation des anarchistes s’imposera par la nécessité des choses ; et ce sera le mérite de cette propagande si l’organisation devient nôtre, et non une marchandise avariée que nous auraient légué nos adversaires.

Le ridicule dont on cherche à recouvrir nos tentatives tombe par conséquent dans le vide. Nous savons déjà que, tant qu’il y aura la société bourgeoise, nos tentatives ne réussiront pas ou résulteront imparfaites ; mais cette conviction ne nous fait pas renoncer à la « propagande par le fait ».

Au fond, qu’est-ce que la lutte révolutionnaire, sinon une série de tentatives innombrables, dont une seule, la dernière, réussit – qui n’aurait réussi s’il n’y avait eu les précédents échecs ? De même pour l’organisation, nous cherchons de toutes nos forces à réussir ; chaque défaite nous rapprochera de la victoire, mais chaque fois nous cherchons que notre tentative soit meilleure et ait un résultat moins imparfait. Cela servira à former les consciences mille fois mieux que la seule prédication doctrinaire.

D’autre part, ceux qui se déclarent ennemis de l’organisation le sont habituellement parce qu’ils se sentent incapables de la solidarité libertaire et au fond ils ne savent pas sortir de ce dilemme : commander ou être commandés. Ils n’ont pas la conscience « libertaire » et donc ils ne voient pas théoriquement d’autre garantie pour la liberté individuelle que l’isolement, le manque de tout pacte et de tout lien librement accepté. En pratique, ce sont eux qui veulent diriger le mouvement ; et à la première tentative d’autrui de se soustraire à leur directive, au premier signe d’indépendance de celui qui s’obstine à penser et à faire à sa façon, vous les entendez lancer des excommunications, crier à l’incohérence et à la trahison, et affirmer que celui qui ne dit pas et ne fait pas comme eux n’est pas anarchiste. Ainsi ont toujours fait les prêtres de tous les temps et de toutes les religions. Quelqu’un de bonne foi s’élève plus contre la forme que contre la substance.

Ils ne veulent pas d’organisation mais ils parlent d’accord, d’entente, de libre pacte et d’association ! Nous ne nous occupons pas de telles questions de terme, et nous nous limitons à rappeler une fois pour toute qu’organisation ne signifie ni autorité, ni gouvernement, ni vexation, mais seulement : association harmonieuse des éléments du corps social.

Comme nous voulons que tous les hommes soient un jour associés harmonieusement, nous préconisons aujourd’hui dans la lutte pour la préparation d’un tel avenir, l’association harmonieuse des anarchistes. L’organisation est un moyen pour rejoindre la fin, et un moyen le plus en harmonie avec les finalités sociologiques de l’anarchisme.

Je ne perdrai pas trop de temps à démontrer comment, en ligne générale, l’organisation libertaire est une nécessité. J’ai démontré déjà ailleurs que l’organisation, loin de limiter la liberté individuelle, l’étend et la rend vraiment possible, puisqu’elle offre à l’individu une somme majeure de force pour vaincre les obstacles et pour améliorer, ce qui manquerait à chacun pris séparément.

« La plus grande satisfaction possible de son moi – je disais alors [1]le plus grand bien-être matériel et moral, la plus grande liberté, ne sont possibles que lorsque l’homme est lié à l’autre par le pacte de l’aide mutuelle. Un homme en accord avec la société est toujours plus libre que l’homme en lutte contre la société. Les anarchistes combattent l’organisation sociale actuelle, justement parce qu’elle empêche l’existence d’une société relativement utile à tous les individus et œuvrent pour que la société entière ne soit plus régie sur la lutte la plus enragée et féroce, sur l’exploitation et sur la violence tyrannique de l’homme sur l’homme.

Nous pouvons nous rebeller contre cette mauvaise organisation de la société, non contre la société elle-même comme se targuent de le vouloir beaucoup d’individualistes. La société n’est ni un mythe, ni une idée, ni un organe préordonné et fait par quelqu’un, pour qu’il soit possible de ne pas la reconnaître et de tenter de la détruire. Ce n’est même pas, comme nous accusent d’y croire les stirnériens, une chose supérieure aux individus à laquelle il faut faire le sacrifice de son moi comme devant un fétiche. La société est simplement un fait dont nous sommes les acteurs naturels et qui existe dans la mesure où nous sommes là. La société est l’ensemble des individus vivants et chaque individu est, à son tour, tel que les influences externes, sans exclure les sociales, le forment.

Tout cela est un fait naturel, relié à la vie universelle du cosmos. Se rebeller contre ce fait signifierait se rebeller contre la vie, mourir. Chaque individu existe dans la mesure où il est le fruit matériel, moral et intellectuel de l’union d’autres individus ; et ne peut continuer à vivre, ne peut pas être libre, ne peut pas se développer physiquement si non à condition de vivre en société ».

Beaucoup nous objectent que l’homme est égoïste, et que c’est toujours l’égoïsme qui pousse l’homme à agir, même quand en apparence les pensées et les actions semblent altruistes. En niant l’altruisme, ceux-là arrivent logiquement à nier l’esprit de solidarité et d’association.

Il n’y a rien de plus dangereux, d’une certaine façon, spécialement pour les cerveaux sans réflexion de s’emparer de la logique, de foncer avec elle, tant que l’on arrive à tirer toutes les conséquences d’un principe donné. Et cela d’autant plus que l’on peut arriver en partant d’un même principe à des conséquences absolument opposées. Il arrive souvent que se construisent des théories, plus ou moins justes à leur point de départ, qui tout en évoluant avec la logique conduisent à un point que l’on ne croyait ni ne voulait rejoindre. Cela arrive spécialement quand on avance avec des doctrines abstraites, abandonnant complètement le champ expérimental des faits.

Cela arrive en fait à beaucoup d’anarchistes individualistes de toutes les nuances, de l’individualiste stinérien anti-socialiste à l’individualiste communiste anti-organisateur.

Conduits par la logique abstraite, ces camarades arrivent à perdre de vue l’intérêt de la propagande anarchiste et révolutionnaire. Ils s’isolent dans la société jusqu’à ne plus pouvoir y exercer aucune influence ; ce qui équivaut à condamner notre idée à rester perpétuellement au stade de l’utopie. Si en prétendant à tout acte de la propagande et de l’action révolutionnaire, la cohérence absolue avec le principe abstrait de l’anarchie ou de sa propre interprétation de ce principe ; si (et c’est celle-ci la raison la plus véritable) devant la difficulté inégalable d’agir libertairement, on écarte toute forme d’action dans laquelle telle difficulté est la plus forte, on finit par ne plus rien faire ou très peu – comme Origène qui, pour se maintenir pur (ou plutôt parce qu’il n’avait pas la force de se maintenir tel), se coupa les organes sexuels. Toute l’action anarchiste finit par se limiter à la partie critique de l’œuvre d’autrui, à la propagande théorique – souvent chaotique et pleine de contradictions – et à quelque acte isolé de rébellion qui, dans la meilleure hypothèse, a justement le tort de réclamer un effort trop grand pour pouvoir se dérouler et, donc, exercer une influence grandissante sur les événements.

Du reste, autant peut être utile la propagande théorique et celle par le fait (je ne lui nie pas cette utilité), elle ne suffit pas dans sa forme seulement individuelle. Pour que la propagande théorique soit plus efficace il faut qu’elle soit coordonnée, pour que le fait soit plus utile il faut qu’il soit raisonné et raisonnable.

Il est vrai qu’un génie ou un héros font plus de propagande ou développent plus d’énergie que beaucoup de médiocres. Mais le monde est fait de médiocres, pas de génies et de héros ; tant mieux si le génie ou le héros jaillit parmi nous, mais entre-temps notre devoir est, si nous voulons être positifs et avoir l’assurance d’arriver au but, de compter aussi et surtout sur l’action continue, infatigable des plus nombreux. Et les plus nombreux ne sont une force que lorsqu’ils sont unis ; chaque individu forme, complète ou affine sa conscience dans l’union. Nous n’oublions pas que les génies et les héros peuvent aussi se tromper, c’est alors qu’ils font plus de mal que les autres. Il existe des formes d’activités nécessaires dont l’œuvre d’un seul, même exceptionnel, ne suffit pas et qui a besoin de la coopération de plusieurs, activité auquel souvent un génie ou un héros ne sait se plier. La coopération, l’organisation sur la base d’une idée et d’une méthode, acceptées librement et qui n’en excluent pas de meilleures mais les présupposent, sont des méthodes que plusieurs anarchistes de tendance individualiste nient. Ils les nient seulement parce que, ou d’accord avec les adorateurs de l’Etat ils ne croient possible aucune organisation sans autorité, ou ils n’ont pas le courage d’affronter la difficulté de commencer à être anarchiste en s’organisant sur des bases anarchistes, ayant la crainte des premières chutes inévitables.

Quand l’enfant apprend à marcher, il commence par tomber, mais cela n’est pas une raison suffisante pour soutenir que marcher est nocif et a pour conséquence de se rompre la tête. Les anarchistes qui arrivent de l’affirmation individualiste à la négation de l’organisation pensent, au contraire, comme cela : qu’à partir du moment où l’on s’organise on peut tomber et l’on tombera dans l’erreur ou l’incohérence, ils en concluent que l’organisation est elle-même une erreur et une incohérence.

En niant l’organisation on nie au fond la possibilité de la vie sociale et aussi de la vie en anarchie. Dire qu’on la nie seulement aujourd’hui ne signifie rien, la nier aujourd’hui signifie supprimer le moyen de la préparer pour demain. Et du reste, même sur ce terrain, la logique joue de sales tours. Tandis que l’on nie l’organisation ouvrière, quelqu’un a déjà commencé à nier la possibilité d’une organisation communale dans la société future. Simplement parce que l’on ne sait pas concevoir, par la même erreur d’optique, que la commune ne sera demain rien d’autre que le complexe des organisations librement fédérées en elle, du genre du mir patriarcal russe, qui pourra aussi avoir ses assemblées de discussion pour les intérêts de la communauté, mais qui n’aura pas du tout de caractère autoritaire, d’imposition violente, ce ne sera en rien la commune bureaucratique d’aujourd’hui avec ses taxes, ses gardes municipaux, ses gardes champêtres et… son maire nommé par la monarchie.

La question que l’homme est égoïste et que cela suffit pour nier l’association, s’appuie sur l’absurde interprétation d’un vrai concept. Oui, tous les hommes sont égoïstes, mais de façon différente. L’homme qui se retire le pain de la bouche pour nourrir son semblable est un égoïste dans la mesure où il ressent intimement, en se sacrifiant, une satisfaction majeure que de tout manger sans ne rien donner à l’autre. Il en va ainsi pour tous les autres sacrifices, même les plus sublimes que l’histoire se rappelle. Mais la satisfaction de l’exploiteur bourgeois que fait mourir de faim ses ouvriers, plutôt que de se sacrifier un soir à ne pas aller au théâtre est aussi de l’égoïsme.

L’un et l’autre sont de l’égoïsme mais, parbleu ! personne ne niera que ce sont là deux égoïsmes différents l’un de l’autre. Cette différence a trouvé son expression dans le langage humain, en baptisant la forme la plus noble de l’égoïsme du nom d’altruisme.

Cet altruisme est une manifestation de la solidarité humaine, répondant au besoin d’entraide – qui existe parmi les hommes comme dans plusieurs société animales.

Quelques individualistes ne nient pas la solidarité ; ils nient pourtant l’organisation qui est un moyen de se manifester et de s’exercer à la solidarité. La solidarité est un sentiment et l’organisation le fait qui correspond à ce sentiment ; le fait au moyen duquel la solidarité devient l’élément actif de la révolution dans les consciences et dans les événements.

La solidarité est une liqueur pleine de force et d’arôme qui a besoin d’un vase pour la contenir afin de ne pas se répandre, se rendre inutile et s’évaporer.

Ce vase, cette forme, cette explication de la solidarité, c’est l’organisation libertaire, où les consciences non seulement ne se détériorent pas mais se complètent lorsqu’elles ne sont pas bien formées, et lorsqu’elles sont formées se raffinent. Organisation ne signifie pas, je le répète, diminution du moi, mais possibilité pour celui-ci de rejoindre, avec l’aide des autres, le maximum de ses satisfactions. Elle ne signifie pas compression et violation de l’égoïsme naturel des individus, mais bien plus qu’un parfait contentement, son anoblissement de façon à provoquer une jouissance chez l’individu, ayant besoin du bien d’autrui et non du mal.

Puisque l’on appelle une telle forme d’égoïsme dans le langage commun altruisme, pour la distinguer de l’autre forme brutale existant dans la société présente de patron et d’esclaves, de gouvernement et de leurs sujets et consistant dans la satisfaction de soi-même au détriment de tous les autres, et sans aucun critère de proportion et de relativité, sans faire tant de sophismes et de finesses philosophiques je conclus que l’altruisme est bien quelque chose de positif et de concret qui s’est formé et existe en l’homme.

Cette divagation doctrinaire était nécessaire pour que je puisse démontrer comment cette question de l’organisation non seulement par la méthode, mais aussi par sa finalité, s’enlace et se conforme avec l’idée-mère de l’anarchisme ; pour que l’on comprenne que la division qui existe sur ce point chez les anarchistes est beaucoup plus profonde qu’on ne le croit et suppose aussi une inconciliable discordance théorique.

Je dis cela pour répondre aux bons amis de l’entente à tout prix qui affirment : « Nous ne faisons pas de problème de méthode ! L’idée est une seule, le but est le même ; nous sommes donc unis sans nous déchirer pour un petit désaccord sur la tactique ». Et, au contraire, je me suis rendu compte depuis longtemps que nous nous déchirions justement parce que nous sommes trop voisins, et que nous le sommes artificiellement. Sous le vernis apparent de la communauté de trois ou quatre idées – abolition de l’Etat, abolition de la propriété privée, révolution, antiparlementarisme – il y a une différence énorme dans la conception de chacune de ces affirmations théoriques. La différence est telle qu’on ne peut pas prendre la même route sans se quereller, sans neutraliser notre travail réciproquement, ou, si l’on veut, rester en paix, sans renoncer chacun à ce qu’il croit être la vérité. Je répète : non seulement différence de méthode mais aussi forte différence d’idées.

Beaucoup objectent d’être seulement des adversaires de l’organisation dans la société actuelle, parce qu’ils la considèrent impossible dans un sens vraiment libertaire avant la révolution. Mais alors ils oublient que la révolution ne viendra pas d’elle-même comme la manne du ciel, seulement en vertu des trompes de Jéricho de la propagande théorique et encore moins au bruit d’une bombe isolée. Ils oublient qu’après la révolution l’anarchie n’apparaîtra pas d’elle-même comme un champignon, si elle ne trouve pas des organismes adaptés à répondre à la nécessité de la vie sociale et les substituer aux vieux organismes abattus. Il est possible que par l’absence d’organismes libertaires, la nécessité de vivre suggère aux hommes le rétablissement des autoritaires.

Mais les ennemis de l’organisation négligent surtout – et le négligent aussi trop souvent les amis – de considérer la question du point de vue de la préparation révolutionnaire.

Certainement, ceux qui se sont mis en tête que les révolutions ne sont pas faites par les hommes mais viennent naturellement comme les cataclysmes et les tremblements de terre [2] peuvent bien être contraires à toute organisation et se contenter de la propagande verbale et écrite et d’un beau geste isolé tous les deux ou trois ans. Or maintenant il est reconnu que les idées avancent avec les hommes et que les révolutions sont engendrées par leur pensée et réalisées de leurs bras, elles sont aussi provoquées par des facteurs sociaux économiques devenus inévitables par l’enchaînement des effets, dont les causes remontent à des époques bien antérieures à nous.

Une révolution artificielle faite à l’avantage d’un parti ou d’une seule classe, d’autre part, serait inévitablement destinée au fiasco, si elle ne se tournait pas vers des intérêts plus généraux et si elle ne supposait pas des conditions qui pourraient être favorables à un renversement dont la nécessité se ferait universellement sentir.

On sait que la question sociale assume actuellement l’aspect presque exclusif du problème ouvrier, et c’est à lui qu’il faut consacrer toutes les forces afin de soulever réellement le monde en cherchant de ne pas dévier dans les sentiers de la politique, de l’intellectualisme et du sport révolutionnaire et libertaire.

Cela ne retire pas le fait que pour que la question ouvrière soit résolue, que pour que soit aussi résolue, ensemble et intégralement, la question du pain et de la liberté, sans sombrer misérablement dans l’égoïsme de classe que produit le réformisme, elle ne doit pas être considérée dans le plus large sens possible.

Il faut montrer que de l’émancipation du prolétariat et du monopole capitaliste dépend aussi la résolution de la liberté individuelle de l’homme et de tous les problèmes qui oppriment la conscience contemporaine.

Il faut aussi que les intéressés à ce renversement, les prolétaires, deviennent conscients de leurs droits, des besoins de la force qu’ils ont en main, à condition qu’ils le veuillent. Pour que l’atmosphère d’une révolution y soit, il faut que les travailleurs ressentent la privation énorme dans laquelle ils vivent et ne restent pas dans une nonchalance et une résignation musulmane. Il faut de même qu’ils aient une vision relativement claire du remède à apporter au mal dont ils souffrent – et surtout une conception nette et précise sur la façon de détruire et d’abattre l’ordre actuel des choses. Nous devons avant tout nous occuper à former cette conscience dans le prolétariat, le moyen le plus efficace reste la propagande, c’est l’exercice continu de la lutte contre le capital et l’Etat.

Mais il faut aussi préparer les moyens pour renverser le capital et l’Etat et voilà où se présente la nécessité de l’organisation révolutionnaire. Le premier moyen le plus important c’est l’union non chaotique, irrégulière, locale et morcelée, mais continue dans le temps et l’espace.

Ceux qui ne tolèrent pas aussi ce lien moral qui résulte de l’engagement pris pour s’aider réciproquement dans un but donné, diront que cela diminue leur autonomie individuelle, cela peut se faire. Mais liberté et autonomie absolue sont des concepts abstraits ; nous devons retourner aux faits, à ce que nous voulons réellement et pouvons obtenir de cette autonomie et liberté.

L’autorité, contre la quelle nous combattons, du prêtre, du patron et du carabinier, mérite bien, pour que l’on s’en débarrasse, que nous faisions un minimum de sacrifice volontaire de notre orgueil individuel, pour travailler avec d’autres à nous débarrasser de la domination bourgeoise et étatique, aussi avec ceux qui n’ont pas notre force et notre conscience, ainsi que nous nous la sommes formée.

Je ne sais pas si l’humanité réussira à être un jour un ensemble d’individus aussi libres l’un de l’autre, à ne devoir dépendre réciproquement d’aucune façon ni par intérêts matériels ni moraux. Il est certain que le but de la révolution sociale et libertaire qui s’annonce, et dont nous désirons l’avènement, ne sera rien d’autre pour le moment que l’émancipation du prolétariat du privilège du monopole capitaliste et de tous les individus de l’autorité violente et coercitive de l’homme sur l’homme.

Pour réaliser cela nous avons à lutter contre des forces formidables, la coalition des patrons, soutenue par les prêtres, la bureaucratie, l’armée, la magistrature et la police. Pour les combattre, pour détruire tous ces épouvantables rouages immaculés de sang de l’engrenage capitaliste autoritaire, il est bon de s’unir entre les opprimés en pacte mutuel et solidaire, et volontairement accepté – pour ceux qui ne tolèrent pas de liens -, une discipline morale.

Il ne suffit pas que les hommes soient conscients de leurs droits et besoins et sachent quel est le moyen pour les revendiquer ; il faut aussi qu’ils se mettent en mesure d’adopter ces moyens de revendication.

La volonté des révolutionnaires prend dans cette direction toute son importance. Une révolution d’inconscients peut être presque inutile ; mais la conscience reste certainement aussi inutile, dans la collectivité et chez les individus, de leurs besoins et droits, s’il n’y a pas la force, la volonté d’agir et de mettre en pratique ce que l’on a compris en théorie. Voici pourquoi il faut s’unir et s’organiser pour discuter d’abord, puis rassembler les moyens pour la révolution et enfin pour former un tout organique qui, armé de ses moyens et fort de son union, puisse, alors que sonne le moment historique, balayer du monde toutes les aberrations et les tyrannies de la religion, du capital et de l’Etat.

« L’organisation que les socialistes anarchistes défendent n’est naturellement pas l’autoritaire qui va de l’Eglise catholique à l’Eglise marxiste, mais bien l’organisation libertaire, volontaire, des nombreuses unités individuelles associées en vue d’un but commun et employant une ou plusieurs méthodes considérées bonnes et librement acceptées par chacun. Une telle organisation reste impossible si les individus qui la composent ne sont pas habitués à la liberté et ne sont pas débarrassés des préjugés autoritaires. Il est nécessaire, d’autre part, de s’organiser pour s’exercer à vivre librement associés » [3], et cela pour s’habituer à l’usage de la liberté.

Ainsi la nécessité de s’organiser demeure. Par organisation nous entendons l’union des anarchistes en groupes et l’union fédérale des groupes entre eux, sur la base des idées communes et d’un travail pratique commun à accomplir. Cette organisation laissant naturellement l’autonomie de l’individu dans les groupes et, des groupes dans la fédération, avec la pleine liberté pour les groupes et les fédérations de se former selon l’opportunité et les circonstances par métier ou par quartier, par province ou par région, par nationalité ou par langue, etc.

L’organisation fédérale ainsi conçue, sans organes centraux et sans autorité, est utile et nécessaire. Utile simplement parce que l’union fait la force ; nécessaire parce que… Nous nous efforcerons de donner ici d’autres raisons, outre celles déjà énoncées, sans pour cela avoir la prétention de les avoir toutes énumérées.

Il y a tant de personnes qui se disent anarchistes dans le monde, mais on baptise avec le nom d’anarchie tellement d’idées de nos jours, d’opinion et de tactiques différentes, qu’il s’impose à qui lutte d’en choisir une et de savoir quels sont ceux qui ont des aspirations communes aux siennes, et certaines qui tout en se disant anarchistes sont complètement opposées. Si quelques-uns suivent une voie contraire en tout à la nôtre, et usent de moyens de lutte qui sont contradictoires, neutralisants et destructeurs des effets que nous avons obtenus – ces diversités, ces contradictions dépendent de significations et d’interprétations différentes et souvent complètement opposées que l’on donne au terme d’anarchie.

Maintenant, si l’on ne parlait de faire que de la pure académie scientifique et philosophique il n’y aurait pas le besoin de trop se différencier dans les formes et de séparer groupe par groupe. Il n’y aurait même pas besoin de se regrouper. Mais l’anarchisme, selon moi, et je crois aussi selon beaucoup, s’il est dans la théorie une tendance scientifique et philosophique, une doctrine spéculative, il veut être aussi dans la pratique un mouvement humain de lutte et de révolution. Un mouvement qui a des moyens définis et qui a fixé comme point de départ des vérités données, autour desquelles concordent tous ceux qui agissent dans ce sens. Eh bien, comment sera-t-il possible d’annoncer un mouvement énergique et aussi résolu si nous, qui croyons être plus que les autres dans la vérité et qu’il nous semble plus que les autres devoir proposer de bonnes méthodes de révolutions pour avancer vers l’intégrale liberté de l’anarchie, si nous ne nous regroupons pas, nous ne nous organisons d’aucune façon afin que l’œuvre des uns ne soit pas contredite et neutralisée par celle des autres ; que par nous-mêmes on ne puisse savoir qui, tout en se disant anarchiste, est avec nous et qui est contre nous ?

Si nous voulons bouger, si nous voulons faire quelque chose de plus que ce qu’isolément peut chacun de nous, nous devons savoir avec lesquels de ces soit-disant camarades nous pouvons être d’accord, et ceux avec lesquels nous sommes en désaccord. Cela est spécialement nécessaire quand on parle d’actions, de mouvement, de méthodes autour desquelles il faut travailler à plusieurs, pour réussir à obtenir quelques résultats allant dans notre sens.

Puisqu’il y a des initiatives, des mouvements, des actions qui ne sont pas possibles sans le concours de nombreux individus, de légions ou de nations entières, voici qu’apparaît la nécessité, non seulement d’individu à individu et de groupe à groupe d’une même ville, mais aussi de groupes d’une ville à ceux d’une autre et – pourquoi pas ? – de ceux d’une nation à une autre.

La nécessité de se différencier, en s’organisant entre anarchistes qui ont en commun des formes et des méthodes de lutte collective et de propagande, s’impose aussi par la clarté des idées face aux adversaires. Tant que nous permettrons que l’on nous prenne tout en bloc sous la commune dénomination d’anarchistes, on aura toujours raison de nous demander qu’elle n’a jamais été notre anarchie. Il y a celui qui dit que c’est une école du socialisme et qui, au contraire, la baptise comme sa négation ; il y a celui qui cherche en elle le triomphe de l’individu contre l’humanité et l’interprète comme une lutte continuelle dentibus et rostius entre les hommes, et celui qui l’interprète comme la solidarité humaine par excellence.

Les pires extravagances sont développées comme la quintessence de la philosophie anarchiste ; quelqu’un affirmait dernièrement la fonction sociale utile du délit en anarchie [4]

Nous ne prétendons pas à l’infaillibilité, nous pouvons aussi avoir tort, néanmoins nous croyons avoir raison. Et tant que nous penserons avoir raison, nous chercherons à ce que l’on ne croit pas que notre idée est le contraire de ce qu’elle est. Nous ressentons le besoin de dépenser nos faibles moyens pour faire la propagande que nous croyons bonne, et nous refusons d’aider celle que nous considérons mauvaise.

Même de loin nous ne voulons pas nous rendre solidaires d’idées et de méthodes qui ne sont pas les nôtres, en conséquence nous désirons éviter la confusion qui nous unit pêle-mêle et rend notre propagande chaotique, contradictoire et sans résultat.

Il apparaît que les différentes interprétations de l’anarchie se reconnaissent dans des méthodes et des voies de fait, elles aussi très différentes et contradictoires – certaines tellement antisociales et antilibertaires qu’elles font plus obstacle à notre propagande que la plus féroce des réactions.

Vous, par exemple, qui êtes partisans de l’organisation syndicale, vous allez faire une conférence pour conseiller les ouvriers de s’organiser ! Eh bien, sur la même place ou vous aurez parlé en faveur de l’organisation, de la grève générale, de l’agitation révolutionnaire pour les huit heures, au nom de l’anarchie, voici que le lendemain, toujours au nom de l’anarchie, un autre viendra dire que l’organisation ouvrière est un emplâtre inutile, que la grève générale est une utopie ou un miroir aux alouettes, que la conquête des huit heures est une réformette indigne d’être défendue par les révolutionnaires, tout cela je l’ai souvent lu dans les journaux anarchistes de tendance anti-organisatrice.

Ecrivez pour exprimer votre opinion dans le journal, au prochain numéro un autre la contredira complètement ; et si vous n’avez pas la chance d’être le manipulateur suprême du journal… vous n’aurez pas même la liberté qu’il faut pour discuter.

Mais après, même si vous pouvez discuter librement, vous ne réussirez qu’à faire de la bonne académie, puisque vous ne pourrez agir ni rassembler autour de vous pour l’action ceux qui approuvent votre idée, et faire approuver votre idée par un nombre de personnes indispensables. Il faut vous différencier, vous associer avec ceux avec qui vous êtes en accord et en disant : « Voilà, nous sommes des anarchistes qui voulons faire cela et cela, et sur tel point nous pensons ainsi, ainsi et ainsi. Mettons-nous au travail ! »

Il ne faut pas l’oublier, l’organisation est un moyen de se différencier, de préciser un programme d’idées et de méthodes établies, une sorte de bannière de rassemblement pour partir au combat en sachant sur qui l’on peut compter et en ayant la conscience de la force que l’on puisse déployer.

Les formes de cette organisation comptent peu, le nom est souvent la seule et unique forme qui la distingue de l’organisation inavouée de ceux qui disent ne pas être organisés. Nous assumons le nom parce qu’il précise notre idée et nos propositions parce qu’il a la valeur d’un programme. Nous disons, par exemple, parti anarchiste en entendant simplement l’ensemble de tous ceux qui combattent pour l’anarchie. Lorsque nous précisons fédération socialiste-anarchiste nous pensons à l’union préétablie des individus et des groupes adhérents qui se sont mis d’accord dans une localité donné autour d’un programme d’idées et de méthodes.

Il est curieux que l’on trouve à redire sur ce terme de fédération plus que sur le générique de parti ; nous l’avions justement choisi parce qu’il implique historiquement (comme c’était aussi dans l’intention de Bakounine) le concept d’organisation décentralisée, de bas en haut, ou mieux (puisqu’il ne doit y avoir ni bas, ni haut) du simple au composé. Nous disions précisément nous fédérer parce que ce terme a désormais acquis une signification opposée et négative de la centralisation. Dans un sens beaucoup plus relatif, il existe des républicains fédéralistes face aux républicains unitaires.

Nous, anarchistes, qui en quelques endroits, comme à Rome, nous nous sommes organisés , nous avons formulé un programme. Tous ceux qui l’acceptent forment l’organisation dont le programme a été établi par eux-mêmes, qu’ils soient groupes ou individus ; chaque groupe et chaque fédération décide par l’intermédiaire de sa correspondance, des journaux, des congrès, etc, de la façon dont ils s’entendent pour développer l’action commune, les formes d’organisation fédérale et des groupes et les modalités internes. Un groupe ou une fédération pourra exagérer certains formalismes, même si des erreurs sont commises, elles sont telles que même ceux qui sont contraires à l’organisation, qui s’unissent seulement une fois pour faire une action, peuvent en commettre.

Nous croyons nécessaire de nous mettre franchement en route pour une voie bien définie, avec nos moyens et la seule responsabilité de nos actions, de façon que ce que nous faisons ne soit pas détruit par les autres. Ils sont plusieurs ceux qui dans la propagande théorique et dans l’action disent et font une quantité d’idées et de choses qui ne nous semblent pas anarchistes, ou tout au moins ne sont pas utiles selon nous, tout au contraire.

Cela de façon à ce que nos idées et nos méthodes apparaissent sous leur véritable signification sans équivoques ni confusion, aussi bien aux yeux des camarades et des sympathisants qui pourront ainsi rompre avec autant d’incertitudes qu’avec le public afin qu’il sache que nos idées sont celles-là et non leur contraire.

Ceux qui ne se décident pas à rester avec nous par la peur d’un mot, tout en faisant comme nous pratiquons, seulement pour ne pas dégoûter ceux qui, au fond, sont nos adversaires, font preuve de faiblesse et perpétuent l’équivoque. Ils couvrent sous leur bannière, avec leur bonne intention, beaucoup de marchandise avariée. Alors il est préférable qu’ils se soient séparés de nous.

Pourtant, s’organiser et se différencier de ceux qui ne sont pas, sur quelque chose d’essentiel, d’accord avec nous dans l’interprétation du terme et des méthodes de l’anarchie, ne signifie pas que nous prétendons au monopole du terme et du mouvement anarchiste ou que l’on veut exclure qui que ce soit de la grande famille libertaire. Mais être tous d’une même famille ne signifie pas que l’on ait tous les mêmes idées et le même tempérament, que l’on veuille faire la même chose et être d’accord sur tout. Dans la majorité des familles, c’est plutôt le contraire qui arrive.

Il se peut que non seulement les idées nous divisent dans la tactique mais aussi un peu le tempérament et qu’il détermine l’union ou la désunion de certains. Je me sens, personnellement, assez maître de moi-même, c’est-à-dire assez individu, il me semble être plus fort quand je sens derrière, devant et à côté de moi la solidarité des autres. Il ne me semble pas que je me diminue en me serrant autour d’un pacte mutuel avec mes camarades de route. Cette question du tempérament renforce, au lieu de l’affaiblir, ma thèse. S’il y a des courants qui ne peuvent même pas être unis à cause de leur tempérament, il vaut mieux que chacun prenne sa voie et qu’ils se différencient.

J’insiste pour soutenir la nécessité de l’organisation même face à ceux qui, tout en l’admettant dans les faits et la pratique, en repoussent la théorie et le nom. J’ai la conviction – et je ne crois pas me tromper – que nombreux de ceux qui disent être en désaccord avec nous le sont plus dans les termes que dans les idées, plus dans l’apparence que dans les faits. Ils sont un peu victimes d’une illusion, leur peur du terme n’est qu’un indice d’une certaine contrariété inconsciente et aussi inconfessée pour la substance.

Mais beaucoup de camarades, qui ont peur du terme plus que de la substance, sacrifient parfois l’une à l’antipathie de l’autre. Ils disent qu’il n’y a pas besoin de faire l’organisation, mais qu’elle existe déjà par elle-même.

C’est vrai. L’homme qui pense et qui lutte est un être sensible, organisable et organisé par excellence. Donc, même ces camarades qui se disent opposés à l’organisation sont, au fond, organisés.

Seulement, cette organisation, n’ayant pas de nom et de formes extérieures, fait semblant de ne pas exister et sert pour pouvoir nous dire : Voyez ? Sans organisation nous allons très bien ! Cela sert aussi à masquer et à dissimuler ce qu’il peut y avoir de peu cohérent avec le concept d’autonomie intégrale dans le fonctionnement interne d’une telle organisation. De telles incohérences sont inévitables dans la société d’aujourd’hui, et je ne m’en sers pas pour combattre la méthode anti-fédéraliste, mais il me presse de faire observer que où manquent les formes extérieures de l’organisation, il manque aussi un moyen important de contrôle pour voir jusqu’à quel moment une telle organisation reste libertaire. Quand au contraire l’organisation est visible, sa substance est dénoncée par la forme, elle se prête mieux à la critique ; on peut en conséquence mieux combattre et éliminer, dans la mesure du possible, en son sein les manifestations antilibertaires.

L’organisation consciente est utile parce qu’elle est le meilleur moyen, – quand elle est réelle et substantielle et non seulement formelle – pour empêcher un individu ou un groupe de concentrer en lui tout le travail de propagande et d’agitation et devienne trop l’arbitre du mouvement.

Les non-organisés, ou mieux ceux qui sont organisés sans le savoir et qui pour cela se croient plus autonomes que les autres peuvent plus être la proie que les organisés du conférencier qui passe, du camarade le plus actif, du groupe le plus entreprenant, et du journal le mieux fait. Ils sont inconsciemment organisés par le conférencier, l’agitateur et le journal. Tant que ceux-là font du travail tout va bien, mais s’ils prennent une fausse direction… bonne nuit ! Avant de s’en apercevoir il passera beaucoup de temps. Au contraire, les anarchistes qui se sont organisés, en sachant ce qu’ils font déjà parce que les formes-mêmes extérieures leur rappellent qu’ils sont associés, qui discutent avec parti-pris de toute proposition, d’où qu’elle vienne, sont moins exposés aux surprises. Justement parce que l’union fait la force, ils peuvent opposer une plus grande force de résistance à la suggestion des camarades plus intelligents, plus sympathiques ou plus actifs. Ils savent être organisés, et il est reconnu qu’il est plus difficile de manipuler une masse de personnes conscientes de leur situation, qu’une quantité innombrable d’inconscients.

Seulement, les organisés sont aussi des hommes et l’entière vertu de l’organisation ne peut les empêcher de tomber dans l’erreur. Dans la société actuelle, la parfaite cohérence libertaire d’une organisation est impossible (sera-t-elle même possible en anarchie ?). Eux aussi dans une moindre mesure offriront souvent le flanc à la critique des purs en théorie. Il arrivera aussi à leur organisation d’assumer plus d’une fois des aspects incohérents et de produire quelque manifestation de centralisme et d’autoritarisme.

Mais leur tort, à la différence des anti-organisateurs, consiste dans le fait que la paille qu’ils ont dans l’œil est visible parce qu’il y a une organisation publique, tandis que la poutre placée dans l’œil des autres ne se voit pas immédiatement – ce qui ne retire pas que cela fasse un plus grand dommage au principe de l’anarchie.

On n’insistera jamais assez sur cette vérité : l’absence d’organisation, visible, normale et voulue par chacun de ses membres rend possible l’établissement d’organisations arbitraires encore moins libertaires, qui croient avoir vaincu tout danger d’autoritarisme seulement en niant leur propre essence. Ces organisations inconscientes constituent un danger majeur puisqu’elles mettent le mouvement anarchiste à la disposition et au service des plus habiles et des plus intrigants.

Aujourd’hui, l’ensemble des anarchistes est désorganisé ; cette désorganisation formelle fait justement que la masse des camarades subit la domination intellectuelle sans contrôle d’un directeur de journal ou d’un conférencier… C’est aussi une forme d’organisation mais moins anarchiste parce que plus centralisée et plus personnelle.

Nous voulons en fait une organisation consciente qui dépende de notre volonté, pour ne pas être contraints à subir une organisation inconsciente et inavouée. Devant faire triompher quelque chose de déterminé et de précis, il y a la nécessité de s’organiser de fait, non seulement de nom, parce qu’il n’y a pas seulement besoin de conscience, mais aussi de quantité. Etre nombreux ne gâte rien… Que l’on ne pense pas que nous voulions mettre en antithèse les termes : conscience et quantité. On peut être nombreux tout en étant conscients et du reste, même si les conscients sont peu nombreux, se faire aider par les moins conscients ne les fera certainement pas devenir inconscients. Sans compter que les moins conscients, dans l’organisation au contact des conscients, acquièrent la conscience qui leur manque, plus ou moins selon l’intelligence et la bonne volonté. Même quand on n’est pas organisé, n’arrive-t-il pas que beaucoup, attirés dans l’orbite de l’action par un individu ou par un groupe plus sympathique, intelligent ou actif, soient eux aussi inconscients ? Seulement, dans ce cas, nombreux sont ceux qui pourraient être attirés sur le terrain de la lutte, l’aider et par la suite devenir conscients de l’absence d’organisation, mais sont laissés dans l’obscurité et dans l’inertie…

Entendons-nous bien sur cette conscience bénie !

Si l’on nous dit : « ou votre organisation ne rassemble que des conscients, elle est alors inutile (erreur là aussi, mais… laissons) ou elle rassemble des inconscients et alors elle est dangereuse parce qu’elle détourne et devient centralisée, autoritaire », etc.

Nous rappelons aussitôt que même ceux qui se disent anti-organisateurs, dans la pratique, s’ils ne veulent pas s’isoler de la vie et de la lutte, sont obligés de s’organiser, l’objection vaut aussi pour ceux qui s’en servent. Pourtant elle est elle-même une fausse objection. Il n’y a pas de conscients ou d’inconscients de façon absolue ; la conscience est une chose relative et multiforme. Il y a des plus conscients et des moins conscients ; et entre l’absolu (inexistant du reste) de la vertu-conscience et du vice-inconscience, il y a une échelle de graduation aussi longue que celle de Jacob. On peut être ainsi un révolutionnaire conscient et en même temps un anarchiste peu cohérent ; et un anarchiste cohérent jusqu’au scrupule bigot peut être directement la négation du révolutionnaire. Et pourtant l’un autant que l’autre est utile à l’anarchie.

Du reste, si un des soit-disants inconscients accepte de rester dans une organisation anarchiste et nous aide dans la lutte, ce sera toujours mieux et autant de gagné que s’il n’y était pas ; il sera de toute façon plus conscient que ceux qui sont dans l’obscurantisme et gisent dans l’inaction, ou pire, militent contre nous, force brute aux mains du prêtre et du chef des carabiniers. Si l’organisation ne servait qu’à faire le nombre (et elle sert au contraire à faire tant d’autres choses) , sans tenir compte de la culture qu’elle diffuse, des connaissances d’idées qui avec le contact continuel augmentent parmi les organisés, pour cela seulement elle serait utile comme facteur de conscience individuelle et collective.

Mais la propagande déterminée par les anarchistes organisateurs est aussi une forme, une manifestation pour préparer la société future, une collaboration dans le but de la constituer, un moyen pour influencer le milieu et en changer les conditions. D’autres aussi travaillent en accord à la même œuvre. Nous voulons travailler de la façon que nous croyons la plus efficace, nous choisissons certaines formes de lutte plus conformes à notre façon de voir et si l’on veut à notre tempérament. Après tout, ce sera là un mode comme un autre de la division du travail.

Justement, pour contribuer plus puissamment à la formation d’un milieu libre, pour influencer le prolétariat et le lancer dans la lutte contre le capital de la façon la plus profitable et organique, nous qui avons une conception spéciale de la lutte et du mouvement, nous entendons auparavant nous accorder comment, sans perte de forces, nous pouvons donner une telle contribution et exercer une telle influence.

Si cela attirait le prolétariat dans nos rangs, dans notre parti, tant mieux ; cela signifie que nous aurons bien su faire la propagande et que nous aurions su nous rapprocher de la révolution et du triomphe de l’anarchie.

L’organisation anarchiste doit être la continuation de nos efforts, de notre propagande ; elle doit être la conseillère libertaire qui nous guide dans notre action de combat quotidien. Nous pouvons nous baser sur son programme, pour diffuser notre action dans les autres camps, dans toutes les organisations spéciales de luttes particulières dans lesquelles nous pouvons pénétrer et porter notre activité et action : par exemple dans les syndicats, dans les sociétés antimilitaristes, dans les regroupements anti-religieux et anti-cléricaux, etc… Notre organisation spéciale peut servir aussi comme terrain de concentration anarchiste (pas de centralisation !) d’accord, d’entente, de solidarité la plus complète possible entre nous. Plus nous serons unis, moins il y aura de danger à ce que l’on soit entraîné dans des incohérences et dévier de la fougue de la lutte, dans les batailles et les escarmouches, ou autrement les autres qui ne sont en tout et pour tout d’accord avec nous, pourraient nous couper la main.

Et si notre organisation devient telle non seulement de nom mais de fait ; si elle réussit à établir de solides et de sûrs liens d’amitié et de camaraderie entre tous les anarchistes et obtient leur entente active sur les principaux postulats de notre programme ; alors elle sera un puissant et utile organe d’action, après l’avoir été de préparation. Une organisation adaptée à un tel but ne s’improvise pas ; à attendre pour la faire les événements au lieu de les prévoir, nous courrons deux dangers, ou de devoir tout d’un coup nous mettre d’accord sur des bases peu sûres et peu libertaires ou de nous laisser surprendre (ce qui malheureusement est même plus probable) comme des nigauds, par les événements eux-mêmes.

Une des objections les plus répétées au concept d’organisation non seulement local, mais régional et national, faites à l’aide de la méthode fédéraliste peut nous faire tomber dans l’incohérence avec le concept anti-autoritaire de l’anarchie.

Pour parler de cette cohérence bénie, il faut que nous en précisions le contenu ! Nombreux sont ceux qui possèdent la « cohérence », rendue si élastique qu’on l’élargisse et la restreigne suivant celui qui l’adapte.

On peut souvent appliquer, en le paraphrasant, aux anarchistes des différentes fractions, la devise connue que Ferrero fait exprimer aux sauvages : « Ce que je fais, moi et mes amis, est cohérent, ce que font ceux qui pensent différemment de moi est incohérent. Et de cette façon on peut s’excommunier jusqu’à l’infini, parce que chacun saura trouver la façon de démontrer que son adversaire est incohérent avec les idées, et pour cela n’est pas un bon anarchiste » – d’autant plus que les principes de l’anarchie que l’on prend pour base varient tant d’une interprétation d’un individu et d’un groupe à un autre.

Que signifie cette cohérence que l’on arbore à tout moment, spécialement par ceux qui ne font rien, contre ceux qui aiment bouger et agir ? Cela signifie ne rien faire dans la pratique qui soit en contradiction avec la théorie. Une prohibition comme l’on voit, que les individualistes sont les premiers à ne pas reconnaître, eux qui se réclament de façon scrupuleuse ou plutôt au pied de la lettre du « fais ce que tu veux » mal compris de Rabelais. – 13/18 –

Pour qu’il y ait cohérence entre théorie et pratique, il faut avant tout que soit défini le programme théorique, dans les limites duquel la pratique s’entoure pour ne pas le contre-dire. Et notre programme a été plusieurs fois dit et redit parce que nous nous étendions trop à en parler.

L’anarchie signifie absence de gouvernement, absence de toute organisation autoritaire et violente pour qui avec la violence et la menace de la violence on oblige l’homme à faire ce qu’il ne veut pas, et à ne pas faire ce qu’il veut faire. Absence donc non seulement de l’organisme gouvernemental dont les lois interdisent et imposent de faire ce que les législateurs ont établi , mais absence aussi du patron qui impose sa volonté en donnant selon son plaisir plus ou moins de pain aux estomacs des prolétaires ; absence du prêtre qui pousse tous à se pencher vers lui et pousse spécialement le peuple à obéir au gouvernement et au patron, avec la violence morale de la religion (menace d’une violence terrible, l’enfer après la mort).

Maintenant, pour être incohérent, dans une organisation d’anarchistes, avec les principes de l’anarchie il faudrait que cette organisation s’oppose à un tel programme, créant en son sein une autorité qui ait l’autorisation et la possibilité d’imposer aux associés avec la violence sa volonté ou voir la volonté de la majorité. Chacun voit que dans nos organisations la chose est rendue pratiquement impossible, pour ne pas dire absolument impossible. Comment voulez-vous qu’une collectivité d’anarchistes autorise une ou plusieurs personnes à imposer leur volonté ? Dans l’absurde hypothèse qu’ils le voudraient (ce ne serait plus alors une association d’anarchistes par le seul fait que ceux-là voudraient une telle chose) où pourraient-ils jamais trouver le moyen de constituer une autorité qui puisse contraindre avec la violence ses subordonnées à faire ce qu’ils ne veulent pas ?

Le mouvement révolutionnaire anarchiste est une lutte contre la manifestation violente et coercitive de l’autorité. Et les partis dans lesquels une telle coercition ne s’exerce pas, – et pour qu’elle ne se sophistique pas, je n’entends pas par vio-lence que la violence matérielle directe ou la menace d’une violence matérielle avec qui la contrainte s’exerce -, ces partis ne sont pas autoritaires dans la pratique. Pour l’être, tout en n’ayant pas en soi des organismes violents, il faut qu’ils le soient par parti pris, délibérément, par programme et par principe.

Par exemple, le parti républicain, le parti socialiste et de nombreuses organisations ouvrières, sont autoritaires, pas vraiment parce qu’elles exercent une violente autorité, et non parce qu’elles sont organisées, mais simplement parce que leur but est autoritaire, leurs idées et leurs programmes admettent et même réclament comme nécessaire l’autorité, leurs méthodes de lutte politique s’appuyant à travers le légalitarisme et le parlementarisme, avec l’autorité en action des gouvernements et de la société bourgeoise.

Pour les anarchistes la chose est impossible, du moment qu’une barrière insurmontable les sépare doublement des milieux gouvernementaux et bourgeois : l’idée anti-autoritaire et la pratique intransigeante, extralégale, antiparlementaire et révolutionnaire.

Il est arrivé avec l’organisation, un peu comme avec tant d’autres choses. On a vu dégénérer les partis politiques existant jusqu’à maintenant et l’on a trouvé la raison dans le fait qu’ils étaient organisés. Mais on a échangé la cause avec l’effet. L’organisation républicaine socialiste et ouvrière en général a subi une dégénérescence dans un sens autoritaire et légaliste pour la simple raison qu’elle contenait en elle le germe de tant de mal. L’idée même que sans autorité on ne puisse rester ensemble, ce germe a été cultivé intensivement avec la pratique légaliste de la participation aux fonctions autoritaires des organismes étatiques et bourgeois.

L’organisation anarchiste possède un fort antidote contre ce germe maléfique de l’autoritarisme : la tactique antiparlementaire et antilégislative, intransigeante envers tous les organismes gouvernementaux. Pour cela je suis antiparlementariste intransigeant parce que tant que les anarchistes ne céderont pas même d’une ligne – sans aucun prétexte d’opportunisme et d’utilité momentanée – ils pourront affaiblir un peu, pour d’autres raisons, leur esprit révolutionnaire, mais ils resteront toujours anarchistes dans l’âme et aussi en parole ; et d’abord ou après l’esprit révolutionnaire resurgira par la poussée même de l’idée. Si leur organisation a comme fondement un programme qui précise l’action, il n’est pas possible que l’idée devienne autoritaire -, parce qu’elle n’en a pas besoin, ni la possibilité, ni l’opportunité – sans devoir complètement renier l’idée, toute la pratique, toute l’histoire et le terme même de l’anarchie.

Pour le faire, il faudrait être de parti pris, a priori changer totalement de route, faire face à la théorie et au mouvement, et dire : nous ne sommes plus anarchistes.

L’organisation n’est pas un organe conscient en elle-même, qui guide ses membres ; ce sont ces membres qui la font selon leurs propres critères théoriques et pratiques. L’organisation ne peut pas changer les anarchistes en non-anarchistes ; mais plutôt les anarchistes qui en changeant eux-mêmes peuvent rendre l’organisation anarchiste en une organisation autoritaire. Eh bien, tant que les anarchistes, tout en étant organisés, restent anarchistes, conservent l’idée anarchiste et continuent à lui faire de la propagande, poursuivent la tactique jusque-là soutenue, la peur de déviations et d’incohérences par le seul fait de l’organisation, reste irréaliste et tout à fait puéril.

J’ai déjà dit comment il faut concevoir la cohérence avec l’idée de façon relative, comme il faut concevoir toutes les choses et toutes les idées de façon relative, parce que je ne veux pas exclure, même si cela me paraît impossible, la possibilité d’erreurs.

En parlant d’abolition de l’autorité et de la liberté, il y a quelques anarchistes qui entendent aussi l’élimination de l’autorité non coercitive, de la discipline morale qui apparaît de la nécessité de l’union de plusieurs personnes, sur le terrain d’un pacte réciproque de convivialité et d’entraide.

Ils ne pensent pas que la liberté absolue de l’homme n’existe pas, qu’elle est une chose toute relative, déterminée par des causes extérieures et soumises à celles-ci.

Elle est en somme la possibilité de pouvoir satisfaire tous nos besoins physiques et psychiques et de ne supporter aucune prédominance de la part des autres. Cette liberté est impossible sans l’organisation.

Et faites attention, je ne me réfère pas seulement aux temps bien heureux dans lesquels nous vivrons en anarchie ! Je veux dire qu’en nous organisant nous pouvons aujourd’hui même jouir d’une plus grande liberté qu’en étant isolés. Unis nous pouvons mieux résister à la domination du patron et du gouvernement, unis nous pouvons mieux satisfaire notre besoin d’action propagandiste et révolutionnaire, nous avons ainsi un plus vaste champ de luttes et de plus grands moyens à notre disposition, cela ne nous empêche pas à chacun d’expliquer la même chose et mieux les formes d’activité qui sont essentiellement individuelles.

Lorsque nous affirmons vouloir nous organiser, nous fixons aussi le pourquoi de notre organisation ; celle-ci doit servir à agir là où isolés ou en petit nombre la chose serait impossible et moins facile. Naturellement, là où peut suffire la force d’un seul, celui-ci, tout en étant organisé, agit de lui-même sans recourir aux autres, ce pourquoi ses forces suffisent. Et de même le groupe ne recourt pas aux autres groupes fédérés avec lui pour ce qu’il peut réaliser de lui-même.

Toute organisation libertaire apparaît dans la mesure où il y a nécessité de s’unir en groupe pour réaliser un but donné ; pour en réaliser d’autres, de fédérer les groupes entre eux ; et ainsi de suite.

On nous oppose que toute collectivité est susceptible de se diviser en majorité et en minorité, et qu’en de nombreux cas l’organisation fera en sorte que la minorité doive se soumettre à la majorité. Au contraire, nous n’admettons pas de domination de ce genre, et pour cela nous ne donnons ni à la majorité, ni à la minorité le droit ni les moyens de pouvoir s’imposer.

Certainement, une division d’avis et d’opinions peut surgir. Si la discorde naît sur les idées et la tactique fondamentale, il est nécessaire que les deux parties se séparent, puisqu’elles constituent maintenant deux partis distincts. Ainsi nous, anarchistes, quand la différence est apparue irrémédiable et trop grande, nous nous sommes divisés au sein de l’Internationale des socialistes autoritaires.

Au contraire, s’il y a des divisions sur des questions de peu d’importance, qui n’intéressent pas le mouvement et les idées générales, chacun pense et agit hors de l’organisation à sa façon, sans faire obstacle au travail commun de l’organisation elle-même.

Mais si c’est au sein-même de l’organisation que le désaccord apparaît, que la division en majorité et en minorité survient pour des questions secondaires, sur des modalités pratiques, sur des cas spéciaux, alors on ne pourra crier à l’incohérence de l’une ou de l’autre ; plus facilement la minorité se plie à faire comme veut la majorité. Et comme cette condescendance ne peut être que volontaire, tout caractère d’autorité et de coercition est absent. Si le parti veut faire un congrès et que tous soient unanimes pour vouloir se retrouver ensemble entre anarchistes du monde entier, qu’il y ait seulement différence sur le lieu où se rassembler, les uns proposant Rome et les autres Paris, il faudra bien que ou les uns ou les autres cèdent. Et naturellement ils céderont, si est fort en eux le besoin et le désir de se rassembler ; comme il est naturel que ce soit d’abord les moins nombreux qui cèdent, puisque même ceux-là seront de l’opinion qu’il est préférable pour l’économie générale des forces, que ce soit une minorité plutôt qu’une majorité à supporter un inconvénient donné.

Il est connu le fait que les adversaires de l’organisation fédérale, par opposition à nous, se déclarent autonomistes, et appellent autonomes leurs groupes ; il est bon de rappeler une fois pour toutes que nous sommes autonomistes, c’est-à-dire partisans de l’autonomie individuelle dans les groupes, et des groupes autonomes dans la fédération et dans le parti. Cela pour éviter, même sous les formes linguistiques, les dernières apparences de formalisme que l’on nous reproche.

Ce terme de formalisme est employé à tort à notre encontre : ou il veut dire besoin de donner forme aux idées et à la lutte, et cela est tellement naturel que tous au monde sont contraints d’y recourir ; ou alors elle signifie adoration des formes avec négligence de la substance, et alors nous, anarchistes, ne méritons pas ce reproche, non justifié par aucun fait positif.

Ce sont justement ces vagues accusations de « formalisme », d’«autoritarisme », d’«artificialisme » qui forment le patrimoine polémique des adversaires de l’organisation. Et ces paroles abstraites ont une signification aussi large et une interprétation aussi vaste qu’on peut les lancer contre n’importe quel adversaire, contre qui on n’ait pas d’autres arguments à faire valoir. Elles font un certain effet, et on est toujours embarrassé à s’en défendre ; elles sont utiles à celui qui a l’habilité de s’en servir en premier. Mais ce sont des paroles vides de sens, du moment que personne ne précise quel formalisme, quel autoritarisme est vraiment nocif et contrastant avec les doctrines anarchistes, et possibles dans une organisation anarchiste. Ce n’est donc pas l’épouvantail vague du formalisme, mais certaines formes autoritaires et déterminées d’organisation que nous connaissons bien, que nous devons combattre en nous comme dans la critique des autres partis. Ces formes sont tellement visibles, qu’il n’y a pas à craindre qu’elles séduisent le moins conscient des anarchistes -, encore moins une collectivité anarchiste.

Un grave reproche que l’on fait à l’organisation fédérale des anarchistes est d’être « artificielle ». Mais toutes les choses qui se font, qui sont faites par les hommes, excepté les mouvements totalement irréfléchis, sont artificiels ; parce que les choses naturelles ne suffisent pas, et sont souvent dangereuses. La foudre est naturelle, mais contre elle nous préférons adopter l’artificiel paratonnerre, et malgré que le cancer et la tuberculose soient naturels des milliers de médecins s’épuisent à chercher un moyen artificiel pour les guérir. Et ils font bien. La propagande elle aussi est une chose artificielle ; au contraire plus elle est faite avec art, d’autant plus elle est profitable. Pourquoi ne pourrait-il pas exister une organisation dans un but de propagande, du moment que celle-ci peut devenir plus importante ?

Toute la peur des anti-organisateurs vient de la forme, de l’artifice, de la méthode ; ils observent qu’une forme d’organisation, un nom, une méthode ont été adoptés par nos ennemis et ils en concluent par la condamnation en bloc de ceux- ci. Ils ne réussissent pas à faire le très simple raisonnement que nombre de ces formes, de ces termes et de ces méthodes sont inoffensifs en eux-mêmes, et n’ont d’autre valeur que celle du contenu. Donnez-leur un contenu anarchiste et ils seront en parfaite cohérence avec l’anarchie. Il existe aussi, naturellement, des formes qui ne font qu’un avec la substance, et elles sont ou ne sont pas anarchistes ; mais ce n’est pas le cas de l’organisation qui ne suffit pas pour l’apparition d’une autorité et au contraire composée d’anarchistes elle en est un obstacle.

On trouve un autre motif d’incohérence dans la prétendue facilité que dans l’organisation les individus plus intelligents, plus sympathiques, plus actifs ou voire… plus fourbes peuvent devenir de véritables autorités sur la masse, présentant le danger de la faire dévier. J’ai démontré plus haut que ce danger est plus grand parmi les non-organisés et qu’au contraire l’organisation sert à combattre et non à faciliter un tel danger.

De toute façon, le danger reste, même s’il est réduit et même si l’élément déterminant n’est pas l’organisation. Mais y a-t-il là une véritable incohérence avec l’idée anarchiste ? Je ne crois pas, parce que si c’était ça, l’anarchie serait impossible. Les hommes ne seront jamais psychiquement et physiquement tout à fait égaux et même si certaines disparités énormes tendent à disparaître, il y aura toujours des hommes de talent et des hommes médiocres, actifs et inactifs, sympathiques et antipathiques – les uns auront toujours sur les autres une indiscutable supériorité morale, et peut-être plus quand il n’y aura plus de tyrannies matérielles.

L’anarchie comme aspiration positive de bataille, c’est la destruction des tyrannies matérielles, elle n’a rien d’autre à opposer aux autorités morales que la science. La science en elle-même représente une source d’autorités morales. Qui ne reconnaîtra pas en anarchie l’autorité du médecin pour l’hygiène et de l’architecte pour les constructions murales. Ainsi il y aura l’autorité morale de l’homme de génie, de l’homme sympathique, actif, etc., l’anarchie ne cessant pas pour cela d’exister, du moment que ni le médecin, ni l’architecte, ni l’homme génial ou actif, ni le fourbe ne pourront faire valoir leur autorité quand les autres ne voudront pas la subir. L’organisation sociale anarchiste ne mettra à leur disposition aucun moyen de contraindre la volonté d’autrui. Ce phénomène apportera certainement des inconvénients, mais… nous n’avons jamais pensé qu’en anarchie il n’y aura plus d’inconvénients de ce genre et qu’alors on retournera au paradis terrestre.

Nous ne rêvons pas pour affirmer que dans les organisations anarchistes, au sein de la société d’aujourd’hui, ne peuvent pas se présenter plusieurs inconvénients. Au contraire, ils ne sont pas le fruit de l’organisation, parce que sans celle-ci on en aurait, comme on en a plus. Ils ne représentent pas en eux-mêmes une incohérence avec l’idée anarchiste.

« Mais les charges sociales ?, nous objectera-t-on, dans les organisations anarchistes nous assistons à la nomination de comités exécutifs, de commissions de correspondance, de secrétaires, etc. N’est-ce pas là de véritables autorités, de petits gouvernements ? ». Je réponds non, avant tout parce qu’ils n’ont aucun moyen pour imposer aux associés leur volonté, étant donné qu’ils entendent faire que ce auquel ils furent autorisés. Ce ne sont pas des autorités, parce que si c’en était, l’existence de la société civile et humaine ne serait pas possible.

Dans toute convivance il existe la division du travail parmi les associés ; et certains d’entre eux doivent se charger de fonctions sociales nécessaires et utiles à tous. Ces fonctions ont aujourd’hui un caractère autoritaire, parce qu’elles sont exercées en grande partie par des organismes autoritaires ; mais elles ne sont pas l’autorité.

Beaucoup tombent dans l’équivoque suivant : ils voient une fonction indiscutablement utile exercée d’une manière dominatrice et mauvaise par le gouvernement ou par le capitaliste ; ils concluent que l’origine de cette mauvaise chose et de cette domination est la fonction et ils en demandent la suppression. Et je crois qu’aucun anarchiste ne soutiendra qu’en anarchie on devra abolir le service postal ou ferroviaire, seulement parce qu’aujourd’hui la poste et les chemins de fer sont exercés de façon infâme par l’Etat capitaliste. Ce qui vaut pour la société future, vaut pour les organisations anarchistes, lesquelles délèguent quelques-uns de leurs membres pour accomplir une fonction déterminée, non pour exercer un pouvoir. Délégation de fonction, non délégation de pouvoir. On ne peut faire plus que la délégation de fonction, du moment que dans un cercle tous les camarades ne peuvent être en même temps le trésorier ou le secrétaire, et tous ne peuvent se mettre à réaliser une fonction donnée à laquelle suffit un seul.

La nécessité de ces mandatements s’élargit et devient plus fort lorsque l’organisation est plus importante et son champ d’activité plus large. Mais il suffit de supprimer tout danger d’autoritarisme, de limiter et de bien définir les fonctions qu’ils doivent accomplir ; qu’ils ne puissent agir au nom de l’association que lorsque ses membres les en aient autorisés ou soient consentants ; qu’ils doivent exécuter ce que les associés décident, et non dicter aux associés la voie à suivre. Ainsi, la plus lointaine suspicion d’incohérence est éloignée.

Si jamais une larve d’autorité puisse se personnifier dans ces représentants d’association, on parle toujours d’autorité morale sans danger qu’elle puisse se transformer en autorité coercitive dans les faits. Une telle autorité ne pourra jamais être aussi forte que celle que peut développer dans un milieu désorganisé un camarade actif et intelligent. Aujourd’hui c’est jusque dans les associations bourgeoises qu’un trésorier, un secrétaire ou un comité exécutif même s’ils sont mis en avant dans les journaux – n’ont en réalité pratiquement aucun pouvoir. Pourquoi veut-on le supposer possible dans une association anarchiste ? N’est-ce pas là un inutile sophisme doctrinaire ?

C’est une bêtise de dire que les anarchistes veulent s’organiser pour singer les partis autoritaires, parce qu’ils croient que ceux-là doivent leur progrès au fait d’être organisés.

La vérité c’est que les partis autoritaires ont non seulement fait des progrès dans la façon d’être organisés, mais aussi dans l’organisation en elle-même ; l’un n’exclut pas l’autre et l’union quelle qu’elle soit est toujours une force appréciable.

L’organisation ne possède pas, il est vrai, une vie magique, mais elle peut ajouter force et capacité d’action à ses adhérents pourvu que ceux-là soient « des hommes et non des moutons ». Une organisation faite d’anarchistes dans un but anarchiste, quel que soit le terme sous lequel elle se définit, vieux ou neuf, ne présuppose en soi aucun esprit autoritaire inhérent. Elle devra le chemin qu’elle fera seulement en partie à l’organisation parce que suit l’idée libertaire ; de la même façon que les partis autoritaires, après avoir fait tant de chemin à l’aide de l’organisation, commencent maintenant à reculer non à cause de l’organisation, mais simplement parce que leur but était dans le moyen et dans la fin délibérément autoritaire et anti-révolutionnaire.

Ainsi, par exemple, l’insurrection sera utile à la révolution, mais il peut aussi y avoir des insurrections réactionnaires. Il y a eu des insurrections sanfédistes ou pour les Bourbons, mais était-ce là une raison pour que les patriotes italiens nient l’utilité de l’insurrection pour la libération de la patrie de l’étranger ? L’organisation et ses formes sert les autoritaires, mais il n’y a rien de contradictoire qui nous interdise de nous en servir aussi.

Toutes les difficultés dans le fond résident dans les dénominations ; aux uns ne plaît pas le terme de « parti », aux autres celui d’«organisation ». Ainsi certains ont trouvé à redire du fait que des anarchistes aient constitué une fédération du Latium et veulent en former une italienne, qu’il y ait des fédérations et des partis anarchistes allemands, hollandais, de Bohème, etc. Comme si l’on voulait de cette façon reconnaître le principe de nationalité ! Mais cela est vraiment du formalisme, et du plus mauvais !…

En aucune façon le concept de l’organisation fédérale d’individus en groupes, et des groupes en fédérations régionales, nationales et internationales, est contradictoire avec les principes de liberté de l’anarchisme. Cette cohérence avec la méthode libertaire au sein de la société bourgeoise n’est pas réservé aux organisations anarchistes. Il existe et il peut exister des associations composées aussi par des non-anarchistes, qui dans leur fonctionnement interne soient libertaires, cela ne nuit pas au contraire, facilite leur but particulier. Elisée Reclus a trouvé des exemples de regroupements libertaires chez des peuples primitifs qui ne sont pas régis en véritable anarchie ; Pierre Kropotkine nous parle d’associations libertaires parmi les animaux, les sauvages, les artisans, et dans les communes du Moyen-âge. Pour démontrer l’existence dans la société moderne d’une forte tendance au communisme et à l’anarchie, Kropotkine et Elisée Reclus apportent de nombreux exemples d’associations commerciales, industrielles, de bienfaisance, scientifiques et artistiques, qui tout en ayant un but tout autre qu’anarchiste, sont dans leur organisation interne exactement libertaires ou presque. Si une telle possibilité n’est pas exclue pour des individus non-anarchistes, associés pour des buts absolument bourgeois, pourquoi devrions-nous l’exclure pour nous ? Pourquoi devrions-nous nier la possibilité de nous associer sur des bases libertaires, pour nous qui sommes anarchistes et qui nous proposons un but essentiellement anti-bourgeois et anti-autoritaire ?

Autonomie et organisation sont loin d’être des termes contradictoires : au contraire ils expriment avec précision le concept que les anarchistes ont de l’individu et de la société. « Autonomie et fédération sont les deux grandes formules de l’avenir – dit notre ami Charles Malato [5]à partir de maintenant c’est sur cette direction que s’orienteront les mouvements sociaux ». Et c’est là aussi notre idée, car nous pensons que l’organisation trouve dans la forme fédérative la meilleure façon pour s’expliquer dans un sens vraiment anarchiste.

Rome, 15 juin 1907.

[1] L. Fabbri : L’Organisation ouvrière et l’Anarchie.

[2] Jean Grave : « La Société mourante et l’anarchie ».

[3] L. Fabbri : L’Organisation ouvrière et l’Anarchie.

[4] Dans l’« Aurora » de Ravenne.

[5] C. Matato : « Philosophie de l’Anarchie » (édition P.V. Stock, Paris), p. 185.

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Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Du_Principe_Federatif_Proudhon

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Dieu et lEtat_Bakounine

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

 

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Entretien avec un prisonnier politique anarchiste d’une commune en lutte d’Oaxaca Mexique…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 17 octobre 2019 by Résistance 71


… l’autre lutte autonome

 

Entretien avec Miguel Peralta, prisonnier anarchiste d’Eloxochitlan de Flores Magon, Oaxaca, Mexique

 

Miguel Peralta

 

15 octobre 2019

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Miguel-Peralta-prisonnier-anarchiste-d-Eloxochitlan-de-Flores

 

Histoire des luttes de son village, assemblée communautaire, infiltration des partis politiques, répression, solidarité internationale, liens entre mouvement libertaire et mouvement indigène au Mexique…

Dans cet entretien réalisé au printemps 2018 par Voices in Movement pour le média anarchiste américain It’s going down, Miguel Peralta revient sur la longue histoire collective qui l’a conduit, à trente-quatre ans, à se retrouver sous la menace d’une peine de cinquante ans de prison.

Après quatre ans, cinq mois et quinze jours d’enfermement, Miguel a été libéré le 15 novembre 2019 à la suite d’une longue grève de la faim appuyée par le Groupe de solidarité pour la liberté de Miguel Peralta au Mexique et un mouvement de solidarité internationale.

En France, la solidarité avec Miguel est organisée par le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL), qui a diffusé cet entretien et les informations sur sa situation. Pour tout message, aide financière, événement de soutien… contacter le CSPCL : cspcl(at)samizdat.net

Voices in Movement : Hola, bonne après-midi ou bonne nuit à toutes et tous, nous sommes ici avec notre compañero Miguel, prisonnier politique d’Oaxaca, au Mexique, et on va un peu parler avec lui de sa procédure judiciaire, de sa vision des différentes luttes à Oaxaca et au Mexique, de la relation entre les mouvements anarchistes et autochtones, et aussi au final des différentes choses en lien avec la solidarité internationale dans ces cas-là, et des formes possibles par lesquels on pourrait l’aider dans son procès judiciaire.

Salut Miguel, merci d’être avec nous !

Miguel : Comment va ? Bonne nuit, ou bonjour à tous les compas qui nous écoutent.

Ok on va commencer, est-ce que tu peux nous parler un peu de toi, de qui tu es, d’où tu viens, où tu te trouves actuellement et n’importe quelle autre chose que tu aimerais partager avec les compas qui écoutent cette émission ?

Ok bon, mon nom complet c’est Miguel Ángel Peralta Betanzos, je fais partie de la communauté d’Eloxochitlán de Flores Magón, qui fait elle-même partie du groupe autochtone mazatèque, et qui se situe au nord-est de l’État d’Oaxaca. Dans ma communauté et dans la région mazatèque nous parlons la langue mazatèque.

J’ai étudié un peu d’anthropologie, depuis petit j’ai toujours aimé être entouré d’amis, tant des compas d’autres endroits du monde que de mon propre village. Connaître son territoire, arpenter un peu la communauté et ses sentiers… J’aime bien la musique, différents types de sons et… la bouffe, la gastronomie de ma communauté et des autres endroits, j’aime beaucoup lire aussi, faire du sport, jouer, faire du basket, un peu de foot, nager, aller à la rivière, sentir et marcher sous la pluie, marcher pieds nus dans la boue, depuis petit. J’aime les fêtes traditionnelles de mon village, la fête des morts qui est le moment où on peut le plus célébrer et partager la communalité [1], la communalité avec nos compas et nos proches sur notre terre. J’aime me souvenir de nos morts aussi, mes grands-parents, mes oncles qui ont été vivants et qui nous ont laissé leur empreinte dans notre conscience.

Je suis membre de l’assemblée communautaire, qui est l’entité où se développent différentes activités collectives comme le tequio ou la faena [2] , qui font partie du travail ou de l’entraide qui se vivent au quotidien dans la communauté. On a aussi participé à différentes luttes, que ce soit au sein de la communauté mais aussi en dehors comme en 2006, où on a participé aux révoltes d’Oaxaca.

Tu peux mentionner quelques antécédents de la lutte dans ton village, Eloxochitlán de Flores Magón ?

Lors du boom de la culture du café, dans les années 1970, 1980, 1990, il y a eu une augmentation du caciquisme, du despotisme. La figure du cacique, c’est la personne qui arrivait à s’imposer grâce à son pouvoir et grâce à l’argent, et qui s’appuyait aussi sur des gens armés. Il décidait en gros de la destinée de la communauté, c’est lui aussi qui répartissait les charges collectives ou les charges municipales. Eh bon face à cela, au travers des instituteurs démocratiques et des paysans conscients, il y a eu une lutte contre le caciquisme qui a démarré durant ces décennies-là eh bon, durant les années 1990, en 1996, il y a eu un congrès indigène qui a eu lieu dans la communauté d’Eloxochitlán.

Les thèmes qui y avaient été développés concernaient l’identité et l’autonomie. C’était le moment de la lutte zapatiste, qui avait détonné en 1994, et en 1996 il y a eu ce congrès dans la communauté d’Eloxochitlán. À ce congrès il y a eu différents villages des alentours qui ont partagé leurs expériences de lutte. En 1997, il y a eu tout un cycle d’activités qui a démarré avec une marche-randonnée du village jusqu’à la ville de Mexico, qui a duré à peu près cinq jours et à laquelle ont participé quelque chose comme quatre cents personnes, cela pour rendre hommage à la mort de Ricardo Flores Magón [3] qui a été assassiné dans une prison des États-Unis, et pour lancer ce qu’ils ont appelé l’année citoyenne Ricardo Flores Magón, eh bon durant toute cette année-là il y a eu des discussions sur les questions de genre, sur le féminisme, sur la paramilitarisation et sur l’autodéfense évidemment, et il y a eu des concerts de rock et de punk dans la communauté, de musique traditionnelle mazatèque aussi. Il y a eu aussi des ateliers de médecine traditionnelle, des projections de films, et aussi des ateliers sur la terre, les cultures et les semences transgéniques. Ça, c’était en 1997.

Et en 2001, il y a une radio communautaire qui a été mise en place qui servait un peu de pont dans la lutte pour l’autodétermination, en plus d’un fanzine qui s’appelait La Voz de N’guixó [4], et ça servait pour renforcer la conscience sur la défense des ressources naturelles et ça a aussi permis de lutter contre les partis politiques. Après, il y a eu la création d’un conseil, qu’ils ont appelé le conseil indigène, eh bon, je crois que c’est ça un peu les antécédents qui ont été à l’origine d’une partie de la lutte que nous avons menée contre les partis politiques, et aussi pour la défense du territoire.

Et donc maintenant que nous entrons un peu plus dans le vif du sujet, tu peux nous expliquer un peu comment se passe la politique dans les villages d’Oaxaca, et en particulier le système des us et coutumes ?

Dans l’État d’Oaxaca, il y a approximativement plus de cinq cents municipalités, la majorité autochtones et qui sont réparties en huit régions. C’est très caractéristique d’Oaxaca cette question, parce que la majorité des gens parlent une langue autochtone, mais aussi parce que depuis très longtemps ces municipalités sont régies par un système qui s’appelle us et coutumes, plus de la moitié sont régies par ce système dont le nom a été modifié il y a tout juste quelques années de cela, il y a cinq ans, pour le remplacer par celui de système normatif interne, qui veut dire qu’on suppose que les municipalités ont leur propre autonomie dans laquelle elles se régissent par ce système, et où elles élisent leurs autorités, tant leurs autorités municipales que toutes les charges qui sont liées à cette organisation politique.

Mais c’est de cette manière aussi que l’État a une forme d’ingérence à Oaxaca, parce que, au final bon ok,  les municipalités sont régies par les us et coutumes, les élections se font par une assemblée et c’est en assemblée que sont pris les accords pour élire leurs autorités, mais quand elles élisent leur représentant ou leurs différents représentants, elles envoient leurs documents au bureau du « Système normatif interne », et c’est là qu’ils avalisent pour de bon les représentants. Mais la voix et la parole de ces représentants est importante, et elle se donne durant l’assemblée communautaire, durant les assemblées communautaires des municipalités.

Ok, continuons avec le panorama historique de lutte et d’organisation de ton village.

Après, durant la décennie des années 2000, notre communauté était supposée être régie par les us et coutumes, et ne pas se retrouver avec des partis politiques. Mais aux alentours de 2006, après le soulèvement d’Oaxaca, il s’est formé une sorte de tendance au sein de la communauté visant à y introduire les partis politiques, mais cette fois de manière visible, à visage découvert, à la « gueule du chien », comme on dit ici. Et donc est entré le PRI, qui a de fait beaucoup de gens sous sa coupe, mais aussi le PAN, et le PRD, bien évidemment [5]. Mais d’autres partis sont aussi entrés, comme Convergencia il me semble ; tout cela s’est passé entre 2009 et 2011, et en 2011 les élections ont été menées comme si elles avaient lieu avec des partis politiques.

Une personne qui se nomme Manuel Zepeda Cortés débute alors sa campagne électorale, une chose que l’on n’avait jamais vu jusqu’alors au sein de la communauté : qu’une personne fasse du prosélytisme et qu’en plus elle distribue de l’argent pour que les gens votent pour lui ! Car bon, jusque-là les élections dans la communauté, elles étaient appelées en soufflant dans une conque, une date était fixée, et les personnes se rendaient au centre du village pour pouvoir élire leurs autorités traditionnelles.

Mais cette fois-là, cela ne s’est pas déroulé comme cela, ça s’est divisé en deux, et cette personne a demandé qu’on lui apporte ses tee-shirts orange, et il les a fait revêtir aux personnes de son groupe. Et c’est là que ça a commencé, cette tendance des partis, et qu’a commencé la lutte contre les partis politiques, mais d’une manière très directe, très frontale, parce qu’on n’a pas permis que cette personne arrive et s’empare du palais municipal en 2011, et ce qu’il a fait alors, c’est d’appeler la police de l’État d’Oaxaca, et de fait, l’armée entre dans notre communauté en février 2011 sous le prétexte de chercher des armes et de la drogue, mais on sait bien que cela ils l’ont fait pour lui, car ils ont ouvert le palais municipal pour cette personne.

Et c’est comme ça qu’il y a eu des affrontements durant tout son triennat, et de fait le mandat de cette personne était en partie illégal, parce que le tribunal a mis en cause cette élection car la communauté n’était pas d’accord pour que cette personne gouverne, et il l’a fait de manière dictatoriale en utilisant les moyens policiers et la répression sous ses différentes formes, à tel point que la peur a commencé à s’installer à l’intérieur de la communauté du fait des personnes armées qu’il a amenées. De fait, il a formé un groupe paramilitaire au sein de la communauté afin de s’en prendre aux personnes qui étaient contre lui.

Une autre chose que cette personne a faite, c’est d’exproprier l’eau du village pour ses bassins, et d’acheter des terrains pour en extraire de la pierre et du sable ; parce que cette personne avait une broyeuse et se chargeait de vendre ce matériau à quelques entreprises dédiées à la construction de routes ou de bâtiments ; et il y a eu beaucoup de gens qui n’étaient pas d’accord avec cette situation et qui ont commencé à protester, parce qu’il s’appropriait de l’eau des autres ; mais à ce moment-là, il avait déjà un groupe paramilitaire et il avait déjà la police de l’État de son côté ainsi que l’armée, et il les appelait chaque fois qu’il se passait quelque chose.

Ensuite, en 2012 ils arrêtent le compañero Pedro Peralta et ils le torturent, et ils l’incarcèrent trois ans dans la prison de Cuicatlán, et une lutte démarre pour la liberté des prisonniers politiques. Ils incarcèrent aussi le compañero Jaime Betanzos et le compañero Alfredo Bolaños à cette époque. Après il y a cette lutte qui commence contre les partis politiques, et la communauté commence à s’unifier ; et en 2014 on retourne à une élection plus collective, plus traditionnelle, où les groupes ont pu se mettre d’accord et élire leurs autorités.

Mais ça, ça n’a pas duré longtemps, à peu près huit mois, car ensuite il y a eu l’attaque des autorités communautaires, car durant le triennat révolu de ce monsieur, qui s’est passé de manière dictatoriale, il y a eu du vol, de l’enrichissement illicite. Il a volé tout l’argent de la communauté et il a commencé à se construire d’autres trucs, à s’acheter des voitures, des terrains et bien d’autres choses, des comptes bancaires à l’étranger et ces choses que vous saurez par le futur ; et la cour des comptes supérieure de l’État d’Oaxaca, qui est l’institution en charge de l’argent des villages, a requis en 2014 au président municipal du village, qui était alors Alfredo Bolaños, qu’il convoque ce monsieur Manuel Zepeda afin qu’il procède aux justifications concernant les 21 millions de pesos de dépenses qu’il restait à justifier, et c’est cela qui a abouti au conflit dans lequel nous nous trouvons maintenant, qui s’est transformé en un affrontement en 2014.

Prétextant ne pas avoir à rendre de comptes, celui-ci a occupé le palais municipal et c’est alors qu’a commencé l’escalade de la violence. Et le peuple s’est organisé pour défendre ses droits collectifs, et c’est pour cela que nous sommes incarcérés aujourd’hui.

Le 17 novembre 2014, après que la cour des comptes supérieure de l’État d’Oaxaca a fait citer Manuel Zepeda Cortés à comparaître, celui-ci se refuse à le faire et le même jour, aux alentours de midi, il occupe avec environ quatre-vingts personnes le palais municipal et séquestre les autorités communautaires ; il les maintient séquestrées pendant environ huit heures, et les gens commencent à s’organiser pour aller libérer ces personnes enfermées dans le palais municipal, mais eux les avait frappées, et ils ont fait signer au président municipal un acte par lequel il renonçait à sa charge élective, chose qui ne pouvait avoir lieu car la communauté l’avait élu, à moins que ce document n’ait été émis par le Congrès de l’État d’Oaxaca. Mais après cela une ambiance hostile s’est déposée sur la communauté, une ambiance de violence sourde prête à éclater, car le groupe de cette personne n’arrêtait pas de patrouiller, ils circulaient armés dans la communauté, insinuant la peur.

Le 14 décembre, une assemblée est convoquée dans la communauté d’Eloxochitlán pour élire un représentant communautaire, l’alcalde municipal, qui est la personne chargée de délimiter le territoire. Ce doit être une personne adulte, qui connaît les terres de la communauté, pour que puisse être vendus les terrains si certaines personnes veulent les vendre ou les céder, ainsi que pour surveiller les espaces communs du village et du territoire. Ce jour-là, l’assemblée communautaire se rassemble au centre du village, et c’est là qu’un affrontement éclate, car les gens de ce monsieur Manuel Zepeda Cortés appellent aussi à cette assemblée, mais eux convoquent pour l’agresser, pour lancer l’agression contre les compañeros de l’assemblée communautaire. Moi je me trouvais alors à Mexico, car j’avais été mandaté pour acheter des jouets pour les enfants qui allaient être offerts le 6 janvier suivant, le 6 janvier 2015 (on était encore en 2014) [6]. Et c’est là que j’apprends qu’un affrontement avait éclaté. Tout d’abord, à 11 heures du matin, les compañeros montent jusqu’au centre du village en faisant une petite manifestation jusqu’au palais municipal, où doit être célébrée l’assemblée, et là ils sont reçus par des tirs d’armes à feu. L’affrontement commence, et certains se retrouvent blessés par balle.


Oaxaca… Guerre sociale, mort à l’État

Il y a ensuite un second épisode, cette fois dans la maison de ce monsieur Manuel Zepeda Cortés, et là ils arrêtent une personne, qui se nomme Manuel Zepeda Lagunas — le fils —, qu’ils arrêtent en possession d’une arme à feu, et ils l’emmènent à Huautla, parce que c’est là que se trouve un commissariat. L’autorité municipale — les représentants communautaires — les emmènent là-bas, au commissariat de Huautla, et ils le livrent à la police de l’État d’Oaxaca. Après que cette agression a eu lieu, dans la communauté l’ambiance est tendue, parce que personne ne sait exactement ce qui s’est passé à partir de là. Là-bas, une fois que cette personne est livrée au commissariat, il y a d’autres compañeros qui emmènent à l’hôpital nos compas qui ont été blessés, certains par des tirs dans la nuque, la tête, les mains. Ils les emmènent à l’hôpital pour qu’ils soient pris en charge, mais à partir de 8 heures du soir, [les flics] commencent arrêter les compañeros, et notamment celui qui était chargé de la présidence municipale, Alfredo Bolaños Pacheco, ainsi que les policiers de village qui l’accompagnaient et qui avaient amené [au commissariat] cette personne qu’ils avaient arrêtée.

Après cela, le compañero Jaime Betanzos est aussi arrêté, alors qu’il se trouvait en train d’attendre un transport pour revenir à notre communauté. Il est détenu par des agents de la police ministérielle à Huautla, au carrefour à côté de Banco Azteca, et ils l’emmènent à la ville d’Oaxaca ; sept autres compañeros sont eux aussi emmenés avec lui, tous accusés du délit d’homicide, alors qu’ils ont apporté cette personne en vie. À partir de ce moment commence la chasse contre les membres de l’assemblée ; beaucoup de gens sont obligés de fuir de la communauté, beaucoup de gens s’en vont, par peur de la répression. De fait, la police de l’État d’Oaxaca monte une unité spéciale ; la police fédérale arrive elle aussi le 15 décembre, et à ce moment sur place, on ne respire que la peur.

À partir de là, l’assemblée commence à se séparer, à se désagréger, eh bon, la lutte pour les prisonniers a été très diverse, très vague disons, très séparée au niveau de l’organisation pour cette raison même, de par la peur qui a été semée et qu’ils ont réussi à semer également au travers des médias : au travers de la police et de la répression, mais aussi au travers de l’apathie et du déplacement forcé, car beaucoup de familles se sont déplacées vers d’autres villes et d’autres communautés. Des familles entières ont dû se déplacer, et c’est la raison pour laquelle cela n’a pas été possible de revenir et de s’organiser, car beaucoup vivent dans la peur, et ils nous disent seulement cela, que celui qui s’organise va finir en prison, et c’est là que se trouve le compliqué de la situation. La peur part de là, on mentionne la prison et ils ont peur de finir ici, en prison. C’est toujours un peu compliqué d’avoir un proche enfermé, parce que c’est des frais, pour plein de raisons très différentes, et parce que, au final, c’est très difficile d’arriver à se réorganiser. Il y a beaucoup de compañeros qui parfois cherchent à résoudre la question de l’harmonie et de la communauté, mais la communauté de leur famille, eh bon, du coup ils ne cherchent pas à partager ce qui a trait au communautaire, à la lutte.

Cela, c’est ce qui s’est passé dans notre communauté : qu’il y a énormément de peur qui a été semée au travers des médias et de la répression, et que cela, ça a fait que nous n’avons pas pu avancer dans la lutte pour notre liberté à nous, les compañeros qui sommes emprisonnés, et au-delà pour la liberté et pour l’autodétermination de notre village, pour recommencer à nous organiser contre cette imposition qui existe et qui continue à semer la peur au travers de ces personnes qui se font passer pour des défenseurs des droits humains et qui demandent des mesures de protection pour elles-mêmes, et que le gouvernement leur accorde cette « couverture » afin de continuer à gouverner au travers de la répression.

C’est là qu’on en est aujourd’hui. On tente de se réorganiser, au moins pour qu’on soit libérés, au travers des différentes formes de lutte que nous avons à l’intérieur de la prison, c’est-à-dire tant depuis le travail qu’on y fait [des sacs et des hamacs vendus en solidarité, NdT], que des jeûnes ou des grèves de la faim qu’on mène depuis l’enfermement/isolement.

Bien. Tu veux nous raconter les détails de ton arrestation ?

Eh bien… Bon, moi on m’a arrêté le 30 avril 2015, alors que je travaillais à Mexico dans le quartier de Tepito. Des personnes vêtues en civil, sans identification, sont entrées dans le local où je travaillais avec mon frère. Ils ont commencé à nous agresser, sans jamais s’identifier. Ils n’avaient pas d’ordre d’arrestation et on a résisté un moment à la détention. Mais il y a de plus en plus de flics qui sont arrivés et ils ont réussi à nous sortir sous la menace de leur flingue et sous la lacrymo. Ils m’ont emmené à la Procuraduria [équivalent du parquet du juge d’instruction, NdT] de la capitale dans une voiture banalisée et après ils m’ont fait la révision médicale, ils m’ont mis face à un journaliste, ils m’ont pris quelques photos très générales. Ensuite ils m’ont confié à la police ministérielle d’Oaxaca et ces policiers m’ont emmené à une taule qui s’appelle « Tlaxiaco », qui se trouve dans la région mixteca d’Oaxaca, à environ 400 à 500 kilomètres de ma communauté. C’est ça, le panorama de mon arrestation.

Et où tu te trouves aujourd’hui ?

Aujourd’hui… ! Bon, en fait à Tlaxiaco je ne suis resté qu’un mois, parce qu’on a sollicité avec mes avocats mon transfert à une prison plus rapprochée de ma communauté, ce qui est dans mes droits. Du coup je suis maintenant dans un endroit qui s’appelle San Juan Bautista Cuicatlán, qui se trouve dans la région de la cañada d’Oaxaca, à quatre heures de ma communauté. C’est là que je me trouve. J’ai passé à peu près deux ans et huit mois dans cet enfermement [NdT : aujourd’hui plus de quatre ans et demi].

Et ton dossier judiciaire, il en est où aujourd’hui ?

Eh bien on est dans une procédure irrégulière, il n’y a pas eu de procédure normale et conforme au droit, vu que tout le dossier est une construction politique. De fait, en ce moment nous sommes sept prisonniers de ma communauté, certains sont dans la prison d’Ixcotel (centre d’Oaxaca), un autre compañero se trouve enfermé à Etla, et moi je suis ici à Cuicatlán. À chaque fois les audiences ont été différées. On a sollicité par exemple des interrogatoires, et les personnes offensées ou bien celles qui nous accusent ont tardé énormément pour se présenter. De fait, il manque toujours les déclarations de deux personnes, et bien que plus de deux ans se soient écoulés, elles ne sont jamais venues déclarer. Il n’y a que les policiers de l’État d’Oaxaca et les flics ministériaux qui l’ont fait car c’est dans leur obligation, et nous nous avons insisté énormément pour qu’ils aillent remettre leur compte-rendu. Et par exemple moi, cela fait plus de deux ans que j’ai fait un recours, et ce n’est qu’en décembre dernier qu’est sortie la résolution du tribunal à ce sujet, pour me le nier. Au sujet de la procédure au tribunal mixte de Huautla, ils ont laissé couler. Il n’y a pas de justice impartiale, ils ont été payés. Les juges ont été remplacés plein de fois durant notre procédure, et ils n’ont fait aucun cas de nos demandes, qui sont des questions de droit et des questions légales, là où je pense que, s’il y avait de la justice et de l’impartialité, on devrait être libres, parce qu’il n’y a aucun signalement direct déterminant la conduction du prétendu crime que nous aurions commis, ou du délit qu’on nous impute.


Oaxaca… Vive la Commune, vive l’insurrection

Bon, Miguel, tu nous as parlé de la lutte de ton village et de ton cas judiciaire, mais pour les gens d’ailleurs, tu peux nous faire un panorama plus large des luttes sociales au Mexique ? Où est-ce que tu vois les exemples de lutte qui t’inspirent, et qu’est-ce que tu penses être les nécessités de cette diversité des luttes du Mexique… Et une chose qui m’intéresse plus, si tu peux donner ton avis : toi tu es d’un village indigène de la Sierra mazateca d’Oaxaca, mais tu es aussi influencé par des réflexions et des pratiques libertaires et anarchistes. Tu pourrais partager avec nous comment tu vois cette relation entre les mouvements et les courants de lutte anarchistes et les mouvements et les luttes indigènes ?

Je crois que la lutte ou les luttes sociales au Mexique sont très diverses, il existe une infinité de mouvements, tant des mouvements urbains qui sont dans la défense ou l’autodéfense de leur propre territoire, ou dans l’organisation pour s’approprier des espaces publics, comme dans les assemblées des quartiers de la ville de Mexico, par exemple en ce moment. Suite au tremblement de terre[6], il y a beaucoup de gens qui sont en train de se réorganiser pour avoir un toit et pouvoir lutter aussi contre les mégaprojets. Et c’est sans parler des luttes de la campagne, du mouvement indigène en soi et des mouvements qui se trouvent hors des villes, qui sont dans la lutte contre le même monstre qui est le capitalisme et contre les mégaprojets. Le problème des exploitations minières notamment, cela englobe toute la question des ressources naturelles, parce que l’eau se trouve au centre. Et même jusqu’aux plantes médicinales, que certaines entreprises étrangères (japonaises, américaines, canadiennes, espagnoles et françaises) tentent de monopoliser ou de breveter pour les commercialiser et vendre le médicament, et nous rendre dépendants de leurs médecines et qu’on consomme cela, alors qu’on sait bien qu’il existe une médecine traditionnelle des peuples.

Il y a des luttes pour le territoire, pour l’autodétermination et pour l’autonomie, et il y a beaucoup de différences de fait dans le mouvement indigène, parce que certains sont dans la question du refus de l’intromission des partis politiques, quand d’autres sont dans la lutte pour la défense du territoire, sans être pleinement conscients que les partis politiques sont fourrés là-dedans, et d’autres qui sont dans la question de l’autonomie en soi, sans avoir aucune ingérence avec l’État.

Et donc sur quelques questions, par exemple comme ce que tu me demandes sur la relation qui existerait entre mouvements indigènes et mouvements libertaires ou anarchistes, je crois qu’ils partagent certains principes basiques au sein de la réflexion libertaire et il y a quelques penseurs libertaires qui ont influencé aussi la luttes des villages et des peuples, comme par exemple sur la question de l’autogestion, de l’autonomie, de la défense du territoire, de l’expropriation aussi de ses ressources et de ses espaces, de l’autodétermination, et toutes ses luttes se conjuguent contre un même monstre, qui est le capitalisme depuis ses débuts.

Il y a aussi des ruptures au sein des luttes ; il y a une rupture très forte au sujet de la question électorale au Mexique. Il y a des mouvements ou une partie du mouvement indigène qui cheminent vers la question électorale, qu’ils ont appelé le « bon gouvernement », et il y a une autre partie du mouvement indigène qui n’est pas dans cette situation-là, qui continue à défendre la question de l’autonomie sans avoir aucune visée vers la question électorale ou de prendre le pouvoir national, eh bon, chacun mène la lutte depuis chez lui et depuis ses espaces. Je crois qu’il existe quelques mouvements et quelques communautés qui ont leurs propres formes communautaires de défense, et je crois que cela, c’est ce qui guide et ce qui peut avoir une certaine relation avec le mouvement libertaire, et que cela part d’une lutte de l’être même, depuis la communauté ou depuis les individus. Il y a par exemple des communautés qui ne luttent pas seulement contre les mégaprojets, certaines luttent contre l’identité même, ou pour leur propre identité à elles, pour la langue, pour le maïs, pour leur cosmovision, pour leur manière de se vêtir, et aussi contre les aliments [industriels] et les transgéniques, et je crois aussi que cela, cela fait partie du mouvement indigène et aussi du mouvement libertaire, le fait que nous luttions pour être soi-même, pour être libres. Au final, ces deux parties cherchent un bien commun, de fait c’est cela qu’on idéalise, cette question du bien commun, du fait que cela exige l’autogestion dans les communautés et aussi dans le mouvement libertaire.

Au fil du territoire et de la géographie qui est la nôtre, il existe des mouvements qui nous inspirent, comme par exemple à Oaxaca la lutte des Ikoots, à Álvaro Obregón, qui luttent contre les éoliennes, à Cherán [dans le Michoacán] les compas qui luttent pour l’autonomie, les Yaquis, dans le Sonora, qui luttent pour la défense du territoire et pour la défense du fleuve Yaqui, il y a les compañeros de Xanica dans la Sierra sud d’Oaxaca qui défendent leur territoire, leur système communautaire et leur organisation, et, plus au sud du continent, les compañeros mapuche qui ont toute une longue tradition dans leur lutte en défense du territoire, de l’autonomie, de l’autodétermination et de l’identité mapuche ancestrale, et je crois que, dans toutes ces luttes, la question, c’est que toutes maintiennent leurs propres formes d’organisation. Au final, on ne peut pas idéaliser, dire que tout est harmonie et que dans les luttes indigènes tout est harmonieux, parce qu’il y a aussi des conflits, il y a beaucoup de questions qui sont en lutte à l’intérieur comme la question du machisme, la question culturelle…

Il y a aussi des compas dans la Sierra Norte de l’État de Puebla, les Totonaques et les Nahuas, qui sont en train de lutter contre les entreprises chinoises et canadiennes qui sont en train de leur piquer leur eau et les minerais de ces endroits et de leurs villages, et là aussi il y a une tradition de médecine naturelle et traditionnelle, et de lutte pour un marché juste, où ils puissent commercialiser les produits qu’ils font. Tout ça, c’est les luttes qui nous inspirent en ce moment.

Pour les compas qui écoutent cet entretien, comment peuvent-ils faire ou comment peut-on faire pour te soutenir dans la procédure judiciaire que tu traverses toi et les autres compañeros prisonniers d’Eloxochitlán de Flores Magón ? Et pour finir, tu pourrais mentionner pour toi ce que la solidarité internationale signifie, et de quelle manière peut-on cultiver cette solidarité ?

La question de la solidarité internationale me paraît très importante, à partir du moment où il y a cette réciprocité entre compañeros, au moins par le biais de lettres, d’appels… Parce que au final la solidarité internationale ce n’est pas pour une lutte locale ou pour une question territoriale, c’est une question plus large, et une lutte plus large qu’on ne peut pas réduire à un seul endroit seulement, mais c’est dans le monde entier et pour tous les individus. C’est quelque chose qui rompt les murs et les frontières. Je crois que la solidarité internationale est importante aussi parce qu’au travers de ses formes de mobilisation, elle génère une certaine pression dans les pays et dans les espaces où se font la lutte et le soutien…

Par exemple nous, qui sommes enfermés dans une prison : si vous téléphonez au tribunal, si vous envoyez des lettres par exemple, cela génère une certaine pression, et on entre dans une autre dimension de la lutte… Et il y a des question importantes que ça amène, comme l’accompagnement, la camaraderie, et il y a une certaine amitié qui se crée aussi entre compañeros car on échange des lettres, des appels et on peut s’écouter au travers des différents médias à notre disposition, eh bon, dans notre cas pour moi ça me paraît important cette partie-là, parce que vous vous pouvez diffuser nos histoires dans d’autres endroits et vous pouvez amener notre parole et nos petites luttes jusqu’à d’autres endroits, d’autres lieux. Et une autre partie, ce serait de nous aider à commercialiser nos produits, parce que moi par exemple je dédie mon temps à faire des hamacs et des sacs, et une partie ce serait de pouvoir nous aider économiquement pour la question juridique, pour que nos proches puissent venir nous voir, puissent nous amener des aliments à la prison, parce que ici c’est compliqué d’obtenir pas mal de choses qu’il faut amener de l’extérieur. C’est pour cela que ça me paraît important cette partie de l’accompagnement international ou de la solidarité avec des compañeros avec lesquels on ne se connaît pas, mais avec qui on a des choses en commun qui nous attirent et nous appellent à être ensemble dans cette lutte.

Une autre chose qui me paraît importante de mentionner est le fait que la solidarité internationale puisse se diriger vers des compañeros qui sont d’autres endroits, d’autres lieux du globe afin qu’ils soient attentifs à la situation qu’on traverse depuis l’enfermement, en sollicitant leur soutien aux mobilisations qui sont organisées au travers de l’envoi de lettres, en appelant au téléphone, ou bien, s’il y a un moment de répression, me demander aussi à moi mon soutien pour les situations qui éclatent au cours de la procédure et au cours de cette lutte qu’on mène depuis l’isolement.

Il y a quelque chose d’autre que tu veux partager avec les compas qui écoutent cet entretien ?

Eh bien remercier les compañeros qui écoutent [ou lisent ! Merci à vous, NdT], qui sont partie prenante des luttes et qui se solidarisent aussi avec les compañeros dans le monde qui sont emprisonnés, ou avec les luttes libertaires ou les luttes des peuples, car on est pareils. Et j’aimerais aussi remercier le collectif Los Otros Abogados, qui sont les compañeros qui s’occupent de mon dossier et qui ont mis de leurs efforts et de leur solidarité pour pouvoir avancer dans cette procédure et arriver à nous libérer de ce joug de la loi, de l’injustice et du pouvoir, et pouvoir avancer vers la liberté. Avec l’effort de ces compas nous avons avancé lentement, mais on arrive peu à peu à ouvrir la brèche grâce à leur solidarité, leur effort, leur travail avant tout, eh bon, on a une dette envers eux.

De l’autre, eh bien vous demander votre soutien à notre petite lutte, comme je vous l’expliquais on a ces manières de nous organiser et de lutter depuis l’enfermement, on a quelques produits à commercialiser, pour que vous puissiez aussi acquérir certaines choses comme je vous disais, les hamacs et les sacs que je fabrique ici pour tuer le temps, pour ne pas m’ennuyer, mais aussi pour pouvoir nous maintenir avec un peu de ressources pour les coûts immédiats pour les question de défense, des avocats, pour pouvoir faire les dépôts administratifs, pour que nos familles puissent venir nous visiter et pour l’alimentation et les nécessités basiques des personnes qui nous retrouvons dans l’isolement. Et puis eh bien, depuis ici je vous adresse une forte embrassade, et j’espère que vous aussi vous allez bien dans vos luttes, eh bon que la force soit avec vous… et à bas les murs des prisons !

Notes

[1] La communalité est une notion politique développée à Oaxaca, qui se réfère à ce qui a trait à la vie communale d’un village ou d’un peuple : les fêtes, le travail collectif, le territoire commun, la cosmovision… « l’être-communal ».

[2] Le tequio (appelé faena dans la Mazateca), ce sont les travaux collectifs effectués au nom de la communauté, et convoqués traditionnellement par le représentant du village au travers du soufflement dans une conque de caracol.

[3] Ricardo Flores Magón est un célèbre anarchiste mexicain du début du vingtième siècle né à Eloxochitlán, fondateur du journal Regeneración, et qui initia la révolution mexicaine par des soulèvements armés en 1910 au nom des idéaux de « Terre et Liberté ».

[4] « La Voix de N’guixó », nom mazatèque de la communauté, NdT.

[5] PRI : Parti révolutionnaire institutionnel, ancien parti-État qui a dirigé le Mexique des années 1930 aux années 2000. PAN : Parti d’action nationale, qui lui a succédé au pouvoir de 2000 à 2012, parti capitaliste de la droite intégriste. PRD : Parti de la révolution démocratique, formé dans les années 1980 de l’agglomérat de différents partis de tendance marxistes avec des scissions nationalistes du PRI, telle celle de López Obrador, actuel président du Mexique et qui a depuis créé son propre parti, Morena (Mouvement de régénération nationale), pour gagner les dernières élections politiques.

[6] À la différence de la France, l’Espagne et les pays latino-américains distribuent les « cadeaux de Noël » le 6 janvier, jour des Rois mages qui seraient venus offrir leurs cadeaux au petit Jésus, NdT.

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Lectures complémentaires:

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

zenon_pourquoi suis je anarchiste ?

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard

 

 

 

Confédéralisme Démocratique du Rojava: De l’État à la démocratie… Anatomie d’un changement de paradigme 2ème partie

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 15 octobre 2019 by Résistance 71

La seconde partie nous indique ce qu’est le Confédéralisme Démocratique et comment il s’applique sur le terrain, au Rojava et potentiellement ailleurs…
Pour que voit le jour la Société des Sociétés, à bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat ! Vive la confédération des communes libres volontairement associées !

~ Résistance 71 ~

En résultat [de la colonisation], la terre natale kurde fut divisée et les Kurdes furent forcés de se soumettre à des politiques d’états de déni et de diminution de leur volonté et pouvoir politique. Leurs réalités sociales furent divisées et bientôt ils se perdirent eux-mêmes. Pour subvenir à leurs besoins économiques, ils durent abandonner leur identité et furent démunis de statut légal et d’opportunités contemporaines d’éducation afin de récupérer leur existence idéologique et culturelle fondée sur leur identité. Ce déni d’identité tourna alors sur une question du fait qu’ils ne pouvaient pas vivre librement.
(Abdullah Öcalan)

“Les états sont maintenant des synonymes de chaos, de crise, de ruine et de malheur pour l’humanité. Nous devons nous libérer de cette calamité. Si vivre sous le joug de l’exploitation et de l’oppression n’est pas dans la nature de l’être humain, alors ni l’État, ni le drapeau qui le représente ne peuvent représenter le peuple et la société.”
(Commune Internationaliste du Rojava)

 


Réseau de Résistance & Rébellion International 

 

De l’État à la démocratie: anatomie d’un changement de paradigme

 

Komun

Commune Internationaliste du Rojava

 

Juin 2018

Source: https://komun-academy.com/2018/06/27/the-new-paradigm/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

 

De cette façon, depuis 2005, le PKK et toutes les organisations affiliées ont été restructurés sur la base d’un projet appelé KCK (Union des Communautés du Kurdistan ou Koma Civakên Kurdistan).

Le KCK est une organisation fondée sur la société et créée comme alternative à l’État, elle vise à s’organiser depuis la base sous la formes d’assemblées populaires.Le KCK est un mouvement qui lutte pour former sa propre démocratie, il ne voit pas les états existants comme un modèle, ni ne les voit comme un obstacle. 

Note de R71: Ce lâcher-prise de l’antagonisme est une excellente chose qui ne peut mener qu’à la synthèse politique adéquate, celle de la société des sociétés. Bien entendu, toutes les impostures et dictatures de la marchandise œuvrent et œuvreront contre…

Le but principal dans la formation du KCK est défini comme une lutte pour disséminer la démocratie radicale (fondamentale) sur l’organisation démocratique du peuple et sa capacité à prendre des décisions. La formation du KCK met en place un nouvel instrument qui surpasse la façon de voir étatique des relations sociales. En cela, le confédéralisme démocratique, qui constitue l’idée fondamentale du KCK et de son organisation, est valide partout dans la vie des Kurdes. Ceci inclut l’Irak, où les Kurdes vivent dans une structure d’état fédéral ayant des droits constitutionnels, incluant l’auto-gouvernement.

Il y a deux facteurs clefs dans le projet: une compréhension de la démocratie en tant que pouvoir du peuple, non pas une forme de gouvernement et que l’état et la nation doivent être laissés en dehors de cette compréhension.

Le confédéralisme démocratique est l’organisation du peuple, dans toutes les sphères non-étatiques de la vie. Il correspond à la diminution drastique de l’état existant dans le monde et de la tendance de la société à s’organiser en dehors de structures étatiques pour arranger sa propre vie sociale… Même si l’État fait obstacle, le mouvement de la liberté kurde exercera son droit légitime de s’organiser finalement démocratiquement. Il n’abandonnera définitivement pas ce but en disant: “l’état nous met des bâtons dans les roues”.

En définitive, tandis que la république démocratique est un projet de réforme d’un état, le confédéralisme démocratique et l’autonomie démocratique se situent au-delà de l’État et comprennent une idée politique sans État.

En conséquence, le projet de confédéralisme démocratique est lié au projet de république démocratique et d’après Öcalan, un Kurdistan libre ne peut exister que dans un Moyen-Orient démocratique. (a.g.e 34-5)

Nous avons mentionné que tout en suivant la ligne de développement de la pensée d’Öcalan, se situe l’importance centrale de ces trois concepts inter-reliés: la république démocratique, le confédéralisme démocratique et l’autonomie démocratique. Dans tous ces projets, le concept de démocratie est d’une importance capitale. La compréhension de ce terme a évolué vers plus de radicalité (NdT: une fois encore pris dans son sens de “racine”, d’ancrage profond dans la réalité et non pas dans le sens galvaudé usuel “d’extrémiste”, manipulation sémantique bien utile pour l’oligarchie…) depuis la contradiction entre les traditions démocratique et républicaine. Pour le PKK, la démocratie est un antidote à la structure centralisée de la république turque qui est fondée sur le concept d’état-nation et la version séculière française. L’idée la plus fondamentale de cette approche est que “la centralisation a tué la démocratie”.

Les différences principales entre le projet de république démocratique et le confédéralisme démocratique / autonomie démocratique sont que le point de focalisation de la première se situe sur la définition de l’état et de la citoyenneté tandis que les deux autres focalisent sur le développement d’une alternative à l’état et sur le peuple construisant sa propre organisation. Nous allons ici aborder le sujet du développement d’alternatives à l’État. Au lieu que les projets de confédéralisme et d’autonomie démocratiques ne soient vus comme potentiellement contradictoires vis à vis de l’organisation, il serait mieux de les considérer comme étant ensemble parties d’une stratégie d’harmonisation. Ils donnent une direction politique à la lutte d’aujourd’hui où que soit située l’action du PKK.

Le changement de paradigme qu’a vu le PKK au XXIème siècle a rendu une fière contribution aux vues politiques radicales en ce qui concerne une approche radicalement différente de ces trois aspects de la vie politique : l’état, la classe et le parti et “la politique non-étatique, l’organisation politique en dehors du parti et de thèmes politiques en dehors de la classe.” Du point de vue du PKK, ceci a impliqué une réforme de lui-même en amenant toute une série de transformations. Certaines de ces transformations du PKK et les changements radicaux effectués sur des points comme le droit à l’auto-détermination, la nation, la libération nationale, la violence et les femmes, sont particulièrement marquantes et frappantes.

Le principe d’auto-détermination des nations, qui fut soulevé dans le premier quart du XXème siècle, a laissé sa marque sur le siècle dernier. Les formes d’auto-détermination exprimées à la fois par le leader américain Woodrow Wilson et par le fondateur de l’URSS, Lénine, sont devenues un tremplin fondamental pour bien des luttes de libération et une partie inaliénable du droit international. Mais ce qui ne doit pas être oublié, est cette vérité que l’auto-détermination est en tout premier lieu, un principe d’action défini comme politique.

C’est pourquoi, lorsque le président Wilson a annoncé ce principe au congrès américain le 11 février 1918, il insista ouvertement sur le fait que : “L’auto-détermination n’est pas qu’une simple expression, c’est un principe impératif d’action que les hommes d’état ne pourront ignorer qu’à leur péril.” Ainsi, le PKK, du noyau de ce qui en a émergé dans les années 1970 et plus avant, adressa le principe d’auto-détermination comme principe impératif d’action puisque le peuple kurde avait été privé de tous droits fondamentaux et de libertés et condamnés sur leur terre même à un manque de statut, en retrait même du statut et de la règle coloniaux. Les territoires sur lesquels vivaient traditionnellement le peuple kurde furent divisés entre 4 états-nations (La Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran) dans les années 1920 et les très nombreuses réglementations et politiques coloniales imposées par ces états menèrent le peuple kurde à la ruine. Abdullah Öcalan exprime cet état de fait de la façon suivante:

En résultat, la terre natale kurde fut divisée et les Kurdes furent forcés de se soumettre à des politiques d’états de déni et de diminution de leur volonté et pouvoir politique. Leurs réalités sociales furent divisées et bientôt ils se perdirent eux-mêmes. Pour subvenir à leurs besoins économiques, ils durent abandonner leur identité et furent démunis de statut légal et d’opportunités contemporaines d’éducation afin de récupérer leur existence idéologique et culturelle fondée sur leur identité. Ce déni d’identité tourna alors sur une question du fait qu’ils ne pouvaient pas vivre librement.” (A. Öcalan, Kurdish Question and Democratic Nation Solution, published in Turkish, p.226).

Dans un tel environnement, le PKK a adopté comme guide le droit à l’auto-détermination du peuple kurde comme principe d’action fondamental. Bien sûr, sa conception et son application de ce principe fut lourdement influencé par les caractéristiques idéologiques, politiques et sociales de la période. Après la seconde guerre mondiale, les luttes de libération nationale se déroulèrent dans un système bi-polaire, d’abord au Vietnam et en Algérie, ce qui mena à l’indépendance de bon nombre d’anciennes colonies. Ceci affecta grandement le monde des années 1970. a ce sujet, Öcalan dira ceci plus tard:

Dans cette période des années 50 à 70, lorsque les luttes de libération nationale arrivèrent à leur point culminant et qu’elles eurent pour résultat des états séparés, ceci devint presque le seul modèle valide… En fait, le principe du droit des nations à l’auto-détermination fut en premier lieu exprimé par le président américain Wilson après la 1ère guerre mondiale et fut très lié avec les politiques hégémoniques des Etats-Unis. Lénine, afin de ne pas être en reste devant Wilson et pour gagner le soutien de nations opprimées et des peuples colonisés, radicalisa le même principe et le réduisit au fait de fonder un état indépendant. Une course commença alors entre les deux systèmes.
(The Kurdish Question and the Democratic Nation Solution [Turkish], p. 271-2).

Le PKK a approché l’auto-détermination au sein d’un cadre de compréhension d’un socialisme déjà existant à cette époque, se faisant ainsi l’avocat du modèle de la création d’un état. Mais, à partir du début des années 1990, la critique d’Öcalan de, premièrement, la compréhension du socialisme existant et, plus tard, de l’idéologie même de l’état-nation dans les premières années du nouveau millénaire, ont démontré un renouveau radical de l’approche du PKK sur le sujet. Aujourd’hui, l’auto-détermination est toujours un principe impératif d’action, mais la façon de le mettre en pratique ne passe plus par l’État, mais de mettre ce principe d’auto-gouvernement en mouvement à chaque niveau de la société.

La compréhension de l’autonomie démocratique constitue le cadre principal de cet auto-gouvernement. Les résultats de cette ligne de conduite, basés sur les Kurdes déterminant leur propre destinée sur la base du principe d’auto-gouvernement sans incliner à créer leur propre état séparé, où qu’ils vivent, d’abord et en premier lieu en Turquie, en Irak, en Iran et en Syrie, ont clairement émergé avec les développements historiques en Irak et en Syrie, au cœur même du Moyen-Orient.

En conséquence, le PKK a renversé l’argument de Lénine qu’”il serait erroné d’amener une interprétation différente au droit d’auto-détermination que d’être le droit à un état séparé d’exister.”, disant qu’il serait tout aussi erroné et trompeur de ne voir le droit à l’auto-détermination que comme s’il ne contenait aucune autre signification que ce droit à un état séparé d’exister. Cette vision est aussi corroborée dans l’analyse historique de l’état moderne en tant que projet bourgeois. (Mustafa Karasu, Radical Democracy, 2009).

Une fois de plus, lié à cela, le concept de nation du PKK a aussi été radicalement renouvelé. Au milieu des années 70, lorsque le PKK fut formé, la plupart des mouvements socialistes et de libération nationale étaient sous l’influence de l’idéologie de l’état-nation avec la plus rigide des définitions de ce terme exprimée par Staline. Sa célèbre formule: “Les nations ont une langue, un territoire, une vie économique et une culture en commun”, fut aussi un point de départ pour le PKK. Avec le nouveau paradigme politique, Öcalan critiqua cette formule, développant la définition d’une nation démocratique:

D’abord il est nécessaire de montrer qu’il n’y a pas qu’une seule définition de la nation. Quand un état-nation est fondé, la définition la plus commune est justement d’être un “état-nation”. Si l’élément unificateur est l’économie, alors il est possible de l’appeler nation-marché… On ne peut pas faire la généralisation qu’une nation partage une langue, une culture, un marché, une histoire, ce qui veut dire qu’on ne peut pas rendre absolu une unique compréhension de ce qu’est une nation. Cette compréhension de nation qui fut adoptée par le socialisme existant est contraire à la notion de nation démocratique. Cette définition qui fut développée par Staline en particulier pour l’appliquer à l’URSS, fut en fait une des raisons principales de l’effondrement de celle-ci. Aussi longtemps que la définition de nation, qui est rendue absolue par la modernité capitaliste, n’est pas transcendée, la résolution des questions nationales restera dans une impasse. Le fait que se pose toujours la question nationale avec une intense gravité après 300 ans est intimement lié à cette définition inepte se voulant absolue.” (2012, p.432).

D’après Öcalan: “En ce qui concerne la nation démocratique, c’est une société mutualiste établie par la libre volonté, la libre association d’individus et de communautés. La force unificatrice de la nation démocratique est la volonté d’association libre des individus et des groupes qui décident d’être dans la même nation… a définition de la nation démocratique exprime une vie commune de solidarité de citoyens pluralistes, libres et égaux qui ne sont pas entravés par des frontières politiques rigides, une langue unique, une religion ou une interprétation de l’histoire. Une société démocratique ne peut se réaliser qu’avec un tel modèle de nation.”(p.432).

L’approche de la violence dont l’utilisation stratégique et tactique fut toujours une pierre angulaire de la lutte du PKK est aussi passée par un changement radical. Au départ, l’approche de la violence, “la sage-femme de la société nouvelle”, fut une approche marxiste classique. Dans le processus induit de la révolte, la violence, sous forme de méthode de combat de guérilla, fut une tactique fondamentale de la lutte. A terme, la violence prit même une dimension fanonnienne, gagnant une personnalité existentielle et le rôle de libérateur social et individuel. Mais dans le nouveau paradigme, le PKK n’envisage pas un rôle de la violence au-delà du cadre de la self-defense légitime.
(Legitimate Defence Strategy, 2004).

La plus sévère forme de domination

Aujourd’hui, à la fois l’État et sa version capitaliste moderne, l’état-nation, sont sérieusement mis en question. Il est reconnu que l’état-nation ne profite en rien aux peuples et à l’humanité et qu’il contient même en lui une caractéristique génocidaire qui prépare le terrain pour la disparition de différentes cultures et différentes identités. Dans les circonstances de la règle du profit maximum du capitalisme de l’état-nation et de la modernité capitaliste, tout comme cela mena à la grande douleur des deux guerres mondiales, il a commis autant de crimes contre l’humanité que tous ceux qui ont été commis au cours de l’histoire de l’humanité.

La plus grande preuve de ceci est la disparition, ou la mise au bord de l’extinction de groupes ethniques qui vivaient au Moyen-Orient jusqu’à il y a encore quelques 200 ans. Les peuples arménien et assyro-syrien ont été décimés à cause de cette mentalité. Les Kurdes ont aussi été amenés au bord de l’abîme de la destruction sous la domination incessante des états-nations. Les peuples Alevis, Yazidis, Druze et autres groupes de foi ont été chassés de leurs terres en résultat de cette compréhension du concept. La même chose est arrivée aux peuples circassiens qui furent expulsés des montagnes du Caucase.

Il est trop difficile de comptabiliser tous les maux engendrés par les états-nations ; mais quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas seulement de l’état-nation de la modernité capitaliste, mais tous les États qui sont devenus une charge bien trop lourdes à supporter pour l’humanité. Les premiers problèmes sociaux ont commencé avec la domination masculine sur les femmes et avec ceux s’établissant hiérarchiquement plus haut que les autres, affirmant une domination sur d’autres segments sociaux pour mieux les exploiter. Après tout, l’État a été défini comme un instrument d’oppression des classes dirigeantes de la société. Ceci n’a en rien diminué avec le temps et est devenu une des pires formes de domination jusqu’à ce jour. De fait, l’État-nation est devenu la pire forme de domination.

L’état-nation a atteint la caractéristique d’être une sphère de domination et d’exploitation de la société entière, avec ses frontières, tout comme le patron d’une usine entouré de ses murs. tandis que dans le passé les états ne représentaient que la domination politique, dans l’époque capitaliste, ils se sont développés en une domination totalitaire qui cherche à dominer tous les aspects de la société et d’aller aussi loin que de dominer toutes les cellules de celle-ci.

Avec le système dirigeant de l’état intensifiant les problèmes sociaux, l’État et son gouvernement ont été amenés à être de plus en plus critiqués. Dans le passé, les anarchistes se sont opposés à l’État comme l’origine de tous les maux, graduellement développant des solutions politiques, idéologiques et de paradigme sur une base historique et systémique. Dans le présent, le zénith de l’analyse en ce qui concerne l’état et son gouvernement provient de ceux semblables à Abdullah Öcalan. La grande différence avec celui-ci résidant dans la profondeur de son analyse sur les femmes et l’État. Il a aussi soumis le capitalisme et l’état-nation à une analyse critique compréhensive. L’analyse d’Öcalan sur les femmes en particulier, est de très grande valeur dans la mesure où elle a apronfondi toutes les autres analyses et aidé à atteindre son véritable caractère.

Plus il y a de démocratie, moins il y a d’État : le système confédéral démocratique

Le gouvernement et l’État sont, par essence, une concentration et une intensification du pouvoir, une centralisation. A cet égard, ils sont des facteurs qui sont opposés au peuple. Il ne peut ainsi pas y avoir d’état et de gouvernement qui appartiennent au peuple. Le gouvernement et le peuple ne devraient pas être confondus. Un gouvernement populaire (NdT: de par et pour le peuple) est une démocratie. Ce n’est pas la concentration ni l’intensification du pouvoir, celui-ci étant donné à certains cercles particuliers, mais celui-ci allant à la base, au local, appartenant et retournant au peuple. La démocratie et l’État peuvent coexister pendant un certain temps dans une accommodation, mais ce sont des faits contradictoires par nature. Il y a une formule dialectique qui dit que plus il y a d’État et moins il y a de démocratie et plus il y a de démocratie et moins il y a d’État. Même aujourd’hui, dans l’âge moderniste, avec le capitaliste qui dirige les états, la diminution de l’État est en discussion.

Nous sommes maintenant dans une ère où on peut penser, envisager une vie sans l’État, une société sans (NdT; contre) l’État, sans vie politique, économique, sociale et culturelle dirigée par l’État. L’humanité doit trouver un système qui la libèrera de l’État qui la tyrannise. Nous sommes entrés dans l’ère où nous pouvons penser vivre sans État. Même si les gens peuvent s’accommoder de vivre avec l’Etat un peu plus longtemps, ils doivent atteindre un système politique, social, économique et culturel qui n’aura pas d’État. Ce n’est ni une obligation, ni une fatalité que de vivre sous un régime étatique, car la démocratie exprime la transcendance de l’État. Aujourd’hui, une alternative à l’État est un système confédéral démocratique fondé sur une société démocratique organisée. Le peuple peut se gouverner lui-même dans un système confédéral démocratique sans être exposé à l’oppression et à l’exploitation.

Un système démocratique peut mettre en place un système administratif démocratique où il n’y aura ni exploitation ni oppression. L’État et ses rouages appartiennent aux dirigeants, tandis que le confédéralisme démocratique est le système de fonctionnement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Les états sont maintenant des synonymes de chaos, de crise, de ruine et de malheur pour l’humanité. Nous devons nous libérer de cette calamité. Si vivre sous le joug de l’exploitation et de l’oppression n’est pas dans la nature de l’être humain, alors ni l’État, ni le drapeau qui le représente ne peuvent représenter le peuple et la société.

Öcalan a mis en place le confédéralisme démocratique en le fondant sur une société démocratique organisée comme une alternative viable à l’État et ce pour toutes les sociétés et non pas pour le peuple kurde uniquement. C’est un système qui par sa différence crée une identité unique contrairement à l’état-nation. Toute différence peut parvenir à la liberté avec sa propre identité au sein d’une confédération démocratique. A cet égard, le confédéralisme démocratique représente la vie libre pour tout peuple et toute communauté. Ceci peut aussi être appelé la démocratie complète réalisée. Il ne peut pas y avoir de démocratie dans un système étatique. Qui peut parler de démocratie véritable et complète là où il y a des dirigeants ?

Le temps des peuples

Le confédéralisme démocratique est une alternative viable à l’État. Si nous disons que le temps et l’ère des peuples arrive, cela veut dire que l’ère du confédéralisme démocratique pointe à l’horizon. Au sein d’un état il ne peut y avoir ni démocratie, ni socialisme. L’État ne peut pas être éradiqué en tant qu’état par un état. L’État ne peut être transcendé et mené à l’extinction que par le confédéralisme démocratique. Les peuples ne peuvent pas s’émanciper avec l’État ni atteindre une vraie liberté et une véritable vie démocratique. Les peuples seront libérés par le confédéralisme démocratique.

Ceci constitue la ligne politique et idéologique d’Öcalan, son paradigme politique. Ceci constitue sa compréhension de la démocratie, de la liberté et du socialisme. Il ne peut pas y avoir de gouvernement de par et pour le peuple en dehors du Confédéralisme Démocratique.

Partant de ce principe, il est impossible pour les peuples de défendre l’État.

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Lectures complémentaires:

Longue vie au Rojava !… Le texte du Confédéralisme Démocratique

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

6ème_déclaration_forêt.lacandon

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

 


Commune Internationaliste du Rojava

Longue vie au Rojava !… Le texte du Confédéralisme Démocratique

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Résistance 71

 

13 octobre 2019

 

Devant l’ignominie perpétrée en ce moment même au Rojava (zone des communes libres autonomes du nord syrien) par l’impérialisme turc totalement soutenu par ses alliés dans le meurtre et le pillage de l’OTAN, vous savez cette Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord, il est important de comprendre ce qu’est le Rojava et son Confédéralisme Démocratique mis en place depuis 2005 et étendu depuis 2011.
La confusion règne, la propagande et l’amalgame vont bon train, faits pour que les opinions publiques maintenues dans l’ignorance puissent être toujours plus avant manipulées au profit des intérêts mafieux des états, du business de la guerre à tout va et de toutes les cliques de la dictature marchande.
Nous défendons le Confédéralisme Démocratique dans son principe et son application politico-sociale de terrain au Rojava sur la base du texte qui le définit, écrit et publié en 2011 par Abdullah Öcalan et s’avérant comme un glissement de la rigidité marxiste préalable du PKK (et de son extension YPG locale) vers le municipalise libertaire, refusant le principe de l’état-nation en faveur de la confédération des communes libres.

Nous engageons toutes celles et ceux désirant avoir une base sérieuse de réflexion sur le sujet du Rojava (à ne pas confondre avec le « Kurdistan » irakien qui n’a rien à voir politiquement avec le Rojava…) de lire les deux textes ci-dessous. Le premier est notre compilation illustrée faite du texte d’Öcalan, le second est le texte complet du « Confédéralisme Démocratique » (2011), nous les mettons dans cet ordre car ils furent publiés dans cet ordre sur notre blog mais le texte à lire est l’original d’Öcalan dans son intégralité. Il est à noter que ce qui a été appelé depuis 2016 la « Charte du Rojava » ou sa « constitution » est une imposture concoctée par les agents de l’empire afin de diviser à la fois la population kurde locale, mais aussi la diaspora et le soutien internationaliste au Rojava. Seul le Confédéralisme Démocratique insuffle la structure politique et sociale du Rojava.

Lisez et gardez présent à l’esprit que le Rojava est une application de ce texte:

confederalisme_democratique

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

 

A lire:
Confédéralisme Démocratique du Rojava:
De l’État à la démocratie, anatomie d’un changement de paradigme


Réseau de Résistance et Rébellion International

Résistance au colonialisme: Le monde malade de l’ « owista », la maladie de l’argent (Mohawk Nation News)

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Les harpies colonialistes…

 

Remboursement

 

Mohawk Nation News

 

8 octobre 2019

 

url de l’article original: 

http://mohawknationnews.com/blog/2019/10/08/pay-back/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Otsinonwaksen okonha, l’entreprise coloniale du gouvernement du Canada et ses associés sont troublés. Les questions principales de leur débat électoral courant devraient être : “Comment pouvons-nous sortir de cette engrenage induit de justifier de toute la brutalité et du génocide que nous commettons envers onkwehonwe, le peuple originel et de toute vie sur l’Île de la Grande Tortue ?

Owista (la veulerie, maladie de l’argent) gouverne la société corporatrice coloniale. Leurs bouches disent “moi” au lieu de “nous”.

Les acteurs sont entraînés pour tromper le public de voir que l’entreprise coloniale est fondée sur les 51% de la règle majoritaire, la façon dont fonctionne le gouvernement entrepreneurial du Canada. Le corporatisme / fascisme dirige un état quasi policier sous les statuts de la loi de l’amirauté (britannique) sans aucun remède constitutionnel.

Le peuple originel, qui vit la voie naturelle avec toute vie, n’appartient en rien au système corporatiste colonial. Les immigrants sont en train de nous “réguler” hors d’existence. Si les citoyens de chaque municipalité développait une constitution municipale fondée sur Kaianerakowa, la Grande Loi de la Paix, et apprenait à obtenir un consensus de 100% d’accord sur tous les problèmes à discuter affectant la communauté, le Canada deviendrait un exemple rutilant pour le monde entier.

Les diktats des serpents étrangers à cette terre ne peuvent pas nous retirer de celle-ci. Tewatatawi est notre nature. Aujourd’hui, nous, onkwehonwe, sommes “retournés dans les collines” pour cicatriser et attendre le retour de la Grande Paix. Elle viendra.

Onkwehonwe veut dire que nous sommes le peuple originel pour toujours. Nous étions ici bien avant la “Canada”, bien avant l’Indian Act (loi scélérate sur les Indiens), avant l’église. Nous ne sommes pas arrivés sur l’Île de la Grande Tortue en bateau. la Nature/création, l’univers, nous a placé sur notre terre-mère, là où nous sommes.

Nous répandrons la paix autour du monde.

= = =

Lectures complémentaires:

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Manifeste pour la Société des Sociétés

TICEE_Operation_Rachat_2018

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

La_voie_Lakota_et_Crazy_Horse

Effondrer le colonialisme

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

si-vous-avez-oublie-le-nom-des-nuages-vous-avez-oublie-votre-chemin

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

 

Confédéralisme Démocratique du Rojava: De l’État à la démocratie… Anatomie d’un changement de paradigme 1ère partie

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 10 octobre 2019 by Résistance 71

En regard de la situation des Kurdes du Rojava, il est important de comprendre que si de mauvaises décisions de terrain ont été récemment prises, du moins depuis 2016, notamment de faire “alliance” avec les Américains (qui du reste a vraiment pris cette décision?… Les assemblées populaires des communes ?… ou quelques leaders financièrement inféodés, corrompus, par les Américains ?…), ce que représente le Rojava en terme de progrès politique est expliqué ci-dessous, de l’intérieur, dans une chronologie du développement politique du PKK (Parti Ouvrier du Kurdistan) d’origine marxiste, ayant vu le jour en Turquie au milieu des années 1970 et avec son adhésion en 1999 à un modèle de communalisme, municipalisme libertaire, non étatique et non exclusif aux communes kurdes, mais ouvert à tout à chacun, inspiré des travaux de l’ex-marxiste devenu anarchiste américain Murray Bookchin.

Mis en place dès 2005 au Rojava sous la forme de l’organisation du YPG, extension dans la zone du PKK, le confédéralisme démocratique préconisé par Abdullah Öcalan, leader du PKK et prisonnier politique en Turquie, se renforça en 2011 avec le début des troubles en Syrie et la lutte armée contre l’EIIL, armée d’ingérence mercenaire salafiste, financées par le Qatar et l’Arabie Saoudite et aidé logistiquement par la Turquie, les Etats-Unis, Israël, la Grande-Bretagne et la France. N’oublions pas que l’EIIL est une création des Etats-Unis en Irak pour perpétrer la guerre civile et diviser une population dirigée par un gouvernement d’obédience chiite, aidé par l’ennemi juré des Yanks dans la région: l’Iran.

En 2011, Öcalan publia son “Manifeste du Confédéralisme Démocratique”, comme feuille de route politique des communes libres confédérées.

Depuis 2016, un grand flou règne au Rojava, l’EIIL a été vaincu sur le terrain, par les forces kurdes seules jusqu’à récemment, et devant les pressions syrienne mais surtout turque, certains éléments influents pactisèrent avec le fourbe empire américain, plaçant ainsi le Rojava entre le marteau et l’enclume, dans une configuration politique hybride, celle de la “charte du Rojava”, ayant trahi en grande partie le Confédéralisme Démocratique ; ce qui fit dire à Hassan Nasrallah, SG du Hezbollah, en 2018:

Les États-Unis ne font qu’exploiter les Kurdes afin de réaliser leurs plans ; les Américains n’hésiteront à trahir les Kurdes, une fois qu’ils auront fini leur travail …
Nous savons que le Pentagone reçoit un budget de 500 à 700 millions de dollars sous couvert de l’appui aux Kurdes de Syrie…À quoi est destiné ce budget ? Cette somme, devra-t-elle être dépensée pour instaurer la démocratie en Syrie ou pour soutenir les Kurdes qui sont censés tirer la leçon de l’expérience du passé… Vous devez savoir qu’à l’heure actuelle, les États-Unis vous utilisent comme un instrument pour faire avancer leurs plans, y compris le cadre de leur lutte contre la Syrie, l’Iran, la Russie et l’axe de la Résistance. Mais finalement, ils ne se préoccupent que d’assurer leurs propres intérêts. Ils vous vendront tout simplement et vous laisseront seuls. »

Nasrallah avait raison bien entendu, la preuve en est faite depuis quelques jours, mais il y a néanmoins une chose à dire: Il ne peut y avoir de démocratie en Syrie, ni dans toute la région, ni dans le monde, sous l’égide d’un régime politique étatique quel qu’il soit. La voie du futur pour les peuples, l’émancipation et la liberté est celle du Confédéralisme Démocratique, bien compris et intégré par les peuples où qu’ils soient pour servir leurs intérêts en toute autonomie politique.

Le fait est que l’expérience politique du Confédéralisme Démocratique kurde et de toute initiative politique mondiale tendant à mettre l’état et la dictature marchande sur la touche, voient systématiquement une coalition de tous les états se lever pour préserver les intérêts des privilégiés au pouvoir. Aujourd’hui, nous voyons tout le monde, des traîtres yankees, aux Russes en passant par les Iraniens, demander aux Kurdes du Rojava de “s’en remettre à l’autorité du gouvernement syrien”. En cela, cette affaire de l’autonomie confédérale non étatique kurde commence à singulièrement ressembler  à celle menée par les Espagnols entre 1936 et 1939, qui vit une coalition étatique multinationale de l’URSS marxiste à l’Allemagne nazie en passant par l’Italie fasciste et la France “modérée” de Front Populaire ne l’oublions pas, se liguer contre les collectifs autonomes de Catalogne, d’Aragon et du Levant pour éradiquer le seul type d’organisation politique fondamentalement létale pour l’État et les oligarchies en place, la société libre émancipée, qu’on l’appelle “confédéralisme démocratique”, ou quoi que ce soit d’autre. Ils le firent en soutenant directement ou indirectement la réaction franquiste qui finît par l’emporter.

Ce scénario est en train d’être rejoué au Rojava, situé dans le nord de l’actuelle Syrie résultat d’un découpage colonial arbitraire et donc par essence oppresseur, via les rouages étatiques toujours en vigueur. C’est ce qu’a finalement magnifiquement compris le leader du PKK Abdullah Öcalan lorsqu’il émit l’idée du confédéralisme démocratique en 1999.

Pour mieux comprendre la position fondamentale des Kurdes du Rojava et du PKK tel qu’il est pensé depuis 1999 et non pas au travers du prisme des délires propagandistes turcs, occidentaux et moyen-orientaux, il est important de lire ce qui suit, ce texte de la Commune Internationaliste du Rojava, que nous avons scindé en deux parties pour en alléger la lecture.

Vive les Communes Libres Confédérées pour que vive enfin la Société des Sociétés  au Rojava, au Moyen-Orient, partout dans le monde!…

~ Résistance 71 ~

« Quiconque se fie aux Américains ou mise sur les accords conclus avec eux finira par être trahi . c’est le destin de quiconque  voudrait miser sur les Etats-Unis.”
~ Hassan Nasrallah ~

Pour qui en doute… Demandez aux nations originelles amérindiennes ce qu’elles en pensent…

 

 

De l’État à la démocratie: anatomie d’un changement de paradigme

 

Komun

Commune Internationaliste du Rojava

 

Juin 2018

 

Source: https://komun-academy.com/2018/06/27/the-new-paradigm/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~ Octobre 2019 ~

 

1ère partie
2ème partie

 

Le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK, Partiya Karkêren Kurdistan)  a émergé au milieu des années 1970 comme un mouvement de libération nationale, largement inspiré par les idées d’un socialisme réellement existant. Mais, au cours du processus de développement du parti, le fondateur et le leader de ce parti, Abdullah Öcalan, préféra développer une compréhension du socialisme et de la révolution allant au delà de celle, centralisée, trouvée en Russie et en Chine. Au travers de ce processus, le PKK fut transformé d’un petit groupe idéologique en une des forces politiques et militaires les plus puissantes au Moyen-Orient. Tandis que la lutte armée de guérilla qui continue depuis 1984 est une des plus longues et endurantes luttes armées au monde, les zones d’organisation du PKK se sont étendues du nord-Kurdistan aux autres parties du Kurdistan (ouest, est et sud) et englobent les diasporas kurdes de l’Australie aux Etats-Unis en passant par la Russie et l’Europe.

A la fin des années 1990, le PKK est devenu le plus grand et le plus dynamique des mouvements kurdes. Alors que tout ceci prit forme sous l’égide d’un mouvement de libération nationale et une compréhension du socialisme qui fut cadrée lors du processus fondateur du parti ; au début des années 90, Ocalan intensifia ses efforts pour renouveler ses buts idéologiques et organisationnels. Son but fut de développer une nouvelle approche, en particulier avec une critique radicale de la compréhension du socialisme existant et en ouvrant la question de la femme dans la société. Bien que le congrès du PKK en 1995 fit quelques progrès sur ce sujet, il n’y eut pas de changement d’échelle signifiant à ce niveau.

Le PKK entreprit alors une régénération radicale après que son leader et fondateur Abdullah Öcalan fut enlevé au Kenya par l’entremise d’une conspiration internationale et fut livré à la Turquie en 1999. Öcalan, qui est détenu en QHS et en isolation dans la prison de l’île de Imrali en Mer de Marmara depuis le jour de sa capture, a créé un changement de paradigme au PKK au moyen de ses écrits de défense légale soumis à la Cour Européenne des Droits de l’Homme, écrits préparés sur l’île de sa détention. De fait, le seul rare contact qu’Öcalan puisse avoir avec l’extérieur, sont ses contacts, souvent empêchés, avec ses avocats.. Dans les premières années de sa détention, il était autorisé de voir ses avocats une fois par semaine pendant deux heures, temps réduit pas la suite à une heure. Il était aussi autorisé de recevoir la visite de proches pendant une heure une fois par mois. Au cours de ses rencontres hebdomadaires avec ses avocats, Öcalan produisit deux groupes de textes qui formeront l’idéologie fondamentale du parti.

Le premier groupe de textes fut celui de sa défense légale en regard de ses procès en Turquie et à la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH), textes qui étaient manuscrits et passés à ses avocats, ils devinrent une référence idéologique fondamentale pour le PKK. Le second groupe de textes était composé de notes prises par ses avocats lors de leurs rencontres. Ceci fut autorisé jusqu’en 2005, puis interdit, ce qui obligea les avocats à écrire ces notes juste après les réunions. Ces notes furent communiquées au public au travers des chaînes de télévision, des agences de presse et des journaux kurdes. Ces textes de manière générale traitaient de questions politiques spécifiques. Après des années d’obstruction, les réunions d’Öcalan avec ses avocats prirent fin en 2011. Depuis 2014, à part une visite, Öcalan n’a plus la permission même de recevoir les membres de sa famille.

Mais le véritable travail en profondeur qui détermina la transformation idéologique du PKK eut lieu sur une période de douze ans entre 1999 et 2011, fondée sur les textes qui constituèrent sa défense légale, soumise aux tribunaux par Ôcalan. Ces textes peuvent être divisés en deux groupes : ceux soumis aux tribunaux turcs et ceux soumis aux tribunaux européens, en fait à la CEDH de Strasbourg et à un tribunal en Grèce s’occupant de son extradition depuis la Grèce. Ces textes de défense ont été publiés en kurde, en turc et dans d’autres langues. Le premier groupe de ces textes consistent en deux textes fondamentaux: le texte principal envoyé au tribunal d’Imrali et ses appendices soumis à la Cour de Cassation (Haute Cour d’Appel turque) en 1999 et à un tribunal de district d’Urfa en 2001. Les titres, tels qu’ils sont publiés de ces deux textes sont: “‘Resolution Declaration in the Kurdish Question’ and ‘Urfa: a symbol of history, sanctity and malediction in the Tigris-Euphrates basin’.

Quant au second groupe de texte soumis à la CEDH en 2001, la cour d’Athènes en 2003 et à la grande chambre de la CEDH en 2004, il consiste en deux livres de trois volumes. Le titre du premier livre en deux volumes est :  From the Sumerian Priest State towards the People’s Republic I-II’ (2001), le second livre connu sous le vocable de “la défense d’Athènes”, porte le titre : ‘Free Human Defence’ (2003) and ‘To Defend a People’ (2004). Dû au fait d’une autre affaire enregistrée avec la CEDH sur la base qu’il n’y avait pas eu de juste procès, Öcalan prépara une nouvelle défense. Ce travail, définit par Öcalan comme ‘The Problematisation of Capitalist Modernity’ fut publié en turc en cinq volumes entre 2009 et 2012. Ces textes de défense furent publiés par le PKK et furent acceptés en congrès du parti après 1999 comme étant la ligne officielle du PKK.

Öcalan en général résume sa position sur le premier groupe de textes soumis à la cour d’Imrali puis à la Haute Cpur d’Appel de cette façon: “[Pour ma défense], je n’ai pas de vue pour un nationalisme kurde classique ni pour une interprétation de gauche de celui-ci. L’ère s’en est allée bien au-delà de tout cela.” (Ocalan, 1999:10)

Dans le second groupe de textes envoyé à la CEDH, Öcalan approfondit son approche théorique. Le premier des trois volumes s’engage dans une analyse historique de la civilisation, commençant au Moyen-Orient, focalisant sur la civilisation sumérienne comme étant la “première société étatique”. Bien que plus loin dans le livre, Öcalan parle d’autres sociétés et d’autres périodes, son but principal est d’analyser l’État comme étant le “pêché originel” de l’humanité. Ceci est stupéfiant, car il est un leader politique d’une société largement décrite comme “le plus grand peuple du monde sans état”. Quoi qu’il en soit, Öcalan maintint sa critique de l’État, y ajoutant l’expérience du socialisme, disant que la libération ne peut pas être acquise en construisant un état, se faisant au contraire l’avocat du fait que la démocratie devrait être renforcée. Comme sa première défense, ceci fut accepté comme un nouveau manifeste qui prit le titre de “Manifeste pour le Confédéralisme Démocratique” au VIIIème congrès du PKK de Serxwebûn en 2002.

Dans le second volume soumis à la CEDH, Öcalan analyse en détail la société kurde, son histoire et en particulier, le rôle du PKK dans celle-ci. Tout en positionnant la société kurde dans l’histoire de la civilisation, Öcalan la présente comme uns société naturelle ou comme une communauté vis à vis des sociétés à état. Il attribue ce naturalisme à l’existence d’une culture néolithique profonde assumée avoir longtemps continuer dans les tribus kurdes. D’après Öcalan, les société de classe (état) et la modernisation ont amené la ruine aux Kurdes, le PKK devenant ainsi le dernier rempart de résistance à ce processus. Dans ce cadre précis, Öcalan a entrepris de montrer les limites et le point de congestion du PKK. Les restrictions idéologico-politiques de la guerre froide ont conditionné le PKK, même 10 ans après la fin de ce conflit. Avec cette analyse, Öcalan visait à évaluer l’histoire du PKK et à adresser ses erreurs passées.

Dans ses écrits de défense légale à la Cour d’Athènes et à la Grande Chambre de la CEDH, Öcalan transforma ses idées théoriques en une conceptualisation pour une démocratie radicale (NdT: ancrée dans ses racines profondes). Cette idée de démocratie radicale fut développée dans le contexte de trois projets connectés: une répubique démocratique, une autonomie démocratique et un confédéralisme démocratique. Ces trois projets politiques fonctionnent comme “un déterminant stratégique”. En d’autres termes, elles sont des idées et des instruments, moyens par lesquels les demandes politiques des Kurdes sont redéfinies et réarrangées. Cette idée de démocratie radicale est radicale parce qu’elle analyse le concept de démocratie au-delà de la nation et de l’État.

Le concept d’une république démocratique envisage une réforme dans la république turque dans laquelle la citoyenneté est séparée du nationalisme. De cette façon, la démocratie retournera à la “compréhension de la démocratie du début de l’époque moderne” et à son pouvoir radical de transformation. En fait, la démocratie fut formulée au XVIIIème siècle sur la base des droits des citoyens et que chacun gouvernerait chacun. Mais aux XIXème et XXème siècles avec la perte dominante de la notion de démocratie radicale, celle-ci perdit de sa substance et gagna une signification culturelle. Cette veine, qui émergea de la pensée moderne, considéra l’homogénéité culturelle être nécessaire pour l’état moderne et affirma la forme nationaliste de ceci comme étant indispensable.

Cette condition “nationale” de modernité est exclusive et intolérante ; elle ne permet pas une quelconque alternative à ceux qui ne possèdent pas les caractéristiques culturelles “correctes” et ne laissent pas d’autre choix que l’assimilation (réelle ou fictive, superficielle) ou l’émigration. Les autres options dans ce contexte pour l’État en plus de l’assimilation sont le déplacement forcé, le nettoyage ethnique ou le génocide. En Turquie, le kémalisme fut formulé d’un point de vue de projet de modernisation, résultant en des politiques d’assimilation dures et drastiques envers les Kurdes.

Ôcalan, en proposant une république démocratique, se fait l’avocat de la démocratie dans le contexte des droits citoyens.

L’idée de Confédéralisme Démocratique, dans des écrits de sa défense ultérieurs, fut développé avec l’idée d’autonomie démocratique, est défini comme un modèle “d’auto-gouvernement démocratique” (Öcalan, 2008: 32). La démocratie radicale d’Öcalan est intrinsèque au concept de confédéralisme démocratique qui est emprunté à Murray Bookchin. Celui-ci, qui appela son idéologie, le municipalisme, proposa une nouvelle politique radicale. Il reconnut “les origines de la démocratie dans les communautés de villages et dans les tribus” et arriva éventuellement à formuler son projet de Municipalisme Libertaire.

Dans ce projet, Bookchin envisageait la mise en place de structures démocratiques locales comme des “assemblées communales, des réunions de ville et des conseils de voisinages”. Afin de prévenir du danger que ce projet ne s’épuise ou ne soit utilisé que pour des buts purement locaux, Bookchin proposa le principe du confédéralisme. Par ceci il voulait dire “un réseau consistant en des conseils administratifs directement élus par des assemblées de membres ou de délégués de villageois, des villes et même de voisinages pour les grandes villes. Ôcalan fut influencé par ces idées et des principes du confédéralisme, développa une compréhension toute similaire.

En parallèle à son analyse historique de la civilisation fondée sur une critique de l’État, Öcalan insiste également sur les échecs du socialisme existant et des mouvements de libération nationale. Selon lui, les deux tombèrent dans le piège de l’idée de la création d’un état. Au lieu de cela, Öcalan puise dans les influences toujours existantes des valeurs communales de la société néolithique qui n’ont pas été entièrement éradiqués par le développement d’une société hiérarchique fondée sur l’état. Ces valeurs communales peuvent être résumées comme la socialisation fondée sur le genre, une vie en harmonie avec la nature et une société fondée sur le collectivisme et la solidarité. Ceci constitue la base de la compréhension d’Öcalan sur la démocratie prenant la forme du confédéralisme démocratique.

Basé sur ces valeurs, le confédéralisme démocratique est organisé sur quatre niveaux. En bas se situent les communes des villages et des districts. Ces communes sont inter-reliées dans une ville et aussi au niveau régional. Puis il y a les catégories sociales comme les enfants et les femmes. Un autre niveau d’organisation émerge au niveau culturel dans un cadre d’interaction des différents groupes ethniques, religieux et culturels. Le quatrième et dernier niveau est celui des organisations de la société civile. Le confédéralisme démocratique organisera la société au travers d’assemblées au niveau des villages, des villes et des régions, via une organisation horizontale. En d’autres termes, le confédéralisme démocratique se définit comme un modèle “d’auto-gouvernement démocratique”.

D’après Öcalan “ce projet est fondé sur l’auto-gouvernement des communautés locales, de parlements locaux et de congrès plus larges. Les agents directs de cet auto-gouvernement sont les citoyens eux-mêmes et non pas des fonctionnaires d’état.

De ce point de vue, Öcalan insiste constamment pour que la structure confédérale de ce projet n’ait absolument rien à voir avec la “communauté des états membres dirigeant”. Au contraire, le confédéralisme démocratique vise à consolider, à approfondir les communautés fondées sur la démocratie. En plus de cela, il y a un besoin de refaçonner les processus politiques et judiciaires et la structure politique dans le pays. En conséquence,  le modèle d’organisation des gens par delà l’État, c’est définir leur relation avec l’état existant ou l’autorité.

Öcalan propose une république démocratique comme forme de gouvernement à cet égard. Il sera possible de trouver une résolution de la question kurde sous cette forme de gouvernement. Il a ensuite développé le concept d’autonomie démocratique comme une forme de relation. Le confédéralisme démocratique est en même temps un complément de l’autonomie démocratique pour la position des gens sur un plan économique, culturel et social. L’autonomie démocratique exprime la forme de relation avec l’état et ses fonctionnaires. (NdT: ceci est un concept développé par Gustav Landauer dans les années 1910). En ce qui concerne la Turquie, une alternative pour une résolution politique démocratique de la question kurde lui est offerte et cette résolution nécessite la reconnaissance constitutionnelle de l’identité nationale kurde.

Quoi qu’il en soit, cette reconnaissance n’est pas proposée par le PKK comme une façon de dessiner une ligne séparant le système confédéral démocratique kurde et l’état turc. Au lieu de cela, une relation inclusive est envisagée exprimée de la sorte: “l’autonomie démocratique est un concept qui définit le relation avec l’état, cela peut-être réalisé au sein d’un état unitaire ou dans un système fédéral.

Mais cette relation inclusive n’exclut pas une sorte “d’unité” entre les kurdes dispersés dans bien des pays du Moyen-Orient. Comme Öcalan a proposé la mise en place de corps de gouvernement partout au Kurdistan et où les Kurdes vivent, le confédéralisme démocratique deviendra le mécanisme principal pour unifier le Kurdistan et les Kurdes. D’après Öcalan, le mouvement de libération kurde devrait s’attacher à établir un tel système d’auto-gouvernement.

A suivre…

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Lectures complémentaires:

Longue vie au Rojava !… Le texte du Confédéralisme Démocratique

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

6ème_déclaration_forêt.lacandon

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

 

Déclaration de la Commune Internationaliste du Rojava à propos de l’invasion turque en cours

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 10 octobre 2019 by Résistance 71

 

Déclaration de la Commune Internationaliste du Rojava

 

Jour X – Le moment est venu – La guerre a commencé !

Nous appelons à mobilisation, à défendre le Rojava

 

0ctobre 2019

 

Source:

https://internationalistcommune.com/jour-x-le-moment-est-venu-la-guerre-a-commence/

 

Il y a quelques heures, l’État fasciste turc a commencé son opération d’occupation sur les territoires libérés du nord-est de la Syrie.

Des avions de guerre turcs attaquent les villes et villages de Serekaniye et Gire Spi. Qamishlo, Derik et beaucoup d’autres endroits le long de la frontière sont sous le feu de l’artillerie lourde. Les forces d’autodéfense de la Fédération démocratique du Nord-Est de la Syrie réagissent avec sévérité aux attaques des hordes de fascistes, des centaines de milliers de combattants et la population civile à leurs côtés sont prêts à combattre jusqu’au bout. La situation est claire, nous appelons à une résistance mondiale.

Les forces impérialistes ont décidé de déclarer la guerre. Les troupes sur le terrain agitent les drapeaux de la Turquie et de l’État islamique, mais la décision a été prise non seulement à Ankara mais aussi dans les palais de Washington, Moscou, Paris et Berlin.

Depuis le début, la Révolution du Rojava a été une révolution internationaliste. Une révolution pour libérer non seulement la population kurde en Syrie, mais aussi le Moyen-Orient des siècles de colonialisme, d’oppression et de dictature. Et c’est une révolution internationaliste, parce que beaucoup d’internationalistes ont rejoint cette révolution, en première ligne contre l’État islamique et le fascisme turc, nous avons aidé dans les hôpitaux, planté des arbres et travaillé pour construire une société démocratique et écologique, basée sur la libération des femmes. Et de nombreux révolutionnaires se sont joint.es à la lutte dans le monde entier, parce que la révolution en Syrie nous a montré à tous qu’un autre monde n’est pas seulement théoriquement possible, mais qu’il est en train de se construire dans la vie quotidienne.

Aujourd’hui, le moment est venu de montrer ce que nous avons construit au cours des dernières années en termes de camaraderie et d’internationalisme à travers le monde. Aujourd’hui, le moment est venu de remettre l’internationalisme en pratique en défendant la révolution, et à travers elle, nous défendrons nos espoirs, nos souhaits et nos rêves.

Même si nous nous opposons à la deuxième plus grande armée de l’OTAN, avec des milliers de gangs islamistes comme chair à canon, nous savons que derrière cette révolution se cachent des millions de révolutionnaires, ami.es, sœurs et frères. Et avec elles et eux tous, avec vous tous, nous augmenterons notre protestation politique au niveau de la résistance politique, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’exportations d’armes vers la Turquie, jusqu’à ce que le régime fasciste turc soit vaincu.

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