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Invasion zapatiste de l’Europe, rencontres rebelles fructifiantes… Que la fête commence !

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“L’invasion zapatiste” commence !

Jérôme Baschet

27 avril 2021

Source: https://www.lavoiedujaguar.net/L-invasion-zapatiste-commence

Cela avait été annoncé il y a six mois ; maintenant, nous y sommes.

Le voyage zapatiste vers l’Europe a commencé.

La « conquête inversée » a bel et bien débuté.

Lorsque, le 5 octobre 2020, les zapatistes ont publié leur communiqué « Une montagne en haute mer », la surprise fut considérable, à l’annonce d’une tournée de l’EZLN (Ejército Zapatista de Liberación Nacional) sur les cinq continents, en commençant par l’Europe.

Il faut dire que, si les zapatistes n’ont pas été avares d’initiatives tant au Chiapas qu’à l’échelle du Mexique (avec par exemple la Marche de la couleur de la terre, il y a tout juste vingt ans), c’est presque la première fois (à une petite exception près en 1997) qu’ils sortent des frontières de leur pays.

Puis, le 1er janvier dernier, ils ont écrit et cosigné avec des centaines de personnes, collectifs et organisations une « Déclaration pour la vie » exposant les raisons de ce voyage : contribuer à l’effort pour que les luttes contre le capitalisme — qui sont indissociablement des luttes pour la vie — se rencontrent dans la pleine conscience de leurs différences et loin de toute volonté d’homogénéisation ou d’hégémonie.

Au cours de ces six derniers mois, un ample processus d’organisation s’est mis en place à l’échelle européenne, mais aussi dans chaque pays ou « géographie », selon la terminologie zapatiste. Une coordination francophone a ainsi vu le jour, puis, en son sein, huit coordinations régionales fédérant collectifs et initiatives locales. Dans le même temps, l’EZLN a confirmé que se préparait une ample délégation composée de plus d’une centaine de ses membres, aux trois quarts des femmes, et qu’elle serait en outre accompagnée par des membres du Congrès national indien – Conseil indien de gouvernement, qui regroupe des luttes indiennes de tout le Mexique, ainsi que par une délégation du Front des peuples en défense de l’eau et de la terre de Morelos, Puebla et Tlaxcala, s’opposant à la mise en service d’une double centrale thermoélectrique qui menace de détourner les ressources en eau indispensables aux paysans de la région [1].

Le 10 avril dernier — anniversaire de l’assassinat d’Emiliano Zapata — était annoncé le départ de la première partie de la délégation zapatiste, destinée à faire le voyage par la voie maritime. On s’attendait à la voir sortir, ce jour-là, du caracol [2] de Morelia, où ses membres se préparaient depuis des mois. Il y eut bien alors un rituel en bonne et due forme, avec musique traditionnelle, encens et gestes de purification (limpia), sur la réplique d’une proue de navire ; mais la montagne ne s’est pas pour autant déplacée [3]. En effet, il a été annoncé que la délégation se plaçait en quarantaine pendant quinze jours afin d’être assurée de ne pas quitter les territoires zapatistes en étant porteuse d’un autre virus que celui de la rébellion — un choix qui réitère la décision de l’EZLN de prendre (par soi-même et loin de toute injonction étatique) toutes les mesures de précaution sanitaire requises pour éviter la propagation du SARS-CoV-2, ce qui l’avait conduit à déclarer, dès le 15 mars 2020, une alerte rouge et à fermer l’accès à tous les caracoles zapatistes.

On apprit aussi que cette délégation maritime avait été baptisée « Escadron 421 », parce qu’elle est composée de quatre femmes, de deux hommes et d’une personne transgenre (« unoa otroa », dans le lexique zapatiste), présenté·e·s individuellement dans un communiqué du sous-commandant Galeano [4]. Après une nouvelle fête de départ, le dimanche 25, avec exposition de nombreuses peintures et sculptures, paroles d’encouragement du conseil de bon gouvernement et bal populaire [5], ce lundi 26 avril est donc le jour de leur départ effectif de Morelia. De là, ils rejoindront un port mexicain où les attend le bateau dénommé « La Montagne » et, le 3 mai, largueront les amarres pour la traversée de l’Atlantique. L’Escadron 421 sera alors soumis aux impondérables océaniques, sous la compétente conduite de l’équipage du navire. Il devrait arriver en vue des côtes européennes dans la seconde moitié du mois de juin (le pays ne sera connu que plus tard).

Parallèlement, ces derniers jours, de petites fêtes étaient organisées au son des tambours et des encouragements de toutes sortes pour accompagner le départ d’autres membres de la délégation zapatiste qui quittaient leurs villages de la forêt Lacandone, parfois dans des pirogues permettant de descendre les rivières de cette région tropicale, proche de la frontière du Guatemala [6]. Elles et eux feront partie des groupes de la délégation zapatiste qui, en avion cette fois, rejoindront le vieux continent à partir du début juillet.

Commenceront alors des mois d’intenses activités, de rencontres et d’échanges dans toute l’Europe, puisque les zapatistes ont annoncé avoir reçu et accepté des invitations émanant de très nombreuses « géographies » : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Catalogne, Sardaigne, Chypre, Croatie, Danemark, Slovénie, État espagnol, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Pays basque, Pologne, Portugal, Royaume-Uni, Roumanie, Russie, Serbie, Suède, Suisse, Turquie, Ukraine.

Ce sont des centaines de rencontres et d’activités qui ont été proposées aux zapatistes et sont actuellement en cours de préparation. Les collectifs et organisations concernés les feront connaître le moment venu. Il est possible qu’il y ait des rassemblements amples, impliquant toutes les luttes de la période actuelle, des Gilets jaunes aux ZAD et autres résistances territoriales contre les grands projets destructeurs, des collectifs féministes à toutes les formes de soutien aux migrants, des luttes contre les violences policières à celles qui visent à défaire les dominations coloniales, des réseaux d’entraide dans les métropoles aux régions rurales où s’esquissent d’autres manières de vivre, sans oublier la mobilisation prioritaire à laquelle nous obligent, comme le soulignent les zapatistes, les sanglots tragiques de notre planète blessée. La liste est longue (et ici incomplète) au sein de la galaxie des rébellions contre tous les aspects de la barbarie capitaliste et des résistances pour faire émerger d’autres mondes plus désirables.

Surtout, les zapatistes ont expliqué qu’ils venaient pour échanger — c’est-à-dire pour parler et, plus encore, pour écouter — avec toutes celles et ceux qui les ont invités « pour parler de nos histoires mutuelles, de nos douleurs, de nos rages, de nos réussites et de nos échecs » [7]. Des rencontres à petite échelle, pour prendre le temps de se connaître et commencer à apprendre les un·e·s des autres. Cela fait bien longtemps que les zapatistes insistent sur le fait que nos luttes ne peuvent rester isolées les unes des autres, soulignant la nécessité de construire des réseaux planétaires de résistance et de rébellion. Il est inutile de rappeler ici toutes les rencontres internationales qu’ils ont organisées au Chiapas, depuis la Rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme (dite « Intergalactique »), en 1996, jusqu’au séminaire « La pensée critique contre l’hydre capitaliste », en 2015 [8]. Mais on peut noter qu’en août 2019, au moment d’annoncer une nouvelle avancée de l’autonomie, avec la création de quatre nouvelles communes autonomes et de sept nouveaux conseils de bon gouvernement, ils avaient précisé qu’ils ne proposaient plus d’organiser de grandes rencontres, mais plutôt de faire des « réunions avec les groupes, collectifs et organisations qui travaillent [luttent] dans leurs géographies » [9]. Il n’était pas alors question de voyage sur les cinq continents, mais celui-ci pourrait être — en plus d’autres raisons d’entreprendre un tel périple — une manière d’engager ce processus. Mais, si une telle perspective peut résonner avec le besoin que beaucoup ressentent de tisser davantage entre les luttes existantes, il est clair qu’elle a pour préalable non seulement l’échange qui permet d’identifier ce qui est partagé sans dénier différences et divergences, mais aussi et surtout la rencontre qui crée une interconnaissance réelle.

Le voyage pour la vie sera donc l’occasion pour un nombre bien plus important de personnes de rencontrer les zapatistes et d’en apprendre davantage sur cette expérience d’autonomie et de dignité qui persévère contre vents et marées, depuis plus d’un quart de siècle. Et, espérons-le, de se laisser gagner par la contagion rebelle dont les zapatistes sont de virulents porteurs. Souhaitons donc que toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans la Déclaration pour la vie et pour qui l’autonomie zapatiste brille fort dans le ciel de nos aspirations (et inspirations) soient prêt·e·s à les accueillir, à soutenir leur initiative itinérante (par exemple en contribuant et en faisant circuler la plate-forme de crowdfunding mise en place à cet effet), à participer, de la manière qui conviendra à chacun·e, au VOYAGE POUR LA VIE [10].

Mais revenons à l’Escadron 421. Depuis le début de l’annonce du voyage vers l’Europe, les zapatistes suggèrent qu’il s’agit de refaire à l’envers le processus de la conquête. Ils s’amusent à l’idée d’une invasion inversée (et, cette fois, consentie). C’est de l’humour, bien sûr (mais en est-on bien sûr ?) [11]. En tout cas, ils ont annoncé qu’ils seraient, le 13 août 2021, à Madrid pour célébrer à leur manière les cinq cents ans de la conquête de Mexico-Tenochtitlan par l’armée de Hernan Cortés. Les Indiens du Chiapas, comme ceux de tout le continent américain, éprouvent depuis cinq siècles dans leur chair ce que signifient la colonisation et toutes les formes de colonialisme interne et de racisme qui en sont la prolongation. Mais les zapatistes ont clairement dit qu’ils ne se rendraient pas à Madrid pour exiger que l’État espagnol ou l’Église catholique leur demande pardon. Ils refusent tout autant la condamnation essentialisante d’un « Occident » diabolisé et tout entier assimilé aux colonisateurs que l’attitude consistant à enfermer les colonisés dans la position de victimes. Au contraire, ils entendent dire aux Espagnols « qu’ils ne nous ont pas conquis [et] que nous sommes toujours en résistance et en rébellion ». Refaire le voyage à l’envers, c’est déjouer une histoire toute faite, qui assigne des positions figées et univoques aux vainqueurs et aux vaincus. Il s’agit d’ouvrir par effraction la possibilité d’une autre histoire.

Lorsque la délégation maritime zapatiste touchera terre en un point encore inconnu du continent européen, c’est Marijose, « unoa otroa » de l’Escadron 421 qui débarquera en premier. Voici comment le sous-commandant Galeano décrit par avance la scène, en une inversion du geste par lequel Christophe Colomb — qui pourtant n’a pas débarqué, le 12 octobre 1492, en conquérant ni même en découvreur, puisqu’il ne cherchait au contraire qu’à retrouver les terres déjà connues du Japon et de la Chine — s’est empressé de planter sa croix et d’imposer le nom de San Salvador à l’île de Guanahaní :

Ainsi, le premier pied à se poser sur le sol européen (bien sûr, si on nous laisse débarquer) ne sera ni celui d’un homme ni celui d’une femme. Ce sera celui d’un·e autre.

Dans ce que le défunt SupMarcos aurait décrit comme « une gifle avec un bas noir pour toute la gauche hétéropatriarcale », il a été décidé que la première personne à débarquer sera Marijose.

Dès qu’elle·il aura posé les deux pieds sur le sol européen et se sera remis·e du mal de mer, Marijose criera :

« Rendez-vous, visages pâles hétéropatriarcaux qui persécutez ce qui est différent ! »

Nan, je plaisante. Mais ça serait bien qu’il·elle le dise, non ?

Non, en descendant à terre, l@ compa zapatiste Marijose dira d’une voix solennelle :

« Au nom des femmes, des enfants, des hommes, des anciens et, bien sûr, des zapatistes autres, je déclare que le nom de cette terre, que ses natifs appellent aujourd’hui “Europe”, s’appellera désormais : SLUMIL K’AJXEMK’OP, ce qui signifie “Terre rebelle”, ou “Terre qui ne se résigne pas, qui ne défaille pas”. Et c’est ainsi qu’elle sera connue des habitants et des étrangers tant qu’il y aura ici quelqu’un qui n’abandonnera pas, qui ne se vendra pas et qui ne capitulera pas. »

Bienvenue, compañeroas, compañeras y compañeros zapatistas, dans les diverses géographies du continent bientôt renommé Slumil K’ajxemk’op.

Paris, 25-26 avril 2021

Jérôme Baschet

Source : LundiMatin

26 avril 2021.

P.-S.

[mise à jour : le communiqué « La route d’Ixchel », publié ce 26 avril après la parution du présent article, précise que « La Montaña » doit quitter le Mexique depuis Isla Mujeres, pour arriver en vue des côtes européennes à Vigo (Galice)]

Notes

[1] « Au Mexique, les zapatistes du Chiapas s’opposent aux grands projets nuisibles ».

[2] Escargot, en espagnol. Nom des centres régionaux où siègent les « conseils de bon gouvernement » de l’autonomie zapatiste et où ont lieu notamment les rencontres nationales et internationales organisées par l’EZLN.

[3] « En route vers l’Europe… ».

[4] « Escadron 421 ». On y apprend aussi que cette délégation maritime devait être composée de vingt personnes, mais que les autres n’ont pas réussi à vaincre les obstacles mis à l’obtention de leur passeport. NB : L’Escadron 201 est une unité aérienne mexicaine ayant participé à la Seconde guerre mondiale.

[5] « Réveillez-vous ! » et « Escuadrón 421, la delegación Zapatista : “¡Semillas llevamos, semillas dejamos, semillas germinarán !” ».

[6] « Et pendant ce temps, dans la selva Lacandone… »

[7] « En route vers l’Europe… ».

[8] Voir : « Zapatisme ».

[9] « Et nous avons brisé l’encerclement », voir aussi : « Ici, le peuple dirige, le gouvernement obéit » : au Mexique, le zapatisme est bien vivant.

[10] Les coordinations régionales peuvent être contactées aux adresses suivantes :

Centre Val de Loire : zapatista-centrevaldeloire@siberry.fr

Coordination Nord : zalig@herbesfolles.org

Coordination Nord-Est : zapat-est@riseup.net

Coordination Nord-Ouest : coordnordouest@lists.riseup.net

Coordination Île-de-France : comcomzap-idf@riseup.net

Coordination Auvergne – Rhône-Alpes : zap21_auv_rhon_alp@lists.riseup.net

Coordination PACA : pacaz@riseup.net

Coordination Sud-Ouest : contact-coordSudOuest@riseup.net

La coordination francophone à cette adresse : zap_2021_fr_contact@lists.riseup.net

Et pour la Belgique francophone : razb@collectifs.net

[11] Lors de la fête du 25 avril, à Morelia, des maquettes de bateaux ont été exposées, avec des noms faisant ironiquement référence aux caravelles de Christophe Colomb : « Santa Maria – La Revancha » ; « No soy Niña »…

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Lecture complémentaire :

Du chemin de la société vers son humanité réalisée (Résistance 71)

Nous sommes tous des colonisés (Résistance 71)

6ème déclaratoin zapatiste de la forêt de Lacandon

Ricardo Flores Magon, textes choisis

Chiapas, feu et parole d’un peuple qui dirige et d’un gouvernement qui obéit

Rencontre au sommet…


Gilets Jaunes…


Zapatistes….

De la tradition anarchiste africaine, entretien avec Sam Mbah

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rEVOLUTION

Anarchisme africain : entretien avec Sam Mbah

Chuck Morse

Entretien avec la revue “Perspective on Anarchy Theory”, printemps 1999

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Avril 2021

“African Anarchism: The History of a Movement” (Sharp Press, 1997) de Sam Mbah et I.E. Igariwey est le premier traitement de l’anarchisme en Afrique dans un mode livresque. Les auteurs y argumentent que l’anarchisme fournit un cadre tout à fait cohérent dans lequel comprendre et répondre aux multiples crises affectant le continent. J’ai rencontré Mbah le 4 novembre 1998 au début de sa tournée américaine.

Note de R71: Nous avons traduit de très larges extraits de ce livre il y a plusieurs années, nous mettons le lien vers notre PDF sous l’article. Bonne lecture !

Vous déclarez que “la tendance générale de la société humaine a été vers l’égalité sociale et une plus grande liberté individuelle.” Partagez-vous la croyance de Marx sur le capitalisme comme développement progressiste dans l’histoire du monde et une pré-condition nécessaire à des formes sociales plus adéquates ?

La position marxiste n’est pas complètement juste. Le capitalisme fut un développement progressiste durant son époque : il a fourni la base de la radicalisation de la classe travailleuse, ce qui n’était pas possible sous le féodalisme et ce fut définitivement un pas en avant. Ceci fut basé sur le fait que la lutte contre le capitalisme et le système étatique s’intensifiait. Mais je ne pense pas que tout pays ou société doive passer par ce processus ou que le capitalisme soit une pré-condition pour le progrès humain ou son développement.

Je ne pense pas non plus que l’histoire humaine soit prévisible ou qu’elle puisse être liée à des séquences développées par des historiens ou des penseurs/écrivains. Je pense que la capacité des gens ordinaires dans une société donnée est si grande qu’elle peut pratiquement les propulser à prendre leur destinée entre leurs propres mains et ce à n’importe quel point dans le temps. Je ne crois pas en la compartimentation de l’histoire en étapes : je pense que les gens ordinaires sont capables de lutter par et pour eux-mêmes et qu’ils pourront se libérer à n’importe quel moment dans le temps.

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NdR71 : 

Essayons de rétablir ici une “voie du milieu”… Nous pensons en partie comme Mbah, à savoir que l’émancipation peut se produire à n’importe quel moment dans la mesure où la capitalisme, comme tous les autres systèmes avant lui est une fabrication, une construction politico-sociale et que ce que nous construisons, nous pouvons le déconstruire pour reconstruire autre chose.
Ceci dit, une fois certains mécanismes enclenchés, se développe une certaine implacabilité évènementielle. En cela l’analyse de Marx sur les deux phases du capitalisme en sa phase I de domination formelle et sa phase II de domination réelle est juste. Ainsi, une fois un tel processus enclenché, il est plus facile sans aucun doute de mettre le système à bas lorsqu’il est au creux de la vague, ce qui est le cas en ce moment. Le capitalisme est en phase de énième mutation pour pouvoir reproduire son propre mode de production, il peine à le faire, mais la solution vers un Nouvel Ordre Mondial des entreprises transnationales est la seule possible pour survivre encore un peu. Son oligarchie s’emploie à mettre tout ça en place et la crise actuelle du COVID-19 n’en est qu’un des aspects / outils.
Maintenant, le capitalisme est-il nécessaire ? Peut-on arriver à l’émancipation sans lui ? Est-il un passage obligé vers notre émancipation vers notre humanité enfin réalisée ? Nous avons fait le choix (une minorité d’entre nous, il y a longtemps, a fait ce choix) de le mettre en place, il est une réalité et peu importe qu’il soit nécessaire ou non, ce qui est sûr de là où nous en sommes, est que nous devons nous en débarrasser et avec lui, de l’État, de la marchandise et son rapport marchand et donc de ses outils de fonctionnement que sont l’argent et le salariat. Là est le point de convergence de l’idée (r)évolutionnaire, car il n’y a pas et ne saurait y avoir de solution au sein du système. Nous devons prendre une tangente qui nous sortira du cycle infernal, de la révolution nous ramenant sans cesse au point de départ. Il ne s’agit pas de révolution mais d’évolution. Nous devons devenir enfin politiquement adulte.

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Votre livre est ancré dans l’anarcho-syndicalisme, une tradition essentiellement dérivée des expériences historiques européennes. Quelles contributions distinctives de l’expérience africaine peuvent être apportées à l’anarchisme ?

Nous avons tenté d’adresser ce point dans notre livre. Bien que l’anarchisme ne soit pas complet sans l’apport de l’expérience européenne, nous pensons qu’il y a des éléments des sociétés traditionnelles africaines qui peuvent assister à l’élaboration d’idées anarchistes.

L’une d’entre elles est l’auto-aide, l’entraide ou la tradition de coopération qui prévaut dans la société africaine. Cette société est structurée de telle façon que l’individualisme y est réduit et qu’est important l’approche collective de la résolution de problèmes et de vivre : si on le réduit à son essence, je pense que c’est ce que l’anarchisme enseigne.

Les sociétés traditionnelles africaines offrent aussi certaines choses dont nous devrions apprendre. Par exemple sur le leadership, spécifiquement là où le féodalisme ne s’est pas développé. Dans ces sociétés le pouvoir était horizontal et diffusé dans le corps social, il n’est pas vertical, pas hiérarchisé. Pratiquement tout le monde dans une société donné ou un village prenait part au processus décisionnaire et avait la parole sur tout ce qui les affectait directement au quotidien. Les anciens par exemples n’auraient jamais engagé une lutte armée contre le village voisin s’il n’y avait pas un consensus au sein de la population, ce qui était vraiment la force liante de la société africaine. Également le système de la famille étendue par lequel votre neveu pouvait venir vivre avec vous et votre femme, chose que nous définitivement recommandons à l’anarchisme. Ceci sont des exemples de zones qui pourraient être incorporées à l’anarchisme. Ces idées sont durables, elles sont quasiment dans la nature humaine aussi loin que l’Afrique soit concernée.

L’incapacité de combiner une critique cohérente de l’état et du capitalisme avec une critique du racisme a exercé une énorme pression sur l’anarchisme. Dans quel sens une analyse sur le racisme et la suprématie blanche doit-elle complémenter une analyse de classe ?

Le système capitaliste dont nous avons hérité pousse à l’exploitation des travailleurs et autres classes non dominantes et exploite aussi les différences raciales. Il a institué une dichotomie raciale permanente parmi les travailleurs, où il y a un groupe de travailleurs plus privilégiés et un autre groupe de travailleurs moins privilégiés. Il y a une double exploitation de la classe travailleuse non blanche. Ceci ne fut pas même adressé adéquatement par le marxisme, parce qu’il assumait une unité des intérêts au sein de la classe laborieuse sans référence à des types spécifiques d’exploitation et de privation auxquels font face les travailleurs.

Le racisme est un facteur clef dans ce monde et toute analyse de classe qui cherche à nier cela ne fait qu’appliquer une politique de l’autruche. Le racisme est tout simplement endémique au capitalisme.

Les travailleurs doivent impérativement comprendre cela, comme base de leur unité et pour aller de l’avant. Ceci doit être reconnu par les activistes anarchistes et les mouvements sociaux afin d’intégrer toutes les couleurs de la palette du travail pour faire face à l’ennemi commun qui est le capitalisme et les relations sociales de production que le mettent et le maintiennent en place.

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Notre traduction de larges extraits du livre de Mbah et Igariwey “L’anarchisme africain, une histoire du mouvement”, 1997, trad. R71, 2015

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

5 textes pour comprendre et éradiquer le colonialisme

« Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte », Steven Newcomb, 2008

« Comprendre le système de l’oppression coloniale par mieux le démonter », Steven Newcomb

« Comprendre le système de l’oppression coloniale pour mieux le démonter », Peter d’Errico

« Effondrer le colonialisme », Résistance 71

« Nous sommes tous des colonisés ! », Résistance 71

FranceUranium

Comment le mouvement BLM aux Etats-Unis, sans être anarchiste, reflète certaines idées et méthodologie de l’anarchie en mouvement 2ème partie (CrimethInc)

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« Anarchisme: Le nom donné à un principe de théorie et de conduite de la vie sous lequel la société est conçue sans gouvernement, l’harmonie dans une telle société étant obtenue non pas par la soumission à la loi ou par l’obéissance à l’autorité, mais par les consentements libres conclus entre des groupes territoriaux et professionnels variés, librement constitués pour les fonctions simples de production et de consommation et également pour la satisfaction d’une variété infinie de besoins et d’aspirations d’être civilisé. Dans une société développée selon ces lignes de conduite, les associations volontaires qui commencent déjà à couvrir tous les secteurs de l’activité humaine, prendraient une plus grande extension pour finir par se substituer elles-mêmes pour l’état et de ses fonctions. »
– Pierre Kropotkine (début de la définition de l’anarchisme qu’il écrivit pour la 11ème édition de L’Encyclopedia Britannica, 1910) –

Depuis la publication de la 1ère partie de ce document, le policier Derek Chauvin qui passait en jugement a été reconnu coupable de meurtre sur la personne de George Floyd. Mais il y aura une prochaine fois… et une autre… tant que le système étatico-capitaliste / marchand sera en place. Celui-ci est fondé sur la division, l’inégalité, l’exploitation, l’oppression et la coercition, favorisant tous les abus possibles, d’un côté comme de l’autre. En conséquence, si nous voulons vraiment que ça cesse sans espoir de retour:

A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! et à bas le salariat !
Vive la Commune Universelle de la Société des sociétés, tout le reste n’est que pisser dans un violon !

~ Résistance 71, 21 avril 2021 ~

L’anarchie en mouvement : les huit points sur lesquels le mouvement Black Lives Matter (BLM, aux Etats-Unis du moins, NdT) et de justice pour George Floyd reflète les idées anarchistes en action

Extrait du poscast # 79 de la radio anarchiste The Ex-Worker / CrimethInc (USA)

Source de la transcription intégrale :
https://crimethinc.com/podcasts/the-ex-worker/episodes/79/transcript

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Avril 2021

1ère partie

2ème partie

L’entraide

L’entraide est une pratique d’attention et d’aide réciproques avec laquelle les participants à un réseau s’assurent que les besoins de chacun sont satisfaits. Ce n’est jamais un échange de troc ni une sorte d’assistance à sens unique telle que l’offrent les organisations caritatives, mais une libre assistance d’inter-échange de ressources. Les anarchistes pensent que les communautés peuvent parfaitement subvenir à leurs besoins au travers de l’entraide plutôt qu’avec le système coupe-gorge de la concurrence pour le profit. (NdT: ceci suppose une grande part de gratuité, chose que nous ne cessons de prôner depuis 10 ans…)

Alors que la crise du COVID-19 se propageait, les communautés à travers les Etats-Unis ont reconnu le besoin de s’organiser afin de parer aux besoins urgents de manière collective. Parce que les anarchistes prirent l’initiative de tels efforts depuis le départ, ils se sont fait connaître sous la bannière de l’entraide. Subséquemment, même des politiciens progressistes comme Alexandria Ocasio-Cortez ont appelé les Américains à former des initiatives d’entraide.

Le terme fut à l’origine popularisé par l’anarchiste russe Pierre Kropotkine et s’est étendu à travers tout les réseaux anarchistes internationaux. Kropotkine, un géographe, naturaliste et biologiste argumenta dans son ouvrage compilation de plusieurs longs articles “L’entraide, un facteur de l’évolution” en 1902 que c’est en fait la réciprocité et la coopération et non pas la concurrence sanguinaire, qui permet aux espèces du plus petit des organismes aux sociétés humaines, de survivre et de progresser. Ceci défia le dogme du darwinisme-social de la “survie du plus apte / fort” que les élites du monde marchand utilisaient pour justifier l’inégalité et l’exploitation qui accompagnaient l’expansion du capitalisme global au XIXème siècle.

Kropotkine en fit une affaire scientifique et philosophique afin de réorganiser la société en accord avec les principes de l’entraide qu’il décrit comme étant “l’étroite dépendance du bonheur de chacun au bonheur de tous.” et du “sens de la justice ou d’équité, qui amène l’individu à considérer les droits des autres personnes comme étant égaux aux siens.” Depuis le temps de Kropotkine, les anarchistes ont mis ces principes en pratique de manière consistante au travers des efforts tels que “De la nourriture pas des bombes”, “des marchés vraiment vraiment gratuits et libres”, les fonds communs de communauté, le travail collectif de bien commun après l’ouragan Katrina, l’aide mutuelle après désastre et bien d’autres projets.

Aujourd’hui, les volontaires de soutien dans la crise du COVID-19 et les supporteurs des manifestations en soutien à justice pour George Floyd, coopèrent pour offrir des soins médicaux gratuits, de l’eau, de la nourriture et des denrées de premières nécessité dans les rues de Minneapolis, de Washington D.C et à travers les Etats-Unis. Ces efforts tiennent du principe anarchiste du “A chacun selon ses possibilités, à chacun selon ses besoins”

Cela ne vient pas comme une surprise de voir que les efforts de soutien dans la crise COVID et les mouvements de manifestation et de protestation se retrouvent à l’intersection de la lutte. A cause des disparités dans la richesse, dans l’accès aux soins et la vulnérabilité de l’emploi, les gens de couleur et les noirs américains en particulier ont souffert de manière disproportionnée durant la pandémie. Lutter pour le principe de dire que les vies noires ont de l’importance (Black Lives Matter ou BLM) veut dire non seulement confronter la violence policière au quotidien mais aussi tous les autres système d’oppression qui ont maintenu tant de communautés noires dans la pauvreté la plus abjecte. Ces initiatives de communautés reflètent l’idée anarchiste que la santé et la liberté de chacun sont inter-reliées et peuvent être au mieux préservées au travers de la solidarité.

L’infrastructure du mouvement social

Alors que des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues, défiant police, ordre étatique et couvres-feu, plus de 10 000 personnes ont été arrêtées et bon nombre blessés par la police ou des milices d’extrême-droite. Malgré tout, le mouvement a continué à croître, grâce en partie à une infrastructure sociale émergente incluant des collectifs fournissant soutien santé et médical, une assistance légale gratuite, des fonds de cautions et autres formes de solidarité. Les anarchistes ont participé à ces efforts en première ligne faisant levier avec une infrastructure connue de longue date et tirant les conclusions de longues années, de décennies, d’expérience de terrain.

Participant au réseau de protestation mondial que les journalistes ont étiqueté le “mouvement anti-mondialiste” des années 90, les anarchistes ont pris un rôle actif dans l’organisation de l’infrastructure pour le soutien médical, légal et logistique dans les grandes manifestations. Les fonds de caution, des avocats activistes, des infirmiers de terrain et des équipes de communication ont joué un rôle critique dans les mobilisations comme celle contre le sommet de l’OMC à Seattle. Depuis lors, des anarchistes ont développé leurs connaissances et leur technique dans le cadre de mobilisations de masse contre les réunions gouvernementales et corporatrices, des réunions des partis républicain et démocrate, ce depuis l’an 2000, jusqu’au sommet du G20 de Pittsburg en 2009 et l’investiture de Donald Trump en 2017. Organisant les affaires de manière horizontale au sein de réseaux de volontaires, construisant une relation entre les organisateurs locaux et nationaux et tablant sur la solidarité et l’entraide pour fournir toutes ressources nécessaires aux participants, ils ont donné du pouvoir aux gens ordinaires de manière répétitive afin qu’ils exercent une influence exogène sur des évènements historiques.

Nous voyons l’héritage de ces succès dans l’infrastructure médicale et légale soutenant les manifestations de Justice pour George Floyd. Par exemple, le collectif Northstar Health Collective de Minneapolis, qui fournît un soutien critique pour les manifs, fut fondé par des anarchistes durant la mobilisation contre la convention du parti républicain de 2008.

Diversité dans les tactiques

Dans un mouvement décentralisé et sans “tête”, comment les groupes variés peuvent-ils employer des stratégies différentes et se coordonner pour minimiser les chances de conflit ? Comment peuvent-ils s’assurer que leurs efforts ne sont pas vulnérables aux sempiternelles stratégies du diviser pour mieux régner de l’État et des intérêts conservateurs des médias ? Pendant des décennies, les anarchistes ont fait l’expérience sur le terrain des réponses à ces questions.

Lorsque la Convention du Parti Républicain s’est réunie à Saint Paul, dans le Minnesota en septembre 2008, une coalition de groupes de protestation impliquant un bon nombre d’anarchistes se sont mis d’accord sur “Les principes de Saint Paul” inspirés par des points similaires d’unité utilisés dans les efforts d’organisation de masse et qui se sont ancrés avec les anarchistes dans les grandes villes du Canada et des Etats-Unis dans les années qui précédèrent cet évènement. Des modèles comme celui-là assistent les gens de diverses idéologies et donnent la priorité à l’entraide et au soutien plutôt que de saper les efforts des uns et des autres.

(*) NdR71 : Les “principes de St Paul” : accord passé entre les groupes de manifestants, dont les anarchistes, durant les manifs contre la Convention du Parti Républicain dans la ville de Saint Paul, Minnesota, les 1, 2, 3, 4 septembre 2008…

1. Notre solidarité sera basée sur le respect de la diversité des tactiques et des plans des autres groupes.

2. Les tactiques et actions utilisées seront organisées pour maintenir une séparation du temps ou de l’espace.

3. Tous débats ou critiques resteront internes au mouvement, évitant toute critique ou dénonciation publique d’autres activistes ou évènements.

4. Nous nous opposons à toute répression de la dissidence et du désaccord par l’État, ceci inclut la surveillance, l’infiltration, le dérangement, le harcèlement et la violence. Nous sommes d’accord sur le fait de ne pas aider ni assister les actions des forces de l’ordre contre les activistes et autres.

Les manifestations du mouvement de Justice pour George Floyd sont si diverses et incorporent tant d’approches différentes qu’il est impossible que tous les participants adhèrent à ce cadre. Mais beaucoup des voix les plus importantes du mouvement insistent sur une approche similaire afin de prévenir une division du mouvement. Ceci embrasse une diversité de tactiques et reflète le cœur même de la valeur autonome de l’anarchie.

Changement systémique

Les anarchistes rejettent la tactique visant à pétitionner pour des réformes du haut vers le bas de la pyramide, mais sont en faveur de la recherche de solutions qui attaquent le problème social à sa racine. Les réformes peuvent être une étape vers plus de changement fondamentaux, mais les anarchistes argumentent que nous devrions en premier lieu commencer par une analyse des racines des maladies sociales et  de démontrer une compréhension holistique des systèmes qui assurent à la fois les disparités et le fait d’en bénéficier. (NdT: en ce sens, nous invitons une fois de plus les lecteurs à (re)lire notre “Manifeste pour la société des Sociétés” dont c’est le but objectif…) Jusqu’ici aucune des réformes proposées par des politiciens de tout bord, comme les comités civils de révision ou les caméras corporelles, n’ont servi à quoi que ce soit pour réduire par exemple, la violence policière à une échelle nationale. La réponse légale, comme mener les policiers fautifs devant les tribunaux n’a eu aussi aucun effet, ni non plus les solutions électorales comme le lobbying ou voter pour de nouveaux politiciens. Malgré les efforts de réforme suivant la rébellion de Ferguson en 2014, le nombre de meurtres par la police annuellement a en fait augmenté entre 2015 et 2019. (NdT: Nous le disons depuis bien longtemps et le répèterons sans cesse : il n’y a pas de solutions au sein du système et ne saurait y en avoir !…)

Aujourd’hui, pour la première fois, le discours de masse reconnaît la possibilité de débudgétiser les départements de police voire même de les abolir totalement. Les anarchistes rejoignent les féministes Black et les abolitionnistes des prisons et du système carcéral (NdT: qui aux Etats-Unis est devenus essentiellement privé et est un énorme business générant des milliards aux mêmes entreprises capitalistes monopolistes) en insistant sur le fait que des réformes cosmétiques ne vont en aucun cas résoudre les problèmes sous-jacents du pouvoir, du racisme et de l’exploitation qui mènent à la violence d’état. Les anarchistes ont été les cibles de la violence policière et d’état depuis plus d’un siècle, depuis les martyrs du Haymarket, la loi d’exclusion des anarchistes, les raids de Palmer, et l’affaire du G20. Ces expériences informent la vision anarchiste d’un monde totalement libéré de l’état, de sa police et de l’exploitation qu’ils perpétuent.

Comme l’anarchiste afro-américaine Lucy Parsons l’a écrit dans “Les principes de l’anarchisme” : “Les institutions injustes qui produisent tant de misère et de souffrance aux masses ont leurs racines dans les gouvernements et ne doivent leur existence qu’au pouvoir dérivé des gouvernements, nous ne pouvons alors que penser que si toute loi, titre de propriété, tribunal, policier, soldat étaient abolis demain d’un seul coup d’un seul, nous nous en porterions bien mieux que maintenant.”.

Le peuple au dessus de la propriété et du profit

Le slogan “Black Lives Matter” a des implications radicales. Faire l’assertion que la vie humaine est plus importante que de préserver le contrôle d’État ou de protéger la propriété corporatrice / entrepreneuriale pose un profond défi à l’ordre politique et économique actuel. Ceci implique une éthique fondamentalement différente de celle de la logique d’état.

Comme l’a montré la crise du COVID-19, la proposition du “business as usual” peut-être mortifère. Avec la destruction environnementale, les accidents du travail, la dette massive de consommation, et le gâchis du potentiel humain qui caractérisent l’économie capitaliste, la pandémie (NdT: qu’elle soit fabriquée ou pas ne change rien, ses effets sont réels…) a ajouté un autre niveau de tragédie au coût de valoriser le profit au détriment de l’humain. Beaucoup de travailleurs, forcés de retourner à leur travail par les efforts de réouverture des entreprises motivée par le profit, sont punis par leurs employeurs pour tenter de protéger leur santé. Tout ceci en plus de la violence policière systémique et omni-présente durant les manifestations Justice pour Floyd, suggère le très peu de cas que font des vies d’autrui les riches et les puissants.

Les anarchistes ont rejoint le mouvement BLM en faisant la promotion d’une conception différente de la valeur. Insister sur la valeur des vies noires veut dire défier les institutions qui se donnent pour priorité le profit et qui les contrôlent, la police tout comme les politiciens les protégeant, ainsi que les employeurs exploiteurs, les pollueurs, les profiteurs et spéculateurs en tout genre ainsi que bien d’autres… Ceci veut donc dire se dresser contre le capitalisme aussi bien que contre sa police. Des Industrial Workers of the World (IWW), un syndicat anarchiste qui remet en cause directement le salariat, aux réseaux d’entraide qui remettent l’économie du don et du partage en pratique, les anarchistes poussent constamment pour un monde de coopération hors et au-delà de l’économie de marché. Le Movement for Black Lives aussi, insiste sur le fait qu’ils sont explicitement anti-capitalistes dans leurs principes d’organisation. Donner de la valeur aux vis noires requiert une transformation profonde du système économique.

Bien des voix à la fois dans en en dehors des manifestations se joignent au chœur demandant que la vie humaine prenne l’importance incontestable sur la propriété et le profit. Même des propriétaires d’entreprise qui ont fait les frais du pillage ou des incendies au cours des manifestations ont parlé et insister sur le fait que le point de focalisation devrait rester sur le problème majeur de la violence anti-noire, de la police, de la répression et de la justice sociale. Ceci montre le chemin vers une éthique de la solidarité qui caractérise l’approche anarchiste de la transformation sociale.

Que faire pour être libre ?

Le président Trump a tort. Ce ne sont pas les “anarchistes” qui sont responsables des courageuses actions militantes que nous avons vues dans les rues, bien que des anarchistes de bon nombre d’origine ethnique différente y aient participé. Par dessus tout,  ce fut la jeunesse noire et basanée et autres personnes marginalisées dont la bravoure et la détermination ont forcé le respect du monde entier. Comme nous l’avons vu, il y a bien des intersections entre les valeurs et les stratégies des mouvements anarchistes et le mouvement BLM et autres luttes anti-police et de libération. Alors que les anarchistes ne doivent pas détourner les façons des participants de décrire leurs activités et de clamer qu’elles sont des exemples d’idéologie anarchiste, ces résonances sont la base d’un échange mutuel et d’une solidarité dans le processus de la construction de mouvements de libération multi-raciaux.

Les anarchistes pensent qu’il en vaut la peine de se battre pour créer une société fondée sur l’entraide, l’autonomie, l’égalité, la liberté et la solidarité. Pour que tout mouvement soit efficace, les participants se doivent d’identifier ce que cela prendra pour effectuer le changement. La courageuse réponse à l’assassinat de George Floyd a montré l’efficacité de l’action directe sans aucun compromis, non seulement pour faire monter le prix social de l’injustice, mais aussi pour rendre possible d’imaginer un autre monde. Après que la mise à feu du commissariat du 3ème precinct de Minneapolis ait démontrée que des gens ordinaires peuvent parfaitement mettre en déroute et défaire la police dans un conflit direct, retirer les budgets et abolir la police sont devenues des choses tout à fait pensable et faisable et ce à l’échelle d’un discours public national.

A Minneapolis puis à Louisville, Los Angeles, New York et dans le monde, les gens de couleurs, noirs et basanés et autres personnes marginalisées ont convergé pour fermer la routine marchande. Les anarchistes ont participé, contribuer à l’expérience avec des tactiques de résistance, des infrastructures qui offrent un soutien à tous ceux dans le besoin, et des visions du monde dans lesquelles les institutions qui ont tué George Floyd et tant d’autres personnes n’existeraient pas. Des idées et des approches en résonance avec les valeurs anarchistes peuvent être vues en action dans ces manifestations et ce indépendamment de ceux qui les emploient se revendiquant anarchistes ou pas ou arborant quelque label politique que ce soit.

Ces valeurs et ces pratiques, qui transcendent toute simple idéologie ou tradition, peuvent devenir la base de tous ceux qui veulent se rassembler au-delà des lignes de différences alors qu’ils confrontent le pouvoir de l’état dans les rues. Le collectif anarchiste indigène Indigenous Action et d’autres ont argumenté que les mouvements modernes de lutte ont besoins de “complices et non pas d’alliés”, des personnes motivées à partager les risques et à entrer en action directe ensemble, motivés par une vision de libération collective plutôt que par la culpabilité, le devoir ou le prestige. Les manifestations pour la Justice pour George Floyd ont démontré l’efficacité des efforts décentralisés, multi-raciaux depuis la base. Informés d’un ethos horizontal participant qui rejette la violence policière aussi bien que toute autre forme de coercition d’état ou autre, les anarchistes insistent sur le fait que tout le monde a un rôle à jouer dans le processus de se libérer.

Un des messages les plus centraux venant de l’organisation anarchiste ces dernières décennies, incluant les luttes pour la solidarité avec les réfugiées politiques et les immigrants, l’abolition du système carcéral et les droits des homosexuels est que chacun d’entre nous ne peut être libre que lorsque tous sont libres. Ashanti Alston, activiste anarchiste, conférencier et écrivain a articulé cela de superbe manière. En tant qu’ancien membre du mouvement des Blacks Panthers et de la Black Liberation Army, ancien prisonnier politique, Alston a eu une grande expérience dans la confrontation avec la violence d’état. Enrichi par le soulèvement zapatiste au Chiapas mexicain, sa vision de la libération collective reflète un ethos anarchiste partagé par bien des mouvements et des communautés, se faisant l’écho d’une force d’inspiration de nos efforts d’aujourd’hui :

“Nous devons imaginer comment créer un monde où il est possible pour toutes les personnes différentes d’être ce qu’elles sont, de construire un monde où tout le monde sans exception a sa place et y est bien.”

CONCLUSION

Nous espérons que ceci vous a donné une perspective différente de “La vérité sur les anarchistes d’aujourd’hui”. 

[…]

Tant de nos amis passent à la trappe de la paranoïa, convaincus comme le sont les Oath Keepers et les Three Percenters que la guerre civile est juste au coin de la rue, apeurés qu’ils sont à chaque coup de sonnette a leur porte pensant que les troupes d’assaut viennent les embarquer pour le goulag. Ce n’est pas facile, ignorer les risques du moment que nous vivons pourrait être très dangereux de fait, mais tout autant qu’être obsédé par ces pensées au point d’être paralysé par la suspicion et la peur. Cher auditeur, auditrice, rappelle-toi STP que tu n’es pas seul(e), même si tu es coincé(e) en intérieur et te sens isolé(e). Oui, nous sommes vulnérables, mais nous sommes aussi forts et inter-connectés. Ils peuvent nous arrêter, nous frapper, nous tirer dessus, mais ils ne pourront pas nous avoir tous et pensons à tous ceux et celles qui se lèveront dans les grands moments de crise. Rappelez-vous: respirez, allez prendre l’air frais, le soleil. Rappelez-vous toujours qu’il y a un monde derrière l’écran, que celui-ci n’est pas tout, loin s’en faut. Rappelez-vous aussi toutes et tous, que pendant bien des années maintenant, des anarchistes du monde entier ont fait face à une répression bien pire,, mais aucun de nos ennemis n’a été capable de tuer cette idée si superbe.

Quoi qu’il arrive, à nous ici à CrimethInc (NdT: ou à nous à Résistance 71…), ou au mouvement dans son entièreté, nous continuerons de communiquer avec quelque moyen possible que ce soit, de partager nos analyses sur ce qui se passe, nous continuerons à parler des stratégies et des tactiques qui peuvent nous maintenir en sécurité et faire avancer la lutte dont nous sommes partie prenante, ainsi que de faire passer tout message de solidarité et d’encouragement de toutes celles et ceux qui sont en rébellion.

Restez fermes, forts. motivés et à l’écoute.

Vous étiez avec Alanis sur la radio Ex-Worker.

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“Aucune armée au monde ne peut arrêter une Idée dont l’heure est venue”.
~ Victor Hugo ~

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”
~ Friedrich Nietzsche, “De la nouvelle idole” ~

Dès que l’État n’est plus à même d’imposer l’union forcée, l’union surgit d’elle-même, selon les besoins naturels. Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même.”
~ Pierre Kropotkine ~

« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

Lecture complémentaire :

“Pour tout changer, un appel anarchiste”, CrimethInc, 2015, rév.2020

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Comment le mouvement BLM aux Etats-Unis, sans être anarchiste, reflète certaines idées et méthodologie de l’anarchie en mouvement 1ère partie (CrimethInc)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , on 14 avril 2021 by Résistance 71

Nous pensons que si le mouvement BLM a été récupéré politiquement par l’establishment yankee (et ailleurs, surtout en France…), néanmoins cela ne veut pas dire qu’il soit sous contrôle partout puisqu’il est décentralisé et impossible à contrôler dans son intégralité. L’analyse faite par CrimethInc ci-dessous demeure valide, même s’il convient d’émettre quelques réserves et de toujours demeurer prudent envers les mouvements de masse dont le leadership et la structure sont prônes à être infiltrés et pilotées par le système, de l’intérieur, pour toujours servir la même fonction du diviser pour mieux régner. Donc sur ce qui suit, oui sur le papier, prudence sur le terrain, chaque cellule ayant ses caractéristiques propres.
Ceci dit et de manière générale, les huit points  de similitudes valides entre les mouvements BLM , Justice pour George Floyd et les mouvements anarchistes abordés dans cette émission radiophonique américaine sont les suivants : l’auto-détermination, la décentralisation, le combat contre la suprématie blanche, l’entraide, l’infrastructure du mouvement social, la diversité des tactiques, le changement systémique et la suprématie du peuple sur la propriété et le profit. Analyse intéressante et à partager.
~ Résistance 71 ~

“Obéir, non ! Et gouverner ? Jamais !”
~ F. Nietzsche (Le gai savoir #33) ~

TEW1

L’anarchie en mouvement : les huit points sur lesquels le mouvement Black Lives Matter (BLM, aux Etats-Unis du moins, NdT) et de justice pour George Floyd reflète les idées anarchistes en action

Extrait du poscast # 79 de la radio anarchiste The Ex-Worker / CrimethInc (USA)

Source de la transcription intégrale :
https://crimethinc.com/podcasts/the-ex-worker/episodes/79/transcript

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Avril 2021

1ère partie

2ème partie

INTRODUCTION: Repenser l’anarchie

Quelle est la vérité au sujet des anarchistes d’aujourd’hui ? En particulier, comment devrions-nous comprendre la relation entre les anarchistes ou l’anarchisme et les rébellions qui se sont produites ces six derniers mois ? Pour offrir une vision sur la question, nous allons ci-dessous partager un article que nous avions publié en conjonction avec le projet anarchiste Agency en juin dernier. D’un côté, comme nous l’avons déjà clarifié, il rejette la notion que des anarchistes sont derrière le mouvement de protestation, le menant ou le contrôlant. D’un autre côté, il reconnaît que la forme des rébellions a pris quelques caractéristiques d’une vision anarchiste d’un grand changement social.

Ceci peut parfaitement et simplement être compris, donc soyons le plus clair possible : nous ne sommes pas en train d’essayer d’affirmer que le mouvement Black Lives Matter (BLM) est un mouvement anarchiste, ni d’étiqueter ses participants comme “militants anarchistes”, alors qu’un grand nombre d’entre eux ne choisissent pas ce label pour eux-mêmes. Les étiquettes n’ont aucune importance. Nous parlons plutôt de résonances, de parallèles et de valeurs partagées.. Nous parlons de ces mouvements comme expressions en pratique de ce que bien des anarchistes ont appelé en théorie. Alors que nous ici sur la radio Ex-Worker sommes nous mêmes de manière évidente anarchistes, nos visions pour un changement social ou un monde idéal ne sont pas basés sur la volonté de faire de tout le monde un anarchiste. C’est ce qui nous démarque totalement des gauchistes autoritaires et de bien des autres mouvements du spectre politique. Nous n’avons que faire de recruter [pour un parti], nous nous préoccupons de trouver un cadre de travail dans lequel nous pouvons fonctionner hors de toute hiérarchie pour briser le pouvoir autoritaire. Ainsi lorsque des critiques cherchant à minimiser le mouvement [BLM] le qualifie “d’anarchie”, nous somme là pour dire “oui !” et c’est ce que nous devons célébrer à son sujet. Lorsque des millions de personnes dont la très vaste majorité n’a jamais rencontré un anarchiste ni même ne sait ce qu’est l’idée anarchiste, se liguent et se rejoignent pour défier directement l’injustice au sein de réseaux horizontaux et décentralisés, quel que soit le nom que vous voulez lui donner, c’est quelque chose que nous, les anarchistes, pouvons célébrer.

Voilà l’anarchie : huit façons par lesquelles BLM et les manifestations en faveur d’une justice pour George Floyd reflètent les idées anarchistes en action

Depuis que la police de Minneapolis a brutalement assassiné George Floyd dans la rue le 25 mai 2020, des manifestations se sont produites à travers les Etats-Unis et le monde. Des millions de personnes sont descendues dans la rue pour demander justice pour George Floyd et Breonna Taylor ainsi que la fin de la terreur et de la violence policières, soulignant la nécessité d’éradiquer le racisme systémique en changeant profondément la société. Dans les 24 heures qui ont suivi les premières manifestations, le président des Etats-Unis (Trump) a affirmé que des anarchistes et des “antifas” étaient responsables des troubles qui ont éclaté dans les villes à travers le pays. Ce blâme mit sur les anarchistes vise à discréditer ces révoltes populaires tout en diabolisant et en isolant les participants. Pourtant les voies de cet ordre qui nous a trompé pratiquement tous sont devenues bien claires et transparentes. La rage et la protestation ont émergé  et se sont étendues bien au-delà de toute idéologie de groupe particulière. Alors que des dizaines de milliers de personnes remplissent les rues des villes de la nation, il est bien clair que ce ne sont pas les anarchistes qui organisent tout cela. Les manifestations et les troubles qui les accompagnent représentent une réponse organique à un grand besoin qui se fait sentir de plus en plus largement. Dans le même temps, cette source de mouvement de terrain organique, fondé sur des tactiques connues que tout le monde peut reproduire et employer, incarne les modèles anarchistes pour le changement de société. Beaucoup des principes et des pratiques utilisés de manière fondamentale par le mouvement sont des principes et pratiques anarchistes de très longue date dans le mode organisationnel.

Ici, nous explorons les racines anarchistes de huit principes qui ont été essentiels au succès des mouvements BLM et JGF et de leurs manifestations, en cherchant à centrer des initiatives de ces mouvements qui réfléchissent des valeurs anti-autoritaires. Pour un historique du mouvement anarchiste noir, nous recommandons l’ouvrage de Lorenzo Kom’boa Ervin “Anarchism and the Black Revolution” ou la plus récente déclaration d’Anarkata, dont les liens sont disponibles sur notre site.

Auto-Determination

Une de bien des choses que les politiciens essaient de cacher et d’obscurcir en insistant sur le fait que “des agitateurs externes” sont responsables de la révolte qui a commencé à Minneapolis est que les communautés opprimées aux Etats-Unis sont déjà occupées et exploitées par des gens de l’extérieur. Ceci a commencé avec la colonisation de l’Amérique du Nord par les colons européens qui sont de fait les “agitateurs extérieurs” originaux et cela continue aujourd’hui avec la propriété de la vaste majorité de la terre et du foncier ainsi que des entreprises dans les voisinages noirs, indigènes et immigrants par des non-résidents n’ayant le plus souvent que peu ou pas de liens avec ces communautés, sans parler de la gouvernance et de la police de ces communautés effectuées par des policiers tels que Derek Chauvin (NdT: l’assassin de George Floyd) qui ne vit pas dans la zone et commute dans les districts que lui et ses collègues terrorisent.

En opposition à ces occupations, les anarchistes appellent à l’auto-détermination, argumentant qu’individus et communautés devraient contrôler leur propre corps et conditions de vie et déterminer leur propre destinée plutôt que de vivre sous l’imposition du pouvoir d’état, qui est construit pour servir les besoins pressants du plus petit nombre privilégié plutôt que les besoins de tous. Comme les horribles assassinats de George Floyd et de Breonna Taylor le montrent, reconquérir le contrôle sur l’espace public des mains des forces de police qui tiennent les communautés noires américaines en otage, est un grand pas vers l’auto-détermination.

De la même manière, les anarchistes pensent que que ceux qui sont directement affectés par une situation doivent être ceux qui décident quelle réponse y apporter. En prenant l’initiative de répondre à l’assassinat de George Floyd par eux-mêmes et selon leurs propres termes plutôt que de s’en référer aux “leaders de la communauté” ou de pétitionner le gouvernement pour que le tort soit redressé, les gens de Minneapolis ont rendu leur demande d’autonomie absolument claire comme de l’eau de roche. Dans les rues de leurs voisinages, dans leurs écoles et sur leurs lieux de travail, des gens ordinaires en révolte trouvent du soutien en provenance des anarchistes dans leurs efforts d’atteindre une véritable auto-détermination pour leurs communautés.

Comme Kali Akuno de la Coopération de Jackson l’a dit : “Nous devons utiliser la plus grande puissance que nous avons, qui est celle du contrôle de nos corps, du contrôle de notre travail, de façon à rendre la situation absolument ingouvernable et intenable pour les Etats-Unis et le faire de manière systémique et organisée.

La décentralisation

Contrairement à ce que dit la propagande des théoriciens de la conspiration de l’extrême-droite, il n’y a pas eu une simple force, une organisation ou ne idéologie qui ont mené ces manifestations. Les démonstrations publiques pour la justice et contre la violence policière se sont déroulées dans 50 états et dans près de 50 autres pays ces dernières semaines et ce sans aucune organisation centralisée que ce soit.

En contraste avec tout effort venant d’en haut de manière centralisée, cette éclosion d’initiatives de la base caractérise parfaitement une approche anarchiste du changement social. Tout comme le mouvement Occupy Wall Street, que les activistes anarchistes et leurs tactiques ont aidé à lancer, les manifestations locales peuvent prendre différentes formes en accord avec le contexte tout en amplifiant le message général. La liaison horizontale entre les participants permet une certaine flexibilité d’action, permettant aux gens de s’impliquer de la manière qu’ils perçoivent la mieux adaptée au moment. Ce modèle a gagné des victoires historiques comme par exemple celle de la mobilisation contre le sommet de l’OMC à Seattle en 1999 durant laquelle les anarchistes et autres groupes ont débordé la police grâce à une structure de réseau d’affinité de groupes autonomes qui travaillèrent de concert pour complètement court-circuiter la ville.

Aujourd’hui, les activistes de BLM emploient également une approche décentralisée, permettant au mouvement de s’étendre organiquement et de s’assurer qu’il ne puisse pas être contenu ni coopté. (NdT: c’est ce qui s’est aussi passé avec le mouvement des Gilets Jaunes dès novembre 2018, mouvement qui n’a jamais été infiltré ni coopté car fonctionnant de manière horizontale quasiment instinctivement. Les rares “leaders” corrompus ou corruptibles ayant été rapidement mis à l’écart ainsi que les merdias et les politiques…)

La lutte anti suprématie blanche

En tant que promoteurs de l’égalité, les anarchistes s’opposent à la suprématie blanche et au fascisme. (NdR71 : pour ceux qui pensent et disent que le fascisme n’existe plus car un fait unique du passé et de l’histoire italienne, l’idéologie qui le régissait, telle que le définissait Mussolini en disant que le fascisme était la fusion de l’État et de la grosse entreprise, est toujours bien vivace et on ne peut que constater que le projet en marche du Nouvel Ordre Mondial est cela : une fusion qui est déjà en grande partie accomplie. Mussolini fut la réponse d’une bourgeoisie terrifiée aux conseils ouvriers autonomes italiens de 1920. Le résultat en sera une fusion étatico-corporatrice supranationale…) Ceux qui subissent la violence coloniale se sont toujours défendus contre la violence raciste ; les anarchistes agissent toujours par solidarité même lorsqu’ils ne sont pas la cible. Dans une des plus anciennes expressions de l’anarchisme aux Etats-Unis, l’influent abolitionniste William Lloyd Garrison connecta son rejet des institutions gouvernementales et de la propriété à son opposition à l’institution de l’esclavage. Dans les années 1980-90, les anarchistes à travers l’Amérique du Nord formèrent des sections de lutte anti-racisme pour lutter contre les organisations néo-nazies. Aujourd’hui, les soi-disants groupes “antifas” font partie de cette longue tradition de défense des communautés contre le racisme et la violence d’extrême-droite. Historiquement, l’organisation anarchiste avec en fer de lance les Afro-Américains et autres groupes de couleurs, a joué un rôle crucial dans la poussée des mouvements sociaux contre le racisme systémique. De Ferguson à Charlotesville en passant par Minneaopolis aujourd’hui, des anarchistes de toute ethnicité ont été sur la ligne de front dans le combat contre l’extrême-droite et la prévention de la montée du néo-nazisme et du néo-confédéralisme (NdT: se référant au sécessionisme sudiste de la guerre de sécession) et autre suprémacisme blanc visant à nuire aux gens de manière générale.

Les efforts du président Trump, du ministre de la justice Barr et des médias d’extrême-droite pour déclarer le mouvement “antifa” organisation terroriste sont une trame transparente pour minimiser et diaboliser ce soulèvement populaire, distraire et induire les supporteurs en erreur. Le Ku Klux Klan (KKK), l’organisation terroriste la plus létale de l’histoire des Etats-Unis, ne reçoit jamais tant de condamnation, ni les groupes qui ont radicalisé les racistes et qui ont assassiné Heather Heyer à Charlottesville, ni le gang suprémaciste blanc dont le symbole / logo fut exhibé par un flic du NYPD la semaine dernière durant une manifestation de BLM. Le gouvernement Trump étiquette ceux qui s’opposent au suprémacisme blanc et au fascisme comme “terroristes”. (NdT: on est toujours le “terroriste de quelqu’un… N’oublions pas que les troupes d’occupation allemandes durant la guerre, appelaient les résistants français “Terroristen”, tout comme les partisans, la résistance russe…)

Note de Résistance 71 : Tout ceci, qui est une réalité sociale aux Etats-Unis depuis leur fondation, est parfaitement exposé dans le film devenu culte de John Landis “The Blues Brothers” (1978), Jake (John Belushi) and Elwood (Dan Ackroyd) représentant le contre-pouvoir et le pouvoir de l’humain dans sa lutte contre l’oppression, la discrimination, l’exploitation et le racisme. Jake et Elwood Blues sont les “anars” pieds nickelés qui dament le pion au système et à la déviance sociale, du reste le dernier tiers du film voit les forces étatiques (police locale corrompue et d’état), les red necks racistes représentés par le groupe de Country Music et les néo-nazis en uniforme, se liguer à leur poursuite, ce qui se termine par le plus grand carambolage de voitures (non-cgi) de l’histoire du cinéma et la victoire de nos pieds nickelés, qui sauvent leur ancien orphelinat de la fermeture. Cette coalition est un clin d’œil cinématographique à l’histoire qui, de la Commune de Paris à la révolution sociale espagnole de 1936 en passant par Cronstadt, a vu toutes les forces, si antagonistes étaient-elles supposées être, se liguer contre toute velléité de défier la norme étatico-marchande en place, prouvant par là même que tout cela n’est que pure mascarade et que le système se ligue toujours même avec ses plus antagonistes forces d’apparence, pour écraser toute velléité d’émancipation et de rébellion.
“The Blues Brothers”, à voir, revoir et… à écouter sans aucune modération !

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“Pour tout changer, un appel anarchiste”, CrimethInc, 2015, rév.2020

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

A suivre…

circlingthedrain

De révolution à (r)évolution, qu’est-ce qu’une organisation (r)évolutionnaire ? (Internationale Situationniste)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , on 12 avril 2021 by Résistance 71

A noter que cet écrit est pré-1968 et donnera une bonne idée de qui est révolutionnaire et de qui ne l’est pas dans les évènements à venir.. Le mouvement ouvrier des grèves sauvages à partir de 1967 l’était sans aucun doute, le mouvement étudiant pas.
La société des sociétés ne pourra fleurir que dans un environnement hors État, nos marchandise, hors argent et hors salariat. Tout le reste n’est que pisser dans un violon !
~ Résistance 71 ~

IS

Définition minimum des organisations révolutionnaires

Internationale Situationiste

Juillet 1966

Retraduit de l’anglais par Résistance 71, avril 2021

Comme le seul but d’une organisation révolutionnaire est l’abolition de toutes les classes existantes d’une façon qui n’amène pas une division de la société, nous considérons une organisation être révolutionnaire si elle travaille constamment et efficacement vers la réalisation internationale du pouvoir absolu des conseils des travailleurs, comme préfiguré dans l’expérience des révolutions prolétariennes de ce siècle.

Une telle organisation fait une critique intégrale du monde ou n’est rien. Par critique intégrale nous voulons dire une critique compréhensive de toutes les zones géographiques où des formes variées de pouvoirs socio-économiques existent, ainsi qu’une critique compréhensive de tous les aspects de la vie.

Une telle organisation voit le commencement et la fin de son programme dans une complète décolonisation de la vie quotidienne. Elle ne vise donc pas à l’auto-gestion des masses du monde existant, mais à une transformation ininterrompue. Elle personnalise la critique radicale de l’économie politique, la super session du système de commodité et du salariat.

Une telle organisation refuse de reproduire en son sein toutes conditions hiérarchiques du monde dominant. La seule limite de participation en sa démocratie totale est que chaque membre doit avoir reconnu et s’être approprié la cohérence de sa critique. Cette cohérence doit à la fois être dans la théorie critique et dans la relation entre la théorie et l’activité pratique.

L’organisation critique radicale de toute idéologie en tant que pouvoir séparé d’idées et en tant qu’idées de pouvoir séparé. C’est donc dans le même temps, la négation de tous restes de religion et du spectacle social prévalent qui, des médias d’information à la culture de masse, monopolisent la communication entre les gens autour de leur réception unilatérale d’images de leur activité aliénée.

L’organisation dissout toute “idéologie révolutionnaire”, la démasquant comme un signe d’échec du projet révolutionnaire, comme la propriété privée de nouveaux spécialistes du pouvoir, comme une représentation frauduleuse de plus se mettant au dessus de la vie prolétarienne réelle.

Comme le critère ultime de l’organisation révolutionnaire moderne est sa compréhension, une telle organisation est en fin de compte, une critique de la politique. Elle dit explicitement viser à se dissoudre en tant qu’organisation séparée au moment de sa victoire.

= = =

Lecture complémentaire :

« La société du spectacle » Guy Debord, 1967

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

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Manifeste pour la Société des Sociétés

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desobeissance-civile

1871-2021 : 150 ans de la Commune. Les manifestations de la Commune en province d’août 1870 à mai 1871

Posted in actualité, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 12 avril 2021 by Résistance 71

Commune_1871-2021

La Commune, ses manifestations en province d’août 1870 à mai 1871

Article publié originellement en 1977

Source:
https://www.commune1871.org/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/chronologie-de-la-commune-a-paris-et-province/441-chronologie-des-evenements-en-province

Août 1870

8. Manifestation au Creusot.

7-9. Marseille, des milliers de manifestants avec Gaston Crémieux, Rouvier, Naquet s’emparent de l’hôtel de ville.

13. Lyon, le notaire Lentillon proclame la déchéance de l’Empire. Emeute écrasée.

23-24 Manifestation à Arquian (Nièvre].

Septembre 1870

4. A Lyon, à Marseille, la République est proclamée, avec installation de comités de salut public. Le drapeau rouge apparaît à Foix, Varilhes, Pamiers (Ariège), à Nantes, à Rennes, à Avignon. A Grenoble, la foule oblige le maire à démissionner.

5. Marseille arbore le drapeau rouge, création d’une commission départementale et d’une garde civile.

A Grenoble, expulsion du conseil municipal.

A Bordeaux, formation d’une commission municipale provisoire.

6. A Grenoble, création d’une commission municipale provisoire.

A Lyon, arrivée de Challemel-Lacour.

7. A Marseille, arrivée d’Esquiros.

13. Bakounine quitte Locarno pour Lyon.

15. Lyon, élections municipales. Le Comité de salut public se transforme en un Comité central fédératif qui demeure auprès du conseil municipal élu.

18. Marseille, formation de la Ligue du Midi pour la défense de la République.

20. A Saint-Étienne, les Internationaux forment un comité central républicain.

22-24. A Rouen, formation par les Internationaux d’un comité de vigilance.

24. A Nîmes, réunion des délégués départementaux de la Ligue du Midi.

28. Emeute à Lyon, dispersée par la Garde nationale.

Octobre 1870

1-3. A Marseille, constitution définitive de la Ligue du Midi.

7. Garibaldi acclamé à Marseille.

16. A Marseille, Esquiros est révoqué par Gambetta.

17-19 Marseille, manifestation en faveur d’Esquiros et contre Dufraisse, désigné par la délégation de Tours.

Lille, manifestation organisée par un comité républicain socialiste.

25. A Toulouse, déclaration de principes de la Ligue du Sud-Ouest.

27. Bazaine capitule à Metz.

29. A Lyon, formation d’une commission départementale.

A Grenoble, manifestation contre le commandant militaire Du Barral.

30. A Grenoble, manifestation à la nouvelle de la capitulation de Metz.

31. Manifestations à Nîmes, Toulouse, Grenoble, Saint-Etienne.

Novembre 1870

1. Réunion publique à Rouen.

A Marseille, à l’appel de Cluseret, Bastelica, proclamation de la Commune.

2. Marseille, heurts entre gardes civiques et gardes nationaux. Arrivée de Gent, commissaire extraordinaire de Gambetta.

3. Toulouse, le préfet Duportal, ancien déporté de 1848, révoque tous les magistrats qui ont, pendant l’Empire, siégé dans les « commissions mixtes  » .

3-4. Lyon, échec d’une insurrection conduite par le Comité central fédératif.

6. Bordeaux, projet de proclamation d’une Commune.

Lyon. Challemel-Lacour dissout le Comité central fédératif et arrête 32 de ses membres. Challemel-Lacour sera ministre de Jules Ferry et président du Sénat.

7. A Marseille, les gardes civiques, chassés de la préfecture, sont fondus dans la Garde nationale.

13. Marseille, élections municipales (les révolutionnaires sont battus).

Décembre 1870

5. Rouen, échec d’une tentative insurrectionnelle pour s’emparer de l’hôtel de ville.

6. Bordeaux, mutineries dans la Garde nationale.

10. À Lyon, dissolution des Chantiers nationaux.

19. Nuits-Saint-Georges, les deux légions de volontaires lyonnais sont écrasées.

20. Lyon, émeute.

23. Agitation à Saint-Étienne.

25-31. Tumultes à Lyon.

28. Dissolution officielle de la Ligue du Midi.

Janvier 1871

1. Bordeaux, manifestation de la Garde nationale.

Limoges, début de la grève des ouvriers porcelainiers.

9. Marseille, Esquiros quitte la ville.

28. Conclusion de l’armistice.

29. Bordeaux, manifestation contre l’armistice.

Marseille, le préfet des Bouches-du-Rhône écrit à Jules Favre : « Je n’obéis pas au capitule de Bismarck  ».

30. Lyon, démission du préfet du Rhône Challemel-Lacour.

31. Gent, préfet des Bouches-du-Rhône, refuse de publier le décret annonçant les élections législatives.

Février 1871

3. Lyon, désordres.

6. Bordeaux, démission de Gambetta.

Marseille, démission de Gent.

8. Elections à l’Assemblée nationale.

11. Le Comité central républicain des vingt arrondissements de Paris décide l’envoi de délégués en province, parmi lesquels Albert Leblanc, membre de l’Internationale.

12. Réunion de l’Assemblée nationale à Bordeaux.

17. Thiers désigné comme chef du pouvoir exécutif de la République française.

21. Agitation à Saint-Étienne.

26. Préliminaires de paix conclus à Versailles.

Agitation à Saint-Étienne.

Mars 1871

3. Lyon, en signe de deuil, pour trois jours, le drapeau noir remplace le drapeau rouge sur la mairie.

8-9. Grève à Roubaix.

10. Le drapeau rouge est planté à La Charité-sur-Loire.

12. A Epinac, les mineurs arborent un drapeau tricolore sur un arbre de la liberté.

13. A Epinac, les mineurs en grève.

22. Mouvement insurrectionnel à Marseille.

23. Proclamation de la Commune à Lyon et à Marseille.

24. Manifestation à Nîmes.

Proclamation de la Commune à Narbonne.

A Toulouse, les officiers de la Garde nationale se prononcent pour la Commune. Mais l’ordre est rétabli rapidement.

25. A Saint-Etienne, l’hôtel de ville est envahi.

Manifestations à Tarbes et Chalon.

26. A Auch, manifestation.

A Saint-Etienne, le préfet, M. de l’Espée, est tué.

Proclamation de la Commune au Creusot.

27. Commune de Perpignan.

Des troupes venues de Lyon arrivent à Saint-Etienne.

Landeck et May, délégués du comité central de la Garde nationale, arrivent à Marseille accompagnés d’Amouroux, membre de la Commune.

28. A Saint-Etienne, les insurgés doivent quitter l’hôtel de ville et un hobereau local, Vital de La Rochetaillée, enlève le drapeau rouge.

L’ordre est rétabli au Creusot.

30. La Garde nationale de Marseille reste neutre dans le conflit armé.

31. L’armée donne l’assaut à la Commune de Narbonne.

Crémieux dissout le conseil municipal de Marseille et convoque les électeurs.

Avril 1871

3. « La Tribune de Bordeaux » lance l’idée d’un congrès des villes républicaines.

4. Troubles à Limoges. Le général Espivent de Villeboisnet donne l’assaut à la Commune de Marseille.

5. Au Havre, le club Bernardin-de-Saint-Pierre se prononce pour la Commune.

Manifestation à Vierzon.

9. Manifestation de chômeurs à Laval. Manifestation d’ouvriers à Auxerre.

10. Montereau, émeute en faveur de la Commune.

Mouvement insurrectionnel à La Charité-sur-Loire.

11. Manifestation à Boulogne-sur-Mer, à Compiègne, à Annonay (Ardè¬che).

11-13 Périgueux, manifestations. Les gardes nationaux et les cheminots résistent pendant deux jours aux forces de l’ordre.

12-15. Nouvelles manifestations à Boulogne.

14. Rouen, Internationaux et radicaux décident d’aller soutenir la Commune les armes à la main.

15. Manifestation à Auxerre.

15-18. Mouvement insurrectionnel à Cosne (Nièvre) et à Saint-Amand (Cher).

16. Manifestations à Pouilly, Castres, Annecy, Grenoble.

17. Manifestation à Bordeaux.

Tentative de Commune à Voiron, Tullins, Saint-Marcellin.

18-19. Le drapeau rouge est aboré à Neuvy (Nièvre).

19. Déclaration de la Commune au peuple français. (voir l’affiche)

Manifestations plus ou moins importantes à Bayonne, Fleury-sur-Loire, Arquian, Saint-Amand-en-Puisaye, Clamecy, Gien.

21. Grève et manifestation à Moreuil (Somme). Intervention des troupes prussiennes.

Tulle arbore le drapeau rouge.

25. Manifestations à Montlucon et à La Palisse ..

La ville de Bordeaux lance des invitations pour un congrès des municipalités.

27. Castres, échec d’une manifestation.

28. Manifestation au Havre.

La Commune de Paris lance sa proclamation «  Au peuple des campagnes  ».

30. Premier tour des élections municipales.

Manifestations à Sarlat, Agen, Vallières (Creuse), Nice, Carpentras, Maurs (Cantal), Reims.

Tentative d’insurrection au faubourg de la Guillotière, à Lyon.

Thiers (Puy-de-Dôme), occupation de l’hôtel de ville.

Mai 1871

1. Un drapeau rouge flotte au fronton du théâtre de Montargis.

3. Opposition au départ des trains de canons pour Versailles à Foix et à Varilhes (Ariège).

7-8. Mouvement insurrectionnel à Montereau.

8-9. Drapeau rouge à Vierzon.

12-15. Des envoyés de la Commune de Paris essayent de soulever la Nièvre.

14. A Lille, manifestation anti-versaillaise de soldats du 75e de ligne.

14. Lyon, congrès « privé » des conseillers municipaux de la vallée du Rhône.

17-24. Anzin, grève des mineurs.

17. Emeute paysanne à Parthenay (Deux-Sèvres).

17-18. Moulins, congrès des journalistes radicaux.

19. Sablé (Sarthe), troubles sur le marché.

20. Les délégués du congrès de Lyon sont reçus à Versailles et à Paris.

21. Saint-Pierre-des-Corps, agitation parmi les troupes que l’on envoie sur Paris.

22. A Blois, manifestations de ces mêmes troupes.

A Tours, tentatives pour empêcher les soldats d’aller à Versailles.

Troubles à Romans, à Albi.

22-30. Troubles à Pamiers. Ils du¬rent pendant neuf jours. Il faut l’intervention de la troupe.

24. Nouvelle émeute paysanne à Parthenay.

Manifestation à Vienne. Troubles à Voiron.

En dehors des lieux cités dans la chronologie qui précède, voici, classées par département, les agglomérations où on enregistre des témoignages de sympathie pour la Commune :

Allier : Montluçon ; Alpes-de-Provence : Digne, Manosque, Oraison, Riez, Valensole ; Ardennes : Nouzon ; Ariège : Lavelanet ; Aude : Carcassonne ; Bouches-du-Rhône : Aix ; Calvados : Bayeux ; Charentes-Maritimes : Rochefort ; Cher : Bourges, Néronde ; Corrèze : Ussel ; Creuse : Aubusson, Bourganeuf ; Doubs : Besancon Montbéliard ; Ille-et-Vilaine : Renne ; Indre : Issoudun ; Isère : Voiron ; Haute-Loire : Le Puy ; Loiret : Dordives, Gien, Nogent-sur-Vernisson ; Mayenne : Laval ; Meurthe-et-Moselle : Nancy ; Morbihan : Hennebont ; Nièvre : Fourchambault, Guérigny ; Nord : Saint-Soupplets, Templeuve, Valencienne ; Oise : Creil, Senlis ; Orne : Argentan ; Pas-de-Calais : Calais, Montreuil ; Pyrénées-Atlantiques : Pau ; Hautes-Pyrénées : Tarbes ; Pyrénées-Orientales : Céret ; Saône-et-Loire : Cluny, Mâcon ; Sarthe : Pontvallain ; Seine-et-Marne :

Château-Landon, Coulommiers, Nemours, Souppes ; Somme : Amiens ; Tarn : Mazamée ; Var : Brignoles, Cuers, Draguignan, Le Lude ; Vaucluse : Avignon, Pernes, Saint-Didier ; Sarrians, Veilleron ; Yonne : Tonnerre, Dixmont.

Evidemment les témoignages en faveur de la Commune ont des dimensions bien différentes. Dans quelques villes, il y a eu des Communes. Ailleurs il s’agit de manifestations ou d’attroupements. Ici on arbore le drapeau rouge. Là on s’efforce d’empêcher les soldats de partir pour Versailles. Dans certaines agglomérations à dominance ouvrière, les revendications se mêlent à la solidarité en faveur des Communards de Paris. Quoi qu’il en soit, la Commune a été moins isolée qu’on ne le dit. Nous avons cité bien des noms de lieux. Nous souhaitons pouvoir la compléter grâce aux recherches de nos lecteurs. Les manifestations en province ne sont pas seulement des manifestations de solidarité envers Paris. Elles ont leur caractère propre. On a pu parler avec raison d’un communalisme provincial. Il est marqué par une profonde tradition républicaine (souvent plus républicaine que socialiste). Ce n’est pas par hasard que réapparaissent dans cette chronologie des départements dont en 1851 les habitants (paysans, artisans, petits bourgeois) s’étaient fait remarquer par leur hostilité au coup d’Etat.

Toutefois, il ne convient pas de s’en tenir à la filiation républicaine. On constate aussi que, comme l’a écrit Maurice Moissonnier, « les Mouvements les plus importants ont bien lieu là où l’Internationale bénéficie d’une implantation réelle et là où l’action gréviste des années 1869-1870 a laissé des traces en aguerrissant et en éduquant les travailleurs ».

Jean Bruhat

vivelacommune

L’après « pandémie », créons notre monde (David Graeber)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, coronavirus CoV19, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, santé et vaccins, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 8 avril 2021 by Résistance 71

 

 

 

Après la pandémie, ne nous rendormons pas !

 

David Graeber (2020)

 

Note du traducteur pour Résistance 71 :
Peu de temps avant sa mort prématurée en septembre 2020, l’anthropologue anarchiste et figure du mouvement Occupy Wall Street (OWS) David Graeber, que nous avons abondamment traduit et publié sur ce blog, a écrit ce court essai au sujet de la conjoncture pandémique et de ses conséquences sociales. Publié en février 2021, nous le traduisons et publions en tant que premier écrit post-mortem de l’auteur.

A un moment donné dans les prochains mois, la crise [du COVID] sera déclarée terminée et nous pourrons retourner à nos boulots “non-essentiels”. Pour beaucoup, cela sera comme se réveiller d’un rêve.

Les classes médiatique et politique vont définitivement nous encourager à penser de cette manière. C’est ce qu’il s’est passé après le crash financier de 2008. Il y a eu un bref moment de questionnement, de remise en cause. Qu’est-ce que la “finance” de toute façon ? N’est-ce pas juste la dette des autres ? Qu’est-ce que l’argent ? Est-ce juste de la dette aussi ? Quelle dette ? N’est ce pas juste une promesse ? Si l’argent et la dette ne sont qu’une collection de promesses que nous nous faisons les uns les autres, alors ne pourrions pas aussi simplement nous en faire d’autres ? Cette fenêtre fut presque instantanément fermée, arrêtez de penser et retournez au boulot ou du moins commencez par en chercher.

La dernière fois donc, la plupart d’entre nous s’y sont trompés. Cette fois, il est absolument vital que nous ne le soyons pas. Parce qu’en réalité, la crise que nous venons d’expérimenter était de se réveiller d’un rêve, une confrontation avec la réalité vraie de l’être humain et de la vie humaine, qui est que nous sommes une collection d’êtres fragiles s’occupant les uns des autres et tous ceux qui font le plus gros du boulot qui nous permet de rester en vie sont sous-payées et sur-imposés, humiliés quotidiennement et que la vaste majorité de la population ne fait pas grand chose si ce n’est de fantasmer, de soutirer des loyers, des rentes et de manière générale mettre des bâtons dans les roues de ceux qui font, bougent, transportent, fabriquent les choses ou subviennent aux besoins d’autres êtres vivants. Il est important que nous ne retournions pas dans cette réalité où tout cela prend un sens inexplicable, de la façon dont des choses insensées se produisent souvent dans les rêves.

Que pensez-vous de ça : Pourquoi ne cesserions-nous pas de traiter tout cela comme quelque chose de normal le fait que plus quelqu’un travaille pour bénéficier à quelqu’un d’autre, le moins cette personne sera payée en retour ou d’insister que les marchés financiers sont la meilleure façon de diriger les investissements de long terme même si cela nous propulse à la destruction de l’essentiel de la vie sur Terre ?

Pourquoi pas donc au contraire, lorsque toute cette crise est finie, nous rappeler de ce que nous avons appris : que si “l’économie” veut dire quelque chose, c’est de nous procurer les uns les autres ce dont nous avons besoin pour vivre bien dans tous les sens du terme et que ce que nous appelons “le marché” n’est juste qu’une façon de prendre en compte les désirs futiles des riches, dont la plupart est un tant soit peu pathologique et qui étaient en train de planifier leurs bunkers où ils prévoyaient d’aller vivre si nous continuions à être assez fous de croire les sermons de leurs mignons nous disant que nous sommes collectivement trop ignorants et sans sens commun pour faire quoi que ce soit au sujet des catastrophes à venir. Pourrions-nous les oublier cette fois-ci ?

La plupart du boulot que nous faisons n’est que poudre aux yeux, il n’existe que pour lui-même ou pour faire en sorte que les riches se sentent bien dans leurs pompes. Si nous arrêtions simplement ce non-sens, il serait alors possible de nous faire entre nous un autre arrangement de promesses : par exemple de créer une “économie” qui prenne soin des gens qui s’occupent de nous.

= = =

A lire : nos pages « Coronavirus, guerre contre l’humanité »

« COVID-19 du mythe aux stats et des stats au scandale »

 

Errico Malatesta : Capitalisme et irréconciliable contradiction…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, sciences et technologies, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , on 6 avril 2021 by Résistance 71

Nous avons traduit et publié bon nombre de texte d’Errico Malatesta depuis quelques années sur Résistance 71. Ce texte ci-dessous est remarquable dans sa justesse d’analyse et son actualité… 121 ans plus tard. Serait-ce un signe une fois de plus que rien n’a vraiment changé depuis ?…

Malatesta (1853-1932) rejoignit la 1ère Internationale en 1871 à l’âge de 18 ans. En 1872, il rencontra Bakounine et rejoignit l’Internationale Anarchiste du congrès de St Imier. Malatesta fut longtemps un adepte de la “propagande par le fait”, c’est à dire un avocat de l’insurrection armée, mais il changea d’avis avec le temps. Il fut un des leaders anarchistes qui refusa d’accepter la 1ère guerre mondiale, argumentant que tout cela n’était qu’un accord des riches pour faire s’entretuer les pauvres au nom de leur profit et de leur richesse. Mécanicien et électricien de formation, il milita et aida à l’organisation de la lutte ouvrière dans l’optique de l’établissement de la société anarchiste dans bon nombre de pays, en Italie, son pays d’où il dût s’exiler pendant 35 ans, en Belgique, en France, en Suisse, aux Etats-Unis et en Argentine. Il passa 12 années de sa vie en prison et fut condamné 3 fois à mort.

Errico Malatesta est une des grandes figures historiques de l’anarchisme, grand organisateur et fédérateur de volonté. Il maniait le verbe et l’action avec la même efficacité. Ce n’est pas un hasard si nous le sortons du “placard” à intervalles réguliers. Quand on parle de complémentarité osmotique, il est intéressant de lire et de puiser dans les écrits et la pensée de Proudhon, Kropotkine, Bakounine, Landauer et Malatesta, le meilleur de chacun d’entre eux se cristallisera dans la société des sociétés que nous sommes déjà en train de construire, pour beaucoup sans même le savoir…

~ Résistance 71 ~

L’irréconciliable contradiction

Errico Malatesta

Mars 1900

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Avril 2021

Ils écrivent depuis Bari en Italie :

Notre ville subit une bien triste crise. La fabrique de tonneaux, qui fut autrefois une industrie flamboyante, est de plus en plus sur le déclin. La cause de ce déclin réside dans l’introduction de nouveaux tarifs pour le transport ferrovier, qui permet le retour de tonneaux vides à un très bas prix, ce qui occasionne un déclin dans la consommation de tonneaux. Il y a quelques temps, les maîtres d’œuvre de la fabrication des tonneaux demandèrent que les prix de transport des tonneaux vides soient augmentés. Dimanche dernier, devant la préfecture, ils ont rencontré les autorités pour leur demander de les aider. Un comité de 12 membres de la corporations des tonneliers, accompagnés d’un inspecteur de la sécurité publique, fut reçu par le préfet, qui a promis de résoudre cette affaire.

Comment diable le préfet va t’il résoudre cela ?

En donnant l’ordre aux compagnies ferrovières d’augmenter encore le prix de transport des tonneaux vides ? Comment cela se peut-il, si les capitalistes sont ceux qui possèdent les chemins de fer, ceux qui commandent aux préfets et qui sont les maîtres de ceux-ci !

Et puis, augmenter le prix du retour des tonneaux vides fera immanquablement augmenter le prix du vin.

Si les consommateurs de vin en venaient à se retourner contre le préfet, leur promettrait-il ces choses aussi ?

Ce pauvre préfet doit se sentir dans la position de dieu tout puissant à qui une personne demande de la pluie et une autre le beau temps. Et il n’est même pas omnipotent !…

Mais nous nous préoccupons en vain de la position des préfets, qui savent parfaitement bien comment se sortir de tels meli-melos… en faisant des promesses à tout le monde et n’en tenant aucune !

Ce sont ces pauvres travailleurs qui méritent bien plus notre considération car, ignorants de la cause initiale de leurs problèmes, se laissent berner et moquer d’eux au point qu’ils se laissent escorter à la préfecture par un inspecteur de la sécurité publique et espèrent que les autorités vont s’occuper de leur fardeau.

Ce cas des tonneliers de Bari est un cas typique, qui montre on ne peut plus clairement la totale absurdité de la société capitaliste.

Dans ces cas similaires, il ne peut pas y avoir d’autre cure que l’abolition du capitalisme et la transformation radicale du système de production. Et chaque corps de métier, chaque forme d’activité humaine doit, tôt ou tard, se retrouver dans le même dilemme, ce qui est déjà abondamment étendu dû au fait de la surabondance de travail.

Les associations ne sont d’aucun secours, ni ne le sont les grèves, ni les coopératives ni toute autre forme de résistance dans le système.

A chaque fois qu’on n’a pas besoin du travail d’un ouvrier, celui-ci ne peut pas imposer quelque sorte d’accord que ce soit : il doit mourir de faim, plus ou moins lentement, plus ou moins convulsivement, mais il doit mourir de faim… à moins qu’il puisse se libérer du système en cours.

De plus, le progrès a la tendance à rendre le travail de plus en plus de personnes inutile.

Ceci est l’ultime et irréconciliable contradiction entre le capitalisme et le progrès. Tous deux empêchent un véritable progrès, glorifiant les castes actuelles, abolissant la concurrence entre les capitalistes, interdisant tout développement de production, toute nouvelle machine, toute application scientifique nouvelle et réduisant les ouvriers au statut d’animaux domestiques auxquels leurs maîtres donnent une pitance rationnée, en bref, un régime tel que celui mis en place par les jésuites au Paraguay. Pour en sortir, nous devons détruire le capitalisme et organiser la production non pas pour le profit du petit nombre, mais pour le plus grand bien-être de tous.

La requête des tonneliers de Bari pour augmenter le tarif de transport des tonneaux vides afin que les marchands de vin trouvent plus faciles de les brûler après usage plutôt que de les renvoyer, est la même chose que de demander aux tonneliers de n’envoyer que 10 tonneaux sur 100 qu’ils fabriquent sur le marché et de détruire les 90 autres avant qu’ils ne soient utilisés.

Est-il possible de faire cela ? Bien sûr que non, et pourtant la structure actuelle de la société est si absurde que cela rendrait bénéfique une telle mesure.

Quand des gens meurent de faim parce qu’il y a trop de choses ou parce que c’est trop facile de le produire ou parce que c’est trop durable, la destruction peut apparaître et bizarrement être plus utile que la production. Un grand incendie ou un tremblement de terre peuvent être une aubaine, amenant du travail et du pain aux sans emplois. [NdT: à noter que toutes les grandes crises modernes se sont “résolues” au sein du système par de non moins grandes guerres, détruisant beaucoup et tuant des millions de gens. Guerre et reconstruction sont faites par les mêmes entités qui profitent de tout et les banques qui les financent plus encore, le contrôle est mis d’amont en aval de toute crise, le plus souvent planifiée, rien ou si peu n’arrive par hasard…]

Mais la destruction de richesse n’est pas la manière dont les travailleurs pourront s’émanciper. Et par bonheur, le temps est passé, du moins dans les pays les plus avancés, durant lequel les ouvriers pensaient pouvoir arrêter le progrès et mettre autant d’énergie à briser les machines que cela aurait demander pour les contrôler.

Nous ne devons pas nous battre contre le progrès, mais au contraire le diriger pour qu’il profite vraiment à tout le monde.

Pour que cela se produise, il faut que les travailleurs prennent possession du capital, de toute la richesse sociale de façon à ce que ce soit dans leur intérêt de voir une abondance de produits et une production demandant le moins d’effort possible.

Voilà pourquoi il est nécessaire de faire une révolution [sociale]

L’organisation du travail, les syndicats, les grèves et toute sorte de résistance peuvent à un certain point de l’évolution capitaliste améliorer les conditions de travail et de vie des travailleurs ou empêcher que ces conditions ne se détériorent ; elles peuvent bien servir à entraîner les travailleurs à la lutte ; ils sont toujours en de bonnes mains, un bon moyen de promotion des idées ; mais ils sont sans espoir et impuissants à résoudre la question sociale. Tout cela doit donc être utilisé de façon à aider à préparer les esprits et le muscle pour la révolution, pour l’expropriation.

Quiconque ne voit pas et ne comprend pas cela en est réduit à aller mendier devant les préfets… et d’en être la risée.

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Lecture complémentaire : Nous conseillons tout particulièrement cette compilation d’écrits de Malatesta qui sont d’une justesse et d’une actualité (hélas !) sans bornes…

Errico Malatesta, écrits choisis

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie


1ère action directe : dire NON !

Discours de défense de Louise Michel devant la cour d’assise de la Seine le 22 juin 1883 et l’origine du drapeau noir anarchiste…

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Discours de défense prononcé devant la cour d’assise de la Seine

Louise Michel

22 juin 1883

« Il y a quelque chose de plus important, dans ce procès, que l’enlèvement de quelques morceaux de pain. Il s’agit d’une idée qu’on poursuit, il s’agit des théories anarchistes qu’on veut à tout prix condamner.

On insiste sur la fameuse brochure : « A l’armée ! » à laquelle le ministère public semble s’être appliqué à faire une publicité à laquelle on ne s’attendait guère.

On a agi autrement durement envers nous en 1871.

J’ai vu les généraux fusilleurs ; j’ai vu M. de Gallifet faire tuer, sans jugement, deux négociants de Montmartre qui n’avaient jamais été partisans de la Commune ; j’ai vu massacrer des prisonniers, parce qu’ils osaient se plaindre. On a tué les femmes et les enfants ; on a traqué les fédérés comme des bêtes fauves ; j’ai vu des coins de rue remplis de cadavres. Ne vous étonnez pas si vos poursuites nous émeuvent peu.

Ah, certes, monsieur l’avocat général, vous trouvez étrange qu’une femme ose prendre la défense du drapeau noir. Pourquoi avons-nous abrité la manifestation sous le drapeau noir ? Parce que ce drapeau est le drapeau des grèves et qu’il indique que l’ouvrier n’a pas de pain.

Si notre manifestation n’avait pas dû être pacifique, nous aurions pris le drapeau rouge ; il est maintenant cloué au Père-Lachaise, au-dessus de la tombe de nos morts. Quand nous l’arborerons nous saurons nous défendre.

Nous n’avons pas fait appel à l’Internationale morte parce qu’on n’a pu en réunir les tronçons et parce que l’Internationale est un pouvoir occulte et qu’il est temps que le peuple se montre au grand jour.

On parlait tout à l’heure de soldats tirant sur les chefs : Eh bien ! à Sedan, si les soldats avaient tiré sur les chefs, pensez-vous que c’eût été un crime ? L’honneur au moins eût été sauf. Tandis qu’on a observé cette vieille discipline militaire, et on a laissé passer M. Bonaparte, qui allait livrer la France à l’étranger.

Mais je ne poursuis pas Bonaparte ou les Orléans ; je ne poursuis que l’idée.

J’aime mieux voir Gautier, Kropotkine et Bernard dans les prisons qu’au ministère. Là ils servent l’idée socialiste, tandis que dans les grandeurs on est pris par le vertige et on oublie tout.

Quant à moi, ce qui me console, c’est que je vois au-dessus de vous, au-dessus des tribunaux se lever l’aurore de la liberté et de l’égalité humaine.

Nous sommes aujourd’hui en pleine misère et nous sommes en République. Mais ce n’est pas là la République. La République que nous voulons, c’est celle où tout le monde travaille, mais aussi où tout le monde peut consommer ce qui est nécessaire à ses besoins…

On nous parle de liberté : il y a la liberté de la tribune avec cinq ans de bagne au bout. Pour la liberté de réunion c’est la même chose. En Angleterre le meeting aurait eu lieu ; en France, on n’a même pas fait les sommations de la loi pour faire retirer la foule qui serait partie sans résistance. Le peuple meurt de faim, et il n’a pas même le droit de dire qu’il meurt de faim. Eh bien, moi, j’ai pris le drapeau noir et j’ai été dire que le peuple était sans travail et sans pain. Voilà mon crime ; vous le jugerez comme vous voudrez.

Vous dites que nous voulons faire une révolution. Mais ce sont les choses qui font les révolutions : c’est le désastre de Sedan qui a fait tomber l’empire, et quelque crime de notre gouvernement amènera aussi une révolution.

Cela est certain. Et peut-être vous-mêmes, à votre tour, vous serez du côté des indignés si votre intérêt est d’y être. Songez-y bien.

S’il y a tant d’anarchistes c’est qu’il y a beaucoup de gens dégoûtés de la triste comédie que depuis tant d’années nous donnent les gouvernements. Je suis ambitieuse pour l’humanité moi je voudrais que tout le monde fût assez artiste, assez poète pour que la vanité humaine disparût. Pour moi, je n’ai plus d’illusion. Et tenez, quand M. l’avocat général parle de ma vanité. Et bien ! j’ai trop d’orgueil même pour être un chef : il faut qu’un chef à des moments donnés, s’abaisse devant ses soldats, et puis, tout chef devient un despote.

Je ne veux pas discuter l’accusation de pillage que l’on me reproche, cela est trop ridicule. Mais, si vous voulez me punir, je commets tous les jours des délits de presse, de parole, etc. Eh bien ! Poursuivez-moi pour ces délits.

En somme, le peuple n’a ni pain ni travail, et nous n’aurons en perspective que la guerre. Et nous, nous voulons la vie en paix de l’humanité par l’union des peuples.

Voilà les crimes que nous avons commis.

Chacun cherche sa route ; nous cherchons la nôtre et nous pensons que le jour où le règne de la liberté et de l’égalité sera arrivé, le genre humain sera heureux ».

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« Plus de drapeau rouge, mouillé du sang de nos soldats. J’arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions »
~ Louise Michel, 18 mars 1883 ~

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Louise Michel ne devint, de son propre aveu, anarchiste que lors de la traversée vers le bagne de Nouvelle-Calédonie où elle fut déportée avec des milliers d’autres communards, elle ne l’était pas encore lors de la Commune.  Elle brandira ainsi le drapeau noir lors d’une révolte de chômeurs à Paris en mars 1883. 

Historiquement, c’est à la fin de 1882 que les anarchistes renoncèrent définitivement au drapeau rouge pour adopter le drapeau noir du deuil et de la révolte. Le drapeau noir sera d’abord arboré à Lyon lors de la révolte des canuts de 1831 et de 1834, mais la toute première apparition d’un drapeau noir fut lors des Trois Glorieuses de la révolution de 1830 lorsqu’un drapeau noir fut accroché à la façade de l’Hôtel de Ville de Paris. La Commune de Paris de 1871 s’est faite sous le drapeau rouge, celui du prolétariat et de la subversion sociale, apparu sur les barricades de 1848, tandis que le drapeau tricolore de la république était dès lors vu par le prolétariat révolutionnaire comme celui des Versaillais et de la réaction bourgeoise et donc comme étendard de l’exploitation, de la domination et de la répression. 

Au bout du compte, tout cela n’est que symbole et signe de ralliement à une cause et au-delà de la cause à une Idée, celle de vivre ensemble, dans l’harmonie et l’amour, sans État, sans marchandise, sans argent et sans salariat. Quand la Commune Universelle de la société des sociétés sera enfin réalisée et que nous aurons ensemble, parachevé notre humanité, il n’y aura plus jamais besoin de quelque drapeau que ce soit…

(Résistance 71)

Louise Michel sur Résistance 71 :

Louise Michel, de la Commune à la pratique anarchiste

Esprit Communard :

1871-2021 : Esprit communard de la Commune aux gilets Jaunes

1871-2021 : Recherche esprit communard désespérément

Pour tout changer, un appel anarchiste

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie


Louise Michel (1830-1905)

Appel à la résistance et l’éveil des consciences de la Voix du Pacifique (vidéo, Tahiti)

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CHEVAL FOU

Resistance 71

2 avril 2021

Nous relayons cette excellente vidéo de La Voix du Pacifique du 31 mars 2021 en provenance de Tahiti: « Appel à la résistance et à l’éveil des consciences ».

Dans l’esprit communard, Gilets Jaunes et de Cheval Fou, gardons présent à l’esprit toutefois qu’il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir.

Vidéo Voix du Pacifique (Tahiti), durée : 7min40
https://rumble.com/vf8qx3-urgent-urgent-urgent-.html

GJ_vive_la_commune