Archive for the autogestion Category

Lire, analyser, comprendre pour un changement faste de notre société, 1ère partie (Résistance 71)

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Résistance 71

4 juillet 2022

Changer de paradigme politico-social et marcher sur le chemin de l’émancipation de notre société ne se produiront pas par une opération magique ou miraculeuse. Personne ne viendra nous sauver. La solution est en nous et nulle part ailleurs.
Pour comprendre qu’il n’y a pas de solution à notre oppression et notre exploitation au sein du système étatico-marchand, il faut déjà bien comprendre ses rouages et comment la tyrannie de la société pyramidale opère pour perdurer depuis des siècles et des siècles.
Au fil des années, nous avons écrit, traduit, publié bon nombre de textes essentiels à une compréhension optimale de quoi il retourne dans notre société, mettant en point d’orgue les effets néfastes et pervers de la société tyrannique étatico-marchande prévalente dans sa forme la plus décadente depuis plus d’un siècle et de la solution potentielle à y apporter. La plupart de ces textes importants ont été publiés en format PDF pour une plus grande facilitation à la lecture et à leur diffusion au grand large. Ils sont ici réunis dans notre bibliothèque PDF qui regroupe quelques 300 publications sous ce format depuis 2016.
Dans les semaines estivales à venir, nous allons suggérer quelques lectures vitales par thèmes.
Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, voici pour commencer, notre analyse et notre testament politique à Résistance 71, en deux essais publiés en 2017 et 2019 et compilés en 2020 dans ce PDF et qui constitue la synthèse de quelques deux décennies de réflexion et d’analyse politique des membres de notre collectif, à (re)lire et diffuser sans aucune modération :

« Du chemin de la société vers son humanité réalisée »
PDF

Plus de lectures choisies dans les semaines à venir, bonne lecture à toutes et à tous !

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COVID, pouvoir et tyrannie : Une approche théorique et pratique directe de la psychopathie ambiante officielle avec l’anthropologue suisse Jean-Dominique Michel (Vidéo)

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Résistance 71

30 juin 2022

Nous avions déjà remarqué, noté et fait part de l’excellente intervention de l’anthropologue suisse Jean-Dominique Michel lors du documentaire « Hold-up » fin 2020. ses interventions dans le reportage furent très remarquées à juste titre.
Depuis, il fait partie du Conseil Scientifique Indépendant (CSI) qui a fait de longs et intéressants débats, en direct, en ligne durant toute la crise fabriquée du SRAS-CoV-2 / COVID19 et son analyse et sa voix sont aujourd’hui devenues très familières dans les altmedias de la pensée critique.
Lors d’une conférence récente à Saintes, il a délivré cette superbe adresse que nous vous invitons non seulement à visionner ci-dessous dans ce clip vidéo de 14 minutes, mais de la partager, de le diffuser partout où ce sera possible. Le message doit être vu, entendu, reçu et mis en pratique.
Ce que nous apprécions particulièrement chez cet anthropologue spécialiste de la santé publique, est qu’il ne se contente pas comme 99% des intervenants critiques, à analyser les faits avec pertinence, mais qu’il propose des solutions simples et radicales pour nous mettre sur la voie de sortie de ce marasme total dans lequel l’humanité est engagée par le truchement des psychopathes aux manettes, détenant comme il le dit si pertinemment, tous les leviers du pouvoir et pourtant si faibles au demeurant.
Le fait qu’il cite publiquement et rend hommage avec tant d’émotion au grand chef de guerre et Chaman Lakota Sitting Bull en fin d’envoi, ne peut que non seulement nous réjouir, mais très certainement nous faire spirituellement communier avec lui dans son message de justice, de paix et d’amour profond pour l’humanité. Nous le disons depuis bien des années : l’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux se tenant la main dans la main avec les peuples colonisés, avançant sur le chemin de la société des sociétés, celui de notre humanité enfin réalisée. Il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir, qu’on se le dise !

Écoutez et diffusez, ça en vaut très largement la peine ! Merci Mr Michel !
Dans l’esprit de Cheval Fou
Hoka Hey !

Intervention de Jean-Dominique Michel durant la conférence de Saintes :

Lire notre page « Anthropologie politique »

Nos traductions en PDF de « La voie Lakota et l’aventure de Crazy Horse »

« Si vous avez oublié le nom des nuages alors vous aves perdu votre chemin » (Russell Means)

« Un manifeste indigène » (Taiaiake Alfred)

« Wasase, la grande loi du changement » (Taiaiake Alfred)

Le site de Mr Jean-Dominique Michel

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Révision politico-historique : le leurre et la trahison du concept de « dictature du prolétariat » marxiste (Camillo Berneri)

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… entre communisme autoritaire d’état et anarcho-communisme

Dictature du prolétariat et socialisme d’état

Camillo Berneri

1936

« La dictature du prolétariat est une conception marxiste. 
Suivant Lénine « est seul marxiste celui qui étend la reconnaissance de la lutte de classe à la reconnaissance de la Dictature du prolétariat ». Lénine avait raison : la Dictature du prolétariat n’est, en effet, pour Marx que la conquête de l’État par le prolétariat qui, organisé en une classe politiquement dominante, arrive, au travers du Socialisme d’État, à la suppression de toutes les classes.

Dans la « Critique du Programme de Gotha », écrite par Marx en 1875, on lit :

« Entre la société capitaliste et la société communiste, se place la période de transformation révolutionnaire de la première à la seconde. A cette période correspond une période de transition politique pendant laquelle l’État ne peut être autre chose que la dictature du prolétariat. »

Dans le « Manifeste Communiste »* (1847), il disait déjà :

« Le premier pas dans la voie de la révolution ouvrière est l’élévation du prolétariat au rang de classe dominante… »
« Le prolétariat profitera de sa domination politique pour arracher peu à peu à la bourgeoisie tout le Capital, pour centraliser tous les instruments de production dans les mains de l’État, c’est-à-dire dans les mains du prolétariat lui-même organisé comme classe dominante. »

(*) Note de R71 : toujours pénible de voir cela écrit… Le titre original et non altéré du manifeste de Marx est “Manifeste du parti communiste”. Il est effarant de voir que le plus souvent le mot “parti” est éludé, ce qui a été fait par les marxistes pour tromper les gens et faire « oublier » la notion de « parti politique » et d’assujettissement au système étatico-marchand… Ce manifeste constitue une des plus grandes trahisons de la révolution sociale qui existe. Il serait temps de le dénoncer pour ce qu’il est.

Lénine, dans « l’État et la Révolution » ne fait que confirmer la thèse marxiste :

« Le prolétariat a besoin de l’État seulement pendant un certain temps. La suppression de l’État comme but final n’est pas ce qui nous sépare des anarchistes. Mais nous affirmons que pour atteindre ce but, il est indispensable d’utiliser temporairement contre les exploiteurs les instruments, les moyens et les procédés du pouvoir politique, de même qu’il est indispensable, pour supprimer les classes, d’instaurer la dictature temporaire de la classe opprimée. »

« L’État disparaît dans la mesure où il n’y a plus de capitalistes, où il n’y a plus de classes, et où il n’y a plus besoin, par conséquent, d’opprimer « aucune classe ». Mais l’État n’est pas mort complètement tant que survit le « droit bourgeois » qui consacre l’inégalité de fait. Pour que l’État meure complètement, il faut l’avènement du communisme intégral ».

L’État prolétarien est conçu comme une forme politique transitoire, destinée à détruire les classes. Une expropriation graduelle et l’idée d’un capitalisme d’État sont à la base de cette conception. Le programme économique de Lénine, à la veille de la révolution d’octobre se termine par cette phrase : « Le socialisme n’est autre chose qu’un monopole socialiste d’État. »

Suivant Lénine :

« La distinction entre les marxistes et les anarchistes consiste en ceci :

1) Les marxistes, bien que se proposant la destruction complète de l’État, ne la croient réalisable qu’après la destruction des classes par la révolution socialiste, et comme un résultat du triomphe du socialisme qui se terminera dans la destruction de l’État ; les anarchistes veulent la suppression complète de l’État, du jour au lendemain, sans comprendre quelles sont les conditions qui la rendent possible.

2) Les marxistes proclament la nécessité pour le prolétariat de s’emparer du pouvoir politique, de détruire entièrement la vieille machine d’État et de la remplacer par un nouvel appareil,
consistant dans l’organisation des ouvriers armés, sur le type de la Commune ; les anarchistes, en réclamant la destruction de la machine d’État, ne savent pas bien « par quoi » le prolétariat la remplacera, ni « quel usage » il fera du pouvoir révolutionnaire ; ils vont même jusqu’à condamner tout usage du pouvoir politique par le prolétariat révolutionnaire et repoussent la dictature révolutionnaire du prolétariat.

3) Les marxistes veulent préparer le prolétariat à la Révolution en utilisant l’Etat moderne : les anarchistes repoussent cette méthode. »

Lénine déguisait les choses. Les marxistes « ne proposent pas la destruction complète de l’État », mais ils prévoient la disparition naturelle de l’État comme conséquence de la destruction des classes au moyen de la « dictature du prolétariat », c’est-à-dire du Socialisme d’État, tandis que les anarchistes veulent la destruction des classes au moyen d’une révolution sociale, qui supprime, avec les classes, l’État. Les marxistes, en outre, ne proposent pas la conquête armée de la Commune par tout le prolétariat, mais ils proposent la conquête de l’État par le parti qu’ils supposent représenter le prolétariat. Les anarchistes admettent l’usage d’un pouvoir direct par le prolétariat, mais ils comprennent l’organe de ce pouvoir comme formé par l’ensemble des systèmes de gestion communiste – organisations corporatives, institutions communales, régionales et nationales – librement constitués en dehors et à l’encontre de tout monopole politique de parti, et s’efforçant de réduire au minimum la centralisation administrative. Lénine, dans des buts de polémique, simplifie arbitrairement les données de la différence qui existe entre les marxistes et nous.

La formule léniniste : « Les marxistes veulent préparer le prolétariat à la Révolution en utilisant l’appareil d’État moderne » est à la base du jacobinisme léniniste comme elle est à la base du parlementarisme et du ministérialisme social-réformiste.

Aux Congrès socialistes internationaux de Londres (1896) et de Paris (1900), il fut établi que pouvaient adhérer à l’Internationale Socialiste seulement les partis et les organisations ouvrières qui reconnaissaient le principe de la « conquête socialiste des pouvoirs publics par la fraction du prolétariat organisée en parti de classe ». La scission se produisit sur ce point, mais effectivement l’exclusion des anarchistes de l’Internationale n’était que le triomphe du ministérialisme, de l’opportunisme, du « crétinisme parlementaire ».

Les syndicalistes anti-parlementaires et quelques fractions communistes se réclamant du marxisme, repoussent la conquête socialiste pré-révolutionnaire ou révolutionnaire des pouvoirs publics.

Qui jette un regard en arrière sur l’histoire du socialisme après l’exclusion des anarchistes ne peut que constater la dégénérescence graduelle du marxisme comme philosophie politique, au travers, des interprétations et de la pratique social-démocrates.

Le léninisme constitue, sans aucun doute, un retour à l’esprit révolutionnaire du marxisme, mais il constitue aussi un retour aux sophismes et aux abstractions de la métaphysique marxiste.  »

Camillo Berneri

(Article paru dans « Guerra di Classe » n° 4 du 5 novembre 1936)

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Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

stirner-beats-marx

Astyle

Histoire, mémoire, état, société.. comme un périscope inversé (SCI Marcos, EZLN)

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Marcos a écrit ça il y a un quart de siècle !… Visionnaire ?… non, simplement 100% alerte et critique sur la réalité globale qui affecte sa réalité locale déjà à l’époque. La lucidité, la non-complaisance, la solidarité et la désobéissance individuelle et collective sauveront les peuples de ce marasme en progression.
Le 1er janvier 1994, le jour de la mise en application des accords scélérats de “libre-échange” du NAFTA, le monde et le continent américain s’est réveillé au son du cri :
¡Ya Basta!
Les zapatistes nous montrent une certaine voie lumineuse depuis 28 ans.
“Il suffit de passer le pont…” chantait le grand Georges B., de fait qu’attendons-nous ?
~ Résistance 71 ~

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”
~ Friedrich Nietzsche ~

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Un périscope inversé ou la mémoire, clef enfouie

(Extraits)

SCI Marcos

24 février 1998

Publié dans le journal mexicain “La Jordana”

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 depuis le livre compilation des textes du sub Marcos “¡Ya Basta!, 10 ans de révolte zapatiste”, 2004” ~

[Marcos commence son essai comme souvent, avec une histoire allégorique de son personnage du “vieil Antoine”, el viejo Antonio, que nous ne traduirons pas ici, Marco a publié un livre sur les histoires du vieil Antoine : “Relatos de el Viejo Antonio”. Marcos a créé une pléiade de personnages qu’il met souvent en scène, souvent de manière allégorique]

II. La coquille chaotique de la mondialisation

Le processus mondial d’homogénéisation / fragmentation amené par la néolibéralisme a balayé les vieilles évidences du pouvoir et les a ré-ordonnées ou remplacées par de nouvelles. Parmi les victimes de cette nouvelle guerre mondiale se trouve l’état-nation et la trilogie sur laquelle reposait sa survie : le marché intérieur, la langue nationale et la culture ainsi que la classe politique locale. Afin de maintenir et de renforcer ces trois aspects, les états-nations se reposaient sur des forces de police et militaire, des gouvernements, des institutions et des lois, des médias et sur des intellectuels, ceci fut brièvement l’essence même de l’état moderne. FUT, car ceci n’est plus.
Le processus complexe de mondialisation, vu pour ce qu’il est, est une guerre de destruction et de ré-agencement, qui pulvérise les marchés intérieurs, il tend à diluer en une brutale homogénéisation les langues nationales et les cultures et insiste sur le déplacement et la destruction des classes politiques locales.
Avec la crise, qui a aussi liquidé les trois fondations des états nationaux, de ses soutiens : l’armée, la police, le gouvernement, les institutions, les législations, les médias et les intellectuels entrent aussi en crise.

Les espaces laissés par cette crise anihilatrice ne demeurent pas vides. 

“La mondialisation financière a créé, d’un autre côté, son propre État. Un état multinational qui a ses propres instruments, ses réseaux et des médias d’action. Il s’agit de la constellation formée par le FMI, l’OCDE et l’OMC.” (Ignacio Ramonet, “Disarming the Markets”, “Le Monde Diplomatique”, décembre 1997)

[…]

La logique de la mondialisation néolibérale n’est pas seulement économique, elle est aussi politique. L’imposition d’une économie trans-frontalières n’est pas seulement une ouverture forcée du capillaire des marchés nationaux, c’est aussi et par dessus tout, un combat contre le responsable de l’émergence et de la protection de ces marchés, l’état-nation. L’homogénéisation de l’économie est en parallèle avec la fragmentation et la pulvérisation de la “vieille” politique et de son remplacement par une classe politique “moderne”. […] Les vieux politiciens sont remplacés par de nouveaux politiciens aux mille visages…

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III. La nouvelle politique et ses souteneurs illégaux. Les 7 visages des politiciens professionnels

Dans le même temps où les états-nations sont détruits, l’État Mondial est consolidé. Mais de dernier n’a besoin d’aucune société, il peut faire sans parce que le pouvoir dont il est dépositaire est celui donné et garantit par les marchés financiers et les mega-corporations. Au lieu d’élire, la bourse accorde la seule et nécessaire légitimité : celle du pouvoir économique.
Les choses étant ce qu’elles sont, l’État Mondial a besoin et produit de nouveaux politiciens pour le mener. Des politiciens qui sont des non-politiciens (car la pierre angulaire de la politique, le citoyen, a été éliminé), qui sont une sorte de mutants cybernétiques capables de remplir plusieurs fonctions après avoir été au préalable programmés selon le logiciel néolibéral bien entendu. Ces non-politiciens sont produits dans des centres éducatif hautement technocratique comme Oxford, Harvard, Yale et sont exportés dans des pays variés pour continuer la destruction des états-nations. Pour ce faire, ils doivent avoir :

1er visage : le gérant-politicien:
Dans l’état-nation “moderne”, la politique est fondamentalement l’économie de marché. Le pays doit être construit comme une entreprise, PME ou plus grande et géré de la même façon. Les plans politiques ressemblent à des budgets d’investissements et des estimations de coûts et profits. La soi-disante “administration publique” devient de plus en plus administrative et de moins en moins publique.
Comme dans une entreprise, le facteur le plus important devient la productivité, tirer le plus de bénéfices au moindre coût. Tout est subordonné à ces critères, des programmes sociaux aux alliances internationales en passant par le processus électoral.
Pour le politicien-gérant, le citoyen n’est guère plus qu’un employé et les fonctionnaires deviennent les contre-maîtres ayant un pouvoir de décision fluctuant. La nation et ses priorités sont vues au travers de critères de “marketing moderne”. Les seules personnes ayant un semblant de valeur sont celles qui pèsent en tant que producteurs/consommateurs. Ceux qui ne valent rien ou pas grand chose peuvent être écartés voire éliminés.

2ème visage : l’avocat-politicien :
Pour la mondialisation de l’économie, la structure législative de l’ancien état-nation devient une camisole et un obstacle à surmonter.
En général, les législations nationales répondent à un triple aspect. D’un côté, l’aspect historique qui collecte le passé de la nation et qui consiste en une assimilation judiciaire de ce passé. D’un autre côté, l’aspect qui incorpore les luttes populaires et leurs demandes et régule au travers des normes judiciaires, la satisfaction de telles demandes et/ou leur redéfinition. A un troisième niveau, gérer les formes judiciaires avec lesquelles les classes politiques dominantes “légalisent” leur pouvoir et leur légitimité.

Mais la structure judiciaire, la force cohésive primordiale de l’état-nation, est un obstacle légal pour amener à la dissolution des nations que la mondialisation assume et dont elle a besoin. De telle façon, que le néolibéralisme rompt avec ce corps légal et en construit un à sa taille. Au nom du “libre échange”, les “législatures” nationales sur l’éducation, le travail, l’environnement, la santé publique, la possession de la terre, l’utilisation des ressources naturelles, la migration etc sont répudiées / abrogées. Pour ce faire, des instruments judiciaires transnationaux sont créés. Un exemple ? Dans l’OCDE, le Multilateral Agreement on Investments ou MAI, secrètement négocié depuis 1995 et devant être signé par les pays membres en 1998. Cet accord donne aux investisseurs plus de pouvoir que les gouvernements dans des affaires d’investissements, de contrats et de bénéfices manageuriaux.
Voilà pourquoi le politicien moderne doit aussi être un avocat des échanges internationaux, un avocat du diable.

3ème visage : L’agent de publicité-politicien :
“L’explosion des marchés” ne fonctionnent pas toute seule. Elle va la main dans la main avec la “révolution technologique” et avec la création résultante de super autoroutes de la communication. Ainsi, la politique mondiale est pratiquée en tant que “publicité mondiale”.
Le leader politique est fabriqué au moins de la publicité. Des personnes bien ternes et médiocres simulent d’avoir une stature d’homme ou de femme d’état (comme le cas typique Ernesto Zedillo ici au Mexique), ce grâce à l’utilisation de techniques de théâtre et de publicité. (NdT : regardons aujourd’hui, un quart de siècle après ces propos lumineux de Marcos, ce que sont les Macron, Zemour, Zelensky et autres Trump…) La “légalité” du gouvernement (et non pas sa légitimité) est plus dépendante chaque jour de la machine publicitaire, qui est aussi capricieuse que le marché qu’elle sert.

[…]

4ème visage : le général-politicien :
La politique depuis le départ de l’histoire de l’humanité, est avant tout l’exercice de la violence organisée. C’est pourquoi le politicien moderne est aussi un général. Si hier la “nation” était le prétexte de la guerre, aujourd’hui c’est la “liberté bien ordonnée”. L’assassinat de masse et la destruction sont aussi des “médias publicitaires” de marketing. Les Etats-Unis y sont exemplaires en ce domaine. Au Mexique, Acteal et la guerre que Zedillo mène contre les populations natives indiennes lui ont valu les louanges des commentateurs télévisés, des journaux intellectuels, des managers des grandes entreprises, du haut clergé et des juristes décadents.

Les monstres que créent ces généraux n’ont rien ou très peu à voir avec “l’ordre”. Le désordre est la règle et le chaos est administré attentivement par une économie mondiale qui continue à soutenir de manière importante le marché de la guerre. Après la fin de la 3ème guerre mondiale, appelée la “guerre froide”. Les dépenses en armement dans le monde ont quelque peu diminué, mais elles ont recommencé de plus belle vers 1994.
[…]

5ème visage : l’ambassadeur-politicien :
Une fois que les frontières sont détruites pour les capitaux et le marché est redéfini comme maître suprême, l’internationalisation des forces politiques force le politicien moderne à devenir toujours plus un représentant de commerce itinérant, parlant plusieurs langues et adepte de la diplomatie de salon. Le politicien moderne n’a pas de nationalité bien définie et pas d’autre leitmotiv que le marché. Il est nord-américain aux Etats-Unis et en Amérique du Sud, en Europe, en Asie et en Afrique ainsi qu’en Océanie. Sa seule patrie est Wall Street (NdT: succursale de la City de Londres ne l’oublions jamais…), sa couleur le vert du dollar, il pense en anglais et vit selon la mode et les rythmes du Dow Jones et du Nikkei.

6ème visage : l’historien-politicien :
En néolibéralisme, l’histoire se recycle elle-même afin de se nier et de provoquer la repentance. Le sacrifice généralisé des utopies inclut de brûler les drapeaux de la rébellion et les bannières du cynisme et de la conformité sont adoptées en lieu et place. La connaissance se recycle et recycle ses “prêtres”. La nouvelle vérité, celle des marchés financiers, a besoin de nouveaux prophètes. Le nouveau politicien est aussi un historien, mais dans un sens opposé. Pour lui, seul le présent a une valeur et le passé doit être vu comme responsable de tout ce qui se produit de mal. “La véritable histoire”, nous raconte et se raconte à lui-même le néo-politicien, “commence avec moi”.

7ème visage : le généraliste-politicien :
Alors que la logique de marché envahit tout le social et que le politicien est transformé en “chef d’orchestre” d’une telle invasion, sa “connaissance” doit tout couvrir, c’est pourquoi il sent qu’il a la capacité de donner son opinion sur tout. Et si une partie de “cette connaissance générale toute inclusive” n’est pas traduisible en termes de marché, alors cette partie ne mérite aucune attention particulière.

Voilà les 7 visages du politicien moderne. Vous voulez le boulot ? Pas besoin de cerveau ni d’intelligence, regardez Menem en Argentine, Fujimori au Pérou et Zedillo au Mexique. Tout ce qu’il y a à faire c’est d’obéir aveuglément aux marchés.

R71 ON NE SE SOUMETTRA PAS

IV. Le vieux politicien et ses cadavres vivants

La vieille politique, celle des principes et des programmes, se sacrifie à l’autel du marché mondial. Il s’agit maintenant d’une libre interaction entre l’offre et la demande qui détermine l’orientation idéologique des partis politiques “modernes”. Avoir un bon produit pour entrer en compétition avec les autres dans “les choix de consommateurs” est tout ce qui importe. Il s’avère que la proposition politique devient un objet à être consommé, digéré et jeté. Chaque jour, toujours moins de citoyens savent ce que sont de fait l’histoire, les principes et les programmes des organisations politiques.

[…]

La politique moderne est devenue et ne cesse de devenir une expérience de l’élite… La société est passée d’être un acteur sporadique à être un spectateur permanent.

Bientôt la “politique” des citoyens se pratiquera de manière électronique. Devant un ordinateur, le citoyen “votera”, c’est à dire… validera et garantira le système. Plus de rues barrées, plus de manifestations, plus de meetings politiques, plus de prises de bâtiments, plus de perturbations, qui ne font que perturber les marchés, la “nation”. Le citoyen choisira une option politique comme il choisit un produit au supermarché local, il le fera depuis chez lui.

[…]

Il n’y a plus de transformation de pensée historique en théorie politique et de là en des principes et un programme de lutte. Maintenant, la politique “moderne” n’est que la traduction de l’étude de marché en un programme marketing et ce dernier en une campagne politique publicitaire (NdT : plus bel exemple récent donnant raison à Marcos : Macron et la Macronie, pas de parti juste une nébuleuse tendance à géométrie variable, ne réagissant qu’aux diktats de “marché” ultra-libéraux et un “programme politique” constitué de slogans marketing poussant un agenda de destruction socio-culturelle liberticide, nécessité du marché dans son parcours programmé vers son implosion finale…).

L’atrophie est vertigineuse. La machine partisane devient omnipotente et piétine la philosophie politique…

Une amnésie chronique affecte les organisations politiques dans le monde entier. Si quelqu’un mentionne le passé, ce doit être avec un mélange de condamnation, de honte et de repentance.

Le code culturel de base contient des éléments fixes comme par exemple :

Gauche = révolution = violence = chaos = catastrophe…

“Le bien de l’élite” se transforme en “bien commun”. La conservation du pouvoir est dite équivalente à la consolidation du progrès, de la sécurité et du développement. Une fois de plus, le Mexique prouve être le plus brillant des élèves dans la maîtrise des leçons “politiques” néo-libérales.

[…]

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V. Les courants sous-terrains de résistance critique

L’écrivain portugais Jose Saramago dit que “Contrairement à ce qu’il voudraient vous faire croire, il n’y a rien de plus facile à comprendre que l’Histoire du monde, bien que bon nombre de gens éduqués affirment toujours que c’est bien trop compliqué pour la faible capacité de compréhension des masses.

La peur néolibérale de l’histoire n’est pas tant une peur de son existence (après tout, le pauvre existe aussi et il ne peut être ignoré), mais une peur qu’on peut connaître et apprendre d’elle.

Afin d’éviter cela, l’Histoire est kidnappée par ces “érudits” et adéquatement maquillée pour qu’elle ne soit pas reconnue par ceux d’en bas.

Le kidnapping de l’Histoire par l’élite est fait pour remodeler sa consommation afin de faire disparaître le patrimoine fondamental de l’être humain : la mémoire.

Dans la “nouvelle histoire mondiale”, le présent défait le passé et prend le contrôle du futur. Aujourd’hui est le nouveau tyran, c’est à lui qu’on prête allégeance et obéissance. Mais partout dans le monde, des taupes de toutes les couleurs et de toutes tailles fouillent l’histoire cachée et trouvent et comprennent. De temps en temps, ces taupes émergent et ouvrent des fenêtres de lumière sous-terraines qui illuminent la grisaille de surface du chaos néolibéral.

En plus d’essayer de les tuer, le pouvoir mondialisant forme ses “penseurs” à essayer d’isoler ces taupes de l’Histoire. Les intellectuels modernes déterminent, avec de sombres jurys et jugements, la banalisation et la disqualification de la pensée critique. “Poésie, utopie, messianisme” sont en général les accusations typiques. La peine ? Persécution et calomnie.

On doit bien comprendre que l’émergence constante de ces taupes coïncide scandaleusement avec l’apparence de mobilisations sociales. Et celles-ci défient l’ordre établi parce qu’elles défient aussi les comportement politiques modernes. Les “intrus” de la politique sont derrière chaque coin de l’Histoire.

Contre la politique moderne et avec l’Histoire comme drapeau, la société civile du monde insiste sur sa ré-émergence une fois de plus. Cela pétille au dessus de la surface et plonge de nouveau afin de réapparaître de nouveau.

Cette Phœnix (la société civile) se reconstruit dans le nid de l’Histoire…

[Marcos remet ici une histoire allégorique…]

Ceci me paraît d’une grande évidence ! Celui qui complote, le fait sous la surface et non pas au grand jour. Ceci est connu depuis le début de notre temps. La domination du monde est la domination de ce qui est sous-jacent, des courants sous-terrains.” (Umberto Eco, “Le pendule de Foucault”)

Finalement, je pense que le vieil Antoine a raison quand il dit qu’en dessous de nous, il y a un monde meilleur que celui dans lequel nous souffrons, que la mémoire est la clef du future et que (j’ajoute) l’Histoire n’est rien d’autre qu’un périscope inversé…

Depuis (sous) les montagnes du sud-est mexicain

Subcommandante Marcos,

Planète Terre, février 1998

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Lire notre page sur “Les communes autonomes du Chiapas, Mexique”

« La 6ème déclaration Zapatiste de la jungle de L’abandon »

« Chiapas, feu et parole d’un peuple qui dirige et d’un gouvernement qui obéit »

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EZLN2

Chapas1

Réajustement historique… Les anarchistes espagnols dans la résistance française 1940-45

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 24 juin 2022 by Résistance 71

Nous diffusons ici un superbe texte historique qui remet les pendules à l’heure sur les trahisons perpétuelles de la gauchiasse étatico-marchande, gardienne du système marchand comme son pendant de “droite”, envers des combattants et insurgés anarchistes, ce, de la révolution espagnole à bien après la seconde guerre mondiale. La trahison des marxistes autoritaires d’état s’est perpétuée au-delà de la révolution espagnole et les partis communistes français et espagnols ont liquidé bon nombre d’anarchistes des maquis à la fin de la guerre…
Nous profitons de cette occasion pour rendre hommage à Alex, alors très jeune participant des réseaux de passeurs pyrénéens entre 1939 et 1945, qui nous a quitté il y a peu et qui fut résistant dans l’âme toute sa vie. Oui, honneur aux braves !
~ Résistance 71 ~

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Les anarchistes espagnols et la résistance française

Socialisme Libertaire

Juin 2022

Source :
https://www.socialisme-libertaire.fr/2022/05/les-anarchistes-espagnols-et-la-resistance-francaise.html

« Les Espagnols sont plus de 500 000 à fuir Franco entre le mois d’août 1938 et le 12 février 1939. Parmi eux, beaucoup de miliciens aguerris, la tête pleine de compagnons tombés au front, d’amies violées, de parents massacrés ; des combattants défaits qui ne survivent que par leur haine du fascisme, sous la neige, dans des prés entourés de barbelés où sévissent la dysenterie et la famine, appelés déjà « camps de concentration », symbolisant à eux seuls l’hospitalité française, fidèle à l’attitude criminelle des démocraties occidentales vis-à-vis du peuple espagnol durant la guerre civile.

Ces militants ont eu du poids dans la Résistance, un poids que l’on cache souvent. Pourtant, la célèbre 2e division blindée (DB) du général Leclerc est en partie composée d’Espagnols ; dans tous les maquis, ils sont les premiers résistants. Parmi eux, les anarcho-syndicalistes – courant majoritaire durant la guerre civile – sont encore présents dans la lutte en France. Il n’est pas simple de suivre leur trajectoire.

La victoire de Franco, c’est d’abord leur défaite militaire et politique. Durant toute la résistance (et même après), l’empreinte de cette défaite influe sur les décisions prises et celles qui ne le sont pas… Ce courant est aussi celui qui a le plus souffert et qui souffre encore, car il est isolé. Dans les camps, les militants du PCE noyautent les instances, avec l’aide du PCF, et discriminent les anarchistes.

Par ailleurs, le gouvernement français les hait plus que tout, et certains de leurs représentants les plus illustres, comme Juan Peiró, sont livrés à Franco par Daladier et fusillés. Le courant anarcho-syndicaliste doit se réorganiser, il a du mal ; il doit faire face à une situation nouvelle… Comme toujours, dans les organisations libertaires, le vide organique est remplacé par la spontanéité des militants qui finissent par réorganiser le mouvement. Cela pose aussi des problèmes à qui veut en faire une rétrospective : la complexité due à la multitude des expériences parfois contradictoires.

Deux périodes distinctes apparaissent : la période de réorganisation, où il faut faire la distinction entre le mouvement qui s’organise et l’action concrète des militants dans la lutte, et la période des huit derniers mois avant la Libération, où se pose le problème d’adhérer ou non à la Unión Nacional Española (UNE), une organisation tenue par les militants du Parti communiste espagnol (PCE) et du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC), qui se veut hégémonique par- mi les résistants espagnols.

Un mouvement qui s’organise tant bien que mal 

Dès le 25 février 1939, le mouvement tente de se réorganiser. Le comité national de la CNT et les comités péninsulaires de la FAI et de la FIJL [1] s’unissent dans une seule et même organisation : le Mouvement Libertaire en Exil (MLE). Dans le conseil général du MLE figurent des noms déjà célèbres et qui ont de l’importance durant toute la période, tels que Germinal de Souza, Mariano Rodriguez Vázquez, Gresco Isgleas, Germinal Esgleas (compagnon de Federica Montseny), Pedro Herrera, Juan Gallego Crespo et Juan Manuel Molina (Juanel) qui est responsable des liaisons avec les camps de concentration. Par la suite et durant la guerre, le MLE s’organise, s’étend, par le biais de plusieurs commissions, en zone libre et en zone occupée qui représentent des groupes de militants affiliés dans des villes ou des lieux géographiques.

Ainsi, une des commissions les plus actives dans la reconstruction du mouvement libertaire est celle du barrage de l’Aigle où, nous le verrons, le maquis est tenu par la CNT espagnole. Il faut souligner que les mêmes militants sont partie prenante de la Résistance et de la réorganisation du mouvement, ce qui est peu adéquat à l’action clandestine. Ainsi, actions armées et structures organiques se chevauchent parfois, ce qui a des conséquences fâcheuses lors des arrestations. D’autant que le gouvernement de Vichy a fait de la neutralisation du MLE une priorité. Ainsi, dès fin 1941, la répression s’abat sur le MLE.

C’est le premier mouvement de résistance espagnol qui subit un tel coup (les autres subissent le même sort par la suite). Les principaux responsables du MLE, c’est-à-dire les militants les plus aguerris qui ne sont pas encore emprisonnés ou morts, sont arrêtés. On reconnaît les noms de Germinal Esgleas (secrétaire du MLE), Federica Montseny, Germinal de Souza (secrétaire de la FAI), Francisco Isgleas Pierman, Valerien Mas Casas, Pedro Herra Camarero (membre du comité péninsulaire de la FAI et délégué au conseil général de SIA [2], ainsi que des membres des « amis de Londres » (des anarchistes qui ont préféré agir directement avec les Anglais), tels que Manuel Gonzalez Marin « Marin Manuel », Eduardo Val Basco et Francisco Ponzán Vidal (dont nous reparlerons).

Les premiers sont déportés en Afrique, afin de prévenir les tentatives d’évasion et empêcher tout contact avec le MLE. Celui-ci met du temps à se réorganiser après un tel coup. Ce n’est que le 6 juin 1943 qu’a lieu un plénum [3] du MLE où, pour la première fois, on aborde le thème de l’action conjointe avec la Résistance française. Mais ce plénum n’apporte pas de solution. Il faut ouvrir ici une parenthèse pour expliquer les problèmes qui se posent alors dans l’organisation. Le mouvement libertaire voit apparaître, dans ce plénum, deux tendances distinctes qui vont s’affronter durant une dizaine d’années, allant jusqu’à la scission. Il s’agit, d’une part, de la tendance « collaborationniste » ou « politique » et, d’autre part, de la tendance « maximaliste » ou « apolitique » (c’est-à-dire anti-politique).

Les premiers affirment que les conditions historiques de la guerre d’Espagne sont toujours d’actualité et que, par conséquent, la CNT doit prendre part au gouvernement républicain en exil, dans le cadre d’une stratégie frontiste de reprise de l’Espagne ; les seconds considèrent qu’il faut revenir aux positions disruptives de la CNT et baser le renversement de Franco sur un combat insurrectionnel du peuple espagnol. Cette deuxième tendance souligne qu’il faut analyser les leçons de la défaite.

Ces deux tendances sont très marquées, et le MLE se retrouvera par la suite avec deux comités à sa tête : celui de Juanel (du nom d’un des leaders du courant collaborationniste) et celui de Béziers (composé par les « apolitiques ». L’erreur trop répandue est de calquer sur ces deux tendances les positions pour ou contre l’action dans la Résistance française. On croit souvent que les « collaborationnistes » appelaient à rentrer dans la Résistance, alors que les « apolitiques » refusaient de prendre part à une guerre bourgeoise entre des gens qui avaient laissé massacrer le peuple espagnol.

Or la réalité est bien différente. Le sous-comité national (comité de la zone occupée), qui regroupe les deux tendances pour cette partie du territoire français, se prononce contre l’entrée dans la Résistance dans des proportions qui ne recoupent pas le poids respectif des deux tendances en présence. Il y aurait beaucoup de recherches à faire pour retracer une ligne exacte de ce qui s’est passé au sein du MLE vis-à-vis de la Résistance, indépendamment des autres problèmes que se posait le mouvement. Par contre, au plénum de Marseille, en décembre 1943, le MLE conseille « à tous les militants de la CNT et du MLE de rejoindre la Résistance française plutôt que de se laisser emmener en Allemagne » [4].

Le MLE venait d’entériner une situation de fait, puisque bon nombre de militants avaient déjà rejoint la Résistance française. Mais nous le verrons tout à l’heure, la réorganisation tardive du MLE, qui l’amène à ratifier des situations de fait au lieu d’agir directement sur le cours des choses, le met dans une situation difficile aux derniers mois de la guerre lorsque l’UNE aura des prétentions hégémoniques.

La présence des anarchistes 

Dans les maquis, dans les réseaux, à Londres, dans la 2e DB du général Leclerc, les anarchistes espagnols ont joué un rôle important dans la libération de la France et de l’Allemagne. Ils l’ont fait par conviction antifasciste, mais aussi dans l’espoir que de Gaulle tiendrait sa promesse : ouvrir les frontières et chasser Franco. Les grands hommes ont le geste noble : les Espagnols morts pour la France ont reçu des médailles, leurs noms sont gravés sur les monuments aux morts. Comme une insulte, chaque 8 mai, cynique, une gerbe tricolore vient honorer leur sacrifice. En 1945, de Gaulle a envoyé un émissaire pour normaliser les relations avec le Caudillo. En 1975, Franco est mort dans son lit, toujours au pouvoir, 30 ans après…

Parmi les nombreux militants anonymes, certains ont joué un rôle important dans la guerre d’Espagne, d’autre resteront à jamais inscrits dans les pages de la Résistance. Ainsi, Antonio Ortiz s’engage dans les corps francs d’Afrique ; blessé il est hospitalisé, avant de repartir dans les « commandos » d’Afrique du général Leclerc, puis dans le premier bataillon de choc comme instructeur du premier commando lourd. Il débarque à Saint-Tropez, participe à la bataille de Belfort et fait la campagne d’Allemagne où il est grièvement blessé. Ortiz n’est pas un inconnu de l’histoire de l’Espagne ; le 24 juillet 1936, juste après la colonne Durruti, il avait pris la tête de la colonne de la CNT-FAI qui a porté son nom. C’était la deuxième colonne levée contre Franco. Ces deux colonnes réalisèrent ce que personne d’autre ne fit : elles reprirent durablement du terrain aux factieux sur le front d’Aragon. Ramón Vila Capdevila avait lui aussi montré son courage durant la guerre civile. Il s’enfuit du camp d’Argelès et devient, en 1940, un des tous premiers résistants de la région. Il est plus connu sous le surnom de « commandant Raymond ». Spécialiste en explosifs, son aide est précieuse pour le déraillement des trains ; il commande deux cents résistants espagnols. Ce sont eux qui anéantissent la garnison qui avait massacré les habitants d’Oradour. Lui et ses compagnons rejoignent ensuite le bataillon « Libertad ».
Ramón Vila Capdevila est mort en 1963, dans une rixe avec des franquistes, alors qu’il était un des meilleurs passeurs d’hommes de la CNT et que, depuis 1945, il faisait partie des groupes d’action qui n’avaient cessé de harceler le régime franquiste.

Enfin, avant de parler des résistants anarchistes espagnols de façon plus générale, il nous faut encore évoquer le parcours d’une figure exemplaire, qui fut la pierre angulaire du plus grand réseau de passeurs de la Résistance, le réseau Pat O’Leary. Il s’agit de Francisco Ponzán Vidal, plus connu sous le nom de François Vidal. Militant de la CNT, il avait été responsable du syndicat dans une comarcal d’Aragon [5] durant la guerre civile, puis il avait fait partie du groupe « Libertador » de la CNT, spécialisé dans la recherche d’informations militaires et dans les actions de sabotage derrière les lignes franquistes. Ce groupe fut, par la suite, intégré aux services secrets de la République espagnole.

À partir de mai 1939, Vidal organise un réseau de passeurs d’hommes dans les Pyrénées pour faire sortir d’Espagne les militants en danger. Dès le début de la guerre, ce groupe de « cénétistes » se met au service de la Résistance et travaille activement avec l’Intelligence service et le Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) de de Gaulle, mais aussi avec le réseau Sabot et le groupe Combat. Ce réseau permet l’évasion de 1500 personnes, dont plus de 700 aviateurs alliés (6), et le passage de nombreux documents (sans compter tout ce qui sert la CNT et la lutte anti-franquiste). Le réseau couvre une zone qui va de Bruxelles à Lisbonne. Fait prisonnier en 1944 par la police française, Francisco Ponzán Vidal est livré aux Allemands et exécuté le 17 août 1944 par les nazis qui gardent la prison où il est enfermé, à Toulouse.

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D’une manière générale, les anarcho-syndicalistes ont participé à pratiquement tous les réseaux de passeurs des Pyrénées (on en décompte une vingtaine). On les voit aussi dans les maquis. Voici la liste de ceux où leur présence fut suffisamment significative pour laisser des traces : les maquis de Dordogne, de la Montagne noire, de Querigut (dans l’Aude) ; les maquis de l’Aveyron, d’Ariège, du Pic Violent, de Savoie, les maquis du Lot, de Loches, de Belves, de l’Isère, de la Gouzette (Saint-Girons), de Privas ; les maquis du Cantal et de Corrèze, de Maleterne, de Bagnères, des Landes, du Rouergue, des Glières, du Limousin, le maquis Bidon et les maquis du Vercors, et n’oublions pas le maquis du Cofra (à moitié cénétiste) et du Barrage de l’Aigle, où les anarchistes sont hégémoniques.

Nous connaissons la présence d’anarchistes dans d’autres maquis, mais il s’agit souvent d’individus essaimés de-ci de-là, sans lien entre eux. Notons aussi leur présence dans le réseau Robul Alfred et leur présence massive dans le Bataillon de la mort. Certains se retrouvent avec des responsabilités, comme La Rey, membre de la CNT et responsable de la Résistance à Montluçon, ou Emilio Castro Ballesta qui, avec sa compagne, le commandant Pariset et l’épouse de Tavet, dirigent, à l’arrestation de ce dernier, le maquis du Limousin. Dans le Gers, la moitié des résistants de l’UNE sont confédéraux ; et ce n’est pas un cas isolé. Faute d’organisation nationale de résistance, les anarchistes apparaissent peu, bien qu’ils soient très présents. Citons tout de même le maquis du barrage de l’Aigle, dirigé par José Germán González, militant de la CNT, qui est un haut lieu de la reconstruction de la CNT en exil et un des maquis les plus actifs de la Résistance. Ce maquis est pratiquement à 100 % confédéral, tout comme le maquis de Bort-les-Orgues.

D’une manière générale, les maquis du Massif central, sont, en forte proportion, composés d’anarchistes espagnols, tout comme ceux issus des chantiers de barrages sur la Dordogne, des barrages de Marèges et de Chastang. Bon nombre de ces maquisards se retrouveront dans le bataillon « Libertad », sous la responsabilité de l’anarchiste Santos. Ce bataillon atteint par la suite la pointe de Grave et libère le Lot et Cahors. Enfin, la présence anarchiste est particulièrement remarquable dans la 2e DB, qui compte bon nombre d’anarcho-syndicalistes tant et si bien qu’ils sont hégémoniques dans la 9e compagnie du 3e RMT, la « Nueve », pratiquement uniquement composée d’Espagnols, à l’exception du capitaine Dronne qui la commande. C’est elle qui entre la première dans Paris. Les premiers blindés portent des noms espagnols. Les militants de la CNT-FAI sont bel et bien présents, la « Nueve » installe un premier canon, nommé El Abuelo, dans l’hôtel de ville de Paris, ainsi que le premier drapeau… ironie du sort.

Cette présence est complètement occultée par bon nombre d’historiens, tel Lapierre et Collins dans Paris brûle-t-il ? (édition R. Laffont 1964), Adrien Dansette dans Histoire de la libération de Paris (édition Fayard, 1946) où Henri Michel dans La libération de Paris (édition Comps, 1980). Même le capitaine Dronne semble frappé d’amnésie dans son livre La libération de Paris, alors que, dans son journal de marche, il évoquait abondamment les combattants issus de la CNT-FAI (7). Les six derniers mois de la guerre sont ceux d’un courage effacé par un manque d’organisation nationale en réseau de résistance, qui condamne les anarchistes à l’oubli, pour certains à la mort.

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L’UNE, l’hégémonie dans le sang 

Le mouvement libertaire est empêtré dans ses problèmes internes qui tournent autour de la question de savoir s’il faut participer ou non au gouvernement de la République espagnole en exil. La défaite contre Franco est encore dans tous les esprits et la question gouvernementale, qu’il aurait fallu trancher en juillet 1936, les anarchistes se la posent toujours, au point de négliger des aspects importants. Le plus dramatique est certainement cette absence totale d’organisation des anarcho-syndicalistes espagnols en tant que corps dans la Résistance.

Rien pour faire valoir leurs droits, aucune structure pour assurer l’arrivée d’armes, de ravitaillement : les anarcho-syndicalistes se sont fondus dans la Résistance comme nul autre, sans se soucier un seul instant de leurs intérêts propres. D’autres sont plus réalistes. Les communistes dirigent la UNE qui se veut hégémonique et se présente comme « l’unique mouvement de résistance espagnole ». Sur un plan historiographique, cette situation a permis aux historiens de passer allègrement sur la complexité des courants d’idées qui animaient les résistants espagnols, en les décrivant comme de simples anti-franquistes, voire carrément des communistes.

Cette conséquence n’est que la moins dramatique, car les volontés hégémoniques de l’UNE ne s’arrêtent pas là. Les militants anarchistes n’ont pas rejoint unanimement la UNE. Certains y sont rentrés à contre-cœur, d’autres dans l’idée de contrecarrer l’influence des communistes, tels les militants de la Agrupación Cenetista en la Unión Nacional (ACUN). Si certains, quoique méfiants, sont tentés par la reconquête de l’Espagne proposée par la UNE, beaucoup d’anarchistes y adhèrent sous la menace et par peur des représailles. Les groupes de militants les plus avertis ont préféré intégrer les Forces françaises de l’intérieur (FFI), notamment dans le bataillon « Libertad ». Il faut souligner ici le travail essentiel fait dans ce sens par José Germán González, commandant du maquis du barrage de l’Aigle, qui organisa, à travers les groupes de travailleurs étrangers (GTE), l’entrée des cénétistes directement dans la Résistance française. C’est que les réticences envers la UNE étaient grandes. Comme le disait Pierre Bertaux très cyniquement : « Le Parti communiste n’a pas de rancune, il n’a que des tactiques. »

La phrase convient à merveille au Parti communiste espagnol. On trouve dans la UNE des communistes, certes, mais aussi des anti-franquistes très tardifs, comme certains requetés, ces monarchistes absolutistes qui ont toujours brillé par leur conservatisme, et aussi les membres de la CEDA de Gil Robles. La CEDA est la droite espagnole qui était au pouvoir durant le bienio negro, ces années de toutes les répressions anti-anarchistes, d’avant 1936, quand le mot d’ordre était « pas de blessés, tirez au ventre ». Les anarcho-syndicalistes espagnols ont tous en tête les actes de répression d’avant la guerre, au point que la révolte paysanne de Casas Viejas transpire sur leurs chars. Et surtout la UNE est tenue par les communistes, ceux qui ont tué Berneri, Nin et tant d’autres. La UNE, c’est le gouvernement de Negrín, c’est la telefónica (8)…

La suite des événements va prouver que les inquiétudes des anarchistes n’étaient pas vaines. La UNE se sert d’appuis pour éliminer ses adversaires de toujours. Le 20 septembre 1944, Santos, qui dirige le bataillon « Libertad », reçoit l’ordre du colonel Ravanel de transférer 350 de ses hommes à la UNE. En même temps, l’ordre est donné de ne plus ravitailler le bataillon. En cas de refus, celui-ci devait être désarmé par la UNE. Il préfère alors se dissoudre. Mais la UNE n’en reste pas là, elle fait pression, elle menace et elle tue ceux qui ne veulent pas se joindre à elle (anarchistes en particulier, mais pas seulement, on connaît des cas de socialistes qui subirent le même sort). Ángel Aransaez, secrétaire du comité régional CNT de l’Aveyron, dénombre pour son département 56 exécutions sommaires. On en compte 13 dans l’Aude (crimes que des ex-guérilleros de la UNE avoueront en octobre 1953).

Certains meurtres sont relatés dans Le Républicain du Midi d’août et novembre 1944. Tous sont commis sur des résistants socialistes et anarchistes en conflit avec la UNE. Á Lavelanet, Francisco Alberich et Mercedes Miralles sont retrouvés morts après avoir été appréhendés par des guérilleros de la UNE. Á Manse dans l’Ariège, Belmonte, anarchiste responsable d’une exploitation forestière où se cachent des réfractaires, est abattu avec son compagnon Molina pour avoir refusé que la UNE vienne contrôler leur organisation. On peut aussi s’interroger sur toute la série d’exécutions sommaires d’anarchistes commises par des inconnus dans le Lot, dont celle de l’agent de liaison de tous les maquis du Lot : José Mana dit « Martins ». Á Saint- Girons, Royo et un de ses compagnons de la CNT, qui étaient en conflit avec la UNE, échappent miraculeusement à l’incendie et le mitraillage de la maison de Royo. Sa compagne, ses deux enfants et trois de ses amis n’ont pas eu la même chance… En août 1945, Antonio Téllez, militant de la FIJL, lieutenant de la 9e brigade des FFI de l’Aveyron, avertit Ángel Aransaez que la UNE a prévu d’envoyer un commando à Decazeville, contre le comité régional de la CNT. Le capitaine espagnol Bariso, traducteur du commandant français du 412e GTE, est enlevé. Aransaez va voir le responsable de la Résistance, Degoy dit Valzergues, qui lui déclare « Pas d’objection pour les traîtres » Ce qui montre une fois de plus la collusion de certaines instances de la Résistance avec la UNE.

Aransaez et les principaux responsables de la CNT sont arrêtés par les francs-tireurs et partisans, mais sont libérés sous la pression des résistants libertaires qui les menacent d’insurrection armée (Aransaez était dans les FFI au barrage de l’Aigle). Toute une série de cas similaires a été répertoriée. On peut consulter à ce sujet Les dossiers noirs d’une certaine résistance (Perpignan, éd. du CES, 1984), ainsi que le livre de Marie-Claude Rafaneau Boj, Odyssée pour la liberté. Les camps de prisonniers espagnols (Paris, Denoël, 1993), dans lesquels sont relatés les cas les plus flagrants ; mais ces ouvrages ne tiennent pas compte de tous les charniers inconnus et de toutes les disparitions.

Il est un fait historique qui prouve la gravité et l’importance de ces méthodes expéditives, il s’agit du rassemblement de l’essentiel du camp républicain espagnol contre la UNE. Cette union se fait au sein de la Alianza Democrática Española (ADE), avec la participation de la Gauche républicaine, de l’Union républicaine, du Parti républicain fédéral démocratique, du Parti socialiste ouvrier espagnol, de la Gauche républicaine de Catalogne, du mouvement libertaire et des centrales syndicales UGT et CNT. L’ADE dénonce les agissements de la UNE au gouvernement provisoire de la République française, en mentionnant, dans un communiqué officiel en 1944, toute une série d’exécutions sommaires, détentions abusives, pressions en tous genres perpétrées par la UNE. Fin 1944, la famille Soler est brûlée vive dans sa ferme. Le fils en réchappe et parvient à contacter la CNT.

Un plénum national est organisé et un ultimatum des plus menaçants est adressé au PCE : « À partir de cette communication, la CNT n’est plus disposée à tolérer ni une brutalité, ni un attentat de plus. Elle rend directement responsable la direction du PCE, en la personne de ses dirigeants, de ce qui pourrait arriver. » La vague d’attentats s’arrête… Après ce bref aperçu, qui ne prétend pas couvrir l’ensemble de la réalité, on peut se faire une idée de la complexité de la période, une complexité accentuée par la situation d’un mouvement libertaire qui se cherche, qui n’est pas remis de sa défaite. Le mouvement est en pleine reconstruction, avec tout ce que cela implique de conflits, il n’a pas l’efficacité nécessaire au niveau national, ne serait-ce que pour protéger ses militants. Dans le même temps, les militants qui le composent sont des combattants aguerris, qui ont des réflexes de lutte, d’organisation clandestine au niveau local et qui sont très précieux pour la Résistance.

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Si bien que l’on se retrouve devant un paradoxe : le mouvement libertaire est en plein dans la Résistance, mais ses préoccupations semblent ailleurs, dans un passé récent qu’il cherche à comprendre. Cela lui coûte cher… mais il n’a pas fini de souffrir.

Pire que la lutte, il y a l’exil, un exil de quarante ans, d’une vie. Qu’ils étaient dignes ces Espagnols que l’on rencontrait parfois dans la rue (que l’on rencontre encore quand on a de la chance). Souvent raillés, souvent pauvres, ils n’ont pas haï les Français, ils n’ont pas confondu la trahison de ceux qui dirigent à la bête ignorance du petit qui subit. Ils ne lui ont même pas reproché son ignorance. On a laissé Franco les massacrer, bourgeoisement, poliment, sans trop de vagues. On leur a promis l’Espagne pour qu’ils apprennent aux Français à se battre. On a envoyé des émissaires auprès de Franco. Et quand ces résistants anarchistes espagnols qui se sont battus pour la France – les Sabaté, les Facerías, les Ramón Capdevila –, plutôt que de se venger sur ceux qui les ont toujours trahis, sont repartis combattre Franco, seuls avec ceux d’Espagne qui maîtrisaient encore leur peur.
Les gouvernements français de la IVe et de la Ve Républiques, les ministres de l’Intérieur de ces gouvernements de gauche comme de droite, « résistants » comme Mitterand, ces gouvernements ont collaboré avec la police franquiste et permis qu’ils soient abattus comme des chiens.

Honneur aux braves ! »

Complément bibliographique

– J. Borras, Políticas de los exiliados españoles, 1944-1945, Paris, Ruedo Ibérico, 1976.
– A. Téllez Solá, Sabaté, Toulouse, Repère-Siléna, 1990.
Les anarchistes espagnols dans la tourmente (1939-1945), Bulletin du Centre international de recherche sur l’anarchisme, Marseille, 1er trimestre 1989.
– F. Montseny, Seis años de mi vida (1939-1945), Barcelone, Ed. Galba, 1978.
– D. Wingeate Pike, Jours de gloire, jours de honte : le parti communiste d’Espagne en France. Paris, SEDES, 1984.

NOTES 

[1] Confédération nationale du travail (CNT), qui constitue l’organisation syndicale, la Fédération anarchiste ibérique (FAI) et la Fédération ibérique des jeunesses libertaires (FIJL).

[2] Solidarité internationale antifasciste (SIA) est une organisation de soutien à la lutte antifranquiste, qui est proche de la CNT espagnole. Après la guerre, des personnalités comme Jean Rostand, Louis Lecoin et Albert Camus adhèrent à SIA.

[3] Dans les organisations libertaires espagnoles, le plénum réunit les délégués mandatés par leurs régions respectives et les organes représentatifs de l’organisation (tel le comité national) dont le mandat et le travail sont alors vérifiés. Le plénum gère administrativement l’organisation, donne des directives et peut prendre des décisions ponctuelles.

[4] Déclaration du plénum de Marseille du MLE (décembre 1943).

[5] Une comarcal est un regroupement de fédérations locales de la CNT espagnole, que l’on pourrait comparer, par la taille, à une union cantonale.

[6] Sur le réseau Pat O’Leary, voir Henri Michel, La guerre de l’ombre, Paris, Grasset, 1970.

[7] Ce journal de marche est reproduit par Antonio Villanova dans son livre Los Olvidados, Paris, Ruedo Ibérico, 1969, pp. 371-450.

[8] Camillo Berneri, anarchiste italien et Andres Nin, leader du Partido obrero de unificacíon marxista (POUM), furent assassinés à la suite des événements du central téléphonique de Barcelone, en mai 1937, lorsque les communistes lancèrent une offensive contre le POUM et la CNT-FAI.

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Vive la Commune Universelle !

Réflexion critique : de l’aliénation capitaliste (OSRE)

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Qu’est-ce que l’aliénation capitaliste ?

Rébellion organe de l’OSRE

Mai 2022

Source: https://rebellion-sre.fr/quest-lalienation-capitaliste/

Le capitalisme n’est pas seulement un système économique, il est la matrice qui a engendré le monde moderne et aussi un type humain, que certains ont appelé Homo Oeconomicus, fruit d’une véritable transformation anthropologique. Il a réalisé ce que les régimes totalitaires du XX° siècle avaient rêvé de faire sans pouvoir le réaliser: donner naissance à un homme nouveau et cela à l’échelle mondiale. Armé de sa technique et de son dieu unique, l’Argent, il a conquis le monde, c’est-à-dire qu’il l’a transformé en désert. Désert autour des hommes mais désert aussi en l’homme. Pour comprendre ce nouveau monde et ce nouvel homme, pour savoir comment une telle chose a pu se produire, il faut revenir à un concept fondamental mis en lumière par Karl Marx dans son analyse du capitalisme: l’aliénation.

L’aliénation comme une dépossession

La définition que l’on trouve dans le dictionnaire du mot aliénation nous dit que c’est «l’état de l’individu qui, par suite des conditions extérieures (économiques, politiques, religieuses) cesse de s’appartenir, est traité comme une chose, devient esclave des choses et des conquêtes même de l’humanité qui se retournent contre lui». Le seul mot français aliénation traduit deux termes allemands utilisés par Marx: Entäusserung (v. entäussern: se défaire de; adj. äusser: extérieur, externe) et Entfremdung (v. entfremden: éloigner, détacher, détourner; adj. fremd: étranger). Ce terme traduit donc un sentiment d’extériorisation, de dépossession de soi et d’étrangeté face au monde et à soi-même. Mais pour Marx il ne peut se comprendre qu’au sein du processus de domination du capital qui passe par l’exploitation, l’aliénation, la réification.

Car cette dépossession est le résultat de l’exploitation capitaliste, c’est-à-dire du fait que dans l’entreprise capitaliste les salariés produisent une valeur équivalente à celle de la force de travail (travail concret qui leur est versé sous forme de salaire) mais aussi une valeur additionnelle (travail abstrait qui donne la plus-value, la valeur, que gardent les capitalistes). Le travail vivant (concret) est transformé en abstraction (la valeur), c’est-à-dire en argent. Dans le monde capitaliste l’immense majorité des individus ne possèdent pas leur outil de travail, ils sont obligés de rejoindre des entreprises qui leur fournissent les moyens de travailler. Ils en sont réduits à vendre leur seul bien, leur force de travail, c’est-à-dire eux-mêmes, pour fabriquer des marchandises. Dés lors leur travail n’est plus qu’une marchandise parmi d’autres et ils doivent agir comme des capitalistes: pour survivre ils doivent impérativement vendre leur marchandise-force de travail sur un marché du travail où les salariés du monde entier sont mis en concurrence. Le salarié est celui qui extériorise sa propre puissance subjective (sa force de travail) en lui donnant, sous la forme d’une marchandise, une existence objective et cela dans le but de gagner un salaire lui permettant d’acquérir d’autres marchandises.

rebellion

Elle n’est pas une fatalité

Ce que Marx a critiqué ce n’est pas le travail en lui-même mais la forme spécifique qu’il a pris dans le monde capitaliste, la forme-marchandise. Le travail n’était pas aliéné, il l’est devenu à la suite d’une transformation sociale dont on peut faire l’histoire (ce que Marx a fait dans le livre I du Capital). Cette forme d’aliénation n’est pas une conséquence inéluctable de l’histoire humaine et elle n’a pas toujours existé comme voudraient nous le faire croire les idéologues du système. Alors que le travail avait permis à l’individu de s’affirmer en tant qu’homme, de dépasser l’animalité, la seule nécessité, pour agir sur son milieu et le maîtriser, il est devenu une forme de servitude. Il n’est plus un but en lui-même, il est devenu un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Ce qui devrait permettre l’affirmation de soi est devenu l’instrument de la négation de soi. Le travail qui était liberté et indépendance devient servitude et enfermement dans un processus abstrait et technique que personne ne maîtrise plus. L’individu aliéné perd toute conscience de sa force, de son pouvoir d’agir et de transformer le monde. Il est dépossédé de la maîtrise du monde qu’il habite et de son destin. De la naissance à la mort, en passant par l’enfance, l’école, le travail, la sexualité, la politique, les loisirs, la vieillesse, tout est laissé aux mains des experts, des techniciens, des gestionnaires. Tout ce qui reste à l’homme, c’est vendre et acheter, c’est se vendre et consommer. La loi du commerce a remplacé les valeurs du travail. Et cette servitude est appelée à ne pas connaître de fin car dans le système capitaliste la production, rebaptisée croissance, est un moyen qui n’a d’autre fin qu’elle même.

L’aliénation capitaliste ne touche pas seulement ceux qui travaillent, elle s’est étendue à tous les humains et au monde entier à travers la domination absolue de l’argent. L’argent est la marchandise- reine, celle qui permet d’avoir toutes les marchandises, celle qui est là pour remplacer tous les liens traditionnels que le développement du capitalisme et l’atomisation des individus ont détruits. L’argent, comme le travail dans le système capitaliste, réduit l’individu à n’être qu’une abstraction. On ne travaille que pour en gagner car il est le signe de la puissance, qui s’appelle aujourd’hui «le pouvoir d’achat». Celui qui en possède n’a aucun pouvoir mais il offre tous les moyens d’en obtenir. L’argent est l’objet absolu de tous désirs, le Désir objectivé, matérialisé. En posséder permet de consommer, d’acquérir tous les objets techniques qui s’offrent comme le moyen d’échapper à cette solitude, à cette angoisse face à un mode devenu étranger et incompréhensible. Mais le sentiment de puissance que procurent ces objets n’est qu’éphémère et, tout comme la production de marchandises, il ne peut avoir de fin car il renforce ce qu’il est censé combattre: l’aliénation et la réification. Ce qui se présente comme un remède n’est que le renforcement du mal et ceux qui le possèdent sont tout autant aliénés que ceux qui n’en ont pas.

BPKM

Une marchandisation de l’humain

Ainsi la particularité de l’aliénation et de la réification capitalistes ne peuvent se comprendre qu’au sein de l’exploitation. D’un travail qui dans les sociétés traditionnelles était intégré dans la vie, le capitalisme a fait quelque chose d’extérieur, une marchandise comme une autre. L’individu aliéné en arrive à considérer le monde, les choses, les autres comme il considère son travail: un moyen pour autre chose. Le monde, la nature ne sont plus que «l’environnement», le décor plus ou moins naturel dans lequel il évolue; les choses ont acquis une vie propre: les objets techniques et les machines qui devaient le servir et l’aider l’emprisonnent toujours davantage en se transformant en prothèses indispensables entre lui et la réalité; les autres sont au mieux des amis virtuels avec qui on n’a de lien que par écran ou téléphone portable interposés mais le plus souvent ils ne sont que des objets vivants mais insignifiants pour lesquels on ne ressent ni haine, ni amour, ni aucune sorte d’empathie, juste de l’indifférence. Enfin «libéré» des devoirs et des obligations traditionnels perçus comme des liens entravant sa liberté, persuadé de n’avoir aucun pouvoir sur ce monde où de toute façon il se sent étranger et qu’il accepte passivement tel qu’il est, il ne reste à l’individu aliéné que lui, que cet ego que la publicité flatte pour mieux l’exploiter. Il cultive sa différence et son originalité, qui ne sont rien d’autre que le produit de l’aliénation. Il ne se préoccupe que de son «développement personnel» en exploitant de son mieux son entreprise: lui-même. Il considère son corps, ses capacités, ses sentiments, ses relations comme des investissements qu’il pense pouvoir gérer rationnellement, en bon manager. Il n’est plus soumis à la dictature de la marchandise, il est devenu marchandise. Il a fait siennes les lois du système capitaliste dont il n’est que le produit et il reproduit à son échelle, envers lui-même et les autres, les mécanismes de domination: exploitation, aliénation, réification. Dés lors le monde ne peut avoir comme seul sens que celui d’un grand marché où tout se vend, où tout s’achète, où tout le monde est en concurrence avec tout le monde, où rien n’est vrai et où tout est permis.

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Retour à l’essentiel

On rejoint alors la deuxième définition du mot aliénation donnée par le dictionnaire: «trouble mental passager ou permanent qui rend l’individu comme étranger à lui-même et à la société où il est incapable de se conduire normalement».

Dans le système capitaliste les hommes ne contrôlent pas leur propre activité productive mais sont dominés par les résultats de cette activité. Cette forme de domination prend l’aspect d’une opposition entre les individus et la société, qui se constitue en tant que structure abstraite. Cette domination abstraite est exercée sur les individus par des structures de rapports sociaux quasiment indépendantes, médiatisées par le travail déterminé par la marchandise. Le système capitaliste c’est cette société individualiste où se sont constitués des rapports sociaux tellement objectivés qu’ils ont pris une indépendance complète à l’égard des individus. C’est cette domination abstraite qui amène à la domination de classe et non le contraire. Dénoncer les banques et les oligarchies financières, prendre l’argent aux riches pour le donner aux pauvres, ne changeront en rien les structures du système de domination capitaliste et ne mettront donc pas fin à l’aliénation. Comprendre l’aliénation ce n’est pas en sortir car personne n’est en dehors de ce système et ne peut s’en faire le critique en prenant une position extérieure. Mais la comprendre c’est déjà faire un effort pour en prendre conscience, comprendre que cette domination a une histoire et chercher les voies permettant de la dépasser. Car il ne s’agit pas de revenir à «un bon vieux temps» d’avant l’aliénation, il s’agit de s’approprier ou de se réapproprier ce qui s’est constitué sous une forme aliénée.

Paru initialement dans le numéro 54 dans la revue Rébellion

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Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

ÉTEIGNONS LES ÉCRANS RALLUMONS NOS VIES

construction_ruines

Réactualisation 2022 : « L’anarchie (pas seulement) pour la jeunesse : mieux comprendre pour mieux agir » PDF (Résistance 71 et JBL1960)

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Astyle

Résistance 71

19 juin 2022

Jo a réactualisé notre texte publié en 2017 « L’anarchie pour la jeunesse : mieux comprendre pour mieux agir » dans une version tenant compte de la réalité changeante de l’oppression dans ses détails récents.
Ne jamais oublier une chose fondamentale : l’anarchie est ancrée au plus profond de la société humaine, elle en est une matière primordiale. L’Anarchie n’est ni un dogme, ni une doctrine, ni un « -isme » de plus… L’Anarchie est un mode de vie, la concrétisation de la Raison dans l’histoire.

A (re)lire et diffuser sans aucune modération… Le PDF dans sa version 2022 :

l’Anarchie-expliquée-à-la-jeunesse-revisé_2022

vivelacommune

Un autre appel du 18 juin… 1937 celui-là !

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Etat_revolution_anarchiste

Union Communiste : Action sans confusion !

Source :
http://guerredeclasse.fr/2022/06/10/union-communiste-il-faut-agir-mais-pas-dans-la-confusion/

Tract distribué il y a 85 ans, le 18 juin 1937 au Vel d’Hiv’ de Paris lors d’un meeting politique.

18 juin 2022

Union Communiste
Camarades anarchistes ! Ouvriers révolutionnaires !

Vous avez été conviés à ce meeting pour écouter la voix de la C.N.T. C’est en effet au nom du Comité national de la C.N.T. que Garcia Oliver et Federica Montseny parleront, mais ce n’est pas au nom des ouvriers révolutionnaires d’Espagne, ni des membres de la C.N.T. et de la F.A.I.

Garcia Oliver et Federica Montseny sont deux ministres anarchistes du gouvernement Caballero, lequel gouvernement porte la responsabilité d’avoir provoqué les journées de mai à Barcelone et réprimé le mouvement des ouvriers qui, en armes, défendaient leurs conquêtes menacées.

Garcia Oliver et Federica Montseny sont les plus représentatifs de ces dirigeants de la C.N.T. et de la F.A.I. dont les « Amis de Durruti » ont qualifié ainsi le rôle au cours des journées de mai :

« Nous savions par avance que les comités responsables de la C.N.T. ne pouvaient faire autre chose que de mettre des obstacles à l’avance du prolétariat… Nous sommes les Amis de Durruti et nous avons suffisamment d’autorité pour désavouer ces individus qui ont trahi la classe ouvrière par incapacité et par lâcheté. Quand nous n’avons plus d’ennemis en face, ils remettent de nouveau le pouvoir à Companys, l’ordre public au gouvernement réactionnaire de Valence, et la Conseillerie de Défense au général Pozas. La trahison est formidable. » (Manifeste des « Amis de Durruti » du 8 mai).

Ceux qui ont dit cela luttaient à la tête des ouvriers révolutionnaires de Barcelone, sur les barricades, alors que Garcia Oliver et Federica Montseny accouraient de Valence pour lancer, du poste de radio de la Généralité, des appels au calme et à la cessation de la grève générale.

C’est la trahison des Garcia Oliver, Federica Montseny et de la direction cénétiste qui a permis aux staliniens et aux gardes d’assaut d’assassiner lâchement de nombreux militants révolutionnaires, parmi lesquels C. Berneri et le jeune Francisco Ferrer; et si depuis mai, le gouvernement de Valence peut se permettre de pourchasser les camarades des Amis de Durruti, du POUM, des Jeunesses libertaires et poumistes, ainsi que tous les ouvriers qui veulent conserver leur armes pour défendre les conquêtes de juillet, les Garcia Oliver et Federica Montseny en portent la responsabilité.

Camarades anarchistes ! Ouvriers révolutionnaires !

L’Union anarchiste vous demande de taire vos critiques et de répondre avec « bienveillance » à l’appel du Comité national de la C.N.T. C’est impossible.

Solidarité internationale effective avec les travailleurs espagnols, oui. Avec ceux qui les ont trahis, non.

Ceux qui, seuls, pourraient exprimer à ce meeting la position des ouvriers de la C.N.T. et de la F.A.I., ceux-là sont emprisonnés ou contraints à l’illégalité pour échapper à la répression.

Garcia Oliver et Federica Montseny viennent essayer de justifier leur trahison. Ils vous diront que pour conserver l’unité du front antifasciste, il fallait éviter de triompher des forces contre-révolutionnaires. « Ni vainqueurs, ni vaincus », disaient-ils, pour faire cesser le combat dans les rues de Barcelone.

En fait, après avoir, depuis le 19 juillet 1936, capitulé bien des fois devant les exigences de la bourgeoisie, au nom de l’unité antifasciste, les dirigeants anarchistes en sont arrivés à trahir ouvertement la cause ouvrière.

L’unité antifasciste a été la soumission à la bourgeoisie, elle a mené aux victoires militaires de Franco et aux victoires de la contre-révolution à l’arrière du front.

Camarades, la lutte des classes ne connaît pas de trêve. L’évolution de la situation en Espagne a montré que la bourgeoisie n’a qu’un ennemi : le prolétariat. Pour ne pas l’avoir compris à temps, les travailleurs espagnols viennent de subir une grave défaite. Et maintenant, la bourgeoisie « républicaine et démocratique » va préparer le compromis avec Franco, sous la pression des impérialismes qui imposent leur « médiation ».

Pour battre Franco, il fallait battre Companys et Caballero. Pour vaincre le fascisme, il fallait écraser la bourgeoisie et ses alliés staliniens et socialistes. Il fallait détruire complètement l’État capitaliste et instaurer un pouvoir ouvrier issu des comités de base des travailleurs.

L’apolitisme anarchiste a fait faillite. Pour n’avoir pas voulu faire la politique du prolétariat, les dirigeants de la C.N.T. ont fait celle de la bourgeoisie. Tel est un des grands enseignements de la lutte de nos frères d’Espagne.

Leur lutte n’est pas terminée

Bien des illusions sont tombées après ces journées de mai. Sans aucun doute, nombreux sont les ouvriers qui se préparent à une lutte acharnée.

Constituer des comités de défense de la révolution est leur mot d’ordre. Le pouvoir aux ouvriers est leur objectif.

Pour vaincre le bloc de la bourgeoisie et de ses alliés staliniens, socialistes et dirigeants cénétistes, ils devront rompre nettement avec les traîtres de toutes tendances. Leur avant-garde, c’est-à-dire les militants révolutionnaires des Amis de Durruti, du POUM, des Jeunesses doit se regrouper pour élaborer le programme de la révolution prolétarienne.

Mais, le prolétariat international doit aussi agir

Sinon, nos compagnons d’Espagne seront définitivement battus et nous aussi. La bourgeoisie internationale, y compris la néo-bourgeoisie russe, s’est coalisée contre la révolution espagnole, malgré les antagonismes qui opposent irréductiblement les différents impérialismes.

En France, le Front populaire, le gouvernement Blum, les partis traîtres, les dirigeants syndicaux agissent d’accord avec la bourgeoisie pour étrangler la révolution espagnole. Et si la république espagnole les intéresse, c’est parce qu’à travers elle, l’impérialisme français peut lutter contre les autres impérialismes.

Au moment où le gouvernement « antifasciste » d’Espagne assassine nos camarades, emprisonne et pourchasse les Amis de Durruti, des Jeunesses libertaires et poumistes, notre devoir est d’appeler les travailleurs de toutes les entreprises, bureaux et chantiers, à passer à l’action directe contre les complices français des contre-révolutionnaires d’Espagne, contre ceux qui s’apprêtent à réduire de nouveau nos propres conditions d’existence, contre ceux qui se préparent à entraîner le prolétariat dans une nouvelle guerre impérialiste.

Il faut agir, mais pas dans la confusion

Les révolutionnaires doivent et peuvent s’unir, mais en brisant tous liens avec les partis traîtres et en combattant nettement dans les syndicats les dirigeants staliniens et réformistes.

II n’est pas d’autre voie pour entraîner le prolétariat à l’action, en toute indépendance de classe, et pour frayer la voie à la révolution prolétarienne mondiale.

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Indépendamment, Jo a réactualisé notre diffusion PDF de 2017 « L’anarchie expliquée à la jeunesse » en une très belle version 2022 tenant compte de l’oppression accrue qui nous étouffe toujours plus, jour après jour, semaine après semaine… A lire et diffuser au grand large :

lanarchie-expliquee-a-la-jeunesse-revisee_2022

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

R71 ON NE SE SOUMETTRA PAS

BPKM

Réflexion supplémentaire sur le peuple en armes (Dr Bones)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 16 juin 2022 by Résistance 71

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“Une milice bien régulée étant nécessaire à la sécurité de l’état libre, le droit du peuple de posséder et de porter les armes, ne doit pas être enfreint.”
~ Second amendement de la Bill of Rights de la constitution des Etats-Unis d’Amérique, James Madison, 1781 ~

“Qui est la milice ? Le peuple entier !” (George Mason)

“Pour préserver la liberté, il est de la plus haute importance que tout le corps du peuple possède des armes.”
~ Richard Henry Lee ~

“Le mal est dans la chose même et le remède est violent. Il faut faire connaître au peuple ses droits et l’encourager à les revendiquer. Il faut lui mettre les armes à la main…”
~ Jean-Paul Marat, 1774 ~

rebellion

Il est grand temps pour les anarchistes de prendre une arme

Dr Bones

2017

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Juin 2022

Imagine un moment que tu es dans un bar et qu’il y a un immigrant devant vous.

Il est peu bavard mais pas antisocial, habillé simplement mais pas mal habillé. Il ressemble à n’importe qui sauf qu’il ne l’est pas. Ce que vous ne savez pas, c’est qu’il a travaillé comme ingénieur dans l’aéronautique et a même aidé à concevoir des télécommandes d’avions, par lesquelles les contrôles manuels de l’appareil sont complètement remplacés par des ordinateurs et des logiciels. Mec intelligent, bourré de talent, å “haute énergie” comme le dirait Il Duce ; une histoire du succès de l’Inde et directement de la mythologie américaine.

Maintenant derrière lui, un son nouveau, vieux et angoissant, vous entendez un cri infernal *FOUS LE CAMP DE MON PAYS !”

Qu’est-ce que c’est que ce truc ? On dirait qu’il y a comme une bousculade vers l’arrière, un mec insultant l’immigrant que vous étudiez, mais le gérant du bar semble être sur le coup. L’homme, qui semble être un vieux con blanc est énervé. Il a quelque chose ce type, mais vous ne savez pas exactement quoi. L’homme part, mais quelques minutes plus tard, revient par la porte. Peut-être a t’il oublié quelque chose ?

Il bute trois personnes dont deux d’entre elles sont des Indiens pris par erreur pour des musulmans.

Peut-être es-tu à une manif’ cette fois-ci, tenant ta pancarte et ressentant le courant électrique de centaines d’autres corps joints en solidarité. Un homme émerge de la foule, te défiant de le frapper. Il éructe vers toi comme un raton laveur malade et profère des injures comme un marin en goguette. Il est peut être bourré penses-tu, ou en tout cas trop parti pour vraiment savoir de quoi il retourne. Quelqu’un d’autre le pousse

Il sort un pistolet et tire. Il ne sera accusé que d’agression.

Et ceci n’est que la partie émergée de l’iceberg. Nous ne sommes pas encore un an dans le règne d’un nouvel empereur que déjà le climat politique est hautement toxique, un nuage nauséabond non seulement étouffe ceux les plus à risque dans nos communautés, mais aussi les gens qui cherchent à les défendre. Des gens ont demandé à ce que les antifas soient déclarés terroristes, des gouvernements d’état écrivent des lois pour permettre aux manifestants d’être écrasés et de voir leurs propriétés confisquées, volées.

C’est une situation qui n’est pas sans rappeler celle des “illégalistes” français du début du siècle :

Contre nous, toutes les armes sont bonnes ; nous sommes en territoire ennemi, encerclés, harcelés. Les patrons, les juges, les soldats, les flics, s’unissent pour nous briser.

Être une personne qui pense dans ce pays de barbares, c’est être un criminel et c’est avec une ferveur toujours plus accrue que les tribus loyales au nouvel empereur planifient de nous faire la guerre. Il y a des millions de personnes assises devant la télé alors que je tape ces mots et qui ne verraient rien de mal à ce que quelques centaines de vies par an soient sacrifiées pour “garder les gens dans les clous” et vous pouvez être sûrs que des gens comme toi et moi seront parmi les sacrifiés. Les flics ne les arrêtent pas, ils échangent des textes racistes ; ils consolent ceux qui ont tué des enfants noirs désarmés et leur disent que ce qu’ils ont fait était pour la juste cause.

Être un anarchiste, communiste, anti-capitaliste ou insurgé inter-sectionnel, c’est être potentiellement marqué pour la mort. Ceci n’est pas une métaphore, ceci est la vie réelle.

Si  vous patrouillez les rues de Syrie avec une batte de baseball, on vous prendra pour suicidaires ; si votre “guerre contre l’État” n’a consisté en rien d’autre que mettre le feu, toutes les casernes de pompier du pays seront largement assez équipées pour s’occuper même de vos raids les plus audacieux.

Les gens qui soutiennent en masse les politiques et les politiciens qui veulent vous voir dans un cercueil, ont la gâchette facile depuis quelque temps. Je pose ici une simple question : Avez-vous les outils pour non seulement vous protéger mais aussi protéger ceux auxquels vous êtes attachés ?

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Le grand malheur

Ne nous masquons pas la face : les “radicaux” sont aussi loin des “révolutionnaires” que le poulet du T-rex. A un moment donné, la “gauche” a arrêté d’être dangereuse pour le système et a presque disparu. Après le bis du syndicat de l’IWW (Industrial Workers of the World) dans les années 30 et que le pouvoir travailliste fut écrasé, après que l’ALF-CIO eut dénoncé les communistes, le seul endroit où vous pouviez trouver le même type de mouvement qui terrorisa les empereurs et présidents devint les dortoirs enfumés des universités ou les marches momentanées dans les rues à moitié vide. Ainsi, les idées de la gauche sur la libération de l’humanité des chaînes du capital furent si lourdement chassées dans le monde physique, qu’elles rentrèrent dans nos têtes.

Mais les temps ne sont plus ce qu’ils furent.

Enragé par les actions de Trump et trahi par les démocrates, le spectre du radicalisme est revenu comme un fantôme en colère déterminé à se venger. Les enfants du millénaire sont fatigués du capitalisme et pourtant la “révolution politique” de Bernie (Sanders) n’a rien donné de tangible. La non-violence n’a montré qu’elle est en fait un super moyen de se faire arrêter.

Oui, la gauche militante semble émerger de la terre comme les cigales de Floride en été, faisant monter un brouhaha en un chœur imperturbable. Quelques signes de la génération militante précédente demeure sur les ailes encore mouillées de ces nouveaux militants. Le Black Bloc est de retour, mais nous nous battons toujours contre les manifestations, les gens formant une chaîne humaine autour de bâtiments n’étant généralement qu’une nuisance et non pas un blocage.

Les anarchistes et militants de toutes sortes sont des castrés, nous mettant dans une zone de danger que les autres pays n’ont pas à connaître. Les républicains ont deux fois plus de chances d’être membres de foyers propriétaires d’armes que les démocrates et environ 6/10 (64%) des propriétaires d’armes à feu se disent “fiers d’être Américains”, environ la moitié des armes de ce pays sont possédés par quelques 3% de la population adulte et bien des armes bon marché à produire (celles avec une culasse mobile manuelle), sont spécifiquement bannies sous l’amendement de la NFA et Hughes, ce qui retire l’auto-protection et les armes d’auto-défense des mains de la classe travailleuse.

Ce n’est pas l’Europe, ce sont les Etats-Unis de cette putain d’Amérique, un fief morose où les gens peuvent rentrer dans une merde de Starbucks avec un flingue et 30 munitions perce-blindages…

Ceci en revient à un imbroglio de sombres implications auxquelles il nous faut penser, une menace cachée de patriotes socialement aisés, armés jusqu’aux dents et bien capables de détruire tous gains qu’un mouvement révolutionnaire pourrait faire en quelques jours. Ils peuvent se permettre de se moquer des émeutes parce qu’ils savent que quand arrive le pire, les moyens d’auto-défense les plus efficaces sont fermement entre les mains d’une classe et d’une idéologie.

Il n’y a pas de spectre qui hante quelque continent que ce soit si ce n’est la FAI et encore seulement dans de petits camps créés spontanément. Les flics et les nazis, de la même manière (mais je me répète) ont pris d’assaut les manifestations et mis en pratique le passage à tabac de qui ils veulent, surtout ceux qui ne posent aucun danger pour les cogneurs. En fin de journée, les flics veulent toujours retourner à la maison et à la minute où ils font face à quelqu’un bien plus capable de leur infliger plus de mal qu’ils n’en font aux autres, ils deviennent alors soudainement des négociateurs et des faiseurs de paix. Rappelons-nous les dégénérés de Malheur Wildlife qui furent traités en ennemis honorables simplement parce qu’ils avaient des armes automatiques qui auraient pu couper un cochon en deux en quelques secondes.

Rappelez-vous aussi qu’ils furent tous acquittés par les jury et qu’ils ne firent quasiment pas de prison.

Comparez cela avec le mouvement de Standing Rock (NdT : l’occupation des sols en territoires indiens contre le passage d’un oléoduc…) où des forces de l’état ont littéralement arraché des bras et des mains (NdT : avec des grenades de “désencerclement”, comme dans les manifs et la répression sanglante des Gilets Jaunes en France) et ce sans répercussion notoire mis à part le fait d’être ciblés sur le moment. Le camp maintenant en ruine, est terminé. L’oléoduc de DAPL sera construit, les gens du commun ont échoué et tout ce qu’ils ont en souvenir ne sont qu’hématomes et blessures.

Mais que se serait-il passé si les flics n’avaient pas été si avides d’estropier de manière permanente les manifestants ou de se ruer sur les camps ? S’ils avaient eu peur ? Et si l’anarchisme et l’anti-capitalisme redevenaient quelque chose dont il faut avoir peur, dont le système doit avoir peur ?

Et si la résistance était armée ?

Le dieu qui a menti

La contestation moderne, émanation survivante du libéralisme, assume que :

  • Les gens au pouvoir se préoccupent de ce que leurs ouailles pensent et ont à dire…
  • Il y a une sorte de champ imaginaire qui nous entoure appelé “droits de l’Homme” que les gens au pouvoir sont moralement obligés de respecter.
  • L’ennemi peut être persuadé ou négativement responsabilisé pour qu’il abandonne tout pouvoir afin de pouvoir former une grande assemblée à l’échelle mondiale et ce sans violence aucune.

Ces idées sont ridicules, elles ne sont qu’un fantasme religieux mort-né des années 60 et traînées à chaque manif’ comme si elles étaient une sorte d’enfant-Christ parfumé au patchouli, envoyées pour nous sauver. Tout ça c’est est du pipeau, un mensonge. Demandez à n’importe quel Afro-américain…

Ces concepts ne sont rien d’autres que des fictions implantées, qui nous sont données par l’État pour nous garder dociles et obéissants ; ceci fut reconnu comme tel il y a un siècle. Les patrons se préoccupent-ils de la nourriture ou du logement des ouvriers qu’ils virent ?  Est-ce que la police se préoccupe de savoir si les “droits” de quelqu’un ont été violés lorsqu’elle matraque les gens ou tire à vue ? Ils vous rabâchent sans arrêt au sujet de la violence tandis qu’ils vous volent presque jusqu’au dernier dollar que vous générez (par votre travail) tout en ayant toujours la menace permanente au-dessus de vous de la force, du chômage et de la famine.

Les droits sont une fiction, un fantôme et le plus tôt vous réalisez que les seuls “droits” que vous ayez sont ceux que vous avez la volonté de défendre et au plus tôt vous pourrez rejoindre le reste de la planète dans ce que nous appelons : la vie.

NdR71 : le grand humoriste et satiriste social américain George Carlin disait ceci à plus que juste titre, sa lucidité et réalisme acerbe manquent à cette époque que nous vivons : “Vous n’avez pas de droits, les “droits” n’existent pas, c’est une fiction, une invention, comme celle du croquemitaine, un beau rêve certes, mais un rêve quoi qu’il en soit… tout ce que vous avez ce sont des “privilèges”, des “privilièges temporaires”, qui peuvent être révoqués à tout moment, suffit de voir la peau de chagrin des libertés qu’il nous reste au fil du temps…”

Enzo Martucci a écrit:

La liberté d’un individu s’arrête là ou s’arrête son pouvoir. Si je le veux et que mon pouvoir me le permet, je peux commander aux autres. Mais dans ce cas, le pouvoir exercé sur eux n’est pas autorité parce qu’ils ne sont en rien obligés de le reconnaître et de le respecter. En fait, s’ils se rebellaient et utilisaient leur pouvoir pour barrer ma tentative de domination, alors tout demeurerait libre sans que personne ne menace plus de régner sur eux.

Nous pouvons mettre des batons dans les roues du pouvoir de plein de façons possibles et les radicaux en ont appris un vaste assortiment, pourtant nous ne semblons jamais tenter de rendre cette idée de tentative de domination, dangereuse. Nous marchons dans les rues chaque jour, nus en quelque sorte et espérons sincèrement que notre faiblesse soit respectée, comme si notre fragilité était une vertu.

Nous protestons des lois qui permettent à des gens de nous écraser et de pulvériser notre crâne sous une demie tonne d’acier ; nous mendions aux mêmes personnes qui nous défoncent avec des matraques, d’éventuellement nous respecter. Nous ne demandons aucune dignité, nous couinons pour avoir la permission d’être traités comme si nous en avions une.

Est-ce cela l’anarchisme que nous voulons ? La vaste majorité de ce qui passe pour de “l’action directe” de nos jours n’est rien de plus qu’appeler l’Ennemi à être un meilleur seigneur au lieu de nous rendre de fait ingouvernables.

Cette tactique n’a jamais marché et l’idée que des gens, encerclés par des hommes et des femmes violents défendant des lignes imaginaires faites par les corps de millions, les croiraient tient en fait plus d’un phénomène hallucinatoire de masse que de quelque fait politique que ce soit.

Alors que j’écris ces lignes, un flic vient d’arrêter une voiture là dehors, devant ma fenêtre, le faisceau de sa torche le rugissement silencieux du fait qu’il a attrapé sa proie. S’il ne met pas la personne interpellée en détention de force, il va au moins la voler pour le paiement de l’utilisation de sa protection, véritable racket de voie publique. Nous continuerons notre chemin, même s’il tabasse cette jeune blonde, parce que nous sommes trop faibles pour vivre sans lui.

S’il la tuait maintenant, que se passerait-il ? Pourquoi ne le ferait-il pas ? Qu’a t’il a perdre ? Que risque t’il s’il lui pétait la boîte crânienne et éclaboussait les vitres de sa matière cervicale dans une orgie de neurones en ébullition et d’adrénaline ? Rien de sa part à elle, rien de la communauté l’environnant. Les cases de tous les Oncle Tom resteront tranquilles et après quelques protestations et pétitions d’usage, le flic retournera faire son racket de voie publique.

Parce que lui et tout son département de flicaille savent parfaitement qu’ils n’ont rien à craindre. Que nous dépendons d’eux.

Prenez VOS armes et déclarez VOTRE guerre

Je vais le dire directement : une personne armée en en contrôle. Une communauté armée n’est pas seulement capable de se défendre elle-même et donc de se libérer de la “protection” de la police, mais mieux encore, elle peut faire respecter ses propres valeurs sur le monde qui l’entoure. Quand un flic vous dit par exemple de retirer un t-shirt jugé provocateur comme par exemple un t-shirt de BLM, vous obéissez parce que la simple peur de la violence ou de la mort vous fait obéir. Vous n’évaluez pas les conditions et le flic, pour savoir si vous pourriez le battre ou le mettre au sol, parce que vous savez que rien n’arrêtera un munition creuse de 9mm de pénétrer dans votre visage comme dans du beurre.

Il n’y a aucune raison pour les anarchistes de ne pas faire la même chose.

Les membres du Ku Klux Klan sont terrifiés à la vue d’une arme chargée. Les nazis sont moins enclins à rouler des mécaniques quand ils savent qu’un 357 magnum va détruire en moins d’une seconde ce qu’ils ont mis des années à construire. Sortir une arme face à un flic est une condamnation à mort, pourtant la simple idée qu’un flingage pourrait avoir lieu est souvent suffisant pour qu’ils gardent de bonnes manières.

Robert F. Williams fut un exemple classique de cette tactique en action.

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Robert F. Williams allait devenir le leader de Mabel, la branche de Caroline du Nord du NAACP et il organisa une milice noire pour combattre le Ku Klux Klan, au grand désarroi des plus modérés du mouvement des droits civiques. Williams était un ancien combattant de la seconde guerre mondiale et partagea son savoir et ses techniques accumulés avec ses compagnons de lutte afin de riposter à la violence du KKK et des Conseils Citoyens Blancs. Ceci prouva être particulièrement efficace ; par le simple fait d’être armées, les milices noires parvinrent à effrayer et dissuader les hommes du Klan.

Mais où donc est passée cette putain de politique ? Quand avons-nous commencé à demander quelque chose au lieu de le prendre ? Pourquoi avons-nous laissé l’ennemi dicter ce qui est acceptable pour nous ou pas ? Pourquoi nous sommes-nous couchées de peur et de faiblesse ensemble plutôt que de nous dresser fièrement sous notre propre autorité ?

Révolution et insurrection ne doivent pas être regardées en tant que synonymes… La Révolution vise à de nouveaux arrangements ; l’insurrection nous mène à ne plus nous laisser dominer, mais à arranger nous-même notre société et à ne pas garder d’espoir fumeux sur les ‘institutions’.

Quand nous commençons à nous libérer nous faisons le chemin de la liberté des autres.

Les armes peuvent être le grand niveleur : il n’y a pas besoin qu’elles soient chères, pas besoins qu’elles soient particulièrement sophistiquées et elles peuvent être portées et utilisées par les malades comme les sains, jeunes ou vieux, hommes ou femmes. Tout le monde peut les utiliser pour arranger le monde alentour.

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Les armes à feu sont l’anarchie en action, un outil qui vous libère instantanément de la dépendance à une hiérarchie autoritaire. VOUS pouvez soudainement arrêter un cambriolage. VOUS pouvez arrêter un viol. VOUS pouvez même empêcher les ordures racistes de montrer leurs sales gueules dans le voisinage, que ce soit individuellement ou collectivement (NdT : milices, rappelons-nous de la France des sections de 1790-93, qui ont fait trembler la bourgeoisie au point qu’elle les supprima par la bande et la transforma en une “garde nationale”, entité paramilitaire sous contrôle étatique, tandis que les sections étaient le peuple en armes et organisés régissant sa propre autorité. Quelle différence y a t’il entre un sans-culotte et un gilet jaune ?… Le Sans-culotte était armé et la France des sections fut une réalité politico-sociale efficace !…), aucune autorité n’est impliquée, pas de 17 à composer ou d’infrastructure à maintenir, rendant de facto l’État obsolète sans avoir à dépendre de ces fantômes de “droits” et de “lois” ou de quelque croyance religieuse disant que “au fond, tout le monde est bon.”

Lorsqu’il devient clair que faire une action de voiture bélier et menacer la vie d’anarchistes lors d’une manifestation ou sortir une arme contre des manifestants, devient potentiellement mortelle, alors l’escalade arrêtera. Lorsque la police saura qu’ils risquent plus qu’une mise à pied de deux semaines de congés payés de plus lorsqu’ils viennent terroriser un voisinage, alors le harcèlement cessera et fissa… Lorsqu’il est certain qu’un violeur ne vivra pas assez longtemps pour mendier la pitié d’un juge complaisant, le patriarcat battra en retraite.

Tout anarchiste avec une arme est l’anarchisme rendu réel, une force efficace capable de tenir le monde pour responsable et de demander l’autonomie, le même monde qui est actuellement retranché derrière des murs, des grillages, des badges et des uniformes que des gens comme vous et moi ont construit, génération après génération, de nos mains nues seulement pour nous le voir voler par des diktats de soi-disants “marchés” et les propriétaires qui nous traitent comme du bétail !

Et bien camarades, allez-vous continuer à les laisser vous voler ? Allez-vous continuer de vivre comme un pacifiste dans un troupeau bien domestiqué ? Allez-vous continuer à laisser l’État et la bourgeoisie voler votre valeur, votre temps, vos corps et vos vies tout en rançonnant votre sécurité afin que vous continuiez à obéir ?

Ou allez-vous commencer à les voler en retour, une par une…

… sous la menace d’une arme ?

Si vous ne pouvez pas voler de propriété de l’État…

… au moins, volez-vous en retour pour votre existence.

= = =

Lecture complémentaire : “Espagne 36 : le peuple en armes”

PDF du Dr Bones sur Résistance 71 :

Le-capitalisme-est-un-culte-de-la-mort-la-science-une-pute

DrBones_Insurrection et Utopie

DrBones

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

RFW_je_ne_ramperai_pas
« Je ne ramperai pas » (Robert F. Williams)

JPMarat_CTscan_masque_mortuaire

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(R)évolution pratique : les vieux révolutionnaires ne meurent pas… Ils sentent juste comme ça

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Silhouettes révolutionnaires

Kevin Annett

Juin 2022

Texte reçu par courriel de Kevin

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Vancouver: Mai 1974

Je venais juste d’avoir 18 ans lorsque j’ai rencontré Jack Thompson. Il travaillait comme gardien et agent d’entretien du Woodland Park, où, en ce jour particulier, se déroula une grosse manifestation des travailleurs. Quelque chose attira mon attention au sujet du vieil homme alors qu’il vaquait à ses fonctions, semblant insouciant et inattentif aux discours rauques et passionnés qui se produisaient et au bruit des applaudissements et des soutiens vocaux.

Un de mes potes du syndicat des postiers remarqua que je regardais avec attention cet ancien et il me dit avec un sourire :

“Tu n’en sais sûrement rien, mais le vieux Jack là-bas, était un vrai démon dans sa jeunesse. De la grande grève générale de Winnipeg à la longue marche sur Ottawa, quelque mouvement que ce soit, il en était au cœur même.”

C’était le printemps de ma dévotion et les premières graines de ma conscience politique se languissaient d’être arrosées. Après ma dernière incursion aux toilettes, je m’approchais de Jack, qui était en train de vider une poubelle.

“Avez-vous vu un de ces tracts ?” Lui demandais-je en lui en tendant un au sujet de la manif’, dont l’objectif était de s’opposer au programme de contrôle des salaires par le gouvernement de Trudeau (père).

Jack grogna.

“Tout ça c’est des conneries”, prononça t’il, balançant un sac poubelle dans son chariot. “Pas de cette manière qu’on arrête ces salopards.”

Jack avait des yeux perçants, clairs comme du cristal qui contrastait avec son apparence générale négligée. Son expression transpirait la sagesse et l’expérience bien au-delà de ce que je pouvais imaginer. Il pouvait voir que j’avais faim de savoir.

Jack avait immigré des bidonvilles de Birmingham quand il était enfant et avait fait tous les boulots de merde possibles et imaginables à travers le Canada. A mon âge, il avait déjà été battu, passé à tabac de nombreuses fois, jeté en prison et mit sur liste noire pour être un organisateur syndicaliste. Sous un faux nom, il trouva un emploi comme mécanicien aux chemins de fer de Winnipeg, juste à temps pour y rejoindre les 40 000 autres travailleurs de la grève générale de l’été 1919.

“Ils disent maintenant que c’était au sujet de la reconnaissance syndicale et l’augmentation des salaires, bien sûr que ça l’était, mais nom de dieu il n’y avait pas que ça !” Se rappelait Jack plus tard alors que nous entreprîmes de partager quelques bières au Waldorf sur East Hastings.

“La révolution était dans l’air frère, et pas à cause de la Russie et des bolchéviques. Tous ces anciens combattants de la première guerre mondiale voulaient obtenir quelque chose pour tous ces yeux, bras et jambes qu’ils avaient perdus. Nous savions tous qu’il fallait en finir avec le patronat ; mais seulement quelques uns d’entre nous savaient comment il fallait faire.”

Tous les rouges que j’avais connus jusqu’ici étaient de type universitaire qui auraient pu vous expliquer toutes les intrications de l’économie marxiste, mais n’avaient aucune expérience concrète de lutte. Jack était absolument authentique. Il portait les cicatrices personnelles qui montraient que le système n’était pas fait pour servir tout le monde, mais seulement les riches et les sans pitié. Il n’avait pas perdu un gramme de sa motivation radicale au cours de ces  presque soixante dernières années.

“Le problème de nos jours, c’est que les gens sont trop gras, ils s’attendent à ce que ce soit toujours simple et facile. Chez les Wobblies (NdT : membres du syndicat anarchiste de l’IWW ou Industrial Workers of the World) on avait l’habitude de dire : vous ne pouvez pas faire la peau du capitalisme morceau par morceau, vous devez tuer la bête entière. Mais les temps faciles font que les gens oublient contre qui et quoi ils font vraiment face.”

Jack fut marié une fois, mais elle l’avait quitté il y a bien des années. Il n’avait pas d’enfants, pas d’amis, il était seul. Mais la solitude et le regret ne semblaient pas avoir de prise sur lui. C’était un roc de réalisme.

“Si tu t’attaques au système sans jamais fléchir, tu ne peut attendre aucune accolade, aucun bouquet et aucune pension. J’ai maintenant 74 ans, je vis avec le SMIC. Je n’ai rien à montrer de toutes ces années de lutte sociale ; je n’ai que la satisfaction d’avoir fait ce que je devais faire. Personne ne veut se rappeler des vrais révolutionnaires petit, ils ont bien trop peur de nous. Nous sommes toujours une sorte de menace permanente qui ne s’éteint jamais. C’est pourquoi jamais personne ne vient me voir pour me demander ce qu’était cette époque, pas même ces soi-disants “gauchistes”…”

“Mais moi je demande,” répliquais-je. Et durant le temps que nous avons eu ensemble, j’ai puisé de la vie de Jack une partie de l’inspiration qui me mena sur mon propre bon chemin rouge.

Ce n’est que plus tard que j’ai appris à quel point Jack Thompson fut une grande figure du mouvement ouvrier radical du Canada et fut clef dans les grandes victoires sociales qui ont nourri tant de personnes et sur les épaules desquelles nous, insurgés sans peur et sans reproche, nous nous juchons. Il a vécu sa vie exclusivement pour les autres et pour le plus haut idéal d’une humanité émancipée. Et pourtant, chaque nuit, il s’asseyait, seul, dans son tout petit appartement de Woodland Park à la lumière de sa flamme toujours brûlante et si riche de souvenirs et de buts, alors que le monde continuait cahin-caha dans la banalité imperturbable de l’assassinat officiel et de la folie consommée.

Je pense toujours plus à Jack Thompson ces jours-ci, alors qu’un autre demi-siècle vient de s’écouler. La vieillesse nous a tendu une embuscade à tous deux avec la compréhension qu’à la fin, tout ce qu’il nous reste est notre fibre propre et cet amour que nous avons démontré dans les batailles radiantes que nous avons perdues et gagnées et qui ont nourri les générations suivantes.

Jack mourut trois ans plus tard, seul, mais toujours présent à la mémoire d’un petit nombre. Sur sa pierre tombale est gravée la faucille et le marteau avec cette inscription :

“Une blessure à l’un est une blessure pour tous. Prolétaires du monde, levez-vous !”

Kevin Annett sur résistance 71 :

« Meurtre par décret, le crime de génocide au Canada »

« Le bouclier du lanceur d’alerte »

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Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

solidarity_forever

KA1

vive_la_commune!
Vive la Commune !…