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Trêve estivale et conscience politique… Conseils de lecture

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, sciences et technologies, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 29 juillet 2019 by Résistance 71

 

29 juillet 2019

 

Nous nous mettons en sourdine jusqu’en septembre. Quelques projets en cours… Ci-dessous quelques conseils de lecture pour affûter nos consciences politiques de rentrée et au-delà, en provenance de notre page / bibliothèque PDF gratuite à consulter et diffuser sans aucune modération. La biblio contient 123 pdf à télécharger gratuitement. Tout ce que nous demandons en échange de ce travail, de ces centaines d’heures passées au service de la communauté à lire, traduire, écrire, mettre en page (aussi pour Jo) est que les lecteurs diffusent profusément toutes les lectures qu’ils jugeront utiles et pertinentes ; plus nous serons sur la même longueur d’onde et plus vite mettrons-nous en place la société des sociétés. Merci par avance.

Bon été et bonne lecture à toutes et à tous.

Collectif Résistance 71

MAJ du 5 août 2019:
« La parole aux anarchiste iraniens et afghans sur la situation géopolitique courante et les tensions avec l’empire »
(Nous republierons cet entretien en entier en septembre)

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Quelques lectures que nous conseillons particulièrement (classification par ordre de date de publication du plus récent au moins récent):

Cette toute dernière production de Jo que nous rajoutons ici ce jour:
Charles-Macdonald_anthropologie_de_l’anarchie

et…

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Dean Henderson NOM 4 cavaliers apocalypse pétrolière et familles banquières de l’oligarchie

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

Manifeste pour la Société des Sociétés

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

La_City_de_Londres_au_coeur_de_lempire

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Dieu et lEtat_Bakounine

Au sujet d’un 11 septembre nucleaire

Effondrer le colonialisme

Compilation Howard Zinn

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Sutton_Le_meilleur_ennemi_quon_puisse_acheter

Sutton_Wall_Street_et_la_montée_d’Hitler

Sutton_Wall-Street_et_la_Révolution_Bolchévique

Théorie Russo Ukrainienne de l’Origine Profonde Abiotique du Pétrole

On a retrouvé l’histoire de france (Jean Paul Demoule)

confederalisme_democratique

Manuel_du_sceptique_climatique_No1

Manuel du Sceptique II-V4

Un Monde sans Cancer, l’histoire de la vitamine B17

kropotkine_science-etat-et-societé

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

Appel au Socialisme Gustav Landauer

A lire également: « Les articles de Résistance 71 »

 

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Résistance politique: Vrai il y a 224 ans… toujours on ne peut plus vrai aujourd’hui !…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 24 juillet 2019 by Résistance 71

“La possession individuelle est la condition de la vie sociale, cinq mille ans de propriété le démontrent. La propriété est le suicide de la société. La possession est un droit, la propriété est contre le droit. Supprimez la propriété tout en maintenant la possession et, par ce simple changement de principe, vous révolutionnerez la loi, le gouvernement, l’économie et les institutions, vous chasserez le mal de la surface de la terre.”
~ Pierre Joseph Proudhon, 1840, “Qu’est-ce que la propriété ?” ~

 

 

Contre le droit de propriété

 

François-Noël “Gracchus” Babeuf

“Le tribun du Peuple” du 21 novembre 1795

 

Tu m’accordes le fond des principes sur le fameux droit de propriété. Tu conviens avec moi de l’illégitimité de ce droit. Tu affirmes que c’est une des plus déplorables création de l’erreur humaine. Tu reconnais aussi que c’est de là que découlent tous nos vices, nos passions, nos crimes, nos maux de toutes espèces.

Quand ce peuple est éclairé, capable d’entendre et disposé par sa position à saisir avec avidité cette vérité précieuse : les fruits sont à tous, la terre à personne ; et quand Antonelle se trouve là et lui dit encore l’état de communauté est le seul juste, le seul bon ; hors de cet état il ne peut exister de sociétés paisibles et vraiement heureuse ; je ne vois pas pourquoi ce Peuple, qui veut nécessairement son bien, qui veut par conséquent tout ce qui est juste et bon, ne pourrait pas être amené à prononcer solennellement son vœu pour vouloir vivre dans le seul état de société paisible et vraiement heureuse. Loin qu’on puisse dire, à l’époque où l’excès de l’abus du droit de propriété est porté au dernier période : loin qu’on puisse dire alors que cette fatale institution a des racines trop profondes, il me semble qu’au contraire, qu’elle perd le plus grand nombre de ses filaments, qui, ne liant plus ensembles les soutiens principaux, exposent l’arbre au plus facile ébranlement. Faites beaucoup d’impropriétaires, abandonnez-les à la dévorante cupidité d’une poignée d’envahisseurs, les racines de la fatale institution de la propriété ne sont plus inextricables. Bientôt les dépouillés sont portés à réfléchir et à reconnaître que c’est une grande vérité, que les fruits sont à tous et la terre à personne ; que nous sommes perdus que pour l’avoir oublié ; que c’est une bien folle duperie, de la part de la majorité des Citoyens, de rester l’esclave et la victime de l’oppression de la minorité ; qu’il est plus que ridicule de ne point s’affranchir d’un tel joug, et de ne point embrasser l’état d’association, seul juste, seul bon, seul conforme aux purs sentiments de la nature ; l’état hors duquel il ne peut exister de sociétés paisibles et vraiment heureuses. La Révolution française nous a donné preuves sur preuves que les abus, pour être anciens, n’étaient point indéracinables ; qu’au contraire ce fut leur excès et la lassitude de leur longue existence qui en a sollicité plus impérativement le destruction. La Révolution nous a donné preuves sur preuves que le Peuple Français pour être un grand et vieux Peuple, n’est point pour cela incapable d’adopter les plus grands changements dans ses institutions, de consentir aux plus grands sacrifices pour les améliorer. N’a-t’-il pas tout changé depuis 89, excepté cette seule institution de la propriété ?

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A lire aussi:

Michel_Bakounine_La_Commune_de_Paris_et_la_notion_detat

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

jpmarat_transcription.685numeros_de_l’ami_du Peuple

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

JP-Marat_Les_chaines_de_lesclavage_Ed_Fr_1792

Proudhon_Quest_ce_que_la_propriete

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

Manifeste pour la Société des Sociétés

Les_amis_du_peuple_révolution_française

 

Gilets Jaunes: Brève revue de la 3ème Assemblée des Assemblées de Montceau-les-Mines des 28-30 juin 2019

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Brève relation sur  la 3ème assemblée des assemblées de Montceau-les-Mines (28-29-30 juin) 

 

par un mandaté du rond-point des Vaches 

de St.-Etienne-du-Rouvray banlieue sud de Rouen  

 

Juillet 2019

  

Un grand chapeau bas aux Gilets Jaunes du Magny et de la région pour cette 3ème ADA. Toutes les critiques que nous pouvons émettre sur l’organisation ou le fonctionnement ne réduiront aucunement ce retour de sympathie que nous leur adressons fraternellement. 

  Rappelons les six axes de réflexion proposés aux 250 groupes pour 650 environ mandatés et observateurs G.J et travaillés en groupes, avec quelques commentaires succints. 

1 Le référendum d’initiative partagée.

   Il concerne la non privatisation des Aéroports de Paris. Il y a eu ici une unanimité pour la tenue du RIP ce qui demandera donc une très forte mobilisation. 

2 Doit-on et/ou peut-on sortir du capitalisme ?

   La synthèse finale de cet axe semblait ne pas correspondre aux discussions lors des débats des groupes sur ce sujet. Aussi certains ont décidé de la refaire, ce qu’ils ont entrepris le dimanche matin près de votre serviteur qui s’occupait d’un stand pour distribuer l’affiche « le briseur de chaines de l’arène social ». Les trois « G.J » qui s’activaient à l’écriture se sont focalisés sur le rappel de la définition du capitalisme dans un langage marxeux, pas une seule fois je ne les ai entendus parler du  travail des groupes de réflexion qu’ils étaient censés synthétiser. Bigre ces trois là refaisaient le monde avec fébrilité ! Pour les taquiner j’ai demandé à une des rédactrices une seule phrase pour définir le capitalisme, elle m’a répondu immédiatement : « c’est la surexploitation de l’homme par l’homme ». Dans cette époque de confusionnisme j’aurais pu lui faire remarquer idiotement son manque de féminité mais j’ai préféré lui rétorquer sérieusement que l’on retrouvait cette surexploitation à Athènes au Vème siècle avant J C et que ce n’était pas encore le capitalisme. Aïe aïe aïe ! Corriger la copie ! Nous verrons plus loin comment a été accueillie leur prose. Je note cependant que la plupart ne connaissent pas  ou ne comprennent pas la meilleure critique positive de Marx, jamais réfutée à ma connaissance,  celle de J.- P. Voyer  dans son livre de 1976 : « Une Enquête sur la nature et les causes de la misère des gens » éd Anonymes  (voir à partir du 2ème chapitre : Confidential report)(1) et je me range avec humilité aux cotés des G.J du Magny pour lesquels cette question les laisse encore « perplexes, divisés et méfiants ». Nous ne sommes pas obsédés par le but, nous construisons notre chemin… Et j’ai de plus en plus de mal à supporter les relents méphitiques des idéologies politico-religieuses !

(1) disponible sur le site :http://leuven.pagesperso-orange.fr/ rubrique : « publication ».

3 Les assemblées citoyennes locales. 

  Ce terrain d’expérimentation intéresse beaucoup les G.J des zones rurales et péri-urbaines avec lesquels j’ai pu discuter : terrain prêté par le maire ou un paysan, bâtiment quelquefois… J’en profite pour saluer tous les G.J que j’ai rencontrés, ceux du Gard,  du  Morvan, , de l’Aude, de Lot-et-Garonne, de Metz… et le très sympathique Nico de  Dieppe, mon  compagnon de voyage.

4 Occuper le terrain. 

   Comment assurer notre visibilité puisque c’est précisément là-dessus que nous sommes combattus. Diverses opérations ont donc été discutées (Tour de France cycliste, fête du 14 juillet…)

5 Les ada, assemblée des assemblées. 

Comment renforcer, améliorer cette assemblée. Notons d’abord qu’il est fort dommage que l’ appel de Commercy (chapeau bas aussi aux G.J de là-bas pour le travail effectué) du 26 janvier pour la première assemblée des assemblées s’est adressé à des comités populaires locaux (sic !) autrement dit à  des groupes ou collectifs qui n’avaient absolument pas l’expérience de vie, le vécu relationnel des G.J des ronds-points ou de ceux qui, trop éloignés, les accompagnent dans leurs opérations. La porte était grande ouverte pour ceux qui apprécient de débattre confortablement assis sur le « vivre ensemble », grande ouverte pour confondre Gilets Jaunes et soutiens aux Gilets Jaunes(1). La 3èmè ADA ne fait que confirmer cette présence ennuyeuse des « G.J » de centre ville que l’on remarque vite par le style laborieux du langage militant ou de l’activisme lourdingue (évidemment je connais des G.J de centre ville qui ont un grand savoir-vivre mais la tendance dominante est à la lourdeur !) 

(1) cf http://laviedesidees.fr/La-banlieue-jaune.html et surtout les articles sur les Gilets Jaunes sur le site https://collectiflieuxcommuns.fr/ qui a accepté de publier notre courte thèse : « Des différences – comportementales, psychologiques-sociologiques-financières entre Gilets Jaunes péri-urbains et « Gilets Jaunes » du centre ville à Rouen »  

6 Les convergences. 

Quatre groupes composaient cet axe de réflexion. C’est en participant à un de ces groupes que l’idée m’est venue, grâce à deux Gilets Jaunes, de remplacer le terme « convergence » par « alliance » et de préciser l’apport de notre mouvement comme « protection et avancée du bien commun » plutôt que « défense de l’intérêt général » dans les futures alliances. Là aussi on a eu droit en plénière à la vieille chanson de cette gauche faussement appelée radicale que l’on retrouve dans les centres des villes   importantes  avec l’appel soporifique du « blocage total du pays » par un jeune emporté alors que les racineux sont les G.J ruraux et péri-urbains.  Si un jour une paralysie réelle des activités gagne le pays ces miltants pseudo-radicaux penseront en être la cause par leurs incantations répétées mille fois et plaquées à chaque mouvement. Indécrottables !

Une précision importante pour les lecteurs :

Après la discussion d’un groupe, deux ou trois personnes effectuent une synthèse écrite. Cette synthèse devrait retourner au groupe qui peut s’en satisfaire, l’amender ou la refondre. A défaut de retour l’esprit vivant de chaque groupe se perd souvent dans la synthèse. De plus quand vous avez 4 groupes pour un thème donc quatre synthèses, que celles-ci ne font pas retour et vont former une synthèse globale, on comprend pourquoi  cette  synthèse globale paraît indigeste à tous ceux qui ont participé au thème.

Quelques anecdoctes très peu croustillantes

Mini pression de groupes de « G.J »   lors de  la déclamation sur l’axe 2 « doit-on et /ou peut-on sortir du capitalisme ? » où la conclusion « il faut détruire le capitalisme »  a été applaudie par certains en scandant « révolution ». Hélas ! La destruction du capitalisme n’implique pas l’établissement d’une société fraternelle et les cendres des staliniens, anti-capitalistes d’Etat bien connus, ont du virevolter de plaisir dans leurs urnes. Aussi applaudissements et scansion n’ont pas pris l’envol escompté, la très grande majorité des G.J attendant avec sérénité que le silence revienne !

Mini pression de groupes de « G.J »  lors de la déclamation sur l’axe 6 « convergence » où la conclusion « blocage total du pays » a été applaudi par certaines en scandant  « anticapitaliste ». Hélas encore ! « le blocage total du pays » n’implique pas l’établissement d’une société fraternelle et les cendres des staliniens, anticapitalistes d’Etat bien connus, ont du virevolter de plaisir dans leurs urnes. Aussi applaudissements et scansion n’ont pas pris l’envol escompté, là encore la très grande majorité des G.J attendant avec sérénité que le silence revienne !  

Ces deux mini-pressions ont été surtout l’oeuvre de « G.J » de centre ville (on les reconnaît vite au fait que la plupart ne portent pas la tunique d’or, la chasuble de l’espoir !), « G.J » pseudo-intellos ou activistes. Attention, je ne divise pas, c’est une simple question d’honnêteté ! C’est une question d’expérience vécue et il importe de reconnaître les différences plutôt que de les dénier.

C’est une majorité des mêmes qui conspuèrent une mandatée qui avait eu le tort de se montrer trop insistante dans son groupe de réflexion pour que les manifs soient déclarées. La pauvrette a versé quelques larmes devant ces manqueurs de savoir-vivre, ces petits insolents, vite fait bien fait réprimandés par les organisatrices et réduits au silence.

Alors que je sortais quelques minutes de la plénière pour fumer une clope, je me suis retrouvé avec un jeune homme et deux femmes. Je ne sais plus comment la discussion est venue sur F. Boulo. Je disais au jeune que s’il voulait être mandaté, François pouvait l’être puisqu’il était G.J, celui-ci me rétorqua « c’est un homme de pouvoir ». Je lui répondis que « ce n’est pas parce qu’il passe dans les médias que c’est un homme de pouvoir, pour l’instant c’est un homme d’influence ». Alors il se raidit et répliqua « c’est un homme de pouvoir, je ne discute pas » et rentra dans la salle. Ce bouffon confond radicalité et impertinence ! Montpellier-centre je crois, vous voyez là encore un centriste, un nombriliste. Certains priment l’organisation, d’autres le savoir-vivre c’est la différence qui crée la différence !

Le véritable apport de l’ada : les recontres entre Gilets Jaunes – un exemple pratique

La décence commune, chère à Orwell et repris par J.C. Michéa dans son essai « le complexe d’Orphée » ed Champs essais, autrement dit la triple obligation de « donner, recevoir, redonner », constitue le socle de toutes les relations humaines. L’ordre néo-libéral vise à déraciner totalement cette manière de communiquer son humanité et encourage officiellement la cupidité, la trahison ou le cynisme pour encourager les parvenus. L’idéal de ces gens là ne nous intéressent pas ; l’égoïsme borné, le mauvais je, le je sans nous, le moi-je qui ne reconnaît pour « autre » que son ombre sauf quand il est en danger et appelle au-secours c’est bon pour les trous du cul ! Le président d’ici qui ne sera pas toujours président en est le parfait exemple ! Le fondement anthropologique de la décence commune se prolonge par le savoir-vivre et le bon sens si appréciés de tous les peuples. Ce sont ces trois manières de faire et de penser qui nous amènent à critiquer la notion de « convergence » et à lui substituer l’ « alliance », le concept enfin trouvé qui réunit l’idée et le réel : 

  Le mouvement des G.J ne peut converger avec les luttes syndicales ou les combats des partis politiques puisque dès le commencement il s’est auto-organisé, auto-constitué et auto-défini en défiance vis à vis des syndicats et des partis. Converger signifie se diriger vers un point commun, tendre au même résultat. On saisit immédiatement l’intérêt de parvenir à circonscrire le mouvement des G.J comme composante dans une convergence pour les syndicats et les partis, les trois rivières confluant dans le même fleuve de telle sorte que notre mouvement se dilue jusqu’à ce qu’il disparaisse. Ce confusionnisme nous le dénonçons et nous opposons la clarté, l’honnêteté qui ici consiste à nommer « alliance » les rapports que nous envisageons avec les travailleurs, syndiqués ou non. Quant aux partis qu’ils convergent donc entre eux. S’allier à un partenaire c’est s’engager mutuellement en sachant que les buts de chaque partenaire sont reconnus différents. Créer un pacte d’alliance c’est poser un échange. Ainsi les G.J soutiennent toutes les revendications partielles de travailleurs syndiqués ou non, par exemple sauvegarder leur emploi menacé, augmenter leur salaire, dénoncer un manque d’effectifs, etc… En échange de notre soutien actif, de notre engagement dans leurs luttes nous leur apportons notre contribution pour la protection et l’avancée du bien commun dans le secteur dans lequel ces salariés turbinent. Nous leur demandons donc de prendre en considération ce que pensent et formulent les G.J, cette partie du peuple qui donne le ton, qui fait l’histoire. Et voici, citoyennes et citoyens, un exemple concret avec la grève des urgentistes :

AUX URGENTISTES EN GREVE 

   Nous, G.J du rond-point des vaches de St Etienne du Rouvray de la banlieue sud de Rouen, nous sommes directement concernés par vos revendications qui concernent le manque crucial d’effectifs et de moyens. D’ailleurs nous vous sommes reconnaissants d’avoir assisté les G.J éborgnés, défigurés, déglingués (547 blessés 

fin mai dont 244 au visage). Nous saluons aussi les 35 ophtalmologistes qui ont écrit à celui qui est encore appelé « président » (il ne le sera pas ad vitam aeternam n’est-ce-pas !) pour dénoncer les LBD. Vous tous urgentistes vous avez été témoins de cette violence inouïe et disproportionnée voulue par le gouvernement pour rendre invisible notre mouvement (visage –  visible – viser – même racine latine de visus, part. passé de videre, voir) et vous avez été témoin de la falsification des faits par Castaner. En échange de notre soutien actif nous vous demandons de prendre en considération ces pensées concernant la politique de la santé exprimées par bon nombre de G.J :

1 Nous sommes opposés à la fermeture des hôpitaux de proximité qui ne peut que surajouter de l’anxiété, du stress voire de l’angoisse à des personnes déjà fragilisées par la pénétration douloureuse de l’argent dans tout ce qui existe et par la multiplication des taxes à leur encontre.

2 Nous sommes opposés et voulons un vrai débat sur la survaccination des nourrissons imposée par le lobby pharmaco-chimique uniquement pour son profit.

3 Nous sommes opposés et voulons un vrai débat sur la manière dont s’effectue la mise sur le marché des médicaments. « 80% des médicaments mis sur le marché ne servent à rien » écrit le professeur Even, président de l’Institut Necker et coauteur du rapport sur le système de contrôle des médicaments.

4 Nous sommes opposés et voulons un vrai débat sur ce cataclysme des maladies iatrogènes car le cabinet du médecin se change le plus souvent en supermarché. Le chiffre de 150.000 personnes rendues malades tous les ans par les médocs est un minimum (voir l’étude EMIR conduite par le réseau des centres régionaux de pharmaco-vigilance). Plus de 10.000 décès par an, les chiffres variant de 13.000 à 34.000. A comparer avec les 3500 à 4000 morts par accidents de la route.

5 Nous sommes opposés et voulons un vrai débat sur la surmédication (notamment de nos vieilles et de nos vieux – plus de 115.000 d’entre eux hospitalisés pour iatrogénie en 2011) et aux interventions chirurgicales totalement inutiles, environ 30% (cf Jörg Blech : « Ces traitements dont il faut se méfier » éd : Actes Sud )

6 Nous sommes opposés à la commercialisation du corps des femmes. Les milliards que va engendrer la G.P.A pour les mêmes riches qui détruisent et pillent les nations et qui vont donc contraindre des dizaines de milliers de femmes pauvres à louer leur ventre pour pouvoir subsister et nourrir leur famille.

7 etc… Sur la dictature allopathique instituée par les labos… etc… Pour une recherche réelle sur les effets placebo et nocebo…etc… Hommage à tous les chercheurs qui ont vécu les pires difficultés jusqu’à en perdre quelquefois  la vie face au lobby pharmaco-chimique, pour n’en citer que trois : Dr Semmelweis , Dr Maschi, Dr Beljanski…etc…

Rond-Point des Vaches banlieue sud de Rouen – 17 juillet 2019

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes.. 36ème round…

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Gilets Jaunes !

Il y a maintenant plus de huit mois de lutte écoulés qui nous montrent on ne peut plus clairement qu’il n’y a pas de solutions au sein du système, qu’il n’y en a en fait jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir !

Ceci se doit de devenir une évidence incontournable pour toutes et tous, membres de notre lutte organique pour une société enfin libre.

Ainsi, toute négociation avec l’État et les représentants de l’oligarchie est non seulement futile mais contre-productive. Ignorons-les !

Solidarité – Union – Persévérance – Réflexion – Action

Devenons S.U.P.R.A Gilets Jaunes !

Reprenons le pouvoir par les Assemblées Populaires et ainsi:

  • Boycottons les institutions
  • Boycottons l’élection et l’impôt absorbant l’intérêt de la dette odieuse
  • Boycottons les entreprises du CAC40 et des transnationales criminelles
  • Achetons et promouvons les produits locaux
  • Réaménageons nos campagnes et nos communautés agricoles
  • Rassemblons-nous en comités populaires de voisinage, de travail…
  • Restons incontrôlables et imprévisibles !

Tout le Pouvoir aux Ronds-Points !

Pour une société émancipée et donc libre !

Groupe Gilets Jaunes de _______________

 


Vive la Commune !

 

Aussi…

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Anthropologie politique: Ethnologie et anarchisme, don et partage avec Charles MacDonald

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 17 juillet 2019 by Résistance 71

Analyse très intéressante de Charles MacDonald surtout la partie sur la différence entre le don et le partage. Une fois cela assimilé, amenons le principe de gratuité et on résout quasiment tout le problème “économique” qui n’est rappelons-le, qu’une dérive du politique en tant qu’il est une fiction, création de l’humain, une fabrication imposée qui n’a aucun lieu d’être. La marchandise et l’argent, la propriété et l’exploitation sont des créations humaines qui peuvent être défaites et mises à la poubelle sans espoir de retour. Il suffit de dire NON !

Là réside, dans la reprise du décisionnaire, donc du politique par les associations libres et la neutralisation définitive de la dictature marchande et de l’état, le chemin vers la société des sociétés.

= Résistance 71 =

 

 

Ethnologie et anarchisme

Ethnologie, anthropologie et anarchisme (version préliminaire)

 

Charles Macdonald

(Aix Marseille Univ, CNRS, EFS, ADES, Marseille, France)

 

Communication au Colloque Anarchisme et sciences sociales, Université de Lille, 23- 24 mars 2018

 

Source:

https://anarchogregaire.wordpress.com/2018/03/20/ethnologie-et-anarchisme/

« L’anarchie, une société sans gouvernement, a existe depuis les temps immémoriaux. L’anarchisme, la doctrine qui veut qu’une telle société soit désirable, est un développement bien plus récent. » (R. Graham, Anarchism, 2018)

Dans cette présentation je traiterai brièvement de deux questions principalement, avant de conclure sur des considérations plus générales avec une note sur un mouvement libertaire récent, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. La première question concerne le rapport entre l’anarchisme et l’ethnologie ou l’anthropologie sociale. La seconde traite de la nature des collectifs anarchiques ou d’agrégation faible et des concepts qui permettent de les comprendre. (Les citations qui renvoient aux données contenues dans cette présentation sont indiquées dans la bibliographie de mon ouvrage L’Ordre contre l’Harmonie, Editions Petra, Paris 2018).

I- Anarchisme et anthropologie

La première question est celle du rapport entretenu entre l’ethnologie ou anthropologie sociale –du 19ème siècle au début du nôtre– d’une part, et les théories anarchistes et/ou libertaires jusqu’à aujourd’hui d’autre part. C’est un fait très paradoxal que les ethnologues de ces cent dernières années n’aient généralement pas adopté une approche inspirée par les fondateurs de l’anarchisme (Godwin, Bakounine, Kropotkine, Proudhon, etc.) pour interpréter les systèmes sociaux des peuples qu’ils étudiaient alors que nombre de ceux-ci, les Inuit par exemple, offraient des exemples évidents d’une organisation anarchiste, c’est-à-dire sans Etat ou même sans chefs. Pourquoi l’anarchisme n’a-t-il pas eu de succès avec les ethnologues ? Je vois plusieurs raisons à cela.

La première tient peut-être au caractère fondamentalement utopique de l’anarchisme politique et son incompatibilité avec la très grande majorité des systèmes sociaux existant. L’humanité tout entière, à quelques rares exceptions près (communes ou petits groupes ethniques géographiquement marginaux et isolés) est aujourd’hui rassemblée sous la bannière de l’Etat-Nation, dans toutes ses variantes, autoritaires et démocratiques. Les bandes de chasseurs-cueilleurs nomades paraissaient alors comme des espèces sociales simplement amputées d’un organe principal. D’un point de vue évolutionnaire, entre celles-ci et les sociétés modernes (pour adopter un schéma néo-évolutionniste pas vraiment abandonné), se situaient les chefferies, les tribus, les confédérations, les royaumes et finalement l’Etat moderne avec la paysannerie quelque part au milieu. Pour Morgan, puis Marx et Engels la société primitive était communaliste et proto-démocratique mais l’évolution des forces et des rapports de production lui enlevait toute pertinence en tant que modèle pour une société moderne. Dans cette perspective étatiste, qui suppose la nécessité d’un organe central de gouvernement, les peuples sans Etat restaient soit dans une sorte de magma primordial dépourvu de toute structure, soit étaient dotés de quelque chose qui ressemblait ou préfigurait l’Etat. C’est ainsi que, classiquement, les anthropologues britanniques interprétaient le système lignager des peuples nilotiques, « l’anarchie ordonnée » d’Evans-Pritchard. Ce système permettait une centralisation et une organisation linéaire par une distribution systématique des individus dans les groupes au moyen d’une hiérarchie segmentaire. Les études de parenté, qui formaient le cœur de la discipline, permettaient de croire à l’existence de dispositifs primaires d’assignation des statuts, de formation des groupes et de structuration linéaire de l’organisation sociale dans son ensemble. A partir des années 80, les études de parenté sont passées à la trappe sans qu’aucune réflexion majeure sur les structures sociales ne vienne les remplacer. L’ethnologie, en devenant anthropologie, a perdu son paradigme initial (l’étude des peuples

« primitifs ») et s’est éparpillée dans d’innombrables digressions interprétatives et journalistiques. Elle aurait pu se saisir de la pensée anarchiste et libertaire mais ne l’a pas fait, bien qu’intéressée par les mouvement autonomistes toujours présents ou les nombreuses formations marginales et interstitielles : clubs de football, joueurs d’échecs, adeptes du surf ou sectes évangélistes.

Une autre raison importante doit être signalée : la domination du marxisme et sa pénétration dans la théorie ou les théories anthropologiques du social. Les anthropologues ont ainsi répété l’histoire : la défaite de Bakounine lors du Congrès de La Haye (qui voit l’exclusion de celui-ci de la Première Intenationale en 1872), celle de Strirner que Marx démolit dans l’Idéologie allemande, et celle des anarcho-syndicalistes face au parti communiste stalinien dans l’entre-deux guerre. La voix isolée d’un ethnologue français, Pierre Clastres, s’est bien faite entendre et son œuvre est souvent citée, –un peu comme celle de Tönnies qu’on cite régulièrement sans l’avoir lu–, mais très rarement suivie.

J’ajouterai à tout cela une raison d’ordre plus général. On a fait depuis Rousseau de la propriété privée le fondement d’un ordre social jugé injuste et la révolution bolchévique a fait de son rejet un de ses principaux arguments. En revanche l’existence d’une hiérarchie ou de chefs ne représentait pas, bien au contraire, un obstacle à l’édification d’une société juste et équitable. Il nous est de toute façon beaucoup plus facile d’imaginer une société sans propriété qu’une société sans chef. Or ceci n’est pas vérifié par les faits. Dans nombre de groupes humains anarchiques et grégaires, qu’ils soient chasseurs-cueilleurs nomades, nomades marins ou agriculteurs itinérants, ceux que l’on appelle chefs (souvent des anciens ou des spécialistes religieux) n’ont aucun pouvoir et ne peuvent donner d’ordre à personne. En revanche il existe toujours une forme minimale de propriété privée même dans les groupes les plus démunis de biens matériels. Des anthropologues chevronnés comme Marshall Sahlins ont soutenu qu’il n’existait nulle part de groupe humain dénué de toute hiérarchie, ne serait-ce qu’entre les parents et les enfants. On peut cependant démontrer que pouvoir et autorité sont deux principes distincts et que l’égalité se construit avec de l’asymétrie. Les groupes sans chefs existent. Les groupes sans propriété n’existent pas.

Si le tableau que je viens d’esquisser est conforme dans son ensemble à l’histoire de la discipline, il est apparu ici et là de notables exceptions. Clastres déjà cité a été l’une d’elles, mais académiquement il n’a pas fait école. Il faut regarder vers nos collègues et prédécesseurs anglo-saxons. Parmi ceux-ci citons les noms de Stanley Diamond aux Etats-Unis et Brian Morris au Royaume-Uni. Plus récemment, ceux de Jim Scott et David Graeber tiennent la tête de l’affiche. Le présent colloque fournit aussi la preuve d’un regain d’intérêt pour la pensée anarchiste et libertaire dans les sciences sociales.

II- Régimes anarcho-grégaires (ou collectifs d’agrégation faible)

J’entends par ce néologisme hybride et peu élégant (« anarcho-grégaire ») une forme d’organisation qui a trois caractéristiques. La première est simplement d’être dépourvue de pouvoir politique, de ne pas avoir de chefs et de refuser toute forme de hiérarchie. La deuxième, liée à la connotation habituelle du mot « anarchique » comme « chaotique », est d’être complexe et aléatoire, non linéaire, stochastique. La troisième, « grégaire », est de posséder une force de cohésion propre à toute l’espèce humaine, basée sur la nécessité de vivre en groupe ou en troupeau. L’homme est grégaire avant d’être social.

Dans la mesure où dans un groupe, personne ne donne d’ordre à personne, où il n’y a pas de coercition, les agents sont autonomes et par conséquents égaux. Ils le sont en tout cas politiquement de façon absolue, et tendanciellement du point de vue économique. Dans ce système, l’autonomie des agents, leur égalité et l’absence de hiérarchie constituent une tautologie sur le plan logique. Dans la mesure où ces agents coopèrent, ils le font volontairement, de façon non coercitive. Coopération volontaire, égalité et autonomie s’impliquent mutuellement.

Dans sa forme la plus épurée et théorique cette proposition se justifie de la façon suivante. La communauté se fonde sur la coopération. Celle-ci est fondée à son tour, dans l’hypothèse d’agents autonomes, sur la volonté des agents de coopérer, de consacrer leurs efforts à la poursuite d’un but commun qui profite à tous les agents coopérateurs. Ils ne peuvent donc être strictement égoïstes, mais n’ont pas besoin non plus d’être complètement altruistes. La maxime est la suivante : agir de manière altruiste en poursuivant un intérêt personnel (action altruiste d’intérêt personnel). Autrement dit, il faut qu’il y ait un coefficient d’altruisme dans l’action des agents et il faut que cette action leur profite aussi. C’est le mutualisme qui est plus synthétique que la réciprocité. De nombreux essais et réflexions ont été menés –sur la base par exemple du « stag hunt » (emprunté à Rousseau)– à ce sujet.

Ce qui est vrai de la coopération dans l’effort de production doit rester vrai au moment de la répartition du produit. Si les agents ont des parts trop inégales, ils cessent de coopérer . Si des agents autonomes ne tirent aucun profit de leur effort ils ne coopèrent plus. Il faut donc une certaine dose d’égalitarisme dans la répartition du produit, faute de quoi les agents cessent de coopérer. Ou alors il faut que la coopération cesse d’être volontaire et devienne obligatoire, qu’il y ait coercition. On bascule alors dans un système hiérarchique où les agents ne sont plus égaux, ni dans le travail, ni dans le bénéfice du travail. Ils ne sont plus autonomes. C’est bien entendu le principe qui organise les sociétés dans lesquelles nous vivons. L’autonomie implique donc l’égalité, et réciproquement, dans l’action et dans le résultat de l’action. La communauté, c’est-à-dire la cohésion d’un groupe de coopérateurs autonomes, s’édifie et se stabilise sur cette base. Se crée ainsi une communauté (collectif doué d’une cohésion relative) basée sur l’action d’agents autonomes et égaux au niveau de l’action et du résultat de l’action.

Maintenant, se pose la question de savoir si cette solution est possible, souhaitable ou tout simplement attestée par les faits. Dans les trois cas la réponse est oui, mais seulement dans des conditions particulières. La condition particulière essentielle est la condition démographique, mais il y en a d’autres, dont celle de la compétition ou de son absence pour des ressources rares.

La situation générale est celle-ci : tous les hommes vivent en groupe et coopèrent. La question est donc de comprendre comment ils coopèrent sans hiérarchie (personne ne donne d’ordre, il n’y a aucune coercition). L’observation la plus élémentaire et l’expérience commune butent immédiatement sur la constatation suivante : il est déjà difficile d’organiser de façon efficace l’activité de plusieurs acteurs autonomes, mettons une dizaine, comment est-il possible de le faire quand les acteurs sont plus de mille, voire des millions ? La réponse unanime des sociétés post-néolithiques est : la hiérarchie et un système d’ordre coercitif.

La possibilité et la nature de la coopération volontaire sont au centre de la problématique des communautés anarchiques pour lesquelles j’évite le terme de « social » et de ses dérivés. Il s’agit là d’une question que l’anthropologie sociale n’a pas résolue. Comme je l’ai dit plus haut une société sans chefs paraît être une pure utopie. Mais il n’en est rien.

Un certain nombre de groupes étudiés par les ethnologues (Aché, Piaroa, Inuit, Semai, Batek, Chewong, Paliyan, Lobi, Hadza, etc. etc.) présentent une configuration « non sociale » et les auteurs des monographies concernant ces peuples se sont vu opposer que la sociologie ou l’anthropologie de ces groupes ne correspondaient à aucune théorie en cours. Il aurait fallu, ont dit certains, inventer une nouvelle théorie, une théorie qui n’a jamais vu le jour. C’est ce que, pour ma part, j’essaie de faire. La cécité de l’anthropologie partagée par l’ensemble des sciences sociales est, sur ce point, stupéfiante, d’autant plus que, encore une fois, les ethnographes et ethnologues de ces groupes avaient sous les yeux des exemples de ce type. Il s’agissait clairement de communautés ayant des langues et des cultures, des modes de vie stables, une éthique comportementale, des valeurs et représentations communes, se reproduisant sur de longues périodes (des centaines, voire des milliers d’années). Mais les concepts permettant de faire sens de ces formations manquaient. Lesquels ? Dans la section suivante je vais en présenter quelques-uns.

Liens forts (permanents) et liens faibles (temporaires)

La notion de lien faible a été introduite avec profit en sociologie (Granovetter) à partir du contraste qui existe entre liens interindividuels intenses et fréquents par opposition à des liens neutres et épisodiques, comme l’amitié différant de la simple accointance. Une famille domestique a des liens forts et un cercle de « connaissances », de gens qui « se connaissent de vue », des liens faibles.

J’utilise ces termes dans un sens légèrement différent, car ce n’est pas l’intensité émotionnelle du lien qui me paraît être sociologiquement le plus important. C’est d’une part le fait d’être conçu comme permanent, et d’autre part de devoir être validé par un tiers. Une corporation, qui est une « personne morale », est fondée sur des liens forts. Un groupe de randonneurs est fondé sur des liens faibles. Le mariage est un lien fort (il est ou était conçu comme « éternel »), et il est ou était « sacré », c’est- à-dire validé par un tiers (l’Eglise ou l’Etat, le curé ou le Maire). Un lien amoureux est faible : il est intense mais ne dure pas (généralement !) et dépend uniquement de la disposition des amoureux qui sont autonomes et n’ont besoin d’aucune autorité tierce pour s’unir ou se séparer. Notons en passant que les systèmes hiérarchiques dans lesquels nous vivons, qui existent principalement sur la base de liens forts, c’est-à-dire « sacrés » et « éternels », veulent nous faire croire que des liens faibles, comme l’amitié ou l’amour, sont des liens forts (sacrés, plus forts que la mort et ainsi de suite). Cette duperie est constamment reprise par nos idéologies, notre littérature et nos philosophies. Les sociétés post-néolthiques se sont constituées avec des liens forts, des corporations, des nations, même si les liens faibles restaient présents dans les relations interpersonnelles. La notion de « réseaux sociaux » a une forte résonnance aujourd’hui par ce qu’ils substituent aux liens forts qui constituent l’armature sociale, des liens faibles qui créent un environnement d’agents autonomes.

Il est clair que les petites communautés de chasseurs-cueilleurs, essarteurs, etc. (tout comme les repas entre amis, navigations de plaisanciers, rencontres mondaines, etc.) sont formées exclusivement de liens faibles, une vérité impossible à prendre au sérieux pour une sociologie durkheimienne attachée à une définition du social comme fondé sur la permanence et la fixité de liens forts et transcendants. Il résulte de cela que ces communautés sont en proie à une turbulence permanente, celle de liens faibles qui se nouent et se dénouent constamment. Cela fait désordre et notre pensée du social s’en trouve remise en question.

Conditions de félicité de la vie collective

Je suis immédiatement conduit à introduire cette notion qui s’impose à la suite des considérations précédentes. En effet, si des liens faibles, essentiellement impermanents et fragiles, constituent la base du lien communautaire, une certaine dose de renforcement desdits liens s’impose nécessairement. Tout fragiles et fréquemment rompus qu’ils sont, ils doivent malgré tout assurer une certaine continuité à la coopération. Pour que celle-ci soit réitérée et ne se dissolve pas immédiatement, ou ne se trouve bloquée dès le départ, certaines conditions sont nécessaires. J’emprunte à la linguistique et à la sociologie gofmanienne la notion de « conditions de félicité ». Elles existent quand les liens interpersonnels entre agents coopérateurs sont renforcés et favorisés par des prestations de sentiments et d’actes mutuellement bienveillants.

C’est dans ce domaine entre autres qu’Homo sapiens a montré le plus d’imagination. Les dispositifs qui indiquent aux agents coopérateurs les bonnes dispositions d’autres agents coopérateurs s’étendent de la musique et de la danse, à l’humour, la plaisanterie, les codes de l’étiquette, de la déférence, de l’obéissance, du respect, de la familiarité, en passant par une vaste chorégraphie de signaux verbaux, de grimaces faciales et de postures corporelles. La simple politesse a d’abord cette fonction. Si la caissière du supermarché vous dit bonjour c’est qu’elle ne veut pas vous tuer, mais agir en coopérant dans l’achat de vos boîtes de conserve. Si vous lui rendez son salut, vous indiquez que vous faites de même en sortant votre carte de crédit. Une

distance respectueuse teintée de bienveillance est établie. L’employée subalterne et le client roi font profession d’égalitarisme dans l’échange de salutations propices à la transaction commerciale. Les conditions de félicité sont respectées. Vous sortez avec vos sacs et elle s’occupe du client suivant.

Dans l’étude de communautés anarchiques, amérindiennes, asiatiques ou africaines, l’étude de ces comportements acquiert une importance théorique majeure et ne concerne pas seulement des fonctions cosmétique ou ludiques accessoires, comme le voulait une sociologie tournée vers la « gravitas » du social.

Réciprocité et partage

Je me tourne maintenant vers une distinction conceptuelle cruciale qui a échappé et échappe encore à la grande majorité des anthropologues sociaux. Le don et la réciprocité d’un côté, le partage de l’autre possèdent des logiques différentes et antithétiques.

Dans la réciprocité telle que théorisée par Mauss et ses successeurs jusqu’à aujourd’hui, il y a trois obligations successives : de donner, de recevoir et de rendre. Ces trois relations sont attestées dans toutes les sociétés et leur domaine d’application s’étend sur les sphères économiques et morales. Elles constituent un véritable moteur social et on a fréquemment qualifié le don de contrat social, surtout en ce qui concerne les sociétés non marchandes. Ce modèle a été exploré et examiné sous toutes les coutures et s’est révélé être un des modèles les plus robustes dans l’ensemble des sciences sociales.

Il éclairait incontestablement une grande portion de la réalité mais laissait dans une zone d’ombre des transactions qui ne relevaient pas de lui. Celles-ci appartiennent au partage. Le don et le système qu’il induit suppose une asymétrie initiale entre celui qui donne et celui qui reçoit. C’est la dette. Dans la dette le créancier se trouve dans une position superordonnée et le débiteur dans une position subordonnée. Dans le partage il n’y a ni don ni dette, il n’y a que des bénéficiaires qui restent égaux entre eux, dans une position de symétrie.

Prenons un exemple simple. Dans de vieilles sociétés rurales, dit-on, le maître de maison coupait lui-même le pain de la miche qu’il était seul à tenir. Il en tendait des morceaux successivement à tous les convives autour de la table. Il faisait un don qui signifiait très clairement que lui, le Maître de maison, nourrissait ses dépendants, femme, enfants et valets de ferme, en échange de l’obligation où ils étaient de lui fournir des services. Dans un dîner entre amis, au contraire, le pain est coupé en tranches et chacun se sert à son tour dans la panière qui circule autour de la table. Personne ne donne le pain à personne. Le partage du pain ne suppose aucune asymétrie entre les convives.

Le partage introduit une dimension mutualiste que même le don pur ne comporte pas parce que la distribution s’effectue sur un bien dont personne n’est propriétaire. Dans la réalité le partage repose sur des dispositifs et des croyances variées. Pour des peuples chasseurs, l’idée est que le chasseur n’est pas propriétaire du gibier, ou en tout cas n’en a pas la propriété exclusive. Ainsi, pour les Inuit, l’animal –dans certains cas au moins—s’est sacrifié pour le chasseur mais à condition qu’il partage la viande avec les autres. Ou alors la proie fait l’objet d’une répartition selon des règles qu’il ne fixe pas. Pour les Palawan c’est le Maître des animaux sauvages qui consent à donner un de ses animaux domestiques, le sanglier. Le chasseur ne fait qu’apporter la carcasse dans la communauté et un autre que lui la répartit. Pour les Nayaka c’est la forêt qui est pourvoyeuse. Chez les Hazda ce n’est pas celui qui récolte les noix oléagineuses qui en est le propriétaire mais les femmes qui ont fabriqué le filet pour leur transport. Chez les Australiens la coutume permet de prendre un bien contre le gré de son propriétaire (« demande forcée »), lui déniant ainsi le droit même de propriété. Chez nous on croit au Père Noël. Tout se passe comme si le produit de la chasse, ou de la collecte, venait de l’extérieur de la communauté humaine et non pas de celui ou celle qui l’a obtenu. Il ne la possède pas plus que le facteur ne possède le colis qu’il dépose dans votre boîte aux lettres.

C’est la communauté dans son entier qui la reçoit et la répartit entre ses membres. Le partage est ainsi un facteur de mutualisme et d’égalitarisme. Il ne crée aucune subordination et n’implique pas la dette.

Il n’empêche que les cultures qui privilégient le partage comme dimension morale de leurs transactions, se livrent aussi à toutes sortes de dons, d’échanges et de prêts. Ces différentes formes de transaction se mêlent et finissent par former des circuits complexes dans lesquels le partage et la réciprocité alternent ou s’additionnent. Le partage est au moins autant un contrat social que la réciprocité avec ses dons et ses contre-dons, mais un contrat égalitaire. Au cœur de la réciprocité, en revanche, il y a la dette et la subordination. Répétons la fameuse parole du chasseur inuit qui disait à son compagnon européen : « Ici on ne fait pas de cadeaux, parce que c’est avec les cadeaux qu’on fait les esclaves, comme c’est avec le fouet qu’on dresse les chiens ». Ou alors la parole de Sénèque beneficium accipere libertatem vendere est (« accepter une faveur c’est vendre sa liberté »).

III Conclusions

L’appareil conceptuel succinctement présenté ici ne suffit pas à rendre compte de tous les aspects des communautés anarchiques mais il en forme déjà une base provisoirement acceptable. Une conclusion générale se dégage.

Des communautés et des groupes établissent leur ethos et leur mode de fonctionnement sur des maximes simples : les sujets sont des personnes concrètes et idiosyncratiques en relation d’équivalence entre elles, dans un rapport d’immanence, leur action obéit à l’entraide, au mutualisme et au partage. Leur comportement est altruiste mais reste d’intérêt personnel. Leurs liens sont faibles et négociables et doivent respecter certaines conditions, comme la déférence et l’amitié. Il n’y a pas de pouvoir.

Les sociétés dans lesquelles nous vivons, tout au contraire, sont basées sur la supposition que les sujets sont des agents abstraits ontologiquement définis par leur appartenance à des entités fictives et transcendantes (la Nation, le Peuple, la classe sociale, etc.). Les sujets ne sont pas équivalents mais hiérarchisés. Leur action est principalement fonction d’un intérêt égoïste. Les liens entre sujets sont forts (pensés comme permanents et sanctifiés par une autorité transcendante). Le pouvoir est une dimension essentielle de la vie collective.

L’examen des données de la préhistoire et de l’évolution me permet d’avancer l’hypothèse que la première formule est celle qui a été adoptée par les premiers groupes d’Homo sapiens et qu’elle forme le noyau de notre moralité hominienne aujourd’hui encore.

Un exemple récent peut fournir un test de ces hypothèses générales. Celui de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. D’après les témoignages et écrits de plusieurs de leurs membres il apparaît clairement que les maximes énoncées plus haut sont mises en œuvre : construction de la communauté à partir du consensus de personnes concrètes et équivalentes entre elles, refus de la hiérarchie et de sa représentation dans l’Etat (et de ses lois abstraites écrites par d’autres), partage et mutualisme. A cela il faut ajouter la création de richesse et le projet de survie sur une base économique viable (à partir du maraîchage, de l’élevage, de l’exploitation respectueuse de l’environnement).

L’effort d’une telle association est double : lutter contre l’Etat mais créer en même temps une communauté. Le projet communautaire est alimenté et renforcé par un engagement environnementaliste qui lui est étroitement lié. Le collectif ainsi formé a tous les aspects d’autres collectifs d’agrégation faible : groupe ouvert sans examen ou droit d’entrée, hybridité sociale, religieuse, idéologique, culturelle, pas de structure autoritaire, égalité posée entre hommes et femmes, nombreuses activités conviviales et hédonistes, organisation horizontale et réticulaire, autonomie des membres qui peuvent quitter le groupe librement, coopération technique et économique, ou même quasi-militaire dans les affrontements avec les forces de l’ordre, mais affirmation de pacifisme comme valeur cardinale. La communauté est vue comme durable, comme une forme d’organisation collective qui s’oppose globalement à la société politique environnante et qui tend vers un idéal incompatible et de valeur supérieure à « Babylone2 ».

Dans un opuscule du Collectif « Mauvaise Troupe », Défendre la Zad, (Editions de l’Eclat, 2016) les points suivants sont clairement énoncés :

• Priorité dans la construction de la communauté terrienne « d ‘une destinée commune » (Résolutions de 1915) fondée sur « l’intelligence collective », « une compréhension partagée »

• Relation symbiotique à l’environnement « créer un lien intime avec les mares, les prairies naturelles ou les salamandres… » et attachement à l’écoumène,

« inconcevable de partir d’ici »

• Organisation réticulaire, horizontale, à partir de micro-communautés « soixante lieux de vie sur la ZAD », « 200 collectifs locaux en France »

• Complexité dynamique, ordre stochastique, entropie assumée, état de désorganisation fonctionnelle, ethnogénèse permanente « emmêlement d’expériences singulières », « groupes informels qui se composent et se

recomposent », « foisonnement constant » « enjeux complexes » (ressortissant de la justice, la santé, l’économique, etc.) « communauté de lutte en train de naître »,

« pépinière », « zone expérimentale permanente », état d’effervescence anarchique dans le conflit et la résolution du conflit

• Immanence « légitimité du vécu ne relevant d’aucune transcendance »

• Implication de personnes concrètes, dans leur totalité, à partir de liens affectifs et

intellectuels multiples « histoires d’amour et d’amitié », « belles rencontres »

• Refus du pouvoir « irrépressible disposition à l’insoumission », « foisonnement qui

conjure la possibilité d’une prise de pouvoir », « pas d’instance hégémonique »

• L’autonomie comme valeur suprême, valeurs utilitaires subalternes « autarcie au

profit de l’autonomie politique » l’autarcie (utilitaire) est le moyen d’une fin morale

et sociétale

• Elaboration et effectuation d’une éthique personnelle souvent définie par opposition

aux valeurs de Babylone telle que « le consumérisme, les logiques marchandes, le moi social, l’individualisme, le sexisme » et l’ensemble des statuts hiérarchisés qui définissent le sujet « social » (babylonien »)

• Hédonisme « divertissements, banquets, transes nocturnes, musique »

• Communitas « « irrépressible émotion collective » (à propos de la commune de

1871)

• Hybridité et ouverture du groupe « paysans, mineurs en fugue, sans-abris, réfugiés

de Calais, visiteurs intéressés… »

• Idée de « partage » de « prix libres » de « bien commun » (terre, ressources)

• Recherche d’auto-gouvernement par consensus et quasi-unanimité « assemblées

bisannuelles », « coopératives », « autogestion »

• Dérision et humour dans les désignations « Chat-Teigne, NoTaverne », « tracteurs

vigilants », acronymes « COPAINS »

• Solidarité « dans la lutte » et dans la mobilisation inter-communautés

Nous trouvons donc là tous les élément des collectifs anarcho-grégaires que les acteurs de la ZAD, bien qu’issus du ventre même de Babylone, avaient trouvé en eux-mêmes pour y adhérer passionnément, un indice certainement de la persistance dans le psychisme humain de la grégarité non sociale.

Un mot encore. Toutes ces considérations justifient-elles un projet d’anthropologie anarchiste ? Non, car l’anthropologie veut être une science et non une idéologie. On ne peut pas fonder une science sur des jugements de valeur. Il n’y a pas de botanique qui se base sur la distinction entre « bonnes » et « mauvaises » herbes. Ce sont les utilisateurs qui décident si une plante est utile ou nuisible. Mais elles justifient l’incorporation dans la théorie anthropologique des concepts et notions-clé des penseurs anarchistes, comme l’entraide, le mutualisme, l’égalité et l’autonomie des agents. Réciproquement, l’anthropologie des communautés anarchiques éclaire et valide en grande partie un projet anarchiste. Il lui apporte un sens nouveau en lui conférant une place de premier plan dans l’évolution hominienne.

En fin de compte, les anarchistes comme les anthropologues redécouvrent les vertus primordiales de la personne concrète et mettent fin à la domination idéologique de sujets abstraits, c’est-à-dire de personnes radicalement aliénées.

 


Vers la société des sociétés

Résistance politique: Coopération et socialisme (Pierre Kropotkine)

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Manifeste pour la Société des Sociétés

 

Coopération et socialisme

 

Pierre Kropotkine

Les Temps Nouveaux, juillet/août 1895

 

Il faut se reporter aux années trente et quarante de ce siècle pour réaliser l’enthousiasme avec lequel on envisageait alors la coopération, ou bien « l’association », comme on disait en France, et pour apprécier l’audace de Proudhon qui osa l’attaquer de front.

L’association, dans les idées d’alors, devait tout changer. Pour éviter de payer un tribut formidable aux intermédiaires du commerce, un groupe d’ouvriers se cotisait pour acheter ensemble un sac de farine, et la revendre aux membres du groupe au prix de revient, plus quelques frais minimes d’administration. Et, peu à peu, à force de privations et de luttes, ce groupe réussissait à en attirer d’autres et à se fournir mutuellement tout ce qu’ils consommaient à 20 ou 30 pour 100 au-dessous des prix chez les fournisseurs marchands.

Ce petit essai devait peu à peu réformer le monde. La petite coopération ferait tache d’huile, elle finirait par englober tous les travailleurs. Elle supprimerait les intermédiaires. Pain, viande, logement seraient fournis au prix de revient : le travailleur s’émanciperait du vautour-intermédiaire. Il gagnerait l’habitude de l’association, de la gérance de ses propres affaires. Il toucherait du doigt les avantages du communisme et acquerrait graduellement des vues plus larges sur les rapports nationaux et internationaux.

Puis, en utilisant une part des bénéfices pour élargir les affaires, on créerait des groupes producteurs. Au lieu d’acheter le drap ou les chaussures au fabricant capitaliste, on formerait des associations de production qui fourniraient aux associations de consommateurs tout ce qu’elles achètent aujourd’hui aux vautours capitalistes. Peu à peu, ceux-ci seraient éliminés de la production, aussi bien que de la consommation. Et si les travailleurs réussissaient à forcer l’État à leur ouvrir crédit pour la production (projet Louis Blanc, repris plus tard par Lassalle et encore en vogue dans la démocratie socialiste), la révolution économique serait faite.

Le travailleur, affranchi du capitaliste, se trouverait en possession de l’outillage nécessaire pour produire. Il jouirait du produit intégral de son travail. Les bons de travail aidant, pour permettre à l’ouvrier d’acheter sans attendre que la vente de ses produits soit faite, c’était la révolution sociale accomplie.

Il ne serait pas juste de traiter le mouvement coopératif d’insignifiant. Au contraire. En Angleterre et en Écosse, plus de 1.600.000 personnes et ménages font partie des coopératives de consommation. Les coopératives se rencontrent partout, surtout dans les villes et villages du Nord. Leurs affaires se chiffrent par des milliards de francs. Et la coopérative centrale, en gros, à Manchester, qui fournit tout aux coopératives locales, est un établissement formidable, dont les magasins à plusieurs étages couvrent tout un quartier, sans parler de ses immenses magasins dans les docks de Liverpool. Elle envoie ses cinq ou six vaisseaux chercher le thé en Chine, elle achète le sucre aux Indes, le beurre au Danemark, les cotonnades aux grands producteurs, et ainsi de suite… — « Supposez une révolution sociale à Manchester, demandai-je aux administrateurs, pourriez-vous nourrir et vêtir toute la cité, et distribuer les produits dans tous les quartiers ? — Avec notre matériel, nos arrangements et les hommes de bonne volonté, ce serait fait en vingt-quatre heures. Fournissez l’argent ou le crédit pour acheter, — il n’y aurait pas l’ombre de difficulté », fut la réponse immédiate.

Et c’est vrai. Il faut voir l’établissement pour comprendre la justesse de l’affirmation.

En outre, la tendance est depuis quelque temps de fonder des associations de production sur une large échelle, qui fabriquent le nécessaire. Après nombre d’échecs, les coopérateurs anglais ont réussi à faire bien marcher leurs fabriques de chaussures, leurs moulins à farine, leurs boulangeries. Un tiers du pain mangé par les 686.000 habitants de Glasgow est déjà fourni par les coopératives.

En un mot, les coopérateurs anglais et écossais ont eu un succès considérable ; ils sont une force qui grandit encore. Seulement, ce succès est tel que les premiers coopérateurs s’en seraient détournés avec dégoût ; car, jusqu’à ces dernières trois ou quatre années, où l’esprit socialiste a commencé à envahir les coopératives, aussi bien que la bourgeoisie elle-même, les coopératives anglaises restaient les forteresses du bourgeoisisme ouvrier.

Quant à leurs effets directs sur le bien-être de l’ouvrier, ils sont bien minces.

Nos lecteurs suisses se souviennent de la misère qui régnait à la Chaux-de-Fonds en 1877-78. On ouvrit alors une cantine municipale, où l’on avait un bon repas à bas prix. Mais déjà, deux mois après l’ouverture de la cantine, le loyer des chambres dans un rayon d’un demi-kilomètre de la cantine avait monté d’au moins cinq francs par mois. — « Mais monsieur peut bien payer cinq francs de plus pour la chambre, puisqu’il sera à deux pas de la cantine », répondaient ces dames avec un doux sourire.

Le gros bourgeois anglais a fait plus : il a imposé le partage des bénéfices dus aux coopératives. Il y a quelques années, un coopérateur de Newcastle nous amena chez un vieux mineur qui devait nous initier aux avantages de la coopération, et il le fit en ces termes :

« Eh bien, vous voyez. Avec 9 shillings de salaire par semaine, je vis aujourd’hui tout aussi bien que je vivais, il y a vingt ans, avec 16 shillings. Et cela, grâce à la coopérative. La maisonnette m’appartient ; je l’ai achetée par la coopérative et n’ai plus de loyer à payer. Sur tout ce que j’achète, j’économise au moins trente pour cent. Et mes neuf shillings suffisent là où seize suffisaient à peine. »

On prévoit notre question : « Mais pourquoi ne gagnait-il plus que 9 shillings au lieu de 16 ? » et l’on prévoit aussi la réponse : — « Le travail ne marche pas ; nous ne travaillons que trois jours par semaine ! »

Autrement dit : puisque le capitaliste a tout avantage à tenir une armée de mineurs, qu’il ne fera travailler que trois jours par semaine et qui, au moment où les prix du charbon montent, pourront doubler la production — il le fait. Il fait en grand ce que les bonnes dames de la Chaux-de-Fonds faisaient en petit. Il profite de la coopérative.

Ces deux petits tableaux — deux petits coins de la réalité — résument toute l’histoire des coopératives. La coopérative peut accroître le bien-être de l’ouvrier ; cela va sans dire. Mais pour que l’ouvrier ne perde pas tout l’avantage à la suite de salaires rognés, de chômages exagérés, de rentes sur la terre et, partant, des loyers montant toujours, et des impôts toujours grandissants, — pour que l’avantage acquis par la suppression de l’intermédiaire ne soit pas volé par le seigneur foncier, le banquier, le patron et l’État, il faut qu’il attaque de front cette nouvelle coopérative de vautours ; il faut qu’il lutte avec eux par la famine ou la torche des grèves, par la conspiration et la révolte. Et s’il ne le fait pas — il a travaillé pour l’autre coopérative, celle des vautours.

On en arrive toujours au même point. La lutte, la guerre contre l’exploiteur, reste toujours la seule arme de l’exploité.

Mais il y a pire.

Tandis que la lutte, par la grève, la guerre aux machines, la guerre contre le seigneur foncier (qui prend mille caractères divers selon les localités), et la révolte contre l’État, unit les travailleurs, — ces expédients, tels que la coopérative, les divisent.

En effet, jusqu’à ces dernières trois ou quatre années, il n’y avait pas en Angleterre pires patrons que les coopérateurs. Leurs congrès de 1886 et 1887 étaient frappants sous ce rapport. L’égoïsme des coopérateurs, surtout dans le Nord, a été un des plus grands obstacles au développement du socialisme dans cette partie de l’Angleterre. La peur de perdre le peu qu’ils avaient acquis après tant de luttes — l’homme aime toujours ce pour quoi il a lutté — s’élevait comme une barrière contre toute propagande de solidarité, soit dans les grèves, soit dans la propagande des idées socialistes. Il était bien plus facile de convertir un jeune bourgeois au socialisme que d’y amener un coopérateur.

Cela change aujourd’hui, empressons-nous de le dire à haute voix. Certainement, cela change ; mais le « comment » du changement est hautement instructif. Cela change, parce que d’autres ont mieux fait à côté.

En effet, lors de la dernière grève des mineurs du Yorkshire, tout le monde lisait avec stupéfaction que la coopérative en gros de Manchester avait versé 125.000 francs d’un coup au fonds gréviste. On imagine l’effet de ce cadeau sur l’issue de la grève. Mais ils ont fait mieux. On nous affirme que la coopérative centrale avait ouvert un crédit de près d’un million de francs aux petites coopératives locales dans les villages de mineurs, et quiconque sait combien la négation de tout crédit est un article de foi chez les coopérateurs, appréciera encore mieux cette avance qui permit aux coopératives locales d’ouvrir crédit aux mineurs.

Des amis dignes de foi nous affirment, en outre, que dans les nouvelles associations de production, les relations entre ouvriers-ouvriers et ouvriers-patrons changent complètement, et nous nous empressons d’admettre qu’il en soit ainsi.

Mais d’où vient donc ce vent nouveau qui souffle dans les coopératives ?

— Des « théoriciens », parbleu ! Les coopératives aussi se ressentent du souffle de socialisme qui fait aujourd’hui des recrues jusque dans le camp ennemi des bourgeois.

Deux courants se dessinaient nettement, il a cinquante ans, au sein des socialistes. Les uns voulaient. Être « pratiques » et se lançaient dans une série d’expédients. « Puisque les travailleurs ne sont pas communistes, disaient-ils, il faut les rendre communistes par intérêt personnel. La coopérative, basée sur l’égoïsme personnel, les habituera au communisme. » Et pendant cinquante ans on a fait la pratique de cet expédient, avec les résultats que l’on connaît.

Mais, heureusement, il y avait aussi des « théoriciens », des « écervelés », parmi les socialistes. Ils n’ont pas voulu entendre parler d’esprit communiste développé par l’étroit égoïsme pécunier. Ils ont tourné le dos aux expédients (tout comme nous, anarchistes, tournons aujourd’hui le dos aux expédients politiques et économiques). Ils ont suivi leur évolution naturelle.

Deux lignes divergentes se sont ainsi produites de cette façon. Les hommes aux expédients ont suivi l’une, les socialistes ont suivi l’autre. — « Vous êtes des théoriciens, des rêveurs, des insensés, des fous, a-t-on dit à ceux-ci ; vous devriez devenir pratiques, faire de la coopération et le reste ! » À quoi ils répondaient avec un mépris hautain et suivaient leur voie — la voie de la propagande et de la révolte contre tout l’ensemble de la civilisation actuelle, contre toutes les formes de l’exploitation à la fois.

Et ils avaient mille fois raison. Les deux lignes ont divergé de plus en plus. Et voilà que maintenant lorsque le socialisme, dans son entier, et l’anarchie, dans son entier, ont fait impression profonde sur les idées du siècle, lorsque la révolte contre toute exploitation économique et étatiste a fait des recrues dans toutes les couches sociales, — les « expédientistes » aussi sont atteints, et leur ligue commence à verser dans le courant socialiste.

Elle sera forcée d’y verser entièrement. Autrement, elle appartiendrait au monde qui s’en va, et serait condamnée à disparaître.

Peut-on demander, après cela, si les socialistes ont eu raison de refuser les compromis et de rester « théoriciens », comme les bourgeois aimaient à dire ? S’ils rentraient dans le courant coopérateur — faux à son origine même, puisque basé sur l’affranchissement partiel de l’individu, dans une partie minime seulement de ses servitudes, — si le courant socialiste versait dans la coopération, il y était noyé, il devenait méconnaissable, il y perdait son essence même ; il devenait ni chair ni poisson — un compromis.

Mais il a préféré rester dans son isolement. Plutôt être une poignée que de perdre ses traits distinctifs, de sacrifier le meilleur de sa pensée ! Et il a fini par forcer l’autre courant à donner tout ce qu’il devait donner, à se développer entièrement et, alors, verser ses eaux dans le courant socialiste.

Absolument la même chose arrive avec le courant anarchiste. Nous savons que dans la révolution sociale l’association des consommateurs et des producteurs sera une des formes de la société naissante. Mais pas cette association ayant pour but d’encaisser sa plus-value ou son bénéfice. Et nous propageons toute notre pensée, nous soufflons toute notre révolte contre le monde qui s’en va. Nous propageons nos idées partout, dans l’union ouvrière, dans la coopération comme dans les masses ouvrières non organisées — et en faisant cela, — puisque nous sommes dans le vrai, — nous finirons par faire verser tous ces courants partiels dans un grand courant : — l’anarchie.

 

De l’origine de l’État, entretiens avec Pierre Clastres 1967, 1975, 1976 sur France Culture

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“Le marxisme en tant que théorie générale de la société et aussi de l’histoire, est obligé de postuler la misère de l’économie primitive, c’est à dire le très faible rendement de l’activité de production. Pourquoi ? Parce que la théorie marxiste de l’histoire (et il s’agit ici de la théorie même de Karl Marx) découvre la loi du mouvement historique et du changement social dans la tendance irrépressible des forces productives à se développer. […]
C’est pourquoi le marxisme comme théorie de l’histoire fondée sur la tendance des forces productives au développement, doit se donner, comme point d’appui, une sorte de degré zéro des forces productives: c’est exactement l’économie primitive, pensée dès lors comme économie de la misère, comme économie qui, voulant s’arracher à la misère, tendra à développer ses forces productives. […]
La société primitive pose à la théorie marxiste une question cruciale: si l’économique n’y constitue pas l’infrastructure au travers de quoi devient transparent l’être social, si les forces productives, ne tendent pas à se développer, ne fonctionnent pas comme déterminant du changement social, quel est alors le moteur qui met en marche le mouvement de l’Histoire ?…”
~ Pierre Clastres, “Recherches d’anthropologie politique”, 1977 ~

Clastres est essentiel pour comprendre que les sociétés humaines primordiales dont certaines se sont perpétuées, même si elles ont aussi évolué, jusqu’à nos jours, ne sont pas des sociétés en “voie de maturation politique, en voie de développement vers l’instance supérieure de l’organisation humaine que serait l’État”, mais des sociétés politiquement achevées, qui refusent leur déstructuration en entités séparées de ceux qui dirigent et ceux qui obéissent. En cela, il est tout aussi important de noter que l’Etat n’est pas inéluctable et encore moins ce qui serait arrivé de mieux à l’organisation sociale humaine. Il est au mieux une erreur de parcours contre-nature nécessaire à notre émancipation finale, au pire un outil dans la panoplie d’un vaste complot oligarchique n’existant que par la nécessité de la survie d’une classe minoritaire dominante autrement vouée à l’extinction.

Quoi qu’il en soit, Clastres et avec lui les Lizot, Jaulin, Sahlins, Scott, Graeber nous montrent que la voie de compréhension anthropologique du milieu, passant entre le structuralisme évolutionniste et le marxisme, est la voie permettant d’entrevoir le chemin de l’émancipation vers notre humanité enfin achevée. Ce que nous vivons depuis des siècles et qui est en train de se terminer dans un grand chaos organisé, n’est que la prime enfance de l’humanité, ce n’est que débarrassée de l’État et du capitalisme qu’elle maturera pour faire ses premiers pas libres. Il faut simplement constater que l’humanité de 2019 n’a pas encore appris à marcher, elle se tient à peine debout et vacille toujours. Le processus de maturation est toujours en cours.

Pensez-y, vous qui vous croyez si grands, si responsables et si en contrôle de vos vies…

~ Résistance 71 ~

 

 

Sur l’origine de l’État

Transcription d’extraits de conversations avec Pierre Clastres, compilées de France Culture et de son émission “Voix singulières”, collection “Terre humaine”.

55 minutes compilées d’entretiens avec Clastres en 1967, 1975 et 1976.

Nous encourageons les lecteurs bien entendu, à écouter l’ensemble de la bande audio, c’est particulièrement intéressant…

Le MP3:

Extraits transcrits par Résistance 71

Juillet 2019

Note: la première partie comporte un exposé de Clastres sur l’anthropologie et comment il est devenu ethnologue / anthropologue.

Entre 16:35 et 17:15:

“ […] La chefferie dans ces sociétés apparaît comme la rupture de l’échange, alors que l’échange c’est l’essence même de la société. Ainsi il apparaîtrait que la sphère du pouvoir soit la négation de l’échange, en l’instance, le pouvoir apparaîtrait comme la négation de la société.”

Entre 37:35 et 43:25 :

“ […] La pensée marxiste, en tout cas celle d’Engels, veut situer l’origine de l’État, c’est à dire la relation de domination, c’est à dire l’aliénation politique ; elle veut en découvrir l’origine dans l’aliénation économique, c’est à dire dans l’existence antérieure des classes sociales. Le schéma d’Engels est celui-ci:
Il y a au départ société primitive, société non divisée, disons égalitaire, sans riches, sans pauvres, puis par une opération quelque peu mystérieuse, cette société se divise et à un moment donné elle devient complètement divisée et il y a des classes. Il y a des riches et il y a des pauvres, des exploiteurs et des exploités et à ce moment là, la classe des riches, pour consolider son pouvoir sur les autres, invente quelque chose qui est la machine d’état. Il y a, chez Engels en tout cas, une conception instrumentale de l’état. L’État, c’est l’instrument de la classe dominante sur la classe dominée…
A partir de l’ethnologie, à partir de la recherche sur les sociétés primitives, c’est à dire des sociétés sans état, ce ne sont pas les classes qui déterminent l’apparition de l’État, mais à partir du moment où il y a une relation de commandement par rapport à l’obéissance, c’est à partir de ce moment là que ceux qui détiennent le pouvoir peuvent inventer le travail aliéné, car il est bien évident qu’un pouvoir qui ne s’exerce pas, n’est pas un pouvoir. Le pouvoir n’existe que tant qu’il s’exerce. Par conséquent, que vont faire ceux qui détiennent le pouvoir : ils vont démontrer qu’ils le détiennent. Comment font-ils pour le démontrer ? C’est l’obligation de payer le tribut. Cela signifie que les gens qui obéissent vont consacrer une partie de leur temps non plus à travailler pour eux-mêmes, leurs familles comme dans les sociétés primitives, mais ils vont consacrer une partie de leur temps à leur maître à qui ils doivent le tribut. La forme moderne du tribut, entre autre, car il n’y a pas que ça, c’est l’obligation de payer l’impôt.
On a vu que dans le cas des sociétés primitives, le chef se trouve dans une obligation de dette par rapport à la société. Ainsi, le pouvoir n’est pas du côté du chef, mais du côté de la société. Le pouvoir est totalement rabattu sur le corps entier de la société. On peut donc dire que la société primitive exerce le pouvoir sur le chef et voire même contre le chef.
Dans les sociétés à état, il y a eu rencontre entre le chef et le pouvoir et c’est lui qui établit une relation de dette avec la société, une société qui est endettée par rapport au détenteur du pouvoir.
Dans la société primitive, il n’y a pas de raisons pour que se développent ce qu’on appelle les “forces productives”. Normalement, l’économie y est à peu près inerte. Y a pas de progrès ou très peu.
Lorsqu’on pense à l’origine de l’État, si la voie économique se trouve fermée, si c’est une impasse, alors il faut la chercher ailleurs ; c’est dans le champ politique que l’on voit enracinée la question de l’État. La division de la société en classes sociales opposées c’est une conséquence politique, c’est à dire une conséquence de l’émergence de l’État. C’est l’État qui détermine l’apparition des classes et non pas le contraire comme le dit la théorie marxiste avec laquelle je suis en total désaccord, puisque je pense exactement le contraire. […] “

La dernière partie des entretiens est un exposé sur la société des Indiens amazoniens où Pierre Clastres reprend et explique son chapitre “L’arc et le panier” de “La société contre l’état” (1974).

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Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Pierre_Clastres_De l’ethnocide