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A la croisée des chemins : totalitarisme transnational ou société des sociétés… Vers la Communauté par la séparation avec Gustav Landauer

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 26 juillet 2021 by Résistance 71

“Plus je descend profondément en moi-même et plus je deviens partie du monde.”
“La nature humaine n’est pas indifférente, superficielle, philistine, mais elle est hérédité éternelle, divinité ; elle est consensus et communauté, créée une fois que tous trouvent leur centre vrai et profond et vivent en accord avec lui. En d’autres termes, la véritable individualité que nous trouvons au plus profond de nous-mêmes est communauté, humanité, divinité.”
~ Gustav Landauer ~

GL1

Vers la Communauté par la séparation

Gustav Landauer

1904

Extraits d’un texte annexe de Landauer publié avec d’autres écrits dans le recueil “Die Revolution” — traduit de l’anglais par Résistance 71, juillet 2021

[…] La position sociale de l’individu de la masse dérive d’un héritage qui détermine son être à la fois de l’extérieur et de l’intérieur : il appartient à une certaine famille, une certaine classe, il acquiert une certaine connaissance et suit une certaine foi, il devient part d’une profession, il est protestant ou catholique, un patriote anglais ou allemand, un commerçant ou un éditeur de journal. L’autorité, la coutume, la moralité, le temps et la classe définissent son existence.

De nos jours néanmoins, il y a une jeune génération qui est devenue sceptique de la tradition. Nous pouvons caractériser ses membres si nous le voulons : nous avons des socialistes et des anarchistes, des athées et des gitans, des nihilistes et des romantiques. Certains d’entres eux ont tenté de soulever les masses de manière enthousiaste, de les réveiller, de les purifier, de faire monter leur colère et leur indignation, de leur dire la beauté et la splendeur à venir et de les organiser dans des unions sociales et économiques. D’autres ont choisi une voie différente : ils ont transformé leur vie en un jeu et ont recherché le mieux et le plus exquis pour eux-mêmes ; ils sont devenus de grands solitaires ou de petits hédonistes.

Je fus un de ceux qui allèrent vers les masses. Maintenant, moi et mes camarades en sommes revenus. Nous avons perdu quelques compagnons au long de la route, soit pour un parti politique [marxiste] soit pour le désespoir. Nous en avons ramené d’autres avec nous, nous n’avons pas pu en trouver plus que ceux-là. Nous en sommes venus à une conclusion qui fut très douloureuse à atteindre : nous sommes trop avancés pour pouvoir être compris. Nous avons développé un sens de clarté que les gens ne peuvent pas saisir dans la confusion quotidienne qui les étreint. La conclusion est que nous devons cesser de descendre vers les masses, nous devons au contraire les précéder. Dans un premier temps, il pourrait paraître que nous nous en éloignons ; mais nous ne pouvons trouver la communauté que nous désirons et attendons tant que si nous, la nouvelle génération, nous séparons de l’ancienne communauté. Si nous faisons de cette séparation une séparation radicale et si nous, en tant qu’individus séparés, nous permettons de nous immerger dans les profondeurs de notre être pour y atteindre le cœur même de notre nature la plus cachée, alors nous trouverons la plus ancienne et la plus complète des communautés : une communauté non seulement embrassant toute l’humanité mais aussi tout l’univers. Quiconque découvre cette communauté en lui-même sera éternellement heureux et tout retour aux communautés de l’arbitraire d’aujourd’hui sera impossible.

Je différencie trois formes de communauté : d’abord, il y a un pouvoir héréditaire qui peut être découvert dans les puits insondables de notre moi profond, ces trésors intérieurs paléontologiques de l’univers, deuxièmement, il y a un autre pouvoir héréditaire, un qui veut inhiber les limites et nous emprisonner du dehors et troisièmement, il y a les associations libres momentanées des individus basées sur les intérêts communs.

La première de ces communautés réfère à ce qu’on appelle habituellement l’individu, mais comme je veux le montrer, l’individu est toujours une manifestation de l’univers. La seconde réfère aux communautés forcées des sociétés bourgeoises et étatiques. La troisième réfère à la communauté qui doit encore se produire : celle que nous voulons initier sans attendre.

[…]

Prenons un autre chemin : permettons au monde de passer au travers de nous, apprêtons-nous à ressentir le monde, à en faire l’expérience, de nous permettre d’être saisi agrippé par celui-ci. Jusque maintenant, tout a été divisé en ce pauvre, faible, active “moi” et un monde rigide, inapprochable, passif et sans vie. Devenons le medium du monde, à la fois passif et actif. Jusqu’ici nous nous contentions de transformer le monde dans l’esprit de l’Homme ou dans l’esprit de notre cerveau, maintenant, transformons-nous en l’esprit du monde.

Ceci est parfaitement possible. Le vieux maître Eckhart, ce grand mystique et hérétique (NdT: Gustav Landauer est un spécialiste de maître Eckhart dont il a traduit des textes de l’allemand médiéval en allemand moderne, il est aussi un spécialiste de Nietzsche…), avait bien raison lorsqu’il disait que si nous étions capables de comprendre une toute petite fleur et sa nature profonde, alors nous pourrions comprendre l’ensemble du monde. Il ajouta néanmoins, que nous ne pouvons jamais atteindre une telle compréhension absolue depuis l’extérieur, c’est à dire avec l’aide de nos sens. […]

La manière de créer une communauté qui comprenne l’ensemble du monde mène non pas vers l’extérieur mais vers l’intérieur. Nous devons comprendre que nous ne faisons pas que percevoir le monde, mais que nous sommes le monde. Celui qui peut comprendre la fleur complètement, peut comprendre le monde dans sa totalité. Alors, retournons complètement à nous-mêmes, alors nous pourrons trouver l’univers.

Cependant soyons bien clairs sur un point : aussi loin que nous percevons notre propre nature profonde comme réalité, toute matière est en fait une illusion, imaginée par nos yeux, notre toucher et notre perception de l’espace en tant que monde externe, soyons clairs pour dire que la perception intérieure ne dépend que de l’esprit. Un esprit qui est complexe et demandant. Si nous ne comprenons pas cela, nous ferons l’erreur de prendre notre “moi” étriqué et ridicule pour la chose essentielle. N’oublions pas que la reconnaissance du monde est un postulat de notre pensée ; ceci est aussi vrai pour la reconnaissance du monde spirituel. Nous ne devons pas oublier cela afin d’éviter de transformer une disposition nécessaire en un dogme ou en une soi-disant science. […] Clarifions aussi une chose, créer une disposition nécessaire, que le passé, le présent et le futur tout autant que les notions d’ici et de là-bas ne sont qu’un courant éternel unique et unifié qui coule de l’infini vers l’infini. Il n’y a ni cause, ni effet à ce monde.

Quoi qu’il en soit, ce monde est évident pour nous et il est donc vrai. Les assomptions de cause et d’effet n’existent que dans le petit monde des corps isolés mais pas dans la mer agitée et tumultueuse de l’âme, de l’esprit.

[…] Je ne nie pas que le monde puisse être expliqué matériellement, puisqu’il y a plusieurs explications possibles, un nombre infini de visions du monde. Spinoza a dit plus précisément, un nombre infini d’attributs divins […] L’émergence du spirituel du matériel est inexplicable. Spinoza le savait déjà.

[…] “La nature créative” c’est la natura naturans de Spinoza, un professeur de Goethe, qui reprend le terme des mystiques et des réalistes médiévaux. Encore et encore nous rencontrons la notion que quelqu’un puisse devenir dieu ; qu’on puisse devenir le monde plutôt que de le reconnaître. Peut-être que le plus grand enseignement de Jésus a été atteint lorsque Maître Eckhart dit “Laissons dieu qui est aussi le fils de l’Homme, dire : “Je fus humain pour vous, alors si vous n’êtes pas des dieux pour moi, vous ne me rendez pas justice.”” Voyons donc comment nous pouvons devenir des dieux ! Voyons donc comment nous pouvons trouver le monde en nous-mêmes !

[…] Max Stirner a découvert que l’oppression vient en fait de concepts et d’idées qui sont acceptés comme sacrés. D’une main ferme, décidée, il démonta ces notions de dieu, de sacralité, de moralité, d’état, de société et d’amour et démontra de manière humoristique leur vacuité. D’après sa merveilleuse explication, les notions abstraites n’étaient que du vent et les concepts des mots pour un groupe de singularités. Néanmoins, Stirner remplaça dieu avec l’individu concret…

[…] Si nous faisons une introspection, nous comprenons qu’il n’y a pas d’individus autonomes. Ce que nous sommes, c’est ce que sont nos ancêtres en nous-mêmes. Ils sont actifs et vivants en nous, ils sont avec nous lorsque nous interagissons avec le monde extérieur et ils se transmettrons à nos descendants. Nous faisons partie d’une chaîne incassable qui vient de l’infini et va vers l’infini, même si quelques segments peuvent se déchirer et faire l’expérience de quelques complications. Tout ce que nous faisons de notre vivant nous connecte avec l’univers et même notre cadavre est un pont qui est utilisé pour continuer notre voyage dans l’univers. Comme l’a dit Clemens Brentano : “La vie n’est rien d’autre qu’un morceau d’éternité que nous nous approprions en mourant.” Le dicton “Tout ce qui vit meurt” comporte une certaine vérité, mais c’est une vérité triviale et sans importance. Nous devrions plutôt dire : “Tout ce qui vit, vit à tout jamais.

Nous avons vu que matière et corps sont des expressions archaïques et inadéquates pour le flot d’âme complexe que nous appelons “monde”. Pourtant, notre perspective est si nouvelle que nous n’avons pas la bonne expression pour la décrire. Nous devons donc faire avec les vieilles expressions sous certaines réserves. Notre monde ne peut être compris que si nous comprenons les multiples perspectives parallèles et complémentaires par lesquelles nous l’avons créé.

Si on regarde tout ça d’un point de vue matériel, nous comprenons qu’il n’y a rien de plus certain que le fait que les individus se situent dans une connexion inextricable avec les générations passées.. Bien sûr que le cordon ombilical est coupé entre l’enfant et sa mère dès la naissance, mais les chaînes invisibles qui nous rattachent à nos ancêtres sont bien plus fortes que cela. Qu’est-ce que l’hérédité si ce n’est ce pouvoir et cette domination fantomatique mais pourtant familière que le monde de nos ancêtres exerce sur notre corps et sur notre esprit ?… Que sont ce pouvoir et cette domination si ce n’est présence et communauté ? Si nous, les humains, avons une peau douce au lieu d’une fourrure laineuse, un menton non protubérant et une posture droite, et bien ceci est la conséquence de l’hérédité, c’est à dire de la domination qui est toujours exercée sur nous par les premiers humains qui ont évolué depuis l’état de primate. Pour le dire différemment, puisque ces premiers humains ont toujours un effet sur nous, ils vivent toujours en nous et nous en faisons toujours l’expérience (NdT: comme le principe de la conservation intégrale du passé de Henri Bergson et nous savons aussi depuis des recherches génétiques récentes qu’Homo sapiens sapiens possède environ 4% de gènes de Néanderthal puisque les deux espèces se sont chevauchées au sens propre comme au figuré pendant près de 40 000 ans et se sont génétiquement mélangées… A ce sujet nous conseillons le visionnage de l’excellent film “Ao, le dernier Néanderthal” de Jacques Malaterre, 2010, qui met en scène les dernières trouvailles paléontologiques. L’éminente paléontologue du CNRS, et grande spécialiste mondiale de Néanderthal, Marylène Patou-Mathis fut conseillère scientifique sur le film). Nous devons finalement comprendre que tout effet demande une présence et qu’il n’y a pas de causes mortes mais seulement des causes vivantes.

Si nous voulons nous débarrasser du mot “cause”, nous pourrions dire : “La cause est morte, longue vie à l’effet vivant !” Nous pourrions aussi inverser ce que disait Schopenhauer : que toute réalité est efficacité. Nous pourrions dire en lieu et place que l’efficacité est la réalité, que ce qui est réel sont les connexions et les communautés, et que tout ce qui est réel est aussi présent et dans le moment.

Nous sommes les instants d’une éternelle communauté d’ancêtres.. Cela ne peut qu’aider que de faire remarquer que l’éternité aussi suit les règles du temps.

[…] Les grandes communautés héréditaires sont bien réelles ; le travail des ancêtres se fait toujours sentir aujourd’hui, ils doivent donc être en vie. Bien sûr, nos ancêtres humains et animaux sont morts depuis bien longtemps dans le monde extérieur ; mais en nous-mêmes quoi qu’il en soit ces reliques paléontologiques, ces êtres disparus, sont toujours vivant (NdT: une fois encore Homo sapiens sapiens possède 4% de l’ADN de Néanderthal, Homo neandertalis, selon les découvertes scientifiques de la dernière décennie…). Nous sommes ce qu’il reste d’eux et nos enfants seront autant à eux qu’à nous.

Les corps individuels qui ont vécu sur Terre depuis le commencement ne sont pas juste des individus isolés ; ils forment une énorme communauté bien réelle, un organisme ; un organisme qui change en permanence, qui se manifeste constamment en de nouvelles formes d’individus. […] L’existence de nos ancêtres est indéniable, si nous ne le reconnaissons pas, le sens de la vie et du monde demeureront un mystère pour nous, ils ne seront que matière, perception, illusion.

[…] Nous devons penser à l’arbre qui croît dans un sol appauvri : il fait toucher une de ses branches dans un sol plus riche plus loin et fait mourir le vieil arbre tout en passant son énergie vitale de sève dans l’autre segment qui devient un nouvel arbre. De la même manière, nous mourons en tant qu’êtres humains, mais ne mourons pas en même temps. Dans nos enfants et dans nos actions durables, nous continuons de vivre sous une autre forme et en unité avec les autres êtres humains. On pourrait dire : “Ignorez le matériel et concentrez-vous sur le spirituel !” Celui qui ne ressent le spirituel qu’avec son esprit, son âme tout en percevant son corps comme une entité externe a perdu toute perception naturelle et a souscris à une sorte de dogme sectaire. Le corps et l’esprit ne sont pas séparables de l’intérieur, ils sont tous deux l’expression de l’âme.

[…]

L’individu est la partie de nous-mêmes qui ne peut être changée que de l’extérieur. Plus une personne est autonome et indépendante, plus elle se retranche en elle-même, plus elle se détache des effets de ce qui l’entoure, plus elle va se trouver unifiée avec le passé, avec ce qu’elle est originellement. Qu’est-ce que l’humain est originellement, qu’est-ce qui constitue sa partie la plus intime, la plus cachée ? Qu’est-ce qui est le plus inviolable de lui-même, son sang et sa chair. Le sang est plus épais que l’eau ; la communauté, telle que trouvée par l’individu, est la plus large communauté du vivant lui-même et est plus puissante et plus noble et plus ancienne que les très faibles influences de l’état et de la société. Ce qui constitue notre plus individuelle partie est notre plus universelle. Plus je descend profondément en moi-même et plus je deviens partie du monde. Mais ai-je les moyens d’aller si profondément, de trouver ce sont j’ai besoin ? La perception intérieure que j’ai de moi-même ne serait-elle pas un sentiment général vague et faible comparée aux perceptions claires et sensuelles que je dérive du monde extérieur ?

[…] En de telles circonstances, ce n’est que dans la séparation et en se tournant vers l’intérieur que nous pouvons ressentir et trouver le monde dans notre corps et notre âme. Le monde s’étant désintégré en morceaux et s’étant aliéné, nous devons fuir dans une réclusion mystique afin de redevenir un avec lui de nouveau.

Si nous voulons ramener quelque chose que nous avons oublié à notre conscience, nous nous en rappelons grâce à l’appareil psychologique que nous appelons notre mémoire. Mais notre mémoire est limitée aux quelques expériences limitées de nos vies individuelles. Ce qui veut dire que toute compréhension de l’individualité fondée sur notre mémoire individuelle est superficielle, momentanée et très éphémère. La véritable individualité est profonde, ancienne et perpétuelle. Elle est l’expression des désirs de la communauté dans l’individu lui-même.

Maître Eckhart dit que dieu n’est pas un avec l’individu, mais avec l’humanité. C’est l’humanité que tous les individus ont en commun ; c’est l’humanité qui leur donne une valeur. Elle est le plus haut et le plus raffinée dans toutes les vies individuelles. C’est ce que maître Eckhart appelle “la nature humaine”.

Nous ne devons pas nous méprendre là-dessus : Eckhart ne parle pas de communautés arbitraires contrôlés par une autorité. Les communautés autoritaires sont la superficialité de la mentalité de troupeau. La nature humaine n’est pas indifférente, superficielle, philistine, mais elle est hérédité éternelle, divinité ; elle est consensus et communauté, créée une fois que tous trouvent leur centre vrai et profond et vivent en accord avec lui. En d’autres termes, la véritable individualité que nous trouvons au plus profond de nous-mêmes est communauté, humanité, divinité.

Une fois que les individus se sont transformés en communautés, alors ils sont prêts à former des communautés plus vastes avec des individus comme eux. Celles-ci seront de nouveaux types de communautés, établies par des individus ayant le courage et la nécessité de se séparer de la fadeur de la superficialité.

[…]

Il y a une autre façon de se sentir infini, la plus splendide de toutes. Nous sommes tous familiers avec elle tant que nous ne sommes pas entièrement corrompus par la décadence et la superficialité égoïste de nos communautés arbitraires et disfonctionnelles. Je parle ici de l’amour. L’amour est un tel sentiment merveilleux et universel, un sentiment qui nous retourne et nous élève vers les étoiles, parce que c’est une corde vibrante qui connecte notre enfance avec l’univers. Il y a là une signification plus profonde dans le fait que le nom pour l’expérience de la communauté. le sentiment qui nous connecte avec l’humanité : l’amour, l’amour humain, est le même mot que nous utilisons pour l’amour entre les deux sexes qui nous connecte avec les générations suivantes. Damnés soient les sans âmes qui n’ont pas la chair de poule lorsqu’ils entendent parler d’amour ! Damnés ceux pour qui la satisfaction sexuelle n’est qu’une sensation physique ! L’amour illumine le monde et inonde nos êtres d’étincelles. Il est la façon la plus profonde et la plus puissante de comprendre ce que nous avons de plus précieux.

J’ai parlé du fossé entre nous, les nouveaux humains et les masses et au sujet de la nécessité de nous séparer de ceux unifiés par l’État. Ceci semble contredire ma croyance qu’un amour pour l’humanité fait partie de notre être le plus véritable. Laissez-moi expliquer : d’un côté, il semble clair que tous les humains contemporains, civilisés ou non, sont si reliés à nous qu’il est difficile de ne pas les aimer de la même manière que nous aimons ceux qui sont proches de nous. D’un autre côté, la relation est aussi difficile qu’elle puisse l’être avec nos proches mêmes : ils sont très proches de nous dans leur être et leurs caractéristiques et nous sentons le lien du sang et nous les aimons, mais nous ne pouvons pas vivre avec eux. La plupart de nos contemporains ont déformé leur humanité à cause de leur bassesse étatiste et sociale tout autant que leur stupidité, ils ont aussi déformé leur animalité avec leur hypocrisie, leur fausse moralité, leur couardise et leur manque de naturel. Même durant les occasionnelles heures de lucidité ou de désespoir, ils ne peuvent pas mettre bas le masque. Ils ont bloqué leur liaison avec l’univers, ils ont oublié qu’ils peuvent devenir des dieux ! Nous voulons être complets : humains, animaux et dieux ! Nous voulons être des héros ! Donc pour l’amour de l’humanité qui s’est perdue en chemin, pour l’amour de ceux qui viendront après nous, pour l’amour finalement, tout simplement, du meilleur de nous-mêmes, nous voulons laisser ces gens, nous voulons notre propre compagnie et notre propre vie !

Aussi loin de l’État que nous le puissions ! Aussi loin que possible de la marchandise et du commerce ! Aussi loin que possible de tous les Philistins ! Laissons-nous, qui nous sentons comme les héritiers du millénaire, qui nous sentons simples et éternels, qui sommes des dieux, laissez-nous former une petite communauté de joie et d’activité. Laissez-nous nous créer en tant qu’êtres humains exemplaires. Laissez-nous exprimer nos désirs : désir de tranquillité tout comme le désir d’activisme ; le désir de réflexion tout comme celui de célébration ; le désir du travail tout comme celui de la détente et du loisir. Il n’y a pas d’autre chemin pour nous !

Cette pensée est née du grief : nous voulons ressentir les plus grandes joies de la création parce que nous sommes des désespérés. Ceux qui en ont déjà fait l’expérience savent que la seule façon d’éveiller le peuple est par le génie religieux, c’est à dire par la vie exemplaire de ceux qui font tout ce qui est en leur pouvoir pour sortir de l’abysse. Ces individus savent que toutes ces questions sont de sérieuses questions existentielles. Nous le petit nombre avancé, nous avons besoin de notre fierté, nous ne pouvons, ne voulons pas attendre plus longtemps ! Alors commençons ! Créons notre vie commune, formons des centres de ces nouveaux êtres, délivrons-nous de la fadeur de nos contemporains !

Notre fierté doit nous inhiber de vivre de leur travail, il ne devrait pas y avoir d’échange de nos meilleures pensées, même pas de nos pires. engageons-nous dans le travail physique, soyons productifs ! De cette façon, nous pourrons présenter le meilleur de notre esprit à l’humanité. Espérons qu’une nouvelle génération, à laquelle j’adresse ces mots fondés sur un profond désespoir, va se trouver et enfin s’unir.

“Par la séparation vers la communauté” veut dire : risquons tout afin que nous puissions vivre en êtres humains complets, achevés, sortons de la superficialité de l’autoritarisme des communautés usuelles ; créons en lieu et place des communautés qui reflètent la communauté du monde que nous sommes en fait ! Nous nous le devons à nous-mêmes et au monde. Cet appel est lancé à tous ceux qui sont capables d’entendre !

Note de R71:

Écrit il y a plus d’un siècle, à quel point ce texte résonne t’il toujours si juste aujourd’hui ? Landauer n’a t’il pas touché en quelques paragraphes simples et directs, l’essentiel de la réflexion critique et vitale de notre humanité et de son organisation sociale ?

Qu’attendons-nous dès lors que nous sommes de plus en plus nombreux à savoir qu’il n’y a pas de solution au sein du système et qu’il ne saurait y en avoir ?

Remarquons également avec les citations du mystique médiéval Eckhart, le rapprochement spirituel avec la pensée orientale, taoïste par exemple et d’autres, témoignant de cette universalité de la pensée au-delà des contingences spatio-temporelles…

Eckhart von Hochheim ou “Maître Eckhart” (env. 1260-1328) était un mystique chrétien de la fin du XIIIème début du XIVème siècle. Il écrivit sous la forme de sermons qui ont été traduit dans toutes les langues occidentales avec plus ou moins de réussite. Landauer est un spécialiste de Maître Eckhart et a traduit les écrits moyen-âgeux de celui-ci en langue allemande moderne. Les citations utilisés dans ce texte sont celles de Landauer lui-même.

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Gustav Landauer sur Résistance 71

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Changer d’attitude envers le système : L’expropriation (Erinne Vivani)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , on 20 juillet 2021 by Résistance 71

abolitionsalariat

L’expropriation

Erinne Vivani

1920

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Note de Résistance 71 : Vivani est un anarchiste italien dans la veine de Renzo Novatore. Ce texte a été écrit dans le contexte de la révolution des conseils ouvriers du nord de l’Italie en 1920 où les ouvriers exproprièrent les propriétaires d’usines qu’ils remirent en marche pour le bien du peuple selon le principe anarchiste de la grève générale illimité et expropriatrice. Le mouvement fut trahit de l’intérieur (déjà !) par l’alliance d’une poignée avec le PCI et la fange marxiste-léniniste-trotskiste. La trahison se renouvellera en Espagne 1936-39. La leçon est simple  la révolution ne peut avoir de succès qu’en dehors de tout système établi. Elle ne sera viable qu’en dehors de toute institution étatique, marchande, monétaire et salariale.
C’est pourtant simple à comprendre. Agissons donc en conséquence ici et maintenant !

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Des temps les plus reculés, il y eut des hommes, qui, utilisant la force brutale et la ruse, se sont appropriés e patrimoine commun.

S’ils s’étaient limités à cela, ce n’aurait été que moindre mal, car les lésés, adoptant les systèmes de leurs maraudeurs, auraient peut-être pu récupérer leurs biens et les augmenter.

Le pire émergea lorsque ces maraudeurs, afin de consolider et d’augmenter le produit de leurs vols, constituèrent l’autorité et prétendirent de dicter des lois au monde et à précisément ceux qu’ils avaient usurpés et volés.

Ainsi, il y eut des tyrans d’un côté et des esclaves de l’autre.

Les premiers déclarèrent solennellement : “La propriété est le fruit du travail est est sacrée et inviolable.”  Et la défense du principe hypothétique de la propriété sacrée et inviolable fut confiée à trois figures pour le moins nébuleuses : le gendarme, synonyme de brutalité et de férocité, le prêtre et le moraliste, qui personnifient le mensonge.

Contre ce principe se leva les philosophes, qui déclarèrent que “La propriété c’est le vol !” ils furent rejoints par des milliers et des milliers d’esclaves qui espéraient liberté et égalité et qui se divisèrent en écoles de pensée et en partis politiques menés par des bergers, qui répètent, au point d’anesthésier le public par l’ennui incommensurable qu’ils causent, leurs discours sur les droits et les devoirs du travailleur, sur l’humanitarisme, sur l’altruisme, la justice, la solidarité, la fraternité, l’égalité, la liberté etc, etc… et, comme s’ils construisaient un bâtiment, tracent le design de la société future sous les regards incrédules des pauvres et le sourire ironique des riches.

Ces discours sentimentaux sont des jérémiades, qui semblent vouloir convaincre les propriétaires d’abandonner leurs possessions pour le bénéfice de l’humanité. Mais les riches sont sourds, n’ont pas de compassion et, par dessus tout, sont forts, parce qu’ils ont les gendarmes, les prêtres, les moralistes et les réformateurs sociaux enduit du vernis du révolutionnisme. Au contraire, les riches voyant les gens satisfaits de geindre et permettant de se faire duper par les mauvais bergers, deviennent de plus en plus arrogants et agressifs et, comme si la violence des autorités royales ou républicaine n’était pas suffisante, ils louent les services de gros gangs armés pour la défense de leur capital. Je n’aime pas beaucoup les discours, encore moins les discours sentimentaux et rhétoriques ; il m’importe peu que la propriété soit le fruit du travail ou du vol ; je ne prête aucune considération aux lois et à la justice, je ne me soucie pas non plus d’éveiller les sentiments de l’humanité. Je sais que je dois vivre ma vie le plus confortablement et le plus librement que possible et j’essaie de trouver les moyens nécessaires à cet effet.

“Le droit à la vie ne se mendie pas, il se prend” donc je dis à mes camarades : vivons le plus anarchiquement possible, sans attendre un hypothétique futur, ce qui pour nous anarchistes aura toujours une vibration malsaine.

La société nous considère à juste titre comme des ennemis, nous ne recherchons donc aucunement une quelconque réconciliation, nous rejetons les moyens de lutte qu’elle nous offre, ces moyens de lutte politique par les partis et par les syndicats. Nous choisissons les moyens nous-mêmes et pensons qu’ils sont adéquats pour la tache difficile à laquelle nous devons faire face ; nous les pensons supérieurs à ceux proposés par notre ennemi. Nous acceptons le défi et luttons sans répit ni quartier pour parvenir à une victoire immédiate et pas en l’an 2000 (NdT: marrant, ce texte a été écrit il y a 101 ans… et où en sommes nous toujours ?… dans les mêmes pseudo-luttes encadrées par un système oppresseur et dominant et pourtant qui n’a jamais eu autant les pieds en argile qu’en ce moment…)

La force se combat par la force, la violence par la violence, la propriété par l’expropriation. J’attache la plus grande des importances révolutionnaire, la plus haute signification subversive à l’expropriation individuelle. C’est à dire : la rébellion pratique et efficace contre le système d’exploitation perpétré par les invisibles et les chercheurs de jouissance au détriment des travailleurs ; la conquête du droit à la vie, au plaisir et à la liberté, car la société ne fait que piétiner les pauvres, la vengeance contre les propriétaires et les institutions sociales. Au contraire, la multiplication des expropriations individuelles constitue une véritable et profonde désintégration sociale et le révolutionnisme et l’anarchisme, aujourd’hui plus que jamais, face à l’arrogance du parti socialiste qui affirme imposer sa dictature, n’ont aucune raison d’exister si ce n’est de se manifester comme essentiellement des tendances anti-sociales.

La révolution, démolir les organismes d’oppression et d’exploitation présents et futurs, ne se passe pas à date fixe sur les barricades, mais elle se produit à chaque heure, à chaque moment dans des assauts multiples contre la société, par ces individus rebelles et sans scrupules.

Il est nécessaire de renverser et de détruire tous les principes qui soutiennent la soi-disante société civile. L’expropriation des individus qui d’un côté empoisonne l’existence des riches, qui ont le sentiment d’étouffer sous le poids de leur richesse mise en danger, et diminuant d’un autre côté l’édifice moral et social de ses fondations.

L’expropriation individuelle systématique des rebelles et des puissants, le viol irrévérencieux des principes dominants, religieux, autoritaires et moraux ; la profanation iconoclaste de tout ce qui est considéré comme sacré et inviolable, constitue la fondation même de la crique révolutionnaire et anarchiste, la raison d’être de l’anarchisme anti-social.

Donc nous, en tant qu’anarchistes, nous soulevons contre la croisade des humanitaires à la petite semaine, de ces marchands boutiquiers altruistes, qui affirment résoudre l’émeute sociale avec une rustine sur une chambre poreuse.

Ceux qui approuvent la révolution et l’expropriation collective, celle à venir, et répudie l’expropriation individuelle, sont des sacristains monarchistes plus que des révolutionnaires. Qu’ils parlent de réformisme, peut-être anti-parlementaire, mais pas de révolution et encore moins d’anarchisme.

L’exemple de l’action de Jules Bonnot, pour n’en citer qu’un, vaut plus pour moi que tous les prêcheurs révolutionnaires anarchistes socialistes.

Convaincu de cela, je m’adresse non pas à la floppée qui ne veut pas me comprendre, mais à ceux ayant une ferme volonté et je leur dis : en attendant l’Apocalypse, menons notre révolution par l’expropriation pour que règne notre bien-être et notre liberté.

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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De l’antagonisme à la complémentarité : Nietzsche et la tradition anarchiste 6ème partie « Détruisons en riant ! » (Renzo Novatore)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 11 juillet 2021 by Résistance 71

FN1a

Nous ne connaissions pas Renzo Novatore et de tout le bouquin de Max Leroy, c’est la personnalité qui nous a le plus intrigué et le plus intéressé, pas seulement parce que nous le découvrions, mais aussi sans doute par sa dimension dostoïevskienne de la réalité… Un véritable personnage de roman. Nous ne sommes pas des promoteurs de la “propagande par le fait » ni de la violence, mais de l’action directe pour reprendre le décisionnaire dans nos mains et le défendre le cas échéant… Nuance très importante.
Nous devons individuellement et collectivement cesser de penser que l’Etat et les institutions sont là et existent “pour notre bien”. Ce sont des entités oppressives, répressives n’alimentant que les rouages du pouvoir coercitif qui seul est le moteur étatique. Tout peuple sous contrôle étatique est forcé de suivre un “contrat social” imposé et qu’il n’a en aucun cas choisi. Tout peuple sous contrôle étatique est en état de légitime défense permanente. La crise fabriquée de toute pièce de la “pandémie COVID” est là pour nous le prouver une fois de plus si besoin en était encore.
~ Résistance 71 ~

Juillet 2021

2ème partie

1ère partie

3ème partie

4ème partie

5ème partie

6ème partie

Renzo Novatore, feux antifascistes

1890-1922

Extraits du livre “Dionysos au drapeau noir”, Max Leroy, 2014, compilation Résistance 71

Max Leroy

Plus qu’un homme, une comète. Noyau de lave noire, atomes armés, plasma incendiaire et poussières d’étoiles. Novatore, né Abel Rizieri Ferrari, est fils des quatre éléments, la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu. Il naquit dans une famille de paysans pauvres, au creux d’un golfe de la Méditerranée, dans la ville portuaire de La Spezia. […] Novatore est pure incandescence. Le feu ? Il joua avec sa vie durant. Âme volcanique et démente : le poète ne se drape que d’un manteau de “passion furieuse”. Ses mots laissent l’encre aux scribouillards ; Novatore, lui, n’écrit qu’avec des lettres “de sang, de feu et de lumière”… Il n’existe encore aucune traduction de ses textes en langue française et l’on chercherait en vain le moindre ouvrage biographique…

Novatore quitte l’école très tôt puis travaille à la ferme familiale, de force plus que de gré. c’est en autodidacte qu’il s’empare d’auteurs qui éclaireront sa brève existence : : Nietzsche, Stirner, Wilde, Ibsen, Palante, Schopenhauer, Baudelaire… Autrement dit, le philosophe de la Vie, le penseur de la subjectivité radicale, l’écrivain socialiste à scandale, le dramaturge de la passion désespérée, le sociologue ennemi de la société, le philosophe pessimiste et le poète au spleen… […]

A 18 ans il se proclame anarchiste.

Le Moi anarchiste

Novatore s’inscrit dans le courant le plus individualiste de la pensée anarchiste. L’homme est bien le loup du dicton : ne cherchez plus à réchauffer vos cœurs en vous frottant aux flancs d’autrui ! N’attendez rien des organisations ni des bâtisseurs de doctrines ! N’espérez plus la société radieuse et libérée que tant tentent encore de vous vendre ! Quittez le navire et élancez-vous, à bride abattue, vers quelque atoll inconnu ! Novatore récuse les partis, les écoles, les dogmes, les morales instituées et les académies ; il balaie toute structure hiérarchique et toute discipline. Foin de paradis ! Foin de l’idéal ! Le monde roule dans les seules mains du chaos ! “Notre idéal est la négation catégorique de tous les idéaux pour le triomphe maximum et suprême de la véritable vie réelle, instinctive, échevelée et joyeuse !” La vie devient la seule mesure effective, le seul cap qui vaille d’être suivi – la vie pleine, ascendante, la vie au ventre rond d’orgueil, la vie aux iris d’or, teint de fièvre, crocs de fauve. Cette vie que tant ont mutilée, salie, souillée et avachie en faisant d’elle “un devoir, un apostolat, une mission.” ; l’homme y traîne désormais la patte, le genou grelottant, le cœur tiédasse et la langue sèche.

La guerre est la vérité du monde, Novatore ne s’en félicite pas ; il se borne à constater. Partout et en tout temps, l’homme écorche son prochain et boit son sang, la conscience claire. Lui aussi a connu ce champ que d’aucuns, racailles en costumes dans les velours des bureaux, osent appeler d’honneur. Connu et haï au point de déserter en avril 1918 et d’être condamné à mort par un tribunal militaire. Les montagnes ont alors ouvert leur bras à l’anarchiste en fuite. Il avoue sans détour que sa haine des humains trouve ses racines dans ce conflit mondial qui ôta la vie à près de 20 millions d’hommes. La Somme en sang, les corps démembrés, les tibias tranchés dans la boue, les rats pataugeant dans les intestins et les barbelés maculés de cervelles, le gaz moutarde et les drapeaux crâneurs, les tranchées et les gueules cassées, les mitrailleuses LMG 14 parabellum et les mutins fusillés au nom de la patrie… Comment croire encore à la fraternité ? Comment dire nous quand cette boucherie signa la mort de l’Homme ? […]

Son pessimisme, qu’il qualifie de “lucide et sain”, refuse toutefois le renoncement et l’impuissance ; il ressemble à une fleur qui croît, grimpe et s’élève pleine de “vie exubérante”.

Novatore emprunte au philosophe allemand Max Stirner sa conception de l’Unique : chaque être est un atome, une entité indivisible, un espace insécable et à nul autre pareil.

[…] Novatore vise, après Stirner, “l’expansion libre et trépidante”. Les droits et les devoirs ? fariboles pour impuissants, boniments d’eunuques ! “Tout devoir qui nous sera imposé, nous le foulerons furieusement sous nos pieds sacrilèges.” Novatore évoque pourtant une éthique, elle s’instaure au delà du moralisme et l’immoralisme en refusant de prendre part à la rixe philosophique. La morale glisse sur lui. Il l’observe d’un œil badaud, les mains dans les poches. Le bien et le mal ? Bisbilles d’avortons.

Le Moi novatorien ne se satisfait cependant pas de l’autisme égocentrique de Stirner. Chaque Unique peur saisir la main d’un autre Unique pour former un cortège d’âmes intègres. […]

A mes yeux, l’Anarchie est un moyen de parvenir à la réalisation de l’individu et non l’inverse ; autrement l’anarchie serait également un fantôme.

[…] Sa conception de l’anarchisme est élitiste et minoritaire : Novatore ne croit pas aux vertus du nombre et lui préfère les charmes clandestins de la qualité. “L’anarchisme a été et sera toujours le patrimoine éthique et spirituel d’une minuscule horde aristocratique et non des masses et des peuples.” […] Contre la masse toujours prête à se ranger derrière les injonctions des puissants, Novatore loue la subjectivité autonome et rebelle. L’aristocratie de ce va-nu-pieds n’a rien à voir avec les privilèges héréditaires d’une noblesse minable : Novatore ne trie pas sur le sang ni la classe, mais sur le mérite, le courage, la grandeur et l’héroïsme. Dès lors, “l’anarchisme est le trésor exclusif et la propriété de quelques-uns.

Ici et maintenant

La mort prend ses quartiers dans l’espérance, qui attend manque la vie.  La révolution et l’anarchie restent trop souvent à l’état de projet : un jour les classes auront disparu, un jour les moyens de production seront la propriété des travailleurs, un jour la bourgeoisie marchera au pas… Tandis que les révolutionnaires parient sur le destin, Novatore conjugue sa révolte au présent. […] La révolution n’honore jamais ses promesses et l’ange qui berce vos nuits n’est qu’une putain cernée l’aube advenue… L’harmonie sociale ? Un mythe. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille abdiquer : “Vous attendez la révolution ? La mienne a commencé il y a longtemps !

Le tsar tombe ? Lénine prend sa place et embastille les révolutionnaires dissidents comme les anarchistes. L’empereur Pu Yi abdique ? Mao sort de l’ombre et emprisonne les Tibétains dans des camps de rééducation. Le progrès est le masque de la servitude quand celle-ci se croit libre. […] Le riche et le pauvre ont beau s’écharper dans ce que l’on nomme la “lutte des classes”, tous deux font corps dès qu’il s’agit de condamner le vagabond, le marginal et le solitaire. Les crapauds bourgeois et les grenouilles prolétariennes, et ce sont les mots mêmes de Novatore, barbotent dans le même marais moralisateur et conformiste.

Démolir, rire et construire

Novatore canonne à vue et pose des charges explosives sur tous les édifices qui l’entourent. Les droits de l’Homme ? une resucée laïque des évangiles de Jésus de Nazareth a tenu à dompter l’Homme pour en faire la bête de cirque de son dieu ; le révolution française a pris le relais. Tous deux conçoivent l’Homme comme une pâte imparfaite, une chair bancroche à remodeler pour qu’advienne, lisse et docile, l’Homme idéal. Créature ou citoyen, géhenne ou guillotine, le dilemme n’en a que les apparences. […] La famille ?La négation de l’amour, de la vie et de la liberté.L’amitié ? “Heureux ceux qui ont bu à son calice sans avoir eu leur âme offensée ou empoisonnée. Si ce genre de personnes existe, je les invite à me faire parvenir leur photo, je suis sûr d’y voir le visage d’un imbécile.L’amour ?Déception de la chair et dégât pour l’esprit. Maladie de l’âme, atrophie du cerveau, affaiblissement du cœur, corruption des sens, mensonges poétiques, qui provoquent de féroces ivresses deux ou trois fois par jour afin de consommer cette précieuse, bien que stupide, vie plus rapidement… Et pourtant, je préfère mourir d’amour ; c’est le seul escroc, après Judas, qui peut tuer d’un baiser.Les idéologies ? Des impostures, des constructions théoriques qui ne résistent pas aux assauts du quotidien, des châteaux de cartes que le souffle du réel met à bas. “L’histoire, le matérialisme, le monisme, le positivisme et tous les mots en “-isme” de ce monde sont des outils vieux et rouillés dont je n’ai plus besoin et auquel je ne prête plus attention.”

Mais Novatore dynamite le sourire aux lèvres : sa poudre a l’odeur de la malice. “Nous détruirons en riant”, écrit-il ainsi dans un de ses poèmes. L’amertume ne coiffe pas sa rage. Le poète, après Nietzsche, célèbre l’art dionysiaque de la joie et du rire :

“Tout croulera, parce que l’Homme Libre est né.
En avant, en avant, Ô joyeux destructeurs.
Sous le noir étendard de la mort, nous conquerrons la Vie !
En riant !

Sa pensée refuse malgré tout de se cadenasser dans la seule et pure négativité. Son travail de sape s’accompagne d’un geste édificateur sur les ruines, Novatore dépose de nouvelles pierres : “Nous sommes des philosophes destructeurs et des poètes créateurs.” […] Nietzschéen en diable, il proclame ainsi : “Sur les tables des nouvelles valeurs humaines nous sommes en train d’écrire avec notre sang, qui est le sang volcanique d’Antéchrists dionysiaques et innovateurs, un autre Bien et un autre Mal.”

[…] Novatore ne croit pas au progrès… […] La civilisation a domestiqué l’homme et le félin en lui comme elle a méprisé, moqué et calomnié “la force volontaire, l’individualité barbare, l’art libre, l’héroïsme, le génie et la poésie.”

[…]

Ennemi de dieu et du patriarcat

[…] Le christianisme, avance le disciple de Nietzsche, a frigorifié l’esprit humain, a épuisé la terre et a fait d’elle une planète chétive, débile, pâle et fanée. La foi élime et flétrit les âmes. Qui vit pour l’au-delà gâche la seule vie dont il dispose. Le christianisme a tué la santé du monde et a assombri “la joie sereine et festive de l’esprit dionysiaque de nos ancêtres païens”.

[…]

Nul n’ignore le mépris des religions monothéistes à l’endroit des femmes. Judaïsme, christianisme et islam vouent aux gémonies toutes celles qui renâclent à endosser le statut de domestique ou de génitrice. Novatore décrit la femme comme une bête de somme et une esclave, comme la plus grande victime que l’on puisse trouver sur cette terre. S’il ne la dédouane pas de ses propres responsabilités, il tient toutefois à mettre en accusation le premier de ses bourreaux : l’homme, le mâle. Il publie également un texte sous un pseudonyme féminin, afin de donner la parole à une jeune femme, anonyme et peut-être imaginaire, qui n’entend pas obéir aux injonctions de la tradition ; c’est à dire au mariage, à la famille et à la maternité. A quoi bon enfanter et donner des esclaves de plus à la société ? “La vie est douleur, l’humanité est un mensonge. Qui consent à perpétuer l’espèce est l’ennemi de la beauté pure.” Le mariage inhume l’Amour sous la terre du quotidien. “Je veux marcher sur les chemins du monde pour cueillir les fleurs de l’amour, de la joie et de la liberté.” affirme fièrement son protagoniste. Ne pas devenir la servante d’un mari jaloux, ne pas donner un soldat de plus à la patrie mais “brûler complètement au feu de l’amour.” Et qu’importe si la foule fait d’elle une femme légère ou une catin !

Une philosophie de l’action

Renzo Novatore se reconnaît dans l’illégalisme, cette branche du mouvement anarchiste qui justifie l’usage de la violence dans le cadre de la lutte révolutionnaire.

[…] Nombre d’anarchistes rejettent la propagande par le fait et les actions illégales : elles nuisent à la cause qu’ils entendent défendre, manquent d’efficacité et empêchent, par leur brutalité, le grand nombre de se rallier à eux. Novatore récuse ces arguments d’un revers de la main. Le vol existe dans la mesure où les puissants maintiennent le petit peuple dans la misère. Le vol devient un droit, voire un devoir, tant la société pousse les malheureux à mourir sans mot dire sur le bord des routes. La figure du “pauvre honnête” révulse Novatore : cette prétendue honnêteté fait l’affaire de la bourgeoisie ! Il n’y a rien de plus humiliant pour le nécessiteux que d’accepter docile et résigné, la condition de crève la faim : si le pain manque, qu’il s’en empare séance tenante ! Que peut bien symboliser un pauvre honnête, sinon la forme la plus dégradante de la dégénérescence humaine ? Il associe également le vol et l’expropriation à l’héroïsme (vertu qu’il admire tant chez Nietzsche, ce “fort et sublime chantre de la volonté et de la beauté héroïque”). Novatore oppose au prolétariat languissant et piteux, celui de la victime, de l’esclave, le prolétariat de l’ardeur, de l’audace et de la vitalité : que les exploités se redressent sans délai et refusent de continuer à vivre en valets ! C’est ainsi que le vol, en leur main, peut devenir une arme “de puissance et de libération”. L’expropriateur n’attend rien ni personne. Il se fixe ses propres objectifs, ses propres durées, ses propre délais. Au guet, il préfère l’action, directe et sans détours.

Monstres siamois

En mai 1921, les fascistes italiens, Mussolini à leur tête, remportent 35 sièges. La marche sur Rome démarre le 27 octobre de l’année suivante. L’Italie s’apprête à sombrer sous la botte ignoble du guide.

Note de R71 : Ceci fut la réponse de la bourgeoisie italienne à l’épouvante que lui infligea pendant quelques mois de 1920 les conseils ouvriers du nord de l’Italie qui exproprièrent les capitalistes et remirent les usines au travail pour le compte du peuple. Mouvement qui commença à faire boule de neige pour finalement être trahi par les marxistes-léninistes et trotskistes du PCI, qui brisèrent la grève générale expropriatrice et amenèrent le prolétariat à accepter une fois de plus, une “réforme” qui ne vint jamais, devenue dans le temps la marque de fabrique des renégats gauchistes vendus au capital et à l’État. La suite est connue de l’histoire, le capital italien mit alors Mussolini au pouvoir… Ceci ne sera pas la seule trahison d’un PC, les staliniens feront de même en Espagne 36, puis en mai 1968 via la fange lénino-trotsko-maoïste  La fumisterie marxiste œuvrant pour l’État et le capital est incessante. Voir ce qu’en dit Novatore ci-dessous… Au préalable, Marx et Engels avaient dès 1848, trahi toute révolution sociale avec leur « Manifeste du parti communiste », petit guide pour tous les traîtres sociaux-démocrates en herbe…

Renzo Novatore vit dans la clandestinité depuis que trois camions de fascistes ont encerclé sa maison durant l’été 1922. L’anarchiste est parvenu à s’échapper après avoir lancé des grenades de sa propre fabrication. Il retrouve ses camarades la nuit tombée dans les forêts italiennes et participe à leurs côtés aux combats contre les paramilitaires fascistes, les squadristi. Antifasciste, Novatore l’est jusqu’à la moelle. […] Mais il ne considère pas le fascisme italien comme la seule menace qui pèse sur le monde. A la même époque, Lénine élève l’URSS sur les cadavres encore tièdes de Kronstadt et de l’Ukraine… Pour Novatore le fascisme et le socialisme (sous sa plume, le socialisme autoritaire) évoluent en frères jumeaux. Caïn et Abel d’un même enfer. […] “Un rêve commun les unit et ce rêve s’appelle Pouvoir”. […] Les deux configurations, supposément ennemies, communient dans la même mise au pas de l’indépendance. Socialistes et fascistes ne tendent plus qu’à une chose : consolider par tous les moyens, le pouvoir qu’ils ont acquis et nul n’oublie la détestation que tout anarchiste voue au pouvoir, quel qu’il soit. Quelle différence entre Lénine exigeant le statut de chef d’orchestre et Mussolini s’érigeant en chef du peuple ? Novatore renvoie tous les guides, tous les leaders et les dirigeants dos à dos.

[…]

Le 29 novembre 1922, trois carabinieri déguisés en chasseurs pénètrent dans une auberge non loin de Gênes. Renzo Novatore s’y trouve avec son ami anarchiste Sante Pollastri… Les trois gendarmes les ont suivi. Novatore est abattu mais son acolyte parvient à s’échapper après avoir tué un des gendarmes. On retrouvera sur Novatore un pistolet Browning, des faux papiers, une grenade ainsi qu’une fiole de cyanure. Mieux vaut mourir en héros, avait clamé celui qui se présentait comme un iconoclaste, que végéter “pareils à de lâches infirmes dans cette réalité répugnante.

Renzo Novatore avait 32 ans.

Toute société que vous bâtirez aura ses limites. En dehors des limites de toute société, les clochards héroïques et turbulents erreront, avec leurs pensées vierges et sauvages, eux qui ne peuvent vivre sans concevoir de toujours nouveaux et terribles éclatements de rébellion. Je serai parmi eux ! Et après moi, comme avant moi, il y aura ceux qui disent à leurs frères : “Tournez-vous vers vous-mêmes plutôt que vers vos dieux ou vos idoles. Découvrez ce qui se cache en vous-mêmes, ramenez-le à la lumière ; montrez-vous !” Parce que toute personne qui, cherchant dans sa propre intériorité, extrait ce qui y était caché mystérieusement, est une ombre qui éclipse toute forme de société pouvant exister sous le soleil ! Toutes les sociétés tremblent quand l’aristocratie méprisante des clochards, les inaccessibles, les uniques, les maîtres de l’idéal et les conquérants du néant, avance résolument. Avancez donc iconoclastes ! En avant ! Déjà le ciel devient noir et silencieux !”

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Renzo_NovatoreRenzo Novatore (1890-1922)

Critique lucide et résistance… Enterrer le « mouvement » anarchiste de tous les réformismes…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 28 juin 2021 by Résistance 71

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Une analyse intéressante et pertinente quand on y réfléchit bien. Nous pensons que le grand chambardement social ne peut se produire qu’avec un changement d’attitude envers les entités étatico-économiques, en les rejetant et en commençant dans le même temps notre propre relation et inter-connexion avec la capacité décisionnaire (le pouvoir) en nous la réappropriant sur le terrain, dans sa fonctionnalité quotidienne. La violence n’est pas une nécessité mais une mesure d’auto-défense et nous devons nous y préparer. Tout peuple opprimé par les instances étatiques est en état de légitime défense. Regardez simplement l’agression dont nous sommes les victimes au cours de cette “pandémie” COVID ayant amené des mesures dictatoriales de contrôle et l’injection d’un poison OGM aux populations. Nous sommes en état de légitime défense devant une attaque planétaire des populations. Où est la gogoche dans cette affaire, où sont les anarchistes dans cette affaire d’agression biologique où le génome humain est mis en danger immédiat ? De quoi la “Fédération Anarchiste” de tout pays débat-elle aujourd’hui ? De science vaudou du climat et de Lgébétisme… Halte aux leurres réformiste, scientifique et sociaux de l’auto-gestion de la merde étatico-capitaliste. Il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir, y croire est une illusion mortelle et bien des “anarchistes” se sont laissés fourvoyer et ont cédé aux chants des sirènes du “progressisme” mortifère, dogme piloté par la même clique de criminels transnationaux au service d’un fascisme tout aussi transnational ! Il n’y a pas 50 lignes de conduite politique, la seule viable et durable est celle qui mettra à bas, une fois pour toute, l’État, la marchandise, l’argent et le salariat.
Le Kurde Barut secoue le cocotier ci-dessous et à juste titre, car tout le reste, à terme, n’est que pisser dans un violon…

~ Résistance 71 ~

Enterrer le mouvement anarchiste

Barut

19 juin 2021

Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

“Les crapaux bourgeois et les grenouilles prolétariennes se sont tenus par la main sur une base commune spirituelle, recevant pieusement la communion de la coupe de plomb contenant la liqueur visqueuse de ces mensonges sociaux que la démocratie leur offrait.”
— Renzo Novatore, Collected Works

“Les schizophrènes recherchent délibérément l’extrême limite du capitalisme : ils sont sa tendance inhérente amenée à sa pleine réalisation, son surplus de produit, son prolétariat et son ange exterminateur. Ils hâtent tous les codes et les transmetteurs des flots décodés du désir.”
— Deleuze and Guattari, Anti-Oedipus: Capitalism and Schizophrenia

Avec la connaissance acquise de la non-existence d’un mouvement anarchiste unifié sur le continent européen, je veux ici parler de mes observations des scènes de terrain anarchistes sur lesquelles j’ai été en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Turquie. Même avec toutes leurs différences, elles ont toutes trois choses en commun : une obsession “gauchiste” de la “véritable” démocratie, une conformité intra-communale idéologique et un auto-sacrifice au culte de la mort qu’est le progrès et son “progressisme”. Ceci n’est pas une critique en profondeur de leurs pratiques et idéologies, beaucoup l’ont bien mieux fait avant moi. Ma critique est celle de ce cri nihiliste dans la nuit noire depuis le ventre de la civilisation occidentale. Une explosion de merde brûlante jaillissant depuis les égouts contre les esprits industriellement aseptisés, contre les protections de la société et de ses valeurs et contre le culte du collectif.

D’abord, voyons la Turquie

La pensée anarchiste est d’abord apparue en Turquie dans les années 1980 au travers de la publication anarchiste “Karala”, quelques 100 ans trop tard si on fait abstraction des quelques anarchistes italiens et juifs qui ont vécu à Istanboul durant l’empire ottoman. Lorsque l’anarchisme est arrivé en Turquie, ce fut sous sa forme pacifiste. Après 40 ans en Turquie, il est demeuré dans sa forme originelle, un domaine culturel et esthétique qui n’est rien d’autre que quelques publications de magazines et de journaux. Même pas un loup sans crocs, mais plutôt un de ces bulldogs nains qui ont peur de leurs propres pets.

Un de mes amis anarchiste m’appelle et m’invite à déjeuner près de la place Taksim d’Istanboul. Nous nous asseyons à la terrasse d’un café dans une ruelle et faisons le point. Il me révèle qu’il a quitté le DAF (Action Anarchiste Révolutionnaire) parce qu’il y était harcelé et mis à l’écart pour remettre en question le fondateur et le groupe et de ne pas se conformer à la ligne directrice du groupe. Quelque chose de très bizarre ici n’est-il pas ? Une organisation anarchiste qui semble opérer de l’intérieur comme un parti d’avant-garde marxiste. Il me confie également que le fondateur du groupe a mis en place toute une série de règles non écrites et non dites pour que tout le monde s’habille de a même façon durant les manifestations et ne rien porter qui pourrait être vu comme subversif aux yeux et aux valeurs du public. J’ai eu besoin de voir ce cirque merdique de mes propres yeux.

Je me pointe à la manif planifiée suivante à laquelle participe le DAF pour voir tout ça en première main, et les voilà dans la rue avec leurs drapeaux noirs dans une formation qui a manifestement été répétée et déguisés dans leurs uniformes “anarchistes”, tout en noir avec une veste arborant le logo DAF et le “A” anarchiste. Ce front noir n’est manifestement pas destiné à former un Black Bloc mais est une forme d’esthétique et de présence symbolique qui à ce point ne va pas plus loin qu’un signalement de présence virtuelle. Après une marche et le chant de quelques slogans qui en appelaient aux instincts de ces moutons vêtus de noir, la police commença à attaquer et à arrêter des membres du DAF et autres personnes. Sans aucune surprise, personne ne résista, ni personne n’essaya même de libérer leurs soi-disant camarades des mains des poulets.

Qu’attendre de ces anarchistes dilettantes de l’inutile qui ne sont bons que pour des groupes de lecture et à gérer des “cafés anars” ? Serait-il même désirable d’avoir un “mouvement” anarchiste fort ? Mes observations de la scène anarchiste en Turquie ne pouvaient pas être plus éloignées de ma compréhension d’une anarchie dangereuse pour l’establishment, individualiste, sauvageonne et réslliente dans ses attaques contre le Leviathan malgré le fait de porter le pessimisme de mille Schopenhauer sur mes épaules. Ayant des nausées de cet anarchisme si civique et organisé, je prends le bus pour l’aéroport.

Envolons-nous pour le Royaume-Uni

Des plaines vertes aussi loin qu’on puisse voir, très rapidement contrastées par les bâtiments gris industriels qui se distinguent alors qu’on se rapproche de la ville qui fut jadis un grand centre d’emploi de la population. Ces zones industrielles qui continuent à hanter les anarchistes et les marxistes jusqu’à maintenant. Ils ne se sont jamais remis d’avoir perdu le pouvoir des syndicats durant les années Thatcher. Ce doux coussin fait de boulots syndiqués, de statut social et d’aides sociales qui fut retiré de dessous leurs culs.

La première des choses qui me choqua le plus fortement au sujet des anarchistes britanniques et que bon nombre d’entre eux ont pris part à l’électoralisme et à ce “militantisme de la base” sponsorisé par le parti travailliste (NdT: l’équivalent du PS français) et le parti écologiste des Verts ou toutes associations affiliées. La grande majorité de ces “anarchistes” auto-proclamés étaient encartés au parti travailliste et au caucus socialo-libertaire du “Black Rose”. On peut bien penser : qu’est-ce qui a merdé avec les anarchistes pour s’assimiler de la sorte dans la politique électoraliste, mais la réponse devint de plus en plus claire au fur et à mesure que j’observais l’approche générale qu’ils avaient de l’anarchisme. Ils avaient des bistots anarchistes, toute une litanie de journaux et publications anarchistes donnant la parole à toute une série d’universitaires anarchistes avec leur opinion de Docteur en Philosophie et plein de magasins de bouquins anarchistes où, bien sûr, VOLER EST INTERDIT.

Fondamentalement, l’anarchisme au Royaume-Uni est devenu un business et pour ceux qui essaient toujours de maintenir ce côté révolutionnaire, ils sont en voie de disparition. Le mode d’action anarchiste le plus commun en GB est celui d’un sujet du Leviathan qui trouve des voies alternatives pour affirmer ses désirs, le plus souvent sous la forme d’une sous-culture et au travers de l’assimilation dans le complexe activiste industriel. Le désir sauvageon coule et déborde du lit de la rivière moulé par la machine techno-capitaliste pour le contrôle violent de la société de manière brutale. Résultat des courses, on me trouva quelque peu antagonisant, agressif et subversif par les moutons bien apprivoisés et neurasthéniques qui détestaient tout type de véritable conflit avec la société. Et cette réaction ne fut pas seulement celle des “aventuriers politiques” des travaillistes Black Rose, mais aussi par les coupeurs de biscuits de la Fédération Anarchiste et les fossiles syndicalistes du SolFed IWA (Solidarity Federation International Workers’ Association).

La station terminus est la fin de la course à la mort du techno-capitalisme industriel sponsorisé par le Leviathan. Plus désillusionné encore par les autres anarchistes et mon (notre) futur, je m’en fus de cette île déserte.

Je pourrais remplir cet article de toute une litanie de succursales anarcho-communistes et anarcho-syndicalistes présentes au Royaume-Uni qui pêchent toutes dans le même petit étang pour gonfler leur nombre afin de mener à bien cette grève générale et cette révolution qui ne viennent jamais. Tire la sonnette d’alarme et sort du train Wobbly ! (NdT: Wobbly est le surnom donné aux syndicalistes de l’IWA ou Industrial Workers Association)

Finalement, l’Allemagne

Le climat politique en Allemagne est vraiment mitigé et cela s’étend également aux sphères anarchistes. Comme en GB, en dehors des classiques anarcho-communistes et anarcho-syndicalistes, il y a un bon nombre d’anarchistes auto-proclamés qui participent à l’électoralisme et ont une croyance indéfectible en la “véritable démocratie”, il y a même quelques “anarchistes” qui s’identifient comme “anti-deutsch” dont la politique émergeant d’un sentiment de culpabilité national (parce que la plupart de leurs grands-parents furent responsables activement ou passivement de l’holocauste) résulte dans le soutien du colonialisme sioniste et de l’état d’apartheid qu’est Israël. Ce dernier type “d’anarchistes” étant indéniablement des fascistes suprémacistes blancs et représentent la susceptibilité idéologique de la politique de gauche et son appel à la simplification superficielle opérant au travers de l’exploitation et la création d’une culpabilité.

J’ai eu un bon nombre de discussions qui ont tourné vinaigre et hostiles avec des anarchistes d’autres arômes, qui ont le goût de pourriture pour moi et qui n’ont pas apprécié mon aspect iconoclaste, individualiste et mes sentiments anti-civilisationnels et quelque peu nihilistes. Pour eux, je n’étais qu’un désillusionné de plus, aigri et en mal de style de vie. Les anarchistes que j’ai eu la mauvaise chance de rencontrer lors du jour de la manifestation internationale du travail de Berlin, me dirent de ne pas antagoniser la police sans raison parce que “cela mettait un surplus de risque sur les personnes de couleur”.

Bien entendu, ces idiots ne savaient pas que j’étais moi-même kurde et turc. Quelque chose doit être dit au sujet des blancs dont l’alliance politique mêlée avec la politique identitaire dépend de la mise en valeur des “gens de couleur” comme moi pour auto-discipliner le mouvement anarchiste et pour désamorcer ce désir sauvage, de faire le boulot de l’État et d’Œdipe. J’emmerde votre alliance, je n’en veux pas ! Je n’en ai pas non plus besoin ! Si vous voulez vraiment aider, devenez mes complices criminels. Foutons le feu à la police 1 Engageons-nous dans une orgie de vol et offrons-nous et aux autres un petit coin de décadence ! Dansons sur les ruines de cette saloperie de Leviathan tous ensemble !

Depuis bien trop longtemps le mouvement anarchiste a essayé d’exister sur ses vieux chemins emmêlé dans les mêmes discours et les mêmes formalités. Il est grand temps de jeter la vieille bête dans le fossé. Construire des organisations et recruter des membres au sein de la “société civile” et essayer de faire de l’anarchie un produit de marketing comme étant normal et inoffensif  à la vie civilisée. Il n’y a rien d’attirant dans le tumulte de l’entropie de l’anarchie pour l’esprit domestiqué. Si les moutons affirment être anarchistes, ce n’est que dans le sens où ils voudraient juste utiliser la démocratie directe pour continuer à vivre comme du bétail en gérant coopérativement leur propre massacre. (NdT: en auto-gérant la merdasse du capital dans un réformisme sans cesse renouvelé et par essence inepte…)

Je ne facilite pas ma propre mise en esclavage et mon propre massacre. Je ne veux pas être accepté et assimilé dans le mouvement civil anarchiste qui essaie d’en appeler à la société comme un gamin essaie de plaire à son père, mendiant amour et reconnaissance. Mon désir sauvage est schizophrène, il ne reconnait pas la loi du père, la loi de l’État, ni les lois de la société. Mon nihilisme anti-politique me met en opposition directe avec la société et ses grands prêtres quelque soit mon choix. La couleur de ma peau est un assemblage explosif avec ma nature de confrontation  et est vue dans le cœur de l’empire ni plus ni moins que comme une menace. Je n’ai aucune confiance dans le mouvement anarchiste, son but de démocratie et de révolution ainsi que du corps d’organisations et d’individus qui le compose. En ces temps actuels, seul un pessimisme abyssal envers le mouvement anarchiste peut être la réaction de quiconque en porte-à-faux avec les rouages broyeurs du Leviathan.

SEULE LA FORCE PULSATRICE DU MOI TOUT-PUISSANT,
ET NON UN PARI PLACÉ SUR UNE DELIVRANCE BIBLIQUE.
L’ANARCHIE EST MAINTENANT OU JAMAIS !
NE LE VOYEZ-VOUS PAS ?
LA SERENITE D’UN NIHILISTE HILARE,
LES LARMES DE JOIE A SA CONTEMPLATION
TOUT
BRULE.
LE VOYEZ-VOUS ?
PAS JUSTE LE VOIR, JE PEUX LE SENTIR,
LE SOUFRE,
ET ENTENDRE LE SON DE MON RIRE SI AIGU.

— Barut, 2021

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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A bas l’État, la marchandise, l’argent et le salariat !

Recadrage

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, coronavirus CoV19, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, santé et vaccins, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 23 juin 2021 by Résistance 71

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Mission : Réhabilitation des chauve-souris…

Recadrage

Résistance  71

23 juin 2021

L’évolution de la “crise sanitaire” liée à la maladie induite par le virus de laboratoire SRAS-CoV-2 nous a amené ces derniers temps à relayer un bon nombre d’informations aidant à comprendre non seulement la supercherie et la fabrication, la planification de cette crise par l’oligarchie, mais aussi son niveau de criminalité en tant qu’”expérience” génétique planétaire au moyen des injections chimériques “vendues” au public comme “vaccins anti-COVID19”.

Dès mars 2020, nous avions traduit et relayé l’information documentée que ce virus du SRAS-CoV-2 a de fait été fabriqué dans le laboratoire de l’université de Caroline du Nord aux Etats-Unis entre 2006 et 2015, puis récupéré par le Pentagone pour en faire une arme biologique dans ses labos militaires. Ceci n’exclut en rien que d’autres labos aient pu travailler de concert ou indépendamment sur ce même virus initialement issus des chauve-souris, comme cela a été suggéré par ailleurs. Nous avons créé par la suite sur le blog une page au libellé sans équivoque : “Coronavirus, guerre contre l’humanité”, que nous mettons à jour régulièrement au fil de nos traductions et publications.

Depuis plus d’un an, nous faisons partie de ceux qui dénoncent sans relâche cette infamie planétaire eugéniste qu’est cette “pandémie” fabriquée de toute pièce pour générer la peur du public et son acceptation des moyens de contrôle dictatoriaux mis en place, moyens qui culminent depuis quelques mois avec une campagne de pseudo-vaccination planétaire avec une substance transgénique toxique injectable qui a non seulement déjà occasionné des dizaines de milliers de mort dans le monde, mais en a handicapé des centaines de milliers d’autres et certainement bien plus à venir. Le but final de l’opération est cette “Grande Réinitialisation” prônée par le Forum Economique Mondial, structure exécutrice du décisionnaire oligarchique planétaire, un Nouvel Ordre Mondial revampé sauce fin du capitalisme.

Si l’info vitale fut mise sous le boisseau très vite durant la crise grâce à la complicité des merdias qui, sur ordre, censurèrent l’information sur l’origine du virus, les traitements simples et efficaces existant, et les véritables chiffres bien en-deça de ce qui fut annoncé, et entretinrent la peur du public en complète coordination avec les instances étatico-capiltalistes en place et firent une propagande éhontée de l’agenda, du “remède miracle” que serait le “vaccin”, permettant d’empoisonner des centaines de millions de personnes à court, moyen et long termes tout en permettant à Big Pharma de s’en foutre une fois de plus plein les poches au passage ; l’info a fini par émerger via le canal des médias alternatifs pour atteindre aujourd’hui un niveau de diffusion tel, qu’il n’est plus possible pour les criminels aux manettes de l’étouffer, ce qui les amène à entrer en mode de “contrôle des dégâts” et du “sauve qui peut”.

L’acharnement sans précédent dont est victime le peuple de France au sein de cette crise, n’a de raison que la velléité oligarchique transnationale de briser ce “Gaulois Réfractaire”, communard dans l’âme, pour mieux faire passer la pilule dictatoriale au vieux continent. Mais une fois de plus, pas à pas, le Communard qui sommeille en chacun de nous, gens du peuple, s’éveille et commence à réaliser l’ampleur de la supercherie dont il a été et est toujours la victime. Sanction immédiate anti-système : 68% d’abstention des inscrits aux dernières élections régionales, c’est à dire pas loin de 80% de la population en âge de déléguer son pouvoir aux criminels patentés et institutionnalisés, avec une moyenne de 85% d’abstention dans la tranche d’âge 18-34 ans, superbe jeune génération qui commence à rejeter en masse la falsification “républicaine” et “démocratique” de la dictature marchande en mouvement. Ces chiffres sont rassurants et montrent aussi que la peur est en train de changer de camp, les larbins privilégiés font dans leur froc et savent maintenant que la fin est proche. L’Illusion démocratique n’agit plus, le charme est rompu, le ressort est cassé et c’est tant mieux, il est plus que grand temps ajouterions-nous. Nous devons donc concrétiser l’avancée des consciences vers une reprise en main du pouvoir, c’est à dire de la capacité de décider et de mettre en œuvre la construction et le développement de notre société selon le seul critère juste et valide, celui de la satisfaction du bien commun, du bien-être de tous dans une société harmonieusement connectée avec la Nature et ses lois fondamentales, dont celle du “plus fort” érigée en dogme incontournable depuis des siècles, ne fait évidemment pas partie. Qui mieux que nous-mêmes peut y parvenir ?…

Pour ce faire, nous devons individuellement d’abord puis par rayonnement collectif, comprendre qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir, tant celui-ci ne peut perdurer que sur la base de la division, de la supercherie, du mensonge et de la falsification à outrance et artificiellement induits. A partir de là nous devons analyser critiquement notre réalité afin de pouvoir agir sur elle et la changer radicalement, c’est à dire en retournant à la racine des choses, qui est la seule question du pouvoir.

Nous devons donc opérer un recadrage de notre réflexion et de notre action, qui toutes deux doivent provenir d’une pensée et analyse critiques de notre réalité politico-sociale et mener à une action directe individuelle et collective tout aussi critique et décisive pour que triomphe enfin le bien commun dans son écrin de la société des sociétés.

Tout part de l’individu, de sa volonté de dire NON ! de penser et d’interagir avec ses semblables, s’unifiant pour ignorer la supercherie ambiante et agissant ensemble pour cette transformation décisive de la société en une entité organique symbiotique viable et durable, utilisant la complémentarité de notre diversité comme ciment social.

Pour l’heure, nous avons donc décidé de recadrer notre action et de retourner à notre fonction pédagogique initiale, celle de mettre à la disposition du plus grand nombre possible, quelques outils de réflexion critique politique et sociale permettant d’ouvrir quelques portes vers notre humanité enfin réalisée, bref, nous retournons aux fondamentaux. Nous ne relaierons dorénavant que des infos vraiment décisives sur la situation de la pandémie COVID fabriquée et nous recentrerons nos publications sur la compréhension critique de notre monde afin que les solutions hors système étatique et marchand puissent pas à pas émerger et être embrasser par le plus grand nombre agissant.

Ce n’est pas d’un “vaccin” dont nous avons besoin contre ce monde toxique en tout point, mais d’un antidote… et tout comme l’hydroxychloroquine… Il existe !

Vive la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée !

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Un avant goût ci-dessous et toujours plus à venir :

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

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Manifeste pour la Société des Sociétés

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Commune_1871-2021
… de notre humanité enfin réalisée !

Analyse du livre de J. Baschet « Basculements, mondes émergents, possibles, désirables » (Pierre Bance)

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La société des sociétés se construira hors État, hors marchandise, hors argent et hors salariat ou ne sera pas. L’État et le capitalisme sont au bout du rouleau certes, mais se métamorphosent une énième fois, fusionnent en ce que leur oligarchie appelle le “Nouvel Ordre Mondial”, fusion supranationale des mega-entreprises et des états en une entité dictatoriale technotronique et transhumaniste supra-élitiste.
L’antidote à ce cauchemar dystopique est la société des sociétés de notre humanité réalisée au sein de la diversité de notre complémentarité, hors antagonisme et en harmonie avec la simple loi naturelle.
Tout part de l’individu qui dit NON ! à tout et en tout et se ligue avec ses semblables à la racine humaine profonde du refus d’obtempérer. L’individu comprend, refuse, agit en se liguant, rayonnant ainsi de l’individu au collectif. Nous avons mis sous cet article d’analyse de livre, quelques textes qui pourront aider à la réalisation individuelle et collective de la seule société future viable pour l’humanité, quelque soit le nom qu’on lui donne.
~ Résistance 71 ~

Cronstadt100ans1
1871, 1921, 1936, 1956, 1968…
Vive Commune Universelle de notre humanité réalisée !

Basculer d’accord mais du bon côté

Pierre Bance

Mai 2021

Source:
http://www.autrefutur.net/Basculer-d-accord-mais-du-bon-cote

Jérôme Baschet n’aime pas l’idée d’effondrement « inéluctable et fatal », chère à la collapsologie, parce qu’elle n’a d’autre perspective que la résignation. Il préfère parler de « basculements », titre de son dernier livre. Certes les basculements portent une part d’incertitude mais ils n’écartent aucune hypothèse émancipatrice ‒ « le champ des possibles ».

La crise du Covid-19 ne se terminera pas par le basculement final. L’État-nation pourrait même s’en trouver ragaillardi, sollicité par les citoyens pour renforcer le service public de santé, sollicité par le capital pour rétablir l’ordre sanitaire qu’ils ont ensemble contribué à désorganiser. Il ne faudrait cependant pas s’arrêter à cette impression, déclare Jérôme Baschet, car, parallèlement, cette crise « a mis en évidence les hésitations, les louvoiements et les défaillances des gouvernements plutôt que leur toute puissance » (p. 24). Il y a donc des raisons d’espérer. La crise peut servir d’appui « pour porter la réflexion jusque vers l’après-capitalisme » (p. 17). Le Léviathan aurait des bases pourries et si le capitalisme est désorganisé par un virus, c’est peut-être un autre des signes annonçant qu’il est en bout de course, sans toutefois sous-estimer sa capacité de réaction, d’adaptation. Ainsi Baschet réfléchit-il au sens de la promotion d’un capitalisme vert et numérisé, nouvelle image de sa modernité. Ce leurre néolibéral qui permettra de saper la contestation écologique tout en évitant le seul effondrement certain s’il persévère dans sa dynamique de domination et de d’accumulation : l’extinction de l’humanité. Quels que soient les scénarios que le capitalisme empruntera – continuer comme aujourd’hui, se verdir ou adhérer au modèle autoritaire chinois ‒, ses méfaits chaque jour constatés, ses crises à répétition ne peuvent que favoriser des réactions antisystémiques et nourrir l’espérance en des « mondes émergents » et des « possibles désirables » (sous-titre du livre). Comment et lesquels ? C’est à cette question que l’auteur tente de répondre dans ce livre servi par d’impressionnantes connaissances et une plume agile.

Si l’on veut en finir avec la domination étatique et le productivisme capitaliste afin de respecter la nature, promouvoir la liberté et l’égalité des différentes communautés humaines, ce monde émancipé sera fondé sur l’autonomie communale, l’équilibration des contraires et la fédération des « espaces libérés ». Voilà un programme ‒ un parti pris ‒ sur lequel s’accordent de plus en plus de personnes même si les voies pour y parvenir sont multiples et peuvent se combiner, du grand soir insurrectionnel aux luttes interstitielles, en passant par l’action institutionnelle (sociale-démocrate).

Encore faudra-t-il renoncer aux références philosophiques et éthiques de nos sociétés. « On ne peut espérer sortir du capitalisme, écrit Jérôme Baschet, sans récuser une modernité qui a pour principaux fondements le naturalisme, l’individualisme et l’universalisme ‒ à quoi il faudrait ajouter la vision d’une histoire linéaire, identifiée au mouvement unique et illimité du Progrès » (p. 175). C’est un préalable qui fera déjà problème, à commencer par son rejet de l’universalisme. Pour Baschet, ce rejet n’est pas négociable si l’on veut que, sur la terre, des mondes multiples s’entrelacent dans des existences communales et se fondent dans « une condition planétaire vécue dans son hétérogénéité constitutive » (p. 178).

L’auto-administration et ses instituions

Les grandes lignes du modèle de société communaliste que propose Jérôme Baschet sont connues : assemblée communale souveraine, mandat précis et révocable des délégués, rotation des responsabilités, fédération « postlocale » pour les questions relevant de plusieurs unités territoriales. Il ne pousse pas plus loin la question de l’organisation, considérant qu’il appartiendra aux assemblées concernées de la mettre en place. Certainement sous-estime-t-il l’importance d’avoir posé la règle préalablement à « l’événement ». Pourtant, tout en disant qu’une constitution n’est pas nécessaire, au paragraphe suivant, il en écrit un morceau sur les conditions de la délégation (p. 112). Si le projet révolutionnaire ne prévoit pas les institutions de l’auto-administration [1] et leur fonctionnement, si ce n’est dans le détail tout au moins dans leurs principes politiques et juridiques, s’il s’en remet à la spontanéité du moment révolutionnaire ou aux fragiles fédérations d’alternatives mises en place en régime capitaliste, il y a fort à parier que l’État reprendra le dessus militairement ou, encore mieux, par des élections, comme en 1968. Si l’appareil d’État est affaibli au point de n’être plus en mesure de réagir, l’absence d’institutions capables d’agir immédiatement laissera le champ libre à quelque parti ou quelque leader charismatique pour s’approprier la révolution et rétablir un État sous leur domination.

De même, une fois l’installation révolutionnaire réussie, si comme le dit Jérôme Baschet chacun doit participer à la décision politique, n’en va-t-il pas autrement pour son exécution. Sont nécessaires des instances administratives stables qui n’ont pas seulement « un rôle spécial d’initiative et d’impulsion » (p. 121), mais qui exercent une autorité de compétence sous le contrôle des assemblées locales ou fédérales mandantes pour que ne se constitue pas une bureaucratie « d’intelligents ».

L’auteur, bien sûr, n’ignore pas tout cela mais se méfie de toute règle, tout « programme contraire à l’esprit de l’autonomie » (p. 119) telle qu’il la conçoit : « la reconnaissance d’une capacité partagée qui récuse toute suspicion d’incompétence ou d’ignorance » (p. 125). Il n’est pas non plus naïf : « Les discordances sont inévitables, comme les manquements au faire-commun ; et, en cas d’infraction aux règles collectivement assumées, des décisions visant à réparer le tort commis doivent être prises par les instances de justice communale » (p. 165), une justice du consensus, ajoutera-t-on.

L’autogestion de la production

Jérôme Baschet est plus à l’aise avec la question économique. Il conduit une critique serrée de la nature productiviste du capitalisme, puis envisage le « démantèlement de l’actuel système productif-destructif » (p. 83). Pour ce, il recense les secteurs qui pourraient être rationnalisés voire supprimés vu leur inutilité ou leur nuisance et conclut que « ce qu’il est pertinent de produire n’est rien d’autre que ce qui est défini comme tel par les collectifs concernés » (p. 88, voir aussi p. 103). La formule est belle, mais recouvre nombre de difficultés pratiques et juridiques pour lesquelles il vaudrait mieux envisager des procédures dès aujourd’hui. Ainsi de « la disparition des principales formes de propriété des moyens de production », du remplacement de la propriété privée par l’usage (p. 88), ou de la question de la planification que Baschet rejette au nom des mauvais souvenirs du socialisme réel qui ne le fut guère (p. 87). Peut-on envisager le fédéralisme sans planification, avancer à l’aveuglette ?

Il aborde aussi un sujet qui intéressera particulièrement les lecteurs des Chroniques Noir et Rouge : la production relève-t-elle de l’assemblée des producteurs ou de l’assemblée des citoyens de la commune ? Elle revient à la commune ou à l’instance « supralocale » compétente, répond Baschet. Si cela est vrai pour le choix de ce que l’on produit, le comment-on-le-fait doit rester aux mains des travailleurs ‒ encore un mot qui relève des catégories du capitalisme. Ce sont eux, par exemple, qui sont en mesure de mieux rompre avec la division du travail, d’édicter les normes du point de vue des exigences écologiques.

Pour résumer, il s’agira, le moment venu, de « relocaliser et réduire drastiquement la production, retrouver le sens des proportions, réencastrer les décisions productives dans les choix de vie » (p. 103). Du Bookchin.

Bookchin justement

Après avoir écarté l’option étatique pour enclencher la transformation révolutionnaire et souligné la nécessité pour les expériences alternatives de s’organiser en réseau pour sortir de « leur impuissance, sinon [de] leur insignifiance » (p. 183, voir aussi p. 197), Jérôme Baschet se rapproche, en partie, des propositions de Murray Bookchin. Il adhère à la stratégie de marginalisation de l’État par l’autonomie communale, en l’associant avec des actions de blocages (grèves, occupations, barrages routiers, boycottages par les consommateurs, etc.). Cependant, Baschet critique Bookchin sur certains points. Il lui reproche de ne pas prendre en compte la diversité culturelle, ce qui est vrai et ce grief lui est souvent opposé. Il lui reproche aussi, mais c’est moins convaincant parce que réducteur [2], « de faire d’une politique municipale alternative le levier exclusif de la sortie du capitalisme » (p. 198). Il aurait aussi pu parler du « progrès » chez Bookchin, objet de discussions, parfois de disputes, dans le monde de l’écologie sociale.

Pendant que l’on débat des mérites des théories de Bookchin, les révolutionnaires du Rojava qui s’en revendiquent au travers du confédéralisme démocratique, mesurent concrètement combien il est difficile d’abattre l’État pour mettre en place une démocratie directe. Plus qu’au Chiapas [3], dont on rappelle que Jérôme Baschet est l’un des meilleurs connaisseurs, c’est en Syrie du Nord que le discours alternatif et les théories autonomiste se confrontent au réel sur une grande échelle et dans des conditions géopolitiques dantesques. Les reculs, les échecs, les tergiversations que les ennemis de l’Administration autonome démocratique ne manquent pas de relever, peuvent, en effet, décourager, faire douter. Il faut alors prendre les oiseaux de mauvais augure à contrepied. L’analyse de chaque défaillance doit être une source d’avancée dans la compréhension du processus révolutionnaire au même titre que l’œuvre constructive de la révolution comme, simple exemple, l’application systématique du principe d’égalité [4]. Avancées qui, quel que soit le sort de cette révolution, contribueront à imaginer des réponses aux problèmes sous-jacents aux thèses de Baschet. Car il serait périlleux, le jour venu, de décider dans l’urgence, voire la panique, faute d’anticipation.

* * *

Pour conclure, Jérôme Baschet propose, sans écarter d’autres pistes, une hypothèse de basculement qui « allie stratégies interstitielles antagoniques et stratégies non étatiques de rupture – les deux interagissant dans une dynamique de crise structurelle » (p. 217). Qu’on soit ou non d’accord avec cela, ou d’autres de ses analyses adjacentes, on remerciera Baschet d’avoir alimenté la dynamique réflexive vers l’après-capitalisme et, du coup, de nous pousser à aller plus loin encore pour penser le projet d’un autre futur, pour le faire partager au plus grand nombre. Autant dire qu’il reste du travail contre-et-au-delà, comme dirait John Holloway [5].

Pierre Bance

(article paru dans les Chroniques Noir et Rouge N°5)

Jérôme Baschet, « Basculements. Mondes émergents, possibles désirables », 

La Découverte, 2021, 254 pages dont 18 pages de bibliographie, 15 € –

[1] Voir, Floréal M. Romero, Agir ici et maintenant. Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin, Éditions du commun, 2019, 272 pages, 16 €

[2] Voir, Floréal M. Romero, Agir ici et maintenant. Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin, Éditions du commun, 2019, 272 pages, 16 €

[3] Pierre Bance, « Rojava et Chiapas, deux lueurs d’émancipation dans un monde halluciné », Autre futur.net, 22 mars 2017 (http://www.autrefutur.net/Rojava-et-Chiapas-deux-lueurs-d-emancipation-dans-un-monde-hallucine).

[4] Pierre Bance, La Fascinante Démocratie du Rojava. Le Contrat social de la Fédération de la Syrie du Nord, Éditions Noir et Rouge, 2020, 600 pages. Voir cette revue, n° 2, mai-juin 2020, page 7.

[5] « Le mouvement vers l’autodétermination est un mouvement contre cette société basée sur la négation de l’autodétermination, et c’est en même temps une projection au-delà de cette société – une projection permettant de rêver, de parler, d’agir » (John Holloway, « Douze thèses pour l’anti-pouvoir », Contretemps, n° 6, « Changer le monde sans prendre le pouvoir ? Nouveaux libertaires, nouveaux communistes », février 2003, article page 38 ; également sur le site Europe solidaire sans frontière (www.europe-solidaire.org/spip.php?article4498).

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

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Hommage à une grande résistante : Rosa Koire, femme de vérité et d’aplomb…

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« Derrière le masque vert »…

« Il n’est pas du tout désirable que vous remarquiez que vous n’avez en fait le choix de rien du tout dans les choses les plus importantes de votre vie, on ne vous donne que l’illusion du choix et que vous prenez les décisions par vous-même… »
~ Rosa Koire ~

Auteure du livre : « Behind the Green Mask, U.N Agenda 21 », 2011

Hommage à Rosa Koire

Anonyme

Reçu par courriel le 6 juin 2021

En l’honneur de Rosa Koire, femme de vérité, auteur de Behind the Green Mask, décédée le 31 mai 2021, jour du Memorial Day.

https://www.cielvoile.fr/2021/06/en-l-honneur-de-rosa-koire-femme-de-verite-auteur-de-behind-the-green-mask-decedee-le-31-mai-2021-jour-du-memorial-day.html

Rosa Koire dénonçait l’agenda 21, le but, l’exode rurale des gens vers les villes, l’appropriation de toutes les zones vertes naturels par les riches, la concentration de la population mondiale dans les smart cities, le but des compteurs intelligents, etc…

Rosa Koire déclare que les compteurs intelligents ne sont que l’arbre qui cache la forêt.

Que l’objectif c’est de chasser les ruraux et ceux qui vivent encore dans les campagnes pour obliger tout le monde à vivre dans les villes où ils seront surveillés 24H/24, 7 jours sur 7. Sous prétexte que les campagnes doivent être des zones protégés sauvages où les humains seront interdits.

Si les compteurs intelligents ont fini d’être installés, ils vont ensuite créer des appareils ménagers munis de puces qui ne pourront fonctionner que si vous avez vos compteurs intelligents ou puces intelligentes. Tout sera doté de puce RFID. (les compteurs intelligents Linky contiennent la puce RFID aussi). Les gens se dénonceront également les uns les autres. Pas un seul geste, même le plus anodin n’échappera à Big Brother.

Source https://youtu.be/Gy4jB21sNnM (vidéo censurée, preuve que Rosa koire a bien été éliminée par le NVO) mais qu’on peut retrouver ici https://odysee.com/@FlowerPower:b/Rosa-Koire—Agenda-21:a

https://lumieresurgaia.com/erdf-joue-la-carte-du-conspirationnisme-contre-les-opposants-au-linky-attaque-en-justice-une-commune/

Rosa Koire dénonce l’agenda 2030 de dépopulation mondiale dans ces 2 vidéos

https://odysee.com/@MafiaBigPharma:b/Agenda-21-Agenda-2030-Expos%C3%A9-Rosa-Koire-(VOSTFR):3

https://odysee.com/Agenda-21-Agenda-2030-Rosa-Koire:e

Message de Rosa Koire à tous les résistants

https://odysee.com/@FlowerPower:b/Rosa-Koire—Message-%C3%A0-tous-les-r%C3%A9sistants:6

https://www.etresouverain.com/2021/06/07/cogiito-com-nous-ne-serons-pas-des-cobayes-humains-117-medecins-et-infirmieres-poursuivent-leur-employeur-pour-un-vaccin-experimental-force/

Pour ceux qui comprennent l’anglais

Rosa Koire dénonçait le grand reset, il y a 5 mois

https://odysee.com/@ComputingForever:9/rosa-koire-explains-agenda-21-and-the:6

Avant sa mort inexpliquée (NdR71 : Koire est décédée le 31 mai des suites d’un cancer des poumons, maladie qu’elle avait depuis un bon moment, sa mort n’est donc pas « inexpliqué »…), Rosa Koire explique que le but de la fausse pandémie c’est d’imposer l’agenda 21 au monde entier :

« L’Agenda 21 est le plan d’action visant à inventorier et à contrôler toutes les terres, toutes les eaux, tous les minéraux, toutes les plantes, tous les animaux, toutes les constructions, tous les moyens de production, toute l’énergie, tous les systèmes éducatifs, répressifs et judiciaires ; toutes les informations, toute la nourriture et tous les êtres humains de la planète.

« Il s’agit d’un plan d’inventaire et de contrôle. Il s’agit de partage de données, de transfert d’argent des nations développées vers les nations moins développées et, en fin de compte, il s’agit de détruire votre capacité à avoir une voix, à avoir un gouvernement représentatif. 

Il s’agit de changer votre gouvernement en  » gouvernance « … détruisant entièrement votre capacité à être libre et à être indépendant.

« Et le but, bien sûr, est de transférer le pouvoir des locaux et des individus à un système de gouvernance mondiale. Vous ne pouvez pas faire cela d’un seul coup, donc c’est un long processus et vous le voyez exactement comme ce que vous voyez en ce moment : C’est un plan pour perturber et détruire le système existant. C’est un plan de transformation et de contrôle – et c’est ce que nous vivons en ce moment…

« Ce que ce plan fait, c’est qu’il détruit le concept de l’État-nation et il le détruit complètement et le dévolue aux villes-états ou aux régions. Et ce ne sont pas des villes individuelles, comme San Francisco ou New York, ce sont des régions qui sont gouvernées par des mégapoles, qui sont des villes énormes, énormes qui pourraient faire partie de l’État de Washington, de l’Oregon, de l’Idaho et de la Colombie-Britannique.

« Donc, cela brise les frontières nationales, cela brise les frontières des États, cela brise, bien sûr, les frontières des comtés et des villes et il s’agit de détruire votre capacité à pouvoir réellement contrôler ce qui vous arrive….

« C’est un plan global qui est mis en œuvre localement… c’est un plan furtif et vous ne le verrez jamais appelé ‘Agenda 21’…

« S’ils avaient pu organiser un atterrissage d’extraterrestres, ils l’auraient fait… une crise mondiale exige une réponse mondiale et cela justifie une gouvernance mondiale. Qu’est-ce qui pourrait être plus mondial que le changement climatique ? Eh bien, que diriez-vous d’une pandémie ? »

Selon elle, ce plan existe ouvertement sur le papier depuis les années 1880 avec la Fabian Society, attirant des sommités comme HG Wells, George Bernard Shaw et Bertrand Russell, mais il a tendance à se cacher derrière des causes environnementalistes et, plus récemment, derrière COVID-19 et le « racisme systémique ». Ce n’est que maintenant que la technologie existe pour faire de leurs rêves une réalité.

La destruction des forces de police locales a pour but de faire place à une police plus automatisée grâce à l’intelligence artificielle, aux drones et aux robots. « Ensuite, vous aurez une véritable situation dangereuse où vous ne serez pas en mesure de raisonner un véritable être humain », dit-elle.

« Il s’agit de la dépopulation, parce que vous savez quoi ? Vous n’en valez tout simplement pas la peine. Vous consommez trop. Vous prenez trop de place. C’est de cela qu’il s’agit avec le changement climatique. Vous consommez trop d’énergie, trop d’eau et trop de terres et vous devez être isolés et déplacés vers le centre-ville à haute densité, où vous pouvez être plus facilement contrôlés, gérés et surveillés – et c’est ce que cela vous fait en ce moment. »

Quant aux solutions à cette menace inquiétante, Rosa affirme que la prise de conscience est la première étape de la Résistance et que l’action est la seconde.

« Nous sommes conditionnés pour être passifs en ce moment. Nous sommes conditionnés à cliquer sur un « j’aime » et à penser que nous sommes un activiste politique… Je ne veux pas vous insulter – mais laissez-moi vous insulter, ici : vous ne savez même pas où se réunit votre conseil municipal. Vous pensez que cela n’a pas d’importance. Mais ce sont les personnes qui établissent les règles dans lesquelles vous vivez, ici même dans votre ville, et vous feriez mieux de croire que c’est important.

« Et ne me dites pas que votre gouvernement est si mauvais que vous ne pouvez rien y faire… vous l’avez laissé faire et si vous continuez à le laisser faire, ça ne va pas s’améliorer.

« Donc, ce que vous devez faire, c’est… être votre gouvernement. Nous sommes à la fin de la partie, il ne reste plus beaucoup de temps, vous auriez dû le faire il y a longtemps mais… vous devez savoir à quoi ressemble l’Agenda 21 et le reconnaître, de sorte que lorsque vous le voyez dans votre ville, vous pouvez en parler, vous pouvez vous faire élire – ou ne pas être élu – mais en parler.

« Vous pouvez vous présenter à votre conseil municipal. Chaque point de l’ordre du jour est probablement lié à l’Agenda 21, si vous savez ce que vous cherchez…

« Mais il ne suffit pas de savoir sans faire quelque chose… Il faut donc devenir plus actif politiquement et ne pas être un adepte de la première heure…

« Vous allez voir la réalité virtuelle, qui va remplacer votre réalité, ce sera tellement mieux… Une fois que vous aurez fait cela, votre vie sera terminée. Vous allez vouloir ce genre de choses. Ils font en sorte que vous le vouliez… Nous devons combattre cela ensemble. Nous devons résister. »

https://forbiddenknowledgetv.net/rosa-koire-explains-agenda-21-and-the-great-reset/

Après leur COVID-19 bidon qui prend l’eau, ils vont embrayer sur le CLIMAT bidon, bien évidemment, afin que la PEUR soit toujours présente dans les TOUS les foyers.

Le magazine TIME montre un monde en feu pour dépeindre le changement climatique bidon.

Rosa Koire sur la Finalisation de leur Nouvel Ordre Mondial.

La plupart des gens sont loin de se douter qu’un gouvernement mondial se prépare et s’implémente peu à peu sous des airs de protection de la Terre et, accessoirement de l’humanité. D’autres pensent que l’on va soudainement nous imposer une dictature fasciste totalitaire. C’est bien plus vicieux que cela. Une fois de plus, tout est fait de manière très progressive pour que les gens n’y voient que du feu et l’ensemble du projet se veut d’utilité publique.

Les esclaves de demain seront tellement embrigadés que non seulement ils collaboreront de leur plein grès à leur mise en esclavage mais ils en feront volontairement la promotion autour d’eux.

Bienvenue dans l’Agenda 21.

vidéo de Rosa Koire  sur le lien https://odysee.com/@FlowerPower:b/Rosa-Koire—Agenda-21:a

C’est du GRAND BANDITISME TERRORISTE, au Nom de la Planète qu’il faut sauver, bien entendu.

Et ces Bandits Terroristes osent user et abuser des mots : Ecologie et Planète Verte (EVERGREEN) alors que leur Plan est NOIR COMME DU CHARBON.

https://profidecatholicacom.files.wordpress.com/2021/04/image-472.png

Le Forum économique mondial fait allusion à la cyber «pandémie» mondiale cet été pour faciliter une «grande réinitialisation»

https://www.afinalwarning.com/510944.html

En 2020, le Forum économique mondial (FEM) a réalisé une simulation appelée « Cyber Polygone 2020 » qui prévoyait une catastrophe mondiale à venir causée par une « cyberpandémie » mondiale. Tout comme l' »Événement 201″ de l’eugéniste milliardaire Bill Gates a prédit le coronavirus de Wuhan (Covid-19) avant qu’il ne se produise, le Cyber Polygone 2020 a programmé une cyberattaque de la chaîne d’approvisionnement similaire à celle de SolarWinds qui s’est produite plus tôt cette année. Le Cyber Polygone 2020 fait partie de la « grande remise à zéro » prévue par le WEF, qui a été annoncée publiquement il y a plusieurs mois comme un stimulus nécessaire à la transition vers un nouvel ordre mondial. Cette grande réinitialisation, nous a-t-on dit, implique « la transition coordonnée vers une économie mondiale de la quatrième révolution industrielle dans laquelle les travailleurs humains deviennent de moins en moins pertinents ». L’un des plus grands partisans de la grande réinitialisation est le porc mondialiste et fondateur du WEF, Klaus Schwab, qui semble souhaiter ardemment l’extermination de milliards de personnes afin de faciliter l’entrée dans l' »âge d’or » à venir, également connu sous le nom de Grande Tribulation ou Temps de la détresse de Jacob. « Les nouveaux systèmes économiques qui sont basés sur le numérique et qui sont soit en partenariat avec les banques centrales, soit dirigés par elles, sont un élément clé de la Grande Réinitialisation du WEF, et ces systèmes seraient une partie de la réponse au contrôle des masses de chômeurs récents », explique un article sur la transition. « Comme d’autres l’ont noté, ces monopoles numériques, et pas seulement les services financiers, permettraient à ceux qui les contrôlent de ‘couper’ l’argent et l’accès aux services d’une personne si celle-ci ne se conforme pas à certaines lois, mandats et réglementations. »

L’événement catalyseur qui provoquera la grande réinitialisation pourrait être dans quelques jours seulement…

Sur le site Web nouvellement mis à jour de l’événement Cyber Polygone 2021, la prochaine phase du changement implique « un seul lien vulnérable » dans le cyber réseau mondial qui sera exploité afin de « faire tomber l’ensemble du système, tout comme un effet domino. » Sur la base de la description de cet événement à venir, il semble que le WEF et d’autres entités mondialistes prévoient de faire tomber l’ensemble du système afin de le reconstruire dans une image entièrement nouvelle. « Tout cela est lié directement au revenu de base universel », prévient Robert Wheeler du blog The Organic Prepper. « Le très populaire UBI, introduit avec encore plus de vigueur après la pandémie de COVID 19, a popularisé des ‘paiements de stimulation’ conséquents pour survivre à la crise. L’idée de l’UBI a été lancée comme solution à la pauvreté depuis un certain temps, avec des blogueurs comme Daisy Luther la comparant au féodalisme moderne. » Les éléments constitutifs de cette grille de contrôle technologique sont d’ailleurs déjà en place. Il ne reste plus qu’à débrancher la prise, ce qui n’est pas encore arrivé, selon la prophétie biblique – et n’arrivera pas – tant que le Retracteur ne sera pas retiré. Le WEF appelle ce nouveau modèle « capitalisme participatif », qui en réalité n’est rien d’autre que la fusion des secteurs public et privé en une seule bête. C’est un système qui « ressemble plus au fascisme corporatiste de Mussolini qu’à toute autre chose », ont noté des observateurs. Pour en arriver là, le système existant doit être réduit en cendres afin de pouvoir être ressuscité dans ce nouveau système mondialiste. Ce changement entraînera l’élimination de milliards de personnes, la suppression de toute entreprise libre et de toute propriété personnelle, et une transition absolue vers le despotisme mondial. « Ils nous disent toujours ce qu’ils prévoient de faire avant de le faire – du 11 septembre à l’événement 201 », a écrit un commentateur de Zero Hedge observant la tendance. « Mettez juste votre second masque et ne posez pas de questions », a plaisanté un autre. Vous trouverez d’autres informations sur ce sujet à l’adresse suivante https://collapse.news/

https://www.afinalwarning.com/510944.html

Une cyberattaque met hors service toutes les usines de production de viande bovine de JBS aux États-Unis, démontrant la vulnérabilité de l’approvisionnement alimentaire aux attaques informatiques.

https://collapse.news/2021-06-06-cyberattack-shuts-down-all-jbs-beef-plants-in-the-us-showing-food-supply-vulnerability-to-hacking-attacks.html#

pucé par son médecin, elle dénonce source témoignage 7 sur l’article https://covherfrance.wordpress.com/temoignages/

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« Le néo-féodalisme de l’agenda 21 de l’ONU et son
développement durable fait renaître le servage comme
condition du futur, si nous le laissons faire… »
~ Rosa Koire ~

Humanité en rébellion vers la société des sociétés : Instructions pour une insurrection (Internationale Situationniste 1960)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, coronavirus CoV19, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 31 mai 2021 by Résistance 71

IS

Il est important de noter que ce court texte fut écrit il y a 61 ans, 8 ans avant mai 68 et 7 ans avant que Guy Debord n’écrive et ne publie sa “Société du spectacle” (1967)… Texte collectif toujours d’actualité aujourd’hui parce que de fait, rien n’a changé, nous sommes toujours et encore dans la récupération réformiste systémique qui ne fait qu’entretenir le consensus du statu quo oligarchique. Si l’IS s’est auto-dissoute au début des années 70, elle est toujours bien vivante et son esprit plane sans cesse au dessus de l’intention (r)évolutionnaire que nous devons réactiver par la pensée critique et l’action juste qui en découle immanquablement.
Il n’y a pas de solutions au sein du système et ne saurait y en avoir.
A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !
Le reste n’est que pisser dans un violon !
~ Résistance 71 ~

“Avec les mouvements dada et surréaliste, l’Internationale Situationniste se réfère au mouvement ouvrier anti-autoritaire, à la pensée de Marx, de Bakounine, à celle de Rosa Luxembourg et Henri Lefebvre, mais surtout au communisme des conseils.”
~ Pascal Dumontier, historien de l’IS ~

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Instructions pour une insurrection

Internationale Situationiste

1960

Il paraît ridicule de parler de révolution, essentiellement parce que le mouvement révolutionnaire organisé a disparu depuis longtemps des pays modernes où les possibilités de transformation sociale décisive sont concentrées. Mais toutes les alternatives sont encore plus ridicules, car elles impliquent d’accepter l’ordre établi existant d’une manière ou d’une autre. Si le mot “révolutionnaire” a été neutralisé au point d’être utilisé en terme publicitaire pour décrire le moindre changement dans une production de commodité toujours changeante, c’est parce que les possibilités d’un changement central désirable ne sont plus exprimées nulle part. Aujourd’hui, le projet révolutionnaire se tient comme accusé devant le tribunal de l’histoire, accusé d’avoir échoué, d’avoir simplement engendré une autre forme d’aliénation. Ceci revient à reconnaître que la société dominante a prouvé qu’elle pouvait se défendre, a tous niveaux de la réalité, de manière bien meilleure que les révolutionnaires l’avaient envisagé. Ceci ne veut pour autant pas dire qu’elle soit devenu plus tolérable. Le fait est que la révolution se doit d’être réinventée.

Ceci pose un nombre de problèmes conséquents qui doivent être résolus théoriquement et pratiquement dans les prochaines années. Nous pouvons ici mentionner brièvement quelques points qu’il est urgent de comprendre et de résoudre.

De toutes les tendances au regroupement des minorités variées de travailleurs qui sont apparues ces dernières années au sein de mouvements en Europe, seul le courant le plus radical vaut la peine d’être conservé : celui se concentrant sur les conseils ouvriers. Nous ne devons pas non plus ignorer le fait qu’un certain nombre d’éléments confusionnistes cherchent à s’insinuer dans ce débat (voir les récents accords de journaux de la “gauche” philosophico-sociologique de différents pays).

La plus grande difficulté à laquelle doivent faire face les groupes qui recherchent un nouveau type d’organisation révolutionnaire est celle d’établir un nouveau type de relations humaines au sein de l’organisation elle-même. Les forces de la société exercent une pression constante contre un tel effort. Mais à moins que ceci ne soit accomplit au moyen de méthodes que l’on doit encore expérimenter, nous ne pourrons jamais sortir de la politique spécialisée. La demande de participation de la part de tous souvent dégénère en un simple idéal abstrait, alors qu’en fait cela est une nécessité pratique absolue pour le développement d’une véritable nouvelle organisation et pour l’organisation d’une véritable société nouvelle. Même si les militants ne sont plus de simples rouages appliquants des décisions prises pour eux par les maîtres de l’organisation, ils courent toujours le risque de n’être que de simples spectateurs de ceux parmi eux qui sont le plus politiquement qualifiés, conçus en tant que spécialisation. Ainsi, la passivité relationnelle du vieux monde se reproduit.

La créativité des gens et leur participation ne peuvent être éveillées que par un projet collectif qui se préoccupe explicitement de tous les aspects de l’expérience vécue. La seule manière de “motiver et de faire bouger les masses” est de mettre en évidence le contraste pathétique entre les constructions potentielles de la vie et la pauvreté présente de celle-ci. Sans une critique de la vie quotidienne, une organisation révolutionnaire demeure une entité séparée, aussi conventionnelle et ultimement aussi passive que ces camps de vacances qui sont le terrain spécialisé du loisir moderne. Des sociologues comme Henri Raymond dans son étude de Palinuro, ont montré comment dans de tels endroits le mécanisme spectaculaire recrée, au niveau ludique, les relations dominantes de la société en tant que telle.

Puis en arrive à naïvement louer la “multiplicité des contacts humains” par exemple, sans voir que la simple augmentation quantitative de ces contacts ne fait que les laisser tout aussi insipides et inauthentiques qu’ils le sont ailleurs. Même dans le plus libertaire et anti-hiérarchique des groupes révolutionnaires, la communication entre les personnes n’est en rien garantie par un programme politique partagé. Bien entendu, les sociologues soutiennent les efforts de réforme de la vie quotidienne, d’organiser une compensation de celle-ci dans le temps de congés. Mais le projet révolutionnaire ne peut pas accepter la notion traditionnelle de jeu, d’un jeu limité dans l’espace, dans le temps et dans sa profondeur qualitative.

Le jeu révolutionnaire, la création de la vie, est opposé à tout souvenir des jeux passés. Pour fournir une rupture de 3 semaines du type de vie menée durant 49 semaines de travail, les villages vacances du Club Med tirent sur une idéologie polynésienne douteuse, un peu comme la révolution française se présentant sous le déguisement de la Rome républicaine ou comme les révolutionnaires d’aujourd’hui qui se définissent principalement en accord avec comment ils intègrent le bolchévisme ou tout autre style idéologique dans leur rôle de militant. La révolution de la vie quotidienne ne peut pas tirer sa poésie du passé, mais seulement du futur.

L’expérience du loisir vide produit par le capitalisme moderne a fourni une correction critique à la notion marxienne de l’extension du temps de loisir : il est maintenant clair que la liberté totale de temps demande d’abord une transformation du travail et l’appropriation de ce travail en vue de buts et sous des conditions, qui sont différentes de celles du travail forcé qui ont prévalu jusqu’à présent (voir l’activité des groupes qui publient Socialisme et Barbarie en France, Solidarity en Angleterre et Alternative en Belgique). Mais ceux qui mettent toute l’emphase sur la nécessité de changer le travail lui-même, de le rationaliser et d’y intéresser les gens et qui ne font aucune attention au contenu libre de la vie (comme le développement d’un pouvoir créatif matériellement équipé au delà des catégories traditionnelles du temps de travail et du temps de repos / loisir), courent le risque de fournir une couverture idéologique pour une harmonisation du système de production actuel dans la direction d’une plus grande efficacité et profitabilité sans avoir jamais questionné l’expérience de cette production ou la nécessité même de ce type de vie. La construction libre de tout l’espace-temps de la vie individuelle est une demande qui devra être défendue contre toutes sortes de rêves d’harmonie dans les esprits de ces aspirants gérants de la réorganisation sociale.

Les différents moments de l’activité situationniste jusqu’à maintenant ne peuvent être compris que dans la perspective de la réapparition de la révolution qui sera à la fois sociale et culturelle et dont le champ d’action sera dès le départ plus large que pendant ses actions préalables. L’Internationale Situationniste ne veut pas recruter des disciples ou des partisans, mais rapprocher des gens capables de se dévouer à cette tache dans les années à venir, par tous les moyens et sans se soucier des étiquettes. Ce qui veut dire que nous devons rejeter non seulement les vestiges de l’activité artistique spécialisée, mais aussi ceux de la politique spécialisée et particulièrement le masochisme post-chrétien si caractéristique de tant d’intellectuels de ce domaine.

Nous n’affirmons pas que nous développons un nouveau programme révolutionnaire tous seuls par nous-mêmes ; nous disons que ce programme, dans le processus de formation, va un jour s’opposer dans la pratique à la réalité dominante et que nous participerons à cette opposition. Quoi qu’il nous arrive à titre individuel, le nouveau mouvement révolutionnaire ne se formera pas sans prendre en compte ce que nous avons recherché ensemble et qui pourrait se résumer comme le passage de la vieille théorie de la révolution permanente limitée à une théorie de la révolution permanente généralisée.

= = =

L’IS sur Résistance 71 :

“La société du spectacle”, Guy Debord, 1967 (PDF)

Raoul Vaneigem

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

communarde

« Connais ton ennemi et connais-toi toi-même » (Sun Tzu)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, gilets jaunes, guerres hégémoniques, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, santé et vaccins, sciences et technologies, technologie et totalitarisme, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , on 25 mai 2021 by Résistance 71

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Très bonne analyse de Philippe Huysmans ci-dessous, qui résume en peu de mots le mécanisme de mise en place du Nouvel Ordre Mondial tant voulu par les “élites” psychopathes auto-proclamées. Le problème de ce genre d’écrits est qu’ils ne font que décrire une réalité souvent le plus justement du monde, mais ne s’engagent jamais ou que trop rarement à offrir des solutions. C’est pourtant aujourd’hui, ce qui fait le plus défaut. Le niveau de conscience est monté de plusieurs crans, mais personne ne sait quoi faire et la merdasse dictatoriale continue parce que nous continuons à acquiescer et à “faire confiance” aux ordures du pouvoir… faute de mieux ou ne sachant quoi faire.
Nous devons comprendre et admettre notre réalité certes, mais aussi nous devons agir sur elle afin de la transformer. Huysmans admet, sans le dire, et là réside une part du problème, ce que nous disons depuis bien longtemps, à savoir qu’il n’y a pas de solution au sein du système et qu’il ne saurait y en avoir. Ceci doit donc immanquablement ouvrir la porte de la proposition de solution à la crise permanente imposée par un système à la dérive n’arrivant plus à reproduire son propre  mécanisme de fonctionnement et menant le monde à une sanglante hécatombe d’inspiration malthusiano-eugéniste.
Entre l’analyse et l’action juste correspondante, il ne doit pas (plus) y avoir l’épaisseur d’un cheveu. Il n’y a pourtant pas 50 solutions viables. Nous devons sortir et mettre un terme à cette situation sans espoir de retour et mettre la société sur la voie de notre humanité enfin réalisée, celle de cette réalité sociale que nous devons transformer en société des sociétés s’épanouissant de la complémentarité de sa diversité, sans concurrence, sans compétition, sans division induite, hors État, hors marchandise, hors argent et hors salariat. Ceci représente le seul futur viable pour l’humanité, en résonance avec sa nature profonde. Ainsi, la société des sociétés se réalisera ou l’humanité disparaîtra, psychopathes aux manettes compris.
La solution au capitalisme défaillant proposée par la clique des psychos “en charge” est une dictature permanente qui doit nous faire garder constamment à l’esprit ce que disait déjà George Orwell il y a plus de 70 ans : “Vous voulez savoir ce que sera le futur [dans ce système] ? Imaginez une botte militaire écrasant un visage… pour toujours.”
De plus en plus de gens font le constat, s’éveillent à la réalité dictatoriale inévitable du système étatico-capitaliste ? Excellent ! Maintenant, agissons en conséquence. Il en va de notre survie a toutes et tous sur cette planète, ni plus ni moins. Cessons d’acquiescer, il est temps de dire NON ! et ce NON ! retentissant passe par l’individu conscientisé pour rayonner périphériquement sur le collectif actif et organisé. Comprenons qu’il suffit de dire NON ! et la fine équipe n’aura plus aucune prise sur nous, plus jamais ! Terminons sur ces sages paroles de Victor Hugo qui disait : “Aucune armée au monde ne peut arrêter une idée dont l’heure est venue.”
Ressentons dans nos fibres les plus intimes cette idée, cette idée de liberté franche et totale enfouie sous le fatras inique étatico-marchand depuis des siècles, cette idée universelle dont l’heure est enfin arrivée et qui fut déjà le guide des Communard(e)s il y a 150 ans, bien que son heure ne le fusse pas encore. Ils sont morts massacrés aux mains d’une “république” dite “démocratique” dans un bain de sang interne, second sans doute du seul dégénéré Pol Pot, mais en nous montrant la voie à suivre contre toutes les impostures socio-politiques du système dictatorial en place. Comprenons et mettons en pratique le fait évident qui est celui-ci : les ordures parasites du pouvoir ont besoin de nous, nous n’avons ABSOLUMENT pas besoin d’eux ni de leur outil de contrôle étatico-capitaliste ! Elle est LÀ la réalité profonde. Une fois cela compris, la marche à suivre est évidente !

Qu’on se le dise !…

~ Résistance 71 ~

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Coup d’état planétaire, connais ton ennemi

Philippe Huysmans

18 mai 2021

url de l’article original : https://www.levilainpetitcanard.be/connais-ton-ennemi/

“Connais ton ennemi et connais-toi toi même.”
~ Sun Tsu ~

Mars 2020, une majorité des pays les plus riches, mais aussi les plus endettés de la planète basculaient dans la dictature sanitaire.  Incarcération domiciliaire en dehors de tout cadre constitutionnel, décrets et arrêtés toujours plus liberticides, absurdes, humiliants, contradictoires, contraires au bon sens et à l’évidence scientifique.  Tout ça pour quoi?  Pour un virus qui ne tue pas plus qu’une mauvaise grippe.

Lassé de courir après la baballe en attendant le prochain train de mesures quasi-dictatoriales décidées dans le confortable entre soi d’un quarteron de pourritures et claironnées le lendemain par tous les médias de grands chemins, j’ai décidé de m’arrêter un instant pour réfléchir.  Eh oui, la vraie question à se poser c’est comment des pays réputés démocratiques ont-ils pu basculer simultanément dans la dictature sanitaire, et donc comment l’ensemble des politiques aux pouvoir dans ces pays ont-ils pu s’affranchir du droit pour imposer des mesures dont on se rend parfaitement compte aujourd’hui qu’elles ont tué par centaines de milliers?

Prenons l’exemple d’Olivier Véran, Ministre français de la Santé.  Le 28 mars 2020 était publié le fameux décret Rivotril, pour « soulager » les patients covid en état de détresse respiratoire.  En pratique le Rivotril les a « soulagés » comme l’avaient été les handicapés mentaux victimes du tristement célèbre programme Aktion T4 des nazis2.  On les a piqués comme des chiens.  Or en France, l’euthanasie est illégale, elle est assimilée à un meurtre.  Logiquement donc, en cas de retour à la normale, Olivier Véran devrait être mis en examen en tant que responsable de plusieurs milliers de meurtres, voire de crimes contre l’humanité, ce qui lui vaudrait une condamnation à perpétuité.  Pourtant, aucun de ces hommes de pouvoir ne semble craindre un seul instant l’éventualité d’être traduit en justice un jour, et ils se vautrent toujours plus avant dans l’abjection et la tyrannie3.  Comment cela est-il possible?

[ Ce qui suit est une opinion, une tentative d’expliquer ce qui est apparemment inexplicable si l’on ne prend pas la peine d’articuler les causes et les événements qui nous ont amenés là.  C’est une étape cruciale pour savoir qui est à la manoeuvre, et pour savoir précisément jusqu’où ces gens sont prêts à aller.  À la lumière de ce qui précédait, vous devez déjà vous en douter un peu, non? ]

En règle générale, les hommes politiques sont d’une prudence de Sioux, ne s’engageant qu’à coup sûr, s’assurant que leur responsabilité n’est jamais engagée au point que l’on pourrait ultérieurement les poursuivre en justice sur base de leurs actions, et le timide docteur Véran ne fait pas exception à la règle.  Comment transforme-t-on des paisibles chapons4 en sociopathes prêt à tuer sans l’ombre d’une hésitation?

Au commencement était l’effondrement

En 1991, la chute du bloc soviétique était consommée, le communisme avait vécu.  Ca s’est passé sans un bruit, sur fond de déclarations insipides des dirigeants de l’époque qui évoquaient la question comme s’il s’agissait d’une simple formalité.  En pratique c’était le principal opposant au bloc capitaliste qui disparaissait brutalement de la carte, laissant libre cours au néolibéralisme le plus débridé.

Ce qu’on a oublié de vous dire à l’époque, c’est que le système capitaliste était lui-aussi en phase d’effondrement, et que c’était inéluctable.  L’usure ayant tout dévoré, les pays les plus riches, écrasés par le service de la dette détruisirent méticuleusement ce qu’il restait du tissu industriel, pour le convertir en actions plus lucratives, mais ne reposant que sur la spéculation.   Le crash qui se produisit en 2008 signa l’arrêt de mort de l’économie capitaliste.  La seule chose qui a pu retarder l’échéance jusqu’à présent, c’est que tant les États-Unis que l’Europe se sont mis à faire tourner la planche à billets à un rythme toujours plus vertigineux.

Par des mécanismes douteux, la FED s’est mise à racheter la quasi-totalité des actifs boursiers américains, afin d’éviter l’effondrement total de l’économie, mais au prix d’endetter toujours plus les citoyens américains, et en diluant leur pouvoir d’achat.  La diplomatie de la canonnière trouvant ses limites dans le fait que désormais, tous les pays étaient plongés dans les mêmes difficultés.

Ainsi l’Europe n’était pas en reste pour produire par tombereaux de la fausse monnaie ultimement destinée à maintenir les banques systémiques sous perfusion.  Vous avez sérieusement cru qu’il s’agissait d’aider les États?

Ayant atteint le bout du bout, craignant par-dessus tout un effondrement généralisé qui serait inévitablement cause de révoltes un peu partout, et donc de leur disparition, les vrais dirigeants de ce monde ont décidé de prendre les choses en main.

À qui profite le crime?

Dans l’hypothèse normale d’un système failli, et sachant que personne ne pourra jamais rembourser la dette colossale des États, la question logique à se poser aurait été celle de l’effacement de la dette.  C’est bien ainsi que cela se passe dans le monde de l’entreprise, pourquoi devrait-il en être autrement s’agissant du système capitaliste dans son ensemble?  Eh bien tout simplement parce que les détenteurs de la dette, une toute petite brochette de fonds requins, de multinationales et de banques ne l’entendent pas de cette oreille.  Ils veulent le beurre et l’argent du beurre, et n’ont pas l’intention de rien lâcher de ce qui constitue leur pouvoir de domination sur le monde.

J’entends d’ici les pleureuses opposer que l’effacement de la dette signifierait aussi la disparition des fonds de pension qui reposent largement sur des produits financiers basés sur la dette, mais c’est un faux problème, les pensions pourraient être financées sans aucun problème en y consacrant seulement quelques pourcents des moyens aujourd’hui consacrés au service de la dette.

Magistrature de collusion, corruption et technique des petits pas

Maintenant que nous avons identifiés les donneurs d’ordre, reste à comprendre comment ils ont pu prendre le contrôle total des leviers du pouvoir dans tous les pays concernés, soit l’ensemble des pays les plus endettés et les plus soumis aux diktats du FMI, de la Commission Européenne et de l’État profond américain.

On pourrait d’abord parler de magistrature de collusion, puisque l’ensemble de ces donneurs d’ordre, même s’ils ne représentent pas un corps social homogène, même s’ils ne partagent pas forcément la même vision politique, sont les représentants d’une petite élite ultra-minoritaire qui forme à elle seule une classe au sens marxiste du terme.  C’est par sa cohésion autour d’un projet (préserver leur domination à tout prix), ses moyens illimités, et son réseau de contacts s’étendant dans toutes les strates du pouvoir autour du globe —tels les tentacules d’une pieuvre gigantesque— qu’ils ont pu mettre en place leurs hommes de paille : nos dirigeants.  Ceux qu’ils ne peuvent acheter, ils les font chanter5.

La technique mise en oeuvre recouvre plusieurs méthodes de manipulations visant à mettre leurs obligés dans l’impossibilité de reculer.

  • La peur : on évoque une pandémie gravissime, qui pourrait bien être la cause de millions de morts, mais dans le même temps on présente ça comme une fenêtre d’Overton6 qui permettrait l’instauration d’une société plus contrôlée, dans laquelle il serait plus facile d’empêcher l’émergence des inévitables mouvements sociaux que la crise ne manquera pas d’engendrer dans les mois et années à venir.  Pour instaurer cette société largement amputée de ses attributs démocratiques, il faut nécessairement en passer par la violation des garde-fous que sont les constitutions.  Le passage en force s’impose désormais partout comme la nouvelle norme7.
  • Brûler ses vaisseaux : on pousse les dirigeants à tout fermer, quitte à écraser pour de bon ce qui restait de la classe moyenne, et dans le même temps, on incite les États à s’endetter toujours plus pour distribuer de l’argent hélicoptère afin d’indemniser les entreprises lésées.  On parle là de centaines de milliards de dette qui étrangleront toujours plus les États, les rendant d’autant plus tributaires des donneurs d’ordre.
  • L’intérêt supérieur : on présente l’ensemble des mesures comme une sorte d’opération de la dernière chance qui viserait justement à minimiser l’impact de la crise8, et de son cortège de victimes.  Certes on va faire très mal, mais c’est pour éviter des maux bien plus grands encore.  Les tortionnaires se verront ainsi en sauveurs et il ne subsistera plus l’ombre d’une prévention dans leur esprit puisqu’ils croiront agir dans l’intérêt de la population.
  • Liés par le crime : on poussera les dirigeants à commettre, et à faire commettre par leurs subalternes des actions passibles de poursuites pénales, ce qui leur fermera ensuite toute possibilité de retraite.  C’est une méthode mafieuse qui a fait ses preuves.
  • Les petits pas : les hommes de paille n’ont aucune connaissance du plan et le découvrent au fur et à mesure au travers des feuilles de route qui leur sont transmises par d’obscurs cabinets conseils américains à la solde des donneurs d’ordre.   Finalement, ces hommes politiques sont tout aussi manipulés que nous, mais à un autre niveau.  C’est un peu l’histoire de la grenouille qu’on met à cuire doucement dans la casserole.  Se rendent-ils compte de ce vers quoi ils se dirigent, et comment ça se terminera?  Peu importe, en fait, parce qu’il ne leur sera pas donné le choix de revenir en arrière.

Ne vous y trompez pas, ce que vous vivez actuellement n’a rien à voir avec une crise sanitaire, c’est un coup d’État planétaire visant à asseoir le pouvoir absolu des donneurs d’ordre sur une dictature féroce.  Vous aurez le pire du communisme (pour les masses) et le pire du capitalisme (le seul bénéfice étant réservé à l’élite).

Quand comprendrez-vous que vous êtes victime d’une guerre psychologique visant à briser la résistance des peuples avant de les mettre en esclavage?  Si j’ai réussi à exprimer correctement mes idées, vous devriez avoir réalisé à présent que non seulement ce cauchemar ne s’arrêtera jamais, mais qu’on en est qu’aux préliminaires, et qu’ils ne reculeront devant rien.

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

desobeissance-civile

21 mai 1871, il y a 150 ans débutait la semaine sanglante qui écrasait la Commune : 30 000 communards furent sommairement exécutés par la république… « L’hécatombe » de Louise Michel

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150ans_commune

La Commune de Paris 1871-2021

La semaine sanglante: 21-28 mai 1871

Résistance 71

Mai 2021

Extraits de la 4ème partie de “La Commune, histoire et souvenirs” de Louise Michel (1898) : L’hécatombe

Note de R71: Il est impossible de parler de l’expérience (r)évolutionnaire de la Commune de Paris en 1871, sans parler de la sauvage répression qui s’en suivit. Sans rappeler aussi, que le carnage qui eut lieu ne fut pas perpétré par un dictateur autocrate sanguinaire, mais par le bras armé d’une toute jeune république dite “modérée”, montrant par là même que les concepts de “démocratie” et de “dictature” ne sont en fait que des degrés différents de la même organisation sociale, celle de l’État oppresseur qui, depuis la révolution bourgeoise de 1789 et la 1ère révolution industrielle de 1810, n’est plus qu’un outil répressif du capital en voie de croissance métamorphique jusqu’à sa déchéance finale.

Si les chiffres sont toujours discutés (on parle de plus de 30 000 morts voire de 100 000), ce qui n’est pas sujet à discussion est la sauvagerie avec laquelle la bourgeoisie se vengea de l’affront causé par ce petit peuple à sa suprématie politique et marchande, sous le commandement du très royaliste Adolphe Thiers, patron d’un gouvernement républicain ayant fui à Versailles et qualifié depuis lors de l’infâme vocable de gouvernement “versaillais”. Si la répression fut des plus sanglantes, elle fut néanmoins absolument incapable d’éradiquer cet esprit communard vivant en chacun de nous. Laissons la place à une de ses incarnations les plus flamboyantes : Louise Michel, qui participa, survécut, demanda sa mise à mort lors de son procès, pour finalement être déportée en Nouvelle-Calédonie, et qui demeura un flambeau anarchiste le reste de sa vie. Elle raconte.

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21 mai 2021 , plus que jamais… VIVE LA COMMUNE !

L’hécatombe 

(extraits tirés du livre “La Commune, histoire et souvenirs”)

Louise Michel

1898

1. La lutte dans Paris, l’égorgement

[…] L’égorgement commençait en silence. Assi, allant du côté de la Muette, vit dans la rue Beethoven des hommes qui, couchés à terre, semblaient dormir. La nuit étant claire, il reconnaît des fédérés et s’approche pour les réveiller, son cheval glisse dans une mare de sang. Les dormeurs étaient des morts, tout un poste égorgé.

“L’officiel” de Versailles n’avait-il pas donné la marche pour la tuerie, on s’en souvient :

“Pas de prisonniers ! Si dans le tas, il se trouve un honnête homme réellement entraîné de force, vous le verrez bien dans ce monde là. Un honnête homme se distingue par son auréole ; accordez aux braves soldats la liberté de venger leurs camarades en faisant sur le théâtre et dans la rage même de l’action ce que le lendemain ils ne voudraient pas faire de sang-froid.”

Tout était là. On persuada aux soldats qu’ils avaient à venger leurs camarades : à ceux qui arrivaient, délivrés de la captivité de la Prusse, on disait que la Commune s’entendait avec les Prussiens, et les crédules s’abreuvèrent de sang dans leur rage.

Afin que comme au 18 mars, l’armée ne levât pas la crosse en l’air, on gorgea les soldats d’alcool mêlé, suivant l’ancienne recette, avec de la poudre et surtout entonné de mensonges ; à l’histoire trop vieille du mobile scié entre deux planches, on avait joint je ne sais quel autre conte aussi invraisemblable

Paris, cette ville maudite qui rêvait le bonheur de tous, où les bandits du comité central et de la Commune, les monstres du Comité de Salut Public et de la sûreté n’aspiraient qu’à donner leur vie pour le salut de tous, ne pouvaient pas être compris par l’égoïsme bourgeois plus féroce encore que l’égoïsme féodal ; la race bourgeoise ne fut grande qu’un demi-siècle à peine, après 89. Delescluze, Dijon furent les derniers grands bourgeois semblables aux conventionnels.

[…] Drapeau rouge en tête, les femmes étaient passées, elles avaient leur barricade place Blanche : il y avait là Elisabeth Dmihef, Madame Lemel, Malvina Poulain, Blanche Lefebvre, Excoffons, André Léo était à celles des Batignolles. Plus de 10 000 femmes aux jours de mai, éparses ou ensemble, combattirent pour la liberté. J’étais à la barricade qui barrait l’entrée de la chaussée Clignancourt, devant le delta…

[…] Tout quartier pris par Versailles était changé en abattoir. La rage du sang était si grande que les Versaillais tuèrent de leurs propres agents allant à leur rencontre.

[…] Le sang coulait à flot dans tous les arrondissements pris par Versailles. Par places, les soldats lassés de carnage s’arrêtaient comme des fauves repus.

Sans les représailles, la tuerie eûtété plus large encore. Seule le décret sur les otages empêcha Gallifet, Vinoy et les autres, d’opérer l’égorgement complet des habitants de Paris.

Un commencement d’exécution de ce décret fit retirer aux pelotons d’exécution des prisonniers qu’à coups de crosse de fusil on poussait au mur, où par tas restaient les morts et les mourants.

Nous avons rencontré en Calédonie quelques-uns de ces réchappés de la mort.

Rochefort raconte ainsi ce qui lui fut dit par un compagnon de route, ou plutôt de cage, dans les antipodes ; il racontait ceci :

On venait d’exécuter une quinzaine de prisonniers, son tour était venu, il avait été collé au mur, un mouchoir sur les yeux, car ces supplicieurs y mettaient parfois les formes. Il attendait les douze balles qui devaient lui revenir et commençait à trouver le temps long. Tout à coup, un sergent vint lui retirer le bandeau fatal, tout en criant aux hommes du peloton d’exécution : Demi-tour à gauche.

Qu’y a t’il ? demande le patient.

Il y a répondit d’un ton plein de regret le lieutenant chargé de commander le feu, que la Commune vient de décréter qu’elle aussi fusillerait les prisonniers si nous continuions à fusiller les vôtres et que le gouvernement interdit maintenant les exécutions sommaires.

C’est ainsi que trente fédérés furent en même temps que celui-là rendus à la vie, mais non à la liberté, car on les envoya sur les pontons d’où mon camarade de geôle partit en même temps que moi pour la Nouvelle-Calédonie.

Les exécutions sommaires reprirent après le triomphe de Versailles, les soldats eurent comme des bouchers, les bras rouges de sang : le gouvernement n’avait plus rien à craindre.

On verra combien, du côté de la Commune, le nombre des exécutions fut infime devant les 35 000 officiellement avoués, qui sont plutôt 100 000 de plus.

[…] La vengeance des déshérités ! Elle est plus grande que la terre elle-même.

Les légendes les plus folles coururent sur les “pétroleuses” ; il n’y a pas eu de pétroleuses ; les femmes se battirent comme des lionnes, mais je ne vis que moi criant le feu ! le feu devant ces monstres !

Non pas des combattantes mais de malheureuses mères de famille, qui dans les quartiers envahis se croyaient protégées par quelques ustensiles, faisant voir qu’elles allaient chercher de la nourriture pour leurs petits (une boîte au lait par exemple), elles étaient regardées comme “incendiaires”, porteuses de pétrole et collées au mur ! Ils les attendirent longtemps leurs petits !…

Quelques enfants, sur les bras des mères, étaient fusillés avec elles, les trottoirs étaient bordés de cadavres.

[…] La plupart, cherchant à donner des gages à Versailles, indiquaient dans les quartiers envahis les partisans de la Commune, faisant fusiller ceux à qui ils en voulaient.

Les coups sourds des canons, le crépitement des balles, les plaintes du tocsin, le dôme de fumée traversé de langues de flammes disaient que l’agonie de Paris n’était pas terminée et que Paris ne se rendrait pas.

Tous les incendies d’alors ne furent pas le fait de la Commune, certains propriétaires ou commerçants, afin d’être richement indemnisés de bâtisses ou de marchandises dont ils ne savaient que faire, y mirent le feu.

D’autres incendies furent allumés par les bombes incendiaires de Versailles.

Celui du ministère des finances fut, à l’aide de faux, attribué à Ferré, qui ne l’eût pas nié s’il l’eût fait : il gênait la défense.

[…] La chasse aux fédérés étaient largement engagée, on égorgeait dans les ambulances ; un médecin, le Dr Faneau, qui ne voulut pas livrer ses blessés, fut lui-même passé par les armes… Quelle scène !

[…] Les mitrailleuses moulent dans les casernes. On tue comme à la chasse, c’est une boucherie humaine ; ceux qui, mal tués, restent debout ou courent contre les murs, sont abattus à loisir.

Alors on se souvient des otages, des prêtres ; 34 agents de Versailles et de l’empire sont fusillés. Il y a dans l’autre poids de la balance, des milliers de cadavres. Le temps est passé où la Commune disait : Il n’y a pas de drapeau pour les veuves et les orphelins, la Commune vient d’envoyer du pain à 74 femmes de ceux qui nous fusillent.

Les portes du Père-Lachaise, où se sont réfugiés des fédérés pour les derniers combats, sont battues en brèche par les canons.

La Commune n’a plus de munition, elle ira jusqu’à la dernière cartouche.

La poignée de braves du Père-Lachaise se bat à travers les tombes contre une armée, dans les fosses, dans les caveaux au sabre. à la baïonnette, à coups de crosses de fusil ; les plus nombreux, les mieux armés, l’armée qui garda sa force pour Paris assomme, égorge les plus braves.

Au grand mur blanc qui donne sur la rue du Repos, ceux qui restent de cette poignée héroïque sont fusillés à l’instant. Ils tombent en criant : Vive la Commune !

Là comme partout, des décharges successives achèvent ceux que les premières ont épargnés ; quelques-uns achèvent de mourir sous les tas de cadavres ou sous la terre.

Une autre pognée, ceux des dernières heures, ceints de l’écharpe rouge, s’en vont vers la barricade de la rue Fontaine-au-Roi ; d’autres membres de la Commune et du comité central viennent se joindre à ceux-là et dans cette nuit de mort majorité et minorité se tendent la main.

Sur la barricade flotte un immense drapeau rouge. Il y a là les deux Ferré, Théophile et Hippolyte, J.B Clément, Cambon, un garibaldien, Varlin, Vermorel, Champy.

La barricade de la rue St Maur vient de mourir, celle de la rue Fontaine-au-Roi s’entête, crachant la mitraille à la face sanglante de Versailles.

On sent la bande furieuse des loups qui s’approchent, il n’y a plus à la Commune qu’une parcelle de Paris, de la rue du faubourg du Temple au boulevard de Belle-ville.

Rue Ramponneau, un seul combattant à une barricade arrêta un instant Versailles.

Les seuls encore debout, en ce moment où se tait le canon du Père-Lachaise, sont ceux de la rue Fontaine-au-Roi.

Ils n’ont plus pour longtemps de mitraille, celle de Versailles tonne sur eux.

Au moment où vont partir leurs derniers coups, une jeune fille venant de la barricade de la rue St-Maur arrive, leur offrant ses services, ils voulaient l’éloigner de cet endroit de mort, elle resta malgré eux.

Quelques instants après, la barricade, jetant en une formidable explosion tout ce qui lui restait de mitraille mourut dans cette décharge énorme, que nous entendîmes de Satory, ceux qui étaient prisonniers ; à l’ambulancière de la dernière barricade et de la dernière heure, Jean-Baptiste Clément dédia longtemps après la chanson des Cerises. Personne ne la revit.

J’aimerai toujours le temps des cerises

C’est de ce temps-là, que je garde au cœur,

Une plaie ouverte.

Et, dame fortune en m’étant offerte,

Ne saurait jamais calmer ma douleur,

J’aimerai toujours le temps des cerises,

Et le souvenir que je garde au cœur.

J.B Clément

La Commune était morte, ensevelissant avec elle des milliers de h´´ros inconnus.

[…]

Ce dimanche-là, du côté de la rue de La Fayette, fut arrêté Varlin : on lui lia les mains et son nom ayant attiré l’attention, il se trouva bientôt entouré par la foule étrange des mauvais jours.

On le mit au milieu d’un piquet de soldats pour le conduire à la Butte, qui était l’abattoir.

La foule grossissait, non pas celle que nous connaissions, houleuse, impressionnable, généreuse, mais la foule des défaites, qui vient acclamer les vainqueurs et insulter les vaincus, la foule du vae victis éternel.

La Commune était à terre, cette foule, elle aidait aux égorgements.

On allait d’abord fusiller Varlin près d’un mur, au pied des Buttes, mais une vois s’´´cria : il faut le promener encore, d’autres criaient, “Allons rue des Rosiers”.

Les soldats et l’officier obéirent, Varlin, toujours les mains liées, gravit les Buttes, sous l’insulte, les cris, les coups, il y avait environ deux mille de ces misérables. Il marchait sans faiblir, la tête haute, le fusil d’un soldat partit sans commandement et termina son supplice, les autres suivirent. Les soldats se précipitèrent pour l’achever. Il était mort.

Tout la Paris réactionnaire et badaud, celui qui se cache aux heures terribles, n’ayant plus rien à craindre, vint voir le cadavre de Varlin.

Mac-Mahon, secouant sans cesse les 800 et quelques cadavres qu’avait fait la Commune, légalisait, aux yeux des aveugles, la terreur et la mort.

[…]

2. La curé froide

“Paris sanglant, au clair de lune,
Rêve sur la fosse commune.”
Victor Hugo

Au chenil, les soirs de chasse, après la curée chaude, sur le corps pantelant de la bête égorgée, les valets de meute jettent aux chiens du pain trempé de sang. Ainsi fut offerte, par les bourgeois de Versailles, la curée froide aux égorgeurs.

D’abord, la tuerie en masse avait eu lieu quartier par quartier à l’entrée de l’armée régulière, puis la chasse aux fédérés, dans les maisons, dans les ambulances, partout. On chassait dans les catacombes avec des chiens et des flambeaux ; il en fut de même dans les carrières d’Amérique, mais la peur s’en mêla. Des soldats de Versailles, égarés dans les catacombes, avaient pensé périr.

[…] Les officiers de Versailles, maîtres absolus de la vie des prisonniers, en disposaient à leur gré.

Les mitrailleuses étaient moins employées qu’aux premiers jours ; il y avait maintenant, quand le nombre de ceux qu’on voulait tuer dépassait dix, des abattoirs commodes, les casemates des forts qu’on fermait, une fois les cadavres entassés, le bois de Boulogne, ce qui en même temps procurait une promenade.

Mais tout étant plein de morts, l’odeur de cette immense sépulture attirait sur la ville morte l’essaim horrible des mouches des charniers ; les vainqueurs, craignant la peste, suspendirent les exécutions.

La mort n’y perdait rien  les prisonniers entassés à l’Orangerie, dans les caves, à Versailles, à Satory, sans linge pour les blessés, nourris plus mal que des animaux, furent bientôt décimés par la fièvre et l’épuisement.

Quelques-uns, apercevant leurs femmes et leurs enfants à travers les grilles, devenaient subitement fous.

D’autre part, les enfants, les femmes et les vieux, cherchaient à travers les fosses communes, essayant de reconnaître les leurs dans les charretées de cadavres incessamment versées.

[…] Il y avait dans les premiers temps je ne sais quelle promesse de 500 francs de récompense pour indiquer le refuge d’un membre de la Commune ou du comité central ; cela courait en France et à l’étranger. Tous ceux qui se sentaient capables de vendre un proscrit étaient invités.

La lettre suivante fut adressée de Versailles, dès le 20 mai, aux agents des gouvernements à l’étranger par le gouvernement de Versailles.

Monsieur,

L’œuvre abominable des scélérats qui succombent sous l’héroïque effort de notre armée ne peut être confondue avec aucun acte politique, elle constitue une série de forfaits prévus et punis par les lois de tous les peuples civilisés. 

L’assassinat, le vol, l’incendie, systématiquement ordonnés, préparés avec une infernale habileté, ne doivent permettre à leurs complices d’autre refuge que celui de l’expiation légale.

Aucune nation ne peut couvrir d’immunité et sur le sol de toutes, leur présence serait une honte et un péril. Si donc vous apprenez qu’un individu compromis dans l’attentat de Paris a franchi la frontière de la nation près de laquelle vous êtes accrédité, je vois invite à solliciter des autorités locales son arrestation immédiate et à m’en donner de suite avis pour que je régularise cette situation par une demande d’extradition.” signé: Jules Favre

L’Angleterre pour toute réponse reçut les proscrits de la Commune ; les gouvernements espagnol et belge envoyèrent seuls leur adhésion à Versailles.

[…]

Nous avons dit que le chiffre de 35 000, adopté officiellement pour les victimes de la répression de Versailles, ne peut être pris comme réel. [il est bien supérieur]

[…]

Versailles capitale

Oui, Versailles est la capitale,
Ville corrompue et fatale,
C’est elle qui tient le flambeau,
Satory lui fait sentinelle,
Et les bandits la trouvent belle,
Avec un liceul pour manteau,
Versailles, vieille courtisane,
Sous sa robe que le temps fane,
Tient la république au berceau,
Couverte de lèpre et de crime.
Elle souille ce nom sublime,
En l’abritant sous son drapeau.
Il leur faut de hautes bastilles,
Pleines de soldats et de filles,
Pour se croire puissants et forts,
Tandis que sous leur poids immonde,
La ville où bat le cœur du monde,
Paris, dort du sommeil des morts,
Malgré vous le peuple héroïque,
Fera grande la République ;
On n’arrête pas le progrès,
C’est l’heure où tombent les couronnes,
Comme à la fin des froids automnes,
Tombent les feuilles des forêts.
Louise Michel
Prison de Versailles, octobre 1871.

[…]

Comme s’étaient amoncelés les cadavres, on entassait les condamnations ; après le délire du sang, il y avait le délire des jugements. Versailles crut faire avec la terreur le silence éternel.

Des écrivains furent condamnés à mort pour des articles de journaux : ainsi Maroteau, condamné à mort pour des articles dans “La Montagne”.

La profession de foi de ce journal n’était que l’exact compte rendu des faits.

[…] Maroteau avait écrit dans le premier numéro de “La Montagne” : “J’ai fait le serment de Rousseau et de Marat : mourir s’il le faut, mais dire la vérité.” Cette vérité était qu’il était impossible dans les circonstances horribles créées par Versailles d’écrire comme d’agir autrement.

[…]

La dernière exécution à Satory eut lieu le 22 janvier 1873 : Philippe, membre de la Commune, Benot et Decendre, pour avoir participé à a défense de Paris par l’incendie des Tuileries.

ils tombèrent en criant : Vive la révolution sociale ! vive la Commune !

En septembre [1872] avaient été fusillés pour faits semblables, Lolive, Demvelle, et Deschamps : A bas les lâches ! crièrent-ils en tombant. Vive la république universelle !

Comme elle paraissait belle debout au poteau où l’on mourait pour elle.

Satory pendant ces deux ans but du sang pour que la terre en fût arrosée.

La Commune était morte, mais la révolution vivait. Cette incessante éclosion de tous les progrès, dans lesquels à chaque époque a évolué l’humanité, compose d’âge en âge, une forme nouvelle.

[…]

= = =

Extrait d’un appendice des mémoires de L. Michel, texte écrit par le Groupe de la Commune Révolutionnaire à Londres en juin 1874 :

Texte écrit et diffusé il y a donc 147 ans… Jugez plutôt de son incroyable actualité. Où en sommes-nous aujourd’hui ?… (Résistance 71)

“Dans la grande bataille engagée entre la bourgeoisie et le prolétariat, entre la société actuelle et la Revolution, les deux camps sont bien distincts, il n’y a de confusion possible que pour l’imbécilité ou la trahison.

D’un côté tous les partis bourgeois : légitimistes, orléanistes, bonapartistes, républicains, conservateurs ou radicaux ; de l’autre, le parti de la Commune, le parti de la révolution, l’ancien monde contre le nouveau.

Déjà la vie a quitté plusieurs de ces formes du passé et les variété monarchiques se résolvent, en fin de compte, dans l’immonde bonapartisme. Quant aux partis qui, sous le nom de république conservatrice ou radicale, voudraient immobiliser la société dans l’exploitation continue du peuple par la bourgeoisie, directement, sans intermédiaire royal, radicaux ou conservateurs, ils diffèrent plus par l’étiquette que par le contenu ; plutôt que des idées différentes, ils représentent les étapes que parcourra la bourgeoisie, avant de rencontrer dans la victoire du peuple, sa ruine définitive.

Feignant à croire en la duperie du suffrage universel, ils voudraient faire accepter au peuple ce mode d’escamotage périodique de la révolution ; ils voudraient voir le parti de la révolution, entrant dans l’ordre légal de la société bourgeoise, par là même cesser d’être, et la minorité révolutionnaire abdiquer devant l’opinion moyenne et falsifiée de majorités soumises à toutes les influences de l’ignorance et du privilège.

Les radicaux [libéraux] seront les derniers défenseurs du monde bourgeois mourant ; autour d’eux seront ralliés tous les représentants du passé, pour livrer la lutte dernière contre la Révolution. La fin des radicaux sera la fin de la bourgeoisie.

A peine sortis des massacres de la Commune, rappelons à ceux qui seraient tentés d’oublier que la gauche versaillaise, non moins que la droite, a commandé le massacre de Paris et que l’armée des massacreurs à reçu les félicitations des uns comme celles des autres. Versaillais de droite et Versaillais de gauche doivent être égaux devant la haine du peuple, car contre lui, toujours, radicaux et jésuites sont d’accord.

Il ne peut donc y avoir d’erreur et tout compromis, toute alliance avec les radicaux doivent être réputés trahison.

Plus près de nous, errant entre les deux camps, ou même égarés dans nos rangs, nous trouvons des hommes dont l’amitié, plus funeste que l’inimitié, ajournerait indéfiniment la victoire du peuple s’il suivait leurs conseils, s’il devenait dupe de leurs illusions.

Limitant plus ou moins les moyens de combat à ceux de la lutte économique, ils prêchent à des degrés divers l’abstention de la lutte armée, de la lutte politique.

Érigeant en théorie la désorganisation des forces populaires, ils semblent en face de la bourgeoisie armée, alors qu’il s’agit de concentrer les efforts pour un combat suprême, ne vouloir qu’organiser la défaite et livrer le peuple désarmé aux coups de ses ennemis.

Ne comprenant pas que la révolution est la marche consciente et voulue de l’humanité vers le but que lui assignent son développement historique et sa nature,  ils mettent les images de leur fantaisie au lieu de la réalité des choses et voudraient substituer au mouvement rapide de la révolution, les lenteurs d’une évolution dont ils se font les prophètes.

Amateurs de demi-mesures, fauteurs de compromis, ils perdent les victoires populaires qu’ils n’ont pu empêcher ; ils épargnent sous prétexte de pitié les vaincus ; ils défendent sous prétextes d’équité les institutions, les interdits d’une société contre lesquels le peuple s’était levé. Ils calomnient les révolutions quand ils ne peuvent plus perdre.

Ils se nomment communalistes.

Au lieu de l’effort révolutionnaire du peuple de Paris pour conquérir le pays entier à la république communeuse, ils voient dans la révolution du 18 mars un soulèvement pour des franchises municipales.

Ils renient les actes de cette révolution qu’ils n’ont pas comprise, pour ménager sans doute les nerfs d’une bourgeoisie dont ils savent si bien épargner la vie et les intérêts. Oubliant qu’une société ne périt que quand elle est frappée aussi bien dans ses monuments, ses symboles, que dans ses institutions et ses défenseurs, ils veulent décharger la Commune de la responsabilité de l’exécution des otages, de la responsabilité des incendies. Ils ignorent, ou feignent d’ignorer, que c’est par la volonté du Peuple et de la Commune, unis jusqu’au dernier moment, qu’ont été frappés les otages, les prêtres, les gendarmes, les bourgeois et allumés les incendies.

Pour nous, nous revendiquons notre part de responsabilité dans ces actes justiciers qui ont frappé les ennemis du Peuple, depuis Clément Thomas et Lecointe jusqu’aux dominicains d’Arcueil ; depuis Bonjean jusqu’aux gendarmes de la rue Haxo ; depuis Darboy jusqu’à Chaudey.

Nous revendiquons notre part de responsabilité dans ces incendies qui détruisaient des instruments d’oppression monarchique et bourgeoise ou protégeaient les combattants.

Comment pourrions-nous feindre la pitié pour les oppresseurs séculaires du peuple, pour les complices de ces hommes qui depuis trois ans célèbrent leur triomphe par la fusillade, la transportation, l’écrasement de tous ceux des nôtres qui ont pu échapper au massacre immédiat ?

Nous voyons encore ces assassinats sans fin, d’hommes, de femmes, d’enfants, des égorgements qui faisaient couler à flots le sang du peuple dans les rues, les casernes, les squares, les hôpitaux, les maisons. Nous voyons les blessés ensevelis avec les morts ; nous voyons Versailles, Satory, les pontons, le bagne, la Nouvelle-Calédonie. Nous voyons Paris, la France, courbés sous la terreur, l’écrasement continu, l’assassinat en permanence.

Communeux de France, Proscrits, unissons nos efforts contre l’ennemi commun ; que chacun, dans la mesure de ses forces, fasse son devoir !”

Le Groupe : La Commune révolutionnaire : Aberlen, Berton, Breuillé, Carné, Jean Clément, F. Cournet, Ch. Dacosta, Delles, A. Derouillis, E. Eudes, H. Gausseron, E. Gois, Léonce Luillier, P. Mallet, Marguerittes, Constant-Martin, A. Gouillé, E. Granger, A. Huguenot, E. Jouanin, Ledrux, A. Moreau, H. Mortier, A. Oldrini, Pichon, A. Pirier, Rysto, B. Sachs, Solignac, Ed. Vaillant, Varlet, Viard.

Londres, juin 1874.

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