Archive for the autogestion Category

Discussion au sujet du Manifeste de la société des sociétés (avec mises à jour)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 20 octobre 2017 by Résistance 71

Discussion avec Robert Bibeau, journaliste et rédacteur en chef des “7 du Québec” au sujet du “Manifeste de la Société des Sociétés”

 

Octobre 2017

 

Source: 

http://www.les7duquebec.com/7-de-garde-2/manifeste-pour-la-societe-des-societes/

(voir commentaires)

Discussion 2ème partie

 

Manifeste de la societe des societes

 

@ Résistance 71 (17 octobre 2017)

Félicitation pour votre ouvrage bien écrit, documenté, solide. Cependant, je suis personnellement tenant d’une approche différente. Je m’explique.

Vous abordez l’étude des sociétés humaines sous l’angle des rapports sociaux de production ce qui logiquement vous amène très vite à poser LA QUESTION : « Ainsi la question n’est pas d’envisager des sociétés qui seraient avec pouvoir et d’autres sans ; mais de considérer la forme que prend le pouvoir politique inhérent à la société humaine. »

Pour moi c’est comme aborder la construction d’un édifice par le 10e étage en faisant comme si les 9 étages en-dessous n’existaient pas. Ces 9 étages ET LE SOUS-BASSEMENT – DÉTERMINANTS – c’est le mode de production – la façon que l’homme collectivement (pourquoi collectivement justement – le Thyranosaure n’était ni sociable – ni coopératif) a appris à trouver puis produire ce dont il avait besoin pour survivre.

C’est dans ce sous-bassement (les moyens et les forces productives) que vous pourriez trouver les explications aux turpitudes que vous soulignez très justement. Sauf que ces turpitudes sont des conséquences – des résultantes – des variables dépendantes dit-on en statistique – et non comme vous le croyez des tumeurs parasitant le corps social = Elles sont le corps social.

D’où on se retrouve aujourd’hui comme vous le soulignez avec des surplus de marchandises (important d’utiliser le mot MARCHANDISE et tous les concepts qu’il traine avec lui) dans certaines parties du monde et la famine dans d’autres parties du monde.

L’Homme social aurait résout le problème de la production des MARCHANDISES qui lui SONT nécessaires pour survivre en tant qu’espèce mais pas celui de répartir équitablement ces MARCHANDISES pour que chacun reçoive selon ses besoins.

C’est que le mode de production capitaliste actuellement en vigueur a été construit par l’homme mécaniquement de telle sorte que pour atteindre le premier objectif la société aille à l’antipode du deuxième objectif…. la répartition NON PAS ÉGALITAIRE mais selon les besoins de chacun. Ce deuxième objectif social – coopératif solidaire n’est même pas considéré par le système social.

C’est ICI précisément que LA QUESTION DU POUVOIR POLITIQUE = DE LA VIOLENCE D’ÉTAT EN FAIT = SE POSE et pas ailleurs.

Ce qui m’amènerait à introduire le concept central de LUTTE DES CLASSES SOCIALES comme moteur du corps social. Lutte des classes qui nous amène aujourd’hui et maintenant à poser la question du pouvoir politique afin de consciemment – volontairement – impérativement – résoudre le deuxième objectif PUISQUE SOCIALEMENT NOUS POUVONS PRODUIRE PAR NOTRE ACTIVITÉ HUMAINE (préférable au mot TRAVAIL) TOUT CE DONT LA SOCIÉTÉ A BESOIN POUR SE REPRODUIRE – l’objet ultime de la société des sociétés – socialement nous devons fournir à chacun selon ses besoins

Je poursuis ma lecture de votre manifeste camarades.

Merci beaucoup de nous l’avoir offert pour diffusion gratuite.

Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

Vous semblez confondre pouvoir politique – et État et vous demandez « comment est-on passé d’une forme de pouvoir non-coercitif à une forme de pouvoir coercitif dont l’État est le meilleur représentant? »

Mais le pouvoir est par nature coercitif – il use de la coercition ou il n’en use pas

Ainsi vous observez que les guerres sociales sont apparues 10 000 ans avant les Grands États structurés. Mais pas avant le pouvoir politique coercitif – les guerres ont d’ailleurs exigées la création de ces États structurés.

Il a donc une force – une tendance qui explique l’apparition de ces guerres puis l’édification de ces États pour mener ces guerres coercitives.

Ce n’est pas l’État votre bête noire que vous devez découvrir mais quelque chose qui a appelé l’ÉTAT – Détruisant ce quelque chose vous détruirez la cause des guerres et vous détruirez L’ÉTAT qui organise ces guerres (REVOYEZ VOTRE SOUS BASSEMENT ET VOS 9 PREMIÈRES ÉTAGES)

Ici je suis en désaccord avec vous « Y a t’il eu crise entre les possédants et ceux ne possédant pas ? Ce fut certes amplifié par l’avènement du commerce, mais ce n’est pas le commerce qui

l’a créé. En effet, l’économique n’est pas un facteur directeur initial de la

division de la société » Vous avez une mauvaise définition du concept d’économie. Ainsi, bien que ne sachant ni lire ni écrire ou compter IL EXISTAIT UNE ÉCONOMIE DU NÉENDERTALIEN C’est-à dire un procès de production et de répartition des biens (qui n’étaient pas des marchandises – cela viendra avec le capitalisme) dans la tribu qui reconnaissait un chef (un pouvoir) sans ÉTAT il est vrai.

« En clair, l’économique suit le politique, il en est une dérive. La société primordiale organique est une et unifiée, personne n’a plus qu’un autre, personne n’a plus de pouvoir qu’un autre, les décisions…  »

Voici le point de contradiction fondamentale Moi je crois que c’est le contraire exactement le contraire.

« Une fois le pouvoir politique séparé,

il entraîne son avatar économique dans son sillage de division induite. Y a

t’il un mécanisme de passage ? Quel en est le mode de fonctionnement ? »

Au préalable demandez-vous quelle force a permis – a voulu – qu’apparaisse la propriété privée et la séparation du pouvoir politique du corps social ???? Qui, quand, comment, pourquoi, tout cela ???

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique, marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

 -[]- Réponse de Résistance 71 le 19 octobre 2017:

Bonjour Robert et merci d’avoir commenté sur notre manifeste et de l’avoir mis en lien de téléchargement sur les 7 du Québec.

Nous allons répondre en bloc à tes arguments et nous te demandons de bien comprendre qu’il n’y a absolument rien de personnel dans ce que nous allons dire, que ceci ne se rapporte qu’à une analyse systémique (marxiste) qui a été démontrée erronée depuis un bon moment, par toute une branche novatrice de l’anthropologie politique. Il nous est immédiatement apparu évident que nous allions nous mettre les grandes factions catéchistes que sont les néolibéraux et les marxistes à dos avec ce manifeste. C’est le but quelque part aussi, parce qu’il est grand temps de débusquer et d’aplanir les mythes pour se concentrer sur les faits.

Pour bien comprendre notre démarche et notre cheminement réflexif, il est important de lire les ouvrages mentionnés dans la bibliographie attenante au manifeste.

Alors oui, il faut faire la différence entre Marx et le “marxisme”, que Marx se disait à la fin de sa vie “non-marxiste” etc…

Marx et Engels n’ont pas dit que des conneries, c’est évident. Mais le concept du “tout économique”, de la “lutte des classes moteur de l’histoire” est erroné. Marx et Engels n’´étaient pas des anthropologues. De fait leur connaissance en anthropologie était même assez pathétique, mais ils avaient quelques excuses. La discipline à l’époque était peuplée de la secte des sociaux-darwinistes qui pédalaient pour justifier du racisme et de l’exploitation coloniaux et d’ancrer la théorie de la “loi du plus fort” pour justifier “scientifiquement” du rapport dominant/dominé dont leur maîtres payeurs bénéficiaient et bénéficient toujours. De ce fait, le marxisme n’a pas vraiment été une amélioration sur ce point. L’histoire le prouva par la suite. Engels s’est par exemple appuyé sur la “star” de l’époque: Lewis Morgan pour son “étude” sur les Amérindiens dans son “origine de la famille et de l’État”, un Morgan dont l’étude sur les Iroquois, qui fut LA référence sur le sujet pendant plus d’un siècle, ne vaut que pour ses descriptions de la vie quotidienne de ces nations et du folklore attenant. Nous avons ce livre et l’avons lu en anglais, Morgan y réussit “l’exploit” d’écrire un bouquin de 460 pages sans JAMAIS y mentionner le mot de Kaianerekowa (Grande Loi de la Paix), ni le mode de gouvernance de la ligue Haudenosaunee, mais y consacrant une explication au chapitre III (p226 , dans l’édition Citadel Press Book de “The League of the Iroquois” de Lewis H. Morgan), sur le code religieux chrétien de “Handsome Lake”, forfaiture créée pour diviser la ligue iroquoise sur une base religieuse… Cette division persiste toujours de nos jours et a été créée par les chrétiens colonisateurs, dont Morgan était un des chantres et protecteurs par ses “études”. Ce même Morgan encensé par Engels… que dire de plus ?…

L’anthropologie marxiste est pathétique et celui qui l’a le mieux débusqué est l’anthropologue politique français Pierre Clastres (1932-1977), que nous avons sciemment ressorti du placard où marxistes et structuralistes avaient enfermé ses recherches après sa mort prématurée en 1977 dans un accident de la route.

Laissons lui la parole, c’est ce qu’i y a de mieux à faire, il parle ici des recherches des anthropologues marxistes Godelier et Meillassoux (Clastres P., Recherches en anthropologie politique,  Seuil, 1980, publication d’écrits post-mortem):

“A coup de pieds il veut faire entrer dans la société primitive (où elles n’ont que faire) les catégories marxistes de rapports de production, de forces productives, de développement des forces productives, ce pénible langage de bois qu’ils ont sans cesse à la bouche, tout en se cramponnant au structuralisme: société primitive = rapports de parenté = rapports de production. Cékomça. Des spécialistes de l’économie primitive, tels Marshall Sahlins aux Etats-Unis ou Jacques Lizot ici, qui s’occupent d’ethnologie et non de catéchisme, ont établi que la société primitive fonctionne précisément comme machine d’anti-production, que le mode de production domestique opère toujours au dessous de ses possibilités, qu’il n’y a pas de rapports de production parce qu’il n’y a pas de production, car celle-ci est le dernier des soucis de la société primitive. Naturellement Godelier (dont on voit bien ici que son marxisme est exactement de même tabac que celui de son concurrent Meillassoux: ils sont bien les Marx Brothers) ne peut renoncer à la Sainte Production, si non il ferait faillite, il serait au chômage.” (p165)

Puis un peu plus loin p 166 et suivantes, raisonnement d’une importance capitale que ferait bien de lire et d’assimiler tous les marxistes:

“La division sociale en dominants et dominés est, de part en part, politique, elle répartit les Hommes en maîtres du pouvoir et sujets du pouvoir. Que l’économie, le tribut, la dette, le travail aliéné apparaissent comme signes et effets de la division politique selon l’axe du pouvoir, je l’ai assez montré par ailleurs. La société primitive est indivisée parce qu’elle ne comporte pas d’organe séparé du pouvoir politique. La division sociale passe d’abord par la division entre la société et l’organe du pouvoir. Donc toute société non primitive (c’est à dire à dire divisée), comporte, plus ou moins développée, la figure de l’État. […] Le degré ultime [de l’oppression subie] étant atteint par le type de pouvoir que mettent en place fascistes et communistes: là le pouvoir de l’État est total, l’oppression absolue. Mais il demeure irréductible, ce point central: de même que l’on peut penser la société indivisée sans l’absence de l’État, de même on ne peut penser la société divisée sans la présence de l’État. Et réfléchir sur l’origine de l’inégalité, de la division sociale, des classes, de la domination, c’est réfléchir dans le champ de la politique, du pouvoir, de l’État et non dans le champ de l’économie, de la production etc… L’économie s’engendre à partir du politique, les rapports de production viennent des rapports de pouvoir, l’État engendre les classes.

Clastres ensuite remet la pendule à l’heure (p.167):

“Il convient pour y voir clair, de distinguer d’abord la pensée de Marx et le marxisme. Marx fut avec Bakounine, le premier critique du marxisme. La pensée de Marx, c’est un grandiose essai (parfois réussi, parfois raté) de penser la société de son temps (le capitalisme occidental) et l’histoire qui l’avait mise à jour. Le marxisme contemporain, c’est une idéologie au service d’une politique de sorte que les marxistes n’ont rien à voir avec Marx. […] Le marxisme post-marxien, outre qu’il devenait une idéologie dominante du mouvement ouvrier, est devenu l’ennemi principal du mouvement ouvrier, s’est constitué comme la forme la plus arrogante de ce que le XIXème siècle a produit de plus bête: le scientisme. En d’autres termes, le marxisme contemporain s’auto-institue comme LE discours scientifique sur l’histoire de la société, comme le discours qui énonce les lois du mouvement historique, les lois de transformation des sociétés qui s’engendrent les unes à partir des autres. Donc le marxisme peut parler de toutes les sociétés car il en connait le principe de fonctionnement. Mais il y a plus: le marxisme doit parler de tout type de société possible ou réelle, car l’universalité des lois qu’il découvre ne peut souffrir aucune exception ; sinon c’est la doctrine qui d’un bloc s’écroule. Par conséquent, afin de maintenir non seulement la cohérence, mais aussi l’existence même de ce discours, il est impératif pour les marxistes de formuler la conception marxiste de a société primitive, de constituer une anthropologie. A défaut de quoi, il n’y aurait pas de théorie marxiste de l’histoire, mais seulement l’analyse particulière (le capitalisme du XIXème siècle), élaborée par un certain Karl Marx. […] Donc un seul poids, une seule mesure. Quelle est la mesure marxiste des faits sociaux ? C’est l’économie ; le marxisme est un économisme. Il rabat le corps social sur l’infrastructure économique, le social c’est l’économique. C’est pourquoi les anthropologues marxistes, bien obligés, plaquent sur le corps social primitif  ce qui, pensent-ils, fonctionne ailleurs: les catégories de production, de rapports de production, de développement des forces de production, d’exploitation, etc, etc. Au forceps comme dit Adler. […] A la réalité des faits sociaux, les marxistes substituent l’idéologie de leur discours. Meillassoux, Godelier et consorts, qui sont-ils ? Ce sont des Lyssenko des sciences humaines. […] Pour eux, la société primitive n’existe que dans la mesure où on la rabat sur cette figure de la société apparue à la fin du XVIIIème siècle, le capitalisme. Avant cela, rien n’existe, rien ne compte, tout est précapitaliste… Résultat: pour le marxisme en général, ce qui mesure la société, c’est l’économie et pour les ethno-marxistes qui vont encore plus loin, ce qui mesure la société primitive, c’est la société capitaliste. Cékomça…”

Voici comment on pourrait schématiser la chose: Nous appelons çà “la théorie du big-bang antisocial”:

A To [Tzéro] nous avons la société primordiale (on n’aime pas le terme de “primitive” des anthropologues pour qui cela veut dire “première” du latin “primere”, mais pour le commun des mortels, ça veut dire “sauvage inférieur” donc on évite…) sous communisme primordial, à la chefferie sans pouvoir et au pouvoir non coercitif, puis le pouvoir sort du corps social et se constitue en entité séparée auto-proclamée à T1, à T2 les rapports économiques jusque là inexistants, emboitent le pas et consolident le pouvoir en place et la division générée.

En clair, ce qui rend possible la propriété privée, c’est la relation politique dominant/dominé préalablement établie par la sortie du pouvoir du corps social pour se concentrer aux mains d’un petit nombre (ou d’une personne dans le cas d’une société minimaliste clanique). Le marxisme, issus de Marx met la charrue avant les bœufs, parce que comme le dit Clastres, sans cette relation causale inventée, Marx ne peut pas expliquer les sociétés primordiales, sa théorie tombe à l’eau.

Par contre son analyse du capital tient la route dès que sont enclenchés les rouages économiques, eux-mêmes des inventions humaines et en rien universels. L’analyse de Marx tient la route en T2, mais ne peut pas expliquer T1 et encore moins To…

Vois-tu la finalité de l’affaire ?… Si on veut en sortir, faut faire tomber les mythes. Penser que les rapports sociaux ont leur cause dans l’économique et donc chercher des solutions économiques au problème social est erroné, c’est totalement faire fausse route.

Là réside toute la finalité de notre manifeste.

Franchement lis Clastres, Jaulin, Lizot, Sahlins, leurs recherches sont des antidotes à tous les catéchismes inféodés aux pouvoirs, comme l’est le marxisme et oui une certaine catégorie de l’anarchisme nous le savons pertinemment et ne sommes pas dupes. Nous lisons occasionnellement tes interventions et nous considérons que tu n’es plus très loin du “lâcher-prise” du catéchisme marxiste. En fin de compte, nous avons le même objectif, nous différons par les moyens d’y parvenir. Historiquement, la fange léniniste, trotkiste, staliniste, maoïste et une certaine régression dans le castrisme, a toujours pédalé pour l’État et le pouvoir oppresseur des peuples, ces entités ont œuvré parfois de concert avec les pires fascismes comme lors de la révolution sociale espagnole, pour étouffer et réprimer les véritables élans émancipateurs populaires. Le temps est venu de mettre toute cette pourriture dans les poubelles de l’histoire, avec le capitalisme, l’État et la cause de tout çà: la division politique de la société.

Il nous faut retourner à la croisée des chemins et cette fois prendre le bon virage. Notre manifeste n’est qu’explicatif, la praxis doit s’en suivre.

Merci de nous a voir lu jusqu’au bout.

Fraternellement à toi

R71

Mise à jour du 20 octobre 2017:

@ RESISTANCE 71

1) MERCI POUR VOTRE RÉPONSE.

2) Dommage que votre sectarisme et votre dogmatisme vous aient interdit de publier cette réponse ici même pour faciliter le suivi pour les lecteurs.

3) tranchons tout de suite la question de Marx, et du marxisme – tel que présenté par les dogmatiques sectaires de la go-gauche (la liste est trop longue pardonnez-moi).

4) Je hais les dogmatiques et les sectaires se disputant à coup de citations et de références bibliques (ce que vous avez fait en partie dans votre réponse). Je me CHRIST de savoir si Marx a écrit ceci ou cela – pareil pour Engels et Lénine et Staline et les autres….

5) J’observe le monde qui m’entoure (donc je n’observe pas les sociétés primitives – premières que je ne peut voir et ausculter) et je me fais une idée à partir de mon bagage de connaissance. Si un marxiste a dis la même chose que moi = bravo = s’il a dit le contraire = tant pis j’en ai rien à foutre.

6) UN EXEMPLE Les luttes de libérations nationales qui me passionnent bien plus que les sociétés du Néolithique que je ne peut observer OR les nationalismes je les voit ils me dérangent la vie avec leur chauvinisme. ET bien c’est par mes propres observations que j’en suis venu à contester TOTALEMENT la dogmatique LÉNINISTE CHAUVINE sur cette question. Pas en lisant un anarchiste opposé aux léninismes – un dogmatisme n’est pas meilleur qu’un autre.

7) Ma seule et UNIQUE préoccupation = contribuer même minimement à la RÉVOLUTION POUR LA CONSTRUCTION D’UN NOUVEAU MODE DE PRODUCTION. point barre

8) J’AIME DONC CETTE CITATION :

“Il convient pour y voir clair, de distinguer d’abord la pensée de Marx et le marxisme. Marx fut avec Bakounine, le premier critique du marxisme. La pensée de Marx, c’est un grandiose essai (parfois réussi, parfois raté) de penser la société de son temps (le capitalisme occidental) et l’histoire qui l’avait mise à jour. Le marxisme contemporain, c’est une idéologie au service d’une politique de sorte que les marxistes n’ont rien à voir avec Marx. […] Le marxisme post-marxien, outre qu’il devenait une idéologie dominante du mouvement ouvrier, est devenu l’ennemi principal du mouvement ouvrier, s’est constitué comme la forme la plus arrogante de ce que le XIXème siècle a produit de plus bête: le scientisme. En d’autres termes, le marxisme contemporain s’auto-institue comme LE discours scientifique sur l’histoire de la société, comme le discours qui énonce les lois du mouvement historique, les lois de transformation des sociétés qui s’engendrent les unes à partir des autres. Donc le marxisme peut parler de toutes les sociétés car il en connait le principe de fonctionnement.  »

9) CEPENDANT je pense toujours que la classe ouvrière est l’avenir de l’homme et j’ai besoin de cette « foi » pour me pousser à continuer à lutter pour le changement radical.

10) un conseil camarade : passer moins de temps à réétudier les sociétés primitives – du passé – et étudier la société contemporaine – actuelle – présente – sous vos yeux que nous pouvons transformer – le Néolithique c’est terminé même si c’était le paradis sur terre. Nous sommes 7 milliards à souffrir ne l’oubliez pas

Bravo pour votre travail colossale. Vous méritez notre admiration

11) Je reviendrai sur d’autre point plus tard.

Réponse de Résistance 71

@Robert Bibeau

Merci de continuer l’échange.

Nous répondrons ici point par point, certains pouvant être regroupés:

1, 2, 3 et 4: Bravo pour çà, on a déjà dit que tu étais un marxiste engagé sur une voie de “dégagement”, ce qui est tout à ton honneur. Mais tu es un marxiste revendiqué donc le catéchisme, même “réformé” est toujours en filigrane, ce que tu prouves dans les points suivants. 😉

5- Mais nous aussi nous observons le monde qui nous entoure et de fait sa compréhension ne peut se faire qu’en en ayant une vision historique panoramique, d’où la nécessité de remonter à ses origines pour en comprendre le fonctionnement et ce qui est parti en vrille à un moment donné. Comme expliqué plus haut, le problème marxiste sur ce point réside dans cette arrogance à ignorer le passé qui ne l’arrange pas et qu’il ne peut pas expliquer. Désolé Robert, mais l’histoire de l’humanité ne commence pas au néolithique avec un prolongement capitaliste depuis le XVIIIème siècle. Il y a un enchaînement causal que le marxisme et sa doxa refusent de considérer parce que la théorie marxiste ne peut pas expliquer To et T1 comme vu plus tôt. Ta critique des marxistes est juste, tu devrais donc commencer à t’en démarquer afin d’éviter la confusion. En te revendiquant marxiste, tu t’exposes à être mis dans le même panier que ceux que tu critiques finalement et à juste titre…

6- Ce qui se passe aujourd’hui n’est que résurgence cyclique. Le monde reste dans le cercle vicieux du pouvoir coercitif étatique parce que jusqu’à présent, très rares sont ceux qui ont adressé le problème fondamental, radical de ce marasme: la division politique de la société et surtout la récurrence de l’antagonisme comme moteur du déséquilibre. Refuser d’analyser la société humaine dans son ensemble est un dogmatisme Robert. Balayer d’un revers de la main ce qu’on ne croit pas être utile à la compréhension actuelle des choses ne fait qu’obscurcir les choses et les limiter. Saucissonner l’histoire pour n’en prendre que ce qui arrange une vision politique des choses n’est-il pas un dogmatisme ?…

7- Ce n’est pas un “nouveau mode de production” qui sauvera l’humanité, mais un changement radical de l’organisation politique. Une redilution du pouvoir dans les peuples, qui repassera de facto en mode de pouvoir non coercitif et nous ajoutons, le demeurera indéfiniment dès lors que nous embrasserons le concept de complémentarité pour remplacer l’antagonisme qui est prévalent et le fut également dans les sociétés primordiales. De là, tout comme “l’économique” a suivi le politique dans la division initiale avec plus ou moins de délai selon les sociétés et leur avancement, il suivra de nouveau le politique pour retrouver l’essence de sa fonction, celle de disparaître.

8- Au moins çà !?!

9- Qu’entends-tu par “classe ouvrière” ? Celle des ouvriers d’usine ou plus généralement celle des travailleurs, donc des prolétaires comprenant toux ceux qui n’ont rien d’autre que leur force de travail à vendre, c’est à dire 99% de l’humanité ? Le discours marxiste à ce sujet, émanant du “Manifeste du parti communiste”, est particulièrement énervant: seuls les ouvriers sont “révolutionnaires”, les paysans sont de sales “réacs”. Les bourgeois Marx et Engels oublient toujours que sans la bouffe et l’intendance, on crève de faim sur les barricades… Mais il est vrai que ces deux acolytes ne rêvaient pas de lutte radicale mais de saisir le pouvoir par les urnes en bons larbins du système qu’ils étaient. A ce titre, il est évident que la question sociale peut, doit, être ramenée à la question agraire. De plus la conscience politique a été quasiment anéantie par plus d’un demi siècle de société de consommation, embourgeoisant et divisant plus avant ceux qui n’ont pas encore été remplacés par “l’armée de réserve du capital” qu’est l’immigration forcée en amont par les guerres impérialistes de l’occident dominant et arrogant.

10. Un conseil compañero, passe plus de temps à lire et comprendre ce qu’il s’est passé en amont du dogme marxiste, de sa frontière historique auto-établie. Pour comprendre le monde et la société, il faut aller en zone interdite… C’est parce que nous sommes 7 milliards et quelques à souffrir que nous avons écrit ce manifeste, afin de peut-être pouvoir envisager une tangente au cercle vicieux qui nous restreint et nous rend fous.

Nous te référons à ce sujet au sublime film d’Andrei Tarkovsky “Stalker” (1979), qui nous invite à explorer la “zone”, bien entendu interdite par le gouvernement oppresseur de la société invoquée. Il est évident que les périodes paléo et néolithiques sont terminées, merci de nous l’avoir rappelé et notre manifeste établit clairement qu’il n’est pas question de courir après ce passé, mais d’en utiliser sa connaissance pour faire avancer notre conscience politique. En refusant de le faire, tu ne fais que mutiler la tienne. La “zone” est là à explorer et on n’a pas besoin d’un “stalker” pour l’explorer…

Allez Robert, take a walk on the wild side… 😉

Au plaisir de te lire.

Fraternellement

R71

Manifeste de la societe des societes

Publicités

Manifeste de la Société des Sociétés (Résistance 71)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 15 octobre 2017 by Résistance 71

Résistance 71

15 octobre 2017

 

Nous vous présentons notre réflexion politique pour un changement radical de paradigme politique et mettre fin à la mascarade criminelle de la gouvernance étatico-capitaliste qui arrive au bout du bout du banc… Nous laisserons notre lectorat absorber et analyser cette réflexion collective en demeurant silencieux pendant quelques temps… Nous répondrons néanmoins à tous commentaires et tous courriels sur le sujet. Bonne lecture et n’hésitez pas à nous contacter. Merci à Jo de JBL1960 pour la mise en page sobre et efficace du pdf.

-[]-[]-<I>-[]-[]-

 

Avant-propos du Manifeste de la société des sociétés

Inégalité galopante, division exacerbée, exploitation sans fin des ressources humaines et naturelles, destruction environnementale exponentielle, oppression, répression, guerres sans fin, terrorisme piloté par les états, pauvreté matérielle, intellectuelle et culturelle, parodies et illusions démocratiques, cirque politique, gouvernance oligarchique, éradication des libertés au profit d’une illusoire sécurité, mensonges et falsifications en tout genre, contrôle et censure de l’information, assujettissement à la marchandise, à l’argent roi et autres turpitudes économico-sécuritaires, sont non seulement les fondations de notre société moderne, mais aussi sont devenus la norme et le standard si peu critiqué d’une organisation humaine qui, depuis quelques décennies ne fait plus que tourner de plus en plus rapidement autour du siphon du tout-à-l’égoût du grand oubli.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Était-ce… Est-ce inéluctable ? Est-ce le résultat d’une évolution ? Où va la société humaine ? D’où vient-elle ? Y a t’il une solution ?…

Pour tenter de répondre à ces questions et quelques autres inhérentes, nous vous proposons un bref historique de la société humaine de son aube à aujourd’hui, analysé d’un point de vue socio-politique. Notre analyse, fruit de plusieurs années d’étude et de réflexion individuelles et collectives au moyen d’une littérature abondante alimentant une pensée critique, ne s’embarrassera ni de citations ni de références dans le texte. Nous publions en toute fin, une bibliographie essentielle mais non-exhaustive de ce qui nous a aidé à formuler le présent manifeste, que nous avons désiré être le plus succint et direct possible afin qu’il n’en soit que plus éclairant.

Ce cheminement nous amènera à communément définir le terme de “société”, de comprendre les différentes phases de son existence au cours de l’histoire pour entrevoir le chemin d’une transformation radicale de celle-ci ayant pour but ultime l’émancipation de la société des contraintes induites à dessein pour maintenir la division, outil essentiel de maintien du consensus du statu quo oligarchique en vigueur depuis déjà bien trop longtemps. Nous verrons aussi comment la société à venir, société des sociétés, n’a pas à être inventée, mais être recomposée des expériences passées et adaptée à notre monde dont la technologie doit servir à en faciliter le fonctionnement et non pas l’entraver comme c’est actuellement le cas dans le modèle politico-social sclérosé nous écrasant.

Lire la suite ici…

Manifeste de la societe des sociétés (PDF gratuit à télécharger)

Résistance politique: Du leurre catalan…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 14 octobre 2017 by Résistance 71

Très bonne analyse de Tomas Ibanez à laquelle nous adhérons au sujet de l’affaire du referendum catalan, qui n’est qu’un referendum pour créer… un nouvel état qui ne sera en rien indépendant. De plus, imaginons un instant que la Catalogne devienne « indépendante » et que dans disons 10 ans, un pourcentage conséquent de la population désire réintégrer l’Espagne (comme les Écossais ont réintégré de leur plein gré la « couronne » britannique), alors ce nouvel état catalan enverra sa bidasserie cerbère pour mâter violemment ces « intégrationnistes » , de la même manière que l’état espagnol a envoyé sa chienlit en uniforme matraquer le peuple catalan… L’Etat ne sait rien faire d’autre qu’exercer son monopole de la violence.

Franchement, il n’y a pas si longtemps que çà, le peuple catalan nous a habitué à mieux. Il ferait mieux de reprendre l’affaire là où elle avait été trahie il y a quelques 80 ans…

~ Résistance 71 ~

 

 

Orages sur la Catalogne

 

Tomas Ibañez

 

11 octobre 2017

 

Source: http://www.lavoiedujaguar.net/Orages-sur-la-Catalogne

 

À propos d’orages et de boussoles

C’est dans les moments agités, complexes et orageux qu’il importe de consulter nos boussoles pour ne pas nous égarer. Mais c’est aussi au cœur de l’orage que leurs indications s’avèrent le moins fiables. C’est pourquoi il est crucial de ne pas se laisser emporter par le tourbillon des événements qui se succèdent de manière endiablée et qui exigent des réactions rapides. C’est pourquoi il est nécessaire de lever les yeux, ne serait ce qu’un instant, par-dessus le contexte immédiat, prendre une certaine distance par rapport à l’orage, et tenter d’entrevoir l’horizon vers lequel nous poussent les actes que la situation semble nous imposer.

Malgré la sympathie, l’affection et la compréhension que j’éprouve envers bon nombre des libertaires qui s’impliquent dans les mobilisations qui secouent la Catalogne, je ne peux m’empêcher de considérer qu’ils sont en train de favoriser, de manière totalement involontaire, le processus conçu par le gouvernement catalan et par les formations nationalistes pour créer « un nouvel État ».

Il est clair que tel n’est pas leur objectif, bien au contraire, et que ce n’est pas cela qui les conduit à exposer leur corps dans une paradoxale « défense des urnes » ou à convoquer une grève générale en contiguïté temporelle avec le référendum pour la création d’un nouvel État.

Leurs objectifs s’étendent depuis celui consistant à « détruire l’État espagnol » (souhaitons qu’il soit atteint) jusqu’à celui d’avancer vers une situation ou il soit possible de « décider de tout », et pas seulement de la forme politique du territoire, en passant par la volonté de radicaliser l’agitation actuelle en encourageant la créativité et les pincées d’auto-organisation qui pointent dans la population. Certains caressent même le rêve d’une (improbable) insurrection populaire ouvrant la voie à une véritable « autonomie », au sens fort du terme qui va bien au-delà du concept d’autodétermination des peuples.

Ces objectifs, ainsi que l’incontournable engagement à lutter contre la répression exercée par l’État sur ceux qui défient ses lois, m’inspirent le plus haut respect. Cela dit, il n’en demeure pas moins que les actions de ces camarades apportent leur petit grain de sable au développement du projet indépendantiste, ou plutôt nationaliste, comme il est plus exact de le dénommer car il ne poursuit pas « l’indépendance » d’autre chose que celle d’une « nation »… exclusivement.

Si cette contribution au développement du projet nationaliste me préoccupe ce n’est pas parce qu’il conduit à l’éventuelle création d’un nouvel État, car en fin de compte il nous faudrait poursuivre nos luttes en son sein comme nous le faisons dans l’État où nous nous trouvons, sans qu’un changement du cadre étatique entraîne une différence qualitative digne de mention. Vivre dans un nouvel État nous importe peu, par contre, la principale conséquence négative qui découlera de notre participation dans le conflit actuel c’est que ce sera nous, et les travailleurs impliqués, qui paierons les « pots cassés » de l’affrontement entre l’État institué et l’État naissant, comme cela va être le cas, par exemple, pour la vingtaine d’anarchistes grecs arrêtés suite à l’occupation de l’ambassade espagnole en solidarité avec « la Catalogne » (sic).

Ce qui me préoccupe, et c’est précisément ici que prend sens mon appel à « lever les yeux », c’est que la contribution aux affrontements actuels est en train de donner des ailes à « l’essor des nationalismes », comme cela se produit à chaque fois qu’il y a un choc entre nationalismes, et cela augure un affrontement entre travailleurs aussi bien en Catalogne qu’entre des travailleurs d’ici avec ceux d’autres parties du territoire. Sans parler, par ailleurs, du correspondant « essor de l’extrême droite » que l’on constate déjà en divers points d’Espagne. Bien entendu, il ne s’agit pas de renoncer à lutter sous prétexte que cela peut susciter l’essor de l’extrême droite, mais ce qu’il ne faut certainement pas faire c’est lutter dans une bataille définie en termes nationalistes car c’est cela qui garantit cet essor.

En cet instant, les interventions respectives de Puigdemont (président du gouvernement catalan), qui laissa hier dans les limbes la proclamation du nouvel État, et de Rajoy (président du gouvernement espagnol), qui a mis en marche, de façon pour l’instant voilée, la suspension de l’autonomie catalane, révèlent leur soucis de ne pas nuire aux intérêts des grandes corporations, des entreprises ou des entités financières, et signalent les limites qu’aucun des deux gouvernements en lice n’est disposé à transgresser. Cela se traduit par une atténuation de la tension existante, accompagnée de la mise en scène d’un spectacle fait de poses et de tromperies assorties de tirs de balles à blanc. Jusqu’à présent le seul sang qui a été versé, et il faudrait éviter qu’il continue à l’être, est celui de « ceux d’en bas » qui se sont laissé entraîner à participer à une partie orchestrée et arbitrée par la classe politique en fonction de ses intérêts. Il nous faut lutter, bien sûr, mais pas dans des combats où nos ennemis nous appellent à les rejoindre.

Société contre l’État… 4 principes ancestraux et civisme

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, canada USA états coloniaux, colonialisme, démocratie participative, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 3 octobre 2017 by Résistance 71

“Les génitrices de la terre ont le devoir de se dresser et d’agir.”
~ Conseil des femmes de la nation Mohawk ~

 

Kaianerekowa, Grande Loi de la Paix (117 articles traduit par Résistance 71)

Le Wampum Deux Rangées

 

Paix, Pouvoir, Rectitude

 

Mohawk Nation News

 

2 octobre 2017

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2017/10/02/peace-righteous-power/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Sken-nen, kari-wiio, kasa-stsenera et atonwa-kowa, sont les quatre principes qui relient entre eux les instructions originelles de la création de toute vie.

Sken-nen est le lien d’amour entre les êtres, nos familles, notre peuple et toute vie. Kanoron-watsera nous maintient unifiés dans la réalité naturelle.

Kari-wiio est la réalité parfaite, notre connexion avec le véritable environnement naturel, tionheh-kwen. Chaque individu, famille et peuple fonctionnent en harmonie avec les autres et les différents éléments. Nous faisons partie d’une seule famille dont les membres se soutiennent les uns les autres.

Kasatsten-sera est ce que la nature nous fournit pour avoir un esprit fort, un esprit que nous avons l’obligation d’entraîner, de former. La création/nature a pour intention que chacun d’entre nous doit questionner tout exercice du pouvoir.

Atonwa-sera est la capacité de relier tous ces principes en un, la formule parfaite mise en place par la création pour la paix.

Resistance politique: Idées sur l’organisation sociale (James Guillaume)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 2 octobre 2017 by Résistance 71

“La révolution anarchiste est aujourd’hui la révolution naturelle, celle qui ne peut pas se laisser dériver ou confisquer par des groupes, factions ou partis, classes ou autorités.”

~ López Arangó ~

“Pour les anarchistes, la révolution sociale est l’ultime instrument collectif des opprimés contre la structure économique et sociale exploiteuse et hiérarchisée sous laquelle nous sommes forcés de vivre. C’est le seul moyen par lequel le vieil ordre peut-être déplacé. Un ou des compromis avec le capitalisme et la collaboration avec l’État par le processus parlementaire, ne peuvent servir qu’à institutionnaliser la misère, l’injustice et la violence dans le sens le plus large.”

~ Stuart Christie ~

Quand on lit ce texte essentiel de James Guillaume datant de la seconde moitié du XIXème siècle, on ne peut que se dire que la technologie de la société actuelle ne pourrait (ne devrait..) que se prêter et favoriser cette vision des plus réalistes de l’émancipation sociale.

De fat, il est plus que vraisemblable qu’une fois totalement libéré de la dictature du profit et de l’oligarchie, science et technologie retrouveront enfin la voie de la créativité sous une nouvelle impulsion humaine définitivement émancipatrice.

Le capitalisme n’est en rien un progrès, mais une entrave à la créativité de l’Homme, retirez l’étiquette de prix, le profit et l’imbécilité crasse de la “concurrence” et vous enlevez les deux pieds du frein qui bloque l’humanité dans son élan progressiste réel.

Une fois de plus, avec cette excellente analyse de James Guillaume, l’anarchie montre la direction à emprunter pour sortir de la spirale infernale dans laquelle est enfermée l’humanité pour le seul profit du plus petit nombre. Rien n’est inéluctable, sauf la mort.

~ Résistance 71 ~

 

Lectures connexes: L’anarchie pour la jeunesse , Appel au Socialisme (PDF)

 

Idées sur l’organisation sociale

 

James Guillaume (1877)

 

I. — Avant-propos

La réalisation des idées contenues dans les pages qu’on va lire ne peut s’obtenir qu’au moyen d’un mouvement révolutionnaire.

Ce n’est pas en un jour que le flot grossit au point de rompre la digue qui le contient ; l’eau monte par degrés, lentement ; mais, une fois qu’elle a atteint le niveau voulu, la débâcle est soudaine, et la digue s’écroule en un clin d’œil.

Il y a donc deux faits successifs, dont le second est la conséquence nécessaire du premier : d’abord, la transformation lente des idées, des besoins, des moyens d’action au sein de la société ; puis, quand le moment est venu où cette transformation est assez avancée pour passer dans les faits d’une manière complète, il y a la crise brusque et décisive, la révolution, qui n’est que le dénouement d’une longue évolution, la manifestation subite d’un changement dès longtemps préparé et devenu inévitable.

Il ne viendra à l’esprit d’aucun homme sérieux d’indiquer à l’avance les voies et moyens par lesquels doit s’accomplir la révolution, prologue indispensable de la rénovation sociale. Une Révolution est un fait naturel, et non l’acte d’une ou de plusieurs volontés individuelles : elle ne s’opère pas en vertu d’un plan préconçu, elle se produit sous l’impulsion incontrôlable de nécessités auxquelles nul ne peut commander.

Qu’on n’attende donc pas de nous l’indication d’un plan de campagne révolutionnaire ; nous laissons cet enfantillage a ceux qui croient encore à la possibilité et à l’efficacité d’une dictature personnelle pour accomplir l’œuvre de l’émancipation humaine.

Nous nous bornerons à dire brièvement quel est le caractère que nous désirons voir prendre à la révolution, pour éviter qu’elle ne retombe dans les errements du passé. Ce caractère doit être avant tout négatif, destructif. Il ne s’agit pas d’améliorer certaines institutions du passé pour les adapter à une société nouvelle, mais de les supprimer. Ainsi, suppression radicale du gouvernement, de l’armée, des tribunaux, de l’Église, de l’école, de la banque et de tout ce qui s’y rattache.

En même temps, la Révolution a un côté positif : c’est la prise de possession des instruments de travail et de tout le capital des travailleurs.

Nous devons expliquer comment nous entendons cette prise de possession.

Parlons d’abord de la terre et des paysans.

Dans plusieurs pays, mais particulièrement en France, les bourgeois et les prêtres ont cherché à tromper et à effrayer les paysans, en leur disant que la Révolution voulait leur prendre leurs terres.

C’est là un indigne mensonge des ennemis du peuple. La Révolution veut faire tout le contraire : elle veut prendre les terres des bourgeois, des nobles et des prêtres, pour les donner à ceux des paysans qui n’en ont pas.

Si une terre appartient à un paysan, et que ce paysan la cultive lui-même, la Révolution n’y touchera pas. Au contraire, elle en garantira la libre possession, et l’affranchira de toutes les charges qui pesaient sur elle. Cette terre qui payait l’impôt au fisc, et qui était grevée de lourdes hypothèques, la Révolution l’émancipera comme elle émancipe le travailleur : plus d’impôts, plus d’hypothèques ; la terre est redevenue libre comme l’homme.

Quant aux terres des bourgeois, des nobles, du clergé, aux terres que le pauvre peuple des campagnes a cultivées jusqu’à ce jour pour ses maîtres, celles-là, la Révolution les reprend à ceux qui les avaient volées, elle les rend à leurs propriétaires légitimes, à ceux qui les cultivent.

Comment la Révolution fera-t-elle pour enlever la terre à la bourgeoisie, aux exploiteurs, et pour la donner aux paysans ?

Jusqu’à présent, quand les bourgeois faisaient une Révolution politique, quand ils exécutaient un de ces mouvements dont le résultat était seulement un changement de maîtres pour le peuple, ils avaient l’habitude de publier des décrets, annonçaient au pays la volonté du nouveau gouvernement ; le décret était affiché dans les communes, et le préfet, les tribunaux, le maire, les gendarmes le faisaient exécuter.

La Révolution vraiment populaire ne suivra pas cet exemple ; elle ne rédigera pas de décrets, elle ne réclamera pas les services de la police et de l’administration gouvernementale. Ce n’est pas avec des décrets, avec des paroles écrites sur du papier, qu’elle veut émanciper le peuple, mais avec des actes.

II. — Les paysans

Nous examinerons, dans ce chapitre, la manière dont doivent s’organiser les paysans pour tirer le plus de profit possible de leur instrument de travail, la terre.

Au lendemain de la Révolution, voici dans quelle position se trouveront les paysans : les uns, qui étaient déjà petits propriétaires, conservent le morceau de terrain qu’ils cultivaient et qu’ils continuent à cultiver seuls avec leur famille. D’autres, et c’est le plus grand nombre, qui étaient fermiers d’un grand propriétaire, ou simples manœuvres à la solde d’un fermier, se sont emparés en commun d’une vaste étendue de terrain, et doivent la cultiver en commun.

Lequel de ces deux systèmes est le meilleur ?

Il ne s’agit pas ici de faire de la théorie, mais de prendre pour point de départ les faits, et de rechercher ce qui est immédiatement réalisable.

Nous plaçant à ce point de vue, nous disons d’abord que la chose essentielle, celle pour laquelle la Révolution a été faite, est accomplie : la terre est devenue la propriété de celui qui la cultive, le paysan ne travaille plus au profit d’un exploiteur qui vit de ses sueurs.

Cette grande conquête obtenue, le reste est d’ordre secondaire ; les paysans peuvent, si c’est leur volonté, partager le terrain en lots individuels et attribuer à chaque travailleur un lot ; ou bien au contraire mettre le terrain en commun et s’associer pour le cultiver. Cependant, quoique secondaire par rapport au fait essentiel, à l’émancipation du paysan, cette question de la meilleure forme à adopter pour la culture et pour la possession du sol mérite aussi d’être examinée avec attention.

Dans une région qui aura été peuplée, avant la Révolution, de paysans petits propriétaires ; où la nature du sol sera peu propice à des cultures étendues ; où l’agriculture en est encore restée aux procédés de l’âge patriarcal, où l’emploi des machines est inconnu ou peu répandu — dans une région semblable, il sera naturel que les paysans conservent la forme de propriété à laquelle ils sont habitués. Chacun d’eux continuera à cultiver son terrain comme par le passé, avec cette seule différence, que ses valets d’autrefois (s’il en avait) seront devenus ses associés et partageront avec lui les fruits que leur travail commun aura fait produire à la terre.

Toutefois il est probable qu’au bout de peu de temps, ces paysans restés propriétaires individuels trouveront avantageux pour eux de modifier leur système traditionnel de travail. Ils se seront d’abord associés pour créer une agence communale chargée de la vente ou de l’échange de leurs produits : puis cette première association les conduira à tenter d’autres pas dans cette même voie. Ils feront en commun l’acquisition de diverses machines destinées à faciliter leur travail ; ils se prêteront une aide réciproque pour l’exécution de certaines corvées qui se font mieux quand elles sont enlevées rapidement par un grand nombre de bras ; et ils finiront sans doute par imiter leurs frères, les travailleurs de l’industrie et ceux des grandes cultures, en se décidant à mettre leurs terres en commun et à former une association agricole. Mais s’ils s’attardent quelques années dans l’ancienne routine, si même l’espace d’une génération entière devait s’écouler, dans certaines communes, avant que les paysans y prissent le parti d’adopter la forme de la propriété collective, il n’y aurait pas à ce retard d’inconvénient grave ; le prolétariat des campagnes n’aurait-il pas disparu, et au sein même de ces communes restées en arrière, y aurait-il autre chose qu’une population de travailleurs libres, vivant dans l’abondance et la paix ?

Par contre, là où de grands domaines, de vastes cultures occupent un nombre considérable de travailleurs, dont les efforts réunis et combinés sont nécessaires à la mise en œuvre du sol, la propriété collective s’impose d’elle-même. On verra le territoire de toute une commune, quelquefois même celui de plusieurs communes, ne former qu’une exploitation agricole, où seront appliqués les procédés de la grande culture. Dans ces vastes communautés de travailleurs des champs, on ne s’efforcera pas, comme le fait aujourd’hui le petit paysan sur son lopin de terre, d’obtenir du même terrain une foule de produits différents : on ne verra pas, côte à côte dans un enclos d’un hectare de superficie, un petit carré de blé, un petit carré de pommes de terre, un autre de vigne, un autre de fourrage, un autre d’arbres fruitiers, etc. Chaque sol est, par sa configuration extérieure, par son exposition, par sa composition chimique, approprié plus spécialement à une espèce de produits : on ne sèmera donc pas du blé sur le terrain propre à la vigne, on ne cherchera pas à obtenir des pommes de terre sur un sol qui serait mieux utilisé comme pâturage. La communauté agricole, si elle ne dispose que d’une seule nature de terrain, ne se livrera qu’à la culture d’une seule espèce de produits, sachant que la culture en grand donne, avec moins de travail, des résultats beaucoup plus considérables, et préférant se procurer par l’échange les produits qui lui manquent, plutôt que de ne les obtenir qu’en petite quantité et en mauvaise qualité sur un terrain qui ne leur serait pas propice.

L’organisation intérieure d’une communauté agricole ne sera nécessairement pas partout la même : une assez grande variété pourra se produire suivant les préférences des travailleurs associés ; ils n’auront, pourvu qu’ils se conforment aux principes d’égalité et de justice, à consulter sur ce point que leurs convenances et leur utilité.

La gérance de la communauté, élue par tous les associés, pourra être confiée soit à un seul individu, soit à une commission de plusieurs membres ; il sera même possible de séparer les diverses fonctions administratives, et de remettre chacune d’elles à une commission spéciale. La durée de la journée de travail sera fixée non par une loi générale appliquée à tout le pays, mais par une décision de la communauté elle-même ; seulement, comme la communauté sera en relations avec tous les travailleurs agricoles de la région, il faut admettre comme probable qu’une entente se sera effectuée entre tous les travailleurs pour l’adoption d’une base uniforme sur ce point. Les produits du travail appartiennent à la communauté et chaque associé reçoit d’elle, soit en nature (subsistances, vêtements, etc.), soit en monnaie d’échange, la rémunération du travail accompli par lui. Dans quelques associations, cette rémunération sera proportionnelle à la durée du travail et de la nature des fonctions remplies ; d’autres systèmes encore pourront être essayés et pratiqués.

Cette question de la répartition devient tout à fait secondaire, dès que celle de la propriété a été résolue et qu’il n’existe plus de capitalistes opérant un prélèvement sur le travail des masses. Toutefois nous pensons que le principe dont il faut chercher à se rapprocher autant que possible est celui-ci : De chacun suivant ses forces, à chacun suivant ses besoins. Une fois que, grâce aux procédés mécaniques et aux progrès de la science industrielle et agricole, la production se sera accrue de telle sorte qu’elle dépassera de beaucoup les besoins de la société — et ce résultat sera obtenu dans un espace de quelques années après la Révolution —, une fois qu’on en sera là, disons-nous, on ne mesurera plus d’une main scrupuleuse la part qui revient à chaque travailleur : chacun pourra puiser dans l’abondante réserve sociale, selon toute l’étendue de ses besoins, sans craindre de jamais l’épuiser ; et le sentiment moral qui se sera développé chez des travailleurs libres et égaux préviendra l’abus et le gaspillage. En attendant, c’est à chaque communauté à déterminer elle-même, pendant la période de transition, la méthode qu’elle croit la plus convenable pour répartir le produit du travail entre ses associés.

III. — Les travailleurs industriels

Chez les travailleurs de l’industrie, il faut, comme chez les paysans, distinguer plusieurs catégories

Il y a d’abord les métiers dans lesquels l’outillage est presque insignifiant, où la division du travail n’existe pas ou n’existe qu’à peine, et où par conséquent le travailleur isolé peut produire aussi bien que s’il travaillait en association. Telles sont, par exemple, les professions de tailleur, de cordonnier (1), etc.

Puis viennent les métiers qui nécessitent la coopération de plusieurs travailleurs, l’emploi de ce qu’on appelle la force collective, et qui s’exercent généralement dans un atelier ou un chantier ; exemple : les typographes, les menuisiers, les maçons.

Enfin il est une troisième catégorie d’industrie, où la division du travail est poussée beaucoup plus loin, où la production se fait sur une échelle gigantesque et exige l’emploi de puissantes machines et la possession d’un capital considérable. Telles sont les filatures, les usines métallurgiques, les houillères, etc.

Pour les travailleurs appartenant aux industries de la première catégorie, le travail collectif n’est pas une nécessité ; et il arrivera sans doute que, dans un grand nombre de cas, le tailleur ou le savetier préférera continuer à travailler seul dans sa petite échoppe. C’est là une chose toute naturelle, d’autant plus que dans les petites communes, il n’y aura peut-être qu’un seul travailleur appartenant à chacun de ces métiers. Toutefois et sans vouloir gêner en rien l’indépendance individuelle, nous pensons que, là où la chose est praticable, le travail en commun est le meilleur : dans la société de ses égaux, l’émulation stimule le travailleur ; il produit davantage, et fait son ouvrage de meilleur cœur ; en outre, le travail en commun permet un contrôle plus utile de chacun sur tous et de tous sur chacun.

Quant aux travailleurs des deux autres catégories, il est évident que l’association leur est imposée par la nature même de leur travail ; et que leurs instruments de travail n’étant plus de simples outils d’un usage exclusivement personnel, mais des machines ou des outils dont l’emploi exige le concours de plusieurs ouvriers, la propriété de cet outillage ne peut être que collective.

Chaque atelier, chaque fabrique formera donc une association de travailleurs, qui restera libre de s’administrer de la façon qu’il lui plaira pourvu que les droits de chacun soient sauvegardés et que les principes d’égalité et de justice soient mis en pratique. Au chapitre précédent, en parlant des associations ou communautés de travailleurs agricoles, nous avons présenté, à propos de la gérance, de la durée de la journée de travail, et de la répartition des produits, des observations qui naturellement s’appliquent aussi aux travailleurs de l’industrie et, que par conséquent nous n’avons pas besoin de répéter. Nous venons de dire que, partout où il s’agit d’une industrie exigeant un outillage un peu compliqué et le travail en commun, la propriété des instruments de travail devait être commune. Mais un point reste à déterminer : cette propriété commune appartiendra-t-elle exclusivement à l’atelier dans lequel elle fonctionne, ou bien sera-t-elle la propriété de toute la corporation des travailleurs de telle ou telle industrie ?

Notre opinion est que c’est la seconde de ces solutions qui est la bonne. Lorsque, par exemple, le jour de la Révolution, les ouvriers typographes de la ville de Rome auront pris possession de toutes les imprimeries de cette cité, ils devront immédiatement se réunir en assemblée générale, pour y déclarer que l’ensemble des imprimeries de Rome constitue la propriété commune de tous les typographes romains. Puis, dès que la chose sera possible, ils devront faire un pas de plus, et se solidariser avec les typographes des autres villes d’Italie : le résultat de ce pacte de solidarité sera la constitution de tous les établissements typographiques d’Italie comme propriété collective de la fédération des typographes italiens. Au moyen de cette mise en commun, les typographes de toute l’Italie pourront aller travailler dans l’une ou l’autre des villes de leur pays, et y trouver partout des instruments de travail dont ils auront le droit de se servir.

Mais si la propriété des instruments de travail doit, selon nous, être remise à la corporation, nous ne voulons pas dire par là qu’il y aura, au-dessus des groupes de travailleurs formant les ateliers, une sorte de gouvernement industriel qui ait le pouvoir de disposer à son gré des instruments de travail. Non : les travailleurs des divers ateliers ne font pas le moins du monde l’abandon de l’instrument de travail qu’ils ont conquis entre les mains d’une puissance supérieure qui s’appellerait la corporation. Ce qu’ils font, c’est ceci : ils se garantissent réciproquement, sous certaines conditions, la jouissance de l’instrument de travail dont ils ont acquis la possession, et, en accordant à leurs collègues des autres ateliers la coparticipation à cette puissance, ils obtiennent en échange d’être à leur tour coparticipants à la propriété des instruments de travail détenus par ces collègues avec lesquels ils ont conclu le pacte de solidarité.

IV. — La commune

La commune est formée de l’ensemble des travailleurs habitant une même localité. Prenant pour type la commune telle qu’elle se présente dans la très grande majorité des cas, et négligeant les exceptions, nous définirons la commune : la fédération locale des groupes de producteurs,

Cette fédération locale ou commune est constituée dans le but de pourvoir à certains services qui ne sont pas du domaine exclusif de telle ou telle corporation, mais qui les intéressent toutes, et que pour cette raison on appelle services publics.

Les services publics communaux peuvent être résumés dans l’énumération suivante :

a) Travaux publics

Toutes les maisons sont la propriété de la commune.

La Révolution faite, chacun continue à habiter provisoirement le logement qu’il occupait, à l’exception des familles qui étaient réduites à des habitations malsaines ou trop insuffisantes, et qui seront immédiatement logées, par les soins de la commune, dans les appartements vacants des maisons appartenant précédemment aux riches.

La construction des maisons nouvelles, contenant des logements sains, spacieux et commodes, pour remplacer les misérables taudis des anciens quartiers populaires, sera un des premiers besoins de la société affranchie. La commune s’en occupera immédiatement ; et de la sorte elle pourra non seulement fournir du travail aux corporations des maçons, charpentiers, serruriers, couvreurs, etc., mais encore il lui sera facile d’occuper d’une manière utile cette foule de gens qui, vivant dans l’oisiveté avant la Révolution, ne savent aucun métier ; ils pourront être employés comme manœuvres dans les immenses travaux de construction et de terrassement qui seront alors entrepris sur tous les points de la région affranchie, et spécialement dans les villes.

Les logements nouveaux seront construits aux frais de tous — ce qui signifie qu’en échange du travail fourni par les diverses corporations du bâtiment, celles- ci recevront de la commune les bons d’échange nécessaires pour qu’elles puissent subvenir largement à l’entretien de tous leurs membres. Et puisque les logements auront été construits aux frais de tous, ils devront être à la disposition de tous — c’est-à-dire que la jouissance en sera gratuite, et que personne n’aura à payer à la commune une redevance, un loyer, en échange de l’appartement qu’il occupera.

Les logements étant gratuits, il semble qu’il en pourra résulter de graves discordes, parce que personne ne voudra garder un mauvais logement, et que chacun se disputera les meilleurs. Mais nous pensons qu’on aurait tort de craindre qu’il se produise, de ce chef des inconvénients graves, et voici nos raisons. D’abord, nous devons dire que ne pas vouloir habiter un mauvais logement et en désirer un meilleur est un désir assurément fort légitime ; et c’est justement ce désir, qu’on verra se produire avec beaucoup, de force, qui nous donne l’assurance que partout on travaillera avec énergie et activité à le satisfaire, en bâtissant des maisons nouvelles. Mais en attendant qu’elles soient bâties, il faudra bien prendre patience et se contenter de ce qui existe ; la commune aura eu soin, comme nous l’avons dit, de remédier aux besoins les plus pressants en logeant les familles les plus pauvres dans les vastes palais des riches ; et quant au reste de la population, nous croyons qu’il se sera développé en elle, par l’enthousiasme révolutionnaire, un sentiment de générosité et d’abnégation, qui fera que chacun sera heureux de supporter, pendant quelque temps encore, les inconvénients d’une habitation incommode, et qu’il viendra à l’idée de personne de chercher querelle à un voisin qui, plus favorisé, aura provisoirement un appartement plus agréable,

Au bout de peu de temps, grâce à l’activité avec laquelle travailleront les constructeurs, puissamment stimulés par la demande générale, les logements seront devenus si abondants, que toutes les demandes pourront être satisfaites : chacun n’aura plus qu’à choisir, avec la certitude de trouver une habitation à sa convenance.

Ce que nous disons là n’a rien de chimérique, quelque merveilleux que cela puisse paraître à ceux dont le regard n’a jamais dépassé l’horizon de la société bourgeoise : c’est au contraire ce qu’il y a de plus simple et de plus naturel, si naturel qu’il serait impossible que les choses se passassent autrement. En effet, à quoi veut-on que s’occupent les légions de maçons et d’autres travailleurs du bâtiment, sinon à construire incessamment des logements commodes et vraiment dignes d’être habités par les membres d’une société civilisée ? Leur faudra-t-il en construire pendant beaucoup d’années, pour que chaque famille ait le sien ? Non, ce sera l’œuvre de peu de temps. Et quand ils auront fini, se croiseront-ils les bras ? Non, sans doute ; ils continueront à travailler ; ils amélioreront, ils perfectionneront ce qui existe, et peu à peu on verra disparaître entièrement les quartiers sombres, les rues étroites, les maisons incommodes de nos villes actuelles : à leur place s’élèveront des palais, où habiteront les travailleurs redevenus hommes.

b) Échange

Dans la société nouvelle, il n’y aura plus de commerce, dans le sens qui est attaché aujourd’hui à ce mot.

Chaque commune établira un comptoir d’échange, dont nous allons expliquer le plus clairement possible le mécanisme.

Les associations de travailleurs, ainsi que les producteurs individuels (dans les branches où la production individuelle pourra continuer), déposeront leurs produits au comptoir d’échange. La valeur de ces divers produits aura été fixée d’avance par une convention entre les fédérations corporatives régionales et les différentes communes, au moyen des données que fournira la statistique. Le comptoir d’échange remettra aux producteurs des bons d’échange représentant la valeur de leurs produits ; ces bons d’échange seront admis à circuler dans toute l’étendue du territoire de la Fédération des communes.

Parmi les produits ainsi déposés au comptoir d’échange, les uns sont destinés à être consommés dans la commune même, et les autres à être exportés dans d’autres communes, et par conséquent échangés contre d’autres produits.

Les premiers de ces produits seront transportés dans les différents bazars communaux, pour l’établissement desquels on aura pu utiliser provisoirement les locaux les plus commodes parmi les boutiques et magasins des anciens marchands. De ces bazars, les uns seront consacrés aux produits alimentaires, d’autres aux vêtements, d’autres aux ustensiles de ménage, etc.

Les produits destinés à l’exportation resteront dans des magasins généraux, jusqu’à ce que le moment soit venu de les diriger sur les communes qui en auront besoin.

Prévenons ici une objection. On nous dira peut-être : le comptoir d’échange de chaque commune remet aux producteurs, au moyen de bons d’échange, un signe représentatif de la valeur de leurs produits, et cela avant d’être assuré de l’écoulement de ces mêmes produits. Si les produits venaient à ne pas s’écouler, dans quelle position se trouverait le comptoir d’échange ? Ne risque-t-il pas de faire des pertes, et le genre d’opération dont on le charge n’est-il pas très aléatoire ?

A cela, nous répondrons que chaque comptoir d’échange est sûr d’avance de l’écoulement des produits qu’il reçoit, en sorte qu’il ne peut y avoir aucun inconvénient à ce qu’il en remette aussitôt la valeur aux producteurs par des bons d’échange.

Il y aura certaines catégories de travailleurs auxquels il sera matériellement impossible d’apporter leurs produits au comptoir d’échange : tels sont, par exemple, les constructeurs de bâtiments. Mais le comptoir d’échange ne leur servira pas moins d’intermédiaire : ils y feront enregistrer les divers travaux qu’ils auront exécutés, et dont la valeur aura toujours été convenue d’avance ; et le comptoir leur délivrera cette valeur en bons d’échange. Il en sera de même des divers travailleurs employés pour les services administratifs de la commune ; leur travail consiste, non en produits fabriqués, mais en services rendus ; ces services auront été tarifés d’avance, et le comptoir d’échange leur en paiera la valeur.

Le comptoir d’échange n’a pas seulement pour fonction de recevoir les produits que lui apportent les travailleurs de la commune ; il correspond avec les autres communes, et il fait venir les produits que la commune est obligée de tirer du dehors, soit pour contribuer à son alimentation, soir comme matières premières, combustibles, produits manufacturés, etc.

Ces produits tirés du dehors figurent dans les bazars communaux, à côté des produits de la localité.

Les consommateurs se présentent dans ces divers bazars, munis de leurs bons d’échange, qui peuvent être divisés en coupures de différentes valeurs ; et ils se procurent là, sur les bases d’un tarif uniforme, tous les objets de consommation dont ils auront besoin.

Jusqu’à présent, l’exposé que nous avons fait des opérations du comptoir d’échange n’a rien qui diffère d’une manière essentielle des usages du commerce actuel : ces opérations, en effet, ne sont autres que celles de la vente et de l’achat ; le comptoir achète aux producteurs leurs produits, et vend aux consommateurs les objets de consommation. Mais nous pensons qu’au bout d’un certain temps, la pratique des comptoirs d’échange pourra sans inconvénient être modifiée, et qu’un système nouveau se substituera peu à peu au système ancien : l’échange proprement dit disparaîtra et fera place à la distribution pure et simple.

Voilà ce que nous entendons par là :

Aussi longtemps qu’un produit est peu abondant, et ne se trouve dans les magasins communaux qu’en quantités plus petites que celles que la population pourrait consommer, on est obligé d’apporter dans la répartition de ce produit une certaine mesure ; et la manière la plus facile d’opérer ce rationnement des consommateurs, c’est de leur vendre le produit, c’est-à-dire de n’en livrer qu’à ceux qui donneront en échange une certaine valeur. Mais une fois que, grâce au développement prodigieux de la production qui ne manquera pas d’avoir lieu dès que le travail sera organisé sur des bases rationnelles — une fois, disons-nous, que grâce à ce développement, telle ou telle catégorie de produits en dépassera de beaucoup tout ce que pourrait consommer la population, alors il ne sera plus nécessaire de rationner les consommateurs ; on pourra supprimer l’opération de la vente, qui était une sorte de frein opposé à une consommation immodérée ; les comptoirs communaux ne vendront plus les produits aux consommateurs, ils les leur distribueront à proportion des besoins que ceux-ci déclareront éprouver.

Cette substitution de la distribution à l’échange pourra avoir lieu au bout de peu de temps pour tous les objets de première nécessité ; car ce sera surtout vers une production abondante de ces objets que seront dirigés les premiers efforts des associations de producteurs. Bientôt d’autres objets, qui aujourd’hui encore sont rares et coûteux, et sont par conséquent regardés comme des objets de luxe, pourront à leur tour être produits sur une grande échelle, et entrer ainsi dans le domaine de la distribution, c’est-à-dire de la consommation universelle. Par contre d’autres objets, mais en petit nombre et de peu d’importance (par exemple les perles, diamants, certains métaux), ne pourront jamais devenir abondants, parce que la nature elle-même en a limité la quantité ; mais comme on aura cessé d’y attacher le prix que l’opinion leur attribue aujourd’hui, ils ne seront plus guère recherchés que par les associations scientifiques qui voudront les placer dans des musées d’histoire naturelle ou les utiliser pour la confection de certains instruments.

c) Alimentation

Le service de l’alimentation ne forme en quelque sorte qu’une annexe de celui de l’échange. En effet, ce que nous venons de dire de l’organisation du comptoir d’échange s’applique à tous les produits, y compris les produits spécialement destinés à l’alimentation. Cependant, nous croyons utile d’ajouter, dans un paragraphe spécial, quelques explications plus détaillées sur les dispositions à prendre pour la répartition des principaux produits alimentaires.

Aujourd’hui la boulangerie, la boucherie, le commerce des vins, des denrées coloniales sont abandonnés à l’industrie privée, et à la spéculation, qui, par des fraudes de tout genre, cherchent à s’enrichir aux dépens du consommateur, La société nouvelle devra immédiatement porter remède à un pareil état de choses : ce remède consistera à ériger en service public communal tout ce qui concerne la distribution des produits alimentaires de première nécessité,

Qu’on le remarque bien : ceci ne veut pas dire que la commune s’empare de certaines branches de la production. Non : la production proprement dite reste entre les mains des associations de producteurs. Mais pour le pain, par exemple, en quoi consiste la production ? uniquement dans la culture du blé. Le laboureur sème et récolte le grain, et l’apporte au comptoir d’échange : là s’arrête la fonction du producteur. Réduire ce grain en farine, transformer cette farine en pain, ce n’est plus de la production : c’est un travail analogue à celui que remplissent les divers employés des bazars communaux, un travail destiné à mettre un produit alimentaire, le blé, à la portée des consommateurs. De même pour la viande, etc.

On le voit donc : au point de vue du principe, rien de plus logique que de faire rentrer la boulangerie, la boucherie, la distribution des vins, etc. dans les attributions de la commune.

En conséquence, le blé, une fois entré dans les magasins de la commune, sera réduit en farine dans un moulin communal (il va sans dire que plusieurs communes pourront avoir le même moulin) ; la farine sera transformée en pain dans les boulangeries communales, et le pain sera livré par la commune aux consommateurs. Il en sera de même de la viande : les bestiaux seront abattus dans les abattoirs communaux, et dépecés dans les boucheries communales. Les vins seront conservés dans les caves communales, et distribués aux consommateurs par des employés spéciaux. Enfin, les autres denrées alimentaires seront, suivant la consommation plus ou moins immédiate qui doit en être faite, conservées dans les magasins de la commune, ou bien exposées aux halles, où les consommateurs viendront les chercher.

C’est surtout pour cette catégorie de produits, pain, viande, vin, etc., que les efforts devront tendre à substituer au plus vite au régime de l’échange celui de la distribution. Une fois qu’une alimentation abondante sera assurée à tous, les progrès des sciences, des arts industriels, et de la civilisation en général, marcheront à pas de géant.

d) Statistique

La commission communale de statistique aura pour tâche de réunir tous les renseignements statistiques de la commune.

Les diverses corporations ou associations de production la tiendront constamment au courant du nombre de leurs membres et des changements qui s’opèrent dans leur personnel, en sorte qu’il sera possible de connaître à tous les instants le nombre de bras employés dans les diverses branches de la production.

Par l’intermédiaire du comptoir d’échange, la commission de statistique obtiendra les données les plus complètes sur le chiffre de la production et sur celui de la consommation.

Ce sera au moyen des faits statistiques recueillis de la sorte dans toutes les communes d’une région, qu’il sera possible d’équilibrer scientifiquement la production et la consommation ; en obéissant à ces indications, on pourra accroître le nombre de bras dans les branches où la production est insuffisante, et le diminuer dans celles où la production est surabondante. La statistique permettra aussi de fixer la durée moyenne de la journée de travail, nécessaire pour obtenir la somme de produits que réclament les besoins de la société. Ce sera par elle également qu’on arrivera à pouvoir déterminer, non certes d’une manière absolue, mais avec une exactitude suffisante pour la pratique, la valeur relative des divers produits, qui servira de base aux tarifs des comptoirs d’échange.

Mais ce n’est pas tout ; la commission de statistique aura encore à remplir les fonctions attribuées aujourd’hui à l’état civil : elle enregistrera les naissances et les décès. Nous n’ajoutons pas : les mariages, parce que, dans une société libre, l’union volontaire de l’homme et de la femme ne sera plus un acte officiel, mais un acte purement privé, qui n’aura besoin d’aucune sanction publique.

Bien d’autres choses encore sont du ressort de la statistique : les maladies, les observations météorologiques, tous les faits enfin qui, se produisant d’une façon régulière, peuvent être enregistrés et comptés, et du groupement numérique desquels peut sortir quelque enseignement, parfois même quelque loi scientifique.

e) Hygiène

Sous le nom général d’hygiène nous avons rassemblé divers services publics dont le bon fonctionnement est indispensable au maintien de la santé commune.

Au premier rang il faut placer naturellement le service médical, qui sera mis gratuitement par la commune à la portée de tous ses ressortissants. Les médecins ne seront plus des industriels cherchant à tirer le plus gros profit possible de leurs malades ; ce seront des employés de la commune, rétribués par elle, et qui doivent accorder leurs soins à tous ceux qui les réclament.

Mais le service médical ne nous présente que le côté curatif de cette branche de l’activité et du savoir humain qui s’occupe de la santé ; et ce n’est pas assez que de guérir les maladies, il faut encore les prévenir. C’est là la fonction de l’hygiène proprement dite.

On pourrait citer encore plusieurs autres choses qui devront attirer l’attention et occuper les soins de la commission d’hygiène ; mais le peu que nous venons de dire a déjà dû suffire pour donner une idée de la nature de ses fonctions et de leur importance.

f) Sécurité

Ce service comprend les mesures nécessaires pour garantir à tous les habitants de la commune, la sécurité de leur personne ainsi que pour protéger les bâtiments, les produits, etc., contre toute déprédation et tout accident.

Il n’est pas probable que dans une société où chacun pourra vivre en pleine liberté du fruit de son travail, et trouvera tous ses besoins abondamment satisfaits, des cas de vol et de brigandage puissent encore se présenter. Le bien-être matériel, ainsi que le développement intellectuel et moral qui résultera de l’instruction vraiment humaine donnée à tous, rendront en outre beaucoup plus rares les crimes qui sont la suite de la débauche, de la colère, de la brutalité, ou d’autres vices.

Néanmoins il ne sera pas inutile de prendre des précautions pour la sécurité des personnes. Ce service, qu’on pourrait appeler, si ce terme n’avait pas une signification trop équivoque, la police de la commune, ne sera pas confié, comme aujourd’hui, à un corps spécial : tous les habitants seront appelés à y prendre part et à veiller à tour de rôle dans les divers postes de sûreté que la commune aura institués.

On se demandera sans doute, à ce propos, comment sera traité, dans la société égalitaire, celui qui se sera rendu coupable d’un meurtre ou d’autres violences. Évidemment on ne pourra pas, sous prétexte de respect des droits de l’individu et de négation de l’autorité, laisser courir tranquillement un meurtrier ou attendre que quelque ami de la victime lui applique la loi du talion. Il faudra le priver de sa liberté, et le garder dans une maison spéciale, jusqu’à ce qu’il puisse, sans danger, être rendu à la société. Comment devra-t-il être traité durant sa captivité ? et d’après quels principes en déterminera-t-on la durée ? Ce sont là des questions délicates, sur lesquelles les opinions sont encore divisées. Il faudra s’en remettre à l’expérience pour leur solution ; mais nous savons dès à présent que, grâce à la transformation que l’éducation opérera dans les caractères, les crimes seront devenus très rares : les criminels n’étant plus qu’une exception, seront considérés comme des malades et des insensés ; la question du crime, qui occupe aujourd’hui tant de juges, d’avocats et de geôliers, perdra son importance sociale, et deviendra un simple chapitre de la philosophie médicale.

g) L’enfant n’est la propriété de personne

Le premier point à considérer, c’est la question de l’entretien des enfants. Aujourd’hui, ce sont les parents qui sont chargés de pourvoir à la nourriture de leurs enfants, ainsi qu’à leur instruction : cet usage est la conséquence d’un principe faux, qui fait considérer l’enfant comme la propriété de ses parents. L’enfant n’est la propriété de personne, il s’appartient à lui-même ; et pendant la période dans laquelle il est encore incapable de se protéger lui-même, et où par conséquent il peut être exposé à l’exploitation, c’est à la société à le protéger et à lui assurer la garantie de son entretien : en subvenant à sa consommation et aux diverses dépenses que nécessitera son éducation, la société ne fait qu’une avance, que l’enfant lui remboursera par son travail lorsqu’il sera devenu un producteur.

Ainsi, c’est la société, et non les parents, qui doit se charger de l’entretien de l’enfant. Ce principe général posé, nous croyons devoir nous abstenir de fixer d’une manière précise et détaillée la forme en laquelle il doit être appliqué : nous risquerions de tomber dans l’utopie ; il faudra laisser agir la liberté, et attendre les leçons de l’expérience. Disons seulement que vis-à-vis de l’enfant, la société est représentée par la commune et que chaque commune aura à déterminer l’organisation qu’elle jugera la meilleure pour l’entretien de ses enfants : ici on préférera la vie en commun, là on laissera les enfants à leur mère au moins jusqu’à un certain âge, etc.

Mais ce n’est là qu’un côté de la question. La commune nourrit, habille, loge les enfants : qui les instruira, qui en fera des hommes et des producteurs ? et selon quel plan leur éducation sera-t-elle dirigée ?

À ces questions, nous répondrons : l’éducation des enfants doit être intégrale, c’est-à-dire qu’elle doit développer à la fois toutes les facultés du corps et toutes les facultés de l’esprit, de manière à faire de l’enfant un homme complet. Cette éducation ne doit pas être confiée à une caste spéciale d’instituteurs ; tous ceux qui connaissent une science, un art, un métier, peuvent et doivent être appelés à l’enseigner.

On distinguera dans l’éducation deux degrés : l’un où l’enfant de cinq à douze ans n’a pas encore atteint l’âge d’étudier les sciences, et où il s’agit essentiellement de développer ses facultés physiques ; et un second degré où l’enfant, de douze à seize ans doit être initié aux diverses branches du savoir humain, en même temps qu’il apprend la pratique d’une ou plusieurs branches de production.

Dans le premier degré, comme nous l’avons dit, il s’agit essentiellement de développer les facultés physiques, de fortifier le corps, d’exercer les sens. Aujourd’hui, on s’en remet au hasard du soin d’exercer la vue, de former l’oreille, de développer l’habileté de la main ; une éducation rationnelle s’appliquera au contraire, par des exercices spéciaux, à donner à l’œil et à l’oreille toute la puissance dont ils sont susceptibles ; et quant aux mains, on se gardera bien d’habituer les enfants à se servir exclusivement de la droite : on cherchera à les rendre aussi habiles d’une main que de l’autre.

En même temps que les sens s’exerceront, et que la vigueur corporelle s’accroîtra par une intelligente gymnastique, la culture de l’esprit commencera, mais d’une façon toute spontanée : un certain nombre de faits scientifiques s’accumuleront d’eux-mêmes dans le cerveau de l’enfant.

L’observation individuelle, l’expérience, les conversations des enfants entre eux, ou avec les personnes chargées de diriger leur enseignement, seront les seules leçons qu’ils recevront dans cette période.

Plus d’école arbitrairement gouvernée par un pédagogue, et dans laquelle les élèves tremblants soupirent après la liberté et les jeux du dehors. Dans leurs réunions, les enfants seront complètement libres : ils organiseront eux-mêmes leurs jeux, leurs conférences, établiront un bureau pour diriger leurs travaux, des arbitres pour juger leurs différends, etc. Ils s’habitueront ainsi à la vie publique, à la responsabilité, à la mutualité ; le professeur qu’ils auront librement choisi pour leur donner un enseignement ne sera plus pour eux un tyran détesté, mais un ami qu’ils écouteront avec plaisir.

Dans le second degré, les enfants, parvenus à l’âge de douze ou treize ans, étudieront successivement dans un ordre méthodique les principales branches des connaissances humaines. L’enseignement ne sera pas remis entre les mains d’hommes qui en feront leur occupation exclusive : les professeurs de telle ou telle science seront en même temps des producteurs, qui occuperont une partie de leur temps au travail manuel ; et chaque branche comptera non pas un, mais un aussi grand nombre qu’il se trouvera dans la commune d’hommes possédant une science et disposés à l’enseigner. En outre, la lecture en commun de bons ouvrages d’enseignement, les discussions dont ces lectures seront suivies, diminueront beaucoup l’importance qu’on attache aujourd’hui à la personnalité du professeur.

En même temps que l’enfant développera son corps et s’appropriera les sciences, il fera son apprentissage comme producteur. Dans le premier degré de l’enseignement, le besoin de réparer ou de modifier le matériel de ses jeux aura initié l’enfant au maniement des principaux outils. Pendant la seconde époque, il visitera les divers ateliers, et bientôt, entraîné par son goût vers l’une ou l’autre branche, il se choisira une ou plusieurs spécialités. Les I maîtres d’apprentissage seront les producteurs eux-mêmes ; dans chaque atelier, il y aura des élèves, et une partie du temps de chaque travailleur sera consacrée à leur montrer à travailler. A cette éducation pratique seront jointes quelques leçons théoriques. De cette manière, à l’âge de seize ou dix-sept ans, le jeune homme aura parcouru tout le cercle des connaissances humaines, sera en état de poursuivre seul ses études ultérieures, s’il le désire ; il aura en outre appris un métier, et se trouvera dés lors au rang des producteurs utiles, de façon à pouvoir rembourser à la société, par son travail, la dette que son éducation lui aura fait contracter envers elle.

Il nous reste à dire un mot des relations de l’enfant avec sa famille.

Il y a des gens qui prétendent qu’une mesure d’organisation sociale qui met l’entretien de l’enfant à la charge de la société n’est autre chose que « la destruction de la famille ». C’est là une expression vide de sens ; tant que le concours de deux individus de sexe différent sera nécessaire pour la procréation d’un nouveau-né, tant qu’il y aura des pères et des mères, le lien naturel de parenté entre l’enfant et ceux à qui il doit la vie ne pourra pas être effacé des relations sociales.

Seulement le caractère de ce lien devra nécessairement se modifier. Dans l’Antiquité, le père était maître absolu de l’enfant, il avait sur lui droit de vie et de mort ; dans les temps modernes, l’autorité paternelle a été limitée par certaines restrictions ; quoi de plus naturel, par conséquent, que dans une société libre et égalitaire, ce qui reste encore aujourd’hui de cette autorité s’efface complètement, pour faire face aux relations de simple affection ?

Nous ne prétendons pas, sans doute, que l’enfant doive être traité en adulte, que tous ses caprices aient droit au respect et que lorsqu’il y a opposition entre sa volonté enfantine et les règles établies par la science et le sens commun, il ne faille pas enseigner à l’enfant à céder. Au contraire, nous disons que l’enfant a besoin d’être dirigé : mais la direction de ses premières année ne doit pas être confiée exclusivement aux mains de parents souvent incapables, et qui généralement abusent du pouvoir qui leur est remis. Le but de l’éducation que reçoit l’enfant étant de le mettre aussi vite que possible en état de se diriger lui-même, par le large développement de toutes ses facultés, il est évident qu’aucune tendance étroitement autoritaire n’est compatible avec un pareil système d’éducation. Mais parce que les relations du père au fils seront, non plus celles d’un maître à un esclave mais celles d’un instituteur à un élève, d’un ami plus âgé à un ami plus jeune, pense-t-on que l’affection réciproque des parents et des enfants aura à en souffrir ? N’est-ce pas au contraire alors qu’on verra cesser ces inimités, ces discordes dont la famille offre aujourd’hui tant d’exemples, et qui presque toujours ont pour cause la tyrannie exercée par le père sur ses enfants ?

Que personne ne vienne donc plus dire que la société affranchie et régénérée détruira la famille. Elle apprendra au contraire au père, à la mère, à l’enfant, à s’aimer, à s’estimer, à respecter leurs droits mutuels ; et en même temps elle leur mettra au cœur, à côté et au-dessus des affections de famille qui n’embrassent qu’un cercle restreint et qui peuvent devenir mauvaises si elles restent exclusives, un amour plus haut et plus noble, celui de la grande famille humaine.

Un réseau fédératif

Quittant maintenant le terrain restreint de la commune ou de la fédération locale des groupes de producteurs, nous allons voir l’organisation sociale se compléter, d’une part par la constitution des fédérations régionales corporatives, embrassant tous les groupes de travailleurs qui appartiennent à une même branche de la production ; d’autre part, par la constitution d’une Fédération des communes.

(…) Nous avons déjà indiqué sommairement ce que c’est qu’une fédération corporative. Il existe, au sein même de la société actuelle, des organisations embrassant dans une même association tous les ouvriers d’un métier : telle est, par exemple, la fédération des ouvriers typographes. Mas ces organisations-là ne sont qu’une ébauche très imparfaite de ce que doit être, dans la société à venir, la fédération corporative. Celle-ci sera formée de tous les groupes producteurs appartenant à la même branche de travail ; ils s’unissent, non plus pour protéger leur salaire contre la rapacité des patrons, mais en première ligne pour se garantir mutuellement l’usage des instruments de travail qui sont en possession de chacun des groupes, et qui deviendront, par un contrat réciproque, la propriété collective de la fédération corporative tout entière ; en outre, la fédération des groupes entre eux permet à ceux-ci d’exercer un contrôle constant sur la production, et par conséquent de régler le plus ou moins d’intensité de celle-ci, dans la proportion des besoins qui sont manifestés par la société tout entière.

La constitution de la fédération corporative s’opérera d’une façon extrêmement simple. Dès le lendemain de la Révolution, les groupes producteurs appartenant à la même industrie sentiront le besoin de s’envoyer mutuellement des délégués, d’une ville à une autre pour se renseigner et s’entendre. De ces conférences partielles sortira la convocation d’un congrès fédéral de délégués de la corporation dans quelque point central. Ce congrès posera les bases du contrat fédératif, qui sera soumis ensuite à l’approbation de tous les groupes de la corporation. Un bureau permanent, élu par le congrès corporatif et responsable devant celui-ci, sera destiné à servir d’intermédiaire entre les groupes formant la fédération, de même qu’entre la fédération elle-même et les autres fédérations corporatives.

Une fois que toutes les branches de la production, y compris celles de la production agricole, se seront organisées de la sorte, un immense réseau fédératif, embrassant tous les producteurs et par conséquent aussi tous les consommateurs, couvrira le pays, et la statistique de la production et de la consommation, centralisée par les bureaux des diverses fédérations corporatives, permettra de déterminer d’une manière rationnelle le nombre des heures de la journée normale de travail, le prix de revient des produits et leur valeur d’échange, ainsi que la quantité en laquelle ces produits doivent être créés pour suffire aux besoins de la consommation.

Des gens habitués aux déclamations creuses de certains prétendus démocrates demanderont peut-être si les groupes de travailleurs ne devront pas être appelés à intervenir directement, par le vote de tous ceux qui composent la fédération corporative, dans la fixation de ces divers détails ; et quand nous aurons répondu négativement, ils s’écrieront sans doute que c’est là du despotisme ; ils protesteront contre ce qu’ils appelleront l’autorité des bureaux, investis du pouvoir de trancher seuls des questions si graves et de prendre des décisions de la plus haute importance. Nous répondrons que la besogne dont les bureaux permanents de chaque fédération seront chargés n’a rien de commun avec l’exercice d’une autorité quelconque : il s’agit en effet tout simplement de recueillir et de mettre en ordre les renseignements fournis par les groupes producteurs ; et une fois ces renseignements réunis et rendus publics, d’en tirer les conséquences qui en découlent nécessairement concernant les heures de travail, le prix de revient des produits, etc. C’est là un simple calcul d’arithmétique, qui ne peut pas se faire de deux manières différentes, et qui ne peut pas donner deux résultats : il n’en peut sortir qu’un résultat unique ; ce résultat, chacun pourra le contrôler pour son propre compte, parce que chacun aura les éléments de l’opération sous les yeux, et le bureau permanent est simplement chargé de le constater et de le porter à la connaissance de tous. Aujourd’hui déjà, l’administration des postes, par exemple, remplit un service assez semblable à celui qui sera confié aux bureaux des fédérations corporatives ; et personne ne s’avise de se plaindre d’un abus d’autorité parce que la poste détermine, sans consulter le suffrage universel, la classification et le groupement des lettres en paquets, pour les faire parvenir à destination de la manière la plus expéditive et la plus économique.

Ajoutons que les groupes producteurs formant une fédération interviendront dans les actes du bureau d’une manière bien autrement efficace et directe que par un simple vote : ce sont eux, en effet, qui fourniront les renseignements, toutes les données statistiques que le bureau ne fait que coordonner : en sorte que le bureau n’est que l’intermédiaire passif au moyen duquel les groupes communiquent entre eux et constatent publiquement les résultats de leur propre activité.

Le vote est un procédé propre à trancher des questions qui ne peuvent être résolues au moyen de données scientifiques, et qui doivent être laissées à l’appréciation arbitraire du nombre ; mais dans des questions susceptibles d’une solution scientifique et précise, il n’y a pas lieu à voter ; la vérité ne se vote pas, elle se constate et s’impose ensuite à tous par sa propre évidence.

Mais nous n’avons montré encore qu’une des moitiés de l’organisation extra-communale : à côté des fédérations corporatives doit se constituer la Fédération des communes.

Pas de socialisme dans un seul pays

La Révolution ne peut pas être restreinte à un seul pays : elle est obligée, sous peine de mort, d’entraîner dans son mouvement, sinon l’univers tout entier, du moins une partie considérable des pays civilisés. En effet, aucun pays ne peut, aujourd’hui, se suffire à lui-même ; les relations internationales sont une nécessité de la production et de la consommation, et elles ne sauraient être interrompues. Si, autour d’un pays révolutionné, les États voisins parvenaient à établir un blocus hermétique, la Révolution restant isolée serait condamnée à s’éteindre. Ainsi, comme nous raisonnons dans l’hypothèse du triomphe de la Révolution dans un pays donné, nous devons supposer que la plupart des autres pays de l’Europe auront fait leur Révolution en même temps.

Il n’est pas indispensable que, dans tous les pays où le prolétariat aura renversé la domination de la bourgeoisie, la nouvelle organisation sociale installée par la Révolution soit la même dans tous ses détails. Étant données les divergences d’opinion qui se sont manifestées jusqu’à ce jour entre les socialistes des pays germaniques (Allemagne, Angleterre), et ceux des pays latins et slaves (Italie, Espagne, France, Russie), il est probable que l’organisation sociale adoptée par les révolutionnaires allemands, par exemple, différera sur plus d’un point de celle que se seront donnée les révolutionnaires italiens ou français. Mais ces différences n’ont pas d’importance pour les relations internationales : les principes fondamentaux étant les mêmes de part et d’autre, des rapports d’amitié et de solidarité ne peuvent manquer de s’établir entre les peuples émancipés des divers pays.

Il va sans dire que les frontières artificielles créées par les gouvernements actuels tomberont devant la Révolution. Les communes se grouperont librement entre elles suivant leurs intérêts économiques, leurs affinités de langue, leur situation géographique. Et dans certains pays, comme l’Italie ou l’Espagne, trop vastes pour ne former qu’une seule agglomération de communes, et que la nature elle-même a divisés en plusieurs régions distinctes, il se constituera sans doute, non pas une Fédération unique, mais plusieurs Fédérations de communes. Ce ne sera pas là une rupture de l’unité, un retour à l’ancien morcellement en petits États politiques isolés et ennemis ; ces diverses Fédérations de communes, bien que distinctes les unes des autres, ne seront pas isolées : leurs intérêts seront solidaires, elles concluront entre elles un pacte d’union et cette union volontaire, fondée sur une utilité réelle, sur une communauté de buts et de besoins, sur un échange constant de bons offices, sera bien autrement étroite et solide que l’unité factice de la centralisation politique, établie par la violence et n’ayant d’autre raison d’être que l’exploitation du pays au profit d’une classe privilégiée.

Le pacte d’union ne s’établira pas seulement entre les Fédérations de communes appartenant à un même pays ; les anciennes frontières politiques étant effacées, toutes les Fédérations de communes, de proche en proche, entreront dans cette fraternelle alliance, et ainsi se trouvera réalisé, après que les principes de la Révolution auront triomphé dans l’Europe entière, ce grand rêve de la fraternité des peuples qui ne peut s’accomplir que par la Révolution sociale.

Note

1. Il faut remarquer toutefois que, même dans ces professions-là, le mode de production de la grande industrie peut être appliqué et produire une économie de temps et de travail. Ce que nous en disons ne s’applique donc qu’à une période transitoire.

Changement de paradigme politique… changement d’attitude entre nous et envers le bien public…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, N.O.M, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 29 septembre 2017 by Résistance 71

“La terre ne nous appartient pas, nous lui appartenons.”
~ dicton amérindien ~

“La terre et l’esprit [Geist] sont donc la solution du socialisme… Les socialistes ne peuvent en aucune manière éviter le combat contre la propriété foncière. La lutte pour le socialisme est une lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire !”
~ Gustav Landauer ~

 

Propositions pour une gestion humaine du bien public

Ce texte correspond à des extraits du sous-chapitre “Jeter les bases d’une société humaine”, du livre de Raoul Vaneigem “Pour l’abolition de la société marchande, pour une société vivante”, 2002.

 

Raoul Vaneigem

 

Extraits choisis par Résistance 71

 

La terre ne doit plus appartenir à ceux qui la pilent, la dénaturent, l’enlaidissent pour une poignée de dollars. Soyons résolus à l’arracher à la dictature des mafias financières, avec la tranquille assurance des paysans brésiliens s’emparant des latifundia pour y implanter une agriculture naturelle.

Le monde est à nous, prenons-le, multiplions les territoires libérés de l’emprise marchande !

[…]

Si fragmentaires, si aléatoires, si incertaines que soient les mesures transitoires adoptées par les assemblées citoyennes, elles disposent d’un critère de cohérence capable de les prémunir contre les pièges du passé: nous avons toutes les raisons de dissoudre la réalité lucrative dans la réalisation de la vie.

[…]

La voie frayée devant nous est celle d’une nouvelle économie, qui force l’adhésion en rejetant l’industrie agro-alimentaire, les énergies nucléaire et pétrochimique, les services parasitaires, la falsification des besoins, la déformation, la dénaturation, la pollution de l’eau, de l’air, du sol, de la conscience.

[…]

Créer les situations qui prescrivent la destruction de l’Homme et de son environnement, c’est commencer par propager la conscience de notre richesse créative, c’est miser sur le désir d’une vraie vie pour abolir les vieux réflexes qui nous assujettissent aux mécanismes de la concurrence, de la compétition, de la force, de la ruse, de l’échange, du sacrifice, de la culpabilité. Car la victoire de l’économie totalitaire repose sur le harassement de l’Homme économisé, comme le parti de la mort et de la haine rallie ceux qui renoncent à aimer la vie.

Quels sont les objectifs prioritaires d’une politique de proximité ?

  • La mise en œuvre des énergies renouvelables
  • Le développement de l’agriculture naturelle pour des aliments de qualité contribuant à restaurer le bon goût et la santé
  • Le reconstruction d’un enseignement – halte à l’élevage concentrationnaire et à la crétinisation des écoliers par les principes de compétition et de concurrence, à leur soumission aux lois de la prédation et initiés au fétichisme de l’argent
  • La reconstruction du tissu urbain et rural: ceci passe par la reconquête du territoire par une population  se libérant de ses réflexes de peur et de prédation, osant être présente non pas pour réprimer la délinquance, mais pour la dissuader de s’exercer, développant la conscience collective solidaire de ne pas tolérer d’agression.
  • Rénovation de la justice
  • Promotion de la gratuité des services publics. Celle-ci n’est ni un dû, ni une charité, elle n’est soumise à aucune allégeance… Ainsi le droit de tout être humain au logement autorise la réquisition par les assemblées citoyennes de tous les bâtiments inoccupés. Il en va de même pour les usines désaffectées ou occupées par des grévistes, elles seront reconverties en ateliers de création de produits indispensables à la collectivité
  • Rétablir les priorités budgétaires
  • Mettre fin à la politique de la prohibition de l’argent: ce qui est entrepris au nom de la rentabilité mérite d’être détourné en faveur du vivant. Tout projet qui a pour but d’améliorer la vie quotidienne a le droit de prélever sur l’argent parasitaire le financement nécessaire à sa mise en œuvre. L’argent appartient  à ceux qui en découvrent l’usage en créant plus de progrès humain, non à ceux qui l’échangent en produisant plus de profit. Jamais autant de fonds n’ont été investis et amassés en dehors des circuits sociaux. La cassette royale des prévaricateurs, gérant le totalitarisme financier et tirant de sa faillite programmée leurs dernières prébendes, vide les poches des citoyens, où le pécule de subsistance ne cesse de dévaluer. Nous sommes confrontés à une politique de prohibition de l’argent comparable à la prohibition de l’alcool qui, de 1919 à 1933 aux Etats-Unis, fit couler à flots les noirs émoluments de l’affairisme mafieux, avec la bénédiction d’un dieu qui les blanchissait

[…]

Ainsi, pour la première fois dans l’histoire, l’exploitation et le pillage vont céder la place à un traitement harmonieux des inépuisables ressources qu’offrent la terre, l’eau, l’air, le feu solaire, la force végétale. Pour la première fois, le principe de gratuité, incompatible avec la valeur d’échange, introduit dans le système marchand le grain de sable qui en grippera les mécanismes.

[…]

Le vieux monde s’écroule autour de nous. Ceux qui s’écroulent avec lui se vouent aux pires nostalgies du passé. Le chaos des valeurs abolies n’obéit qu’aux ordres du néant, les ruines de la civilisation marchande confortent le cynisme économique et politique qui dévaste les consciences. Nous n’avons pas d’autre choix que de reconnaître, d’explorer et de créer le monde nouveau qui se dégage des décombres de l’ancien.

La fin de la démocratie parlementaire ne signifie pas le retour aux dictatures archaïques à la mentalité agraire, à l’occlusion mentale et à la peste démagogique. Elle ouvre la voie à une démocratie directe, fondée sur l’intelligence sensible et le progrès humain, le seul qui nous intéresse.

Nous n’écraserons les factions du profit et de la mort qu’en créant autour de nous, partout, les conditions d’une vie meilleure. L’air de la créativité libère des remugles de l’histoire révolue.

Notre richesse est dans l’inventivité. En elle réside la renaissance de notre force, celle qui brisera le mouvement de paupérisation des sociétés et des consciences.

Nous en appelons à l’inspiration créatrice des savants, des chercheurs, des poètes, pour couper court à la communication médiatique et au spectacle du nihilisme triomphant, pour donner des ailes à l’imagination en publiant et en diffusant les rapports d’expérience, les modes d’emploi des énergies renouvelables, les innovations thérapeutiques et les projets de reconstruction environnementale.

[…]

Notre combat n’est plus de survivre dans une société de prédateurs mais de vivre parmi les vivants.

[…] La radicalité de mai 68 tient essentiellement au refus de l’Homme économisé et à la conscience qu’une autre vie, une autre société, un autre monde, sont possibles. Elle a révélé que, secouant l’esclavage du travail, se levait l’Homme de désir, l’Homme du grand désir de vivre. Elle a mis en lumière le conflit qui tramerait désormais tous les autres, l’insurrection de la société vivante contre la société marchande.

L’être humain n’est ni une proie ni un prédateur. Assurer la primauté de la vie sur l’économie, c’est opposer un non ferme et définitif à toute forme de prédation en apprenant à vivre au lieu d’apprendre à tuer, à réprimer, à exploiter.

[…]

Vie, société organique et synthèse anarchiste (Voline)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, documentaire, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 27 septembre 2017 by Résistance 71

Avec Voline, il y a toujours cette « touche de zen » qui sied si bien à l’anarchie…
~ Résistane 71 ~

« Il n’y a pas de dialogue avec les propagateurs de la misère et de l’inhumanité. Il n’y a pas de dialogue avec le parti de la mort. Aucune discussion n’est tolérable avec les tenants de la barbarie. Seule l’affirmation obstinée de la vie souveraine et sa conscience briseront les fers qui entravent le progrès de l’homme vers l’humain. »
~ Raoul Vaneigem ~

 

La synthèse anarchiste

 

Voline

 

1934

 

On désigne par synthèse anarchiste une tendance qui se fait actuellement jour au sein du mouvement libertaire, cherchant à réconcilier et ensuite à synthétiser les différents courants d’idée qui divisent ce mouvement en plusieurs fractions plus ou moins hostiles les unes aux autres. Il s’agit, au fond, d’unifier, dans une certaine mesure, la théorie et aussi le mouvement anarchistes en un ensemble harmonieux, ordonné, fini. Je dis : dans une certaine mesure car, naturellement, la conception anarchiste ne pourrait, ne devrait jamais devenir rigide, immuable, stagnante. Elle doit rester souple, vivante, riche d’idées et de tendances variées. Mais souplesse ne doit pas signifier confusion. Et, d’autre part, entre immobilité et flottement, il existe un état intermédiaire. C’est précisément cet état intermédiaire que la synthèse anarchiste cherche à préciser, à fixer et à atteindre.

Ce fut surtout en Russie, lors de la révolution de 1917, que la nécessité d’une telle unification, d’une telle synthèse, se fit sentir. Déjà très faible matériellement (peu de militants, pas de bons moyens de propagande, etc.) par rapport à d’autres courants politiques et sociaux, l’anarchisme se vit affaibli encore plus, lors de la révolution russe, par suite des querelles intestines qui le déchiraient. Les anarcho-syndicalistes ne voulaient pas s’entendre avec les anarchistes-communistes et, en même temps, les uns et les autres se disputaient avec les individualistes (sans parler d’autres tendances). Cet état de choses impressionna douloureusement plusieurs camarades de diverses tendances. Persécutés et finalement chassés de la grande Russie par le gouvernement bolcheviste, quelques-uns de ces camarades s’en allèrent militer en Ukraine où l’ambiance politique était plus favorable, et où, d’accord avec quelques camarades ukrainiens, ils décidèrent de créer un mouvement anarchiste unifié, recrutant des militants sérieux et actifs partout où ils se trouvaient, sans distinction de tendance. Le mouvement acquit tout de suite une ampleur et une vigueur exceptionnelles. Pour prendre pied et s’imposer définitivement, il ne lui manquait qu’une chose : une certaine base théorique.

Me sachant un adversaire résolu des querelles néfastes parmi les divers courants de l’anarchisme, sachant aussi que je songeais, comme eux, à la nécessité de les réconcilier, quelques camarades vinrent me chercher dans une petite ville de la Russie centrale où je séjournais, et me proposèrent de partir en Ukraine, de prendre part à la création d’un mouvement unifié, de lui fournir un fond théorique et de développer la thèse dans la presse libertaire.

J’acceptai la proposition. En novembre 1918, le mouvement anarchiste unifié en Ukraine fut définitivement mis en route. Plusieurs groupements se formèrent et envoyèrent leurs délégués à la première conférence constitutive qui créa la Confédération anarchiste de l’Ukraine Nabat (Tocsin en français). Cette conférence élabora et adopta à l’unanimité une Déclaration proclamant les principes fondamentaux du nouvel organisme. Il fut décidé que très prochainement cette brève déclaration de principes serait amplifiée, complétée et commentée dans la presse libertaire. Les événements tempétueux empêchèrent ce travail théorique. La confédération du Nabat dut mener des luttes ininterrompues et acharnées. Bientôt elle fut, à son tour, liquidée par les autorités bolchevistes qui s’installèrent en Ukraine. À part quelques articles de journaux, la Déclaration de la première conférence du Nabat fut et restera le seul exposé de la tendance unifiante (ou synthétisante) dans le mouvement anarchiste russe.

Les trois idées maîtresses qui, d’après la Déclaration, devraient être acceptées par tous les anarchistes sérieux afin d’unifier le mouvement, sont les suivantes.

1. Admission définitive du principe syndicaliste, lequel indique la vraie méthode de la révolution sociale.

2. Admission définitive du principe communiste (libertaire), lequel établit la base d’organisation de la nouvelle société en formation.

3. Admission définitive du principe individualiste, l’émancipation totale et le bonheur de l’individu étant le vrai but de la révolution sociale et de la société nouvelle.

Tout en développant ces idées, la Déclaration tâche de définir nettement la notion de la révolution sociale et de détruire la tendance de certains libertaires cherchant à adapter, l’anarchisme à la soi-disant période transitoire.

Ceci dit, nous préférons, au lieu de reprendre les arguments de la Déclaration, développer nous-mêmes l’argumentation théorique de la synthèse.

La première question à résoudre est celle-ci.

L’existence de divers courants anarchistes ennemis, se disputant entre eux, est-ce un fait positif ou négatif ? La décomposition de l’idée et du mouvement libertaires en plusieurs tendances s’opposant les unes aux autres, favorise-t-elle ou, au contraire, entrave-t-elle les succès de la conception anarchiste ? Si elle est reconnue favorable, toute discussion est inutile. Si, au contraire, elle est considérée comme nuisible, il faut tirer de cet aveu toutes les conclusions nécessaires.

À cette première question, nous répondons ceci.

Au début, lorsque l’idée anarchiste était encore peu développée, confuse, il fut naturel et utile de l’analyser sous tous ses aspects, de la décomposer, d’examiner à fond chacun de ses éléments, de les confronter, de les opposer les uns aux autres, etc. C’est ce qui a été fait. L’anarchisme fut décomposé en plusieurs éléments (ou courants). Ainsi l’ensemble, trop général et vague, fut disséqué, ce qui aida à approfondir, à étudier à fond aussi bien cet ensemble que ces éléments. A cette époque, le démembrement de la conception anarchiste fut donc un fait positif. Diverses personnes s’intéressant à divers courants de l’anarchisme, les détails et l’ensemble y gagnèrent en profondeur et précision. Mais, par la suite, une fois cette première œuvre accomplie, après que les éléments de la pensée anarchiste (communisme, individualisme, syndicalisme) furent tournés et retournés en tous sens, il fallait penser à reconstituer, avec ces éléments bien travaillés, l’ensemble organique d’où ils provenaient. Après une analyse fondamentale, il fallait retourner (sciemment) à la bienfaisante synthèse.

Fait bizarre : on ne pensa plus à cette nécessité. Les personnes qui s’intéressaient à tel élément donné de l’anarchisme, finirent par le substituer à l’ensemble. Naturellement, elles se trouvèrent bientôt en désaccord et, finalement, en conflit avec ceux qui traitaient de la même manière d’autres parcelles de la vérité entière. Ainsi, au lieu d’aborder l’idée de fusionnement des éléments épars (qui, pris séparément, ne pouvaient plus servir à grand chose) en un ensemble organique, les anarchistes entreprirent pour de longues années la tâche stérile d’opposer haineusement leurs courants les uns aux autres. Chacun considérait son courant, sa parcelle pour l’unique vérité et combattait avec acharnement les partisans des autres courants. Ainsi commença, dans les rangs libertaires, ce piétinement sur place, caractérisé par l’aveuglement et l’animosité mutuelle, qui continue jusqu’à nos jours et qui doit être considéré comme nuisible au développement normal de la conception anarchiste.

Notre conclusion est claire. Le démembrement de l’idée anarchiste en plusieurs courants a rempli son rôle. Il n’a plus aucune utilité. Rien ne peut plus le justifier. Il entraîne maintenant le mouvement dans une impasse, il lui cause des préjudices énormes, il n’offre plus ni ne peut offrir  rien de positif. La première période  celle où l’anarchisme se cherchait, se précisait et se fractionnait fatalement à cette besogne est terminée. Elle appartient au passé. Il est grand temps d’aller plus loin.

Si l’éparpillement de l’anarchisme est actuellement un fait négatif, préjudiciable, il faut chercher à y mettre fin. Il s’agit de se rappeler l’ensemble entier, de recoller les éléments épars, de retrouver, de reconstruire sciemment la synthèse abandonnée.

Une autre question surgit alors : Cette synthèse, est-elle possible actuellement ? Ne serait-elle pas une utopie ? Pourrait-on lui fournir une certaine base théorique ?

Nous répondons : Oui, une synthèse de l’anarchisme (ou, si l’on veut, un anarchisme synthétique) est parfaitement possible. Elle n’est nullement utopique. D’assez fortes raisons d’ordre théorique parlent en sa faveur.

Notons brièvement quelques-unes de ces raisons, les plus importantes, dans leur suite logique.

1. Si l’anarchisme aspire à la vie, s’il escompte un triomphe futur, s’il cherche à devenir un élément organique et permanent de la vie, une de ses forces actives, fécondantes, créatrices, alors il doit chercher à se trouver le plus près possible de la vie, de son essence, de son ultime vérité. Ses bases idéologiques doivent concorder le plus possible avec les éléments fondamentaux de la vie. Il est clair, en effet, que si les idées primordiales de l’anarchisme se trouvaient en contradiction avec les vrais éléments de la vie et de l’évolution, l’anarchisme ne pourrait être vital. Or, qu’est-ce que la vie ? Pourrait-on, en quelque sorte, définir et formuler son essence, saisir et fixer ses traits caractéristiques ? Oui, on peut le faire. Il s’agit, certes, non pas d’une formule scientifique de la vie, formule qui n’existe pas, mais d’une définition plus ou moins nette et juste de son essence visible, palpable, concevable. Dans cet ordre d’idée, la vie est, avant tout, une grande synthèse : un ensemble immense et compliqué, ensemble organique et original, de multiples éléments variés.

2. La vie est une synthèse. Quelles sont donc l’essence et l’originalité de cette synthèse ? L’essentiel de la vie est que la plus grande variété de ses éléments qui se trouvent de plus en un mouvement perpétuel réalise en même temps, et aussi perpétuellement, une certaine unité ou, plutôt, un certain équilibre. L’essence de la vie, l’essence de la synthèse sublime, est la tendance constante vers l’équilibre, voire la réalisation constante d’un certain équilibre, dans la plus grande diversité et dans un mouvement perpétuel (notons que l’idée d’un équilibre de certains éléments comme étant l’essence biophysique de la vie se confirme par des expériences scientifiques physico-chimiques).

3. La vie est une synthèse. La vie (l’univers, la nature) est un équilibre (une sorte d’unité) dans la diversité et dans le mouvement (ou, si l’on veut, une diversité et un mouvement en équilibre). Par conséquent, si l’anarchisme désire marcher de pair avec la vie, s’il cherche à être un de ses éléments organiques, s’il aspire à concorder avec elle et aboutir à un vrai résultat, au lieu de se trouver en opposition avec elle pour être finalement rejeté, il doit, lui aussi, sans renoncer à la diversité ni au mouvement, réaliser aussi, et toujours, l’équilibre, la synthèse, l’unité.

Mais il ne suffit pas d’affirmer que l’anarchisme peut être synthétique : il doit l’être. La synthèse de l’anarchisme n’est pas seulement possible, pas seulement souhaitable : elle est indispensable. Tout en conservant la diversité vivante de ses éléments, tout en évitant la stagnation, tout en acceptant le mouvement conditions essentielles de sa vitalité l’anarchisme doit chercher, en même temps, l’équilibre dans cette diversité et ce mouvement même.

La diversité et le mouvement sans équilibre, c’est le chaos. L’équilibre sans diversité ni mouvement, c’est la stagnation, la mort. La diversité et le mouvement en équilibre, telle est la synthèse de la vie. L’anarchisme doit être varié, mouvant et, en même temps, équilibré, synthétique, uni. Dans le cas contraire, il ne sera pas vital.

4. Notons, enfin, que le vrai fond de la diversité et du mouvement de la vie (et partant de la synthèse) est la création, c’est-à-dire la production constante de nouveaux éléments, de nouvelles combinaisons, de nouveaux mouvements, d’un nouvel équilibre. La vie est une diversité créatrice. La vie est un équilibre dans une création ininterrompue. Par conséquent, aucun anarchiste ne pourrait prétendre que son courant est la vérité unique et constante, et que toutes les autres tendances dans l’anarchisme sont des absurdités. Il est, au contraire, absurde qu’un anarchiste se laisse engager dans l’impasse d’une seule petite vérité, la sienne, et qu’il oublie ainsi la grande vérité réelle de la vie : la création perpétuelle de formes nouvelles, de combinaisons nouvelles, d’une synthèse constamment renouvelée.

La synthèse de la vie n’est pas stationnaire : elle crée, elle modifie constamment ses éléments et leurs rapports mutuels.

L’anarchisme cherche à participer, dans les domaines qui lui sont accessibles, aux actes créateurs de la vie.

Par conséquent, il doit être, dans les limites de sa conception, large, tolérant, synthétique, tout en se trouvant en mouvement créateur.

L’anarchiste doit observer attentivement, avec perspicacité, tous les éléments sérieux de la pensée et du mouvement libertaires.

Loin de s’engouffrer dans un seul élément quelconque, il doit chercher l’équilibre et la synthèse de tous ces éléments donnés.

Il doit, de plus, analyser et contrôler constamment sa synthèse, en la comparant avec les éléments de la vie elle-même, afin d’être toujours en harmonie parfaite avec cette dernière. En effet, la vie ne reste pas sur place, elle change. Et, par conséquent, le rôle et les rapports mutuels de divers éléments de la synthèse anarchiste ne resteront pas toujours les mêmes : dans divers cas, ce sera tantôt l’un, tantôt l’autre de ces éléments qui devra être souligné, appuyé, mis en action.

Quelques mots sur la réalisation concrète de la synthèse.

1. Il ne faut jamais oublier que la réalisation de la révolution, que la création des formes nouvelles de la vie incomberont non pas à nous, anarchistes isolés ou groupés idéologiquement, mais aux vastes masses populaires qui, seules, seront à même d’accomplir cette immense tâche destructive et créatrice. Notre rôle, dans cette réalisation, se bornera à celui d’un ferment, d’un élément de concours, de conseil, d’exemple. Quant aux formes dans lesquelles ce processus s’accomplira, nous ne pouvons que les entrevoir très approximativement. Il est d’autant plus déplacé de nous quereller pour des détails, au lieu de nous préparer, d’un élan commun, à l’avenir.

2. Il n’est pas moins déplacé de réduire toute l’immensité de la vie, de la révolution, de la création future, à de petites idées de détail et à des disputes mesquines. Face aux grandes tâches qui nous attendent, il est ridicule, il est honteux de nous occuper de ces mesquineries. Les libertaires devront s’unir sur la base de la synthèse anarchiste. Ils devront créer un mouvement anarchiste uni, entier, vigoureux. Tant qu’ils ne l’auront pas créé, ils resteront en dehors de la vie.

Dans quelles formes concrètes pourrions-nous prévoir la réconciliation, l’unification des anarchistes et, ensuite, la création d’un mouvement libertaire unifié ?

Nous devons souligner, avant tout, que nous ne nous représentons pas cette unification comme un assemblage mécanique des anarchistes de diverses tendances en une sorte de camp bigarré où chacun resterait sur sa position intransigeante. Une telle unification serait non pas une synthèse mais un chaos. Certes, un simple rapprochement amical des anarchistes de diverses tendances et une plus grande tolérance dans leurs rapports mutuels (cessation d’une polémique violente, collaboration dans des publications anarchistes, participation aux mêmes organismes actifs, etc., etc.) seraient un grand pas en avant par rapport à ce qui se passe actuellement dans les rangs libertaires. Mais nous considérons ce rapprochement et cette tolérance comme, seulement, le premier pas vers la création de la vraie synthèse anarchiste et d’un mouvement libertaire unifié. Notre idée de la synthèse et de l’unification va beaucoup plus loin. Elle prévoit quelque chose de plus fondamental, de plus organique.

Nous croyons que l’unification des anarchistes et du mouvement libertaire devra se poursuivre, parallèlement, en deux sens, notamment :

! Il faut commencer immédiatement un travail théorique cherchant à concilier, à combiner, à synthétiser nos diverses idées paraissant, à première vue, hétérogènes. Il est nécessaire de trouver et de formuler dans les divers courants de l’anarchisme, d’une part, tout ce qui doit être considéré comme faux, ne coïncidant pas avec la vérité de la vie et devant être rejeté ; et, d’autre part, tout ce qui doit être constaté comme étant juste, appréciable, admis. Il faut, ensuite, combiner tous ces éléments justes et de valeur, en créant avec eux un ensemble synthétique (c’est surtout dans ce premier travail préparatoire que le rapprochement des anarchistes de diverses tendances et leur tolérance mutuelle pourraient avoir la grande importance d’un premier pas décisif). Et, enfin, cet ensemble devra être accepté par tous les militants sérieux et actifs de l’anarchisme comme base de la formation d’un organisme libertaire uni, dont les membres seront ainsi d’accord sur un ensemble de thèses fondamentales acceptées par tous.

Nous avons déjà cité l’exemple concret d’un tel organisme : la confédération Nabat, en Ukraine. Ajoutons ici à ce que nous avons déjà dit plus haut que l’acceptation par tous les membres du Nabat de certaines thèses communes n’empêchaient nullement les camarades de diverses tendances d’appuyer surtout, dans leur activité et leur propagande, les idées qui leur étaient chères. Ainsi, les uns (les syndicalistes) s’occupaient surtout des problèmes concernant la méthode et l’organisation de la révolution ; les autres (communistes) s’intéressaient de préférence à la base économique de la nouvelle société ; les troisièmes (individualistes) faisaient ressortir spécialement les besoins, la valeur réelle et les aspirations de l’individu. Mais la condition obligatoire d’être accepté au Nabat était l’admission de tous les trois éléments comme parties indispensables de l’ensemble et le renoncement à l’état d’hostilité entre les diverses tendances. Les militants étaient donc unis d’une façon organique, car, tous, ils acceptaient un certain ensemble de thèses fondamentales. C’est ainsi que nous nous représentons l’unification concrète des anarchistes sur la base d’une synthèse des idées libertaires théoriquement établie.

! Simultanément et parallèlement au dit travail théorique, devra se créer l’organisation unifiée sur la base de l’anarchisme compris synthétiquement.

Pour terminer, soulignons encore une fois que nous ne renonçons nullement à la diversité des idées et des courants au sein de l’anarchisme. Mais il y a diversité et diversité. Celle, notamment, qui existe dans nos rangs aujourd’hui est un mal, est un chaos. Nous considérons son maintien comme une très lourde faute. Nous sommes d’avis que la variété de nos idées ne pourra être et ne sera un élément progressif et fécond qu’au sein d’un mouvement commun, d’un organisme uni, édifié sur la base de certaines thèses générales admises par tous les membres et sur l’aspiration à une synthèse.

Ce n’est que dans l’ambiance d’un élan commun, ce n’est que dans les conditions de recherches de thèses justes et de leur acceptation, que nos aspirations, nos discussions et même nos disputes auront de la valeur, seront utiles et fécondes (c’était précisément ainsi au Nabat). Quant aux disputes et aux polémiques entre de petites chapelles prêchant chacune sa vérité unique, elles ne pourront aboutir qu’à la continuation du chaos actuel, des querelles intestines interminables et de la stagnation du mouvement.

Il faut discuter en s’efforçant de trouver l’unité féconde, et non pas d’imposer à tout prix sa vérité contre celle d’autrui. Ce n’est que la discussion du premier genre qui mène à la vérité. Quant à l’autre discussion, elle ne mène qu’à l’hostilité, aux vaines querelles et à la faillite.