Archive pour résistance politique

Résistance au colonialisme: Loi naturelle, loi universelle (Mohawk Nation News)

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Voir sous l’article les quelques lectures complémentaires à cet article.

~ Résistance 71 ~

 

Nature vengeresse

 

Mohawk Nation News

 

17 octobre 2017

 

Url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2017/10/17/creation-the-avenger/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les gens savent pertinemment que la Nature/création est en charge du monde. Le pouvoir naturel vient des femmes qui sont les plus proches de la terre et se connectent avec la lune. Tout le monde doit finit par comprendre. Nous devons faire ce que la nature nous dit de faire en écoutant et en vivant en accord avec son esprit.

Nous ne pouvons pas abandonner notre mère. Les immigrants/colons ne comprennent pas les “instructions originales” de la création. Ils ne peuvent pas vivre en paix. La Nature n’est pas politique et ne dépend aucunement du système monétaire totalement artificiel. 

Nous avons tous besoin de notre (terre)mère. Un peuple ne peut pas contrôler naturellement la nourriture ou les choses matérielles dont on a besoin pour vivre.  Nous passons notre temps à nous défendre contre ceux qui fantasment le pouvoir du contrôle sur tout et en tout.

Teiohateh  (NdT: aussi appelé Guswenta), le wampum deux rangées, provient d’un traité avec les Hollandais lors de leur venue sur l’île de la Grande Tortue. Ils voulaient un accord afin qu’ils puissent se représenter comme nos pères et nous serions ainsi leurs enfants. Nous avons ri de la plaisanterie de cette proposition et nous leur avons dit que nous ne pourrions être que frères et sœurs au sein d’une même famille.

La Nature et non pas des accords passés par les Hommes, détermine le cours de toute vie. Le monde n’est absolument pas naturellement construit de manière hiérarchique. Nous vivons en accord avec des liens de parenté (de clans). Toute vie est de construction horizontale et non pas verticale avec quelqu’un en son sommet. Il y a à manger pour tout le monde, il pourrait parfaitement y avoir la paix sur le monde et de très bonnes relations entre tous. La hiérarchie humainement fabriquée est faite pour les mégalomanes qui entretiennent constamment le problème de la guerre dans le monde. Tout le monde souffre. La survie dépend de ce que nous nous souvenions tous des instructions originelles que nous avons avec cette terre. Nous avons été d’accord de vivre comme frères et sœurs avec toute vie portée par notre terre-mère, de survivre et de coexister éternellement.

Les oligarques de la haute finance se baladent dans leurs bagnoles blindées et s’entourent d’une armée privée afin de s’accrocher frénétiquement à leur pouvoir et leur puissance imaginaires.

Les gens qui aident nos ennemis à nous assassiner paieront le prix. Les horreurs et atrocités commises ne nous traverserons pas à cause de la loi karmique universelle.

Lectures complémentaires:

Manifeste de la societe des societes

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

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Manipulation impérialiste au Moyen-Orient: L’effondrement de la forfaiture Barzani pour un « Kurdistan » sioniste…

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Les Kurdes d’Irak se retournent contre les Barzani

 

Réseau Voltaire

 

21 octobre 2017

 

Source: http://www.voltairenet.org/article198457.html

 

La mascarade du scrutin truqué du référendum d’indépendance du Kurdistan iraquien, du 25 septembre 2017, se retourne contre ses initiateurs, les familles Barzani et Talabani.

Durant la campagne référendaire, le gouvernement régional kurde d’Iraq a affirmé que 80 pays dans le monde —dont les États-Unis et la France— soutenaient la création du nouvel État. Cet argument est apparu décisif pour de nombreux électeurs.

Le général des Gardiens de la Révolution iranienne, Qasem Soleimani, a mis en garde au dernier moment les Barzani. L’arrivée de 200 000 Israéliens et l’installation de missiles au Kurdistan iraquien ne pouvait qu’ouvrir une nouvelle guerre. Mais les Barzani n’ont rien voulu entendre.

Prenant l’initiative, les troupes nationales iraquiennes ont alors libéré la région de Kirkouk et ses champs pétroliers de l’occupation kurde, le 16 octobre. Plus de 100 000 Kurdes, qui s’y étaient installés en coordination avec Daesh et avaient expulsé la population autochtone, se sont enfuit en deux jours. La communauté internationale n’a émis aucune réaction.

Le gouvernement national iraquien vient ainsi de restituer aux arabes, chrétiens et musulmans, les territoires qui leur avaient été volés. Il a aussi évité une intervention et une occupation turque du pays.

Les médias occidentaux qui n’ont cessé de soutenir la dictature des Barzani, n’ont rien dit

  • des assassinats politiques de leurs opposants,
  • de l’impossibilité de tenir des élections mais de la possibilité d’organiser un référendum,
  • de leur accord avec Israël,
  • de leur accord avec Daesh,
  • de leur responsabilité dans le génocide des Kurdes yézidis,
  • de l’annexion de 80% de leur territoire en quelques années,
  • ni du nettoyage ethnique qui suivit

sont également restés silencieux.

Les Kurdes d’Iraq réalisent, mais un peu tard, que les Barzani et les Talabani les ont menés en bateau. Aucun pays —sauf Israël— ne peut admettre la création d’un nouvel État fondé sur l’annexion et le nettoyage ethnique.

Massoud Barzani, président sans droit ni titre du Kurdistan iraquien, ne pourra plus longtemps proroger artificiellement son mandat. Sans attendre, les Talabani ont prudemment pris leurs distances avec le pouvoir illégitime d’Erbil.

Bagdad vient de lancer un mandat d’arrêt contre le vice-président sans droit ni titre du Kurdistan iraquien, Kosrat Rasul, pour son rôle et ses propos lors de la libération de Kirkouk.

Discussion au sujet du Manifeste de la société des sociétés (avec mises à jour)

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Discussion avec Robert Bibeau, journaliste et rédacteur en chef des “7 du Québec” au sujet du “Manifeste de la Société des Sociétés”

 

Octobre 2017

 

Source: 

http://www.les7duquebec.com/7-de-garde-2/manifeste-pour-la-societe-des-societes/

(voir commentaires)

 

Manifeste de la societe des societes

 

@ Résistance 71 (17 octobre 2017)

Félicitation pour votre ouvrage bien écrit, documenté, solide. Cependant, je suis personnellement tenant d’une approche différente. Je m’explique.

Vous abordez l’étude des sociétés humaines sous l’angle des rapports sociaux de production ce qui logiquement vous amène très vite à poser LA QUESTION : « Ainsi la question n’est pas d’envisager des sociétés qui seraient avec pouvoir et d’autres sans ; mais de considérer la forme que prend le pouvoir politique inhérent à la société humaine. »

Pour moi c’est comme aborder la construction d’un édifice par le 10e étage en faisant comme si les 9 étages en-dessous n’existaient pas. Ces 9 étages ET LE SOUS-BASSEMENT – DÉTERMINANTS – c’est le mode de production – la façon que l’homme collectivement (pourquoi collectivement justement – le Thyranosaure n’était ni sociable – ni coopératif) a appris à trouver puis produire ce dont il avait besoin pour survivre.

C’est dans ce sous-bassement (les moyens et les forces productives) que vous pourriez trouver les explications aux turpitudes que vous soulignez très justement. Sauf que ces turpitudes sont des conséquences – des résultantes – des variables dépendantes dit-on en statistique – et non comme vous le croyez des tumeurs parasitant le corps social = Elles sont le corps social.

D’où on se retrouve aujourd’hui comme vous le soulignez avec des surplus de marchandises (important d’utiliser le mot MARCHANDISE et tous les concepts qu’il traine avec lui) dans certaines parties du monde et la famine dans d’autres parties du monde.

L’Homme social aurait résout le problème de la production des MARCHANDISES qui lui SONT nécessaires pour survivre en tant qu’espèce mais pas celui de répartir équitablement ces MARCHANDISES pour que chacun reçoive selon ses besoins.

C’est que le mode de production capitaliste actuellement en vigueur a été construit par l’homme mécaniquement de telle sorte que pour atteindre le premier objectif la société aille à l’antipode du deuxième objectif…. la répartition NON PAS ÉGALITAIRE mais selon les besoins de chacun. Ce deuxième objectif social – coopératif solidaire n’est même pas considéré par le système social.

C’est ICI précisément que LA QUESTION DU POUVOIR POLITIQUE = DE LA VIOLENCE D’ÉTAT EN FAIT = SE POSE et pas ailleurs.

Ce qui m’amènerait à introduire le concept central de LUTTE DES CLASSES SOCIALES comme moteur du corps social. Lutte des classes qui nous amène aujourd’hui et maintenant à poser la question du pouvoir politique afin de consciemment – volontairement – impérativement – résoudre le deuxième objectif PUISQUE SOCIALEMENT NOUS POUVONS PRODUIRE PAR NOTRE ACTIVITÉ HUMAINE (préférable au mot TRAVAIL) TOUT CE DONT LA SOCIÉTÉ A BESOIN POUR SE REPRODUIRE – l’objet ultime de la société des sociétés – socialement nous devons fournir à chacun selon ses besoins

Je poursuis ma lecture de votre manifeste camarades.

Merci beaucoup de nous l’avoir offert pour diffusion gratuite.

Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

Vous semblez confondre pouvoir politique – et État et vous demandez « comment est-on passé d’une forme de pouvoir non-coercitif à une forme de pouvoir coercitif dont l’État est le meilleur représentant? »

Mais le pouvoir est par nature coercitif – il use de la coercition ou il n’en use pas

Ainsi vous observez que les guerres sociales sont apparues 10 000 ans avant les Grands États structurés. Mais pas avant le pouvoir politique coercitif – les guerres ont d’ailleurs exigées la création de ces États structurés.

Il a donc une force – une tendance qui explique l’apparition de ces guerres puis l’édification de ces États pour mener ces guerres coercitives.

Ce n’est pas l’État votre bête noire que vous devez découvrir mais quelque chose qui a appelé l’ÉTAT – Détruisant ce quelque chose vous détruirez la cause des guerres et vous détruirez L’ÉTAT qui organise ces guerres (REVOYEZ VOTRE SOUS BASSEMENT ET VOS 9 PREMIÈRES ÉTAGES)

Ici je suis en désaccord avec vous « Y a t’il eu crise entre les possédants et ceux ne possédant pas ? Ce fut certes amplifié par l’avènement du commerce, mais ce n’est pas le commerce qui

l’a créé. En effet, l’économique n’est pas un facteur directeur initial de la

division de la société » Vous avez une mauvaise définition du concept d’économie. Ainsi, bien que ne sachant ni lire ni écrire ou compter IL EXISTAIT UNE ÉCONOMIE DU NÉENDERTALIEN C’est-à dire un procès de production et de répartition des biens (qui n’étaient pas des marchandises – cela viendra avec le capitalisme) dans la tribu qui reconnaissait un chef (un pouvoir) sans ÉTAT il est vrai.

« En clair, l’économique suit le politique, il en est une dérive. La société primordiale organique est une et unifiée, personne n’a plus qu’un autre, personne n’a plus de pouvoir qu’un autre, les décisions…  »

Voici le point de contradiction fondamentale Moi je crois que c’est le contraire exactement le contraire.

« Une fois le pouvoir politique séparé,

il entraîne son avatar économique dans son sillage de division induite. Y a

t’il un mécanisme de passage ? Quel en est le mode de fonctionnement ? »

Au préalable demandez-vous quelle force a permis – a voulu – qu’apparaisse la propriété privée et la séparation du pouvoir politique du corps social ???? Qui, quand, comment, pourquoi, tout cela ???

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique, marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

 -[]- Réponse de Résistance 71 le 19 octobre 2017:

Bonjour Robert et merci d’avoir commenté sur notre manifeste et de l’avoir mis en lien de téléchargement sur les 7 du Québec.

Nous allons répondre en bloc à tes arguments et nous te demandons de bien comprendre qu’il n’y a absolument rien de personnel dans ce que nous allons dire, que ceci ne se rapporte qu’à une analyse systémique (marxiste) qui a été démontrée erronée depuis un bon moment, par toute une branche novatrice de l’anthropologie politique. Il nous est immédiatement apparu évident que nous allions nous mettre les grandes factions catéchistes que sont les néolibéraux et les marxistes à dos avec ce manifeste. C’est le but quelque part aussi, parce qu’il est grand temps de débusquer et d’aplanir les mythes pour se concentrer sur les faits.

Pour bien comprendre notre démarche et notre cheminement réflexif, il est important de lire les ouvrages mentionnés dans la bibliographie attenante au manifeste.

Alors oui, il faut faire la différence entre Marx et le “marxisme”, que Marx se disait à la fin de sa vie “non-marxiste” etc…

Marx et Engels n’ont pas dit que des conneries, c’est évident. Mais le concept du “tout économique”, de la “lutte des classes moteur de l’histoire” est erroné. Marx et Engels n’´étaient pas des anthropologues. De fait leur connaissance en anthropologie était même assez pathétique, mais ils avaient quelques excuses. La discipline à l’époque était peuplée de la secte des sociaux-darwinistes qui pédalaient pour justifier du racisme et de l’exploitation coloniaux et d’ancrer la théorie de la “loi du plus fort” pour justifier “scientifiquement” du rapport dominant/dominé dont leur maîtres payeurs bénéficiaient et bénéficient toujours. De ce fait, le marxisme n’a pas vraiment été une amélioration sur ce point. L’histoire le prouva par la suite. Engels s’est par exemple appuyé sur la “star” de l’époque: Lewis Morgan pour son “étude” sur les Amérindiens dans son “origine de la famille et de l’État”, un Morgan dont l’étude sur les Iroquois, qui fut LA référence sur le sujet pendant plus d’un siècle, ne vaut que pour ses descriptions de la vie quotidienne de ces nations et du folklore attenant. Nous avons ce livre et l’avons lu en anglais, Morgan y réussit “l’exploit” d’écrire un bouquin de 460 pages sans JAMAIS y mentionner le mot de Kaianerekowa (Grande Loi de la Paix), ni le mode de gouvernance de la ligue Haudenosaunee, mais y consacrant une explication au chapitre III (p226 , dans l’édition Citadel Press Book de “The League of the Iroquois” de Lewis H. Morgan), sur le code religieux chrétien de “Handsome Lake”, forfaiture créée pour diviser la ligue iroquoise sur une base religieuse… Cette division persiste toujours de nos jours et a été créée par les chrétiens colonisateurs, dont Morgan était un des chantres et protecteurs par ses “études”. Ce même Morgan encensé par Engels… que dire de plus ?…

L’anthropologie marxiste est pathétique et celui qui l’a le mieux débusqué est l’anthropologue politique français Pierre Clastres (1932-1977), que nous avons sciemment ressorti du placard où marxistes et structuralistes avaient enfermé ses recherches après sa mort prématurée en 1977 dans un accident de la route.

Laissons lui la parole, c’est ce qu’i y a de mieux à faire, il parle ici des recherches des anthropologues marxistes Godelier et Meillassoux (Clastres P., Recherches en anthropologie politique,  Seuil, 1980, publication d’écrits post-mortem):

“A coup de pieds il veut faire entrer dans la société primitive (où elles n’ont que faire) les catégories marxistes de rapports de production, de forces productives, de développement des forces productives, ce pénible langage de bois qu’ils ont sans cesse à la bouche, tout en se cramponnant au structuralisme: société primitive = rapports de parenté = rapports de production. Cékomça. Des spécialistes de l’économie primitive, tels Marshall Sahlins aux Etats-Unis ou Jacques Lizot ici, qui s’occupent d’ethnologie et non de catéchisme, ont établi que la société primitive fonctionne précisément comme machine d’anti-production, que le mode de production domestique opère toujours au dessous de ses possibilités, qu’il n’y a pas de rapports de production parce qu’il n’y a pas de production, car celle-ci est le dernier des soucis de la société primitive. Naturellement Godelier (dont on voit bien ici que son marxisme est exactement de même tabac que celui de son concurrent Meillassoux: ils sont bien les Marx Brothers) ne peut renoncer à la Sainte Production, si non il ferait faillite, il serait au chômage.” (p165)

Puis un peu plus loin p 166 et suivantes, raisonnement d’une importance capitale que ferait bien de lire et d’assimiler tous les marxistes:

“La division sociale en dominants et dominés est, de part en part, politique, elle répartit les Hommes en maîtres du pouvoir et sujets du pouvoir. Que l’économie, le tribut, la dette, le travail aliéné apparaissent comme signes et effets de la division politique selon l’axe du pouvoir, je l’ai assez montré par ailleurs. La société primitive est indivisée parce qu’elle ne comporte pas d’organe séparé du pouvoir politique. La division sociale passe d’abord par la division entre la société et l’organe du pouvoir. Donc toute société non primitive (c’est à dire à dire divisée), comporte, plus ou moins développée, la figure de l’État. […] Le degré ultime [de l’oppression subie] étant atteint par le type de pouvoir que mettent en place fascistes et communistes: là le pouvoir de l’État est total, l’oppression absolue. Mais il demeure irréductible, ce point central: de même que l’on peut penser la société indivisée sans l’absence de l’État, de même on ne peut penser la société divisée sans la présence de l’État. Et réfléchir sur l’origine de l’inégalité, de la division sociale, des classes, de la domination, c’est réfléchir dans le champ de la politique, du pouvoir, de l’État et non dans le champ de l’économie, de la production etc… L’économie s’engendre à partir du politique, les rapports de production viennent des rapports de pouvoir, l’État engendre les classes.

Clastres ensuite remet la pendule à l’heure (p.167):

“Il convient pour y voir clair, de distinguer d’abord la pensée de Marx et le marxisme. Marx fut avec Bakounine, le premier critique du marxisme. La pensée de Marx, c’est un grandiose essai (parfois réussi, parfois raté) de penser la société de son temps (le capitalisme occidental) et l’histoire qui l’avait mise à jour. Le marxisme contemporain, c’est une idéologie au service d’une politique de sorte que les marxistes n’ont rien à voir avec Marx. […] Le marxisme post-marxien, outre qu’il devenait une idéologie dominante du mouvement ouvrier, est devenu l’ennemi principal du mouvement ouvrier, s’est constitué comme la forme la plus arrogante de ce que le XIXème siècle a produit de plus bête: le scientisme. En d’autres termes, le marxisme contemporain s’auto-institue comme LE discours scientifique sur l’histoire de la société, comme le discours qui énonce les lois du mouvement historique, les lois de transformation des sociétés qui s’engendrent les unes à partir des autres. Donc le marxisme peut parler de toutes les sociétés car il en connait le principe de fonctionnement. Mais il y a plus: le marxisme doit parler de tout type de société possible ou réelle, car l’universalité des lois qu’il découvre ne peut souffrir aucune exception ; sinon c’est la doctrine qui d’un bloc s’écroule. Par conséquent, afin de maintenir non seulement la cohérence, mais aussi l’existence même de ce discours, il est impératif pour les marxistes de formuler la conception marxiste de a société primitive, de constituer une anthropologie. A défaut de quoi, il n’y aurait pas de théorie marxiste de l’histoire, mais seulement l’analyse particulière (le capitalisme du XIXème siècle), élaborée par un certain Karl Marx. […] Donc un seul poids, une seule mesure. Quelle est la mesure marxiste des faits sociaux ? C’est l’économie ; le marxisme est un économisme. Il rabat le corps social sur l’infrastructure économique, le social c’est l’économique. C’est pourquoi les anthropologues marxistes, bien obligés, plaquent sur le corps social primitif  ce qui, pensent-ils, fonctionne ailleurs: les catégories de production, de rapports de production, de développement des forces de production, d’exploitation, etc, etc. Au forceps comme dit Adler. […] A la réalité des faits sociaux, les marxistes substituent l’idéologie de leur discours. Meillassoux, Godelier et consorts, qui sont-ils ? Ce sont des Lyssenko des sciences humaines. […] Pour eux, la société primitive n’existe que dans la mesure où on la rabat sur cette figure de la société apparue à la fin du XVIIIème siècle, le capitalisme. Avant cela, rien n’existe, rien ne compte, tout est précapitaliste… Résultat: pour le marxisme en général, ce qui mesure la société, c’est l’économie et pour les ethno-marxistes qui vont encore plus loin, ce qui mesure la société primitive, c’est la société capitaliste. Cékomça…”

Voici comment on pourrait schématiser la chose: Nous appelons çà “la théorie du big-bang antisocial”:

A To [Tzéro] nous avons la société primordiale (on n’aime pas le terme de “primitive” des anthropologues pour qui cela veut dire “première” du latin “primere”, mais pour le commun des mortels, ça veut dire “sauvage inférieur” donc on évite…) sous communisme primordial, à la chefferie sans pouvoir et au pouvoir non coercitif, puis le pouvoir sort du corps social et se constitue en entité séparée auto-proclamée à T1, à T2 les rapports économiques jusque là inexistants, emboitent le pas et consolident le pouvoir en place et la division générée.

En clair, ce qui rend possible la propriété privée, c’est la relation politique dominant/dominé préalablement établie par la sortie du pouvoir du corps social pour se concentrer aux mains d’un petit nombre (ou d’une personne dans le cas d’une société minimaliste clanique). Le marxisme, issus de Marx met la charrue avant les bœufs, parce que comme le dit Clastres, sans cette relation causale inventée, Marx ne peut pas expliquer les sociétés primordiales, sa théorie tombe à l’eau.

Par contre son analyse du capital tient la route dès que sont enclenchés les rouages économiques, eux-mêmes des inventions humaines et en rien universels. L’analyse de Marx tient la route en T2, mais ne peut pas expliquer T1 et encore moins To…

Vois-tu la finalité de l’affaire ?… Si on veut en sortir, faut faire tomber les mythes. Penser que les rapports sociaux ont leur cause dans l’économique et donc chercher des solutions économiques au problème social est erroné, c’est totalement faire fausse route.

Là réside toute la finalité de notre manifeste.

Franchement lis Clastres, Jaulin, Lizot, Sahlins, leurs recherches sont des antidotes à tous les catéchismes inféodés aux pouvoirs, comme l’est le marxisme et oui une certaine catégorie de l’anarchisme nous le savons pertinemment et ne sommes pas dupes. Nous lisons occasionnellement tes interventions et nous considérons que tu n’es plus très loin du “lâcher-prise” du catéchisme marxiste. En fin de compte, nous avons le même objectif, nous différons par les moyens d’y parvenir. Historiquement, la fange léniniste, trotkiste, staliniste, maoïste et une certaine régression dans le castrisme, a toujours pédalé pour l’État et le pouvoir oppresseur des peuples, ces entités ont œuvré parfois de concert avec les pires fascismes comme lors de la révolution sociale espagnole, pour étouffer et réprimer les véritables élans émancipateurs populaires. Le temps est venu de mettre toute cette pourriture dans les poubelles de l’histoire, avec le capitalisme, l’État et la cause de tout çà: la division politique de la société.

Il nous faut retourner à la croisée des chemins et cette fois prendre le bon virage. Notre manifeste n’est qu’explicatif, la praxis doit s’en suivre.

Merci de nous a voir lu jusqu’au bout.

Fraternellement à toi

R71

Mise à jour du 20 octobre 2017:

@ RESISTANCE 71

1) MERCI POUR VOTRE RÉPONSE.

2) Dommage que votre sectarisme et votre dogmatisme vous aient interdit de publier cette réponse ici même pour faciliter le suivi pour les lecteurs.

3) tranchons tout de suite la question de Marx, et du marxisme – tel que présenté par les dogmatiques sectaires de la go-gauche (la liste est trop longue pardonnez-moi).

4) Je hais les dogmatiques et les sectaires se disputant à coup de citations et de références bibliques (ce que vous avez fait en partie dans votre réponse). Je me CHRIST de savoir si Marx a écrit ceci ou cela – pareil pour Engels et Lénine et Staline et les autres….

5) J’observe le monde qui m’entoure (donc je n’observe pas les sociétés primitives – premières que je ne peut voir et ausculter) et je me fais une idée à partir de mon bagage de connaissance. Si un marxiste a dis la même chose que moi = bravo = s’il a dit le contraire = tant pis j’en ai rien à foutre.

6) UN EXEMPLE Les luttes de libérations nationales qui me passionnent bien plus que les sociétés du Néolithique que je ne peut observer OR les nationalismes je les voit ils me dérangent la vie avec leur chauvinisme. ET bien c’est par mes propres observations que j’en suis venu à contester TOTALEMENT la dogmatique LÉNINISTE CHAUVINE sur cette question. Pas en lisant un anarchiste opposé aux léninismes – un dogmatisme n’est pas meilleur qu’un autre.

7) Ma seule et UNIQUE préoccupation = contribuer même minimement à la RÉVOLUTION POUR LA CONSTRUCTION D’UN NOUVEAU MODE DE PRODUCTION. point barre

8) J’AIME DONC CETTE CITATION :

“Il convient pour y voir clair, de distinguer d’abord la pensée de Marx et le marxisme. Marx fut avec Bakounine, le premier critique du marxisme. La pensée de Marx, c’est un grandiose essai (parfois réussi, parfois raté) de penser la société de son temps (le capitalisme occidental) et l’histoire qui l’avait mise à jour. Le marxisme contemporain, c’est une idéologie au service d’une politique de sorte que les marxistes n’ont rien à voir avec Marx. […] Le marxisme post-marxien, outre qu’il devenait une idéologie dominante du mouvement ouvrier, est devenu l’ennemi principal du mouvement ouvrier, s’est constitué comme la forme la plus arrogante de ce que le XIXème siècle a produit de plus bête: le scientisme. En d’autres termes, le marxisme contemporain s’auto-institue comme LE discours scientifique sur l’histoire de la société, comme le discours qui énonce les lois du mouvement historique, les lois de transformation des sociétés qui s’engendrent les unes à partir des autres. Donc le marxisme peut parler de toutes les sociétés car il en connait le principe de fonctionnement.  »

9) CEPENDANT je pense toujours que la classe ouvrière est l’avenir de l’homme et j’ai besoin de cette « foi » pour me pousser à continuer à lutter pour le changement radical.

10) un conseil camarade : passer moins de temps à réétudier les sociétés primitives – du passé – et étudier la société contemporaine – actuelle – présente – sous vos yeux que nous pouvons transformer – le Néolithique c’est terminé même si c’était le paradis sur terre. Nous sommes 7 milliards à souffrir ne l’oubliez pas

Bravo pour votre travail colossale. Vous méritez notre admiration

11) Je reviendrai sur d’autre point plus tard.

Réponse de Résistance 71

@Robert Bibeau

Merci de continuer l’échange.

Nous répondrons ici point par point, certains pouvant être regroupés:

1, 2, 3 et 4: Bravo pour çà, on a déjà dit que tu étais un marxiste engagé sur une voie de “dégagement”, ce qui est tout à ton honneur. Mais tu es un marxiste revendiqué donc le catéchisme, même “réformé” est toujours en filigrane, ce que tu prouves dans les points suivants. 😉

5- Mais nous aussi nous observons le monde qui nous entoure et de fait sa compréhension ne peut se faire qu’en en ayant une vision historique panoramique, d’où la nécessité de remonter à ses origines pour en comprendre le fonctionnement et ce qui est parti en vrille à un moment donné. Comme expliqué plus haut, le problème marxiste sur ce point réside dans cette arrogance à ignorer le passé qui ne l’arrange pas et qu’il ne peut pas expliquer. Désolé Robert, mais l’histoire de l’humanité ne commence pas au néolithique avec un prolongement capitaliste depuis le XVIIIème siècle. Il y a un enchaînement causal que le marxisme et sa doxa refusent de considérer parce que la théorie marxiste ne peut pas expliquer To et T1 comme vu plus tôt. Ta critique des marxistes est juste, tu devrais donc commencer à t’en démarquer afin d’éviter la confusion. En te revendiquant marxiste, tu t’exposes à être mis dans le même panier que ceux que tu critiques finalement et à juste titre…

6- Ce qui se passe aujourd’hui n’est que résurgence cyclique. Le monde reste dans le cercle vicieux du pouvoir coercitif étatique parce que jusqu’à présent, très rares sont ceux qui ont adressé le problème fondamental, radical de ce marasme: la division politique de la société et surtout la récurrence de l’antagonisme comme moteur du déséquilibre. Refuser d’analyser la société humaine dans son ensemble est un dogmatisme Robert. Balayer d’un revers de la main ce qu’on ne croit pas être utile à la compréhension actuelle des choses ne fait qu’obscurcir les choses et les limiter. Saucissonner l’histoire pour n’en prendre que ce qui arrange une vision politique des choses n’est-il pas un dogmatisme ?…

7- Ce n’est pas un “nouveau mode de production” qui sauvera l’humanité, mais un changement radical de l’organisation politique. Une redilution du pouvoir dans les peuples, qui repassera de facto en mode de pouvoir non coercitif et nous ajoutons, le demeurera indéfiniment dès lors que nous embrasserons le concept de complémentarité pour remplacer l’antagonisme qui est prévalent et le fut également dans les sociétés primordiales. De là, tout comme “l’économique” a suivi le politique dans la division initiale avec plus ou moins de délai selon les sociétés et leur avancement, il suivra de nouveau le politique pour retrouver l’essence de sa fonction, celle de disparaître.

8- Au moins çà !?!

9- Qu’entends-tu par “classe ouvrière” ? Celle des ouvriers d’usine ou plus généralement celle des travailleurs, donc des prolétaires comprenant toux ceux qui n’ont rien d’autre que leur force de travail à vendre, c’est à dire 99% de l’humanité ? Le discours marxiste à ce sujet, émanant du “Manifeste du parti communiste”, est particulièrement énervant: seuls les ouvriers sont “révolutionnaires”, les paysans sont de sales “réacs”. Les bourgeois Marx et Engels oublient toujours que sans la bouffe et l’intendance, on crève de faim sur les barricades… Mais il est vrai que ces deux acolytes ne rêvaient pas de lutte radicale mais de saisir le pouvoir par les urnes en bons larbins du système qu’ils étaient. A ce titre, il est évident que la question sociale peut, doit, être ramenée à la question agraire. De plus la conscience politique a été quasiment anéantie par plus d’un demi siècle de société de consommation, embourgeoisant et divisant plus avant ceux qui n’ont pas encore été remplacés par “l’armée de réserve du capital” qu’est l’immigration forcée en amont par les guerres impérialistes de l’occident dominant et arrogant.

10. Un conseil compañero, passe plus de temps à lire et comprendre ce qu’il s’est passé en amont du dogme marxiste, de sa frontière historique auto-établie. Pour comprendre le monde et la société, il faut aller en zone interdite… C’est parce que nous sommes 7 milliards et quelques à souffrir que nous avons écrit ce manifeste, afin de peut-être pouvoir envisager une tangente au cercle vicieux qui nous restreint et nous rend fous.

Nous te référons à ce sujet au sublime film d’Andrei Tarkovsky “Stalker” (1979), qui nous invite à explorer la “zone”, bien entendu interdite par le gouvernement oppresseur de la société invoquée. Il est évident que les périodes paléo et néolithiques sont terminées, merci de nous l’avoir rappelé et notre manifeste établit clairement qu’il n’est pas question de courir après ce passé, mais d’en utiliser sa connaissance pour faire avancer notre conscience politique. En refusant de le faire, tu ne fais que mutiler la tienne. La “zone” est là à explorer et on n’a pas besoin d’un “stalker” pour l’explorer…

Allez Robert, take a walk on the wild side… 😉

Au plaisir de te lire.

Fraternellement

R71

Manifeste de la societe des societes

Manifeste de la Société des Sociétés (Résistance 71)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 15 octobre 2017 by Résistance 71

Résistance 71

15 octobre 2017

 

Nous vous présentons notre réflexion politique pour un changement radical de paradigme politique et mettre fin à la mascarade criminelle de la gouvernance étatico-capitaliste qui arrive au bout du bout du banc… Nous laisserons notre lectorat absorber et analyser cette réflexion collective en demeurant silencieux pendant quelques temps… Nous répondrons néanmoins à tous commentaires et tous courriels sur le sujet. Bonne lecture et n’hésitez pas à nous contacter. Merci à Jo de JBL1960 pour la mise en page sobre et efficace du pdf.

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Avant-propos du Manifeste de la société des sociétés

Inégalité galopante, division exacerbée, exploitation sans fin des ressources humaines et naturelles, destruction environnementale exponentielle, oppression, répression, guerres sans fin, terrorisme piloté par les états, pauvreté matérielle, intellectuelle et culturelle, parodies et illusions démocratiques, cirque politique, gouvernance oligarchique, éradication des libertés au profit d’une illusoire sécurité, mensonges et falsifications en tout genre, contrôle et censure de l’information, assujettissement à la marchandise, à l’argent roi et autres turpitudes économico-sécuritaires, sont non seulement les fondations de notre société moderne, mais aussi sont devenus la norme et le standard si peu critiqué d’une organisation humaine qui, depuis quelques décennies ne fait plus que tourner de plus en plus rapidement autour du siphon du tout-à-l’égoût du grand oubli.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Était-ce… Est-ce inéluctable ? Est-ce le résultat d’une évolution ? Où va la société humaine ? D’où vient-elle ? Y a t’il une solution ?…

Pour tenter de répondre à ces questions et quelques autres inhérentes, nous vous proposons un bref historique de la société humaine de son aube à aujourd’hui, analysé d’un point de vue socio-politique. Notre analyse, fruit de plusieurs années d’étude et de réflexion individuelles et collectives au moyen d’une littérature abondante alimentant une pensée critique, ne s’embarrassera ni de citations ni de références dans le texte. Nous publions en toute fin, une bibliographie essentielle mais non-exhaustive de ce qui nous a aidé à formuler le présent manifeste, que nous avons désiré être le plus succint et direct possible afin qu’il n’en soit que plus éclairant.

Ce cheminement nous amènera à communément définir le terme de “société”, de comprendre les différentes phases de son existence au cours de l’histoire pour entrevoir le chemin d’une transformation radicale de celle-ci ayant pour but ultime l’émancipation de la société des contraintes induites à dessein pour maintenir la division, outil essentiel de maintien du consensus du statu quo oligarchique en vigueur depuis déjà bien trop longtemps. Nous verrons aussi comment la société à venir, société des sociétés, n’a pas à être inventée, mais être recomposée des expériences passées et adaptée à notre monde dont la technologie doit servir à en faciliter le fonctionnement et non pas l’entraver comme c’est actuellement le cas dans le modèle politico-social sclérosé nous écrasant.

Lire la suite ici…

Manifeste de la societe des sociétés (PDF gratuit à télécharger)

Résistance politique: Du leurre catalan…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 14 octobre 2017 by Résistance 71

Très bonne analyse de Tomas Ibanez à laquelle nous adhérons au sujet de l’affaire du referendum catalan, qui n’est qu’un referendum pour créer… un nouvel état qui ne sera en rien indépendant. De plus, imaginons un instant que la Catalogne devienne « indépendante » et que dans disons 10 ans, un pourcentage conséquent de la population désire réintégrer l’Espagne (comme les Écossais ont réintégré de leur plein gré la « couronne » britannique), alors ce nouvel état catalan enverra sa bidasserie cerbère pour mâter violemment ces « intégrationnistes » , de la même manière que l’état espagnol a envoyé sa chienlit en uniforme matraquer le peuple catalan… L’Etat ne sait rien faire d’autre qu’exercer son monopole de la violence.

Franchement, il n’y a pas si longtemps que çà, le peuple catalan nous a habitué à mieux. Il ferait mieux de reprendre l’affaire là où elle avait été trahie il y a quelques 80 ans…

~ Résistance 71 ~

 

 

Orages sur la Catalogne

 

Tomas Ibañez

 

11 octobre 2017

 

Source: http://www.lavoiedujaguar.net/Orages-sur-la-Catalogne

 

À propos d’orages et de boussoles

C’est dans les moments agités, complexes et orageux qu’il importe de consulter nos boussoles pour ne pas nous égarer. Mais c’est aussi au cœur de l’orage que leurs indications s’avèrent le moins fiables. C’est pourquoi il est crucial de ne pas se laisser emporter par le tourbillon des événements qui se succèdent de manière endiablée et qui exigent des réactions rapides. C’est pourquoi il est nécessaire de lever les yeux, ne serait ce qu’un instant, par-dessus le contexte immédiat, prendre une certaine distance par rapport à l’orage, et tenter d’entrevoir l’horizon vers lequel nous poussent les actes que la situation semble nous imposer.

Malgré la sympathie, l’affection et la compréhension que j’éprouve envers bon nombre des libertaires qui s’impliquent dans les mobilisations qui secouent la Catalogne, je ne peux m’empêcher de considérer qu’ils sont en train de favoriser, de manière totalement involontaire, le processus conçu par le gouvernement catalan et par les formations nationalistes pour créer « un nouvel État ».

Il est clair que tel n’est pas leur objectif, bien au contraire, et que ce n’est pas cela qui les conduit à exposer leur corps dans une paradoxale « défense des urnes » ou à convoquer une grève générale en contiguïté temporelle avec le référendum pour la création d’un nouvel État.

Leurs objectifs s’étendent depuis celui consistant à « détruire l’État espagnol » (souhaitons qu’il soit atteint) jusqu’à celui d’avancer vers une situation ou il soit possible de « décider de tout », et pas seulement de la forme politique du territoire, en passant par la volonté de radicaliser l’agitation actuelle en encourageant la créativité et les pincées d’auto-organisation qui pointent dans la population. Certains caressent même le rêve d’une (improbable) insurrection populaire ouvrant la voie à une véritable « autonomie », au sens fort du terme qui va bien au-delà du concept d’autodétermination des peuples.

Ces objectifs, ainsi que l’incontournable engagement à lutter contre la répression exercée par l’État sur ceux qui défient ses lois, m’inspirent le plus haut respect. Cela dit, il n’en demeure pas moins que les actions de ces camarades apportent leur petit grain de sable au développement du projet indépendantiste, ou plutôt nationaliste, comme il est plus exact de le dénommer car il ne poursuit pas « l’indépendance » d’autre chose que celle d’une « nation »… exclusivement.

Si cette contribution au développement du projet nationaliste me préoccupe ce n’est pas parce qu’il conduit à l’éventuelle création d’un nouvel État, car en fin de compte il nous faudrait poursuivre nos luttes en son sein comme nous le faisons dans l’État où nous nous trouvons, sans qu’un changement du cadre étatique entraîne une différence qualitative digne de mention. Vivre dans un nouvel État nous importe peu, par contre, la principale conséquence négative qui découlera de notre participation dans le conflit actuel c’est que ce sera nous, et les travailleurs impliqués, qui paierons les « pots cassés » de l’affrontement entre l’État institué et l’État naissant, comme cela va être le cas, par exemple, pour la vingtaine d’anarchistes grecs arrêtés suite à l’occupation de l’ambassade espagnole en solidarité avec « la Catalogne » (sic).

Ce qui me préoccupe, et c’est précisément ici que prend sens mon appel à « lever les yeux », c’est que la contribution aux affrontements actuels est en train de donner des ailes à « l’essor des nationalismes », comme cela se produit à chaque fois qu’il y a un choc entre nationalismes, et cela augure un affrontement entre travailleurs aussi bien en Catalogne qu’entre des travailleurs d’ici avec ceux d’autres parties du territoire. Sans parler, par ailleurs, du correspondant « essor de l’extrême droite » que l’on constate déjà en divers points d’Espagne. Bien entendu, il ne s’agit pas de renoncer à lutter sous prétexte que cela peut susciter l’essor de l’extrême droite, mais ce qu’il ne faut certainement pas faire c’est lutter dans une bataille définie en termes nationalistes car c’est cela qui garantit cet essor.

En cet instant, les interventions respectives de Puigdemont (président du gouvernement catalan), qui laissa hier dans les limbes la proclamation du nouvel État, et de Rajoy (président du gouvernement espagnol), qui a mis en marche, de façon pour l’instant voilée, la suspension de l’autonomie catalane, révèlent leur soucis de ne pas nuire aux intérêts des grandes corporations, des entreprises ou des entités financières, et signalent les limites qu’aucun des deux gouvernements en lice n’est disposé à transgresser. Cela se traduit par une atténuation de la tension existante, accompagnée de la mise en scène d’un spectacle fait de poses et de tromperies assorties de tirs de balles à blanc. Jusqu’à présent le seul sang qui a été versé, et il faudrait éviter qu’il continue à l’être, est celui de « ceux d’en bas » qui se sont laissé entraîner à participer à une partie orchestrée et arbitrée par la classe politique en fonction de ses intérêts. Il nous faut lutter, bien sûr, mais pas dans des combats où nos ennemis nous appellent à les rejoindre.

Gilad and All That Jazz (2012)

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Résistance 71

13 octobre 2017

Enfin disponible après des années de censure, la vidéo restera t’elle longtemps en ligne ?… Excellent film de Golriz Kolahi sur le grand saxophoniste de Jazz Gilad Atzmon. Nous le suivons dans sa vie, son œuvre et ses positions politiques, celles d’un Israélien volontairement expatrié en Grande-Bretagne, farouche antisioniste et que bien entendu  la clique usuelle (qui a la parole dans le documentaire…) refuse de débattre, un Atzmon qui déclare dans son dernier livre en date « Being in Time » (2017):

« L’appel sioniste et celui de l’Etat Islamique sont des réactions somme toute identique à la politique identitaire de la nouvelle gauche. »

« Au lieu d’imposer une idéologie particulière, qu’elle soir de droite, de gauche, marxiste, capitaliste, libérale, fasciste etc ; j’examine la complémentarité entre un système politique et la condition humaine… »

« L’être et le temps sont comme le bout de notre nez, si proches qu’on échoue à les percevoir. La vérité est là, disponible à tout moment, tout ce que nous avons à faire est d’ouvrir les yeux et de la contempler. »

A voir et diffuser sans modération (l’anglais d’Atzmon est facile à comprendre car il n’est pas natif de la langue…)

 

Résistance politique: Vivre sa journée et ne pas la rêver…

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Vous m’avez fait le don infiniment précieux de la pauvreté

 

Simone Weil (octobre 1941)

 

Source: http://www.investigaction.net/fr/vous-mavez-fait-le-don-infiniment-precieux-de-la-pauvrete/

 

Il ne s’agit pas de Simone Veil dont le nom demeure lié à l’abolition de la répression des femmes pour avoir avorté, mais de Simone Weil la philosophe. Le 24 août 1943 mourait Simone Weil, à l’âge de 34 ans. Sa pensée et sa trajectoire fulgurante demeurent largement méconnues au-delà d’un cercle de spécialistes.

Figure majeure de la philosophie du XXe siècle, dont Albert Camus édita une grande partie de l’œuvre après sa mort, elle fut également une femme de combat. Impliquée dans les luttes et les débats de son temps, elle a marqué de son empreinte la culture politique de la gauche.

Abandonnant provisoirement sa carrière d’enseignante, la philosophe Simone Weil, après avoir été ouvrière chez Renault en 1934-1935, devient ouvrière agricole en 1941… C’est dans ce contexte qu’elle écrit cette incroyable lettre chargée de courage et d’ironie, à Xavier Vallat, Commissaire général aux questions juives, qui vient juste de formaliser le second statut des Juifs et leur recensement, ainsi que la loi du 22 juillet 1941 qui organise la spoliation des biens juifs par l’État Français.

= = =

18 octobre 1941

 

Monsieur,

Je dois vous considérer, je suppose, comme étant en quelque sorte mon chef ; car, bien que je n’aie pas encore bien compris ce qu’on entend aujourd’hui légalement par Juif, en voyant que le ministère de l’Instruction publique laissait sans réponse, bien que je sois agrégée de philosophie, une demande de poste déposée par moi en juillet 1940 à l’expiration d’un congé de maladie, j’ai dû supposer, comme cause de ce silence, les présomptions d’origine israélite attachée à mon nom.

Il est vrai qu’on s’est abstenu également de me verser l’indemnité prévue en pareil cas par le statut des Juifs ; ce qui me procure la vive satisfaction de n’être pour rien dans les difficultés financières du pays.

Quoi qu’il en soit, je crois devoir vous rendre compte de ce que je fais.

Le gouvernement a fait savoir qu’il voulait que les Juifs entrent dans la production, et de préférence aillent à la terre. Bien que je ne me considère pas moi-même comme juive, car je ne suis jamais entrée dans une synagogue, j’ai été élevée sans pratique religieuse d’aucune espèce par des parents libres-penseurs, je n’ai aucune attirance vers la religion juive, aucune attache avec la tradition juive, et ne suis nourrie depuis ma première enfance que de la tradition hellénique, chrétienne et française, néanmoins j’ai obéi.

Je suis en ce moment vendangeuse ; j’ai coupé les raisins, huit heures par jour, tous les jours, pendant quatre semaines, au service d’un viticulteur du Gard. Mon patron me fait l’honneur de me dire que je tiens ma place. Il m’a même fait le plus grand éloge qu’un agriculteur puisse faire à une jeune fille venue de la ville, en me disant que je pourrais épouser un paysan. Ignoré, il est vrai, que j’ai du seul fait de mon nom une tare originelle qu’il serait inhumain de ma part de transmettre à des enfants.

J’ai encore à faire une semaine de vendange. Ensuite je compte aller travailler comme ouvrière agricole au service d’un maraîcher chez qui des amis m’ont procuré une place. On ne peut pas, je pense, obéir plus complètement.

Je regarde le statut des Juifs comme étant d’une manière générale injuste et absurde ; car comment croire qu’un agrégé de mathématiques puisse faire du mal aux enfants qui apprennent la géométrie, du seul fait que trois de ses grands-parents allaient à la synagogue ?

Mais, en mon cas particulier, je tiens à vous exprimer la reconnaissance sincère que j’éprouve envers le gouvernement pour m’avoir ôtée de la caté­gorie sociale des intellectuels et m’avoir donné la terre, et avec elle toute la nature. Car seuls possèdent la nature et la terre ceux à qui elles sont entrées dans le corps par la souffrance quotidienne des membres rompus de fatigue.

Les jours, les mois, les saisons, la voûte céleste qui tournent sans cesse autour de nous appartiennent à ceux qui doivent franchir l’espace de temps qui sépare chaque jour le lever et le coucher du soleil en allant péniblement de fatigue en fatigue.

Ceux-là accompagnent le firmament dans sa rotation, ils vivent chaque journée, ils ne la rêvent pas.

Le gouvernement, que vous représentez à mon égard, m’a donné tout cela. Vous et les autres dirigeants actuels du pays, vous m’avez donné ce que vous ne possédez pas. Vous m’avez fait aussi le don infiniment précieux de la pauvreté, que vous ne possédez pas non plus.

J’aurais hésité à vous écrire, sachant votre temps pris par d’innombrables soucis, mais vous ne recevez certainement pas beaucoup de lettres de remerciements de ceux qui se trouvent dans ma situation. Cela vaut donc peut-être pour vous les quelques minutes que vous perdrez à me lire.

Veuillez recevoir, Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

Simone Weil

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Simone Weil mettra ses parents à l’abri aux États-Unis en 1942 et se rendra en Grande-Bretagne pour y travailler comme rédactrice dans les services de la France Libre.

Atteinte d’une tuberculose sans doute aggravée par sa période de vie ouvrière, Simone Weil meurt au sanatorium d’Ashford le 24 août 1943.