Archive pour amérindiens contre colonialisme

Guerres colonialistes: Déclaration du CNI-EZLN sur les peuples originels en lutte

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CNI-EZLN / Gilets Jaunes : Même combat !
Nous sommes tous des colonisés !

 

Déclaration jointe du Congrès National Indigène CNI-CGI et de l’EZLN sur les agressions récentes des capitalistes, de leurs gouvernements et de leurs cartels contre les peuples originels du Mexique

Aux peuples du monde
Aux réseaux de résistance et de rébellion
Aux membres nationaux et internationaux de la Sixième
A la presse :

Nous les peuples, nations, tribus et barrios du Congrès National Indigène et du Conseil de Gouvernance Indigène ainsi que l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, condamnons les évènements suivants:

Nous dénonçons les attaques sur les communautés natives de Nahua de San Mateo Cuanala San Lucas Nextetelco, San Gabriel Ometoxtla, Santa María Zacatepec, et de José Ángeles voisinage de la municipalité de Juan C. Bonilla. Le 30 octobre courant, la police fédérale mexicaine, la police de l’état de Puebla et la Garde Nationale ont frappé et ont tiré des balles en caoutchouc sur les membres de la communauté, incluant des femmes et des enfants ainsi que des personnes âgées.

Cette répression fut appliquée sur nos compagnons dans un effort de pousser de l’avant l’empoisonnement de la rivière Metlapanapa au sein d’un projet de construction d’égoûts pour la zone industrielle de Huejotzingo, Puebla, connue sous le nom de “cité du textile”. Ceci fait aussi partie d’un projet géant d’infrastructure urbano-industrielle connu sous le nom de “Projet Intégré Morelos”, qui a déjà coûté la vie à notre compañero Samir Flores.

Nous condamnons la lâche attaque du 3 novembre sur Wixarika et Tepehuana de la communauté de San Lorenzo de Azqueltán, municipality of Villa Guerrero, Jalisco, par les propriétaires terriens Fabio Ernesto Flores Sánchez (alias La Polla), Javier Guadalupe Flores Sánchez, et Mario Flores, accompagnés de trois camions pleins d’individus armés agissant en totale impunité. Ils ont monté une embuscade et battu des membres de la communauté et des autorités locales, blessant grièvement nos compañeros Ricardo de la Cruz González, Noé Aguilar Rojas, et Rafael Reyes Márquez, qui sont toujours à l’hôpital.

Ces tentatives d’assassinat qui ont été commises en toute impunité, ont l’intention de mettre un coup d’arrêt à la digne lutte historique de ces communautés à défendre leurs terres. Cette terre est convoitée par ceux qui, parce qu’ils ont de l’argent, pensent qu’ils sont les propriétaires de la région et ils ont de longue date été dépendant de la complicité du gouvernement, qui lui veut offrir ces terres communales pour des millions de dollars de contrats ainsi qu’effacer de l’histoire le peuple Tepecano.

Nous demandons le retour en sécurité de nos compañeros Carmelo Marcelino, Chino et Jaime Raquel Cecilio du Frente Nacional por la Liberación de los Pueblos (Front de Libération Nationale des Peuples) de l’état de Guerrero qui ont disparu le 22 octobre alors qu’ils revenaient d’Acapulco vets Huamuchapa. Ce crime est l’acte le plus récent de la criminalisation, de la persécution, des meurtres et de la disparition de tous ceux de l’état de Guerrero et à travers le Mexique, qui luttent pour la protection des territoires indigènes contre la dévastation capitaliste.

Nous dénonçons également la disparition depuis plusieurs heures entre les mains de la police d’Oaxaca, de notre compagnon Fredy Garcia du Comité de Defensa de Derechos Indígenas après qu’il fut convoqué pour une réunion avec des fonctionnaires du gouvernement. La police a accusé de manière absurde Garcia dans une tentative de le criminaliser ainsi que le comité et leur digne lutte contre la répression et la dépossession capitalistes. Nous demandons la libération immédiate et sans condition de notre compañero Fredy Garcia !

Les capitalistes, leurs cartels et leurs gouvernements utilisent des groupes armés, que ce soit de la police ou de l’armée du mauvais gouvernement, des troupes paramilitaires ou le crime organisé, pour imposer mort et dépossession sur les peuples originels. Pour nos peuples, tout ceci veut dire violence, terreur, et rage ; pour eux, cela veut dire impunité et la garantie que leurs crimes contre des peuples entiers se transformeront en purs profits et bénéfices.

Dans l’attente,

Novembre 2019

Pour la totale reconstituion de nos peuples

Plus jamais un Mexique sans nous !

National Indigenous Congress
Indigenous Governing Council
Zapatista Army for National Liberation

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Lectures complémentaires:

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

6ème_déclaration_forêt.lacandon

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

 

Résistance au colonialisme: Canada et « affaires indiennes » une entreprise coloniale militaire (Mohawk Nation News)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 6 novembre 2019 by Résistance 71

 

Le piège à rats [du ministère] des affaires indiennes

 

Mohawk Nation News

 

4 novembre 2019

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2019/11/03/indian-affairs-rat-trap/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Qu’est-ce que le Canada ? Rien d’autre qu’une occupation militaire de la terre onkwehonweh (native), gérée depuis le bureau des Affaires Indiennes (AI) qui est un département de l’armée.

En 1968, quelques kanionkehaka’onwe [Mohawks} allèrent à Ottawa pour protester le fait que 33 communes de Montréal entreposaient leurs ordures sur Kahnawake (territoire mohawk). Les AI appelaient cela une “décharge sanitaire”, gérée par la mafia. Nous voulions montrer comment le Canada notre soi-disant fiduciaire, permettait que des dizaines de milliers d’hectares de terre, d’eau et de détritus toxiques empoisonnaient et mettaient en feu les sous-sols. Les Kanionkehaka capturèrent dans leurs maisons rats et souris et les emmenèrent à une réunion avec les AI qui était à l’époque localisées à Ottawa. Pendant la réunion, les rats s’échappèrent accidentellement de leurs boîtes et se cachèrent. Ils commencèrent à se reproduire à grande vitesse et finirent par détruire le bâtiment (en le rendant insalubre). En 1973, un(e) des onkwehonweh qui délivra les rats eut un travail au département des AI.

En 1978, le Canada construisit un nouveau bâtiment de 27 étages à Hull, aujourd’hui appelé Gatineau. Tout fut tranquillement déménagé dans le nouveau bâtiment. Ceci eut lieu durant le temps fort du mouvement séparatiste du Québec. A cette époque, nous les natifs, discutions de la possibilité de la séparation corporatrice par les Québecois. Les séparatistes établirent un plan secret pour prendre le Canada.

Les Affaires Indiennes sont le département et le bâtiment les plus importants de l’entreprise coloniale du gouvernement du Canada. Chaque document enregistrant le vol de l’Île de la Grande Tortue, notre terre à travers tout le Canada, est enregistré et archivé dans ce bâtiment. Tous les documents d’extraction des ressources sont aussi enregistrés et archivés là. Toutes les archives de tous les biens et ressources volés aux peuples natifs par le gouvernement colonial  Canada sont au 10 Wellington, Gatineau.

Récemment, après que le Québec ait gagné 32 sièges aux dernières législatives de 2019, le Parti Québecois (BQ) a déclaré qu’il ne faisait pas partie du Canada, mais a déclaré le Québec comme nation indépendante (NdT: en fait le Bloc Québecois s’est aligné sur le vision politique du premier ministre québecois pour un Québec “autonome” et non pas “séparé”, salade réformiste électorale usuelle…). Cette séparation corporatrice validée, tous les documents remontant aux 200-300 dernières années seront détenus en dehors du Canada et contrôlés par le Québec. Ils peuvent les brûler, les passer à la machine à confettis ou changer le texte.

En 1978, Pierre Trudeau a donné ces bâtiments au Québec. Dans toute dispute entre le Québec et le Canada, le Québec contrôlera toutes les terres et les ressources du Canada.

Trudeau père planta les graines. En 1968, nous avons prévenu le monde de ce qui arriverait lorsque nous avons relâché ces rats dans le bâtiment. Ils ont pris le dessus sur le département des Affaires Indiennes.

En ce moment même, “l’état major de guerre” est au 14ème étage des Affaires Indiennes et est géré par l’armée canadienne. L’armée du Québec va prendre le relai.

Le monde sait que 100% d’Onowarekeh (l’Île de la Grande Tortue), est terre native et qu’il n’existe pas de pays appelés “Canada” ou “Québec”. Les banquiers de la City de Londres possèdent à la fois l’entreprise coloniale du “Canada” mais aussi celle appelée “United States of America”. Ces parasites pompent la vie de l’Île de la Grande Tortue”. Notre terre-mère et la création/nature sont en train de réagir. Nous avons d’abord accueillis ces immigrants, maintenant ils nous pressent si fort que nous ne pouvons plus respirer. Le monde céleste et la paix vont revenir.

 

Résistance au colonialisme: Elections canadiennes, wampum deux rangées, entreprise coloniale et piège électoral (Mohawk Nation News)

Posted in actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 18 octobre 2019 by Résistance 71

Nous avons traduit ci-dessous les trois derniers textes de Mohawk Nation News pour leur pertinence et leur inter-connexion alors que le Canada est dans une nouvelle grand-messe de l’illusion démocratique électorale. Nous avons reproduit sous le premier texte notre traduction du wampum 59 de Kaianerekowa qui traite de la façon de remettre les « chefs errants » dans le droit chemin. Cela donne bien à réfléchir et montre qu’une déviance du pouvoir peut parfaitement se contrôler, pourvu qu’on s’en donne les moyens…
Bonne lecture !

~ Résistance 71 ~

 

 

Wampum deux rangées… Soyez libres, restez dans le canoë

 

Mohawk Nation News

 

13 octobre 2019

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2019/10/13/two-row-be-free-stay-in-the-canoe/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les Canadiens vont voter pour perpétuer l’illusion de la liberté. Tous les candidats ont le même script, “Je peux faire mieux, non vous ne pouvez pas, si je le peux !” Les citoyens de l’entreprise coloniale (corporation) votent, comme ça ils peuvent continuer à recevoir leur part du butin dérobé. Le plus grand holocauste qu’a connu l’humanité ne s’arrêtera pas tant que le serpent colonial et les immigrants européens ne vivent complètement dans le respect de Kaianerekowa, la Grande Loi de la Paix ou qu’ils partent de l’Île de la Grande Tortue. Kasatstensera kowa sa oiera,, le grand pouvoir naturel, protègera le chemin de la Nature.

Teiohateh: le wampum deux rangées stipule que nous ne devons pas nous embarquer sur la navire de l’ennemi.

Les comités inféodés de l’entreprise coloniale appelés “les conseils de bandes des premières nations” (Indian Act) ne peuvent pas nous représenter, faute de légitimité. Ils ont quitté le canoë et se sont engagés à perpétrer le génocide en tant qu’agents de l’ennemi (Indian Act). Le wampum 59 de Kaianerekowah fournit la base légale et la procédure pour exécuter les traîtres.

Le mandat prescriptif de Kaianerekowa est de ne pas suivre et de ne pas diriger/régner. Rotiia’neson (les porte-paroles des clans) écoutent les gens et révèlent la voix collective des familles (tewatatawi). Tous sont égaux et ont une voix à exprimer sa volonté. Tous sont impliqués profondément dans l’amélioration des conditions de vie de ceux qui suivent Kaianerekowa.

La famille est le feu principal, otsira. Les femmes, les hommes, le peuple, chacun a son feu.

Le feu des femmes, katihontsa’tiokwenio, travaille de concert avec celui des hommes, rotiskenraketeh, tous prennent leur directive des gens, du peuple.

Pour prendre une décision, tous les hommes, les femmes, les enfants, fouillent dans l’esprit des autres pour trouver des réponses. Notre décision est fondée sur une communion des esprits sur ce qui est bon pour les gens, pour le peuple dans son intégralité (bien commun), maintenant et pour le futur.

Notre langue (langage) décompose ce que nous voyons, en donne la signification naturelle et est discuté par les gens. En 1710, nous avons envoyé 5 de nos représentants/chefs au delà de l’océan pour informer les Européens de l’existence de kaianerekowa et du comment nous pourrions fonctionner ensemble afin d’amener la paix sur le monde. Les Européens rejetèrent l’idée parce que cela signifiait aussi que les femmes seraient égales.

Les aiguilles de pin. Quand nous négligeons nos enfants et la nature/création, notre arbre se dessèche. Nous, qui avons complété six phases de notre vie, sommes les racines, ion kwa ni shonni onwe, les rati’sotas, grands-mères et grands-pères. Les aiguilles du sapin tombent sur le sol, pourrissent et retournent à la terre. Les aiguilles continuent de pousser, d’être remplacées, ainsi nous survivrons. Notre voie est bonne pour tout le monde. Nous comprenons ohenton kariwa tekwen,, les mots qui viennent avant toute chose. Nous sommes placés mentalement et physiquement dans une vie naturelle totalement libre. Les réponses sont dans nos esprits.

ni io ri wa ke ia te tsi kwa ni kon ra.


Pensionnat pour Indiens: Ethnocide / génocide organisé
Taux de mortalité: 50%+

Nous serons ce que nous sommes. Les envahisseurs immigrants [européens] n’ont aucune terre, pas de langage propre [langues européennes] ni du culture sur l’Île de la Grande Tortue. Ils nous ont délibérément brutalisé. Le nouveau “cadre d’accord” (Framework Agreement) est fait pour nous forcer à nous municipaliser et à imposer, taxer tout ce que la création nous fournit. Nous n’abandonnerons jamais notre liberté naturelle, notre identité et nos pensées.

Kaianerekowa, la Grande Paix, se charge de ces traîtres qui aident le serpent à nous tromper et à abuser de nous. La violence, la peur et la menace sont leurs armes constantes. Ion ki ni kon ra ien, ils essaient de tuer notre esprit de façon à ce que nous ne puissions plus nous protéger comme la nature/création l’exige.

ia te io swa ton veut dire arrêter la lumière qui nous connecte avec notre terre-mère et la création. Pas de pollinisation, toute vie naturelle va périr. Les personnes qui ont envahi l’Île de la Grande Tortue abusent constamment de nous physiquement et mentalement. Nous les avons accueillis, nous les avons aidés à se nourrir et les avons éduqués en ces nouvelles contrées, tandis que nous souffrions.

Les ignorants et les lâches sont un fardeau pour ceux qui veulent (sur)vivre comme la nature l’a préconisé.

Allonger les poutres d’un toit agrandi la maison. Les immigrants ont envahi notre maison et nous ont apporté la loi de l’amirauté, le génocide, les religions (NdT: chrétiennes, catholique et protestante) et la veulerie pour nous détruire. Tout comme la nature, Kaianerekowa est la réalité parfaite qui nous fut donnée par la nature et nos ancêtres, ce très très longtemps avant l’arrivée des immigrants sur ce continent (NdT: Kaianerekowa a été daté du XIIème siècle).

La nature/création, la loi universelle, nous aidera à accomplir nos responsabilités. Nos feux ne sont pas éteints. Ion kwa tsi ri ton. ia te io swa ton.

Ion kwa ro ron – matérialiste. Sa o iera onwe veut dire dans la direction de la nature pour toujours. Les impérialistes et l’Indian Act appellent notre terre “la patrie” et le “grand père blanc”. Nous appelons l’Île de la Grande Tortue notre mère. Nous dirons toujours notre vérité. Laissez-nous brûler le tabac, remercier, un des plus grands cadeaux de la création. Le tabac n’a jamais existé ailleurs dans le monde (NdT: le tabac est une plante de cérémonie détournée de sa fonction à des fins à la fois commerciale et addictive par les européens, toujours dans cette voie distinctive de la destruction et de l’abus généralisés…). Pendant ce temps, les représentants du serpent ont mis en place un spectacle électoral organisé afin de tromper les électeurs. Tous ont le même marionnettiste entrepreneurial.

Note de Résistance 71: Nous reproduisons ci-dessous le wampum 59 de Kaianerekowa évoqué par MNN. Réflexion: si nous appliquions ceci à nos “chefs”, ne pensez-vous pas que ça filerait plus droit et pour le bien commun ? Kaianerekowa est en chacun de nous parce qu’inspiré du bon sens naturel des choses et de la vie en société de bien commun.

Kaianerekowa, Wampum 59:

“Une ceinture tissée de nacres de coquillages wampum d’une largeur de trois mains, la moitié supérieure blanche, la moitié inférieurs noire, faite à contribution égale par les hommes des cinq nations, sera la manifestation physique de ce que les les gens ont fusionné en une tête, un corps et une pensée ; cela symbolisera aussi leur ratification du pacte de paix de la confédération, où les chefs des Cinq Nations ont établi la Grande Paix.

La portion blanche des nacres représente les femmes tandis que la portion noire représente les hommes. La portion noire est de plus le signe du pouvoir investi chez les hommes des Cinq Nations.

Cette ceinture wampum investit le peuple du droit de corriger leurs chefs errants. Dans le cas d’une partie où tous les chefs s’engagent sur un chemin qui n’est pas embrassé par le peuple et qu’ils ne considèrent toujours pas le troisième avertissement donné par les femmes de leurs familles, alors l’affaire devra être porté devant le conseil général des femmes des Cinq Nations. Si les chefs notifiés et avertis trois fois ne rentrent toujours pas dans le rang, alors l’affaire devra être portée devant les hommes des Cinq  Nations. Les chefs de guerre devront alors, par droit et suivant l’autorité qui leur est conférée, entrer le conseil ouvert, pour avertir le ou les chefs de retourner sur le droit chemin. Si les chefs incriminés entendent le conseil, ils devront dire: “Nous répondrons demain”. Si une réponse favorable est ensuite donnéee en faveur de la justice et en accord avec la Grande Loi de la Paix, alors les chefs devront de nouveau prêter allégeance en fournissant chacun les ceintures wampum requises. Alors les chef de guerre ou les chefs devront exhorter les chefs errants d’être juste et bon.

Si les chefs devaient refuser d’entendre le troisième avertissement, deux options sont alors possibles: soit les hommes peuvent décider en conseil de déposer le ou les chefs  ou de les frapper à mort avec leurs massues de guerre. S’ils décident dans leur conseil de prendre la première option, le chef de guerre devra s’adresser aux chefs intéressés et leur dire: “Puisque vous, chefs des Cinq Nations, avez refusé de retourner dans le bon processus de la constitution, nous déclarons dès maintenant vos positions vacantes, nous vous retirons vos bois de cerf, symboles de votre chefferie et d’autres devront être choisis pour siéger à vos places, laissez donc place libre.”

Si les hommes en conseil devaient choisir la seconde option, le chef de guerre devra ordonner à ses hommes d’entrer dans le conseil et de prendre positions aux côtés des chefs errants, s’asseyant entre eux si possible. Lorsque ceci est fait, le chef de guerre tiendra alors à bout de bras le wampum noir et dira aux chefs errants: “Et bien maintenant, chefs des Cinq Nations, oyez ces derniers mots de vos hommes. Vous n’avez pas tenu compte des avertissements des femmes de vos familles, vous n’avez pas tenu compte des avertissements du conseil général des femmes et vous n’avez pas non plus tenu compte des avertissements des hommes de vos nations, qui tous insistaient pour que vous retourniez sur le chemin de l’action juste. Puisque vous êtes déterminé à resister et à ne pas rendre justice à votre peuple, il n’y a plus qu’une seule façon d’agir pour nous.” A ce moment, le chef de guerre laissera tomber le wampum noir et les hommes devront se lever d’un bond et battre à mort les chefs errants. Chaque chef errant peut se soumettre avant que le wampum noir ne soit lâché. Son exécution sera immédiatement suspendu.

Le Wampum Noir ici utilisé symbolise que le pouvoir d’exécuter est enterré mais qu’il peut encore être déterré par les hommes. Il est enterré, mais lorsque l’occasion se présente, ils peuvent le déterrer et en dériver leur pouvoir et leur autorité pour agir comme ici prescrit.

(Traduction Résistance 71 )

 

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L’entreprise coloniale du gouvernement du Canada, incorporée en 1982

 

Mohawk Nation News

 

14 octobre 2019

 

url de l’article:

http://mohawknationnews.com/blog/2019/10/14/corporation-of-govt-of-canada-inc-1982/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Tout comme les plantes et les animaux, les humains sont mis sur la terre pour laquelle ils sont faits. Onowaregeh, l’Ile de la Grande Tortue a été créée par kasatstensera kowa sa oiera, la grande puissance naturelle de l’univers qui a placé onkwehonweh, le peuple naturel véritable sur notre terre-mère d’un pôle à l’autre et d’un océan à l’autre.

Les villes coloniales mortelles sont les plantations et les quartiers pour esclaves de notre ennemi envahisseur. Ils sont venus ici sans aucune invitation pour y commettre le génocide et se goinfrer de notre terre et de nos ressources. Il semble qu’ils ne s’arrêteront jamais.

Rotikstenha, ceux qui ont vécu bien des phases de leur vie, ont essayé de nettoyer la dévastation délibérément causée par nos ennemis, parfois avec nos mains nues. La nouvelle génération fait reluire le chemin pour nous tous. Pour venir à terme avec la brutalité à laquelle nous faisons face, nous faisons la cérémonie des petites condoléances. Nous prenons un morceau du plus fin des cuirs pour essuyer nos yeux afin de voir clairement. Nous prenons une plume d’aigle et nous essuyons nos oreilles afin d’entendre et d’écouter tout ce qui se dit. Nous buvons l’eau la plus pure afin de nous rincer la gorge et de ne dire que de bonnes paroles. Puis nous nettoyons et purifions nos corps pour restaurer l’énergie de notre esprit.

Le 12 octobre, Justin Trudeau (NdT: le premier sinistre canadien) s’est tenu devant une audience portant un gilet pare-balles et entouré de barbouzes parce qu’il avait peur des gens. Il a montré qu’il travaillait pour les banquiers de la City de Londres et qu’il avait peur pour sa vie.

En 1970, le père de Justin, Pierre Trudeau, déclara la loi martiale contre le peuple de Montréal avec un évènement faux-drapeau appelé la “crise de FLQ”. En 1974, il retira à la Banque du Canada son droit d’imprimer la monnaie sans intérêt. Il donna ce rôle aux banquiers internationaux de la City de Londres avec le système de loyer de l’argent, d’intérêts sur l’argent créé et “prêté” à l’état. En 1975, le Canada enregistra son tout premier déficit de 180 miliards de dollars, juste pour imprimer la monnaie. Les banksters ne pourront jamais être payés. 

Cet argent est garanti exclusivement par l’extraction illégale par le Canada des terres et des ressources des peuples autochtones.

Le Canada est toujours une colonie (NdT: un “dominion” de la “couronne”/City de Londres) comme stipulé par le British North America Act (BNAA) de 1867, qui est une loi votée par le parlement britannique pour organiser la colonie outre-mer du Canada.

Le rôle principal de l’armée est de protéger la “trésorerie” dans chaque pays. En 1982, Pierre Trudeau s’en alla à la City de Londres pour dissoudre l’entreprise coloniale connue sous le nom de “Dominion of Canada” Inc. 1867. Il créa une nouvelle entreprise (coloniale) appelée le “gouvernement du Canada” Inc. 1982.

Pierre Trudeau ramena une copie du BNAA remis à jour et la “proclama” comme étant la constitution du peuple du Canada. Il ne prêta jamais serment et ne demanda jamais au peuple de la ratifier. Les citoyens n’ont aucun droit. Les banques possèdent les gens en délivrant des certificats de naissance. Capitus diminutio maxima. Tout nom en lettres capitales d’imprimerie signifie entreprise, corporation.

Comme une entreprise, pour le Gouvernement du Canada Inc., Le CEO de l’entreprise est le gouverneur général ; son président le premier ministre, le vice-président est le leader de l’opposition au pouvoir, le secrétaire trésorier est le ministre des finances. La mission est: continuer l’illusion de la liberté pour le peuple, qui paie constamment des impôts et autres taxes aux actionnaires sur le compte des dividendes sis à la City de Londres.

Tous les tribunaux de l’amirauté sont fondés sur la loi bancaire, commerciale. Tous les tribunaux aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande sont des tribunaux de l’amirauté britannique. Ils font la guerre à tous les pays qui ne leur permettent pas de contrôler leur système bancaire et leurs banques au travers de la loi de l’amirauté.

Toutes les corporations que sont les municipalités ont les banques comme trustees, qui sont les actionnaires de l’entreprise.

L’entreprise du gouvernement du Canada est la propriété des banquiers de la City de Londres. Quiconque vote dans ce système soutient de facto le génocide et le vol.

 

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Au Canada… et partout ailleurs !

 

Le piège électoral

 

Mohawk Nation News

 

17 octobre 2019

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2019/10/17/the-vote-trap/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Un grand nombre de ceux qui ont vécu pour la cause ne sont plus parmi nous: Clinton Rickard, Mad Bear Anderson, Louis Hall karonhiaktajeh, Peter Diome, Richard Oaks, Russell Means, Dennis Banks, kakwirakeron, Vernon Bellecourt, Anna Mae Aquash, bien des rotiskenraketeh sur les lignes de front, Harriet Boots, des femmes et des hommes qui se tinrent côte à côte, Sugar Montour, Mad Jap, Le General, Dick Hill, Kevin Stanger, Jakwadeh, Lasagna, Deskaheh, et tous ceux que je n’ai pas mentionnés, ce sont tous des héros.

Leur travail n’est pas achevé. Nous entendons toujours leurs voix bien que leurs corps soient maintenant poussière. Fermez les yeux. Ecoutez leurs voix. Leurs paroles ne mourront jamais.

On nous a toujours encouragé à vivre dans les villes afin de nous assimiler à la culture des colons.


Le système nerveux central de l’empire

Les banquiers possèdent toute la terre, l’air, l’eau et les citoyens de l’entreprise coloniale appelée “gouvernement du Canada”. Voter signifie être d’accord avec les politiques pour établir des coûts de vie toujours plus élevés, des standards de vie bas, une chute du taux de natalité, d’exterminer notre race, de subir toute sorte de maladies, d’avoir une espérance de vie en chute, la pauvreté, de vivre dans les rues barbares des quartiers pour esclaves, des entreprises criminelles, de voir nos familles vivre au tréfond de la société à cause de la couleur de notre peau et de voir l’extinction finale de notre culture.

La règle des 51% de majorité n’est ni la démocratie ni le consensus. C’est du corporatisme. Votre vote donne le feu vert à l’entreprise pour continuer ses crimes.

Nous essayons constamment de créer une attention au niveau international sur notre situation génocidaire. Nous ne pouvons pas faire revenir ceux qui ont travaillé si dur pour notre survie, nous ne pouvons pas non plus restaurer la santé de notre terre-mère juste par nous-mêmes. Ils sont toujours avec nous ne serait-ce que par les messages qu’ils nous ont laissés. Notre jeunesse essaie de nous délivrer de l’esclavage et de ce génocide final qui est attenté sur nous. Le cadre d’accord (Framework Agreement) va retirer l’intérêt original indien de l’Ile de la Grande Tortue, ainsi les banquiers pourront totalement contrôler toute notre terre.. Les titres émis par le bureau du cadastre n’enregistrera plus que “l’assertion de la couronne” qui est propriété et taxée par les banquiers. Ils espèrent que sous les 10 ans à venir, le désespoir nous force dans leurs villes. Nos communautés furent fabriquées par l’entreprise coloniale afin qu’elles ne puissent pas avoir d’économie viable, ainsi notre peuple sera à la dérive pour juste survivre.

Les riches vivront dans des forteresses, emmurés dans les campagnes afin d’échapper à la sale vie brutale qu’ils ont créée dans les villes et pour contrôler toute révolution en développement.

Les villes sont un système politiquement corrompu par construction. Elles sont planifiées pour la saisie du pouvoir et pour être gérées par l’armée. Le pouvoir de la ville est fondé sur la concentration de la manufacture et du commerce, pour vivre sur le dos des pauvres. Cela s’appelle l’extinction, l’assimilation, la réconciliation, la destruction des identités et du langage des peuples originels.

Les immigrants gravitent vers un gouvernement fasciste pour sortir du chaos qu’ils ont créé, ils se sauvent de leur pays.

Seuls la végétation, les animaux et les peuples originels demeureront sur l’Ile de la Grande Tortue. La poussée actuelle pour le français est parce qu’ils vont devoir retourner à la maison mère. Pour rester ici, ils doivent vivre selon Kaianerekowa, la voie originelle de cette terre et parler une langue native pour pouvoir communiquer avec notre mère.

Nous avons un droit de naissance ancestral à protéger, un nom natif, une terre, nos familles. En votant pour maintenir leur système entrepreneurial corporatiste, nous mettons notre destinée entre les mains de l’ennemi. Kaianerekowa, la Grande Loi de la Paix est contournée. Demeurer avec la vérité et la réalité est un défi.

En accord avec la loi de l’amirauté, lorsque le peuple indigène vote, il confirme son assimilation au système.

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Lectures complémentaires:

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

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Manifeste pour la Société des Sociétés

La_City_de_Londres_au_coeur_de_lempire

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Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

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Entretien avec un prisonnier politique anarchiste d’une commune en lutte d’Oaxaca Mexique…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 17 octobre 2019 by Résistance 71


… l’autre lutte autonome

 

Entretien avec Miguel Peralta, prisonnier anarchiste d’Eloxochitlan de Flores Magon, Oaxaca, Mexique

 

Miguel Peralta

 

15 octobre 2019

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Miguel-Peralta-prisonnier-anarchiste-d-Eloxochitlan-de-Flores

 

Histoire des luttes de son village, assemblée communautaire, infiltration des partis politiques, répression, solidarité internationale, liens entre mouvement libertaire et mouvement indigène au Mexique…

Dans cet entretien réalisé au printemps 2018 par Voices in Movement pour le média anarchiste américain It’s going down, Miguel Peralta revient sur la longue histoire collective qui l’a conduit, à trente-quatre ans, à se retrouver sous la menace d’une peine de cinquante ans de prison.

Après quatre ans, cinq mois et quinze jours d’enfermement, Miguel a été libéré le 15 novembre 2019 à la suite d’une longue grève de la faim appuyée par le Groupe de solidarité pour la liberté de Miguel Peralta au Mexique et un mouvement de solidarité internationale.

En France, la solidarité avec Miguel est organisée par le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL), qui a diffusé cet entretien et les informations sur sa situation. Pour tout message, aide financière, événement de soutien… contacter le CSPCL : cspcl(at)samizdat.net

Voices in Movement : Hola, bonne après-midi ou bonne nuit à toutes et tous, nous sommes ici avec notre compañero Miguel, prisonnier politique d’Oaxaca, au Mexique, et on va un peu parler avec lui de sa procédure judiciaire, de sa vision des différentes luttes à Oaxaca et au Mexique, de la relation entre les mouvements anarchistes et autochtones, et aussi au final des différentes choses en lien avec la solidarité internationale dans ces cas-là, et des formes possibles par lesquels on pourrait l’aider dans son procès judiciaire.

Salut Miguel, merci d’être avec nous !

Miguel : Comment va ? Bonne nuit, ou bonjour à tous les compas qui nous écoutent.

Ok on va commencer, est-ce que tu peux nous parler un peu de toi, de qui tu es, d’où tu viens, où tu te trouves actuellement et n’importe quelle autre chose que tu aimerais partager avec les compas qui écoutent cette émission ?

Ok bon, mon nom complet c’est Miguel Ángel Peralta Betanzos, je fais partie de la communauté d’Eloxochitlán de Flores Magón, qui fait elle-même partie du groupe autochtone mazatèque, et qui se situe au nord-est de l’État d’Oaxaca. Dans ma communauté et dans la région mazatèque nous parlons la langue mazatèque.

J’ai étudié un peu d’anthropologie, depuis petit j’ai toujours aimé être entouré d’amis, tant des compas d’autres endroits du monde que de mon propre village. Connaître son territoire, arpenter un peu la communauté et ses sentiers… J’aime bien la musique, différents types de sons et… la bouffe, la gastronomie de ma communauté et des autres endroits, j’aime beaucoup lire aussi, faire du sport, jouer, faire du basket, un peu de foot, nager, aller à la rivière, sentir et marcher sous la pluie, marcher pieds nus dans la boue, depuis petit. J’aime les fêtes traditionnelles de mon village, la fête des morts qui est le moment où on peut le plus célébrer et partager la communalité [1], la communalité avec nos compas et nos proches sur notre terre. J’aime me souvenir de nos morts aussi, mes grands-parents, mes oncles qui ont été vivants et qui nous ont laissé leur empreinte dans notre conscience.

Je suis membre de l’assemblée communautaire, qui est l’entité où se développent différentes activités collectives comme le tequio ou la faena [2] , qui font partie du travail ou de l’entraide qui se vivent au quotidien dans la communauté. On a aussi participé à différentes luttes, que ce soit au sein de la communauté mais aussi en dehors comme en 2006, où on a participé aux révoltes d’Oaxaca.

Tu peux mentionner quelques antécédents de la lutte dans ton village, Eloxochitlán de Flores Magón ?

Lors du boom de la culture du café, dans les années 1970, 1980, 1990, il y a eu une augmentation du caciquisme, du despotisme. La figure du cacique, c’est la personne qui arrivait à s’imposer grâce à son pouvoir et grâce à l’argent, et qui s’appuyait aussi sur des gens armés. Il décidait en gros de la destinée de la communauté, c’est lui aussi qui répartissait les charges collectives ou les charges municipales. Eh bon face à cela, au travers des instituteurs démocratiques et des paysans conscients, il y a eu une lutte contre le caciquisme qui a démarré durant ces décennies-là eh bon, durant les années 1990, en 1996, il y a eu un congrès indigène qui a eu lieu dans la communauté d’Eloxochitlán.

Les thèmes qui y avaient été développés concernaient l’identité et l’autonomie. C’était le moment de la lutte zapatiste, qui avait détonné en 1994, et en 1996 il y a eu ce congrès dans la communauté d’Eloxochitlán. À ce congrès il y a eu différents villages des alentours qui ont partagé leurs expériences de lutte. En 1997, il y a eu tout un cycle d’activités qui a démarré avec une marche-randonnée du village jusqu’à la ville de Mexico, qui a duré à peu près cinq jours et à laquelle ont participé quelque chose comme quatre cents personnes, cela pour rendre hommage à la mort de Ricardo Flores Magón [3] qui a été assassiné dans une prison des États-Unis, et pour lancer ce qu’ils ont appelé l’année citoyenne Ricardo Flores Magón, eh bon durant toute cette année-là il y a eu des discussions sur les questions de genre, sur le féminisme, sur la paramilitarisation et sur l’autodéfense évidemment, et il y a eu des concerts de rock et de punk dans la communauté, de musique traditionnelle mazatèque aussi. Il y a eu aussi des ateliers de médecine traditionnelle, des projections de films, et aussi des ateliers sur la terre, les cultures et les semences transgéniques. Ça, c’était en 1997.

Et en 2001, il y a une radio communautaire qui a été mise en place qui servait un peu de pont dans la lutte pour l’autodétermination, en plus d’un fanzine qui s’appelait La Voz de N’guixó [4], et ça servait pour renforcer la conscience sur la défense des ressources naturelles et ça a aussi permis de lutter contre les partis politiques. Après, il y a eu la création d’un conseil, qu’ils ont appelé le conseil indigène, eh bon, je crois que c’est ça un peu les antécédents qui ont été à l’origine d’une partie de la lutte que nous avons menée contre les partis politiques, et aussi pour la défense du territoire.

Et donc maintenant que nous entrons un peu plus dans le vif du sujet, tu peux nous expliquer un peu comment se passe la politique dans les villages d’Oaxaca, et en particulier le système des us et coutumes ?

Dans l’État d’Oaxaca, il y a approximativement plus de cinq cents municipalités, la majorité autochtones et qui sont réparties en huit régions. C’est très caractéristique d’Oaxaca cette question, parce que la majorité des gens parlent une langue autochtone, mais aussi parce que depuis très longtemps ces municipalités sont régies par un système qui s’appelle us et coutumes, plus de la moitié sont régies par ce système dont le nom a été modifié il y a tout juste quelques années de cela, il y a cinq ans, pour le remplacer par celui de système normatif interne, qui veut dire qu’on suppose que les municipalités ont leur propre autonomie dans laquelle elles se régissent par ce système, et où elles élisent leurs autorités, tant leurs autorités municipales que toutes les charges qui sont liées à cette organisation politique.

Mais c’est de cette manière aussi que l’État a une forme d’ingérence à Oaxaca, parce que, au final bon ok,  les municipalités sont régies par les us et coutumes, les élections se font par une assemblée et c’est en assemblée que sont pris les accords pour élire leurs autorités, mais quand elles élisent leur représentant ou leurs différents représentants, elles envoient leurs documents au bureau du « Système normatif interne », et c’est là qu’ils avalisent pour de bon les représentants. Mais la voix et la parole de ces représentants est importante, et elle se donne durant l’assemblée communautaire, durant les assemblées communautaires des municipalités.

Ok, continuons avec le panorama historique de lutte et d’organisation de ton village.

Après, durant la décennie des années 2000, notre communauté était supposée être régie par les us et coutumes, et ne pas se retrouver avec des partis politiques. Mais aux alentours de 2006, après le soulèvement d’Oaxaca, il s’est formé une sorte de tendance au sein de la communauté visant à y introduire les partis politiques, mais cette fois de manière visible, à visage découvert, à la « gueule du chien », comme on dit ici. Et donc est entré le PRI, qui a de fait beaucoup de gens sous sa coupe, mais aussi le PAN, et le PRD, bien évidemment [5]. Mais d’autres partis sont aussi entrés, comme Convergencia il me semble ; tout cela s’est passé entre 2009 et 2011, et en 2011 les élections ont été menées comme si elles avaient lieu avec des partis politiques.

Une personne qui se nomme Manuel Zepeda Cortés débute alors sa campagne électorale, une chose que l’on n’avait jamais vu jusqu’alors au sein de la communauté : qu’une personne fasse du prosélytisme et qu’en plus elle distribue de l’argent pour que les gens votent pour lui ! Car bon, jusque-là les élections dans la communauté, elles étaient appelées en soufflant dans une conque, une date était fixée, et les personnes se rendaient au centre du village pour pouvoir élire leurs autorités traditionnelles.

Mais cette fois-là, cela ne s’est pas déroulé comme cela, ça s’est divisé en deux, et cette personne a demandé qu’on lui apporte ses tee-shirts orange, et il les a fait revêtir aux personnes de son groupe. Et c’est là que ça a commencé, cette tendance des partis, et qu’a commencé la lutte contre les partis politiques, mais d’une manière très directe, très frontale, parce qu’on n’a pas permis que cette personne arrive et s’empare du palais municipal en 2011, et ce qu’il a fait alors, c’est d’appeler la police de l’État d’Oaxaca, et de fait, l’armée entre dans notre communauté en février 2011 sous le prétexte de chercher des armes et de la drogue, mais on sait bien que cela ils l’ont fait pour lui, car ils ont ouvert le palais municipal pour cette personne.

Et c’est comme ça qu’il y a eu des affrontements durant tout son triennat, et de fait le mandat de cette personne était en partie illégal, parce que le tribunal a mis en cause cette élection car la communauté n’était pas d’accord pour que cette personne gouverne, et il l’a fait de manière dictatoriale en utilisant les moyens policiers et la répression sous ses différentes formes, à tel point que la peur a commencé à s’installer à l’intérieur de la communauté du fait des personnes armées qu’il a amenées. De fait, il a formé un groupe paramilitaire au sein de la communauté afin de s’en prendre aux personnes qui étaient contre lui.

Une autre chose que cette personne a faite, c’est d’exproprier l’eau du village pour ses bassins, et d’acheter des terrains pour en extraire de la pierre et du sable ; parce que cette personne avait une broyeuse et se chargeait de vendre ce matériau à quelques entreprises dédiées à la construction de routes ou de bâtiments ; et il y a eu beaucoup de gens qui n’étaient pas d’accord avec cette situation et qui ont commencé à protester, parce qu’il s’appropriait de l’eau des autres ; mais à ce moment-là, il avait déjà un groupe paramilitaire et il avait déjà la police de l’État de son côté ainsi que l’armée, et il les appelait chaque fois qu’il se passait quelque chose.

Ensuite, en 2012 ils arrêtent le compañero Pedro Peralta et ils le torturent, et ils l’incarcèrent trois ans dans la prison de Cuicatlán, et une lutte démarre pour la liberté des prisonniers politiques. Ils incarcèrent aussi le compañero Jaime Betanzos et le compañero Alfredo Bolaños à cette époque. Après il y a cette lutte qui commence contre les partis politiques, et la communauté commence à s’unifier ; et en 2014 on retourne à une élection plus collective, plus traditionnelle, où les groupes ont pu se mettre d’accord et élire leurs autorités.

Mais ça, ça n’a pas duré longtemps, à peu près huit mois, car ensuite il y a eu l’attaque des autorités communautaires, car durant le triennat révolu de ce monsieur, qui s’est passé de manière dictatoriale, il y a eu du vol, de l’enrichissement illicite. Il a volé tout l’argent de la communauté et il a commencé à se construire d’autres trucs, à s’acheter des voitures, des terrains et bien d’autres choses, des comptes bancaires à l’étranger et ces choses que vous saurez par le futur ; et la cour des comptes supérieure de l’État d’Oaxaca, qui est l’institution en charge de l’argent des villages, a requis en 2014 au président municipal du village, qui était alors Alfredo Bolaños, qu’il convoque ce monsieur Manuel Zepeda afin qu’il procède aux justifications concernant les 21 millions de pesos de dépenses qu’il restait à justifier, et c’est cela qui a abouti au conflit dans lequel nous nous trouvons maintenant, qui s’est transformé en un affrontement en 2014.

Prétextant ne pas avoir à rendre de comptes, celui-ci a occupé le palais municipal et c’est alors qu’a commencé l’escalade de la violence. Et le peuple s’est organisé pour défendre ses droits collectifs, et c’est pour cela que nous sommes incarcérés aujourd’hui.

Le 17 novembre 2014, après que la cour des comptes supérieure de l’État d’Oaxaca a fait citer Manuel Zepeda Cortés à comparaître, celui-ci se refuse à le faire et le même jour, aux alentours de midi, il occupe avec environ quatre-vingts personnes le palais municipal et séquestre les autorités communautaires ; il les maintient séquestrées pendant environ huit heures, et les gens commencent à s’organiser pour aller libérer ces personnes enfermées dans le palais municipal, mais eux les avait frappées, et ils ont fait signer au président municipal un acte par lequel il renonçait à sa charge élective, chose qui ne pouvait avoir lieu car la communauté l’avait élu, à moins que ce document n’ait été émis par le Congrès de l’État d’Oaxaca. Mais après cela une ambiance hostile s’est déposée sur la communauté, une ambiance de violence sourde prête à éclater, car le groupe de cette personne n’arrêtait pas de patrouiller, ils circulaient armés dans la communauté, insinuant la peur.

Le 14 décembre, une assemblée est convoquée dans la communauté d’Eloxochitlán pour élire un représentant communautaire, l’alcalde municipal, qui est la personne chargée de délimiter le territoire. Ce doit être une personne adulte, qui connaît les terres de la communauté, pour que puisse être vendus les terrains si certaines personnes veulent les vendre ou les céder, ainsi que pour surveiller les espaces communs du village et du territoire. Ce jour-là, l’assemblée communautaire se rassemble au centre du village, et c’est là qu’un affrontement éclate, car les gens de ce monsieur Manuel Zepeda Cortés appellent aussi à cette assemblée, mais eux convoquent pour l’agresser, pour lancer l’agression contre les compañeros de l’assemblée communautaire. Moi je me trouvais alors à Mexico, car j’avais été mandaté pour acheter des jouets pour les enfants qui allaient être offerts le 6 janvier suivant, le 6 janvier 2015 (on était encore en 2014) [6]. Et c’est là que j’apprends qu’un affrontement avait éclaté. Tout d’abord, à 11 heures du matin, les compañeros montent jusqu’au centre du village en faisant une petite manifestation jusqu’au palais municipal, où doit être célébrée l’assemblée, et là ils sont reçus par des tirs d’armes à feu. L’affrontement commence, et certains se retrouvent blessés par balle.


Oaxaca… Guerre sociale, mort à l’État

Il y a ensuite un second épisode, cette fois dans la maison de ce monsieur Manuel Zepeda Cortés, et là ils arrêtent une personne, qui se nomme Manuel Zepeda Lagunas — le fils —, qu’ils arrêtent en possession d’une arme à feu, et ils l’emmènent à Huautla, parce que c’est là que se trouve un commissariat. L’autorité municipale — les représentants communautaires — les emmènent là-bas, au commissariat de Huautla, et ils le livrent à la police de l’État d’Oaxaca. Après que cette agression a eu lieu, dans la communauté l’ambiance est tendue, parce que personne ne sait exactement ce qui s’est passé à partir de là. Là-bas, une fois que cette personne est livrée au commissariat, il y a d’autres compañeros qui emmènent à l’hôpital nos compas qui ont été blessés, certains par des tirs dans la nuque, la tête, les mains. Ils les emmènent à l’hôpital pour qu’ils soient pris en charge, mais à partir de 8 heures du soir, [les flics] commencent arrêter les compañeros, et notamment celui qui était chargé de la présidence municipale, Alfredo Bolaños Pacheco, ainsi que les policiers de village qui l’accompagnaient et qui avaient amené [au commissariat] cette personne qu’ils avaient arrêtée.

Après cela, le compañero Jaime Betanzos est aussi arrêté, alors qu’il se trouvait en train d’attendre un transport pour revenir à notre communauté. Il est détenu par des agents de la police ministérielle à Huautla, au carrefour à côté de Banco Azteca, et ils l’emmènent à la ville d’Oaxaca ; sept autres compañeros sont eux aussi emmenés avec lui, tous accusés du délit d’homicide, alors qu’ils ont apporté cette personne en vie. À partir de ce moment commence la chasse contre les membres de l’assemblée ; beaucoup de gens sont obligés de fuir de la communauté, beaucoup de gens s’en vont, par peur de la répression. De fait, la police de l’État d’Oaxaca monte une unité spéciale ; la police fédérale arrive elle aussi le 15 décembre, et à ce moment sur place, on ne respire que la peur.

À partir de là, l’assemblée commence à se séparer, à se désagréger, eh bon, la lutte pour les prisonniers a été très diverse, très vague disons, très séparée au niveau de l’organisation pour cette raison même, de par la peur qui a été semée et qu’ils ont réussi à semer également au travers des médias : au travers de la police et de la répression, mais aussi au travers de l’apathie et du déplacement forcé, car beaucoup de familles se sont déplacées vers d’autres villes et d’autres communautés. Des familles entières ont dû se déplacer, et c’est la raison pour laquelle cela n’a pas été possible de revenir et de s’organiser, car beaucoup vivent dans la peur, et ils nous disent seulement cela, que celui qui s’organise va finir en prison, et c’est là que se trouve le compliqué de la situation. La peur part de là, on mentionne la prison et ils ont peur de finir ici, en prison. C’est toujours un peu compliqué d’avoir un proche enfermé, parce que c’est des frais, pour plein de raisons très différentes, et parce que, au final, c’est très difficile d’arriver à se réorganiser. Il y a beaucoup de compañeros qui parfois cherchent à résoudre la question de l’harmonie et de la communauté, mais la communauté de leur famille, eh bon, du coup ils ne cherchent pas à partager ce qui a trait au communautaire, à la lutte.

Cela, c’est ce qui s’est passé dans notre communauté : qu’il y a énormément de peur qui a été semée au travers des médias et de la répression, et que cela, ça a fait que nous n’avons pas pu avancer dans la lutte pour notre liberté à nous, les compañeros qui sommes emprisonnés, et au-delà pour la liberté et pour l’autodétermination de notre village, pour recommencer à nous organiser contre cette imposition qui existe et qui continue à semer la peur au travers de ces personnes qui se font passer pour des défenseurs des droits humains et qui demandent des mesures de protection pour elles-mêmes, et que le gouvernement leur accorde cette « couverture » afin de continuer à gouverner au travers de la répression.

C’est là qu’on en est aujourd’hui. On tente de se réorganiser, au moins pour qu’on soit libérés, au travers des différentes formes de lutte que nous avons à l’intérieur de la prison, c’est-à-dire tant depuis le travail qu’on y fait [des sacs et des hamacs vendus en solidarité, NdT], que des jeûnes ou des grèves de la faim qu’on mène depuis l’enfermement/isolement.

Bien. Tu veux nous raconter les détails de ton arrestation ?

Eh bien… Bon, moi on m’a arrêté le 30 avril 2015, alors que je travaillais à Mexico dans le quartier de Tepito. Des personnes vêtues en civil, sans identification, sont entrées dans le local où je travaillais avec mon frère. Ils ont commencé à nous agresser, sans jamais s’identifier. Ils n’avaient pas d’ordre d’arrestation et on a résisté un moment à la détention. Mais il y a de plus en plus de flics qui sont arrivés et ils ont réussi à nous sortir sous la menace de leur flingue et sous la lacrymo. Ils m’ont emmené à la Procuraduria [équivalent du parquet du juge d’instruction, NdT] de la capitale dans une voiture banalisée et après ils m’ont fait la révision médicale, ils m’ont mis face à un journaliste, ils m’ont pris quelques photos très générales. Ensuite ils m’ont confié à la police ministérielle d’Oaxaca et ces policiers m’ont emmené à une taule qui s’appelle « Tlaxiaco », qui se trouve dans la région mixteca d’Oaxaca, à environ 400 à 500 kilomètres de ma communauté. C’est ça, le panorama de mon arrestation.

Et où tu te trouves aujourd’hui ?

Aujourd’hui… ! Bon, en fait à Tlaxiaco je ne suis resté qu’un mois, parce qu’on a sollicité avec mes avocats mon transfert à une prison plus rapprochée de ma communauté, ce qui est dans mes droits. Du coup je suis maintenant dans un endroit qui s’appelle San Juan Bautista Cuicatlán, qui se trouve dans la région de la cañada d’Oaxaca, à quatre heures de ma communauté. C’est là que je me trouve. J’ai passé à peu près deux ans et huit mois dans cet enfermement [NdT : aujourd’hui plus de quatre ans et demi].

Et ton dossier judiciaire, il en est où aujourd’hui ?

Eh bien on est dans une procédure irrégulière, il n’y a pas eu de procédure normale et conforme au droit, vu que tout le dossier est une construction politique. De fait, en ce moment nous sommes sept prisonniers de ma communauté, certains sont dans la prison d’Ixcotel (centre d’Oaxaca), un autre compañero se trouve enfermé à Etla, et moi je suis ici à Cuicatlán. À chaque fois les audiences ont été différées. On a sollicité par exemple des interrogatoires, et les personnes offensées ou bien celles qui nous accusent ont tardé énormément pour se présenter. De fait, il manque toujours les déclarations de deux personnes, et bien que plus de deux ans se soient écoulés, elles ne sont jamais venues déclarer. Il n’y a que les policiers de l’État d’Oaxaca et les flics ministériaux qui l’ont fait car c’est dans leur obligation, et nous nous avons insisté énormément pour qu’ils aillent remettre leur compte-rendu. Et par exemple moi, cela fait plus de deux ans que j’ai fait un recours, et ce n’est qu’en décembre dernier qu’est sortie la résolution du tribunal à ce sujet, pour me le nier. Au sujet de la procédure au tribunal mixte de Huautla, ils ont laissé couler. Il n’y a pas de justice impartiale, ils ont été payés. Les juges ont été remplacés plein de fois durant notre procédure, et ils n’ont fait aucun cas de nos demandes, qui sont des questions de droit et des questions légales, là où je pense que, s’il y avait de la justice et de l’impartialité, on devrait être libres, parce qu’il n’y a aucun signalement direct déterminant la conduction du prétendu crime que nous aurions commis, ou du délit qu’on nous impute.


Oaxaca… Vive la Commune, vive l’insurrection

Bon, Miguel, tu nous as parlé de la lutte de ton village et de ton cas judiciaire, mais pour les gens d’ailleurs, tu peux nous faire un panorama plus large des luttes sociales au Mexique ? Où est-ce que tu vois les exemples de lutte qui t’inspirent, et qu’est-ce que tu penses être les nécessités de cette diversité des luttes du Mexique… Et une chose qui m’intéresse plus, si tu peux donner ton avis : toi tu es d’un village indigène de la Sierra mazateca d’Oaxaca, mais tu es aussi influencé par des réflexions et des pratiques libertaires et anarchistes. Tu pourrais partager avec nous comment tu vois cette relation entre les mouvements et les courants de lutte anarchistes et les mouvements et les luttes indigènes ?

Je crois que la lutte ou les luttes sociales au Mexique sont très diverses, il existe une infinité de mouvements, tant des mouvements urbains qui sont dans la défense ou l’autodéfense de leur propre territoire, ou dans l’organisation pour s’approprier des espaces publics, comme dans les assemblées des quartiers de la ville de Mexico, par exemple en ce moment. Suite au tremblement de terre[6], il y a beaucoup de gens qui sont en train de se réorganiser pour avoir un toit et pouvoir lutter aussi contre les mégaprojets. Et c’est sans parler des luttes de la campagne, du mouvement indigène en soi et des mouvements qui se trouvent hors des villes, qui sont dans la lutte contre le même monstre qui est le capitalisme et contre les mégaprojets. Le problème des exploitations minières notamment, cela englobe toute la question des ressources naturelles, parce que l’eau se trouve au centre. Et même jusqu’aux plantes médicinales, que certaines entreprises étrangères (japonaises, américaines, canadiennes, espagnoles et françaises) tentent de monopoliser ou de breveter pour les commercialiser et vendre le médicament, et nous rendre dépendants de leurs médecines et qu’on consomme cela, alors qu’on sait bien qu’il existe une médecine traditionnelle des peuples.

Il y a des luttes pour le territoire, pour l’autodétermination et pour l’autonomie, et il y a beaucoup de différences de fait dans le mouvement indigène, parce que certains sont dans la question du refus de l’intromission des partis politiques, quand d’autres sont dans la lutte pour la défense du territoire, sans être pleinement conscients que les partis politiques sont fourrés là-dedans, et d’autres qui sont dans la question de l’autonomie en soi, sans avoir aucune ingérence avec l’État.

Et donc sur quelques questions, par exemple comme ce que tu me demandes sur la relation qui existerait entre mouvements indigènes et mouvements libertaires ou anarchistes, je crois qu’ils partagent certains principes basiques au sein de la réflexion libertaire et il y a quelques penseurs libertaires qui ont influencé aussi la luttes des villages et des peuples, comme par exemple sur la question de l’autogestion, de l’autonomie, de la défense du territoire, de l’expropriation aussi de ses ressources et de ses espaces, de l’autodétermination, et toutes ses luttes se conjuguent contre un même monstre, qui est le capitalisme depuis ses débuts.

Il y a aussi des ruptures au sein des luttes ; il y a une rupture très forte au sujet de la question électorale au Mexique. Il y a des mouvements ou une partie du mouvement indigène qui cheminent vers la question électorale, qu’ils ont appelé le « bon gouvernement », et il y a une autre partie du mouvement indigène qui n’est pas dans cette situation-là, qui continue à défendre la question de l’autonomie sans avoir aucune visée vers la question électorale ou de prendre le pouvoir national, eh bon, chacun mène la lutte depuis chez lui et depuis ses espaces. Je crois qu’il existe quelques mouvements et quelques communautés qui ont leurs propres formes communautaires de défense, et je crois que cela, c’est ce qui guide et ce qui peut avoir une certaine relation avec le mouvement libertaire, et que cela part d’une lutte de l’être même, depuis la communauté ou depuis les individus. Il y a par exemple des communautés qui ne luttent pas seulement contre les mégaprojets, certaines luttent contre l’identité même, ou pour leur propre identité à elles, pour la langue, pour le maïs, pour leur cosmovision, pour leur manière de se vêtir, et aussi contre les aliments [industriels] et les transgéniques, et je crois aussi que cela, cela fait partie du mouvement indigène et aussi du mouvement libertaire, le fait que nous luttions pour être soi-même, pour être libres. Au final, ces deux parties cherchent un bien commun, de fait c’est cela qu’on idéalise, cette question du bien commun, du fait que cela exige l’autogestion dans les communautés et aussi dans le mouvement libertaire.

Au fil du territoire et de la géographie qui est la nôtre, il existe des mouvements qui nous inspirent, comme par exemple à Oaxaca la lutte des Ikoots, à Álvaro Obregón, qui luttent contre les éoliennes, à Cherán [dans le Michoacán] les compas qui luttent pour l’autonomie, les Yaquis, dans le Sonora, qui luttent pour la défense du territoire et pour la défense du fleuve Yaqui, il y a les compañeros de Xanica dans la Sierra sud d’Oaxaca qui défendent leur territoire, leur système communautaire et leur organisation, et, plus au sud du continent, les compañeros mapuche qui ont toute une longue tradition dans leur lutte en défense du territoire, de l’autonomie, de l’autodétermination et de l’identité mapuche ancestrale, et je crois que, dans toutes ces luttes, la question, c’est que toutes maintiennent leurs propres formes d’organisation. Au final, on ne peut pas idéaliser, dire que tout est harmonie et que dans les luttes indigènes tout est harmonieux, parce qu’il y a aussi des conflits, il y a beaucoup de questions qui sont en lutte à l’intérieur comme la question du machisme, la question culturelle…

Il y a aussi des compas dans la Sierra Norte de l’État de Puebla, les Totonaques et les Nahuas, qui sont en train de lutter contre les entreprises chinoises et canadiennes qui sont en train de leur piquer leur eau et les minerais de ces endroits et de leurs villages, et là aussi il y a une tradition de médecine naturelle et traditionnelle, et de lutte pour un marché juste, où ils puissent commercialiser les produits qu’ils font. Tout ça, c’est les luttes qui nous inspirent en ce moment.

Pour les compas qui écoutent cet entretien, comment peuvent-ils faire ou comment peut-on faire pour te soutenir dans la procédure judiciaire que tu traverses toi et les autres compañeros prisonniers d’Eloxochitlán de Flores Magón ? Et pour finir, tu pourrais mentionner pour toi ce que la solidarité internationale signifie, et de quelle manière peut-on cultiver cette solidarité ?

La question de la solidarité internationale me paraît très importante, à partir du moment où il y a cette réciprocité entre compañeros, au moins par le biais de lettres, d’appels… Parce que au final la solidarité internationale ce n’est pas pour une lutte locale ou pour une question territoriale, c’est une question plus large, et une lutte plus large qu’on ne peut pas réduire à un seul endroit seulement, mais c’est dans le monde entier et pour tous les individus. C’est quelque chose qui rompt les murs et les frontières. Je crois que la solidarité internationale est importante aussi parce qu’au travers de ses formes de mobilisation, elle génère une certaine pression dans les pays et dans les espaces où se font la lutte et le soutien…

Par exemple nous, qui sommes enfermés dans une prison : si vous téléphonez au tribunal, si vous envoyez des lettres par exemple, cela génère une certaine pression, et on entre dans une autre dimension de la lutte… Et il y a des question importantes que ça amène, comme l’accompagnement, la camaraderie, et il y a une certaine amitié qui se crée aussi entre compañeros car on échange des lettres, des appels et on peut s’écouter au travers des différents médias à notre disposition, eh bon, dans notre cas pour moi ça me paraît important cette partie-là, parce que vous vous pouvez diffuser nos histoires dans d’autres endroits et vous pouvez amener notre parole et nos petites luttes jusqu’à d’autres endroits, d’autres lieux. Et une autre partie, ce serait de nous aider à commercialiser nos produits, parce que moi par exemple je dédie mon temps à faire des hamacs et des sacs, et une partie ce serait de pouvoir nous aider économiquement pour la question juridique, pour que nos proches puissent venir nous voir, puissent nous amener des aliments à la prison, parce que ici c’est compliqué d’obtenir pas mal de choses qu’il faut amener de l’extérieur. C’est pour cela que ça me paraît important cette partie de l’accompagnement international ou de la solidarité avec des compañeros avec lesquels on ne se connaît pas, mais avec qui on a des choses en commun qui nous attirent et nous appellent à être ensemble dans cette lutte.

Une autre chose qui me paraît importante de mentionner est le fait que la solidarité internationale puisse se diriger vers des compañeros qui sont d’autres endroits, d’autres lieux du globe afin qu’ils soient attentifs à la situation qu’on traverse depuis l’enfermement, en sollicitant leur soutien aux mobilisations qui sont organisées au travers de l’envoi de lettres, en appelant au téléphone, ou bien, s’il y a un moment de répression, me demander aussi à moi mon soutien pour les situations qui éclatent au cours de la procédure et au cours de cette lutte qu’on mène depuis l’isolement.

Il y a quelque chose d’autre que tu veux partager avec les compas qui écoutent cet entretien ?

Eh bien remercier les compañeros qui écoutent [ou lisent ! Merci à vous, NdT], qui sont partie prenante des luttes et qui se solidarisent aussi avec les compañeros dans le monde qui sont emprisonnés, ou avec les luttes libertaires ou les luttes des peuples, car on est pareils. Et j’aimerais aussi remercier le collectif Los Otros Abogados, qui sont les compañeros qui s’occupent de mon dossier et qui ont mis de leurs efforts et de leur solidarité pour pouvoir avancer dans cette procédure et arriver à nous libérer de ce joug de la loi, de l’injustice et du pouvoir, et pouvoir avancer vers la liberté. Avec l’effort de ces compas nous avons avancé lentement, mais on arrive peu à peu à ouvrir la brèche grâce à leur solidarité, leur effort, leur travail avant tout, eh bon, on a une dette envers eux.

De l’autre, eh bien vous demander votre soutien à notre petite lutte, comme je vous l’expliquais on a ces manières de nous organiser et de lutter depuis l’enfermement, on a quelques produits à commercialiser, pour que vous puissiez aussi acquérir certaines choses comme je vous disais, les hamacs et les sacs que je fabrique ici pour tuer le temps, pour ne pas m’ennuyer, mais aussi pour pouvoir nous maintenir avec un peu de ressources pour les coûts immédiats pour les question de défense, des avocats, pour pouvoir faire les dépôts administratifs, pour que nos familles puissent venir nous visiter et pour l’alimentation et les nécessités basiques des personnes qui nous retrouvons dans l’isolement. Et puis eh bien, depuis ici je vous adresse une forte embrassade, et j’espère que vous aussi vous allez bien dans vos luttes, eh bon que la force soit avec vous… et à bas les murs des prisons !

Notes

[1] La communalité est une notion politique développée à Oaxaca, qui se réfère à ce qui a trait à la vie communale d’un village ou d’un peuple : les fêtes, le travail collectif, le territoire commun, la cosmovision… « l’être-communal ».

[2] Le tequio (appelé faena dans la Mazateca), ce sont les travaux collectifs effectués au nom de la communauté, et convoqués traditionnellement par le représentant du village au travers du soufflement dans une conque de caracol.

[3] Ricardo Flores Magón est un célèbre anarchiste mexicain du début du vingtième siècle né à Eloxochitlán, fondateur du journal Regeneración, et qui initia la révolution mexicaine par des soulèvements armés en 1910 au nom des idéaux de « Terre et Liberté ».

[4] « La Voix de N’guixó », nom mazatèque de la communauté, NdT.

[5] PRI : Parti révolutionnaire institutionnel, ancien parti-État qui a dirigé le Mexique des années 1930 aux années 2000. PAN : Parti d’action nationale, qui lui a succédé au pouvoir de 2000 à 2012, parti capitaliste de la droite intégriste. PRD : Parti de la révolution démocratique, formé dans les années 1980 de l’agglomérat de différents partis de tendance marxistes avec des scissions nationalistes du PRI, telle celle de López Obrador, actuel président du Mexique et qui a depuis créé son propre parti, Morena (Mouvement de régénération nationale), pour gagner les dernières élections politiques.

[6] À la différence de la France, l’Espagne et les pays latino-américains distribuent les « cadeaux de Noël » le 6 janvier, jour des Rois mages qui seraient venus offrir leurs cadeaux au petit Jésus, NdT.

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Lectures complémentaires:

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

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Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

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Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard

 

 

 

Résistance au colonialisme: Le monde malade de l’ « owista », la maladie de l’argent (Mohawk Nation News)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés with tags , , , , , , , , , , , , on 12 octobre 2019 by Résistance 71


Les harpies colonialistes…

 

Remboursement

 

Mohawk Nation News

 

8 octobre 2019

 

url de l’article original: 

http://mohawknationnews.com/blog/2019/10/08/pay-back/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Otsinonwaksen okonha, l’entreprise coloniale du gouvernement du Canada et ses associés sont troublés. Les questions principales de leur débat électoral courant devraient être : “Comment pouvons-nous sortir de cette engrenage induit de justifier de toute la brutalité et du génocide que nous commettons envers onkwehonwe, le peuple originel et de toute vie sur l’Île de la Grande Tortue ?

Owista (la veulerie, maladie de l’argent) gouverne la société corporatrice coloniale. Leurs bouches disent “moi” au lieu de “nous”.

Les acteurs sont entraînés pour tromper le public de voir que l’entreprise coloniale est fondée sur les 51% de la règle majoritaire, la façon dont fonctionne le gouvernement entrepreneurial du Canada. Le corporatisme / fascisme dirige un état quasi policier sous les statuts de la loi de l’amirauté (britannique) sans aucun remède constitutionnel.

Le peuple originel, qui vit la voie naturelle avec toute vie, n’appartient en rien au système corporatiste colonial. Les immigrants sont en train de nous “réguler” hors d’existence. Si les citoyens de chaque municipalité développait une constitution municipale fondée sur Kaianerakowa, la Grande Loi de la Paix, et apprenait à obtenir un consensus de 100% d’accord sur tous les problèmes à discuter affectant la communauté, le Canada deviendrait un exemple rutilant pour le monde entier.

Les diktats des serpents étrangers à cette terre ne peuvent pas nous retirer de celle-ci. Tewatatawi est notre nature. Aujourd’hui, nous, onkwehonwe, sommes “retournés dans les collines” pour cicatriser et attendre le retour de la Grande Paix. Elle viendra.

Onkwehonwe veut dire que nous sommes le peuple originel pour toujours. Nous étions ici bien avant la “Canada”, bien avant l’Indian Act (loi scélérate sur les Indiens), avant l’église. Nous ne sommes pas arrivés sur l’Île de la Grande Tortue en bateau. la Nature/création, l’univers, nous a placé sur notre terre-mère, là où nous sommes.

Nous répandrons la paix autour du monde.

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Lectures complémentaires:

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Manifeste pour la Société des Sociétés

TICEE_Operation_Rachat_2018

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

La_voie_Lakota_et_Crazy_Horse

Effondrer le colonialisme

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

si-vous-avez-oublie-le-nom-des-nuages-vous-avez-oublie-votre-chemin

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

 

Canada et imposture coloniale, génocide et ethnocide programmés (Mohawk Nation News)

Posted in actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 29 septembre 2019 by Résistance 71

Une fois n’est pas coutume, notre commentaire de texte sera ici un peu négatif, non pas sur le fond, car nous partageons ce qui y est dit, mais sur la forme, notamment en ce qui concerne l’utilisation du symbole du “serpent” comme celui du mal et de la fourberie. Ceci nous paraît en fait être très “eurocentrique”, ce qui est un comble vu la provenance du texte. Le serpent n’est-il pas le diable dans l’imbécile mythologie chrétienne ? Nous sommes surpris qu’une telle métaphore puisse être utilisée dans un discours traditionnel amérindien.
Le serpent est partie de la Nature. Il n’y a rien de “bien, mal ou vicieux” dans la Nature. Le serpent est et vit sa vie sans emmerder personne, ce sont nous, les humains, qui l’emmerdons dans son habitat naturel. Le serpent est un prédateur qui tue pour manger et survivre, il le fait de manière très parcimonieuse au moyen du poison ou de la constriction. Dans la très vaste majorité des cas, les interactions entre humains et serpents se passent très bien, chacun évite l’autre avec succès… Toute morsure endurée est le résultat d’un acte de défense de l’animal qui instinctivement connait la valeur de son venin et le distille avec parcimonie, occasionnant dans bien des cas, des morsures dites “sèches”, sans injection de venin.

Nous tenions à préciser ce fait, car nous ne sommes pas d’accord sur l’image du serpent convoyée ici ou dans d’autres textes. Nous sommes en fait surpris de l’usage fait de cette image négative par une source iroquoise traditionnelle…

10/10 sur le fond.. 2/10 sur la forme, peut mieux faire…

~ Résistance 71 ~

 

 

Se déguiser en “Indien”

 

Mohawk Nation News

 

25 septembre 2019

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2019/09/25/dressing-up-like-an-indian/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Nous, les peuples natifs de ce continent, nous habillons “comme les blancs” parce que nous ne pouvons pas nous payer ces superbes et très chers habits autochtones. Quand nous en avons un, nous sommes invités dans des fêtes pour faire des poses photos avec des politiciens, ou poser dans des inaugurations de supermarchés, de galeries marchandes ou pour poser avec des enfants dans les crèches.

L’entreprise coloniale qu’est le gouvernement du Canada travaille dur pour nous maintenir, nous et nos affaires, dans le domaine de l’invisible et conserver nos esprits ignorants. Voler, piller l’Île de la Grande Tortue d’un pôle à l’autre, d’un océan à l’autre est le plus grand vol organisé de l’histoire de l’humanité et de cette planète, pillage qui continue aujourd’hui. Des traîtres comme les membres de l’Assemblée des Premières Nations (APN/AFN) et les “conseils de bandes” sont complices et aident ces serpents à essayer de vider l’Île de la Grande Tortue de notre existence. Ils sont tout aussi coupables de génocide que leurs maîtres. Leur extinction, extermination des peuples natifs s’appellent aujourd’hui “le cadre d’accord” (NdT: Framework Agreement en anglais). Les banquiers sont les actionnaires de toutes les municipalités incorporées de l’entité coloniale du Canada. Ils sont les propriétaires du Canada et, par le truchement des actes de naissance, qui ne sont que des documents bancaires, ils possèdent les gens.

Le lavage de cerveau inclut couvrir de ridicule ou censurer la vérité sur notre véritable position en tant que peuples placés sur l’Île de la Grande Tortue par la nature/création. Nous sommes ignorés ou diagnostiqués comme ayant des limites mentales et physiques ou nous sommes simplement physiquement éliminés. Même notre identité propre est décidée pour nous, comme par exemple en nous forçant à n’utiliser qu’une identité électronique cadrée par l’entreprise coloniale. Ce n’est que documentation et gestion de leurs esclaves. L’entreprise coloniale a autorisé ses marionnettes des conseils de bandes de Nations Premières Inc. à signer l’ordre de notre extinction et de couper notre lien profond à la terre. Des mots comme “conflit”, “peur”, “envie, désir” et “haine” ou tous mots qui critiquent les serpents sont déplacés (NdT: et pas à pas criminalisés…).

Les langues étrangères officielles de l’Île de la Grande Tortue, l’anglais et le français, et les toutes nouvellement inventées langues des “premières nations”, basées sur une traduction depuis l’anglais, vont être utilisées pour limiter notre capacité de réflexion. L’anglais est une langue de mensonge et de tromperie.

Seuls des noms et des chiffres reconnus par le système bancaire sont acceptés comme valides. Nous nommer par nos véritables noms natifs va de nouveau devenir illégal. Une nouvelle histoire et de nouvelles religions vont faire avancer l’idée du serpent : la société autochtone est libre de tout contrôle de l’entreprise coloniale.


Antidote issus de la loi naturelle

Le désordre programmé est appelé “harmonie”. Les déracinés, désaxés sont envoyés dans des maisons de travail, dans des camps de travaux forcés et dans les unités militaires. Les anciens ayant la connaissance sont “mis à la retraite”. Les “sociétés pour l’enfance” et les généticiens encouragent les petites unités familiales et la stérilisation sans consentement. Tout le monde est classé par niveau d’intelligence et en rapport avec son utilité pour l’entreprise coloniale.

La répétition tue le naturel. Nous devons nous assoir sur des chaises à longueur de journée, à ne rien faire. Retourner à la maison. Refaire la même chose le lendemain.. Ceux qui voient au delà de tout ça, qui posent des questions, qui refusent d’être quotidiennement sous sédatif et résistent au conditionnement sont éliminés. Le “cadre d’accord” qui va nous municipaliser et nous taxer sous le régime colonial est le plan de base pour la standardisation et le contrôle.

L’entreprise coloniale a une peur bleue des différences qu’elle ne peut pas contrôler. Kaianerekowa est le fondement de notre mode de pensée. Les différences sont naturelles et très belles.

Notre musique, nos chansons, nos langues, nos danses et nos cérémonies sont ancrées profondément en nous et ainsi nous pouvons demeurer connectés avec nos ancêtres. L’État crée des drogues et des façons de réprimer les émotions profondes primordiales. Socrate a inventé l’échelle des 12 notes chromatiques pour cacher les 13 notes de solfèges originales. Elles sont les notes de la communication de la nature / création. L’entreprise coloniale a interdit notre musique pour, espère t’elle, arrêter de déclencher nos mémoires.

Nos rêves sont une combinaison de réalité, d’émotions et d’amour de notre peuple, ce qui nous est systématiquement retiré en amenuisant notre existence propre, notre essence. Nos parents et nos ancêtres eurent des joies et des peines. Les serpents ont amené la maladie de l’owistah (NdT: qu’on peut traduire par “veulerie”…) avec eux pour que viennent la guerre et la mort pour détruire le monde. Les serpents savent ce qu’est la brutalité de voler et de tuer nos jeunes et nos vieux. Nous avons le souvenir de nos enfants qui furent volés à leurs familles, pour nous retirer la lumière des yeux. Les serpents n’ont aucune empathie et ont un besoin impératif de dominer. Nos révoltes sont craintes (NdT: Wounded Knee 1973, Oka 1990, Sandy Creek 2016-17).

Le lavage de cerveau afin que nous commettions le suicide est fini. Ce cadre d’accord pour notre extinction ne va pas nous retirer notre connexion avec la nature et notre terre-mère. Nous serrons nos enfants, nos bébés contre nous pour sentir la chaleur, le confort et la beauté. Leur futur est dans nos esprits et nos bras. Nous éprouverons la joie, nous aurons la musique, l’amour et les cérémonies qui sont toujours dans les ombres et les échos.

Jimi Hendrix chante les changement à venir pour les châtelains quelque soit le costume qu’ils portent:

“A little Indian brave who before he was ten,

Played war games in the woods with his Indian friends,

And he built a dream that when he grew up,

He would be a fearless warrior Indian Chief

Many moons passed and more the dream grew stronger,

Until tomorrow, he would sing his first war song,

And fight his first battle, but something went wrong,

Surprise attack killed him in his sleep that night

And so castles made of sand,

Melts into the sea, eventually”

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Lectures complémentaires:

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

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Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

si-vous-avez-oublie-le-nom-des-nuages-vous-avez-oublie-votre-chemin

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

 

Résistance au colonialisme: Fondements et permanences de l’ignominie de la domination avec Nils Andersson

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 19 septembre 2019 by Résistance 71

Nous avons utilisé le texte ci-dessous en mai 2013 pour écrire notre article « Nous sommes tous des colonisés ! » qui est devenu un des articles les plus lus sur Résistance 71. Le voici dans sa version numérique.

~ Résistance 71 ~

 

 

Fondements et permanence du colonialisme

 

Introduction rencontres d’été

 

Nils Andersson

 

Novembre 2011

 

Pendant des millénaires, premières colonisations : Égypte et Mésopotamie, monde gréco-romain et monde musulman, Asie hindouisée et sinisée, empire mongol, l’Eurasie et l’Afrique du Nord, furent des terres de conquêtes et de barbarie. Le plus ancien traité connu « de fraternité et d’amitiés » conclu vers 1280 av. J.-C, entre le roi d’Egypte, et le roi des Hittites fait l’objet d’un accord sur les frontières mais il est implacable envers les populations. Les souverains s’accordent d’extrader les fugitifs des deux camps qui cherchent asile soit en Égypte soit en pays hittite, le territoire est plus important que le sort des populations. C’est là une première permanence du système colonial et impérialiste, la primauté du territoire sur les populations.

Navigateurs, explorateurs et marchands vont êtres les premiers colonisateurs. En 1493, un arbitrage du pape accorde toutes les terres « trouvées ou à trouver, reconnues ou a reconnaître » à l’Espagne et au Portugal. Il s’agit d’un colonialisme mercantile et de mercenaires, avec le « système de l’exclusif ». La puissance coloniale s’assure le monopole des importations et exportations, ainsi les conquistadors s’attribuent pour leurs rois et pour eux-mêmes les richesses de l’Afrique et de l’Amérique. Au XIXe siècle, avec l’expansion du capitalisme industriel, la liberté du commerce, va prévaloir et modifier le système colonial en rationalisant et intensifiant l’exploitation économique, sociale et humaine des peuples colonisés. L’accaparement des richesses naturelles est la deuxième permanence du système colonial.

Autre composante constitutive du colonialisme, le goupillon, trois bulles du pape confient aux rois d’Espagne et du Portugal la christianisation des territoires « découverts et à découvrir ». Imposer sa religion fut tout au long de la conquête coloniale une composante essentielle de la mission civilisatrice de l’homme blanc. Évangéliser est la troisième permanence du système colonial.

Pour compenser la chute de la démographie qui résulte en Amérique de l’extermination des Indiens, du travail forcé auquel ils sont soumis et des maladies contagieuses amenées par les Européens, il est organisé dès le XVIIe siècle le plus ignoble des commerces, la traite négrière. Pendant trois siècles l’esclavagisme participera du système colonial. Si la traite négrière a été abolie, la « force noire » du général Mangin lui succéda, avec l’enrôlement massif comme chair à canon pour les guerres impérialistes des tirailleurs sénégalais, malgaches, algériens, marocains, tunisiens et indochinois, puis les colonisés deviendront une main d’œuvre exploitable sans limite dans les métropoles. Quatrième permanence du système colonial, l’exploitation sociale et humaine des peuples colonisés.

Le goupillon accompagne le glaive. La violence dont se vante le capitaine de Montagnac lors de la conquête de l’Algérie : « Toutes les populations qui n’acceptent pas nos conditions doivent être rasées. Tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge ni de sexe… » est inhérente au colonialisme. Violence que justifie Alexis de Tocqueville – grande référence de la pensée libérale et démocratique – quand il écrit : « Du moment que nous avons admis cette grande violence de la conquête, je crois que nous ne devons pas reculer devant les violences de détail, qui sont absolument nécessaires pour la consolider. » Cinquième permanence du système colonial, le recours à la violence de la guerre et de la répression.

À la violence physique s’ajoute une entreprise de dépersonnalisation, symbolisée par le Code de l’indigénat en Algérie, l’apartheid en Afrique du Sud, la ségrégation aux États-Unis et ailleurs. règles fondées sur la supériorité de l’homme blanc. Le Code de l’indigénat, par exemple, était un régime d’exception avec la mise en place de deux collèges électoraux, un pour les Français, un pour les indigènes. L’interdiction faite aux Algériens d’être maire ou président d’une assemblée qui comprend des Français, leur exclusion de certaines écoles ou interdiction faite à un officier « indigène » de commander un officier français même d’un grade inférieur au sien. De plus les Algériens sont soumis à la loi de la « responsabilité collective », non seulement ils ne sont pas des citoyens égaux mais leur individualité est niée, ils sont une masse. Déniant leur identité aux peuples colonisés, les colonisateurs vont imposer leur langue, leur culture, leur idéologie, fondée sur la supériorité de l’homme blanc. Racisme et colonialisme ne font qu’un. L’aliénation du colonisé est la sixième permanence du système colonial.

Il n’y a pas eu un mais des colonialismes, des distinctions peuvent être opérées, mais dans l’échelle de l’abomination tous les colonialismes sont égaux. Et dans le nouvel ordre colonial, comme dans l’ancien on retrouve ces six permanences : primauté du territoire sur les populations, accaparement des richesses naturelles, imposition de la religion du colonisateur, exploitation sociale et humaine, recours à la violence de la guerre et de la répression, aliénation culturelle et idéologique du colonisé.

S’il est paru important de rappeler ces permanences du colonialisme, ce n’est pas pour énumérer les maux du colonialisme, mais pour inscrire notre débat dans les luttes émancipatrices présentes car, sans une approche globale du système colonial, il ne peut y avoir de sortie du colonialisme.

Sortir du colonialisme : désaliénation et luttes communes

L’indépendance nationale acquise au prix de grands sacrifices par la lutte armée ou accordée par le colonisateur est une étape essentielle de la décolonisation, mais elle n’est et ne pouvait être qu’une étape. Comment aurait-il été possible que le colonisé se libère de son aliénation du seul fait d’être indépendant. Rompre avec les chaines de siècles d’oppression politique, d’exploitation économique, de soumission idéologique demande un temps long. Il est donc normal que l’on se pose aujourd’hui, la question : comment sortir du colonialisme ?

Pour sortir du colonialisme au stade d’une « mondialisation » qui est inscrite dans le processus même des conquêtes coloniales, il y a deux démarches obligées : rompre avec l’aliénation coloniale et créer les conditions pour que les peuples colonisés, ex-colonisés et les peuples des métropoles mènent des luttes communes.

Rompre avec l’aliénation, Fanon dénonce combien les comportements humains des « damnés de la terre » sont gangrenés par le colonialisme et le racisme, la radicalité de Fanon répond à un besoin de survie identitaire. Il souligne l’importance du regard porté sur les résistances au colonialisme. Mais Enzo Traverso fait le constat : « Une large partie de l’historiographie dite post-coloniale, revisite le passé à travers le prisme de la victime, dans un horizon privé de toute utopie, où il n’y a plus de place pour la mémoire des luttes émancipatrices des esclaves et des colonisés… » Il faut rompre avec toute logique victimiste du colonisé, subissant l’oppression coloniale. Il faut au contraire redonner place à la longue mémoire des luttes de résistance et émancipatrices qui ont porté les peuples colonisés il y a un demi-siècle au centre de l’Histoire.

Quel chemin parcouru depuis 1885, summum de l’arrogance coloniale, où la Conférence de Berlin décide des règles de partage de l’Afrique où il est convenu que « toute puissance européenne installée sur la côte peut étendre sa domination vers l’intérieur jusqu’à rencontrer une ‘sphère d’influence’ voisine. » Plus simplement dit : là où l’homme blanc pose le pied, le sol et les gens lui appartiennent.

L’ordre colonial est à son apogée. Le monde se partage entre les Empires coloniaux anglais et français dominants, les empires espagnols, portugais et hollandais déclinants (lutte d’indépendance en Amérique latine), les nouveaux empires coloniaux allemand, italien et belge et les États-Unis et la Russie conquérants. Les possessions britanniques, première puissance coloniale, représentent alors un quart des terres du globe et un quart de la population mondiale. Seule puissance non occidentale à mener une politique impérialiste, le Japon.

La domination coloniale paraît alors sans fin. Mais les peuples colonisés s’organisent politiquement, certains engagent des luttes de libération nationale, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est affirmé dans le cadre des Nations Unies. C’est le temps des ruptures, des sacrifices aussi, de Bandoeng, de la révolution AAA (Afrique, Asie, Amérique latine), amenant un bouleversement historique majeur. On ne peut sortir du colonialisme sans faire vivre cette mémoire.

De très nombreuses contributions des ex-colonisés sur les effets de la colonisation et ceux, tout aussi ravageurs, du néo-colonialisme – favorisé par la complicité et la corruption d’une grande partie des élites locales – témoignent d’une désaliénation du colonisé. Émancipation nationale et sociale mais également culturelle, identitaire, au pays et de l’émigré. Mais cette question n’est pas prise dans toute sa dimension si nous ne posons pas cette autre question, la désaliénation concerne-t-elle le seul colonisé ?

Certes non. Il en est pour le colonisateur comme, pour le colonisé. Les peuples victimes du colonialisme doivent se construire, s’émanciper, se libérer de ce passé et du présent néo-colonial où suppôts des anciens colonisateurs maintiennent leurs peuples sous leur dépendance et celle des anciens maîtres. Mais l’homme occidental doit lui aussi assumer son histoire, se libérer de sa propre aliénation de colonisateur, il doit lui aussi faire, « peau neuve », sans quoi il ne cesse de reproduire son aliénation dominatrice et raciste. On reste dans l’attente que les « élus du ciel », les colonisateurs, comprennent la nécessité de mettre en question leur identité de colonialistes qui continue à pervertir leur raison et leurs comportements.

On ne peut créer les conditions de modifier les rapports de force dans le monde sans sortir du double piège de l’aliénation du colonisé et de celle du colonisateur, dans laquelle nous maintient l’actuel ordre mondial. Face à la gangrène raciste, xénophobe, qui se répand dans le discours politique, intellectuel et médiatique, il faut dénoncer, inventer, découvrir, rompre avec la pensée dominante, y compris dans ce qu’elle gangrène nos rangs.

Autre obligation, créer les conditions de mener des luttes communes. Je voudrais rapporter ici à ce propos un colloque tenu à Milan au Centre Franz Fanon en 1962, il y a donc 50 ans, dans un moment de grandes avancées des mouvements de libération nationale, colloque qui avait pour thème, la gauche occidentale et le tiers-monde. Il a été souligné lors de ce colloque que la responsabilité historique de la gauche européenne est « de ne pas avoir compris la véritable importance des révolutions du Tiers monde, d’avoir considéré ces révolutions comme un fait particulier, isolé, dans le processus révolutionnaire mondial. » Faute de cette compréhension « nous avons pu assister, alors même que le cours de la décolonisation changeait le monde à un renforcement indiscutable du pouvoir capitaliste, à un affaiblissement progressif des forces démocratiques en Europe… »

Il a été lors de ce colloque posé la question « Le passage pour les mouvements de libération de la lutte armée avec l’accession à l’indépendance à des luttes revendicatives, démocratiques, une fois l’indépendance acquise, fera-t-il apparaître avec plus de clarté que l’ennemi est commun et que la décolonisation n’est pas un épisode particulier, historiquement isolé », qu’il appartient au mouvement général d’émancipation et que sans une solidarité active avec les peuples sortis du colonialisme, « la gauche européenne n’aura aucune efficacité. »

Cinquante ans après le constat est là, entre la gauche européenne et les peuples ex-colonisés ou encore colonisés, pris dans la nasse de l’économie de marché, soumis à la logique du néo-libéralisme dominante, il ne s’est pas créé une réelle solidarité et la question de l’efficacité de la gauche européenne reste posée.

Le monde a changé, les rapports de forces interétatiques ne sont plus les mêmes, les rapports de forces politiques, sociaux et économiques ne sont plus les mêmes, les rapports de force Nord-Sud ne sont plus les mêmes, les épicentres des mouvement d’émancipation et libérateur ne sont plus les mêmes. Mais le nouvel ordre mondial a aggravé les rapports dominants/dominés, colonisateurs/colonisés. Le capitalisme est toujours au fondement de la domination et de l’exploitation coloniale et sociale, nous sommes soumis aux mêmes maîtres, des maîtres dont les décisions sont de plus en plus exterritorialisées, loin de toute intervention et de tout contrôle citoyen, des maîtres qui nous mettent en concurrence, nous soumettent aux mêmes lois. Ce qui rend d’autant plus impératif de mener des luttes communes.

Sans cette solidarité, sans se sortir du double piège de l’aliénation colonialiste, dont nous ne sommes pas encore libérés et de l’aliénation néolibérale à laquelle il manque encore la radicalité d’un Fanon pour être dévoilée, on ne peut se libérer, ni les uns ni les autres, des lois de l’économie de marché, de la domination de l’idéologie néo-libérale auxquelles nous sommes soumis, nous ne pouvons faire prévaloir de la démocratie. Pour citer Jacques Bidet : « Auparavant n’existait que l’internationale : chaque classe exploitée se confrontait à sa classe exploiteuse, chaque peuple colonisé à son colonisateur. Et il pouvait s’établir entre eux une solidarité internationale. Aujourd’hui la logique du capital dessine l’horizon commun d’une histoire partagée. La lutte d’émancipation acquiert une perspective mondiale ».

Sortir du colonialisme, qui n’est nullement un système archaïque mais est aujourd’hui un constituant du système globalisé c’est, partant de mouvements locaux et nationaux, là où nous sommes, avec nos différences, nos expériences, en conjuguant nos mouvements, se donner la capacité d’influer sur l’ordre mondial.

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Note de Résistance 71, septembre 2019:

Tout ce que dit Nils Andersson est fort justement analysé, mais ce qu’il dit à la fin “se donner la capacité d’influer sur l’ordre mondial…” veut en d’autres termes dire:

“se donner la capacité” = pouvoir

pouvoir quoi ? “influer sur l’ordre mondial”, c’est à dire sur l’agencement, la décision politiques.

Ce que nous dit en d’autres termes Nils Andersson est de REPRENDRE LE POUVOIR… Mais pas pour en faire une nouvelle resucée de l’ordre ancien étatico-capitaliste, une énième et futile “réforme” d’un système qui ne peut être réformé, n’a jamais pu l’être ; mais bien au contraire de transformer cette réalité mortifère de la division et de la coercition à tout va pour en faire une réalité de notre humanité absolue et universelle, celle de l’amour, de la solidarité, de la paix, de l’entraide et de la compassion, nous faire entrer de plein pied dans la Société des Sociétés qui lâche prise des antagonismes et embrasse la complémentarité de notre diversité. Tout ceci bien considéré, on se rend alors bien compte qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir. Il faut en sortir, le reléguer au musée des horreurs de l’histoire et avancer sur le seul véritable chemin de notre humanité vraie, celle de notre être profond réconcilié avec lui-même et la Nature.

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Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Peau_Noire_Masques_Blancs.Frantz_Fanon

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

6ème_déclaration_forêt.lacandon

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide