Archives de amérindiens contre colonialisme

La résistance au colonialisme passe par la résistance à la sémantique de l’oppression… (Steven Newcomb)

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“Les vrais proprios de ce pays savent la vérité, appelée le rêve américain… parce que vous devez être bien endormis pour y croire.”

~ George Carlin ~

 

Les mots, la réalité et l’empire américain dans l’ère Trump

 

Steven Newcomb

 

18 juin 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/words-reality-american-empire-age-trump/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Nous, nations originelles pré-américaines de ce continent, avons le pouvoir de la transformation. C’est un pouvoir appelé vocabulaire. Les mots sont la chose la plus simple avec lesquels nous faisons et façonnons la réalité. Comment emploierons-nous donc notre pouvoir des mots ? Développons d’abord un contexte afin de répondre à cette question.

Nous pouvons observer des siècles d’histoire ce qui inclut des colonisateurs envahisseurs venus ici d’un endroit appelé la chrétienté. Ils utilisèrent la violence génocidaire et la terreur avec leurs mots étrangers et leurs idées, dans un effort de forcer chaque nation libre et indépendante à vivre sous leur système-réalité de domination. La philosophe politique Hanah Arendt dit dans son livre “Origines du totalitarisme”:

La terreur sanglante extraordinaire se tenant durant les étapes initiales de la domination totalitaire est faite pour vaincre l’opposition et rendre toute opposition subséquente impossible…” Au travers des siècles, l’extermination des peuples natifs alla la main dans la main avec la colonisation des Amériques, de l’Australie, de l’Afrique.

Le système de colonisation des Etats-Unis a créé au moins trois noms pour son système de domination de nos nations: “la relation de confiance”, “le pouvoir plénier” et “la loi”. Si et lorsque nous contestons fondamentalement les concepts qui cimentent le système idéologique de domination américain, on nous considère comme étant contre le système “légal” des Etats-Unis, c’est à dire la force de l’habitude d’obéir et contre la “sécurité nationale du pays”. Ceci est mis en évidence par le rapport de l’Intercept sur la TigerSwan Corporation et son traitement des protecteurs de l’eau indigènes, les étiquetant comme des rebelles “insurgés” qui assument-ils, menacent ce que je préfère appeler la “sécurité nationale” du système de domination de l’empire américain.

Il y a une notion derrière l’expression de “la relation de confiance” qui est celle-ci: Nous avons le droit de “faire confiance” à nos “maîtres”, nos “oppresseurs” de “bien nous traiter”. Une simple définition du mot justice est de “donner à quelqu’un ce qui lui est dû” ou de “donner à quelqu’un ce qu’il peut avoir de plein droit.” Il y a néanmoins un problème majeur. Les colons se sont persuadés qu’ils étaient des “êtres supérieurs” qui méritent de plein droit le tribut et l’obéissance de nos nations originelles. Tribut sous la forme de la terre et l’obéissance à leurs idées imposées qu’ils appellent “la loi”.

Ils ont cru, se sont de fait auto-persuadés de mériter de plein droit le “dominion” ou droit de domination sur la terre et ses ressources au sein des limites de nos territoires traditionnels. Les premiers colons se pensaient même être des “élus de dieu” pour être les seigneurs de ces lieux. Pendant des siècles ces “seigneurs” auto-proclamés ont imposé leur système d’oppression sur nos nations, tout cela au nom du “don de la civilisation” qu’ils nous faisaient, ainsi que celui de la “liberté”. Ils ont utilisé ces mot mêmes pour nous enfumer et nous tromper. Le système de réalité que les envahisseurs ont éventuellement créé est le résultat de leurs mots, de leur vocabulaire, combiné avec leur profond désir de manifester un style de vie qu’ils appelèrent “américain” (NdT: pour l’expression de l’American Way of Life…)

Le style de vie américain est fondé sur un “rêve américain” impérialiste fait de richesses et de fortune obtenues au moyen d’un système de domination qui est utilisé pour abuser et profiter de la terre, des territoires et des eaux de nos nations originelles. Richesse et fortune ont pour résultat la puissance et le pouvoir et ce pouvoir mène au désir d’obtenir toujours plus de pouvoir pour avoir toujours plus de richesses et de fortune. Plus de pouvoir, combiné avec un système idéologique de domination, veut dire meilleur accès à la terre et aux ressources et une meilleure capacité de nous empêcher d’arrêter les projets comme celui du DAPL et ce même si le pétrole transporté est une sérieuse menace pour la santé de millions de personnes au travers de la pollution de l’eau.

Le cycle d’annihilation et d’exploitation de nos nations vieux de quelques siècles et la prise en compte de nos terres et territoires ancestraux est le moyen principal et central par lequel les Etats-Unis sont parvenus à leur “rêve américain”. La vie, la liberté et la poursuite du bonheur (cad des richesses et de la fortune) qui sont directement dérivés de l’exploitation des terres, des ressources et des eaux de nos nations. Il y a un sens caché dans la phrase de la campagne de Trump qui disait: “Faire de l’Amérique de nouveau une grande nation !” C’est en fait pour poursuivre plus avant l’amour américain pour les richesses et la fortune. Le slogan est un feu vert pour l’exploitation débridée de tout et n’importe quoi qui puisse être extrait et converti en fric. Maintenant il y a des “pourparlers” de “ventes” des soi-disantes “terres publiques, terres fédérales”, qui sont les terres et territoires traditionnels de nos nations originelles assujettis par les Etats-Unis sur la base de la Doctrine Chrétienne de la Domination.

L’aboutissement du “rêve américain” de richesses et de fortune est avalisé sur une affirmation de droit sur le sol et sur le pétrole. Des forces très puissantes au sein du systèmes des Etats-Unis ont affirmé un droit sur le sol, un droit de propriété, fondés sur la Doctrine Chrétienne de la Découverte et de la Domination, qui s’est étendue à l’affirmation d’un droit sur le pétrole et le sous-sol de nos territoires. Bien entendu le pétrole est une substance hautement cancérigène fait d’hydrocarbures qui sont convertis en carburants et qui conduisent l’économie américaine, sans presque un regard sur la toxicité, la destruction de la santé humaine, des voies d’eau, des nappes phréatiques et des écosystèmes qui en résultent.

Donc, comment devons-nous appliquer notre pouvoir des mots pour libérer et renforcer nos nations pré-américaines ? Standing Rock et Oceti Sakowin ( le conseil des sept feux de la Grande Nation Sioux) ont bien démontré le modèle avec l’enseignement du “Mni Wiconi” ou “L’eau c’est la vie”. Cette simple phrase communique à un niveau où la plupart des êtres humains peuvent s’identifier. Il n’y a personne que nous connaissions qui puisse boire du pétrole pour survivre. Mon épouse Paige m’a fait astucieusement remarquer récemment que l’économie globale est fondée sur une addiction à une substance hautement toxique, un poison: le pétrole. La fragmentation et de massifs projets d’extraction comme celui de l’exploitation toxique des sables bitumeux, empoisonnent l’eau sur de très vastes étendues, tout en empoisonnant les gens et d’autres formes de vie.

Vers la fin de sa longue vie, le politologue Chalmers Johnson fit remarquer dans un classique sous-entendu: “Les empires ne durent pas et leurs fin est en général assez déplaisante.” Il l’écrivait bien évidemment en référence à l’empire américain. Il a aussi dit:

A cette heure tardive, il est difficile d’imaginer comment le congrès [des Etats-Unis], tout comme le sénat romain dans les derniers jours de la République, pourrait être ramené à la vie et nettoyé de sa corruption endémique. échouant en une telle réforme, Némésis, la déesse de la rétribution et de la vengeance, bourreau de l’arrogance, attend patiemment de nous rencontrer.

Le monde observe la paralysie et la panne totale de l’administration Trump de l’empire américain, noyée dans son arrogance malsaine. Il est possible que l’ère Trump mène à une reconnaissance plus avant  de l’importance vitale de nos enseignements traditionnels, tel que Mni Wiconi (l’eau c’est la vie).

= = =

A lire: « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte » (Steven Newcomb, 2008, traduit de l’anglais par Résistance 71 )

1867-2017: Le cent cinquantenaire de la colonie « dominion » du Canada, usurpatrice entrepreneuriale de la terre au nom de la « couronne » (Introduction)

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Plus à suivre sur le sujet de cet anniversaire colonial à venir au 1er juillet… L’apéro ici avec Mohawk Nation News !…

A lire: Kaianerekowa, la « Grande Loi de la Paix » de la confédération des 6 nations iroquoises (XIIème siècle)

et « La Grande Loi du Changement » (professeur Taiaiake Alfred, université de Victoria, CB)

et aussi: « Meurtre par décret, le crime de génocide au Canada » (TIDC)

~ Résistance 71 ~

 

Canadiens, vous vous tenez prêts pour çà ?

 

Mohawk Nation News

 

12 juin 2017

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2017/06/12/canadians-you-stand-on-guard-for-this/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La colonie du Canada a été enregistrée en tant qu’entreprise corporatrice à Washington DC, elle est propriété des actionnaires du Vatican. Le 1er juillet, vous célébrez le corporatisme, connu aussi sous le nom de fascisme, alors que le Canada est un des premiers au monde à être accepté sans les tenir responsables pour meurtre, enlèvement et vol de terres.

1867 a créé la fiction entrepreneuriale qui nous a emprisonné. C’était et demeure toujours la “colonie” de dominion du Canada. La “famille compacte” et la “clique du château” ont formé une union entre leurs municipalités du haut-Canada, du bas-Canada, de la Nouvelle-Ecosse et le l’Île du Prince Edouard.

La Clique du Château représente les familles du Québec qui remontent au sang royal français. La famille compacte représente les familles d’Ontario et de Nouvelle-Ecosse qui remontent au sang royal anglais. Aujourd’hui ce sont les banquiers. Avant 1867, ils payèrent un loyer aux nations indiennes dans un fond fiduciaire, qui devint à terme le plus gros fond fiduciaire au monde.

Le 1er juillet 1867, la toute première action de l’entreprise Canada fut de voler notre argent, l”’Indian Trust Fund”, afin de construire le Canada, qu’ils avaient acquis frauduleusement.

Ils nous déclarèrent alors “non-humains” et de fait émirent des licences de chasse pour nous abattre comme pour les ours ou les daims et chevreuils. Tous les statuts judiciaires canadiens qui furent passés en 1867 sont toujours en vigueur aujourd’hui. Ces lois génocidaires qu’ils créèrent ne furent jamais abrogées. Elles peuvent être parfaitement ressorties et remises en application aujourd’hui en l’état. Les colons établis qui ne se tiennent pas à nos côtés sont complices de ces crimes.

L’attaque du G20 militaire sur les citoyens de Toronto et d’ailleurs ont mis 2600 Canadiens temporairement en prison dans un hangar qui est devenu connu sous le vocable de “Torontonimo Bay”.

Le Canada est toujours le Dominion of Canada, une corporation coloniale privée, dont les propriétaires résident à la City de Londres, au Vatican et à Washington DC, le tout propriété de “la Couronne” (NdT: la Banque d’Angleterre/Vatican sise à la City de Londres et dont le patrimoine est géré par la famille Rothschild).

Résistance et anthropologie politique: Pierre Clastres et la philosophie du pouvoir

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Pierre Clastres: L’anarchie sauvage contre l’autogestion

Lignes No10 “Les anarchies”

janvier 2005

Source: https://www.cairn.info/revue-lignes-2005-1-page-73.htm

La philosophie du pouvoir de Pierre Clastres se développe dans plusieurs textes réunis dans La société contre l’État et dans Recherches d’anthropologie politique[1]

[1] P. Clastres, Recherches d’anthropologie politique,…

seule cependant une lecture de la Chronique des Indiens Guayaki permet de lui accorder sa réelle portée. Par ailleurs, la préface au livre de M. Salhins, Age de pierre, âge d’abondance semble ouvrir de nouvelles perspectives. Selon l’auteur, le texte intitulé « Echange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne [2]

[2] P. Clastres, « Echange et pouvoir : philosophie de…

publié en 1962, étant trop sous l’influence de la théorie structuraliste de l’échange de Lévi-Strauss, ne devrait être cité que pour mémoire. De fait, la préface au livre de Salhins reviendra sur la question des rapports d’échange entre la société et le chef ; mais il nous semble que les conclusions de cet article – « de jeunesse » – doivent être rappelées. Quelle est la « fonction » de ce chef, de ce pouvoir politique qui n’est pas coercitif, qui ne saurait entraîner son peuple à sa suite dans une guerre contre une autre tribu si celui-ci n’en a pas décidé ainsi, qui ne saurait imposer ses propres décisions concernant la vie de la tribu ? Ce pouvoir n’est rien, n’est que symbolique. Mais il a en lui-même la possibilité toujours réelle de devenir réel. À la suite de l’analyse des rapports d’échange fondant l’extériorité du pouvoir, ou sa transcendance limitée, par rapport à la société, Clastres montre que, du fait de son statut, le pouvoir est rejeté du côté de la nature. Il est la négation de la société, de même que la nature est la négation de la culture. Mais cette négativité du pouvoir est elle-même niée, en ce qu’elle reste contenue. Étant hors société, le pouvoir ne peut que se retourner contre la société. Les sauvages n’ont pas eu besoin de faire l’expérience de cette prise de pouvoir, il serait vain de se retourner vers un quelconque événement de cet ordre pour rendre compte de l’impuissance structurelle de la chefferie indienne, même s’il est avéré que des chefs ont joué au chef, tentant de mener par exemple des guerres de vengeance personnelle. Ce qui est en jeu, beaucoup plus que les conséquences d’une expérience dramatique – la transformation d’une chefferie en pur despotisme – ou les résultats d’une intuition « sociologique » concernant l’essence du pouvoir, c’est l’effet d’une Décision affectant le rapport du pouvoir à la société, du savoir à la société et du savoir au pouvoir lui-même. C’est dire qu’on ne peut rendre compte de l’impuissance de la chefferie en n’analysant que des mécanismes d’échange, et ceci, même en termes de flux et de rabattement sur les flux comme chez les auteurs de L’Anti-Œdipe.

Notons, à la suite de Clastres, qu’en dehors d’une « fonction » symbolique, essentielle, qui reste, à ce niveau, énigmatique, ce que sont les effets, dans le réel, dudit pouvoir. Les tribus indiennes étant constamment en guerre, le rôle du chef est aussi de conduire les hostilités, ce qui suppose une compétence certaine. Rappelons que cette fonction peut être reprise par un chef de guerre qui ne se verra obéi que le temps des combats. À l’opposé de Lévi-Strauss, qui ne voyait dans la guerre sauvage qu’une rupture momentanée de l’échange, Clastres y décèle l’exercice de la division, producteur du multiple, sans lequel les sociétés sauvages ne sauraient échapper au règne de l’Un. En effet, la société contre l’État, est aussi une société de la fragmentation, une société constamment travaillée par les mouvements centrifuges, où, donc, en cas de conflits internes à la société, il est toujours possible pour tel groupe de faire sécession et de faire acte de fondation ailleurs. Chef de guerre face aux ennemis, le chef est aussi celui qui représente son peuple, celui qui conclut des alliances, un ambassadeur en quelque sorte, ce qui suppose aussi une habileté certaine. Ces fonctions, mais aussi la non-réciprocité existant dans les échanges entre lui et la société, peuvent permettre de rendre compte de sa polygamie, polygamie marquant sa différence avec la société, même si celle-ci la pratique aussi. Dans ce sens, puisqu’il est l’autre de la société, il est aussi le support de l’imaginaire social, ou son point d’ancrage, étant ainsi celui qui échappe aux règles constitutives de la société, celles de l’échange des femmes. Ce qui peut exprimer, « au-delà même de l’attachement de la culture à ses valeurs, l’espoir ou la nostalgie d’un temps mythique où chacun accéderait à la plénitude d’une jouissance non limitée par l’exigence de l’échange ; l’opulence du chef est le songe éveillé du groupe[3]

[3] P. Clastres, La société contre l’État, op. cit., p…

À l’intérieur de la société, le chef est celui qui dit la loi. Puissance conservatrice de la chefferie qui caractérise la société primitive. Le chef réaffirme la nécessité de conserver l’ordre social, de faire comme les ancêtres ont toujours fait. Or, ces ancêtres, qui sont à l’origine de la loi, de cet ensemble de règles déterminant l’ensemble des activités de la société et des individus, ne sont pas les ancêtres réels, mais les fondateurs mythiques de la société, les « législateurs ». Ce conservatisme concerne l’être social tel qu’il a été institué par les ancêtres.

Ainsi le chef ne dit-il rien de plus que ce que tout le monde sait déjà. Discours sans contenu (parole qui ne saurait être de commandement), d’ailleurs les autres ne l’écoutent même pas : chacun vaque à ses occupations. La parole du chef n’est pas dite pour être écoutée. Mais il ne pourrait échapper à ce devoir-là. Le silence le condamnerait, il doit montrer son pouvoir sur les mots. Et Clastres ajoute : « La société primitive est le lieu du refus d’un pouvoir séparé, parce qu’elle-même, et non le chef, est le lieu réel du pouvoir. La société primitive sait par nature que la violence est l’essence du pouvoir. En ce savoir s’enracine le souci de maintenir constamment à l’écart l’un de l’autre, le pouvoir et l’institution, le commandement et le chef. Et c’est le champ même de la parole qui assure la démarcation et trace la ligne de partage. En contraignant le chef à se mouvoir seulement dans l’élément de la parole, dans l’extrême opposé de la violence, la tribu s’assure que toutes choses restent a leur place, que l’axe du pouvoir se rabat sur le corps exclusif de la société et que nul déplacement des forces ne viendra bouleverser l’ordre social[4]

[4] Idem., p. 136.

Mais qu’est-ce qu’une société qui est elle-même le lieu réel du pouvoir ? Est-ce au sens de la démocratie grecque, où l’espace politique est centré, selon Vernant [5]

[5] J.-P., Vernant, Espace et organisation politique en…

ou Detienne [6]

[6] M., Detienne, Les Maîtres de vérité dans la Grèce archaïque,…

décrivant les assemblées de guerriers, s’installant en cercle, de telle manière que le centre, c’est-à-dire le lieu du pouvoir, reste vide, n’étant occupé momentanément que par celui qui va parler au nom du groupe de ce qui le concerne en tant que collectivité ? Alors, effectivement il y a acte législatif et ce pouvoir de la société est su. Mais en va-t-il de même dans la société sauvage dont la loi est donnée par les ancêtres ? Dans ce sens, si la société est le lieu réel du pouvoir, alors elle l’ignore. La société se pense comme recevant d’ailleurs son ordre. La coupure est totale entre cet ailleurs (les ancêtres, les héros culturels, les « dieux ») et elle-même. La société pose à l’extérieur d’elle-même l’origine de son ordre social. Mais il n’y a pas en elle-même d’individus ou de groupes qui, par leur fonction ou leur origine, seraient dans une plus grande proximité de ce lieu de l’origine. Tous les individus sont également éloignés du lieu de l’origine et sont également dépositaires du savoir de l’ordre social, et en sont donc aussi les gardiens. C’est dans ce sens que la société est le lieu réel du pouvoir.

L’énigme que rencontre Clastres est celle d’un type d’organisation sociale – la société sauvage – dont on ne peut ignorer qu’elle connaît une existence politique, et Gauchet parle justement de la « politique des sauvages[7]

[7] M., Gauchet, « Politique et société », Texture, n° 10-11,1975…

mais qui, en même temps, se construit dans le refus du pouvoir. À ne s’en tenir qu’à La Société contre l’État, on acquiert la représentation d’un pouvoir politique éminemment cancérigène, et l’on comprend bien alors que la société fasse tout pour le neutraliser, pour le repousser dans l’ailleurs, livrant même des femmes afin de le mieux tenir. Mais l’analyse qui est faite des « fonctions » du pouvoir ne permet pas d’en épuiser la nécessité, la société pouvant fort bien s’accorder des représentants pour guerroyer ou pour négocier sans que ceux-ci deviennent de facto des figures de la chefferie. Par ailleurs si le chef est celui qui dit la loi, mais si sa connaissance ne peut par essence excéder la connaissance qu’en ont les autres membres, sa parole n’apportant aucune information nouvelle en cet ordre, il paye ainsi sa dette à la communauté en lui faisant don de mots, alors la négativité qu’il est pour la société tend à s’évanouir. À la limite, cette négativité – en creux – n’est concevable qu’en fonction de ce qu’elle pourrait être : un pouvoir politique coercitif, un État. Toutefois, l’extériorité même passive de la chefferie indienne, parce que cette dernière pointe vers la loi, est une constante réaffirmation de l’altérité radicale de l’origine de la société. Mais en quoi celui qui occupe ce rôle est-il gros d’une sécession, de telle manière qu’il puisse se retourner contre la société et prendre pouvoir sur elle ? Notons qu’alors il ne serait plus celui qui rappelle l’origine, mais origine lui-même, ou tout au moins sans qu’il ait à se déclarer à l’origine de l’ordre social – configuration qui semble apparaître dans l’aire indo-européenne selon Meillet que cite Benveniste [8]

[8] E., Benveniste, Vocabulaire des institutions indo-européennes,…

avec un nom de roi appartenant à un dialecte local du domaine linguistique iranien, qui signifie « celui qui est puissant par lui-même, qui ne tient que de lui-même son pouvoir » – dans une relation de descendance, de représentation singulière avec les ancêtres. Mais alors c’est la Décision (sociale) antérieure qui serait radicalement modifiée. En effet que le chef sauvage fasse le chef – qu’il prenne effectivement le pouvoir –, ce ne sera pas seulement son rapport à la société qui sera modifié mais conjointement son rapport au savoir et le rapport de la société au savoir.

Un point semble malgré tout important dans cette prise de pouvoir, et que relève P. Clastres dans sa préface au livre salutaire de M. Salhins, c’est la question de la dette, dette qui, pour lui, est « signe et vérité du pouvoir[9]

[9] P. Clastres, Préface à : Age de pierre, âge d’abondance….

À sa suite, il reprend l’analyse du rôle du leader dans les sociétés mélanésiennes, dans la mesure où les ethnologues ont toujours vu dans le « big-man » un vrai chef. Or, ce dernier, aidé pour ce faire par sa parenté qui se transforme ainsi en clientèle, travaille durement afin de produire des surplus de consommation qui seront distribués à la communauté. Nous savons que le chef, pour être chef, doit être un bon orateur et généreux. Mais on assiste à une « auto-exploitation du big-man » alors qu’évidemment il n’a pas les moyens de contraindre la communauté à travailler pour lui. Ainsi, « la société en son ensemble exploite le travail de la minorité qui entoure le big-man [10]

[10] P. Clastres, op. cit., p. 23.

Il devient alors bien difficile de parler de pouvoir, ce qui conduit à ne voir dans l’activité du big-man que le moyen de se faire reconnaître dans sa prodigalité : il ne cherche que le prestige et non pas la satisfaction d’un désir de pouvoir. Dès lors, il faut, dans le cas de ces sociétés, disjoindre pouvoir et prestige. À ce niveau, l’échange est égalitaire des biens contre une reconnaissance – mais ne suffit probablement pas à l’érection d’un big-man, car ce type d’échange pourrait concerner tous les membres de la communauté à l’intérieur du cycle général de l’échange-don, dont on sait qu’il peut être interprété comme mouvement de la reconnaissance [11]

[11] Cl., Lefort, « L’échange et la lutte des hommes »,…

Cette relation, en apparence égalitaire ne suffit pas en effet, elle dissimule une inégalité entre le leader et la société. Celui-ci a une dette envers la société en tant précisément qu’il est le leader. Et si les flux de biens vont vers la société, c’est qu’elle exerce le pouvoir sur le leader, dont elle se garantit ainsi de le voir rester à l’extérieur du pouvoir : il n’en deviendra pas l’organe séparé. « Prisonnier de son désir de prestige, le chef sauvage accepte de se soumettre au pouvoir de la société en réglant la dette qu’institue tout exercice du pouvoir[12]

[12] P. Clastres, Préface, op. cit., p. 25.

L’analyse du sens de la dette permettra ainsi de déceler qui, de la société ou du « leader », exerce le pouvoir. Dans les royautés et ailleurs, les endettés sont ceux que les rois, grands-prêtres et despotes appellent « gens du commun ». Le sens de la dette permet d’étalonner les sociétés selon la discontinuité : société contre l’État/société pour l’État. La pertinence de ce critère peut amenuiser notre compréhension du rôle et de la « fonction » du leader. D’autant que Clastres semble hésiter entre deux problématiques, cette ambiguïté ayant d’ailleurs rendu possible deux interprétations de son œuvre, l’une en termes de flux, de rabattement des flux, de codage, de disjonction et de conjonction, interprétation horizontale (superficielle dans ce sens) développée dans L’Anti-Œdipe. L’autre se référant davantage à une problématique issue de la psychanalyse, celle de Lefort. Difficile, notre tâche l’est assurément, de faire coexister un chef qui dit la loi et un chef qui menace la société de « flux de pouvoir[13]

[13] P. Clastres, Préface, op. cit., p. 26.

Or, si le big-man est piégé dans son désir de prestige et qu’en lui se conjugue le désir de produire pour donner (prodigalité, satisfaction du narcissisme) et le devoir de produire pour payer sa dette, c’est qu’en même temps il est cette instance sans laquelle tous ces segments constituant le « mode de production domestique », analysé par Sahlins, ne pourraient tenir ensemble. Ce qui revient à dire qu’une référence commune à un ordre mythique ne saurait suffire. Le « chef » doit ainsi limiter l’extension des forces centrifuges dans la société, il représente la généralité contre la segmentarisation propre au Mode de Production Domestique : « Le don ne saurait organiser la société sous forme solidaire, mais seulement sous forme segmentaire. La réciprocité est une relation “entre” deux termes. Elle ne dissout pas les parties séparées au sein d’une unité supérieure, mais au contraire conjugue leur opposition et par là-même la perpétue. Aussi bien le don n’institue-t-il pas non plus une tierce partie dont les intérêts prévaudraient sur les intérêts séparés des contractants[14]

[14] M., Salhins, op. cit., p. 221.

Face à une horizontalité radicale de la substance sociale, l’instance de la chefferie instaure un tenir-ensemble toujours menacé. Même ambiguïté en ce qui concerne la reproduction de la société sauvage. En effet le M.P.D. excluant la production de surplus implique que la société ne puisse se reproduire qu’identique à elle-même, elle ne saurait se lancer dans l’inconnu, la société sauvage contrôlant tous ses flux. Or, l’immanence à la société de son sens, celui-ci étant en même temps posé comme ayant son origine dans l’ailleurs, conduit au même résultat. Donc, est-ce le mode de production qui entraîne une non-historicité de la société – son caractère répétitif – ou est-ce son attachement à l’ordre mythique ? Société ne connaissant pas, car la refusant, la division entre l’État et elle-même et, en conséquence, refusant en elle-même le partage entre les dominants et les dominés, la société sauvage pourrait apparaître comme une totalité pleine et indivise. Or, elle est traversée par une division interne puisque la dimension de l’échange conflictuel est fondamentale, mène si, par ailleurs, les acteurs du « conflit » ne sauraient remettre en cause les principes de l’échange lui-même, puisque la société dénie à tout acteur humain la possibilité d’intervenir en tant que novateur dans l’ordre social et donc dans l’ordre du monde naturel ou surnaturel. Ainsi la société ne se sachant pas l’origine d’elle-même, mais projetant celle-ci dans l’ailleurs, dans un temps autre que le temps profane, dans un temps sacré, étant le fait d’ancêtres n’ayant rien à voir avec l’espèce humaine présente, cette société donc connaît une division fondamentale. Mais ce savoir d’elle-même, tout en étant fondé dans l’ailleurs, même si elle ne peut pas le reprendre dans un mouvement de réflexion, dans l’acte théorique, il n’en reste pas moins qu’il est présent dans l’immédiateté et constamment mis en œuvre. Ce savoir des choses de la nature, du monde des dieux, de la nature du lien social est su à fleur de peau. Son immédiateté est telle que, pour telle société sauvage, telle communauté, il ne peut y avoir d’autre société. Le singulier est l’universel. Les sociétés sauvages sont profondément ethnocentriques. D’où « la propension qu’ont les groupes ethniques de s’auto-déterminer, s’auto-dénommer par un terme qui, dans leur langue, signifie ni plus ni moins qu’homme, gent ou quelque chose d’approchant. C’est très exactement le sens du mot “yanomami”. L’ethnie, c’est le point central de l’univers humain, c’est l’humanité par excellence, autour de laquelle tout doit nécessairement converger ou graviter. Pour un Yanomami, tout ce qui n’appartient pas à son propre monde socioculturel est forcément étranger, nabê. Les mots yanomami et nabê forment couple et s’opposent à la fois […] Ce sont les ennemis, car, défait, l’étranger est bien un ennemi potentiel […] ravalé au rang d’une sous-humanité méprisée et crainte tout à la fois[15]

[15] J. Lizot, Le Cercle des feux. Faits et dits des Indiens…

La société connaît donc une division radicale externe, dont la conséquence est qu’elle ne peut être que « pour la guerre ». On comprend mieux aussi que ces sociétés « sans écriture », donc sans un corps de scribes, soit aussi par excellence des sociétés de l’écriture. En effet, la loi est écrite, mais sur les corps. Cette écriture, Clastres l’identifie dans les marques imposées au cours des séances d’initiation des adolescents. Il s’agit essentiellement de laisser des traces, de marquer les corps et ce, non pas seulement pour éprouver le courage des futurs guerriers ou leur rappeler leur appartenance à la société, mais afin d’affirmer l’immédiateté de la loi. La loi est d’autant mieux sue qu’elle est plus proche. Le corps ne pourra jamais en perdre le souvenir. Sa distance à la singularité étant nulle, elle ne peut être prononcée, elle n’a pas besoin d’être dite. Dès lors personne parmi les hommes ne pourra se dire du côté de la loi, dire la loi et la faire respecter. Elle est loi égale pour tous. Loi absolument non séparée puisque nul n’a prise sur elle. Personne ne la représente ou n’en est le gardien. Cette loi est éprouvée, nul besoin de l’exprimer. Cette écriture sur les corps est elle-même contre l’écriture séparée, celle des scribes et de leur État. Clastres [16]

[16] P. Clastres, « De la torture dans les sociétés primitives »,…

ouvre ainsi la voie à une politique de l’écriture, dégagée du fonctionnalisme. Remarquons que le rapport de la société au savoir détermine le mode d’inculcation de ce savoir, et donc aussi les facultés humaines en jeu. La pédagogie initiatique d’une société sauvage a pour corrélat la torture du corps des adolescents ; il s’agit de cultiver la mémoire la plus profonde. L’oubli de la loi ne sera pas possible. À l’inverse, puisque ce sont des sociétés qui, tout en étant traversées par l’histoire, sont en quelque sorte non-historiques, l’événement doit être maîtrisé afin de ne pas remettre en cause l’ordre social. C’est dire que la culture de la créativité pour la créativité n’a pas de sens. Au contraire, un type de société se pensant comme historique, accueillant l’événement, le désirant, sachant que la société est à l’origine d’elle-même et que rien d’autre qu’elle-même ne saurait la fonder, mais qui corrélativement ne peut se saisir dans l’immédiateté, étant étrangère à son propre ordre se faisant dans l’obscurité, ce type de société ne peut donc se comprendre lui-même que dans l’élaboration de la théorie, et n’ayant pas à s’identifier à un ordre donné d’avance et ailleurs, ne peut s’abandonner qu’au mouvement infini de la recherche. Ce qui sera alors cultivé, tant dans des établissements spécialisés (écoles, universités, institutions de recherche) qu’en général, ce seront toutes les facultés liées à la créativité, à l’innovation, à la délibération. Si l’on veut bien considérer que l’éducation est à la fois initiation et instruction (acquisition de connaissances), on admettra que l’on peut classer les sociétés selon l’importance accordée à l’initiation et inversement à l’acquisition de connaissances, étant entendu que les deux facteurs vont toujours ensemble, qu’il n’y a pas d’initiation dénuée de sens et, à l’opposé, d’inculcation d’informations sans modification de l’individu. Les sociétés despotiques doivent constituer un groupe intermédiaire, étant des sociétés de la loi écrite.

L’immédiateté de la loi ou sa réalisation immédiate par l’ensemble de la société, son accrochage dans l’avant et l’ailleurs, sont ainsi des éléments du dispositif grâce auxquels la chefferie ne peut pas devenir effective, l’État se constituer et se retourner contre la société. Mais le prix à payer par les « sauvages », c’est de se savoir collectivement ou individuellement impuissants en ce qui concerne leur ordre social, d’où la négation de l’autogestion. À l’inverse, les sociétés étatiques modernes se savent à l’origine d’elles-mêmes, elles se sont émancipées de la sphère du religieux. Rien dans la société qui n’ait raison ou cause autre que sociale. Dès lors, l’État a le champ libre et peut réaliser ce projet présent dès ses origines : celui d’une prise en charge totale de la société jusqu’à l’utopie d’une réconciliation dans l’indistinct avec la société. Mais de l’État despotique à l’État totalitaire un pas immense est franchi. C’est que le despote n’a pas en lui-même le principe de sa légitimité. Cette légitimité, il la tire de ce qu’il représente ou est il est l’héritier d’un ordre qui lui demeure transcendant. Il peut très bien être ce sans quoi l’ordre social ne pourrait fonctionner, il ne peut se poser comme l’origine effective et omnisciente de l’organisation sociale. Il trouve toujours sa limite dans sa référence nécessaire au religieux. Ce n’est qu’avec la disparition de tout garant religieux que l’État peut donner toute sa mesure : « Caution efficace de l’ordre et du pouvoir établi, la justification de l’ici-bas par un au-delà n’en continue pas moins à jouer d’autre part un rôle aussi occulte que considérable de neutralisation du pouvoir[17]

[17] M. Gauchet, op. cit., p. 75.

Il serait donc important de comprendre les mutations dans l’ordre religieux qu’impose l’émergence de l’État. Une telle possibilité est en effet ouverte dès que, parmi les hommes, l’un d’entre eux peut se dire le représentant de l’ailleurs. N’est-ce point le cas du chaman qui participe nécessairement aux « forces » de l’ailleurs ou le cas du devin dont les pratiques permettent de faire le point en ce qui concerne les divinités qui peuvent influer sur la vie de l’individu ? Or, l’un et l’autre, ne sont pas des représentants du monde autre, quelle que soit leur possibilité d’interprétation et d’action ; ils sont dans un même éloignement de l’ailleurs que l’ensemble de la société. Ce n’est que lorsque le surnaturel descend sur terre par l’intermédiaire d’un prophète, par exemple, que se constitue à l’intérieur de la société un foyer capable de la bouleverser. Il semble que l’on puisse circonscrire cette rupture en suivant l’analyse conduite par Clastres des prophètes Tupi-Guarani [18

[18] P. Clastres, La Terre sans mal, Paris, Le Seuil, 1…

Paradoxalement, ceux-ci n’apparurent qu’en réaction à une véritable prise de pouvoir des chefs Guarani, leur message prophétique devant amener les hommes à quitter cette terre habitée dorénavant par le mal. Or ce prophétisme est proprement révolutionnaire : il faut, selon lui, cesser de travailler, cesser d’échanger les femmes et partir pour atteindre un lieu terrestre – la Terre sans mal. Or les prophètes sont dans une relation individuelle avec Dieu – fils de Dieu –, ils multiplient dans leur comportement les signes de la différence, se tiennent à l’écart, se font précéder d’une troupe : autant de moyens destinés à renforcer leur appartenance au surnaturel. Il est vrai que l’essentiel de la révolution qu’ils professent est mystique, qu’il ne s’agit pas tant de bâtir un autre monde que de se transformer soi-même afin de devenir « léger ». Il n’en reste pas moins qu’avec eux surgit la figure d’un pouvoir capable d’interpréter les volontés divines, d’en être le seul initiateur et donc l’unique référence ici-bas de l’au-delà. À l’origine de l’État, le prophétisme révolutionnaire.

Notes

[1]

P. Clastres, Recherches d’anthropologie politique, Paris, Le Seuil, 1980.

[2]

P. Clastres, « Echange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne », in La société contre l’État, Paris, Minuit, 1974.

[3]

P. Clastres, La société contre l’État, op. cit., p. 42.

[4]

Idem., p. 136.

[5]

J.-P., Vernant, Espace et organisation politique en Grèce ancienne. Mythe et pensée chez les Grecs, Paris, Maspero, 1966.

[6]

M., Detienne, Les Maîtres de vérité dans la Grèce archaïque, Paris, Maspero, 1973.

[7]

M., Gauchet, « Politique et société », Texture, n° 10-11,1975 et « La leçon des sauvages », Texture, n° 12-13, 1975.

[8]

E., Benveniste, Vocabulaire des institutions indo-européennes, vol 2, Paris, Minuit, 1994, p. 20.

[9]

P. Clastres, Préface à : Age de pierre, âge d’abondance. L’économie des sociétés primitives, Paris, Gallimard, 1976, p. 26.

[10]

P. Clastres, op. cit., p. 23.

[11]

Cl., Lefort, « L’échange et la lutte des hommes », Les Temps modernes, n° 64, 1951. Repris dans Les Formes de l’histoire. Essais d’anthropologie politique, Paris, Gallimard, 1978.

[12]

P. Clastres, Préface, op. cit., p. 25.

[13]

P. Clastres, Préface, op. cit., p. 26.

[14]

M., Salhins, op. cit., p. 221.

[15]

J. Lizot, Le Cercle des feux. Faits et dits des Indiens Yanomami, Paris, Le Seuil, 1976.

[16]

P. Clastres, « De la torture dans les sociétés primitives », in La Société contre l’État, op. cit.

[17]

M. Gauchet, op. cit., p. 75.

[18]

P. Clastres, La Terre sans mal, Paris, Le Seuil, 1975.

Changement de paradigme politique: La pyramide du pouvoir échoue, se consume d’elle-même et va s’effondrer…

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Personne ne m’aime…

 

Mohawk Nation News

 

7 juin 2017

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2017/06/07/nobody-loves-me/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Notre terre doit être gouvernée par le te-wa-ta-tawi, notre souveraineté en tant que peuple qui peut s’occuper de lui-même et de notre mère, comme la Nature l’a prévu.

Les sociétés secrètes des Européens et leurs esclaves se sont constitués en entreprises coloniales appelées USA et la colonie du Canada, Notre peuple est toujours massacré en masse et notre mère toujours violée.

Une définition du mot secte s’applique à ceux qui suivent les ordres aveuglément. La police et l’armée rentrent parfaitement dans cette définition. Depuis plus de 500 ans, les envahisseurs aux esprits sectaires et veules ont comploté pour tout nous voler. Ils sont contaminés et commencent à s’attaquer les uns les autres.

Nous sommes dans les collines et récupérons de tout le mal qui nous a été fait.

Les principes chrétiens du pouvoir du monde sous l’égide du Vatican ont crée dieu, “owistah” (l’argent) crée le doute, la famine, la dépression et les maladies parmi les gens, partout.

Leur leader est totalement discrédité. Les véritables maîtres agissent dans l’ombre.

Des ordres basés sur de fausses informations les perturbent ce qui les rend incapables de percevoir le danger. D’après leur programmation, des ordres sont supposés leur être donnés par ceux placés directement au-dessus d’eux dans la pyramide du pouvoir. L’élite dirigeante les a vendu, trahi, a pris le pognon, s’est barrée avec la caisse les laissant derrière et s’est enfuie les laissant se débrouiller avec la nouvelle vague qui vient se briser sur la côte.

Personne ne va les sauver parce que la république de la guerre a menacé et attaqué tout le monde depuis des siècles. Les Etats-Unis se sont au fil du temps retrouver singulièrement seuls. Avec tant d’ennemis fabriqués au fil des générations, les poules reviennent pondre à la maison…

Ils sont enchaînés à leur pyramide en ayant à peine de quoi manger. La structure pyramidale de prise de décision et de gouvernance va échouer. Au lieu de suivre les ordres de ceux d’en-haut, ceux d’en-bas vont manger ceux qui sont au-dessus d’eux. S’ensuivra une réaction en chaîne et les perpétrateurs pyramidaux contrôlant la pensée vont se consumer d’eux-mêmes. Tout cela est dans leurs livres de terrain appelés bible, talmud et coran, qui sont tous basés sur l’histoire d’Abraham.

Le premier ministre canadien Trudeau vient just d’annoncer un élargissement de l’armée canadienne pour permettre d’aider ses entreprises à fournir des dividendes toujours croissants à leurs actionnaires aux dépends de la terre et des peuples. La brutalité et non pas la bravoure, mène leurs vies. La Nature a été témoin de ces monstres alors qu’ils assassinaient et enterraient nos ancêtres. Notre mère nous a enseigné de ne pas attendre quelqu’un pour nous sauver, mais de ne nous fier qu’à nous-mêmes et à nos instructions originelles en provenance du monde de la nature.

Fragments de résurgence anti-coloniale autochtone dans les Amériques du XXIème siècle (Résistance 71)

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“Il me semble que nous en Australie, avons beaucoup de choses honteuses à nous reprocher en ce qui concerne notre histoire et tant que nous ne ferons pas face à cette honte, nous ne pourrons jamais célébrer de manière satisfaisante les deux cents dernières années…”
~ John Dawkins, ministre fédéral de l’éducation, Australie, 1988 ~

“Le crime de colonialisme est toujours présent aujourd’hui, tout comme ses perpétrateurs.”
~ Taiaiake Alfred, Ph.D, professeur de science politique, université de Victoria, Canada ~

“Notre cri de guerre est le suivant: Le pouvoir réside dans le peuple !”
~ Kahentineta Horn, Mohawk Nation News , 2017 ~

 

Voix anti-coloniales autochtones des Amériques au XXIème siècle

Sortir de l’idéologie coloniale par l’alliance naturelle des peuples

 

Resistance 71

 

7 juin 2017

 

Considérant le fait que nous ne vivons absolument pas dans un monde “post-colonial” comme voudrait nous le faire avaler la doxa étatico-coloniale occidentale, ne cherchant qu’à valider son hégémonie culturo-religieuse et à s’exonérer des crimes génocidaires commis à travers le monde au nom d’un impérialisme masqué derrière le “doux” visage de la “civilisation” et aujourd’hui de “l’humanisme”, nous nous sommes, depuis des années, levés contre l’idéologie et la pratique coloniales toujours en action aujourd’hui.

Nous avons cité de nombreux résistants indigènes de tous les continents, mais nous voulons aujourd’hui donner la parole à la résistance et à la résurgence des peuples natifs du XXIème siècle. Nous citerons ici quelques fragments de pensées de  grands penseurs et résistants autochtones anti-coloniaux contemporains du continent des Amériques. Puisse leur pensée faire tache d’huile, nous toucher, et rassembler l’humanité dans ce véritable et seul combat pour regagner notre indépendance et nous émanciper ensemble vers la société des sociétés anti-autoritaires et non coercitives des confédérations d’associations et de communes libres, parce qu’en fin de compte, c’est parce que nous sommes tous des colonisés que nous devrons nous unir et mettre à bas le système oligarchique totalitaire étatico-capitaliste.

Nous avons traduit quelques exergues importantes de déclarations de résistants indigènes des nations Maya du Mexique (Chiapas), Shawnee, Mohawk et Lakota, toutes faites entre 2003 et 2012, au sujet de la manière de comprendre et de sortir du colonialisme et de son carcan sociétal tant pour eux que pour nous. Laissons leur la parole, puisse t’elle aider à inspirer le grand souffle de l’alliance organique dont l’humanité a tant besoin.

“Il y a place pour tout dans la loi naturelle, où est le mal ? Où est le mal dans la Nature ? En vivant de par la loi naturelle, nous recevons pleinement au travers de nos sens, nous développons une pleine et riche appréciation du monde réel autour de nous, pour ce que nous expérimentons dans nos vies quotidiennes ; pour la réalité.”

“Si les gens vivent par et obéissent à la loi naturelle, il n’y a aucun besoin de lois humaines en toute circonstance. La toute première loi humaine signe l’arrêt de mort de la loi naturelle. Une fois qu’une loi humaine a été édictée, l’humain devient uns sorte de dieu. Ainsi tout l’objectif de l’existence humaine tourne à l’échec. La loi naturelle est la loi de la vie ; la loi humaine est la loi de la mort.”

~ Russell Means, Lakota, 2012 ~

“Les villages [des peuples descendants des Mayas] ont compris que les projets que le gouvernement mexicain donnait aux communautés n’étaient jamais décidés par et pour le peuple, le gouvernement ne demandait jamais ce que les gens voulaient vraiment. Le gouvernement ne veut pas s’occuper des besoins des villages, tout ce qu’il désire c’est se maintenir en état de fonctionnement. De là naquit l’idée que nous devions être autonomes, que nous devions imposer notre volonté, que nous serions alors respectés et que nous devions faire quelque chose de façon à ce que le désir et la volonté du peuple soient pris en considération. Le gouvernement nous traite comme si nous ne pouvions pas réfléchir.”

“Nous avons déjà une façon de faire et nous développons une théorie. C’est comme cela que çà s’est passé, après la grande trahison, après que les partis politiques et le gouvernement aient refusé de reconnaître les peuples Indiens originels ; alors nous avons commencé à voir comment faire les choses par et pour nous-mêmes.

Dans la pratique nous avons formé des communes autonomes et après nous avons pensé à faire des associations de communes autonomes qui seraient une sorte de modèle pour des comités/conseils de bon gouvernement… Nous avons eu l’idée et nous l’avons mis en pratique. Nous avons pensé que la théorie peut donner de bonnes idées, mais qu’en pratique, nous pouvons voir s’il y a des problèmes et comment les résoudre lorsqu’ils émergent. Chaque municipalité a des problèmes différents à régler. Il y en a certaines qui progressent plus que d’autres, mais lorsqu’elles se rassemblent et commencent à se parler sur le comment résoudre les problèmes, cela mène à une nouvelle structure, les conseils de bon gouvernement…”

Nous montrons au pays [le Mexique] et au monde que nous sommes capables de développer une vie bien meilleure et qu’on peut le faire sans la participation du mauvais gouvernement [de l’État]. Le progrès dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’échange, tout cela sont des projets que nous menons avec la société civile nationale et internationale, parce qu’ensemble nous construisons ce que nous pensons être le bien pour les gens, pour le peuple. Pourquoi le peuple mexicain et les peuples du monde nous soutiennent-ils ? Nous pensons que c’est parce que nous ne pensons pas à nous. Nous disons simplement que les peuples peuvent planifier et décider le comment de leur économie et de leur politique, de leur mode de gouvernement et que nous travaillons dans la pratique et montrons cette forme de gouvernement par la base des conseils.”

~Comandante Insurgente Moisés, EZLN, Chiapas, Mexique, 2008 ~

“Le peuple doit travailler pour que les municipalités autonomes soient un succès. Diriger en obéissant, voilà comment l’autorité doit véritablement gouverner. Maintenant nous mettons tout cela en pratique, parce que c’est le rôle qui nous revient.”

~ Compañero zapatiste, Chiapas (Mexique), 2008 ~

“Un guerrier confronte le colonialisme avec la vérité afin de régénérer une authenticité et recréer une vie qui vaut la peine d’être vécue et des principes qui valent la peine de mourir… Je désirerais suggérer comme point de départ, la conceptualisation d’un anarcho-indigénisme… Il y a une connexion philosophique entre le mode de pensée indigène et quelques courants de la pensée anarchiste au sujet de l’esprit de liberté et des idéaux d’une bonne société.”

“Il est impossible à la fois de transformer la société coloniale de l’intérieur des institutions coloniales ou de parvenir à la justice et à une coexistence pacifique sans fondamentalement transformer les institutions de la société coloniale. Pour faire simple, les entreprises coloniales qui opèrent sous le déguisement d’états libéraux démocratiques sont par design et par culture, incapables de relations justes et paisibles avec Onkwehonwe (peuples autochtones). Le changement ne pourra seulement se produire que lorsque les colons seront forcés d’admettre qui ils sont, ce qu’ils ont fait et ce de quoi ils ont hérité ; alors ils seront incapables de fonctionner en tant que coloniaux et commenceront à engager leurs relations avec les autres comme des relations respectueuses des êtres humains.”

La décolonisation est un processus de découverte de la vérité dans un monde créé du mensonge… Dans une réalité colonisée, notre lutte existe contre toutes les formes existantes de pouvoir politique et dans ce combat, nous n’amenons que notre seule véritable arme: le pouvoir de la vérité.”

“Si nous pouvons œuvrer ensemble vers l’accomplissement de ces choses: libération de la domination, libération de la peur, un régime décolonisateur, une éthique de guerrier et une re-connexion avec les cultures indigènes, alors nous nous libérerons de la cage et du carcan du colonialisme et connaîtrons une fois encore ce que cela veut dire d’être Onkwehonwe sur cette terre. Nous serons indépendants, auto-suffisants, respectueux, partageurs, spirituels et flexibles. Nous serons puissants dans la coexistence pacifique avec ceux qui vivent parmi nous et à côté de nous comme nos voisins et amis. C’est tout ce que les êtres humains ont le droit de demander.”

~ Taiaiake Alfred, Mohawk, Canada, 2005 ~

“C’est toujours l’objectif des gouvernements canadien et américain de se débarrasser des Indiens ou, faute de quoi, de les empêcher de bénéficier de leurs territoires ancestraux.”

“Au moment des premiers contacts avec les Européens, chrétiens, la très vaste majorité des sociétés natives des Amériques étaient parvenues à la véritable civilisation: elles n’abusaient en rien la terre, elles promouvaient la responsabilité communale, elles pratiquaient l’égalité en tout y  compris celle des genres et elles respectaient la liberté individuelle.”

“Nulle part ailleurs ne saisit-on le contraste entre les traditions indigènes et de domination occidentale que dans leurs approches philosophiques des problèmes fondamentaux que sont le pouvoir et la nature. Dans les philosophies indigènes, le pouvoir découle du respect de la nature et de l’ordre naturel des choses. Dans la philosophie de l’occident dominant, le pouvoir dérive de la coercition et de l’artifice et par effet direct, de l’alliénation de la nature.”

“Créer une relation légitime post-coloniale veut dire abandonner les notions de la supériorité culturelle européenne et d’adopter une position de respect mutuel. L’idée qu’il n’y a qu’une seule façon de voir et de faire les choses n’est plus du tout tenable.”

“Toutes les actions dans cet effort [de changer les relations], non pas seulement les nôtres mais aussi celles de ceux non-natifs qui nous soutiennent, doivent être inspirées par quatre principes: (1) diminuer l’impact des supposés intellectuels du colonialisme ; (2) Agir sur l’impératif moral du changement ; (3) ne pas coopérer avec le colonialisme ; (4) finalement, résister plus avant à l’injustice.

Nous pouvons parvenir à la décolonisation par le travail intense concerté et par des sacrifices fondés sur ces quatre principes énoncés, tout cela de concert avec la restauration d’une culture politique indigène au sein de nos communautés.”

~ Taiaiake Alfred, Mohawk, Canada, 2009 ~

“Voici quelques fondamentaux trouvés dans la sagesse du grand résistant Shawnee Tecumseh, qui mèneront à un changement de paradigme transformateur:

Aimez votre vie, perfectionnez votre vie, embellissez toutes choses dans votre vie,

Recherchez la longévité et mettez son but au service de votre peuple,

Préparez un noble chant de mort

Pour le jour où vous ferez le grand saut

Donnez toujours un mot gentil lorsque vous croisez ou rencontrez un ami

Faites de même pour les étrangers dans des endroits esseulés,

Respectez tout le monde et ne querellez personne

Lorsque vous vous levez le matin,

Remerciez pour la nourriture et pour la joie de vivre,

Si vous ne voyez aucune raison de remercier, la faute vous en revient,

N’abusez rien ni personne,

Car l’abus transforme le sage en imbécile

Et vole l’esprit de ses visions.

Le moyen de sortir de cette noire période dans laquelle nous nous trouvons tous doit impliquer un changement positif de paradigme cognitif hors de la mentalité et de l’attitude de l’empire et de la domination qui ne sont que les effets du modèle de conquête et de celui du “peuple élu sur une terre promise” fournit par l’Ancien Testament biblique et ce incluant la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination que l’on trouve dans le rendu de l’affaire Johnson c. M’Intosh (CSEU, 1823).”

“En tant que nations et peuples originels de l’Île de la Grande Tortue, nous devons inviter le monde à marcher à nos côtés sur ce beau chemin de la vie en gardant de manière centrale un des grands enseignements de la loi indigène: respecte la terre comme ta mère, et porte un regard sacré sur tout le vivant.”

~ Steven Newcomb, Shawnee, USA, 2008 ~

Puisse la sagesse de ces paroles nous inspirer tous pour sortir de l’étau colonial qui nous étouffe tous et toutes ; sans oublier que de l’autre côté du miroir, nous attend l’émancipation, l’égalité, la fraternité et donc la liberté, la seule qui se doit de guider nos pas.

Ske:nen (Paix) et fraternité

Résistance 71

L’ineptie de l’affirmation d’un monde post-colonial… Les fondements religieux racistes chrétiens au cœur du système légal impérialiste… (Steven Newcomb)

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A lire: « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte » (S. Newcomb, 2008, largement traduit par Résistance 71, PDF de Jo de JBL1960)

 

Comment la Cour Suprême des Etats-Unis maintient secrètement l’affirmation chrétienne de suprématie

 

Steven Newcomb

 

1er juin 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/us-supreme-court-covertly-maintains-christian-claim-supremacy/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En 1901, la Cour Suprême des Etats-Unis (CSEU) a publié son rendu de l’affaire Barker contre Harvey, affaire impliquant le peuple Cupeño de la Californie du sud. Ce peuple résistait son éviction des sources chaudes d’Aqua Cliente dans la zone du Ranch Warner. Pour leur défense, les Cupeño affirmèrent un droit “d’occupation permanente” des sols. La CSEU a rejeté cet argument disant que si les Indiens avaient eu des demandes fondées sur une action préalable du gouvernement mexicain, les Cupeños avaient abandonné ces requêtes en ne les présentant pas lors de la commission fédérale de 1851 afin d’être considérées. Parce que les Cupeños n’ont pas soumis une demande avec cette commission, la CS a dit qu’ils ne pouvaient pas résister avec succès “à toute action du gouvernement afin de disposer de la propriété.” Oublions le fait que les Cupeños ne furent probablement jamais avertis de cette nécessité d’amener leurs demandes devant la commission des requêtes de 1851 ; oublions aussi que dans le même temps, les commissaires aux traités américains créaient des documents officiels de traités avec les leaders natifs de Californie pendant cette même période de 1851-52, bien que ces traités ne furent jamais ratifiés [par le congrès]. Donc quelle aurait dû être la bonne marche d’action à emprunter pour les peuples autochtones ? Pourparlers de traités ou le processus de la commission des requêtes ? S’ils devaient suivre les deux processus, alors pourquoi le gouvernement des Etats-Unis ne leur en a t’il rien dit à cette époque ?

La CS a reconnu que les Indiens Cupeños ne pouvaient que demander un “droit d’occupation” et non pas le titre de propriété de la terre. La CS a aussi dit qu’il pouvait être disputé que le peuple natif ne réclamait pas de terres en Californie sur la base de “tout droit ou titre de propriété dérivés du gouvernement espagnol ou mexicain.” Quoi qu’il en soit, la CS mit en garde que l’argument des Cupeños d’”occupation permanente des sols” sur la terre pourrait bien avoir un “effet à longue portée”.

La CS dit que les sources d’eau chaude d’Aqua Cliente et les terres environnantes seraient “embarrassées” avec un droit indien “d’occupation permanente” et que cela pourrait empêcher définitivement les Etats-Unis de déclarer ces terres comme “faisant partie du domaine public” et “sujettes à un assujettissement total” de la part du gouvernement des Etats-Unis. La CS discuta de la différence entre un scenario dans lequel les Cupeños auraient acquis un droit “d’occupation temporaire des sols” contre un scenario  où ils auraient un “droit permanent d’occupation des sols”.

La CS a dit que désigner une “occupation permanente des sols” pour les Cupeños reviendrait à leur donner une sorte “droit de propriété privée”  c’est à dire une forme de propriété qui précéderait le titre de propriété du gouvernement des Etats-Unis et qui serait supérieur à celui-ci. Si le peuple Cupeño était reconnu comme possédant un droit d’occupation permanent des sols, ceci “limiterait nécessairement le pouvoir des Etats-Unis de disposer de la terre ou de l’attribuer à des tierces parties de leur choix.” Ceci fut de manière évidente une préoccupation majeure pour la CSEU.

La CS a de plus déclaré qu’un quémandeur se rendant devant la commission de 1851 aurait eu peu de raisons de présenter sa demande de territoire à la commission dans un effort de sécuriser cette demande, “si le seul résultat eut été de transférer au quémandeur le titre brut, embarrassé par un droit permanent indien d’occupation des sols.”

En rejetant la requête des Cupeños pour un “droit d’occupation permanente”, la CS maintenant la théorie que les Cupeños n’avaient qu’un “droit d’occupation temporaire” des sols, c’est à dire révocable, arrivant à expiration. L’utilisation par le tribunal du mot “temporaire” correspond à ce que le juge Joseph Story avait dit dans ses “Commentaires sur la Constitution des Etats-Unis” de 1836, lorsqu’il y dit des peuples autochtones que “le territoire sur lequel ils erraient et qu’ils utilisaient pour leurs objectifs temporaires et fugitifs, était, en regard des chrétiens, estampillé comme n’étant habité que par “des animaux brutaux.”

Dans l’affaire Byrne contre Alas (1888), la CS de Californie a cité le rapport de Jones sur le titre des Indiens suite aux systèmes légaux espagnol et mexicain. Ce rapport disait que la couronne d’Espagne n’avait pas reconnu un quelconque droit au sol de ces “tribus sauvages et errantes”. Un défaut de reconnaissance mentale de la part de la couronne d’Espagne eut pour résultat un non droit au titre pour les nations originelles de l’endroit, que les Etats-Unis étaient obligés de reconnaître ou de respecter. Dit différemment, ce n’est que si les gouvernements espagnol et mexicain avaient mentalement reconnu les nations autochtones originelles comme ayant un droit fondamental au sol, que les Etats-Unis auraient été obligés, en tant que successeurs de la couronne espagnole et du gouvernement mexicain, de reconnaître que les nations indiennes avaient un droit à la terre.

Il y a une forme de raisonnement derrière l’idée d’un droit “d’occupation temporaire” des sols pour le peuple indien. Une fois que les Etats-Unis déclarent  avoir pris militairement et politiquement la zone géographiquement dénommée “la Californie” par le biais du traité de Guadalupe Hidalgo (NdT: qui mit fin à la guerre entre les USA et le Mexique et vit les USA s’emparer de près de 50% du territoire mexicain, lui-même usurpé aux natifs de l’endroit..) et une fois déclarée l’existence de “l’état de Californie” et admis dans l’union des autres états, les gouvernements de Californie et fédéral ne se considéraient plus obligés de faire que ce que les gouvernement espagnol et mexicain avaient fait avant eux. En 1885, le juriste Frederick Hall publia son livre “Les lois du Mexique”, fondés sur ses recherches dans les archives mexicaines à Mexico City. La section 1 de son livre commence ainsi:

  • Don du pape — Ayant pour objectifs d’´éradiquer la paganisme et de faire avancer la religion catholique, le pape Alexandre VI a émis une bulle en 1493, donnant à la couronne de Castille et Léon le très vaste domaine découvert ou à découvrir entre les poles nord et sud, ou tout ce qui n’était pas considéré être en possession de puissances chrétiennes.
  • D’après les règles de la chrétienté, les terres vues par l’Espagne comme étant en possession de quelque “puissance chrétienne” méritait une reconnaissance formelle. Les terres en possession de nations non-chrétiennes, comme par exemple celles des Indiens Cupeños, ne se devaient pas d’être reconnues pour quoi que ce soit en vertu des lois et règles de la chrétienté. Les terres qui étaient “en regard des chrétiens”, habitées par de brutes animaux (pour utiliser le phrasé du juge Joseph Story), n’étaient pas considérées être la propriété de quelque forme de pouvoir en relation avec la terre et l’eau que le monde chrétien fut obligé de reconnaître. Les nations chrétiennes n’avaient aucun devoir de reconnaître les nations non-chrétiennesAinsi, les terres non-chrétiennes étaient considérées vides de la domination chrétienne (un droit de propriété et de domination) et étaient donc en cela “ouvertes” à l’établissement de la domination chrétienne (christian dominion), qui était la destinée décidée par le “dieu” chrétien. Les non-chrétiens, a dit Joseph Story, étaient “destinés à se soumettre au génie supérieur de l’Europe”, une idée que le juge de la CS John Marshall exprima également dans son rendu de l’affaire Johnson contre M’Intosh de 1823. Jusqu’à aujourd’hui même, les nations natives comme les Cupeños et bien d’autres, sont toujours, et sur cette base religieuse, forcées de fonctionner au sein des contraintes imposées par ces idées et arguments préconçus chrétiens, en Californie et ailleurs.

Résistance au colonialisme: Le conseil des femmes de la nation Mohawk met en demeure les chemins de fer canadiens (Mohawk Nation News)

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Le conseil des femmes de Kahnawake émet un ultimatum

 

Mohawk Nation News

 

2 juin 2017

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2017/06/02/kahnawake-women-issue-ultimatim/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le kohtihon’tia:kwenio, conseil des femmes de la nation mohawk, a envoyé un ultimatum de cessation immédiate de toute activité aujourd’hui à 1:30, par courrier postal avec accusé de réception à la Canadian Pacific Railway, sise au 7550 Ogden Dale Road S.E., Calgary AB T2C 4X9, 1-888-333-6370 – 1-800-716-9132

“URGENT! Le 2 juin 2017.  [traduction de la missive]

Seh:kon. Les femmes kanien’ke:haka (mohawk) ont le devoir de perpétrer et de faire respecter les instructions originelles de survie et de coexistence avec toute la création (nature) en tant que frères et sœurs sur notre terre-mère.

Wampum 44: La lignée de descendance  du peuple sera celle de la femme. Les femmes seront considérées comme progénitrices de la nation. Elles possèderont la terre et le sol. Les hommes et les femmes devront suivre le statut de leurs mères.

Te-wa-ta-wi, la souveraineté veut dire que nous nous occupons de nous-mêmes, nous gouvernons l’île de la Grande Tortue. La compagnie des chemins de fer du pacifique du Canada, une entreprise privée, répand des poisons qui sont mortels pour toute vie, le long des voies ferrées de Kahnawake, elle viole la loi de la terre et votre statut de l’amirauté qui prétend avoir force de loi sur Onowaregeh (îÎle de la Grande Tortue)

Vos actions violent également toutes les accords et déclarations de l’ONU que le Canada a signés [loi sur la décolonisation de 1961, la loi sur le génocide de 1947, la déclaration des droits des peuples indigènes DDPI de 2016 et bien d’autres….]

Si vous continuez sur ce chemin illégal de destruction, nous rechercherons la liste complète de vos actionnaires pour les punir des crimes de leur corporation/entreprise. Toutes leurs familles paieront pour leur complicité. Au nom de notre mère la Terre, nous demandons que vous cessiez immédiatement de nous gazer avec des produits chimiques toxiques pour continuer le génocide sur quelqu’endroit de la nature que ce soit, incluant la terre que traverse vos rails de chemin de fer sur Kahnawake (NdT: territoire mohawk au sud de Montréal)

Si vous en veniez à violer notre injonction, PLUS AUCUN TRAIN ne pourra traverser Kanahwake à tout jamais. Il y aura un blocus permanent sur vos rails. Nous chercherons rétribution devant le Tribunal Arbitral International, comme étant la seule entité valide capable de recevoir notre plainte et d’abriter de tels débats.

L’accord que vous avez passé avec l’entité entrepreneuriale coloniale frauduleuse et soumise connue sous le vocable de “Conseil Mohawk de Kahnawake” ou CMK est illégal en tout point. Ce conseil n’a jamais amené l’affaire devant le peuple mohawk en accord avec notre mode d’action. Agissez donc en conséquence.”

Clan de l’ours _____

Clan de la tortue _____

Clan du loup______

Ainsi s’exprime notre pensée.