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Mettre fin au colonialisme: démantèlement des corporations « USA et Canada » par les peuples (Mohawk Nation News)

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“Regardez bien ce qui se passe ici, parce quand ils en auront fini avec nous ce sera votre tour.”

~ Membre du conseil des femmes de la nation Mohawk aux Québécois locaux venus aux nouvelles lors du siège d’Oka en 1990~

 

A lire: « Païens en terre promise, décoder la doctrie chrétienne de la découverte » (Steven Newcomb, 2008, traduction Résistance 71, mise en page Jo de JBL1960) et « Meurtre par décret, le crime de génocide au Canada », TIDC, 2016, traduction Résistance 71

 

Guerre mondiale zéro

 

Mohawk Nation News

 

17 avril 2017

 

Url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2017/04/17/world-war-0/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Une personne a été frappée et sortie d’un vol de l’Unitedf Airlines par des agents de sécurité de la compagnie aérienne à l’aéroport O’Hare. Les gens dans le monde entier ont manifesté leur colère et leur désaprobation. Il y a maintenant des discussions internationales afin de protéger les passagers de telles violences.

Depuis 2016, Standing Rock est la scène d’une brutalité étatique ouverte et vicieuse, des attaques chimiques ont eu lieu contre des protecteurs pacifiques et désarmés de l’eau si précieuse. L’entreprise coloniale appelée USA attaque et essaie de tuer ceux qui se mettent en travers de son chemin. Depuis plus de 500 ans nous avons combattu cette entreprise seuls. Maintenant les autres sont ciblés également.

Les Etats-Unis, le Canada et le Mexique ont systématiquement couvert leur brutalité à notre encontre. Des milliers des nôtres sont brutalisés et victimisés, assassinés en prison comme prisonniers politiques et otages. Beaucoup sont vicieusement battus à mort pour être déclarés “mourir de pneumonie”. Nos prisonniers politiques et économiques doivent être libérés. L’ordre d’extermination totale de nos peuples doit être répudié. Le système carcéral nous individualise et nous sépare. Pour être libéré, vous devez vous soumettre et obéir.

Des forums publics se tiennent maintenant au sujet des problèmes et affaires indigènes afin “d’enregistrer” notre souffrance émanant de la politique du génocide qui continue jusqu’à ce jour. L’entreprise coloniale a mis en place des conseils de bandes (Canada) et de tribus (USA) et des organisations d’état et provinciales pour nous représenter de manière frauduleuse au travers du prisme politique colonial. Les membres de ces conseils aident au vol de notre terre, de nos ressources, de nos possessions et au meurtre de masse.

De véritables négociations doivent faire valoir un tiers neutre que les deux côtés jugent équitable.

Le gouvernement a mis en place notre souffrance et notre mort planifiée, chose que nous essayons d’enrayer. On nous met sous pression d’accepter les termes entrepreneuriaux coloniaux. Le public est soumis à une intense propagande pour qu’il soutienne les concessiosn en leur faveur.
Les criminels ne peuvent pas tracer la voie, Ils n’ont du reste jamais essayé de rectifier leur tort.

Des attaques faux-drapeau régulières et des menaces créent la peur de ce qui en découle. Nous sommes le peuple de la paix mondiale. Nous n’avons pas d’armée qui puisse être achetée ou contrôlée.

Le sens des mots doit bien être compris par les deux parties impliquées dans les deux langues utilisées. Le gouvernement dit généralement: “Nous avons dit ceci mais nous voulions dire cela…” Nous, Onkwe’honweh, le peuple originel de l’Île de la Grande Tortue, ne pouvons qu’utiliser notre cerveau, notre esprit, et ne nous occuper que de la vérité.

L’État utilise la propagande menée par ses merdias de masse afin de tromper le public. Celui-ci est conditionné à croire que “c’est une situation sans espoir” et que nous devons abandonner et nous en remettre à la corporation. Les critiques sont étiquetés comme terroristes et ciblés. Nous avons refusé d’être dépeints comme des terroristes pour ne faire que défendre nos vies, notre terre-mère et la vie qu’elle supporte en révélant le passé.

L’ennemi est rompu à la tactique du diviser pour mieux règner, de séparer les gens en groupes afin de créer des conflits de toute pièce.
Le peuple va dissoudre la corporation coloniale et tous les actionnaires seront traînés devant la justice pour les crimes commis par leurs entreprises. Nous déciderons qui parle pour nous, en accord avec notre processus politique traditionnel et ancestral. Notre position sur tel ou tel sujet sera lue ouvertement et publiquement, aux conseils et assemblées publiques. Le monde va enfin savoir la vérité au sujet du plus grand holocauste de l’histoire de l’humanité qui se perpétue jusqu’à aujourd’hui.

La corporation coloniale semble ne pas se sentir concernée du fait que le monde entier voit sa brutalité éhontée. Les actionnaires de l’entreprise ne pourront jamais échapper aux conséquences des crimes commis et des génocides passés et présents. Nous continuons inlassablement à suivre la loi naturelle de la terre.

Les piètres compensations (financières) n’y feront rien. Les règles entrepreneuriales seront démantelées et ne domineront plus jamais les lois naturelles d’Ono’waregeh (Île de la Grande Tortue).

Les Etats-Unis doivent prendre un engagement ferme de paix pour le monde.

 

 

Résistance au colonialisme: la face cachée du mot « indigène »… (Steven Newcomb)

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Que veut dire “indigéniser” ?

 

Steven Newcomb

 

10 avril 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/what-does-it-mean-to-indigenize/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

A lire: « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte » (Steven Newcomb, 2008, traduction Résistance 71, mise en page PDF, Jo de JBL1960)

 

Comme je suis fasciné par les mots, j’ai été très intrigué par l’utilisation du mot “indigène” en tant que verbe, comme dans le mot d’action “indigéniser”, Mon Webster’s Third New International Dictionary dit que le verbe “indigéniser” (NdT: indigenize en anglais) veut dire: “causer des caractéristiques indigènes ; adapter à des conditions ou des pratiques indigènes” et “causer une personnalité principalement indigène”.

Analyser le mot “indigène” fournit des résultats variés: “natif” et “originaire, produit ou se développant dans une région ou une terre particulières ou un environnemnt particulier.” Nous trouvons aussi “en rapport, fait, créé par pour des natifs”, “inné, inhérent”. Et pourtant, il manque quelques chose du désir exprimé de la part de certains d’”indigéniser” plus de choses dans le monde, comme les programmes pédagogiques universitaires par exemple.
Le contexte manquant de l’utilisation typique du mot “indigéniser » est trouvé dans l’avant-propos du rapport de l’ Independent Commission on International Humanitarian Issues de 1987: “Indigenous Peoples A Global Quest for Justice,” Après avoir discuté la notion stéréotype du mot “indigène”, que les auteurs du rapport disent “évoquer” une image de “peuple primitif”, les auteurs disent plus loin:

Cachée derrière les stéréotypes, se trouve la sombre réalité qui appelle à l’empathie et défie notre humanité. Celle-ci est à la fois triste et rayonnante: d’un côté la colonisation, le génocide et une lutte constante pour la survie physique et culturelle ; de l’autre côté, un glorieux passé et un futur qui doucement mais sûrement, commence à apparaître plus rayonnant et vibrant.

Les auteurs du rapport sont imprécis en disant que le terme “indigène” a deux aspects. Le point le plus important est que le contexte incessant et actuel de la catégorie peuples “indigènes” est, comme ils le disent, “colonisation, génocide… et une lutte constante pour la survie physique et culturelle.” Les auteurs du rapport essaient d’éviter le point en mentionnant “un glorieux passé” et un “futur” qui “commence à rayonner”. Mais rayonnant en comparaison de quoi ? En comparaison des ténèbres de la colonisation et du génocide (extermination) ce qui rend nécessaire la “lutte constante pour la survie physique et culturelle” ? Et étant donné le fait que toutes nations et peuples étiquetés “indigènes” sont toujours bloqués dans un schéma institutionnalisé de domination et de déshumanisation, on peut se demander sur quelle base le futur apparaît-il plus rayonnant et vibrant ?

Placer une insistance étriquée sur des mots comme “natif”, “inné”, ou inhérent” ne va pas nous donner une claire image mentale du concept d’”indigène”. Ceci parce que la signification du terme “indigène” est très inclusive d’un contexte sombre et mortifère de l’invasion par des étrangers et inclusive des efforts de destruction des nations et peuples originels (nos ancêtres), qui, avant l’invasion, vivaient toujours de manière “non civilisée” parce qu’is vivaient libres et indépendants d’une telle invasion. La trajectoire de la “civilisation” chrétienne européenne est une trajectoire d’invasion et de domination chrétienne et européenne. (NdT: ici Newcomb implique que pour autrui, civilisation = invasion et domination)

Lorsque les auteurs du rapport de cette commission indépendante mentionnèrent un “passé glorieux” pour les peuples “indigènes”, ils avaient sans aucun doute ce mode de vie pré-invasion en tête. Mais l’imagerie pertinente ne s’arrête pas en si bon chemin. Le contexte complet pour le terme d’”indigène” inclut de sinistres forces gouvernementales et entrepreneuriales qui ont causé et continuent de causer la domination et la déshumnanisation des nations originelles, ainsi ce contexte pour le terme “indigène” est inclusif des forces de domination qui menacent la base même de l’existence culturelle, physique et politique de tout peuple ou nation originel, ce que les auteurs du rapport reconnaissent implicitement en parlant de la “lutte constante pour la survie physique et culturelle.”

Comment alors l’appel pour notre existence, des programmes pédagogiques universitaires, ou quoi que ce soit d’autre, puissent être “indigénisés”, puisse avoir un sens comme terme de libération lorsque le contexte même du terme “indigène”veut dire des nations et des peuples qui sont forcés à être dominés, ce qui va à l’encontre de toute forme de libération ? Comment cela peut-il avoir un sens quand une part centrale du contexte “indigène” veut dire avoir été soumis à des forces gouvernementales et entrepreneuriales de domination et de déshumanisation au point que la survie physique et culturelle de nos nations ait été et est toujours en question ? Pourquoi ne pas juste appeler à notre libération de ces formes et schémas de domination ? L’appel pour notre existence doit-il être “indigénisé” plus avant ? Ceci doit-il être une tentative de séparer notre existence pré-invasion et utiliser cette imagerie de pré-domination comme un modèle positif de nos vies contemporaines ?

Est-ce que l’utilisation du terme “indigéniser”, ou de tout autre mot savant ayant pour but de faire mousser comme celui d’”indigénéité”, est un effort de revitaliser et d’émuler des images d’un “passé glorieux” mentionnées dans le rapport indépendant sus-nommé ? l’appel pour “indigéniser” nos vie ou pour “célébrer” notre “indigénéité” pourrait avoir un sens si cela avait pour intention d’exclure l’ère de post-invasion, ère remplie de mort, de destruction et de désintégration.

Pourtant, comment pouvons-nous séparer et exclure cette ère post-invasion de la signification du terme “indigène” lorsque notre existence “indigène” contemporaine est, par définition et par expérience, inclusive des schémas de domination imposés par l’État (colonial) et les entreprises (coloniales), schémas de colonisation, de déshumanisation masqués derrière la phrase “loi et politique” ? Si vous ne me croyez pas, nommez une nation ou un peuple appelé “indigène”, où que ce soit dans le monde aujourd’hui et qui vit libre et indépendant de tout contexte de domination et de déshumanisation créé par les états et les corporations / entreprises.

Résistance politique: Anarcho-indigénisme, entretiens avec Taiaiake Alfred et Gord Hall

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A lire en complément:

“Nous sommes tous des colonisés” (Résistance 71, 2013)

“Meurtre par décret, le crime de génocide au Canada” (TIDC, 2016)

“Wasase”, Taiaiake Alfred, longs extraits traduits par Résistance 71, 2011

“Paix, Pouvoir et Rectitude, un manifeste indigène”, Taiaiake Alfred, longs extraits traduits par Résistance 71, 2011

“Si vous avez oublié les noms des nuages, vous avez perdu votre chemin”, Russell Means, longs extraits traduits par Résistance 71, 2014

“Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte”, Steven Newcomb, longs extraits traduits par Résistance 71, 2013

 

L’anarcho indigénisme: Entrevues avec Gerald Taiaiake Alfred et Gord Hill

 

23 mars 2016

 

Par Francis Dupuis-Déri et Benjamin Pillet

Voir l’article ici (en pdf)

 

Source:

http://redtac.org/possibles/2016/03/23/lanarcho-indigenisme/

(merci à Jo de JBL1960 d’avoir déniché cet entretien)

 

Au moins depuis la publication du livre L’Entraide de Pierre Kropotkine[1], au début du XXe siècle, les anarchistes s’intéressent aux sociétés autochtones qui offrent des exemples de sociétés plus égalitaires et moins autoritaires. En 2005, le Mohawk Gerald Taiaiake Alfred, originaire de Kahnawá:ke, a proposé le terme « anarcho-indigénisme » pour désigner cette dynamique de convergence entre les idées et les pratiques des autochtones traditionalistes et des anarchistes altermondialistes. Nous avons lancé, voici quelques mois, un projet de livre sur ce thème, dont chaque chapitre sera une entrevue avec un ou une autochtone qui livrera ses réflexions au sujet de la politique, du pouvoir, de l’égalité et de la liberté, en se référant à ses expériences et à celles de sa communauté. Nous vous présentons ici des extraits de deux des entrevues déjà réalisées. Le livre devrait paraître aux éditions Lux.

Francis Dupuis-Déri et Benjamin Pillet

GERALD TAIAIAKE ALFRED

Membre de la nation mohawk, Gerald Taiaiake Alfred est originaire de Kahnawá:ke, en banlieue de la ville de Montréal (Québec). Il est professeur au programme de gouvernance autochtone et au département de science politique de l’Université de Victoria, et il est l’auteur de trois livres, Heeding the Voices of Our Ancestors : Kahnawake Mohawk Politics, and the Rise of Native Nationalism (1995), Wasáse: Indigenous Pathways of Action and Freedom (2005) et Peace, Power, Righteousness (2008). En français, il a signé l’article « Sur le rétablissement du respect entre les peuples kanien’kehaka et québécois », dans la revue Argument, en 2000. En 2008, il organisait une rencontre avec des universitaires et des activistes anarchistes et autochtones, pour réfléchir à l’idée de l’« anarcho-indigénisme ».

++++++

Question. Vous semblez être le premier à avoir proposé l’expression « anarcho-indigénisme » ? 

Réponse. Je crois bien, en effet.

Question. Comment cette idée vous est-elle venue ?

Réponse. J’écrivais mon livre Wasáse: Indigenous Pathways of Action and Freeedom, vers 2005, et cette notion d’« anarcho-indigénisme » m’est apparue comme une façon évidente d’évoquer la collaboration qui se développait alors entre des activistes anarchistes et des gens comme Glen Coulthard, auteur de Red Skin, White Masks ; Richard Day, auteur de Gramsci Is Dead : Anarchist Currents in the Newest Social Movements ; et moi-même. C’était une manière d’attribuer un label à la pensée qui a émergé de cette rencontre. Cette expression a émergé dans un contexte où nous tentions de construire un mouvement. On nous posait alors plusieurs questions : « Quelle est votre relation à la philosophie autochtone traditionnelle ? » « Quelle est votre relation au progressisme ?» «Êtes-vous socialistes ? ». Il s’agissait donc d’offrir aux gens un label, une étiquette politique, pour les attirer dans nos discussions. J’ai pensé qu’« anarcho-indigénisme » représentait correctement ce que nous tentions de faire, soit de faire converger les principes philosophiques de l’anarchisme et de l’indigénisme. C’était aussi cohérent avec le vocabulaire disponible, puisqu’il y a toutes sortes d’anarchisme-à-trait-d’union : anarcho-féminisme, anarcho-syndicalisme, anarcho-communisme, etc.

Question. L’expression cherche à attirer l’attention des anarchistes, des autochtones, ou des deux à la fois ?

Réponse. Celle des philosophes politiques ! C’était surtout orienté vers les gens non autochtones, mais je n’irais pas jusqu’à dire que c’était uniquement pour les « anarchistes ». Il s’agissait aussi de nous différencier d’autres individus ou groupes qui privilégiaient surtout une approche politique fondée sur les « droits » et la « reconnaissance ».

Question. Comment définissez-vous l’ « anarcho-indigénisme » ?

Réponse. C’est difficile à définir, mais cela évoque clairement une approche à la politique qui n’est pas institutionnelle. L’anarchisme rejette fondamentalement tout projet de réformer l’État. Il s’agit plutôt d’être contestataire, de s’opposer à l’institutionnalisation de la vie des individus, et cela représente aussi ma conception de la philosophie indigène. Il s’agit surtout de l’aspiration d’un mouvement qui représente les principes de l’anarchisme et de la philosophie indigène. Tel est mon espoir.

Question. Dans la tradition anarchiste, il est courant d’écrire au sujet des modèles traditionnels des sociétés dites « sans État », en partant du livre L’Entraide de Pierre Kropotkine vers 1900 jusqu’aux travaux de James C. Scott et de David Graeber (ainsi que de Pierre Clastres, dans les années 1970). Ces auteurs avancent que ces peuples offrent des modèles intéressants dont peuvent s’inspirer les anarchistes.

Réponse. Il s’agit d’une sorte de primitivisme marqué par le respect à l’égard du passé, qu’on ne retrouve pas seulement chez les anthropologues, mais aussi chez les indigènes. Ces histoires offrent, en effet, des modèles pour réfléchir à la manière d’organiser la gouvernance, la société et les relations interindividuelles. Or je ne crois pas qu’on puisse retourner dans le passé. Le fondement de l’indigénisme, sans parler de l’anarcho-indigénisme, consiste à considérer que vos conceptions du monde et vos valeurs sont toutes inspirées de ce cadre philosophique qui prend racine dans les traditions indigènes. Voilà qui est fondamental pour fonder notre compréhension du monde et les traités, les cérémonies, les langues sont des incarnations de cette posture. Mais il s’agit d’un point de départ, et de là, il faut se dire : « Bon, je connais tout cela, je le comprends du mieux que je peux, mais je dois maintenant avancer et confronter le monde moderne, car je ne peux simplement respecter le passé en déclarant “Il faut que tout soit exactement comme avant”. Je dois avancer et respecter le passé et y référer en tant que fondement, mais je dois en même temps penser de manière créative tout en avançant. Je me réfère donc au passé comme source de motivation et d’inspiration, dans la mesure où c’est utile pour faire face aux défis d’aujourd’hui, par exemple la civilisation industrielle, le désastre écologique, le pouvoir et le contrôle qu’exerce l’État. Voilà les principaux défis d’aujourd’hui. Nous devons nous inspirer de la sagesse traditionnelle, mais nous devons y ajouter notre propre créativité.

Question. Cette réflexion fait écho au mythe du « bon sauvage ».

Réponse. Oui, et le « bon sauvage » n’a jamais été une représentation de la réalité des peuples autochtones. Il s’agit plutôt d’une création de pseudo-anthropologie venant d’Europe et de philosophes en Europe. Il est donc très dangereux de tenter de mimer le bon sauvage, surtout dans une perspective autochtone. Au mieux, vous tentez d’être le bon sauvage et donc, de correspondre à des standards impossibles à satisfaire. Au pire, ce bon sauvage a toujours eu la mort comme destin. Il était là pour être conquis, pour montrer que la personne qui le conquiert est puissante. En le conquérant, vous obtenez le droit à la terre de ce personnage exceptionnel.

Question. Pensez-vous que les anarchistes cherchent dans la tradition autochtone ce bon sauvage qui serait, en quelque sorte, un anarchiste ou un protoanarchiste ? Ce qui intéresserait donc les anarchistes dans l’anarcho-indigénisme est simplement de s’y retrouver à l’identique, plutôt que de s’intéresser aux autochtones pour ce qu’ils ou elles sont réellement.

Réponse. Pour le colon (settler person) qui reconnaît que sa propre position est illégitime et qui se sent coupable de cette situation, il y aura toujours la tentation d’évoquer la représentation du bon sauvage et de s’identifier à elle pour se sentir plus légitime. Cela a toujours été une tentation, même si je perçois moins souvent ce problème maintenant. Les anarchistes plus jeunes que je côtoie s’orientent surtout vers des actions transformatives. L’idée d’« anarcho-indigénisme » les attire en tant que potentiel de pouvoir transformateur.

Les plus jeunes anarchistes qui s’engagent aujourd’hui dans la discussion sont plus sensibles à l’égard de leur propre position dans le colonialisme, plus sincères dans leurs efforts de vouloir apprendre.

Question. Les anthropologues sympathiques à l’anarchisme et qui ont effectué des recherches sur l’histoire des « peuples sans État » présentent beaucoup d’informations au sujet de la chefferie non coercitive et de la politique délibérative ; les peuples autochtones étant dépeints comme très doués pour la délibération et les assemblées. Voilà des exemples concrets de ce qui peut être stimulant pour les anarchistes, à tout le moins pour expliquer aux gens : « Vous voyez, l’anarchie est quelque chose de possible, puisque c’est en quelque sorte la manière dont les peuples autochtones vivaient politiquement. »

Réponse. Il s’agit là du lien le plus fort entre la politique indigène et l’anarchisme. Dans le monde actuel, plusieurs personnes peuvent être à la recherche d’une alternative politique offrant le choix entre le régime actuel et une vraie démocratie. Les modèles politiques indigènes historiques offrent d’intéressants exemples dont on peut apprendre, qu’on peut vouloir reproduire ou adapter.

Question. Dans votre livre Wasáse, vous présentez le débat au sujet de la violence militante, et vous prenez position en faveur d’« un militantisme non violent, ce qui signifie de rester ferme face à la peur, de faire ce qui est nécessaire pour ce qui est juste, mais sans laisser des pensées et des émotions négatives vous contrôler. » [p. 55]. Il y a dans le milieu anarchiste un débat sans fin au sujet de la violence politique, et même au sujet de la définition de la violence. Pour certaines et certains, dont les Black Blocs et leurs proches, bloquer une route ou fracasser une vitrine n’est pas violent.

Réponse. Pour moi, il y a violence quand vous causez une blessure à une autre personne. Il ne s’agit pas seulement de violence physique, puisque la violence psychologique peut être blessante. Cela dit, je ne considère pas que bloquer une route soit violent. Fracasser une vitrine n’est pas violent. C’est de la destruction, mais pas de la violence. En conséquence, la non-violence signifie pour moi de ne pas chercher intentionnellement à causer une blessure à une autre personne, ou à d’autres êtres, car je ne veux pas limiter le débat aux êtres humains. Il existe aussi une violence envers les animaux et le monde naturel.

Cela dit, nous devons vivre avec un certain niveau de violence au quotidien. Ainsi en est-il de la condition humaine. Nous ne pourrions survivre et vivre sans violence. Nous violentons le monde naturel pour chauffer nos demeures, pour nous transporter, pour notre nourriture. La plupart d’entre nous mangeons des animaux. Même si vous ne mangez que des plantes, c’est encore de la violence envers le monde végétal.

Il faut réfléchir à cette question en contexte. Il s’agit de déterminer quel degré de violence nous sommes disposés à accepter et quelle forme de violence nous pouvons justifier dans nos vies, dans nos communautés. Pour moi, cette question ne devrait pas se réduire à savoir si ceci ou cela est violent ou non. C’est trop simpliste. Et cela renforce des positions conservatrices, alors que la société industrielle moderne est considérée comme non violente.

Question. La question de la violence n’est pas si centrale dans Wasáse, mais vous insistez sur l’importance du courage chez le guerrier que vous appelez de vos vœux. Pouvez-vous expliquer pourquoi le courage vous apparaît à ce point politiquement important en politique ?

Réponse. La psychologie des autochtones est fondée sur la peur, en raison de l’histoire de la colonisation, du racisme, des pensionnats, où tant d’enfants ont été placés après avoir été enlevés à leurs parents, etc. Nous avons peur des Blancs, mais nous avons aussi peur d’agir en accord avec ce que nous sommes réellement, d’agir de manière à faire ce qui est juste. Voilà d’où vient l’idée du courage. Il s’agit d’avoir le courage d’être sincère à l’égard de qui nous sommes réellement. Pour cela, nous devons dévoiler la vérité, nous tenir debout pour défendre la vérité et faire le nécessaire pour défendre cette vérité face à tous ces mensonges qui apparaissent comme la norme dans la société.

Parfois, comme en 1990, à Kanesatake et à Kahnawá:ke, le courage apparaît dans sa forme qui nous est très familière : « Ah ! Les gens vont affronter les militaires. » Voilà de la bravoure. Mais très souvent, ce n’est pas ainsi que s’exprime le courage. Sans doute ne reconnaîtrez-vous pas le courage de l’autochtone qui assiste à une cérémonie traditionnelle alors qu’elle a été élevée en bonne catholique et forcée de croire que la cérémonie était une affaire du diable, et qu’elle brûlerait en enfer si elle y participait. C’est vraiment courageux de mettre la peur de côté et d’avancer pour devenir à nouveau un membre participant de cette culture traditionnelle. Voilà un exemple que j’ai à l’esprit lorsque je parle de courage. Un autre exemple de courage ? Cette femme autochtone en Colombie-Britannique qui est allée pêcher et qui a pratiqué sa culture traditionnelle alors que tout le monde, en particulier le gouvernement, lui disait de ne pas le faire et la menaçait d’arrestation. Elle a subi les conséquences de son choix. C’est très courageux.

Note de Résistance 71: Nous sommes là dans la désobéissance civile, chose qui devra se généraliser si nous voulons, tout comme les autochtones, nous libérer du joug de l’État, du capitalisme et de leurs intitutions répressives obsolètes.

Être courageux, c’est donc avancer sur notre voie malgré les peurs qui nous contrôlent.

Question. Et cela donne de la puissance…

Réponse. Oui, réellement, et vous prenez conscience alors que d’autres gens sont sous le contrôle de cette peur qui vous contrôlait, et vous êtes plus à même de les aider et de devenir un leader ou un mentor qui leur explique le problème et qui les amène à leur tour à surmonter cette peur.

Question. Que pensez-vous de l’État ?

Réponse. J’avais l’habitude d’y penser souvent, et même tout le temps, en tant qu’étudiant puis professeur en science politique. De plus, l’État est central dans les politiques des Premières nations en ce qui concerne les revendications territoriales, l’autonomie gouvernementale, etc. Je n’avais jamais été capable de penser à la politique autrement qu’en référence à l’État et à ses diverses manifestations dans la vie de nos communautés. Mais cela a changé récemment, en grande partie grâce à ma rencontre avec l’anarchisme à travers des conversations et des lectures. J’ai alors compris que la politique va bien au-delà de l’État et qu’il est possible de vivre hors de l’État.

Du coup, j’essaie maintenant d’échapper à l’État ou de créer des occasions pour les peuples indigènes de vivre hors de l’État, ou à tout le moins, en réduisant au minimum leurs interactions avec l’État. Cela signifie donc de ne pas limiter nos luttes à vouloir réformer l’État, le transformer ou même le détruire. Même si l’État existe, ce n’est pas cette grande entité monolithique qui occupe tout l’espace de la vie sociale et politique. En fait, l’État est très fracturé et incomplet.

Voilà le projet que j’ai tenté de développer ces dernières années. J’étais alors en partie inspiré de l’anarchisme ainsi que de mon expérience avec les gens des communautés de Kahnawá:ke, d’Akwesasne et de la côte Ouest qui ont toujours fonctionné à partir de cette prémisse. Il y a beaucoup de gens dans nos communautés qui luttent contre l’État et qui ne se sont jamais réellement laissés intégrer dans l’État.

Question. De l’extérieur des communautés autochtones, la situation semble vraiment déprimante. On n’entend parler que de pauvreté, de violence… Que pensez-vous de votre propre communauté ? Êtes-vous optimiste ou pessimiste ?

Réponse. Est-ce possible d’être les deux à la fois ?

Question. Bien sûr !

Réponse. Je ne suis pas pessimiste, car je ne pense pas que notre peuple soit en voie d’extinction. Mais je ressens un pessimisme psychologique et spirituel. Je suis pessimiste, car je vois que les autochtones les plus éduqués et dotés de potentiel sont aspirés par l’assimilation.

Mais mon optimisme me vient du fait qu’il y a des occasions aujourd’hui pour les peuples autochtones qui n’existaient pas avant, y compris de vivre une vie qui n’est pas totalement minée par le racisme qui nous hanterait comme individu. Le « bon sauvage » ou « l’Indien alcoolique », ces représentations existent encore, mais elles ne nous définissent plus. Mes garçons sont plus libres de créer leur propre identité en tant qu’Autochtones.

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Entretien avec GORD HILL

Membre de la nation Kwakwaka’wakw, sur le territoire connu sous le nom de Colombie-Britannique, sur la côte pacifique du Canada, Gord Hill est un militant anticapitaliste et anticolonialiste, un artiste et un auteur de bandes dessinées, qui signe souvent des textes sous le pseudonyme Zig Zag. Il a publié deux bandes dessinées, 500 Years of Indigenous Resistance et The Anticapitalist Resistance Comic Book, dans lesquelles il rend hommage aux luttes de résistance des militants autochtones et anticapitalistes.

Question. Quelle fut ta première rencontre avec l’anarchisme et le militantisme autochtone ?

Réponse. Je me suis d’abord politisé à Vancouver dans les années 1980, en participant à un groupe de solidarité avec le mouvement guérilla Farabundo Marti, qui résistait au Salvador au régime en place, soutenu par les États-Unis. Je me suis ensuite intéressé de plus en plus à la pensée anarchiste et j’ai intégré le mouvement anarcho-punk. Je vivais à Vancouver à l’époque et la scène anarcho-punk y était encore plutôt dynamique. Je ne me suis pas réellement intéressé aux luttes anticoloniales avant 1990. Ce n’est qu’après la crise d’Oka que j’ai commencé à m’engager plus sérieusement dans les mouvements de résistance autochtone. Avec le temps, j’ai tâché que mon engagement politique soit lié à la fois à la résistance anticoloniale et à l’anticapitalisme.

Question. Si tu devais donner une définition simple de l’anarchisme et de l’indigénisme, comment présenterais-tu ces deux notions ?

Réponse. L’anarchisme, c’est la conviction que les gens n’ont besoin ni de dirigeants ni d’autorité qui les gouvernent en étant en quelque sorte au-dessus d’eux. C’est aussi une notion qui encourage l’auto-organisation décentralisée et autonome des mouvements et des communautés. Si je n’utilise pas moi-même l’expression « indigénisme », je dirais néanmoins qu’elle fait référence aux éléments issus des cultures autochtones telles qu’elles existaient avant la colonisation, et donc qu’elle inspire une approche populaire et traditionnelle de gestion et d’organisation.

Question. Tu as prononcé une conférence sur l’anarchisme et la résistance autochtone, en mai 2013 à La Déferle, un espace anarchiste dans Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal (Québec). Tu as alors expliqué qu’il y a eu plusieurs types d’organisations autochtones sociales et politiques en Amérique avant le début de la colonisation européenne, et que celles qu’on pourrait qualifier de plus anarchistes – car plus égalitaires et décentralisées – ont résisté plus longuement que les autres à la colonisation. Peux-tu préciser cette idée ?

Réponse. Il y avait différentes formes d’organisation, certaines plus centralisées que d’autres. Pensons aux Incas, ou encore aux Aztèques du Mexique, qui avaient développé une grande civilisation comptant des millions d’individus et nombre de guerriers, mais ils ont été très rapidement vaincus par quelques centaines de conquistadors espagnols qui s’étaient alliés à des milliers d’individus qui avaient subi la domination aztèque. Les dirigeants ont été capturés et l’empire s’est effondré, sans oublier une épidémie massive qui a décimé le Mexique. À l’inverse, il y avait des sociétés autonomes et décentralisées, entre autres dans les grandes plaines d’Amérique du Nord, dont les Lakota, les Cheyenne, etc. Elles ont mené une guérilla pendant de longues décennies contre l’armée des États-Unis. Pensons aussi aux Mapuches en Amérique du Sud, également autonomes et décentralisés et que les Espagnols n’ont jamais réussi à vaincre pendant 300 ans. On peut donc en tirer la leçon que les structures autoritaires et centralisées peuvent aisément être vaincues par une simple décapitation du pouvoir au sommet, alors que les mouvements autonomes de résistance sont bien plus difficiles à détruire parce qu’il n’est pas possible de simplement attaquer le sommet.

Question. Tu as participé activement au mouvement contre les Jeux Olympiques à Vancouver, en février 2010 (No Olympics On Stolen Land — Pas de Jeux olympiques sur des terres volées). On a alors beaucoup parlé de solidarité entre les activistes anarchistes et les guerriers autochtones. Quelle était la réalité sur le terrain ?

Réponse. Une campagne contre les Olympiques plus militante et radicale que d’ordinaire a été lancée au début de l’année 2007, regroupant à la fois des militants autochtones et des militants anti- pauvreté à Vancouver. Pendant ce temps, les anarchistes ont également commencé à mener des attaques contre des cibles gouvernementales et des entreprises privées, telles que des véhicules militaires, des banques, etc. C’est à peu près le modèle qu’a suivi la campagne lors des trois années qui ont suivi, avec d’un côté, l’organisation de la plupart des actions directes menées par les militants autochtones et anti-pauvreté, et en parallèle, des actions de sabotage et de vandalisme menées par les anarchistes.

L’exemple le plus marquant de coordination est survenu le jour des cérémonies d’ouverture. Le 12 février 2010, une manifestation d’environ 5 000 personnes contre les Olympiques a atteint le site des cérémonies, Place BC, et la police antiémeute a affronté les aînés-es autochtones qui ouvraient la marche et qui ont demandé aux anarchistes formant un Black Bloc de venir les soutenir à l’avant de la manifestation, ce qu’ont fait les anarchistes pendant plusieurs heures, en affrontant physiquement la police.

Le lendemain, soit le jour d’ouverture des Jeux, le « Rassemblement crise cardiaque » (Heart Attack Rally) a été l’occasion pour un Black Bloc anarchiste d’endommager plusieurs bâtiments du quartier des affaires, dont un grand magasin de détail de la Compagnie de la Baie d’Hudson dont les vitrines ont été fracassées. Cette compagnie a été prise pour cible non seulement parce qu’elle était une partenaire importante dans l’organisation des Jeux de 2010, mais aussi en tant qu’agent historique très influent dans la colonisation du Canada[2].

Question. En militant dans le mouvement anarchiste québécois, nous avons pu constater qu’il existe certains conflits entre les conceptions anarchistes et indigénistes, sur la question de la nation par exemple. Est-ce que c’est quelque chose que tu as également remarqué dans l’Ouest ?

Réponse. Il est possible de comparer d’une part l’idéal anarchiste d’auto-organisation autonome et décentralisée et de l’autre, les formes d’organisation sociale traditionnelles en vigueur chez la majeure partie des peuples autochtones, au sein desquels les dirigeants officiels et l’autorité centralisée brillaient surtout par leur absence. Pour ce qui est des anarchistes, je les ai également comparés aux guerriers autochtones puisque ces deux figures politiques font usage de l’action militante à la fois pour mener des attaques et pour défendre la population. Il existe évidemment des conflits ou des divergences entre ces mouvements en Colombie-Britannique comme au Québec, sans doute principalement du fait de différences culturelles et tactiques. Par exemple, lorsqu’arrivent des confrontations, les autochtones ont tendance à être beaucoup plus prudents, en premier lieu parce que les actions menées peuvent avoir des conséquences démesurées sur leur communauté, leurs familles, etc.

Question. Quelles sont les causes du rejet de l’anarchisme par beaucoup de communautés autochtones, et même par des activistes autochtones ?

Réponse. Il existe d’importantes différences culturelles entre les anarchistes et les peuples autochtones. Les anarchistes ont tendance à se montrer beaucoup plus individualistes et adhèrent souvent à des modes de vie qui sont étranges ou « bizarres » aux yeux de plusieurs Autochtones, comme le dumpster-diving (récupérer des aliments dans les poubelles), ou un certain rejet de l’hygiène corporelle. Évidemment, l’ensemble des anarchistes ne se reconnaît pas nécessairement dans ces pratiques, mais il s’agit néanmoins d’une réalité chez les anarchistes, avec pour conséquence que cela apparaît comme l’identité culturelle la plus visible et stéréotypée pour les observateurs extérieurs. Conséquemment, beaucoup de militants autochtones considèrent les anarchistes comme une variation des « hippies » et des punks. Un Aîné a dit un jour que lorsque l’on commence le processus de décolonisation, on se différencie de son groupe d’appartenance, de son peuple, et c’est une très bonne chose. Mais si notre décolonisation personnelle va trop loin, on risque également d’apparaître étranger aux yeux de notre propre communauté et de se l’aliéner. Voilà qui risque de limiter de manière draconienne notre capacité à s’y engager et à participer à ses luttes. C’est un peu le problème de beaucoup d’anarchistes qui transgressent d’une manière radicale différentes normes de leurs propres communautés, ce qui a pour conséquence de transformer l’anarchisme en un mouvement isolé qui finit par se replier sur lui-même, sur ses modes de vie et sur ses propres activités… Ce problème est d’autant plus important que le mouvement anarchiste nord-américain est en quelque sorte « antisocial », puisque beaucoup d’anarchistes détestent et rejettent leur société. À l’inverse, les militants autochtones ont plutôt tendance à se concentrer sur le travail à effectuer au sein de leur communauté, à établir des liens de solidarité avec d’autres mouvements, sans partager une telle perspective antisociale.

Question. Qu’en est-il par exemple du végétalisme, présent dans beaucoup de milieux et communautés anarchistes ?

Réponse. Le végétalisme fait partie de ces différences culturelles, bien que personnellement, je ne connaisse pas beaucoup de vegans au sein du mouvement anarchiste en Colombie-Britannique. C’est de toute manière un concept assez étranger aux peuples autochtones qui, traditionnellement, pêchaient et chassaient et qui, en plus, continuent à pratiquer ces activités de manière régulière.

Question. Comment réagis-tu au fait que les anarchistes euroaméricains sont eux-mêmes des colons, qui plus est, blancs, la plupart du temps ?

Réponse. C’est un résultat inévitable de la colonisation européenne des Amériques. Je m’en accommode en essayant de comprendre l’histoire de cette colonisation et les dynamiques qu’elle engendre au sein des mouvements de résistance ; mais je le fais tout en reconnaissant la nécessité d’une résistance plurinationale et d’une solidarité entre mouvements sociaux, tout particulièrement en Amérique du Nord.

Question. On peut constater que dans les communautés autochtones, beaucoup acceptent et jouent le jeu capitaliste de l’État colonial. C’est le cas notamment de beaucoup de conseils de bande, ainsi que des chefs d’entreprises autochtones, qui tirent souvent une certaine fierté de leur « succès » politique ou financier. En extrapolant un peu, peut-on dire que même les anarchistes et les militants autochtones traditionalistes ont assimilé les idéaux capitalistes ? Et dans ce cas, que faire ?

Réponse. C’est effectivement le cas, parce que toute personne qui vit dans une société capitaliste assimile l’idéologie capitaliste, à tout le moins partiellement. Un des problèmes auquel j’ai fait face est la promotion, par des militants autochtones, d’une décolonisation capitaliste, suivant la logique « il faut que nous ayons nos propres entreprises, il faut que nous soyons financièrement autonomes… », ce qui, au final, ne fait que donner lieu à un peu plus de merde capitaliste. Un processus de décolonisation imprégné d’une conscience anticapitaliste me semble être la meilleure façon de contrer l’idéologie capitaliste, sachant que la culture et les modes d’organisation traditionnels font généralement la promotion de modes de vie et d’organisation collectifs ou communaux, durables, horizontaux, autonomes, etc.

Question. Quel avenir envisages-tu en ce qui concerne les anarchistes, les guerriers autochtones, et les possibles solidarités entre les deux groupes ?

Réponse. De manière générale, je défends l’idée d’un mouvement plurinational de résistance qui serait à la fois anticolonial et anticapitaliste et je rappelle que la solidarité entre un grand nombre de secteurs de la société est globalement nécessaire. Je crois aussi que plus les conditions socio-économiques vont se détériorer, plus les gens vont devenir conscients et déterminés, et plus nous aurons un potentiel pouvant permettre l’expansion des mouvements de résistance.

******

Francis Dupuis-Déri est professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), auteur de plusieurs ouvrages, dont «Les Black Blocs» (Lux, 5e édition en 2016) et «L’anarchie expliquée à mon père» (Lux, 2013), co-rédigé avec Thomas Déri.

Benjamin Pillet est chargé de cours et candidat au doctorat de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il est également attaché à la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes dirigée par Alain-G. Gagnon. Ses recherches portent sur les résistances autochtones à la poursuite du colonialisme canadien au XXIe siècle.

 

Notes de fin

[1] NDLR. Après son voyage au Canada en 1897, dans ses livres « Journal canadien » et « Le Canada et les Canadiens », Kropotkine s’inspire de l’organisation de petites exploitations rurales autonomes de l’Ouest canadien comme modèle pour l’organisation de la ruralité sibérienne sans autorité centrale. Ces petites fermes de l’Ouest, compte tenu de l’époque de ce voyage et du lieu géographique, étaient vraisemblablement occupées notamment par des Métis francophones, des Autochtones vivant en commune et des Doukhobores. Les Doukhobores sont une secte de chrétiens russes, fondée au XVIIIe siècle, dont un grand nombre ont émigré au Canada dans les années 1897-1899, pour échapper à des persécutions par les autorités. Environ le tiers des fermes Doukhobores étaient vraiment communistes (aucune propriété privée, partage total des biens). Ces Sibériens radicalement pacifistes se sont établis initialement en Saskatchewan (comme fermiers) puis, à la suite des conflits avec le gouvernement canadien, en Colombie-Britannique.

Dans ses études canadiennes, Kropotkine s’intéresse particulièrement aux questions de l’auto-détermination locale (« self-government »), de l’agriculture, du régionalisme et du fédéralisme décentralisé, des autochtones et des doukhobores. Il prône, notamment comme modèle pour la Sibérie, une fédération libre d’associations agricoles et artisanales/industrielles, fonctionnant sur la base de l’entraide et de la solidarité.

[2] La Compagnie de la Baie d’Hudson a été fondée à Londres en 1670 pour pratiquer la traite des fourrures au Canada.

Résistance politique à l’empire et à tout colonialisme: Un manifeste indigène (Taiaiake Alfred)

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Résistance 71

 

10 avril 2017

 

Nous avions traduit de larges extraits du livre du professeur de science politique à l’université de Victoria (CB, Canada), Taiaiake Alfred: « Paix, Pouvoir et Rectitude: un manifeste indigène » et Jo de JBL1960 nous en a fait un de ces PDF dont elle a le secret.

Le voici, vous pourrez également le trouver sur notre page spéciale PDF (plus de 20 à télécharger dans trois rubriques: histoire, politique et science)

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

De la Syrie à Standing Rock… L’empire et les armes chimiques… (Mohawk Nation News)

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A lire sous l’article, le point de vue éclairant de Russell Means sur le patriarcat, l’illusion du pouvoir et le féminisme impérialiste, que nous avons rajouté en précision du dernier point mentionné par MNN.

~ Résistance 71 ~

 

Attaques chimiques en Syrie et à Standing Rock

 

Mohawk Nation News

 

7 avril 2017

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2017/04/07/chem-attacks-on-syria-standing-rock/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les Etats-Unis savaient que les Lakota, nos supporteurs et nos alliés étaient désarmés à Standing Rock. L’armée américaine a attaqué ses propres citoyens aux armes chimiques. C’est une violation du droit international et un crime contre l’humanité. Voyez le compte-rendu / vidéo:

“After Using Chemical Weapons at Standing Rock, U.S. Slams Syrian Attack” dans le lien ci-dessous:

http://theantimedia.org/chemical-weapons-us-syrian/

La “révolution américaine” ne s’est jamais produite ! Ce fut en fait le premier faux-drapeau contre les Aie-ra-kwa (iroquois). Le but véritable était d’abattre l’arbre de la paix et d’éliminer la Grande Loi de la Paix (kaianerekowa) à tout jamais afin de pouvoir créer la République de la Guerre (NdT: Les Yanks sont en guerre depuis plus de 200 ans depuis la création de leur pays factice en 1776…). Ils ont massacré plus de 100 millions d’entre nous sur le continent des Amériques. Rien ne leur est jamais arrivé parce qu’aux yeux de leurs tribunaux, nous ne sommes pas humains.

L’exceptionnalisme (bidon) américain se résume à ceci:Nous avons les canonnières. On peut attaquer qui on veut quand on veut dans le monde. Personne ne peut y faire quoi que ce soit et s’y opposer. Alors … fermez vos gueules !” La grande tragédie est que les Américains croient ces sales mensonges proférés en permanence. Ils ne sont pratiquement réduits qu’au fric !…

Les Etats-Unis pensent qu’ils peuvent commettre le génocide à volonté et que personne ne va les arrêter ni les accuser ou les trainer devant les tribunaux pour quelque crme que ce soit.
Les généraux qui pilotent Washington DC aurorisent toutes ces attaques faux-drapeaux. Les anciens combattants qui sont venus nous aider à Standing Rock ont vu la vérité de leurs propres yeux.
Le peuple sioux et la Russie se sont dresser devant l’empire.

Seul le peuple a le pouvoir de mettre un terme définitif aux ravages causés. Nous ne permettrons personne de notre communauté de travailler pour la corporation de la guerre.

Lorsque les femmes gèreront la communauté, alors nous aurons la paix mondiale.

(NdT: pas les harpies du style Clinton, Rice, Pelosi, Le Pen etc… issues de l’escroquerie du “féminisme” qui ne fait que créer et changer les femmes à l’image des patriarques. MNN ne parle pas ici des femmes en costard éructant la haine et la promotion de la domination et de la guerre dans les parlements, les entreprises coloniales ou autres entités aliénatoires iniques, criminelles et obsolètes…).

L’affaire des femmes est de s’occuper des générations futures et de la terre sur laquelle ces nouvelles générations viennent au monde. Le rôle des hommes est de protéger le peuple et la terre.

= = =

Au sujet de ce dernier point abordé par MNN, voici ce que nous dit le grand activiste et résistant Lakota Russell Means, dont nous avons traduit de larges extraits de son livre testament: Si vous avez oublié les noms des nuages, vous avez perdu votre chemin, une introduction à la pensée et philosophie amérindienne (2013)

“Le patriarcat est fondé sur une structure pyramidale. Le patriarche est inconfortable partout où il va. Il a peur parce qu’il vit sa vie en tremblottant en haut de la pyramide d’où les autres sont constamment en train d’essayer de le déloger… La structure féodale, où personne n’est libre et l’homme d’en haut a peur de tout, est le produit naturel du patriarcat. [..] Même l’homme en haut de la pyramide est un esclave, il est l’esclave de sa propre terreur d’être viré de sa place.

Dans notre système matriarcal, tout le monde est libre et personne n’a peur de quoi que ce soit. Nous savons qui nous sommes et à quoi nous appartenons. Ceci ne peut jamais nous être enlevé. C’est pourquoi les patriarques ont lutté si longtemps et si dur pour nous détruire, nous et nos cultures dans le monde entier. Nous sommes une terrible menace à cette illusion de pouvoir pour la simple raison que nous sommes immunisés contre elle.

[…]

C’est également un aspect absolument étonnant du mouvement féministe, que dans leur désir ardent d’être juste comme les hommes, des féministes qui veulent devenir des figures de proue puissantes dans le système socio-économique, mènent avidement la charge pour tuer et violer la femme ultime, notre grand-mère la Terre.

Regardez simplement les Jeux Olympiques, y voyez-vous une simple compétition de bonne manière ou d’activités féminines de quelque sorte que ce soit ? Tous les évènements sportifs pour femmes sont justes des évènements pour hommes ayant des femmes en compétition les unes contre les autres pour être de meilleurs hommes. Où sont les jeux olympiques de l’attention maternelle ? Ceux sur le comment développer un 6ème sens, une intuition ? Où sont les jeux olympiques du miracle de créer la vie ?

Pourquoi le mouvement féministe est-il tant contre les femmes ?”

 

Lettre ouverte à une sénatrice canadienne, négationniste de l’holocauste des Amérindiens du Canada… (Kevin Annett)

Posted in actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 4 avril 2017 by Résistance 71

« Si je devais choisir de tuer la moitié des enfants indiens qui sont sous notre attention, il n’y a pas de meilleur instrument à utiliser que votre pensionnat typique mis en place. »
~ Neil Parker, Superintendant aux affaires indiennes du Canada, 1949 ~

« Il est juste de dire que 50% des enfants qui sont passés au travers de ces écoles pensionnats n’ont pas vécu pour bénéficier d’une quelconque éducation en leur sein. »
~ D.C Scott, adjoint au superintendant au ministère des affaires indiennes, juillet 1913, rapporté par CBS News en juin 2015 ~

« Nous ne pouvions pas commencer une enquête sur les morts dans les pensionnats pour Indiens, ceci aurait constitué une enquête bien trop énorme… »
~ Gendarme Gerry Peters, de la division « E » de la Gendarmerie Royale du Canada, Vancouver, juillet 1997 ~

« Les chances d’un élève des pensionnats pour Indiens de mourir dans les premières années du programme étaient d’une sur deux. Alors bon, OK, 50% est une juste estimation du taux de mortalité. »
~ Murray Sinclair, président de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), le 3 mars 2011 ~

 

Dans un miroir, sombrement: conseil à une négationiste de l’holocauste (amérindien)

 

Kevin Annett

 

28 mars 2017

 

url de l’article original:

http://itccs.org/2017/03/28/in-a-mirror-darkly-some-advice-to-a-holocaust-denier/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Une information en provenance d’Ottawa en date du 8 mars 2017: La sénatrice canadienne Lynn Beyak défend le système des pensionnats pour Indiens et affirme “qu’ils n’ont pas voulu faire de mal à quiconque”…

Ottawa

Chère Lynn,

Il a été dit de la vie au sénat canadien qu’elle est si pathétique que tout ce que vous pouvez y entendre est le bruit du ruminage et des ventres de porc. Je veux donc vous remercier pour donner tort à tous ces cyniques. Je n’avais absolument aucune idée que votre petite côterie d’appointés politiques à la platitude tant reconnue puisse produire une penseuse d’une telle originalité comme vous-même.

Quelle bonne bouffée d’air frais que d’entendre une politicienne canadienne affirmer que noir est en fait blanc et avec une telle conviction ! Et dire que j’avais perdu l’espoir en la capacité d’un quelconque de nos leaders d’ici, du Grand Nord tout blanc, de maîtriser la realpolitik machiavellienne. Je dis: bien vu, excellent !

Sénatrice, je vous donne un A+ pour vos efforts, mais si vous me permettez, j’ai quand même quelques conseils à vous donner en ce qui concerne la meilleure façon de propager votre gros mensonge bien particulier. En un mot, vous êtes trop crâneuse. Subtilement, est toujours après tout, la meileure méthode pour cacher un crime de groupe et de convaincre les gens qu’il ne s’est jamais passé: quelque chose que votre collègue du sénat Murray “Mr je blanchis tout par la CVR” Sinclair ne connaît que trop bien.

Note de R71: CVR est l’acronyme de la Commission Vérité et Réconciliation, la farce officielle de l’état canadien pour blanchir et minimiser l’affaire du génocide dans les pensionnats pour Indiens entre 1867 et 1996. Si l’état canadien s’est fendu d’”excuses officielles”, personne n’a jamais été condamné pour la disparition et meurtres de plus de 50 000 enfants autochtones dans les murs des camps de la mort qu’étaient les pensionnats pour Indiens, gérés par les églises, au nom du gouvernement canadien. Voir à cet effet notre traduction du contre-rapport à la CVR du Tribunal pour les Disparus du Canada: “Meurtre par décret, le crime de génocide au Canada” (2016), ce texte est le fruit de plus de 20 ans de recherches, d’enquêtes et de témoignages.

Mettez une sourdine à votre hyperbole dans un premier temps. Même le plus fleur bleue, trouillard des Injuns des Canucks (Canadiens) aura du mal à avaler votre affirmation disant que votre typique curé frappeur d’enfant ne faisait en fait “qu’essayer de son mieux” avec tous ces sauvages. Allons, allons Lynn, aller au charbon avec rien d’autre que cette rhétorique va permettre à tout critique de vous cueillir avec juste une simple citation du ratio de plus de 50% de décès parmi tous ces enfants basanés qui étaient pensionnaires de ce que vous appelez “les pensionnats scolaires”.

Bref, le grand mensonge, çà doit être convaincant.

Point suivant: Pour l’observateur neutre, vous agissez comme le badeau dans le script pré-arrangé de quelqu’un d’autre. Je veux dire, regardez comment tous les gros matous aborigènes sautent après vos paroles, comme des violeurs d’enfants en rut. Vous donnez à des gens comme Murray Sinclair, Pat Brazeau et tous les autres sultans de la trahison ; la parfaite méthode pour poser en champions de leur peuple, leurs frères Indiens, qu’ils ont trahis pendant des années. Est-ce cela que vous voulez vraiment ?

Quant à votre affirmation que les camps d’internement chrétiens ont en fait sauvé plutôt que tué les enfants basanés: une fois de plus, vous êtes hors piste, sans aucune sécurité. Pourquoi ne pas aligner le gang habituel des lècheurs de bottes, de ces “survivants” aborigènes, Indiens des forts, pour qu’ils endorsent publiquement votre affirmation et affirment aux yeux de tous à quel point la vie était belle dans les camps ? Nous savons qu’il y en a un bon paquet alentours, nous savons aussi qu’ils ne demandent pas cher non plus pour “témoigner”…

Enfin, essayez de lancer quelques miettes rhétoriques à cette bête connus sous le vocable du politiquement correct. C’est la meilleure façon de désarmer vos critiques. Donnez-nous quelques lignes au sujet de la cicatrisation et de la réconciliation. Nous, pauvres visages pâles Canucks, aimons entendre ces mots. Ils nous font nous sentir bien au sujet de nous-mêmes, ce qui est après tout, tout le but de l’exercice: spécifiquement depuis que nous sommes tous partie d’une conspiration criminelle condamnée.

Il est vrai que toutes ces erreurs n’auront peut-être pas d’importance sur la distance considérant les remous que vous faites dans la presse et parmi beaucoup d’entre-nous pâles Canucks. Finalement a émergé un leader qui dit ce que tous ces paroissiens ont ressenti, mais qu’étant Canadiens, n’ont jamais dit: que ces Injuns l’ont eu trop belle et qu’ils nous pompent jusqu’à la lie, et que merde, après tout, ils vont peut-être finir par récupérer toute la putain de place de nouveau !

J’espère que vous considérez devenir premier ministre, ou peut-être est-ce là toute l’affaire ?…

Quoi qu’il en soit, pour vraiment maîtriser l’art du mensonge et de la déception Lynn, vous devez comprendre les détails de ce que vous essayez de pirrouetter. Connaître son ennemi est la clef pour gagner quelque bataille que ce soit après tout. Je vous invite donc à regarder quelques dures preuves de vie et de mort dans ce que vous appelez les joyeuses colonies de vancances que furent les pensionnats pour Indiens, preuves contenues dans ma composition de plus de 20 ans de recherche intitulée “Meurtre par décret, le crime de génocide au Canada” (2016). Je l’ai écrit pour mettre une électrode dans le fion de Murray Sinclair, vous devriez donc vous réjouir à sa lecture.

Un de bien des survivants de ces pensionnats que je cite dans mon livre, Sylvester Green, était sur le détail des enterrements du camp de l’Église Unifiée du Canada à Edmonton dans les années 1960. Il a dû mettre en terre plus de 100 autres enfants durant les deux ans où il y fut incarcéré, avant qu’il ne s’en échappe.

Sylvester m’a dit qu’une fois à un réveillon de Noël, lui et d’autres enfants reçurent des vêtements propres et furent paradés devant une congrégation de notables blancs afin de chanter des chants de Noël pour toute cette foule chrétienne joyeuse et réceptive. Puis, Sylvester et les autres enfants furent ramenés dans leur camp et reçurent en récompense de leurs beaux chants, de choisir parmi eux lesquels seraient violés et pire par le révérend Jim Ludford et ses acolytes. Normalement les enfants n’avaient pas le choix.

J’ai juste pensé que vous apprécieriez le témoignage de Sylvester sur le comment le système n’était pas si mauvais après tout.

Sincèrement vôtre,

Kevin Annett

Résistance au colonialisme: Nations indigènes et domination politique (Steven Newcomb)

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« En point de départ, je suggèrerais de conceptualiser ce qu’on pourrait appeler l’anarcho-indigénisme […] Le mot indigène qui évoque l’enracinement spirituel et culturel dans cette terre et la lutte pour la justice et la liberté d’Onkwe’hon:weh ; combiné au mouvement politique et philosophique qui est fondamentalement anti-institutionnel, radicalement démocratique et dévoué à prendre action afin d’amener le changement: l’anarchisme. »
~ Taiaiake Alfred, 2005 ~

A lire également: « La grande loi du changement », Taiaiake Alfred (extrait de son livre « Wasase », traduction R71)

et « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte » (traduction R71)

 

La souveraineté indigène et la subordination politique de nos nations

La véritable signification de la souveraineté indigène n’est pas ce que nous en savons ou croyons savoir

 

Steven Newcomb

 

27 mars 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/indigenous-sovereignty-political-subordination-nations/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La langue anglaise est profondément problématique pour les nations originelles de l’Île de la Grande Tortue (“Amérique du Nord”). En toute précaution, nous ne devrions pas assumer que nous comprenons un mot particulier simplement parce qu’il est devenu un terme coutumier de l’art. Un exemple probant est le mot “souveraineté”, un terme qu’on dit avoir été inventé par l’absolutiste et philosophe politique français Jean Bodin, qui a défini alors sa signification comme étant “la suprématie sur des citoyens ou des sujets sans restriction de la loi.

En d’autres termes, ceux appelés “citoyens” ou “sujets” sont considérés “sujets” aux “lois du souverain”. Mais, “le souverain” est vu comme “le sujet d’aucune loi” parce qu’il est mentalement imaginé comme existant “au dessus” ou “a un niveau supérieur” de tout le monde et de toute chose. Comme c’est un concept ou une idée qui n’existe pas pas physiquement, il vaut ici d’être noté que “le souverain” n’existe pas physiquement “au dessus” ou “à un niveau supérieur” de tout le monde et de toute chose. Néanmoins, ceux qui agissent au nom du “souverain” sont capables d’exercer un degré de force en relation à ceux qui sont désignés être citoyens ou sujets, ceci résultant parfois en de terribles ou mortelles conséquences pour ceux contre qui cette force est exercée.

On peut illustrer ceci avec les sites de massacres de l’époque jusqu’à l’utilisation traumatique des forces de police militarisées de nos jours à Standing Rock, dans un effort pour l’état “souverain” d’utiliser la force qui accompagne la “souveraineté” quand il veut imposer sa volonté pour les intérêts banquiers et corporatistes coloniaux.
Dans son livre “Captives of Sovereignty” (2011), le philosophe politique Jonathan Havercroft note que des philosophes politiques tels Hannah Arendt, Michel Foucault, Giorgio Agamben, Michael Hardt et Antonio Negri concourrent pour dire que la “souveraineté” est, comme le dit Agamben, “une forme injuste de domination qui limite la liberté humaine”. De ce point de vue, il devient raisonnable de dire que placer le mot “indigène” devant celu de “souveraineté”, résulte en l’idée d’une “forme indigène de domination qui limite la liberté humaine”. Pourtant, je ne connais personne impliqué dans la défense des droits des nations et peuples indigènes, qui travaille pour un droit de domination autochtone. Ceci veut pourtant dire qu’il y a une confusion à la base qui n’est pas adressée.

C’est aussi plus compliqué que cela. Dans le contexte des Nations-Unies, le terme “indigène” veut dire originellement libre mais maintenant existant sous une dominance ou domination. Ceci contredit directement le sens de “souveraineté”, à savoir qui est au dessus de tout le monde et de toute chose. Il est impossible pour quelque chose qui est dit au dessus de tout et de tout le monde, d’exister aussi sous la domination d’un pouvoir politique.

Ainsi, l’expression “souveraineté indigène” est un oxymore ; c’est la combinaison de deux termes qui s’auto-excluent, qui s’annulent l’un l’autre. C’est incohérent. La même chose vaut pour l’expression “souveraineté tribale” dans le contexte de la loi et de la politique fédérales indiennes, invoquant la “souveraineté tribale” dans un effort d’être du bon côté de la lutte, mais ceci est équivalent à dire “ne pas être souverain”, parce que le mot “tribal” indique que c’est une forme moindre ou non-suprème de “suprématie”, ce qui est un non sens.

Au nom des nations originelles de l’Île de la Grande Tortue, les gens ont tenté de combiner un terme indiquant une identité politique subordonnée: “indigène”, avec une identité politique suprêmement dominante: “souveraineté”. Ils ont fait cela dans un effort de nous libérer d’une subordination politique imposée à tort. Ils ont fait cela dans un effort de libérer nos nations et peuples d’une position conceptuellement imposée qui est faite pour exister sous la domination du pouvoir de l’état et de son affirmation au droit de domination.

Ce que la plupart d’entre nous n’ont pas remarqué est l’impossibilité d’être libéré d’une identité politique subordonnée en continuant d’invoquer une identité politique subordonnée. Utiliser le mot “souveraineté” précédé du mot “indigène” n’enlève pas ni n’élève le niveau de subordination politique, cela ne fait que renforcer la subordination. De plus, comme mentionné ci-dessus, cela adopte le concept de domination elle-mieme comme un mondèle d’existence qui contredit en tous points nos systèmes realtionnels traditionnels.

Nous avons tenté de nous défendre contre ceux qui affirment une “souveraineté” sur nous au nom de concepts tels que ceux de la “couronne”, des “Etats-Unis”, du “Canada”, de “L’État” et autres catégories de domination. Mais quoi qu’il en soit, le système conceptuel dominant utilisé pour nous défendre a été fait de façon à ce que tout défi au système renforce ces catégories de domination. Le défier au nom de la “souveraineté indigène”, c’est en fait le renforcer, ne pas le défier est le renforcer. Vous êtes baisés si vous le faites et baisés si vous ne le faites pas, la classique double-liaison.

Une alternative est d’approcher notre défense conceptuellement, ce qui veut dire de nommer et de directement défier le Code de la domination à sa source, afin de défier ses racines profondes. Faire cela revient à travailler depuis la position qui affirme qu’il n’y a aucun droit à la domination ni aucun droit corollaire à la déshumanisation. Ceux qui autrefois considéraient l’esclavage comme étant une institution sacro-sainte utilisèrent aussi un code de domination, un système de rationalisation (idées + arguments) afin de le justifier. (NdT: comme la rédaction de “codes noirs” par exemple pour la France sous Louis XIV et sous le 1er empire, car n’oublions pas que Napoléon a rétabli officiellement l’esclavage que la révolution avait aboli… L’abolition officielle définitive datant de 1848, c’est à dire il y à moins de 170 ans pour la France… “pays des lumières et de la liberté”… qui dans la foulée augmenta son empire colonial…) Ceux qui défièrent l’esclavage ne furent couronnés de succès que lorsqu’ils attaquèrent la fondation conceptuelle de la domination: le concept de dire que certaines personnes ont un droit de domination sur d’autres.

Ceux qui officient maintenant la loi et politique fédérale indienne pour le gouvernement des Etats-Unis sur la base de catégories de domination, ont un système de ratinalisation pour justifier l’affirmation par les Etats-Unis d’un “droit de domination chrétienne” sur nos nations, Un “droit” faussement appelé “conquête”. Ce système de rationalisation a été clairement stipulé dans le verdict et son rendu de l’affaire Johnson c. M’Intosh, Cour Suprême des Etats-Unis sous l’autorité du juge John Marshall, 1823.

Le défi auquel nous avons maintenant à faire face est celui de libérer nos esprits de la confusion qui résulte du point très mal et peu compris qui dit que le terme de “souveraineté” est une forme de domination et le terme “indigène” veut dire “existant sous une forme de domination”. Ainsi la souveraineté indigène est une forme de souveraineté sous un système de domination. Pour nous libérer, nous devons d’abord libérer nos esprits.