Archive pour amérindiens contre colonialisme

Lutte contre le colonialisme: Les Mayas du Guatemala en rébellion

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , on 16 mai 2019 by Résistance 71

 

Entretien avec Vilma, activiste Maya du Guatemala

 

La Voie du Jaguar

 

14 mai 2019

 

url de l’article:

https://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Vilma-activiste-maya-du-Guatemala-en-visite-aux-Lentilleres

 

Au cours d’une promenade printanière dans les jardins occupés du Quartier libre des Lentillères, après avoir fait une visite explicative de l’histoire de ce territoire en lutte, nous nous sommes entretenues avec Vilma, activiste guatémaltèque qui a partagé avec nous son expérience de résistance communautaire indigène.

Pour commencer si tu veux bien te présenter. Tu viens d’où ? Comment es-tu arrivée ici ?

Je m’appelle Vilma Judith Sor, je suis une femme maya kaqchikel [1] du Guatemala et je travaille dans une organisation qui s’appelle Association communautaire pour le développement Serjus. Je suis ici parce que le travail que nous faisons reçoit le soutien du CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement) dans un lieu qui s’appelle Ixcán, au nord du Quiché [2].

Quel type de travail réalise votre association ?

Nous avons plusieurs axes de travail mais nous travaillons surtout l’organisation et l’articulation communautaire parce qu’on pense qu’il est nécessaire de récupérer le sens communautaire depuis la base, depuis les communautés, car la guerre a détruit le tissu social. Alors nous cherchons à reconstruire ce tissu social depuis les principes et valeurs de la cosmologie [3] maya et dans ce sens l’idée de communauté est très importante. Et avec cette organisation et articulation communautaire nous mettons en place des propositions comme l’agriculture écologique et la défense du territoire, spécifiquement l’eau et la biodiversité car il y a une intention de privatiser les graines et les plantes médicinales, et en général les connaissances ancestrales. Nous luttons aussi en ville pour le droit à un logement digne. Nous travaillons également beaucoup dans la recherche des droits des femmes et contre les violences faites aux femmes. Pour tout ça, nous cherchons à avoir une incidence réelle dans les gouvernements municipaux. Par exemple, à Ixcán, nous avons travaillé à construire une politique municipale de souveraineté alimentaire et un autre programme municipal pour l’égalité de genres. Ce sont de petits apports que nous faisons pour le bien des communautés. Mais tout ça est également indissociable d’un travail de formation politique pédagogique depuis l’éducation populaire. Nous pensons en effet que l’organisation, si elle ne se forme pas, peut se perdre sur le chemin et peut aussi perdre ce désir et cet espoir de construire une société différente, un monde meilleur où il y ait une place pour tous et toutes.

Tu parlais de la guerre, ici en France peu de gens connaissent cette histoire et ses conséquences aujourd’hui. Tu peux nous donner quelques pistes pour que l’on comprenne un peu mieux ?

Au Guatemala, il y a aujourd’hui une inégalité mais cette inégalité que nous vivons maintenant a existé historiquement depuis l’invasion. De 1944 à 1954, il y a eu des gouvernements progressistes qui ont cherché à donner un peu plus de justice aux paysans en travaillant notamment une réforme agraire. Mais cela n’était pas bien vu par l’oligarchie guatémaltèque mais aussi par les entreprises des USA. Alors, ils ont fait tomber le gouvernement de Jacobo Árbenz Guzmán et installé un gouvernement militaire. Et à partir de là, la situation du pays est devenue très difficile avec un conflit interne armé qui a été l’un des plus sanglants du monde. Il y a eu beaucoup de violences, avec la politique de la terre brûlée où ils ont fait disparaître des communautés entières, les enfants, les femmes, les vieilles et les vieux, tout le monde. C’est une histoire terrible, très dure dans notre processus historique. Après trente-six années sanglantes, il y a eu des accords de paix qui ont enfin été signés. Malheureusement, ceux-ci sont restés un bout de papier puisqu’ils n’ont jamais réellement été appliqués. Et alors, les conditions de la grande majorité de la population, surtout indigène restent très précaires. De là, les accords de paix ont ouvert des possibilités. Par exemple, on peut aujourd’hui s’organiser collectivement, ce qui pendant la guerre était impossible, et ainsi pouvoir exercer nos droits d’une manière un peu meilleure. Mais la situation d’inégalité n’a dans le concret pas tant changé que ça et c’est pour ça que les peuples s’organisent et luttent pour défendre leurs territoires et leurs vies.

Tu parles de défendre le territoire parce qu’il y a des mégaprojets en ce moment au Guatemala ?

Ce système capitaliste colonial et patriarcal s’est imposé dans le monde entier, il s’est exprimé au Guatemala d’une manière bien concrète. Ça a beaucoup de lien avec les axes de développement de ce système comme les mines, l’exploitation du gaz ou du pétrole, la monoculture de la palme pour l’huile ou la canne à sucre. Il y a aussi de grands projets d’infrastructure comme des barrages hydroélectriques. Ceux-ci provoquent le plus de conflits dans tout le pays parce qu’ils sont très importants. Ils dévient les rivières, et les communautés en aval n’ont donc plus accès à la rivière et donc plus d’eau. Ce sont souvent des communautés indigènes qui vivent de la pêche mais aussi du maïs et des haricots, qui sont les moyens de subsistance basiques pour les communautés indigènes. Alors si on n’a plus d’eau, on n’a plus de vie.

Dans tous les territoires du Guatemala il y a beaucoup de conflictualité sociale sur cette question et beaucoup de résistance pour s’opposer à ces projets. Malheureusement, comme ils sont soutenus par le capital transnational mais aussi par les dominants locaux qui ont beaucoup de pouvoir économique, ils manipulent et utilisent les institutions gouvernementales pour développer leurs projets sans avoir consulté les peuples alors que c’est un droit collectif. Certains projets ont pu être empêchés mais malheureusement pas tous, notamment du fait de la répression. Nous avons ainsi beaucoup de leaders et persécuté·e·s et criminalisé·e·s et même prisonnier·e·s politiques. Au Guatemala, on n’emploie pas cette formulation mais nous les considérons comme des prisonnier·e·s politiques.

Pour pouvoir te mettre en prison parce que tu défends la forêt ou la terre, ils vont inventer des délits et nuire à ta réputation. Certains ont ainsi dû sortir du pays pour ne pas subir cette répression et ça a également fragilisé les mouvements de résistance.

Et l’histoire d’extrême violence dont tu parlais auparavant doit également marquer les luttes aujourd’hui ? Quand nous avons parlé dans l’après-midi des luttes en Europe comme à la ZAD, il était évident qu’ici ils ne nous tirent pas dessus à balle réelle et que ça ouvre plus de possibilités pour s’opposer à un mégaprojet. Quelle stratégie vous mettez en place pour pouvoir affronter tout ça ?

Au Guatemala, du fait de l’histoire de guerre que nous avons connue, beaucoup de ces résistances qui s’opposent à ces projets ont choisi la résistance pacifique. Concrètement ça veut dire faire des plantones [4] permanents pendant des mois ou même des années. On vient de fêter les quatre ans du planton de la Pula. Et il y en a beaucoup d’autres ainsi contre les barrages ou les monocultures, mais toujours en revendiquant la résistance pacifique pour éviter les agressions violentes de la police ou de l’armée. Malgré cela, les autorités ont commis de nombreux abus. Hier, justement je lisais une nouvelle qui disait que les militaires responsables du massacre de camarades indigènes avaient été relaxés. (…)

On a le sentiment que le pouvoir militaire se consolide et est de plus en plus présent dans toutes les instances du gouvernement. Par exemple le président n’est pas issu officiellement de l’armée mais on sait bien que derrière lui ce sont les militaires qui ont la main sur une partie du pouvoir tant législatif qu’exécutif ou judiciaire. (…) Il y a des leaders indigènes qui sont assassiné·e·s prétendument dans des crimes de droit commun mais c’est évident que derrière ces actions il y a les services secrets de l’armée. C’est la manière d’opérer de l’armée. Pendant la guerre, ils ont massacré des villages entiers en disant qu’il fallait « enlever l’eau des poissons », c’est-à-dire qu’ils attaquaient les communautés qui soutenaient la guérilla en partageant leur nourriture par exemple.

Aujourd’hui, ils s’attaquent de la même manière aux ONG qui soutiennent les luttes communautaires mais avec un changement législatif. Ils veulent nous limiter à un rôle assistancialiste pour nous empêcher de nous organiser politiquement. Mais nous poursuivons notre chemin d’autoformation pour contribuer à développer le sens critique dans nos communautés. Avec cette loi, des organisations comme la mienne pourraient être fermées. (…) Il y a aussi cette nouvelle loi contre le terrorisme. Il y a peu, ils nous cataloguaient encore de communistes mais depuis les attentats du 11 septembre 2001 ils nous accusent d’être des terroristes. En réalité, c’est juste un moyen de faire taire la voix de nos communautés en lutte en facilitant les voies légales pour mettre des activistes en prison. (…)

Au Quartier libre des Lentillères, comme tu l’as vu, une des sources d’inspiration c’est le processus zapatiste au Chiapas avec la construction de structures autonomes et d’une gestion collective des questions communes. On voit que ces formes de gouvernance indigène existent dans beaucoup d’autres endroits en Amérique latine. Par exemple, dans ta communauté, est-ce qu’il y a pour parler d’un sujet sensible des mises en pratique de justice communautaire autonome ?

Les communautés indigènes en général ont leurs propres moyens d’organisation, d’autogouvernement et d’administration de la justice. Par exemple, s’il y a un conflit communautaire, ce sont les autorités communautaires qui s’en chargent. Elles font une médiation et interviennent pour trouver une solution au conflit. C’est comme ça que ça se résout, surtout dans les communautés les plus isolées. Pour celles qui se trouvent plus près des villes, comme il y a le système de justice occidental, elles se servent également de celui-ci. Au Guatemala, il y a des choses bizarres. Par exemple, j’ai connu le cas d’un juge qui avait un souci avec son fils dans sa communauté et il a réglé ça par le biais des autorités communautaires. C’est dire à quel point ce système est reconnu par les gens, mais le système occidental lui ne le reconnaît pas.

Mais nous, aujourd’hui, on dit qu’il nous faut réaliser un « processus de décolonisation ». Certains par exemple utilisent le système occidental en disant « ils ne me laissent pas prendre ce morceau de forêt ». Mais ce sont des terrains communaux et les autorités occidentales leur donnent raison parce qu’elles ne prennent pas en compte les règles communautaires. En ce moment, nous sommes donc dans une lutte parce que ces règles communautaires ont toujours existé, sur les questions de répartitions de l’eau, de la terre ou pour une bonne entente entre les voisins. On est même obligé·e·s de faire appel au Conseil constitutionnel pour défendre nos droits collectifs, qui en principe sont reconnus au niveau national et international dans les accords des Nations unies. Et les juges ne respectent pas ces règles. La communauté a une relation et une dynamique au quotidien mais au contact de ce système comme il est établi au Guatemala, elle se brise. C’est pour ça que nous disons que nous devons vivre au milieu de deux systèmes. Notre propre système et le système occidental, et ça provoque des conflits. (…) Par exemple, dans une de nos communautés, on a constaté que les violences faites aux femmes étaient fortement liées à des problèmes avec l’alcool. Les camarades de cette communauté ont donc pensé un plan de prévention aussi bien à travers l’administration communautaire indigène qu’en faisant adopter par l’institution municipale une interdiction de la vente d’alcool. Ça a provoqué de fortes tensions dans les communautés mais c’est le moyen qu’elles ont trouvé pour ne plus subir ces violences.

Pour conclure, nous avons passé toute la journée ici aux Lentillères. Est-ce que tu vois des points communs entre les formes de vie de ta communauté et ce que tu as vu ici ? Y a-t-il des choses que tu as vues ici qui t’ont également inspirée ? Des formes que tu peux imaginer utiles pour les luttes dans vos communautés ?

Cette visite me remplit d’espoir et de joie. Effectivement je sens ici des paris similaires à ce qu’on porte dans nos communautés. Par exemple, la récupération d’espaces en ville comme vous le faites ici me semble une idée très intéressante. Dans notre réalité, c’est compliqué parce que la répression est beaucoup plus dure mais ça me motive à articuler les combats autour du droit au logement. Chez nous, c’est un grave problème et beaucoup de gens n’ont pas accès à des conditions dignes pour se loger. C’est inspirant de penser qu’on peut, au milieu d’une ville chercher des solutions collectives pour lutter sur ce front-là. D’autant plus que chez nous ce n’est pas évident de mobiliser les jeunes et ça pourrait les intéresser de développer des espaces de ce type. La combinaison de ça avec la récupération de la terre comme moyen de production de nourriture et de vie me semble similaire à ce que nous faisons au Guatemala. L’agriculture « écologique » c’est quelque chose de nouveau mais qui nous vient du passé. Nos ancêtres depuis leur propre cosmologie produisaient des aliments pour la vie, pas pour le profit. Alors effectivement, c’est inspirant de penser qu’au Nord comme au Sud nous avons ce même désir de générer des relations de pouvoir différentes entre les êtres humains mais également avec la Terre-Mère.

Notes

[1] Communauté ethnolinguistique indigène.

[2] Département du Guatemala.

[3] Manière d’interpréter le monde.

[4] Sorte de campement qui sert de point de ralliement mais aussi pour informer voire parfois bloquer les flux.

 

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 


Civilisation Maya: plus de 4500 ans d’histoire…

Publicités

Gilets Jaunes… Les Zapatistes du Chiapas nous montrent la voie… 25 ans d’autonomie à étendre au monde !

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 12 mai 2019 by Résistance 71

 

25 ans plus tard, le zapatisme poursuit sa lutte

 

Julia Arnaud

 

Mai 2019

 

Source:

https://www.revue-ballast.fr/25-ans-plus-tard-le-zapatisme-poursuit-sa-lutte/

 

Le 1er janvier 2019, les zapatistes ont célébré les 25 ans de leur soulèvement. L’occasion de réaffirmer leur engagement dans la construction, ici et maintenant, de leur autonomie et la défense de leur territoire au sud du Mexique. Leur mot d’ordre ? « Le peuple gouverne et le gouvernement obéit. » Face à la pression toujours croissante du capitalisme et des mégaprojets défendus par le nouveau gouvernement « progressiste », de nombreux soutiens nationaux et internationaux se sont exprimés au cours de ces quatre derniers mois. La répression ne faiblit pas ; la lutte non plus : récit, sur place, d’une commémoration et d’un appel, lancé le 10 avril dernier, « à lever un réseau mondial de rébellion et de résistance contre la guerre qui, si le capitalisme triomphe, signifiera la destruction de la planète »*

(*) Note de R71: Nous avons relayé cet appel et même créé une page spéciale à cet effet sur Résistance 71, ici

Le 1er janvier 1994, sortis de la nuit, les zapatistes ont occupé cinq villes du Chiapas — dont la touristique San Cristóbal de las Casas — et donné à connaître au Mexique et au monde entier leurs revendications : travail, terre, logement, alimentation, santé, éducation, indépendance, liberté, démocratie, justice et paix. Après plusieurs jours de combat et sous pression de la société civile, l’EZLN — l’organisation militaire du mouvement fondée en 1983 — et le gouvernement s’assoient à la table des négociations : elles donnent naissance, en 1996, aux Accords de San Andrés. Ils ont pour but de permettre la reconnaissance de l’autonomie et du droit à l’autodétermination des peuples indigènes1 ; sans surprise, ils ne seront jamais respectés par les gouvernements successifs. Dans une situation de contre-insurrection permanente, dans un territoire occupé par les militaires et les paramilitaires, l’EZLN et les communautés zapatistes choisissent alors la voie de la construction de leur autonomie et de la mise en pratique unilatérale de leurs exigences. En 2003, les cinq caracoles — et avec eux les Conseils de bon gouvernement — sont fondés ; ils deviennent les centres politiques et culturels des cinq zones autonomes.


« Vous êtes en territoire zapatiste en rébellion
Ici le peuple commande et le gouvernement obéit. »

À mon arrivée, en 2010, alors que les questions me brûlaient les lèvres, la première réponse que l’on m’a donnée à Querétaro, au centre du pays, bien loin du Chiapas, fut : « Mais non señorita, les zapatistes n’existent plus, c’était en 1994… » Tout le monde a entendu parler de la lutte zapatiste. Peut-être du café rebelle. Sans doute du sous-commandant insurgé Marcos. Mais peu, même au sein des espaces militants, savent ce qui se trame encore ici, en 2019, dans les montagnes du sud-est mexicain. Si depuis bien longtemps les médias officiels ont entrepris un méthodique travail de désinformation, le silence public des zapatistes n’en a pas moins été volontaire : entre 2009 et 2012, pas un seul communiqué n’a été publié alors qu’ils nous avaient habitués, par la plume dudit sous-commandant, à une prose prolifique depuis 1994. Ce mutisme était celui de la construction, en interne, de leur autonomie ; ils l’ont rompu avec fracas le 21 décembre 2012 — tandis que 50 000 membres des communautés zapatistes (les « bases d’appui ») remplissaient sans le moindre bruit les rues de San Cristóbal, poing levé, visage couvert —, par la détonation d’un communiqué des plus brefs : « Vous avez entendu ? / C’est le son de votre monde qui s’écroule, / C’est le son du nôtre qui resurgit. / Le jour qu’a été le jour, était la nuit, / Et la nuit sera le jour qui sera le jour. / DÉMOCRATIE / JUSTICE / LIBERTÉ. »

Ce monde, ils en poursuivent la création. Leur autonomie se développe jour après jour : des écoles, des hôpitaux, une autre justice, des collectifs agricoles et artisanaux ont fleuri dans toute les zones. Nous sommes de plus en plus nombreux à leur avoir rendu visite, à avoir appris à leur côtés, notamment grâce à la « Petite école zapatiste » — plusieurs milliers de personnes se sont alors rendues dans les communautés afin d’apprendre de leur quotidien et d’étudier les quatre livres de cours réalisés par des membres des différents caracoles, ceci sous le regard attentif de leur votán, ces « gardiens » et « gardiennes » qui ont accompagné chacun d’entre nous et ont répondu patiemment à nos questions. « Ici, c’est le peuple qui dirige, il a sa propre politique, il a sa propre idéologie, il a sa propre culture, il crée, il améliore, il corrige, il imagine et il va continuer de travailler » : c’est là ce que nous rappelle le sous-commandant Moisés, successeur de Marcos en tant que porte-parole depuis 2013. Quand on leur demande combien de personnes représentent les zapatistes, la réponse est évasive, toujours, mais pourtant claire : « Beaucoup ! »


Conseil de bon gouvernement 

Sur la route de la Realidad

« Demain, départ 6 heures, lever 4 heures. » Tels ont été les derniers mots des compas2 zapatistes : la Rencontre de Réseaux, qui s’est tenue du 26 au 30 décembre 2018 en terres récupérées, près du village de Guadalupe Tepeyac, afin que se rencontrent, se retrouvent et s’organisent les différents « individus, groupes, collectifs, organisations » qui luttent pour un autre monde, s’est terminée après une assemblée plénière de trois heures. Si au Mexique les horaires sont toujours assez flexibles et relatifs, ici, en territoire zapatiste, l’autodiscipline est primordiale : sans elle, ils n’en seraient pas là. « Que vous votiez ou que vous ne votiez pas, organisez-vous ! », nous ont-ils maintes fois répété. Comme dans de nombreuses communautés originaires, le changement d’heure n’existe pas pour les zapatistes ; c’est « la hora de Dios », « l’heure de Dieu », celle du monde, du soleil et de la vie — 4 heures, c’est donc 3 heures.

Les lumières s’allument, le matériel a été chargé dans des camionnettes prêtes à partir ; des visages, fatigués par ces derniers jours de discussions et ces dernières nuits de musique autour du feu, émergent des tentes. Nous sommes tous prêts à embarquer dans les bus, les bétaillères et les autres véhicules ; la longue caravane s’avance bientôt. De la Municipalité autonome rebelle zapatiste (MAREZ) San Pedro Michoacán, où s’est tenue la rencontre, jusqu’au caracol de la Realidad, dit « Mère des caracoles de la mer de nos rêves », il faut une heure et demie de route sur un petit chemin de terre qui monte, descend, serpente. Les passagers se rendorment tant bien que mal ; le convoi avance, s’arrête ; « Tiens, que se passe-t-il ? », « Rien, ce sont ceux de devant qui ont perdu les sacs sur le toit », « Ah », ça repart. Le soleil se lève, la forêt apparaît et avec elle la brume matinale que percent les montagnes — en contrebas, se dessinent la vallée et la communauté. Nous arrivons maintenant à l’entrée du village ; des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes et des anciens accueillent la caravane par de francs sourires de bienvenue. Les maisons, petites et en bois, sont pour certaines d’entre elles recouvertes de panneaux solaires.

Il y a huit ans, en pleine période de silence, j’étais venue ici. J’avais demandé à rencontrer le Conseil de bon gouvernement : les compas m’avaient donné de quoi manger et un endroit où dormir mais, à 4 heures du matin, ils m’avaient prévenu que le Conseil ne pourrait pas me recevoir et que le prochain bus passait dans 30 minutes. L’un d’entre eux m’avait murmuré : « Aujourd’hui, ce n’est pas possible, mais on te promet que la prochaine fois tu rentreras. » Cette prochaine fois arrive ce 31 décembre 2018. La journée se passe entre siestes et retrouvailles. Les discussions vont bon train : on nous interroge longuement sur les gilets jaunes qui, vus d’ici, incarnent la révolution en cours. La lumière du jour commence à faiblir et nous rejoignons le préau qui surplombe la place centrale du caracol. La foule est dense, les bases d’appui zapatistes sont au premier rang ; nous nous tassons à l’arrière ; par la porte principale, une partie des troupes fait son entrée ; un long défilé commence. Il durera plus d’une heure. Conduits par le sous-commandant Galeano (anciennement Marcos), plus de 3 000 hommes et femmes, vêtus d’une chemise marron et d’un pantalon vert accordé à leur casquette, foulard rouge autour du cou, d’abord à cheval et à moto puis à pied, avancent et, déjà, s’alignent au rythme des bâtons qu’ils frappent à chaque pas. Ils sont la nouvelle génération, les enfants de celles et ceux qui, partis de ce même lieu, étaient allés combattre et donner leur vie 25 ans plus tôt. Il n’y a pas d’armes, mais cette démonstration nous rappelle que l’Armée zapatiste de libération nationale n’a jamais baissé la garde.


L’escargot de l’émancipation !

« Nous sommes seuls »

L’assistance attend les traditionnels discours d’anniversaire. Le Conseil de bon gouvernement de La Realidad s’exprime par la voix d’une jeune commandante, qui, comme beaucoup, est née après le soulèvement de 1994. Elle déclare : « Aujourd’hui, nous célébrons nos déjà 25 ans de lutte, nous sommes les plus oubliés, les plus marginalisés, les plus exploités par le système capitaliste néolibéral. » Et poursuit : « En tant que peuple en résistance et en rébellion, nous avons compris qu’il n’y a pas d’autre chemin que celui de nous organiser, depuis n’importe quel recoin du monde. Chaque organisation a des manières et des habitudes différentes de s’organiser, mais oui, tous et toutes contre le même ennemi qu’est le système capitaliste néolibéral. » Puis, par la voix du sous-commandant insurgé Moisés, combattant de la première heure et aujourd’hui « gardien de la porte » qui interagit entre l’intérieur et l’extérieur du mouvement (depuis que le sous-commandant Marcos est parti tenter de réparer son ordinateur, selon le communiqué envoyé à cette occasion…), ces mots : « Nous sommes seuls. » Même si quelques voix affirment le contraire, nous savons que c’est vrai. Nous, la Sexta3 et les sympathisants nationaux et internationaux, sommes loin d’avoir atteint le niveau d’organisation qu’il conviendrait pour affronter la guerre en cours.

Fin 2018, le peuple mexicain a élu à sa tête Andrés Manuel López Obrador : un homme qui se réclame de la « gauche progressiste » et entend mener à bien les mégaprojets chers aux néolibéraux — le Train Maya, le Projet intégral Morelos (PIM4). Le nouveau président avait promis d’abandonner ce dernier projet, avant de le remettre à l’ordre du jour ; il vient de faire sa première victime, Samir Flores — 100 ans après Emiliano Zapata, et ce pour défendre la même cause, celle de la terre et de la liberté. Figure de l’opposition au PIM et membre du Congrès national indigène, il a été assassiné le 20 février 2019 après s’être exprimé, la veille, contre la « consultation populaire » à venir lors d’un forum organisé par le gouvernement. Ces consultations ont pour but de légitimer les mégaprojets alors que les principaux concernés — les habitants de ces terres — ont déjà exprimé clairement et ouvertement leur refus…

« Et nous ne vous avons pas menti, compañeras et compañeros, poursuit Moisés. Il y a cinq ans, nous l’avons dit au peuple du Mexique et au monde entier, que quelque chose d’encore pire allait arriver. Dans les langues que parlent celles et ceux de l’extérieur, ils l’appellent crise, hydre, monstre, mur. Nous le leur avons dit en essayant d’utiliser leurs mots, la manière dont ils parlent, mais même comme ça, ils ne nous ont pas écouté. Et, du coup, ils croient que nous leur mentons parce qu’ils écoutent celui dont je ne veux même pas prononcer le nom, celui qui est au pouvoir, je préfère l’appeler l’escroc, le fourbe. » En vue des dernières élections, les « peuples, tribus, nations et quartiers » composant le Congrès national indigène (CNI5) ont désigné une femme indigène en tant que représentante du CNI et de l’EZLN à la présidentielle de 2018. Marichuy et le Conseil indigène de gouvernement (CIG6) ont été nommés avant d’entamer une tournée dans tout le pays pour récolter les signatures nécessaires ; en raison d’un nombre insuffisant, Marichuy n’a pu se présenter mais elle a mis en évidence les vices du système électoral. Elle était la seule à représenter le Mexique d’en bas, à gauche.

Depuis plusieurs années, les zapatistes ont organisé un grand nombre d’événements afin que nous nous connaissions, que nous nous reconnaissions et que nous nous organisions. Car il y a urgence. Les victimes de la Quatrième Guerre mondiale, celle du capitalisme contre l’humanité, ne se comptent plus. Ce concept a été longuement développé par le sous-commandant Marcos dans un communiqué en date de l’année 2003 : « À la fin de ce que nous osons appeler la “Troisième Guerre mondiale” et que d’autres appellent la Guerre froide, il y a eu une conquête de territoire et une réorganisation. […] À partir de là, on voit se dessiner ce que nous appelons la Quatrième Guerre mondiale. […] La conception théorique qui donne des bases à la globalisation c’est ce que nous appelons “néolibéralisme”, une nouvelle religion qui va permettre de mener à bien le processus. Avec cette Quatrième Guerre mondiale, une nouvelle fois, les territoires sont conquis, les ennemis sont détruits et la conquête de ces territoires est administrée. […] Puisque l’ennemi antérieur a disparu, nous, nous disons que l’ennemi c’est l’humanité. La Quatrième Guerre mondiale détruit l’humanité dans la mesure où la globalisation est une universalisation du marché, et tout humain s’opposant à la logique du marché est un ennemi et il doit être détruit. En ce sens, nous sommes tous l’ennemi à vaincre : indigènes, non-indigènes, observateurs des droits humains, enseignants, intellectuels, artistes. N’importe qui se croyant libre alors qu’il ne l’est pas. »

L’heure n’est plus à la contemplation du désastre planétaire. Si les zapatistes l’ont compris depuis longtemps, et ont agi en conséquence dans leurs territoires, nous ne pouvons en dire autant. Moisés, debout à la tribune aux côtés des commandants et commandantes de l’EZLN ainsi que des représentants des Conseils de bon gouvernement, poursuit : « Nous sommes seuls. Nous sommes seuls comme il y a 25 ans », mais « nous allons faire face », « nous allons défendre ce que nous avons construit ». Les zapatistes ont déjà donné leurs vies, celle du sous-commandant insurgé Pedro7 — et de bien d’autres. « Ce n’est pas facile d’affronter depuis 25 ans ces milliers de soldats, protecteurs du capitalisme, qui sont ici, là où nous nous trouvons, nous sommes passés sous leur nez ces jours-ci. Ce n’est pas facile d’affronter les paramilitaires, ce n’est pas facile d’affronter les petits leaders qui ont aujourd’hui acheté tous les partis politiques, en particulier la personne et le parti qui sont au pouvoir. Mais ils ne nous font pas peur. Ou bien si ? Ils nous font peur, compañeras et compañeros ? » L’assemblée répond d’une seule voix : « Non ! »

« Compañeros, compañeras, celui qui est au pouvoir va détruire le peuple du Mexique mais principalement les peuples originaires, il vient pour nous, et spécialement pour nous l’Armée zapatiste de libération nationale. » Mais cette décision, ils la prennent seuls, sans engager celles et ceux qui les soutiennent et marchent à leurs côtés. La réponse du CNI-CIG ne s’est pourtant pas faite attendre : par un communiqué publié le jour suivant, ils déclarent : « Nous avertissons les mauvais gouvernements que n’importe quelle agression [contre l’EZLN] est aussi une agression contre le CNI-CIG » — et d’appeler, par la même occasion, « les réseaux de soutien dans tout le pays ainsi que les réseaux de résistance et de rébellion au Mexique et dans le monde entier à être attentifs et organisés pour agir ensemble et construire un monde dans lequel nous pourrons toutes et tous vivre ». Bien d’autres messages de soutien ont suivi. L’un d’eux a notamment été signé par des centaines de femmes ; il fait suite à la « Première rencontre internationale politique, artistique, sportive et culturelle de femmes qui luttent », convoquée par les femmes zapatistes le 8 mars 2018 au caracol de Morelia (la seconde édition a du être annulée cette année en raison des conditions de sécurité et de pression). Cette rencontre avait réuni plus de 7 000 femmes du monde entier : les femmes zapatistes nous appellent a organiser, partout, d’autres évènements de ce type « pour que la petite lumière qu’elles nous ont offerte ne s’éteigne pas ». Plusieurs rassemblements de femmes ont déjà eu lieu depuis le mois de mars dans tout le Mexique ; d’autres restent à venir (notamment au mois de juillet 2019, dans l’État de Veracruz, à l’appel des femmes du CNI-CIG). Nous espérons que d’autres encore suivront dans les prochains mois — et, qui sait, dans le monde entier.

Les zapatistes ne demandent à personne de prendre les armes ; « pendant ces 25 ans [ils n’ont] pas gagné avec des balles, avec des bombes, mais par la résistance et la rébellion ». Cette position de l’EZLN est, de longue date, sans équivoque ; elle avait d’ailleurs été rappelée lors de l’assassinat du professeur Galeano par des paramilitaires, en 2014 — Marcos avait alors symboliquement échangé sa place dans la tombe, en prenant son nom. Aujourd’hui, ils continuent de demander « justice et non vengeance ». Ce n’est pas avec des armes que l’on construit des écoles et des hôpitaux. Mais, comme l’écrit le journaliste Luis Hernández Navarro, « ce 31 décembre [2018], ils ont mis sur la table leur visage militaire. Celui qui n’implique pas de prendre une arme, mais qui implique de résister. Le message symbolique de leur déploiement ne pouvait pas être plus explicite ».

30 millions de personnes ont voté pour l’actuel président Andrés Manuel López Obrador. Dans un contexte aussi difficile que celui du Mexique où la corruption, la violence, les féminicides, la mort et les disparitions forcées sont le pain quotidien, c’est sans aucun doute l’espoir du changement qu’ont recherché les électeurs. Mais les différents gouvernements « progressistes » latino-américains de ces dernières années l’ont prouvé : les peuples originaires ne seront pas pris en compte. « Ils viennent pour nous », martèle Moisés. Et cela, le gouvernement n’a pas tardé à le confirmer : l’investiture présidentielle du 1er décembre 2018 n’a été qu’une grande mascarade. En rassemblant de soi-disant représentants des peuples indigènes, le nouvel élu s’est vu remettre le « bastón de mando », le bâton de commandement, symbole de pouvoir et de représentation dans les cultures originaires. Quelques jours plus tard, la farce s’est rejouée au Chiapas lors d’une cérémonie visant à « demander son autorisation à la Terre-mère » pour la construction du Train Maya, qui entend traverser les États de Quintana-Roo, Campeche, Chiapas et Tabasco afin d’interconnecter différentes « zones économiques spéciales » (ZEE) en atteignant la côte Pacifique, via le couloir transisthmique8, autre mégaprojet hautement contesté… « C’est ça que fait le gouvernement actuel, il consulte pour pouvoir venir nous affronter, nous, les peuples originaires et en particulier nous, l’Armée zapatiste de libération nationale, avec sa saleté de Train Maya — et, en plus, en lui donnant le nom de nos ancêtres ! Nous ne l’acceptons pas. Il peut bien lui donner le nom qu’il veut, ça ne veut rien dire. Nous ne lui avons rien demandé. Il n’a qu’à lui donner le nom de sa mère ! », poursuit le porte-parole.

Selon le gouvernement, ce projet favoriserait la mobilité, les échanges et l’emploi des peuples occupant ces territoires ; en réalité, il favorisera le tourisme de masse et le saccage des terres du Sud, si convoitées pour leurs richesses naturelles par les puissances internationales. Autrement dit : ce fut là une cérémonie pour demander à la Terre le droit d’exterminer les peuples originaires. « Qu’il se passe ce qui doit se passer, que ça coûte ce que ça doit coûter et que vienne ce qui doit venir. Nous allons nous défendre, nous nous battrons s’il le faut ! Ou non, compañeros et compañeras ? » On entend « Si ! » à l’unisson. « Donc que ce soit bien clair, compañeros et compañeras ; ici, il n’y a ni sauveur, ni sauveuse. Les seuls sauveurs et sauveuses, ce sont les hommes et les femmes qui luttent et qui s’organisent, ceux qui le font devant leur peuple. Le changement que nous voulons, donc, c’est qu’un jour, le peuple, le monde, les femmes et les hommes décident de comment ils veulent vivre leur vie, qu’il n’y ait pas un groupe qui décide la vie de millions d’êtres humains. Non ! Nous le résumons en seulement deux mots : le peuple commande, le gouvernement obéit. »

C’est ensuite par la voix d’une autre jeune commandante que s’exprime le Comité clandestin révolutionnaire indigène-Commandement général (CCRI-CG) de l’Armée zapatiste de libération nationale : « Même s’ils consultent un milliard de personnes, nous ne nous rendrons pas. Même s’ils demandent la permission à leur putain de mère, nous ne céderons pas. De 1492 à 2018, se sont écoulées 525 années de résistance et de rébellion contre les grandes humiliations étrangères et mexicaines et ils n’ont jamais pu nous exterminer. Nous, ceux de sang brun, couleur de la terre-mère, nous réitérons que nous sommes là et que nous continuerons à l’être. Un milliard d’années pourront s’écouler, les femmes zapatistes et les hommes zapatistes seront toujours là. » Sur ces mots, et après avoir annoncé qu’à partir de cet instant leur participation et leur parole passeraient par l’art, les représentants zapatistes se taisent. La foule se disperse. Poèmes, chansons : place aux délégations des différentes régions. Dans l’après-midi, une pièce de théâtre a mis en scène l’entrée des troupes dans la petite ville de Las Margaritas, le 1er janvier 1994, et la chute du compañero Pedro, tombé sous les premières balles ; en cet instant et sous nos yeux, c’est au rythme d’une guitare que l’on honore une nouvelle fois la mémoire de celui qui a « accompli son devoir » : « Quand le sous-commandant Pedro passait dans les villages, il disait toujours : “Nous devons nous préparer car la lutte continue, politique et militaire.” Alors la lutte a commencé, très secrète et très discrète, alors que les insurgés et les troupes se préparaient à devenir guérilleros en faisant très attention à leur sécurité. Aujourd’hui, que tout le monde sache que le Sup Pedro n’est pas mort, qu’il vit dans les cœurs des hommes qui, très dignement, luttent avec un immense amour pour un monde plus humain. »

Un jeune garçon s’avance, sous son passe-montagne, pour lire quelques vers : « Avec cette poésie, je te dis au revoir, / En me rappelant pour toujours ton nom, / En résistant. / Liberté. Justice. Démocratie. / Mourir pour vivre. » Puis la musique reprend. Un morceau de rap (« Nous avons une guerre à gagner et beaucoup de choses à fêter ! »). Ne pas oublier. Et pour eux, continuer — dans la joie. Éclate un feu d’artifice ; dans la nuit retentissent les slogans : « Vive l’EZLN ! », « Mort au capitalisme ! », « Vivent les Conseils de bon gouvernement ! », « Vive le Chiapas ! Vive le Mexique ! » Nous dansons jusqu’au petit matin.

Que le peuple gouverne !

« Un pas important consiste à assumer clairement la possibilité de se libérer du capitalisme, écrit l’historien Jérôme Baschet. On ne peut pas continuer de dénoncer les crimes de ce système pour finalement s’incliner devant son apparente invincibilité ou ajourner son hypothétique fin à un futur si lointain que, dans la pratique, cela signifie la même chose. » Le 10 avril 2019, à Chinameca, le CNI et le CIG se sont déclarés en état d’alerte et ont enjoint « les peuples de ce pays et les peuples du monde à [s’écouter] et à unir les chemins qui ont un même horizon, en bas et à gauche ». L’EZLN a quant à elle dénoncé les intrusions militaires qui se sont accentuées sur son territoire au cours des derniers mois, ainsi que « les mauvais gouvernements qui séquestrent l’image d’Emiliano Zapata Salazar », dont la cause est aujourd’hui honorée « sur tout le territoire que nous appelons encore le Mexique : le zapatisme ». Alors oui, le capitalisme doit mourir : c’est lui ou nous. Au Brésil, les peuples originaires et leurs territoires sont attaqués par le pouvoir fasciste, évangéliste, néolibéral ; au nord de la Syrie, où se mène l’expérience résistante du Rojava — qui a salué l’anniversaire zapatiste et dont une délégation était présente lors de la commémoration à Chinameca —, la Turquie de l’OTAN constitue une menace vitale permanente ; en France, on frappe les ZAD et on éborgne les gilets jaunes ; et partout, on traque les personnes en situation de migration. C’est pourquoi l’EZLN a réitéré son appel, ce même mois d’avril 2019, « à lever un réseau mondial de rébellion et de résistance contre la guerre qui, si le capitalisme triomphe, signifiera la destruction de la planète ». Il ne tient qu’à nous.

Notes:

1. Au Mexique, ce terme est largement préféré à celui d’« indien », controversé et, selon le contexte, parfois péjoratif.
2. De compañeros, camarades.
3. La Sexta nationale et internationale rassemble les adhérents à la Sixième déclaration de la Selva Lacandona, prononcée en 2005. Ce texte clé est une analyse politique de la situation locale et globale ; il propose de marcher ensemble contre l’ennemi commun.
4. Le PIM regroupe des centrales électriques, un aqueduc et un gazoduc. Il est contesté par les peuples originaires de ces territoires ainsi que par de nombreux scientifiques en raison des risques sismiques.
5. Cette organisation rassemble les différents peuples indigènes en lutte ; elle a été fondée peu de temps après le soulèvement.
6. Conseil rassemblant les représentants paritaires de toutes les langues composant le CNI.
7. Second commandement de l’EZLN en charge du premier régiment lors de la prise de Las Margaritas et de l’attaque de la base militaire de Comitán, en 1994.
8. Qui passe à travers un isthme.

Lectures complémentaires:

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

confederalisme_democratique

6ème_déclaration_forêt.lacandon

 

Gilets Jaunes !… D’autres combattants pour l’émancipation périssent, solidarité internationale suite au communiqué sur l’assassinat de membres du CNI au Mexique… (EZLN)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, France et colonialisme, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 7 mai 2019 by Résistance 71

En accord avec le Réseau de Résistance et de Rébellion International (3RI) mis en place par les Zapatista du Chiapas, nous réitérons ce que nous avons dit à maintes reprises:

« L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur terre. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais ! »

Gilets Jaunes, Zapatistes du Chiapas, Communes Libres d’Oaxaca et du Rojava, peuple de Zomia, Palestiniens, peuples africains opprimés, Amérindiens, Kanaks, Aborigènes d’Australie, Maoris et tous les peuples colonisésMême combat !

Parce que nous sommes tous colonisés!

Lâchons prise des antagonismes induits et mettons en place la société des sociétés, celle des communes libres confédérées ayant abandonné la dictature étatico-marchande pour enfin devenir une humanité achevée, non aliénée, émancipée du chaos de la division.

~ Résistance 71 ~

 

 

Communiqué du CNI-CIG et de l’EZLN sur le lâche enlèvement et l’assassinat de compañeros du conseil populaire indigène Emiliano Zapata de la province mexicaine de Guerrero

 

EZLN, CNI, CGI

 

6 mai 2019

 

Source:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2019/05/05/communique-from-the-cni-cig-and-the-ezln-on-the-cowardly-kidnapping-and-murder-of-companeros-from-the-emiliano-zapata-popular-indigenous-council-of-guerrero-2/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+EnlaceZapatista+%28Enlace+Zapatista%29

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le Congrès National Indigène (CNI), le Conseil de Gouvernement Indigène (CGI) et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) condamnent avec rage et douleur l’enlèvement et les assassinats de José Lucio Bartolo Faustino, membre du CGI de la communauté indigène Nahua de Xicotlán et de Modesto Verales Sebastián, délégué du CNI de Nahua. Tous deux faisaient partie du Conseil Indigène Populaire Emiliano Zapata qui est membre du CNI-CGI. Le crime a été commis par des groupes paramilitaires du cartel de la drogue qui opèrent depuis la municipalité de Chilapa de Alvarez et qui sont protégés par l’armée mexicaine ainsi que par les polices municipales et d’état.

Le 4 mai à 15H00, nos compañeros étaient à une réunion avec d’autres membres des conseils à Chilpancingo, Guerrero. Sur le chemin du retour vers leur communauté, ils furent enlevés et assassinés par ces groupes liés au narco-trafic qui agissent en toute impunité et sous la totale protection du mauvais gouvernement qui prétend adresser les demandes de sécurité et de justice des communautés indigènes. Ces communautés dénoncent depuis bien longtemps la manière dont le criminel Celso Ortega exerce et déchaîne la violence contre elles. Il convient de dire que les communautés ont depuis des années organisés leur propre police afin de pouvoir résister à la violence, l’extorsion, les menaces et la culture de la drogue qui sont imposés par deux entités criminelles dans la région de Los Ardillos et de Los Rojos. Ces deux groupes narco-criminels contrôlent les présidences des conseils municipaux de toute la région et sont protégés à la fois par l’armée mexicaine et les polices municipales et fédérales. A un moment ils parvinrent même à faire élire un de leurs leaders comme président du congrès de l’état de Guerrero.

Nous tenons pour responsables les trois niveaux de mauvais gouvernement pour ce crime lâche et odieux car ils sont coupables d’avoir réprimé notre peuple dans l’organisation de la défense de ses territoires. Nous tenons aussi pour responsable le mauvais gouvernement pour la sécurité de nos frères et sœurs des conseils indigènes.

En tant que CNI-CGI et EZLN nous envoyons toutes nos condoléances et notre solidarité vers les familles des compañeros assassinés et nous partageons avec elles la motivation de continuer sur la voie de l’autonomie et de la dignité que nos compagnons assassinés ont si vaillamment représentées. Ils sont des exemples pour toutes et tous.

Nous dénonçons sans réserve aucune l’intensification de la répression néolibérale contre les peuples, nations et tribus originels qui ne consentent en rien à ce projet de mort dans l’état de Guerrero et de fait dans tout le Mexique, ainsi que la violence utilisée pour nous imposer ces projets et la répression, les enlèvements, les disparitions et les assassinats de ceux d’entre nous qui ont décidé de semer les graines d’un nouveau monde depuis les espaces géographiques indigènes que nous sommes et où nous vivons.

Nous demandons justice pour nos compañeros

Dans l’attente…

Mai 2019

Pour la totale reconstructions de nos peuples

Plus jamais un Mexique sans nous

National Indigenous Congress

Indigenous Governing Council

Zapatista Army for National Liberation

= = =

Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_Extension ou Communication

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Effondrer-les-empires-coloniaux-par-apostasie-collective-de-jo-busta-lally

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

6ème_déclaration_forêt.lacandon

confederalisme_democratique

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

 

Canada entité coloniale… Le pillage continue (Mohawk Nation News)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 3 mai 2019 by Résistance 71

 

Cadre d’accord: Un vol éhonté

 

Mohawk Nation News

 

1er mai 2019

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2019/05/01/framework-a-barefaced-robbery/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

L’Île de la Grande Tortue est la terre de ratinakeri, le peuple naturel placé dans notre cadre naturel. Aucune race n’a un droit naturel quelconque de venir, d’envahir un endroit et d’exterminer d’autres races. (Wampum 73). Les étrangers ne suivent pas les préceptes de teohateh ou Wampum Deux rangées. Le Canada crée des pertes, agit de manière malfaisante, cause la souffrance d’onkwehonweh (peuple naturel d’onowaregeh, Île de la Grande Tortue), seul et véritable peuple originel du continent. Les étrangers furent instruits de ne pas contrôler, de ne pas interférer ni de faire de mal au rotinoshonni’onweh. Le peuple peut appeler Aserakowa ou le chef de guerre pour expulser les offenseurs en leur disant ce message: “Vous devez trouver un chemin et devez emmener tous vos gens loin d’ici.” (wampum 74)

URGENT/REGISTERED MAIL

April 30, 2019

TO: Assembly of First Nations, 55 Metcalfe Street Suite 1600, Ottawa, Ontario K1P 6L5. Phone: 613-241-6789. Toll Free: 1-866-869-6789. Fax: 613-241-5808. jyoungcastro@afn.ca 

RE: A l’attention du gouvernement colonial du Canada et son Assemblée des Nations Premières (AFN/ANP)

Sego.

Je suis une Onkwehonweh souveraine, membre du véritable peuple à tout jamais d’Onowaregeh, l’Île de la Grande Tortue. Mon nom, dans l’entreprise coloniale, est Audrey Horn. Mon véritable nom Kanionkehaka’onweh est Kahentinetha. Le Canada et l’ANP est le processus mis en place pour m’exterminer alors que j’ai été placée sur l’Île de la Grande Tortue par la nature/création.

L’AFN/ANP et les conseils de bandes coloniaux sont des agents payés par l’entreprise coloniale du “gouvernement du Canada”. Trudeau a menacé les premières nations que s’ils ne signaient pas ce qu’on leur demandait, il couperait leur financement. l’AFN/ANP a usurpé la juridiction de manière illégale sur moi et ma propriété sans mon consentement ni même m’avertir de quoi que ce soit. L’identification d’enregistrement de l’ANP entrepreneuriale est: NATIONAL INDIAN BROTHERHOOD 053108-1. BUSINESS # 133649848RC0001 Date modified 2019-04.  Ceci est un abandon volontaire et illégal personnel au Canada.

Le Canada et l’ANP n’ont jamais obtenu ma permission pour parler en mon nom ou me représenter en quoi que ce soit, ce qui viole ouvertement Kaianerokowa, la Grande Loi de la Paix ainsi que la loi internationale.

Un certificat de statut indien No 0—-1 m’a été imposé par l’entreprise coloniale privée appelée “gouvernement du Canada”. l’ANP et les Premières Nations mènent des affaires secrètes au nom du Canada pour anéantir mon droit de naissance sur ce continent sans m’en rendre compte et sans mon consentement explicite. Ces entités signent un cadre d’accord légal frauduleux pour m’exterminer et pour affirmer un titre de propriété de la Couronne (NdT City de Londres) sur ma propriété connue sous le nom d’onowaregeh, l’Île de la Grande Tortue (le sous-continent nord-américain).

Je ne vote pas pour l’ANP ni pour le Conseil Mohawk de Kanawakeh (CMK) car ce sont des entités illégales qui tentent d’exercer un pouvoir dictatorial sur moi. On ne m’a jamais rendu compte des dépenses illégales de l’ANP sur mon compte ou de ma propriété ni sur leur désintérêt complet de mes droits souverains, violant de ce fait, mes droits fiduciaires. Je désire discuter de ces actions illégales avec vous face à face au plus tôt. Je fais la demande officielle qu’un rapport de ces activités me soit adressé, rapport où figurera la liste des actionnaires de l’entreprise de l’ANP comme j’en ai le droit.

Afin de protéger ma souveraineté, j’ai le droit de parler et de me représenter moi-même à toutes les réunions de l’ANP avec le gouvernement du Canada ainsi que d’obtenir toute information me concernant. Je suis en ce moment particulièrement préoccupée par l’entreprise privée canadienne se faisant appelée “Assemblée des Nations Premières” qui signe le cadre d’accord légal frauduleux. En tant qu’onkwehonweh souveraine, je suis tout à fait opposée à cette dernière tentative de m’exterminer moi et tous les onkwehonweh et de nous voler le titre de propriété inhérent sur l’Île de la Grande Tortue.

Peuple présent, passé et futur

Audrey Horn Indian Status number 0——1

= = =

Lectures complémentaires:

Effondrer-les-empires-coloniaux-par-apostasie-collective-de-jo-busta-lally

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

6ème_déclaration_forêt.lacandon

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

si-vous-avez-oublie-le-nom-des-nuages-vous-avez-oublie-votre-chemin

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

 

Message zapatiste pour le centenaire de l’assassinat d’Emiliano Zapata… (EZLN)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 24 avril 2019 by Résistance 71

 

 


SCI Moisès

 

Message de l’armée zapatiste de libération nationale à l’occasion du centenaire de l’assassinat du général Emiliano Zapata

 

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

 

MÉXICO

 

Avril 2019

 

À la famille et aux amis de Samir Flores Soberanes,

À l’Assemblée de la résistance d’Amilcingo,

Au Front des peuples en défense de la terre et de l’eau Morelos-Puebla-Tlaxcala,

Au Congrès national indigène,

Au Conseil indigène de gouvernement,

À la Sexta nationale et internationale,

Aux réseaux de soutien au CIG et aux réseaux en résistance et rébellion,

À celles et ceux qui luttent contre le système capitaliste,

Frères et sœurs,

Compañeros et compañeras,

C’est le sous-commandant insurgé Moisés qui vous écrit au nom des femmes, des hommes, des enfants et des anciens zapatistes. Les mots que nous vous envoyons sont collectifs et c’est à moi, en tant que porte-parole de l’EZLN, qu’il revient de les écrire.

De la même manière, l’accolade envoyée depuis les montagnes de sud-est mexicain et qui arrive aujourd’hui aux dignes terres d’Emiliano Zapata et de ses successeurs – comme l’a été et l’est Samir Flores Soberanes, notre frère et compañero de lutte dans la défense de la vie – n’est pas seulement la mienne mais celle de tous les peuples zapatistes tzotziles, choles, tojolabales, zoques, mames, métisses et tzeltales.

Recevez-la, frères et sœurs, car c’est une accolade que nous vous envoyons nous, les zapatistes de l’EZLN, parce que nous vous respectons et nous vous admirons.

Nous n’avons pas pu être présents avec vous mais c’est ce que nous aurions voulu. La raison [de notre absence] est très simple et elle porte le drapeau du mauvais gouvernement. En effet, dans nos montagnes et vallées, la présence militaire, policière, paramilitaire ainsi que celle d’espions, de taupes et d’informateurs a augmenté. Les survols d’avions et d’hélicoptères militaires ont fait leur réapparition et avec eux, les opérations des véhicules d’assaut, comme au temps de Carlos Salinas de Gortari ; d’Ernesto Zedillo Ponce de León, tuteur politique de l’actuel titulaire du pouvoir exécutif ; de Vicente Fox Quesada après la trahison des Accords de San Andrés ; du psychopathe Felipe Calderón Hinojosa ; et du voleur à cravate et à mèche Enrique Peña Nieto. C’est la même chose mais aujourd’hui avec une plus grande fréquence et une plus grande agressivité.

Et les patrouilles et les survols ne suivent pas les routes du narcotrafic, ni les caravanes épuisées des frères et sœurs migrants fuyant une guerre qui refuse de dire son nom…pour entrer dans une autre que cache un pouvoir exécutif fédéral bavard et querelleur. Non, cette menace de mort parcourt les airs et les terres des communautés indigènes qui ont décidé de se maintenir en résistance et rébellion pour défendre la terre car la vie est en elle.

De plus, aujourd’hui, des membres de l’Armée fédérale et des Forces aériennes s’aventurent dans les montagnes et apparaissent dans les communautés en disant que la guerre arrive et qu’ils n’attendent que les ordres du “grand chef”. Et certains se font passer pour ce qu’ils ne sont pas, et qu’ils ne seront jamais, afin de connaitre les supposés “plans militaires” de l’EZLN, ignorant peut-être que l’EZLN dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit… Ou peut-être leur plan consiste-t-il à monter une provocation pour ensuite rendre coupable l’EZLN de ses conséquences, selon la même méthode qu’utilisèrent à leur époque Ernesto Zedillo Ponce de León et son larbin Esteban Moctezuma Barragán, aujourd’hui chargé de tendre une embuscade au corps enseignant démocratique.

En réalité, le mauvais gouvernement actuel ne se distingue pas de celui de ses prédécesseurs. Ce qui change maintenant, c’est la justification : aujourd’hui la persécution, le harcèlement et les attaques à nos communautés sont réalisées au nom “du bien de tous” et se font sous le drapeau de la supposée “IVème transformation”.

Mais ce n’est pas de cela dont nous voulions vous parler. Après tout, n’importe quelle dénonciation est ensuite discréditée par le pouvoir exécutif fédéral, qui la range dans la catégorie “radical de gauche conservatrice”. Est-ce à dire que quiconque n’ayant pas de salaire et critique le suprême gouvernement n’arrive même pas à être un “fifi” [utilisé par López Obrador pour désigner les “jeunes conservateurs”, les “fils à papa”, qui s’opposent à sa politique] ? Serait-ce ça ? À moins que la réalité ne réside dans les déclarations matinales dévorées ensuite en festin par ses légions sur les réseaux sociaux, dites “modernes” seulement parce que le fanatisme qu’elles suscitent est digital ; n’utilisent-ils pas les mêmes arguments que ceux qui ont applaudi et applaudissent encore les excès des tyrannies qui ont existé dans le monde? On pourrait bien leur répéter les mots d’Emiliano Zapata Salazar : “En tous temps, l’ignorance et l’obscurantisme n’ont produit que des troupeaux d’esclaves pour la tyrannie.“

Concernant ce qui se passe sur ces terres chiapanèques, et bien, c’est exactement la même chose que ce que nous endurons depuis déjà plus de 25 ans. Et nous répétons ce que nous avons déjà signalé : là-bas en-haut, c’est la même chose…et ce sont les mêmes. Et la réalité leur enlève le maquillage grâce auquel ils voudraient simuler un changement.


3RI

Frères et sœurs,

Compañeros et compañeras,

Ce que nous voulons vous dire, vous faire remarquer, c’est à quel point votre résistance est grande.

Non seulement en tant que symbole parce que vous la portez face à ceux d’en-haut qui célèbrent une trahison, celle qui a assassiné un individu du nom d’Emiliano Zapata Salazar et qui a échoué dans la tentative de mettre fin à une cause ; celle qui aujourd’hui subsiste dans de nombreux sigles sur tout le territoire que nous appelons encore le Mexique : le zapatisme.

Votre cause est source d’inspiration pour n’importe quelle personne honnête de ce monde, car votre lutte est pour la vie. Ce n’est pas un pari pour de l’argent, des postes ou des cadeaux. Elle se bat pour les générations futures qui ne pourront pas exister si l’arrogance du Chef triomphe et que les communautés sont détruites.

C’est pour cela que votre lutte mérite non seulement d’être saluée et soutenue, mais qu’elle elle devrait être reproduite dans tous les recoins de la planète où, sous le drapeau des supposés “ordre et progrès”, la nature et ceux qui l’habitent sont détruits.

Il y a des fois où les causes se concrétisent en une personne, un homme, une femme ou un.e autre. Et alors cette cause porte un prénom, un nom, un lieu de naissance, une famille, une communauté, une histoire. Comme pour Emiliano Zapata Salazar, c’est le cas pour le frère et compañero Samir Flores Soberanes qu’ils ont voulu acheter, qu’ils ont voulu faire se rendre, qu’ils ont voulu convaincre d’abandonner ses idéaux. Et puisqu’il ne s’est pas laissé faire, ils l’ont assassiné. Parce qu’il ne s’est pas vendu, parce qu’il ne s’est pas rendu et parce qu’il n’a pas capitulé.

Ceux qui se sont sentis soulagés par son assassinat, et qui ont ensuite réalisé une supposée “consultation”, se moquant ainsi de la tragédie, ont pensé que tout était terminé, que la résistance contre un mégaprojet, criminel comme tous les mégaprojets, s’éteindrait avec les larmes qu’ont arrachées l’absence de notre frère et compañero.

Ils se sont trompés, comme se sont trompés Carranza et Guajardo quand ils ont cru que Chinameca était la fin de Zapata.

Tout comme se trompe l’actuel pouvoir exécutif fédéral quand, étalant son ignorance sur l’histoire et la culture du pays qu’il dit “diriger” (son livre de chevet n’est pas “Qui gouverne” mais “Qui dirige”), prétend rendre amis Francisco I. Madero et Emiliano Zapata Salazar. Car, tout comme Madero a voulu acheter Zapata, le mauvais gouvernement a voulu acheter Samir et les peuples qui résistent avec des aides, des projets et bien d’autres mensonges.

Les peuples et Samir ont répondu avec leur détermination à la résistance, et cela aurait rendu fier Emiliano Zapata qui faisait remarquer qu’on ne l’achetait pas avec de l’or et qu’ici (en terres de Morelos) il restait encore des hommes – et nous ajoutons “et des femmes et des autres” – avec un peu de vergogne.

L’ignorance et l’arrogance qui donnent une identité à l’actuel chef du mauvais gouvernement, ne sont pas non plus nouvelles. Comme ce n’est pas non plus nouveau qu’il ait une cour d’adulateurs, un groupe de canailles qui arrangent l’histoire pour le compte du tyran et le présentent comme le point culminant de tous les temps. Et ils l’applaudissent et répètent, avec une lèche sans pudeur, toutes les idioties qui sortent de sa tête. Lui, il décrète que le néolibéralisme est terminé et sa cour arrange les chiffres, les faits, les projets pour les occulter derrière la scène de l’auto-dénommée “Quatrième transformation”, qui n’est rien de plus que la continuation et l’approfondissement de l’étape la plus brutale et sanguinaire du système capitaliste.

Mais, en plus, le groupe d’adulateurs que le tyran convoque, est rejoint par des larbins de tous types et de toutes conditions, ceux qui n’ont plus de vie, et tuent, pour satisfaire les désirs manifestes ou supposés du cerbère de service.

C’est pour ça que le titulaire de l’exécutif n’a pas besoin d’ordonner qu’on assassine, qu’on fasse disparaître, qu’on dénigre, qu’on calomnie, qu’on emprisonne, qu’on renvoie, qu’on bannisse ceux qui ne lui rendent pas de culte.

Il suffit que sur l’estrade ou dans les médias ou dans les réseaux sociaux, il exerce ce que lui appelle le “droit de réplique” pour que les larbins voient de quelle manière accomplir les désirs de leur maître et seigneur.

Mais tous les tyrans ont peur quand se lève une cause juste et humaine, comme la vôtre – qui est la nôtre.

Ils pensent qu’en assassinant les leaders et les visages visibles, les causes meurent avec eux.

Nous ne savons pas qui a assassiné le compañero Samir. Nous savons qui l’a signalé. Qui, avec une voix geignante et hystérique, l’a fait remarqué pour qu’ensuite des sicaires, soucieux de faire plaisir au chef des forces armées fédérales, accomplissent la sentence prononcée sur l’estrade convertie en tribunal.

Il n’y a pas eu de “droit de réplique” pour Samir Flores Soberanes, il n’y en a pas non plus pour les peuples qui résistent contre le projet de mort appelé “Projet intégral Morelos”, alors que ce mégaprojet n’apportera de bénéfices qu’aux grands capitalistes basés en Italie et en Espagne, le même pays auquel on réclame de demander pardon pour la conquête qui a commencé il y a 500 ans et qu’aujourd’hui le mauvais gouvernement poursuit.

Tout cela, vous, vous le savez déjà, sœurs, frères, compañeros, compañeras. Mais nous le répétons à cause de l’assassinat de Samir qui nous met en colère et en rage et à cause de l’arrogance de celui qui là-bas en haut croit qu’il dirige mais ne gouverne même pas.

Nous sommes en colère, nous sentons cette rage parce qu’à ceux d’en bas ne sont offerts que le mépris des aumônes déguisées en programmes d’assistance ou les menaces pour qui refuse de se plier ; et que pour ceux d’en-haut, qui trahissent ensuite ceux qu’ils caressent aujourd’hui, il y a des sourires, des acclamations et des déclarations tranquillisantes.

Compañeros et compañeras,

Frères et sœurs,

Nous savons aussi que celui-ci, tout comme les mauvais gouvernements antérieurs, veut détourner l’image d’Emiliano Zapata Salazar pour que, avec sa mort, meure aussi la défense de la terre, qui est ce que nous, peuples originaires, appelons la vie.

Et nous savons le plus important, ce qui compte vraiment : nous, peuples originaires, poursuivrons la rébellion et la résistance.

Peu importe qu’ils nous appellent “conservateurs” ou qu’ils appelaient “bandits” les zapatistes de l’Armée libératrice du Sud il y a 100 ans.

Comme ses prédécesseurs, le mauvais gouvernement actuel et ses larbins “modernes” peuvent nous dire ce qu’ils veulent.

Notre parole et notre silence sont plus grands que leurs petits cris hystériques.

La lutte zapatiste persistera, les peuples originaires continueront à vivre.

Partout sur la planète, dans les villes et les campagnes, se construit aussi la lutte de groupes, collectifs et organisations de femmes, d’occupants, d’artistes, de jeunes, de scientifiques, de travailleurs, d’employés, d’enseignants, d’étudiants, d’autres.

Ce n’est pas leur taille qui compte mais leur fermeté. Avec eux, elles, elleux, avec respect et solidarité, il faudra ériger un réseau mondial de rébellion et de résistance contre la guerre qui, si le capitalisme triomphe, signifiera la destruction de la planète.

Les mauvais gouvernements viendront et s’en iront, mais la couleur de la terre persistera et avec elle toutes les couleurs de ceux qui dans le monde se refusent à la résignation et au cynisme, ceux qui n’oublient pas et ne pardonnent pas, ceux qui tiennent les comptes des dommages, des enfermements, des disparitions, des morts, des oublis.

Dans cette pensée et ce cœur collectifs, le monde qui aujourd’hui agonise renaîtra.

Les tyrans de toutes les couleurs tomberont avec le système qu’ils servent.

Et pour le monde, il y aura finalement une vie, comme la vie doit être, c’est-à-dire libre.

En attendant qu’arrive ce moment, chaque jour qui passe, nous ne cesserons de porter la vie de lutte d’Emiliano Zapata Salazar et de Samir Flores Soberanes.

Et dans notre lutte quotidienne, le cri qui est aujourd’hui notre drapeau deviendra réel : Zapata et Samir vivent, et la lutte continue pour…

LA TERRE ET LA LIBERTÉ !

Depuis les montagnes du sud-est mexicain,

Sous-commandant insurgé Moisés,

Mexique, avril 2019.

Source:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2019/04/21/message-de-larmee-zapatiste-de-liberation-nationale-a-loccasion-du-centenaire-de-lassassinat-du-general-emiliano-zapata/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+EnlaceZapatista+%28Enlace+Zapatista%29

 

 

Lectures complémentaires:

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Effondrer-les-empires-coloniaux-par-apostasie-collective-de-jo-busta-lally

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Effondrer le colonialisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

 

Effondrer le colonialisme: Canada falsification et génocide… paroles mohawk (Mohawk Nation News)

Posted in actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 10 avril 2019 by Résistance 71

Une femme membre du conseil des anciens de la nation Mohawk avait dit ceci à des badauds qui se pressaient pour savoir ce qu’il se passait à Kahnawakeh lors de la crise d’Oka en 1990:

“Regardez bien ce qui se passe ici, car lorsqu’ils en auront fini avec nous… Ce sera votre tour !”

Dans cet esprit, Kahentinetha Horn, fondatrice en 1990 pendant la révolte d’Oka, de la voix de la nation mohawk: Mohawk Nation News (MNN), entre  dans sa 80ème année de lutte anticoloniale. Son message est à lire et à diffuser sans modération car il peut servir de base fondatrice d’un lâcher-prise collectif du monde pervers et criminel créé pour le seul profit du plus petit nombre dans lequel nous baignons depuis tant de générations, lâcher-prise déjà amorcé dans l’évolution du mouvement des Gilets Jaunes depuis novembre de l’an dernier.

Parce qu’en fin de compte…

Nous sommes tous des colonisés ! Ce n’est qu’une question de degré. C’est ce que nous disait déjà l’ancienne du conseil en 1990 à Kahnawakeh… Rien n’a changé depuis, parce que le système est toujours en place. Il est plus que grand temps de le balayer au musée des horreurs de l’histoire et de mettre en place la société des sociétés, celle où l’Homme émancipé retrouvera sa nature organique faite d’amour, de solidarité et d’abnégation et où il réalisera l’harmonie dans l’aboutissement de la complémentarité supplantant l’antagonisme (cf notre manifeste pour la société des sociétés).

Pour ce faire, l’”Homo occidentalis” devra se tenir debout, la main dans la main avec ses frères opprimés et colonisés de tous les continents, pour que surgisse et se mette en place notre complémentarité dans la diversité, seule capable par l’amour et la compassion, de mettre un terme aux antagonismes fabriqués depuis des siècles.

~ Résistance 71 ~

 


Kahentinetha,
fondatrice Mohawk Nation News

 

Arrêtons l’encadrement-piège

 

Mohawk Nation News

 

8 avril 2019

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2019/04/08/stop-the-framework/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Kahentinetha commence à vivre la 80ème année de sa vie et elle a un message à nous délivrer.

La corporation [coloniale] du gouvernement du Canada a fabriqué des règles pour en finir avec nous afin qu’ils puissent avoir un faux pays sur des terres volées. Comme pour les pensionnats pour Indiens, les écoles pour Indiens, les rafles des années 60, les programmes CAS, les prisons, l’éducation publique et le génocide continu, ils essaient d’effacer la vérité. Le dernier programme en date du “exterminer Onkwehonweh et voler Onowarekeh” est appelé “l’accord d’encadrement” (“Framework Agreement”).

Ils pensent que le génocide sera précis et final. On nous force à prendre des médicaments qui affectent la pensée et l’esprit : les systèmes éducatif et électronique. Tout ceci n’est que contrôle psychologique. Seules les identifications corporatrices [coloniales] sont reconnues et autorisées. Ceux qui ne sont pas d’accord sont éliminés. Il ne restera plus que les traîtres de First Nations Inc. qui signeront frauduleusement les actes de vente de tout ce que nous avons et qui engrangeront l’argent. Des mots comme “conflit”, “peur”, “jalousie” et “haine” dirigés vers les dictateurs seront expurgés du langage officiel. De nouvelles langues autochtones simplifiées sont en train d’être créées et mandatées pour limiter notre capacité de penser et de nous connecter avec nos ancêtres.

Seuls des noms pour les banques peuvent être utilisés afin de nous aider à oublier qui nous sommes. Les religions ont été créées pour faire bouger la société native de sa racine naturelle vers le contrôle corporatiste colonial. Le désordre planifié est appelé “harmonie”. Les récalcitrants sont envoyés dans les maisons de travail, dans des prisons camps de la mort et d’endoctrinement militaire. Les “anciens” ayant la connaissance sont “mis à la retraite”. Les généticiens vont continuer à gérer les programmes de stérilisation de la population. Les unités familiales sont créés par l’état depuis la mise en place des lois sur les terres indiennes de 1924 (Indian Lands Acts du 25 octobre 1924). Les enfants sont assignés à des “familles”. Nous sommes entraînés à ne pas avoir d’impulsions naturelles. Ceux qui sont étiquetés comme “fauteurs de trouble”, intelligents, intègres, courageux, visionnaires et capables d’endurer la douleur, sont éliminés. Sont étiquetés dangereux tous ceux qui résistent, qui peuvent voir plus loin que le bout de leur nez, qui posent des questions, qui refusent la propagande et le conditionnement quotidiens, parlent des programmes secrets et ne font aucunes excuses.

Seuls ceux qui reçoivent la mémoire préconçue seront acceptables. Les différences naturelles sont très belles.

Onkwehonweh a son passé enraciné dans son esprit et il ne peut pas être effacé, changé. Ces souvenirs se remémorent au moyen de la langue ancestrale. Ensemble, Onkwehonweh reçoit les instructions de nos ancêtres et apprend le secret et la véritable histoire du monde.

L’accord d’encadrement fournit tout l’entraînement qui est créé et administré par le gouvernement de l’ombre.

Nous fûmes entraînés à supporter la douleur, à l’intérioriser. L’accord d’encadrement est le plan de contrôle. Ils essaient de recréer les frontières de la mémoire en réécrivant l’histoire. Les véritables souvenirs demeurent avec nous. Lorsque nous transgressons les frontières de ce qui a été créé pour nous, alors nous libérons nos souvenirs. Nous pouvons voir et entendre bien au-delà de ce qu’ils nous disent.

Nous avons été retirés du temps naturel par l’imposition du calendrier grégorien et du son naturel par l’imposition de la fréquence de 440Hz. La musique vit profondément dans la terre et est la base de toute forme de cicatrisation. Ils ne veulent pas que nous pensions à ce que nous voyons, ce que nous entendons ou ce qui nous rappelle qui nous sommes. Ils veulent que nous nous asseyons dans une chaise toute la journée, à ne rien faire en attendant leurs directives. Rentrez chez vous et recommencez demain, et que nous leur laissions nos enfants pour qu’ils soient les esclaves de la nouvelle génération coloniale.

Savoir ce qu’est quelque chose n’est pas savoir comment on ressent quelque chose. Être seul, curieux, voir au-delà. Notre pouvoir est un morceau d’énergie source dans chacun de nos esprits. C’est comme cela que nous sommes souverains. Personne ne peut nous dire que penser, seulement ce qu’ils pensent.

Les souvenirs sont le passé qui détermine le futur. Plus on fait d’expérience, plus on veut savoir. Nous savons qui sont notre mère et notre père. Nous avons eu du bonheur et de la peine. L’owistah, ou la maladie de l’amour démesuré de soi, le narcissisme, a amené une grande douleur, la mort et la destruction.

Nous avons la réalité, les émotions et l’amour. L’amour est en train de nous être retiré pour être remplacé par la peur.

Nous ne voulons pas de la douleur et de la perte de notre mère et des gens alentours. Nous nous rappelons nos enfants qui nous ont été arrachés et que nous n’avons jamais revus. La lumière nous fut retirée de nos yeux. Les envahisseurs savent très bien ce que veut dire de tuer nos jeunes et nos vieux. Ils ne ressentent rien à notre égard. Ils craignent les remous que nous faisons et ce qui est à fleur de peau maintenant. Ils détestent qu’on leur rappelle quel culte assassin ils sont. Et pourtant, avec le souvenir même de ce qu’ils nous ont fait pour avoir ce qu’ils ont, ils planifient toujours de nous éliminer.

Nous avons été totalement en paix durant des milliers d’années entre les nations d’Onowarekeh (Île de la Grande Tortue), jusqu’à ce qu’ils ramènent la guerre. Les envahisseurs sont offusqués que ces souvenirs soient de nouveau rappelées au goût du jour ; alors ils ont imaginé un plan appelé “l’accord d’encadrement” pour nous achever une bonne fois pour toute.

La Nature nous a donné force et courage. Les traîtres nous observent et nous rapportent à l’entreprise coloniale. Nous tirons notre force de qui nous sommes et la donnons à nos enfants, pour leur protection. Les conseils de bandes des nations premières se sont alignées avec les envahisseurs pour les aider à mettre en place leur agenda criminel.

Nous voulons tout ce qui nous a été volé, ces choses qui étaient si chaudes, bien et superbes. Le plan de cet accord d’encadrement pour notre extermination ne se produira jamais.

Le Canada ne célèbrera pas son génocide final planifié. Nous nous aimons les uns les autres. Ils ont essayé de nous prendre ça. La maladie de l’owista a transformé l’amour en mort et destruction, en mépris et en meurtre. Lorsque nous serons attaqués nous tiendrons nos bébés près de nous. Nous ressentirons bonheur, musique et amour. Les envahisseurs vivent une vie d’ombres et d’échos, ne sachant pas s’ils sont eux-mêmes réels. Nos souvenirs sont réels. Les règles et lois de l’entreprise coloniale ne sont que des mensonges. Le futur est dans nos esprits. Nous, Onkwehonweh (habitants originels de l’Ile de la Grande Tortue), ne permettrons jamais que nos esprits soient assassinés.

Aussi longtemps que couleront les élixirs de vie des femmes, nous continuerons notre devoir de création.

= = =

Lectures complémentaires:

Effondrer-les-empires-coloniaux-par-apostasie-collective-de-jo-busta-lally

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Peau_Noire_Masques_Blancs.Frantz_Fanon

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

si-vous-avez-oublie-le-nom-des-nuages-vous-avez-oublie-votre-chemin

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

Gilets Jaunes, Chiapas, Oaxaca, Acapatzingo, Rojava, luttes anticoloniales… en marche vers la société des sociétés ! (2ème partie)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 7 avril 2019 by Résistance 71


Vers la Société des Sociétés…

Parce qu’il n’y a pas de solutions au sein du système
et qu’il ne saurait y en avoir !…

 

Acapatzingo, communauté autonome urbaine 

Un monde nouveau au cœur de l’ancien

 

mardi 2 avril 2019, par Raúl Zibechi

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Acapatzingo-communaute-autonome-urbaine-Un-monde-nouveau-au-coeur-de-l-ancien

 

1ère partie

2ème partie

 

Dans un deuxième temps, une nouvelle orientation est fixée à la suite de réunions et de débats dans les communautés, et il est décidé que le fonctionnement de tous les espaces de formation doit se faire autour de trois axes : la science, la culture et la formation politique. On s’engage à « travailler à la construction d’un système d’éducation en propre qui embrasse tous les niveaux de la maternelle au baccalauréat […] et qui revendique l’organisation comme forme de vie et comme unique moyen de lutter contre le système d’exploitation imposé [17] ».

En parallèle, apparaissent diverses initiatives : un espace pour les jeunes initialement appelé « assemblée des jeunes » ; des fêtes thématiques pour aborder des sujets comme la sexualité, la toxicomanie, les bandes organisées, la violence domestique, etc. ; un atelier de radio destiné aux jeunes ; un atelier de fabrication de T-shirts dans l’idée de créer des coopératives de production ; un atelier vidéo ; un atelier d’instruments de musique. Une équipe de psychologues s’est constituée qui travaille avec les membres des coopératives pour construire des formes de vie plus entières et moins aliénantes. Selon les psychologues, en aidant les personnes à se remettre de la violence due à l’oppression et à l’aliénation :

« […] la communauté d’Acapatzingo nous a enseigné et inculqué une notion de la psychologie très différente de celle en vigueur dans d’autres milieux. Il s’agit d’une psychologie qui ne prétend pas adapter les personnes à la société telle qu’elle est aujourd’hui, mais les fortifier et les soutenir pour qu’elles acquièrent des compétences et puissent transformer cette société, la construire à la mesure de nos besoins. [18] »

Au cours des années qui ont suivi, des liens se sont forgés avec d’autres collectifs, comme les Jeunes en résistance alternative et la Brigade des rues, qui ont enrichi le travail culturel et politique. En octobre 2012 a eu lieu la première rencontre des commissaires, qui avait pour thème « Capitalisme, autonomie, socialisme », dans la communauté Acapatzingo. De manière générale, le travail se fait partout sur la base des critères et méthodes diffusés par l’éducation populaire : autoformation collective avec des coordinateurs qui agissent en qualité d’initiateurs de débats, réunions en cercle pour faciliter la participation, tableaux de papier pour visualiser les différentes positions et les accords conclus, partir du quotidien qui est le nôtre, éveiller l’esprit critique, comprendre la réalité en la transformant, etc.

La troisième question est celle des règlements. Examinons en détail l’un de ces règlements, celui que s’est donné l’installation de Centauro del Norte. Il s’agit d’un terrain occupé en 2007 dans la zone de Pantitlán, où vivent quelque cinquante familles dans des logements temporaires disposés en lignes et séparés par des allées. Les secteurs correspondant à chaque brigade sont différenciés par leurs couleurs. Les logements, bien que rustiques, ne sont pas précaires : ils sont dotés de murs en dur, d’un sol en ciment et d’un toit léger. Dans l’installation prédominent la propreté et l’ordre, dans un climat général de dignité et d’organisation ; des espaces sont réservés aux jeux des enfants. On trouve des alarmes à différents endroits pour les situations d’urgence, et des espaces de regroupement, identifiés par un marquage au sol, sont prévus pour quand sonnent les alarmes.

Le Règlement général, similaire dans les différentes installations, contient douze pages et a été approuvé par tous les habitants du lieu. Le mouvement, signale le texte, veut offrir une possibilité de logement aux familles qui n’en ont pas mais « acceptent de rompre avec les habitudes et pratiques individualistes » pour construire un projet de vie collectif et solidaire qui se propose de « construire un pouvoir populaire [19] ».

La présence aux assemblées est obligatoire et les absences répétées peuvent donner lieu à l’exclusion de l’installation. L’assemblée a décidé de créer quatre commissions : la maintenance, chargée des travaux collectifs, la surveillance, la culture (dont les caractéristiques ont été décrites plus haut) et la santé, qui se charge de la prévention en matière de santé physique et mentale, du suivi des malades chroniques, et de l’organisation de campagnes de vaccination et de sensibilisation à une alimentation saine.

Note de R71: Intéressant de constater que la France des sections durant la révolution française dans les communes et surtout dans les grandes villes, fonctionnait grosso modo de la même façon…

Le règlement régit d’une manière stricte la vie collective : il interdit la maltraitance physique et psychologique, la diffusion de musique à trop fort volume, et précise que les conflits de voisinage doivent trouver une solution par le dialogue, tout en stipulant que la commission de surveillance peut intervenir dans les cas graves. Lorsque se produit un acte de violence physique, « l’agresseur devra assumer les frais de prise en charge et de traitement de l’agressé » et dans les cas graves, il peut être exclu de l’installation à titre temporaire ou définitif. Tout vol entraîne l’exclusion définitive indépendamment de la somme volée, voire l’expulsion de toute la famille dans certains cas [20].

Des espaces de jeu sont aménagés pour les enfants et il est prévu de tenir des assemblées d’enfants et de créer des commissions avec le soutien des adultes. Les aires communes doivent être propres et il est interdit d’y consommer des drogues ou de l’alcool. Les horaires et tâches des gardes sont définis de manière stricte. Les journées de travail collectif décidées par l’assemblée ou les commissions sont obligatoires.

Dans l’installation Centauro del Norte, j’ai pu observer que les personnes les plus actives sont les femmes, fières de montrer aux visiteurs le site, les espaces de santé, la bibliothèque que l’on trouve dans toutes les installations, et d’expliquer en détail le travail des commissions. Les enfants, de dix ans et plus, se montrent disposés à participer à des activités collectives. Chaque installation dispose d’un endroit pour la tenue des assemblées, qui fait parfois office de cantine. Dans tous les lieux que j’ai pu visiter, j’ai demandé ce qui est fait face à la violence domestique. Chaque fois on m’a répondu la même chose : l’agresseur doit quitter le site pendant un temps qui peut durer de quelques semaines à trois mois en fonction de ce que décide la femme, « pour qu’il réfléchisse ». Il ne peut revenir que si la femme est d’accord. La communauté apporte un soutien affectif à la famille.

Dans certaines installations, des affiches bien en vue indiquent le nom de la personne interdite de séjour. À Acapatzingo, on m’a assuré que, lorsqu’une agression se produit dans un foyer, les enfants sortent dans la rue et font retentir un sifflet, système utilisé par la communauté en cas d’urgence. L’atmosphère à l’intérieur des installations est paisible, au point que même dans des lieux très peuplés comme à Acapatzingo (qui compte environ trois mille habitants), il est courant de voir des enfants jouer tout seuls en toute tranquillité dans un espace sûr et protégé par la communauté.

III. Autonomie et communauté : le monde nouveau

L’expérience vécue à Acapatzingo et dans les communautés du FPFVI nous enseigne que des communautés urbaines peuvent être créées malgré les énormes difficultés et l’« obstacle structurel » auxquels elles se heurtent du fait que leurs membres dépendent d’un travail salarié et précaire [21]. Elle nous montre en outre que le monde ne change pas grâce aux grandes manifestations de rue mais que la nouveauté surgit dans les marges du système et à petite échelle : « Les grandes transformations ne commencent pas par le haut ni par des faits monumentaux et épiques, mais par des mouvements de petite taille et qui semblent sans intérêt au politique et à l’analyste d’en haut. [22] »

Les sociétés changent à partir du quotidien, par le biais de pratiques locales menées dans des espaces restreints, nécessairement autonomes, parce que l’autonomie est le périmètre qui protège les pratiques contre-hégémoniques. Disons que l’autonomie est le moyen permettant aux mondes autres d’exister. Ils en ont besoin pour se protéger précisément parce que ce sont des mondes différents. Il est impossible de savoir quand et comment ces pratiques et modes de vie se développeront, et encore plus de les diriger et les déterminer. En tant que militants, nous pouvons travailler à ce que les choses soient d’une façon déterminée dans un espace concret, mais nous ne pouvons pas — et nous ne devons pas — aspirer à définir à partir d’une position supérieure ce que sera la réalité globale.

Pour survivre, les gens d’en bas doivent tisser des liens avec d’autres personnes comme eux, établir ces relations fortes qui expliquent leur résistance et leur résilience, matérielles comme symboliques. Durant ce parcours, ils créent diverses formes de communautés, d’ejidos ou de colonias, généralement constituées de groupes de familles ayant une certaine stabilité et pérennité. Elles se disent et nous les appelons des « communautés » au sens large, et elles se reconnaissent comme telles. Toutes occupent un espace physique délimité, que nous nommons « territoire ». Dans les villes, ces communautés et territoires s’installent habituellement à la périphérie, bien que quelques-unes se trouvent dans des zones centrales, mais toujours dans des espaces marginaux par rapport à l’accumulation de capital. Ce sont souvent des espaces dégradés sur le plan environnemental et physique.

Par communauté, j’entends des pratiques et des façons de faire, de vivre, de produire et de reproduire la vie, qui se déroulent dans des espaces particuliers, avec des modalités et des temporalités pour la prise de décisions, et des mécanismes pour les faire respecter. Autrement dit, la communauté est aussi une forme de pouvoir, qui se différencie des autres parce que ce n’est pas un pouvoir d’État ni un pouvoir hiérarchique. Parmi les pratiques qui construisent une communauté, il faut insister sur la réciprocité, très différente de la solidarité parce qu’elle ne repose pas sur la relation sujet-objet mais sur la pluralité de sujets, et l’union fraternelle, qui suppose un lien intégral, matériel et spirituel, et qui est l’une des formes que prend l’horizontalité au sein de la communauté.

Les pratiques qui constituent une communauté ont pour fondements l’assemblée pour la prise de décisions, la rotation des tâches, le contrôle des responsabilités par la base, un ensemble de manières de faire que les zapatistes ont synthétisées dans les sept principes du « commander en obéissant » : servir et non se servir ; représenter et non se substituer ; construire et non détruire ; obéir et non commander ; proposer et non imposer ; convaincre et non vaincre ; baisser et non monter. Cet ensemble de pratiques témoigne du fait que la communauté n’est pas une institution ou une organisation, mais avant tout des formes de travail, dont deux sont particulièrement intéressantes : les travaux collectifs et les accords.

Les travaux collectifs constituent des pièces clés, le cœur de la communauté et, comme le soulignent les zapatistes, le moteur de l’autonomie. Je veux dire par là que la communauté ne peut se réduire à la propriété collective mais que la propriété ou les espaces communs doivent être maintenus par des activités permanentes, constantes, car ce sont elles qui peuvent changer les habitudes et les inerties individualistes et égocentriques. Certaines sociétés se sont limitées à la propriété collective ou publique des moyens de production sans réaliser de travaux collectifs. Il en a résulté une reproduction des valeurs et des modes de faire, c’est-à-dire la culture, du système capitaliste.

La conception occidentale de la communauté est centrée sur la propriété collective, y compris dans l’analyse marxiste. Même quand Marx a revalorisé le rôle de la commune rurale lors de ses échanges avec la populiste russe Véra Zassoulitch, il a continué de la considérer du point de vue de la propriété. Il a considéré que sa caractéristique fondamentale est « la propriété commune de la terre » qui permet l’appropriation collective du produit [23]. Il est évident que la propriété collective joue un rôle important dans l’existence d’une communauté, mais je pense qu’il ne faut pas la réduire à cette variable. Le faire reviendrait à adopter une perspective économiciste et à sous-estimer tous les autres aspects. Considérer la communauté comme un ensemble de pratiques (dans la production, la santé, l’éducation, les formes de vie…) ouvre le concept de communauté au lieu de l’enfermer dans les formes de propriété.

Un des aspects centraux de ces pratiques réside dans les travaux collectifs consacrés à soigner, protéger, faire grandir et produire les biens communs de la communauté. À Acapatzingo, l’une des formes que prennent les travaux collectifs sont les tours de garde, mais ce n’est pas la seule. Les équipements collectifs, les rues et les réseaux d’égouts ont été construits collectivement.

Les accords sont le résultat de longs débats en assemblée, qui peuvent se prolonger tout le temps nécessaire jusqu’à ce qu’on arrive à l’accord, qui est une sorte de consensus car les décisions ne sont pas prises par le vote. L’accord suppose que la communauté se dote de moyens coercitifs pour faire appliquer les décisions. Mais cette coercition se distingue de celle de l’État pour une raison simple : elle n’est pas exercée par un corps spécialisé, séparé de la communauté et placé au-dessus d’elle (bureaucratie), mais c’est toute la communauté qui veille à ce que ses décisions soient appliquées. Les règlements remplissent ce double rôle ; ils représentent les accords et définissent les mécanismes nécessaires pour les faire appliquer.

Les communautés enracinées dans un territoire sont souvent harcelées par le système, l’État et le capital, qui ont besoin d’imposer leur ordre dans tous les espaces et de soumettre toutes les personnes à leurs lois. Sur ce point, les communautés peuvent choisir de se plier à l’ordre étatique-capitaliste ou de résister en conservant une position extérieure vis-à-vis de lui. Dans ce cas, elles deviennent des communautés et territoires en résistance. Pour affirmer leurs spécificités, pour se défendre contre les tentatives de subordination, elles doivent s’affirmer comme des espaces autonomes, c’est-à-dire autogouvernés.

Des formes d’oppression existent bien sûr dans les communautés, comme dans tout collectif humain. Dans les communautés autonomes en résistance, rurales, comme les communautés zapatistes, et urbaines, comme Acapatzingo, ces formes d’oppression ne sont pas occultées, elles sont à la vue de tous et il est possible de travailler sur elles. C’est notamment le cas des oppressions de genre et de génération, qui touchent les femmes et les enfants. Durant plusieurs activités auxquelles j’ai participé à Acapatzingo, j’ai pu vérifier que les femmes interviennent en public davantage que les hommes, dans un rapport de trois ou quatre contre un. C’est très différent de ce qui se passe dans d’autres espaces de résistance urbaine, où ce sont les hommes qui prennent la parole bien que les femmes soient majoritaires.

Le travail de reproduction n’est pas invisibilisé ni dévalorisé. De fait, les tâches de nettoyage et d’entretien sont régies par les règlements ; la communauté possède une certaine latitude pour tenter de réguler ce qui se passe dans les familles quand des situations de violence se produisent ; les jardins potagers, la santé et l’éducation ont une importance particulière dans la coopérative même si, comme dans tous les travaux collectifs, la présence des femmes est majoritaire. Bien qu’il existe une forte division sexuelle du travail, beaucoup de tâches remplies par les femmes dans la société capitaliste relèvent ici du collectif et du communautaire, et elles ne sont pas jugées inférieures au travail salarié ou lié à la production.

Les communautés urbaines ont aussi leurs limites et problèmes. D’un côté, il y a ceux en rapport avec la vie urbaine, centre du pouvoir des classes dominantes, des appareils répressifs de l’État, des mafias et de la culture consumériste. De l’autre, dans les villes, il est très difficile aux communautés d’assurer leur survie sans recourir au marché du travail et d’acquérir une certaine autonomie alimentaire vu qu’elles ne possèdent pas suffisamment de terres cultivables. Dans les villes, elles peuvent cependant constituer des alliances avec des professionnels de la santé et de l’éducation, comme le font les communautés du FPFVI.

Mais la critique principale vient de ceux qui sous-évaluent les expériences locales parce qu’elles ne permettraient pas de régler les problèmes de l’humanité. Dernièrement, David Harvey a formulé une attaque en règle contre la démocratie radicale et l’horizontalité remarquant qu’elles « peuvent bien fonctionner en petits groupes mais sont impossibles à appliquer à l’échelle de toute une région métropolitaine, sans parler des sept milliards de personnes qui vivent actuellement sur Terre [24] ».

Pour moi, cette position souffre de deux grandes lacunes. La première est liée à la construction du sujet et le second au type de transition qu’elle imagine et promeut. Les universitaires font en général référence aux sujets ou aux mouvements antisystémiques de manière très générale, sans prendre en compte le fait que ces acteurs ne peuvent prendre chair que dans des espaces concrets, dans le cadre de relations concrètes, c’est-à-dire dans des espaces-temps relativement contrôlés par les gens d’en bas. À d’autres époques, ces espaces ont été, dans les villes, l’usine, la taverne, le quartier ou la colonie, les églises ou les universités. Le système s’est chargé de détruire ou d’étouffer ces espaces-temps de différentes manières allant de la répression frontale à la marchandisation.

Dans la réalité actuelle du capitalisme, les personnes qui peuvent participer à des mouvements ont besoin de créer des espaces pour se rencontrer, se reconnaître, échanger des expériences et se construire comme sujets collectifs : radios communautaires, centres culturels, groupes d’affinité, « jardins communautaires » — pour reprendre l’expression dévalorisante de Harvey [25] — et les multiples espaces qui naissent à contre-courant de la culture dominante. Les militants ne se forment pas en lisant des auteurs classiques ou actuels, même si de telles lectures leur sont souvent très utiles une fois qu’ils ont fait leurs choix de vie, mais en agissant et en partageant.

La seconde lacune tient à l’hypothèse formulée sur les modalités de la transition vers un monde différent. Imaginer une transition qui pourrait prendre en charge les biens communs à l’échelle mondiale, c’est penser à une transition dirigée par un État, capable de changer les choses du sommet jusqu’à la base. Rien de semblable ne s’est produit jusqu’à maintenant et cela apparaît bien peu plausible. Quoi qu’il en soit, une transition de ce type est tributaire de la pensée des Lumières eurocentrique. Il paraît nécessaire de se pencher sur d’autres transitions, notamment celle de la féodalité au capitalisme, transition longue de plusieurs siècles, non dirigée mais chaotique, progressive mais pas linéaire, émaillée de soulèvements, d’insurrections et de révolutions.

Nous nous trouvons dans la phase finale du système-monde et, en parallèle de l’hégémonie états-unienne. Beaucoup d’éléments, notamment la question environnementale, indiquent que l’évolution la plus probable est une transition désordonnée, qui peut prendre la forme d’une désintégration douloureuse mais qui peut créer cependant les conditions d’une reconstruction sur de nouvelles bases [26]. Dans cette reconstruction, les communautés urbaines et rurales en résistance joueront un rôle significatif et pourraient devenir une référence décisive pour la société du futur. Quelque chose de similaire s’est déjà produit au cours de l’histoire. Pour parvenir à ce monde nouveau, le mieux que l’on puisse faire est d’approfondir, d’améliorer et d’étendre cette poignée de communautés autonomes.


…des sociétés, l’union dans la complémentarité

Notes

[1] FPFVI-UNOPII, « Reglamento general Centauro del Norte », miméo, 2009.

[2] Antonio Negri, Job : la fuerza del esclavo, Buenos Aires, Paidós, 2003, p. 161.

[3] FPFVI-UNOPII, « Reglamento general Centauro del Norte », miméo, 2009.

[4] Negri, op. cit., p. 184.

[5] FPFVI-UNOPII, « Una construcción con esfuerzo colectivo », décembre 2008.

[6] FPFVI-UNOPII, « Ponencia para acto en la casa de Dr. Margil en Monterrey », novembre 2006.

[7] Eric Hobsbawm, Historia del Siglo XX, Barcelone, Crítica, 1995, p. 308.

[8] FPFVI-UNOPII, « Ponencia para acto en la casa de Dr. Margil en Monterrey », novembre 2006.

[9] Raúl Zibechi, Entretien avec Enrique Reynoso, décembre 2009.

[10] Lancée par l’Armée zapatiste de libération nationale en 2005 — note Dial.

[11] Ibid.

[12] Humberto Maturana et Francisco Varela, De máquinas y seres vivos, Santiago de Chile, Editorial Universitaria, 1995.

[13] Ibid.

[14] Mot construit sur le mot wagon, qui désigne une rame de métro.

[15] FPFVI-UNOPII, « Una construcción con esfuerzo colectivo », décembre 2008.

[16] Id., p. 4.

[17] Id., p. 5-6.

[18] Id., p. 7.

[19] FPFVI-UNOPII, « Reglamento general Centauro del Norte », miméo, 2009, p. 2.

[20] Id., p. 6-7.

[21] César Enrique Pineda, « Acapatzingo : construyendo comunidad urbana », Contrapunto, n° 3, Centro de Formación Popular del Oeste, Montevideo, Universidad de la República, novembre 2013, p. 58.

[22] Sous-commandant insurgé Marcos, « Ni le Centre ni la Périphérie », intervention au Colloque Aubry, San Cristóbal de Las Casas, 13 décembre 2007

[23] Karl Marx et Friedrich Engels, Escritos sobre Rusia. II. El porvenir de la comuna rural rusa, Mexico, Ediciones Pasado y Presente, « Cuadernos de Pasado y Presente » n° 90, 1980, p. 40.

[24] David Harvey, Ciudades rebeldes. Del derecho a la ciudad a la revolución urbana, Madrid, Akal, 2012, p. 184.

[25] David Harvey, « No hay nada malo en tener un huerto comunitario, pero debemos preocuparnos de los comunes a gran escala », Diagonal, 15 mars 2013.

[26] Immanuel Wallerstein, « Marx y el subdesarrollo », dans Impensar las ciencias sociales, Mexico, Siglo XXI, 1998.