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Résistance au colonialisme: Quand un colonialisme en cache un autre (Bruno Guigue)

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Bonne analyse de Bruno Guigue mais qui ne va pas encore assez loin à notre sens. 

En effet, nous ne vivons même pas dans un monde “post-colonial / néo-colonial”, mais toujours bel et bien dans un monde colonial comme nous l’avons expliqué à maintes reprises ici.

Les Etats-Unis, le Canada, le Mexique, tous les pays d’Amériques centrale et du sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et bien entendu Israël sont TOUS des pays coloniaux à l’heure actuel. Des pays qui ne sont que des projections commerciales de contrôle et de pillage des grands centres industrio-financiers, chapeautés par la City de Londres, la véritable “couronne” et entité coloniale.

Ceci en toile de fond d’un néo-colonialisme issus du libéralisme vendu comme une globalisation des échanges politico-économiques. Nous devons le comprendre si nous voulons critiquement et radicalement agir sur la réalité qui nous échoit.

Parce que:

L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur terre. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais !

~ Résistance 71 ~

« Quand nous disons aux colons: ‘rendez-le’, voulons-nous dire que nous voulons qu’ils nous rendent le pays et qu’ils s’en aillent ? Non. Ceci n’est pas la vision de nos peuples. Lorsque nous disons ‘rendez-le’, nous parlons de ce que les colons établis montrent du respect pour ce que nous partageons, la terre et ses ressources et corrigent les torts en nous offrant la dignité et la liberté qui nous sont dues et nous rendent notre pouvoir et suffisamment de terre pour que nous soyons totalement auto-suffisant en tant que nations… […] La restitution est purification. […] Il est impossible de transformer la société coloniale de l’intérieur de ses institutions ou de parvenir à la justice et à une coexistence pacifique sans transformer fondamentalement les institutions de la société coloniale elles-mêmes. Simplement, les entreprises impérialistes opérant sous le déguisement d’états démocratiques libéraux (NdT: USA, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Mexique, tous les pays d’Amériques centrale et du sud…) sont par construction et culture, incapables de relations justes et pacifiques avec les peuples autochtones. Le changement ne se produira que lorsque les colons seront forcés à reconnaître ce qu’ils sont, ce qu’ils ont fait et ce qu’ils ont hérité ; alors seulement ils ne pourront plus fonctionner comme des coloniaux et commenceront à respecter les autres personnes et à les considérer comme des êtres humains… »

~ Taiaiake Alfred, professeur de science politique, université de Victoria, CB, Canada, nation Mohawk, 2009 ~

 

Quand un colonialisme en cache un autre

 

Bruno Guigue

 

5 novembre 2018

 

url de l’article:

https://www.legrandsoir.info/quand-un-colonialisme-en-cache-un-autre.html

 

Que les enfants yéménites meurent de faim par milliers, que les Palestiniens tombent sous les balles de l’occupant, que la Syrie soit un champ de ruines et la Libye plongée dans le chaos, tout cela ne nous émeut guère. On manifeste, on fait grève, on proteste ? Pas vraiment. Ni manifestations significatives, ni débats dignes de ce nom. Le crime néocolonial passe comme une lettre à la poste. Et pourtant, si nous subissions ce que nos gouvernements infligent à des peuples qui ne nous ont rien fait, que dirions-nous ? Si une alliance criminelle nous condamnait à mourir de faim ou du choléra, comme au Yémen ? Si une armée d’occupation abattait notre jeunesse parce qu’elle ose protester, comme en Palestine ? Si des puissances étrangères armaient des milices pour détruire notre république, comme en Syrie ? Si une coalition étrangère avait bombardé nos villes et assassiné nos dirigeants, comme en Libye ?

La tendance des pays dits civilisés à jeter un voile pudique sur leurs propres turpitudes n’est pas nouvelle. Propre sur lui, le démocrate occidental voit plus facilement la paille dans l’œil du voisin que la poutre qui loge dans le sien. De droite, de gauche ou du centre, il vit dans un monde idéal, un univers heureux où il a toujours la conscience de son côté. Sarkozy a détruit la Libye, Hollande la Syrie, Macron le Yémen, mais il n’y aura jamais de tribunal international pour les juger. Mesurés à l’aune de notre belle démocratie, ces massacres ne sont que des broutilles. Un égarement passager, à la rigueur, mais l’intention était bonne. Comment des démocraties pourraient-elles vouloir autre chose que le bonheur de tous ? Surtout destiné à l’électeur moyen, le discours officiel des Occidentaux traduit toujours l’assurance inébranlable d’appartenir au camp du bien. ’Vous souffrez de l’oppression, de la dictature, de l’obscurantisme ? Ne vous inquiétez pas, on vous envoie les bombardiers !’.

Il arrive toutefois qu’au détour d’une phrase, dans le secret des négociations internationales, un coin de voile soit levé, subrepticement. On assiste alors à une forme d’aveu, et voilà qu’un margoulin confesse le crime en esquissant un sourire narquois. En 2013, au moment où la France intervient au Sahel, Laurent Fabius, ministre français des affaires étrangères, appelle son homologue russe pour obtenir l’appui de la Russie à l’ONU. Lavrov s’étonne alors de cette initiative française contre des djihadistes que Paris avait soutenus lors de l’intervention en Libye, en 2011 : ’C’est la vie !’, lui rétorque le ministre français. Semer la terreur pour abattre un Etat souverain ? C’est ’la vie’ selon Fabius. Mais que ce criminel se rassure : aucun juge ne lui demandera des comptes. La Cour pénale internationale (CPI) est une Cour pour les indigènes : c’est réservé aux Africains. Les gens comme Fabius ont l’art de passer entre les gouttes.

Abreuvés d’un discours qui leur dit que leur pays est toujours du bon côté, les Français semblent à des années-lumière du chaos que contribuent à bâtir leurs propres dirigeants. Les problèmes du monde ne les affectent que lorsque des hordes de miséreux se pressent aux portes, et ils sont nombreux à accorder leurs suffrages – comme beaucoup d’Européens – à ceux qui prétendent leur épargner cette invasion. Bien entendu, cette défense d’un ’chez soi’ devrait logiquement s’accompagner du refus de l’ingérence chez les autres : que vaudrait un patriotisme qui autoriserait le fort à s’ingérer dans les affaires du faible ? Or l’expérience montre que ces ’patriotes’ sont rarement à la pointe du combat pour l’indépendance nationale en dehors du monde prétendument civilisé. Quels partis de droite européens, par exemple, soutiennent le droit des Palestiniens à l’autodétermination nationale ? Manifestement, ils ne se précipitent pas pour honorer leurs propres principes.

Mais ce n’est pas tout. On peut même se demander si ces prétendus patriotes le sont vraiment pour eux-mêmes : combien d’entre eux, en effet, sont-ils favorables à la sortie de leur propre pays de l’OTAN, cette machine à embrigader les nations européennes ? Comme pour la question précédente, la réponse est claire : aucun. Ces ’nationalistes’ font le procès de l’Union européenne pour sa politique migratoire, mais c’est le seul morceau de leur répertoire patriotique, véritable disque rayé aux accents monocordes. Ils gonflent les muscles face aux migrants, mais ils sont beaucoup moins virils face aux USA, aux banques et aux multinationales. S’ils prenaient leur souveraineté au sérieux, ils s’interrogeraient sur leur appartenance au ’camp occidental’ et au ’monde libre’. Mais c’est sans doute beaucoup leur demander.

Dans cette incohérence généralisée, la France est un véritable cas d’école. Une certaine droite – ou extrême-droite, comme on voudra – y critique volontiers les interventions à l’étranger, mais de manière sélective. Le Rassemblement national, par exemple, dénonce l’ingérence française en Syrie, mais il approuve la répression israélienne contre les Palestiniens. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes serait-il à géométrie variable ? En fait, ce parti fait exactement l’inverse de ce que fait une prétendue gauche, qui soutient les Palestiniens – en paroles – et approuve l’intervention occidentale contre Damas, trouvant même qu’on n’en fait pas assez et qu’il faudrait bombarder ce pays plus sévèrement. Le drame, c’est que ces deux incohérences jumelles – et en miroir – aveuglent le peuple français. On mesure cet aveuglement au résultat, lorsqu’on voit des gauchistes souhaiter le renversement d’un Etat laïc par des mercenaires de la CIA (au nom de la démocratie et des droits de l’homme), et des nationalistes soutenir l’occupation et la répression sionistes en Palestine (au nom de la lutte contre le terrorisme et l’islamisme radical).

Il est vrai que ce chassé-croisé entre pseudo-patriotes et pseudo-progressistes a aussi une dimension historique. Il charrie à sa façon l’héritage empoisonné des temps coloniaux. Ainsi la droite nationaliste critique le néocolonialisme occidental en Syrie, mais elle trouve insupportable qu’on évoque les crimes coloniaux commis par la France dans le passé en Indochine, en Algérie ou à Madagascar. On suppose que ce n’est pas volontaire, mais la gauche universaliste contemporaine – au nom des droits de l’homme – fait exactement l’inverse : elle fait le procès du vieux colonialisme façon « Algérie française » mais elle approuve l’intervention néocoloniale en Syrie contre un Etat souverain qui a arraché son indépendance à l’occupant français en 1946. Bref, la droite aime follement le colonialisme au passé, la gauche l’aime passionnément au présent. La boucle est bouclée, et en définitive tout le monde est d’accord. Principale victime : la lucidité collective.

La France est l’un des rares pays où un colonialisme en cache un autre, le vieux, celui qui plonge ses racines dans l’idéologie pseudo-civilisatrice de l’homme blanc, se trouvant comme régénéré par le sang neuf du bellicisme droit-de-l’hommiste. Ce néocolonialisme, à son tour, est un peu comme l’ancien colonialisme ’mis à la portée des caniches’, pour paraphraser Céline. Il veut nous faire pleurer avant de lancer les missiles. En tout cas, la connivence implicite entre les colonialistes de tous poils – les vieux et les jeunes, les archéo et les néo – est l’une des raisons de l’errance française sur la scène internationale depuis qu’elle a rompu avec une double tradition, gaulliste et communiste, qui lui a souvent permis – non sans errements – de balayer devant sa porte : la première par conviction anticolonialiste, la seconde par intelligence politique. Un jour viendra sans doute où on dira, pour faire la synthèse, que si la France a semé le chaos en Libye, en Syrie et au Yémen, au fond, c’était pour « partager sa culture », comme l’a affirmé François Fillon à propos de la colonisation française des siècles passés. Au pays des droits de l’homme, tout est possible, et même prendre des vessies pour des lanternes.

= = =

Lectures complémentaires:

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Manifeste pour la societe des societes

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Peau_Noire_Masques_Blancs.Frantz_Fanon

 

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Pour une résistance au colonialisme d’hier et d’aujourd’hui: « Peau noire, masques blancs » de Frantz Fanon (version pdf)

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Résistance 71

 

2 novembre 2019

 

Nous avons récemment publié une version PDF du « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire, nous vous faisons (re)découvrir aujourd’hui la célèbre analyse anti-coloniale de Frantz Fanon, « Peau noire, masques blancs », publié en 1952.

Frantz Fanon (1925-1961) est un psychiatre martiniquais, philosophe, pan-africaniste et marxiste humaniste qui fut un fervent soutien à l’indépendance de l’Algérie. Très proche du FLN, il fut expulsé d’Algérie en 1957. Grand spécialiste de la décolonisation, il meurt de leucémie en exil volontaire à New York en 1961.  Il est enterré à Aïn Kerma en Algérie sous le nom d’Ibrahim Fanon.

Version PDF, mise en page Jo, JBL1960
Peau_Noire_Masques_Blancs.Frantz_Fanon

 

Pour une résistance au colonialisme d’hier et d’aujourd’hui… « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire

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Résistance 71

 

19 octobre 2018

 

Avec l’aide de Jo de JBL1960 pour l’excellente mise en page pdf, nous vous proposons ci-dessous un des grands classiques de l’analyse critique du colonialisme publié en 1955 par Aimé Césaire: « Discours sur le colonialisme ». Pourquoi ? Parce que nous ne vivons en aucun cas dans un monde « post-colonial » comme l’oligarchie en place se plaît à nous le faire croire. Des continents entiers (Amériques, Océanie) sont toujours sous le joug colonial et oppriment en permanence les peuples originels aux endroits. Les ex-peuples colonisées sont toujours opprimées par des régimes issus d’un néo-colonialisme avéré et dont les élites corrompues bouffent toujours au râtelier de leurs anciens maîtres colonisateurs…
Halte à l’hypocrisie, sortir de la mentalité coloniale, de la relation oppresseur/opprimé fait partie intégrante de notre émancipation future. C’est une mission éducative qui passe par la connaissance et la mise au rancart de la dissonance cognitive dont bien des occidentaux font preuve.

Bonne lecture !

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme (PDF)

 

Résistance au colonialisme d’hier et d’aujourd’hui: Le Gabon au cœur de la Françafrique

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« Le ministre Jacquinot déclarait à la tribune des Nations Unies que l’indépendance, c’est l’indépendance.
Nous nous apercevons aujourd’hui que ce n’est pas vrai.
C’est un piège à cons qu’il nous a tendu. »

Daniel Kemajou – 29 octobre 1959. (1)

 

Gabon: jusqu’à quand le pillage ?

 

Georges Stanéchy

 

16 septembre 2016

 

Source:

http://stanechy.over-blog.com/2016/09/gabon-jusqu-a-quand-le-pillage.html

 

Le « niveau de vie » de ce pays devrait être supérieur à celui de la Norvège, avec ses 5,5 millions d’habitants…

Producteur de pétrole comme le scandinave, le Gabon atteint, à peine, les 2 millions d’habitants pour une superficie représentant la moitié de celle de la France. (2) De plus, gratifié de fantastiques ressources naturelles que la Norvège, pour rester dans la comparaison, ne détient pas.

« Main Invisible » du Marché ou de la Prédation ?…

Richesses dont on a du mal à cerner les contours de leurs colossales amplitudes. Statistiques « incontestables », aux chiffres vérifiés et validés sur fondement de plusieurs sources elles-mêmes « fiables », étant impossibles à obtenir pour ce qui est du commerce extérieur des pays africains dès qu’ils sont vendeurs d’hydrocarbures et de productions minières. Pratique similaire, ne l’oublions pas, dans d’autres pays d’Amérique latine ou d’Asie (Birmanie-Myanmar, Philippines ou Thaïlande, par exemple).

Comme pour les statistiques « officielles » du chômage, ou de l’inflation, sous nos latitudes tempérées ; systématiquement « bidonnées », minorées, dans tous les cas « taillées sur mesure » à la demande des gouvernements.

C’est ainsi qu’on arrive, sans rire, à affirmer que l’inflation est « voisine de zéro ». La chorale de nos « experts en économie » l’affirmant à longueur d’année, la main sur le cœur. En contradiction flagrante avec les constatations, et expérimentations, quotidiennes du porte-monnaie de n’importe quel consommateur, même le plus analphabète en économie… Jusqu’à la baguette de pain, ou le pot de yaourt, dont on diminue le poids pour ne pas augmenter le prix unitaire !…

Le Gabon, n’échappe donc pas au « régime statistique » des autres pays africains : une grande partie des produits de son sous-sol  étant « cédée » hors comptabilisations douanières, et autres organismes censés en contrôler les « flux » ; dans le bourdonnement continu, mais discret, des domiciliations bancaires des paradis fiscaux…

Tout comme la majeure partie du continent africain, le Gabon est immensément riche de ses ressources naturelles. En tête de liste : les hydrocarbures. Depuis des décennies, le Gabon est considéré comme un des principaux producteurs de pétrole du continent. Mais, les Gabonais, pas plus que les autres non « initiés » aux modes de pompage et circuits spoliateurs, ne connaîtront jamais la somme, ou le détail, de l’exploitation des richesses pétrolières de leur nation…

Pas davantage pour ce qui est des autres productions de son sous-sol, minières plus particulièrement. (3) Citons le manganèse dont il est le troisième exportateur mondial après l’Australie et l’Afrique du sud, d’après les « statistiques officielles » !… (4)

Ajoutons dans le panier : l’uranium, dont on nous dit que l’exploitation est arrêtée depuis le début des années 2000. La première tonne d’uranium a été extraite en 1961. La COMUF, filiale d’AREVA, exploitant la mine ne faisait bénéficer ses salariés « d’aucune des mesures de protections reconnues nécessaires par la filière nucléaire« … (5) Des centaines meurent, actuellement, de maladies du travail dans l’indifférence… L’exploitation devrait reprendre, sur d’autres sites, d’après les rumeurs…

Sans oublier l’or de Bakoumba. Ou encore, le fer des mines de Bélinga dont les réserves sont évaluées à un milliard de tonnes… Et tous ces minerais rares, d’autant plus recherchés par les nouvelles technologies industrielles : le niobium de Lambaréné, le molybdène de Mouila, aux réserves estimées à 100 millions de tonnes. Richesses à ne plus savoir qu’en faire !…

Et, il n’y a pas que le sous-sol…

Le premier employeur du Gabon est la filière d’exploitation du bois. La forêt recouvre 85% de la superficie du pays, avec des essences de bois précieux très demandées telles que l’okoumé. Le Gabon est un des premiers exploitants forestiers et exportateurs de bois dans le monde. Additionnons à la liste : caoutchouc, café, cacao… Pays aux multiples fleuves, rivières et cours d’eau ; gigantesque château d’eau douce, au potentiel agricole faramineux…

Mentionnons une richesse sous-exploitée, car pillée dans le silence complice de ses gouvernants. Cas de beaucoup de pays africains dotés d’une zone côtière : la ressource halieutique.

Leurs eaux territoriales sont riches, très riches, en poissons, du fait des courants marins longeant leurs côtes ; qu’ils sont pour le moment incapables de faire respecter par les flottes de pêche européennes et asiatiques (Japon et Corée, surtout), ne serait-ce qu’en exigeant droits de pêche et respect de quotas (imposant le « repos biologique » pour assurer le renouvellement de la ressource). Ou, d’investir dans une flotte de pêche avec la valorisation industrielle et commerciale du produit : conserveries, unités de congélation, etc. Le Gabon, gros consommateur de poissons, n’assure qu’un tiers de sa consommation…

« Pauvre Norvège« , se dit-on, en comparaison de cet amas de ressources naturelles.

Le rapprochement s’effondre brutalement, toutefois, dès que l’on compare les niveaux de vie des deux pays.

Même pas 2 millions d’habitants… Et, la majorité de la population du Gabon vit dans la pauvreté… Des études « indépendantes » font état de 83 %…

Dans un pays aux infrastructures et services quasi illusoires, hors exploitation des ressources destinées à l’exportation : routes et voies de communication délabrées ou inexistantes, accès à l’eau potable limité à une partie de la population, services de santé et d’éducation déficients, services sociaux défaillants pour des catégories sociales précarisées (personnes âgées, handicapées, notamment), chômage exponentiel sans protection sociale (1/3 de la population), diplômés sans emploi ni perspective d’avenir (la majorité des postes d’encadrement étant squattée par des « expatriés » européens aux salaires et avantages exorbitants), etc.

Pourtant nous sommes au royaume du « Libéralisme Economique Absolu« , tant célébré et invoqué par nos « charlots-économistes » qui ne cessent d’en prêcher les mérites : « pas de dépenses publiques », pas d’impôts sur les fortunes et hauts revenus, pas d’impôts sur les grandes entreprises exportatrices, pas de droits de douane, privatisation de tous les services publics (entièrement aux mains de groupes privés français) !…  Le rêve pour ces adorateurs de La Main Invisible du Marché dont ils souhaitent l’instauration en France, sous l’appellation de « réformes structurelles ». (6)

Q’importe désastres et ravages, économiques et sociaux, qu’on peut recenser partout, en appliquant les mesures préconisées par les dévots du « Libéralisme Débridé » ; le Gabon, par sa catastrophique situation sociale, constituant un aveuglant exemple !…

Attention ! Il est, de plus en plus, interdit d’en faire le constat, de le mentionner, de vouloir en discuter, pire : de prétendre le remettre en cause, sous peine de délit de « blasphème » !…  Les économistes de nos nomenklaturas viennent récemment d’en énoncer le principe canonique, de droit divin, dans un livre : « Le négationnisme économique, et comment s’en débarrasser« .  (7)

Nous voilà sommés par l’Inquisition, contrôlant la circulation des idées et des opinions, de nous taire pour ne pas être déclarés : « hérétiques » !… (8)

En fait, le Gabon est la parfaite incarnation de ce que nos oligarchies rêvent d’imposer sur la planète : « tout pour le 1% » ! L’immense richesse nationale du pays spoliée par une infime poignée de clans familiaux de l’ancienne puissance coloniale, adossés aux politiciens maffieux, en cheville avec leurs richissimes « fondés de pouvoir » locaux dissimulés dans les mascarades électorales, n’est que la concrétisation d’un modèle économique ardemment souhaité.

Elections nationales familiales…

En ce début du mois de septembre, excédés par cette situation sociale d’une violence extrême par son injustice, les Gabonais viennent de se révolter à l’occasion des résultats des élections présidentielles du samedi 27 août 2016.

Toutes les villes du pays ont été touchées par cette flambée de rage ; vite contenue et réprimée par des forces de police, soigneusement entraînées et généreusement équipées par la caste au pouvoir (9). La réélection d’Ali Bongo, fils du précédent président Omar Bongo, la famille Bongo « régnant » sans discontinuer depuis 1967 (un demi siècle…), étant contestée par son « adversaire ».

Les élections auraient été grossièrement « truquées », au préjudice de son opposant nous enfument nos médias. Mais, s’arrêter à ce niveau d’analyse serait accréditer une possibilité, ou un contexte, d’alternance politique, tout à fait illusoire. Le dit « opposant » d’Ali Bongo, Jean Pïng, n’est autre que son beau-frère ; marié à une des filles d’Omar Bongo, dont il a eu deux filles, et dont il fut un des ministres pendant 18 ans. Ce ne sont pas des élections « nationales », mais bien des élections « familiales ».

Les Gabonais en ont ras-le-bol de cette farce. Pas de libertés publiques  – d’expression, d’opinion, de réunion, etc. –  à la limite ; ils s’accomoderaient de la dictature de ce « régime familial ». Car, ils se fichent de cette mascarade démocratique, souhaitant avant tout, non pas des isoloirs avec des bulletins de vote « bidons », mais des emplois, des services publics, des écoles, des dispensaires et centres de soins, des routes, des logements, de l’eau potable dans les habitations, par une équitable redistribution de la richesse nationale.

« Changement de régime » ?… Ils n’y croient pas : les gouvernements de la France ou des pays européens tiennent dans la plus haute considération des « régimes moyenâgeux », et sanguinaires, tels que ceux de l’Arabie Saoudite ou des pays du Golfe. Alors, la famille Bongo et sa sympathique corruption … (10)

« Néocolonialisme » ?… Tout a été dit sur ce fléau qui accable l’Afrique, tout particulièrement. Les anciennes puissances coloniales continuent de gérer les pays dont elles pillent les ressources, via des « marionnettes élues »… Les gouvernements britanniques – j’ai eu l’occasion d’évoquer le cas tragique du Kenya – avec autant de férocité que les gouvernements français. Au Gabon, comme ailleurs. (11)

En France, nombreux sont ceux qui se sont élevés contre ces systèmes de corruption et de gabegie institutionnalisés. Sources d’enrichissements personnels scandaleux. Via les caisses de nos partis politiques ; ou directement, dans les poches de nos « capitaines d’industrie » et nos responsables politiques, sous les paradis fiscaux. Et, même militaires : nos forces armées se comportant en milices au service d’intérêts, groupes privés en symbiose avec des dictatures, qui ne sont pas ceux de notre pays.

Car, la France aurait tout intérêt, au lieu de piller l’Afrique, à voir se développer dans un partenariat solidaire un espace de prospérité. Aux deux avantages essentiels :

– créer des emplois en fixant les « populations actives » dans ces pays, « l’émigration » n’étant plus la seule opportunité d’avenir ou d’espoir ;

– accroître, par le pouvoir d’achat ainsi généré, de fructueux échanges avec nos entreprises industrielles, commerciales ou de services, non liées aux circuits maffieux de la corruption tels que : ventes d’armes, privatisations/spoliations, monopoles de la distribution (supermarchés) et des concessions (automobiles), gestion des services publics (réseaux d’électricité, d’eau et d’assainissement, de transport maritime et aérien, etc.).

Rappelons le travail de René Dumont, dont le célèbre ouvrage « L’Afrique Noire est mal partie« , publié en 1962, prévenait déjà des dangers du développement des grandes cultures intensives à l’exportation (café, cacao, coton, thé, etc.), sur les terres accaparées dans la violence et la corruption par les grands groupes internationaux ou les grandes fortunes locales ; au détriment des cultures vivrières, donc du « marché domestique », et des paysans plongés dans les ravages du déracinement et de l’exode rural. (12)

Surtout l’oeuvre exceptionnelle de François-Xavier Verschave qui a dénoncé avec tant de force, de talent, et d’abnégation, tous les excès du néocolonialisme en forgeant le fameux concept de « Françafrique« . Il est l’auteur, entre autres publications, de deux ouvrages incontournables pour comprendre les rouages de la prédation en Afrique : « La Françafrique – Le plus long scandale de la République » (13) et « Noir Silence » (14). Son action se poursuit grâce à l’association Survie, dont il fut un des membres fondateurs.

Jusqu’à quand le pillage ?… Le Gabon, pourra-t-il se défaire de l’emprise de l’oligarchie de l’ancienne puissance coloniale ?…

« Avec le temps », comme le chante le poète…

Restons lucides : la France, dans un rigoureux système féodal, est elle-même vassalisée aux USA, sa propre caste au pouvoir aux ordres de son suzerain…

Cet empilement de contraintes, de verrouillages, ne pourrait se dénouer, ou s’écrouler, qu’à la faveur d’un séisme majeur, d’un choc tectonique comme il en existe en géopolitique. Des « pays-continents » tels que l’Inde ou la Chine n’ont pu éjecter définitivement les puissances coloniales, qui les vampirisaient, qu’à la faveur de leur épuisement dans la dernière guerre mondiale.

La libération irréversible de l’Afrique, qui sera le continent-phare du XXII° siècle, aura pour probable déclencheur l’onde de choc d’un embrasement en Mer de Chine ou au Moyen-Orient.

Si ce n’est dans les deux…

  1. Député du Cameroun.
Cité (p. 323) dans un ouvrage collectif, dont je recommande vivement la lecture à tous ceux qui s’intéressent à l’Afrique – à travers les luttes d’indépendance du voisin du Gabon, le Cameroun – son présent, son avenir, sa problématique du développement, ou du pillage imposé par l’ancienne puissance coloniale.
Rigoureusement référencé, documenté, illustré, avec des analyses d’un niveau rare qui n’empêchent pas l’émotion ; ou la colère, quand on pense aux horreurs et aux crimes (toute la palette des « crimes de guerre », entre autres) que la France – des Lumières, de la Démocratie, des Droits de l’Homme, et blabla – a perpétrés, et entretient, sur ce continent. Pour le bénéfice exclusif, dans une hallucinante prédation, d’une poignée de nos oligarques et de leur domesticité, médiatique notamment.
J’aurai l’occasion de revenir sur cet ouvrage fondamental pour déconstruire la colossale désinformation dont nous sommes asphyxiés et les mécanismes de la spoliation coloniale qui ronge l’Afrique.

Publié aux éditions La Découverte en janvier 2016 (742 pages) :

Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob TatsitsaKAMERUN – Une Guerre Cachée aux Origines de la Françafrique – 1948 -1971

  1. https://www.populationdata.net/pays/gabon/
  2. Ressources naturelles : l’opacité gabonaise – Le Gabon a été exclu de ‘l’Initiative Pour la Transparence des Industries Extractives », Survie.org, 10 avril 2013,
http://survie.org/billets-d-afrique/2013/223-avril-2013/article/ressources-naturelles-l-opacite-4439
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_du_Gabon#Mangan.C3.A8se
  4. Triste Anniversaire, Survie.org, 17 février 2016,
http://survie.org/billets-d-afrique/2016/254-fevrier-2016/article/triste-anniversaire-5080
  5. Exemple récent de la logorrhée incantatoire sur le « trop de dépenses publiques » ou les « réformes structurelles » :
http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/olivier-delamarche-vs-marc-touati-22-banques-centrales-que-faudrait-il-reellement-faire-pour-relancer-la-croissance-1209-856915.html
  6. Pierre Cahuc et Daniel Zylberberg, « Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser« , Flammarion, Septembre 2016.
  7. Henri Sterdyniak, « Négationnisme économique » : ce pamphlet est ignoble. C’est un appel direct à l’épuration, L’Obs, 10 septembre 2016,
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1558440-negationnisme-economique-ce-pamphlet-est-ignoble-c-est-un-appel-direct-a-l-epuration.html
  8. Gabon : Retour sur le chaos post-électoral dans une ville de province (Lambaréné), France 24, 8 septembre 2016,
http://observers.france24.com/fr/20160908-gabon-lambarene-retour-chaos-post-electoral-province-ali-bongo-jean-ping?ref=tw_i
  9. Thomas Bart, Ali Bongo sur la sellette, Survie.org, 7 janvier 2015,
http://survie.org/billets-d-afrique/2015/242-janvier-2015/article/gabon-ali-bongo-sur-la-sellette-4852
  10. Mawuna Koutonin, France Forces Africa to Pay for Colonialism, BS News, 23 novembre 2015,
http://bsnews.info/france-forces-africa-to-pay-for-colonialism/
  11. 12.  René Dumont, L’Afrique Noire est mal partie, première parution 1962, réédité en 2012 aux éditions du Seuil, collection Esprit.
N.B. : Au cours d’un de mes séjours professionnels en Afrique, je fus stupéfait de découvrir que parmi les meilleures et rares terres fertiles du Burkina Faso (ex Haute-Volta) figurait la culture intensive du « haricot vert », expédié par frêt aérien en Europe !… Les marges, pour les petits malins exploitant la filière, étant si considérables que ce légume vendu en « primeur » avait le privilège de voyager en avion…
  12. François-Xavier Verschave, Françafrique – Le plus long scandale de la République, éditions Stock, 1998.
  13. François-Xavier Verschave, Noir Silence, éditions Les Arènes, 2000.

D’hier à aujourd’hui… Le pouvoir de dire Non ! à l’occident colonial…

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Quand on refuse on dit non ! De Lumumba à Cheikh Anta Diop

Moulzo

9 Avril 2016

url de l’article original:

http://www.afriquesenlutte.org/communiques-luttes-et-debats/livres-etudes-debats/article/quand-on-refuse-on-dit-non-de

 

Le discours du 30 juin 1960 de Patrice Lumumba devant le roi des Belges restera à jamais gravé dans les mémoires. Il déclare sans faillir et sans faire de courbettes à l’oppresseur : « Cette indépendance du Congo, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle, nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable, pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force. » Lui aussi paiera cher cet affront. Assassiné par l’impérialisme américain et belge. Lumumba avait dit non ! Parce qu’il refusait que l’oppresseur s’approprie la victoire des Congolais.

« Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage », avait lancé Ahmed Sékou Touré au général De Gaulle, le 28 septembre 1958, à l’occasion du référendum sur le projet de Constitution proposé par De Gaulle, pour l’établissement d’une Communauté franco-africaine. La Guinée est ainsi le seul territoire, parmi les colonies françaises d’Afrique, à prendre le chemin de l’indépendance. Celle-ci sera prononcée le 2 octobre 1958. La Guinée avait dit non pendant que Senghor, Houphouët-Boigny et tous les autres acceptaient le piège tendu par la France. L’histoire retiendra que De Gaulle en oublia sa casquette et la vengeance de la France fut immédiate : le retrait de toute l’administration française. Ahmed Sékou Touré était certes un homme courageux, un homme d’honneur mais à cause des attaques répétées de la France et de ses valets contre le peuple guinéen, il est devenu paranoïaque enfermant les opposants politiques au tristement célèbre camp Boiro.

Frantz Fanon aussi avait dit non ! Non à la colonisation française, lui qui avait choisi le camp de ceux et celles qui combattent pour leur liberté. Fanon était-il français, martiniquais ou algérien ? Certainement les trois à la fois et même plus que ça d’ailleurs. Fanon n’avait pas de patrie ou alors sa patrie était celle de tous les damnés et les opprimés de la terre. Il avait choisi d’être algérien pour se battre contre la colonisation et les injustices qui en émanaient mais il aurait tout aussi bien été congolais s’il avait été témoin sur place de l’injustice coloniale ou encore indochinois. L’auteur de Peau noire, masque blanc (1952) », l’An V de la révolution algérienne (1959), les Damnés de la terre (1961), Pour la révolution africaine (1964) était avant tout un homme d’action, un homme de dépassement, un sans-patrie, bref un homme au sens le plus global de ce terme, un homme intégral.

L’œuvre de Cheikh Anta Diop contribua à la reconnaissance d’une Égypte pharaonique nègre, bien que les égyptologues européens de l’époque aient eu beaucoup de mal à l’admettre. Il était effectivement bien difficile d’accepter que les maîtres des pyramides, de calculs mathématiques si complexes, qui ont enseigné la géométrie à Pythagore et à Thalès puissent être de la même couleur noire que ceux-là même qu’on domine et colonise, en prétendant leur apporter la civilisation. Comment admettre en effet que Ramsès II, Toutankhamon et Akhenaton soient des nègres…

Et pourtant, les démonstrations de Cheikh Anta Diop sont claires comme l’eau de roche. « Pour nous, écrit Cheikh Anta Diop, le retour à l’Égypte dans tous les domaines est la condition nécessaire pour réconcilier les civilisations africaines avec l’histoire, pour pouvoir bâtir un corps de sciences humaines modernes, pour rénover la culture africaine. Loin d’être une délectation sur le passé, un regard vers l’Égypte antique est la meilleure façon de concevoir et de bâtir notre futur culturel. L’Égypte jouera, dans la culture africaine repensée et rénovée, le même rôle que les antiquités gréco-latines dans la culture occidentale ». Cheikh Anta Diop a su aller à contre-courant de la pensée coloniale dominante, redonnant à l’Afrique ses lettres de noblesse. Il a su dire non à ceux qui véhiculaient une image fausse du Nègre pour le dominer encore plus.

Oui, quand on refuse on dit non !

Colonisation de la Nouvelle-France… Des arquebuses de Champlain à Oka 1990 et aujourd’hui, le viol de la nation Mohawk…

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“Il n’est pas nécessaire du lutter contre le tyran, il n’est pas non plus nécessaire de se défendre contre lui. Le tyran se vaincra lui-même éventuellement. Les gens doivent arrêter d’ accepter la servitude. Ils n’ont pas besoin de prendre quoique ce soit au tyran, ils doivent simplement arrêter de lui donner…. Lorsque le tyran ne reçoit plus et n’est plus obéi, il finit nu, sans force et sans pouvoir. Il finit par n’être plus rien. Il partage la destinée d’une racine laissée sans eau, sans nourriture, il devient un morceau de bois sec, mort…”

~ Etienne de la Boétie ~

“Les Hommes ne seront pas unis par la domination, mais comme frères, sans domination: a-narchie. Aujourd’hui, quoi qu’il en soit, nous n’avons pas la conscience pour un tel slogan positif, alors dorénavant, le slogan doit demeurer: sans domination…”

~ Gustav Landauer ~

 

Petit précis d’histoire coloniale française: La Nouvelle-France et les terres mohawks

De Samuel de Champlain à la province du Québec: violence coloniale et vol de terres

 

Résistance 71

 

13 Février 2016

 

Si l’invasion française du “nouveau monde” commença en 1524 avec l’Italien Verrazano qui explora quelques contrées pour l’armateur Jean Ango au service du roi de France François 1er, c’est Jacques Cartier qui fut crédité de la “découverte du Canada”, bien que cette contrée fut en premier lieu baptisée “Nouvelle-France”. Jacques Cartier remonta le fleuve St Laurent lors de son second voyage en Août 1535 pour s’arrêter là où est aujourd’hui la ville de Québec.

Peu nombreux, les Français établiront des comptoirs et se consacreront essentiellement au commerce de la fourrure.

Les choses coloniales plus sérieuses vont commencer avec l’explorateur Samuel de Champlain au tout début du XVIIème siècle (sous Henri IV), lorsque celui-ci, flanqués d’alliés natifs algonquins, confronte (avec succès) un groupe de Mohawks en 1609 sur la rive ouest du lac Ticonderoga, que Champlain plus tard rebaptisera très modestement.. Lac Champlain.

Attardons nous ici un peu sur les territoires de la Confédération Iroquoise à l’époque et de ceux de la nation Mohawk (Kanienkehaka). Au tout début du XVIIème siècle, la confédération iroquoise comporte cinq nations membres: Sénéca (gardienne de la porte Ouest), Oneida, Onondaga, Cayuga et Mohawk (gardienne de la porte Est de la confédération).

Les territoires iroquois au XVIIème siècle s’étendent dans leur limite Est et du Nord au Sud de Trois-Rivière jusqu’au sud d’Albany, puis vers l’Ouest, tout le long de la rive droite du fleuve Kaniatarowanenneh en Mohawk (plus tard… le St Laurent), toute la partie sud du Lac Ontario, jusqu’au lac Erie. Ils couvraient une superficies d’un peu plus de 10 millions d’hectares. En 1995, il ne restait à la confédération qu’environ 90 000 hectares. !

Les territoires Mohawk (Kanienke) quant à eux s’étendent du sud du lac Trois-Rivière (Sorel), jusqu’en amont de la rive droite du St Laurent à mi-chemin du lac Ontario, puis au sud en ligne droite jusqu’à la rivière Mohawk. Ce territoire inclus toutes les côtes occidentales des lacs “Champlain” et “George”. Aujourd’hui, les Mohawks sont en droit de réclamer plus de 4 millions d’hectares qui leur ont été frauduleusement détournés essentiellement par le biais de “traités” bidons, alors qu’historiquement, la nation Mohawk n’a JAMAIS cédé ni abandonné AUCUNE TERRE.

Le peuple Mohawk est un descendant direct des gens qui sont arrivés dans ce que sont aujourd’hui l’état de New-York aux Etats-Unis et la vallée du St Laurent (Canada) aux environs de 1700 avant notre ère selon les trouvailles archéologiques. Ces ancêtres des Mohawks provenaient de la vallée de la rivière Ohio et étaient liés aux sociétés constructrices de “buttes” ou de “monts”.

Nation Mohawk et Nouvelle France

Mohawks et Français furent ennemis dès leur première rencontre en 1609 à Ticonderoga, sur la rive sud-ouest du lac éponyme qui deviendra plus tard le lac Champlain. Samuel de Champlain, sans savoir que les Mohawks faisaient partie d’une confédération bien plus vaste de nations, décida d’assister des groupes d’Algonquins contre les Mohawks. Les arquebuses françaises firent des dégâts et tuèrent un chef de guerre Mohawk lors de cette première confrontation. La guerre fut donc déclarée d’emblée par les Français aux Mohawks, qui dès lors furent mûs par le désir de revanche. Les hostilités durèrent plus de 60 ans et jamais les Mohawks ne firent plus confiance au Français. D’après des données historiques (Richter, 1983), durant ces 60 ans de guerre franco-mohawk, 191 Français furent tués, dont 38 en captivité et 143 autres furent faits prisonniers par les Mohawks et autres Iroquois durant cette période ; ces chiffres sont bien inférieurs à ceux des pertes subies par les Mohawks tant au combat qu’à cause des maladies transmises par les envahisseurs coloniaux. Durant cette période, les Hollandais et les Anglais, rivaux des Français dans le commerce de la fourrure, profitèrent de la rivalité entre Mohawks et Français pour faire avancer leur propre cause et agenda coloniaux. Les Hollandais vendirent des arquebuses et mousquets aux Mohawks dans les années 1640, ce qui compliqua la vie des colons français. Pas à pas, les Mohawks émergèrent néanmoins comme de puissants médiateurs et intermédiaires dans le commerce de la fourrure. Rien ne put se faire sans l’aval de ceux-ci.

L’hostilité des Mohawks envers les Français s’exacerba après que les prêtres missionnaires français eurent développé un réseau d’alliance militaire avec les ennemis traditionnels des Mohawks, ceci combiné au fait que les Français avaient négocié une autre fenêtre commerciale pour la fourrure avec des nations plus an Nord, décida les Mohawks à lancer des opérations de raids de plus grandes envergures sur les forts et position françaises de Nouvelle France jusque chez les alliés Huron de la France et des autres nations des grands lacs.

L’alliance des Mohawks avec les Anglais (qui avaient récupéré l’empire colonial hollandais dans la région) fut une alliance de raison et non pas une alliance d’affinité. Les autres nations iroquoises étaient soit neutres, soit avec les Français. Néanmoins, en total respect avec la Grande Loi de la Paix (Kaianerekowa) de la Confédération Iroquoise (Haudenosaunee), les nations iroquoises, même alliées à des parties européenne ennemies, ne se combattirent jamais ! Ni les Français, ni les Anglais ne purent se faire dresser les Iroquois les uns contre les autres, ce ne fut pas faute d’avoir essayé bien évidemment. La préservation de la paix endogène fut la priorité des 5 puis 6 nations iroquoises. Il y eu certes une relative détérioration des relations internes à la confédération, mais les nations ne se combattirent jamais. Il y eut même des cas répertoriés d’embuscades menées par des parties iroquoises qui s’épargnaient non seulement les unes les autres, mais qui épargnaient également les personnes blanches (non militaires) qui étaient sous leur protection.

Le 13 décembre 1665, les nations Seneca, Oneida, Onondaga et Cayuga invitèrent les Français dans leur “longue maison” (lieu de conseil tout autant que d’habitation, le terme “Haudenosaunee” pour la confédération iroquoise veut dire “Peuples de la Longue Maison”) et firent la paix avec ceux-ci malgré les protestations et objections des chefs Mohawks présents. Ceci fut fait pour essayer de ramener les Mohawks dans le consensus des autres nations iroquoises. Comme le permet parfaitement la constitution iroquoise (Kaianerekowa), lors d’un désaccord, si un consensus d’unanimité ne peut pas être trouvé, alors chaque nation peut procéder selon son choix, pourvu que cela n’entrave pas ni ne mette en danger la Confédération. Ceci força donc les Mohawks à s’occuper des Français seuls.

La France put donc saisir cette opportunité de mettre entre parenthèse une sérieuse menace à leur empire colonial de ce côté de l’Atlantique. Elle parvint à mettre sur la touche une nation iroquoise sans craindre de représailles de la part des autres nations de la confédération. Jusqu’à ce moment là, le gouverneur général de la Nouvelle France avait envisagé d’abandonner Montréal. La colonie française était au bord de la banqueroute, elle était asphyxiée par les raids constants des Mohawks qui avaient sévèrement démoralisé les colons (Source: Stanley, 1960). Les Mohawks étaient maintenant isolés et les Français lancèrent une opération militaire en territoire Mohawk (Kanienke). Ce fut une épopée bizarre, qui vit un succès français, sans que ceux-ci n’aient eu à tuer un seul Mohawk. Ce fut néanmoins une démonstration suffisante pour que les Mohawks acceptent à contre-cœur de faire la paix avec la colonie. La paix fut rendu officielle en 1667. Ce traité promit deux choses aux Mohawks:

  • Le christianisme
  • Une “protection” royale (nous sommes alors sous Louis XIV…)

Voyant les Mohawks toujours proches de leurs “alliés” anglais, les Français essayèrent de faire “migrer” tous les Mohawks vers Montréal. Ils y parvinrent en grande partie, profitant aussi du fait que les Anglais ne surent pas conserver les liens étroits avec les Mohawks.

Suite aux raids contre les Hurons, alliés des Français, ceux-ci furent mis à mal et quasiment annihilés par les Mohawks, qui adoptèrent des clans entiers de Hurons dans leurs clans comme le veut la tradition et en accord avec Kaianerekowa. Un des problèmes majeurs fut que beaucoup de Hurons, contrairement aux Iroquois, étaient devenus chrétiens. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire mohawk et iroquoise, la religion devint une affaire politique avec le christianisme. En tant que chrétiens, les nouveaux arrivants, adoptés, introduisirent des lignes de clivage dans la société Mohawk qui étaient en dehors du cadre traditionnel, ce qui rendit aussi la méthode politique du consensus (unanimité) impossible sur les questions de religions ou impliquant la religion ou le mode de vie lié à celle-ci, prouvant une fois de plus l’intolérance intrinsèque liée au christianisme et à son empire: la chrétienté. Les Hurons intégrés avaient été convertis et étaient suivis par les jésuites. Le ver était définitivement dans le fruit.

A travers la période s’étalant de 1667 aux années 1730, les catholiques ont continué à attirer de nombreux Mohawks de la vallée sud vers Montréal. Combiné avec l’émigration d’autres groupes indiens, la communauté commença à changer et mélangea des pratiques religieuses strictes avec la culture traditionnelle Mohawk, la dévotion chrétienne et l’atmosphère d’un centre diplomatique et de commerce. A partir de 1677, l’interdiction de l’alcool dans la communauté Mohawk devint un élément du passé. Il fut importé un armurier et des tavernes.

En 1679, cette communauté fut forcée de se relocaliser sur l’île de Montréal lorsque des hostilités éruptèrent entre d’autres nations de la confédération iroquoise et les Français, principalement l’hostilité entre les Seneca et les Français. Notons au passage que les fameuses chutes du Niagara sont en territoire Seneca.

En 1680, une ordonnance royale donna le territoire de la Seigneurie du Sault St Louis aux jésuites avec pour simple objectif d’encourager l’établissement d’une communauté iroquoise chrétienne, donc séparée du reste (toujours le diviser pour mieux régner…), dans la zone.

Les jésuites travaillèrent d’arrache-pied pour isoler les Mohawks convertis des autres Mohawks et des colons dépravés, ceci mena à la formation de micro-colonies peuplées d’Indiens chrétiens et de jésuites. En cela les jésuites furent instrumentaux, car le système iroquois de gouvernance induit un renouvellement constant de la politique et de ses groupes de gouvernance puisqu’il s’agit d’une société politiquement non divisée où le pouvoir réside dans le peuple et la chefferie est sans pouvoir, n’étant qu’une représentation de la décision populaire unanime. Ainsi l’église a pu diviser la société à l’avantage de la colonisation. En effet, le fait de ne plus pouvoir atteindre de consensus populaire à cause des problèmes religieux, eut pour effet de paralyser la prise de décision et sa mise en application dans la société mohawk.

La conversion d’une catégorie de Mohawks au christianisme se fit par l’attirance de certains chefs pour le prestige et les bénéfices matériels offerts. Les jésuites reconnurent très tôt les bénéfices de recruter des leaders mohawks du côté français. Ceci mena invariablement et irrémédiablement à une division politique de la société mohawk jusqu’ici sans précédent. Peu de Mohawks furent des convertis sincères, beaucoup par intérêt, mais ils constituèrent une “faction chrétienne” prenant le contre-pied du leadership traditionnel de la communauté. Ceci est toujours une réalité aujourd’hui. Au XIXène siècle, cette faction chrétienne fut un terreau fertile pour être subjuguée et enrôlée dans une autre fable mythique mêlant le christianisme et la mythologie traditionnelle iroquoise, celle dite du “Code de Handsome Lake”, qui fut inventée et inculquée avec son “prophète” vers 1815, pour contre-carrer une résurgence traditionnelle de Kaianerekowa, la loi de la terre.

Les chrétiens furent connus sous le nom de Onkwehonwe Tehatiisontha ou “véritables habitants de l’île de la Grande Tortue faisant le signe de la croix”. Un des meilleurs exemple historique de ce type de personne fut le chef Mohawk Togouiroui, plus connu sous le nom de “Chef Joseph” qui se convertit au christianisme en 1673.

C’est en 1701 que fut subséquemment signée la Grande Paix de Montréal, qui mit fin à 90 ans de guerre entre la France et la confédération iroquoise et 38 autres nations alliées. Lors de ce traité fut présenté par les 5 nations iroquoises le traité Wampum Deux Rangées, qui avait été accepté auparavant par les Hollandais au XVIIème siècle. Les Iroquois le proposèrent peu de temps après aux Anglais qui l’acceptèrent également. Ce traité stipule que les nations cohabitent et partagent la même terre sans interférer l’une avec l’autre, sans que l’une impose à l’autre ses lois, ses us et coutumes. Il va sans dire que Français et Anglais bafouèrent ce traité qu’ils avaient dûment accepté.

Un exemple d’enfumage colonial territorial: Le cas du territoire de la Seigneurie du Sault St Louis (sud de Montréal)

Les cas de pillages et d’appropriations illicites des terres sont légions dans l’histoire coloniale, mais le cas de la Seigneurie du Sault St Louis en territoire mohawk est assez exemplaire. Il convient donc de s’y attarder un peu, car il est aussi au centre des nombreuses revendications des Mohawks de l’ère moderne.

Il s’agit ici d’un grand bout de terre situé en territoire mohawk au sud de Montréal.

Le territoire initial fait environ 42km2 et va de l’île St Bernard sur le lac St Louis au nord de Chateauguay jusqu’à Mercier, puis vers l’est au sud de St Isidore et St Constant, puis en remontant sur le saint Laurent à l’Est de Ste Catherine.

La “réserve” Mohawk actuelle de Kahnawake occupe aujourd’hui moins de la moitié du territoire initial.

Cette terre connue sous son nom colonial de “Seigneurie du Sault St Louis” est une petite partie de terre sur l’ensemble des terres mohawks. La communauté y fut installée durant le XVIIème siècle, mais ces terres appartiennent aux communautés mohawks qui les utilisèrent depuis des siècles avant l’arrivée des envahisseurs chrétiens d’Europe (Hollandais, Français et Anglais). A titre de référence, la Grande Loi de la Paix, Kaianerekowa, qui régit la confédération iroquoise a été datée du XIIème siècle et nous avons vu plus haut qu’il y a des traces archéologiques d’habitations natives de ces contrées depuis au moins 1700 avant notre ère.

Le territoire de la “réserve” fut établit par deux dons royaux émanant de Louis XIV les 29 et 31 Mai 1680 à la “société de Jésus” (jésuites) avec pour but de convertir et d’établir la conversion spirituelle des Iroquois et de les maintenir dans la sphère d’influence française. En d’autres termes, le roi de France a eu l’outrecuidance de voler des terres mohawks pour les assigner à l’église afin de convertir les Mohawks et les Iroquois à des mythes et des rites dont ils n’avaient nul besoin, par pure imposition ethnocentrique et hégémonique ainsi qu’intérét géo-politico-économique.

Survient la guerre des sept ans entre l’Angleterre et la France (et l’Espagne). La France perdra et devra céder la Nouvelle France à l’Angleterre. Le titre indien sur la Seigneurie fut établi par l’article 40 du document de la capitulation de Montréal le 8 Septembre 1760. Il y est écrit ceci:

Les sauvages ou alliés indiens de sa très chrétienne majestée Louis devront demeurer sur les terres qu’ils habitent s’ils choisissent d’y demeurer. Ils ne devront pas être molestés sous quelque prétexte que ce soit pour avoir porté les armes et servi sa plus chrétienne majestée roi de France.

C’était sans compter sur les jésuites qui eux affirmaient être les propriétaires de droits du territoire de la Seigneurie. Les Mohawks firent donc appel au gouverneur militaire de la région, Thomas Gage, pour qu’il les soutienne contre les jésuistes et leurs affirmations. Le 22 Mars 1762, le gouverneur Gage prit position en faveur des Mohawks en déclarant:

Que les terres dites “Le Sault” ne sont pas une seigneurie dont les pères jésuites peuvent se prétendre les seigneurs ; mais sont des terres accordées par sa plus chrétienne majestée [le roi de France] dans le seul but d’y établir des Indiens, qui au-delà de leur nature, ne peuvent pas être soumis aux droits du ‘lods et ventes’, à la haute, moyenne ou basse justice. Sa plus chrétienne majestée ayant fait le don à la seule condition que cette terre soit appelée “Le Sault” devra lui appartenir toute défrichée (en français dans le texte original anglais) lorsque les dits Iroquois l’auront abandonné, qu’on se dise que ce ne fut pas son intention que les pères jésuites puissent tirer un quelconque avantage de ce don.” Nous voyons une fois de plus que bien que le texte soit sans équivoque possible, en faveur des Mohawks, il affirme néanmoins la propriété finale de la terre “défrichée” à la couronne de France et donc.. volée et surtout sujette à être ultérieurement vendue… à la couronne britannique.

Le Canada ne commença à gérer officiellement les terres indiennes qu’en 1845. Entre 1762 et 1845, il fut découvert que les jésuites furent les perpétrateurs de malversations foncières sur les terres mohawks de Kanahwake et vendirent de manière tout à fait illégale de larges portions de la terre de la Seigneurie. Toute cette procédure de ventes illégales continua au XIXème siècle au gré des agents britanniques s’engraissant illégalement par le moyen de ventes frauduleuses. La province britannique du Canada décida alors de passer une législation pour limiter que les territoires mohawks ne fussent continuellement rognés. Fut voté l’Indian Land Protection Act ou la loi de protection des terres indiennes en 1850. Alors si cette loi mit alors fin au pillage privé, ceci réserva ce droit à la couronne britannique (dont le QG n’est pas Buckingham palace comme beaucoup le pensent, mais à la City de Londres et sa banque d’Angleterre/Vatican). La loi de 1850 ne redressa aucunement les torts faits aux nations natives non seulement en territoires iroquois mais sur tous les territoires des nations premières, mais cela fut en fait la toute première étape d’un processus qui vit graduellement les terres indiennes être mises sous l’autorité législative du gouvernement fédéral canadien.

Ainsi, depuis la loi sur la protection des terres indiennes de 1850. les terres Mohawks de Kahnawake, qui sont une partie (moins de 50% nous l’avons vu) de la terre initiale de la Seigneurie du Sault St Louis, sont sous la gestion du Canada pour la “couronne” britannique au nom des Mohawks (impressionnant non ?…). Il n’y a eu depuis aucune avance significative pour la récupération des terres volées et initialement vendues par les jésuites ou les agents de la couronne britannique. Il n’y a a pas non plus eu de changement significatif des “frontières” de la “réserve”.

Les Mohawks ont continuellement demandé une solution à cette affaire au travers des autorités coloniales et canadiennes (toujours des autorités coloniales). Celles-ci ont continuellement affirmé et réaffirmé le droit d’occupation des sols par les Mohawks ainsi que les non paiements des loyers par les colons depuis deux siècles, mais rien de plus. Ceci constitue sans aucun doute une grande partie de la méfiance généralisée des Mohawks envers toute autorité étatique constituée.

Il y a eu au moins huit actions judiciaires des Mohawks demandant une restauration de leur titre de propriété sur l’ancienne Seigneurie ou au moins des compensations pour les loyers non payés, intérêts inclus et les ventes ou locations viagères de longue durée, les concessions à perpétuité commercées sans aucun consentement de la part des Mohawks.

Mentionnons ici que d’après Kaiainerekowa, loi de la terre, le wampum (article) 44 stipule clairement que les femmes des clans sont les détentrices de la terre et que leur rôle est de la protéger pour les générations futures avec l’aide des hommes. Il n’y a aucun concept de propriété de la terre (ou de l’eau ou de l’air) dans les sociétés naturelles amérindiennes, africaines, mélanésiennes, australes etc… Dans l’hypothèse (absurde pour un amérindien) que la terre soit “cédée” ou “vendue”, dans le cas des 6 nations iroquoises, seuls les conseils des femmes peuvent le faire ! Les femmes sont les gardiennes de la terre, les gardiennes de la fertilité !…

L’argumentation coloniale donc pseudo-légale peut-être suivie et lue dans les références suivantes:

  • Prescott contre Casot, 1798
  • Pétition au secrétaire colonial de 1807
  • Pétition au gouverneur du Canada en 1820
  • Pétition au gouverneur du bas-canada en 1828 et 1830
  • Délégation au secrétaire colonial de 1830
  • Témoignage de la commission des enquietes aux affaires indiennes en 1843
  • La résolution du conseil de bande sur l’assertion du titre de propriété de la Seigneurie du Sault St Louis en 1965
  • Lettres au ministre des affaires indiennes en 1988 et 1989

Il résulte de tout cela l’évidence que le gouvernement colonial du Canada a systématiquement tourné le dos et ignoré cette réclamation territoriale parfaitement valide des Mohawks avec pour seul objectif de protéger la structure intrinsèquement malhonnête du contrôle des terres indiennes et ainsi couvrir toutes les malversations faites sans aucun consentement préalable de la véritable communauté mohawk en l’occurence, mais native autochtone dans bien d’autres occasions.

Ainsi, à la vue et analyse de ces faits, les Mohawks en ont justement conclu que l’entité commerciale coloniale de la “couronne” appelée “Canada”, ne peut en aucun cas être un havre de paix et de tranquilité où leurs droits fondamentaux de souveraineté et de détention, possession de leurs terres ancestrales puissent être décemment respectés et protégés.

A cet égard aucune entité coloniale de Commission Vérité et Réconciliation, ou autre ignorant les droits fondamentaux des premiers occupants de la terre, ignorant les principes de base de la souveraineté de tout peuple et refusant de négocier de nation à nation, ne pourra résoudre le problème fondamental, qui est celui de la terre et de la propriété. Tout ceci ne pourra être encore et toujours qu’une mascarade.

Nous, peuples occidentaux, devons réaliser ce qui a été fait et est maintenu en notre nom au fil des décennies et des siècles, nous devons retirer notre consentement à cette mascarade de liberté à laquelle on nous demande de quotidiennement participer pour garantir le statu quo oligarchique en place depuis bien trop longtemps. L’avenir de l’humanité réside dans les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie coloniale se tenant côte à côte avec leurs frères des nations premières de tous les continents pour œuvrer ensemble à un véritable changement de paradigme politique sur la planète entière reléguant l’État et le capitalisme au musée des horreurs où ils appartiennent et nulle part ailleurs.

Nous terminerons avec cette courte citation d’une ancienne de la communauté mohawk de Kahnawake qui déclara très lucidement lors du siège d’Oka en 1990 devant les caméras et les Québecois présents sur place avec elle: “Arrêtez et comprenez enfin que quand ils en auront fini avec nous, ils s’en prendront à vous, vous subirez le même sort.”

Regardons le monde d’aujourd’hui, regardons où mène l’idéologie coloniale… Voyons-nous des similitudes avec ce que vivent les nations originelles depuis plus de 500 ans ?…

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Sources ayant servi à écrire cet article:

– Variées depuis l’internet

“Heeding the Voices of our Ancestors”, Taiaiake Alfred (Ph.D), Oxford University Press, 1995.

Complément de lecture sur Résistance 71:

https://resistance71.wordpress.com/abolir-lempire-mouvement-pour-la-repudiation-de-la-doctrine-chretienne-de-la-decouverte/

https://resistance71.wordpress.com/colonialisme-doctrine-chretienne-de-la-decouverte/

https://resistance71.wordpress.com/colonialisme-luttes-indigenes/

https://resistance71.wordpress.com/communication-mohawk/

https://resistance71.wordpress.com/constitution-confederation-iroquoise-en-francais/

https://resistance71.wordpress.com/genocide-pensionnats-indiens-canada-kevin-annett/

https://resistance71.wordpress.com/mohawk-nation-news-en-francais/

https://resistance71.wordpress.com/wampum-deux-rangees/

Résistance politique: État d’urgence arme colonialiste d’oppression du peuple…u

Posted in actualité, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , on 26 décembre 2015 by Résistance 71

Nous l’avons dit et le répétons: « Nous sommes tous colonisés » ! Nous devons impérativement en prendre une conscience aigüe et agir en conséquence. L’État est colonialiste par nature, il opprime et impose son idéologie du rapport maître/esclave, gouvernement/citoyen/peuple asservi, qu’il juge bon et nécessaire à la bonne marche du consensus oligarchique. Avant de coloniser « l’autre », il faut d’abord coloniser les esprits domestiques. L’État et son oligarchie colonise son propre peuple en premier lieu, puis le persuade de sa « mission civilisatrice religieuse ou laïque » envers l’autre qui est alors diabolisé et déshumanisé. La recette est toujours la même, elle fonctionne comme par hypnose depuis la création de l’État. Cette mesure inutile et abusive « d’état d’urgence » imposée au peuple de France, n’est qu’une reprise en main coloniale du pouvoir sur ses « citoyens » réduits à la plus simple expression de votards et de payeurs de dîme et de gabelle. Le pire est à venir. Solution ? Retrait de notre consentement. La mesure dictatoriale de l’État d’urgence empêche les manifs ? Excellent, elles ne servent plus a rien depuis bien longtemps… La fenêtre d’opportunité est donc ouverte pour que les gens commencent à s’organiser entre eux, dans les voisinages sur les lieux de travail, parler, discuter, mettre en place la société parallèle des associations libres qui se confédéreront et ignoreront, boycotteront les institutions et feront fonctionner la société sans plus aucune interaction avec des institutions tout aussi inutiles qu’oppressives. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais… il est quand même plus que grand temps de le comprendre, de l’admettre et d’agir en conséquence, unis et motivés pour un changement radical de paradigme politico-social sans armes, ni haine, ni violence. Ceci ne relève pas du tout de « l’utopie », ce que l’oligarchie a mis en place est en revanche une totale illusion, mascarade et supercherie politico-sociale dont il faut impérativement nous départir, pour retourner vers une société organique, une société des sociétés comme le disait Gustav Landauer, il en va tout simplement de notre survie !

— Résistance 71 —

 

État d’urgence colonial

 

Matthieu Lopes

 

14 décembre 2015

 

url de l’article original:

http://survie.org/billets-d-afrique/2015/252-decembre-2015/article/etat-d-urgence-colonial-5054

 

Les mesures d’exception qui frappent en ce moment la France ont concerné d’abord les colonies mais ont aussi jalonné l’histoire de la République sur le territoire hexagonal. L’action policière vise aujourd’hui les mêmes « ennemis intérieurs » que ceux désignés depuis toujours par la doctrine militaire, résultat de plus d’un-demi siècle d’imprégnation d’une idéologie raciste et réactionnaire issue du colonialisme.

L’adoption début avril 1955 de la loi qui encadre l’état d’urgence fut une réponse de l’État français à l’activisme du FLN en Algérie. Face à un organisation diffuse qui mena plusieurs attentats contre l’occupant français, la voie militaire ne suffisait pas selon les autorités. Pour l’historienne Sylvie Thénault [1] le « cortège de mesures » de l’état d’urgence permet « de contrôler l’espace, les idées, les individus » en permettant des perquisitions administratives, des couvre-feu, des assignations à résidence ou encore le contrôle de la presse. Afin de ne pas présenter cette action comme discriminatoire vis-à-vis de l’Algérie, que le mythe national présentait comme partie intégrante de la France, l’état d’urgence fut alors inscrit dans le droit français comme pouvant s’appliquer sur l’ensemble du territoire.

Le texte rencontra en 1955 une vive opposition des communistes, des socialistes, ou des Verts : « loi scélérate », « loi de la terreur », « état de siège fictif aggravé », loi « stigmatisante, violente et inutile », synonyme de « guerre civile », « complètement délirante de militarisation, de quadrillage outrancier, qui permet tous les dérapages » [2]. Les communistes dénoncèrent la mise en place d’une « arme redoutable » contre le mouvement ouvrier français. L’état d’urgence fut déployé progressivement sur toute l’Algérie et dura trois mois, durant lesquels l’ensemble de l’arsenal répressif fut utilisé contre les algériens.

L’autre utilisation connue de cette loi sur un territoire colonisé eu lieu en 1985 en Kanaky (Nouvelle-Calédonie). Alors que la lutte indépendantiste prenait de l’ampleur, l’état d’urgence y fut décrété au lendemain d’un assaut du GIGN qui abattit les militants Eloi Machoro et Marcel Nonnaro, lors de l’occupation de la maison d’un Européen.

La France sous état d’urgence

L’état d’urgence fut utilisé brièvement en France en 1958, pour deux semaines, face au coup d’état d’Alger qui amena De Gaulle au pouvoir. Ce dernier modifia alors la loi sur l’état d’urgence, qui peut, depuis, être décidé directement par l’exécutif (et non plus par le parlement). Le putsch des généraux à Alger en avril 1961 justifia la mise sous état d’urgence de l’ensemble du territoire métropolitain jusqu’en mai 1963. Bien au-delà de l’extrême-droite qui menaçait de renverser les intsitutions, les dispositifs furent amplement employés contre les algériens de part et d’autre de la Méditerranée. Ainsi, l’assignation à résidence prévue par l’état d’urgence donna lieu à un véritable internement des algériens : dans des « centres de détention administrative (CDA) en Algérie, et, en France, centres d’assignation à résidence surveillée (CARS) ». « La malléabilité de l’assignation à résidence, qui peut se traduire par l’obligation de résider dans un « centre », a ainsi permis l’internement alors que les camps étaient légalement interdits. » [3].

D’après l’historien Benjamin Stora, « entre 1957 et 1962, on peut estimer à environ 10 000 le nombre d’Algériens qui […] ont passé de un à deux ans dans les camps en France ». Cette période marqua l’importation de l’idéologie et des pratiques coloniales en France. Plusieurs personnalités de la droite française, en novembre 2015, appellent à la création de centre d’internement des « fiches S » (personnes qui font l’objet d’une attention particulière pour les services de renseignement) [4].

Autre mesure prévue par l’état d’urgence, le couvre-feu fut notablement employé par Maurice Papon, alors préfet de police de Paris, à l’encontre spécifiquement des « Français musulmans » [5]. La manifestation qui protestait contre cette mesure fit l’objet d’une sanglante répression : plusieurs centaines d’Algériens furent massacrés dans Paris le 17 octobre 1961.

En 2005, lors des émeutes dans les quartiers populaires de France suite à la mort de deux adolescents poursuivis par la police, l’état d’urgence fut encore exhumé et utilisé pour y établir des couvre-feux. Alors que ce dispositif était superflu selon les critères de la logique répressive, Sylvie Thénault envisage l’hypothèse que cette loi n’aurait alors pas été « choisie en dépit de son origine coloniale » mais « précisément en raison de cette origine », « le Premier ministre pouvait estimer qu’il tirerait bénéfice de la proclamation de l’état d’urgence auprès de [l’] opinion majoritaire ». En effet, alors que tous les stéréotypes racistes marquent la figure du « jeune de banlieue » envers lequel il conviendrait d’appliquer la plus grande fermeté, jusqu’à souhaiter l’intervention de l’armée dans les quartiers populaires, une telle mesure pouvait espérer séduire un certain électorat. Les mêmes calculs sont probablement faits par les gouvernants socialistes de 2015.

Bien loin des critiques vigoureuses de leurs prédécesseurs de 1955, en novembre 2015, seuls six députés (trois socialistes, trois écologistes, aucun communiste) se sont opposés à la prolongation de l’état d’urgence suite aux attentats de Paris. Pourtant cette mesure n’est pas plus efficace pour mener l’enquête sur les attentats que le plan Vigipirate ou l’opération Sentinelle ne l’ont été pour les empêcher. Ainsi, le Syndicat de la magistrature (29/11) a fait part de son opposition à l’état d’urgence tout en listant les nombreuses mesures qui permettaient déjà, en régime habituel, d’enquêter et de lutter contre des actes terroristes.

À ce jour, plus de 2000 perquisitions administratives et 519 gardes à vue ont été menées, dont 317 suites aux arrestations de manifestants contre la COP 21 place de la République, à Paris, le 29 novembre. 300 personnes sont assignées à résidence, dont 24 en lien avec la mobilisation contre la COP 21 (Le Monde, 30/11 [Ndw : depuis, ces chiffres ont augmenté]). Le site Mediapart (27/11),qui a eu accès à la liste détaillée des perquisitions menées en Seine Saint-Denis et de leur motivations, pointe des résultats très faibles et des motivations parfois bien vagues, relevant par exemple de la seule pratique d’un islam rigoriste. La majorité des perquisitions semblent n’avoir aucun lien avec les récents attentats, mais semblent plutôt permettre à la police de s’affranchir de tout contrôle judiciaire dans des affaires de droit commun. Le syndicat Alliance reconnaît ainsi que « les mesures liées à l’état d’urgence pourraient aussi permettre de « faire avancer » des affaires en cours » (20 Minutes, 17/11).

L’utilisation de l’arbitraire permis par l’état d’urgence pour réprimer l’opposition d’ampleur qui s’annonçait à la COP 21 est criante. Mais surtout, l’état d’urgence marque une nouvelle étape dans la violence d’État à l’encontre des musulmans de France. Plus de 250 personnes sont ainsi assignées à résidence, sans aucune charge, pour toute la durée de l’état d’urgence, là où cette peine est limitée à la durée de la COP21 pour les militants de gauche. Et le gouvernement envisage déjà de prolonger de trois mois supplémentaires l’état d’urgence.

De nombreux témoignages font état de domiciles saccagés, de passages à tabac et d’insultes parfois racistes lors de certaines perquisitions [6]. Dans plusieurs cas, la police a choisi de défoncer des portes alors que les propriétaires avait proposé les clés. Le 25 novembre, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a même dû rappeler pudiquement aux préfets, dans une circulaire « que les policiers ou les gendarmes qui procèdent [à une perquisition] sont tenus d’être exemplaires dans son exécution », rappelant notamment qu’une perquisition « même en état d’urgence, doit être nécessaire et motivée » et que « dans un premier temps et dans toute la mesure du possible, l’ouverture volontaire de la porte devra être recherchée ». Il résume : « l’état d’urgence n’est en aucune façon une dérogation à l’Etat de droit ». Et pourtant c’est exactement ce dont il s’agit, la France ayant même indiqué au Conseil de l’Europe qu’elle dérogerait à ses obligations en matière de droits de l’Homme pendant la période.

De nombreux collectifs dénoncent depuis longtemps les crimes policiers à dimension raciste qui font l’objet d’une impunité systématique. Récemment, l’État a été condamné pour les contrôle aux faciès pratiqués par ses fonctionnaires [7]. L’état d’urgence a tout d’un lâcher de bride pour un corps amplement marqué par le racisme [8], comparable, dans l’esprit, à la liberté laissée à la police parisienne en 1961, sans que le niveau de violence soit comparable à ces massacres, heureusement.

Membres supposés de « la mouvance contestataire radicale » ou « Français musulmans », l’état d’urgence, issu de la guerre d’Algérie, désigne et frappe les mêmes « ennemis intérieurs » que ceux définis par la doctrine de guerre révolutionnaire, dont il est un des outils.

 

[1] Sylvie Thénault, « L’état d’urgence (1955-2005). De l’Algérie coloniale à la France contemporaine : destin d’une loi », Le Mouvement Social n°218.

[2] Citations compilées par S. Thénault. op. cit.

[3] Sylvie Thénault, « Interner en République : le cas de la France en guerre d’Algérie », Amnis.

[4] Laurent Wauquiez, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen se sont fendus de déclarations en ce sens.[Ndw : depuis, le gouvernement socialiste a demandé au Conseil d’État si une telle mesure serait légale.]

[5] Le gouvernement disposait alors des « pouvoirs spéciaux », étendus de l’Algérie à la France depuis 1957, qui auraient probablement permis de décréter ce couvre-feu même sans l’état d’urgence.

[6] Cf. le site du Collectif contre l’islamophobie en France, le blog Observatoire de l’état d’urgence du Monde ou les témoignages récoltés par le Collectif pour une union antiraciste populaire à Toulouse.

[7] L’État s’est depuis pourvu en cassation.

[8] Cf. par exemple, La force de l’ordre, une anthropologie de la police des quartiers, Didier Fassin, éditions du Seuil.