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Résistance au colonialisme: Nations indigènes et domination politique (Steven Newcomb)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, canada USA états coloniaux, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 1 avril 2017 by Résistance 71

« En point de départ, je suggèrerais de conceptualiser ce qu’on pourrait appeler l’anarcho-indigénisme […] Le mot indigène qui évoque l’enracinement spirituel et culturel dans cette terre et la lutte pour la justice et la liberté d’Onkwe’hon:weh ; combiné au mouvement politique et philosophique qui est fondamentalement anti-institutionnel, radicalement démocratique et dévoué à prendre action afin d’amener le changement: l’anarchisme. »
~ Taiaiake Alfred, 2005 ~

A lire également: « La grande loi du changement », Taiaiake Alfred (extrait de son livre « Wasase », traduction R71)

et « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte » (traduction R71)

 

La souveraineté indigène et la subordination politique de nos nations

La véritable signification de la souveraineté indigène n’est pas ce que nous en savons ou croyons savoir

 

Steven Newcomb

 

27 mars 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/indigenous-sovereignty-political-subordination-nations/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La langue anglaise est profondément problématique pour les nations originelles de l’Île de la Grande Tortue (“Amérique du Nord”). En toute précaution, nous ne devrions pas assumer que nous comprenons un mot particulier simplement parce qu’il est devenu un terme coutumier de l’art. Un exemple probant est le mot “souveraineté”, un terme qu’on dit avoir été inventé par l’absolutiste et philosophe politique français Jean Bodin, qui a défini alors sa signification comme étant “la suprématie sur des citoyens ou des sujets sans restriction de la loi.

En d’autres termes, ceux appelés “citoyens” ou “sujets” sont considérés “sujets” aux “lois du souverain”. Mais, “le souverain” est vu comme “le sujet d’aucune loi” parce qu’il est mentalement imaginé comme existant “au dessus” ou “a un niveau supérieur” de tout le monde et de toute chose. Comme c’est un concept ou une idée qui n’existe pas pas physiquement, il vaut ici d’être noté que “le souverain” n’existe pas physiquement “au dessus” ou “à un niveau supérieur” de tout le monde et de toute chose. Néanmoins, ceux qui agissent au nom du “souverain” sont capables d’exercer un degré de force en relation à ceux qui sont désignés être citoyens ou sujets, ceci résultant parfois en de terribles ou mortelles conséquences pour ceux contre qui cette force est exercée.

On peut illustrer ceci avec les sites de massacres de l’époque jusqu’à l’utilisation traumatique des forces de police militarisées de nos jours à Standing Rock, dans un effort pour l’état “souverain” d’utiliser la force qui accompagne la “souveraineté” quand il veut imposer sa volonté pour les intérêts banquiers et corporatistes coloniaux.
Dans son livre “Captives of Sovereignty” (2011), le philosophe politique Jonathan Havercroft note que des philosophes politiques tels Hannah Arendt, Michel Foucault, Giorgio Agamben, Michael Hardt et Antonio Negri concourrent pour dire que la “souveraineté” est, comme le dit Agamben, “une forme injuste de domination qui limite la liberté humaine”. De ce point de vue, il devient raisonnable de dire que placer le mot “indigène” devant celu de “souveraineté”, résulte en l’idée d’une “forme indigène de domination qui limite la liberté humaine”. Pourtant, je ne connais personne impliqué dans la défense des droits des nations et peuples indigènes, qui travaille pour un droit de domination autochtone. Ceci veut pourtant dire qu’il y a une confusion à la base qui n’est pas adressée.

C’est aussi plus compliqué que cela. Dans le contexte des Nations-Unies, le terme “indigène” veut dire originellement libre mais maintenant existant sous une dominance ou domination. Ceci contredit directement le sens de “souveraineté”, à savoir qui est au dessus de tout le monde et de toute chose. Il est impossible pour quelque chose qui est dit au dessus de tout et de tout le monde, d’exister aussi sous la domination d’un pouvoir politique.

Ainsi, l’expression “souveraineté indigène” est un oxymore ; c’est la combinaison de deux termes qui s’auto-excluent, qui s’annulent l’un l’autre. C’est incohérent. La même chose vaut pour l’expression “souveraineté tribale” dans le contexte de la loi et de la politique fédérales indiennes, invoquant la “souveraineté tribale” dans un effort d’être du bon côté de la lutte, mais ceci est équivalent à dire “ne pas être souverain”, parce que le mot “tribal” indique que c’est une forme moindre ou non-suprème de “suprématie”, ce qui est un non sens.

Au nom des nations originelles de l’Île de la Grande Tortue, les gens ont tenté de combiner un terme indiquant une identité politique subordonnée: “indigène”, avec une identité politique suprêmement dominante: “souveraineté”. Ils ont fait cela dans un effort de nous libérer d’une subordination politique imposée à tort. Ils ont fait cela dans un effort de libérer nos nations et peuples d’une position conceptuellement imposée qui est faite pour exister sous la domination du pouvoir de l’état et de son affirmation au droit de domination.

Ce que la plupart d’entre nous n’ont pas remarqué est l’impossibilité d’être libéré d’une identité politique subordonnée en continuant d’invoquer une identité politique subordonnée. Utiliser le mot “souveraineté” précédé du mot “indigène” n’enlève pas ni n’élève le niveau de subordination politique, cela ne fait que renforcer la subordination. De plus, comme mentionné ci-dessus, cela adopte le concept de domination elle-mieme comme un mondèle d’existence qui contredit en tous points nos systèmes realtionnels traditionnels.

Nous avons tenté de nous défendre contre ceux qui affirment une “souveraineté” sur nous au nom de concepts tels que ceux de la “couronne”, des “Etats-Unis”, du “Canada”, de “L’État” et autres catégories de domination. Mais quoi qu’il en soit, le système conceptuel dominant utilisé pour nous défendre a été fait de façon à ce que tout défi au système renforce ces catégories de domination. Le défier au nom de la “souveraineté indigène”, c’est en fait le renforcer, ne pas le défier est le renforcer. Vous êtes baisés si vous le faites et baisés si vous ne le faites pas, la classique double-liaison.

Une alternative est d’approcher notre défense conceptuellement, ce qui veut dire de nommer et de directement défier le Code de la domination à sa source, afin de défier ses racines profondes. Faire cela revient à travailler depuis la position qui affirme qu’il n’y a aucun droit à la domination ni aucun droit corollaire à la déshumanisation. Ceux qui autrefois considéraient l’esclavage comme étant une institution sacro-sainte utilisèrent aussi un code de domination, un système de rationalisation (idées + arguments) afin de le justifier. (NdT: comme la rédaction de “codes noirs” par exemple pour la France sous Louis XIV et sous le 1er empire, car n’oublions pas que Napoléon a rétabli officiellement l’esclavage que la révolution avait aboli… L’abolition officielle définitive datant de 1848, c’est à dire il y à moins de 170 ans pour la France… “pays des lumières et de la liberté”… qui dans la foulée augmenta son empire colonial…) Ceux qui défièrent l’esclavage ne furent couronnés de succès que lorsqu’ils attaquèrent la fondation conceptuelle de la domination: le concept de dire que certaines personnes ont un droit de domination sur d’autres.

Ceux qui officient maintenant la loi et politique fédérale indienne pour le gouvernement des Etats-Unis sur la base de catégories de domination, ont un système de ratinalisation pour justifier l’affirmation par les Etats-Unis d’un “droit de domination chrétienne” sur nos nations, Un “droit” faussement appelé “conquête”. Ce système de rationalisation a été clairement stipulé dans le verdict et son rendu de l’affaire Johnson c. M’Intosh, Cour Suprême des Etats-Unis sous l’autorité du juge John Marshall, 1823.

Le défi auquel nous avons maintenant à faire face est celui de libérer nos esprits de la confusion qui résulte du point très mal et peu compris qui dit que le terme de “souveraineté” est une forme de domination et le terme “indigène” veut dire “existant sous une forme de domination”. Ainsi la souveraineté indigène est une forme de souveraineté sous un système de domination. Pour nous libérer, nous devons d’abord libérer nos esprits.

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Colonialisme, Vatican et héritage de la domination…

Posted in actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 28 mars 2017 by Résistance 71

Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats pontificaux auront de chance d’être répudiés.

— Résistance 71 ~

 

A lire: « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte », Steven Newcomb, 2008 (version PDF en français, traduction de Résistance 71, mise en page JBL1960)

 

Le Vatican et son héritage de domination

 

Une institution comme le Vatican ne peut pas “conquérir” puis prétendre qu’elle ne porte aucune responsabilité

 

Steven Newcomb

 

20 mars 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/vatican-legacy-domination/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le mois dernier, la pape François a rencontré des représentants des peuples indigènes à Rome. En cette occasion, François a émis une déclaration qui a été largement vue comme une indication tacite faite de son soutien à l’initiative de Standing Rock dans leur dispute en regard de l’affaire du Dakota Access Pipeline. Bien que le pape François n’ait pas mentionné cette controverse en particulier, il a dit que “le droit à un consentement préalable informé” devrait prévaloir “lorsqu’on plannifie des activités économiques qui pourraient interférer avec les cultures indigènes et leur relation ancestrale avec la Terre.

Ce que la nouvelle au sujet de cette excellente déclaration du pape a laissé de côté quoi qu’il en soit, est le rôle du Vatican dans la mise en marche d’un ordre global de domination qui continue à être utilisé par les gouvernements ses états et des entreprises afin d’opprimer des nations et peuples indigènes. Afin que le pape puisse fournir une plus grande contribution au dialogue global au sujet des peuples indigènes, il me semble qu’il devrait ouvertement discuter du système de domination global mis en place par le Vatican et qu’on peut retracer au travers de decrets pontificaux émis par les prédecesseurs du pontife actuel.

Voici le scenario: le Vatican est une massive institution ayant plus d’un milliard de fidèles et une énorme influence globalement. Au cours de quelques siècles, cette institution a promulgué et maintenu un état d’esprit de domination et de deshumanisation. Cet état d’esprit a eu pour résultat la publication de toute une série de documents par cette institution vaticane, documents qui sont facilement accessibles aujourd’hui sur internet.
Question : Après toute cette destruction qui s’en est suivie sur la base de documents qu’elle a délivrés, quelle responsabilité incombe au Vatican pour avoir émis ces documents en première instance ? Quelle responsabilité incombe pour avoir plannifié et mis en place des plans conceptuels pour créer un système global de domination qui continue à être utilisé contre des nations et peuples qui continuent à être dominés aujourd’hui et sont ainsi appelés “peuples indigènes” ?

Les documents pontificaux mortifères datant des XIVème et XVème siècles peuvent être exprimés en termes arithmétiques très simples, utilisant des mots clefs tirés de ces documents pontificaux:

envahir + capturer + vaincre + subjuguer + réduire en esclavage + saisir toutes les possessions et propriétés = civilisation et domination ou, seconde réponse possible, l’affirmation d’un “pouvoir plénier” américain sur nos nations originelles.

L’archevêque Silvano Tomasi du Conseil Pontifical pour La Justice et la Paix m’avait référé à la déclaration de la Conférence Canadienne des Evêques désavouant la “doctrine de la découverte” et la notion de “terra nullius” (cette idée que les terres des peuples indigènes étaient vacantes ou vides lorsque les chrétiens envahirent sur ce continent dit des “Amériques”). Ceci mène à une autre question: en termes pratiques, qu’est-ce que cela veut dire pour des évêques de l’église catholique de dire maintenant qu’ils rejettent “la doctrine de la découverte””, spécifiquement étant donné que le Vatican a, par le moyen de cette doctrine, accumulé des millionss d’acres de terre et une très très vaste richesse dite être “incalculable” ?

Est-ce que cela veut dire que maintenant le pape François et le Vatican sont prêts à dire que nos nations et peuples originels ont parfaitement le droit de vivre libres des systèmes de domination construits sur la base des doctrines de la découverte et de la domination et un système comme la loi fédérale indienne des Etats-Unis (NdT: et la loi sur les Indiens , Indian Act, au Canada) ? Que veut dire le rejet de la doctrine du Vatican en termes des grandes surfaces de terre et de la grande richesse qu’il a réussi à accumuler sur la base même de ces doctrines ?

Il est grand temps pour le Saint Siège d’ouvrir le dialogue avec les peuples et nations indigènes, tout en examinant en détail les éléments clef qui furent utilisés pour la construction du modèle global de l’empire chrétien de la domination. Cette discussion doit démarrer avec une insistance sur les éléments suivants: l’histoire du peuple élu sur la terre promise de l’Ancien Testament qui fut utilisée contre nos peuples et nations premiers ; les termes de domination et de deshumanisation en latin écrits dans des documents émis par différents papes (exemple de mots: subjicere, reducere, deprimantur, etc) ; les chartes royales issues par différents rois d’Angleterre en imitation des documents et décrets du Vatican, des verdicts de tribunaux variés (NdT: dont la cours suprême des Etats-Unis et ce à maintes reprises…) fondés sur ces mêmes documents et schémas de domination.

La plupart des gens ne réalisent pas que les éléments présentés ci-dessus forment la toile de fond et le contexte, juste comme exemple, les actions de la police militarisée de l’état du Dakota du Nord contre les défenseurs pacifiques de l’eau à Standing Rock sur le territoire non cédé (NdT: et clairement protégé par les traités de Fort Laramie de 1851 et 1868) de la grande Nation Sioux Oceti Sakowin. Une telle violence infligée aux peuples natifs et à leurs supporters non-natifs ne représente qu’un des exemples de la manifestation contemporaine du système de domination créé sur la base du modèle global de domination du Vatican.

La menace très réelle pour l’eau et l’eau potable de millions de personnes ainsi que pour les écosystèmes exercée par le DAPL est rendue évidente par le fait que plus de 4000 fractures hydrauliques ayant occasionné des fuites se sont déjà produires dans cet état. Ce n’est pas une question de savoir si cela va se produire mais quand. La situation complète à Standing Rock et le refus des Etats-Unis de reconnaître l’intégrité territoriale de la nation Oceti Sakowin est très emblématique de l’état d’esprit et de l’attitude du système de domination et de deshumanisation auquel le Vatican et son saint siège doivent répondre dans les détails.

Toute institution, que ce soit le Vatican ou le gouvernement d’un pays comme les Etats-Unis, ne devraient pas être capables de lâcher sur la planète les types de schémas mentionnés plus haut, comme envahir, capturer, vaincre, subjuguer, saisir toute possession ou propriété, pour ensuite prétendre ne subir aucunement la responsabilité qui en incombe.

Résistance au colonialisme: Quand une petite trahison sémantique a de grandes conséquences coloniales (Steven Newcomb)

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Les nations amérindiennes luttent contre le terrorisme depuis 1492…

~ Résistance 71 ~

 

L’héritage: Les pensionnats américains de la domination et le vote des autochtones

Steven Newcomb

25 Avril 2016

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/04/25/legacy-us-boarding-schools-domination-native-vote

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans son “Doubts About Voting? Just Think Montana, »
le journaliste Mark Trahant, Shoshone-Bannock, dit: “Les électeurs amérindiens sont enregistrés pour voter dans l’état du Montana à un ratio plus important que tout autre groupe ethnique.” Ainsi, il échoue totalement à nous classifier comme appartenant à des nations autochtones distinctes des Etats-Unis d’Amérique ; il nous définit en revanche comme un “groupe ethnique” parmi la multitude de groupes de la sorte existant aux Etats-Unis.

L’article de Trahant nous rappelle une phrase du président Obama invoquée lors d’une réunion des leaders des nations natives indiennes à la Maison Blanche: “E Pluribus Unum”, qui en latin veut dire “Unité dans la multitude”. Parce que les Etats-Unis furent fondés comme l’empire américain (Richard Van Alstyne, The Rising American Empire, 1962), la phrase est en fait plus précisément: “E Pluribus Unum Imperium”, c’est à dire “de la multitude à l’unicité d’un empire”. Un “imperium” légal note René Maunier dans son livre “La sociologie coloniale”, volume 1, 1942, est “une domination ou une subjection au sens propre”. Maunier observe plus loin: “Lorsque nous parlons du pouvoir qu’un État exerce, nous pourrions impliquer une réelle domination” (Ibid).

L’Imperium, ou empire américain, comme l’ont conçu George Washington, James Madison, John Marshall et bien d’autres, a travaillé sans relâche pour diminuer et éventuellement mettre un terme à l’existence de nos nations et peuples originels sur ce continent. Lorsque des écrivains/journalistes autochtones décident d’écrire au sujet de notre appartenance à quelque “groupe ethnique” des Etats-Unis (de l’empire américain), ils jouent directement la main de l’agenda anti-nation native qui remonte à la fondation même des Etats-Unis. Cela a été un objectif de longue durée pour cette entité de mettre un terme à toute velléité de conscience nationale de nos nations autochtones et de la remplacer par la conscience nationale des Etats-Unis.

Les preuves de la guerre états-unienne contre nos nations originelles afin de nous garder sous le joug et de nous détruire, abondent. Une telle preuve est par exemple trouvée dans le rapport annuel d’Ely Parker, haut-commissaire aux affaires indiennes, qui fut publié le 23 décembre 1869. Une partie de ce rapport s’adresse à l’élaboration de traités entre les Etats-Unis et les nations indiennes, une chose que Parker tend à ridiculiser.

Parker était un Seneca (NdT: membre de la Confédération des 6 Nations Iroquoises, Haudenosaunee) qui est devenu plus dévoué apparemment aux Etats-Unis qu’aux nations autochtones. Il devint un général de l’armée nordiste lors de la guerre de sécession et un avocat dans le système légal de l’homme blanc. Il a servi de haut-commissaire en chef aux Affaires Indiennes de 1869 à 1871. Parker écrivit ce qui suit comme négation de toute idée de nationalité/nation indienne:

“Les tribus indiennes des Etats-Unis ne sont pas des nations souveraines capables de faire des traités car aucune d’elles n’a un gouvernement organisé ayant un pouvoir et une force inhérente tels, que cela sécuriserait une fidèle observation des composants de ce caractère. Elles sont tenues pour être pupilles du gouvernement des Etats-Unis et le seul titre que la loi leur concède envers la terre qu’ils occupent est à peine celui de la possession.”

Parker épousait bien évidemment la vision que les nations indiennes ne sont pas des nations souveraines parce qu’elles ne possèdent ni la force politique, ni la force militaire pour forcer les Etats-Unis à se plier aux accords de traité que les Etats-Unis avaient juré de suivre. Le commissaire Parker dit plus loin:

“Mais, parce que ces traités ont été faits avec elles, généralement en vue de l’extinction de leur supposé titre absolu de propriété de la terre qu’ils habitent, ou sur laquelle ils èrent, elles ont reçu la fausse impression de la notion d’indépendance nationale.”

Aujourd’hui, l’idée d’indépendance nationale pour les nations indiennes, c’est à dire “un désir d’exister indépendamment de la domination politique des Etats-Unis”, semble être la chose la plus éloignée dans l’esprit de bien des autochtones.

En 1882, une décennie après la déclaration de Parker sur les traités avec les Indiens, un autre haut-commissaire aux Affaires Indiennes, Hiram Price, se fit l’avocat “d’utiliser des sociétés religieuses à des fins régulières et missionnaires parmi les Indiens”. Il proposa d’utiliser ces sociétés religieuses:

Pour le plus haut et noble but d’aider ces gens sans tuteurs et non-civilisés vers une plus haute et meilleure place dans l’existence. Il n’y a pas d’autre façon ni d’autre moyen, à mon avis, pour que notre population indienne soit rapidement et de manière permanente récupérée et sauvée de la barbarie, de l’idolâtrie et de la vie sauvage, que par les opérations éducatives et missionnaires du peuple chrétien de notre pays (Prucha, p.157).

En 1889, un an avant le massacre du chef Big Foot et de son peuple Hunkpapa à Wounded Knee, Thomas J. Morgan, commissaire aux Affaires Indiennes, introduisit une nouvelle politique indienne. Morgan lança ce que je nommerais une forme de guerre psychologique faite pour assimiler les enfants indiens dans la mentalité de la société (coloniale) dominante. Il appela cela “l’inculcation du patriotisme dans les écoles pour Indiens”. Le mot “inculquer” remonte au sombre mot “calcare” ou “marcher sur, piétiner”. Cela veut généralement dire “enseigner ou imprégner par de fréquentes répétitions”. Par un tel processus, a dit Morgan “les Indiens sont destinés à être absorbés dans la vie nationale, non pas comme Indiens, mais comme Américains.” Morgan annonça que:

Sur le campus de toutes les écoles les plus importantes devra être érigé un poteau pour les couleurs sur lequel flottera, lorsque la météo est bonne, le drapeau américain. Dans toutes les écoles quelques soient leur taille et leur caractère, soutenues totalement ou partiellement par le gouvernement, la “bannière étoilée” devrait être un objet familier et les élèves seront enseignés de respecter le drapeau comme symbole de la puissance et de la protection de leur nation.

La grande poussée pour “le vote autochtone” dans les élections américaines m’a frappé quant au succès sur le long terme, du plan américain de laver le cerveau des enfants indiens avec ce moyen du patriotisme envers les Etats-Unis et afin de retirer de nos nations autochtones originelles toute conscience nationale en relation de ce que nous sommes. Aujourd’hui, le vote autochtone en “pays indien” est une conséquence directe de la guerre psychologique qui a été engagée contre nos ancêtres lorsqu’ils étaient enfants dans les pensionnats américains de la domination coloniale. L’indépendance originelle et l’existence politique de nos nations indigènes sont ignorées de manière routinière en faveur du vocable péjoratif de “tribus” et de “tribal” ; nos propres frères nous caractérisent d’une manière subordonnée en nous qualifiant de n’être qu’un “groupe ethnique” des Etats-Unis, ceci en parfaite adéquation et continuité de la politique de Parker ; de fait le drapeau américain est souvent traité comme s’il était le drapeau de toutes nos nations natives de cette terre.

Les Amérindiens votant dans les élections américaines en tant “qu’Américains” avait été prédit par le commissaire Morgan lorsqu’il écrivit: “Les Indiens sont destinés à être absorbés dans la vie nationale, non pas en tant qu’Indiens mais en tant qu’Américains.” Le “vote autochtone” crée la fausse impression que nous avons donné notre consentement libre à l’adhésion au système américain de domination qui nous a été et nous est toujours imposé, à nous, nos peuples et nos nations.

Résistance au colonialisme: le code de domination en las Ame (amour) Ricas (richesses) tue…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 19 mars 2016 by Résistance 71

Superbe analyse et réflexion ici de Steven Newcomb sur l’assassinat de l’activiste amérindienne Berta Cáceres au Honduras. De plus il nous amène à une de ses réflexions sémantiques habituelles qui, à notre grande honte, nous avait jusqu’ici échappée, à savoir l’origine éthymologique du nom donné au continent par les Espagnols: Las Americas pour les Ameriques.
Pourquoi donc las Americas ? Newcomb nous dit:

Ame = amour + Ricas = richesses, le continent de l’amour des richesses… tout était déjà dit dès le départ ! Génocide, ethnocide et impérialisme galopant ne pouvaient que s’ensuivre. Les chrétiens européens ont tenu promesse, celles écrites noir sur blanc dans les bulles pontificales Romanus Pontifex (1455) et Inter Caetera (1493), Berta Cáceres n’en est malheureusement qu’une des très, trop nombreuses victimes 524 ans plus tard. Il est impétatif que nous œuvrions tous pour la cause commune du démantèlement de l’empire actuel et de rendre politiquement et économiquement impossible la formation d’un quelconque remplaçant, parce que nous sommes tous des colonisés !

— Résistance 71 —

 

Le code de domination a tué Berta Cáceres

 

Steven Newcomb

 

15 Mars 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/03/15/domination-code-killed-berta-caceres

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

L’assassinat le 3 Mars dernier de l’activiste indigène Berta Cáceres au Honduras nous a rappelé le livre de John Brodley “Victims of Progress” (1982) où il écrivit: “Il est généralement reconnu que les peuples tribaux sont dramatiquement affectés par la civilisation et que leurs schémas culturels et, dans bien des cas, les peuples eux-mêmes, disparaissent à mesure que la civilisation avance” (p.1) Bien que je ne préfère pas le mot “tribal” parce qu’il suggère que les nations originelles d’un endroit sont “primitives et barbares”, Brodley a mis le doigt sur quelque chose de critiquement important exemplifié par l’assassinat de Mme Cáceres. La forme de domination qui a été euphémistiquement appelée “civilisation” a eu et continue d’avoir d’horribles effets sur nos peuples et nations originels partout sur ce continent appelé typiquement continent “des Amériques”.

Le phénomène identifié par Brodley devient très clair lorsque nous réalisons que la “civilisation” est “le passage en force d’un schéma culturel particulier sur une population qui lui est étrangère.” En d’autres termes, la “civilisation” n’est qu’un mot de maquillage pour le mot “domination”. Qu’est-ce qui a causé la disparition de tant de nos langues et de nos cultures et qui a résulté en la disparition de tant de nos nations originelles et de leurs peuples eux-mêmes ? La domination et la déshumanisation qui en résulte est la réponse.

L’assassinat de Berta Cáceres et de quelques 110 activistes environnementaux au Honduras est une preuve graphique du système de domination-déshumanisation. Elle fut une leader activiste autochtone sans peur de la nation Lenca. Mère de quatre enfants, porte-parole de notre Terre-Mère et de nos écosystèmes vitaux. Elle osa se lever contre des forces et intérêts économiques et politiques très puissantes en s’opposant à un projet de centrale hydroélectrique. Le slogan des intérêts auxquels elle s’opposa semble être: “étendre son territoire et les accès aux ressources naturelles vitales par tous les moyens nécessaires et peu importe qui ou ce que vous avez à détruire dans ce processus.” Beaucoup de ces intérêts opérant au Honduras proviennent des secteurs d’élite des Etats-Unis (NdT: et du Canada). Berta a payé de sa vie d’avoir eu le courage d’exprimer son opposition à cet agenda élitiste de la richesse et du pouvoir aux dépends de peuples bien distincts et des écosystèmes si fragiles.

Le 4 mars 2016, un article dans le quotidien britannique du Guardian: “Hypocrisy surrounds the murder of Berta Cáceres in Honduras,” Bert Schouwenburg rapporta un phénomène appelé “femmicide” (le meurtre de masse de femmes). Il écrit: “En 2014, 513 femmes furent assassinées et en 2015 il a été estimé qu’une femme était assassinée toutes les 16 heures…” Parlons de domination et de déshumanisation. Où sont les cris d’orfraies du ministère des affaires étrangères US sur ces évènements ? Le 10 mars 2016, un article de Greg Grandin dans le journal The Nation, met en évidence que Berta Cáceres avait critiqué ouvertement Hillary Clinton et son soutien à un coup d’état au Honduras en 2009, et ce 5 jours avant son assassinat. Clinton était alors ministre des AE des Etats-Unis. Ce coup retira du pouvoir le président réformiste Manuel Zalaya. Le ministère de Clinton qualifie simplement de “non-sens” tout effort de suggérer que la politique du ministère d’Hillary Clinton créa le contexre pour l’assassinat de Mme Cáceres.

Le grand nombre de meurtres et autres actes de traumatisme induisant la répression au Honduras sont clairement la façon adoptée par les soi-disantes Zones de Libre-Entreprise (ZLE), financées par des institutions telle que la Banque Mondiale. Derrière tout ceci réside des intérêts très puissants qui demandent que leur droit d’auto-détermination impérialiste leur soit permis pour passer au rouleau compresseur les peuples sans retenue, comme les chars de Tienanmen en 1989. (NdT: mauvais exemple, Newcomb ferait bien d’analyser et de rechercher les évènements de Tienanmen en 1989…)

Les assassins de Berta, en tant qu’agents d’intérêts toujours plus veules et gourmands, font partie d’une façon de penser qui dit au travers de ses actions: “Au diable vos peuples et nations originels, au diable tous vos écosystèmes”. Le chemin, vieux de quelques siècles de ce “progrès capitaliste”, est pavé des os des peuples originels dans les endroits où il passa. Il laisse derrière lui un héritage de déchets toxiques, de déforestation et autres naufrages de proportion incommensurable.

Tout ceci fut amené à nos nations originelles au travers de ce continent grâce à une idéologie néolibérale qui s’est manifestée directement depuis le même type de mentalité qui créa les décrets (bulles) pontificaux du Vatican pour la domination au XVème siècle: envahissez, capturez, vainquez, subjuguez et dominez les “nations païennes et barbares”. Cette mentalité croit qu’elle a besoin de maintenir sa domination sur les peuples et nations originels. Elle croit en la libération des corporations multinationales et transnationales de toutes régulations qui soient qui pourraient entraver le chemin vers de gigantesques profits et le siphonage des ressources naturelles vitales.

Les ZLE créées par la Banque Mondiale et autres intérêts banquiers au Honduras sont des endroits où la domination est laissée libre de toute action de façon à retirer tout obstacle qui empêcherait les corporations d’exploiter la Terre-Mère, ses eaux, et ses ressources naturelles et ce pour un profit toujours plus important et un accroissement du pouvoir, à perpétuité. En contraste, les histoires de la création native et les enseignements des nations autochtones sont faits pour honorer, respecter et préserver la Terre et tous les êtres vivants la partageant, à perpétuité. Ces enseignements et les peuples et nations originels qui les maintiennent en place, posent une menace fondamentale et existentielle à la mentalité de domination et à ce type de vie particulier qui résulte de l’amour des richesses (Ame = amour + Ricas = richesses)

“Les Amériques” (du nord, centrale et du sud) est le continent où le rêve d’empire de la chrétienté, celui de la domination et du profit, devint la base du “rêve américain” (le rêve des richesses et de la richesse, de l’abondance matérielle) et la base du “mode de vie américain” la fameuse “American way of Life”. C’est un modèle mental de vie idéalisé mis en place sur l’amour des richesses et de la richesse, accumulées en s’accaparant les territoires des peuples et nations originels d’une région géographique donnée et de soit “contrôler ou éliminer la population autochtone”, comme l’a dit l’historien Samuel Eliot Morison. La domination est le moyen utilisé pour parvenir à ce but et le meurtre brutal de Berta Cáceres est une preuve additionnelle de ce que nous décrivons dans notre documentaire “The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code.

Dans son livre Empire or Democracy (1939), Leonard Barnes écrit: “Pour bien des hommes le sens de la domination est un bienfait et avoir d’autres humains travaillant comme vos serviteurs et produisant une richesse que vous pouvez vous approprier d’un coup et vous en réjouir est, pour le moins, utile” (p.187). Le système institutionnalisé de domination a soufflé brutalement la vie de Berta Cáceres, ainsi que celle de bien d’autres femmes autochtones au Honduras parce qu’elle et bien d’autres ont essayé de se mettre en travers du chemin de cette soi-disante ZLE du “progrès” pour des intérêts qui sont directement liés à l’empire américain (les Etats-Unis).

Dès sa création, les Etats-Unis, que George Washington appela “notre empire nouveau-né”, furent fondés sur l’amour de l’opulence matérielle et la richesse. Durant plus de deux cents ans, il s’est engraissé au travers du processus de l’impérialisme. Il a utilisé ce même processus pour s’emparer des territoires traditionnels de nos nations et peuples originels. C’est un état Léviathan. Ses politiques impérialistes sont le moyen par lequel il étend ses tentacules politiques et économiques dans de syperbes endroits comme le Honduras et ce avec une impunité froide, déterminée et mortelle. Les peuples et nations originels finissent par être sacrifiés aux dieux du capitalisme et de la veulerie.

Comme l’a fait remarqué Rupert Emerson dans son From Empire to Nation (1960), “l’impérialisme par définition, implique la domination d’un peuple sur un autre” (p.6) ; la proclamation d’apporter “la civilisation humaine et chrétienne” aux “non civilisés, sauvages” (non dominés) “païens et infidèles”, fut le martelage précoce de ce code. Maintenant, il est mis en avant par des mots à la consonnance si bénigne tels que “développement” et par des phrases ou expressions d’enfumage comme “the Central American Free Trade Agreement (CAFTA).” Tout réside dans le fait de rendre l’entreprise de domination “libre” de toute contrainte ou réglementation, du moins du mieux possible et ce même si cela implique tuer de braves gens comme Berta Cáceres en toute impunité, Et ainsi la domination continue… à perpétuité.

Résistance politique: La forfaiture de la propriété comme droit de domination despotique…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 17 janvier 2016 by Résistance 71

« La propriété c’est le vol »

« La propriété est impossible car elle est la négation de l’égalité. »

~ Pierre Joseph Proudhon ~

 

La propriété comme droit de domination despotique

 

Steven Newcomb

 

12 Janvier 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/01/12/property-right-despotic-dominion

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En 1776, un propriétaire d’esclaves blanc aristocrate de Virginie nommé Thomas Jefferson, écrivit la déclaration d’Indépendance des Etats-Unis. Il le fit pour les treize colonies britanniques de la côte atlantique de l’Amérique du Nord qui désiraient se rebeller et se séparer de l’empire britannique qui les avait créé. Jefferson ouvrit la Déclaration d’Indépendance avec la célèbre phrase “Nous tenons ces vérités pour être évidentes…” et il exprima la première de ces vérités comme étant “tous les hommes sont créés égaux.

Parce qu’il possédait des esclaves lorsqu’il écrivit que tous les hommes sont égaux, certains pourraient concevoir Jefferson comme étant un hypocrite. Mais, d’après le “système légal” en place en Virginie à cette époque, les esclaves de Jefferson étaient sa propriété de droit. Il devait même payer des impôts sur la propriété de ses esclaves. Les esclaves étaient une forme de propriété qui en fait “ressemblaient” aux humains. Ainsi, dans l’esprit de Jefferson, les esclaves, incluant les siens, ne tombaient pas dans la catégorie des “hommes”. L’existence d’esclaves dans une société esclavagiste n’interférait aucunement avec “tous les hommes (blancs et propriétaires)” étant égaux entre eux, du moins en principe.

Faire remarquer que des esclaves comme ceux de Jefferson étaient sa propriété, mène à une question sensible: “Qu’est-ce que la propriété ?” J’ai récemment posé la question au sujet de l’idée, du concept de propriété au professeur Lance Liebman qui enseigne à la faculté de droit de l’université de Colombia (il est l’auteur du livre d’étude, “Property and Law” et a enseigné le droit pendant 45 ans). Liebman m’a donné une citation des “Commentaires” de William Blackstone. D’après lui, “la propriété est… cette seule domination despotique qu’un homme affirme et exerce sur les choses externes du monde…” Ainsi par exemple, un propriétaire d’esclaves comme Thomas Jefferson, possédait une domination despotique (un droit de domination) sur sa propriété-esclave. Pour cette raison, nous pourrions dire que l’esclavage est le modèle central ou le cas de référence de l’idée même de domination. Il fournit un prototype (meilleur exemple) de domination.

La propriété (domination despotique) a été caractérisée comme la fondation même de la “civilisation”. (NdT: la “propriété” est sanctifiée dans la plupart de tous les modèles de constitution des états dits “démocratiques”, Etats-Unis en tête…) Ceci est parfaitement sensé lorsque nous considérons que le “processus de civilisation” est un processus par lequel des “hommes” en premier lieu clâment une “domination absolue” sur une étendue géographique toujours plus grande, puis utilisent la violence et la force pour rendre la domination despotique sur cette zone géographique une expérience de la réalité.
Quelle est la raison ou le but pour l’expansion de la domination despotique ? C’est pour augmenter la richesse qui résulte de la domination (dominium, propriété). Une domination en expansion est le cadre de référence de fond pour les métaphores alors employées comme “progrès”, “avancée” et “destinée manifeste” (où la domination “divinemement destinée” fait son apparition).

La colonisation (colonialisme) est un des principaux moyens par laquelle la domination despotique est poussée de l’avant ou “avancée” sur les terres pas encore colonisées, c’est à dire “pas encore dominées”. Lorsque la société dominante caractérise les nations libres et indépendantes ainsi que leurs peuples comme étant “non civilisés, donc barbares”, elle les déclare en fait comme “n’étant pas encore dominés”, ou pas encore sous le joug de la domination despotique des colonisateurs. La colonisation et la civilisation vont la main dans la main quand nous nous rappelons que “civilisation” est définie comme “le passage en force d’un schéma culturel particulier sur une population pour laquelle ce schéma culturel est totalement étranger.” (définition du Webster’s Third New International Dictionary)

La colonisation est un des moyens de forcer un tel schéma culturel sur une population étrangère. L’historien Samuel Morison dans son The Oxford History of the American People (1965), a rendu cette image très claire. Il a défini la “colonisation” comme “une forme de conquête par laquelle une nation prend le contrôle d’un territoire lointain, y pousse ses propres gens et contrôle ou élimine les habitants natifs de l’endroit.” (p-34). Ceci décrit quelques activités impliquées dans le premier jet de l’établissement de la “domination despotique” sur des nations et des peuples vivant dans une zone qui n’a pas auparavant été soumise à une telle domination.

Ce que Morison nomme la “nation” qui s’engage dans ces types d’activités, est typiquement caractérisé comme un empire, ou un souverain (que Jonathan Havercroft appelle “un système injuste de domination qui limite la liberté humaine”). Le but de la colonisation est l’expansion de l’imperium, que Richard Van Alstyne définissait comme “un dominion, état ou souveraineté qui étendrait sa population et son territoire et augmenterait sa force et son pouvoir” (The Rising American Empire, 1960, p. 1).

Max Weber a caractérisé l’état comme “les relations d’hommes dominant d’autres hommes”. Ce qui en vient à ceci: L’histoire des Etats-Unis d’Amérique est celle du secteur de l’élite de la société US utilisant l’affirmation d’un droit de domination pour étendre la sphère d’influence de domination de l’empire américain et pour augmenter la population et le territoire devant être sous contrôle de cet empire, tout en étendant simultanément la richesse (fondée sur la domination despotique) du secteur élitiste de la société dominante des Etats-Unis.

Claus Meuller, dans son excellent ouvrage The Politics of Communication (1977), définit la domination comme “le contrôle” par “un nombre limité d’individus sur les ressources matérielles de la société” et “sur l’accès à des positions de pouvoir politique (prise de décision)” (p-129). Il fait ensuite remarquer que la légitimité “confère une autorité sur un système de domination”. La légitimité, dit Mueller, rend “justes” les décisions faites par ceux en contrôle du système de domination. Ceci ne veut pas nécessairement dire que ces décisions sont effectivement justes ; cela veut juste dire que ceux qui ont internalisé le système de domination et sa vision de légitimité verront à la fois le système de domination et ses décisions comme étant justes et bons.

Il y a ceux d’entre nous en tant que peuples indigènes natifs qui n’ont pas internalisé la logique de justification du système de domination. Parce que nous n’avons pas été socialisé de manière efficace dans le système de domination, nous sommes toujours capables de fournir ce que la société japonaise a nommé et caractérisé comme kikenshiso, ou “pensées dangereuses”, au sujet de la fondation conceptuelle du système de domination. Nous pouvons demander: “Existe t’il réellement quelque chose comme un droit valide de domination (despotisme, dominium, etc) sur nos nations et peuples originels de l’Île de la Grande Tortue (Amérique du Nord) ? Voici ma réponse: Du point de vue de l’existence préalablement libre et indépendante de nos nations natives, il n’y a en aucun cas de droit valide (légitime) à la domination, ou à la domination despotique, sur notre existence.