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Les fléaux de l’humanité: La peste religieuse… (Johann Most)

Posted in actualité, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 30 août 2018 by Résistance 71

 

La peste religieuse

 

Johann Most

1892

 

De toutes les maladies mentales que l’homme s’est implantées systématiquement dans le cerveau, la PESTE RELIGIEUSE est certainement la plus horrible.

Comme tout a son histoire, cette ÉPIDÉMIE n’est pas sans avoir la sienne. Seulement il est, parbleu !, bien dommage que le développement de cette histoire ne soit pas tout ce qu’il y a de plus joli. Les vieux Zeus et Jupiter étaient des individu très convenables, nous dirons même assez éclairés, si on les compare aux rejetons trinitaires de l’arbre généalogique du bon DIEU, lesquels ne le cèdent en rien aux premiers en cruauté et en brutalité.

Du reste, nous ne voulons pas perdre notre temps avec les dieux retraités ou déchus, car ils ne causent plus aucun dommage ; par contre, nous critiquerons sans respect les « faiseurs de pluie et de beau temps » encore en activité de service et les terroristes de l’enfer.

Les chrétiens ont une « Trinité » ; leurs aïeux juifs se contentaient d’une « seule déité » ; à part cela, les deux peuples forment tous les deux une société fort réjouissante. L’ancien et le nouveau « testament » sont pour eux la source de toute sagesse, c’est pour cela qu’il faut lire, bon gré et mal gré, ces saintes écritures si l’on veut les connaître et partant, les tourner en ridicule.

Examinons simplement l’historique de ces divinités et nous verrons que cela suffira à caractériser le tout. Voici la chose brièvement :

Au commencement DIEU créa le ciel et la terre. Il se trouvait tout d’abord au milieu du néant, dont l’aspect devait être, en effet, assez triste pour qu’un Dieu lui-même s’y ennuyât, et comme c’est une bagatelle pour un Dieu de faire des mondes avec rien, il créa le ciel et la terre comme un charlatan remue les œufs ou les écus de sa manche. Plus tard il fabriqua le soleil, la lune et les étoiles. Certains hérétiques qu’on nomme astronomes, ont bien démontré il y a longtemps, que la terre n’est et n’a jamais été le centre de l’Univers, qu’elle n’a pu exister avant le soleil, autour duquel elle tourne. Ces gens ont prouvé que c’est une véritable bêtise de parler de la lune, du soleil et des étoiles après la terre, comme si celle-ci, comparée à ceux-là, était une chose spéciale et extraordinaire ; il y a longtemps que chaque écolier sait que le soleil n’est qu’un astre, que la terre est un de ses satellites, et la lune pour ainsi dire un sous-satellite ; il sait également que la terre en comparaison de l’Univers est loin de jouer un rôle supérieur ; qu’au contraire, elle est un grain de poussière dans l’espace. Mais est-ce qu’un Dieu s’occupe d’astronomie ? Il fait ce qu’il veut et se moque de la science et de la logique ; c’est pour cette raison que, après sa fabrication de la terre, il fit d’abord la lumière et ensuite le soleil.

Un Hottentot saurait parfaitement que sans le soleil, la lumière ne peut exister ; mais Dieu… hum ! n’est pas un Hottentot.

Voyons plus loin : la création avait parfaitement réussie jusque-là, mais il n’y avait pas encore de vie dans la baraque ; et comme le créateur voulait enfin s’amuser, il fait l’HOMME. Seulement en le faisant, il s’écarta de façon particulière de sa première manière de procéder. Au lieu d’effectuer cette création par un simple commandement, il se donna beaucoup d’embarras, il prit un prosaïque morceau d’argile, modela à son image un homme, et y souffla une âme.

Comme Dieu est tout-puissant, bon, juste, en un mot l’amabilité même, il vit tout de suite qu’Adam (c’est ainsi qu’il avait appelé sa fabrication) seul, s’ennuyait affreusement (peut-être se rappela-t-il sa propre existence si ennuyeuse dans le néant), il fabriqua alors une mignonne, une charmante Ève.

Assurément l’expérience lui avait prouvé que c’était un travail bien ennuyeux pour un Dieu que de pétrir l’argile, car il employa une autre méthode. Il enleva une côte à Adam et la changea instantanément en une petite femme ; instantanément, dis-je, car la vitesse n’est pas une sorcellerie pour un Dieu. L’Histoire ne nous dit pas si la côte d’Adam fut remplacée plus tard ou s’il dut se contenter de celles qui lui restaient.

Les sciences modernes ont établi que les animaux et les plantes, formées d’abord de simples cellules, ont acquit peu à peu dans le cours des millions d’années leurs formes actuelles ; elles ont établi de plus que l’homme n’est que le produit le plus parfait de ce long et continuel développement, et que non seulement il y a quelques cent mille ans il ne parlait pas, et se rapprochait de beaucoup de l’animal, dans l’acception du mot, mais qu’il doit descendre des animaux du plus bas de l’échelle, toute autre supposition étant à rejeter. Partant de là, l’histoire naturelle nous fait considérer Dieu en sa fabrication d’hommes comme un hâbleur ridicule ; mais à quoi sert tout cela ? On ne plaisante pas avec Dieu.

Que ces histoires aient un cachet scientifique ou non, il commande qu’on les croie ; sans cela il vous enverra chercher par le diable (son concurrent), ce qui doit être fort désagréable. Car en enfer règne non seulement les pleurs et les continuels grincements de dents, mais mieux encore, il y brûle un éternel feu, un ver infatigable vous y ronge et il sent fort le soufre et la poix dans cet endroit-là.

Or, donc, d’après cela, un homme sans corps, c’est-à-dire une âme, serait rôtie ; la chair qu’il n’a pas grillera, les dents qu’il n’a plus grinceront encore ; il pleurera sans yeux et sans poumons, le ver rongera ses os tombés depuis longtemps en poussière, il flairera sans nez une odeur sulfureuse, et tout cela éternellement !!! Drôle d’histoire.

Du reste Dieu, comme il le dit lui-même dans sa chronique, la Bible, sorte d’autobiographie, est excessivement capricieux et avide de vengeance ; enfin quoi un despote de premier ordre.

A peine Adam et Ève étaient-ils créés qu’il fallut gouverner cette engeance ; dieu émit-il un code dont voici la teneur catégorique : « Vous ne mangerez pas du fruit de l’arbre de la science. » Depuis lors, il n’a existé aucun tyran couronné ou non qui n’ait jeté lui aussi cette défense à la face des peuples. Mais Adam et Ève n’obéirent pas à cette injonction ; ils furent aussitôt expulsés (comme de vulgaires socialistes) et condamnés, eux et leurs descendants, pour toujours aux plus rudes travaux. De plus les droits d’Ève lui furent enlevés et elle devint la servante d’Adam à qui elle dut obéissance. Dans tous les cas, ils étaient déjà sous la surveillance de la haute Police divine.

Assurément Lehman[7] lui-même n’a pas été aussi loin dans son despotisme, mais Dieu n’est-il pas son supérieur ?

La sévérité de Dieu envers les hommes ne servit à rien, au contraire ; plus ils augmentaient, plus ils le lassaient. On peut se faire une idée de la vitesse de leur propagande quand on lit l’histoire de Caïn et d’Abel ; lorsque ce dernier fut tué par son frère, Caïn alla dans un pays… étranger et prit femme. Le bon Dieu ne nous dit pas d’où venait ce pays étranger et les femmes qu’il contenait ; ce qui, du reste, n’est pas étonnant ; il peut bien l’avoir oublié alors qu’il était surchargé de travaux de toute sorte.

Enfin, la mesure était comble ; Dieu résolut d’exterminer le genre humain dans l’eau. Seulement il choisit un couple pour faire un dernier essai ; il n’eut pas la main heureuse malgré toute sa sagesse, car Noé, le chef des survivants, se révéla un grand noceur, s’amusant avec ses fils…

Que pouvait-il sortir de bon d’une pareille famille ?

Le genre humain se répandit de nouveau et produisit de pauvres pécheurs. Le bon dieu aurait bien crevé de divine colère en voyant que toutes ses punitions exemplaires, comme par exemple la destruction de villes entières par le feu et le soufre ne servaient absolument à rien. Alors il résolut d’exterminer toute cette canaille, lorsqu’un événement des plus extraordinaires lui fit changer d’avis, sans cela c’eût été fait de l’humanité.

Un jour apparaît un certain Saint-Esprit. Il en était de ce dernier comme de la jeune fille de l’étranger[8] : personne ne savait d’où elle venait. L’écriture de la Bible, c’est-à-dire Dieu lui-même, dit seulement qu’il est lui-même le Saint-Esprit. Par conséquent nous avons affaire pour l’instant à un Dieu en deux unités. Ce Saint-Esprit prit la forme d’un pigeon et fit la connaissance d’une femme obscure nommée Marie. Dans un moment de doux épanchement il la couvrit de son ombre et voici : elle mit au monde un fils, sans que cela, comme l’affirme la Bible, porta atteinte à sa virginité. Dieu se nomma alors le Dieu le père, tout en assurant qu’il ne faisait qu’un non seulement avec le Saint-Esprit mais aussi avec le Fils ! Que l’on considère bien cela : Le père était son propre fils, le fils son propre père et de plus tous deux ensemble étaient le Saint-Esprit ! C’est ainsi que se forma la Sainte-Trinité. – Et maintenant, pauvre cervelle humaine, tiens-toi ferme, car ce qui va suivre pourrait te mettre à l’envers.

Nous savons que Dieu le père avait résolu d’exterminer le genre humain, ce qui fit énormément de peine à Dieu le fils ; alors, il (le fils, qui, comme nous le savons, était le père) prit tout sur lui et pour apaiser son père (qui était en même temps le fils), il se fit crucifier par ceux-mêmes qu’il voulait sauver de l’extermination. Ce sacrifice du fils (qui est un avec le père) plut tellement au père (qui est un avec son fils), qu’il publia une amnistie générale qui est en partie encore en vigueur aujourd’hui.

En première ligne le dogme de la récompense et de la punition de l’homme dans l’autre monde. Il y a longtemps qu’il a été prouvé scientifiquement qu’il n’y a pas d’autre vie indépendante que celle du corps et que l’âme – ce que les charlatans religieux appellent l’âme – n’est pas autre chose que l’organe de la pensée (cerveau) qui reçoit les impressions par l’organe des sens et que, partant, ce mouvement doit cesser nécessairement avec la mort corporelle. Mais les ennemis jurés de l’intelligence humaine ne s’occupent pas des résultats des expériences scientifiques que juste assez pour les empêcher de pénétrer le peuple. C’est ainsi qu’ils prêchent la vie éternelle de l’âme. Malheur à elle dans l’autre monde si le corps dans lequel elle a habitée ici-bas n’a pas suivi ponctuellement les lois de Dieu ! Car, ces gens-là nous l’assurent, Dieu tout bon, tout juste, très fin aussi, s’occupe de chaque peccadille d’un chacun et s’enregistre dans ses actes universels (quel contrôle et quelle comptabilité !). A côté de cela, il est parfois comique dans ses exigences. Écoutez plutôt :

Tandis qu’il désire que les nouveau-nés soient arrosés d’eau froide (baptisés en son honneur au risque de les enrhumer), tandis qu’il éprouve un plaisir inouï lorsque de nombreuses brebis croyantes qui bêlent leurs litanies et que les plus zélés de son parti lui chantent sans interruption leurs pieuses hymnes en le sollicitant pour toute sorte de choses possibles et impossibles ; tandis qu’il se mêle aux guerres sanglantes en se faisant encenser et adorer comme Dieu des batailles ; il se fâche tout rouge lorsqu’un catholique mange de la viande un vendredi ou ne va pas régulièrement à confesse. Il s’irrite aussi si un protestant méprise les os des saints ; les images et autres reliques de la Vierge, recommandés par l’église catholique, ou si un fidèle quelconque ne fait pas son pèlerinage annuel, le dos courbé, les mains jointes et les yeux tournés vers le ciel. Qu’un homme meure pêcheur endurci, le bon Dieu lui inflige une punition à côté de laquelle tous les coups de bâton – et de knout, tous les tourments des prisons et du bannissement, toutes les sensations des condamnés sur l’échafaud, tous les supplices inventés par les tyrans apparaissent comme un agréable chatouillement. Ce Dieu bon surpasse en cruauté bestiale tout ce qui peut se passer de plus canaille sur la terre. Sa maison de détention s’appelle enfer, son bourreau est le diable, ses punitions durent éternellement. Mais pour de légères fautes et à la condition que le délinquant meure catholique, il fait grâce après un séjour plus ou moins long dans le purgatoire qui se distingue de l’enfer, comme en Prusse la prison se distingue de la maison de force.

Quoiqu’un bon petit feu soit entretenu dans le dit purgatoire, il n’est aménagé qu’en vue d’un séjour relativement court et sa discipline n’est pas très serrée. Les soi-disant péchés mortels ne sont pas punis par le purgatoire mais bien par l’enfer. Et parmi ces derniers il nous faut compter le blasphème en parole, en pensée et en écrit. Dieu ne tolère non seulement pas la liberté de la presse et de la parole, mais il interdit et proscrit les pensées non articulées qui pourraient lui déplaire. Enfoncés, les despotes de tous les pays et de tous les temps ! surpassés lesdits tyrans par le choix et la durée des punitions ! Donc ce Dieu est le monstre le plus épouvantable que l’on puisse s’imaginer. Sa conduite est d’autant plus infâme qu’il faut croire que le monde entier, que l’humanité est réglée dans toutes ses actions par sa divine providence.

Il maltraite par conséquent les hommes pour des actions dont il est lui-même l’inspirateur ! que les tyrans de la terre des temps passés et présents sont aimables comparés à ce monstre ! Mais il plaît à Dieu qu’un homme vive en homme de Dieu, c’est alors qu’il le maltraite et le torture davantage encore après sa mort, car le paradis promis est encore plus infernal que l’enfer. On n’a là aucun besoin, on est au contraire toujours satisfait sans qu’aucun désir ne précède la satisfaction de ce besoin.

Mais comme on ne peut se représenter aucune jouissance sans désir suivi de son accomplissement, le séjour du ciel sera donc bien stupide. On y est là éternellement occupé à contempler Dieu ; on y joue toujours les mêmes mélodies sur les mêmes harpes, on y chante continuellement le beau cantique qui pour n’être pas tout à fait aussi ennuyeux que Malborough s’en va-t-en guerre, n’en vaut guère mieux. C’est l’ennui à son plus haut degré. Le séjour dans une cellule isolée serait certainement à préférer.

Rien d’étonnant à ce que les riches et les puissants qui peuvent se procurer le paradis sur terre ne s’écrient en riant, avec Heine, le poète :

Nous laissons le paradis

Aux anges et aux pierrots.

Et pourtant ce sont justement les riches et les puissants qui entretiennent la religion. Assurément cela fait partie du métier. C’est même une question de vie pour la classe exploitante, la bourgeoisie, que le peuple soit abêti par la religion. Sa puissance monte ou tombe avec la folie religieuse.

Plus l’homme tient à la religion, plus il croit. Plus il croit, moins il sait. Moins il sait, plus bête il est. Plus il est bête, plus il se laisse gouverner facilement.

Cette logique fut connue des tyrans de tout temps, c’est pour cela qu’ils s’allièrent toujours avec le prêtre. Quelque dispute éclatait-elle entre ces deux sortes d’ennemis de l’homme, elle n’était pour ainsi dire qu’une futile querelle de ménage pour savoir qui aurait la maîtrise. Chaque prêtre sait bien que son rôle est fini lorsqu’il n’est plus soutenu par les millions. Les riches et les puissants n’ignorent pas non plus que l’homme ne se laisse gouverner et exploiter que lorsque les corbeaux, peu importe l’église à laquelle ils appartiennent, ont réussi à implanter au sein des masses l’idée que notre terre est une vallée de larmes, qu’il leur ont infiltré cette sentence à respecter l’autorité, ou bien lorsqu’ils les ont alléchés par la promesse d’une vie plus heureuse dans l’autre monde.

Windhorst, le jésuite par excellence, fit entendre un jour assez clairement, dans la chaleur d’un combat parlementaire, ce que les filous et les charlatans du monde pensent à ce sujet :

« Lorsque la foi s’éteint dans le peuple, dit-il, il ne peut plus supporter sa grande misère et se révolte ! »

Cette phrase était claire et aurait dû faire réfléchir bien des ouvriers. Mais, hélas !, tant d’entr’eux sont si bornés, grâce à la religion, qu’ils entendent les choses les plus simples sans les comprendre.

Ce n’est pas en vain que les prêtres, c’est-à-dire les noirs gendarmes du despotisme, se sont efforcés de retenir de tout leur pouvoir la décadence religieuse, quoique comme on sait, ils pouffent de rire entre eux en pensant aux bêtises qu’ils prêchent contre bonne rémunération.

Pendant des siècles, ces détraqueurs de cervelle ont gouverné les masses par la terreur, car, sans cela, il y a longtemps que la folie religieuse aurait pris fin. La cachot et les chaînes, le poison et le poignard, la potence et le glaive, le guet-apens et l’assassinat, au nom de Dieu et de la Justice, ont été les moyens employés pour le maintien de cette folie, qui sera une tache dans l’histoire de l’humanité. Des milliers d’individus ont été grillés à petit feu sur les bûchers au nom de Dieu, pour avoir osé mettre en doute le contenu de la Bible. Des millions d’hommes furent forcés pendant de longues guerres, de s’entretuer, de dévaster des pays entiers et laissèrent ces mêmes pays aux prises avec la peste après les avoir pillés et incendiés pour maintenir la religion. Les supplices les plus raffinés furent inventés par les prêtres et leurs acolytes, lorsqu’il s’est agit de ramener à la religion ceux qui n’avaient plus la crainte de Dieu.

On appelle criminel un homme qui estropie pieds et jambes de son semblable. Comment appelle-t-on celui qui atrophie le cerveau d’un autre et qui, lorsque cela ne le conduit pas au but désiré, fait périr même le corps à petit feu avec une cruauté raffinée ?

Il est vrai que ces êtres ne peuvent plus aujourd’hui se livrer à leur métier de bandit comme autrefois, lors même que les procès en blasphèmes abondent encore ; par contre ils savent maintenant se glisser dans les familles, y influencer les femmes, accaparer les enfants et abuser de l’enseignement donné dans les écoles. Leur hypocrisie a plutôt augmenté que diminué. Ils s’emparèrent de la presse lorsqu’ils s’aperçurent qu’il n’était pas possible de faire disparaître l’imprimerie.

Un vieux proverbe dit : « Où a passé un prêtre, l’herbe ne repousse plus pendant dix ans », ce qui revient à dire que lorsqu’un homme se trouve sous la griffe d’un prêtre, son cerveau a perdu ses facultés de penser, ses rouages se sont arrêtés et les araignées y tissent leurs toiles. Il ressemble au mouton pris de vertige. Ces malheureux ont perdu le but de la vie et, ce qui est encore plus malheureux, c’est qu’ils forment la plus grande partie des antagonistes de la science et de la lumière, de la révolution et de la liberté. On les trouve toujours prêts dans leur bêtise obtuse à aider ceux qui veulent forger de nouvelle chaînes pour l’humanité ou à aider ceux qui veulent mettre des bâtons dans les roues du progrès toujours croissant. Or donc, en essayant de guérir des malades, non seulement on accomplit une bonne œuvre vis-à-vis d’eux-mêmes, mais encore on est en voie d’arracher un cancer qui ronge le peuple et qui doit être totalement détruit, si la terre doit devenir le séjour d’hommes et non un terrain de jeux pour les dieux et les diables, comme elle l’a été jusqu’à présent.

Par conséquent, arrachons du cerveau les idées religieuses, et à bas les prêtres ! Ces derniers ont la coutume de dire que la fin justifie les moyens. Bien ! Employons nous aussi cet axiome contre eux. Notre but est la délivrance de l’humanité de tout esclavage, de la tirer du joug de la servitude sociale comme des fers de la tyrannie politique, mais aussi sortir cette même humanité des ténèbres religieuses. Tout moyen pour l’accomplissement de ce haut but doit être reconnu comme juste par tous les vrais amis de l’humanité et doit être mis en pratique à chaque occasion propice.

Tout homme anti-religieux commet donc une négligence à ses devoirs lorsqu’il ne fait pas tout ce qu’il peut journellement et à toute heure pour tuer la religion. Tout homme délivré de la foi qui omet de combattre la prêtraille où et quand il peut est un traître à son parti. Partout guerre, guerre à outrance à cette noire engeance.

Excitons contre les corrupteurs et éclairons les aveugles. Que chaque arme nous soit bonne pour notre cause, aussi bien l’acerbe moquerie que le flambeau de la science et où ces dernières armes restent sans effet, eh bien ! employons des arguments plus faciles : qu’on ne laisse pas passer sans la relever aucune allusion à Dieu et à la religion dans les assemblées où sont discutées les intérêts du peuple. De même que le principe de la propriété et sa sanction armée, l’État ne peut trouver place dans le camp de la révolution sociale, – ce qui est en dehors de ce camp est naturellement réactionnaire – de même la religion ou ce qui s’y rapporte n’y a place. Et qu’on sache bien que plus ceux qui veulent mêler leur bavardage religieux aux aspirations des travailleurs, eussent-ils l’air respectables, leur réputation fût-elle bonne, sont de dangereux personnages. Quiconque prêche la religion sous n’importe quelle forme ne peut être qu’un sot ou un coquin. Ces deux sortes d’individus ne valent rien pour l’avancement d’une chose qui ne peut atteindre son but que si elle est sûre de la sincérité de ses combattants.

La politique opportuniste est, dans ce cas, non seulement un mal mais un crime. Si les ouvriers permettent à quelques prêtres de se mêler de leurs affaires, non seulement ils seront trompés, mais encore trahis et vendus.

Autant il est logique que le prolétaire combatte principalement le capitalisme et partant vise aussi la destruction de son mécanisme forcé, l’État, autant il coule de source que l’Église reçoive aussi son compte dans ce combat, car elle ne peut pas être de côté : il faut que la religion soit détruite systématiquement dans le peuple, si l’on veut que ce dernier revienne à la raison sans laquelle il ne pourra jamais conquérir sa liberté.

Proposons quelques questions pour les sots et autrement dit, pour ceux qui ont été abêtis par la religion, en tant qu’ils paraissent corrigibles. Par exemple :

  • Si Dieu veut qu’on le connaisse, qu’on l’aime et qu’on le craigne, pourquoi ne se montre-il pas ? 
  • Et s’il est si bon que le disent les prêtres, quelles raison a-t-on de le craindre ? 
  • S’il sait tout, pourquoi l’ennuyer de nos affaires particulières et de nos prières ? 
  • S’il est partout, pourquoi bâtir des églises ? 
  • S’il est juste, pourquoi penser qu’il punira les hommes créés par lui pleins de faiblesse ? 
  • Si les hommes ne font le bien que par une grâce particulière de Dieu, quelle raison aura-t-il de les récompenser ? 
  • S’il est tout-puissant, comment peut-il permettre le blasphème ? 
  • S’il est inconcevable, pourquoi nous occuper de lui ? 
  • Si la connaissance de Dieu est nécessaire, pourquoi reste-t-il dans l’ombre ? Etc., etc. 

Devant de telles questions l’homme croyant reste bouche bée. Mais chaque homme pensant doit admettre qu’il n’existe pas une seule preuve de l’existence de Dieu. De plus, il n’y a aucune nécessité d’une divinité. Un Dieu en dehors ou en dedans de la nature n’est d’aucune nécessité lorsqu’on connaît les propriétés et les règles de cette dernière. Son but moral n’est pas moins nul.

Il existe un grand royaume gouverné par un souverain dont la manière d’agir amène le désordre dans l’esprit de ses sujets. Il veut être connu, aimé, honoré et tout contribue à embrouiller les idées qu’on peut se faire de lui. Les peuples soumis à sa dépendance n’ont sur le caractère et les lois de leur souverain invisible que les idées dont ses ministres leur font part ; par contre, ceux-ci admettent qu’ils ne peuvent se faire aucune idée de leur maître, que sa volonté est impénétrable, ses vues et ses idées insaisissables ; ses valets ne sont jamais d’accord sur les lois à donner de sa part et ils les annoncent dans chaque province d’une manière différente ; ils s’insultent mutuellement et s’accusent l’un l’autre de tromperie.

Les édits et les lois qu’ils sont censés devoir donner sont embrouillés ; ce sont des rébus qui ne peuvent être ni compris ni devinés par les sujets auxquels ils devraient servir d’enseignement. Les lois du monarque caché ont besoin d’éclaircissement et cependant ceux-là même qui les expliquent ne sont jamais d’accord entre eux ; tout ce qu’ils savent raconter de leur souverain caché est un chaos de contradictions ; ils ne disent pas un mot qui ne puisse être aussitôt controuvé et taxé de mensonge.

On le dit extrêmement bon et cependant il n’y a pas un homme qui ne se plaigne de ses décrets.

On le dit infiniment sage et cependant tout dans son administration semble être à rebours de la raison et du bon sens. On glorifie sa justice, et les meilleurs de ses sujets sont ordinairement ceux qui sont le moins favorisés. On assure qu’il voit tout et sa présence ne remet cependant rien en ordre. Il est, dit-on, ami de l’ordre et pourtant tout n’est que confusion et désordre dans ses états. Il fait tout par lui-même, mais les événements répondent rarement à ses plans. Il voit tout à l’avance mais ne sait pas ce qui arrivera. Il ne se laisse pas offenser en vain et pourtant il tolère les offenses d’un chacun. On admire son savoir, la perfection de ses œuvres et cependant ses œuvres sont imparfaites et de courte durée. Il crée, détruit, corrige ce qu’il a fait sans jamais être content de son ouvrage. Il ne cherche dans toutes ses entreprises que sa propre gloire sans cependant atteindre le but d’être loué en tout et partout. Il ne travaille qu’au bien-être de ses sujets… mais la plupart manquent du nécessaire. Ceux qu’il paraît favoriser le plus sont généralement les moins contents de leur sort : on les voit se soulever contre un maître dont ils admirent la grandeur, dont ils louent la sagesse, dont ils honorent la bonté, dont ils craignent la justice et dont ils sanctifient les commandements qu’ils ne suivent jamais.

Ce royaume est le monde, ce souverain est Dieu : ces valets sont les Prêtres, les hommes sont les sujets. Joli pays ! Le Dieu des Chrétiens spécialement est un Dieu qui, comme nous l’avons vu, fait des promesses pour les rompre, répand la peste et les maladies sur les hommes pour les guérir ; un Dieu qui créa les hommes à son image et qui, pourtant, ne prend pas les responsabilités du mal ; qui vit que toutes ses œuvres étaient bonnes et s’aperçut bientôt qu’elles ne valaient rien ; qui savait que les deux premiers êtres mangeraient du fruit défendu et qui, pourtant pour cela, punit tout le genre humain. Un Dieu si faible qui se laisse duper par le diable, si cruel qu’aucun tyran de la terre ne peut lui être comparé. Tel est le Dieu de la mythologie judéo-chrétienne.

Celui qui créa les hommes parfaits sans aviser pourtant à ce qu’ils restent parfaits ; celui qui créa le diable sans pouvoir arriver à le dominer est un gâcheur que la religion qualifie de souverainement sage ; pour elle tout puissant est celui qui condamne des millions d’innocents pour la faute commise par un seul, qui extermina par le déluge tous les hommes à l’exception de quelques-uns qui reformèrent une race aussi mauvaise que la première : qui fit un ciel pour les fous qui croient aux évangiles et un enfer pour les sages qui le réprouvent.

Celui qui se créa lui-même par le Saint-Esprit ; qui s’envoya comme médiateur entre lui-même et les autres ; qui, méprisé et bafoué par ses ennemis, se laissa clouer sur une croix comme une chauve-souris à la porte d’une grange ; qui se laissa enterrer, qui ressuscita des morts, descendit aux enfers, remonta vivant au ciel où il s’assit à sa droite même pour y juger les vivants et les morts, alors qu’il n’y aura plus de vivants, celui qui a fait tout cela est un charlatan divin. C’est un affreux tyran dont l’histoire devrait être écrite en lettres de sang, car elle est la religion de la terreur. Loin de nous donc la mythologie chrétienne. Loin de nous un Dieu inventé par les prêtres de la foi sanglante qui, sans leur néant important, avec lequel ils expliquent tous, ne se vautreraient plus longtemps dans l’abondance, ne prêcheraient plus longtemps l’humilité tout en vivant eux-mêmes dans l’orgueil, mais au contraire seraient précipités dans l’abîme de l’oubli. Loin de nous cruelle trinité, le père meurtrier, le fils contre nature et le Saint-Esprit voluptueux ! Loin de nous tous ces fantômes déshonorants, au nom desquels on rabaisse les hommes au niveau des misérables esclaves et qu’on renvoie par la toute puissance du mensonge des peines de cette terre aux joies du ciel. Loin de nous tous ceux qui, avec leur démence sainte, sont les entraves du bonheur et de la liberté ! Dieu est un revenant inventé par des charlatans raffinés au moyen duquel on a jusqu’à présent effrayé et tyrannisé les hommes. Mais le revenant s’évanouit dès qu’il est examiné par la saine raison, les masses trompées s’indignent d’avoir cru si longtemps et jettent à la face des prêtres ces mots du poète :

Sois maudit, O Dieu que nous avons prié

Dans le froid de l’hiver et les tourments de la faim…

Nous avons en vain attendu et espéré ;

Il nous a singés, trompés et bernés !

Espérons que les masses ne se laisseront plus longtemps tromper et berner, mais qu’un jour viendra où les crucifix et les saints seront jetés au feu, les calices et les hosties convertis en objets utiles, les églises transformées en salle de concert, de théâtres ou d’assemblées, ou, dans le cas où elles ne pourraient servir à ce but, en grenier à blé et en écuries à chevaux. Espérons qu’un jour viendra où le peuple éclairé cette fois ne comprendra pas que pareille transformation n’ait pas déjà eu lieu depuis longtemps. Cette manière d’agir courte et concise ne se pratiquera naturellement que lorsque la RÉVOLUTION SOCIALE, qui approche, éclatera, c’est-à-dire au moment où il sera fait table rase des complices de la prétraille : principes, bureaucrates et capitalistes et où l’État ainsi que l’Église seront radicalement balayés.

Johann Most, 1892.

[1] Wilhelm Liebknecht Bebel, proches de Karl Marx fonde en 1866 le Parti populaire saxon, puis le Parti ouvrier social-démocrate allemand en 1869, qui deviendra le Parti Social-démocrate (SPD) en 1890.

[2] Le 11 mai 1878, Max Hödel, plombier anarchiste allemand de 21 ans tente d’assassiner à coups de revolver l’empereur Guillaume 1er, il échoue et est décapité deux mois plus tard. Le 2 juin, Karl Nobiling anarchiste issu d’une famille aisé et fraîchement diplômé d’un doctorat en philosophie tente à son tour d’assassiner l’empereur, mais ne parvient qu’à le blesser. Il meurt trois mois plus tard en prison. A la suite de ces deux tentatives, le chancelier Bismarck promulgue les dites Lois antisocialistes interdisant entre autre les oraganisations socialistes et social-démocrates.

[3] Sofia Perovskaïa, membre de l’organisation terroriste révolutionnaire Narodnaïa Volia, organisa l’attentat dans lequel mourut le tsar Alexandre II en 1881. Avant cela, elle avait déjà participé à plusieurs tentatives d’attentats. Elle fut pendue pour régicide le 3 avril 1881.

[4] Compagnon de Perovskaïa, il participa à l’attentat contre le tsar et fut également exécuté.

[5] Le 22 janvier 1905 une marée humaine, sur fond de grève massive, manifeste vers le Palais d’Hiver où réside le Tsar Nicolas II, en silence et dans l’intention de remettre pacifiquement au «Petit père» ses doléances par le biais du prêtre Gapone. Mais l’armée tire dans la foule, faisant des centaines de morts. Cette journée restée dans les mémoires sous le nom de Dimanche Rouge marque également le début de la Révolution de 1905.

[6] Von Plehwe fut directeur de la police du tsar puis Ministre de l’Intérieur. Après avoir réchappé à un attentat l’année précédente, il mourut dans l’explosion de la bombe d’Igor Sazonov le 15 juillet 1904 à Saint-Pétersbourg, attentat commandité et organisé par l’Organisation de Combat des Socialistes Révolutionnaires.

[7] L’empereur Guillaume est appelé ainsi par une grande partie du peuple allemand pour rappeler sa fuite en 1848, sous le nom de Lehman, lâcheur de poste.

[8] Allusion à un poème de Schiller.

Le texte mis en PDF par Jo de JBL1960:

la-peste-religieuse-par-johann-most-1892

= = =

Lectures complémentaires:

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018

Manifeste pour la Société des Sociétés

Dieu et lEtat_Bakounine

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Leon_Tolstoi_Politique_et_Religion

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

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Résistance au colonialisme: Exposer la trahison au profit des états coloniaux que sont le Canada et les USA (MNN)

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Des chefs à la rez Las Vegas

 

Mohawk Nation News

 

7 avril 2018

 

Source: http://mohawknationnews.com/blog/2018/04/07/chiefs-rez-las-vegas/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Nous savons ce qui est réel, ce qui est la vie naturelle. Comme toute vie, chacun d’entre nous s’auto-détermine et possède l’autonomie sur lui/elle-même. Nous avons chacun quelque chose de nécessaire pour la survie de tous.

Personne ne peut interférer avec qui nous sommes.

Le Canada et les Etats-Unis sont des tyrans entrepreneuriaux et coloniaux. Personne n’a un droit artificiel à nous soumettre, nous y enfermer et prendre tout ce que nous avons. Les tyrans ont établi un bien horrible système dans lequel quelques oligarques réduisent en esclavage et brutalisent les peuples du monde. Des gens naïfs et innocents ont été conditionnés à penser que la seule façon de rester en vie et de rendre justice est de plier à ce moins de 1% de salopards criminels. Les systèmes judiciaires canadien et américain ne font que protéger les oligarques et leurs sbires. (NdT: en ayant fait intégrer dans leurs système légal les décrets pontificaux du XVème siècle régissant la doctrine chrétienne de a découverte toujours en vigueur…)

Les sbires du système incluent les fifrelins à la botte des conseils de bandes (Canada) et de tribus (USA) qui ne répondent qu’aux gouvernement coloniaux en place. Mentir, trahir et essayer de tuer son propre peuple est stressant. La Rez (NdT: “rez” est une abréviation pour “reservation”, les réserves indiennes) Las Vegas est devenue leur terrain de jeu favori où ils peuvent se relaxer et se prélasser avec les oligarques, rameuter les investisseurs pour aider à toujours plus voler et piller la terre, nos biens sans qu’on le sache, placer quelques paris de jeu, regarder des spectacles clinquants et acheter quelques souvenirs pour leurs pauvres gens destitués à la maison. Les gens de leur peuple paient pour cette trahison.

La stratégie mise en place par les oligarques contre toute résistance est d’envoyer l’armée. Quelques politiciens refusent de prendre part à la brutalité.

Colonialisme, Vatican et héritage de la domination…

Posted in actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 28 mars 2017 by Résistance 71

Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats pontificaux auront de chance d’être répudiés.

— Résistance 71 ~

 

A lire: « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte », Steven Newcomb, 2008 (version PDF en français, traduction de Résistance 71, mise en page JBL1960)

 

Le Vatican et son héritage de domination

 

Une institution comme le Vatican ne peut pas “conquérir” puis prétendre qu’elle ne porte aucune responsabilité

 

Steven Newcomb

 

20 mars 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/vatican-legacy-domination/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le mois dernier, la pape François a rencontré des représentants des peuples indigènes à Rome. En cette occasion, François a émis une déclaration qui a été largement vue comme une indication tacite faite de son soutien à l’initiative de Standing Rock dans leur dispute en regard de l’affaire du Dakota Access Pipeline. Bien que le pape François n’ait pas mentionné cette controverse en particulier, il a dit que “le droit à un consentement préalable informé” devrait prévaloir “lorsqu’on plannifie des activités économiques qui pourraient interférer avec les cultures indigènes et leur relation ancestrale avec la Terre.

Ce que la nouvelle au sujet de cette excellente déclaration du pape a laissé de côté quoi qu’il en soit, est le rôle du Vatican dans la mise en marche d’un ordre global de domination qui continue à être utilisé par les gouvernements ses états et des entreprises afin d’opprimer des nations et peuples indigènes. Afin que le pape puisse fournir une plus grande contribution au dialogue global au sujet des peuples indigènes, il me semble qu’il devrait ouvertement discuter du système de domination global mis en place par le Vatican et qu’on peut retracer au travers de decrets pontificaux émis par les prédecesseurs du pontife actuel.

Voici le scenario: le Vatican est une massive institution ayant plus d’un milliard de fidèles et une énorme influence globalement. Au cours de quelques siècles, cette institution a promulgué et maintenu un état d’esprit de domination et de deshumanisation. Cet état d’esprit a eu pour résultat la publication de toute une série de documents par cette institution vaticane, documents qui sont facilement accessibles aujourd’hui sur internet.
Question : Après toute cette destruction qui s’en est suivie sur la base de documents qu’elle a délivrés, quelle responsabilité incombe au Vatican pour avoir émis ces documents en première instance ? Quelle responsabilité incombe pour avoir plannifié et mis en place des plans conceptuels pour créer un système global de domination qui continue à être utilisé contre des nations et peuples qui continuent à être dominés aujourd’hui et sont ainsi appelés “peuples indigènes” ?

Les documents pontificaux mortifères datant des XIVème et XVème siècles peuvent être exprimés en termes arithmétiques très simples, utilisant des mots clefs tirés de ces documents pontificaux:

envahir + capturer + vaincre + subjuguer + réduire en esclavage + saisir toutes les possessions et propriétés = civilisation et domination ou, seconde réponse possible, l’affirmation d’un “pouvoir plénier” américain sur nos nations originelles.

L’archevêque Silvano Tomasi du Conseil Pontifical pour La Justice et la Paix m’avait référé à la déclaration de la Conférence Canadienne des Evêques désavouant la “doctrine de la découverte” et la notion de “terra nullius” (cette idée que les terres des peuples indigènes étaient vacantes ou vides lorsque les chrétiens envahirent sur ce continent dit des “Amériques”). Ceci mène à une autre question: en termes pratiques, qu’est-ce que cela veut dire pour des évêques de l’église catholique de dire maintenant qu’ils rejettent “la doctrine de la découverte””, spécifiquement étant donné que le Vatican a, par le moyen de cette doctrine, accumulé des millionss d’acres de terre et une très très vaste richesse dite être “incalculable” ?

Est-ce que cela veut dire que maintenant le pape François et le Vatican sont prêts à dire que nos nations et peuples originels ont parfaitement le droit de vivre libres des systèmes de domination construits sur la base des doctrines de la découverte et de la domination et un système comme la loi fédérale indienne des Etats-Unis (NdT: et la loi sur les Indiens , Indian Act, au Canada) ? Que veut dire le rejet de la doctrine du Vatican en termes des grandes surfaces de terre et de la grande richesse qu’il a réussi à accumuler sur la base même de ces doctrines ?

Il est grand temps pour le Saint Siège d’ouvrir le dialogue avec les peuples et nations indigènes, tout en examinant en détail les éléments clef qui furent utilisés pour la construction du modèle global de l’empire chrétien de la domination. Cette discussion doit démarrer avec une insistance sur les éléments suivants: l’histoire du peuple élu sur la terre promise de l’Ancien Testament qui fut utilisée contre nos peuples et nations premiers ; les termes de domination et de deshumanisation en latin écrits dans des documents émis par différents papes (exemple de mots: subjicere, reducere, deprimantur, etc) ; les chartes royales issues par différents rois d’Angleterre en imitation des documents et décrets du Vatican, des verdicts de tribunaux variés (NdT: dont la cours suprême des Etats-Unis et ce à maintes reprises…) fondés sur ces mêmes documents et schémas de domination.

La plupart des gens ne réalisent pas que les éléments présentés ci-dessus forment la toile de fond et le contexte, juste comme exemple, les actions de la police militarisée de l’état du Dakota du Nord contre les défenseurs pacifiques de l’eau à Standing Rock sur le territoire non cédé (NdT: et clairement protégé par les traités de Fort Laramie de 1851 et 1868) de la grande Nation Sioux Oceti Sakowin. Une telle violence infligée aux peuples natifs et à leurs supporters non-natifs ne représente qu’un des exemples de la manifestation contemporaine du système de domination créé sur la base du modèle global de domination du Vatican.

La menace très réelle pour l’eau et l’eau potable de millions de personnes ainsi que pour les écosystèmes exercée par le DAPL est rendue évidente par le fait que plus de 4000 fractures hydrauliques ayant occasionné des fuites se sont déjà produires dans cet état. Ce n’est pas une question de savoir si cela va se produire mais quand. La situation complète à Standing Rock et le refus des Etats-Unis de reconnaître l’intégrité territoriale de la nation Oceti Sakowin est très emblématique de l’état d’esprit et de l’attitude du système de domination et de deshumanisation auquel le Vatican et son saint siège doivent répondre dans les détails.

Toute institution, que ce soit le Vatican ou le gouvernement d’un pays comme les Etats-Unis, ne devraient pas être capables de lâcher sur la planète les types de schémas mentionnés plus haut, comme envahir, capturer, vaincre, subjuguer, saisir toute possession ou propriété, pour ensuite prétendre ne subir aucunement la responsabilité qui en incombe.

De l’origine religieuse chrétienne du colonialisme occidental et sa continuité contemporaine… (Steven Newcomb)

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Lutter contre l’empire actuel anglo-américain c’est lutter contre tous les empires, il est l’héritier des empires précédents et dans son fondement même de la doctrine chrétienne de la découverte, représente la domination colonialiste et hégémonique du monde par une culture dominante ethnocidaire et génocidaire: la « civilisation » occidentale judéo-chrétienne.

Les peuples du monde ne pourront JAMAIS se libérer sans considérer et attaquer la racine profonde du mal qui ronge nos sociétés, mal qui prend racine sous sa forme moderne dès le XVème siècle et possède toujours aujourd’hui de profondes origines religieuses, sécularisées dans le temps pour mieux endormir les foules. On est passé de la brutalité coloniale de la croix et du gibet à l’intervention « humanitaire » et au « droit d’ingérence » que s’arrogent les nations occidentales au nom de « l’humanité » (hier au nom de la « civilisation »…).

Parce que nous sommes tous des colonisés… Combattons ensemble le fléau colonial et colonialiste, qui ruine le monde.

~ Résistance 71 ~

 

La domination chrétienne est à la racine même de la loi fédérale américaine sur les Indiens

 

Steven Newcomb

 

8 novembre 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/11/08/christian-dominionism-root-us-federal-indian-law

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En 1954, au début de l’ère de la Termination, le ministère de la justice états-unien délivra sa directive à la Cour Suprême des Etats-Unis (CS) et plus tard des arguments oraux au tribunal sur cette base. L’affaire devant la cour était de savoir si les Indiens Tee-Hit-Ton d’Alaska étaient en droit de recevoir une compensation financière pour le bois qui était pris de leur territoires par le ministère de l’intérieur des Etats-Unis.

Le ministère de la justice introduisit le contexte pour son argument de la sorte: “Les nations découvreuses acquérirent le titre absolu sur les terres de ce continent sujet à ce que les Indiens aient le droit d’occupation des sols. Avant la grande ère de la découverte commençant dans la dernière partie du XVème siècle, les nations chrétiennes d’Europe acquérirent la juridiction sur les terres nouvellement découvertes par vertu des dons faits par les papes, qui s’arrogèrent le pouvoir de donner aux monarques chrétiens le droit d’acquérir des territoires étant en possession de païens et d’infidèles.” Ceci est langage (à peine) codé pour dire que les monarques chrétiens clâmaient le droit de dominer tout territoire en possession des soi-disants païens et infidèles.

Le ministère de la justice remonta jusqu’au XIVème siècle pour trouver un exemple. “Par exemple”, écrivit le ministre de la justice US, “En 1344, le pape Clément VI avait donné les Îles Canaries au roi d’Espagne sur la promesse de celui-ci de convertir les insulaires au christianisme et suivant la découverte du nouveau monde par Colomb, le pape Alexandre VI émît en 1493 et en 1495, des bulles garantissant à l’Espagne toutes les terres non dominées par les chrétiens.”

Le ministère de la justice a dit qu’il était éventuellement “nécessaire pour les nations chrétiennes civilisées d’Europe de développer un nouveau principe que tout le monde pourrait reconnaître comme la loi par laquelle elles devraient régler, entre elles, le droit d’acquisition du territoire du nouveau monde, qu’elles trouvèrent habité par les Indiens païens et non-civilisés en accord avec les standards européens.” De notre perspective, le terme de “non-civilisés” voulait dire: pas encore sous domination de la chrétienté. Le ministère américain de la justice (sic) continuait:

D’abord, la simple découverte fut considérée comme suffisante pour créer un titre de propriété valide et complet, mais à cause d’affirmations extravagantes et conflictuelles fondées sur la seule découverte, on trouva bientôt qu’une base plus stricte, plus précise était nécessaire… Après plusieurs années, le principe finalement évolua sur ce que ‘la découverte donnait le titre de propriété au gouvernement établi par ses sujets ou son autorité, contre tous les autres gouvernements européens, dont le titre pouvait être consummé par la possession.” Johnson v. McIntosh, 8 Wheat. 543, 573; Martin v. Waddell, 16 Pet. 367, 409-410

En 1954, la même année où la CS renversa les lois Jim Crow en renversant la décision dans l’affaire Plessy contre Ferguson, le ministère de la justice réaffirma le cadre conceptuel de la découverte et de la domination chrétiennes. On trouve ceci dans le passage suivant de la directive du ministère:

Bien que les nations d’Europe cessèrent ainsi de reconnaître les papes comme la source de leurs titres des terres nouvellement acquises, le nouveau concept du titre de propriété par la découverte était basé sur la même idée que les dites terres étaient occupées par des païens et des infidèles et qu’elles étaient en conséquence ouvertes à l’acquisition [domination] par les nations chrétiennes (note de bas de page #4). Comme déclaré dans Johnson v. McIntosh, 8 Wheat. 543, 573.

Après cette déclaration que “les terres occupées par des païens et des infidèles étaient ouvertes à l’acquisition par les nations chrétiennes”, le ministère de la justice des Etats-Unis plaça cette note:

Ceci [le nouveau concept du titre de propriété par la découverte, que les terres occupées par des païens et des infidèles étaient ouvertes à l’acquisition par les nations chrétiennes] est démontré par le fait que le souverain anglais a donné une commission aux Cabot (John Cabot et son fils) et s’appliquait à la découverte de pays et de terres alors inconnus du peuple chrétien et d’en prende possession au nom du roi d’Angleterre. Des commissions (chartes) similaires furent donnés à Gilbert et à Raleigh. Voir Johnson v. McIntosh, 8 Wheat. 543, 576-577.

Comment les nations chrétiennes étaient-elle supposées “acquérir” des terres “occupées par des païens et des infidèles” ? En saisissant ces terres non-chrétiennes de leurs possesseurs non-chrétiens. Le ministère de la justice américain cita même la bible Génèse 1:28:

Les nations découvrant les terres se sont arrogées le titre elles-mêmes, contre les natifs païens, ceci est bien illustré par les écritures des législatures coloniales. Dans l’état du Massachussetts, dès la période 1633-37, le tribunal général avait déclaré:

Que toutes terres que les Indiens avaient possédées et améliorées par identique subjugation en ont acquis le droit en accord avec Génèse 1:28 et chapitre 9, 1, psaumes 115-116.

Une note de bas de page sur la directive lit:

Génèse 1:28: “Et dieu les bénit et dieu leur dit, croissez et multipliez, restaurez la terre et subjuguez la… Chapitre 9:1 “Et dieu bénit alors Noë et ses fils et leur dit, croissez et multipliez et restaurez la terre.” Psaume 115:16 ‘Le paradis et mêmes les cieux appartiennent à dieu, mais la terre l’a t’il donné aux enfants des hommes.”

Jusqu’à aujourd’hui, à chaque fois que la CS des Etats-Unis cite ses précédents présupposés sur le christianisme rendus explicites par la directive du ministère de la justice de 1954, les Etats-Unis utilisent toujours cette forme présupposée de raisonnement de la domination chrétienne contre nos nations et peuples originels. Cette forme de raisonnement est la base même sur laquelle se repose le député démocrate du Maryland Raul Ruiz lorsqu’il a déclaré récemment au sujet de la dispute territoriale faisant rage avec l’affaire du Dakota Access Pipeline: “je voudrais juste rappeler à tout le monde que ce bout de terrain dont nous discutons est sur la terre fédérale.

Ruiz, qui est médecin généraliste, est un membre du comité parlementaire sur les ressources naturelles. Il est vu, comme il se voit lui-même, comme un allié des peuples autochtones dans la dispute de Standing Rock et pourtant, sur la base de la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination, il affirme que les terres d’Oceti Sakowin (Les Sept Feux de la Grande Nation Sioux) sont terres fédérales: “Donc c’est la terre qui est sous la juridiction du gouvernement fédéral et ce de quoi nous parlons ici n’est pas juste une question de droit. C’est la loi.

Dans sa directive de 1954 du ministère de la justice, le gouvernement fédéral a expliqué la forme biblique et injuste de raisonnement appliquée à toutes les nations originelles du continent. Cette forme de raisonnement, qui a induit même des “alliés” des nations natives comme ce député Ruiz, à affirmer que les terres des nations autochtones sont supposément “fédérales” et existant SOUS la juridiction “fédérale”.

D’après le traité de Fort Laramie de 1851 (NdT: renouvelé en 1868 après la nouvelle défaite militaire des Etats-Unis contre les nations Sioux et Cheyenne…), la terre qui fut démarquée dans ce traité est Oceti Sakowin de plein droit et territoire de cette nation. C’est la patrie d’Oceti Sakowin de plein droit et non pas des Etats-Unis, ce sont des terres non cédées. C’est une terre sous la juridiction totale d’Oceti Sakowin. Cela n’est pourtant pas vu comme cela à cause de la forme religieuse de raisonnement fondée sur le dogme de la domination chrétienne, qui dit que nos nations n’ont pas le droit d’exister librement hors de la domination des Etats-Unis parce que nos ancêtres n’avaient jamais été baptisés dans un rituel chrétien et n’étaient donc pas humains lorsque les envahisseurs chrétiens arrivèrent sur leurs terres.

Résistance au colonialisme: Le chemin de la décolonisation du continent américain

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« Impliquer que les Indiens reçurent de la terre est un renversement totale des faits historiques. Jamais les Etats-Unis et leur gouvernement fédéral ne donnèrent un quelconque morceau de terrain à une quelconque nation indienne. Ce sont plutôt les Indiens qui donnèrent de la terre aux Etats-Unis en considération du fait de recevoir un titre indien sur le reste des terres et que celui-ci soit confirmé. […]  La culture telle qu’elle est comprise par le peuple indien est essentiellement un style de vie, c’est une expression de soi, mais pas consciemment, c’est plutôt l’expression de l’essence d’un peuple. Tout ce que l’homme blanc a réussi à créer sur ce continent (des Amériques) est un conglomérat violent d’individus et non pas un peuple. »
~ Vine Deloria Jr, 1969 ~

 

Décoloniser le passé et le présent du continent américain

 

Peter d’Errico

 

6 novembre 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/11/06/decolonizing-past-and-present-western-hemisphere

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

J’ai emprunté le titre de cette article à un article de Paulette Steeves paru en 2015 dans « Archaeologies: Journal of the World Archaeological Congress,« :Paulette F. Steeves (Cree-Métis), presenting an overview of her research overthrowing the Bering Strait theory.

La plupart des gens ne pensent sans doute pas à l’archéologie quand ils observent et analysent la loi fédérale indienne et inversement. Mais les deux secteurs interagissent en tant que composants de la domination continue qui s’exerce sur les peuples indigènes du continent.

La théorie du Détroit de Béring, que Vine Deloria Jr avait appelé « la théorie de la connerie », a longtemps dominé le point de vue officiel en archéologie. Cette théorie dit que l’Île de la Grande Tortue, que les archéologues appellent le continent américain, était vide de gens jusqu’à il y a environ 13 000 ans.

La théorie postule que des communautés humaines migrèrent de la Sibérie vers l’Île de la Grande Tortue au travers d’un “pont terrestre” s’étant établi depuis le continent asiatique et qu’ainsi elles poursuivaient du grand gibier et taillaient des pointes de flèches et de lances d’une forme très distinctive pour tuer leur gibier. Les archéologues appellent ces pointes les “pointes Clovis”, nommées d’après une ville du Nouveau-Mexique où elles furent pour la première fois découvertes. Avant cela, la théorie affirme qu’aucun humain ne vivait sur le continent des Amériques.

Steeves dit: “Cette bataille académique [au sujet de la théorie du Détroit de Béring] n’est pas seulement au sujet des sites archéologiques ou des restes de matériel retrouvés. L’argument reflète une pratique continue coloniale d’effacement et de déni aux peuples indigènes de ce continent, d’une place dans l’histoire de l’ancien monde.” Elle ajoute: “Permettre aux peuples indigènes d’avoir été présents sur le continent des Amériques pour un bien plus grand nombre d’années est de fait solidifier leurs liens aux patries et aux restes de matériel retrouvés.”

La théorie de la connerie joue un rôle très important dans le maintien de la domination des colonisateurs sur les peuples et nations indigènes du continent et offrant une preuve prétendument “scientifique” de ce que cette terre était Terra Nullius, “n’appartenait à personne”, ou était un “no man’s land”, jusqu’à relativement récemment dans l’histoire de la Terre. La théorie dit que le Nouveau Monde n’était pas aussi vieux que l’ancien monde: ses peuples n’y avaient aucune présence ancienne.

Terra nullius va comme un gant à la doctrine chrétienne de la découverte ; lorsque la Cour Suprême des Etats-Unis a adopté cette doctrine comme base pour affirmer la propriété de l’état fédéral sur les terres indiennes, le concept de “no man’s land” résidait en toile de fond. (NdT: c’est du reste sur cette base de la théorie de “terra nullius” que la couronne britannique s’est emparée des terres australiennes et volée les terres ancestrales aborigènes…) La Cour a observé les Indiens et décidé que ceux-ci n’étaient pas totalement humains, n’étaient pas capables de posséder la terre. D’après la CS, les “propriétaires” légaux étaient les “découvreurs” chrétiens.

La découverte chrétienne et terra nullius, de manière supposée, des concepts légaux et scientifiques, sont à l’œuvre aujourd’hui aux Etats-Unis et dans bien d’autres endroits (NdT: Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, tous les pays du commonwealth sous domination de la couronne / City de Londres et sa Banque d’Angleterre/Vatican). Elles sont la racine du vol des terres apaches au bénéfice de la grande entreprise transnationale minière Rio Tinto et de l’invasion du territoire de Standing Rock au bénéfice de l’Energy Transfer Partners Corporation. Dans chacun de ces endroits, les peuples indigènes sont vus comme se trouvant “en travers du chemin” de l’extraction coloniale des ressources naturelles.

La doctrine chrétienne de la découverte prescrit que les Indiens ne peuvent pas détenir de titre de propriété, mais ne peuvent “qu’occuper les sols” avec la “permission” du gouvernement. Le fait que les peuples originels ont été sur Oak flat et Standing Rock “depuis des temps immémoriaux” ne compte absolument pas dans les esprits des extracteurs coloniaux.

Steeves dit: “Critiquer les constructions théoriques archéologiques faites sur les peuples indigènes est central à la discussion des controverses en relation aux droits humains et à la souveraineté des nations dans le monde contemporain.” Elle cite Deloria: “A moins que et jusqu’à ce que les ‘Indiens’ soient d’une certaine manière connectés avec l’histoire du monde en tant que peuples premiers… On ne nous accordera jamais une humanité totale.

Elle dit aussi: “Le passé a un pouvoir dans le présent.” Elle cite ensuite David Meltzer, auteur du livre “First Peoples in a New World, » qui écrivit: “Les archéologues sont parfaitement au courant des implications possibles d’une occupation plus ancienne du continent des Amériques par des peuples indigènes, ceci reflète sur les problèmes contemporains d’indentité, d’ancestralité et d’appropriation du passé et du présent.

La recherche de Steeves ajoute à bien d’autres critiques de la théorie de la connerie. Tous ces chercheurs combattent des intérêts particuliers retranchés dans la discipline de l’archéologie. Un article du magazine Smithsonien en 2013 établissait que “La théorie de Clovis, au fil du temps, a acquis la force d’un dogme… Tous les artéfacts que les universitaires affirment être en en provenance d’avant Clovis (NM) ou toute théorie concurrente qui peut jeter un doute sur l’idée première émise par la théorie de Clovis, furent tournés en ridicule par l’establishment archéologique, discrédités comme étant science erronée ou simplement ignorés.

Les gardiens du temple de la profession ont attaqué tout archéologue qui présentait des preuves d’une existence humaine sur le continent des Amériques avant la soi-disants période de Clovis. Malgré cette hostilité sans relâche, des chercheurs indépendants, comme Steeves, ont continué leur travail et ont commencé à attirer l’attention dans la discipline.

Note de Résistance 71: Les gardes-chiourme de l’oligarchie et de ses dogmes scientifiques procèdent de la même manière dans bien des disciplines. En Histoire, sociologie, et de manière plus évidente dans toutes les sciences liées à l’escroquerie du Réchauffement Climatique Anthropique, appelé aujourd’hui « Changement Climatique » (le mot « anthropique » étant maintenant devenu implicite). L’archéologie n’a pas échappé à cette phagocytose par la pensée unique oligarchique. Il en va de même avec la recherche archéologique biblique, qui commence à sortir du placard grâce aux travaux et recherches de scientifiques dissidents. Ceci est confirmé ci-dessous.

En mars 2011, le fondateur de la base de données en ligne Paleoindian pour les Amériques a dit à la revue Science Magazine “beaucoup de lignes de preuve très distinctes et superbement documentées… offrent une confirmation sans équivoque que des humains, des peuples, existaient à l’intérieur de l’Amérique du Nord avant l’époque dite de Clovis…

La recherche de Steeves sera publiée sous la forme d’un livre chez Nebraska Press, il fournira à Mr Toutlemonde aussi bien qu’aux experts, un accès à la base de données qu’elle a construite montrant des centaines de sites d’habitations humaines en Amériqies du Nord et du Sud datant de bien avant la supposée époque de la migration du Détroit de Béring.

Steeves ne rejette en aucun cas les migrations possibles des peuples entre les continents ; mais elle insiste néanmoins sur le fait que les études d’une telle migration ne constitue qu’une pièce de l’histoire bien plus large des populations humaines et que la véritable science ne peut pas être limitée par des marqueurs et des clotures politico-académiques.

Elle dit que les attaques subies par les chercheurs qui étudient les sites de population antérieurs à ce qui est permis par la théorie du Détroit de Béring, montrent que l’archéologie est “un domaine universitaire et de recherche colonialement chasse gardée. Elle cite John Alsoszatai-Peteho qui dit que “même la simple mention de la possibilité d’une plus grande ancienneté revenait à commettre un suicide professionnel.

Les discours dominants de longue date en archéologie et en anthropologie ont enterré les histoires des peuples indigènes alors qu’ils étaient forcés de vivre dans des “réserves” (NdT: en réalité des camps de prisonniers, comme la réserve Lakota de Pine Ridge, camp de prisonniers #44 en ce qui concerne l’administration yankee, alors que la grande nation Sioux n’a jamais perdu une guerre contre l’armée US, que 2 traités régissent les relations, Fort Laramie 1851 et 1868, tous deux bafoués par les yanks…), refusant aux peuples indigènes la propriété de leurs terres, leur humanité et leur souveraineté au sein d’un terra nullius colonial.

La persistance de Steeves, son courage et son abnégation pour une véritable science face aux brutales guerres universitaires et académiques témoignent de son statut de guerrière, de défenseur de la connaissance du passé soulignant la très longue présence des peuples indigènes sur le continent des Amériques.

Persévérance colonialiste: Dominer, subjuguer et forcer… Les credos chrétiens du colonialisme forcené (Steven Newcomb)

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A lire sur Résistance 71:

“Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte”, Steven Newcomb, 2008 (Traduction de Résistance 71 )

“Le chemin de sortie de cette sombre période dans laquelle nous nous trouvons tous maintenant, doit impliquer un changement de paradigme de connaissance positive de la mentalité et attitude impérialiste et de la domination, reflets du modèle du conquérant ainsi que du modèle du peuple élu/terre promise issu de l’ancien testament, ceci incluant la doctrine chrétienne de la découverte et le modèle de domination établi par la décision de justice dans l’affaire Johnson vs M’Intosh.”

“Dans la bulle pontificale Inter Caetera de 1493, le pape Alexandre VI n’a pas utilisé le terme ‘Européens’ pour exprimer le ‘droit à la découverte’, mais il a utilisé le terme de ‘chrétiens’. D’après le décret du pape, tout roi, prince ou nations chrétiens pouvaient découvrir’ et assumer la domination sur les terres préalablement conues des non-chrétiens mais inconnues des chrétiens…”
~ Steven Newcomb, 2008 ~

 

Des chiens méchants et la coercition lâchés sur nos nations libres

 

Steven Newcomb

 

7 septembre 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/09/07/vicious-dogs-and-coercion-unleashed-original-free-nations

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans mon article “le Dakota Access Pipeline et la loi de la chrétienté”, j’ai cité le juge Catron de la Cour Suprême du Tennessee: “Notre affirmation est fondée sur le droit de forcer l’obéissance!, qui, prétendait-il est “la loi de la terre” utilisée par les Etats-Unis contre nos nation originelles.

Le 3 septembre 2016, nous avons vu une excellente illustration d’une affirmation de droit de coercition de nos nations à l’obéissance: le personnel de l’entreprise de sécurité privée d’Energy Transfer Partners utilisant des chiens vicieux et méchants ainsi que du gaz lacrymogène contre des indigènes (femmes, enfants et hommes) et des opposants non-natifs au projet du Dakota Access Pipeline (DAPL) près de Cannonball dans l’état du Nord-Dakota.

Le contraste entre la voie pacifique et spirituelle de la pipe sacrée de l’Oceti Sakowin (conseil des sept feux de la nation Sioux), qui cherche à protéger les eaux précieuses de notre terre-mère, son sang de vie et la voie veule et malfaisante de l’oléoduc à pétrole brut, en dit suffisamment long par lui-même. Ce contraste résume parfaitement le conflit de plusieurs siècles entre l’état d’esprit de la loi des Sept Feux d’Oceti Sakowin (et les lois spirituelles des autres nations amérindiennes) et les sept lois de la domination trouvées dans la signification donnée par la chrétienté au mot latin “domo”: “subjuguer, forcer à la soumission”, “apprivoiser”, “domestiquer”, “cultiver”, et “labourer”.

Ce projet du Dakota Access Pipeline symbolise bien le chemin toxique de l’empire américain s’étendant au travers des territoires de nos nations, laissant derrière lui un sillage de destruction et d’empoisonnement: pensez au plomb dans les systèmes circulatoires et des cerveaux des enfants de Detroit, du mercure dans le poisson partout sur le continent, des radiations dans les eaux souterraines de la centrale nucléaire de Hanford, les 287 produits chimiques détectés dans les échantillons de cordons obilicaux que la Croix Rouge a collecté et analysé sur des femmes enceintes. 180 de ces produits chimiques sont connus pour être cancérigènes chez les animaux et l’Homme ; 217 sont toxiques pour les systèmes nerveux centraux et périphériques et 208 causent des malformations de naissance ou des développement anormaux chez les espèces animales étudées. Cela et une multitude d’autres exemples sont de forts indicateurs que la trajectoire impérialiste du dollar tout puissant ne révère ni ne protège la beauté de la fabrique de la vie.

Tout ceci et bien plus encore, a été fait à nos nations, nos écosystèmes et à tout le monde, et ce au nom de la “civilisation humaine” s’il vous plaît. Et pourtant, comme l’a si bien noté Stanley Diamond dans son livre “In Search of the Primitive”: “La civilisation commence avec la conquête à l’extérieur et la répression à l’intérieur.” Les mots “conquête” et “répression” sont bien sûr, deux synonymes du mot “domination”.

Le capitole de l’empire américain à Washington DC a été construit au moyen du travail d’esclaves et un impôt sur la propriété fut imposé sur les propriétaires d’esclaves. L’empire américain ainsi que ses intérêts entrepreneuriaux a affirmé avec aplomb son droit à la coercition sur les nations originellement libres et indépendantes des lieux et de les réduire à l’obéissance envers un système traumatisant que l’on peut remonter jusqu’à l’empire de la chrétienté et le soi-disant “âge de la découverte” (de l’invasion).

Les chiens de la chrétienté ont été lâchés sur des gens indigènes sans défense par les conquistadors espagnols, ceci fut utilisé pour adhérer à deux phrases clef que l’ion peut trouver dans les décrets pontificaux originaux du Saint Siège en date du 4 mai 1493. Ce document et trois autres émis cette même année, exhortaient les monarques espagnols de “mettre en œuvre la propagation de l’empire chrétien”, (”imperii Christiani propagationem prosequi”) et de “subjuguer les nations barbares” (“barbarae nationes deprimantur”).

Au travers de leurs actions, les Américains ont transformé ces phrases en “mettre en œuvre la propagation de l’empire américain” et “dominer les nations natives”. Prenez par exemple, l’utilisation des chiens et du gaz lacrymo pour déshumaniser et terroriser les indigènes et leurs supporteurs non-natifs qui étaient en colère envers le personnel d’Energy Access transfers, qui passait intentionnellement au bulldozer afin de le détruire un bout de terrain de 50m de large sur plus de 2,5km et ce directement au travers des lieux sacrés et/ou culturellement très importants. Les chiens et le gaz lacrymo symbolisent l’attitude d’un système impérialiste sans pitié qui se fout pas mal des endroits sacrés et cimetières de “païens infidèles”.

Le Dakota Access Pipeline est un projet majeur d’ingénierie. Dans leur livre Bridges, Canals & Tunnels: The Engineering Conquest of America (1968, American Heritage Publishing in Association with the Smithsonian Institution), David Jacobs et Anthony E. Neville introduisent leur sujet en reconnaissant les motivations religieuses derriere la soi-disante “expansion” des Etats-Unis en colonisant les territoires de nos nations natives. “Comme les croisés du moyen-âge, le peuple américain croyait en sa mission être d’inspiration divine et leur victoire inévitable”. (p.6)

Jacobs et Neville citent le poète Walt Whitman en disant: “C’est pour le bien de l’humanité” que les Etats-Unis et leur “pouvoir et territoire doivent être étendus, au plus loin sera le mieux” (Ibid). Ceci cadre nos nations et nos peuples comme étant en dehors de “l’humanité”. Jacobs et Neville disent que “les affirmations et l’appropriation de l’Amérique sur la terre furent justifiées” par John O’Sullivan lorsqu’il était un journaliste éditeur de 32 ans. Ce fut O’Sullivan qui dit à cette époque (1845): “Notre destinée manifeste est de nous étendre et de posséder l’ensemble du continent que la providence [dieu] nous a donné…”

Le juge de la cour suprême de la Caroline du Sud William Drayton, exprima ce même sentiment 70 ans avant O’Sullivan dans son adresse au Grand Jury en 1776. Drayton parla de la “sagesse indiscutable de la Providence” qui avait choisi la génération actuelle pour établir l’empire américain, celui qui promettait d’être le plus glorieux de toute l’histoire de l’humanité. La tradition d’utiliser des chiens méchants et autres techniques pour forcer les nations autochtones et leurs peuples à l’obéissance à son contrôle des plus arbitraires, fait aussi partie de cette “glorieuse” histoire de la construction de l’empire américain.

Franklin (Indiens + rhum = terre), Washington (“le destructeur de villes”), Jefferson, Madison, Marshall et bien d’autres ont tous envisionné l’empire américain englobant la totalité du continent et nos nations libres et indépendantes. Cette tradition générale est synthétisée sémantiquememt par les décrets pontificaux de 1452 (Dum Diversas), 1455 (Romanus Pontifex) et 1456 qui demandes “d’envahir, de capturer, de vaincre et de subjuguer” tous les non-chrétiens “de les réduire” et de “saisir toutes les possessions et propriétés”, phrasé renouvelé en 1493 et en 1514. Ce langage fut utilisé sous “autorité apostolique” et donc vu comme gratifié “par dieu”.

“In God We Trust” dit le billet de 1 dollar américain. La bulle papale dit de ce dieu: “Nous croyons en Lui, de qui provient les empires (imperia), les dominations (dominationes) et toutes les bonnes choses…” (bulles Inter Caetera des 3 et 4 mai 1493). Voilà l’état d’esprit auquel doivent faire face la nation Hunkpapa Dakota et l’Oceti Sakowin dans cette dernière saga du Dakota Access Pipeline envahisseur et colonisateur.

Grand merci à William “Pila” Laronal (Kanaka Maoli) pour son assistance dans cet article.

Resistance au colonialisme et à la force de coercition de la chrétienté (empire chrétien): La résistance sioux Standing Rock se développe…

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Le Dakota Access Pipeline et la loi de la chrétienté

 

Steven Newcomb

 

28 août 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/08/28/dakota-access-pipeline-and-law-christendom

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Article connexe sur le sujet:

https://resistance71.wordpress.com/2016/08/28/resistance-au-colonialisme-sioux-standing-rock-contre-le-viol-de-leurs-terres-ancestrales-au-nom-du-sacro-saint-petrole/

 

Doctrine chrétienne de la découverte / Bulles pontificales

 

L’approuvement du projet Dakota Access Pipeline colonisateur par le corps du génie de l’armée américaine et le conflit résultant avec la nation sioux Standing Rock a un contexte historique. Ce contexte consiste en les idées et les schémas mentaux de la chrétienté occidentale que les Etats-Unis ont utilisé et continuent à utiliser contre nos nations et nos peuples. Ces idées et schémas d’argumentation sont maintenant tacitement utilisés contre les Dakota Standing Rock et l’Oceti Sakowin (Le conseil des sept feux de la nation Teton) dans cette controverse sur fond de pipeline/oléoduc.

Les idées et arguments les plus fondamentaux utilisés par les Etats-Unis contre nos nations ont pour origine la chrétienté occidentale (l’empire occidental chrétien) et le langage de domination que l’on trouve dans les bulles pontificales et les chartes royales des XVème et XVIème siècles. Les Etats-Unis traitent les Dakota Standing Rock et l’Oceti Sakowin de manière irrespectueuse et coercitive, fondée sur les concepts établis initiaux religieux et les arguments dérivés de ce qui fut appelé la “loi internationale de la chrétienté” ou “la loi des nations chrétiennes”. Ces idées du passé continuent de contrôler le présent pour toutes nos nations originelles.

Un exemple de pensée ancienne qui continue dans le présent peut-être trouvé dans le “Report On Indian Affairs,” de Jedediah Morse, publié en 1822. Morse, un membre du clergé et du congrès délivra son rapport au secrétaire d’état à la guerre John C. Calhoun, au congrès des Etats-Unis et au président James Monroe (NdT: non pas l’arrière grand-père de Marilyn… mais l’instigateur de la doctrine portant son nom, celle qui fit de l’Amérique du Sud le “pré carré” et le “jardin exotique” de l’ogre impérialiste américain…). Dans la conclusion de son rapport en page 93, Morse caractérisa le peuple indien comme “partie valable de ce large corps païen de notre monde, qui va devenir sous peu l’héritage de notre rédempteur,” à ce point il cita le psaume 2:8 de la bible qui lit: “Enquiert à mon sujet et je te donnerai le païen en héritage [propriété] et mettrai les plus belles parties de la terre en ta possession.”

Dans une section préalable du document (p.67) Morse discutait “de la nature des titres de proriété indiens sur leurs terres”. Il ouvrait cette section avec ceci: “La relation qu’entretiennent les Indiens avec le gouvernement des Etats-Unis est péculier dans sa nature même. Leur indépendance, leurs droits, leur titre sur la terre qu’ils occupent, sont tous imparfaits dans leur genre.”

Imparfait est défini comme “pas fini, incomplet, manquant quelque chose”. Pourquoi, du point de vue de Morse, pensait-il que l’indépendance de nos nations originelles était supposée avoir quelque chose en moins ? Morse l’explique de cette façon: “La juridiction de tout le pays dans lequel habitent les Indiens, d’après la loi établie des nations, appartient au gouvernemnt des Etats-Unis et le droit à disposer des sols se rattache au pouvoir qui détient cette juridiction”.

Ce que Morse a appelé “la loi établie des nations” est ce que Henry Wheaton, dans ses “Elements of International Law (1836), a appelé “la loi internationale de la chrétienté”. Un an avant la publication du livre de Wheaton, le juge John Caltron de la cour suprême de l’état du Tennessee, exprima les idées suivantes au sujet de la “loi des nations” et de la “loi de la chrétienté”, idées qui sont maintenant utilisées par les Etats-Unis pour assumer la souveraineté et la domination (droit de domination) sur la nation sioux Standing Rock et sur le territoire d’Oceti Sakowin:

“Nous maintenons que le principe déclaré au XVème siècle comme étant la loi de la chrétienté, que la découverte qui donna le titre et l’assurance de la souveraineté (un droit de domination) sur et de gouverner les peuples natifs infidèles et non convertis d’Afrique, d’Asie et des Amériques du Nord et du Sud, a été reconnue comme faisant partie la la loi nationale (loi des nations) depuis plus de quatre siècles et cela est maintenant reconnu par toutes les puissances chrétiennes dans leur département politique et légal… Notre affirmation est basée sur le droit de forcer à l’obéissance (coercition).”

(State v. Foreman, Supreme Court of Tennessee, 1835)

Sur la base des idées trouvées dans la loi internationale de la chrétienté (loi des nations), Morse a affirmé que le titre de propriété iniden des non-convertis (non-baptisés) n’était qu’un vague titre “d’occupation des sols”.

Le rapport de Morse fut délivré au ministère de la guerre US et à d’autres secteurs du gouvernement américain, peu de temps avant que la cour suprême des Etats-Unis ne prennent sa décision dans l’affaire Johnson vs M’Intoshe en 1823. Dans la décision de Johnson, le juge de la cour suprême Marshall phrasa le titre indien à la terre précisément comme Morse l’avait fait, comme un “titre d’occupation des sols”. Marshall le fit dans son compte-rendu de la décision unanime de la CS, décision prise sur la base des chartes royales qui donnait les droits de subjugation et de domination sur les terres non-chrétiennes au “peuple chrétien”, que Marshall pour la CS des USA mit en italique pour insister sur le point et pour contraster avec les “natifs, qui étaient des païens”. Clairement ce langage biblique, spécifiquement en rapport avec la définition anglaise du dictionnaire d’Oxford du mot “païen”, comme étant un mot “d’origine chrétienne”.

Morse écrivit en supplément dans son rapport: “le titre complet de leurs terres (indiennes), demeure entre les mains du gouvernement des Etats-Unis.” Notez que l’utilisation du mot “complet” par Morse contraste avec ce qu’il a écrit au sujet du titre indien sur la terre étant “imparfait”, c’est à dire “incomplet”. Le titre [de propriété] de nations de la chrétienté que le juge Catron a nommé “toutes les puissances chrétiennes”, était regardé comme “complet” ou parfait (comme dans “domination parfaite”, tandis que le titre et l’indépendance des nations non-chrétiennes “païennes et infidèles” était vu comme “imparfait” et incomplet par les puissances chrétiennes.

Aussi loin que le gouvernement américain, incluant le corps du génie de l’armée, est concerné, la “tribu païenne et infidèle” sioux Standing Rock et l’Oceti Sakowin (la grande nation Sioux), ne peuvent pas contredire ce que les Etats-Unis veulent faire avec le territoire réorganisé par traité, d’Oceti Sakowin. Et ce parce que, basé sur les idées issues de la loi fédérale indienne qu’on peut remonter jusqu’à la loi des nations de la chrétienté, le titre original de propriété de quelque nation “païenne-infidèle” que ce soit n’est seulement “qu’imparfait” et n’est qu’une “simple occupation des sols”, sols sur lesquels les Etats-Unis ont clâmé une “domination chrétienne ultime”.

Le juge Joseph Story dans ses Commentaries on the Constitution of the United States a expliqué le requis religieux de la façon de penser utilisée contre nos nations: “Parce qu’ils sont infidèles, païens, et sauvages, ils ne furent pas permis de posséder les prérogatives appartenant à des nations absolues, souveraines et indépendantes.” Story dans ses “Commentaires” cita la langue latine d’une des bulles pontificales de 1493. Ce que les Etats-Unis n’admettent jamais ouvertement est que la doctrine de la “simple occupation des sols” et de “l’indépendance imparfaite” des nations indigènes est fondée sur l’ancienne loi de la chrétienté qu’on peut retracer jusqu’à la bible et les bulles pontificales du Vatican.

Lorsque le grand shaman, homme sacré Oglala sioux Black Elk (Élan Noir) rappelait comment lui et son peuple s’enfuirent devant les soldats américains en traversant la frontière canado-américaine pour aller là où le légendaire leader sioux Hunkpapa Sitting Bull campait, Black Elk dit alors ceci: “Les soldats américains ne pouvaient pas venir nous tuer là-bas.” En accord avec la loi des nations de la chrétienté, l’armée américaine devait respecter comme inviolable le territoire colonial tenu en domination chrétienne par la couronne britannique. Un tel respect n’a jamais été accordé à nos nations natives “païennes et infidèles” et à nos territoires par les nations de la chrétienté, comme les Etats-Unis et le Canada.

De mon point de vue, Dave Archambault II, le leader de la nation sioux Standing Rock, a été arrêté par la police de l’état du Dakota du Nord en tant qu’exercice de ce que le juge de la CS du Tennessee Catron a appelé “le droit de forcer à l’obéissance” ou droit de coercition. Comme le juge Catron l’a déclaré plus avant sur ce droit à la coercition dans son rendu de State c. Foreman: “L’affirmation peut bien être dénoncée comme moraliste. Nous répondons que ceci est la loi de la terre. Sans sa reconnaissance et sa mise en application vigoureuse, ce continent n’aurait jamais pu être habité par nos ancêtres. Abandonner le principe maintenant, c’est supposer que nos ancêtres étaient d’injustes usurpateurs.

Note de R71: Mais c’est toute la problématique… Ils n’étaient que des criminels, voleurs, usurpateurs et génocidaires coloniaux, dont les descendants aujourd’hui sont les membres, volontaires ou non, d’un empire sans terre. Ce que nous affirmons en soutien inconditionnel des nations indigènes non seulement du continent américain, mais des peuples autochtones du monde entier.
UN EMPIRE SANS TERRE EST UN EMPIRE A TERRE ! Un géant aux pieds d’argile, littéralement…
Qu’on se le dise !

Ce droit supposé de forcer l’obéissance au paradigme de domination est conceptuellement enraciné dans l’ancien système politique et de pensée de la chrétienté occidentale. La résistance Dakota, alliée à bon nombre de nations, fournit l’opportunité d’amener à l’attention du monde le fait qu’une forme religieuse bigotte de raisonnement et d’argumentation est toujours utilisée contre nos nations originelles libres et indépendantes par les Etats-Unis (NdT: et le Canada..), dans ce cas présent dans un effort de forcer le passage de l’oléoduc du Dakota Access Pipeline à travers le territoire de la nation Dakota, la tribu sioux Standing Rock et l’Oceti Sakowin ou “La Grande Nation Sioux” et ce, sans leur consentement.