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Résistance politique: Devoir de mémoire… « Oui la colonisation fut une barbarie »… Et elle l’est toujours !

Posted in actualité, colonialisme, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 19 décembre 2017 by Résistance 71

L’humanité s’émancipera lorsque les peuples occidentaux se lèveront, se débarrasseront de l’idéologie coloniale qui les enchaîne (parce que « Nous sommes tous des colonisés! ») et se tiendront main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour mettre en place la société des sociétés, celle de l’union dans la complémentarité.

Il n’y a pas de solutions au sein du système, il n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais. Croire le contraire est au mieux naïf et utopique, au pire complice et criminel…

~ Résistance 71 ~

 

En un mot anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens

 

Smaïl Hadj Ali

 

17 décembre 2017

 

Source:

https://www.legrandsoir.info/en-un-mot-aneantir-tout-ce-qui-ne-rampera-pas-a-nos-pieds-comme-des-chiens.html 

 

Le six décembre 2017, rue Larbi Ben M’hidi, à un jeune algérien qui lui disait que la France devait reconnaître ses méfaits en Algérie, le Président Macron demanda, excédé :

– « Quel âge avez-vous » ?

– « 26 ans », répondit le jeune homme.

– « Mais vous n’avez pas connu la colonisation, lui rétorqua le Président français ; qu’est-ce que vous venez m’embrouiller avec ça » !

Au-delà, de l’attitude véhémente à l’égard d’un jeune homme soucieux de son histoire nationale, et de surcroît en son pays, le Président français avait probablement oublié que ce sont des millions d’Algériens qui sont nés après le 5 juillet, date de la proclamation de l’indépendance nationale, et qui donc « n’ont jamais connu la colonisation », et l’auraient à ce titre « embrouillé », tout autant.

Ce sont aussi des dizaines de millions de Français qui n’ont jamais connu l’occupation allemande, la trahison nationale vichyste, et la Résistance, mais personne ne leur reprochera de ne pas oublier ce passé.

Question. Le Président français aurait-il tenu ces propos à un jeune juif ou à un jeune arménien, dont, respectivement la communauté et le peuple, ont connu l’horreur et le pire ?

L’Algérie, son peuple, sauf erreur, ne veulent ni repentance, ni autoflagellation. Mais personne ne pourra jamais empêcher les descendants des peuples colonisés de considérer que la colonisation fut, à minima, une longue « période de deuil et de souffrance », (1) comme l’avait souligné l’historienne et romancière Guadeloupéenne Maryse Condé, alors que la représentation française venait de voter la loi sur les « bienfaits de la colonisation », en 2005.

De même que Jean Ferrat dans Nuit et Brouillard, chantait « qu’il twisterait les mots s’il fallait les twister », pour dire l’horreur des camps d’extermination nazis, nous continuerons en Algérie, de chanter et de dire, sans haine, ni culpabilisation, l’épouvante que furent ces 132 ans d’oppression, d’exaction, de spoliation, et de néantisation.

Aussi et sans « embrouille », voici, pour mémoire, et pour commémorer l’héroïque Onze décembre 1960, quelques séquences, très abrégées, de ce moment négateur d’humanité revendiqué et administré par la France coloniale, qu’historiens et penseurs, à l’exemple de Mostefa Lacheraf, Bachir Hadj Ali, Henri Alleg, M.C Sahli, et bien d’autres, ont décrit et analysé il y a des décennies.

Dès le début de la conquête les crimes, multiformes, furent un invariant de l’armée coloniale. Pour le pouvoir politique et militaire, les indigènes, ces êtres inférieurs, les « Arabes », étaient des sous-hommes, « qui ne comprennent que la force brutale (2) et « qui n’entendraient de longtemps des raisonnements qui ne seraient point appuyés par des baïonnettes », comme s’en convainquait dès 1830, Lamoricière, cet émule des « conquistadores », qui occupera le poste de Ministre de la guerre en 1848, après avoir sabré « l’Arabe » pendant 18 ans…

C’est cette vision du monde qui va fonder et féconder la politique coloniale pendant 132 ans.

Alger 1957. Le port. Ballottés par la houle, des corps flottent. Ce sont les « crevettes-Bigeard », un des trophées du 3ème régiment de parachutistes coloniaux. (RPC). Cadavres d’Algériens raflés par les parachutistes, durant ladite « bataille » d’Alger (3), qui, au-delà de l’héroïque résistance du peuple qasbadji désarmé et d’une escouade de combattants sommairement armés, fut le moment mortifère, à l’échelle industrielle, de la torture d’État, et d’une massive et planifiée ratonnade militaro-policière, à ciel ouvert, tout aussi mortifère.

À ces crimes collectifs, et à tant d’autres, il est encore répondu : « C’était la guerre »(4), avec, implicitement, ses dérives, ses bavures des deux côtés ! Inévitables. Les crimes du 3ème régiment de parachutistes coloniaux, -qui faisait partie de la 10ème division parachutiste de Massu-, et plus largement de l’armée coloniale étaient-ils le lot commun de toute guerre, des dérives inévitables ? Une sorte de fatalité en somme inhérente à toute guerre ?

L’histoire du colonialisme en Algérie montre en réalité que les violences et les crimes coloniaux ont été une constante politique, et un phénomène d’ordre structurel. À ce titre le 3ème RPC, et la 10ème division de Massu, responsables de la disparition de Maurice Audin, de la liquidation de Larbi Ben M’hidi, de l’assassinat d’Ali Boumendjel et de milliers de patriotes algériens, sont les dignes héritiers des « Colonnes infernales » du général Bugeaud, adepte de «  la guerre totale jusqu’à extermination  » ? Dignes héritiers tout autant, des « Voltigeurs de la mort », dont le chef, le capitaine Montagnac, déclarait : «  Tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge ni de sexe (…). Voilà comment il faut faire la guerre aux Arabes : tuer tous les hommes jusqu’à l’âge de quinze ans, prendre toutes les femmes et les enfants (…), les envoyer aux îles Marquises ou ailleurs. En un mot, anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens.  » Dignes héritières des Bureaux Arabes, ont été aussi les sinistres Sections administratives spécialisées, et ce malgré les tentatives de minorer, sinon d’enjoliver leur rôle que l’on peut entendre et lire ici et là, alors qu’elles étaient des structures de répression féroce et de flicage massif des Algériens.

À propos de Montagnac, on aurait pu penser qu’il fut l’exception militaire en matière d’anéantissement. Mais ces crimes, ou l’incitation à les commettre, étaient choses partagées par la fine fleur intellectuelle de l’époque. Prenez Tocqueville. Ce penseur et théoricien adulé de la démocratie, homme de grande humanité et de quelques sympathies pour les Arabes, nous dit-on, prodiguait, avec cynisme et sang-froid, ses conseils, des « nécessités fâcheuses », disait-il, aux sabreurs et artilleurs coloniaux pour plus de domination, de désolation et de soumission :

(…) J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants.

Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre

« Le moyen le plus efficace dont on puisse se servir pour réduire les tribus, c’est l’interdiction du commerce. Le second moyen en importance, après l’interdiction du commerce, est le ravage du pays. Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux ».(5)

Absolu d’un idéal liberticide, défendu et porté par des élites familières des Lumières et de la modernité capitaliste, convaincues par les théories des races dites « inférieures », substrat idéologique des futures politiques d’extermination en Europe, comme l’analyse Hanna Arendt(6), la guerre de conquête coloniale, appuyée par une administration du même nom, ont effectivement, ainsi que le préconisait Tocqueville, ravagé et détruit les êtres, les villes, les écoles, l’agriculture, le commerce, avec comme point culminant le ravage de l’ethos (7) d’une société et d’un peuple dotés d’une unité culturelle et cultuelle certaine. Au bout du compte, une société et un peuple asservis, décivilisés par un implacable processus de spoliation, de paupérisation, de dés-alphabétisation, de régression socioculturelle, et de terreur existentielle érigée en mode d’administration d’exception d’une population défaite et exsangue. Terreur à laquelle prirent toute leur part les auxiliaires et supplétifs locaux, que l’on tente aujourd’hui de réhabiliter par la bande, avec la connivence et l’aide d’institutions et de personnalités publiques (8). Mais, et pour tout dire, n’avons-nous pas été aussi le pays dont un hebdomadaire public(9), a largement et généreusement donné la parole, en novembre 1984, au tortionnaire et responsable de la liquidation de Larbi Ben M’hidi, le patron du 3ème RPC, le parachutiste Bigeard, et ce, nous disait-on, au nom d’une nécessaire « décontraction idéologique » et de la « liberté d’expression, dont était privé, faut-il rappeler, la très grande majorité des Algériens ?

De 1954 à 1962, pour tenter de briser l’insurrection nationale et l’aspiration profonde des Algériens à la liberté, l’armée française n’aura aucun mal à renouer avec les violences de l’armée d’Afrique, celle-là même qui participa, au côté des capitulards Versaillais de Thiers, défaits par Bismarck, au meurtre de 30 000 révolutionnaires parisiens (10), entre le 21 et le 28 mai 1871 (11).

Violences absolues, totales, crimes de guerre et contre l’humanité, notion faite sienne par le président Macron le 14 février 2017, requalifiée il est vrai par celle de « crime contre l’humain » (12), quelques jours après, lors d’un meeting électoral le 18 février 2017, à Toulon, ville-portuaire d’où est partie la flotte et l’armada de la conquête qui mettront le pays à feu et à sang ?

Pour le système colonial, -que des historiens français en vue, souvent invités en Algérie, s’exprimant à foison dans la presse privée et publique, ainsi que des politiques français, ayant exercé ou exerçant les plus hautes responsabilités, ont qualifié de «  système injuste  », les Algériens n’étaient rien d’autres qu’une « race inférieure »

Pour maintenir leur asservissement, la puissance coloniale se dotera d’une administration militaire et civile d’exception, à vocation mortifère. Celle-ci mettra en pratique les pseudo théories sur les races, une invention des « sciences » en terre européenne au 19ème siècle, qui fonctionneront comme le nécessaire lubrifiant (13) idéologique pour la cohésion de la colonie de peuplement.

« Ce système injuste », – quel euphémisme ! – a désintégré la société algérienne. Il lui a interdit toute possibilité, 132 années durant, une éternité, d’inventer, d’imaginer son « avenir historique », de penser sa modernité, de concevoir son rapport au monde, de proposer son apport singulier, riche de son histoire plurimillénaire, à l’universalité, en un mot d’exister. Peut encore considérer un instant que l’Algérie n’aurait pas fait l’économie bienfaitrice des millions de victimes des guerres coloniales, de la mobilisation forcée des siens pour les guerres qui n’étaient pas les siennes, des famines organisées, et des épidémies induites par celles-ci. Peut-on imaginer un instant ce qu’elle aurait été sans les lois d’exception, le Code de l’indigénat, les expropriations massives, la pratique systématisée et généralisée du racisme, la destruction-péjoration de son système anthroponymique. N’aurait-elle pas mieux fait que le legs de cinq techniciens en agriculture et des quelques 90% d’analphabètes dans les deux langues. C’est cela, et la liste reste ouverte, l’héritage fondamental laissé par un système de gouvernement mu, entre autres, par une logique de destruction culturelle et, comme le notait Lacheraf d’« ébranlement du substrat mental » des individus et des groupes sociaux. Un héritage qui, à ce jour, -sans occulter les régressions qui érodent, au quotidien, la société, et l’emprise des castes prédatrices et exploiteuses, néo-colonisées, qui s’emploient à saigner et à corrompre le pays-, pèse encore lourdement sur le cerveau des vivants.

Oui la colonisation fut une barbarie. Elle ne pouvait porter en elle « des éléments de civilisation » (14) Seuls le combat et la résistance des Damnés de la terre, depuis 1830, puis la libération et l’indépendance nationale furent et firent civilisation.

Smaïl Hadj Ali.

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Gangrène politico-économique: Edouard Philippe, Areva et le pillage de l’uranium au Niger…

Posted in actualité, crise mondiale, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, sciences et technologies, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 18 mai 2017 by Résistance 71

Y a pas fallu attendre bien longtemps pour entendre les casseroles accrochées au cul des “nouveaux” politicards. Si on était veautards, on serait charmé et on ne se sentirait (toujours) pas trahi, non, non.

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, c’est bien connu… Vivement les législatives que tout continue pour ces représentants du crime organisé. On vit une époque formidable !

~ Résistance 71 ~

 

Edouard Philippe impliqué dans le pillage d’uranium au Niger par Areva et dans un conflit d’intérêt

 

Le Grand Soir (lecteur)

 

17 mai 2017

 

url de l’article original:

https://www.legrandsoir.info/edouard-philippe-implique-dans-le-pillage-de-l-uranium-du-niger-par-areva-et-dans-un-conflit-d-interet.html

 

Emmanuel Macron (M. Propre), Edouard Philippe (tout nouveau, tout neuf et immaculé) et Areva.
Demain sans doute nous aurons à parler ici du nouveau Premier ministre, de sa fortune, de ses déclarations de patrimoine, de ses votes de député à l’Assemblée nationale et d’autres choses encore qui feront ricaner (ou pleurer de dépit) François Fillon qui s’est trouvé bien seul pendant la grande lessive vertueuse qui a fait un président qui n’est pas lui.
 LGS.

L’Observatoire du nucléaire dénonce la nomination au poste de premier ministre d’Edouard Philippe qui n’est en rien le personnage « modéré » que la communication macronienne tente de mettre en scène. Bien au contraire, Edouard Philippe a les mains très sales, ou plutôt… radioactives. En effet, lorsqu’il travaillait pour la multinationale atomique Areva, il a participé à de sombres manœuvres dans les coulisses uranifères de la Françafrique.
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En octobre 2007, Edouard Philippe est nommé directeur de la communication et directeur des affaires publiques d’Areva. Son activité principale est alors de s’assurer de la collaboration de parlementaires acquis au lobby de l’atome. Il est ainsi en contact rapprochés avec Marc Vampa, député de l’Eure et président du groupe d’amitié France-Niger à l’Assemblée Nationale (Charlie Hebdo, 29 avril 2009).

C’est précisément pendant cette période, le 13 janvier 2008, qu’un accord est signé entre Areva et le pouvoir du Niger concernant l’exploitation de l’uranium, accord immédiatement contesté par le Mouvement des Nigériens pour la justice, mouvement touareg en rébellion contre le pouvoir central de Niamey (AFP, 17 janvier 2008).

En effet, les maigres revenus de l’uranium, largement sous payé depuis des décennies par Areva, ne bénéficient en rien à la population, et encore moins aux Touaregs, alors que les mines d’uranium sont situées dans leurs zones traditionnelles de vie.

Il est donc logique de considérer que les manoeuvres en coulisse d’Edouard Philippe ne sont pas étrangères aux graves troubles qui ont eu lieu par la suite dans la zone sahélienne (Niger/Mali) et dans le fait que, poussés par la misère, des groupes Touaregs aient fini par s’allier à des mouvements djihadistes.

Mais, surtout, il est légitime de se demander pour qui agit Edouard Philippe lorsqu’il est en charge des affaires publiques, que ce soit auparavant comme maire du Havre et désormais comme premier ministre.

Une première réponse est apportée par le fait que, à peine assis dans le fauteuil de maire du Havre (aimablement offert par son prédécesseur qui a démissionné en cours de mandat !), Edouard Philippe a offert un pont d’or… à son ancien employeur Areva, pour qu’il installe deux usines d’éoliennes off-shore, projet finalement abandonné piteusement en septembre 2016 : il serait intéressant d’enquêter pour voir ce que la sympathie d’Edouard Philippe pour Areva a finalement coûté aux citoyens-contribuables…

On notera d’ailleurs que, de 2007 à 2010, Edouard Philippe a cumulé sans état d’âme son poste chez Areva et son mandat d’adjoint au maire du Havre mais, aussi, que la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) lui a infligé un blâme pour avoir refusé de fournir des informations sur sa déclaration de patrimoine de 2014, pourtant exigées par la loi.

Combat politique: Albert Camus et les anarchistes ~ 2ème partie ~

Posted in actualité, documentaire, France et colonialisme, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 4 mars 2017 by Résistance 71

“Mais l’ennemi perpétuel, c’est la terreur perpétuelle, au niveau de l’État cette fois. L’État s’identifie avec “l’appareil”, c’est à dire l’ensemble des mécanismes de conquête et de répression. La conquête dirigée vers l’intérieur du pays s’appelle propagande (“premier pas vers l’enfer” selon Frank) ou répression. Dirigée vers l’extérieur elle crée l’armée. Tous les problèmes sont ainsi militarisés, posés en termes de puissance et d’efficacité.”

~ Albert Camus, “L’homme révolté”, 1951 ~

“Le thème de la révolution permanente se transporte ainsi dans l’expérience individuelle. Vivre, c’est faire vivre l’absurde. Le faire vivre, c’est avant tout le regarder. Au contraire d’Eurydice, l’absurde ne meurt que lorsqu’on s’en détourne. L’une des seules positions philosophiques cohérentes c’est ainsi la révolte. Elle est un confrontement perpétuel de l’homme et de sa propre obscurité. Elle est exigence d’une impossible transparence. Elle remet le monde en question à chacune de ses secondes.”
~ Albert Camus, “Le mythe de Sisyphe”, 1942 ~

 

camus

 

Albert Camus et les libertaires

 

Lou Marin

 

Novembre 2009

 

Source: http://anarchismenonviolence2.org/spip.php?article89

 

1ère partie

2ème partie

 

Le discours que Camus a tenu à la Bourse du travail de Saint-Etienne en mai 1953, donc devant un public majoritairement de syndicalistes, est certainement l’une de ses contributions politiques les plus belles et les plus engagées pour le mouvement libertaire. Dans son allocution, Camus s’oppose au matérialisme social pour défendre une option plus idéale de la liberté obtenue par la lutte des opprimés, celle défendue par les gouvernements n’en étant pas une.

« La société de l’argent et de l’exploitation n’a jamais été chargée, que je sache, de faire régner la liberté et la justice. Les Etats policiers n’ont jamais été suspectés d’ouvrir des écoles de droit dans les sous-sols où ils interrogent leurs patients. Alors, quand ils oppriment et qu’ils exploitent, ils font leur métier et quiconque leur remet sans contrôle la disposition de la liberté n’a pas le droit de s’étonner qu’elle soit immédiatement déshonorée [25]. »

Puis Camus reproche à Marx d’avoir commis une erreur fondamentale en sacrifiant le mythe des libertés civiques sur l’autel du concept de la liberté en soi :

« Il fallait dire justement que la liberté bourgeoise n’était pas la liberté, ou dans le meilleur des cas, qu’elle ne l’était pas encore. Mais qu’il y avait des libertés à conquérir et à ne jamais plus abandonner. […] D’une juste et saine méfiance à l’égard des prostitutions que cette société bourgeoise infligeait à la liberté, on en est venu à se défier de la liberté même. Au mieux, on l’a renvoyée à la fin des temps, en priant que d’ici là on veuille bien ne plus en parler. […] La liberté bourgeoise, elle, peut procéder en même temps à toutes ses mystifications [26]. »
Camus critique ensuite la dialectique cynique de la guerre froide : « A celui qui présente l’esclave des colonies en criant justice, on montre le concentrationnaire russe, et inversement [27]. »
Mais Camus ne veut pas échanger la justice contre la vraie liberté : « Les opprimés ne veulent pas seulement être libérés de leur faim, ils veulent l’être aussi de leurs maîtres. Ils savent bien qu’ils ne seront effectivement affranchis de la faim que lorsqu’ils tiendront leurs maîtres, tous leurs maîtres, en respect [28]. »

La séparation de la liberté et de la justice équivaudrait à la séparation du travail et de la culture.

Le vrai travail devrait être aussi créatif que le travail d’un artiste. Puisque les gouvernements ne maintiennent pas les libertés démocratiques, mais que celles-ci sont conquises par les mouvements sociaux, les libertés restantes doivent toujours être défendues et même continuellement élargies par les travailleurs. Selon Camus, les libertés acquises ne sont pas de pures illusions, mais le résultat des luttes sociales contre le pouvoir.

« Hommage à un journaliste », pour la défense de la liberté de la presse, prend pour exemple l’exil forcé de l’ancien président colombien Eduardo Santos qui fut un président plutôt libéral (1938-1942) de la Colombie. Après lui, il y eut plusieurs régimes militaires en Colombie. Eduardo Santos les a critiqués, spécialement pour la suppression de la liberté de la presse. Début des années 1950, le régime militaire voulut se débarrasser de son critique en le nommant à un poste privilégié, l’ambassade de Colombie en France. Santos refusa et créa le quotidien « El Tiempo » à Bogotà qui fut considéré très vite comme le plus important d’Amérique latine. Eduardo Santos dut essuyé plusieurs tentatives d’attentat et, en août 1955, le journal fut interdit et Santos exilé. Camus utilise son cas pour réfléchir à la signification de la liberté de presse [29]. Avec ces deux textes, la rédaction avait publié un bref extrait de la préface de Camus pour le livre de l’ancien trotskiste Alfred Rosmer, « Moscou sous Lénine ». Cet ouvrage est en gros une défense du léninisme par rapport au stalinisme. Dans l’extrait de la préface, Camus ne partage pas tout à fait la défense du léninisme soutenue par Rosmer. Il critique en particulier Rosmer qui approuva l’écrasement de Kronstadt en 1921 et sous-estima les effets de la dissolution du Parlement russe – prélude aux persécutions de l’ensemble des révolutionnaires. Sur ce sujet, Camus reste hésitant et préfère laisser la question ouverte plutôt que de prendre clairement position [30].

Dans le numéro 424, 1/1958, hormis l’hommage à Santos, on peut lire un appel de Camus critiquant vertement les attentats commis par le FLN, dirigés contre des syndicalistes. Camus se demande ici si ces attentats ne révèlent pas une tendance totalitaire dans le mouvement indépendantiste. Des syndicalistes étaient tués les uns après les autres et avec chaque mort l’aventure algérienne devenait un peu plus ténébreuse. Les libertaires se devaient de pousser un cri d’alarme afin de retirer aux anticolonialistes leur bonne conscience qui justifiait tout, en premier lieu les meurtres. En fait, ces attentats visaient des syndicalistes algériens partisans de Messali Hadj, ancien ami de Camus. Ils avaient lutté ensemble contre le colonialisme pendant les années trente [31].

Le dernier texte de Camus pour « la Révolution prolétarienne » fut publié après son accident de voiture et suivi d’un article nécrologique amical de Raymond Guilloré. C’est une lettre dans laquelle il s’exprime sur la littérature prolétarienne. Camus ne croit pas à une littérature spécifiquement prolétarienne. Comparant André Gide et Léon Tolstoï, il qualifie le premier d’élitiste bourgeois et il admire la capacité du second à pouvoir écrire de façon si simple et si agréable que sa littérature touche le cœur des hommes de toutes les couches de la société. Il s’agit ici d’un talent que Gorki, Istrati et d’autres écrivains possèdent aussi. L’objectif des gens au pouvoir, que ce soit des dictatures ou des démocraties régies par l’argent, est toujours de séparer la culture et le travail. En revanche, la littérature de Tolstoï transcende cette ligne de démarcation [32].

Il faut tenir compte des fréquentations et des amitiés de Camus à « la Révolution prolétarienne » pour bien comprendre le travail qu’il y a effectué. Le journal de Monatte est d’abord aussi le journal dans lequel Simone Weil, dont Camus était un grand admirateur, publia des articles dans les années 1930 [33].

À l’époque où Camus commença d’écrire pour « la Révolution prolétarienne », il travaillait sur une édition des œuvres de Simone Weil qui devait paraître chez Gallimard. Dans les années 1950, « la Révolution prolétarienne » publiait régulièrement des souvenirs et des discussions sur les œuvres de Simone Weil – sur « l’Enracinement » [34] par exemple –, Camus a donc dû s’y sentir à l’aise. D’autant que le journal faisait paraître des commentaires élogieux sur ses propres livres : ainsi le compte rendu de Jacques Muglioni [35] sur « l’Homme révolté », ou bien celui relatant une rencontre de typographes et de correcteurs, arrangée par Nicolas Lazarevitch, chez Camus après que celui-ci eut reçu le prix Nobel. A cette occasion, Camus souligna l’importance d’une notion de créativité du travail – la vraie culture du travail – opposé à la séparation de la culture et du travail. Un travailleur libre doit être créatif comme un artiste, selon Camus. Dans la comparaison connue entre Gide et Tolstoï, Camus s’engage de nouveau en faveur d’une littérature touchant tous les hommes et refuse finalement d’avoir un rôle de dirigeant pour les travailleurs [36].

En lisant les numéros de « la Révolution prolétarienne » des années 1950, j’ai fait une découverte qui m’a surpris moi-même. En décembre 1951, un « cercle Zimmerwald » avait été créé sous l’impulsion de Monatte. Le nom de ce cercle était une allusion aux opposants socialistes et pacifistes de la Première Guerre mondiale qui s’étaient retrouvés lors d’une conférence à Zimmerwald. Contrairement à eux, le cercle, qui craignait une troisième guerre mondiale, cherchait à s’y opposer en propageant l’idée d’une nouvelle internationalisation et en affirmant son indépendance afin d’éviter toute nouvelle léninisation comme cela s’était produit la première fois.

Il est intéressant de constater que le fondateur et président du premier cercle de Zimmerwald, en dehors de Paris, était un vieil ami de Camus quand celui-ci vivait en Algérie : il s’agissait de Messali Hadj (Camus et Hadj militèrent ensemble au sein du PCF/PCA dans les années 1935-1937). Le socialiste algérien Hadj, exilé pour des raisons politiques, vivait à Niort avec une liberté de mouvement restreinte. Il avait non seulement entretenu des contacts avec des mouvements libertaires mais était lui-même engagé dans le mouvement syndicaliste. Les syndicalistes du cercle de Zimmerwald voyaient toujours un « camarade » en Messali Hadj. Celui-ci avait envoyé un hommage émouvant à l’assemblée plénière du cercle parisien de Zimmerwald de 1954. Il y promettait de poursuivre son engagement en faveur des travailleurs français « malgré les énormes difficultés qui surgissent parfois et malgré l’incompréhension du peuple français » [37] en faveur du mouvement indépendantiste algérien. Il cherchait le contact avec le mouvement libertaire des travailleurs français afin de nouer une alliance avec les travailleurs immigrés algériens, à l’époque tout de même au nombre de 500 000, dont 150 000 vivaient à Paris et aux alentours et dont la plupart appartenaient au Mouvement national algérien (MNA), son mouvement. Il voulait réduire le risque d’une fracture au sein tant de son organisation que du mouvement syndicaliste français – il s’agissait ici d’une conception de mouvement totalement différente de celle du FLN. Hadj, en désaccord avec un Ferhat Abbas modéré et représentant de la bourgeoisie algérienne, se posait plutôt en rival prolétaire et socialiste du FLN, et indépendant de Nasser au Caire et de l’Union soviétique [38].
Même si le nationalisme algérien de Messali Hadj ne concordait pas avec la pensée de certains camarades du cercle de Zimmerwald et de « la Révolution prolétarienne », en particulier, la critique du nationalisme de Roger Hagnauer [39], le dirigeant du MNA maintint son soutien à l’internationalisme et continua à coopérer avec eux. Rien qu’en France, 4000 Algériens furent tués dans les luttes fratricides entre FLN et MNA. En Algérie même, il y eut des massacres, comme celui de Mélouza, en 1957, dans lequel le FLN extermina 374 sympathisants messalistes [40]. Ce fut en particulier à cette époque que « la Révolution prolétarienne » s’engagea, comme Camus, pour que les autorités coloniales françaises cessent de persécuter Messali Hadj : en octobre 1954 contre l’expulsion de Hadj de France, ensuite contre son arrestation en Algérie [41].

L’avocat de Messali Hadj, Yves Dechezelles, proche de l’entourage de « la Révolution prolétarienne », a, en plus, été très clair lors de sa critique de « l’Algérie hors la loi » de Francis et Colette Jeanson (amis de Sartre), désapprouvant le soutien sans condition de la gauche au FLN. Il importe de rappeler que Francis Jeanson était l’auteur de la critique de « l’Homme révolté » dans « les Temps modernes ». Celle-ci avait conduit à la rupture avec Sartre. C’est avec une grande lucidité que Dechezelles démontre, grâce à de longues citations, que Francis et Colette Jeanson avaient pour seul objectif de discréditer Messali Hadj auquel ils reprochaient contre toute réalité de n’avoir aucune influence, de coopérer avec la police coloniale française et finalement d’être trotskiste. En tenant ces propos diffamants, Jeanson et Sartre suivaient une ligne clairement orthodoxe et stalinienne [42].
La critique de Camus à l’égard du FLN, qui se voulait le seul représentant du mouvement indépendantiste, se perçoit d’autant mieux si l’on prend en compte le combat contre les messalistes. Camus les préférait au FLN, jugé trop autoritaire et centraliste, Messali Hadj entretenant des contacts avec les groupes libertaires en France.
Quand le collaborateur de Camus, Jean de Maisonseul, fut interpellé après l’allocution de Camus en faveur d’une trêve en Algérie, Monatte avait annoncé qu’il pourrait organiser une campagne pour le faire libérer [43].
C’est seulement en tenant compte de ce cadre que la position libertaire de Camus s’offre en alternative à l’Occident capitaliste et à l’Est étatique.

  1. Mettre Camus en pratique

Pour conclure, j’aimerais faire une remarque sur l’anarchisme, si on l’oppose au capitalisme et au marxisme. Je ne me considère ni comme un universitaire ni comme un homme de lettres, même si je cherche à écrire avec la plus grande clarté et en collant le plus possible à la réalité : je n’arrive pas à garder l’objectivité qui devrait satisfaire aux exigences scientifiques et d’esthétique littéraire.

Je m’intéresse à Camus sur un plan passionnel et pratique – lire les œuvres du théoricien de la révolte est une inspiration pour la mise en pratique de cette révolte. Le « non » de Camus à l’oppression est un modèle pour mon propre « non » anarchiste et une critique de la violence utilisée contre l’organisation sociale de la RFA : système du chômage, séparation du travail et de la culture, danger croissant du nationalisme et du racisme, xénophobie et expulsion institutionnalisée, État nucléaire toujours présent et armée fédérale sur le pied de guerre. J’interprète le « non » de Camus comme une incitation à s’engager pour la liberté et la révolte contre ce système.

Camus a été un écrivain politique, non, dans le sens de Sartre, comme quelqu’un qui a sacrifié ses propres positions aux nécessités d’un parti ou d’une idéologie, mais dans un sens libertaire en faveur d’une critique de l’idéologie, d’une critique de la violence, d’une critique du nationalisme. Il est difficile de comprendre le fond libertaire de Camus si l’on s’en tient à l’esthétique de son œuvre littéraire.
Les personnages des drames de Camus traduisent bien cet engagement politique : « les Justes », « le Malentendu », « les Possédés », « l’État de siège » ne peuvent pas être compris si l’on ne tient pas compte de son option politique qu’il entend soumettre à débat.

L’expert littéraire de la « Frankfurter Allgemeine Zeitung », Jürg Altweg, a écrit dans « Die langen Schatten von Vichy », paru en pleine phase de renouveau de Camus dans la France intellectuelle des années 1990, au chapitre le concernant : « La critique du totalitarisme par les nouveaux philosophes a provoqué un choc qui a suscité le renouveau de l’intérêt pour Camus, qui s’est maintenu puis amplifié lors de la publication du « Dernier Homme » [44]. »

Nous pouvons nous réjouir en France du renouveau de la pensée de Camus, et en Algérie à cause de la guerre civile, de la réhabilitation de sa position critique sur la violence et le nationalisme du FLN. Cependant, nous devons aussi veiller à éviter que les nouveaux philosophes, apologistes du système, et les conservateurs ne l’instrumentalisent. Présenter Camus seulement comme un des premiers critiques du totalitarisme limiterait sa place au cadre de la guerre froide, ce qu’il a toujours voulu fuir, et négligerait la sensibilité libertaire profonde qui sous-tend son œuvre.

 

 

camus

 

[1]

Lothar Baier, Sankt Albert. « Der Mythos von Camus’Größe vom Entstehen einer modernen Heiligenlegende », dans « SZ am Wochenende », n° 130, « Süddeutsche Zeitung », 8/9, juin 1996

[2]

Assia Djebar, « Weißes Algerien », Zürich, 1996

[3]

Abdel Wahab Meddeb, « Le partage » dans « Dédale », « Literaturzeitschrift », printemps 1996.

[4]

Voir Wolfram Beyer, « Albert Camus – ein Libertärer », dans « Albert Camus, Weder Opfer noch Henker », Schriften des Libertären Forums Berlin, n° 1, édité par Internationale der Kriegsgegner/innen (IDK Berlin), Berlin, 1991 ; Wolfram Beyer, « Albert Camus. Weder Opfer noch Henker », dans « Grasswurzelrevolution Kalender 1991 », Berlin, paru auparavant comme traduction allemande dans « Tintenfaß, Magazin für den überforderten Intellektuellen », édité par Franz Sutter, n° 11, Zürich, 1984, écourté un peu par la rédaction ; Wolfram Beyer/Normann Stock, « Albert Camus. Stichwort für das Lexikon der Anarchie », Berlin/Heidelberg, 1997.

[5]

Voir Lou Marin, « Ursprung der Revolte. Albert Camus und der Anarchismus », Heidelberg 1998.8

[6]

Voir par exemple le recueil d’articles assemblés par Heinz Robert Schlette, « Wege der deutschen Camus-Rezeption », Darmstadt

[7]

Voir Horst Wernicke, « Albert Camus. Aufklärer – Skeptiker – Sozialist, Hildesheim/Zürich/New York, 1984 ; Horst Wernicke, « Albert Camus Novelle, Die Stummen » (1957). « Camus’ politische Positionen in den fünfziger Jahren », dans : Franz Josef Klehr/Heinz Robert Schlette, « Der Camus der fünfziger Jahre », Stuttgart, 1997, pp. 39-52 ; Horst Wernicke, « Geist und Mut. Albert Camus, René Char : Haltungen und Handeln im Widerstand », dans Heinz Robert Schlette, « Erkenntnis und Erinnerung. Albert Camus », Pest-Chronik, Bonn, 1998, pp. 35-36.

[8]

Voir Heinz Robert Schlette, « Der Sinn der Geschichte von morgen » « Albert Camus’ Hoffnung », Frankfurt a. M., 1995, p. 27.

[9]

Voir « Maurice Laisant condamné » et « Le pacifiste » dans « Albert Camus et les Libertaires », « Volonté anarchiste », 26, Paris, 1984, p. 19 et p. 37

[10]

Lire la reproduction électronique de cette revue sur le site de la Presse anarchiste], Pierre Monatte et André Rosmer de « la Révolution prolétarienne », Louis Lecoin de « Défense de l’homme » et de « Liberté », Gaston Leval et Georges Fontenis du « Libertaire », Giovanna Berneri de « Volontà » (en Italie) et José Ester Borràs de « Solidaridad Obrera (en Espagne). Camus avait en outre des contacts avec des journaux anarcho-syndicalistes suédois (« Arbetaren »), allemand (« Die freie Gesellschaft ») et latino-américain (« Reconstruir » en Argentine) [[Voir Lou Marin (note 5), p. 65

[11]

Voir Helmut Rüdiger, « Albert Camus als politischer Denker », dans « Arbetaren », Stockholm, n° 2, 1960, en version allemande dans Helmut Rüdiger, « Sozialismus und Freiheit », Münster/Wetzlar, 1978, pp. 146-150, ici p. 148

[13]

Ibid, pp. 101-122.

[14]

Herbert R. Lottman, « Camus. Eine Biographie », Hamburg 1986, p. 184.

[15]

Marin (note 5), p. 36

[16]

Ibid, p. 111

[17]

Robert Proix, « À Albert Camus, ses amis du Livre », Paris, 1962.

[18]

Monatte, cité d’après Lou Marin (note 5), p. 56

[19]

Helmut Rüdiger en tant qu’« Observateur » : « Französische Diskussionen über Zimmerwald », dans « Die freie Gesellschaft », n° 29, 3/1952, p. 145.

[20]

Charles Jacquier, « Avant-propos », dans Charles Jacquier, « Simone Weil, l’expérience de la vie et le travail de la pensée », Arles, 1998, p. 10

[21]

Chiffre trouvé dans les mentions légales de « la Révolution prolétarienne » à l’IISG, Amsterdam, juin 1999

[22]

Albert Camus, « L’Europe de la fidélité », dans « la Révolution prolétarienne » n° 351, 5/1951, p. 159

[23]

Albert Camus, « Franco, défenseur de la culture ! », dans « la Révolution prolétarienne », n° 364, 7/1952

[24]

Albert Camus, « Fragen der Zeit », Reinbeck ,1960, 223.

[25]

Ibid. p. 76 ou Albert Camus, « Restaurer la valeur de la liberté », dans « la Révolution prolétarienne », n° 376, 1953, p. 242.

[26]

Ibid., p. 77.

[27]

Ibid., p. 78

[28]

Ibid., p. 80

[29]

Albert Camus, « Ehrung eines Verbannten », dans « Fragen der Zeit » (note 24), pp. 83-89, en français : Albert Camus, « Hommage à un journaliste exilé », dans « la Révolution prolétarienne », n° 424, 1/1958, p. 218

[30]

Albert Camus, « Ceux qui ont refusé le déshonneur et la désertion », dans « la Révolution prolétarienne », n° 420, 9/1957, p. 170

[31]

Albert Camus, « Post Scriptum », dans « la Révolution prolétarienne », n° 424, 1/1958, p. 220.

[32]

« Albert Camus et la littérature prolétarienne », dans « la Révolution prolétarienne », n° 447, 2/1960, p. 26

[33]

Patrice Rolland, « Simone Weil et le syndicalisme révolutionnaire », dans Charles Jacquier, « Simone Weil, l’expérience de la vie et du travail de la pensée, Arles, 1998, pp. 69-106.

[34]

Voir A. Sousbie dans « la Révolution prolétarienne », n° 335, 1/1950, p. 24, voir aussi les analyses théoriques et les explications d’Albertine Thévenon, « Simone Weil que nous avons aimée, quand il était temps », dans « la Révolution prolétarienne », n° 357, 12/1951, p. 379, et la série d’articles d’Andrieux/Lignon : « Simone Weil et la condition ouvrière, dans « la Révolution prolétarienne », n° 367, 11/1952, 317-324 ; n° 368, 12/1952, 355-360 ; n° 370, 2/1953, pp. 33-36.

[35]

Jacques Muglioni : « La Révolte contre l’histoire », dans « la Révolution prolétarienne », n° 358, 1/1952, p. 40.

[36]

« Albert Camus chez les travailleurs du Livre », dans « la Révolution prolétarienne », n° 424, 1/1958, p. 23.<

[37]

Messali Hadj, « Message de sympathie à l’assemblée générale du cercle Zimmerwald à Paris », dans « la Révolution prolétarienne », n° 381, 2/1954, pp. 62 et 64 : « La Vie des cercles ».

[38]

Voir Lou Marin (note 5), pp. 141 et 158.

[39]

  1. Rüdiger, « Französische Diskussion über Zimmerwald » (note 19), p. 147.

[40]

Voir Lou Marin (note 5), p. 141 et p. 158.

[41]

Déclaration du cercle Zimmerwald sur la déportation de Messali Hadj, dans « la Révolution prolétarienne », n° 401, 12/1955, p. 287 et « Libérez Messali Hadj ! », dans « la Révolution prolétarienne », n° 404, 3/1956, p. 22

[42]

Yves Dechezelles, « À propos d’un livre sur l’Algérie : lettre ouverte à Francis et Colette Jeanson », dans « la Révolution prolétarienne », n° 403, 2/1956, p. 45.

[43]

Voir Lou Marin (note 5), p. 139

[44]

Jürg Altweg, « Die langen Schatten von Vichy », Wien, 1998, p. 193.

Résistance au colonialisme d’hier et d’aujourd’hui: Le Gabon au cœur de la Françafrique

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« Le ministre Jacquinot déclarait à la tribune des Nations Unies que l’indépendance, c’est l’indépendance.
Nous nous apercevons aujourd’hui que ce n’est pas vrai.
C’est un piège à cons qu’il nous a tendu. »

Daniel Kemajou – 29 octobre 1959. (1)

 

Gabon: jusqu’à quand le pillage ?

 

Georges Stanéchy

 

16 septembre 2016

 

Source:

http://stanechy.over-blog.com/2016/09/gabon-jusqu-a-quand-le-pillage.html

 

Le « niveau de vie » de ce pays devrait être supérieur à celui de la Norvège, avec ses 5,5 millions d’habitants…

Producteur de pétrole comme le scandinave, le Gabon atteint, à peine, les 2 millions d’habitants pour une superficie représentant la moitié de celle de la France. (2) De plus, gratifié de fantastiques ressources naturelles que la Norvège, pour rester dans la comparaison, ne détient pas.

« Main Invisible » du Marché ou de la Prédation ?…

Richesses dont on a du mal à cerner les contours de leurs colossales amplitudes. Statistiques « incontestables », aux chiffres vérifiés et validés sur fondement de plusieurs sources elles-mêmes « fiables », étant impossibles à obtenir pour ce qui est du commerce extérieur des pays africains dès qu’ils sont vendeurs d’hydrocarbures et de productions minières. Pratique similaire, ne l’oublions pas, dans d’autres pays d’Amérique latine ou d’Asie (Birmanie-Myanmar, Philippines ou Thaïlande, par exemple).

Comme pour les statistiques « officielles » du chômage, ou de l’inflation, sous nos latitudes tempérées ; systématiquement « bidonnées », minorées, dans tous les cas « taillées sur mesure » à la demande des gouvernements.

C’est ainsi qu’on arrive, sans rire, à affirmer que l’inflation est « voisine de zéro ». La chorale de nos « experts en économie » l’affirmant à longueur d’année, la main sur le cœur. En contradiction flagrante avec les constatations, et expérimentations, quotidiennes du porte-monnaie de n’importe quel consommateur, même le plus analphabète en économie… Jusqu’à la baguette de pain, ou le pot de yaourt, dont on diminue le poids pour ne pas augmenter le prix unitaire !…

Le Gabon, n’échappe donc pas au « régime statistique » des autres pays africains : une grande partie des produits de son sous-sol  étant « cédée » hors comptabilisations douanières, et autres organismes censés en contrôler les « flux » ; dans le bourdonnement continu, mais discret, des domiciliations bancaires des paradis fiscaux…

Tout comme la majeure partie du continent africain, le Gabon est immensément riche de ses ressources naturelles. En tête de liste : les hydrocarbures. Depuis des décennies, le Gabon est considéré comme un des principaux producteurs de pétrole du continent. Mais, les Gabonais, pas plus que les autres non « initiés » aux modes de pompage et circuits spoliateurs, ne connaîtront jamais la somme, ou le détail, de l’exploitation des richesses pétrolières de leur nation…

Pas davantage pour ce qui est des autres productions de son sous-sol, minières plus particulièrement. (3) Citons le manganèse dont il est le troisième exportateur mondial après l’Australie et l’Afrique du sud, d’après les « statistiques officielles » !… (4)

Ajoutons dans le panier : l’uranium, dont on nous dit que l’exploitation est arrêtée depuis le début des années 2000. La première tonne d’uranium a été extraite en 1961. La COMUF, filiale d’AREVA, exploitant la mine ne faisait bénéficer ses salariés « d’aucune des mesures de protections reconnues nécessaires par la filière nucléaire« … (5) Des centaines meurent, actuellement, de maladies du travail dans l’indifférence… L’exploitation devrait reprendre, sur d’autres sites, d’après les rumeurs…

Sans oublier l’or de Bakoumba. Ou encore, le fer des mines de Bélinga dont les réserves sont évaluées à un milliard de tonnes… Et tous ces minerais rares, d’autant plus recherchés par les nouvelles technologies industrielles : le niobium de Lambaréné, le molybdène de Mouila, aux réserves estimées à 100 millions de tonnes. Richesses à ne plus savoir qu’en faire !…

Et, il n’y a pas que le sous-sol…

Le premier employeur du Gabon est la filière d’exploitation du bois. La forêt recouvre 85% de la superficie du pays, avec des essences de bois précieux très demandées telles que l’okoumé. Le Gabon est un des premiers exploitants forestiers et exportateurs de bois dans le monde. Additionnons à la liste : caoutchouc, café, cacao… Pays aux multiples fleuves, rivières et cours d’eau ; gigantesque château d’eau douce, au potentiel agricole faramineux…

Mentionnons une richesse sous-exploitée, car pillée dans le silence complice de ses gouvernants. Cas de beaucoup de pays africains dotés d’une zone côtière : la ressource halieutique.

Leurs eaux territoriales sont riches, très riches, en poissons, du fait des courants marins longeant leurs côtes ; qu’ils sont pour le moment incapables de faire respecter par les flottes de pêche européennes et asiatiques (Japon et Corée, surtout), ne serait-ce qu’en exigeant droits de pêche et respect de quotas (imposant le « repos biologique » pour assurer le renouvellement de la ressource). Ou, d’investir dans une flotte de pêche avec la valorisation industrielle et commerciale du produit : conserveries, unités de congélation, etc. Le Gabon, gros consommateur de poissons, n’assure qu’un tiers de sa consommation…

« Pauvre Norvège« , se dit-on, en comparaison de cet amas de ressources naturelles.

Le rapprochement s’effondre brutalement, toutefois, dès que l’on compare les niveaux de vie des deux pays.

Même pas 2 millions d’habitants… Et, la majorité de la population du Gabon vit dans la pauvreté… Des études « indépendantes » font état de 83 %…

Dans un pays aux infrastructures et services quasi illusoires, hors exploitation des ressources destinées à l’exportation : routes et voies de communication délabrées ou inexistantes, accès à l’eau potable limité à une partie de la population, services de santé et d’éducation déficients, services sociaux défaillants pour des catégories sociales précarisées (personnes âgées, handicapées, notamment), chômage exponentiel sans protection sociale (1/3 de la population), diplômés sans emploi ni perspective d’avenir (la majorité des postes d’encadrement étant squattée par des « expatriés » européens aux salaires et avantages exorbitants), etc.

Pourtant nous sommes au royaume du « Libéralisme Economique Absolu« , tant célébré et invoqué par nos « charlots-économistes » qui ne cessent d’en prêcher les mérites : « pas de dépenses publiques », pas d’impôts sur les fortunes et hauts revenus, pas d’impôts sur les grandes entreprises exportatrices, pas de droits de douane, privatisation de tous les services publics (entièrement aux mains de groupes privés français) !…  Le rêve pour ces adorateurs de La Main Invisible du Marché dont ils souhaitent l’instauration en France, sous l’appellation de « réformes structurelles ». (6)

Q’importe désastres et ravages, économiques et sociaux, qu’on peut recenser partout, en appliquant les mesures préconisées par les dévots du « Libéralisme Débridé » ; le Gabon, par sa catastrophique situation sociale, constituant un aveuglant exemple !…

Attention ! Il est, de plus en plus, interdit d’en faire le constat, de le mentionner, de vouloir en discuter, pire : de prétendre le remettre en cause, sous peine de délit de « blasphème » !…  Les économistes de nos nomenklaturas viennent récemment d’en énoncer le principe canonique, de droit divin, dans un livre : « Le négationnisme économique, et comment s’en débarrasser« .  (7)

Nous voilà sommés par l’Inquisition, contrôlant la circulation des idées et des opinions, de nous taire pour ne pas être déclarés : « hérétiques » !… (8)

En fait, le Gabon est la parfaite incarnation de ce que nos oligarchies rêvent d’imposer sur la planète : « tout pour le 1% » ! L’immense richesse nationale du pays spoliée par une infime poignée de clans familiaux de l’ancienne puissance coloniale, adossés aux politiciens maffieux, en cheville avec leurs richissimes « fondés de pouvoir » locaux dissimulés dans les mascarades électorales, n’est que la concrétisation d’un modèle économique ardemment souhaité.

Elections nationales familiales…

En ce début du mois de septembre, excédés par cette situation sociale d’une violence extrême par son injustice, les Gabonais viennent de se révolter à l’occasion des résultats des élections présidentielles du samedi 27 août 2016.

Toutes les villes du pays ont été touchées par cette flambée de rage ; vite contenue et réprimée par des forces de police, soigneusement entraînées et généreusement équipées par la caste au pouvoir (9). La réélection d’Ali Bongo, fils du précédent président Omar Bongo, la famille Bongo « régnant » sans discontinuer depuis 1967 (un demi siècle…), étant contestée par son « adversaire ».

Les élections auraient été grossièrement « truquées », au préjudice de son opposant nous enfument nos médias. Mais, s’arrêter à ce niveau d’analyse serait accréditer une possibilité, ou un contexte, d’alternance politique, tout à fait illusoire. Le dit « opposant » d’Ali Bongo, Jean Pïng, n’est autre que son beau-frère ; marié à une des filles d’Omar Bongo, dont il a eu deux filles, et dont il fut un des ministres pendant 18 ans. Ce ne sont pas des élections « nationales », mais bien des élections « familiales ».

Les Gabonais en ont ras-le-bol de cette farce. Pas de libertés publiques  – d’expression, d’opinion, de réunion, etc. –  à la limite ; ils s’accomoderaient de la dictature de ce « régime familial ». Car, ils se fichent de cette mascarade démocratique, souhaitant avant tout, non pas des isoloirs avec des bulletins de vote « bidons », mais des emplois, des services publics, des écoles, des dispensaires et centres de soins, des routes, des logements, de l’eau potable dans les habitations, par une équitable redistribution de la richesse nationale.

« Changement de régime » ?… Ils n’y croient pas : les gouvernements de la France ou des pays européens tiennent dans la plus haute considération des « régimes moyenâgeux », et sanguinaires, tels que ceux de l’Arabie Saoudite ou des pays du Golfe. Alors, la famille Bongo et sa sympathique corruption … (10)

« Néocolonialisme » ?… Tout a été dit sur ce fléau qui accable l’Afrique, tout particulièrement. Les anciennes puissances coloniales continuent de gérer les pays dont elles pillent les ressources, via des « marionnettes élues »… Les gouvernements britanniques – j’ai eu l’occasion d’évoquer le cas tragique du Kenya – avec autant de férocité que les gouvernements français. Au Gabon, comme ailleurs. (11)

En France, nombreux sont ceux qui se sont élevés contre ces systèmes de corruption et de gabegie institutionnalisés. Sources d’enrichissements personnels scandaleux. Via les caisses de nos partis politiques ; ou directement, dans les poches de nos « capitaines d’industrie » et nos responsables politiques, sous les paradis fiscaux. Et, même militaires : nos forces armées se comportant en milices au service d’intérêts, groupes privés en symbiose avec des dictatures, qui ne sont pas ceux de notre pays.

Car, la France aurait tout intérêt, au lieu de piller l’Afrique, à voir se développer dans un partenariat solidaire un espace de prospérité. Aux deux avantages essentiels :

– créer des emplois en fixant les « populations actives » dans ces pays, « l’émigration » n’étant plus la seule opportunité d’avenir ou d’espoir ;

– accroître, par le pouvoir d’achat ainsi généré, de fructueux échanges avec nos entreprises industrielles, commerciales ou de services, non liées aux circuits maffieux de la corruption tels que : ventes d’armes, privatisations/spoliations, monopoles de la distribution (supermarchés) et des concessions (automobiles), gestion des services publics (réseaux d’électricité, d’eau et d’assainissement, de transport maritime et aérien, etc.).

Rappelons le travail de René Dumont, dont le célèbre ouvrage « L’Afrique Noire est mal partie« , publié en 1962, prévenait déjà des dangers du développement des grandes cultures intensives à l’exportation (café, cacao, coton, thé, etc.), sur les terres accaparées dans la violence et la corruption par les grands groupes internationaux ou les grandes fortunes locales ; au détriment des cultures vivrières, donc du « marché domestique », et des paysans plongés dans les ravages du déracinement et de l’exode rural. (12)

Surtout l’oeuvre exceptionnelle de François-Xavier Verschave qui a dénoncé avec tant de force, de talent, et d’abnégation, tous les excès du néocolonialisme en forgeant le fameux concept de « Françafrique« . Il est l’auteur, entre autres publications, de deux ouvrages incontournables pour comprendre les rouages de la prédation en Afrique : « La Françafrique – Le plus long scandale de la République » (13) et « Noir Silence » (14). Son action se poursuit grâce à l’association Survie, dont il fut un des membres fondateurs.

Jusqu’à quand le pillage ?… Le Gabon, pourra-t-il se défaire de l’emprise de l’oligarchie de l’ancienne puissance coloniale ?…

« Avec le temps », comme le chante le poète…

Restons lucides : la France, dans un rigoureux système féodal, est elle-même vassalisée aux USA, sa propre caste au pouvoir aux ordres de son suzerain…

Cet empilement de contraintes, de verrouillages, ne pourrait se dénouer, ou s’écrouler, qu’à la faveur d’un séisme majeur, d’un choc tectonique comme il en existe en géopolitique. Des « pays-continents » tels que l’Inde ou la Chine n’ont pu éjecter définitivement les puissances coloniales, qui les vampirisaient, qu’à la faveur de leur épuisement dans la dernière guerre mondiale.

La libération irréversible de l’Afrique, qui sera le continent-phare du XXII° siècle, aura pour probable déclencheur l’onde de choc d’un embrasement en Mer de Chine ou au Moyen-Orient.

Si ce n’est dans les deux…

  1. Député du Cameroun.
Cité (p. 323) dans un ouvrage collectif, dont je recommande vivement la lecture à tous ceux qui s’intéressent à l’Afrique – à travers les luttes d’indépendance du voisin du Gabon, le Cameroun – son présent, son avenir, sa problématique du développement, ou du pillage imposé par l’ancienne puissance coloniale.
Rigoureusement référencé, documenté, illustré, avec des analyses d’un niveau rare qui n’empêchent pas l’émotion ; ou la colère, quand on pense aux horreurs et aux crimes (toute la palette des « crimes de guerre », entre autres) que la France – des Lumières, de la Démocratie, des Droits de l’Homme, et blabla – a perpétrés, et entretient, sur ce continent. Pour le bénéfice exclusif, dans une hallucinante prédation, d’une poignée de nos oligarques et de leur domesticité, médiatique notamment.
J’aurai l’occasion de revenir sur cet ouvrage fondamental pour déconstruire la colossale désinformation dont nous sommes asphyxiés et les mécanismes de la spoliation coloniale qui ronge l’Afrique.

Publié aux éditions La Découverte en janvier 2016 (742 pages) :

Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob TatsitsaKAMERUN – Une Guerre Cachée aux Origines de la Françafrique – 1948 -1971

  1. https://www.populationdata.net/pays/gabon/
  2. Ressources naturelles : l’opacité gabonaise – Le Gabon a été exclu de ‘l’Initiative Pour la Transparence des Industries Extractives », Survie.org, 10 avril 2013,
http://survie.org/billets-d-afrique/2013/223-avril-2013/article/ressources-naturelles-l-opacite-4439
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_du_Gabon#Mangan.C3.A8se
  4. Triste Anniversaire, Survie.org, 17 février 2016,
http://survie.org/billets-d-afrique/2016/254-fevrier-2016/article/triste-anniversaire-5080
  5. Exemple récent de la logorrhée incantatoire sur le « trop de dépenses publiques » ou les « réformes structurelles » :
http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/olivier-delamarche-vs-marc-touati-22-banques-centrales-que-faudrait-il-reellement-faire-pour-relancer-la-croissance-1209-856915.html
  6. Pierre Cahuc et Daniel Zylberberg, « Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser« , Flammarion, Septembre 2016.
  7. Henri Sterdyniak, « Négationnisme économique » : ce pamphlet est ignoble. C’est un appel direct à l’épuration, L’Obs, 10 septembre 2016,
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1558440-negationnisme-economique-ce-pamphlet-est-ignoble-c-est-un-appel-direct-a-l-epuration.html
  8. Gabon : Retour sur le chaos post-électoral dans une ville de province (Lambaréné), France 24, 8 septembre 2016,
http://observers.france24.com/fr/20160908-gabon-lambarene-retour-chaos-post-electoral-province-ali-bongo-jean-ping?ref=tw_i
  9. Thomas Bart, Ali Bongo sur la sellette, Survie.org, 7 janvier 2015,
http://survie.org/billets-d-afrique/2015/242-janvier-2015/article/gabon-ali-bongo-sur-la-sellette-4852
  10. Mawuna Koutonin, France Forces Africa to Pay for Colonialism, BS News, 23 novembre 2015,
http://bsnews.info/france-forces-africa-to-pay-for-colonialism/
  11. 12.  René Dumont, L’Afrique Noire est mal partie, première parution 1962, réédité en 2012 aux éditions du Seuil, collection Esprit.
N.B. : Au cours d’un de mes séjours professionnels en Afrique, je fus stupéfait de découvrir que parmi les meilleures et rares terres fertiles du Burkina Faso (ex Haute-Volta) figurait la culture intensive du « haricot vert », expédié par frêt aérien en Europe !… Les marges, pour les petits malins exploitant la filière, étant si considérables que ce légume vendu en « primeur » avait le privilège de voyager en avion…
  12. François-Xavier Verschave, Françafrique – Le plus long scandale de la République, éditions Stock, 1998.
  13. François-Xavier Verschave, Noir Silence, éditions Les Arènes, 2000.

D’hier à aujourd’hui… Le pouvoir de dire Non ! à l’occident colonial…

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Quand on refuse on dit non ! De Lumumba à Cheikh Anta Diop

Moulzo

9 Avril 2016

url de l’article original:

http://www.afriquesenlutte.org/communiques-luttes-et-debats/livres-etudes-debats/article/quand-on-refuse-on-dit-non-de

 

Le discours du 30 juin 1960 de Patrice Lumumba devant le roi des Belges restera à jamais gravé dans les mémoires. Il déclare sans faillir et sans faire de courbettes à l’oppresseur : « Cette indépendance du Congo, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle, nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable, pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force. » Lui aussi paiera cher cet affront. Assassiné par l’impérialisme américain et belge. Lumumba avait dit non ! Parce qu’il refusait que l’oppresseur s’approprie la victoire des Congolais.

« Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage », avait lancé Ahmed Sékou Touré au général De Gaulle, le 28 septembre 1958, à l’occasion du référendum sur le projet de Constitution proposé par De Gaulle, pour l’établissement d’une Communauté franco-africaine. La Guinée est ainsi le seul territoire, parmi les colonies françaises d’Afrique, à prendre le chemin de l’indépendance. Celle-ci sera prononcée le 2 octobre 1958. La Guinée avait dit non pendant que Senghor, Houphouët-Boigny et tous les autres acceptaient le piège tendu par la France. L’histoire retiendra que De Gaulle en oublia sa casquette et la vengeance de la France fut immédiate : le retrait de toute l’administration française. Ahmed Sékou Touré était certes un homme courageux, un homme d’honneur mais à cause des attaques répétées de la France et de ses valets contre le peuple guinéen, il est devenu paranoïaque enfermant les opposants politiques au tristement célèbre camp Boiro.

Frantz Fanon aussi avait dit non ! Non à la colonisation française, lui qui avait choisi le camp de ceux et celles qui combattent pour leur liberté. Fanon était-il français, martiniquais ou algérien ? Certainement les trois à la fois et même plus que ça d’ailleurs. Fanon n’avait pas de patrie ou alors sa patrie était celle de tous les damnés et les opprimés de la terre. Il avait choisi d’être algérien pour se battre contre la colonisation et les injustices qui en émanaient mais il aurait tout aussi bien été congolais s’il avait été témoin sur place de l’injustice coloniale ou encore indochinois. L’auteur de Peau noire, masque blanc (1952) », l’An V de la révolution algérienne (1959), les Damnés de la terre (1961), Pour la révolution africaine (1964) était avant tout un homme d’action, un homme de dépassement, un sans-patrie, bref un homme au sens le plus global de ce terme, un homme intégral.

L’œuvre de Cheikh Anta Diop contribua à la reconnaissance d’une Égypte pharaonique nègre, bien que les égyptologues européens de l’époque aient eu beaucoup de mal à l’admettre. Il était effectivement bien difficile d’accepter que les maîtres des pyramides, de calculs mathématiques si complexes, qui ont enseigné la géométrie à Pythagore et à Thalès puissent être de la même couleur noire que ceux-là même qu’on domine et colonise, en prétendant leur apporter la civilisation. Comment admettre en effet que Ramsès II, Toutankhamon et Akhenaton soient des nègres…

Et pourtant, les démonstrations de Cheikh Anta Diop sont claires comme l’eau de roche. « Pour nous, écrit Cheikh Anta Diop, le retour à l’Égypte dans tous les domaines est la condition nécessaire pour réconcilier les civilisations africaines avec l’histoire, pour pouvoir bâtir un corps de sciences humaines modernes, pour rénover la culture africaine. Loin d’être une délectation sur le passé, un regard vers l’Égypte antique est la meilleure façon de concevoir et de bâtir notre futur culturel. L’Égypte jouera, dans la culture africaine repensée et rénovée, le même rôle que les antiquités gréco-latines dans la culture occidentale ». Cheikh Anta Diop a su aller à contre-courant de la pensée coloniale dominante, redonnant à l’Afrique ses lettres de noblesse. Il a su dire non à ceux qui véhiculaient une image fausse du Nègre pour le dominer encore plus.

Oui, quand on refuse on dit non !

Guerre impérialiste au Moyen-Orient: Sarkozy Kadhafi… Danse macabre autour de l’or de Libye

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Sarkozy L’OTAN et l’or de Kadhafi

 

Il Fatto Quotidiano

 

14 janvier 2016

 

url de l’article original: Nous mettons la vidéo en section commentaires

http://ilfattoquotidiano.fr/sarkozy-lotan-et-lor-de-kadhafi/#.VpnX6ShZFS8

 

La vidéo ci-dessous, que nous avions déjà relayée en 2011(*), évoque le projet entrepris à l’époque par Mouammar Kadhafi de création d’une monnaie panafricaine basée sur l’or que possédait alors la Libye, et nous explique que c’est sans doute l’une des principales raisons qui a poussé l’OTAN (France et USA en tête) à intervenir militairement et à renverser le dirigeant libyen. 

La récente publication (« Emailgate« ) de centaines d’emails échangés par Hillary Clinton (qui en 2011 occupait le poste de ministre des Affaires étrangères de Barack Obama) vient confirmer aujourd’hui ce qui était suggéré alors dans ce reportage de Russia Today.

On peut par exemple lire dans un email envoyé à Hillary Clinton par un certain « Sid » en avril 2011, que l’un des motifs pour lesquels Sarkozy… a attaqué la Libye – avec l’appui de l’OTAN évidemment – fut précisément d’empêcher Kadhafi de créer cette monnaie panafricaine basée sur l’or, laquelle aurait mis à mal non seulement les équilibres monétaires internationaux, mais surtout les intérêts français dans toutes les économies postcoloniales qui utilisent encore le franc CFA comme monnaie de référence.(**)

Dans l’email cité précédemment et rendu public lors de cette fameuse Emailgate de Clinton, on peut lire :

« Selon certaines informations secrètes, auxquelles ces personnes ont eu accès, le gouvernement de Kadhafi possède 143 tonnes d’or, et une quantité similaire d’argent. […] Cet or a été accumulé avant l’actuelle révolte, et devait être utilisé pour mettre sur pied une monnaie panafricaine basée sur le Dinar-or libyen. Ce projet aurait offert aux pays africains francophones une alternative au franc CFA. Selon certains milieux bien informés, cette quantité d’or et d’argent a une valeur de plus de 7 milliards de dollars. Le renseignement français a découvert ce projet peu de temps avant que n’éclate l’actuelle rébellion, et cela a constitué un des facteurs qui ont influencé la décision du président Nicolas Sarkozy d’attaquer la Libye. »

Et pendant que les médias occidentaux nous racontaient que l’opération en Libye avait pour but de « sauver la population de son dictateur sanguinaire », l’email adressé à Hillary Clinton nous dévoile les autres vraies motivations qui ont poussé Nicolas Sarkozy à intervenir militairement :

  1. La volonté de s’approprier une grande partie du pétrole libyen
  2. Augmenter l’influence française en Afrique du Nord
  3. Améliorer la situation politique interne en France
  4. Offrir aux militaires français l’opportunité de raffermir leur position dans le monde
  5. Répondre aux préoccupations de ses conseillers quant aux plans à long terme de Kadhafi qui voulait supplanter la France en tant que puissance dominante dans les pays d’Afrique francophones.

Et nous, nous continuons à regarder les journaux télévisés.

Massimo Mazzucco

Source : Luogocomune.net, 10 janvier 2016

Traduction et sous-titrage : Christophe pour ilFattoQuotidiano.fr

(*) Cette vidéo n’avait pas été sous-titrée à l’époque, ni en italien, ni en français. Voilà qui est fait en français par nos soins

(**) Lire aussi « Les emails de Hillary Clinton confirment l’ignominie de la destruction de la Libye (Levant Report)«  sur Le Blog Sam La Touche, 7 janvier 2016

Résistance politique: État d’urgence arme colonialiste d’oppression du peuple…u

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Nous l’avons dit et le répétons: « Nous sommes tous colonisés » ! Nous devons impérativement en prendre une conscience aigüe et agir en conséquence. L’État est colonialiste par nature, il opprime et impose son idéologie du rapport maître/esclave, gouvernement/citoyen/peuple asservi, qu’il juge bon et nécessaire à la bonne marche du consensus oligarchique. Avant de coloniser « l’autre », il faut d’abord coloniser les esprits domestiques. L’État et son oligarchie colonise son propre peuple en premier lieu, puis le persuade de sa « mission civilisatrice religieuse ou laïque » envers l’autre qui est alors diabolisé et déshumanisé. La recette est toujours la même, elle fonctionne comme par hypnose depuis la création de l’État. Cette mesure inutile et abusive « d’état d’urgence » imposée au peuple de France, n’est qu’une reprise en main coloniale du pouvoir sur ses « citoyens » réduits à la plus simple expression de votards et de payeurs de dîme et de gabelle. Le pire est à venir. Solution ? Retrait de notre consentement. La mesure dictatoriale de l’État d’urgence empêche les manifs ? Excellent, elles ne servent plus a rien depuis bien longtemps… La fenêtre d’opportunité est donc ouverte pour que les gens commencent à s’organiser entre eux, dans les voisinages sur les lieux de travail, parler, discuter, mettre en place la société parallèle des associations libres qui se confédéreront et ignoreront, boycotteront les institutions et feront fonctionner la société sans plus aucune interaction avec des institutions tout aussi inutiles qu’oppressives. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais… il est quand même plus que grand temps de le comprendre, de l’admettre et d’agir en conséquence, unis et motivés pour un changement radical de paradigme politico-social sans armes, ni haine, ni violence. Ceci ne relève pas du tout de « l’utopie », ce que l’oligarchie a mis en place est en revanche une totale illusion, mascarade et supercherie politico-sociale dont il faut impérativement nous départir, pour retourner vers une société organique, une société des sociétés comme le disait Gustav Landauer, il en va tout simplement de notre survie !

— Résistance 71 —

 

État d’urgence colonial

 

Matthieu Lopes

 

14 décembre 2015

 

url de l’article original:

http://survie.org/billets-d-afrique/2015/252-decembre-2015/article/etat-d-urgence-colonial-5054

 

Les mesures d’exception qui frappent en ce moment la France ont concerné d’abord les colonies mais ont aussi jalonné l’histoire de la République sur le territoire hexagonal. L’action policière vise aujourd’hui les mêmes « ennemis intérieurs » que ceux désignés depuis toujours par la doctrine militaire, résultat de plus d’un-demi siècle d’imprégnation d’une idéologie raciste et réactionnaire issue du colonialisme.

L’adoption début avril 1955 de la loi qui encadre l’état d’urgence fut une réponse de l’État français à l’activisme du FLN en Algérie. Face à un organisation diffuse qui mena plusieurs attentats contre l’occupant français, la voie militaire ne suffisait pas selon les autorités. Pour l’historienne Sylvie Thénault [1] le « cortège de mesures » de l’état d’urgence permet « de contrôler l’espace, les idées, les individus » en permettant des perquisitions administratives, des couvre-feu, des assignations à résidence ou encore le contrôle de la presse. Afin de ne pas présenter cette action comme discriminatoire vis-à-vis de l’Algérie, que le mythe national présentait comme partie intégrante de la France, l’état d’urgence fut alors inscrit dans le droit français comme pouvant s’appliquer sur l’ensemble du territoire.

Le texte rencontra en 1955 une vive opposition des communistes, des socialistes, ou des Verts : « loi scélérate », « loi de la terreur », « état de siège fictif aggravé », loi « stigmatisante, violente et inutile », synonyme de « guerre civile », « complètement délirante de militarisation, de quadrillage outrancier, qui permet tous les dérapages » [2]. Les communistes dénoncèrent la mise en place d’une « arme redoutable » contre le mouvement ouvrier français. L’état d’urgence fut déployé progressivement sur toute l’Algérie et dura trois mois, durant lesquels l’ensemble de l’arsenal répressif fut utilisé contre les algériens.

L’autre utilisation connue de cette loi sur un territoire colonisé eu lieu en 1985 en Kanaky (Nouvelle-Calédonie). Alors que la lutte indépendantiste prenait de l’ampleur, l’état d’urgence y fut décrété au lendemain d’un assaut du GIGN qui abattit les militants Eloi Machoro et Marcel Nonnaro, lors de l’occupation de la maison d’un Européen.

La France sous état d’urgence

L’état d’urgence fut utilisé brièvement en France en 1958, pour deux semaines, face au coup d’état d’Alger qui amena De Gaulle au pouvoir. Ce dernier modifia alors la loi sur l’état d’urgence, qui peut, depuis, être décidé directement par l’exécutif (et non plus par le parlement). Le putsch des généraux à Alger en avril 1961 justifia la mise sous état d’urgence de l’ensemble du territoire métropolitain jusqu’en mai 1963. Bien au-delà de l’extrême-droite qui menaçait de renverser les intsitutions, les dispositifs furent amplement employés contre les algériens de part et d’autre de la Méditerranée. Ainsi, l’assignation à résidence prévue par l’état d’urgence donna lieu à un véritable internement des algériens : dans des « centres de détention administrative (CDA) en Algérie, et, en France, centres d’assignation à résidence surveillée (CARS) ». « La malléabilité de l’assignation à résidence, qui peut se traduire par l’obligation de résider dans un « centre », a ainsi permis l’internement alors que les camps étaient légalement interdits. » [3].

D’après l’historien Benjamin Stora, « entre 1957 et 1962, on peut estimer à environ 10 000 le nombre d’Algériens qui […] ont passé de un à deux ans dans les camps en France ». Cette période marqua l’importation de l’idéologie et des pratiques coloniales en France. Plusieurs personnalités de la droite française, en novembre 2015, appellent à la création de centre d’internement des « fiches S » (personnes qui font l’objet d’une attention particulière pour les services de renseignement) [4].

Autre mesure prévue par l’état d’urgence, le couvre-feu fut notablement employé par Maurice Papon, alors préfet de police de Paris, à l’encontre spécifiquement des « Français musulmans » [5]. La manifestation qui protestait contre cette mesure fit l’objet d’une sanglante répression : plusieurs centaines d’Algériens furent massacrés dans Paris le 17 octobre 1961.

En 2005, lors des émeutes dans les quartiers populaires de France suite à la mort de deux adolescents poursuivis par la police, l’état d’urgence fut encore exhumé et utilisé pour y établir des couvre-feux. Alors que ce dispositif était superflu selon les critères de la logique répressive, Sylvie Thénault envisage l’hypothèse que cette loi n’aurait alors pas été « choisie en dépit de son origine coloniale » mais « précisément en raison de cette origine », « le Premier ministre pouvait estimer qu’il tirerait bénéfice de la proclamation de l’état d’urgence auprès de [l’] opinion majoritaire ». En effet, alors que tous les stéréotypes racistes marquent la figure du « jeune de banlieue » envers lequel il conviendrait d’appliquer la plus grande fermeté, jusqu’à souhaiter l’intervention de l’armée dans les quartiers populaires, une telle mesure pouvait espérer séduire un certain électorat. Les mêmes calculs sont probablement faits par les gouvernants socialistes de 2015.

Bien loin des critiques vigoureuses de leurs prédécesseurs de 1955, en novembre 2015, seuls six députés (trois socialistes, trois écologistes, aucun communiste) se sont opposés à la prolongation de l’état d’urgence suite aux attentats de Paris. Pourtant cette mesure n’est pas plus efficace pour mener l’enquête sur les attentats que le plan Vigipirate ou l’opération Sentinelle ne l’ont été pour les empêcher. Ainsi, le Syndicat de la magistrature (29/11) a fait part de son opposition à l’état d’urgence tout en listant les nombreuses mesures qui permettaient déjà, en régime habituel, d’enquêter et de lutter contre des actes terroristes.

À ce jour, plus de 2000 perquisitions administratives et 519 gardes à vue ont été menées, dont 317 suites aux arrestations de manifestants contre la COP 21 place de la République, à Paris, le 29 novembre. 300 personnes sont assignées à résidence, dont 24 en lien avec la mobilisation contre la COP 21 (Le Monde, 30/11 [Ndw : depuis, ces chiffres ont augmenté]). Le site Mediapart (27/11),qui a eu accès à la liste détaillée des perquisitions menées en Seine Saint-Denis et de leur motivations, pointe des résultats très faibles et des motivations parfois bien vagues, relevant par exemple de la seule pratique d’un islam rigoriste. La majorité des perquisitions semblent n’avoir aucun lien avec les récents attentats, mais semblent plutôt permettre à la police de s’affranchir de tout contrôle judiciaire dans des affaires de droit commun. Le syndicat Alliance reconnaît ainsi que « les mesures liées à l’état d’urgence pourraient aussi permettre de « faire avancer » des affaires en cours » (20 Minutes, 17/11).

L’utilisation de l’arbitraire permis par l’état d’urgence pour réprimer l’opposition d’ampleur qui s’annonçait à la COP 21 est criante. Mais surtout, l’état d’urgence marque une nouvelle étape dans la violence d’État à l’encontre des musulmans de France. Plus de 250 personnes sont ainsi assignées à résidence, sans aucune charge, pour toute la durée de l’état d’urgence, là où cette peine est limitée à la durée de la COP21 pour les militants de gauche. Et le gouvernement envisage déjà de prolonger de trois mois supplémentaires l’état d’urgence.

De nombreux témoignages font état de domiciles saccagés, de passages à tabac et d’insultes parfois racistes lors de certaines perquisitions [6]. Dans plusieurs cas, la police a choisi de défoncer des portes alors que les propriétaires avait proposé les clés. Le 25 novembre, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a même dû rappeler pudiquement aux préfets, dans une circulaire « que les policiers ou les gendarmes qui procèdent [à une perquisition] sont tenus d’être exemplaires dans son exécution », rappelant notamment qu’une perquisition « même en état d’urgence, doit être nécessaire et motivée » et que « dans un premier temps et dans toute la mesure du possible, l’ouverture volontaire de la porte devra être recherchée ». Il résume : « l’état d’urgence n’est en aucune façon une dérogation à l’Etat de droit ». Et pourtant c’est exactement ce dont il s’agit, la France ayant même indiqué au Conseil de l’Europe qu’elle dérogerait à ses obligations en matière de droits de l’Homme pendant la période.

De nombreux collectifs dénoncent depuis longtemps les crimes policiers à dimension raciste qui font l’objet d’une impunité systématique. Récemment, l’État a été condamné pour les contrôle aux faciès pratiqués par ses fonctionnaires [7]. L’état d’urgence a tout d’un lâcher de bride pour un corps amplement marqué par le racisme [8], comparable, dans l’esprit, à la liberté laissée à la police parisienne en 1961, sans que le niveau de violence soit comparable à ces massacres, heureusement.

Membres supposés de « la mouvance contestataire radicale » ou « Français musulmans », l’état d’urgence, issu de la guerre d’Algérie, désigne et frappe les mêmes « ennemis intérieurs » que ceux définis par la doctrine de guerre révolutionnaire, dont il est un des outils.

 

[1] Sylvie Thénault, « L’état d’urgence (1955-2005). De l’Algérie coloniale à la France contemporaine : destin d’une loi », Le Mouvement Social n°218.

[2] Citations compilées par S. Thénault. op. cit.

[3] Sylvie Thénault, « Interner en République : le cas de la France en guerre d’Algérie », Amnis.

[4] Laurent Wauquiez, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen se sont fendus de déclarations en ce sens.[Ndw : depuis, le gouvernement socialiste a demandé au Conseil d’État si une telle mesure serait légale.]

[5] Le gouvernement disposait alors des « pouvoirs spéciaux », étendus de l’Algérie à la France depuis 1957, qui auraient probablement permis de décréter ce couvre-feu même sans l’état d’urgence.

[6] Cf. le site du Collectif contre l’islamophobie en France, le blog Observatoire de l’état d’urgence du Monde ou les témoignages récoltés par le Collectif pour une union antiraciste populaire à Toulouse.

[7] L’État s’est depuis pourvu en cassation.

[8] Cf. par exemple, La force de l’ordre, une anthropologie de la police des quartiers, Didier Fassin, éditions du Seuil.