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Résistance au colonialisme: Ferraillage sémantique… de la « conquête » à la « domination » (Steven Newcomb)

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A lire en complément: PDF

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

 

Pourquoi le mot de “conquête” est-il considéré comme acceptable et pas celui de “domination”

 

Steven Newcomb

 

31 août 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/conquest-considered-acceptable-domination-not/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La vaste majorité des leaders natifs et des avocats spécialistes de la loi fédérale indienne sont enclins à considérer le mot “domination” comme étant trop vocal et “imposant” pour être utilisé dans leurs analyses des problèmes actuels de nos nations et de nos peuples et aussi trop impoli pour être utilisé dans leurs interactions avec les fonctionnaires du gouvernement des Etats-Unis ou des états les composant. Et pourtant pour une raison inconnue, le mot “conquête” ou l’expression “la conquête” sont traités comme étant typiques et tout à fait normaux.

Je trouve “curieux” que le mot de “conquête” soit jugé acceptable dans les discussions au sujet de la loi fédérale indienne et de sa politique inhérente et que le mot de “domination” ne le soit pas. J’ai une théorie qui implique le fait que le mot “conquête” est subrepticement interprété comme voulant dire que les Etats-Unis sont collectivement parvenus à une victoire sur les nations autochtones à cet endroit et que les Etats-Unis sont donc, un conquérant “victorieux”. Ce sentiment est illustré dans bon nombre d’affaires judiciaires. Le mot “conquête” est un mot qui est traité comme courant, acceptable et sain. Aussi parce que le gouvernement des Etats-Unis ne voient pas le mot “conquête” comme étant une menace, et n’a aucun problème pour l’utiliser. Utiliser ce mot évite de manière utile de cadrer la loi fédérale indienne et sa politique en termes de “domination” des nations natives. (“ce n’est pas une domination, c’est la loi”…)

La présomption ici est que par le moyen d’une “conquête légitime”, les Etats-Unis ont atteint une position valide se positionnant au-dessus et par delà les nations autochtones. Le mot “conquête” est un mot qui assume de manière silencieuse le fait que les Etats-Unis et leur gouvernement existent dans une position supérieure en rapport avec la position “inférieure” des nations et peuples autochtones. Bien malencontreusement, la plupart d’entre nous ne fait rien pour contredire et défier cette vision des choses.

Ceci est également vrai concernant la manière dont certains écrivains ont décrit la colonisation des Amériques à ses débuts. Prenez par exemple le livre d’Anthony Angie “The Fall of the Natural Man” (1977). Padgen dit que “tout le débat sur la légalité des conquêtes” se situent sur le jugement chrétien au sujet de “la nature des Indiens”. Si Padgen avait écrit au sujet de “la légalité de la domination sur les peuples natifs”, son phrasé aurait incontestablement levé des questions comme “Est-ce que la domination d’une personne par une autre ou d’une nation par une autre peut-être “juste” en quelque circonstance ?” Comment parvient-on à la réponse “correcte” à une telle question ?

Recadrer notre discussion au sujet de notre histoire et des circonstances actuelles en termes de “domination” plutôt que de “conquête”, nous permet de questionner: Est-ce “juste” pour une nation ou un peuple d’en envahir un autre ? et ensuite de forcer la nation envahie de vivre sur des générations selon un système imposé de domination ? Bien qu’il soit correct d’utiliser les mots d’”invasion” et de “domination” pour classifier la manière dont les Etats-Unis ont traité nos peuples et nos nations (pensez aux massacres de Washita, de Sand Creek et de Wounded Knee etc…), ceci n’est pas le type de vocabulaire que nous avons l’habitude d’entendre utilisé par les leaders autochtones et les praticiens de la loi fédérale indienne en pays indien, ni du reste dans leurs discussions avec les représentants du gouvernement des Etats-Unis.

Pourquoi donc nos leaders natifs et nos avocats spécialistes ne discutent pas de ce qui a été fait à nos peuples et nations en termes d’invasion et de domination malgré le fait que la loi fédérale indienne US et sa politique sont fondées sur l’affirmation initiale de la chrétienté d’un droit d’invasion et de domination nos nations ? Dans un langage quelque peu masqué ou codé (par exemple avec les mot “d’ascendance” et de “dominion [domination] ultime”) le droit affirmé des Etats-Unis de dominer nos peuples et nations est le plus clairement exprimé dans la décision de la cour suprême dans l’affaire Johnson contre M’Intosh de 1823.

En assumant qu’il est injuste pour une nation ou un peuple d’en envahir un autre et de le dominer, est-ce qu’une invasion injuste et une domination continuelle deviennent éventuellement “justes” après que le temps se soit écoulé ? qui doit décider de la réponse correcte à cette question ? Est-ce qu’un rendu de justice de la cour suprême fondé sur le droit proclamé pour une nation ou un empire de dominer beaucoup d’autres nations et de les tenir sous la prétention de la “conquête” et donc de la domination est une décision valide ? Qui peut le dire ? Dans “The Fall of Natural Man”, Padgen dit que les intellectuels européens des XVème et XVIème siècles avaient leur propre vision de la “structure du monde”. Ces intellectuels concevaient parfaitement que s’ils devaient introduire un “nouvel élément” pauvrement conçu dans cette structure, ceci pourrait bien compromettre la structure du monde entier. En 2017, alors que nous arrivons gentiment au bicentenaire de cette décision dans l’affaire Johnson contre M’Intosh, identifier la loi fédérale indienne et sa politique comme un système de domination est le “nouvel élément” qui crée la renverse potentielle de la structure légale et politique de notre monde et peut l’éloigner des schémas mentaux et comportementaux de domination imposés par les colonisateurs.

Il y a une raison sur le pourquoi les monarchies de la chrétienté occidentale ont assumé un “droit de conquête” sur nos nations autochtones. C’est parce que le mot de “conquête” masque avec succès une affirmation de droit de domination. Les monarchies de la chrétienté avaient pour but de priver nos nations et nos peuples de notre existence libre pré-colombienne, pré-américaine. Affirmer un droit “d’acquérir” (de dominer) les terres et les ressources de nos nations, tout en appelant le résultat final une “conquête”, a fonctionné pour faire paraître la domination résultante comme légale, acceptable et légitime.

Le film “La Mission” (1986) de Roland Joffé (NdT: avec Robert de Niro et Jeremy Irons), illustre parfaitement comment les Indiens furent traités comme la propriété des colons chrétiens. Parce que les penseurs européens qui débattirent du traitement à allouer aux nations autochtones pendant le XVIème siècle cadrèrent leur discussion sur le mot de “conquête”, il y a une question que le film n’adresse pas parce que ceux engagés dans le débat ne l’adressèrent pas non plus. Est-il OK pour une nation d’envahir et de doniner une autre nation puis de déclarer que la domination qui s’en suit est une “conquête” légale ?…

Focaliser sur les prérogatives et les privilèges de la domination que les monarques d’Espagne donnèrent à Colomb, puis ajoutant le mandat (l’ordre) de domination que la pape Alexandre VI accordait aux monarques d’Espagne dans certains décrets pontificaux (NdT: les deux versions de la bulle Inter Caetera de 1493), crée une possibilité unique. Cela crée la possibilité de discuter le désir de la chrétienté et son intention de localiser et de dominer chaque région non-chrétienne de la planète, incluant la notre alors que nos ancêtres vivaient libres de toute domination de la part de la chrétienté.

Les soutiens de l’empire chrétien utilisèrent la religion chrétienne comme justification de leur effort de triompher sur les “païens” (non chrétiens) afin de subjuguer, profiter et engraisser leurs économies des milliards d’acres des terres et ressources “paiennes”. La décision légale dans l’affaire Johnson contre M’Intosh a émergé de cette idéologie chrétienne et de ce comportement de domination.

Le juge de la CS John Marshall a exprimé cette idée lorsqu’il écrivit au sujet de “L’extravagante prétention de convertir la découverte d’un pays habité [par des païens] en conquête.” (c’est à dire en domination). Voici un point bizarre à cause de la manière dont fonctionne les précédents légaux, à ce jour nos peuples et nations sont toujours définis dans la loi états-unienne comme des “païens”, des “infidèles” et des “sauvages barbares” légalement et justement dominés.

Le chef de la nation Yakama Joe de Goudy est le seul leader élu (NdT: par le truchement de la loi fédérale indienne instituant les “conseils de tribus” élus, système asservi à l’état colonial n’ayant aucune valeur ni reconnaissance légales aux yeux des conseils traditionnels natifs… Il en va de même au Canada) que je connaisse qui a soulevé le problème de la domination des nations autochtones avec des hauts-fonctionnaires du gouvernement fédéral, ainsi que de son inévitable corollaire: la déshumanisation. Jusqu’ici, aucun autre responsable élu des nations natives n’identifie explicitement le système de la loi fédérale indienne comme un système de domination malgré que nous soyons capables de retracer ses origines jusqu’au Vatican, ses bulles pontificales et les chartes royales d’Angleterre.

Par le moyen de Johnson contre M’Intosh et de ses progénitures, les Etats-Unis ont utilisé de tels documents contre nos peuples et nations pendant des générations. D’autres leaders des conseils élus se doivent de rejoindre le chef Goudy pour pointer du doigt l’illégitimité des Etats-Unis dans son affirmation de très longue durée d’un droit de domination sur nos peuples et nos nations autochtones.

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Résistance au colonialisme: La dictature de la pensée occidentale à l’origine des lois coloniales toujours en vigueur (Steven Newcomb)

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A lire, la version PDF de « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte »
(Steven Newcomb, 2009, traduction de larges extraits par Résistance 71)

Pour mieux comprendre la notion de pouvoir et de justice dans le paradigme autochtone: « Un manifeste indigène » (Taiaiake Alfred)

 

L’esprit de l’homme blanc est à l’origine de la soi-disante loi fédérale indienne

 

Steven Newcomb

 

28 juin 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/mind-white-man-origin-us-federal-indian-law/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“Remonter à l’origine de la loi fédérale indienne est une tâche difficile.” – Felix S. Cohen

La loi est un pur produit de l’esprit humain.” – Steven L. Winter

Les concepts et les idées qui constituent la loi fédérale indienne américaine sont issus de là où toutes les idées ont leur origine, dans l’esprit humain. Mais pas n’importe quels humains ont créé ces concepts. Nos ancêtres indigènes n’ont pas créé les idées appelées aujourd’hui la “loi fédérale indienne”. Les descendants des colons européens créèrent les idées que vous lirez si vous prenez par exemple The Handbook of Federal Indian Law, de Felix Cohen. Je ne vois pas très bien pourquoi Cohen a eu des difficultés a comprendre un point clef: l’origine de la loi fédérale indienne est l’esprit de l’homme blanc.

L’esprit occidental, celui de l’homme blanc, a créé les idées qui ont été utilisées et continuent de l’être pour opprimer nos nations originelles. Lorsque les colonisateurs ont envahi nos territoires traditionnels, ils avaient avec eux des penseurs dont le boulot était de planifier et de comploter. Il y a eu de tels penseurs au cours des siècles. Ces esprits brillants étaient formés dès leur plus jeune âge à penser aux meilleurs moyens et pratiques pour phagocyter nos terres et territoires et pour imposer sur nos peuples et nations un vocabulaire limité et des idées qui créeraient un système de réalité dominatrice qui serait utilisé pour dominer et contraindre nos nations. Nous vivons aujourd’hui avec le résultat de cet héritage destructeur.

Nos ancêtres n’avaient pas le bénéfice de connaître en détail  la mentalité des colonisateurs. La plupart de nos ancêtres n’ont pas eu le bénéfice de pouvoir aller lire les archives des colons et, basés sur cette étude, de formuler des arguments en anglais, en français ou en espagnol/portugais, qui pourraient être utilisés pour identifier et fondamentalement défier les grands silences des colonisateurs et leurs assomptions les plus profondément cachées.

Lorsque les membres de nos familles furent forcés, enfants, dans les pensionnats blancs de la domination, la pédagogie du contrôle était faite “pour tuer l’Indien et sauver l’humain en lui”. On leur a appris à imiter et à embrasser le schéma mental du “dieu bénit l’Amérique” du colonisateur plutôt que de défier ces schémas dominateurs. “L’Indien” qui était désigné pour mourir était celui qui avait le plus de chance de défier ces schémas de l’agenda colonisateur de l’homme blanc. Ainsi, le système impérialiste américain de domination voulait dévorer nos ancêtres pendant leur enfance en les forçant dans les entrailles de l’empire (les rendant ainsi colon-isé), de façon à ce qu’ils puissent être “assimilés” (digérés) dans le corps politique de l’empire et finir par vivre tranquillement dans le corps de l’empire, captifs, si on peut dire, du “ventre” de la bête.

Enfants, nos ancêtres furent forcés à incorporer les pensionnats pour Indiens dans un effort de retirer tout ce qui pourrait maintenir nos nations ensemble. Nos nations devaient être et furent démantelées en suivant les coutures. Pour la plupart, nos nations n’étaient même pas référées comme étant des nations ; au lieu de cela, on apprît à nos ancêtres de se référer à la notion de “tribu” au lieu de nation  ou à un bas-ordre de “nations tribales”. Après quelques générations, ce vocabulaire dénaturant est devenu une partie imbriquée de la fabrique même de notre existence colonisée. Nos langues, que nos ancêtres firent évoluer au cours des millénaires devaient être étouffées, suffoquées. Ceci devait se faire en ne laissant pas nos ancêtres “respirer un mot” de leur langue maternelle durant leur enfance. Un système de punition vicieux et psychologiquement endommageant tout autant que ridicule fut mis en place et appliqué à tous ces enfants qui voulaient continuer à parler leur langue maternelle, ce qui était de fait la chose la plus naturelle du monde à faire. Le plan tordu des colonisateurs était de s’assurer que nous ne serions plus capables de parler les mots, de penser ou de connaître les enseignements de nos ancêtres. Dans la plus grande des mesures, ce programme fut un succès, il n’a échoué qu’en quelques circonstances.

A cause de l’héritage de ces pensionnats de la domination, le cliché de “devoir obtenir une éducation” ne veut jamais dire d’avoir besoin d’apprendre le langage et le système de connaissance traditionnel de nos propres nations pré-américaines. Cela veut dire “vous devez obtenir une éducation d’homme blanc” en apprenant à penser de la même manière que dans le système occidental des colonisateurs, en adhérant au système de la domination fédérale sur les Indiens (érigée en “loi”). Personne n’a encore expliqué comment maîtriser et maintenir le système de domination des idées utilisé contre nos nations, est supposé les libérer.

Aujourd’hui, malgré tout ce qui s’est passé, nous avons le bénéfice de la connaissance interne [du système de domination]. Nous avons l’avantage de pouvoir lire et analyser les archives historiques de la structure de l’argumentaire de l’homme blanc ainsi que de ses processus mentaux. Nous avons la capacité d’utiliser la théorie cognitive, qui explique les opérations de l’esprit humain, d’examiner les concepts et les idées qui font et constituent le système de domination de la loi fédérale indienne américaine qui a été et continue d’être utilisé contre nos peuples et nations originels.

Le système fédéral indien de la domination des Etats-Unis assume que nos nations et nos peuples sont sujets, doivent obéir à l’esprit de l’homme blanc ; mais si nous demandons “sur quelle base assumez-vous que nos nations doivent être sujettes à l’esprit de l’homme blanc ?” La réponse qui revient en boucle est : “sur la base de l’esprit de l’homme blanc.Comment nous sommes-nous donc retrouvés dans cet imbroglio dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui ? Simple. L’esprit de l’homme blanc a été capable de construire des idées et des arguments qui ont été utilisés pour donner l’impression [l’illusion] que nos nations sont de droit, sujettes à l’esprit (NdT: et donc à la domination) de l’homme blanc. Si nous ne faisons aucun effort pour défier ce raisonnement, alors nous nous sommes simplement résignés à notre propre destinée de dominés.

Si nous nous laissons mentalement conditionner à vivre nos vies selon le schéma conceptuel de l’homme blanc, nous continuerons à être mentalement emprisonné dans ce système conceptuel, qui continuera à être appelé “la loi”. Notre rechignement à défier les activités mentales de l’homme blanc a eu pour résultat que nous traitions les idées prévalantes de l’homme blanc comme “loi”. C’est “leur loi”. Alors que nos peuples et nations commencèrent à utiliser l’anglais comme langue principale de communication avec dans le même temps nos propres langues qui étaient réprimées et effacées au sein des pensionnats pour Indiens, nous internalisions dans nos esprits les assomptions très dominatrices qui sont toujours utilisées aujourd’hui pour dénaturer et retirer leur pouvoir à nos nations.

Nous avons besoin d’une approche différente et d’un genre différent de conversation au sujet du système de la loi fédérale indienne de domination, une approche qui questionne et défie la plus basique des assomptions qui dit que nos peuples et nations sont sujets à l’esprit de l’homme blanc par le simple fait que celui-ci a pensé de telle façon et parce qu’il l’a affirmé sur la base de la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination.

Résistance au colonialisme: L’origine du système de domination américain (Steven Newcomb)

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A lire impérativement sur le sujet:

« Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte » (Steven Newcomb, 2008 version PDF)

« Meurtre par décret, le crime de génocide au Canada » (TIDC, 2016) version PDF

 

L’Amérique comme système de domination

 

Steven Newcomb

 

19 mai 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/america-as-a-domination/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans son livre “America As A Civilization” (1957), publié il y a 60 ans, Max Lerner y inclut une section sur les “sources de l’héritage”. Il y dit ceci: “En tant que continent impérialiste et colonisateur, l’Europe a donné une part considérable de sa force et de son héritage à la civilisation américaine, qui était destinée à la remplacer en puissance et en vitalité.” (sic)

Lerner fait ici allusion à la trajectoire impérialiste de la chrétienté occidentale qui travailla durant des siècles à s’imposer de manière coercitive sur les nations et peuples libres en colonisant le continent existant à l’Ouest de l’océan Atlantique. Les termes “colonisateur” et “impérialiste” sont deux synonymes des schémas de domination européens chrétiens qui furent transportés au-delà du vaste océan au nom de la “civilisation” humaine et chrétienne, ceci a résulté en la création d’un système de domination et de déshumanisation appelé “l’Amérique”.

Lerner fournit la preuve pour soutenir son affirmation lorsqu’il écrit: “Dans un long segment trouvé chez Tocqueville, il y a une étude remarquable sur le contact et le heurt entre trois cultures ethniques en Amérique, l’indienne, la nègre et l’européenne.

Notez bien les termes de domination que nous avons placé en italique dans la phrase qui s’ensuit: “De Tocqueville décrit l’extermination de la première par la prédation des conquérants, la dégradation de la seconde par l’esclavage et les effets des deux sur la troisième, dont les membres furent les possédants et les poursuivants.”

Mais Lerner emploie de manière habile des mots qui cachent le schéma de domination qui se cache en arrière-plan en ne disant jamais ce nom. Alors qu’il aurait pu écrire “conquérants prédateurs”, il a choisi le terme obscur de “prédation des conquérants” (NdT: subtilité de langage qui existe là en anglais mais pas vraiment en français, en tout les cas difficile à rendre…). Il utilise le terme de “dégradation” au lieu de déshumanisation. Et plutôt que de focaliser sur le comment la dominantion et la déshumanisation furent le résultat de l’extermination et de la mise en esclavage de ceux qui furent soumis à un tel traitement, il dirige l’attention du lecteur vers les effets de ces schémas sur les dominants blancs qu’il nomme les “possesseurs et poursuivants”. Pensez au comment cela aurait pu être plus véridique si Lerner avait intitulé cette section de son livre “Les sources de l’héritage de domination américain”.

Il est tout à fait frappant de constater à quel point la prose de Lerner décrit la domination sans même jamais mentionner ce mot bien spécifique. Prenez par exemple sa description caractéristique des Espagnols dans ce qui suit:

“chasseurs de trésor, conquérants, esclavagistes, prirent la terre sans aucun scrupule, saisirent la richesse, les temples et les palaces, enchaînèrent les Indiens, travail forcé, résistance sanglante, insurrection réprimée dans un bain de sang…”

Quand Lerner dit “la barbarie de la conquête excita la barbarie des conquérants”, il crée par là un faux sens d’équivalence entre les actes de ceux qui envahissaient en comparaison des actes de ceux qui étaient envahis. Il ne dit aucunement que nos peuples et nations étaient alors envahis. Il ne fait que les appeler “les conquis”, c’est à dire “les vaincus”. Lerner écrit ensuite au sujet des “armes de la civilisation”, qui sont toutes des tehniques de domination er des vecteurs de destruction et de mort: “armes à feu et alcool, les systèmes de propriété foncière de la terre des Européens et leurs spéculateurs, les commerçants et les faiseurs de traités, la force et la fraude, la tuberculose et la varicelle.” Lerner continue en citant ce qu’il appelle un cas “d’ironie du sort” tocquevillienne:

Les Espagnols furent incapables d’exterminer la race indienne au moyen de ces atrocités sans précédent qui les marqua du sceau de l’infâmie, ils n’eurant pas plus de succès à supprimer les droits de la race indienne, mais les Américains et les Etats-Unis sont parvenus à réaliser ces deux choses avec une félicité bien singulière, avec tranquillité, légalité, philanthropie, sans effusion de sang (sic) et sans violer un seul grand principe de moralité aux yeux du monde. Il est impossible de détruire des humains en ayant plus de respect pour l’humanité.” (NdT: comment peut-on écrire une pareille ineptie sans sourciller ?… Epoustoufflant !…)

En considérant l’histoire sanglante qui arriva à nos ancêtres, il est bizarre que de Tocqueville dise que les Américains remplirent leur but “sans effusion de sang”. Et pourtant, ce point général est bien mentionné lorsque nous considérons l’expérience politique appelée “Amérique” et sa tendance à faussement se représenter comme “la nation exceptionnelle”, ce qui veut dire exceptionnellement morale et juste.

De là, Lerner tire ensuite une comparaison raciste entre “la culture des conquérants européens” (dominateurs), qu’il appelle “une société technique, rationaliste, acquisitrice et hautement mobile” et les peuples natifs qu’il rabaisse comme “la culture symbolique, passive, rituelle et non-rationnelle des Indiens”. Il suffit de lire le livre de Charles C. Mann “1491”, ou “Indian Givers” de Jack Weatherford et l’Encyclopédie des Amérindiens pour constater à quel point il est mensonger que de dire de nos ancêtres qu’ils étaient “irrationnels”. De plus, une simple observation de la résistance ds nations premières révèle que nos ancêtres n’étaient pas vraiment “passifs”.

Malgré la poussée pour la domination au moyen de la colonisation, de l’esclavage, de l’extermination et du déplacement des populations, Lerner dit au lecteur que les “Britanniques vinrent en Amérique apportant avec eux les hauts principes de morale.” Dans le même paragraphe, il nous dit que “toute la politique du déplacement des Indiens et des réserves dans le territoire sud avait pour but d’ouvrir le royaume du coton pour les propriétaires d’esclaves du sud.” Il continue en disant:

Prenez l’assurance puritaine d’un but de droiture commune, plus le centrisme de l’esprit yankee du “aller et prendre”, plus la faim de terre des pionniers et la faim de profits des spéculateurs fonciers, plus le dynamisme de la ‘course impérialiste vers l’Ouest’ et la doctrine de la ‘destinée manifeste’ de l’Amérique, ajoutez tout cela et vous avez une recette pour le glas de la culture indienne.

Une combinason toxique et mortelle pour les nations autochtones pour sûr ; et tout cela pointe une fois de plus vers les schémas d’oppression qui ont résulté dans l’élaboration de la loi et politique fédérales indiennes. Maintenant, 60 ans après que Lerner ait écrit son livre, nous devons nous demander comment nous, peuples et nations autochtones, faisons l’effort d’identifier et de nommer la domination et la déshumanisation qui nous furent imposées et à nos ancêtres avant nous, et qui sont maintenues aujourd’hui au moyen de schémas de réalité institutionnels et métaphoriques sur lesquels la société dominante s’appuie toujours et sur les précédents et jurisprudences de la Cour Suprême des Etats-Unis et les cadres législatifs actuels. Voici le point que je veux mentionner: Tant que nous n’apprendrons pas à diagnostiquer correctement et précisément et à nommer le système de domination auquel nous avons à faire, nous ne serons jamais capables de nous adresser à ce sytème de manière compréhensive et puissante.

Résistance au colonialisme: L’Australie botte en touche la question de la domination en rapport avec la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb)

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Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance d’être répudiés.

— Résistance 71 ~

 

La réponse de l’Australie à la doctrine de la découverte

Éviter l’affaire de la domination qui réside au sein de la doctrine de la découverte

 

Steven Newcomb

 

17 mars 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/australias-response-doctrine-discovery/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

A lire: le livre de Steven Newcomb (larges extraits traduits par nos soins) en version PDF: « Païens en terre promise, décoder la doctrine chretienne de la découverte » (2008)

 

En 2012, au Forum Permanent sur les Problèmes Indigènes de l’ONU, Kate Gumley, alors chef de la délégation australienne, avait fait un discours intitulé: ”La doctrine de la découverte”. Le premier paragraphe de ce document illustre très bien comment le gouvernement australien bottait subtilement en touche le problème de la domination. “Le point clef de l’agenda de la discussion de cet après-midi est la doctrine de la découverte, un concept de droit public international qui a reçu l’attention de ce forum parce qu’il adresse directement la question de la conquête légale [de la terre] durant la période de la colonisation [sic].” (NdT: autant d’hypocrisie et d’aplomb mensonger est à peine croyable, mais c’est comme çà qu’ils s’en sortent…)

Les hauts-fonctionnaires du gouvernement australien qui ont écrit cette déclaration n’ont pas identifié la question que les représentants des peuples indigènes soulevaient en appelant à la focalisation sur la soi-disant “doctrine de la découverte”. Ce que l’état australien a cadré comme étant une “conquête légale” n’est, en fait, rien d’autre que l’affirmation par des gouvernements d’état de la possession d’un “droit de domination” sur nos peuples et nations originels.

Si on nous en avait donné l’opportunité, nous aurions pu demander au gouvernement australien: Est-ce que les envahisseurs ont le droit de dominer d’autres nations sur leurs propres terres et territoires ? Sur quel cadre de référence ou standard de jugement pourrions-nous répondre à cette question ? Sommes-nous obligés par une quelconque loyauté que nous aurions contracté envers nos envahisseurs et leurs descendants de répondre à de telles questions uniquement du point de vue de leur façon de voir ou standards de jugement invasifs ?
Malheureusement, le Forum Permanent des Affaires Indigènes de l’ONU ne se prête pas à un dialogue étendu ou spécifique avec les représentants des gouvernements de quelque état que ce soit, comme l’Australie par exemple. Si j’avais pu entrer dans un tel dialogue avec les délégués du gouvernement australien au sujet de leur intervention, je leur aurais demandé dans quel contexte plaçaient-ils les mots de “conquête” et de “légal” et de quel point de vue ?

Prenez par exemple l’idée de “conquête” comme une affirmation de “victoire” dans le contexte d’une invasion illégale des terres et territoires d’une nation originelle donnée, sur le continent de l’Australie. Au moment de l’invasion, la nation originelle de cet endroit vivait son propre mode de vie, dans son propre pays, dans cette partie du monde bien précise, sans déranger personne. Le but des envahisseurs est de se saisir de ce pays, de cette terre et de contrôler ou de tuer la nation envahie en lui faisant la guerre. Les descendants actuels de ces envahisseurs appellent le système de domination qui en a résulté une “conquête légale”.

En réalité, l’invasion étrangère et ce qui en a découlé est illégitime. Les descendants actuels des envahisseurs tentent de cadrer la “domination” comme étant quelque chose de “légal”. Ils font cela dans un effort de rendre l’invasion et tout l’après celle-ci à l’échelle inter-générationnel, acceptable du point du vue des colonisateurs. Une tactique des envahisseurs et de leurs descendants est de ne juger ou d’évaluer les résultats politiques ou autres que de leur propre perspective. Tout comme les chrétiens fondamentalistes considèrent que leur religion est la seule et unique religion qui vaille ; les envahisseurs et leurs descendants considèrent maintenant leur “avis” sur la “légalité” de l’affaire comme étant le seul, unique et valable “avis” sur la “légalité” en question.

Le philosophe du droit Steven I. Winter fait remarquer que chaque catégorie et chaque doctrine, incluant la “doctrine de la découverte”, “repose sur une image mentale des formes d’association humaine qui sont justes ou réalistes” dans une situation donnée. Aussi loin qu’est concerné l’image mentale des descendants des envahisseurs européens, l’invasion européenne chrétienne et son résultat de domination est à la fois juste et réaliste car fondée sur le christianisme et la bible. Les nations originelles envahies sont étiquetées n’avoir aucun droit fondamental de contester ou de défier le système de domination qui en a résulté.

En maintenant à l’écart les cadres d’interprétation des nations originelles, il devient alors possible pour les envahisseurs et leurs descendants de s’adresser aux Nations-Unies, avec l’identité politique d’un état de domination et de prétendre que ce système de domination qui a émergé en tant que résultat de l’invasion génocidaire de cette terre par leurs ancêtres est une “conquête légale”. Ceci est une partie de la façon dont le gouvernement australien (NdT: quelque soit sa couleur politique, c’est toujours la même chose…) déguise et masque cette image de l’invasion et son résultat en utilisant des euphémismes (des mots sonnant bien pour exprimer de terribles actions) comme par exemple “la légalité de l’installation européenne” (c’est à dire l’invasion, la domination, l’extermination et la déshumanisation) et “travailler en vue d’un futur réconcilié.

Parler de “futurr réconcilié” est un futur dans lequel ceux qui ont été envahis et dominés pendant des générations se seront “réconciliés avec eux-mêmes” afin de vivre de manière permanente sous le système de domination imposé, dans ce cas-ci sous ce qui est appelé “L’État australien”. La construction et la manifestation de ce système de domination est ce que le gouverneent australien étiquette du doux euphémisme de “conquête légale”, affirmant et clâmant ainsi le résultat de domination comme étant un résultat valide et légal.

Tant que nous n’exposerons pas de manière explicite le “système de domination des états”, ce système continuera de détruire des écosystèmes entiers et créera les problèmes que nous avons besoin de résoudre une fois pour toute. Reproduire un système destructeur au nom de la “réconciliation” avec ce même système n’est en aucun cas une recette du succès pour une réelle cicatrisation. Ceci ne fait que créer ce que Gregory Bateson appelait “le double lien” (baisés si on le fait, baisés si on le fait pas). Ce n’est pas suffisant de dire ce en quoi nous sommes en faveur. Nous devons mettre en contraste ce pour quoi nous sommes en faveur avec ce pour quoi nous ne sommes pas d’accord. Le contraste crée une vision plus profonde et révèle le double lien.

Dans le bouquin de James C. Scott: “La domination et l’art de la résistance” (1990), l’auteur (NdT: anthropologue de renom auteur de “Zomia”) cite Barrington Moore pour avoir dit: “Une tâche culturelle principale à laquelle doit faire face un groupe opprimé est de fragiliser ou de faire exploser la justification de la strate dominante.” Quelle est la justification pour la domination de nos nations originelles ? Dans la loi fédérale américaine sur les Indiens, comme ceci est graphiquement illustré de nos jours avec l’affaire de Standing Rock et du DAPL, c’est un empire fondé sur le christianisme qui possède(rait) une destinée manifeste de subjuguer la terre et de dominer tous les êtres vivants pour son profit.

Il est grand temps de rejeter ces systèmes de domination comme étant non seulement invalides mais également humainement inadmissibles en refusant d’accepter ce concept, de ne plus les accepter comme “conquête légale”.

Non au DAPL! Mni Wiconi. L’eau est la vie !

Résistance au colonialisme: Quand une petite trahison sémantique a de grandes conséquences coloniales (Steven Newcomb)

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Les nations amérindiennes luttent contre le terrorisme depuis 1492…

~ Résistance 71 ~

 

L’héritage: Les pensionnats américains de la domination et le vote des autochtones

Steven Newcomb

25 Avril 2016

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/04/25/legacy-us-boarding-schools-domination-native-vote

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans son “Doubts About Voting? Just Think Montana, »
le journaliste Mark Trahant, Shoshone-Bannock, dit: “Les électeurs amérindiens sont enregistrés pour voter dans l’état du Montana à un ratio plus important que tout autre groupe ethnique.” Ainsi, il échoue totalement à nous classifier comme appartenant à des nations autochtones distinctes des Etats-Unis d’Amérique ; il nous définit en revanche comme un “groupe ethnique” parmi la multitude de groupes de la sorte existant aux Etats-Unis.

L’article de Trahant nous rappelle une phrase du président Obama invoquée lors d’une réunion des leaders des nations natives indiennes à la Maison Blanche: “E Pluribus Unum”, qui en latin veut dire “Unité dans la multitude”. Parce que les Etats-Unis furent fondés comme l’empire américain (Richard Van Alstyne, The Rising American Empire, 1962), la phrase est en fait plus précisément: “E Pluribus Unum Imperium”, c’est à dire “de la multitude à l’unicité d’un empire”. Un “imperium” légal note René Maunier dans son livre “La sociologie coloniale”, volume 1, 1942, est “une domination ou une subjection au sens propre”. Maunier observe plus loin: “Lorsque nous parlons du pouvoir qu’un État exerce, nous pourrions impliquer une réelle domination” (Ibid).

L’Imperium, ou empire américain, comme l’ont conçu George Washington, James Madison, John Marshall et bien d’autres, a travaillé sans relâche pour diminuer et éventuellement mettre un terme à l’existence de nos nations et peuples originels sur ce continent. Lorsque des écrivains/journalistes autochtones décident d’écrire au sujet de notre appartenance à quelque “groupe ethnique” des Etats-Unis (de l’empire américain), ils jouent directement la main de l’agenda anti-nation native qui remonte à la fondation même des Etats-Unis. Cela a été un objectif de longue durée pour cette entité de mettre un terme à toute velléité de conscience nationale de nos nations autochtones et de la remplacer par la conscience nationale des Etats-Unis.

Les preuves de la guerre états-unienne contre nos nations originelles afin de nous garder sous le joug et de nous détruire, abondent. Une telle preuve est par exemple trouvée dans le rapport annuel d’Ely Parker, haut-commissaire aux affaires indiennes, qui fut publié le 23 décembre 1869. Une partie de ce rapport s’adresse à l’élaboration de traités entre les Etats-Unis et les nations indiennes, une chose que Parker tend à ridiculiser.

Parker était un Seneca (NdT: membre de la Confédération des 6 Nations Iroquoises, Haudenosaunee) qui est devenu plus dévoué apparemment aux Etats-Unis qu’aux nations autochtones. Il devint un général de l’armée nordiste lors de la guerre de sécession et un avocat dans le système légal de l’homme blanc. Il a servi de haut-commissaire en chef aux Affaires Indiennes de 1869 à 1871. Parker écrivit ce qui suit comme négation de toute idée de nationalité/nation indienne:

“Les tribus indiennes des Etats-Unis ne sont pas des nations souveraines capables de faire des traités car aucune d’elles n’a un gouvernement organisé ayant un pouvoir et une force inhérente tels, que cela sécuriserait une fidèle observation des composants de ce caractère. Elles sont tenues pour être pupilles du gouvernement des Etats-Unis et le seul titre que la loi leur concède envers la terre qu’ils occupent est à peine celui de la possession.”

Parker épousait bien évidemment la vision que les nations indiennes ne sont pas des nations souveraines parce qu’elles ne possèdent ni la force politique, ni la force militaire pour forcer les Etats-Unis à se plier aux accords de traité que les Etats-Unis avaient juré de suivre. Le commissaire Parker dit plus loin:

“Mais, parce que ces traités ont été faits avec elles, généralement en vue de l’extinction de leur supposé titre absolu de propriété de la terre qu’ils habitent, ou sur laquelle ils èrent, elles ont reçu la fausse impression de la notion d’indépendance nationale.”

Aujourd’hui, l’idée d’indépendance nationale pour les nations indiennes, c’est à dire “un désir d’exister indépendamment de la domination politique des Etats-Unis”, semble être la chose la plus éloignée dans l’esprit de bien des autochtones.

En 1882, une décennie après la déclaration de Parker sur les traités avec les Indiens, un autre haut-commissaire aux Affaires Indiennes, Hiram Price, se fit l’avocat “d’utiliser des sociétés religieuses à des fins régulières et missionnaires parmi les Indiens”. Il proposa d’utiliser ces sociétés religieuses:

Pour le plus haut et noble but d’aider ces gens sans tuteurs et non-civilisés vers une plus haute et meilleure place dans l’existence. Il n’y a pas d’autre façon ni d’autre moyen, à mon avis, pour que notre population indienne soit rapidement et de manière permanente récupérée et sauvée de la barbarie, de l’idolâtrie et de la vie sauvage, que par les opérations éducatives et missionnaires du peuple chrétien de notre pays (Prucha, p.157).

En 1889, un an avant le massacre du chef Big Foot et de son peuple Hunkpapa à Wounded Knee, Thomas J. Morgan, commissaire aux Affaires Indiennes, introduisit une nouvelle politique indienne. Morgan lança ce que je nommerais une forme de guerre psychologique faite pour assimiler les enfants indiens dans la mentalité de la société (coloniale) dominante. Il appela cela “l’inculcation du patriotisme dans les écoles pour Indiens”. Le mot “inculquer” remonte au sombre mot “calcare” ou “marcher sur, piétiner”. Cela veut généralement dire “enseigner ou imprégner par de fréquentes répétitions”. Par un tel processus, a dit Morgan “les Indiens sont destinés à être absorbés dans la vie nationale, non pas comme Indiens, mais comme Américains.” Morgan annonça que:

Sur le campus de toutes les écoles les plus importantes devra être érigé un poteau pour les couleurs sur lequel flottera, lorsque la météo est bonne, le drapeau américain. Dans toutes les écoles quelques soient leur taille et leur caractère, soutenues totalement ou partiellement par le gouvernement, la “bannière étoilée” devrait être un objet familier et les élèves seront enseignés de respecter le drapeau comme symbole de la puissance et de la protection de leur nation.

La grande poussée pour “le vote autochtone” dans les élections américaines m’a frappé quant au succès sur le long terme, du plan américain de laver le cerveau des enfants indiens avec ce moyen du patriotisme envers les Etats-Unis et afin de retirer de nos nations autochtones originelles toute conscience nationale en relation de ce que nous sommes. Aujourd’hui, le vote autochtone en “pays indien” est une conséquence directe de la guerre psychologique qui a été engagée contre nos ancêtres lorsqu’ils étaient enfants dans les pensionnats américains de la domination coloniale. L’indépendance originelle et l’existence politique de nos nations indigènes sont ignorées de manière routinière en faveur du vocable péjoratif de “tribus” et de “tribal” ; nos propres frères nous caractérisent d’une manière subordonnée en nous qualifiant de n’être qu’un “groupe ethnique” des Etats-Unis, ceci en parfaite adéquation et continuité de la politique de Parker ; de fait le drapeau américain est souvent traité comme s’il était le drapeau de toutes nos nations natives de cette terre.

Les Amérindiens votant dans les élections américaines en tant “qu’Américains” avait été prédit par le commissaire Morgan lorsqu’il écrivit: “Les Indiens sont destinés à être absorbés dans la vie nationale, non pas en tant qu’Indiens mais en tant qu’Américains.” Le “vote autochtone” crée la fausse impression que nous avons donné notre consentement libre à l’adhésion au système américain de domination qui nous a été et nous est toujours imposé, à nous, nos peuples et nos nations.

Résistance au colonialisme: le code de domination en las Ame (amour) Ricas (richesses) tue…

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Superbe analyse et réflexion ici de Steven Newcomb sur l’assassinat de l’activiste amérindienne Berta Cáceres au Honduras. De plus il nous amène à une de ses réflexions sémantiques habituelles qui, à notre grande honte, nous avait jusqu’ici échappée, à savoir l’origine éthymologique du nom donné au continent par les Espagnols: Las Americas pour les Ameriques.
Pourquoi donc las Americas ? Newcomb nous dit:

Ame = amour + Ricas = richesses, le continent de l’amour des richesses… tout était déjà dit dès le départ ! Génocide, ethnocide et impérialisme galopant ne pouvaient que s’ensuivre. Les chrétiens européens ont tenu promesse, celles écrites noir sur blanc dans les bulles pontificales Romanus Pontifex (1455) et Inter Caetera (1493), Berta Cáceres n’en est malheureusement qu’une des très, trop nombreuses victimes 524 ans plus tard. Il est impétatif que nous œuvrions tous pour la cause commune du démantèlement de l’empire actuel et de rendre politiquement et économiquement impossible la formation d’un quelconque remplaçant, parce que nous sommes tous des colonisés !

— Résistance 71 —

 

Le code de domination a tué Berta Cáceres

 

Steven Newcomb

 

15 Mars 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/03/15/domination-code-killed-berta-caceres

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

L’assassinat le 3 Mars dernier de l’activiste indigène Berta Cáceres au Honduras nous a rappelé le livre de John Brodley “Victims of Progress” (1982) où il écrivit: “Il est généralement reconnu que les peuples tribaux sont dramatiquement affectés par la civilisation et que leurs schémas culturels et, dans bien des cas, les peuples eux-mêmes, disparaissent à mesure que la civilisation avance” (p.1) Bien que je ne préfère pas le mot “tribal” parce qu’il suggère que les nations originelles d’un endroit sont “primitives et barbares”, Brodley a mis le doigt sur quelque chose de critiquement important exemplifié par l’assassinat de Mme Cáceres. La forme de domination qui a été euphémistiquement appelée “civilisation” a eu et continue d’avoir d’horribles effets sur nos peuples et nations originels partout sur ce continent appelé typiquement continent “des Amériques”.

Le phénomène identifié par Brodley devient très clair lorsque nous réalisons que la “civilisation” est “le passage en force d’un schéma culturel particulier sur une population qui lui est étrangère.” En d’autres termes, la “civilisation” n’est qu’un mot de maquillage pour le mot “domination”. Qu’est-ce qui a causé la disparition de tant de nos langues et de nos cultures et qui a résulté en la disparition de tant de nos nations originelles et de leurs peuples eux-mêmes ? La domination et la déshumanisation qui en résulte est la réponse.

L’assassinat de Berta Cáceres et de quelques 110 activistes environnementaux au Honduras est une preuve graphique du système de domination-déshumanisation. Elle fut une leader activiste autochtone sans peur de la nation Lenca. Mère de quatre enfants, porte-parole de notre Terre-Mère et de nos écosystèmes vitaux. Elle osa se lever contre des forces et intérêts économiques et politiques très puissantes en s’opposant à un projet de centrale hydroélectrique. Le slogan des intérêts auxquels elle s’opposa semble être: “étendre son territoire et les accès aux ressources naturelles vitales par tous les moyens nécessaires et peu importe qui ou ce que vous avez à détruire dans ce processus.” Beaucoup de ces intérêts opérant au Honduras proviennent des secteurs d’élite des Etats-Unis (NdT: et du Canada). Berta a payé de sa vie d’avoir eu le courage d’exprimer son opposition à cet agenda élitiste de la richesse et du pouvoir aux dépends de peuples bien distincts et des écosystèmes si fragiles.

Le 4 mars 2016, un article dans le quotidien britannique du Guardian: “Hypocrisy surrounds the murder of Berta Cáceres in Honduras,” Bert Schouwenburg rapporta un phénomène appelé “femmicide” (le meurtre de masse de femmes). Il écrit: “En 2014, 513 femmes furent assassinées et en 2015 il a été estimé qu’une femme était assassinée toutes les 16 heures…” Parlons de domination et de déshumanisation. Où sont les cris d’orfraies du ministère des affaires étrangères US sur ces évènements ? Le 10 mars 2016, un article de Greg Grandin dans le journal The Nation, met en évidence que Berta Cáceres avait critiqué ouvertement Hillary Clinton et son soutien à un coup d’état au Honduras en 2009, et ce 5 jours avant son assassinat. Clinton était alors ministre des AE des Etats-Unis. Ce coup retira du pouvoir le président réformiste Manuel Zalaya. Le ministère de Clinton qualifie simplement de “non-sens” tout effort de suggérer que la politique du ministère d’Hillary Clinton créa le contexre pour l’assassinat de Mme Cáceres.

Le grand nombre de meurtres et autres actes de traumatisme induisant la répression au Honduras sont clairement la façon adoptée par les soi-disantes Zones de Libre-Entreprise (ZLE), financées par des institutions telle que la Banque Mondiale. Derrière tout ceci réside des intérêts très puissants qui demandent que leur droit d’auto-détermination impérialiste leur soit permis pour passer au rouleau compresseur les peuples sans retenue, comme les chars de Tienanmen en 1989. (NdT: mauvais exemple, Newcomb ferait bien d’analyser et de rechercher les évènements de Tienanmen en 1989…)

Les assassins de Berta, en tant qu’agents d’intérêts toujours plus veules et gourmands, font partie d’une façon de penser qui dit au travers de ses actions: “Au diable vos peuples et nations originels, au diable tous vos écosystèmes”. Le chemin, vieux de quelques siècles de ce “progrès capitaliste”, est pavé des os des peuples originels dans les endroits où il passa. Il laisse derrière lui un héritage de déchets toxiques, de déforestation et autres naufrages de proportion incommensurable.

Tout ceci fut amené à nos nations originelles au travers de ce continent grâce à une idéologie néolibérale qui s’est manifestée directement depuis le même type de mentalité qui créa les décrets (bulles) pontificaux du Vatican pour la domination au XVème siècle: envahissez, capturez, vainquez, subjuguez et dominez les “nations païennes et barbares”. Cette mentalité croit qu’elle a besoin de maintenir sa domination sur les peuples et nations originels. Elle croit en la libération des corporations multinationales et transnationales de toutes régulations qui soient qui pourraient entraver le chemin vers de gigantesques profits et le siphonage des ressources naturelles vitales.

Les ZLE créées par la Banque Mondiale et autres intérêts banquiers au Honduras sont des endroits où la domination est laissée libre de toute action de façon à retirer tout obstacle qui empêcherait les corporations d’exploiter la Terre-Mère, ses eaux, et ses ressources naturelles et ce pour un profit toujours plus important et un accroissement du pouvoir, à perpétuité. En contraste, les histoires de la création native et les enseignements des nations autochtones sont faits pour honorer, respecter et préserver la Terre et tous les êtres vivants la partageant, à perpétuité. Ces enseignements et les peuples et nations originels qui les maintiennent en place, posent une menace fondamentale et existentielle à la mentalité de domination et à ce type de vie particulier qui résulte de l’amour des richesses (Ame = amour + Ricas = richesses)

“Les Amériques” (du nord, centrale et du sud) est le continent où le rêve d’empire de la chrétienté, celui de la domination et du profit, devint la base du “rêve américain” (le rêve des richesses et de la richesse, de l’abondance matérielle) et la base du “mode de vie américain” la fameuse “American way of Life”. C’est un modèle mental de vie idéalisé mis en place sur l’amour des richesses et de la richesse, accumulées en s’accaparant les territoires des peuples et nations originels d’une région géographique donnée et de soit “contrôler ou éliminer la population autochtone”, comme l’a dit l’historien Samuel Eliot Morison. La domination est le moyen utilisé pour parvenir à ce but et le meurtre brutal de Berta Cáceres est une preuve additionnelle de ce que nous décrivons dans notre documentaire “The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code.

Dans son livre Empire or Democracy (1939), Leonard Barnes écrit: “Pour bien des hommes le sens de la domination est un bienfait et avoir d’autres humains travaillant comme vos serviteurs et produisant une richesse que vous pouvez vous approprier d’un coup et vous en réjouir est, pour le moins, utile” (p.187). Le système institutionnalisé de domination a soufflé brutalement la vie de Berta Cáceres, ainsi que celle de bien d’autres femmes autochtones au Honduras parce qu’elle et bien d’autres ont essayé de se mettre en travers du chemin de cette soi-disante ZLE du “progrès” pour des intérêts qui sont directement liés à l’empire américain (les Etats-Unis).

Dès sa création, les Etats-Unis, que George Washington appela “notre empire nouveau-né”, furent fondés sur l’amour de l’opulence matérielle et la richesse. Durant plus de deux cents ans, il s’est engraissé au travers du processus de l’impérialisme. Il a utilisé ce même processus pour s’emparer des territoires traditionnels de nos nations et peuples originels. C’est un état Léviathan. Ses politiques impérialistes sont le moyen par lequel il étend ses tentacules politiques et économiques dans de syperbes endroits comme le Honduras et ce avec une impunité froide, déterminée et mortelle. Les peuples et nations originels finissent par être sacrifiés aux dieux du capitalisme et de la veulerie.

Comme l’a fait remarqué Rupert Emerson dans son From Empire to Nation (1960), “l’impérialisme par définition, implique la domination d’un peuple sur un autre” (p.6) ; la proclamation d’apporter “la civilisation humaine et chrétienne” aux “non civilisés, sauvages” (non dominés) “païens et infidèles”, fut le martelage précoce de ce code. Maintenant, il est mis en avant par des mots à la consonnance si bénigne tels que “développement” et par des phrases ou expressions d’enfumage comme “the Central American Free Trade Agreement (CAFTA).” Tout réside dans le fait de rendre l’entreprise de domination “libre” de toute contrainte ou réglementation, du moins du mieux possible et ce même si cela implique tuer de braves gens comme Berta Cáceres en toute impunité, Et ainsi la domination continue… à perpétuité.

Resistance politique: Comprendre la domination impérialiste occidentale…

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Le modèle de domination impérialiste

 

Steven Newcomb, Shawnee/Lenape
 Executive Director, Indigenous Law Institute

 

~ Traduit de l’anglais Résistance 71 ~

 

Décembre 2015

 

Le 4 Mai 1493, le pape Alexandre VI (NdT: Rodrigo Borgia, de la dynastie Borgia et père de Cesar et Lucrèce) a émis un document pontifical connu sous le nom de bulle Inter Caetera. Le document fut émis à la demande du roi Ferdinand d’Aragon et de la reine Isabelle de Castille et dont le but était de “donner” aux deux monarques catholiques toutes les terres que Cristobal Colón (Chistophe Colomb ou “le colonisateur porteur de la croix”) avait découvertes ainsi que toutes autres terres qui seraient “découvertes” dans le futur. La seule limite du pape sur ce don fut que Ferdinand et Isabelle ne pouvaient pas tenter de s’emparer de terres qui avaient déjà été prises par un autre prince chrétien. Entre autres, le pape déclarait que cela était son désir que des nations non-chrétiennes soient subjuguées (dominées militairement) et forcée à devenir chrétiennes. Le pape voyait les monarques catholiques comme travaillant à l’expansion de “l’empire chrétien”. “Nous croyons en Lui (le dieu catholique)”, a dit le pape, “et de lui provient tous les empires, dominations et toutes bonnes choses.”

Le modèle de domination impérialiste présume qu’il est justifiable pour un souverain immigrant (disons l’Angleterre, la France, l’Espagne ou le Portugal) d’arriver dans un pays déjà habité par des nations libres et indépendantes et de simplement présumer “le droit” de prendre possession militairement de ce pays par la force et de mettre les habitants originels sous la réglementation et la loi des constructeurs d’empire. La bulle pontificale reflète un système de langage qui présume qu’il est permis pour une personne d’assumer un droit divin impérialiste et de domination sur un autre peuple.

George Washington a dit en 1786: “Il viendra sûrement un jour où ce pays aura un poids sur l’échelle des empires… et en tant que membre d’un empire juvénile… je ne peux pas détrourner mon attention de ce sujet…” clairement, lorsqu’on parle des nations et des peuples amérindiens, les Etats-Unis opèrent strictement sur la base du modèle de domination impérialiste. Le prérequis de ce modèle est la loi fédérale sur les Indiens que l’on trouve dans la décision de la Cour Suprème des Etats-Unis dans l’affaire Johnson v. McIntosh (8 Wheat., 543, 1823),, que la cour à prise en se basant sur la bulle papale Inter Caetre de 1493. Dans ce cas précis, le juge John Marshall a dit que la “découverte” des “païens” par le “peuple chrétien” a donné aux chrétiens une “domination ultime” (droit d’empire et de domination) sur les Indiens de la sorte “découverts”.

Après la “découverte” chrétienne, a dit Marshall, les droits des peuples Indiens à la “souveraineté complète en tant que nations indépendantes” ont été “diminués”. De manière supposée, les Indiens ne retinrent qu’un simple “droit d’occupation des sols”, de leurs terres ancestrales tout en étant soumis à la domination des Etats-Unis. Après avoir correctement identifié la loi fédérale indienne comme un système de langage de domination, l’Institut a commencé à travailler vers le développement d’une nouvelle base totalement inovative et radicalement différente pour penser la relation entre les Etats-Unis et les nations et peuples indiens. Nous n’acceptons pas l’idée qu’un préjugé judiciaire fondé sur un préjudice religieux (Johnson contre M’Intosh) puisse légitimement nier, refuser le droit inhérent que les nations indiennes ont de vivre librement et indépendamment sur leurs terres ancestrales. Dans un effort de gérer le fondement du modèle de domination impérialiste, nous en avons formellement appelé au pape Jean-Paul II pour qu’il révoque la bulle pontificale Inter Caetera de 1493. Nous l’avons aussi invité à nous rejoindre sur le chemin sacré en honorant le premier principe de la loi traditionnelle autochtone, celui de “respecter notre Terre-Mère et de regarder toute vie comme sacrée.” (NdT: ceci fut rédigé en 1995)

La loi traditionnelle autochtone

Au temps de la soi-disante “découverte” chrétienne, européenne des terres indiennes sur le continent des Amériques, nos nations et peuples autochtones respectifs vivaient une vie complètement libre et indépendante, de manière spirituelle, fondé sur l’intégrité de la famille, de la communauté et de la terre. Le style de vie basé sur la spiritualité de nos ancêtres ne comportaient aucun poison mortel, pas de pesticides, pas d’herbicides, pas d’organo-chlorines synthétiques et autres substances chimiques toxiques industrielles, comme aussi le plomb dans l’eau que boivent nos enfants ou des particules radiocatives qui maintenant s’éparpillent dans l’air des déserts du sud-ouest.

Tandis que certains diraient que nos ancêtres manquaient des soi-disantes “avancées technologiques” pour créer de telles choses, nous assumons que ces réalités, qui menacent directement la vie sur la planète Terre, ne sont pas du tout des “avancées” ou un “progrès”. Nous envisionnons une époque où notre façon de vivre sera une fois de plus guidée par la loi traditionnelle autochtone, de telle façon que ces poisons ne viennent plus contaminer la terre, les eaux et les systèmes immunitaires des gens.

Les modes de vie fondés sur la Terre, le spirituel de nos ancêtres, étaient de conserver les instructions originelles qui leur furent données, qu’ils reçurent il y a des milliers d’années par la tradition orale. La sagesse du monde naturel et la compréhension de nos ancêtres existent toujours dans nos langues, nos cérémonies et les endroits sacrés de nos peuple et nations respectifs. La loi traditionnelle autochtone peut-être trouvé dans la Kanaka Maoli Law des Hawaiiens natifs, dans les Sept Lois des Lakota, les 12 lois des Shawnee, les lois du Kogi etc… Mais par le mot “loi” nous parlons en fait d’une alternative conceptuelle et culturelle à la technologie et à la culture impérialiste polluée par le chimique et par le désir de domination (NdT: à commencer par celui de domination de la Nature. Pour les occidentaux, ce qui ne peut pas être contrôlé doit être détruit. La Nature doit plier aux désirs des capitalistes privés ou d’état ou être brisée et détruite. Il en va de même pour les peuples et nations libres et indépendants…). L’Institut Légal Indigène affirme que la loi traditionnelle autochtone est une source essentielle de sagesse environnementale et de compréhension de la planète aujourd’hui. Nous œuvrons pour que la pensée traditionnelle autochtone des Amériques soit reconnue comme une base, un fondement nécessaire de notre existence collective sur la planète Terre.