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Des anarchistes aux Gilets Jaunes… Retour aux lois scélérates, entretien avec l’avocat Raphaël Kempf (vidéo)

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Résistance 71

 

6 octobre 2019

 

Excellent entretien de l’avocat des Gilets Jaunes (entre autre) Raphaël Kempf avec la journaliste Aude Lancelin pour Quartier Libre (vidéo ci-dessous), une des toutes dernières de cette profession qui pose encore des questions pertinentes mais surtout, surtout, qui laisse parler ses interlocuteurs sans les couper et sans réduire le débat à une bouillie inculte pré-digérée pour public infantilisé et dépolitisé de la société marchande.

Kempf, dans son dernier livre « Ennemis d’État, les lois scélérates des anarchistes aux terroristes » (La Fabrique, 2019) fait un juste parallèle entre ces lois anti-anarchistes de 1893 et 1894 et la dérive liberticide prise par les gouvernements français successifs depuis au moins Sarkozy. Sachons que la dernière de ces lois scélérates du 28 juillet 1894, interdisant tout prosélytisme anarchiste, ne fut officiellement abrogée qu’en décembre 1992, dans le second septennat de Mitterrand.

Il est grand temps de nous organiser pour mettre un terme à la dictature en marche qui se durcit semaine après semaine et ce n’est pas le dernier évènement sanglant récent de la préfecture de police de Paris qui va nous faire sortir de l’engrenage totalitaire pris depuis déjà un bon moment, c’est l’évidence même. Gageons que quelques projets de lois liberticides sont même déjà sous le coude, prêts à être passés par la fine équipe de clampins inutiles siégeant dans cette parodie, cette insulte, au concept même de démocratie, qu’est l’Assemblée Nationale, nid de parasites à la solde des intérêts particuliers du plus petit nombre.

Plus que jamais il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! Qu’on se le dise !

A voir et à diffuser sans modération…

 

 

La 4ème de couverture du livre de R. Kempf:

« Le 9 décembre 1893, l’anarchiste Auguste Vaillant lance une bombe dans la Chambre des députés en pleine séance parlementaire, faisant quelques blessés légers. Deux jours plus tard, la même Chambre vote à la hâte la première des « lois scélérates » réprimant la presse et les opinions anarchistes, dont certaines dispositions – le délit d’apologie par exemple – sont promises à un long avenir. On doit à La Revue blanche d’avoir mené la bataille contre les lois scélérates de 1893-1894 en rassemblant dans une brochure éponyme les plumes de Francis de Pressensé (fondateur de la Ligue des droits de l’homme), d’Émile Pouget et d’un jeune juriste, Léon Blum.
Lecteur averti de ces textes, Raphaël Kempf revient sur l’élaboration et l’application de ces lois d’exception et nous en livre la formule : votées dans l’émotion, elles donnent un pouvoir extraordinaire à l’État, à la police et au ministère public pour réprimer des adversaires politiques, avant de cibler peu à peu tous les citoyens. De la loi « contre les menées anarchistes » au XIXe siècle, aux lois « anticasseurs » et « antiterroristes » d’aujourd’hui, ce sont là autant d’indices des scélératesses législatives. »

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Entrevoir une solution et sortir de la dictature marchande:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

 

 

 

 

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Gilets Jaunes et résistance politique: L’action directe contre l’illusion démocratique parlementaire…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 4 octobre 2019 by Résistance 71

 

Action directe contre parlementarisme

 

George Barrett

publié en 1920

 

Source:

https://robertgraham.wordpress.com/2019/09/22/george-barrett-direct-action-v-parliamentarianism/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

A lire : Appel à la grève générale illimitée (et expropriatrice ?) pour décembre 2019

 

Le parlement et la loi ont été utilisés par la classe dominante actuelle pour satisfaire leurs intérêts ; pourquoi ne pourraient-ils pas être utilisés pour les nôtres ?

Cette question est fondée sur un énorme malentendu. Il semblerait qu’ils soit acquis que le capitalisme et le mouvement des travailleurs aient la même finalité, le même objectif en vue. Si cela était le cas, ils pourraient  peut-être utiliser les mêmes moyens ; mais comme le capitaliste est là pour perfectionner son système d’exploitation et de gouvernement, tandis que le travailleur est là pour s’émanciper et gagner sa liberté, il est bien évident que les mêmes moyens ne peuvent pas être employés pour les deux objectifs.

Ceci répond à la question sûrement aussi loin que ce soit une question bien définie. Mais dans la mesure où elle contient la vague suggestion que le gouvernement est l’agent de réformes, de progrès et de révolution, elle touche le point sensible sur lequel les anarchistes diffèrent de tous les partis politiques quels qu’ils soient. Cela vaut donc la peine d’analyser la suggestion d’un peu plus près.

Les politiciens enthousiastes pensent qu’une fois qu’ils ont capturé le gouvernement, de leur position de pouvoir ils pourront façonner la société dans la forme voulue. Passons des lois idéales, pensent-ils, et la société idéale en sera le résultat. Simple non ? Nous devrions donc obtenir la révolution dans les termes que nous avaient promis le merveilleux Blatchford: “sans effusion de sang et sang perdre un jour de travail”, mais hélas ! Le raccourci vers l’âge d’or n’est qu’une illusion. D’abord, toute société façonnée par des lois ne saurait être idéale. Ensuite, la loi ne peut pas façonner la société, du reste c’est plutôt l’inverse qui est vrai. C’est ce second point qui est très important.

Ceux qui comprennent les forces qui sont derrière le progrès verront la loi boiter à la traîne et jamais réussir à rester au contact du progrès réalisé par les peuples; en fait toujours résistant à toute avancée, toujours essayant de commencer une réaction, mais sur le long cours, toujours devoir abandonner et permettre toujours plus de liberté. Même les champions du gouvernement reconnaissent ce fait lorsqu’ils veulent opérer des changements drastiques, ils peuvent ensuite balancer la prétention de la loi et se tourner vers des méthodes révolutionnaires. (NdT: qui boucleront la boucle et réétabliront des lois [révolutionnaires] pour repartir pour un tour de manège de la division et de la domination de caste… bref, le changement pour que rien ne change vraiment)

La classe régnante actuelle, qui est supposée être la preuve vivante que le gouvernement peut tout faire, est elle-même quelque peu candide dans son admission qu’elle ne peut pas faire grand chose. Quiconque étudiera son arrivée au pouvoir verra que pour en arriver là, elle prêche en théorie et établit dans les faits, le principe de la résistance à la loi. De fait, il est tout à fait pertinent de noter qu’immédiatement après la révolution, il devint séditieux de prêcher contre la résistance de la loi tout comme aujourd’hui il est séditieux de prêcher en faveur de la résistance à la loi.

Pour résumer, s’il y avait une logique dans la question, mais il n’y en a pas, nous pourrions la reformuler ainsi: “Alors que la classe dominante actuelle n’a pas été capable de remplir ses objectifs en utilisant le parlement et la loi, pourquoi devrions-nous espérer gagner les nôtres par ce système ?

L’action directe

Pour clarifier la signification de l’expression “action directe”, illustrons-la. Il n’y a pas si longtemps, s’il y avait une calamité d’ordre national, comme par exemple une épidémie de peste, les religieux déclaraient de manière générale que le seul remède possible était de prier dieu pour qu’il retire sa malédiction. Ces mêmes personnes furent choquées lorsque vinrent des scientifiques qui prirent des mesures sanitaires de base afin d’éradiquer la maladie.

La première était une méthode indirecte: on envoyait des prières aux cieux pour que dieu puisse agir de sa bonne influence contre la peste. Ceci constituait une route bien indirecte pour atteindre une maladie qui était en quelque sorte, juste “voisine”. Le scientifique quant à lui étudia la maladie en elle-même, étudia sa nature et essaya de trouver des moyens pour l’éradiquer. Ceci constitue une action directe.

De la même façon aujourd’hui, les gens sont confrontés à deux méthodes. Dans leurs maisons et leurs lieux de travail, ils sont mécontents et certains proposent d’influencer le chef de la société: le parlement, afin qu’il exerce le pouvoir pour améliorer les choses et fixer les problèmes. Ceux-ci sont à leur tour choquer d’entendre et de voir d’autres personnes étudier la nature des problèmes et de proposer d’appliquer des solutions directes à ces problèmes, sans passer par un intermédiaire. Les premiers croient en une méthode indirecte: celle de la gouvernance par voie parlementaire, les seconds sont des gens de l’action directe qui pensent que si on doit corriger les problèmes du travail et de la politique, les meilleurs qui peuvent s’en occuper sont les gens qui sont directement impliqués dedans et non pas les politiciens, détachés des réalités.

Imaginez l’incroyable absurdité d’un groupe de politiciens siégeant au parlement et discutant à bâton rompu du bien-être des gens, du peuple. Dans le même temps où ils font cela, n’y a t’il pas dans les rues un nombre conséquent d’ouvriers, de boulangers, de constructeurs et de tailleurs, qui sont sans travail, maintenus à l’écart par ces mêmes lois que les politiciens ont votées, des moyens de production, de la machinerie et des outils avec lesquels ils pourraient produire ce dont ils ont quotidiennement besoin ?… Briser les lois et permettre à ces gens de produire ce qu’ils ont besoin pour leur nécessité première et ce en toute égalité avec les autres travailleurs, est la façon d’abolir la pauvreté. (NdT: ainsi qu’en supprimant, l’argent, la marchandise et la division qui en découle…)

Il est clair que si nous voulons nous débarrasser des troubles qui nous dominent jusqu’à présent, nous devons organiser un tout nouveau système de distribution des biens. Je ne veux pas dire par là que nous devons partager équitablement, mais que la richesse produite doit cesser d’être pompée vers le riche qui ne produit absolument rien ; le flot doit être changé de façon à ce que cela vienne directement aux producteurs.

Mais qui distribue les biens et la richesse ? Est-ce le politicien ? Certainement pas ; de fait, ce sont les travailleurs du transport. Si donc les travailleurs producteurs désirent une altération dans la manière actuelle de distribution, à qui doivent ils demander ? A leurs camarades du transport et certainement pas aux politiciens qui n’ont absolument rien à voir là dedans. De la même manière quand de nouvelles conditions sont nécessaires dans les usines, qui sont les gens capables de faire, de transformer cela ? Ce sont les ouvriers qui ont besoin de ces changements, ce sont donc eux qui doivent les faire, directement.

La tache qui se présente aux travailleurs aujourd’hui est la même que dans le passé: la classe des esclaves doit se sortir du diktat de la classe dominante, c’est à dire de ceux en position d’autorité.

Telle est la simple logique du pratiquant de l’action directe et il est très clair de comment cela mène nécessairement à une révolution anarchiste. Nous devenons toutefois faire attention en suivant ce principe, non pas que nous ayons peur que cela nous mène trop loin mais au contraire pas assez loin. L’expression a tant été utilisée en contradiction à la législation, que quiconque jette une brique dans une vitrine est généralement supposé être un partisan de l’action directe. Cette personne peut ou ne pas l’être.

Pour être logique et vrai au sens réel du terme, tout acte devrait bien entendu, être sur le chemin direct vers l’objectif désiré et dans notre cas, la révolution sociale. Il est parfois difficile d’être entièrement constant mais il est néanmoins d’une extrême importance qu’au moins une minorité de travailleurs comprenne ce qu’est la voie directe, ainsi chaque escarmouche peut être transformée en un pas supplémentaire vers le renversement définitif du capitalisme.

Au risque de me répéter, laissez-moi reformuler cette position plus clairement. Nous avons deux classes: la classe dominante, gouvernante et possédante d’un côté et ceux gouvernés sans rien ou peu s’en faut de l’autre ; en un mot: une classe de maîtres et une classe d’esclaves.

Quand la classe d’esclaves est mécontente et résiste, elle a plusieurs choses à considérer avant de décider ce qui donnera de meilleures conditions. On peut discuter de ceci:

  1. Comme les maîtres actuels ne nous donnent pas suffisamment de bonnes choses de la vie, on doit les sortir et choisir un nouveau panel depuis la classe des esclaves ou
  2. Comme la classe des esclaves est composée de producteurs et que la classe des maîtres en est de ce fait dépendante, la première est donc en position de force pour demander à ce que les maîtres leur donnent plus de ce qu’ils désirent ou
  3. Comme la classe des esclaves est la productrice de toutes les nécessités de la vie, il n’y a aucun besoin de demander quoi que ce soit aux maîtres. La classe des esclaves doit simplement couper les vivres à la classe des maîtres et commencer à satisfaire ses propres besoins pleinement.

Le premier argument est celui des politiciens et peut-être rejeté sans aucun autre commentaire, car il ne comprend en rien la réalité des choses. Ceci n’est pas une question de savoir qui sera le maître, mais de la relation maître/esclave et donc peu importe qui est qui.

Le second argument est celui du syndicaliste non parlementaire mais non révolutionnaire. Il est juste dans le fait qu’il reconnait où réside le véritable pouvoir, celui des travailleurs dans leur lutte contre le capitalisme, mais il a tort dans la mesure où il ne propose aucune changement de rapport entre les deux.

Si la classe des esclaves serait mieux logée, habillée, nourrie depuis les magasins des maîtres, cela veut dire que les esclaves seront de plus en plus la possession des maîtres. Ceci n’est en rien révolutionnaire car la proposition maintien le rapport maître/esclave et ne fait qu’à peine tenter d’améliorer les conditions de cette dernière. (NdT: on est là dans le réformisme, on arrondit certains angles mais on ne change surtout rien, on œuvre à rendre ls système plus “vertueux” ce qui est impossible par sa construction même, fondée sur la division et la domination/oppression/exploitation…)

Le troisième argument est bien entendu celui du révolutionnaire. Il est d’accord avec le second sur l’arme à utiliser mais il dit que la tache se présentant aux gens est celle de se loger, de se nourrir et de s’habiller par eux-mêmes et non pas de se préoccuper de rendre les maîtres de meilleurs capitalistes.

Couper les vivres aux capitalistes et conserver ce qui est produit pour l’usage des travailleurs sont les points essentiels de la lutte révolutionnaire. Dans toutes les disputes industrielles, il n’y en a vraiment que deux qui sont essentielles. D’un côté il y a les usines, les hangars, les chemins de fer, les mines etc… qu’on peut nommer “propriété industrielle” et de l’autre côté les travailleurs. Unifier les deux, c’est accomplir la révolution sociale, car ce sont ces deux éléments seuls qui construiront une nouvelle société.

La classe capitaliste des maîtres ne peut en général maintenir sa position qu’aussi longtemps qu’elle peut maintenir les travailleurs en dehors des hangars de stockages et des usines, car en leur sein réside la substance de la vie matérielle (NdT: nécessaire à la vie biologique, on parle ici de produits et services de bases et non pas de gadgets style smartphone et autres…) et que les travailleurs ne sont autorisés à utiliser ces moyens de production et de distribution que sous la stricte condition qu’ils comprennent qu’ils doivent tirer un bénéfice [pour le maître] et doivent se soumettre aux conditions dictées par le système capitaliste. Faire la grève et sortir est donc considéré comme une rébellion et n’est pas une révolution quelque soit la rigueur qui y est appliquée. Rester dans les usines et les lieux de travail et travailler en condition égalitaire, libre de tout diktat d’une classe de maîtres inutile et parasite, est le véritable objectif du révolutionnaire.

Ainsi, l’action directe, dans son sens strictement révolutionnaire, veut dire prendre possession des moyens de production et de distribution et des nécessités de la vie, par les travailleurs qui produisent et la réorganisation de l’industrie et de la production / distribution en accord avec les principes de liberté. (NdT: travail non aliéné)

La doctrine de l’action directe ne comporte pas une clause de sauvetage facile des travailleurs. Elle est en fait la reconnaissance du fait si terriblement simple que rien ne peut nous sauver si ce n’est notre propre intelligence et notre propre pouvoir. Nous, les travailleurs, sommes la force créative, car n’est-ce pas nous qui avons produit toute la nourriture, les vêtements et les habitations ? Et tout aussi sûrement, nous en avons besoin. Qu’est-ce que le politicien a à voir avec tout cela ? Rien, absolument rien !…

Pourquoi rendre à la classe des maîtres tout ce que nous produisons et continuer à nous disputer sur la quantité qui doit nous revenir ? Au lieu de cela, nous devons bloquer l’approvisionnement, réorganiser les industries, non pas depuis le haut mais depuis la base productrice et voir que dans le futur tout ce qui est produit aille aux producteurs et non pas à la classe dominante (NdT: qui sera de facto abolie puisque n’ayant plus aucune raison de demeurer). Voilà ce qu’est l’action directe, et ça… c’est l’Anarchie.

Mais hélas ! Il est plus facile de faire la révolution sur le papier au moyen d’une froide logique que de la faire dans la réalité. Nous devons aussi lutter contre le manque de compréhension de la part des travailleurs et l’habileté des politiciens à entretenir cette ignorance. Nous savons aussi que la classe dominante résistera tout changement profond avec le seul argument qui reste de son côté: la force brutale (NdT: de son bras armé: l’État et son monopole de la “violence légitime”…)

Alors qu’il est important de comprendre que l’action directe proprement utilisée est de fait la “conquête du pain” et la prise de possession des usines et des moyens de production et de distribution, nous devrons sans doute nous contenter pendant encore un petit moment d’utiliser l’action directe dans le cadre des deux premiers arguments donnés ci-dessus, pour demander de meilleures conditions à la classe capitaliste.

Ce n’est pas trop d’espérer que dans un futur proche, les anarchistes formeront une bonne part militante chez les travailleurs, ce qui finira par donner à toute lutte et rébellion industrielle son véritable sens révolutionnaire.  [NdT: ceci s’est réalisé en Espagne 36 même si trop d’erreurs furent commises contre la coalition des états capitalistes, URSS incluse…) Les travailleurs comme les capitalistes commencent à comprendre qu’il y a un meilleur plan pour nourrir les grévistes, ce serait de se saisir des boulangeries et ceci constitue sans doute le premier pas de la révolution sociale: la réappropriation des moyens de se nourrir et des premières nécessités.

En plus de ce véritable problème, simple mais important, les promesses des politiciens paraissent si vides et dérisoires. A quel point paraît absurde l’idée d’acquérir la liberté aux travers des urnes. Ces pathétiques hommes et femmes de gouvernement, qui parlent avec une si sublime imbécilité de nourriture, de logement, d’habillement, ne font qu’ajouter l’insulte à la douleur du peuple. La bâtisse dans laquelle ils se tiennent pour tenir leurs minables discours fut construite par les ouvriers du bâtiment et ce sont les travailleurs du peuple qui les logent et les nourrissent.

Au delà de nos doutes et de nos hésitations, qu’est-ce qui nous fait obstacle ? Inspirons-nous de la vaine position de nos ennemis. Ne sont-ils pas vains ? La matraque du policier n’est-elle pas façonnée par l’ouvrier et son ridicule uniforme cousu par des ouvrières sous-payées ? Le fusil du soldat (NdT: Le LBD du flic…) n’est certainement pas fait des mains de la classe dirigeante, dans tous les secteurs que nous puissions analyser, nos “maîtres” sont de fait totalement dépendants de nous.

Chaque instrument de notre oppression leur est fourni par nous et nous les maintenons en vie en les nourrissant tous les jours. Il devient alors certainement pleinement apparent que ce changement DOIT venir. Ceux d’en haut sont sans pouvoir pour le bien ou la malfaisance ; la révolution ne peut provenir que d’un soulèvement du bas, de la seule section vitale et active de la société humaine: ses travailleurs.

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Lectures complémentaires:

voltairine-de-cleyre-une-anarchiste-americaine (action directe en page 37)

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

L’essentiel-et-l’indispensable-de-Raoul_Vaneigem

Pierre_Kropotkine_L’anarchie-dans-l’evolution-socialiste-2eme-edition-1892

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Il y a 50 ans… Mai 68

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Du_Principe_Federatif_Proudhon

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

James_C_Scott_Lart_de_ne_pas_etre_gouverne

Manifeste pour la Société des Sociétés

champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Notre page « Illusion Démocratique »

 

Appel à la grève générale illimitée (et expropriatrice ?…) pour décembre 2019

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 3 octobre 2019 by Résistance 71

Nous dirons même plus: Appel à la grève générale, illimitée et EXPROPRIATRICE !

Le grève en elle-même est une chose, pourvu qu’elle se fasse ben entendu hors du contrôle des foies jaunes des centrales syndicales ; mais il est encore mieux d’exproprier le capital et de produire pour les véritables producteurs et les consommateurs, hors système marchand, court-circuitant ainsi les rouages de la division et de l’exploitation étatico-capitaliste.

“A chacun selon sa capacité, à chacun selon ses besoins”.

La grève aussi illimité qu’elle soit, n’est pas (malheureusement) suffisante, même si c’est un pas en avant par rapport à la grève encadrée par les foies jaunes syndicalistes du système !

Exproprions le capital et reprenons la barre du bateau ivre. Remettons le travail au service du peuple hors diktat marchand.

~ Résistance 71 ~

 

A lire: Action Directe contre Parlementarisme

 


A lire sur la grève et l’organisation des travailleurs
cf notre note en bas de la p.17

 

Tous et toutes en grève pour un décembre noir !

 

Paris Luttes Info

 

Octobre 2019

 

Source: 

https://paris-luttes.info/tous-en-greve-pour-un-decembre-12647?lang=fr

 

Appel à la grève générale et illimitée à partir du 5 décembre 2019

À l’appel de la base des agents RATP et dans la perspective de la construction du « Tous ensemble face à Macron ! » Il va falloir se préparer à entrer dans une grève illimitée.

Fini ! les grèves saute-moutons, les grèves perlées et les marches syndicales République-Nation sans perspective ni concrétisation !

Et qui ne servent à rien !

Sinon à nous manipuler, nous infantiliser et surtout nous épuiser et confisquer nos colères pour arranger le pouvoir avec la complicité des professionnels du syndicalisme.

Ces parodies de grève ne servent qu’à dépoussiérer les drapeaux syndicaux et décrasser les moteurs des camionnettes à mojitos, ou le camion de merguez à Martinez !

Fini ! de tirer la chasse d’eau sur nos revendications après avoir canalisé nos colères !

Ne nous laissons plus berner par le boys band syndical qui tente de négocier des points et des virgules.

La grève appartient aux grévistes, à ceux qui perdent de l’argent ! Et pas à ceux qui de derrière leur bureau élaborent des stratégies de grèves sciemment perdantes !

Nous ne sommes plus dupes…

Le vrai rapport de force est dans la grève massive et intersectorielle, mais pas n’importe laquelle, ni n’importe comment et la seule stratégie qui vaille c’est :

LA GRÈVE GÉNÉRALE, TOUS ENSEMBLE EN MÊME TEMPS ET JUSQU’À LA VICTOIRE !!!!!

Fédérons nos colères ! Convergeons nos luttes !

Tous ensemble unis : travailleur·euse·s, précaires, retraité·e·s, chômeur·euse·s, usager·ère·s, citoyen·ne·s, sans-papier, quartiers, ruraux, paysan·ne·s, indépendant·e·s, entrepreneur·e·s, fonctionnaires, consommateur·rice·s, cadres, artistes, public/privé… Gilets jaunes, Gilets noirs, Gilets verts, Violets…. Arc-en-ciel !

La BASE est réveillée et consciente de toutes les trahisons des politiques, de la bureaucratie syndicale…

Nous nous battrons pour l’avenir de nos marmots et même s’ils ne veulent pas, nous on sera là !!!

POUR LA GRÈVE GÉNÉRALE ILLIMITÉE à partir du 5 décembre !

= = =

Lectures complémentaires:

Michel_Bakounine_La_Commune_de_Paris_et_la_notion_detat

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Faire passer le proletariat pour fascisant_Francis_Cousin

Pierre_Kropotkine_L’anarchie-dans-l’evolution-socialiste-2eme-edition-1892

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Tract_Gilets_Jaunes

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

Gilets Jaunes: Témoignage sur une journée de lutte, Paris 21 septembre 2019

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 28 septembre 2019 by Résistance 71


Organisation: Réseau de Résistance et Rébellion International

 

Témoignage: Journée de lutte, Paris 21 septembre 2019

 

Maya

 

Septembre 2019

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Journee-de-lutte-Paris-21-septembre-2019 

 

Hier nous étions quatre de chez nous à Paris. Partis de bon matin pour éviter les contrôles au péage de Paris, lorsque nous sommes arrivés à ce péage, pas un condé ! on se dit que toutes les infos reçues sont des fausses infos ! ça commence bien ! on continue notre route pour nous garer dans la capitale et nous rendre à la Madeleine au rendez-vous fixé. La lune vue le matin de chez nous en pleine nuit est encore là présente en plein jour à Paris ! joli et rassurant clin d’œil de la nature imperturbable…

On avance, des gens se promènent, discutent, pas besoin de gilet pour nous reconnaître, en deux temps trois mouvements les sourires se font sur les visages et les rencontres achoppent, comme on dit. Chacun·e y va de son vécu et de sa pensée. Attendre le bon moment, s’approcher, faire la masse. On nous dit que la Madeleine est bloquée, déjà nassée. En effet on s’approche et on voit les camions blancs bien rangés et la marée chaussée prête à défendre ou plutôt prête à l’attaque. Les voltigeurs d’un seul coup surgissent dans la rue et font des allers et retours pétaradants ! c’est du grand n’importe quoi ! Cette bande de motards invisibles sous leurs costumes pensent peut-être nous impressionner, nous faire peur, ils ne font que du bruit ! Les petits groupes se dispersent et cherchent une voie pour éviter la nasse. Nous sommes contrôlés trois fois, en nous disant que ce qui est cherché ce sont plutôt des armes, nous n’avons que casse-croûte pour la journée pas de gilet pas de couleur jaune voyante. Je cache vite fait mon foulard ma craie et deux crayons avec lesquels j’ai bien envie de m’exprimer sur les murs ou cartons trouvés sur place. On décide d’aller aux Champs, plusieurs voies sont proposées. Mais les rues sont fermées là et là et encore là ! On rencontre des gens dans la même difficulté que nous, et chacun·e y va de son explication de là où il elle en est dans ses infos, et du coup c’est plein de contradictions et de confusion. Nos explications à nous qui avons vu que la Madeleine était nassée ne conviennent pas à ceux et celles qui en ont cru d’autres. C’est un premier problème qui se lève, qui croire ? quelle est la bonne info ? comment savoir qui a la bonne info ? On garde notre idée d’aller aux Champs en avançant dans diverses rues adjacentes, une station de métro, pour enfin atteindre les fameux. On se sépare en individuel et en couple, discutant de la pluie et du beau temps, on passe les barrages sans un contrôle, on entre sur les Champs sans aucun problème, même pas une fouille. On se dit quand même que quelque chose ne tourne pas rond, un peu comme si on était dirigés à nous y rendre. Des touristes, des lambda, des GJ, des autres s’y baladent. On se reconnaît sans se connaître, c’est si simple de se reconnaître, comme si de nous émergeaient la même douleur, la même détermination, le même espoir. Je ne sais pas à quoi m’attendre, cette ouverture des Champs est peut-être un piège, on avance vers l’Arc de triomphe. Nous sommes de plus en plus nombreux sur le trottoir. Les bleus sont nombreux aussi dans les rues adjacentes. Nous nous arrêtons car un mur de flics bloquent le trottoir, ils n’ont pas l’air violents mais bon on les connaît on sait comment ils changent d’attitude d’une seconde à l’autre dès que l’ordre est reçu. D’autres, planqués dans des bureaux, appuient sur le bouton et les machines s’exécutent, obéissantes à souhait ! On s’assied sur un banc en face d’un café. J’hallucine ! le café s’appelle « Le Café des Champs, café populaire » ! Et d’un seul coup sans aucune raison apparente, une charge de CRS descend l’avenue, bien serrée et au pas cadencé ! vu de ma place je vois ce troupeau bleu casqué et je ne peux que penser aux Romains et à nous les Gaulois, la fumeuse histoire contée encore de nos jours dans les livres d’histoire des écoles. On en est encore là ! une deuxième compagnie les suit de près, les mêmes ! Je me dis que ça va être chaud. Ça sent le gaz en bas, des affrontements ont lieu, les condés remontent s’éparpillent çà et là sur l’avenue, sur les trottoirs. On ne sait rien de rien, on voit juste un éparpillement des condés, comme déstabilisés et on ne sait pas par quoi exactement. Je pense provocation. Des GJ se mettent à chanter, ils sont suivis comme une vague qui clapote ici et là par endroits. Puis du haut de l’avenue descend un important groupe de GJ qui scandent les slogans avec ferveur. Slogans repris par d’autres sur les trottoirs. Mes camarades et moi restons en lien visuel, tout le monde est à cran ! les GJ sont éparpillés par les casqués, puis se retrouvent remontent les Champs et redescendent, les bleus font pareil ! à un moment ils remontent en frappant sur leur bouclier tels des guerriers qu’ils ne sont pas ! les cafetiers ferment boutiques rentrent chaises et tables et se planquent dans l’entrée de leur estaminets en préventif. Est-ce un signe la frappe sur les boucliers ? et ça gaze ça gaze ! Je me planque dans l’entrée d’un bar avec les barmans et avec des collègues de lutte. Je suis étonnée du peu de commentaires des cafetiers, comme si une habitude était prise de participer malgré soi aux affrontements. Ces cafetiers sont des ouvriers, des exploités, des gens qui travaillent pour leur paye comme la plupart de nous et il y a un patron ou une patronne, une seule personne qui est embêtée pour son gain du jour, sa recette… Je perds mes covoitureurs. Je retrouve la rue qu’ils me donnent en texto et là, alors que j’atteins, la rue gazage à fond au moment où je passe. On est tous interloqués, suffoquant, ça gueule de tous côtés, nos yeux pleurent, ça pique grave, ça pue, il y a du gaz blanc partout, on ne sait plus où aller, on court sachant qu’il faut marcher, j’utilise ma méthode je mets mon foulard en prenant une très grande respiration par la bouche je bloque et je marche vite en baissant un peu la tête, en cherchant une issue et en étant attentive aux autres en cas de problème. Ça gaze, j’expire en crachant, j’inspire à nouveau un peu moins fortement à travers mon foulard et garde encore ma respiration jusqu’à atteindre la porte ouverte d’un bar où plusieurs de nous nous engouffrons rapidement. Des cris je n’entends que des cris, une femme à l’intérieur du bar hurle de colère. J’essaie de la calmer en lui soutenant le bras, elle met beaucoup de temps à se remettre. On ne voit que des gaz à l’extérieur. Je me questionne, mais comment faire pour vaincre cela ? Qu’est-ce qu’on doit faire pour que toute cette violence s’arrête ? C’est quoi ce bordel ? Ce monde de merde, cette pourriture face à la beauté que devrait être l’existence ? Qu’est-ce que je n’ai pas compris ? C’est quoi ma place là-dedans ? Je m’assieds au fond du bar où un couple qui déjeunait tranquillement a les yeux rouges de gaz et larmoyants. D’autres personnes en sont aussi au déjeuner. Une femme GJ me demande avec des gestes d’appeler son amie avec son téléphone, elle explique qu’elle est malentendante. Les barmans nous servent des boissons et sont un peu débordés entre nous et les consommateurs habituels. Ils sont sympas, compatissants, les yeux rouges aussi. J’écoute les conversations sans y participer car il faut nous remettre, et chacun sa méthode, la mienne est le silence ou la rage exprimée violemment. Je choisis le silence. Un homme GJ explique fortement qu’il votera RN la prochaine fois, pour virer Macron, point final. Je ne peux me retenir, j’interviens en disant que les un·e·s ou les autres de droite comme de gauche, extrême ou non, centristes, sont les mêmes, des pions qui sont manipulés et qui manipulent pour que les gens votent pour le capital, car c’est le capital que tous défendent. Je prône le non-vote, pour une fois, qu’ensemble et nombreux nous ne votions pas ! Un silence se fait. Je retourne au fond du bar et j’entame calmement une conversation écrite avec la femme malentendante. Et le hasard fait qu’elle écrit sur San Cristóbal de Las Casas, le soin par les plantes, les Indiens, et je réponds le soin plantes, ma participation à la Petite École zapatiste. Cela me calme mais ne me réjouit pas sur notre avenir et ne me remonte pas du tout le moral. La charge est terminée, nous sortons du bar et là franchement pas de bol, je tombe net sur un condé décasqué à qui je demande pourquoi il n’a pas de casque, est-ce que tout est terminé ? Il me répond : C’est la pause-déjeuner, je vais boire une bière, j’en ai besoin ! Alors là je rage je lui dis deux trois mots dont j’ai peu de souvenirs et je m’en vais colère colère colère. Je marche pour retrouver mes camarades qui sont un peu plus loin assis sur un banc, ma rage n’est pas retombée. Nous sommes dans un film ou quoi ? Nous sommes des acteurs actrices de ce bordel ? C’est un jeu ? C’est la pause-déjeuner et on reprend les combats le ventre plein ? Les baqueux sont là, écoutent notre conversation à bord de leur voiture banalisée mais si visible. Y en a marre, on va boire un coup dans une brasserie où les gens mangent de la merde bien agencée comme si rien ne s’était passé, comme si tout ce qui s’est passé n’avait pas existé. Je suis perdue dans ces mondes, je ne sais plus où j’en suis.

Bon qu’est-ce qu’on fait on a du temps avant ce soir ? On décide de rejoindre les verts et la manif climat. Et là c’est encore une autre histoire… Notre avis à nous quatre sur cette manif est le même, cela fait du bien d’être en accord de temps en temps : trop mou, trop gentil, trop propre, pas assez revendicatif, baignant dans le capital vert… on arrive sur la place, le maréchal Ney sabre de sa main droite la foule de sa hauteur figée. Le troupeau de CRS est là à ses bottes ou à ses pieds, as you want. On s’assied sur le bout de trottoir. Les militants familles poussettes enfants baba-cools bobos vieux vieilles jeunes théâtreux et autres sont là, semblant calmes et souriant·e·s. Batucada. Je fais tout pour ne pas être entraînée par la danse, car la danse est pour moi moléculaire, le son me rentre dedans et mes cellules vibrent et dansent au rythme des sons reçus. L’expression est intérieure et extérieure. Mais je ne veux pas danser, car ma colère est grande et je refuse de me réjouir et oublier l’importance de la lutte. J’écris sur le sol la phrase qui me vient : on ne peut pas lutter contre le climat on peut s’organiser pour faire face aux difficultés… Ma craie se termine là. La manif avance, colorée, joyeuse, confiante. Nous on attend, on se dit que peut-être il y aura des gens comme nous à un moment. Les gens avancent, étirement… c’est long cela dure. On ne sait pas s’ils sont nombreux ou non, c’est un peu clairsemé. Puis à un moment, enfin, des slogans plus furieux. Ah ! des Nous ! On s’intègre, c’est notre couleur, la couleur des pas content·e·s ! Ah ! cela fait du bien on est quand même un bon paquet mais qu’est-ce qu’on est sage ! ah oui il y a une organisation il y a un parcours il y a il y a il y a et on doit obéir. Et on ne peut être que d’accord avec cela. On s’intègre dans un groupe qui a tout prévu qui ne veut pas de débordement qui veut juste tranquillement s’exprimer un samedi en se baladant. Et pourtant le sujet est grave ! Qu’est-ce qu’on va prendre dans la gueule avec ce climat déréglé ? Qu’est-ce qu’on prend déjà dans la gueule ? Qui est responsable ? Comment on peut faire pour changer les choses ? Est-ce possible ? Est-ce impossible ? Est-ce que le gouv’ a des solutions ? Est-ce qu’il n’en a pas ? Est-ce que le climat se dérègle vraiment ? Est-ce la fin du monde ? Est-ce la fin d’un monde ? Est-ce que l’humanité va crever ? Avons-nous quelque chance de survivre ? Qu’est-ce qu’on peut faire ? Qu’est-ce qu’on doit faire ? Comme les autres je hurle les slogans, cela me fait du bien de les entendre de les crier, de danser un peu légèrement à leur son, de voir la couleur noire les masques les visages cachés, les regards sûrs et mécontents, le pas assuré confiant. Je me retrouve un peu dans mon monde, cela m’apaise. Et voilà que ça recommence à gazer. Gazage avant poubelle cramée, ça c’est sûr. La couleur blanche des gaz avant la couleur noire de la fumée. Ils attaquent, on répond ! et avec ce qu’on trouve sur notre chemin. D’ailleurs les poubelles sont pleines à craquer prêtes pour le feu, comme posées là sur notre route pour que nous les brûlions. Des gens bien organisés les auraient rangées la veille d’une manif, sachant l’ambiance actuelle et nous connaissant. C’est de la provocation de les laisser si accessibles mais cela nous rend bien service. Nombreux nous sommes, c’est chaud ! Sur un carton j’écris une phrase pour finir mes deux crayons usés : ON NE PEUT PAS LUTTER CONTRE LE CLIMAT ON PEUT S’ORGANISER POUR FAIRE FACE À CE QUI VIENT. Je pense réellement cela. Ça gaze, ça gaze, on s’engouffre dans un café, le gaz entre dans le bar, les yeux rouges les barmans servent. Pas un reproche, pas un mécontentement exprimé, comme une normalité ! je n’en reviens pas ! on boit un coup, on regarde la blancheur enfumée de la rue et on cause, on cause… Puis l’air s’éclaircit, on ressort on marche jusqu’en haut de la rue, on s’assied encore sur un trottoir, beaucoup de peau et yeux rouges, on est là on est là et on ne peut rien faire qui déstabilise le système ! en tout cas ce n’est pas le jour ! ce sera peut-être la nuit, il est prévu une nuit des barricades. Mais nous on doit partir, alors on part.

On rencontre des gens connus en partant, sans se connaître en vrai et sans savoir pourquoi on se sert la pince. Je mets ma main à la bouche par hasard et cela me brûle les lèvres, je dis que j’ai du toucher quelque chose d’hyperpimenté au pied de l’arbre où nous sommes, Maxime répond que ça vient de lui, il vient de se faire gazer la face à bout portant et en effet son visage, qu’il a touché avec ses mains pour se protéger sûrement, est rouge et gonflé. La réflexion qui me vient porte sur le leader, et de plus charismatique, qui selon la définition est une personnalité qui jouit d’un grand prestige et d’un charme irrésistible. Et qui est manipulable à souhait, en tout cas qui peut l’être. Il faut être solide pour être leader et nous avons travaillé le sujet pendant la lutte contre les OGM. Le leader charismatique qui a adoré se faire manipuler et qui a manipulé de la même manière les gens des groupes, tout le monde le connaît et comme je n’ai pas pardonné son attitude je ne le nommerai pas. Nous avons à l’époque cherché à savoir ce qu’est un leader ou une leadeuse, parce que nous étions devant pour quelques-un·e·s sans nous en rendre compte vraiment mais constatant que nous emmenions les troupes avec joie et détermination. Mais nous refusions de parler devant les caméras et avec les journalistes à la botte du capital. Alors celui qui a pris la place on la lui a laissée et il en a profité jusqu’à son dernier mandat européen. Mes ami·e·s et moi avons fait un stage avec le Man de Lyon (Mouvement Alternative Non-Violence) pour connaître qui était leader dans notre groupe d’affinité et ce qu’est un leader. Nous sommes deux à avoir été reconnus porter cette qualité. Pour nous cela a été une confirmation de ce que nous ressentions intimement. Si je remets cela à la lutte d’aujourd’hui, je ne veux pas prendre la place de devant, car le leader qui est devant prend des coups, et beaucoup. Des coups des jaloux qui n’ont pas la qualité du poste et qui aspire à le prendre pourtant, des coups de ceux et celles qui veulent les manipuler et qui font tout pour cela, des coups des journalistes payés par le capital, des coups par les condés qui se lâchent facilement ou qui reçoivent l’ordre de toucher le leader, des coups de celles et ceux qui protègent le capital, des coups des coups des coups. Alors l’idée qui m’est venue est de prendre ma place dans le groupe et non devant. C’est beaucoup plus intéressant, cela permet de parler avec tout le monde et n’importe quelle personne et de tout sujet. Les conversations sont riches d’enseignement je peux vous l’assurer. Ce qui dans cette lutte a l’air de gêner est que la médiatisation est mensongère et que la lutte ne se coordonne pas en un grand groupe uni. J’y réfléchis je ne fais que cela ! Je me rapproche des sept principes zapatistes. Le premier est « Obéir et non commander » et c’est ce principe qui touche le leader. Le leader est un représentant du groupe, il obéit aux décisions du groupe, quand il parle aux médias il transmet les décisions du groupe, puis retourne dans le groupe comme un individu du groupe et non comme un chef de groupe. Le fait d’être plusieurs leaders est intéressant car ce n’est jamais le·la même qui est devant, ce qui déstabilise les médias qui ont beaucoup plus de difficultés à jouer la carte manipulation. Cela concerne aussi la rotation des tâches, à laquelle je suis très attachée. Chez les GJ il y a diverses opinions, le groupe n’est pas en total accord, on suit plus un mouvement qui avance qu’un groupe qui s’autodécide ou s’autodétermine. C’est très compliqué de poser une place de leader. Les autres principes sont : « Servir et non se servir. Représenter et non supplanter. Construire et non détruire. Proposer et non imposer. Convaincre et non vaincre. Descendre et non monter. » Et pour tout dire, une pensée m’est venue il y a peu concernant les mots « ordre, ordonner ». Ordonner ce n’est pas que donner des ordres, c’est aussi mettre de l’ordre et je pense que j’en suis là aujourd’hui dans ma réflexion. Mettre de l’ordre dans mes idées, dans mes possibilités, pour que ma participation à ce groupe soit ce que je suis réellement et non ce que je parais être. Si chacun chacune mettons de l’ordre dans notre vie, dans notre réflexion, dans nos possibilités, dans notre volonté d’avancer ensemble, non pas comme un troupeau mais avec notre propre détermination en accord avec le sens du groupe dans lequel nous sommes, en connaissance que ce groupe est constitué de chacun·e là où il·elle en est et qu’il se construit pas à pas, nous serons plus solides, plus créatifs, plus solidaires, plus crédibles et plus joyeux aussi.

On marche jusqu’à Bercy. Par exemple je me mets à la place d’une toute jeune qui s’intéresse à la politique, écoute les infos, essaie de comprendre. Les médias parlent de Bercy. Mais qu’est-ce que c’est Bercy ? un lieu de concerts ? un hôtel ? un quartier de Paris ? ah c’est aussi le lieu politique politicienne de la finance ! pourquoi les médias parlent ainsi d’un lieu politique avec juste le nom d’un quartier ? Est-on tous censés savoir que Bercy c’est le lieu des magouilles financières ? Bref on arrive à Bercy après avoir discuté pendant tout le chemin du travail, du concept travail, et de comment ne pas être en difficulté avec le fait de travailler pour le système du lundi au vendredi et de lutter les samedis contre ce même système. Pas facile d’être en accord intérieur extérieur avec ça ! Bercy est fermé, c’est samedi, Bercy est bien gardé par les p… du capital, p… à M… (nouveau slogan qui fuse bien !). Je pose mon carton au coin de la rue et cette fois on s’en va vraiment.

Métro : on est comme on est, on est tellement normaux, tellement naturels, que dans le métro on est comme ça, on se cause normalement, à voix haute, on s’exprime et du coup d’autres GJ dans la rame entrent dans la conversation, parler de ceci ou cela fait venir le sourire sur un visage fermé, et la joie revient un peu par le fait d’être dans cette foule qui semble si moutonnière et qui peut-être ne l’est pas…

Le retour se passe en discussions, les thèmes ne manquent pas ! Samedi prochain on recommence ailleurs, il va falloir s’organiser vraiment, se comprendre, se mettre en accord, se faire confiance, et vouloir un peu plus je pense…

22 septembre 2019,

il pleut…

Maya

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Lectures complémentaires:

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Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

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Leçon zapatiste d’autonomie politique dont les Gilets Jaunes devraient s’inspirer…

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Zapatistes + Gilets Jaunes = Convergence

 

L’autonomie zapatiste avance et nous interpelle

 

Jérôme Baschet

 

Septembre 2019

 

url de l’article original:

https://www.lavoiedujaguar.net/L-autonomie-zapatiste-avance-et-nous-interpelle

 

Au Chiapas, le mois d’août a apporté une nouvelle réjouissante qui devrait susciter l’intérêt de toutes celles et ceux qu’atterrent l’emballement productiviste et sa spirale destructrice. Dans un contexte pourtant difficile, marqué par la nécessité de défendre leurs territoires face aux mégaprojets très offensifs du nouveau gouvernement mexicain, les zapatistes ont annoncé d’importantes avancées dans la construction de leurs instances d’autogouvernement, ainsi qu’une nouvelle phase d’échanges et d’interactions avec d’autres luttes, au Mexique et ailleurs.

Quatre nouvelles communes autonomes viennent s’ajouter aux vingt-sept qui existaient depuis 1994 et sept nouveaux caracoles [1], avec leurs « conseils de bon gouvernement » respectifs, s’ajoutent aux cinq déjà créés en 2003. Tout en invitant à participer à la construction de ces nouveaux caracoles (selon des modalités qui seront précisés ultérieurement), le même communiqué, signé par le sous-commandant Moisés, porte-parole de l’EZLN, annonce une impressionnante salve de rencontres, nationales et internationales : un Forum pour la défense des territoires et de la Terre-Mère, avec le Congrès national indigène et le Conseil indien de gouvernement, en octobre prochain ; un festival de cinéma « Puy ta Cuxlejaltic », prolongeant une initiative inaugurée en novembre dernier ; plusieurs rencontres consacrées aux arts, dans la suite des « pARTage pour l’humanité » organisés depuis 2016, mais cette fois spécifiques à chaque domaine, en y incluant la littérature ; une nouvelle rencontre pour débattre des sciences (« ConCiencias »), sans oublier, cette fois, les sciences sociales ; d’autres séminaires pour disséquer la Tourmente qui vient, dans le prolongement des débats engagés en 2015 avec « La pensée critique face à l’hydre capitaliste » ; une rencontre internationale des femmes qui luttent, comme celle que les femmes zapatistes avaient organisées seules, et sans la présence des hommes, en mars 2018 dans le caracol de Morelia [2] ; et d’autres initiatives encore à préciser et à imaginer. Enfin, ce même communiqué appelle à reprendre les discussions en vue de former un Réseau planétaire de résistances et de rébellions, permettant échanges et appui mutuel dans le respect de l’hétérogénéité des manières de penser et de lutter. Si de multiples initiatives en la matière sont souhaitables, les zapatistes indiquent que, plutôt que d’organiser une grande rencontre internationale, comme ils l’ont déjà fait par le passé, ils susciteront, cette fois, de petites rencontres « bilatérales » avec des groupes, collectifs et organisations impliquées dans les luttes sœurs, de par le monde.

On pourra être surpris par ces annonces, surtout si l’on se rappelle que, le 31 décembre dernier, les zapatistes avaient opté pour un repli face aux menaces gouvernementales, non sans rappeler leur capacité à défendre leurs territoires en cas d’attaque. Peut-être le premier geste, défensif et militaire, était-il nécessaire pour tenir les menaces à distance et permettre ensuite de faire un pas de plus dans la construction, civile, de l’autonomie. Sans doute fallait-il éviter de s’enfermer dans le piège d’un retrait et d’un silence trop prolongés. En tout cas, on aurait tort de croire que le contexte a profondément changé et que la tension provoquée par les mégaprojets lancés par Andrés Manuel López Obrador est retombée. Au Mexique, les attaques contre les territoires indiens et les assassinats de ceux qui les défendent se poursuivent. Le fait que les nouvelles initiatives zapatistes soient présentées comme une campagne dénommée « Samir Flores est vivant » — du nom de l’un des responsables indiens de la communauté d’Amilcingo (État de Morelos), froidement assassiné en février dernier pour participer à la lutte contre un projet de centrale thermoélectrique — est le rappel explicite de cette situation [3].

Les annonces qui viennent d’être faites sont incontestablement un signe de vitalité de l’autonomie zapatiste, capable de se projeter dans de nouveaux espaces qu’il faudra être en mesure de soutenir et de faire vivre, grâce à l’effort de toutes et de tous, et en particulier des nouvelles générations nées depuis le soulèvement de 1994 (« nous avons grandi et nous sommes devenus plus forts », disent les zapatistes, qui insistent aussi sur le rôle majeur des femmes dans les étapes récentes de l’autonomie). Mais il ne faut pas négliger le fait que cette action aux allures « offensives » (quoique civile) répond aussi à un besoin défensif. Elle est un autre moyen de répondre — par la construction et le renforcement des espaces autonomes — aux menaces qu’impliquent les grands projets du gouvernement mexicain, notamment le très mal nommé « Train maya », le « couloir transocéanique » de l’isthme de Tehuantepec (avec notamment les gigantesques parcs éoliens qui affectent les communautés de la côte Pacifique, et dans lesquels EDF est impliquée) ou encore la généralisation de plantations d’arbres fruitiers qui tentent de pénétrer les régions zapatistes. À cela, il faut ajouter le déploiement de la Garde nationale, corps de maintien de l’ordre militarisé tout juste créé par López Obrador : au total, ce sont onze mille nouveaux effectifs qui doivent prendre position au Chiapas, notamment pour contribuer à l’application des politiques migratoires imposées par les États-Unis (mais on peut remarquer que huit de ses treize bases au Chiapas sont situées dans les régions marquées par la présence zapatiste).

Même si on manque pour le moment d’informations sur la manière dont vont s’organiser les nouveaux « centres de résistance autonome et de rébellion zapatiste » [4] naissants, on peut supposer qu’ils répondent à des situations en partie différentes. Dans les zones où l’autonomie zapatiste est implantée depuis longtemps, de nouveaux caracoles devraient permettre d’en reconfigurer et d’en améliorer l’organisation. L’affirmation n’exclut pas, dans certains cas, un geste de défi : l’un des nouveaux centres va s’implanter à San Quintin, à proximité de l’une des principales installations de l’armée fédérale dans la forêt Lacandone, tandis que le Cideci-Université de la Terre, désormais transformé en caracol, regarde directement vers le monde urbain de San Cristóbal de Las Casas. Dans d’autres cas, l’autonomie s’affirme là où, jusqu’à présent, elle n’était pas explicitement présente, par exemple avec deux nouvelles communes autonomes assez éloignées des principales zones d’influence zapatistes : à Motozintla, près de la frontière guatémaltèque, mise à rude épreuve par les diktats trumpistes, et à Chicomuselo, région secouée par la résistance face à l’exploitation minière. Ailleurs, comme à Amatenango del Valle, de nouveaux centres se forment là où les communautés zapatistes étaient déjà bien implantées, mais sans s’être jusqu’à présent constituées en communes autonomes. Enfin, certaines localisations suggèrent une volonté de favoriser une plus grande interaction entre zapatistes et non-zapatistes dans la construction de l’autonomie — par exemple avec le caracol de Tila, petite ville qui s’est déclarée autonome il y a trois ans, sous l’égide du Congrès national indien.

Mais qu’est-ce que l’autonomie pour les zapatistes ? Loin de toute intention de se séparer du Mexique ou de s’enfermer dans une pure identité indienne, il s’agit pour ces femmes et ces hommes, mayas pour la plupart, de défendre une manière de vivre qu’ils ressentent comme leur, qui s’ancre dans un territoire singulier, préserve les liens de solidarité et d’entraide communautaire, fait valoir le respect du vivant qu’impose l’appartenance des humains à la Terre-Mère. Conscients que les politiques étatiques sont les vecteurs de la normalisation économique néolibérale, des grands projets destructeurs et de l’imposition des logiques de marché (transformation de la propriété sociale de la terre en propriété privée, primat des filières agro-industrielles, essor du consumérisme à travers des politiques de crédit agressives, etc.), ils en ont conclu qu’il n’y avait pas d’autre moyen, pour préserver ce à quoi ils tiennent, que d’entrer en sécession vis-à-vis du monde de l’économie et des institutions étatiques qui le soutiennent. C’est pourquoi ils ont élaboré leurs propres formes d’autogouvernement, avec des assemblées et des instances élues au niveau tant des villages et des communes autonomes que des régions qui en permettent la coordination. C’est pourquoi aussi, malgré d’immenses difficultés matérielles et dans un contexte largement adverse, ils ont créé de toutes pièces leur propre système de justice, de santé et d’éducation.

L’autonomie telle que la conçoivent les zapatistes consiste à se gouverner par soi-même, de sorte que la vie quotidienne s’organise conformément aux choix des habitants concernés. Cela suppose de se tenir à distance des institutions étatiques, désormais subordonnées aux logiques économiques qui entraînent le monde vers sa destruction accélérée. L’autonomie zapatiste récuse donc les cadres de la politique classique, fondée sur le principe de la représentation et centrée sur les partis et la compétition électorale pour le contrôle de l’appareil d’État. Elle déploie une autre politique qui part d’en bas, s’ancre dans les lieux de vie concrets et prend pour base la capacité des personnes ordinaires à s’organiser et à décider par elles-mêmes. Refus de la politique d’en haut et quête d’une politique d’en bas : il semble bien y avoir là un terrain d’affinité avec les aspirations qui se sont fait jour durant le soulèvement des GILETS JAUNES. (NdR71: les majuscules sont rajoutées par nos soins). À l’entrée des territoires zapatistes, de modestes panneaux expliquent : « Ici, le peuple dirige et le gouvernement obéit ». N’est-ce pas là l’expression d’une puissance populaire retrouvée et effectivement manifestée, en flagrant contraste avec la dépossession politique de plus en plus largement éprouvée par les habitants des démocraties représentatives ?

Les raisons ne manquent pas de s’intéresser à l’autonomie zapatiste, patiemment construite au cours des vingt-cinq dernières années. C’est aussi pourquoi l’appel à débattre de la formation d’un réseau planétaire de résistances et de rébellions devrait retenir l’attention de celles et ceux qui ne se résignent pas à la destruction du monde et qui considèrent qu’il n’y a pas d’autre moyen, pour tenter de l’interrompre, que de faire croître nos forces pour affronter l’hydre capitaliste et bloquer les rouages du monde de l’économie.

Notes

[1] Le terme signifie « escargot », la spirale étant très importante dans l’imaginaire maya-zapatiste. Les caracoles sont les centres régionaux de coordination où siègent les conseils de bon gouvernement et où sont réalisées les activités politiques et culturelles associant plusieurs communes autonomes.

[2] Voir « Première rencontre internationale, politique, artistique, sportive et culturelle des femmes qui luttent » (8-10 mars 2018, caracol de Morelia, Chiapas).

[3] « Au Mexique, les zapatistes du Chiapas s’opposent aux grands projets nuisibles ».

[4] Cette dénomination nouvelle englobe à la fois les communes autonomes et les caracoles.

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Lectures complémentaires:

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Effondrer le colonialisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

 

Gilets Jaunes: Deux textes très utiles…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 14 septembre 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

14 septembre 2019

 

L’objectif profond du Mouvement des Gilets Jaunes est à terme, de changer de paradigme politico-social, d’en venir finalement à une société humainement viable et harmonieuse. Ceci ne pourra se produire que lorsque 10 à 15% de la population aura analysé, compris, intégré la réalité pour agir efficacement dans sa transformation vers la seule voie possible: celle de l’émancipation totale de l’aliénation générée par la division et l’antagonisme qui nous ont mené à la dictature étatico-marchande arrivée à son stade ultime.

Dans un souci de partage et de coopération, nous mettons à la disposition de toutes et tous, gratuitement, nos deux texte d’analyse critique de la situation de la société humaine afin de permettre le passage vers le changement radical (c’est à dire profond, depuis la racine) de notre réalité. Nous encourageons non seulement de lire individuellement ces textes, mais de les imprimer, de les mettre dans des classeurs en quelques exemplaires sur les ronds-points, dans les maisons du peuple, sur les lieux d’AG, partout où ils pourront être lus et surtout discutés, ensemble, collectivement.

Ces deux textes adressent le fondement même du mal qui ronge la société humaine, mais aussi, contrairement à bien d’autres textes, offrent une solution à mettre en place, sachant qu’il n’y a pas et ne saurait y avoir de solution au sein du système.

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Aurore de la Société des Sociétés

 


Reconstruction Solidaire de notre Réalité

 

 

Le merdia « Le Monde » caviarde un entretien avec Raul Vaneigem… Le texte intégral ci-dessous

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 5 septembre 2019 by Résistance 71

Intéressant de constater que la question caviardée est une question (réponse) qui demandait à Vaneigem comment il voyait une solution à un problème énoncé. Mais dès que la réponse est hors système, la censure tombe tant celui-ci et les merdias lui servant de larbins moulins à prière, paniquent à la simple idée que puisse être entrevue une solution hors des clous prévus par la pseudo-démocratie en place.
Pas vraiment étonnant, ce qui l’est plus c’est que ces guignols devaient savoir que l’intégrale sortirait et qu’une fois de plus ils passeraient pour les cons qu’ils sont… La connerie oligarchique est incommensurable.
~ Résistance 71 ~

 


Kisoncons mékisoncons !

 

Intégralité de l’entretien de Raoul Vaneigem au journal Le Monde dans son édition du 31 août 2019

 

La Voie du Jaguar

 

1er septembre 2019

 

url de l’article:

https://www.lavoiedujaguar.net/Integralite-de-l-entretien-accorde-par-Raoul-Vaneigem-au-journal-Le-Monde-paru

 

Le quotidien Le Monde a amputé d’une part significative l’entretien par écrit avec Raoul Vaneigem paru le 31 août 2019. Nous en publions la version intégrale.

Quelle est la nature de la mutation — de l’effondrement — en cours ? En quel sens la fin d’un monde n’est-elle pas la fin du monde, mais le début d’un nouveau ? Quelle est cette civilisation que vous voyez, timidement, poindre sur les décombres de l’ancienne ?

Bien qu’ayant échoué à mettre en œuvre le projet d’une autogestion de la vie quotidienne, le Mouvement des occupations, qui fut la tendance la plus radicale de Mai 1968, pouvait néanmoins se prévaloir d’un acquis d’une importance considérable. Il avait suscité une prise de conscience qui allait marquer un point de non-retour dans l’histoire de l’humanité. La dénonciation massive du welfare state — de l’état de bien-être consumériste, du bonheur vendu à tempérament — avait porté un coup mortel à des vertus et à des comportements imposés depuis des millénaires et passant pour d’inébranlables vérités : le pouvoir hiérarchique, le respect de l’autorité, le patriarcat, la peur et le mépris de la femme et de la nature, la vénération de l’armée, l’obédience religieuse et idéologique, la concurrence, la compétition, la prédation, le sacrifice, la nécessité du travail. L’idée s’est alors fait jour que la vraie vie ne pouvait se confondre avec cette survie qui ravale le sort de la femme et de l’homme à celui d’une bête de somme et d’une bête de proie. Cette radicalité, on a cru qu’elle avait disparu, balayée par les rivalités internes, les luttes de pouvoir, le sectarisme contestataire ; on l’a vue étouffée par le gouvernement et par le parti communiste, dont ce fut la dernière victoire. Elle fut surtout, il est vrai, dévorée par la formidable vague d’un consumérisme triomphant, celui-là même que la paupérisation croissante assèche aujourd’hui lentement mais sûrement. C’était oublier que l’incitation forcenée à consommer portait en elle la désacralisation des valeurs anciennes. La libération factice, prônée par l’hédonisme de supermarché, propageait une abondance et une diversité de choix qui n’avaient qu’un inconvénient, celui de se payer à la sortie. De là naquit un modèle de démocratie où les idéologies s’effaçaient au profit de candidats dont la campagne promotionnelle était menée selon les techniques publicitaires les plus éprouvées. Le clientélisme et l’attrait morbide du pouvoir achevèrent de ruiner une pensée dont le dernier gouvernement en date ne craint pas d’exhiber l’effarant délabrement. Cinq décennies ont fait oublier que sous la conscience prolétarienne, laminée par le consumérisme, se manifestait une conscience humaine dont un long assoupissement n’a pas empêché la soudaine résurgence. La civilisation marchande n’est plus que le cliquetis d’une machine qui broie le monde pour le déchiqueter en profits boursiers. Tout se grippe par le haut. Ce qui naît par le bas, ce qui prend sa substance dans le corps social, c’est un sens de l’humanité, une priorité de l’être. Or l’être n’a pas sa place dans la bulle de l’avoir, dans les rouages de la mondialisation affairiste. Que la vie de l’être humain et le développement de sa conscience affirment désormais leur priorité dans l’insurrection en cours est ce qui m’autorise à évoquer la naissance d’une civilisation où pour la première fois la faculté créatrice inhérente à notre espèce va se libérer de la tutelle oppressive des dieux et des maîtres.

Depuis 1967, vous ne cessez de décrire l’agonie de la civilisation marchande. Pourtant, celle-ci perdure et se développe chaque jour davantage à l’ère du capitalisme financier et numérique. N’êtes-vous pas prisonnier d’une vision progressiste (ou téléologique) de l’histoire que vous partagez avec le néolibéralisme (tout en le combattant) ?

Je n’ai que faire des étiquettes, des catégories et autres tiroirs de rangement du spectacle. L’inconvénient d’un système qui se grippe, c’est que son dysfonctionnement peut durer longtemps. Nombre d’économistes n’en finissent pas de pousser des cris d’orfraie dans l’attente d’un krach financier inéluctable. Catastrophisme ou non, l’implosion de la bulle monétaire est dans l’ordre des choses. L’heureux effet d’un capitalisme qui continue d’enfler à en crever, c’est que, à l’instar d’un gouvernement qui au nom de la France réprime, condamne, mutile, éborgne et appauvrit le peuple français, il incite ceux d’en bas à défendre avant toute chose leur existence quotidienne. Il stimule la solidarité locale, il encourage à répondre par la désobéissance civile et par l’auto-organisation à ceux qui rentabilisent la misère, il invite à reprendre en mains la res publica, la chose publique ruinée chaque jour davantage par l’escroquerie des puissances financières. Que les intellectuels débattent des concepts à la mode dans les tristes arènes de l’égotisme, c’est leur droit. On me permettra de m’intéresser davantage à la créativité qui va, dans les villages, les quartiers, les villes, les régions, réinventer l’enseignement bousillé par la fermeture des écoles et par l’éducation concentrationnaire ; restaurer les transports publics ; découvrir de nouvelles sources d’énergie gratuite ; propager la permaculture en renaturant les terres empoisonnées par l’industrie agro-alimentaire ; promouvoir le maraîchage et une nourriture saine ; fêter l’entraide et la joie solidaire. La démocratie est dans la rue, non dans les urnes.

Vous avez été l’un de ceux qui ont dénoncé ceux qui, dans les mouvements révolutionnaires et les groupuscules insurrectionnels, perpétuent le stalinisme ou bien encore la façon dont le trotskisme avait, par exemple, couvert la répression de Cronstadt. Parler de « totalitarisme démocratique » ou de « cupidité concentrationnaire » à propos de notre monde est-il une façon adéquate de décrire la réalité ou bien de la surenchère révolutionnaire ?

Dénoncer les oppresseurs et les manipulateurs ne me paraît plus nécessaire, tant le mensonge est devenu évident. Le premier venu dispose ce que l’on pourrait appeler « l’échelle de Trump » pour mesurer le niveau de déficience mentale des falsificateurs, sans recourir au jugement moral. Mais l’important n’est pas là. Il a fallu des années de décervelage pour que Goebbels puisse estimer que « plus un mensonge est gros, mieux il passe ». Qui a aujourd’hui sous les yeux l’état du secteur hospitalier et dans les oreilles les promesses d’améliorations ministérielles n’a aucune peine à comprendre que traiter le peuple en ramassis d’imbéciles ne fait que souligner le ravage psychopathologique des gens de pouvoir.

Je n’ai d’autre choix que miser sur la vie. Je veux croire qu’il existe, sous le rôle et la fonction de flic, de juge, de procureur, de journaliste, de politique, de manipulateur, de tribun, d’expert en subversion, un être humain qui supporte de plus en plus mal l’absence d’authenticité vécue à laquelle le condamne l’aliénation du mensonge lucratif.

Le souci de surenchère, de plus-value m’est étranger. Je ne suis ni chef ni gestionnaire d’un groupe, ni gourou ni maître à penser. Je sème mes idées sans me préoccuper du sol fertile ou stérile où elles tomberont. En l’occurrence, j’ai tout simplement lieu de me réjouir de l’apparition d’un mouvement qui n’est pas populiste — comme le souhaiteraient les fauteurs d’un chaos propice aux magouilles — mais qui est un mouvement populaire, décrétant dès le départ qu’il refuse les chefs et les représentants autoproclamés. Voilà qui me rassure et me conforte dans la conviction que mon bonheur personnel est inséparable du bonheur de tous et de toutes.

Pourquoi un face-à-face stérile entre « gauchisme paramilitaire » et « hordes policières » s’est-il instauré, notamment depuis les manifestations contre la loi travail ? Et comment en sortir ?

Les technocrates s’obstinent avec un tel cynisme à tourmenter le peuple comme une bête prise au piège de leur impuissance arrogante, qu’il faut s’étonner de la modération dont fait preuve la colère populaire. Le black bloc est l’expression d’une colère que la répression policière a pour mission d’attiser. C’est une colère aveugle dont les mécanismes du profit mondial ont aisément raison. Briser des symboles n’est pas briser le système. Pire qu’une sottise, c’est un assouvissement hâtif, peu satisfaisant, frustrant, c’est le dévoiement d’une énergie qui serait mieux venue dans l’indispensable construction de communes autogérées. Je ne suis solidaire d’aucun mouvement paramilitaire et je souhaite que le mouvement des gilets jaunes en particulier et de la subversion populaire en général ne se laisse pas entraîner par une colère aveugle où s’enliseraient la générosité du vivant et sa conscience humaine. Je mise sur l’expansion du droit au bonheur, je mise sur un « pacifisme insurrectionnel » qui ferait de la vie une arme absolue, une arme qui ne tue pas.

Le mouvement des gilets jaunes est-il (a-t-il été) un mouvement révolutionnaire ou réactionnaire ?

Le mouvement des gilets jaunes n’est que l’épiphénomène d’un bouleversement social qui consacre la ruine de la civilisation marchande. Il ne fait que commencer. Il est encore sous le regard hébété des intellectuels, de ces débris d’une culture sclérosée, qui tinrent si durablement le rôle de conducteur du peuple et n’en reviennent pas d’être virés du jour au lendemain. Eh bien le peuple a décidé de n’avoir d’autre guide que lui-même. Il va tâtonner, balbutier, errer, tomber, se relever mais il a en lui cette lumière du passé, cette aspiration à une vraie vie et à un monde meilleur que les mouvements d’émancipation, jadis réprimés, pilés, écrasés ont, dans leur élan brisé, confiées à notre présent pour les reprendre à la source et en parachever le cours.

Votre conception de l’insurrection est à la fois radicale (refus de dialoguer avec l’État, justification du sabotage, etc.) et mesurée (refus de la lutte armée, de la colère réduite à la casse, etc.). Quelles sont les limites de la colère insurrectionnelle ? Quelle est votre éthique de l’insurrection ? Et que pensez-vous des écrits publiés et des actions menées, depuis dix ans, dans le sillage de L’Insurrection qui vient ?

Je ne vois, après la flambée de Mai 1968, d’autres insurrections que l’apparition du mouvement zapatiste au Chiapas, l’émergence d’une société communaliste au Rojava et, oui, dans un contexte très différent, la naissance et la multiplication de ZAD, de zones à défendre où la résistance d’une région à l’implantation de nuisances a créé une solidarité du « vivre ensemble ». J’ignore ce que signifie une éthique de l’insurrection. Nous sommes seulement confrontés à des expériences pleines de joies et de fureurs, de développements et de régressions. Parmi les questionnements, deux me paraissent indispensables. Comment empêcher le déferlement des soudards étatiques dévastant des lieux de vie où la gratuité s’accorde mal avec le principe du profit ? Comment éviter qu’une société, qui prône l’autonomie individuelle et collective, laisse se reconstituer en son sein la vieille opposition entre des gens de pouvoir et une base trop peu confiante en ses potentialités créatrices ?

Pourquoi faut-il aller au-delà du virilisme et du féminisme (ni patriarcat ni matriarcat) ? Et qu’entendez-vous par l’instauration de la « prééminence acratique de la femme » ?

Le piège du dualisme, c’est qu’il empêche le dépassement. Je n’ai pas lutté contre le patriarcat pour que lui succède un matriarcat, qui est la même chose à l’envers. Il y a du masculin chez la femme et du féminin chez l’homme, voilà une gamme assez ample pour que la liberté du désir amoureux y module à loisir. Ce qui me passionne chez l’homme et chez la femme, c’est l’être humain. On ne me fera pas admettre que l’émancipation de la femme consiste à accéder à ce qui a rendu le mâle si souvent méprisable : le pouvoir, l’autorité, la cruauté guerrière et prédatrice. Une femme ministre, chef d’État, flic, affairiste ne vaut guère mieux que le mâle qui l’a tenue pour moins que rien.

En revanche, il serait temps de s’aviser qu’il existe une relation entre l’oppression de la femme et l’oppression de la nature. Elles apparaissent l’une et l’autre lors du passage des civilisations préagraires à la civilisation agromarchande des États-cités. Il m’a semblé que la société qui s’esquisse aujourd’hui devait, en raison d’une nouvelle alliance avec la nature, marquer la fin de l’antiphysis (de l’antinature) et, partant, reconnaître à la femme la prépondérance acratique, c’est-à-dire sans pouvoir, dont elle jouissait avant l’instauration du patriarcat. (J’ai emprunté le mot au courant libertaire espagnol des acrates.)

Pourquoi considérez-vous que l’intellectuel est « un poète qui se renie » et vaines les controverses intellectuelles (du post-structuralisme au féminisme, du survivalisme à l’animalisme) ?

La poésie, c’est la vie. L’intellectuel se glorifie d’une fonction aussi aliénante que la fonction manuelle — toutes deux issues du travail et de sa division. Aux prises avec le corps, dont il dompte les pulsions au lieu de les affiner, il est un esprit dont les idées, si intéressantes qu’elles puissent être, sont coupées du vivant et de cette intelligence sensible qui émane de nos pulsions vitales. Les idées « concoctées par la tête » nourrissent une intelligence abstraite qui ne se départit jamais du pouvoir qu’elle entend exercer sur le corps et sur le corps social.

Qu’est-ce qui vous permet de penser qu’une fois l’âge de l’autogestion de la vie advenu, les problèmes (rapport de domination de toutes sortes, maltraitance animale, misogynie identitarisme, etc.) seront résolus (« la commune révoque le communautarisme », etc.) ? En quoi l’émergence d’un nouveau style de vie mettrait à l’abri de l’égoïsme, du pouvoir et des préjugés ?

Rien n’est jamais acquis mais la conscience humaine est un puissant moteur de changement. Lors d’une conversation avec le « sous-commandant insurgé » Moisés, dans la base zapatiste de La Realidad, au Chiapas, celui-ci expliquait : « Les Mayas ont toujours été misogynes. La femme était un être inférieur. Pour changer cela, nous avons dû insister pour que les femmes acceptent d’exercer un mandat dans la “junte de bon gouvernement”, où sont débattues les décisions des assemblées. Aujourd’hui, leur présence est très importante, elles le savent et il ne viendrait plus à un homme l’idée de les traiter de haut. » On a toujours identifié le progrès au progrès technique qui, de Gilgamesh à nos jours, est gigantesque. En revanche, si l’on en juge par l’écart entre la population des premières cités-États et les peuples aujourd’hui soumis aux lois du profit, le progrès du sort réservé à l’humain est, tout aussi incontestablement, infime. Peut-être le temps est-il venu d’explorer les immenses potentialités de la vie et de privilégier enfin le progrès non de l’avoir mais de l’être.

En quoi le zapatisme est-il l’une des tentatives les plus réussies de l’autogestion de la vie quotidienne ? Et le zadisme est-il un zapatisme ?

Comme le disent les zapatistes : « Nous ne sommes pas un modèle, nous sommes une expérience. » Le mouvement zapatiste est né d’une collectivité paysanne maya. Il n’est pas exportable, mais il est permis de tirer des leçons de la nouvelle société dont il tente de jeter les bases. La démocratie directe postule l’offre de mandataires qui passionnés par un domaine particulier proposent de mettre leur savoir à la disposition de la collectivité. Ils sont délégués, pour un temps limité, à la « junte de bon gouvernement » où ils rendent compte aux assemblées du résultat de leurs démarches. La mise en commun des terres a eu raison des conflits, souvent sanglants, qui mettaient aux prises les propriétaires de parcelles. L’interdiction de la drogue dissuade l’intrusion des narcotrafiquants, dont les atrocités accablent une grande partie du Mexique. Les femmes ont obtenu l’interdiction de l’alcool, qui risquait de raviver les violences machistes dont elles furent longtemps victimes. L’Université de la terre de San Cristóbal dispense un enseignement gratuit des métiers les plus divers. Aucun diplôme n’est délivré. Les seules exigences sont le désir d’apprendre et l’envie de propager partout son savoir. Il y a là une simplicité capable d’éradiquer la complexité bureaucratique et la rhétorique abstraite qui nous arrachent à nous-mêmes à longueur d’existence. La conscience humaine est une expérience en cours.

La question suivante et sa réponse ont été supprimées, sans me consulter, dans le journal publié le 31 août 2019.

Est-il possible de sortir de la spirale des violences ?

Il faut poser la question au gouvernement et lui rappeler le propos de Blanqui : « Oui messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres, les riches l’ont voulu ainsi, ils sont en effet les agresseurs. Seulement, ils considèrent comme action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend s’il est attaqué. » Le projet de Blanqui, qui prône la lutte armée contre les exploiteurs, mérite d’être examiné à la lumière de l’évolution conjointe du capitalisme et du mouvement ouvrier, qui luttait pour l’anéantir.

La conscience prolétarienne aspirant à fonder une société sans classe a été une forme transitoire dont l’histoire a revêtu la conscience humaine à une époque où le secteur de la production n’avait pas encore cédé la place à la colonisation consumériste. C’est cette conscience humaine qui resurgit aujourd’hui dans l’insurrection dont les gilets jaunes ne sont qu’un signe avant-coureur. Nous assistons à l’émergence d’un pacifisme insurrectionnel qui, avec pour seule arme une irrépressible volonté de vivre, s’oppose à la violence destructrice du gouvernement. Car l’État ne peut et ne veut entendre les revendications d’un peuple à qui est arraché graduellement ce qui constituait son bien public, sa res publica.

De toute évidence, la dignité humaine et la détermination opiniâtre des insurgés sont précisément ce qui épargne aux escrocs de la République un déferlement de violence qui les frapperait physiquement jusque dans leurs ghettos d’argent sale. Comble d’absurdité, ceux-ci ne trouvent rien de mieux à faire que de prendre pour cible un mouvement qui leur évite un juste retour de manivelle de leurs violences. Ils excitent leurs chiens de garde médiatiques et policiers. Ils éborgnent, ils emprisonnent, ils assassinent impunément. Ils multiplient les provocations, en exhibant sous les yeux des plus démunis leurs signes extérieurs et dérisoires de richesse. Leur souci de récupérer, sinon d’encourager à bon escient les dévastateurs de poubelles et de vitrines, ne démontre-t-il pas qu’ils ont besoin non d’une vraie guerre civile mais de son spectacle, de sa mise en scène ? Comme chacun sait, le chaos est propice aux affaires.

Les dirigeants n’ont d’autre soutien que le profit, dont l’inhumanité les ronge. Ils n’ont d’intelligence que l’argent qui en tient lieu. Ils sont la barbarie dont les insurgés ne cesseront d’annuler la légitimité usurpée.

Privilégier l’être humain, s’organiser sans chef ni délégué autoproclamé, assurer la prééminence de l’individu conscient sur l’individualiste bêlant du troupeau populiste, tels sont pour l’insurrection en cours et pour les populations du globe les meilleurs garants de l’effondrement du système oppressif et de sa violence destructrice.

Le climat se réchauffe, la biodiversité s’érode, l’Amazonie brûle face à la complicité active ou aux pétitions de principe des gouvernements. La lutte contre la dévastation de la nature qui mobilise une large partie de la population (occidentale, mais aussi mondiale) et de sa jeunesse peut-elle être un des leviers de « l’insurrection pacifiste » que vous prônez ?

L’incendie de la forêt amazonienne fait partie du vaste programme de désertification que la rapacité capitaliste impose aux États du monde entier. Il est pour le moins dérisoire d’adresser des doléances à ces États qui n’hésitent pas à dévaster leurs propres territoires nationaux au nom de la priorité accordée au profit. Partout les gouvernements déforestent, étouffent les océans sous le plastique, empoisonnent délibérément la nourriture. Gaz de schiste, ponctions pétrolières et aurifères, enfouissement de déchets nucléaires ne sont qu’un détail en regard de la dégradation climatique qu’accélèrent chaque jour la production de nuisances par des entreprises qui sont près de chez nous, à portée de main du peuple qui en est victime.

Les gouvernants obéissent aux lois de Monsanto et accusent d’illégalité un maire qui interdit les pesticides sur le territoire de sa commune. On lui impute à crime de préserver la santé des habitants. Voilà où le combat se situe, à la base de la société, là où la volonté d’un mieux-vivre jaillit de la précarité des existences.

Dans ce combat, le pacifisme n’est pas de mise. Je veux lever ici toute ambiguïté. Le pacifisme risque de n’être qu’une pacification, un humanitarisme prônant le retour à la niche des résignés.

Par ailleurs, rien n’est moins pacifique qu’une insurrection, mais rien n’est plus odieux que ces guerres menées par le gauchisme paramilitaire et dont les chefs s’empressent d’imposer leur pouvoir au peuple qu’ils se vantaient d’affranchir.

Pacifisme sacrificiel et intervention armée sont les deux termes d’une contradiction à dépasser. La conscience humaine aura progressé de façon appréciable lorsque les tenants du pacifisme bêlant auront compris qu’ils donnent à l’État le droit de matraque et de mensonge chaque fois qu’ils se prêtent au rituel des élections et vont choisir, selon les libertés de la démocratie totalitaire, des représentants qui ne représentent qu’eux-mêmes, plébisciter des intérêts publics qui deviendront des intérêts privés.

Quant aux tenants d’une colère vengeresse, on peut espérer que, lassés des jeux de rôles mis en scène par les médias, ils apprennent et s’emploient à porter le fer à l’endroit où les coups atteignent vraiment le système : le profit, la rentabilité, le portefeuille. Propager la gratuité est l’aspiration la plus naturelle de la vie et de la conscience humaine dont elle nous a accordé le privilège. L’entraide et la solidarité festive dont fait montre l’insurrection de la vie quotidienne sont une arme dont aucune arme qui tue ne viendra à bout.

Ne jamais détruire un homme et ne jamais cesser de détruire ce qui le déshumanise. Anéantir ce qui prétend nous faire payer le droit imprescriptible au bonheur.

Utopie ? Tournez la question comme vous voulez. Nous n’avons d’autre alternative que d’oser l’impossible ou de ramper comme des larves sous le talon de fer qui nous écrase.

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Lectures complémentaires:

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018

Manifeste pour la Société des Sociétés

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

L’abbcedaire de Raoul Vaneigem

L’essentiel-et-l’indispensable-de-Raoul_Vaneigem

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie