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Résistance au colonialisme: Fondements et permanences de l’ignominie de la domination avec Nils Andersson

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 19 septembre 2019 by Résistance 71

Nous avons utilisé le texte ci-dessous en mai 2013 pour écrire notre article « Nous sommes tous des colonisés ! » qui est devenu un des articles les plus lus sur Résistance 71. Le voici dans sa version numérique.

~ Résistance 71 ~

 

 

Fondements et permanence du colonialisme

 

Introduction rencontres d’été

 

Nils Andersson

 

Novembre 2011

 

Pendant des millénaires, premières colonisations : Égypte et Mésopotamie, monde gréco-romain et monde musulman, Asie hindouisée et sinisée, empire mongol, l’Eurasie et l’Afrique du Nord, furent des terres de conquêtes et de barbarie. Le plus ancien traité connu « de fraternité et d’amitiés » conclu vers 1280 av. J.-C, entre le roi d’Egypte, et le roi des Hittites fait l’objet d’un accord sur les frontières mais il est implacable envers les populations. Les souverains s’accordent d’extrader les fugitifs des deux camps qui cherchent asile soit en Égypte soit en pays hittite, le territoire est plus important que le sort des populations. C’est là une première permanence du système colonial et impérialiste, la primauté du territoire sur les populations.

Navigateurs, explorateurs et marchands vont êtres les premiers colonisateurs. En 1493, un arbitrage du pape accorde toutes les terres « trouvées ou à trouver, reconnues ou a reconnaître » à l’Espagne et au Portugal. Il s’agit d’un colonialisme mercantile et de mercenaires, avec le « système de l’exclusif ». La puissance coloniale s’assure le monopole des importations et exportations, ainsi les conquistadors s’attribuent pour leurs rois et pour eux-mêmes les richesses de l’Afrique et de l’Amérique. Au XIXe siècle, avec l’expansion du capitalisme industriel, la liberté du commerce, va prévaloir et modifier le système colonial en rationalisant et intensifiant l’exploitation économique, sociale et humaine des peuples colonisés. L’accaparement des richesses naturelles est la deuxième permanence du système colonial.

Autre composante constitutive du colonialisme, le goupillon, trois bulles du pape confient aux rois d’Espagne et du Portugal la christianisation des territoires « découverts et à découvrir ». Imposer sa religion fut tout au long de la conquête coloniale une composante essentielle de la mission civilisatrice de l’homme blanc. Évangéliser est la troisième permanence du système colonial.

Pour compenser la chute de la démographie qui résulte en Amérique de l’extermination des Indiens, du travail forcé auquel ils sont soumis et des maladies contagieuses amenées par les Européens, il est organisé dès le XVIIe siècle le plus ignoble des commerces, la traite négrière. Pendant trois siècles l’esclavagisme participera du système colonial. Si la traite négrière a été abolie, la « force noire » du général Mangin lui succéda, avec l’enrôlement massif comme chair à canon pour les guerres impérialistes des tirailleurs sénégalais, malgaches, algériens, marocains, tunisiens et indochinois, puis les colonisés deviendront une main d’œuvre exploitable sans limite dans les métropoles. Quatrième permanence du système colonial, l’exploitation sociale et humaine des peuples colonisés.

Le goupillon accompagne le glaive. La violence dont se vante le capitaine de Montagnac lors de la conquête de l’Algérie : « Toutes les populations qui n’acceptent pas nos conditions doivent être rasées. Tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge ni de sexe… » est inhérente au colonialisme. Violence que justifie Alexis de Tocqueville – grande référence de la pensée libérale et démocratique – quand il écrit : « Du moment que nous avons admis cette grande violence de la conquête, je crois que nous ne devons pas reculer devant les violences de détail, qui sont absolument nécessaires pour la consolider. » Cinquième permanence du système colonial, le recours à la violence de la guerre et de la répression.

À la violence physique s’ajoute une entreprise de dépersonnalisation, symbolisée par le Code de l’indigénat en Algérie, l’apartheid en Afrique du Sud, la ségrégation aux États-Unis et ailleurs. règles fondées sur la supériorité de l’homme blanc. Le Code de l’indigénat, par exemple, était un régime d’exception avec la mise en place de deux collèges électoraux, un pour les Français, un pour les indigènes. L’interdiction faite aux Algériens d’être maire ou président d’une assemblée qui comprend des Français, leur exclusion de certaines écoles ou interdiction faite à un officier « indigène » de commander un officier français même d’un grade inférieur au sien. De plus les Algériens sont soumis à la loi de la « responsabilité collective », non seulement ils ne sont pas des citoyens égaux mais leur individualité est niée, ils sont une masse. Déniant leur identité aux peuples colonisés, les colonisateurs vont imposer leur langue, leur culture, leur idéologie, fondée sur la supériorité de l’homme blanc. Racisme et colonialisme ne font qu’un. L’aliénation du colonisé est la sixième permanence du système colonial.

Il n’y a pas eu un mais des colonialismes, des distinctions peuvent être opérées, mais dans l’échelle de l’abomination tous les colonialismes sont égaux. Et dans le nouvel ordre colonial, comme dans l’ancien on retrouve ces six permanences : primauté du territoire sur les populations, accaparement des richesses naturelles, imposition de la religion du colonisateur, exploitation sociale et humaine, recours à la violence de la guerre et de la répression, aliénation culturelle et idéologique du colonisé.

S’il est paru important de rappeler ces permanences du colonialisme, ce n’est pas pour énumérer les maux du colonialisme, mais pour inscrire notre débat dans les luttes émancipatrices présentes car, sans une approche globale du système colonial, il ne peut y avoir de sortie du colonialisme.

Sortir du colonialisme : désaliénation et luttes communes

L’indépendance nationale acquise au prix de grands sacrifices par la lutte armée ou accordée par le colonisateur est une étape essentielle de la décolonisation, mais elle n’est et ne pouvait être qu’une étape. Comment aurait-il été possible que le colonisé se libère de son aliénation du seul fait d’être indépendant. Rompre avec les chaines de siècles d’oppression politique, d’exploitation économique, de soumission idéologique demande un temps long. Il est donc normal que l’on se pose aujourd’hui, la question : comment sortir du colonialisme ?

Pour sortir du colonialisme au stade d’une « mondialisation » qui est inscrite dans le processus même des conquêtes coloniales, il y a deux démarches obligées : rompre avec l’aliénation coloniale et créer les conditions pour que les peuples colonisés, ex-colonisés et les peuples des métropoles mènent des luttes communes.

Rompre avec l’aliénation, Fanon dénonce combien les comportements humains des « damnés de la terre » sont gangrenés par le colonialisme et le racisme, la radicalité de Fanon répond à un besoin de survie identitaire. Il souligne l’importance du regard porté sur les résistances au colonialisme. Mais Enzo Traverso fait le constat : « Une large partie de l’historiographie dite post-coloniale, revisite le passé à travers le prisme de la victime, dans un horizon privé de toute utopie, où il n’y a plus de place pour la mémoire des luttes émancipatrices des esclaves et des colonisés… » Il faut rompre avec toute logique victimiste du colonisé, subissant l’oppression coloniale. Il faut au contraire redonner place à la longue mémoire des luttes de résistance et émancipatrices qui ont porté les peuples colonisés il y a un demi-siècle au centre de l’Histoire.

Quel chemin parcouru depuis 1885, summum de l’arrogance coloniale, où la Conférence de Berlin décide des règles de partage de l’Afrique où il est convenu que « toute puissance européenne installée sur la côte peut étendre sa domination vers l’intérieur jusqu’à rencontrer une ‘sphère d’influence’ voisine. » Plus simplement dit : là où l’homme blanc pose le pied, le sol et les gens lui appartiennent.

L’ordre colonial est à son apogée. Le monde se partage entre les Empires coloniaux anglais et français dominants, les empires espagnols, portugais et hollandais déclinants (lutte d’indépendance en Amérique latine), les nouveaux empires coloniaux allemand, italien et belge et les États-Unis et la Russie conquérants. Les possessions britanniques, première puissance coloniale, représentent alors un quart des terres du globe et un quart de la population mondiale. Seule puissance non occidentale à mener une politique impérialiste, le Japon.

La domination coloniale paraît alors sans fin. Mais les peuples colonisés s’organisent politiquement, certains engagent des luttes de libération nationale, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est affirmé dans le cadre des Nations Unies. C’est le temps des ruptures, des sacrifices aussi, de Bandoeng, de la révolution AAA (Afrique, Asie, Amérique latine), amenant un bouleversement historique majeur. On ne peut sortir du colonialisme sans faire vivre cette mémoire.

De très nombreuses contributions des ex-colonisés sur les effets de la colonisation et ceux, tout aussi ravageurs, du néo-colonialisme – favorisé par la complicité et la corruption d’une grande partie des élites locales – témoignent d’une désaliénation du colonisé. Émancipation nationale et sociale mais également culturelle, identitaire, au pays et de l’émigré. Mais cette question n’est pas prise dans toute sa dimension si nous ne posons pas cette autre question, la désaliénation concerne-t-elle le seul colonisé ?

Certes non. Il en est pour le colonisateur comme, pour le colonisé. Les peuples victimes du colonialisme doivent se construire, s’émanciper, se libérer de ce passé et du présent néo-colonial où suppôts des anciens colonisateurs maintiennent leurs peuples sous leur dépendance et celle des anciens maîtres. Mais l’homme occidental doit lui aussi assumer son histoire, se libérer de sa propre aliénation de colonisateur, il doit lui aussi faire, « peau neuve », sans quoi il ne cesse de reproduire son aliénation dominatrice et raciste. On reste dans l’attente que les « élus du ciel », les colonisateurs, comprennent la nécessité de mettre en question leur identité de colonialistes qui continue à pervertir leur raison et leurs comportements.

On ne peut créer les conditions de modifier les rapports de force dans le monde sans sortir du double piège de l’aliénation du colonisé et de celle du colonisateur, dans laquelle nous maintient l’actuel ordre mondial. Face à la gangrène raciste, xénophobe, qui se répand dans le discours politique, intellectuel et médiatique, il faut dénoncer, inventer, découvrir, rompre avec la pensée dominante, y compris dans ce qu’elle gangrène nos rangs.

Autre obligation, créer les conditions de mener des luttes communes. Je voudrais rapporter ici à ce propos un colloque tenu à Milan au Centre Franz Fanon en 1962, il y a donc 50 ans, dans un moment de grandes avancées des mouvements de libération nationale, colloque qui avait pour thème, la gauche occidentale et le tiers-monde. Il a été souligné lors de ce colloque que la responsabilité historique de la gauche européenne est « de ne pas avoir compris la véritable importance des révolutions du Tiers monde, d’avoir considéré ces révolutions comme un fait particulier, isolé, dans le processus révolutionnaire mondial. » Faute de cette compréhension « nous avons pu assister, alors même que le cours de la décolonisation changeait le monde à un renforcement indiscutable du pouvoir capitaliste, à un affaiblissement progressif des forces démocratiques en Europe… »

Il a été lors de ce colloque posé la question « Le passage pour les mouvements de libération de la lutte armée avec l’accession à l’indépendance à des luttes revendicatives, démocratiques, une fois l’indépendance acquise, fera-t-il apparaître avec plus de clarté que l’ennemi est commun et que la décolonisation n’est pas un épisode particulier, historiquement isolé », qu’il appartient au mouvement général d’émancipation et que sans une solidarité active avec les peuples sortis du colonialisme, « la gauche européenne n’aura aucune efficacité. »

Cinquante ans après le constat est là, entre la gauche européenne et les peuples ex-colonisés ou encore colonisés, pris dans la nasse de l’économie de marché, soumis à la logique du néo-libéralisme dominante, il ne s’est pas créé une réelle solidarité et la question de l’efficacité de la gauche européenne reste posée.

Le monde a changé, les rapports de forces interétatiques ne sont plus les mêmes, les rapports de forces politiques, sociaux et économiques ne sont plus les mêmes, les rapports de force Nord-Sud ne sont plus les mêmes, les épicentres des mouvement d’émancipation et libérateur ne sont plus les mêmes. Mais le nouvel ordre mondial a aggravé les rapports dominants/dominés, colonisateurs/colonisés. Le capitalisme est toujours au fondement de la domination et de l’exploitation coloniale et sociale, nous sommes soumis aux mêmes maîtres, des maîtres dont les décisions sont de plus en plus exterritorialisées, loin de toute intervention et de tout contrôle citoyen, des maîtres qui nous mettent en concurrence, nous soumettent aux mêmes lois. Ce qui rend d’autant plus impératif de mener des luttes communes.

Sans cette solidarité, sans se sortir du double piège de l’aliénation colonialiste, dont nous ne sommes pas encore libérés et de l’aliénation néolibérale à laquelle il manque encore la radicalité d’un Fanon pour être dévoilée, on ne peut se libérer, ni les uns ni les autres, des lois de l’économie de marché, de la domination de l’idéologie néo-libérale auxquelles nous sommes soumis, nous ne pouvons faire prévaloir de la démocratie. Pour citer Jacques Bidet : « Auparavant n’existait que l’internationale : chaque classe exploitée se confrontait à sa classe exploiteuse, chaque peuple colonisé à son colonisateur. Et il pouvait s’établir entre eux une solidarité internationale. Aujourd’hui la logique du capital dessine l’horizon commun d’une histoire partagée. La lutte d’émancipation acquiert une perspective mondiale ».

Sortir du colonialisme, qui n’est nullement un système archaïque mais est aujourd’hui un constituant du système globalisé c’est, partant de mouvements locaux et nationaux, là où nous sommes, avec nos différences, nos expériences, en conjuguant nos mouvements, se donner la capacité d’influer sur l’ordre mondial.

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Note de Résistance 71, septembre 2019:

Tout ce que dit Nils Andersson est fort justement analysé, mais ce qu’il dit à la fin “se donner la capacité d’influer sur l’ordre mondial…” veut en d’autres termes dire:

“se donner la capacité” = pouvoir

pouvoir quoi ? “influer sur l’ordre mondial”, c’est à dire sur l’agencement, la décision politiques.

Ce que nous dit en d’autres termes Nils Andersson est de REPRENDRE LE POUVOIR… Mais pas pour en faire une nouvelle resucée de l’ordre ancien étatico-capitaliste, une énième et futile “réforme” d’un système qui ne peut être réformé, n’a jamais pu l’être ; mais bien au contraire de transformer cette réalité mortifère de la division et de la coercition à tout va pour en faire une réalité de notre humanité absolue et universelle, celle de l’amour, de la solidarité, de la paix, de l’entraide et de la compassion, nous faire entrer de plein pied dans la Société des Sociétés qui lâche prise des antagonismes et embrasse la complémentarité de notre diversité. Tout ceci bien considéré, on se rend alors bien compte qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir. Il faut en sortir, le reléguer au musée des horreurs de l’histoire et avancer sur le seul véritable chemin de notre humanité vraie, celle de notre être profond réconcilié avec lui-même et la Nature.

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Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Peau_Noire_Masques_Blancs.Frantz_Fanon

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

6ème_déclaration_forêt.lacandon

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

 

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Leçon zapatiste d’autonomie politique dont les Gilets Jaunes devraient s’inspirer…

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Zapatistes + Gilets Jaunes = Convergence

 

L’autonomie zapatiste avance et nous interpelle

 

Jérôme Baschet

 

Septembre 2019

 

url de l’article original:

https://www.lavoiedujaguar.net/L-autonomie-zapatiste-avance-et-nous-interpelle

 

Au Chiapas, le mois d’août a apporté une nouvelle réjouissante qui devrait susciter l’intérêt de toutes celles et ceux qu’atterrent l’emballement productiviste et sa spirale destructrice. Dans un contexte pourtant difficile, marqué par la nécessité de défendre leurs territoires face aux mégaprojets très offensifs du nouveau gouvernement mexicain, les zapatistes ont annoncé d’importantes avancées dans la construction de leurs instances d’autogouvernement, ainsi qu’une nouvelle phase d’échanges et d’interactions avec d’autres luttes, au Mexique et ailleurs.

Quatre nouvelles communes autonomes viennent s’ajouter aux vingt-sept qui existaient depuis 1994 et sept nouveaux caracoles [1], avec leurs « conseils de bon gouvernement » respectifs, s’ajoutent aux cinq déjà créés en 2003. Tout en invitant à participer à la construction de ces nouveaux caracoles (selon des modalités qui seront précisés ultérieurement), le même communiqué, signé par le sous-commandant Moisés, porte-parole de l’EZLN, annonce une impressionnante salve de rencontres, nationales et internationales : un Forum pour la défense des territoires et de la Terre-Mère, avec le Congrès national indigène et le Conseil indien de gouvernement, en octobre prochain ; un festival de cinéma « Puy ta Cuxlejaltic », prolongeant une initiative inaugurée en novembre dernier ; plusieurs rencontres consacrées aux arts, dans la suite des « pARTage pour l’humanité » organisés depuis 2016, mais cette fois spécifiques à chaque domaine, en y incluant la littérature ; une nouvelle rencontre pour débattre des sciences (« ConCiencias »), sans oublier, cette fois, les sciences sociales ; d’autres séminaires pour disséquer la Tourmente qui vient, dans le prolongement des débats engagés en 2015 avec « La pensée critique face à l’hydre capitaliste » ; une rencontre internationale des femmes qui luttent, comme celle que les femmes zapatistes avaient organisées seules, et sans la présence des hommes, en mars 2018 dans le caracol de Morelia [2] ; et d’autres initiatives encore à préciser et à imaginer. Enfin, ce même communiqué appelle à reprendre les discussions en vue de former un Réseau planétaire de résistances et de rébellions, permettant échanges et appui mutuel dans le respect de l’hétérogénéité des manières de penser et de lutter. Si de multiples initiatives en la matière sont souhaitables, les zapatistes indiquent que, plutôt que d’organiser une grande rencontre internationale, comme ils l’ont déjà fait par le passé, ils susciteront, cette fois, de petites rencontres « bilatérales » avec des groupes, collectifs et organisations impliquées dans les luttes sœurs, de par le monde.

On pourra être surpris par ces annonces, surtout si l’on se rappelle que, le 31 décembre dernier, les zapatistes avaient opté pour un repli face aux menaces gouvernementales, non sans rappeler leur capacité à défendre leurs territoires en cas d’attaque. Peut-être le premier geste, défensif et militaire, était-il nécessaire pour tenir les menaces à distance et permettre ensuite de faire un pas de plus dans la construction, civile, de l’autonomie. Sans doute fallait-il éviter de s’enfermer dans le piège d’un retrait et d’un silence trop prolongés. En tout cas, on aurait tort de croire que le contexte a profondément changé et que la tension provoquée par les mégaprojets lancés par Andrés Manuel López Obrador est retombée. Au Mexique, les attaques contre les territoires indiens et les assassinats de ceux qui les défendent se poursuivent. Le fait que les nouvelles initiatives zapatistes soient présentées comme une campagne dénommée « Samir Flores est vivant » — du nom de l’un des responsables indiens de la communauté d’Amilcingo (État de Morelos), froidement assassiné en février dernier pour participer à la lutte contre un projet de centrale thermoélectrique — est le rappel explicite de cette situation [3].

Les annonces qui viennent d’être faites sont incontestablement un signe de vitalité de l’autonomie zapatiste, capable de se projeter dans de nouveaux espaces qu’il faudra être en mesure de soutenir et de faire vivre, grâce à l’effort de toutes et de tous, et en particulier des nouvelles générations nées depuis le soulèvement de 1994 (« nous avons grandi et nous sommes devenus plus forts », disent les zapatistes, qui insistent aussi sur le rôle majeur des femmes dans les étapes récentes de l’autonomie). Mais il ne faut pas négliger le fait que cette action aux allures « offensives » (quoique civile) répond aussi à un besoin défensif. Elle est un autre moyen de répondre — par la construction et le renforcement des espaces autonomes — aux menaces qu’impliquent les grands projets du gouvernement mexicain, notamment le très mal nommé « Train maya », le « couloir transocéanique » de l’isthme de Tehuantepec (avec notamment les gigantesques parcs éoliens qui affectent les communautés de la côte Pacifique, et dans lesquels EDF est impliquée) ou encore la généralisation de plantations d’arbres fruitiers qui tentent de pénétrer les régions zapatistes. À cela, il faut ajouter le déploiement de la Garde nationale, corps de maintien de l’ordre militarisé tout juste créé par López Obrador : au total, ce sont onze mille nouveaux effectifs qui doivent prendre position au Chiapas, notamment pour contribuer à l’application des politiques migratoires imposées par les États-Unis (mais on peut remarquer que huit de ses treize bases au Chiapas sont situées dans les régions marquées par la présence zapatiste).

Même si on manque pour le moment d’informations sur la manière dont vont s’organiser les nouveaux « centres de résistance autonome et de rébellion zapatiste » [4] naissants, on peut supposer qu’ils répondent à des situations en partie différentes. Dans les zones où l’autonomie zapatiste est implantée depuis longtemps, de nouveaux caracoles devraient permettre d’en reconfigurer et d’en améliorer l’organisation. L’affirmation n’exclut pas, dans certains cas, un geste de défi : l’un des nouveaux centres va s’implanter à San Quintin, à proximité de l’une des principales installations de l’armée fédérale dans la forêt Lacandone, tandis que le Cideci-Université de la Terre, désormais transformé en caracol, regarde directement vers le monde urbain de San Cristóbal de Las Casas. Dans d’autres cas, l’autonomie s’affirme là où, jusqu’à présent, elle n’était pas explicitement présente, par exemple avec deux nouvelles communes autonomes assez éloignées des principales zones d’influence zapatistes : à Motozintla, près de la frontière guatémaltèque, mise à rude épreuve par les diktats trumpistes, et à Chicomuselo, région secouée par la résistance face à l’exploitation minière. Ailleurs, comme à Amatenango del Valle, de nouveaux centres se forment là où les communautés zapatistes étaient déjà bien implantées, mais sans s’être jusqu’à présent constituées en communes autonomes. Enfin, certaines localisations suggèrent une volonté de favoriser une plus grande interaction entre zapatistes et non-zapatistes dans la construction de l’autonomie — par exemple avec le caracol de Tila, petite ville qui s’est déclarée autonome il y a trois ans, sous l’égide du Congrès national indien.

Mais qu’est-ce que l’autonomie pour les zapatistes ? Loin de toute intention de se séparer du Mexique ou de s’enfermer dans une pure identité indienne, il s’agit pour ces femmes et ces hommes, mayas pour la plupart, de défendre une manière de vivre qu’ils ressentent comme leur, qui s’ancre dans un territoire singulier, préserve les liens de solidarité et d’entraide communautaire, fait valoir le respect du vivant qu’impose l’appartenance des humains à la Terre-Mère. Conscients que les politiques étatiques sont les vecteurs de la normalisation économique néolibérale, des grands projets destructeurs et de l’imposition des logiques de marché (transformation de la propriété sociale de la terre en propriété privée, primat des filières agro-industrielles, essor du consumérisme à travers des politiques de crédit agressives, etc.), ils en ont conclu qu’il n’y avait pas d’autre moyen, pour préserver ce à quoi ils tiennent, que d’entrer en sécession vis-à-vis du monde de l’économie et des institutions étatiques qui le soutiennent. C’est pourquoi ils ont élaboré leurs propres formes d’autogouvernement, avec des assemblées et des instances élues au niveau tant des villages et des communes autonomes que des régions qui en permettent la coordination. C’est pourquoi aussi, malgré d’immenses difficultés matérielles et dans un contexte largement adverse, ils ont créé de toutes pièces leur propre système de justice, de santé et d’éducation.

L’autonomie telle que la conçoivent les zapatistes consiste à se gouverner par soi-même, de sorte que la vie quotidienne s’organise conformément aux choix des habitants concernés. Cela suppose de se tenir à distance des institutions étatiques, désormais subordonnées aux logiques économiques qui entraînent le monde vers sa destruction accélérée. L’autonomie zapatiste récuse donc les cadres de la politique classique, fondée sur le principe de la représentation et centrée sur les partis et la compétition électorale pour le contrôle de l’appareil d’État. Elle déploie une autre politique qui part d’en bas, s’ancre dans les lieux de vie concrets et prend pour base la capacité des personnes ordinaires à s’organiser et à décider par elles-mêmes. Refus de la politique d’en haut et quête d’une politique d’en bas : il semble bien y avoir là un terrain d’affinité avec les aspirations qui se sont fait jour durant le soulèvement des GILETS JAUNES. (NdR71: les majuscules sont rajoutées par nos soins). À l’entrée des territoires zapatistes, de modestes panneaux expliquent : « Ici, le peuple dirige et le gouvernement obéit ». N’est-ce pas là l’expression d’une puissance populaire retrouvée et effectivement manifestée, en flagrant contraste avec la dépossession politique de plus en plus largement éprouvée par les habitants des démocraties représentatives ?

Les raisons ne manquent pas de s’intéresser à l’autonomie zapatiste, patiemment construite au cours des vingt-cinq dernières années. C’est aussi pourquoi l’appel à débattre de la formation d’un réseau planétaire de résistances et de rébellions devrait retenir l’attention de celles et ceux qui ne se résignent pas à la destruction du monde et qui considèrent qu’il n’y a pas d’autre moyen, pour tenter de l’interrompre, que de faire croître nos forces pour affronter l’hydre capitaliste et bloquer les rouages du monde de l’économie.

Notes

[1] Le terme signifie « escargot », la spirale étant très importante dans l’imaginaire maya-zapatiste. Les caracoles sont les centres régionaux de coordination où siègent les conseils de bon gouvernement et où sont réalisées les activités politiques et culturelles associant plusieurs communes autonomes.

[2] Voir « Première rencontre internationale, politique, artistique, sportive et culturelle des femmes qui luttent » (8-10 mars 2018, caracol de Morelia, Chiapas).

[3] « Au Mexique, les zapatistes du Chiapas s’opposent aux grands projets nuisibles ».

[4] Cette dénomination nouvelle englobe à la fois les communes autonomes et les caracoles.

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Lectures complémentaires:

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Effondrer le colonialisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

 

Gilets Jaunes: Deux textes très utiles…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 14 septembre 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

14 septembre 2019

 

L’objectif profond du Mouvement des Gilets Jaunes est à terme, de changer de paradigme politico-social, d’en venir finalement à une société humainement viable et harmonieuse. Ceci ne pourra se produire que lorsque 10 à 15% de la population aura analysé, compris, intégré la réalité pour agir efficacement dans sa transformation vers la seule voie possible: celle de l’émancipation totale de l’aliénation générée par la division et l’antagonisme qui nous ont mené à la dictature étatico-marchande arrivée à son stade ultime.

Dans un souci de partage et de coopération, nous mettons à la disposition de toutes et tous, gratuitement, nos deux texte d’analyse critique de la situation de la société humaine afin de permettre le passage vers le changement radical (c’est à dire profond, depuis la racine) de notre réalité. Nous encourageons non seulement de lire individuellement ces textes, mais de les imprimer, de les mettre dans des classeurs en quelques exemplaires sur les ronds-points, dans les maisons du peuple, sur les lieux d’AG, partout où ils pourront être lus et surtout discutés, ensemble, collectivement.

Ces deux textes adressent le fondement même du mal qui ronge la société humaine, mais aussi, contrairement à bien d’autres textes, offrent une solution à mettre en place, sachant qu’il n’y a pas et ne saurait y avoir de solution au sein du système.

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Aurore de la Société des Sociétés

 


Reconstruction Solidaire de notre Réalité

 

 

Tyrannie technotronique… Qui est derrière le projet de génocide planétaire par la 5G ?… (Dean Henderson)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, Internet et liberté, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, science et nouvel ordre mondial, sciences et technologies, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 9 septembre 2019 by Résistance 71

« Un corps scientifique auquel on aurait confié le gouvernement de la société finirait bientôt par ne plus s’occuper du tout de la science mais d’une toute autre affaire et cette affaire, l’affaire de tous les pouvoirs établis, serait de s’éterniser et de rendre la société confiée à ses soins toujours plus stupide et par conséquent plus nécessiteuse de son gouvernement et de sa direction… »
~ Michel Bakounine ~

 

 

Qui est derrière la réduction programmée de l’humanité ?

 

Dean Henderson

 

7 septembre 2019

 

url de l’article original:

https://hendersonlefthook.wordpress.com/2019/09/07/whos-behind-the-5g-cull-of-humanity/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

MAJ 10 septembre 2019:

Scientist 5G appeal

en français: Alerte_scientifiques_medecins_5G

 

En 1999, l’informaticien de Hewlett Packard (HP), Richard P. Walker, reçut une patente pour ce qui allait être connu comme “l’internet de toute chose”, connu aujourd’hui sous le nom de 5G (NdT: pour communication électronique de 5ème génération). Walker et le reste de ses collègues de la Silicon Valley en Californie, reçurent de la technologie militaire via Lockheed Martin et IBM.

HP mit en place la même année Agilent Technologies comme véhicule par lequel la patente de Walker porterait ses fruits. Toutes les patentes subséquentes ayant rapport avec la 5G allaient par la suite être absorbées par Agilent, que ce soit dans le domaine de la surveillance, de la cybernétique, de l’ingénierie génétique, du puçage électronique humain (RFID) et des “wet works”.

la corporation qui pousse la patente de Walker à Agilent est SERCO, une entreprise britannique très puissante proche de Lockheed Martin, de General Electrics (GE) et de BAE. La première et la seconde de ces entreprises sont les deux plus gros contractants de la “défense” (lire armement) au monde. Tous les quatre font parties de Crown Agents USA Inc. La plus grosse part de SERCO était historiquement contrôlée au travers de British Nuclear Fuels (BNFL) et la reine Elisabeth II d’Angleterre.

En 2009, BNFL fut fermée après avoir créé sa maison succursale avec Westinghouse. Ils avaient acheté Westinghouse en 1999, 4 ans après que Westinghouse eut acheté la chaîne CBS. Les centrales nucléaires de BNFL furent privatisées en 1996 et furent reprises par British Energy. La même année, BNFL ferma ses portes et British Energy fut racheté par EDF (France).

En 2000, SERCO  et Lockheed Martin prirent le contrôle du site d’armement britannique Aldermaster. Elles contrôlaient également les deux-tiers de British Atomic Weapons Establishment (AWE). Le troisième tiers était détenu par BNFL Durant la dernière décennie, AWE a commencé à exporter de l’uranium enrichi américain volé depuis Eunice, NM au travers de sa succursale Urenco. Le PDG d’Urenco Stephen Billingham vient de British Energy. Ils furent aidés dans cet effort par le Highland Group auquel sont associés les Clinton et Robert Mueller (NdT: ex patron du FBI).

SERCO contrôle l’immigration et possède des laboratoires de recherches biologiques (sur les pathologies…) au Royaume-Uni et gère des centres de détention et des hôpitaux en Australie et en Nouvelle-Zélande. Mais le gros de ses revenus provient de contrats avec le gouvernement américain, contrats qui ne furent pas l’objet d’appels d’offre et reçus par le biais de membres de son bureau des Senior Executive Services (SES). Le SES consiste en des initiés de l’intérieur qui ne peuvent pas être virés après un an de service. Le président Obama a nommé 8000 d’entre eux.

Les membres du SES sont en fait des agents de la couronne britannique qui donnent des contrats avec le gouvernement américain, des innovations, des ressources et de l’information sensible à leurs patrons de la couronne (NdT lire la City de Londres)

SERCO reçoit entre 15 et 20 milliards de dollars par an en contrats gouvernementaux US. L’entreprise gère 63 tours de trafic aérien, gère le Obama Care, gère et opère les parcmètres et orodateurs des villes ainsi que les bus, les trains, des prêts offshore avec sa Overseas Private Investment Corporation (OPIC) et gère aussi les envois et correspondances de l’USAID (NdT: façade internationale de la CIA).

Mais 75% des contrats obtenus par SERCO sont avec le ministère de la défense. Avec des bureaux dans les centres de blanchiment d’argent sale de la couronne dans les îles de Guernesey, Jersey, les Île Caïmans, SERCO gère la “sécurité” pour toutes les branches, succursales de l’armée américaine et de nos services de renseignement.


…arme de destruction massive !

SERCO est profondément impliquée dans le programme spatial américain au travers d’Aerospace Corporation, qui prévoit de déployer quelques 24 000 nouveaux satellites au capacité 5G via Elon Musk’s SpaceX et Amazon’s OneWeb dans l’année qui vient. SERCO  a aussi des contrats avec La Millenium Foundation de Bill Gates, impliquant la stérilisation des Africains et des Indiens par la moyen de la vaccination.

Fondée en 1929, SERCO est sortie de RCA, une autre entreprise de la couronne qui s’est essentiellement métamorphosée en GE. RCA est plus connue pour son électronique de consommation mais ses affaires principales ont été dans les systèmes radars militaires et les équipements sonar. C’est cette même technologie qui est maintenant déployée en tant que 5G, dans mon livre, Big Oil & Their Bankers…, je démontre RCA comme étant primordiale dans l’assassinat du président Kennedy par les agents de la couronne.

Au début des années 60, RCA a développé le système britannique du Ballistic Missile Early Warning. Dans les années 80, ils reçurent le contrat de support de la nouvelle Agence Spatiale Européenne et commencèrent à entretenir les éclairages publics de la vile de Londres. En 1987, la vaste majorité de RCA est absorbée par GE, ce qui resta de l’entreprise devint SERCO. Dans les années 90 SERCO rendit ses “services” internationaux, en se focalisant sur les pays de l’alliance des 5 yeux: GB, Canada, USA, Australie et NZ. Le Canada, l’Australie et la NZ font partie du Commonwealth et sont donc sous contrôle direct de la couronne (City de Londres). SERCO commença aussi à opérer chez les pays marionnettes de la couronne, ces pays monarchiques de l’alliance de la coopération du Golfe au Moyen-Orient, là-bas. l’entreprise opère les systèmes de contrôle aérien. Elle a aussi gagné le contrôle de l’administration de l’aviation civile irakienne. Tout ceci rend beaucoup plus facile les trafics de drogue, d’armes, de pétrole et d’êtres humains de la couronne en provenance de cette région.

SERCO offre un “soutien technique” à l’accélérateur de particules du CERN en Suisse, gère les services de transport du North District Hospital de Hong Kong (un autre centre majeur du trafic de la drogue) et fournit un “soutien” aux bases militaires des pays des 5 yeux. SERCO gère aussi le laboratoire national de physique de GB et entraîne des soldats aux Etats-Unis et en Allemagne.

SERCO domine les contrats passés par le Department of Homeland Security (NdT: DHS, la Stasi américaine…) et est en charge de la région 9 de la FEMA qui inclut l’Alaska, Hawaii et la côte ouest américaine, qui a fait l’expérience il y a peu d’une série de catastrophes pas si naturelles que ça. SERCO a commencé à fournir un soutien informatique au parlement européen en 2014, a commencé à entraîner des pompiers américains en Afghanistan en 2016 et a commencé à opérer l’European Meteorological Satellites en 2017.

La spécialité de SERCO est de gérer des données cybernétiques très sensibles, incluant les archives criminelles, les archives des permis de conduire, les archives des vaccinations, les bases de données d’ADN et les archives militaires et de communication. Ceci les place dans la position de pouvoir totalement contrôler les gouvernements des pays des 5 yeux ainsi que leurs citoyens.

Mais l’infiltration du GCHQ (NdT: le QG du renseignement britannique) la plus importante par SERCO s’est produite en 2015 lorsque lui fut accordé le contrat de patente de classification aux Etats-Unis, qui la mit essentiellement en charge du bureau américain des patentes. Avec cette capacité, l’entreprise est capable de diriger et de gérer la patente Walker 5G dans la direction désirée par la couronne.

Cette direction, d’après leurs propres documents, est une réduction de 70% de la population britannique pour 2025 avec une réduction similaire pour le monde. SERCO est gérée par deux chevaliers hospitaliers britanniques. Sir Roy Gardner est la patron de SERCO qui s’occupe, d’après le site internet même de  l’entreprise, des “relations avec la City de Londres et les actionnaires majeurs” (la reine Elisabeth II). Le CEO Rupert Soames est le petit-fils de Winston Churchill. En 2010, il fut nommé Officier de l’ordre de l’empire britannique (qui bien sûr n’existe pas…). Tous deux proviennent de l’agent de la couronne GE, qui fabrique des compteurs intelligents et les lumières LED qui sont déployés avant la 5G. Monsanto (maintenant partie du descendant de la très nazie IG Farben, Bayer), est aussi très étroitement contrôlé par la couronne, ce qui explique pourquoi elle continue à empoisonner l’humanité avec le RoundUp.

Beaucoup de gens identifient maintenant les multiples menaces envers l’humanité, des chemtrails à la fluorisation de l’eau en passant par les vaccins, le glyphosate (RoundUp de Monsanto) et la 5G. Cet éveil s’est développé au point que l’establishment est maintenant en train de bannir ce type d’information de son internet DARPA (NdT: agence de recherche du Pentagone d’où émane initialement l’internet…). Quelques autres ont identifié ces attaques comme une tentative coordonnée de réduire la population mondiale de l’ordre de 90%.

Mais la prochaine chose à faire dans cette enquête criminelle ni plus ni moins, est la plus importante et se doit de devenir le point de focalisation. Nous devons identifier ceux qui perpétuent tout ça. Depuis des décennies l’oligarchie banquière dégénérée a exprimé son obsession de la surpopulation (NdT: ça a commencé au XVIIIème siècle avec le pasteur Malthus dont l’idéologie a infecté le darwinisme pour en faire un darwinisme social toxique). Le propre mari de la reine Elisabeth, le prince Philippe, a exprimé son désir d’être réincarné en un virus capable de détruire l’humanité.

Mais apparemment, la couronne n’attend pas après ça. Dans son programme accéléré pour éliminer des milliards d’êtres humains de cette planète, SERCO est la goupille qui implique la couronne en tant que perpétratrice de ce génocide impeccablement préparé. La technologie 5G est un outil clef dans leur plan génocidaire et doit être stoppée.

Quiconque protégeant ou permettant à ces criminels de mettre en place leur plan est un traître. Tous les gens au courant doivent transmettre ceci à leurs famille, amis, voisins et agences appropriées (NdT: pas d’accord avec Dean là-dessus, le système pédale sous contrôle et ne fera rien pour contrer la 5G et autres, mis à part quelques initiatives sporadiques qui seront écrasées… On ne peut pas se fier aux agences internes, trop de fonctionnaires ont peur de se retrouver à la rue… Le seul espoir c’est nous, les peuples). Il est grand temps de focaliser toute notre énergie sur l’ennemi et d’interner de toute urgence tous ces sociopathes lucifériens avant qu’il ne soit trop tard.

 


Les hordes génocidaires du NOM

 


Les harpies de la 5G

 


Stoppons la grille de contrôle planétaire !

Le merdia « Le Monde » caviarde un entretien avec Raul Vaneigem… Le texte intégral ci-dessous

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 5 septembre 2019 by Résistance 71

Intéressant de constater que la question caviardée est une question (réponse) qui demandait à Vaneigem comment il voyait une solution à un problème énoncé. Mais dès que la réponse est hors système, la censure tombe tant celui-ci et les merdias lui servant de larbins moulins à prière, paniquent à la simple idée que puisse être entrevue une solution hors des clous prévus par la pseudo-démocratie en place.
Pas vraiment étonnant, ce qui l’est plus c’est que ces guignols devaient savoir que l’intégrale sortirait et qu’une fois de plus ils passeraient pour les cons qu’ils sont… La connerie oligarchique est incommensurable.
~ Résistance 71 ~

 


Kisoncons mékisoncons !

 

Intégralité de l’entretien de Raoul Vaneigem au journal Le Monde dans son édition du 31 août 2019

 

La Voie du Jaguar

 

1er septembre 2019

 

url de l’article:

https://www.lavoiedujaguar.net/Integralite-de-l-entretien-accorde-par-Raoul-Vaneigem-au-journal-Le-Monde-paru

 

Le quotidien Le Monde a amputé d’une part significative l’entretien par écrit avec Raoul Vaneigem paru le 31 août 2019. Nous en publions la version intégrale.

Quelle est la nature de la mutation — de l’effondrement — en cours ? En quel sens la fin d’un monde n’est-elle pas la fin du monde, mais le début d’un nouveau ? Quelle est cette civilisation que vous voyez, timidement, poindre sur les décombres de l’ancienne ?

Bien qu’ayant échoué à mettre en œuvre le projet d’une autogestion de la vie quotidienne, le Mouvement des occupations, qui fut la tendance la plus radicale de Mai 1968, pouvait néanmoins se prévaloir d’un acquis d’une importance considérable. Il avait suscité une prise de conscience qui allait marquer un point de non-retour dans l’histoire de l’humanité. La dénonciation massive du welfare state — de l’état de bien-être consumériste, du bonheur vendu à tempérament — avait porté un coup mortel à des vertus et à des comportements imposés depuis des millénaires et passant pour d’inébranlables vérités : le pouvoir hiérarchique, le respect de l’autorité, le patriarcat, la peur et le mépris de la femme et de la nature, la vénération de l’armée, l’obédience religieuse et idéologique, la concurrence, la compétition, la prédation, le sacrifice, la nécessité du travail. L’idée s’est alors fait jour que la vraie vie ne pouvait se confondre avec cette survie qui ravale le sort de la femme et de l’homme à celui d’une bête de somme et d’une bête de proie. Cette radicalité, on a cru qu’elle avait disparu, balayée par les rivalités internes, les luttes de pouvoir, le sectarisme contestataire ; on l’a vue étouffée par le gouvernement et par le parti communiste, dont ce fut la dernière victoire. Elle fut surtout, il est vrai, dévorée par la formidable vague d’un consumérisme triomphant, celui-là même que la paupérisation croissante assèche aujourd’hui lentement mais sûrement. C’était oublier que l’incitation forcenée à consommer portait en elle la désacralisation des valeurs anciennes. La libération factice, prônée par l’hédonisme de supermarché, propageait une abondance et une diversité de choix qui n’avaient qu’un inconvénient, celui de se payer à la sortie. De là naquit un modèle de démocratie où les idéologies s’effaçaient au profit de candidats dont la campagne promotionnelle était menée selon les techniques publicitaires les plus éprouvées. Le clientélisme et l’attrait morbide du pouvoir achevèrent de ruiner une pensée dont le dernier gouvernement en date ne craint pas d’exhiber l’effarant délabrement. Cinq décennies ont fait oublier que sous la conscience prolétarienne, laminée par le consumérisme, se manifestait une conscience humaine dont un long assoupissement n’a pas empêché la soudaine résurgence. La civilisation marchande n’est plus que le cliquetis d’une machine qui broie le monde pour le déchiqueter en profits boursiers. Tout se grippe par le haut. Ce qui naît par le bas, ce qui prend sa substance dans le corps social, c’est un sens de l’humanité, une priorité de l’être. Or l’être n’a pas sa place dans la bulle de l’avoir, dans les rouages de la mondialisation affairiste. Que la vie de l’être humain et le développement de sa conscience affirment désormais leur priorité dans l’insurrection en cours est ce qui m’autorise à évoquer la naissance d’une civilisation où pour la première fois la faculté créatrice inhérente à notre espèce va se libérer de la tutelle oppressive des dieux et des maîtres.

Depuis 1967, vous ne cessez de décrire l’agonie de la civilisation marchande. Pourtant, celle-ci perdure et se développe chaque jour davantage à l’ère du capitalisme financier et numérique. N’êtes-vous pas prisonnier d’une vision progressiste (ou téléologique) de l’histoire que vous partagez avec le néolibéralisme (tout en le combattant) ?

Je n’ai que faire des étiquettes, des catégories et autres tiroirs de rangement du spectacle. L’inconvénient d’un système qui se grippe, c’est que son dysfonctionnement peut durer longtemps. Nombre d’économistes n’en finissent pas de pousser des cris d’orfraie dans l’attente d’un krach financier inéluctable. Catastrophisme ou non, l’implosion de la bulle monétaire est dans l’ordre des choses. L’heureux effet d’un capitalisme qui continue d’enfler à en crever, c’est que, à l’instar d’un gouvernement qui au nom de la France réprime, condamne, mutile, éborgne et appauvrit le peuple français, il incite ceux d’en bas à défendre avant toute chose leur existence quotidienne. Il stimule la solidarité locale, il encourage à répondre par la désobéissance civile et par l’auto-organisation à ceux qui rentabilisent la misère, il invite à reprendre en mains la res publica, la chose publique ruinée chaque jour davantage par l’escroquerie des puissances financières. Que les intellectuels débattent des concepts à la mode dans les tristes arènes de l’égotisme, c’est leur droit. On me permettra de m’intéresser davantage à la créativité qui va, dans les villages, les quartiers, les villes, les régions, réinventer l’enseignement bousillé par la fermeture des écoles et par l’éducation concentrationnaire ; restaurer les transports publics ; découvrir de nouvelles sources d’énergie gratuite ; propager la permaculture en renaturant les terres empoisonnées par l’industrie agro-alimentaire ; promouvoir le maraîchage et une nourriture saine ; fêter l’entraide et la joie solidaire. La démocratie est dans la rue, non dans les urnes.

Vous avez été l’un de ceux qui ont dénoncé ceux qui, dans les mouvements révolutionnaires et les groupuscules insurrectionnels, perpétuent le stalinisme ou bien encore la façon dont le trotskisme avait, par exemple, couvert la répression de Cronstadt. Parler de « totalitarisme démocratique » ou de « cupidité concentrationnaire » à propos de notre monde est-il une façon adéquate de décrire la réalité ou bien de la surenchère révolutionnaire ?

Dénoncer les oppresseurs et les manipulateurs ne me paraît plus nécessaire, tant le mensonge est devenu évident. Le premier venu dispose ce que l’on pourrait appeler « l’échelle de Trump » pour mesurer le niveau de déficience mentale des falsificateurs, sans recourir au jugement moral. Mais l’important n’est pas là. Il a fallu des années de décervelage pour que Goebbels puisse estimer que « plus un mensonge est gros, mieux il passe ». Qui a aujourd’hui sous les yeux l’état du secteur hospitalier et dans les oreilles les promesses d’améliorations ministérielles n’a aucune peine à comprendre que traiter le peuple en ramassis d’imbéciles ne fait que souligner le ravage psychopathologique des gens de pouvoir.

Je n’ai d’autre choix que miser sur la vie. Je veux croire qu’il existe, sous le rôle et la fonction de flic, de juge, de procureur, de journaliste, de politique, de manipulateur, de tribun, d’expert en subversion, un être humain qui supporte de plus en plus mal l’absence d’authenticité vécue à laquelle le condamne l’aliénation du mensonge lucratif.

Le souci de surenchère, de plus-value m’est étranger. Je ne suis ni chef ni gestionnaire d’un groupe, ni gourou ni maître à penser. Je sème mes idées sans me préoccuper du sol fertile ou stérile où elles tomberont. En l’occurrence, j’ai tout simplement lieu de me réjouir de l’apparition d’un mouvement qui n’est pas populiste — comme le souhaiteraient les fauteurs d’un chaos propice aux magouilles — mais qui est un mouvement populaire, décrétant dès le départ qu’il refuse les chefs et les représentants autoproclamés. Voilà qui me rassure et me conforte dans la conviction que mon bonheur personnel est inséparable du bonheur de tous et de toutes.

Pourquoi un face-à-face stérile entre « gauchisme paramilitaire » et « hordes policières » s’est-il instauré, notamment depuis les manifestations contre la loi travail ? Et comment en sortir ?

Les technocrates s’obstinent avec un tel cynisme à tourmenter le peuple comme une bête prise au piège de leur impuissance arrogante, qu’il faut s’étonner de la modération dont fait preuve la colère populaire. Le black bloc est l’expression d’une colère que la répression policière a pour mission d’attiser. C’est une colère aveugle dont les mécanismes du profit mondial ont aisément raison. Briser des symboles n’est pas briser le système. Pire qu’une sottise, c’est un assouvissement hâtif, peu satisfaisant, frustrant, c’est le dévoiement d’une énergie qui serait mieux venue dans l’indispensable construction de communes autogérées. Je ne suis solidaire d’aucun mouvement paramilitaire et je souhaite que le mouvement des gilets jaunes en particulier et de la subversion populaire en général ne se laisse pas entraîner par une colère aveugle où s’enliseraient la générosité du vivant et sa conscience humaine. Je mise sur l’expansion du droit au bonheur, je mise sur un « pacifisme insurrectionnel » qui ferait de la vie une arme absolue, une arme qui ne tue pas.

Le mouvement des gilets jaunes est-il (a-t-il été) un mouvement révolutionnaire ou réactionnaire ?

Le mouvement des gilets jaunes n’est que l’épiphénomène d’un bouleversement social qui consacre la ruine de la civilisation marchande. Il ne fait que commencer. Il est encore sous le regard hébété des intellectuels, de ces débris d’une culture sclérosée, qui tinrent si durablement le rôle de conducteur du peuple et n’en reviennent pas d’être virés du jour au lendemain. Eh bien le peuple a décidé de n’avoir d’autre guide que lui-même. Il va tâtonner, balbutier, errer, tomber, se relever mais il a en lui cette lumière du passé, cette aspiration à une vraie vie et à un monde meilleur que les mouvements d’émancipation, jadis réprimés, pilés, écrasés ont, dans leur élan brisé, confiées à notre présent pour les reprendre à la source et en parachever le cours.

Votre conception de l’insurrection est à la fois radicale (refus de dialoguer avec l’État, justification du sabotage, etc.) et mesurée (refus de la lutte armée, de la colère réduite à la casse, etc.). Quelles sont les limites de la colère insurrectionnelle ? Quelle est votre éthique de l’insurrection ? Et que pensez-vous des écrits publiés et des actions menées, depuis dix ans, dans le sillage de L’Insurrection qui vient ?

Je ne vois, après la flambée de Mai 1968, d’autres insurrections que l’apparition du mouvement zapatiste au Chiapas, l’émergence d’une société communaliste au Rojava et, oui, dans un contexte très différent, la naissance et la multiplication de ZAD, de zones à défendre où la résistance d’une région à l’implantation de nuisances a créé une solidarité du « vivre ensemble ». J’ignore ce que signifie une éthique de l’insurrection. Nous sommes seulement confrontés à des expériences pleines de joies et de fureurs, de développements et de régressions. Parmi les questionnements, deux me paraissent indispensables. Comment empêcher le déferlement des soudards étatiques dévastant des lieux de vie où la gratuité s’accorde mal avec le principe du profit ? Comment éviter qu’une société, qui prône l’autonomie individuelle et collective, laisse se reconstituer en son sein la vieille opposition entre des gens de pouvoir et une base trop peu confiante en ses potentialités créatrices ?

Pourquoi faut-il aller au-delà du virilisme et du féminisme (ni patriarcat ni matriarcat) ? Et qu’entendez-vous par l’instauration de la « prééminence acratique de la femme » ?

Le piège du dualisme, c’est qu’il empêche le dépassement. Je n’ai pas lutté contre le patriarcat pour que lui succède un matriarcat, qui est la même chose à l’envers. Il y a du masculin chez la femme et du féminin chez l’homme, voilà une gamme assez ample pour que la liberté du désir amoureux y module à loisir. Ce qui me passionne chez l’homme et chez la femme, c’est l’être humain. On ne me fera pas admettre que l’émancipation de la femme consiste à accéder à ce qui a rendu le mâle si souvent méprisable : le pouvoir, l’autorité, la cruauté guerrière et prédatrice. Une femme ministre, chef d’État, flic, affairiste ne vaut guère mieux que le mâle qui l’a tenue pour moins que rien.

En revanche, il serait temps de s’aviser qu’il existe une relation entre l’oppression de la femme et l’oppression de la nature. Elles apparaissent l’une et l’autre lors du passage des civilisations préagraires à la civilisation agromarchande des États-cités. Il m’a semblé que la société qui s’esquisse aujourd’hui devait, en raison d’une nouvelle alliance avec la nature, marquer la fin de l’antiphysis (de l’antinature) et, partant, reconnaître à la femme la prépondérance acratique, c’est-à-dire sans pouvoir, dont elle jouissait avant l’instauration du patriarcat. (J’ai emprunté le mot au courant libertaire espagnol des acrates.)

Pourquoi considérez-vous que l’intellectuel est « un poète qui se renie » et vaines les controverses intellectuelles (du post-structuralisme au féminisme, du survivalisme à l’animalisme) ?

La poésie, c’est la vie. L’intellectuel se glorifie d’une fonction aussi aliénante que la fonction manuelle — toutes deux issues du travail et de sa division. Aux prises avec le corps, dont il dompte les pulsions au lieu de les affiner, il est un esprit dont les idées, si intéressantes qu’elles puissent être, sont coupées du vivant et de cette intelligence sensible qui émane de nos pulsions vitales. Les idées « concoctées par la tête » nourrissent une intelligence abstraite qui ne se départit jamais du pouvoir qu’elle entend exercer sur le corps et sur le corps social.

Qu’est-ce qui vous permet de penser qu’une fois l’âge de l’autogestion de la vie advenu, les problèmes (rapport de domination de toutes sortes, maltraitance animale, misogynie identitarisme, etc.) seront résolus (« la commune révoque le communautarisme », etc.) ? En quoi l’émergence d’un nouveau style de vie mettrait à l’abri de l’égoïsme, du pouvoir et des préjugés ?

Rien n’est jamais acquis mais la conscience humaine est un puissant moteur de changement. Lors d’une conversation avec le « sous-commandant insurgé » Moisés, dans la base zapatiste de La Realidad, au Chiapas, celui-ci expliquait : « Les Mayas ont toujours été misogynes. La femme était un être inférieur. Pour changer cela, nous avons dû insister pour que les femmes acceptent d’exercer un mandat dans la “junte de bon gouvernement”, où sont débattues les décisions des assemblées. Aujourd’hui, leur présence est très importante, elles le savent et il ne viendrait plus à un homme l’idée de les traiter de haut. » On a toujours identifié le progrès au progrès technique qui, de Gilgamesh à nos jours, est gigantesque. En revanche, si l’on en juge par l’écart entre la population des premières cités-États et les peuples aujourd’hui soumis aux lois du profit, le progrès du sort réservé à l’humain est, tout aussi incontestablement, infime. Peut-être le temps est-il venu d’explorer les immenses potentialités de la vie et de privilégier enfin le progrès non de l’avoir mais de l’être.

En quoi le zapatisme est-il l’une des tentatives les plus réussies de l’autogestion de la vie quotidienne ? Et le zadisme est-il un zapatisme ?

Comme le disent les zapatistes : « Nous ne sommes pas un modèle, nous sommes une expérience. » Le mouvement zapatiste est né d’une collectivité paysanne maya. Il n’est pas exportable, mais il est permis de tirer des leçons de la nouvelle société dont il tente de jeter les bases. La démocratie directe postule l’offre de mandataires qui passionnés par un domaine particulier proposent de mettre leur savoir à la disposition de la collectivité. Ils sont délégués, pour un temps limité, à la « junte de bon gouvernement » où ils rendent compte aux assemblées du résultat de leurs démarches. La mise en commun des terres a eu raison des conflits, souvent sanglants, qui mettaient aux prises les propriétaires de parcelles. L’interdiction de la drogue dissuade l’intrusion des narcotrafiquants, dont les atrocités accablent une grande partie du Mexique. Les femmes ont obtenu l’interdiction de l’alcool, qui risquait de raviver les violences machistes dont elles furent longtemps victimes. L’Université de la terre de San Cristóbal dispense un enseignement gratuit des métiers les plus divers. Aucun diplôme n’est délivré. Les seules exigences sont le désir d’apprendre et l’envie de propager partout son savoir. Il y a là une simplicité capable d’éradiquer la complexité bureaucratique et la rhétorique abstraite qui nous arrachent à nous-mêmes à longueur d’existence. La conscience humaine est une expérience en cours.

La question suivante et sa réponse ont été supprimées, sans me consulter, dans le journal publié le 31 août 2019.

Est-il possible de sortir de la spirale des violences ?

Il faut poser la question au gouvernement et lui rappeler le propos de Blanqui : « Oui messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres, les riches l’ont voulu ainsi, ils sont en effet les agresseurs. Seulement, ils considèrent comme action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend s’il est attaqué. » Le projet de Blanqui, qui prône la lutte armée contre les exploiteurs, mérite d’être examiné à la lumière de l’évolution conjointe du capitalisme et du mouvement ouvrier, qui luttait pour l’anéantir.

La conscience prolétarienne aspirant à fonder une société sans classe a été une forme transitoire dont l’histoire a revêtu la conscience humaine à une époque où le secteur de la production n’avait pas encore cédé la place à la colonisation consumériste. C’est cette conscience humaine qui resurgit aujourd’hui dans l’insurrection dont les gilets jaunes ne sont qu’un signe avant-coureur. Nous assistons à l’émergence d’un pacifisme insurrectionnel qui, avec pour seule arme une irrépressible volonté de vivre, s’oppose à la violence destructrice du gouvernement. Car l’État ne peut et ne veut entendre les revendications d’un peuple à qui est arraché graduellement ce qui constituait son bien public, sa res publica.

De toute évidence, la dignité humaine et la détermination opiniâtre des insurgés sont précisément ce qui épargne aux escrocs de la République un déferlement de violence qui les frapperait physiquement jusque dans leurs ghettos d’argent sale. Comble d’absurdité, ceux-ci ne trouvent rien de mieux à faire que de prendre pour cible un mouvement qui leur évite un juste retour de manivelle de leurs violences. Ils excitent leurs chiens de garde médiatiques et policiers. Ils éborgnent, ils emprisonnent, ils assassinent impunément. Ils multiplient les provocations, en exhibant sous les yeux des plus démunis leurs signes extérieurs et dérisoires de richesse. Leur souci de récupérer, sinon d’encourager à bon escient les dévastateurs de poubelles et de vitrines, ne démontre-t-il pas qu’ils ont besoin non d’une vraie guerre civile mais de son spectacle, de sa mise en scène ? Comme chacun sait, le chaos est propice aux affaires.

Les dirigeants n’ont d’autre soutien que le profit, dont l’inhumanité les ronge. Ils n’ont d’intelligence que l’argent qui en tient lieu. Ils sont la barbarie dont les insurgés ne cesseront d’annuler la légitimité usurpée.

Privilégier l’être humain, s’organiser sans chef ni délégué autoproclamé, assurer la prééminence de l’individu conscient sur l’individualiste bêlant du troupeau populiste, tels sont pour l’insurrection en cours et pour les populations du globe les meilleurs garants de l’effondrement du système oppressif et de sa violence destructrice.

Le climat se réchauffe, la biodiversité s’érode, l’Amazonie brûle face à la complicité active ou aux pétitions de principe des gouvernements. La lutte contre la dévastation de la nature qui mobilise une large partie de la population (occidentale, mais aussi mondiale) et de sa jeunesse peut-elle être un des leviers de « l’insurrection pacifiste » que vous prônez ?

L’incendie de la forêt amazonienne fait partie du vaste programme de désertification que la rapacité capitaliste impose aux États du monde entier. Il est pour le moins dérisoire d’adresser des doléances à ces États qui n’hésitent pas à dévaster leurs propres territoires nationaux au nom de la priorité accordée au profit. Partout les gouvernements déforestent, étouffent les océans sous le plastique, empoisonnent délibérément la nourriture. Gaz de schiste, ponctions pétrolières et aurifères, enfouissement de déchets nucléaires ne sont qu’un détail en regard de la dégradation climatique qu’accélèrent chaque jour la production de nuisances par des entreprises qui sont près de chez nous, à portée de main du peuple qui en est victime.

Les gouvernants obéissent aux lois de Monsanto et accusent d’illégalité un maire qui interdit les pesticides sur le territoire de sa commune. On lui impute à crime de préserver la santé des habitants. Voilà où le combat se situe, à la base de la société, là où la volonté d’un mieux-vivre jaillit de la précarité des existences.

Dans ce combat, le pacifisme n’est pas de mise. Je veux lever ici toute ambiguïté. Le pacifisme risque de n’être qu’une pacification, un humanitarisme prônant le retour à la niche des résignés.

Par ailleurs, rien n’est moins pacifique qu’une insurrection, mais rien n’est plus odieux que ces guerres menées par le gauchisme paramilitaire et dont les chefs s’empressent d’imposer leur pouvoir au peuple qu’ils se vantaient d’affranchir.

Pacifisme sacrificiel et intervention armée sont les deux termes d’une contradiction à dépasser. La conscience humaine aura progressé de façon appréciable lorsque les tenants du pacifisme bêlant auront compris qu’ils donnent à l’État le droit de matraque et de mensonge chaque fois qu’ils se prêtent au rituel des élections et vont choisir, selon les libertés de la démocratie totalitaire, des représentants qui ne représentent qu’eux-mêmes, plébisciter des intérêts publics qui deviendront des intérêts privés.

Quant aux tenants d’une colère vengeresse, on peut espérer que, lassés des jeux de rôles mis en scène par les médias, ils apprennent et s’emploient à porter le fer à l’endroit où les coups atteignent vraiment le système : le profit, la rentabilité, le portefeuille. Propager la gratuité est l’aspiration la plus naturelle de la vie et de la conscience humaine dont elle nous a accordé le privilège. L’entraide et la solidarité festive dont fait montre l’insurrection de la vie quotidienne sont une arme dont aucune arme qui tue ne viendra à bout.

Ne jamais détruire un homme et ne jamais cesser de détruire ce qui le déshumanise. Anéantir ce qui prétend nous faire payer le droit imprescriptible au bonheur.

Utopie ? Tournez la question comme vous voulez. Nous n’avons d’autre alternative que d’oser l’impossible ou de ramper comme des larves sous le talon de fer qui nous écrase.

= = =

Lectures complémentaires:

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018

Manifeste pour la Société des Sociétés

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

L’abbcedaire de Raoul Vaneigem

L’essentiel-et-l’indispensable-de-Raoul_Vaneigem

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

 

Résistance au colonialisme et au génocide (Mohawk Nation News)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, canada USA états coloniaux, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 5 septembre 2019 by Résistance 71

“Les autochtones, les autochtones, sous prétexte qu’ils sont ici depuis toujours ils se croient chez eux..”
~ Dieudonné Mbala Mbala ~

“Les pères fondateurs de ce pays [USA]: une bande d’esclavagistes proclamant que tous sont libres et égaux en droit…”
~ George Carlin ~

Le fondement du colonialisme moderne prend racine à la fin du XVème siècle avec la « doctrine chrétienne de la découverte » édictée au gré des bulles pontificales Dum Versitas (1452), Romanus Pontifex (1455) et Inter Caetera (1493). Cette doctrine de domination et de mise en esclavage a été consolidée et intégrée au fil des siècles dans les « lois » du droit « positif » dominant, régnant sur les colonies, toujours actuelles, sur au moins deux continents et sur les cinq continents dans un passé plus ou moins lointain.
L’humanité ne s’émancipera totalement qu’avec les peuples occidentaux éveillés, se tenant debout la main dans la main avec leurs frères des peuples colonisés, par l‘avènement de la société des sociétés. Il est plus que grand temps de comprendre et de lâcher prise de cette doctrine de la division perpétuelle qui ne peut et ne sait engendrer que division, peur, haine, violence, domination et destruction. Nous sommes tous inter-reliés que nous en ayons conscience ou non.
~ Résistance 71 ~

 

 

Génocide de papier et nationalisme blanc

 

Mohawk Nation News

 

19 août 2019

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2019/08/19/paper-genocide-white-nationalism/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Une élection d’immigrants illégaux de l’entreprise coloniale du gouvernement du Canada est prévue pour le 19 octobre 2019. Le résultat possible de cette élection sera que cette entreprise coloniale va continuer. Le règne de la majorité des 51% est la manière dont on gère une entreprise, pas une nation. L’entreprise marchande possède et contrôle à la fois la “droite” et la “gauche” et tous les partis entre les deux et aux extrêmes. Le public croit toujours que son vote compte., les gens vont donc se précipiter aux urnes afin de continuer d’avoir l’illusion de la liberté dans cet état policier géré par la loi maritime de l’amirauté.

La création est la relation éternelle entre nous et notre terre-mère.. Le langage natif est la mesure et l’instruction de notre mère. Nos paroles émotionnelles peuvent réveiller les gens. Nous sommes le seul véritable peuple de l’Île de la Grande Tortue d’un pôle à un autre et d’océan à océan. La langue des blancs n’exprime essentiellement que la possession et le matérialisme de quelques-uns.

La tradition ancrée dans la psychée des 1% de nantis et leurs disciples

Le seul héritage de la culture canadienne et sa grande tradition est de tuer le peuple natif et de voler sa terre. Leur politique est de ne pas nous voir comme étant le véritable peuple de l’endroit. Nous sommes les victimes d’un “génocide de papier” (NdT: tout autant qu’un génocide et un ethnocide physiques…)

Esclavage

L’entreprise coloniale et ses esclavagistes font bosser les autres pour trois fois rien. Nous, ainsi que tout ce que nous avons est déclaré comme étant leur possession. Nos enfants sont enlevés, victimes de lavage de cerveau, achetés et vendus comme du bétail pour un profit appelé “investissement”. Les bénéfices sont partagés entre les actionnaires de l’entreprise coloniale du gouvernement du Canada et des entreprises qu’ils ont créées. La plupart d’entre nous furent affamés, assassinés, on s’est débarrassé de nous. Tout ceci fait partie du plan affairiste entrepreneurial en marche.

La création/nature a fait que tout ce qu’il y a dans la vie est impliquée à 100% dans la nature. Le premier accord passé avec la planète, lorsque nous sommes arrivés, est celui qui dit que nous devrons tous exister en tant que frères et sœurs avec toute vie existant sur notre terre-mère. Les étrangers envahisseurs ne peuvent plus continuer de bénéficier du vol de nos terres et de notre assassinat en règle.

Chaque esprit est important pour le Tout

Le tout premier jeu de tewaraton se joua avant que les humains ne furent placés sur l’Île de la Grande Tortue [nous dit la légende]. Il fut joué entre le peuple ailés et le peuple des quatre pattes. Les ailés gagnèrent parce que les quatre pattes ne permirent pas à l’écureuil de participer dans leur équipe. Il dit alors à l’aigle “je veux juste jouer”. L’aigle plaça alors une sorte d’extension souple de peau sous ses pattes et lui apprit à voler. L’écureuil volant força la balle hors du contrôle du daim et la donna au faucon qui marqua le but de la victoire pour le peuple ailé. La moralité de cette histoire est que chaque esprit est important pour l’ensemble. Ne préjugez jamais. Les humains furent alors acceptés. Le dernier recours avant une guerre est tewaraton.

Dans une impasse, une partie de tewaraton, aujourd’hui appelé le jeu de Lacrosse se joue pour résoudre le problème et remplacer un conflit. Le sport est supposé créer la paix dans le monde. En tant que peuple souverain tewatatati, on entre en compétition en tant que peuple et non pas en tant qu’individus contre des entreprises commerciales artificielles appelées “nations”. Le véritable sport ne devrait pas être joué entre le peuple naturel et des entreprises artificielles inanimées.

Le génocide est créé et perfectionné par l’armée qui usurpe le renseignement global. Les envahisseurs illégaux nous contrôlent par l’espionage. Toutes les données de nos ordinateurs, de nos cartes bancaires, possessions, relations familiales etc sont enregistrées, ainsi l’envahisseur peut piller nos terres et nos ressources.

Nos mémoires ancestrales sont la clef de tous les verrous dans l’univers. Trahir la confiance de quelqu’un pour une récompense, prendre de l’argent pour de la terre n’est ni naturel, ni légal.

Nous ne pouvons pas mentir à notre mère. Donc le 1% et leurs suiveurs nous ont déplacé de force pour nous rendre confus et nous déséquilibrer. Ça n’a pas marché. Nous sommes un peuple UN sur toute l’Île de la Grande Tortue. Nous partageons le grand plat [de la vie] avec une seule cuillère. Le mauvais système entrepreneurial blanc est fait pour nous tuer ainsi que nos enfants et nos descendants. Ce monstre hideux immigrant appelé “guerre, mal et veulerie” sera dissous.

Nous avons la volonté d’accomplir quoi que ce soit qui est décidé. Kaianerakowa, la Grande Loi de la Paix, nous fournit les outils pour ce faire.

Les envahisseurs ont toujours été veules et brutaux, faisant travailler les gens jusqu’à la mort et prenant tout. Le 1% et leurs suiveurs continuent de voler et de vendre notre terre et nos ressources les uns aux autres dans le monde entier. Les Sud-Américains refusent de travailler pour rien jusqu’à leur mort. La frontière est maintenus fermée de façon à ce qu’ils désespèrent.

Le 1% et leurs suiveurs déclarent péremptoirement que le travail d’un humain vaut bien plus que sa liberté. Notre cause est une survie politico-économique au sein d’un génocide organisé et contre ce hideux et brutal 1% et leurs suiveurs qui possèdent tout et tout le monde.

Ensemble nous comptons. Lorsque surgit en nous la force de la Nature, c’est instoppable. Nous avons une grande vision et de grands objectifs. Le 1% invite les gens du monde entier à venir sur l’Île de la Grande Tortue pour nous opprimer (NdT: comme la Chine par exemple qui a investi lourd dans l’extraction minière au Canada et à qui les colons sous-louent les terres non cédées natives…). Nous sommes vus comme un obstacle, une obstruction à leur grand plan de développement affairiste colonial.

Les étrangers ne vont pas nous opprimer. La création a planifié notre liberté. La reine (NdT: figure de la City de Londres, la véritable “couronne”…) ne doit plus recevoir notre argent, nos ressources, no richesses, nos impôts. Nous n’avons absolument aucun devoir de payer quelqu’impôt que ce soit à qui que ce soit.

Il y a deux sortes de natifs. Le 1% qui bossent pour les oppresseurs et les 99% de véritable peuple natif. Les indésirables utilisent la méthode du “diviser pour mieux régner” conçue par l’armée (NdT: de fait toutes les armées et administrations coloniales..). Ils détruisent, scindent nos familles, détruisent nos communautés, nous volent nos enfants, les martyrisent, leur lavent le cerveau, les assassinent.

Nos clans teotiokwanhoksten mèneront la véritable transition vers la liberté. Nous sommes un peuple UN en harmonie avec la création.

Teiohateh ou le wampum deux rangées est notre voie relationnelle avec la création. Ceux là qui viennent de l’autre côté de la mare d’eau salée ne sont pas les enfants de notre mère. Ils s’en vinrent ici par bateau sans rien. Sur l’eau et par l’eau, ils n’ont aucune histoire naturelle ou existence ici. Leur tourbillon fléchit et disparaît. Nous les avons nourris. Puis ces immigrants se sont retournés contre nous et nous ont tué. Le 1% et leurs suiveurs veulent toujours nous institutionnaliser ainsi que notre langue et notre culture, nous contrôler jusqu’à ce que nous ayons disparu. (NdT ceci est du reste la fonction de l’État: l’assimilation forcée par un mélange initial de génocide puis d’ethnocide, cf. Pierre Clastres et Robert Jaulin…) Utilisant nos ressources pour nous galvauder, ils créent la division, la guerre et essaient de nous détruire ainsi que notre pouvoir naturel. La création demeure. Nous ne disparaîtrons jamais !

La culture et les cérémonies ancestrales sont l’assertion de notre juridiction, tewatatawi.

Dehors le flic

Les traîtres suivent dieu et la couronne. Si nous refusons de nous défendre et ignorons le design de la création pour l’auto-préservation, alors nous cesserons d’exister. En tant que peuple naturel nous ne pouvons pas dévier de ce design originel de la création/nature. Les indésirables envahisseurs se détruisent eux-mêmes en essayant de nous prendre avec eux.

Ohstonwakowa, la danse de la grande plume, est une véritable victoire quand nous nous maintenons et protégeons les uns les autres et le monde naturel. Cette danse exprime la liberté en général et celle de nos frères et sœurs et de toutes nos relations du vivant.

Nous ne tournerons jamais le dos. Nous rechercherons toujours notre liberté, de l’ocean oriental à l’océan occidental, du pôle nord au pôle sud, nous mettrons un terme au règne de la misère, de la dévastation et de la mort.

Les étrangers ne se baigneront pas dans notre sang, ne nous volerons pas, ne nous terrifierons pas. Nous allons mettre un terme à la folie que ces indésirables envahisseurs ont apportée avec eux. Nous avons l’énergie, le talent, la force. Nous nous rappellerons comment utiliser notre mémoire.

Les espèces envahissantes

Les envahisseurs ont amené avec eux les maladies, la jalousie, la haine, la veulerie, la syphilis, les rats, les pigeons, les pissenlits et des insectes pour attaquer et malmener notre monde naturel, pour mettre en place la même société que celle qu’ils avaient laissée derrière eux. (NdT: pour faire court, des puritains anglais persécutés sont venus sur le “nouveau monde” pour persécuter à leur tour les populations locales, résultat si classique du colonialisme). Ils déféquaient et urinaient dans leur eau et la buvaient. Ils justifient de leur brutalité sans bornes en imposant une religion. Ils ne veulent reconnaître aucune responsabilité et prient “en dieu nous croyons” de façon à pouvoir faussement argumenter qu’ils ne sont pas responsables et qu’on ne peut pas les tenir pour responsables. Leur brutalité se fait par “la volonté de dieu” ainsi ne sont-ils jamais en faute, même après avoir dit “désolés” et ne versent pas une larme. Aucune puissance ne peut tenir leur dieu responsable parce qu’il n’existe pas.


Wampum deux rangée à l’université de Melbourne

Onwe, le peuple de toujours

Ils ne nous effaceront jamais de la création aionkiiatotarho, rien n’est plus grand que notre volonté d’être libre. Si quelqu’un des 1% et de leurs suiveurs restent ici, nous ne serons jamais vraiment libres.

Ces indésirables qui ne croient pas en Kaianerekowa et au wampum deux rangées ne sont que des squatters qui ne sont ici que parce que nous y avons consenti. Leur carte d’identité d’entreprise coloniale étrangère n’est pas valable ici.

L’oppression de nos enfants sera éradiquée en une génération. Nous ne justifierons pas notre façon de faire en utilisant les lois de l’amirauté de ces criminels. Il n’y a aucune vérité ni bienfaisance dans quoi que ce soit qu’ils fassent parce que c’est complètement artificiel.

De nos jours, le vol complet de notre terre ancestrale est tenté sous le couvert de ce soi-disant Framework Agreement de cette entreprise coloniale enregistrée avec le Vatican et numérotée: CANADA ISO #1366-2:CA 1867. Le premier ministre Pierre Trudeau a ouvert une nouvelle entreprise, corporation en 1982 appelée “gouvernement du Canada”. Un véritable ordre social naturel ne peut se faire que par le tewatatawi originel, kaianerokowa, la Grande Loi de la Paix. Des natifs proches des élites travaillent pour le 1% et ne nous représentent pas. Les véritables gardiens de la connaissance sont placés sur liste noire. Atonwa, danse de la plume, reconnaît la contribution de tout le monde à la grandeur de toute vie, pour mieux faire dans le futur. Notre voie promeut la paix et l’harmonie. Les envahisseurs nous ont montré en 250 ans qu’ils ne veulent pas la paix, que jamais ils ne la voudront ! Ils veulent une guerre perpétuelle après avoir coupé l’arbre de la paix à Onondaga, arbre planté par Dekanawida et les rotino’shonni’onwe originels.

Les chaînes sont en train de tomber. Nos enfants se souviendront que nous les avons libérés. Comme nos ancêtres, pouvons-nous donner plus ? Nous devons pousser à la persévérance. En 1701, les Français furent les premiers étrangers à accepter la Grande Paix. Les Anglais suivirent bientôt et vinrent également sous teiohateh, le wampum deux rangées. En 1710, nous avons amené cette paix en Europe. Kaianerekowa a secoué les monarchies européennes. En 1779, ils coupèrent le plus grand arbre de l’Île de la Grande Tortue, l’arbre de la paix, pour créer la république de la guerre. Le statut de limitations pour tous leurs crimes ne s’achèvent jamais. Nous tiendrons toujours ces criminels pour responsables.

La liberté est notre destinée

Nous confronterons tous ceux qui essaient de nous faire peur et de rendre nos vies invivables. Nous sommes un brave peuple très borné. Kaianerekowa est le décret de la création/nature. La liberté est naturelle. Les indiens assimilés qui ont aidé le 1% colonial ne peuvent pas rester sur l’Île de la Grande Tortue.

L’assemblée traître des nations Premières affilié à l’état colonisateur et les conseils de bandes nous tirent dans le dos devant notre peuple. Ils seront dissous et déclarés nuls et non avenus.

L’impôt est une extorsion et une extraction de nos ressources. Nos terres et nos ressources volées sont les garanties frauduleusement utilisées pour que ces voleurs puissent avoir des prêts dans le monde. Nous n’avons jamais signé quoi que ce soit. Le 1% et leurs suiveurs quitteront l’Ile de la Grande Tortue tout comme les serpents rouge, blanc et noir. Nos chaînes commencent à se désemmêler. Notre victoire est de ne perdre aucun d’entre nous, aucun de nos peuples.

Si le 1% et leurs suiveurs ne s’arrangent pas avec nous à notre satisfaction, nous continuerons d’être un cauchemar pour eux !

La religion de Handsome Lake est de prier et de souhaiter que leur maîtres prennent soin d’eux et de nous faire taire. Ils sont tous les bienvenus de quitter notre canoë et d’aller sur la navire des envahisseurs pour traverser la grande mare salée en sens inverse.

Le 1% et leurs suiveurs veulent réécrire notre histoire afin de nous effacer. Leur propre histoire est une fiction à deux balles.

Le cadre d’accord (Framework Agreement) et tout autre plan de démolition nous donnent plus de force. Le 1% et leurs suiveurs ne pourront jamais obtenir légalement notre terre de la création/nature, car elle ne peut pas être achetée ni vendue à d’autres.

Le génocide de papier ne va jamais nous faire périr. Notre survie est notre héritage et notre réussite. Kaianerekowa est dans nos esprits. La vérité est notre meilleure arme. Nous et la création décideront. Certainement pas des entités entrepreneuriales coloniales. Des lois privées comme ce récent cadre d’accord ne nous tueront pas.

Une rivière coule dans une direction. Une loi corporatrice coloniale ne peut pas changer cette direction sans créer un désastre.

Le 1% et leurs suiveurs vont là où il y a une guerre ou là où ils peuvent faire la guerre. Ils doivent quitter l’Île de la Grande Tortue. Pour nous, la bataille est une grande danse.

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Lectures complémentaires:

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Effondrer-les-empires-coloniaux-par-apostasie-collective-de-jo-busta-lally

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

si-vous-avez-oublie-le-nom-des-nuages-vous-avez-oublie-votre-chemin

Organiser la révolution sociale avec Fesse Bouc, Gogole, Touitteur et autres inepties technotroniques… Vraiment ?…

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De l’utilisation des “moyens de communication modernes” dans les milieux militants

 

Le Monde Libertaire

 

juin 2019

 

url de l’article:

https://www.monde-libertaire.fr/?article=De_lutilisation_des__moyens_modernes_de_communication__dans_les_milieux_militants

 

Il y a quelques mois de cela, je fus par hasard invitée à lire l’essai de Stéphane Hessel intitulé Indignez Vous ! (2010), texte qui promeut la résurgence de l’indignation, comme moteur d’un véritable « esprit de la Résistance ». Un point du texte, qui n’était certes pas central et semblait même plutôt anodin, retint cependant mon attention. Voilà ce qu’il y était dit : « Je constate avec plaisir qu’au cours des dernières décennies se sont multipliés, les organisations non gouvernementales, les mouvements sociaux (…) qui sont agissants et performants. Il est évident que pour être efficace aujourd’hui, il faut agir en réseau, profiter de tous les moyens modernes de communication. » J’aimerais partager l’interrogation qui me traversa à l’occasion de cette lecture. D’une part, les techniques modernes peuvent-elles être considérées comme de simples moyens ? Et d’autre part, permettent-elles vraiment d’incarner un esprit de résistance ?

Souvent, lorsque l’on pose la question des médias que l’on utilise pour lutter, on se voit souvent rétorquer que « la fin justifie les moyens ». C’est à dire que si l’intention que nous mettons dans notre action est défendable (sensibiliser, informer, mobiliser, échanger, organiser à propos des diverses causes qui nous sont chères), l’utilisation des nouvelles techniques de l’information et de la communication (réseaux sociaux, mails, téléphones, internet…) se verrait automatiquement justifiée – et cela même si l’on est plus ou moins conscient des questions que ces techniques soulèvent. Par rapport à cette question difficile, Sartre proposait dans Qu’est-ce que la littérature ? (1947) la thèse suivante : « La fin est l’unité synthétique des moyens employés. Il y a donc des moyens qui risquent de détruire la fin qu’ils se proposent de réaliser, en brisant par leur simple présence l’unité synthétique où ils veulent entrer. » Il prenait ensuite l’exemple d’un parti aux fins authentiquement révolutionnaires, mais qui mentirait pour arriver au pouvoir. Même si l’objectif de ce parti était la fin de l’oppression, pour Sartre, l’utilisation des techniques de propagande étant elle-même oppression, elle contribuerait à créer une « humanité mentie et menteuse », participerait à sa manière à l’avènement d’un monde qui était pourtant rejeté au départ. Anders disait qu’à ce titre, tout moyen est davantage qu’un moyen et qu’il est insuffisant de concevoir de manière uniquement instrumentale les techniques que nous utilisons : « Affirmer que ce système des instruments, le macro-instrument, ne serait qu’un « moyen », et qu’il serait donc à notre disposition pour réaliser des fins que nous aurions d’abord librement définies, est complètement absurde. Ce système des instruments est notre « monde ». Et un « monde » est tout autre chose qu’un moyen (1). » Il serait alors illusoire de diviser notre existence en « moyens » et « fins » clairement distincts, les uns restant de simples instruments ou médias, qui obéiraient à des finalités déterminées par l’homme et ne se contenteraient que de construire un monde à l’image de ses plus belles intentions.

McLuhan fut un des premiers théoriciens de la communication et des médias à vouloir attirer l’attention sur le média lui-même et non son contenu, le média étant selon lui n’importe quel prolongement de nous-mêmes susceptible de transmettre un message de façon plus ou moins implicite et abstraite. Cela comprend finalement tout ce que nous appelons Technique : le langage, les voitures, le téléphone, l’argent, le logement, la radio, etc. Sa théorie étonna beaucoup à l’époque : pour McLuhan, le message, c’est le médium, en tant qu’il « façonne le mode et détermine l’échelle de l’activité et des relations des hommes (2). » Ce message nous est martelé comme subliminalement à chaque fois que nous employons un média x, et c’est donc moins son contenu ou l’emploi que nous en faisons qui importe que « le changement d’échelle, de rythme ou de modèles qu’il provoque dans les affaires humaines ». « Le chemin de fer n’a pas apporté le mouvement, le transport, la roue, ni la route aux hommes, mais il a accéléré et amplifié l’échelle des fonctions humaines existantes, créé de nouvelles formes de villes et de nouveaux modes de travail et de loisirs. Et cela s’est produit partout où le chemin de fer a existé, que ce soit dans un milieu tropical ou polaire, indifféremment des marchandises qu’il transportait, c’est-à-dire indifféremment du contenu du médium « chemin de fer » (3). » Ainsi, il nous invite à regarder au-delà de l’évidence pour comprendre l’importance des changements qui se jouent à travers la généralisation d’un média. Celui-ci, bien plus que le simple instrument au service d’un message militant auquel on tente de le réduire (qu’il s’agisse de communication sur des événements, d’organisation en interne…), infère par lui-même un projet de société, et participe à un certain type de monde. On parle souvent de militer contre le nucléaire et son monde, contre Notre-Dame-des-Landes et son monde. C’est pourquoi, en proposant une réflexion sur l’utilisation d’Internet dans des organisations militantes, je propose de critiquer plus largement Internet et son monde, car vivre aujourd’hui, « ce n’est pas vivre comme en 1950, l’ordinateur en plus, mais vivre dans le monde de l’ordinateur (4). »

Ainsi, la plupart des organisations et mouvements militants ont suivi la tendance des vingt dernières années qui a consisté à créer des pages Web, faire de la communication sur les réseaux sociaux, s’organiser par l’intermédiaire des « nouvelles technologies de l’information et de la communication », échanger sur diverses plateformes, et passer par des « outils numériques » pour mener à peu près n’importe quel projet. Mais quel est précisément le message véhiculé par Internet, indépendamment de nos contenus militants ? C’est celui d’une société organisée à l’échelle planétaire, c’est-à-dire une échelle qui dépasse largement l’échelle humaine (5). C’est celui d’un monde d’extractions minières et de processus industriels, d’organisation militarisée du travail, d’esclavage moderne, de chaînes de productions mondialisées, de concentration capitalistique des richesses, de villes-usines, de guerres et de situations d’exploitation de l’homme par l’homme. C’est celui d’une société thermo-industrielle et nucléaire, qui demande toujours plus d’énergie, et donc de croissance, peu importe qu’elle soit dite verte ou non. C’est celui d’un monde d’infrastructures complexes et gigantesques dont les citoyens ne peuvent qu’être dépossédés, d’une prolétarisation généralisée donc. Internet est, indépendamment des contenus qu’il fait circuler, le rouage de la Mégamachine au service d’un Empire Industriel : il crée un monde de flux, d’accélération généralisée, d’instantanéité, de relations par écrans interposés ; un monde où l’espace et le temps sont abolis, ainsi que l’ensemble de la réalité compressé sur un même plan.

Le développement du numérique dans les associations et le militantisme 2.0 ne sont qu’un enfumage qui vise plus à justifier la production industrielle de moyens dont nous sommes toujours plus dépendants, jusque dans la sphère politique, au détriment d’une véritable réflexion sur le monde qu’ils contribuent à créer. Il est devenu évident d’utiliser ce qui semble à première vue faciliter l’échange, l’engagement, et le partage, face aux difficultés rencontrées pour porter une voix, face aux rapports de force qui sont en notre défaveur. D’une part quel est le réel impact de cette voix, réduite à de l’information, et noyée dans des montagnes de mails, dans une mer de notifications, dans un flux toujours plus assaillant de données ? Lorsque l’homme ne s’informe plus mais « est informé » disait Ellul, on assiste à une forme de désinformation par excès d’information, qui paralyse l’action plus qu’elle ne la favorise. D’autre part, quelle est la réelle pertinence d’une communication de masse, impersonnelle, pensée à travers des critères techniciens (efficacité, quantité, vitesse, économie), en comparaison à un échange humain véritable qui demande une réelle écoute et présence, pour tenter de mettre en commun deux mondes différents ? Enfin, nous devrions nous demander si l’utilisation tous azimuts des « moyens modernes de communication » ne nous rendrait pas aveugles au fait que ceux-ci sont porteurs d’un message contraire au projet que nous défendons.

« L’abandon de la critique des machines et du monde technologique qu’elles produisent (…) a conduit à l’acceptation béate et émerveillée, deux siècles plus tard, de l’Internet et des outils numériques, même dans les milieux voulus les plus subversifs (6). » Pourtant, si nous prônons un idéal de société sans domination et sans exploitation, porté sur l’autogestion et la réappropriation du politique, la préservation du vivant et des espaces naturels, ne devrions-nous pas chercher d’autres manières de faire plus cohérentes, en dehors d’Internet et son monde, qui se situent aux antipodes de tout cela ? Si nous prétendons être des esprits critiques, en quête d’émancipation, refusant les logiques autoritaires et d’exploitation du vivant, ne devrions-nous pas nous indigner devant la tyrannie d’Internet – tyrannie qui fait de l’attirail du « bon communicant » un « must have » et de notre présence sur les réseaux une nécessité pour exister aux yeux du reste du monde ? En nous indignant et en refusant l’investissement d’espaces virtuels pour mener notre lutte, nous participerions peut-être déjà à la création d’un monde autre. Un monde où des rues et espaces seraient réinvestis, où se multiplieraient des lieux pour se rencontrer, échanger et construire en vrai. Un monde où la régularité des rencontres remplacerait la nécessité d’une connexion journalière pour déterminer des dates et horaires. Un monde où des brochures, textes, journaux seraient distribués et partagés plus régulièrement et inviteraient à la discussion « in real life ». Un monde où quelques affiches, flyers, et bouche-à-oreille suffiraient à réunir.

Laïnae

1) L’obsolescence de l’homme : Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, Günther Anders, 1956.

2) Pour comprendre les médias : les prolongements technologiques de l’homme, Marshall McLuhan, 1964.

3) Op. cit.

4) Rendez-nous notre objet d’aliénation favori !, Pièces et main d’œuvre, 2007.

5) Lire à ce sujet Une question de taille, Olivier Rey, 2014.

6) Internet ou le retour à la bougie, Hervé Krief, 2018.