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Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord, Yougoslavie, Irak, Libye et chaos organisé…

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Les marchés aux esclaves dans la Libye “libérée” et le silence assourdissant des faucons humanistes

 

Neil Clark for RT

 

1er décembre 2017

 

url de l’article original:

https://www.rt.com/op-edge/411562-libya-slave-markets-nato/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les rapports nous parvenant établissant la vente d’Africains noirs pour 400 US$ sur des marchés aux esclaves se tenant dans la Libye “libérée” est une mise en accusation sans conteste de la soi-disante “intervention humanitaire” menée par l’OTAN pour renverser le gouvernement de Mouammar Kadhafi en 2011.

En mars 2011 des gravures de mode “libérales” occidentales donneurs de leçon de vertu firent équipes avec des va t’en guerre nouveaux cons de la pire espèce pour demander une action afin de “sauver” le peuple libyen du leader despote qui dirigeait le pays depuis la fin des années 1960. “On doit faire quelque chose !” crièrent-ils tous à l’unisson. Et quelque chose fut fait. La Libye fut transformée par l’OTAN d’un pays ayant le plus haut index de développement humanitaire du continent africain en 2009 en un enfer chaotique ayant des gouvernements rivaux, des chefs de guerre et des groupes terroristes se battant pour le contrôle du pays.

Sous l’ère Kadhafi, les Libyens avaient un système de santé et d’éducation gratuit. Le taux d’alphabétisation passa de 25% à 90%. Un rapport du Conseil pour les Droits de l’Homme de l’ONU félicita la Libye pour son système social en janvier 2011 (NdT: soit 2 mois avant sa destruction par l’OTAN bras armé de l’empire…). Bien entendu ce n’était pas parfait et il y avait encore des choses à améliorer et le pays s’y attelait dans bien des domaines.

Dans le Daily Telegraph, journal qui ne peut pas être accusé d’être une groupie de la Jamahiriya libyenne, la Libye fut encensée comme une des six meilleures destinations de croisière nautique en juin 2010.

Les paquebots n’ont plus la Libye sur leurs itinéraires aujourd’hui, bien trop dangereux.

La seule chose de surprenante au sujet des marchés d’esclaves (cela vaut la peine aussi de noter qu’avant le rapport de CNN, l’agence de l’ONU l’IOM avait rapporté également leur existence plus tôt cette année) est que cela surprenne encore quelqu’un. Les droits de l’Homme et le progrès social reculent en général de plusieurs centaines d’années après une “intervention humanitaire” de l’OTAN et ceci n’est pas du tout accidentel. Les “interventions” qui impliquent à dessein de gros bombardements des infrastructure du pays et le démantèlement subséquent de l’appareil d’état sont planifiés pour annihiler des décennies de progrès sociaux. “L’échec du plan” est en fait la partie la plus importante du plan comme le détaille très bien mon collègue Dan Glazebrook dans son livre “Diviser et détruire ou la statégie impérialisre de l’occident dans un âge de crise”.

La Libye fut ciblée, comme la Yougoslavie et l’Irak avant elle, non pas à cause d’une véritable préoccupation qu’un “nouveau Srebrenica” allait se produire mais parce qu’elle est un pays riche en ressources naturelles ayant un gouvernement indépendant d’esprit qui opérait dans un système économique d’état de manière prédominante et ce dans une partie des plus géostratégiques au monde.

Ni la Libye, ni l’Irak ni la Yougoslavie ne répondirent aux ordres du lobby guerrier occidental, lobby de la guerre sans fin, c’est pour cela qu’elle fut programmée pour la destruction. Le chaos qui suit routinièrement la destruction délivrée par l’OTAN est une cruelle expérience pour les locaux qui voient leurs standards de vie plonger et les risques de mourir dans une attaque terroriste violente augmenter dramatiquement, mais cette état de fait est excellent pour les entreprises coloniales occidentales lorsqu’elles entrent en masse dans le “pays libéré”, prenant avantage d’un manque d’autorité centrale.

Bien entendu, tout cela n’est jamais mentionné dans les médias amis de l’OTAN. Le rôle des élites occidentales dans la transformation d’états providence fonctionnant et états à la dérive n’est jamais mentionné dans les rapports des merdias sur ces pays après leur “libération”.

Dans son article récent pour le magazine FAIR, le journaliste Ben Norton a noté comment des rapports “parlaient à profusion de l’esclavage en Libye comme d’un problème de droits humains intemporel et non pas comme un problème politique enraciné dans une histoire très récente.”

Le narratif dominant est que les marchés aux esclaves ont ré-émergé en Libye “comme par magie”. L’”instabilité” est mentionnée mais pas sa cause, à savoir le renversement de régime en 2011 et le soutien de l’occident à des extrémistes dans dans certains cas, à des escadrons de la mort ouvertement racistes. Tout le monde est blâmé pour le chaos en place sauf les lobbyistes et les personnes protégées qui sont en fait responsables.

Le gouvernement français a joué un rôle primordial dans la destruction de la Libye en 2011 et pourtant aujourd’hui, le président français “progressiste” Macron blâme des “Africains” pour le problème de l’esclavage dans le pays. “Qui sont les trafiquants ? Posez-vous cette question, jeunes Africains. Vous êtes incroyables. Qui sont les trafiquants ? Ils sont Africains mes amis, ils sont africains.” Macron, comme d’autres leaders occidentaux, veut nous faire observer cette préoccupation de l’esclavage en mode macro et non pas en mode panoramique. Pourquoi ? Parce que si nous le faisons, automatiquement l’OTAN vient dans le champ, à la vue de tous.

Il y a le même type de blanchiment au sujet de l’Irak et sur la montée de l’EIIL/Daesh. Une fois de plus, nous sommes supposés regarder l’émergence du groupe comme “un truc qui arrive”. Mais l’EIIL n’était en rien une force lorsque le Baathiste séculier Saddam Hussein régnait sur l’Irak, il ne s’est développé que seulement après l’éviction de Saddam du pouvoir et du chaos qui s’ensuivit le démantèlement de l’appareil d’état par les occupants.

Six ans et demi plus tard, il est révélateur de prendre du recul et de regarder ce que les groupies de “l’intervention humanitaire” en Libye disaient au début de 2011 et ce qu’il s’est de facto produit après les 26 500 sorties aériennes de l’OTAN.

Le prix de l’inaction est trop élevé” était le titre d’un article de David Aaronovitch dans The Times du 18 mars 2011. “Si nous ne bombardons pas les chars de Kadhafi, l’Europe devra faire face à une marée de réfugiés et à une nouvelle génération de djihadistes”, en fut le résumé.

Devinez ? L’alliance militaire occidentale bombarda les chars de Kadhafi (et bien plus sur le côté…) et nous avons eu une vague de réfugiés de dimension biblique, incluant le poseur de bombe de Manchester Salman Abedi.

Il n’y a pas eu de mea culpa de la part d’Aaronovitch, ni de son collègue du Times Oliver Kamm qui m’attaqua après que j’eusse écrit un article dans le Daily Express appelant l’OTAN à tout arrêter.

En fait, l’expérience irakienne aurait dû mener tous les véritables humanitaires à s’opposer à l’assaut en règle de l’OTAN. Dans bien des cas, la Libye fut un crime encore plus grave que l’invasion de l’Irak, parce qu’elle est venue après Il n’y avait plus aucune excuse pour ne pas voir comment l’aventure de 2003 s’était transformée, pour soutenir une pareille affaire en Afrique du Nord.

Sans surprise, les politiciens et les experts qui ne pouvaient pas s’arrêter de parler de la Libye en 2011 et de la responsabilité de “protéger” les civils qui incombait à l’occident, semblent bien moins enclins à parler de ce pays aujourd’hui. La Libye et ses problèmes ont complètement disparu des pages des journaux. C’est la même chose après chaque intervention occidentale Toujours la même chose: saturation des médias avant et pendant la “libération”, appels belliqueux irresponsables de l’expertocratie nouveau con/libérale pour une action militaire afin de “sauver le peuple” du tout dernier Hitler en date, puis retour au silence dans l’après attaque alors que le pays concerné est de retour au moyen-âge.

Les “libérateurs” de la Libye ont bougé sur quelque chose de plus important en 2017, la Russophobie pour obsession courante. Tout en fait, pour nous distraire des conséquences des plus désastreuses de leurs actions.

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Communiqué suite au 76ème Congrès de la Fédération Anarchiste

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La Fédération Anarchiste, réunie en son 76e congrès à Paris les 11 et 12 novembre 2017, a débattu de la situation politique et sociale et des enjeux de la lutte des classes.

Source: FA, novembre 2017

L’Etat « macroniste » se radicalise et accèlere le programme capitaliste mené par Gattaz, l’OCDE, le FMI et consorts, dans la continuité des gouvernements précédents.

Le capitalisme ne connait pas de frontières et la lutte pour l’émancipation doit également s’affranchir des Etats et étendre le combat révolutionnaire à l’échelle mondiale. C’est pourquoi nous développons l’Internationale des Fédérations anarchistes.

Le mouvement social et syndical peine à construire un rapport de forces et la convergence des luttes.

La strategie de mobilisation dans la rue ne remplace pas le blocage économique. Seule la grève générale reconductible peut menacer les profits et ouvrir ainsi une perspective révolutionnaire.

La Fédeération anarchiste est engagée dans ce mouvement social et syndical qui doit assumer et affirmer sa légitimité politique et opposer un projet de société en rupture avec le modèle capitaliste et du chacun-pour-soi qu’on nous impose.

La Fédération anarchiste participera de toutes ses forces au mouvement social et s’opposera a toute tentative de tutelle politique y compris celle de Mélenchon qui crée la division en portant la lutte sur le terrain parlementaire.

Notre rôle est de préserver le mouvement social de toute contamination politicienne et électorale.

La Charte d’Amiens demeure pertinente aujourd’hui ; malgré ses imperfections et ses limites, elle reste à nos yeux un outil nécessaire affirmant les principes de l’action syndicale :

  • L’amélioration continue et immédiate des conditions de travail et la transformation sociale ;
  • L’indépendance par rapport aux partis et a l’Etat ;
  • La construction de la grève générale expropriatrice et autogestionnaire qui abolira le salariat.

Notre mouvement doit également diffuser des pratiques d’auto-organisation et d’action directe. La propagande par l’exemple et les alternatives en actes sont à même de développer des pratiques en rupture avec le consumérisme et la délégation.

Les religions ont toujours été l’outil des puissants, du patriarcat et du militarisme. Au côté du Capital, elles incitent à la résignation et à l’ignorance. La Fédération anarchiste revendique haut et fort « Ni dieu ni maitre ». L’émancipation de l’humanité nécessite une lutte radicale et définitive avec l’idée de dieu.

La Fédération anarchiste appelle les individus et les groupes attachés à l’émancipation sociale a s’organiser et à oeuvrer pour une société fédéraliste libertaire et autogestionnaire, pour un monde débarrassé des classes, des religions et des Etats et toutes les dominations.

Fédération Anarchiste

Paris, le 12 novembre 2017

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Il n’y a pas de solution au sein du système, il n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais !

Pour un changement radical de paradigme politico-social:

Manifeste de la societe des societes

~ Résistance 71 ~

Résistance politique: Vivre sa journée et ne pas la rêver…

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Vous m’avez fait le don infiniment précieux de la pauvreté

 

Simone Weil (octobre 1941)

 

Source: http://www.investigaction.net/fr/vous-mavez-fait-le-don-infiniment-precieux-de-la-pauvrete/

 

Il ne s’agit pas de Simone Veil dont le nom demeure lié à l’abolition de la répression des femmes pour avoir avorté, mais de Simone Weil la philosophe. Le 24 août 1943 mourait Simone Weil, à l’âge de 34 ans. Sa pensée et sa trajectoire fulgurante demeurent largement méconnues au-delà d’un cercle de spécialistes.

Figure majeure de la philosophie du XXe siècle, dont Albert Camus édita une grande partie de l’œuvre après sa mort, elle fut également une femme de combat. Impliquée dans les luttes et les débats de son temps, elle a marqué de son empreinte la culture politique de la gauche.

Abandonnant provisoirement sa carrière d’enseignante, la philosophe Simone Weil, après avoir été ouvrière chez Renault en 1934-1935, devient ouvrière agricole en 1941… C’est dans ce contexte qu’elle écrit cette incroyable lettre chargée de courage et d’ironie, à Xavier Vallat, Commissaire général aux questions juives, qui vient juste de formaliser le second statut des Juifs et leur recensement, ainsi que la loi du 22 juillet 1941 qui organise la spoliation des biens juifs par l’État Français.

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18 octobre 1941

 

Monsieur,

Je dois vous considérer, je suppose, comme étant en quelque sorte mon chef ; car, bien que je n’aie pas encore bien compris ce qu’on entend aujourd’hui légalement par Juif, en voyant que le ministère de l’Instruction publique laissait sans réponse, bien que je sois agrégée de philosophie, une demande de poste déposée par moi en juillet 1940 à l’expiration d’un congé de maladie, j’ai dû supposer, comme cause de ce silence, les présomptions d’origine israélite attachée à mon nom.

Il est vrai qu’on s’est abstenu également de me verser l’indemnité prévue en pareil cas par le statut des Juifs ; ce qui me procure la vive satisfaction de n’être pour rien dans les difficultés financières du pays.

Quoi qu’il en soit, je crois devoir vous rendre compte de ce que je fais.

Le gouvernement a fait savoir qu’il voulait que les Juifs entrent dans la production, et de préférence aillent à la terre. Bien que je ne me considère pas moi-même comme juive, car je ne suis jamais entrée dans une synagogue, j’ai été élevée sans pratique religieuse d’aucune espèce par des parents libres-penseurs, je n’ai aucune attirance vers la religion juive, aucune attache avec la tradition juive, et ne suis nourrie depuis ma première enfance que de la tradition hellénique, chrétienne et française, néanmoins j’ai obéi.

Je suis en ce moment vendangeuse ; j’ai coupé les raisins, huit heures par jour, tous les jours, pendant quatre semaines, au service d’un viticulteur du Gard. Mon patron me fait l’honneur de me dire que je tiens ma place. Il m’a même fait le plus grand éloge qu’un agriculteur puisse faire à une jeune fille venue de la ville, en me disant que je pourrais épouser un paysan. Ignoré, il est vrai, que j’ai du seul fait de mon nom une tare originelle qu’il serait inhumain de ma part de transmettre à des enfants.

J’ai encore à faire une semaine de vendange. Ensuite je compte aller travailler comme ouvrière agricole au service d’un maraîcher chez qui des amis m’ont procuré une place. On ne peut pas, je pense, obéir plus complètement.

Je regarde le statut des Juifs comme étant d’une manière générale injuste et absurde ; car comment croire qu’un agrégé de mathématiques puisse faire du mal aux enfants qui apprennent la géométrie, du seul fait que trois de ses grands-parents allaient à la synagogue ?

Mais, en mon cas particulier, je tiens à vous exprimer la reconnaissance sincère que j’éprouve envers le gouvernement pour m’avoir ôtée de la caté­gorie sociale des intellectuels et m’avoir donné la terre, et avec elle toute la nature. Car seuls possèdent la nature et la terre ceux à qui elles sont entrées dans le corps par la souffrance quotidienne des membres rompus de fatigue.

Les jours, les mois, les saisons, la voûte céleste qui tournent sans cesse autour de nous appartiennent à ceux qui doivent franchir l’espace de temps qui sépare chaque jour le lever et le coucher du soleil en allant péniblement de fatigue en fatigue.

Ceux-là accompagnent le firmament dans sa rotation, ils vivent chaque journée, ils ne la rêvent pas.

Le gouvernement, que vous représentez à mon égard, m’a donné tout cela. Vous et les autres dirigeants actuels du pays, vous m’avez donné ce que vous ne possédez pas. Vous m’avez fait aussi le don infiniment précieux de la pauvreté, que vous ne possédez pas non plus.

J’aurais hésité à vous écrire, sachant votre temps pris par d’innombrables soucis, mais vous ne recevez certainement pas beaucoup de lettres de remerciements de ceux qui se trouvent dans ma situation. Cela vaut donc peut-être pour vous les quelques minutes que vous perdrez à me lire.

Veuillez recevoir, Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

Simone Weil

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Simone Weil mettra ses parents à l’abri aux États-Unis en 1942 et se rendra en Grande-Bretagne pour y travailler comme rédactrice dans les services de la France Libre.

Atteinte d’une tuberculose sans doute aggravée par sa période de vie ouvrière, Simone Weil meurt au sanatorium d’Ashford le 24 août 1943. 

Comprendre les modèles politiques pour mieux lâcher prise du marasme induit actuel…

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« Résister, c’est ne pas consentir au mensonge. » (Albert Camus)

« La révolution anarchiste est aujourd’hui la révolution naturelle, celle qui ne se laisse pas divertir ou confisquer par des groupes, des partis ou des classes d’autorité. » (Lopez Arango)

 

Anarchie et Democratie

 

Robert Graham

 

4 juin 2017

 

Source:

https://robertgraham.wordpress.com/2017/06/03/robert-graham-anarchy-and-democracy/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La relation entre la démocratie et l’anarchie a toujours été ambivalente. Les deux concepts ont eu bien des interprétations différentes, à la fois positives et négatives. L’anarchie est souvent identifiée au chaos, une “guerre de tous contre tous” et au terrorisme. La démocratie est identifiée avec une “mafiocratie” juste à un cheveu de la tyrannie, ou simplement comme unes escroquerie. Mais lorsque vue sous une lumière plus constructive, l’anarchie et la démocratie partagent des caractéristiques bien similaires, spécifiquement lorsque la démocratie est conçue comme une organisation sociale qui donne aux gens le pouvoir de participer directement dans la prise de décisions en regard de leurs propre vies, lieux de travail et communautés, au lieu que ces décisions ne soient prises par des “représentants” soi-disant au nom du peuple. L’anarchie et la démocratie directe, en opposition à la démocratie représentative, recherchent toutes deux à réaliser une forme de liberté sociale et d’égalité dans la liberté. Les deux sont donc subversives à l’ordre social établi existant. Mais la tension entre l’anarchie, qui cherche à rejeter les règles et même la démocratie directe, qui incite à fournir l’auto-régulation collective, demeure. Et cette tension est quelque chose que les anarchistes ont particulièrement saisi depuis le temps de la révolution française de 1789.

Pendant la révolution française, il y eut un conflit ouvert entre les supporteurs du gouvernement représentatif ou du “parlementarisme” et les avocats de la démocratie directe et entre eux les avocats de la dictature révolutionnaire. Les fervents de la démocratie parlementaire étaient les avocats d’un système dans lequel le peuple (en l’occurence juste les mâles propriétaires), éliraient des représentants qui formeraient un gouvernement qui dirigerait tout le monde (incluant ceux n’ayant pas le droit de vote, comme les femmes et les ouvriers et paysans non propriétaires). Les partisans de la démocratie directe soutenaient que tout le monde devait être capable de participer directement dans la prise de décision politique en votant sur des sujets politiques dans leurs propres assemblées, voisinages, districts et communes. Ces deux groupes étaient inspirés par le philosophe français Jean-Jacques Rousseau (1712-1778).

Dans son livre “Du contrat social” (1762), Rousseau développa deux arguments  reliés que ses suiveurs et ses critiques, incluant les anarchistes, souvent mélangèrent. Le premier but de son livre était de donner une justification rationnelle pour l’autorité par le moyen de la notion de “contrat social” que chacun était assumé avoir accepté afin de créer un système de gouvernement qui garantirait à tous droits et libertés. Les anarchistes plus tard, dénoncèrent cet argument sur des bases historiques et théoriques, parce que le contrat social était entièrement hypothétique et parce que le système de gouvernement auquel tout le monde avait soi-disant donné son accord ne garantissait pas et ne pouvait pas garantir droits et libertés pour tous. En réalité, les gouvernements agissaient dans les intérêts d’une petite minorité de riches et de puissants, garantissant l’exploitation et la domination des masses.

Mais ce que bien des anarchistes n’apprécièrent pas fut la seconde partie de l’argument de Rousseau, à savoir quel type de gouvernement garantirait les droits et libertés de chacun. A cet égard, Rousseau se faisait l’avocat d’un système de démocratie directe et non pas parlementaire, et ce malgré les affirmations de ses soi-disants suiveurs, incluant quelques uns des jacobins de la révolution française. Dans un passage remarquable sur le système de gouvernement parlementaire anglais, Rousseau écrivit ceci: “Le peuple d’Angleterre se considère libre ; mais il fait grossièrement erreur, il n’est libre que durant les élections des membres de son parlement. Dès qu’ils sont élus, l’esclavage reprend le dessus et plus rien n’en sort. L’utilisation que le peuple fait de ces courts moments de liberté montre de fait qu’il mérite de les perdre.

Mais la notion de Rousseau sur la démocratie directe était unitaire, fondée sur sa notion de “volonté générale”, ce qui le mena, lui et ses disciples, à rejeter la démocratie directe conçue comme une fédération d’associations démocratiques directes et à l’idée qu’on peut “forcer les gens à être libre”, en les forçant à se conformer à la “volonté générale”, comme exprimée par la MAJORITE, qui soi-disant, exprime la véritable volonté du peuple. Les Jacobins utilisèrent ce type d’argument pour justifier l’interdiction des syndicats en France durant la révolution et de toute autre forme d’association qui pourrait défier leur pouvoir.

D’autres personnes prirent les idées de Rousseau dans une direction plus libertaire. Pendant la révolution française, le peuple de Paris créa un commune fondée sur les assemblées générales de chaque district où les gens votaient directement sur chaque sujet d’importance (NdT: la période des sections parisiennes de 1790-93, les sections communales se répandirent dans d’autres villes de France). L’anarcho-communiste Pierre Kropotkine (1842-1921) argumenta plus tard que ce fut là un bel exemple des “principes de l’anarchie” mis en pratique. Jean Varlet (1764-1837), un révolutionnaire français qui dénonçait les Jacobins et leur dictature, argumenta que seul le peuple au sein de ses assemblées démocratiques directes pouvait exprimer la véritable “volonté générale” et que quiconque déléguait la tâche de la représentation des vues des assemblées devait être rappelé à l’ordre ainsi ils ne pourraient pas substituer leurs “volontés particulières” à la volonté du peuple.

Les travailleurs européens commencèrent à créer des organisations syndicales enbryonaires, comme les sociétés d’aide mutuelle et les sociétés de “résistance” afin de mettre en commune leurs ressources et de coordonner les actions contre leurs employeurs. En France, une pratique de démocratie directe se développa au sein de bon nombre de ces organisations où les membres votaient directement sur des sujets d’ordre politique et tout officiel élu était rappelé voire révoqué s’il n’agissait pas en accord avec les vœux des membres de l’association.

Dans les années 1840, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) fut le premier à donner l’expression explicite d’idées anarchistes en France, il y avait un bon nombre de sociétés de travailleurs et d’associations qui pratiquaient une forme ou une autre de démocratie directe. Bien que Proudhon distingua l’anarchie “sans gouvernement” de l’”auto-gouvernement” de la démocratie lorsqu’il en vint à proposer des formes alternatives d’organisation sociale comme une forme positive “d’anarchie” pour remplacer les institutions économiques et politiques existantes, il inclut des formes d’organisation de démocratie directe ayant des délégués révocables, sujets à des mandats impératifs, comme la “banque du peuple” qui devait remplacer la Banque de France. En regard des entreprises à grande échelle, il se faisait l’avocat d’une forme d’auto-gestion ouvrière, où les ouvriers gèreraient leurs lieux de travail sur un base de démocratie directe.

Mais Proudhon avait bien conscience du problème d’adopter un système de la règle de la majorité, même dans des organisations en démocratie directe. En contraste avec Rousseau, il se fit l’avocat de l’association volontaire et du fédéralisme. Les travailleurs individuels (ou quiconque d’autre) ne pouvait pas être forcé à rejoindre une association et à la fois le groupe et les individus qui se fédéraient avec d’autres groupes seraient parfaitement libre de faire sécession de leurs associations et fédérations respectives. En conséquence, quelqu’un ou un groupe qui se retrouveraient continuellement dans un vote de minorité au sein d’une association ou d’une fédération pourraient quitter le groupe et former ou rejoindre une autre composée de gens ayant des vues plus similaires. Mais une tension demeurait en regard de savoir si un groupe particulier dans une minorité pouvait être forcé à se plier à la décision de la majorité.

Lorsque les suiveurs de Proudhon (dont beaucoup admettaient ne pas être anarchistes), essayèrent d’organiser une association internationale des travailleurs dans les années 1850-60, culminant dans la création en 1864 de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), la pratique de la démocratie directe au sein de la classe prolétaire était devenue bien établie en France. Les membres proudhoniens de l’Internationale la voyaient comme comme des organisations d’associations volontaires de travailleurs, qui devraient être fondées sur la notion de Proudhon de fédération, n’ayant aucun pouvoir de gouvernement centralisé. Le Conseil Général de l’Internationale devait être administratif et non pas un corps gouvernant et toutes les décisions politiques devraient être prises par des délégués révocables sujets à des mandats impératifs désignés lors des congrès annuels de l’Internationale.

Karl Marx (1818-1883), qui siégeait au conseil général, était fondamentalement en désaccord avec cette approche, ce qui finit par diviser l’Internationale en 1872 en Marx et ses supporteurs et les “fédéralistes”, “anti-autoritaires” et “anarchistes”. Marx essaya de transformer le conseil général en corps gouvernant qui imposerait des politiques à ses membres et aux groupes appartenant à l’Internationale et expulsa tous ceux qui ne s’y plièrent pas. Il s’opposa à toutes les tentatives de faire du conseil, un conseil de délégués mandatés par les associations membres et ce de façon à ce que le CG devienne, au mieux, un corps représentatif non issus de la démocratie directe. Une des politiques que Marx essaya d’imposer, malgré l’opposition de la majorité des groupes membres de l’Internationale, fut le requis que les membres créent des partis politiques de la classe ouvrière qui participeraient aux système existant de gouvernement représentatif avec pour objectif de “conquérir” le pouvoir politique (NdT: cet objectif fut consigné par Marx et Engels dans leur “Manifeste du parti communiste” de 1848 où tout ceci y est parfaitement établi noir sur blanc… Marx était un pragmatiste étatique à qui il est très difficile de prêter des idées “d’abolition de l’État” comme le fit plus tard le marxiste Maximilien Rubel et le fait de nos jours Francis Cousin, dont les analyses sont des plus pertinentes par ailleurs…).

Ce fut au travers du conflit de l’approche marxiste de la gouvernance interne de l’Internationale et l’imposition par Marx d’une politique commettant les groupes membres de l’Internationale à la participation de la politique parlementaire, que beaucoup d’opposants à Marx commencèrent à s’identifier comme étant anarchistes. Dans le processus, ils en vinrent à développer de nouvelles et parfois divergentes idées au sujet de la relation entre l’anarchie et la démocratie.

Michel Bakounine (1814-1876) est un cas. Avant de rejoindre l’Internationale en 1868, Bakounine avait dessiné plusieurs programmes révolutionnaires socialistes soutenant une forme anarchiste de démocratie directe. Par exemple, dans son programme de la “Fraternité Internationale” de 1866 pour les socialistes révolutionnaires, Bakounine promouvait une fédération de communes autonomes au sein desquelles, les individus et les groupes auraient les pleins droits de la liberté d’association, mais envisageait que finalement ces fédérations soient remplacées par des fédérations d’associations ouvrières “organisées non plus sur des requis politiques mais sur la production.” Ces vues étaient très similaires de celles de Proudhon et des éléments proudhoniens les plus radicaux de l’Internationale, bien qu’elles ne s’identifiaient pas encore comme étant anarchistes.

Ce que certaines d’entre elles vinrent à partager avec Bakounine fut un concept de l’anarchie comme une forme de ce que je décrirais comme “associatif” de la démocratie directe, elle-même conçue comme une association ou une fédération d’associations sans aucune autorité centrale ou État au-dessus d’elles, avec les groupes membres, chacun avec ses propres procédures de prise de décision en démocratie directe, coordonnant leurs activités au travers d’une fédération volontaire d’autres associations, utilisant le système des délégués révocables aux mandat impératifs aux plus niveaux niveaux de la fédération afin de poursuivre le cours de l’action commune.

Mais, en résultat des tentatives de Marx de transformer l’Internationale en une organisation pyramidale avec son CG agissant comme pouvoir exécutif, Bakounine et quelques autres internationalistes commencèrent à développer une critique de l’organisation fédérale qui posèrent des questions sur la démocratie directe associative à la fois en termes de la méthode par laquelle les groupes fédérés pourraient coordonner leurs activités tout en préservant leur autonomie et en termes d’organisation interne et des procédures de prise de décisions au sein des groupes associés. Bakounine et d’autres argumentaient que la seule façon d’empêcher un plus haut niveau de coordination, comme le CG, de se transformer en pouvoir exécutif, serait de fait de se débarrasser complètement des corps de coordination dans leur ensemble. En lieu et place, les associations variées communiqueraient directement les unes avec les autres afin de coordonner les activités, incluant l’organisation politique dans les conférences et les congrès, où les délégués des groupes variés débattraient de sujets du jour, comme la grève générale révolutionnaire contre la commune révolutionnaire, l’anarchisme communiste ou collectiviste, la propagande par le fait (l’action directe violente) et l’insurrection.

Lorsque les anti-autoritaires, fédéralistes et anarchistes reconstituèrent l’Internationale (NdT: sous la forme de la Fédération  du Jura de St Imier), ils firent un compromis sur ce sujet et se mirent d’accord pour avoir un bureau de correspondance et de coordination, mais les sièges de ce bureau seraient rotatifs d’une fédération à une autre chaque année. Plus important, l’internationale anti-autoritaire décida que toutes politiques endorsées dans un congrès international ne seraient pas obligées d’être suivies par les groupes membres. Il en revenait à chaque groupe et à ses membres de déterminer ultimement quelles politiques ils voudraient adopter (NdT: ceci est en fait très similaire au processus politique de la confédération iroquoise suivant Kaianerekowa depuis le XIIème siècle. Si une nation ne veut pas suivre une décision prise en conseil elle est libre de la faire pourvu que cela n’affecte en rien l’harmonie de la confédération). Ceci fut fait pour assurer que c’était bien les membres eux-mêmes au travers de leurs propres organisations de démocratie directe, qui feraient les politiques qu’ils suivraient, plutôt que des délégués de congrès internationaux, même si ceux-ci étaient sujets à des mandats impératifs (que les délégués pouvaient toujours violés comme cela se produisit en 1872 au congrès de La Haye, lorsque certains délégués des sections fédéralistes se rangèrent avec la marxistes, contrairement à ce que prévoyait leur mandat…).

Mais si des politiques endorsées en congrès par des délégués sujets à un mandat impératif ne pouvaient pas être forcées sur les groupes membre, dont les membres devaient décider eux-même des ces problèmes, comment alors des politiques adoptées par des membres de groupes constitutifs puissent être rendues obligatoires sur d’autres membres de ces groupes qui n’avaient pas voté en leur faveur ? Bakounine entre autre, commença à développer une critique des politiques d’obligation ou de législation, même si elles étaient décidées par un vote démocratique direct. Ceci mena à l’idée que voter devrait être remplacé par “l’accord librement consenti” et au développement des théories anarchistes de l’organisation plus basée sur les notions d’association volontaire que sur les notions de démocratie directe. Anarchie et démocratie commencèrent de nouveau à être conçues comme étant distinctes, plutôt que complémentaires, concepts tenus principalement par des anarchistes communistes comme Elisée Reclus (1830-1905), Errico Malatesta (1853-1932) et Pierre Kropotkine. (NdT: c’est la position également de Résistance 71 sur le sujet…)

Écrivant au sujet de la Commune de Paris de 1871, Kropotkine suggéra que la Commune n’avait pas besoin d’un gouvernement interne, ni d’un gouvernement centralisé au dessus d’elle, alors que les gens s’organisaient “librement en accord avec les nécessités qui leur étaient dictées par la vie elle-même.” Plutôt qu’une structure formelle même d’assemblées directes démocratiques fédérées en une commune ou une organisation de la taille d’une ville, puis de fédérations taille régionale, nationale et internationale, il y aurait “le plus haut développement de l’association volontaire dans tous ses aspects, à tous les degrés, pour tous les objectifs, toujours en mouvement, d’associations toujours en transformation qui portent en elles-mêmes les éléments de leur durée et assumant constamment de nouvelles formes répondant aux aspirations multiples de tous.

Tandis que quelques anarchistes et socialistes de l’Internationale anti-autoritaire commencèrent à bouger vers une position “communaliste”, comme Paul Brousse, Gustave Lefrançais et Adhémar Schwitzguébel, défendant une participation aux élections municipales et la création de communes socialistes, Elysée Reclus et d’autres anarcho-communistes rejetèrent cette approche, rappelant à tout le monde qu’ils n’étaient “pas plus communalistes qu’étatistes, nous sommes des anarchistes. Ne l’oublions pas.” Comme le fit plus tard Errico Malatesta: “les anarchistes ne reconnaissent pas la règle disant que la majorité en tant que telle, même si c’était possible, établisse au-delà de tout doute possible ce qu’elle veut et a le droit de s’imposer sur les minorités dissidentes par l’utilisation de la force.

Dans des endroits variés en Europe, quelques anarcho-communistes optèrent pour la constitution de petits groupes de militants anarchistes n’ayant aucun réseau ni fédération formels, ayant une prise de décision basée sur le libre accord de chacun des membres. En Espagne, la majorité des anarchistes continua de promouvoir l’utilisation de syndicats révolutionnaires et à utiliser une structure fédéraliste de démocratie directe ayant des délégués révocables sujet aux mandats impératifs aux plus hauts niveaux des fédérations. D’après l’historien anarchiste Max Nettlau (1865-1944), les groupes anarcho-communistes en France, qui seraient décrits aujourd’hui comme des “groupes d’affinités”, demeurèrent isolés du peuple ; ils étaient la fine fleur des idées anarchistes, “mais avaient peu de préoccupation pour le fruit qui devait sortir de la fleur.”

Il y eut un retour vers des formes d’organisation plus fédéralistes basées sur des groupes agissant en démocratie directe lorsque les anarchistes tournèrent une fois de plus leur attention sur les mouvements ouvriers d’auto-émancipation, menant à la montée des mouvements syndicalistes révolutionnaires et anarchistes d’avant la première guerre mondiale. Pendant  certains troubles révolutionnaires, les ouvriers commencèrent à créer leurs propres structures politiques, dont beaucoup avaient une structure de démocratie directe et en opposition aux gouvernements existants.

Les anarchistes participèrent à la création du premier soviet (assemblée populaire) durant la révolution russe de 1905 et également dans les soviets qui se montèrent en 1917 durant la révolution russe. Mais il y avait des préoccupations quant au fait que les soviets fonctionnaient plutôt comme des parlements ouvriers, leurs membres représentant les plateformes de leurs partis politiques plutôt que les vues des ouvriers qu’ils étaient supposés représenter. Pendant la révolution sociale espagnole (1936-39), une nouvelle forme d’auto-gestion en démocratie directe vit le jour sous l’impulsion des anarchistes, les “collectifs libertaires” dans lesquels tous les membres de la communauté participaient quelque soit leur rôle dans le processus de production et de distribution.

Les anarchistes critiques de la notion de gouvernance de la majorité, même au sein d’organisations démocratiques directes, comme Malatesta, participèrent néanmoins à ces mouvements, cherchant à les pousser aussi loin que possible. Ceci était également l’approche recommandée par Kropotkine. Malgré le fait que leur but était l’anarchie, où les relations sociales et la prise de décision collective seraient basées sur l’accord libre et l’association volontaire, ils reconnaissaient que les organisations populaires de démocratie directe étaient un grand pas en avant vers cet objectif.

Dans les années 1960, Murray Bookchin argumenta pour une communauté directement démocratique ou d’assemblées de voisinages, qui permettrait à tout le monde de participer directement à la prise de décision politique et ce comme vase politique pour une forme écologique et décentralisée d’anarchisme. Mais il vit également un rôle très positif dans les groupes d’affinités, qui agiraient comme “catalyseurs” révolutionnaires et formeraient aussi le “tissu cellulaire” d’une société éco-anarchiste  ainsi que des conseils d’usines ou de lieux de travail par lesquels les ouvriers et travailleurs gèreraient leurs propres lieux de travail. Plus tard, Bookchin se focalisa plus sur le concept de gouvernement municipal en démocratie directe qu’il appela le “communalisme” et finit par rejeter l’étiquette d’anarchiste.

Pendant les mouvements anti-nucléaires des années 1970-80, parmi la seconde vague plus radicale de féminisme de cette ère, puis les mouvements anti-mondialisme et “occupy” des années plus récentes, les anarchistes ont recherché à créer des mouvements sociaux fondés sur les groupes d’affinités s’étendant dans de plus vastes réseaux, créant un amalgame de formes sociales qui combine ces groupes avec des formes plus variées de démocratie directe et de fédération volontaire, similaire en cela à ce que Bookchin envisageait dans les années 1960.

Des anarchistes contemporains, tel l’anthropologue politique David Graeber, conçoivent la démocratie directe en de plus vastes termes que Bookchin, reconnaissant qu’il y a des formes “non-occidentales” de démocratie directe qui sont plus basées sur le consensus, en contraste avec des systèmes où les décisions sont essentiellement prises à la majorité. Des théoriciennes féministes politiques comme Carole Paterman ont aussi critiqué la règle de la majorité simple au sein des formes de démocratie directe, disputant le fait que ceux se trouvant dans la minorité ne pouvait pas être forcés à obéir [à la majorité], car cela réintroduirait la domination au sein des groupes.

Pourtant, le débat pour savoir si anarchie et démocratie sont compatibles continue. On peut argumenter pour toujours plus de processus de décisions sophistiqués, qui sont plus inclusifs et qui permettent d’empêcher la domination de groupes ou de personnalités plus fortes, ou de ceux qui simplement sont plus actifs ou sont plus motivés ; d’aucun peut aussi dire que le concept de “démocratie” est devenu si corrompu que les anarchistes ne devraient même plus employer le terme.

On pourrait tout aussi argumenter que le concept “d’anarchie” est devenu si tordu dans l’imaginaire populaire que ses connotations négatives pèsent maintenant plus lourd  que le positif et que le concept devrait simplement être abandonné. Ceci dépend vraiment des circonstances concrètes dans lesquelles vous vous trouvez. Plutôt que de se disputer sur quel terme employer, promouvoir ou adopter, peut-être serait-il plus judicieux de travailler avec les autres à la création d’organisations non-hiérarchiques dans lesquelles chacun a vraiment une voix et son mot à dire et puis de là, voir où tout cela peut vous emmener…

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Lire notre dossier « L’illusion démocratique »

Guerre impérialiste: La France et la Belgique font supprimer les témoins dangereux

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, canada USA états coloniaux, colonialisme, France et colonialisme, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 1 juin 2017 by Résistance 71

L’info venant du WSJ c’est à dire: la voix principale de la CIA… Chacun y verra ce qu’il y veut voir…

~ Résistance 71 ~

 

La France et la Belgique sous-traitent des assassinats de leurs ressortissants

Réseau Voltaire

31 mai 2017

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article196554.html 

Selon le Wall Street Journal, la France et la Belgique sous-traitent depuis au moins sept mois l’assassinat de certains de leurs ressortissants ayant rejoint Daesh.

Paris et Bruxelles ont fourni une liste à Bagdad des cibles prioritaires. Soit l’armée irakienne parvient à les arrêter et, dans ce cas, ils sont condamnés à mort et exécutés, soit ils sont tués lors des combats.

Officiellement, la France et la Belgique, comme tous les autres États européens, ne pratiquent pas la peine de mort.

En Irak, des Forces spéciales françaises agissent pour le compte de Paris et de Bruxelles, déguisées en militaires irakiens et utilisant des véhicules maquillés. Elles se rendent dans les hôpitaux et les morgues pour prélever des échantillons d’ADN sur les corps et les cadavres des ressortissants français et belges éliminés et les comparer avec leur base de données. Elles peuvent ainsi tenir à jour leur liste de cibles.

Intronisation du larbin en chef…

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14 mai: déroulement du sacre du monarque républicain et anectodes

 

Théophraste R.

 

14 mai 2017

 

url de l’article original:

https://www.legrandsoir.info/14-mai-2017-deroulement-du-sacre-du-monarque-republicain-et-anecdotes.html

 

Pépin le Bref fut le premier souverain occidental à recevoir (en 751) l’onction du sacre. La coutume a été conservée à travers les siècles, même si elle a subi des modifications.

Comment ça se passe ?
 La garde à cheval joue de la musique qui fait pleurer les gueux, rameutés par les médias qui promeuvent en boucle l’événement historique sur les étranges lucarnes.

Tenant par la main la future reine Brigitte Trogneux de la Providence, le futur roi arrive sur le tapis rouge du Palais de l’Elysée.

Dans un grand salon, l’ancien roi lui remet l’épée du sacre et le grand Cordon de la Légion d’honneur. Il l’entraîne ensuite dans son bureau (la Reine Brigitte Trogneux de la Providence a filé dans ses appartements privés où, alignés, ses domestiques vont lui être présentés), il va lui confier quelques secrets de la République, dont le bouton de la force de frappe. Monsieur petite blague ne peut s’empêcher de lui conseiller de ne pas le confondre avec le bouton pour commander des pizzas. Sa majesté Macron 1er (Pédalo II comme disent des gazettes de pouilleux, pue-la-sueur, sans-dents, illettrés bretons et alcooliques nordistes) rit poliment et l’on voit bien ses dents acérées.

1 500 chevau-légers assurent la sécurité du sacre. Tous les médias sont là. La reine s’est coincé les zygomatiques en position étirement vers les oreilles. Le roi est pâle de bonheur. Ayant troqué ses habits de banquier contre un costume de JFK, il a exigé que les invités n’arborent ni chapeau haut de forme ni gros cigare. On pourrait croire que l’adversaire la finance n’est pas plus présent à ce sacre que la roture.

Pour finir, Pédalo II est raccompagné jusqu’à sa voiture par Pédalo 1er qui en profite pour lui raconter l’histoire de Toto qui dit à la boulangère : « Vous avez de belles miches ». Mais le monarque républicain ne rit pas, parce que l’instant doit rester solennel et qu’il se demande où est passée Brigitte (elle donne des ordres pour que soit percée une ouverture entre le bureau du roi et le sien).

Au même moment, une gazette clandestine est vendue dans les faubourgs avec un gros titre racoleur : « Nous feront-ils regretter Hollande et Trierweiler ? »

Théophraste Dernier (des derniers).

Renaissance de la conscience politique: Redevons le peuple, car celui-ci manque à l’appel…

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Soyons ce peuple qui manque

 

Thomas Moreau

 

9 mai 2017

 

url de l’article original:

http://www.revue-ballast.fr/soyons-peuple-manque/

 

Les pires choses ont une fin, et celle de la campagne présidentielle ne se paie pas, ou si peu, le luxe du soulagement : seulement du sursis — il ne tient qu’aux têtes dures de transformer ce répit en offensive. C’est d’ailleurs l’objet du présent texte aux allures de manifeste : revivifier la démocratie, ancrer l’émancipation, réveiller l’imaginaire, fabriquer des socialistes, renouer pratique et pensée, bref, écrit l’auteur, cesser de « pétrir la matière politique qu’à seules dates fixes ».

Pléthore sont les spécialistes1 à avoir émis, depuis bien longtemps, l’avis de décès du caractère démocratique de nos sociétés libérales et représentatives — ces représentants qu’Étienne de La Boétie qualifiait déjà de « mange peuple ». Cette démocratie n’est qu’un hochet frénétiquement secoué par la bourgeoisie républicaine afin d’asseoir et de perpétuer sa domination économique, politique, sociale et culturelle sur les démunis. La récente élection lève, une fois de plus, le rideau sur la nature post-démocratique de nos institutions : le vrai vainqueur est l’abstention — 21,8 % des inscrits (auxquels il faut ajouter environs 10 % de non inscrits) au premier tour ; 18,02 au second. Ces contempteurs du vote proviennent pour la plupart des quartiers populaires, de la classe ouvrière et employée. Une démocratie post-démocratique ? Oui, car les droits juridiques élémentaires, déjà malmenés par l’État et ses dépositaires, risquent de pâtir plus encore, nouveau mandat oblige. Le régime Hollande a donné le la — état d’urgence continuellement prolongé et mise en place de nouveaux outils pénaux et administratifs —, qu’il suffira d’étendre pour encadrer de plus belle les populations (la répression dans les quartiers populaires et lors des manifestations contre la loi Travail indiquent le chemin). Signe des temps présents : Macron a annoncé publiquement qu’il allait gouverner par ordonnances. Le caractère inégalitaire du débat ou de l’espace dit « public » est intégré : le CSA a ainsi jugé que l’égalité stricte commençait deux semaines avant le premier tour et que le temps de parole devait, en amont, être jaugé sur le seul principe de l’équité (son communiqué ne cache pas les inégalités de temps de parole, patentes, ni son échec dans sa mission d’arbitre). Il a suffi d’un ouvrier — partout moqué — pour déchirer, le temps d’un live, l’entre-soi des belles personnes. Emmanuel Macron a bénéficié de l’alignement des planètes de l’oligarchie : sa légitimité n’est que peau de lapin, l’honorant même du titre de président le moins bien élu de la Ve République.

Revivifier la démocratie

Il n’est pas question de diminuer le signifiant démocratique ; il s’agit de lui donner une substance, et non une forme, à même d’induire une pratique active et régulière. Le peuple ne saurait se plaindre d’être représenté s’il consent au principe représentatif ou borne son propre rôle à quelque vote épisodique. Sa participation à la vie de la Cité est un préalable au statut plein et entier de citoyen — ce que l’on nomme « protagonisme » en Amérique latine. Pour ce faire, une démocratie revivifiée dépend de trois champs, à labourer avec attention : la structure organisationnelle, le processus démocratique et l’implication du citoyen. Comme toute structure, une organisation fabrique de la hiérarchie et du pouvoir — des moyens simples permettent de les sangler : le mandat impératif, la démocratie directe, la rotation des mandats, l’abolition de la différenciation entre tâches manuelles et intellectuelles, un droit de priorité de parole aux minorités… Une démocratie vivifiée se doit de suivre un processus long, dans lequel la parole est distribuée en égalité comme en équité : les femmes, les racisés et les moins dotés en divers capitaux doivent être prioritaires dans l’attribution de la parole, sans toutefois les y contraindre. La démocratie est le dissensus — le référendum de 2005 fut en cela exemplaire, au regard de la durée et de la qualité des échanges organisés par les citoyens eux-mêmes : il permit d’impliquer en éduquant, par le questionnement collectif. L’organisation a tendance à tuer le non-similaire, le questionneur, le pas de côté, quand ces éléments forment l’ensemble des touches qui brossent le portrait d’un intellectuel collectif se nourrissant des singularités. Mettre un bulletin dans une urne ne consiste pas à voter pour tel ou tel candidat de quelque émission de télé-crochet musical. Ne pétrir la matière politique qu’à seules dates fixes, c’est prendre le risque de trop étreindre, donc de mal embrasser. Un citoyen entier ne se pose pas la question de sa capacité d’agir ou de peser ; il fait. L’économiste et fondateur de Socialisme ou Barbarie, Cornélius Castoriadis, avait déjà repéré les signes d’une barbarie soft à venir : « Il n’y a pas seulement la dilapidation inversible du milieu et des ressources non remplaçables. Il y a aussi la destruction anthropologique des êtres-humains transformés en bêtes productrices et consommatrices, en zappeurs abrutis2»

Le ventre mou de la classe moyenne

Le prolétariat — entendu comme la classe sociale opposée à la classe capitaliste — ne cesse de se diversifier, sans néanmoins avoir conscience de sa force : son remplacement par le « précariat » le situe dans un rapport de soumission alors qu’il est le producteur de richesse. Son salaire ne correspond, en valeur absolue, qu’à quelques heures par jour sur la totalité du mois : le reste est capté par un patron et les professions d’encadrement qui pantouflent dans des bullshit jobs3. Prestidigitateur sans pareil, le capital cache cet état de fait en s’attaquant à la construction même de nos individualités. Par la marchandisation du monde, des êtres et des choses, le capital est parvenu à effectuer la jonction entre une fabrique égotique du moi et l’intégration d’un ordo-libéralisme faisant de l’individu le seul responsable de sa réussite ou de sa déchéance sociale. Ce prestidigitateur joue sur le désir d’appartenance à la classe moyenne — ce ventre mou vers lequel tout le monde se projetterait sans vraiment en être. Le tour de magie consiste à développer des modes de consommations au rabais, ressemblant de loin à celui des classes supérieures : le Club Med était une forme de tourisme de nantis camouflés sous les hardes de la consommation de masse ; Uber est un service de taxi réalisé par des défavorisés ; Airbnb transforme votre espace le plus intime en hôtel… Ce ne sont plus des services mais un rang social apparent désirable, car voulu par une supposée majorité de personnes : la dernière décennie se plut à multiplier les besoins superflus. Cette promesse, ce sous-texte, se déploie de la publicité à la promesse-sésame cachée du nouveau président à ses vaillants électeurs. La déconnexion entre le travail et la consommation s’avère de plus en plus prégnante : le revenu universel, porté par Hamon, en constitue la traduction électorale.

Le ressentiment social, le bluff ou l’émancipation

Cette marchandisation du monde se retrouve dans la votation, devenue acte de consommation électorale. Lors des élections, les dominants de tout poil ont, par leur bulletin, comme réflexe premier de maximiser leur rente et leurs divers capitaux : la messe est dite. Les masses déshéritées peuvent se tourner vers des partis du ressentiment social, souvent orienté contre des individus, eux aussi vulnérables, et non contre les structures mêmes de l’ordre économique dominant. Les populations fragilisées peuvent faire le choix de l’abstention — ce qu’elles font majoritairement —, par lassitude, par désintérêt ou par rejet d’un système institutionnel et politique qui, d’alternance en alternance, ne change rien, sinon la couleur de ses cravates. Dans les anciennes citadelles ouvrières — les fameuses « banlieues rouges » —, elles maintiennent cependant quelque horizon émancipateur — a minima (France insoumise), ou plus radicalement (NPA, LO). Enfin, elles peuvent céder à la séduction du mythe du self-made-man, fort des slogans bruyants de l’auto-entrepreneuriat (En marche ! en est le parangon). Contrer, ne serait-ce que partiellement, le saccage de nos conquis sociaux — par un Macron, une Le Pen ou un Fillon — tenait, au premier tour, de la toilette minimale. Gardons-nous de fétichiser l’urne : c’est même le moindre moyen de transformation sociale, par les temps qui courent. Bien plus qu’une vaste recomposition partisane et politicienne (toujours trop intégrée au système et sans grands effets matériels chez les gens ordinaires), il importe de recréer, sans délai, un imaginaire capable de révéler notre force collective.

Insuffler un autre imaginaire 

La critique n’aura bientôt plus d’intérêt — nous hésitons même à recourir au présent. De siècle en siècle, les textes s’accumulent et les théoriciens théorisent. La lutte contre le capitalisme ne saurait se borner à quelque invocation : elle se fait dans la tête, dans nos modes d’êtres, d’échanger et de consommer. Cela passe par le fait de (se) dégager du temps, en cette ère d’accélération constante du quotidien, puis de (se) donner les moyens d’être enfin citoyen. L’heure de cette idée est venue, chacun le sait, le sent : elle flotte dans l’air. Déjà plus que palpable lors du 15-M, d’Occupy Wall Street ou de Nuit debout, la question démocratique fut un thème majeur, bien qu’intrinsèquement biaisé, de la dernière campagne. Déjà effectives, au quotidien, chez les anarchistes, les conseillistes et les communistes libertaires, cette pratique émancipatrice de la démocratie assure la réconciliation entre individu (désormais capable dans la Cité) et souci du commun — il aide, en sus, à croiser pratiques et théories. C’est sur la base des mouvements sociaux existants que doit s’opérer cette démocratisation des structures du pouvoir afin de contrer l’ensemble des hiérarchies institutionnelles à l’œuvre à tous les niveaux territoriaux (local, régional, national, extra-national), et ce dans tous les domaines. Cette prise de conscience de la force des collectifs et des communs est un agent de transformation également individuel : il charrie des modes de vie à impacts sociaux — citons, entre cent, ces formes d’auto-limitation volontaire et d’augmentation des liens et des formes de solidarités et de sociabilités (le convivialisme comme éthique de vie). La création de nouveaux imaginaires passe aussi par l’élaboration de cadres permettant au citoyen d’acquérir un pouvoir sur (la domination, l’exploitation, l’exclusion…), un pouvoir de faire (d’action), un pouvoir avec (dans la diversité des composantes) et un pouvoir dedans (dans un groupe qui diminue les effets de pouvoir).

L’idée socialiste en quête de relais

Autres temps, autres lieux, mais la militante libertaire Lucy Parsons avait déjà saisi les manquements du tout-urne : « N’allez pas croire que les riches vous autorisent un jour à leur ôter leur richesse par les urnes. » L’aspect spectaculairement ridicule de la dernière séquence électorale démontre combien cette seule voie tient de l’impasse. Il est temps de remettre en cause le fétichisme, hégémonique, au sein de la gauche, du processus électif, perçu comme horizon légitime. Si Podemos s’affiche en perte de vitesse, c’est en partie qu’il a tourné le dos aux luttes. Le continuum entre engagement partisan et les combats de terrain n’existe plus, ou devient l’exception, alors que c’est leur mise en dialectique qui permit justement d’arracher des victoires sur l’organisation capitaliste de nos sociétés : le Front populaire, le programme du Conseil national… Le règne de la séparation organisée entre les mouvements sociaux et les organisations politiques charrie défaites sur défaites. Sous configuration capitaliste, l’organisation des forces économiques et des êtres s’établit par le haut, après conquête de l’appareil d’État via des formations partidaires. Un bloc idéologique nous fait défaut. Ses relais aussi.

Fabriquer des socialistes

Coup d’œil dans le rétroviseur. Nos aïeux possédaient souvent de multiples casquettes. La CGT des premières heures était en partie anarchiste et ses militants animaient des bourses du travail à valeur d’écoles théoriques, pratiques et idéologiques de conscientisation et d’actions. Le militant PCF de l’immédiat après-guerre était souvent syndicaliste CGT. En revendiquant une neutralité politique au nom de la Charte d’Amiens, la CGT s’extirpe des logiques politiciennes mais elle aurait tort de les laisser aux uniques appareils partisans (notamment pour éviter de voir ses membres embrasser le discours du Front national ou afficher des comportements contraires aux valeurs dudit syndicat). Notre incapacité à nous organiser dans plusieurs sphères, par trop imperméables, justifie notre faiblesse : on peut multiplier les déclarations sur le manque de conscience des classes populaires acquises à l’auto-entrepreneuriat ou sur la classe salariée non-abstentionniste, qui verrait dans le voisin immigré l’ennemi, mais ce n’est que la traduction d’une dilution, voire d’une disparition des rapports de force et d’exploitation dans nos sociétés. George Orwell énonçait dans les années 1930 : « Les socialistes ont assez perdu de temps à prêcher des convertis. Il s’agit pour eux, à présent, de fabriquer des socialistes, et vite. » Impératif pareillement impérieux.

À quand un intellectuel collectif et organique ?

Une contre-culture se forme actuellement dans les sphères intellectuelles — des revues4, des chaînes YouTube5, des entretiens filmés6 ou encore des émissions radio7. Elle ne parvient que fort peu à entrer en résonance avec l’ordinaire ou la colère des classes populaires. Ces « gisements culturels », tels qu’évoqués par Castoriadis, tournent le plus souvent en circuit fermé. Si l’intellectuel traditionnel existe et squatte plateaux et tribunes journalistiques, l’organique — lié au peuple — est parti à la pêche avec les abstentionnistes. Ce ne sont pourtant pas les cadres de luttes qui manquent, qu’ils soient citoyens, associatifs, mutualistes, coopératifs, d’entraides, syndicaux, d’organisations politiques non-partisanes (AMAP, SEL, monnaies locales…). Les adeptes du raffinement analytique peuvent invoquer les totems de la réification, de l’aliénation ou du fétichisme, mais allons à l’essentiel : c’est la sujétion, dans son injonction à l’unanimisme et à l’unicité, qu’il s’agit de détruire dès lors qu’elle pointe le bout de son nez. Les moyens diffèrent. Mais l’étincelle est la conscience d’appartenir à une classe : cette conscience garantit la liaison entre praxis et théorie, être et conscience, autonomie individuelle et sociale — autant d’éléments à réunir pour retrouver notre force agissante collective. L’intendance suivra. La conseilliste Rosa Luxemburg nous dressait la voie en déclarant qu’un prolétariat en lutte se dote spontanément de l’organisation dont il a besoin. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les chauffeurs Uber : ils se constituèrent in fine en syndicat, emboîtant le pas aux livreurs Deliveroo. Ces derniers — auto-entrepreneurs, salariés de fait mais sans les garanties minimales d’un travailleur — s’organisent, se syndiquent, rejoignent les cortèges de tête des dernières manifestations. Une fraction de la CGT (la Filière Traitement des Déchets Nettoiement Eau Égouts Assainissement) arbore à Paris les couleurs rouge et noire. Ce sont ces franges — où l’exploitation est la plus implacable et le travail le plus ingrat — qui redonnent de la combativité au mouvement syndical : ils sont à suivre dans la séquence qui vient. À l’instar des identités, les luttes se croisent, s’entre-croisent, se mélangent, se superposent, bref, nous fertilisent en dépit des dissensions et des points de départ respectifs. Le capitalisme s’est mué en fait social total : la lutte doit rivaliser d’ambition — l’exploitation dans les rapports de production, bien sûr, mais aussi le patriarcat, le racisme, le sexisme, l’homophobie, le validisme ou encore l’exploitation animale.

Une sphère militante qui tend la main

Prenons soin d’éviter la création d’un marquisat de la lutte — recherche perpétuelle du plus pur vécu, concours de qui pisse le plus loin, registre sacrificiel. Le militant, tout à son sincère dévouement à ses idées, oublie parfois que son rôle n’est pas de s’imposer mais d’accompagner la marche populaire, de l’aiguiser, de la ravitailler. Les trompettes de la radicalité rebutent : au mieux sans effets, au pire risibles. Si les militants peuvent anticiper la constitution d’un mouvement réel de mobilisation, jamais ils ne doivent chercher à le diriger : l’humilité est le socle de tout engagement activiste. Il faut savoir créer le désir, susciter des affects de joie ; s’impliquer dans les cadres militants n’est pas toujours chose aisée, notamment pour les moins dotés en capitaux économiques, sociaux, culturels, cognitifs… La création de Nuit debout, autour de la contestation de « la loi Travail et son monde », permit, malgré l’absence remarquée d’une banlieue ne se mobilisant pas pour la défense d’un salariat dont elle est exclue, une certaine diversité des profils sociaux et la rencontre, à défaut d’un rapprochement sur la durée, de traditions et de structures politiques diverses. Une esquisse à enforcir.

S’engager pour grandir et faire grandir ce peuple qui manque

Ces lieux d’engagement permettent de remplir des vies souvent aliénées par le travail ou vidées par l’organisation de celui-ci : donner un sens politique à sa vie, c’est tourner le dos à l’ère du vide, c’est se réapproprier en tant qu’être entier capable de faire. Le vide est plein de renoncements — s’impliquer dans une forme ou une autre d’activité militante, c’est commencer à construire des moments ou des espaces d’émancipation lorsque l’on travaille, lorsque l’on se trouve dans son quartier, lorsque l’on se détend ; c’est redonner de la densité à l’espace, une pesanteur au temps, quand tout, partout, « se liquéfie ». Des formes de projection et de conservation sont à façonner par une pratique en continu. Face aux périls économiques et autoritaires, il s’agit de faire bloc pour en créer un autre, en l’état de conquérir plus d’égalité et de justice sociale. Ce bloc ne peut marcher que sur deux jambes : la lutte sociale et la bataille politique. Face à Emmanuel Macron, il est plus que temps de le constituer. Pourquoi rester dans le chacun chez soi quand il y a tant de châteaux à raser ensemble ? Soyons ce peuple qui manque, dans toutes ses textures, pour nous libérer de toutes les formes d’exploitation d’un être vivant sur un autre. Construisons-le pas à pas comme sujet collectif ; il ne sera jamais que le fruit d’un processus politique d’élaboration, par-delà le seul et trop simpliste « eux » contre « nous ». Devenons nos propres maîtres et faisons faux bond à nos sectarismes — luttes et organisations politiques, théories et pratiques, être et conscience ont tout à gagner à savoir se parler et grandir ensemble.