Archive pour mouvement gilets jaunes novembre 2018

Gilets Jaunes et lutte sociale syndicale… Une lecture de la situation

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 14 décembre 2019 by Résistance 71

 

Les syndicats face aux Gilets Jaunes

 

Louis Alexandre

 

Janvier 2019

 

Source: https://rebellion-sre.fr/les-syndicats-face-aux-gilets-jaunes/

 

Depuis les années 1990, nous vivons une transformation sociale sans précédente. Le glissement progressif vers le modèle libéral mondialisé a transformé les structures de l’économie et les équilibres sociaux. Cela a eu une répercutions directe sur l’environnement syndical ; la baisse régulière des effectifs des grandes centrales et de la participation aux élections professionnelles donne une idée du naufrage. Avec un des taux de syndicalisation les plus bas d’Europe (à peine 11% des employés sont syndiqués selon les sources officielles), les syndicats ne représentent plus une large majorité de travailleurs précaires et en voie « d’uberisation ». A peine 1% des intérimaires et 2% des CDD sont syndiqués, alors que 20 % des fonctionnaires le sont (cette forte représentativité est largement due aux enseignants qui utilisent les syndicats de manière très pratique dans leur évolution de carrière). Le gros des bataillons se regroupant dans le public ou les grandes entreprises, on ne les retrouve pas forcément sur les terrains sociaux chauds.

Les directions syndicales ont compris cette faiblesse et cherchent désormais à maintenir leur rôle de « partenaires sociaux représentatifs ». Le repli sur la cogestion des organismes de la protection sociale garantie par le système paritaire (État, patronats et syndicats étant représentés dans la direction des principales administrations de l’aide sociale) est pour eux le moyen de conserver cette armada de « permanents » et de « détachés » qui offrent des troupes mobilisables alors que les effectifs décroissent. Ce rôle de partenaire s’incarne dans le renforcement des négociations collectives au niveau de l’entreprise voulu dans le cadre de la réforme du Code du Travail. On demande d’avantage l’avis des syndicats, même si on a bien l’intention de ne surtout pas le suivre. Cette démocratie dans l’entreprise est clairement aux mains du patronat qui s’en sert juste pour valider au niveau de la forme ses pires plans sociaux.

La « base » des principaux syndicats doit faire face à une situation paradoxale dans la plupart des récents conflits. Alors que la combativité des travailleurs est forte, elle doit convaincre les directions de la suivre et de la soutenir. Jamais la rupture n’a été aussi profonde entre le sommet des syndicats et la masse des syndicalistes du quotidien. On constate même que les conflits se durcissent quand la présence syndicale est la moins forte. Les syndicats bureaucratiques mettent l’accent sur le maintien des acquis sociaux et non pas sur la conquête de nouveaux droits mais surtout ne proposent pas de sortir du système économique actuel. Ils ont eu d’ailleurs des positions défaitistes voire ont totalement capitulé dans de nombreuses conflits. ArcelorMittal ou Whirlpool à Amiens sont des cas d’école : leurs incapacité à résister a conduit à leur échec dans la mobilisation.

« Touchez pas au grisbi » !

Cela est triste à dire, mais les directions des principaux syndicats sont devenues des partenaire de la restructuration capitaliste dans sa phase mondialiste. Quand le mouvement des Gilets Jaunes apparaît, il est tout immédiatement considéré comme un trouble-fête dans le subtil jeu de donnant-donnant entre les partenaires du « gâteau social ». Même ceux qui ne ramassent que les miettes veulent les garder à tous prix. « Touchez pas au grisbi » est le cri du cœur des dirigeants syndicaux aux gilets jaunes !

Alors que de nombreux syndiqués de « base » se retrouvaient naturellement sur les ronds-points sans afficher leurs couleurs, les directions se sont acharnées à faire passer le mouvement naissant pour une émanation fasciste de l’extrême droite. Les appels à la vigilance de SUD ou de la direction de la CGT étaient d’une bêtise inégalée. Alors que la CFDT, ralliée depuis longtemps au gouvernement, proposait ses services et se voyer congédiée, le monde syndical voyait le monopole de l’expression populaire lui échapper.

La CGT a beaucoup perdu dans cette affaire en crédibilité. Les Gilets Jaunes « inorganisés » ont réussi là où une centrale centenaire à totalement échoué.* Ils incarnent l’opposition extra-parlementaire et populaire à un gouvernement la plus forte de l’histoire contemporaine française, alors que la mobilisation contre la Loi Travail ou la réforme du code du travail avaient été des échecs.

(*) Note de R71: Sachant que ces centrales syndicales, dont la CGT est le fer de lance, sont là pour arrondir les angles et ont abdiqué toute velléité de révolution sociale depuis 1945, on ne peut pas parler d’échec, mais au contraire de succès… pour le système. Ces centrales remplissent leur mission foie jaune de faire perdurer le consensus du statu quo oligarchique. Leurs cadres bouffent de longue date au râtelier du système et trouvent la soupe somme toute assez bonne pour leur pomme… Tout cela bien entendu au détriment de la base, du travailleur et de la travailleuse du quotidien qui voient leurs vies s’éroder dans le chantage permanent à l’emploi aliéné au sein d’une dictature étatico-marchande omniprésente.

La défiance des travailleurs est naturelle envers les syndicats et le refus des « gilets jaunes » de trouver un terrain d’action commun est sans appel pour beaucoup. Les gens ont la mémoire longue dans de nombreux endroits. Après avoir participé à la désintégration de l’économie française (fin des mines, des chantiers navals et de la sidérurgie « made in France »), les syndicats refusent de s’engager dans la vraie lutte pour la dignité du travail représentée par la France des Gilets Jaunes. Toutes les tentatives de récupération du mouvement par les directions syndicales doivent être combattues.

Quel rôle pour les syndicats maintenant ?

Que faire des syndicats dans le contexte actuel ? Peuvent-ils nous être utiles dans l’extension du mouvement radical né des Gilets Jaunes ? Devons-nous reprendre en main les syndicats par la base ? Organiser des coordinations ou des conseils en dehors ? Imposer l’autonomie des luttes ?

Désolé, nous n’avons pas de réponse miracle ou dogmatique pour vous. Mais nous pensons qu’une forme combinée des différents modes d’action va naturellement s’imposer sur le terrain. Que les bases syndicales vont rejoindre naturellement les combats des Gilets Jaunes.

Nous refusons toutes formes d’entrisme à Rébellion depuis l’origine, mais nous constatons que des voix « radicales » s’affirment à la base des grandes centrales pour contester l’étatisme des directions. Certaines sont orientées par des tendances très politiques ( les lambertistes du POI ou la France Insoumise par exemple), mais elles permettent à d’authentiques tenants d’un syndicalisme de combat de s’exprimer. La bureaucratie syndicale étant bien faite, elles auront du mal à se faire entendre dans les appareils verrouillés, mais risquent d’être entendues à leur niveau professionnel. Si elles savent s’adresser aussi aux éléments extérieurs à leur milieu, l’impact de ces voix sera surement un des éléments d’appui des Gilets Jaunes. Amis syndiqués (et vous êtes nombreux parmi nos lecteurs), soutenez-les pour faire bouger les lignes.

Les coordinations et les conseils ouvriers, impliquent un cadre précis qui a relativement disparu (les grands bassins industriels du XXème siècle) mais ce principe de démocratie populaire directe est bon. Il trouve son sens s’il converge en dehors de l’entreprise et touche tous les aspects de la vie.

A l’échelle de la France Périphérique, les conflits sociaux doivent devenir horizontaux. Il n’y a rien à attendre des directions syndicales, mais tout de ses voisins ou collègues d’autres secteurs. Les Gilets Jaunes sont la preuve de la réussite d’une action de solidarité et d’entraide enracinée dans un « terroir ». Les zones ravagées par les plans sociaux doivent s’unir et résister. C’est la convergence des luttes au niveau du peuple qui doit entrainer une sécession de vastes territoires du cadre du système. L’auto-organisation et l’union des luttes est le scénario que craint le plus le gouvernement. Faisons en sorte qu’il se réalise partout.

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Gilets Jaunes, Grève Générale, une chanson inspiratrice: « La révolte » de Sébastien Faure (avec vidéos)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 12 décembre 2019 by Résistance 71

 

Question simple: Où en est-on depuis 133 ans que cette chanson a été écrite ? Question subsidiaire: Pourquoi, comme d’habitude, se sent-on si proche de ces paroles et a t’on le sentiment que cette chanson est d’une actualité brûlante ?.. Serait-ce par hasard parce que rien en fait n’a changé en profondeur, que tout changement n’est que cosmétique et un aménagement après un autre de la merdasse étatico-capitaliste ?

Nous avons trouvé deux interprétations  audio/vidéo de cette chanson de Sébastien Faure que nous vous mettons sous le texte, elles en valent la peine… Note toutefois: dans la seconde vidéo, Les 4 barbus ne chantent pas les deux derniers couplets sans doute pour respecter une durée impartie sur vinyle.

A écouter et diffuser sans modération histoire de remettre un bon coup de motivation à ceux qui auraient tendance à baisser les bras !

Vive la Commune ! Vive la Société des Sociétés !

~ Résistance 71 ~

 

La révolte (chanson)

 

Sébastien Faure

1886

 

Nous sommes les persécutés
De tous les temps et de toutes les races
Toujours nous fûmes exploités
Par les tyrans et les rapaces
Mais nous ne voulons plus fléchir
Sous le joug qui courba nos pères
Car nous voulons nous affranchir
De ceux qui causent nos misères

Refrain :

Église, Parlement, Capitalisme, État, Magistrature
Patrons et Gouvernants, libérons nous de cette pourriture
Pressant est notre appel, donnons l’assaut au monde autoritaire
Et d’un cœur fraternel nous réaliserons l’idéal libertaire

Ouvrier ou bien paysan
Travailleur de la terre ou de l’usine
Nous sommes dès nos jeunes ans
Réduits aux labeurs qui nous minent
D’un bout du monde à l’autre bout
C’est nous qui créons l’abondance
C’est nous tous qui produisons tout
Et nous vivons dans l’indigence

(Refrain)

L’État nous écrase d’impôts
Il faut payer ses juges, sa flicaille
Et si nous protestons trop haut
Au nom de l’ordre on nous mitraille
Les maîtres ont changés cent fois
C’est le jeu de la politique
Quels que soient ceux qui font les lois
C’est bien toujours la même clique

(Refrain)

Pour défendre les intérêts
Des flibustiers de la grande industrie
On nous ordonne d’être prêts
À mourir pour notre patrie
Nous ne possédons rien de rien
Nous avons horreur de la guerre
Voleurs, défendez votre bien
Ce n’est pas à nous de le faire

(Refrain)

Déshérités, soyons amis
Mettons un terme à nos tristes disputes
Debout! ne soyons plus soumis
Organisons la Grande Lutte
Tournons le dos aux endormeurs
Qui bercent la misère humaine
Clouons le bec aux imposteurs
Qui sèment entre nous la haine

(Refrain)

Partout sévit l’Autorité
Des gouvernants l’Internationale
Jugule notre liberté
Dont le souffle n’est plus qu’un râle
L’heure a sonné de réagir
En tous lieux la Révolte gronde
Compagnons, sachons nous unir
Contre tous les Maîtres du Monde

(Refrain)

 

 

 

Contre l’imposture traîtresse de la hiérarchie syndicale… GiletJaunissons la grève : Tout le pouvoir aux ronds-points et aux conseils des travailleurs !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 12 décembre 2019 by Résistance 71

 

 

Déclaration de l’AG des Gilets Jaunes de Belleville

 

9 décembre 2019

 

Source:

https://www.platenqmil.com/blog/2019/12/10/une-greve-gilet-jaunee

 

Une grève gilet-jaunée. Voilà la belle surprise de ce jeudi 5 décembre, les trois quarts des centaines de milliers de manifestants (un million et demi dans toute la France, 250 000 à Paris !), lycéens, étudiants, enseignants, travailleurs, chômeurs, grévistes qui ont marché en dehors des syndicats l’ont fait en criant à tue-tête des slogans gilets jaunes. Et, surprise encore, même dans le cortège syndical arrivant finalement avec ses ballons à 20h sur la Place de la Nation (après être parti six heures plus tôt de la Gare de l’Est !), ce sont les classiques chants des Gilets jaunes que l’on entend, à commencer par « Ré-vo-lu-tion ! ». La détermination des Gilets jaunes a fini par imprégner la société toute entière, et en 2019 c’est le dernier style de la contestation. C’est un bon début, mais il manque encore le versant pratique. En particulier ce prodige que constituent la multiplication, la divergence et l’exploration des manifestations sauvages.

Une convergence a déjà eu lieu. C’est la révélation du jeudi 5 et du vendredi 6 décembre au terme d’assemblées générales où l’on a pu mesurer la distance qui sépare les pratiques horizontales des Gilets jaunes et la logique de représentation corporatiste. Un Gilet jaune prend la parole à St Lazare après des prises de parole successives de travailleurs en lutte (enseignants, cheminots, ratp, etc.) : « Pour moi le mouvement des Gj c’est déjà la convergence, c’est un mouvement où il y a des jeunes, des plus anciens, et tous les corps de métiers représentés. Ce que je vois en face de moi, c’est pas des enseignants, des cheminots, c’est des humains ! Et c’est ce qui me plaît ici, c’est de voir des personnes différentes. Maintenant je préfèrerais vous voir devant l’assemblée ou devant l’Elysée. »

C’est ce chemin qu’il reste à faire ! Mais d’abord, il faut bien comprendre que les Gilets jaunes ne se définissent pas par leur profession, ils ne se définissent pas par ce qui les asservit, mais par ce qui les enrichit, par le fait d’être en lutte, par ce sentiment d’appartenir à une communauté d’humains qui partagent un même but, une même finalité. C’est cette force, ce sentiment unitaire qu’il nous faut arriver à partager avec tous.

Ils vont nous la faire à l’envers. Tout le monde, les syndiqués comme les non-syndiqués s’accordent à dire que les représentants des syndicats « vont nous la faire à l’envers », ajoutant : « comme d’habitude ». Nous sommes prévenus. De longue date. Et nous ne les laisserons pas faire.

Désectorialiser la grève. Pour cela, il nous faut faire dérailler le train-train de la négociation syndicale que tentent d’installer médias et gouvernement. Allons dans les AG professionnelles pour les désectorialiser. Créons des assemblées fondées sur la démocratie directe. Créons des lieux ouverts, créons des QG. Généralisons la critique ad hominem de toute forme de représentation comme les Gilets jaunes l’ont fait sur les politiques et les journalistes.


Tout le pouvoir aux ronds-points !

Faisons de décembre 2019 l’aboutissement et la réalisation de décembre 2018.

Pour le retrait de la loi sur les retraites !

Pour la justice fiscale, sociale et pour la démocratie directe !

Pour des lieux publics de rencontre et de délibération !

Dissolution de l’assemblée ! Macron et ta clique, dégagez !

Assemblée des Gilets jaunes de Belleville (9 décembre 2019)

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


L’émancipation réelle c’est: A bas l’État,
A bas la marchandise, A bas l’argent, A bas le salariat !

France et terrorisme d’État en marche: « Le dissident Gilet Jaune est bien un résistant… »

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 11 décembre 2019 by Résistance 71

 


« L’État est la négation de l’humanité. » Bakounine

 

Criminaliser les Gilets Jaunes en France : le terrorisme d’état en marche ?

 

Jean-Yves Jézéquel

 

1er décembre 2019

Source:

https://www.mondialisation.ca/criminaliser-les-gilets-jaunes-en-france-le-terrorisme-detat-en-marche/5639402

 

L’actualité des Gilets jaunes nous oblige à parler de terrorisme d’État, car celui-ci est directement en cause puisqu’il a été révélé brutalement par le comportement de Didier Lallement, Préfet de Police de Paris, nommé récemment à ce poste par les tyrans de la macronie, puisque son prédécesseur démissionné de force se montrait trop respectueux du droit constitutionnel. Ce haut fonctionnaire de l’État français républicain a manifestement et délibérément confirmé le 16 novembre dernier, Place d’Italie, le terrorisme d’État en marche, en répondant à une dame pacifique qui se disait Gilet jaune. Cet aveu du Préfet de police de Paris, retourné sur les lieux du crime pour y constater son efficacité, a été filmé et diffusé sur Internet: on ne peut donc pas le contester. Lallement affirme clairement et sans honte: « Nous ne sommes pas dans le même camp, Madame! » Il représente pourtant théoriquement la « République Française » et il était donc tenu à un devoir de neutralité, même si personnellement il est opposé aux revendications plus que légitimes d’au moins 70% de la population de ce pays. Certes, il est évident que Lallement fait partie des bobos et des nantis du système, grassement payé par les impôts de ce peuple qu’il place dans un « camp adverse »! On peut dores et déjà se dire que ce comportement relève d’une forme de délire!

Avant d’en faire une analyse un peu plus détaillée, rappelons que le terrorisme d’État consiste en une pratique de la terreur par un État dit de « Droit », sur sa propre population, comme méthode de gouvernement. La terreur permet au pouvoir en place de briser, à force de mesures extrêmes, arbitraires, illégales, anticonstitutionnelles, violentes, et de sidération collective, ceux qui lui résistent. Inutile d’insister sur le fait que le recours à la terreur rend d’office illégitime tout pouvoir qui se révèle ainsi être intrinsèquement pervers et que le devoir des citoyens est de renverser un tel pouvoir.

Le phénomène de sidération a la particularité de créer dans l’individu sidéré un morcellement. Cette situation psychique est qualifiée de « psychotique » par les psychologues. Quand l’État nous sidère par sa pratique avérée de la terreur, c’est la santé mentale qui nous est ouvertement interdite et la pathologie est en même temps décrétée, anachroniquement et paradoxalement, comme la «normalité»! 

Le fait de criminaliser un comportement, celui des Gilets jaunes, jugé arbitrairement et implicitement par Lallement, comme « non conventionnel », selon les termes de la loi Valls sur le terrorisme, ne peut avoir pour but que d’installer la «légitimité» d’un « non-sens » et ainsi, de  prolonger indéfiniment l’effet de sidération. Le spectacle insensé de la violence policière organisée à la Place d’Italie le 16 novembre dernier, a gravé et laissé dans la « conscience collective », (obligatoirement morcelée des citoyens qui ont assisté, à cette occasion, à une surenchère de la toute-puissance accordée à une police qu’il est formellement interdit de critiquer, ceux-ci étant dans le « bon camp » et le peuple opprimé dans le « mauvais camp »), une énorme sidération des citoyens pétrifiés devant la toute puissance de la répression policière, bénéficiant d’une absolue impunité! 

Lallement a organisé le spectacle de la brutalité terroriste du Pouvoir, afin de nous donner «à voir», ce qu’il en coûte à tout citoyen ne se terrant pas dans le silence muet de la sidération face à la toute-puissance de l’État terroriste! Moi, l’État, j’ai le pouvoir arbitraire de maltraiter ou de massacrer n’importe qui sans l’avis d’un juge qui de toute façon est lui aussi dans le même «camp»! Tous les citoyens de ce pays qui protestent, sont placés d’office dans la même situation que celle de «terroristes», de « foule haineuse », de gens qui « ne sont rien » ou qui «menacent la République». Nulle preuve du désastre ultralibéral n’est nécessaire; nulle légitimité constitutionnelle à protester n’est nécessaire: l’État est tout puissant et s’autorise à réprimer, à brutaliser, à intimider, à dissuader les revendications. Ceux qui ne se soumettent pas à la toute puissance de l’État terroriste sont dans un « autre camp »!

En observant le traitement judiciaire odieux qui est fait contre les Gilets jaunes, avec la complicité d’une magistrature collabo, le citoyen spectateur passe d’une image qu’il voit sur ses écrans de télévision à une image qu’il ne voit pas, celle de l’invisibilité du choc de la lutte du «  camp du bien » contre « le camp du mal ». Puis, grâce à la mise en scène spectaculaire de Lallement sur la place d’Italie, le mal est identifié à l’image des Gilets jaunes. La personnification du mal est un soulagement extraordinaire offert par le Pouvoir aux citoyens bobos partisans macroniens qui peuvent désormais clairement « choisir leur camp »: celui de la complète complicité avec le terrorisme d’État ou celui de l’option du terrorisme contre l’État! 

C’est l’artifice rhétorique habituel du Pouvoir qui gère son «management de la terreur», dans le but de provoquer une sidération des citoyens et de les conditionner pour «la fabrique du consentement». C’est l’absurdité du discours officiel qui fait qu’on ne peut pas le contester. 

La sidération pétrifie. Nous voyons tous que quelque chose n’est pas net et profondément incohérent dans ce discours officiel de Lallement et de ceux qu’il représente, mais cette faille qui apparaît dans le discours a pour but de nous «morceler». 

Le psittacisme journalistique, quant à lui, a une force incantatoire et le compte rendu en boucle des violences des «casseurs» assimilés aux Gilets jaunes, compte rendu quasi jubilatoire pratiqué par les supports médiatiques officiels, est une exhibition qui s’impose à tous les citoyens. En réalité, il n’y a pas de représentation possible des faits; c’est chaque fois une exhibition, impliquant une manipulation, et c’est par cela que l’effet de sidération est garanti. La sidération vient de l’impossibilité pour chacun d’entre nous de déchiffrer le réel; elle ne vient pas en soi de la violence exhibée elle-même. 

Le citoyen ainsi «morcelé» à son insu, ne peut retrouver son «unité individuelle» que par une surenchère dans ses paroles d’adhésion à ce qui lui a été assené. Ensuite, une fusion identification s’opère avec le Pouvoir qui a montré, nommé, déclaré les faits. «Le bon camp de la légitimité étatique», comme la fusion entre les surveillants et les surveillés, peut se mettre en place. Le Pouvoir a les mains libres pour décréter une dictature devenue parfaitement «légitime» dans son discours. Des gens bien intentionnés (les bobos macroniens et profiteurs d’en haut) vont s’étonner que la police ne tire pas encore à balles réelles sur ce peuple qui appartient à «un autre camp» incompatible avec le leur!

(Cf., les BHL et autres Luc Ferry) Si quelqu’un ose montrer les failles dans le discours du Pouvoir, alors apparaît la psychose qui a pour effet immédiat de supprimer tout mécanisme de défense. Le Pouvoir peut abolir l’État de Droit, installer une authentique dictature et peut déclarer tout ce qu’il veut, jusqu’à rejeter la vie privée hors des libertés fondamentales. Le citoyen voit se dresser des sens interdits partout, il est piégé, nassé; il n’a plus les moyens de se défendre, sauf s’il en vient à prendre les armes! C’est ainsi que la guerre civile est préparée et programmée par les charlatans de l’irresponsabilité politique dont Lallement est un brillant serviteur. 

Le dissident Gilet jaune est bien un résistant. Dans le «camp» macronien, on va faire entendre que cette classe «haineuse», celle de ceux qui «ne sont rien», ne peut pas avoir raison contre la majesté de la République sacralisée et «innocente» en tant que sacrée. Le dissident contestataire devient donc le «traître» ou le «complotiste», le «récalcitrant», « l’ennemi de la République », « le fainéant » qui ne veut pas « traverser la rue pour trouver un emploi », le « salaud de pauvre » accusé en même temps, dans un amalgame exécrable, « d’antisémitisme », « d’homophobie » et autres injures… Pour le macronien moyen, il faut faire taire impérativement ce divergent par tous les moyens. Tous les «frondeurs» et «résistants» de l’histoire ont été persécutés par les Pouvoirs en place et il n’y a rien d’étonnant à cela puisque le Pouvoir ne s’inquiète que de sa pérennité et de ses intérêts immédiats jamais compatibles avec ceux d’une démocratie. 

Ce management de la terreur, révélé par Lallement et pratiqué par l’État, ne peut que déboucher sur la guerre civile! Les «responsables savent parfaitement ce qu’ils font», c’est pourquoi, nous ne pouvons pas leur pardonner! 

Lallement choisissait la place d’Italie pour autoriser la manifestation du premier anniversaire de la révolte des Gilets jaunes, le 16 novembre dernier.

Cette place avait l’avantage d’être entourée de travaux: on pouvait donc facilement y organiser la casse.

Le maire du 13ème arrondissement protestait vigoureusement mais l’État tout-puissant lui disait de la fermer!

Avant 14h00, heure du début de la manifestation autorisée, des «policiers casseurs» étaient déjà à l’œuvre depuis 10h00 du matin pour dresser des barricades au nez et à la barbe de leurs collègues CRS. 

Le dispositif policier ceinturait la Place d’Italie et laissait faire sans intervenir. 

Des feux étaient allumés et un camion des services de propreté de la ville de Paris arrivait tout naturellement sur la place et déversait devant la police des palettes de bois pour alimenter le feu des barricades: ce fait a été filmé par un témoin et diffusé sur Internet en direct. On était à deux heures du début de la manifestation.

Le monument militaire de la place d’Italie était profané devant la police qui ne bronchait pas.

La police laissait la place se remplir et organisait immédiatement la nasse.

La violence organisée se mettait en route et les télévisions collabos étaient à l’oeuvre pour montrer à quel point ces Gilets jaunes, fêtant l’anniversaire d’une année de lutte et de sacrifices consentis, étaient des ordures à éliminer impitoyablement.

Le gazage était déclenché, puis le concert des grenades GLI F4, des LBD 40 et de toute l’artillerie habituelle était orchestré par Lallement depuis le pupitre de la préfecture de Paris. Puis satisfait du travail accompli, fier de son fascisme transcendant, il allait compter les nombreuses victimes de cette violence policière…

Tout le monde était massacré: Gilets jaunes et journalistes de la presse indépendante, passants, touristes et visiteurs, sans distinction…

Lallement déclarait hypocritement qu’il avait organisé un «canal d’évacuation» avant l’intervention violente des «Forces de l’Ordre» transformées en milices!

A 14h00 il déclarait «interdite» une manifestation qui était autorisée! Les gens qui étaient là étaient nassés, et ne pouvaient en aucun cas savoir que tout à coup la manifestation n’était plus autorisée!

On les verbalisait donc «en veux-tu en voilà»: contraventions de 135 euros, interpellés, arrêtés, menottés, nassés, gazés, massacrés…

Les casseurs étant des gens de la police, comme on l’a relevé, pouvaient se replier tranquillement derrière les rangs de leurs confrères en uniformes pour se protéger de la colère de ceux qui les avaient repérés… Dans la France macronienne, on connaît désormais les BAC Blocs.

Lallement commettait une série d’infractions graves:

Article 223-1 du Code pénal: mise en danger délibéré de la vie d’autrui…

Articles 322-1: complicité de dégradations volontaires de biens publics…

Articles 222-9 à 222-13: Violences volontaires par l’autorité publique…

Article 432-4: Atteinte à la liberté par séquestration arbitraire effectuée par l’autorité publique… Interpellations, gardes à vue illégales, violences sur des gens présents sur les lieux de bonne foi (manifestation autorisée) mais interdite sans préavis sans qu’ils ne puissent le savoir!

Article 432-10: Délit de concussion.  C’est la perception d’argent qui n’est pas dû! Les gens qui ont été verbalisés n’avaient pas à payer ces amendes illégales…

Enfin, seul le Procureur de Paris peut déclencher aujourd’hui une enquête et identifier les responsabilités pénales et disciplinaires. Mais comble d’ironie, le nouveau Procureur de Paris est justement un ami de Macron qui a été placé à ce poste clé et qui a organisé les gardes à vue préventives des Gilets jaunes! La «démocratie» est décidément magnifique et elle est belle à voir en France!

Le Procureur de Paris s’avère être dans « le même camp » que Lallement, comme l’IGPN, comme la magistrature, comme le Parlement, comme le Conseil Constitutionnel… etc. Tout est verrouillé et le pouvoir ne souffre pas d’être partagé: pas de contre-pouvoir, pas d’échappatoire, pas de liberté, pas de fraternité, pas d’égalité de tous devant la loi; seulement le pouvoir absolu d’un côté et la soumission absolue de l’autre… une parfaite dictature.

CONCLUSION

La République révèle enfin son vrai visage et sa réelle nature: un « camp de répression» dans lequel le peuple est parqué pour être dressé non seulement à la soumission mais plus encore, dressé à aimer sa soumission, grâce au mensonge qui a assez duré. Le peuple Français vient de découvrir que le « camp » de la République n’est pas au service des intérêts du bien commun du peuple tout entier, mais au service d’une caste de privilégiés qui ont organisé le dressage du peuple pour l’exploitation et le pillage du peuple. La caste des tyrans du « camp » spécialisé en dressage, ne supporte plus que ce peuple ait encore quelque chose à revendiquer. Elle veut « remettre de l’ordre »: les Maîtres d’un côté (le camp des élites) les esclaves de l’autre (le camp des maltraités, de « ceux qui ne sont rien », de « la foule haineuse »)… 

Pour le moment, nous connaissons le cas de cette pauvre dame qui fermait ses volets à Marseille, visée de sang froid par un tir de LBD 40, et décédée des suites de cette agression criminelle de la police française. Puis un Gilet jaune, filmé levant les bras au ciel, était lui aussi abattu de sang froid par un sniper de la police, sur les Champs Élysées, le samedi 24 novembre 2018 et dont personne n’a jamais plus entendu parler. La scène était captée en direct par le téléphone d’un «étrange témoin» enregistrant à la fois les policiers meurtriers et la victime s’écroulant sur le sol! Pour le moment, la tuerie de masse n’a pas encore été ordonnée, mais tout indique qu’elle ne va pas tarder, peut-être déguisée en attentat islamiste du genre « Promenade des Anglais ». On nous serine depuis un bon moment que «nos compatriotes djihadistes égorgeurs sont de retour de Syrie», comme si le terrain était déjà psychologiquement préparé pour une nouvelle mise en scène du terrorisme d’État et pour la justification de la violence par la confortable opportunité d’un bouc émissaire de service…

Je ne sais pas pourquoi cette histoire du Préfet Lallement s’impose à mon esprit et me renvoie subtilement à celle d’Anders Behring Breivik, ce Norvégien de 32 ans qui avait planifié et réalisé le carnage du 22 juillet 2011 à Oslo et sur l’île d’Utoya: 77 morts par balles et 151 blessés à lui tout seul. Il avait organisé froidement ce massacre pour satisfaire ses convictions idéologiques, dans la pure tradition du conservatisme chrétien, illuminé par sa mission spirituelle de nouveau Templier, incarnant les vraies valeurs de notre « grande culture judéo-chrétienne, paulinienne », exaltée et inspirant la perfection indépassable de l’ultralibéralisme au service d’une élite qui pense résolument, tout comme le Préfet Lallement, qu’elle «sera là pour toujours» (Cf., allocution de Lallement le samedi 16 novembre 2019). Cette élite est persuadée qu’elle verra prochainement en France la fin des Gilets jaunes écrasés par la puissance du terrorisme d’État! La guerre du «camp Lallement», me fait penser à la guerre du «camp Breivik», comme s’il y avait entre ces gens-là un lien mystérieux qui les unissait au-delà de la raison et de la conscience…

Mais qui a déjà entendu dire qu’un Pouvoir, qu’un État, qu’un Empire et ses Légions toute puissantes «auraient été là pour toujours» en ayant eu le dernier mot sur les peuples?! Non Monsieur Lallement, ce cas de figure n’existe pas: «vous n’êtes pas là pour toujours», le Pouvoir «n’est pas là pour toujours», l’État «n’est pas là pour toujours», car le mensonge n’a qu’une durée de vie limitée. En revanche, le peuple lui est assurément là comme il était là avant l’erreur étatique et comme il sera encore là après le jour de sa chute finale, et cela jusqu’à ce que la Terre Mère ait décidé elle même de la fin ultime de l’aventure humaine sur la planète…

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Grévistes en colère: « Bureaucrates, hors de nos grèves ! »

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 9 décembre 2019 by Résistance 71

Nous ne sommes pas les seuls à le dire loin s’en faut, mais il est vital de considérer ce fait évident: toute grève encadrée l’est par des foies jaunes qui bouffent depuis des lustres au râtelier du système et pour eux, la soupe est bonne…

Tout mouvement de grève encadré n’est que la mise de la lutte émancipatrice dans la nasse du réformisme.

Non pas que la base soit corrompus, mais la hiérarchie l’est, immanquablement et le texte ci-dessous est éclairant là dessus pour ceux/celles qui l’ignoraient encore.
Pour être vraiment efficace et peser : grève générale illimitée et expropriatrice, c’est à dire que les travailleurs reprennent les rênes du travail et produisent biens et services pour la communauté, en direct, et non plus pour soutenir ce système de la dictature marchande, du profit et sa clique de parasite (sortie de l’aliénation). Les conseils ouvriers italiens anarchistes de 1920 ont fait trembler le système de la sorte pour n’être trahi que par la fange habituelle des foies jaunes de partis, “communistes” en tête.

Quand on négocie, on est d’accord sur le principe du système dans lequel on évolue. Là doit se situer la grande rupture. La victoire émancipatrice ne peut venir qu’en dehors de l’État et de ses institutions, en dehors de la dictature marchande qui les régit depuis quelques 200 ans, en dehors des concepts monétaires et en dehors de l’esclavage salarial. Le but n’est pas d’améliorer cette merdasse immonde et contre-nature, mais de la supprimer sans espoir de retour.

Tel est l’enjeu, tout le reste n’est que favoriser le renforcement du système qui phagocyte toutes les luttes menées sur son terrain. Nous ne devons plus jouer cette partie sur leur terrain, mais sur le notre. Le nombre, l’organisation organique et la détermination sont notre force, même si pas encore bien comprise.

C’est la seule issue pour nous émanciper de cette société du vampirisme marchand et de pouvoir enfin vivre et mon plus survivre avant la mort.

Qu’on se le dise !

~ Résistance 71 ~

 


« A bas les grèves réformistes des impostures marchandes »

 

Bureaucrates hors de nos grèves !

 

Grévistes en colère

 

7 décembre 2019

 

source:

https://paris-luttes.info/bureaucrates-hors-de-nos-greves-13041?lang=fr

 

Impressions et analyses d’un gréviste sur comment se départir des bureacrates syndicaux afin de mener le mouvement vers la victoire.

Ayant déjà été grévistes en 2010 lors de la précédente réforme des retraites, qui, faut-il le rappeler, a été un flop énorme, et a épuisé la plupart des personnes l’ayant vécu, leur a brisé le moral jusqu’en 2016 où les têtes ont commencé à se relever, nous tenons à mettre au point un certain nombre de choses.

1-Le droit de grève étant encadré en France, nous ne sommes pas libres de faire grève quand nous le souhaitons. Le public et le privé sont pris en otage (pour une fois que c’est vrai) par les directions syndicales qui posent les appels nationaux, « couverture légale » de tout mouvement de grève.

Le privé peut se mettre en grève dès qu’il le souhaite, à condition d’être deux grévistes dans une boite : à moins d’un rapport de force particulièrement élevé, inutile de dire que c’est compliqué.

Le public doit attendre le bon vouloir des directions syndicales, même s’il y a des préavis tout le temps, absolument pas coordonnés : ah ouais c’est vrai, si on était coordonné·e, peut-être qu’on pourrait gagner, merde alors.

Jeudi, c’était le cas : grévistes partout, boulot nulle part, en plus pas de transports, tant mieux pour tout le monde.

Vendredi, déjà, les gens commencent à bafouiller : les buros sont de nouveau de sortie en AG pour nous expliquer que jeudi et mardi, c’est deux jours consécutifs. Comment faire passer des journées éparses pour une grève illimitée…


C’est pourquoi nous souhaitons que les gens arrêtent leurs salades : tout le monde veut une grève illimitée, qui sera notre seule chance de faire reculer les porcs qui veulent nous faire travailler jusqu’à la mort.

2-Comme la grève, ça coûte cher, et que tout le monde crève déjà la bouche ouverte, la question des caisses de grève se pose : qui parle de caisse en ligne, de demander l’aumône dans le métro (dommage, y en a plus), de faire des gâteaux et du vin chaud, etc., etc.


Nous tenons à rappeler que les syndicats ont des thunes pour ça et qu’elles ne sont pas réservées aux syndiqué·e·s, mais aux grévistes. Nous serions bien naïf·ve·s de laisser les syndicats contrôler ces caisses et avons besoin de caisses autonomes
 !

3-Retour des AG, retour des buros : les méthodes n’ont pas changé, on tient le crachoir, tout le monde est d’accord dans un consensus flou, toute parole est immédiatement lissée, policée. Bientôt le retour des invisibilisations, des limitations du temps de parole voire des intimidations verbales ou physiques envers les personnes qui parlent d’organisation sérieuse,

Il est nécessaire, dans toutes les AG, que les gens soient conscient·e·s des tours de passe-passe des habitué·e·s de la parole : qui récupère les numéros de téléphone et les mails et contrôle les informations diffusées, qui veut mettre tel mot à la place de tel autre, qui veut imposer son agenda syndical ou politique, qui veut proposer tel mode d’organisation, commission dans un but de contrôle, etc., etc.

Tous ces micmacs n’intéressent personne, on n’a pas le temps : tout ce qu’on veut, c’est décider ensemble, de nos actions, de nos moyens de faire grève, donc pression.

Que les bureaucrates fassent attention : on n’est pas prêt·e·s à se faire rouler de nouveau dans la farine !

À bon entendeur·euse·s, salut

Des grévistes qui en ont marre de se faire déposséder de leur lutte.

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

L’après 5 décembre… Où va t’on ? Y a t’il une vie avant la mort ?…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, gilets jaunes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 6 décembre 2019 by Résistance 71


Plus que jamais… Tout le pouvoir aux ronds-points !

 

A lire: « 5 décembre 2019… Retour la vie, tout simplement »

Collectif Guerre de Classe:
tract-GDC-A_bas_les_greves_des_impostures_marchandes

 

Retraite : Y a t’il une vie avant la mort ?

 

Résistance 71

 

6 décembre 2019

 

Que dire après ce 5 décembre qui fut un succès populaire ?… Bien sûr que le plan de “réforme” des retraites de la Macronie est inique et destructeur, mais objectivement, il n’est qu’un plan parmi d’autres et après celui-là, retoqué ou pas, il y en aura un autre car le capitalisme dans sa phase terminale n’a plus d’autre choix que de tout vampiriser pour se maintenir toujours un peu plus en vie.

La véritable question à notre sens et au sens d’un nombre croissant de personnes semble t’il, est celle de notre vie, pas celle de notre fin de vie…

Les “acquis sociaux” sur lesquels s’arc-boutent la lutte syndicale bouffant au râtelier du système, ont déjà été bien malmenés et ils le seront encore et toujours dans une marchandisation de tout et de chacun ; n’allons pas très loin : il suffit de regarder le comportement des zombies de la marchandise lors de ces opérations de la dégénérescence appelées “Black Friday” ou “Vendredi Noir”, pour voir la lobotomie marchande à l’œuvre. Penser aujourd’hui qu’on puisse restaurer les “acquis” issus du CNR et des trente glorieuses de l’après guerre n’est que pure utopie dans cette folie débridée de la dictature du fétichisme marchand. Une telle période ne pourrait renaître que sous une seule condition: un après 3ème guerre mondiale non thermonucléaire. C’est du reste la seule recette qu’a le système pour remettre en quelque sorte les compteurs économiques à zéro et repartir pour un tour de manège d’exploitation après chaque crise profonde, deux guerres mondiales faisant des centaines de millions de morts sont là pour en témoigner. 

Aussi loin que l’oligarchie est concernée dans le système de privilèges qu’elle défend, le temps d’une guerre majeure est venu, à moins qu’elle ne parvienne à mettre en place plus rapidement son projet de Nouvel Ordre Mondial fasciste supranational (fusion des états avec les entreprises des cartels techno-industrio-financiers) et sa grille de contrôle technotronique de dictature globale. Nous allons soit vers l’un, soit vers l’autre de ces plans oligarchiques.

Le problème fondamental ici ne réside pas dans la “réforme des retraites”, qui ne devient à l’analyse, qu’un épiphénomène d’une réalité bien plus malsaine, celle de notre mode de vie que nous n’avons en rien choisi mais qui nous a été imposé par la force de la division, du chantage au travail, au chantage marchand. Devons-nous passer l’essentiel de nos meilleures années de vie à travailler de manière aliénée dans cette course effrénée de l’annihilation et du contrôle marchand ? Il ne serait même pas question de “retraite” dans une société naturellement équilibrée au travail émancipé de la valeur marchande, parce que oui, il est parfaitement possible de sortir toute valeur marchande de l’équation pour ne produire qu’en rapport des besoins réels des sociétés et non plus en suivant le diktat du profit et de l’esclavage de la valeur et de la plus-value. La retraite en elle-même est une ineptie et fait partie du processus induit de ce chantage continuellement exercé sur le prolétaire, c’est à dire celui / celle qui n’a que sa force de travail à vendre pour (sur)vivre. Le monde du travail aliéné est une gigantesque fabrique et service de maintien d’une prostitution planétaire du labeur au profit du plus petit nombre dominant une société humaine préalablement divisée pour que ceci puisse non seulement se produire mais aussi perdurer depuis quelques 5000 ans sur les 1,8 millions d’années d’existence de L’Homo erectus.

Il nous suffit de remettre les choses à l’endroit et il n’y aura plus besoin pour personne de se préoccuper de la “retraite”, qui de fil en aiguille en est arrivée à être attribuée au travailleur arrivant en limite de vie en bonne santé. La “retraite” est devenu ce mouroir physique et mental où l’ex-travailleur-euse vivote en attendant la mort que le système désire au plus tôt pour cesser d’alimenter ces vies exengue de toute “productivité” et donc des poids morts économiques pour un système à bout de souffle. Le capital et ses valets veulent passer au stade de l’euthanasie sociale (puis physique) pour toutes celles et ceux qui ont dépassé le sacro-saint seuil de rendement, le seuil de vie en bonne santé, passée à trimer et à se faire traire jusqu’à la moëlle. Cessons de perdre notre temps et nos vies ! Renversons les rôles !

Euthanasions ce système parasite et retrouvons le chemin de la vraie vie, arrêtons de survivre et clamons, reprenons, notre pouvoir sur nos vies et notre société, recréons les communes libres organiques émancipées de la dictature marchande et œuvrons ensemble pour que chacun fasse selon ses capacités et reçoivent selon ses besoins. Devenons qui nous sommes: des humains à part entière et non pas des zombies de la marchandise en mouvement.

Il est là l’enjeu de ce mouvement social. L’idée n’est pas d’empêcher une énième réforme des retraites qui viendra de toute façon tôt ou tard dans la logique irrémédiable de la déchéance capitaliste, mais de SORTIR à tout jamais de ce cercle vicieux de l’abrutissement et de l’aliénation sociale dont le travail n’est qu’un des éléments de cette misère sociale et intellectuelle créée de toute pièce. 

Il ne s’agit pas ici de révolution mais bel et bien d’évolution… 

Cessons de nous laisser dicter notre façon de vivre du berceau au caveau en veaux soumis à ce veau d’or des plus factices. Il y a une alternative, la plus belle: celle de la Vie, incarnée dans une société des sociétés ne se concernant que pour le bien commun et le bonheur de toutes et tous, dans une relation naturelle à l’organisation de la société humaine faisant de notre complémentarité le lien organique entre les sociétés libérées par-delà tous les antagonismes et conflits de la politique marchande.

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir.

Pour l’avenir de la société et la reprise en main de nos vies : a bas l’État, à bas la marchandise, à bas l’argent, à bas le salariat !

Tout le reste n’est que pisser dans un violon !

 

 

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Vers une autre réalité…

En amont du 5 décembre… A bas l’État, à bas la marchandise, à bas l’argent, à bas le salariat ! Seul chemin de l’émancipation politique et sociale….

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 3 décembre 2019 by Résistance 71


A bas l’État, à bas la marchandise, à bas le salariat !
Manifeste contre le travail

 

On se crève au travail, que crève le travail !

 

Paris-Luttes Info

 

27 novembre 2019

 

url de l’article orignal:

https://paris-luttes.info/on-se-creve-au-travail-que-creve-12952?lang=fr

 

S’il est essentiel de lutter à partir du 5 décembre contre la réforme annoncée des retraites, notre réplique ne saurait s’en tenir à des luttes conjoncturelles visant simplement à sauvegarder l’existant. Puisqu’il est vain de mal vivre aujourd’hui pour survivre à peine demain, réaffirmons que le cœur de la lutte doit bel et bien viser le travail qui, sous ses formes actuelles, ne peut être autre chose qu’une violence et un renoncement.

Pourquoi lutter à nouveau ?

Si nous serons dans la rue le 5 décembre, ce ne sera pas par plaisir de taquiner le pavé, par goût des promenades de santé sous la flotte de décembre, par atavisme militant ou habitude grégaire, par amour du folklore ou par pulsion de sacrifier une journée de salaire.

Pourquoi donc lutter à nouveau ? Parce que ce vieux monde est puant et va l’être encore davantage. Parce que nous refusons déjà cette piteuse retraite à 62 ans et que leurs 64 ans sont toujours le plafond de l’espérance de vie en bonne santé. Parce que cette réforme permettrait à nos chefaillons à venir de trafiquer la valeur des points au gré de leurs lubies budgétaires. Parce qu’en substituant au décompte actuel un système fondé sur l’ensemble de la carrière, on flinguera les plus précaires, les carrières hachurées, les temps partiels, les salaires de rien du tout – et, bien sûr, ce sont encore les femmes qui trinqueront les premières. Parce que les bouffeurs de homard pourront toujours placer leur épargne-retraite et — comme s’ils n’y avaient pas pensé tout seuls comme des grands — y seront même invités par d’appétissants avantages fiscaux. Parce que les massacreurs de la police et de l’armée, dont l’État compte bien se servir pour continuer à nous éborgner et exhiber leurs fusils d’assaut, snipers et autres joujoux d’apparat, sont les seuls exemptés de cette réforme de misère. Parce qu’une triste raison comptable d’État nous condamne à baigner dans le régime du moins-disant social au nom d’une « crise » qui n’est même pas la nôtre, mais celle des possédants, de leurs abus, de leur luxe, de leur sale besogne de privatisation des profits et de mutualisation des risques et des pertes. Enfin, parce que cette réforme révèle dans sa naïve splendeur la vanité et l’hypocrisie de cette clique de lambins, aussi prompts à se gargariser du nom de « République » qu’à piétiner à coups de gros rangers et de mocassins à glands les principes mêmes dont ils se prétendent les héritiers, ceux qui inspirèrent en 1944 à quelques résistants un système de « retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ».

La grande abdication

Toute une clique de clowns éditocrates pour laquelle l’idée de « pénibilité » se réduit à faire chaque matin en SUV le trajet du 16e arrondissement de Paris à un studio du 15e, se faire maquiller et passer sa journée le cul sur une chaise à lire des notes préparées par d’autres, nous placera du mauvais côté de l’histoire. On dégobille déjà, sur ces plateaux criards, contre le « conservatisme » des « gens » (« les gens », ça veut toujours dire « les autres ») qui « vivent dans le passé », refusent de « s’adapter », de se « moderniser », d’aller dans le sens du « progrès », de la « flexibilité », d’adouber sans jacter les « réformes » aussi « nécessaires » qu’« urgentes ». Interdisons-leur l’emploi de ces mots creux : il ne leur restera plus grand-chose à bavasser.

Comme d’habitude, ils y entravent walou. Nous ne sommes pas conservateurs, nous ne vivons pas dans le fantasme d’années passées et dépassées. Si nous ne voulons pas du 2020 qu’ils veulent nous refourguer, ce n’est pas que nous nous idolâtrons 2019, 1944 ou 1936. Mais ces marchands de rien arrivent à faire passer leur soupe. Les partis de gouvernement et syndicats de service se mettent à leur traîne : abandonnant tout espoir, englués dans leur défaitisme, ils meurent au crédit de leurs renoncements. Ceux qui animent ces grosses machines résignées sont incapables de voir que s’ils échouent même à sauvegarder l’existant, à arracher le status quo, c’est parce qu’ils ont renoncé à envisager du progrès. Leurs slogans en carton ne veulent que le maintien du même, parce qu’ils ont oublié d’exiger du mieux ; ils ont déjà perdu, parce qu’ils partent toujours perdants. Et, mollement, s’alignent les défilés sclérosés avec option ballons et mots d’ordre sans gouaille, comme pour dire au pouvoir qu’on ne fait que passer et qu’on ne veut surtout pas avoir l’air de déranger. Quelle morne abdication, quelle raison tronquée que celle qui refuse d’imaginer du changement pour autre chose que pour le pire. Pour notre part, nous ne voulons pas vivre « comme avant », nous voulons vivre toujours mieux, vivre d’une vie pleine : et la vraie question ici reste celle du travail.

La valeur du travail

Enfumés par l’illusion de travailler pour notre salaire, c’est bel et bien pour eux que nous travaillons, que nous produisons de la valeur. Pas besoin de lire de gros livres pour savoir que c’est notre sueur qui paye leurs yachts, leurs vacances, l’école privée de leurs chiards et la clinique de leurs croulants. Que ce sont nos troubles musculo-squelettiques (et notre business postcolonial) qui font augmenter le patrimoine de Bernaud Arnault de 792 euros chaque seconde et offrent à Lafarge le loisir de se faire du biff avec Daesh. Que ce sont nos angoisses et notre impuissance qui permettent aux banques de se faire chaque année 7 milliards d’euros sur nos seuls incidents bancaires — les sans-dents, ça rapporte — et aux groupes du CAC 40 de redistribuer les deux tiers de leurs bénéfices aux actionnaires contre 5% à nos gueules. Que ce sont les efforts de « ceux qui ne sont rien » qui autorisent les capitalistes à penser qu’ils sont tout. Qu’on claque un « pognon de dingue » pour traquer 60 millions de fraudes au RSA et qu’on colle de la ferme aux affamés pour un vol de sandwich en supermarché, sans se remuer pour les 3 milliards de fraudes fiscales de ceux qui ont eu la bonne idée de « traverser la rue » pour se payer un costard. Le tout avec son cortège d’humiliations, de harcèlements, de douleurs : celle de la caissière qui trimballe l’équivalent d’un éléphant chaque jour, celle du livreur à vélo qui se bouffe une portière par semaine, celle de la fille d’un suicidé de France Télécom à laquelle un patron avarié n’a rien su répondre d’autre que « c’est la faute de la dette » quand elle lui balançait, sévère et digne, dans la salle d’audience : « Vous avez tué mon père ».

Mais c’est aussi notre travail qui engraisse l’État, les policiers qui nous tabassent, les huissiers qui viennent nous soutirer notre télé ou notre baraque, les juges qui nous collent en zonzon, les profs qui nous hiérarchisent, les députés qui chouinent de devoir manger des pâtes parce qu’ils ne touchent que 5 000 euros par mois, les militaires qui vont bombarder des gens dont nous ignorons tout, sans qu’on nous demande notre avis, jusqu’au jour où on les retourne contre nous. Tous ceux-là vivent de nos misères, et pourtant ils sont nos maîtres. Encore et toujours, tout est à nous, rien n’est à eux.

La valeur-travail

Mais le fond de l’arnaque, le truc par excellence, c’est qu’ils veulent nous faire travailler — sans quoi ils n’existeraient pas, et leur indécence non plus. Nous avons une productivité telle qu’il n’y a pas 500 000 offres de travail pour dix fois plus d’inscrits chez Pôlot. Il y a bien longtemps que nous n’avons plus besoin de trimer autant pour produire à la hauteur de nos « besoins », même délirants. Si nous continuons à nous éreinter, c’est parce le travail a été érigé en vertu, en valeur, en obligation morale. Parce que le travail est la meilleure école de discipline et d’obéissance, d’ordre et de hiérarchie. Le labeur salarié est un labeur de serf ; un homme qui travaille est un homme dompté ; une femme au turbin est une femme acquise. Leur monde rafistolé ne tiendrait pas un quart de seconde si chaque personne ne travaillait plus que trois ou quatre heures par jour et occupait le reste de son temps libre à l’être réellement – et les mots ont un sens : c’est que le temps de travail est un temps d’esclave. Imaginez l’insubordination généralisée, si tous et toutes avaient les moyens de vivre une vie vraie, une vie d’humain. Voilà pourquoi ils nous ont imposé le travail comme unique modalité de réalisation de soi : c’est désormais en bossant qu’on doit devenir soi-même. D’où leurs team-building et afterworks avec des collègues qu’on ne peut pas piffer, leurs voyages de cohésion d’équipe et tous les petits dispositifs minables par lesquels ils essayent de nous faire croire que « le travail, c’est sympa ». Mais si l’on doit se réaliser par le turbin, c’est aussi par lui et en lui (amen) qu’on doit se définir : que l’on ose se présenter en soirée à des inconnus autrement que par son travail ; que l’on essaye donc de répondre par autre chose que par son travail à la question : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? ». Profession, piège à cons.

Tout cela n’est que magouille et pitrerie, puisqu’ils n’ont plus rien à proposer que des boulots de merde qui n’ont aucun sens, qui ne servent plus jamais à produire des choses vraies, qui nous aliènent même la fierté du beau geste ouvrier. Même ce qui produit du palpable perd son sens, dès lors qu’on élève des poulets ou fait pousser des tomates qui finiront dans une poubelle de supermarché (avec de la javel, pour ne pas casser les lois du marché), dès lors qu’on met la main à la pâte pour produire l’acier ou le plastique d’une trottinette électrique destinée à partir dans la Garonne avec son lithium pourri, après avoir trimballé la crème des imbéciles, prêts à payer 20 centimes la minute. Mais tout ça, désormais, il paraît que ce ne sont plus de vrais métiers : faut s’imaginer aussi, les types ils marchent dans la terre (alors que la terre c’est sale), ils bossent dans des usines (alors que les usines c’est sale), sans se rendre compte qu’ils pourraient comme tout le monde bosser en chaussettes dans un open space avec du top fun gazon artificiel et un patron-super-copain. Tout ça, c’est déjà un peu du passé, parce qu’on nous condamne à bosser au service d’entreprises elles-mêmes au service d’entreprises au service d’entreprises au service d’entreprises. Et ce néant n’est même pas le monopole du populo : on se demande toujours à quoi ça peut bien servir, un chief executive, un community manager, un chargé de projet en digital marketing ou un consultant en productique – et on espère qu’ils se le demandent aussi.

Mais au fond, le sens du travail est surtout un jeu truqué parce que nous n’avons qu’un seul travail, parce que tout est divisé, atomisé, spécialisé, et qu’il ne nous est pas donné de cultiver le matin, de fraiser l’après-midi et de chanter le soir sans jamais devenir cultivateur, fraiseur ou chanteur. C’est aussi un jeu truqué parce que nous avons le choix entre un surtravail débile qui nous arrache la vie, et un sous-travail stérilisant. Va donc te « réaliser au travail » en dormant quatre heures par nuit ou en jouant au Free Cell sept heures par jour. Et surtout, va t’y réaliser quand tu as sur le dos une clique de pseudo-experts sortis tout droit de leurs petites écoles de contremaîtres, qui viennent sous couvert de déconnades en franglish nous apprendre comment faire notre boulot.

Que crève le vieux monde !

Le 5 décembre et pour le reste de nos vies, on ne luttera pas pour la retraite « tout pareil qu’hier », parce qu’on ne marche pas dans la combine. On ne veut pas d’un « progrès » qui signifierait bûcher « un peu moins » comme un dératé, décaniller en faisant un cadavre « un peu moins » amoché, balancé entre quatre planches « un peu moins » cheap. On ne veut pas mal vivre aujourd’hui pour survivre à peine demain. On ne veut pas se sacrifier pour que nos enfants aient le droit de se sacrifier – de toute façon, ils ne viendront pas nous voir à l’EHPAD ces petits ingrats, ils auront trop à faire à payer leurs dettes, chercher une crèche, nourrir leurs mouflets, engraisser leur proprio et enterrer leurs rêves. À la lanterne donc, leur travail d’esclave qui, tel qu’il existe, ne peut être autre chose qu’une violence, un ennui, une dépendance, un sacrifice, à 64, à 44 et déjà à 24 ans. Nous voulons du travail qui ait du sens, qui ne sente ni la dèche ni la charogne, du travail par volonté et pas pour l’artiche, du travail qui ne soit plus la face visible de la lune alors que notre vraie vie végète dans l’ombre, du travail riche et pas du travail de riches, du travail qui nous fasse respirer, imaginer, labourer, gamberger, usiner, discuter, clouer, aimer, et tout ça dans la même journée : vingt-quatre heures, c’est long si on ne les use pas à larbiner. Ivres de rage et d’indignation, nos rangs seront serrés tant que n’aura pas crevé le vieux monde, tant qu’il y aura besoin de clamer, encore et encore, les beaux mots qu’Albert Libertad jetait déjà à la gueule des résignés de 1905 :

« Ô je hais la résignation !

J’aime la vie.

Je veux vivre, non mesquinement comme ceux qui ne satisfont qu’une part de leurs muscles, de leurs nerfs, mais largement en satisfaisant les muscles des faciaux tout aussi bien que ceux des mollets, la masse de mes reins comme celle de mon cerveau.

Je ne veux pas troquer une part de maintenant pour une part fictive de demain, je ne veux rien céder du présent pour le vent de l’avenir.

Je me moque des retraites, des paradis, sous l’espoir desquels tiennent résignés, religions et capital.

Je ris, de ceux qui accumulant pour leur vieillesse se privent en leur jeunesse ; de ceux qui pour manger à soixante jeûnent à vingt ans.

Je veux la joie pour moi, pour la compagne choisie, pour les enfants, pour les amis. Je veux un home où se puissent reposer agréablement mes yeux après le labeur fini.

Car je veux la joie du labeur aussi, cette joie saine, cette joie forte.

Je veux être utile, je veux que nous soyons utiles. Je veux être utile à mon voisin, et je veux que mon voisin me soit utile. Je désire que nous œuvrions beaucoup, car je suis insatiable de jouissance. Et c’est parce que je veux jouir que je ne suis pas résigné.

Il n’y a pas de Paradis futur, il n’y a pas d’avenir, il n’y a que le présent.

Vivons-nous !

Vivons ! La Résignation, c’est la mort.

La Révolte, c’est la vie ».

= = =

Lectures complémentaires:

Alexandre_Skirda_Organisation_anarchiste_de_Proudhon_a_nos_jours

Voline_La_synthese_anarchiste

Murray_Bookchin_Ecoute_Camarade

Murray_Bookchin_Le_municipalisme_libertaire

Guy_Debord_La_societe_du_spectacle

Charles_Mcdonald_Anthropologie_Conferences-Causerie-et-Analyses

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Friedrich_Nietzsche_La_morale_ou_la_contre_nature

L’essentiel-et-l’indispensable-de-Raoul_Vaneigem

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Faire passer le proletariat pour fascisant_Francis_Cousin

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie