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1871 ~ 2021 La Commune a 150 ans : Le manifeste de la mairie du 18eme arrondissement d’avril 1871

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Manifeste de la mairie du 18ème arrondissement de Paris (Extraits)

 

Avril 1871

 

Cité par Louise Michel dans “La Commune, histoire et souvenirs”, 1898

 

“De grandes et belles choses se sont accomplies depuis le 18 mars, mais notre œuvre n’est pas achevée, de plus grandes encore doivent s’accomplir et s’accompliront parce que nous poursuivons notre tâche sans trêve, sans crainte dans le présent ni l’avenir.

Mais pour cela, il nous faut conserver tout le courage, toute l’énergie que nous avons eue jusqu’à ce jour, et qui plus est, il faut nous préparer à de nouvelles abnégations, à tous les périls, à tous les sacrifices : plus nous seront prêts à donner, moins il nous en coûtera.

Le salut est à ce prix, et votre attitude prouve suffisamment que vous l’avez compris.

Une guerre sans exemple dans l’histoire des peuples nous est faite, elle nous honore et flétrit nos ennemis. Vous le savez, tout ce qui est vérité, justice ou liberté n’a jamais sa place sous le soleil sans que le peuple ait rencontré devant lui, et armés jusqu’aux dents, les intrigants, les ambitieux et les usurpateurs qui ont intérêt à étouffer nos légitimes aspirations.

Aujourd’hui citoyens, vous êtes en présence de deux programmes.

Le premier, celui des royalistes de Versailles, conduit par la chouannerie légitimiste et dominés par des généraux de coup d’état et des agents bonapartistes, trois partis qui se déchireraient eux-mêmes après la victoire et se disputeraient les Tuileries.

Ce programme, c’est l’esclavage à perpétuité, c’est l’avilissement de tout ce qui est peuple ; c’est l’étouffement de l’intelligence et de la justice ; c’est le travail mercenaire ; c’est le collier de misère rivé à vos cous ; c’est la menace à chaque ligne ; on y demande votre sang, celui de vos femmes et de vos enfants, on y demande nos têtes comme si nos têtes pouvaient boucher les trous qu’ils font dans nos poitrines, comme si nos têtes tombées pouvaient ressusciter ceux qu’ils vous ont tués.

Ce programme, c’est le peuple à l’état de bête de somme, ne travaillant que pour un amas d’exploiteurs et de parasites, que pour engraisser des têtes couronnées, des ministres, des sénateurs, des maréchaux, des archevêques et des jésuites.

C’est Jacques Bonhomme à qui l’on vend depuis ses outils jusqu’aux planches de sa cahute, depuis la jupe de sa ménagère jusqu’aux langes de ses enfants pour payer les lourds impôts qui nourrissent le roi et la noblesse, le prêtre et le gendarme.

L’autre programme citoyens, c’est celui pour lequel vous avez fait trois révolutions (NdR71 : 1789, 1830, 1848), c’est celui pour lequel vous combattez aujourd’hui, c’est celui de la Commune, le vôtre, enfin.

Ce programme c’est la revendication des droits de l’homme, c’est le peuple maître de ses destinées, c’est la justice et le droit de vivre en travaillant, c’est le sceptre des tyrans brisé sous le marteau de l’ouvrier, c’est l’outil l’égal du capital, c’est l’intelligence punissant la ruse et la sottise, c’est l’égalité d’après la naissance et la mort.

Et, disons-le citoyens, tout homme qui n’a pas son opinion faite aujourd’hui n’est pas un homme ; tout indifférent qui ne prend pas part à la lutte ne pourra jouir en paix des bienfaits sociaux que nous préparons, sans avoir à en rougir devant ses enfants.

[…] Ce n’est plus un 1830 ni un 1848, c’est le soulèvement d’un grand peuple qui veut vivre libre ou mourir.

Et il faut vaincre parce que la défaite ferait de vos veuves des victimes pourchassées, maltraitées et vouées aux courroux des vainqueurs farouches, parce que vos orphelins seraient livrés à leur merci et poursuivis comme de petits criminels, parce que Cayenne serait repeuplé et que les travailleurs y finiraient leurs jours rivés à la même chaîne que les voleurs, les faussaires et les assassins, parce que demain les prisons seraient pleines et que les sergents de ville solliciteraient l’honneur d’être vos geôliers et les gendarmes vos gardes-chiourmes, parce que les fusillades de Juin recommenceraient, plus nombreuses et plus sanglantes.

Vainqueurs, c’est non seulement votre salut, celui de vos femmes, de vos enfants, mais encore celui de la république et de tous les peuples.

Pas d’équivoque : celui qui s’abstient ne peut même pas se dire républicain.

[…]

Courage donc, nous touchons au terme de nos souffrances, il ne se peut pas que Paris s’abaisse au point de supposer qu’un Bonaparte le reprenne d’assaut ; il ne se peut pas qu’on rentre ici régner sur des ruines et sur des cadavres ; il ne se peut pas qu’on subisse le joug des traîtres qui restèrent des mois entiers sans tirer sur les Prussiens et qui ne restent pas une heure sans nous mitrailler.

Allons, pas d’inutiles, que les femmes consolent les blessés, que les vieillards encouragent les jeunes gens, que les hommes valides ne regardent pas à quelques années près pour suivre leur frères et partager leurs périls.

Ceux qui, ayant la force, se disent hors d’âge se mettent dans le cas que la liberté les mette un jour hors la loi et quelle honte pour ceux là.

C’est une dérision. Les gens de Versailles, citoyens, vous disent découragés, fatigués, ils mentent et le savent très bien. Est-ce quand tout le monde vient à vous ? Est-ce que quand de tous les coins de Paris on se range sous votre drapeau ? Est-ce quand les soldats de la ligne, vos frères, vos amis, se retournent et tirent sur les gendarmes et les sergents de ville qui poussent à vous assassiner ? Est-ce quand la désertion se met dans les rangs de nos ennemis, quand le désordre, l’insurrection règnent parmi eux et que la peur les terrifie, que vous pouvez être découragés et désespérer de la victoire ?

Est-ce quand la France toute entière se lève et vous tend la main, est-ce quand on a su souffrir si héroïquement pendant huit mois  qu’on se fatiguerait de ne plus avoir que quelques jours à souffrir, surtout quand la liberté est au bout de la lutte ? Non ! Il faut vaincre et vaincre vite, et avec la paix, le laboureur retournera à sa charrue, l’artiste à ses pinceaux, l’ouvrier à son atelier, la terre redeviendra féconde et le travail reprendra. Avec la paix, nous accrocherons nos fusils et reprendrons nos outils et heureux d’avoir bien rempli notre devoir, nous aurons le droit de dire un jour : je suis un soldat citoyen de la grande révolution.”

Les membres de la Commune,

Dereure, J-B Clément, Vermorel

Pashal Grousset, Cluseret

Arnold, Th. Ferré

= = =

Lectures complémentaires :

Pierre Kropotkine, “La Commune et la Commune de Paris” (1880-82)

Michel Bakounine, “La commune de Paris et la notion d’État”, 1871

Karl Marx, “La guerre civile en France, la Commune de Paris”, 1871

Louise Michel, “La Commune, histoire et souvenirs”, 1898

Jules Guesde, “La Commune de 1871”, 1892

Pierre Olivier Lissagaray, “Histoire de la Commune de 1871”, 1896

150 ans de la Commune : Recherche esprit communard désespérément

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150 ans de la Commune : Recherche esprit communard désespérément (Résistance 71 )

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Recherche esprit communard désespérément…

Résistance 71

18 Mars 2021 

Pour le cent-cinquantenaire de la Commune de Paris

18 mars 1871-18 mars 2021

“La commune de Paris est la première tentative de réalisation des principes du socialisme révolutionnaire et de remplacer l’État par l’auto-organisation du peuple.”
~ Michel Bakounine, 1871 ~

“La commune n’est plus une agglomération territoriale, mais plutôt un terme générique, un synonyme pour le regroupement d’égaux ne connaissant ni frontières ni barrières.”
~ Pierre Kropotkine, mai 1880 ~

“La commune de demain saura qu’elle ne peut admettre de supérieur ; qu’au-dessus d’elle il ne peut y avoir que les intérêts de la Fédération, librement consentie par elle-même avec d’autres communes… Elle ne supprimera pas l’État pour le reconstituer, et bien des communes sauront prêcher l’exemple, en abolissant le gouvernement de procuration, en se gardant de confier leur souveraineté aux hasards du scrutin.”
~ Pierre Kropotkine , 1881 ~

“La revendication de la révolte est l’unité, la revendication de la révolution historique est la totalité.”
~ Albert Camus ~

Il y a cent cinquante ans, le 18 mars 1871, le peuple d’un Paris assiégé empêchait la saisie de ses canons qu’il avait financés et qui étaient maintenus sur la Butte Montmartre. A partir de là, le peuple parisien entrait en rébellion et proclamait son autonomie en déclarant la Commune et ne se voulant en rien le “directoire” de la France, mais le fer de lance d’un élan national vers une confédération de communes libres et volontairement associées. Dans sa proclamation du 6 avril 1871 aux départements, la Commune déclare :

On vous trompe en vous disant que Paris veut gouverner la France et exercer une dictature qui serait la négation de la souveraineté nationale… Paris n’aspire qu’à conquérir ses franchises communales… Si la Commune de Paris est sortie du cercle de ses attributions, c’est à son grand regret, c’est pour répondre à l’état de guerre provoqué par le gouvernement de Versailles. Paris n’aspire qu’à se renfermer dans son autonomie, plein de respect pour les droits égaux des autres communes de France.

Sur la Commune de Paris, plus de 5000 livres ont été écrits et/ou traduits en plus de 10 langues. Les étudiants japonais qui combattaient les forces de police à Tokyo et dans les grandes villes nipponnes en 1968 en parlaient dans leurs réunions. Elle inspira bien des insurrections, des élans révolutionnaires et la terreur chez le pouvoir coercitif établi. La terrible répression de la réaction bourgeoise qui la massacra a fait passer la Commune à la postérité du martyr de l’émancipation sociale et l’enveloppa de cette aura romantique de l’exaltation révolutionnaire. Pourtant, même si les chiffres sont discordants, la Commune se solda par un lourd bilan humain de plus de 20 000 morts durant les combats et surtout résultant des exécutions sommaires des Communards par les troupes versaillaises lors de leur progression dans Paris, des peines de mort rendues après les procès et les déportations de masse, les “empontonnements”, qui envoyèrent des milliers de communards, hommes et femmes, dans les bagnes de la “république”, comme le fut entre bien d’autres Louise Michel.

La Commune de Paris est-elle unique ? Dans ce contexte particulier, on peut dire que oui. Elle est la toute première tentative de prise en compte autonome d’un peuple pour s’arracher à la règle et à la loi arbitraires de l’État. Si cette expérience est unique au moment où elle se produit, nous allons voir qu’elle ne tombe pas du ciel, qu’elle est de fait le résultat d’un long processus historique de lutte et de maturation politique des peuples contre la tyrannie étatico-marchande, se cristallisant en France pour et par des raisons précises. Mais avant que d’en parler, disons ici que la Commune de Paris possède une caractéristique unique : son contexte historique spatio-temporel.

Brièvement, le contexte de la rébellion parisienne et d’autres communes de France, nous verrons que Paris ne fut pas la seule, s’établit à la fin d’une période historique, celle du second empire qui vit Napoléon III déclarer la guerre à la Prusse. La guerre de 1870 qui s’en suivit vit la défaite de la France dans la débâcle de Sedan au cours de laquelle Napoléon III fut fait prisonnier. Les Prussiens assiègèrent Paris. En septembre 1870, la république est déclarée. Le nouveau gouvernement, teinté de royalisme, mené par Adolphe Thiers, quitte Paris et va s’installer à Versailles. L’armée française est battue, essentiellement prisonnière et désarmée, un armistice est signé le 26 janvier 1871. Paris assiégée est affamée et s’auto-organise, au sortir de l’hiver, le peuple de Paris proclame son indépendance avec “La Commune”. Ce qui suit est unique dans l’histoire de l’humanité. Voyant son autorité mise en question et en péril, le gouvernement français, gouvernement d’un pays vaincu, engage des négociations avec son vainqueur prussien afin que celui-ci libère ses soldats et les réarment non pas pour guerroyer, mais pour réprimer l’insurrection parisienne. Les Prussiens, emmenés par le fin renard Bismarck, comprennent sans doute qu’il vaut mieux laisser les Français gérer la crise révolutionnaire entre eux, plutôt que de voir potentiellement l’idée révolutionnaire arriver chez eux. L’armée française est réarmée pour mâter l’insurrection sous les yeux goguenards des Prussiens. Ainsi la Commune de Paris devra subir les assauts non pas de l’armée prussienne, mais de l’armée française, celle d’une toute jeune “république”, qui réprimera dans le sang et la sauvagerie, l’élan émancipateur de son peuple.

Il convient aussi de dire que Paris ne fut pas la seule à proclamer la Commune. D’autres villes de France telles : Lyon, d’abord (où combattit Bakounine sur ses barricades), puis Saint-Etienne, Le Creusot, Marseille, Toulouse, Lille, Narbonne et Limoges, crièrent Vive la Commune ! et à bas Versailles ! Ces mouvements, moins suivis, furent réprimés et chutèrent avant la fin mars. Une des clefs de la mauvaise fortune de la Commune réside sans doute dans ce que résuma le journaliste et écrivain Jules Guesde dans un article du journal allemand  Die Zukunft” en 1877 :

[…] En même temps que, par ses déclarations répétées que ses seules forces suffiraient à avoir raison de Versailles, elle [la Commune] retint l’arme au pied, une foule de braves gens qui se fussent fait, au contraire, un devoir d’intervenir à coups de fusil, si on leur avait dit franchement ce qu’il en était, c’est à dire que la victoire n’était possible qu’au prix de leur entrée en ligne. Telles sont, je le répète, les raisons de la défaite d’un mouvement qui avait pour lui plus des deux tiers du pays, et il n’y en a pas d’autres. Messieurs les conservateurs pourront s’en convaincre en temps et lieu.

Ceci dit, si la Commune de Paris est un évènement historique unique, d’où provient-il ? Est-ce un évènement spontané ou la résultante d’un processus de maturation historique ? C’est ce que nous allons analyser maintenant.

L’esprit communard, son origine, sa destinée

On en parle souvent, il est souvent cité, mais qu’en est-il ? Dans un premier temps, il convient de se poser la question de ce qu’est cet “esprit communard”.

communard”, “communeux”, “communaleux”, esprit communaliste de coopération, d’entraide, de compassion, de partage. Un esprit ancestral visant à affirmer et établir la fraternité et la solidarité humaines par-delà cultures existantes et frontières factices et fabriquées. Si la Commune de Paris l’a remis en selle, elle ne l’a en rien inventé. Cet esprit est celui de la Nature Humaine, celui qui anime notre société malgré la chape de plomb oppressive qu’on lui inflige depuis quelques 5000 ans d’imposition étatique, période courte si on se réfère à l’ensemble de l’histoire de l’humanité remontant à l’Homo erectus il y a quelques 1,8 millions d’années. Nous avons détaillé tout cela dans notre “Manifeste pour la société des sociétés” (2017) auquel nous référons les lecteurs pour de plus amples détails et analyses en ce domaine.

L’esprit communard est cet esprit qui nous pousse à toujours désirer l’égalité et la réalisation du bonheur de tout à chacun en faisant primer l’intérêt général et le bien-être de toutes et tous, contre l’individualisme et l’inégalité nés de la division artificielle initiale du corps social, l’exploitation et l’accaparement marchand. Il est l’incarnation de la résistance inhérente à toute forme de coercition et d’usage de la force à des fins de contrôle des individus à la fois dans leurs sphères individuelles et collectives. La relation sociale est une relation de pouvoir, de prise de décisions afin de faciliter nos vies, de les rendre plus agréables et sans contraintes, harmonieuses avec la nature et autrui, tendant en cela à ce bonheur tant recherché. Ainsi la question se résume à celle-ci : qui prend les décisions concernant la gestion de notre vie de groupe aussi petit ou grand soit-il ? Une société sans pouvoir, sans capacité décisionnaire n’existe pas et ne peut exister. Le pouvoir est inhérent à la société, le pouvoir existe et s’exerce de facto. Toute la question est de savoir qui l’exerce, comment et à quelles fins ? L’esprit communard est l’esprit de l’association libre et du pouvoir non coercitif qui est le fondement multi-millénaires de notre société humaine. Il est le ciment et le garant du flot naturel des choses. Le pouvoir coercitif quant à lui, issu de la division politique de la société dès lors que le pouvoir est maintenu séparé du corps social, est l’expression de la contre-nature dominatrice par artifice induit. L’État et le rapport marchand en sont à la fois les effets et les outils de contrôle. La vie en société est une relation au pouvoir qui ne peut prendre que deux chemins : celui de la non-coercition ou celui de la coercition. L’esprit communard incarne, de tout temps, le premier, l’État le second.

L’esprit communard, communeux est cet esprit qui insuffle la vie de l’être social, cet esprit gouailleur, jovial, festif et emprunt de bonté et de volonté à servir l’intérêt commun, à travailler pour vivre pleinement, ensemble, dans le partage et l’égalité et non pas vivre pour travailler et entretenir le parasitisme induit, forcé. Il est cet esprit de jouissance sans entrave qui, une fois meurtri et étouffé laisse un vide que comble l’État et ses institutions monopolistes répressives, créatrices d’angoisses et de névroses depuis des siècles et culminant aujourd’hui dans l’effondrement du système étatico-marchand arrivé au bout de son chemin historique et cherchant à perdurer dans une énième mutation toxique anti-naturelle et exacerbée. L’État n’est qu’un artifice de remplacement du souffle de la vie sociale ; la nature ayant horreur du vide, elle remplace l’effacement de l’esprit de la société divisée par une construction substitutive : l’État, qui est un mécanisme de gestion et de contrôle empêchant coercitivement un retour au décisionnaire non coercitif. C’est pour cela que sporadiquement, au fil de l’histoire de la progression du contrôle étatico-marchand par essence oligarchique, a resurgi cet esprit ramenant les communautés sur la voie de l’évolution et vers une humanité enfin réalisée. En 1951, Albert Camus dans son “Homme révolté”, continuait à nous avertir : “Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’État. 1789 amène Napoléon, 1848, Napoléon III, 1917, Staline, les troubles italiens de 1920, Mussolini, la république de Weimar, Hitler.” Ainsi, l’esprit communard est-il une contre-contre-nature, celle qui annihile l’État et veille à son extinction définitive ; rien d’étatique ne peut être revendiqué par ou de l’esprit communard.

De la résurgence en alternance de la société à pouvoir non coercitif chez les Celtes qui peuplèrent l’Europe du Danube à l’Irlande pendant plus de 8 siècles (gardons toujours à l’esprit que l’épisode de la “Guerre des Gaules” et Vercingétorix ne furent que le dernier carré, les derniers instants d’une civilisation qui dura plus de 800 ans sur presque toute l’Europe, que 3 siècles et demi avant Alésia, les Gaulois avaient conquis Rome sans l’occuper, les Gaulois n’ayant aucune velléité impérialiste…), aux jacqueries paysannes du moyen-âge et de la renaissance en passant par les cités médiévales qui abolirent un temps les lois féodales entre les XIème et XIVème siècles dans toute l’Europe, pour se rematérialiser dans la France des sections entre 1790 et 1793, les révolutions de 1830, 1848, la Commune de 1871 donc, puis la Russie des soviets avant la trahison de Lénine et Trotski, Cronstadt 1921, les conseils ouvriers italiens de 1920 et hongrois de 1956, la révolution sociale espagnole, la Catalogne autonome et les collectifs aragonais et du Levant de 1936, ceux de France et des grèves sauvage de 1967-68, puis de nos jours avec les communes autonomes autochtones du Chiapas et d’Oaxaca au Mexique, la commune internationaliste du Rojava, le mouvement des ZAD, les ZAT en tout genre et le mouvement des Gilets Jaunes depuis 2018, tous ces phénomènes ont en commun une chose s’étendant au-delà des cultures et des frontières: l’esprit communard.

Comme le fit si justement remarquer Pierre Kropotkine dans son essai sur “La Commune” (1880) : “Si la commune du Moyen-Age cherchait à se circonscrire dans ses murs ; celle du XIXème siècle cherche à s’étendre, à s’universaliser. A la place des privilèges communaux, elle a mis la solidarité et la fraternité humaine.L’esprit communard en cela, est l’incarnation même de l’évolution sociale humaine. C’est lui qui empêchera de reconstituer l’État une fois celui-ci aboli, mort et enterré. C’est lui qui écrira l’histoire de l’affranchissement des communes et des associations libres contre l’État et sa négation de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, son absolutisme et sa règle systémique de l’arbitraire et de l’illusion démocratique en son stade final représentatif.

L’esprit communard fait surgir l’union spontanée des gens, la mise en commun du travail et de sa récompense de manière non forcée, de la manière la plus naturelle qui soit. Plus loin, Kropotkine nous dit encore : “Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, libre et grandissant en solidarité par la liberté même.

L’esprit communard est celui qui pilote la société à se gérer sur le mode du slogan d’à chacun selon ses capacités, à chaque selon ses besoins et de traiter autrui comme on voudrait être soi-même traité en pareille circonstance.

Alors, bien entendu la Commune de Paris ne fut pas parfaite, c’est l’évidence. Des erreurs furent commises (les exécutions d’otages, la non saisie de la Banque de France, le recours à l’élection, le refus d’appeler la France à l’aide pêchant en cela sans doute par sinon arrogance, du moins par mauvaise analyse de la situation etc…), mais il faut aussi tenir compte de l’incroyable situation dans laquelle elle fut plongée dès le départ, durant une guerre déclarée par la France qui la perd face à la Prusse et la coalition étatique des belligérants pour l’écraser. Pensons à ce que les Communards ont réalisé dans ces circonstances extrêmes et surtout, imaginons avoir le même nombre de participants en proportion à l’échelle nationale, aujourd’hui, pour mettre en place la confédération des communes libres… Ce serait la fin de partie immédiate pour le système étatico-capitaliste ! C’est çà qui les fait trembler comme des feuilles mortes et il n’y aurait sans doute pas besoin de violence pour changer radicalement (par la racine) de paradigme politique le moment venu. 

Soixante-cinq ans plus tard, la révolution sociale espagnole subira le même sort, écrasée par la coalition des états et de leur oligarchie terrifiée à l’idée de perdre son pouvoir (coercitif) privilégié sur la masse s’émancipant. L’écrasement de la commune espagnole se fera une fois de plus au moyen unique d’une alliance historiquement pourtant improbable, celle de république dite modérées (française, espagnole), d’une monarchie constitutionnelle (Angleterre et Royaume-Uni) et de trois dictatures soi-disant opposées : L’Italie fasciste de Mussolini, l’Allemagne nazie d’Hitler et l’URSS bolchévique de Staline. La terreur que suscite l’esprit communard fait tomber les masques pour le temps de son écrasement et met au grand jour le visage de la véritable oligarchie : celle de la haute finance transnationale ayant tout phagocyté sur son passage.

L’esprit communard est universel, il a traversé les âges et les périodes historiques et s’est exprimé à des degrés divers, des révoltes d’esclaves organisées, de Spartacus aux Gilets Jaunes en passant par les cités médiévales, la ligue hanséatique, les jacqueries paysannes qui secouèrent l’Europe à intervalles réguliers du moyen-âge au XVIIIème siècle, la casse sociale des campagnes qui fit migrer la masse paysanne vers les villes lors de la 1ère révolution industrielle du tout début XIXème en Angleterre puis dans toute l’Europe, les sections parisiennes, la France révolutionnaire des sections, l’organisation organique ouvrière, les grèves, révoltes et communes / conseils variés. Nous voyons que l’histoire regorge des expressions sporadiques de cet esprit communard. 

Le titre de cet article est volontairement trompeur et un brin ironique : l’esprit communard n’a pas à être “recherché”. Il est là, toujours présent. Il fait partie de notre patrimoine humain de notre nature profonde à résister à l’injustice, à l’inégalité et aux constructions sociales toxiques qui nous asservissent, il suffit simplement de la dépoussiérer. Il est simplement parfois plus exacerbé qu’à d’autres moments. La pourriture systémique, dans sa phagocytose marchande a réussi depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la généralisation de la société de consommation sauce yankee depuis les années 1960, a nous endormir, à enfouir cet esprit communard sous un fatras d’illusions démocratico-marchandes.

L’érosion historique suit son cours et depuis quelques décennies, État et Capital sont entrés en phase auto-destructrice programmée. Aux “trente glorieuses” de l’après-guerre succède l’effondrement systémique prévu depuis les analyses de Marx au XIXème siècle. L’État, outil coercitif par excellence, permet d’ajuster le degré d’oppression sur les masses. Ne pouvant plus masquer sa véritable nature oppressive et manipulatrice, le système et son oligarchie aux commandes font monter la température despotique et amorcent une ultime mutation en une hydre dictatoriale technotronique planétaire, ce qui à terme et par effet de vases communicants, fait monter le niveau de résistance et de rébellion face à un système qui se durcit et mute en une forme toujours plus despotique et inhumaine de contrôle des populations. La crise COVID fabriquée, sévissant depuis novembre 2019, n’est qu’un outil de plus dans la trousse des contrôleurs monopolistes du despotisme débridé de l’État et de la marchandise en mouvement.

Toutes ces mesures ne font que déterrer pas à pas l’esprit communard enfoui sous un fatras illusoire depuis des lustres. Il ne s’agit donc pas d’une “recherche” de l’esprit communard, omniprésent et inhérent à la société humaine comme seul garde-fou des délires autocrates et despotiques et qui aurait été perdu, mais de son dépoussiérage, de sa remise en condition optimale d’existence pour qu’une fois de plus, il sauve l’humanité de la contre-nature à l’œuvre. Ce que nous vivons est un mal “nécessaire”, celui de nous faire enfin et définitivement comprendre quel est le véritable chemin de notre émancipation et de l’optimisation de la vie sur cette planète. Nous devons embrasser cette apparente contradiction, cet apparent antagonisme pour l’intégrer dans le maelström de l’harmonie organique que doit être notre vie sociale. Il n’y a pas d’antagonisme, il n’y a que complémentarité incomprise, le Yin a besoin du Yang et inversement pour que le Tout puisse exister. L’esprit communard n’est pas antagoniste à l’État, il est son régulateur, l’outil du rétablissement de l’équilibre naturel des choses que l’État a brisé en emplissant un vide créé par le rapport défaillant au pouvoir, né dans la division de la société. L’État ne pourra disparaître qu’avec l’avènement définitif de l’esprit communard, lui-même amenant un changement d’attitude total envers les institutions et nos compagnons tout comme nous opprimés.

Lorsque la société humaine se sera définitivement émancipée de l’État, des institutions, de la marchandise, de l’argent et du salariat, qu’elle aura établi la société des sociétés des associations libres en harmonie les unes avec les autres et avec la nature, celle de la Commune Universelle, alors l’esprit “communard” redeviendra ce qu’il est au fond et le plus simplement du monde : le souffle de la vie sociale, l’esprit de notre société humaine, ce “Geist” tant vanté par Gustav Landauer et qui doit être activé de nouveau pour nous mener à l’émancipation finale. L’État, l’argent, la marchandise ne sont en rien inéluctables, ce sont des constructions sociales, des constructions humaines, qui, comme telles peuvent être parfaitement déconstruites et abandonnées. Il est certain qu’il est bien plus facile de s’en débarrasser quand elles sont au creux de la vague et au bout de leur rouleau. De fait, l’État et les institutions mises en place pour le faire fonctionner sont les verrous empêchant le passage à une relation de pouvoir non coercitive. Pour que la société des sociétés dans sa complémentarité remette en place un pouvoir non coercitif en le rediluant là où il est particulièrement soluble, le corps social, il est impératif de changer notre relation directe au pouvoir et donc de renier et de faire sauter le verrou qui nous ferme la porte de l’harmonie sociale. L’esprit communard est la clef, ou le pied de biche, c’est selon, qui nous le permettra.

Conclusion

Nous venons de voir que l’esprit communard est intrinsèque à la société humaine par delà la culture et le temps. Si nous le cherchons, il ne faut certainement pas aller bien loin, il est toujours là à portée de main. Les Gilets Jaunes chez nous, sont les derniers en date à l’avoir retrouvé, même si quelques ajustements se doivent d’être opérés, le mouvement tient le bon bout car il a démontré après plus d’un an de lutte de terrain qu’il est insoumis, résilient et incorruptible. Il doit affiner sa vision politique et comprendre que finalement, il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ; c’est alors que le chemin menant à la confédération des associations libres, des nouvelles communes, qui, comme le dit Kropotkine en exergue de cet article, ne sont plus des endroits physiques, mais une relation sociale entre égaux, n’en sera plus que plus lumineux.

Ceci dit, l’esprit communard, s’il s’est manifesté dans les grandes villes de France en 1871, s’est aussi manifesté dans les campagnes ukrainiennes entre 1918 et 1923, puis dans les collectifs agricoles aragonais en 1936. L’idée est de comprendre que cet esprit n’est pas une exclusivité citadine et/ou ouvrière. De fait, aucune (r)évolution ne peut aller bien loin sans manger. Les campagnes doivent être inclues dans le processus de lutte et de transformation de la réalité politique et sociale, de fait, on pourrait même dire à l’instar de Landauer que “la question sociale est une question agraire.” Ceci constitue un facteur clef pour le futur et celui des communes à venir.

Pierre Kropotkine écrivit ceci en toute fin de son analyse de “La Commune de Paris” (1882) en guise d’avertissement : “Il y a cependant une lacune regrettable dans les réunions populaires que nous tenons à signaler. C’est que rien, ou presque rien, n’a été fait pour les campagnes. Tout s’est borné aux villes. La campagne semble ne pas exister pour les travailleurs des villes. Même les orateurs qui parlent du caractère de la prochaine révolution évitent de mentionner les campagnes et le sol… L’émancipation du prolétariat ne sera même pas possible tant que le mouvement révolutionnaire n’embrassera pas les villages. Les communes insurgées ne sauraient tenir même un an si l’insurrection ne se propageait pas en même temps dans les villages. Lorsque l’impôt, l’hypothèque, la rente seront abolies, lorsque les institutions qui les prélèvent seront jetées aux quatre vents, il est certain que les villages comprendront les avantages de cette révolution. […] La révolution ne sera victorieuse que le jour où le travailleur des usines et le cultivateur des champs marcheront la main dans la main à la conquête de l’égalité pour tous, en portant le bonheur dans les chaumières comme dans les édifice des grandes agglomérations industrielles. 

Il n’y a pas de fait un monde rural et un monde citadin, deux entités séparées et étrangères l’une à l’autre, dans lesquelles agissent de manière séparée deux “esprits communards”, mais une société devant fonctionner de manière symbiotique, complémentaire dans sa diversité, synthétisant cet esprit. De manière simpliste : l’ouvrier n’est rien sans le paysan qui le nourrit et le paysan n’est rien sans les outils que lui fabrique l’ouvrier. C’est leur travail commun qui satisfait les besoins de la société et de fait certainement, hors État, hors relation marchande et salariale.

La Commune Universelle qui résultera du succès de l’esprit communard réunifiera, réconciliera le rural et le citadin dans leur complémentarité naturelle pour l’émancipation finale et le passage vers notre humanité enfin réalisée.

En cette occasion du cent-cinquantenaire de la Commune de Paris, réfléchissons et œuvrons ensemble pour que ce changement de paradigme devienne réalité pour nous et les générations futures.

De la relation révolte et histoire, A. Camus nous dit, toujours dans son ouvrage phare qu’est “L’homme révolté” : “La révolte aux prises avec l’histoire ajoute [à la révolte métaphysique] qu’au lieu de tuer et mourir pour produire l’être que nous ne sommes pas, nous avons à vivre et faire vivre pour créer ce que nous sommes.” Marchons donc vers cette toute puissance créatrice ontologique, elle est en nous et ne demande qu’à être libérée !

Dans l’esprit communard et de Cheval Fou, suivons le chemin qui mettra à bas l’État, la marchandise, l’argent et le salariat et comprenons une bonne fois pour toute qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir !

F, S, L, J2, C, E, B, T

le 18 mars 2021

Le texte ci-dessus en format PDF

Bibliographie :

Pierre Kropotkine, “La Commune et la Commune de Paris” (1880-82)

Michel Bakounine, “La commune de Paris et la notion d’État”, 1871

Karl Marx, “La guerre civile en France, la Commune de Paris”, 1871

Louise Michel, “La Commune, histoire et souvenirs”, 1898

Jules Guesde, “La Commune de 1871”, 1892

Pierre Olivier Lissagaray, “Histoire de la Commune de 1871”, 1896

Albert Camus, “L’homme révolté”, 1951, éditions Gallimard, Folio essais

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Publié le 19 mars 2021 : « Pour tout changer, un appel anarchiste », le manifeste du collectif CrimethInc

“La vaste majorité des humains est déconnecté de la terre et de ses produits, de la terre et des moyens de production, de travail. Ils vivent dans la pauvreté et l’insécurité. […] L’État existe afin de créer l’ordre et la possibilité de continuer à vivre au sein de tout ce non-sens dénué d’esprit (Geist), de la confusion, de l’austérité et de la dégénérescence. L’État avec ses écoles, ses églises, ses tribunaux, ses prisons, ses bagnes, l’État avec son armée et sa police, ses soldats, ses hauts-fonctionnaires et ses prostituées. Là où il n’y a aucun esprit et aucune compulsion interne, il y a forcément une force externe, une régimentation, un État. Là où il y a un esprit, il y a société. La forme dénuée d’esprit engendre l’État, L’État est le remplaçant de l’esprit.”
~ Gustav Landauer ~

« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

“On peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire. Il ne peut y en avoir qu’une qui sera la révolution définitive… Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct.” […]

“Il est certain d’ailleurs que la capacité révolutionnaire des masses ouvrières a été freinée par la décapitation de la révolution libertaire pendant et après la Commune. Après tout, le marxisme a dominé facilement le mouvement ouvrier à partir de 1872, à cause sans doute de sa grandeur propre, mais aussi parce que la seule tradition socialiste qui pouvait lui tenir tête a été noyée dans le sang ; il n’y avait pratiquement pas de marxistes parmi les insurgés de 1871. Cette épuration automatique de la révolution s’est poursuivie par les soins des états policiers jusqu’à nos jours. De plus en plus, la révolution s’est trouvée livrée à ses bureaucraties et à ses doctrinaires d’une part, à des masses affaiblies et désorientées d’autre part. Quand on guillotine l’élite révolutionnaire et qu’on laisse vivre Talleyrand, qui s’opposerait à Bonaparte ?”
~ Albert Camus, “L’homme révolté”, 1951 ~


1871…


… 2021

Rien… Aux fils de l’haut

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, crise mondiale, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 16 mars 2021 by Résistance 71

Résistance 71

16 mars 2021

Dernière chronique en date du (presque) Dr Tché Rien superbement mis en page par Jo.

Rappel des trois maximes socratiques toujours utiles : « Je sais que je ne sais rien », « Connais-toi toi-même » et « Nul n’est méchant volontairement »…

« Au temps de ces contes qui nous viennent de la nuit des temps, de la tradition orale, pas de signature. Quelle belle notoriété que l’anonymat ! » (Rien)

Rien_Aux_fils_de_l’haut
(Rien, PDF)

Au sujet du livre « Théorie révolutionnaire et cycles historiques » de Jean-Yves Bériou republié en format PDF par le collectif Guerre de Classe… Livre des plus pertinents

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 15 mars 2021 by Résistance 71

Théorie révolutionnaire et cycles historiques (Jean-Yves Bériou)

Note des éditeurs de la seconde édition du livre en 2013, 40 ans après l’édition originale

Editions La Sociale, Montréal, 2013

Le présent ouvrage a été publié initialement en 1973 en guise de postface au livre de F. Domela Niewenhuis : “Le socialisme en danger”, paru aux éditions Payot dans la collection “Critique de la politique”.
A l’époque, la lecture de ce texte a permis à quelques camarades en rupture avec l’anarchisme traditionnel et le “marxisme” dogmatique des différents groupuscules à la mode, de se poser avec plus d’acuité la problématique communisme/anarchisme et d’entamer un processus de clarification de la “théorie révolutionnaire” en regard des “cycles historiques”.
C’est parce que cette réflexion nous apparaît toujours urgente et pertinente aujourd’hui que nous tirons ce texte de l’oubli pour le livrer à la discussion.

Le livre de Jean-Yves Bériou en format PDF :
JY-Beriou-Theorie-revolutionnaire-et-cycles-historiques-1973

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Note de Résistance 71 :

En premier lieu, nous remercions le collectif Guerre de Classe pour avoir ressorti cet ouvrage des plus pertinents que nous ne connaissions pas.

Chose également intéressante et que nous pensons vitale pour entretenir le débat plus avant même, est l’importance de la publication en 1974 de l’ouvrage phare résumant le travail de recherche de l’anthropologue politique français Pierre Clastres dans “La société contre l’État”.

Ajoutant une perspective supplémentaire dans le domaine de l’analyse de l’État, de l’évolution humaine et de sa société en rapport aux cycles historiques dans lesquels elle s’inscrit.

Pierre Clastres y fait ce constat analytique des faits :

“Qu’est-ce que l’État ? C’est le signe achevé de la division dans la société, en tant qu’il est l’organe séparé du pouvoir politique: la société est désormais divisée entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent. La société n’est plus un Nous indivisé, une totalité une, mais un corps morcelé, un être social hétérogène… »

et aussi :

“La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation. Avant d’être économique, l’aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l’économique est une dérive du politique, l’émergence de l’État détermine l’apparition des classes.”

Il est donc tout aussi important à notre sens, de lire ce pertinent petit livre de Jean-Yves Bériou en considérant que “l’économique” de la vie sociale humaine est une dérive du “politique” et que l’adoption d’un “mode de production” est de fait subordonné à la décision politique de l’organisation du pouvoir qui ne peut prendre que deux formes comme analysé si justement par Clastres : non coercitive ou coercitive.

Il ne s’agit plus de faire la “révolution” et de sortir du cercle vicieux qui nous fait tourner en rond “révolution” après “révolution” (n’est-ce pas là la réalisation empirique d’une révolution ?.. Un retour au point de départ ? Changer pour qu’en fait rien ne change vraiment ? Ceci semble être une parfaite proposition pour tout oligarque à la manœuvre), mais d’embrasser finalement l’évolution en changeant radicalement, c’est à dire étymologiquement en revenant aux racines de, notre relation au pouvoir qui est inhérent à la société humaine.

Lectures complémentaires :

40 ans ~ Hommage à Pierre Clastres

Pierre Clastres_De l’ethnocide

Pierre Clastres_Société contre l’État échange, pouvoir et philosophie de la chefferie indienne

Gustav Landauer_Appel au socialisme

Manifeste pour la société des sociétés

Société, pouvoir, État et violence, résoudre l’aporie de Pierre Clastres

1921-2021… Cronstadt, l’autre commune massacrée par le capitalisme d’état lénino-trotsko-bolchévique (Résistance 71)

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1921 : Tout le pouvoirs aux soviets (assemblées populaires)
2021 : Tout le pouvoir aux ronds-points !

“Je ne pouvais pas croire que Lénine et Trotski pensaient vraiment que les hommes de Cronstadt étaient coupables d’une contre-révolution. […] Léon Trotski est outragé que l’on ait fait revivre ‘l’épisode’ Cronstadt et posé des questions sur la part qu’il y a prise.”
~ Emma Goldman, 1931, 1938 ~

Mars 1921-Mars 2021 : Centenaire de la Commune de Cronstadt (Russie)

Résistance 71

3 mars 2021

En mars 1921, les marins, ouvriers et habitants de la commune de Cronstadt (île au large de Pétrograd) soutiennent la grèves des ouvriers de Pétrograd contre le régime de la NEP (Nouvelle Politique Economique) de Lénine (programme libéral capitaliste d’état) et de son parti communiste bolchéviste. Le but de la grève et de la rébellion est un retour aux sources de la révolutions russes : tout le pouvoir aux “soviets” ou assemblées populaires. Ceci a été trahi dans les grandes largeurs par Lénine et Trotski dès qu’ils purent consolider leur pouvoir afin de renvoyer l’ascenceur à ceux qui les mirent là où ils étaient: la City de Londres (via des banques allemandes) et sa succursale de Wall Street (pour Trotski).

Les deux énergumènes frappèrent du sceau de l’infamie “contre-révolutionaire” la rébellion alors que ce furent eux les contre-révolutionnaires depuis au moins 1920 dans les faits et depuis toujours dans l’intention et décidèrent d’écraser la commune de Cronstadt dans un bain de sang. Plus de 10 000 ouvriers, marins et communards locaux seront massacrés par l’armée rouge alors commandée par Trotski.

Les mots d’ordre des communards de Cronstadt étaient:

  • Tout le pouvoir aux soviets et non aux partis
  • Les soviets et non la constituante sont le rempart des travailleurs
  • Vive Cronstadt la Rouge avec le pouvoir des soviets libres

Nestor Makhno, leader de la rébellion anarchiste paysanne ukrainienne écrira en 1926 :

Cronstadt défendit tout ce qu’il y avait de meilleur dans la lutte des ouvriers et des paysans dans la révolution russe, contre l’oligarchie bolchéviste. C’est pour cela que cette dernière exterminera les Cronstadtiens, en partie physiquement lors de la victoire militaire et le reste dans les cachots des casemates, héritées par elle de l’ordre tsariste et bourgeois ; parmi ceux qui purent gagner l’étranger, beaucoup pourrissent dans des camps de concentration, en Finlande en particulier.
Ainsi comprise, la journée du 7 mars (1921) apparaît comme un moment douloureux pour les travailleurs de tous les pays. Ce jour-là, ce n’est pas seulement de la poitrine des travailleurs russes que jaillira un grand cri de douleur, en souvenir des révolutionnaires de Cronstadt ayant péri dans la lutte et des rescapés pourrissant dans les geôles des bagnes bolchévistes.

Voici ce que disait la presse ouvrière du Cronstadt révolutionnaire le 3 mars 1921 (No1 des Izvestia), publié par le comité révolutionnaire provisoire :

A la population de la forteresse et de la ville de Cronstadt,

Camarades et citoyens,

Notre pays traverse une période difficile.Voici déjà trois ans que la famine, le froid et le chaos économique nous enserrent dans un étau terrible. Le Parti Communiste qui gouverne le pays, s’est détaché des masses et s’est révélé impuissant de les sortir d’un état de débIâcle générale. Le parti n’a tenu aucun compte des troubles qui ont eu lieu, ces temps derniers, à Pétrograd et à Moscou, et qui ont démontré clairement qu’il a perdu la confiance des masses ouvrières. Il n’a tenu, non plus, aucun compte des revendications formulées par les ouvriers. Il considère tout cela comme des menées de la contre-révolution. Il se trompe profondément.
Ces troubles, ces revendications, c’est la voix du peuple entier, de tous ceux qui travaillent. Tous, les ouvriers, marins et soldats rouges voient nettement aujourd’hui que seuls les efforts communs, seule la volonté commune des travailleurs pourront donner au pays du pain, du bois et du charbon, pourront vêtir et chausser le peuple, pourront sortir la république de l’impasse où elle se trouve.

Question simple : pourquoi cent ans plus tard, tout ceci résonne (raisonne ?) toujours si juste dans nos têtes et dans nos cœurs ? Serait-ce parce qu’au fond, mise à part quelques arrangements cosmétiques, cent ans plus tard, nous en sommes toujours au même point ?… Celui de l’oppression oligarchique étatico-capitaliste tout azimut ?

Retrouvons le chemin des communards de Cronstadt et avant eux de la Commune de Paris dont le cent-cinquantenaire approche (18 mars) et après eux des conseils ouvriers de Budapest en 1956 et des grèves sauvages de 1967-68 qui ébranlèrent un système déjà défaillant, avant que la contre-révolution de la gauchiasse trotskiste et maoïste ne vienne une fois de plus, saboter l’élan révolutionnaire de la base au profit de ses maîtres du capital et de l’État.

Tirons les leçons de l’histoire !

A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !

Vive les associations libres de la société des sociétés menant à la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée !

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie


France des sections 1790-93
Commune de Paris 1871, Kronstadt 1921, Budapest 1956
Grèves sauvages de France 1967-68
Gilets Jaunes 2018 à aujourd’hui…

L’Esprit Communard en marche !

Révolution sociale, lâcher-prise et non violence, 3 textes lumineux de Léon Tolstoï

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, gilets jaunes, média et propagande, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , on 26 février 2021 by Résistance 71


Gandhi et son mentor

L’ACTIVITÉ QUI AIDERA LE PLUS À LA FUTURE RÉVOLUTION

Léon Tolstoï

1906

La transformation sociale qui s’opère maintenant consiste en la délivrance de la tromperie de l’obéissance à tout pouvoir humain. L’objet de cette transformation étant tout autre que celui des révolutions qui eurent lieu dans le monde chrétien, l’activité des hommes qui y participent doit être aussi toute différente.

Le but des auteurs des révolutions anciennes était de renverser, par la force, le pouvoir et de s’en emparer. Le but de ceux qui participent à la révolution actuelle ne peut et ne doit être que d’obtenir la cessation de l’obéissance à n’importe quel pouvoir imposé, — obéissance qui a perdu tout sens — et d’organiser leur vie indépendamment de tout gouvernement.

Non seulement l’activité des révolutionnaires futurs doit être autre que celle des révolutionnaires d’autrefois, mais les hommes de cette révolution sont autres, le milieu où elle doit se passer est autre, et le nombre des participants n’est pas le même.

Les révolutionnaires de jadis appartenaient surtout aux professions libérales : c’étaient des hommes affranchis du travail physique qui entraînaient les ouvriers et les citadins ; tandis que les militants de la révolution future devront être et seront principalement les paysans.

Les anciennes révolutions commencèrent et se déroulèrent dans les villes, la révolution présente doit être essentiellement rurale.

Les participants des anciennes révolutions formaient 10, 20 % de la population ; le nombre de ceux qui prennent part à la révolution en Russie doit être de 80 à 90 %.

Il en résulte que l’activité des citadins qui bouleversent maintenant la Russie et qui, à l’instar de l’Europe, se groupent en unions, font des grèves, des démonstrations, des émeutes, inventent de nouvelles formes sociales — sans parler de ces malheureuses brutes qui commettent des meurtres pensant servir ainsi la révolution qui commence — toute cette activité, non seulement ne correspond pas à la révolution en marche, mais mieux que le gouvernement (sans même le savoir, ils en sont les aides les plus fidèles) arrête la révolution, la dirige faussement et lui fait obstacle.

Le danger qui menace maintenant le peuple russe n’a rien à voir avec la chute du gouvernement basé sur la violence et son remplacement par un autre gouvernement, basé également sur la violence — quel qu’il soit, démocratique ou même socialiste. Le seul danger, c’est que le peuple russe, appelé par sa situation particulière à indiquer la voie pacificatrice et sûre de la délivrance, ne soit entraîné, par des hommes qui ne comprennent pas tout le sens de la révolution actuelle, vers l’imitation servile des révolutions passées, et, abandonnant la voie salutaire où il se trouve, ne s’engage dans cette voie fausse où marchent à leur perte sûre les autres peuples du monde chrétien.

Pour éviter ce danger, les Russes doivent, avant tout, rester eux-mêmes, ne pas se renseigner ni prendre le mot d’ordre dans les constitutions européennes et américaines ou dans les projets socialistes ; ils n’ont qu’à interroger et écouter leur propre conscience. Que les Russes, pour exécuter la grande œuvre qui est devant eux, ne se soucient pas de la direction politique de la Russie et de la garantie de la liberté des citoyens russes, mais qu’avant tout ils s’affranchissent de la conception même de l’État russe, et, par conséquent, des soucis des droits de citoyen de cet État.

Les Russes, en ce moment, pour atteindre l’affranchissement, doivent, non seulement ne rien entreprendre, mais au contraire s’abstenir de toutes entreprises, aussi bien de celles dans lesquelles l’entraîne le gouvernement que de celles que pourraient tenter les révolutionnaires et les libéraux.

Le peuple russe, — sa majorité de paysans — doit continuer de vivre, comme il a toujours vécu, de la vie agricole, rurale, communale et supporter sans lutte, — c’est-à-dire se soumettre — toute la violence gouvernementale ou autre. Qu’il refuse d’obéir aux exigences de participation dans n’importe quelle violence gouvernementale, de payer volontairement l’impôt, de servir volontairement — dans la police, dans l’administration, dans la douane, dans l’armée, dans la flotte, dans n’importe quelle institution imposée. De même et encore plus strictement, les paysans doivent s’abstenir des violences auxquelles les poussent les révolutionnaires. Toute violence des paysans sur les propriétaires fonciers provoquera des représailles, et, en tout cas, se terminera par l’institution d’un gouvernement quelconque, mais toujours basé sur la force. Et avec un gouvernement de ce genre, comme il arrive dans les pays les plus libres d’Europe et d’Amérique, éclatent des guerres insensées et cruelles, et la terre reste la propriété des riches.

Seule la non-participation du peuple dans n’importe quelle violence peut anéantir tous les maux dont il souffre, faire cesser les armements sans fin et les guerres, et détruire la propriété foncière.

C’est ainsi qu’il faut qu’agissent les paysans agriculteurs pour que la révolution actuelle ait de bons résultats.

Quant aux hommes des classes citadines : gentilshommes, marchands, médecins, savants, ingénieurs, littérateurs, etc., qui sont maintenant occupés à faire la révolution, ils doivent avant tout comprendre leur insignifiance — au moins numérique : 1 % du peuple agricole. Qu’ils se persuadent bien que le but de la révolution actuelle ne peut et ne doit consister en l’institution d’un nouvel ordre politique, — basé sur la violence, — avec n’importe quel suffrage universel, ou quelle organisation socialiste perfectionnée, mais qu’il se trouve dans l’affranchissement de cent millions de paysans de la violence sous quelque forme qu’elle se présente : militarisme, exactions fiscales, propriété individuelle. Pour atteindre ce but, point n’est besoin de cette activité remuante, déraisonnable et mauvaise, qui est maintenant celle des libéraux et des révolutionnaires russes.

La révolution ne se fait pas sur commande : « Allons-y, faisons la révolution ! » On ne peut la faire selon un modèle tout prêt, en pastichant ce qui se faisait il y a cent ans, dans des conditions tout autres. La révolution, en effet, n’améliore le sort des hommes que si ces hommes, reconnaissant la faiblesse et le danger des anciennes bases de la vie, aspirent à la rétablir sur de nouvelles institutions pouvant leur donner le vrai bien, que s’ils ont un idéal de vie nouvelle, meilleure.

Or, les hommes qui désirent, maintenant, faire en Russie une révolution politique sur le modèle des révolutions européennes, n’ont ni nouvelles bases, ni nouvel idéal. Ils n’aspirent qu’à remplacer une vieille forme de la violence par une autre, qui apportera avec soi les mêmes maux que ceux dont souffre maintenant le peuple russe. C’est ce que nous voyons en Europe et en Amérique où existent même militarisme, mêmes impôts, même accaparement de la terre.

Et le fait que la majorité des révolutionnaires pose comme idéal l’État socialiste, qui ne peut s’obtenir que par la violence la plus cruelle, et qui, s’il était un jour atteint, priverait les hommes des dernières bribes de liberté, ce fait montre uniquement que ces hommes n’ont aucun nouvel idéal.

L’idéal de notre temps ne peut être la modification de la forme de la violence, mais son anéantissement complet, qu’on peut atteindre par la non-obéissance au pouvoir humain.

De sorte que si les hommes des classes citadines veulent réellement contribuer à la grande transformation qui s’opère, la première chose qu’ils doivent faire c’est de renoncer à cette activité révolutionnaire, cruelle, antinaturelle, inventée, qui est la leur maintenant, de s’établir à la campagne, y partageant les travaux du peuple ; puis, après avoir appris de lui la patience, l’indifférence et le mépris du pouvoir, et principalement l’amour du travail, non seulement ne pas exciter les hommes à la violence, comme ils le font maintenant, mais, au contraire, les garder de toute participation dans l’activité violente, de toute obéissance à n’importe quel pouvoir imposé, enfin, les aider, si besoin en est, de leurs connaissances scientifiques, dans l’explication des questions qui, inévitablement, surgiront avec l’anéantissement du gouvernement.

= = =

L’ORGANISATION DE LA SOCIÉTÉ AFFRANCHIE DU GOUVERNEMENT PAR LA VIOLENCE

Léon Tolstoï

1906

Mais comment, sous quelle forme, peuvent vivre les hommes du monde chrétien s’ils ne vivent pas sous forme d’État, en obéissant au pouvoir gouvernemental ?

Ce sont ces mêmes qualités du peuple russe, grâce auxquelles j’estime que la révolution doit commencer et se faire non ailleurs, mais précisément en Russie, qui donnent la réponse à cette question.

L’absence de pouvoir, en Russie, n’empêcha jamais la constitution de communes agricoles. Au contraire, l’immixtion du pouvoir gouvernemental fit toujours obstacle à cette organisation intérieure, propre au peuple russe.

Le peuple russe, comme la plupart des peuples agricoles, s’est naturellement groupé, telles les abeilles dans les ruches, en certaines agglomérations sociales, satisfaisant entièrement aux besoins de la vie communale des hommes. Partout où les Russes s’installèrent sans l’immixtion du gouvernement, ils établirent entre eux une direction, non violente, mais basée sur l’entente réciproque, avec possession commune de la terre, et qui satisfaisait complètement aux besoins de la vie en commun.

De telles communes ont peuplé, sans aucune aide du gouvernement, toutes les frontières orientales de la Russie. Elles sont allées en Turquie, comme les Nekrassovtsé, et, gardant là leur caractère de commune chrétienne, ont vécu et vivent en paix sous le pouvoir du sultan. De pareilles communes, sans le savoir elles-mêmes, allèrent en Chine, en Asie Mineure, et vécurent là très longtemps, n’ayant besoin d’aucun gouvernement, sauf leur direction intérieure.

Ainsi vivent les agriculteurs russes, — la grande majorité de la population russe — sans avoir besoin du gouvernement, mais le supportant seulement. Pour le peuple russe, le gouvernement ne fut jamais un besoin, mais toujours un fardeau.

L’absence du gouvernement — de ce même gouvernement qui maintient par force, en faveur du propriétaire terrien, le droit de jouir de la terre — ne fera qu’aider à cette vie communale, rurale, que le peuple russe regarde comme la condition nécessaire de la bonne vie. Elle y aidera parce que, détruisant le pouvoir qui soutient la propriété foncière, elle affranchira la terre et donnera à tous les hommes des droits égaux sur elle.

C’est pourquoi les Russes n’ont pas besoin de renverser le gouvernement, et d’inventer de nouvelles formes de la vie communale destinées à remplacer les anciennes. Les formes communales, propres au peuple russe, existent déjà et ont toujours satisfait aux besoins de sa vie sociale.

Elles consistent dans cette direction commune, avec l’égalité de tous les membres du mir, dans cette formation d’artels pour les entreprises industrielles, et la propriété commune de la terre. La révolution qui se prépare dans le monde chrétien et qui commence maintenant chez le peuple russe se distingue des autres révolutions, précisément en ce que celles-ci détruisaient sans réédifier ou remplaçaient une forme de la violence par une autre, tandis que la révolution future ne doit rien détruire : il n’y a qu’à cesser de participer à la violence, à ne pas arracher la plante et la remplacer par quelque chose d’artificiel sans vie, mais à écarter ce qui gênait sa croissance. En conséquence, ce ne sont pas les hommes pressés, hardis, ambitieux, — qui, ne comprenant pas que la cause du mal contre lequel ils luttent est dans la violence, ne se représentent aucune forme de la vie sociale en dehors d’elle, attaquent aveuglément, sans réfléchir, la violence existante pour la remplacer par une nouvelle — qui aideront à la grande révolution qui va s’accomplir. Seuls les hommes qui, sans rien abattre, sans rien briser, arrangeront leur vie indépendamment du gouvernement, et qui, sans lutte, supporteront toute violence commise sur eux, mais ne participeront point au gouvernement, ne lui obéiront point, ceux-là seuls aideront à la révolution actuelle.

Le peuple russe, en immense majorité agricole, ne doit que continuer de vivre comme il vit maintenant, de la vie agricole communale, et ne point participer aux œuvres du gouvernement ni lui obéir.

Plus le peuple russe tiendra à cette forme de la vie qui lui est propre, moins le pouvoir gouvernemental, violateur, s’immiscera dans sa vie, et plus facilement il sera anéanti, car il trouvera toujours de moins en moins de prétextes pour s’immiscer et de moins en moins d’aide pour accomplir ses actes de violence.

Ainsi, à la question : Quelles seront les conséquences du refus d’obéissance au gouvernement ? on peut répondre avec assurance que ce sera l’anéantissement de cette violence qui force les hommes à entrer en guerre les uns contre les autres, et qui les prive du droit de jouir de la terre.

Et les hommes affranchis de la violence, ne se préparant plus à la guerre, ne se battant plus les uns contre les autres, et pouvant jouir de la terre, naturellement retourneront à ce travail agricole, propre à l’homme, au labeur le plus sain, le plus moral, avec lequel les efforts de l’homme sont dirigés vers la lutte contre la nature et non contre les hommes, à ce labeur sur lequel sont basées toutes les autres branches du travail et qui ne peut être abandonné que par les hommes soumis à la violence.

La cessation de l’obéissance au gouvernement doit amener les hommes à la vie agricole. Et la vie agricole les conduira à l’état communal le plus naturel, à cette vie de petites communes placées dans des conditions agricoles équivalentes. Il est très probable que ces communes ne vivront pas séparément et formeront entre elles, suivant les conditions économiques de race et de religion, de nouvelles unions libres, mais absolument différentes des anciennes communes gouvernementales basées sur la violence.

La négation de la violence ne prive pas les hommes de la possibilité de s’unir, mais les unions basées sur l’accord mutuel ne peuvent se former que quand seront détruites les unions basées sur la violence.

Pour construire une nouvelle maison solide à la place de celle qui tombe en ruines, il faut enlever de celle-ci jusqu’à la dernière pierre et bâtir tout à neuf.

De même avec ces unions qui pourront se former entre les hommes après la destruction de celles qui ont pour fondement la violence.

= = =

CE QUE DEVIENDRA LA CIVILISATION

Léon Tolstoï

1906

Eh bien ! qu’adviendra-t-il de tout ce que les hommes ont élaboré ? Que deviendra la civilisation ?

« Le retour au singe, la lettre de Voltaire à Rousseau, disant qu’il faut apprendre à marcher à quatre pattes : le retour à une vie animale quelconque », disent les hommes qui sont tellement convaincus que la civilisation dont nous jouissons est un très grand bien qu’ils n’admettent pas même la pensée de renoncer à la moindre chose donnée par elle.

« Comment remplacer par la forme déjà dépassée par l’humanité — les communes agricoles, grossières, perdues au fond de la campagne — nos villes avec leurs chemins de fer électriques, souterrains et aériens, leurs phares électriques, leurs musées, leurs théâtres, leurs monuments ? » diront ces hommes. — « Oui, et avec leurs quartiers miséreux, les slums de Londres, de New-York, des grandes villes, avec leurs maisons de tolérance, les banques, les bombes explosives contre les ennemis extérieurs et intérieurs, avec leurs prisons, leurs échafauds, leurs millions de soldats » dirai-je, moi.

« La civilisation, notre civilisation, est un grand bien », disent les hommes. Mais ceux qui ont cette conviction appartiennent à cette minorité qui vit non seulement dans cette civilisation, mais par elle ; qui vit dans l’aisance, presque dans l’oisiveté, en comparaison du labeur des ouvriers, et ainsi uniquement parce que cette civilisation existe.

Tous ces hommes : rois, empereurs, présidents, princes, ministres, fonctionnaires, militaires, propriétaires fonciers, marchands, ingénieurs, médecins, savants, peintres, professeurs, prêtres, écrivains, sont si sûrs que notre civilisation est un grand bien qu’ils ne peuvent admettre la pensée de la voir disparaître ou même se modifier.

Mais demandez à la grande masse des peuples agriculteurs, des peuples slave, chinois, hindou, russe, aux neuf dixièmes de l’humanité, si cette civilisation, qui semble un bien supérieur à ceux qui vivent en dehors de l’agriculture, est un bien ou non ? Chose étrange, les neuf dixièmes de l’humanité répondront tout autrement. Ils savent qu’ils ont besoin de la terre, du fumier, de l’arrosage, du soleil, de la pluie, des forêts, des récoltes, de quelques instruments aratoires très simples, qu’on peut fabriquer sans abandonner la vie agricole. Mais de la civilisation ou ils ne savent rien, ou elle se présente à eux sous l’aspect de la débauche des villes, avec leurs prisons et leurs bagnes, ou sous l’aspect des impôts et des monuments inutiles, des musées, des palais, ou sous forme de douanes qui empêchent la libre circulation des produits, ou sous l’aspect des canons, des cuirassés, des armées, qui ravagent des pays entiers. Et alors ils disent que si c’est cela la civilisation elle ne leur est pas nécessaire ; et qu’elle est même nuisible.

Les hommes qui jouissent des avantages de la civilisation, prétendent qu’elle est un bien pour toute l’humanité, mais dans ce cas ils ne peuvent être témoin, étant juge et partie.

On ne peut nier que nous ne sommes maintenant loin dans la voie du progrès technique ; mais qui est loin dans cette voie ? Cette petite minorité qui vit sur le dos du peuple ouvrier. Et le peuple ouvrier, celui qui sert les hommes qui jouissent de la civilisation, dans tout le monde chrétien, continue de vivre comme il vivait il y a cinq ou six siècles, profitant seulement de temps en temps, des rogatons de la civilisation.

Si même il vit mieux, la distance qui sépare sa situation de celle des classes riches est plutôt plus grande que celle qui existait il y a six siècles. Je ne dis pas, comme pensent plusieurs, que la civilisation n’étant pas un bien absolu nous devons rejeter d’un coup tout ce que les hommes ont élaboré pour la lutte contre la nature, mais je dis que pour affirmer que ce que les hommes ont élaboré sert réellement à leur bien, il est nécessaire que tous, et non une petite minorité, en jouissent, il ne faut pas que certains soient privés par force de leur avoir pour les autres, sous prétexte que ces biens retourneront un jour à leurs descendants.

Nous regardons les pyramides d’Égypte et nous sommes stupéfiés de la cruauté et de la folie de ces hommes qui en ordonnèrent la construction et de ceux qui exécutèrent leurs ordres. Mais combien plus cruelle et plus inepte est la construction de ces maisons de dix, trente-six étages que les gens de notre monde civilisé construisent dans les villes, et dont ils sont fiers. Autour, la terre avec ses plantes, ses forêts, ses eaux limpides, son air pur, son soleil, ses oiseaux, ses animaux ; et les hommes, avec d’énormes efforts barrant aux autres le soleil, édifient des maisons de trente-six étages qui se balancent au vent, et où il n’y a ni herbe, ni arbre, où l’air et l’eau sont souillés, où toute la nourriture est falsifiée et corrompue et la vie difficile et malsaine. N’est-ce pas une preuve évidente de l’insanité de toutes les sociétés, qui, non seulement conseillent des folies pareilles mais encore en sont fières ? Et ce n’est pas un exemple unique. Regardez autour de vous, et à chaque pas vous verrez de pareilles maisons de trente-six étages qui valent les pyramides d’Égypte.

Les défenseurs de la civilisation disent : « Nous sommes prêts à réformer ce qui est mal, seulement que tout ce que l’humanité a élaboré reste intact. »

Mais c’est ce que dit à son docteur le débauché, qui, par sa mauvaise conduite, a gâché sa situation et sa santé, et qui est prêt à faire tout ce que le médecin lui ordonnera à condition qu’il puisse continuer sa vie de débauche. À un tel homme, nous disons que pour améliorer son état, il doit cesser de vivre comme il vit. Il est temps de dire la même chose à l’humanité chrétienne et de le lui faire comprendre.

L’erreur inconsciente — et parfois consciente — que commettent les défenseurs de la civilisation, c’est de la prendre pour but, tandis qu’elle n’est qu’un moyen, et de la considérer toujours comme un bien. Mais elle ne sera le bien que quand les forces dominantes de la société seront bonnes. Les substances explosibles sont très utiles pour construire une route, mais très dangereuses dans les bombes. Le fer est très utile pour les instruments aratoires mais très pernicieux quand il est employé pour les engins de guerre et les verrous des prisons. La presse peut répandre de bons sentiments et des idées sages, mais, avec un succès plus grand encore, des idées fausses et dépravantes. La civilisation est un bien ou un mal selon que le bien ou le mal domine dans la société. Dans notre société où la minorité exploite la majorité, elle est un grand mal. La civilisation, chez nous, n’est qu’une arme de trop de l’oppression de la majorité par la minorité dominante.

Il est temps que les hommes des classes supérieures comprennent que ce qu’ils appellent la civilisation — la culture — n’est qu’un moyen et la conséquence de cet esclavage dans lequel la petite minorité oisive du peuple tient l’immense majorité laborieuse. Notre salut n’est pas dans cette voie que nous avons suivie ; il n’est pas dans la conservation de tout ce que nous avons élaboré, mais il se trouve dans notre aveu de nous être engagés dans une voie fausse, d’être tombés dans l’ornière d’où il nous faut sortir, sans se soucier de retenir ce que nous avons, mais, au contraire, en jetant bravement tout ce qui nous est le moins nécessaire, ce que nous avons traîné avec nous, afin d’arriver d’une façon quelconque (même à quatre pattes) sur un sol ferme.

La vie bonne et raisonnable consiste à choisir, parmi beaucoup d’actes ou entre beaucoup de voies qui se présentent, les actes les plus raisonnables, la direction la meilleure. Or l’humanité chrétienne, dans sa situation présente, doit choisir entre ces deux choses : ou poursuivre dans cette mauvaise voie, où la civilisation existante donne les plus grands biens au plus petit nombre, retenant les autres dans la misère et l’esclavage ; ou immédiatement, sans le remettre à un avenir plus ou moins éloigné, renoncer en partie ou totalement aux avantages qu’a donnés cette civilisation à quelques privilégiés, et qui empêchent l’affranchissement de la majorité des hommes de la misère et du servage.

La résistance qui ne dit pas son nom… Entretien avec l’anthropologue politique James C. Scott (PDF)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 23 février 2021 by Résistance 71

 

 

 

Résistance 71

 

23 février 2021

 

Le PDF de notre traduction de l’entretien de l’anthropologue politique James C. Scott sur le sujet de la résistance qui ne dit pas son nom…

Entretien_avec_James_C_Scott_2018

 

 

Crise finale du capital et conditions objectives insurrectionnelles (Robert Bibeau)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, coronavirus CoV19, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 21 février 2021 by Résistance 71

 

 

Bonne analyse du camarade Bibeau avec laquelle nous sommes d’accord. La conscience politique  s’élève, nous constatons dans nos entourages respectifs que de plus en plus de gens comprennent et admettent enfin qu’il n’y a pas et ne saurait y avoir de solution au sein de ce système. L’étape suivante est l’union et la solidarité pour affirmer la ligne d’action commune, la seule qui remplira les conditions de l’intérêt commun des peuples par delà les frontières fictives et les divisions factices n’ayant aucun lieu d’exister : A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat ! Vive la Commune Universelle des associations libres et de la vie organique réalisant enfin notre humanité vraie !
Il est plus que temps de devenir politiquement adulte et d’arrêter de déléguer notre pouvoir. La chance nous en est offerte, Saisissons-la et devenons ce que nous sommes. Hoka Hey !
~ Résistance 71 ~

 

Les conditions objectives de l’insurrection sont réunies

 

Robert Bibeau

 

17 février 2021

 

url de l’article original: https://les7duquebec.net/archives/262124

 

Un article d’un observateur perspicace de la scène internationale recadre les puissances concurrentes sur l’échiquier mondialisé extrêmement compliqué. Toutefois, l’auteur commet quelques erreurs qui émanent de sa vision idéaliste et métaphysique de la géopolitique. Il écrit: « En conséquence, ils (les milliardaires) façonnent nos esprits et nos vies, faisant de l’État un pauvre roi illégitime parmi des barons autrement riches et puissants. (…)  Il semble que nos tycoons ont tiré le plus grand profit de la crise du Corona. Leurs avoirs ont augmenté de plusieurs billions, tandis que ceux des classes moyennes ont diminué dans les mêmes proportions. Plus importants encore, tous les États ont souffert de la crise; ils ont contracté des emprunts et des crédits auprès des riches (…) Twitter a débranché le président Trump, montrant ce faisant qui est le vrai patron des États-Unis.»  https://les7duquebec.net/archives/262028

L’ÉTAT a toujours représenté l’État-major de la classe dominante – État-major à son service exclusif au prix de tous les sacrifices.  Si aujourd’hui l’ÉTAT des riches est secoué-critiqué-ébranlé-malmené par une faction des multimilliardaires,  ceux du Big Tech des technologies numériques de plateformes, et ceux du Big Pharma, c’est que ces nouveaux champions de l’accumulation cherchent  à s’emparer du contrôle exclusif de l’appareil d’État fétiche, du moins des États qui sont encore sous l’emprise des vieux capitalistes d’arrières gardes, ceux des industries conventionnelles et de l’énergie traditionnelle.

Bref, étant donné l’errance de la gouvernance de l’État providence, les nouveaux riches GAFAM  exigent qu’on leur confie l’administration du radeau bancal du capital, pensant faire mieux que leurs prédécesseurs les Rockefeller et consorts, disqualifiés.

Le dernier « round » punitif vient juste de se solder aux USA par le rejet de la procédure d’impeachment contre Donald Trump, ce dinosaure représentant du vieux capital obsolescent et décadent.  Il suffisait de l’effrayer… pas de l’éliminer.  https://les7duquebec.net/archives/262049

Ce qu’aucun de ces milliardaires ne soupçonne, pas plus que les larbins politiciens à leur solde, c’est que le rafiot de la Méduse du capital ne sombre pas pour une quelconque erreur de pilotage, suite à une mauvaise répartition de la richesse entre les 2500 milliardaires de bonne fortune et le milliard de prolétaires d’infortunes. Seuls les bobos de gauche et de droite croient à ce bobard d’équité sociale.

Sous le mode de production capitaliste, il va de soi que la richesse appelle la richesse, qui tend naturellement à se concentrer au sommet de la pyramide sociale et rien, aucun programme de «New Deal», de «New Green Deal», de «Great Reset» ou de «Nouvel Ordre Mondial» (sic) ne pourra contrevenir à la loi fondamentale de l’accumulation-valorisation du capital. Le riche accumule la richesse aux dépens de tous les autres et il n’y peut rien, le système est ainsi conçu. Il fut un temps où des miettes tombées de la table de bombance satisfaisaient la bourgeoisie de sous-traitance et la petite bourgeoisie de service, et calmait le prolétariat des pays dominants et des pays émergents, mais la crise systémique du capitalisme a mis fin à cette époque de transition et aujourd’hui c’est chacun pour soi et «la guerre de tous contre tous» disait Vladimir Poutine. https://les7duquebec.net/archives/261724

La situation générale n’a jamais été aussi favorable pour le prolétariat international qui a aujourd’hui atteint la maturité sociologique. La bulle pandémique et sanitaire que les médias des riches et les larbins politiciens ont stupidement gonflée au-dessus de leurs têtes tétanisées va bientôt exploser en même temps que la bulle boursière entraînant son lot de chômage intolérable, de misère sociale, de désespérance rurale et de violence urbaine.

Les riches savent déjà tout cela et d’une main ils exigent de leurs larbins politiques qu’ils durcissent la répression de l’État policier et qu’ils mettent l’armée sur un pied de guerre contre la Résistance intérieure. De l’autre main, les riches milliardaires courent aux canots de sauvetage larguant leurs sous-fifres de qui ils exigent l’ultime sacrifice (l’abandon de leur carrière politique) et ne parlons pas des énergumènes de gauche comme de droite espérant leur embarquement, accrochés au bastingage de l’épave en perdition. Les conditions objectives de l’insurrection sont maintenant réunies. Saurons-nous accompagner les forces disparates de la Résistance sociale et contribuer au mûrissement des conditions subjectives de l’insurrection?

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Tout le pouvoir aux ronds-points !

 

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Solidarité Internationale…


… Dans l’esprit de Cheval Fou

Domination marchande : Rejet, boycott, organisation et rébellion consciente (OSRE)

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 4 février 2021 by Résistance 71

 

 

 

A lire en parallèle parce qu’inter-connecté avec cette analyse de l’OSRE : « État des lieux avant chambardement »
(Résistance 71)

 

Le symptôme d’une époque en crise, éléments pour une pensée authentiquement rebelle

 

OSRE

 

27 janvier 2021

 

Article paru dans le numéro 41, Mars/Avril 2010, de Rébellion

 

Source:
http://rebellion-sre.fr/symptome-dune-epoque-crise-elements-pensee-authentiquement-rebelle/

 

Notre entreprise coïncide avec le début du 21° siècle et l’épuisement des schémas idéologico-politiques du siècle précédent qui tentent, néanmoins, de se survivre à eux-mêmes sous l’étiquette du clivage droite/gauche. Ce qui ne signifie, d’ailleurs pas, que celui-ci va disparaître de si tôt puisqu’il est au cœur d’un dispositif central de représentation nécessaire à la défense du Système.

Pour autant, il ne s’agit pas pour nous de faire du « nouveau » à tout prix. Les personnes qui se veulent des « innovateurs » en politique recyclent souvent les anciennes lubies avec un mauvais maquillage de marketing moderne. Nos références sont claires : elles s’inscrivent dans une longue tradition de rejet de la domination historique de l’économie marchande, puis de celle croissante du capital. Ce rejet a pris la figure du socialisme au 19° siècle et s’est cristallisé de manière théorique et radicale dans l’expression ouvrière du communisme révolutionnaire. Nous nous référons ainsi au riche héritage du socialisme, en lui ajoutant l’importante contribution de Karl Marx et Friedrich Engels(et plus largement aux penseurs et courants nés de leur apports théoriques comme G. Lukacs, Guy Debord ou C. Castoriadis).

Il ne s’agit pas non plus d’un énième « retour à Marx » qui signifierait que la théorie communiste serait enfin devenue adéquate à son idéal (ce qui n’a d’ailleurs pas de sens pour Marx lui-même « le communisme est le mouvement réel qui abolit les conditions existantes »). L’auteur du Capital à toujours insisté sur le fait que son analyse de la réalité ne relevait pas d’une théorie abstraite, mais de l’étude des conditions réelles et objectives de l’existence humaine. En effet la théorie révolutionnaire naît du sol des questions pratiques que se posent les hommes au cours de leur lutte historique et non d’une sphère autonome propre aux préoccupations d’intellectuels plus ou moins idéologues.

Nous sommes un « symptôme », c’est-à-dire l’expression de la crise profonde rencontrée par le système capitaliste au stade du parachèvement de sa domination réelle sur tous les aspects de la vie sociale (appelée communément « mondialisation »). Le capitalisme ayant réalisé sa dynamique de domination totale, il se retrouve face à sa propre impasse en tant qu’il ne peut même plus assurer un semblant de développement cohérent pour l’Humanité.

L’essence du capital, est la mondialisation; il est la réalisation effective du devenir-monde de l’économie mondiale. Son but ultime – inhérent au cycle de la valorisation – se traduit dans la représentation idéologique dominante signifiée par le vocable de « mondialisme ». Celui-ci est l’expression du fatalisme idéologique de toutes les classes dominantes prises de vertige face aux exigences de la loi du taux de profit. Le mondialisme est le « confort mental » que se donnent les classes dominantes (et l’oligarchie politique chargée de les représenter) dans un monde qu’elles ne maîtrisent plus. C’est le « destin » de la loi du taux de profit d’être une course débouchant sur le vide existentiel et le chaos social.

 » Malheureusement » pour le capital, celui-ci n’a pas réussi à éradiquer toute mémoire historique de des moments de lutte et de contradiction d’où émergèrent les consciences concevant sa critique radicale et la nécessité de dépasser les contradictions aliénantes de l’existence humaine. En produisant l’hégémonie de l’économie sur la vie sociale, le capital produit corrélativement le prolétariat. Pour autant, plus aucun lien organique – comme dans les anciennes structures communautaires – ne le lie à l’être social (« Gemeinwesen » chez Marx). De là, la possibilité pour le prolétariat de se nier en tant que classe objet du capital, tout en niant la nécessité de l’existence pérenne de celui-ci. La conscience révolutionnaire suivant des phases d’avancée et de recul au cours de l’histoire, est l’expression de cette voie réelle de dépassement de l’aliénation sur laquelle le prolétariat a eu parfois l’audace de s’engager.

Comme tout symptôme, notre action traduit une souffrance face à un monde devenu fou. Mais cela n’est somme toute qu’un signal de nécessité de remise en ordre de ce qui doit l’être. Le réductionnisme de la machinerie capitaliste échouerait-il? L’instrumentalisation-manipulation des êtres rencontrerait-elle un obstacle? Oui, si nous pensons qu’il existe une essence de l’homme que Marx, d’ailleurs, situait sur le plan d’une ontologie de l’être social. Marx traite de la vieille question philosophique de « l’être », tant sur le plan de la nature de la connaissance humaine et de ses avancées, que des relations pratiques que les hommes entretiennent entre eux et avec la nature comme deux versants dialectiques de la même instance agissante; c’est cela que l’on peut qualifier d’ontologie de l’être social.

On sait l’attachement de celui-ci envers l’idée aristotélicienne de l’homme comme animal politique. Il faut préciser qu’il ne s’agit pas dans la pensée marxienne de cerner une abstraction morte, ossifiée, d’une essence humaine mais au contraire de se référer à la praxis humaine et à ses diverses métamorphoses. Il y a bien là une question ancestrale de fondement, coeur de toute réflexion philosophique authentique. Il faut, afin de l’analyser, prendre le problème sous l’angle de la réalité imposée par le capital. Globalement, ce dernier entrave la praxis humaine, l’existence et le développement même des hommes vers sa plénitude.

Cela peut sembler étrange comme proposition, dans un monde pris de frénésie et où tout semble constamment « bouger ». Tout aussi paradoxalement pourrait-on affirmer que le capital tend à faire disparaître toute relation sociale dans un monde, en effet, où tout le monde semble être en contact (virtuel) avec tout le monde. Mais il n’y a dans cette apparence qu’une inversion spectaculaire aliénante. L’inversion qui traduit la perte de l’essence, dit autrement, la paralysie de toute praxis autonome constituant les multiples communautés humaines. Elles sont actuellement quasiment vidées de toute substance vive autre que celle des exigences de la marchandise : ce que Marx désigne sous le concept de réification. Dit encore autrement, l’homme produit ce qui n’est pas lui, bien que la source en soit encore lui! Le capital, c’est la contradiction faite homme au sens de contradiction bien réelle au coeur de l’homme réel.

Alain de Benoist décrit particulièrement bien cette décomposition des liens humains et sociaux dans un « présent virtuel : « La société à l’ère de la mondialisation est une « société liquide », où les relations, les identités, les appartenances politiques et même les catégories de pensée deviennent à la fois polymorphes, éphémères et jetables. Les votes électoraux obéissent à un principe de rotation accélérée (au fil des années, on essaie tous les partis). Les engagements politiques, perdant tout caractère militant « sacerdotal », deviennent transitoires. Les luttes sociales s’inscrivent dans des laps de temps de plus en plus limités. Les liens amoureux obéissent au même principe. Le mariage d’amour étant la principale cause du divorce, mariages et liaisons durent de moins en moins longtemps. Il y a seulement dix ans, la durée moyenne d’un mariage dans les pays occidentaux était de sept ans. Elle n’est plus aujourd’hui que de dix-huit mois. Tout engagement à long terme, que ce soit dans le domaine politique ou dans le domaine amoureux, est assimilé à une perte de liberté ou devient incompréhensible. Fragilisation des liens ou des rapports humains, qu’ils soient intimes ou sociaux, désagrégation des solidarités durables, mais aussi sentiment d’impuissance (on a l’impression de ne plus rien maîtriser) qui fait naître des sentiments d’incertitude, d’angoisse et d’insécurité » (1) .

Notre idée de « symptôme » est l’ expression de la lutte portée par le capital au sein du rapport social et par voie de conséquence au sein de chaque exploité/aliéné. Le « symptôme » témoigne du fait que le capital n’a pas bloqué définitivement le processus historique et que son rêve fou d’expulser l’humain authentique comme référence au fondement de l’être social est purement utopique.

Dans un récent texte, que nous pouvons considérer comme une des analyses les plus riche sur les origines de la crise, Gilles Dauvé et Karl Nesic décrivent le rêve de la bourgeoisie, devenu notre cauchemar : « Une cause majeure de la crise actuelle, c’est la tentative du capitalisme de réaliser une de ses utopies. Contrairement à ce qui se dit parfois, la bourgeoisie ne rêve pas d’un univers robotisé ou hyper-policier, mais d’une société sans ouvriers, en tout cas sans salariés auxquels leur fonction donne une force de blocage possible. Dans ce but, depuis 1980, elle s’efforce de recomposer la population active des pays dits développés autour de trois groupes principaux : (1) les salariés travaillant dans des services peu qualifiés, en particulier « les services à la personne », mais aussi les travailleurs manuels encore indispensables à la circulation physique des marchandises (chauffeurs routiers, manutentionnaires, etc.), dispersés et réputés – à tort – incapables de se coaliser ; (2) les semi-qualifiés du tertiaire (parmi eux, les fameux « intellos précaires ») employés dans l’enseignement, les médias, la publicité, la recherche, domaines désormais interpénétrés, et tout ce qui gravite autour des multiples facettes de la communication ; et (3) les qualifiés bien payés, gérant et organisant les deux premiers groupes. Malgré sa précarité et la modestie de ses revenus, l’ensemble n°2 partage les modes de pensée et, dans la mesure de ses moyens, de consommation du 3e : tous deux ont en effet en commun de réunir des « manipulateurs de symboles ». Il est d’ailleurs possible à une minorité de membres du 2e groupe d’intégrer le 3e. L’ensemble n°1, lui, n’a bien sûr accès qu’au « premier prix » des équipements et appareillages high-tech. Quant à aux supports matériels inévitables (car tout ne saurait être virtualisé) d’une vie de plus en plus vouée à l’immatériel et à la connaissance, leur fabrication sera assurée ailleurs, loin, de préférence outre-mer (…) . Systématiser le précaire, c’est pour le capital faire comme si le prolétaire était toujours en trop, en sursis, embauché en attendant de trouver au Maroc ou en Inde un salarié qui fera les mêmes tâches pour moins d’argent, jusqu’à ce qu’un automatisme encore plus poussé rende inutile l’intervention humaine.».

Sans exagérer, on peut affirmer que le capital mène alors une guerre sans merci contre le genre humain au sens où il instrumentalise/manipule sa généricité. Expliquons : idéologie mondialiste, impérialisme tous azimuts, destruction des Nations, ravages de l’environnement, gouvernance mondiale, antiracisme spectaculaire de convenance, confiscation du savoir scientifique par les multinationales etc., sont autant de dispositifs tendant à bloquer l’émergence de la communauté humaine (« das Gemeinwesen » de Marx). Ils représentent des inversions parodiques du processus que Lukacs définissait comme passage qualitatif du genre en soi au genre pour soi, c’est-à-dire de la fin de la soumission du genre humain à la pure nécessité économique.

Ce besoin de dépassement de l’aliénation se traduit – parfois maladroitement – par la lente prise de conscience de l’impossibilité de mener une vie proprement humaine au sein du chaos social, économique, engendré par une paupérisation croissante du prolétariat. Aussi notre approche critique est-elle une réponse à la généralisation du mode de production capitaliste à toute la planète – en extension et en intensité – , à l’uniformisation des conditions d’existence imposée à tous les peuples, à ce que les camarades du groupe  » L’Internationale » ont appelé la « société de l’indistinction ». Comme l’écrivait Guy Debord : « tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation ».

En réponse à cette situation, nous pensons que la seule réponse politique qui vaille consiste à ne pas admettre les règles du jeu politique du système afin de les dénoncer comme discours, bavardage spectaculaire inconsistant, verbigération, tendant à imposer le mutisme à toute revendication existentielle qualitative. A ce stade du capitalisme, l’idéologie dominante parodie le passage qualitatif au genre pour soi (qui rappelons-le serait la fin de l’aliénation économique), car la réalité de la mondialisation est une espèce de vaste manipulation du genre humain devenu objet exclusif du processus de valorisation du capital.<

Notes :

1- Alain de Benoist, l’Homme Numérique, article de Spectacle du Monde ( Mars 2010). Disponible en ligne : http://www.lespectacledumonde.fr

2- Gilles Dauvé & Karl Nesic, Sortie d’Usine, Trop Loin. Mars 2010.
http://troploin0.free.fr/ii/index.php/textes/50-sortie-dusine

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Tout le pouvoir aux ronds-points !…

Pathocratie : Sortir les clowns psychopathes du pouvoir et le reprendre par et pour nous-mêmes…

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Nous avons traduit cet article parce que nous avons trouvé intéressant qu’un avocat spécialisé en droit constitutionnel en arrive à cette analyse, vu qu’il est dans le système et en dépend. Il est intéressant de noter qu’une fois de plus, si on peut s’accorder sur l’analyse faite, c’est sur certaines des solutions proposées que l’on peut toujours diverger, ce qui nous amène à la question essentielle après lecture d’une telle analyse : comment quelqu’un d’intelligent et ayant une bonne dose d’humanité (l’auteur n’est manifestement pas un des psychopathes qu’il décrit…), peut-il encore croire à une quelconque viabilité de la fonctionnalité du système, comment ne peut-on pas voir aujourd’hui comme le nez au milieu de la figure, qu’où que ce soit : il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir, qu’il faut en sortir et œuvrer ensemble hors état, hors marchandise, hors argent et hors salariat ?.. Ceci constitue aujourd’hui une évidence irréfutable dont il faut impérativement tenir compte si nous voulons sortir durablement du marasme étatico-capitaliste dans lequel nous nous sommes laissés enfermer.

~ Résistance 71 ~


L’asile armé aux manettes… partout en occident

Nous, le peuple, devrions prendre les décisions

John Whitehead*

Novembre 2020

url de l’article original:
https://americanfreepress.net/we-the-people-should-call-the-shots/

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Il y a vingt ans, un journal posait la question dans une manchette : “Qu’elle différence y a t’il entre un politicien et un psychopathe ?” La réponse alors et aujourd’hui demeure la même : Aucune. A mon avis, il n’y a aucune différence entre les psychopathes et les politiciens (NdR71 : Nous serons un peu plus nuancés : depuis la fin de la seconde guerre mondiale, on peut dire que si tous les politiciens ne sont pas des psychopathes, tous les politiciens qui ont eu et ont une influence notamment en géopolitique, l’ont été ou le sont aujourd’hui, c’est même sans aucun doute un pré-requis pour arriver au sommet de la pyramide politique… Un exemple d’actualité parmi tant d’autres : Klaus Schwab, patron de Davos, si grande gueule de nos jours, est un élève de Kissinger, le plus grand psychopathe, criminel de guerre toujours en vie actuellement… On sait donc où cette ordure veut emmener le monde pour le seul bien du système à l’agonie et les autres exemples de cet accabi sont nombreux). Il n’y a pas non plus beaucoup de différence entre le chaos imposé sur les masses innocentes par une clique de criminels parasites, égoïstes, sans scrupules, irresponsables et déjantés et les élus passant leur vie à mentir à leurs concitoyens, échanger des faveurs politiques contre des fonds de campagnes électorales, faire semblant de ne pas entendre les plaintes de leurs électeurs, escroquer les contribuables de leurs impôts payés de leur labeur, favoriser les élites entrepreneuriales, et renforcer le complexe militaro-industriel, sans penser outre mesure aux conséquences dramatiques qu’ont et auront sur les citoyens sans défense leurs actions intempestives et toutes leurs législations liberticides passées à la hâte.

Les psychopathes et les politiciens ont tous deux une forte tendance à l’égoïsme, au narcissisme, à l’exploitation sans vergogne d’autrui, à l’irresponsabilité, au mensonge pathologique, à être des escrocs sans aucun remord. Les politiciens charismatiques, tout comme les criminels psychopathes, démontrent la propention à ne jamais accepter la responsabilité de leurs actions, ont une très haute opinion d’eux-mêmes, sont chroniquement instables, ont des styles de vie socialement déviants, ont besoin d’une stimulation constante, ont un style de vie parasitique et s’affublent d’objectifs irréalistes.

Cela n’a aucune importance de savoir si on parle de “démocrates” ou de “républicains” ; tous ces psychopathes politiques sont issus du même moule, souvent enjolivés d’un semblant de charme facile et d’esprits calculateurs inaltérables. De tels leaders créent éventuellement des pathocraties, sociétés totalitaires enclines au pouvoir, au contrôle, à la destruction de la liberté de manière générale et de ceux qui mettent ces libertés en pratique. Une fois les psychopathes au pouvoir, le résultat est généralement une forme de gouvernement totalitaire ou pathocratie. “A ce point, le gouvernement opère contre les intérêts de son propre peuple mis à part certains groupes privilégiés,” explique James G. Long. 

En d’autres termes, élire un psychopathe dans une fonction publique revient à pratiquer un hara-kiri national, cet acte ritualisé d’auto-destruction suicidaire.Cela signale la mise à l’écart de toute velléité démocratique et fournit la base pour un régime totalitaire légaliste, militariste, inflexible, intolérant et inhumain. Pourquoi donc le faisons-nous encore et encore ? Incroyablement, malgré la preuve évidente des dégâts qui ont déjà été causés à cette nation et à ses citoyens par des hauts-fonctionnaires gouvernementaux psychos, les électeurs continuent d’élire des psychopathes aux plus hautes fonctions de l’État.

En fait, il y a une bonne raison pour laquelle la capitale de cette nation, Washington D.C, est au sommet de la liste des régions peuplées de psychopathes. Lorsque notre propre gouvernement ne nous regarde plus comme des êtres humains ayant une dignité et une valeur, mais comme des choses, des marchandises à manipuler, manœuvrer, à pomper les données, à être molestées par la police, trompées à croire qu’ils ont notre meilleur intérêt à cœur, pour finalement nous maltraiter et nous jeter en prison si nous osons sortir du sentier battu, pour être punis sans aucun remord, tout ça en refusant simultanément de prendre responsabilité de leurs échecs, alors nous ne fonctionnons plus du tout dans une république constitutionnelle (NdT: ici l’auteur ne voit pas que le concept même de “république constitutionnelle” est un leurre et une vaste supercherie… Il a encore un petit bout de chemin à faire…).

Au lieu de cela, nous faisons l’expérience d’une pathocratie : la tyrannie aux mains d’un gouvernement psychopathe, qui “opère contre les intérêts de son peuple à l’exception d’un groupe privilégié.” Pire, la psychopathologie n’est pas confinée à ceux œuvrant en haut lieu au sein de gouvernement. Elle peut se propager comme un virus dans la population (NdT: c’est une construction sociale à ce niveau, construite méticuleusement au moyen de certains rouages du système…). Comme l’a conclu une étude sur la pathocratie : “La tyrannie ne fleurit pas parce que les perpétrateurs sont ignorants de leurs actions. Elle fleurit parce que certaines personnes s’identifient avec ceux qui font la promotion d’actes malfaisants les faisant passés pour vertueux.

L’objectif de l’état corporatiste entrepreneurial moderne est évident : promouvoir, cultiver et intégrer un sens d’identification partagée parmi les citoyens. A cette fin, l’expression “Nous, le peuple” est devenue “nous, l’état policier”. Nous devenons très rapidement des esclaves sous le joug d’une machine gouvernementale bureaucratique, totalitaire, sans nom et sans visage, qui érode sans relâche nos libertés au moyen de lois innombrables de statuts et d’interdictions en tout genre. Toute résistance à un tel régime dépend de la force d’opinion et des esprits de ceux qui résistent, de ceux et celles qui répondent et luttent contre la coercition. Écrivant pour Think Progress, Zach Beauchamp suggère qu’ “un des meilleurs remèdes contre les mauvais leaders pourrait bien être la démocratie politique”.

Mais qu’est-ce que cela veut dire en termes pratiques ? Cela veut dire tenir les politiciens pour responsables de leurs actions et des actions de leurs personnels en utilisant tous les moyens à notre disposition comme le journalisme d’enquête (ce qu’on avait l’habitude de nommer le quart d’état), qui informe et illumine, par les lanceurs d’alerte qui exposent la corruption systémique, par les actions en justice qui mettent à mal les mauvaises actions et par les manifestations et les actions politiques de masse qui rappellent au “pouvoir en place” que “Nous, le peuple” sommes ceux qui prennent les décisions.

NdR71 : Vraiment ? c’est sa solution ? Réformer le système une énième fois ? Il a encore un bout de chemin à faire pour comprendre qu’il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir. Y viendra t’il ? ou est-il un autre de ces sempiternels cas de naïveté désespérée et désespérante ?…

Rappelez-vous que l’éducation précède l’action. Les citoyens doivent faire le dur boulot de s’éduquer au sujet de ce que fait le gouvernement et sur le comment le tenir pour responsable. Ne permettez pas de n’exister que dans une caisse de résonance restreinte aux vues auxquelles vous adhérez. Exposez votre analyse à plusieurs points de vue dans des sources médiatiques variées, des sources mainstream et indépendantes, et pensez par vous-mêmes. En cela, peu importe quel est votre penchant politique, ne laissez pas votre jugement partisan tromper les principes qui servent de base à notre république constitutionnelle (NdT: qui est une ineptie en elle-même, incapable de démocratie puisque, comme toute république, elle n’est qu’une aristocratie du pouvoir délégué à une coterie de privilégiés, de surcroit ssujettie à la dictature marchande toute puissante. Rien ne pourra jamais changer tant que le pouvoir demeure séparé du corps social…).

Ceci dit, si nous permettons que ce ne soit que le vote qui soit notre seul moyen de résister à l’état policier, alors la bataille est perdue d’avance. La résistance demandera une citoyenneté désireuse d’être active au niveau local. Si vous attendez pour agir qu’une équipe du GIPN défonce votre porte, que votre nom ne soit mis sur une liste de surveillance terroriste, jusqu’à ce que vous soyez dénoncé pour de telles activités hors-la-loi que de collecter de l’eau de pluie ou de laisser vos enfants jouer dehors sans supervision, alors il sera trop tard.

Voici le peu que je sache : Nous ne sommes pas des numéros administratifs sans visages. Nous ne sommes pas des rouages d’une machine. Nous ne sommes pas des esclaves. Nous sommes des êtres humains et pour le moment, nous avons l’opportunité de demeurer libres, c’est à dire, si nous clamons nos droits sans relâche et résistons à chaque tournant contre chaque tentative du gouvernement de nous enchaîner. Les fondateurs de la nation avaient compris que nos libertés ne découlent pas du gouvernement. Elles ne nous furent pas données pour nous être reprises par la simple volonté de l’État. Elles sont inhérentes à nous et de la même manière, le but de la fonction du gouvernement n’est pas de menacer ou de diminuer nos libertés, mais de les protéger et de les sauvegarder.

Tant que nous ne reviendrons pas à cette façon de penser, tant que nous ne rappellerons pas à nos compatriotes ce que c’est que d’être libres et tant que nous ne dresserons pas fermement de les menaces exercées sur nos libertés, alors nous seront toujours traités comme des esclaves sous le joug d’un état policier bureaucratique piloté par des politiciens psychopathes.

(*) Avocat constitutionnel et écrivain, John W. Whitehead est le fondateur et président de l’Institut Rutherford, ses livres Battlefield America: The War on the American People et A Government of Wolves: The Emerging American Police State 

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie


Déconnectons Hal… maintenant !