Archive pour société des sociétés

27 juin 1869~27 juin 2019… Cent-cinquantenaire d’Emma Goldman, dame de fer de l’anarchisme

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 27 juin 2019 by Résistance 71

Il y a 150, le 27  juin 1869, naissait Emma Goldman en Lithuanie, elle avait donc deux ans au moment de la Commune de Paris. Elle émigre aux Etats-Unis avec sa famille en 1885. L’attentat du Haymarket et la répression contre les anarchistes la font s’intéresser au mouvement qu’elle ne quittera plus. Viscéralement anti-autoritaire, pacifiste en anti-guerre, elle est condamné en 1917 avec son compagnon Alexandre Berkman, à deux ans de prison pour avoir fait campagne contre la conscription des jeunes Américains pour la 1ère guerre mondiale.
A leur sortie en 1919, ils sont déportés par les autorités américaines en Russie.
Goldman et Berkman y rencontrent Lénine et Trotski, ils seront très critiques des bolchéviques, surtout avec la trahison de la révolution des conseils populaires (soviets) par le capitalisme d’état de la NEP imposé par Lénine. L’écrasement de la commune anarchiste de Cronstadt en 1921 par l’armée rouge de Trotski sur ordre de Lénine, sera la goutte d’eau. Emma Goldman écrira un livre en 1923, détaillant sa totale déception en la révolution russe et comment et pourquoi “il n’y a pas de communisme en Russie”…
Toute sa vie, Emma sera une anarchiste de l’action directe ; féministe de la première heure, elle abandonnera le mouvement devant sa récupération par la société marchande, mais continuera de militer à sa façon jusqu’à sa mort. Proche de Kropotkine, elle le visitera dans sa maison près de Moscou où il était revenu pour mourir en 1921, l’année de Cronstadt.
Emma Goldman décèdera à Toronto au Canada en mai 1940 à presque 71 ans. Son tempérament de feu et ses écrits du même élément l’ont rendu célèbre de son vivant et jusqu’à aujourd’hui dans les milieux anarchistes et au-delà. Lors de ses meetings, elle déplaçait les foules. Elle a publié de nombreux essais, elle créa le journal “Mother Earth” aux Etats-Unis et sa biographie “Ma vie” couvre toute la glorieuse époque de l’anarchisme entre la fin du XIXème siècle et le début de la seconde guerre mondiale. Elle fut très active dans l’Espagne révolutionnaire de 1936. Howard Zinn écrivit une pièce de théâtre en son honneur : « Emma ».

Emma Goldman aurait 150 ans aujourd’hui.

Ci-dessous un texte court de 1910 qui montre que l’inutilité et la futilité des politiciens et du système de “démocratie représentative” ne date pas d’hier. Emma Goldman avait bien compris déjà il y a plus d’un siècle et avant la 1ère guerre mondiale, qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir.
L’obsolescence était déjà active à cette époque, elle l’est de fait, depuis la mise en place du système de domination et de tromperie “démocratique”.
Il est plus que grand temps que toutes et tous (on peut rêver…) le comprenions et marchions vers cette société des sociétés si chère à un autre anarchiste: Gustav Landauer ainsi qu’à nous.

~ Résistance 71 ~

 


Emma Goldman 1869-2019
150ème anniversaire

 

Politiciens – Ballots ou escrocs

 

Emma Goldman

1910

 

Source:

https://robertgraham.wordpress.com/2019/06/24/emma-goldman-the-political-superstition/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Que nous montre l’histoire du parlementarisme ? Rien que des échecs et des défaites, pas même une simple réforme pour améliorer le stress économique et social des peuples. Des lois ont été votées et mises en application pour l’amélioration et la protection du travail et pourtant dans les états où prévalent des lois contre le travail des enfants, l’exploitation de leur travail est à son plus haut niveau et bien qu’avec nous (les anarchistes), les travailleurs jouissent des pleines opportunités politiques, le capitalisme a atteint son plus beau zénith.

Même si les ouvriers pouvaient avoir leurs propres représentants, ce que clament nos bons politiciens socialistes, quelles sont les chances pour garantir leur honnêteté et leur bonne foi ? En gardant à l’esprit le processus de fonctionnement de la politique, on comprend aisément que son chemin de bonnes intentions est parsemé de pièges: chantage, intrigue, flatterie, mensonge, tricherie, en fait toutes les turpitudes possibles sont de mises afin de garantir le succès de l’aspirant politicien. Ajoutez à cela une complète immoralité du caractère et de la conviction pour que plus aucun espoir ne subsiste de cette décrépitude humaine. Encore et toujours les gens sont assez naïfs ou stupides pour croire, faire confiance et soutenir jusqu’au bout leurs politiciens, seulement pour se retrouver au bout du compte toujours trahis et trompés au dernier degré.

On peut toujours affirmer que des hommes ou femmes intègres ne deviendraient pas corrompus dans la moulinette politique. Peut-être que non, mais de telles personnes n’auraient aucune chance de faire pencher la balance en faveur des travailleurs, comme cela a été vu et prouvé en bien des occasions. L’État est le maître économique de ceux qui le servent. S’il y avait de bonnes personnes en politique, elles resteraient soit fidèles à leur engagement politique et perdrait leur soutien financier ou elles s’accrocheraient à leurs maîtres économiques et seraient ainsi incapables de faire quoi que ce soit pour le bien commun. L’arène politique ne laisse aucune alternative à quiconque, on doit y être soit un ballot soit un escroc.

La superstition politique fait toujours des ravages dans les cœurs et les esprits des masses populaires, mais les véritables amoureux de la liberté ne veulent plus rien avoir à faire avec cette supercherie. En lieu et place, ils pensent, comme Stirner, que l’humain a autant de liberté qu’il veuille bien prendre. L’anarchie de ce fait se situe dans le domaine de l’action directe, de la désobéissance civile ouverte et de la résistance aux lois et à toutes restrictions politiques, économiques, sociales, morales. Mais la confrontation, la désobéissance civile et la résistance sont illégales. C’est en cela que réside le salut de l’Homme. Tout ce qui est illégal nécessite une certaine intégrité, courage et autonomie. Bref, appelle aux esprits libres et indépendants, aux “humains qui sont des humains et qui ont une forte colonne vertébrale, une de celle qui ne se courbe point dans la soumission.”

Le suffrage universel lui-même doit son existence à l’action directe. Sans l’esprit de rébellion et la désobéissance des Américains devant le maître anglais, leur progéniture serait toujours sous le joug du roi/reine. Si ce n’était pour l’action directe de personnes comme John Brown et ses camarades, l’Amérique ferait toujours commerce des esclaves et de la chair de l’homme noir. Il est vrai que le commerce de la chair blanche est toujours de mise, mais ceci aussi sera aboli par l’action directe.

Le syndicalisme, l’arène économique du gladiateur moderne, ne doit son existence qu’à l’action directe. Ce n’est que récemment que la loi et le gouvernement ont tenté d’écraser le mouvement syndicaliste et ont condamné ceux qui défendent le droit des humains à s’organiser à des peines de prison comme conspirateurs. S’ils avaient essayé de plaider leur cause dans le compromis de la mendicité et de la plaidoirie, le syndicalisme serait aujourd’hui [en 1910] quantité négligeable.

En France, en Espagne, en Italie, en Russie et même en Angleterre , l’action directe économique et révolutionnaire est devenue une telle force dans la bataille pour la liberté industrielle que le monde comprend enfin l’énorme importance d’un pouvoir ouvrier. La grève générale, l’expression suprême de la conscience politique des travailleurs était encore ridiculisée en Amérique il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui, toute grande grève, si elle veut gagner quoi que ce soit, doit comprendre l’importance de la protestation solidaire générale.

L’action directe, prouvée très efficace le long de lignes économiques est également très efficace dans l’environnement individuel. Il y a une centaine de forces à ses basques et seule une résistance persistante le libérera finalement. L’action directe contre l’autorité dans le magasin, l’action directe contre la loi, contre toute autorité invasive interférante ou morale, est la méthode logique et consistante de l’anarchie.

Ceci ne mènera t’il pas à la révolution ? Et bien oui. Aucun changement social réel ne s’est jamais produit sans une révolution. Soit les gens ne sont pas familiers avec leur histoire, soit ils ont encore à apprendre que la révolution n’est en fait que la pensée qu’on met en action.

= = =

Lectures complémentaires:

Un-autre-regard-anarchiste-sur-la-vie-avec-emma-goldman

Manifeste pour la Société des Sociétés

voltairine-de-cleyre-une-anarchiste-americaine

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

 

Publicités

Lâcher prise de l’illusion démocratique… L’anarchisme aujourd’hui

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 21 mai 2019 by Résistance 71


Boycott du cirque électoral !…

 

Editorial du Monde Libertaire N0 1806, avril 2019

 

Comité de Rédaction

 

25 avril 2019

 

Source: 

https://www.monde-libertaire.fr/?article=EDITO_DU_ML_N_1806

 

Halte à la publicité mensongère ! La couverture de ce Monde Libertaire laisserait sous-entendre au lecteur amateur de sensations fortes qu’il allait trouver dans ces pages de quoi ricaner sarcastiquement du vieux monde abattu par quelques cocktails Molotov. Que nenni… Relisez le titre « On préfère l’anarchisme ! », théorie politique qui a pour but de créer une société dans laquelle les individus participent librement et à égalité ; donc de créer l’anarchie, c’est-à-dire l’absence de maître, de souverain (dixit Proudhon). 

Mais l’imagerie populaire préfère caricaturer : il y a eu les bolchéviques représentés un couteau entre les dents et les anarchistes une bombe à la main. Certes, durant une courte période de l’histoire sociale, vers 1890, des anarchistes ont usé de la bombe. Ils étaient minoritaires et pensaient changer le système. Il y eut des morts, toujours ciblés. Mais difficile de trouver une idéologie, une religion ayant moins de sang sur les mains.

Inutile de nous croire responsables de l’incendie de Notre-Dame-du-Fouquet’s. L’anarchisme que nous revendiquons, loin de prôner la destruction pour la destruction, loin de prôner l’absence d’accords ou de contrats entre les individus (ce qui reviendrait à prôner la loi de la jungle), fédère ces individus dans un but d’émancipation et d’égalité sociale. Être dans la marge, c’est être dans le cahier en se contentant de la part étriquée de la page. Comme il n’est pas question de réfléchir à un projet en marge de la société capitaliste, il va de soi qu’il faudra la disparition de celle-ci.

Projet ambitieux ? Certainement mais va-t-on dire aux Algériens, dans la rue pour un autre futur, que leur projet est ambitieux ? Sommes-nous des utopistes ? Bien sûr puisque nous voulons que les enfants aillent à l’école plutôt qu’au fond des mines, nous voulons des journées de labeur qui ne dépassent pas huit heures, nous voulons des congés payés… Ok, ces trois exemples sont déjà réalisés mais lorsqu’en amont, des travailleurs, anarchistes ou non, avaient de telles revendications, ils étaient traités d’utopistes. Après, on les virait, on les embastillait ou on les tuait pour leur apprendre à vivre…

L’anarchisme aujourd’hui ? Certainement la seule théorie crédible pour ne pas foncer dans le mur. Revenir aux sources de l’humanité, c’est-à-dire s’unir pour satisfaire nos besoins, le plus économiquement possible, que ce soit dans l’utilisation des ressources ou dans la somme d’heures de travail à effectuer pour y parvenir. Vous allez dire, et vous aurez raison, que le dossier traite beaucoup plus du passé que du présent. Le présent est en construction, des expérimentations apparaissent çà et là et il est difficile de toujours trouver le temps d’écrire. Que cela ne vous empêche pas de prendre le temps de lire.

= = =

Six textes fondamentaux sur R71 pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes: vision pour une société émancipée planétaire… 25 ans de Chiapas Zapatiste en exemple à adapter

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 23 mars 2019 by Résistance 71


Gilets Jaunes !… Le monde nous observe…

Réseau de Rébellion et Résistance International

 

Vingt-cinq ans d’insurrection zapatiste : 

« C’est une forme de démocratie réelle, radicale »

 

19 mars 2019, par Jérôme Baschet

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Vingt-cinq-ans-d-insurrection-zapatiste-C-est-une-forme-de-democratie-reelle

 

Le 1er janvier 1994, jour d’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena), commençait le soulèvement zapatiste dans le sud du Mexique. Communes autonomes, conseils de bon gouvernement, assemblées régionales, propriété collective des terres : Jérôme Baschet revient pour Rapports de force, site d’information pour les mouvements sociaux, sur cette expérience longue de vingt-cinq ans.

Quelle est la part du Chiapas qui est contrôlée par les zapatistes, et comment cela se passe-t-il avec les structures de l’État mexicain ?

L’expérience zapatiste se déploie dans la moitié orientale du Chiapas, qui est une région où la population indienne est très largement majoritaire. Cela représente une superficie équivalente à celle d’une région comme la Bretagne, ce qui n’est pas tout à fait négligeable en termes d’extension territoriale. Il faut cependant préciser qu’il ne s’agit pas d’un territoire homogène, car des zapatistes y cohabitent avec des non-zapatistes. Il y a donc coexistence sur le même territoire de deux systèmes politiques. Les communes autonomes zapatistes et les régions zapatistes avec leurs conseils de bon gouvernement sont totalement dissociées des structures administratives et politiques de l’État mexicain. Les communes n’en reçoivent aucun financement et n’ont aucun contact avec elles. Mais ces deux systèmes politiques coexistent, le plus souvent sans trop de tensions au niveau des villages et des communes.

Cependant, depuis vingt-cinq ans, l’État fédéral mexicain a déployé contre l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) toute la batterie des politiques contre-insurrectionnelles : interventions directes de l’armée en 1994 et 1995, paramilitarisation massive avec déplacement de population et massacres dans les années 1995-2000, division des communautés et création artificielle de conflits internes, programmes assistancialistes à visée clientéliste, incitations d’autres groupes ou organisations à attaquer les zapatistes et à s’emparer de leurs terres, etc. Pour ce dernier exemple, cela a conduit à l’assassinat de Galeano à La Realidad en 2014.

Les zapatistes ont résisté à tout cela durant vingt-cinq ans, et aujourd’hui, ils ont en outre annoncé qu’ils s’opposeraient fermement aux grands projets de développement mis en place — dans un déni total des droits des peuples indiens — par le nouveau gouvernement fédéral supposément progressiste. Ils ont affirmé très clairement, lors de l’anniversaire des vingt-cinq ans du soulèvement de 1994, qu’ils résisteraient à ces projets dès lors que ceux-ci s’attaqueraient aux territoires indiens, et notamment zapatistes, comme c’est le cas du si mal nommé « Train maya », destiné au tourisme.


Société des Sociétés

Que sont et comment fonctionnent les conseils de bon gouvernement ? Est-ce une forme de démocratie directe intégrant plus ou moins de fédéralisme en plus de l’autonomie ?

Les conseils de bon gouvernement sont les instances régionales de l’autonomie zapatiste. Elles en constituent le « troisième niveau », puisque l’autonomie s’organise d’abord au sein des villages, dont l’instance principale est l’assemblée communautaire. Puis ensuite au niveau des communes, chacune rassemblant des dizaines de villages. Enfin, la région englobe de trois à sept communes. Son étendue est du même ordre que celle d’un département français. Il y a cinq conseils de bon gouvernement dans les territoires zapatistes, siégeant chacun dans un centre régional dénommé « caracol » (escargot).

Les conseils de bon gouvernement, tout comme les conseils municipaux autonomes, sont élus pour trois ans, pour des mandats non renouvelables et révocables à tout moment. Ils interagissent pour l’élaboration des décisions avec une assemblée régionale, mais les principaux projets qui ne font pas l’objet d’un ample accord au sein de l’assemblée régionale sont renvoyés en discussion dans tous les villages, pour recueillir avis, amendements, oppositions, avec mission pour l’assemblée suivante d’élaborer une synthèse de toutes les remontées rapportées par les délégués des villages. Cela implique parfois plusieurs allers-retours avant l’adoption d’un projet.

L’autonomie est donc un mode de fonctionnement politique qui se construit par en bas, à partir des villages, puis par fédération ou coordination de ceux-ci au niveau des communes, puis des communes au niveau des régions. C’est une forme de démocratie réelle, radicale, fondée sur un principe de « déspécialisation » de la politique et de participation de tous aux instances décidant des affaires communes. Elle implique cependant — et cela nécessairement dès lors que l’on dépasse un niveau strictement local — des formes de délégation. Cependant, ces formes de délégation maintiennent le primat des assemblées et s’emploient à déjouer les risques de dissociations entre ceux qui assument temporairement des charges politiques et le reste des habitants de ces territoires.

Peut-on considérer que c’est une révolution politique et sociale ? Qu’en est-il de sa dimension économique ?

Les zapatistes préfèrent le vocabulaire de la rébellion à celui de la révolution. Parce qu’ils veulent se démarquer d’une conception classique de la révolution qui était étroitement liée à la conquête du pouvoir d’État et la centralité de celui-ci comme instrument de la transformation sociale et économique. Et ils ont bien raison de s’en dissocier car cette conception-là de la révolution a montré, au cours du vingtième siècle, son tragique échec. Cela dit, si vous construisez une réalité collective qui se déploie en sécession complète vis-à-vis des structures de l’État, que vous défendez un mode de vie échappant largement aux catégories fondamentales du capitalisme, et dont l’objectif, nullement limité à la dimension locale, entend lutter contre le capitalisme pour contribuer à sa destruction, alors il ne serait pas tout à fait absurde de prétendre qu’il s’agit d’une dynamique de type révolutionnaire.

S’agissant du domaine productif, les zapatistes entendent défendre une agriculture paysanne revitalisée par les pratiques agroécologiques : rejet des pesticides chimiques, défense des semences natives, prise en compte des enjeux écologiques, etc. Cela veut dire qu’ils produisent eux-mêmes l’essentiel de leur alimentation traditionnelle, à base de maïs, haricots rouges et courges, à quoi s’ajoutent les animaux de basse-cour et divers produits comme le riz, les fruits ou le miel. Il s’agit de formes d’autosubsistance qui se développent sur des terres dont la propriété est collective et l’usage familial. À cela il faut ajouter une capacité à soutenir l’autonomie collective, grâce aux dizaines de milliers d’hectares de terres récupérées en les reprenant aux grands propriétaires, lors du soulèvement de 1994. Ces terres sont la base matérielle de l’autonomie. C’est grâce à elles et aux travaux collectifs qui y sont accomplis que peuvent être couverts les besoins du système de santé, tout comme ceux qu’entraîne l’exercice de l’autogouvernement et de la justice autonome.

La capacité de produire par soi-même se développe aussi dans le cadre de coopératives artisanales dans les domaines du textile, de la cordonnerie, la charpenterie, la ferronnerie ou les matériaux de construction. Enfin, le Chiapas est une importante zone de production de café : les familles zapatistes disposent de petites parcelles dont la production est commercialisée à travers des coopératives et, surtout, des réseaux de distribution solidaires qui se sont organisés dans plusieurs pays d’Amérique et d’Europe. C’est un soutien très important que l’on peut ainsi apporter aux familles zapatistes car, en complément des cultures d’autosubsistance, c’est ce qui leur assure de modestes apports monétaires leur permettant d’acheter les produits de première nécessité qu’elles ne produisent pas.

Quelle est la place de l’EZLN aujourd’hui dans la révolution zapatiste, sachant que tout commence par une insurrection armée le 1er janvier 1994 ?

Il faut bien comprendre que le nom même de l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) est trompeur. Il y a bien une dimension militaire qui s’est manifestée lors du soulèvement armé du 1er janvier 1994, qui n’a pas disparu, et a été rappelé lors de la célébration des vingt-cinq ans. Mais la partie militaire est nettement minoritaire au sein de l’EZLN. La très large majorité de ses membres sont des civils qui vivent dans les villages rebelles du Chiapas. Plus largement, la trajectoire de l’expérience zapatiste a consisté à mettre de côté les armes au profit de formes politiques civiles. Par contre, l’absence d’un accord de paix avec le gouvernement mexicain n’a pas permis d’y renoncer complètement. L’essentiel de l’expérience zapatiste, en particulier à partir de 2003, tient à la construction de l’autonomie dans les territoires rebelles du Chiapas. Cette expérience-là est entièrement civile. Elle se développe à côté de la structure militaire de l’EZLN, au point que ceux qui ont des responsabilités au sein de celle-ci ne peuvent y prendre part.

Le zapatisme est un peu passé en dessous des radars depuis dix ans. A-t-il encore une portée en tant que source d’inspiration ou modèle ? Que représente-t-il au Mexique ?

Pour être un peu plus précis, on a surtout entendu parler du zapatisme entre 1994 et 2001, du soulèvement armé à la marche vers Mexico en passant par la Rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme. Ensuite, entre 2001 et 2012, les médias en ont très peu parlé, avec une longue phase de silence des zapatistes eux-mêmes entre 2009 et 2012. Pourtant, le silence des médias, voire des zapatistes eux-mêmes ne signifiaient pas que cette expérience avait cessé d’exister ni que de nombreuses personnes du monde entier continuaient à s’y intéresser. Depuis 2013, on en parle davantage me semble-t-il, car les zapatistes ont multiplié les initiatives nationales et internationales.

En 2013, ils ont organisé, en guise de bilan de vingt ans de construction de l’autonomie, la « Petite École zapatiste » qui a permis à plus de cinq mille personnes de se rendre dans les villages rebelles pour mieux comprendre le fonctionnement de leur autonomie. En 2014, ils ont organisé le Festival mondial des rébellions et des résistances contre le capitalisme. En 2015, ils ont convoqué un séminaire international sur « La pensée critique face à l’hydre capitaliste », puis, en 2016 et 2017, ils ont organisé d’autres rencontres internationales consacrées aux arts et aux sciences. En 2017, ils ont contribué, conjointement avec le Congrès national indigène, à la formation d’un Conseil indien de gouvernement au niveau national, qui s’est efforcé en vain de présenter sa porte-parole comme candidate indépendante lors de l’élection présidentielle de 2018.

Donc, oui : l’expérience zapatiste représente une source d’inspiration plutôt qu’un modèle, au Mexique et au-delà. Du moins, pour tous ceux qui pensent qu’il ne peut y avoir de solution au désastre actuel qu’à partir du moment où l’on cherche à sortir du système capitaliste, et qu’un anticapitalisme conséquent doit se construire par le biais d’une autre politique qui renonce à la centralité des formes d’organisation étatiques.

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de contagion de cette rébellion au reste du Mexique depuis vingt-cinq ans ? N’est-ce pas un échec du mouvement ?

Il faut noter que les horizons de lutte des zapatistes ne sont pas seulement nationaux, mais aussi planétaires. Il faudrait donc parler aussi d’un échec au niveau planétaire. Mais cet échec n’est pas celui des zapatistes : il est le nôtre, à tous et toutes. Tant que le capitalisme n’aura pas disparu de notre planète, les zapatistes auront en effet échoué. Et nous tous avec eux. Mais où, sur cette planète, peut-on rencontrer un ample territoire où les gens ont construit des formes d’autogouvernement populaire, parviennent à résister aux attaques des forces liées aux intérêts du capital, et maintiennent des formes de vie et d’organisation autodéterminées ? Hormis le Chiapas et le Rojava, ainsi que des expériences d’autonomie telles que les ZAD, je ne vois pas.

Il est certain que la contagion de l’autonomie que les zapatistes s’efforcent de susciter n’a pas été jusqu’à présent à la hauteur de ce qu’on pourrait, autant qu’eux, souhaiter. Il ne faudrait cependant pas minimiser les avancées. Les zapatistes ont largement incité à la création du Congrès national indigène, qui rassemble de nombreuses luttes des peuples indiens du Mexique. Leur exemple est très important pour le développement d’autres formes d’autonomie. Par exemple, celle des autorités communautaires du Guerrero, ou celle de la commune de Cherán dans l’État du Michoacán qui depuis 2011 a réussi à s’auto-organiser pour repousser les assauts des narcotrafiquants.

Les zapatistes ont montré qu’une autre voie de transformation radicale était possible. C’est celle qu’ils dénomment autonomie et qui associe autogouvernement populaire et formes de vie autodéterminées. Elle ne demande qu’à croître partout où la dévastation provoquée par l’hydre capitaliste se fait de plus en plus flagrante et où toutes les solutions traditionnelles ont montré leurs limites ou leurs impossibilités. Cet esprit de l’autonomie n’est peut-être pas si éloigné de ce qui s’exprime dans les courants les plus novateurs des gilets jaunes, tels qu’on peut les voir à l’œuvre notamment dans la récente Assemblée des assemblées convoquée, fin janvier, à Commercy.

= = =

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes: Contre les lois scélérates…le nombre… le nombre… le nombre….

Posted in actualité, altermondialisme, gilets jaunes, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 21 mars 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

21 mars 2019

 

L’État fasciste qu’est la république

Nous l’avons dit il y a bien des années déjà: il n’y a aucune différence entre la république française et les régimes nazi, staliniste, maoïste etc, ce n’est qu’une question de degré. Pourquoi ? Parce que l’État n’existe que par la division politique et l’imposition par la force de la domination du plus petit nombre et ce depuis sa création. L’oligarchie joue avec le thermostat de la répression au gré de ses besoins. N’oublions pas que ce sont les même personnes et entités économico-financières qui ont asservis le politique, qui ont financé et aidé Lénine, Mussolini, Hitler, Staline, Chang Kaï Chek et Mao. Ce sont les mêmes entités industrielles et financières qui actionnent les marionnettes du pouvoir aujourd’hui.


Gilets Jaunes contre dictature: l’escalade

…Devant la mesure scélérate et dictatoriale des responsables de cette république prise ce 19 mars dernier et celles à venir, il n’y a qu’une seule solution pour le Peuple de France: LE NOMBRE

La clownerie en charge a bien du mal à gérer 250 000 ou 300 000 personnes dans les rues de France, au million, les pitres se barricaderont dans leurs palais, priant pour leurs privilèges.

Gilets Jaunes ! L’heure est à l’Union et à la Solidarité !
Il n’y a qu’une seule classe opprimée, celle du 99,999% de la population qui vend sa force de travail pour subsister (à des degrés divers une fois de plus, mais identique dans le fond)

La seule chance du mouvement est dans le NOMBRE !!

Solidarité – Union – Persévérance – Réflexion – Action

Devenons des S.U.P.R.A Gilets Jaunes

Nous n’avons pas à obéir à des instances oligarchiques scélérates!
Ce sont ces instances qui doivent obéir au peuple, il est plus que grand temps pour le Peuple de remettre les pendules à l’heure ! Reprenons le pouvoir pour le rediluer là où il est le plus soluble: dans le peuple lui-même !

VIVE LA COMMUNE !

 

 

Gilets Jaunes 16ème round… Pour une renaissance de la désobéissance !

Posted in actualité, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 2 mars 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

2 mars 2019

 

Nous avions placé le 15ème round sous les auspices de Gaulois Réfractaires bretons, nous plaçons le 16ème round sous ceux de Tintin et d’Howard Zinn.

Plaçons le aussi sous les auspices d’être S.U.P.R.A Gilets Jaunes !

Sortons des clous et du parcage docile que la Ripoublique nous impose.

Qui ose gagne ! Tout le pouvoir aux Ronds-Points !

 

 


1er pas vers la société des sociétés

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes 10ème round: Tout le pouvoir aux ronds-points !!

Posted in actualité, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 18 janvier 2019 by Résistance 71

Résistance 71

 

18 janvier 2019

 


Simple mot d’ordre !!

 

Nous pensons que ce célèbre poème romantique anglais
du XIX ème siècle sied à merveille au mouvement:

 

Levez-vous tels les lions après la sieste,
En nombre invincible,
Secouez vos chaînes et jetez-les
au sol comme rosée du matin,
Chaînes sur vous tombées durant votre sommeil.
Vous êtes nombreux, ils sont peu.

En anglais (mieux):

Rise like lions after slumber,
In unvanquishable number
Shake your chains to earth like dew,
which in sleep had fallen on you.
Ye are many, they are few.

~ Percy Bisshe Shelley (1792-1822) ~

 

Meilleurs Vœux 2019 !!…

Posted in actualité, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 1 janvier 2019 by Résistance 71

Meilleurs vœux 2019 à toutes et à tous !

Faisons de cette nouvelle année, la première année de cette grande vague de conscience politique collective qui nous mènera, enfin, à l’émancipation finale du cancer social qui nous ronge depuis bien trop longtemps : la gouvernance étatico-capitaliste de la société humaine et remplaçons la par l’ordre naturel de notre conscience sociale: la société des sociétés, par delà le bien et le mal.

Pour nous aider en cette démarche, 82 lectures utiles sur notre page PDF.

En particulier:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Manifeste pour la Société des Sociétés

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

la-sixta

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Nous commencerons l’année 2019 avec une série d’articles pour une meilleure compréhension des révolutions sociales en cours dans le monde et avec le mouvement des Gilets Jaunes chez nous, qui participent directement à la transformation de notre réalité pour emprunter le chemin de l’émancipation définitive ; aussi pour comprendre qu’il est important de coordonner les luttes d’émancipation hors système.

Nous sommes tous inter-reliés et devons agir en une unité organique au-delà des contraintes de l’espace-temps, que nous pouvons transcender par la compréhension intime de notre complémentarité socio-culturelle, connectons les points de résistance et de rébellion au système inique qui nous écrase, lâchons prise de l’illusion démocratique entretenue par le dogme étatico-capitaliste de l’antagonisme se voulant inéluctable et retrouvons-nous dans l’unification organique de la société humaine réelle, celle qui embrasse la complémentarité de notre diversité naturelle et organique pour nous rendre, finalement… humain, rien qu’humain.

En 2019… Passons de l’autre côté du miroir…

Fraternellement

Résistance 71

1er janvier 2019

 


Faire de 2019 l’année de la Société des Sociétés