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Gilets Jaunes: vision pour une société émancipée planétaire… 25 ans de Chiapas Zapatiste en exemple à adapter

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Gilets Jaunes !… Le monde nous observe…

Réseau de Rébellion et Résistance International

 

Vingt-cinq ans d’insurrection zapatiste : 

« C’est une forme de démocratie réelle, radicale »

 

19 mars 2019, par Jérôme Baschet

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Vingt-cinq-ans-d-insurrection-zapatiste-C-est-une-forme-de-democratie-reelle

 

Le 1er janvier 1994, jour d’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena), commençait le soulèvement zapatiste dans le sud du Mexique. Communes autonomes, conseils de bon gouvernement, assemblées régionales, propriété collective des terres : Jérôme Baschet revient pour Rapports de force, site d’information pour les mouvements sociaux, sur cette expérience longue de vingt-cinq ans.

Quelle est la part du Chiapas qui est contrôlée par les zapatistes, et comment cela se passe-t-il avec les structures de l’État mexicain ?

L’expérience zapatiste se déploie dans la moitié orientale du Chiapas, qui est une région où la population indienne est très largement majoritaire. Cela représente une superficie équivalente à celle d’une région comme la Bretagne, ce qui n’est pas tout à fait négligeable en termes d’extension territoriale. Il faut cependant préciser qu’il ne s’agit pas d’un territoire homogène, car des zapatistes y cohabitent avec des non-zapatistes. Il y a donc coexistence sur le même territoire de deux systèmes politiques. Les communes autonomes zapatistes et les régions zapatistes avec leurs conseils de bon gouvernement sont totalement dissociées des structures administratives et politiques de l’État mexicain. Les communes n’en reçoivent aucun financement et n’ont aucun contact avec elles. Mais ces deux systèmes politiques coexistent, le plus souvent sans trop de tensions au niveau des villages et des communes.

Cependant, depuis vingt-cinq ans, l’État fédéral mexicain a déployé contre l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) toute la batterie des politiques contre-insurrectionnelles : interventions directes de l’armée en 1994 et 1995, paramilitarisation massive avec déplacement de population et massacres dans les années 1995-2000, division des communautés et création artificielle de conflits internes, programmes assistancialistes à visée clientéliste, incitations d’autres groupes ou organisations à attaquer les zapatistes et à s’emparer de leurs terres, etc. Pour ce dernier exemple, cela a conduit à l’assassinat de Galeano à La Realidad en 2014.

Les zapatistes ont résisté à tout cela durant vingt-cinq ans, et aujourd’hui, ils ont en outre annoncé qu’ils s’opposeraient fermement aux grands projets de développement mis en place — dans un déni total des droits des peuples indiens — par le nouveau gouvernement fédéral supposément progressiste. Ils ont affirmé très clairement, lors de l’anniversaire des vingt-cinq ans du soulèvement de 1994, qu’ils résisteraient à ces projets dès lors que ceux-ci s’attaqueraient aux territoires indiens, et notamment zapatistes, comme c’est le cas du si mal nommé « Train maya », destiné au tourisme.


Société des Sociétés

Que sont et comment fonctionnent les conseils de bon gouvernement ? Est-ce une forme de démocratie directe intégrant plus ou moins de fédéralisme en plus de l’autonomie ?

Les conseils de bon gouvernement sont les instances régionales de l’autonomie zapatiste. Elles en constituent le « troisième niveau », puisque l’autonomie s’organise d’abord au sein des villages, dont l’instance principale est l’assemblée communautaire. Puis ensuite au niveau des communes, chacune rassemblant des dizaines de villages. Enfin, la région englobe de trois à sept communes. Son étendue est du même ordre que celle d’un département français. Il y a cinq conseils de bon gouvernement dans les territoires zapatistes, siégeant chacun dans un centre régional dénommé « caracol » (escargot).

Les conseils de bon gouvernement, tout comme les conseils municipaux autonomes, sont élus pour trois ans, pour des mandats non renouvelables et révocables à tout moment. Ils interagissent pour l’élaboration des décisions avec une assemblée régionale, mais les principaux projets qui ne font pas l’objet d’un ample accord au sein de l’assemblée régionale sont renvoyés en discussion dans tous les villages, pour recueillir avis, amendements, oppositions, avec mission pour l’assemblée suivante d’élaborer une synthèse de toutes les remontées rapportées par les délégués des villages. Cela implique parfois plusieurs allers-retours avant l’adoption d’un projet.

L’autonomie est donc un mode de fonctionnement politique qui se construit par en bas, à partir des villages, puis par fédération ou coordination de ceux-ci au niveau des communes, puis des communes au niveau des régions. C’est une forme de démocratie réelle, radicale, fondée sur un principe de « déspécialisation » de la politique et de participation de tous aux instances décidant des affaires communes. Elle implique cependant — et cela nécessairement dès lors que l’on dépasse un niveau strictement local — des formes de délégation. Cependant, ces formes de délégation maintiennent le primat des assemblées et s’emploient à déjouer les risques de dissociations entre ceux qui assument temporairement des charges politiques et le reste des habitants de ces territoires.

Peut-on considérer que c’est une révolution politique et sociale ? Qu’en est-il de sa dimension économique ?

Les zapatistes préfèrent le vocabulaire de la rébellion à celui de la révolution. Parce qu’ils veulent se démarquer d’une conception classique de la révolution qui était étroitement liée à la conquête du pouvoir d’État et la centralité de celui-ci comme instrument de la transformation sociale et économique. Et ils ont bien raison de s’en dissocier car cette conception-là de la révolution a montré, au cours du vingtième siècle, son tragique échec. Cela dit, si vous construisez une réalité collective qui se déploie en sécession complète vis-à-vis des structures de l’État, que vous défendez un mode de vie échappant largement aux catégories fondamentales du capitalisme, et dont l’objectif, nullement limité à la dimension locale, entend lutter contre le capitalisme pour contribuer à sa destruction, alors il ne serait pas tout à fait absurde de prétendre qu’il s’agit d’une dynamique de type révolutionnaire.

S’agissant du domaine productif, les zapatistes entendent défendre une agriculture paysanne revitalisée par les pratiques agroécologiques : rejet des pesticides chimiques, défense des semences natives, prise en compte des enjeux écologiques, etc. Cela veut dire qu’ils produisent eux-mêmes l’essentiel de leur alimentation traditionnelle, à base de maïs, haricots rouges et courges, à quoi s’ajoutent les animaux de basse-cour et divers produits comme le riz, les fruits ou le miel. Il s’agit de formes d’autosubsistance qui se développent sur des terres dont la propriété est collective et l’usage familial. À cela il faut ajouter une capacité à soutenir l’autonomie collective, grâce aux dizaines de milliers d’hectares de terres récupérées en les reprenant aux grands propriétaires, lors du soulèvement de 1994. Ces terres sont la base matérielle de l’autonomie. C’est grâce à elles et aux travaux collectifs qui y sont accomplis que peuvent être couverts les besoins du système de santé, tout comme ceux qu’entraîne l’exercice de l’autogouvernement et de la justice autonome.

La capacité de produire par soi-même se développe aussi dans le cadre de coopératives artisanales dans les domaines du textile, de la cordonnerie, la charpenterie, la ferronnerie ou les matériaux de construction. Enfin, le Chiapas est une importante zone de production de café : les familles zapatistes disposent de petites parcelles dont la production est commercialisée à travers des coopératives et, surtout, des réseaux de distribution solidaires qui se sont organisés dans plusieurs pays d’Amérique et d’Europe. C’est un soutien très important que l’on peut ainsi apporter aux familles zapatistes car, en complément des cultures d’autosubsistance, c’est ce qui leur assure de modestes apports monétaires leur permettant d’acheter les produits de première nécessité qu’elles ne produisent pas.

Quelle est la place de l’EZLN aujourd’hui dans la révolution zapatiste, sachant que tout commence par une insurrection armée le 1er janvier 1994 ?

Il faut bien comprendre que le nom même de l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) est trompeur. Il y a bien une dimension militaire qui s’est manifestée lors du soulèvement armé du 1er janvier 1994, qui n’a pas disparu, et a été rappelé lors de la célébration des vingt-cinq ans. Mais la partie militaire est nettement minoritaire au sein de l’EZLN. La très large majorité de ses membres sont des civils qui vivent dans les villages rebelles du Chiapas. Plus largement, la trajectoire de l’expérience zapatiste a consisté à mettre de côté les armes au profit de formes politiques civiles. Par contre, l’absence d’un accord de paix avec le gouvernement mexicain n’a pas permis d’y renoncer complètement. L’essentiel de l’expérience zapatiste, en particulier à partir de 2003, tient à la construction de l’autonomie dans les territoires rebelles du Chiapas. Cette expérience-là est entièrement civile. Elle se développe à côté de la structure militaire de l’EZLN, au point que ceux qui ont des responsabilités au sein de celle-ci ne peuvent y prendre part.

Le zapatisme est un peu passé en dessous des radars depuis dix ans. A-t-il encore une portée en tant que source d’inspiration ou modèle ? Que représente-t-il au Mexique ?

Pour être un peu plus précis, on a surtout entendu parler du zapatisme entre 1994 et 2001, du soulèvement armé à la marche vers Mexico en passant par la Rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme. Ensuite, entre 2001 et 2012, les médias en ont très peu parlé, avec une longue phase de silence des zapatistes eux-mêmes entre 2009 et 2012. Pourtant, le silence des médias, voire des zapatistes eux-mêmes ne signifiaient pas que cette expérience avait cessé d’exister ni que de nombreuses personnes du monde entier continuaient à s’y intéresser. Depuis 2013, on en parle davantage me semble-t-il, car les zapatistes ont multiplié les initiatives nationales et internationales.

En 2013, ils ont organisé, en guise de bilan de vingt ans de construction de l’autonomie, la « Petite École zapatiste » qui a permis à plus de cinq mille personnes de se rendre dans les villages rebelles pour mieux comprendre le fonctionnement de leur autonomie. En 2014, ils ont organisé le Festival mondial des rébellions et des résistances contre le capitalisme. En 2015, ils ont convoqué un séminaire international sur « La pensée critique face à l’hydre capitaliste », puis, en 2016 et 2017, ils ont organisé d’autres rencontres internationales consacrées aux arts et aux sciences. En 2017, ils ont contribué, conjointement avec le Congrès national indigène, à la formation d’un Conseil indien de gouvernement au niveau national, qui s’est efforcé en vain de présenter sa porte-parole comme candidate indépendante lors de l’élection présidentielle de 2018.

Donc, oui : l’expérience zapatiste représente une source d’inspiration plutôt qu’un modèle, au Mexique et au-delà. Du moins, pour tous ceux qui pensent qu’il ne peut y avoir de solution au désastre actuel qu’à partir du moment où l’on cherche à sortir du système capitaliste, et qu’un anticapitalisme conséquent doit se construire par le biais d’une autre politique qui renonce à la centralité des formes d’organisation étatiques.

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de contagion de cette rébellion au reste du Mexique depuis vingt-cinq ans ? N’est-ce pas un échec du mouvement ?

Il faut noter que les horizons de lutte des zapatistes ne sont pas seulement nationaux, mais aussi planétaires. Il faudrait donc parler aussi d’un échec au niveau planétaire. Mais cet échec n’est pas celui des zapatistes : il est le nôtre, à tous et toutes. Tant que le capitalisme n’aura pas disparu de notre planète, les zapatistes auront en effet échoué. Et nous tous avec eux. Mais où, sur cette planète, peut-on rencontrer un ample territoire où les gens ont construit des formes d’autogouvernement populaire, parviennent à résister aux attaques des forces liées aux intérêts du capital, et maintiennent des formes de vie et d’organisation autodéterminées ? Hormis le Chiapas et le Rojava, ainsi que des expériences d’autonomie telles que les ZAD, je ne vois pas.

Il est certain que la contagion de l’autonomie que les zapatistes s’efforcent de susciter n’a pas été jusqu’à présent à la hauteur de ce qu’on pourrait, autant qu’eux, souhaiter. Il ne faudrait cependant pas minimiser les avancées. Les zapatistes ont largement incité à la création du Congrès national indigène, qui rassemble de nombreuses luttes des peuples indiens du Mexique. Leur exemple est très important pour le développement d’autres formes d’autonomie. Par exemple, celle des autorités communautaires du Guerrero, ou celle de la commune de Cherán dans l’État du Michoacán qui depuis 2011 a réussi à s’auto-organiser pour repousser les assauts des narcotrafiquants.

Les zapatistes ont montré qu’une autre voie de transformation radicale était possible. C’est celle qu’ils dénomment autonomie et qui associe autogouvernement populaire et formes de vie autodéterminées. Elle ne demande qu’à croître partout où la dévastation provoquée par l’hydre capitaliste se fait de plus en plus flagrante et où toutes les solutions traditionnelles ont montré leurs limites ou leurs impossibilités. Cet esprit de l’autonomie n’est peut-être pas si éloigné de ce qui s’exprime dans les courants les plus novateurs des gilets jaunes, tels qu’on peut les voir à l’œuvre notamment dans la récente Assemblée des assemblées convoquée, fin janvier, à Commercy.

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

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Gilets Jaunes: Contre les lois scélérates…le nombre… le nombre… le nombre….

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Résistance 71

 

21 mars 2019

 

L’État fasciste qu’est la république

Nous l’avons dit il y a bien des années déjà: il n’y a aucune différence entre la république française et les régimes nazi, staliniste, maoïste etc, ce n’est qu’une question de degré. Pourquoi ? Parce que l’État n’existe que par la division politique et l’imposition par la force de la domination du plus petit nombre et ce depuis sa création. L’oligarchie joue avec le thermostat de la répression au gré de ses besoins. N’oublions pas que ce sont les même personnes et entités économico-financières qui ont asservis le politique, qui ont financé et aidé Lénine, Mussolini, Hitler, Staline, Chang Kaï Chek et Mao. Ce sont les mêmes entités industrielles et financières qui actionnent les marionnettes du pouvoir aujourd’hui.


Gilets Jaunes contre dictature: l’escalade

…Devant la mesure scélérate et dictatoriale des responsables de cette république prise ce 19 mars dernier et celles à venir, il n’y a qu’une seule solution pour le Peuple de France: LE NOMBRE

La clownerie en charge a bien du mal à gérer 250 000 ou 300 000 personnes dans les rues de France, au million, les pitres se barricaderont dans leurs palais, priant pour leurs privilèges.

Gilets Jaunes ! L’heure est à l’Union et à la Solidarité !
Il n’y a qu’une seule classe opprimée, celle du 99,999% de la population qui vend sa force de travail pour subsister (à des degrés divers une fois de plus, mais identique dans le fond)

La seule chance du mouvement est dans le NOMBRE !!

Solidarité – Union – Persévérance – Réflexion – Action

Devenons des S.U.P.R.A Gilets Jaunes

Nous n’avons pas à obéir à des instances oligarchiques scélérates!
Ce sont ces instances qui doivent obéir au peuple, il est plus que grand temps pour le Peuple de remettre les pendules à l’heure ! Reprenons le pouvoir pour le rediluer là où il est le plus soluble: dans le peuple lui-même !

VIVE LA COMMUNE !

 

 

Gilets Jaunes 16ème round… Pour une renaissance de la désobéissance !

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Résistance 71

 

2 mars 2019

 

Nous avions placé le 15ème round sous les auspices de Gaulois Réfractaires bretons, nous plaçons le 16ème round sous ceux de Tintin et d’Howard Zinn.

Plaçons le aussi sous les auspices d’être S.U.P.R.A Gilets Jaunes !

Sortons des clous et du parcage docile que la Ripoublique nous impose.

Qui ose gagne ! Tout le pouvoir aux Ronds-Points !

 

 


1er pas vers la société des sociétés

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes 10ème round: Tout le pouvoir aux ronds-points !!

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Résistance 71

 

18 janvier 2019

 


Simple mot d’ordre !!

 

Nous pensons que ce célèbre poème romantique anglais
du XIX ème siècle sied à merveille au mouvement:

 

Levez-vous tels les lions après la sieste,
En nombre invincible,
Secouez vos chaînes et jetez-les
au sol comme rosée du matin,
Chaînes sur vous tombées durant votre sommeil.
Vous êtes nombreux, ils sont peu.

En anglais (mieux):

Rise like lions after slumber,
In unvanquishable number
Shake your chains to earth like dew,
which in sleep had fallen on you.
Ye are many, they are few.

~ Percy Bisshe Shelley (1792-1822) ~

 

Meilleurs Vœux 2019 !!…

Posted in actualité, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 1 janvier 2019 by Résistance 71

Meilleurs vœux 2019 à toutes et à tous !

Faisons de cette nouvelle année, la première année de cette grande vague de conscience politique collective qui nous mènera, enfin, à l’émancipation finale du cancer social qui nous ronge depuis bien trop longtemps : la gouvernance étatico-capitaliste de la société humaine et remplaçons la par l’ordre naturel de notre conscience sociale: la société des sociétés, par delà le bien et le mal.

Pour nous aider en cette démarche, 82 lectures utiles sur notre page PDF.

En particulier:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Manifeste pour la Société des Sociétés

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

la-sixta

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Nous commencerons l’année 2019 avec une série d’articles pour une meilleure compréhension des révolutions sociales en cours dans le monde et avec le mouvement des Gilets Jaunes chez nous, qui participent directement à la transformation de notre réalité pour emprunter le chemin de l’émancipation définitive ; aussi pour comprendre qu’il est important de coordonner les luttes d’émancipation hors système.

Nous sommes tous inter-reliés et devons agir en une unité organique au-delà des contraintes de l’espace-temps, que nous pouvons transcender par la compréhension intime de notre complémentarité socio-culturelle, connectons les points de résistance et de rébellion au système inique qui nous écrase, lâchons prise de l’illusion démocratique entretenue par le dogme étatico-capitaliste de l’antagonisme se voulant inéluctable et retrouvons-nous dans l’unification organique de la société humaine réelle, celle qui embrasse la complémentarité de notre diversité naturelle et organique pour nous rendre, finalement… humain, rien qu’humain.

En 2019… Passons de l’autre côté du miroir…

Fraternellement

Résistance 71

1er janvier 2019

 


Faire de 2019 l’année de la Société des Sociétés

Réflexions sur l’idéologie et la réalité… ou comment se commettre à la société des sociétés

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Excellente analyse de Georges Lapierre qui rapproche de deux textes concordants traitant du sujet:
Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes
et

Manifeste pour la Société des Sociétés

Il est essentiel de comprendre que l’avenir de l’humanité passe par le lâcher-prise du modèle étatico-capitaliste et ses antagonismes diviseurs induits pour embrasser la complémentarité de nos sociétés, les unifiant ainsi dans ce grand tout organique de la diversité humaine apaisée.

~ Résistance 71 ~

 

 

Notes anthropologiques: De l’idéologie et de la réalité (II)

 

Georges Lapierre

 

Novembre 2018 (Mexique)

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-XXVI

 

Dans les notes anthropologiques précédentes, j’ai pu noter que la réalité se présentait comme le Léviathan, un monstre qui s’autocréait et s’inventait sans répit à partir de sa propre pensée. À ce sujet, il me semble assez justifié de parler d’autogenèse. Cette autogenèse du réel s’accompagne d’une réflexion de la part de ceux que l’on appelle les intellectuels ou les idéologues sur sa nature, soit pour la justifier, soit pour la critiquer. Cette réflexion est idéologique et elle n’a qu’un lointain rapport avec la réalité elle-même (qu’un lointain rapport avec la pensée proprement dite). L’idéologie accompagne la réalité et a le plus souvent une fonction de propagande, mais elle n’est pas la réalité et il ne faudrait pas confondre idéologie et réalité (idéologie et pensée). Seule la réalité est en mesure de critiquer la réalité.Seul le Léviathan a été en mesure de critiquer le dragon ailé de la société médiévale. Seule la pensée critique la pensée. D’ailleurs je me rends compte que l’idéologie loin de critiquer le monde que nous connaissons, dominé par l’activité marchande et ce qu’elle implique, l’accompagne dans son développement et son progrès. La critique sous sa forme idéologique — dans la mesure où elle ne repose pas sur une autre réalité, en résistance ou en construction — reste non seulement imparfaite et compromise, mais elle fait entièrement le jeu de la pensée dominante au sein de laquelle elle s’insère parfaitement — comme les œuvres complètes de Guy Debord s’insèrent dans notre époque — sans grandes conséquences ni grands dégâts.

Le Léviathan, c’est-à-dire la réalité telle qu’elle se crée et se développe à travers l’activité capitaliste, se nourrit, s’engrosse d’autres réalités, qu’il assimile et digère peu à peu. « Un monde qui contiendrait plusieurs mondes » n’est pas une utopie zapatiste. Le monde occidental, chrétien et capitaliste, ce que j’appelle le Léviathan, contient bien en son sein plusieurs réalités qu’il domine et digère peu à peu jusqu’à leur complète disparition. Dans ce que l’on nomme le « premier monde », le Léviathan domine sans partage. De génération à génération d’autres réalités se sont effondrées comme des pans entiers de falaise sous l’action pernicieuse de la mer. En se développant sans cesse, en s’étendant sans cesse, l’activité capitaliste est amenée à englober et à gober d’autres réalités. Elle s’en nourrit. Au fur et à mesure qu’elle se nourrit de réalités, qu’elle se nourrit de l’humain, elle avance et se développe, elle se grossit d’inhumanité.

Ce que nous percevons globalement comme la « réalité » mexicaine forme un ensemble composé de plusieurs réalités qui se superposent, se confondent et se mélangent, s’entrelacent, s’opposent parfois. Il y a le vivre ensemble dans les colonias, dans les quartiers pauvres, le vivre ensemble entre riches, le vivre ensemble métis, le vivre ensemble indien, dans un village de la Sierra Sur, dans un barrio de Mexico, à Tepito ou à Copilco. Il y a la réalité des communautés zapatistes, celle des communautés ayuujk, celle des communautés chontales, binnizá, zoque, etc. Nous aimerions nous trouver en face d’une seule réalité, la réalité mexicaine, et nous nous trouvons face à une multitude de réalités, avec, sans doute, une réalité dominante avec un mode de vie, un mode d’être, qui s’impose progressivement, mais qui n’est pas non plus sans rencontrer des résistances, celles d’autres réalités, qui ne sont pas encore complètement éteintes, écrasées et détruites, celles d’autres modes d’être, qui ne sont pas encore totalement circonvenus. Le Mexique, ou ce que nous appelons la réalité mexicaine, se présente comme un monde où s’affrontent et se confrontent plusieurs réalités : un monde qui contient d’autres mondes.

L’idéologue perçoit ces failles et ces troubles qui lézardent une société. Il peut travailler dans le sens de la pensée dominante et réduire — par la propagande mais aussi en ayant recours aux moyens massifs de destruction que sont la terreur, le massacre, la torture et la délation — la vitalité d’un vivre ensemble autre ou d’un mode d’être autre, s’insurgeant face à l’hégémonie d’un mode de vie qui lui est contraire. Il peut aussi s’appuyer sur cette résistance à l’intérieur de la société pour chercher à imposer son propre point de vue. Dans un cas comme dans l’autre, l’idéologue s’appuie sur une réalité pour faire valoir une idéologie. L’histoire récente de l’Amérique latine nous propose maints exemples de la mise en œuvre de ces différentes options et nous invite à tirer un enseignement de leurs conséquences sur le plan social.

Dans le premier cas, l’idéologue dit de droite ou d’extrême droite, partisan d’une société théocratique, ne réussit pas toujours à imposer son point de vue, mais, en supprimant les obstacles qui se dressent face à la pensée dominante, il lui ouvre tout de même le chemin (Chili, Argentine, Brésil, etc.) ; dans le second cas, l’idéologue de gauche ou d’extrême gauche, lui aussi partisan d’une société théocratique dans laquelle il serait reconnu, aura détourné une pensée en mouvement vers un but qui n’est pas nécessairement le sien (Cuba). Dans le premier cas de figure, l’idéologue de droite, partisan de la force et de l’ordre moral, ne cherche qu’à encadrer un pouvoir qui trouve son expression dans et par l’activité capitaliste ; dans le second cas de figure, l’idéologue de gauche réfute le système capitaliste dont la pensée reste le privilège de quelques-uns (les capitalistes) pour le remplacer par un système dit socialiste dont la pensée serait l’apanage sinon de tous, du moins des cadres du système nouveau et de ses partisans.

J’écris « la réalité », mais il y a sans aucun doute possible plusieurs réalités que nous partageons toujours avec d’autres, c’est ce fait de la partager toujours avec d’autres qui me conduit à parler de la réalité avec un article défini plutôt que d’une ou des réalités. En général, nous ne connaissons et reconnaissons qu’une réalité, la nôtre, celle qui se trouve directement vécue par nous. Il s’agit le plus souvent de la réalité dominante, mais pas toujours. En général nous ne pensons pas, comme ce Touareg avec lequel je discutais il y a quelques années, que notre culture (c’est-à-dire notre réalité) puisse se perdre. Peu importe, la réalité que nous connaissons même si elle n’est pas dominante nous paraît unique. À ma connaissance, seuls les zapatistes semblent avoir reconnu d’autres réalités que la leur, ne serait-ce que celle qui leur fait face et les opprime.

La réalité est ce qui est directement vécu. Je peux bien me comporter comme un individu, c’est-à-dire comme quelqu’un préoccupé avant tout par son propre intérêt, qu’il placera avant l’intérêt général ou intérêt collectif. Ce comportement est celui du marchand, le marchand est individualiste dans l’âme et il cherchera à subordonner l’intérêt général à son intérêt particulier. Il n’est pas le seul. Dans une société marchande nous sommes nombreux à être individualistes dans l’âme sans toujours le savoir, un peu comme le bourgeois gentilhomme, mais en sens inversé ; ce qui nous conduit à nous comporter comme un bourgeois sans être nécessairement bourgeois. La réalité n’est pas seulement la réalité d’un vivre ensemble, elle est aussi (et dans le même temps) celle d’un mode d’être, le mode d’être d’un vivre ensemble : le mode d’être qui détermine une vie sociale ou qu’une vie sociale détermine. Je définirai ce que j’entends par réalité comme « un mode d’être ensemble ». C’est le cas de l’individualiste, c’est le cas du socialiste, c’est le cas du communaliste. Être individualiste consiste à subordonner la collectivité à son propre intérêt, être socialiste consiste à subordonner son intérêt à celui de la société, être communaliste consiste à trouver son intérêt dans celui de la communauté. Dans une société complexe comme la société mexicaine avec son histoire préhispanique et sa conquête, nous décelons ces trois modes d’être, ils se superposent, se confondent et se mélangent souvent.

« Être individualiste » est une réalité de l’être, ce n’est pas une idéologie, et cette réalité de l’être est directement vécue, elle est un mode d’être ensemble dans une société marchande. Elle est aussi la réalité d’une société marchande. L’individualisme, par contre, est bien une idéologie dans le double sens du mot, celui d’idée et celui d’idéal à atteindre ; en tant qu’idée, il contribue à définir une réalité, celle du monde marchand — et c’est dans ce sens que je parle ou que nous parlons idéologiquement de la réalité. En tant que but, l’individualisme se présente comme un idéal à atteindre. Cet idéal est porté par la société marchande, il en est l’émanation, il n’est pas toujours parfaitement réalisé dans une société marchande en formation, il y a des résistances et des nostalgies pour une autre réalité à l’intérieur même de la société, nostalgies et résistances qui s’accompagnent de tentatives pour créer une autre forme de vie sociale reposant nécessairement sur un nouveau mode d’être et qui va à l’encontre de ce qui se prépare, qui va à l’encontre de l’individualisme.

La constitution de collectifs pour vivre sur les terres de Notre-Dame-des-Landes nous en fournit un bon exemple. Il s’agit alors pour les partisans de la société marchande de circonvenir par la force brutale ces velléités de changements reposant sur une autre réalité sociale en formation, sur une autre cosmovision aussi. Cette volonté de changement est perçue comme un obstacle face au devenir marchand (et individualiste) de la société. Nous avons alors affaire à une guerre idéologique, entre socialisme (ou communalisme) et individualisme, par exemple, qui est en quelque sorte comme le reflet d’un antagonisme entre deux réalités ou deux modes d’être à l’intérieur même de la société : un mode d’être qui, dans un cas, subordonne la personne à l’intérêt collectif, c’est le socialisme ou le communalisme, opposé à celui qui subordonne la collectivité à l’intérêt personnel. L’Amérique latine des années 1970 et 1980 nous apporte maints exemples de cet affrontement impitoyable généré par le devenir marchand de la société et la résistance glorieuse (mais vaine) à cette hégémonie d’une partie de la société.

Cette confrontation entre réalités à l’intérieur d’un monde dominant (ou d’une réalité dominante) n’est pas sans apporter une énorme confusion d’autant plus inextricable qu’elle est le théâtre d’un psychodrame où se mélangent les souhaits, les désirs et les idéologies. Le plus souvent c’est le monde dominant qui tire son épingle d’un jeu, qui apparaît trop souvent comme un jeu de dupes.

Ainsi l’idéologie prend-elle plusieurs aspects : celui d’un travail théorique sur la réalité sociale, celui d’un idéal social porté par la société dans son devenir, celui, enfin, d’une réalité en voie d’extinction et qu’il s’agit de retrouver et de reconstruire. Ce dernier aspect ou cette forme d’idéologie va à contre-courant de l’idéologie dominante portée par la société et lui est opposé, cependant, la confusion est si grande, qu’elle emprunte souvent à l’idéologie dominante les expressions de son opposition, qu’elle pense radicale, c’est ainsi, par exemple, qu’elle est amenée à faire l’éloge de l’individu contre la société. Nous voyons bien que l’idéologie apporte comme une fracture, comme un écart entre la pensée en tant que réflexion sur la réalité et la réalité elle-même ; ce qui est directement vécu devient ce qui est indirectement pensé et réfléchi, et cet écart pose problème.

Il est absurde de prétendre changer le cours d’un devenir, le devenir d’une réalité, seulement sur le plan idéologique, par la seule puissance des idées. La force d’un mouvement tectonique ne se trouve pas dans la tête des géologues même si ces derniers peuvent bien s’en faire une idée claire et juste. Les géologues ne pourront jamais imposer leurs idées à la terre, aux roches et aux pressions géologiques. Les mouvements sociaux, les mouvements à l’intérieur d’une société, sont comparables aux mouvements tectoniques [1] ; un idéologue (un anthropologue, un historien, un philosophe, un sociologue, un théoricien, un politique, etc.) peut bien tenter de les repérer et de s’en faire une idée plus ou moins claire, mesurer leur force et prévoir, avec un peu de finesse, leur devenir, il ne pourra jamais agir sur eux, tout juste s’en défendre et s’en protéger (ce que fait Macron face à la communalité) — et ce sont plutôt ces mouvements qui se serviront des idéologues.

Les mouvements sociaux font le désespoir des idéologues ; le plus souvent, ils les surprennent, ensuite, ces mouvements intestinaux n’en font qu’à leur tête ! Enfin le temps du géologue n’est pas celui de la terre, le temps du sociologue n’est pas celui de la société. Il a fallu des siècles à la société marchande pour rompre à l’intérieur même de la société occidentale et chrétienne tous les obstacles qui s’opposaient et qui freinaient comme des coquilles d’œuf, comme des lambeaux de chair d’un temps ancien et révolu, son éclosion, sa croissance et son développement. Encore aujourd’hui elle n’en a pas terminé avec ces reliques toujours bien présentes à l’intérieur de la société et qui sont comme le témoignage d’autres réalités qui semblent encore couver sous la cendre du présent.

Notre temps se présente sous un double aspect, celui de la fin de l’idéologie et celui du retour de l’idéologie, « le roi est mort, vive le roi ! » ; celui de la fin de l’histoire et du retour de l’histoire ; celui du surgissement du présent et celui du surgissement du futur. Nous sommes en plein paradoxe, nous vivons une époque paradoxale, contraints à appréhender et à manier des situations paradoxales. Cette opposition entre réalité et idéologie est seulement une introduction épistémologique à la connaissance de notre époque. D’une part, si la réalité ne peut être en aucune manière idéologique, notre appréhension de la réalité, elle, par contre, ne peut être qu’idéologique. D’autre part le mouvement réel de la pensée à l’intérieur de la société et transformateur de la vie sociale selon les déterminations qui lui sont propres, partant de sa « réalité », de son « présent » pour se présenter comme projet de société, est fatalement porteur d’une idéologie.

Dans ces pages, je n’ai fait que déblayer grossièrement le terrain avant d’aborder la question suivante : une fois le projet marchand abouti quel serait le nouveau projet cherchant à se réaliser dans un futur indéfini et lointain ? Sachant que ce projet, s’il existe (et rien ne nous permet de dire qu’il existe vraiment ; si cela se trouve, il n’existe pas), n’est pas idéologique, bien que porteur d’une idéologie ; il a son fondement dans le réel, dans ce qui est directement vécu, il est lui-même, en tant que mouvement de la pensée dans le monde, une réalité, mais une réalité grosse de son devenir, grosse de sa propre idéologie — accompagnée comme son ombre de toutes les idéologies qui lui sont contraires.

Ce mouvement universel de la pensée comme aliénation de la pensée se termine-t-il avec la société marchande, se termine-t-il dans ce gouffre du réel que représente sa propre réalisation ? Bien des idéologues le pensent qui parlent de la fin de l’histoire, le Léviathan ne rencontrant plus d’obstacles sur son chemin qui le mettraient en péril. Cette réalisation marquerait aussi la fin de l’aliénation de la pensée, de la pensée comme pensée aliénée. Est-ce possible ou est-ce même envisageable ? Le propre de la pensée n’est-il pas de se présenter sous ces deux formes, comme pensée non aliénée et comme pensée aliénée ? Dans ce cas, la fin de l’aliénation de la pensée et sa réalisation ou son actualisation dans la société marchande universelle marqueraient aussi le début d’une nouvelle ère, le commencement d’un nouveau cycle, le point de départ du mouvement universel de la pensée comme aliénation de la pensée. Serait-ce le mouvement zapatiste dans ce coin reculé et oublié de la planète qui a pour nom le Chiapas ? Les zapatistes en sont persuadés, d’autres le pensent, l’espèrent ou l’appréhendent.

Dans de prochaines notes, j’aborderai sommairement cette question : la réalité confrontée au mouvement universel de la pensée se réalisant ; la pensée réalisée face au mouvement universel de l’aliénation de la pensée. Nous sortons alors du domaine de l’idéologie et de l’opposition entre idéologie et réalité pour aborder celui de la réalité et des deux figures contrastées de la réalité : la réalité comme pensée réalisée et la réalité en tant que pensée se réalisant. Alors que l’idéologie est seulement la réflexion que peuvent tenir des individus sur la réalité, la pensée, elle, a une dimension collective qui échappe à l’individu, ainsi sommes-nous amenés à considérer la société (ou toute société) comme la réalité de la pensée, ou encore comme la réalisation de la pensée, la pensée réalisée. Cependant, nous dit Hegel, cette réalisation de la pensée est le résultat du mouvement de la pensée cherchant à se réaliser. Ainsi notre civilisation capitaliste et marchande est-elle le résultat d’une pensée hégémonique se reproduisant et se réalisant sans répit. L’être humain se trouve à la croisée d’un chemin qui bifurque sans cesse entre aliénation et non-aliénation, il est littéralement accaparé par l’Idée qui éveille le mouvement de la pensée [2].

Devons-nous spéculer comme Hegel ou comme Marx que ce mouvement de la pensée connaît une histoire majuscule, qui serait celle de l’Humanité ? Cette histoire universelle de l’humain se termine-t-elle avec l’universalisation de la société marchande ou reprend-elle un nouveau départ ? À partir de quelle nostalgie ? À partir de quelle nostalgie de l’humain ? À partir de quelle velléité de réalité ? À partir de quelle velléité de pensée ? C’est bien dans ce balancement entre présent et devenir, entre non-aliénation et aliénation de la pensée, que se placent consciemment les zapatistes. Ils sont à la fois en résistance, s’appuyant sur la communalité qui est le mode de vie originel des peuples, sur une réalité en extinction donc, et en lutte pour le devenir universel de cette réalité en voie d’extinction.

La guerre menée contre les peuples, en fait contre les sociétés sans État, a sans doute commencé il y a des millénaires dès la formation même des États, elle s’est progressivement accélérée avec la montée en puissance du principe de l’Un ou de l’universel qui se trouve contenu dans l’État et qui a présidé à sa formation. Elle redouble actuellement quand c’est l’humanité et ce qu’elle représente qui se trouve mise en jeu : l’humanité est-elle Une ou doit-on accepter sa diversité ? La diversité constitue-t-elle le point commun de l’humain ? N’y a-t-il pas contradiction à voir dans la pluralité ce qui fait l’unité du genre humain ? L’insurrection zapatiste serait-elle le levain du futur ? Les zapatistes en lutte pour le devenir universel de la pluralité, d’un monde qui contiendrait plusieurs mondes ? Nous sommes en plein paradoxe !

Notes

[1] Cette comparaison peut paraître osée et audacieuse, pourtant elle s’inscrit dans une époque où l’idée d’une nouvelle ère géologique, due à l’activité déchaînée de l’homme, appelée anthropocène fait fureur parmi les nouveaux idéologues quand il s’agit de faire accepter l’enfer du présent au vu d’un futur, désastreux certes, mais qui ouvre de nouvelles, d’immenses, de belles et d’inimaginables perspectives à l’activité marchande. Un futur désastreux pour l’homme mais radieux pour le marchand, un futur désastreux pour l’humanité mais radieux pour l’individu (ou le contraire), n’est-ce pas là tout notre présent ?

[2] Je parlerai de cette Idée majuscule dans de prochaines notes anthropologiques.