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Réflexion critique : de l’aliénation capitaliste (OSRE)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 22 juin 2022 by Résistance 71

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Qu’est-ce que l’aliénation capitaliste ?

Rébellion organe de l’OSRE

Mai 2022

Source: https://rebellion-sre.fr/quest-lalienation-capitaliste/

Le capitalisme n’est pas seulement un système économique, il est la matrice qui a engendré le monde moderne et aussi un type humain, que certains ont appelé Homo Oeconomicus, fruit d’une véritable transformation anthropologique. Il a réalisé ce que les régimes totalitaires du XX° siècle avaient rêvé de faire sans pouvoir le réaliser: donner naissance à un homme nouveau et cela à l’échelle mondiale. Armé de sa technique et de son dieu unique, l’Argent, il a conquis le monde, c’est-à-dire qu’il l’a transformé en désert. Désert autour des hommes mais désert aussi en l’homme. Pour comprendre ce nouveau monde et ce nouvel homme, pour savoir comment une telle chose a pu se produire, il faut revenir à un concept fondamental mis en lumière par Karl Marx dans son analyse du capitalisme: l’aliénation.

L’aliénation comme une dépossession

La définition que l’on trouve dans le dictionnaire du mot aliénation nous dit que c’est «l’état de l’individu qui, par suite des conditions extérieures (économiques, politiques, religieuses) cesse de s’appartenir, est traité comme une chose, devient esclave des choses et des conquêtes même de l’humanité qui se retournent contre lui». Le seul mot français aliénation traduit deux termes allemands utilisés par Marx: Entäusserung (v. entäussern: se défaire de; adj. äusser: extérieur, externe) et Entfremdung (v. entfremden: éloigner, détacher, détourner; adj. fremd: étranger). Ce terme traduit donc un sentiment d’extériorisation, de dépossession de soi et d’étrangeté face au monde et à soi-même. Mais pour Marx il ne peut se comprendre qu’au sein du processus de domination du capital qui passe par l’exploitation, l’aliénation, la réification.

Car cette dépossession est le résultat de l’exploitation capitaliste, c’est-à-dire du fait que dans l’entreprise capitaliste les salariés produisent une valeur équivalente à celle de la force de travail (travail concret qui leur est versé sous forme de salaire) mais aussi une valeur additionnelle (travail abstrait qui donne la plus-value, la valeur, que gardent les capitalistes). Le travail vivant (concret) est transformé en abstraction (la valeur), c’est-à-dire en argent. Dans le monde capitaliste l’immense majorité des individus ne possèdent pas leur outil de travail, ils sont obligés de rejoindre des entreprises qui leur fournissent les moyens de travailler. Ils en sont réduits à vendre leur seul bien, leur force de travail, c’est-à-dire eux-mêmes, pour fabriquer des marchandises. Dés lors leur travail n’est plus qu’une marchandise parmi d’autres et ils doivent agir comme des capitalistes: pour survivre ils doivent impérativement vendre leur marchandise-force de travail sur un marché du travail où les salariés du monde entier sont mis en concurrence. Le salarié est celui qui extériorise sa propre puissance subjective (sa force de travail) en lui donnant, sous la forme d’une marchandise, une existence objective et cela dans le but de gagner un salaire lui permettant d’acquérir d’autres marchandises.

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Elle n’est pas une fatalité

Ce que Marx a critiqué ce n’est pas le travail en lui-même mais la forme spécifique qu’il a pris dans le monde capitaliste, la forme-marchandise. Le travail n’était pas aliéné, il l’est devenu à la suite d’une transformation sociale dont on peut faire l’histoire (ce que Marx a fait dans le livre I du Capital). Cette forme d’aliénation n’est pas une conséquence inéluctable de l’histoire humaine et elle n’a pas toujours existé comme voudraient nous le faire croire les idéologues du système. Alors que le travail avait permis à l’individu de s’affirmer en tant qu’homme, de dépasser l’animalité, la seule nécessité, pour agir sur son milieu et le maîtriser, il est devenu une forme de servitude. Il n’est plus un but en lui-même, il est devenu un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Ce qui devrait permettre l’affirmation de soi est devenu l’instrument de la négation de soi. Le travail qui était liberté et indépendance devient servitude et enfermement dans un processus abstrait et technique que personne ne maîtrise plus. L’individu aliéné perd toute conscience de sa force, de son pouvoir d’agir et de transformer le monde. Il est dépossédé de la maîtrise du monde qu’il habite et de son destin. De la naissance à la mort, en passant par l’enfance, l’école, le travail, la sexualité, la politique, les loisirs, la vieillesse, tout est laissé aux mains des experts, des techniciens, des gestionnaires. Tout ce qui reste à l’homme, c’est vendre et acheter, c’est se vendre et consommer. La loi du commerce a remplacé les valeurs du travail. Et cette servitude est appelée à ne pas connaître de fin car dans le système capitaliste la production, rebaptisée croissance, est un moyen qui n’a d’autre fin qu’elle même.

L’aliénation capitaliste ne touche pas seulement ceux qui travaillent, elle s’est étendue à tous les humains et au monde entier à travers la domination absolue de l’argent. L’argent est la marchandise- reine, celle qui permet d’avoir toutes les marchandises, celle qui est là pour remplacer tous les liens traditionnels que le développement du capitalisme et l’atomisation des individus ont détruits. L’argent, comme le travail dans le système capitaliste, réduit l’individu à n’être qu’une abstraction. On ne travaille que pour en gagner car il est le signe de la puissance, qui s’appelle aujourd’hui «le pouvoir d’achat». Celui qui en possède n’a aucun pouvoir mais il offre tous les moyens d’en obtenir. L’argent est l’objet absolu de tous désirs, le Désir objectivé, matérialisé. En posséder permet de consommer, d’acquérir tous les objets techniques qui s’offrent comme le moyen d’échapper à cette solitude, à cette angoisse face à un mode devenu étranger et incompréhensible. Mais le sentiment de puissance que procurent ces objets n’est qu’éphémère et, tout comme la production de marchandises, il ne peut avoir de fin car il renforce ce qu’il est censé combattre: l’aliénation et la réification. Ce qui se présente comme un remède n’est que le renforcement du mal et ceux qui le possèdent sont tout autant aliénés que ceux qui n’en ont pas.

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Une marchandisation de l’humain

Ainsi la particularité de l’aliénation et de la réification capitalistes ne peuvent se comprendre qu’au sein de l’exploitation. D’un travail qui dans les sociétés traditionnelles était intégré dans la vie, le capitalisme a fait quelque chose d’extérieur, une marchandise comme une autre. L’individu aliéné en arrive à considérer le monde, les choses, les autres comme il considère son travail: un moyen pour autre chose. Le monde, la nature ne sont plus que «l’environnement», le décor plus ou moins naturel dans lequel il évolue; les choses ont acquis une vie propre: les objets techniques et les machines qui devaient le servir et l’aider l’emprisonnent toujours davantage en se transformant en prothèses indispensables entre lui et la réalité; les autres sont au mieux des amis virtuels avec qui on n’a de lien que par écran ou téléphone portable interposés mais le plus souvent ils ne sont que des objets vivants mais insignifiants pour lesquels on ne ressent ni haine, ni amour, ni aucune sorte d’empathie, juste de l’indifférence. Enfin «libéré» des devoirs et des obligations traditionnels perçus comme des liens entravant sa liberté, persuadé de n’avoir aucun pouvoir sur ce monde où de toute façon il se sent étranger et qu’il accepte passivement tel qu’il est, il ne reste à l’individu aliéné que lui, que cet ego que la publicité flatte pour mieux l’exploiter. Il cultive sa différence et son originalité, qui ne sont rien d’autre que le produit de l’aliénation. Il ne se préoccupe que de son «développement personnel» en exploitant de son mieux son entreprise: lui-même. Il considère son corps, ses capacités, ses sentiments, ses relations comme des investissements qu’il pense pouvoir gérer rationnellement, en bon manager. Il n’est plus soumis à la dictature de la marchandise, il est devenu marchandise. Il a fait siennes les lois du système capitaliste dont il n’est que le produit et il reproduit à son échelle, envers lui-même et les autres, les mécanismes de domination: exploitation, aliénation, réification. Dés lors le monde ne peut avoir comme seul sens que celui d’un grand marché où tout se vend, où tout s’achète, où tout le monde est en concurrence avec tout le monde, où rien n’est vrai et où tout est permis.

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Retour à l’essentiel

On rejoint alors la deuxième définition du mot aliénation donnée par le dictionnaire: «trouble mental passager ou permanent qui rend l’individu comme étranger à lui-même et à la société où il est incapable de se conduire normalement».

Dans le système capitaliste les hommes ne contrôlent pas leur propre activité productive mais sont dominés par les résultats de cette activité. Cette forme de domination prend l’aspect d’une opposition entre les individus et la société, qui se constitue en tant que structure abstraite. Cette domination abstraite est exercée sur les individus par des structures de rapports sociaux quasiment indépendantes, médiatisées par le travail déterminé par la marchandise. Le système capitaliste c’est cette société individualiste où se sont constitués des rapports sociaux tellement objectivés qu’ils ont pris une indépendance complète à l’égard des individus. C’est cette domination abstraite qui amène à la domination de classe et non le contraire. Dénoncer les banques et les oligarchies financières, prendre l’argent aux riches pour le donner aux pauvres, ne changeront en rien les structures du système de domination capitaliste et ne mettront donc pas fin à l’aliénation. Comprendre l’aliénation ce n’est pas en sortir car personne n’est en dehors de ce système et ne peut s’en faire le critique en prenant une position extérieure. Mais la comprendre c’est déjà faire un effort pour en prendre conscience, comprendre que cette domination a une histoire et chercher les voies permettant de la dépasser. Car il ne s’agit pas de revenir à «un bon vieux temps» d’avant l’aliénation, il s’agit de s’approprier ou de se réapproprier ce qui s’est constitué sous une forme aliénée.

Paru initialement dans le numéro 54 dans la revue Rébellion

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Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

ÉTEIGNONS LES ÉCRANS RALLUMONS NOS VIES

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De l’abstentionnisme à l’action politique directe pour la création de zones autonomes d’association libre d’une société contre l’État et la marchandise (Résistance 71)

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Résistance 71

14 juin 2022

Une fois de plus, une certaine conscience politique renaît au sein du peuple français. Pour la énième fois, l’abstention a atteint un niveau record au premier tour de la mascarade électorale « législative » en ce dimanche dernier d’illusion démocratique avec un taux officiel de 53%, ne tenant pas compte non plus des non-inscrits comme nous tous à Résistance 71, ce qui ferait passer le taux d’abstention sans aucun doute au-delà de la barre des 60%.
Alors, oui, c’est bien, quelque chose se passe, il y a un fossé de plus en plus large qui se creuse entre les pseudo-démocrates électoralistes invétérés de caste ou de complaisance et la masse des contestataires et des mécontents, reconnaissant de plus en plus par leur abstention qu’il n’y a finalement pas de solution au sein du système. Ne crachons pas dans la soupe, ceci est une bonne chose et nous devons nous en féliciter ; cela va dans le bon sens. Ceci dit, nous devons aussi cesser de clamer à qui veut l’entendre que « L’abstentionnisme est le premier parti politique ce France », parce que cela n’est en rien suffisant, nous l’avons fait auparavant, mais ce fut une erreur. Se reconnaître intrinsèquement comme « un parti politique » est encore acquiescer à ce système inique, criminel et obsolète !
Le temps est venu maintenant de joindre l’action dissidente au refus de jouer le jeu politique de la mascarade qui n’a que trop duré. Il est temps maintenant de nous joindre, de nous unir et de mettre en pratique une alternative populaire, de changer notre relation politique à l’État, à l’ignorer et à construire des zones émancipées, des zones autonomes temporaires à velléité perpétuelles, de mettre en place les cellules de notre société des sociétés, celle qui refuse toute relation à l’État, la hiérarchie, les institutions, la marchandise, l’argent et le salariat. Mettons en place des zones libres, des zones ou règne la libre association entre égaux et la gestion de la société selon le principe du « A chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. »
Pour ce faire, nous n’avons pas du tout besoin que tout le monde soit d’accord, une fraction décidée et incorruptible de la population éveillée et réfractaire est suffisante, une solution à 10-15% qui aura un effet boule de neige par la qualité de son travail, de son organisation et de son modèle d’action et de gestion politico-sociale du quotidien de toutes et tous, ensemble, dans l’horizontalité de notre complémentarité dans la diversité.
Plus de 53% de la population adulte de ce pays refuse désormais de jouer le jeu politique truqué du mensonge institutionnalisé de la maintenance d’une caste de voyous au pouvoir d’un système criminel de domination et d’oppression perpétuelles. Que quelques millions de personnes de cette nouvelle entité politique créent, partout sur le territoire, des zones autonomes d’associations libres et ce sera fin de partie pour la pourriture étatico-marchande en place et ses marionnettes politicardes et bureaucratiques.
L’heure est venue, comme l’annonçait en son temps Victor Hugo qui disait : « Aucune armée au monde ne peut s’opposer à une idée dont l’heure est venue… »
Qui ose gagne !
Dans l’esprit Gilets Jaunes : tout le pouvoir aux ronds-points !
Solidarité Union Persévérance Réflexion Action (dans la) conscience politique…
Vive la Commune Universelle de notre humanité émancipée et enfin réalisée !

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Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

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Il n’y a pas de solution au sein du système… Quand détruire est créer : de la tyrannie marchande à la société des sociétés en territoires émancipés…

Posted in actualité, politique et social, philosophie, politique française, militantisme alternatif, crise mondiale, guerres imperialistes, 3eme guerre mondiale, altermondialisme, démocratie participative, autogestion, résistance politique, terrorisme d'état, guerres hégémoniques, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, neoliberalisme et fascisme, technologie et totalitarisme, colonialisme, gilets jaunes, société des sociétés with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 9 mai 2022 by Résistance 71

L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux ayant lâcher-prise de l’illusion démocratique et se tenant main dans la main avec les peuples colonisés contre l’oppression étatico-marchande, marchant sur le chemin de la société des sociétés, celui de notre humanité enfin réalisée.

Il n’y a pas de solution au sein du système… Le comprendre et agir, enfin…

~ Résistance 71 ~

Astyle

Une lutte militante anarchiste internationale

Groupe anarchiste anonyme

2022

Traduit de l’anglais par Résistance 71 

9 mai 2022

Alors que les guerres entre les états-nations deviennent de plus en plus fréquentes et attirent des volontaires du monde entier, c’est le moment idéal pour réfléchir sur ce qui caractérise les militants anarchistes internationaux.

Leurs objectifs sont de :

  • Créer des territoires autonomes
  • Construire des communautés libératrices et des corps politiques
  • Se battre aux côtés des opprimés du monde
  • Fournir une solidarité internationale au-delà des frontières

Le terme “militant anarchiste” devrait être redondant car tous ceux qui se battent pour la libération devraient prendre une approche militante. Mais la tendance récente des soi-disants anarchistes en Occident est de libéraliser le mouvement anarchiste, ceci culminant avec ce renversement scandaleux des choses qui voit de tels groupes marcher dans les rues au son des tambours de l’OTAN et donc imposent le fait que la signification de ce qu’est être un anarchiste a besoin d’être réévalué et son héritage historique être continué.

Créer des communautés et des territoires autonomes

La priorité est de saisir des territoires afin d’aider à détruire et balayer les états-nations, de contrôler les moyens de production pour que les ressources soient équitablement distribuées et ne tombent pas entre les mains des exploiteurs capitalistes. Pour ce faire, la tache essentielle est de bâtir des forces et des groupements politiques de façon à ce que nous soyons une formidable faction lorsque le moment se présentera. C’est un processus qui prend du temps et de la motivation, de la patience, des années d’entraînement et d’étude (NdT : comme l’ont fait dans le secret des villages les Zapatistes du Chiapas entre 1984 et 1994). Ceci sera récompensé car lorsque les états et les démagogues se battront entre eux, nous pourrons prendre l’avantage sur le tumulte et créer un territoire.

Alors que nous construisons nos factions armées, nous bâtissons simultanément des structures libératrices et des communautés. Notre mouvement ne pourra pas réussir si un état oppresseur est remplacé par un autre, si la suprématie capitaliste blanche est remplacée par un démagogue autoritaire ou vice versa ; si une forme d’anarchistes oppresseurs et des citoyens de “seconde classe” remplacent un fascisme par un autre, un fascisme “démocratiquement imposé”.

Nos forces et nos communautés devraient être construites d’une façon consistante avec notre éthique et nos principes d’organisation : respect de chacun, priorité aux besoins des gens, recherche, éducation et connaissance fondées sur la lutte des peuples, une communauté de défense dispersée dans toute la société. Ces principes forment la base des décisions de chaque collectif.

Nous comprenons que la fondation centrale est la défense et la stratégie. Ceci est la place et le rôle du militant anarchiste. Voilà comment l’entrainement porte ses fruits. Avec la bonne préparation, nos territoire créent des espaces pour des communautés libérées et des structures sociales qui pourront fleurir, ceci crée aussi des zones tampon qui peuvent nous permettre de défendre ces zones.

Nous pouvons regarder et analyser les travaux de Makhno, de Zapata, de la Guerre d’Espagne et de la préfecture de Shinmin. Ces exemples nous montrent le chemin du succès et nous fournissent de bons signaux à suivre.

Nous apprenons de Shinmin que la défense doit être égale à la population qui vit dans le territoire, elle doit être étendue partout et pas seulement aux forces armées. Alors que les régimes haineux doivent être combattus, nous devons aussi reconnaître que tenir un territoire représente aussi une faiblesse dans une lutte de guérilla. Si des attaques sont lancées depuis notre région, nous devons être capable de contrer quelque réponse qu’elle occasionnera. Les attaques lancées doivent aussi incapaciter l’ennemi dans sa riposte.

La défense n’est pas juste s’entrainer aux armes et tenir un territoire, c’est aussi tenir une ligne politique sans flancher. Ceci est une des leçons essentielles de la guerre civile espagnole de 1936. Les militants furent trahis avant même qu’ils fussent capables de recueillir les fruits de leur batailles. La CNT insista pour rejoindre le gouvernement de coalition, affaiblissant ainsi la position des militants anarchistes en créant une ouverture pour que les fascistes saisissent le pouvoir. Ceci est un avertissement qui vaut pour tout anarchiste aujourd’hui. Tenir une ligne ferme entre le travail sans concession et ces soi-disants “radicaux” mous du genou et qui donne une idéologie au pouvoir, ils se sont déjà vendus avant même d’avoir obtenus quelque gain que ce soit. Une ligne entre ceux commis aux principes politiques et ceux prêts à abandonner doit être fortement tracée et vite.

Inévitablement, lorsque des territoires libérés existent, il doit y avoir par nécessité de survie et afin de ne pas être annihilés par des adversaires mieux armés, des négociations inconfortables et des compromis. Mais il est impératif de noter que ces compromis ne devront pas être faits à moins d’être absolument nécessaires. S’ils sont faits avant d’avoir des territoires, cela ne fait que renforcer l’État, sans que nous ne gagnions quoi que ce soit. Avant de prendre/libérer des territoires de l’État, notre ligne politique se doit d’être sans compromis, c’est notre forte éthique qui nous unit pour la lutte. Tous nos efforts doivent se focaliser sur la préparation de forces de combat et la promotion d’un mouvement plus fort. Nous devons focaliser notre énergie sur tous les aspects qui mèneront à des gains matériels pour notre côté.

Se battre du côté des opprimés du monde

Notre combat est du côté des opprimés du monde. Ceux d’entre nous vivant dans des états particulièrement malfaisants comme les Etats-Unis, les états européens, l’Australie ont une responsabilité particulière d’étudier et de comprendre comment ces états ont pillé le monde et de combattre ces états bec et ongles. Il est de notre responsabilité de demeurer imperméables et ultra résistants à leur propagande afin de ne pas devenir l’aile radicale de leur agenda. Par exemple, ces soi-disants anarchistes qui répètent en bons perroquets la propagande états-unienne au sujet de l’Ukraine ne font que renforcer leur politique mondialiste et hégémonique.

Nous ne devons JAMAIS écouter et donner une quelconque importance à leur propagande, celle qui dit qu’ils se battent pour “la liberté” et “la démocratie”. Ils ne font que se battre pour la liberté des marchés capitalistes et les seuls droits de la culture européenne et de la société blanche. Nous devons nous tenir en dehors de cette rubrique et nous aligner avec ceux qui ont senti le vent du boulet de cette “liberté”. Ne vous leurrez pas à croire que vous serez OK et en sécurité en vous alignant avec un tel pouvoir. En tant qu’anarchiste, votre seule allégeance est aux opprimés, au mouvement et à la destruction de ces états bestiaux.

Toute notre sécurité et notre futur demeurent dans un territoire libéré, émancipé. Le rôle de l’anarchie et des anarchistes et de libérer la lutte de toutes ces promesses creuses et des machinations soporifiques de la propagande d’état. Pour être du bon côté de l’histoire, nous devons nous tenir la main dans la main avec tous ceux que l’occident a pillé, qui ont été massacrés par ses mercenaires, qui ont été escroqués, abusés par ses soldats de fortune d’extrême droite. Nous devons prendre exemple sur nos camarades d’Amérique du Sud et Centrale, d’Afrique, afin de nous assurer depuis notre position au sein de la culture de ces assassins efficaces et les plus forts promoteurs des groupes politiques de la droite extrême, que nous luttons suffisamment fort et depuis la bonne perspective.

Solidarité Internationale au travers des Frontières

En tant qu’anarchistes vivant dans des états impérialistes ou des états qui s’ingèrent dans les affaires des autres, qui arment des nazis et qui mettent des régimes d’extrême droite au pouvoir un peu partout, qui tuent et attaquent des peuples qui ne font que défendre leurs maisons et leurs communautés, qui arment et entraînent des groupes pour faire la guerre par procuration (NdT : comme les Contras, Al Qaïda, L’EI/Daesh etc…), nous avons le devoir de combattre tout cela et de saboter leurs moyens de tortures des peuples en lutte. Si nous ne le faisons pas, nous ne sommes guère plus que des collabos. Avoir une perspective internationale veut dire comprendre le rôle du pays où vous êtes nés et son terrain géographique, géopolitique et de prendre les actions directes décisives pour l’empêcher de nuire. Ceci est la véritable signification de la solidarité.

Il n’y a jamais de bon moment où cela a un sens de collaborer avec un tel État. Notre but et seul devoir est de le saboter et de le détruire.

Cette solidarité ne vaudrait pas la peine si nous ne construisions pas activement un différent type de communauté, de structure politique pour s’enraciner sur les ruines de l’État. Nous agissons maintenant pour empêcher la mort de toujours plus de gens, d’empêcher la mort de camarades qui luttent à l’étranger et nous nous consacrons à la longévité de la lutte afin que les générations futures ne souffrent pas de cette même malfaisance.

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Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Lire notre texte : “Nous sommes tous des colonisés !”

Voir nos pages : “Colonialisme, doctrine chrétienne de la découverte” &

“Colonialisme et luttes indigènes” & “Comprendre et démonter la loi coloniale” &

Réseau de Résistance et de Rébelilon International”

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

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Dernière ligne droite de la mascarade électorale : BOYCOTT de cette infamie de l’illusion démocratique !

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18 avril 2022

Trente images et slogans pour une abstention politique massive suivie d’une action directe dans l’association libre anti-autoritaire pour l’avènement final  de la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée. L’heure est venue de nous émanciper définitivement !
BOYCOTT de l’élection !
Voter c’est abdiquer !
Voter c’est se soumettre au diktat de contrôle et d’oppression !
Voter c’est participer à l’illusion démocratique !
Voter c’est acquiescer à la mascarade de l’oppression marchande !
Voter c’est valider le système !
A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !
Tout le pouvoir aux assemblées populaires !

Abstention Politique et Associations Volontaires

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Tout le pouvoir aux ronds-points !…

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gauloispenseur

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Résistance !…

JeanMoulin

PL

marcosA

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En chacun de nous sommeille un Communard universel…
Réveillons-le !

Organiser la société des sociétés… Un exemple historique : les conseils ouvriers (Anton Pannekoek)

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Ce texte de Pannekoek date de 1936 et prit une dimension en Espagne et sa révolution sociale, ceci fut appliqué également auparavant en Russie, en Italie (1920), puis le sera de nouveau à Budapest en 1956 et en 1968 lors des grèves sauvages ouvrières, véritable révolution sociale qui fut étouffée par l’appareil d’état qui utilisa la gauchiasse de partis et estudiantine sous contrôle. Apprenons de l’histoire en remettant ces conseils au goût du jour ou l’initiative sera, une fois de plus, vouée à l’échec. Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !… C’est pourtant bien visible à l’œil nu et depuis longtemps !… L’heure est venue de voir clair, de comprendre et d’agir.
~ Résistance 71 ~

Les conseils ouvriers

Anton Pannekoek

1936

La classe ouvrière en lutte a besoin d’une organisation qui lui permette de comprendre et de discuter, à travers laquelle elle puisse prendre des décisions et les faire aboutir et grâce à laquelle elle puisse faire connaître les actions qu’elle entreprend et les buts qu’elle se propose d’atteindre.

Certes, cela ne signifie pas que toutes les grandes actions et les grèves générales doivent être dirigées à partir d’un bureau central, ni qu’elles doivent être menées dans une atmosphère de discipline militaire. De tels cas peuvent se produire, mais le plus souvent les grèves générales éclatent spontanément, dans un climat de combativité, de solidarité et de passion, pour répondre à quelque mauvais coup du système capitaliste ou pour soutenir des camarades. De telles grèves se répandent comme un feu dans la plaine.

Pendant la première Révolution russe, les mouvements de grève connurent une succession de hauts et de bas. Les plus réussis furent souvent ceux qui n’avaient pas été décidés à l’avance, alors que ceux qui avaient été déclenchés par les comités centraux étaient en général voués à l’échec.

Pour s’unir en une force organisée, les grévistes en action ont besoin d’un terrain d’entente. Ils ne peuvent s’attaquer à la puissante organisation du pouvoir capitaliste s’ils ne présentent pas à leur tour une organisation fortement structurée, s’ils ne forment pas un bloc solide en unissant leurs forces et leurs volontés, s’ils n’agissent pas de concert. Là est la difficulté. Car lorsque des milliers et des millions d’ouvriers ne forment plus qu’un corps uni, ils ne peuvent être dirigés que par des fonctionnaires qui agissent en leur nom. Et nous avons vu que ces représentants deviennent alors les maîtres de l’organisation et cessent d’incarner les intérêts révolutionnaires des travailleurs.

Comment la classe ouvrière peut-elle, dans ses luttes révolutionnaires, rassembler ses forces dans une puissante organisation sans s’enliser dans le bourbier de la bureaucratie ? Nous répondrons à cette question en en posant une autre : lorsque les ouvriers se bornent à payer leurs cotisations et à obéir aux dirigeants, peut-on dire qu’ils se battent véritablement pour leur liberté ?

Se battre pour la liberté, ce n’est pas laisser les dirigeants décider pour soi, ni les suivre avec obéissance, quitte à les réprimander de temps en temps. Se battre pour la liberté, c’est participer dans toute la mesure de ses moyens, c’est penser et décider par soi-même, c’est prendre toutes les responsabilités en tant que personne, parmi des camarades égaux. Il est vrai que penser par soi-même, décider de ce qui est vrai et de ce qui est juste, constitue pour le travailleur dont l’esprit est fatigué par le labeur quotidien la tâche la plus ardue et la plus difficile ; bien plus exigeante que s’il se borne à payer et à obéir. Mais c’est l’unique vole vers la liberté. Se faire libérer par d’autres, qui font de cette libération un instrument de domination, c’est simplement remplacer les anciens maîtres par de nouveaux.

Pour atteindre leur but – la liberté – les travailleurs devront pouvoir diriger le monde ; ils devront savoir utiliser les richesses de la terre de manière à la rendre accueillante pour tous. Et ils ne pourront le faire tant qu’ils ne sauront se battre par eux-mêmes.

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La révolution prolétarienne ne consiste pas seulement à détruire le pouvoir capitaliste. Elle exige aussi que l’ensemble de la classe ouvrière émerge de sa situation de dépendance et d’ignorance pour accéder à l’indépendance et pour bâtir un monde nouveau.

La véritable organisation dont ont besoin les ouvriers dans le processus révolutionnaire est une organisation dans laquelle chacun participe, corps et âme, dans l’action comme dans la direction, dans laquelle chacun pense, décide et agit en mobilisant toutes ses facultés – un bloc uni de personnes pleinement responsables. Les dirigeants professionnels n’ont pas place dans une telle organisation. Bien entendu, il faudra obéir : chacun devra se conformer aux décisions qu’il a lui-même contribué à formuler. Mais la totalité du pouvoir se concentrera toujours entre les mains des ouvriers eux-mêmes.

Pourra-t-on jamais réaliser une telle organisation ? Quelle en sera la structure ? Il n’est point nécessaire de tenter d’en définir la forme, car l’histoire l’a déjà produite : elle est née de la pratique de la lutte des classes. Les comités de grève en sont la première expression, le prototype. Lorsque les grèves atteignent une certaine importance, il devient impossible que tous les ouvriers participent à la même assemblée. Ils choisissent donc des délégués qui se regroupent en un comité. Ce comité n’est que le corps exécutif des grévistes ; il est constamment en liaison avec eux et doit exécuter les décisions des ouvriers. Chaque délégué est révocable à tout instant et le comité ne peut jamais devenir un pouvoir indépendant. De cette façon, l’ensemble des grévistes est assuré d’être uni dans l’action tout en conservant le privilège des décisions. En règle générale, les syndicats et leurs dirigeants s’emparent de la direction des comités.

Pendant la révolution russe lorsque les grèves éclataient de façon intermittente dans les usines les grévistes choisissaient des délégués qui s’assemblaient au nom de toute une ville, ou encore de l’industrie ou des chemins de fer de toute une province, afin d’apporter une unité au combat. Leur première tâche était de discuter des questions politiques et d’assumer des fonctions politiques, car les grèves étaient essentiellement dirigées contre le tsarisme. Ces comités étaient appelés soviets, ou conseils. On y discutait en détail de la situation présente, des intérêts de tous les travailleurs et des événements politiques. Les délégués faisaient constamment la navette entre l’assemblée et leurs usines. Pour leur part, les ouvriers participaient à des assemblées générales dans lesquelles ils discutaient des mêmes questions, prenaient des décisions et souvent désignaient de nouveaux délégués. Des socialistes capables étaient choisis comme secrétaires ; leur rôle était de conseiller en se servant de leurs connaissances plus étendues. Ces soviets faisaient souvent office de forces politiques, sorte de gouvernement primitif, chaque fois que le pouvoir tsariste se trouvait paralysé et que les dirigeants désorientés leur laissaient le champ libre. Ils devinrent ainsi le centre permanent de la révolution ; ils étaient composés des délégués de toutes les usines, qu’elles soient en grève ou en fonctionnement. Ils ne pouvaient envisager de devenir jamais un pouvoir indépendant, car les membres y étalent souvent changés ; parfois même le soviet entier était remplacé. Ils savaient en outre que tout leur pouvoir était aux mains des travailleurs ; ils ne pouvaient les obliger à se mettre en grève et leurs appels n’étaient pas suivis s’ils ne coïncidaient pas avec les sentiments instinctifs des ouvriers qui savaient spontanément s’ils étaient en situation de force ou de faiblesse, si l’heure était à la passion ou à la prudence. C’est ainsi que le système des soviets a montré qu’il était la forme d’organisation la plus appropriée pour la classe ouvrière révolutionnaire. Ce modèle devait être immédiatement adopté en 1917 ; les soviets de soldats et d’ouvriers se constituèrent à travers tout le pays et furent la véritable force motrice de la révolution.

L’importance révolutionnaire des soviets se vérifia à nouveau en Allemagne, lorsqu’en 1918, après la décomposition de l’armée, des soviets d’ouvriers et de soldats furent créés sur le modèle russe. Mais les ouvriers allemands, qui avaient été habitués à la discipline de parti et de syndicat et dont les buts politiques immédiats étaient modelés d’après les idéaux sociaux-démocrates de république et de réforme, désignèrent leurs dirigeants syndicaux et leurs leaders de parti à la tête de ces conseils. Ils avaient su se battre et agir correctement par eux-mêmes, mais ils manquèrent d’assurance et se choisirent des chefs remplis d’idéaux capitalistes – ce qui gâche toujours les choses. Il n’est donc pas surprenant qu’un « congrès des conseils » décida d’abdiquer en faveur d’un nouveau parlement, dont l’élection devait suivre aussitôt que possible.

Nous voyons clairement comment le système des conseils ne peut fonctionner que lorsque l’on se trouve en présence d’une classe ouvrière révolutionnaire. Tant que les ouvriers n’ont pas l’intention de poursuivre la révolution, ils n’ont que faire des soviets. Si les ouvriers ne sont pas suffisamment avancés pour découvrir la voie de la révolution, s’ils se contentent de voir leurs dirigeants se charger de tous les discours, de toutes les médiations et de toutes les négociations visant à l’obtention de réformes à l’intérieur du système capitaliste, les parlements, les partis et les congrès syndicaux – encore appelés parlements ouvriers parce qu’ils fonctionnent d’après le même principe – leur suffisent amplement. Par contre, s’ils mettent toutes leurs énergies au service de la révolution, s’ils participent avec enthousiasme et passion à tous les événements, s’ils pensent et décident pour eux-mêmes de tous les détails de la lutte parce qu’elle sera leur oeuvre, dans ce cas, les conseils ouvriers sont la forme d’organisation dont ils ont besoin.

Ceci implique également que les conseils ouvriers ne peuvent être constitués par des groupes révolutionnaires. Ces derniers ne peuvent qu’en propager l’idée, en expliquant à leurs camarades ouvriers que la classe ouvrière en lutte doit s’organiser en conseils. La naissance des conseils ouvriers prend place avec la première action de caractère révolutionnaire ; leur importance et leurs fonctions croissent à mesure que se développe la révolution. Dans un premier temps ils peuvent n’être que de simples comités de grève, constitués pour lutter contre les dirigeants syndicalistes, lorsque les grèves vont au-delà des intentions de ces derniers et que les grévistes refusent de les suivre plus longtemps.

Les fonctions de ces comités prennent plus d’ampleur avec les grèves générales. Les délégués de toutes les usines sont alors chargés de discuter et de décider de toutes les conditions de la lutte ; ils doivent tenter de transformer les forces combatives des ouvriers en des actions réfléchies, et voir comment elles pourront réagir contre les mesures gouvernementales et les agissements de l’armée et des cliques capitalistes. Tout au long de la grève, les décisions seront ainsi prises par les ouvriers eux-mêmes. Toutes les opinions, les volontés, les disponibilités, et les hésitations des masses ne font plus qu’un tout à l’intérieur de l’organisation conseilliste. Celle-ci devient le symbole, l’interprète du pouvoir des travailleurs ; mais elle n’est aussi que le porte-parole qui peut être révoqué à tout moment. D’organisation illégale de la société capitaliste, elle devient une force véritable, dont le gouvernement doit désormais tenir compte.

A partir du moment où le mouvement révolutionnaire acquiert un pouvoir tel que le gouvernement en est sérieusement affecté, les conseils ouvriers deviennent des organes politiques. Dans une révolution politique, ils incarnent le pouvoir ouvrier et doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour affaiblir et pour vaincre l’adversaire. Tels une puissance en guerre, il leur faut monter la garde sur l’ensemble du pays, afin de ne pas perdre de vue les efforts entrepris par la classe capitaliste pour rassembler ses forces et vaincre les travailleurs. Ils doivent en outre s’occuper de certaines affaires publiques qui étaient autrefois gérées par l’Etat : la santé et la sécurité publique, de même que le cours interrompu de la vie sociale. Ils ont enfin à prendre la production en main, ce qui représente la tâche la plus importante et la plus ardue de la classe ouvrière en situation révolutionnaire.

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Aucune révolution sociale n’a jamais commencé comme un simple changement de dirigeants politiques qui, après avoir conquis le pouvoir, procèdent aux changements sociaux nécessaires à l’aide de nouvelles lois. La classe montante a toujours bâti, avant et pendant la lutte, les nouvelles organisations qui ont émergé des anciennes tels des bourgeons sur un tronc mort. Pendant la révolution française, la nouvelle classe capitaliste, les citoyens, les hommes d’affaire, les artisans, construisirent dans chaque ville et village des assemblées communales et des cours de justice qui étaient illégales à l’époque et ne faisaient qu’usurper les fonctions des fonctionnaires royaux devenus impuissants. Et tandis qu’à Paris les délégués de ces assemblées élaboraient la nouvelle constitution, les citoyens à travers tout le pays œuvraient à la véritable constitution en tenant des réunions politiques et en mettant sur pied des organisations politiques qui devaient par la suite être légalisées.

Et de même, dans la révolution prolétarienne, la nouvelle classe montante doit-elle créer ses nouvelles formes d’organisation qui, petit à petit, au cours du processus révolutionnaire, viendront remplacer l’ancienne organisation étatique. En tant que nouvelle forme d’organisation politique, le conseil ouvrier prend finalement la place du parlementarisme, forme politique du régime capitaliste.

Théoriciens capitalistes et sociaux-démocrates s’entendent à voir dans la démocratie parlementaire le parfait modèle de la démocratie, conforme aux principes de justice et d’égalité. En réalité, ce n’est là qu’une manière de déguiser la domination capitaliste qui fait fi de toute justice et de toute égalité. Seul le système conseilliste constitue la véritable démocratie ouvrière.

La démocratie parlementaire est une démocratie abjecte. Le peuple ne peut choisir ses délégués et voter qu’une fois tous les quatre ou cinq ans ; et gare à lui s’il ne choisit pas l’homme qu’il faut ! Les électeurs ne peuvent exercer leur pouvoir qu’au moment du vote ; le reste du temps, ils sont impuissants. Les délégués désignés deviennent les dirigeants du peuple ; ils décrètent les lois, forment les gouvernements, et le peuple n’a plus qu’à obéir. En règle générale, la machine électorale est conçue de telle façon que seuls les grands partis capitalistes, puissamment équipés, ont une chance de gagner. Il est très rare que des groupes de véritables opposants du régime obtiennent quelques sièges.

Avec le système des soviets, chaque délégué peut être révoqué à tout instant. Les ouvriers ne sont pas seulement constamment en contact avec leurs délégués, participant aux discussions et aux décisions, mais ceux-ci ne sont encore que les porte-parole temporaires des assemblées conseillistes. Les politiciens capitalistes ont beau jeu de dénoncer le rôle « dépourvu de caractère » du délégué qui est parfois obligé d’émettre des opinions qui ne sont pas les siennes. Ils oublient que c’est précisément parce qu’il n’y a pas de délégué à vie que seuls sont désignés à ce poste les individus dont les opinions sont conformes à celles des travailleurs.

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La représentation parlementaire part du principe que le délégué au parlement doit agir et voter selon sa propre conscience et sa propre conviction. S’il lui arrive de demander l’avis de ses électeurs, c’est uniquement parce qu’il fait montre de prudence. C’est à lui et non au peuple qu’incombe la responsabilité des décisions. Le système des soviets fonctionne sur le principe inverse : les délégués se bornent à exprimer les opinions des travailleurs.

Les élections parlementaires regroupent les citoyens d’après leur circonscription électorale – c’est-à-dire d’après leurs lieux d’habitation. Ainsi des individus de métiers ou de classes différentes et qui n’ont rien en commun si ce n’est qu’ils sont voisins, sont rassemblés artificiellement dans un groupe et représentés par un seul délégué.

Dans les conseils, les ouvriers sont représentés dans leurs groupes d’origine d’après l’usine, l’atelier ou le complexe industriel dans lequel ils travaillent. Les ouvriers d’une usine constituent une unité de production ; ils forment un tout de par leur travail collectif. En période révolutionnaire, ils se trouvent donc immédiatement en contact pour échanger leurs points de vue : ils vivent dans les mêmes conditions et possèdent des intérêts communs. Ils doivent agir de concert ; c’est à eux de décider si l’usine, en tant qu’unité, doit être en grève ou en fonctionnement. L’organisation et la délégation des travailleurs dans les usines et les ateliers est donc la seule forme possible.

Les conseils sont en même temps le garant de la montée du communisme dans le processus révolutionnaire. La société est fondée sur la production, ou, plus correctement, la production est l’essence même de la société, et par conséquent, la marche de la production détermine la marche de la société. Les usines sont des unités de travail, des cellules qui constituent la société. La principale tâche des organismes politiques (organismes dont dépend la marche de la société) est étroitement liée au travail productif de la société. Il va par conséquent de soi que les travailleurs, dans leurs conseils, discutent de ces questions et choisissent leurs délégués dans leurs unités de production.

Toutefois, il ne serait pas exact de dire que le parlementarisme, forme politique du capitalisme, n’est pas fondé sur la production. En fait, l’organisation politique est toujours modelée selon le caractère de la production, assise de la société. La représentation parlementaire qui se décide en fonction du lieu d’habitation appartient au système de la petite production capitaliste, dans lequel chaque homme est censé posséder sa petite entreprise. Dans ce cas, il existe un rapport entre tous les hommes d’affaires d’une circonscription : ils commercent entre eux, vivent en voisins, se connaissent les uns les autres et par conséquent désignent un délégué parlementaire commun. Tel est le principe du régime parlementaire. Nous avons vu que par la suite ce système s’est avéré le meilleur pour représenter les intérêts de classe à l’intérieur du capitalisme.

D’un autre côté, nous voyons clairement aujourd’hui pourquoi les délégués parlementaires devaient s’emparer du pouvoir politique. Leur tâche politique n’était qu’une part infime de l’œuvre de la société. La plus importante, le travail productif, incombait à tous les producteurs séparés, citoyens comme hommes d’affaires ; elle exigeait quasiment toute leur énergie et tous leurs soins. Lorsque chaque individu s’occupait de ses propres petites affaires, la société se portait bien. Les lois générales, conditions nécessaires mais de faible portée, pouvaient être laissées à la charge d’un groupe (ou profession) spécialisé, les politiciens. L’inverse est vrai en ce qui concerne la production communiste. Le travail productif collectif devient la tâche de la société tout entière, et concerne tous les travailleurs. Toute leur énergie et tous leurs soins ne sont pas au service de travaux personnels, mais de l’œuvre collective de la société. Quant aux règlements qui régissent cette œuvre collective, ils ne peuvent être laissés entre les mains de groupes spécialisés ; car il en va de l’intérêt vital de l’ensemble des travailleurs.

Il existe une autre différence entre les systèmes parlementaire et conseilliste. La démocratie parlementaire accorde une voix à chaque homme adulte – et parfois à chaque femme – en invoquant le droit suprême et inviolable de tout individu à appartenir à la race humaine – comme le disent si bien les discours cérémoniels. Dans les soviets au contraire, seuls les ouvriers sont représentés. Faut-il en conclure que le système conseilliste n’est pas réellement démocratique puisqu’il exclut les autres classes de la société ?

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L’organisation conseilliste incarne la dictature du prolétariat. Il y a plus d’un demi-siècle, Marx et Engels ont expliqué comment la révolution sociale devait amener la dictature du prolétariat et comment cette nouvelle expression politique était indispensable à l’introduction de changements nécessaires dans la société. Les socialistes qui ne pensent qu’en termes de représentation parlementaire, ont cherché à excuser ou à critiquer cette infraction à la démocratie et l’injustice qui consiste selon eux à refuser le droit de vote à certaines personnes sous prétexte qu’elles appartiennent à des classes différentes. Nous pouvons voir aujourd’hui comment le processus de la lutte de classes engendre naturellement les organes de cette dictature : les soviets.

Il n’y a rien d’injuste à ce que les conseils, organes de lutte d’une classe ouvrière révolutionnaire, ne comprennent pas de représentants de la classe ennemie. Dans une société communiste naissante il n’y a pas de place pour les capitalistes ; ils doivent disparaître et ils disparaîtront. Quiconque participe au travail collectif est membre de la collectivité et participe aux décisions. Les individus qui se tiennent à l’écart du processus collectif de production sont, de par la structure même du système conseilliste, automatiquement exclus des décisions. Ce qui reste des anciens exploiteurs et voleurs n’a pas de voix dans le contrôle de la production.

Il existe d’autres classes de la société qui ne peuvent être rangées ni avec les travailleurs, ni avec les capitalistes. Ce sont les petits fermiers, les artisans indépendants, les intellectuels. Dans les luttes révolutionnaires, ils oscillent de droite et de gauche, mais dans l’ensemble ils ne sont guère importants car ils ont peu de pouvoir. Ce sont essentiellement leurs formes d’organisation et leurs buts qui sont différents. La tâche de la classe ouvrière en lutte sera de sympathiser avec eux ou de les neutraliser – si cela est possible sans se détourner des buts véritables – ou encore, si nécessaire, de les combattre résolument ; elle devra décider de la meilleure façon de les traiter, avec fermeté mais aussi avec équité. Dans la mesure où leur travail est utile et nécessaire, ils trouveront leur place dans le système de production et pourront ainsi exercer leur influence d’après le principe que tout travailleur a une voix dans le contrôle du travail.

Engels avait écrit que l’Etat disparaîtrait avec la révolution prolétarienne ; qu’au gouvernement des hommes succéderait l’administration des choses. A l’époque, il n’était guère possible d’envisager clairement comment la classe ouvrière prendrait le pouvoir. Mais nous avons aujourd’hui la preuve de la justesse de cette vue. Dans le processus révolutionnaire, l’ancien pouvoir étatique sera détruit et les organes qui viendront le remplacer, les conseils ouvriers, auront certainement pour quelque temps encore des pouvoirs politiques importants afin de combattre les vestiges du système capitaliste. Toutefois, leur fonction politique se réduira graduellement en une simple fonction économique : l’organisation du processus de production collective des biens nécessaires à la société.

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Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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L’État contre l’autonomie des institutions, une analyse sur les zones autonomes zapatistes du Chiapas et les communes libres du Rojava avec Pierre Bance (PDF)

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Résistance 71

22 janvier 2022

Il y a quelques jours nous publiions ce texte essentiel d’Errico Malatesta « Les deux routes » dans lequel l’anarchiste italien, en 1921, année de la répression sanglante de la commune de Cronstadt par le pouvoir capitaliste d’état bolchévique et en prémisse de ce qui arriverait aux communes libres espagnoles 15 ans plus tard, expliquait les deux chemins empruntés par le socialisme et pourquoi le chemin vers l’anarchie était la seule possibilité émancipatrice pour la société humaine.
En complément de ce texte, nous publions ci-dessous sous sa forme pdf mise en page par l’auteur, Pierre Bance, une excellente analyse moderne de mise en parallèle de deux sociétés actuelles tentant de mettre en place l’émancipation de l’imposture étatico-marchande qui nous est imposée depuis des siècles. Ces deux sociétés en question sont la société zapatiste du Chiapas et la société du confédéralisme démocratique (CD) de la région du Rojava, cette zone sous stress géopolitique impérialiste depuis 2011 comprise entre les entités étatiques syrienne et turque et soumise à une guerre de contrôle territorial depuis plus de 10 ans.
A Résistance 71, depuis le départ, nous soutenons les Zapatistes du Chiapas et avons soutenu et soutenons encore le CD tel que préconisé et envisionné par Abdullah Öcalan à la fin des années 90, début des années 2000. Depuis 2016, bien des choses se sont produites au Rojava qui font questionner son évolution et nous avons émis bien des réserves sur le projet dès lors qu’il a été manifestement approprié par l’empire anglo-américano-sioniste dans sa mise en place de terrain du « contrat social du Rojava », sorte d’entité proto-étatique n’ayant plus, en apparence, grand chose à voir avec le CD d’Öcalan et la confédération des communes libres.
Pierre Bance dans le texte ci-dessous, fait une remarquable analyse-synthèse de cette évolution, et remet certaines pendules à l’heure en replaçant l’affaire dans son contexte géopolitique et en faisant un parallèle avec la société zapatiste du Chiapas dans le sud-est mexicain. Une excellente analyse à lire, relire et à faire circuler au grand large pour nous aider à comprendre le chemin à suivre par delà les aléas géopolitiques du moment. Ce texte est le meilleur que nous ayons lu sur le sujet depuis un bien long moment. Merci à Pierre pour ce superbe effort de synthèse tout à fait réussie.
Définitivement un texte à lire et diffuser parmi les Gilets Jaunes !

Le texte de Pierre Bance « Autonomie des institutions Chiapas, Rojava »
Format PDF
Autonomie des institutions Chiapas-Rojava – Fédéchose n° 190 – page 31-35

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Gardons toujours présent à l’esprit ceci :

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

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Manifeste pour la Société des Sociétés

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En Dehors et contre les fourberies de la duperie votarde ! (Collectif Guerre de Classe)

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deshumanisation

NdR71 sur la citation de Marx ci-dessous : une autre façon de dire qu’à un moment donné, le pouvoir a été sorti et maintenu hors du corps social et l’organisation humaine est passée du pouvoir non-coercitif ancestral et naturel au pouvoir coercitif de la dictature du plus petit nombre sous différentes formes au fil de l’histoire. L’émancipation ne se produira que lorsque le pouvoir sera ressaisi par les peuples et redilué au sein du corps social, là où il est naturellement très soluble. L’État est une création relationnelle fourvoyée, qui nous a mené sur un mauvais chemin, celui qui finit dans le chaos général et l’annihilation définitive. Ce n’est pas inéluctable, nous pouvons et devons en sortir et mettre en place la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée. Là réside la destinée unique de l’humain. Les deux grandes questions de l’anthropologie politique demeurent :

1- Qu’est-ce que le pouvoir politique ? C’est à dire qu’est-ce que la société ?

2- Comment et pourquoi passe t’on du pouvoir politique non-coercitif au pouvoir politique coercitif ? C’est à dire qu’est-ce que l’Histoire ?

=*=*=*

Nous ne voulons d’aucun président de la république car nous n’acceptons aucune république puisque “la chose publique” n’est que la cité du spectacle de la société marchande

Collectif Guerre de Classe

4 janvier 2022

url de l’article original :
http://guerredeclasse.fr/2022/01/04/nous-ne-voulons-daucun-president-de-la-republique-car-nous-nacceptons-aucune-republique-puisque-la-chose-publique-nest-que-la-cite-du-spectacle-de-la-dominatio/

« L’émancipation humaine n’est réalisée que lorsque l’homme a reconnu et organisé ses forces propres comme forces sociales et ne sépare donc plus de lui la force sociale sous la forme de la force politique. »
K. Marx, La Question Juive

Voter, c’est abandonner sa vie au pouvoir commercial de la légalité démocratique des représentations qui incarcèrent les hommes comme images-objets, là où la marchandise se contemple elle-même en tant que permanence du spectacle des aliénations qu’elle ne cesse de renouveler selon les nécessités du temps-argent…

Nous refusons toutes les républiques de la valeur d’échange, en rejetant l’ensemble des gangs politiques qui, de l’extrême droite à l’extrême gauche du Capital, entendent administrer le fonctionnement global de l’exploitation pour nous embrigader dans l’illusion des mille trucages du cirque électoral. 

Le Coronamensonge étatique mondial qui nous gouverne depuis de longs mois d’union sacrée de toutes les mafias économiques et politiques de la terre chosifiée, s’efforce misérablement de faire de l’affolement et de l’épouvante, la machinerie continuelle de son histoire policière afin de tenter de bannir à jamais la lutte de classe communarde contre le règne de la quantité… Mais il n’y parviendra pas…

La grande mondialisation financière de l’endettement sans fin qui avait pour fonction de s’évertuer à camoufler la saturation du marché international de la libre circulation aliénée des hommes et des marchandises a avorté et a donc mis en branle la mystification sanitaire et vaccinale comme nécessaire et monumentale scénographie de l’opéra orwellien d’une diversion totalitaire planétaire… 

L’ambition de la démence cybernétique de la tyrannie démocratique de la valeur d’échange est de disloquer le réel humain afin de nous convertir en simples appendices commerciaux asservis du fétichisme de la marchandise pour faire de nous la triste foule disciplinée et abêtie de ces milliards de solitudes machiniques perpétuellement errantes dans l’infernale liberté despotique du taux de profit… 

L’immense panique de la domination pleinement réalisée de la marchandise autocratique, si robuste et si médiocre à la fois, c’est ce retour incendiaire à la vie joyeuse récalcitrante qui fait spontanément communauté de lutte et dont les Gilets Jaunes ne furent qu’un début d’avant-propos… On comprend dès lors que le gardiennage médical et la répression policière aient fusionné dans la sur-veillance de la surveillance aux fins de retarder au maximum le temps du prochain réveil si terrible des luttes de classes qui fait déjà trembler toutes les racailles d’en haut et d’en bas…

Issu de l’espace péri-urbain si méprisé par les mégapoles privilégiées de la mondialisation cosmopolite… A l’opposé des syndicats et partis subventionnés du gouvernementalisme de l’exubérance dictatoriale de l’argent… Totalement aux antipodes des clientèles favorisées de l’immigrationnisme, du sans-papiérisme, du LGBTisme et de l’écolo-boboïsme, le mouvement des Gilets Jaunes – né d’une colère prolétaire profonde – indique, par sa nature instinctive, un bouillonnement incontrôlable réellement venu du cœur de l’insubordination humaine. La recherche de la rencontre chaleureuse et de la parole franche aux ronds-points et lors des manifestations, l’aspiration simple et saine de pouvoir vivre hors des diktats du solvable omniprésent démontrent – par la richesse de l’humus historique – que ce qui a émergé hier resurgira demain et dans des niveaux de turbulences in-comparables qui enverront se faire foutre tous les scientifiques de la soumission… 

Dès maintenant et face à l’immense dévastation industrielle, commerciale et bancaire qui se prépare, Œuvrons partout à préparer la désobéissance sociale contre tous les rackets électoraux de la marchandisation incessante ! Rassemblons-nous et organisons-nous contre les fabulations épidémiques du Coronavirus étatique qui a artificiellement voilé l’enrayement des manigances du capitalisme drogué et sénile afin d’empêcher que l’on voit justement que le processus d’exploitation mondiale ne parviendrait plus à pouvoir reproduire sa production…

Non ! Nous ne voulons pas améliorer les institutions de la dictature démocratique de la loi du rendement, renouveler les classes dirigeantes de l’imposture généralisée ou moderniser le mode de production de la merde marchande,… Nous voulons œuvrer à la révolution prolétarienne – non point pour reprendre fictivement le contrôle de nos vies sur le terrain mystificateur des ateliers constituants de la gestion directe du temps-mercantile – mais pour balayer le calendrier de la monnaie irréversible et faire surgir la Belle Volupté des désirs humains émancipés, enfin capables de faire émerger la communauté de leur véritable satisfaction…

En Dehors et contre les fourberies de la duperie votarde !

Récusons tous les crétinismes électoralistes ! À bas la tyrannie sanitaire de tous les mensonges du spectacle étatique de la crise finale du Capital !

Vive la Guerre de Classe mondiale du Prolétariat contre tous les Partis et Syndicats de la planète-marchandise et pour un monde sans exploitation ni aliénation !

VIVE LA COMMUNE  UNIVERSELLE POUR UN MONDE SANS ARGENT, SANS SALARIAT, NI ÉTAT !

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Le collectif Résistance 71 soutient sans retenue cet excellent texte uppercut de Guerre de Classe !

Lire notre page “Illusion démocratique”

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

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Manifeste pour la Société des Sociétés

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Résistance politique : Comprendre pour en sortir, « L’État et la Société » avec Colin Ward et quelques textes annexes

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ColinWard

L’État et la société

Colin Ward (1924 – 2010)

Conférence donnée devant la “Cole Society”, Société de Sociologie à l’université d’Oxford le 19 février 1962

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Quand G.D.H Cole est mort, je me souviens avoir été surpris alors que je lisais les hommages qui lui étaient rendus dans les journaux variés de gens comme Hugh Gaitskell et Harold Wilson, qui laissaient entendre que leur socialisme leur fut instruit par lui ici, parce qu’il m’est toujours apparu que son socialisme était de fait complètement différent en caractère de celui de ces politiciens du parti travailliste (NdT: le PS britannique). Parmi ceux qui firent son éloge funèbre, ce fut un communiste yougoslave dissident, Vladimir Dedijer, qui fit remarquer quelle était cette différence, remarquant sur sa découverte que Cole “rejetait l’idée d’une suprématie continue de l’État” et pensait que celui-ci “était condamné à disparaître”.

Pour Cole, comme pour les philosophes anarchistes depuis Godwin, faire la distinction entre la société et l’État était le commencement de la sagesse, et dans sa conférence inaugurale de prise de chaire de théorie politique et sociale de cette université (NdT: Oxford), il fit remarquer “Je sais que cela fait partie du climat traditionnel non seulement à Oxford, mais du monde académique et de la pensée en Grande-Bretagne, de rendre l’État le point de focale central en considération des hommes dans leurs relations sociales”, puis il déclara qu’il pensait que “Notre siècle n’a pas besoin d’une simple théorie politique ayant l’État pour problème central, mais d’une théorie sociale bien plus large au sein de laquelle ces relations et concepts puissent trouver leur juste place.

Pour lui, ceci demandait un “pluralisme” reconnaissant la valeur positive de la diversité des relations sociales et qui répudiait ce qu’il appelait “la notion idéaliste que toutes les valeurs sont ultimement des aspects d’une seule valeur, qui doit donc trouver corps dans une institution universelle et pas dans les êtres individuels qui en vérité seuls ont la capacité de penser, de ressentir et de croire et seuls ou en association, d’exprimer leurs pensées, leurs sentiments et croyances en actions qui font progresser ou empêchent leur bien-être et celui des autres.

Ce rejet tout particulier de la théorie idéaliste de l’État fut exprimée en 1945, l’année où les Etats qui liquidèrent Hiroshima et l’état qui liquida les Koulaks célébrèrent leur victoire sur l’état qui liquida les juifs. Si vous pensez que les philosophies personnelles des gens sont une réponse à l’expérience de leur propre génération, alors vous vous attendriez à ce que cette année là, de toutes les années, aurait déclenché une période durant laquelle une vaste majorité de personnes, reculant devant la leçon objective de la nature profonde de l’État, de tous les états, auraient commencé à retirer leur allégeance à leurs états respectifs, ou du moins de cesser de s’identifier avec ces états qui leur demandaient cette allégeance.

Mais la vague de rejet des grandes et ultimement létales théories politiques n’a été en fait que très largement un mouvement de… profs d’université. […] C’est venu de la droite, du centre, et en moindre mesure de la gauche, mais cela ne semble pas avoir été accompagné d’une nouvelle théorie de la société et de l’État et de la relation existant entre les deux.

De la manière laxiste et sans aucun doute erronée avec laquelle nous attachons des courants de pensée à des décennies particulières, nous pouvons caractériser les années 1950 comme la période des théories politiques messianiques et des “idéologies” et nous pouvons noter comment cela coïncida avec la période du début des années 50, lorsque le sujet le plus important discuté au sein de l’intelligentsia était la croyance fabriquée du “toi” et du “non-toi”, alors qu’une nouvelle génération se lamentait qu’il n’y ait plus de causes pour s’énerver. Puis, d’un seul coup, le climat réflexif changea et les gens qui pensaient se retrouvèrent face à face avec ces questions ultimes de philosophie sociale sur lesquelles nos professeurs nous avaient donné tant d’indices. Suez, la Hongrie (Budapest 1956), la bombe (A et H), la mise à bas du stalinisme, ont du faire que des millions de personnes à l’Est comme à l’Ouest se posent ces questions qui se résolvent dans la question du “A qui dois-je allégeance et pourquoi ?

Est-ce que j’appartiens à moi-même ou à quelqu’un, quelque chose d’autre ? Est-ce que mes obligations sociales sont envers les nombreux et informels groupes sociaux qui s’enchevêtrent et se superposent et auxquels j’adhèrent de mon plein gré et desquels je peux me retirer à souhait, ou envers une entité que je n’ai pas choisi, que je n’ai pas rejoint de mon plein gré et qui assume l’existence d’un contrat que je n’ai en rien signé ? Ma loyauté est-elle envers la société ou l’État ?

Ce ne sont pas des questions académiques ou rhétoriques. Elles sont répondues aujourd’hui par l’État dans son tribunal pénal central où comparaissent ces membres du Comité des 100 qui ont osé dire au travers de la désobéissance, que leurs loyautés sont ailleurs.

Cole déclara en 1945 : “Nous devons commencer non pas depuis les idées contrastées de l’individu atomisé et de l’État, mais depuis l’homme dans toute sa complexité de regroupements et de relations, partiellement incarnés dans des institutions sociales variées, jamais en équilibre, mais en changement perpétuel, de façon à ce que les schémas de loyauté et de comportement social change avec lui.” Cette approche qui est à la fois pluraliste et sociologique dans son orientation, explique la sympathie ressentit par Cole pour des anarchistes comme Kropotkine, qui chercha aussi “le développement le plus complet de l’individualité combiné avec le plus haut degré d’association volontaire dans tous ses aspects, dans tous les domaines possibles, pour tous buts imaginables…des associations toujours modifiées qui portent en elles-mêmes les éléments de leur durabilité et assument constamment de nouvelles formes qui répondent au mieux les aspirations multiples de tous.

Le “pluralisme” de Cole avait une ascendance, je pense partiellement dans la tradition éclectique et libertaire présente dans le socialisme anglais et partiellement d’une tradition académique de ces premiers sociologues allemands qui réagissaient contre la philosophie idéaliste allemande. Ceci fut énoncé en écho par le professeur Edward Shils exprimant ses regrets que ce qu’il appelle la “théorie pluraliste” ait “au fil des années, dégénéré en un figment d’un syllabus antique de cours universitaires en science politique et de gouvernement.” Il pense que c’est prêt pour une “nouvelle et bien meilleure vie” à cause de sa pertinence aux besoins des “nouvelles” nations d’Afrique et d’Asie, qui sont dites manquer de ce que Gunnar Murdal appelle une infrastructure définie comme “le réseau complexe des organisations civiques et d’intérêts, de société coopératives, d’autorités locales indépendantes, de syndicats, d’associations d’échange, d’universités autonomes, de corps professionnels, d’associations citoyennes et des groupes philosophiques, au travers desquels une participation bien plus efficace pourrait être obtenue que celles permise par les instances et institutions des gouvernements représentatifs.

Et bien, je ne sais pas pourquoi le pluralisme (et les infrastructures qu’il implique) devrait être confiné dans la malle aux oripeaux de la politique, qui nous pensons pourrait bien devenir utile pour nos pauvres relations au sein des “nouvelles” nations. Quand on voit l’impuissance des individus et des petits groupes en face à face dans le monde aujourd’hui et demandons pourquoi ils sont si impuissants, nous répondons qu’ils ne sont pas faibles à cause des vastes agglomérations de pouvoir (ce qui est évident), mais parce qu’ils ont abandonné leur pouvoir à l’État. C’est comme si chaque individu possédait une certaine quantité de pouvoir, mais que par défaut, négligence ou bêtise et habitude sans imagination aucune, il a permis à quelqu’un d’autre de le récupérer, plutôt que de l’utiliser lui-même pour ses propres objectifs.

L’anarchiste allemand Gustav Landauer a fait une profonde et simple contribution à l’analyse de l’État et de la société en une phrase : 

L’état n’est pas quelque chose qui peut être détruit par une révolution, mais il est un conditionnement, une certaine relation entre les êtres humains un mode de comportement humain, nous le détruisons en contractant d’autres relations, en nous comportant différemment. 

C’est nous et non pas une entité abstraite externe, implique Landauer, qui nous comportons d’une manière ou d’une autre, de manière orientée vers l’État ou la société, politiquement ou socialement. (NdT: attention ici, le politique est social et le social politique, la politique est liée au pouvoir tout comme le social… Il y a complémentarité et non pas antagonisme.)

L’ami de Landauer et son exécuteur testamentaire Martin Buber dans son essai “La société et l’État” commence son étude par une observation du sociologue américain Robert MacIver disant qu’ “identifier le social avec le politique c’est se rendre coupable de la plus grosse des confusions, qui empêche toute compréhension de la société et de l’état.” Il trace ensuite, au travers de philosophes comme Platon et Bertrand Russel, la confusion entre le politique et le social. Le principe politique, pour Buber, est caractérisé par le pouvoir, l’autorité, la hiérarchie, la domination. Le principe social, il le voit à chaque fois que des hommes se liguent entre eux en association fondée sur le besoin et l’intérêt communs. (NdT: à l’instar de Pierre Clastres, nous pensons que les deux principes sont liés au pouvoir et à la forme qu’il prend pour s’exercer, le pouvoir est inhérent à la société humaine et il ne s’exerce que de deux manières possibles: non-coercitive ou coercitive. Buber identifie la société au pouvoir non-coercitif et le politique au pouvoir coercitif, ce qui est réducteur. C’est plus complexe. Le politique gère le pouvoir et il peut donc être non-coercitif ou coercitif. Le pouvoir étatique depuis 5000 ans est intrinsèquement coercitif, quelque soit la forme mise en place… Le politique est un attribut de la société, dont le nœud gordien est le concept du pouvoir… Il n’y a pas de société sans pouvoir, tout est question de la forme qu’il prend par choix ou par contrainte…)

Qu’est-ce qui donne au principe politique son ascendance ? demande t’il. Et il répond en disant : “Le fait que chaque personne se sente menacée par les autres donne à l’État son pouvoir défini unificateur ; cela dépend de l’instinct d’auto-préservation de la société elle-même, la crise externe latente lui permet de garder la main dans les crises internes. Un état permanent de véritable, positive et créative paix entre les gens et les peuples diminuerait grandement la suprématie du principe politique sur le social.

Buber continue : “Toutes les formes de gouvernement ont ceci en commun : tous possèdent plus de pouvoir qu’il est nécessaire aux conditions données ; en fait, cet excès dans la capacité de prendre des dispositions est ce que nous comprenons en fait comme étant le pouvoir politique. La mesure de cet excès, qui ne peut bien entendu pas être précisément calculée, représente l’exacte différence entre administration et gouvernement.” Il appelle cet excès le “surplus politique” et observe que “sa justification dérive de l’instabilité externe et interne, de l’état latent de crise entre les nations et au sein de chaque nation.

Le principe politique est toujours plus fort que le principe social, ce en toute condition. Le résultat en est une diminution continuelle de la spontanéíté sociale. “Le conflit entre ces deux principes, domination et association libre comme les appelle Gierke, est un aspect permanent de la condition humaine. “Le mouvement d’opposition entre l’État et la société” dit Lorenz von Stein, “est le contenu de l’histoire totale de tous les peuples.” Comme le dit Kropotkine dans “Science moderne et anarchisme” : “A travers l’histoire de notre civilisation, deux traditions, deux tendances opposées, ont été en conflit : la tradition romaine et la tradition populaire, la tradition impériale et la tradition fédéraliste, la tradition autoritaire et la tradition libertaire.

Il y a une corrélation inverse entre les deux : La force de l’un est la faiblesse de l’autre. Si nous voulons renforcer la société, nous devons affaiblir l’État. Les totalitaires de tout poil comprennent cela, c’est pourquoi ils essaient invariablement de détruire ces institutions sociales qu’ils ne peuvent pas dominer. Avec les morceaux de métaphysique avec lesquels les politiciens et les philosophes l’ont enveloppé, l’état peut être défini comme un mécanisme politique utilisant la force et pour le sociologue, il est une des différentes formes de l’organisation sociale. Néanmoins, “il se distingue de toutes autres associations par son investissement exclusif avec le pouvoir final de coercition” (MacIver et Page: Society) Et contre qui ce pouvoir final est-il dirigé ? Il est dirigé contre l’ennemi extérieur, mais vise la société sujette du dedans.

C’est pourquoi Buber déclare que c’est le maintien de la crise latente externe qui permet à l’État de garder la main dans les crises internes. Est-ce une procédure consciente ? Est-ce parce que des barjots contrôlent l’État ? Ou est-ce une caractéristique fondamentale de l’État et de ses institutions ? C’est parce qu’elle tira cette conclusion finale lors de l’écriture de son essai “Réflexions sur la guerre”, que Simone Weill déclara : “La grande erreur de pratiquement toutes les études sur la guerre, une erreur dont furent victimes tous les socialistes, a été de considérer la guerre comme un épisode de la politique étrangère, alors qu’elle est essentiellement un acte de politique intérieure, et l’acte le plus atroce de tous.” De la même manière, Marx trouva que dans l’ère du capitalisme sans restriction, la concurrence entre les employeurs, ne connaissant pas d’autre arme que l’exploitation des travailleurs, fut transformée en une lutte de chaque employeur contre ses propres employés et de manière ultime de toute la classe des employeurs contre ceux qu’ils emploient, ainsi l’État utilise la guerre et la menace de la guerre comme d’une arme contre sa propre population. “Comme l’appareil dirigeant n’a pas d’autre façon de combattre l’ennemi qu’en envoyant ses soldats, requis et contraints, à leur mort, la guerre d’un état contre un autre se résout en une guerre de l’état et de son appareil militaire contre son propre peuple.

Cela n’en a bien sûr pas l’air, si vous faites partie de l’appareil dirigeant, calculant quelle proportion de la population vous pouvez vous permettre de perdre dans une guerre nucléaire, tout juste comme le font le gouvernement des Etats-Unis et tous les gouvernements des grandes puissances. Mais cela en a tout l’air si vous faites partie de cette population périssable, à moins que vous n’identifiez votre carcasse avec l’appareil d’état, comme des millions le font.

Au XIXème siècle, T.H. Green avoua que la guerre est l’expression de l’état “imparfait”, mais il avait tort. La guerre est la santé de l’État, c’est son “heure de gloire”, elle en exprime sa presque parfaite forme. C’est pourquoi l’affaiblissement de l’État, le développement progressif de ses imperfections est une nécessité sociale. Le renforcement d’autres loyautés, de points de focalisation alternatifs du pouvoir, de différents modes de comportement humain, est essentiel pour la survie. Au XXème siècle (NdT: et au XXIème siècle de surcroit), la volatilité, la désobéissance et la subversion sont les caractéristiques d’une citoyenneté responsable dans la société.

NdR71 : ceci fut le texte d’une conférence donnée à Oxford en 1962 !! Est-ce toujours possible aujourd’hui considérant ce qui est dit dans ce texte ? L’auteur serait-il aujourd’hui banni, harcelé et étiqueté de “complotiste” ?…

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Notre page “Anthropologie politique”

Notre page “Gustav Landauer et la société des sociétés”

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

BD_assembleedupeuple

Devant la dictature de la peur et de l’angoisse organisées par le coronacircus, organisons la désobéissance civile et embrassons l’esprit communard universel (Collectif Guerre de Classe)

Posted in actualité, crise mondiale, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 23 avril 2021 by Résistance 71

stress

Une nouvelle convergence d’analyse et osmose de solution se réalise.
Le 30 janvier dernier nous publiions “État des lieux avant chambardement”, le 24 février dernier, nous publiions en complément “Ce qui nous est promis”, en rapport au Coronacircus, la mise en place de la dictature technotronique planétaire permettant une énième mutation du capitalisme vers son devenir aléatoire de précipitation dans les oubliettes de l’histoire et la solution collective que nous devrons y apporter.
Cette analyse du collectif Guerre de Classe que nous reproduisons ci-dessous vient parfaitement s’emboiter et compléter notre analyse et ne pouvons que nous réjouir de ce constat de convergence et de complémentarité.
Ce qui est notable est que malgré l’origine différente et à première vue antagoniste de nos analyses, il y a convergence de vue, de finalité et total accord sur la solution à venir. Ceci ne fait que nous conforter dans cette idée que nous promouvons depuis déjà un bon moment, à savoir que finalement l’idée commune (avec ou sans jeu de mot…) existe, l’analyse juste de notre réalité historique, quelques soient les outils utilisés, mène à un fond universel qui ne peut à terme qu’exploser à la vue et compréhension de toutes et tous. Le problème commence lorsqu’on laisse l’Idée s’habiller des oripeaux du dogme et donc de la division. Le défi est d’aller au-delà de l’antagonisme factice, fabriqué à dessein et savamment piloté pour un contrôle oligarchique de la dissidence et de rechercher la complémentarité symbiotique et donc unificatrice dans la radicalité des choses, c’est à dire à leur racine profonde.
Par delà les guéguerres de clochers, le “bien et le mal” arbitrairement posés, convergeons vers notre seul intérêt commun, celui du bonheur de chacun par le bonheur de tous dans une société des sociétés qui mettra en place la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée.
Avec GDC clamons ensemble : A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent et A bas le salariat ! Ravivons la désobéissance civile et l’esprit communard réincarné récemment par l’esprit Gilet Jaune, ce seul esprit qui fait trembler le système et le déboulonnera à terme, qui fait chier dans son froc l’oligarchie, la faisant fantasmer sur la terreur thermidorienne et versaillaise, outil de la réaction de la bassesse étatico-capitaliste à l’élan insurrectionnel organique de cet esprit communard indomptable et indompté.

Tout le reste n’est que pisser dans un violon car il n’y a pas et ne saurait y avoir de solution au sein du système…

Qu’on se le dise !

Dans l’esprit de Cheval Fou

~ Résistance 71 ~

vive_la_commune!
Tout le pouvoir aux ronds-points !…

Le Coronamensonge étatique mondial qui nous gouverne depuis plus d’un an, tente pitoyablement de faire de la Peur et de l’Angoisse, le moteur permanent de l’Histoire afin d’essayer d’en faire disparaître la Lutte des Classes…
Mais il n’y parviendra pas…

Collectif Guerre de Classe

21 avril 2021

url de l’article original :
http://guerredeclasse.fr/2021/04/21/le-coronamensonge-etatique-mondial-qui-nous-gouverne-depuis-plus-dun-an-tente-pitoyablement-de-faire-de-la-peur-et-de-langoisse-le-moteur-permanent-de-lhistoire-afin-d/

La grande mondialisation financière de l’endettement infini qui avait pour fonction de s’ingénier à remédier à la saturation du marché mondial de la libre circulation aliénée des hommes et des marchandises a échoué et a donc enclenché la mystification du Covid-19 comme expérience de vaste déguisement orwellien à l’échelle totalitaire planétaire…

Il fallait en effet, une grande diversion sanitaire pour chercher à dissimuler la faillite du spectacle de la marchandise à bout de souffle… Ce fut donc l’énorme imposture des armes de la dévastation virale qui nous fit ainsi remake intense et surmultiplié de ce que l’on avait dû supporter durant plus d’une décennie de bobards journalistiques sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein… Après la fiole du pauvre clown Colin Powell, sont donc arrivés les mille flacons, prélèvements et ampoules de l’OMS, des saltimbanques Buzyn, Salomon, Véran et autres foultitudes flicardes de la grotesque médecine médiatique du Capital…

Au terme d’un gigantesque et permanent trucage statistique accompagné d’interdits délirants concernant les vraies thérapies efficaces propres aux traditionnelles épidémies saisonnières, le gouvernement du spectacle de la marchandise mondiale a fait – sur fond de démentiels confinements continus – des nouveaux variants incessants et du vaccin infini, la quintessence policière de la science du contrôle social du grand enfermement interminable

L’homme totalement chosifié est donc au bout du vaccin. Et au bout des vaccinations sans cesse reconduites, doit dès lors émerger le trans-humain de la domestication capitaliste totalement réalisée…

Le projet de la folie cybernétique de la tyrannie démocratique de la valeur d’échange est de démanteler le réel humain et de nous convertir en simples appendices commerciaux asservis du fétichisme de la marchandise pour faire de nous la triste foule disciplinée et abêtie de milliards de solitudes machiniques errantes

Le Capital n’a plus d’avenir et cette réalité lui explose au visage… Aussi pour fuir la crise catastrophique du taux de profit, tente-t-il désespérément d’abolir le réel lui-même… A l’heure où la démesure de l’argent universel ne peut plus rien contrôler de la réalité du monde, il s’essaye alors à lui substituer un assemblage fictif de réalités irréelles qu’il pense pouvoir aisément quadriller, un monde virtuel à son image schizophrénique, un monde de démence absolutiste dont il définit morbidement le contenu, l’espace et le temps, de telle sorte que toute perception ne soit plus que la duplication morne et monotone de l’auto-espionnage technologique généralisé de notre propre enfermement atomistique..

Puisque la mise en friche est la seule issue possible pour la sur-production pléthorique du Capital mondial, le spectacle de l’usine globale des hommes partout incarcérés ne peut plus évidemment fonctionner sur le mode du désir de la consommation aliénante… Il n’a plus d’autre choix pour survivre que d’opter pour l’horizon despotique de la crainte et de l’effroi partout industriellement diffusés dans l’infernale paralysie autiste de toute la sur-vie quotidienne …

La distanciation sociale généralisée comme séparation pathologiquement concentrationnaire entre des êtres masqués, terrorisés et dissociés tout à la fois des autres et d’eux-mêmes est ainsi la première obligation de l’inversion du réel et de l’apparition d’un univers fallacieux et chimérique, tout entier occupé et contrôlé par le chaos illimité de l’indistinction marchande… Toute la vie contemporaine dans laquelle règnent les conditions modernes de production du boniment Coronaviral s’annonce comme une immense accumulation de spectacles d’hébétude où le véridique doit être transmuté en fallacieux… Toute la vérité se voit directement défigurée dans la promotion de l’illusoire et du captieux de sorte que les relations humaines soient digitalisées et soumises à l’omnipotente censure des réseaux sociaux du chiffre de la valeur d’échange… La dictature numérique du faux sanitaire est là en charge de normaliser le devenir du monde à coup d’algorithmes totémiques choisissant pour nous les paroles et les pensées autorisées dans le dessein de nous engluer dans l’idolâtrie médicaliste du Capital, l’incompréhension superstitieuse de l’histoire et l’enclos narcissique de l’image qui anéantissent toute capacité séditieuse.

La grande épouvante de la domination pleinement réalisée de la marchandise autocratique, si forte et si faible à la fois, c’est ce retour incendiaire à l’organique récalcitrant qui fait spontanément communauté de lutte et dont les Gilets Jaunes ne furent qu’un préambule… On comprend dès lors que le gardiennage médical et la répression policière aient fusionné dans la surveillance de la surveillance aux fins de retarder au maximum le temps du prochain réveil des luttes de classes…

Issu de l’espace péri-urbain si méprisé par les mégapoles privilégiées de la mondialisation cosmopolite… A l’anti-thèse des syndicats et partis subventionnés du gouvernementalisme de la liberté dictatoriale de l’argent… Totalement aux antipodes des clientèles favorisées de l’immigrationnisme, du sans-papiérisme, du LGBTisme et de l’écolo-boboïsme, ce mouvement – né d’une colère prolétaire profonde – est, par sa nature instinctive, un bouillonnement incontrôlable réellement venu du cœur de l’insubordination humaine. La recherche de la rencontre chaleureuse et de la parole franche aux ronds-points et lors des manifestations, l’aspiration simple et saine de pouvoir vivre hors des diktats du solvable omniprésent démontrent – par la richesse de l’humus historique – que ce qui a émergé hier resurgira demain et dans des niveaux de turbulences incomparables…

Le prolétariat est l’ensemble des hommes dépossédés de leur vie et qui n’ayant plus aucun pouvoir sur celle-ci se trouvent contraints de fournir le travail vivant dont la domination par la grande usine automate globale du travail mort constitue le rapport de production appelé Capital. Aujourd’hui, dans la tyrannie totalement réalisée de la crise historique de la domination de la marchandise, des masses innombrables de paysans, artisans ou commerçants tombent dans le prolétariat lequel apparaît de plus en plus comme la classe universelle des exploités-producteurs de valeur…

De couvre-feux allongés en reconfinements prolongés, les Bistrots et Brasseries où la saveur du vieux goût gaulois réfractaire venait accompagner de cochonnailles, fromages et bons vins, la vieille pensée communarde qui refaisait le monde, sont dorénavant programmés comme devant disparaître puisque l’industrie des mille malbouffes exotiques, américaines, kebabisées et arc en ciel du hors-sol abêtissant doit remporter la mise…

Dès maintenant et face à l’immense dévastation industrielle, commerciale et bancaire qui se prépare, oeuvrons à préparer l’insoumission sociale… Rassemblons- nous et organisons-nous contre les fabulations épidémiques du Coronavirus étatique qui a artificiellement voilé le blocage de la machinerie capitaliste afin d’empêcher que l’on voit justement que le processus d’exploitation mondiale ne parvient plus à pouvoir reproduire sa production…

Pour commencer à préparer l’Avenir, anticipons aujourd’hui, la considérable explosion sociale qui approche !

Ouvrons Bars, Bistrots et Brasseries ! Faisons-en des lieux de joie, d’humour et d’humeur, des espaces critiques où les humains se retrouvent et dénoncent toutes les intox étatiques du capitalisme mondial, en sachant que la belle et sensuelle nutrition de la vie est ennemie de tous les obscurantismes scientifiques de l’ordre marchand…

À bas la tyrannie sanitaire des mensonges du spectacle étatique de la crise finale du Capital !

Vive la Guerre de Classe mondiale du Prolétariat contre tous les Partis et Syndicats de la planète-marchandise et pour un monde sans exploitation ni aliénation !

VIVE LA COMMUNE UNIVERSELLE POUR UN MONDE SANS ARGENT NI ÉTAT !

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150 ans de la Commune : Recherche esprit communard désespérément (Résistance 71 )

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Recherche esprit communard désespérément…

Résistance 71

18 Mars 2021 

Pour le cent-cinquantenaire de la Commune de Paris

18 mars 1871-18 mars 2021

“La commune de Paris est la première tentative de réalisation des principes du socialisme révolutionnaire et de remplacer l’État par l’auto-organisation du peuple.”
~ Michel Bakounine, 1871 ~

“La commune n’est plus une agglomération territoriale, mais plutôt un terme générique, un synonyme pour le regroupement d’égaux ne connaissant ni frontières ni barrières.”
~ Pierre Kropotkine, mai 1880 ~

“La commune de demain saura qu’elle ne peut admettre de supérieur ; qu’au-dessus d’elle il ne peut y avoir que les intérêts de la Fédération, librement consentie par elle-même avec d’autres communes… Elle ne supprimera pas l’État pour le reconstituer, et bien des communes sauront prêcher l’exemple, en abolissant le gouvernement de procuration, en se gardant de confier leur souveraineté aux hasards du scrutin.”
~ Pierre Kropotkine , 1881 ~

“La revendication de la révolte est l’unité, la revendication de la révolution historique est la totalité.”
~ Albert Camus ~

Il y a cent cinquante ans, le 18 mars 1871, le peuple d’un Paris assiégé empêchait la saisie de ses canons qu’il avait financés et qui étaient maintenus sur la Butte Montmartre. A partir de là, le peuple parisien entrait en rébellion et proclamait son autonomie en déclarant la Commune et ne se voulant en rien le “directoire” de la France, mais le fer de lance d’un élan national vers une confédération de communes libres et volontairement associées. Dans sa proclamation du 6 avril 1871 aux départements, la Commune déclare :

On vous trompe en vous disant que Paris veut gouverner la France et exercer une dictature qui serait la négation de la souveraineté nationale… Paris n’aspire qu’à conquérir ses franchises communales… Si la Commune de Paris est sortie du cercle de ses attributions, c’est à son grand regret, c’est pour répondre à l’état de guerre provoqué par le gouvernement de Versailles. Paris n’aspire qu’à se renfermer dans son autonomie, plein de respect pour les droits égaux des autres communes de France.

Sur la Commune de Paris, plus de 5000 livres ont été écrits et/ou traduits en plus de 10 langues. Les étudiants japonais qui combattaient les forces de police à Tokyo et dans les grandes villes nipponnes en 1968 en parlaient dans leurs réunions. Elle inspira bien des insurrections, des élans révolutionnaires et la terreur chez le pouvoir coercitif établi. La terrible répression de la réaction bourgeoise qui la massacra a fait passer la Commune à la postérité du martyr de l’émancipation sociale et l’enveloppa de cette aura romantique de l’exaltation révolutionnaire. Pourtant, même si les chiffres sont discordants, la Commune se solda par un lourd bilan humain de plus de 20 000 morts durant les combats et surtout résultant des exécutions sommaires des Communards par les troupes versaillaises lors de leur progression dans Paris, des peines de mort rendues après les procès et les déportations de masse, les “empontonnements”, qui envoyèrent des milliers de communards, hommes et femmes, dans les bagnes de la “république”, comme le fut entre bien d’autres Louise Michel.

La Commune de Paris est-elle unique ? Dans ce contexte particulier, on peut dire que oui. Elle est la toute première tentative de prise en compte autonome d’un peuple pour s’arracher à la règle et à la loi arbitraires de l’État. Si cette expérience est unique au moment où elle se produit, nous allons voir qu’elle ne tombe pas du ciel, qu’elle est de fait le résultat d’un long processus historique de lutte et de maturation politique des peuples contre la tyrannie étatico-marchande, se cristallisant en France pour et par des raisons précises. Mais avant que d’en parler, disons ici que la Commune de Paris possède une caractéristique unique : son contexte historique spatio-temporel.

Brièvement, le contexte de la rébellion parisienne et d’autres communes de France, nous verrons que Paris ne fut pas la seule, s’établit à la fin d’une période historique, celle du second empire qui vit Napoléon III déclarer la guerre à la Prusse. La guerre de 1870 qui s’en suivit vit la défaite de la France dans la débâcle de Sedan au cours de laquelle Napoléon III fut fait prisonnier. Les Prussiens assiègèrent Paris. En septembre 1870, la république est déclarée. Le nouveau gouvernement, teinté de royalisme, mené par Adolphe Thiers, quitte Paris et va s’installer à Versailles. L’armée française est battue, essentiellement prisonnière et désarmée, un armistice est signé le 26 janvier 1871. Paris assiégée est affamée et s’auto-organise, au sortir de l’hiver, le peuple de Paris proclame son indépendance avec “La Commune”. Ce qui suit est unique dans l’histoire de l’humanité. Voyant son autorité mise en question et en péril, le gouvernement français, gouvernement d’un pays vaincu, engage des négociations avec son vainqueur prussien afin que celui-ci libère ses soldats et les réarment non pas pour guerroyer, mais pour réprimer l’insurrection parisienne. Les Prussiens, emmenés par le fin renard Bismarck, comprennent sans doute qu’il vaut mieux laisser les Français gérer la crise révolutionnaire entre eux, plutôt que de voir potentiellement l’idée révolutionnaire arriver chez eux. L’armée française est réarmée pour mâter l’insurrection sous les yeux goguenards des Prussiens. Ainsi la Commune de Paris devra subir les assauts non pas de l’armée prussienne, mais de l’armée française, celle d’une toute jeune “république”, qui réprimera dans le sang et la sauvagerie, l’élan émancipateur de son peuple.

Il convient aussi de dire que Paris ne fut pas la seule à proclamer la Commune. D’autres villes de France telles : Lyon, d’abord (où combattit Bakounine sur ses barricades), puis Saint-Etienne, Le Creusot, Marseille, Toulouse, Lille, Narbonne et Limoges, crièrent Vive la Commune ! et à bas Versailles ! Ces mouvements, moins suivis, furent réprimés et chutèrent avant la fin mars. Une des clefs de la mauvaise fortune de la Commune réside sans doute dans ce que résuma le journaliste et écrivain Jules Guesde dans un article du journal allemand  Die Zukunft” en 1877 :

[…] En même temps que, par ses déclarations répétées que ses seules forces suffiraient à avoir raison de Versailles, elle [la Commune] retint l’arme au pied, une foule de braves gens qui se fussent fait, au contraire, un devoir d’intervenir à coups de fusil, si on leur avait dit franchement ce qu’il en était, c’est à dire que la victoire n’était possible qu’au prix de leur entrée en ligne. Telles sont, je le répète, les raisons de la défaite d’un mouvement qui avait pour lui plus des deux tiers du pays, et il n’y en a pas d’autres. Messieurs les conservateurs pourront s’en convaincre en temps et lieu.

Ceci dit, si la Commune de Paris est un évènement historique unique, d’où provient-il ? Est-ce un évènement spontané ou la résultante d’un processus de maturation historique ? C’est ce que nous allons analyser maintenant.

L’esprit communard, son origine, sa destinée

On en parle souvent, il est souvent cité, mais qu’en est-il ? Dans un premier temps, il convient de se poser la question de ce qu’est cet “esprit communard”.

communard”, “communeux”, “communaleux”, esprit communaliste de coopération, d’entraide, de compassion, de partage. Un esprit ancestral visant à affirmer et établir la fraternité et la solidarité humaines par-delà cultures existantes et frontières factices et fabriquées. Si la Commune de Paris l’a remis en selle, elle ne l’a en rien inventé. Cet esprit est celui de la Nature Humaine, celui qui anime notre société malgré la chape de plomb oppressive qu’on lui inflige depuis quelques 5000 ans d’imposition étatique, période courte si on se réfère à l’ensemble de l’histoire de l’humanité remontant à l’Homo erectus il y a quelques 1,8 millions d’années. Nous avons détaillé tout cela dans notre “Manifeste pour la société des sociétés” (2017) auquel nous référons les lecteurs pour de plus amples détails et analyses en ce domaine.

L’esprit communard est cet esprit qui nous pousse à toujours désirer l’égalité et la réalisation du bonheur de tout à chacun en faisant primer l’intérêt général et le bien-être de toutes et tous, contre l’individualisme et l’inégalité nés de la division artificielle initiale du corps social, l’exploitation et l’accaparement marchand. Il est l’incarnation de la résistance inhérente à toute forme de coercition et d’usage de la force à des fins de contrôle des individus à la fois dans leurs sphères individuelles et collectives. La relation sociale est une relation de pouvoir, de prise de décisions afin de faciliter nos vies, de les rendre plus agréables et sans contraintes, harmonieuses avec la nature et autrui, tendant en cela à ce bonheur tant recherché. Ainsi la question se résume à celle-ci : qui prend les décisions concernant la gestion de notre vie de groupe aussi petit ou grand soit-il ? Une société sans pouvoir, sans capacité décisionnaire n’existe pas et ne peut exister. Le pouvoir est inhérent à la société, le pouvoir existe et s’exerce de facto. Toute la question est de savoir qui l’exerce, comment et à quelles fins ? L’esprit communard est l’esprit de l’association libre et du pouvoir non coercitif qui est le fondement multi-millénaires de notre société humaine. Il est le ciment et le garant du flot naturel des choses. Le pouvoir coercitif quant à lui, issu de la division politique de la société dès lors que le pouvoir est maintenu séparé du corps social, est l’expression de la contre-nature dominatrice par artifice induit. L’État et le rapport marchand en sont à la fois les effets et les outils de contrôle. La vie en société est une relation au pouvoir qui ne peut prendre que deux chemins : celui de la non-coercition ou celui de la coercition. L’esprit communard incarne, de tout temps, le premier, l’État le second.

L’esprit communard, communeux est cet esprit qui insuffle la vie de l’être social, cet esprit gouailleur, jovial, festif et emprunt de bonté et de volonté à servir l’intérêt commun, à travailler pour vivre pleinement, ensemble, dans le partage et l’égalité et non pas vivre pour travailler et entretenir le parasitisme induit, forcé. Il est cet esprit de jouissance sans entrave qui, une fois meurtri et étouffé laisse un vide que comble l’État et ses institutions monopolistes répressives, créatrices d’angoisses et de névroses depuis des siècles et culminant aujourd’hui dans l’effondrement du système étatico-marchand arrivé au bout de son chemin historique et cherchant à perdurer dans une énième mutation toxique anti-naturelle et exacerbée. L’État n’est qu’un artifice de remplacement du souffle de la vie sociale ; la nature ayant horreur du vide, elle remplace l’effacement de l’esprit de la société divisée par une construction substitutive : l’État, qui est un mécanisme de gestion et de contrôle empêchant coercitivement un retour au décisionnaire non coercitif. C’est pour cela que sporadiquement, au fil de l’histoire de la progression du contrôle étatico-marchand par essence oligarchique, a resurgi cet esprit ramenant les communautés sur la voie de l’évolution et vers une humanité enfin réalisée. En 1951, Albert Camus dans son “Homme révolté”, continuait à nous avertir : “Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’État. 1789 amène Napoléon, 1848, Napoléon III, 1917, Staline, les troubles italiens de 1920, Mussolini, la république de Weimar, Hitler.” Ainsi, l’esprit communard est-il une contre-contre-nature, celle qui annihile l’État et veille à son extinction définitive ; rien d’étatique ne peut être revendiqué par ou de l’esprit communard.

De la résurgence en alternance de la société à pouvoir non coercitif chez les Celtes qui peuplèrent l’Europe du Danube à l’Irlande pendant plus de 8 siècles (gardons toujours à l’esprit que l’épisode de la “Guerre des Gaules” et Vercingétorix ne furent que le dernier carré, les derniers instants d’une civilisation qui dura plus de 800 ans sur presque toute l’Europe, que 3 siècles et demi avant Alésia, les Gaulois avaient conquis Rome sans l’occuper, les Gaulois n’ayant aucune velléité impérialiste…), aux jacqueries paysannes du moyen-âge et de la renaissance en passant par les cités médiévales qui abolirent un temps les lois féodales entre les XIème et XIVème siècles dans toute l’Europe, pour se rematérialiser dans la France des sections entre 1790 et 1793, les révolutions de 1830, 1848, la Commune de 1871 donc, puis la Russie des soviets avant la trahison de Lénine et Trotski, Cronstadt 1921, les conseils ouvriers italiens de 1920 et hongrois de 1956, la révolution sociale espagnole, la Catalogne autonome et les collectifs aragonais et du Levant de 1936, ceux de France et des grèves sauvage de 1967-68, puis de nos jours avec les communes autonomes autochtones du Chiapas et d’Oaxaca au Mexique, la commune internationaliste du Rojava, le mouvement des ZAD, les ZAT en tout genre et le mouvement des Gilets Jaunes depuis 2018, tous ces phénomènes ont en commun une chose s’étendant au-delà des cultures et des frontières: l’esprit communard.

Comme le fit si justement remarquer Pierre Kropotkine dans son essai sur “La Commune” (1880) : “Si la commune du Moyen-Age cherchait à se circonscrire dans ses murs ; celle du XIXème siècle cherche à s’étendre, à s’universaliser. A la place des privilèges communaux, elle a mis la solidarité et la fraternité humaine.L’esprit communard en cela, est l’incarnation même de l’évolution sociale humaine. C’est lui qui empêchera de reconstituer l’État une fois celui-ci aboli, mort et enterré. C’est lui qui écrira l’histoire de l’affranchissement des communes et des associations libres contre l’État et sa négation de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, son absolutisme et sa règle systémique de l’arbitraire et de l’illusion démocratique en son stade final représentatif.

L’esprit communard fait surgir l’union spontanée des gens, la mise en commun du travail et de sa récompense de manière non forcée, de la manière la plus naturelle qui soit. Plus loin, Kropotkine nous dit encore : “Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, libre et grandissant en solidarité par la liberté même.

L’esprit communard est celui qui pilote la société à se gérer sur le mode du slogan d’à chacun selon ses capacités, à chaque selon ses besoins et de traiter autrui comme on voudrait être soi-même traité en pareille circonstance.

Alors, bien entendu la Commune de Paris ne fut pas parfaite, c’est l’évidence. Des erreurs furent commises (les exécutions d’otages, la non saisie de la Banque de France, le recours à l’élection, le refus d’appeler la France à l’aide pêchant en cela sans doute par sinon arrogance, du moins par mauvaise analyse de la situation etc…), mais il faut aussi tenir compte de l’incroyable situation dans laquelle elle fut plongée dès le départ, durant une guerre déclarée par la France qui la perd face à la Prusse et la coalition étatique des belligérants pour l’écraser. Pensons à ce que les Communards ont réalisé dans ces circonstances extrêmes et surtout, imaginons avoir le même nombre de participants en proportion à l’échelle nationale, aujourd’hui, pour mettre en place la confédération des communes libres… Ce serait la fin de partie immédiate pour le système étatico-capitaliste ! C’est çà qui les fait trembler comme des feuilles mortes et il n’y aurait sans doute pas besoin de violence pour changer radicalement (par la racine) de paradigme politique le moment venu. 

Soixante-cinq ans plus tard, la révolution sociale espagnole subira le même sort, écrasée par la coalition des états et de leur oligarchie terrifiée à l’idée de perdre son pouvoir (coercitif) privilégié sur la masse s’émancipant. L’écrasement de la commune espagnole se fera une fois de plus au moyen unique d’une alliance historiquement pourtant improbable, celle de république dite modérées (française, espagnole), d’une monarchie constitutionnelle (Angleterre et Royaume-Uni) et de trois dictatures soi-disant opposées : L’Italie fasciste de Mussolini, l’Allemagne nazie d’Hitler et l’URSS bolchévique de Staline. La terreur que suscite l’esprit communard fait tomber les masques pour le temps de son écrasement et met au grand jour le visage de la véritable oligarchie : celle de la haute finance transnationale ayant tout phagocyté sur son passage.

L’esprit communard est universel, il a traversé les âges et les périodes historiques et s’est exprimé à des degrés divers, des révoltes d’esclaves organisées, de Spartacus aux Gilets Jaunes en passant par les cités médiévales, la ligue hanséatique, les jacqueries paysannes qui secouèrent l’Europe à intervalles réguliers du moyen-âge au XVIIIème siècle, la casse sociale des campagnes qui fit migrer la masse paysanne vers les villes lors de la 1ère révolution industrielle du tout début XIXème en Angleterre puis dans toute l’Europe, les sections parisiennes, la France révolutionnaire des sections, l’organisation organique ouvrière, les grèves, révoltes et communes / conseils variés. Nous voyons que l’histoire regorge des expressions sporadiques de cet esprit communard. 

Le titre de cet article est volontairement trompeur et un brin ironique : l’esprit communard n’a pas à être “recherché”. Il est là, toujours présent. Il fait partie de notre patrimoine humain de notre nature profonde à résister à l’injustice, à l’inégalité et aux constructions sociales toxiques qui nous asservissent, il suffit simplement de la dépoussiérer. Il est simplement parfois plus exacerbé qu’à d’autres moments. La pourriture systémique, dans sa phagocytose marchande a réussi depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la généralisation de la société de consommation sauce yankee depuis les années 1960, a nous endormir, à enfouir cet esprit communard sous un fatras d’illusions démocratico-marchandes.

L’érosion historique suit son cours et depuis quelques décennies, État et Capital sont entrés en phase auto-destructrice programmée. Aux “trente glorieuses” de l’après-guerre succède l’effondrement systémique prévu depuis les analyses de Marx au XIXème siècle. L’État, outil coercitif par excellence, permet d’ajuster le degré d’oppression sur les masses. Ne pouvant plus masquer sa véritable nature oppressive et manipulatrice, le système et son oligarchie aux commandes font monter la température despotique et amorcent une ultime mutation en une hydre dictatoriale technotronique planétaire, ce qui à terme et par effet de vases communicants, fait monter le niveau de résistance et de rébellion face à un système qui se durcit et mute en une forme toujours plus despotique et inhumaine de contrôle des populations. La crise COVID fabriquée, sévissant depuis novembre 2019, n’est qu’un outil de plus dans la trousse des contrôleurs monopolistes du despotisme débridé de l’État et de la marchandise en mouvement.

Toutes ces mesures ne font que déterrer pas à pas l’esprit communard enfoui sous un fatras illusoire depuis des lustres. Il ne s’agit donc pas d’une “recherche” de l’esprit communard, omniprésent et inhérent à la société humaine comme seul garde-fou des délires autocrates et despotiques et qui aurait été perdu, mais de son dépoussiérage, de sa remise en condition optimale d’existence pour qu’une fois de plus, il sauve l’humanité de la contre-nature à l’œuvre. Ce que nous vivons est un mal “nécessaire”, celui de nous faire enfin et définitivement comprendre quel est le véritable chemin de notre émancipation et de l’optimisation de la vie sur cette planète. Nous devons embrasser cette apparente contradiction, cet apparent antagonisme pour l’intégrer dans le maelström de l’harmonie organique que doit être notre vie sociale. Il n’y a pas d’antagonisme, il n’y a que complémentarité incomprise, le Yin a besoin du Yang et inversement pour que le Tout puisse exister. L’esprit communard n’est pas antagoniste à l’État, il est son régulateur, l’outil du rétablissement de l’équilibre naturel des choses que l’État a brisé en emplissant un vide créé par le rapport défaillant au pouvoir, né dans la division de la société. L’État ne pourra disparaître qu’avec l’avènement définitif de l’esprit communard, lui-même amenant un changement d’attitude total envers les institutions et nos compagnons tout comme nous opprimés.

Lorsque la société humaine se sera définitivement émancipée de l’État, des institutions, de la marchandise, de l’argent et du salariat, qu’elle aura établi la société des sociétés des associations libres en harmonie les unes avec les autres et avec la nature, celle de la Commune Universelle, alors l’esprit “communard” redeviendra ce qu’il est au fond et le plus simplement du monde : le souffle de la vie sociale, l’esprit de notre société humaine, ce “Geist” tant vanté par Gustav Landauer et qui doit être activé de nouveau pour nous mener à l’émancipation finale. L’État, l’argent, la marchandise ne sont en rien inéluctables, ce sont des constructions sociales, des constructions humaines, qui, comme telles peuvent être parfaitement déconstruites et abandonnées. Il est certain qu’il est bien plus facile de s’en débarrasser quand elles sont au creux de la vague et au bout de leur rouleau. De fait, l’État et les institutions mises en place pour le faire fonctionner sont les verrous empêchant le passage à une relation de pouvoir non coercitive. Pour que la société des sociétés dans sa complémentarité remette en place un pouvoir non coercitif en le rediluant là où il est particulièrement soluble, le corps social, il est impératif de changer notre relation directe au pouvoir et donc de renier et de faire sauter le verrou qui nous ferme la porte de l’harmonie sociale. L’esprit communard est la clef, ou le pied de biche, c’est selon, qui nous le permettra.

Conclusion

Nous venons de voir que l’esprit communard est intrinsèque à la société humaine par delà la culture et le temps. Si nous le cherchons, il ne faut certainement pas aller bien loin, il est toujours là à portée de main. Les Gilets Jaunes chez nous, sont les derniers en date à l’avoir retrouvé, même si quelques ajustements se doivent d’être opérés, le mouvement tient le bon bout car il a démontré après plus d’un an de lutte de terrain qu’il est insoumis, résilient et incorruptible. Il doit affiner sa vision politique et comprendre que finalement, il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ; c’est alors que le chemin menant à la confédération des associations libres, des nouvelles communes, qui, comme le dit Kropotkine en exergue de cet article, ne sont plus des endroits physiques, mais une relation sociale entre égaux, n’en sera plus que plus lumineux.

Ceci dit, l’esprit communard, s’il s’est manifesté dans les grandes villes de France en 1871, s’est aussi manifesté dans les campagnes ukrainiennes entre 1918 et 1923, puis dans les collectifs agricoles aragonais en 1936. L’idée est de comprendre que cet esprit n’est pas une exclusivité citadine et/ou ouvrière. De fait, aucune (r)évolution ne peut aller bien loin sans manger. Les campagnes doivent être inclues dans le processus de lutte et de transformation de la réalité politique et sociale, de fait, on pourrait même dire à l’instar de Landauer que “la question sociale est une question agraire.” Ceci constitue un facteur clef pour le futur et celui des communes à venir.

Pierre Kropotkine écrivit ceci en toute fin de son analyse de “La Commune de Paris” (1882) en guise d’avertissement : “Il y a cependant une lacune regrettable dans les réunions populaires que nous tenons à signaler. C’est que rien, ou presque rien, n’a été fait pour les campagnes. Tout s’est borné aux villes. La campagne semble ne pas exister pour les travailleurs des villes. Même les orateurs qui parlent du caractère de la prochaine révolution évitent de mentionner les campagnes et le sol… L’émancipation du prolétariat ne sera même pas possible tant que le mouvement révolutionnaire n’embrassera pas les villages. Les communes insurgées ne sauraient tenir même un an si l’insurrection ne se propageait pas en même temps dans les villages. Lorsque l’impôt, l’hypothèque, la rente seront abolies, lorsque les institutions qui les prélèvent seront jetées aux quatre vents, il est certain que les villages comprendront les avantages de cette révolution. […] La révolution ne sera victorieuse que le jour où le travailleur des usines et le cultivateur des champs marcheront la main dans la main à la conquête de l’égalité pour tous, en portant le bonheur dans les chaumières comme dans les édifice des grandes agglomérations industrielles. 

Il n’y a pas de fait un monde rural et un monde citadin, deux entités séparées et étrangères l’une à l’autre, dans lesquelles agissent de manière séparée deux “esprits communards”, mais une société devant fonctionner de manière symbiotique, complémentaire dans sa diversité, synthétisant cet esprit. De manière simpliste : l’ouvrier n’est rien sans le paysan qui le nourrit et le paysan n’est rien sans les outils que lui fabrique l’ouvrier. C’est leur travail commun qui satisfait les besoins de la société et de fait certainement, hors État, hors relation marchande et salariale.

La Commune Universelle qui résultera du succès de l’esprit communard réunifiera, réconciliera le rural et le citadin dans leur complémentarité naturelle pour l’émancipation finale et le passage vers notre humanité enfin réalisée.

En cette occasion du cent-cinquantenaire de la Commune de Paris, réfléchissons et œuvrons ensemble pour que ce changement de paradigme devienne réalité pour nous et les générations futures.

De la relation révolte et histoire, A. Camus nous dit, toujours dans son ouvrage phare qu’est “L’homme révolté” : “La révolte aux prises avec l’histoire ajoute [à la révolte métaphysique] qu’au lieu de tuer et mourir pour produire l’être que nous ne sommes pas, nous avons à vivre et faire vivre pour créer ce que nous sommes.” Marchons donc vers cette toute puissance créatrice ontologique, elle est en nous et ne demande qu’à être libérée !

Dans l’esprit communard et de Cheval Fou, suivons le chemin qui mettra à bas l’État, la marchandise, l’argent et le salariat et comprenons une bonne fois pour toute qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir !

F, S, L, J2, C, E, B, T

le 18 mars 2021

Le texte ci-dessus en format PDF

Bibliographie :

Pierre Kropotkine, “La Commune et la Commune de Paris” (1880-82)

Michel Bakounine, “La commune de Paris et la notion d’État”, 1871

Karl Marx, “La guerre civile en France, la Commune de Paris”, 1871

Louise Michel, “La Commune, histoire et souvenirs”, 1898

Jules Guesde, “La Commune de 1871”, 1892

Pierre Olivier Lissagaray, “Histoire de la Commune de 1871”, 1896

Albert Camus, “L’homme révolté”, 1951, éditions Gallimard, Folio essais

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Publié le 19 mars 2021 : « Pour tout changer, un appel anarchiste », le manifeste du collectif CrimethInc

“La vaste majorité des humains est déconnecté de la terre et de ses produits, de la terre et des moyens de production, de travail. Ils vivent dans la pauvreté et l’insécurité. […] L’État existe afin de créer l’ordre et la possibilité de continuer à vivre au sein de tout ce non-sens dénué d’esprit (Geist), de la confusion, de l’austérité et de la dégénérescence. L’État avec ses écoles, ses églises, ses tribunaux, ses prisons, ses bagnes, l’État avec son armée et sa police, ses soldats, ses hauts-fonctionnaires et ses prostituées. Là où il n’y a aucun esprit et aucune compulsion interne, il y a forcément une force externe, une régimentation, un État. Là où il y a un esprit, il y a société. La forme dénuée d’esprit engendre l’État, L’État est le remplaçant de l’esprit.”
~ Gustav Landauer ~

« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

“On peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire. Il ne peut y en avoir qu’une qui sera la révolution définitive… Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct.” […]

“Il est certain d’ailleurs que la capacité révolutionnaire des masses ouvrières a été freinée par la décapitation de la révolution libertaire pendant et après la Commune. Après tout, le marxisme a dominé facilement le mouvement ouvrier à partir de 1872, à cause sans doute de sa grandeur propre, mais aussi parce que la seule tradition socialiste qui pouvait lui tenir tête a été noyée dans le sang ; il n’y avait pratiquement pas de marxistes parmi les insurgés de 1871. Cette épuration automatique de la révolution s’est poursuivie par les soins des états policiers jusqu’à nos jours. De plus en plus, la révolution s’est trouvée livrée à ses bureaucraties et à ses doctrinaires d’une part, à des masses affaiblies et désorientées d’autre part. Quand on guillotine l’élite révolutionnaire et qu’on laisse vivre Talleyrand, qui s’opposerait à Bonaparte ?”
~ Albert Camus, “L’homme révolté”, 1951 ~


1871…


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