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Anarchie et double pouvoir : possibilité ou illusion, quelques notes critiques sur le développement du mouvement anarchiste avec Matt Crossin ?.. 1/2

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RIEN ne s'oppose TOUT se compose

Très bonne analyse ancrée dans la réalité des luttes quotidiennes dans le monde et les fondements essentiels du cœur de l’anarchie qui est un mode de vie ne l’oublions jamais et qui donc organise naturellement horizontalement la vie sociale pour nous mener à la société des sociétés des associations libres émancipées. Nous publions ce texte très récent en deux parties vu sa longueur avec PDF à suivre.
En ce qui nous concerne, nous ne pensons pas qu’il y ait opposition, antagonisme entre les deux visons anarchistes présentées ici par Crossin, mais complémentarité. Le succès de la société des sociétés à venir tiendra des deux et surtout dans ses APPLICATIONS PRATIQUES dans la vie quotidienne, c’est à dire qu’il faudra AGIR en plus de réfléchir et de discuter… La société émancipée à venir sera un nouveau MODE DE VIE, il est important de bien le comprendre et celui-ci emportera le vieux monde sur son passage, ce vieux monde qui n’en finit pas de mourir et qui crée des monstres dans son agonie pour paraphraser Gramsci.
A lire et diffuser sans aucune modération.
~ Résistance 71 ~

Notes critiques sur les développements au sein du mouvement anarchiste

Matt Crossin

Août 2022

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Décembre 2022

1ère partie
2ème partie

Les anarchistes et le double pouvoir : situation ou stratégie ?

Un étrange développement s’est produit, qui a mené à une théorie anarchiste devenant de plus en plus associée à une tactique appelée “la construction du double pouvoir”. Les aficionados de cette tactique pensent que les anarchistes, étant opposés aux patrons et aux gouvernements, devraient comme principale stratégie, créer des institutions parallèles auto-gérées, comme des coopératives des travailleurs, des assemblées de communauté, des groupes d’entraide etc… l’argument est qu’alors que ces groupes prolifèrent, ils vont constituer une forme de pouvoir populaire qui va non seulement fournir une vision attractive d’un autre monde, mais aussi laisser les capitalistes sans travailleurs et l’État obsolète et inutile.

Bien que le terme de “double pouvoir” pour se référer à de telles tactiques apparaît sporadiquement dans les années 90 (dans le matériel pédagogique du groupe Rage et Amour par exemple), il n’est cependant pas clair quant à savoir comment exactement l’association est devenue si largement popularisée ces dernières années. Ce qui est clair en revanche, est que cette conception de double pouvoir n’a rien en commun avec son utilisation originelle, inventée par Lénine, comme moyen de décrire une condition au potentiel révolutionnaire.

Le double pouvoir n’était pas une stratégie pour parvenir à de telles circonstances (sans parler du socialisme). Cela décrivait une situation existant réellement dans laquelle des organes du pouvoir des travailleurs (soviets/assemblées, comités d’usines, milices etc…), formés au travers de la lutte de classe, peuvent rassembler et coordonner des ressources et la légitimité populaire, pouvant rivaliser et même surpasser ceux de l’État. De telles conditions placèrent les ouvriers en position d’exproprier la classe capitaliste et de renverser l’État. Plus tard, au cours de la révolution sociale espagnole, des comités et des collectifs similaires, ayant le même potentiel révolutionnaire, émergèrent au sein de l’insurrection anti-fasciste, pour se retrouver assis de manière assez inconfortable aux côtés du gouvernement républicain s’étant graduellement reconstitué. Dans les deux cas, deux demandes rivales de pouvoir co-existèrent : l’une bourgeoise et l’autre prolétaire. En aucun cas le double pouvoir se réfère t’il à l’emploi d’une stratégie ; certainement pas une fondée sur le démarrage de lieux de travail coopératifs, de jardins communautaires ou de groupes d’entraide comme “Nourriture pas des bombes”, quelque soit le mérite de ces projets respectifs.

Le véritable double pouvoir est instable de manière inhérente, il représente une menace active au pouvoir des gouvernements et des capitalistes. A la fois dans le cas russe et le cas espagnol, les circonstances du double pouvoir se terminèrent en une inévitable confrontation. En Russie, le gouvernement provisoire fut renversé en faveur d’un gouvernement bolchévique de plus en plus autoritaire (légitimisé au départ sous le slogan de “tout le pouvoir aux soviets”, c’est à dire tout le pouvoir aux assemblées). En Espagne, les comités révolutionnaires ayant échoué à vaincre l’État au delà de toute réparation possible, ou de socialiser la production, furent soumis par le Front Populaire et éventuellement furent écrasés par la coalition stalino-libérale au sein du gouvernement républicain qu’ils aidèrent à raviver.

Loin de représenter la politique du classique anarchisme de masse (parfois étiqueté comme anarchisme de “lutte de classe”), les nouveaux aficionados du double pouvoir comme stratégie sont, en réalité, en train de raviver la vieille tradition “utopique” non-confrontationnelle du socialisme non-révolutionnaire. C’est, au mieux, la politique proto-anarchiste de Pierre Joseph Proudhon plutôt que l’anarchisme de Errico Malatesta, Michel Bakounine ou des organisations ouvrières anarchistes révolutionnaires qui se développèrent de l’aile fédéraliste de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT).

Comme Proudhon, et contrairement à la vision anarchiste révolutionnaire, les soutiens du double pouvoir argumentent qu’ils peuvent améliorer notre position sous le capitalisme et parvenir au final à l’anarchie, en rassemblant nos ressources et en les gérant de manière autonome et coopérative. En pratique, cela voudrait dire que ceux d’entre nous qui sont le mieux lotis fourniraient aux moins bien lotis, une forme de service souvent amalgamée avec le concept d’entraide. Ce qui mènerait à des entreprises entrant en concurrence avec des entreprises traditionnelles sur le marché.

Historiquement, cette stratégie a été perdante pour des raisons parfaitement bien comprises et articulées par les anarchistes et les marxistes. En tant que travailleurs, nous n’avons quasiment rien à partager entre nous. Dans le mime temps, les capitalistes ont tout. Ils seront toujours capables de gagner la lutte concurrentielle et annihiler le secteur coopératif. La logique du marché mettra toujours la pression sur les travailleurs-propriétaires de ces coopératives, c’est à dire une propriété privée gérée de manière coopérative sous la forme d’entreprises, ce qui empirera leurs conditions, forcera à baisser leurs propres salaires, à réduire la qualité de leurs produits et d’augmenter le prix de vente à la seule fin de pouvoir survivre.

Survivre tout en maintenant l’esprit du projet coopératif est en soi une lutte. Pousser les entreprises capitalistes à la faillite, s’approprier leurs ressources, placer leurs biens et propriétés sous un plus vaste contrôle social et avoir l’État disparaître dans le processus, n’est que pure fantasmagorie.

Les avocats du double pouvoir évitent toute la question de savoir à quoi ressemble la victoire. Même si la stratégie du double pouvoir pouvait aboutir à la situation d’un véritable double pouvoir (comme édicté par Lénine), notre but en tant qu’anarchistes est d’ELIMINER l’État et la capital, de ne pas exister “en dehors” ou “en parallèle” en tant que “second pouvoir”. Clairement, à un moment donné, nous devrons exproprier le capital et ceci impliquera nécessairement une réponse de l’État, qui à la fois dépend de et reproduit la société de classe.

Et pourtant le contre-pouvoir, pouvoir au sein des entreprises capitalistes traditionnelles, contre les patrons et les gouvernements, capable de saisir le contrôle sur la vie économique de la société, la mettant au service des besoins humains, et défendant avec force cette transformation des relations sociales, est rarement mentionné par les champions du double pouvoir. Il y a ici aussi une faiblesse fondamentale dans la vision de réforme du double pouvoir, car il en est de notre position structurelle au sein des entreprises capitalistes (qui ont besoin de notre travail), qui nous permet de faire levier sur les patrons et les gouvernements qui les servent.

Les anarchistes devraient garder présent à l’esprit les mots de Pierre Kropotkine à ce sujet et son avertissement aux travailleurs qui refusent d’abandonner de telles tactiques de lutte révolutionnaire :

“Travaillez pour nous pauvres créatures, qui pensez que vous pouvez améliorer votre sort par les coopératives sans oser toucher en même temps à la propriété, à l’impôt et à l’État ! Maintenez-les en place et demeurez leurs esclaves !”
~ Kropotkin, P. 1914. “Science moderne et anarchie” ~

Anarchistes et neo-anarchistes : horizontalisme et espaces autonomes

Il n’est pas rare, surtout en Amérique du Nord, de voir l’anarchisme défini comme une idéologie enracinée dans la “démocratie directe”, la prise de décision par consensus et la maintenance de relations sociales “horizontales” (c’est à dire non-hiérarchiques), particulièrement dans des zones autonomes ou les espaces publics.

Cette idée de l’anarchisme est inhabituelle en ce qu’elle place au centre de sa définition, une adhérence à des formes spécifiques de procédure et de comportement interpersonnels tout en minimisant les buts politiques qu’un mouvement “horizontal” devrait essayer d’établir. De ce point de vue, se réaproprier les espaces publics comme opportunité d’y tenir des assemblées publiques non-hiérarchiques, où nous pouvons décider par consensus est, en soi, “anarchiste”, quelque soit le résultat d’un tel processus.

Ceci n’a pas grand chose à voir avec la tradition classique de masse anarchiste et sa politique de socialisme révolutionnaire. C’est au lieu de ça, une approche qui est le mieux décrite comme tombant sous la bannière du “neo-anarchisme”, qui est une conception moderne de l’anarchisme largement informé par les mouvements féministe et pacifiste des années 70, le mouvement environnementaliste vert des années 80, le mouvement alter-mondialisation des années 90 et de la révolte argentine de 2001, qui a inventé le terme “horizontalisme” ou “horizontalidad”, pour décrire le rejet par le mouvement de la démocratie représentative, l’utilisation des assemblées générales pour coordonner les activités et la conversion d’usines abandonnées ou en banqueroute en des entreprises coopératives.

Prenez par exemple, l’insistance des neo-anarchistes pour l’utilisation du consensus dans la prise de décision. Bien que le consensus (ou “l’unanimité” comme c’était typiquement appelé), était parfois une caractéristique des organisations politiques anarchistes et souvent vu comme un idéal pour travailler via une discussion entre camarades, ce ne fut jamais un composant fondamental du mouvement anarchiste. Les anarchistes ont généralement été d’accord pour dire que la forme appropriée de prise de décision dépend des circonstances et ont fréquemment endorsé des variations sur le vote majoritaire, particulièrement dans les organisations de masse fondées sur des communautés autre que des affinités idéologiques, comme les syndicats. Le point de focus des anarchistes n’a généralement pas été la forme du processus de prise de décision, mais plutôt les principes des associations libres et de la solidarité. De plus, bien que les anarchistes aient toujours insisté sur le “droit de la minorité d’être libre de la coercition de la majorité”, il est même plus important que la grande majorité soit libre de la règle minoritaire ou du sabotage. Comme l’écrivit Malatesta dans son essai “Entre paysans : un dialogue sur l’anarchie”.

Tout est fait pour atteindre l’unanimité et quand c’est impossible, le vote désignerait une majorité ou alors la décision résiderait en une tierce partie, qui agirait comme arbitre en la matière, respectant l’inviolabilité des principes d’égalité et de justice sur lesquels est basée la société. En réponse à la préoccupation du sabotage de la minorité, une telle situation rendrait nécessaire une action de force, parce que s’il est injuste que la majorité opprime la minorité et il est tout aussi injuste que l’opposé ne se produise. Et tout autant que la minorité a le droit à l’insurrection, la majorité a aussi le droit de se défendre.

Quant aux “zones autonomes” et la tactique de se réaproprier les espaces publics (comme vu lors du mouvement Occupy Wall Street), nous n’avons ici aucune connexion avec l’anarchisme en tant que tradition révolutionnaire et un exemple de tactique qui a montré de manière répétitive son incapacité à extraire des réformes significatives, sans parler de révolutionner la production et de détruire l’État.

Les limites fondamentales de “l’occupation publique” ou des “zones autonomes” et les défaites qui ont résulté de ces limites, ont mené quelques anciens promoteurs de la stratégie à faire une transition notable du Neo-anarchisme à la politique parlementaire. Bien qu’inexplicable aux observateurs extérieurs, le changement est facilement compris quand on considère la vision péculière du Neo-anarchisme sur la “démocratie directe” ou “les espaces horizontalement organisés” comme la caractéristique affirmée de l’anarchisme et non pas celé d’une théorie et pratique révolutionnaires libertaires contre l’État et le capital.

Si on accepte l’idée de l’anarchisme comme proposé par les Neo-anarchistes, il n’y a pas de contradiction fondamentale entre anarchisme et implication dans la politique parlementaire (!!!). Si le parti politique est un parti de démocratie directe, composé de mouvements sociaux et investi dans les relations interpersonnelles horizontales, quelle différence cela fait-il si la décision prise (idéalement par consensus) est pour faire campagne pour des candidats politiques, voire même administrer l’État ?

Nous avons vu cela avec le soi-disant “mouvement des places” en Europe. Les activistes qui prirent part au mouvement 15M ou des “Indignés”/“Los Indignados” en Espagne ont fini par abandonner leur notion des politiciens au slogan du “Ils ne nous représentent pas !” Avec la formation du parti politique Podemos et autres multiples partis politiques “municipalistes”.

Une trajectoire similaire fut suivie par l’anthropologue anarchiste David Graeber vers la fin de sa vie. Graeber, une figure du mouvement Occupy Wall Street et avant ca, un participant au mouvement altermondialiste, ne vit apparemment aucune contradiction  entre son (Neo)anarchisme et ses efforts de rejoindre le parti travailliste britannique en soutien de Jeremy Corbyn.

Graeber fut particulièrement enthousiaste avec l’organisation affiliée au parti travailliste Momentum ; une excroissance de la campagne de leadership de Corbyn, qui, argumentait-il constituait une tentative unique de fusionner le mouvement radical avec un parti parlementaire.

Plus récemment, nous avons été les témoins de l’absurdité du “socialiste libertaire” autoproclamé Gabriel Boric vantant son association avec le mouvement étudiant radical chilien et accédant à la présidence suite à un soulèvement populaire militant.

Les dégâts causés par ces supposées “tentatives uniques” de traduire l’horizontalisme du Neo-anarchisme en une forme de parti politique, qui en réalité ne diffère pas grandement de l’approche historique offerte par les marxistes en alternative à l’anarchisme, ont été bien documentés par ailleurs et il ne convient pas ici d’en faire une revue de détail. Il va sans dire qu’à chaque fois, il y eut bureaucratisation, accommodation des nécessités d’administre l’état capitaliste  (ou juste de faire campagne pour l’administrer) et il n’y a eu aucun gain de pouvoir des travailleurs contre les patrons.

La réalité est qu’on ne peut pas se préfigurer l’anarchie et le communisme au travers de la “démocratie directe” et des “espaces d’autonomie”. L’anarchisme demande un mouvement anarchiste spécifique et surtout… une pratique anarchiste. Bien que nous pouvons sans aucun doute nous organiser depuis la base au sein d’une structure fédéraliste consistante, nous ne pouvons pas faire vivre notre idéal de “vivre en anarchie” ou notre relation les uns aux autres le plus “horizontalement” possible. De la même manière, le contenu de l’anarchisme ne peut pas se limiter à la structure de notre mouvement, son contenu de lutte de classe dit être maintenu. Pour citer Luigi Fabbri :

Si l’anarchisme n’était qu’une éthique individuelle, à être cultivée pour soi-même et en même temps être adapté dans les actions de la vie matérielle et des mouvements en contradiction avec lui, nous pourrions nous appeler anarchistes et appartenir aux partis les plus divers et beaucoup pourraient aussi être appelés anarchistes, qui bien qu’ils soient spirituellement et intellectuellement émancipés, sont et demeurent, en base pratique, nos ennemis. Mais l’anarchisme est différent… Il est prolétarien et révolutionnaire, une participation active au mouvement pour l’émancipation humaine avec des principes et des buts égalitaires et libertaires dans le même temps. La partie la plus important de son programme n’est pas seulement le rêve que nous voulons devenir réalité d’une société sans patrons et sans gouvernements, mais avant tout la conception anarchiste de la révolution, de la révolution contre l’État et non pas à travers l’État…

heroisme

Anarchistes et insurrection : Organisation, lutte de classe et émeutes

La période “classique” de l’anarchisme, qui peut être définie comme allant de la fondation de l’Internationale Anarchiste de St Imier (NdT : créée par Michel Bakounine après l’expulsion des anarchistes de la 1ère Internationale Ouvrière suivant un plan fomenté par Marx et Engels qui prirent alors le contrôle de l’Internationale…) en 1872, à la fin de la seconde guerre mondiale en 1945. Il y eut deux courants significatifs, l’anarchisme social ou “de masse”, représenté par l’anarcho-syndicalisme (la formation de fédérations syndicales anarchistes) et l’organisation dans la dualité (formation d’organisations anarchistes spécifiques intervenant dans les luttes de masse), ce mouvement fut dominant et prend sa source au congrès de St Imier, l’aile libertaire de la 1ère Internationale et autres précurseurs fédéralistes au sein du mouvement des travailleurs.

Opposé à celui-ci fut un courant minoritaire d’anarchisme insurrectionnel, qui voyait le mouvement des travailleurs en développement comme réformiste (avec des réformes à la valeur douteuse), opposé aux organisations formelles comme étant inconsistantes avec l’anarchie et se limitant à des tactiques dont l’intention était de provoquer une insurrection généralisée : attaques armées contre l’État et la propriété privée ou étatique, assassinats de patrons et de politiciens etc…

L’anarchisme insurrectionnel a trouvé un nouvel élan avec le déclin du mouvement des travailleurs à la fin des années 1970. Les formes radicales furent réprimées. Les syndicats gérés par des bureaucraties professionnelles et dévolus à la stabilité du système capitaliste (incluant bien sûr leur position bien protégée et confortable en son sein) et de manière générale, soumis aux intérêts des partis politiques affiliés, acceptant l’intégration du travail organisé au sein de réseaux hautement régulés de gestion des litiges, qui a criminalisé toute action directe efficace et a restreint le contrôle des travailleurs sur leur propre lutte.

Plutôt que de reconnaître ce tournant de la défiance à la loi vers une impuissance légale en tant que résultat demandant un renouvellement de l’implication envers le long et patient travail de l’agitation sociale sur les lieux de travail, certains “révolutionnaires” choisirent d’accepter le narratif plus facile disant que cette tragédie historique était de fait inévitable. Notre position en tant que “travailleurs”, individus forgés par le développement capitaliste en une classe, mais capable de devenir une classe agissante par et pour elle-même, n’était plus, d’après eux, quelque chose d’important à notre émancipation.

Les insurgés affirment que la lutte pour la production a mené à la bureaucratisation et une accommodation au sein de la société de classe. De leur perspective, il n’y a donc aucun intérêt de tenter de collectivement s’identifier à une classe de “travailleurs” opprimés, ou d’organiser des manifestations de lutte de masse sur cette base. En fait, les anarchistes insurrectionnels s’opposent à toute forme d’organisation formelle et sont le plus souvent sceptiques à l’idée même “d’organisation”. Ils argumentent que des projets spécifiques ne demandent rien d’autre qu’une “affinité de groupe” informelle : des camarades rapprochés, travaillant ensemble pour parvenir à mettre en place des buts communs et concrets, sans aucune structure ni programme politique.

Mais si nous ne luttons pas en tant que classe organisée au travail, où de tels groupes d’affinité devraient-ils être engagés dans la lutte ? Les insurrectionnistes se sont fait typiquement les avocats d’une politique “de constante attaque”. Ils se délectent des images d’émeutes et de combats de rue contre la police, des feux allumés et du pillage, de la destruction des magasins. Comme avec la politique des Neo-anarchistes du mouvement Occupy, le point de lutte est généralement vu comme étant la rue ou l’espace public, façonnés comme une expérience “d’autonomie”. Mais là où les Neo-anarchistes trouvent la liberté dans l’autogestion de villes de tentes ou de jardins potagers communs, les insurgés d’aujourd’hui semblent la trouver dans l’acte de rébellion lui-même ; dans la démonstration de leur supposée ingouvernabilité. Les insurgés et leurs “équipages” de combat volent de la nourriture pour la distribuer à ceux qui ont faim et repoussent les flics quand ceux-ci essaient de les en empêcher et de les arrêter.

Il est bien évident que c’est bien de nourrir quelqu’un qui a faim et nous n’avons aucune objection à enfreindre la loi, mais ceci est néanmoins une étrange notion de la liberté. Cela assume la permanence insurmontable d’une société fondée sur l’existence des patrons, des gouvernements et des commodités. Ceci propose que nos agissions comme si le capital et l’État ne puissent jamais être renversés au travers de la transformation concrète des relations sociales en production. Les choses ne peuvent pas être changées, elles ne peuvent qu’être  détournées ou défiées.

Les plus myopes des supporteurs de l’insurrection voient les émeutes, l’assassinat et la destruction de la propriété comme une sorte de propagande de l’exemple à suivre ou autrefois appelée “propagande par le fait”. Ceci vise à déclencher des évènements par des minorités courageuses dans l’espoir que tout ceci spirale en insurrection généralisée contre le gouvernement ; nous libérant de la banalité d’une vie passée à travailler et de tout risquer dans un “retour à la normalité”. 

Avec la rébellion suite à l’affaire de George Floyd (NdT : générant le mouvement Black Live Matters, lui même se retrouvant politiquement infiltré et neutralisé à terme, il ne représente plus aucun danger pour le système, il a été neutralisé de l’intérieur), la politique de l’anarchisme insurrectionnel fut mise à rude épreuve. Les insurgés furent présentés à une émeute nationale qui échappa à la légalité et au contrôle de toute organisation. Des commissariats furent attaqués et des magasins pillés. Une coalition multi-raciale de la classe travailleuse envahit la rue, coude à coude, pour faire face aux flics. Dans la dite “Zone Autonome de Capitol Hill” ou ZACH (NdT : ou CHAZ en anglais), un très vaste voisinage fut déblayé de toute présence policière et il y fut établi un espace pour projets communs coopératifs (comme un potager communautaire “Noir et Indigène seulement”, ainsi qu’une esplanade à micro ouvert constant pour le libre échange de paroles et d’idées.

La CHAZ / ZACH (qui ne fut jamais en fait capable de se développer au delà d’une assemblée anti-flic…) a très rapidement stagné, en n’ayant pas d’autre but que celui de maintenir l’occupation de l’espace public. Les groupes d’affinité tentèrent de maintenir la rage, mais furent bien incapables d’encourager et de canaliser la rébellion dans une direction révolutionnaire.

Les choses se terminèrent rapidement dans le chaos et le désastre. Tous les barjots et aventuriers possibles furent attirés dans l’affaire. Des notions libérales de “privilège politique”, une compréhension très superficielle de la domination fondée sur l’identité, furent promues de manière agressive, minimisant les nouveaux liens créés de solidarité. Finalement, quelques individus armés (s’étant eux-mêmes nommés comme “la patrouille”) tirèrent sur et tuèrent quelques jeunes ados afro-américains qui faisaient les cons en voiture. Dans le brouillard de l’incertitude, de vagues rapports apparurent dans les réseaux sociaux, excitant ceux qui mettent sur le même plan l’usage des armes et le militantisme. Les tueries furent initialement louées dans certains cercles insurrectionnels de l’internet comme étant un bon exemple “d’auto-défense révolutionnaire” contre des “infiltrés de l’extrême-droite”.

A suivre…

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

GJVH

Progrès technotronique et marche programmée vers notre destruction : faits et solutions (Résistance 71) 2/2

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GJVH

I. Les faits

II. Les solutions :

La marche vers notre rédemption…
Si nous ne les laissons pas faire

Résistance 71

20 novembre 2022

Le texte complet en PDF dans une superbe réalisation de Jo en un temps record :

Marche_programmee_vers_notre_destruction_faits-et-solutions (PDF)

Nous l’avons dit en dernière instance dans notre analyse précédente : tout est une question d’attitude, de relation, de rapport, entretenus avec le système et ses institutions. Celui-ci perdure parce que nous l’acceptons, nous avons été persuadés individuellement et collectivement dans les grandes largeurs, sur une longue durée, par une puissante propagande ne servant qu’une caste élitiste qui a perduré au fil des siècles car si l’Homme crée le système, le système finit par créer les humains qui le perpétuent, Cette propagande nous explique dans les grandes largeurs que “l’humain est mauvais”, que nous “sommes incapables de nous gérer convenablement” et que la “seule gouvernance possible est celle de l’État, de ses institutions et de la production en mode capitaliste, seul chemin progressiste de l’humanité”, que la gouvernance de “quelques personnes meilleures, qui ‘savent’ mieux que nous ce qui est bon pour nous” et le mieux qu’on puisse faire… Nous avons été endoctrinés dans ce paradigme de la falsification à grand renfort  de déclarations péremptoires, d’abus d’autorité voire de mensonges tant politiques que scientifiques. L’ensemble institutionnel a brossé et maintient sous le paillasson tant que faire se peut, la réalité de l’histoire de l’humanité commencée il y a quelques 2 millions d’années et qui n’a vu les prémices du développement étatique institutionnel centralisé qu’il n’y a que quelques 5000 ans et encore, sporadiquement et dans des sociétés qui passèrent alternativement au cours de siècles, d’un mode de fonctionnement non coercitif à un mode de fonctionnement coercitif selon des circonstances le plus vraisemblablement géo-économico-politiques, ces faits ont été établis par les archéologues et anthropologues dans leurs recherches de ces dernières décennies. La “nature humaine” est complexe et ne se résume en rien au dicton hobbésien de “l’homme est un loup pour l’homme”, constat erroné si utile à la doxa oligarchique dominante en place en renfort des élucubrations darwinistes sociales qui cimentent jusqu’ici les murs de la tyrannie étatico-marchande, qu’on pourrait aisément penser qu’il fut créé sur mesure comme outil propagandiste idoine.

Pour en savoir plus sur ce sujet, nous vous invitons à (re)lire la compilation de nos deux essais de 2017 et 2019 : “Du chemin de la société vers son humanité réalisée”, qui résume et analyse les dernières conclusions archéologiques et anthropologiques sur 2 millions d’années de l’histoire de l’humanité et montre le chemin potentiel de notre (r)évolution sur un véritable chemin progressiste et non pas sur celui proposé par la fange sectaire qui perpétue le système en place de domination et de mise en esclavage final.

Volontairement ou involontairement, nous nous engageons quotidiennement dans une relation avec les institutions et le système en place. Le simple fait de nous rendre à notre travail, que souvent nous détestons, nous fait remplir la base du contrat social que nous avons avec la société telle qu’elle est agencée aujourd’hui. Nous passons notre vie à acquiescer à des choses que nous n’approuvons pas forcément, mais que nous faisons par mimétisme social et par souci de conformité de groupe. La “peur du gendarme” a créé des réflexes pavlovien du style, je vois un gyrophare, je lève le pied, même si je suis dans la limite… Toute notre vie sociale est construite de petites et plus grandes interactions sociales faisant de nous les maillons d’une chaîne sociale faisant fonctionner une société assimilée aux concepts modernes d’état-nations et leur réforme en cours d’avènement, qui verra leur fusion avec la grande entreprise et finance transnationales (concept du Nouvel Ordre Mondial aujourd’hui rebaptisé Grande Réinitialisation ou Great Reset, sous les auspices mercantiles tyranniques d’un scientisme débridé incarné par le Forum Economique Mondial / FEM / Davos de Klaus Schwab et consorts et leur idéologie totalitaire technocrate, qui ne font qu’exécuter au grand jour ce qui a été décidé en catimini parfois des années auparavant dans des réunions de type Bilderberg et autre). Ce système à géométrie variable allant de la social démocratie douce aux pires dictatures de “droite” comme de “gauche”, les deux systèmes financés et entretenus par les mêmes pouvoirs visant un contrôle absolu, ne perdure que par notre aveuglement et notre obéissance volontaire ou forcée, l’épisode de l’injection ARNm étant là pour nous faire comprendre cette réalité : j’obéis à l’injonction d’inoculation ou je me vois contraint de le faire sous de multiples pressions (perte d’emploi, refus d’accès, discrimination, ostracisation etc…). Là réside une croisée des chemins individuelle : obéissance ou désobéissance avec les conséquences que chaque choix implique.

Cela nous amène au point clef suivant : tout choix est avant tout INDIVIDUEL. Une personne décide de faire ou non quelque chose de son propre chef, forcée ou non est aléatoire, le choix (éclairé ou non) est individuel. Tout part de l’individu pour ensuite rayonner vers un groupe de pairs. Obéir ou désobéir est une décision personnelle, la prise de décision l’est, comment on en arrive à faire un choix peut être manipulé certes, mais le choix en lui-même est individuel.

Tout part de la décision individuelle et doit rayonner vers un groupe ayant un but commun, pour se faire, il faut se chercher, se trouver, communiquer. Obéir aux injonctions nous voit rejoindre une majorité où il est facile de se reconnaître, désobéir aux diktats dominants nous met derechef dans la minorité, il faut donc nous trouver et nous assembler, réfléchir et créer ensemble des zones de pensée et d’action libérées. Tout part de là et cela implique une recherche et une action locale, un épanouissement dans l’entraide, la coopération, à l’image de ce qu’il s’est produit sur les ronds-point Gilets Jaunes de 2018 à 2020, c’est cet esprit organique qu’il nous faut construire plus avant et faire rayonner à grande échelle dans les communautés / communes se développant horizontalement de manière interconnectées et gérant nos vies selon des critères altruistes et coopératifs. 

La solution à la pourriture étatico-marchande en phase terminale de dégénérescence tyrannique n’est pas unique, il y a une myriade de solutions locales mais toutes ont un point commun : la compréhension de l’obsolescence et de la toxicité finale de la société telle qu’actuellement agencée et la volonté individuelle et collective de mettre en place non pas une “réforme” du système qui est depuis bien longtemps au-delà de toute rédemption possible, mais un nouveau type de société fondée sur nos racines humaines profondes de solidarité, d’entraide, d’amour, d’action de bien commun pour un intérêt général bien compris de tous, hors caste, hors marchandise, hors valeur d’échange, hors argent et hors salariat. Une société organique de la complémentarité et non plus de l’antagonisme, une société dont l’esprit, l’âme, sera le bien-être de toutes et tous dans le respect mutuel des uns et des autres et de l’environnement de la Terre-Mère. Une société qui ne pensera plus “conquête”, “gains”, “profit”, “pouvoir”, “division”, “tromperie”, “mensonge” et “guerre de castes/classes”, mais qui pensera “bien-être”, “harmonie”, “entraide”, complémentarité”, “coopération”, “partage”, “commune”, “amour”, “sincérité” et “égalité”. Ce type de société a existé et existe toujours dans des conditions souvent plus précaires. Pensons à ce que nous pourrions réaliser, ce que la créativité humaine, non bridée par des dogmes de caste pourrait faire, avec les moyens technologiques que nous avons aujourd’hui. Car ne nous leurrons pas : la technologie per se est amorale, ni bonne, ni mauvaise, ce qui l’est, c’est l’usage qu’on en fait. Le monde de gestion technotronique actuel, cette dictature scientiste du privilège exacerbé, cette société de la réification absolue de tout et tout le monde, nous mène via un usage malfaisant et toxique de la technologie à la perte totale de notre humanité au profit d’une oligarchie hors sol possédant tous les leviers d’action pour mettre en place une dictature planétaire technotronique.

Ce système toxique et destructeur, eugéniste et génocidaire balancé par dessus-bord verra la société humaine retrouver ses racines profondes communes d’entraide et de solidarité, ces racines dormantes mais toujours bien présentes. L’homme n’est pas un loup pour l’homme, la guerre n’est pas dans la nature humaine. La violence est une construction sociale, elle perdure dans un environnement toxique créant des rapports et relations tout aussi toxiques et n’est en rien inéluctable. Dépasser les rapports antagonistes est une des clefs de la réussite. L’antagonisme est apparent, parfois factice, créé de toute pièce, parfois réel en apparence, mais de fait partie d’une complémentarité. Rien ne s’oppose, tout se compose… Voilà la base…

Ainsi, tout part de l’individu et à ce titre, chacun doit :

  • Réfléchir, remettre au goût du jour la pensée critique qui mène à l’action critique
  • Remettre en cause tout ce qui semble être acquis de notre connaissance institutionnalisée
  • Rechercher l’information depuis des sources alternatives ou officielles jetées aux oubliettes (il y en a plus qu’on le croit, des historiens comme Howard Zinn et Anthony Sutton firent leurs recherches et publièrent alors qu’ils étaient dans le système avant de devenir des “figures” de l’alternatif et de la dissidence…)
  • Comprendre que nous sommes dans une guerre de l’information contre un ennemi tout puissant parce qu’on le laisse manœuvrer à sa guise. Chacun doit se documenter et diffuser l’information autour de soi, même si on a l’impression parfois de prêcher dans un désert, notre expérience de plus d’une décennie nous a enseigné une chose certaine : personne ne peut savoir qui il touche en diffusant de l’info vitale pour la compréhension et le changement de notre réalité… Nous avons ouvert bien des esprits dans des endroits insoupçonnés, nous sommes loin d’être les seuls…
  • Ne jamais sous-estimer (ni sur-estimer bien sûr…) le pouvoir de l’individu. Tout part d’une personne ou de plusieurs personnes qui, concertées ou non, dit/disent NON ! Et ne recule plus sur tel ou tel sujet, tel Rosa Parks dans son bus qui le 1er décembre 1955, déclencha le mouvement des droits civiques afro-américain sans le savoir, parce qu’elle décida de son propre chef que la ségrégation au quotidien devait finir. Une personne, une décision, une action, un NON ! qui résonna dans le monde entier. Question : pourquoi croyez-vous que l’oligarchie dépense des milliards pour garder l’individu dans l’ignorance de tout ? Parce qu’elle est terrifiée à l’idée qu’un individu éveillé et conscient puisse s’associer librement à ses semblables pour changer à jamais la réalité sociale imposée et maintenue par la force par le plus petit nombre.
  • Ignorer le vieux monde, le vieux système et se consacrer à la création du nouveau.

De là s’ensuit :

  • La nécessité d’une action de recherche d’association libre. Chacun cherche et s’assemble avec ses semblables, quels semblables ? Seul critère : la recherche active et critique de la réalité vécue localement et la volonté individuelle et maintenant collective de la changer hors système, en association libre d’action politique et sociale horizontale avec pour seul objectif le bien commun…
  • Ceci peut se passer dans chaque village, ville, quartier, lieu de travail, lieu de loisir, université, centre de formation, trouver sans cesse l’opportunité de communiquer PHYSIQUEMENT avec l’autre et rechercher similarité et complémentarité…
  • Commencer collectivement des actions de changement en quelque domaine que ce soit, d’abord en restant dans les clous en s’appropriant les zones de flou, puis pas à pas en sortant du système sachant qu’à un moment donné, la désobéissance civile deviendra inévitable et qu’il faudra l’assumer et toujours refuser d’obéir et de plier aux diktats oligarchiques et ses forces de répression.
  • Un des buts devrait être la création de zones autonomes qu’elles soient temporaires ou définitives, fixes ou mobiles, zones accueillant toutes celles et ceux désirant fonctionner en association libre toujours en recherchant la connexion avec les zones autonomes créées ailleurs.
  • Créer un réseau horizontal, acéphale, impossible à infiltrer clandestinement en pensant sans cesse que le système ne peut pas décapiter un mouvement qui n’a pas de tête. En ce sens, le mouvement des Gilets Jaunes tenaient le bout bout => TOUT LE POUVOIR AUX RONDS-POINTS !
  • Rechercher à étendre les zones autonomes pour qu’elles deviennent des communes actives, productives, horizontales, associées librement à d’autres et produisant biens et services uniquement pour le bien commun sans passer par la case “marchandise et fric”, court-circuitant ainsi les rouages du système.
  • Comprendre et admettre qu’il n’y a pas de “solution unique”, de “balle d’argent” qui va tuer d’un coup le loup-garou étatico-marchand et que nous devons œuvrer pour des solutions à géométrie variable selon les besoins et les capacités locales tout en étendant le réseau de fonctionnement organique de manière exponentielle au fur et à mesure que l’effet boule de neige fait basculer toujours plus de gens dans la nouvelle réalité de la société des sociétés…
  • Communiquer, écrire, diffuser les expériences individuelles et collectives. Partager le savoir, le savoir-faire, l’expérience avec autant de personnes possibles. Utiliser les espaces communs gagnés sur la pourriture dégénérée pour produire de l’utile pour tous, en quelque domaine que ce soit.
  • Enseigner par l’exemple : c’est en voyant le succès que les cœurs et les esprits se gagnent, qu’un plus grand nombre se joint à l’effort collectif dans une prise de décision individuelle, comme cela se produisit dans les collectifs aragonais en 36.
  • Là encore, collectivement ignorer le vieux monde et se consacrer à développer notre nouvelle réalité. Œuvrer à faire sauter les verrous institutionnels qui empêchent la redilution du pouvoir dans le corps social, là où il est particulièrement soluble et efficace ; court-circuiter le système en le rendant définitivement obsolète par la superposition des associations libres sur les structures effritées de l’état-marchand.

En définitive, la croisée des chemins se présente et l’oligarchie est sans équivoque à ce sujet, leur choix est la destruction de l’humanité telle que nous la connaissons pour mener le monde dans une dictature religieuse scientiste technotronique transhumaniste. La crise COVID et la manipulation génétique à ARNm n’est qu’un outil de contrôle supplémentaire. 

L’autre chemin est celui de notre humanité enfin réalisée dans une société horizontale faite d’amour et  de coopération au sein d’un réseau planétaire d’associations et d’entraide libres et altruistes ayant vaincu les mirages de la pathologie étatico-marchande. Ce chemin est tout aussi réel, il convient de le débroussailler. Notre génération est la génération éclaireuse, pionnière de cette nouvelle réalité qui bourgeonne. Tournons le dos à l’abomination de la déchéance transhumaniste totalitaire et avançons sur le chemin de notre humanité enfin réalisée. Rejetons le laid, la perversion et la haine et embrassons la beauté, l’amour et l’harmonie naturelle qui nous tendent les bras depuis toujours. Retournons dans le sein de notre nature profonde véritable et rappelons-nous de ces sublimes paroles du grand Jacques qui nous disait juste avant de mourir : “Toi, toi si t’’étais le bon dieu, mais toi tu es beaucoup mieux… tu es un Homme !”

La croisée des chemins qui arrive nous propose deux directions très simples : d’un côté la mort… de l’autre la Vie ! C’est toujours une question de CHOIX  individuel d’abord et avant tout, collectif quasi simultanément ! Puisse t’il enfin être éclairé !

Résistance 71
19 novembre 2022

Lectures complémentaires :

“Du chemin de la société vers notre humanité réalisée” Résistance 71, 2019, PDF)

“Que faire ?” (Résistance 71, 2010, PDF)

« Petit précis sur la société et l’État », Résistance 71, PDF

“L’essentiel de Résistance 71 2010-2021”, PDF

Notre page “Coronavirus, guerre contre l’humanité” (mise à jour depuis 2019)

« Stopper la dictature technotronique », JBL1960, PDF

“L’art de ne pas être gouverné”, James C. Scott, PDF

« Appel à la vie contre la tyrannie étatique et marchande », Raoul Vaneigem, 2019, PDF

Et aussi

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Monopole étatique de la violence, répression de la dissidence, vains outils de contrôle de l’insurrection qui vient… dans l’esprit universel du communard Gilet Jaune (Résistance 71 et RT France)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, gilets jaunes, guerres hégémoniques, média et propagande, militantisme alternatif, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 9 novembre 2022 by Résistance 71

Lallement1
chiens de garde de l’inutile et du parasitaire…

Dérive logique de la pourriture étatico-marchande, qui ne sera que vaine… L’esprit Gilet Jaune est l’esprit communard, il EST la nature humaine et est universel en chacun de nous où un anarchiste sommeille. Toutes les lopettes, serpillières, larbins du système à l’instar des Himmler et Lallement ci-dessus, ne sont que les petits soldats du totalitarisme étriqué de la survie élitiste, qui sera balayé par l(a) (R)évolution sociale qui vient. Le tsunami de la (r)évolution sociale balaiera toute la fange étatico-marchande et mettra en place la société des société de notre humanité enfin réalisée dans sa spiritualité vraie, celle de la société de l’étre dans sa nature bien comprise.
Rendez-vous Lallement et sbires associés de cet acabit, vous êtes cernés ! L’esprit Gilet Jaune triomphera !
~ Résistance 71 ~

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Manifestations : pour Lallement, “l’usage du feu” par les forces de l’ordre “risque d’arriver un jour”

RT France

6 novembre 2022

Url de l’article original :

https://francais.rt.com/france/102198-manifestations-pour-lallement-usage-feu-fdo-risque-arriver-un-jour

L’ex-préfet de Paris estime que la classe moyenne est entrée «dans la violence politique et la révolte». Selon lui, le jour où la police «devra ouvrir le feu, on entrera dans une autre dimension». «Cela risque d’arriver un jour», craint-il. L’ex-préfet de police de Paris Didier Lallement – qui avait déclaré par le passé ne «pas être dans le même camp» que les Gilets jaunes – a estimé possible que les forces de l’ordre soient amenées «ouvrir le feu» sur les manifestants à l’avenir, dans une interview accordée à L’Opinion et publiée ce 6 novembre.

«Le jour où on devra ouvrir le feu, on entrera dans une autre dimension. Cela risque d’arriver un jour», a-t-il ainsi affirmé, jugeant qu’avec les Gilets jaunes, une partie de la classe moyenne était entrée «dans la violence politique et la révolte». 

«On a frôlé l’ouverture du feu»

«Il n’y a pas eu de morts à Paris pendant la crise», résume-t-il. Pourtant, «on a frôlé l’ouverture du feu», rapporte-t-il avant d’avancer que cela «ne s’est pas produit» et ce, «grâce au courage des fonctionnaires de police». «La caractéristique des Gilets jaunes, c’est qu’ils attaquaient là où les forces de l’ordre étaient moins nombreuses», poursuit-il : «imaginez le sang-froid qu’il a fallu aux deux policiers qui étaient réfugiés dans une laverie où un groupe armé de piques essayait de pénétrer en cassant les vitrines !»  Didier Lallement n’a pas évoqué dans cet entretien l’usage d’armes sublétales, comme les Lanceurs de balles de défense (LBD). Pour l’ex-préfet de police, qui répondait à sa controversée application du maintien de l’ordre, la cohésion du pays étant en cause, il est nécessaire de «tenir sur l’ordre et l’autorité». Désormais, ce sont les mouvements écologistes radicaux qui semblent inquiéter le haut fonctionnaire : la violence «se retrouve aujourd’hui avec le radicalisme écologique qu’on a vu s’exprimer à Sainte-Soline, et des mouvements comme Extinction rebellion justifient cette voie au nom de la désobéissance». Le préfet visé par deux informations judiciaires Dans le collimateur de la justice pour sa gestion du mouvement des Gilets jaunes à Paris, Didier Lallement a été visé par deux informations judiciaires distinctes : l’une après une plainte du Gilet jaune Maxime Nicolle, dénonçant sa «détention arbitraire» en marge du défilé du 14 juillet 2019, l’autre après une plainte de Priscillia Ludosky et Faouzi Lellouche, qui l’accusent de les avoir mis en danger en les «nassant» et en les empêchant de manifester à Paris en novembre 2019. Didier Lallement avait quitté ses fonctions de préfet dans un climat polémique autour de la gestion de la sécurité lors de la finale de la Ligue des champions au Stade de France fin mai. Nommé secrétaire général de la Mer par le Conseil des ministres sur proposition d’Elisabeth Borne en septembre, l’ex-préfet avait par ailleurs été promu au rang de commandeur de la Légion d’honneur le 14 juillet 2021.

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La France refuse de signer la résolution de l’ONU contre la promotion du nazisme ?… Étonnant non ?…

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Notre dossier « Gilets Jaunes » depuis 2018

A toute la pourriture totalitaire étatico-marchande : 

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Transformer la réalité : pour des communauté politique autonomes en association libre (OSRE)

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rebellion1

Que tout donc se meuve, agisse et crée
Se forme d’abord et puis se métamorphose,
En apparence, seulement, immobile par instants.
L’éternité se manifeste en toute chose,
Car tout doit s’effondrer en rien,
Si cela veut persévérer dans l’Être.
(Goethe, Un et Tout)

“Qu’est-ce que l’État ? C’est le signe achevé de la division dans la société, en tant qu’il est l’organe séparé du pouvoir politique: la société est désormais divisée entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent. La société n’est plus un Nous indivisé, une totalité une, mais un corps morcelé, un être social hétérogène… »
~ Pierre Clastres ~

Pour des communautés politiques autonomes et offensives !

Rébellion, OSRE

Republication d’un article de 2014

Source : 

https://rebellion-sre.fr/communautes-politiques-autonomes-offensives/

L’Empire ne s’oppose pas à nous comme un sujet qui nous ferait face, Mais comme un milieu qui nous est hostile”  Tiqqun, Contribution à la guerre en cours.

En 2005, sur le plateau des Millevaches, ceux qui seront trois ans plus tard au centre de la fameuse « Affaire de Tarnac » décident de s’éloigner volontairement du monde moderne afin de recréer, à leur échelle, une micro-société plus conforme à leur idéal. Cette démarche de rupture reproduit un fait politique particulier mais régulier dans les mouvances dites “dissidentes”. La corrélation entre un éloignement politique et un éloignement géographique du monde moderne. Comme avant eux les milieux libres et les communautés libertaires de la fin du XIX siècle, le mouvement artamanen des années 1920, les communautés hippies des années 1960-1970, et plus proche de nous, la lutte autour du plateau du Larzac contre le projet d’agrandissement d’un camp militaire (à partir de 1973), certaines personnes ont associé une discontinuité dans le discours et sa mise en œuvre (mise en pratique par des moyens de communications spécifiques, des moyens d’action et de revendication en rupture avec les formes institutionnelles…) et une discontinuité dans l’espace (éloignement le plus possible des lieux où s’exprime avec le plus de force la modernité).

De fait, les villes ont toujours constitué un bastion du capitalisme, et l’urbanisme n’a toujours été qu’un terme pour désigner la mise au pas de l’environnement dans l’optique des intérêts capitalistes. Jean-François Brient, dans son film De la servitude moderne, déclarait “l’unification de l’espace selon les intérêts de la culture marchande est le grand objectif de notre triste époque. Le monde doit devenir une immense autoroute, rationalisée à l’extrême, pour faciliter le transport des marchandises. Tout obstacle, naturel ou humain doit être détruit”. L’importance que constitue l’urbanisme comme axe d’action par le capitalisme n’a que rarement été considéré à juste titre (1), à l’exception de certains milieux anarchistes autonomes (voir à ce sujet l’excellent blog “Laboratoire d’urbanisme insurrectionnel”). La même critique se retrouve aussi dans les écrits de certains militants autonomistes ou indépendantistes “régionalistes” qui voyaient bien en quoi les villes étaient les tombeaux des cultures populaires et locales enracinées, au profit de la non-culture de masse mondialisée.

De fait, le système, lui, ne s’y trompe pas, et quatre jeunes basques ont récemment écopé de 2 ans de prison ferme chacun (1 an pour la quatrième) pour avoir entarté, le 27 octobre 2011, la présidente de la communauté de Navarre, pour s’opposer à un projet de Ligne à Grande Vitesse traversant les Pyrénées. Le mouvement autonomiste occitan Libertat! déclarera, à la suite de l’entartage : “Pour les autorités de la CTP, les Pyrénées ne sont qu’une barrière et un “goulot d’étranglement” qui entrave les flux de marchandises et les affaires; leur défi recherche de façon permanente un spectaculaire accroissement des trafics et la “perméabilisation des Pyrénées”, qui n’est autre chose que de transformer cette cordillère en un gigantesque “gruyère” traversé de part et d’autre par de grandes infrastructures de connexion entre les grands centres d’affaires.”

La volonté du capital est d’abolir les distances physique pour accélérer ses rendements, sans soucis de la Nature ou des cadres de vie locaux.

Partout le système capitaliste appauvrit et uniformise le monde, on assiste à une standardisation des modes de vie. Les mêmes désirs de possessions se diffusent. La culture matérielle et superficielle nourrit les imaginaires. Les mêmes enseignes de magasins, la même architecture, les mêmes villes se retrouvent d’un pays à l’autre. La quête du bonheur individuel dans un environnement urbain est devenue le modèle universel. Tout le monde rêve des mêmes choses au même moment. Les formes de travail antérieures à l’industrialisation sont détruites (artisanat, agriculture rurales, etc) et la dissolution de tous les liens de la vie communautaire (famille, village, quartiers) aboutit à l’atomisation du monde sous le règne du calcul égoïste. Les aspirations s’homogénisent à mesure que le déracinement et la déculturation se développent.

Ce mouvement est-il irréversible ? Nous ne le pensons pas. Il est certain que certains sont déjà trop lobotomisés pour s’en rendre compte. Mais il existe suffisamment d’esprits rebelles pour trouver d’autres voies que celle proposée par le système.

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Reprendre le pouvoir sur nos vies : Emancipation et autonomie

Face à ce constat, couplé avec celui de la difficulté (de l’impossibilité ?) de lutter frontalement contre le Capital, en particulier dans les zones qu’il a créées selon ses principes, certains ont choisi de sortir volontairement du système et de le combattre de l’extérieur et non plus de l’intérieur. Ce choix a l’avantage de permettre une application concrète nos valeurs et nos idées hors du cadre faussé de la modernité capitaliste. Le socialisme révolutionnaire pose l’idée de communauté et d’autonomie au cœur de sa démarche, alliée à une émancipation libératrice des capacités humaines enchainées par le capitalisme. Cette démarche peut exister dès à présent sous de nombreuses formes. L’une d’elle pourrait être justement des Communautés Politiques Autonomes.

Une chose doit être claire, ce concept n’a rien avoir avec le survivalisme très à la mode actuellement. La survie individuelle n’est rien si elle ne porte pas un projet de renaissance collectif. Le survivalisme reste marqué par l’époque qui l’a vue naitre, c’est un réflexe égoïste issu de la mentalité ultra libérale finissante. Si certains enseignements pratiques peuvent être utiles (être préparé physiquement et mentalement à une situation de crise est une obligation pour un révolutionnaire), l’imaginaire qu’il véhicule est plus qu’invalidant. Le repli survivaliste est le plus sûr moyen de disparaitre. Isolés et sans liens, nous serions encore plus vulnérables face à n’importe quelle collusion. Même suréquipé, l’homme n’est rien seul.

Tout en marquant une rupture avec les principes survivalistes, qui n’agissent que dans l’optique de se préparer au pire, et non au meilleur, il apparaît important de poser la question de la pertinence de ce que l’on pourrait appeler des Communautés Politiques Autonomes. En effet, le fait de pouvoir sortir entièrement du système à l’heure actuelle exige un éloignement géographique des grands centres urbains, mais aussi des pratiques politiques alternatives. Le plus décisif étant un éloignement mental de sa domination idéologique.

L’idée de la Communauté Politique Autonome, c’est justement d’être un centre de résistance avec une double vocation. Tout d’abord, permettre de mettre en application nos idées et valeurs à l’échelle locale. De retourner vers le terrain, se réapproprier l’espace et être un acteur positif d’une vie collective. Le but est de se fondre dans l’environnement et de participer à la vie des communautés déjà présentes sur le terrain. Ce n’est nullement un isolement du monde, mais au contraire un enracinement actif.

Dans le même temps, la Communauté Politique Autonome (CPA) est une base arrière, un pôle de diffusion et un espace de rencontre pour les dissidents. C’est le lieu où la réflexion pourrait être partagée et où des cultures et des traditions nouvelles pourraient naitre. C’est un espace de convivialité (concerts, fêtes) mais aussi de lutte. Si l’expérience prenait, un réseau de CPA pourrait recouvrir le territoire.

Socialistes révolutionnaires, allez sur le terrain !

Un choix par lequel devront passer tous ceux qui se poseront un jour la question de l’exode urbain est bien évidemment celui du lieu où aller. Produire localement, consommer localement, militer localement : c’est possible mais il faut bien choisir le lieu. De fait, les zones peu urbanisées sont le plus souvent les zones montagneuses, ainsi que certaines zones de plaines reculées (malheureusement elles sont aussi le plus souvent les plus chères). Il faut aussi prendre en compte le fait qu’une zone trop accidentée n’est pas propice à la mise en place d’une agriculture vivrière, et que les difficultés pour se déplacer (neige, petites routes) sont aussi un frein pour effectuer les échanges (de produits agricoles ou artisanaux par exemple) nécessaires pour régler les dépenses, mêmes minimales (impôts), qui ne disparaîtront qu’avec le capitalisme. De même, un accès trop difficile freine le rôle de pôle de résistance.

La question de la propriété du lieu est aussi cruciale pour l’avenir de l’expérience. Chaque mètre carré de terrain étant la propriété d’un particulier ou d’une collectivité, se pose la question pour les dissidents de savoir s’il veulent acheter un bien immobilier (une fois réglée la question, bien que très problématique, des moyens financiers) et de fait se soumettre jusqu’à un certain point au système (impôts sur le foncier, normes d’habitation, factures d’eau ou d’électricité). La question de l’énergie est aussi importante, l’autosuffisance implique certaines dépenses en entretien et des normes très contraignantes. L’occupation illégale d’un bien immobilier, avec les risques juridiques que cela comporte, pose elle comme gros problème de ne pouvoir garantir la pérennité de l’expérience. Mais surtout elle compromet les chances d’intégration dans le groupe des habitants traditionnelles ou réguliers du lieu.

Car l’enjeu est de créer une symbiose entre la Communauté Politique Autonome et son milieu naturel, mais aussi humain. Elle ne vise absolument pas à une marginalisation dans un espace clôt à l’extérieur. Au contraire, elle doit se sentir comme un poison dans l’eau et devenir un acteur de la vie locale. Les habitants des régions rurales les plus préservées du désastre capitaliste, se caractérisent par un esprit de communauté plus ou moins vécu ou marqué. Sans les idéaliser, les “locaux” seront toujours moins exposés aux valeurs du système. Souvent par leurs origines très différentes (familles traditionnelles enracinées depuis plusieurs siècles ou enfants de hippies vivant dans le même esprit que leurs parents, mais aussi bons nombres de néo-ruraux fuyant la misère et l’insécurité des villes), ils sont souvent plus proches de nos idées que nous pouvons le penser. Echafauder un réseau de savoir-faire, travailler sur des projets à l’échelle globale, mettre en place des réseaux de diffusion des productions locales sur le modèle localiste, sauvegarder les techniques et les environnements, défendre les biens communaux : voila quelques pistes d’actions possibles.

Surtout que nous pouvons aussi prendre appui sur une spécificité française : les petites communes. La France compte environs 1000 communes de moins de 50 habitants. Elles se regroupent dans certaines régions de faible densité de population, souvent dans les zones montagneuses, comme l’Ariège, les Pyrénées Catalans, le Jura, les Vosges ou les Alpes. L’autonomie locale dans les petites communes renvoie inéluctablement, en géographie sociale, à la notion d’appropriation du territoire par les populations. Dans une petite commune, le conseil municipal peut compter un membre de chaque famille ; les habitants se connaissent tous mutuellement. Les petites communes sont historiquement gérées de manière communautaire. Même si l’Etat veut réorganiser ce système par l’intercommunalité, elles savent résister et conserver leur autonomie.

Nous avons conscience de n’avoir donné que des grandes lignes d’un projet très vaste, cette démarche demande à être murie et reprise. Nous espérons au moins avoir ouvert un débat qui pourrait voir naitre une alternative. Mais si nous devions résumer notre propos, nous garderons ceci : « L’autonomie pour faire vivre la communauté, la communauté pour construire le socialisme révolutionnaire ». 

( article paru dans le Rébellion numéro 62 – mars 2014)

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“Obéir, non ! Et gouverner ? Jamais !”
~ F. Nietzsche (Le gai savoir #33) ~

Lectures complémentaires :

L’OSRE sur Résistance 71

Et n’oublions jamais…

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

on-ne-se-soumettra-pas-r71

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Résistance politique : le séisme Gilets Jaunes (David Graeber)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 24 septembre 2022 by Résistance 71

DG1

Les Gilets Jaunes montrent à quel point le terrain bouge sous nos pieds

David Graeber*

Décembre 2018

(*) David Graeber (1961-2021) anthropologue politique anarchiste, fut professeur à la London School of Economics après avoir été viré de Yale pour raisons politiques. Il est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages de recherche tels : “Fragments d’anthropologie anarchiste”, “Dette : les 5000 premières années”, “Bullshit jobs”, “Possibilités” et son dernier ouvrage avant son décès, conjointement avec l’archéologue David Wengrow “L’Aube de tout, une nouvelle histoire de l’humanité” dont nous traduirons et publierons de larges extraits avant la fin de l’année. Il fut un des activistes proéminents du mouvement Occupy Wall Street et une figure de la gauche académique anglo-saxonne.

=> Lire David Graeber sur Résistance 71 et sur notre page “anthropologie politique”.

Cela me frappe que la profonde confusion, voire même l’incrédulité, démontrées par les commentateurs français, plus même, par les commentateurs mondiaux, devant chaque acte successif du drame des Gilets Jaunes, approchant maintenant rapidement un climax insurrectionnel (NdT: Graeber avait raison en décembre 2018, ce fut très très chaud jusqu’en février 2019, l’Élysée fut bien près de tomber…), soit le résultat d’une presque totale incapacité de prendre en compte que les manières dont le pouvoir, le travail et les mouvements alignés contre le pouvoir, ont changé ces 50 dernières années et particulièrement depuis 2008. Les intellectuels [de gauche] ont pour l’essentiel fait un pathétique travail de compréhension de ces changements.

Laissez-moi commencer par offrir deux suggestions en ce qui concerne la source d’une partie de cette confusion :

1. Dans une économie totalement financiarisée, seuls ceux très proches des moyens de création monétaire (essentiellement, les investisseurs et les classes professionnelles de la gestion), sont en position d’employer le langage de l’universalisme. En résultat, toutes demandes politiques étant basées sur des intérêts et des besoins particuliers, ont eu tendance à être traitées comme des manifestations de l’identité politique et dans le cas de la base sociale des Gilets Jaunes, ceci ne peut donc pas être imaginé comme autre chose que proto-fasciste.

2. Depuis 2011, il y a eu une transformation mondiale des assomptions de sens commun sur ce que devrait vouloir dire de participer à un mouvement de masse démocratique, du moins au sein de ceux ayant le plus de chances d’y participer. Les vieux modèles “verticaux” avant-gardistes d’organisation ont rapidement laissé la place à un ethos d’horizontalité où la pratique démocratique égalitaire et l’idéologie sont ultimement deux aspects de la même chose. L’incapacité de comprendre cela donne la fausse impression que des mouvements comme celui des Gilets Jaunes sont anti-idéologiques, voire même nihilistes.

Laissez-moi vous présenter quelques données de fond au sujet de ces assertions.

Depuis que les Etats-Unis ont largué en rase campagne l’étalon or en 1971, nous avons été les témoins d’un profond glissement de la nature du capitalisme. La vaste majorité des profits entrepreneuriaux maintenant ne dérivent plus de la production ni même du marketing de quoi que ce soit, mais de la manipulation du crédit, de la dette et des “loyers régulés”. Alors que les gouvernements et les bureaucraties financières deviennent de plus en plus imbriqués, il devient de plus en plus difficile de les distinguer l’un de l’autre, la richesse et le pouvoir tout particulièrement, le pouvoir de créer l’argent (c’est à dire le crédit), devient aussi la même chose. C’est ce sur quoi nous attirions l’attention lors du mouvement Occupy Wall Street lorsque nous avons parlé des fameux “1%”, ceux qui ont la capacité de tourner leur richesse vers l’influence politique et cette influence politique, en retour, vers plus de richesse…

Malgré cela, les politiciens et les commentateurs des médias refusent systématiquement de reconnaître les nouvelles réalités, par exemple, dans le discours public, il est toujours de bon ton de parler de la politique fiscale comme étant le moyen principal du gouvernement de lever des revenus pour financer ses opérations, alors que c’est en fait devenu de plus en plus le moyen de 1) s’assurer que le moyen de la création de crédit ne puisse jamais être démocratisé (car seul un crédit officiellement approuvé est acceptable en paiement d’impôts) et 2) de redistribuer le pouvoir économique d’un secteur social à un autre.

Depuis 2008, les gouvernements ont injecté du nouvel argent dans le système, qui, en accord avec le célèbre effet de Cantillon, a eu tendance à augmenter de manière disproportionnée la richesse de ceux qui détiennent les biens financiers et les alliés technocrates des classes professionnelles gestionnaires. En France, bien évidemment, ceux-ci sont exactement les macronistes. Les membres de ces castes ressentent qu’ils sont la personnification de tout possible universalisme, leurs conceptions de l’universalisme étant fermement enracinées dans le marché, ou de manière de plus en plus importante, cette atroce fusion entre le marché et la bureaucratie qui constitue l’idéologie régnante de ce qui est appelé le “centre politique”. Les travailleurs, dans cette nouvelle réalité centrée se voient de plus en plus refuser toute possibilité à l’universalisme, car ils ne peuvent pas se le permettre financièrement. [celui-ci étant devenu une commodité]

La capacité d’agir pour la planète par exemple, plutôt que par les exigences de la survie, est maintenant un effet secondaire direct des formes de création monétaire et de la distribution gestionnaire des loyers ; quiconque est forcé de ne penser qu’à soi ou aux besoins immédiats de sa famille est perçu comme affirmant et démontrant une certaine identité ; et alors que certaines identités pourraient être être pardonnées de manière bien condescendante, celle de la “classe travailleuse blanche” ne peut prendre que la forme de racisme. On a vu la même chose aux Etats-Unis, où des commentateurs libéraux, gauchisant, ont réussi à argumenter que les mineurs de charbon des Appalaches avaient voté pour Bernie Sanders, un juif socialiste, et que ceci ne pouvait être quelque part que l’expression d’un racisme ; tout comme il en va de même avec cette étrange insistance que les Gilets Jaunes doivent être des fascistes, même s’ils ne l’ont pas encore compris.

Ceci représente des instincts profondément anti-démocratiques.

Pour bien comprendre l’appel du mouvement [des Gilets Jaunes], c’est à dire, l’émergence soudaine et la propagation comme une traînée de poudre, d’une politique véritablement démocratique, voire même insurrectionnelle, je pense qu’il y a ici deux facteurs très largement ignorés à prendre en considération.

Le premier est que le capitalisme financier implique un nouvel alignement des forces de classe, surtout la caste techno-manageuriale qui emploie de plus en plus de personnes dans une foule de “bullshit jobs” en tant que redistribution systémique néolibérale, contre une classe du travail qui est maintenant mieux vue comme la “classe de l’attention”, comme ceux qui bichonnent, s’occupent, entretiennent des “producteurs” plus que démodés. Un effet paradoxal de la numérisation est qu’alors que cela a rendu la production industrielle infiniment plus efficace, cela a rendu aussi la santé, l’éducation et autre secteur social de plus en plus sans travail, donc ceci combiné avec la diversion des ressources vers la caste administrative sous un régime néolibéral (en attente de coupes sévères dans les budgets sociaux, ce qui est en marche…), cela veut dire que pratiquement partout, ce sont les enseignants, les infirmières, les personnels sociaux et para-médicaux et autres membres de la caste des services qui se sont retrouvés au front pour la contestation et la militance du travail… [où sont les ouvriers de plus en plus remplacés par une technologie IA ?…]

Les clashes entre les ambulanciers et les forces de police à Paris la semaine dernière peuvent être pris comme un symbole vivant des nouvelles forces en présence. Une fois de plus, le discours public n’a pas encore compris les nouvelles réalités qui se font jour, mais avec le temps, nous allons devoir nous poser de toutes nouvelles questions : non pas quelles formes de travail peuvent être automatisées par exemple, mais lesquelles désirerions-nous qu’elles le soient et lesquelles ne le désirerions-nous pas ; pendant combien de temps allons-nous encore continuer de maintenir en place un système dans lequel plus vous travaillez à aider les autres et moins vous êtes payés pour le faire ?

Secondo, les évènements de 2011, à commencer avec les “printemps arabes” et avec les places des mouvements Occupy, paraissent avoir marqué une cassure fondamentale dans le sens commun politique. Une manière de savoir qu’à un moment donné une révolution mondiale a eu lieu est que les idées qui étaient considérées comme folie peu de temps auparavant deviennent les assomptions de base de la vie politique. La structure horizontale, sans leader et de démocratie directe adoptée par le mouvement Occupy Wall Street par exemple, était presque universellement considéré comme idiotique de manière caricaturale et non pratique à l’emploi et dès que le mouvement fut supprimé, fut prononcé comme la raison de son “échec”. Cela était sans doute exotique de tirer non seulement sur l’ambulance de la tradition anarchiste, mais aussi sur le féminisme radical et même sur certaines formes de spiritualité indigène.

Mais il est maintenant devenu clair que c’est devenu le mode par défaut d’organisation démocratique partout, de la Bosnie au Chili en passant par Hong Kong et le Kurdistan. Si un mouvement démocratique de masse émerge, c’est la forme qu’il peut maintenant prendre le plus souvent. En France, Nuit Debout fut peut-être le premier à embrasser l’horizontalité à grande échelle, mais le fait qu’un mouvement originellement de travailleurs ruraux et de petites villes de province et de travailleurs indépendants, ait spontanément adopté une variation de ce modèle, montre juste à quel point nous sommes immergés dans un nouveau sens commun de la véritable nature de la démocratie.

La seule caste de personnes qui ne semble pas être capable de saisir cette nouvelle réalité est celle des intellectuels. Tout comme durant Nuit Debout, beaucoup de ces “leaders” auto-proclamés ont semblé incapables ou sans intérêt à accepter l’idée que les formes horizontales d’organisation étaient en fait une forme d’organisation (ils ne pouvaient pas comprendre la différence essentielle entre le rejet pur et simple d’une hiérarchie d’organisation pyramidale et le chaos total), ainsi maintenant, les intellectuels de gauche comme de droite affirment que les Gilets Jaunes sont “anti-idéologiques”, incapables de comprendre que pour des mouvements sociaux horizontaux, l’unité de la théorie et de la pratique (ce qui pour les anciens mouvements sociaux radicaux tendaient plus à se produire en théorie qu’en pratique), existe de fait dans la pratique. Ces nouveaux mouvements n’ont besoin en rien d’une avant-garde intellectuelle pour leur fournir une idéologie parce qu’ils en ont déjà une : le rejet de l’avant-garde intellectuelle et l’adoption de la multiplicité et de la démocratie horizontale sans leadership.

Il y a un rôle pour les intellectuels dans ces mouvements, certainement, mais cela devra impliquer moins de parlotte et plus d’écoute.

Aucune de ces nouvelles réalités, que ce soit celle des relations argent-pouvoir ou la nouvelle compréhension de la démocratie, ne va cesser d’être dans un futur proche, quoi qu’il arrive dans le prochain acte du drame en cours. Le terrain a bougé sous nos pieds, et nous avons tout intérêt à penser où réside notre allégeance : avec la pourriture universaliste du pouvoir financier, ou avec ceux qui agissent au quotidien se préoccupant de rendre la société possible et meilleure.

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Voir notre dossier « Gilets Jaunes »

4 textes modernes pour changer notre réalité

« Du chemin de la société vers son humanité réalisée » (Résistance 71, 2019)

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Tout le pouvoir aux ronds-points !…

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Réflexion critique : de l’aliénation capitaliste (OSRE)

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Qu’est-ce que l’aliénation capitaliste ?

Rébellion organe de l’OSRE

Mai 2022

Source: https://rebellion-sre.fr/quest-lalienation-capitaliste/

Le capitalisme n’est pas seulement un système économique, il est la matrice qui a engendré le monde moderne et aussi un type humain, que certains ont appelé Homo Oeconomicus, fruit d’une véritable transformation anthropologique. Il a réalisé ce que les régimes totalitaires du XX° siècle avaient rêvé de faire sans pouvoir le réaliser: donner naissance à un homme nouveau et cela à l’échelle mondiale. Armé de sa technique et de son dieu unique, l’Argent, il a conquis le monde, c’est-à-dire qu’il l’a transformé en désert. Désert autour des hommes mais désert aussi en l’homme. Pour comprendre ce nouveau monde et ce nouvel homme, pour savoir comment une telle chose a pu se produire, il faut revenir à un concept fondamental mis en lumière par Karl Marx dans son analyse du capitalisme: l’aliénation.

L’aliénation comme une dépossession

La définition que l’on trouve dans le dictionnaire du mot aliénation nous dit que c’est «l’état de l’individu qui, par suite des conditions extérieures (économiques, politiques, religieuses) cesse de s’appartenir, est traité comme une chose, devient esclave des choses et des conquêtes même de l’humanité qui se retournent contre lui». Le seul mot français aliénation traduit deux termes allemands utilisés par Marx: Entäusserung (v. entäussern: se défaire de; adj. äusser: extérieur, externe) et Entfremdung (v. entfremden: éloigner, détacher, détourner; adj. fremd: étranger). Ce terme traduit donc un sentiment d’extériorisation, de dépossession de soi et d’étrangeté face au monde et à soi-même. Mais pour Marx il ne peut se comprendre qu’au sein du processus de domination du capital qui passe par l’exploitation, l’aliénation, la réification.

Car cette dépossession est le résultat de l’exploitation capitaliste, c’est-à-dire du fait que dans l’entreprise capitaliste les salariés produisent une valeur équivalente à celle de la force de travail (travail concret qui leur est versé sous forme de salaire) mais aussi une valeur additionnelle (travail abstrait qui donne la plus-value, la valeur, que gardent les capitalistes). Le travail vivant (concret) est transformé en abstraction (la valeur), c’est-à-dire en argent. Dans le monde capitaliste l’immense majorité des individus ne possèdent pas leur outil de travail, ils sont obligés de rejoindre des entreprises qui leur fournissent les moyens de travailler. Ils en sont réduits à vendre leur seul bien, leur force de travail, c’est-à-dire eux-mêmes, pour fabriquer des marchandises. Dés lors leur travail n’est plus qu’une marchandise parmi d’autres et ils doivent agir comme des capitalistes: pour survivre ils doivent impérativement vendre leur marchandise-force de travail sur un marché du travail où les salariés du monde entier sont mis en concurrence. Le salarié est celui qui extériorise sa propre puissance subjective (sa force de travail) en lui donnant, sous la forme d’une marchandise, une existence objective et cela dans le but de gagner un salaire lui permettant d’acquérir d’autres marchandises.

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Elle n’est pas une fatalité

Ce que Marx a critiqué ce n’est pas le travail en lui-même mais la forme spécifique qu’il a pris dans le monde capitaliste, la forme-marchandise. Le travail n’était pas aliéné, il l’est devenu à la suite d’une transformation sociale dont on peut faire l’histoire (ce que Marx a fait dans le livre I du Capital). Cette forme d’aliénation n’est pas une conséquence inéluctable de l’histoire humaine et elle n’a pas toujours existé comme voudraient nous le faire croire les idéologues du système. Alors que le travail avait permis à l’individu de s’affirmer en tant qu’homme, de dépasser l’animalité, la seule nécessité, pour agir sur son milieu et le maîtriser, il est devenu une forme de servitude. Il n’est plus un but en lui-même, il est devenu un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Ce qui devrait permettre l’affirmation de soi est devenu l’instrument de la négation de soi. Le travail qui était liberté et indépendance devient servitude et enfermement dans un processus abstrait et technique que personne ne maîtrise plus. L’individu aliéné perd toute conscience de sa force, de son pouvoir d’agir et de transformer le monde. Il est dépossédé de la maîtrise du monde qu’il habite et de son destin. De la naissance à la mort, en passant par l’enfance, l’école, le travail, la sexualité, la politique, les loisirs, la vieillesse, tout est laissé aux mains des experts, des techniciens, des gestionnaires. Tout ce qui reste à l’homme, c’est vendre et acheter, c’est se vendre et consommer. La loi du commerce a remplacé les valeurs du travail. Et cette servitude est appelée à ne pas connaître de fin car dans le système capitaliste la production, rebaptisée croissance, est un moyen qui n’a d’autre fin qu’elle même.

L’aliénation capitaliste ne touche pas seulement ceux qui travaillent, elle s’est étendue à tous les humains et au monde entier à travers la domination absolue de l’argent. L’argent est la marchandise- reine, celle qui permet d’avoir toutes les marchandises, celle qui est là pour remplacer tous les liens traditionnels que le développement du capitalisme et l’atomisation des individus ont détruits. L’argent, comme le travail dans le système capitaliste, réduit l’individu à n’être qu’une abstraction. On ne travaille que pour en gagner car il est le signe de la puissance, qui s’appelle aujourd’hui «le pouvoir d’achat». Celui qui en possède n’a aucun pouvoir mais il offre tous les moyens d’en obtenir. L’argent est l’objet absolu de tous désirs, le Désir objectivé, matérialisé. En posséder permet de consommer, d’acquérir tous les objets techniques qui s’offrent comme le moyen d’échapper à cette solitude, à cette angoisse face à un mode devenu étranger et incompréhensible. Mais le sentiment de puissance que procurent ces objets n’est qu’éphémère et, tout comme la production de marchandises, il ne peut avoir de fin car il renforce ce qu’il est censé combattre: l’aliénation et la réification. Ce qui se présente comme un remède n’est que le renforcement du mal et ceux qui le possèdent sont tout autant aliénés que ceux qui n’en ont pas.

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Une marchandisation de l’humain

Ainsi la particularité de l’aliénation et de la réification capitalistes ne peuvent se comprendre qu’au sein de l’exploitation. D’un travail qui dans les sociétés traditionnelles était intégré dans la vie, le capitalisme a fait quelque chose d’extérieur, une marchandise comme une autre. L’individu aliéné en arrive à considérer le monde, les choses, les autres comme il considère son travail: un moyen pour autre chose. Le monde, la nature ne sont plus que «l’environnement», le décor plus ou moins naturel dans lequel il évolue; les choses ont acquis une vie propre: les objets techniques et les machines qui devaient le servir et l’aider l’emprisonnent toujours davantage en se transformant en prothèses indispensables entre lui et la réalité; les autres sont au mieux des amis virtuels avec qui on n’a de lien que par écran ou téléphone portable interposés mais le plus souvent ils ne sont que des objets vivants mais insignifiants pour lesquels on ne ressent ni haine, ni amour, ni aucune sorte d’empathie, juste de l’indifférence. Enfin «libéré» des devoirs et des obligations traditionnels perçus comme des liens entravant sa liberté, persuadé de n’avoir aucun pouvoir sur ce monde où de toute façon il se sent étranger et qu’il accepte passivement tel qu’il est, il ne reste à l’individu aliéné que lui, que cet ego que la publicité flatte pour mieux l’exploiter. Il cultive sa différence et son originalité, qui ne sont rien d’autre que le produit de l’aliénation. Il ne se préoccupe que de son «développement personnel» en exploitant de son mieux son entreprise: lui-même. Il considère son corps, ses capacités, ses sentiments, ses relations comme des investissements qu’il pense pouvoir gérer rationnellement, en bon manager. Il n’est plus soumis à la dictature de la marchandise, il est devenu marchandise. Il a fait siennes les lois du système capitaliste dont il n’est que le produit et il reproduit à son échelle, envers lui-même et les autres, les mécanismes de domination: exploitation, aliénation, réification. Dés lors le monde ne peut avoir comme seul sens que celui d’un grand marché où tout se vend, où tout s’achète, où tout le monde est en concurrence avec tout le monde, où rien n’est vrai et où tout est permis.

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Retour à l’essentiel

On rejoint alors la deuxième définition du mot aliénation donnée par le dictionnaire: «trouble mental passager ou permanent qui rend l’individu comme étranger à lui-même et à la société où il est incapable de se conduire normalement».

Dans le système capitaliste les hommes ne contrôlent pas leur propre activité productive mais sont dominés par les résultats de cette activité. Cette forme de domination prend l’aspect d’une opposition entre les individus et la société, qui se constitue en tant que structure abstraite. Cette domination abstraite est exercée sur les individus par des structures de rapports sociaux quasiment indépendantes, médiatisées par le travail déterminé par la marchandise. Le système capitaliste c’est cette société individualiste où se sont constitués des rapports sociaux tellement objectivés qu’ils ont pris une indépendance complète à l’égard des individus. C’est cette domination abstraite qui amène à la domination de classe et non le contraire. Dénoncer les banques et les oligarchies financières, prendre l’argent aux riches pour le donner aux pauvres, ne changeront en rien les structures du système de domination capitaliste et ne mettront donc pas fin à l’aliénation. Comprendre l’aliénation ce n’est pas en sortir car personne n’est en dehors de ce système et ne peut s’en faire le critique en prenant une position extérieure. Mais la comprendre c’est déjà faire un effort pour en prendre conscience, comprendre que cette domination a une histoire et chercher les voies permettant de la dépasser. Car il ne s’agit pas de revenir à «un bon vieux temps» d’avant l’aliénation, il s’agit de s’approprier ou de se réapproprier ce qui s’est constitué sous une forme aliénée.

Paru initialement dans le numéro 54 dans la revue Rébellion

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Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

===

Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

ÉTEIGNONS LES ÉCRANS RALLUMONS NOS VIES

construction_ruines

De l’abstentionnisme à l’action politique directe pour la création de zones autonomes d’association libre d’une société contre l’État et la marchandise (Résistance 71)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 14 juin 2022 by Résistance 71

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Résistance 71

14 juin 2022

Une fois de plus, une certaine conscience politique renaît au sein du peuple français. Pour la énième fois, l’abstention a atteint un niveau record au premier tour de la mascarade électorale « législative » en ce dimanche dernier d’illusion démocratique avec un taux officiel de 53%, ne tenant pas compte non plus des non-inscrits comme nous tous à Résistance 71, ce qui ferait passer le taux d’abstention sans aucun doute au-delà de la barre des 60%.
Alors, oui, c’est bien, quelque chose se passe, il y a un fossé de plus en plus large qui se creuse entre les pseudo-démocrates électoralistes invétérés de caste ou de complaisance et la masse des contestataires et des mécontents, reconnaissant de plus en plus par leur abstention qu’il n’y a finalement pas de solution au sein du système. Ne crachons pas dans la soupe, ceci est une bonne chose et nous devons nous en féliciter ; cela va dans le bon sens. Ceci dit, nous devons aussi cesser de clamer à qui veut l’entendre que « L’abstentionnisme est le premier parti politique ce France », parce que cela n’est en rien suffisant, nous l’avons fait auparavant, mais ce fut une erreur. Se reconnaître intrinsèquement comme « un parti politique » est encore acquiescer à ce système inique, criminel et obsolète !
Le temps est venu maintenant de joindre l’action dissidente au refus de jouer le jeu politique de la mascarade qui n’a que trop duré. Il est temps maintenant de nous joindre, de nous unir et de mettre en pratique une alternative populaire, de changer notre relation politique à l’État, à l’ignorer et à construire des zones émancipées, des zones autonomes temporaires à velléité perpétuelles, de mettre en place les cellules de notre société des sociétés, celle qui refuse toute relation à l’État, la hiérarchie, les institutions, la marchandise, l’argent et le salariat. Mettons en place des zones libres, des zones ou règne la libre association entre égaux et la gestion de la société selon le principe du « A chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. »
Pour ce faire, nous n’avons pas du tout besoin que tout le monde soit d’accord, une fraction décidée et incorruptible de la population éveillée et réfractaire est suffisante, une solution à 10-15% qui aura un effet boule de neige par la qualité de son travail, de son organisation et de son modèle d’action et de gestion politico-sociale du quotidien de toutes et tous, ensemble, dans l’horizontalité de notre complémentarité dans la diversité.
Plus de 53% de la population adulte de ce pays refuse désormais de jouer le jeu politique truqué du mensonge institutionnalisé de la maintenance d’une caste de voyous au pouvoir d’un système criminel de domination et d’oppression perpétuelles. Que quelques millions de personnes de cette nouvelle entité politique créent, partout sur le territoire, des zones autonomes d’associations libres et ce sera fin de partie pour la pourriture étatico-marchande en place et ses marionnettes politicardes et bureaucratiques.
L’heure est venue, comme l’annonçait en son temps Victor Hugo qui disait : « Aucune armée au monde ne peut s’opposer à une idée dont l’heure est venue… »
Qui ose gagne !
Dans l’esprit Gilets Jaunes : tout le pouvoir aux ronds-points !
Solidarité Union Persévérance Réflexion Action (dans la) conscience politique…
Vive la Commune Universelle de notre humanité émancipée et enfin réalisée !

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Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

voter_agir

R71slogan

Il n’y a pas de solution au sein du système… Quand détruire est créer : de la tyrannie marchande à la société des sociétés en territoires émancipés…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 9 mai 2022 by Résistance 71

L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux ayant lâcher-prise de l’illusion démocratique et se tenant main dans la main avec les peuples colonisés contre l’oppression étatico-marchande, marchant sur le chemin de la société des sociétés, celui de notre humanité enfin réalisée.

Il n’y a pas de solution au sein du système… Le comprendre et agir, enfin…

~ Résistance 71 ~

Astyle

Une lutte militante anarchiste internationale

Groupe anarchiste anonyme

2022

Traduit de l’anglais par Résistance 71 

9 mai 2022

Alors que les guerres entre les états-nations deviennent de plus en plus fréquentes et attirent des volontaires du monde entier, c’est le moment idéal pour réfléchir sur ce qui caractérise les militants anarchistes internationaux.

Leurs objectifs sont de :

  • Créer des territoires autonomes
  • Construire des communautés libératrices et des corps politiques
  • Se battre aux côtés des opprimés du monde
  • Fournir une solidarité internationale au-delà des frontières

Le terme “militant anarchiste” devrait être redondant car tous ceux qui se battent pour la libération devraient prendre une approche militante. Mais la tendance récente des soi-disants anarchistes en Occident est de libéraliser le mouvement anarchiste, ceci culminant avec ce renversement scandaleux des choses qui voit de tels groupes marcher dans les rues au son des tambours de l’OTAN et donc imposent le fait que la signification de ce qu’est être un anarchiste a besoin d’être réévalué et son héritage historique être continué.

Créer des communautés et des territoires autonomes

La priorité est de saisir des territoires afin d’aider à détruire et balayer les états-nations, de contrôler les moyens de production pour que les ressources soient équitablement distribuées et ne tombent pas entre les mains des exploiteurs capitalistes. Pour ce faire, la tache essentielle est de bâtir des forces et des groupements politiques de façon à ce que nous soyons une formidable faction lorsque le moment se présentera. C’est un processus qui prend du temps et de la motivation, de la patience, des années d’entraînement et d’étude (NdT : comme l’ont fait dans le secret des villages les Zapatistes du Chiapas entre 1984 et 1994). Ceci sera récompensé car lorsque les états et les démagogues se battront entre eux, nous pourrons prendre l’avantage sur le tumulte et créer un territoire.

Alors que nous construisons nos factions armées, nous bâtissons simultanément des structures libératrices et des communautés. Notre mouvement ne pourra pas réussir si un état oppresseur est remplacé par un autre, si la suprématie capitaliste blanche est remplacée par un démagogue autoritaire ou vice versa ; si une forme d’anarchistes oppresseurs et des citoyens de “seconde classe” remplacent un fascisme par un autre, un fascisme “démocratiquement imposé”.

Nos forces et nos communautés devraient être construites d’une façon consistante avec notre éthique et nos principes d’organisation : respect de chacun, priorité aux besoins des gens, recherche, éducation et connaissance fondées sur la lutte des peuples, une communauté de défense dispersée dans toute la société. Ces principes forment la base des décisions de chaque collectif.

Nous comprenons que la fondation centrale est la défense et la stratégie. Ceci est la place et le rôle du militant anarchiste. Voilà comment l’entrainement porte ses fruits. Avec la bonne préparation, nos territoire créent des espaces pour des communautés libérées et des structures sociales qui pourront fleurir, ceci crée aussi des zones tampon qui peuvent nous permettre de défendre ces zones.

Nous pouvons regarder et analyser les travaux de Makhno, de Zapata, de la Guerre d’Espagne et de la préfecture de Shinmin. Ces exemples nous montrent le chemin du succès et nous fournissent de bons signaux à suivre.

Nous apprenons de Shinmin que la défense doit être égale à la population qui vit dans le territoire, elle doit être étendue partout et pas seulement aux forces armées. Alors que les régimes haineux doivent être combattus, nous devons aussi reconnaître que tenir un territoire représente aussi une faiblesse dans une lutte de guérilla. Si des attaques sont lancées depuis notre région, nous devons être capable de contrer quelque réponse qu’elle occasionnera. Les attaques lancées doivent aussi incapaciter l’ennemi dans sa riposte.

La défense n’est pas juste s’entrainer aux armes et tenir un territoire, c’est aussi tenir une ligne politique sans flancher. Ceci est une des leçons essentielles de la guerre civile espagnole de 1936. Les militants furent trahis avant même qu’ils fussent capables de recueillir les fruits de leur batailles. La CNT insista pour rejoindre le gouvernement de coalition, affaiblissant ainsi la position des militants anarchistes en créant une ouverture pour que les fascistes saisissent le pouvoir. Ceci est un avertissement qui vaut pour tout anarchiste aujourd’hui. Tenir une ligne ferme entre le travail sans concession et ces soi-disants “radicaux” mous du genou et qui donne une idéologie au pouvoir, ils se sont déjà vendus avant même d’avoir obtenus quelque gain que ce soit. Une ligne entre ceux commis aux principes politiques et ceux prêts à abandonner doit être fortement tracée et vite.

Inévitablement, lorsque des territoires libérés existent, il doit y avoir par nécessité de survie et afin de ne pas être annihilés par des adversaires mieux armés, des négociations inconfortables et des compromis. Mais il est impératif de noter que ces compromis ne devront pas être faits à moins d’être absolument nécessaires. S’ils sont faits avant d’avoir des territoires, cela ne fait que renforcer l’État, sans que nous ne gagnions quoi que ce soit. Avant de prendre/libérer des territoires de l’État, notre ligne politique se doit d’être sans compromis, c’est notre forte éthique qui nous unit pour la lutte. Tous nos efforts doivent se focaliser sur la préparation de forces de combat et la promotion d’un mouvement plus fort. Nous devons focaliser notre énergie sur tous les aspects qui mèneront à des gains matériels pour notre côté.

Se battre du côté des opprimés du monde

Notre combat est du côté des opprimés du monde. Ceux d’entre nous vivant dans des états particulièrement malfaisants comme les Etats-Unis, les états européens, l’Australie ont une responsabilité particulière d’étudier et de comprendre comment ces états ont pillé le monde et de combattre ces états bec et ongles. Il est de notre responsabilité de demeurer imperméables et ultra résistants à leur propagande afin de ne pas devenir l’aile radicale de leur agenda. Par exemple, ces soi-disants anarchistes qui répètent en bons perroquets la propagande états-unienne au sujet de l’Ukraine ne font que renforcer leur politique mondialiste et hégémonique.

Nous ne devons JAMAIS écouter et donner une quelconque importance à leur propagande, celle qui dit qu’ils se battent pour “la liberté” et “la démocratie”. Ils ne font que se battre pour la liberté des marchés capitalistes et les seuls droits de la culture européenne et de la société blanche. Nous devons nous tenir en dehors de cette rubrique et nous aligner avec ceux qui ont senti le vent du boulet de cette “liberté”. Ne vous leurrez pas à croire que vous serez OK et en sécurité en vous alignant avec un tel pouvoir. En tant qu’anarchiste, votre seule allégeance est aux opprimés, au mouvement et à la destruction de ces états bestiaux.

Toute notre sécurité et notre futur demeurent dans un territoire libéré, émancipé. Le rôle de l’anarchie et des anarchistes et de libérer la lutte de toutes ces promesses creuses et des machinations soporifiques de la propagande d’état. Pour être du bon côté de l’histoire, nous devons nous tenir la main dans la main avec tous ceux que l’occident a pillé, qui ont été massacrés par ses mercenaires, qui ont été escroqués, abusés par ses soldats de fortune d’extrême droite. Nous devons prendre exemple sur nos camarades d’Amérique du Sud et Centrale, d’Afrique, afin de nous assurer depuis notre position au sein de la culture de ces assassins efficaces et les plus forts promoteurs des groupes politiques de la droite extrême, que nous luttons suffisamment fort et depuis la bonne perspective.

Solidarité Internationale au travers des Frontières

En tant qu’anarchistes vivant dans des états impérialistes ou des états qui s’ingèrent dans les affaires des autres, qui arment des nazis et qui mettent des régimes d’extrême droite au pouvoir un peu partout, qui tuent et attaquent des peuples qui ne font que défendre leurs maisons et leurs communautés, qui arment et entraînent des groupes pour faire la guerre par procuration (NdT : comme les Contras, Al Qaïda, L’EI/Daesh etc…), nous avons le devoir de combattre tout cela et de saboter leurs moyens de tortures des peuples en lutte. Si nous ne le faisons pas, nous ne sommes guère plus que des collabos. Avoir une perspective internationale veut dire comprendre le rôle du pays où vous êtes nés et son terrain géographique, géopolitique et de prendre les actions directes décisives pour l’empêcher de nuire. Ceci est la véritable signification de la solidarité.

Il n’y a jamais de bon moment où cela a un sens de collaborer avec un tel État. Notre but et seul devoir est de le saboter et de le détruire.

Cette solidarité ne vaudrait pas la peine si nous ne construisions pas activement un différent type de communauté, de structure politique pour s’enraciner sur les ruines de l’État. Nous agissons maintenant pour empêcher la mort de toujours plus de gens, d’empêcher la mort de camarades qui luttent à l’étranger et nous nous consacrons à la longévité de la lutte afin que les générations futures ne souffrent pas de cette même malfaisance.

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Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Lire notre texte : “Nous sommes tous des colonisés !”

Voir nos pages : “Colonialisme, doctrine chrétienne de la découverte” &

“Colonialisme et luttes indigènes” & “Comprendre et démonter la loi coloniale” &

Réseau de Résistance et de Rébelilon International”

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

chiapas_art

arbre_yinyang

Dernière ligne droite de la mascarade électorale : BOYCOTT de cette infamie de l’illusion démocratique !

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 18 avril 2022 by Résistance 71

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18 avril 2022

Trente images et slogans pour une abstention politique massive suivie d’une action directe dans l’association libre anti-autoritaire pour l’avènement final  de la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée. L’heure est venue de nous émanciper définitivement !
BOYCOTT de l’élection !
Voter c’est abdiquer !
Voter c’est se soumettre au diktat de contrôle et d’oppression !
Voter c’est participer à l’illusion démocratique !
Voter c’est acquiescer à la mascarade de l’oppression marchande !
Voter c’est valider le système !
A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !
Tout le pouvoir aux assemblées populaires !

Abstention Politique et Associations Volontaires

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Tout le pouvoir aux ronds-points !…

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FNcit1

rEVOLUTION

gauloispenseur

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Gouvdisparition

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Résistance !…

JeanMoulin

PL

marcosA

VLC4

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En chacun de nous sommeille un Communard universel…
Réveillons-le !

Organiser la société des sociétés… Un exemple historique : les conseils ouvriers (Anton Pannekoek)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 27 janvier 2022 by Résistance 71

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Ce texte de Pannekoek date de 1936 et prit une dimension en Espagne et sa révolution sociale, ceci fut appliqué également auparavant en Russie, en Italie (1920), puis le sera de nouveau à Budapest en 1956 et en 1968 lors des grèves sauvages ouvrières, véritable révolution sociale qui fut étouffée par l’appareil d’état qui utilisa la gauchiasse de partis et estudiantine sous contrôle. Apprenons de l’histoire en remettant ces conseils au goût du jour ou l’initiative sera, une fois de plus, vouée à l’échec. Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !… C’est pourtant bien visible à l’œil nu et depuis longtemps !… L’heure est venue de voir clair, de comprendre et d’agir.
~ Résistance 71 ~

Les conseils ouvriers

Anton Pannekoek

1936

La classe ouvrière en lutte a besoin d’une organisation qui lui permette de comprendre et de discuter, à travers laquelle elle puisse prendre des décisions et les faire aboutir et grâce à laquelle elle puisse faire connaître les actions qu’elle entreprend et les buts qu’elle se propose d’atteindre.

Certes, cela ne signifie pas que toutes les grandes actions et les grèves générales doivent être dirigées à partir d’un bureau central, ni qu’elles doivent être menées dans une atmosphère de discipline militaire. De tels cas peuvent se produire, mais le plus souvent les grèves générales éclatent spontanément, dans un climat de combativité, de solidarité et de passion, pour répondre à quelque mauvais coup du système capitaliste ou pour soutenir des camarades. De telles grèves se répandent comme un feu dans la plaine.

Pendant la première Révolution russe, les mouvements de grève connurent une succession de hauts et de bas. Les plus réussis furent souvent ceux qui n’avaient pas été décidés à l’avance, alors que ceux qui avaient été déclenchés par les comités centraux étaient en général voués à l’échec.

Pour s’unir en une force organisée, les grévistes en action ont besoin d’un terrain d’entente. Ils ne peuvent s’attaquer à la puissante organisation du pouvoir capitaliste s’ils ne présentent pas à leur tour une organisation fortement structurée, s’ils ne forment pas un bloc solide en unissant leurs forces et leurs volontés, s’ils n’agissent pas de concert. Là est la difficulté. Car lorsque des milliers et des millions d’ouvriers ne forment plus qu’un corps uni, ils ne peuvent être dirigés que par des fonctionnaires qui agissent en leur nom. Et nous avons vu que ces représentants deviennent alors les maîtres de l’organisation et cessent d’incarner les intérêts révolutionnaires des travailleurs.

Comment la classe ouvrière peut-elle, dans ses luttes révolutionnaires, rassembler ses forces dans une puissante organisation sans s’enliser dans le bourbier de la bureaucratie ? Nous répondrons à cette question en en posant une autre : lorsque les ouvriers se bornent à payer leurs cotisations et à obéir aux dirigeants, peut-on dire qu’ils se battent véritablement pour leur liberté ?

Se battre pour la liberté, ce n’est pas laisser les dirigeants décider pour soi, ni les suivre avec obéissance, quitte à les réprimander de temps en temps. Se battre pour la liberté, c’est participer dans toute la mesure de ses moyens, c’est penser et décider par soi-même, c’est prendre toutes les responsabilités en tant que personne, parmi des camarades égaux. Il est vrai que penser par soi-même, décider de ce qui est vrai et de ce qui est juste, constitue pour le travailleur dont l’esprit est fatigué par le labeur quotidien la tâche la plus ardue et la plus difficile ; bien plus exigeante que s’il se borne à payer et à obéir. Mais c’est l’unique vole vers la liberté. Se faire libérer par d’autres, qui font de cette libération un instrument de domination, c’est simplement remplacer les anciens maîtres par de nouveaux.

Pour atteindre leur but – la liberté – les travailleurs devront pouvoir diriger le monde ; ils devront savoir utiliser les richesses de la terre de manière à la rendre accueillante pour tous. Et ils ne pourront le faire tant qu’ils ne sauront se battre par eux-mêmes.

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La révolution prolétarienne ne consiste pas seulement à détruire le pouvoir capitaliste. Elle exige aussi que l’ensemble de la classe ouvrière émerge de sa situation de dépendance et d’ignorance pour accéder à l’indépendance et pour bâtir un monde nouveau.

La véritable organisation dont ont besoin les ouvriers dans le processus révolutionnaire est une organisation dans laquelle chacun participe, corps et âme, dans l’action comme dans la direction, dans laquelle chacun pense, décide et agit en mobilisant toutes ses facultés – un bloc uni de personnes pleinement responsables. Les dirigeants professionnels n’ont pas place dans une telle organisation. Bien entendu, il faudra obéir : chacun devra se conformer aux décisions qu’il a lui-même contribué à formuler. Mais la totalité du pouvoir se concentrera toujours entre les mains des ouvriers eux-mêmes.

Pourra-t-on jamais réaliser une telle organisation ? Quelle en sera la structure ? Il n’est point nécessaire de tenter d’en définir la forme, car l’histoire l’a déjà produite : elle est née de la pratique de la lutte des classes. Les comités de grève en sont la première expression, le prototype. Lorsque les grèves atteignent une certaine importance, il devient impossible que tous les ouvriers participent à la même assemblée. Ils choisissent donc des délégués qui se regroupent en un comité. Ce comité n’est que le corps exécutif des grévistes ; il est constamment en liaison avec eux et doit exécuter les décisions des ouvriers. Chaque délégué est révocable à tout instant et le comité ne peut jamais devenir un pouvoir indépendant. De cette façon, l’ensemble des grévistes est assuré d’être uni dans l’action tout en conservant le privilège des décisions. En règle générale, les syndicats et leurs dirigeants s’emparent de la direction des comités.

Pendant la révolution russe lorsque les grèves éclataient de façon intermittente dans les usines les grévistes choisissaient des délégués qui s’assemblaient au nom de toute une ville, ou encore de l’industrie ou des chemins de fer de toute une province, afin d’apporter une unité au combat. Leur première tâche était de discuter des questions politiques et d’assumer des fonctions politiques, car les grèves étaient essentiellement dirigées contre le tsarisme. Ces comités étaient appelés soviets, ou conseils. On y discutait en détail de la situation présente, des intérêts de tous les travailleurs et des événements politiques. Les délégués faisaient constamment la navette entre l’assemblée et leurs usines. Pour leur part, les ouvriers participaient à des assemblées générales dans lesquelles ils discutaient des mêmes questions, prenaient des décisions et souvent désignaient de nouveaux délégués. Des socialistes capables étaient choisis comme secrétaires ; leur rôle était de conseiller en se servant de leurs connaissances plus étendues. Ces soviets faisaient souvent office de forces politiques, sorte de gouvernement primitif, chaque fois que le pouvoir tsariste se trouvait paralysé et que les dirigeants désorientés leur laissaient le champ libre. Ils devinrent ainsi le centre permanent de la révolution ; ils étaient composés des délégués de toutes les usines, qu’elles soient en grève ou en fonctionnement. Ils ne pouvaient envisager de devenir jamais un pouvoir indépendant, car les membres y étalent souvent changés ; parfois même le soviet entier était remplacé. Ils savaient en outre que tout leur pouvoir était aux mains des travailleurs ; ils ne pouvaient les obliger à se mettre en grève et leurs appels n’étaient pas suivis s’ils ne coïncidaient pas avec les sentiments instinctifs des ouvriers qui savaient spontanément s’ils étaient en situation de force ou de faiblesse, si l’heure était à la passion ou à la prudence. C’est ainsi que le système des soviets a montré qu’il était la forme d’organisation la plus appropriée pour la classe ouvrière révolutionnaire. Ce modèle devait être immédiatement adopté en 1917 ; les soviets de soldats et d’ouvriers se constituèrent à travers tout le pays et furent la véritable force motrice de la révolution.

L’importance révolutionnaire des soviets se vérifia à nouveau en Allemagne, lorsqu’en 1918, après la décomposition de l’armée, des soviets d’ouvriers et de soldats furent créés sur le modèle russe. Mais les ouvriers allemands, qui avaient été habitués à la discipline de parti et de syndicat et dont les buts politiques immédiats étaient modelés d’après les idéaux sociaux-démocrates de république et de réforme, désignèrent leurs dirigeants syndicaux et leurs leaders de parti à la tête de ces conseils. Ils avaient su se battre et agir correctement par eux-mêmes, mais ils manquèrent d’assurance et se choisirent des chefs remplis d’idéaux capitalistes – ce qui gâche toujours les choses. Il n’est donc pas surprenant qu’un « congrès des conseils » décida d’abdiquer en faveur d’un nouveau parlement, dont l’élection devait suivre aussitôt que possible.

Nous voyons clairement comment le système des conseils ne peut fonctionner que lorsque l’on se trouve en présence d’une classe ouvrière révolutionnaire. Tant que les ouvriers n’ont pas l’intention de poursuivre la révolution, ils n’ont que faire des soviets. Si les ouvriers ne sont pas suffisamment avancés pour découvrir la voie de la révolution, s’ils se contentent de voir leurs dirigeants se charger de tous les discours, de toutes les médiations et de toutes les négociations visant à l’obtention de réformes à l’intérieur du système capitaliste, les parlements, les partis et les congrès syndicaux – encore appelés parlements ouvriers parce qu’ils fonctionnent d’après le même principe – leur suffisent amplement. Par contre, s’ils mettent toutes leurs énergies au service de la révolution, s’ils participent avec enthousiasme et passion à tous les événements, s’ils pensent et décident pour eux-mêmes de tous les détails de la lutte parce qu’elle sera leur oeuvre, dans ce cas, les conseils ouvriers sont la forme d’organisation dont ils ont besoin.

Ceci implique également que les conseils ouvriers ne peuvent être constitués par des groupes révolutionnaires. Ces derniers ne peuvent qu’en propager l’idée, en expliquant à leurs camarades ouvriers que la classe ouvrière en lutte doit s’organiser en conseils. La naissance des conseils ouvriers prend place avec la première action de caractère révolutionnaire ; leur importance et leurs fonctions croissent à mesure que se développe la révolution. Dans un premier temps ils peuvent n’être que de simples comités de grève, constitués pour lutter contre les dirigeants syndicalistes, lorsque les grèves vont au-delà des intentions de ces derniers et que les grévistes refusent de les suivre plus longtemps.

Les fonctions de ces comités prennent plus d’ampleur avec les grèves générales. Les délégués de toutes les usines sont alors chargés de discuter et de décider de toutes les conditions de la lutte ; ils doivent tenter de transformer les forces combatives des ouvriers en des actions réfléchies, et voir comment elles pourront réagir contre les mesures gouvernementales et les agissements de l’armée et des cliques capitalistes. Tout au long de la grève, les décisions seront ainsi prises par les ouvriers eux-mêmes. Toutes les opinions, les volontés, les disponibilités, et les hésitations des masses ne font plus qu’un tout à l’intérieur de l’organisation conseilliste. Celle-ci devient le symbole, l’interprète du pouvoir des travailleurs ; mais elle n’est aussi que le porte-parole qui peut être révoqué à tout moment. D’organisation illégale de la société capitaliste, elle devient une force véritable, dont le gouvernement doit désormais tenir compte.

A partir du moment où le mouvement révolutionnaire acquiert un pouvoir tel que le gouvernement en est sérieusement affecté, les conseils ouvriers deviennent des organes politiques. Dans une révolution politique, ils incarnent le pouvoir ouvrier et doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour affaiblir et pour vaincre l’adversaire. Tels une puissance en guerre, il leur faut monter la garde sur l’ensemble du pays, afin de ne pas perdre de vue les efforts entrepris par la classe capitaliste pour rassembler ses forces et vaincre les travailleurs. Ils doivent en outre s’occuper de certaines affaires publiques qui étaient autrefois gérées par l’Etat : la santé et la sécurité publique, de même que le cours interrompu de la vie sociale. Ils ont enfin à prendre la production en main, ce qui représente la tâche la plus importante et la plus ardue de la classe ouvrière en situation révolutionnaire.

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Aucune révolution sociale n’a jamais commencé comme un simple changement de dirigeants politiques qui, après avoir conquis le pouvoir, procèdent aux changements sociaux nécessaires à l’aide de nouvelles lois. La classe montante a toujours bâti, avant et pendant la lutte, les nouvelles organisations qui ont émergé des anciennes tels des bourgeons sur un tronc mort. Pendant la révolution française, la nouvelle classe capitaliste, les citoyens, les hommes d’affaire, les artisans, construisirent dans chaque ville et village des assemblées communales et des cours de justice qui étaient illégales à l’époque et ne faisaient qu’usurper les fonctions des fonctionnaires royaux devenus impuissants. Et tandis qu’à Paris les délégués de ces assemblées élaboraient la nouvelle constitution, les citoyens à travers tout le pays œuvraient à la véritable constitution en tenant des réunions politiques et en mettant sur pied des organisations politiques qui devaient par la suite être légalisées.

Et de même, dans la révolution prolétarienne, la nouvelle classe montante doit-elle créer ses nouvelles formes d’organisation qui, petit à petit, au cours du processus révolutionnaire, viendront remplacer l’ancienne organisation étatique. En tant que nouvelle forme d’organisation politique, le conseil ouvrier prend finalement la place du parlementarisme, forme politique du régime capitaliste.

Théoriciens capitalistes et sociaux-démocrates s’entendent à voir dans la démocratie parlementaire le parfait modèle de la démocratie, conforme aux principes de justice et d’égalité. En réalité, ce n’est là qu’une manière de déguiser la domination capitaliste qui fait fi de toute justice et de toute égalité. Seul le système conseilliste constitue la véritable démocratie ouvrière.

La démocratie parlementaire est une démocratie abjecte. Le peuple ne peut choisir ses délégués et voter qu’une fois tous les quatre ou cinq ans ; et gare à lui s’il ne choisit pas l’homme qu’il faut ! Les électeurs ne peuvent exercer leur pouvoir qu’au moment du vote ; le reste du temps, ils sont impuissants. Les délégués désignés deviennent les dirigeants du peuple ; ils décrètent les lois, forment les gouvernements, et le peuple n’a plus qu’à obéir. En règle générale, la machine électorale est conçue de telle façon que seuls les grands partis capitalistes, puissamment équipés, ont une chance de gagner. Il est très rare que des groupes de véritables opposants du régime obtiennent quelques sièges.

Avec le système des soviets, chaque délégué peut être révoqué à tout instant. Les ouvriers ne sont pas seulement constamment en contact avec leurs délégués, participant aux discussions et aux décisions, mais ceux-ci ne sont encore que les porte-parole temporaires des assemblées conseillistes. Les politiciens capitalistes ont beau jeu de dénoncer le rôle « dépourvu de caractère » du délégué qui est parfois obligé d’émettre des opinions qui ne sont pas les siennes. Ils oublient que c’est précisément parce qu’il n’y a pas de délégué à vie que seuls sont désignés à ce poste les individus dont les opinions sont conformes à celles des travailleurs.

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La représentation parlementaire part du principe que le délégué au parlement doit agir et voter selon sa propre conscience et sa propre conviction. S’il lui arrive de demander l’avis de ses électeurs, c’est uniquement parce qu’il fait montre de prudence. C’est à lui et non au peuple qu’incombe la responsabilité des décisions. Le système des soviets fonctionne sur le principe inverse : les délégués se bornent à exprimer les opinions des travailleurs.

Les élections parlementaires regroupent les citoyens d’après leur circonscription électorale – c’est-à-dire d’après leurs lieux d’habitation. Ainsi des individus de métiers ou de classes différentes et qui n’ont rien en commun si ce n’est qu’ils sont voisins, sont rassemblés artificiellement dans un groupe et représentés par un seul délégué.

Dans les conseils, les ouvriers sont représentés dans leurs groupes d’origine d’après l’usine, l’atelier ou le complexe industriel dans lequel ils travaillent. Les ouvriers d’une usine constituent une unité de production ; ils forment un tout de par leur travail collectif. En période révolutionnaire, ils se trouvent donc immédiatement en contact pour échanger leurs points de vue : ils vivent dans les mêmes conditions et possèdent des intérêts communs. Ils doivent agir de concert ; c’est à eux de décider si l’usine, en tant qu’unité, doit être en grève ou en fonctionnement. L’organisation et la délégation des travailleurs dans les usines et les ateliers est donc la seule forme possible.

Les conseils sont en même temps le garant de la montée du communisme dans le processus révolutionnaire. La société est fondée sur la production, ou, plus correctement, la production est l’essence même de la société, et par conséquent, la marche de la production détermine la marche de la société. Les usines sont des unités de travail, des cellules qui constituent la société. La principale tâche des organismes politiques (organismes dont dépend la marche de la société) est étroitement liée au travail productif de la société. Il va par conséquent de soi que les travailleurs, dans leurs conseils, discutent de ces questions et choisissent leurs délégués dans leurs unités de production.

Toutefois, il ne serait pas exact de dire que le parlementarisme, forme politique du capitalisme, n’est pas fondé sur la production. En fait, l’organisation politique est toujours modelée selon le caractère de la production, assise de la société. La représentation parlementaire qui se décide en fonction du lieu d’habitation appartient au système de la petite production capitaliste, dans lequel chaque homme est censé posséder sa petite entreprise. Dans ce cas, il existe un rapport entre tous les hommes d’affaires d’une circonscription : ils commercent entre eux, vivent en voisins, se connaissent les uns les autres et par conséquent désignent un délégué parlementaire commun. Tel est le principe du régime parlementaire. Nous avons vu que par la suite ce système s’est avéré le meilleur pour représenter les intérêts de classe à l’intérieur du capitalisme.

D’un autre côté, nous voyons clairement aujourd’hui pourquoi les délégués parlementaires devaient s’emparer du pouvoir politique. Leur tâche politique n’était qu’une part infime de l’œuvre de la société. La plus importante, le travail productif, incombait à tous les producteurs séparés, citoyens comme hommes d’affaires ; elle exigeait quasiment toute leur énergie et tous leurs soins. Lorsque chaque individu s’occupait de ses propres petites affaires, la société se portait bien. Les lois générales, conditions nécessaires mais de faible portée, pouvaient être laissées à la charge d’un groupe (ou profession) spécialisé, les politiciens. L’inverse est vrai en ce qui concerne la production communiste. Le travail productif collectif devient la tâche de la société tout entière, et concerne tous les travailleurs. Toute leur énergie et tous leurs soins ne sont pas au service de travaux personnels, mais de l’œuvre collective de la société. Quant aux règlements qui régissent cette œuvre collective, ils ne peuvent être laissés entre les mains de groupes spécialisés ; car il en va de l’intérêt vital de l’ensemble des travailleurs.

Il existe une autre différence entre les systèmes parlementaire et conseilliste. La démocratie parlementaire accorde une voix à chaque homme adulte – et parfois à chaque femme – en invoquant le droit suprême et inviolable de tout individu à appartenir à la race humaine – comme le disent si bien les discours cérémoniels. Dans les soviets au contraire, seuls les ouvriers sont représentés. Faut-il en conclure que le système conseilliste n’est pas réellement démocratique puisqu’il exclut les autres classes de la société ?

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L’organisation conseilliste incarne la dictature du prolétariat. Il y a plus d’un demi-siècle, Marx et Engels ont expliqué comment la révolution sociale devait amener la dictature du prolétariat et comment cette nouvelle expression politique était indispensable à l’introduction de changements nécessaires dans la société. Les socialistes qui ne pensent qu’en termes de représentation parlementaire, ont cherché à excuser ou à critiquer cette infraction à la démocratie et l’injustice qui consiste selon eux à refuser le droit de vote à certaines personnes sous prétexte qu’elles appartiennent à des classes différentes. Nous pouvons voir aujourd’hui comment le processus de la lutte de classes engendre naturellement les organes de cette dictature : les soviets.

Il n’y a rien d’injuste à ce que les conseils, organes de lutte d’une classe ouvrière révolutionnaire, ne comprennent pas de représentants de la classe ennemie. Dans une société communiste naissante il n’y a pas de place pour les capitalistes ; ils doivent disparaître et ils disparaîtront. Quiconque participe au travail collectif est membre de la collectivité et participe aux décisions. Les individus qui se tiennent à l’écart du processus collectif de production sont, de par la structure même du système conseilliste, automatiquement exclus des décisions. Ce qui reste des anciens exploiteurs et voleurs n’a pas de voix dans le contrôle de la production.

Il existe d’autres classes de la société qui ne peuvent être rangées ni avec les travailleurs, ni avec les capitalistes. Ce sont les petits fermiers, les artisans indépendants, les intellectuels. Dans les luttes révolutionnaires, ils oscillent de droite et de gauche, mais dans l’ensemble ils ne sont guère importants car ils ont peu de pouvoir. Ce sont essentiellement leurs formes d’organisation et leurs buts qui sont différents. La tâche de la classe ouvrière en lutte sera de sympathiser avec eux ou de les neutraliser – si cela est possible sans se détourner des buts véritables – ou encore, si nécessaire, de les combattre résolument ; elle devra décider de la meilleure façon de les traiter, avec fermeté mais aussi avec équité. Dans la mesure où leur travail est utile et nécessaire, ils trouveront leur place dans le système de production et pourront ainsi exercer leur influence d’après le principe que tout travailleur a une voix dans le contrôle du travail.

Engels avait écrit que l’Etat disparaîtrait avec la révolution prolétarienne ; qu’au gouvernement des hommes succéderait l’administration des choses. A l’époque, il n’était guère possible d’envisager clairement comment la classe ouvrière prendrait le pouvoir. Mais nous avons aujourd’hui la preuve de la justesse de cette vue. Dans le processus révolutionnaire, l’ancien pouvoir étatique sera détruit et les organes qui viendront le remplacer, les conseils ouvriers, auront certainement pour quelque temps encore des pouvoirs politiques importants afin de combattre les vestiges du système capitaliste. Toutefois, leur fonction politique se réduira graduellement en une simple fonction économique : l’organisation du processus de production collective des biens nécessaires à la société.

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Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

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Manifeste pour la Société des Sociétés

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