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Appel à la résistance du sein de l’empire: « Soyons ingouvernables !… »

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, canada USA états coloniaux, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 16 janvier 2017 by Résistance 71

Les jours d’après élection et les jours avant la révolution

 

Anarchist Resistance New York City

 

2 janvier 2017

 

url de l’article original:

https://robertgraham.wordpress.com/2017/01/02/anarchist-resistance-after-the-elections-before-the-revolution/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Aujourd’hui, beaucoup de radicaux politiques se demandent comment ils vont bien pouvoir se réveiller avec la présidence de Trump. Mais notre question en fait est de savoir ce que cela veut dire pour la gauche dans ce pays (USA) ? Des mythes paralysant ont maintenant été pulvérisés et cette situation pourrait bien, avec un bon travail, avec passion et une pensée critique claire, mener à une stratégie d’action et un bien plus grand changement politique que voter pour le statu quo. Le changement dont nous parlons est générationnel et aura un bien plus grand effet que tout un chapelet d’élections, aussi répugnantes soient-elles.

Ceux qui voient la grandeur de l’Amérique comme étant misogyne, nativiste, anti-urbaine et racialement, sexuellement et religieusement homogène, mènent un combat d’arrière-garde contre le futur, combat qu’ils ne peuvent en aucun cas espérer gagner.

D’abord, ces dernières élections ont bousculé le mythe, diffusé durant la période du mouvement Occupy Wall Street, que la division principale de ce pays se situe entre les 99% et le 1%. La victoire de Trump démontre que le problème est bien plus profond que cela et que cela ne se réduit pas à une fonction intégrale économique simpliste et incorrecte: les 99% doivent sûrement gagner contre le 1%. Beaucoup des membres de ces soi-disants 99% ont voté pour le milliardaire Trump, tandis que l’autre moitié soutenait une démocrate de Wall Street pro libre-marché. Oui il y a bien un conflit entre les riches et les pauvres, mais ceci n’a jamais constitué la seule division dans ce pays. Ceux qui voient la grandeur de l’Amérique comme étant misogyne, nativiste, anti-urbaine et racialement, sexuellement et religieusement homogène, mènes un combat d’arrière-garde contre le futur qu’ils ne peuvent en aucun cas espérer gagner. Ceci ne veut pas dire qu’ils vons céder la place tranquillement et sans occasionner de grands dommages, mais ceci est dans la nature des idéologies moribondes.

Ce qui est déprimant, c’est que cette rhétorique désespérée a capturé l’imagination de beaucoup de ceux qui ont vraiment soufferts une véritable humiliation et une grande douleur sous le néo-libéralisme du 1%. La tragédie est que l’échec et le rejet du néo-libéralisme a mené les laissés-pour-compte de se retrancher dans cette idéologie de l’échec et de l’oppression qu’est le paléo-conservatisme, avec sa litanie de xénophobie, d’isoloationnisme et d’anti-intellectualisme. Ceci a créé un nouvel alignement politique désespéré que rejette toutes choses qui puissent restaurer le respect et le mode de vie de ses adhérents.

De ce point de vue, la politique électorale américaine n’a rien été d’autre qu’une horde de zombies aux visions du monde défuntes combinées avec une idéologie oppressive et dangereuse rampant dans les états bleus (démocrates) et rouges (républicains). Aucun président ne peut renverser la réalité démographique qui veut que ce pays va continuer à s’urbaniser, va devenir toujours plus ethniquement divers et que la fabrication mythologique du travail du passé demeurera morte et enterrée. Ces réalités sont la véritable roue de l’histoire, les morts laisseront la place aux vivants, le passé au futur et aucune élection ne peut changer tout çà.

Le second mythe qui a été pulvérisé est celui qui veule que la politique électorale est une arène valide pour un changement populiste de gauche.
Que ce soit Syriza ou Trump, Podemos ou Hillary, au bout du compte, la gauche doit et devra confronter les pouvoirs oppresseurs de l’État et du capitalisme, dont aucun des deux ne peut être subverti par des jeux électoraux. Ceci ne veut pas dire qu’il n’y aurait pas de différences entre une administration Trump et une administration Bernie Sanders, mais plutôt que cette dernière ne servirait qu’à faire caler la confrontation inévitable. La politique électorale tient sa promesse de l’avancée socio-politique lente et progressive, mais la véritable évolution ne provient que d’un changement radical d’environnement politique et ceci ne peut se faire qu’au travers de la révolution sociale.

Une révolution n’est pas un évènement qui se passe d’un seul coup, soudainement, mais c’est quelque chose qui est minutieusement préparé, construit et éventuellement mis en place par ceux qui sont alignés sur le futur. Tout gouvernement, qu’il soit libéral ou conservateur, va combattre de manière semblable contre toute menance envers l’État ou la structure de pouvoir capitaliste. Ainsi, si nous recherchons une confrontation promettant un changement substantiel et irreversible de la société, il importe peu si le régime en place est libéral ou conservateur. Les gouvernements libéraux et conservateurs sont équitablement réactionnaires et résistants à tout changement politique subséquent ; ceci parce que leur existence même dépend du gel du présent et de l’obscurcissement du mieux possible de tous futurs possibles.

Nous avons vu ceci se dérouler récemment en Espagne, en Grèce, au Royaume-Uni et dans bien d’autres pays. C’est toujours le même paradigme: la structure politique refuse de vraiment changer et continue le cycle sans fin de ramper entre libéralisme et conservatisme. Cette impulsion aveugle et brutale vers l’auto-préservation n’est pas seulement trouvée dans les régime de droite. A la fois des régimes de droite et de gauche ont utilisé la mise en place de mesures totalitaires, de prisons, de police secrète, d’instillation de la peur, de la guerre, de l’oppression économique afin de maintenir le statu quo oligarchique. Pour avoir un futur, nous devons rejeter tous les appareils d’oppression de l’État et ceci inclut bien évidemment la politique électorale et son mode opératoire de la division et des fausses promesses de changement et d’espoir, qui ne font en fait que servir mieux l’oligarchie en place.

Le troisième mythe est que le gouvernement ait jamais été notre gouvernement. Il n’est que l’outil de l’État (NdT: lui-même un outil de maintien de la division politique originelle ayant établi la relation contre-nature de dominant/dominé…), il est maintenant une force d’occupation, tout comme il le fut auparavant. Toutes les forces d’occupation du XXème siècle se sont accouplées d’une obéissance générée avec une bonne dose de peur et de répression. Nous avons toujours compris cette formule et avons toujoues lutté contre. La victoire de Trump néanmoins, augmente la sensation d’urgence à mettre bas le masque de l’obéissance, ne gâchons pas cette opportunité. Le gouvernement n’a jamais été notre protecteur et maintenant ceux qui sont coincés dans le piège de la “démocratie représentative” vont peut-être aussi s’en apercevoir…

Sans ces mythes, quels chemins nous sont ouverts dans les sombres jours à venir ? La situation a changé et va continuer de changer pendant ces quatre longues prochaines années. Ce ne sera pas facile, en grande partie parce que la “gauche” actuelle est petite et manque de cette maturité utile pour mitiger et contrer bien des attaques à venir. Des attaques sur les femmes, le LGBTQ, les immigrants, les dissidents politiques et bien d’autres. Tout ceci existe depuis trop longtemps et ce ne sera pas différent dans les années à venir. La victoire de Trump n’a fait qu’augmenter le nombre de petits caïds qui vont faire régner la terreur et le nombre de gens qui ont peur.

On doit prendre notre courage à deux mains, prêts ou pas, et agir contre ces caïds de cours d’écoles. Nous avons besoin non seulement d’audace, mais aussi d’imagination, notre théâtre d’action doit aller au-delà de l’opposition symbolique infiltrable à la réalité vécue quotidiennement, de ses luttes contre l’oppression. Nos actions doivent être franches et directes comme celles des anarchistes grecs qui squattèrent un hôtel pour héberger des immigrants ou la gauche activiste allemande qui ferma physiquement et redirigea une station radio néo-fasciste. Nous devons prendre un espace dans l’Amérique de Trump et soutenir les autres pour parler, agir et aimer dans leur propre voisinage sans avoir peur. Nous devons continuer à exposer la brutalité systémique contre ceux que la police cible racialement.

Tandis que les trumpettistes débitent leurs théories conspiratrices, nous redoublerons d’efforts sur la réalité. Oui, nous serons piétinés, nous perdrons quelques batailles, mais il y a trop en jeu pour rester sur la touche à attendre “une prochaine fois”. Il n’y a pas de mythique cavalerie pour venir nous sauver, pas de tribunaux, pas de grille du congrès, pas de pétitions, pas de médias; il est maintenant clair que le seul moyen est l’action directe depuis la base. Le temps est venu de nous demander: voulons-nous vraiment nous tenir aux côtés de tous ceux qui sont malmenés et ce même si cela peut nous coûter en matière de notre propre sécurité ? Cela vaut-il la peine de nous tenir côte à côte avec ceux qui sont ciblés, appeurés, démotivés, sachant qu’il y a des risques ? Cette fois-ci nous ne pouvons pas nous voiler la face. Grâce à Trump les risques seront certes plus grands mais aussi plus grande seront les récompenses.

On peut se planquer dans un coin ou on peut se dresser et faire de nouveaux camarades avec qui nous grossirons la résistance. Nous devons devenir INGOUVERNABLES pour les forces d’occupation et ne devons pas bouger d’un iota concernant notre soutien à ceux qui se sentent ciblés. C’est ainsi que naît la résistance et c’est ainsi que se forge la victoire…

Les “libéraux” ont promis de protéger tout le monde avec rien d’autre qu’un bulletin de vote et maintenant ils se sont faits botter le cul et sont en débâcle complète sur tous les fronts. Ils nous demandent de passivement accepter quelques soient les injustices que Trump et son équipe ont planifié pour nous, nos voisins, nos amis, nos collègues de boulot et pour ces camarades que nous n’avons pas encore rencontrés. Nous n’avons jamais cru en le fait de cacher qui nous sommes, ce que nous sommes ni à être honteux de nos aspirations libératrices.

Nous connaissons parfaitement le pouvoir de la solidarité. On s’en est remis à elle pendant des générations et nous savons que c’est une manière plus forte, bien plus honnête de nous protéger et d’assurer notre futur. Le temps est venu de nous redresser, de faire front et de défendre les communautés que les “libéraux” ont abandonné à leur triste sort sans s’occuper d’eux, tout en leur demandant bien sûr de revenir (aux urnes) dans quatre ans… Quatre ans, c’est bien trop long pour se morfondre dans la peur et pour regarder de l’autre côté. N’ayons pas (plus) peur, ne faisons aucune concession, nous savons que notre travail a commencé et que le futur arrive.

Réflexion politique: L’individu, la société et l’État (Emma Goldman)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 14 janvier 2017 by Résistance 71

Suite à notre discussion avec Hervé Hum d’Agoravox, nous republions en dédicace ce texte rare mais Ô combien dense et d’actualité datant de 1940. Il s’agit du texte d’une des toutes dernières apparitions publiques d’Emma Goldman à Chicago en 1940, très peu de temps avant sa mort.

Nous avons publié ce texte en novembre 2011, voici ce que nous en disions alors pour l’introduire:

“Nous reproduisons ici un texte de l’activiste anarchiste et féministe américaine Emma Goldman (1869-1940) qui fut publié en 1940, à la fin de sa vie.

Ce texte essentiel pose les véritables problèmes, toujours non résolus, qui altèrent la relation de l’individu, de la société et de l’état. L’évidence historique de ce qui est avancé ici ainsi que l’analyse de l’individu dans sa relation avec la société (et inversement) en fait toujours un texte d’une actualité brûlante 71 ans plus tard…

Emma Goldman comme beaucoup de penseurs anarchistes étaient une visionnaire, qui par sa compréhension aigüe de la subjugation de la nature humaine et de la société par une idéologie oligarchique et oppressive, a montré sa vie durant le chemin vers l’émancipation et la liberté.

A lire, méditer et diffuser sans modération…”

L’emphase en caractère gras est ajoutée, elle n’apparaît pas dans le texte original.

— Résistance 71 —

 

L’individu la société et l’État

 

Emma Goldman

 

Discours au Forum de la Free Society
Chicago, 1940

 

Le doute règne dans l’esprit des hommes car notre civilisation tremble sur ses bases. Les institutions actuelles n’inspirent plus confiance et les gens intelligents comprennent que l’industrialisation capitaliste va à l’encontre des buts mêmes qu’elle est censée poursuivre.

Le monde ne sait comment s’en sortir. Le parlementarisme et la démocratie périclitent et certains croient trouver un salut en optant pour le fascisme ou d’autres formes de gouvernements «forts».

Du combat idéologique mondial sortiront des solutions aux problèmes sociaux urgents qui se posent actuellement (crises économiques, chômage, guerre, désarmement, relations internationales, etc.). Or, c’est de ces solutions que dépendent le bien-être de l’individu et le destin de la société humaine.

L’État, le gouvernement avec ses fonctions et ses pouvoirs, devient ainsi le centre d’intérêt de l’homme qui réfléchit. Les développements politiques qui ont eu lieu dans toutes les nations civilisées nous amènent à nous poser ces questions: voulons-nous d’un gouvernement fort ?

Devons nous préférer la démocratie et le parlementarisme ? Le fascisme, sous une forme ou sous une autre, la dictature qu’elle soit monarchique, bourgeoise ou prolétarienne offrent-ils des solutions aux maux ou aux difficultés qui assaillent notre société ?

En d’autres termes, parviendrons-nous à effacer les tares de la démocratie à l’aide d’un système encore plus démocrate, ou bien devrons-nous trancher le noeud gordien du gouvernement populaire par l’épée de la dictature ?

Ma réponse est : ni l’un ni l’autre. Je suis contre la dictature et le fascisme, je suis opposée aux régimes parlementaires et au soi-disant démocraties politiques.

C’est avec raison qu’on a parlé du nazisme comme d’une attaque contre la civilisation. On pourrait dire la même chose de toutes les formes de dictature, d’oppression et de coercition. Car qu’est-ce que la civilisation ? Tout progrès a été essentiellement marqué par l’extension des libertés de l’individu au dépens de l’autorité extérieure tant en ce qui concerne son existence physique que politique ou économique. Dans le monde physique, l’homme a progressé jusqu’à maîtriser les forces de la nature et les utiliser à son propre profit. L’homme primitif accomplit ses premiers pas sur la route du progrès lorsqu’il parvient à faire jaillir le feu, triomphant ainsi de l’homme, à retenir le vent et à capter l’eau.

Quel rôle l’autorité ou le gouvernement ont-ils joué dans cet effort d’amélioration, d’invention et de découverte ? Aucun, ou plutôt aucun qui soit positif. C’est toujours l’individu qui accomplit le miracle, généralement en dépit des interdictions, des persécutions et de l’intervention de l’autorité, tant humaine que divine.

De même dans le domaine politique, le progrès consiste à s’éloigner de plus en plus de l’autorité du chef de tribu, de clan, du prince et du roi, du gouvernement et de l’État. Économiquement, le progrès signifie plus de bien-être pour un nombre sans cesse croissant. Et culturellement, il est le résultat de tout ce qui s’accomplit par ailleurs, indépendance politique, intellectuelle et psychique de plus en plus grande.

Dans ces perspectives, les problèmes de relation entre l’homme et l’État revêtent une signification tout à fait nouvelle. Il n’est plus question de savoir si la dictature est préférable à la démocratie, si le fascisme italien est supérieur ou non à l’hitlérisme. Une question beaucoup plus vitale se pose alors à nous : le gouvernement politique, l’État est-il profitable à l’humanité et quelle est son influence sur l’individu ?

L’individu est la véritable réalité de la vie, un univers en soi. Il n’existe pas en fonction de l’État, ou de cette abstraction qu’on appelle «société» ou «nation», et qui n’est autre qu’un rassemblement d’individus. L’homme a toujours été, est nécessairement la seule source, le seul moteur d’évolution et de progrès. La civilisation est le résultat d’un combat continuel de l’individu ou des groupements d’individus contre l’État et même — contre la «société», c’est-à-dire contre la majorité hypnotisée par l’État et soumise à son culte. Les plus grandes batailles que l’homme ait jamais livrées l’ont été contre des obstacles et des handicaps artificiels qu’il s’est lui-même imposés et qui paralysent son développement. La pensée humaine a toujours été faussée par les traditions, les coutumes, l’éducation trompeuse et inique, dispensées pour servir les intérêts de ceux qui détiennent le pouvoir et jouissent de privilèges; autrement dit, par l’État et les classes possédantes. Ce conflit incessant a dominé l’histoire de l’humanité.

On peut dire que l’individualité, c’est la conscience de l’individu d’être ce qu’il est, et de vivre cette différence. C’est un aspect inhérent à tout être humain et un facteur de développement. L’État et les institutions sociales se font et se défont, tandis que l’individualité demeure et persiste. L’essence même de l’individualité, c’est l’expression, le sens de la dignité et de l’indépendance, voilà son terrain de prédilection. L’individualité, ce n’est pas cet ensemble de réflexes impersonnels et machinaux que l’État considère comme un «individu». L’individu n’est pas seulement le résultat de l’hérédité et de l’environnement, de la cause et de l’effet. C’est cela, mais aussi beaucoup plus. L’homme vivant ne peut pas être défini; il est source de toute vie et de toutes valeurs, il n’est pas une partie de ceci ou de cela ; c’est un tout, un tout individuel, un tout qui évolue et se développe, mais qui reste cependant un tout constant.

L’individualité ainsi décrite n’a rien de commun avec les diverses conceptions de l’individualisme et surtout pas avec celui que j’appellerai «individualisme de droite, à l’américaine», qui n’est qu’une tentative déguisée de contraindre et de vaincre l’individu dans sa singularité. Ce soi-disant individualisme, que suggère les formules comme «libre entreprise», «american way of life», arrivisme et société libérale, c’est le laisser-faire économique et social ; l’exploitation des masses par les classes dominantes avec l’aide de la fourberie légale; la dégradation spirituelle et l’endoctrinement systématique de l’esprit servile, processus connu sous le nom «d’éducation». Cette forme d’ «individualisme» corrompu et vicié, véritable camisole de force de l’individualité, réduit la vie à une course dégradante aux biens matériels, au prestige social; sa sagesse s’exprime en une phrase: «Chacun pour soi et maudit soit le dernier».

Inévitablement, l’ «individualisme» de droite débouche sur l’esclavage moderne, les distinctions sociales aberrantes et conduit des millions de gens à la soupe populaire. Cet «individualisme»-là, c’est celui des maîtres, tandis que le peuple est enrégimenté dans une caste d’esclaves pour servir une poignée de «surhommes» égocentriques. L’Amérique est, sans doute, le meilleur exemple de cette forme d’individualisme, au nom duquel tyrannie politique et oppression sociale sont élevées au rang de vertus : tandis que la moindre aspiration, la moindre tentative de vie plus libre et plus digne seront immédiatement mises au compte d’un anti-américanisme intolérable et condamnées, toujours au nom de ce même individualisme.

Il fut un temps où l’État n’existait pas. L’homme a vécu dans des conditions naturelles, sans État ni gouvernement organisé. Les gens étaient groupés en petites communautés de quelques familles, cultivant le sol et s’adonnant à l’art et à l’artisanat. L’individu, puis plus tard la famille, était la cellule de base de la vie sociale; chacun était libre et l’égal de son voisin. La société humaine de cette époque n’était pas un État mais une association volontaire où chacun bénéficiait de la protection de tous. Les aînés et les membres les plus expérimentés du groupe en étaient les guides et les conseillers. Ils aidaient à régler les problèmes vitaux, ce qui ne signifie pas gouverner et dominer l’individu. Ce n’est que plus tard qu’on vit apparaître gouvernement politique et État, conséquences du désir des plus forts de prendre l’avantage sur les plus faibles, de quelques-uns contre le plus grand nombre.

L’État ecclésiastique, ou séculier, servit alors à donner une apparence de légalité et de droit aux torts causés par quelques-uns au plus grand nombre. Cette apparence de droit était le moyen le plus commode de gouverner le peuple, car un gouvernement ne peut exister sans le consentement du peuple, consentement véritable, tacite ou simulé. Le constitutionnalisme et la démocratie sont les formes modernes de ce consentement prétendu, inoculé par ce qu’on appelle «éducation», véritable endoctrinement public et privé.

Le peuple consent parce qu’on le persuade de la nécessité de l’autorité ; on lui inculque l’idée que l’homme est mauvais, virulent et trop incompétent pour savoir ce qui est bon pour lui. C’est l’idée fondamentale de tout gouvernement et de toute oppression. Dieu et l’État n’existent et ne sont soutenus que par cette doctrine.

Pourtant l’État n’est rien d’autre qu’un nom, une abstraction. Comme d’autres conceptions du même type, nation, race, humanité, il n’a pas de réalité organique. Appeler l’État un organisme est une tendance maladive à faire d’un mot un fétiche.

Le mot État désigne l’appareil législatif et administratif qui traite certaines affaires humaines, mal la plupart du temps. Il ne contient rien de sacré, de saint ou de mystérieux. L’État n’a pas de conscience, il n’est pas chargé d’une mission morale, pas plus que ne le serait une compagnie commerciale chargée d’exploiter une mine de charbon ou une ligne de chemin de fer.

L’État n’a pas plus de réalité que n’en ont les dieux ou les diables. Ce ne sont que des reflets, des créations de l’esprit humain, car l’homme, l’individu est la seule réalité. L’État n’est que l’ombre de l’homme, l’ombre de son obscurantisme, de son ignorance et de sa peur.

La vie commence et finit avec l’homme, l’individu. Sans lui, pas de race, pas d’humanité, pas d’État. Pas même de société. C’est l’individu qui vit, respire et souffre. Il se développe et progresse en luttant continuellement contre le fétichisme qu’il nourrit à l’égard de ses propres inventions et en particulier de l’État.

L’autorité religieuse a édifié la vie politique à l’image de celle de l’Église. L’autorité de l’État , les «droits» des gouvernants venaient d’en haut ; le pouvoir, comme la foi, était d’origine divine. Les philosophes écrivirent d’épais volumes prouvant la sainteté de l’État, allant parfois jusqu’à lui octroyer l’infaillibilité. Certains répandirent l’opinion démente que l’État est «suprahumain», suprême, que c’est la réalité suprême, «l’absolu».

La recherche était un blasphème, la servitude la plus haute des vertus. Grâce à de tels principes, on en vint à considérer certaines idées comme des évidences sacrées, non que la vérité en eut été démontrée, mais parce qu’on les répétait sans cesse.

Les progrès de la civilisation sont essentiellement caractérisés par une mise en question du «divin» et du «mystère», du prétendu sacré et de la «vérité» éternelle, c’est l’élimination graduelle de l’abstrait auquel se substitue peu à peu le concret. Autrement dit, les faits prennent le pas sur l’imaginaire, le savoir sur l’ignorance, la lumière sur l’obscurité.

Le lent et difficile processus de libération de l’individu ne s’est pas accompli avec l’aide de l’État. Au contraire, c’est en menant un combat ininterrompu et sanglant que l’humanité a conquis le peu de liberté et d’indépendance dont elle dispose, arraché des mains des rois, des tsars et des gouvernements.

Le personnage héroïque de ce long Golgotha est celui de l’Homme. Seul ou uni à d’autres, c’est toujours l’individu qui souffre et combat les oppressions de toute sorte, les puissances qui l’asservissent et le dégradent.

Plus encore, l’esprit de l’homme, de l’individu, est le premier à se rebeller contre l’injustice et l’avilissement; le premier à concevoir l’idée de résistance aux conditions dans lesquelles il se débat. L’individu est le générateur de la pensée libératrice, de même que de l’acte libérateur.

Et cela ne concerne pas seulement le combat politique, mais toute la gamme des efforts humains, en tout temps et sous tous les cieux. C’est toujours l’individu, l’homme avec sa puissance de caractère et sa volonté de liberté qui ouvre la voie du progrès humain et franchit les premiers pas vers un monde meilleur et plus libre ; en sciences, en philosophie, dans le domaine des arts comme dans celui de l’industrie, son génie s’élève vers des sommets, conçoit «l’impossible», matérialise son rêve et communique son enthousiasme à d’autres, qui s’engagent à leur tour dans la mêlée. Dans le domaine social, le prophète, le visionnaire, l’idéaliste qui rêve d’un monde selon son cœur, illumine la route des grandes réalisations.

L’État, le gouvernement, quels qu’en soient la forme, le caractère, qu’il soit autoritaire ou constitutionnel, monarchique ou républicain fasciste, nazi ou bolchevik, est de par sa nature même conservateur, statique, intolérant et opposé au changement. S’il évolue parfois positivement c’est que, soumis à des pressions suffisamment fortes, il est obligé d’opérer le changement qu’on lui impose, pacifiquement parfois, brutalement le plus souvent, c’est-à-dire par les moyens révolutionnaires. De plus, le conservatisme inhérent à l’autorité sous toutes ses formes devient inévitablement réactionnaire. Deux raisons à cela : la première c’est qu’il est naturel pour un gouvernement, non seulement de garder le pouvoir qu’il détient, mais aussi de le renforcer, de l’étendre et de le perpétuer à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières. Plus forte est l’autorité, plus grands l’État et ses pouvoirs, plus intolérable sera pour lui une autorité similaire ou un pouvoir politique parallèle. La psychologie gouvernementale impose une influence et un prestige en constante augmentation, nationalement et internationalement, et il saisira toutes les occasions pour les accroître. Les intérêts financiers et commerciaux soutenant le gouvernement qui les représente et les sert, motivent cette tendance. La raison d’être fondamentale de tous les gouvernements, sur laquelle les historiens des temps passés fermaient volontairement les yeux, est si évidente aujourd’hui que les professeurs eux-mêmes ne peuvent plus l’ignorer.

L’autre facteur, qui astreint les gouvernements à un conservatisme de plus en plus réactionnaire, est la méfiance inhérente qu’il porte à l’individu, la crainte de l’individualité. Notre système politique et social ne tolère pas l’individu avec son besoin constant d’innovation. C’est donc en état de «légitime défense» que le gouvernement opprime, persécute, punit et parfois tue l’individu, aidé en cela par toutes les institutions dont le but est de préserver l’ordre existant. Il a recours à toutes les formes de violence et il est soutenu par le sentiment «d’indignation morale» de la majorité contre l’hérétique, le dissident social, le rebelle politique : cette majorité à qui on a inculqué depuis des siècles le culte de l’État, qu’on a élevée dans la discipline, l’obéissance et la soumission au respect de l’autorité, dont l’écho se fait entendre à la maison, à l’école, à l’église et dans la presse.

Le meilleur rempart de l’autorité, c’est l’uniformité : la plus petite divergence d’opinion devient alors le pire des crimes. La mécanisation à grande échelle de la société actuelle entraîne un surcroît d’uniformisation. On la trouve partout présente dans les habitudes, les goûts, le choix des vêtements les pensées, les idées. Mais c’est dans ce qu’on est convenu d’appeler «l’opinion publique» qu’on en trouve le concentré le plus affligeant. Bien peu ont le courage de s’y opposer. Celui qui refuse de s’y soumettre est aussitôt «bizarre, différent, suspect», fauteur de troubles au sein de l’univers stagnant et confortable de la vie moderne. 
Plus encore sans doute que l’autorité constituée, c’est l’uniformité sociale qui accable l’individu. Le fait même qu’il soit «unique, différent» le sépare et le rend étranger à son pays et même à son foyer, — plus parfois que l’expatrié dont les vues coïncident généralement avec celles des «indigènes». Pour un être humain sensible, il n’est pas suffisant de se trouver dans son pays d’origine, pour se sentir chez lui, en dépit de ce que cela suppose de traditions, d’impressions et de souvenirs d’enfance, toutes choses qui nous sont chères. I1 est beaucoup plus essentiel de trouver une certaine atmosphère d’appartenance, d’avoir conscience de «faire corps» avec les gens et l’environnement, pour se sentir chez soi, qu’il s’agisse de relations familiales, de relations de voisinage ou bien de celles qu’on entretient dans la région plus vaste qu’on appelle communément son pays. L’individu capable de s’intéresser au monde entier, ne se sent jamais aussi isolé, aussi incapable de partager les sentiments de son entourage que lorsqu’il se trouve dans son pays d’origine.

Avant la guerre, l’individu avait tout au moins la possibilité d’échapper à l’accablement national et familial. Le monde semblait ouvert à ses recherches, à ses élans, à ses besoins. Aujourd’hui, le monde est une prison et la vie une peine de détention perpétuelle à purger dans la solitude. Cela est encore plus vrai depuis l’avènement de la dictature, celle de droite comme celle de gauche.

Friedrich Nietzsche qualifiait l’État de monstre froid. Comment qualifierait-il la bête hideuse cachée sous le manteau de la dictature moderne ? Non que l’État ait jamais alloué un bien grand champ d’action à l’individu ; mais, les champions de la nouvelle idéologie étatique ne lui accorde même plus le peu dont il disposait. «L’individu n’est rien», estiment-ils. Seule la collectivité compte. Ils ne veulent rien moins que la soumission totale de l’individu pour satisfaire l’appétit insatiable de leur nouveau dieu.

Curieusement, c’est au sein de l’intelligentsia britannique et américaine qu’on trouve les plus farouches avocats de la nouvelle cause. Pour le moment, les voilà entichés de la «dictature du prolétariat». En théorie seulement, bien sûr. Car, en pratique, ils préfèrent encore bénéficier des quelques libertés qu’on leur accorde dans leur pays respectif. Ils vont en Russie pour de courtes visites, ou en tant que courtiers de la «révolution», mais ils se sentent tout de même plus en sûreté chez eux.

D’ailleurs, ce n’est peut-être pas seulement le manque de courage qui retient ces braves Britanniques et ces Américains dans leur propre pays. Ils sentent, peut-être inconsciemment, que l’individu reste le fait fondamental de toute association humaine et que, si opprimé et persécuté qu’il soit, c’est lui qui vaincra à la longue.

Le «génie de l’homme» qui n’est autre qu’une façon différente de qualifier la personnalité et son individualité, se fraie un chemin à travers le labyrinthe des doctrines, à travers les murs épais de la tradition et des coutumes, défiant les tabous, bravant l’autorité. affrontant l’outrage et l’échafaud — pour être parfois comme prophète et martyr par les générations suivantes. Sans ce «génie de l’homme», sans son individualité inhérente et inaltérable, nous en serions encore à parcourir les forêts primitives.

Pierre Kropotkine a montré les résultats fantastiques qu’on peut attendre lorsque cette force qu’est l’individualité humaine œuvre en coopération avec d’autres. Le grand savant et penseur anarchiste a pallié ainsi, biologiquement et sociologiquement, l’insuffisance de la théorie darwinienne sur le combat pour l’existence. Dans son ouvrage remarquable l’Entraide,Kropotkine montre que dans le règne animal aussi bien que dans la société humaine, la coopération — par opposition aux luttes intestines — œuvre dans le sens de la survivance et de l’évolution des espèces. Il démontre que, au contraire de l’État dévastateur et omnipotent, seules l’entraide et la coopération volontaire constituent les principes de base d’une vie libre fondée sur l’individu et l’association.

Pour le moment, l’individu n’est qu’un pion sur l’échiquier de la dictature et entre les mains des fanatiques de «l’individualisme à l’américaine». Les premiers se cherchent une excuse dans le fait qu’ils sont à la poursuite d’un nouvel objectif. Les seconds ne prétendent même pas être des innovateurs. En fait, les zélateurs de cette «philosophie» réactionnaire n’ont rien appris et rien oublié. Ils se contentent de veiller à ce que survive l’idée d’un combat brutal pour l’existence, même si la nécessité de ce combat a complètement disparu. Il est évident qu’on perpétue celui-ci justement parce qu’il est inutile. La soi-disant surproduction n’en est-elle pas la preuve ? La crise économique mondiale n’est-elle pas l’éloquente démonstration que ce combat pour l’existence ne doit sa survie qu’à l’aveuglement des tenants du «chacun pour soi», au risque d’assister à l’autodestruction du système.

L’une des caractéristiques insensées de cette situation, c’est l’absence de relation entre le producteur et l’objet produit. L’ouvrier moyen n’a aucun contact profond avec l’industrie qui l’emploie, il reste étranger au processus de production dont il n’est qu’un rouage. Et comme tel, il est remplaçable à tout moment par d’autres êtres humains tout aussi dépersonnalisés.

Le travailleur qui exerce une profession intellectuelle ou libérale, bien qu’il ait la vague impression d’être plus indépendant, n’est guère mieux loti. Lui non plus n’a pas eu grand choix, ni plus de possibilité de trouver sa propre voie dans sa branche d’activité, que son voisin le travailleur manuel. Ce sont généralement des considérations matérielles, un désir de prestige social qui déterminent l’orientation de l’intellectuel. Vient s’ajouter à cela la tendance à embrasser la carrière paternelle pour devenir instituteur, ingénieur, reprendre le cabinet d’avocat ou de médecin, etc. car la tradition familiale et la routine ne demandent ni gros efforts ni personnalité. En conséquence, la majorité des gens sont mal insérés dans le monde du travail. Les masses poursuivent péniblement leur route, sans chercher plus loin, d’abord parce que leurs facultés sont engourdies par une vie de travail et de routine ; et puis il leur faut bien gagner leur vie. On retrouve la même trame dans les cercles politiques, peut-être avec, plus de force. Il n’y est fait aucune place pour le libre choix, la pensée ou l’activité indépendantes. On n’y rencontre que des marionnettes tout juste bonnes à voter et à payer les contributions.

Les intérêts de l’État et ceux de l’individu sont fondamentalement antagonistes. L’État et les institutions politiques et économiques qu’il a instaurées ne peuvent survivre qu’en façonnant l’individu afin qu’ils servent leurs intérêts ; ils l’élèvent donc dans le respect de la loi et de l’ordre, lui enseignent l’obéissance, la soumission et la foi absolue dans la sagesse et la justice du gouvernement; ils exigent avant tout le sacrifice total de l’individu lorsque l’État en a besoin, en cas de guerre par exemple. L’État juge ses intérêts supérieurs à ceux de la religion et de Dieu. Il punit jusque dans ses scrupules religieux ou moraux l’individu qui refuse de combattre son semblable parce qu’il n’y a pas d’individualité sans liberté et que la liberté est la plus grande menace qui puisse peser sur l’autorité.

Le combat que mène l’individu dans des conditions aussi défavorables — il en va souvent de sa vie — est d’autant plus difficile qu’il ne s’agit pas, pour ses adversaires, de savoir s’il a tort ou raison. Ce n’est ni la valeur ni l’utilité de sa pensée ou de son action qui dresse contre lui les forces de l’État et de «l’opinion publique». Les persécutions contre l’innovateur, le dissident, le protestataire, ont toujours été causées par la crainte que l’infaillibilité de l’autorité constituée ne soit mise en question et son pouvoir sapé.

L’homme ne connaîtra la véritable liberté, individuelle et collective, que lorsqu’il s’affranchira de l’autorité et de sa foi en elle. L’évolution humaine n’est qu’un pénible cheminement dans cette direction. Le développement, ce n’est en soi ni l’invention ni la technique. Rouler à 150 Km à l’heure n’est pas un signe de civilisation. C’est à l’individu, véritable étalon social, que se mesure notre degré de civilisation ; à ses facultés individuelles, à ses possibilités d’être librement ce qu’il est ; de se développer et de progresser sans intervention de l’autorité coercitive et omniprésente.

Socialement parlant, la civilisation et la culture se mesurent au degré de liberté et aux possibilités économiques dont jouit l’individu ; à l’unité et à la coopération sociale et internationale, sans restriction légale ni autre obstacle artificiel ; à l’absence de castes privilégiées ; à une volonté de liberté et de dignité humaine ; en bref, le critère de civilisation, c’est le degré d’émancipation réelle de l’individu.

L’absolutisme politique a été aboli parce que l’homme s’est aperçu, au cours des siècles, que le pouvoir absolu est un mal destructeur. Mais il en va de même de tous les pouvoirs, que ce soit celui des privilèges, de l’argent, du prêtre, du politicien ou de la soi-disant démocratie. Peu importe le caractère spécifique de la coercition s’il revêt la couleur noire du fascisme, le jaune du nazisme ou le rouge prétentieux du bolchevisme. Le pouvoir corrompt et dégrade aussi bien le maître que l’esclave, que ce pouvoir soit aux mains de l’autocrate, du parlement ou du soviet. Mais le pouvoir d’une classe est plus pernicieux encore que celui du dictateur, et rien n’est plus terrible que la tyrannie de la majorité.

Au cours du long processus historique, l’homme a appris que la division et la lutte mènent à la destruction et que l’unité et la coopération font progresser sa cause, multiplient ses forces et favorisent son bien-être. L’esprit gouvernemental travaille depuis toujours à l’encontre de l’application sociale de cette leçon fondamentale, sauf lorsque l’État y trouve son intérêt. Les principes conservateurs et antisociaux de l’État et de la classe privilégiée qui le soutient, sont responsables de tous les conflits qui dressent les hommes les uns contre les autres. Ils sont de plus en plus nombreux ceux qui commencent à voir clair, sous la surface de l’ordre établi. L’individu se laisse moins aveugler par le clinquant des principes étatiques et les «bienfaits» de «l’individualisme» préconisé par les sociétés dites libérales. Il s’efforce d’atteindre les perspectives plus amples des relations humaines que seule procure la liberté. Car la véritable liberté n’est pas un simple chiffon de papier intitulé «constitution, droit légal ou loi». Ce n’est pas non plus une abstraction dérivée de cette autre irréalité appelée «État». Ce n’est pas l’acte négatif d’être libéré de quelque chose ; car cette liberté-là n’est que la liberté de mourir de faim. La vraie liberté est positive ; c’est la liberté vers quelque chose, la liberté d’être, de faire et les moyens donnés pour cela.

II ne peut alors s’agir d’un don, mais d’un droit naturel de l’homme, de tous les êtres humains.

Ce droit ne peut être accordé ou conféré par aucune loi, aucun gouvernement. Le besoin, le désir ardent s’en fait sentir chez tous les individus. La désobéissance à toutes les formes de coercition en est l’expression instinctive. Rébellion et révolution sont des tentatives plus ou moins conscientes pour se l’octroyer. Ces manifestations individuelles et sociales sont les expressions fondamentales des valeurs humaines. Pour nourrir ces valeurs, la communauté doit comprendre que son appui le plus solide, le plus durable, c’est l’individu. Dans le domaine religieux comme dans le domaine politique, on parle d’abstractions tout en croyant qu’il s’agit de réalités. Mais quand on en vient vraiment à traiter de choses concrètes, il semble que la plupart des gens soient incapables d’y trouver un intérêt vital. C’est peut-être que la réalité est par trop terre-à-terre, trop froide pour éveiller l’âme humaine. Seuls les sujets différents, peu ordinaires, soulèvent l’enthousiasme. Autrement dit, l’Idéal qui fait jaillir l’étincelle de l’imagination et du cœur humain. Il faut quelque idéal pour sortir l’homme de l’inertie et de la monotonie de son existence et transformer le vil esclave en personnage héroïque.

C’est ici qu’intervient évidemment l’opposant marxiste dont le marxisme — dépasse d’ailleurs celui de Marx lui-même. Pour celui-là, l’homme n’est qu’une figurine aux mains de cette toute puissance métaphysique qu’on appelle déterminisme économique, plus vulgairement lutte des classes. La volonté de l’homme, individuelle et collective, sa vie psychique, son orientation intellectuelle, tout cela compte pour bien peu de chose chez notre marxiste et n’affecte en rien ses conceptions de l’histoire humaine.

Aucun étudiant intelligent ne nierait l’importance du facteur économique dans le progrès social et le développement de l’humanité. Mais seul un esprit obtus et obstinément doctrinaire se refusera à voir le rôle important de l’idée, en tant que conception de l’imagination et résultat des aspirations de l’homme.

Il serait vain et sans intérêt de tenter de comparer deux facteurs de l’histoire humaine. Aucun facteur ne peut être considéré, à lui seul, comme le facteur décisif de l’ensemble des comportements individuels et sociaux. Nous sommes trop peu avancés en psychologie humaine, peut-être même n’en saurons-nous jamais assez pour peser et mesurer les valeurs relatives de tel ou tel facteur déterminant du comportement humain. Formuler de tels dogmes, dans leurs connotations sociales, n’est que fanatisme ; pourtant, on verra une certaine utilité dans le fait que cette tentative d’interprétation politico-économique de l’histoire prouve la persistance de la volonté humaine et réfute les arguments des marxistes.

Heureusement, certains marxistes commencent à voir que leur Credo n’est pas toute vérité ; après tout, Marx n’était qu’un être humain, bien trop humain pour être infaillible. Les applications pratiques du déterminisme économique en Russie ouvrent, actuellement, les yeux des marxistes les plus intelligents. On peut voir, en effet, des réajustements s’opérer au niveau des principes marxistes dans les rangs socialistes et même dans les rangs communistes des pays européens. Ils comprennent lentement que leur théorie n’a pas assez tenu compte de l’élément humain, des Menschen ainsi que le souligne un journal socialiste. Aussi important soit-il, le facteur économique n’est cependant pas suffisant pour déterminer à lui seul le destin d’une société. La régénération de l’humanité ne s’accomplira pas sans l’aspiration, la force énergétique d’un idéal.

Cet idéal, pour moi, c’est l’anarchie, qui n’a évidemment rien à voir avec l’interprétation erronée que les adorateurs de l’État et de l’autorité s’entendent à répandre. Cette philosophie jette les bases d’un ordre nouveau fondé sur les énergies libérées de l’individu et l’association volontaire d’individus libres.

De toutes les théories sociales, l’Anarchie est la seule à proclamer que la société doit être au service de l’homme et non l’homme au service de la société. Le seul but légitime de la société est de subvenir aux besoins de l’individu et de l’aider à réaliser ses désirs. Ce n’est qu’alors qu’elle se justifie et participe aux progrès de la civilisation et de la culture. Je sais que les représentants des partis politiques et les hommes qui luttent sauvagement pour le pouvoir me taxeront d’anachronisme incorrigible. Eh bien, j’accepte joyeusement cette accusation. C’est pour moi un réconfort de savoir que leur hystérie manque d’endurance et que leurs louanges ne sont jamais que temporaires.

L’homme aspire à se libérer de toutes les formes d’autorité et de pouvoir et ce ne sont pas les discours fracassants qui l’empêcheront de briser éternellement ses chaînes. Les efforts de l’homme doivent se poursuivre et ils se poursuivront.

Visions et messages d’un anarchiste révolutionnaire… Nestor Makhno (1932)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 10 janvier 2017 by Résistance 71

L’abécédaire de l’anarchiste révolutionnaire

 

Nestor Makhno, 1932

 

Note de Résistance 71: Makhno écrivit ce texte dans un contexte insurrectionnel, à la suite de la révolution russe de 1917, alors que la Makhnovichnya fut vaincue en luttant contre à la fois les “blancs” tsaristes et les bolchéviques, l’Armée Rouge et son chef historique criminel, Léon Trotsky.
Nous pensons que les associations libres et leur confédération doivent se faire en changeant notre attitude envers l’État et créant une société parallèle ignorant les institutions et se gérant pas à pas elle-même, la confédération des associations libres rendra l’État et ses institutions coercitives obsolètes parce que plus personne ou presque ne les suivront. Elles deviendront inutiles, caduques, nulles et non avenues, prêtes à être reléguées au musée des horreurs de l’histoire de l’humanité.
Ceci s’opèrera sans quasiment aucune violence, il n’y en aura pas besoin parce que les membres des corps constitués institutionnels de l’État embrasseront la nouvelle société émancipée, il n’y aura plus rien à tirer des institutions exsangues. L’État tentera d’exercer sa coercition habituelle mais tombera comme un fruit trop mûr qu’il sera devenu.
Il faut ainsi lire le texte de Makhno ci-dessous en le replaçant dans son contexte révolutionnaire de l’époque et comprendre qu’une telle situation de violence n’est ni nécesaire, ni inéluctable pour un changement radical de paradigme politique. Il suffit de proclamer un NON ! organisé pour que l’ineptie criminelle contre-nature actuelle s’arrête.

L’anarchisme, c’est la vie libre et l’œuvre créatrice de l’homme. C’est la destruction de tout ce qui est dirigé contre ces aspirations naturelles et saines de l’homme.

L’anarchisme, ce n’est pas un enseignement exclusivement théorique, à partir de programmes élaborés artificiellement dans le but de régir la vie ; c’est un enseignement tiré de la vie à travers toutes ses saines manifestations, passant outre à toutes les normes artificielles.

La physionomie sociale et politique de l’anarchisme, c’est une société libre, antiautoritaire, celle qui instaure la liberté, l’égalité et la solidarité entre tous ses membres.

Le Droit, dans l’anarchisme, c’est la responsabilité de l’individu, celle qui entraîne une garantie véritable de la liberté et de la justice sociale, pour tous et pour chacun, partout et de tous temps. C’est là que naît le communisme.

L’anarchisme naît naturellement chez l’homme ; le communisme, lui, en est le développement logique.

Ces affirmations demandent à être appuyées théoriquement à l’aide de l’analyse scientifique et de données concrêtes, afin de devenir des postulats fondamentaux de l’anarchisme. Cependant, les grands théoriciens libertaires, tels que Godwin, Proudhon, Bakounine, Johann Most, Kropotkine, Malatesta, Sebastien Faure et de nombreux autres n’ont pas voulu, du moins je le suppose, enfermer la doctrine dans des cadres rigides et définitifs. Bien au contraire, on peut dire que le dogme scientifique de l’anarchisme, c’est l’aspiration à démontrer qu’il est inhérent à la nature humaine de ne jamais se contenter de ses conquètes. La seule chose qui ne change pas dans l’anarchisme scientifique, c’est la tendance naturelle à rejeter toutes les chaînes et toute entreprise d’exploitation de l’homme par l’homme. En lieu et place des chaînes et de l’esclavage instaurés actuellement dans la société humaine – ce que, d’ailleurs, le socialisme n’a pu et ne peut supprimer -, l’anarchisme sème la liberté et le droit inaliénable de l’homme à en user.

En tant qu’anarchiste révolutionnaire, j’ai participé à la vie du peuple urkainien durant la révolution. Ce peuple a ressenti instinctivement à travers son activité l’exigeance vitale des idées libertaires et en a également subi le poid tragique. J’ai connu, sans fléchir, les mêmes rigueurs dramatiques de cette lutte collective, mais, bien souvent, je me suis retrouvé impuissant à comprendre puis à formuler les exigences du moment. En général, je me suis rapidement repris et j’ai clairement saisi que le but vers lequel, moi et mes camarades, nous appelions à lutter était directement assimilé par la masse qui combattait pour la liberté et l’indépendance de l’individu et de l’humainté entière.

L’expérience de la lutte pratique a renforcé ma conviction que l’anarchisme éduque d’une manière vivante l’homme. C’est un enseignement tout aussi révolutionnaire que la vie, il est tout aussi varié et puissant dans ses manifestations que la vie créatrice de l’homme et, en fait, il s’y indentifie intimement.

En tant qu’anarchiste révolutionnaire, et tant que j’aurai un lien au moins aussi ténu qu’un cheveu avec cette qualification, je t’appellerai, toi frère humilié, à la lutte pour la réalisation de l’idéal anarchiste. En effet, ce n’est que par cette lutte pour la liberté, l’égalité et la solidarité que tu comprendra l’anarchisme.

L’anarchisme existe, donc, naturellement chez l’homme : il l’émancipe historiquement de la psychologie servile – acquise atrificiellement – et l’aide à devenir un combatant conscient contre l’esclavage sous toutes ses formes. C’est en cela que l’anarchisme est révolutionnaire.

Plus l’homme prend conscience, par la reflexion, de sa situation servile, plus il s’en indigne, plus l’esprit anarchiste de liberté, de volonté et d’action s’incruste en lui. Cela concerne chaque individu, homme ou femme, même s’ils nont jamais entendu parler du mot « anarchisme ».

La nature de l’homme est anarchiste : elle s’oppose à tout ce qui tend à l’emprisonner. Cette essence naturelle de l’homme, selon moi, s’exprime dans le terme scientifique d’anarchisme. Celui-ci, en tant qu’idéal de vie chez l’homme, joue un rôle significatif dans l’évolution humaine. Les oppresseurs, tout aussi bien que les opprimés, commencent peu à peu à remarquer ce rôle ; aussi, les premiers aspirent-ils par tout les moyens à déformer cet idéal, alors que les seconds aspirent, eux, à les rendre plus accessibles à attiendre.

La compréhension de l’idéal anarchiste chez l’esclave et le maître grandit avec la civilisation moderne. En dépit des fins que celle-ci s’était jusque là données – endormir et bloquer toute tendance naturelle chez l’homme à protester contre tout outrage à sa dignité -, elle n’a pu faire taire les esprits scientifiques indépendants qui ont mis à nu la véritable provenance de l’homme et démontré l’innexistence de Dieu, considéré auparavant comme le créateur de l’humanité. Par suite, il est devenu naturellement plus facile de prouver de manière irréfutable le caractère artificiel des « onctions divines » sur terre et des relations infâmantes qu’elles entraînaient contre les homes.

Tous ces évènements ont considérablement aidé au développement conscient des idées anarchistes. Il est tout aussi vrai que des conceptions artificielles ont vu le jour à la même époque : le liberalisme et le socialisme prétendument « scientifique », dont l’une des branches est représentée par le bolchevisme-communisme. Toutefois, malgrés toute leur immense influence sur la psychologie de la société moderne, ou du moins sur une grande partie d’entre elle, et malgré leur triomphe sur la réaction classique d’une part, et sur la personnalité de l’individu, d’autre part, ces conceptions artificielles tendent à glisser sur la pente menant aux formes déja connues du vieux monde.

L’homme libre, qui prend conscience et qui l’exprime autour de lui, enterre et enterrera inévitablement tout le passé infâmant de l’humanité, ainsi que tout ce que cela entraînerait comme tromperie, violence arbitraire et avilissement. Il enterrera aussi ces enseignements artificiels.

L’individu se libère peu à peu, dès à présent, de la chape de mensonges et de lâcheté dont l’ont recouvert depuis sa naissance les dieux terrestres, cela à l’aide de la force grossière de la baïonnette, du rouble, de la « justice » et de la science hypocrite – celle des apprentis sorciers.

En se débarrassant d’une telle infamie, l’individu atteint la plénitude qui lui fait découvrir la carte de la vie : il y remarque en premier lieu son ancienne vie servile, repoussante de lâcheté et de misère. Cette vie ancienne avait tué en lui, en l’asservissant, tout ce qui avait de propre, clair et valable au départ, pour le transformer soit en mouton bêlant, soit en maître imbécile qui piétine et déchire tout ce qu’il y a de bon en lui-même et chez autrui.

C’est seulement à ce moment que l’homme s’éveille à la liberté naturelle, indépendante de qui ou de quoi que ce soit et qui réduit en cendre tout ce qui lui est contraire, tout ce qui viole la pureté et la beauté captivante de la nature, laquelle se manifeste et croît à travers l’œuvre créatrice autonome de l’individu. Ce n’est qu’ici que l’homme revient à lui-même et qu’il condamne pour toujours son passé honteux, coupant avec lui tout lien psychique qui emprisonnait jusqu’ici sa vie individuelle et sociale, par le poids de son ascendance serville et aussi, en partie, par sa propre démission, encouragée et accrue par les chamans de la science.

Désormais, l’homme avance d’année en année autant qu’il le faisait auparavant de génération en génération, vers une fin hautement étique : ne pas être, ni devenir lui-même un chaman, un prophète du pouvoir sur autrui et ne plus permettre à d’autres de disposer d’un pouvoir sur lui.

Libéré des dieux célèstes et terrestres, ainsi que de toutes leurs prescriptions morales et sociales, l’homme élève la voix et s’oppose en actes contre l’exploitation de l’homme par l’homme et le dévoiement de sa nature, laquelle reste invariablement liée à la marche en avant, vers la pleinitude et la perfection. Cet homme révolté ayant pris conscience de soi et de la situation de ses frères opprimés et humiliés, s’exprime dorénavant avec son cœur et sa raison : il devient un anarchiste révolutionnaire, le seul individu qui puisse avoir soif de liberté, de pleinitude et de perfection tant pour lui que pour le genre humain, foulant à ses pieds l’esclavage et l’idiotie sociale qui s’est incarnée historiquement par la violence – l’État. Contre cet assassin et bandit organisé, l’homme libre s’organise à son tour avec ses semblables, en vue de se renforcer et d’adopter une orientation véritablement communiste dans toutes les conquètes communes accomplies sur la voie créatrice, à la fois grandiose et pénible.

Les individus membres de tels groupes s’émancipent par là même de la tutelle criminelle de la société dominante, dans la mesure où ils redeviennent eux-mêmes, c’est à dire qu’ils rejettent toute servilité envers autrui, quelqu’ils aient pu être auparavant : ouvrier, paysan, étudiant ou intellectuels. C’est ainsi qu’ils échappent à la condition soit d’âne bâté, d’esclave, de fonctionnaire ou de laquais se vendant à des maîtres imbéciles.

En tant qu’individu, l’homme se rapproche de sa personnalité authentique lorsqu’il rejette et réduit en cendres les idées fausses sur sa vie, retrouvant ainsi tous ses véritables droits. C’est par cette double démarche de rejet et d’affirmation que l’individu devient un anarchiste révolutionnaire et un communiste conscient.

En tant qu’idéal de vie humaine, l’anarchisme se révèle consciemment en chaque individu comme une aspiration naturelle de la pensée vers une vie libre et créatrice, conduisant à un idéal social de bonheur. A notre siecle, la société anarchiste ou société harmonieuse n’apparaît plus comme une chimère. Cependant, autant que son élaboration et son aménagement pratique, sa conception paraît encore peu évidente.

En tant qu’enseignement portant sur une vie nouvelle de l’homme et de son développement créateur, tant sur le plan individuel que social, l’idée même de l’anarchisme se fonde sur la vérité indestructible de la nature humaine et sur les preuves indiscutables de l’injustice de la société actuelle – véritable plaie permanente. Cette constatation conduit ses partisants – les anarchistes – à se trouver en situation à demi ou entièrement illégale vis-à-vis des institutions officielle de la société actuelle. En effet, l’anarchisme ne peut être reconnu tout à fait légal dans aucun pays ; cela s’explique par son serviteur et maître : l’État. La société s’y est complètement dissoute ; toutes ses fonctions et affaires sociales sont passées aux mains de l’État. Le groupe de personnes qui a parasité de tous temps l’humanité, en lui construisant des « tranchées » dans sa vie, s’est ainsi identifié à l’État. Que ce soit individuellement ou en masse innombrable, l’homme se retrouve à la merci de ce groupe de fainéants se faisant appeler « gouvernants et maîtres », alors qu’ils ne sont en réalité que de simple exploiteurs et oppresseurs.

C’est à ces requins qui abrutissent et soumettent le monde actuel, qu’ils soient gouvernants de droite ou de gauche, bourgeois ou socialistes étatistes, que la grande idée d’anarchisme ne plaît en aucune sorte. La différence entre ces requins tient en ce que les premiers sont des bourgeois déclarés – par conséquents moins hypocrites -, alors que les seconds, les socialistes étatistes de toutes nuances, et surtout parmis eux les collectivistes qui se sont indûment accolés le nom de communistes, à savoir les bolcheviks, se dissimilent hypocritement sous les mots d’ordre de « fraternité et d’égalité ». Les bolcheviks sont prêt à repeindre mille fois la société actuelle ou à changer mille fois la dénomination des systèmes de domination des uns et d’esclavage des autres, bref à modifier les appellations selon les besoins de leurs programmes, sans changer pour autant un iota de la nature de la société actuelle, quitte à échaffauder dans leurs stupides programmes des compromis aux contradictions naturelles qui existent entre la domination et la servitude. Bien qu’ils sachent que ces contradictions soient insurmontables, ils les entretiennent tout de même, à la seule fin de ne pas laisser apparaître dans la vie le seul idéal humain véritable : le communisme libertaire.

Selon leur programme absurde, les socialistes et communistes étatistes ont décidé de « permettre » à l’homme de se librer socialement, sans qu’il soit possible pour autant de manifester cette librerté dans sa vie sociale. Quant à laisser l’homme s’émanciper spirituellement en totalité, de manière à ce qu’il soit entièrement libre d’agir et de se soumettre uniquement à sa propre volonté et aux seules lois naturelles, bien qu’ils abordent peu ce sujet, il ne saurait pour eux en être question. C’est la raison pour laquelle ils unissent leurs efforts à ceux des bourgeois afin que cette émancipation ne puisse jamais échapper à leur odieuse tutelle. De toute façon, l’ »émancipation » octroyée par un pouvoir politque quelconque, on sait bien désormais quel aspect cela peur revêtir.

Le bourgeois trouve naturel de parler des travailleurs comme d’esclaves condamné à le rester. Il n’encouragera jamais un travail authentique susceptible de produire quelquechose de réellement utile et beau, pouvant bénéficier à l’humanité entière. Malgrè les capitaux colossaux dont il dispose dans l’industrie et l’agriculture, il affirme ne pas pouvoir aménager des principes de vie sociale nouvelle. Le présent lui paraît tout fait suffisant, car tout les puissants s’inclinnent devant lui : les tsars, les présidents, les gouvernements et la quasi-totalité des intellectuels et savants, tout ceux qui soumettent à leur tour les esclaves de la société nouvelle. « Domestiques » crient les bourgeois à leur fidèles serviteurs, donnez aux esclaves le servile qui leur est dû, gardez la part qui vous revient pour vos dévoués services, puis conservez le reste pour nous !… Pour eux, dans ces conditions, la vie ne peut être que belle !

« Non nous ne sommes pas d’accord avec vous là-dessus ! rétorquent les socialistes et communistes étatistes. Sur ce, ils s’adressent aux travailleurs, les organisent en parti politiques, puis les incitent à se révolter en tenant le discours suivant : « Chassez les bourgeois du pouvoir de l’État et donnez-nous-le, à nous socialistes et communistes étatistes, ensuite nous vous défendrons et libererons ».

Ennemis acharnés et naturels du pouvoir d’État, bien plus que les fainéants et les privilégiés, les travailleurs expriment leur haine, s’insurgent accomplissent la révolution, détruisent le pouvoir d’État et en chassent ses détenteurs, puis, soit par naïveté soit par manque de vigilance, ils laissent les socialistes s’en emparer. En Russie, ils on laisser les bolcheviks-communistes se l’accaparer. Ces laches jésuites, ces monstres et bourreaux de la liberté se mettent alors à égorger, à fusiller et à écraser les gens, même désarmés, tout comme auparavant les bourgeois, si ce n’est pire encore. Ils fusillent pour soumettre l’esprit indépendant, qu’il soit individuel ou collectif, dans le but d’anéantir pour toujours en l’homme l’esprit de liberté et la volonté créatrice, de le rendre esclave spirituel et laquais physique d’un groupe de scélérats installés à la place du trône déchu, n’hésitant pas à utiliser des tueurs pour se subordonner la masse et éliminer les récalcitrants.

L’homme gémit sous le poids des chaînes du pouvoir socialiste en Russie. Il gémit aussi dans les autres pays sous le joug des socialistes unis à la bourgeoisie, ou bien sous celui de la seule bourgeoisie. Partout, individuellement ou collectivement, l’homme gémit sous l’oppression du pouvoir d’État et de ses folies politiques et économiques. Peu de gens s’intéressent à ses souffrances sans avoir en même temps d’arrières-pensées, car les bourreaux, anciens ou nouveaux, sont très forts spirituellement et physiquement : ils disposent de grands moyens efficaces pour soutenir leur emprise et écraser tout et tous ceux qui se mettent en travers de leur chemin.

Brûlant de défendre ses droits à la vie, à la liberté et au bonheur, l’homme veut manifester sa volonté créatrice en se mêlant au tourbillon de violence. Devant l’issue incertaine de son combat, il a parfois tendance à baisser les bras devant sont bourreau, au moment même où celui-ci passe le nœud coulant autour du cou, cela alors qu’un seul de ses regards audacieux suffirait à faire trembler le bourreau et à remtte en cause tout le fardeau du joug. Malheureusement, l’homme préfère bien souvent fermer les yeux au moment même où le bourreau passe un nœud coulant sur sa vie toute entière.

Seul, l’homme qui a réussi à se débarasser des chaînes de l’oppression et observé toutes les horreurs se commettant contre le genre humain, peut être convaincu que sa liberté et celle de son semblable sont inviolables, tout autant que leur vies, et que son semblable est un frère. S’il est prêt à conquerir et à defendre sa liberté, à exterminer tout exploiteur et tout bourreau (si celui-ci n’abandonne pas sa lâche profession), puis s’il ne se donne pas pour but dans sa lutte contre le mal de la société contemporaine de remplacer le pouvoir bourgeois par un autre pouvoir tout aussi oppresseur – socialiste, communiste ou « ouvrier » (bolchevik) -, mais d’instaurer une société réellement libre, organisée à partir de la responsabilité individuelle et garantissant à tous une liberté authentique et une justice sociale égale pour tous, seul cet homme là est un anarchiste révolutionnaire. il peut sans crainte regarder les actes du bourreau-État et recevoir s’il le faut son verdict, et aussi énoncer le sien à l’occasion en déclarant : « Non, il ne saurait en être ainsi ! Révolte-toi, frère opprimé ! Insurge-toi contre tout pouvoir de l’État ! Détruis le pouvoir de la bourgeoisie et ne le remplace pas par celui des socialistes et des bolcheviks-communistes. Supprime tout pouvoir d’État et chasse ses partisants, car tu ne trouveras jamais d’amis parmis eux. »

Le pouvoir des socialistes ou communistes étatitstes est tout aussi nocif que celui de la bourgeoisie. Il arrive même qu’il le soit encore davantage, l’orsqu’il fait ses expériences avec le sang et la vie des hommes. A ce moment, il ne tarde pas à rejoindre à la dérobée les prémices du pouvoir bourgeois ; il ne craint plus alors de recourrir aux pires moyens en mettant et en trompant encore plus que tout autre pouvoir. Les idées du socialisme ou communisme d’État deviennent même superflues : il ne s’en sert plus et se rapproche à toutes celles qui peuvent lui servir à s’aggriper au pouvoir. En fin de compte, il ne fait qu’employer des moyens nouveaux pour perpetuer la domination et devenir plus lâche que la bourgeoisie qui, elle, pend le révolutionnaire publiquement, alors que le bolchevisme-communisme, lui, tue et étrangle en cachette.

Toute révolution qui a mis aux prises la bourgeoisie et les socialistes ou communistes d’État illustre bien ce que je viens d’affirmer, en particulier si l’on considère l’exemple des révolutions russes de fevrier et d’octobre 1917. Ayant renversé l’empire russe, les masses laborieuses se sentirent en conséquence à demi émancipée politiquement et aspirèrent a parachever cette libération. Elles se mirent à transmettre les terres, confisquées aux grands propriétaires terriens et au clergé, à ceux qui les cultivaient ou qui avaient l’intention de le faire sans exploiter le travail d’autrui. Dans les villes, ce furent les usines, les fabriques, les typographies et autres entreprises sociales qui furent prises en main par ceux qui y travaillaient. Lors de ces réalisations saines et enthousiastes, tendant à instaurer des relations fraternelles entre les villes et les campagnes, les travailleurs ne voulurent pas remarquer qu’à Kiev, Kharkov et Pétrograd, des gouvernements nouveaux se mettaient en place.

A travers ses organisations de classe, le peuple aspirait à poser le fondement d’une société nouvelle et libre devant éliminer, en toute indépendance, au cours de son developpement, du corps social tous les prarasites et tous les pouvoirs des uns sur les autres, jugés stupides et nuisibles par les travailleurs.

Une telle démarche s’affirma nettement en Ukraine, dans l’Oural et en Sibérie. A Tiflis, Kiev, Petrograd et Moscou, au cœur même des pouvoir mourants, cette tendance se fit jour. Toutefois, partout et toujours, les socialistes et communistes d’État avaient et on encore leurs nombreux partisants, ainsi que leurs tueurs à gages. Parmi ceux-ci, il faut malheureusement constater qu’il y eu de nombreux travailleurs. A l’aide de ces tueurs les bolcheviks ont coupé court à l’œuvre du peuple, et d’une manière si terrible que même l’inquisition du Moyen Age pourrait les envier.

Quant a nous, connaissant la véritable nature de l’État, nous disons aux guides socialistes et bolcheviks : « Honte à vous ! Vous avez tant écrit et discuté de la férocité bourgeoise à l’égard des opprimés. Vous avez défendu avec tant d’acharnement la pureté révolutionnaire et le dévouement des travailleurs en lutte pour leur émancipation et maintenant, parvenu au pouvoir, vous vous révélez ou bien les même lâches laquais de la bourgeoisie ou bien vous devenez vous même bourgeois en utilisant ses moyens, au point même qu’elle s’en étonne et s’en moque. »

D’ailleurs à travers les expériences du bolchevisme-communiste, la bourgeoisie a compris, ces dernières années, que la chimère scientifique d’un socialisme étatique ne pouvait se passer ni des moyens, ni même d’elle même. Elle l’a si bien compris qu’elle se moque de ses élèves qui n’arrivent même pas à sa hauteur. Elle à compris que, dans le système socialiste, l’exploitation et la violence organisée contre la majorité de la masse laborieuse ne suppriment nullement la vie débauchée et le parasitisme des fainéants, qu’en fait l’exploitation ne change que de nom puis croît et se renforce. Et c’est bien ce que la réalité nous confirme. Il n’y a qu’à constater la maraude des bolcheviks et leur monopole sur les conquètes révolutionnaire du peuple, ainsi que leur police, leurs tribunaux, prisons et armée de geôliers, tous employés contre la révolution. L’armée « rouge » continue d’être recrutée de force ! On y retrouve les mêmes fonctions qu’auparavant, bien qu’elles s’y dénomment autrement, en étant encore plus irresponsable et devoyées.

Le libéralisme, le socialisme et le communisme d’État sont trois membres de la même famille empruntant des voies différentes pour exercer leur pouvoir sur l’homme, afin de l’empêcher d’atteindre son plein épanouissement vers la liberté et l’indépendance en créant un principe nouveau, sain et authentique à partir d’un idéal social valable pour tout le genre humain.

« Revolte-toi ! déclare l’anarchiste révolutionnaire à l’opprimé. Insurge-toi et supprime tout pouvoir sur toi et en toi. Et ne participe pas à en créer un nouveau sur autrui. Sois libre et défends la liberté des autres contre toutes atteintes !  »

Le pouvoir dans la société humaine est sourtout prôné par ceux qui n’ont jamais vécu véritablement de leur propre travail et d’une vie saine, ou bien, encore, qui n’en vivent plus ou qui ne veulent pas en vivre. Le pouvoir d’État ne pourra jamais donner la joie, le bonheur et l’épanouissement à une société quelle qu’elle soit. Ce pouvoir à été créé par des fainéant dans le but unique de piller et d’exercer leur violence, souvent meurtrière, contre tous ceux qui produisent, par leur travail – que ce soit par la volonté, l’intelligence ou les muscles -, tout ce qui est utile et bon dans la vie de l’homme.

Que ce pouvoir se qualifie de bourgeois, de socialiste, de bolchevik-communiste, d’ouvrier ou de paysan, cela revient au même : il est tout aussi nocif à l’individualité saine et heureuse et à la sociètè dans son ensemble. La nature de tout pouvoir d’État est partout identique : anéantir la liberté de l’individu, le transformer spirituellement en laquais, puis de s’en servir pour les besognes les plus sâles. Il n’y a pas de pouvoir innofensif.

« Frère opprimé, chasse en toi le pouvoir et ne permet pas qu’il s’instaure ni sur toi ni sur ton frère, proche ou lointain ! « 

La vraie vie, saine et joyeuse, de l’individu et de la collectivité ne se construit pas à l’aide du pouvoir et de programmes qui tentent de l’enfermer en des formules et des lois écrites. Non, elle ne peut s’édifier qu’à partir de la liberté individuelle, de son œuvre créatrice et indépendante, s’affirmant par les phases de destruction et de construction.

La liberté de chaque individu fonde la société libertaire ; celle-ci atteit son integralité par la décentralisation et la réalisation but commun : le communisme libertaire.

Lorsque nous nous représentons la société communiste libertaire, nous la voyons comme une société grandiose et harmonieuse dans ses relations humaines. Elle repose principalement sur les individus libres qui se groupent en associations affinitaires – que ce soit par intérêt, nécéssité ou penchants -, garantissant une justice sociale à titre égal pour tous en se liant en fédérations et confédérations.

Le communisme libertaire, c’est une société qui se fonde sur la vie libre de tout homme, sur son droit intangible à un développement infini, sur la suppression de toutes les injustices et de tous les maux qui ont entravé le progrès et le perfectionnement de la société en la partageant en couches et en classes, sources de l’oppression et de la violence des uns sur les autres.

La société libertaire se donne pour but de rendre plus belle et plus radieuse la vie de chacun, au moyen de son travail, de sa volonté et de son intelligence. En plein accord avec la nature, le communisme libertaire se fonde par conséquent sur la vie de l’homme pleinement épanoui, indépendant, créateur et absolument libre. C’est la raison pour laquelle ses adeptes apparaissent dans leur vie comme des êtres libres et radieux.

Le travail et les relation fraternelles entre tous, l’amour de la vie, la passion de la création belle et libre, toutes ces valeurs motivent la vie et l’activité des communistes libertaires. Ils n’ont nul besoin de prisons, de bourreaux, d’espions et de provocateurs, utilisés par contre en grands nombre par le socialistes et communistes étatistes. Par principe, les communistes libertaire n’ont aucun besoin des bandits et assassins à gages dont le pire exemple et le chef suprème est en fin de compte, l’État. Frère opprimé ! Prépare-toi à la fondation de cette société là, par la reflexion et au moyen de l’action organisée. Seulement, souviens-toi que ton organisation doit être solide et constante dans son activité sociale. L’ennemi absolu de ton émancipation, c’est l’État ; il s’incarne au mieux par l’union des cinq types suivants : le propriétaire, le militaire, le juge, le prêtre et celui qui est leur serviteur à tous, l’intellectuel. Dans la plupart des cas, ce dernier se charge de prouver les droits « légitimes » de ses quatre maître à sanctionner le genre humain, à normaliser la vie de l’homme sous tous ses aspects individuels et sociaux, cela en déformant le sens des lois naturelles pour codifier des lois « historiques et juridiques », œuvres criminelles de plumitifs stilipendiés.

L’ennemi est très fort car, depuis des millénaires, il vit de pillages et de violences ; il en a retiré de l’expérience, il a surmonté des crises internes et il adopte maintenant une nouvelle physionomie, étant menacé de disparition par l’apparition d’une science nouvelle qui reveille l’homme de son sommeil séculaire. Cette science nouvelle libère l’homme de ses préjugés et lui fournit des armes pour se découvrir lui-même et trouver sa véritable place dans la vie, malgrè tous les efforts des apprentis-sorciers de l’union des « cinq » pour l’empêcher d’avancer sur cette voie.

Ainsi une telle modification du visage de notre ennemi, frère opprimé, peut être remarqué, par exemple, dans tout ce qui sort du cabinet des savants réformateurs de l’État. Nous avons pu observer d’une mainère caractéristique cette métamorphose lors des révolutions que nous avons vécues nous-même. L’union des « cinq », l’État, notre ennemi, parut au début disparaître complètement de la terre…

En réalité, notre ennemi ne fit que changer d’apparence et se découvrit de nouveau alliés qui oeuvrèrent criminellement contre nous : la leçon des bolcheviks-communistes en Russie, en Ukraine, en Georgie, et parmis de nombreux peuples d’Asie centrale est très édifiante à ce égard. Cette époque ne sera jamais oubliée par l’homme qui combat pour son émancipation, car il saura se rappeler ce qu’il y a eu de cauchemardesque et de criminel.

Le seul et le plus sûr moyen qui s’offre à l’opprimé dans sa lutte contre le mal qui l’enchaîne, c’est la révolution sociale, rupture profonde et avancée vers l’évolution humaine.

Bien que la révolution sociale se développe spontanément, l’organisation déblaie sa voie, facilite l’apparition de brèches parmis les digues dressée contre elle et accélère sa venue. L’anarchiste révolutionnaire travaille dès maintenant à cette orientation. Chaque opprimé qui tient sur lui le joug, en étant conscient que cette infâmie écrase la vie du genre humain, doit venir en aide à l’anarchiste. Chaque être humain doit être conscient de sa responsabilité et l’assumer jusqu’au bout en supprimant de la société tous les bourreaux et parasites de l’union des « cinq », afin que l’humanité puisse respirer en toute liberté.

Chaque homme et surtout l’anarchiste révolutionnaire – en tant qu’initiateur appelant à lutter pour l’idéal de liberté, de solidarité et d’égalité – doit se rappeler que la révolution sociale exige pour son évolution créatrice des moyens adéquats, en particulier des moyens organisationnels constants, nottament durant la période où elle détruit, dans un élan spontané, l’esclavage, et sème la liberté, en affirmant le droit de chaque homme à un libre développement ilimité. C’est précisément la période où, ressentant la véritable liberté en eux et autour d’eux, les individus et les masses oseront mettre en pratique les conquêtes de la révolution sociale, que celle- ci éprouvera le plus grand besoin de ces moyens organisationnels. Par exemple, les anarchistes révolutionnaires ont joué un rôle particulièrement remarquable lors de la révolution russe mais, ne possédant pas les moyens d’action nécessaires, n’ont pu mener à terme leur rôle historique. Cette révolution nous a, d’ailleurs, bien démontré la vérité suivante : après s’être débarassé des chaînes de l’esclavage, les masses humaines n’ont nullement l’intention d’en créer de nouvelles. Au contraire, durant les périodes révolutionnaires, les masses recherchent des formes nouvelles d’associations libres pouvant non seulement répondre à leurs élans libertaires, mais défendre aussi leurs acquis lorsque l’ennemi s’y attaque.

En observant ce processus, nous sommes constamment parvenu à la conclusion que les association les plus fertiles et les plus valables ne pouvaient être que les union-communes, celles dont les moyens sociaux sont créés par la vie même : les soviets libres. En se fondant sur cette même conviction, l’anarchiste révolutionnaire se jette dans l’action avec abnégation et il rappelle les opprimés à la lutte pour les actions libres. Il est convaincu qu’il ne faut pas seulement manifester les principe organisationnels fondamentaux et createurs, mais aussi se donner les moyens de défendre la vie nouvelle contre les forces hostiles. La pratique montre que cela doit être réalisé de la manière la plus ferme et soutenue par les masses elles-même, directement sur place.

En accomplissant la révolution, pousées par l’anarchisme naturellement en elles, les masses humaines recherchent les associations libres. Les assemblées libres retiennent toujours leur sympathie. L’anarchiste révolutionnaire doit les aider à formuler le mieux possible cette démarche. Par exemple, le problème économique de l’association libre des communes doit trouver sa pleine expression par la création de coopératives de production et de consommation, dont les soviets libres seraient les promoteurs.

C’est par l’intermédiaire des soviets libres, durant le développement de la révolution sociale, que les masses s’empareront directement de tout le patrimoine social : la terre, les forêts, les fabriques, les usines, les chemins de fer et transports maritimes, ect., puis, se regroupant selon leurs interêts, leurs affinités ou l’idéal commun, elles construiront leur vie sociale de la façon la plus variée et appropriée à leurs besoins et désirs.

Il va sans dire que cette lutte sera pénible ; elle provoquera un grand nombre de victimes, car elle opposera pour la dernière fois l’humanité libre et le vieux monde. Il n’y aura pas de place à l’hésitation ni au sentimentalisme. Ce sera à la vie et à la mort ! Du moins c’est ainsi que devra le concevoir chaque homme qui attache de l’importance à ses droits et à ceux de l’humanité entière, s’il ne veut pas demeurer un âne bâté, un esclave, comme on le force à l’être actuellement.

Lorsque le raisonnement sain et l’amour autant de soi-même que d’autrui prendront le dessus dans la vie, l’homme deviendra le véritable createur de sa propre existance.

Organise-toi, frère opprimé, fais appel à tous les hommes de la charrue et de l’atelier, du banc d’école du lycée et de l’université, sans oublier le savant et l’intellectuel en général, afin qu’il sorte de son cabinet et te porte secours sur ton pénible chemin. Il est vrai que neuf intellectuels sur dix ne pourront pas répondre à ton appel ou bien, s’il le font, ce sera avec l’arrière pensée de te tromper, car n’oublie pas que ce sont de fidèles serviteur de l’union des « cinq ». Il y en aura tout de même un sur dix qui s’avèrera être ton ami et t’aidera à déjouer la tromperie des neuf autres. En ce qui concerne la violence physique, la force grossière des gouvrenant législateurs, tu l’écartera avec ta propre violence.

Organise-toi, appelle tous tes frères à rejoindre le mouvement et exige de tous les gouvernants de mettre fin volontairement à leur lâche profession de régenter la vie de l’homme. S’ils refusent, insurge-toi, désarme les policiers, les miliciens et autres chiens de garde de l’union des « cinq ». Arrête pour le temps nécessaire tout les gouvernants, déchire et brûle leurs lois ! Détruis les prisons, anéantis les boureau, supprime tout pouvoir d’État !

De nombreux tueurs à gages et assassins se trouvent dans l’armée, mais tes amis, les soldats mobilisés de force, y sont présents aussi, appelle-les à toi, ils viendront à ton secour et t’aideront à neutraliser les mercenaires.

Après s’être tous réunis en une grande famille, frères, nous irons ensemble sur la voie de la lumière et du savoir, nous éloignerons les ténèbres et marcherons vers l’idéal commun de l’humanité : la vie fraternelle et libre, la société où personne ne sera plus jamais esclave ni humilié par quiconque.

A la violence grossière de nos ennemis, nous repondrons par la force compacte de notre armée révolutionnaire inssurectionnelle. A l’incohérence et l’arbitraire, nous répondrons en construisant avec justice notre nouvelle vie, sur la base de la responsabilité de chacun, vraie garantie de la liberté et de la justice sociale pour tous.

Seuls, les criminels sanguinaires de l’union des « cinq » refuseront de se joindre à nous sur la voie novatrice ; ils tenteront de s’y opposer pour conserver leurs privilèges, ce en quoi ils se condamneront eux-mêmes.

Vive cette conviction claire et ferme en la lutte pour l’idéal de l’harmonie humaine généralisée : la société anarchiste !

Suggestions de lectures critiques et anarchistes pour une action politique informée et concertée

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, Internet et liberté, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 4 janvier 2017 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

4 janvier 2017

 

Surfant comme à l’accoutumée la blogosphère dissidente, nous nous sommes aperçus récemment en lisant les commentaires, d’un intérêt grandissant pour l’Idée anarchiste et une croissance incontestable de la demande sur ce qu’il conviendrait de lire pour en savoir plus par soi-même et hors des délires propagandistes entendus ou vus ici et là sur la toile et la sphère de l’establishment afin de discréditer et de diaboliser l’anarchie et ses principes fondateurs d’une société égalitaire, anti-autoritaire, et non coercitive, qui terrifie l’oligarchie et la survie de son petit monde privilégié de la domination et de la violence.

Pour répondre à cette demande, en tant que blog anarchiste ayant étudié de près toute cette affaire depuis bien des années, nous avons décidé d’établir une petite liste utile, bien ententu non exhaustive loin de là, de ce que tout à chacun pourrait ou devrait lire afin d’en savoir plus et de se faire une idée sur l’Idée de manière indépendante.

C’est en fait ce que tout anarchiste souhaite: que le plus de personnes possible décident de leur propre chef d’en savoir plus et étudient poue se rendre compte par eux-mêmes de ce qui n’est en rien une idéologie mais bien plutôt une façon de penser, de se comporter dans la vie de tous les jours et donc une façon de vivre, tout simplement, bien au-delà de toutes les fadaises vues et entendues en provenance de sources qui simplement ne savent pas grand chose de ce qu’ils avancent ou intoxiquent à dessein l’opinion publique.

Assez de blablatage, voici une petite liste pour se mettre confortablement sur le chemin de la véritable question sociale, nous mettons en lien toute lecture possible gratuite sur la toile si disponible:

Littérature anarchiste

Pour commencer simplement, il y a un petit livre incontrournable, très bien fait, écrit par Daniel Guérin et publié aux éditions Gallimard en 1965, intitulé: “L’anarchisme, de la doctrine à l’action”. L’édition de langue anglaise de 1970 est préfacée par Noam Chomsky. On le trouve chez Folio pour pas cher.

L’ouvrage de 158 pages dans sa version anglaise, est divisé en trois chapitres:

  1. Les idées de base de l’anarchisme
  2. A la recherche d’une nouvelle société
  3. L’anarchisme et sa pratique révolutionnaire

Le 3ème chapitre parle de la période de 1880 à 1914 puis de l’anarchisme dans la révolution russe de 1917 , de l’anarchisme des conseils ouvriers italiens de 1920 et enfin l’anarchisme et la révolution sociale espagnole 1936-39

Ensuite, une fois assimilé le mimimum basique savamment dispensé par le livre de Guérin, il est assez incontournable de lire la trilogie anarchiste avec dans l’ordre chronologique:

Puis, au gré du temps lire ces auteurs également essentiels en tête desquels npus mettrons Gustav Landauer et ses deux ouvrages “La révolution” et surtout “L’appel au socialisme”.

A lire également avec le plus grand intérêt:

Plus près de nous dans l’époque “moderne”: des anthropologues anarchistes:

Concernant l’histoire critique pour balayer certains grands mythes tenaces:

  • Howard Zinn et son “Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours”
  • Annie Lacroix-Riz: “L’histoire sous influence” et “L’histoire toujours sous influence”
  • Jean-Paul Demoule: “On a retrouvé l’histoire de France” et “Les Gaulois”
  • Marylène Patou-Mathis: “Néanderthal, une autre humanité” et son excellent “Préhistoire de la violence et de la guerre”

Pensée critique rejoignant la pensée anarchiste:

Le seul penseur et activiste marxiste valant la peine d’être lu à notre sens:

  • Antonio Gramsci: “Ecrits politiques”, “Cahiers de prison”

Bonne lecture à toutes et tous !

Résistance politique: Petite mise au point (nécessaire ?…) sur l’anarchie…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 8 décembre 2016 by Résistance 71

Nous dédions ce post à “un passant”, lecteur assidu,  pour que “confusion” il n’y ait plus… Bien que ce billet soit initialement sorti sur un site québecois traditionnellement “marxisant”, pas mal de choses bougent dans le bon sens émancipateur, partout, ce qui devrait remonter le moral des militants parfois fatigués, c’est pas le moment de mollir les gars !…

~ Résistance 71 ~

 

L’anarchie ce n’est pas le bordel !

 

Alex Capucin

 

2 décembre 2016

 

url de l’article:

http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs/lanarchie-ce-nest-pas-le-bordel-2/

 

Les médias font toujours tout pour amalgamer et confondre l’anarchie avec le désordre, le bordel … alors que c’est exactement le contraire : l’anarchie place l’homme au centre des préoccupations de chacun alors que le capitalisme nie la vie de l’homme et considère celui-ci comme une vulgaire marchandise soumise aux règles de la production, de la concurrence et de la consommation.

L’anarchie c’est la démocratie directe, la forme la plus parfaite de démocratie. C’est en pratiquant la démocratie directe que l’on peut améliorer le bien commun pour l’avantage de tous et ce dans le respect des autres et de la nature. L’anarchie n’est pas le chaos, mais la responsabilité collective. L’on comprend aisément pourquoi l’anarchie est si violemment caricaturée par le système dominant, et par une partie des sociaux-démocrates qui ne souhaitent plus changer le monde, et acceptent le cadre capitaliste comme seul cadre imaginable. Ils ont abandonné leurs idéaux, notamment le désir d’émancipation par liquidation du capitalisme, que ce soit par révolution ou par réformes.

Le mouvement anarchiste, foncièrement anticapitaliste par essence,  est l’abolition du pouvoir étatique, religieux, économique et politique. Une partie essentielle du mouvement anarchiste, définit la libération collective comme un des moyens de la liberté individuelle, et pense que la compréhension du monde passe par une analyse des classes sociales. Au final l’émancipation de l’humanité doit être la fin de toutes les grandes exploitations et oppressions .Ce socle commun à une partie des anars, des marxistes ou des anticapitalistes explique que les uns et les autres se retrouvent dans des batailles communes, dans un camp commun, même si les oppositions et divergences peuvent parfois être violentes.

Marx pensait-il que le but ultime du communisme était l’anarchie lorsqu’il écrivait : « Tous les socialistes entendent par anarchie ceci : le but du mouvement prolétaire – l’abolition des classes – une fois atteint, le pouvoir d’État disparaît et les fonctions gouvernementales se transforment en de simples fonctions administratives. ». Il est vrai que Marx ne connaissait pas les socialistes d’aujourd’hui, et serait étonné par nos communistes !

Les hommes ne sont-ils pas capable de s’intéresser quotidiennement, hebdomadairement, ou mensuellement à la vie politique ? Ne sont-ils pas capable de définir ensemble, les règles de la vie sociale dans le respect du bien commun et de la chose publique par une démocratie directe ? Ou bien doivent-ils continuer à pratiquer la « démocratie » que l’on connait chez nous ? C’est-à-dire de voter à intervalles fixes pour des professionnels de la politique au service d’intérêts particuliers d’un clan de nantis qui nous considèrent comme la France d’en bas et dont les décisions une fois élus ne tiennent même pas compte de la personne humaine. Bon certes, le phénomène n’est pas nouveau, mais je crois que nous sommes désormais arrivés à un tel point de putréfaction de la société, qu’il y a maintenant une urgente nécessité à dresser d’abord un constat des lieux, un diagnostic sérieux, et établir le constat de décès de la démocratie, qui s’est faite occire par la ploutocratie, au service du capitalisme, qui est notre réalité d’aujourd’hui.

Sinon, en attendant, on peut toujours aller voter et changer autant qu’on veut nos dirigeants ; Tant qu’on ne renversera pas ce système (ploutocrate) lui-même, en anéantissant toutes ces institutions qui le servent si docilement, on n’en sortira pas ! Vive la grève générale expropriatrice, vive la révolution sociale et libertaire, vive l’autogestion, vive l’anarchie.

Fonder la société des sociétés sur les principes de la loi naturelle et du droit coutumier… (atelier radiophonique)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 29 novembre 2016 by Résistance 71

“La loi est la conscience commune.”
~ Définition du droit coutumier, Angleterre, 1622 ~

 

La liberté naturelle et les bases des tribunaux de droit coutumier: premiers principes

 

Par le Tribunal International de Droit Coutumier affilié au Tribunal International contre les Crimes de l’Église et de l’État (TICEE)

 

29 Novembre 2016

 

Compilé et traduit par Résistance 71

 

Les trois principes de la loi naturelle sur lesquels est fondée le droit coutumier depuis des temps immémoriaux sont:

  • Personne ne peut avoir une quelconque autorité naturelle sur quelqu’un d’autre.
  • Personne n’a le droit d’avoir un bout de la planète Terre.
  • Tout le monde a une obligation d’être en paix avec les autres.

Tout le reste n’est que blablatage.

 

Principes premiers:

 

  1.   Chaque homme, femme et enfant est né et demeure par nature libre, égal et souverain ; et possède une connaissance inhérente de ce qui est vrai et juste.
    Ainsi de cette façon, personne ne peut être subordonné à quelqu’un d’autre ou à une autorité externe, car la sagesse et la liberté inhérentes de chaque personne en font une création complète et suffisante en soi, au sein d’une plus large communauté d’égaux. C’est la loi divine de la création que ces libertés permanentes et inaliénables ne puissent pas être abolies ou diminuées par quelque autorité, loi, gouvernement ou religion que ce soit. Tout pouvoir qui tente de le faire est tyrannique et illégitime, même s’il opère en accord avec ses propres lois, car une telle tyrannie est un déni de l’ordre naturel des choses et une attaque du divin et de l’humanité.
  2.     Cette souveraineté personnelle est une réflexion de la Loi Naturelle au sens large, où toute vie par nature est indivisible et placée en commun pour la survie et le bonheur de tous. Dans toute société juste, cette communalité affirme à toute personne le droit inaliénable d’établir sa propre gouvernance au sein de son groupe et de se défendre contre toute tyrannie ou violence, incluant celles qui seraient infligées par des autorités extérieures. Toute autorité qui dirige injustement et arbitrairement, sans le consentement libre et non contraint des gens a perdu tout droit de diriger et peut être légalement renversée. “Le gouvernement injuste n’est pas gouvernement mais tyrannie.” — Platon
  3.     Cette loi naturelle induit la loi du droit coutumier dont le but est de protéger les libertés inhérentes et la souveraineté des hommes et des femmes dans une communauté en maintenant l’égalité et la paix entre eux. Le droit coutumier dérive son autorité des gens eux-mêmes et de la capacité du peuple de savoir ce qui est juste et de juger le bien du mal par et pour lui-même. Cette capacité est exprimée dans un système de jury composé de douze personnes librement choisies qui est le juge et l’autorité ultimes sous le droit coutumier et ses tribunaux.
  4.     Historiquement, le droit coutumier s’est développé en Angleterre apès la conquête normande du XIème siècle et s’est instauré en rampart de défense du peuple contre la règle arbitraire des élites auto-proclamées, spécifiquement les monarques et les papes. L’autorité de ces “élites” n’était en aucun cas naturelle, provenait de la guerre, de la conquête violente et du vol de terres plutôt que du consentement concerté de la communauté et de sa base, la loi divine de la paix et de l’égalité. Cette règle de l’élite se propagea le plus fortement dans l’empire romain et son héritière: l’église de Rome, sous les croyances de laquelle “dieu” est un dominateur et un conquérant (“domine”) et où tout le monde est “sujet” du pape.
  5.     Une telle règle fondée sur la conquête par les papes et royautés donna le jour à un système connu sous le vocable de loi civil ou romaine et sur la croyance que les hommes et les femmes n’ont pas la capacité ni la sagesse de s’auto-réguler. Toutes lois et autorité sont de ce fait dérivées de facteurs extérieurs, de statuts pensés et imposés par un dirigeant, qu’il soit un pape, un monarque ou un gouvernement. Ce système développé de la philosophie aristotélicenne et de la loi de propriété romaine dans laquelle la création est divisée et les êtres humains sont traités comme biens et possessions par autrui et sont de ce fait dénués de toutes libertés inhérentes. Les gens sont donc par essence réduits en esclavage, coupés du monde donné gratuitement et communément à tous et à toutes. Ce système esclavagiste classifie et catégorise les gens et leur donne des “libertés” restreintes (ou des privilèges d’esclave) qui sont bien définies et limitées en rapport aux statuts émis par les dirigeants.
  6.     Les lois coutumières et civiles (romaines) sont de ce fait fondamentalement opposées et sont en guerre l’une contre l’autre. Elles ne peuvent pas être réconciliées, car elles émergent de deux notions complètement différentes de l’humanité et de la justice : la loi coutumière reconnait la vie comme un don donné également à tous, tandis que sous la loi civile (romaine), la vie est un privilège sous condition, l’humanité est une populace esclave gérée. Ainsi, les gouvernements opèrent en pratique en accord avec les statuts civils et dénigrent ou ignorent la loi coutumière dans son ensemble au travers de la règle et de la direction de tribunaux dominés par des juges n’ayant pas de comptes à rendre.
  7.     La forme la plus extrême de loi civile/romaine est ce qui est appelé la loi pontificale ou la loi canonnique, qui définit l’église de Rome comme la seule autorité légitime sur terre et à laquelle toutes les autres lois, peuples et gouvernements sont subordonnés. La loi canonnique est auto-gouvernante et n’a de compte à rendre qu’à elle-même. Derrière sa façade rhétorique chrétienne, le catholicisme romain est un culte néo-païen fondé sur le système d’adoration de l’empereur remontant à la fin du IIIème siècle de notre ère et connu sous le nom de Sol Invictus, dans lequel un souverain titré “dieu et maître” (Deus et Dominus) règne sur la terre et le ciel; plus spécifiquement: le pape. Ce culte tyrannique a causé de manière peu surprenante, plus de guerre, de génocide, de conquête et de meurtre que n’importe quel pouvoir dans l’histoire de l’humanité et continue d’être la plus grande de toutes les menaces à la loi coutumière et à la liberté humaine.
  8.     L’église de Rome fut la première et est la plus vieille corporation sur notre planète : une entité légale créée pour la protection des tyrans, qui annihile la responsabilité individuelle de l’élite pour tout crime ou conquête que celle-ci perpétue. Depuis Rome et le Vatican Inc., s’est répandue la contagion qui menace maintenant de détruire notre planète et nos vies, l’oligarchie corporatiste ne rendant de comptes à personne et qui partout subvertit la liberté et la santé de notre planète en subordonnant toute vie au profit et au pouvoir.
  9.     En ce moment de conquête entrepreneuriale et de subjugation de l’humanité, un contre mouvement se lève pour réaffirmer le but divin et son fonctionnement au travers de la loi et du droit coutumier afin de restaurer la terre et l’humanité dans leur être naturel et dans un corps commun. Ce mouvement a été bibliquement prévu et est apparu dans des prophéties comme étant le temps où tout le monde retourne vers l’égalité naturelle, dénuée de divisions, de privilèges et d’oppression, afin de vivre en harmonie avec la création et les uns avec les autres.
  10.  Cette restauration de l’humanité est un objectif divin et commence par activement désactiver l’autorité corporatrice existante et ses institutions dérivées de la loi civile romaine et de les remplacer par une nouvelle gouvernance fondée sur la juridiction du droit coutumier. La création de cette nouvelle autorité fondée sur la loi naturelle au sein d’une humanité libérée est le but fondamental des tribunaux de droit coutumier.

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La révolution du droit coutumier

 

Atelier de droit coutumier sur Radio Free Kanata avec Kevin Annett et Ryan Gable.

 

28 novembre 2016

 

Le Canada, l’Angleterre et toutes les autres nations de la “Couronne” sont des régimes criminels condamnés dont l’autorité légale est nulle et non avenue. Les Etats-Unis sont sous la coupe d’une oligarchie corporatrice. Chaque homme et femme nés libres de ces pays sont maintenant obligés de se libérer de telles tyrannies et d’établir une nouvelle juridiction souveraine de nations auto-gérées et auto-gouvernées sous l’égide du droit coutumier.

Comment peut-on réaliser cette révolution aujourd’hui dans nos communautés locales ? Quelle est la procédure pour convoquer et réunir des tribunaux de droit coutumier et établir des républiques souveraines d’égaux ? Comment pouvons-nous protéger nos libertés et nos communautés de la corporatocratie criminelle ?

Vos hôtes Kevin Annett et Ryan Gable répondent à ces questions dans ce programme radio et conduisent un atlelier sur le “comment faire” partie du mouvement de la république de droit coutumier ?

Le débat radio sur Radio Free Kanata (BBS Radio): durée 54min (en anglais)

http://bbsradio.com/sites/default/files/audio_dirs/radiofreekanata/Radio_Free_Kanata_2016-11-20.mp3

Innovation politique au Mexique: Un conseil indien de gouvernement issus du Conseil National Indigène…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 26 novembre 2016 by Résistance 71

Un concept à suivre, qui si bien mené pourrait être la base d’une société organique égalitaire, anti-autoritaire et de, pour et par le peuple. L’évolution même du projet en peu de temps est déjà digne d’intérêt.

A suivre…

~ Résistance 71 ~

 

Un conseil indien de gouvernement

 

Oaxaca le 21 novembre 2016

 

Georges Lapierre

 

url de l’article:

http://www.lavoiedujaguar.net/Un-conseil-indien-de-gouvernement

 

Au cours du cinquième Congrès national indigène, il fut décidé de consulter les peuples, tribus, quartiers, communautés et autres collectifs indiens sur la proposition du CNI-EZLN de présenter un candidat indépendant à la prochaine élection présidentielle de 2018. Ce candidat sera la voix, face à la nation mexicaine, du Conseil indien de gouvernement, qui se sera constitué entre-temps.

Ce cinquième Congrès national indigène eut lieu au Cideci-Unitierra, San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, du 9 au 14 octobre 2016. Depuis lors le CNI reste en session permanente et les coordinateurs parcourent le pays afin de préciser auprès des communautés et des différentes instances indigènes les termes de la consultation. Dans certaines régions et localités du pays, cette consultation a déjà été faite et la proposition a, du moins à ma connaissance, été retenue ; dans d’autres, elle est en cours. Quoi qu’il en soit, elle devra être terminée le 15 décembre, date butoir retenue par le Congrès. Ensuite, les 29, 30, 31 décembre au Cideci, San Cristóbal et le 1er janvier à Oventic, les réponses et les suggestions seront comptabilisées, analysées, prises en compte et rendues publiques soit par le CNI-EZLN, soit par le Conseil qui se sera formé entre-temps. Ensuite le Conseil indien de gouvernement devra désigner celle (puisqu’il fut convenu que ce sera une candidate) qui sera son porte-parole devant la nation mexicaine au cours de la campagne électorale de 2018. Je pense que nous devons voir la participation d’une candidate indienne à la campagne électorale pour l’élection présidentielle comme un prétexte et une opportunité pour les peuples indiens de se rendre à nouveau visibles devant la nation, de se faire entendre et de rendre publiques leurs revendications ainsi que leurs propositions face au naufrage social que connaît actuellement le Mexique.

Au cours de ces dernières semaines, j’ai eu l’occasion d’assister, en tant qu’adhérent à la Sexta internationale et comme observateur, à la présentation de cette proposition auprès des délégués des communautés agraires ou des instances locales et régionales du CNI. Au cours des remarques, des commentaires et des discussions qui ont accompagné ou suivi la présentation de la proposition, j’ai pu noter quelques idées et observations.

Les peuples indiens se sentent — sans aucun doute avec juste raison — la cible d’une guerre sociale d’extermination. Jusqu’à présent, durant plus de cinq cents ans, ils ont pu ou su résister tant bien que mal à l’offensive du monde occidental, à la conquête de leur territoire, à l’accaparement de leurs ressources et de leurs biens, au dépouillement et au saccage de leur environnement, à la transformation et au bouleversement de leur mode de vie traditionnel. Aujourd’hui, l’agression de l’Occident, accompagnée du spectre de la mort et de la déchéance, est telle que l’espoir d’être entendus et pris en considération par l’État mexicain s’est évanoui ; l’offensive, à travers les grands projets des multinationales (mines, barrages, monocultures, éoliennes…), suivis d’assassinats, d’enlèvements, de disparitions, de conflits intercommunautaires et fratricides, est si forte que l’existence même des peuples indiens est désormais en jeu. Puiser, dans les profondeurs de soi, la force de stopper ce mouvement qui semblait irrépressible de décomposition et d’extermination, tel serait le but du Conseil indigène de gouvernent ; pas nécessairement du Conseil lui-même, mais de sa constitution, de sa construction, de son élaboration, de sa formation et de sa mise en place.

Cette offensive du monde capitaliste est pratique, c’est l’expression pratique du mouvement de la pensée du marchand dans le monde, les hommes politiques ne font que suivre et accompagner ce mouvement pratique de la pensée, croissant sans cesse en force et en puissance, créant son propre devenir ; ils n’en sont que l’instrument sur le plan politique et gouvernemental. Nous ne cherchons pas le pouvoir ni à nous faire les complices du système-monde capitaliste. Le gouvernement que nous proposons repose sur une autre pratique, celle de la coutume et de la tradition, celle d’un savoir-vivre venu d’une expérience ancestrale, formant la base d’une société alternative au système-monde capitaliste.

Jusqu’à présent nous sommes trop séparés les uns des autres, trop divisés, alors que le mouvement capitaliste est unifié et qu’il met en place une stratégie sur l’ensemble du pays ; par exemple, c’est la même compagnie minière canadienne qui entend exploiter les ressources du sous-sol dans l’Isthme, dans les Chimalapas et dans la région chontale. Le projet de construire ensemble un Conseil indigène de gouvernement nous permettrait de nous connaître, de créer des liens entre nous et de renforcer et unifier notre lutte.

Enfin au cours de toutes ces discussions, une idée, peu à peu, est apparue, qui n’était pas visible lors de la proposition, l’idée que le Conseil pourrait se constituer au fur et à mesure de la consultation. Si la communauté (la tribu, le quartier, la municipalité ou le peuple, ou tout autre collectif indigène) est d’accord, elle pourrait signifier cet accord en désignant des délégués, une femme et un homme, qui iraient à San Cristóbal le 29 décembre et à Oventic le 1er janvier, pour rendre compte des décisions prises par leur communauté. Ces délégués seraient alors considérés comme faisant partie du Conseil. Celui-ci se formerait ainsi dans le mouvement même de la consultation, au fur et à mesure de son déroulement. Il comprendrait toutes les déléguées et tous les délégués désignés par les collectivités (qui sont en accord avec la proposition du CNI-EZLN). Bel exemple d’horizontalité ! En outre tous ceux qui auront rejeté la proposition ne seront pas exclus pour autant du CNI et pourront continuer à faire partie du Congrès.

En commençant à prendre forme, en se frottant à la réalité et en se construisant peu à peu, l’idée première s’éclaircit. Il faut dire aussi que la proposition avait été formulée d’une manière bien abrupte : présenter un candidat indépendant à l’élection du prochain président de la République. Elle n’était pas sans ambiguïté, dont la principale touchait à deux des principes fondamentaux du mouvement zapatiste et de la Sexta : ne pas chercher le pouvoir et ne pas entrer dans ce jeu de dupes que sont les élections. Sous cette présentation, la proposition prenait à rebrousse-poil les convictions les plus profondes et les plus assurées pour mettre le mouvement zapatiste, les membres du Congrès et les adhérents de la Sexta dans une position des plus délicates, des plus ambiguës et des plus vulnérables. La proposition s’est bonifiée au cours des débats qui ont suivi. Par exemple, la constitution d’un Conseil indigène de gouvernement a pris le pas sur le ou la candidate ; celle-ci n’était plus que le porte-parole du Conseil, et allait profiter de l’accès aux médias de masse pour faire entendre la voix des peuples et les propositions du Conseil.

Au cours de ces premières consultations, j’ai pu noter que la question de la candidature indienne passait carrément au second plan quant à l’intérêt qu’elle suscitait aux yeux des gens. Ce qui les inspire, les intéresse et les éveille, c’est bien l’organisation à la base, en bas et à gauche, d’une résistance des peuples à la spoliation et à l’extermination. Voilà l’important ! Voilà ce qui anime les gens, les fait réfléchir ! Voilà ce qui les met en mouvement ! Ce qui allume les regards ! Ce qui donne de la force et de la détermination !

Il n’est plus question de faire de la politique, d’entrer dans le jeu des élections, de rechercher le pouvoir d’en haut. Cet aspect, qui pouvait être contenu en « creux » dans la proposition, et que des politiques et des intellectuels mettaient en exergue, n’est même pas envisagé, n’est même pas relevé, ne vient même pas à l’esprit des gens. Pour eux, il est uniquement question d’organisation, de résistance et de lutte. Leur horizon n’est pas le politique, mais la défense de leur territoire et de ce qu’ils sont ; et s’il est question de pouvoir, il s’agit bien alors de leur propre pouvoir, de pouvoir être ce que l’on désire être, de pouvoir vivre comme on l’entend, comme on le souhaite. Balayer tous ces petits hommes d’État, tous ces escrocs, les petites combines, les intérêts particuliers et mesquins, les partis politiques, ces agrégats mouvants d’ego inconsistants, vive le Conseil indigène !

Oui, cette proposition apporte quelque chose qui pousse à réagir quand tout glissait lentement, quand tout se perdait insensiblement, quand la vague monstrueuse d’un tsunami social d’une ampleur jusqu’alors inconnue allait tout emporter sur son passage dans le silence des têtes baissées, ne laissant que des ruines, des éoliennes brassant l’air imperturbablement, des mines à ciel ouvert, des champs d’eucalyptus et de soja transgénique à perte de vue et tout cela gardé par l’armée et la marine en tenue de combat.

À Alvaro Obregón, Unión Hidalgo, Radio Totopo dans la septième section de Juchitán, dans l’isthme de Tehuantepec, à Tlacolulita, cette poche zapotèque dans la région chontale, dans le pays chontal, à Cherán, dans la région purépecha, à Ostula dans le Michoacán, dans la région wixárika, rarámuri, popoluca, chinanteca, ñahñu, tzeltale, tzotzile…, la proposition fait son chemin. Le Mexique à nouveau animé par l’esprit des peuples ? Reprenant souffle ? Reprenant vie ? Une illusion ? Un rêve ? Une réalité ? Un Rêve devenant réalité ?

La réalité sociale au Mexique est telle que nous pouvons bien rester sceptiques. La société mexicaine (elle n’est évidemment pas la seule) est infiltrée par l’esprit capitaliste, qui se manifeste avec une violence inouïe. Les Mexicains se sentent menacés au jour le jour, jour après jour. C’est une menace diffuse mais prégnante, qui colle à la peau et à l’être, qui imprègne de manière sourde l’ensemble de la société : menace de la police et de l’armée omniprésentes, menace des groupes paramilitaires, menace des cartels, menace des groupes de choc, menace des mafias où l’on retrouve, unis dans une complicité de « classe » leur assurant une totale impunité, les hommes politiques, les trafiquants, le paramilitaires, les militaires ; menace envers les femmes, les journalistes, ceux qui dénoncent cette connivence, menace envers ceux qui luttent, envers ceux qui ne se résignent pas. Il faut bien se convaincre qu’il ne s’agit nullement de menaces en paroles : les gens sont enlevés, aux choix, par la police, par l’armée, par les paramilitaires par les sicaires de cartels, ils sont torturés puis assassinés et enterrés dans des fosses clandestines. Alors on se retranche sur soi, on fait profil bas, chacun sa mère…, et toutes nos frustrations s’engouffrent dans cette voie qui nous est si largement ouverte : la consommation de marchandises. Pourtant du côté des riches et des puissants, une inquiétude se fait jour, qui les pousse à renforcer les pouvoirs de l’armée et de la police pour protéger la démocratie.

Oaxaca le 21 novembre 2016


Georges Lapierre