Archive pour anarchie

Gilets Jaunes 19ème round: Temps de penser à l’avenir sous forme de vision…. commune (avec Pierre Kropotkine version PDF)

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 22 mars 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

22 mars 2019

 

Les rounds s’enchaînent et se durcissent. Quel avenir pour le mouvement des Gilets Jaunes ? Au-delà quelle avenir pour notre société ?

Depuis le 17 novembre 2018, et bien avant pour certains, il est devenu absolument évident que solutions il n’y a point dans le système étatico-capitaliste, résultante de l’oppression mise en place par la minorité sur la majorité quelque part au cours du néolithique, pour plus d’infos là-dessu, voir ici et

Alors que faire ? Connaître l’histoire, l’analyser, en tirer les leçons et aller de l’avant pour l’émancipation de la société humaine à l’échelle PLANETAIRE.
Nous vous proposons ici une présentation et une analyse d’un concept et son application pratique: celui de la Commune. Si celle de 1871 a échoué dans un contexte historique particulier, l’idée n’en est pas moins valide et fut mise en place en d’autres lieux, d’autres temps: les premiers soviets russes de 1905 à 1917, les conseils ouvriers italiens de 1920, l’Espagne révolutionnaire de 1936, les conseils ouvriers de Budapest en 1956, une certaine partie de mai 1968, ces brouillons ont tous échoué non pas parce qu’ils n’étaient pas viables , mais parce que la conjoncture politico-historico-économique ne s’y prêtait pas et aussi parce que des forces étatiques parfois antinomiques se liguèrent pour les défaire.

Plus près de nous, le concept de Commune, certes adaptés aux besoins culturels des endroits, existe et perdure depuis 1994 au Chiapas zapatiste et depuis 2011 au Rojava kurde avec le Confédéralisme Démocratique.
Ceci n’enlève rien à la force et à la justesse de l’idée de la commune libre, du peuple s’organisant solidairement pour retrouver son essence organique, son être noyé depuis des millénaires dans l’avoir.

A cet effet, Gilets Jaunes et sympathisants, nous vous proposons cette (re)lecture de Pierre Kropotkine sur le concept de la « Commune » et son analyse de la « Commune de Paris de 1871 », textes parus en 1880 et 1881 dans une mise en page de Jo de JBL1960.

Texte à lire et diffuser sans aucune modération ! Bonne lecture !

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris (PDF)

 

 

Note de R71: de manière tout à fait coïncidentelle, cette présentation du PDF de Kropotkine sur la Commune constitue le 5000ème article publié sur Résistance 71 depuis Juin 2010…

Publicités

Gilets Jaunes : Mise en garde sur le rapport entre succès des mouvements de luttes sociales et le « syndrome Haymarket »…

Posted in actualité, altermondialisme, gilets jaunes, militantisme alternatif, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 15 mars 2019 by Résistance 71

“N’oublions pas que l’affaire du Haymarket fut au sujet de la lutte des travailleurs pour parvenir à une meilleure vie, libre du joug du système de l’esclavage salarial. Aujourd’hui les conditions de travail dans le monde sont des plus terribles.”
~ Industrial Workers of the World (IWW) ~

 


16 mars 2019: Résiste !

 

Syndrome Haymarket pour Gilets Jaunes ?

 

Résistance 71

 

15 mars 2019

 

Source information sur l’incident du Haymarket: Howard Zinn “A People’s History of the United States” (1980) et sources diverses

 

Ce samedi 16 mars, demain donc, s’annonce être un évènement de toute première importance tant pour la suite du mouvement des Gilets Jaunes, commencé avec bravoure et une détermination inflexible le 17 novembre 2018, que pour la suite de notre gouvernance sombrant jour après jour dans un pathétisme et un sectarisme jusqu’ici rarement atteint basculant dans un totalitarisme encore feutré, mais gageons que plus pour longtemps avec les lois liberticides scélérates qui bourgeonnent semaine après semaine.
Les enjeux sont importants, des deux côtés, et nous devons nous souvenir et garder présent à l’esprit le modus operandi de tout pouvoir étatique aux abois acculés dans ses derniers retranchements : le recours à un attentat sous faux-drapeau.
Sans doute le meilleur exemple dans un contexte similaire de lutte politico-sociale de grande ampleur, est l’affaire de la place de Haymarket qui eut lieu à Chicago dans l’Illinois le 4 mai 1886.

Rappelons les faits: avec le développement sans précédent aux Etats-Unis et dans le monde de l’exploitation ouvrière par un capitalisme entrant dans sa phase vampirisante, de grands mouvements sociaux firent éruption un peu partout au XIXème siècle. En 1877 se créa aux Etats-Unis le Parti Socialiste du Travail. Le mouvement anarchiste se développa également sur une grande échelle. Les immigrants européens amenèrent avec eux ces idées d’Europe et si ce fut le mouvement socialiste juif qui mena la contestation dans la région de New York, ce furent essentiellement sous l’égide d’immigrants révolutionnaires allemands, alliés à des ouvriers nées sur le sol américains, comme Albert Parsons, que se formèrent des clubs sociaux-révolutionnaires dans la région de Chicago et des grands lacs. En 1883 se tint à Pittsburgh, autre grand bastion ouvrier américain avec Detroit et Chicago, un congrès anarchiste. De ce congrès émana un manifeste qui emprunta au manifeste de Marx et Engels sa formule: “Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !”
A Chicago se créa une nouvelle association l’International Working People’s Association (IWPA) qui eut très rapidement plus de 5000 membres. Cette association eut une grande influence au sein de la Central Labor Union of Chicago ou l’union centrale syndicale de Chicago qui regroupait pas moins de 22 syndicats des différentes corporations ouvrières.
A partir du milieu des années 1880, la situation sociale et la contestation devinrent explosives. En 1885, des mouvements massifs de grèves ébranlèrent le système. Dans tout le pays plus de 11 500 établissements et quelques 400 000 ouvriers se mirent en grève. 11 000 grévistes à Detroit, 25 000 à New York. A Chicago, tout le transport ferrovier s’arrêta.
L’union centrale syndicale de Chicago dirigée par Parsons et Spies, prit de fermes dispositions fin 1885. Le 3 mai 1886 à Chicago, la police tira sur la foule des grévistes devant les ateliers McCormick & Harvester. 4 participants furent tués. Soies écrivit alors “Vengeance ! Aux armes ouvriers !” dans l’Arbeiter Zeitung, le journal bilingue de l’union centrale syndicale.
Une réunion fut décidé pour le lendemain 4 mai, sur la place du Haymarket de Chicago.
3000 personnes s’y rejoignirent. La réunion se déroula normalement et sans incident. Le dernier intervenant parlait à la tribune lorsqu’une bombe artisanale est jetée au dessus de la foule et explose au milieu des forces de police. 66 policiers seront blessés dont 8 mourront plus tard de leurs blessures. Instantanément la police ouvre le feu sur la foule sans discrimination, au moins 4 personnes seront tuées et il y aura plus de 200 blessés.
Sans enquête ni aucunes preuves, la police rafle des centaines de militants et arrête très rapidement 8 leaders anarchistes de Chicago. La loi de l’état de l’Illinois dit que quiconque incite à un meurtre est coupable de ce meurtre. Les seules évidences amenées contre les 8 accusés furent leurs idées politiques, quelques pamphlets de littérature politique ; surtout il est important de savoir qu’aucun des 8 accusés ne se trouvait le 4 mai sur la place du Haymarket, sauf Fielden qui parlait à la tribune au moment où la bombe explosa ! Ils furent condamnés à mort. Leur appel fut refusé, la Cour Suprême déclara n’avoir aucune juridiction en la matière !!…
Cet évènement eut un retentissement mondial. Il y eut des réunions, des marches de dizaines de milliers de personnes en France, en Hollande, en Russie, en Italie, en Allemagne, en Espagne. Des meetings à Londres eurent pour leaders George Bernard Shaw et Pierre Kropotkine.
Un an après leur procès, le 11 novembre 1887 (Vendredi Noir ou Black Friday), 4 des anarchistes qui furent condamnés à mort: Albert Parsons, August Spies, Adolph Fisher et George Engel, furent pendus. Louis Lingg, un charpentier de 21 ans se suicida dans sa cellule, refusant à l’état le “droit” de prendre sa vie.
La marche funèbre de ces martyrs à Chicago se composa de 25 000 personnes en deuil. Le jour du 1er mai, fête du travail dans le monde, fut déclaré férié en grande partie à cause de l’affaire du Haymarket qui devint le symbole de la répression du monde ouvrier et du travail par les chiens de garde du capital.
Il y eut évidence par la suite qu’un homme répondant au nom de Rudolph Schnaubelt, soi-disant anarchiste, était en fait un infiltré et agent provocateur de la police. Il fut engagé pour lancer la bombe qui permit l’arrestation de centaines de personnes dans le milieu ouvrier contestataire et la destruction du leadership du mouvement de la lutte sociale à Chicago.
Il est à noter que dans l’histoire américaine du mouvement de la lutte sociale et révolutionnaire, la réaction est toujours passée par une alliance entre le pouvoir et le milieu de la mafia. Les patrons locaux se sont toujours appuyés sur la mafia locale pour mater les mouvements de grèves, jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale qui vit la pègre de la famille de Lucky Luciano servir de nervis briseurs de grèves notamment dans les ports en Italie et aux Etats-Unis, secteur où la lutte sociale était particulièrement organisée avec les syndicats des dockers. Les luttes et les bagarres furent âpres afin aussi que ne soit pas ralenti le flot des marchandises… légales ou illégales.
Néanmoins, en juin 1893, le gouverneur de l’Illinois John P. Altgeld amnistia les survivants toujours en vie et emprisonnés de l’affaire du Haymarket et condamna officiellement l’ensemble du système judiciaire qui permit cette injustice flagrante. Inutile de dire que cette action politique vit la fin de la carrière politique de ce gouverneur qui ne fut bien entendu, pas réélu.

En France il n’est pas si loin le temps où le triste Service d’Action “Civique” (SAC) des Pasqua and co agissait comme hommes de main du pouvoir et du patronat, brisant les piquets de grèves et fournissait la main d’œuvre foie jaune en réaction des luttes sociales acharnées et volant au secours d’un système malmené voyant ses profits fondre comme beurre au soleil…

Ainsi donc, pour en revenir à l’actualité qui nous préoccupe, celle des Gilets Jaunes, nous devons garder présent à l’esprit que le pouvoir ne recule devant rien pour mater toute rébellion et dissidence au système oligarchique illégitime et criminel en place.

Devant le succès que sera sans aucun doute la mobilisation gilets Jaunes demain en France et sur Paris, nous devons nous méfier de ce “syndrome du Haymarket” qui veut que mis en difficulté et acculé, tout système étatico-capitaliste cherchant à toujours préserver une illusion démocratique, visera à provoquer un évènement sanglant voire à le faire perpétrer par des hommes de paille à leur insu (par manipulation) ou à l’insu de leur plein gré, selon les circonstances, pour à la fois pouvoir garder l’illusion de la raison morale… de leur répression aveugle s’abattant sur la contestation et dissidence politique, garder le pouvoir usurpé depuis si longtemps, au détriment du plus grand nombre et créer une diversion utile.

Si l’Histoire ne repasse jamais les grands plats… En revanche, elle repasse continuellement les petits !

A bon entendeur…

= = =

Bien des livres ont été publié sur la question, mais le meilleur compte-rendu court sur l’affaire du Haymarket se trouve, à notre sens, sur le site internet syndicaliste des Wobblies, de l’Industrial Workers of the World (IWW), vous pouvez le lire (en anglais) ici:

https://www.iww.org/branches/US/CA/lagmb/lit/haymarket.shtml

Le dernier paragraphe dit ceci: (traduction R71)

“Alors que nous luttons tous pour réaliser notre vision d’un monde juste pour toutes et tous, gardons toujours en mémoire ceux qui sont morts, qui ont sacrifié leurs vies pour notre cause, des gens comme ces maytyrs du Haymarket: Albert Parsons, Adolph Fisher, August Spies, Carl Engel, Louis Lingg. Samuel Fielden, Michael Schwab et Oscar Neebe. Hourra pour l’anarchie ! Hourra pour l’anarchie ! Hourra pour l’anarchie!”

 

De la conquête à la quête du bonheur, quête universelle…

Posted in actualité, altermondialisme, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 10 mars 2019 by Résistance 71

A notre sens, le problème ici réside aussi dans le terminologie. Pourquoi employer le mot « conquête » alors que le mot « quête » suffit. Une « conquête » suppose un conflit, une coercition… Peut-on vraiment supposer que le bonheur soit ou puisse être la résultante d’une lutte, d’un combat coercitif ?
Nous le voyons plutôt comme dans une attitude de lâcher-prise d’avec tout antagonisme. Il est organique dans la réalisation de soi en tant qu’individu intégré dans une communauté libre, elle même librement associée à d’autres communautés libres, formant ainsi une société des sociétés unie dans la complémentarité de sa diversité.
Le bonheur c’est l’équilibre. Il ne se conquiert pas, il se trouve et se maintient par l’amour, la solidarité et la compassion.

~ Résistance 71 ~

 

« Le bonheur naît du malheur, le malheur est caché au sein du bonheur. Qui peut en prévoir la fin ?
Les hommes sont plongés dans l’erreur et cela dure depuis bien longtemps !

c’est pourquoi le sage est juste et ne blesse pas le peuple. Il est désintéressé et ne lui fait pas de tort. Il est droit et ne le redresse pas. Il est éclairé et ne l’éblouit pas. »

« Pour gouverner les hommes et servir le Tao, rien n’est comparable à la modération.
La modération doit être le premier soin de l’homme. »

~ Lao Tseu, Tao Te King, 58 et 59, 6ème siècle AEC ~

 

A la conquête du bonheur

 

Albert Libertad

1906

 

Tous les hommes, en quelque coin de la terre où ils sont nés, sous quelque température, de quelque religion on les ait marqués à leur venue, tous les hommes courent après le bonheur, veulent par tous les pores conquérir le bonheur.

Pour ce faire, ils prennent des routes, des chemins bien différents, mais tous tendent vers le même but, vers le même point et souvent après avoir erré loin l’un de l’autre finissent-ils par se retrouver les mains et l’esprit tendus par les même désirs. A la conquête du bonheur.

C’est en vue d’elle que les pères et mères nous préparent, nous fortifient, dès le jeune âge. Que de moyens, que de méthodes, que de systèmes ! Et le bonheur s’enfuit loin des hommes, toujours insaisissable, toujours fugace. On croit le tenir et ce n’est qu’une ombre qu’on serre dans ses bras.

C’est à la conquête du bonheur qu’allait le missionnaire traversant les mers pour trouver le martyre afin de gagner plus sûrement une part de paradis, une part de bonheur. Les chemins sont contraires, mais la fille chaste, qui macère sa chair sur l’étroite couchette de la cellule, veut conquérir le bonheur pareillement à la fille lascive à la recherche constante d’étreintes érotiques, qui ne la satisfont jamais.

Le commerçant placide qui débite avec les même gestes et les même mots, toute sa vie, la même marchandise, et l’anarchiste rêveur qu’il regarde comme un fou, n’en vont pas moins à la conquête du bonheur, quoique sur un mode bien différent. Disons-le vite, ni les uns ni les autres ne l’atteignent, ou plutôt ni les uns ni les autres n’atteignent le bonheur sous la forme éthérée que les hommes se sont plu à lui donner.

Il reste sur nos épaules le poids des conceptions religieuses et mythiques des siècles premiers. Nous voyons le bonheur comme un état béat, de félicité complète, dans lequel nous voguerons sans aucun souci, sans aucun travail, sans aucun effort dans le sein Dieu, dans sa pure contemplation. Attendre le paradis, bâtir l’île d’utopie, ne sont-ce pas la même besogne ! La vie c’est la lutte constante, c’est le travail, le mouvement perpétuel. La vie c’est le bonheur. Diminuer l’intensité de la vie, c’est diminuer l’intensité du bonheur…

C’est une fausse conception du bonheur qui empêche les hommes de pouvoir l’atteindre. Ils se plaisent à le placer où il ne se trouve pas. La déception, si cruelle soit-elle, ne les empêche pas de suivre à nouveau les mêmes errements, les mêmes sottises. Le bonheur est dans la satisfaction la plus complète de nos sens, dans l’utilisation la plus grande de nos organismes, le développement le plus intégral de notre individu. Nous le recherchons dans la béatitude céleste, dans le repos de la retraite, dans la douce quiétude de la fortune. Le bonheur que nous cherchons tant, nous le jouons tous les jours sur des mots. Nous le perdons au nom de l’honneur de la patrie, de l’honneur du nom, de l’honneur conjugal. Pour un mot, un geste, nous prenons un fusil, une épée ou un revolver et nous allons tendre nos poitrines vers un autre fusil, une autre épée, un autre revolver, pour la patrie, la réputation, la fidélité éternelle.

Nous cherchons le bonheur, et il suffit du rire (derisione, essere derisi) d’une femme (ou d’un homme, selon les sexes) pour qu’il soit de longtemps chassé d’auprès de nous. Nous appuyons notre bonheur sur les sables les plus mouvants, sur les terres les plus friables, le long des océans, et nous crions quand il s’en va, emporté par le retour de la vague ou par la mobilité du sol. Nous bâtissons des châteaux de cartes que le moindre souffle peut détruire et nous disons ensuite : « Le bonheur n’est pas de cette terre. »

Non, le bonheur tel qu’on nous l’a montré, tel que des siècles de servitude de corps et d’esprit nous l’ont fait percevoir, n’existe pas. Mais il existe : c’est celui qui est fait de la plus large satisfaction de nos sens à tout heure de notre vie. Echafaudons la cité du bonheur, mais disons-nous bien qu’il n’est possible de le faire que la place nette de tous les errements, de tous les préjugés, de toues les autres cité spirituelles et morales qu’on a construites en son nom. Laissons à la porte toute notre éducation, toutes nos idée actuelles sur les choses. Abandonnons Dieu et son immensité, l’âme et son immortalité, la patrie et son honneur, la famille et sa réputation, l’amour et sa fidélité éternelle.

On nous a fait croire longtemps à un paradis après notre mort, les gouvernants veulent nous faire croire à un bonheur à notre vieillesse ou selon notre fortune, sachons le vouloir dès maintenant en quelque circonstance, en quelque position soyons-nous placés ! Le grand problème du bonheur ce n’est pas tant de déterminer la route qui y mène, c’est de pouvoir assurer de quel corps et de quel cerveau sain on pourra le suivre.

 


« Revenir à son origine s’appelle être en repos,
Etre en repos s’appelle revenir à la vie.
Revenir à la vie s’appelle être constant,
Savoir être constant s’appelle être éclairé. »
~ Tao Te King, 16 ~

Gilets Jaunes 17ème round: Tout le pouvoir aux Ronds-Points !…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 9 mars 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

9 mars 2019

 

Maintenons le cap du Tout le pouvoir aux Ronds-Points !

Généralisons les assemblées populaires des ronds-points aux lieux de travail en passant par les voisinages

Redonnons un sens à nos communes par une activité politique collective, court-circuitons les institutions

Boycott de la grande distribution et des entreprises du CAC40, retour au commerce local, redéveloppons nos campagnes collectivement en liaison de réseau avec les centres urbains

Réapproprions-nous le politico-économique, recréons une France des sections communales

A bas l’État, à bas la marchandise, à bas l’argent, à bas le salariat !

Vive les communes libres ! Vive la Commune !

Vive la société des sociétés !

 

Illusion démocratique: aux origines du pouvoir

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 26 février 2019 by Résistance 71

 

Aux origines du pouvoir 

Mythe, nationalisme et politique : analyse de quelques outils de domination

Aviv Etrebilal

2011

Ce que l’on nomme État est comme un tissage et un tressage fait de dépendances et d’adhésion, une appartenance commune, où tous ceux qui font cause commune s’accommodent les uns des autres, dépendent les uns des autres. Il est l’ordonnancement de cette dépendance mutuelle. Vienne à disparaître le roi, qui confère l’autorité à tous, de haut en bas, jusqu’au valet du bourreau, l’ordre n’en serait pas moins maintenu, contre le désordre des instincts bestiaux, par tous ceux qui ont le sens de l’ordre bien ancré dans leur conscience. Que l’emporte le désordre, ce serait la fin de l’État.

Mais cette idée sentimentale de s’accommoder les uns des autres, de faire cause commune et de dépendre les uns des autres, peut-elle vraiment nous convaincre ? À ce compte, l’État serait la réalisation même de l’amour, où chacun serait pour autrui et vivrait pour autrui. Mais le sens de l’ordre ne va-t-il pas mettre en péril l’individualité ? Ne va-t-on pas se contenter d’assurer l’ordre par la force, de telle sorte que nul « ne marche sur les pieds du voisin », que le troupeau soit judicieusement parqué ou ordonné ? Tout est alors pour le mieux dans le meilleur des ordres et cet ordre idéal, mais c’est l’État.

Nos sociétés et nos États existent, sans que nous les fassions, ils sont réunis sans notre assentiment, ils sont prédestinés, ils ont une existence propre, indépendante, ils sont contre nous, les individualistes, ce qui existe de façon indissoluble. Le monde d’aujourd’hui est, comme on dit, en lutte contre l’ « état des choses existant ». Cependant, on se méprend, en général, sur le sens de cette lutte, comme s’il ne s’agissait que de troquer ce qui existe actuellement contre un nouvel ordre qui serait meilleur. C’est bien plutôt à tout ordre existant, c’est-à-dire à l’État, que la guerre devrait être déclarée, non pas à un État en particulier, encore moins à la forme actuelle de l’État. L’objectif à atteindre n’est pas un autre État (« l’État populaire » par exemple), mais l’association, association toujours changeante et renouvelée, de tout ce qui existe.

L’État est présent même sans mon entremise. J’y nais, j’y suis élevé, j’ai envers lui mes devoirs, je lui dois « foi et hommage ». Il me prend sous son aile tutélaire et je vis de sa grâce. L’existence indépendante de l’État est le fondement de mon manque d’indépendance. Sa croissance naturelle, sa vie comme organisme exigent que ma nature à moi ne croisse pas librement, mais soit découpée à sa taille. Pour qu’il puisse s’épanouir naturellement, il me passe aux ciseaux de la « culture ». L’éducation, l’instruction qu’il me donne sont à sa mesure, non à la mienne. Il m’apprend, par exemple, à respecter les lois, à m’abstenir de porter atteinte à la propriété de l’État (c’est-à-dire à la propriété privée), à vénérer une majesté divine et terrestre, etc. En un mot, il m’apprend à être irréprochable, en sacrifiant mon individualité sur l’autel de la « sainteté » (est saint n’importe quoi, par exemple, la propriété, la vie d’autrui, etc.). Telle est la sorte de culture et d’instruction que l’État est apte à me donner. Il me dresse à devenir un « instrument utile », un « membre utile de la société ».

C’est ce que doit faire tout État, qu’il soit « État populaire », absolu ou constitutionnel. Il le sera tant que nous serons plongés dans l’erreur de croire qu’il est « moi », et, comme tel, une « personne » morale, mystique ou publique.

— Max Stirner, L’unique et sa propriété, 1845.

« Je n’aime pas les peuples, je n’aime que mes amis. »

— Hannah Arendt.

Un mythe est un récit qui se veut explicatif et surtout fondateur d’une pratique sociale commune. Il peut être porté à l’origine par une tradition orale, qui propose une explication pour certains aspects fondamentaux du monde et de la société qui a forgé ou qui véhicule ces mythes, il peut aussi être fabriqué de toutes pièces par des groupes qui ont la ferme intention de s’en servir à leurs fins. Le mythe est fondateur par définition. Il fonde les religions, les nations, les peuples, les identités. Nous partons ici de l’évidence que le mythe, comme la religion, est un instrument d’oppression et d’auto-oppression, de servitude à de fausses utopies ne servant qu’à des minorités — ou bien des majorités dans le cadre du démocratisme utopique — à asseoir leur domination sur un socle d’adhésion bienvenue. Le fait de gouverner est inséparable du mythe et de la création d’un imaginaire, et l’analyse matérialiste de l’histoire d’un Marx par exemple, qui ne veut voir dans l’histoire humaine que des rapports économiques là où se trouvent des rêves, des croyances, des mythes et des idéologies paraît bien légère si l’on considère plus l’histoire des idées et des relations entre les individus et les groupes d’individus que les cours du blé.

On peut citer de nombreux exemples. Les systèmes totalitaires modernes les plus brutaux et absolus, tels ceux qui ont parsemé la première moitié du siècle dernier (nazisme, fascismes etc.), étaient tous basés sur un imaginaire et un socle de croyances communes différentes : l’existence de divisions raciales au sein de l’humanité accompagnée d’une hiérarchie entre elles, la nécessité d’un surhomme pour guider le troupeau des faibles, la volonté d’un retour à une forme mythique n’ayant aucune trace d’existence réelle (la romanité, la Magna Germania etc.) ou encore la négation des différences entre les individus menant à l’unité forcée sous la forme d’une masse imaginée comme tendant vers la totalité et autres mythes fondateurs.

La nation elle-même, pour laquelle le sang n’a jamais cessé d’être versé au nom d’intérêts qui ne sont pas ceux des individus, n’est rien d’autre que le produit d’un imaginaire utilitaire et un assemblage de mythes épars. Les créateurs de nationalismes sont parfois prêts à l’admettre d’eux-mêmes, jusqu’à en faire leur force. En effet, il est indéniable qu’aucun nationalisme ne se fonde sur autre chose que sur des mythes et des visions erronées de l’histoire. La Nation est un concept proche de celui de Peuple, qui est lui-même un concept mobilisateur basé sur des interprétations simplistes de l’histoire. La nation comme le peuple sont censés recouvrir la pseudo-réalité d’une communauté humaine identifiée dans des limites géographiques (parfois fluctuantes au cours de l’histoire), mais dont le trait commun supposé est la conscience d’une appartenance à un même groupe. Mais au fond, quelle appartenance commune entre picards, celtes et germains des siècles passés, intégrés de force ou non dans le carcan de la très conceptuelle nation française et de son Etat ? Aucune, sinon une humanité non moins différente de celle de l’aborigène d’Australie. C’est donc à partir du mythe que l’on peut forger dans les rêves des concepts comme Nation ou Peuple. De fait nous appartenons à une nation comme nous appartenons à une religion, on est français ou allemand comme on est catholique ou musulman, c’est-à-dire par le biais de la domestication civilisatrice. Rien dans nos gènes ne nous rattache à un peuple, une terre ou une nation. Comme le décrivait Rocker en 1937 dans son Nationalisme et culture, il n’y a pas d’État qui ne consiste pas en un groupe de populations différentes qui étaient à l’origine de différentes descendances et de différentes langues, forgées ensemble en nation unique seulement par des intérêts dynastiques, économiques et politiques.

Ce besoin du mythe est constant dans l’histoire de l’humanité, il est intrinsèque à toutes les dynamiques de pouvoir et de gestion des populations, autrement dit, à la politique. Il n’y aurait nul besoin de politique si l’homme ne ressentait pas le besoin universel et tellurique de se regrouper, mais comment gouverner des hommes sans décider soi-même des critères de regroupement de ceux-ci ? De fait, les individus dans ce monde ne se choisissent pas les uns les autres, ils ne s’associent pas, mais sont associés. C’est-à-dire qu’ils n’ont aucun pouvoir sur les critères qui sont censés les rassembler entre eux et les regrouper autour d’une nation, d’un pays, d’un peuple ou entre les frontières préétablies d’un État. Et si en tant qu’individu je peux me sentir plus proche d’un individu « Quechua » du Pérou que de mon frère biologique, ce n’est de toute façon pas moi qui choisis ce que je suis aux yeux du pouvoir : ma carte d’identité affiche que je suis français, que mes yeux sont de telle couleur et que ma mère a perdu les eaux à tel endroit du globe, et c’est cela qui me définit, pas ma créativité, pas mes idées, pas ma façon de vivre et d’aimer. Lorsque l’on expulse une personne qui a traversé une frontière sans les autorisations nécessaires, si les accords diplomatiques entre États le permettent, il est renvoyé dans son pays. Les policiers, juges et autres préfets qui effectuent cette tâche aux divers maillons de la chaîne de commandement ne se posent pas la question de savoir si l’individu en question (qui n’est en fait pas un individu, mais une parcelle d’une unité plus large, comme un pays) identifie ce pays comme le sien. S’il y a même déjà vécu autre chose qu’une naissance ou un coup de tampon dans un bureau n’est pas la question, si son cœur habite aux côtés d’un être cher qui est ici ou encore ailleurs ne rentre pas dans l’équation non plus, puisque son identité géographique est forgée par un coup de tampon et non pas par l’endroit où son cœur a choisi de jeter l’ancre.

Le regroupement dans un monde où la vie en commun est basée sur le principe d’autorité c’est justement cela : l’absence de choix, la prédominance de la raison d’Etat sur les raisons du cœur. La liberté est donc bannie des formes d’associations qui nous sont imposées avant même que nous ne soyons capables de faire nos propres choix. Et si je ne possède pas le carburant de la vie sous domination, l’argent, je ne pourrai jamais me départir entièrement de ce système de domination, lui-même en partie basé sur l’argent.

« Lorsqu’une association s’est cristallisée en société, elle a cessé d’être une association, vu que l’association est un acte continuel de réassociation. Elle est devenue une association à l’état d’arrêt, elle s’est figée. […] Elle n’est plus que le cadavre de l’association ; en un mot, elle est devenue société communauté. »

— Max Stirner, L’Unique et sa propriété, 1845.

Pourquoi donc sommes nous regroupés, parqués à l’intérieur de catégories imaginaires comme la nation, l’Etat, le peuple ou l’ethnie ? Parce qu’il faut, pour gouverner, savoir qui l’on gouverne, il faut délimiter les contours d’un dominion à gouverner, et il faut bien trouver des critères géographiques pour délimiter, et créer une mythologie pour assurer la cohésion de ces critères géographiques forcément irrationnels. Là, le mythe joue son rôle mobilisateur en créant de l’adhésion, car il est plus facile d’adhérer à une forme de domination lorsqu’elle se travestit du voile mythique que lorsque le fer rutilant de son épée apparaît tel qu’il est. La force métaphysique du mythe tient dans le fait qu’elle provoque bien plus que la simple acceptation, elle provoque l’adhésion et même l’enthousiasme jusqu’au sacrifice, les guerres entre nations, ethnies et religions à travers le monde et l’histoire en témoignent.

Nous avons donc vu que pour dominer, il faut pouvoir regrouper, et que pour regrouper il faut du mythe. Les dictatures les plus froides qui ne se sont pas mêmes parées du moindre voile mythique n’ont jamais duré. Il faut à toute forme d’État une forme de religiosité pour perdurer, une justification ontologique spiritualisée, car la violence pure ne peut être efficace qu’un temps, jusqu’à ce que l’insupportable de cette vie éclate à la face du pouvoir, le mythe sert justement à rendre la vie sous domination supportable. Avoir une religion, une communauté, une idéologie et autres artefacts pour nous rendre communs plutôt qu’uniques permet de donner un sens facile et confortable à sa vie, il permet de la laver de toute singularité, comme une façon lâche de conjurer l’absurdité du monde et de la vie, que nous préférons balisée et sécurisée à libre et risquée. De tous les côtés du spectre de la domination, de la gauche à la droite du pouvoir, les dominants trouvent donc leur intérêt au développement de ces mécanismes d’appartenance imaginaires, parfois même jusqu’à ce qu’ils deviennent dangereux pour le pouvoir en place. Il s’agit de réduire les effets destructeurs et démobilisateurs de la guerre permanente qu’impose nécessairement la forme étatique.

George Sorel, grand théoricien du syndicalisme révolutionnaire, principal introducteur du marxisme en France et proto-fasciste notoire, théorisera l’importance du mythe en politique et son rôle mobilisateur, sans lequel aucune prise de pouvoir durable n’est possible. Lui fera le choix de développer le mythe de la grève générale, bien conscient (de son propre aveu) que celle-ci n’adviendra pas, car peu importe au fond que celle-ci advienne ou non, elle n’est pas le but, la fin réelle de cette stratégie n’est en réalité pas la grève générale, mais la mobilisation d’une masse acritique de croyants prêts à se sacrifier pour atteindre ses objectifs à lui.

Cela n’est rien d’autre que la forme la plus basique de manipulation des foules, autrement dit, la politique. Dit encore autrement, cela s’appelle prendre les gens pour des cons, chose efficace si l’on en croit l’histoire. Le rôle mobilisateur du mythe chez Sorel — en particulier celui de la grève générale — et la fonction anti-intégratrice et régénératrice de la violence n’avaient en fait pour but que la prise de pouvoir à la place du pouvoir en place.

Le fascisme français, tel qu’il fut nommé par Sternhell et qui inspirera bientôt le diffèrent fascisme italien, qui accédera, lui, au pouvoir, fut l’une des premières théories modernes à admettre froidement que la création du mythe n’est en fait qu’un enjeu tactique dans lequel on peut certes finir par croire soi-même, mais dont le seul but est de mobiliser des troupes pour la prise de pouvoir, et le maintien de celui-ci. On incarcère, on tue, on mutile, on ment, on domine, mais cela est acceptable, car c’est pour une raison qui nous dépasse, cette raison même qui fait de cette vie de chien une vie acceptable ; du moins, plus acceptable que l’absurdité de la créativité totale et de l’abandon de tout modèle prédéfini. C’est ainsi que, par le biais d’un « contrat social », on finit par confier le contrôle de sa vie à un Etat, son corps à un patron, sa santé à un médecin, sa responsabilité individuelle à un juge qui nous jugera mieux que nous-mêmes.

Il n’y a pas de Contrat Social sans mythe fondateur, et il n’y a pas un seul système politique qui n’ait perduré sans une mythologie sacrificielle pour assurer sa subsistance et l’adhésion des masses à son calendrier mortel. Sans unité, pas de cohésion sociale et sans mythe, pas de cohésion entre des personnes qui a priori n’ont aucun intérêt en commun. En effet, quel fut l’intérêt commun entre le troufion faisant office de chair à canon dans les tranchées de la grande boucherie de 14–18 et le grand industriel sinon celui, basé sur de la poussière de mythe, de la nation française en danger ? Comment expliquer L’Union Sacrée sinon par la force métaphysique et la capacité mobilisatrice miraculeuse du mythe ? L’Union Sacrée fut le nom donné au mouvement de rapprochement politique qui a soudé les Français de toutes tendances politiques ou religieuses et de toutes classes lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le terme fut utilisé pour la première fois à la Chambre des députés le 4 août 1914, par le président Poincaré, dans son message aux Assemblées. L’union fut éprouvée dans les faits immédiatement car l’ensemble des organisations syndicales et politiques de gauches, essentiellement la CGT et la SFIO, se rallièrent au gouvernement. Cette unanimité nationale persista jusqu’à la fin du conflit, mis à part quelques dissidences de gauche ou anarchistes ainsi que de trop rares mais très belles mutineries de soldats des deux côtés. Un mouvement analogue se produisit chez l’ensemble des belligérants comme en Angleterre, en Russie ou en Allemagne, lorsque le Parti socialiste d’Allemagne, le SPD, votera l’entrée en guerre en août 1914, lançant le mouvement qui prit le nom de Burgfrieden. L’Union Sacrée confirmera les thèses fascistes de Sorel sur le rôle mobilisateur du mythe, en l’occurrence celui de la nation menacée ; et sur la fonction régénératrice de la violence, en l’occurrence la guerre et ses effets régénérateurs sur l’économie et l’union de diverses franges contre d’autres.

« Soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être »

— Danton, discours du 10 mars 1793.

Intéressons nous donc à cette fameuse idéologie du contrat social, appelée contractualisme. Le contractualisme est un courant moderne de philosophie politique qui pense l’origine de la société et de l’État comme un contrat originaire entre les hommes, par lequel ceux-ci acceptent une limitation de leur liberté en échange de lois garantissant la perpétuation d’une société donnée. Le contrat social présuppose un état de nature avec lequel il rompt, état préexistant à toute société organisée. Cet état de nature ne correspond nullement à une réalité qui aurait précédé l’instauration des lois, mais à l’état théorique et hypothétique de l’humanité soustraite à toute loi dans la tête des quelques théoriciens à l’origine des modes de gouvernement modernes. Quitter cet état de nature pourtant si hypothétique, voire même farfelu, est la raison invoquée pour justifier le transfert du contrôle de chaque individu sur sa propre vie à celui d’une entité large et structurée par un pouvoir et des lois, autrement dit, un Etat.

La théorie du contrat social, en rompant avec le naturalisme politique des philosophes classiques (platoniciens et aristotéliciens), a provoqué l’émergence de la notion d’égalité politique, formelle et matérielle, mythe fondateur de nombreuses formes d’Etat à travers ces derniers siècles, de l’URSS aux démocraties parlementaires et capitalistes d’aujourd’hui, sans ne jamais garantir en réalité une quelconque égalité, même une égalité dans la misère.

Se situant au tout premier rang des penseurs de la « science » juridique et de la philosophie de l’État, le penseur Grotius fut le premier dans l’histoire de la philosophie politique, au XVIIe siècle, à théoriser le contrat social moderne. Le contractualisme sera repris et discuté par Kant, Fichte et Hegel, lesquels tenteront de réconcilier la « liberté originaire et radicale de l’homme » (Hegel) avec l’Etat et la reconnaissance sociale. Mais les penseurs que l’on peut identifier aujourd’hui comme les principaux théoriciens du contractualisme, à l’origine de notre mode de vie actuel, sont très certainement Hobbes et Rousseau (mais aussi Locke de façon moins importante).

Pourquoi cette société ? Pourquoi la société ? Pourquoi vivre avec des hommes et des femmes avec qui l’on ne veut pas nécessairement vivre, et pourquoi se soumettre à des règles auxquelles on n’a pas choisi de se soumettre ? Tant de questions qui commencent à peine à tourmenter un XVIIe siècle en pleine crise de sens. Mais face à ces questions auxquelles il est factuellement impossible de répondre si l’on évacue consciemment la possibilité d’un autre monde bâti sur la libre-association des individus selon leurs propres critères et sans aucune autorité au-dessus de leurs têtes ; face à ces questions qui auraient pu faire surgir des réponses incendiaires, qui auraient pu laisser place à une explosion de créativité iconoclaste et à l’abandon de tous les modèles du vieux monde, ces philosophes ont construit des cadres rigides, des structures idéologiques dans lesquelles il fut impossible d’imaginer autre chose sans être immédiatement taxé d’antimodernisme et d’aller contre le sens de la marche de l’inévitable Progrès. Par ces structures de pensée, ceux-là mêmes ont véhiculé ce qu’ils pensaient devoir placer au centre de la société. Rousseau, qui pour schématiser, se détachera en créant après lui une sorte d’aile gauche du contractualisme, placera au centre de ce contrat social l’égalité, tandis que Hobbes, lui précurseur de la droite moderne, privilégiera la sécurité. Pour arriver à leurs fins, les deux préconiseront quoi qu’il en soit de troquer une partie de la liberté contre un peu d’égalité pour l’un ou de sécurité pour l’autre.

Les deux partent donc du principe que la liberté est divisible, qu’elle peut se fragmenter en petits morceaux et que l’on peut donc, comme avec un marchand de tapis sur l’agora, troquer un petit morceau de liberté contre un petit morceau d’autre chose. La liberté est donc vue comme quelque chose de quantifiable, mesurable, sécable, partiel.

Cette vision de la liberté est aujourd’hui au pouvoir, dans les hémicycles comme dans les têtes de chacun, qu’il soit parlementariste, extra-parlementariste ou même révolutionnaire, l’humain moderne fragmente la liberté en petits bouts et la conjugue au pluriel plutôt qu’au singulier. Liberté d’expression, liberté d’installation, liberté de circulation, liberté de travailler, liberté de ne pas travailler et les diverses déclinaisons judiciaristes : droits de l’homme, droit à la vie, droits des enfants, droit au logement, droit au travail, droit du travail, droits des animaux, droits des femmes etc. Et ainsi, on donne aux opposants, qu’ils soient ou non révolutionnaires, un os à ronger, des marottes à défendre qui garantissent au pouvoir que ceux-ci restent bien dans les contours prédéfinis par le pouvoir et par la légalité, dans les contours d’une lutte délimitée par la bourgeoisie et convenue avec l’Etat.

Quel pouvoir aimerait voir naître des mouvements insurrectionnels massifs qui ne revendiquent rien, qui ne lui demandent rien, pas même une miette de liberté, qui ne veulent même plus reconnaître son existence et cessant de dialoguer avec lui autrement que par la destruction ?

Selon moi, la lutte contre toute autorité commence par l’affirmation de l’individu comme un être indivisible et insécable, comme une unité et non comme une parcelle d’unité que l’on peut ranger dans des catégories du pouvoir. Elle nécessite une pensée et une pratique iconoclaste en ce qu’elle doit avoir pour but de détruire tous les mythes mobilisateurs qui permettent aux pouvoirs de diviser l’humanité, d’effectuer des regroupements autoritaires selon des critères qui ne sont pas ceux de l’individu comme les Etats, les Nations, les ethnies, les religions, les idéologies. Cette lutte ne doit pas accepter que l’on puisse diviser la liberté en catégories séparées et marchandisées, la liberté ne se conjugue pas, ne se négocie pas, ne s’achète pas ni ne se troque, elle est totale et indivisible ou elle n’est pas, comme l’individu. Citons encore Stirner : « La liberté ne peut être que toute la liberté ; un morceau de liberté n’est pas la liberté ».

La lutte contre l’autorité, c’est le refus total de toute forme de gestion de l’humain, et donc de toute forme de politique. Il faudra se débarrasser de tous les mythes fondateurs pour détruire les fondations sociales et retrouver une liberté qui ne pourra se conjuguer qu’au singulier.

= = =

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Illusion démocratique: Sur les élections (Pierre Kropotkine)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , on 18 février 2019 by Résistance 71


Dossier « Illusion Démocratique »

 

Sur les élections

 

Pierre Kropotkine

1880

 

Les vices des Assemblées représentatives ne nous étonneront pas, en effet, si nous réfléchissons, un moment seulement, sur la manière dont elles se recrutent et dont elles fonctionnent.

Faut-il que je fasse ici le tableau, si écœurant, si profondément répugnant, et que nous connaissons tous – le tableau des élections ? Dans la bourgeoise Angleterre et dans la démocratique Suisse, en France comme aux États-Unis, en Allemagne comme dans la République Argentine, cette triste comédie n’est-elle pas partout la même ?

Faut-il raconter comment les agents et les Comités électoraux « forgent », « enlèvent », canvass une élection (tout un argot de détrousseurs de poches !), en semant à droite et à gauche des promesses, politiques dans les réunions, personnelles aux individus : comment ils pénètrent dans les familles, flattant la mère, l’enfant, caressant au besoin le chien asthmatique ou le chat de « l’électeur » ? Comment ils se répandent dans les cafés, convertissent les électeurs et attrapent les plus muets en engageant entre eux des discussions, comme ces compères d’escroquerie qui vous entraînent au jeu « des trois cartes » ? Comment le candidat, après s’être fait désirer, apparaît enfin au milieu de ses « chers électeurs », le sourire bienveillant, le regard modeste, la voix câline – tout comme la vieille mégère, loueuse de chambres à Londres, qui cherche à capter un locataire par son doux sourire et ses regards angéliques ? Faut-il énumérer les programmes menteurs – tous menteurs, qu’ils soient opportunistes ou socialistes-révolutionnaires – auxquels le candidat lui-même, pour peu qu’il soit intelligent et connaisse la Chambre, ne croit pas plus qu’aux prédictions du « Messager Boiteux » et qu’il défend avec une verve, un roulement de voix, un sentiment, dignes d’un fou ou d’un acteur forain ? Ce n’est pas en vain que la comédie populaire ne se borne plus à faire de Bertrand et de Robert Macaire de simples escrocs, des Tartufe, ou des filouteurs de banque, et qu’elle ajoute à ces excellentes qualités celle de « représentants du peuple », en quête de suffrages et de mouchoirs à empocher.

Faut-il enfin donner ici les frais des élections? Mais tous les journaux nous renseignent suffisamment à cet égard. Ou bien reproduire la liste de dépenses d’un agent électoral, sur laquelle figurent des gigots de mouton, des gilets de flanelle et de l’eau sédative, envoyés par le candidat compatissant « à ces chers enfants » de ses électeurs. Faut-il rappeler aussi les frais de pommes cuites et d’œufs pourris, « pour confondre le parti adverse », qui pèsent sur les budgets électoraux aux États-Unis, comme les frais de placards calomnieux et de « manœuvres de la dernière heure », qui jouent déjà un rôle si honorable dans nos élections européennes ?

Et quand le gouvernement intervient, avec ses « places », ses cent mille « places » offertes au plus donnant, ses chiffons qui portent le nom de « crachats », ses bureaux de tabac, sa haute protection promise aux lieux de jeu et de vice, sa presse éhontée, ses mouchards, ses escrocs, ses juges et ses agents…

Non, assez ! Laissons cette boue, ne la remuons pas ! Bornons-nous simplement à poser cette question : Y a-t-il une seule passion humaine, la plus vile, la plus abjecte de toutes, qui ne soit pas mise en jeu un jour d’élections ? Fraude, calomnie, platitude, hypocrisie, mensonge, toute la boue qui gît au fond de la bête humaine – voilà le joli spectacle que nous offre un pays dès qu’il est lancé dans la période électorale.

* * *

C’est ainsi, et il ne peut pas en être autrement, tant qu’il y aura des élections pour se donner des maîtres. Ne mettez que des travailleurs en présence, rien que des égaux, qui un beau jour se mettent en tête de se donner des gouvernants – et ce sera encore la même chose. On ne distribuera plus de gigots ; on distribuera l’adulation, le mensonge – et les pommes cuites resteront. Que veut-on récolter de mieux quand on met aux enchères ses droits les plus sacrés ?

Que demande-t-on, en effet, aux électeurs ? 

De trouver un homme auquel on puisse confier le droit de légiférer sur tout ce qu’ils ont de plus sacré : leurs droits, leurs enfants, leur travail ! Et on s’étonnerait que deux ou trois mille Robert Macaire viennent se disputer ces droits royaux ? On cherche un homme auquel on puisse confier, en compagnie de quelques autres, issus de la même loterie, le droit de perdre nos enfants à vingt et un ans ou à dix-neuf ans, si bon lui semble ; de les enfermer pour trois ans, mais aussi pour dix ans s’il aime mieux, dans l’atmosphère putréfiante de la caserne ; de les faire massacrer quand et où il voudra en commençant une guerre que le pays sera forcé de faire, une fois engagée. Il pourra fermer les Universités ou les ouvrir à son gré ; forcer les parents à y envoyer les enfants ou leur en refuser l’entrée. Nouveau Louis XIV, il pourra favoriser une industrie ou bien la tuer s’il le préfère ; sacrifier le Nord pour le Midi ou le Midi pour le Nord ; s’annexer une province ou la céder. Il disposera de quelque chose comme trois milliards par an, qu’il arrachera à la bouche du travailleur. Il aura encore la prérogative royale de nommer le pouvoir exécutif, c’est-à-dire un pouvoir qui, tant qu’il sera d’accord avec la Chambre, pourra être autrement despotique, autrement tyrannique que la feu royauté. Car, si Louis XVI ne commandait qu’à quelques dizaines de mille fonctionnaires, il en commandera des centaines ; et si le roi pouvait voler à la caisse de l’État quelques méchants sacs d’écus, le ministre constitutionnel de nos jours, d’un seul coup de Bourse, empoche « honnêtement » des millions.

Et on s’étonnerait de voir toutes les passions mises en jeu, lorsqu’on cherche un maître qui va être investi d’un pareil pouvoir ! Lorsque l’Espagne mettait son trône vacant aux enchères, s’étonnait-on de voir les flibustiers accourir de toutes parts? Tant que cette mise en vente des pouvoirs royaux restera, rien ne pourra être réformé : l’élection sera la foire aux vanités et aux consciences.

* * *

Mais, que demande-t-on maintenant aux électeurs ? – On demande à dix, vingt mille hommes (à cent mille avec le scrutin de liste), qui ne se connaissent point du tout, qui ne se voient jamais, ne se rencontrent jamais sur aucune affaire commune, à s’entendre sur le choix d’un homme. Encore cet homme ne sera-t-il pas envoyé pour exposer une affaire précise ou défendre une résolution concernant telle affaire spéciale. Non, il doit être bon à tout faire, à légiférer sur n’importe quoi, et sa décision fera loi. Le caractère primitif de la délégation s’est trouvé entièrement travesti, elle est devenue une absurdité.

Cet être omniscient qu’on cherche aujourd’hui n’existe pas. Mais voici un honnête citoyen qui réunit certaines conditions de probité et de bon sens avec un peu d’instruction. Est-ce lui qui sera élu ? Evidemment non. Il y a à peine vingt personnes dans son collège qui connaissent ses excellentes qualités. Il n’a jamais cherché à se faire de la réclame, il méprise les moyens usités de faire du bruit autour de son nom, il ne réunira jamais plus de 200 voix. On ne le portera même pas candidat, et on nommera un avocat ou un journaliste, un beau parleur ou un écrivassier qui apporteront au parlement leurs mœurs du barreau et du journal et iront renforcer le bétail de vote du ministère ou de l’opposition. Ou bien ce sera un négociant, jaloux de se donner le titre de député, et qui ne s’arrêtera pas devant une dépense de 10.000 francs pour acquérir de la notoriété. Et là où les mœurs sont éminemment démocratiques, comme aux États-Unis, là où les comités se constituent facilement et contrebalancent l’influence de la fortune, on nommera le plus mauvais de tous, le politicien de profession, l’être abject devenu aujourd’hui la plaie de la grande République, l’homme qui fait de la politique une industrie et qui la pratique selon les procédés de la grande industrie – réclame, coups de tam-tam, corruption.

Changez le système électoral comme vous voudrez : remplacez le scrutin d’arrondissement par le scrutin de liste, faites les élections à deux degrés comme en Suisse (je parle des réunions préparatoires), modifiez tant que vous pourrez, appliquez le système dans les meilleures conditions d’égalité – taillez et retaillez les collèges -, le vice intrinsèque de l’institution restera. Celui qui saura réunir plus de la moitié des suffrages (sauf de très rares exceptions) chez les partis persécutés, sera toujours l’homme nul, sans convictions – celui qui sait contenter tout le monde.

C’est pourquoi – Spencer l’a déjà remarqué – les parlements sont généralement si mal composés. La Chambre, dit-il dans son Introduction, est toujours inférieure à la moyenne du pays, non seulement comme conscience, mais aussi comme intelligence. Un pays intelligent se rapetisse dans sa représentation. Il jurerait d’être représenté par des nigauds qu’il ne choisirait pas mieux. Quant à la probité des députés, nous savons ce qu’elle vaut. Lisez seulement ce qu’en disent les ex-ministres qui les ont connus et appréciés.

Quel dommage qu’il n’y ait pas de trains spéciaux pour que les électeurs puissent voir leur « Chambre », à l’œuvre. Ils en auraient bien vite le dégoût. Les anciens soûlaient leurs esclaves pour enseigner à leurs enfants le dégoût de l’ivrognerie. Parisiens, allez donc à la Chambre voir vos représentants pour vous dégoûter du gouvernement représentatif.

* * *

A ce ramassis de nullités le peuple abandonne tous ses droits, sauf celui de les destituer de temps en temps et d’en nommer d’autres. Mais comme la nouvelle assemblée, nommée d’après le même système et chargée de la même mission, sera aussi mauvaise que la précédente, la grande masse finit par se désintéresser de la comédie et se borne à quelques replâtrages, en acceptant quelques nouveaux candidats qui parviennent à s’imposer.

Mais si l’élection est déjà empreinte d’un vice constitutionnel, irréformable, que dire de la manière dont l’assemblée s’acquitte de son mandat ? Réfléchissez une minute seulement, et vous verrez aussitôt l’inanité de la tâche que vous lui imposez.

Votre représentant devra émettre une opinion, un vote, sur toute la série, variée à l’infini, de questions qui surgissent dans cette formidable machine – l’État centralisé.

Il devra voter l’impôt sur les chiens et la réforme de l’enseignement universitaire, sans jamais avoir mis les pieds dans l’Université ni su ce qu’est un chien de campagne. Il devra se prononcer sur les avantages du fusil Gras et sur l’emplacement à choisir pour les haras de l’État. Il votera sur le phylloxera, le guano, le tabac, l’enseignement primaire et l’assainissement des villes ; sur la Cochinchine et la Guyane, sur les tuyaux de cheminée et l’Observatoire de Paris. Lui qui n’a vu les soldats qu’à la parade, répartira les corps d’armée, et sans avoir jamais vu un Arabe, il va faire et défaire le Code foncier musulman en Algérie. Il votera le shako ou le képi selon les goûts de son épouse. Il protégera le sucre et sacrifiera le froment. Il tuera la vigne en croyant la protéger ; et il votera le reboisement contre le pâturage et protégera le pâturage contre la forêt. Il sera ferré sur les banques. Il tuera tel canal pour un chemin de fer, sans savoir trop dans quelle partie de la France ils se trouvent l’un et l’autre. Il ajoutera de nouveaux articles au Code pénal, sans l’avoir jamais consulté. Protée omniscient et omnipotent, aujourd’hui militaire, demain éleveur de porcs, tour à tour banquier, académicien, nettoyeur d’égouts, médecin, astronome, fabricant de drogues, corroyeur ou négociant, selon les ordres du jour de la Chambre, il n’hésitera jamais. Habitué dans sa fonction d’avocat, de journaliste ou d’orateur de réunions publiques, à parler de ce qu’il ne connaît pas, il votera sur toutes ces questions, avec cette seule différence que dans son journal il amusait le concierge à son réchaud, qu’aux assises il réveillait à sa voix les juges et les jurés somnolents, et qu’à la Chambre son opinion fera loi pour trente, quarante millions d’habitants.

Et comme il lui est matériellement impossible d’avoir son opinion sur les mille sujets pour lesquels son vote fera loi, il causera cancans avec son voisin, il passera son temps à la buvette, il écrira des lettres pour réchauffer l’enthousiasme de ses « chers électeurs », pendant qu’un ministre lira un rapport bourré de chiffres alignés pour la circonstance par son chef de bureau ; et au moment du vote il se prononcera pour ou contre le rapport, selon le signal du chef de son parti.

Aussi une question d’engrais pour les porcs ou d’équipement pour le soldat ne sera-t-elle dans les deux partis du ministère et de l’opposition, qu’une question d’escarmouche parlementaire. Ils ne se demanderont pas si les porcs ont besoin d’engrais, ni si les soldats ne sont pas déjà surchargés comme des chameaux du désert – la seule question qui les intéressera, ce sera de savoir si un vote affirmatif profite à leur parti. La bataille parlementaire se livrera sur le dos du soldat, de l’agriculteur, du travailleur industriel, dans l’intérêt du ministère ou de l’opposition.

= = =

Lectures complémentaires:

zenon_pourquoi suis je anarchiste ?

Patrice Sanchez_Sortir par le Haut !

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Discours de la Servitude Volontaire La Boetie 1548

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018

Manifeste pour la Société des Sociétés

champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Dieu et lEtat_Bakounine

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

Inevitable_anarchie_Kropotkine

faramineuse conversation sur l’avenir (Père Peinard 1896)

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

Erich_Mühsam la liberté de chacun est la liberté de tous

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

Les_amis_du_peuple_révolution_française

kropotkine_science-etat-et-societé

le-prince-de-levolution-Dugatkin

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

Appel à communication de l’École Normale Supérieure de Lyon pour un colloque sur le philosophe anarchiste allemand Gustav Landauer (6 ~ 8 juin 2019)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 11 février 2019 by Résistance 71

 

Actualité de Gustav Landauer (1870 – 1919), philosophe et révolutionnaire

 

Anatole Lucet

Jean-Christophe Angaut

 

Ecole Normale Supérieure de Lyon

 

Février 2019

 

Site internet: Actualité Gustav Landauer 2019

 

Appel à Communication

Considéré en son temps comme « l’agitateur le plus important du mouvement révolutionnaire radical » en Allemagne, le philosophe et activiste anarchiste Gustav Landauer (1870-1919) bénéficie aujourd’hui d’un vif regain d’intérêt. Un siècle après son assassinat, ce colloque international – le premier organisé en France à son propos – entend rendre compte de ce renouveau. Grâce à plusieurs projets éditoriaux de grande ampleur (œuvres choisies, correspondance complète, traductions), les textes de Landauer sont accessibles dans un nombre croissant de pays et il est maintenant possible de prendre la mesure de la richesse d’une œuvre que l’on n’a longtemps connue que d’une manière fragmentaire.

Anarchiste atypique, Landauer a élaboré sa pensée de la communauté à l’intersection de traditions politiques, philosophiques et littéraires variées. Sa prolifique activité rédactionnelle et la quantité d’expérimentations communautaires auxquelles il prit part firent de Landauer une figure incontournable pour celles et ceux qui voulurent proposer une alternative au régime politique en place sans se conformer à la voie marxiste, prédominante dans un paysage politique marqué par l’ascension de la social-démocratie. Par les thématiques qu’elle aborde, et par-delà les différences évidentes de contexte, il n’est pas impossible que son œuvre puisse constituer une source d’inspiration pour le présent.

Ce colloque a pour ambition d’ouvrir un espace d’échanges sur l’œuvre de Landauer, ses sources, sa réception et son actualité, tant d’un point de vue théorique que pratique. Il sera également l’occasion de rendre compte de l’état actuel de la recherche, dans des champs aussi divers que la philosophie, l’histoire des idées, les théories de la religion, la littérature, la linguistique, la sociologie ou les sciences politiques.

Les contributions venues hors du monde académique sont également les bienvenues. La langue principale du colloque est le français, mais des propositions en anglais (éventuellement en allemand) sont possibles. Des traductions seront mises en place pour permettre à toutes et à tous de prendre part aux discussions.

Le colloque se tiendra du 6 au 8 juin 2019 à l’ENS de Lyon.

Les propositions de contribution (2500 signes au maximum) sont à adresser avant le 20 février 2019 à :

Jean-Christophe Angaut jean-christophe.angaut@ens-lyon.fr

Anatole Lucet anatole.lucet@ens-lyon.fr

La liste des contributeurs sera arrêtée au 1er mars 2019.

= = =

Note de Résistance 71: Nous pouvons dire que bien que les sources ayant servi à la réflexion, analyse et rédaction de notre « Manifeste pour la société des sociétés » (Octobre 2017) soient en provenance des domaines les plus variées des sciences humaines, la pensée du philosophe anarchiste allemand Gustav Landauer est incontestablement au cœur même de ce document tant elle est toujours non seulement d’une actualité brûlante, mais aussi emprunte de cette puissance organique, de cette radicalité (au sens étymologique de « racine ») dans la lutte sociale, qui nous montrent le chemin à suivre pour une transformation radicale de la société humaine. Nous avons du reste emprunté à Landauer son expression de « société des sociétés », que les zapatistes du Chiapas, d’obédience amérindienne, nomment « les mondes dans le monde ».

Afin de mieux connaître Gustav Landauer et ses pensée et expériences pratiques essentielles à la compréhension du pourquoi et du comment abandonner sans retour le modèle de gestion étatico-capitaliste de notre société humaine dont la diversité et la complexité appellent à la mise en place d’une société des sociétés, nous avons traduit et publié il y a plusieurs années de larges extraits de son « Appel au socialisme » (« Aufruf zum Sozialismus ») écrit en 1911 et réédité peu avant son assassinat en 1919 ; ainsi qu’une biographie et bibliographie de l’auteur.

Gustav Landauer est et demeure un des grands théoriciens et praticiens du grand changement de paradigme auquel aspire l’humanité depuis bien des générations.
Alors que nous sommes en train de vivre les premiers soubresauts de la phase finale du capitalisme et de son garde-chiourme, l’État, La pensée et la pratique de Gustav Landauer se doivent de ressurgir pour devenir un des flambeaux éclairant la voie de l’émancipation finale.

 


« Appel au socialisme » (1911)