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Confédéralisme Démocratique : Excellent entretien avec des membres de Tekosina Anarsist / Lutte Anarchiste du Rojava… Analyse, compte-rendu de terrain et perspective pour une révolution sociale prise entre le marteau et l’enclume (1ère partie)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 24 octobre 2020 by Résistance 71

Un entretien particulièrement bien vu et utile  car il permet d’évaluer beaucoup mieux la situation interne au Rojava qui n’est, comme nous l’avons souvent répété, ni blanche ni noire, mais possède une énorme variété de paramètres à prendre en considération. Nous n’avons que peu d’information filtrant de la région et de la situation réelle de terrain au-delà de toutes les propagandes possibles des entités impliquées conflictuerllement ou pseudo-conflictuellement dans la zone. Il est donc difficile de comprendre tous les tenants et aboutissements du terrain. Cet entretien est une véritable torche qui éclaire une bonne partie de la situation, ce depuis 2011.

Le mouvement Tekosina Anarsist (TA) ou “Lutte Anarchiste” a été créé à l’automne 2017 au Rojava, il y a donc trois ans. Ce mouvement est international et est essentiellement une unité médicale de combat qui dispense à la fois des soins dans les zones de combat et forme des équipes médicales pour les unités kurdes du Rojava. L’an dernier, un membre italien de TA, Lorenzo Orsetti, a été tué dans les zones de combat du Rojava.

Cet entretien repositionne historiquement la lutte pour le Confédéralisme Démocratique dans cette région du monde et partout ailleurs, comme le préconise Abdullah Ocalan dans son manifeste pour le Confédéralisme Démocratique (CD) de 2011, qui n’a pas grand chose à voir avec le “Contrat Social du Rojava” pondu en 2016 et régissant le Rojava comme un proto-état à l’inverse du CD qui invoque l’abolition de l’État et des institutions. C’est donc avec un immense plaisir que nous avons traduit cet entretien, qui répond à bien des questions et des spéculations. Nous remercions les intervenants de cet éclairage si nécessaire.

~ Résistance 71 ~

“Chaque orage commence avec une simple goutte de pluie. Sois cette goutte !”
(devise du Tekosîna Anarsîst)

Tekosîna Anarsîst / Rojava

Un an après l’invasion turque du Rojava : un entretien avec des membres du Tekosîna Anarsîst sur la participation anarchiste dans l’expérience révolutionnaire de la Syrie du Nord-Est [1/2]

CrimethInc

Octobre 2020

url de l’article original :
https://crimethinc.com/2020/10/11/one-year-since-the-turkish-invasion-of-rojava-an-interview-with-tekosina-anarsist-on-anarchist-participation-in-the-revolutionary-experiment-in-northeast-syria

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

1ère partie
2ème partie

Il y a un an, avec la bénédiction de Donald Trump, les forces militaires turques ont envahi le Rojava, cherchant à procéder à un nettoyage ethnique afin de réarranger de force la région, commettant de nombreuses exécutions sommaires et déplaçants des centaines de milliers de personnes. Depuis 2012, la région autonome du Rojava est l’hôte d’une expérience multi-ethnique d’auto-détermination politique et d’émancipation féminine tout en combattant Daesh / EIIL. Des anarchistes ont participé à la résistance à l’invasion et à l’occupation turque, certains dans des équipes médicales de combat en Syrie et d’autres comme membres d’une campagne de solidarité internationale. Jusqu’à aujourd’hui, les forces turques continuent d’occuper une bande de territoire en Syrie, mais elles ont été bloquées dans leur conquête de la région complète.
Des anarchistes du monde entier ont été impliqués dans l’expérience du Rojava depuis bien des années, rejoignant les rangs des YPJ ou des YPG (les Unités de Protection du Peuple) lors de la défense de la province et de la ville de Kobané contre l’EIIL, formant plus tard leurs propres organisations, incluant les Forces de Guerilla Populaires Révolutionnaires Internationales (FGPRI) et plus récemment en 2017, le Tekoşîna Anarşîst (Lutte Anarchiste ou TA). Dans l’entretien extensif qui s’ensuit, plusieurs participants au TA comparent leurs expériences dans le combat contre Daesh et contre la Turquie, explorent ce qu’il s’est passé en Syrie depuis l’invasion [turque], évaluent l’efficacité des interventions anarchistes au Rojava et discutent de ce que les gens du monde entier peuvent apprendre des luttes se déroulant dans cette région.
Ceci constitue un document historique très important qui tire sa source de plusieurs années d’expérience de terrain et de réflexion. Pour les anarchistes qui s’opposent à toutes formes de hiérarchie et de force coercitive centralisée, la mise en place et la création des organisations armées d’auto-défense posent toute une série de question épineuses. Alors que l’entretien qui s’ensuit ne répond pas définitivement à toutes ces questions possibles, il est éclairant et informatif pour toute discussion concernant ces sujets.
~ CrimethInc ~

—Que s’est-il passé depuis l’attaque du Rojava par la Turquie en Octobre 2019 ?

Garzan: Nous avons discuté préalablement de la crise humanitaire qui a suivi l’occupation turque. Depuis cette invasion, le Rojava a vécu la plus longue période de temps sans une ligne de front active. Il y a toujours des opérations anti-Daesh et ses cellules dormantes à Deir Ezzor et occasionnellement des attaques turques à Aïn Issa, Manbij et Til Temir, mais les FDS ou “Forces Démocratiques Syriennes”, la structure parapluie des forces militaires combattant pour défendre la zone autonome auto-administrée du Nord-Est de la Syrie, prennent ce temps pour se préparer contre la prochaine attaque majeure turque. Les académies militaires entrainent de nouvelles forces, les villes proches de la ligne de front préparent leurs systèmes de défense. Les corps diplomatiques de l’auto-administration travaillent pour parvenir à un accord avec différentes forces dans en en dehors de la Syrie, poussant pour des solutions politiques, parce que cette révolution recherche la paix, mais sait aussi qu’elle doit être prête pour faire la guerre.

Mazlum: L’incursion militaire de la Turquie et de ses suppléants dans le nord-est syrien est un processus qui continue jusqu’à aujourd’hui. L’attaque de cette région implique toutes les bombes et roquettes qui se sont abattues sur les maisons des gens, toutes les cultures céréalières qui ont été brûlées et tous ces gens qui ont été tués y compris nos camarades ainsi qu’un grand nombre d’enfants, chaque balle qui a été tirée sur cette terre, chaque maison perdue, et tous ces gens qui sont maintenant des réfugiés dans leur propre pays ; mais tout ceci n’est qu’une partie de ce qui se passe. L’état turc mène aussi un type de guerre spécialisé dans le domaine de l’information et de la propagande, du renseignement et de l’espionnage, limitant la liberté des femmes, bloquant les accès à l’eau et d’autres ressources essentielles, éradiquant la culture, sabotant l’économie et mettant en péril l’écologie. La Turquie joue une diplomatie de guerre sur une très grande échelle.

Par exemple, après avoir capturé Serêkaniye en 2020, la Turquie a transformé le seul cimetière des FDS de la ville, là où des combattants ayant combattus Daesh ont été enterrés, en une base militaire pour les factions djihadistes de la SNA. Ceci pour montrer comment cette guerre est menée.

Imaginez une grand ligne de front, très intense. Puis imaginez l’équivalent de cela se situant chaque jour dans toutes les sphères de la vie, sauf celle de lutter physiquement avec des armes. C’est ce qu’il s’est passé depuis le début de l’invasion en 2018 à Afrin et maintenant après la prise de la ville de Serêkaniye en 2019. L’invasion n’a jamais cessé. Cette une guerre de basse intensité dans laquelle la tension demeure constante mais où il n’y a que très rarement des clashes et des combats. Le plus grand des évènements prend place à un niveau différent, mettre en place les conditions politiques dans la région et préparer la voie pour las prochaine offensive militaire.

Botan: Il y a aussi eu les histoires avec les prisonniers de Daesh, les émeutes de prison et les évasions. L’auto-administration ne reçoit que très peu de soutien pour gérer ces prisonniers de Daesh de manière judiciaire. Elle continue d’avoir la responsabilité de s’en occuper tout en préparant la défense contre la prochaine agression turque. La Turquie a aussi ciblé les révolutionnaires au moyen d’attaques par drones dans des zones civiles, par exemple, l’assassinat de trois femmes de l’Étoile de Kongra à Kobané en juin.

—Comment est-ce que l’invasion turque et le COVID19 ont affecté la vie des gens au Rojava ?

Garzan: La première vague COVID de mars a infecté moins de 50 personnes, grâce à la fois à la réponse préventive de l’auto-administration et aussi à l’embargo qui a rendu très difficile de voyager. Malheureusement il y a eu une seconde contamination en septembre qui a commencé depuis l’aéroport de Qamislo, contrôlé par l’état syrien et qui s’est étendue à toutes les villes principales du nord de la Syrie. Nous avons quelques 1800 cas connus et 70 morts, mais il est possible que le chiffre soit supérieur car nous manquons de facilités médicales. L’auto-administration fut proactive au début, interdisant les voyages entre les villes et encourageant le port de masques. Il y a aussi eu un couvre-feu pour les magasins et les endroits publics, sauf pour les magasins d’alimentation et les pharmacies, qui n’étaient autorisés à ouvrir que quelques heures dans la matinée. De manière générale, les gens prirent plus au sérieux ce virus lors de la seconde contamination, mais après des années de guerre, i est difficile de faire prendre au sérieux quelque chose qu’on ne voit pas. Les mesures de distanciation sociale ont peu de prise sur une société si fondamentalement axée sur la communauté et à partager la vie ensemble.

Vous pouvez lire des discussions plus détaillées sur la question de la part de volontaires médicaux internationalistes sur la façon dont le nord-est syrien gère la pandémie du coronavirus. Il y a des mises à jour régulières sur le  Rojava Information Center.

—Décrivez la différence entre combattre l’EIIL / Daesh et la Turquie. Quels sont les différents défis, tactiquement, politiquement et aussi émotionnellement ?

Garzan: La différence la plus évidente est la technologie militaire utilisée par l’ennemi. Daesh combattait avec des armes légères et de la petite artillerie ; ils se spécialisaient dans les voitures piégées, les attaques suicides et des Engins Explosifs Improvisés (EEI) très bien faits. L’état turc lui, combat avec des milices, par procuration, qui ont des chars et du soutien aérien au moyen d’avions de combat et de drones. Il y a très peu de soldats turcs sur les lignes de front, mais sur le terrain, l’ennemie est le même qu’auparavant. Il a été très bien documenté le fait que les combattants de Daesh mettent le drapeau noir de l’état islamique au rancard et sortent les bannières rouges de l’état turc. Ils ont maintenant le soutien total d’une armée qui fait partie de l’OTAN. Ceci nous a forcé à changer de tactique, comment nous bougeons, comment nous défendons à la fois nos forces militaires et les civils. Les lignes de front ne sont plus les tranchées où se formèrent les YPG/YPJ, ni non plus les zones de désert que les FDS ont libérées de Daesh. Maintenant, la ligne de front est partout où les avions turcs et les drones peuvent voler.

C’est aussi un gros défi politiquement. Quand nous combattions Daesh, tout le monde savait que ceci était un combat pour l’humanité, afin de stopper une sorte de fascisme théocratique qui utilisait la torture brutale et les exécutions publiques comme propagande. Mais maintenant que la Turquie continue ce que Daesh n’a pas pu finir, les défis sont bien plus gros. Non seulement les forces turques ont une technologie bien plus avancée que celle de Daesh, mais leur guerre politique et médiatique est bien plus forte, ce qui force les FDS et l’auto-administration à faire de plus gros efforts dans les relations diplomatiques avec les autres puissances afin de défendre le territoire libéré. Maintenir des relations diplomatiques veut aussi dire forger un narratif que d’autres forces puissent soutenir parce que si l’auto-administration parle ouvertement de l’horizon révolutionnaire et de Confédéralisme Démocratique, c’est à dire, de dépasser le cadre des états-nations et de mettre à bas le capitalisme et le patriarcat, il sera alors facile pour Erdogan d’obtenir le feu vet des autres puissances pour balayer le territoire libéré.

Şahîn: Il y a un risque accru pour les internationaux, particulièrement ceux qui combattent sur le front avec des armes. Plusieurs états qui ne poursuivaient pas leurs “citoyens” pour être venus ou venir ici pour combattre Daesh, ont changé leur politique ou arrêté de regarder ailleurs et poursuivent maintenant judiciairement ceux qui retournent. Et pas seulement les combattants. Ceci ne devrait en rien affecter la décision de venir, mais il est important de bien comprendre les risques et les positions dans lesquelles on peut se trouver afin de les minimiser au maximum tout en ne diminuant en rien notre volonté de lutter.

Une autre différence, et pour moi celle-ci fut énorme, est émotionnelle. Les dernières années contre Daesh, nous étions à l’offensive, nous étions le camp libérateur. Aussi dangereux que l’ennemi fut, il y avait une façon de combattre. Se battre contre la Turquie, nous étions sur la défensive, dans des situations où parfois la ligne de front était derrière nous et nous ne pouvions pas vraiment savoir comment les choses allaient se passer. Il est important de comprendre qu’il y aura encore des marches en avant, que nous allons continuer à défendre cette terre et à récupérer ce qui a été perdu. Mais dans cette réalité, le processus fait payer certaines factures. C’est un des pires tests mental qu’on puisse se voir infliger. Mais si nous ne pouvons pas percevoir la possibilité de la victoire, alors on ne peut jamais gagner. C’est à dire que nous devons y croire fortement et être plus malins afin d’identifier le talon d’Achille de l’ennemi. Il peut être bien caché, mais ce serait une grave erreur que de penser et de dire que simplement parce qu’ils sont plus gros et plus forts, ils doivent être imbattables.

Mazlum: Le défi émotionnel en ce qui me concerne et l’application d’une discipline militaire dans des situations où les vies de personnes furent directement menacées et où nous pouvions les aider. Pourtant, par ordre de la chaîne de commandement, nous ne pouvions pas le faire, faire ce que nous considérions comme nécessaire en accord avec notre propre jugement. Il y a eu beaucoup de situations comme celle-là. Par exemple une fois, nous avons appris que plusieurs camarades avaient été touchés par une attaque de drone quelques kilomètres plus loin sur la route. Nous savions qu’ils étaient blessés mais toujours en vie. Nous savions également que le drone tournait toujours autour de la zone, en attente que des équipes de secours arrivent pour aider les blessés et les tirer comme des lapins. Pour cette raison, un ordre strict fut émis de ne bouger sous aucun prétexte et nous pouvions parfaitement comprendre cet ordre après avoir été les témoins de camarades tués en pareille circonstance pour ne pas avoir respecté une certaine discipline et qui s’étaient déplacés au moment où on leur avait dit de ne pas bouger quelques soient les circonstances.

En même temps, nous savions que nos camarades étaient en train de saigner et que souvent la différence entre la vie et la mort est matière de quelques secondes en de telles circonstances. Calculant froidement, nous savions que le choix était de laisser quelques camarades certainement mourir et envoyer une unité médicale de combat à leur secours, qui serait plus que certainement bombardée et aussi tuée. En de tels moments, on ne peut qu’imaginer ce qui se passe dans la tête de nos camarades blessés et ce que vous ressentiriez si vous étiez là-bas, allongés en train de saigner et brûlés, cloués au sol, réalisant que vous êtes utilisés comme un piège. Ceci est une situation tactique et psychologique avec laquelle nous avons à faire face. Cette stratégie est sciemment utilisée par l’armée turque, capitalisant sur l’impact psychologique des attaques aériennes et de la surveillance des drones armés de missiles.

Les FDS ont déjà fait l’expérience de tout ça en 2016-17 dans des combats autour d’Al-Bab, lorsque la Turquie a utilisé un drone de surveillance et des frappes aériennes. Lors de la guerre contre Daesh, nous pouvions voir les positions des djihadistes frappées depuis les airs. Maintenant nous sommes les cibles froidement observées par les opérateurs entraînés de drones de la seconde plus grosse armée de l’OTAN.


Communes Libres du Rojava

—Comment la relation entre l’auto-administration et les Etats-Unis a t’elle changé cette année écoulée ? Que paraissent être les priorités des Etats-Unis dans la région ?

Şahîn: On pouvait rencontrer les militaires américains lorsque nous étions au front contre Daesh, dans les hôpitaux de terrain, sur les points d’artillerie et dans le soutien aérien. Ceci ne se passe plus sur le front contre la Turquie. La Turquie a commencé son offensive quelques jours après que Trump ait annoncé le retrait américain de Syrie. Ceci fut une mise en scène : Les Etats-Unis ne laisseraient pas si facilement les champs de pétrole et ils ne l’ont pas fait. dans les mois qui ont précédé l’invasion turque, les Etats-Uns se sont positionnés comme négociateur, faisant différents arrangements avec les FDS et la Turquie au prétexte d’assurer une “solution pacifique”. A la fin, frustrant bien des gens, les FDS ont coopéré, abandonnant plusieurs positions défensives, retirant toute arme lourde sur une bande de 30km de la frontière turque, diminuant le nombre de militaires dans les check points frontaliers et laissant les véhicules militaire turcs patrouiller la zone libérée avec les véhicules américains.

Tout ça n’avait pas d’importance. Trump a pris sa décision à l’emporte pièce. Finalement, toutes ces étapes n’ont fait qu’affaiblir la défense et rendu la tache plus facile à Erdogan et à ses milices par procuration d’envahir la zone.

Pas tout le monde en Syrie du nord-est est un révolutionnaire. Certains ont vu les Etats-Unis comme une force positive considérant qu’ils aidèrent à chasser Daesh et étaient du côté des “camarades du Rojava”, qui représentent une véritable alternative au régime de Bachar Al Assad, à l’EIIL / Daesh ou à l’Armée Libre Syrienne (ALS), soutenue par la Turquie, les groupes djihadistes aussi soutenus par la Turquie dans l’occupation du nord de la Syrie. Après cette trahison, tout le monde dans la région a compris l’autre tranchant de cette double épée qu’est la politique américaine. Au travers de cette société, des sentiments de méfiance devinrent rapidement apparents.

Les FDS comprennent que la guerre civile en Syrie comprend des défis complexes. En conséquence, elles n’ont pas pris la voie de la riposte et de la vengeance, mais ont essayé de se positionner afin de faire avancer la défense du peuple le plus possible. Sur le terrain, cela veut dire que la coopération avec l’armée américaine continue dans certains endroits, bien que les FDS comprennent parfaitement que les Etats-Unis ne retourneront jamais leurs armes contre la Turquie pour défendre la Syrie du Nord-Est. Ces contradictions sont difficiles à comprendre et les FDS donnent des responsabilités à beaucoup de groupes différents et qui sont bien difficiles à réaliser.

Garzan: En ce qui concerne les priorités des Etats-Unis, nous pouvons en fait citer henry Kissinger : “L’Amérique n’a ni amis ni ennemis, elle n’a que des intérêts.” Il y a plusieurs agendas derrière la politique américaine et parfois ils ne sont même pas en accord l’un avec l’autre. Les contradictions entre la Maison Blanche et le Pentagone se sont vues à plusieurs reprises. Quand Trump a déclaré que les troupes américaines resteraient en Syrie seulement pour sécuriser le contrôle des réserves pétrolières, se retirant de la frontière du nord alors que la Turquie se préparait à envahir, ceci fut une indication de priorités différentes. D’un côté, la Maison blanche voulait faire plaisir à Erdogan qui se rapprochait trop de la Russie et menaçait la stabilité de l’OTAN ; d’un autre côté, le Pentagone voulait contrôler l’expansion de l’influence iranienne dans le croissant chiite et freiner les avances des milices chiites acquises lors de leurs combats contre Daesh en Irak et en Syrie. La Syrie orientale possède de grandes ressources pétrolières et gazières et l’administration américaine voulait empêcher les milices chiites de gagner le contrôle sur celles-ci tout en empêchant l’Iran d’établir un couloir complet chiite connectant l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban.

Sur le terrain, ceci se traduit par de gros véhicules blindés avec le drapeau américain sur les routes, se déplaçant et distribuant des bonbons aux enfants dans les villages. Ils en partageaient les photos sur les réseaux sociaux, essayant de sortir de cette image datant d’un an où les Kurdes jetèrent des pierres et des tomates à leurs véhicules après la trahison qui mena à l’invasion turque. La coalition (à savoir les FDS) a mené des opérations contre Daesh et soutenu les raids des forces anti-terroristes contre les cellules dormantes de Daesh, mais aussi mené des opérations dans des zones contrôlées par les Turcs comme celle qui a soi-disant tué le leader de l’EIIL Abou Bakhar al-Baghdadi. Cette opération reçut une publicité et audience internationale, mentionnant aussi parfois le soutien en renseignement fournit par les FDS.

—Avec le recul, comment les combattants du Rojava ont-ils vu les relations avec le gouvernement américain qui mena à l’invasion turque ?

Mazlum: Juste six mois avant l’invasion turque, en octobre 2019, les FDS battaient militairement Daesh dans la bataille de Baghouz Fawqani après plusieurs années de combats qui furent généralement soutenus par la “communauté internationale”. En rapport à cela, il y eut une certaine assomption, ou peut-être plus un espoir, qu’à cause de cela, la CI ne permettrait pas l’invasion qui mènerait au massacre des populations de la Syrie du Nord-Est. Tout le monde se posa la question. Maintenant nous pouvons regarder tout cela a posteriori et demander : qu’est-ce que cette communauté internationale ? Comprenons-nous cela comme tout le monde, toutes les institutions et les médias du monde qui prennent une position politique active et parlent de ce sujet ? Ou bien n’est-ce qu’un groupe de leaders politiques de pays avec leurs ministères et intérêts géopolitiques personnels ? Si c’est cette dernière, alors on ne peut s’attendre à rien d’autre de ces entités qui vendent des armes à la Turquie aujourd’hui, condamnent la guerre demain et le jour suivant, réaffirme l’importance et le soutien de l’OTAN et de cette alliance, tout en menant des vagues de répression contre le peuple kurde et le mouvement de libération dans leurs pays en même temps.

Un manque de confiance fondamental de l’establishment politique et des états est quelque chose que les anarchistes partagent avec un grand nombre de personnes en Syrie du NE. “Pas d’amis sauf les montagnes” (Ji bilî çiya hevalên me tune ne), comme dit le dicton kurde. Et si nous comprenons le vocable de “communauté internationale” comme tout le monde, institutions et médias du monde, nous pouvons dire qu’il est important que les gens parlent sur ce qu’il se passe et dissémine l’info. Mais honnêtement, si nous devons avoir un espoir pour que la communauté internationale arrête l’invasion, elle devra non seulement protester contre celle-ci, mais aussi la combattre et perturber la guerre économique turque. Aussi, nous pouvons constater que nous-mêmes en tant qu’anarchistes n’avons pas un mouvement révolutionnaire suffisamment fort pour donner un exemple qui pourrait être suivi.

La question qui se pose à nous est donc : A quel point pouvons-nous nous fier à ce terme si vague de “communauté internationale”, quand nous avons besoin de défendre et de changer nos sociétés ici et maintenant ? Et qu’est-ce que nous pouvons construire sur quoi nous reposer pour que nous ne soyons pas seuls quand les bombes tomberont sur nos têtes ? Pas seulement en terme d’être physiquement présents avec nos camarades à ce moment, mais plutôt dans l’échelle de la sincérité de ressentir avec nos cœurs que ce que nous défendons et ce pour quoi nous combattons est connecté à d’autres gens et peuples et endroits autour du monde ?

—En quoi la relation entre l’auto-administration et la Russie a t’elle changé ?

Garzan: Les relations avec la Russie ont été difficiles depuis qu’ils ont abandonné la ville d’Afrin à l’invasion turque en 2018. Ceci fut une énorme trahison. Ceci provoqua le fait que l’auto-administration dût plus dépendre des Etats-Unis, jusqu’à ce que ceux-ci firent la même chose en abandonnant aux Turcs les villes de Serêkaniye et de Gire Spi. Après ça, on peut voir comment l’auto-administration a pris plus d’initiatives en relations diplomatiques avec la Fédération de Russie, cherchant à court-circuiter le régime afin de négocier avec ceux qui prennent vraiment les décisions en Syrie. Il est important d’avoir présent à l’esprit le nombre de Kurdes qui vivent en Russie, bien plus que ceux qui vivent aux Etats-Unis, ce qui aide quand on parle diplomatie.

Leur politique semble toujours vouloir chercher à trouver un équilibre entre les relations avec les Etats-Unis et la Russie. Par exemple, Ilham Ahmed, le représentant du Conseil Démocratique Syrien, a visité Moscou quelques mois après une conférence avec la Maison Blanche. Après les accords sur les champs pétroliers de Deir Ezzor avec une obscure compagnie américaine du nom de Delta Crescent*, des négociations concernant les champs gaziers se sont ouvertes avec Gazprom, la plus grosse entreprise énergétique liée au gouvernement russe, La Russie est un état très pragmatique en ce qui concerne la diplomatie, mais la Russie se focalise plus sur la Turquie, pas seulement sur des négociations ayant trait à des ventes d’armes et autres intérêts économiques, mais aussi pour éloigne la Turquie de l’OTAN et affaiblir la suprématie des Etats-Unis.

(*) note de R71: renseignements pris, Delta Crescent Energy est une entreprise pétrolière enregistré dans l’état du Delaware aux USA (état paradis fiscal qui facilite les exemption d’impôts etc…) en août 2019. En partenariat sont James Reese (ex-officier de l’armée US, membre de l’unité commando Delta Force, d’où le nom de l’entreprise…) et fondateur de la firme TigerSwan, firme de “sécurité, de logistique et de gestion de risque” louant ses services à des entreprises privées et au gouvernement américain, en clair, une boîte de barbouzeries en tout genre, et un autre associé du nom de John Dorrier, ex-exécutif de l’entreprise pétrolière britannique GulfSands qui a travaillé auparavant en Syrie. Donc associés: un pétrolier et un garde du corps de luxe…
Toute l’opération est soutenues par Mike Pompeo, ministre des affaires étrangères de Trump et ex-directeur de la CIA… bref c’est du pillage en bande organisée au plus haut niveau entrepreneurial et gouvernemental. Tout le monde sait, personne ne dit rien, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes oligarque.

–*–

—Quelles sont maintenant les dynamiques de pouvoir entre le gouvernement d’Al-Assad et l’auto-administration ?

Şahîn: L’Armée Arabe Syrienne (AAS), la force militaire de l’état syrien est présente sur quelques lignes de front contre la Turquie, bien que ce soit plus une question de diplomatie venant de leur part. Il y a un ennemi commun mais des buts différents. Donc, ils sont moins motivés à combattre la Turquie et une relation différente avec les alliés.

Le conflit avec le régime Assad est plus politique et économique. Les camarades ne perdent ni leur temps ni leur énergie et ressources à contester l’AAS et ceci ne serait en rien le meilleur choix. Les négociations ont échoué parce que les deux positions opposées étaient trop différentes et trop intransigeantes pour trouver une voie commune. Assad essaie d’affaiblir la révolution en offrant de meilleurs prix aux paysans, en coupant l’électricité et tactiques de ce genre. Il n’a aucun soutien dans la population kurde du NE de la Syrie, mais ceci est plus complexe au sein des populations arabes et assyriennes. Il essaie de jouer la carte du diviser pour mieux régner. Les camarades savent cela. C’est déjà un des objectifs de la révolution, du confédéralisme démocratique, de ne pas fonder la société sur une identité nationale ou ethnique unique, mais de trouver le chemin pour que les différentes communautés puissent vivre ensemble, peut-être avec des zones semies-autonomes sur le même territoire. Ceci est un des points clefs de la solution sans état qui constitue la proposition d’Ocalan.

Garzan: Le gouvernement Assad est fondé sur la logique de l’état-nation. Il a survécu à cette guerre grâce à des interventions extérieures, essentiellement de la Russie, mais aussi par l’influence interne de factions nationalistes dures, comme le parti national socialiste de Syrie. Ceci leur rend impossible d’accepter la proposition de la nation démocratique et du modèle confédéral proposé par l’auto-administration. Lorsque les négociations sont au point mort, le régime revient aux stratégies que tous les états emploient pour assurer leur hégémonie : la violence et la répression. A l’été 2019, une vague d’incendies a ravagé les cultures agricoles du NE syrien.

Le blé est une des ressources principales de la région, donc ceci fut un coup terrible pour l’économie de l’auto-administration. Au début, les gens pensèrent que c’était l’œuvre de Daesh, mais il se trouva que la plupart des personnes qui furent arrêtées alors qu’elles mettaient le feu étaient membres des services de renseignements du régime Assad. En novembre, en conséquence de l’invasion turque, la menace commune à l’intégrité du territoire syrien mena à des négociations qui résultèrent en un accord de déploiement commun autour de la frontière turque. Les deux forces sont au front pour combattre les Turcs et leurs milices proxies, mais les négociations politiques ne progressent pas. La Russie commence maintenant une procédure de médiation, soutenant publiquement quelques demandes de l’auto-administration sur le comité de constitution et les pourparlers de paix de Genève, ainsi que de faire de la Syrie un état fédéral. Le régime n’est pas satisfait de cela mais sa dépendance du soutien russe fait qu’il lui est difficile de s’opposer aux décisions russes.

—A posteriori dans les premières phases de la révolution syrienne, y a t’il eu des opportunités manquées dans le processus ?

Garzan: Il est très intéressant de réfléchir sur les premières années de la révolution, le soi-disant “printemps arabe”, afin d’analyser comment les évènements s’enchaînent pour nous mener là où nous en sommes aujourd’hui. En ces temps, il y a presque 10 ans, bien des forces différentes s’opposaient au régime d’Al-Assad. En bref, nous pouvons dire que la première vague de soulèvement démocratique s’est effondrée lorsque la situation a dégénéré en conflit armé, mais l’histoire est bien plus compliquée que ça. Cette vague de soulèvements démocratiques fut diverse et organique, comme les conseils locaux organisés dans les différentes villes en vue d’une perspective révolutionnaire. Un réseau de conseils locaux émergea, influencé par la vie et le travail d’Omar Aziz, un anarchiste syrien qui prit une part active dans les soulèvements jusqu’à ce qu’il soit arrêté et tué dans les prisons de Damas.

(NdT: Omar Aziz ou “Abou Kamel”, 1949-2013, anarchiste syrien, diplômé de l’université de Grenoble, promoteur des conseils populaires, fondtreur du premier conseil populaire à Damas en 2011 dans le district de Barzeh, mort en détention des suites de maltraitance et de malnutrition comme bon nombre de prisonniers politiques en Syrie.)

Ces soulèvements reçurent un soutien des sociétés occidentales et le régime savait à quel point un mouvement pouvait être dangereux lorsqu’il gagne le soutien de l’opinion publique occidentale.

Du côté militaire, la création de l’Armée Syrienne Libre (ASL) en opposition à l’AAS a marqué le début de la “guerre civile”. Le régime Assad voulait et œuvrait à écraser les forces révolutionnaires et permettre à d’autres courants de gagner le contrôle sur les soulèvements populaires. L’escalade militaire endommagea les mouvements socialistes, démocratiques et séculiers, tandis que des groupes salafistes furent plus utilisés à opérer clandestinement comme une force insurgée. Lorsque Daesh a commencé à s’infiltrer en Syrie en 2013 [depuis l’Irak], plusieurs factions islamistes de l’ASL trahirent et rejoignirent L’EIIL/Daesh. Lorsqu’Al-Bagdhadi déclara le califat à Mossoul en 2014 et que leurs forces se déplacèrent vers la Syrie depuis l’Irak, elles commencèrent à avancer sur les arrières de l’ASL Avec le régime d’un côté et Daesh de l’autre, les territoires sous contrôle de l’opposition furent écrasés sous les bannières du califat.

Au Rojava, la situation fut différente. L’expérience du mouvement kurde sur la résistance à long terme, spécifiquement avec ces trente dernières années de guerre contre l’état turc, lui a donné les moyens de naviguer sur les flots tumultueux des évènements. Au début, le mouvement kurde fut capable d’écarter les représentants du régime Assad avec une utilisation minimale de la force, simplement e étant bien plus nombreux que les soldats syriens et les forçant à partir. Les Kurdes saisirent cette opportunité pour commencer une révolution pendant ces temps convulsifs, mais ils maintinrent leurs distances avec les mouvements arabes d’opposition par manque de confiance et par surprécaution. Nous ne devrions pas oublier l’oppression qu’ont subi les Kurdes en tant que minorité ethnique, avec leur langue non reconnue officiellement, leur nationalité mise en question, leur chance de finir en prison ou de vivre dans la pauvreté bien supérieure que les personnes de la majorité ethnique.

Et bien sûr, il y eut aussi des divisions au sein même de la population kurde, les milices armées kurdes furent divisées entre les YPJ/YPG loyales au YPD, parti politique dévoué aux idées du confédéralisme démocratique, les milices liées au PDK-Syrie, parti politique affilié au PDK ou parti démocratique kurde d’Irak (NdT: créé et sponsorisé par la CIA depuis l’époque de Saddam Hussein, mené par le clan Barzani), le parti politique le plus influent de la zone kurde d’Irak, et d’autres milices sans affiliation claire particulière. Les milices kurdes furent impliquées dans quelques combats avec l’AAS, mais les plus gros clashes commencèrent lorsque les unités de défenses populaires YPG et YPJ (unités populaires féminines de protection combattantes) accrochèrent le groupe islamiste du Jahbat Al-Nosra, la branche d’Al Qaïda en Syrie. Alors que les combats et la guerre s’intensifiaient, les factions plus faibles furent absorbées par les plus fortes ou furent juste démantelées. Quand l’EIIL commença à pénétrer en Syrie en 2013, les factions en opposition durent choisir un camp, avec Daesh ou contre. A cette époque commença une coopération entre les YPG et YPJ et des groupes d’opposition révolutionnaires formant une alliance Euphrates Volcano. L’EIIL gagna du terrain et monta en puissance et commença le siège de la ville de Kobané, là où éventuellement Daesh fut vaincu. Les FDS commencèrent leur offensive contre le califat. Cette vidéo (This video ) offre une revue complète du devenir des territoires durant le conflit.

Il est difficile de vraiment cerner ce qui aurait pu se passer différemment. On peut imaginer des scénarios différents, mais ils ne seront que de la pure spéculation subjective.

La première idée qui vient à l’esprit est que si Bachar Al-Assad avait négocié avec l’opposition pendant les premiers mois des soulèvements, on peut imaginer un processus de transition dans lequel quelques réformes auraient été mises en place dans l’état syrien, quelques concessions auraient été faites à l’opposition et une partie de cette opposition intégrerait l’état en accord avec une stratégie de diviser pour mieux régner. Ceci aurait isolé les mouvements cherchant un changement radical ; d’un côté le mouvement révolutionnaire kurde et de l’autre les groupes salafistes comme Al-Nosra. Dans ce scénario on peut imaginer une opposition politique kurde essayant de faire passer des propositions auprès d’un gouvernement transitoire, ce qui aurait plus que vraisemblablement refusé. Toute tentative de poussée révolutionnaire dans la zone kurde aurait été écrasée par l’AAS, qui n’aurait pas été occupée à défendre les grandes villes dans ce scénario. Ce scénario ne suggère aucune opportunité pour une meilleure situation révolutionnaire.

Un second scénario aurait pu impliquer une plus grande coordination organique entre l’opposition révolutionnaire et le mouvement kurde, par laquelle le régime aurait été mis à bas avant qu’il ne puisse consolider le soutien de la Russie. Je crois que c’était le scénario dont avait le plus peur Bachar al-Assad et c’est pour cela qu’il a mis tant d’effort à écraser l’opposition, bombardant les mobilisations de protestation et faisant relâcher les islamistes des prisons pour s’assurer que l’opposition soit bien contrôlée par les groupes salafistes. Un autre facteur qui a rendu ce scénario  difficile a réaliser fut le manque d’un mouvement révolutionnaire arabe pré-existant en Syrie qui aurait pu développer des connexions organiques avec le mouvement révolutionnaire kurde avant la révolution. Une fois la première balle tirée, les urgences de la guerre rendent difficile l’établissement de nouvelles passerelles. L’alliance “Euphrates Volcano” ci-dessus mentionnée fut un bon pas dans cette direction.

Ça aurait peut=être pu se produire plus tôt, mais l’opposition était une mosaïque de différents groupes et factions, ce qui rendait difficile l’établissement d’une coordination avec une organisation formelle comme le mouvement de libération kurde. Maintenant on peut aussi critiquer le mouvement kurde de ne pas avoir plus pousser pour ce scénario, mais nous devons aussi comprendre que la première rencontre majeure entre le YPG et l’ASL fut dans la bataille d’Alep durant laquelle le front Al-Nosra a fréquemment bombardé les voisinages kurdes de Sheikh Maqssod. Ces clashes rendirent la coordination avec l’opposition encore plus difficile. Manis dans un scénario ayant une meilleure coordination, Bachar al-Assad serait tombé.

Dans un troisième scénario potentiel dans lequel les choses auraient pu en être bien différentes, Kobané aurait pu tomber aux mains de Daesh en 2014. Dans ce cas, la révolution aurait été écrasée, Erdogan pourrait souffler, et le califat serait devenu de plus en plus fort. Fin de partie. Ceci aurait pu avoir des effets géopolitiques massifs. Il n’y a aucune opportunité révolutionnaire dans ce scénario. Dans un autre scénario potentiel, celui dont rêvait les soutiens de la cause kurde, il y aurait eu connexion entre les trois cantons le long de la frontière turque qui ont une population kurde considérable Après la libération de Kobané, Le YPG/YPJ a commencé une campagne qui libéra Serêkaniye et Tal Abyad, connectant ainsi les cantons de Kobané et de Ciziré.

Les opérations pour se connecter avec le dernier canton , Afrin, se mirent en route des deux directions. Ceci était le scénario qui faisait le plus peur à la Turquie : une frontière complète sour le contrôle des forces révolutionnaires kurdes aurait été un véritable cauchemar for le régime Erdogan, Quand Manjib fut libérée sur le front de Konané et que le front d’Afrin commença à glisser vers Tel Rifat, la Turquie lança l’opération “Bouclier sur l’Euphrate”, mesure désespérée pour bloquer la mise en place d’un couloir complet sous contrôle kurde le long de la frontière. La course pour Al-Bab devint une folle situation de toute première importance. La coopération entre l’état turc et l’état islamique de Daesh joua un rôle capital, l’EIIL se retirant pour laisser l’armée turque prendre le contrôle de ces territoires. Lorsque les soldats turcs arrivèrent aux portes d’Al-Bab, le rêve de connecter les cantons entre eux prit fin.

Finalement, il faut mentionner quelque chose au sujet de la création des Forces de Défense Syriennes (FDS). Elle fut un parapluie militaire créé en partie pour permettre à la coalition internationale menée par les Etats-Unis, de soutenir les forces kurdes sans mettre en colère la Turquie. La Turquie menaçait les Etats-Unis de quitter l’OTAN si les US soutenaient les YPG/J, alors les Etats-Uns ont mis au point le parapluie des FDS plutôt que de soutenir directement les YPG/J. Pour le mouvement de libération kurde, cette étape était nécessaire pour assurer la survie du Rojava, pour continuer de combattre Daesh sans que la Turquie n’écrase la révolution. dans le même temps, cela créa une dépendance envers l’hégémonie impérialiste mondiale, ceci avec tous les problèmes contradictoires que cela entraîne. S’il y avait déjà eu en place un mouvement révolutionnaire international fort à ce moment là, les choses auraient pu se passer bien différemment.

Aujourd’hui, nous en sommes là à cause de ce qui s’est passé auparavant et nous devons apprendre de tout ça. En tant qu’internationalistes, nous pouvons voir que notre rôle, bien que très médiatisé par certains médias, n’a été que très marginal et symbolique. Nous sommes bien loin de pouvoir mobiliser les quelques 50 000 internationalistes ou plus qui se sont mobilisés pour la guerre et la révolution espagnoles et la plupart d’entre nous n’étions pas des révolutionnaires très expérimentés lorsque nous sommes arrivés ici. Mais nous avons l’opportunité d’apprendre de la lutte en Syrie et de transmettre ces expériences aux autres mouvements révolutionnaires. Une leçon qui est très claire est que les mouvements révolutionnaires demandent du temps et de l’expérience pour être préparés à jouer un rôle signifiant dans tout conflit, car la seule façon possible est en développant une organisation et en devenant un mouvement de masse connecté avec la société.

A suivre…

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Lectures complémentaires :

Confédéralisme Démocratique

Abdullah Ocalan Confédéralisme Démocratique

Textes fondateurs pour un changement politique radical

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Ce monde façonné pour nous doit disparaître pour laisser place à un monde façonné par nous (2ème partie)

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DOUBLE MONDE


Lukas Stella


Mai 2020

1ère partie
2ème partie


CONFUSION NUMÉRIQUE

Il n’y a pas de fatalité technologique. Trouver du sens consiste aujourd’hui à remettre en cause l’insensé de nos existences programmées. 

La communication des machines est une métaphore anthropomorphique mensongère. La société de communication est un monde de solitude. Le phénomène de communication ne se limite pas à un simple transfert de données, il n’est pas défini par ce qui est émis, mais il se compose de ce qui arrive à la personne qui reçoit, comment elle réagit et ce que ça modifie dans la relation. La communication n’est pas qu’une simple « transmission d’informations », mais bien un système de comportements coordonnés, déclenchés mutuellement, dans une interaction relationnelle et non un assemblage de comportements formés d’éléments isolés. C’est dans ces coordinations comportementales qu’en langageant nous faisons émerger un monde commun. Ce couplage linguistique mutuel nous construit dans une convivance partagée. La communication en action nous constitue dans un devenir d’où émerge un monde créé ensemble dans une libre coexistence égalitaire qui construit notre humanité.

L’ère informatique s’impose dans une société numérique, au temps dévastateur des ondes électromagnétiques. Après les compteurs communicants, les objets connectés, c’est la 5G qui sera la clé de cette smart city que les marchands mettent en place sur tout le territoire. Cette dictature technologique élimine l’humain visible de la prise de décision. Seuls les fabricants et les utilisateurs de machines, accompagnés de leurs programmeurs, détiennent l’emprise sur la pensée et le pouvoir sur les comportements. Ce pilotage centralisé automatisé du fonctionnement de l’entreprise-ville traite ses populations comme des marchandises à gérer, des stocks en flux tendus qu’il faut rentabiliser. L’humain est une erreur qu’il faut corriger, un ensemble de données statistiques qui permet le contrôle par la machinerie générale. 

La ville, dite intelligente, ôte la liberté à une population entièrement soumise à la machinerie générale, supprimant le hasard, abolissant l’imprévu, détruisant toute initiative spontanée, bannissant toute personnalité non conforme. Les habitants deviennent les passagers de leur propre existence, les spectateurs des personnages qu’ils jouent au cœur des représentations mises en scène par la machinerie des marchandises en spectacle. Avoir l’air d’être dans le coup pour se donner de grands airs dans l’air du temps. Toute communication se réduit ici à la consommation d’images de marque et de jeux de rôles où l’individu se consume comme sa propre représentation. Marquer son image c’est se faire remarquer comme objet conforme, dans les étals de la concurrence des jeux d’apparence, s’afficher pour gagner à se vendre aux autres.

Plus l’informatisation de la gestion et du contrôle se généralise, plus la société se fragilise. Le devenir de la société numérique est déjà menacé. Ses machines sont énergivores, et dans 10 ans elles utiliseront la moitié de la consommation électrique mondiale. Le développement du tout numérique est d’ores et déjà limité. Les ressources nécessaires à la fabrication des machines numériques se font rares et commencent déjà à s’épuiser. La numérisation du monde restera dangereusement inachevée, car l’énergie et les matières premières vont manquer à sa réalisation. 

La robotisation de la société l’a transformée en un système machinique, un mécanisme à décerveler pour une productivité optimale et des affaires toujours plus bénéfiques. Ce sont des machines à gérer les gains de certains en faisant régner l’ordre nécessaire à cette rafle. Plus besoin de penser, un système dit intelligent tourne pour nous.

L’intelligence paraît nous avoir été dérobée. Elle n’est pourtant pas quelque chose qui se possède, mais serait plutôt un processus que l’on construit et qui nous construit. Elle ne cesse d’évoluer grâce à la curiosité et la volonté de comprendre, développant ainsi des capacités à avancer par soi-même, traçant le chemin personnalisé de notre compréhension. Par le doute et l’expérimentation, c’est une recherche permanente de ce qui convient le mieux à la viabilité de la situation présente. 

Les processus d’apprentissage de la connaissance s’effectuent par les expériences personnelles dans la « dérive naturelle » de notre propre histoire, passant par où c’est le plus facile. Cette incarnation de notre histoire vécue ne reflète que l’une des nombreuses voies possibles. Nous ne sommes pas entièrement déterminés par le chemin que nous avons parcouru, chacun de nos pas est notre libre-choix. 

Apprendre sans liberté de choix, c’est désapprendre la liberté d’apprendre par soi-même, renoncer à son autonomie par la destruction de sa personne dans la structuration d’une soumission volontaire à la machine qui gère notre existence. C’est une éducation mortifère, dépendante de machines numériques, qui se restreint à la reproduction d’une suite de règles, de procédures, une intégration de savoir-faire préfabriqués, une épuration de la non-conformité, une standardisation des comportements par une mécanisation de l’esprit, une incorporation de répétitions machiniques normalisantes sans projets personnels ni désirs. La connaissance se forme dans l’action personnelle et l’interaction avec les autres, la passivité et l’uniformisation dégradent et détruisent l’intelligence. Nous sommes libres de choisir des certitudes atrophiées et bien conformes, ou bien de nous construire par nous-mêmes, avec nos doutes, notre incrédulité critique et combative, une intelligence situationnelle en permanente reconstruction personnelle et collective. 

Le système machinique qui contrôle et dirige nos existences s’est accaparé l’intelligence de l’instant dans la permanence de son manque. Cette intelligence artificielle n’est qu’un artifice d’intelligence conçu pour éblouir la crédibilité et glorifier la technologie. Les individus formatés à suivre le programme croient religieusement en l’intelligence de la machine. Cette simulation d’une intelligence informatisée autorise la gouvernance totalitaire par la programmation inconsciente des perceptions et de la compréhension. La dictature économique mondiale a maintenant comme instrument de sa domination une technologie informatique et robotique aliénante. 

La technologie numérique imposée par le système marchand est la réification permanente de la contrainte en tout lieu. Ce progrès du contrôle global se réalise dans la régression accélérée des libertés et le conditionnement de la pensée. Les machines numériques du capitalisme ont surmultiplié les profits et la répression de la non-conformité. L’aspect spectaculaire des représentations numériques se réalise par la machinerie publicitaire qui martèle les pensées sous air conditionné pour se rendre indispensable par intoxication addictive. L’administration bureaucratique conditionne la survie par une technologie du contrôle qui rend la misère et la révolte invisibles. La machinisation dispense l’humain de ses responsabilités et l’ampute de sa liberté. L’État accapare la sphère commune, la dépolitise en la rendant technique, économique et complexe, ne pouvant plus être gérée que par des spécialistes éclairés. Nos conditions d’existence sont restreintes à des lignes comptables, à des statistiques de rentabilité marchande. La liberté de penser et de décider est volée par les usurpateurs de pouvoir, l’économie se fait tyrannique.

L’amalgame homme-machine n’est plus une vue de l’esprit, mais prend forme dans la mascarade transhumaniste. Cette mystification ne concerne que quelques fous déshumanisés qui croient que l’ordinateur est plus intelligent que l’homme. Le réel danger pour la vie c’est plutôt la robotisation des comportements et l’informatisation de la pensée de la plupart des individus, dépersonnalisés dans une normalité de la soumission. 

La pensée informatisée se réifie par respect du code, reproduction des modèles conçus par les directives du programmeur, soumissions aux conventions et procédures des applications. La logique binaire de la machine sépare et reproduit. Elle ne communique pas, elle transfère des données séparées, elle ne choisit pas, elle conditionne des mises en relations selon sa programmation (computer/mettre ensemble). Ce découpage en petits morceaux dissocie les ensembles en éléments, dissèque à vif les relations, exclut tout ce qui relie à l’ensemble, élimine la compréhension générale, l’intelligence pertinente du moment. 

Soumise à une addition de vérités préfabriquées, cloisonnées, opposées et intransigeantes, la compréhension est maintenue dans l’ignorance des séparations contradictoires, occultant le contexte et l’histoire. Ayant tout coupé en parties distinctes, et séparé tout ce qui était relié structurellement, la technologie nous fait percevoir une accumulation d’images-objets figées dans la réalité immuable des affaires marchandes. Cette déformation pétrifiante des apparences du monde nous sépare des mouvances incertaines du vivant, ainsi que mentalement de nous-mêmes. La cohérence unitaire de notre être vivant est taillée en pièces. La nature et les autres nous sont rendus étrangers comme nous sommes devenus étrangers à notre propre nature, expropriés de l’usage de nos vies. Notre faculté à vivre pleinement est mutilée par nos prothèses numériques. 


Dire non au cyborg et aller…
vers notre humanité réalisée

L’informatisation du monde c’est la destruction de la communication entre personnes, cet échange partagé où chacun accepte d’être modifié dans un copilotage à plusieurs. De la communication, l’informatique n’utilise que l’échange de données figées, supprimant des rapports tout ce qu’il y a d’interactif, de vivant et d’humain. 

À l’ère informatique, être en contact autorise à se croire réellement en relation, utiliser ses prothèses communicantes permet d’imaginer réussir à apparaître comme faire-valoir de son personnage, pour mieux se faire voir. Se faire remarquer dans l’exubérance de Facebook réalise le film de son existence. Cette entreprise de représentation de sa vie s’expose comme une marchandise publicitaire dans les étalages des promotions à ne pas manquer. Mais ici le produit c’est vous. Vous êtes la marchandise de Facebook qui revend votre profil au plus offrant. 

Notre monde se rétrécit dans l’artificialité de relations désynchronisées. Sous le bluff du “tout va bien”, derrière la mascarade gémit le “mal à vivre” dans sa solitude profonde. La vie sociale se contracte et se rapetisse, elle se restreint trop souvent à de simples mises à jour compulsives des profils d’apparence, croyant ainsi exister vraiment dans les apparats du spectacle général. C’est dans la solitude, la crainte d’être abandonné et rejeté d’un monde merveilleux qui se mérite que se réalise le film magnifié de sa propre non-existence. Le handicap de la décorporéité intégrée produit un vide intérieur qui intoxique toutes nouvelles communications. 

Tout y est à vendre parce que chacun est le publicitaire de sa propre promotion. Il s’agit de s’y montrer haut et fort comme une marque en campagne, pour y être vu et s’y faire remarquer. Chacun devient le représentant de commerce de sa propre entreprise, et s’y vend comme une camelote de consommation rapide, noyé dans une profusion éphémère d’apparences sans fin. Cet automarketing mis en scène au quotidien n’est qu’une illusion de socialité, une escroquerie du programme.

Tout ce qui se passe sur Facebook, Google et bien d’autres n’est pas confidentiel et peut être utilisé à des fins commerciales ou policières. Plus que ça, c’est le contenu même de votre ordinateur, par les sauvegardes automatiques sur le cloud, qui n’est plus privé et qui vous est dérobé. Le numéro un du cloud, Amazon stocke vos données sur un serveur distant. Ce nuage informatique est un piège, les utilisateurs perdent le contrôle de leurs applications ainsi que la confidentialité de leurs données personnelles qui deviennent la propriété privée du trust hébergeur. Les plateformes de cloud peuvent utiliser vos données à des fins commerciales, il n’est pas rare que les mails aussi soient consultés et exploités… 

Les compteurs Linky et bientôt la 5G vont permettre à des sociétés privées de récolter les informations concernant l’utilisation des objets connectés, de stocker ces données dans un big data, afin d’y être traitées, configurées et soigneusement profilées, puis revendues par petits morceaux ciblés. Quant aux commandes vocales, elles donnent la possibilité d’écouter tout ce qui se passe dans votre domicile et bientôt dans votre véhicule, d’en tirer profit en violant votre intimité. 

Un moteur de recherche n’est jamais gratuit, c’est vous sa marchandise, sa source de profit. Nous sommes la matière première de son exploitation numérique. Google méga-entreprise transnationale, concentre à lui tout seul 93 % des recherches en Europe. 

Dans le monde de la représentation numérique, je suis ce qu’il sait de moi, lui seul gère tout ce qui compose mon identité et l’image de mon paraître. Ce maître du jeu instaure et affine ses critères de sélection. La visibilité de l’existence dans le monde du spectacle dépend de ses algorithmes qui dirigent l’apparaître en représentation. 

Ce moteur fait disparaître tout ce qui n’est pas conforme à l’idéologie marchande par une manipulation algorithmique des résultats des recherches. Il s’agit ici d’empêcher la diffusion d’informations opposées au pouvoir et aux affaires. L’accès autorisé favorise toujours les intérêts commerciaux et financiers. En déterminant à notre insu notre accès aux informations, il formate notre vision du monde. C’est le point de vue idyllique du spectacle des marchandises, la pub-propagande de la dictature économique. 

Ce n’est pas qu’un moteur de recherche de site web, de photos, d’images et de livres, c’est aussi une messagerie, un navigateur, un traducteur, un éditeur cartographique, un chat vidéo, un identificateur des visiteurs de site web, un hébergeur et contrôleur de musiques et de vidéos, un gestionnaire d’exploitation de smart phone avec ses applications de surveillance et de géolocalisation continues, un magasin en ligne, et aussi un entremetteur publicitaire pour affichage ciblé… Cette technologie est le reflet machinique de ceux qui en sont devenus les propriétaires, seuls maîtres à bord. 

Par défaut, l’algorithme récupère et croise une quantité monstrueuse de données. Cet espion capte un peu tout de notre vie privée, nom, photos, contenus des emails, téléphones, adresses, vidéos, requêtes de recherches, historiques de navigation, SMS, contacts et réseaux d’amis, identifiants, adresses IP, numéros de cartes de paiement, données techniques sur les appareils connectés, signaux GPS, Points d’accès Wifi, localisations d’antennes relais, captations sonores et reconnaissances vocales… Il récolte nos informations intimes qu’il stocke dans un Big Data afin d’y être traitées, classifiées, profilées, pour, au bout du compte, être revendues au plus offrant. Nous sommes ses objets connectés, ses marchandises vendues à ses partenaires et ses clients.

Cette machinerie numérique n’est que la machination manipulatrice de la smart city. L’intelligence présumée de cette ville robotisée est une escroquerie qui cache la dure réalité d’une exploitation où Big Brother surveille, dénonce et punit. L’intelligence artificielle est une légende pour crédules soumis à ses programmes liberticides. La ville-machine pilote en automatique, c’est une technopolice qui change la société des êtres humains en système numérique sous contrôle. Si la dictature est informatisée, elle sert toujours les intérêts d’une poignée d’hyperriches qui financent sa gestion, et programment son fonctionnement. 

L’intrus viole notre intimité, surveille, collecte, classifie, cafarde et vend le reste. C’est une milice technologique qui contrôle nos conditions d’existence et notre représentation du monde, intoxique notre mental et aliène notre compréhension. Sous une dictature économique généralisée, les gérants politicards ont perdu le pouvoir. Les trusts transnationaux et les milliardaires imposent les réformes nécessaires à leurs affaires mafieuses et instaurent un système technologique automatisant leur domination sans partage. 

L’internet s’est développé sur le fonctionnement du système marchand qui l’a récupéré. Pour libérer le Net de sa marchandisation et du contrôle permanent de ses machines, il faudrait revenir à ses origines, une plateforme d’échanges et de partages auto-organisés pour la recherche et l’information, une large bibliothèque autogérée, avec un fonctionnement à réinventer…

La confusion se propage dans le trouble du net. La connexion numérique restreint la communication. Se brancher aux machines nous éloigne un peu plus de possibles rapports réels, impliqués émotionnellement et physiquement. Nos prothèses communicantes nous représentent à l’écran loin de toute présence vivante partagée. C’est un outil de l’autorité dominante qui contrôle la non-communication, et inscrit ainsi l’ordinateur ordonnateur dans la dénaturation humaine. Cette incorporation de la machine à l’humain le mécanise par son adaptation volontaire. Ce procédé humanise les machines numériques en leur attribuant des propriétés propres à notre espèce. Le stockage des données est pris pour de la mémoire, et l’intelligence humaine se retrouve réduite à de simples opérations traitées par le programme informatique, qui se retrouve ainsi légitimé par le calcul binaire. 

En faisant passer l’exécution d’un programme numérique pour des processus complexes d’interactions vivantes, le système d’exploitation impose l’esclavage technologique, la soumission aux machines de contrôles, effaçant le hasard de ses calculs et la liberté de ses statistiques productivistes. 

Le cerveau électronique est une mystification. À chaque opération, le cerveau humain modifie ses règles de fonctionnement. L’expérience change sa biologie interne, intégrant son vécu en l’incarnant dans sa chair. Il modifie ses configurations, c’est ainsi qu’il apprend et évolue. Il fonctionne toujours comme un ensemble, une totalité qui s’autoconstruit, lui permettant de comprendre le fonctionnement global d’interrelations complexes avec tous ses sens. 

L’activité de l’ordinateur est programmée. Il suit toujours les directives de ses applications, exécute les procédures de son programme par petits bouts successifs, sans jamais rien changer à la structure matérielle de ses composants, ni réécrire librement sa propre programmation. C’est une machine qui reconstruit à chaque fois les mêmes certitudes immuables. C’est une machine qui numérise la vie et marchandise l’existence, c’est la technologie du capitalisme qui l’a créée pour gérer son contrôle sur la société des êtres vivants.

Les processus complexes d’auto-organisation qu’inventent spontanément les phénomènes vivants ne se réduisent pas à des calculs sur des mesures. Les machines limitées à la reproduction de leurs programmes n’ont pas l’intelligence situationnelle globale pour comprendre les interactions complexes et hasardeuses du monde des vivants. 

Tout ce qui est géré par ces machines à certitudes, est vérifié par le calcul incontestable et pris pour une exactitude irréfutable dans la situation vécue. L’outil vénéré a son sujet-objet dans la pensée séparée de son vécu, produisant ainsi sa réalité objective certifiée exacte par les croyances projetées sur la machine. La foi en la technique numérique invente sa vérité créant sa réalité divinisée. Cette vénération dogmatique de la toute-puissance des nouvelles technologies devient elle-même la vision du monde. À travers ce lavage numérique de cerveau, le monde apparaît ainsi. 

L’idéologie numérique cherche par tous les moyens à nous faire croire que la machine numérique fonctionne comme notre cerveau, réduit aux simples fonctions électriques de ses neurones. Ce tout neuronal est une approximation scientifique dépassée. Le fonctionnement des neurones est influencé et dépendant d’un second cerveau qui fonctionne sur le mode chimique. Plus lent que l’activité électrique, il agit plus globalement de façon coordonnée. Essentiel pour la plasticité neuronale, il permet des restructurations de configuration qui constituent des capacités d’apprentissage. Ainsi les capacités de ce double cerveau à réorganiser ses connexions, à évoluer en s’auto-organisant, seraient bien plus phénoménales qu’on ne l’imaginait, il y a seulement quelque temps.

L’assimilation de l’ordinateur au cerveau est un grotesque mensonge, dont le seul but est l’asservissement de l’humain à la machine informatique, et sa soumission à une société technocratique surdéveloppée en un système robotisé. L’intelligence artificielle est une escroquerie de grande envergure, un artifice publicitaire inventé par les marchands de machines pour faire plus de profits, une machination idéologique pour rabaisser la réflexion humaine à une reproduction de procédures préfabriquées, assimilant les êtres vivants à des marchandises mécaniques programmées. L’informatisation précipitée a généré une soumission presque totale à l’ordre objectif du programme d’exploitation et de conditionnement. 

Des objets communicants envahissent notre espace vital. Tout va communiquer, surtout la délation et l’espionnage automatisé. Des paquets de données gigantesques sont récupérés, centralisés et traités dans un Big Data, puis revendus comme informations sur le marché. La société de profits devient elle-même communication numérique. 

Mais le numérique ne communique pas lui-même, et la communication humaine ne se réduit pas à un transfert de données, car c’est le modelage mutuel d’un monde commun conjugué par le langage qui engendre la vie de notre monde. L’intelligence n’est pas limitée à la faculté de résoudre un problème préconçu, mais plutôt l’aptitude à s’approprier un monde partagé en le rendant viable. 

La logique implacable du calcul oblige à réfléchir comme un calculateur, utilisant l’abstraction, la décomposition, une pensée de programmation respectant le code, soumise aux procédures machiniques. Inéluctablement la pensée s’intoxique de numérique. L’informatisation de la pensée n’est pas une réalité sociale, mais bien l’expression de son absence, l’omission de la vie commune sous air conditionné, la soumission aveugle au programme.

Les machines numériques gèrent la bureaucratie des affaires. L’informatique numérise, découpe, calcule, standardise et contrôle la production pour la rendre plus profitable. Le métier et ses savoir faire ne sont plus qu’une application machinale de protocoles prédéfinis, de procédures à reproduire, une succession de modèles à suivre, une reproduction assistée par ordinateur, l’esclavage programmé robotisé, des individus comptabilisés comme marchandises éphémères du système d’exploitation. Les conditions de survie des populations asservies se dégradent dans la misère et s’accélèrent par la robotisation de l’exploitation. Il s’agit d’imposer une soumission totale à une machinerie mondiale, qui gère sa propre reproduction, pour les profits exclusifs de quelques hyperriches qui contrôlent la fabrication, la programmation et le fonctionnement des machines. Le seul but à cette informatisation généralisée de la société est le développement des inégalités, le contrôle des populations et la concentration de tous les pouvoirs aux mains de quelques milliardaires.

Nos facultés de perception, de compréhension et de communication se sont faites, en grande partie, remplacer par un appareillage informatique et amputer de leur intelligence vivante. Ces prothèses affichent sur leurs écrans le simulacre d’une réalité représentée. Les porteurs de prothèses numériques se réduisent à des prothèses portées. Ils s’imaginent que s’ils ne sont pas intégrés au système ils seront désintégrés. Ces appareils connectés en permanence donnent l’impression à leurs utilisateurs d’avoir le monde entre les mains, alors qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils n’en ont qu’une apparence trompeuse et que le réel leur échappe totalement. 

Ces prothèses dites communicantes ont remplacé la communication interactive imprévisible entre les hommes, éliminant les coopérations spontanées de la vie sociale. C’est ainsi que les connexions machiniques répandent sur leurs écrans l’absence de vie en devenant elles-mêmes cette société en représentation.

ACHÈVEMENT D’UN MONDE INVIVABLE

Le capitalisme marchand a produit la technologie numérique pour rentabiliser tout ce qui existe sur Terre. La marchandisation du monde est gérée par son informatisation. Tout y est calculable comme valeur marchande, l’homme y compris. Tout est profitable aux plus puissants pour produire toujours plus de bénéfices. Les choix technologiques des industriels ont verrouillé les progrès scientifiques à venir, bloquant toute évolution sociétale humanisante par leur main mise mortifère. 

Notre société est un système machinique d’oppressions qui impose la dictature d’une économie mondialisée, dissimulée comme technique incontournable de gestion. L’exploitation par le travail disparaît derrière la nécessité irréfutable de la technologie. 

Le coût de la survie a beaucoup augmenté pour plus de la moitié de la population, durant ces 60 dernières années. Les prix des denrées de première nécessité et de l’alimentation ont grimpé, le pouvoir d’achat s’est progressivement effondré. Il n’y a que les nouveaux gadgets superflus qui ont vu leurs prix descendre en même temps que leur obsolescence s’est accrues. C’est le règne du gaspillage de camelotes éphémères. Une grande partie de la population s’est appauvrie dans une misère grandissante, pendant qu’une petite minorité d’affairistes amassait des fortunes titanesques, et ceci de plus en plus vite. 

Les plus fortunés paient très cher les gens de pouvoir pour qu’ils appliquent des politiques antisociales, et ceci très secrètement. C’est tout un système de corruption qui s’est généralisé. La Commission européenne, comme les ministres de chaque pays, et les élus locaux sont manipulés par les lobbies et les multinationales. La dictature économique est bien installée et bien rodée, qu’elle soit européenne, interministérielle ou mondiale.

Avec l’informatisation des affaires mondialisées, l’accumulation automatisée des profits s’accélère. L’argent produit de l’argent, et peut maintenant se multiplier automatiquement à l’infini, échappant aux contraintes de la production, par des spéculations financières opaques, dans des réseaux parallèles, en dehors de tout contrôle. Plus de 80 % des richesses du monde passent par des échanges immatériels entre ordinateurs qui se font sans entrave à la vitesse de la lumière, dans l’ombre de réseaux obscurs. 

Ceux qui gagnent vraiment beaucoup d’argent sont ceux qui investissent ce qu’ils ne possèdent pas, mais ce qu’ils ont emprunté pour rien afin de générer des rendements très élevés. Depuis dix ans aux États-Unis on est plus vraiment dans un système libéral, car en investissant en bourse on est sûr de gagner des fortunes. Les investissements abandonnent la production trop incertaine pour les jeux spéculatifs beaucoup plus lucratifs. C’est un casino où l’on ne peut que gagner, sauf en cas de crack, où là, seuls les plus fortunés et les plus informés ramassent le pactole.

La finance impose aux banques des taux d’intérêt à zéro pour cent, des prêts gratuits, aussitôt réinvestis en bourse. C’est la finance de l’ombre, un enchaînement sans fin de dettes spéculatives gigantesques qui gonflent sans cesse en une bulle disproportionnée, bien plus importante que tout ce que l’on a déjà connu. Ces richesses titanesques échappent aux statistiques, aux impôts, et disparaissent dans des circuits informatisés opaques. 

Suite au désastre de la crise, les États ont feint de régulariser l’incontrôlable. Les banques centrales achètent de plus en plus d’actions pour tenter de contrôler les bourses, mais les bourses de l’ombre ainsi que les transactions de gré à gré leur échappent totalement. La fin du secret bancaire n’a concerné que les millionnaires de la petite bourgeoisie. Les milliardaires, eux, anonymisent leurs gains en diversifiant leurs placements dans des trusts, dont les bénéfices sont concentrés dans un autre trust bien planqué dans un paradis fiscal, et dont les transactions échappent complètement aux bureaucraties officielles. Évidemment, tout le monde n’a pas accès à ces spéculations opaques en plein essor, et encore moins aux informations nécessaires pour gagner beaucoup à coup sûr. Ce terrain de chasse très lucratif est réservé à la haute bourgeoisie. 

Un investissement financier peut se multiplier par plus de 24 en 40 ans, les gains peuvent doubler tous les 2 ans. Dans les places financières de l’ombre, les bénéfices gonflent encore plus vite et les profits s’accélèrent vertigineusement selon une courbe exponentielle, dans une misère humaine grandissante, une planète dévastée et un monde en ruine. L’économie est pillée et ruinée par une haute finance opulente, surexcitée par l’abondance et la rapidité d’un gain trop facile, dévorant tout ce qu’il reste d’un monde en faillite.

La crise a été inventée pour permettre à une toute petite minorité de faire rapidement des affaires encore plus juteuses, et ainsi que rafler les revenus démesurés d’une spéculation sans limites. Ce qui rapporte le plus de nos jours ce sont les jeux sur les financements des dettes, des crédits et des obligations. La dette publique mondiale représente plus de deux fois le poids de l’économie du monde. Les dettes créent de l’argent en quantité, et c’est beaucoup trop de liquidités qui circulent dans les sphères de la haute finance. La crise est une escroquerie, une source de profit sans limites pour des milliardaires suicidaires qui ruinent l’avenir, pour toujours plus de gains raflés à des populations appauvries et asservies. Plus des trois quarts de l’argent des hyperriches servent à la spéculation. Ils parient sur un avenir incertain et à peu près n’importe quoi, sans même avoir les fonds nécessaires, multipliant les dettes, faisant gonfler des bulles financières qui leur rapporteront des fortunes lors de leur éclatement, tout en provoquant des désastres économiques planétaires sans précédent. Le futur a été pillé, la faillite du capitalisme s’accomplit dans l’illusion du bonheur. La gangrène se propage dans ce système machinique, en roue libre, et s’emballe dans une auto-destruction qui a déjà commencé.

La course effrénée aux profits, la frénésie incontrôlable des spéculations, l’enfer du travail compétitif, l’obsolescence et le gaspillage institués, l’exploitation mortifère de la nature et de l’homme démolissent une société fragilisée en ruinant la vie. La destruction des forêts, de nombreuses espèces végétales et animales, la disparition des insectes, dont une grande partie de pollinisateurs menacent les écosystèmes. La société marchande détruit peu à peu tout ce qu’elle exploite, puis dissémine ses déchets. Les pollutions chimiques, nucléaires et électromagnétiques risquent de se répandre et de s’accentuer dangereusement menaçant notre santé. La quantité d’eau potable a diminué de moitié en 50 ans. On a perdu en un demi-siècle un tiers des terres arables. L’érosion des sols et la désertification s’étendent dangereusement. L’épuisement des ressources naturelles et des métaux rares nécessaires à la fabrication de batteries et du matériel informatique menace déjà leur production. La nourriture et son pouvoir nutritif s’appauvrissent, la fertilité des sols se détériore, la biodiversité chute rapidement, les dérèglements écologiques, l’instabilité climatique et la dégradation générale de la nature mettent en danger l’agriculture et l’alimentation des populations.

Les mass-medias tournent en boucle sur le réchauffement climatique. Ces dérèglements du climat ont des causes multiples, et ne sont pas cataclysmiques. La théorie réductionniste du “réchauffement climatique” est une idéologie comptable du CO2 construite sur des statistiques et des moyennes générales, où chaque effet à sa seule cause attitrée, ignorant l’ensemble des équilibres instables du vivant, mais aussi les processus circulaires de l’écologie, avec ses interrelations complexes et ses interactions multiples dans un écosystème planétaire dépendant du système solaire. 

C’est le fonctionnement normal du capitalisme qui produit les dérèglements écologiques et l’intoxication de la vie. Cette catastrophe annoncée par tous les médias culpabilise les individus pour innocenter un système marchand destructeur. La prophétie apocalyptique appelle la nécessité d’une technique de gouvernement moraliste qui s’impose par la peur pour conjurer le sort du destin. La croyance en ces prédictions catastrophiques, calculées sur la probabilité du pire, est prétexte à de nouvelles restrictions comme des contraintes pesantes qui viennent s’additionner à l’exploitation capitaliste qui nous écrase. Tout repose sur des hypothèses scientistes parcellaires et restrictives prises pour des constats universels indiscutables. 

Dans ce monde complexe et instable, les prédictions ne s’avèrent jamais exactes. La prédiction de l’avenir est une source d’erreurs quand elle n’est pas une escroquerie. Des experts officiels avaient déjà prédit des désastres conséquents au refroidissement mondial prévu dans les années 70, la fin imminente du pétrole, le trou dans la couche d’ozone… Ces experts des gouvernements, qui servent les intérêts des multinationales, ont fait leurs preuves : l’amiante, le sang contaminé, le nuage de Tchernobyl, les pesticides, fongicides, herbicides… Ils ne sont plus crédibles ! On perd beaucoup en liberté et en intelligence collective à subir l’autorité des experts de l’État.

Le climat se réchauffe, c’est un fait avéré, qui est récupéré, interprété et dénaturé. L’effet de serre est un phénomène naturel, dû au CO2, mais aussi à la vapeur d’eau, au méthane atmosphérique… Sans cet effet de serre, la Terre gèlerait littéralement, et sans CO2 il n’y aurait pas de vie sur terre. La théorie du réchauffement climatique restreint ses causes aux influences du CO2 produit par l’homme. Cette théorie dépend des rapports des experts du GIEC. Celui-ci a été créé en novembre 1988, à la demande du G7. La décision du G7 avait été prise sous la pression de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, afin de justifier le nucléaire et d’empêcher une agence de l’ONU, soupçonnée de militantisme écologique, de mettre la main sur l’expertise climatique. Le GIEC ne fait que des hypothèses prédictives, qu’il présente comme les données d’une réalité inévitable, et les possibilités y deviennent très vite des certitudes scientifiquement prouvées. Les simulations passent pour une objectivité incontournable et incontestable.

Limiter les causes de l’effet de serre aux gaz et à l’empreinte carbone de l’activité humaine, en ignorant l’influence prépondérante de la vapeur d’eau et des nuages, ainsi que beaucoup d’autres facteurs, est une hérésie scientifique et une absurdité écologique. Les micros et nanoparticules, les pressions et dépressions, les océans, le bétonnage des villes, les rayonnements et les ondes, sont des phénomènes parmi bien d’autres qui jouent un rôle dans la formation des nuages, et donc modifient un climat en perpétuel changement.

Aucun modèle unique n’est capable, pour prévoir le réchauffement mondial, d’intégrer ou d’essayer d’intégrer toutes les variables. Les modèles informatisés utilisés pas ces experts corrompus, basés sur des omissions et des incertitudes substantielles, ne sont pas fiables. Le climat se réchauffe effectivement, mais la méthode et les conclusions catastrophistes du GIEC sont plus que discutables. Ces devins scientistes, au service des gouvernements, ont ainsi produit avec l’aide de tous les mass médias, un climat de peur, un écran de fumée anxiogène et persistant pour masquer les réels dangers bien présents que sont les pollutions chimiques (air, eau, nourriture), électromagnétiques, nucléaires, particules fines, nanoparticules, métaux lourds, perturbateurs endocriniens… qui menacent effectivement la vie sur terre. 

Ce qui est caché crée l’illusion, la panique et la soumission à un système qu’il s’agit seulement de perfectionner en le verdissant, afin de développer un écocapitalisme profitable aux plus riches. L’écologie récupérée, dénaturée et falsifiée, sert maintenant de prétexte aux nouvelles servitudes modernes, permettant un pillage maquillé et effréné des derniers restes de vie à exploiter, détruisant la biodiversité, intoxiquant tous les écosystèmes. Le désastre est déjà là, l’extinction des espèces, l’intoxication chimique et la bouillie électromagnétique généralisée… Reporter la catastrophe sur un futur hypothétique en la limitant au réchauffement, c’est autoriser, au présent, son expansion mortifère multiforme. 

La propagande médiatique ne discute que de chiffres, de dates, de doses et de statistiques. Les caprices du climat mondial ne se modélisent pas dans leurs super calculateurs, les aléas des interrelations des processus vivants ne se résument pas à une série de chiffres et de moyennes, les interactions hypercomplexes d’un écosystème global n’entrent pas dans leurs programmes étriqués, la nature ne s’informatise pas. Le climat est une variation permanente, une instabilité en interdépendance avec son milieu, un phénomène complexe et ingouvernable. Il n’y a pas de coupable, il n’y a que des interactions dans des ensembles multiples ouverts à leur environnement. Il n’existe pas de système isolé, car nous vivons dans un monde composé de relations. Isoler une partie, disséquer en fragments séparés un système d’interactions complexes détruit la compréhension de l’ensemble. L’écologie est une manière de comprendre l’ensemble dans ses interactions, incompatibles avec la fragmentation concurrentielle du système capitaliste qui sépare, catégorise, spécialise, expertise, divise pour mieux contrôler, mieux réprimer et mieux profiter.

Les prédictions des experts gouvernementaux sont des suppositions scientistes, des commentaires idéologiques sur des hypothèses statistiques, des préjugés qui n’ont pas grand-chose à voir avec la recherche scientifique. La science nécessite un questionnement et une remise en cause permanents, c’est ce qui maintient sa réfutabilité, et donc la préserve du dogme. L’écologie récupérée est fragmentée, constituée de mesures chiffrées puis extrapolées, montées en représentations prédictives, en projections catastrophiques, administrant la réalité spectaculaire d’un capitalisme en décrépitude. 

Une prédiction statistique projetée dans nos représentations numériques n’est plus une hypothèse incertaine, mais bien une vérité d’une évidence implacable, une promesse indiscutable qui s’avère pourtant toujours décevante. La normalité idéologique représente le futur comme le seul modèle possible, une réalité inévitable à laquelle on doit se soumettre dès aujourd’hui. 

Les prophètes présagent l’avenir comme un devenir inéluctable, une fatalité de mauvais augure qui rend le présent acceptable. Mais ce maintenant illusoire n’est plus que dans cet avenir en devenir, le vécu s’étant perdu dans la représentation projetée, désintégrée dans son transfert.

L’écologie est une création de l’esprit, un concept dénaturé, réduit à une idéologie intolérante où le futur remplace le présent. La nature n’existe pas, c’est une abstraction, un prétexte pour séparer et ainsi maintenir une distance entre l’humain et son environnement, entre soi et sa propre nature. Étrangers au monde nous ne sommes plus nous-mêmes, séparés de notre propre nature, la vie nous échappe. 

Tous ceux qui ne s’incluent pas dans la nature, renient leur propre nature humaine, la rendent étrangère à leur vie, la chosifient pour mieux l’exploiter, transformant ainsi l’humain en marchandise parasite de la vie. L’écologie unitaire est un outil de compréhension globale de tout ce qui se vit sur terre, dans le contexte d’un écosystème élargi à la planète, avec ses interactions, dans le cours de leurs évolutions, de leur histoire. Les machines numériques ne peuvent pas prendre en compte les interrelations complexes souvent imprévues, au hasard d’interrelations multiples enchevêtrées, d’où émergent parfois des changements inattendus qui ne sont pas programmables.

Au service de leurs employeurs, les pseudo-scientifiques, experts d’État, trouvent évidemment ce qu’ils sont venus chercher. Les prévisions, tirées des calculs informatiques, amplifient les croyances qui protègent les intérêts de ceux qui les ont programmées. Dans des écosystèmes très complexes, les modèles informatiques ne sont pas très fiables et l’interprétation de leurs résultats souvent extravagants. Les pronostics catastrophiques sur le réchauffement produisent un climat anxiogène qui focalise nos réflexions et déforme nos compréhensions. Ces devins, au service des gouvernements, annoncent le désastre pour très bientôt afin de répandre la peur et l’angoisse dans l’intention de calmer les ardeurs de quelques rebelles et administrer la soumission volontaire au programme contraignant. L’extinction finale a été décrétée scientifiquement comme notre devenir inéluctable, et rabâchée dans tous les médias comme une publicité tapageuse. La focalisation de toutes les attentions sur un climat futur inaccessible fait disparaître un présent beaucoup trop dégradé et dénaturé. La vie sur terre n’est pas menacée d’extinction par une augmentation de quelques degrés du climat, mais bien par des pénuries d’eau, la raréfaction des nuages, la déforestation, la désertification, les pollutions chimiques, électromagnétiques et nucléaires. Par son exploitation sans limites, le capitalisme est destructeur et suicidaire, et le désastre qu’il produit est déjà là !

Tout ce qui est parcellaire et n’agit pas dans le sens d’un dépassement du système capitalisme dans son ensemble, est récupéré par celui-ci. Ce système capitaliste ne se réforme pas, il développe librement et sans entrave ses affaires fructueuses, par l’exploitation destructrice de tout ce qui peut rapporter gros. Il menace directement la vie sur terre, non pas par un réchauffement de quelques degrés, mais par une pollution débridée, omise et occultée par tous les mass médias. L’écologie spectacle orchestrée par les experts du pouvoir se fait complice, par focalisation restrictive, de l’intoxication généralisée de la vie par tout un système de contraintes rendu naturel. 

Le désastre est déjà dans notre vie quotidienne, il a intoxiqué ce qui reste de notre survie. Le monde marchand ravage une planète en ruine, et détruit la vie dont il tire profit avant qu’il ne soit trop tard. L’intoxication est biologique et mentale, les nuisibles sont au pouvoir, les décideurs sont des casseurs de vies. Pour les profits personnels de quelques hyperriches, les gens de pouvoir empoisonnent la société et saccagent les équilibres fragiles de la vie. Il ne s’agit pas de croissance ni de décroissance du capital, mais du capitalisme lui-même, qui est par essence dévastateur. La nature est notre propre nature, nous ne voulons pas d’un monde qui pourrit nos vies. Il ne s’agit plus de survivre dans la misère, mais de vivre pleinement. 

L’effet de serre n’est pas l’écologie, c’est aujourd’hui une focalisation obsessionnelle qui cache l’emballement des pollutions et l’intoxication de la vie. Peu importe les prédictions prétentieuses, c’est la pollution qu’il faut éradiquer, et le capitalisme, toxine de nos vies, qu’il faut éliminer. Les devins-experts sont toujours des menteurs, l’effondrement du vivant est déjà là ! Le monde survit péniblement dans l’intoxication générale. 

Il s’agit maintenant, pour échapper aux prédictions d’un désastre programmé, de construire un monde vivant, sans chefs et sans marchands, de prendre nos vies en main par une auto-organisation égalitaire, une révolution écologique, sociale et libertaire. Par détournement et débordement, à l’abordage du vieux monde en décrépitude, notre colère s’insurge contre une dictature économique mortifère, pour sauver la vie sur notre planète. Notre devenir ne se construira pas sur la croyance aveugle en un futur catastrophique, mais sur l’appropriation émancipatrice de nos vies, par nos expériences personnelles et collectives de révoltes partagées, d’où émerge notre monde commun égalitaire, sans contrainte ni entrave.

Toutes les courbes indicatrices de production ou de consommation grimpent en flèche alors que les ressources s’épuisent progressivement. Les spécialistes cherchent à limiter le désastre, minimiser les dommages en disséminant la misère avec quelques millions de morts acceptables, sans trop savoir ce qu’ils font. Il n’est pas possible d’appréhender le changement d’un système du point de vue de son fonctionnement interne, en ses propres termes. Les dirigeants tâtonnent à l’aveugle dans un enchevêtrement de doubles contraintes, prisonniers de paradoxes qu’ils ne discernent pas et qui les dépassent. Ce système d’exploitation marchand n’envisage pas d’autre solution que celle de perdurer dans son auto-destruction, occultant en permanence la fin de son existence comme seule condition de survie. C’est cette omission qui crée l’illusion d’un bien-être d’apparence dans une intoxication mentale généralisée.

Nos conditions d’existence sont gérées par ordinateurs qui nous ordonnent dans leurs procédures. Dans une société informatisée, on résout les problèmes de façon technique par une fuite en avant technologique. La raison technique passe pour un moyen de légitimation du pouvoir dominant, l’oppression devient une nécessité technique, et tout s’accélère dans une atrocité inhumaine. En s’emballant, le système engendre une dictature du désastre qui prétend gérer la catastrophe tout en la produisant, pour en tirer les meilleurs profits jusqu’à la fin. 

Le catastrophisme préfigure la fin du monde, il se construit dans l’apparence permanente d’un instant immobile, l’omission de tout bouleversement, sans renversement possible ni changement de perspective. Le catastrophisme est une soumission durable à l’inévitable programmé. Mais il va de soi que sans prédire l’avenir, on peut percevoir qu’un vaste processus destructeur a déjà commencé. 

Le choc sidère, la perte des illusions conformistes commotionne et fige les perceptions dans un refus de comprendre le cours des événements. Le système est en train de s’autodétruire dans l’illusion béate de son accomplissement technologique. Gérer le désastre est une soumission durable, il s’agit maintenant de le dénoncer et d’attaquer le capitalisme mortifère qui le génère. Nous en sommes au début de la fin du capitalisme, à l’aube obscure d’un Nouveau Monde, encore possible. Sortir d’urgence de cette société marchande inégalitaire, injuste, invivable et suicidaire est maintenant inévitable.

COUP DE VENT SUR POLLUTION MENTALE

Notre monde et notre espèce sont maintenant dangereusement attaqués et menacés par la marchandisation généralisée, jusque dans notre manière de le réfléchir. Le temps de l’exploitation et de son conditionnement est devenu irrespirable, changer d’air y est une nécessité vitale. Pour entamer un processus de libération ouvrant de nouvelles possibilités par recadrage sur la situation, nous avons besoin de comprendre le fonctionnement des manipulations toxiques du mental. Une désaccoutumance ne pourra commencer qu’avec une critique fondamentale des intoxications, réalisée effectivement dans un sevrage progressif. Ces pratiques peuvent avoir des formes diverses, spécifiques à chacun. Il n’y a pas de guide de désintoxication mentale, il n’y a que des expérimentations personnalisées. 

Cette reconstruction volontaire évolue par une déprogrammation du conditionnement normatif en ouvrant de nouveaux espaces de liberté, et s’améliore par une désintégration de la dissociation, dans une nouvelle cohérence unitaire construite sur une réappropriation personnelle de son vécu, à travers un changement de perspective individuel et collectif.

La machinerie qui gère la société, la désincarne dans une abstraction automatisée. Mais ce n’est pas contre un système technologique abstrait et impersonnel que l’on peut se soulever pour le renverser. On ne s’attaque pas à un outil, mais à ceux qui l’utilisent pour exploiter les populations, la classe bourgeoise et ses hommes de main. Quant à l’infrastructure informatisée qui contrôle et administre les rapports sociaux, elle doit être sabotée et détruite là où elle commence à s’effriter. Passer par où c’est le plus facile permet d’aller plus loin. 

En dépersonnalisant la domination, la responsabilité des prédateurs disparaît, elle devient inaccessible, sacralisée en une technocratie indispensable, une informatisation générale inévitable, qu’il s’agirait juste de régler et de réajuster pour que tout paraisse acceptable, occultant définitivement l’exploitation illimitée des populations par quelques hommes. Ainsi la technologie numérique divinisée dissimule l’autorité dans son programme, qui devient lui-même l’autorité suprême. C’est cette exploitation barbare informatisée, et l’oppression insupportable qu’elle produit qu’il faut abolir pour s’émanciper de la marchandisation et de son aliénation. Il faudra casser l’autorité qui engendre la servitude pour pouvoir se réapproprier collectivement la maîtrise de nos conditions d’existence, par une auto-organisation libre et égalitaire.

L’efficacité par l’unité est un mythe centralisateur qui cache la domination de quelques bureaucrates. Il n’y a pas de convergence unificatrice sans uniformisation et prise de pouvoir d’une minorité. Nos organisations horizontales n’ont besoin que de coordinations temporaires. La diversité des points de vue et des actions en recherche d’osmose est notre force et la vitalité de notre émancipation libératrice. La liberté ne se centralise pas, elle ne s’impose pas. La représentation par des délégués, une élite bureaucratique désignée, est la porte ouverte à la prise de pouvoir par une minorité de profiteurs. Un parti à prétention révolutionnaire, qui se croit éclairé et détenteur exclusif d’une vérité universelle, ne peut qu’imposer sa dictature à un peuple qu’il considère ignorant et demeuré. 

La dictature du prolétariat est une escroquerie qui donne les pleins pouvoirs aux dirigeants d’un parti censé représenter un prolétariat berné par ses propres délégués. La dictature du parti permet d’anéantir le mouvement révolutionnaire, au profit d’une bourgeoisie bureaucratique, en instaurant un capitalisme d’État.

Actuellement, les actions sont spécialisées et séparées les unes des autres. Ce sont des revendications par corporation, par secteur, par communauté, des réactions à l’humiliation, la violence dans un domaine précis. Ce sont des critiques parcellaires qui omettent une remise en cause générale. En séparant et restreignant les actions à des domaines particuliers, c’est le fonctionnement général de la société qui se retrouve acceptable, car non remis en cause. Les révoltes partielles, locales et parcellaires ne peuvent se réaliser pleinement que dans un renversement de perspective global. 

Les populations appauvries par un capitalisme qui se croit triomphant se sont prolétarisées en nombre sans s’en rendre compte. Le prolétariat, qui n’a aucun pouvoir sur ses conditions d’existence, est le seul à avoir vraiment intérêt à abolir toutes les classes par la suppression de toute domination et de tout esclavage, ainsi que par sa propre dissolution dans l’auto-organisation de l’émancipation humaine. Le seul but du prolétariat est sa propre disparition en tant que classe d’esclaves et d’exploités pour une libération égalitaire et la désaliénation de tous.

L’avant-garde révolutionnaire est un mythe dangereux. C’est un intellectualisme dominateur qui critique et manipule un peuple ignorant, un radicalisme idéologique qui, par ses actions exagérées, ses vérités factices et ses discours grandiloquents, cherche à impressionner les assemblées qu’il veut manipuler et contrôler. Ces petits chefs arrivistes et nuisibles jouent de leurs simagrées pour récupérer à leur cause uniforme des mouvements polymorphes qui leur échappent.

Les médias représentent et mettent en scène une réalité cadrée, tronquée, occultant toute critique et toute contestation globale, répandant l’image d’un monde compatible avec les intérêts des affairistes milliardaires, propriétaires de toutes les agences de presse et de communication. C’est pour cela que la révolution ne sera pas télévisée, mais plutôt occultée, déformée, dénigrée, calomniée… Toute action qui cherche à se faire médiatiser, croyant ainsi exister, sera récupérée et détournée par les pouvoirs dominants afin de servir leurs propres intérêts. Tout compromis avec les usurpateurs de pouvoirs est une capitulation. La mise en représentation s’intègre à un monde qui se maintient dans l’illusion. Déserter les rôles et dénigrer les contrôles par irrespect des règles et rejet de l’autorité permettent l’émergence du dépassement de la conformité. 

La forme de nos combats n’est pas une fin en soi, mais seulement un moyen parmi d’autres. Se fixer sur l’apparaître de nos actions, produit des images plus importantes que les actes de libération. Le changement en spectacle produit la mise en scène d’une révolution fantasmée qui économise sa réalisation effective. La précarité du monde en représentation entraîne des contestations précipitées parcellaires, des apparences de révoltes épisodiques dont le seul but est d’être vu, de passer à la télé. La représentation visible de la rébellion occulte la volonté de changement global qui l’habite et l’anime.

La récupération, par le système, de sa contestation passe par les polémiques des politiques partisanes. La récupération des révoltes contre l’esclavage du travail passe par le réformisme syndical corporatiste. Les syndicats négocient avec nos exploiteurs les conditions de notre exploitation, la quantité de souffrance acceptable pour survivre, alors que ces révoltes expriment la nécessité de l’abolition de l’exploitation et la volonté de renverser la dictature économique qui en gère le fonctionnement. Ce système marchand totalitaire n’est pas réformable, il suit son développement technologique irréversible, l’exploitation capitaliste y est sans entrave et non négociable, on n’y discute que de détails sans importance. Inexorablement, le capitalisme entraîne l’humanité dans encore plus de misère et de souffrance, sauf pour quelques-uns.

Changer la vie est l’essence même de tout mouvement révolutionnaire. La multiplication des ZAD dans un monde restant capitaliste est nécessaire à l’expérimentation autonome collective, mais ne sera pas suffisante à un dépassement émancipateur. Il est préférable de multiplier les horizons dans la perspective d’une sortie mondiale du capitalisme. Personne n’a à imposer aux autres sa manière de faire. Il ne s’agit ici que de bricoler ensemble une organisation souple et opérante au fur et à mesure des actions communes. Aucune structuration prédéfinie des combats et de ce qu’on en dit ne sera une garantie de la radicalité révolutionnaire de nos luttes. Seules nos pratiques vivantes de prolétaires antiautoritaires et égalitaires portent en elles leurs devenirs. 

Dans un monde d’affaires mafieuses au bord de la faillite, où l’illégalité est une pratique quotidienne des privilégiés, les décideurs accompagnés de tous leurs petits chefs corrompus ne sont plus crédibles, la hiérarchie ne peut plus être respectée et l’autorité devient alors un abus insupportable. Il n’y a aucun principe à suivre servilement, aucune ligne de conduite à respecter, aucun mode de vie à adopter, chacun est libre et responsable de ses choix envers les autres, tout est discutable à tout moment. L’amour, le plaisir, la paresse, la passion d’apprendre et de partager, le jeu sur les règles du jeu, le détournement, le discrédit du spectacle et la ridiculisation de la publicité, l’irrespect de l’autorité et de ses interdits, sont autant de pratiques anarchistes nécessaires à un renversement de perspective, et indispensables à l’irruption insurrectionnelle d’un mouvement révolutionnaire. 

Anarchiste n’est pas une étiquette, une organisation, une identité, un logo ou un drapeau, mais bien une pratique vivante auto-organisatrice antiautoritaire et égalitaire d’une personne dans ses expérimentations individuelles et collectives, qui la rend autonome, sociable et toujours ingouvernable. L’anarchie, ou l’absence d’autorité est le mode d’organisation le plus complexe et le plus fiable, c’est la construction collective d’une recherche d’harmonie auto-réalisatrice la plus évoluée.

La liberté d’action et d’expression ne peut pas se restreindre et se diminuer dans une uniformisation unitaire contraignante sans s’étioler et disparaître. Agir et en parler est multiforme et doit le rester pour respecter la liberté de chacun, et s’enrichir en se renforçant de l’abondance de la diversité, dans la profusion des différences, et une mouvance complexe coordonnée. Lorsque la richesse multiple des interactions franchit un certain seuil, le mouvement global engendre de nouveaux comportements d’ensemble tout à fait imprévisibles. Contre la soumission à une uniformisation normative, notre éclectisme est notre force vitale en rébellion. Réinventer les incroyances d’un moment multiforme c’est libérer du possible dans le réel du vivre ensemble. 

Pour prendre un peut de discernement dans la confusion, il s’agit de commencer à ne plus s’agripper aux normes, rêver en dérive, expérimenter le hasard, poétiser l’inattendu impromptu… Les liaisons développées dans les rêves sont des analogies en action qui permettent de confondre des univers différents jusqu’alors bien séparés par une pensée intellectuelle fragmentée. Reliée par similitude, métaphore, transposition, combinaison, l’utilisation du hasard dans un ensemble de faits multidisciplinaires crée un contexte transversal. D’associations fortuites de rebondissements analogiques, émergent des processus créatifs. Rêver rend inventif, et perdre ses certitudes intelligent. Notre propre nature vivante est imprévisible et innovante.

Il n’y a pas d’objet sans sujet observant, l’idéal de l’objectivité est une chimère. Les dualités du bien et du mal, du vrai et du faux sont des concepts restrictifs contraignants qui aliènent notre compréhension des phénomènes. C’est en renonçant à nos certitudes que l’on peut comprendre l’absence de fondement, comme le commencement d’un abandon des croyances restrictives aveuglantes, une libération ouvrant des espaces d’émancipation par une reconstruction réciproque des sujets agissants dans le cours de la vie d’une communauté égalitaire réinventée. 

La curiosité d’une recherche continue nous libère d’une pensée restreinte à des certitudes immuables, qui compartimente et mutile. Quand dans le vivant de la réflexion tout est lié, interdépendant dans une évolution commune, rien n’est définitivement acquis, tout reprend vie dans une transformation créative permanente.

Il n’y a qu’un libre jeu qui se joue des règles, la création temporaire d’un ailleurs éphémère, les désirs les plus fous, les rêves, les utopies, l’invention d’incroyances, le bricolage de l’improbable, qui puissent permettre l’ouverture sur de Nouveaux Mondes de libertés dans l’égalité, sans contrainte et sans entrave. 

Nous construisons notre monde avec d’autres personnalités qui sont différentes de la nôtre. Si nous voulons continuer de coexister malgré les conflits, et ne pas nous exterminer, il nous faudra reconnaître que nos certitudes ne sont plus des preuves, que toute vérité est issue de notre construction mentale et ne peut être que relative à notre point de vue et à nos croyances. Si l’on ne veut pas nier l’autre dans son existence particulière, sa personnalité, sa liberté, il nous faut élargir notre perspective en incluant un domaine qui permette à tous de s’accorder librement dans l’émergence d’un monde commun.

Une société humaine se compose de personnes différentes et similaires, toutes considérées comme nos égales. Le monde n’est plus la réalité objective des marchands d’illusions, mais une libre construction collective auto-organisée qui prend sa source dans la rébellion et l’émancipation commune. 

Tout sujet actif de sa vie n’est plus contraint à se faire déterminer par une restriction objective d’une réalité sans sujet. Il déploie alors une pensée situationnelle agissante où le sujet s’implique dans son monde en le transformant avec les autres. 

La différence des points de vue nous offre la possibilité d’esquisser un processus consensuel commun, créant de nouveaux horizons. Cette conception plus large, s’inspirant des écosystèmes de la nature, considère chaque acteur de la société comme étant lié et interactif à l’ensemble. C’est l’émergence d’une situation dans l’angle mort du contexte, décalé dans un renversement de perspective. Cette approche globale transversale prend en compte la pluralité des perspectives, les relations et les interactions entre les membres vivants d’une société plus humaine. 

Aucune vérité qui se croit divine, parce que la seule possible, ne peut convaincre sans vaincre les “hérétiques”, et s’imposer autoritairement sans détruire la composition d’un monde commun, construit ensemble en se considérant tous égaux. Toute prétention à une vérité universelle est destructrice d’humanité.

Quand le seul futur proposé par un système marchand suicidaire se limite aux profits à prendre sur l’autodestruction de son devenir, le pillage de son économie, l’épuisement de ses ressources, l’intoxication de tous les organismes vivants, alors l’hérésie de son dépassement devient la seule issue viable. Seules les illusions de notre aliénation mentale sont prédéterminé dans un immobilisme durable. Ce qui est vivant n’est pas déterminé, ce qui le spécifie c’est qu’il s’autoproduit et s’auto-organise dans sa propre dynamique. 

La vie bricole ses diverses possibilités, cherchant à prendre sa liberté d’agir en utilisant des moments émancipateurs au hasard de ces temps incertains. L’expérimentation du hasard utilise l’imprévu, l’affine dans le doute en affirmant son autonomie. Il ne peut pas y avoir de limites à la liberté, son usage égalitaire est toujours insuffisant. C’est un Nouveau Monde que nous faisons émerger ensemble par nos actions émancipatrices.

La croyance aveugle au monde du spectacle se désagrège ici et là, alors l’intoxication mentale perd prise sur une part croissante de la population. La critique en actions et l’émancipation naturelle peuvent alors se libérer dans un renversement de perspective de combat. Certains rebelles, cherchant à renverser la situation qu’ils subissent, occupent un espace dans des manifs qui ne sont pas les leurs, se reconnaissent et se regroupent afin d’habiter spontanément le mouvement, déborder en ne respectant pas ses règles, et le détourner de ses habitudes normalisées. Tout ce qui ne vise pas au dépassement du système capitaliste, tant en paroles qu’en actes, le renforce dans sa domination totalitaire. 

La combinaison d’actions autonomes interagit et dégage une synergie de coordinations temporaires, pouvant générer un effet cocktail d’agitations favorisant l’émergence de troubles imprévus. Des effets multiplicateurs qui sont toujours plus que la somme de ses composants s’enclenchent par associations fortuites. La symbiose de complexités éclectiques au cours de fortes interactions peut avoir des effets inattendus, déclenchant des réactions en chaîne imprévisibles. L’effervescence de la révolte et le plaisir de l’émancipation sont communicatifs, et la mutinerie générale qui s’ensuit répand ses réjouissances dans ses jeux subversifs.

Le désir de changer s’émancipe en plaisir de changer ensemble. Ce recadrage qui nous décale dans l’invention d’un devenir désirable, change notre interprétation de la situation. Les règles du jeu se retrouvent modifiées par le débordement d’un détournement. Ne respectant plus les codes de la soumission, nous augmentons le nombre de choix possibles, créant ainsi de nouveaux espaces de liberté. Les croyances réductrices autoritaires se font alors submerger par des bricolages opératoires, une agitation contagieuse qui renverse les situations critiques. 

Le libre contenu de la révolte cassant la normalité et désintégrant la soumission dans l’action, dans sa perspective révolutionnaire en rupture avec le vieux monde, est déjà sa forme en train de se réaliser. Seule une remise en cause globale sans équivoque peut permettre le début d’un changement effectif de nos vies, par l’appropriation du pouvoir de décision sur nos conditions d’existence et la libre auto-organisation égalitaire locale, tout en renversant la dictature marchande qui nous détruit et intoxique notre monde. 

La fin de ce monde est une nécessité vitale. Quand tout semble sous contrôle, figé, réprimé, il y a toujours une part émergente non assujettie, un no man’s land imprévu où s’auto-organise un brin de vie qui s’est échappé pour ne pas disparaître. Quand la pression des pouvoirs dominants augmente, des fuites apparaissent et se propagent, des débordements dissimulés se répandent là où l’on ne les attendait pas, imprévisibles. 

La révolution n’appartient à personne, sinon à tous ceux qui la font, libre de son développement en devenir, inventant les incroyances d’un Nouveau Monde en construction. Seule une intelligence situationnelle partagée, étrangère et rebelle à la paralysie toxique de l’autorité peut explorer la quintessence des dissonances dans leurs radicalités, à la racine d’un vécu partagé. Dans une cohérence collective en recherche d’osmose, il s’agit maintenant de prendre le temps de s’accorder dans un jeu de changement de perspective, au cours des disparités discordantes passagères, dans l’harmonie d’une polyrythmie commune, avec ses contretemps, ses syncopes, ses cassures enchevêtrées, ses cafouillages récréatifs créatifs.

Lukas Stella, mai 2020

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Lectures complémentaires :

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie


Solidarité Union Persévérance Réflexion Action
Vers la société des sociétés

Ce monde façonné pour nous doit disparaître pour laisser place à un monde façonné par nous (1ère partie)

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Double monde

Lukas Stella

Mai 2020

1ère partie

2ème partie

Confinement en confusion, démence sous air conditionné

Agrippés à nos croyances normalisantes, nous nous retrouvons confinés dans nos certitudes. Le monde qu’on nous présente dans ses représentations spectaculaires, est une escroquerie, celui qu’on se représente soi-même une illusion. Cette réalité mise en scène sous air conditionné, réfléchit l’image de soi selon l’air qu’on lui donne dans les apparences trompeuses de la société du spectacle. Un deuxième monde apparaît qui se substitue au temps vécu qui nous échappe.
Ne pas se leurrer sur nos interprétations des situations peut nous permettre de mieux nous approprier nos perceptions et notre compréhension de ce double monde confus, mensonger et hypocrite, afin de pouvoir le transformer collectivement par nos actes de rébellions émancipatrices, partagés dans une convivance insurrectionnelle.

UN SYSTÈME DE CROYANCES RÉGI PAR LA PEUR

Sous la dictature économique et son conditionnement publicitaire, la liberté se crée dans un combat quotidien. Ce n’est pas un concept abstrait à l’usage de philosophes, de politiciens ou de publicitaires, mais bien une pratique individuelle et collective égalitaire. C’est la possibilité de pouvoir choisir l’usage de son temps, de la disposition de son corps et de son mental, de l’expression de ses émotions sans contraintes ni entraves. 

Le pouvoir de choisir un pouvoir dominateur autoritaire n’est pas une liberté. Celle-ci nécessite que les conditions d’existence soient consenties par chacun et auto-organisées égalitairement par tous. Personne ne peut imposer sa conception de la liberté sans nier celle des autres. La liberté s’accomplit par la fin de toute domination, l’abolition de l’esclavage du travail et de la mesure des inégalités par l’argent. Elle se réalise par la dissolution de la normalité imposée dans une diversité partagée. Elle ne peut être que générale, pour tous ou pour personne.

La privation de liberté est l’abus de pouvoir de l’État policier pour maintenir et renforcer l’ordre de sa domination. Elle peut être subie ou acceptée dans une prison, un hôpital psychiatrique ou à domicile. Le confinement consenti est une astreinte collective à rester enfermé, un effort nécessaire, une incarcération volontaire à domicile. Si l’épidémie est grave, elle n’est pas dramatique. La moitié du monde a été confiné pour le Covid-19, incarcéré à domicile, interné la peur au ventre. C’est l’hystérie sécuritaire d’un pouvoir despotique qui est contagieuse et dangereuse. Le conseil scientifique du pouvoir fascisant est corrompu et pas crédible. Sous de faux prétextes, par les mesures coercitives d’un état d’urgence, on nous prive de nos libertés, pendant que la pensée unique médiatisée produit des crédules bien soumis. Le conditionnement mental est entretenu par une psychose permanente, et la soumission par l’instauration d’un climat de peur et de panique.

Le confinement isole, sépare et déshumanise dans l’aliénation d’une survie de misère. Le rapport aux autres est devenu virtuel. Les prothèses technologiques ont remplacé les relations humaines. À ce qui était directement vécu s’est substituée une représentation numérique dans une mise en scène spectaculaire des rapports marchands. Et les manifs virtuelles au balcon n’expriment qu’un simulacre de révolte, des faux semblants qui affirment une résignation aux mensonges officiels de l’État policier. Dans les réseaux sociaux, il n’y a de communautaire que l’illusion d’être ensemble. La fausse communication fait de chacun le flic des relations aux autres dans un isolement bien réel. Les personnes-objets ne sont plus que des marchandises connectés virtuellement.

Les médias et les politiques ont piqué leurs crises de nerfs hypochondriaques. La peur irraisonnée de la maladie et de l’autre présumé contagieux fait accepter les contraintes et la privation de liberté, la psychose fait endurer un peu près n’importe quoi, se résigner à subir la dictature et se soumettre à l’ordre sécuritaire. L’autre n’est plus qu’un ennemi contaminant qu’on maintient à distance, par des gestes barrière, nous plaçant ainsi dans un isolement sécuritaire autogéré. Et si l’autorégulation ne suffit pas, une discipline sécuritaire infantilisante nous rappelle violemment à l’ordre par la répression et l’obligation de payer une amende. Le confinement général, accompagné de l’absence de dépistage à grande échelle au plus tôt, et de l’absence de traitement par médicament, a prouvé son inefficacité, sa dangerosité par la psychose malsaine qu’il entretient. Toutes les lourdes menaces épidémiques répandues par les médias et les politiques se sont toujours avérées après coup, exagérées, fausses et mensongères. 

Mettre en perspective les chiffres morbides relatifs au développement de l’épidémie, dont nous bombardent quotidiennement les médias, en les replaçant dans un contexte élargi dans le temps et l’espace, peut permettre, par comparaison, de les relativiser et de dédramatiser les prévisions désastreuses et anxiogènes diffusées de partout. L’analyse critique et la réflexion situationnelle sont les seules échappatoires à cette propagande catastrophique qui répand dangereusement la crainte, la frayeur, l’angoisse et l’affolement.

Les modélisations prédictives des biostatisticiens font office de dogme, justifiant la terreur et son état de guerre, permettant d’instaurer rapidement un régime totalitaire. L’acceptation de la contrainte exprime l’espérance d’une libération future, la pénitence devient rédemption, et la croyance en ce devenir une évidence avérée, une religion scientiste. C’est une conviction proche de la foi, construite sur une prédiction probabiliste qui s’impose comme une dévotion fanatique indispensable à une résurrection salvatrice. 

Une fois que la dramatisation a été crue, et le prétexte accepté, tous les gens de pouvoir se sont précipités pour utiliser cette aubaine et en profiter au maximum, que ce soit des États, des trusts ou des spéculateurs. 

La dette des États, gonflée par la Banque Centrale Européenne, sert à payer les entreprises et les financiers, et sert aussi de justification aux politiques d’austérité, qui ont déjà broyé nos services publics, nos systèmes de santé, nos droits, nos conditions de travail, nos congés… La création monétaire de milliers de milliards pour combler les dettes des entreprises, des actionnaires et des financiers, dévalue l’argent par une augmentation des prix et la résurgence d’une inflation tenace. En payant plus cher les marchandises, on paie une sorte de taxe au pouvoir pour rembourser cette dette, et ce racket général peut proliférer grace aux politiques antisociales. Sous prétexte de l’état d’urgence sanitaire, des mesures sont mises en place pour la surveillance généralisée, le tout sécuritaire faisant infuser dans les esprits la peur, le repli sur soi, la culpabilité et la stigmatisation. La récession économique produit une régression sociale avec une augmentation considérable du chômage et de la misère. Cette insécurité sociale justifie le durcissement de la dictature économique et de la tyrannie technologique.

Le spectacle médiatique génère en permanence un vent de panique pour faire accepter l’escroquerie de la crise financière qui a surfé sur l’épidémie. La crise est la norme. La panique des uns fait le bonheur des autres. Le capitalisme n’est pas affaibli par la crise, passer d’une crise à l’autre est son fonctionnement normal. Le krach est un outil financier. La crise est déclenchée par les spéculateurs les plus avisés pour accélérer et accroître énormément et rapidement leurs profits sur le dos des plus petits qui ne l’ont pas vu venir. 

Cette crise était annoncée de longue date, les spéculateurs milliardaires ont utilisé le coronavirus pour mieux la déclencher et en tirer les meilleurs profits, quitte à ébranler l’équilibre général. L’économie et la production représentent moins de 10 % des richesses, les 90 % restant traficotent dans les sphères de la haute finance, dans des bulles financières spéculatives, qui rapportent bien plus que l’économie réelle pour ceux qui en ont les moyens et savent y faire. Si l’économie s’en retrouve affaiblie, c’est pour mieux faire payer les populations. Quand certains perdent, d’autres gagnent, rien ne se perd, la circulation de l’argent s’accélère considérablement pour un moment seulement. 

La démocratie est suspendue, la dictature établie, la loi martiale imposée. Le couvre-feu permanent est accompagné d’autorisations spéciales de sortie, instaurant le contrôle généralisé de la vie quotidienne. Il fallait écraser la rébellion qui se répandait et s’installait dans la durée. Ils devaient utiliser les grands moyens pour faire taire cette contestation mondiale, dans une période d’instabilité pour éviter l’effondrement des pouvoirs dominants et préserver les privilèges des hyper-riches. L’autorité de l’État policier est renforcée afin d’achever le grand pillage des biens publics, et de parfaire l’arnaque de la crise financière que les populations encore plus appauvries devront payer, en se soumettant à leur misère soudainement accrue.

Au cours de cette survie anxiogène sans devenir, les situations stressantes habituelles activent dans le cerveau des comportements réflexes de protection, d’adaptation et de soumission qui empêchent de réfléchir et de comprendre les situations subies. L’intoxication mentale des médias de masse se répand sans être vue, elle contamine l’air de rien. Notre exposition permanente à des produits ou des informations toxiques produit une accumulation de toxines persistantes dans notre organisme jusqu’à saturation. Nous sommes sous perfusion directe, dans notre corps et notre mental, empoisonnés de toute part en quantité infinitésimale et constante sur le très long terme. L’habituelle accoutumance nous est imperceptible, mais la dépendance bien réelle qu’elle entraîne produit une addiction durable maladive. 

La libre exploitation de la vie est inhérente au fonctionnement du capitalisme, la pollution dévastatrice qui en découle détruit l’humanité. Le pouvoir destructeur de la production marchande n’a plus d’entrave dès lors qu’il est économiquement nécessaire aux affaires juteuses de quelques multimilliardaires. La marchandisation s’est étendue à la globalité du monde, ses nuisances n’ont comme limites que l’écroulement général. 

Pour ne pas sombrer avec un monde en perdition, il est important maintenant de comprendre que notre intelligence cognitive est polluée par toutes sortes de toxines, et se retrouve, sans qu’on s’en aperçoive, conditionnée et diminuée. Notre appréhension du monde devient confuse et obscure, et notre aptitude à nous l’approprier réellement aliénée.

Nous sommes séparés du monde sur lequel nous n’avons plus de prise. Cette réalité séparée nous échappe. On nous fait croire que chaque chose a sa place, qu’il ne faut pas tout mélanger et que cette dissociation favorise l’étude scientifique qui permet de différencier le vrai du faux. L’ignorance volontaire de la compréhension de l’ensemble, compartimente la pensée et limite la réflexion à des oppositions contradictoires bien cloisonnées, réduit l’intelligence à une soumission maladive, à une accumulation de vérités préfabriquées séparées, intransigeantes et autoritaires. La compréhension globale pertinente est diminuée et aliénée par les omissions, la focalisation, le cadrage, les séparations, la dissection, la décomposition. Tout est bien rangé dans des cases et n’est qu’affaire de spécialistes experts. La bonne convenance en vigueur impose une totale soumission à la conformité admise. 

Tout ce qui était structurellement relié est tranché dans le vif, disséqué, isolé puis bien séparé. Cette conception qui détruit la cohérence de la vie est pathologique. Nous sommes coupés mentalement de notre nature vivante par cette doctrine réductrice dominante. Étrangers à nous-mêmes, nous sommes étrangers aux autres et à notre monde qui devient un environnement extérieur, un objet à maîtriser, une marchandise à optimiser pour les affaires. Cette réalité objective prédéfinie, composée d’objets de commerce, se présente comme une évidence à laquelle on doit impérativement se soumettre, une fatalité. 

L’expérience de l’existence se limite à la consommation de ses représentations. L’absence d’expérimentation vécue fabrique un monde abstrait d’objets désincarnés. Dans une réalité dominée par les objets, se confondent dans la confusion, la perception d’un fait et son interprétation, l’observation et l’idée qu’on s’en fait, la description et son commentaire, l’expérience directement vécue et des jeux d’apparences préfabriqués. Notre vision du monde est troublée, détériorée, dénaturée et falsifiée par cette manière de voir, réelle toxine mentale qui nous empoisonne la vie. 

Pour nous émanciper de ce conditionnement uniformisé, nous devons expérimenter des pratiques personnelles situationnelles, d’où émerge une compréhension dont le sens dépend du contexte et du cours des événements. On peut ainsi commencer à comprendre les transformations des processus de la vie, dans le cours de leur histoire propre. Pour éviter de se faire enfermer et figer dans des vérités obtuses et autoritaires à prétention universelle, il nous faut partir de points de vue plus larges qui facilitent le partage de communications sur nos propres communications dans l’émergence d’une coopération collective égalitaire, indispensable au renversement de l’ordre des choses marchandes.

L’information répandue par la presse, soumise aux directives de ses actionnaires a été mise sous la tutelle de quelques trusts médiatiques. L’opinion uniformisée est aujourd’hui manipulée et programmée dans la mise en scène de sa représentation. Le pouvoir illimité des agences de presse internationale permet la centralisation, le contrôle et la censure des infos mondialisées. La focalisation simultanée des mass-médias révèle et dissimule cette censure à la base de la construction de toute information déformante. Les faits sont récupérés, détournés dans un point de vue conforme aux intérêts des affairistes milliardaires, puis transformés en actualités événementielles, vision contemplative du désastre présentées en drames obsessionnels, qui servent prétexte au développement de politiques liberticides et antisociales. Ces grands organes de presse mettent la pression sur notre mental en organisant et conditionnant la vision et l’entendement de la réalité d’un monde en perpétuelle représentation. 

Le réel est ce qui est visible, ce qui n’apparaît pas n’existe pas. Tout ce qui sort du cadre, ce qui est hors champ n’a pas de réalité. Ce qui est derrière l’objectif n’a pas d’apparence, et est effacé. Cette omission forme l’angle mort du contexte dans l’observation restreinte d’une vision bornée, obtuse et étriquée. En changeant de point de vue, en recadrant plus large avec un contexte plus étendu, on change le sens accordé à la situation, ce qui en modifie la compréhension en l’enrichissant dans une dimension plus globale. 

Mais dans le monde des apparences, les convictions sont prises pour des vérités, des principes dogmatiques que l’on croit naturels. La vérité n’est qu’une croyance arrogante qui méprise les autres considéré comme étant fatalement dans l’ignorance et l’erreur. Ce qui est pris pour la vérité n’est qu’une approximation partielle prétentieuse. Ce n’est que l’illusion mégalomane de la perfection qui ne peut que s’imposer autoritairement comme le seul point de vue possible, la seule réalité. Ce n’est qu’une conception de l’esprit de l’observateur, à un moment de son histoire, qui ignore les autres, en les niant comme individus libres et égaux. 

Pour nous enrichir et nous accomplir nous pouvons affiner nos différences ensemble par une coopération égalitaire, en partageant, comparant et confrontant nos observations, nos réflexions et nos compréhensions du moment. Le réel se concrétise dans le monde que nous habitons en le vivant, en prenant les dimensions de notre cohabition avec les autres. L’accomplissement personnel se vit dans cette mise en commun qui construit nos existences. Nos dérives spontanées engendrent notre devenir dans le cours des hasards partagés.

Dans le monde des apparences, l’utilisation de certains mots, la critique de certaines idées reçues intouchables déclenchent un processus d’identification arbitraire, la réduction d’une personne à une simple étiquette, catégorisée et stigmatisée. La science des marchands en est un exemple garanti, comme vérité incontestable d’une unique réalité qui s’impose comme une évidence. C’est la dictature des experts du pouvoir dominant. 

Méfions-nous de ce scientisme mercantile, et ne prenons pas la propagande conformiste de nos ennemis oppresseurs pour des réalités irréfutables. Remettons en cause leur pensée unique, discutons des faits, des démonstrations, des interprétations et des déductions, critiquons leurs évidences autoritaires, comparons les chiffres dans un contexte historique élargi, sans utiliser d’étiquettes exclusives et dénigrantes, qui jugent arbitrairement sans réflexion ni débat possible. Le bannissement ne rend pas intelligent. Tous ceux qui condamnent une personne, la stigmatisant comme hérétique, parce qu’elle n’est pas dans la norme admise, en lui collant une étiquette méprisante et colomnieuses, sans exprimer leurs analyses critiques sur les arguments et les démarches explicatives, n’expriment que leur arrogance prétentieuse, leur manque de réflexion, leur nuisance et leur confusion, qui entretiennent une soumission volontaire à la conformité dont ils se rendent complices. 

Ceux qui traitent de “complotistes” les personnes qui comprennent les situations avec une perspective différente des idées admises, sans se référer explicitement à l’analyse du spectacle répandue par les médias comme idéologie de la caste dominante, s’économisent tout discernement et toute argumentation critique, et restent ainsi les esclaves du système de représentation de ce vieux monde marchand en perdition. 

Notre diversité vivante est bien plus riche et créative que leur normalité intolérante. Nous n’avons personne à convaincre, nous souhaitons seulement réfléchir ensemble avec nos points de vue divergents. Nous n’avons pas de ligne directrice à laquelle tout le monde doit se plier. Méfions-nous des détenteurs de vérités qui censurent et qui méprisent les ignorants pour les convaincre et mieux les vaincre. C’est une attitude guerrière, militaire, sectaire, voire stalinienne. Le partage et le débat sont la base des pratiques antiautoritaires et égalitaires.

La croyance aveugle en sa propre vérité n’est pas dans l’observation de la réalité, mais dans la relation qu’on a avec les gens qui ne croient pas à la même réalité. L’explication des phénomènes dépend des rapports qu’a l’observateur avec des gens qui partagent plus ou moins le point de vue dont il parle. Le mot n’est que l’étiquette de l’opération qu’il représente, mais pas une chose abstraite, extraite de sa propre expression. Cette opération, partagée avec d’autres, fait distinguer dans son contexte, les phénomènes en les faisant exister. On n’observe pas des objets étrangers et désincarnés, on contextualise nos observations dans nos relations avec d’autres qui sont différents. 

Le show de la société a inventé la réalité immuable. L’objectivité réaliste invente un monde figé chosifié, étranger à toute expérimentation humaine, à tout partage. L’omission volontaire du sujet vivant observateur, marchandise sa pensée en idéologie, séparée de son vécu incarné dans l’expérience de la situation vécue au cours de son évolution incertaine. Cette idéologie s’invente un autre monde, dans l’abstraction de sa représentation. 

Dans le monde du vécu, la réel n’est pas séparée de nous, il ne nous est pas extérieur, il fait partie intégrante de notre existence. En l’expérimentant avec d’autres, nous l’incarnons en le vivant. Comprendre notre expérimentation du monde nous fait prendre corps au cours de sa réalisation. Il ne nous échappe plus. On peut ainsi reprendre le pouvoir sur nos conditions d’existence et se réapproprier nos vies librement. 

Notre expérience personnelle ouverte aux autres et construite avec eux engendre une intelligence situationnelle incarnée dans le moment vécu, avec ses doutes, ses incertitudes, ses hasards, ses intuitions, ses inventions, son humour et sa spontanéité. 

L’intelligence ne se possède pas, ce n’est pas un stock de marchandises informatives que l’on peut se payer, mais bien un processus instable et irrégulier que l’on construit, qui nous défait et nous refait en permanence. C’est une suite d’expériences qui permettent le développement spontané de notre compréhension, une recherche d’équilibre qui convient, qui rend viable la situation vécue et qui enrichit nos capacités à avancer en s’assumant, avec nos doutes et nos incroyances, sur ce chemin que nous choisissons et inventons au fur et à mesure, dans la dérive naturelle de notre propre histoire. L’intelligence se réalise par une volonté de comprendre et par le développement des capacités à avancer par soi-même sur le chemin de cette compréhension.

Plus l’organisation de la société est autoritaire, procurant à un petit nombre tous les pouvoirs de décision, plus la stabilité sociale est fragile. Plus le nombre de décisionnaires est important plus les excès sont régulés par le nombre et la diversité. Plus la société est dictatoriale plus elle détruit son équilibre, sa cohérence sociale et plus elle est fragilisée dans une insécurité croissante. De même, le nombre de points de vue différents crée la richesse et la justesse de l’observation d’un phénomène. Comme l’explique la relativité restreinte d’Einstein, plus le nombre de coordonnées est important, plus l’observation se rapproche de l’exactitude. L’intelligence collective émerge des interrelations et de la coopération entre individus particuliers différents. 

Comprendre le fonctionnement d’un système c’est appréhender ses parties dans l’ensemble de ses interactions, dans l’entendement des relations qui composent les réseaux de sa structure particulière. La compréhension des relations, en tant que facteurs constitutifs d’une structure, génère une connaissance humaine évolutive. 

La collectivité crée une intelligence qui devance, et de loin, la simple addition de ses éléments. De la totalité se manifeste une pertinence irréductible qui dépasse ce qui la compose. Les concessions opportunistes des critiques partielles, aménagements de détails, améliorations de la forme, emprisonnent l’entendement dans un réformisme collaborateur et conformiste. Il importe de rattacher chaque critique à la totalité pour l’appréhender dans la complexité situationnelle de son vécu, et l’émanciper dans un renversement de perspective révolutionnaire.

EXHIBITIONS EN ÉTALAGE

La pub met en scène des images de marque dans ses vitrines. Elle affiche les signes de dépendance à la propriété privée, comme du bétail marqué au fer rouge par son propriétaire. Les marchandises se donnent en spectacle pour se faire remarquer et le système fait son show. Mais l’apparence du bonheur consumériste cache l’horreur de l’esclavage productiviste. Le plaisir d’achat du consommateur est toujours fugace et décevant. La pub n’est qu’une illusion, une opération marketing de l’existence, son euphorie est éphémère, ses réjouissances momentanées, son enthousiasme putrescible. Le rêve d’un instant masque le cauchemar d’une époque. Même si ses gratifications sont temporaires, le mythe de la publicité construit un sentiment d’identité unificateur dans une société merveilleuse, pourtant composée d’individus isolés en miettes, déstructurés par une compétition sans fin dans la permanence des apparences trompeuses. La séduction et la persuasion permanente de publicités tapageuses permettent à la dictature économique d’imposer ses restrictions antisociales sans trop se faire voir, planquées derrière les écrans de ses mises en scène numériques.

Tout le monde croit échapper à l’emprise publicitaire, personne ne se sent manipulé à son insu. C’est justement parce qu’on ne s’en rend pas compte que la pub est efficace. Elle agit insidieusement dans l’inconscient par son omniprésence et ses répétitions outrancières. Imbibé durablement dans la soumission aux marchandises, le bon consommateur-accro de pub devient un toxico du paraître dans un monde de spectacle. Une forte dépendance toxicomaniaque est produite par la recherche obsessionnelle de plaisirs de compensation dans une consommation addictive et compulsive de drogues marchandes, dealées par des publicitaires illuminés.

Les marchandises ne sont plus de simples objets de commerce, mais les images alléchantes de leurs marques. Leur valorisation dévalorise l’humain. La valeur ajoutée des affaires n’est plus dans la fabrication, mais dans le marketing. En consommant l’image remarquable, on devient soi-même l’image de marque que l’on a cru acheter. C’est son identité que l’on paie à la caisse, celle que l’on vend aux regards des autres comme production de sa propre consommation. 

Il suffit de catégoriser un individu à partir de la sélection de quelques mots clés pour faire un profil qui sera sa marque à faire remarquer. Il suffit alors d’avoir l’air pour se donner une apparence et faire bonne impression. L’image qui se remarque n’est pas une marchandise, mais un style de vie, une attitude à la mode, un ensemble de nouvelles valeurs toujours périssables. La pub impose sa culture, celle de la petite bourgeoisie, des marchands et des affaires. C’est la propagande d’un certain style de vie qui dissémine de partout la fièvre acheteuse. 

La pub comble de ses illusions le vide d’une vie vampirisée par un travail épuisant. Les faux besoins maquillent les vrais désirs pour mieux les travestir, les dissimuler pour mieux les occulter. Dépenser le salaire de misère, fruit de son esclavage et de la souffrance, donne accès à une partie des apparences difformes d’un bonheur factice, à un peu de paradis artificiels, en vendant son identité au rabais pour tenter de combler un manque tenace. Pour paraître quelqu’un, il faut donner l’illusion d’être, marquer son public, impressionner son assistance. Il suffit d’avoir l’air pour faire son effet sur des spectateurs admiratifs, se démarquant des autres par sa conformité assumée, acheté dans les étalages des rôles provisoires normalisés, puis consommé dans le show de son existence factice.

En achetant une satisfaction hypothétique, c’est l’appétence qu’on paie, en se goinfrant de ses propres désirs, cannibalisant sa convoitise. Dopés de pub on s’autoconsomme sans réelle satisfaction, en consumant ses rêves. 

Un amour imaginaire est mis en scène par l’érotisme investi dans l’objet désiré. Ce transfert d’amour projeté dans l’objet désiré divinise la marchandise. Le désir est fantasmé. Le désir de l’objet remplace l’objet du désir. Cette passion pour les bienfaits illusoires de la consommation est une marque de l’absence, bourrée de tristesse et de ressentiment, ne produisant que convoitise et frustration. 

Le consommateur de sa propre vie effectue un transfert émotionnel sur l’image d’un style d’existence. C’est ainsi que la pub trafique les personnalités en travestissant les identités, commotionne les sens en faisant son cinéma, par la projection d’un soulagement chimérique. S’assimiler à une représentation idéalisée simule un sentiment d’existence dans le vide de l’ennui. Quand la marchandise irrésistible se divinise, elle produit l’apparence flatteuse d’une vie accomplie. Ce n’est qu’une escroquerie normalisée, une monstrueuse opération de formatage déformant. 

Une survie intenable, dans la peur et la méfiance des autres, restreint l’individu à son animalité barbare jouée au théâtre des illusions décevantes. Ce comportement de prédateur ruine et détruit toute expression vivante de solidarité, dans une hystérie consumériste suicidaire.

La publicité ne cherche pas à convaincre, elle change inconsciemment le comportement de sa cible pour modifier sa manière de penser dans une soumission normalisée. L’individu à la norme marchande formalise le comportement modèle dans un asservissement librement consenti, inconscient et efficace. L’obligation de consommer est masquée par le choix téléguidé de sa marchandise miraculeuse. Les promesses salvatrices ne sont jamais tenues, et le consommateur déçu déchante très vite, insastisfait dans une frustration chronique.

La surconsommation de marchandises fortement présente dans les pubs en cours donne l’impression de s’intégrer à l’élite heureuse, celle qui est positivement dans le coup, sans jamais se faire dépasser par les événements factices du spectacle. Ce bonheur chimérique dépend d’une consommation toujours plus intense d’images marchandes, dans la peur permanente de se faire exclure et bannir du groupe des vedettes populaires du monde des apparences, la peur de finir dans une grisaille misérable et sinistre en dehors des projecteurs, passé de mode. La standardisation des comportements est renforcée par cette peur de paraître anormal. C’est une course compétitive pour être le plus adapté à la norme. 

Les super-branchés du conformisme publicitaire se prennent tous pour les vedettes du magazine, et sur la scène de leur quotidien, leur seul objectif est de bien se faire voir pour se faire remarquer et se faire reconnaître coûte que coûte. Il s’agit de jeter de la poudre aux yeux sans se faire démasquer, faire classe, frimer dans l’esbroufe et l’euphorie de la suffisance. L’éloquence exubérante nécessaire aux apparences de la bonne convenance n’est qu’un baratinage, une succession de mots à la mode du moment. Les mots sont pris pour les images qu’ils représentent, les phases produisent une accumulation d’images-objets entassées sur l’étalage du verbiage au marché des apparences, une succession de mots marchandisés alignés sur le présentoir de la représentation mise en scène. La stupidité de cette consommation de mots en représentation se fait passer pour de l’intelligence contemporaine, une marque de supériorité. Ces possédés de leurs possessions se glorifient de leur bassesse servile.

La pub récupère et déforme, elle n’éduque pas et n’instruit pas, mais détruit la culture d’une époque en changeant le sens des mots, maquillant la signification des situations pour les intégrer de force au système marchand. La culture pub est un mythe destructeur qui nivelle la diversité dans une programmation des comportements. L’homme intoxiqué de pub n’est plus que l’ombre de lui-même sous les projecteurs de sa mise en scène qui lui échappe. 

Pour ne pas se faire rejeter par les autres ni exclure de la société, il faut prendre un rôle, adopter un style de vie à choisir parmi les diffusions des spots publicitaires, ou dans les étalages du spectacle. Le bonheur a été standardisé dans les artifices euphoriques des normes publicitaires, le seul modèle de liberté admis dans les jeux d’apparences en représentation. C’est une toxine qui détruit la spontanéité créative de la vie, une aliénation générale nécessaire au déploiement sans limites d’un mercantilisme totalitaire.

Ce que les idéologies de la domination imposent collectivement comme normalisation sociale et politique, les stéréotypes publicitaires le transmettent inconsciemment, le gravent dans l’intimité, l’ancrent au plus profond en chaque individu. Pris dans l’image qu’il se représente, le bourgeois, comme exemple à suivre, est obsédé en permanence par son apparence. Sa contre nature sophistiquée se décompose en étiquettes, selon un code de bonne conduite, dans l’éloge du mérite… sa maison est la société du spectacle. Cet acteur de sa propre existence s’isole dans la solitude de son rôle à exécuter, obsédé par l’air qu’il peut avoir, l’impression qu’il donne, l’image projetée à son public. En séparant tout, un peu partout, du tout, le cadrage de ce cinéma de la non-existence désagrège une unité en miettes dans une discontinuité permanente qui tranche dans le vif. Ce monde en mille morceaux, juxtapose des pauses, des instantanés sans aucun lien, une accumulation sans fin d’images sans contexte, une série d’anecdotes sans suite, le show d’un quotidien fait de faits divers sans cohérence et sans histoire.

La représentation du monde répandue par les médias prescrit les comportements modèles qu’il faut jouer dans le spectacle du quotidien. Cette reproduction d’attitudes et d’agissements préfabriqués détruit l’aptitude à participer à des situations imprévues en atrophiant les réactions spontanées et occultant les comportements inhabituels, vivifiés d’humour et de création. Limités à la reproduction de modèles égo centré, ces individus entravent toute interaction avec les autres considérés comme spectateurs passifs. Ils perdent ainsi le sens de la relation, des discussions, du partage, de l’humour, du sarcasme, de l’enthousiasme, de la passion… Quand les possibilités des relations sociales se retrouvent diminuées, c’est la cohérence et la cohésion de la société qui sont détruites.

L’acteur de sa vie est convaincu de son authenticité, ce qui permet à son entourage de croire en son personnage. Il va interpréter son rôle avec une telle sincérité que le public va se laisser tromper, et oublier qu’il s’agit là d’une mise en scène. C’est cet oubli qui crée le faux-semblant, cette omission donne sens au simulacre d’apparence. Pour que la magie opère, le jeu de l’acteur ne doit pas se voir, si le stratagème est perçu et dévoilé, il ne fonctionne pas. L’omission crée l’illusion. 

C’est alors que tout le monde surjoue son rôle dans un show continu perverti par une hypocrisie généralisée. On ne peut plus savoir si l’autorité est respectée et la soumission acceptée quand tout le monde joue à faire semblant. On sauve les apparences sans savoir si la servitude est consentie ou pas. Tout peut être possible et imprévisible.

Pour être de son temps, il faut choisir son rôle au bon moment, avant qu’il ne soit dépassé. L’obsolescence des rôles transparaît dans la détérioration de la fascination publicitaire. La répétition des enrôlements successifs use les travestissements du moment. Les successions de tendances, l’accumulation sans fin des changements de détails exacerbent le désir de changement dans une insatisfaction chronique. 

La peur panique d’être catégorisé comme déviant, malade, fou, et de se retrouver exclu et banni, engendre une normalité conforme aux comportements dominants de la société. Toute déviance affole et épouvante les gens bien conformes qui ne comprennent pas ce qui est extériorisé en dehors de leurs règles de convenance. Toute dissemblance est catégorisée, étiquetée et stigmatisée comme illogique, contre nature, et exclue comme dérèglement mental, folie inadmissible, désordre intolérable.

La particularité complexe qui nous habite se protège des agressions externes par une cuirasse caractérielle, un masque de théâtre qui nous enferme, nous empêchant l’accès direct à la vie. C’est de la poudre aux yeux qui nous étouffe dans une survie surfaite, une façon de se dérober aux regards soupçonneux des autres, dans une absence magnifiée. L’identité qui s’affiche par la cuirasse est une mise en représentation de l’existence chosifiée comme marchandise humaine. L’acteur de sa vie se réduit à sa représentation, son intelligence s’atrophie et régresse, car son processus vital modélisé n’est plus autonome. Quand la mise en spectacle s’intensifie, la vie personnelle s’appauvrit dans la déception et l’ennui, étrangère à ses pulsions vitales. Ce monde en représentation est une mystification qui désintègre la vie, une imposture, une escroquerie librement consentie, dans la soumission totale à un système d’exploitation sans limites.

POSSÉDÉ PAR SON IMAGE

Éternellement insatisfait dans une société de frustrations sous emprise publicitaire, l’individu contemporain travaille comme une bête pour pouvoir consommer comme un malade, tout en se prenant pour le roi. Il est complètement absorbé par une surabondance d’infos décontextualisées, ensorcelé d’images sans réel, captivé et recadré par les écrans. Ses connexions télécommandent sa représentation du monde. Cette passivité instaure un suivisme qui autorise à survivre, bien isolé, chacun chez soi, dans l’illusion d’avoir le monde rien que pour soi. 

Le présent continu, l’ici et maintenant, disparaît dans la découpe d’un temps fragmenté, dans l’accumulation d’instantanés dépassés. Les dérobades mécaniques d’une succession d’instants pris dans un futur inaccessible, et déjà disparu dans l’éphémère des apparences trompeuses. C’est le temps mort des marchandises désirées, vénérées et déjà obsolètes. Il ne nous reste plus qu’à imaginer le présent à partir d’un avenir sans aucun devenir. 

Le passage obligatoire pour une reconnaissance sociale dépend d’une identification totale aux apparences de l’image de soi que l’on s’est construite. Le monde-image impose sa pseudo-réalité spectaculaire.

Par les promesses d’un consumérisme débridé, les récompenses désirées génèrent des modifications de comportements. L’impulsion de passage à l’acte devient irrépressible. La tension monte, puis une perte de contrôle déclenche le début du comportement de consommation compulsive. Un bref soulagement précède de peu la déception. C’est un moment de crise où le pressant désir du même effet nécessite l’augmentation de son intensité et de sa fréquence. Cet attachement maladif est une réelle dépendance toxicomaniaque. L’addiction part toujours d’un plaisir illusoire ressenti comme réel, aboutissant à une souffrance certaine, un renforcement des contraintes de l’accoutumance et du manque, et toujours un recul considérable des libertés. 

Ces dépendances aux images toxiques intrinsèques aux marchandises aliènent le plaisir de satisfaction conséquent à l’achat du bien dit magique, subordonnant l’existence à la consommation des produits tant attendus. Toute consommation de marchandises fétichisées déclenche une addiction, une dépendance à la toxique comme si c’était une réelle drogue. Après une courte euphorie persiste un manque douloureux et obsessionnel. L’absence de came crée un vide envahissant qui doit être rapidement comblé. Les cycles s’enchaînent et s’accélèrent dans des attitudes hyperactives, saccadées et superficielles, une fuite aveugle devant une dépression pressante. Ce zapping hypnotique s’accomplit dans l’ivresse exaltante d’une communion factice avec la mise en scène de marchandises fétichisées, fascinantes et omniprésentes.

Les annonces publicitaires, les reality shows, les séries TV, les séquences cinématographiques fascinent les spectateurs. Certains acteurs sont adorés, leurs attitudes idolâtrées, leurs comportements envoûtants influent le désir d’une nouvelle identité, dans le prochain scénario à ne pas manquer. Jouer ce rôle qui hante et obsède, faire son cinéma et se jouer des autres, déclenche une pratique pathologique à forte addiction compulsive. 

L’autre est dominé, désiré comme une marchandise idolâtrée dont la consommation doit combler le manque et procurer une sensation de satisfaction promise par la publicité. L’autre est détruit en tant que personne, chosifié comme produit stupéfiant. Ces consommations addictives de marchandises humaines font des rapports humains une toxicomanie identitaire. 

Les acteurs de leurs existences exécutent les rôles dont ils ont acheté les images qui les composent, sans jamais se laisser vivre dans le cours des situations imprévues. C’est une non-existence en représentation qui est en contradiction avec l’expérimentation de notre monde réel. Cette incompatibilité produit une confusion mentale, un désarroi, un trouble, un désespoir, une dissonance cognitive. 

La représentation photographique est préférée à la situation vécue, se faire voir plutôt que vivre. L’obsession permanente de son apparence est une idée fixe, une manie compulsive où les bons moments ne sont plus que des prétextes à selfies. Obnubilé par le regard des autres, envoûté par la rumeur et les commérages, ce joueur de rôles plonge dans un narcissisme obsessionnel qui le conduit à une dépendance toxicomaniaque à l’image numérique de soi, à sa propre mise en scène sur internet. S’afficher aux autres dans les réseaux antisociaux participe d’une compétition maladive à la meilleure des normalités, pour être encore plus dans le coup qu’eux.

Perdant tout espoir de comprendre et de changer sa situation, cet individu fragmenté est diminué par ses troubles mentaux. Il se contente d’un soulagement de l’instant trop pesant, en adoptant une ligne de conduite de survie immédiate. Croyant se réconforter dans la consommation à la mode, il se soumet à tout ce qu’on lui impose dans une certitude d’impuissance. Au cœur de la tempête intérieure des désirs qui le dévorent, il croit trouver un soulagement par des attitudes d’indifférence, de cynisme et de détachement de tout. En étant là tout en étant ailleurs, il se distancie de son existence insupportable en dissociant sa pensée de sa vie. C’est une mentalité de survie immédiate qui se désintéresse complètement de l’avenir et du passé, avec une étrange et paisible habitude de la catastrophe.

La passivité automatique de la consommation téléguidée normalise des individus dépersonnalisés, uniformisés dans une servitude machinale. Ce conditionnement multiforme disséminé par les médias et la publicité formate un individu soumis à l’emprise des maîtres chanteurs et des pervers narcissiques. Ce conformiste standardisé se laisse abuser par des imposteurs qui en tirent profit, des bonimenteurs hypocrites et sournois. Ces charlatans des apparences se font passer pour des virtuoses de la magnificence, des maîtres de l’apparat. En absorbant les traits de caractère, les opinions et les valeurs de leurs proies, ces illusionnistes les fascinent, les captivent et les neutralisent par abus de confiance, excès de faux-semblants, dissimulant leur tricherie par de la grandiloquence, faisant passer leur escroquerie pour de la bienfaisance. 

La compétition des apparences nécessite une performance à outrance. Abusant de son autorité en exploitant les gens qui l’entourent, l’individu conforme reste un envieux insatisfait, un gagnant orgueilleux, un égocentrique mégalomane, un pervers narcissique. Il donne l’impression de tout réussir, car il n’admet jamais sa défaite. Il doit gagner à tout prix, éliminer tout obstacle, prendre le pouvoir par n’importe quel moyen, provoquant un climat de peur dans une méfiance générale. La force de sa perversion provient de la jouissance à utiliser l’autre comme l’objet de son désir de consommation. 

Ce psychopathe attaque sa cible pour mieux la détruire, il la ridiculise, l’humilie par des sous-entendus, des sarcasmes, la dénigre par de la calomnie, des mensonges… C’est un leader toxique qui démolit la confiance, ruine l’entraide et la solidarité du groupe pour ses propres intérêts, quitte à détériorer son efficacité jusqu’à ce que sa gestion soit complètement dysfonctionnelle. Toutes ses décisions, ses solutions n’ont qu’un but égocentrique, satisfaire son narcissisme insatiable. Ses combines engendrent fatalement de nouvelles catastrophes en série. Les dirigeants des entreprises ou des administrations sont des pervers narcissiques qui s’arrangent toujours pour faire accuser les autres des dysfonctionnements qu’immanquablement ils déclenchent dans une confusion qu’ils ont eux-mêmes produite. Les dirigeants de ce système détraqué, ces gestionnaires du désastre, s’agglutinent dans les sphères décisionnaires, parasitent tout fonctionnement, bonimentent à tout va, ensorcellent, contaminent, intoxiquent. Ce sont des fous de pouvoir, des illuminés de la domination, des obsédés de la manipulation, des maniaques de la prédation. La tyrannie et l’irresponsabilité sont leur mode de fonctionnement.

Le profit personnel lié à la concurrence la plus brutale produit un égocentrisme qui s’impose de partout, de manière barbare, perverse et sadique, infectant par contagion cette nouvelle non-culture de son narcissisme exubérant, qui se répand comme une pandémie agressive. C’est une sorte de fuite consumériste permanente, un épuisement dépressif conséquent à une pression normative extrême, répandue abondamment par les nouvelles technologies dites communicantes. 

Le règne des profiteurs et des prédateurs promus par la publicité a débridé et dopé les pulsions égoïstes et calculatrices nécessaires à la dictature économique. Un égocentrisme contemplatif surfait, composé de mensonges et d’apparences a remplacé les jeux expérimentaux d’une curiosité inventive partagée. 

Dans une compétition extrême, une guerre ouverte contre tous les autres déconstruit ce que l’on croit être. Ce conflit contre soi-même démolit la personnalité dans un vide émotionnel. L’absence d’identité authentique est un effondrement de soi dans une succession de reproductions de rôles préfabriqués. La publicité a truqué les interrelations humaines dans des représentations illusoires. Les rapports aux autres ne sont qu’apparences trompeuses montées en spectacle.

L’individu conformiste produit sa réalité avec une accumulation d’objets bien séparés, sans contexte ni histoire. C’est un schizophrène obsédé par son identité fragmentée, l’air qu’il peut se donner par une succession de rôles qu’il doit jouer pour exister dans le spectacle des apparences. En se repliant sur lui-même, il se nourrit de ses complexes inconscients au lieu de s’enrichir des échanges relationnels avec les autres. L’altération des capacités associatives et coopératives produit un isolement obsessionnel, une dissociation pathologique, une perte d’unité psychique. 

L’homme objet de ses désirs compense la perte de sa vie par l’accumulation de marchandises prometteuses qui permettent la représentation de son image de marque sur le marché concurrentiel du paraître et du pouvoir. Diminué par ses désirs insatisfaits il se réduit à sa représentation abstraite.

L’acteur de son existence est aussi un spectateur qui s’identifie aux rôles des représentations qu’il consomme. Drogué d’illusion, contemplatif de l’image de sa propre non-existence, il consomme sa propre apparition sur scène, comédien de sa propre marchandisation. Il n’est plus que l’observateur de sa vie mise en spectacle et cette déréalisation le détache de lui-même. Sa conscience est profondément troublée, il se sent irréel, spectateur de son existence. Dépersonnalisé, son corps lui semble étranger, détaché de lui-même, il pense sa vie, mais ne la vit pas. La perte de contrôle génère un stress chronique. Anesthésié, il survit en mode automatique. La société ne le considère pas comme un malade, mais plutôt comme l’exemple réussi d’une normalité inévitable.

Cette séparation de soi-même crée un monde à part, contemplé comme objet de désir, presque inaccessible et toujours décevant. Dans ce monde fictionné fractionné, la mystification intégrée désintègre la vie. Le spectateur produit une réalité séparée qui le possède, une représentation sans sujet. 

Cette mise en scène d’un consensus imaginaire unifie le système global dans l’illusion de sa représentation ostentatoire, la mise en spectacle de l’existence. Exilé de sa propre vie, recroquevillé dans sa représentation, le spectateur de son existence s’éloigne des autres dans une communauté factice, dans le spectacle unificateur des servitudes délibérées. Le monde des marchandises en représentation fait de son cinéma une promotion en solde, prolongeant pour quelque temps encore son apparence de survie.

A suivre…

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

La philosophie occidentale en bref ou la nécessité d’évoluer au delà des antagonismes

Posted in actualité, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , on 4 octobre 2020 by Résistance 71

 

La philosophie occidentale en bref : la nécessité d’évoluer au delà des antagonismes

Résistance 71

4 octobre 2020

La philosophie occidentale tient sur deux jambes :

  • Les présocratiques des VIème et Vème siècles avant notre ère, dont nous reproduisons ici même les fragments de trois des leurs : Parménide, Empédocle et Héraclite sous format PDF
  • Friedrich Nietzsche, dont nous avons reproduit les écrits majeurs en PDF

Les premiers établirent la complémentarité et non pas l’antagonisme du Tout et du Multiple ainsi que posèrent les jalons de cette même complémentarité en ce qui concerne l’idéal, le spirituel et le matériel. Le second a nettoyé au Kärcher et au marteau piqueur les leurres dans lesquels était tombée la philosophie occidentale après les présocratiques, ceux qui la menèrent dans des guerres de clochers incessantes, spécifiquement cette rixe entre pensée “idéaliste” et pensée “matérialiste”, symbole jusqu’à aujourd’hui d’une scission fictive entre l’idéalisme et le matérialisme, deux idéologies se voulant chacune exclusive mais se limitant en elles-mêmes lorsque dressées l’une contre l’autre . Nietzsche balaya tous les fourvoiements de la pensée occidentale en remettant la philosophie, la pensée radicale (au sens d’originelle) sur la voie initiale des présocratiques dépouillée de toute tendance potentielle de succomber à cette dictature de la morale qui a plombé l’humanité depuis… Socrate.

Nietzsche fit entrevoir à l’humanité les ponts du surhumain, c’est à dire de notre réalisation complète en tant qu’Humains, par delà les antagonismes philosophico-religieux induits et futiles.

Ainsi, la pensée occidentale radicale, fondamentale, naquit de la réflexion sur l’éther du grand Tout pour se terminer avec la mort de dieu et la vision d’une réalisation complète de l’humain par delà le bien et le mal.

Parménide nous dit au Vème siècle avant notre ère, il y a donc quelques 2500 ans, “qu’au milieu du Tout est la divinité qui gouverne toute chose… Elle a conçu l’Amour, le premier de tous les dieux.” Nietzsche nous dit, 2400 ans plus tard : “Dieu est mort.” et “Tout ce qui est fait par Amour se fait par delà le bien et le mal.”

Entre les deux, 24 siècles de tâtonnements et d’ânonnements philosophiques et religieux, divisant et maintenant les humains dans un marécage intellectuel souvent vain et prétentieux.

Bien entendu, les idéalistes et les matérialistes ne se fourvoyèrent pas en tout, mais commirent l’erreur de l’exclusivité, ce qui entretint, jusqu’à aujourd’hui, division et antagonisme dont certains tirèrent un certain profit tant politique que plus tard, économique.

La réalité est que personne des deux camps n’a à 100% tort ou raison et que ces deux pensées ne sont, en regard de la nature des choses, aucunement antagonistes mais purement complémentaires et c’est cette complémentarité qu’il nous faut embrasser pour pouvoir la dépasser et franchir les ponts du surhumain.

Ce que nous enseigne la philosophie résumée en ses deux piliers fondamentaux ici présentés, est que notre évolution mature en tant qu’humanité, réside dans le lâcher-prise des antagonismes tous aussi factices et contre-nature les uns que les autres et d’oser accepter ce qui est perçu comme irrémédiablement opposé et producteur de peur, cet ingrédient nécessaire du pouvoir coercitif, comme étant le complément de nous-mêmes, et donc de la réconciliation entre le corps et l’esprit au sein de ce Grand Tout qui ne juge pas et ne saurait juger, n’attend rien mais qui est… tout simplement.

Les présocratiques fragments version PDF :

Les-presocratiques-Fragments_Empedocle_Parmenide_Heraclite

et

Friedrich Nietzsche, l’intégrale en PDF

 

 

Oligarchie, ploutocratie et mythologie du « mérite »… L’harmonie de la complémentarité de notre diversité est le seul antidote viable à l’arrogance élitiste en place

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, coronavirus CoV19, crise mondiale, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 30 septembre 2020 by Résistance 71

 

 

« Ce n’est pas avec la désobéissance civile que nous avons un problème, il me semble plutôt que c’est avec l’obéissance… »
~ Howard Zinn ~

 

La ploutocratie occidentale a t’elle raison de mépriser le peuple ?

 

Dominique Muselet

 

28 septembre 2020

 

url de l’article original:

https://www.salaireavie.fr/post/la-ploutocratie-occidentale-a-t-elle-raison-de-mépriser-le-peuple

 

Le président LR du département du Loir-et-Cher, Nicolas Perruchot, a été enregistré à son insu lors d’une réunion des élus de sa majorité. Florilège :

« Ne l’oubliez jamais quand vous allez refaire campagne, la plupart des gens, pardonnez-moi, sont cons. Une très grande majorité, au moins 80%, pas 30. Sachez-le, ils sont d’un niveau éducatif très moyen, et de plus en plus moyen, et malheureusement ils sont bêtes. »

« Nous avons, nous, une information qu’il faut essayer de donner de la manière la plus simple ou simpliste possible. Moi, je le dis souvent, n’oubliez pas qu’on s’adresse à des CE1 ou des CE2, quoi ».

Nicolas Perruchot, a été immédiatement unanimement condamné sur les plateaux de TV par ses pairs. Dans leur indignation, certains l’ont même traité de con. C’est bien vrai que Perruchot est con d’avoir dit tout haut ce que presque tous les nantis et autres privilégiés pensent mais se gardent bien de dire, vu que leur fonds de commerce dépend de la connerie des gens. La ploutocratie parasitaire croit, avec Goebbels, que sa prospérité repose sur la destruction de toute velléité, de toute capacité de penser chez le petit peuple.

Goebbels et la Novlangue

Jean-Paul Fitoussi, interviewé par Xerfi canal, nous rappelle opportunément que Goebbels disait : « Nous ne voulons pas convaincre les gens de nos idées, nous voulons réduire le vocabulaire de telle façon qu’ils ne puissent plus exprimer que nos idées* ». Cette réduction du langage, que Fitoussi appelle la Novlangue, est la norme aujourd’hui. Il raconte, avec un demi-sourire désabusé, comment il en a pris conscience, il y a une dizaine d’années, lorsque le présentateur d’une émission de TV à laquelle il allait participer, lui a dit : « Surtout soyez simple ! Ils ne comprennent pas ! » Sur le moment il a pensé : « Ils prennent les gens pour des cons ! » Puis il a pensé à Goebbels : appauvrir le langage, c’est appauvrir la pensée…

Réduire et détourner le langage, vecteur de la pensée, sont les deux mamelles de la propagande. On sait maintenant que lorsqu’un pouvoir brandit un étendard, c’est pour faire tout le contraire. Jean-Paul Fitoussi l’explique à propos de la réforme des retraites : « qui fait miroiter l’égalité pour entériner la plus grande des inégalités, qui est l’inégalité devant la mort. On dit : pour chaque euro cotisé on aura la même retraite, mais en réalité on ne meurt pas au même âge. Et donc, avoir le même rendement par euro cotisé est d’une injustice absolue, selon que vous vivez 65 ans ou 80 ans. On se moque du monde ! »

Il en est de même des sacro-saints droits humains et autres valeurs démocratiques et sociétales, dont on se gargarise sur les plateaux de TV, et qui, dans la vraie vie, servent à cautionner les plus grands crimes et les pires injustices.

Des mots et des actes

Partout, en Occident, les mots ont remplacé les actes, le réel. Le social qui exigeait des actes concrets a été remplacé par le sociétal qui se satisfait de belles promesses. Le féminisme, par exemple, bien qu’hégémonique, n’a même pas réussi à obtenir que les femmes soient payées au même tarif que les hommes. La situation des femmes a même empiré. Le combat contre les inégalités de genre se réduit aux violences faîtes aux femmes. Ça ne remet pas le système capitaliste en question, ça ne coûte rien et ça fait de l’effet.

Paradoxe des paradoxes, mais la vie est faite de paradoxes, ces mêmes mots qui ne veulent plus rien dire quand ils sortent de la bouche des puissants, sont maintenant réprimés et sanctionnés, plus que les actes mêmes, quand ils sortent de la bouche des gens qui n’ont pas de fortune, ni de réseaux.

 Ainsi, le racisme est considéré comme un des plus grands crimes de notre époque. Pire que le viol ou la pédophilie ! La preuve, DSK poursuit une carrière tout à fait convenable : « À la tête de la société Parnasse international, un cabinet de conseil basé au Maroc, il a réalisé près de 21 millions d’euros de bénéfices en cinq ans, indiquait récemment le magazine L’Obs. Une somme exonérée d’impôts grâce à son installation dans la zone franche de Casablanca. Matzneff vient tout juste de se voir privé des aides d’état qui lui ont permis jusqu’ici de se vanter, dans de médiocres romans, de ses exploits pédophiles. Et Polanski jouit de tous les honneurs en France où il s’est réfugié pour échapper à la justice de son pays après avoir violé de manière ignoble une gamine de 13 ans. Il a reçu un Oscar l’année dernière et est toujours membre des Césars. On a assisté dernièrement à l’apothéose du simulacre sociétal lorsque la pseudo-féministe Caroline Fourest est venue défendre le pédéraste Polanski à la TV, devant un Gérard Miller passablement choqué, dans une alliance contre-nature dictée par de simples intérêts de classe (elle est aussi membre des Césars).

Par contre, Gallieno, qui n’a jamais violé personne mais a proféré des injures raciales et antisémites en état d’ivresse, a été irrémédiablement détruit, tout comme Dieudonné, Soral, Garaudy et tant d’autres, accusés à tort ou à raison de ce délit verbal.

Un racisme de classe ?

Tout excès, toute disproportion doit interroger. Les réactions excessives sont toujours le signe d’un dysfonctionnement. On va peut-être m’accuser de faire de la psychologie de bazar, mais, je l’ai constaté personnellement, on a tous tendance à ne pas tolérer, chez les autres, le reflet de nos tares et perversions, surtout quand elles sont inconscientes. Il me semble que si la ploutocratie capitaliste réprime avec la dernière violence le racisme ordinaire, c’est en partie parce qu’il existe dans les hautes sphères, un racisme bien-pensant, un racisme de classe. La sortie de Perruchot, après d’innombrables autres** en témoigne et si personne sur le plateau ne le pointe, c’est parce qu’ils le partagent tous. Ils croient tous qu’ils sont là parce qu’ils le méritent, parce que, quelque part, ils valent mieux que les autres, leur sont intrinsèquement supérieurs. Alors que nous avons compris depuis longtemps que, s’ils sont là, c’est juste parce qu’ils promeuvent la Pensée unique, qui est au cœur de la propagande du système qui nous régit, soit qu’ils y aient intérêt, soit qu’ils acceptent de le faire moyennant des avantages et de privilèges.

Leur racisme n’a pas la même origine que le racisme ordinaire, souvent issu de la peur ou de la méconnaissance de l’autre. Le racisme de classe est plutôt l’héritier du racisme scientifique des planteurs de coton et des colons. Le système capitaliste a évolué. Il ne repose plus sur l’esclavage des noirs comme aux Etats-Unis, ou l’exploitation des pays vaincus comme au bon vieux temps de la colonisation.

Aujourd’hui, comme l’explique Xavier Ricard Lanata « les forces capitalistes se retournent contre les anciennes métropoles et les traitent comme des colonies ». On assiste à : « la généralisation, à l’échelle de la planète toute entière de l’entreprise coloniale, de l’entreprise de mise en exploitation et d’asservissement et de mise au travail du vivant pour l’objectif ultime d’accumulation du capital. » Ce n’est plus sur les peuples lointains, de couleur différente, que le Grand Capital doit jeter l’anathème pour justifier leur asservissement et leur exploitation, c’est sur nous.

[Note de Résistance 71 : A ce sujet, lire notre analyse de 2013: “Nous sommes tous des colonisés !” et son pendant: “Effondrer le colonialisme”, 2013, que nous mettons en liens sous cet article. Croire que nous vivons dans un monde “post-colonial” est bien naïf, voire complice de l’oppression oligarchique  ploutocrate (à savoir que tout ploutocrate est un oligarque mais tout oligarque n’est pas forcément ploutocrate, quoi qu’en phase terminale réelle capitaliste, les deux deviennent synonymes, mais pas par nature…). Il suffit de dire NON ! et de refuser de jouer ce jeu truqué depuis le départ.]

L’effet boomerang du mépris

Le mépris de la classe dirigeante envers nous, son arrogance, suinte par tous ses pores. Mais cela s’est retourné contre elle, si l’on peut dire. On le voit à la TV officielle. En écoutant les élites, censées façonner l’opinion publique, on comprend, avec François Bégaudeau (Histoire de ta bêtise), que la bourgeoisie, à force de vouloir nous rendre cons, à force de nous prendre pour des cons, est devenue elle-même irrémédiablement conne. Tous les discours, les débats, les interviews sont d’une bêtise, d’une pauvreté, d’une étroitesse de vue, d’un parti-pris, incroyables. A force d’avoir voulu nous abrutir, nous infantiliser, à force d’avoir cru nécessaire de se mettre à notre niveau, ils sont devenus plus cons que nous.

De plus, comme Emmanuel Todd le fait remarquer dans une de ses conférences, autrefois la bourgeoisie ouvrait ses rangs aux intelligences venues d’en bas, ce qui lui apportait du sang neuf et privait en même temps le peuple de ses meilleurs éléments. Mais désormais elle s’est refermée sur elle-même et s’est entièrement coupée de la population. Les intelligences populaires ne peuvent plus monter l’échelle sociale et nous avons donc à nouveau des leaders et des intellectuels populaires.

Enfin, de plus en plus de gens ont pris conscience de l’illégitimité et de la nocivité d’un pouvoir qui nous emmène droit dans le mur. L’épisode du Coronavirus en est une illustration formidable. La gestion de l’épidémie, erratique, décalée, anxiogène, coercitive, mensongère, injuste, contradictoire, revancharde, culpabilisante, destructrice, incohérente, arbitraire, punitive, très onéreuse et clairement contre-productive, devrait ouvrir les yeux à ceux qui croyaient encore que la démocratie capitaliste bourgeoise était un moindre mal, et que la technocratie bourgeoise, bien que cupide et corrompue, était encore capable de nous diriger. 

Même nos médias officiels sont obligés de reconnaître que la gestion occidentale du Coronavirus est un fiasco total, à part peut-être pour la la Suède, qui a suivi une ligne claire, a préservé le lien social, l’économie, la confiance de la population en ses dirigeants, et a finalement moins de morts que l’Italie ou l’Espagne. C’est savoureux d’entendre une présentatrice de TV parler, avec un brin de provocation dans la voix, histoire de montrer qu’elle n’est pas entièrement aux bottes du pouvoir, du « fiasco des masques » et du « fiasco des tests ».

Le réel est prié de s’effacer devant le mythe

Mais tout cela n’a aucune importance, puisque « nous vivons une époque où le réel est prié de s’effacer devant ce qui doit être », comme dit Slovadan Despot. Il n’y a plus aucun rapport entre les paroles et le réel, les décisions et la réalité. « Le décalage entre les mesures et la réalité est révoltant », s’indigne inutilement le Professeur Tobiana. Et le professeur Toussaint n’est pas de taille en face d’une présentatrice qui, pour réfuter ses affirmations que « le virus actuel ne nécessite pas de prendre, comme à Marseille, des mesures d’effondrement sociétal » lui répond que, elle, elle a « des projections ».

Une élite à la ramasse, des populations conscientisées confrontées à la folie destructrice de leurs dirigeants, le précipice devant nous… et pourtant rien ne bouge : pas de révoltes, pas de désobéissance, à peine quelques procès. Les Gilets jaunes ont disparu et la dictature sanitaire règne partout sans encombre.

Mais pourquoi ?  Pourquoi nous laissons-nous mener comme des moutons à l’abattoir ? Comment des élites autoproclamées, dont l’incompétence et la déconnexion ne font plus aucun doute, parviennent-elles à nous maintenir dans une impuissance telle que nous n’essayons même plus de nous battre pour inverser le cours des choses ? 

La mythologie de la séparation

Charles Eisenstein se pose la question et propose une réponse : « Qu’est-ce qui fait que la grande majorité de l’humanité se conforme à un système qui conduit la Terre et le genre humain à la ruine ? Quelle puissance nous tient dans ses griffes ? Il n’y a pas que les théoriciens du complot qui sont captifs d’une mythologie. La société dans son ensemble l’est aussi. Je l’appelle la mythologie de la Séparation : moi séparé de vous, la matière séparée de l’esprit, l’Humain séparé de la Nature ». Ce mythe qui justifie toutes les formes d’exploitation auxquelles nous nous livrons, engendre, selon lui, une mentalité de guerre et un autre mythe : l’idée que le contrôle peut tout résoudre. C’est ce qui explique le délire de contrôles que nous subissons aujourd’hui.

Pour Xavier Ricard Lanata, aussi, la seule manière de s’extraire de ce système, « la seule manière de refuser la condition d’asservi et de refuser de prêter sa vie à l’objectif ultime d’accumulation du capital », c’est de « réinterroger nos représentations, en essayant de voir si, le point de vue que nous avons adopté et qui semble universel à nos yeux, ne serait pas qu’une illusion », un mythe, le mythe de la séparation. 

La seule solution, c’est «d’habiter la terre en terrestres et de s’assigner comme objectif d’accroître en intensité et diversité ses liens avec toutes les autres formes de vie. C’est un objectif vital et moral plus élevé et totalement contradictoire et antagonique avec celui du capitalisme. »

Et de conclure : « On est parvenu à un moment où il faut débarrasser la modernité de ce qui a été un leurre, l’autonomie entendue comme démultiplication des capacités  de puissance à l’échelle de l’individu, indépendamment de ce que ses capacités de puissance doivent à notre condition terrestre qui est éminemment et par nature relationnelle. Voilà ! »

Oui, voilà ! Les bouddhistes enseignent l’interdépendance, les Amérindiens se sentent tellement partie prenante du monde naturel qu’ils rebouchaient, autrefois et peut-être encore, les trous qu’ils faisaient dans la terre pour ne pas la blesser, et nous nous vivons sous l’emprise de la croyance délétère, du mythe destructeur de la séparation. Il nous emprisonne plus sûrement que la propagande, le mépris de classe, la répression, la culpabilisation, la précarité, la névrose. Ce mythe, nous le partageons tous en Occident, exploiteurs comme exploités. Il nous englobe et nous dépasse, et il fera notre malheur, et celui d’une bonne part de l’humanité, tant qu’il présidera à notre vision des choses.

Changer de lunettes

C’est là que, nous, les opposants et les perdants de ce système, les sans voix, sans pouvoir, sans importance, nous avons un rôle à jouer. Notre situation étant plus critique que celle de ceux qui en profitent, nous sommes plus susceptibles d’accepter de changer de lunettes et de remettre en question les dogmes, les croyances, les mythes que nous avons ingurgités avec le lait de notre mère. Nous savons désormais qu’il est inutile d’attaquer le système de front. Il est bien verrouillé, avec la pensée unique, les médias de propagande, la collusion des pouvoirs, la police militarisée et la dispersion de la responsabilité. Nous l’avons vu, les grèves et les manifestations ne servent plus à rien. 

Mais le système d’exploitation capitaliste a une faiblesse, il est bâti sur notre croyance dans les mythes qui le fondent, et, par conséquent, nous pouvons provoquer son effondrement et sa transformation en cessant tout simplement d’y croire, en cessant notamment de croire que nous sommes des entités séparées, et en renouant des liens vitaux pour notre bonheur et notre équilibre, avec tous les autres terrestres.

[Note de Résistance 71 : Nous avons analysé en profondeur cet état de fait et avons publié notre analyse en deux temps, compilés dans notre PDF de 10ème anniversaire: « Du chemin de la société vers son humanité réalisée », à lire et diffuser sans aucune modération, en complément du texte phare d’analyse et de compréhension de notre réalité pour mieux radicalement la changer, « La pédagogie des opprimés » de Paulo Freire, que nous avons retraduit et republié en français dans son intégralité, car indisponible depuis … 1983, censure oblige. Texte essentiel à faire circuler de toute urgence.]

Et rien ne nous empêche d’appliquer, en même temps, la recommandation de Geoffroy de Lagasnerie : « La combinaison de l’action directe et de la production d’espaces sur l’exemple du sanctuaire de @269_LA, sorte d’utopie réalisée où les animaux libérés des abattoirs par l’action directe par l’association vivent et d’où est absente toute logique de l’exploitation animale » ou sur l’exemple des Gilets jaunes avec les occupations de péages et les mises à l’arrêt de radars, par ex, et la création d’espaces de délibération et de convivialité.

Notes

* Il semble que ces paroles aient été attribuées à tort à Goebbels. Voir ici

** La manière dont la Macronie ose expliquer ses échecs est particulièrement révélatrice : ils sont dus, selon elle, à la pensée trop complexe de son leader, ou à sa trop grande intelligence (Le Gendre). Dernièrement Sibeth Ndiaye a même osé dire devant le Sénat « on a souffert d’un défaut d’acculturation scientifique de la population française ». On se souvient aussi de ceux qui ne sont rien, les exemples sont légion.

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71 )

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

5 textes pour comprendre et éradiquer le colonialisme

« Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte », Steven Newcomb, 2008

« Comprendre le système de l’oppression coloniale par mieux le démonter », Steven Newcomb

« Comprendre le système de l’oppression coloniale pour mieux le démonter », Peter d’Errico

« Effondrer le colonialisme », Résistance 71

« Nous sommes tous des colonisés ! », Résistance 71

 


Vers la société des sociétés


Changement radical ne veut pas dire « extrémiste »
comme le veut la sémantique de l’oppression, 
mais changement profond en retournant aux racines

Si tu ne sais pas où tu vas, arrête-toi, retourne-toi et regarde d’où tu viens
(proverbe africain)

Le 12 septembre 2020… Pour une renaissance Gilets Jaunes, comprenons bien qu’il ne peut y avoir de solutions au sein du système… Tout le pouvoir aux Ronds-Points !…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, coronavirus CoV19, crise mondiale, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, santé et vaccins, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 10 septembre 2020 by Résistance 71

 

 

Gilets Jaunes !

Il y a maintenant près de deux ans de lutte écoulés qui nous montrent on ne peut plus clairement qu’il n’y a pas de solutions au sein du système, qu’il n’y en a en fait jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir !

Ceci se doit de devenir une évidence incontournable pour toutes et tous, membres de notre lutte organique pour une société enfin libre.

Ainsi, toute négociation avec l’État et les représentants de l’oligarchie est non seulement futile mais contre-productive. Ignorons-les !

Solidarité – Union – Persévérance – Réflexion – Action

Devenons S.U.P.R.A Gilets Jaunes !

Reprenons le pouvoir par les Assemblées Populaires et dans le même temps:

  • Boycottons les institutions et la dictature sanitaire
  • Boycottons l’élection et l’impôt absorbant l’intérêt de la dette odieuse
  • Boycottons les entreprises du CAC40 et des transnationales criminelles
  • Achetons et promouvons les produits locaux
  • Réaménageons nos campagnes et nos communautés agricoles
  • Rassemblons-nous en comités populaires de voisinage, de travail…
  • Restons incontrôlables et imprévisibles !

Tout le Pouvoir aux Ronds-Points !

Pour une société émancipée et donc libre !

A bas l’État, à bas la marchandise, à bas l’argent, à bas le salariat !

Aussi…

Cinq textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 


Résistance 71

Trêve estivale 2020 à bientôt et bonne lecture !

Posted in actualité, altermondialisme, coronavirus CoV19, crise mondiale, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 1 août 2020 by Résistance 71

 

 

 

Résistance 71

 

1er août 2020

 

Urgent: MaJ du 5 août: Beyrouth atomisée…

« Israël bombarde Beyrouth avec un missile nucléaire, Trump et le gouvernement libanais confirment » (Gordon Duff VT), avec une série de vidéos plus incroyables les unes que les autres. Le lien ci-dessus sur l’article en anglais. Une arme nucléaire « tactique » de 6KT a touché le port de Beyrouth hier 4 août à 18h00 locales… La version officielle d’une explosion accidentelle de nitrate d’ammonium est déjà divulguée par les merdias qui couvrent l’attaque, normal, c’est leur fonction. Comme expliqué dans l’article de VT, il faudrait près de 1000 tonnes de ce produit pour générer une telle explosion. Les videos montrant la seconde explosion sont sans équivoque sur la nature de cette explosion : elle est nucléaire. Les Russes fourniront-ils leurs données radars pour confondre les criminels ? L’article dit qu’un inspecteur de l’AIEA, Jeff Smith, qui coopère avec VT, confirme qu’il s’agit bien d’une explosion nucléaire…
Rappel :
Nous avons publié ceci en mai 2018 : « Histoire des mini armes nucléaires »
Tout ceci n’est en rien de la « science-fiction », des mini-nukes ont déjà été utilisées en Irak, au Yémen et dans divers attentat, dont bien entendu les attentats du 11 septembre 2001 à New York…

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Vu l’importance de recharger les batteries, nous allons sacrifier à ce processus jusqu’à la première semaine de septembre. Nous resterons bien entendu à l’écoute et interviendrons si besoin est.

Essayer de trouver un semblant de quiétude est de plus en plus difficile dans une société parvenue à un niveau d’insanité sans doute jamais atteint. Comme le chat, ne dormons donc que d’un œil, restons vigilants et profitons de cette « trêve » pour toujours parfaire notre compréhension et analyse de notre réalité historique afin de mieux agir en conséquence et radicalement la transformer.

Pour ce faire, nous vous proposons quelques (re)lectures pour garder bon pied bon œil et rappeler qu’il n’y a pas de solution au sein du système et qu’il ne saurait y en avoir. Il est particulièrement essentiel de le comprendre si nous voulons avoir une chance de sortir de cette ineptie socio-politique criminelle totalement induite qui nous est imposée depuis bien trop longtemps.

Bonne lecture et à bientôt !

Du chemin de la société vers son humanité réalisée
(compilation de nos deux essais du Manifeste pour la société des sociétés)

Résistance71 l’essentiel de 2010 à 2020

Sans oublier :
Notre page Coronavirus, guerre contre l’humanité
et
Notre biblio de 189 PDF à télécharger gratuitement

Les articles de Résistance 71
(toutes nos publications depuis 2010)

MaJ du 4 août 2020:

Les top 5 articles CoV19 lus ces 3 derniers mois :

1- Le masque comme rituel de soumission

2- La lettre de Me Busa de contestation du port du masque

3- Horizon 2022 et le passeport médical

4- CoV19 créé dans un labo de Caroline du Nord avec des subventions de la CIA et de l’USAID

5- Comprendre le CoV19 c’est comprendre Big Pharma… Au début était Rockefeller

 

Espagne 37 : forfaiture et trahison de la révolution sociale, Staline et le parti communiste étranglent la révolution…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 31 juillet 2020 by Résistance 71

 

 

La révolution espagnole étranglée par Staline

 

Karel Bosco

 

11 septembre 2017

 

Source:

https://lecourrier.ch/2017/09/11/la-revolution-espagnole-etranglee-par-staline/

 

En 1937, en pleine guerre contre les forces franquistes, le Parti communiste espagnol, fort de l’appui soviétique, attaquait d’autres composantes de gauche – la CNT anarcho-syndicaliste et le POUM léniniste antistalinien. Une offensive qui a signé l’amorce du démantèlement des collectivités libertaires de Catalogne et d’Aragon. Eclairage de Karel Bosco.

Barcelone est occupée par les troupes franquistes le 26 janvier 1939, Madrid-la-Courageuse le 28 mars. La terrible Guerre civile espagnole s’achève dans le fracas des armes – 600 000 à un million de morts. Mais elle va se poursuivre dans le silence. Déjà en 1939 ont été enfermées en camps de concentration 700 000 personnes, dont le travail forcé visera à redresser la situation économique catastrophique de la péninsule saccagée, puis à construire usines, casernes, prisons, barrages, aéroports et lignes ferroviaires, sans parler de l’exploitation de l’étain, du fer, du charbon. Entre 1939 et 1944, près de 200 000 personnes sont assassinées par les escadrons franquistes, sans compter les prisonniers morts de froid, de faim, d’épuisement et de maladies, ni ceux qui ont succombé sous les tortures ou qui ont préféré se suicider. En 1948, 20 mineurs du bassin asturien sont jetés dans un puits, attachés les uns aux autres et brûlés vifs par des unités de police. Entre 1947 et 1949, c’est la terreur de masse qui brise les ultimes résistances paysannes.

Ce système concentrationnaire et totalitaire devait durer jusqu’à la mort de son chef, en 1975, et les aménagements de surface – ainsi dans le domaine du tourisme – ne changèrent rien à sa nature criminelle, «lointain héritage de l’Etat-Eglise inquisitorial, esclavagiste et génocidaire du dénommé Siècle d’Or» (César Lorenzo).

Les divisions tragiques du camp républicain

Si Franco a écrasé la République et massacré tant de paysans et d’ouvriers, ce fut grâce à la complicité tacite des Etats européens, dont l’Angleterre – qui entraîna la France dans la désastreuse politique de «non-intervention» – et surtout grâce à l’appui militaire de Mussolini et d’Hitler. Mais on ne peut plus passer sous silence aujourd’hui les tragiques divisions qui minèrent et affaiblirent le camp républicain. Il s’agit d’un chapitre de l’histoire de la Guerre civile que les militants des gauches révolutionnaires ont gardé au cœur comme une flèche empoisonnée et que des historiens, d’abord peu nombreux, ont cherché à éclairer. Le grand public ne l’a vraiment découvert qu’à travers le film de Ken Loach, Land and Freedom (1995), libre adaptation du témoignage de l’écrivain engagé George Orwell, Hommage à la Catalogne (1938).

Trois ans avant le film de Loach, un téléfilm espagnol de haute qualité – diffusé en France par Arte – avait déjà jeté une lumière crue sur cet arrière-fond sordide: Opération Nikolaï, de Maria D. Genovés et Llibert Ferri. Une manière rigoureuse de confirmer ce qu’avaient rapporté Julian Gorkin, du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM), dans son livre rageur de 1941, Canibales Politicos: Hitler y Stalin en España, publié à Mexico, ou encore José Peirats dans la somme qu’il avait consacrée à la Confédération nationale du travail (CNT) en 1951-1953 – 1200 pages!

En 1961, les historiens Broué et Témime proposaient une première et monumentale synthèse en langue française, La Révolution et la Guerre d’Espagne (Ed. De Minuit). Depuis la mort de Franco, le retour difficile de l’Espagne à la démocratie et l’ouverture partielle des archives du KGB en Russie ainsi que celles des partis communistes en Occident, quantité d’études ont été publiées, notamment Le POUM: Révolution dans la guerre d’Espagne de Wilebaldo Solano, un ouvrage militant (Ed. Syllepse, 2002) et le très substantiel Mouvement anarchiste en Espagne – Pouvoir et révolution sociale de César M. Lorenzo (Ed. Libertaires, 2006).

En 1969, dans Le vif du sujet, Edgar Morin avait mis en évidence les arêtes de la problématique, sans détours ni litotes: «La guerre d’Espagne continue à être perçue comme épopée et non comme tragédie (…). Il y eut tragédie dès 1936, et la suite fut le pourrissement de cette tragédie. L’alternative franquisme-république continue à masquer des contradictions qui ont pourtant éclaté dans le sang. (…) A l’intérieur de la république, avant même [le putsch de Franco], le conflit entre la révolution et l’ordre bourgeois avait éclaté. Dans ce conflit, le stalinisme devait intervenir de plus en plus efficacement comme le tiers excluant, tuant la révolution et faisant progresser sa révolution sous le couvert de l’ordre. Il y eut une montée révolutionnaire culminant au partage des terres et des biens en Aragon [et en Catalogne] (…). Et ce furent les républicains, et non Franco, qui la brisèrent, et ce fut dans cette répression que se scella la belle et bonne alliance entre bourgeois républicains et communistes staliniens. L’actuelle mythologie antifasciste se fonde sur l’anéantissement des communes [libertaires] d’Aragon et de Catalogne».

Des soi-disant contre-révolutionnaires soumis à la question

Il faut approfondir. Lorsque la révolution sociale éclate en Espagne en 1936, suite à la victoire électorale des forces de gauche rassemblées dans le Frente popular, et que le coup d’Etat de Franco va fracasser dans les conditions que l’on sait, les visages du changement et du renouveau sont multiples: les anarcho-syndicalistes de la CNT – près d’un million de militants –; les socialistes divisés en une aile réformiste et une aile radicale; le POUM léniniste mais violemment antistalinien et distant de Trotsky; les divers courants républicains de gauche; les militants des autonomies basque et catalane; le Parti communiste espagnol, encore très minoritaire.

La révolution, en Catalogne et en Aragon, dans une certaine mesure en Estrémadure et en Andalousie, c’est, sous l’égide la CNT mais pas d’elle seule, le partage des terres et la socialisation des outils de production, celle-ci étant particulièrement visible à Barcelone, promue «capitale du prolétariat mondial», où les ouvriers gèrent eux-mêmes leurs entreprises, non sans difficultés. Sur le plan militaire, Staline apporte le soutien de la Russie soviétique, salué avec émotion et enthousiasme par le peuple qui doit affronter les armées de Franco, bien entraînées, bien équipées et parfois fanatisées.

Un soutien qui se paie: 500 000 kilos de lingots d’or – les deux tiers des réserves de la Banque d’Espagne – sont «mis en sûreté» en URSS par le gouvernement républicain (et ils ne seront jamais restitués): Madrid était déjà assiégée, il est vrai, toutefois Barcelone ou Valence auraient pu abriter ce trésor, mais elles étaient sous le contrôle d’une CNT fort mal vue des autorités.

Fort de l’aide soviétique, le PC espagnol monte en puissance et passe à l’offensive en 1937. Sa volonté de mettre la main sur la centrale téléphonique de Barcelone, lieu stratégique occupé par les anarchistes, débouche sur un affrontement armé entre ses militants et ceux de la CNT et du POUM, qui coûtera la vie à 500 personnes. Un affrontement qui s’étendra à l’ensemble de la Catalogne et de l’Aragon, où les troupes «marteau et faucille» s’activeront à liquider les communes paysannes, qui assurent pourtant le ravitaillement des zones républicaines. Et cela alors que les milices révolutionnaires et que les volontaires des 70 nations engagés dans les Brigades internationales sont au feu face à la barbarie franquiste…

Non contents de détruire, les dirigeants du PC salissent et insultent, sur les conseils des agents du NKVD – la police secrète soviétique – infiltrés dans l’administration républicaine: les militants de la CNT et plus encore ceux du POUM, haïs de Staline, sont accusés de complicité active avec Franco, avec Hitler. Les tchekas, culs-de-basse-fosse du NKVD en Espagne, se remplissent de soi-disant contre-révolutionnaires soumis à la question. Andrès (Andreu) Nin du POUM, la figure la plus respectée et la plus prestigieuse de la révolution espagnole, est kidnappé, torturé et assassiné par les nervis staliniens, entre autres par le Hongrois Erno Gerö – ce qu’a révélé le téléfilm Opération Nikolaï.

La révolution est écrasée, la liberté recule partout en Espagne, les armés franquistes progressent inexorablement. Staline se retire sur la pointe des pieds – il a d’autres soucis, d’ordre diplomatique. Valence, Barcelone, Madrid tombent. La tentative de constituer une première «démocratie populaire» de style soviétique sur sol étranger a échoué. Et c’est tout un peuple qui a été massacré, et qui va subir le martyre durant près de quarante ans.

Pour une autre image du futur humain

Il est évident que l’histoire de la Guerre civile espagnole ne se réduit pas à cette seule tragédie, ni que l’engagement d’une bonne partie des militants du PC ne se limite aux pratiques criminelles de ses dirigeants sous influence, mais il est inconcevable de négliger, pire, d’oublier ces événements et leur profonde signification politique à l’heure où la mondialisation meurtrière des économies nous met au défi de penser et de développer une alternative solidaire et démocratique à caractère écologique et socialiste. L’expérience, même brève, même cassée, des communes libertaires et des usines autogérées de Catalogne et d’Aragon n’est pas un passé qui n’intéresserait que des universitaires. Elle peut être une des images possibles du futur humain.

Les efforts et les sacrifices inouïs qui furent ceux du peuple russe et de son armée durant la Seconde Guerre mondiale, et qui contribuèrent plus que largement à libérer l’Europe de l’hydre nazie, ne changèrent rien aux pratiques staliniennes une fois la victoire acquise: tortures et procès truqués dans les Etats satellisés par l’URSS – Bulgarie, Hongrie, Tchécoslovaquie notamment –, au cours desquels sont liquidés de vieux militants, des résistants à l’occupant allemand, des anciens combattants de la Guerre d’Espagne. Et la répression, sinon le feu, pour la classe ouvrière quand elle n’est plus docile: à Berlin-Est et dans les grandes villes de l’Allemagne communiste en 1953; en Hongrie en 1956 – face aux conseils d’usines –; en Tchécoslovaquie en 1968 – toujours face aux conseils d’usines –; en Pologne en 1970 – les forces armées tirent sur les ouvriers de la Baltique. Certaines bonnes leçons avaient été retenues: à Budapest, le 25 octobre 1956, le peuple défilait pacifiquement devant l’immeuble de la radio; sur l’ordre du secrétaire du Parti, les agents de la police secrète ouvrent le feu, précipitant la violence. Le secrétaire? Erno Gerö, l’assassin d’Andrès Nin.

* Historien, Genève.

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Lecture complémentaires :

3ème guerre mondiale ou révolution sociale ?

Voline : La révolution inconnue (1917-1921)

Kropotkine : La morale anarchiste

Résistance 71 : Du chemin de la société vers son humanité réalisée

 


Réseau de Résistance et de Rébellion International

 

Analyse politique : l’État ou l’alliance des trois sbires de l’oppression: le guerrier, le prêtre et le juge

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“L’État est une société d’assurance mutuelle entre le propriétaire terrien, le général militaire, le juge, le prêtre et plus tard, le capitaliste, afin de soutenir l’autorité de l’un l’autre sur le peuple et pour exploiter la pauvreté des masses tout en s’enrichissant eux-mêmes. Telle fut l’origine de l’État, telle fut son histoire et telle est son essence actuelle.”
~ Pierre Kropotkine ~

“L’Etat, cet instrument de coercition aux mains de minorités privilégiées dans la société, dont la fonction est de mettre les larges masses sous le joug de l’exploitation économique et de la tutelle intellectuelle, est l’ennemi juré de tous les rapports directs des hommes entre eux ; il cherchera toujours à ce que ceux-ci ne s’établissent que par l’intermédiaire de ses médiateurs.
Aussi l’histoire de l’Etat est celle de la servitude de l’homme…”
~ Rudolph Rocker, 1919 ~

 


Tout réformisme est vain et futile !

 

Les trois complices

 

René Chaughi

 

Les Temps Nouveaux, 1912

 


La guerre est la paix…

 

Les Tueurs

Il y a, de par le monde, des hommes qui ont pour fonction de tuer, de s’entraîner à tuer, d’apprendre aux autres à tuer. Ils sont vêtus de couleurs voyantes, à la manière des sauvages, ont des passementeries dorées sur leurs manches, sur leurs cols, sur leurs chapeaux. Ils inspirent le respect aux autres hommes, et plus ils ont de passementeries dorées, plus ils inspirent de respect. Ils portent, pendu à la ceinture, un outil semblable à un long couteau, avec lequel ils frappent ceux qui leur déplaisent et qu’ils veulent tuer. Aussi le nombre de ceux qui ne s’inquiètent point de leur déplaire est-il petit.

Seuls, dans l’État, ces hommes ont le droit de donner la mort. Seuls, non. A la vérité, un autre homme partage avec eux le privilège du meurtre : on l’appelle le bourreau. Mais, au rebours de ceux dont je parle, celui-ci ne jouit dans le public d’aucune considération. La raison en est qu’il n’a pas de passementeries sur ses manches. Au contraire, eux sont vénérés, choyés, enviés, admirés. Les femmes les trouvent beaux, chaque jeune fille rêve de l’un d’eux pour mari, et tous les petits garçons veulent devenir comme eux. Aussi sont-ils très fiers de leur caste. Ils bombent la poitrine, mettent du cosmétique sur leurs moustaches, parlent avec des gros mots. Tout le temps qu’ils ne donnent pas à l’art de tuer, ils le passent à boire des liqueurs qui rendent fou, ou bien dans des maisons mystérieusement closes. Il ressort de leurs conversations qu’ils ont un grand penchant pour l’acte sexuel, et, à les en croire, ils se servent volontiers pour cela des femmes des autres. Ils sont aptes à bien des choses encore : par exemple, faire rouler des boules d’ivoire sur une table verte.

C’est le peuple qui paie leurs beaux vêtements, leurs passementeries, leurs cigares, leur cosmétique, leur outil à tuer, leurs chevaux, leurs maîtresses, leurs absinthes et leurs parties de billard. Mais le peuple est trop honoré de subvenir aux dépenses des hommes-qui-ont-le-monopole-de-donner-la-mort.

Ils disent tenir le premier rang dans la nation, et, de fait, leur métier a une origine très reculée : il remonte à nos bons ancêtres les fauves. C’est pourquoi ces messieurs sont très chatouilleux sur le point d’honneur : semblables à la femme de César, ils ne doivent même pas être soupçonnés. Du reste, leur honneur n’a rien de commun avec celui des autres hommes. Il au-dessus de lui comme le soleil est au-dessus des nuages. La grande généralité des citoyens comprend très bien cela.

Les annales prétendent qu’il y a cent ans, le peuple s’était fâché et avait exigé qu’il n’y eût plus désormais qu’une seule juridiction pour tous. On le lui avait promis. Mais des gens aussi indispensables que les Tueurs ne peuvent être soumis aux mêmes lois que les voyous. (C’est ainsi qu’ils nomment tous ceux qui n’ont pas les jambes rouges et la poitrine bleue : les ouvriers, les savants, les artistes. Et il est de fait que ces petites gens font piteuse mine auprès d’eux.) Et de même qu’ils ont leur honneur, ils ont leur justice. Quelle est-elle ? Parbleu, la justice de gens qui ont un grand couteau au côté.

Ils ont une religion spéciale, assez mal définie d’ailleurs et sur laquelle on est loin de s’entendre. L’objet de leur culte est un dieu, ou plutôt une déesse, qu’ils appellent Patrie. Ils l’adorent fanatiquement et n’entendent pas la moindre plaisanterie à son sujet. Ils ordonnent à chacun d’y croire, bien qu’ils ne puissent dire ce qu’elle est au juste. Mais si l’on ne croyait qu’à ce qu’on connaît, où serait le mérite ? Les cérémonies par lesquelles ils célèbrent leur déesse sont de vastes égorgements de peuples, qu’eux-mêmes nomment boucheries.

Si leur belle prestance les fait admirer, leur grand couteau les fait craindre. Pourtant ils ne seraient pas fort dangereux, s’ils étaient réduits à leurs seuls moyens. Car, après tout, ils ne forment qu’une petite minorité dans l’immense masse des voyous. Mais ils possèdent des esclaves en grand nombre, lesquels, sur un signe d’eux, se précipitent et tuent.

Tous les ans, ils font un choix parmi les jeunes hommes et en prennent des milliers. Ils les enferment dans des bâtiments construits tout exprès, les habillent de vêtements colorés, analogues aux leurs, mais incommodes, laids et sales. Ils les terrorisent par d’affreuses menaces, grossissent la voix en leur parlant, et en font ensuite tout ce qu’ils veulent. Ils les nourrissent avec des choses pourries, leur affirment plusieurs fois par jour que leurs mères sont des prostituées, leur enseignent diverses façons de donner la mort, au commandement. Au bout de quelques années, ils les renvoient à leurs familles, avec des maladies honteuses. « Vous ne nous avez donné que des hommes, disent-ils ; nous en avons fait des héros. »

Devant qu’on les eût choisi, les jeunes hommes voulaient tous faire des héros. Une fois pris, ils voudraient bien s’en aller. Beaucoup se suicident, quelques-uns se révoltent. Ceux-là, on les torture ou on les tue. A ce compte, on préfère obéir.

Ils disent :

« Apprentis tueurs, de l’autre côté de cette montagne habitent des hommes extraordinairement méchants. Sont-ce même des hommes ? C’est peu probable, attendu qu’ils parlent un langage incompréhensible et qu’ils mangent de la choucroute. Ces êtres féroces en veulent à votre déesse. Elle est si belle qu’ils ont juré de vous la ravir. Mais nous sommes là. Au jour fixé, nous vous mèneront vers ces monstres. Vous les tuerez et ils vous tueront. N’ayez pas peur : nous serons derrière vous. — En attendant, et pour vous exercer, vous devez tuer sans hésiter quiconque nous vous désignerons : vos pères, vos frères, vos mères, vos sœurs. »

Et il arrive ceci : chaque fois que le peuple s’assemble sur les places des villes pour demander justice, les esclaves tueurs, qui craignent la colère de leurs maîtres, tuent sans hésiter leurs pères, leurs mères, leurs frères, leurs sœurs…

Parfois, les Tueurs promènent leurs esclaves dans les rues, musique en tête. Un d’entre eux tient une perche et sur cette perche est clouée une étoffe. Alors les voyous s’arrêtent, admirent les couleurs vives, les passementeries, le cosmétique ; et quand vient à passer la perche, — sous la pluie cinglante qui les bafoue et les flagelle, — ils ôtent leurs chapeaux.


Tuer et opprimer au nom de « dieu »…

Les Faiseurs de pluie

On rencontre parfois dans les rues des gens étranges : ils sont vêtus de robes, comme les femmes, mais ce sont des hommes. Leurs habits sont noirs, leur démarche est lente, leur maintien grave, leurs manières douces, leur voix mielleuse, leurs yeux sont baissés vers la terre. Ils rasent soigneusement les poils de leur figure, à l’instar des comédiens et des garçons de café. Ils rasent aussi, sur le sommet de leur crâne, un petit cercle de cheveux. Ce sont les faiseurs de pluie.

Leur fonction est telle : servir d’intermédiaire entre les hommes ordinaires et quelqu’un qui, affirment-ils (et cela saute aux yeux), habite dans les nuages. Fonction importante entre toutes, comme vous pouvez bien penser.

Il y a grande hostilité entre tous les faiseurs de pluie du monde : ceux d’un pays regardent les autres comme des charlatans, des imposteurs. Pour se reconnaître au milieu d’eux, l’embarras pourrait être grand. Mais nous, qui avons eu le bonheur de naître au pays des faiseurs de pluie catholiques romains, nous savons de toute évidence que c’est leur habitant des nuages qui est le bon.

Comment s’appelle ce brave homme qui demeure si haut ? — Suivant les lieux et les temps, il a différents noms : Jéhovah, Brama, Allah, Croquemitaine, le grand Castor, Manitou, etc… Appelons-le, si vous voulez, Manitou.

De quoi est-il fait, M. Manitou ? — de bois, assurent les sorciers noirs. Mais les sorciers blancs sourient de pitié :

« Il n’est fait de rien. »

Je crois qu’ils sont dans le vrai.

« Il est partout et nulle part. »

Nulle part, je crois qu’ils ont raison.

Quand la sécheresse menace le sort des récoltes, les intermédiaires assemblent leurs ouailles, et s’écrient :

« Prions, mes frères, afin que le Seigneur donne à nos champs desséchés l’humidité bienfaisante. »

Puis ils se posent sur leurs genoux, entrelacent les doigts de leurs deux mains et murmurent très vite une suite de mots latins appris par cœur.

Au bout d’un temps plus ou moins long, il pleut. Les hommes sont sauvés.

Des farceurs (il y en a partout) insinuent en ricanant qu’il fallait bien que la pluie finisse par tomber, un jour ou l’autre, et qu’elle serait tombée tout de même, sans l’intervention des hommes aux robes sombres. Quel blasphème !

Mais nous n’allons pas perdre notre temps à réfuter ces tristes individus. Laissons-les à leur pourriture.

Cet exemple — d’où vient leur nom — montre assez l’utilité des intermédiaires. Cette utilité est immense : elle s’étend à tous les actes de la vie. Quand un petit enfant vient au monde, on se hâte de le porter au sorcier, qui lui frotte le bout du nez avec une pincée de sel, fait quelques gestes et prononce des mots latins. Et c’est bien heureux pour le petit enfant, car sans cela l’habitant des nuages le prendrait en grippe et le ferait souffrir après sa mort.

N’allez pas croire par là que M. Manitou soit méchant. Non : c’est un bon homme qui aime les gens, pourvu que les gens fassent tout ce qu’il veut, et il veut qu’on verse du sel sur la tête des nouveaux-nés. C’est ce que les faiseurs de pluie expliquent aux petits enfants, dès qu’ils sont en âge de comprendre :

« Qu’est-ce que Manitou ? — Manitou est un pur esprit, éternel, infiniment parfait, créateur du ciel et de la terre, et souverain Seigneur de toutes choses.[1] — Qu’est-ce qu’un mystère ? — Un mystère est une vérité révélée de Manitou, que nous devons croire, quoique nous ne puissions pas la comprendre. — Qu’est-ce que le Ciel ? — Le Ciel, qu’on appelle aussi Paradis, est un lieu de délices où vont ceux qui obéissent aux faiseurs de pluie. — Qu’est-ce que l’Enfer ? — L’Enfer est un lieu de tourments où les damnés sont pour toujours séparés de Manitou et souffrent avec les démons des supplices qui ne finiront jamais. — Qui sont ceux qui vont en Enfer ? — Ceux qui vont en Enfer sont ceux qui n’obéissent pas aux faiseurs de pluie. »

Voilà de l’instruction, ou je ne m’y connais pas. Elle ne se borne pas là, et c’est encore un vrai plaisir que d’entendre les petits garçons et les petites filles de dix ans réciter avec conviction les « commandements de Manitou mis en vers français » :

Luxurieux point ne seras

De corps ni de consentement.

L’œuvre de chair ne désireras

Qu’en mariage seulement.

Etc……

Le nom du poète qui prit la peine, inspiré par Manitou, de forger ces vers d’airain, n’est pas parvenu jusqu’à nous. N’importe : vers ou prose, ce sont là de sages avis, et l’on ne saurait trop louer les intermédiaires d’avertir les bambins de dix ans de ne point convoiter la femme de leur prochain. Il y a là une urgence manifeste.

Les faiseurs de pluie apprennent bien d’autres choses, fort intéressantes, aux petits enfants. Ils leur apprennent que Manitou est à la fois unique et triple, qu’il est en même temps son propre père et son propre fils ; qu’étant toute bonté et toute puissance, il a bien voulu, un jour, fabriquer l’univers, les animaux, les hommes, et, du même coup, les maladies, les guerres, les crimes, les injustices, toutes les souffrances et toutes les hontes. Ils leur apprennent que Manitou, l’amour même, paye par une éternité de supplices l’erreur d’une minute ; que Manitou, la justice même, se laisse influencer par des supplications, des dons et des promesses, tout comme nos juges en robe. Ils leur apprennent que Manitou fit une fois un enfant à une jeune femme, par un procédé connu de lui seul et qui n’offensait en rien les bonnes mœurs ; et que cet enfant, devenu homme, ne faisant que troubler la rue, finit par être cloué sur un gibet par ordre du gouvernement. Et, tout en célébrant le fils de M. Manitou, dont ils se disent les humbles disciples, ils recommandent bien à leur auditoire de ne jamais faire comme lui ; et ils applaudissent des deux mains chaque fois que le gouvernement enfonce un clou dans la chair d’un perturbateur.

Les faiseurs de pluie enseignent encore aux petits enfants que la vie n’est pas la vie, que la mort n’est pas la mort ; qu’il est parfaitement inutile d’être heureux tant qu’on respire, mais qu’il est très important de l’être alors que nous pourrissons sous la terre ; et que le meilleur moyen de goûter ce grand bonheur, c’est encore de ne pas manger de viande le vendredi et de donner beaucoup d’argent à l’Église.

Parlant au nom de celui qui a dit : « Tu ne tueras pas», les sorciers catholiques romains répètent qu’il faut frapper, brandir le glaive, terroriser. Parlant au nom de celui qui a dit : « Aimez-vous les uns les autres», ils vont criant : « Haïssez-vous les uns les autres !».

Au bout de quelques années de cette éducation solide, les faiseurs de pluie convient les enfants à venir avaler Manitou. Après avoir chanté des airs traînards à la gloire de ce nouvel aliment, les jeunes garçons et les jeunes filles s’approchent d’une balustrade, l’air sournois ; et, dans leur bouche grande ouverte, le sorcier officiant jette l’habitant des nuages, qui, pour la circonstance, a pris la forme d’une rondelle de pain à cacheter. C’est, assure-t-on, le plus beau jour de leur vie. Je le crois sans peine.

Avant d’être admis à l’honneur de digérer une pâture aussi rare, il a fallu que chaque enfant vînt nettoyer sa conscience devant un sorcier :

« Qu’avez-vous fait de mal, mon enfant ? — Je ne sais. — Voyons : n’avez-vous jamais fait ceci, ni cela, ni encore ceci ? — J’ignorais ces choses abominables ! — Eh bien, maintenant vous les savez : ne les faites jamais. »

Cette petite cérémonie doit se renouveler souvent, dans le cours de l’existence, aussi souvent qu’il est nécessaire pour se laver des mauvaises actions.

« Mon père, j’ai menti, j’ai volé, j’ai tué… — Vous vous repentez, mon fils ? — Comment donc ! — C’est bien. Je vous donne l’absolution. Allez : vous êtes blanc comme neige. »

Beaucoup de gens trouvent ce procéder assez commode : les officiers d’état-major, entre autres, ne sauraient s’en passer.[2]

A chaque acte important de votre existence, les faiseurs de pluie sont donc là et font en sorte de rendre cet acte agréable à Manitou. S’agit-il de se marier, ou même de mourir, il faut bien se garder de le faire avant qu’un sorcier n’ait secoué sur vous quelques gouttes d’une eau mystérieuse. C’est assez dire combien de tels hommes sont indispensables ; et quand on songe qu’il y a des gens dénués de raison au point de se passer de leur saint ministère, on est pris d’une grande pitié.

Les faiseurs de pluie font vœu de pauvreté ; aussi ne possèdent-ils que quelques misérables milliards. Ils font vœu de chasteté, et ils disent :

« La femme est un être impur ; ne succombons pas avec la femme !… Succombons avec les petits garçons. »


Justice d’oppression…

L’Homme qui juge

Il y a des hommes qui font métier de juger les hommes.

Chaque jour, ils font comparaître devant eux quelques-uns de leurs compagnons d’existence ; ils les interrogent, pèsent leurs actes et leurs intentions, disent : « Ceci est bien, ceci est mal», déclarent que telle action mauvaise doit être réparée par tant de souffrance ; puis ils font signe à d’autres individus chargés de doser la souffrance.

Ces hommes qui jugent les hommes, qui sont-ils donc ? Des saints, ou tout au moins des héros de vertu ?

Pas le moins du monde. Ce sont des gens comme vous et moi, ni meilleurs ni pires que les autres ; quelquefois pires.

Quand les jeunes de la caste des riches ont, tant bien que mal, terminé, dans les lycées, aux frais des pauvres, ce qu’ils appellent leurs études ; quand ils ont, à force de recommandations, satisfait à des examens, et obtenu, à force de filouteries, un diplôme, estampillé par l’État, qui les déclare supérieurs au reste des hommes, — leurs engendreurs s’assemblent, perplexes, et disent : « Qu’allons-nous faire de notre héritier ? » L’héritier, qui n’a pas de goût pour les labeurs utiles, et qui veut, à l’instar de ses parents, vivre aux dépens de la masse, répond parfois : « Je veux être assassin. » Alors il entre, sous la tutelle du gouvernement, à Saint-Cyr ou à Polytechnique. D’autre fois il répond : « Je veux faire mon droit. »

Faire « son droit», c’est le rêve de tous les jeunes bourgeois sans vocation et sans idéal, cœurs secs et cerveaux vides, heureux de passer sur les trottoirs du « quartier latin » de bonnes années de paresse et de noce. C’est aussi le rêve des petits ambitieux, futurs mangeurs d’hommes, herbe mauvaise et vivace de politiciens et de gouvernants.

Leur principale occupation sera de boire, avec ostentation, en compagnie de malheureuses femmes condamnées pour vivre à louer leur corps aux passants. Ils les méprisent et elles les méprisent ; mais ils s’affichent avec elles aux terrasses des cafés, afin de faire croire à tous qu’ils sont des hommes. Souvent ils font pis ; ils s’amusent quelque temps de filles du peuple, pauvres petites âmes vouées à toutes les tentations, les rendent mères et les abandonnent, — les poussant négligemment au suicide ou à la honte, au fleuve et au ruisseau.

Aux jours d’effervescence sociale, ils se plaisent encore à briser quelques vitres, à faire tout le bruit qu’ils peuvent, acclamant ou conspuant quelque chose. Quoi ? ils n’en savent trop rien, répétant ce qu’ils entendent dans leurs familles ou ce qu’ils lisent dans les gazettes. Mais, d’instinct, ils sont toujours contre le peuple ; et s’ils se trouvent acclamer une bonne cause, c’est bien par hasard.

Lorsque les monômes, le café et les filles leur laissent quelque répit, ils vont dans une école écouter des hommes graves, à faces de singe, qui leur enseignent des choses iniques. Ils apprennent là le mépris de la simple justice née d’elle-même dans les intelligences loyales, et le respect de l’iniquité imprimée dans les codes, héritages des bêtes fauves nos ancêtres ; ils apprennent par-dessus tout le respect de la propriété fondée sur le vol. Pour leur inculquer la notion du juste, on ne trouve rien de mieux que de leur faire admirer les institutions féroces d’une nation dure et impitoyable, morte dans la pourriture il y a près de quinze cents ans, et fameuse parmi celles qui ont le plus terrorisé la terre et les hommes. Et le peu de conscience droite que ces lamentables jeunes gens avaient pu sauver de la famille et du collège, ils achèvent de le perdre.

Ils ont raison de dire qu’ils font leur droit, et non pas le droit ; sans peut-être même s’en rendre bien compte, ils sentent tout de même que ce qu’ils apprennent là, ce n’est pas le vrai droit, mais un droit spécial à eux.

Au sortir de cette école, que deviennent-ils ? Ils deviennent notaires, et ils volent leurs clients ; avoués, et ils grugent les plaideurs ; huissiers, et ils dépouillent les miséreux de leurs meubles ; diplomates, et ils se mentent entre eux ; politiciens, et ils trompent le peuple ; journalistes, et ils vendent leur plume ; avocats, et ils parlent contre leur pensée ; jugeurs d’hommes, et ils distribuent de la souffrance.

On peut dire sans exagération que tout ce qui trompe, gruge, pille et opprime le peuple souverain, sort en grande partie de l’École de Droit.

Voilà quels sont les saints et les héros de vertu qui vont passer leur existence à peser les actes et les intentions d’autrui.

Une fonction si haute ne peut pas s’accomplir tout simplement, vous le pensez bien. Il y faut de l’apparat et du cérémonial. Tout d’abord, les jugeurs d’hommes — comme les domestiques de grande maison — mutilent leur figure : ils empêchent leur barbe de croître, rasant les lèvres et le menton, et ne lui réservant qu’un petit espace, le long des joues. Ils s’appliquent ainsi à ressembler à des singes, font tout leur possible pour atteindre le maximum de laideur ; ce à quoi ils arrivent sans grande peine, car leur laideur morale jaillissant de tous les pores de leur face, ils sont naturellement hideux.

Cet affreux aspect, ils le complètent par un accoutrement grotesque qui rappelle, à s’y tromper, celui des médecins de Molière : longues robes et bonnets carrés. La première fois qu’on les voit, ainsi affublés, faire leur entrée dans la salle de séance, à la file indienne, on s’esclaffe. Instinctivement, on cherche, dissimulée dans leurs larges manches, la seringue traditionnelle. A quelle bonne bouffonnerie va-t-on assister ? Hélas ! c’est à une tragédie. Ces paillasses ne viennent pas là pour faire rire, mais pour faire pleurer.

Disons tout de suite que, leur journée finie, ils ont grand soin d’accrocher leur défroque à un clou et de remettre la vaste, avant de se montrer dans la rue, où, vêtus comme tout le monde, leur présence n’est pas trop remarquée. Ils disent à cela qu’ils n’aiment pas les pommes cuites et les trognons de choux. Comme je les comprends !

Ayant fait leur entrée dans la salle, grimés et costumés, ils prennent place sur une estrade, et, étant ainsi plus élevés que le public, le public tremble devant eux et les honore. Car le meilleur moyen pour se faire respecter de la foule, c’est de l’obliger à lever les yeux vers soi. Au même niveau qu’elle, il n’y a pas de prestige possible ; et plus bas qu’elle, vous êtes perdu.

Cependant nos guignols, ayant troussé leurs jupons, se vautrent dans de vastes fauteuils où la plupart ne tardent pas à s’endormir.

Alors, on introduit devant eux les mauvais hommes, ceux qui n’ont pas rigoureusement conformé leur conduite aux cinq cent mille trois cent vingt-quatre paragraphes d’un gros livre. Ces 5324 paragraphes, — véritables versets d’une autre Bible — nul n’est censé les ignorer, même ceux qui ne savent pas lire. En réalité, tout le monde les ignore, à commencer par les jugeurs. Et la preuve, c’est qu’ils ont la plus grande difficulté à se reconnaître parmi ce fatras. Ils ont beau feuilleter les pages, invoquer les textes, amonceler les citations, jamais ils ne sont d’accord. L’un condamne en vertu de tel article ; l’autre acquitte en vertu de tel autre article ; et souvent c’est la même phrase qui, commentée différemment, dit tantôt blanc, tantôt noir, fait de l’innocent un coupable et du coupable un innocent. Changez de place une virgule, et la face de la justice est retournée. O justice !

Cette bible moderne, qu’on appelle le Code, que dit-elle ? elle dit que la femme est l’esclave du mari, que l’enfant est la propriété du père, que le pauvre est la chose du riche, que le faible est le jouet du fort. Elle protège le vol sous sa forme propriété ; punit la propriété sous sa forme vol. Elle décrète qu’une grande partie des hommes n’aura point part aux richesses matérielles et intellectuelles de la terre, qu’ils ne pourront point prendre conscience d’eux-mêmes et s’améliorer, mais croupiront dans l’ignorance, la brutalité, l’alcoolisme ; puis après, elle les châtie parce qu’ils sont des ignorants, des brutes, des alcooliques. Elle leur fait un crime au verso de ce dont elle leur fait une loi au recto. Elle décrète pour les uns le droit à ne rien faire, pour les autres l’obligation de peiner durement. A ceux-là, s’ils fautent, elle est toute clémence et toute indulgence ; à ceux-ci, toute rigueur et toute implacabilité. Au rebours de la logique et des lois physiques mêmes, les gros s’échappent à travers les mailles de son filet, et les petits y restent pris. Filet fantastique !

Livre redoutable et sacré, cette Bible — beaucoup moins attrayante que l’autre — nous fut léguée, dans ses grandes lignes, par un peuple de voleurs cauteleux et d’aventuriers bavards qui établirent autrefois leur repaire sur les bords du Tibre, et qui, de là, se lançaient sur le monde pour le désoler. C’est à la lumière de ces intelligences lointaines et brutales que les jugeurs d’hommes examinent nos actes ; c’est aux idées de ces pillards sur la morale qu’ils veulent que nous conformions notre conduite, et nous ne sommes de bons citoyens, d’honnêtes gens, qu’autant que nous pensons et vivons ainsi que le voulait, il y a quatorze siècles, l’empereur Justinien.

Les jugeurs d’hommes sont assis, comme des marchands, devant un grand comptoir. Qu’y vendent-ils ? du drap ? des salaisons ? des fromages ? Bien mieux : la justice. Tout simplement.

Leur boutique porte, comme enseigne, une balance. Une balance qui n’est rien moins que de précision. Au petit bonheur, cahin-caha, ils vous y pèsent les intentions humaines, comme d’autres deux kilos de sucre. Et, soit qu’ils aient beaucoup d’ouvrage, ou qu’ils aient hâte d’aller se promener, ils ne prennent pas toujours le temps de s’assurer si les deux plateaux sont en équilibre ; de sorte que ceux qui viennent dans leur magasin acheter de la justice, en sortent presque toujours volés.

Derrière le dos de ces singuliers débitants, est pendue au mur une peinture qui fait frémir : c’est l’image d’un homme nu, à l’air très doux, qui râle sur un gibet où on le fixa à l’aide de clous dans ses membres. C’est, paraît-il, sur l’ordre des juges de son époque que ce malheureux fut mis à mort de cette façon épouvantable.

Les mauvais hommes qui ont contrevenu, sans même le connaître, à l’un des 5324 articles du grand Livre, et qu’on amène devant les marchands aux figures sinistres, sont frappés d’effroi à la vue du supplicié, qui est pour eux comme un avertissement tragique. Ils sont démontés aussi par l’étrangeté de la salle où ils se trouvent, par les dorures du plafond qui contrastent avec leurs loques, par les regards du public plantés sur eux comme sur des bêtes rares, par les préposés aux meurtres nationaux qui les tiennent et dont les moindres mouvements font retentir d’effrayants cliquetis d’armes blanches, et surtout par la rangée de médecins de Molière devant qui ils comparaissent. Aussi n’ont-ils point leur tête à eux ; et, quand le chef des marchands les interroge, ils bredouillent, ne savent que dire, renoncent à se disculper. Alors leur affaire est claire, et ça ne traîne pas ; en deux temps et trois mouvements, le chef jugeur décide que le mauvais homme qu’il a devant lui sera privé de son existence pendant une période plus ou moins longue, suivant l’inspiration du moment. Et cela se passe comme il l’a dit : on emmène le méchant homme, on l’enferme entre quatre hautes murailles, on lui rase les cheveux et la barbe, on lui fait revêtir un costume triste, on lui met les pieds dans de gros sabots, puis on le force à travailler servilement, sous le bâton et sous la botte, durant des mois ou des années, jusqu’au terme prescrit. Pour le punir de sa dégradation antérieure, on l’avilit, on le dégrade de plus en plus ; puis, un beau jour, on le rejette dans la circulation avec de nouveaux vices, de nouvelles tares, une bien plus grande aptitude à offenser le gros Livre.

Quand il est entré dans la maison aux hautes murailles, ses compagnons de chaîne lui ont dit :

« Qu’as-tu fait pour venir ici ?… Quoi ! rien que cela ? Et tu t’es laissé prendre ? Maladroit ! Voici comment il fallait faire. »

Il s’instruit donc et se promet de faire mieux à l’avenir. Un jour, l’un d’eux l’a pris à part :

« Le beau Nénesse et moi, nous combinons un chouette coup pour notre sortie ; veux-tu en être ? C’est simple : une vieille femme à estourbir et une villa à dévaliser… Tu ne sais pas manier un surin ? On te donnera des leçons. »

Et c’est ainsi que, sur l’ordre exprès des jugeurs et aux frais des bons contribuables, le mauvais homme parachève son éducation. Dans le recueillement de la centrale, il s’enrôle sans bruit dans l’armée rouge, se prépare en silence aux futures besognes de sang. Après quelques années passées dans la compagnie de cambrioleurs, de sodomistes, de souteneurs, d’égorgeurs, on peut croire qu’il n’a plus qu’un faible penchant à tenir compte du Livre sacré et de ses cinq mille trois cent vingt-quatre versets. Et c’est alors qu’on lui ouvre la porte toute grande et qu’on le lâche en pleine société.

Aux pauvres filles qu’ils ont jadis séduites et qui, de chute en chute, sont tombées bas, les jeunes fêtards d’autrefois, devenus magistrats, sont implacables. Mais aux belles dames du monde qui ont le revolver trop prompt et l’arsenic trop facile, ils sont tout sucre et tout miel.

La boutique des jugeurs d’hommes est très achalandée ; tous les âges, toutes les conditions s’y coudoient. Tous ceux qui ont entre eux des sujets de rivalité, de contestation, de querelle, s’y donnent rendez-vous ou s’y traînent les uns les autres ; et, dans une société qui est précisément basée sur la rivalité, la guerre d’homme à homme, on peut penser s’ils doivent être nombreux ! Devant le comptoir, c’est un défilé continuel. Créanciers impayés, industriels menacés par la contrefaçon, hommes politiques diffamés, maris trompés, voleurs volés, rouleurs roulés, floueurs floués, tout ce monde s’en vient crier vengeance aux pieds des arbitres. Parmi toutes ces jérémiades, embrouillées comme à plaisir par les roueries et les mensonges de chaque partie, de leurs défenseurs et de leurs témoins, comment les arbitres pourraient-ils jamais se reconnaître, à supposer qu’il en eussent l’envie ? Aussi s’en remettent-ils sagement au dieu hasard ou au dieu profit, donnant raison tantôt à X, tantôt à Z, au gré de leurs intérêts ou de leur humeur présente, les yeux fermés, la main ouverte ; et ils ont la satisfaction de penser qu’ils doivent quelquefois tomber juste. Rabelais nous conte l’histoire d’un juge qui jouait les sentences au sort des dés ; assurément, c’est là le procédé le plus commode, le plus expéditif et le plus impartial. Puisque les intéressés eux-mêmes n’arrivent pas à s’entendre sur des choses qu’ils connaissent mieux que personne au monde, on ne peut pourtant pas vouloir que des étrangers aient le pouvoir de faire la lumière sur une affaire qui ne les regarde pas ? Pile ou face est donc tout indiqué.

Il faut d’ailleurs rendre cette justice aux arbitres qu’ils font tout ce qu’ils peuvent pour dégoûter le public d’avoir recours à eux. D’abord ils vendent leur marchandise à des prix fous : pour vous régler une petite contestation de dix francs, ils vous présentent une note de trois cents francs, dans lesquels ne sont mêmes pas compris leurs appointements, puisque c’est le peuple tout entier qui les paie. Puis ils mettent, à s’occuper de votre affaire, toute la mauvaise volonté possible. Leur lenteur est proverbiale : des différents qui, entre gens raisonnables, se fussent réglés en dix minutes, ils les règlent en dix ans, et encore sans contenter personne. On a vu des procès survivre à leurs auteurs, se transmettre d’héritiers en héritiers, passer de générations en générations, pour la plus grande gloire et le plus grand profit des marchands de justice. Mais rien ne lasse la patience de la gent plaideuse.

Les justiciards ont autour d’eux une armée d’individus baroques aux occupations bizarres, avoués, huissiers, greffiers, avocats, syndics, notaires, etc., qui se renvoient de l’un à l’autre le douloureux plaideur, comme une chiffe. A chacun, bon gré, mal gré, il faut abandonner un lambeau de sa chair. Vampires voraces, ils se cramponnent après vous de tous leurs ongles, et ne vous lâchent qu’une fois vidé ; et, pour humer le sang de vos veines, ils ont ce suçoir terrible : le papier timbré.

Ces individus parlent un jargon extraordinaire, un stupéfiant galimatias que je les défie de bien comprendre eux-mêmes. C’est dans ce langage inouï, fait de mots qui ne figurent à aucun dictionnaire et d’une syntaxe qui n’est exposée dans nulle grammaire, que sont rédigées — par quel tour de force ? — les terribles feuilles de papier timbré. Dans l’impossibilité de ne rien comprendre, l’acheteur de justice jette sur ces grimoires cabalistiques des regards navrés ; pourtant, tout au bout de la liasse, il saisit une petite phrase, qui est très claire : « Coût : 7fr.50».

Malgré tout, le magasin des vendeurs de droit (pas magasin de nouveautés, hélas !, mais de bien vieilles vieilleries) ne désemplit pas. Qu’importent au bon contribuable toutes les rebuffades, toutes les avanies qui l’y attendent ? Un bon contribuable ne se rebute de rien.

Pour décider du sort des mauvais hommes, les jugeurs ont deux méthodes. S’agit-il de causes petites, de banales histoires de vol et d’escroquerie, maigres larcins, menues filouteries, ils mettent, à dépêcher leurs affaires, une hâte fébrile. Les accusés défilent devant eux au galop, ayant à peine le temps de s’arrêter et d’entendre les questions qu’on leur pose au passage :

« Vous avez commis tel méfait ? — Mais non… — Ça ne fait rien. Huit jours de prison. Au suivant ! »

Et, tandis que le défilé continue, les pauvres jugeurs jettent, de temps à autre, des regards anxieux sur l’horloge :

« Je n’aurai jamais fini à 5 heures… Et la petite Irma qui m’attend au café du coin ! »

Sur ce, ils distribuent de la justice à toute vapeur. C’est entre eux une émulation à qui prononcera le plus de sentences dans sa journée, — quelque chose comme le record de l’heure ; et le public est presque aussi nombreux qu’au vélodrome. A la fin de l’année, on décore le gagnant.

Mais lorsqu’il s’agit de causes sortant de l’ordinaire, — beaux assassinats bien horribles, affaires de mœurs bien grasses, — alors les jugeurs prennent leur temps et leurs aises. Ils s’établissent dans une salle bien plus grande et bien plus belle, comme s’ils voulaient faire honneur au satyre ou à l’assassin. Ils distribuent des tickets d’entrée, ils font mettre derrière eux, en bonne place, un fauteuil pour la petite Irma, venue dans sa plus belle toilette. Tout le beau monde des champs de courses et des bazars de charité est là, au grand complet ; la salle est pleine de parfums et de petits rires ; on dirait un mardi à la Comédie-Française.

Quand le mauvais homme paraît, toutes les lorgnettes se braquent sur lui ; des dessinateurs crayonnent, des objectifs se déclenchent. Alors commence la représentation.

Les jugeurs, pour la circonstance, se sont adjoint des aides ; ils ont racolé quelque part une douzaine de gros hommes, propriétaires, rentiers, commerçants, choisis parmi les castes hostiles à celle de l’accusé ; et ces douze ventres vont décider du sort de cet homme.

Contrairement aux jugeurs professionnels, les juges amateurs acquittent quelquefois ; la raison, c’est que, n’ayant pas l’habitude, manquant d’entraînement, ils se croient parfois tenus — quelle aberration ! — d’écouter leur conscience.

Un grand diable vêtu de rouge se lève :

« Messieurs, l’homme que vous avez devant vous est le dernier des scélérats. Tous les crimes imaginables, il les a commis. Donc, il faut séparer sa tête de son corps. Messieurs les jurés, donnez-moi sa tête. »

Un autre individu, habillé de noir, se lève à son tour :

« Messieurs, celui qui est devant vous est le plus parfait honnête homme que je connaisse. Il n’a rien fait qui ne soit à son éloge. Donc, il ne faut pas séparer sa tête de son corps. Messieurs les jurés, laissez-lui sa tête. »

Et, suivant que l’un ou l’autre parle, intarissablement, durant des heures, l’homme apparaît tout à tour au public stupéfait comme une grande canaille ou comme un petit saint. Il faut que l’un des deux bavards soit un fieffé menteur.

Celui qui donne de telle entorses à la vérité, est-ce que les gardiens de la justice ne vont pas le faire empoigner sur-le-champ ? Ils dorment. Quant aux douze amateurs, ils sont en train de « se faire une opinion. » D’ailleurs, il paraît que ceci est conforme au rite. Les deux orateurs n’ont que faire de la vérité : ils sont payés, l’un pour plaider blanc toute sa vie, l’autre pour toute sa vie plaider noir.

Ici, ce n’est plus le sort des dés qui décide, c’est le jeu du volant. A coups de raquettes, le parleur noir et le parleur rouge se renvoient, à travers la salle, la tête de l’homme. Les douze ventres diront quel est le vainqueur.

La joute finie, faute de salive, le chef jugeur réveille, à coups de coude, ses acolytes affalés sur le comptoir. Ils se retirent dans l’arrière-boutique, ainsi que les autres acteurs du drame, et, contrairement aux bonnes traditions du théâtre classique, la scène reste vide. Pourquoi ne baisse-t-on pas le rideau ?

Mais on frappe trois coups : tous rentrent en scène ; c’est l’épilogue. La main sur le cœur, comme s’il allait chanter, le président des douze ventres déclarent que le parleur rouge est le gagnant. En conséquence, on lui accorde la tête de l’homme, qu’il fera couper par son domestique.

Dans son cadre, sur le mur, le supplicié blond a frissonné et ses cinq plaies se sont rouvertes ; mais, dans la bousculade de la sortie, personne ne l’a vu.

… Il y a des hommes qui font métier de juger les hommes…

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Illusion démocratique… Le suffrage universel comme plus grande mystification du siècle !

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 20 juillet 2020 by Résistance 71

 


Voter c’est acquiescer, se soumettre…

 

La plus grande mystification du siècle !

 

Tract anarchiste distribué entre 1880 et 1910

 

Les anarchistes, conséquents avec eux-mêmes, avec leurs revendications et leurs espérances, renient absolument la religion du bulletin de vote, et, loin de considérer le suffrage universel comme une panacée, comme un instrument d’émancipation, ils y voient, au contraire, un odieux instrument de domination, LA PLUS GRANDE MYSTIFICATION DU SIÈCLE !

Le suffrage universel, en effet, n’est, au fond, que le droit de choisir nous-mêmes nos maîtres, de désigner la sauce à laquelle nous préférons être mangés.

Ne donnons donc pas à notre misérable condition, à notre infériorité subie, le caractère inexpiable d’une servitude volontaire, d’une misère acceptée, consentie, VOTÉE !! !

Ce n’est pas à nous de choisir des verges pour nous fouetter… Voilà pourquoi les anarchistes sont partisans de l’abstention ; voilà pourquoi ils prêchent la grève électorale. Entendons-nous ! Il ne s’agit pas de l’abstention stérile et lâche qui consiste à ne rien faire et à tendre docilement le cou au joug et les mains à la férule. Notre abstention s’arrête au bord des urnes. Elle ne nous empêche pas de nous mêler à l’agitation électorale, mais seulement pour en démontrer l’inanité, pour préconiser nos idées et faire au tribunal de la foule le procès de tous les candidats et de toutes les candidatures.

Nous refusons de souscrire à notre propre asservissement, mais, en revanche, nous voulons substituer à l’action parlementaire qui fait des dupes et des sceptiques, l’action révolutionnaire qui fait des convaincus.

Ce que nous conseillons, c’est l’abstention ACTIVE ! Au lieu de nous en remettre à d’autres du soin de notre salut, nous voulons accomplir nous-mêmes, directement et sans intermédiaires nos revendications et nos affranchissements.

La souveraineté ne se délègue pas ; elle s’exerce !

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De Résistance 71 :

Pour un résistance politique active (PDF)

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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¡Ya Basta!