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Réflexion critique : de l’aliénation capitaliste (OSRE)

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Qu’est-ce que l’aliénation capitaliste ?

Rébellion organe de l’OSRE

Mai 2022

Source: https://rebellion-sre.fr/quest-lalienation-capitaliste/

Le capitalisme n’est pas seulement un système économique, il est la matrice qui a engendré le monde moderne et aussi un type humain, que certains ont appelé Homo Oeconomicus, fruit d’une véritable transformation anthropologique. Il a réalisé ce que les régimes totalitaires du XX° siècle avaient rêvé de faire sans pouvoir le réaliser: donner naissance à un homme nouveau et cela à l’échelle mondiale. Armé de sa technique et de son dieu unique, l’Argent, il a conquis le monde, c’est-à-dire qu’il l’a transformé en désert. Désert autour des hommes mais désert aussi en l’homme. Pour comprendre ce nouveau monde et ce nouvel homme, pour savoir comment une telle chose a pu se produire, il faut revenir à un concept fondamental mis en lumière par Karl Marx dans son analyse du capitalisme: l’aliénation.

L’aliénation comme une dépossession

La définition que l’on trouve dans le dictionnaire du mot aliénation nous dit que c’est «l’état de l’individu qui, par suite des conditions extérieures (économiques, politiques, religieuses) cesse de s’appartenir, est traité comme une chose, devient esclave des choses et des conquêtes même de l’humanité qui se retournent contre lui». Le seul mot français aliénation traduit deux termes allemands utilisés par Marx: Entäusserung (v. entäussern: se défaire de; adj. äusser: extérieur, externe) et Entfremdung (v. entfremden: éloigner, détacher, détourner; adj. fremd: étranger). Ce terme traduit donc un sentiment d’extériorisation, de dépossession de soi et d’étrangeté face au monde et à soi-même. Mais pour Marx il ne peut se comprendre qu’au sein du processus de domination du capital qui passe par l’exploitation, l’aliénation, la réification.

Car cette dépossession est le résultat de l’exploitation capitaliste, c’est-à-dire du fait que dans l’entreprise capitaliste les salariés produisent une valeur équivalente à celle de la force de travail (travail concret qui leur est versé sous forme de salaire) mais aussi une valeur additionnelle (travail abstrait qui donne la plus-value, la valeur, que gardent les capitalistes). Le travail vivant (concret) est transformé en abstraction (la valeur), c’est-à-dire en argent. Dans le monde capitaliste l’immense majorité des individus ne possèdent pas leur outil de travail, ils sont obligés de rejoindre des entreprises qui leur fournissent les moyens de travailler. Ils en sont réduits à vendre leur seul bien, leur force de travail, c’est-à-dire eux-mêmes, pour fabriquer des marchandises. Dés lors leur travail n’est plus qu’une marchandise parmi d’autres et ils doivent agir comme des capitalistes: pour survivre ils doivent impérativement vendre leur marchandise-force de travail sur un marché du travail où les salariés du monde entier sont mis en concurrence. Le salarié est celui qui extériorise sa propre puissance subjective (sa force de travail) en lui donnant, sous la forme d’une marchandise, une existence objective et cela dans le but de gagner un salaire lui permettant d’acquérir d’autres marchandises.

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Elle n’est pas une fatalité

Ce que Marx a critiqué ce n’est pas le travail en lui-même mais la forme spécifique qu’il a pris dans le monde capitaliste, la forme-marchandise. Le travail n’était pas aliéné, il l’est devenu à la suite d’une transformation sociale dont on peut faire l’histoire (ce que Marx a fait dans le livre I du Capital). Cette forme d’aliénation n’est pas une conséquence inéluctable de l’histoire humaine et elle n’a pas toujours existé comme voudraient nous le faire croire les idéologues du système. Alors que le travail avait permis à l’individu de s’affirmer en tant qu’homme, de dépasser l’animalité, la seule nécessité, pour agir sur son milieu et le maîtriser, il est devenu une forme de servitude. Il n’est plus un but en lui-même, il est devenu un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Ce qui devrait permettre l’affirmation de soi est devenu l’instrument de la négation de soi. Le travail qui était liberté et indépendance devient servitude et enfermement dans un processus abstrait et technique que personne ne maîtrise plus. L’individu aliéné perd toute conscience de sa force, de son pouvoir d’agir et de transformer le monde. Il est dépossédé de la maîtrise du monde qu’il habite et de son destin. De la naissance à la mort, en passant par l’enfance, l’école, le travail, la sexualité, la politique, les loisirs, la vieillesse, tout est laissé aux mains des experts, des techniciens, des gestionnaires. Tout ce qui reste à l’homme, c’est vendre et acheter, c’est se vendre et consommer. La loi du commerce a remplacé les valeurs du travail. Et cette servitude est appelée à ne pas connaître de fin car dans le système capitaliste la production, rebaptisée croissance, est un moyen qui n’a d’autre fin qu’elle même.

L’aliénation capitaliste ne touche pas seulement ceux qui travaillent, elle s’est étendue à tous les humains et au monde entier à travers la domination absolue de l’argent. L’argent est la marchandise- reine, celle qui permet d’avoir toutes les marchandises, celle qui est là pour remplacer tous les liens traditionnels que le développement du capitalisme et l’atomisation des individus ont détruits. L’argent, comme le travail dans le système capitaliste, réduit l’individu à n’être qu’une abstraction. On ne travaille que pour en gagner car il est le signe de la puissance, qui s’appelle aujourd’hui «le pouvoir d’achat». Celui qui en possède n’a aucun pouvoir mais il offre tous les moyens d’en obtenir. L’argent est l’objet absolu de tous désirs, le Désir objectivé, matérialisé. En posséder permet de consommer, d’acquérir tous les objets techniques qui s’offrent comme le moyen d’échapper à cette solitude, à cette angoisse face à un mode devenu étranger et incompréhensible. Mais le sentiment de puissance que procurent ces objets n’est qu’éphémère et, tout comme la production de marchandises, il ne peut avoir de fin car il renforce ce qu’il est censé combattre: l’aliénation et la réification. Ce qui se présente comme un remède n’est que le renforcement du mal et ceux qui le possèdent sont tout autant aliénés que ceux qui n’en ont pas.

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Une marchandisation de l’humain

Ainsi la particularité de l’aliénation et de la réification capitalistes ne peuvent se comprendre qu’au sein de l’exploitation. D’un travail qui dans les sociétés traditionnelles était intégré dans la vie, le capitalisme a fait quelque chose d’extérieur, une marchandise comme une autre. L’individu aliéné en arrive à considérer le monde, les choses, les autres comme il considère son travail: un moyen pour autre chose. Le monde, la nature ne sont plus que «l’environnement», le décor plus ou moins naturel dans lequel il évolue; les choses ont acquis une vie propre: les objets techniques et les machines qui devaient le servir et l’aider l’emprisonnent toujours davantage en se transformant en prothèses indispensables entre lui et la réalité; les autres sont au mieux des amis virtuels avec qui on n’a de lien que par écran ou téléphone portable interposés mais le plus souvent ils ne sont que des objets vivants mais insignifiants pour lesquels on ne ressent ni haine, ni amour, ni aucune sorte d’empathie, juste de l’indifférence. Enfin «libéré» des devoirs et des obligations traditionnels perçus comme des liens entravant sa liberté, persuadé de n’avoir aucun pouvoir sur ce monde où de toute façon il se sent étranger et qu’il accepte passivement tel qu’il est, il ne reste à l’individu aliéné que lui, que cet ego que la publicité flatte pour mieux l’exploiter. Il cultive sa différence et son originalité, qui ne sont rien d’autre que le produit de l’aliénation. Il ne se préoccupe que de son «développement personnel» en exploitant de son mieux son entreprise: lui-même. Il considère son corps, ses capacités, ses sentiments, ses relations comme des investissements qu’il pense pouvoir gérer rationnellement, en bon manager. Il n’est plus soumis à la dictature de la marchandise, il est devenu marchandise. Il a fait siennes les lois du système capitaliste dont il n’est que le produit et il reproduit à son échelle, envers lui-même et les autres, les mécanismes de domination: exploitation, aliénation, réification. Dés lors le monde ne peut avoir comme seul sens que celui d’un grand marché où tout se vend, où tout s’achète, où tout le monde est en concurrence avec tout le monde, où rien n’est vrai et où tout est permis.

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Retour à l’essentiel

On rejoint alors la deuxième définition du mot aliénation donnée par le dictionnaire: «trouble mental passager ou permanent qui rend l’individu comme étranger à lui-même et à la société où il est incapable de se conduire normalement».

Dans le système capitaliste les hommes ne contrôlent pas leur propre activité productive mais sont dominés par les résultats de cette activité. Cette forme de domination prend l’aspect d’une opposition entre les individus et la société, qui se constitue en tant que structure abstraite. Cette domination abstraite est exercée sur les individus par des structures de rapports sociaux quasiment indépendantes, médiatisées par le travail déterminé par la marchandise. Le système capitaliste c’est cette société individualiste où se sont constitués des rapports sociaux tellement objectivés qu’ils ont pris une indépendance complète à l’égard des individus. C’est cette domination abstraite qui amène à la domination de classe et non le contraire. Dénoncer les banques et les oligarchies financières, prendre l’argent aux riches pour le donner aux pauvres, ne changeront en rien les structures du système de domination capitaliste et ne mettront donc pas fin à l’aliénation. Comprendre l’aliénation ce n’est pas en sortir car personne n’est en dehors de ce système et ne peut s’en faire le critique en prenant une position extérieure. Mais la comprendre c’est déjà faire un effort pour en prendre conscience, comprendre que cette domination a une histoire et chercher les voies permettant de la dépasser. Car il ne s’agit pas de revenir à «un bon vieux temps» d’avant l’aliénation, il s’agit de s’approprier ou de se réapproprier ce qui s’est constitué sous une forme aliénée.

Paru initialement dans le numéro 54 dans la revue Rébellion

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Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

ÉTEIGNONS LES ÉCRANS RALLUMONS NOS VIES

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De la pourriture ambiante : le capitalisme comme culte de la mort et la science comme pute de luxe au service d’une idéologie marchande moribonde mais toujours bien dangereuse…

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jesuis

Le capitalisme est un culte de la mort et la science est une pute

Dr Bones

2015

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Le texte superbement mis en PDF par Jo:
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Ce que l’on pourrait appeler “l’état d’esprit païen” pourrait en fait être mieux référer comme une “conscience radicale”.

Je ne me conçois pas comme un païen (je me vois plutôt comme un gnostique et un occultiste), mais dans mon travail j’en ai vu assez pour savoir que les pouvoirs et les divinités servis par ceux se considérant comme tels, sont bien réels. Ce n’est pas parce que je ne travaille pas avec eux que je doute de leur existence. Sur le plan métaphysique, j’ai plus à voir avec un polythéiste qu’avec un monothéiste quoi qu’il en soit. Ce sont deux visions du monde totalement différentes.

L’esprit païen ne fut pas quelque chose de superficiel, mais tout un nid de structures de croyance qui demeura infiltré même sous la main de fer de l’église : là résidaient les raisons pour lesquelles vous laissiez de la nourriture pour les morts, que vous ne coupiez pas certains arbres, que vous pouviez mettre la statue d’un saint à l’envers pour le punir si celui-ci ne faisait pas ce que vous lui demandiez. C’était une carte mentale remplie d’une inter-connectivité de toutes choses où même le plus commun des objets ou la créature la plus commune faisaient parties d’un tout plus grand, plus vaste, plus sacré. Ceci représentait l’affirmation de la vie et non pas la négation de celle-ci ; le monde, le “cosmos” était au-delà du bien et du mal, ses manifestations de la même façon partie d’une grande unité que ses qualités invisibles. Des puissances, que certains comprenaient d’autres pas, interagissaient les unes avec les autres et c’est de cette synthèse qu’était faite la réalité. Arlea Æðelwyrd Hunt-Anschütz a décrit ce concept en tant que Wyrd dans son “Qu’est-ce que le Wyrd ?

“Wyrd veut dire littéralement ‘ce qui est devenu’, cela porte l’idée de “transformation” à la fois dans le sens de devenir quelque chose de nouveau et dans le sens de retourner vers un point de départ. En termes métaphysiques, wyrd personnifie le concept que tout se transforme en quelque chose d’autre tout en étant à la fois tiré vers son point de départ et s’éloignant de ses origines. Ainsi, nous pouvons penser du wyrd comme étant un processus qui travaille continuellement les schémas du passé en ceux du présent.”

Même après sa perte de pouvoir sociétal suite à des générations d’éradication et de conversion, cet état d’esprit d’affirmation et de libération continua soit à exister dans la culture populaire de manière dégradée ou fut gardé gentiment à couvert ; parfois, comme dans ce cas fascinant du culte du crâne de Fontenelle, un peu des deux. Ceci persista parce que ça marchait. Mais maintenait tout cela parmi une culture monolithique et un système de croyance qui niait littéralement les choses que vous entendiez et dont vous étiez les témoins ce qui ne fut pas une mince affaire. Cette conscience radicale fut un rejet en bloc de tout ce que la structure de croyance dominante représentait.

Lorsque le monothéisme chrétien est devenu l’idéologie dominante, il a imposé quelques uns de ses axiomes indiscutables, des schémas de pensée informant les observations quotidiennes de ceux qui y croyaient. Alors qu’auparavant il y avait multiplicité, il n’y avait dorénavant plus qu’une seule et unique explication et un code écrit pour toute chose. Par exemple, seul dieu donne leurs âmes aux humains, les animaux étaient donc des choses insensibles à des fins d’utilisation par les humains. Ceci mena à tous les abus possibles sur le règne animal. L’environnement naturel n’était là donc que pour son utilisation par l’humain et donc avec rien d’autre que quelques outils de base et des armes, l’Ouest américain, cette frontière du “Far-West” vit en son époque une destruction écologique et humaine sans précédent dans la croyance que tout cela n’était juste que des ressources à exploiter. Dans la grande hiérarchie de Jehovah, l’homme sert dieu et la femme sert l’homme, faisant de la moitié d’une espèce des serviteurs permanents de l’autre. Ces édits n’étaient fondés que sur une vision totalement négative de la vie, que le monde d’ici-bas et tout ce qu’il contient n’étaient que de “qualité inférieure” au sein d’une grande hiérarchie emplie d’anges ; plus les choses en étaient éloignées et mieux c’était. Ces idées qui naquirent dans la chrétienté du Moyen-Age, devinrent profondément ancrées dans nos psychées et continuèrent à influencer la pensée humaine, ce longtemps après la substitution des ses ancêtres… jusqu’à aujourd’hui.

“L’esprit païen” en regard de cette idéologie en est l’anti-thèse. D.H. Lawrence in Etruscan Places le décrit fort justement :

“… Le concept de la vitalité de cosmos, la myriade de vitalités dans sa confusion sauvage, qui est toujours prise en compte : et l’humain, dans le tumulte, s’aventurant, luttant pour une chose, la vie, la vitalité, toujours plus de vitalité, emmagasiner en lui toujours plus de la vitalité du cosmos. Voilà le trésor. L’idée religieuse active fut que l’humain, par vivacité et en exerçant subtilement toute sa force, pourrait attirer plus de vie pour lui-même, plus de vie, plus de vitalité resplendissante, jusqu’à ce qu’il devienne brillant comme le matin, irradiant comme un dieu.

La bataille de l’idéologie s’est produite et s’est terminée et nous sommes victorieux.

Je ne dis pas que le fondamentalisme chrétien n’est plus une menace. Le danger rampant du dominionisme, mélange théocratique de fascisme et de christianisme, pourrait parfaitement pondre un daesh protestant si les choses deviennent par trop inconfortables et la pensée chrétienne fondamentaliste imprègne plus que certainement de très larges sections du parti républicain. Tout ceci est vrai. Mais ces gens sont des résidus ou plutôt ce qu’il se passe lorsqu’une communauté commence à fondre. Confrontés à une perte de pouvoir dans un monde changeant, les groupes tendent à placer leurs croyances en des temps de pouvoir sur un piedestal fétichiste. C’est la raison pour laquelle l’URSS devint si paranoïaque et pourquoi les Américains croient toujours que nous pouvons revivre “le bon vieux temps” si seulement nous pouvions nous débarrasser des ces stupides républicains / démocrates et la clique politique (flash Info : non, vous ne le pouvez pas…)

Les évangélistes sont une minorité. Peut-être vocale et amère, mais une minorité néanmoins. Le monde pense qu’ils appartiennent à un musée.

Parce que…

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Dieu est mort…

Le grand philosophe Frédéric Nietzsche, dans son style dynamité, l’a d’abord reconnu dans son ouvrage du “Gai savoir” lorsqu’il y disait :

Dieu est mort. Dieu restera mort et nous l’avons tué. Comment nous réconforterons-nous, meurtriers de tous les meurtriers ? Que fut le plus puissant et plus sacré de tout ce que le monde a possédé et qui fut saigné à mort de nos couteaux ; qui va nous laver du sang qui nous recouvre ? Quelle eau reste t’il pour nous laver ? Quels jeux sacrés devrons-nous inventer ? La grandeur de cet acte n’est-elle pas trop pour nous ? Ne devrions-nous pas nous-mêmes devenir des dieux simplement pour paraître le mériter ?

Il faisait ici remarquer que le vieux monde, le monde des valeurs chrétiennes fondé sur un ordre universel absolu, physiquement maintenu par une déité vengeresse et omnisciente, était perdu à tout jamais, détruit par la popularité et la technique de la science. Le christianisme et ses diktats ne pouvaient plus être pris pour vérité, les mots d’un prêtre crus par dessus tous les autres, les écritures (saintes) n’ont simplement agi que sur une foi et un asservissement aveugles. Et que si vous commenciez à douter de quelques uns de ses segments, alors l’ensemble commençait à s’effondrer. Qui aujourd’hui peut honnêtement dire, parmi le camp fondamentaliste, qu’il ou elle a la même foi que le paysan moyen du moyen-âge ? Qui rejoindrait une croisade des enfants et attendrait que l’océan s’ouvre et les accueille en “terre sainte” ? Tout ça est bel et bien fini !

Mais la nature a horreur du vide et quelque chose d’autre a alors pris sa place. Une nouvelle conscience encore plus étrangère à la notre est montée en puissance : la conscience du capital.

Et Marx fit son entrée

“La bourgeoisie, à chaque fois qu’elle a eu le dessus, a mis fin à toutes relations patriarcales féodales, idylliques. Elle a déchiré sans pitié les liens féodaux qui liaient l’humain à ses “supérieurs naturels” et n’a laissé à ce qui restait rien d’autre que le lien entre l’homme et l’intérêt personnel, le rugueux “paiement en argent sonnant”. Elle a noyé les plus grandes extases de ferveur religieuse, d’enthousiasme chevaleresque, de sentimentalisme philistin, dans l’eau glacée du calcul égoïste. Elle a résolu la valeur personnelle en une valeur d’échange et à la place de libertés nombreuses, invincibles et répertoriées, elle a substitué la liberté unique et sans conscience, celle du libre-échange. En un mot, pour l’exploitation, voilée d’illusions religieuses et politiques, l’exploitation brute, directe, avérée et sans honte.

La bourgeoisie a arraché l’aura de toute occupation, de tout métier vu et honoré. Elle a converti le médecin, l’avocat, le prêtre, le poète, l’homme de science, en travailleurs salariés. La bourgeoisie a arraché de la famille son voile sentimental et a réduit la relation familiale à juste une relation d’échange monétaire.” – Karl Marx, “Le manifeste du parti communiste”, 1848 –

Les êtres humains ont besoin de valeur, nous recherchons et plaçons une signification pour toute chose. Forcés dans un monde avec la (fausse) compréhension que rien n’a de signification intrinsèque, qu’il n’y avait pas d’ordre ni de raison à l’univers, nous avons du créer les nôtres et en les inventant, nous avons eu besoin de mesurer à quel point cela valait la peine parce que nous existions maintenant dans un univers sans ordre moral absolu. Ainsi, l’argent devint le parfait véhicule. L’argent est un outil d’échange facile et aussi de mesure de la valeur, universelle. Tout et toute chose peuvent être mesurés par l’argent. Comme par magie, nous pouvons mettre en équation la valeur de 100 pommes de terre et utiliser ce symbole de la valeur pour acheter et obtenir des choses de valeur similaire. Nous pouvons dire quelles sont les “bonnes” choses parce que les “bonnes” choses sont plus chères. De cette manière, la valeur commerciale devient un étalon pour la valeur réelle elle-même. Le problème est que cela devient la seule mesure de la valeur. Comme l’a dit Marx : “Si l’argent est le lien qui me lie à la vie humaine, qui me lie à la société, qui me connecte avec la nature et l’homme, alors l’argent n’est-il pas le lien de tous les liens ? Ne peut-il pas dissoudre et attacher tous les liens ? N’est-il donc pas aussi l’agent universel de la séparation ?

Si Marx n’est pas votre truc, d’autres philosophes ont aussi noté la même chose.

Tous les liens, du sacré au profane, sont réduits à leur valeur monétaire. Cette façon de penser, cette idéologie infecte toutes nos relations et les brise littéralement. La malédiction bien connue de la loterie en est la preuve. Combien d’argent cela prendrait-il pour vous faire faire quelque chose que vous regretterez le reste de votre vie ? Vendre, trahir un ami ? Être témoin d’un crime et regarder de l’autre côté ? Quelques centaines de dollars ? Milliers ?…

Le Dr Farrell dans la série sur l’Archonologie nous dit :

“Avant l’élection du cardinal Jorge Maria Bergoglio comme pape François 1er, j’ai fait remarquer qu’une chose à bien observer chez le nouveau pape serait sa position sur la banque du Vatican, qui fut, comme vous vous en souvenez, impliquée dans toujours plus de scandales dans des affaires de blanchiment d’argent et quelques transactions des plus opaques avec des banques américaines. Comme les lecteurs de mon ouvrage ‘Covert Wars and Breakaway Civilizations’ se le rappelleront, ceci est une relation remontant à au moins 1948, lorsque l’Institut des Œuvres Religieuses, l’IOR (le nom de la banque du Vatican), fut utilisée comme accessoire dans le blanchiment de fonds de la CIA entrant en Italie afin d’assurer une défaite du parti communiste italien dans les élections de cette année là.

Aucune organisation croyant honnêtement en un dieu vengeur omniprésent, tenant les comptes de toute transaction morale, ne participerait à de telles opérations. Mais elle le ferait si elle ne croyait pas vraiment en toutes ces choses qu’elle prêche et si tout ce qui la préoccupait était l’argent. Le vieux roi est mort. Longue vie au roi !

Mais le capital en lui-même n’est pas suffisant pour façonner le monde à son image. Une nouvelle église doit être construite à la place de l’ancienne, ne serait-ce pour empêcher les gens de remarquer à quel point le roi Capital est mauvais. Et bien, dans la bataille entre dieu et la science, qui gagne ?

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Construire un nouveau dieu

Il y a en fait une nouvelle religion, une nouvelle église mondiale en compétition pour une position, vous n’en avez peut-être jamais entendu parler auparavant : le scientisme. Décrit comme “la croyance en l’application universelle de la méthode et de l’approche scientifiques et la vision que la science empirique constitue la vision du monde la plus “compréhensive” ou la partie la plus valable de l’apprentissage humain, à l’exclusion de tout autre point de vue.” Ceci sonne bizarre, mais suffisamment inoffensif je pense. Analysons tout ça un peu mieux.

La science moderne est souvent décrite comme ayant émergé de la philosophie ; bon nombre des scientifiques modernes originaux étaient engagés dans ce qu’ils appelaient “une philosophie naturelle”. Plus tard la philosophie a été vue comme une activité distincte de, mais intégrante de la science naturelle, chacune adressant des questions séparées par complémentaires, soutenant, corrigeant et soumettant une connaissance l’une à l’autre. Mais le statut de a philosophie a beaucoup perdu ces derniers temps. Ce qui est central au scientisme est la saisie d’un territoire presque entier de ce qui était considéré auparavant comme appartenant à la philosophie. Le scientisme considère la science comme non seulement meilleure pour répondre aux questions de la philosophie, mais encore comme étant le seul moyen d’y répondre. Pour la plupart de ceux qui s’immergent gentiment dans le scientisme, ce glissement est inconnu et n’est peut-être même pas reconnu comme tel. Mais pour d’autres, c’est explicite. Atkins par exemple, est très critique dans sa réfutation de tout le domaine : “Je considère qu’il est défendable de dire qu’aucun philosophe n’a aidé à élucider la nature ; la philosophie n’est que le raffinement de l’obstruction.”

Mais pas n’importe quelle science…

Cette attitude a été articulée dans l’autre groupe principal des théories scientifiques, qui rivalise avec les compréhensions essentialistes, c’est à dire les théories “institutionnelles”, qui identifient la science avec l’institution sociale de la science et ses praticiens. L’approche institutionnelle peut-être utile aux historiens de la science, car cela leur permet d’accepter les définitions variées des domaines utilisés par les scientifiques qu’ils étudient. Mais quelques philosophes vont jusqu’à utiliser des “facteurs institutionnels” comme critères de bonne science. Ladyman, Ross et Spurrett par exemple, disent qu’ils “se démarquent de la bonne science, autour de lignes qui sont inévitablement opaques, en référence à des facteurs institutionnels et non pas à des facteurs directement épistémologiques.

Oh, vous voulez dire ces institutions ?

“Toute discussion sur l’état de la science doit s’adresser directement à une massive expansion de la science financée de manière privée ces dernières décennies. En d’autres termes, cela doit gérer un statu quo que peu de scientifiques questionnent ni même ne reconnaissent…

“Aujourd’hui, un grand nombre de scientifiques sont employés et donc payés par Big Pharma, Big Agriculture et toutes ces entreprises ayant des agendas allant à l’encontre de l’environnement et de la justice sociale. Dans le même temps, les universitaires, bien que toujours largement financés par des fonds publics, ont leurs propres liens avec le capital. Beaucoup reçoivent des budgets de recherche et des bourses d’étude en provenance des entreprises de la biotechnologie, pharmaceutiques ou agricoles. Ils siègent dans des comités de conseil, supervisent et participent dans des évènements et des colloques financés par l’industrie et dépendent de liens avec l’industrie comme des couloirs de sortie pour l’emploi de leurs élèves et doctorants.”

Mais il y a mieux :

Les résultats sont directement apparents. Le grand nombre de rétractations de publications pour cause de mauvaise méthodologie, d’approches erronées, et de mauvaise conduite générale dans la recherche, cette dernière décennie, est absolument époustouflant. On a vu une myriade d’erreurs et de mauvaises études dans quasiment tous les domaines de la science. Le pourcentage des articles scientifiques qui ont été rétractés a décuplé depuis 1975,

Ainsi en va t’il de la “vérité objective”.

Une fois de plus, le capital fait levier et utilise les structures existantes pour façonner le monde à son image, faisant avancer une vision du monde en adéquation avec ses intérêts, dissolvant tous les liens sauf les siens. Quand un système d’idées et de technologies est tenu par des intérêts financiers, ils prennent une toute autre importance, même lorsqu’il s’avère être inutile et même dangereux. Ce système devient un dogme religieux, un canon de vérité indiscutable, des bulles pontificales infaillibles, un test qui sert à déterminer les gens “bons et intelligents” des “mauvais et des idiots”. Les faits, les idées et même les technologies deviennent moins important que de s’assurer que le flot de fric continue de couler et la seule façon de le faire est de faire plaisir aux gens qui ont ce fric, essentiellement en s’assurant aussi que ces personnes continuent à avoir ce fric. Vous ne me croyez pas ? Demandez à Nicolas Tesla ou Rudolf Diesel (si vous pouvez le trouver)…

Une des critiques essentielles de Nietzsche au sujet du christianisme était que cette religion niait la vie, elle était une idéologie construite pour détruire et nier les sentiments naturels de l’Homme, le monde naturel lui-même. Il identifiait dans la vie deux instincts différents : un instinct réactif et un instinct pro-actif. Le Dr W. Large dans un essai sur l’athéisme de Nietzsche dit :

Les forces réactives, comme le suggèrent les mots n’existent qu’au travers une opposition à une autre force qu’elles rejettent. Les forces réactives nous dit Nietzsche sont toujours négatives.  Il serait mieux de comprendre cette relation en termes de modèle politique ou social, c’est à dire en termes de relations entre les groupes. Un groupe réactif est un groupe qui n’a un sentiment de pouvoir et de puissance qu’à travers la haine qu’il éprouve pour un autre groupe et qui ne gagne de valeur qu’à travers cette négation. Tout ce que nous faisons est bon, alors que tout ce que les autres font est mauvais. Les forces pro-actives au contraire s’affirment d’elles-mêmes ; elles possèdent leurs valeurs dès le début et ne les obtiennent pas au travers de la haine qu’ils éprouvent de ceux qui sont différents d’eux. Le christianisme, du point de vue de Nietzsche, est une philosophie réactive, se construisant toujours en insistant sur ce qu’il n’est pas, gagnant du pouvoir en niant les aspects de la vie et de la réalité en les supplantant avec sa propre interprétation et objectifs biaisés ; relevant d’une stricte dichotomie entre le nous et eux, ce monde et notre monde.

Une défense rigide de la science empêche les scientifiques de reconnaître que Monsanto monopolise la production de graines (OGM), dicte les prix du marché pour le bénéfice exclusif des agriculteurs riches, favorise l’émergence de super mauvaises herbes résistantes, permet la transmission transgénique à des cultures sauvages dans d’autres pays et utilise l’État pour doper ses revenus… Pourtant, das le sillage de ces infos qui endettent les fermiers, bon nombre d’entre eux furent amenés au suicide, bon nombre de groupies des cultures OGM ont écrit des réfutations drastiques, refusant d’admettre que la production et l’introduction du coton Bt de Monsanto et les goûts exorbitants des graines et produits chimiques associés ont créé une véritable crise de la dette chez un grand nombre de paysans indiens… Plus troublant encore, Monsanto et autres entreprises multi-millionnaires de l’agribusiness ont supprimé la recherche indépendante sur leurs cultures génétiquement modifiées, ce depuis des décennies.(Source)

Cela ne peut pas être mauvais parce que seuls les non-croyants stupides en la science sont mauvais ! Si on ne la défend pas, cela veut dire qu’ils pourraient avoir raison !” C’est une attitude observée un grand nombre de fois dans le camp fondamentaliste de la “science” et pourtant cette attitude s’accentue dans le monde de la communauté scientifique, qui va même pousser le bouchon jusqu’à fabriquer des citations pour affirmer à quel point ils ont raison et à quel point ont tort les non-croyants. Le système s’auto-nourrit : vous n’obtenez des budgets financiers pour votre science que si vous êtes une personne comp´´tente et intelligente. Comment cela est-il déterminé ? Si vous croyez les mêmes choses que nous, l’establishment, parce que nous savons ce qui est vrai ou faux. Comment le savons-nous ? Parce que les gens que nous payons pour faire la recherche nous ont assuré que nous avions raison. Bien sûr, il y a eu quelques uns de ces scientifiques qui se sont trompés, qui ont eu des vues hérétiques. Mais ne vos inquiétez pas, nous savons comment nous occuper d’eux…

Les similarités entre l’establishment scientifique et le système de patronage de l’église catholique au moyen-âge sont frappantes. Mais qu’est-ce exactement que cette glorieuse vista de progrès qui nous est introduit par les meilleurs esprits que le fric puisse acheter ?

Le modèle prévalent, pas seulement pour l’esprit humain, mais pour la réalité dans son ensemble, est un modèle mécanique déterministe : l’univers opère et se régit sous des lois immuables, sur un chemin immuable et inaltérable et nous ne sommes juste qu’une bande de machines pensantes . Votre personnalité, votre caractère et vos sentiments ne sont que des ornements ; les schémas de pensée collectés au travers de vos années d’existence que vous déterminez être “vous” ne sont que de toutes nouvelles strates de poussières. La vie n’est qu’une concurrence constante entre des factions en lutte pour la survie du plus apte et il n’y a rien d’autre, alors profitez-en du mieux possible tant que ça dure.

Charmant n’est-ce pas ? Quelle belle affirmation de la vie. Pas étonnant que sa très large adoption en Europe ait mené à une baisse drastique de la démographie et à une choquante révolte parmi sa jeunesse. Pris d’un excellent article de la revue Ritual :

“Les agences de renseignement estiment que des milliers de combattants étrangers d’Europe occidentale, se sont rendus en Syrie et en Irak pour répondre aux différents appels aux armes d’organisations djihadistes variées y opérant (NdT : essentiellement créées et maintenues opérationnelles par ces mêmes services de renseignement occidentaux..)… Qu’est-ce que ces jeunes élevés dans le confort tranquille du cœur de ce qui est supposé être “le meilleur des mondes possibles”, espèrent trouver parmi les ruines et les cadavres d’Alep ? Pourquoi des milliers de personnes quittent le soi-disant rêve banlieusard pour combattre et mourir sous la bannière d’un racket brutal dont l’apparence et l’idéologie ressemblent à une ombre atavique d’un autre temps ?

“Parmi les nombreux entretiens, témoignages, documentaires et messages vidéos au sujet et de ces “combattants étrangers” en Syrie, il y a un fragment de discussion de deux djihadistes belges sur leur motivation à rester, à combattre une guerre sanglante dans une ville largement désertée avec laquelle ils n’ont absolument aucune connexion. Au départ, la conversation se focalise sur un devoir théologique, un sens d’empathie humaine pour les victimes du régime d’Al Assad et la frustration émanant de la politique étrangère occidentale, les points de discussion disons classiques. Mais bientôt, la conversation opine vers la vie quotidienne du militant. Comment ici, sur le front d’une guerre sans espoir, ils ont trouvé une communauté de croyants qui mangent ensemble, qui prient ensemble, qui s’occupent les uns des autres, qui pansent leurs blessures et qui se couvrent l’un l’autre sur le champ de bataille. Comme l’a dit un djihadiste britannique : “Nous sommes comme un seul corps, si une partie souffre, les autres parties réagissent.” Ce qu’espèrent trouver ces âmes errantes dans les runes et les morts du Levant est quelque chose en quoi ils peuvent croire, quelque chose qui sature chaque action d’un sens pérenne qui supplante le tangible et le transcient, une communauté pour laquelle cela vaut la peine de vivre et de mourir et maintenue en place par quelque chose d’autre que la règle de l’or, du fric…

“Quand des jeunes de la classe moyenne de villages endormis du cœur de l’Europe décident de prendre les armes pour un racket brutal n’offrant pas grand chose d’autre qu’une mer de décapitations et une mort sous le soleil implacable de Levant, il reste peu de chose à dire au sujet du supposé “triomphe du progrès”, du capitalisme et de la démocratie libérale. Des mots d’un imam canadien dont quelques jeunes élèves sont partis combattre pour l’EIIL / Daesh : ‘Quand vous ne trouvez pas un but, un sens à la vie, la seule chose pour laquelle vous êtes impatient, c’est la mort.”

Quand mourir dans le désert pour une cause dont vous n’avez que la plus petite des connexions devient une meilleure option que l’existence dans un vide spirituel, nous devons nous demander juste à quel point ce système mécanique déterministe est-il valide et fiable. Ici, aux Etats-Unis, la supposée “terre de toutes les opportunités” et de capitalisme à fond la caisse, les gens sont plus déprimés que jamais auparavant et si la bahut est en session cette semaine, il y a une grande chance que quelqu’un y sera tué. Entre tout ça, le taux de suicide continue de grimper, laissant dans l’expectative des communautés entières qui se demandent qu’est-ce qui a bien pu se passer pour en arriver à ce marasme là.

Peut-être est-ce parce que nous sommes forcés de nier une réalité bien plus grande.

religionCOVID

Ne tolérez pas les hérétiques

Nietzsche, bien que virulent athée, a vu les “hommes de science” et les sceptiques de son temps comme n’étant pas meilleurs que ce qu’il pensait être les chrétiens dupés et dupeurs. Il a vu en eux la même marque de fabrique que le Vrai Croyant et a dit dans son livre “Par delà le bien et le mal” :

“L’homme objectif est un instrument, un instrument de mesure coûteux, facilement dommageable et un appareil de réflexion, qui doit être respecté et bien traité ; mais il n’est pas le but, il n’est pas l’homme complémentaire dans lequel le RESTE de l’existence se justifie de lui-même, il n’est pas la fin et pourtant moins que le commencement ou une cause première, rien de tel,

**

vous, taupes pessimistes !” […]

“Quelle est la nature de la réalité ? D’où cela provient-il ? L’univers a t’il eu besoin d’un créateur ? Traditionnellement, ces questions sont pour la philosophie, mais la philosophie est morte. La philosophie ne nous a pas maintenu au niveau des développements modernes de la science, de la physique en particulier. Les scientifiques sont devenus les porteurs du flambeau de la découverte dans notre quête de la connaissance.” — Stephen Hawking et Leonard Mlodinow, The Grand Design —

Vous vous rappelez du truc au sujet des philosophies réactives ? Dans un entretien avec le quotidien The Guardian de Londres, Hawking pontifie “Je considère le cerveau comme un ordinateur qui s’arrêtera de fonctionner lorsque ses composants casseront. Il n’y a pas de vie après la mort ni de paradis pour les ordinateurs brisés. Ce n’est qu’un conte de fée pour les gens qui ont peur du noir…” Vraiment ?

Une vie après la mort, la réincarnation et les vivants parlant avec les morts ? Peut-être après tout que les sorciers et sorcières savaient quelque chose de plus que le commun des mortels.

Et ce n’est pas juste l’existence d’une vie après la mort qu’ils voudraient juste expliquer, mais la nature même de la conscience. On nous dit que nous ne sommes que des machines, que notre esprit est constitué de petites tempêtes électriques, qu’il n’y a aucune preuve que notre esprit s’étende au delà de notre corps. En fait, James Randi, le légendaire sceptique, a offert jusqu’à 1 million de dollars à quiconque pourrait prouver fausse cette vison du monde. Mais voilà, ce n’est pas si simple :

[…]

“Ne faites pas attention à cet homme derrière le rideau”

Demeure la question du pourquoi, pourquoi nous gave t’on avec un establishment scientifique qui ignore pratiquement toutes les données contraires à cette vision du monde matérialiste, qui continue à hurler (même contre des preuves du contraire) qu’un univers vide et stérile est tout ce qu’il y a ? Simple. La seule science qui s’effectue est celle qui est payée, qui reçoit des budgets. Les seules personnes qui peuvent payer pour que tout ceci soit fait sont celles appartenant à des intérêts privés ayant beaucoup de capital. Ces gens veulent qu’une certaine vision du monde soit non seulement confirmée mais aussi disséminée. Parce que tout cela sert un objectif. Nous avons déjà établi comment le système capitaliste est un système global de contrôle et d’exploitation. Il serait impossible de maintenir en place ce système de servitude si la réalité du “non visible” était non seulement prouvée, mais aussi connue dans les grandes largeurs. Vous pensez que les strates supérieures de la pyramide capitaliste ne savent pas et ignorent ce qui a trait aux esprits, aux pouvoirs magiques et aux possibilités réelles de l’esprit humain ? Diable, la CIA possède sa propre division, son propre département de parapsychologie (et l’a fermé lorsqu’un agent en a parlé publiquement) et quelqu’un comme Poutine a un magicien grassement payé dans son personnel du nom d’Alexandre Douguine.

Non, la personne qu’ils ne veulent absolument qu’elle ait des connaissances sur ces sujets c’est VOUS, les gueux, la classe travailleuse, l’homme du commun. Et pourquoi ? Et bien c’est assez simple. Cela devient très difficile d’avoir quelqu’un se concentrer neuf heures ou plus par jour dans son temps de travail lorsque cette personne sait que sa conscience peut littéralement se déplacer dans le temps… Cela devient un défi de maintenir la jeunesse focalisée essentiellement sur l’acquisition de biens de consommation absolument inutiles quand ils sont certains que cette vie n’en est qu’une parmi tant d’autres. […]

En bref, leur monde, le monde du pognonthéisme devient non seulement sans importance, mais complètement futile et obsolète.

Le monde capitaliste repose sur un vide qui ne peut être que remplit par des biens matériels, repose sur des personnes terrifiées et se sentant effroyablement seules. Il va vigoureusement écraser et annihiler tout challenge à son existence vide parce que s’il les autorise à avoir raison, ne serait-ce qu’une fois, alors cela remet tout en question. Si les gens peuvent apprendre d’un monde plus profond, bien plus riche, complètement distancié du monde mesquin de la finance, un monde qui transcende les commodités et les prix, d’une plus grande existence sur laquelle ils peuvent se brancher aujourd’hui, sans avoir à payer quoi que ce soit… alors le monde de la production capitaliste tombe comme ce jouet bon marché et sans goût qu’il est. Ainsi, la vieille conscience radicale, maintenant mise sur les rails et se développant, sera maintenue censurée et enterrée.

Et tout comme nous avons survécu à la première suppression, nous survivrons à celle qui vient.

Le texte en PDF : Le-capitalisme-est-un-culte-de-la-mort-la-science-une-pute

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

===

Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

la-ou-nul-nobeit-personne-ne-commande

destruction_creation
La vie est une relation extatique entre la destruction et la création…
La société marchande est la mort…
La société des sociétés est la vie…

Il n’y a pas de solution au sein du système… Quand détruire est créer : de la tyrannie marchande à la société des sociétés en territoires émancipés…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 9 mai 2022 by Résistance 71

L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux ayant lâcher-prise de l’illusion démocratique et se tenant main dans la main avec les peuples colonisés contre l’oppression étatico-marchande, marchant sur le chemin de la société des sociétés, celui de notre humanité enfin réalisée.

Il n’y a pas de solution au sein du système… Le comprendre et agir, enfin…

~ Résistance 71 ~

Astyle

Une lutte militante anarchiste internationale

Groupe anarchiste anonyme

2022

Traduit de l’anglais par Résistance 71 

9 mai 2022

Alors que les guerres entre les états-nations deviennent de plus en plus fréquentes et attirent des volontaires du monde entier, c’est le moment idéal pour réfléchir sur ce qui caractérise les militants anarchistes internationaux.

Leurs objectifs sont de :

  • Créer des territoires autonomes
  • Construire des communautés libératrices et des corps politiques
  • Se battre aux côtés des opprimés du monde
  • Fournir une solidarité internationale au-delà des frontières

Le terme “militant anarchiste” devrait être redondant car tous ceux qui se battent pour la libération devraient prendre une approche militante. Mais la tendance récente des soi-disants anarchistes en Occident est de libéraliser le mouvement anarchiste, ceci culminant avec ce renversement scandaleux des choses qui voit de tels groupes marcher dans les rues au son des tambours de l’OTAN et donc imposent le fait que la signification de ce qu’est être un anarchiste a besoin d’être réévalué et son héritage historique être continué.

Créer des communautés et des territoires autonomes

La priorité est de saisir des territoires afin d’aider à détruire et balayer les états-nations, de contrôler les moyens de production pour que les ressources soient équitablement distribuées et ne tombent pas entre les mains des exploiteurs capitalistes. Pour ce faire, la tache essentielle est de bâtir des forces et des groupements politiques de façon à ce que nous soyons une formidable faction lorsque le moment se présentera. C’est un processus qui prend du temps et de la motivation, de la patience, des années d’entraînement et d’étude (NdT : comme l’ont fait dans le secret des villages les Zapatistes du Chiapas entre 1984 et 1994). Ceci sera récompensé car lorsque les états et les démagogues se battront entre eux, nous pourrons prendre l’avantage sur le tumulte et créer un territoire.

Alors que nous construisons nos factions armées, nous bâtissons simultanément des structures libératrices et des communautés. Notre mouvement ne pourra pas réussir si un état oppresseur est remplacé par un autre, si la suprématie capitaliste blanche est remplacée par un démagogue autoritaire ou vice versa ; si une forme d’anarchistes oppresseurs et des citoyens de “seconde classe” remplacent un fascisme par un autre, un fascisme “démocratiquement imposé”.

Nos forces et nos communautés devraient être construites d’une façon consistante avec notre éthique et nos principes d’organisation : respect de chacun, priorité aux besoins des gens, recherche, éducation et connaissance fondées sur la lutte des peuples, une communauté de défense dispersée dans toute la société. Ces principes forment la base des décisions de chaque collectif.

Nous comprenons que la fondation centrale est la défense et la stratégie. Ceci est la place et le rôle du militant anarchiste. Voilà comment l’entrainement porte ses fruits. Avec la bonne préparation, nos territoire créent des espaces pour des communautés libérées et des structures sociales qui pourront fleurir, ceci crée aussi des zones tampon qui peuvent nous permettre de défendre ces zones.

Nous pouvons regarder et analyser les travaux de Makhno, de Zapata, de la Guerre d’Espagne et de la préfecture de Shinmin. Ces exemples nous montrent le chemin du succès et nous fournissent de bons signaux à suivre.

Nous apprenons de Shinmin que la défense doit être égale à la population qui vit dans le territoire, elle doit être étendue partout et pas seulement aux forces armées. Alors que les régimes haineux doivent être combattus, nous devons aussi reconnaître que tenir un territoire représente aussi une faiblesse dans une lutte de guérilla. Si des attaques sont lancées depuis notre région, nous devons être capable de contrer quelque réponse qu’elle occasionnera. Les attaques lancées doivent aussi incapaciter l’ennemi dans sa riposte.

La défense n’est pas juste s’entrainer aux armes et tenir un territoire, c’est aussi tenir une ligne politique sans flancher. Ceci est une des leçons essentielles de la guerre civile espagnole de 1936. Les militants furent trahis avant même qu’ils fussent capables de recueillir les fruits de leur batailles. La CNT insista pour rejoindre le gouvernement de coalition, affaiblissant ainsi la position des militants anarchistes en créant une ouverture pour que les fascistes saisissent le pouvoir. Ceci est un avertissement qui vaut pour tout anarchiste aujourd’hui. Tenir une ligne ferme entre le travail sans concession et ces soi-disants “radicaux” mous du genou et qui donne une idéologie au pouvoir, ils se sont déjà vendus avant même d’avoir obtenus quelque gain que ce soit. Une ligne entre ceux commis aux principes politiques et ceux prêts à abandonner doit être fortement tracée et vite.

Inévitablement, lorsque des territoires libérés existent, il doit y avoir par nécessité de survie et afin de ne pas être annihilés par des adversaires mieux armés, des négociations inconfortables et des compromis. Mais il est impératif de noter que ces compromis ne devront pas être faits à moins d’être absolument nécessaires. S’ils sont faits avant d’avoir des territoires, cela ne fait que renforcer l’État, sans que nous ne gagnions quoi que ce soit. Avant de prendre/libérer des territoires de l’État, notre ligne politique se doit d’être sans compromis, c’est notre forte éthique qui nous unit pour la lutte. Tous nos efforts doivent se focaliser sur la préparation de forces de combat et la promotion d’un mouvement plus fort. Nous devons focaliser notre énergie sur tous les aspects qui mèneront à des gains matériels pour notre côté.

Se battre du côté des opprimés du monde

Notre combat est du côté des opprimés du monde. Ceux d’entre nous vivant dans des états particulièrement malfaisants comme les Etats-Unis, les états européens, l’Australie ont une responsabilité particulière d’étudier et de comprendre comment ces états ont pillé le monde et de combattre ces états bec et ongles. Il est de notre responsabilité de demeurer imperméables et ultra résistants à leur propagande afin de ne pas devenir l’aile radicale de leur agenda. Par exemple, ces soi-disants anarchistes qui répètent en bons perroquets la propagande états-unienne au sujet de l’Ukraine ne font que renforcer leur politique mondialiste et hégémonique.

Nous ne devons JAMAIS écouter et donner une quelconque importance à leur propagande, celle qui dit qu’ils se battent pour “la liberté” et “la démocratie”. Ils ne font que se battre pour la liberté des marchés capitalistes et les seuls droits de la culture européenne et de la société blanche. Nous devons nous tenir en dehors de cette rubrique et nous aligner avec ceux qui ont senti le vent du boulet de cette “liberté”. Ne vous leurrez pas à croire que vous serez OK et en sécurité en vous alignant avec un tel pouvoir. En tant qu’anarchiste, votre seule allégeance est aux opprimés, au mouvement et à la destruction de ces états bestiaux.

Toute notre sécurité et notre futur demeurent dans un territoire libéré, émancipé. Le rôle de l’anarchie et des anarchistes et de libérer la lutte de toutes ces promesses creuses et des machinations soporifiques de la propagande d’état. Pour être du bon côté de l’histoire, nous devons nous tenir la main dans la main avec tous ceux que l’occident a pillé, qui ont été massacrés par ses mercenaires, qui ont été escroqués, abusés par ses soldats de fortune d’extrême droite. Nous devons prendre exemple sur nos camarades d’Amérique du Sud et Centrale, d’Afrique, afin de nous assurer depuis notre position au sein de la culture de ces assassins efficaces et les plus forts promoteurs des groupes politiques de la droite extrême, que nous luttons suffisamment fort et depuis la bonne perspective.

Solidarité Internationale au travers des Frontières

En tant qu’anarchistes vivant dans des états impérialistes ou des états qui s’ingèrent dans les affaires des autres, qui arment des nazis et qui mettent des régimes d’extrême droite au pouvoir un peu partout, qui tuent et attaquent des peuples qui ne font que défendre leurs maisons et leurs communautés, qui arment et entraînent des groupes pour faire la guerre par procuration (NdT : comme les Contras, Al Qaïda, L’EI/Daesh etc…), nous avons le devoir de combattre tout cela et de saboter leurs moyens de tortures des peuples en lutte. Si nous ne le faisons pas, nous ne sommes guère plus que des collabos. Avoir une perspective internationale veut dire comprendre le rôle du pays où vous êtes nés et son terrain géographique, géopolitique et de prendre les actions directes décisives pour l’empêcher de nuire. Ceci est la véritable signification de la solidarité.

Il n’y a jamais de bon moment où cela a un sens de collaborer avec un tel État. Notre but et seul devoir est de le saboter et de le détruire.

Cette solidarité ne vaudrait pas la peine si nous ne construisions pas activement un différent type de communauté, de structure politique pour s’enraciner sur les ruines de l’État. Nous agissons maintenant pour empêcher la mort de toujours plus de gens, d’empêcher la mort de camarades qui luttent à l’étranger et nous nous consacrons à la longévité de la lutte afin que les générations futures ne souffrent pas de cette même malfaisance.

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Lire notre texte : “Nous sommes tous des colonisés !”

Voir nos pages : “Colonialisme, doctrine chrétienne de la découverte” &

“Colonialisme et luttes indigènes” & “Comprendre et démonter la loi coloniale” &

Réseau de Résistance et de Rébelilon International”

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

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Devant tous les mensonges et les impostures étatico-marchands… Les 5 points de la voie émancipatrice finale (Résistance 71)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, société des sociétés, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , on 18 mars 2022 by Résistance 71

R71slogan

Les cinq points de la voie émancipatrice

Résistance 71

18 mars 2022

Suivre ces cinq points essentiels nous mènera à la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée :

  1. Langage : ne pas laisser la langue être transformée, annihilée, restaurer et maintenir la langue traditionnelle
  2. Territoire : Selon le principe disant que la question sociale est une question agraire, nous devons nous reconnecter et changer notre relation avec la terre ancestrale
  3. Nourriture : la base d’une bonne santé et d’un système immunitaire opérationnel, ceci veut dire retour à un régime alimentaire traditionnel, complet et sain
  4. Peur : cesser d’avoir peur. La peur est l’outil de division et de contrôle du système qui n’a pu et ne peut perdurer que parce que nous sommes divisés et maintenus dans la peur de tout et de rien
  5. Pratique : mettre en place une pratique de groupe de là où nous sommes dans l’ici et maintenant et étendre peu à peu la sphère d’influence. Autonomie, entraide, solidarité et association libre sans pouvoir autoritaire sont les quatre piliers de la pratique sociale émancipée

    Le plus tôt une masse critique de personnes comprendra cela et le mettra en pratique dans l’ici et maintenant et au plus tôt nous atteindrons une masse critique de basculement vers le nouveau paradigme politique. Dire NON ! et agir en conséquence tel est et a toujours été le défi.
    A bas l’État, à bas la marchandise, à bas l’argent et à bas le salariat !
    Dans l’esprit de Cheval Fou 

    = = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

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Enfonçons une porte ouverte : les gouvernements sont ouvertement l’ennemi des peuples (Daniel Vanhove)

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Nous approuvons l’analyse pertinente de Daniel Vanhove ci-dessous en précisant qu’il ne fait que confirmer ce que nous disons depuis maintenant plus de 10 ans, à savoir qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre la république française ou tout autre état se revendiquant “démocratique” et les régimes dictatoriaux hitlérien, mussolinien, stalinien, maoïste et autres… ce n’est de fait qu’une question de degré, une question de ce qui est nécessaire, à un moment donné de l’histoire, aux contrôleurs du système étatico-capitaliste pour mener à bien la perpétuation de la dictature marchande et du pouvoir coercitif. De fait, le bouton de contrôle du thermostat dictatorial et totalitaire se trouve à la City de Londres et sa succursale de Wall Street. Ainsi les gouvernements ne sont pas “désormais l’ennemi des peuples”… Ils l’ont TOUJOURS été, car tout gouvernement issus de la division initiale de la société entre ceux qui exercent de pouvoir et ceux qui le subissent, ne peut être qu’oppresseur, exploiteur, coercitif et partial envers une minorité dirigeante, bientôt riche et puissante.
N’oublions jamais que si les hommes créent le système, celui-ci à terme, dans son emballement et sa magnificence exacerbée factice, finit aussi par créer les Hommes qui le perpétuent. Virer ou abattre demain les Rothschild, Rockefeller, Gates, Musk ou Bezos ne changera rien ou pas grand chose, car le système créera (a déjà créé) leurs remplaçants.
C’est le système qu’il faut abattre, sans espoir de retour en arrière. Pour ce faire, notre conscience politique doit s’élever au niveau de compréhension qualitative et de lâcher prise nécessaire pour la mise en place d’une société répondant à cet impératif catégorique d’une raison implacable :

A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !

Vive la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée !

Telle est la tache à accomplir, tout le reste n’est que pathétique réformisme et donc, à terme, n’est que pisser dans un violon. Qu’on se le dise haut et fort, ne perdons plus notre temps en vaines tergiversations de système corrompu et prouvé au-delà de toute rédemption. Boycott des institutions ! Boycott du vote ! Boycott des décisions gouvernementales, partout ! Organisation en associations libres ! Action directe émancipatrice !
~ Résistance 71 ~

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Les gouvernements désormais ouvertement l’ennemi des peuples

Daniel Vanhove

19 février 2022

Source:

Les gouvernements désormais ouvertement ennemis des peuples

Plus un jour ne passe où les responsables politiques occidentaux ne se révèlent être au service de leurs maîtres et leur religion: la privatisation, outil de la haute finance contre les acquis lentement arrachés au patronat par d’âpres luttes citoyennes, mais détricotés l’un après l’autre, «quoi qu’il en coûte». Pour ce faire, tous les moyens sont utilisés, y compris ceux qui invalident tout Etat qui se revendique de la ‘’démocratie’’ et de ‘’l’État de droits’’: mensonges, corruption, pratiques policières ultra-violentes, désinformations orchestrées, déni de droits élémentaires, évasion fiscale, élimination de témoins gênants, justice à géométrie variable, tromperies, discriminations,… Ainsi, le 1er ministre du Canada, Justin Trudeau qui avait courageusement fui l’arrivée des routiers et dont le passé judiciaire est loin d’être exemplaire, vient d’invoquer une loi d’exception qui permet aux banques de geler les comptes des participants au ‘’Convoi de la Liberté’’ sans même passer par la décision d’un juge. Ce qui a eu pour résultat un rush des particuliers pour tenter de sortir de l’argent liquide de leurs comptes, entraînant des ‘’pannes’’ d’un système bancaire faisant partie du système, ce qui entamera un peu plus encore, la confiance déjà toute relative entre les citoyens et leurs banques. Bref, toutes méthodes criminelles qui ont pour conséquences une exécration croissante et un rejet massif des classes dirigeantes et leurs relais de la part des citoyens, risquant à tout moment de dégénérer en affrontements graves aux allures de guerre civile.

Le paradigme que ces responsables politiques semblent ne pas vouloir intégrer dans leur logiciel, est que l’information est désormais omniprésente et circule à la vitesse de l’éclair. Certes, ils tentent de se l’approprier par l’entremise de leurs copains milliardaires, soutiens de leurs campagnes électorales et qui profitent bien du renvoi d’ascenseur une fois leur poulain en place, mais les citoyens ne sont plus dupes de ces accointances et tournent de plus en plus souvent le dos à l’information officielle des chaînes publiques et privées pour trouver via internet des sites alternatifs plus crédibles. Et malgré le nombre d’intox qui y circulent, tout citoyen peut faire le travail pour s’assurer de ne pas être trompé. Et de manière générale, cela fonctionne plutôt bien. 

N’est qu’à voir la résistance qui s’est manifestée dans tous les pays soumis à la propagande sanitaire du Coronavirus présenté aux populations comme éradicateur de la moitié de la population mondiale. La peur panique que les technocrates ont tenté d’inoculer à coups de chiffres tronqués et de mensonges répétés sur toutes les ondes et à tout bout de champ n’y a rien fait. Les plus lucides sont restés mobilisés et ont produit quantité de travaux contestant la version officielle pourtant relayée avec des moyens hors normes par les courroies de transmission des Bigpharmas. Et au bout de deux ans d’imposture, l’affaire se délite, quantité de ‘’vaccins’’ doivent être jetés pour date de péremption dépassée (bravo certains responsables de l’UE se frottant les mains des juteux profit à venir!), et le temps des règlements de compte arrive via de futurs procès avec les peines qui seront réclamées contre tous ceux qui auront participé de près ou de loin à cette criminelle imposture.

Mais, ce que l’on voit au niveau intérieur ne sont que les effets de ce qui se déroule en amont. Les tensions dans le monde sont exacerbées et un rien pourrait mettre le feu aux poudres et déclencher un affrontement entre grandes puissances: en réalité, la caste des nantis réagit à la perte de son hégémonie qu’elle ne tolère pas voir mise à mal, et rien que l’idée de renoncer à ses butins en passant d’un monde unipolaire à un monde multipolaire l’insupporte. Chacun peut le voir aujourd’hui dans la tension extrême induite par les USA et son bras armé en Europe l’OTAN, à l’encontre de la Russie prenant l’Ukraine comme prétexte ou autrement dit, en otage. Les USA ont environ 750 bases militaires implantées partout dans le monde. Comment attendre d’un tel Etat dont plus de la moitié du budget ‘’recherche’’ est consacré à l’industrie de l’armement, et qui dépense plus de 2 milliards de $/jour (!) pour son département ‘’Defense’’, la moindre démarche de pacification des relations internationales? Dans leur obsession d’hégémonie totale sous-tendue par l’idéologie capitaliste sans limite, ces bases aux coûts exorbitants ainsi que les sommes astronomiques investies dans cette industrie mortifère doivent tôt ou tard être rentables pour ses investisseurs. Aussi, les pays qui se sont faits encerclés ou qui ont accepté leur présence sur leur sol n’ont qu’à bien se tenir, sous peine de représailles scélérates.

La Russie, complètement encerclée par les pays qui sont entrés dans l’OTAN depuis la fin de l’URSS, a fini par imposer ses lignes rouges et averti ses voisins que le moindre pas supplémentaire en sa direction serait déclencheur d’une guerre. Le président russe est dès lors présenté comme l’ogre et l’occident comme à son habitude, comme la victime des vues totalitaires russes. Or, si guerre il devait y avoir, en tant que pays européens voisins, nous pouvons avoir toutes les craintes qu’un conflit d’envergure inédite se solde par une fin probable de l’appendice européen tel qu’existant. Et l’incompétence avérée de la gestion de la crise Covid nous a démontré à quel point l’Europe et ses responsables sont complètement incapables d’organiser les choses dès qu’ils sont quelque peu bousculés dans leur train-train de fonctionnaires surpayés. Les réflexes nationalistes reprennent de suite le dessus et c’est le ‘‘chacun pour soi’’ qui prévaut. Comment pourrait-on les imaginer devoir gérer un conflit d’une telle ampleur avec le voisin russe dont la Chine a annoncé qu’elle ne resterait pas bras croisés en cas d’affrontements contre lui?! L’instant est grave.

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Les instances européennes auront-elles le courage de dire non à l’OTAN et refuser le risque d’une telle déflagration qui pourrait assurément faire beaucoup plus de victimes dans la population qu’un virus fantasmé? Rien n’est moins sûr et tout indique le contraire. La caste au pouvoir n’est plus au service des peuples et n’a pour préoccupation majeure que ses propres intérêts. Lors de sa première intervention liée à l’ainsi nommée ‘’crise sanitaire’’, quand E. Macron s’est adressé aux citoyens via la télé, il a prononcé à plusieurs reprises dans une mise en scène théâtrale, l’expression ‘’nous sommes en guerre’’. En réalité, la ‘’guerre’’ dont il est question ne l’est pas contre un improbable virus, mais contre le peuple. Dont il a osé dire qu’il avait bien envie d’en ‘’emmerder’’ une partie. Jamais de tels propos n’ont été tenus par un président en exercice. Et au-delà de la forme, c’est vraiment sur le fond que les Français devraient s’interroger, sinon de comprendre à quel point le dédain de sa classe dirigeante pour la population est à son comble dans ce quinquennat du pire. 

Aujourd’hui, les libertés individuelles n’ont jamais été autant brimées, et les FDO sont en roue libre, molestant, éborgnant, mutilant des individus en toute impunité. Tout semble se déglinguer à vitesse accélérée en Macronie. Au point de voir avec effroi l’émergence de courants d’extrême-droite, ne s’encombrant plus d’utiliser des formules voire des comportements fascistes, sans que cela ne soulève de réprobation de la part des instances responsables. Avec en toile de fond, une entente des argentiers aux manœuvres dont on peut dire sans sourciller qu’ils sont bien les ‘‘complotistes’’ dont ils qualifient ceux qui leur résistent. En revanche, l’intérêt de ce moment de crise est de révéler les tréfonds de ce qu’il en est, tant au niveau des gouvernements soumis aux diktats de certains lobbies que des individus eux-mêmes.

Et pour revenir aux questions essentielles qui occupent les citoyens de tous pays: veulent-ils vivre en guerre? Evidemment que non! Veulent-ils vivre muselés et privés de liberté? Pareil! Veulent-ils voir leurs acquis spoliés par des Etats gangrenés par la corruption et les mensonges, mal gérés, ruinés par leurs aventures guerrières? Toujours, non! Or, que voyons-nous se réaliser concrètement sous nos yeux? L’inverse! Nos armées mènent des guerres un peu partout, à travers des alliances plus que douteuses, à l’encontre de pays qui ne nous ont jamais agressés. Quand l’Afghanistan nous a-t-il déclaré la guerre? Ou l’Irak, ou la Libye, la Syrie, le Yémen, le Mali,… jamais! Mais nous violons le droit et allons les bombarder et les dévaster de telle manière qu’il leur faudra plusieurs générations pour se relever. Et quels sont les peuples qui ont été consultés par leur gouvernement avant que ces derniers ne décident de tels crimes à l’encontre de pays et de populations qui n’ont pas notre technologie pour se défendre? Aucun. Ces décisions sont prises par-dessus nos têtes. Comme les mesures les plus absurdes et contradictoires lors de cet épisode Covid. Comme la vente d’armes à des pays qu’en d’autres moments nous qualifions de dictatures infréquentables sauf quand il s’agit d’y signer de gros contrats, avec à n’en pas douter, de sérieuses retro-commissions versées dans les paradis fiscaux que la caste déclare traquer. Selon ATTAC, en 2017, le patrimoine des 500 plus grandes fortunes françaises représentait 20% du PIB. Après 5 ans de quinquennat Macron, elle représente… 43% du PIB!

Où que l’on observe nos appareils d’États, ceux-ci paraissent pourris. Et comme dit l’adage, c’est par la tête que pourrit le poisson! Quelle indécence d’aller donner nos leçons de bonne gestion et de bienséance aux gouvernements que nous traitions de ‘’républiques bananières’’, les nôtres construites sur les vols et les crimes de masse sont assurément pires! La question qui surgit alors est: jusqu’à quand une telle dérive sera-t-elle possible, avant que l’effondrement ne s’accélère et soit définitif au point de tous nous engloutir? Réveillez-vous, et ne vous laissez plus distraire par les faits divers que l’on vous présente comme essentiel: ici un bout de tissu, là un prénom qui ne conviendrait pas doublé d’une théorie de ‘’grand remplacement’’ ou encore, de la bonne manière de se masquer ou non… Tout cela ne sert qu’à confondre la raison. Et ne pensez pas que je force le trait: même l’Etat sous ‘’Mac-Ronds’’ a été privatisé, et la France se nomme désormais ‘’Mac Kinsey’’…

~ ~ ~

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

gaulois_refractaires_baffe

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Réflexions sur le changement de paradigme à venir : le communisme anarchiste (Sam Dolgoff)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 14 février 2022 by Résistance 71

“Qu’est-ce que l’État ? C’est le signe achevé de la division dans la société, en tant qu’il est l’organe séparé du pouvoir politique: la société est désormais divisée entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent. La société n’est plus un Nous indivisé, une totalité une, mais un corps morcelé, un être social hétérogène… »
~ Pierre Clastres ~

“Les deux grandes questions incontournables de l’anthropologie politique sont:
1- Qu’est-ce que le pouvoir politique, c’est à dire qu’est-ce que la société ?
2- Comment et pourquoi passe t’on du pouvoir politique non-coercitif au pouvoir politique coercitif, c’est à dire qu’est-ce que l’histoire ?”
~ Pierre Clastres ~

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Le communisme anarchiste

Sam Dolgoff

1932

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Février 2022

1ère partie

2ème partie

Note de Résistance 71 : Ce texte est inédit en français à notre connaissance…

I.

La chute du capitalisme qui s’approche, comme démontrée par la débâcle économique mondiale, mène les humains à penser à un nouvel ordre social. Il est généralement admis, ce même par les plus conservateurs, que le capitalisme arrive au bout de sa course. La plus grande confusion règne néanmoins sur ce qui doit être fait. Bien des soi-disants remèdes sont proposés, de la plus profonde prière comme recommandé par le pape, au 57 variétés de dictatures comme préconisé par les fascistes, les communistes et les socialistes.

Les remèdes proposés, bien que divergents en bien des aspects, possèdent néanmoins une qualité qui leur est commune. Ils sont tous fondés sur la foi que le gouvernement étatique peut remédier à tous les maux. Ils étendraient les fonctions de l’État. L’État opérerait et contrôlerait les industries, régulerait la distribution des biens de consommation, déterminerait les conditions de travail, monopoliserait les sources de l’information et de la connaissance, les écoles, les journaux, la presse, la radio etc… Il se jetterait à corps perdu dans la vie de tout à chacun. Personne n’oserait questionner son autorité.

La délégation du pouvoir entre les mains d’un État omnipotent ne peut pas résoudre les problèmes auxquels fait face la classe des travailleurs, les problèmes d’exploitation, de monopole, d’inégalité, de suppression de l’individu. La bureaucratie d’état constitue une classe en elle-même. Cette classe privilégiée, qui n’est pas engagée dans un travail productif, doit être soutenue par les travailleurs. L’incroyable gâchis, l’inefficacité et la corruption du gouvernement tel qu’exercé de nos jours sont bien connus. A quel point ce fardeau grandirait, à quel point cette bureaucratie se retrancherait toujours plus si les pouvoirs de l’État étaient multipliés par 1000 ?…

La croissance d’une classe bureaucrate ayant des privilèges spéciaux augmentent nécessairement les inégalités. Les intérêts de ceux qui gouvernent et de ceux qui sont gouvernés ne peuvent pas être réconciliés. Les gens qui se retrouvent en permanence réduits à de simples outils entre les mains d’une machine étatique englobant tout se sentiront obligés de bloquer et de mettre en échec le pouvoir toujours plus croissant de la bureaucratie. Les contradictions inhérentes au socialisme d’état, loin d’être résolues par la métaphysique de “l’estompage de l’État”, doivent résulter en une guerre entre la bureaucratie privilégiée et les masses opprimées. Ceci mènerait à une révolution sociale. L’État ne peut en aucun cas mener la vie économique de la société dans l’intérêt de tous. L’État ne peut pas perdre sa caractéristique de classe. L’abolition, la disparition du capitalisme n’est pas suffisante aussi longtemps que l’État et sa bureaucratie sont maintenus.

Le nouvel ordre social se doit d’être fondé sur des principes totalement différents. Le besoin pour une philosophie sociale qui éviterait tous les pièges et obstacles de la centralisation étatique devient de plus en plus pressant face aux tendances toujours plus croissantes vers la dictature d’un type ou d’un autre. L’anarchie est la seule théorie sociale capable de remplir ce besoin. L’anarchie a pour but d’établir une société dans laquelle l’activité économique sera menée par des groupes volontairement associés et des (con)fédérations. Elle a pour but de mettre en place un accord mutuel en lieu et place de la coercition en tant que guide de principe de la vie humaine. Le développement de l’individu devrait être le seul objectif de la vie sociale. Un système social qui ne fournit pas d’objectifs et de moyens pour le développement de l’individu (NdT : et non, l’accumulation de biens et de richesses n’est pas le développement de l’individu…) est un échec. Un système social fondé sur l’oppression et l’exploitation ne peut en aucun cas permettre le développement optimal de l’individu. Ainsi nous pensons que doit être aboli non seulement le capitalisme, mais aussi l’État et toute institution centralisée.

La société est un tout organique intimement connectée et reliée par mille liens. Si un organe ne fonctionne plus, cela va immédiatement en affecter les autres. le très grande complexité et l’interdépendance de la vie sociale mène au communisme. Le communisme est un système dans lequel l’industrie opère pour le bien commun de toute la société. Celle-ci doit être conduite selon le principe du “a chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins”. Aucune personne n’a le droit de monopoliser ce que des générations d’humains ont travaillé pour produire. Les efforts combinés de tous sont nécessaires afin de produire les moyens de vivre, ainsi tout le monde a le droit de partager ce que tout le monde a travaillé à produire. Dans une telle société, il n’y a pas de place pour le privilège, l’inégalité ou la dictature. Le communisme anarchiste combine liberté et égalité. L’une étant indispensable à l’autre.

La vie économique de la société devrait être conduite par ceux qui sont de fait engagés dans l’industrie au travers de coopératives, d’unions industrielles, de fédérations et de sociétés volontaires de toute sorte et de tout objectif. Les besoins de l’humanité sont si variés, les problèmes spécifiques affectant une industrie ou une communauté sont si différents qu’aucun corps social, soit-il un état bureaucrate ou une agence administrative centralisée, ne pourront les adresser de manière efficace et ce même si le gouvernement venait à être impartial et totalement désintéressé ce qui n’est pas et ne peut pas être. Une bureaucratie gouvernementale omnipotente à Washington ne peut pas travailler dans les mines de Pennsylvanie ou forer les puits de pétrole en Oklahoma, ni récolter les fruits en Californie. Seuls les gens qui font le boulot et qui connaissent les ficelles de leurs métiers et affaires dans telle ou telle industrie ou communauté, peuvent résoudre les problèmes qui se posent constamment avec succès. La structure économique doit être basée sur l’autonomie locale la plus complète possible et sur l’action indépendante. La base économique de la société doit correspondre a la vie elle-même, elle doit refléter ses nombreux aspects et ses intérêts variés.

Ceci ne peut être fait que quand chaque groupe et chaque individu est libre de conduire ses affaires en accord avec ses besoins. La décentralisation des fonctions entre les mains de ceux et celles directement concernés assurera la liberté des producteurs et empêchera les monopoles, l’oppression, l’exploitation et l’inefficacité qui sont les caractéristiques distinctives d’institutions centralisées.

Un examen de la société actuelle montrera à quel point l’association volontaire et l’entraide, la coopération, sont responsables de tout ce qui est constructif dans la vie quotidienne moderne. Les sociétés scientifiques volontaires de tout type, sans lesquelles les merveilles de la vie moderne seraient impossibles, les sociétés de l’éducation volontaire, les coopératives de producteurs et de consommateurs, les syndicats, les associations mutuelles, mutualistes et les sociétés de tous types embrassant tous les secteurs de l’activité humaine, sont indispensables à la vie sociale. La vie sociale est impossible sans un accord mutuel. (NdT : non coercitif… L’État IMPOSE un accord mutuel qui préserve la caste dirigeante et les intérêts particuliers, RIEN n’est consensuel…)

Le besoin de coopération mutuelle, d’entraide, est si grand, que même des siècles de gouvernement étatique et d’oppression, de corruption, ont été incapables de s’en débarrasser et de l’écraser. L’histoire récente ne fait que nous rappeler à quel point le gouvernement est incapable et impuissant dans une urgence et que seule la capacité créatrice des masses est capable de répondre à une grande situation de détresse. L’abolition de l’État et du capitalisme délivreront les masses du poids mort de l’exploitation et de l’oppression. Les associations volontaires, augmentées et unifiées par l’impératif de la nécessité mutuelle, seraient enfin libres de se développer. Le génie constructeur de l’humanité régénérerait l’organisme social. La question de la structure économique de la société future sera développée plus avant dans le prochain article, qui s’occupera aussi des tactiques à suivre pour réaliser notre idéal.

II.

Dans l’article précédent, j’ai dit que la grande complexité et l’inter-dépendance de la vie sociale mènent au Communisme.

La production de l’acier par exemple, est dépendante de la production de minerai de fer, de charbon, de machinerie, de transports par voie ferrée, etc. alors que tout cela est impossible sans la production d’acier. La restriction ou la suspension des opérations de toute industrie a des répercussions immédiates sur les autres productions. Les relations harmonieuses d’une industrie avec une autre sont indispensables à la vie sociale. La production d’un article n’est plus la tache d’une personne ou d’un simple artisan, mais est devenue la tache de toute la société. L’évolution de l’industrie montre une tendance distinctive vers la coordination et l’intégration de l’effort humain. Ce changement est bien illustré dans le développement de l’agriculture.

L’agriculture a depuis longtemps cessé de dépendre de méthodes archaïques de culture. L’introduction d’une machinerie économisant la force de travail, les grandes contributions de la chimie dans l’augmentation de la fertilité des sols (NdT : texte écrit en 1932 rappelons-le, le chimique agricole est devenu avec le temps une grande partie du problème d’une nouvelle dépendance et de contrôle…), la facilité accrue de stockage et de transport des denrées périssables, ont rendu possible la mise en culture de grandes zones tout en demandant un minimum de travail humain. De grandes fermes couvrant des milliers d’ha sont bien connues et ne demandent pas de plus amples explications. La rationalisation de l’agriculture est l’arrêt de mort de l’agriculture individuelle et place l’industrie agricole sur le même plan que toute autre par sa technique et son efficacité.

La croissance du fermage, l’incapacité du paysan à payer de lourds impôts et les hypothèques imposées par les capitalistes et l’état, placent la terre entre les mains des banquiers, laissant les paysans dépossédés dans la même position que tous les autres employés, travailleurs salariés. Les intérêts banquiers créent de grandes fermes opérant selon le principe de la production de masse. S’il existe un conflit d’intérêt entre le petit propriétaire terrien et l’ouvrier industriel, cet antagonisme est liquidé par la rationalisation de l’agriculture et l’expropriation de la terre pour la mettre entre les mains de la même classe qui contrôle les autres industries de base. Le développement actuel de la société est dû à l’inter-dépendance de l’industrie. Les relations naturelles entre les producteurs et les consommateurs sont déformées et avilies par la production à des fins de profit en lieu et place d’une production utilitaire. La contradiction entre la propriété privée et le monopole et la nature sociale de la production est un des principaux facteurs de la rupture et de l’effondrement du capitalisme. La société doit posséder et contrôler l’industrie. La société est appelée à adopter le communisme comme forme économique de la nouvelle société.

La production sous l’anarcho-communisme sera conduite par les travailleurs eux-mêmes au travers de leurs organisations propres. Les travailleurs seront organisés en unions industrielles. L’unité de base de production sera le conseil ouvrier d’usine en charge de l’administration et de la coordination. Des réunions fréquentes entre les ouvriers et le comité de l’usine (NdT: mandat tournant et révocable) donneront le bénéfice de l’expérience aux ouvriers pour une meilleure exécution de travail à faire. La rotation des ouvriers dans le comité permettra une meilleure compréhension des problèmes de production et empêchera la possibilité pour qu’un groupe ne monopolise les fonctions organisationnelles.

La pleine autonomie locale caractériserait chaque unité de production. L’abolition d’un système centralisé, d’une institution coercitive et de l’inévitable abus de pouvoir engendré, l’abolition du salariat, l’abolition de l’inégalité et du privilège, détruira les motivations principales de l’oppression. Les comités d’usine n’agiront qu’en capacité de conseiller. Aucune agence ne peut mieux savoir au sujet de la production que ceux qui font le travail sur le terrain. N’ayant plus aucune crainte d’être viré par “le patron”, que celui-ci soit une personne privée ou l’état et ayant tout à gagner d’une administration efficace, les ouvriers seraient obligés de bien faire en regard de leurs intérêts communs à toutes et tous et à coopérer adéquatement les uns avec les autres.

Les conseils d’usine d’une industrie donnée éliraient des représentants à une fédération régionale des conseils ouvriers de leur industrie. Ces conseils régionaux coordonneraient le travail pour cette zone. Ils choisiraient des délégués pour un conseil national et international. Les fonctions de ces corps seraient de suggérer méthodes et moyens d’améliorer la qualité et la quantité du travail, de mettre en place des écoles techniques, de rassembler et de publier des statistiques, de faire des expériences etc… Le congrès des syndicats régionaux ou nationaux n’agiraient, comme les conseils ouvriers, que dans une capacité de conseillers. Ils n’auraient aucun pouvoir de forcer quelque groupe que ce soit d’obéir à leurs suggestions pas plus que des associations scientifiques ne peuvent forcer ses membres d’accepter leurs trouvailles. elles ne font que les soumettre pour discussion. L’acceptation de leurs conclusions ne dépend exclusivement que de leur validité.

A suivre…

« Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni titre, ni la science, ni la vertu. Être gouverné, c’est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C’est sous prétexte d’utilité publique et au nom de l’intérêt général être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre réclamation, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. »
~ Pierre-Joseph Proudhon ~

“Oui, il a été inventé là une mort pour les multitudes, une mort qui se vante d’être la vie: en vérité un fier service rendu à tous les prédicateurs de mort. J’appelle État le lieu où sont tous ceux qui boivent du poison, qu’ils soient bons ou méchants… État le lieu où le lent suicide de tous s’appelle… la vie.”
“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”
~ Friedrich Nietzsche, “De la nouvelle idole” ~

Lectures complémentaires :

Du chemin de la société vers son humanité réalisée (Résistance 71)

La Commune de Paris (Pierre Kropotkine)

La Commune de Paris et la notion d’État (Michel Bakounine)

Appel au socialisme (Gustav Landauer)

Le monde nouveau (Pierre Besnard)

Écrits choisis (Errico Malatesta)

Que faire ? (Résistance 71)

Anarchie de la théorie à la pratique (Rudolf Rocker)

Pourquoi suis-je anarchiste (Zénon)

Les Zones Autonomes Temporaires (Hakim Bey)

Contre les guerres de l’avoir la guerre de l’être (Guerre de Classe)

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Organiser la société des sociétés… Un exemple historique : les conseils ouvriers (Anton Pannekoek)

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Ce texte de Pannekoek date de 1936 et prit une dimension en Espagne et sa révolution sociale, ceci fut appliqué également auparavant en Russie, en Italie (1920), puis le sera de nouveau à Budapest en 1956 et en 1968 lors des grèves sauvages ouvrières, véritable révolution sociale qui fut étouffée par l’appareil d’état qui utilisa la gauchiasse de partis et estudiantine sous contrôle. Apprenons de l’histoire en remettant ces conseils au goût du jour ou l’initiative sera, une fois de plus, vouée à l’échec. Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !… C’est pourtant bien visible à l’œil nu et depuis longtemps !… L’heure est venue de voir clair, de comprendre et d’agir.
~ Résistance 71 ~

Les conseils ouvriers

Anton Pannekoek

1936

La classe ouvrière en lutte a besoin d’une organisation qui lui permette de comprendre et de discuter, à travers laquelle elle puisse prendre des décisions et les faire aboutir et grâce à laquelle elle puisse faire connaître les actions qu’elle entreprend et les buts qu’elle se propose d’atteindre.

Certes, cela ne signifie pas que toutes les grandes actions et les grèves générales doivent être dirigées à partir d’un bureau central, ni qu’elles doivent être menées dans une atmosphère de discipline militaire. De tels cas peuvent se produire, mais le plus souvent les grèves générales éclatent spontanément, dans un climat de combativité, de solidarité et de passion, pour répondre à quelque mauvais coup du système capitaliste ou pour soutenir des camarades. De telles grèves se répandent comme un feu dans la plaine.

Pendant la première Révolution russe, les mouvements de grève connurent une succession de hauts et de bas. Les plus réussis furent souvent ceux qui n’avaient pas été décidés à l’avance, alors que ceux qui avaient été déclenchés par les comités centraux étaient en général voués à l’échec.

Pour s’unir en une force organisée, les grévistes en action ont besoin d’un terrain d’entente. Ils ne peuvent s’attaquer à la puissante organisation du pouvoir capitaliste s’ils ne présentent pas à leur tour une organisation fortement structurée, s’ils ne forment pas un bloc solide en unissant leurs forces et leurs volontés, s’ils n’agissent pas de concert. Là est la difficulté. Car lorsque des milliers et des millions d’ouvriers ne forment plus qu’un corps uni, ils ne peuvent être dirigés que par des fonctionnaires qui agissent en leur nom. Et nous avons vu que ces représentants deviennent alors les maîtres de l’organisation et cessent d’incarner les intérêts révolutionnaires des travailleurs.

Comment la classe ouvrière peut-elle, dans ses luttes révolutionnaires, rassembler ses forces dans une puissante organisation sans s’enliser dans le bourbier de la bureaucratie ? Nous répondrons à cette question en en posant une autre : lorsque les ouvriers se bornent à payer leurs cotisations et à obéir aux dirigeants, peut-on dire qu’ils se battent véritablement pour leur liberté ?

Se battre pour la liberté, ce n’est pas laisser les dirigeants décider pour soi, ni les suivre avec obéissance, quitte à les réprimander de temps en temps. Se battre pour la liberté, c’est participer dans toute la mesure de ses moyens, c’est penser et décider par soi-même, c’est prendre toutes les responsabilités en tant que personne, parmi des camarades égaux. Il est vrai que penser par soi-même, décider de ce qui est vrai et de ce qui est juste, constitue pour le travailleur dont l’esprit est fatigué par le labeur quotidien la tâche la plus ardue et la plus difficile ; bien plus exigeante que s’il se borne à payer et à obéir. Mais c’est l’unique vole vers la liberté. Se faire libérer par d’autres, qui font de cette libération un instrument de domination, c’est simplement remplacer les anciens maîtres par de nouveaux.

Pour atteindre leur but – la liberté – les travailleurs devront pouvoir diriger le monde ; ils devront savoir utiliser les richesses de la terre de manière à la rendre accueillante pour tous. Et ils ne pourront le faire tant qu’ils ne sauront se battre par eux-mêmes.

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La révolution prolétarienne ne consiste pas seulement à détruire le pouvoir capitaliste. Elle exige aussi que l’ensemble de la classe ouvrière émerge de sa situation de dépendance et d’ignorance pour accéder à l’indépendance et pour bâtir un monde nouveau.

La véritable organisation dont ont besoin les ouvriers dans le processus révolutionnaire est une organisation dans laquelle chacun participe, corps et âme, dans l’action comme dans la direction, dans laquelle chacun pense, décide et agit en mobilisant toutes ses facultés – un bloc uni de personnes pleinement responsables. Les dirigeants professionnels n’ont pas place dans une telle organisation. Bien entendu, il faudra obéir : chacun devra se conformer aux décisions qu’il a lui-même contribué à formuler. Mais la totalité du pouvoir se concentrera toujours entre les mains des ouvriers eux-mêmes.

Pourra-t-on jamais réaliser une telle organisation ? Quelle en sera la structure ? Il n’est point nécessaire de tenter d’en définir la forme, car l’histoire l’a déjà produite : elle est née de la pratique de la lutte des classes. Les comités de grève en sont la première expression, le prototype. Lorsque les grèves atteignent une certaine importance, il devient impossible que tous les ouvriers participent à la même assemblée. Ils choisissent donc des délégués qui se regroupent en un comité. Ce comité n’est que le corps exécutif des grévistes ; il est constamment en liaison avec eux et doit exécuter les décisions des ouvriers. Chaque délégué est révocable à tout instant et le comité ne peut jamais devenir un pouvoir indépendant. De cette façon, l’ensemble des grévistes est assuré d’être uni dans l’action tout en conservant le privilège des décisions. En règle générale, les syndicats et leurs dirigeants s’emparent de la direction des comités.

Pendant la révolution russe lorsque les grèves éclataient de façon intermittente dans les usines les grévistes choisissaient des délégués qui s’assemblaient au nom de toute une ville, ou encore de l’industrie ou des chemins de fer de toute une province, afin d’apporter une unité au combat. Leur première tâche était de discuter des questions politiques et d’assumer des fonctions politiques, car les grèves étaient essentiellement dirigées contre le tsarisme. Ces comités étaient appelés soviets, ou conseils. On y discutait en détail de la situation présente, des intérêts de tous les travailleurs et des événements politiques. Les délégués faisaient constamment la navette entre l’assemblée et leurs usines. Pour leur part, les ouvriers participaient à des assemblées générales dans lesquelles ils discutaient des mêmes questions, prenaient des décisions et souvent désignaient de nouveaux délégués. Des socialistes capables étaient choisis comme secrétaires ; leur rôle était de conseiller en se servant de leurs connaissances plus étendues. Ces soviets faisaient souvent office de forces politiques, sorte de gouvernement primitif, chaque fois que le pouvoir tsariste se trouvait paralysé et que les dirigeants désorientés leur laissaient le champ libre. Ils devinrent ainsi le centre permanent de la révolution ; ils étaient composés des délégués de toutes les usines, qu’elles soient en grève ou en fonctionnement. Ils ne pouvaient envisager de devenir jamais un pouvoir indépendant, car les membres y étalent souvent changés ; parfois même le soviet entier était remplacé. Ils savaient en outre que tout leur pouvoir était aux mains des travailleurs ; ils ne pouvaient les obliger à se mettre en grève et leurs appels n’étaient pas suivis s’ils ne coïncidaient pas avec les sentiments instinctifs des ouvriers qui savaient spontanément s’ils étaient en situation de force ou de faiblesse, si l’heure était à la passion ou à la prudence. C’est ainsi que le système des soviets a montré qu’il était la forme d’organisation la plus appropriée pour la classe ouvrière révolutionnaire. Ce modèle devait être immédiatement adopté en 1917 ; les soviets de soldats et d’ouvriers se constituèrent à travers tout le pays et furent la véritable force motrice de la révolution.

L’importance révolutionnaire des soviets se vérifia à nouveau en Allemagne, lorsqu’en 1918, après la décomposition de l’armée, des soviets d’ouvriers et de soldats furent créés sur le modèle russe. Mais les ouvriers allemands, qui avaient été habitués à la discipline de parti et de syndicat et dont les buts politiques immédiats étaient modelés d’après les idéaux sociaux-démocrates de république et de réforme, désignèrent leurs dirigeants syndicaux et leurs leaders de parti à la tête de ces conseils. Ils avaient su se battre et agir correctement par eux-mêmes, mais ils manquèrent d’assurance et se choisirent des chefs remplis d’idéaux capitalistes – ce qui gâche toujours les choses. Il n’est donc pas surprenant qu’un « congrès des conseils » décida d’abdiquer en faveur d’un nouveau parlement, dont l’élection devait suivre aussitôt que possible.

Nous voyons clairement comment le système des conseils ne peut fonctionner que lorsque l’on se trouve en présence d’une classe ouvrière révolutionnaire. Tant que les ouvriers n’ont pas l’intention de poursuivre la révolution, ils n’ont que faire des soviets. Si les ouvriers ne sont pas suffisamment avancés pour découvrir la voie de la révolution, s’ils se contentent de voir leurs dirigeants se charger de tous les discours, de toutes les médiations et de toutes les négociations visant à l’obtention de réformes à l’intérieur du système capitaliste, les parlements, les partis et les congrès syndicaux – encore appelés parlements ouvriers parce qu’ils fonctionnent d’après le même principe – leur suffisent amplement. Par contre, s’ils mettent toutes leurs énergies au service de la révolution, s’ils participent avec enthousiasme et passion à tous les événements, s’ils pensent et décident pour eux-mêmes de tous les détails de la lutte parce qu’elle sera leur oeuvre, dans ce cas, les conseils ouvriers sont la forme d’organisation dont ils ont besoin.

Ceci implique également que les conseils ouvriers ne peuvent être constitués par des groupes révolutionnaires. Ces derniers ne peuvent qu’en propager l’idée, en expliquant à leurs camarades ouvriers que la classe ouvrière en lutte doit s’organiser en conseils. La naissance des conseils ouvriers prend place avec la première action de caractère révolutionnaire ; leur importance et leurs fonctions croissent à mesure que se développe la révolution. Dans un premier temps ils peuvent n’être que de simples comités de grève, constitués pour lutter contre les dirigeants syndicalistes, lorsque les grèves vont au-delà des intentions de ces derniers et que les grévistes refusent de les suivre plus longtemps.

Les fonctions de ces comités prennent plus d’ampleur avec les grèves générales. Les délégués de toutes les usines sont alors chargés de discuter et de décider de toutes les conditions de la lutte ; ils doivent tenter de transformer les forces combatives des ouvriers en des actions réfléchies, et voir comment elles pourront réagir contre les mesures gouvernementales et les agissements de l’armée et des cliques capitalistes. Tout au long de la grève, les décisions seront ainsi prises par les ouvriers eux-mêmes. Toutes les opinions, les volontés, les disponibilités, et les hésitations des masses ne font plus qu’un tout à l’intérieur de l’organisation conseilliste. Celle-ci devient le symbole, l’interprète du pouvoir des travailleurs ; mais elle n’est aussi que le porte-parole qui peut être révoqué à tout moment. D’organisation illégale de la société capitaliste, elle devient une force véritable, dont le gouvernement doit désormais tenir compte.

A partir du moment où le mouvement révolutionnaire acquiert un pouvoir tel que le gouvernement en est sérieusement affecté, les conseils ouvriers deviennent des organes politiques. Dans une révolution politique, ils incarnent le pouvoir ouvrier et doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour affaiblir et pour vaincre l’adversaire. Tels une puissance en guerre, il leur faut monter la garde sur l’ensemble du pays, afin de ne pas perdre de vue les efforts entrepris par la classe capitaliste pour rassembler ses forces et vaincre les travailleurs. Ils doivent en outre s’occuper de certaines affaires publiques qui étaient autrefois gérées par l’Etat : la santé et la sécurité publique, de même que le cours interrompu de la vie sociale. Ils ont enfin à prendre la production en main, ce qui représente la tâche la plus importante et la plus ardue de la classe ouvrière en situation révolutionnaire.

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Aucune révolution sociale n’a jamais commencé comme un simple changement de dirigeants politiques qui, après avoir conquis le pouvoir, procèdent aux changements sociaux nécessaires à l’aide de nouvelles lois. La classe montante a toujours bâti, avant et pendant la lutte, les nouvelles organisations qui ont émergé des anciennes tels des bourgeons sur un tronc mort. Pendant la révolution française, la nouvelle classe capitaliste, les citoyens, les hommes d’affaire, les artisans, construisirent dans chaque ville et village des assemblées communales et des cours de justice qui étaient illégales à l’époque et ne faisaient qu’usurper les fonctions des fonctionnaires royaux devenus impuissants. Et tandis qu’à Paris les délégués de ces assemblées élaboraient la nouvelle constitution, les citoyens à travers tout le pays œuvraient à la véritable constitution en tenant des réunions politiques et en mettant sur pied des organisations politiques qui devaient par la suite être légalisées.

Et de même, dans la révolution prolétarienne, la nouvelle classe montante doit-elle créer ses nouvelles formes d’organisation qui, petit à petit, au cours du processus révolutionnaire, viendront remplacer l’ancienne organisation étatique. En tant que nouvelle forme d’organisation politique, le conseil ouvrier prend finalement la place du parlementarisme, forme politique du régime capitaliste.

Théoriciens capitalistes et sociaux-démocrates s’entendent à voir dans la démocratie parlementaire le parfait modèle de la démocratie, conforme aux principes de justice et d’égalité. En réalité, ce n’est là qu’une manière de déguiser la domination capitaliste qui fait fi de toute justice et de toute égalité. Seul le système conseilliste constitue la véritable démocratie ouvrière.

La démocratie parlementaire est une démocratie abjecte. Le peuple ne peut choisir ses délégués et voter qu’une fois tous les quatre ou cinq ans ; et gare à lui s’il ne choisit pas l’homme qu’il faut ! Les électeurs ne peuvent exercer leur pouvoir qu’au moment du vote ; le reste du temps, ils sont impuissants. Les délégués désignés deviennent les dirigeants du peuple ; ils décrètent les lois, forment les gouvernements, et le peuple n’a plus qu’à obéir. En règle générale, la machine électorale est conçue de telle façon que seuls les grands partis capitalistes, puissamment équipés, ont une chance de gagner. Il est très rare que des groupes de véritables opposants du régime obtiennent quelques sièges.

Avec le système des soviets, chaque délégué peut être révoqué à tout instant. Les ouvriers ne sont pas seulement constamment en contact avec leurs délégués, participant aux discussions et aux décisions, mais ceux-ci ne sont encore que les porte-parole temporaires des assemblées conseillistes. Les politiciens capitalistes ont beau jeu de dénoncer le rôle « dépourvu de caractère » du délégué qui est parfois obligé d’émettre des opinions qui ne sont pas les siennes. Ils oublient que c’est précisément parce qu’il n’y a pas de délégué à vie que seuls sont désignés à ce poste les individus dont les opinions sont conformes à celles des travailleurs.

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La représentation parlementaire part du principe que le délégué au parlement doit agir et voter selon sa propre conscience et sa propre conviction. S’il lui arrive de demander l’avis de ses électeurs, c’est uniquement parce qu’il fait montre de prudence. C’est à lui et non au peuple qu’incombe la responsabilité des décisions. Le système des soviets fonctionne sur le principe inverse : les délégués se bornent à exprimer les opinions des travailleurs.

Les élections parlementaires regroupent les citoyens d’après leur circonscription électorale – c’est-à-dire d’après leurs lieux d’habitation. Ainsi des individus de métiers ou de classes différentes et qui n’ont rien en commun si ce n’est qu’ils sont voisins, sont rassemblés artificiellement dans un groupe et représentés par un seul délégué.

Dans les conseils, les ouvriers sont représentés dans leurs groupes d’origine d’après l’usine, l’atelier ou le complexe industriel dans lequel ils travaillent. Les ouvriers d’une usine constituent une unité de production ; ils forment un tout de par leur travail collectif. En période révolutionnaire, ils se trouvent donc immédiatement en contact pour échanger leurs points de vue : ils vivent dans les mêmes conditions et possèdent des intérêts communs. Ils doivent agir de concert ; c’est à eux de décider si l’usine, en tant qu’unité, doit être en grève ou en fonctionnement. L’organisation et la délégation des travailleurs dans les usines et les ateliers est donc la seule forme possible.

Les conseils sont en même temps le garant de la montée du communisme dans le processus révolutionnaire. La société est fondée sur la production, ou, plus correctement, la production est l’essence même de la société, et par conséquent, la marche de la production détermine la marche de la société. Les usines sont des unités de travail, des cellules qui constituent la société. La principale tâche des organismes politiques (organismes dont dépend la marche de la société) est étroitement liée au travail productif de la société. Il va par conséquent de soi que les travailleurs, dans leurs conseils, discutent de ces questions et choisissent leurs délégués dans leurs unités de production.

Toutefois, il ne serait pas exact de dire que le parlementarisme, forme politique du capitalisme, n’est pas fondé sur la production. En fait, l’organisation politique est toujours modelée selon le caractère de la production, assise de la société. La représentation parlementaire qui se décide en fonction du lieu d’habitation appartient au système de la petite production capitaliste, dans lequel chaque homme est censé posséder sa petite entreprise. Dans ce cas, il existe un rapport entre tous les hommes d’affaires d’une circonscription : ils commercent entre eux, vivent en voisins, se connaissent les uns les autres et par conséquent désignent un délégué parlementaire commun. Tel est le principe du régime parlementaire. Nous avons vu que par la suite ce système s’est avéré le meilleur pour représenter les intérêts de classe à l’intérieur du capitalisme.

D’un autre côté, nous voyons clairement aujourd’hui pourquoi les délégués parlementaires devaient s’emparer du pouvoir politique. Leur tâche politique n’était qu’une part infime de l’œuvre de la société. La plus importante, le travail productif, incombait à tous les producteurs séparés, citoyens comme hommes d’affaires ; elle exigeait quasiment toute leur énergie et tous leurs soins. Lorsque chaque individu s’occupait de ses propres petites affaires, la société se portait bien. Les lois générales, conditions nécessaires mais de faible portée, pouvaient être laissées à la charge d’un groupe (ou profession) spécialisé, les politiciens. L’inverse est vrai en ce qui concerne la production communiste. Le travail productif collectif devient la tâche de la société tout entière, et concerne tous les travailleurs. Toute leur énergie et tous leurs soins ne sont pas au service de travaux personnels, mais de l’œuvre collective de la société. Quant aux règlements qui régissent cette œuvre collective, ils ne peuvent être laissés entre les mains de groupes spécialisés ; car il en va de l’intérêt vital de l’ensemble des travailleurs.

Il existe une autre différence entre les systèmes parlementaire et conseilliste. La démocratie parlementaire accorde une voix à chaque homme adulte – et parfois à chaque femme – en invoquant le droit suprême et inviolable de tout individu à appartenir à la race humaine – comme le disent si bien les discours cérémoniels. Dans les soviets au contraire, seuls les ouvriers sont représentés. Faut-il en conclure que le système conseilliste n’est pas réellement démocratique puisqu’il exclut les autres classes de la société ?

GJRP

L’organisation conseilliste incarne la dictature du prolétariat. Il y a plus d’un demi-siècle, Marx et Engels ont expliqué comment la révolution sociale devait amener la dictature du prolétariat et comment cette nouvelle expression politique était indispensable à l’introduction de changements nécessaires dans la société. Les socialistes qui ne pensent qu’en termes de représentation parlementaire, ont cherché à excuser ou à critiquer cette infraction à la démocratie et l’injustice qui consiste selon eux à refuser le droit de vote à certaines personnes sous prétexte qu’elles appartiennent à des classes différentes. Nous pouvons voir aujourd’hui comment le processus de la lutte de classes engendre naturellement les organes de cette dictature : les soviets.

Il n’y a rien d’injuste à ce que les conseils, organes de lutte d’une classe ouvrière révolutionnaire, ne comprennent pas de représentants de la classe ennemie. Dans une société communiste naissante il n’y a pas de place pour les capitalistes ; ils doivent disparaître et ils disparaîtront. Quiconque participe au travail collectif est membre de la collectivité et participe aux décisions. Les individus qui se tiennent à l’écart du processus collectif de production sont, de par la structure même du système conseilliste, automatiquement exclus des décisions. Ce qui reste des anciens exploiteurs et voleurs n’a pas de voix dans le contrôle de la production.

Il existe d’autres classes de la société qui ne peuvent être rangées ni avec les travailleurs, ni avec les capitalistes. Ce sont les petits fermiers, les artisans indépendants, les intellectuels. Dans les luttes révolutionnaires, ils oscillent de droite et de gauche, mais dans l’ensemble ils ne sont guère importants car ils ont peu de pouvoir. Ce sont essentiellement leurs formes d’organisation et leurs buts qui sont différents. La tâche de la classe ouvrière en lutte sera de sympathiser avec eux ou de les neutraliser – si cela est possible sans se détourner des buts véritables – ou encore, si nécessaire, de les combattre résolument ; elle devra décider de la meilleure façon de les traiter, avec fermeté mais aussi avec équité. Dans la mesure où leur travail est utile et nécessaire, ils trouveront leur place dans le système de production et pourront ainsi exercer leur influence d’après le principe que tout travailleur a une voix dans le contrôle du travail.

Engels avait écrit que l’Etat disparaîtrait avec la révolution prolétarienne ; qu’au gouvernement des hommes succéderait l’administration des choses. A l’époque, il n’était guère possible d’envisager clairement comment la classe ouvrière prendrait le pouvoir. Mais nous avons aujourd’hui la preuve de la justesse de cette vue. Dans le processus révolutionnaire, l’ancien pouvoir étatique sera détruit et les organes qui viendront le remplacer, les conseils ouvriers, auront certainement pour quelque temps encore des pouvoirs politiques importants afin de combattre les vestiges du système capitaliste. Toutefois, leur fonction politique se réduira graduellement en une simple fonction économique : l’organisation du processus de production collective des biens nécessaires à la société.

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Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

gilets-jaunes-pouvoir_au_peuple

SlogBD5

SlogBD7

Reprenons nos affaires en main… sans intermédiaires et guignols « petits-chefs » autoproclamés…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, coronavirus CoV19, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , on 26 janvier 2022 by Résistance 71

rebelles

Contre les gérants de la révolte

Noche

2020

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Janvier 2022

Le 23 septembre 2020, j’ai marché avec quelques camarades dans une manif’ à Los Angeles en réponse à un verdict de grand jury sur le meurtre par la police de Breonna Taylor. Comme beaucoup de ces marches se déroulant après une évènement enrageant, cette marche / manif’ n’avait aucun leadership ni claire organisation derrière elle. C’est le genre d’évènement que je préfère car cela permet toujours plus de spontanéité, d’initiatives personnelles et de créativité de la part de ceux qui viennent pour exprimer leur colère et leur rage de ce monde anti-noir. Nous nous sommes réunis dans un parc jusqu’au départ de la manif’, menée par quelques personnes avec un haut-parleur dans un pick-up. A partir de là commença à émerger clairement un leadership durant la marche.

“Ralentissez !”
“Resserrez les rangs !”
“Gardez une ligne de front !”

Ceci furent quelques commandements éructés par quelques individus qui jamais ne se présentèrent à nous, ni jamais ne nous décrivirent ce qu’ils tentaient de faire. Et à cause de la nature même de l’action de rue et du besoin d’un anonymat relatif, c’est toujours difficile de s’arrêter et de dire : “eh les gars… merde vous êtes qui vous ? Qu’est-ce que vous faites ? Pourquoi devrions-nous vous écouter ?…

Je n’ai pas été dans toutes les actions de rue cet été, mais mon assomption est qu’une certaine dynamique s’est mise en place autour de ces gars, mais ce soir là, moi et mes potes, on a commencé à être ennuyé par tout ça, par ces commandements et cette idée sous-jacente que nous devions écouter et obéir à ces leaders auto-proclamés…

En tant qu’anarchiste, je m’érige contre toute autorité auto-attribuée et spécialement dans une manif’ qui est contre le flicage et l’autorité !.. A un moment donné, on a juste ignoré ces leaders auto-proclamés. Au départ, on marchait pour marcher sans but précis et ils semblait à ces leaders que c’était suffisant. Il n’y avait pas de véritable conflit. Lorsque ces leaders nous ont mené à côté d’une rampe de voie rapide avec un grand espace vide, on a commencé à comprendre que quelque chose n’allait pas. Ils n’étaient plus seulement “leaders”, mais aussi des “managers”, des “gérants” du truc.

Je me rappelle de quelques dires des marcheurs noirs cette soirée là : “Yo ! On n’a rien fait que de marcher !” / “Bon putain d’exercice, mais rien d’autre !”

Bon résumé de mes pensées ce soir-là. Mes potes décidèrent de quitter la scène en voyant que cela ne mènerait à rien d’autre qu’une parade de plus. J’ai continué afin de pouvoir retrouver mon transport. La marche retourna vers le QG du LAPD et à ce moment là j’ai compris qu’il était temps pour moi aussi de rentrer. Le seul point positif fut le fait qu’on ait pu pas mal taguer, mais la plupart des tags furent salis, brouillés, dès le lendemain.

Je ne suis en rien contre l’auto-organisation dans une marche de façon à ce que nous puissions nous garder en sécurité et que nous ayons une idée de ce que nous y faisons, mais quand ces leaders mènent ce qui est largement une marche non conflictuelle, pacifiste, alors nous devons réévaluer ce qu’il s’est passé. Le jour d’après quelqu’un dans un camion a foncé dans une marche à Hollywood, renversant deux marcheurs. Nous devons avoir des vigiles et trouver le moyen de garder nos activités de rues sécurisées, pas seulement des flics mais aussi de ces vigilantes extra-légaux qui n’ont aucun problème à faire de leurs véhicules des armes par destination, mais nous devons aussi avoir de sérieux espaces pour que les gens puissent exprimer leur colère comme ils le désirent.

Ce que ces journées passées dans les rues devraient nous instiller est la capacité de prendre nos actions (et nos vies) entre nos propres mains et non pas en suivant un leadership spécialisé nous disant ce qu’on doit faire ou pas. La passivité est déjà le problème de nos vies quotidiennes, pourquoi ne devrions-nous pas laisser nos actions de rues allumer l’envie de lutter ? Je m’en tape de faire une photo, des selfies dans des marches stériles, quelle que soit leur taille pour simplement dire et montrer que “j’y étais !” Ce que je veux c’est affecter directement le fonctionnement de la cité. Comme quelqu’un l’a si bien crié dans la marche : “Merde les gars ! C’est pas un putain de jeu !!”

Contre les gérants, au boulot et dans la rue !…

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

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Manifeste pour la Société des Sociétés

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L’État contre l’autonomie des institutions, une analyse sur les zones autonomes zapatistes du Chiapas et les communes libres du Rojava avec Pierre Bance (PDF)

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Résistance 71

22 janvier 2022

Il y a quelques jours nous publiions ce texte essentiel d’Errico Malatesta « Les deux routes » dans lequel l’anarchiste italien, en 1921, année de la répression sanglante de la commune de Cronstadt par le pouvoir capitaliste d’état bolchévique et en prémisse de ce qui arriverait aux communes libres espagnoles 15 ans plus tard, expliquait les deux chemins empruntés par le socialisme et pourquoi le chemin vers l’anarchie était la seule possibilité émancipatrice pour la société humaine.
En complément de ce texte, nous publions ci-dessous sous sa forme pdf mise en page par l’auteur, Pierre Bance, une excellente analyse moderne de mise en parallèle de deux sociétés actuelles tentant de mettre en place l’émancipation de l’imposture étatico-marchande qui nous est imposée depuis des siècles. Ces deux sociétés en question sont la société zapatiste du Chiapas et la société du confédéralisme démocratique (CD) de la région du Rojava, cette zone sous stress géopolitique impérialiste depuis 2011 comprise entre les entités étatiques syrienne et turque et soumise à une guerre de contrôle territorial depuis plus de 10 ans.
A Résistance 71, depuis le départ, nous soutenons les Zapatistes du Chiapas et avons soutenu et soutenons encore le CD tel que préconisé et envisionné par Abdullah Öcalan à la fin des années 90, début des années 2000. Depuis 2016, bien des choses se sont produites au Rojava qui font questionner son évolution et nous avons émis bien des réserves sur le projet dès lors qu’il a été manifestement approprié par l’empire anglo-américano-sioniste dans sa mise en place de terrain du « contrat social du Rojava », sorte d’entité proto-étatique n’ayant plus, en apparence, grand chose à voir avec le CD d’Öcalan et la confédération des communes libres.
Pierre Bance dans le texte ci-dessous, fait une remarquable analyse-synthèse de cette évolution, et remet certaines pendules à l’heure en replaçant l’affaire dans son contexte géopolitique et en faisant un parallèle avec la société zapatiste du Chiapas dans le sud-est mexicain. Une excellente analyse à lire, relire et à faire circuler au grand large pour nous aider à comprendre le chemin à suivre par delà les aléas géopolitiques du moment. Ce texte est le meilleur que nous ayons lu sur le sujet depuis un bien long moment. Merci à Pierre pour ce superbe effort de synthèse tout à fait réussie.
Définitivement un texte à lire et diffuser parmi les Gilets Jaunes !

Le texte de Pierre Bance « Autonomie des institutions Chiapas, Rojava »
Format PDF
Autonomie des institutions Chiapas-Rojava – Fédéchose n° 190 – page 31-35

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Gardons toujours présent à l’esprit ceci :

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

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Manifeste pour la Société des Sociétés

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Retour aux fondamentaux !… Nous avons déniché cette perle de texte : « Anarchisme, sciences sociales et autonomie du social » de Julien Vignet…

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 8 novembre 2021 by Résistance 71

GJRP
Tout le pouvoir aux ronds-points !… Vive la Commune Universelle !…

Nous avons récemment déniché ce texte… Une véritable perle, qui peut servir de base à une compréhension à la fois a minima mais aussi profonde de l’anarchie. Difficile de mieux résumé la pensée et l’action anarchiste depuis ses origines. Ce texte est une excellente base pour ceux qui désirent creuser plus avant et débroussailler le chemin de notre humanité réalisée.
A lire et diffuser sans modération. Jo va sûrement nous en faire un PDF canon… Qu’elle en soit remerciée par avance.
~ Résistance 71 ~

Anarchisme, sciences sociales et autonomie du social

Julien Vignet

Source:
http://www.journaldumauss.net/?Anarchisme-sciences-sociales-et-autonomie-du-social

Novembre 2018

L’anarchie des anarchistes n’est pas le chaos, le désordre, ni le laissez-faire poussé jusqu’au bout des libéraux. Ils promeuvent en réalité une constitution sociale de la société, plutôt qu’une constitution politique ou religieuse. Ce sont les individus ordinaires, à la base, qui décident de se regrouper librement et dans les formes qui leur conviennent. Cette autonomie du social est aussi à la base des sciences sociales, qui émergent en même temps que l’anarchisme. Proudhon et Bakounine sont deux figures de l’anarchisme historique permettant de dévoiler les passerelles entre anarchisme et sciences sociales à partir de cette autonomie du social. En même temps, les anarchistes participent à remettre la science à sa place, mettant en garde contre le gouvernement des savants et développant des pratiques populaires pour entraver la spécialisation et l’émergence d’une élite séparée de scientifiques.

Anarchy of anarchists is not chaos, disorder, or laissez-faire pushed to the end of the liberals. They actually promote a social constitution of society, rather than a political or religious constitution. It is the ordinary individuals, at the base, who decide to group themselves freely and in the forms that suit them. This autonomy of the social is also at the base of social sciences, which emerge at the same time as anarchism. Proudhon and Bakunin are two figures of historical anarchism that unravel the links between anarchism and social sciences from this social autonomy. At the same time, anarchists are helping to put science back in its place, warning against the government of scientists and developing popular practices to impede the specialization and emergence of a separate elite of scientists.
Julien Vignet est sociologue, CERReV, Université de Caen Normandie.

Les anarchistes portent une conception particulière de la vie sociale. En révolte aussi bien contre les structures hiérarchiques anciennes, comme la religion, que face à l’ordre capitaliste se mettant alors en place, ils et elles ont une détestation de la politique. C’est comme si la vie sociale était entravée par l’Etat, le capital et la religion.

Cependant, les anarchistes [1] ne promeuvent pas le laissez-faire à la manière des économistes libéraux. Ils et elles en sont de farouches opposants. L’anarchie est, à certains égards, une sorte de constitution sociale, par les gens eux-mêmes et leurs activités, plutôt qu’une constitution à partir de l’hétéronomie de la politique, de l’économie capitaliste ou de la religion. Or, cette autonomie du social n’est-elle pas aussi à la base des sciences sociales, qui émergent en même temps que l’anarchisme ?

Nous nous intéresserons à cette autonomie du social chez deux figures de l’anarchisme historique, à savoir Proudhon et Bakounine, qui ont par ailleurs appuyé leurs propositions révolutionnaires sur des analyses empruntant à la science de l’époque. Nous essaierons ensuite de creuser la question de savoir sur quel fondement les anarchistes font reposer cette sorte d’intelligence intrinsèque du social, avant d’évoquer les formes d’organisation sociale imaginées pour incarner l’anarchie. Enfin, nous verrons quel lien peut être tissé entre cette conception anarchiste et les sciences sociales, au-delà de la concordance de temps. En effet, de telles sciences ne reposent-elles pas elles aussi sur l’affirmation d’une irréductibilité, voire d’une autosuffisance du social ? En même temps, les anarchistes participent à remettre la science à sa place, mettant en garde contre le gouvernement des savants et développant des pratiques populaires pour entraver la spécialisation et l’émergence d’une élite séparée de scientifiques.

L’autonomie du social chez Proudhon

Le social contre la religion et la politique

Pierre-Joseph Proudhon est le premier à se définir anarchiste positivement en 1840. Il s’oppose à la propriété privée, à l’Eglise, au parlementarisme et au gouvernement en général. Il fait un lien étroit entre domination politique, domination économique et domination religieuse, considérées toutes comme des entraves à l’épanouissement de la justice.

Proudhon confiait ainsi dans ses Carnets de 1852 : « Je fais de la politique pour la TUER. EN FINIR AVEC LA POLITIQUE » [2]. Ce n’est alors pas seulement l’abolition de tous les gouvernements qui est visé, c’est aussi l’idée que la société peut se constituer d’elle-même, par la libre organisation des forces économiques et sociales. Il est encore plus clair dans Les confessions d’un révolutionnaire, où il distingue la constitution politique de la constitution sociale de la société. La seconde repose sur la libre association, l’égalité et la réciprocité et vise à affaiblir et écarter la première, fondée sur l’autorité et la hiérarchie.

« Je distingue en toute société deux espèces de constitutions : l’une que j’appelle la constitution SOCIALE, l’autre qui est la constitution POLITIQUE ; la première, intime à l’humanité, libérée, nécessaire, et dont le développement consiste surtout à affaiblir et écarter peu à peu la seconde, essentiellement factice, restrictive et transitoire. La constitution sociale n’est autre chose que l’équilibre des intérêts fondé sur le libre contrat et l’organisation des forces économiques qui sont, en général : le Travail, la Division du travail, la Force collective, la Concurrence, le Commerce, la Monnaie, le Crédit, la Propriété, l’Egalité dans les transactions, la Réciprocité des garanties, etc. La constitution politique a pour principe l’AUTORITE, ses formes sont : la Distinction des classes, la Séparation des pouvoirs, la Centralisation administrative, la Hiérarchie (…) » [3].

L’anarchisme de Proudhon vise explicitement à sortir de l’aliénation politique. Comme l’affirme Pierre Ansart, il « tend à libérer les force sociales des pouvoirs aliénants » [4], permettant ainsi d’instituer une société qui ne serait plus divisée en fractions ennemies et prise par un ensemble d’illusions.

Proudhon ne considère pas seulement l’exploitation capitaliste ou la domination étatique. Il est conscient qu’il existe des sacralisations qui empêchent la société de prendre conscience d’elle-même et de ses capacités. La refondation des rapports sociaux sans autorité révélée ou transcendante passe par la critique de la religion. C’est pourquoi Proudhon s’en prendra aussi à l’Eglise.

Il va plus loin en affirmant que politique et religion sont indissociables. Non seulement il fait alors de la religion un pouvoir politique, ne pouvant exister « qu’en s’appropriant la politique profane et les lois civiles » [5], mais il atteste du caractère sacré que prennent les institutions politiques pour se légitimer. Etat et Eglise, deux formes d’autorité instituées, utilisent les mêmes fondements pour justifier leur existence, et produisent les mêmes effets.

« Quoi qu’il en soit, il importe, pour la conviction des esprits, de mettre en parallèle, dans leurs idées fondamentales, d’un côté, le système politico-religieux, – la philosophie, qui a distingué si longtemps le spirituel du temporel, n’a plus droit de les séparer ; – d’autre part, le système économique.

Le Gouvernement donc, soit l’Église et l’État indivisiblement unis, a pour dogmes :

1. La perversité originelle de la nature humaine ; 

2. L’inégalité essentielle des conditions ; 

3. La perpétuité de l’antagonisme et de la guerre ; 

4. La fatalité de la misère. D’où se déduit : 

5. La nécessité du gouvernement, de l’obéissance, de la résignation et de la foi.

Ces principes admis, ils le sont encore presque partout, les formes de l’autorité se définissent elles-mêmes. Ce sont :

a) La division du Peuple par classes, ou castes, subordonnées l’une à l’autre, échelonnées et formant une pyramide, au sommet de laquelle apparaît, comme la Divinité sur son autel, comme le roi sur son trône, l’autorité ; 

b) La centralisation administrative ;

c) La hiérarchie judiciaire ; 

d) La police ; 

e) Le culte » [6].

Il n’est pas étonnant que ce philosophe de l’immanence s’attache à critiquer les formes de transcendance productrices d’illusions, et dont l’Eglise est une incarnation de l’époque. L’antithéisme de Proudhon est pourtant peu rappelé, et parfois même mis en doute.

Proudhon se réfère régulièrement à Jésus, et ne cache pas son admiration pour la morale égalitaire et communautaire des évangiles [7]. Cela facilite probablement qu’il soit parfois assimilé à un spirituel finalement hanté par son enfance religieuse. Il y a certes pour Proudhon un mystère de l’existence et une inquiétude du sens. C’est pourquoi il ne balaie pas d’un revers de la main la question de la foi, si présente dans l’histoire de l’humanité. Cette sensibilité le fait respecter le questionnement religieux, associé dans le même temps à une critique virulente des institutions religieuses de son époque. Il n’en est pas moins clair sur ses positions contre l’Eglise et sur la nécessité de purger le socialisme de son arrière-fond religieux, présent notamment chez Fourier, Saint-Simon ou Leroux. C’est pourquoi il peut affirmer « je n’adore rien, pas même ce que je crois : voilà mon antithéisme » [8].

Probablement l’expérience sociale et politique de son époque, dans laquelle l’Eglise joue le rôle d’appui de la répression des révoltes populaires, influence-t-il son anticléricalisme. Il est difficile de ne pas malmener celui qui vous calomnie et attise les condamnations à votre égard.

SL

Une science proudhonienne de la société à visée normative

Pour Proudhon, la société est immanente, traversée d’antagonismes, et faite par des forces collectives, toujours en mouvement. Il cherche donc une science de la société se promettant d’instaurer le meilleur état social par rapport à ce qu’est la société : une science à visée normative capable d’instaurer l’égalité et la justice. La société se fait en vertu de forces inconscientes, et les individus obéissent sans en avoir l’intelligence. La science ainsi promue doit permettre la compréhension de ses forces, et permettre à l’humanité en quelque sorte de prendre conscience d’elle-même [9].

Proudhon, ancien ouvrier typographe, se méfie de la métaphysique. Il rejette l’idée de savoir absolu. De la même manière, l’action est première par rapport aux idées : il met ainsi l’accent sur l’effort collectif, en opposition au déterminisme et à la providence ; la révolution est la manifestation la plus forte de cet effort collectif créateur. C’est en cela que la société est immanente : c’est l’action humaine qui produit non seulement le monde matériel, mais aussi les idées, les valeurs et les mentalités [10]. De fait, pour Proudhon, « la philosophie doit être essentiellement pratique

» [11]. Elle n’a pas une fonction spéculative, et s’inscrit dans la vie quotidienne. De la même manière, elle n’est pas une pratique élitiste d’oisifs, mais a une finalité d’action à visée émancipatrice par les prolétaires. La science ne se perd pas dans les limbes de la théorie, elle reste ancrée dans la réalité ordinaire et liée à la recherche de l’amélioration des conditions humaines.

Conformément à cette position, la science promue par Proudhon ne peut être qu’empirique. Elle part de l’observation. Proudhon l’incarnera en étant attentif aux expérimentations sociales des classes populaires qui jaillissent à son époque : mutuelles, coopératives et sociétés secrètes. C’est probablement lors de son passage à Lyon, avec son effervescence portée par les canuts, que mûrira chez lui son mutuellisme. Il y restera entre 1843 et 1847, à la veille de la révolution associationniste de 1848, et y côtoie le socialisme le plus agité.

Dans La capacité politique des classes ouvrières [12], testament politique de Proudhon, il évoque et justifie les efforts des prolétaires pour affirmer leur autonomie politique et matérielle à travers des mutuelles, des coopératives et des syndicats. Il enjoint les ouvriers à l’abstention lors des élections. Leur capacité politique réelle réside dans l’organisation d’un mouvement social autonome. Un temps méfiant vis-à-vis de l’association, il devient l’un de ses plus ardents défenseurs. Pour lui, les gens de bras ne sont pas dépourvus de capacité politique, bien au contraire. Ils n’ont pas à être guidés par une avant-garde, mais créent ici et maintenant des expérimentations sociales sur le terrain économique, permettant d’affirmer immédiatement l’autogestion généralisée future. C’est ce que les socialistes « partageux » sont alors en train de faire. C’est en cela que l’analyse du social par Proudhon est profondément anarchiste : la société, qui est toujours autoproduite, peut se faire consciemment elle-même. Elle résulte de l’association de forces sociales, et non d’un principe organisateur transcendant, que ce soit la religion ou l’Etat. Or, l’anarchie est impossible si ce n’est pas le cas : s’il n’y a pas d’autonomie du social, il n’y a pas d’anarchie possible. L’anarchisme ne vise en ce sens rien d’autre que de favoriser l’autonomisation du social, notamment par rapport au politique dont il se défie.

La prédominance du social chez Proudhon repose sur le fait qu’il est une condition de l’humanité de l’être humain : « l’homme le plus libre est celui qui a le plus de relation avec ses semblables » [13]. L’être humain est un être sociable parce qu’il a besoin des autres, et ce non seulement pour assurer sa survie ou perpétuer l’espèce, mais surtout parce qu’il ne peut s’épanouir sans autrui ni culture partagée. La liberté ne trouve pas sa limite chez les autres. Elle n’est pas non plus un vide investi d’un pouvoir infini, qui fait que l’expérience radicale de l’existence humaine est d’abord angoisse absolue. La liberté est dans la relation. La plus grande liberté se développe à travers des formes d’activités mutuelles entre égaux. La politique, la religion, l’économie capitaliste empêchent ce développement, et c’est pourquoi il faut selon Proudhon les combattre en leur substituant graduellement d’autres pratiques sociales qui finiront immanquablement à créer d’autres formes de vie au sein d’une autre société. Ce ne sera pas pour autant un point d’arrivée ou une fin de l’histoire. La société est un mouvement de forces diverses, et l’anarchie n’est qu’une sorte d’équilibre en gestation continue, appuyé sur le plan politique par le confédéralisme, et sur le plan économique par le mutuellisme.

Précisons que Proudhon pose deux problèmes de principe aux anarchistes : il est antisémite et misogyne. L’antisémitisme de Proudhon est lié au fait qu’il considère que les Juifs sont à l’origine du capitalisme [14]. Cet antisémitisme, sous une forme différente et plus nuancée, on le retrouvera chez Bakounine à la fin de sa vie, suite à ses polémiques avec Karl Marx. Il ne faut pas les taire, comme il est souvent fait. Cependant, l’antisémitisme de Proudhon n’apparaît pas dans ses constructions théoriques. En revanche, il en est différemment de sa misogynie. Il fait du mariage un pivot de la société, et de la famille l’unité sociale de base.

Joseph Déjacque, l’inventeur du terme libertaire, publie un pamphlet en réponse à et en rupture avec Proudhon : De l’Être humain mâle et femelle. Lettre à P.-J. PROUDHON. Exilé depuis la révolution manquée de juin 1848, il est sans doute le plus virulent contre Proudhon, ce « vieux sanglier qui n’est qu’un porc » [15]. Il y défend l’égalité homme-femme : « dites à l’homme et dites à la femme qu’ils n’ont qu’un seul et même nom comme ils ne font qu’un seul et même être, l’être-humain ». De même, il défendra l’émancipation de tous les êtres, quels que soient leur sexe, leur couleur de peau, leur âge. La révolution consiste en un combat dans les rues et dans les foyers contre un modèle social fondé sur la propriété et la famille. Depuis New-York et la Nouvelle-Orléans, il dénonce le massacre et le pillage des indiens d’Amérique ainsi que l’esclavage des noirs dans plantations. Joseph Déjacque est en ce sens bien plus anarchiste que Proudhon, qui aura pourtant été l’un de ses maîtres à penser.

L’autonomie du social chez Bakounine

Bakounine était un lecteur de Proudhon. Après 50 ans, il s’est lui-même déclaré anarchiste, et est devenu l’un des principaux théoriciens de l’anarchisme révolutionnaire. Il est alors somme toute logique de retrouver cette autonomie du social chez lui. Elle est clairement affirmée dans Fédéralisme, socialisme et antithéologisme, dont il termine la rédaction en 1868 :

« La société, c’est le mode naturel d’existence de la collectivité humaine indépendamment de tout contrat. Elle se gouverne par les mœurs ou par des habitudes traditionnelles, mais jamais par des lois. Elle progresse lentement par l’impulsion que lui donnent les initiatives individuelles et non par la pensée, ni par la volonté du législateur. Il y a bien des lois qui la gouvernent à son insu, mais ce sont des lois naturelles, inhérentes au corps social, comme les lois physiques sont inhérentes aux corps matériels » [16].

Bakounine l’antipolitique

Pour Bakounine, formé à l’hégélianisme, l’humanité a une nature sociale. Le social, régi par ses propres lois, préexiste même à l’individu et à la constitution politique. Il peut néanmoins se transformer par des efforts individuels. On retrouve ici à la fois la position antipolitique de Bakounine, sa conception fondée sur une philosophie de la nature de l’autonomie du social, et sa considération de l’action humaine comme productrice de la société. Ces trois éléments, que Bakounine peine parfois à concilier, constituent la base de sa pensée anarchiste, nourrie perpétuellement par son activité révolutionnaire. Si Bakounine appelle lui aussi, comme Proudhon, à s’appuyer sur la science, il considère toutefois que la connaissance rationnelle du monde – naturel et social – est insuffisante à l’émancipation. Il n’appelle pas au sentiment de révolte contre la science. Il n’associe pas non plus science et émancipation. Mais la science peut bien permettre de favoriser la conscience des individus des lois naturelles et des prescriptions sociales. Si les premières ne sont pas modifiables, les secondes peuvent être transgressées, et même bouleversées en vue de l’émancipation individuelle et collective. C’est le but de la révolution sociale. On retrouve donc chez Bakounine la même idée que chez Proudhon, celle de la possibilité d’une constitution de la société par le social lui-même, débarrassée du capitalisme, de la politique et de la religion.

Bakounine est célèbre pour sa polémique avec Marx, qui entraînera une rupture au sein de la Première Internationale, celle de l’Association Internationale des Travailleurs. Il a à la fin de sa vie une défiance absolue envers le pouvoir, qu’il soit bourgeois ou populaire : la lutte n’est pas politique, dans les couloirs des palais et les délégations parlementaires, mais strictement sociale. C’est pourquoi il refuse d’utiliser l’appareil d’Etat et la mise en place d’une dictature du prolétariat, contrairement aux communistes – qu’il nomme « autoritaires ».

Bakounine prophétise d’ailleurs ce que deviendra le bolchévisme. Dès le 19 juillet 1866, dans une lettre à Alexandre Herzen et Nicolaï Ogarev [17], Bakounine écrivait : « Toi qui es un socialiste sincère et dévoué, assurément, tu serais prêt à sacrifier ton bien-être, toute ta fortune, ta vie même, pour contribuer à la destruction de cet Etat, dont l’existence n’est compatible ni avec la liberté ni avec le bien-être du peuple. Ou alors, tu fais du socialisme d’Etat et tu es capable de te réconcilier avec ce mensonge le plus vil et le plus redoutable qu’ait engendré notre siècle : le démocratisme officiel et la bureaucratie rouge ». Il annonce les dérives que contiennent les positions sur la participation au jeu politique et sur la prise de l’appareil d’Etat dans une phase transitoire. Il pressent que la mise en place d’un Etat populaire s’accompagnera inévitablement de l’émergence d’une nouvelle classe privilégiée, celle des directeurs et des fonctionnaires, c’est-à-dire de la bureaucratie.

Suite à l’éclatement de la Première Internationale [18], il participe à la fondation de l’Internationale antiautoritaire à Saint-Imier en 1872, avec entre autres Carlo Cafiero, Errico Malatesta et James Guillaume. Celle-ci regroupe les sections espagnoles, italiennes, françaises, jurassiennes et américaines, et est alors l’organisation révolutionnaire la plus nombreuse. Son orientation, influencée par les idées de Bakounine, est clairement antipolitique. Elle déclare que « la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat » dans sa troisième résolution. Conformément à l’orientation anarchiste des carnets proudhoniens de 1852, il s’agit de faire de la politique pour détruire la politique.

Bakounine a bien conscience que son activité révolutionnaire comporte une composante politique. Il critique d’ailleurs l’indifférence à la question politique. Contrairement à ce que déclareront ces détracteurs à l’époque, il ne s’agit pas d’apolitisme, mais d’une position antipolitique – donc d’une affirmation de l’autonomie du social.

Le conflit avec Marx sur la question politique ne se situe pas seulement sur la prise de l’appareil d’Etat en vue de sa décomposition future – option de Marx – ou la lutte immédiate pour le dépérissement de l’Etat – option de Bakounine. Il y a chez Bakounine l’intuition d’une part maudite du pouvoir. 

« Je ne craindrai pas d’exprimer cette conviction, que si demain on établissait un gouvernement et un conseil législatif, un parlement, exclusivement composé d’ouvriers, ces ouvriers, qui sont aujourd’hui de fermes démocrates socialistes, deviendraient après-demain des aristocrates déterminés, des adorateurs hardis ou timides du principe d’autorité, des oppresseurs et des exploiteurs. Ma conclusion est celle-ci : il faut abolir complètement, dans le principe et dans les faits, tout ce qui s’appelle pouvoir politique ; parce que tant que le pouvoir politique existera, il y aura des dominants et des dominés, des maîtres et des esclaves, des exploiteurs et des exploités » [19].

La question n’est pas de savoir si tel ou tel dirigeant est corrompu, manipulateur, violent. Le pouvoir en lui-même pervertit. Le fait de se retrouver en position de pouvoir transforme l’individu et le place en situation où il ne peut qu’exercer une domination sur les autres.

Cette position antipolitique se confirme dans la Lettre à un français [20], au moment de la guerre franco-prussienne, où il déclare que l’émancipation sociale et économique du prolétariat entraînera son émancipation politique, ou plutôt son émancipation de la politique. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y aurait pas de décisions collectives à prendre, bien au contraire. Bakounine considère que c’est une nécessité. Ce qui est rejeté, c’est la séparation d’une instance décisionnelle du corps social, et son institutionnalisation qui finit par la consacrer théologiquement.

Suffrage universel ou censitaire, là n’est pas la question pour Bakounine. L’élargissement du suffrage ne supprime en rien le mensonge qu’est la représentation. Le pouvoir corrompt, et se trouver en position de représentant ne peut que couper des aspirations populaires. Les assemblées centralisatrices favorisent le passage des « palpitations vivantes de l’âme populaire » vers des abstractions [21]. Ce n’est pas pour cela que Bakounine n’admet pas la représentation des sections au sein de l’A.I.T., via des mandats impératifs. Mais cette représentation n’intervient alors pas au sein d’un petit Etat en gestation – c’est du moins le sens de son engagement et de ses polémiques avec les tenants du centralisme – mais dans une fédération qui préfigure celle qu’il appelle de ses vœux.

Cette critique du pouvoir, il va jusque la formuler à destination des organisations ouvrières risquant de se bureaucratiser. De son expérience au sein de l’A.I.T., entre 1868 et son éviction en 1872, il en tire plusieurs leçons. Il note d’abord la tendance à la constitution d’une élite militante, qui se considère indispensable. Mécaniquement, elle s’habitue à décider à la place des autres, et les délégués se coupent de leur base. L’autonomie des sections et des individus doit justement venir empêcher cette dégénérescence, de même que les assemblées générales des membres.

Antithéologisme et philosophie de la nature chez Bakounine

L’anarchisme a, on l’a vu, dès son origine mis en avant une critique radicale tant du capitalisme et de l’Etat, que de l’Eglise. La domination n’est pas seulement matérielle, elle est aussi idéologique, et la religion vient couvrir la conscience d’un voile tout en légitimant les dominations existantes. Bakounine ne déroge pas à la règle. Il a très bien synthétisé cette pensée dans Dieu et l’Etat, ouvrage posthume recomposé par son ami Elisée Reclus en 1882. Il y proclame que « si Dieu existait, il n’y aurait pour lui qu’un seul moyen de servir la liberté humaine, ce serait de cesser d’exister » [22].

Pour Bakounine, une religion, et particulièrement l’Eglise catholique, se constitue comme pouvoir politique et économique. L’idéalité divine s’appuie sur l’exploitation économique et l’oppression politique des masses, richesse et puissance s’autoalimentant l’un l’autre [23]. Les religions instituées transforment la spiritualité en s’accaparant le fruit du travail des autres, et tombent dans un matérialisme étroit de privilégiés. Bakounine peut ainsi renvoyer dos à dos idéalisme et matérialisme : l’idéalisme religieux se concrétise sur terre en servant les forces matérielles, tandis que le matérialisme scientifique appuie l’idéalisme pratiques des classes populaires et des laissés-pour-compte.

Il met aussi à jour le fétichisme contenu dans l’idée de dieu, qui vient écraser l’humanité. « Dieu est tout, donc l’homme et tout le monde réel avec lui, l’univers, ne sont rien » [24]. Ce qui est ordinaire et passager est ainsi traité avec dédain, alors que « toute la vie des hommes réels, des hommes en chair et en os, n’est composée que de choses passagères » [25]. Il faut ainsi rendre à l’humanité et la nature ce dont elles ont été dépouillées en s’opposant à la religion. Cette dernière est l’incarnation idéale de ce dépouillement, celui de la capacité à produire le monde. Bakounine fait alors de son antithéologisme l’un de ses trois piliers fondamentaux de son anarchisme, avec le fédéralisme et le socialisme.

Bakounine s’oppose donc à l’hétéronomie de la politique et de la religion. D’où vient pour lui l’autonomie du social ? Bakounine est matérialiste. Il considère donc que l’esprit n’est pas séparé du corps, et que l’individu, qui est d’abord un corps, est le produit de la nature, puis de la société. De la nature d’abord, règne de la nécessité. Il n’y a aucune échappatoire, et aucun projet bakouninien de la sortie des forces naturelles. Il faut au contraire les reconnaître et les faire sienne. Il les distingue des forces sociales, qui elles ne sont pas inhérentes à notre être, mais viennent de l’extérieur de soi-même [26]. Il n’en reste pas moins qu’elle constitue l’individu, être irrémédiablement social pour Bakounine.

L’être humain « naît dans la société comme la fourmi dans la fourmilière et comme l’abeille dans la ruche ; il ne la choisit pas, il en est au contraire le produit, et il est aussi fatalement soumis aux lois naturelles qui président à ses développements nécessaires, qu’il obéit à toutes autres lois naturelles » [27]. La société précède l’individu, et l’imprègne, tant « la pression de la société sur l’individu est immense, et il n’y a point de caractère assez fort ni d’intelligence assez puissante qui puisse se dire à l’abri des attaques de cette influence aussi despotique qu’irrésistible » [28]. C’est d’ailleurs cela qui prouve le caractère social de l’être humain, tant la culture propre à un individu donné se reflète jusque dans les détails de sa vie.

L’individu est comme happé par le social, en même temps qu’il permet la création de liens avec les autres, par la confiance, la routine et les habitudes. A tel point que l’humanité se fonde d’abord sur la sociabilité : il n’y a pas d’êtres humains qui à un moment se mettent d’accord afin de créer volontairement la société, comme chez Rousseau. L’individu ne la crée pas, il en hérite. Il ne peut donc qu’être façonné intimement par la situation sociale-historique dans laquelle il naît.

Les prescriptions sociales prennent presque la consistance des nécessités biologiques. D’ailleurs, Bakounine considère l’espèce humaine comme une continuité des espèces animales : « ce qui n’existe pas dans le monde animal au moins à l’état de germe, n’existe et ne se produira jamais dans le monde humain » [29]. Bakounine distingue le milieu naturel, celui des biologistes, du milieu social, celui des sciences sociales et de l’activité révolutionnaire, mais les pense en continuité. En dernière instance, c’est la nature qui fixe le devenir humain. Si Bakounine en restait là, ce serait une autonomie du social en réalité dépendante des lois naturelles de l’univers ; une autonomie qui n’en serait alors pas une. Dans tous les cas, il y aurait un déterminisme incapable de penser le changement social.

Mais il n’en est rien chez Bakounine, révolutionnaire bien avant d’être philosophe. La continuité chez lui ne veut pas dire qu’il n’y a pas une différence qualitative nette entre l’animalité et l’humanité. L’être humain a pleinement accès à l’abstraction. Il peut penser et parler – et donc transmettre. S’il concède que certains animaux ont des capacités troublantes, ce ne sont que des bribes de ce que l’humanité possède en termes de faculté. De cette capacité de penser, il en fait le second de ces trois fondements du développement humain, avec lesquels s’ouvre le Dieu et l’Etat reconstitué en 1882 par Elisée Reclus [30].

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Bakounine et la liberté

L’individu est capable de s’élever à la conscience, et par là de se déterminer lui-même au sein du milieu qui lui préexiste. Il sait reconnaître le monde qui l’enveloppe et les forces qui le déterminent, étape nécessaire avant de pouvoir agir dessus.

« Grâce à cette faculté d’abstraction, l’homme en s’élevant au-dessus de la pression immédiate que tous les objets extérieurs ne manquent jamais d’exercer sur chaque individu, peut les comparer les uns avec les autres, observer leurs rapports. Voilà le commencement de l’analyse et de la science expérimentale » [31].

L’être humain est un individu parlant et pensant. C’est pour cela qu’il peut échapper à la fatalité et s’ouvrir au règne de la liberté. La connaissance, que la science doit développer, est ainsi un maillon essentiel chez Bakounine : c’est par elle qu’il est doué de volonté et peut s’affirmer.

Pour autant, l’être humain ne saurait s’ouvrir à la liberté sans dépasser ce moment de la pensée. L’être humain humanise la nature, à partir de ses idées, par ses activités. C’est bien par l’action dans ce monde qu’il peut réaliser sa liberté : la science ne permet que la conscience de la liberté, qui demande à se réaliser par des actes.

S’il n’y a qu’à faire siennes les lois naturelles, sommes-nous condamnés à toujours nous incliner face aux prescriptions sociales ? Une telle affirmation serait contradictoire avec la vie que Bakounine a menée. Issu d’une famille de l’aristocratie russe, son père l’envoie faire ses classes dans l’armée à 14 ans. Il supporte mal la discipline militaire, et en opposition avec sa famille quitte l’armée quelques années plus tard pour s’inscrire à l’université à Moscou, où il fréquente un cercle révolutionnaire. Il voyage en Allemagne et en France, où il rencontre des socialistes. En 1848, il prend une part active à la révolution qui se déroule alors en France. Il tente de la propager en Allemagne, puis en Pologne où il est l’un des meneurs de l’insurrection populaire de Dresde. Il est finalement arrêté par les prussiens et condamné à mort. Sa sentence est commuée en travaux forcés à perpétuité, avant d’être livré à la Russie. Incarcéré dans des conditions difficiles, il est finalement déporté en Russie en 1857. Il réussit à s’enfuir en 1861, à 47 ans, via le Japon et les Etats-Unis, avant de gagner l’Europe. Il renoue avec les milieux révolutionnaires et adhère en 1868 à l’A.I.T. En 1870, il participe à une insurrection à Lyon, qui proclame la Commune, préfigurant celle de Paris quelques mois plus tard. Le soulèvement échoue, et Bakounine se réfugie à Marseille, puis en Suisse. Après le massacre des communards en 1871, les tensions sont vives au sein de l’A.I.T. Bakounine en est exclu en 1872 avec d’autres membres, et participe à la fondation de l’Internationale antiautoritaire. En 1873, épuisé, il décide d’arrêter le militantisme. Malade, il prend part aux préparatifs d’une insurrection à Bologne, espérant mourir sur les barricades. L’insurrection tourne court, et il meurt en 1876. Toute sa vie, il n’a cessé de braver les déterminismes de la société, depuis sa rupture familiale jusqu’à ses engagements révolutionnaires, debout sur les barricades et armes à la main. Son existence ne colle pas avec l’idée d’une action humaine entièrement engluée dans le milieu social.

Sa théorie n’est pas non plus une théorie du déterminisme. Elle fait la part belle à la liberté, et donc à la capacité humaine de transformer la société. Pour Bakounine, il est possible d’extirper les mauvaises habitudes pour les remplacer par des bonnes. La société est ainsi en partie productrice d’elle-même.

Chaque chose et chaque être possèdent une individualité propre, certes née de circonstances antérieures et issue du milieu social au sens large, mais qui permet des capacités autonomes d’action. C’est une parcelle d’autonomie minuscule devant l’infini du monde et des forces qui façonnent l’univers. C’est néanmoins un pouvoir créatif et imaginatif qui permet à l’individu, au moins de manière abstraite ou en tous cas incomplète, de s’élever au-dessus de la pression immédiate des choses qui l’entourent comme de ses mouvements propres et de ses appétits.

S’il n’y a pas de libre-arbitre, il y a la liberté au prix d’efforts et d’une révolte en partie dirigée contre soi-même – la partie façonnée par le milieu social. L’individu est pourvu de volonté. Sinon, l’individu serait réduit à une machine ou à des instincts. L’individu, par ses expériences et ses actions, modifie non seulement le monde dans lequel il s’insère, c’est-à-dire la société actuelle comme l’humanité et les choses dans leur ensemble, mais aussi sa psychologie. Cette volonté n’est pas un mystère de la vie, elle est fondée dans la chair et le sang, et possède sa propre dynamique. Elle peut ainsi grandir par les efforts de l’individu, la pensée ou les conditions sociales favorables. Ce que Bakounine nomme un ruisseau dans le courant universel de la vie, peut se transformer en torrent. Jusqu’à un certain point, l’individu qui s’émancipe peut alors devenir son propre éducateur et le créateur de soi-même et de son milieu social. Cette auto-détermination reste relative, enchaînée au monde naturel et social comme tout être vivant, mais elle existe et participe à façonner le monde. Donc l’individu n’acquiert pas cette petite partie d’autonomie de manière isolée, en s’arrachant au milieu social, mais en agissant dessus, et donc en s’y mêlant encore plus. Même l’action individuelle est immédiatement sociale.

L’individu chez Bakounine n’est donc pas constitué entièrement par les rapports sociaux, comme chez Marx ; ou plutôt, s’il est constitué par ses relations sociales, il y a aussi une part de subjectivité, qui permet notamment les ruptures non seulement personnelles mais aussi collectives, et les arrachements à la voie tracée par ses conditions, y compris les révoltes. Il n’y a pas de sujet révolutionnaire, tel le prolétariat chez Marx, voué à transformer de manière mécanique et nécessaire la société. Pour Bakounine, il existe bien des classes sociales, mais pas de classe révolutionnaire en soi. Certaines classes sociales peuvent jouer un rôle temporairement révolutionnaire, mais elles sont toutes en rivalité pour le pouvoir. Or, il s’agit pour lui d’en finir par la volonté avec la domination, et donc avec la division en classes sociales, mais aussi avec l’Etat, la religion, la famille patriarcale, avec les mœurs qui ont pénétré profondément l’individu, « de sorte que chacun en est en quelque sorte le complice contre lui-même » [32]. Il n’y a pas de mécanique révolutionnaire chez Bakounine, mais des voies expérimentales et des tentatives créant des ruptures et des chocs modifiant non seulement le milieu social général, mais aussi les structures psychologiques des individus.

Ces ruptures sont d’autant plus possibles que l’une des manifestations de cette part de liberté chez l’humain est le sentiment de révolte. Si la pensée est la facette positive de la liberté, la révolte en est la composante négative. Mais cette dernière est puissante, et le véritable moteur du développement de la liberté – c’est-à-dire de la capacité des êtres humains à développer leurs facultés leur permettant d’intervenir sur le monde. Elle est inscrite dans la condition humaine, et même si elle est toujours située dans un contexte historique et culturel particulier, elle est en ce sens universelle. La révolte, que Bakounine considère comme instinctive, fonde des traditions et des capacités d’organisation contre l’autorité, qui se transmettent à travers les âges. Immédiatement, elle est socialisée et participe à une sédimentation historique, faisant de l’histoire (sociale) de l’humanité ce qu’elle est. Cet « instinct de révolte », déjà très social, est à encourager face à bien d’autres dispositions humaines moins reluisantes, pour devenir un élan révolutionnaire. De négative, la révolte dans toute son ambigüité, à la fois violence ravageuse et destruction créatrice, devient positive et émancipatrice, une force matérielle capable de triompher. La révolution sociale, avec les destructions qu’elle suppose, est évidemment le choc par excellence, la rupture qui transforme non seulement le monde et les rapports sociaux (l’union libre plutôt que la famille patriarcale par exemple) mais suscite aussi un autre type d’humain, plus libre.

Bakounine tire de tout cela une définition sociale de la liberté. La liberté d’autrui n’est pas une limite, au contraire elle confirme et étend la mienne à l’infini.

« Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m’entourent, hommes et femmes, sont également libres. La liberté d’autrui, loin d’être une limite ou la négation de ma liberté, en est au contraire la condition nécessaire et la confirmation. Je ne deviens libre vraiment que par la liberté d’autres, de sorte que plus nombreux sont les hommes libres qui m’entourent et plus profonde et plus large est leur liberté, et plus étendue, plus profonde et plus large devient ma liberté » [33].

Ce n’est donc pas une liberté du libre arbitre, avec un individu abstrait et atomisé. Il n’y a pas de liberté spontanée et isolée, indépendante du monde extérieur. Bakounine fournit ainsi des armes aux sciences sociales, dans les débats qui les animent avec les économistes étroits, tenants du libéralisme et de la liberté exclusive de l’individu contre la société. L’individu n’en est pas moins l’élément de base de l’anarchie, et donc de la société. Dans sa complétude, il est irréductible, singulier, vivant, bien plus qu’une simple incarnation du système institutionnel et social, et il convient de respecter absolument sa dignité.

L’anarchie et le fondement de l’intelligence intrinsèque du social 

Sur quel fondement se constitue le lien social pour les anarchistes ? Si l’équilibre ne repose ni sur la constitution politique, ni sur la nature humaine – égoïste pour les utilitaristes, altruiste pour Kropotkine – sur quoi d’autre peut-il reposer ? L’anarchisme semble parfois reposer sur une conception presque vitaliste de la société, où le mouvement de la vie aurait ses propres finalités qu’il conviendrait de ne pas entraver. C’est quelque chose que l’on retrouve en filigrane dans la pensée des anarchistes Bakounine ou Libertad, par exemple, et surtout chez Kropotkine.

Reprenant à son compte la morale sans obligation ni sanction de Guyau [34], Kropotkine considère quant à lui que la vie contient en elle-même le mobile de l’activité et de la morale. Le géographe russe va plus loin, et finit par fonder la morale sur une solidarité inscrite dans la nature – donc biologique [35].

Celui-ci fonde l’autonomie sur la biologie, ce qui est donc en réalité une négation de l’autonomie du social. Il publie en effet en 1902 L’entr’aide, un facteur d’évolution [36]. Il s’agit non seulement de montrer que la solidarité est un principe moteur tant de l’évolution animale que du changement humain, mais aussi de prendre le contrepied du darwinisme social mettant en avant la lutte concurrentielle pour la survie. L’entraide prime sur la lutte pour la survie des plus aptes. Kropotkine partage tout de même avec les socio-darwinistes l’idée qu’il y a une continuité absolue entre le naturel et le social. Cependant, contrairement à eux, il estime que l’entraide n’est pas simplement un comportement hérité, mais qu’il peut et doit se cultiver. Pour Kropotkine, il n’y a pas de principe biologique prédéterminant de l’entraide, mais des habitudes qui s’acquièrent et se modifient en fonction des situations et des milieux. C’est en fait une force réelle et importante dans le monde vivant, capable de contrebalancer la loi du plus fort. Il cède toutefois au même postulat consistant à reposer les comportements humains sur la biologie. Les sciences sociales comme l’activité révolutionnaire doivent se fondre dans une science de la nature. Qu’il y ait de l’altruisme dans la nature, et profondément ancré dans les sociétés humaines encore aujourd’hui [37], ne vient pas expliquer la socialisation et la transmission des pratiques les plus libertaires de la vie sociale.

L’évolutionnisme, qui considère que le changement est continuel, sans césures, intrinsèquement positif, est en réalité une négation du caractère immédiatement et intégralement social de l’humanité, et surtout des possibilités d’une action humaine libre, donc aussi transgressive et contestataire à l’issue incertaine. Le temps social n’est ni le temps biologique, ni le temps physico-cosmique [38]. Salvador Juan en élabore une critique systématique et précise dans son ouvrage Critique de la déraison évolutionniste (2006), dans lequel un chapitre est consacré au naturalisme anarchiste [39]. Un glissement des sciences de la nature vers les sciences sociales est à l’œuvre depuis la constitution de ces sciences, et les anarchistes s’essayant à la théorie reflètent aussi les travers de cette époque. Aujourd’hui, les prétentions de la biologie à expliquer le social s’appuient sur les nouveaux développements des technosciences, comme la génétique. Comme l’affirme Salvador Juan, la constitution des sciences sociales passe pourtant par son dégagement d’un certain impérialisme de la biologie. A l’autonomie de la discipline – qui n’empêche aucunement des collaborations fructueuses [40] – correspond l’autonomie du social.

La recherche des continuités (au demeurant réelles [41]) entre humanité et le reste du vivant se fait par une négation des caractères distinctifs, et animalise du même coup l’humanité, donnant la part belle aux idéologies les plus réactionnaires et conservatrices, dont la génétique se fait aujourd’hui largement le relai. Il y a, rappelle Salvador Juan, bel et bien une distinction entre humanité et animalité – distinction ne veut pas dire meilleur, justifiant du même coup une domination possessive et ravageuse de la nature. Dès qu’il y a humanité, il y a immédiatement culture, c’est-à-dire symbole, outil, transmission. L’humanité est en ce sens beaucoup plus ancienne qu’on ne le considère habituellement [42].

Il est aisé de comprendre pourquoi un certain nombre d’anarchistes ont cédé à l’évolutionnisme de l’époque. Ils étaient aussi guidés par des motivations de rupture avec la religion, mais aussi par la volonté de remettre en cause la naturalité revendiquée des hiérarchies constituées. Bien souvent, la séparation radicale entre humanité et animalité s’intégrait parfaitement à l’évolutionnisme classique : les véritables humains étaient les blancs européens, les bourgeois, les êtres masculins… tandis que les autres étaient à des stades inférieurs encore marqués par l’animalité. Poser une continuité entre humanité et animalité permettait de désamorcer ces manières de légitimer l’ordre existant et les conquêtes coloniales. Cela ne remet néanmoins pas en cause son affirmation de l’autonomie du social. Il ne s’agit là que d’une contradiction initiale, en général corrigée par les anarchistes qui ont continué de s’inscrire dans ce mouvement.

Sans transcendance, le social livré à lui-même s’est parfois réfugié dans la biologie pour trouver son fondement. La reconnaissance entière de son autonomie ne peut pourtant passer qu’en prenant acte de sa dimension pleinement culturelle, produit d’une sédimentation historique qui pénètre les moindres détails de l’individu, ainsi que de l’action et de la contestation toujours situées. Peut-il y avoir autonomie du social sans s’inscrire finalement dans le mouvement de la vie sociale elle-même ? Il y aurait donc une sorte d’intelligence intrinsèque du social. Voilà un champ qui mériterait peut-être d’être exploré.

En réalité, les anarchistes ne fondent pas l’anarchie sur la biologie, mais sur l’action humaine. S’il n’y a pas constitution politique de la société pour les anarchistes, cela ne les empêche pas de promouvoir l’auto-institution par des individus conscients. Chez Proudhon, elle s’incarne dans des associations, mutuelles, coopératives des classes populaires et demain dans le confédéralisme associé au mutuellisme. Il promeut les liens contractuels directs entre égaux. Ce contractualisme peut cependant parfois être qualifié de « comptable », et reste enraciné chez lui dans un prisme économiste. Chez Bakounine se retrouve les mêmes ensembles sociaux, mais aussi les communes et les assemblées de base. Kropotkine, avec ses comparses anarchistes-communistes, vantera quant à lui les mérites de la commune, à la portée sociale plus large que les organisations économiques. Elle ne s’arrête pas à la production, et intègre les femmes, les enfants, les chômeurs, les anciens, les paysans, dans une optique d’élargissement par la solidarité, bouleversant sans cesse ses frontières et ses contours.

Au fondement de l’anarchisme, il y ainsi une distinction subtile entre instances séparées et social immanent. La religion est l’institution emblématique du dépouillement des capacités autonomes des personnes à produire leur société et à vivre leur vie librement. La constitution politique, incarnée par l’Etat et la législation, bénéficie de davantage de crédit, puisqu’il repose dans les sociétés contemporaines sur l’idée du contrat social. Pour les anarchistes, la politique est un lieu séparé, depuis lequel sont fixés les lois et les mœurs. Qu’elle soit monarchique, aristocratique ou démocratique, elle reste toujours surplombante et vient fixer les forces sociales. A l’inverse, l’anarchie peut se définir comme la situation où la société se fait elle-même, à la base, dans l’épaisseur du social : des lieux décisionnels non séparés, les mœurs, les usages et la sociabilité animés par l’éthique et la réciprocité. Les décisions communes prises dans les lieux institutionnels appropriés ne se substituent pas à un système de règles informelles gérant la vie collective, dans lequel les discussions directes de voisinage sont essentielles et des marges de manœuvre laissées aux individus. L’anarchie, fondée sur les principes de l’entraide, ce sentiment de solidarité conscient et volontaire, et de l’auto-organisation entre égaux, n’est pas le chaos. C’est une société sans dirigeants ni dirigés, où les accords et les règles ne sont pas figés mais définis librement et réciproquement au sein de structures collectives souples. Il n’y a pas de forme adéquate qui préexisterait au contenu – il est possible d’autogérer en capitaliste ou de discuter sans oppression d’une invasion – mais un souci permanent de maintenir vivant les raisons rendant l’anarchie désirable. D’où l’importance que tous les anarchistes accorderont à l’éducation, la transmission et la culture.

Anarchisme et sciences sociales

Les anarchistes ont creusé avec force le sillon d’une reconnaissance de l’autonomie du social. Cette dernière, on la retrouve dans les sciences sociales émergentes. N’est-ce pas ce qu’affirme Durkheim, pourtant très éloigné de l’anarchisme, quand il affirme en 1895 que l’objet de la sociologie se trouve entièrement dans les faits sociaux, et que les faits sociaux doivent être expliqués par d’autres faits sociaux [43] ? Mauss renforcera cette affirmation par la notion de « fait social total », en montrant notamment que les dimensions économiques ne sont pas dissociables des dimensions sociales et culturelles, cet ensemble venant façonner l’individu jusque dans son corps. La socio-anthropologie considère à sa suite le concept d’institution comme central. C’est alors « une création humaine dont personne n’est l’auteur et qui s’impose à tous mais que chacun adapte et peut participer à changer » [44].

L’autonomie du social s’affirme au sens d’une sphère séparée des autres sphères sociales, qui viendraient la pervertir. Cela ne pose pas seulement l’existence d’une sphère qui serait le social, à côté de la sphère politique, économique, technoscientifique, culturelle, religieuse, mais le fait que cette sphère est celle qui constitue réellement la société, et qui peut être source d’émancipation. La réalité de la société, c’est le social, qui s’engendre par lui-même et pour lui-même, de manière anarchique donc. A l’autonomie du social correspondrait ainsi une exigence à l’autonomie des sciences sociales.

La reconnaissance de l’autonomie du social est à la base d’une théorie des sciences sociales débarrassée de la politique et de l’économie. Aujourd’hui plus qu’hier, elles sont largement instrumentalisées et orientées par les objectifs économiques fixés par l’Etat et les grandes industries stratégiques. Il suffit pour s’en convaincre d’observer la plupart des programmes de recherche financés. De manière moins reconnue, les sciences sociales viennent aussi appuyer les modes d’administration et de gouvernement des populations, dont les statistiques sont nécessaires. N’est-ce pas ce que soufflait Foucault avec son concept de biopouvoir ?

Michel Foucault a approfondi ses réflexions sur les sociétés disciplinaires avec son concept de biopouvoir [45]. A l’enfermement succède un nouveau type de normativité. Il ne s’agit plus seulement de dresser les corps, mais d’organiser la vie, c’est-à-dire de se constituer comme une force de régulation. Le pouvoir est de plus en plus gestionnaire et bureaucratique : inciter, contrôler, surveiller, normaliser y sont des prérogatives essentielles. Il catégorise et il prescrit des modes de vie et des manières d’agir et de penser. Il investit la vie pour mieux être à même de l’administrer, s’inscrivant dans le corps, et venant gouverner les corps. Or, un tel pouvoir exige de nouvelles attentions : taux de croissance, taux de natalité, taux de mortalité, analyses socio-démographiques et socioéconomiques. Dès lors, les sciences sociales deviennent un outil pour gouverner.

Les anarchistes ont contribué à l’essor des sciences sociales, non seulement par leur affirmation de l’autonomie du social, mais aussi en empruntant des analyses théoriques et en discutant de la société à la manière de praticiens de ces sciences. Déjà Bakounine, homme d’action davantage que théoricien, s’était employé à fonder un matérialisme scientifique, reposant sur les avancées dans les connaissances de la nature et de la vie aussi bien que sur les sciences sociales en cours d’élaboration. Il lit et commente notamment Auguste Comte, commence la traduction du Capital de Karl Marx en russe, s’intéresse à l’anthropologie. Il considère comme Comte que la sociologie vient couronner l’édifice scientifique, en la rattachant toutefois à un strict prolongement des autres disciplines. Si les sciences sociales ont une spécificité, elles sont néanmoins ramenées à une sorte d’extension des sciences de la nature et de la vie. On l’a vu, il y a pour lui une continuité entre les phénomènes physiques, intellectuels et sociaux.

C’est pour lui dans la matière que tout réside, aussi bien la vie que l’esprit. Il se méfie de la métaphysique, dans laquelle il perçoit une abstraction semblable au divin. La nature procède donc d’un « mouvement progressif et réel du monde appelé inorganique au monde organique, végétal, et puis animal, et puis spécialement humain ; de la matière ou de l’être chimique à la matière ou à l’être vivant, et de l’être vivant à l’être pensant » [46]. La matière est au départ, l’idée est à la fin.

Le monde naturel est déjà pour lui une esquisse de l’anarchie, incarnée dans sa conception du fédéralisme, allant du bas vers le haut, et de la périphérie vers le centre. L’émancipation de l’humanité s’inscrit dans la continuité avec le mouvement universel de la nature, mais la pensée – et donc l’étude du social – en est une condition. L’être humain comme l’ensemble du vivant est pris par les lois naturelles. Il est toutefois davantage encore pris par le milieu social, à l’aspect spécifique. Il peut néanmoins s’en défaire par l’exercice de la pensée et de la volonté, ce qui est une caractéristique de l’humanité et un cheminement progressif. La reconnaissance de ce qui détermine le monde et nous détermine en tant que nous en sommes une partie permet à l’être humain, de comprendre son environnement et de s’affranchir par la culture. La culture n’est pas pour autant pensée comme une guerre à la nature, fidèle au projet très moderne, et donc récent, du capitalisme et des technosciences.

Pour Bakounine, il y a donc tout intérêt à étudier les régularités sociales, les mœurs et les habitudes : il y a des régularités dans le social qui préexistent aux règles que les individus prétendent se donner, et surtout à la conscience qu’ils en ont. Pour que le ruisseau devienne un torrent capable de nager à contre-courant, il doit lever les barrages. Comprendre la réalité par l’étude du social est un dévoilement du monde permettant une conscience plus éclairée. Connaître les forces déterministes est une étape nécessaire pour s’en libérer et permettre à l’humanité de prendre possession d’elle-même – de devenir autonome, dirait Castoriadis [47].

La science, et les sciences sociales en particulier, a un rôle important dans la lutte pour l’émancipation chez Bakounine, et chez les anarchistes qui lui ont succédé. Il n’y aurait pour autant pas de sens à fonder une science sociale anarchiste, comme n’importe quelle autre discipline universitaire. L’anarchisme ne peut pas être bridé par les murs d’une institution par essence élitiste, ou fondu dans le moule de la pensée académique. Proudhon comme Bakounine se méfiaient d’ailleurs des intellectuels et des philosophes. Mais Proudhon participe à sa manière à l’avènement de la sociologie [48].

Bakounine distingue deux conditions à partir desquelles la science peut devenir émancipatrice. La première consiste dans la reconnaissance des lois naturelles et des régularités sociales, donc dans la connaissance de la réalité, comme nous l’avons vu. Il en affirme une autre qui sépare radicalement l’anarchisme de la conception académique des sciences modernes. Il n’y aurait ainsi pas de sens à fonder une science sociale anarchiste, comme n’importe quelle autre discipline universitaire. L’anarchisme ne peut pas être bridé par les murs d’une institution par essence élitiste, ou fondu dans le moule de la pensée académique.

Bakounine est aussi un critique de la science. Il met en garde contre le gouvernement des savants, qui serait « une monstruosité » [49]. Déjà la science, surtout quand elle s’applique aux sociétés humaines, est nécessairement imparfaite. Ensuite, ce serait une législation surplombante de la société, que les individus se verraient vénérer sans la comprendre. Les scientifiques, formant une caste à part, pourraient alors même être comparés aux prêtres. Une institution scientifique mise dans cette position, déclare Bakounine, se trouverait rapidement corrompue, perdant sa puissance de pensée, diluée dans la jouissance de ses privilèges. Conformément à son idée que le pouvoir pervertit, il affirme que « c’est le propre du privilège et de toute position privilégiée que de tuer l’esprit et le cœur des hommes » [50].

Bakounine ne remet pas en doute le changement de registre qu’opère la démarche scientifique avec la religion ou la métaphysique. La science fait autorité, mais ses représentants sont faillibles. Elle n’est qu’une projection mentale, une interprétation issue d’un corps humain. Il n’y a pas à sacrifier les individus sur l’autel des abstractions, quand bien même elles seraient d’une autre nature que celles émanant de la religion, de la politique ou de la législation. « La science, c’est la boussole de la vie ; mais ce n’est pas la vie » [51]. La vie est une force créatrice que la science se contente d’essayer de reconnaître. C’est pourquoi la science ne peut qu’éclairer la vie, et non la gouverner.

Décidément prophétique, Bakounine prévient que lorsque la science se mêle de création vivante dans le monde réel, il ne peut en sortir que quelque chose de pauvre et de dégradé [52]. Il n’imagine certes pas encore jusqu’où va aller la déraison scientifique, avec ses manipulations génétiques ou le développement de l’atome, entre autres innovations morbides. Il prévoit toutefois la capacité de la science à considérer l’humanité comme cobaye. La reproduction artificielle du vivant est pour lui vouée à l’échec. De fait, ce qui échappe à la science, c’est la singularité contenue dans ce qui est vivant. L’abstraction scientifique est incomplète et imparfaite, condamnée au général, incapable de saisir le mouvement spontané et singulier de la vie. Elle n’est que plus indifférente envers l’être humain fait de chair et de sang.

C’est pour toutes ces raisons que Bakounine est un critique du scientisme avant l’heure. Mais il n’est pas seulement un précurseur mettant en garde contre les excès de la science, il lui définit une place sociale modeste au potentiel émancipateur.

« Ce que je prêche, c’est donc, jusqu’à un certain point, la révolte de la vie contre la science, ou plutôt contre le gouvernement de la science. Non pour détruire la science – à Dieu ne plaise ! Ce serait un crime de lèse-humanité –, mais pour la remettre à sa place, de manière à ce qu’elle ne puisse plus jamais en sortir. […] Elle n’est elle-même qu’un moyen nécessaire pour la réalisation d’un but bien plus élevé, celui de la complète humanisation de la situation réelle de tous les individus réels qui naissent, qui vivent et qui meurent sur la terre » [53].

Le rôle de la science est finalement pour Bakounine d’être une sorte de conscience collective de l’humanité, contribuant aux efforts pour se défaire des illusions politiques, morales et religieuses qui la recouvrent. Les sciences sociales quant à elles ont pour vocation de révéler « les causes générales des souffrances individuelles » [54]. Elles peuvent alors éclairer la route de l’émancipation. Au-delà, elles s’égarent en instrument de pouvoir. C’est pourquoi la science doit être investie par les gens ordinaires et devenir populaire. Elle n’a pas à être une sphère séparée de spécialistes. La liberté humaine est inaccessible à la science, mais elle est à la portée de « l’action spontanée du peuple » [55].

Libertad était de son côté un ferme partisan de l’hygiène tant physique qu’intellectuelle. Il lisait d’ailleurs de la sociologie, certes « avec peine » [56]. Il n’hésite tout de même pas à en faire une critique détaillée dans son journal L’anarchie. Il a surtout développé les causeries populaires en réaction aux universités populaires, où la même séparation entre expert et profane instituait de fait une hiérarchie. On imagine comment il considérait les universités académiques. Libertad est sur ce point représentatif des mouvements anarchistes, à la fois critiques virulents de la science des salons et des instituts, liés aux autorités constituées, et inlassables vulgarisateurs des théories scientifiques. Le spécialiste cède sa place au profane revendiquant la non appartenance au cercle des savants. Bibliothèques, conférences, causeries, excursions, éditions, journaux, chansons, spectacles, sont quelques pratiques populaires visant non seulement à propager l’anarchie, mais surtout à affiner l’esprit critique et à établir une existence libre.

Ces anarchistes ont ainsi contribué à remettre la science à sa place, tant dans le contexte social que dans sa portée. Outre ces deux apports, celui de poser une autonomie du social et par la même de donner une place particulière aux sciences sociales dans la compréhension des sociétés humaines, ainsi qu’une contribution même modeste au développement de telles sciences, l’anarchisme donne une vision à l’activité scientifique. Cette dernière n’est jamais neutre. Elle s’inscrit dans des rapports sociaux. Tant pis pour les esprits étroits qui protesteront toujours sur les jugements et les pensées critiques : il y a bel et bien des valeurs dans les faits. Aujourd’hui, l’activité scientifique contribue surtout à la croissance économique, au développement des technosciences, et à l’administration étatique. Pour les anarchistes, la science devait servir l’élan de la révolution sociale – et non politique. La fièvre révolutionnaire est peut-être aujourd’hui difficilement partageable pour de nombreuses personnes sincères dans leur démarche scientifique. Disons que l’activité scientifique doit s’orienter vers l’émancipation, et donc la subversion. Elle n’a pas le choix : servir les pouvoirs, c’est s’affaiblir elle-même et venir obscurcir davantage le voile qu’elle se donne comme mission de lever.

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Autre écrit de Julien Vignet :

Vignet_L’Autonomie_sociale_par_le_mutuellisme

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

silversurfer8
« Encore combien de temps avant que mes yeux admirent une fois de plus les merveilles de l’univers toujours changeant…
Encore combien de temps avant la fin de mon exil… et que je puisse de nouveau me tenir sur la terre qui m’a vu naître ??
Même encore maintenant, je me rappelle de ces jours primordiaux… de ces années de jeunesse… sur la planète ANARCHIE ! »
~ Le Surfer d’Argent ~