Archive pour médias et propagande

Résistance politique et réflexion sur les médias…

Posted in actualité, altermondialisme, désinformation, documentaire, Internet et liberté, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 18 octobre 2018 by Résistance 71

 

De l’autre côté du miroir

Réflexions sur les médias

 

Salto subversion & anarchie

2013

 

« Je ne sais pas ce que vous entendez par “gloire” », dit Alice. Humpty Dumpty sourit d’un air méprisant : « Bien sûr que vous ne le savez pas, puisque je ne vous l’ai pas encore expliqué. J’entendais par là : “Voilà pour vous un bel argument sans réplique !” » « Mais “gloire” ne signifie pas “bel argument sans réplique” », objecta Alice. « Lorsque moi j’emploie un mot, répliqua Humpty Dumpty d’un ton de voix quelque peu dédaigneux, il signifie exactement ce qu’il me plaît qu’il signifie, ni plus, ni moins. » « La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire. » « La question, riposta Humpty Dumpty, est de savoir qui est le maître… C’est tout. » (Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir.)

En Europe, l’État moderne a hérité, en le sécularisant et en l’adaptant aux besoins du capitalisme, du mode de représentation spécifique au christianisme. La démocratie avec les institutions et les formes de représentation qui l’accompagnent et qui la sanctifient – dont les médias sont l’une des pièces maîtresses -, est véritablement le ciel idéalisé du monde terrestre du capital. Elle rappelle, par bien des côtés, l’univers chrétien avec ses fidèles, ses rites, sa hiérarchie ecclésiastique et même ses hérétiques. Les citoyens continuent, sous des costumes profanes, à se comporter en partie comme des chrétiens. Ils protestent parfois contre les abus des ministres terrestres du dieu démocratique et contre la fourberie des interprètes de sa parole, à l’occasion de façon impertinente, en les insultant, en les chassant et parfois en les rossant. Il leur arrive même de refuser de participer aux cérémonies présidant au choix et à l’intronisation de leurs élus par l’intermédiaire des élections – encore le jargon religieux ! Mais ils ne vont pas jusqu’à briser l’idole et à rejeter en totalité le système global de représentation qui l’enveloppe. Là, ils restent paralysés, comme frappés de terreur sacrée face à l’ampleur du sacrilège. Malgré leurs poussées de colère et de méfiance, ils continuent à y croire et à l’accepter pour autant qu’il prenne des apparences plus aimables, fasse mine d’écouter leurs doléances et de les rapporter aux représentants du peuple souverain. Et nombre de contestataires qui crachent sur la mise en spectacle de la réalité effectuée par l’institution étatique n’hésitent pourtant pas à céder aux appels de pied des médias, voire à les solliciter.

Il est donc impossible d’en rester à la stigmatisation des médias pour leurs omissions, leurs déformations, leurs falsifications, leurs calomnies, leur rôle de relais de la police, etc. Sinon, la rupture avec les bases même de l’État, telles qu’elles furent constituées à l’époque de la prise du pouvoir par la bourgeoisie, reste incomplète. Car les illusions sur la possibilité d’utiliser les médias sont la conséquence et la consécration de celles, concomitantes à la création et à la consolidation de l’État démocratique, sur la possibilité de prendre part aux assemblées souveraines, en premier lieu l’assemblée parlementaire, dans l’objectif de les transformer en tribunes de diffusion des idées subversives. L’auréole qui entourait, au lendemain de la Commune de Paris, la représentation parlementaire devait finalement, vu la multiplication des dispositifs et des médiations mis en place dans tous les domaines de la vie sociale, et vu la résorption relative de la politique dans l’économie et dans le social, être élargie à la représentation en général, au fur et à mesure que le capital labourait et domestiquait l’ensemble de la société.

C’est ainsi que le spectacle de la politique, désormais bien décrépi, est devenu le spectacle du monde par l’intermédiaire des médias, la culture jouant ici le rôle de l’une des prothèses essentielles de la politique. Par suite, quasi personne ne pense plus à participer aux élections (nationales ou communales) dans l’objectif de les retourner pour en faire des tribunes et pour en faciliter le dynamitage en cas d’insurrection. Par contre, l’argumentation de type léniniste, employée hier pour justifier la participation à la tribune parlementaire, est reprise presque à l’identique aujourd’hui pour affirmer que les révolutionnaires peuvent utiliser, à l’occasion, les tribunes que représenteraient les médias pour communiquer leurs idées – la communication est la transcription du terme désormais suspect de propagande. Bien entendu, face aux réticences que génèrent leur « subtile » tactique, à peu près aussi « subtile » que le parlementarisme des partis communistes d’antan, les adeptes de la dissidence journalistique déposent les mêmes bémols sur la même partition usée jusqu’à la corde, avec des promesses solennelles du genre : « L’utilisation des médias ne sera pas le nombril de notre activité. » Mais, dès que l’on a mis le pouce dans les engrenages de la représentation, il est difficile de l’en retirer et il n’est pas rare que, peu à peu, le corps y passe en entier, tête comprise. Dans Humain, trop humain, Nietzsche a bien résumé le processus amenant les individus, qui croient possible de jouer au plus malin avec la domination sans disposer du pouvoir réel, à en devenir de vulgaires partisans :

« À force de croire pouvoir endosser sans conséquences les rôles les plus divers, l’individu change peu à peu. À la fin, il n’est plus que ce qu’il croyait paraître. »

De même, l’antique préjugé religieux sur la toute-puissance attribuée au verbe est loin d’être dépassé, préjugé qui, hier encore, justifiait que les partis léninistes créent des fractions parlementaires, qui ne devaient pas participer aux commissions parlementaires et jouer seulement le rôle de tribuns du haut de leur perchoir. L’histoire du parlementarisme révolutionnaire a montré que les prétendus propagandistes étaient devenus, en règle générale et à bref délai, des députés au sens le plus habituel du terme, leur phraséologie révolutionnaire camouflant leur activité de gestionnaires de l’État. De même aujourd’hui, on imagine parfois pouvoir faire irruption sur le terrain de la représentation médiatique pour le labourer, en quelque sorte, avec le langage de la subversion. Mais ce n’est que dans la mythologie biblique que les trompettes détruisirent les murailles de Jéricho. De telles conceptions, qui accordent des vertus quasi magiques au verbe révolutionnaire, pouvaient faire encore illusion lorsque le système de représentation officiel du capitalisme le traitait en permanence en ennemi, le censurait, l’ignorait, etc. Mais l’histoire des poussées révolutionnaires, en particulier celles des années 1960-1970 et de leurs échecs successifs, est passée par là. Leurs caractéristiques inédites, entre autres leur critique embryonnaire de la séparation politique et du rôle de laquais du pouvoir d’État joué par les médias institutionnels ont affecté en profondeur le système de représentation contemporain. Loin d’être la simple conséquence de l’évolution propre du capital, il est aussi l’exécuteur testamentaire des illusions de ces révoltes, en particulier de la tendance à charger le langage de plus de potentialités subversives qu’il ne peut en avoir. L’État démocratique a pu ainsi effectuer la neutralisation des idées qu’elles portaient plutôt que les interdire.

Désormais, le fossé est pour l’essentiel comblé. Lorsque des formes d’expression hostiles à la société semblent prendre de la vigueur et acquérir quelque influence hors des sentiers balisés, les pires ennemis ne sont plus les censeurs, mais les récupérateurs et les experts en reconnaissance sociale et étatique, des journalistes aux sociologues. La démocratie fonctionne ainsi : les choses qu’elle ne peut pas ignorer, elle les reconnaît pour mieux les réduire à rien en les vidant de leur sens. Pour les irréductibles qui refusent de jouer le jeu, il reste évidemment la coercition. Mais plus les oppositions que l’État arrive à séduire paraissent subversives, plus le système de représentation y gagne. L’essentiel est qu’elles ne dé- bouchent pas sur quelque tentative de transformation du monde. En la matière, le rôle des médias est déterminant. Il y a longtemps qu’elles ne se contentent plus de dépeindre sous des couleurs chatoyantes le monde capitaliste et de stigmatiser en bloc n’importe quelle tentative de le remettre en cause. Bien que le mensonge, en particulier le mensonge par omission, reste nécessaire, la domination actuelle est capable d’absorber sans crises majeures l’étalage des horreurs qui accompagnent son cours. Même la contestation peut parfois devenir marchandise, en particulier lorsqu’elle évolue sur le terrain politique et culturel. Là aussi, la récupération du refus embryonnaire de la politique, qui avait cours dans les années 1960-1970, a été décisive. La politique dite révolutionnaire est devenue objet de représentation officielle, après avoir perdu son sel réellement révolutionnaire. Les médias y gagnent la faculté de représenter de façon réifiée les révoltes, de purger les passions de ce qu’elles peuvent avoir de subversif, de transformer les rêves et les tentatives de bouleverser le monde en d’inoffensives rêvasseries qui ne changent rien à la vie de ceux qui participent au spectacle de la consolation citoyenne. Les médias ont en fait des informations au même titre que le reste, des masses de données à sélectionner, à traiter et à régurgiter aux spectateurs désabusés par le spectacle quotidien du monde, qui va de crises en catastrophes, mais toujours à la recherche de nouvelles drogues médiatiques, aussi excitantes qu’éphémères. Ainsi tourne le monde de la marchandise la plus moderne.

Face à la désaffection envers la politique et à la dégénérescence des partis en clans occupés à gérer les affaires courantes, l’État a reconnu qu’il ne pouvait plus régenter la société seulement par les moyens habituels : par la coercition sans phrases et la gestion administrative des populations. Il y a là des fissures peut-être pleines de risques qui apparaissent et le pouvoir d’État a horreur du vide. C’est pourquoi l’heure est au serrage de vis, mais aussi à la participation de tous au spectacle qu’offre la démocratie. La censure existe toujours par intermittence, mais c’est essentiellement l’autocensure qui domine. La domination moderne ne peut se maintenir par le biais de la seule contrainte imposée comme telle et sans faire participer ceux et celles qu’elle écrase, à des degrés divers, au maintien de leur propre subordination. Elle favorise donc la mise en place des médiations destinées à encadrer et à neutraliser les tentatives de contestation embryonnaires, tels les colloques, les discutions contradictoires et les consultations, relayés par les médias et parfois organisés avec eux, voire par eux, dans lesquels les associations de citoyens sont invitées à débattre et à donner leur avis sur les « questions de société », déjà tranchées pour l’essentiel dans les coulisses du pouvoir d’État, afin de participer à la cogestion de leur aliénation. Les médias, même les plus contestataires d’entre eux, constituent donc des pièces maîtresses du dispositif de neutralisation en cours d’institutionnalisation. Ils jouent le rôle de relais de l’État pour combler les vides générés par l’atomisation de la vie quotidienne, pour « resocialiser les citoyens » et leur « redonner goût à la politique », comme l’affirment les sociologues. En d’autres termes, les médias participent pleinement au processus de sélection et de reconnaissance par l’État de leaders, d’associations, de lobbys, etc., qui sont censés représenter les forces d’opposition qui agitent la prétendue société civile. Au point que, contrairement à ce qui arrivait à l’époque de la reconnaissance par l’État des associations syndicales, il suffit aujourd’hui que telle ou telle vedette de la contestation soit reconnue par les médias comme interlocuteur pour que l’on dise d’elle qu’elle est représentative. Sans même savoir de qui et de quoi. Les médias donnent ainsi quelque apparence de force à des choses qui, parfois, en ont peu, ou pas du tout.

Dans de telles conditions, l’idée d’utiliser à l’avantage des révolutionnaires les niches médiatiques que le pouvoir leur concède n’est pas seulement illusoire. Elle est franchement dangereuse. Leur seule présence sur les plateaux ne suffit à fissurer le carcan de l’idéologie dans la tête des spectateurs. À moins de confondre puissance d’expression et puissance de transformation et à croire que le sens de ce que l’on exprime, par la parole, par la plume, par l’image, etc., est donné a priori, sans avoir à se préoccuper de savoir qui a le pouvoir de le faire. Il y aurait là du contenu qui pourrait exister sous des formes diverses sans en être affecté. Vieille illusion du monde réifié dans lequel les activités apparaissent comme des choses en soi détachées de la société. Mais pas plus que d’autres formes d’expression, la forme subversive du langage est la garante de l’incorruptibilité du sens. Elle n’est pas immunisée contre les dangers de la communication. Il suffit de l’exprimer sur les terrains propres à la domination pour en miner la signification, voire pour l’inverser.

C’est très exactement ce qui arrive sur le terrain des médias, lorsque l’on accepte d’y intervenir, même de façon insolente. Séparées de l’ensemble des conditions qui participaient à leur donner leur sens, les idées contestataires, même lorsque les médias n’y changent pas la moindre virgule, n’apparaissent plus que comme des opinions balancées sur le marché médiatique des idées, comme des interprétations du monde, voire des interprétations de la transformation du monde, parmi d’autres, bref des prises de position sans conséquences réelles. Au fond, il arrive ici, par exemple dans les tables rondes, ce qui est déjà advenu à l’époque de la naissance du parlementarisme. Des députés d’opposition prononçaient même parfois dans l’hémicycle des discours incendiaires qui les conduisaient en prison. Pourtant, en acceptant d’intervenir sur le terrain de la représentation politique, dont la clé de voûte était alors la Chambre des députés, ils apportaient de l’eau au moulin de la domination. À l’origine, ils pensaient sans doute diffuser leurs discours révolutionnaires en direction des populations qui, pétries d’illusions démocratiques, étaient à l’écoute de ce qui était débattu dans l’enceinte parlementaire. En réalité, ils étaient en train de passer de l’autre côté du miroir et commençaient à dialoguer avec le pouvoir d’État. Rien d’étonnant qu’ils aient fini, en règle générale, par y participer, voire par en prendre la direction. Car le spectacle n’est pas réductible à des ensembles d’images, mais il constitue le système de représentation dominant, intégré aux rapports sociaux entre des personnes, médiatisés par des images, rapports propres à la domination du capital. Partie intégrante de la domination, les médias participent également à l’instrumentalisation des relations sociales.

Avec l’introduction et la généralisation des nouveaux médias digitaux comme Internet, l’utilisation des « vieux » médias à des fins « subversives » semble laisser la place à l’intégration de toute une génération d’activistes, voire de révolutionnaires et d’anarchistes, dans les sphères virtuelles. Même quand ils identifient ces médias et leurs corollaires « participatifs » et « sociaux » comme des instruments de la domination, ils croient pouvoir en faire un usage qui nuirait à cette nouvelle forme de production de la pacification sociale. Mais le contenu cède rapidement la place aux exigences inhérentes à ces instruments et à toute la technologie de communication : rapidité, compatibilité avec l’ensemble, réductionnisme, reconnaissance par et dans le spectacle virtuel, efficacité. La subversion dans la pensée et dans les actes ne peut être imaginée que comme un mouvement de libération de telles caractéristiques. La représentation dans le monde virtuel suit la même ligne logique qui va de l’assemblée parlementaire aux médias : elle suscite l’illusion de combler la lacune entre les discours révolutionnaires et les véritables poussées subversives et reculs dans les rapports sociaux. Ce qui peut être représenté, ne saurait longtemps résister à l’intégration dans la gestion moderne de l’ordre.

Les spectateurs, même les plus informés, n’en restent pas moins des spectateurs. Il règne entre eux le silence ou le rabâchage des clichés aussi protéiformes que banals qui correspondent aux rapports entre marchandises. Ils restent isolés ensemble. Toutes les formes de langage leur sont alors étrangères et s’autonomisent comme discours du pouvoir. Le spectacle est l’inverse du dialogue, de la rencontre et de la recherche d’affinités pour combattre le système qui nous sépare et nous traite comme des objets manipulables à volonté. Refusons donc des formes d’instrumentalisation, telles que la participation au spectacle médiatique, et traitons-les comme elles le méritent : en ennemies. N’oublions jamais que, séparés de l’activité subversive, les modes d’expression, aussi subversifs qu’ils puissent paraître, finissent par perdre leur saveur. À nous de mettre en œuvre nos modes de dialogue, par la plume et par d’autres moyens qui nous sont propres.

= = =

Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

Que faire ?

L’anarchie pour la jeunesse

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme Gustav Landauer

le bouclier du lanceur d’alerte

 

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Médias et propagande: Qui sont-ils et qui les contrôlent?…

Posted in actualité, désinformation, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, Internet et liberté, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, presse et média, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 18 février 2015 by Résistance 71

“Il y a une guerre de l’information et nous sommes en train de la perdre”

~ Hillary Clinton ~

 

“La propagande est l’organe exécutif du gouvernement invisible”.

~ Edward Bernays ~

 

La concentration des médias ou l’illusion du choix

 

Résistance 71

 

18 février 2015

 

Le cas des médias n’est plus inquiétant, il est désespéré et fort heureusement de plus en plus de personnes dans le monde ne prêtent plus aucune attention sérieuse à la propagande déversée par le truchement de ces haut-parleurs de l’oligarchie façonnant les foules à ne demeurer que des serfs bien dociles qu’on mène à l’abattoir au doigt et à l’œil.

Si on prend le cas des Etats-Unis, 6 géants des médias contrôlent plus de 90% de tout ce qui se lit, se voit ou s’écoute dans ce qui se veut être l’information au pays du goulag levant.

Ces 6 géants sont directement ou indirectement contrôlés par les familles Rothschild, Rockefeller, Morgan et Oppenheimer. La famille Rothschild par exemple possède les deux plus grandes agences de presse au monde: Associated Press (dont le QG est dans le Rockefeller Centre de New York…) et Reuters.

Quels sont ces géants et que contrôlent-ils ? (listes non exhaustives, mais représentatives)

  1. General Electric (GE):
    – Comcast
    – NBC
    – Universal Pictures
    – Focus Features
  2. News Corp: (groupe Murdoch)
    – Fox
    – Wall Street Journal
    – New York Post
  3. Disney:
    – ABC
    – ESPN
    – Pixar
    – Miramax
    – Marvel Studios
  4. Viacom:
    – MTV
    – Nick Junior
    – BET
    – CMT
    – Paramount Pictures
  5. Time-Warner:
    – CNN
    – HBO
    – Time
    – Warner Bros
  6. CBS:
    – Showtime
    – Smithsonian Channel
    – NFL.com
    – Jeopardy
    – 60 minutes

Ces 6 géants, conglomérats, sont gérés par 232 directeurs exécutifs (DE), qui règlent l’information, ce que 277 millions de personnes vont lire, voir ou écouter dans leur régime d’information quotidien. Ceci revient à un DE pour 850 000 abonnés, ceci correspond à un DE pour une audience de la taille de celle de San Francisco.

En 2010, les revenus de ces 6 géants ont été de plus de 276 milliards de dollars.

Qu’en est-il de la France ?

Les médias appartienent en très grande partie aux milliardaires et/ou aux marchands de canons. Des gens comme Bernard Arnault avec “Les Échos” est la 1ère fortune de France (officiellement), François Pinault (“Le Point”), 3ème fortune, Serge Dassault (“Le Figaro”), 4ème fortune, Patrick Drahi (“Libération” et “l’Express”), 6ème fortune, Xavier Niel (“Le Monde”, “Le Nouvel Observateur”), 7ème et Vincent Bolloré (Canal +), 10ème fortune. Le banquier Drahi reprenant “Libé” à un autre milliardaire de la banque Edouard de Rothschild. Le grand capital possède tous les médias d’importance, même si cela se fait à perte, le jeu n’est plus de gagner de l’argent, mais de contrôler l’info, ce qui se dit, s’écrit et se fomente en coulisse.

Ce grand capital de part et d’autre de l’Atlantique a encore besoin d’une grande guerre pour s’en sortir et repartir pour un tour de manège de l’escroquerie généralisée. Les médias, même si de moins en moins lus, sont toujours bien importants pour influencer les opinions publiques en faveur des guerres.

En dernier recours, la guerre ne peut pas se faire sans nous, les peuples, c’est donc entre nos mains que réside vraiment la décision de faire la guerre ou pas. Les esprits libérés de l’emprise hypnotique de la société du spectacle et du crime organisé seront d’autant plus critiques à l’appel permanent des sirènes de la guerre et de ses harpies des médias pressetitués.

En France, 38 titres nationaux sont possédés par le groupe Lagardère (EADS, armement), un gros marchand de canons qui soutien ouvertement et sans retenue financière la French American Foundation et ses “Young Leaders”, est en tête de liste du contrôle propagandiste. Puis viennent les sbires comme:

  • Bernard Tapie après son rachat du groupe de presse Hersant
  • Bernard Arnault de l’empire LVMH, propriétaire (actionnaire principal) de “La Tribune” et des “Échos”
  • François Pinault du groupe Artemis, possédant “Le Point” et le groupe de presse Agefi
  • Serge Dassault l’avionneur et autre marchand de canons et ses parts du “Figaro”
  • Edouard de Rothschild cédant récemment “Libération” à Patrick Drahi
  • Mathieu Pigasse de la banque Lazard, Xavier Niel et Pierre Bergé possédant “Le Monde” et la société “Le Monde Libre”
  • Xavier Niel du groupe Free quant à lui s’est offert “Médiapart” et “Atlantico”
  • L’inamovible Bouygues et TFI-LCI et actionnaire important de Canal +
  • Yves de Chaisemartin patron du groupe Carlyle Europe (armement, USA, directement lié à la CIA avec un de ses directeurs Franck Cartalucci et où Olivier Sarkozy “sévit” en tant que directeur exécutif) possédant “Marianne”…

Avec tout cela, on nous demande, que disons-nous, on nous somme, de croire l’information formatée et pré-digérée pour nos cerveaux avilis, qui nous est servie matin, midi et soir, comme étant “la vérité vraie, impartiale et sans équivoque”… Sans blague !

Dormez, dormez braves gens… Tout va pour le mieux dans le monde créé par les tontons flingueurs de la société du spectacle.

Sources:

Information Clearing House

Acrimed

Yahoo France

Rense

Média et propagande… La presse manipulée, le cas de « Reporters sans Frontières »

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25 vérités sur Reporters Sans Frontière

 

Salim Lamrani

 

6 Mai 2014

 

url de l’article:

http://www.michelcollon.info/25-verites-sur-Reporters-Sans.html?lang=fr

 

L’organisation française prétend défendre uniquement la liberté de la presse. En réalité, derrière cette noble façade, se cache un agenda politique bien précis…

1. Fondée en 1985 par Robert Ménard, Jean-Claude Guillebaud et Rony Brauman, Reporters sans frontières a pour mission officielle de « défendre la liberté de la presse dans le monde, c’est-à-dire le droit d’informer et d’être informé, conformément à l’Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ».

2. Néanmoins, en dépit de cette profession de foi officielle, RSF dispose d’un côté obscur et d’un agenda politique bien précis, souvent lié à celui de Washington, et s’en prend notamment aux gouvernements de gauche en Amérique latine, tout en préservant les pays développés.

3. Ainsi, RSF a été financée par le gouvernement des Etats-Unis par le biais de la National Endowment for Democracy. L’organisation ne s’en cache d’ailleurs pas : « Absolument, nous recevons de l’argent de la NED. Et cela ne nous pose aucun problème ».

4. La Fondation nationale pour la démocratie (NED) a été créée par l’ancien président étasunien Ronald Reagan en 1983, à une époque où la violence militaire avait pris le pas sur la diplomatie traditionnelle dans l’approche des affaires internationales. Grâce à sa puissante capacité de pénétration financière, la NED a pour objectif d’affaiblir les gouvernements qui s’opposeraient à la politique étrangère de Washington.

5. Selon le New York Times, [article de mars 1997], la NED « a été créée il y a 15 ans pour réaliser publiquement ce que la Central Intelligence Agency (CIA) a fait subrepticement durant des décennies. Elle dépense 30 millions de dollars par an pour appuyer des partis politiques, des syndicats, des mouvements dissidents et des médias d’information dans des dizaines de pays ».

6. En septembre 1991, Allen Weinstein, père de la législation qui a donné naissance à la NED, a tenu les propos suivants au Washington Post : « Beaucoup de ce que nous faisons aujourd’hui a été fait par la CIA il y a 25 ans de manière clandestine ».

7. Carl Gershman, premier président de la NED, a expliqué la raison d’être de la Fondation en juin 1986 : « Il serait terrible pour les groupes démocratiques du monde entier d’être vus comme subventionnés par la CIA. Nous avons vu cela dans les années 1960, et c’est pour cela qu’on y a mis un terme. C’est parce que nous n’avons pas pu continuer à le faire que la fondation [la NED] a été créée ».

8. Ainsi, selon le New York Times, Allen Weinstein et Carl Gershman, RSF est financée par une officine écran de la CIA.

9. RSF a également reçu un financement du Center for a Free Cuba. Le directeur de l’organisme de l’époque, Franck Calzón, a été par le passé l’un des présidents de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA). Cette dernière est lourdement impliquée dans le terrorisme contre Cuba, comme l’a révélé l’un de ses anciens directeurs José Antonio Llama.

10. RSF a reçu des fonds de la Overbrook Fondation, entité fondée par Frank Altschul, promoteur de Radio Free Europe, station de la CIA pendant la guerre froide, et proche collaborateur de William J. Donovan, chef des services secrets étasuniens dans les années 50 et fondateur de l’Office of Strategic Services, ancêtre de la Central Intelligence Agency.

11. Par le passé, RSF s’est évertuée à passer sous silence les exactions commises par l’armée des Etats-Unis contre les journalistes. Ainsi, RSF ne s’est souvenu que tardivement – cinq ans plus tard – du cas de Sami Al-Haj, journaliste de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera, arrêté et torturé en Afghanistan par les autorités étasuniennes et ensuite transféré à Guantanamo. Al-Haj a finalement été libéré le 1er mai 2008, après plus de six ans de calvaire. Il a donc fallu une enquête de cinq ans à RSF pour découvrir que Sami Al-Haj avait été arrêté, séquestré et torturé uniquement en raison de sa qualité de journaliste.

12. Dans un rapport du 15 janvier 2004, RSF a exonéré de toute implication les militaires étasuniens responsables de l’assassinat du journaliste espagnol José Couso et de son collègue ukrainien Taras Protsyuk dans l’hôtel Palestine à Bagdad. Selon la famille Couso, « les conclusions de ce rapport exonèrent les auteurs matériels et reconnus du tir sur l’Hôtel Palestine en se basant sur la douteuse impartialité des personnes impliquées, et sur le propre témoignage des auteurs et responsables du tir, rejetant cette responsabilité sur des personnes non identifiées. La réalisation du rapport a été signée par un journaliste, Jean-Paul Mari, qui entretient des relations notoires avec le colonel Philip de Camp, militaire qui a reconnu son implication dans l’attaque et la mort des journalistes de l’Hôtel Palestine, et de plus, son rapport s’appuie sur les témoignages de trois journalistes très proches des forces nord-américaines, tous étasuniens, dont l’un d’eux – Chris Tomlinson – a été membre des services de renseignements de l’armée des Etats-Unis durant plus de sept ans. Aucun des journalistes espagnols qui se trouvaient dans l’Hôtel n’a été consulté pour l’élaboration de ce document ». Le 16 janvier 2007, le juge madrilène Santiago Pedraz a émis un mandat d’arrêt international à l’encontre du sergent Shawn Gibson, du capitaine Philip Wolford et du lieutenant-colonel Philip de Camp, responsables des assassinats de Couso et Protsyuk et absous par RSF.

13. RSF a fait l’apologie de l’invasion de l’Irak en 2003 en affirmant que « le renversement de la dictature de Saddam Hussein a mis un terme à trente années de propagande officielle et ouvert une ère de liberté nouvelle, pleine d’espoirs et d’incertitudes, pour les journalistes irakiens. Pour les médias irakiens, des dizaines d’années de privation totale de liberté de la presse ont pris fin avec le bombardement du ministère de l’Information, le 9 avril à Bagdad ».

14. Le 16 août 2007, lors de l’émission de radio « Contre-expertise », Robert Ménard, alors secrétaire général de RSF, a légitimé l’utilisation de la torture.

15. RSF a soutenu le coup d’Etat contre le Président haïtien Jean-Bertrand Aristide organisé par la France et les Etats-Unis en titrant : « La liberté de presse retrouvée : un espoir à entretenir ».

16. Lors du coup d’Etat contre Hugo Chávez en avril 2002 organisé par Washington, RSF a publié un article le 12 avril 2002 reprenant sans aucune réserve la version des putschistes et a essayé de convaincre l’opinion publique internationale que Chávez avait démissionné : « Reclus dans le palais présidentiel, Hugo Chávez a signé sa démission dans la nuit, sous la pression de l’armée. Il a ensuite été conduit au fort de Tiuna, la principale base militaire de Caracas, où il est détenu. Immédiatement après, Pedro Carmona, le président de Fedecámaras, a annoncé qu’il dirigerait un nouveau gouvernement de transition. Il a affirmé que son nom faisait l’objet d’un « consensus » de la société civile vénézuélienne et du commandement des forces armées ».

17. RSF a toujours refusé de s’occuper du cas de Mumia Abu-Jamal, le journaliste noir qui croupit dans les geôles étasuniennes depuis trente ans pour avoir dénoncé dans ses reportages la violence policière à l’égard des minorités.

18. RSF mène régulièrement des campagnes contre Cuba, pays pourtant où aucun journaliste n’a été assassiné depuis 1959. L’organisation est en étroite collaboration avec Washington à ce sujet. Ainsi, dès 1996, RSF a rencontré à Paris Stuart Eizenstat, ambassadeur spécial de l’administration Clinton pour les affaires cubaines.

19. Le 16 janvier 2004, RSF s’est réunie avec les représentants de l’extrême droite cubaine de Floride pour mettre en place une stratégie de lutte médiatique contre le gouvernement cubain.

20. RSF a lancé plusieurs campagnes médiatiques en diffusant des messages publicitaires dans la presse écrite, à la radio et à la télévision, destinés à dissuader les touristes de se rendre à Cuba. C’est ce que préconise le premier rapport de la Commission d’Assistance à une Cuba libre publié par le Président Bush en mai 2004 et qui accroit les sanctions contre Cuba. Ce rapport cite d’ailleurs RSF en exemple à la page 20.

21. RSF affirme ouvertement que seuls les pays sous-développés l’intéressent : « Nous avons décidé de dénoncer les atteintes à la liberté de la presse en Bosnie et au Gabon et les ambiguïtés des médias algériens ou tunisiens… mais de ne pas nous occuper des dérives françaises ». Pourquoi ? « Parce que, ce faisant, nous risquons de mécontenter certains journalistes, de nous mettre à dos les grands patrons de presse et de braquer le pouvoir économique. Or, pour nous médiatiser, nous avons besoin de la complicité des journalistes, du soutien de patrons de presse et de l’argent du pouvoir économique ».

22. Jean-Claude Guillebaud, cofondateur de RSF et premier président de l’association, a quitté l’organisation en 1993. Il en expliqué les raisons : « Je pensais qu’une organisation de ce type ne pouvait être légitime que si elle incluait un travail de critique du fonctionnement des médias en occident. Que ce soient les dérives du travail journalistique (bidonnages etc.) ou un travail de réflexion poussé sur l’évolution de ce métier, ses pratiques et les atteintes aux libertés possibles dans les démocraties. Sinon, nous serions passés pour des néocolonialistes, des donneurs de leçons arrogants : quand on interpelle les leaders des pays du tiers-monde sur les atteintes aux libertés de la presse chez eux, la question qui se pose automatiquement à nous, est de savoir quel usage nous faisons de notre liberté. Même si les enjeux ne sont pas les mêmes, cette question est essentielle et je pensais qu’il fallait y consacrer 50% de notre temps et de notre énergie […]. Au fur et à mesure que l’association se développait, les opérations devenaient de plus en plus spectaculaires. Se sont posées deux questions : n’y avait-il pas une contradiction à dénoncer certaines dérives du système médiatique et d’utiliser les mêmes procédés dans nos démarches d’interpellation ? De son côté, Robert Ménard pensait qu’il fallait mettre en sourdine toute l’activité de critique des médias pour bénéficier du soutien des grands journaux et des grandes chaînes de télé […]. Je les ai trouvés beaucoup trop proches de la presse anti-Chávez au Venezuela. Il aurait sans doute fallu être plus prudent. Je trouve qu’on les entend très peu sur les Etats-Unis.

23. Le quotidien français Libération, pourtant fidèle soutien de l’organisation, note que RSF reste silencieuse sur les dérives des médias occidentaux : « Désormais, la liberté de la presse sera exotique ou ne sera pas ». Beaucoup « lui reprochent son acharnement contre Cuba et le Venezuela et sa mansuétude envers les Etats-Unis. Ce qui n’est pas faux ».

24. RSF n’a jamais caché ses relations avec le monde du pouvoir : « Un jour, nous avons eu un problème d’argent. J’ai appelé l’industriel François Pinault pour qu’il nous apporte son aide. […] Il a répondu aussitôt à ma demande. Et c’est cela seul qui compte » car « la loi de la gravitation existe, chers amis. Et la loi de l’argent aussi ».

25. Ainsi, loin des revendications d’impartialité et de défense de la liberté de la presse, RSF dispose effectivement d’un agenda politique et s’en prend régulièrement aux pays de la Nouvelle Amérique latine.

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

Média, propagande et colonialisme de la pensée: La pressetituée s’enterre et la toile s’affirme…

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Impossibe d’informer sur les guerres dans les médias occidentaux (Michel Collon)

 

Al Manar

 

4 Décembre 2013

 

url de l’article:

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=143295&cid=19&fromval=1&frid=19&seccatid=397&s1=1

 

Michel Collon, journaliste indépendant et écrivain belge spécialisé dans l’analyse des stratégies de guerre, des relations Nord-Sud et des média mensonges répond à nos questions sur le traitement médiatique occidental de la crise syrienne. Il dénonce les medias occidentaux qui déforment  les faits et manipulent l’opinion publique afin de renverser le gouvernement syrien, protéger Israël et servir les intérêts de leurs maîtres, les multinationales et les états dominants.

Al-Manar : Sous prétexte que le gouvernement syrien n’autorise pas aux  journalistes d’entrer en Syrie, les medias occidentaux s’appuient en  majorité sur l’observatoire syrien des droits d’homme comme source unique d’information sur le conflit syrien. Que pensez-vous de l’OSDH et de cette dépendance des medias occidentaux à l’encontre de cette organisation sans chercher au moins à vérifier les informations publiées ?

Michel Collon : C’est un exemple frappant d’une règle plus générale : les médias occidentaux présentent les guerres et les grands conflits comme une croisade du Bien contre le Mal, en cachant soigneusement au public les intérêts économiques et stratégiques en jeu : ceux des multinationales occidentales. C’est pourquoi ils donnent la parole aux seules « sources » qui leur conviennent. « Experts » et « ONG » bien souvent financés par ces mêmes multinationales. Le prétendu OSDH est une création des services britanniques, tout le monde le sait, mais ce n’est jamais dit.

Al-Manar : Des journalistes étrangers qui se sont rendus en Syrie ont relaté des évènements radicalement différents de la façon dont ils sont présentés par la presse des pays occidentaux. Trouvez-vous que la couverture médiatique occidentale est juste et adéquate ?

Michel Collon : Comme à chaque guerre, les médias occidentaux ont déformé aussi bien les faits que les objectifs réels de la guerre, en présentant les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France… comme des observateurs neutres préoccupés de résoudre les problèmes humanitaires. En fait, il s’agit d’une ingérence systématique pour renverser un gouvernement qui dérange, pour protéger Israël comme «flic du Moyen-Orient» et pour recoloniser toute la région. Donc les médias d’ici conditionnent l’opinion publique afin qu’elle accepte cette ingérence à prétexte humanitaire.

En général, les journalistes qui se rendent sur le terrain et qui veulent présenter les choses plus objectivement, sont empêchés de le faire. Mais avec le temps et comme la Syrie continue à résister, on se pose des questions, même dans les élites occidentales, sur la possibilité de «gagner» cette guerre. Alors, ces journalistes minoritaires reçoivent enfin un peu plus la parole. Mais il est impossible d’informer correctement sur les guerres dans le système médiatique occidental. C’est pourquoi j’ai créé notre site d’info indépendante avec l’équipe Investig’Action.

Al-Manar : Suite à l’attaque à l’arme chimique présumée près de Damas le mois d’août dernier, la presse occidentale surtout en France s’est positionnée en faveur d’une intervention militaire en Syrie sans attendre même le rapport de l’ONU. Sachant que l’implication des forces gouvernementales dans cette attaque n’est pas prouvée. Comment expliquez-vous cette attitude agressive et partisane ?

Michel Collon : La France et ses médias ne cherchent pas la vérité, mais un prétexte pour attaquer. Il y en aura d’autres. Les Etats-Unis ne valent pas mieux, mais en ce moment, ils sentent que le rapport des forces général a évolué en leur défaveur. Alors, ils cherchent des moyens plus subtils de réaliser leurs objectifs.

Al-Manar : Les crimes et les atrocités  commis par les rebelles syriens, pourtant filmés et diffusés largement sur le net, ont rarement été rapportés par la majorité des medias en Europe. Comment expliquez-vous cette omission ? Et comment la qualifier ?

Michel Collon : Dans mes livres, j’ai décrit ce que j’appelle les « Cinq règles de la propagande de guerre » : 1. Cacher les intérêts économiques. 2. Cacher l’Histoire (ce que le colonialisme a fait dans la région). 3. Inverser agresseur et agressé, blanchir les crimes de « nos amis et agents ». 4. Diaboliser l’adversaire. 5. Monopoliser l’info et empêcher le débat entre les deux versions. Cacher les crimes des terroristes, et souvent aussi les attribuer à l’armée syrienne, c’est appliquer les points 3 et 4 ci-dessus.

Al-Manar : Pensez-vous que ces medias ont dernièrement rectifié leur couverture des évènements syriens ? Pensez-vous que l’objectivité est un idéal journalistique inaccessible ? Surtout pour les agences internationales ?

Michel Collon : Certains secteurs de l’élite constatent que la guerre ne sera pas gagnée et ils s’inquiètent des conséquences de l’alliance passée par nos gouvernements avec le terrorisme dit « islamiste ». Mais la rectification est très limitée et ne démasquera pas les média mensonges qui ont rendu possible l’agression au départ. 
Quant aux grandes agences (AP, UPI, AFP, Reuters) qui informent sur le Sud, elles sont toutes basées dans le Nord, elles sont toutes liées aux multinationales et aux Etats dominants. C’est « la voix de son maître ».

Al-Manar : Un espace d’information s’est développé sur Internet ou un certain nombre d’analystes indépendants ont critiqué la couverture médiatique occidentale du conflit syrien en dressant de nombreuses déformations, erreurs et fabrications sur les évènements en Syrie. À votre avis  quel rôle les medias alternatifs concurrents jouent-ils pour offrir au public des medias une image réelle de ce qui se passe en Syrie ? Pensez-vous qu’il souffre d’un manque de crédibilité ? Pensez-vous que les sources des agences internationales sont plus véridiques et crédibles ?

Michel Collon : L’objectivité journalistique (à distinguer de la neutralité qui n’existe pas) est possible, mais seulement en dehors d’un système médiatique dominé par l’argent des multinationales en fait. Dans le Nord, c’est seulement sur Internet qu’on peut trouver une info objective. Mais, ces dernières années, ce qui me réjouit, c’est qu’on voit de plus en plus d’initiatives positives, et les gens les suivent de plus en plus. Il manque malheureusement une coordination entre ces initiatives, il manque aussi une concertation entre ceux qui informent en Europe, aux USA, dans le monde arabe, en Afrique, en Amérique latine. Les initiatives dispersées font réfléchir les gens, mais pour avoir davantage d’impact, il faudrait plus de concertation. Il faudrait un grand JT quotidien alternatif sur le Net.

En tout cas, le Net, c’est l’avenir. Créer une info citoyenne et indépendante, qui échappe aux intérêts des multinationales, aux censures économiques et politiques. Et aussi à la course au profit, donc au sensationnel qui empêche de prendre le temps de vérifier les témoignages, de confronter les sources et de creuser les causes des phénomènes.

Média et propagande: La matrix de l’audiovisuel a des hoquets…

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Pour le directeur de France Télévision, Thierry Meyssan et le Réseau Voltaire ont raison

 

Alain Benajam

 

Le 8 Février 2013

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article177437.html

 

C’est ce que l’on peut supposer après avoir vu l’opus de propagande les Réseaux de L’extrême, les Obsédés du Complot diffusé par France Télévisions sur France 5.

M. Rémy Pflimlin a été promu au poste de directeur général de France Télévisions par Nicolas Sarkozy, tout un symbole. Nicolas dit « l’américain » [1] ne pouvait que promouvoir un homme qui était en accord avec ses idées.

En fait d’idées, celles de Nicolas étaient fort simples, dépouillées à l’extrême, elles se résumaient ainsi : « le maître est aux Etats-Unis et j’obéis aux ordres. Il m’a dit de faire la guerre, en dépit de mes propres intérêts et de ceux de la France. J’ai engagé l’armée française en supplétive de celle des Etats-Unis. »

Blackboulé par les Français excédés, François Hollande, en digne successeur à la tête du « Parti de l’étranger », comme disait De Gaulle, a conservé M. Pflimlin à ce poste clef pour l’édification des masses aux bienfaits états-uniens. M. Hollande représentant l’aile gauche de ce parti antinational, il ne pouvait avoir de divergence avec M. Pflimlin sur l’aspect principal de son action : faire admettre les guerres des Etats-Unis au bon peuple de France.

La guerre états-unienne contre la Libye, par France interposée, a été promue sur les antennes de France Télévisions à grands coups de propagande mensongère sur le « dictateur-qui-massacre-son-peuple », alors que les terroristes salafistes maison, drogués et encadrés par des forces spéciales « occidentales » mettaient le pays à feu et à sang en massacrant, en égorgeant, en pendant à tout va ceux qui ne se pliaient pas derechef à leur vision particulièrement rétrograde de l’islam.

Le nouveau Gauleiter de gauche des Etats-Unis en France, M. Hollande, a eu moins de chance avec la sous-traitance de la guerre des Etats-Unis contre la Syrie, où il tomba sur un os. Cet os était l’Armée arabe syrienne, composée de conscrits, donc du peuple syrien qui se battit ardemment contre les milices islamistes de l’OTAN. Un autre os était le refus de la Chine et de la Russie d’avaliser une manœuvre identique à celle qui fut imposé contre la Libye, celle d’outrepasser une résolution de l’ONU, comme il a été fait avec la résolution 1973.

Cependant, la propagande états-unienne se déversa à grand flot sur nos ondes montrant, comme toujours, la cible à abattre, le « dictateur-qui-massacre-son-peuple », alors que là encore nous pouvions observer grâce à des médias plus indépendants, puisque hors de la zone OTAN, que les terroristes salafistes venus de tous pays, armés et financés par les Etats-Unis et leurs affidés, mettaient – comme en Libye – le pays à feu et à sang, massacrant leurs opposants de la manière la plus barbare.

Seul le nom du chargé d’affaire des Etats-Unis en France avait changé. Mais la politique demeurait la même et, pour M. Pflimlin, c’était identique.

Pourtant, cette lourde propagande journalière de promotion des guerres états-uniennes se trouvait contrée par un certain nombre de sites internet et d’intellectuels. Comme une bonne part de la population, notamment jeune, se détourne des habituelles lucarnes à pensée conforme, une fraction notable de citoyens, selon les sondages, se mit à ne plus croire les grossières balivernes de France Télévisions. Pour les sous-fifres des maîtres du monde, il devenait urgent de réagir.

Un récent sondage [2] mettait même le feu. Pour le directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po Paris, Pascal Perrineau, « le “ressentiment” observé depuis une trentaine d’années cède désormais la place à “l’hostilité” franche ». Ce sondage montre également où se situe la fracture entre les élites et la Nation.

Cette fracture indique très nettement qu’elle se situe dans le rapport des Français avec la mondialisation et en conséquence les abandons de souveraineté. En effet, 65% des sondés pensent qu’« il faut renforcer les pouvoirs de décision de notre pays, même si cela doit conduire à limiter ceux de l’Europe ».

Cependant, ces abandons de souveraineté ont été imposés depuis la fin de la guerre par les Etats-Unis, abandons servant à pouvoir mieux dominer la zone qui leur était dévolue par les accords de Yalta de 1945. Si les Français voulaient recouvrer leur indépendance un jour, ce serait bien en confrontation avec les Etats-Unis.

Une fois débarrassée de ce qui peux la masquer, la fracture devient visible comme étant bien les rapports des Français avec les Etats-Unis et leur impérialisme guerrier.

L’axe de la propagande médiatique est particulièrement juste, en indiquant les craintes elle nous indique également ce qui est important. C’est tout l’intérêt de l’émission de France 5, Les Réseaux de l’Extrême, produite par Caroline Fourest, que de nous montrer où se situe réellement cette fracture. Et il se trouve que nous sommes d’accord.

On comprend donc bien que la cible désignée par la propagande médiatique ce sont les intellectuels et organisations anti-impérialistes, c’est-à-dire ceux qui s’opposent à la politique des Etats-Unis.

Au centre de cette cible se trouvent bien ceux qui remettent en cause la version officielle des attentats du 11 septembre 2001. Et le centre absolu est bien Thierry Meyssan avec le Réseau Voltaire, qui furent les premiers à porter un doute sur cette version officielle et par la suite à dénoncer les guerres impérialistes dont ces attentats étaient la justification.

En nous indiquant comme cœur de cible, la propagande médiatique montre au peuple français que nos analyses sont justes. Nous ne nous sommes pas trompés.

La remarquable émission de Caroline Fourest sur France Télévisions [3] montre parfaitement la réalité. Mais, en reflet, elle nous indique quels sont les camps en opposition et qui sont les alliés présents et combattants dans chacun de ces deux camps opposés, que l’on peut épurer en camp états-unien d’un côté et camp national de l’autre.

Dans le camp du pouvoir états-unien :

  1. Il y a, d’abord, les journalistes pris dans leur ensemble, nous dit Mme Fourest. Ceci est confirmé par la perception des Français que reflète le récent sondage, qui nous précise bien que : 72% des sondés estiment en effet que les journalistes sont « coupés des réalités et ne parlent pas des vrais problèmes des Français ». 73% pensent aussi que les journalistes ne sont pas indépendants et « ont tendance à céder aux pressions du pouvoir politique ».
  2. Les politiciens dans leur ensemble. Le sondage nous montre ce qu’en pensent les Français : 62% pensent que les hommes et les femmes politiques sont « corrompus pour la plupart ». 82%, qu’ils « agissent principalement pour leurs intérêts personnels ». Et 87% sont d’avis que l’« on a besoin d’un vrai chef en France pour remettre de l’ordre » ! Aucun politicien en France ne pourrait se désigner en dehors de ce camp.
  3. Les pro-impérialistes, c’est à dire pro-USA, se désignant comme tels par leur opposition farouche à tout ce qui est anti-impérialiste, donc anti-états-unien, et notamment par leur opposition déterminée à ceux qui remettent en cause toutes les versions officielles états-uniennes, désignés à leur tour comme des « complotistes », terme qui devient un nouveau néologisme signifiant anti-impérialiste.
  4. Les pro-sionistes soutenant la politique colonialiste et criminelle de l’Etat d’Israël.
  5. Les partisans de la mondialisation, de l’abandon de souveraineté des nations, de l’OTAN, de l’Union européenne et de l’euro.

Ce camp est particulièrement virulent contre tout ce qui est national et la vision du drapeau tricolore déclenche chez eux une forte allergie. Ceux qui le brandissent sont qualifiés de fascistes.

Dans le camp national :

  1. En premier lieu ceux qui remettent en cause la version officielle des attentats du 11 septembre 2001. Puisque ces attentats permirent de justifier une nouvelle politique impérialiste des Etats-Unis.
  2. Les anti-impérialistes qui critiquent les guerres états-uniennes, même sous-traitées, particulièrement celles mises en œuvre selon le plan dit Bush de remodelage du Grand Moyen-Orient, notamment celles déclenchées contre l’Afghanistan, l’Irak, la Somalie, la Libye et maintenant contre la Syrie, conformément au plan dévoilé par le général Westley Clark dès 2007.
  3. Les indépendantistes qui veulent que la France recouvre son indépendance en sortant de l’OTAN, de l’Union européenne et de la zone euro et que la France retrouve ses valeurs républicaines et nationales.
  4. Ceux qui veulent en finir avec la financiarisation de l’économie, avec le pouvoir des banques et avec l’imposition de la dette obligatoire qui favorise le soutien du dollar par l’euro.

On s’aperçoit que cette fracture ne recoupe en rien la césure actuelle droite-gauche : ceux du camp national sont autant qualifiés d’extrême droite que d’extrême gauche. En tous cas, ce sont des extrémistes, selon Les Réseaux de l’Extrême.

Dans cette opposition farouche de ces deux nouveaux camps politiques, dans cette nouvelle césure en dehors de celle traditionnelle de droite et de gauche, le point crucial qui fait qu’on se trouve dans l’un ou l’autre camp est bien la remise en cause de la version officielle des attentats du 11 septembre 2001 et il faut remercier Caroline Fourest et France télévision de nous l’avoir démontré.

Thierry Meyssan, « le Picasso du “complotisme” » avec le Réseau Voltaire sont bien à l’avant-garde du combat national.

Belle publicité ! Nous vous en remercions M. Pflimlin.

Média et propagande: Le JT, décorticage d’un lavage de cerveau multi-quotidiens…

Posted in actualité, désinformation, média et propagande, pédagogie libération, presse et média with tags , , , , on 30 août 2011 by Résistance 71

Comment la structure rituelle du journal télévisé formate nos esprits

 

par Pierre Mellet

 

Septembre 2007

 

Url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/Comment-la-structure-rituelle-du  

 

Si le téléspectateur est de plus en plus attentif au traitement d’informations particulières par les journaux télévisés, il s’interroge rarement sur la structure même de cette émission. Or, pour Pierre Mellet, la forme est ici le fond : conçu comme un rite, le déroulement du journal télévisé est une pédagogie en soi, une propagande à part entière qui nous enseigne la soumission au monde que l’on nous montre et que l’on nous apprend, mais que l’on souhaite nous empêcher de comprendre et de penser.

 

Le journal télévisé est le cœur de l’information contemporaine. Principale source d’information d’une grande partie des Français, il n’était pourtant, à ses débuts, en 1949 en France, que le sous-produit de ce que n’avaient pas voulu diffuser au cinéma la Gaumont et les Actualités Françaises. Défilé d’images sur lesquels était posé un commentaire, le « présentateur » ne s’est installé dans son fauteuil qu’en 1954, quand le journal a été fixé à 20h. Depuis lors, la mise en scène n’a fait qu’aller en s’accroissant, et l’information en a été écartée —si jamais elle était présente au départ— pour faire de ce théâtre non plus un journal, mais un spectacle ritualisé, une cérémonie liturgique. Le « 20h » n’a pas pour fonction d’informer, au sens de dégager une tentative de compréhension du monde, mais bien de divertir les téléspectateurs, tout en leur rappelant toujours ce qu’ils doivent savoir.

L’analyse qui suit se base sur les deux principaux journaux télévisés de 20h français, celui de TF1 et celui de France 2, mais peut, à bien des égards, trouver des correspondances avec les journaux télévisés d’autres pays, principalement en « Occident ».

Le contexte

Fixé à 20h, le journal télévisé est devenu, comme la messe à son époque, le rendez-vous où se retrouve (chacun chez soi) toute la société. C’est un lieu de socialisation essentiel, paradoxalement. Chacun découvre chaque soir le monde dans lequel il vit, et peut dès lors en faire le récit autour de lui, en discuter les thèmes du moment avec l’assurance de leur importance, puisqu’ils ont été montré au « jt ». Tout est mis en place comme dans un rituel religieux : l’horaire fixe, la durée (une quarantaine de minutes), le présentateur-prêtre inamovible, ou presque, qui entre ainsi d’autant mieux dans le quotidien de chacun, le ton emprunté, sérieux, distant, presque objectif, mais jamais véritablement neutre, les images choisies, la hiérarchie de l’information. Comme dans tout rituel, le même revient en permanence, et s’agrège autour d’un semblant d’évolution quotidienne. Les mêmes heures annoncent les mêmes histoires, racontées par les mêmes reportages, lancées et commentées par les mêmes mots, mettant en scène les mêmes personnages, illustrées par les mêmes images. C’est une boucle sans fin et sans fond.

En ouverture, le générique lance une musique abstraite où s’entend le mélange du temps qui passe, la précipitation des événements, et une façon d’intemporel nécessaire à toute cérémonie mystique. Sur la musique, un globe précède l’apparition du présentateur, ou un travelling vers ce dernier le fait passer de l’ombre à la lumière. Tout se passe comme si le monde allait nous être révélé.

Le présentateur y tient rôle de passeur et d’authentifiant. Personnage principale et transcendantal, il se trouve au cœur du dispositif de crédibilité du 20h. C’est par lui que l’information arrive, par lui qu’elle est légitimée, rendue importante et donnée comme « vraie ». Par lui également que le téléspectateur peut être rassuré : si le monde va mal et semble totalement inintelligible, il y a encore quelqu’un qui « sait » et qui peut nous l’expliquer. (Dans d’autre cas, c’est un duo qui présente le journal télévisé. La relation avec le téléspectateur est du coup beaucoup moins professorale et paternaliste, mais plus de l’ordre de la conversation, et peut sembler plus frivole. Bien évidemment, on ne trouvera jamais deux présentateur, ou deux présentatrices, mais toujours un duo hétérosexuel. C’est qu’il s’agit de ne pas choquer la représentation de la famille bourgeoise chrétienne. Ce type de mise en scène étant rare en France, nous ne développerons pas ce point plus avant).

Crédibilité et information

« Madame, Monsieur, bonsoir, voici les titres de l’actualité de ce lundi 6 août », nous dit le présentateur au début de chaque journal. Il ne s’agit donc pas d’un sommaire, d’un tri de la rédaction dans l’information du jour, mais bien des « titres de l’actualité », c’est-à-dire précisément de ce qu’il faut savoir du monde du jour. Il n’y a rien à comprendre, le « journalisme » ne s’applique désormais plus qu’a nous apprendre le monde. Le présentateur ne donne pas de clé, il ne déchiffre rien, il dit ce qui est. Ce n’est pas une « vision » de l’actualité qui nous est présentée, mais bien l’Actualité.

Ce qui importe, dès lors, pour lui, c’est « d’avoir l’air ». Sa crédibilité n’est pas basé sur sa qualité de journaliste, mais sur son charisme, sur l’empathie qu’il sait créer, sa manière d’être rassurant, et sur son apparence d’homme honnête et intelligent.

David Pujadas peut bien annoncer le retrait d’Alain Juppé de la vie politique, et Patrick Poivre d’Arvor montrer une fausse interview de Fidel Castro, ils sont tout de même maintenus à leur poste avec l’appui de leur direction, et n’en perdent pas pour autant leur statut de « journaliste » [1] et leur crédibilité auprès du public. Tout se passe comme si l’information délivrée n’avait finalement pas d’importance. Elle n’est là que pour justifier le rituel, comme la lecture des Évangiles à la messe, mais elle n’en est en aucun cas la raison centrale, le cœur, qui se trouve toujours ailleurs, dans le rappel constant des mots d’ordres moraux, politiques et économiques de l’époque. « Voici le Bien, voici le Mal », nous dit le présentateur.

La hiérarchie de l’information est donc inexistante. Alors que l’un des premiers travail effectués dans tout « journal » est de dégager les sujets qui semblent les plus essentiels pour tenter d’en ressortir un déroulé (propre à chaque rédaction) de l’information en ordre décroissant, de l’important vers l’insignifiant, ici, point. On passe de la dépouille du cardinal Lustiger à l’accident de la Fête des Loges, puis vient le dénouement dans l’affaire de l’enlèvement du petit Alexandre à la Réunion, suivit du suicide d’un agriculteur face aux menées des anti-OGM, à quoi font suite l’allocation de rentrée scolaire, les enfants qui ne partent pas en vacances, la hausse du prix de

l’électricité, la spéléologue belge coincée dans une grotte, la campagne électorale états-unienne chez les démocrates, l’intervention de Reporters sans frontière pour dénoncer l’absence de liberté d’expression en Chine, la Chine comme destination touristique, le licenciement de Laure Manaudou, un accident lors d’une course aux États-Unis, le festival Fiesta de Sète, le décès du journaliste Henri Amouroux et enfin celui du baron Elie de Rothschild [2]. Il n’y a aucune cohérence, à aucun moment. Les sujets ne semblent choisis que pour leur insignifiance quasi- générale, ou leur semblant d’insignifiance. Tout y est mélangé, l’amour et la haine, les rires et les pleurs, l’empathie se mêle au pathos, les images spectaculaires ou risibles aux drames pathétiques, et l’omniprésence de la fatalité nous rappelle toujours la prédominance de la mort sur la vie.

Le reportage

Une fois les « titres » annoncés, le présentateur en vient au lancement du reportage. Le reportage est la démonstration par l’exemple de ce que nous dit le présentateur. En effet, tout ce qui va être dit et montré dans le reportage se trouve déjà dans son lancement. Le présentateur résume toujours au lieu précisément de présenter. Cela crée de la redondance. Ce qui est dit une fois en guise d’introduction est systématiquement répété ensuite dans le reportage. Ce sont les mêmes informations qui sont énoncées, la première fois résumées, et la seconde fois étendues pour l’élaboration de l’histoire contée. Le reportage ajoute très peu de regardant que les images. Il n’y a pas d’interlocuteur, donc pas de chose à ce qu’à déjà dit le présentateur, tout juste développe-t-il les détails anodins qui contrebalancent « l’objectivité » du présentateur en créant de la « proximité ». Aux éléments de départ, trouvé dans le lancement, s’ajoute ensuite à l’histoire les petits détails romanesques nécessaire à son instruction ludique.

Le reportage est constitué de deux choses : l’image et son commentaire. Or, si l’on coupe le son, l’image ne signifie plus rien. Alors même que tout devrait reposer sur elle, c’est l’inverse précisément qui se produit à la télévision : le commentaire raconte ce que l’image ne fait qu’illustrer. Cette dernière n’est là que comme faire-valoir. C’est une succession de paysages semblables, de visages et de gestes interchangeables, collés les uns à côté des autres, et sans lien entre eux. À la télévision, l’image ne sert qu’à justifier le commentaire, à l’authentifier. Elle lui permet d’apparaître comme « vrai ». Et elle le lui permet précisément parce que ne disant rien par elle-même, le commentaire peut alors la transformer en ce qu’il veut, et c’est là le principal danger de ce media. L’image possédant une force de conviction très importante, le consentement est d’autant plus simple à obtenir une fois que vous avez dépouillée l’image de tout son sens et l’avez transformée en preuve authentifiant votre discours. Tout repose donc désormais sur le commentaire, et sur la vraisemblance de l’histoire qui va nous être racontée.

« Dans le reportage, note l’anthropologue Stéphane Breton, le commentaire est soufflé depuis les coulisses, cet arrière-monde interdit au téléspectateur (…) et d’où jaillit, dans le mouvement d’une révélation, un sens imposé à l’image. La signification n’est pas à trouver dans la scène mais hors d’elle, prononcée par quelqu’un qui sait » [3]. Le journaliste n’apparaît que très rarement à la fin de son reportage. Nous entendons donc une voix sans énonciateur. C’est une parole divine qui s’impose à nous pour nous expliquer ce que nous ne pourrions comprendre en ne regardant que les images. Il n’y a pas d’interlocuteur, donc pas de

Tout cela se rapporte à la logique de diffusion de la morale. Le contradiction. Le reportage est un fil qui se déroule suivant une logique propre, celle que le journaliste veut nous donner à apprendre, où les « témoins » ne se succèdent que pour accréditer la parole qui a de toute manière déjà dit ce qu’ils vont nous expliquer. Comme avec le lancement, la redondance est omniprésente dans le reportage. Tout « témoin » est présenté non pas selon sa fonction, ni dans le but de justifier sa place dans ce reportage à ce moment là, mais suivant ce qu’il va nous dire. Et la parole du « témoin » accrédite le commentaire en donnant un point de vue nécessairement « vrai ». « Puisqu’il le dit, c’est que c’est comme ça ». Et bien souvent, le « témoin » n’a strictement rien à dire, mais va le dire tout de même, le journaliste devant faire la preuve de son objectivité et de l’authenticité de son reportage, de son enquête, en démontrant qu’il s’est bien rendu sur place et qu’il peut donc nous donner à voir ce qui est.

Le reportage, au journal télévisé, n’est pas la réalisation d’une enquête qui explore différentes pistes, mais le récit d’un fait quelconque montré comme fondamental. C’est une vision du monde sans alternative, qui tente d’apparaître comme purement objective. Si le présentateur dit ce qui est, le reportage, lui, le montre. Et c’est précisément là que l’image pêche par son non- sens, et que le commentaire semble devenir parole divine. « Voici le monde », nous dit l’un, « et voilà la preuve », poursuit le reportage. Et comment contester la preuve alors qu’elle nous est présentée, là, sous nos yeux ébahis ? La réalité se construit sur l’anecdote, et non plus sur un ensemble de faits plus ou moins contradictoires qui permettent de regarder une situation dans une tentative de vision globale pour pouvoir ensuite en donner une analyse.

Les mots d’ordre

Tout cela se rapporte à la logique de diffusion de la morale. La prison parce qu’il avait droit à une remise de peine, et c’est le journal télévisé, comme la quasi-totalité des médias, est un organe de diffusion des mots d’ordre de l’époque. Il ne discute jamais le système, il ne semble d’ailleurs même pas connaître son existence, mais diffuse à flux tendus les ordres que la classe dominante édicte. Le journal télévisé fait partie de ce « service public », dont parle Guy Debord dans les Commentaires sur la société du spectacle, « qui [gère] avec un impartial « professionnalisme » la nouvelle richesse de la communication de tous par mass media, communication enfin parvenue à la pureté unilatérale, où se fait paisiblement admirer la décision déjà prise. Ce qui est communiqué, ce sont des ordres ; et, fort harmonieusement, ceux qui les ont donnés sont également ceux qui diront ce qu’ils en pensent » [4] .

Le 20h, issu d’une société où la mémoire a été détruite, transmet les mots d’ordre, comme pour tout conditionnement, par la répétition permanente et quotidienne. Les histoires racontées semblent toutes différentes, quand bien même elles sont finalement toutes semblables. Tout y est répété, soir après soir, constamment, et à tous les niveaux. Seuls les noms et les visages changent, mais le film, lui, reste toujours identique. C’est un perpétuel présent qui est montré et qui permet d’occulter tous les mouvements du pouvoir. Les évolutions n’étant plus jamais mises en lumière, c’est bien qu’elles n’ont plus cours. Le journal télévisé diffuse donc la morale bourgeoise (chrétienne et capitaliste) en bloc compact. C’est un vomi long et lent qui s’écoule, dilué et disséminé tout au long du 20h. Ils connaissent plusieurs modes de diffusions :

L’accusation. Elle est constante, et généralement dite par les « témoins », ce qui permet de faire croire au journaliste qu’il a donné à voir un « avis », et qu’il a donc rendu un regard objectif de la situation. Un incendie ravage une maison, et ce sont les pompiers qui auraient dû arriver plus tôt. Un violeur est sorti de

prison parce qu’il avait droit à une remise de peine, et c’est la justice qui dysfonctionne. Un gouvernement refuse de se plier aux injonctions occidentales, et c’est une dictature, un pays sous- développé où la stupidité se mêle à la barbarie, et mieux encore, où la censure bâillonne tous les opposants, qui sont eux nécessairement d’accord avec le point de vue des occidentaux mais ne peuvent pas le dire. Il s’agit toujours de trouver quelqu’un à vouer aux gémonies pour rappeler ce qui est « bien » et ce qui est « mal », et où l’on retrouve toute la sémantique chrétienne du « pardon », de la « déchéance », etc.

L’évidence. Particulièrement utilisée pour régler sans discussions les questions économiques, elle consiste à diffuser les dogmes ou les décisions gouvernementales sans jamais les remettre en question. C’est par exemple le cas de la « croissance », qui est toujours la voie nécessaire à la survie jamais remise en cause et dont le présentateur nous annonce les chiffres avec un air catastrophé : « la croissance ne sera que de 1,2 % cette année selon les experts »…

L’hagiographie. Commme à la messe, le journal télévisé a ses saints à mettre en avant. C’est le portrait de quelqu’un qui a « réussi », soit qu’il vienne de mourir, soit qu’il ait « tout gagné », soit qu’il se soit « fait tout seul », etc. C’est le prisme de l’exception qui édicte le modèle à suivre en suscitant admiration et respect. « Voilà ce que vous n’êtes pas, que vous devriez être, mais ne pourrez jamais devenir, et que vous devez donc adorer », nous répète le journal télévisé en permanence.

Le voisinage. Particulièrement efficace, il s’agit de dire que « la France est le dernier pays en Europe à aborder cette question ». C’est le mécanisme qui régit la sociabilité de base, l’appartenance au groupe par l’imitation, par la reproduction de ce qu’il semble faire ou être. Le présentateur nous dit alors « eux font comme cela, pourquoi faisons nous autrement ? présupposant que notre manière de faire est nécessairement moins bonne. « Travailler après 65 ans, aux États-Unis ça n’est pas un problème ». Aucune analyse n’est jamais donnée des points positifs et négatifs du système voisin, seulement un regard « objectif », qui dit : « voilà comment ça se passe là, et pourquoi c’est mieux que chez nous ».

Le folklore. Ici sont présentés, avec le sourire aux lèvres et l’indulgence pour l’artiste un peu fou mais qui ne fait finalement pas de mal, des gens qui vivent un peu autrement. C’est alors, et seulement dans ce genre de sujet, que le présentateur souligne le caractère « exceptionnel » des personnes qui vont nous être présentées, pour dissuader quiconque de suivre leur exemple.

Ce ne sont là que quelques exemples.

Anecdote et fatalité

Deux modes de représentation du monde bercent principalement le journal télévisé, et sont les deux principaux mouvements de diffusion des mots d’ordre : l’anecdote et la fatalité.

L’anecdote se trouve au début de chaque sujet. Tout part du fait particulier, du fait divers du jour, et s’étend vers le problème plus vaste qu’il semble contenir en lui-même, ou que les journalistes font mine de croire qu’il contient. C’est une rhétorique particulière qui se retrouve aujourd’hui à la base de tous les discours politiques ou journalistiques, un renversement de la logique, du déroulement effectif de la démonstration et de l’analyse du monde : c’est l’exception qui explique désormais la règle, qui la construit. Tout part du fait particulier pour se prolonger, comme si ce dernier détenait en lui toutes les causes et toutes les conséquences qui ont fondé la situation plus générale qu’il est censé démontrer. Le 20h ne se préoccupe jamais de décrire des phénomènes endémiques, ou les sort toujours de la chaîne de nous donner rendez-vous le lendemain à la même heure, puis d’événements qui les a amené à la situation présente. C’est une nécessité dialectique logique pour qui veut transmettre les consignes sans se mettre en devoir de les expliquer, sans quoi il se trouve obligé d’apporter de la complication à sa démonstration et se rend compte que les choses sont moins simples qu’il ne voulait les faire paraître. Pour que les mots d’ordre soient diffusés efficacement, il ne faut pas donner la possibilité d’être contredit, donc il vaut mieux ne rien expliquer. De toute manière, nous l’avons dit, il ne s’agit jamais de donner à comprendre, mais toujours à apprendre.

La fatalité, elle, berce l’ensemble du journal télévisé. Les événements arrivent par un malheurs contingent, un hasard distrait qui touche malencontreusement toujours les mêmes (personnes, pays…). C’est une lamentation constante : « si les pompiers étaient arrivés plus tôt », « si le violeurs n’était pas sorti de prison », « si l’Afrique n’était pas un continent pauvre et corrompu », etc. Elle est la base de toute religion puisqu’elle permet de ne rien avoir jamais à justifier, et rappel le devoir de soumission face à la transcendance, puisque nous sommes toujours « dépassés ». La fatalité revient sonner en permanence comme une condamnation, et ajoute avec dépit (mais pas toujours) : « c’est comme ça ». Le système se régule tout seul et est « le meilleur des systèmes possibles », l’homme est un être « mauvais » et passe son temps à « chuter » et à « rechuter » malgré toutes les tentatives de lui « pardonner », le pauvre est responsable de sa situation parce qu’il est trop fainéant pour chercher des solutions et les mettre en application alors même qu’on les lui donne, etc. C’est un soupir constant, un appel permanent à l’impuissance et à la soumission face à la souffrance. Le monde va et nous n’y pouvons rien…

Une fois les mots d’ordre transmis, le messager divin peut nous donner congé, concluant le sermon du jour en n’omettant jamais de nous donner rendez-vous le lendemain à la même heure, puis disparaît, rangeant les papiers qui font foi de son sérieux, la caméra s’éloignant, l’ombre grandissant, et se fondant progressivement dans cette sorte de musique qui ouvrait déjà la cérémonie.

Pierre Mellet

 

[1] Patrick Poivre d’Arvor, reconnnu comme la star du journalisme français, n’a pas de carte de presse car ses revenus principaux ne proviennent pas du journalisme, mais de ses activités de conseil et d’écriture.

[2] 20h de France 2, lundi 6 août 2007. [3] Stéphane Breton, Télévision, Hachette Littérature, 2005. [4] Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, Gallimard, Folio, 1996.

[3] Stéphane Breton, Télévision, Hachette Littérature, 2005.

[4] Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, Gallimard, Folio, 1996.

Comment les médias fabriquent des dissidents

Posted in actualité, désinformation, média et propagande, N.O.M, politique et social with tags , , , on 22 juillet 2010 by Résistance 71

Une histoire vraie, digne d’un roman d’espionnage

Les « dissidents cubains » tels que les fabriquent nos médias.

Maxime VIVAS

On se souvient peut-être de Valladarés. Ex policier du dictateur Batista, arrêté à Cuba peu après la Révolution alors qu’il transportait des explosifs, il a bénéficié d’une campagne internationale en faveur de sa libération. La presse le disait poète et paralytique. Quant le gouvernement cubain a décidé de l’expulser à Madrid, le président François Mitterrand a envoyé Régis Debray pour l’accueillir à l’atterrissage de son avion. La foule des photographes a vu alors un homme hilare descendre la passerelle sur ses deux jambes. Aujourd’hui, on sait que le seul poème dont il s’est prévalu était un plagiat et il vit aux USA, ce qui fit dire à Debray : « Le poète n’était pas poète, le paralytique n’était pas paralytique et le Cubain est Américain. »

Mais Cuba était devenu dans l’imaginaire collectif un pays où sont emprisonnés les poètes et autres intellectuels.

Voici 3 chapitres extraits de mon livre « La face cachée de reporters sans frontières. De la CIA aux Faucons du Pentagone » (éditions Aden, octobre 2007).

Pour l’anecdote, Robert Ménard y répond dans son livre « Des libertés et autres chinoiseries » (éditions Robert Laffont, octobre 2008) où il affirme « Maxime Vivas invente ».

Le problème est qu’aucun menteur n’a assez de mémoire pour gérer ses mensonges dans le temps. Ménard a donc oublié qu’à deux reprises, en 2004 sur le site du Nouvel Observateur et en 2006 sur le site de RSF il avait avoué (voir plus bas) avoir recruté le « journaliste dissident » dont je parle et qui a fini par lui poser de singuliers et très amusants problèmes.

OSS 117/Robert Ménard à La Havane

Le 20 septembre 1998, Robert Ménard, flanqué d’un de ses collaborateurs parisien, se rend à Cuba. Objectif : recruter pour RSF un journaliste « dissident » dont on lui a dit le plus grand bien. La recrue s’appelle Néstor Baguer Sanchez Galarraga. Petit homme émacié, volontiers coiffé d’un grand béret, c’est un intellectuel et un journaliste chevronné. Il a fait ses études dans une université états-unienne, il a vécu à New-York et il a gardé des amis aux Etats-Unis. Parmi eux, Jimmy Carter qui, lorsqu’il était président l’a invité à se rendre aux États-Unis pour donner des cours d’espagnol à l’Université.

Membre du Comité Martiano por los Derechos Humanos et de la Corriente Socialista Democrática, groupuscules liés à deux organisations anti-cubaines dirigées depuis l’extérieur : Concertation Democrática Cubana et Plataforma Democrática Cubana, il ne tardera pas à créer L’Agence de Presse Indépendante Cubaine (APIC). Son engagement n’a jamais faibli, même quand il a été victime de tracasseries annonciatrices de possibles ennuis plus sérieux. Amnesty International s’est ému de la confiscation, par la Sécurité de l’Etat, le 10 juillet 1995 d’un télécopieur dont il se servait pour envoyer ses articles hors de l’île. Heureusement, dès le 18 août, il s’en était procuré un nouveau.

Le rapport annuel 1996 de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH), s’émouvra également des persécutions contre le journaliste : « Néstor Baguer, président de l’Agence de presse indépendante (APIC) a été gravement blessé par un inconnu qui l’a roué de coups, lui occasionnant une fracture du poignet et de nombreux hématomes. Les faits se sont produits à La Havane, le 2 mars 1995. Le 11 juillet de la même année, des membres de la sécurité de l’Etat ont perquisitionné son domicile et saisi un télécopieur et ils l’ont déconnecté du service téléphonique. Quelques jours plus tard, Néstor Baguer a présenté une plainte au tribunal municipal de Plaza pour obtenir la restitution du matériel confisqué ; le greffier du tribunal a toutefois refusé de la recevoir en déclarant qu’elle n’était pas légalement valide. »

Néstor Baguer publie des articles mordants pour la RECE (REpresentación Cubana en el Exilio), créée par la CIA dans les années 60 et dirigée par l’extrême droite de Miami. Il écrit aussi pour la Fondation Nationale Cubano-Americaine (FNCA), également organisation d’extrême droite basée à Miami, fondée en 1983 par Ronald Reagan, étroitement liée à la CIA et au Département d’Etat. La FNCA a été particulièrement efficace, au Nicaragua, dans le soutien à la « Contra » qui fit chuter le gouvernement de Daniel Ortega en février 1990 et qui a replongé ce pays dans la misère, l’analphabétisme et la soumission aux oligarchies nationales et étrangères. Elle a financé la préparation et/ou l’exécution de nombreux attentats terroristes contre Cuba, visant des centres industriels et des points de concentration de touristes, la raffinerie de Cienfuegos, la centrale thermo-électrique de Matanzas et le cabaret Tropicana, dans l’ouest de la capitale. Le 4 septembre 1997, un jeune touriste italien, Fabio Di Celmo se trouve dans le hall de l’hôtel Copacabana lorsqu’une bombe explose et le tue. Deux autres hôtels ont été aussi la cible d’attentats au plastic pratiquement au même moment.

Oui, à l’évidence, Néstor Baguer offrait toutes les compétences pour aller grossir les rangs des « journalistes indépendants » promus par Robert Ménard.

A peine débarqué de l’aéroport José Marti, OSS 117/Robert Ménard loue une voiture haut de gamme et va déposer ses bagages à l’hôtel Nacional, établissement luxueux qui reçoit des visiteurs de marque et fortunés. Puis, il fonce discrètement vers la modeste maison d’un honorable correspondant, un « dissident » qu’il a contacté depuis Paris pour organiser la rencontre. Prévenu, Néstor Baguer est au rendez-vous, pressé de rencontrer ce héraut de la Liberté venu tout exprès pour le voir depuis la patrie des Droits de l’Homme.

Cependant, le dicton et les films d’espionnage l’attestent, les murs ont des oreilles. Prudent, Robert Ménard refuse donc de discuter dans la maison de son contact et il embarque Néstor Baguer dans la voiture. Ainsi, il est assuré que ce qui va se passer ne pourra jamais être connu. Et c’est tant mieux car, à le voir agir, on dirait bien qu’il est un espion d’une puissance étrangère et non le représentant d’une ONG. Tous deux s’assoient à l’arrière du véhicule, l’autre français faisant office de chauffeur. Les conspirateurs parcourent ainsi le quartier de Vedado, le temps nécessaire pour faire connaissance et pour arrêter les modalités et les conditions de leur future collaboration. Néstor Baguer étudie discrètement son interlocuteur. La coupe de ses habits, la grosseur de sa voiture, l’hôtel où il est descendu, attestent que l’homme est un paquet de dollars ambulants. Quant à sa conversation, elle révèle assez bien ce qu’il est et ce qu’il veut : cassant, il est là pour donner des instructions, dicter ce qu’il faudra faire, pas pour écouter. C’est la première fois qu’il vient ici, mais il explique doctement à Néstor Baguer le problème racial cubain et autres choses de ce tonneau. Baguer écoute poliment. On l’a dit, il connaît bien les USA et il sait ce que racisme veut dire. Il vit dans un pays métissé, à cent cinquante kilomètres d’un Empire où le taux de mariage mixte n’atteint pas 1 %. Mais il se tait. Il sera toujours temps, plus tard, si RSF lui commande un article sur ce sujet, de le développer, de manière à grossir les derniers et réels vestiges d’un racisme séculaire hérité du colonialisme, sans pour autant déchoir jusqu’au mensonge pur. Néstor Baguer est prêt à faire beaucoup de choses pour ses idées, mais pas à perdre sa propre estime par ses écrits.

Enfin, Robert Ménard en vient au fait : les informations anti-cubaines propagées en Europe par RSF proviennent de Miami. Il veut une source directe, un correspondant particulier dans l’île afin d’accroître la fiabilité de ses dossiers. Et peut-être aussi d’en déterminer la teneur.

Au bout d’une heure, ils se séparent. Un nouveau rendez-vous sera pris plus tard par téléphone, mais pas chez le « dissident » qui les a déjà accueillis. Les règles de la guerre de l’ombre sont strictes.

Quelques jours plus tard, Néstor Baguer reçoit un appel : il devra se rendre dans un parc du quartier de Vedado à une heure déterminée et il s’assiéra sur un banc pour attendre qu’on lui remette un colis. Le journaliste dissident est surpris par ce luxe de précautions paranoïaques qui n’est pas de mise quand les journalistes de son obédience se réunissent. Néanmoins, il ne discute pas et il sera ponctuel au rendez-vous. Il patientera à peine quelques minutes avant de voir arriver son nouveau contact. C’est le mentor de Robert Ménard, qui lui remet furtivement un paquet et qui file sans s’attarder. Les parcs ne sont-ils pas truffés de caméras, voire de micros dissimulés dans les fleurs et de flics déguisés en jardiniers, en étudiant boutonneux, en mères de famille ou en vieillards claudiquant dont le faux sonotone est directement relié au bureau de Fidel Castro ? De retour chez lui, Néstor Baguer ouvre le paquet. Il s’agit d’un ordinateur portable dans son emballage d’origine. Le Président de l’Association des Journalistes Indépendants va pouvoir écrire sur son pays, les articles que RSF aime lire.

Un dissident très (trop) scrupuleux.

Il va se consacrer à cette tâche avec une conscience digne d’éloges. Fin lettré, non seulement il est capable de proposer des articles anti-cubains bien écrits, mais l’intelligence est au rendez-vous de sa prose. De plus, Néstor Baguer veille soigneusement à la crédibilité des écrits des « journalistes indépendants » qu’il chapeaute. Le problème qu’il rencontre en effet est celui de la vénalité. Plus un article est sensationnel et accusateur, plus les journaux de Miami, via la Section des Intérêts Nord-Américains (la SINA, ersatz d’ambassade) à La Havane le paient cher. De nombreux articles vont alimenter les émissions de Radio Marti, qui émet depuis Miami vers Cuba sur des fréquences qui ne lui sont pas attribuées, en contravention aux règlements de l’Union Internationale des Télécommunications et en violation de l’espace radioélectrique cubain. Créée en 1985 à l’initiative du président Reagan, cette radio pirate bénéficie d’un budget gouvernemental de plusieurs dizaines de millions de dollars. C’est la seule radio US qui déroge à la loi sur l’interdiction de financement d’un média par l’Etat. Son objectif est le renversement du gouvernement cubain. Elle déverse 1200 heures d’émissions hebdomadaires sur l’île. On a pu y entendre des appels à la subversion intérieure et à commettre des sabotages.

A Cuba, où le salaire moyen ne dépasse guère quinze dollars, un « journaliste indépendant » peut encaisser sans trop de mal entre cinquante et cent dollars mensuels, ce qui le dispense, avec sa famille, de se livrer à tout autre activité salariée. Du coup, des petits malins se décrètent journalistes sans avoir jamais auparavant écrit une ligne, voire sans être familiers de la syntaxe. Les « Agences de presse indépendantes » prolifèrent, parfois formées du père, de la mère et du fils auto-promus « journalistes » du jour au lendemain. L’effet pervers est que la course aux dollars entraîne une surenchère dans les diatribes antigouvernementales, des récits de faits spectaculaires mais inventés, des interviews bidonnées. Peu importe, la plupart des bobards, dès lors qu’ils sont politiquement conformes aux desiderata des payeurs, sont acceptés et propagés. Mais Néstor Baguer entend prouver que dissidence et éthique peuvent co-exister. Et là, il va rapidement commencer à décevoir.

D’abord, c’est son refus d’articles trop invraisemblables qui surprend. C’est nouveau ! A un « journaliste » improvisé qui espère bien palper un paquet de billets verts en décrivant une émeute populaire réunissant dix mille personnes à l’angle de deux rues à Manzanillo pour cause de déménagement forcé d’une famille par la « dictature castriste », Baguer fait préciser les circonstances. Il apparaît très vite que l’étroitesse des lieux ne permettait pas un tel rassemblement, que l’incident était en fait dû à un transfert illicite de logements et que seuls les locataires concernés avaient râlé dans la rue. Ayant dégonflé l’émeute, Baguer met le papier au panier.

Mais il fait pire. En même temps qu’il fournit Paris et Miami en articles critiques contre son pays, il n’hésite pas à se déplacer pour vérifier certaines des informations qui transitent par lui. Un jour où lui est soumis un article sur une grève de la faim politique, il se rend à l’improviste sur les lieux, dans le quartier de Santo Suárez, et tombe sur des « grévistes » joyeusement attablés. Tout était faux et Néstor Baguer se désole d’autant plus de ces avalanches de mensonges, que RSF s’impatiente et lui donne en exemple ce qu’écrivent ses confrères. Or, s’il a bien accepté de produire, contre des dollars, des informations tendancieuses, il entend cependant ne pas perdre son âme. Il s’irrite de voir Paris lui indiquer quels thèmes il doit aborder dans son prochain article. Mais surtout, RSF ne tarde pas à lui reprocher d’être trop modéré. De leur côté, les états-uniens s’étonnent qu’il ne traite pas Fidel Castro d’assassin dans ses textes. Néstor Baguer écrit en effet : « Le Président de Cuba, Monsieur Fidel Castro » alors que d’autres écrivaient « le dictateur ». L’attaché culturel US fera un constat : « Monsieur Baguer, vous ne haïssez pas Fidel Castro ». Néstor Baguer confirme. La haine est-elle nécessaire ? Il invoque son bagage culturel, son éducation, son style journalistique. Il y a des mots, monsieur, qu’il n’emploie pas. Il rappelle qu’il est « membre de l’Académie de la Langue et [qu’il ne peut] pas écrire d’insultes ». Quand Jimmy Carter est venu en voyage officiel à Cuba, il a tenu à dîner avec son ami Néstor Baguer. Est-ce que Carter traite Castro d’assassin ? Non. C’est donc simple : insulter l’Autorité, c’est chercher des ennuis et ne plus pouvoir travailler. De plus, fort de son statut d’intellectuel et de son appartenance à l’Académie, il ne saurait tolérer qu’un fonctionnaire retouche un de ses articles.

A Paris, on trouve cet intellectuel bien mou et les relations commencent à se tendre. Les patrons de RSF doutent à présent de disposer du right man at the right place. De son côté Néstor Baguer note l’escalade dans les commandes qui lui sont faites. Il lui faut maintenant s’informer sur la présence éventuelle de dissidents dans la police et dans les forces armées. S’agit-il là d’une curiosité d’une ONG ? Plutôt d’une agence de presse, et peut-être même d’une agence de renseignements. Il lui semble que la CIA lui aurait posé la même question. Pas Amnesty International, pas la Croix Rouge, pas la Ligue internationale des Droits de l’Homme, pas l’Unicef ou Médecin sans frontières. Cependant, l’argent afflue. Néstor Baguer le perçoit chaque mois par retrait avec sa carte Transcard. Il garde ce qui lui revient (cent dollars mensuels, soit deux fois la paie d’un ministre cubain) et distribue le reste en fonction du travail des « journalistes » qu’il chapeaute. Quand l’article déplait, il n’est pas rétribué par les commanditaires. Plus la charge anti-cubaine est rude, plus elle rapporte.

Les USA regardent le travail de Néstor Baguer avec sympathie. Il a fait son chemin depuis sa rencontre avec Robert Ménard jusqu’à être reconnu par la presse internationale comme l’un des plus éminents leaders de la dissidence.

Très vite ils lui délivrent un laissez-passer permanent qui lui permet d’entrer à sa guise dans les locaux de la Section des Intérêts Nord-Américains (SINA) de La Havane. Il y rencontre Gene Bigler, l’attaché culturel qui le présente à son chef, Joseph Sullivan. Les trois sont en phase, ils parlent la même langue, connaissent les mêmes endroits aux USA, servent la même cause. Le Cubain leur soumet des dizaines d’articles émanant des « agences de presse « . Triées, corrigées, les copies sont conformes aux intérêts de l’Empire et à ses desseins dans l’archipel des Caraïbes. La SINA y veille.

Chacun est bien conscient que ces activités tombent sous le coup de la loi cubaine 88 dite de « protection de l’indépendance nationale et de l’économie de Cuba ». En interdisant « le travail de concert avec une puissance étrangère dans l’objectif d’ébranler le gouvernement cubain » la Justice de l’île ne se distingue d’ailleurs pas de celle des autres pays, notamment pas de celle des Etats-Unis dont le Code pénal (art 18, §951) précise que « toute personne qui accepte d’opérer à l’intérieur des États-Unis sous la direction ou le contrôle d’un gouvernement étranger sera inculpé de crime et risque une peine de 10 ans de prison ».

Dans son article (déjà cité) du Monde Diplomatique de février 2004, l’écrivain cubain René Vázquez Díaz, constate que la Suède, son pays d’adoption, « condamne à un maximum de deux années d’emprisonnement (Code pénal, chapitre 19, article 13, sur les délits contre la sécurité de l’Etat ) celui qui perçoit de l’argent ou d’autres dons d’une puissance étrangère ou de quiconque agit dans l’intérêt de celle-ci, afin de publier ou diffuser des écrits, ou d’influencer de quelque façon que ce soit l’opinion publique en ce qui concerne l’organisation interne de l’Etat ». La Suède punit également dans son article 8 « celui qui propage ou transmet à des puissances étrangères ou à leurs agents des informations inexactes ou tendancieuses, dans le but de créer des menaces pour la Sécurité de l’Etat ». Et, comme délit de haute trahison, la paisible Suède, qui ne se connaît pas d’ennemi, punit « celui qui constitue une menace contre la sécurité de l’Etat pour avoir utilisé des moyens illégaux avec l’appui d’une puissance étrangère, à dix ans de prison ou à la réclusion criminelle à perpétuité. »

Quant au Code pénal français, il stipule en son article 411-6 : « Le fait de livrer ou de rendre accessibles à une puissance étrangère, à une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents, des renseignements […] de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation est puni de quinze ans de détention criminelle et de 225 000 euros d’amende. »

Il ajoute en son article 411-10 : « Le fait de fournir, en vue de servir les intérêts d’une puissance étrangère […] des informations fausses de nature à […] induire en erreur et à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation est puni de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende. »

Enfin, quand RSF se montrait curieuse sur les éventuels maillons faibles dans la police et dans l’armée cubaine, elle faisait fi de ce que l’article 411-4 notre propre Code pénal prévoit en la matière : « Le fait d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d’agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d’amende. Est puni des mêmes peines le fait de fournir à une puissance étrangère, à une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents les moyens d’entreprendre des hostilités ou d’accomplir des actes d’agression contre la France. » Néstor Baguer, lui, n’ignore pas comment les Etats, dont le sien, se protègent. Il sait que, compte tenu des rapports de guerre larvée entre les USA et Cuba, de la possibilité d’une invasion impromptue sans cesse promise et qui n’attend que le bon prétexte, la loi cubaine s’appliquera dans toute sa rigueur. Il est assez érudit pour savoir aussi que, dans quelque pays du monde que ce soit, à contexte égal, il en serait ainsi.

Il se demande in petto comment RSF, une organisation censée défendre la liberté des journalistes peut financer des articles bidons, imposer les sujets à traiter, les refuser à sa convenance, réprimander les auteurs dont la virulence n’est pas adaptée aux enjeux politiques.

Il voit les gens de la Section des Intérêts Nord-Américains (SINA) dicter les sujets à ceux qu’il appelle les « handicapés mentaux, les pseudo-journalistes ». Pis, il voit ces derniers, lorsqu’ils ont pondu leurs textes, aller les faire réviser à la SINA avant de les transmettre, au cas où quelque chose ne conviendrait pas politiquement. S’ils étaient approuvés, on les transmettait.

Et les amours s’étiolent entre RSF et lui. Au fil des mois, la tension ne cessera de grimper avec ses commanditaires parisiens. Finalement, ils renonceront à ses services. Exit Néstor Baguer ?

Pas tout à fait. L’histoire de ce collaborateur scrupuleux et indocile va en effet connaître un spectaculaire rebondissement.(73)

L’agent secret Octavio démasque Néstor Baguer.

En mars 2003, la Justice cubaine a lancé une vague d’arrestations « pour conspiration, activités subversives et collaboration avec la mise en place du blocus imposé par Washington ». Dans le lot des personnes interpellées il s’en trouva douze qui étaient en réalité des agents infiltrés de la sécurité de l’Etat cubain. Parmi ces « taupes », l’agent Octavio.

L’agent Octavio est un petit homme émacié, volontiers coiffé d’un grand béret, journaliste chevronné, intellectuel qui a fait ses études aux Etats-Unis, membre de l’Académie de la Langue, ami de Jimmy Carter, bref, un loustic dans lequel nous reconnaissons… Néstor Baguer. Depuis plus de quatre ans, Octavio/Néstor Baguer tenait informé le contre-espionnage cubain du développement du « journalisme indépendant », de la corruption de ses compères par l’ennemi, des agissements de Reporters sans frontières et de ses exigences. Quand, en jouant au James Bond, il recruta ce collaborateur « anti-castriste » et lui fit une démonstration de l’application des règles de clandestinité, Robert Ménard ne savait pas que l’autre, authentique agent secret depuis vingt-cinq ans, riait sous cape. A La Havane, Néstor Baguer persifle et se répand en interviews : « Dès que j’ai créé l’Agence de Presse Indépendante de Cuba (APIC à laquelle participera Raùl Rivero(74) qui a été arrêté en mars 2003 et qui vit aujourd’hui en Espagne), j’ai reçu les félicitations de Miami ainsi que d’autres témoignages d’amour et de sympathie. Ils me considéraient comme le meilleur des patriotes. Reporters sans frontières faisait mon éloge partout et m’envoyait de l’argent. C’était incroyable. »Par exemple, rigole Octavio, j’ai reçu de RSF du matériel et « 1000 dollars pour financer le « Bureau de presse ».

Quand Salim Lamrani l’interroge en mai 2003 (interview cité), Robert Ménard, alors que la supercherie de Néstor Baguer a été dévoilée, persistera, dans son incomparable style hasardeux et abscons, à se vanter de ses liens avec la presse « indépendante » cubaine. Lisons : « Ecoutez, le nombre d’articles qui sont repris dans la presse internationale, ces gens de la presse indépendante cubaine qui sont cités par la presse internationale, ce qui traduit que cette presse internationale, qui ne serait pas intéressée par des articles signés que par des opposants. Le fait qu’ils les reprennent marque une amélioration. Quant à dire qu’elle est manipulée par les uns et les autres, c’est une absurdité. Nous avons plus de liens avec la presse indépendante cubaine que le gouvernement des Etats-Unis. » (sic).

Quant à Baguer, on lui apprend qu’un article de Reuters, reproduit par le New-York Times le 10 avril 2003, le qualifie désormais de « supposé journaliste » (Alleged journalist, exactement). Il feint alors la naïveté : « Comme c’est curieux ! Quand j’étais un « dissident » la presse nord-américaine ne m’a jamais appelé « supposé journaliste ». Ça ne serait jamais venu à l’esprit de personne… » Et il propose tout de go à l’interviewer de lui fournir une copie de son diplôme de journaliste pour « mettre un terme à cette rumeur »(75).

A Paris, dans les locaux de RSF, c’est la consternation. Le mieux est de ne pas ébruiter l’affaire. Le rapport 2004 de l’ONG fera allusion à Néstor Baguer, mais en taisant que Robert Ménard était allé le recruter sur place et que RSF le payait depuis des années. Quand, le 22 octobre 2004, Robert Ménard est l’invité du forum en ligne organisé par le Nouvel Observateur, il sera questionné ainsi par un Internaute : « Pouvez-vous nous dire si vous avez rencontré M. Néstor Baguer Sanchez à Cuba et ce que vous lui avez demandé ? »

Piteuse et lapidaire réponse de Robert Ménard : « Ce monsieur a été notre correspondant plusieurs années avant que nous nous séparions de lui. Une bonne chose puisqu’il s’est avéré qu’il était un agent de la police politique. C’est lui-même qui l’a déclaré lors du procès de 75 dissidents au printemps 2003. »

Au mois de mars 2006, sur son site et sous le titre « Cuba : le printemps noir, 3 ans après » où tout ce qu’il faut savoir sur le sujet est rapporté avec force détails, ces liens mercantiles de RSF et de Baguer seront tus : « Le ver est en fait dans le fruit dès l’apparition de l’APIC, en 1992, dont deux des fondateurs, Indamiro Restano et Néstor Baguer alias « Octavio « se révéleront être des agents de la Sécurité de l’Etat, la police politique. » Un ver que RSF a recruté, équipé, nourri, engraissé, conseillé, couvert de dollars quand elle le prenait pour un mercenaire travaillant contre son pays, écrivant n’importe quoi pourvu que l’Empire en soit satisfait. Mais ces détails ne seront même pas évoqués. Cachez ce sein que je ne saurais voir…

Ainsi donc, RSF fait campagne contre un petit pays indépendant grâce à des articles abracadabrants, non vérifiés, des fictions fournies par des agents secrets du gouvernement et par des chasseurs de dollars.

Les informations erronées publiées ne sont pas rectifiées quand les agents se dévoilent. Et pourquoi donc ? Parce qu’elles contribuent à dessiner l’image négative d’un pays sur lequel RSF s’excite prioritairement depuis des années et qui exaspère les dirigeants états-uniens par son fier refus de devenir la cinquante et unième étoile de leur bannière ?

Maxime Vivas

extraits de La face cachée de Reporters sans frontières – de la CIA aux faucons du Pentagone.

Url de l’article original:

http://www.legrandsoir.info/spip.php?page=imprimer_article&id_article=10121