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Colonisation et totalitarisme: Israël état d’apartheid… ou pire ?…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 14 mai 2019 by Résistance 71

“Le sionisme a sécularisé et nationalisé le judaïsme. Pour y parvenir, les penseurs sionistes affirmèrent la possession du territoire biblique et recréèrent, en fait le réinventèrent, comme le berceau de leur nouveau mouvement nationaliste. Comme ils le voyaient, la Palestine étaient occupée par des ‘étrangers’ et avaient été repossédée. ‘Étrangers’ ici voulait dire tout non-juif qui avait vécu en Palestine depuis la période romaine. En fait pour bien des sionistes, la Palestine n’était même pas une terre ‘occupée’ quand ils arrivèrent dessus en 1882, mais plutôt une terre ‘vide’: les natifs palestiniens qui vivaient là leur étaient invisibles ou sinon, ils faisaient partie de la dureté et des obstacles de la nature et à ce titre devaient être conquis et retirés du paysage. Rien, ni pierres, ni Palestiniens, devaient se mettre sur le chemin de la ‘rédemption’ nationale de la terre convoitée par le mouvement sioniste. Jusqu’à l’occupation de la Palestine par la Grande-Bretagne en 1918, le sionisme était un mélange d’idéologie nationaliste et de pratique colonialiste…”

“Comme les théoriciens du nettoyage ethnique l’ont reconnu, là où est adoptée une idéologie d’exclusivité dans une réalité ethniquement lourdement chargée, il ne peut y avoir qu’un seul résultat possible: le nettoyage ethnique…”

“De fait, si vous étiez juif sioniste en 1948, ceci ne voulait dire qu’une seule chose: adhésion et implication totales à la dé-arabisation de la Palestine.”


~
Ilan Pappe, professeur et chaire d’histoire à l’université d’Exeter, “The Ethnic Cleansing of Palestine”, 2006, traduction Résistance 71 ~ 

 

 

Israël état d’apartheid… ou pire ?

 

Résistance 71 

 

11 mai 2019

 

Il est de plus en plus fréquent de lire ou d’entendre qu’Israel est un état d’apartheid de la même manière que l’était l’Afrique du Sud jusqu’en 1995. Cette qualification est souvent utilisée pour justifier les campagnes de boycott du régime sioniste d’occupation de la Palestine, comme celle mise en place par le mouvement BDS (Boycott-Divestment-Sanctions).
Qu’en est-il exactement ? Les deux situations sont-elles pour autant identiques ? Comparables ?
Regardons d’abord ce qu’est “l’apartheid” ou une situation d’apartheid.
Que nous dit l’Encyclopedia Britannica sur le sujet ?

Apartheid: mot de la langue afrikaan voulant dire “mise à l’écart, mise à part”: politique gouvernant les relations entre la minorité blanche d’Afrique du Sud et la majorité noire / métisse du pays, politique sanctionnée par une politique de ségrégation raciale et de discrimination économique contre les non-blancs. Cette politique fut mise en place par la loi du Population Registration Act de 1950, qui classifiait la population en trois catégories: les Bantous, les colorés (métis) et les blancs. Une 4ème catégorie: asiatique, pour les Indiens et Pakistanais, fut ajoutée plus tard…”

Israël est un “état juif” auto-proclamé et reconnu, notamment par les Etats-Unis. Sous la doctrine politique du “sionisme”, Israël est un état colon qui colonise une terre étrangère et procède à un nettoyage ethnique de celle-ci depuis 1948.
Il y a donc en Israël des “citoyens à part entière” de confession judaïque et des “citoyens de second rang”, une ségrégation politique, économique, culturelle, sanitaire, administrative virulente étant appliquée à la population ancestrale palestinienne, qui refuse de se laisser dominer, écraser et éliminer et est entrée en mode de survie en milieu particulièrement hostile.

Y a t’il donc une différence entre Israël et l’Afrique du Sud ?

Oui, elle est de taille et personne n’en parle vraiment..
Pour analyser la différence entre les apartheids de ces deux pays, il faut avoir conscience de leur démographie.
Quelle était la situation coloniale en Afrique du Sud ?
Durant la période de l’apartheid, la répartition de la population était la suivante:

– Population blanche (colons): 20%, qui chuta à environ 13% juste avant la fin de l’apartheid.

– Population non-blanche: 80%

Depuis la fin de l’apartheid en 1995 et au dernier recensement de 2011, la population blanche sud-africaine n’est plus que de 9% soient environ 4,5 millions de personnes.

Qu’est-ce que cela veut dire en ce qui concerne la période de l’apartheid sud-africain ?
Qu’une population coloniale minoritaire implantée possédait pouvoir, argent, force coercitive et soutiens étrangers pour imposer sa règle de domination sur une grande majorité opprimée. Il était impossible pour la population blanche de se débarrasser en totalité de la population autochtone et donc la politique d’apartheid permettait, tout comme dans les états ségrégationnistes du sud des Etats-Unis jusqu’à la fin des années 1960, de maintenir le pouvoir colonial en place et d’imposer son mode de vie et hégémonie culturelle. La disparité démographique fut bien trop importante et donc le pouvoir colonial ne fit que régner d’une main de fer pour protéger les privilèges du petit nombre.

Qu’en est-il d’Israël ?

La population d’Israël (Palestine occupée) se décompose comme suit:

– 75% de juifs à l’origine de provenance essentiellement exogène

– 20% d’arabes (population autochtone)

– 5% autres (chrétiens, Druzes etc… population autochtone)

Cette situation démographique dans un pays colonial engendre bien évidemment une situation et un agenda politiques totalement différents. La situation de cet “état/entité sioniste” de par son idéologie suprémaciste est similaire à celle des Etats-Unis, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande où très rapidement, la population des colons envahisseurs a dépassé celle des autochtones originels, permettant une répression génocidaire.

Ainsi, la politique est celle d’une domination totale par génocide et nettoyage ethnique, par des persécutions visant à soit éliminer les populations indigènes, soit à les chasser définitivement et sans espoir de retour des territoires occupés colonisés (négation du droit au retour pourtant lui,faussement appliqué à la population des envahisseurs colons…), soit éventuellement à les parquer dans des zones concentrationnaires (réserves amérindiennes US et canadiennes, aborigènes, Gaza et Cisjordanie…). Israël est passé à l’étape finale de ne plus “convertir” ni “assimiler”, chose du reste jamais voulue, mais celle d’annihiler, d’en finir physiquement avec le “problème palestinien”, comme les Etats-Unis, le Canada ont voulu en finir avec leur “problème indien” et ont fort heureusement échoué, ce afin de parvenir à un état 100% juif.

Ainsi, l’apartheid israélien est en cela pire que l’apartheid sud-africain dans la mesure où il est toujours démographiquement possible de réaliser un nettoyage ethnique complet par la persécution et le génocide, ce qui n’était démographiquement pas possible en Afrique du Sud, même si le régime le désirait, la réalité pratique étant toute autre. On peut dès lors dire que le régime politique sud-africain était un régime d’apartheid conçut pour durer dans une situation ségrégationniste obligée, tandis que le régime politique de l’entité sioniste occupant violemment la Palestine officiellement depuis 1948 mais en fait depuis l’insertion des premières colonies après la première mondiale dès les années 1920, est plus orienté vers l’extermination / expulsion des populations palestiniennes autochtones à l’endroit depuis au moins deux millénaires, afin d’en finir avec le “problème non-juif”.

Nous ne disons bien évidemment pas que tous les juifs d’Israël et du monde sont d’accord et adhèrent à cette démarche, mais que le fait sans doute une majorité suffisante permettant au système politique d’un état raciste, suprémaciste colonialiste, de perdurer dans le temps et l’espace et d’exercer ses crimes perpétuels contre l’humanité, après avoir hypnotisé et terrorisé l’occident de ne pas critiquer ses violations permanentes du “droit international”, pour s’en référer au système étatique standard et obsolète de contrôle pathétiquement en vigueur et fermer les yeux sur les ignominies en vigueur.

Il est plus que grand temps de lever l’omerta générale sur une situation coloniale toujours active en Palestine qui a débouché sur la mise en place et la réalisation d’un nouveau génocide.

Il suffit de dire NON ! De retirer notre consentement à cette entité comme à toute entité étatique de contrôle pour qu’enfin nous parvenions à notre humanité accomplie, par la solidarité et la complémentarité acceptée ; ceci ne pourra se réaliser que lorsque nous nous tiendrons main dans la main avec tous les peuples colonisés et asservis du monde, lorsque nous aurons pleinement réalisé et intégré que nous sommes tous de fait des colonisés et que cela n’est bien entendu en rien inéluctable.

= = =

« Les trois axiomes de la politique intérieure d’Israël » (extrait du livre d’Ilan Pappe « The Ethnic Clearing of Palestine », 2006 page 239), traduit de l’anglais par Résistance 71

« La première des trois lignes de conduite, ou plutôt axiomes, d’Israël est que le conflit israélo-palestinien a son origine en 1967. Pour le résoudre tout ce dont on avait besoin était un accord qui déterminerait le statut futur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. En d’autres termes, comme ces zones ne constituent que 22% du territoire de la Palestine, Israël a réduit d’un coup de crayon toute résolution de paix à seulement une toute petite partie du territoire originel palestinien. Non seulement cela, mais Israël demandait et continue à demander aujourd’hui, toujours plus de compromis territoriaux, soit en résonance avec l’approche économique favorisée par les Etats-Unis ou comme dictés par une carte sur laquelle les deux camps politiques se sont mis d’accord en Israël.

Le second axiome est que tout ce qui est visible dans ces zones, la Cisjordanie et la bande de Gaza, peut toujours encore être divisé et que ces divisions, cette faculté à toujours plus diviser, est une des clefs du processus de paix. Pour Israël, cette division du visible inclut non seulement la terre mais aussi le peuple et les ressources naturelles.

Le troisième axiome israélien est que rien de ce qui s’est produit avant 1967, incluant la Nakba et le nettoyage ethnique, ne sera jamais négociable. Les implications ici sont très claires: cela retire complètement de l’équation du processus de paix le problème des réfugiés et met directement sur la touche et sans appel le droit des Palestiniens au retour à la terre. »

Lectures complémentaires:

La Bible Déterrée Israel Finkelstein

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

la-peste-religieuse-par-johann-most-1892

Manifeste pour la Société des Sociétés

Effondrer le colonialisme

Ashraf Ezzat Mythe Biblique

Nous sommes tous des colonisés !

 

 

 

 

Résistance au colonialisme: Les enjeux révolutionnaires d’un conflit en Palestine (OSRE)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 27 novembre 2018 by Résistance 71

 

Palestine les enjeux révolutionnaires d’un conflit

 

Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne

 

Mai 2018

 

source: http://rebellion-sre.fr/palestine-les-enjeux-revolutionnaires-dun-conflit/

 

Quelle ligne politique suivre dans le conflit au Proche-Orient ? Il est certain que notre engagement socialiste révolutionnaire européen nous amène, quasiment naturellement, à soutenir la cause des peuples syriens, libanais et palestinien. Cette prise de position au nom de la solidarité avec ceux qui luttent contre l’impérialisme sioniste mérite d’être approfondie. Il est important d’expliquer que cela ne découle pas de la recherche d’un combat révolutionnaire de substitution ou d’une inavouable haine. Notre anti-sionisme n’est pas un antisémitisme ou une judéophobie déguisée, ce n’est pas une posture pseudo rebelle (un simple keffieh autour du cou ne fera jamais de vous un révolutionnaire…). C’est une opposition à une idéologie qui sert de fondement à la politique israélienne depuis la création de l’Etat hébreu. Cette politique qui fait le jeu des intérêts du système mondialiste dans la région et qui participe à la destruction de tous les obstacles à sa domination. On aurait tort de croire que ce conflit n’a de conséquences que d’un point de vue local. Il concerne tout ceux qui n’acceptent pas de voir les peuples écrasés par la globalisation capitaliste.

Les origines du sionisme

Le sionisme politique, fondé par Théodor Herzl, découle des conceptions nationalistes et colonialistes ayant cours en Europe au 19° siècle. Ne reposant pas directement sur la foi juive, il voulait amener une réponse « nationale » et bourgeoise à la situation très particulière des communautés juives européennes.

En effet, « jusqu’à la propagation du mode de production capitaliste au XVIII ° siècle, les juifs demeuraient, dans la région euro-méditerranéenne, une des rares communautés pré-capitalistes à avoir survécu à leur déplacement géographique. Cette communauté avait pu se maintenir aussi tard en se faisant l’agent social du commerce des marchandises et de l’argent dans les sociétés féodales européennes, où elle constituait une base extérieure au processus de production pré-capitaliste. C’est en s’appuyant sur cette base que les juifs avaient pu maintenir comme un îlot, certes précaire, au milieu de la société environnante, leur communauté, avec son organisation interne relativement autonome » (Le Brise-Glace). Quand le capitalisme devint le mode de production dominant en Europe, la société juive dut affronter une remise en cause de ses fondements communautaires. N’ayant plus leur rôle réservé, les juifs furent contraints soit de s’adapter soit d’intégrer ce nouveau système dans la genèse duquel ils avaient jouer un rôle important sur le plan financier (capitalisation de l’économie).

Ainsi ce phénomène de déstructuration de leur communauté traditionnelle ne fut pas seulement subi, il fut aussi assumé volontairement par le mouvement des « Lumières Juives », les Haskalah. Il voulait faire « sortir des ghettos » leurs coreligionnaires et les intégrer à la société moderne. Refusant les pratiques et les traditions religieuses au nom de l’« humanisme » et de l’« assimilation » avec les « peuples progressistes de l’Occident », il fut bien reçu. Ce mouvement rencontra un écho des plus favorable dans la bourgeoisie juive d’Europe de l’Ouest qui voyait là une occasion de réintégrer sa place dans la vie économique en pleine croissance. Quand la Convention de 1792, issue de la Révolution Française, décréta l’émancipation politique des juifs, elle entérina l’éclatement de la communauté en individus atomisés en affirmant vouloir : « Tout accorder aux juifs en tant qu’individus, ne rien leur accorder en tant que nation ». « Le principe d’atomisation des individus dans la concurrence mercantile, fondement même de la société démocratique, était là parfaitement énoncé ».

En Europe de l’Ouest, les juifs s’assimilèrent rapidement à la petite et grande bourgeoisie et leur « judaïsme » ne fut plus que la religion privée d’individus atomisés. Par contre, en Europe Orientale, l’intégration était presque impossible dans la mesure où les sociétés de l’Est n’étaient pas assez développées économiquement pour laisser une place aux juifs. « La loi de l’argent s’était imposée à toute la société, avait déstructuré le mode de vie traditionnel mais, du fait de la pression concurrente des nations plus avancées, le nouveau mode de production ne pouvait pas se développer suffisamment pour intégrer l’ensemble des masses déracinées ». Dans le yiddishland, cette situation rendait, en même temps, l’assimilation et le maintien dans la communauté impossibles. Les retombées de l’émergence du capitalisme avaient détruit le fragile équilibre de toute les sociétés est-européennes. Un antisémitisme populaire, né dans les masses ruinées, touchait les juifs jugés responsables des bouleversements économiques et sociaux. En réaction, dans les communautés juives, se développa un retour au mysticisme avec le hassidisme (basé sur l’étude de la Kabbale) qui tentait de refonder un lien communautaire sur la tradition. Ses caractéristiques étaient à la fois le culte du sacrifice rédempteur et un mépris souverain à l’égard des aspects matériels de l’existence, qui permit à une large partie des juifs est-européens de surmonter la misère. En effet, la paupérisation avait fait naître un prolétariat juif qui ne pouvait demeurer que dans la communauté sans pouvoir la dépasser, et ne pouvait s’investir que dans la petite production à domicile pour le compte de la bourgeoisie juive.

Mais l’industrialisation de la fin du XIX° siècle allait réduire d’avantage l’espace de la communauté moribonde, la réduisant au chômage ou à l’émigration vers l’Ouest. C’est alors que le prolétariat juif commença à adhérer au projet socialiste et que le marxisme se diffusa en son sein. Le socialisme apparut comme une solution pour sortir du ghetto, pour dépasser la condition d’exclus de la société en intégrant les juifs par la lutte de la classe ouvrière autochtone. Ainsi en Russie on retrouvera des juifs sécularisés aussi bien parmi les premiers marxistes, que chez les socialistes-révolutionnaires, les communistes ou les populistes. Mais cette démarche ne concerna qu’une minorité, les difficultés à sortir de la communauté (aussi bien dus à l’antisémitisme vivace qu’à l’apparition d’un sentiment national juif spécifique) devait aboutir à un repli communautaire. Le Bund allait incarner ce virage séparatiste qui le coupa du reste du mouvement révolutionnaire européen. Le très important parti social-démocrate juif (implanté principalement dans la « zone réservée » russo-polonaise) opta pour la revendication d’un territoire juif autonome en Europe orientale avant la guerre de 14-18. L’échec de ce projet sera la condition de la victoire du sionisme.

L’imposture sioniste

Il existe à l’origine deux types de sionisme : un sionisme « bourgeois » et un sionisme « ouvrier ». Le sionisme « bourgeois » fut une parade de la bourgeoisie juive ouest-européenne à l’émigration massive des prolétaires juifs d’Europe de l’Est. Ce mouvement de population massif réveilla l’antisémitisme dans la classe ouvrière à la fin du XIX° siècle. Le patronat utilisant ces émigrants comme une main-d’oeuvre bon marché en concurrence avec les ouvriers locaux (comme quoi rien ne change dans le monde du capital…). Inquiète de voir se développer un fort sentiment d’hostilité populaire à son égard, la bourgeoisie juive décida de détourner ce flux d’émigration vers un « foyer national juif » sous la protection des grandes puissances coloniales européennes. «  A vrai dire, le choix de la Palestine importait peu pour les bourgeois juifs. Ces derniers auraient accepté a priori n’importe quelle autre solution territoriale, pourvu qu’ils fussent débarrassés de leurs coreligionnaires de l’est. Ainsi, en 1903, Herzl proposa sérieusement au mouvement sioniste, l’Ouganda, gracieusement offert par sa Majesté britannique, comme futur foyer juif. Mais le choix de la Palestine devait s’imposer naturellement du fait de la survie chez les juifs d’Europe orientale d’une tradition culturelle véhiculant l’imaginaire de Sion et de la Terre d’Israël ». Il est à noter, que parmi les juifs traditionalistes, l’idée d’un retour en Palestine était jugée sacrilège.

Dès le départ l’entreprise va prendre un aspect colonial. Le capital bourgeois servait à acheter des terres aux grands propriétaires arabes absentéistes sur lesquelles on installait des colons juifs venus de l’Est pour encadrer les travailleurs palestiniens. Dans le même temps, le sionisme « bourgeois » s’accapara le commerce et l’industrie des villes. La Palestine était loin d’être un désert au début du 20° siècle, c’était une région riche dont la production de céréales et d’agrumes était exportée dans tout le Proche-Orient. Quand la Grande-Bretagne occupa la région à la suite de la Guerre de 14-18, elle permit aux colons juifs de s’implanter massivement en Palestine.

Mais très vite, l’exploitation de type colonial sera dépassée. Les tensions naissantes entre les nouveaux arrivants et les populations arabes obligèrent les britanniques à contrôler l’émigration juive.

C’est alors que le sionisme bourgeois va utiliser l’élan du socialisme juif pour donner naissance à un sionisme « ouvrier » destiné à mener une colonisation de peuplement. Le mythe du « Kibboutz » va servir de masque à la spoliation de tout un peuple. Ce rêve communautaire et égalitaire va séduire une grande partie des juifs de l’Est. L’arrivée massive de ces colons idéalistes va rendre inutile l’utilisation de la main d’oeuvre palestinienne et servira à mettre en place les fondements du futur Etat hébreu. La combativité du sionisme « ouvrier » va accélérer la naissance d’Israël et l’imposer par les armes aux britanniques et aux arabes.

Un état d’exception

Avec la fondation du Fond National Juif en 1901, le sionisme bourgeois avait posé le premier jalon d’une politique d’accaparement des terres palestiniennes. En effet, il acquiert des terrains qui ne pouvaient, dès lors, être revendus ou simplement loués à des non juifs. Avec le sionisme « ouvrier », ils devaient être de plus exploités uniquement par des juifs. Les Palestiniens devenaient de trop sur leur propre terre. Avant même la fondation d’Israël, le directeur du Fond National juif déclarait en 1940 :  » Il doit être clair pour nous qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays. Si les arabes le quittent, il nous suffira (…). Il n’existe pas d’autre moyen que de les déplacer tous ; il ne faut pas laisser un seul village, une seule tribu… Il faut expliquer à tous les chefs d’Etats amis, que la terre d’Israël n’est pas trop petite si tous les arabes s’en vont, et si les frontières sont un peu repoussées vers le nord, le long du Litani (rivière au centre du Liban actuel), et vers l’est sur les hauteurs du Golan ».

A la faveur des guerres successives, les israéliens vont mettre en application ce programme de choix ethnique. Chasser les Palestiniens fut une entreprise délibérée et systématique qui fut entérinée par une législation d’exception. Expropriation de centaines d’hectares de terres agricoles, lois spéciales permettant la mise en place de zones interdites, expulsions de quartiers entiers des grandes villes, interdiction de circulation, tout fut mis en place pour faire des arabes vivant encore en Israël des citoyens de seconde zone (20 % de la population, de confession musulmane ou chrétienne). La destruction systématique des villages palestiniens à coups de bulldozers (cimetières, mosquées et églises compris) est le symbole de cette volonté d’effacer toute trace de présence arabe en Israël.

La conquête des territoires occupés durcira la politique d’expansion sioniste. Alors que le sionisme « ouvrier » s’essoufflera à partir des années 80, un sionisme « religieux » prendra le relais pour légitimer les multiples agressions israéliennes. Alors que les partis ultra religieux n’ont pas un grand écho dans la vie quotidienne d’une société israélienne calquée sur le modèle occidental, ils fournissent pourtant aux gouvernements successifs tout un discours mystique reliant les conquêtes territoriales d’Israël à la volonté divine.

Condamné plusieurs fois par l’ONU, Israël semble ne pas craindre d’apparaître comme un état prédateur. Bénéficiant du silence médiatique sur ces crimes, le sionisme sait qu’il le doit à sa relation privilégiée avec la super-puissance mondiale américaine et à son alignement sur sa stratégie au Proche-Orient.

Le Proche Orient dans le Nouvel Ordre Mondial

Durant la Guerre Froide, Israël était devenu une tête de pont de l’impérialisme américain au Proche-Orient. Devant préserver cette région des éventuelles avancées du communisme, l’Etat sioniste a reçu une aide financière et militaro économique considérable. « Sentinelle de l’Occident » face à un monde arabo-musulman pouvant basculer du côté de l’URSS, il a vécu quasiment sous perfusion constante des Etats-Unis. La sécurité d’Israël et sa fonction de gardien de l’ordre régional justifient, avec le contrôle des ressources pétrolières, la présence constante américaine dans cette région.

Débarrassée de son rival soviétique au début des années 90, l’unique super-puissance a les mains libres pour redessiner la carte du Proche-Orient selon ses intérêts. Cela débuta par la Première Guerre du Golfe en 1991 avec l’aval des autorités internationales. En 2003, les Etats-Unis envahissent l’Irak sous le prétexte de restaurer la « démocratie ».

En 2006, L’agression sioniste contre le Liban a été commanditée par les Etats-Unis pour accélérer l’instauration de son projet de « Nouveau Proche-Orient ». «  Selon le magazine New-yorkais, Bush aurait demandé à Israël d’ouvrir un front contre le Hezbollah, prélude à un bombardement Us contre les installations nucléaires de l’Iran. Cette agression s’inscrit dans la guerre de 10 ans annoncée par Bush au lendemain du 11 septembre 2001 et qui vise à la mise en place du Grand Proche-Orient. Plan états-unien de division de la région en entités maintenues artificiellement en conflit les unes avec les autres sur des bases ethniques, religieuses ou économiques, mais toutes dépendantes des Etats-Unis par leur soumission aux diktats de l’OMC ». Israël garderait alors son rôle de gendarme chargé de la répression de toutes les résistances nationales. Pour cela, « Israël veut fixer lui-même ses frontières puisque les peuples refusent de capituler et de renoncer à leurs droits. Une première phase fut le redéploiement en Cisjordanie après l’évacuation de Gaza, puis la construction du mur annexant encore plus de terres palestiniennes en rendant la vie impossible aux populations arabes » (1). L’invasion du Liban vise à contrôler la zone du fleuve Litani convoitée depuis longtemps pour ses ressources hydrauliques qu’il représente et sa position stratégique.

L’attaque contre le Hezbollah a offert à l’Etat sioniste l’occasion de prouver son utilité à son puissant protecteur. En apportant une contribution majeure à la guerre contre « le Terrorisme », il voulait montrer sa puissance et son efficacité. Mais son « match nul » a déçu les américains qui s’étaient pourtant investis dans les préparatifs de l’invasion. Le « Printemps arabe » fut l’occasion de provoquer une guerre civile en Syrie ( voir les articles sur notre site).   Aujourd’hui la menace est dirigée vers  l’Iran.

L’Etat d’Israël sait qu’il doit réussir à gagner une course de vitesse en se transformant en bunker face à l’axe de la résistance ( Iran/ Hezbollah/Syrie) . Sa survie dépend plus que jamais de son alliance avec les Etats-Unis et de  sa capacité à provoquer le chaos dans la région , il est donc malheureusement prévisible que le Liban, la Palestine et la Syrie deviennent une nouvelle fois la cible des ambitions sionistes.

Note et Bibliographie :

1). C. Beuzit, Le peuple libanais uni met en déroute l’impérialisme sioniste, cf. Intervention Communiste n°76, septembre-octobre 2006. (Organe de l’URCF, il est disponible contre 2 euros auprès des « amis d’Oulianov, BP 40084, 75862 Paris cedex 18).

Le Sionisme, avorton du mouvement ouvrier, in Le Brise-Glace, n°2-3, 1989.

Th.Cosme, Moyen Orient 1945-2001 / Histoire d’une lutte de classes, Sononevero, 2003.

 

Palestine, Gaza ou l’horreur coloniale sous nos yeux (Norman Finkelstein)

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“Nous vous avons prévenu !”

 

Norman Finkelstein

 

13 mai 2018

 

Source en français:

https://arretsurinfo.ch/nous-vous-avons-prevenus-par-norman-finkelstein/

 

A noter qu’il s’agit ici du détournement par Norman Finkelstein d’un discours d’Himmler (*). [ASI]

Nous, l’Etat d’Israël, venons de lâcher des messages d’alerte sur Gaza :

Ne manifestez pas demain !

Peuple de Gaza,

Vous devez le comprendre :

Vous êtes des untermenschen ! [sous-hommes, terme de l’idéologie nazie]

Vous êtes destinés soit à être nos esclaves, soit à être exterminés.

C’est pourquoi nous vous avons emprisonnés dans un espace invivable, dans lequel vous êtes lentement empoisonnés.

N’osez pas nous comparer aux nazis !

Nous vous avons prévenu de ne pas essayer d’échapper à votre destin.

Les nazis ont-ils averti les Juifs qui entraient dans les chambres à gaz de ne pas respirer ?

Ne vous bercez pas d’illusions en croyant que quiconque se soucie de vous.

Pendant six semaines, vous avez déclaré au monde que le 15 mai, vous essaieriez de vous libérer de notre camp de concentration.

Pendant six semaines, le monde a été informé que lorsque le jour fatidique se lèverait sur vous, nous « tondrions la pelouse » à Gaza [litote de l’armée israélienne signifiant destruction totale].

Qu’est-ce que le monde a fait ?

Ne nous a-t-il pas envoyé ses bénédictions les plus sincères via l’Eurovision ?

Marchez donc à votre Mort !

En criant, si vous le devez.

En silence, si vous comprenez que nous ne nourrissons aucune haine.

En effet, c’est nous qui méritons la sympathie.

Ce matin, j’ai dit à nos troupes héroïques qui se tenaient le long du périmètre du camp de concentration :

Il est facile de déclarer : « Le peuple de Gaza doit être exterminé. »

Mais ce n’est pas une tâche facile à accomplir.

La plupart d’entre vous savent ce que c’est quand 100, 500 ou 1000 corps sont entassés sous nos yeux.

Avoir exécuté cette tâche horrible et être resté décent, cela nous a valu une page glorieuse dans les annales de l’histoire !

Nous avons le droit moral, nous avons le devoir envers notre peuple, de tuer ce peuple qui nous tuerait !

Nous avons accompli cette tâche des plus difficiles par amour pour notre peuple.

Et nous n’avons souffert aucun défaut en nous, dans notre âme ou dans notre caractère ! *

גיג הייל [Sieg Heil, vivat nazi transcrit en hébreu]

Norman Finkelstein | 13 mai 2018

(*) Discours historique d’Himmler exhortant les SS à ne pas faillir dans leur mission d’extermination des Juifs, librement réécrit ci-dessus par Norman Finkelstein –  fils de survivants de l’Holocauste et du Ghetto de Varsovie – pour dénoncer la politique génocidaire d’Israël: http://www.jewishvirtuallibrary.org/himmler-s-posen-speech-quot-extermination-quot 

Article original: Blog de Norman Finkelstein

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr

Lecture complémentaire:
Palestine 1948-2018, 70 ans de nettoyage ethnique

 

1948-2018 de la Nakba à la Grande Marche pour le Retour: 70 ans de colonialisme génocidaire en Palestine construit sur un mythe biblique

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Résistance 71

 

15 mai 2018

 

“L’assemblée générale des Nations-Unies rejette avec force les politiques et idéologies visant à faire la promotion du nettoyage ethnique sous quelque forme que ce soit.”
~ Résolution 47/80 de l’ONU promulguée le 16 décembre 1992 ~

Il ne saurait y avoir deux poids deux mesures dans le “devoir de mémoire”. S’il est important de se souvenir et de dénoncer les génocides passés (amérindien, juif, arménien et celui de tous les peuples autochtones victimes du colonialisme), il est tout aussi important de reconnaître et de dénoncer les présents comme celui des Amérindiens qui continuent sur le continent des Amériques et celui des Palestiniens aux mains d’une entité sioniste criminelle qui se rend coupable, depuis 1948, de nettoyage ethnique en Palestine qu’elle occupe illégalement.

Paroles pour la paix et la fin de la colonisation en Palestine (traduites de l’anglais par Résistance 71)

“En 1979, il y eut une révolution en Iran. A cause de notre conférence donnée à Genève et de nos liens amicaux avec l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), l’American Indian Movement (AIM) avait une certaine crédibilité dans cette partie du monde. Tout comme l’OLP, nous sommes fondamentalement intéressés à retrouver notre terre et notre souveraineté.”
~ Russell Means, co-fondateur de l’AIM, 1995 ~

“C’est un fait établi qu’il n’y a virtuellement pas eu de textes écrits sur l’histoire juive entre les 1er et XIXème siècles de notre ère et que le judaïsme soit fondé sur un mythe historique religieux a sans doute pas mal à y voir. […] En Palestine, les nouveaux juifs puis plus tard les Israéliens furent déterminés de recruter l’ancien testament et de le transformer en un code unificateur pour le futur du peuple juif. La “nationalisation” de la bible planterait alors dans les esprits de la jeunesse juive l’idée qu’ils étaient les descendants directs de leurs fameux ancêtres israélites. Gardant présent à l’esprit que cette nationalisation fut essentiellement un mouvement séculier, la bible fut dépouillée de son sens spirituel et religieux et ne fut plus regardée que comme un texte ‘historique’ décrivant la ‘véritable’ histoire et chaîne d’évènements du passé. […] Encore bien plus troublant fut le fait qu’au lieu d’avoir une entité super-naturelle (à savoir dieu), qui leur commande d’envahir et de commettre un génocide contre les habitants de la “terre promise”, dans le projet de la résurrection nationale juive, c’était eux-mêmes, les Herzl, Jabotinski, Weizmann, Ben-Gourion, Sharon, Peres, Barak, Netanyahou, Lieberman etc, qui décideraient d’expulser et de tuer. Dieu ne tuait plus au nom du peuple juif, les juifs eux-mêmes le faisaient. Ils le faisaient avec des symboles juifs peints sur leurs avions et sur leurs chars et suivaient des commandements en hébreu, la nouvelle langue restaurée de leurs ancêtres. […]
Alors que la recherche archéologique devenait de plus en plus indépendante du dogme sioniste, des vérités troublantes commencèrent à émerger. Il devint impossible d’ancrer l’authenticité des histoires bibliques dans la réalité de terrain des vestiges du passé. Si rien d’autre, l’archéologie réfute le narratif historique de la bible: le livre, d’après des experts non juifs comme Thomas Thompson, “est une collection tardive de littérature innovatrice écrite par des théologiens doués.” Comme le fait justement remarquer l’historien israélien Schlomo Sand, le narratif biblique est imbibé de Philistins, de langue araméenne et de dromadaires. Aussi loin que les fouilles archéologiques nous éclairent sur ces sujets, les Philistins n’apparurent pas dans cette région avant le 12ème siècle AEC, l’Araméen n’apparut qu’un siècle plus tard et les dromadaires ne montrèrent pas leurs délicates et sympathiques têtes dans la région avant le 8ème siècle AEC. On n’a rien trouvé non plus dans le désert du Sinaï pour prouver l’histoire légendaire de l’exode juif d’Egypte qui aurait apparemment vu quelques 3 millions de juifs, hommes, femmes et enfants y marcher pendant 40 ans sans laisser derrière eux la moindre boule de Mazza. De plus, l’histoire biblique du réétablissement des Israélites dans le pays de Canaan et le génocide des goyim qui habitaient la “terre promise” (que les juifs contemporains imitent avec un tel succès…) semble bien n’être une fois de plus qu’un mythe: Jéricho, la grande cité bien défendue annihilée au son des trompettes hébraïques et d’une intervention supernaturelle toute puissante, n’était qu’un tout petit village au 13ème siècle AEC.
Par dessus tout, Israël se voit comme la résurrection du monumental royaume de David et de Salomon. Pourtant, des fouilles dans le vieille cité de Jérusalem depuis les années 1970 ont révélé que le royaume de David n’était qu’une toute petite enclave. […] La bible est une fiction et pas grand chose en elle peut prouver la glorification du peuple juif en Palestine à quelque étape de l’histoire que ce soit. Elle apparaît plutôt comme un texte idéologique dont le but est de servir des fins politico-sociales. […] La vérité est que les juifs contemporains n’ont rien à voir avec ces anciens Israélites, qui ne furent même jamais envoyés en exil, l’exil ordonné par les Romains est un mythe supplémentaire. […] Ainsi, encore plus intéressant est la conclusion logique de tout cela: si le peuple d’Israël ne fut pas chassé, alors les véritables descendants des habitants du royaume de Judée doivent être les Palestiniens.”
~ Gilad Atzmon, “The Wandering Who”, 2011 ~

“Après 70 ans d’excavations et de fouilles extensives sur la terre d’Israël, les archéologues ont trouvé que les actions du patriarche sont des histoires de légende ; nous n’avons pas séjourné en Egypte, ni fait un exode, nous n’avons pas conquis la terre. Il n’y a pas non plus de mention de l’empire de David et de Salomon. Ceux qui s’y intéressent savent tout cela depuis des années, mais Israël est un peuple têtu et ne veut pas en entendre parler.”
~ Professeur Ze’ev Herzog, chef du département d’archéologie et d’études de l’ancien Proche-Orient à l’université de Tel-Aviv, dans un entretien avec le magazine Ha’aretz le 29 octobre 1999

“Toujours plus de chercheurs se heurtèrent à des contradictions insolvables. Mais ce ne fut qu’après le début de la première Intifada en 1987 et l’avènement de plus d’ouverture en ce qui concerne l’arène de l’opinion publique israélienne, que les excavateurs commencèrent à parler, leurs voix devenues rauques après tant d’année d’étouffement sous le boisseau de la terre sacrée.”
“… d’après le narratif biblique, le peuple juif erra dans les étendues désertiques pendant plus de 40 ans, incluant plus de 600 000 guerriers qui auraient voyagé avec leurs épouses, enfants, familles étendues, impliquant dès lors une partie de quelques 3 millions de personnes au total. A part le fait qu’il est impossible pour tant de personnes d’errer dans le désert pendant si longtemps, un évènement d’une telle amplitude aurait fatalement laissé des traces archéologiques ou épigraphiques. Les anciens Egyptiens conservaient des archives méticuleuses de tous les évènements et il y a énormément d’écrits au sujet de la vie militaire et politique. Il y a même des documents sur les incursions de groupes nomades dans leur monde. Et pourtant là, dans ces monumentales archives égyptiennes, il n’y a pas la moindre trace, la moindre mention de ces ‘enfants d’Israël’ vivant en Egypte, ou qui se seraient rebellées contre, ou émigré à une quelconque époque. Aucune trace n’a été trouvé dans le désert du Sinaï de quelque mouvement de population durant la dite période et l’endroit même du fameux ‘Mont Sinaï’ doit toujours être découvert.”
“… Ce mythe de l’occupation sans pitié [de Canaan], décrit de manière détaillé dans le livre de Joshua est un des premiers génocide, celui-ci ne s’est jamais produit. La célèbre conquête de Canaan fut le prochain mythe à s’effondrer dans les escarmouches scientifiques livrées par la nouvelle archéologie.
Pendant très longtemps, les historiens sionistes, suivis comme leur ombre par les archéologues israéliens, ignorèrent des découvertes pourtant très connues. Si à l’époque de la conquête du pays par les Israélites, celui-ci était toujours sous le règne de l’Egypte, alors comment cela puisse t’il se faire qu’aucun document égyptien des archives de l’époque ne le mentionne ? De plus, pourquoi la bible ne fait-elle pas non plus le cas de la présence des Egyptiens dans le pays ? Les excavations archéologiques de Gaza et de Beth Shean ont depuis bien longtemps révélé la présence des Egyptiens à cette époque de la supposée conquête et après, mais l’ancien texte national était trop précieux pour être parjuré et donc les universitaires apprirent à étouffer ces petits faits bien utiles dans des explications autant vagues qu’évasives.
De nouvelles excavations à Jéricho, Aï et Heshbon, ces puissantes cités fortifiées que les enfants d’Israël sont supposés avoir capturé en grande fanfare, ont confirmé les anciennes recherches: à la fin de 13ème siècle AEC, Jéricho n’était qu’une insignifiante petite ville, certainement pas fortifiée et ni Aï, ni Heshbon n’existaient à cette époque.
“La conclusion acceptée par la majorité des archéologues et des érudits de la bible fut qu’il n’y eut jamais de grande monarchie et que le roi Salomon n’a jamais eu de grand palais dans lequel il hébergeait ses 700 épouses et 300 concubines. Ce furent des écrivains postérieurs qui inventèrent et glorifièrent un puissant royaume uni, établi par la grâce d’une seule déité. Leur riche et distinctive imagination a aussi produit les histoires de la création du monde, du terrible déluge, de l’errance des anciens, de la lutte de Jacob avec l’ange, l’exode d’Egypte et le passage de la Mer Rouge, la conquête des Cananéens et l’arrêt miraculeux du soleil à Gibeon.
Les mythes centraux au sujet de l’origine pure de cette merveilleuse nation qui émergea du désert, conquît une grande terre et construisit un glorieux royaume furent un bonus pour la montée du nationalisme juif et la colonisation sioniste. Pendant un siècle, ils fournirent le carburant textuel de qualité canonique qui donna grande énergie à une politique d’expansion identitaire et territoriale demandant une auto-justification et un sacrifice considérable.
Des archéologues et des érudits de la bible empêcheurs de tourner en rond, en Israël et ailleurs, mirent à mal ces mythes, qui à la fin du XXème siècle semblaient avoir été relégués aux statut de fiction ayant un fossé infranchissable entre eux et la réalité archéologique.”
“Il est toujours possible de faire l’aveugle devant la vérité. Bien des voix continueront à maintenir que le ‘peuple juif’ a existé depuis plus de 4000 ans et qu’Eretz Israel lui a toujours appartenu. Et pourtant les mythes historiques qui furent auparavant les piliers de la vérité avec l’aide d’une bonne imagination, capables de créer la société israélienne sont maintenant des forces très puissantes aidant à faire émerger la possibilité de sa destruction.”
~ Professeur Schlomo Sand, universités de Tel-Aviv, Berkeley Californie et à l’École des Hautes Études de Sciences Sociales, EHESS, Paris, de son livre “The Invention of the Jewish People”, 2009 ~ 

“Le sionisme a sécularisé et nationalisé le judaïsme. Pour y parvenir, les penseurs sionistes affirmèrent la possession du territoire biblique et recréèrent, en fait le réinventèrent, comme le berceau de leur nouveau mouvement nationaliste. Comme ils le voyaient, la Palestine étaient occupée par des ‘étrangers’ et avaient été repossédée. ‘Étrangers’ ici voulait dire tout non-juif qui avait vécu en Palestine depuis la période romaine. En fait pour bien des sionistes, la Palestine n’était même pas une terre ‘occupée’ quand ils arrivèrent dessus en 1882, mais plutôt une terre ‘vide’: les natifs palestiniens qui vivaient là leur étaient invisibles ou sinon, ils faisaient partie de la dureté et des obstacles de la nature et à ce titre devaient être conquis et retirés du paysage. Rien, ni pierres, ni Palestiniens, devaient se mettre sur le chemin de la ‘rédemption’ nationale de la terre convoitée par le mouvement sioniste. Jusqu’à l’occupation de la Palestine par la Grande-Bretagne en 1918, le sionisme était un mélange d’idéologie nationaliste et de pratique colonialiste…”
~
Ilan Pappe, professeur et chaire d’histoire à l’université d’Exeter, “The Ethnic Cleansing of Palestine”, 2006 ~

« Les trois axiomes de la politique intérieure d’Israël » (extrait du livre d’Ilan Pappe « The Ethnic Cleansing of Palestine », 2006 page 239), traduit de l’anglais par Résistance 71

« La première des trois lignes de conduite, ou plutôt axiomes, d’Israël est que le conflit israélo-palestinien a son origine en 1967. Pour le résoudre tout ce dont on avait besoin était un accord qui déterminerait le statut futur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. En d’autres termes, comme ces zones ne constituent que 22% du territoire de la Palestine, Israël a réduit d’un coup de crayon toute résolution de paix à seulement une toute petite partie du territoire originel palestinien. Non seulement cela, mais Israël demandait et continue à demander aujourd’hui, toujours plus de compromis territoriaux, soit en résonance avec l’approche économique favorisée par les Etats-Unis ou comme dictés par une carte sur laquelle les deux camps politiques se sont mis d’accord en Israël.
Le second axiome est que tout ce qui est visible dans ces zones, la Cisjordanie et la bande de Gaza, peut toujours encore être divisé et que ces divisions, cette faculté à toujours plus diviser, est une des clefs du processus de paix. Pour Israël, cette division du visible inclut non seulement la terre mais aussi le peuple et les ressources naturelles.
Le troisième axiome israélien est que rien de ce qui s’est produit avant 1967, incluant la Nakba et le nettoyage ethnique, ne sera jamais négociable. Les implications ici sont très claires: cela retire complètement de l’équation du processus de paix le problème des réfugiés et met directement sur la touche et sans appel le droit des Palestiniens au retour à la terre. »


Lutte anticoloniale, clef de
l’émancipation

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Lectures complémentaires:

Effondrer le colonialisme

Ashraf Ezzat Mythe Biblique


Palestine « peau de chagrin »