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Résistance au colonialisme: Des Amériques à la Palestine, se réapproprier l’histoire pour changer les mentalités…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 11 avril 2018 by Résistance 71

“Le peuple natif de Palestine, comme les @euples natifs de tout autre pays du monde arabe, d’Asie, d’Afrique, des Amériques et d’Europe, a refusé de diviser la terre avec une communauté de colons s’y établissant.”
… “La résolution 181 de l’ONU [de novembre 1947] fut un acte prématuré de donner la moitié de la Palestine à un mouvement idéologique qui avait ouvertement déclaré dans les années 1930 de vouloir dé-arabiser la Palestine.”
~ Walid Khalidi ~

“L’aspect le plus immoral de la résolution 181 est le fait qu’elle n’inclut absolument aucun mécanisme pour empêcher un nettoyage ethnique de la Palestine… Et comme l’ont reconnu plus tard les théoriciens du nettoyage ethnique, là où est adoptée une idéologie exclusive dans une réalité de terrain hautement chargée en différence ethnique, il ne peut y avoir qu’un seul résultat: le nettoyage ethnique.”
~ Illan Pappe ~

Excellente analyse de Ramzy Baroud, dont le titre est un clin d’œil au livre référence d’Howard Zinn « Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours » (1980) à laquelle nous ajouterons sous l’article notre traduction d’un extrait du livre de l’historien israélien et spécialiste de la Nakba Illan Pappe « The Ethnic Cleansing of Palestine » (6 rééditions depuis la première édition d’octobre 2006) où il présente les 3 axiomes d’Israël dans sa politique intérieure.
~ Résistance 71 ~

 

Le besoin d’une histoire populaire palestinienne

 

Ramzy Baroud

 

22 février 2018

 

Source: http://www.chroniquepalestine.com/besoin-histoire-palestinienne-populaire/

 

ll est temps pour les intellectuels palestiniens de s’approprier et d’écrire une histoire palestinienne qui soit véritablement celle du peuple.

L’Accord d’Oslo de 1993 est un moment critique qui a brisé la cohésion du discours palestinien et a affaibli et divisé le peuple palestinien. Cependant, il n’est pas trop tard pour y remédier par des efforts décisifs et communs, au-delà des points de vue politiques palestiniens liés à des aspirations égoïstes et à des organisations rivales.

En l’absence d’une direction palestinienne qui soit l’émanation du peuple palestinien lui-même, les intellectuels doivent sauvegarder et exposer l’histoire palestinienne au monde avec souci d’authenticité et d’équilibre. La clarté et l’intégrité de l’histoire palestinienne ont été endommagées et altérées par les tactiques de l’Autorité palestinienne (AP) qui ont pour effet d’effacer le droit au retour des réfugiés palestiniens de sa plate-forme politique.

Le président palestinien Mahmoud Abbas, du parti Fatah, a réellement déclaré qu’il n’avait aucun intérêt à retourner à Safad, la ville palestinienne d’où sa famille avait été expulsée en 1948 !

Une telle attitude est ce à quoi l’on devait s’attendre de la soi-disant direction palestinienne modérée, dont le discours et les perspectives politiques sont toujours calés sur les limites du « processus de paix » longtemps promu par Washington. Mais ce genre de pragmatisme politique a ravagé le récit palestinien, l’éloignant de la lutte populaire en cours.

La Palestine n’est pas une histoire de factions – elles ne sont qu’un sous-produit d’une histoire tumultueuse et multiforme du colonialisme et de la résistance, des influences politiques et idéologiques étrangères et de la concurrence féroce entre divers mouvements sociaux.

Bien sûr, il serait facile de faire endosser cette représentation faussée de la Palestine uniquement par le leadership palestinien – c’est aussi le résultat d’un récit sioniste omniprésent qui cherche à effacer la réalité.

Résistance et « existence »

Pour l’essentiel, l’histoire de la Palestine est l’histoire du peuple palestinien, car c’est lui la victime de l’oppression et le principal canal de résistance, si l’on commence par la création d’Israël sur les ruines des villages palestiniens en 1948. Si les Palestiniens n’avaient pas résisté, leur histoire se serait interrompue immédiatement et ils auraient eux aussi disparu.

Ceux qui critiquent la résistance palestinienne, armée ou non, ne se représentent pas les ramifications psychologiques de la résistance, comme un sentiment d’autonomisation collective et d’espoir parmi le peuple. Dans son introduction à « Les damnés de la terre » de Frantz Fanon, Jean-Paul Sartre décrit la résistance violente comme un processus par lequel « un homme se re-crée ».

Et pendant 70 ans, les Palestiniens se sont embarqués dans ce voyage de la recréation du « soi-même ». Ils ont résisté, et leur résistance sous toutes ses formes a façonné un sentiment d’unité collective, malgré les nombreuses divisions qui ont surgi entre eux.

La résistance incessante, une notion maintenant incarnée dans le tissu même de la société palestinienne, a privé l’oppresseur de la possibilité d’écraser les Palestiniens ou de les réduire à l’état de victimes impuissantes et de réfugiés sans défense. La mémoire collective du peuple palestinien doit se concentrer sur ce que signifie être Palestinien, définir le peuple palestinien, ce qu’il représente en tant que nation et pourquoi il a résisté tout au long des années.

Il est temps de s’éloigner de l’élitisme intellectuel

Une nouvelle articulation du récit palestinien est plus que jamais nécessaire. Le discours des élites sur la Palestine tourne à vide et n’a pas plus de valeur que les Accords d’Oslo. Ce n’est rien de plus qu’un exercice éculé fait de clichés vides de sens et visant à soutenir la domination politique américaine en Palestine ainsi que dans le reste du Moyen-Orient.

La théorie du « grand homme », qui stipule que des individus tout-puissants façonnent l’histoire, est un obstacle qui définit depuis trop longtemps la manière dont le discours palestinien a été relayé. Décrypter la Palestine à travers cette lentille est une tache au front de nombreux intellectuels.

C’est un discours réductionniste qui a marginalisé pendant des décennies le peuple palestinien, sa souffrance et son héroïsme, préférant plutôt des négociateurs palestiniens bien habillés parlant pompeusement d’un « processus de paix » et de « compromis douloureux », comme si c’était acceptable pour les droits et libertés d’une nation entière d’être réduit à une monnaie d’échange.

La vérité est très différente de ces distorsions médiatiques. Le processus de paix est mort, mais le peuple palestinien résiste toujours. Sans surprise, le peuple est plus puissant qu’un groupe d’individus égocentriques. La résistance populaire n’est pas limitée par la politique frivole d’Abbas ou d’autres acteurs.

Abbas et ses seconds couteaux ont non seulement muselé la volonté politique du peuple palestinien et prétendu faussement représenter tous les Palestiniens, mais ils ont aussi dépouillé les Palestiniens de leur récit, celui-là même qui unit les fellahs (paysans) et les réfugiés, les occupés et les shattats (diaspora), en une seule nation.

Ce n’est que lorsque l’intellectuel palestinien pourra reprendre possession de ce récit collectif que les limites imposées à la voix palestinienne pourront finalement être brisées. C’est seulement à ce moment-là que les Palestiniens pourront vraiment faire face à la propagande israélienne hasbara (propagande) israélienne et à la propagande des médias occidentaux et, enfin, parler sans entraves.

Peut-être le plus important, si l’histoire du peuple doit être racontée avec précision et équité, le conteur doit être un Palestinien. Ce n’est pas un sentiment ethnocentrique dissimulé, mais plutôt la confirmation que les faits changent dans le processus d’interprétation, comme l’explique le défunt professeur palestinien Edward Said : «Les faits tirent leur importance de ce qui en est fait en interprétation … Les interprétations dépendent beaucoup de qui est l’interprète, à qui il s’adresse, quel est son but et à quel moment historique l’interprétation a lieu ? »

Le Dr Soha Abdel Kader décrit les études d’histoire du Moyen-Orient comme «portant généralement l’empreinte de l’orientalisme», avec des sources et des méthodologies limitées pour étudier la région. La même chose est vraie pour les études palestiniennes. Fait le plus remarquable depuis le début du prétendu processus de paix, l’historiographie palestinienne a largement négligé les gens ordinaires et est restée otage de l’histoire des élites, de leurs institutions politiques, de leurs événements diplomatiques et de leur compréhension des conflits, que ce soit sur le plan socio-économique ou conflictuel.

Parmi les citoyens palestiniens du peuple, cependant, « l’histoire d’en bas » est ce qui capte l’attention. « Adab al-sijun » (littérature de la prison) est resté un aliment de base dans la plupart des librairies palestiniennes et des bibliothèques jusqu’à ce jour. Contrairement à «la théorie du grand homme», «l’Histoire d’en bas» soutient que si les individus ou les petits groupes sociaux (élites dirigeantes et ceux qui les financent) peuvent provoquer certains événements historiques, ce sont surtout les mouvements populaires qui influencent significativement les résultats sur le long terme.

La première Intifada palestinienne a conforté cette affirmation. Ainsi, les appels constants pour une « Troisième Intifada » par beaucoup de Palestiniens ne sont pas invoqués par légèreté mais viennent plutôt des succès historiques de tels mouvements « d’en bas ».

Les Palestiniens présentés comme un inconvénient

Il y a des obstacles à ces appels pour un autre mouvement populaire conduit depuis la base. Il y a les défis de provoquer une prise de conscience et de gérer efficacement un tel projet, mais aussi les tentatives impitoyables des historiens sionistes (ainsi que de nombreux occidentaux) de remplacer le récit historique palestinien par le leur.

Dans le récit sioniste israélien, les Palestiniens, s’ils sont mentionnés, sont décrits comme des nomades à la dérive, un inconvénient qui entrave la voie du progrès – un récit reprenant celui qui définissait la relation entre chaque puissance coloniale occidentale et les peuples indigènes qui résistaient.

Du point de vue sioniste, l’existence palestinienne est un inconvénient qui ne devait être que temporaire. « Nous devons expulser les Arabes et prendre leur place », écrit le père fondateur d’Israël, David Ben Gourion.

Ce type de discours éhonté s’est systématiquement traduit par les agressions militaires qui ont « nettoyé ethniquement » près d’un million de Palestiniens de leurs terres en 1947-48, et qui continuent de mener l’entreprise coloniale dans les Territoires occupés.

Ce récit continue d’être défendu par les historiens, les médias et les politologues sans trop de contestation. Dans son interview au journal israélien Haaretz, en 2004, l’historien israélien Benny Morris a donné son point de vue sur le nettoyage ethnique des Palestiniens, illustrant la profondeur de la dépravation morale du récit israélien : « Je ne pense pas que les expulsions de 1948 étaient des crimes de guerre. On ne fait pas une omelette sans casser des œufs, vous devez vous salir les mains … Il n’y avait pas d’autre choix que d’expulser cette population ».

Entre le marteau et l’enclume

Assigner au peuple palestinien le rôle de personnes déracinées, déshéritées et nomades sans se soucier des implications éthiques et politiques de telles représentations, a contribué à présenter à tort les Palestiniens comme un collectif docile et acceptant d’être balayés par ceux qui sont plus puissants.

Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité, et la résistance palestinienne est l’exemple ininterrompu de la force et de la résilience du peuple palestinien.

Oui, le combat a été dur. Entre le marteau de l’occupation et de la Hasbara israélienne, et l’enclume des soumissions et échecs du leadership palestinien, la Palestine, les Palestiniens et leur histoire se sont retrouvés piégés et mal compris.

Il est temps pour nous de passer la vitesse au-dessus. Nous, écrivains, historiens et journalistes palestiniens, assumons la responsabilité de réinterpréter l’histoire palestinienne et faire nôtres et faire partager les voix palestiniennes, afin que le reste du monde puisse, pour une fois, apprécier l’histoire racontée par des vainqueurs tenaces bien que blessés.

Il nous incombe – pas seulement aux Palestiniens, mais aussi à ceux qui souhaitent présenter une compréhension véridique de notre lutte historique – de reprendre le récit palestinien et d’effacer la propagande sioniste. L’histoire doit maintenant se concentrer entièrement sur la vie, les perspectives et les représentations des gens du peuple – les réfugiés, les indigents, les classes populaires dont les Palestiniens de la classe ouvrière. Ce sont eux qui incarnent réellement la Palestine, pas Abbas et son imaginaire processus de paix.

= = =

« Les trois axiomes de la politique intérieure d’Israël » (extrait du livre d’Ilan Pappe « The Ethnic Clearing of Palestine », 2006 page 239), traduit de l’anglais par Résistance 71

« La première des trois lignes de conduite, ou plutôt axiomes, d’Israël est que le conflit israélo-palestinien a son origine en 1967. Pour le résoudre tout ce dont on avait besoin était un accord qui déterminerait le statut futur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. En d’autres termes, comme ces zones ne constituent que 22% du territoire de la Palestine, Israël a réduit d’un coup de crayon toute résolution de paix à seulement une toute petite partie du territoire originel palestinien. Non seulement cela, mais Israël demandait et continue à demander aujourd’hui, toujours plus de compromis territoriaux, soit en résonance avec l’approche économique favorisée par les Etats-Unis ou comme dictés par une carte sur laquelle les deux camps politiques se sont mis d’accord en Israël.
Le second axiome est que tout ce qui est visible dans ces zones, la Cisjordanie et la bande de Gaza, peut toujours encore être divisé et que ces divisions, cette faculté à toujours plus diviser, est une des clefs du processus de paix. Pour Israël, cette division du visible inclut non seulement la terre mais aussi le peuple et les ressources naturelles.
Le troisième axiome israélien est que rien de ce qui s’est produit avant 1967, incluant la Nakba et le nettoyage ethnique, ne sera jamais négociable. Les implications ici sont très claires: cela retire complètement de l’équation du processus de paix le problème des réfugiés et met directement sur la touche et sans appel le droit des Palestiniens au retour à la terre. »

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Colonialisme en Palestine: L’arme suprême des Palestiniens: leur existence

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C’est l’existence même des Palestiniens qui fait peur

 

Denijal Jecic

 

8 avril 2018

 

Source: http://www.chroniquepalestine.com/existence-des-palestiniens-fait-peur/

 

La peur à l’égard de la population palestinienne autochtone a constamment façonné l’attitude du sionisme.

Comme il a été reproché aux Palestiniens de se trouver simplement sur la route du colonisateur, leur enlèvement, qui a entraîné des politiques multidimensionnelles de nettoyage ethnique et de génocide, a été justifié sur le plan rhétorique par la transformation orientaliste des Palestiniens de propriétaires originels de la terre en terroristes «islamistes». Tandis que les Palestiniens sont confrontés à une multitude de formes de violence physique et structurelle, les paroxysmes récurrents d’agressions israéliennes qui ont entraîné la production à grande échelle de morts palestiniens ont à maintes reprises mis en évidence la position déjà et toujours déshumanisée des Palestiniens dans la sphère publique et politique occidentale.

La Grande Marche du Retour, protestation pacifique et populaire des réfugies palestiniens à Gaza, révèle une fois de plus qu’Israël et ses alliés reprochent aux Palestiniens le simple fait d’exister. La protestation est la demande d’une population colonisée que le droit international soit appliqué. Les Gazaouis sont collectivement incarcérés, assiégés sur terre, dans les airs, sur l’eau, et depuis sept décennies on leur refuse le droit au retour – droit accordé par la Résolution 194 de l’ONU en 1948 – alors que dans le même temps ils sont confrontés à une catastrophe humanitaire terrible qui implique une pénurie de nourriture, d’eau, et d’électricité. Réduits à une existence des plus élémentaire, Israël les bombardent régulièrement – comme lors de la guerre de 2014 – et teste de nouvelles armes sur leur corps.

Il n’était pas surprenant que, cette fois encore, l’armée moderne d’Israël ait immédiatement attaqué les manifestants. Les enregistrements audiovisuels partagés sur les réseaux sociaux par les Palestiniens montrent comment les tireurs d’élite israéliens ont tiré aveuglément sur quiconque s’approchait de la « barrière frontalière » d’Israël. Cette violence banale qui s’est traduite par le massacre des Palestiniens a été encouragée par le gouvernement israélien, largement ignorée par les gouvernements occidentaux et légitimée par les médias occidentaux.

Les principaux organes d’information ont usé d’euphémismes, tels que réponse passive, pour parler de l’agression israélienne, faisant appel linguistiquement à l’Orientalisme implicite des lecteurs, et rationalisant le recours à l’agression militaire contre des manifestants pacifiques. Par exemple, dans le Washington Post il était question d’ «affrontements meurtriers» (30 mars) et CNN rapporta que des Palestiniens furent «tués lors de confrontations avec les forces israéliennes » (31 mars).Selon un article du New York Times (30 mars), qui ne fait que paraphraser le discours israélien, «les Israéliens ont réagi.» Le même article se conclut sur la justification rétrospective des trois guerres d’Israël contre Gaza comme étant le combat contre la menace que posent les tirs de roquettes par le Hamas et d’autres groupes militants, et les tunnels qui passent sous la frontière.» Fox News a rendu le Hamas responsable des «attaques de Gaza.» La plupart des reportages comprenaient des photos de Palestiniens portant le Keffiah en train de jeter des pierres. Des photos et vidéos de soldats israéliens fortement armés, ou de fusillades de civils palestiniens non armés – bien que omniprésentes sur les réseaux sociaux – en étaient absentes.

Cette fiction d’ «affrontements» et de «confrontations» projette la notion de conflit entre deux pays indépendants. Tout comme le gouvernement israélien, les médias privent les Palestiniens de leur contexte historique et géopolitique, insinuent qu’il existe une parité de puissance entre colonisateur et colonisés, et laissent à penser que les Palestiniens meurent simplement parce qu’ils le doivent, non parce qu’ils sont massacrés.

C’est aussi le discours israélien standard. Un message du ministère des affaires étrangères d’Israël envoyé aux diplomates israéliens met en évidence la tactique pure et simple du copier-coller que le gouvernement israélien utilise inlassablement pour justifier tout nouveau meurtre de Palestiniens : comme d’habitude, la manifestation est diabolisée comme étant «dangereuse», «préméditée,» et une «campagne de confrontation menée par le Hamas.» Tous les Palestiniens sont verbalement transformés en terroristes combattant pour le Hamas, qui est qualifié d’organisation terroriste la plus dangereuse au monde capable de détruire Israël en un temps record. Ainsi, toute violence contre les Palestiniens est de la légitime défense nécessaire. Parallèlement, les Palestiniens sont rendus responsables de leur propre mort – comme en 2014, lorsque Naftali Bennett accusa le Hamas d’ «auto-génocide» palestinien.

Il s’ensuit que selon le récit derrière cette criminalisation généralisée de la dissidence palestinienne, les Palestiniens ne protesteraient pas à cause de conditions d’existence insoutenables, à cause de l’omniprésence de la mort, ou parce qu’ils sont confrontés à une occupation militaire brutale – mais simplement parce qu’ils éprouvent une haine infondée. Ces hypothèses orientalistes laissent à penser que les Palestiniens n’ont pas de représentation.

L’Anti-Defamation League (ADL) a décrit les protestations comme «un appel à la fin de l’État d’Israël.» L’ADL a raison. Les revendications palestiniennes, c’est à dire l’application du droit international, la fin de l’occupation, et l’octroi des droits de l’homme, mèneraient très certainement à la disparition d’Israël dans sa forme actuelle. En effet, les fondements d’Israël sont le colonialisme de peuplement, l’occupation, l’apartheid, l’ethnocratie, le nettoyage ethnique, et des politiques génocidaires, ce qui présuppose la perpétuation de la déshumanisation et de la racialisation islamophobe, eurocentrique et orientaliste des Palestiniens, que simultanément on ne peut connaître et qu’on imagine violents. Les Palestiniens sont considérés coupables de ne pas se rendre et d’attirer l’attention internationale sur leur lutte. Donc, on leur reproche leur instinct de survie éminemment humain et de refuser d’accepter leur propre mort.

Les discours médiatiques révèlent que les Palestiniens sont perçus comme un fléau. Si le fait que l’armée israélienne tire sur un manifestant non armé est considéré comme un «affrontement», alors le danger que représentent les armes israéliennes est équivalent au danger que représente un Palestinien non armé. Donc, les Palestiniens n’ont pas besoin de prendre d’armes afin d’être considérés comme dangereux. Leur existence même est comprise comme une attaque en soi, et la visibilité de cette existence continue de hanter le projet colonial sioniste, tandis qu’Israël continue d’essayer de faire disparaître les Palestiniens discursivement et physiquement.

Denijal Jegić est un doctorant en études américaines transnationales. Il a transmis cet article à The Palestine Chronicle. Pour le suivre sur Twitter : @denijeg

Palestine et colonialisme: Qods, l’étau se resserre sur Israël

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Qods… Le piège se referme sur Israël

 

Press TV

 

8 décembre 2017

 

Source: 

http://www.presstv.com/DetailFr/2017/12/08/544929/Le-pige-se-referme-sur-Isral

 

D’une évolution à l’autre, pas un jour ne passe sans qu’un nouveau fait ne se produise au Moyen-Orient avec son cortège de surprises et d’inattendus. Or, ce tourbillon stratégique renvoie à une crainte profonde : les plans concoctés depuis plusieurs décennies au Moyen-Orient n’ont pas abouti ; pis, ce sont des effets inverses qui se sont produits à tous les coups.

On veut piéger la Résistance, on tombe dans le piège. Mais pourquoi cette panique généralisée dans le camp américain ? Primo, l’axe de la Résistance a repris le contrôle de régions entières en Syrie et en Irak, régions que contrôlaient auparavant Daech et d’autres groupes terroristes. Et par malheur pour les adversaires de la Résistance, ces régions englobent les zones frontalières syro-irakiennes. Ce sont là des corridors géostratégiques qui offrent une vaste liberté d’action aux combattants de la Résistance au moment voulu.

De plus, les forces qui se réclament de l’axe précité sont placées désormais sous un commandement uni, et suivent une stratégie aux contours bien précis et agissent suivant un modus operandi homogène. C’est là l’émergence d’une « armée transfrontalière » qui sait non seulement s’engager dans des missions à caractère supranational, mais aussi à les accomplir dûment. Au bout de sept ans de guerre en Syrie et en Irak contre Daech et ses commanditaires, l’axe de la Résistance a réussi à s’imposer sur un double plan militaire et politique. Il faut compter avec sa puissance militaire et son poids géopolitique à l’échelle de la région.

Tous ces constats, les Américains, les Israéliens et leurs alliés arabes sont les premiers à s’en inquiéter. D’où leurs agissements précipités qui génèrent erreur sur erreur : une première erreur a été commise au Liban où les Saoudiens croyaient pouvoir affaiblir le Hezbollah en effaçant Saad Hariri de l’équation des forces. Et c’est justement l’inverse qui s’est produit. Sorti largement renforcé de sa guerre contre le terrorisme en Syrie et au Liban, le Hezbollah a défendu Hariri, comme se doit de le faire une force politique de dimension nationale. Mais l’erreur encore plus grande, Riyad l’a commise au Yémen : militairement parlant, l’Arabie saoudite a perdu la guerre contre les forces yéménites, dont la capacité balistique s’est transformée en un véritable cauchemar pour les Saoud. Seul un homme politique né de la dernière pluie, comme l’est ben Salmane, aurait pu croire pouvoir mettre au pas tout un peuple qui résiste depuis trois ans au prix de son sang en jouant la carte « Saleh ».

Au Yémen, Riyad a commis la même erreur qu’au Liban. Désormais le pion Saleh n’est plus et le Yémen est entièrement acquis à la cause de la Résistance. Mais le feuilleton des faux pas de l’axe Riyad–Washington–Tel-Aviv vient de franchir un nouveau palier avec l’annonce par Trump de la ville éternellement palestinienne de Qods comme capitale d’Israël.

En allumant ainsi la mèche des décennies de colères et de ressentiments anti-israéliens du monde musulman, Trump a crevé un abcès à la figure d’Israël : le périmètre de sécurité que Tel-Aviv croyait s’être offert sur les ruines de la Syrie risque à tout instant de voler en éclats. Sa sécurité à jamais remise en cause, Israël aura à faire avec l’armée de la Résistance qui l’attend de pied ferme au tournant…

Résistance au colonialisme: nous sommes tous des palestiniens, nous sommes tous des colonisés… (avec John Pilger)

Posted in actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 15 juillet 2017 by Résistance 71

John Pilger de retour à son meilleur niveau… Cela fait plaisir de le traduire de nouveau.

Pilger part de l’affaire de la Palestine pour condamner le colonialisme sioniste (ou autre), nous partons de la condamnation du colonialisme existant toujours (Canada, USA, Australie etc…) et y incluons bien entendu la Palestine et le sionisme.

Pilger nous dit en conclusion: “[…] si nous comprenons qu’ils sont nous et que nous sommes eux.”

Nous disons depuis 2013 que “Nous sommes tous des colonisés”… Une fois de plus, on arrive aux mêmes conclusions par des voies différentes…

Il nous semble que sur bien des sujets s’opère une convergence de la dissidence sur l’universel. Tout ceci est de très bon augure car cela veut dire que les violons commencent à s’accorder au-delà du temps et de l’espace.

~ Résistance 71 ~

 

La Palestine est toujours le problème

 

John Pilger

 

11 juillet 2017

 

Source: http://www.informationclearinghouse.info/47416.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Lorsque je suis allé pour la première fois en Palestine, alors jeune journaliste dans les années 1960, je suis resté dans un kibboutz. Les gens que j’y rencontrais étaient de durs travailleurs, à l’esprit fort et s’appelaient eux-même des socialistes. Je les aimais bien.

Un soir, au dîner, je me suis enquéris de ces silhouettes de gens que l’on apercevait dans le lointain, au-delà de notre périmètre.

“Ce sont des Arabes, des nomades.” me disait-on. Ces mots étaient presque crachés. Israël, disaient-ils, à savoir la Palestine, avait été essentiellement une étendue déserte et une des grandes entreprises et succès sionistes avait été de rendre le désert vert. Ils me donnèrent en exemple leurs récoltes d’oranges de Jaffa, qui étaient exportées dans le monde entier. Quel triomphe sur la nature désavantageuse et la négligence humaine.

Ce fut le tout premier mensonge. La plupart des orangeraies et des vignobles appartenaient à des Palestiniens qui avaient travaillé la terre et exporté oranges et raisins vers l’Europe depuis le XVIIIème siècle. L’ancienne ville palestinienne de Jaffa était connue par ses anciens habitants locaux comme l””endroit des oranges tristes”. Sur le kibboutz, le mot “Palestinien” n’était jamais utilisé. Pourquoi, demandais-je. La réponse fut un lourd silence gêné.

Dans tout le monde colonisé, la véritable souveraineté des peuples indigènes est crainte par ceux qui ne peuvent jamais vraiment complètement masquer le fait et le crime, qu’ils vivent sur des terres volées. 

(Note de R71: L’oligarchie a réussi à faire croire depuis les “luttes d’indépendance” dans le monde après la seconde guerre mondiale, que nous vivons dans un “monde post-colonial”, ce qui est un mensonge et une falsification éhontés. Israël en l’occurence mais aussi les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et essentiellement tous les pays du Commomwealth britannique, vivent toujours sous le joug colonial avec des colons génocidaires installés et prêts à tout pour maintenir leurs privilèges, surtout celui du profit émanant des terres volées aux nations autochtones originelles et naturelles aux endroits…)

Nier aux gens leur humanité est l’étape suivante, comme les juifs ne le savent que trop bien. Violer la dignité d’un peuple, sa culture et sa fièreté s’ensuit de manière aussi logique que la violence.

A Ramallah, après l’invasion de la Cisjordanie par feu Ariel Sharon en 2002, je marchais dans les rues jonchées de véhicules écrasés et bordées de maisons détruites, j’allais au centre culturel palestinien. Jusque ce matin là, les soldats israéliens y avaient campé.

J’y fut accueilli par sa directrice Liana Badr, une romancière, dont les manuscrits originaux jonchaient le sol, déchirés. Le disque dur de l’ordinateur contenant sa fiction et une bibliothèque de pièces de théâtre et de poésie avait été saisi par les soldats israéliens. Pratiquement tout avait été démoli, vandalisé.

Pas un seul livre n’avait survécu intact, pas une seule K7 d’une des collections les plus originales du cinéma palestinien n’avait survécu au désastre.

Les soldats avaient uriné et déféqué sur les sols, sur les bureaux, sur les tapisseries et les œuvres d’art. Ils avaient badigeonné des excréments sur des peintures d’enfants et y avaient écrit, à la merde, “Born to Kill” / “Nés pour tuer”.

Liana Badr avait les larmes aux yeux, mais elle était droite et dit alors: “on le refera”.

Ce qui enrage ceux qui colonisent et occupent, volent et oppriment, vandalisent et violent, c’est le refus total des victimes de se plier et d’obéir. Et ceci est le tribut que nous devons tous payer aux Palestiniens. Ils refusent d’être asservis, ils refusent d’obéir. Ils continuent. Ils attendent l’heure de se battre de nouveau et ils le font alors même que ceux qui les gouvernent collaborent avec leurs oppresseurs.

Au milieu des bombardements israéliens de Gaza en 2014, le journaliste palestinien Mohamed Omer n’a jamais cessé de rapporté les évènements. Lui et sa famille furent touchés, il a dû faire la queue des heures durant pour avoir de l’eau et de la nourriture et a dû les transporter au travers des ruines et des décombres. Lorsque je l’avais au téléphone, je pouvais entendre les bombes exploser juste derrière sa porte. Il refusa d’obéir.

Les reportages de Mohamed, illustrés d’images horribles, étaient un modèle de journalisme professionnel qui faisait honte aux reportages indulgents des soi-disant grands médias britanniques en GB et aux USA. La notion d’objectivité de la BBC, amplifier les mythes et les mensonges de l’autorité, pratique dont elle est très fière, est quotidiennement couverte de honte par les reportages de journalistes comme Mohamed Omer.

Durant plus de 40 ans, j’ai enregistré le refus du peuple de Palestine de courber l’échine devant ses agresseurs et ses oppresseurs: Israël, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Union Européenne.

Depuis 2008, seule la GB a donné des licences d’exportation d’armes vers Israël ainsi que des missiles, des drones et des fusils de tireur d’élite pour une valeur de 434 millions de Livres.

Ceux qui se sont dressés contre cela, sans armes, ceux qui ont refuser d’obéir, sont des Palestiniens que j’ai eu le privilège de connaître:

Mon ami, feu Mohamed Jarella, qui travaillait pour l’UNRWA ; c’est lui qui me montra pour la première fois en 1967, un camp de réfugiés palestiniens. C’était un froid jour d’hiver et les élèves de l’école tremblaient de froid. “Un jour” disait-il, “un jour…”

Moustapha Barghouti, dont l’éloquence demeure intacte, qui décrivit la tolérance qui existait en Palestine entre les juifs, les musulmans et les chrétiens, jusqu’à ce que, me dit-il, “les sionistes voulurent un état aux dépends des Palestiniens.”

La Dr Mona el-Farra, médecin de Gaza, dont la passion fut de lever des fonds pour la chirurgie esthétique des enfants qui avaient été défigurés par les balles et les éclats de projectiles israéliens. Son hôpital fut pulvérisé par des bombes israéliennes en 2014.

Le Dr Khalid Dahlan, psychiâtre, dont les séminaires à Gaza pour les enfants rendus quasiment fous par la violence israélienne, étaient des oasis de civilisation.

Mort d’un nouveau-né

Fatima et Nasser sont un couple dont la maison se situait dans un village près de Jérusalem désigné “Zone A et B”, ce qui veut dire que cette zone de terre avait été déclarée “pour les juifs seulement”. Leurs parents vécurent là, ainsi que leurs grands-parents. Aujourd’hui, des bulldozers tracent des routes pour seulement les juifs, protégées par des lois uniquement pour juifs.

Il était juste après minuit lorsque Fatima commença ses contractions pour son accouchement, celui de son second enfant. Le bébé était prématuré et lorsqu’ils arrivèrent à un contrôle routier avec l’hôpital en vue, le jeune soldat israélien leur dit qu’ils avaient besoin d’un autre document pour pouvoir passer. Fatima saignait abondamment. Le soldat rit et imita ses gémissements et leur dit alors “retournez chez vous.” Le bébé naquit là, dans un camion. Bientôt il devint bleu de froid et, sans soins, mourut. Son nom était Sultan.

Pour les Palestiniens, ceci sera une histoire tout à fait routinière. La question est: pourquoi ces histoires ne sont-elles pas familières à Londres et Washington, Bruxelles et Sydney ? En Syrie, une cause libérale récente, une cause pour George Clooney, est grassement rémunérée en GB et aux Etats-Unis, bien que les bénéficiaires en soient les soi-disants rebelles, dominés par des djihadistes fanatiques, le produit de l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak et de la destruction de la Libye moderne.

Et pourtant, la plus longue occupation et résistance des temps modernes n’est pas reconnue. Lorsque soudainement l’ONU remue l’affaire et définit Israël comme un état d’apartheid (NdT: ce qu’il n’est pas… L’Af’sud était un état d’apartheid, ségrégationniste, pas Israël, Israël est un état exclusif se voulant génocidaire: pas de cohabitation avec l’autochtone, soit il part sans espoir de retour, soit il est tué…), comme elle l’a fait cette année et il y a une levée de boucliers, pas contre l’état raciste en question, mais contre l’ONU qui a osé briser l’omerta.

“La Palestine”, disait Nelson Mandela, “est le plus grand problème moral de notre époque.” Pourquoi cette vérité est-elle supprimée ? jour après jour, mois après mois, année après année ?…

Pour Israël, l’état d’apartheid, coupable de crimes contre l’humanité et de plus de violations de la loi internationale que n’importe quel autre état, le silence persiste parmi ceux qui savent et dont le boulot est de maintenir le cap et l’ardoise propre.

Pour Israël, tant de journalisme est intimidé et contrôlé par un groupe de pensée qui demande le silence sur la Palestine tandis que le journalisme honorable lui, est passé dans la dissidence: métaphore sous-terraine….

Un seul mot “conflit”, permet ce silence. “Le conflit arabo-israélien”, récite les robots en lisant leur télé-prompteur. Lorsqu’un ancien journaliste de la BBC, un homme qui connaît la vérité, se réfère à “deux narratifs”, la contorsion morale est achevée.

Il n’y a pas de conflit, pas deux narratifs avec leur point d’équilibre moral. Il y a une occupation militaire forcée par une puissance dotée de l’arme nucléaire et soutenue par l’armée la plus puissante du monde ; il y en en plus une injustice de dimension épique.

Le mot “occupation” est peut-être banni, effacé du dictionnaire ; mais la mémoire de la vérité historique ne peut pas être bannie: celle de l’expulsion systémique des Palestiniens de leur terre ancestrale. Les Israéliens appelèrent cela le “Plan D” en 1948. L’historien israélien Benny Morris décrit comment David Ben-Gourion, le premier premier ministre d’Israël, a reçu cette question d’un de ses généraux: “Que doit-on faire des Arabes ?”

Le premier ministre, écrivit Morris: “balaya vigoureusement l’air de sa main.” “Expulsez-les !” déclara t’il.

Soixante-dix ans plus tard, ce crime est totalement supprimé de la culture intellectuelle et politique de l’occident. Ou alors c’est sujet à débat, à peine controversif. Des journalistes grassement payés acceptent avidement les voyages du gouvernement, l’hospitalité ou la flatterie, ils sont truculents dans leurs protestions d’indépendance. Le terme “d’idiots utiles” a été créé spécifiquemement pour eux.

Accepter des récompenses

En 2011, je fus frappé par la facilité avec laquelle un des romanciers les plus en vue de Grande-Bretagne, Ian McEwan, un homme baignant dans le flot de la lumière bourgeoise, a accepté le prix de littérature de la ville de Jérusalem dans l’état d’apartheid.

McEwan se serait-il rendu à Sun City dans l’Afrique du Sud de l’apartheid ? Ils y donnaient également des récompenses, tous frais payés. McEwan a justifié son action par des mots hypocrites au sujet de l’indépendance de la “société civile”.

La propagande du type de celle délivrée par McEwan, contenant la conventionnelle frappe sur la main de ses hôtes satisfaits, est une arme de l’oppresseur en Palestine. Mielleuse, elle insinue presque tout ce qu’on veut de nos jours.

Comprendre et détruire la propagande culturelle et d’état est aujourd’hui notre tâche la plus critique. On nous pousse à marche forcée vers une seconde guerre froide dont le but éventuel est de subjuguer et de balkaniser la Russie et d’intimider la Chine.

Lorsque Trump et Poutine ont parlé à huis-clos pendant plus de deux heures en marge de la réunion du G20 à Hambourg, apparemment sur le besoin de ne pas aller en guerre l’un contre l’autre, les objecteurs les plus vociférateurs furent ceux-là même qui ont mené la charge du libéralisme, comme cet écrivain politique sioniste du quotidien du Guardian de Londres.

“Pas étonnant que Poutine souriait à Hambourg”, écrivit Jonathan Freedland, “il sait qu’il a réussi dans son objectif principal: il a rendu l’Amérique de nouveau faible.” Méchant Poutine…

Ces propagandistes n’ont jamais vu ni connu la guerre mais ils adorent le jeu impérialiste de la guerre. Ce que Ian McEwan appelle la “société civile” est devenue une riche source de propagande affiliée.

Ainsi lorsqu’Israël est rappelé à l’ordre par les gouvernements et les ONG de “respecter les droits de l’Homme” en Palestine, rien ne se passe, parce qu’ils savent tous qu’il n’y a rien à craindre, rien ne va changer.

Prenez un terme souvent utilisé par les gardiens de cette “société civile”, les “droits de l’Homme”. Comme tout autre noble concept de “démocratie”, les “droits de l’Homme” se sont retrouvés vidés de leur substance et de leur objectif.

Tout comme le “processus de paix” et la “feuille de route”, les droits de l’Homme en Palestine ont été détournés par les gouvernements occidentaux et les ONG entrepreneuriales qu’ils financent (NdT: indirectement, mais il faut toujours suivre le fric pour savoir qui se cache derrière telle ou telle association ou ONG…) et qui affirme une chimérique autorité morale.

Ainsi, lorsqu’Israël est appelé par les gouvernements et les ONG à “respecter les droits de l’Homme” en Palestine, rien ne se passe, parce qu’ils savent tous très bien qu’il n’y a rien à craindre, rien ne va changer.

Remarquez le silence de l’UE, qui s’accommode parfaitement d’Israël tout en refusant de maintenir ses engagements au peuple de Gaza, comme par exemple maintenir ouverte la ligne de vie de Raffah, une mesure dont elle a accepté d’être un partenaire prépondérant au cours du processus d’arrêt des combats en 2014. Un port pour Gaza, dont le projet fut accepté par Bruxelles en 2014, a été abandonné.

La commission des Nations-Unies à laquelle j’ai fait référence s’appelle la Commission Economique et Sociale pour l’Asie Occidentale, a décrit Israël comme et je cite: “fabriqué pour le but principal” de la discrimination raciale. Des millions de gens comprennent cela. Ce que les gouvernements de Londres, Washington, Bruxelles et Tel Aviv ne peuvent pas contrôler est que l’humanité de la rue est en train de changer comme peut-être jamais auparavant.

Un monde en mouvement

Les gens, partout, remuent et sont de plus en plus conscients, de mon point de vue, que jamais auparavant. Certains sont déjà en révolte ouverte. L’atrocité de l’incendie de la tour Grenfell à Londres a rapproché les communautés dans un vibrant mouvement de quasi résistance nationale.

Grâce à une campagne populaire, le judiciaire examine aujourd’hui les preuves pouvant mener à une possible inculpation pour crimes de guerre de Tony Blair. Même si cela échoue, c’est un développement crucial qui met à bas une barrière de plus entre le public et sa reconnaissance de la nature vorace et prédatrice des crimes du pouvoir d’état, le dédain systémique pour l’humanité commis en Irak, en Palestine et dans l’évènement de la tour Grenfell. Ce sont des points qui ne demandent qu’à être connectés. Pour la plus grande partie de ce XXIème siècle, la fraude du pouvoir corporatiste posant comme la démocratie était directement dépendante de la propagande de distraction: largement fondé sur un culte du “moi-je”, du narcissisme créé pour désorienter notre sens et capacité de voir, regarder et considérer l’autre, d’agir ensemble pour la justice sociale et l’internationalisme.

Les notions de classe, genre et race furent écartelées. Le personnel devint le politique et le média le message. La promotion du privilège bourgeois fut présenté comme la “politique progressiste”. Ce ne l’était pas. Ne l’a jamais été. Ce n’est que la promotion du privilège et du pouvoir.

Parmi la jeunesse, l’internationalisme a trouvé une vaste nouvelle audience. Regardez le soutien à Jeremy Corbyn et le sort réservé au grand cirque du G20 à Hambourg. En comprenant la vérité et les impératifs de l’internationalisme et en rejetant le colonialisme, nous comprenons la lutte pour la Palestine,

Mandela l’a dit de cette façon là: “Nous savons tous parfaitement bien que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens”.

Au cœur du Moyen-Orient règne cette injustice historique en Palestine. Jusqu’à ce que celle-ci ne soit résolue et que les Palestiniens aient retrouvé leur terre et leur liberté et que les Israéliens soient les égaux des Palestiniens devant la loi, il n’y aura pas de paix dans la région et peut-être nulle part ailleurs. (NdT: ce que Pilger ignore ici est le fait que cela est fait pour cela, le but est la guerre et donc le chaos perpétuels, la division et la manipulation pour toujours plus de contrôle de la même clique sur le plus grand nombre…)

Ce que disait Mandela est que a liberté elle-même est précaire tandis que des gouvernements puissants peuvent simplement nier les autres, les terroriser, les emprisonner et les tuer, en notre nom. Israël comprend certainement la menace du fait qu’un jour, il devra être normal.

C’est pourquoi son ambassadeur en GB est Mark Regev, bien connu des journalistes comme étant un pro de la propagande et pourquoi “l’énorme bluff” des accusations d’antisémitisme, comme l’appelle l’historien israélien Illan Pappe, fut permis de déformer le parti travailliste et d’affaiblir la position de leader de Jeremy Corbyn. Le fait est que cela a échoué.

Tout bouge vite maintenant. La remarquable campagne du BDS (Boycott, Disinvestment and Sancions) est un succès, jour après jour, des villes, des syndicats et des corps étudiants la reconnaissent et l’endorsent. La tentative du gouvernement britannique de restreindre les conseils locaux d’endorser la campagne BDS a échoué devant les tribunaux.

Tout ceci n’est pas vain. Lorsque les Palestiniens se lèveront encore, comme ils le feront, ils ne seront peut-être pas couronnés de succès au début, mais ils le seront éventuellement si nous comprenons qu’ils sont nous et que nous sommes eux.

Résistance au colonialisme: Les assassinats continuent en Palestine…

Posted in actualité, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 25 janvier 2017 by Résistance 71

En Palestine mort en direct par “l’armée la plus morale du monde”

 

Daniel Vanhove*

 

21 janvier 2017

 

url de l’article en français:

http://chroniquepalestine.com/palestine-mort-direct-armee-plus-morale-monde/

 

Le 16 janvier dernier, au sud de Bethlehem, dans le village de Tequa, l’armée israélienne lâchait ses chiens harnachés jusqu’aux dents contre des villageois palestiniens n’ayant pour autres moyens de résistance que des pierres et l’un ou l’autre cocktail Molotov.

Le jeune Qusai Hasan al Omour, adolescent de 17 ans y était abattu de trois balles dans la poitrine.

Blessé mortellement par ces tirs mais toujours vivant, ses proches et amis tentaient de lui porter secours mais en étaient empêchés par des tirs nourris provenant de la soldatesque israélienne.

Au bout d’un moment, quelques-uns de ces criminels venaient récupérer le corps de l’adolescent. Sans le moindre ménagement, ils l’empoignaient pour le tirer jusque derrière leurs jeeps stationnées non loin des lieux.

La vision de cette horde de soldats se comportant comme des chiens sauvages ne peut que provoquer un sentiment de révulsion, tant la scène est atroce. Où reflue donc leur part d’humanité dans ces instants terribles ?! Ces soldats, leurs familles, ceux qui les soutiennent et ceux qui leur donnent des ordres sont-ils des pères et mères sans âme ? Ont-ils perdu toute morale, tout respect pour la vie humaine ? Sont-ils conscients que de tels agissements, mus par un racisme exacerbé, les perdent à jamais et les envoient dans les tréfonds d’une inhumanité égale à celle des pires tortionnaires qu’en d’autres temps, ils condamnaient ?!

A ce moment, au-travers de cris et de lamentations, quelques femmes palestiniennes courageuses tentaient d’approcher les soldats pour leur demander de pouvoir s’occuper du blessé, mais en étaient à leur tour empêchées par des tirs qui en blessaient l’une d’elles.

Impuissants à le soigner sur place, au lieu d’emmener le blessé en urgence vers un hôpital, ces barbares l’ont embarqué une fois décédé, le dérobant ainsi au regard de ses proches.

Comme je le dénonçais déjà il y a quinze ans, dans mes témoignages en tant qu’Observateur civil dans les Territoires occupés (« Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes » – 2005 – Ed. M. Pietteur), il s’agit là, hélas, d’une « scène ordinaire de la vie en Palestine »…

La guerre coloniale israélienne – car c’est bien ainsi qu’il faut la nommer – se poursuit donc dans une impunité totale, faisant de nos gouvernements qui savent mais ne sévissent pas, des complices dont il faudra qu’un jour, une Justice digne de ce nom exige des explications.

* Daniel Vanhove est Observateur civil et membre du Mouvement Citoyen. Il a publié aux Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire : Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes – 2004 et La Démocratie mensonge – 2008

Résistance au colonialisme: Pression sur Israël à l’ONU

Posted in actualité, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 1 juillet 2016 by Résistance 71

Le Groupe Africain se lâche sur l’occupation israélienne de la Palestine

Press TV

28 juin 2016

url de l’article original:

http://www.presstv.ir/Detail/2016/06/28/472541/African-Group-Israel-UNHCR-Palestinian

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le Groupe Africain de 54 membres a envoyé une déclaration enflammée au corps des droits de l’Homme de l’ONU, critiquant sévèrement Israël pour ses graves violations des droits des Palestiniens.

Lundi a vu le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU débattre de l’observation par Israël des droits de l’Homme sous son agenda section 7 comme le corps constitué le fait durant chacune de ses sessions.

Le Groupe Africain est le groupe régional le plus important et le seul dont le territoire correspond aux frontières du continent.

Le groupement régional “appelle à mettre un terme immédiat à l’occupation d’Israël en Palestine, à ses colonies et à son blocus de plus de 2 millions de personnes dans la bande de Gaza, la détention et l’emprisonnment de milliers de Palestiniens et toutes les autres formes de punition collective ciblant le peuple palestinien opprimé”, peut-on lire dans la déclaration.

Les Palestiniens ont le droit à “l’auto-détermination et à un état sur la base des frontières du 4 juin 1967”, précise la déclaration. Un tel état, disent les pays concernés, devrait avoir Al-Quds (Jérusalem) comme capitale.

Plus d’un demi-million d’Israéliens vivent dans plus de 230 colonies illégales construites depuis 1967 et l’occupation par Israël de la Cisjordnaie, incluant Jérusalem-Est. Ces colonies sont considérées comme illégales par la communauté inernationale.

Gaza est sous des conditions de blocus depuis 2007, une situation qui a provoqué le déclin dramatique des standards de vie pour tous les Gazaouis, des niveaus de chômage sans précédent et une pauvreté croissante et permanente.

Les chiffres continuent de montrer que plus de 7000 Palestiniens sont actuellement retenus dans quelques 17 prisons israéliennes, quelques douzaines d’individus servant des peines de prison à perpétuité.

La déclaration ajoute: “La communauté internationale doit élever sa responsabilité et prendre une action urgente afin de remédier à cette situation, alors qu’elle pousse à la promotion de la protection des droits de l’Homme et des libertés fondamentales à travers le monde, ils nous incombent donc de porter une attention toute particulière à la plaidoirie du peuple vivant dans les territoires palestiniens occupés et qui souffre une situation dramatique concernant leurs droits fondamentaux en raison de cette occupation.

Les Etats-Unis refusent toujours de participer à des débats du conseil sur l’article 7 de la charte qu’ils dénoncent comme étant biaisé contre Israël.

Résistance au colonialisme: L’Intifada pour les nuls…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 5 avril 2016 by Résistance 71

L’intifada pour les nuls pourquoi l’insurrection populaire n’a t’elle pas encore pris ?

Ramzy Baroud

4 Avril 2016

url de l’article en français:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article15979

Que l’histoire se déplace de manière linéaire ou cyclique n’importe peu. Le fait est qu’elle est en mouvement constant.

Ainsi, la situation actuelle en Palestine est particulièrement frustrante pour une génération qui a grandi après les accords de paix d’Oslo ; ils ont été élevés dans un fait historique étrange : leurs terres ne cessent de diminuer tandis que le temps continue de s’égrener.

La nature du soulèvement actuel en Cisjordanie et à Jérusalem Est témoigne de cette revendication. Les soulèvements précédents ont été massifs dans leur mobilisation, clairs dans leur message et décisifs dans leur effet. Leurs succès ou échecs ne sont pas ici en question, mais le fait est qu’ils ont été voulus par le peuple et, partout, en quelques jours, ils se sont imposés sur la conscience collective des Palestiniens.

Le soulèvement actuel est différent ; si différent, en fait, que beaucoup hésitent encore à l’appeler « intifada » ; comme si les Intifadas étaient le résultat d’une science exacte, une formule claire entremêlant participation populaire et sang versé.

Là où la situation, aujourd’hui, diffère, c’est qu’il n’y a ni idées claires, ni plate-forme politique, ni revendications ou stratégies à court et à long terme. Voilà au moins la grande différence avec les intifadas de 1987-1993 et, dans une moindre mesure, de 2000 à 2005. Mais il est possible que les résultats de ces précédentes Intifadas aient entrainé ces différences.

La Première Intifada s’est métamorphosée en un processus de paix sans valeur, qui a finalement abouti à la signature des accords d’Oslo en 1993. Un an plus tard, la direction palestinienne de l’OLP s’est transformée sous la forme émasculée de l’Autorité palestinienne (AP). Depuis lors, cette dernière a servi en grande partie l’occupation israélienne.

La Deuxième Intifada a eu moins de succès que la première. Elle s’est rapidement transformée en une rébellion armée, marginalisant ainsi la composante populaire de la révolte qui est nécessaire pour cimenter l’identité collective des Palestiniens, les forçant alors à surmonter leur division et à s’unifier derrière un seul drapeau.

Cette Intifada a été écrasée par une armée israélienne brutale ; des centaines de personnes ont été assassinées et des milliers d’autres ont été tués dans des manifestations et des affrontements avec les soldats israéliens. Ce fut un tournant dans la relation entre le gouvernement israélien et la direction palestinienne à Ramallah, et entre les factions palestiniennes elles-mêmes.

Le chef de l’OLP, Yasser Arafat, fut pris en otage par l’armée israélienne dans son quartier général de Ramallah. Les soldats se moquaient de lui dans son bureau, tout en bloquant ses déplacements pendant des années. Enfin, il a été lentement empoisonné et mourut en 2004.

Israël s’est ensuite lancé dans l’effort laborieux de réorganiser la direction de l’AP, débusquant les non-conformistes – les assassinant ou les emprisonnant- et en laissant en fonction les soi-disant modérés, mais dans des conditions très strictes.

Mahmoud Abbas a été élu président de l’AP en 2005. Ses plus grandes réalisations comprennent la répression des organisations de la société civile, en assurant une totale loyauté envers lui-même et sa branche au sein de la faction du Fatah. Sous Abbas, il n’y a pas de modèle révolutionnaire pour un changement, pas de « projet national » ; en fait, pour commencer, pas même de définition claire de la Nation.

La nation palestinienne est devenue ce qu’Abbas voulait qu’elle soit. Elle se compose, en grande partie, des Palestiniens de Cisjordanie, vivant principalement dans la zone A, fidèles au Fatah et avides de l’aide internationale. Plus la nation Abbas a accepté de jouer le jeu, plus d’argent elle a été autorisée à engranger.

En 2006, cette fragmentation est devenue totale. Beaucoup se souviendront de cette période de discorde lorsque le Hamas a obtenu la majorité des sièges au sein du Conseil Législatif Palestinien (PLC) ; mais le conflit qui a suivi, donnant lieu à l’été violent de 2007, n’avait peu à voir avec la démocratie.

Le paradigme – des « pourparlers de paix » interminable, l’argent des généreux donateurs, la croissance des colonies juives illégales, etc. – convient très bien à Abbas et aux Israéliens. Personne, en particulier le Hamas, ne devait être autorisé à imposer un tel changement de paradigme.

Israël a immédiatement assiégé Gaza, lancé plusieurs guerres successives, et a commis de nombreux crimes de guerre avec peu de critiques émanant de Ramallah. La Bolivie et le Venezuela semblaient être rendus plus furieux par les crimes de guerre d’Israël à Gaza que la clique de Mahmoud Abbas en Cisjordanie.

Jusqu’à octobre de l’année dernière, lorsque le soulèvement actuel a lentement commencé, la situation sur le terrain semblait au point mort. En Cisjordanie, l’occupation continuait de se normaliser conformément à la formule : occupation et colonies illégales en échange d’argent et de silence.

Gaza, de l’autre côté, tient face à la barbarie régulièrement infligée par Israël, tel un rappel à ceux de Cisjordanie pour leur montrer que le prix de la révolte est blocus, faim, destruction et mort.

C’est dans ce contexte de misère, d’humiliation, de peur, d’oppression et de corruption que les Palestiniens se lèvent. Ils sont pour la plupart nés après Oslo et sont devenus politiquement conscients après l’affrontement entre le Fatah et le Hamas. Ils ont grandi dans un monde où ils ont vu s’affronter leur propre leaders au sujet de l’occupation, d’une part, et des affrontements avec d’autres Palestiniens de l’autre.

Ces jeunes, cependant, n’ont jamais perçu l’occupation comme étant normale ; ils ne sont jamais arrivés à la conclusion que la terre sous leurs pieds devait sans cesse rétrécir au profit de villes juives illégales.

Ils ont dû apprendre à se frayer un chemin à travers les points de contrôle, mais n’ont jamais consenti à la supériorité de leur occupant. Ils sont, certes, désunis, mais ils rejettent l’adhésion à un parti ainsi que le fractionnement de la Palestine. Ils ne comprennent pas pourquoi Gaza est désavoué et massacré.

C’est la génération la plus instruite, la plus politiquement avertie et, grâce au bond technologique, la plus connectée et informée du monde qui l’entoure. Les ambitions de ces jeunes sont énormes, mais leurs chances sont si limitées ; leur terre a été réduite à la taille d’une file d’attente devant un point de contrôle militaire israélien, où ils sont parqués sur leur chemin de l’école, du travail ou de chez eux.

Et, tandis que les Israéliens tirent sur ceux qui osent protester, Abbas incarcère ceux tentent de le faire.

C’est une génération qui ne peut tout simplement pas respirer.

L’actuelle Intifada est l’expression de cette dichotomie, d’une génération qui est si désireuse de se libérer, de se définir, de libérer sa terre, mais qui est combattue par une vieille garde tenant sans relâche à ses quelques avantages et aux dollars qu’ils reçoivent chaque mois.

L’histoire doit rester constamment en mouvement, et les six derniers mois ont été la tentative de toute une génération de mettre l’histoire en marche, malgré des centaines d’obstacles et des milliers de points de contrôle.

Cela pourrait être encore l’Intifada la plus difficile ; car jamais auparavant les Palestiniens ne se sont retrouvés sans leaders, et pourtant si prêts à se libérer. Le résultat de cette tension ne définira pas seulement cette génération, comme l’intifada de 1987 a défini la mienne, mais elle définira l’avenir de la Palestine tout entière.

* Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest.fr. Son site personnel : http://www.ramzybaroud.net