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Entretien avec un prisonnier politique anarchiste d’une commune en lutte d’Oaxaca Mexique…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 17 octobre 2019 by Résistance 71


… l’autre lutte autonome

 

Entretien avec Miguel Peralta, prisonnier anarchiste d’Eloxochitlan de Flores Magon, Oaxaca, Mexique

 

Miguel Peralta

 

15 octobre 2019

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Miguel-Peralta-prisonnier-anarchiste-d-Eloxochitlan-de-Flores

 

Histoire des luttes de son village, assemblée communautaire, infiltration des partis politiques, répression, solidarité internationale, liens entre mouvement libertaire et mouvement indigène au Mexique…

Dans cet entretien réalisé au printemps 2018 par Voices in Movement pour le média anarchiste américain It’s going down, Miguel Peralta revient sur la longue histoire collective qui l’a conduit, à trente-quatre ans, à se retrouver sous la menace d’une peine de cinquante ans de prison.

Après quatre ans, cinq mois et quinze jours d’enfermement, Miguel a été libéré le 15 novembre 2019 à la suite d’une longue grève de la faim appuyée par le Groupe de solidarité pour la liberté de Miguel Peralta au Mexique et un mouvement de solidarité internationale.

En France, la solidarité avec Miguel est organisée par le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL), qui a diffusé cet entretien et les informations sur sa situation. Pour tout message, aide financière, événement de soutien… contacter le CSPCL : cspcl(at)samizdat.net

Voices in Movement : Hola, bonne après-midi ou bonne nuit à toutes et tous, nous sommes ici avec notre compañero Miguel, prisonnier politique d’Oaxaca, au Mexique, et on va un peu parler avec lui de sa procédure judiciaire, de sa vision des différentes luttes à Oaxaca et au Mexique, de la relation entre les mouvements anarchistes et autochtones, et aussi au final des différentes choses en lien avec la solidarité internationale dans ces cas-là, et des formes possibles par lesquels on pourrait l’aider dans son procès judiciaire.

Salut Miguel, merci d’être avec nous !

Miguel : Comment va ? Bonne nuit, ou bonjour à tous les compas qui nous écoutent.

Ok on va commencer, est-ce que tu peux nous parler un peu de toi, de qui tu es, d’où tu viens, où tu te trouves actuellement et n’importe quelle autre chose que tu aimerais partager avec les compas qui écoutent cette émission ?

Ok bon, mon nom complet c’est Miguel Ángel Peralta Betanzos, je fais partie de la communauté d’Eloxochitlán de Flores Magón, qui fait elle-même partie du groupe autochtone mazatèque, et qui se situe au nord-est de l’État d’Oaxaca. Dans ma communauté et dans la région mazatèque nous parlons la langue mazatèque.

J’ai étudié un peu d’anthropologie, depuis petit j’ai toujours aimé être entouré d’amis, tant des compas d’autres endroits du monde que de mon propre village. Connaître son territoire, arpenter un peu la communauté et ses sentiers… J’aime bien la musique, différents types de sons et… la bouffe, la gastronomie de ma communauté et des autres endroits, j’aime beaucoup lire aussi, faire du sport, jouer, faire du basket, un peu de foot, nager, aller à la rivière, sentir et marcher sous la pluie, marcher pieds nus dans la boue, depuis petit. J’aime les fêtes traditionnelles de mon village, la fête des morts qui est le moment où on peut le plus célébrer et partager la communalité [1], la communalité avec nos compas et nos proches sur notre terre. J’aime me souvenir de nos morts aussi, mes grands-parents, mes oncles qui ont été vivants et qui nous ont laissé leur empreinte dans notre conscience.

Je suis membre de l’assemblée communautaire, qui est l’entité où se développent différentes activités collectives comme le tequio ou la faena [2] , qui font partie du travail ou de l’entraide qui se vivent au quotidien dans la communauté. On a aussi participé à différentes luttes, que ce soit au sein de la communauté mais aussi en dehors comme en 2006, où on a participé aux révoltes d’Oaxaca.

Tu peux mentionner quelques antécédents de la lutte dans ton village, Eloxochitlán de Flores Magón ?

Lors du boom de la culture du café, dans les années 1970, 1980, 1990, il y a eu une augmentation du caciquisme, du despotisme. La figure du cacique, c’est la personne qui arrivait à s’imposer grâce à son pouvoir et grâce à l’argent, et qui s’appuyait aussi sur des gens armés. Il décidait en gros de la destinée de la communauté, c’est lui aussi qui répartissait les charges collectives ou les charges municipales. Eh bon face à cela, au travers des instituteurs démocratiques et des paysans conscients, il y a eu une lutte contre le caciquisme qui a démarré durant ces décennies-là eh bon, durant les années 1990, en 1996, il y a eu un congrès indigène qui a eu lieu dans la communauté d’Eloxochitlán.

Les thèmes qui y avaient été développés concernaient l’identité et l’autonomie. C’était le moment de la lutte zapatiste, qui avait détonné en 1994, et en 1996 il y a eu ce congrès dans la communauté d’Eloxochitlán. À ce congrès il y a eu différents villages des alentours qui ont partagé leurs expériences de lutte. En 1997, il y a eu tout un cycle d’activités qui a démarré avec une marche-randonnée du village jusqu’à la ville de Mexico, qui a duré à peu près cinq jours et à laquelle ont participé quelque chose comme quatre cents personnes, cela pour rendre hommage à la mort de Ricardo Flores Magón [3] qui a été assassiné dans une prison des États-Unis, et pour lancer ce qu’ils ont appelé l’année citoyenne Ricardo Flores Magón, eh bon durant toute cette année-là il y a eu des discussions sur les questions de genre, sur le féminisme, sur la paramilitarisation et sur l’autodéfense évidemment, et il y a eu des concerts de rock et de punk dans la communauté, de musique traditionnelle mazatèque aussi. Il y a eu aussi des ateliers de médecine traditionnelle, des projections de films, et aussi des ateliers sur la terre, les cultures et les semences transgéniques. Ça, c’était en 1997.

Et en 2001, il y a une radio communautaire qui a été mise en place qui servait un peu de pont dans la lutte pour l’autodétermination, en plus d’un fanzine qui s’appelait La Voz de N’guixó [4], et ça servait pour renforcer la conscience sur la défense des ressources naturelles et ça a aussi permis de lutter contre les partis politiques. Après, il y a eu la création d’un conseil, qu’ils ont appelé le conseil indigène, eh bon, je crois que c’est ça un peu les antécédents qui ont été à l’origine d’une partie de la lutte que nous avons menée contre les partis politiques, et aussi pour la défense du territoire.

Et donc maintenant que nous entrons un peu plus dans le vif du sujet, tu peux nous expliquer un peu comment se passe la politique dans les villages d’Oaxaca, et en particulier le système des us et coutumes ?

Dans l’État d’Oaxaca, il y a approximativement plus de cinq cents municipalités, la majorité autochtones et qui sont réparties en huit régions. C’est très caractéristique d’Oaxaca cette question, parce que la majorité des gens parlent une langue autochtone, mais aussi parce que depuis très longtemps ces municipalités sont régies par un système qui s’appelle us et coutumes, plus de la moitié sont régies par ce système dont le nom a été modifié il y a tout juste quelques années de cela, il y a cinq ans, pour le remplacer par celui de système normatif interne, qui veut dire qu’on suppose que les municipalités ont leur propre autonomie dans laquelle elles se régissent par ce système, et où elles élisent leurs autorités, tant leurs autorités municipales que toutes les charges qui sont liées à cette organisation politique.

Mais c’est de cette manière aussi que l’État a une forme d’ingérence à Oaxaca, parce que, au final bon ok,  les municipalités sont régies par les us et coutumes, les élections se font par une assemblée et c’est en assemblée que sont pris les accords pour élire leurs autorités, mais quand elles élisent leur représentant ou leurs différents représentants, elles envoient leurs documents au bureau du « Système normatif interne », et c’est là qu’ils avalisent pour de bon les représentants. Mais la voix et la parole de ces représentants est importante, et elle se donne durant l’assemblée communautaire, durant les assemblées communautaires des municipalités.

Ok, continuons avec le panorama historique de lutte et d’organisation de ton village.

Après, durant la décennie des années 2000, notre communauté était supposée être régie par les us et coutumes, et ne pas se retrouver avec des partis politiques. Mais aux alentours de 2006, après le soulèvement d’Oaxaca, il s’est formé une sorte de tendance au sein de la communauté visant à y introduire les partis politiques, mais cette fois de manière visible, à visage découvert, à la « gueule du chien », comme on dit ici. Et donc est entré le PRI, qui a de fait beaucoup de gens sous sa coupe, mais aussi le PAN, et le PRD, bien évidemment [5]. Mais d’autres partis sont aussi entrés, comme Convergencia il me semble ; tout cela s’est passé entre 2009 et 2011, et en 2011 les élections ont été menées comme si elles avaient lieu avec des partis politiques.

Une personne qui se nomme Manuel Zepeda Cortés débute alors sa campagne électorale, une chose que l’on n’avait jamais vu jusqu’alors au sein de la communauté : qu’une personne fasse du prosélytisme et qu’en plus elle distribue de l’argent pour que les gens votent pour lui ! Car bon, jusque-là les élections dans la communauté, elles étaient appelées en soufflant dans une conque, une date était fixée, et les personnes se rendaient au centre du village pour pouvoir élire leurs autorités traditionnelles.

Mais cette fois-là, cela ne s’est pas déroulé comme cela, ça s’est divisé en deux, et cette personne a demandé qu’on lui apporte ses tee-shirts orange, et il les a fait revêtir aux personnes de son groupe. Et c’est là que ça a commencé, cette tendance des partis, et qu’a commencé la lutte contre les partis politiques, mais d’une manière très directe, très frontale, parce qu’on n’a pas permis que cette personne arrive et s’empare du palais municipal en 2011, et ce qu’il a fait alors, c’est d’appeler la police de l’État d’Oaxaca, et de fait, l’armée entre dans notre communauté en février 2011 sous le prétexte de chercher des armes et de la drogue, mais on sait bien que cela ils l’ont fait pour lui, car ils ont ouvert le palais municipal pour cette personne.

Et c’est comme ça qu’il y a eu des affrontements durant tout son triennat, et de fait le mandat de cette personne était en partie illégal, parce que le tribunal a mis en cause cette élection car la communauté n’était pas d’accord pour que cette personne gouverne, et il l’a fait de manière dictatoriale en utilisant les moyens policiers et la répression sous ses différentes formes, à tel point que la peur a commencé à s’installer à l’intérieur de la communauté du fait des personnes armées qu’il a amenées. De fait, il a formé un groupe paramilitaire au sein de la communauté afin de s’en prendre aux personnes qui étaient contre lui.

Une autre chose que cette personne a faite, c’est d’exproprier l’eau du village pour ses bassins, et d’acheter des terrains pour en extraire de la pierre et du sable ; parce que cette personne avait une broyeuse et se chargeait de vendre ce matériau à quelques entreprises dédiées à la construction de routes ou de bâtiments ; et il y a eu beaucoup de gens qui n’étaient pas d’accord avec cette situation et qui ont commencé à protester, parce qu’il s’appropriait de l’eau des autres ; mais à ce moment-là, il avait déjà un groupe paramilitaire et il avait déjà la police de l’État de son côté ainsi que l’armée, et il les appelait chaque fois qu’il se passait quelque chose.

Ensuite, en 2012 ils arrêtent le compañero Pedro Peralta et ils le torturent, et ils l’incarcèrent trois ans dans la prison de Cuicatlán, et une lutte démarre pour la liberté des prisonniers politiques. Ils incarcèrent aussi le compañero Jaime Betanzos et le compañero Alfredo Bolaños à cette époque. Après il y a cette lutte qui commence contre les partis politiques, et la communauté commence à s’unifier ; et en 2014 on retourne à une élection plus collective, plus traditionnelle, où les groupes ont pu se mettre d’accord et élire leurs autorités.

Mais ça, ça n’a pas duré longtemps, à peu près huit mois, car ensuite il y a eu l’attaque des autorités communautaires, car durant le triennat révolu de ce monsieur, qui s’est passé de manière dictatoriale, il y a eu du vol, de l’enrichissement illicite. Il a volé tout l’argent de la communauté et il a commencé à se construire d’autres trucs, à s’acheter des voitures, des terrains et bien d’autres choses, des comptes bancaires à l’étranger et ces choses que vous saurez par le futur ; et la cour des comptes supérieure de l’État d’Oaxaca, qui est l’institution en charge de l’argent des villages, a requis en 2014 au président municipal du village, qui était alors Alfredo Bolaños, qu’il convoque ce monsieur Manuel Zepeda afin qu’il procède aux justifications concernant les 21 millions de pesos de dépenses qu’il restait à justifier, et c’est cela qui a abouti au conflit dans lequel nous nous trouvons maintenant, qui s’est transformé en un affrontement en 2014.

Prétextant ne pas avoir à rendre de comptes, celui-ci a occupé le palais municipal et c’est alors qu’a commencé l’escalade de la violence. Et le peuple s’est organisé pour défendre ses droits collectifs, et c’est pour cela que nous sommes incarcérés aujourd’hui.

Le 17 novembre 2014, après que la cour des comptes supérieure de l’État d’Oaxaca a fait citer Manuel Zepeda Cortés à comparaître, celui-ci se refuse à le faire et le même jour, aux alentours de midi, il occupe avec environ quatre-vingts personnes le palais municipal et séquestre les autorités communautaires ; il les maintient séquestrées pendant environ huit heures, et les gens commencent à s’organiser pour aller libérer ces personnes enfermées dans le palais municipal, mais eux les avait frappées, et ils ont fait signer au président municipal un acte par lequel il renonçait à sa charge élective, chose qui ne pouvait avoir lieu car la communauté l’avait élu, à moins que ce document n’ait été émis par le Congrès de l’État d’Oaxaca. Mais après cela une ambiance hostile s’est déposée sur la communauté, une ambiance de violence sourde prête à éclater, car le groupe de cette personne n’arrêtait pas de patrouiller, ils circulaient armés dans la communauté, insinuant la peur.

Le 14 décembre, une assemblée est convoquée dans la communauté d’Eloxochitlán pour élire un représentant communautaire, l’alcalde municipal, qui est la personne chargée de délimiter le territoire. Ce doit être une personne adulte, qui connaît les terres de la communauté, pour que puisse être vendus les terrains si certaines personnes veulent les vendre ou les céder, ainsi que pour surveiller les espaces communs du village et du territoire. Ce jour-là, l’assemblée communautaire se rassemble au centre du village, et c’est là qu’un affrontement éclate, car les gens de ce monsieur Manuel Zepeda Cortés appellent aussi à cette assemblée, mais eux convoquent pour l’agresser, pour lancer l’agression contre les compañeros de l’assemblée communautaire. Moi je me trouvais alors à Mexico, car j’avais été mandaté pour acheter des jouets pour les enfants qui allaient être offerts le 6 janvier suivant, le 6 janvier 2015 (on était encore en 2014) [6]. Et c’est là que j’apprends qu’un affrontement avait éclaté. Tout d’abord, à 11 heures du matin, les compañeros montent jusqu’au centre du village en faisant une petite manifestation jusqu’au palais municipal, où doit être célébrée l’assemblée, et là ils sont reçus par des tirs d’armes à feu. L’affrontement commence, et certains se retrouvent blessés par balle.


Oaxaca… Guerre sociale, mort à l’État

Il y a ensuite un second épisode, cette fois dans la maison de ce monsieur Manuel Zepeda Cortés, et là ils arrêtent une personne, qui se nomme Manuel Zepeda Lagunas — le fils —, qu’ils arrêtent en possession d’une arme à feu, et ils l’emmènent à Huautla, parce que c’est là que se trouve un commissariat. L’autorité municipale — les représentants communautaires — les emmènent là-bas, au commissariat de Huautla, et ils le livrent à la police de l’État d’Oaxaca. Après que cette agression a eu lieu, dans la communauté l’ambiance est tendue, parce que personne ne sait exactement ce qui s’est passé à partir de là. Là-bas, une fois que cette personne est livrée au commissariat, il y a d’autres compañeros qui emmènent à l’hôpital nos compas qui ont été blessés, certains par des tirs dans la nuque, la tête, les mains. Ils les emmènent à l’hôpital pour qu’ils soient pris en charge, mais à partir de 8 heures du soir, [les flics] commencent arrêter les compañeros, et notamment celui qui était chargé de la présidence municipale, Alfredo Bolaños Pacheco, ainsi que les policiers de village qui l’accompagnaient et qui avaient amené [au commissariat] cette personne qu’ils avaient arrêtée.

Après cela, le compañero Jaime Betanzos est aussi arrêté, alors qu’il se trouvait en train d’attendre un transport pour revenir à notre communauté. Il est détenu par des agents de la police ministérielle à Huautla, au carrefour à côté de Banco Azteca, et ils l’emmènent à la ville d’Oaxaca ; sept autres compañeros sont eux aussi emmenés avec lui, tous accusés du délit d’homicide, alors qu’ils ont apporté cette personne en vie. À partir de ce moment commence la chasse contre les membres de l’assemblée ; beaucoup de gens sont obligés de fuir de la communauté, beaucoup de gens s’en vont, par peur de la répression. De fait, la police de l’État d’Oaxaca monte une unité spéciale ; la police fédérale arrive elle aussi le 15 décembre, et à ce moment sur place, on ne respire que la peur.

À partir de là, l’assemblée commence à se séparer, à se désagréger, eh bon, la lutte pour les prisonniers a été très diverse, très vague disons, très séparée au niveau de l’organisation pour cette raison même, de par la peur qui a été semée et qu’ils ont réussi à semer également au travers des médias : au travers de la police et de la répression, mais aussi au travers de l’apathie et du déplacement forcé, car beaucoup de familles se sont déplacées vers d’autres villes et d’autres communautés. Des familles entières ont dû se déplacer, et c’est la raison pour laquelle cela n’a pas été possible de revenir et de s’organiser, car beaucoup vivent dans la peur, et ils nous disent seulement cela, que celui qui s’organise va finir en prison, et c’est là que se trouve le compliqué de la situation. La peur part de là, on mentionne la prison et ils ont peur de finir ici, en prison. C’est toujours un peu compliqué d’avoir un proche enfermé, parce que c’est des frais, pour plein de raisons très différentes, et parce que, au final, c’est très difficile d’arriver à se réorganiser. Il y a beaucoup de compañeros qui parfois cherchent à résoudre la question de l’harmonie et de la communauté, mais la communauté de leur famille, eh bon, du coup ils ne cherchent pas à partager ce qui a trait au communautaire, à la lutte.

Cela, c’est ce qui s’est passé dans notre communauté : qu’il y a énormément de peur qui a été semée au travers des médias et de la répression, et que cela, ça a fait que nous n’avons pas pu avancer dans la lutte pour notre liberté à nous, les compañeros qui sommes emprisonnés, et au-delà pour la liberté et pour l’autodétermination de notre village, pour recommencer à nous organiser contre cette imposition qui existe et qui continue à semer la peur au travers de ces personnes qui se font passer pour des défenseurs des droits humains et qui demandent des mesures de protection pour elles-mêmes, et que le gouvernement leur accorde cette « couverture » afin de continuer à gouverner au travers de la répression.

C’est là qu’on en est aujourd’hui. On tente de se réorganiser, au moins pour qu’on soit libérés, au travers des différentes formes de lutte que nous avons à l’intérieur de la prison, c’est-à-dire tant depuis le travail qu’on y fait [des sacs et des hamacs vendus en solidarité, NdT], que des jeûnes ou des grèves de la faim qu’on mène depuis l’enfermement/isolement.

Bien. Tu veux nous raconter les détails de ton arrestation ?

Eh bien… Bon, moi on m’a arrêté le 30 avril 2015, alors que je travaillais à Mexico dans le quartier de Tepito. Des personnes vêtues en civil, sans identification, sont entrées dans le local où je travaillais avec mon frère. Ils ont commencé à nous agresser, sans jamais s’identifier. Ils n’avaient pas d’ordre d’arrestation et on a résisté un moment à la détention. Mais il y a de plus en plus de flics qui sont arrivés et ils ont réussi à nous sortir sous la menace de leur flingue et sous la lacrymo. Ils m’ont emmené à la Procuraduria [équivalent du parquet du juge d’instruction, NdT] de la capitale dans une voiture banalisée et après ils m’ont fait la révision médicale, ils m’ont mis face à un journaliste, ils m’ont pris quelques photos très générales. Ensuite ils m’ont confié à la police ministérielle d’Oaxaca et ces policiers m’ont emmené à une taule qui s’appelle « Tlaxiaco », qui se trouve dans la région mixteca d’Oaxaca, à environ 400 à 500 kilomètres de ma communauté. C’est ça, le panorama de mon arrestation.

Et où tu te trouves aujourd’hui ?

Aujourd’hui… ! Bon, en fait à Tlaxiaco je ne suis resté qu’un mois, parce qu’on a sollicité avec mes avocats mon transfert à une prison plus rapprochée de ma communauté, ce qui est dans mes droits. Du coup je suis maintenant dans un endroit qui s’appelle San Juan Bautista Cuicatlán, qui se trouve dans la région de la cañada d’Oaxaca, à quatre heures de ma communauté. C’est là que je me trouve. J’ai passé à peu près deux ans et huit mois dans cet enfermement [NdT : aujourd’hui plus de quatre ans et demi].

Et ton dossier judiciaire, il en est où aujourd’hui ?

Eh bien on est dans une procédure irrégulière, il n’y a pas eu de procédure normale et conforme au droit, vu que tout le dossier est une construction politique. De fait, en ce moment nous sommes sept prisonniers de ma communauté, certains sont dans la prison d’Ixcotel (centre d’Oaxaca), un autre compañero se trouve enfermé à Etla, et moi je suis ici à Cuicatlán. À chaque fois les audiences ont été différées. On a sollicité par exemple des interrogatoires, et les personnes offensées ou bien celles qui nous accusent ont tardé énormément pour se présenter. De fait, il manque toujours les déclarations de deux personnes, et bien que plus de deux ans se soient écoulés, elles ne sont jamais venues déclarer. Il n’y a que les policiers de l’État d’Oaxaca et les flics ministériaux qui l’ont fait car c’est dans leur obligation, et nous nous avons insisté énormément pour qu’ils aillent remettre leur compte-rendu. Et par exemple moi, cela fait plus de deux ans que j’ai fait un recours, et ce n’est qu’en décembre dernier qu’est sortie la résolution du tribunal à ce sujet, pour me le nier. Au sujet de la procédure au tribunal mixte de Huautla, ils ont laissé couler. Il n’y a pas de justice impartiale, ils ont été payés. Les juges ont été remplacés plein de fois durant notre procédure, et ils n’ont fait aucun cas de nos demandes, qui sont des questions de droit et des questions légales, là où je pense que, s’il y avait de la justice et de l’impartialité, on devrait être libres, parce qu’il n’y a aucun signalement direct déterminant la conduction du prétendu crime que nous aurions commis, ou du délit qu’on nous impute.


Oaxaca… Vive la Commune, vive l’insurrection

Bon, Miguel, tu nous as parlé de la lutte de ton village et de ton cas judiciaire, mais pour les gens d’ailleurs, tu peux nous faire un panorama plus large des luttes sociales au Mexique ? Où est-ce que tu vois les exemples de lutte qui t’inspirent, et qu’est-ce que tu penses être les nécessités de cette diversité des luttes du Mexique… Et une chose qui m’intéresse plus, si tu peux donner ton avis : toi tu es d’un village indigène de la Sierra mazateca d’Oaxaca, mais tu es aussi influencé par des réflexions et des pratiques libertaires et anarchistes. Tu pourrais partager avec nous comment tu vois cette relation entre les mouvements et les courants de lutte anarchistes et les mouvements et les luttes indigènes ?

Je crois que la lutte ou les luttes sociales au Mexique sont très diverses, il existe une infinité de mouvements, tant des mouvements urbains qui sont dans la défense ou l’autodéfense de leur propre territoire, ou dans l’organisation pour s’approprier des espaces publics, comme dans les assemblées des quartiers de la ville de Mexico, par exemple en ce moment. Suite au tremblement de terre[6], il y a beaucoup de gens qui sont en train de se réorganiser pour avoir un toit et pouvoir lutter aussi contre les mégaprojets. Et c’est sans parler des luttes de la campagne, du mouvement indigène en soi et des mouvements qui se trouvent hors des villes, qui sont dans la lutte contre le même monstre qui est le capitalisme et contre les mégaprojets. Le problème des exploitations minières notamment, cela englobe toute la question des ressources naturelles, parce que l’eau se trouve au centre. Et même jusqu’aux plantes médicinales, que certaines entreprises étrangères (japonaises, américaines, canadiennes, espagnoles et françaises) tentent de monopoliser ou de breveter pour les commercialiser et vendre le médicament, et nous rendre dépendants de leurs médecines et qu’on consomme cela, alors qu’on sait bien qu’il existe une médecine traditionnelle des peuples.

Il y a des luttes pour le territoire, pour l’autodétermination et pour l’autonomie, et il y a beaucoup de différences de fait dans le mouvement indigène, parce que certains sont dans la question du refus de l’intromission des partis politiques, quand d’autres sont dans la lutte pour la défense du territoire, sans être pleinement conscients que les partis politiques sont fourrés là-dedans, et d’autres qui sont dans la question de l’autonomie en soi, sans avoir aucune ingérence avec l’État.

Et donc sur quelques questions, par exemple comme ce que tu me demandes sur la relation qui existerait entre mouvements indigènes et mouvements libertaires ou anarchistes, je crois qu’ils partagent certains principes basiques au sein de la réflexion libertaire et il y a quelques penseurs libertaires qui ont influencé aussi la luttes des villages et des peuples, comme par exemple sur la question de l’autogestion, de l’autonomie, de la défense du territoire, de l’expropriation aussi de ses ressources et de ses espaces, de l’autodétermination, et toutes ses luttes se conjuguent contre un même monstre, qui est le capitalisme depuis ses débuts.

Il y a aussi des ruptures au sein des luttes ; il y a une rupture très forte au sujet de la question électorale au Mexique. Il y a des mouvements ou une partie du mouvement indigène qui cheminent vers la question électorale, qu’ils ont appelé le « bon gouvernement », et il y a une autre partie du mouvement indigène qui n’est pas dans cette situation-là, qui continue à défendre la question de l’autonomie sans avoir aucune visée vers la question électorale ou de prendre le pouvoir national, eh bon, chacun mène la lutte depuis chez lui et depuis ses espaces. Je crois qu’il existe quelques mouvements et quelques communautés qui ont leurs propres formes communautaires de défense, et je crois que cela, c’est ce qui guide et ce qui peut avoir une certaine relation avec le mouvement libertaire, et que cela part d’une lutte de l’être même, depuis la communauté ou depuis les individus. Il y a par exemple des communautés qui ne luttent pas seulement contre les mégaprojets, certaines luttent contre l’identité même, ou pour leur propre identité à elles, pour la langue, pour le maïs, pour leur cosmovision, pour leur manière de se vêtir, et aussi contre les aliments [industriels] et les transgéniques, et je crois aussi que cela, cela fait partie du mouvement indigène et aussi du mouvement libertaire, le fait que nous luttions pour être soi-même, pour être libres. Au final, ces deux parties cherchent un bien commun, de fait c’est cela qu’on idéalise, cette question du bien commun, du fait que cela exige l’autogestion dans les communautés et aussi dans le mouvement libertaire.

Au fil du territoire et de la géographie qui est la nôtre, il existe des mouvements qui nous inspirent, comme par exemple à Oaxaca la lutte des Ikoots, à Álvaro Obregón, qui luttent contre les éoliennes, à Cherán [dans le Michoacán] les compas qui luttent pour l’autonomie, les Yaquis, dans le Sonora, qui luttent pour la défense du territoire et pour la défense du fleuve Yaqui, il y a les compañeros de Xanica dans la Sierra sud d’Oaxaca qui défendent leur territoire, leur système communautaire et leur organisation, et, plus au sud du continent, les compañeros mapuche qui ont toute une longue tradition dans leur lutte en défense du territoire, de l’autonomie, de l’autodétermination et de l’identité mapuche ancestrale, et je crois que, dans toutes ces luttes, la question, c’est que toutes maintiennent leurs propres formes d’organisation. Au final, on ne peut pas idéaliser, dire que tout est harmonie et que dans les luttes indigènes tout est harmonieux, parce qu’il y a aussi des conflits, il y a beaucoup de questions qui sont en lutte à l’intérieur comme la question du machisme, la question culturelle…

Il y a aussi des compas dans la Sierra Norte de l’État de Puebla, les Totonaques et les Nahuas, qui sont en train de lutter contre les entreprises chinoises et canadiennes qui sont en train de leur piquer leur eau et les minerais de ces endroits et de leurs villages, et là aussi il y a une tradition de médecine naturelle et traditionnelle, et de lutte pour un marché juste, où ils puissent commercialiser les produits qu’ils font. Tout ça, c’est les luttes qui nous inspirent en ce moment.

Pour les compas qui écoutent cet entretien, comment peuvent-ils faire ou comment peut-on faire pour te soutenir dans la procédure judiciaire que tu traverses toi et les autres compañeros prisonniers d’Eloxochitlán de Flores Magón ? Et pour finir, tu pourrais mentionner pour toi ce que la solidarité internationale signifie, et de quelle manière peut-on cultiver cette solidarité ?

La question de la solidarité internationale me paraît très importante, à partir du moment où il y a cette réciprocité entre compañeros, au moins par le biais de lettres, d’appels… Parce que au final la solidarité internationale ce n’est pas pour une lutte locale ou pour une question territoriale, c’est une question plus large, et une lutte plus large qu’on ne peut pas réduire à un seul endroit seulement, mais c’est dans le monde entier et pour tous les individus. C’est quelque chose qui rompt les murs et les frontières. Je crois que la solidarité internationale est importante aussi parce qu’au travers de ses formes de mobilisation, elle génère une certaine pression dans les pays et dans les espaces où se font la lutte et le soutien…

Par exemple nous, qui sommes enfermés dans une prison : si vous téléphonez au tribunal, si vous envoyez des lettres par exemple, cela génère une certaine pression, et on entre dans une autre dimension de la lutte… Et il y a des question importantes que ça amène, comme l’accompagnement, la camaraderie, et il y a une certaine amitié qui se crée aussi entre compañeros car on échange des lettres, des appels et on peut s’écouter au travers des différents médias à notre disposition, eh bon, dans notre cas pour moi ça me paraît important cette partie-là, parce que vous vous pouvez diffuser nos histoires dans d’autres endroits et vous pouvez amener notre parole et nos petites luttes jusqu’à d’autres endroits, d’autres lieux. Et une autre partie, ce serait de nous aider à commercialiser nos produits, parce que moi par exemple je dédie mon temps à faire des hamacs et des sacs, et une partie ce serait de pouvoir nous aider économiquement pour la question juridique, pour que nos proches puissent venir nous voir, puissent nous amener des aliments à la prison, parce que ici c’est compliqué d’obtenir pas mal de choses qu’il faut amener de l’extérieur. C’est pour cela que ça me paraît important cette partie de l’accompagnement international ou de la solidarité avec des compañeros avec lesquels on ne se connaît pas, mais avec qui on a des choses en commun qui nous attirent et nous appellent à être ensemble dans cette lutte.

Une autre chose qui me paraît importante de mentionner est le fait que la solidarité internationale puisse se diriger vers des compañeros qui sont d’autres endroits, d’autres lieux du globe afin qu’ils soient attentifs à la situation qu’on traverse depuis l’enfermement, en sollicitant leur soutien aux mobilisations qui sont organisées au travers de l’envoi de lettres, en appelant au téléphone, ou bien, s’il y a un moment de répression, me demander aussi à moi mon soutien pour les situations qui éclatent au cours de la procédure et au cours de cette lutte qu’on mène depuis l’isolement.

Il y a quelque chose d’autre que tu veux partager avec les compas qui écoutent cet entretien ?

Eh bien remercier les compañeros qui écoutent [ou lisent ! Merci à vous, NdT], qui sont partie prenante des luttes et qui se solidarisent aussi avec les compañeros dans le monde qui sont emprisonnés, ou avec les luttes libertaires ou les luttes des peuples, car on est pareils. Et j’aimerais aussi remercier le collectif Los Otros Abogados, qui sont les compañeros qui s’occupent de mon dossier et qui ont mis de leurs efforts et de leur solidarité pour pouvoir avancer dans cette procédure et arriver à nous libérer de ce joug de la loi, de l’injustice et du pouvoir, et pouvoir avancer vers la liberté. Avec l’effort de ces compas nous avons avancé lentement, mais on arrive peu à peu à ouvrir la brèche grâce à leur solidarité, leur effort, leur travail avant tout, eh bon, on a une dette envers eux.

De l’autre, eh bien vous demander votre soutien à notre petite lutte, comme je vous l’expliquais on a ces manières de nous organiser et de lutter depuis l’enfermement, on a quelques produits à commercialiser, pour que vous puissiez aussi acquérir certaines choses comme je vous disais, les hamacs et les sacs que je fabrique ici pour tuer le temps, pour ne pas m’ennuyer, mais aussi pour pouvoir nous maintenir avec un peu de ressources pour les coûts immédiats pour les question de défense, des avocats, pour pouvoir faire les dépôts administratifs, pour que nos familles puissent venir nous visiter et pour l’alimentation et les nécessités basiques des personnes qui nous retrouvons dans l’isolement. Et puis eh bien, depuis ici je vous adresse une forte embrassade, et j’espère que vous aussi vous allez bien dans vos luttes, eh bon que la force soit avec vous… et à bas les murs des prisons !

Notes

[1] La communalité est une notion politique développée à Oaxaca, qui se réfère à ce qui a trait à la vie communale d’un village ou d’un peuple : les fêtes, le travail collectif, le territoire commun, la cosmovision… « l’être-communal ».

[2] Le tequio (appelé faena dans la Mazateca), ce sont les travaux collectifs effectués au nom de la communauté, et convoqués traditionnellement par le représentant du village au travers du soufflement dans une conque de caracol.

[3] Ricardo Flores Magón est un célèbre anarchiste mexicain du début du vingtième siècle né à Eloxochitlán, fondateur du journal Regeneración, et qui initia la révolution mexicaine par des soulèvements armés en 1910 au nom des idéaux de « Terre et Liberté ».

[4] « La Voix de N’guixó », nom mazatèque de la communauté, NdT.

[5] PRI : Parti révolutionnaire institutionnel, ancien parti-État qui a dirigé le Mexique des années 1930 aux années 2000. PAN : Parti d’action nationale, qui lui a succédé au pouvoir de 2000 à 2012, parti capitaliste de la droite intégriste. PRD : Parti de la révolution démocratique, formé dans les années 1980 de l’agglomérat de différents partis de tendance marxistes avec des scissions nationalistes du PRI, telle celle de López Obrador, actuel président du Mexique et qui a depuis créé son propre parti, Morena (Mouvement de régénération nationale), pour gagner les dernières élections politiques.

[6] À la différence de la France, l’Espagne et les pays latino-américains distribuent les « cadeaux de Noël » le 6 janvier, jour des Rois mages qui seraient venus offrir leurs cadeaux au petit Jésus, NdT.

= = =

Lectures complémentaires:

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

zenon_pourquoi suis je anarchiste ?

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard

 

 

 

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L’anarchat ennemi de la dictature étatico-marchande…

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Le chat, ennemi naturel du libéralisme

 

OSRE

 

Août 2019

 

Source: http://rebellion-sre.fr/le-chat-ennemi-naturel-du-liberalisme/

 

Le chat est par essence un ennemi du système. Il est l’anti-efficacité, l’anti-productivité, l’anti-utilitarisme même. En un mot, c’est l’animal le plus anti-libéral qui soit. D’ailleurs la vie d’un chat ressemble à s’y méprendre à celle d’un chômeur d’aujourd’hui. Le chat dort en moyenne dix-sept heures par jour. Ce qui est considérable au vu du nombre d’insomniaques qui hantent la nuit noire de notre société. Il sort principalement la nuit. Comment pourrait-il alors se rendre efficace le jour comme tout bon homo oeconomicus qui se respecte? Le chat ne connaît ni les cadences infernales, ni la concurrence déloyale. Il ne supporte pas les foules anonymes. Il aime sa différence, sa liberté, son indépendance.

Le chat défend son territoire là où l’homme moderne se targue de n’en avoir aucun. Sans terre, sans patrie, sans racines, sans culture, sans identité, l’homo oeconomicus est un nomade sans foi ni loi. Il ne connaît aucune autre attache que celle de son compte en banque. Bassement matérialiste, l’homme mo-derne est un animal qui manque cruellement de grâce. Il est une bête féroce et égoïste. Le chat a quant à lui conservé toute sa malice ancestrale ainsi que sa grâce légendaire. Contrairement à l’homme moderne, le chat est un animal courageux. Pour assurer sa survie, il n’hésite pas à montrer ses griffes.

Même ses ennemis, les chiens, ne l’effraient pas, tout juste peuvent-ils le surprendre. Le chat privilégie le duel quand l’homme moderne se rue sur sa proie en bande impavide. Le chat est le remède naturel à notre société. Il soigne

les hommes de leurs dépressions et de leurs angoisses. Carresser un chat, c’est rependre goût à la vie. C’est se sauver soi-même du chaos libéral. C’est se soulager le corps et l’âme. L’ennemi du chat, le système libéral, ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Partout où règne en maître le libéralisme, le chat est purement et simplement éradiqué. Pour ne prendre que quelques exemples parmi tant d’autres, Rome, la ville éternelle est devenue en quelques années la proie des promoteurs immobiliers. Elle a en conséquence été nettoyée de fond en comble. Si bien que le vieux forum Romain, refuge des chats s’il en est, s’est vidé brutalement de sa substance. Et c’est toute la ville impériale qui a brutalement vendu son âme au plus offrant.

Et que dire de Venise ? Plus aucun chat pour courir sur les ponts de la Sérénissime. De sombres individus à casquette éructant du globish à longueur d’années, les poches pleines de billets verts, les ont peu à peu remplacés. Lorsque les chats désertent les rues, le chaos ressurgit. Non pas le chaos qui précède l’ordre, mais bien plûtot le chaos informe qu’appelle de ses voeux le libéralisme triomphant. Ce chaos qui dévaste tout sur son passage. Privée de ses chats, la ville perd son âme. Elle renonce à son antique statut de cité enracinée. Elle se transforme en un vaste décor à l’usage des touristes ou pire en cité dortoir. Le petit peuple des rues s’efface à la suite de ses chats. Il est rejeté vers la grande banlieue, vaste no man’s land où s’achève toute Culture. A sa place, les bobos et leur pseudo civilisation hygiéniste surgissent de toute part : propreté, sécurité, fausse mixité. Le triptyque du néo-libéralisme se cale dans les cerveaux humains déjà trop abîmés pour pouvoir encore lui résister. Pour ses détracteurs, le chat est sale. Il porte en lui toutes les maladies de l’homme. Autrefois n’était-il pas brûlé en place publique, ce fier compagnon des sorcières, ce chat noir du paganisme antique?

Symbole d’une révolte totale contre le monde moderne, le chat s’oppose naturellement à la civilisation du bruit, de la vitesse et de la pollution. Il encourage la lecture, occupation devenue subversive aux yeux de la police de la pensée. Il ronronne rien qu’à cette harmonie subtile que ne connaissent plus les hommes pressés d’aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard si le chat est l’animal fétiche de nos poètes, s’il accompagne toujours les éveilleurs de peuple dans leurs quêtes impossibles, s’il incarne encore de nos jours cette sagesse qui fait tant défaut à notre monde moderne et s’il demeure le pur symbole de notre Rébellion

 

 

Confédéralisme Démocratique du Rojava: De l’État à la démocratie… Anatomie d’un changement de paradigme 2ème partie

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La seconde partie nous indique ce qu’est le Confédéralisme Démocratique et comment il s’applique sur le terrain, au Rojava et potentiellement ailleurs…
Pour que voit le jour la Société des Sociétés, à bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat ! Vive la confédération des communes libres volontairement associées !

~ Résistance 71 ~

En résultat [de la colonisation], la terre natale kurde fut divisée et les Kurdes furent forcés de se soumettre à des politiques d’états de déni et de diminution de leur volonté et pouvoir politique. Leurs réalités sociales furent divisées et bientôt ils se perdirent eux-mêmes. Pour subvenir à leurs besoins économiques, ils durent abandonner leur identité et furent démunis de statut légal et d’opportunités contemporaines d’éducation afin de récupérer leur existence idéologique et culturelle fondée sur leur identité. Ce déni d’identité tourna alors sur une question du fait qu’ils ne pouvaient pas vivre librement.
(Abdullah Öcalan)

“Les états sont maintenant des synonymes de chaos, de crise, de ruine et de malheur pour l’humanité. Nous devons nous libérer de cette calamité. Si vivre sous le joug de l’exploitation et de l’oppression n’est pas dans la nature de l’être humain, alors ni l’État, ni le drapeau qui le représente ne peuvent représenter le peuple et la société.”
(Commune Internationaliste du Rojava)

 


Réseau de Résistance & Rébellion International 

 

De l’État à la démocratie: anatomie d’un changement de paradigme

 

Komun

Commune Internationaliste du Rojava

 

Juin 2018

Source: https://komun-academy.com/2018/06/27/the-new-paradigm/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

 

De cette façon, depuis 2005, le PKK et toutes les organisations affiliées ont été restructurés sur la base d’un projet appelé KCK (Union des Communautés du Kurdistan ou Koma Civakên Kurdistan).

Le KCK est une organisation fondée sur la société et créée comme alternative à l’État, elle vise à s’organiser depuis la base sous la formes d’assemblées populaires.Le KCK est un mouvement qui lutte pour former sa propre démocratie, il ne voit pas les états existants comme un modèle, ni ne les voit comme un obstacle. 

Note de R71: Ce lâcher-prise de l’antagonisme est une excellente chose qui ne peut mener qu’à la synthèse politique adéquate, celle de la société des sociétés. Bien entendu, toutes les impostures et dictatures de la marchandise œuvrent et œuvreront contre…

Le but principal dans la formation du KCK est défini comme une lutte pour disséminer la démocratie radicale (fondamentale) sur l’organisation démocratique du peuple et sa capacité à prendre des décisions. La formation du KCK met en place un nouvel instrument qui surpasse la façon de voir étatique des relations sociales. En cela, le confédéralisme démocratique, qui constitue l’idée fondamentale du KCK et de son organisation, est valide partout dans la vie des Kurdes. Ceci inclut l’Irak, où les Kurdes vivent dans une structure d’état fédéral ayant des droits constitutionnels, incluant l’auto-gouvernement.

Il y a deux facteurs clefs dans le projet: une compréhension de la démocratie en tant que pouvoir du peuple, non pas une forme de gouvernement et que l’état et la nation doivent être laissés en dehors de cette compréhension.

Le confédéralisme démocratique est l’organisation du peuple, dans toutes les sphères non-étatiques de la vie. Il correspond à la diminution drastique de l’état existant dans le monde et de la tendance de la société à s’organiser en dehors de structures étatiques pour arranger sa propre vie sociale… Même si l’État fait obstacle, le mouvement de la liberté kurde exercera son droit légitime de s’organiser finalement démocratiquement. Il n’abandonnera définitivement pas ce but en disant: “l’état nous met des bâtons dans les roues”.

En définitive, tandis que la république démocratique est un projet de réforme d’un état, le confédéralisme démocratique et l’autonomie démocratique se situent au-delà de l’État et comprennent une idée politique sans État.

En conséquence, le projet de confédéralisme démocratique est lié au projet de république démocratique et d’après Öcalan, un Kurdistan libre ne peut exister que dans un Moyen-Orient démocratique. (a.g.e 34-5)

Nous avons mentionné que tout en suivant la ligne de développement de la pensée d’Öcalan, se situe l’importance centrale de ces trois concepts inter-reliés: la république démocratique, le confédéralisme démocratique et l’autonomie démocratique. Dans tous ces projets, le concept de démocratie est d’une importance capitale. La compréhension de ce terme a évolué vers plus de radicalité (NdT: une fois encore pris dans son sens de “racine”, d’ancrage profond dans la réalité et non pas dans le sens galvaudé usuel “d’extrémiste”, manipulation sémantique bien utile pour l’oligarchie…) depuis la contradiction entre les traditions démocratique et républicaine. Pour le PKK, la démocratie est un antidote à la structure centralisée de la république turque qui est fondée sur le concept d’état-nation et la version séculière française. L’idée la plus fondamentale de cette approche est que “la centralisation a tué la démocratie”.

Les différences principales entre le projet de république démocratique et le confédéralisme démocratique / autonomie démocratique sont que le point de focalisation de la première se situe sur la définition de l’état et de la citoyenneté tandis que les deux autres focalisent sur le développement d’une alternative à l’état et sur le peuple construisant sa propre organisation. Nous allons ici aborder le sujet du développement d’alternatives à l’État. Au lieu que les projets de confédéralisme et d’autonomie démocratiques ne soient vus comme potentiellement contradictoires vis à vis de l’organisation, il serait mieux de les considérer comme étant ensemble parties d’une stratégie d’harmonisation. Ils donnent une direction politique à la lutte d’aujourd’hui où que soit située l’action du PKK.

Le changement de paradigme qu’a vu le PKK au XXIème siècle a rendu une fière contribution aux vues politiques radicales en ce qui concerne une approche radicalement différente de ces trois aspects de la vie politique : l’état, la classe et le parti et “la politique non-étatique, l’organisation politique en dehors du parti et de thèmes politiques en dehors de la classe.” Du point de vue du PKK, ceci a impliqué une réforme de lui-même en amenant toute une série de transformations. Certaines de ces transformations du PKK et les changements radicaux effectués sur des points comme le droit à l’auto-détermination, la nation, la libération nationale, la violence et les femmes, sont particulièrement marquantes et frappantes.

Le principe d’auto-détermination des nations, qui fut soulevé dans le premier quart du XXème siècle, a laissé sa marque sur le siècle dernier. Les formes d’auto-détermination exprimées à la fois par le leader américain Woodrow Wilson et par le fondateur de l’URSS, Lénine, sont devenues un tremplin fondamental pour bien des luttes de libération et une partie inaliénable du droit international. Mais ce qui ne doit pas être oublié, est cette vérité que l’auto-détermination est en tout premier lieu, un principe d’action défini comme politique.

C’est pourquoi, lorsque le président Wilson a annoncé ce principe au congrès américain le 11 février 1918, il insista ouvertement sur le fait que : “L’auto-détermination n’est pas qu’une simple expression, c’est un principe impératif d’action que les hommes d’état ne pourront ignorer qu’à leur péril.” Ainsi, le PKK, du noyau de ce qui en a émergé dans les années 1970 et plus avant, adressa le principe d’auto-détermination comme principe impératif d’action puisque le peuple kurde avait été privé de tous droits fondamentaux et de libertés et condamnés sur leur terre même à un manque de statut, en retrait même du statut et de la règle coloniaux. Les territoires sur lesquels vivaient traditionnellement le peuple kurde furent divisés entre 4 états-nations (La Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran) dans les années 1920 et les très nombreuses réglementations et politiques coloniales imposées par ces états menèrent le peuple kurde à la ruine. Abdullah Öcalan exprime cet état de fait de la façon suivante:

En résultat, la terre natale kurde fut divisée et les Kurdes furent forcés de se soumettre à des politiques d’états de déni et de diminution de leur volonté et pouvoir politique. Leurs réalités sociales furent divisées et bientôt ils se perdirent eux-mêmes. Pour subvenir à leurs besoins économiques, ils durent abandonner leur identité et furent démunis de statut légal et d’opportunités contemporaines d’éducation afin de récupérer leur existence idéologique et culturelle fondée sur leur identité. Ce déni d’identité tourna alors sur une question du fait qu’ils ne pouvaient pas vivre librement.” (A. Öcalan, Kurdish Question and Democratic Nation Solution, published in Turkish, p.226).

Dans un tel environnement, le PKK a adopté comme guide le droit à l’auto-détermination du peuple kurde comme principe d’action fondamental. Bien sûr, sa conception et son application de ce principe fut lourdement influencé par les caractéristiques idéologiques, politiques et sociales de la période. Après la seconde guerre mondiale, les luttes de libération nationale se déroulèrent dans un système bi-polaire, d’abord au Vietnam et en Algérie, ce qui mena à l’indépendance de bon nombre d’anciennes colonies. Ceci affecta grandement le monde des années 1970. a ce sujet, Öcalan dira ceci plus tard:

Dans cette période des années 50 à 70, lorsque les luttes de libération nationale arrivèrent à leur point culminant et qu’elles eurent pour résultat des états séparés, ceci devint presque le seul modèle valide… En fait, le principe du droit des nations à l’auto-détermination fut en premier lieu exprimé par le président américain Wilson après la 1ère guerre mondiale et fut très lié avec les politiques hégémoniques des Etats-Unis. Lénine, afin de ne pas être en reste devant Wilson et pour gagner le soutien de nations opprimées et des peuples colonisés, radicalisa le même principe et le réduisit au fait de fonder un état indépendant. Une course commença alors entre les deux systèmes.
(The Kurdish Question and the Democratic Nation Solution [Turkish], p. 271-2).

Le PKK a approché l’auto-détermination au sein d’un cadre de compréhension d’un socialisme déjà existant à cette époque, se faisant ainsi l’avocat du modèle de la création d’un état. Mais, à partir du début des années 1990, la critique d’Öcalan de, premièrement, la compréhension du socialisme existant et, plus tard, de l’idéologie même de l’état-nation dans les premières années du nouveau millénaire, ont démontré un renouveau radical de l’approche du PKK sur le sujet. Aujourd’hui, l’auto-détermination est toujours un principe impératif d’action, mais la façon de le mettre en pratique ne passe plus par l’État, mais de mettre ce principe d’auto-gouvernement en mouvement à chaque niveau de la société.

La compréhension de l’autonomie démocratique constitue le cadre principal de cet auto-gouvernement. Les résultats de cette ligne de conduite, basés sur les Kurdes déterminant leur propre destinée sur la base du principe d’auto-gouvernement sans incliner à créer leur propre état séparé, où qu’ils vivent, d’abord et en premier lieu en Turquie, en Irak, en Iran et en Syrie, ont clairement émergé avec les développements historiques en Irak et en Syrie, au cœur même du Moyen-Orient.

En conséquence, le PKK a renversé l’argument de Lénine qu’”il serait erroné d’amener une interprétation différente au droit d’auto-détermination que d’être le droit à un état séparé d’exister.”, disant qu’il serait tout aussi erroné et trompeur de ne voir le droit à l’auto-détermination que comme s’il ne contenait aucune autre signification que ce droit à un état séparé d’exister. Cette vision est aussi corroborée dans l’analyse historique de l’état moderne en tant que projet bourgeois. (Mustafa Karasu, Radical Democracy, 2009).

Une fois de plus, lié à cela, le concept de nation du PKK a aussi été radicalement renouvelé. Au milieu des années 70, lorsque le PKK fut formé, la plupart des mouvements socialistes et de libération nationale étaient sous l’influence de l’idéologie de l’état-nation avec la plus rigide des définitions de ce terme exprimée par Staline. Sa célèbre formule: “Les nations ont une langue, un territoire, une vie économique et une culture en commun”, fut aussi un point de départ pour le PKK. Avec le nouveau paradigme politique, Öcalan critiqua cette formule, développant la définition d’une nation démocratique:

D’abord il est nécessaire de montrer qu’il n’y a pas qu’une seule définition de la nation. Quand un état-nation est fondé, la définition la plus commune est justement d’être un “état-nation”. Si l’élément unificateur est l’économie, alors il est possible de l’appeler nation-marché… On ne peut pas faire la généralisation qu’une nation partage une langue, une culture, un marché, une histoire, ce qui veut dire qu’on ne peut pas rendre absolu une unique compréhension de ce qu’est une nation. Cette compréhension de nation qui fut adoptée par le socialisme existant est contraire à la notion de nation démocratique. Cette définition qui fut développée par Staline en particulier pour l’appliquer à l’URSS, fut en fait une des raisons principales de l’effondrement de celle-ci. Aussi longtemps que la définition de nation, qui est rendue absolue par la modernité capitaliste, n’est pas transcendée, la résolution des questions nationales restera dans une impasse. Le fait que se pose toujours la question nationale avec une intense gravité après 300 ans est intimement lié à cette définition inepte se voulant absolue.” (2012, p.432).

D’après Öcalan: “En ce qui concerne la nation démocratique, c’est une société mutualiste établie par la libre volonté, la libre association d’individus et de communautés. La force unificatrice de la nation démocratique est la volonté d’association libre des individus et des groupes qui décident d’être dans la même nation… a définition de la nation démocratique exprime une vie commune de solidarité de citoyens pluralistes, libres et égaux qui ne sont pas entravés par des frontières politiques rigides, une langue unique, une religion ou une interprétation de l’histoire. Une société démocratique ne peut se réaliser qu’avec un tel modèle de nation.”(p.432).

L’approche de la violence dont l’utilisation stratégique et tactique fut toujours une pierre angulaire de la lutte du PKK est aussi passée par un changement radical. Au départ, l’approche de la violence, “la sage-femme de la société nouvelle”, fut une approche marxiste classique. Dans le processus induit de la révolte, la violence, sous forme de méthode de combat de guérilla, fut une tactique fondamentale de la lutte. A terme, la violence prit même une dimension fanonnienne, gagnant une personnalité existentielle et le rôle de libérateur social et individuel. Mais dans le nouveau paradigme, le PKK n’envisage pas un rôle de la violence au-delà du cadre de la self-defense légitime.
(Legitimate Defence Strategy, 2004).

La plus sévère forme de domination

Aujourd’hui, à la fois l’État et sa version capitaliste moderne, l’état-nation, sont sérieusement mis en question. Il est reconnu que l’état-nation ne profite en rien aux peuples et à l’humanité et qu’il contient même en lui une caractéristique génocidaire qui prépare le terrain pour la disparition de différentes cultures et différentes identités. Dans les circonstances de la règle du profit maximum du capitalisme de l’état-nation et de la modernité capitaliste, tout comme cela mena à la grande douleur des deux guerres mondiales, il a commis autant de crimes contre l’humanité que tous ceux qui ont été commis au cours de l’histoire de l’humanité.

La plus grande preuve de ceci est la disparition, ou la mise au bord de l’extinction de groupes ethniques qui vivaient au Moyen-Orient jusqu’à il y a encore quelques 200 ans. Les peuples arménien et assyro-syrien ont été décimés à cause de cette mentalité. Les Kurdes ont aussi été amenés au bord de l’abîme de la destruction sous la domination incessante des états-nations. Les peuples Alevis, Yazidis, Druze et autres groupes de foi ont été chassés de leurs terres en résultat de cette compréhension du concept. La même chose est arrivée aux peuples circassiens qui furent expulsés des montagnes du Caucase.

Il est trop difficile de comptabiliser tous les maux engendrés par les états-nations ; mais quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas seulement de l’état-nation de la modernité capitaliste, mais tous les États qui sont devenus une charge bien trop lourdes à supporter pour l’humanité. Les premiers problèmes sociaux ont commencé avec la domination masculine sur les femmes et avec ceux s’établissant hiérarchiquement plus haut que les autres, affirmant une domination sur d’autres segments sociaux pour mieux les exploiter. Après tout, l’État a été défini comme un instrument d’oppression des classes dirigeantes de la société. Ceci n’a en rien diminué avec le temps et est devenu une des pires formes de domination jusqu’à ce jour. De fait, l’État-nation est devenu la pire forme de domination.

L’état-nation a atteint la caractéristique d’être une sphère de domination et d’exploitation de la société entière, avec ses frontières, tout comme le patron d’une usine entouré de ses murs. tandis que dans le passé les états ne représentaient que la domination politique, dans l’époque capitaliste, ils se sont développés en une domination totalitaire qui cherche à dominer tous les aspects de la société et d’aller aussi loin que de dominer toutes les cellules de celle-ci.

Avec le système dirigeant de l’état intensifiant les problèmes sociaux, l’État et son gouvernement ont été amenés à être de plus en plus critiqués. Dans le passé, les anarchistes se sont opposés à l’État comme l’origine de tous les maux, graduellement développant des solutions politiques, idéologiques et de paradigme sur une base historique et systémique. Dans le présent, le zénith de l’analyse en ce qui concerne l’état et son gouvernement provient de ceux semblables à Abdullah Öcalan. La grande différence avec celui-ci résidant dans la profondeur de son analyse sur les femmes et l’État. Il a aussi soumis le capitalisme et l’état-nation à une analyse critique compréhensive. L’analyse d’Öcalan sur les femmes en particulier, est de très grande valeur dans la mesure où elle a apronfondi toutes les autres analyses et aidé à atteindre son véritable caractère.

Plus il y a de démocratie, moins il y a d’État : le système confédéral démocratique

Le gouvernement et l’État sont, par essence, une concentration et une intensification du pouvoir, une centralisation. A cet égard, ils sont des facteurs qui sont opposés au peuple. Il ne peut ainsi pas y avoir d’état et de gouvernement qui appartiennent au peuple. Le gouvernement et le peuple ne devraient pas être confondus. Un gouvernement populaire (NdT: de par et pour le peuple) est une démocratie. Ce n’est pas la concentration ni l’intensification du pouvoir, celui-ci étant donné à certains cercles particuliers, mais celui-ci allant à la base, au local, appartenant et retournant au peuple. La démocratie et l’État peuvent coexister pendant un certain temps dans une accommodation, mais ce sont des faits contradictoires par nature. Il y a une formule dialectique qui dit que plus il y a d’État et moins il y a de démocratie et plus il y a de démocratie et moins il y a d’État. Même aujourd’hui, dans l’âge moderniste, avec le capitaliste qui dirige les états, la diminution de l’État est en discussion.

Nous sommes maintenant dans une ère où on peut penser, envisager une vie sans l’État, une société sans (NdT; contre) l’État, sans vie politique, économique, sociale et culturelle dirigée par l’État. L’humanité doit trouver un système qui la libèrera de l’État qui la tyrannise. Nous sommes entrés dans l’ère où nous pouvons penser vivre sans État. Même si les gens peuvent s’accommoder de vivre avec l’Etat un peu plus longtemps, ils doivent atteindre un système politique, social, économique et culturel qui n’aura pas d’État. Ce n’est ni une obligation, ni une fatalité que de vivre sous un régime étatique, car la démocratie exprime la transcendance de l’État. Aujourd’hui, une alternative à l’État est un système confédéral démocratique fondé sur une société démocratique organisée. Le peuple peut se gouverner lui-même dans un système confédéral démocratique sans être exposé à l’oppression et à l’exploitation.

Un système démocratique peut mettre en place un système administratif démocratique où il n’y aura ni exploitation ni oppression. L’État et ses rouages appartiennent aux dirigeants, tandis que le confédéralisme démocratique est le système de fonctionnement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Les états sont maintenant des synonymes de chaos, de crise, de ruine et de malheur pour l’humanité. Nous devons nous libérer de cette calamité. Si vivre sous le joug de l’exploitation et de l’oppression n’est pas dans la nature de l’être humain, alors ni l’État, ni le drapeau qui le représente ne peuvent représenter le peuple et la société.

Öcalan a mis en place le confédéralisme démocratique en le fondant sur une société démocratique organisée comme une alternative viable à l’État et ce pour toutes les sociétés et non pas pour le peuple kurde uniquement. C’est un système qui par sa différence crée une identité unique contrairement à l’état-nation. Toute différence peut parvenir à la liberté avec sa propre identité au sein d’une confédération démocratique. A cet égard, le confédéralisme démocratique représente la vie libre pour tout peuple et toute communauté. Ceci peut aussi être appelé la démocratie complète réalisée. Il ne peut pas y avoir de démocratie dans un système étatique. Qui peut parler de démocratie véritable et complète là où il y a des dirigeants ?

Le temps des peuples

Le confédéralisme démocratique est une alternative viable à l’État. Si nous disons que le temps et l’ère des peuples arrive, cela veut dire que l’ère du confédéralisme démocratique pointe à l’horizon. Au sein d’un état il ne peut y avoir ni démocratie, ni socialisme. L’État ne peut pas être éradiqué en tant qu’état par un état. L’État ne peut être transcendé et mené à l’extinction que par le confédéralisme démocratique. Les peuples ne peuvent pas s’émanciper avec l’État ni atteindre une vraie liberté et une véritable vie démocratique. Les peuples seront libérés par le confédéralisme démocratique.

Ceci constitue la ligne politique et idéologique d’Öcalan, son paradigme politique. Ceci constitue sa compréhension de la démocratie, de la liberté et du socialisme. Il ne peut pas y avoir de gouvernement de par et pour le peuple en dehors du Confédéralisme Démocratique.

Partant de ce principe, il est impossible pour les peuples de défendre l’État.

= = =

Lectures complémentaires:

Longue vie au Rojava !… Le texte du Confédéralisme Démocratique

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

6ème_déclaration_forêt.lacandon

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

 


Commune Internationaliste du Rojava

Révolution sociale: Info de l’intérieur du Rojava et du Confédéralisme Démocratique pour une convergence des luttes émancipatrices…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 26 septembre 2019 by Résistance 71

Ce texte ci-dessous répond à des questions que bien des gens se posent au sujet du Rojava. Un témoignage de l’intérieur, celui d’un militant combattant français du Rojava (entre 2015 et 2017), qui confirme ce que nous pensions sans avoir d’info plus précise sur la situation, car beaucoup de choses dites et écrites n’étant que propagande. Hébert répond à des questions que nous nous étions posées ici sur ce blog en compagnie d’un lecteur attentif et assidu, « Bernardo », et qui menèrent à quelques discussions des plus intéressantes ; Bernardo que nous remercions au passage pour ses participations actives. Nous lui dédions cette publication.
Il devient impératif de fusionner les luttes émancipatrices de la dictature marchande:
Rojava, Chiapas, Oaxaca, ZAD, Gilets Jaunes, même combat !

A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat cet esclavagisme « moderne » ! Pour que vive la société des sociétés, celle des communes libres confédérées pour le bien commun et le bonheur de toutes et tous.

~ Résistance 71 ~

 

 

Prendre les armes pour la révolution au Rojava, entretien avec André Hébert

 

Revue Ballast

 

Septembre 2019

 

url de l’article original:

https://www.revue-ballast.fr/prendre-les-armes-pour-la-revolution-du-rojava-entretien-avec-andre-hebert/

 

Convoquant la mémoire internationaliste de la guerre d’Espagne, André Hébert a rejoint le Rojava (ou Fédération démocratique de la Syrie du Nord) pour défendre, sous le nom de Firat, la révolution au sein de ses armées. Son livre, Jusqu’à Raqqa, est un journal de guerre : il rend compte des mois passés, entre 2015 et 2017, à lutter contre l’État islamique. Sans haine, écrit-il : il fallait seulement le mettre « hors d’état de nuire ». Mais la fin du califat ne signe pas celle des hostilités. À la faveur d’un pacte conclu avec les États-Unis, Erdoğan vient de renoncer à attaquer une nouvelle fois le Rojava. L’un de ses trois cantons vit déjà sous occupation turque depuis début 2018 : la situation demeure instable pour la révolution communaliste, menacée, en outre, par le nationalisme acharné de Damas — avec qui les autorités kurdes se voient contraintes de négocier. « Mon esprit est peuplé de fantômes, ceux de mes amis morts au combat », écrit-il encore. Nous nous sommes entretenus avec le militant marxiste de 27 ans, qui réside actuellement en France.

Mediapart a récemment publié un article sur les militants internationalistes rentrés du Rojava. Vous le jugez « insultant » et estimez qu’il a « tout l’air d’être une commande de la DGSI ». Comment l’entendre ?

La seule explication que je trouve, c’est qu’il s’agit, pour la rédaction de Mediapart, d’un moyen de remercier ses sources. Elles l’informent sur quantité de sujets : il faut des renvois d’ascenseur de temps en temps. Visiblement, c’en est un. Tout ce papier obéit au schéma narratif du ministère de l’Intérieur depuis des années. Il ne donne à lire que des suppositions, des éléments que la police n’arrive pas à prouver. Mediapart n’a pris aucun recul : leur rédaction a déroulé le tapis rouge à l’argumentaire du pouvoir. Tout en me citant à deux reprises — ce qui ne contrebalance rien. C’est un papier anxiogène et mensonger. Sans parler, dans l’affaire qui me concerne, du fait que Mediapart commet une erreur grossière : la Justice m’a donné raison. Elle m’a rendu mon passeport et m’a indemnisé.

Vous écrivez dans votre livre que, quand bien même la révolution du Rojava trahirait un jour « ses promesses », cela ne salirait en rien l’expérience internationaliste qui fut la vôtre. Est-ce encore une crainte, cette trahison ?

Toute révolution peut être trahie, l’Histoire l’a montré. Sur place, j’ai parfois eu des doutes mais je n’ai jamais cessé de soutenir la cause. C’est d’ailleurs un risque moins présent, aujourd’hui. Même si, pour survivre, les Kurdes doivent passer un accord avec le régime de Bachar el-Assad et négocier, avec les Américains et la Turquie, une zone de sécurité. Un risque existe, à l’avenir, que les YPG/J [branches armées du Parti de l’union démocratique, ndlr] intègrent, le couteau sous la gorge, l’armée syrienne. Ce qui amoindrirait considérablement tous les bienfaits de la révolution. Mais, aujourd’hui, je suis confiant. Ces derniers temps, face à la Turquie, les Kurdes ont clairement fait savoir qu’ils ne céderaient pas les territoires pour lesquels ils ont combattu. Ils n’ont pas l’air de vouloir faire des concessions dangereuses.

Vous insistez sur le caractère tyrannique du régime de Damas. Est-ce une manière de rappeler que Daech n’était pas le seul ennemi ?

La guerre civile syrienne a, assez tôt, débouché sur un statu quo entre le Rojava et le régime syrien. Pour ce dernier, la partie kurde (le nord, donc) ne représentait pas un enjeu vital et stratégique. Même s’il y eut, au début de la guerre civile, des combats entre les Kurdes et le régime (on parle d’un millier de morts), Assad et le Rojava étaient trop occupés à combattre leurs ennemis respectifs pour se combattre eux-mêmes. L’intégralité des gens avec qui j’ai discuté là-bas détestent le régime. Les YPG nous disaient qu’ils étaient, sous les Assad, des citoyens de seconde zone. Que leur langue était méprisée, interdite, qu’ils n’avaient pas de papiers, pas de passeport. Que les secteurs dans lesquels ils vivaient avaient été volontairement sous-développés. Qu’ils avaient difficilement accès aux emplois publics. Bref, les Kurdes sont victimes, depuis longtemps, de discriminations en Syrie. Je voulais rappeler que même si ces deux camps ne sont pas entrés en guerre l’un contre l’autre, il n’existe aucune proximité entre eux.

Certains, à gauche, ont déploré que le Rojava et l’opposition syrienne ne marchent pas main dans la main…

Aux premiers temps de la guerre civile, des unités arabes ont combattu à Kobané, avec des Kurdes, contre Daech. Quand j’étais à Raqqa, mes compagnons d’armes étaient tous arabes. Pratiquement tous avaient servi dans l’Armée syrienne libre avant de rejoindre les Forces démocratiques syriennes. Mais la réponse à votre question est simple : l’opposition à Assad a été complètement noyautée et prise en main par les islamistes. Aucun accord n’était possible avec les YPG/J. À quoi il faut ajouter que la Turquie a entièrement mis la main sur l’opposition à Assad, ajoutant des mercenaires aux islamistes. Tout rapprochement a donc été impossible.

Une autre critique, toujours à gauche, a porté sur l’implication des États-Unis : le Rojava est accusé d’être une base-arrière de l’impérialisme occidental. C’est délirant ?

Complètement. Quand un groupe révolutionnaire a à sa charge la vie de millions de personnes, il se voit aussitôt confronté à la question des puissances impérialistes régionales et internationales. En Syrie, elles sont toutes présentes, et s’affrontent toutes. Les Kurdes ont manœuvré intelligemment. Ils ont joué des rivalités entre les nations. Ils ont fait des alliances de circonstance — pour leur survie, tout simplement. Raisonner en termes de pureté idéologique, c’est une affaire de révolutionnaires européens dans des salons. Quand tant de vies sont en jeu, oui, il faut faire des alliances stratégiques. Au Rojava, tous les gens que j’ai rencontrés savent parfaitement que les Américains ne sont que des alliés de circonstance. Ça s’arrête là.

Vous estimez que les organisations révolutionnaires françaises, qu’elles soient marxistes ou libertaires, n’ont pas été à la hauteur. Qu’elles ont alterné entre une « position équivoque » et un « soutien critique ». Pourquoi cette prudence ?

Ces organisations ont effectivement manqué à leurs devoirs. Elles n’ont pas analysé dans le détail la complexité de la guerre civile syrienne. Elles sont passées à côté de la révolution du Rojava. C’est extrêmement grave. Peut-être existait-il aussi une forme de condescendance : c’est le Moyen-Orient, il y a tout le temps des guerres là-bas, c’est trop compliqué… Soutenir le Rojava impliquait que ces organisations viennent sur place, que ce soit dans le civil ou dans le militaire, pour être acteurs de la révolution et, de retour, transmettre en Europe ce qu’elles y ont appris. Ces organisations se mobilisent contre le capitalisme en France mais elles se sont rendues compte qu’elles n’étaient pas prêtes à aller au bout de leur engagement révolutionnaire. Déficit d’analyse et hypocrisie lâche, donc.

Le Chiapas zapatiste jouit, lui, d’un soutien quasi unanime.

La gauche anticapitaliste se montre également bien moins critique avec la cause palestinienne. Comment l’expliquer ? J’ai encore du mal à l’appréhender rationnellement.

Le fait qu’il existe, en France, une OPA des libéraux sur la « question kurde » ne pèse-t-il pas ? On pense bien sûr à Fourest, Kouchner, BHL

Si, c’est certain. Les Kurdes ont détruit le califat de l’État islamique pour leur propre survie, non pour faire plaisir à l’Occident. On les a dépeints comme les fers de lance de la lutte contre le jihadisme : un certain nombre de personnalités se sont greffées sur eux et ont dénaturé, par leur communication médiatique, le mouvement révolutionnaire. Elles ne parlent pas du socialisme, des communes. Elles n’ont parlé que des femmes contre l’État islamique. Bien sûr que le féminisme est réellement le premier pilier de la révolution — Öcalan [cofondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan, ndlr] écrit noir sur blanc qu’il faut libérer les femmes pour commencer à libérer la société. Mais un cadre du Parti me disait regretter que la communication se fasse, à l’international, uniquement sur cette question, souvent traitée de manière caricaturale. Tout en me disant qu’ils ne pouvaient refuser cette exposition, dans un contexte de survie, d’autant qu’ils n’étaient pas responsables de ce que les Occidentaux retenaient de leur lutte.

Vous évoquez la mémoire de la guerre d’Espagne. Le point commun avec le Rojava, est-ce l’antifascisme ?

Il y a cet aspect. J’utilise le mot « fascisme » parce que la révolution l’utilise pour qualifier ses ennemis. Pour eux, Daech et Erdoğan sont des équivalents des fascismes que nous avons connus en Europe. Ce qui ne signifie pas que je transpose exactement les deux époques et les deux situations. Mais c’est aussi lutter aux côtés de révolutionnaires socialistes et féministes contre cet État ultra-nationaliste, militarisé et policier qu’est la Turquie, ou contre l’obscurantisme ultra-violent qu’est Daech. C’est également de retrouver des gens venus du monde entier, qu’ils soient apoïstes1, communistes ou libertaires, réunis pour le même but et se battant sous une étoile rouge.

Les désaccords historiques entre les marxistes et les anarchistes s’estompent, racontez-vous, sur le terrain. C’est l’un des enseignements de la révolution ?

C’est même l’un des principaux succès du Bataillon international de libération et plus largement des forces armées sur place. Chacun conservait son origine politique et sa grille d’analyse, mais on œuvrait ensemble. Quand on voit l’importance des querelles de chapelles en Europe, leur difficulté à travailler ensemble, c’est ridicule. On passe tellement de temps à discuter de ces divergences… Au Rojava, on était unis. On participait à un mouvement qui est déjà entré dans l’Histoire : on n’avait vraiment pas le temps de se diviser sur des questions idéologiques. Notre urgence, en Europe, c’est le climat ; c’est donc se débarrasser du capitalisme. Il est criminel de nous diviser au lieu d’agir.

Votre ancrage est marxiste. Combattre pour la révolution vous a‑t-il déplacé idéologiquement ?

Je ne dirais pas ça. Mais ça m’a apporté une vision concrète de ce que pourrait être une révolution au XXIe siècle. De voir la pratique, la mise en place des communes, l’introduction de la démocratie dans les forces armées.

D’ailleurs, pourquoi avoir choisi ce nom, Hébert, et pas Saint-Just, Roux, Desmoulins ou Robespierre ?

À vrai dire, ce n’est pas vraiment une référence à l’homme que fut Hébert. J’ai fait des études d’histoire, c’était un simple clin d’œil à la Révolution française. Mais, d’un strict point de vue politique, j’aurais choisi Gracchus Babeuf.

Vous avez salué la décision de François Hollande d’avoir appuyé militairement le Rojava. Venant d’un révolutionnaire, c’est un aveu qui pourra en étonner plus d’un !

Ça peut faire grincer des dents. Mais c’est une réalité objective : l’État français a joué un rôle moteur dans la coalition. La France a connu 130 morts sur son territoire [le 13 novembre 2015, ndlr] ; le pouvoir devait donner le change et montrer à la population qu’il comptait lutter contre Daech. Bien sûr que la décision d’Hollande n’était pas désintéressée. Il n’en reste pas moins que c’était une bonne décision. L’envoi de forces spéciales sur le terrain a été bénéfique. Ce n’est pas parce qu’on est révolutionnaire qu’il faut donner dans la critique stérile et obtuse. Je suis le premier à critiquer la politique impérialiste de mon pays, mais je tiens à faire preuve de cette même lucidité quand il y a de bonnes — mais rares — décisions gouvernementales. Sauf à être malhonnête intellectuellement.

En prenant la plume, vous vouliez toucher qui ?

Je ne veux pas m’adresser aux seuls militants, mais aux Français dans leur ensemble. Je m’inscris dans la stratégie des Kurdes, à savoir parler au plus grand nombre pour avoir un maximum de soutiens — vu la puissance de leurs ennemis, on va au plus utile, on n’est pas des purs. Ce livre permet de donner à voir, pour des gens qui ne sont pas forcément politisés, ce que signifié d’être communiste et internationaliste à notre époque.

La révolution reste « inachevée » par bien des aspects, dites-vous. Les défaillances écologiques sont assez régulièrement pointées. Quel autre chantier majeur voyez-vous pour les prochaines années ?

L’ambition écologique vient au départ du PKK, donc de la Turquie. Sa guérilla se déroule dans les montagnes, en symbiose avec la nature et au cœur de cet équilibre. Sans les comparer, son rapport à l’écologie s’intègre à la lutte à la manière d’un certain nombre de peuples indigènes. Au Rojava, qui est un territoire semi-désertique, c’est un tout autre environnement. Dans une économie de guerre, dans un quotidien sous embargo où toutes les forces sont tournées vers la guerre, l’écologie est en effet l’un des points les moins travaillés. L’autre point majeur, et c’est la critique que j’aurais à formuler, c’est que le Rojava, même si bien des choses ont été accomplies, a tendance à faire primer le politique sur l’économique. Ils ont encadré la propriété privée, ils ont redistribué des terres, et tout ne peut pas se faire d’un coup. Mais il faut que le Rojava tienne ce cap, tienne bon sur les coopératives : c’est ce qui conditionne tout le reste. C’est sans doute ma formation de marxiste… Mais c’est une jeune révolution. Les conditions sont extrêmes. Il faut être patient.

Le culte de la personnalité mis en place autour d’Öcalan est incontestable. Vous le critiquez, tout en expliquant qu’il y a là un « déplacement de religiosité ». C’est-à-dire ?

C’est une hypothèse que je formule. Ça m’a rappelé la Révolution russe : on retirait les portraits du tsar et les icônes religieuses pour les remplacer par les portraits des dirigeants bolcheviks. Un des points les plus admirables de la révolution, c’est cette forme de laïcité — ils ne l’appellent pas comme ça — qu’ils ont instaurée. C’est un travail de fond qu’ils mènent, dans une société extrêmement conservatrice et religieuse. Ils desserrent l’emprise religieuse sur les populations. D’où ce mécanisme inconscient de transfert.

Votre livre s’achève sur un sentiment : la nostalgie. De la fraternité, de la lutte révolutionnaire, des armes ?

Du collectif. De l’unité, du but. On sait qu’on change radicalement les choses, la vie des gens. L’existence, en France, c’est le contraire absolu. C’est la raison de cette nostalgie. Ce but collectif, ça n’a pas de prix. On se lève le matin, on souffre, mais on sait pourquoi on est là, on sait qu’on est utiles. Ça tombe sous le sens, et c’est inestimable.

Jamie Janson, un volontaire britannique engagé dans la lutte armée au Rojava, s’est suicidé il y a quelques jours, de retour chez lui. Vous parlez des vies de combattants comme de « vie[s] sacrifiée[s] »…

Six volontaires se sont suicidés, sur place ou de retour chez eux. En Europe, nous n’avons aucune structure d’encadrement. Les Kurdes sont pris en charge par leur communauté ; nous, nous sommes livrés à nous-mêmes. On est en train, avec des volontaires français, de réfléchir comment on pourrait répondre à ces situations psychologiques. La vie d’un combattant révolutionnaire, c’est la mort violente ou la prison : c’est inévitable. Personne n’est dupe. Nous étions conscients de ce que nous faisions. Si on repart, ce sera en connaissance de cause. Bien sûr qu’on ne décide pas de prendre des armes pour aller n’importe où.

Comment peut se traduire, dans le contexte français, la suite de votre engagement politique ?

Honorer la promesse que nous faisons au Rojava : parler de la révolution. Nous, militants anticapitalistes, avons enfin un modèle qui existe et qui fonctionne à citer en exemple. Il est impératif le défendre par tous les moyens. J’ai encore des choses à régler avec la Justice. Et je sais que nous sommes surveillés : on est un peu radioactifs… Si on s’implique dans une organisation, elle sera sous les radars du ministère de l’Intérieur. J’ai tenu à l’éviter.

= = =

Lectures complémentaires:


Le livre

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

6ème_déclaration_forêt.lacandon

confederalisme_democratique (Rojava)

 


Notre dossier « Rojava »
et « Confédéralisme Démocratique »

 


Réseau de Résistance et de Rébellion International

Le merdia « Le Monde » caviarde un entretien avec Raul Vaneigem… Le texte intégral ci-dessous

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 5 septembre 2019 by Résistance 71

Intéressant de constater que la question caviardée est une question (réponse) qui demandait à Vaneigem comment il voyait une solution à un problème énoncé. Mais dès que la réponse est hors système, la censure tombe tant celui-ci et les merdias lui servant de larbins moulins à prière, paniquent à la simple idée que puisse être entrevue une solution hors des clous prévus par la pseudo-démocratie en place.
Pas vraiment étonnant, ce qui l’est plus c’est que ces guignols devaient savoir que l’intégrale sortirait et qu’une fois de plus ils passeraient pour les cons qu’ils sont… La connerie oligarchique est incommensurable.
~ Résistance 71 ~

 


Kisoncons mékisoncons !

 

Intégralité de l’entretien de Raoul Vaneigem au journal Le Monde dans son édition du 31 août 2019

 

La Voie du Jaguar

 

1er septembre 2019

 

url de l’article:

https://www.lavoiedujaguar.net/Integralite-de-l-entretien-accorde-par-Raoul-Vaneigem-au-journal-Le-Monde-paru

 

Le quotidien Le Monde a amputé d’une part significative l’entretien par écrit avec Raoul Vaneigem paru le 31 août 2019. Nous en publions la version intégrale.

Quelle est la nature de la mutation — de l’effondrement — en cours ? En quel sens la fin d’un monde n’est-elle pas la fin du monde, mais le début d’un nouveau ? Quelle est cette civilisation que vous voyez, timidement, poindre sur les décombres de l’ancienne ?

Bien qu’ayant échoué à mettre en œuvre le projet d’une autogestion de la vie quotidienne, le Mouvement des occupations, qui fut la tendance la plus radicale de Mai 1968, pouvait néanmoins se prévaloir d’un acquis d’une importance considérable. Il avait suscité une prise de conscience qui allait marquer un point de non-retour dans l’histoire de l’humanité. La dénonciation massive du welfare state — de l’état de bien-être consumériste, du bonheur vendu à tempérament — avait porté un coup mortel à des vertus et à des comportements imposés depuis des millénaires et passant pour d’inébranlables vérités : le pouvoir hiérarchique, le respect de l’autorité, le patriarcat, la peur et le mépris de la femme et de la nature, la vénération de l’armée, l’obédience religieuse et idéologique, la concurrence, la compétition, la prédation, le sacrifice, la nécessité du travail. L’idée s’est alors fait jour que la vraie vie ne pouvait se confondre avec cette survie qui ravale le sort de la femme et de l’homme à celui d’une bête de somme et d’une bête de proie. Cette radicalité, on a cru qu’elle avait disparu, balayée par les rivalités internes, les luttes de pouvoir, le sectarisme contestataire ; on l’a vue étouffée par le gouvernement et par le parti communiste, dont ce fut la dernière victoire. Elle fut surtout, il est vrai, dévorée par la formidable vague d’un consumérisme triomphant, celui-là même que la paupérisation croissante assèche aujourd’hui lentement mais sûrement. C’était oublier que l’incitation forcenée à consommer portait en elle la désacralisation des valeurs anciennes. La libération factice, prônée par l’hédonisme de supermarché, propageait une abondance et une diversité de choix qui n’avaient qu’un inconvénient, celui de se payer à la sortie. De là naquit un modèle de démocratie où les idéologies s’effaçaient au profit de candidats dont la campagne promotionnelle était menée selon les techniques publicitaires les plus éprouvées. Le clientélisme et l’attrait morbide du pouvoir achevèrent de ruiner une pensée dont le dernier gouvernement en date ne craint pas d’exhiber l’effarant délabrement. Cinq décennies ont fait oublier que sous la conscience prolétarienne, laminée par le consumérisme, se manifestait une conscience humaine dont un long assoupissement n’a pas empêché la soudaine résurgence. La civilisation marchande n’est plus que le cliquetis d’une machine qui broie le monde pour le déchiqueter en profits boursiers. Tout se grippe par le haut. Ce qui naît par le bas, ce qui prend sa substance dans le corps social, c’est un sens de l’humanité, une priorité de l’être. Or l’être n’a pas sa place dans la bulle de l’avoir, dans les rouages de la mondialisation affairiste. Que la vie de l’être humain et le développement de sa conscience affirment désormais leur priorité dans l’insurrection en cours est ce qui m’autorise à évoquer la naissance d’une civilisation où pour la première fois la faculté créatrice inhérente à notre espèce va se libérer de la tutelle oppressive des dieux et des maîtres.

Depuis 1967, vous ne cessez de décrire l’agonie de la civilisation marchande. Pourtant, celle-ci perdure et se développe chaque jour davantage à l’ère du capitalisme financier et numérique. N’êtes-vous pas prisonnier d’une vision progressiste (ou téléologique) de l’histoire que vous partagez avec le néolibéralisme (tout en le combattant) ?

Je n’ai que faire des étiquettes, des catégories et autres tiroirs de rangement du spectacle. L’inconvénient d’un système qui se grippe, c’est que son dysfonctionnement peut durer longtemps. Nombre d’économistes n’en finissent pas de pousser des cris d’orfraie dans l’attente d’un krach financier inéluctable. Catastrophisme ou non, l’implosion de la bulle monétaire est dans l’ordre des choses. L’heureux effet d’un capitalisme qui continue d’enfler à en crever, c’est que, à l’instar d’un gouvernement qui au nom de la France réprime, condamne, mutile, éborgne et appauvrit le peuple français, il incite ceux d’en bas à défendre avant toute chose leur existence quotidienne. Il stimule la solidarité locale, il encourage à répondre par la désobéissance civile et par l’auto-organisation à ceux qui rentabilisent la misère, il invite à reprendre en mains la res publica, la chose publique ruinée chaque jour davantage par l’escroquerie des puissances financières. Que les intellectuels débattent des concepts à la mode dans les tristes arènes de l’égotisme, c’est leur droit. On me permettra de m’intéresser davantage à la créativité qui va, dans les villages, les quartiers, les villes, les régions, réinventer l’enseignement bousillé par la fermeture des écoles et par l’éducation concentrationnaire ; restaurer les transports publics ; découvrir de nouvelles sources d’énergie gratuite ; propager la permaculture en renaturant les terres empoisonnées par l’industrie agro-alimentaire ; promouvoir le maraîchage et une nourriture saine ; fêter l’entraide et la joie solidaire. La démocratie est dans la rue, non dans les urnes.

Vous avez été l’un de ceux qui ont dénoncé ceux qui, dans les mouvements révolutionnaires et les groupuscules insurrectionnels, perpétuent le stalinisme ou bien encore la façon dont le trotskisme avait, par exemple, couvert la répression de Cronstadt. Parler de « totalitarisme démocratique » ou de « cupidité concentrationnaire » à propos de notre monde est-il une façon adéquate de décrire la réalité ou bien de la surenchère révolutionnaire ?

Dénoncer les oppresseurs et les manipulateurs ne me paraît plus nécessaire, tant le mensonge est devenu évident. Le premier venu dispose ce que l’on pourrait appeler « l’échelle de Trump » pour mesurer le niveau de déficience mentale des falsificateurs, sans recourir au jugement moral. Mais l’important n’est pas là. Il a fallu des années de décervelage pour que Goebbels puisse estimer que « plus un mensonge est gros, mieux il passe ». Qui a aujourd’hui sous les yeux l’état du secteur hospitalier et dans les oreilles les promesses d’améliorations ministérielles n’a aucune peine à comprendre que traiter le peuple en ramassis d’imbéciles ne fait que souligner le ravage psychopathologique des gens de pouvoir.

Je n’ai d’autre choix que miser sur la vie. Je veux croire qu’il existe, sous le rôle et la fonction de flic, de juge, de procureur, de journaliste, de politique, de manipulateur, de tribun, d’expert en subversion, un être humain qui supporte de plus en plus mal l’absence d’authenticité vécue à laquelle le condamne l’aliénation du mensonge lucratif.

Le souci de surenchère, de plus-value m’est étranger. Je ne suis ni chef ni gestionnaire d’un groupe, ni gourou ni maître à penser. Je sème mes idées sans me préoccuper du sol fertile ou stérile où elles tomberont. En l’occurrence, j’ai tout simplement lieu de me réjouir de l’apparition d’un mouvement qui n’est pas populiste — comme le souhaiteraient les fauteurs d’un chaos propice aux magouilles — mais qui est un mouvement populaire, décrétant dès le départ qu’il refuse les chefs et les représentants autoproclamés. Voilà qui me rassure et me conforte dans la conviction que mon bonheur personnel est inséparable du bonheur de tous et de toutes.

Pourquoi un face-à-face stérile entre « gauchisme paramilitaire » et « hordes policières » s’est-il instauré, notamment depuis les manifestations contre la loi travail ? Et comment en sortir ?

Les technocrates s’obstinent avec un tel cynisme à tourmenter le peuple comme une bête prise au piège de leur impuissance arrogante, qu’il faut s’étonner de la modération dont fait preuve la colère populaire. Le black bloc est l’expression d’une colère que la répression policière a pour mission d’attiser. C’est une colère aveugle dont les mécanismes du profit mondial ont aisément raison. Briser des symboles n’est pas briser le système. Pire qu’une sottise, c’est un assouvissement hâtif, peu satisfaisant, frustrant, c’est le dévoiement d’une énergie qui serait mieux venue dans l’indispensable construction de communes autogérées. Je ne suis solidaire d’aucun mouvement paramilitaire et je souhaite que le mouvement des gilets jaunes en particulier et de la subversion populaire en général ne se laisse pas entraîner par une colère aveugle où s’enliseraient la générosité du vivant et sa conscience humaine. Je mise sur l’expansion du droit au bonheur, je mise sur un « pacifisme insurrectionnel » qui ferait de la vie une arme absolue, une arme qui ne tue pas.

Le mouvement des gilets jaunes est-il (a-t-il été) un mouvement révolutionnaire ou réactionnaire ?

Le mouvement des gilets jaunes n’est que l’épiphénomène d’un bouleversement social qui consacre la ruine de la civilisation marchande. Il ne fait que commencer. Il est encore sous le regard hébété des intellectuels, de ces débris d’une culture sclérosée, qui tinrent si durablement le rôle de conducteur du peuple et n’en reviennent pas d’être virés du jour au lendemain. Eh bien le peuple a décidé de n’avoir d’autre guide que lui-même. Il va tâtonner, balbutier, errer, tomber, se relever mais il a en lui cette lumière du passé, cette aspiration à une vraie vie et à un monde meilleur que les mouvements d’émancipation, jadis réprimés, pilés, écrasés ont, dans leur élan brisé, confiées à notre présent pour les reprendre à la source et en parachever le cours.

Votre conception de l’insurrection est à la fois radicale (refus de dialoguer avec l’État, justification du sabotage, etc.) et mesurée (refus de la lutte armée, de la colère réduite à la casse, etc.). Quelles sont les limites de la colère insurrectionnelle ? Quelle est votre éthique de l’insurrection ? Et que pensez-vous des écrits publiés et des actions menées, depuis dix ans, dans le sillage de L’Insurrection qui vient ?

Je ne vois, après la flambée de Mai 1968, d’autres insurrections que l’apparition du mouvement zapatiste au Chiapas, l’émergence d’une société communaliste au Rojava et, oui, dans un contexte très différent, la naissance et la multiplication de ZAD, de zones à défendre où la résistance d’une région à l’implantation de nuisances a créé une solidarité du « vivre ensemble ». J’ignore ce que signifie une éthique de l’insurrection. Nous sommes seulement confrontés à des expériences pleines de joies et de fureurs, de développements et de régressions. Parmi les questionnements, deux me paraissent indispensables. Comment empêcher le déferlement des soudards étatiques dévastant des lieux de vie où la gratuité s’accorde mal avec le principe du profit ? Comment éviter qu’une société, qui prône l’autonomie individuelle et collective, laisse se reconstituer en son sein la vieille opposition entre des gens de pouvoir et une base trop peu confiante en ses potentialités créatrices ?

Pourquoi faut-il aller au-delà du virilisme et du féminisme (ni patriarcat ni matriarcat) ? Et qu’entendez-vous par l’instauration de la « prééminence acratique de la femme » ?

Le piège du dualisme, c’est qu’il empêche le dépassement. Je n’ai pas lutté contre le patriarcat pour que lui succède un matriarcat, qui est la même chose à l’envers. Il y a du masculin chez la femme et du féminin chez l’homme, voilà une gamme assez ample pour que la liberté du désir amoureux y module à loisir. Ce qui me passionne chez l’homme et chez la femme, c’est l’être humain. On ne me fera pas admettre que l’émancipation de la femme consiste à accéder à ce qui a rendu le mâle si souvent méprisable : le pouvoir, l’autorité, la cruauté guerrière et prédatrice. Une femme ministre, chef d’État, flic, affairiste ne vaut guère mieux que le mâle qui l’a tenue pour moins que rien.

En revanche, il serait temps de s’aviser qu’il existe une relation entre l’oppression de la femme et l’oppression de la nature. Elles apparaissent l’une et l’autre lors du passage des civilisations préagraires à la civilisation agromarchande des États-cités. Il m’a semblé que la société qui s’esquisse aujourd’hui devait, en raison d’une nouvelle alliance avec la nature, marquer la fin de l’antiphysis (de l’antinature) et, partant, reconnaître à la femme la prépondérance acratique, c’est-à-dire sans pouvoir, dont elle jouissait avant l’instauration du patriarcat. (J’ai emprunté le mot au courant libertaire espagnol des acrates.)

Pourquoi considérez-vous que l’intellectuel est « un poète qui se renie » et vaines les controverses intellectuelles (du post-structuralisme au féminisme, du survivalisme à l’animalisme) ?

La poésie, c’est la vie. L’intellectuel se glorifie d’une fonction aussi aliénante que la fonction manuelle — toutes deux issues du travail et de sa division. Aux prises avec le corps, dont il dompte les pulsions au lieu de les affiner, il est un esprit dont les idées, si intéressantes qu’elles puissent être, sont coupées du vivant et de cette intelligence sensible qui émane de nos pulsions vitales. Les idées « concoctées par la tête » nourrissent une intelligence abstraite qui ne se départit jamais du pouvoir qu’elle entend exercer sur le corps et sur le corps social.

Qu’est-ce qui vous permet de penser qu’une fois l’âge de l’autogestion de la vie advenu, les problèmes (rapport de domination de toutes sortes, maltraitance animale, misogynie identitarisme, etc.) seront résolus (« la commune révoque le communautarisme », etc.) ? En quoi l’émergence d’un nouveau style de vie mettrait à l’abri de l’égoïsme, du pouvoir et des préjugés ?

Rien n’est jamais acquis mais la conscience humaine est un puissant moteur de changement. Lors d’une conversation avec le « sous-commandant insurgé » Moisés, dans la base zapatiste de La Realidad, au Chiapas, celui-ci expliquait : « Les Mayas ont toujours été misogynes. La femme était un être inférieur. Pour changer cela, nous avons dû insister pour que les femmes acceptent d’exercer un mandat dans la “junte de bon gouvernement”, où sont débattues les décisions des assemblées. Aujourd’hui, leur présence est très importante, elles le savent et il ne viendrait plus à un homme l’idée de les traiter de haut. » On a toujours identifié le progrès au progrès technique qui, de Gilgamesh à nos jours, est gigantesque. En revanche, si l’on en juge par l’écart entre la population des premières cités-États et les peuples aujourd’hui soumis aux lois du profit, le progrès du sort réservé à l’humain est, tout aussi incontestablement, infime. Peut-être le temps est-il venu d’explorer les immenses potentialités de la vie et de privilégier enfin le progrès non de l’avoir mais de l’être.

En quoi le zapatisme est-il l’une des tentatives les plus réussies de l’autogestion de la vie quotidienne ? Et le zadisme est-il un zapatisme ?

Comme le disent les zapatistes : « Nous ne sommes pas un modèle, nous sommes une expérience. » Le mouvement zapatiste est né d’une collectivité paysanne maya. Il n’est pas exportable, mais il est permis de tirer des leçons de la nouvelle société dont il tente de jeter les bases. La démocratie directe postule l’offre de mandataires qui passionnés par un domaine particulier proposent de mettre leur savoir à la disposition de la collectivité. Ils sont délégués, pour un temps limité, à la « junte de bon gouvernement » où ils rendent compte aux assemblées du résultat de leurs démarches. La mise en commun des terres a eu raison des conflits, souvent sanglants, qui mettaient aux prises les propriétaires de parcelles. L’interdiction de la drogue dissuade l’intrusion des narcotrafiquants, dont les atrocités accablent une grande partie du Mexique. Les femmes ont obtenu l’interdiction de l’alcool, qui risquait de raviver les violences machistes dont elles furent longtemps victimes. L’Université de la terre de San Cristóbal dispense un enseignement gratuit des métiers les plus divers. Aucun diplôme n’est délivré. Les seules exigences sont le désir d’apprendre et l’envie de propager partout son savoir. Il y a là une simplicité capable d’éradiquer la complexité bureaucratique et la rhétorique abstraite qui nous arrachent à nous-mêmes à longueur d’existence. La conscience humaine est une expérience en cours.

La question suivante et sa réponse ont été supprimées, sans me consulter, dans le journal publié le 31 août 2019.

Est-il possible de sortir de la spirale des violences ?

Il faut poser la question au gouvernement et lui rappeler le propos de Blanqui : « Oui messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres, les riches l’ont voulu ainsi, ils sont en effet les agresseurs. Seulement, ils considèrent comme action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend s’il est attaqué. » Le projet de Blanqui, qui prône la lutte armée contre les exploiteurs, mérite d’être examiné à la lumière de l’évolution conjointe du capitalisme et du mouvement ouvrier, qui luttait pour l’anéantir.

La conscience prolétarienne aspirant à fonder une société sans classe a été une forme transitoire dont l’histoire a revêtu la conscience humaine à une époque où le secteur de la production n’avait pas encore cédé la place à la colonisation consumériste. C’est cette conscience humaine qui resurgit aujourd’hui dans l’insurrection dont les gilets jaunes ne sont qu’un signe avant-coureur. Nous assistons à l’émergence d’un pacifisme insurrectionnel qui, avec pour seule arme une irrépressible volonté de vivre, s’oppose à la violence destructrice du gouvernement. Car l’État ne peut et ne veut entendre les revendications d’un peuple à qui est arraché graduellement ce qui constituait son bien public, sa res publica.

De toute évidence, la dignité humaine et la détermination opiniâtre des insurgés sont précisément ce qui épargne aux escrocs de la République un déferlement de violence qui les frapperait physiquement jusque dans leurs ghettos d’argent sale. Comble d’absurdité, ceux-ci ne trouvent rien de mieux à faire que de prendre pour cible un mouvement qui leur évite un juste retour de manivelle de leurs violences. Ils excitent leurs chiens de garde médiatiques et policiers. Ils éborgnent, ils emprisonnent, ils assassinent impunément. Ils multiplient les provocations, en exhibant sous les yeux des plus démunis leurs signes extérieurs et dérisoires de richesse. Leur souci de récupérer, sinon d’encourager à bon escient les dévastateurs de poubelles et de vitrines, ne démontre-t-il pas qu’ils ont besoin non d’une vraie guerre civile mais de son spectacle, de sa mise en scène ? Comme chacun sait, le chaos est propice aux affaires.

Les dirigeants n’ont d’autre soutien que le profit, dont l’inhumanité les ronge. Ils n’ont d’intelligence que l’argent qui en tient lieu. Ils sont la barbarie dont les insurgés ne cesseront d’annuler la légitimité usurpée.

Privilégier l’être humain, s’organiser sans chef ni délégué autoproclamé, assurer la prééminence de l’individu conscient sur l’individualiste bêlant du troupeau populiste, tels sont pour l’insurrection en cours et pour les populations du globe les meilleurs garants de l’effondrement du système oppressif et de sa violence destructrice.

Le climat se réchauffe, la biodiversité s’érode, l’Amazonie brûle face à la complicité active ou aux pétitions de principe des gouvernements. La lutte contre la dévastation de la nature qui mobilise une large partie de la population (occidentale, mais aussi mondiale) et de sa jeunesse peut-elle être un des leviers de « l’insurrection pacifiste » que vous prônez ?

L’incendie de la forêt amazonienne fait partie du vaste programme de désertification que la rapacité capitaliste impose aux États du monde entier. Il est pour le moins dérisoire d’adresser des doléances à ces États qui n’hésitent pas à dévaster leurs propres territoires nationaux au nom de la priorité accordée au profit. Partout les gouvernements déforestent, étouffent les océans sous le plastique, empoisonnent délibérément la nourriture. Gaz de schiste, ponctions pétrolières et aurifères, enfouissement de déchets nucléaires ne sont qu’un détail en regard de la dégradation climatique qu’accélèrent chaque jour la production de nuisances par des entreprises qui sont près de chez nous, à portée de main du peuple qui en est victime.

Les gouvernants obéissent aux lois de Monsanto et accusent d’illégalité un maire qui interdit les pesticides sur le territoire de sa commune. On lui impute à crime de préserver la santé des habitants. Voilà où le combat se situe, à la base de la société, là où la volonté d’un mieux-vivre jaillit de la précarité des existences.

Dans ce combat, le pacifisme n’est pas de mise. Je veux lever ici toute ambiguïté. Le pacifisme risque de n’être qu’une pacification, un humanitarisme prônant le retour à la niche des résignés.

Par ailleurs, rien n’est moins pacifique qu’une insurrection, mais rien n’est plus odieux que ces guerres menées par le gauchisme paramilitaire et dont les chefs s’empressent d’imposer leur pouvoir au peuple qu’ils se vantaient d’affranchir.

Pacifisme sacrificiel et intervention armée sont les deux termes d’une contradiction à dépasser. La conscience humaine aura progressé de façon appréciable lorsque les tenants du pacifisme bêlant auront compris qu’ils donnent à l’État le droit de matraque et de mensonge chaque fois qu’ils se prêtent au rituel des élections et vont choisir, selon les libertés de la démocratie totalitaire, des représentants qui ne représentent qu’eux-mêmes, plébisciter des intérêts publics qui deviendront des intérêts privés.

Quant aux tenants d’une colère vengeresse, on peut espérer que, lassés des jeux de rôles mis en scène par les médias, ils apprennent et s’emploient à porter le fer à l’endroit où les coups atteignent vraiment le système : le profit, la rentabilité, le portefeuille. Propager la gratuité est l’aspiration la plus naturelle de la vie et de la conscience humaine dont elle nous a accordé le privilège. L’entraide et la solidarité festive dont fait montre l’insurrection de la vie quotidienne sont une arme dont aucune arme qui tue ne viendra à bout.

Ne jamais détruire un homme et ne jamais cesser de détruire ce qui le déshumanise. Anéantir ce qui prétend nous faire payer le droit imprescriptible au bonheur.

Utopie ? Tournez la question comme vous voulez. Nous n’avons d’autre alternative que d’oser l’impossible ou de ramper comme des larves sous le talon de fer qui nous écrase.

= = =

Lectures complémentaires:

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018

Manifeste pour la Société des Sociétés

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

L’abbcedaire de Raoul Vaneigem

L’essentiel-et-l’indispensable-de-Raoul_Vaneigem

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

 

Révolution sociale: la parole aux anarchistes iraniens et afghans (CNT)

Posted in actualité, altermondialisme, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 2 septembre 2019 by Résistance 71

Nous avions dit que nous republierions cet article entretien avec des compagnons anarchistes iraniens et afghans. Le voici ci-dessous. Il est important car c’est une des premières fois que la parole leur est donnée pour diffusion internationale.

Nous sommes bien entendu d’accord avec pratiquement tout ce qui y est dit, même si nous serions plus nuancé sur certains points mais là n’est pas la question.

Nous profitons de cette opportunité pour réitérer ce que nous avons déjà dit au fil des ans: En ce qui nous concerne, il n’y a pas et ne peut pas y avoir de solutions au sein du système, donc le mot d’ordre est et demeure: “A bas l’État (quel qu’il soit), à bas la marchandise, à bas l’argent et à bas le salariat” dans la mise en place de la société des sociétés réconciliée des antagonismes diviseurs induits qui bloquent l’évolution de la société humaine dans un infantilisme politique programmé toujours pour le profit du plus petit nombre.

Ceci dit, toute analyse géopolitique des évènements passés, actuels et futurs (si tant est qu’ils demeurent de nature étatico-capitaliste) ne peut se faire que dans le contexte des états en conflit permanent au service de la dictature marchande. Toute analyse ou tentative d’analyse ne peut se faire que dans ce cadre jusqu’au démantèlement de cette fumisterie criminelle planétaire.

Ce que dit le compagnon anarchiste iranien de Chomsky, pourrait par extension s’appliquer à nous, bien que notre position soit bien plus claire que celle de ce dernier. Entendons-nous bien, nous ne sommes ni “pro-iranien”, ni “pro-russe” ou autre, nous ne défendons aucun état ni aucune politique à terme oppressive et mortifère envers les peuples, nous nous contentons d’observer et d’analyser dans un contexte étatique pour l’heure incontournable mais définitivement sur le déclin, les faits, les mouvements impérialistes occidentaux (les agresseurs depuis des siècles) et contre-mouvements défensifs du reste du monde (les agressés et opprimés depuis des siècles) dans un contexte géopolitique planétaire de la dictature marchande en perpétuel mouvement. Nous essayons de rétablir un certain équilibre contre la propagande quotidienne émise par les merdias occidentaux pour faire valoir la position de l’empire dominant dans son entreprise de conquête perpétuelle.

Ce qui est de plus en plus clair est que l’empire est en phase de métamorphose pour sa survie et qu’il est en train d’intégrer la Chine pour parvenir à étendre la dictature totale à l’échelle planétaire et doit absorber tout le Moyen-Orient dans son giron pour la maîtrise énergétique des hydrocarbures. En cela l’Iran est un obstacle, comme l’est le Venezuela en Amérique du Sud, leurs peuples pris dans le tourbillon des évènements. La réalité profonde que nous devons atteindre pour parachever notre humanité est l’union des peuples en lâchant-prise des antagonismes diviseurs dont les religions, les institutions, les états en sont les catalyseurs pour e triomphe (et la chute) du grand capital. Ce qui nous ramène à notre formule plus-haut:

“Il n’y a pas de solutions au sein du système, ne saurait y en avoir… A bas l’État, la marchandise, l’argent et le salariat ! Vive les communes libres confédérées au sein d’une société des sociétés !… » Pour comprendre cela il faut lâcher prise des préjugés et cesser de se laisser manipuler…

~ Résistance 71 ~

Les Anarchistes d’Iran et d’Afghanistan à propos de la menace de guerre entre les USA et l’Iran

 

Par CNT le mercredi 31 juillet 2019, 18:05 – IRAN/AFGHANISTANLien permanent

 

En tant qu’anarchistes, quelle analyse faites-vous de la menace de guerre entre les États-Unis et l’Etat Iranien ?

Au moment où nous écrivons cette réponse, un drone américain a été ciblé par la République islamique. Il est donc très difficile pour nous tous, anarchistes, de fournir une analyse uniforme. Nous ne pouvons que prédire ce qui se passera, car nous ne pouvons pas observer ce qui se passe en coulisse entre les États et de nombreuses autres questions.

Seules des hypothèses différentes peuvent être considérées et évaluées. Votre question est la suivante: en tant qu’anarchiste, quelle est notre analyse de la menace de guerre entre ces deux États? Pour commencer, les anarchistes sont naturellement opposés aux guerres d’État, mais l’effet de cette opposition sur les guerres d’État est un autre problème. Nous resterons toujours anti-guerre. La guerre des gouvernements est au service des gouvernements et du capitalisme, et le peuple iranien doit s’efforcer de se débarrasser de cette guerre et de ces conflits destructeurs, d’avoir sa propre armée noire et son infanterie en guerre et sa propre ligne de conduite indépendante.

Il ne faut pas oublier qu’une grande partie du peuple iranien attend l’affaiblissement de la République islamique pour dissoudre la dictature et la théocratie au pouvoir en Iran. Nous, les anarchistes, serons aux côtés du peuple et dans la rue et ferons tout ce que nous pourrons faire pour la révolution et la chute de la République islamique. La population iranienne a vécu la guerre dévastatrice de 8 ans entre l’Iran et l’Irak.

Malheureusement de nombreuses personnes consentent à la guerre menée par les États-Unis contre le gouvernement iranien, car elles pensent que c’est le seul moyen possible de se débarrasser de la République islamique perverse. Bien qu’ils sachent que la guerre détruira toutes les infrastructures, ils affirment que le bilan de la République islamique au cours des quarante dernières années n’a été rien de moins qu’une guerre: elle a pillé les richesses du pays, détruit son environnement, ses lacs et ses zones humides et a plongé le peuple iranien dans la pauvreté et la misère. Elle a exécuté plus de 100 000 personnes et il y a plus de 8 millions de réfugiés iraniens à travers le monde.

Vous avez critiqué la défense du régime iranien par certains gauchistes occidentaux au nom de l’«anti-impérialiste». Comment les révolutionnaires peuvent-ils s’opposer efficacement à la fois au fascisme de l’État iranien et à l’intervention impérialiste ?

La critique anti-impérialiste de gauche étatiste et absolutiste cible uniquement l’impérialisme américain. En ce qui nous concerne nous sommes plus ouverts que certains soi-disant anarchistes ou communistes tels que Noam Chomsky ou Slavoj Zizek, qui défendent la République islamique d’Iran.

Le silence de ces intellectuels sur les crimes de la République islamique qui répriment le peuple iranien et la répression sévère contre les anarchistes, sur les crimes de la République islamique contre les immigrés, en particulier les immigrés afghans (qui sont privés de leurs droits fondamentaux et ont été envoyer se faire massacrer pendant la guerre en Syrie contre la promesse d’obtenir des permis de résidence temporaire en Iran) et la répression des femmes, des travailleurs et des étudiants, ce silence est inacceptable. En fait, Chomsky et ses semblables ne disent rien sur la République islamique parce que c’est un État qui semble s’opposer à l’impérialisme américain. Si on leur présente le choix entre le gouvernement au pouvoir en Iran et le peuple iranien, ils choisiront le pouvoir.

C’est une tragédie, car le pouvoir et l’autorité qui se sont cristallisés au sein du gouvernement iranien les a conquis et fascinés, et le sort du peuple iranien n’a aucune importance pour eux. Au lieu de toujours s’opposer au pouvoir et de défendre la liberté individuelle et la liberté collective, ils sont fascinés par le pouvoir et oublient tant la liberté que à l’opposition à la domination exercée par le gouvernement iranien. Au lieu de cela, ils examinent cette contradiction majeure à travers la théorie marxiste et non sur la base de la liberté et de l’anarchisme libertaire.

Quels mouvements et personnalités révolutionnaires historiques sont particulièrement inspirants ou pertinents pour votre mouvement actuel en Iran et en Afghanistan?

L’échec du communisme d’État à l’échelle mondiale, d’une part, et les développements politiques infructueux en Iran et en Afghanistan, d’autre part, ont amené les jeunes à s’orienter vers des alternatives libérales et libertaires qui leur étaient nouvelles. L’internet, des artistes anarchistes et des activistes anarchistes à l’étranger ont contribué à ce processus. Puisque nous sommes des militants anarchistes, les individus et les mouvements révolutionnaires proches de notre tendance nous intéressent le plus. Mais si nous devions en nommer quelques-uns, nous inclurions la Commune de Paris de 1871, la guerre civile espagnole, les ouvriers anarchistes de Chicago, les marins de Kronstadt, l’Armée noire et Nestor Makhno, Emiliano Zapata, Dorothy Day, l’AANES (Administration Autonome de la Syrie du Nord et de l’Est (1)) et Abdullah Öcalan, les zapatistes du Chiapas, des anarchistes japonais, Bakounine, Emma Goldman, Louise Michel et Camillo Berneri.

Votre site Web a publié des articles sur la mort de Lorenzo Orsetti et la répression des anarchistes indonésiens le 1er mai. Souhaitez-vous commenter ces deux moments importants pour le mouvement anarchiste au niveau international ?

Jusqu’à présent,de nombreux combattants internationaux ont été tués en Syrie alors qu’ils combattaient pour l’AANES et principalement dans la guerre avec l’Etat Islamique. Beaucoup d’entre eux étaient nos compagnons anarchistes internationaux, dont Lorenzo Orsetti. Nous avons toujours essayé d’identifier les combattants internationaux qui étaient des anarchistes, qui se battaient pour nos idéaux en commémorant ces camarades, en les présentant à notre public.

Nous soulignons que les anarchistes sont des idéalistes sans prétentions et qu’ils sont pour la plupart anonymes et uniquement connus sous l’appelation de Combattants internationaux. Les plates-formes dominantes d’information utilisent cela pour dissimuler délibérément la présence anarchiste et n’annonce cette présence que par inadvertance.

Bien sûr, cela n’a aucune importance pour les anarchistes car ils ne se sont pas battus pour le pouvoir ou la renommée, mais pour l’action révolutionnaire. Comme vous le mentionnez, les combattants anarchistes au Rojava et la présence d’anarchistes en Indonésie sont deux moments historiques importants. Il est très important de noter ces moments historiques et notre responsabilité est de les mettre en valeur. Nous soulignons la nature révolutionnaire des anarchistes en attirant l’attention sur nos camarades tombés au combat et en encourageant les plus jeunes à se radicaliser.

Quelle est l’évolution de la situation du prisonnier anarchiste Soheil Arabi ?

Le prisonnier anarchiste Soheil Arabi a été emprisonné dans le quartier 9 du quartier 1, dans la prison de Grand Téhéran. Il purge actuellement sa peine de onze ans d’emprisonnement. Il a entamé une grève de la faim pour protester contre les conditions déplorables régnant dans la prison, notamment le comportement violent des autorités pénitentiaires, la propagation de la toxicomanie chez les prisonniers, le manque d’entretien et d’approvisionnement des prisons, les aveux forcés à l’aide de matraques et de tazers,la non séparation des prisonniers selon les crimes, l’absence d’hébergement adéquat et d’installations sanitaires, le déni du droit aux traitements médicaux et les infestations de punaises et de poux.

La grève de la faim s’est produite parce que les autorités pénitentiaires ont ignoré les demandes répétées de Soheil de remédier aux conditions de détention dans les prisons. Pendant sa grève de la faim, Soheil Arabi a été transféré au dispensaire de la prison du Grand Téhéran le 20 juin 2019, après que son état de santé se soit gravement détérioré.

Farangis Mazloum, la courageuse mère de Soheil Arabi, a été arrêtée à son domicile à Téhéran le lundi 22 juillet 2019 par huit membres des forces de sécurité. Elle a été transférée dans un lieu inconnu. depuis on sait qu’elle a été en… Le camarade anarchiste Soheil Arabi aurait dû être libéré l’année dernière, mais il a de nouveau été jugé l’année dernière en octobre et condamné à une nouvelle peine de trois ans. Après avoir été torturé et battu, il n’a pas été envoyé à l’hôpital malgré une blessure à l’aine et un nez cassé.

Récemment, un prisonnier politique de 21 ans, Alireza Shir Mohammad Ali, qui était fils unique, a été délibérément assassiné par deux autres prisonniers avec un couteau dans la même prison. C’est l’une des méthodes utilisées par l’État iranien pour éliminer physiquement les prisonniers. Nous sommes inquiets pour le compagnon Soheil, car il n’y a pas de sécurité dans les prisons de la République islamique.

Bien sûr, outre Soheil, il y a plusieurs prisonniers anarchistes dans les prisons iraniennes. Le 1er mai 2019, cinquante participantes à une manifestation du 1er mai, parmi lesquelles des militantes, Neda Naji, Marzieh Amiri, Anisha Asadollahi et Atefeh Rangriz, ont été arrêtées et arrêtées par les forces de sécurité et n’ont pas été libérées. Il y en a d’autres que nous ne pouvons pas nommer pour des raisons de sécurité

Comment êtes vous organisés, quelles sont vos activités ?

Les anarchistes d’Iran et d’Afghanistan ont des activités clandestines qui ne peuvent pas être partagées à l’extérieur en raison des conditions de sécurité très dangereuses, de sorte que la police secrète iranienne ne sait pas comment combattre les organisations anarchistes et ne sait pas où nous opérons. Si nous rendons publiques notre organisation, nos campagnes et nos secteurs d’activité, alors l’État iranien concentrera ses institutions de sécurité sur nous et essaiera de nous attirer dans des pièges.

Le 28 décembre 2017, il y a eu une vague de manifestations pendant dix jours dans plus de 100 villes d’Iran (Tazāhorāt-e Hezār-e Sisad-e Navad-e Shesh-e Irān). Les agences de sécurité ont compris que les personnes s’organisaient sans leadership. De fait elles se trouvaient débordées et se sont senties en danger. Bien sûr, lorsque nous avons commencé nos activités il y a 10 ans 5 ans ?, les institutions de sécurité se sentaient également en danger car , car depuis 1979, elles avaient su réprimer toute l’opposition en Iran et la faire taire aux yeux de la population. Pendant ces trois décennies de répression continue de 1979 à 2009, il est compréhensible qu’aucune politique n’attirait plus les jeunes et les femmes. Les courants politiques des partis d’opposition traditionne… n’attirent pas les jeunes et les femmes, qui connaissent bien leurs idées et leurs structures.

Le régime a donc été choqué par l’émergence de ce nouveaux courant jeune et inédit, l’anarchisme. D’une part ce courants inédit dans la culture politique iranienne a été accueilli favorablement par les jeunes, les femmes et les travailleurs, et d’autre part, le régime lui-même n’avait aucune connaissance de cette nouvelle pensée politique, de ses principaux objectifs, et comment elle se propage.

Pour cette raison, nous et d’autres militants politiques avons posé les questions suivantes: que ferait le régime pour contrer la propagation de l’anarchisme dans la société? Et quelles méthodes d’oppression vont-ils utiliser pour réprimer les anarchistes? Le temps que les réponses à ces questions émergent et se révèlent au fil du temps, les agences de sécurité avaient créé un faux mouvement anarchiste, de fausses pages internet pour chercher à détruire le mouvement anarchiste et à pousser les adolescents et les jeunes dans la direction souhaitée par l’État.

Selon vous, quelles questions pourraient percoler dans les sociétés en Iran et en Afghanistan qui pourraient rendre les gens plus réceptifs et intéressés par l’anarchisme ?

En Iran et en Afghanistan, les sujets sensibles sont le patriarcat, la religion, la liberté individuelle limitée, le manque de justice sociale, l’effondrement écologique et l’extinction de nombreuses espèces animales et végétales, la théocratie et le manque d’opposition révolutionnaire alternative. L’anarchisme est attrayant parce qu’il met l’accent sur l’importance de la liberté individuelle et anti-religieuse radicale, de l’émancipation des femmes, de la protection des animaux et de l’environnement, de l’opposition à toute hiérarchie et de l’opposition à l’autorité, qui sont des éléments essentiels pour la société iranienne. et attirent fortement l’attention des gens.

Comment les anarchistes d’autres régions du monde peuvent-ils agir de manière solidaire avec le mouvement iranien et afghan ?

Nous pouvons dire que jusqu’à présent, les anarchistes d’autres régions du monde ont très bien soutenu le mouvement anarchiste en Iran et en Afghanistan et ont partagé nos luttes à travers des entretiens et des traductions volontaires d’entretiens sur leurs propres sites Web dans différentes langues. Nos camarades anarchistes ont soutenu Soheil Arabi et d’autres actions que nous ne pouvons pas mentionner pour des raisons de sécurité. Parce que nous sommes tous anarchistes, nous avons un intérêt profond pour le mouvement anarchiste mondial et dans l’immensité du monde. Notre éventail de luttes est vaste et tous les anarchistes sont confrontés à de nombreuses luttes anarchistes. Cependant, ils font tout ce qu’ils peuvent pour le mouvement anarchiste en Iran et en Afghanistan. En tout état de cause, la lutte se poursuit et toutes les formes de soutien anarchiste du mouvement anarchiste international continueront.

À long terme, comment pensez-vous que les anarchistes peuvent établir des liens plus forts au niveau international pour soutenir les mouvements révolutionnaires d’une manière qui ne soit pas simplement réactive aux crises ou à la répression?

Aujourd’hui, le mouvement de gauche et le mouvement communiste sont confrontés à une crise existentielle, ils ne sont pas fortement présents au niveau international ni dans les luttes internationales, ils ont largement perdu leur caractère révolutionnaire et militant. Même la gauche parlementaire et même les libéraux sont confrontée à cette crise existentielle. Mais les anarchistes ne sont pas confrontés à cette situation et n’ont pas perdu leur caractère révolutionnaire tout en sachant rester pragmatiques.

Partout le monde, le moindre petit groupe anarchiste reçoit le soutien de l’ensemble du mouvement anarchiste international, comme par exemple en Syrie, où plusieurs centaines d’anarchistes internationaux sont tombés dans la lutte contre l’Etat islamique aux côtés des FDS.

Oui, nous pensons aussi qu’à long terme, les anarchistes peuvent créer des liens internationaux plus solides pour soutenir les mouvements révolutionnaires à l’étranger. Ils ne devraient pas seulement être impliqués dans les luttes quotidiennes et devraient se confronter, comme nous, beaucoup d’autres tendances et mouvements politiques populaires. Telle est la nature même révolutionnaire et honnêtes des anarchistes : leur pragmatisme et l’importance qu’ils investissent dans les luttes internationales constituent le fondement du soutien pratique des mouvements révolutionnaires.

Le point important suivant est que les anarchistes de différentes régions du monde communiquent les uns avec les autres par le biais de leurs sites Web et de leurs courriels pour partager des nouvelles les uns sur les autres, ce qui signifie qu’ils ont une vision du monde politique plus large et plus réelle, et qu’ils apprennent vite les problèmes des luttes afin de pouvoir soutenir rapidement leurs pairs internationaux.

Enfin, nous pensons que l’alternative anarchiste a plus de chance de survenir dans des sociétés telles que l’Iran et l’Afghanistan, qui sont des dictatures religieuses ou des gouvernements religieux avec une dictature patriarcale, que dans les sociétés dans lesquelles l’anarchisme a une histoire vieille de plusieurs siècles.

(d’après un interview des anarchistes d’Iran et d’Afghanistan pour l’AMW)

 

Gilets Jaunes: Brève revue de la 3ème Assemblée des Assemblées de Montceau-les-Mines des 28-30 juin 2019

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés with tags , , , , , , , , , , on 23 juillet 2019 by Résistance 71

 

Brève relation sur  la 3ème assemblée des assemblées de Montceau-les-Mines (28-29-30 juin) 

 

par un mandaté du rond-point des Vaches 

de St.-Etienne-du-Rouvray banlieue sud de Rouen  

 

Juillet 2019

  

Un grand chapeau bas aux Gilets Jaunes du Magny et de la région pour cette 3ème ADA. Toutes les critiques que nous pouvons émettre sur l’organisation ou le fonctionnement ne réduiront aucunement ce retour de sympathie que nous leur adressons fraternellement. 

  Rappelons les six axes de réflexion proposés aux 250 groupes pour 650 environ mandatés et observateurs G.J et travaillés en groupes, avec quelques commentaires succints. 

1 Le référendum d’initiative partagée.

   Il concerne la non privatisation des Aéroports de Paris. Il y a eu ici une unanimité pour la tenue du RIP ce qui demandera donc une très forte mobilisation. 

2 Doit-on et/ou peut-on sortir du capitalisme ?

   La synthèse finale de cet axe semblait ne pas correspondre aux discussions lors des débats des groupes sur ce sujet. Aussi certains ont décidé de la refaire, ce qu’ils ont entrepris le dimanche matin près de votre serviteur qui s’occupait d’un stand pour distribuer l’affiche « le briseur de chaines de l’arène social ». Les trois « G.J » qui s’activaient à l’écriture se sont focalisés sur le rappel de la définition du capitalisme dans un langage marxeux, pas une seule fois je ne les ai entendus parler du  travail des groupes de réflexion qu’ils étaient censés synthétiser. Bigre ces trois là refaisaient le monde avec fébrilité ! Pour les taquiner j’ai demandé à une des rédactrices une seule phrase pour définir le capitalisme, elle m’a répondu immédiatement : « c’est la surexploitation de l’homme par l’homme ». Dans cette époque de confusionnisme j’aurais pu lui faire remarquer idiotement son manque de féminité mais j’ai préféré lui rétorquer sérieusement que l’on retrouvait cette surexploitation à Athènes au Vème siècle avant J C et que ce n’était pas encore le capitalisme. Aïe aïe aïe ! Corriger la copie ! Nous verrons plus loin comment a été accueillie leur prose. Je note cependant que la plupart ne connaissent pas  ou ne comprennent pas la meilleure critique positive de Marx, jamais réfutée à ma connaissance,  celle de J.- P. Voyer  dans son livre de 1976 : « Une Enquête sur la nature et les causes de la misère des gens » éd Anonymes  (voir à partir du 2ème chapitre : Confidential report)(1) et je me range avec humilité aux cotés des G.J du Magny pour lesquels cette question les laisse encore « perplexes, divisés et méfiants ». Nous ne sommes pas obsédés par le but, nous construisons notre chemin… Et j’ai de plus en plus de mal à supporter les relents méphitiques des idéologies politico-religieuses !

(1) disponible sur le site :http://leuven.pagesperso-orange.fr/ rubrique : « publication ».

3 Les assemblées citoyennes locales. 

  Ce terrain d’expérimentation intéresse beaucoup les G.J des zones rurales et péri-urbaines avec lesquels j’ai pu discuter : terrain prêté par le maire ou un paysan, bâtiment quelquefois… J’en profite pour saluer tous les G.J que j’ai rencontrés, ceux du Gard,  du  Morvan, , de l’Aude, de Lot-et-Garonne, de Metz… et le très sympathique Nico de  Dieppe, mon  compagnon de voyage.

4 Occuper le terrain. 

   Comment assurer notre visibilité puisque c’est précisément là-dessus que nous sommes combattus. Diverses opérations ont donc été discutées (Tour de France cycliste, fête du 14 juillet…)

5 Les ada, assemblée des assemblées. 

Comment renforcer, améliorer cette assemblée. Notons d’abord qu’il est fort dommage que l’ appel de Commercy (chapeau bas aussi aux G.J de là-bas pour le travail effectué) du 26 janvier pour la première assemblée des assemblées s’est adressé à des comités populaires locaux (sic !) autrement dit à  des groupes ou collectifs qui n’avaient absolument pas l’expérience de vie, le vécu relationnel des G.J des ronds-points ou de ceux qui, trop éloignés, les accompagnent dans leurs opérations. La porte était grande ouverte pour ceux qui apprécient de débattre confortablement assis sur le « vivre ensemble », grande ouverte pour confondre Gilets Jaunes et soutiens aux Gilets Jaunes(1). La 3èmè ADA ne fait que confirmer cette présence ennuyeuse des « G.J » de centre ville que l’on remarque vite par le style laborieux du langage militant ou de l’activisme lourdingue (évidemment je connais des G.J de centre ville qui ont un grand savoir-vivre mais la tendance dominante est à la lourdeur !) 

(1) cf http://laviedesidees.fr/La-banlieue-jaune.html et surtout les articles sur les Gilets Jaunes sur le site https://collectiflieuxcommuns.fr/ qui a accepté de publier notre courte thèse : « Des différences – comportementales, psychologiques-sociologiques-financières entre Gilets Jaunes péri-urbains et « Gilets Jaunes » du centre ville à Rouen »  

6 Les convergences. 

Quatre groupes composaient cet axe de réflexion. C’est en participant à un de ces groupes que l’idée m’est venue, grâce à deux Gilets Jaunes, de remplacer le terme « convergence » par « alliance » et de préciser l’apport de notre mouvement comme « protection et avancée du bien commun » plutôt que « défense de l’intérêt général » dans les futures alliances. Là aussi on a eu droit en plénière à la vieille chanson de cette gauche faussement appelée radicale que l’on retrouve dans les centres des villes   importantes  avec l’appel soporifique du « blocage total du pays » par un jeune emporté alors que les racineux sont les G.J ruraux et péri-urbains.  Si un jour une paralysie réelle des activités gagne le pays ces miltants pseudo-radicaux penseront en être la cause par leurs incantations répétées mille fois et plaquées à chaque mouvement. Indécrottables !

Une précision importante pour les lecteurs :

Après la discussion d’un groupe, deux ou trois personnes effectuent une synthèse écrite. Cette synthèse devrait retourner au groupe qui peut s’en satisfaire, l’amender ou la refondre. A défaut de retour l’esprit vivant de chaque groupe se perd souvent dans la synthèse. De plus quand vous avez 4 groupes pour un thème donc quatre synthèses, que celles-ci ne font pas retour et vont former une synthèse globale, on comprend pourquoi  cette  synthèse globale paraît indigeste à tous ceux qui ont participé au thème.

Quelques anecdoctes très peu croustillantes

Mini pression de groupes de « G.J »   lors de  la déclamation sur l’axe 2 « doit-on et /ou peut-on sortir du capitalisme ? » où la conclusion « il faut détruire le capitalisme »  a été applaudie par certains en scandant « révolution ». Hélas ! La destruction du capitalisme n’implique pas l’établissement d’une société fraternelle et les cendres des staliniens, anti-capitalistes d’Etat bien connus, ont du virevolter de plaisir dans leurs urnes. Aussi applaudissements et scansion n’ont pas pris l’envol escompté, la très grande majorité des G.J attendant avec sérénité que le silence revienne !

Mini pression de groupes de « G.J »  lors de la déclamation sur l’axe 6 « convergence » où la conclusion « blocage total du pays » a été applaudi par certaines en scandant  « anticapitaliste ». Hélas encore ! « le blocage total du pays » n’implique pas l’établissement d’une société fraternelle et les cendres des staliniens, anticapitalistes d’Etat bien connus, ont du virevolter de plaisir dans leurs urnes. Aussi applaudissements et scansion n’ont pas pris l’envol escompté, là encore la très grande majorité des G.J attendant avec sérénité que le silence revienne !  

Ces deux mini-pressions ont été surtout l’oeuvre de « G.J » de centre ville (on les reconnaît vite au fait que la plupart ne portent pas la tunique d’or, la chasuble de l’espoir !), « G.J » pseudo-intellos ou activistes. Attention, je ne divise pas, c’est une simple question d’honnêteté ! C’est une question d’expérience vécue et il importe de reconnaître les différences plutôt que de les dénier.

C’est une majorité des mêmes qui conspuèrent une mandatée qui avait eu le tort de se montrer trop insistante dans son groupe de réflexion pour que les manifs soient déclarées. La pauvrette a versé quelques larmes devant ces manqueurs de savoir-vivre, ces petits insolents, vite fait bien fait réprimandés par les organisatrices et réduits au silence.

Alors que je sortais quelques minutes de la plénière pour fumer une clope, je me suis retrouvé avec un jeune homme et deux femmes. Je ne sais plus comment la discussion est venue sur F. Boulo. Je disais au jeune que s’il voulait être mandaté, François pouvait l’être puisqu’il était G.J, celui-ci me rétorqua « c’est un homme de pouvoir ». Je lui répondis que « ce n’est pas parce qu’il passe dans les médias que c’est un homme de pouvoir, pour l’instant c’est un homme d’influence ». Alors il se raidit et répliqua « c’est un homme de pouvoir, je ne discute pas » et rentra dans la salle. Ce bouffon confond radicalité et impertinence ! Montpellier-centre je crois, vous voyez là encore un centriste, un nombriliste. Certains priment l’organisation, d’autres le savoir-vivre c’est la différence qui crée la différence !

Le véritable apport de l’ada : les recontres entre Gilets Jaunes – un exemple pratique

La décence commune, chère à Orwell et repris par J.C. Michéa dans son essai « le complexe d’Orphée » ed Champs essais, autrement dit la triple obligation de « donner, recevoir, redonner », constitue le socle de toutes les relations humaines. L’ordre néo-libéral vise à déraciner totalement cette manière de communiquer son humanité et encourage officiellement la cupidité, la trahison ou le cynisme pour encourager les parvenus. L’idéal de ces gens là ne nous intéressent pas ; l’égoïsme borné, le mauvais je, le je sans nous, le moi-je qui ne reconnaît pour « autre » que son ombre sauf quand il est en danger et appelle au-secours c’est bon pour les trous du cul ! Le président d’ici qui ne sera pas toujours président en est le parfait exemple ! Le fondement anthropologique de la décence commune se prolonge par le savoir-vivre et le bon sens si appréciés de tous les peuples. Ce sont ces trois manières de faire et de penser qui nous amènent à critiquer la notion de « convergence » et à lui substituer l’ « alliance », le concept enfin trouvé qui réunit l’idée et le réel : 

  Le mouvement des G.J ne peut converger avec les luttes syndicales ou les combats des partis politiques puisque dès le commencement il s’est auto-organisé, auto-constitué et auto-défini en défiance vis à vis des syndicats et des partis. Converger signifie se diriger vers un point commun, tendre au même résultat. On saisit immédiatement l’intérêt de parvenir à circonscrire le mouvement des G.J comme composante dans une convergence pour les syndicats et les partis, les trois rivières confluant dans le même fleuve de telle sorte que notre mouvement se dilue jusqu’à ce qu’il disparaisse. Ce confusionnisme nous le dénonçons et nous opposons la clarté, l’honnêteté qui ici consiste à nommer « alliance » les rapports que nous envisageons avec les travailleurs, syndiqués ou non. Quant aux partis qu’ils convergent donc entre eux. S’allier à un partenaire c’est s’engager mutuellement en sachant que les buts de chaque partenaire sont reconnus différents. Créer un pacte d’alliance c’est poser un échange. Ainsi les G.J soutiennent toutes les revendications partielles de travailleurs syndiqués ou non, par exemple sauvegarder leur emploi menacé, augmenter leur salaire, dénoncer un manque d’effectifs, etc… En échange de notre soutien actif, de notre engagement dans leurs luttes nous leur apportons notre contribution pour la protection et l’avancée du bien commun dans le secteur dans lequel ces salariés turbinent. Nous leur demandons donc de prendre en considération ce que pensent et formulent les G.J, cette partie du peuple qui donne le ton, qui fait l’histoire. Et voici, citoyennes et citoyens, un exemple concret avec la grève des urgentistes :

AUX URGENTISTES EN GREVE 

   Nous, G.J du rond-point des vaches de St Etienne du Rouvray de la banlieue sud de Rouen, nous sommes directement concernés par vos revendications qui concernent le manque crucial d’effectifs et de moyens. D’ailleurs nous vous sommes reconnaissants d’avoir assisté les G.J éborgnés, défigurés, déglingués (547 blessés 

fin mai dont 244 au visage). Nous saluons aussi les 35 ophtalmologistes qui ont écrit à celui qui est encore appelé « président » (il ne le sera pas ad vitam aeternam n’est-ce-pas !) pour dénoncer les LBD. Vous tous urgentistes vous avez été témoins de cette violence inouïe et disproportionnée voulue par le gouvernement pour rendre invisible notre mouvement (visage –  visible – viser – même racine latine de visus, part. passé de videre, voir) et vous avez été témoin de la falsification des faits par Castaner. En échange de notre soutien actif nous vous demandons de prendre en considération ces pensées concernant la politique de la santé exprimées par bon nombre de G.J :

1 Nous sommes opposés à la fermeture des hôpitaux de proximité qui ne peut que surajouter de l’anxiété, du stress voire de l’angoisse à des personnes déjà fragilisées par la pénétration douloureuse de l’argent dans tout ce qui existe et par la multiplication des taxes à leur encontre.

2 Nous sommes opposés et voulons un vrai débat sur la survaccination des nourrissons imposée par le lobby pharmaco-chimique uniquement pour son profit.

3 Nous sommes opposés et voulons un vrai débat sur la manière dont s’effectue la mise sur le marché des médicaments. « 80% des médicaments mis sur le marché ne servent à rien » écrit le professeur Even, président de l’Institut Necker et coauteur du rapport sur le système de contrôle des médicaments.

4 Nous sommes opposés et voulons un vrai débat sur ce cataclysme des maladies iatrogènes car le cabinet du médecin se change le plus souvent en supermarché. Le chiffre de 150.000 personnes rendues malades tous les ans par les médocs est un minimum (voir l’étude EMIR conduite par le réseau des centres régionaux de pharmaco-vigilance). Plus de 10.000 décès par an, les chiffres variant de 13.000 à 34.000. A comparer avec les 3500 à 4000 morts par accidents de la route.

5 Nous sommes opposés et voulons un vrai débat sur la surmédication (notamment de nos vieilles et de nos vieux – plus de 115.000 d’entre eux hospitalisés pour iatrogénie en 2011) et aux interventions chirurgicales totalement inutiles, environ 30% (cf Jörg Blech : « Ces traitements dont il faut se méfier » éd : Actes Sud )

6 Nous sommes opposés à la commercialisation du corps des femmes. Les milliards que va engendrer la G.P.A pour les mêmes riches qui détruisent et pillent les nations et qui vont donc contraindre des dizaines de milliers de femmes pauvres à louer leur ventre pour pouvoir subsister et nourrir leur famille.

7 etc… Sur la dictature allopathique instituée par les labos… etc… Pour une recherche réelle sur les effets placebo et nocebo…etc… Hommage à tous les chercheurs qui ont vécu les pires difficultés jusqu’à en perdre quelquefois  la vie face au lobby pharmaco-chimique, pour n’en citer que trois : Dr Semmelweis , Dr Maschi, Dr Beljanski…etc…

Rond-Point des Vaches banlieue sud de Rouen – 17 juillet 2019

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération: