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Discussion au sujet du Manifeste de la Société des Sociétés (suite avec mise à jour)

Posted in actualité, altermondialisme, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 23 octobre 2017 by Résistance 71

Discussion avec Robert Bibeau des 7 du Québec au sujet du Manifeste de la société des sociétés (suite)

 

~ Résistance 71 et Robert Bibeau ~

 

Voir les premiers échanges ici

 

Manifeste de la societe des societes

 

Le 22 octobre 2017, Robert répond à notre dernière intervention:

MANIFESTE

Mais nous sommes d’accord là-dessus, simplement la rareté est induite, artificielle, gérée par une classe qui ne disparaîtra pas économiquement ou en changeant de mode de production… mais qui disparaîtra en faisant disparaître la cause originelle de leur capacité à agir de la sorte: l’exercice du pouvoir hors du corps social, qui en l’occurence ne peut être que coercitif, car personne ne peut y adhérer sciemment. Cette disparition ne peut-être que POLITIQUE en rediluant le pouvoir dans le(s) peuple(s).

En cela, on le dit et on le répète: la solution ne peut pas être ECONOMIQUE, militer pour des réformes économiques ce n’est que pisser dans un violon et l’oligarchie se marre.

Voilà notre différence sans doute irréductible.

Merci des échanges.

P.S: une question qui a un rapport avec ce qu’on dit: pourquoi n’aborde-tu jamais le sujet du génocide autochtone et de l’occupation coloniale de la terre occupée appelée « Canada » ? Y a matière là à argumenter « lutte des classes » non ?…

Fraternellement

@ manifeste

Nous entrons dans du très sérieux du solide.

1) Vous écrivez :  » Mais nous sommes d’accord là-dessus, simplement la rareté est induite, artificielle, gérée par une classe qui ne disparaîtra pas économiquement ou en changeant de mode de production… mais qui disparaîtra en faisant disparaître la cause originelle de leur capacité à agir de la sorte: l’exercice du pouvoir hors du corps social »

2) Je comprends que vous voulez dire que la rareté des marchandises (un concept lourd de sens que ce mot marchandise) dans certaines parties du monde ou dans certains quartiers de la ville est une conséquence des rapports de production dont la propriété des biens. Ainsi il y a suffisamment d’aliments mais plusieurs ne peuvent s’en procurer en Somalie par exemple et dans le quartier Hochelaga à Montréal. NOUS SOMMES D’ACCORD

3) La capacité de ces propriétaires de magasins, de chaine d’alimentation, de terre fermière à agir hors du corps social viendrait du pouvoir politique dites-vous. et tout ce qui l’entoure (État, police, justice, prison, armée, etc) une machine colossale qui fonctionne avec du capital que l’État extirpe à l’ensemble du corp social afin de lui faire payer l’entretien de ses gardes chiournes. Dans ce domaine celui qui possède le plus de biens semble celui qui paie le plus et bénéficie de la plus grande protection pour que rien ne change = le pauvre sans nourriture = et le riche avec des surplus de nourriture

4) Passons en mode supérieure Vous concluez par ceci : « l’exercice du pouvoir hors du corps social, qui en l’occurence ne peut être que coercitif, car personne ne peut y adhérer sciemment. Cette disparition ne peut-être que POLITIQUE en rediluant le pouvoir dans le(s) peuple(s).

5) Nonobstant le fait qu’il est faux « que personne ne peut y adhérer sciemment » (vous me faites pensé au curé de ma paroisse qui ne pouvait imaginer le plaisir du mal) je me pose une question : Quelle force – quelle puissance – parviendra à arracher le pouvoir politique – pacifiquement – à ceux qui bénéficient des largesses du système et qui possèdent les aliments afin de les obliger à donner – distribuer à tous le fruit de leur larcin ou de leur travail, ou de leur exploitation, BIENS qu’ils croient sincèrement leur appartenir ???? Qui? Quand? Comment? cette révolution du pouvoir ARRACHÉS AUX UNS ET REDILUER DANS LA COMMUNAUTÉ

6) Je ne ferai pas de commentaire sur votre concept de peuple gardons en pour plus tard.

7) Étape suivante Vous écrivez ceci : « En cela, on le dit et on le répète: la solution ne peut pas être ECONOMIQUE, militer pour des réformes économiques ce n’est que pisser dans un violon et l’oligarchie se marre. »

8) L’amorce – le commencement – le début de la SOLUTION sera ÉCONOMIQUE ET IL NE PEUT en être autrement. Je vous explique LISEZ attentivement A) Avez-vous remarquer que l’agitation sociale et populaire, de la classe laborieuse, des petits-bourgeois, des peuples comme vous dites s’atténue énormément en temps de prospérité économique, de hausse de salaire, d’abondance ce qui ne signifie pas qu’il n’y a plus de pauvres mais on les soigne mieux et ils sont moins nombreux, on leur donne même des services qu’ensuite l’État (notre bête noire à tous qu’il faudra éradiquer) leur retire quand la crise s’étire et que s’impose pour des motifs ÉCONOMIQUES des POLITIQUES d’austérité

B) Quand la crise ÉCONOMIQUE s’intensifie comme maintenant avez-vous remarquer que les guerres éclates beaucoup plu nombreuses longues et meurtrières, l’agitation sociale s’intensifie, les classes sociales s’agitent, perdent toute éthique, se désagrège moralement, socialement, le banditisme se répand, le terrorisme et la déliquescence du pouvoir politique où on voit des partis engloutis d’autres apparaitre puis disparaitre tout aussi rapidement. La croisière POLITIQUE est en folie parce que le PAQUEBOT ÉCONOMIQUE (moteur, services, essence, etc) est à la dérive

9) Apparemment vous ne me lisez pas souvent si vous me faites le reproche de soutenir les RÉFORMES et les batailles féministes et pour les droits des animaux et autres sornettes. Il y a deux choses que je déteste dans la vie les intellectuels petits-bourgeois pédants et ignorants et les RÉFORMISTES qui voudraient sauver le régime que je veux voir éclater pour le remplaceré

10) Terminons à propos des luttes de résistance de la classe ouvrière pour la défense de ses conditions de vie et de travail. J’APPUIE À 100%. Pourtant je sais que la plupart de ces batailles seront perdues et que celles qui seront gagnés apporteront tout juste un baume temporaire. MAIS c »est à travers cette guerre de tranchée quotidienne que notre classe sociale s’endurcit, prend la mesure de son adversaire, développe des tactiques, reconnait ses leaders écarte les vendus et les traitres et se prépare aux vrais grands affrontement qui sera mondial quand les conditions ÉCONOMIQUES auront fait maturés les conditions POLITIQUES (subjectives) de l’insurrection puis de la RÉVOLUTION.

ps: jE N’ÉCRIS PAS SUR LES AUTOCHTONES parce que JBL 1960 le fait déjà ici avec constance et compétence

Notre réponse à Robert le 23 octobre:

1 & 2: Bon

3- Non, on ne dit pas ça… On dit que la division initiale de la société humaine provient de la sortie du pouvoir et de sa capacité à l’exercer, hors du corps social, de la société constitutée qui jusque là exerçait ce pouvoir de manière consensuelle et de manière non coercitive. Tu nous fais dire par amalgame ce que nous n’avons dit nulle part, désolé. Ce que tu dis en seconde partie de cette argument est juste une fois que préalablement: a) la société se soit divisée politiquement et b) que l’économique existe puis emboîte le pas.

4 et 5: Tu vis dans l’instant. Il est évident qu’aujourd’hui une foule de gens adhère “sciemment” à l’organisation étatique parce que: a) cela fait partie des meubles b) ils n’ont pas le temps de réfléchir à une alternative c) ils sont ignorants et maintenus dans l’ignorance de ce qu’il s’est passé auparavant dans la société humaine au sens large.

Ce que nous disons, c’est que lors de la division politique initiale de la société puis du développement du rapport dominant/dominé, cette nouvelle relation entre les individus a été imposée et maintenue coercitivement… Personne n’y a adhéré sciemment. L’État et les institutions, leur bureaucratie sont imposés depuis le haut de la pyramide, aucune personne n’y a adhéré volontairement, c’est induit et forcé, voilà notre propos.

Nous ne voyons en fait pas un “arrachement” du pouvoir politique à la caste dominante, nous voyons un changement de relation des gens vis à vis des institutions, qu’ils laisseront tomber pour s’associer volontairement et pour agir collectivement selon une relation de complémentarité qui existe déjà mais qui est étouffée et ignorée parce les institutions en place parviennent encore à “convaincre” qu’elles sont la seule alternative au genre humain.

Quant à toi ne vois-tu qu’une alternative violente ? Penses-tu que la seule façon de reprendre le pouvoir est par l’insurrection violente ? et une fois fait… tu préconises quoi ? Comment la société s’organise t’elle ? La dictature du prolétariat ?…

6- à suivre

7, 8 Ce ne sont que des fluctuations effectivement cycliques, dont les cycles sont pilotés par l’oligarchie de la haute finance et tout cela fonctionne dans les cycles d’évolution de T2 (cf  notre métaphore du “big bang antisocial”…). Pour sortir du cercle vicieux il suffit qu’un nombre conséquent de personnes s’organisent et refusent simplement de jouer le jeu truqué depuis le départ. Tout ceci est une création systémique humaine, totalement réversible. Il faut pour cela évidemment, comprendre les rouages et où est la racine réelle de l’affaire. Donc refus d’obéissance aux forces illégitimes du pouvoir, glissement relationnelle vers l’association libre complémentaire, refonte du pouvoir dans le corps social des sociétés menant à un retour à la société égalitaire à pouvoir consensuel non coercitif. L’économique n’aura aucun autre choix que de suivre la nouvelle relation, car l’anomalie anti-naturelle de la “propriété privée” (et non pas la possession), deviendra de facto impossible dans le nouveau paradigme relationnel qui embrassera la complémentarité en lieu et place de l’antagonisme, ans une société du renouveau égalitaire. Nous avons explicitement expliqué cela dans le manifeste. Il ne nous appartient pas d’en énumérer les détails, ce sera aux gens sur le terrain, en fonction de divers facteurs d’établir leur modus operandi.

Il est juste de dire que le “paquebot” économique a pris le pas sur le politique depuis a 1ère révolution industrielle.grâce (ou à cause plutôt) du capitalisme. Comme nous l’avons déjà dit en phase T2, l’analyse économique de Marx est valide, pour en sortir, il faut initier un clone de To soit T’o, où le pouvoir décisionnaire retourne dans le corps social, de là… voir plus haut.

9- parce que toute solution économique n’est que cataplasme sur jambe de bois et donc réformisme futile. C’est sur cette base que nous disons que tu es un réformiste. L’économie est une invention humaine, elle est anti-naturelle par excellence, elle ne peut en aucun cas être la solution. L’économique est à la remorque du politique et non pas l’inverse, même s’il est vrai que l’économique a phagocyté le politique dans une logique interne une fois le système mis en place. Mais toute l’affaire repose sur la compréhension que ce système (l’économie) n’a pas à être mis en place en première instance, on n’en a absolument pas besoin, ce n’est qu’une escroquerie rendue possible par la relation dominant/dominé qui ne provient que de la division politique de la société la faisant passer par erreur de To à T1 dans notre schéma de la “théorie du big bang antisocial”. C’est une anomalie, une métastase du cancer social qui a démarré dès la sortie initiale du pouvoir du corps social.

Vouloir y trouver une solution “économique” c’est traiter le symptôme et non pas la maladie, il faut remonter en amont. C’est toute la finalité de notre manifeste.

10- “défendre ses conditions de vie et de travail” dis-tu, c’est transformer, réformer un système sans le remettre profondément en cause. C’est ce qu’a fait le marxisme depuis le départ. Il bouffe au ratelier du capital et soutient la division de la société. Les batailles seront en majorité perdues parce que lutter pour améliorer son salaire, améliorer ses conditions de travail, c’est toujours acquiescer au dogme de la relation dominant/dominé. On ne s’aguerrit pas en s’épuisant à se cogner la tête contre un mur, on s’abrutit.

Le seul moyen est le refus de jouer le jeu, de mettre à bas toutes les institutions en embrassant les associations libres court-circuitant les rouages étatico-capitalistes (marxistes compris) qui ne font  que maintenir division et rapport dominant/dominé.

Les manifs, les grèves ne servent à rien. Si des syndicalistes veulent être efficaces et faire trembler le système, il faut adopter la tactique des conseils ouvriers italiens de 1920: Grève générale illimitée et expropriatrice. Ceci a fonctionné et aurait pu avoir un sérieux effet boule de neige en Europe et qui les a cassés ? qui les a trahis ? Le PCI et la bourgeoisie italienne amenèrent Mussolini au pouvoir en résultante directe. Cette même alliance s’est retrouvée en Espagne 1936…

La seule ligne insurrectionnelle valide est celle du “A bas l’État, à bas l’argent, à bas l’économie de marché, à bas le salariat !”

Ceci peut-être achevé sans barricades… En refusant de jouer le jeu plus avant et en changeant de relations avec l’institutionnel en le mettant devant le fait accompli de la société des associations libres. La fange tombera comme un fruit trop mûr, seules peut-être quelques poches de morpions seront à sulfater… mais rien de bien méchant… 😉

P.S: Jo fait un super boulot, depuis peu sur les 7 du Québec mais avant elle ?… et après elle ?… Quelle est ta position sur l’entité coloniale de la “couronne” (City de Londres) appelée “Canada” ? Les sociétés autochtones étant par nature “anti-capitalistes”, anti-économiques en fait, elles devraient être une  “priorité” marxiste non ? Ou parce qu’elles sont “précapitalistes” n’existent-elles pas en tant que telles et peuvent-elles être colonisées, assimilées ?…

Fraternellement

Robert Bibeau 23 octobre 2017:

@ Résistance 71

J’ai vraiment l’impression que vous ne lisez pas les commentaires sinon en partant d’un préjugé vous vous dites « TOUS LES MARXISTES DISENT CECI ALORS ROBERT BIBEAU MARXISTE DIT CECI  » et vous enclenchez votre machine préprogrammer de critique passant totalement à côté de mon propos.

EXEMPLE : Vous écrivez « Vouloir y trouver une solution “économique” c’est traiter le symptome et non pas la maladie, il faut remonter en amont. C’est toute la finalité de notre manifeste. »

1) NON je ne cherche pas une SOLUTION ÉCONOMIQUE À LA CRISE ÉCONOMIQUE. Je dis que cette crise économique (que vous la voyez ou non – si vous ne la voyez pas sortez et enqueter dans les quartiers pauvres des villes – chez les amérindiens également) est irréversible – inéluctable et pas du tout le fruit de conspirations des riches qui contrairement à ce que vous pensez aiment la prospérité et la tranquillité et la paix sociale avec eux au sommet de la pyramide politique. La crise économique est inexorable et aucune RÉFORME = JE REDIS AUCUNE RÉFORME – MODIFICATION – DÉCISION POLITIQUE FINANCIÈRE NE PEUT LA STOPPER – L’INVERSER SAUF LA GUERRE NUCLÉAIRE qui remettra le compteur à zéro.

2) Voila pour l’instance économique (je vous ai déjà souligné que vous aviez peu de notions d’économie et que votre définition du concept d’économie diffère énormément du miens d’où les incompréhensions) = Conclusion l’instance économique = l’infrastructure de production des biens et des services) fonctionne selon sa logique propre dont les hommes sont les manoeuvres.

3) J’introduis maintenant l’instance POLITIQUE qui existe effectivement et qui entretient des rapports dialectique avec l’instance économique. Lisez bien CE N’EST QU’AU NIVEAU POLITIQUE QUE LES SOCIÉTÉS HUMAINES POURRONT RENVERSER L’ÉTAT OPPRESSEUR DICTATORIAL BRISER LA SUPERSTRUCTURE CAPITALISTE ET ÉDIFIER UN NOUVEAU MODE DE PRODUCTION QUE MOI J’APPELLE PROLÉTARIEN parce que c’est cette classe sociale qui batira le nouveau et que le mot COMMUNISTE utilisée par Marx est aujourd’hui tellement discrédité que l’on fait fuir les ouvriers juste à dire COMMUNISTE ce mot n’a pas d’importance pour moi RÉVOLUTIONNAIRE A TOUJOURS DE L’IMPORTANCE.

4) pOUR QUE la classe prolétarienne et son fer de lance la classe ouvrière arrache le pouvoir violemment à la classe bourgeoise capitaliste dominante (qui est LE GESTE LE PLUS ÉMINEMMENT POLITIQUE QUI SOIT) et détruire l’État bourgeois des conditions ÉCONOMIQUES SOCIALES ET POLITIQUES ET IDÉOLOGIQUES devront être réunies sinon tout restera en l’État malgré votre manifeste.

5) Inutile de dire que je croit pas du tout à la possibilité que des milliards d’individus (vous rappelez toujours que les premières nations étaient quelques dizaines de millions en Amérique – un milliard d’individus aujourd’hui) délaissent le système et s’auto- organisent en commune hippies ou une communauté de sociétés de sociétés autogérés. Votre foi vaut la mienne. Je base la mienne sur l’observation de l’histoire et de la réalité présente

6) UNE fois la RÉVOLUTION POLITIQUE JE LE RÉÉCRIS POLITIQUE victorieuse tout restera à faire et je n’ai pas l’intelligence ni les connaissances suffisantes pour dire ce que sera cette prochaine société – peut-être la société des communautés de société. Oui, possiblement après la RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE APRÈS LA GUERRE NUCLÉAIRE.

7) MA POSITION SUR LE CANADA et les autochtones ???? La Confédération canadienne et ses traités – lois – y compris les provinces qui sont des répliques du fédéral sont toutes appelées à disparaître à être détruites par la révolution prolétarienne internationaliste et je n’ai pas une seconde de mon temps à perdre pour demander des aménagements – réformes – changements aux traités accords et lois et je chies sur la démocratie bourgeoise dictatoriale au gant de fer.

Je méprise profondément les chefs autochtones qui font leurs mascarades sur la colline parlementaire et viennent quémander l’aumone et des terres et la restitution de droits ou que le gouvernement des riches respecte les traités qu’il ne respectera jamais

Je ne crois qu’au barrage ‘sauvage » que les communautés dressent sur les routes pour exiger tel ou tel chose. Je ne crois qu’au Warrior qui ont bloqué un pont pour stopper les buldozers qui voulaient raser une pinède où reposait le corps de leurs ancêtres etc. Je ne crois qu’a ces communautés qui stoppent par la force les coupeurs d’arbres en Colombie Britannique

Je ne sais pas ce que la Révolution prolétarienne signifiera pour ces communautés pour leur avenir mais normalement le prolétariat (S,IL CONSERVE LA MAINMISE ET LA DIRECTION DE SA RÉVOLUTION) et s’il sait empêcher les intellectuels petits bourgeois de l’usurper – le prolétariat dis-je ne peut qu’être uni au prolétariat autochtone mais pas avec les chefs de clans véreux

Notre réponse du 24 octobre:

1- On te retourne la critique Robert: on ne parle pas de la crise économique présente, on n’en a jamais parlé, elle n’est qu’un avatar de plus dans la supercherie ambiante même si elle affecte des millions de gens, nous compris. Quand on parle de “solution”, ce n’est pas une solution conjoncturelle, mais une solution définitive au marasme que subit la société humaine depuis T1…

On a l’impression d’être dans un dialogue de sourd parfois, tu suis ton idée sans comprendre ou essayer de comprendre ce qu’on dit, mais pour toi, c’est nous qui avons des “idées préconçues”… Fatiguant Robert, fatiguant…

2- Ta notion économique est marxiste, on sait… On ne perd pas de temps sur l’économique (la base est suffisante), car c’est un artifice inutile à la société humaine. La seule façon de voir les choses est sans étiquette de prix, vouloir bouger les choses sans changer cela ne sert à rien du tout.

3- Là on semble très proche l’un de l’autre… câlin ?…

4- mais le prolétariat peut participer à ces conditions en ignorant les institutions et embrassant les associations libres rendant le système caduque et incapable d’exercer sa force de coercition, il suffit de 10 à 15% d’une population, des gens décidés et incorruptibles pour faire basculer une situation. Tu sembles ne considérer que la violence comme moyen d’en finir, nous disons qu’il y en a un autre qui limiterait grandement la violence.

5- Il n’est pas question d’avoir une unanimité de départ, on ne l’aura jamais nous sommes bien d’accord, mais des îlots conséquents s’associant et dont l’organisation modèle fera boule de neige. C’est en cela que les expériences zapatiste (que tu dénigres de manière surprenante pour un “révolutionnaire”), kurdes du Rojava, et sociétés traditionnelles natives de partout et autres sont importantes à soutenir.

6- Donc pour toi, destruction physique d’abord et reconstruction possible après s’il reste des combattants… bien noté. On ne pense pas de cette manière. Question: quelle forme prendra la révolution prolétarienne ? Comment vois-tu les choses se dérouler ? On ne te demande pas quelle société en résultera, mais quelle forme prendra la “révolution prolétarienne” selon toi ?

7- Ok, merci de ces précisions. Nous sommes proches sur ce sujet aussi semble t’il (re-câlin ?..), simplement nous pensons que les populations autochtones de tous les continents colonisés, dans leur organisation organique primordiale qui a perduré jusqu’à nos jours, ont bien des choses à nous apprendre et en cela il serait bon d’intégrer leur vision et certains concepts dans la “révolution prolétarienne”… Elle prendrait une toute autre dimension.

On est comme toi, nous ne savons pas quelle forme celle-ci prendra dans le détail, mais nous pensons qu’elle ne pourra réussir que dans la complémentarité transcendant l’antagonisme, faute de quoi, elle échouera comme toutes les autres tentatives préalables. Nous pensons également que le tsunami de la révolution sociale, une fois enclenché, sera au-delà de la notion de violence, celle-ci sera quasiment inutile.

Fraternellement

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Discussion au sujet du Manifeste de la société des sociétés (avec mises à jour)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 20 octobre 2017 by Résistance 71

Discussion avec Robert Bibeau, journaliste et rédacteur en chef des “7 du Québec” au sujet du “Manifeste de la Société des Sociétés”

 

Octobre 2017

 

Source: 

http://www.les7duquebec.com/7-de-garde-2/manifeste-pour-la-societe-des-societes/

(voir commentaires)

Discussion 2ème partie

 

Manifeste de la societe des societes

 

@ Résistance 71 (17 octobre 2017)

Félicitation pour votre ouvrage bien écrit, documenté, solide. Cependant, je suis personnellement tenant d’une approche différente. Je m’explique.

Vous abordez l’étude des sociétés humaines sous l’angle des rapports sociaux de production ce qui logiquement vous amène très vite à poser LA QUESTION : « Ainsi la question n’est pas d’envisager des sociétés qui seraient avec pouvoir et d’autres sans ; mais de considérer la forme que prend le pouvoir politique inhérent à la société humaine. »

Pour moi c’est comme aborder la construction d’un édifice par le 10e étage en faisant comme si les 9 étages en-dessous n’existaient pas. Ces 9 étages ET LE SOUS-BASSEMENT – DÉTERMINANTS – c’est le mode de production – la façon que l’homme collectivement (pourquoi collectivement justement – le Thyranosaure n’était ni sociable – ni coopératif) a appris à trouver puis produire ce dont il avait besoin pour survivre.

C’est dans ce sous-bassement (les moyens et les forces productives) que vous pourriez trouver les explications aux turpitudes que vous soulignez très justement. Sauf que ces turpitudes sont des conséquences – des résultantes – des variables dépendantes dit-on en statistique – et non comme vous le croyez des tumeurs parasitant le corps social = Elles sont le corps social.

D’où on se retrouve aujourd’hui comme vous le soulignez avec des surplus de marchandises (important d’utiliser le mot MARCHANDISE et tous les concepts qu’il traine avec lui) dans certaines parties du monde et la famine dans d’autres parties du monde.

L’Homme social aurait résout le problème de la production des MARCHANDISES qui lui SONT nécessaires pour survivre en tant qu’espèce mais pas celui de répartir équitablement ces MARCHANDISES pour que chacun reçoive selon ses besoins.

C’est que le mode de production capitaliste actuellement en vigueur a été construit par l’homme mécaniquement de telle sorte que pour atteindre le premier objectif la société aille à l’antipode du deuxième objectif…. la répartition NON PAS ÉGALITAIRE mais selon les besoins de chacun. Ce deuxième objectif social – coopératif solidaire n’est même pas considéré par le système social.

C’est ICI précisément que LA QUESTION DU POUVOIR POLITIQUE = DE LA VIOLENCE D’ÉTAT EN FAIT = SE POSE et pas ailleurs.

Ce qui m’amènerait à introduire le concept central de LUTTE DES CLASSES SOCIALES comme moteur du corps social. Lutte des classes qui nous amène aujourd’hui et maintenant à poser la question du pouvoir politique afin de consciemment – volontairement – impérativement – résoudre le deuxième objectif PUISQUE SOCIALEMENT NOUS POUVONS PRODUIRE PAR NOTRE ACTIVITÉ HUMAINE (préférable au mot TRAVAIL) TOUT CE DONT LA SOCIÉTÉ A BESOIN POUR SE REPRODUIRE – l’objet ultime de la société des sociétés – socialement nous devons fournir à chacun selon ses besoins

Je poursuis ma lecture de votre manifeste camarades.

Merci beaucoup de nous l’avoir offert pour diffusion gratuite.

Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

Vous semblez confondre pouvoir politique – et État et vous demandez « comment est-on passé d’une forme de pouvoir non-coercitif à une forme de pouvoir coercitif dont l’État est le meilleur représentant? »

Mais le pouvoir est par nature coercitif – il use de la coercition ou il n’en use pas

Ainsi vous observez que les guerres sociales sont apparues 10 000 ans avant les Grands États structurés. Mais pas avant le pouvoir politique coercitif – les guerres ont d’ailleurs exigées la création de ces États structurés.

Il a donc une force – une tendance qui explique l’apparition de ces guerres puis l’édification de ces États pour mener ces guerres coercitives.

Ce n’est pas l’État votre bête noire que vous devez découvrir mais quelque chose qui a appelé l’ÉTAT – Détruisant ce quelque chose vous détruirez la cause des guerres et vous détruirez L’ÉTAT qui organise ces guerres (REVOYEZ VOTRE SOUS BASSEMENT ET VOS 9 PREMIÈRES ÉTAGES)

Ici je suis en désaccord avec vous « Y a t’il eu crise entre les possédants et ceux ne possédant pas ? Ce fut certes amplifié par l’avènement du commerce, mais ce n’est pas le commerce qui

l’a créé. En effet, l’économique n’est pas un facteur directeur initial de la

division de la société » Vous avez une mauvaise définition du concept d’économie. Ainsi, bien que ne sachant ni lire ni écrire ou compter IL EXISTAIT UNE ÉCONOMIE DU NÉENDERTALIEN C’est-à dire un procès de production et de répartition des biens (qui n’étaient pas des marchandises – cela viendra avec le capitalisme) dans la tribu qui reconnaissait un chef (un pouvoir) sans ÉTAT il est vrai.

« En clair, l’économique suit le politique, il en est une dérive. La société primordiale organique est une et unifiée, personne n’a plus qu’un autre, personne n’a plus de pouvoir qu’un autre, les décisions…  »

Voici le point de contradiction fondamentale Moi je crois que c’est le contraire exactement le contraire.

« Une fois le pouvoir politique séparé,

il entraîne son avatar économique dans son sillage de division induite. Y a

t’il un mécanisme de passage ? Quel en est le mode de fonctionnement ? »

Au préalable demandez-vous quelle force a permis – a voulu – qu’apparaisse la propriété privée et la séparation du pouvoir politique du corps social ???? Qui, quand, comment, pourquoi, tout cela ???

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique, marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

 -[]- Réponse de Résistance 71 le 19 octobre 2017:

Bonjour Robert et merci d’avoir commenté sur notre manifeste et de l’avoir mis en lien de téléchargement sur les 7 du Québec.

Nous allons répondre en bloc à tes arguments et nous te demandons de bien comprendre qu’il n’y a absolument rien de personnel dans ce que nous allons dire, que ceci ne se rapporte qu’à une analyse systémique (marxiste) qui a été démontrée erronée depuis un bon moment, par toute une branche novatrice de l’anthropologie politique. Il nous est immédiatement apparu évident que nous allions nous mettre les grandes factions catéchistes que sont les néolibéraux et les marxistes à dos avec ce manifeste. C’est le but quelque part aussi, parce qu’il est grand temps de débusquer et d’aplanir les mythes pour se concentrer sur les faits.

Pour bien comprendre notre démarche et notre cheminement réflexif, il est important de lire les ouvrages mentionnés dans la bibliographie attenante au manifeste.

Alors oui, il faut faire la différence entre Marx et le “marxisme”, que Marx se disait à la fin de sa vie “non-marxiste” etc…

Marx et Engels n’ont pas dit que des conneries, c’est évident. Mais le concept du “tout économique”, de la “lutte des classes moteur de l’histoire” est erroné. Marx et Engels n’´étaient pas des anthropologues. De fait leur connaissance en anthropologie était même assez pathétique, mais ils avaient quelques excuses. La discipline à l’époque était peuplée de la secte des sociaux-darwinistes qui pédalaient pour justifier du racisme et de l’exploitation coloniaux et d’ancrer la théorie de la “loi du plus fort” pour justifier “scientifiquement” du rapport dominant/dominé dont leur maîtres payeurs bénéficiaient et bénéficient toujours. De ce fait, le marxisme n’a pas vraiment été une amélioration sur ce point. L’histoire le prouva par la suite. Engels s’est par exemple appuyé sur la “star” de l’époque: Lewis Morgan pour son “étude” sur les Amérindiens dans son “origine de la famille et de l’État”, un Morgan dont l’étude sur les Iroquois, qui fut LA référence sur le sujet pendant plus d’un siècle, ne vaut que pour ses descriptions de la vie quotidienne de ces nations et du folklore attenant. Nous avons ce livre et l’avons lu en anglais, Morgan y réussit “l’exploit” d’écrire un bouquin de 460 pages sans JAMAIS y mentionner le mot de Kaianerekowa (Grande Loi de la Paix), ni le mode de gouvernance de la ligue Haudenosaunee, mais y consacrant une explication au chapitre III (p226 , dans l’édition Citadel Press Book de “The League of the Iroquois” de Lewis H. Morgan), sur le code religieux chrétien de “Handsome Lake”, forfaiture créée pour diviser la ligue iroquoise sur une base religieuse… Cette division persiste toujours de nos jours et a été créée par les chrétiens colonisateurs, dont Morgan était un des chantres et protecteurs par ses “études”. Ce même Morgan encensé par Engels… que dire de plus ?…

L’anthropologie marxiste est pathétique et celui qui l’a le mieux débusqué est l’anthropologue politique français Pierre Clastres (1932-1977), que nous avons sciemment ressorti du placard où marxistes et structuralistes avaient enfermé ses recherches après sa mort prématurée en 1977 dans un accident de la route.

Laissons lui la parole, c’est ce qu’i y a de mieux à faire, il parle ici des recherches des anthropologues marxistes Godelier et Meillassoux (Clastres P., Recherches en anthropologie politique,  Seuil, 1980, publication d’écrits post-mortem):

“A coup de pieds il veut faire entrer dans la société primitive (où elles n’ont que faire) les catégories marxistes de rapports de production, de forces productives, de développement des forces productives, ce pénible langage de bois qu’ils ont sans cesse à la bouche, tout en se cramponnant au structuralisme: société primitive = rapports de parenté = rapports de production. Cékomça. Des spécialistes de l’économie primitive, tels Marshall Sahlins aux Etats-Unis ou Jacques Lizot ici, qui s’occupent d’ethnologie et non de catéchisme, ont établi que la société primitive fonctionne précisément comme machine d’anti-production, que le mode de production domestique opère toujours au dessous de ses possibilités, qu’il n’y a pas de rapports de production parce qu’il n’y a pas de production, car celle-ci est le dernier des soucis de la société primitive. Naturellement Godelier (dont on voit bien ici que son marxisme est exactement de même tabac que celui de son concurrent Meillassoux: ils sont bien les Marx Brothers) ne peut renoncer à la Sainte Production, si non il ferait faillite, il serait au chômage.” (p165)

Puis un peu plus loin p 166 et suivantes, raisonnement d’une importance capitale que ferait bien de lire et d’assimiler tous les marxistes:

“La division sociale en dominants et dominés est, de part en part, politique, elle répartit les Hommes en maîtres du pouvoir et sujets du pouvoir. Que l’économie, le tribut, la dette, le travail aliéné apparaissent comme signes et effets de la division politique selon l’axe du pouvoir, je l’ai assez montré par ailleurs. La société primitive est indivisée parce qu’elle ne comporte pas d’organe séparé du pouvoir politique. La division sociale passe d’abord par la division entre la société et l’organe du pouvoir. Donc toute société non primitive (c’est à dire à dire divisée), comporte, plus ou moins développée, la figure de l’État. […] Le degré ultime [de l’oppression subie] étant atteint par le type de pouvoir que mettent en place fascistes et communistes: là le pouvoir de l’État est total, l’oppression absolue. Mais il demeure irréductible, ce point central: de même que l’on peut penser la société indivisée sans l’absence de l’État, de même on ne peut penser la société divisée sans la présence de l’État. Et réfléchir sur l’origine de l’inégalité, de la division sociale, des classes, de la domination, c’est réfléchir dans le champ de la politique, du pouvoir, de l’État et non dans le champ de l’économie, de la production etc… L’économie s’engendre à partir du politique, les rapports de production viennent des rapports de pouvoir, l’État engendre les classes.

Clastres ensuite remet la pendule à l’heure (p.167):

“Il convient pour y voir clair, de distinguer d’abord la pensée de Marx et le marxisme. Marx fut avec Bakounine, le premier critique du marxisme. La pensée de Marx, c’est un grandiose essai (parfois réussi, parfois raté) de penser la société de son temps (le capitalisme occidental) et l’histoire qui l’avait mise à jour. Le marxisme contemporain, c’est une idéologie au service d’une politique de sorte que les marxistes n’ont rien à voir avec Marx. […] Le marxisme post-marxien, outre qu’il devenait une idéologie dominante du mouvement ouvrier, est devenu l’ennemi principal du mouvement ouvrier, s’est constitué comme la forme la plus arrogante de ce que le XIXème siècle a produit de plus bête: le scientisme. En d’autres termes, le marxisme contemporain s’auto-institue comme LE discours scientifique sur l’histoire de la société, comme le discours qui énonce les lois du mouvement historique, les lois de transformation des sociétés qui s’engendrent les unes à partir des autres. Donc le marxisme peut parler de toutes les sociétés car il en connait le principe de fonctionnement. Mais il y a plus: le marxisme doit parler de tout type de société possible ou réelle, car l’universalité des lois qu’il découvre ne peut souffrir aucune exception ; sinon c’est la doctrine qui d’un bloc s’écroule. Par conséquent, afin de maintenir non seulement la cohérence, mais aussi l’existence même de ce discours, il est impératif pour les marxistes de formuler la conception marxiste de a société primitive, de constituer une anthropologie. A défaut de quoi, il n’y aurait pas de théorie marxiste de l’histoire, mais seulement l’analyse particulière (le capitalisme du XIXème siècle), élaborée par un certain Karl Marx. […] Donc un seul poids, une seule mesure. Quelle est la mesure marxiste des faits sociaux ? C’est l’économie ; le marxisme est un économisme. Il rabat le corps social sur l’infrastructure économique, le social c’est l’économique. C’est pourquoi les anthropologues marxistes, bien obligés, plaquent sur le corps social primitif  ce qui, pensent-ils, fonctionne ailleurs: les catégories de production, de rapports de production, de développement des forces de production, d’exploitation, etc, etc. Au forceps comme dit Adler. […] A la réalité des faits sociaux, les marxistes substituent l’idéologie de leur discours. Meillassoux, Godelier et consorts, qui sont-ils ? Ce sont des Lyssenko des sciences humaines. […] Pour eux, la société primitive n’existe que dans la mesure où on la rabat sur cette figure de la société apparue à la fin du XVIIIème siècle, le capitalisme. Avant cela, rien n’existe, rien ne compte, tout est précapitaliste… Résultat: pour le marxisme en général, ce qui mesure la société, c’est l’économie et pour les ethno-marxistes qui vont encore plus loin, ce qui mesure la société primitive, c’est la société capitaliste. Cékomça…”

Voici comment on pourrait schématiser la chose: Nous appelons çà “la théorie du big-bang antisocial”:

A To [Tzéro] nous avons la société primordiale (on n’aime pas le terme de “primitive” des anthropologues pour qui cela veut dire “première” du latin “primere”, mais pour le commun des mortels, ça veut dire “sauvage inférieur” donc on évite…) sous communisme primordial, à la chefferie sans pouvoir et au pouvoir non coercitif, puis le pouvoir sort du corps social et se constitue en entité séparée auto-proclamée à T1, à T2 les rapports économiques jusque là inexistants, emboitent le pas et consolident le pouvoir en place et la division générée.

En clair, ce qui rend possible la propriété privée, c’est la relation politique dominant/dominé préalablement établie par la sortie du pouvoir du corps social pour se concentrer aux mains d’un petit nombre (ou d’une personne dans le cas d’une société minimaliste clanique). Le marxisme, issus de Marx met la charrue avant les bœufs, parce que comme le dit Clastres, sans cette relation causale inventée, Marx ne peut pas expliquer les sociétés primordiales, sa théorie tombe à l’eau.

Par contre son analyse du capital tient la route dès que sont enclenchés les rouages économiques, eux-mêmes des inventions humaines et en rien universels. L’analyse de Marx tient la route en T2, mais ne peut pas expliquer T1 et encore moins To…

Vois-tu la finalité de l’affaire ?… Si on veut en sortir, faut faire tomber les mythes. Penser que les rapports sociaux ont leur cause dans l’économique et donc chercher des solutions économiques au problème social est erroné, c’est totalement faire fausse route.

Là réside toute la finalité de notre manifeste.

Franchement lis Clastres, Jaulin, Lizot, Sahlins, leurs recherches sont des antidotes à tous les catéchismes inféodés aux pouvoirs, comme l’est le marxisme et oui une certaine catégorie de l’anarchisme nous le savons pertinemment et ne sommes pas dupes. Nous lisons occasionnellement tes interventions et nous considérons que tu n’es plus très loin du “lâcher-prise” du catéchisme marxiste. En fin de compte, nous avons le même objectif, nous différons par les moyens d’y parvenir. Historiquement, la fange léniniste, trotkiste, staliniste, maoïste et une certaine régression dans le castrisme, a toujours pédalé pour l’État et le pouvoir oppresseur des peuples, ces entités ont œuvré parfois de concert avec les pires fascismes comme lors de la révolution sociale espagnole, pour étouffer et réprimer les véritables élans émancipateurs populaires. Le temps est venu de mettre toute cette pourriture dans les poubelles de l’histoire, avec le capitalisme, l’État et la cause de tout çà: la division politique de la société.

Il nous faut retourner à la croisée des chemins et cette fois prendre le bon virage. Notre manifeste n’est qu’explicatif, la praxis doit s’en suivre.

Merci de nous a voir lu jusqu’au bout.

Fraternellement à toi

R71

Mise à jour du 20 octobre 2017:

@ RESISTANCE 71

1) MERCI POUR VOTRE RÉPONSE.

2) Dommage que votre sectarisme et votre dogmatisme vous aient interdit de publier cette réponse ici même pour faciliter le suivi pour les lecteurs.

3) tranchons tout de suite la question de Marx, et du marxisme – tel que présenté par les dogmatiques sectaires de la go-gauche (la liste est trop longue pardonnez-moi).

4) Je hais les dogmatiques et les sectaires se disputant à coup de citations et de références bibliques (ce que vous avez fait en partie dans votre réponse). Je me CHRIST de savoir si Marx a écrit ceci ou cela – pareil pour Engels et Lénine et Staline et les autres….

5) J’observe le monde qui m’entoure (donc je n’observe pas les sociétés primitives – premières que je ne peut voir et ausculter) et je me fais une idée à partir de mon bagage de connaissance. Si un marxiste a dis la même chose que moi = bravo = s’il a dit le contraire = tant pis j’en ai rien à foutre.

6) UN EXEMPLE Les luttes de libérations nationales qui me passionnent bien plus que les sociétés du Néolithique que je ne peut observer OR les nationalismes je les voit ils me dérangent la vie avec leur chauvinisme. ET bien c’est par mes propres observations que j’en suis venu à contester TOTALEMENT la dogmatique LÉNINISTE CHAUVINE sur cette question. Pas en lisant un anarchiste opposé aux léninismes – un dogmatisme n’est pas meilleur qu’un autre.

7) Ma seule et UNIQUE préoccupation = contribuer même minimement à la RÉVOLUTION POUR LA CONSTRUCTION D’UN NOUVEAU MODE DE PRODUCTION. point barre

8) J’AIME DONC CETTE CITATION :

“Il convient pour y voir clair, de distinguer d’abord la pensée de Marx et le marxisme. Marx fut avec Bakounine, le premier critique du marxisme. La pensée de Marx, c’est un grandiose essai (parfois réussi, parfois raté) de penser la société de son temps (le capitalisme occidental) et l’histoire qui l’avait mise à jour. Le marxisme contemporain, c’est une idéologie au service d’une politique de sorte que les marxistes n’ont rien à voir avec Marx. […] Le marxisme post-marxien, outre qu’il devenait une idéologie dominante du mouvement ouvrier, est devenu l’ennemi principal du mouvement ouvrier, s’est constitué comme la forme la plus arrogante de ce que le XIXème siècle a produit de plus bête: le scientisme. En d’autres termes, le marxisme contemporain s’auto-institue comme LE discours scientifique sur l’histoire de la société, comme le discours qui énonce les lois du mouvement historique, les lois de transformation des sociétés qui s’engendrent les unes à partir des autres. Donc le marxisme peut parler de toutes les sociétés car il en connait le principe de fonctionnement.  »

9) CEPENDANT je pense toujours que la classe ouvrière est l’avenir de l’homme et j’ai besoin de cette « foi » pour me pousser à continuer à lutter pour le changement radical.

10) un conseil camarade : passer moins de temps à réétudier les sociétés primitives – du passé – et étudier la société contemporaine – actuelle – présente – sous vos yeux que nous pouvons transformer – le Néolithique c’est terminé même si c’était le paradis sur terre. Nous sommes 7 milliards à souffrir ne l’oubliez pas

Bravo pour votre travail colossale. Vous méritez notre admiration

11) Je reviendrai sur d’autre point plus tard.

Réponse de Résistance 71

@Robert Bibeau

Merci de continuer l’échange.

Nous répondrons ici point par point, certains pouvant être regroupés:

1, 2, 3 et 4: Bravo pour çà, on a déjà dit que tu étais un marxiste engagé sur une voie de “dégagement”, ce qui est tout à ton honneur. Mais tu es un marxiste revendiqué donc le catéchisme, même “réformé” est toujours en filigrane, ce que tu prouves dans les points suivants. 😉

5- Mais nous aussi nous observons le monde qui nous entoure et de fait sa compréhension ne peut se faire qu’en en ayant une vision historique panoramique, d’où la nécessité de remonter à ses origines pour en comprendre le fonctionnement et ce qui est parti en vrille à un moment donné. Comme expliqué plus haut, le problème marxiste sur ce point réside dans cette arrogance à ignorer le passé qui ne l’arrange pas et qu’il ne peut pas expliquer. Désolé Robert, mais l’histoire de l’humanité ne commence pas au néolithique avec un prolongement capitaliste depuis le XVIIIème siècle. Il y a un enchaînement causal que le marxisme et sa doxa refusent de considérer parce que la théorie marxiste ne peut pas expliquer To et T1 comme vu plus tôt. Ta critique des marxistes est juste, tu devrais donc commencer à t’en démarquer afin d’éviter la confusion. En te revendiquant marxiste, tu t’exposes à être mis dans le même panier que ceux que tu critiques finalement et à juste titre…

6- Ce qui se passe aujourd’hui n’est que résurgence cyclique. Le monde reste dans le cercle vicieux du pouvoir coercitif étatique parce que jusqu’à présent, très rares sont ceux qui ont adressé le problème fondamental, radical de ce marasme: la division politique de la société et surtout la récurrence de l’antagonisme comme moteur du déséquilibre. Refuser d’analyser la société humaine dans son ensemble est un dogmatisme Robert. Balayer d’un revers de la main ce qu’on ne croit pas être utile à la compréhension actuelle des choses ne fait qu’obscurcir les choses et les limiter. Saucissonner l’histoire pour n’en prendre que ce qui arrange une vision politique des choses n’est-il pas un dogmatisme ?…

7- Ce n’est pas un “nouveau mode de production” qui sauvera l’humanité, mais un changement radical de l’organisation politique. Une redilution du pouvoir dans les peuples, qui repassera de facto en mode de pouvoir non coercitif et nous ajoutons, le demeurera indéfiniment dès lors que nous embrasserons le concept de complémentarité pour remplacer l’antagonisme qui est prévalent et le fut également dans les sociétés primordiales. De là, tout comme “l’économique” a suivi le politique dans la division initiale avec plus ou moins de délai selon les sociétés et leur avancement, il suivra de nouveau le politique pour retrouver l’essence de sa fonction, celle de disparaître.

8- Au moins çà !?!

9- Qu’entends-tu par “classe ouvrière” ? Celle des ouvriers d’usine ou plus généralement celle des travailleurs, donc des prolétaires comprenant toux ceux qui n’ont rien d’autre que leur force de travail à vendre, c’est à dire 99% de l’humanité ? Le discours marxiste à ce sujet, émanant du “Manifeste du parti communiste”, est particulièrement énervant: seuls les ouvriers sont “révolutionnaires”, les paysans sont de sales “réacs”. Les bourgeois Marx et Engels oublient toujours que sans la bouffe et l’intendance, on crève de faim sur les barricades… Mais il est vrai que ces deux acolytes ne rêvaient pas de lutte radicale mais de saisir le pouvoir par les urnes en bons larbins du système qu’ils étaient. A ce titre, il est évident que la question sociale peut, doit, être ramenée à la question agraire. De plus la conscience politique a été quasiment anéantie par plus d’un demi siècle de société de consommation, embourgeoisant et divisant plus avant ceux qui n’ont pas encore été remplacés par “l’armée de réserve du capital” qu’est l’immigration forcée en amont par les guerres impérialistes de l’occident dominant et arrogant.

10. Un conseil compañero, passe plus de temps à lire et comprendre ce qu’il s’est passé en amont du dogme marxiste, de sa frontière historique auto-établie. Pour comprendre le monde et la société, il faut aller en zone interdite… C’est parce que nous sommes 7 milliards et quelques à souffrir que nous avons écrit ce manifeste, afin de peut-être pouvoir envisager une tangente au cercle vicieux qui nous restreint et nous rend fous.

Nous te référons à ce sujet au sublime film d’Andrei Tarkovsky “Stalker” (1979), qui nous invite à explorer la “zone”, bien entendu interdite par le gouvernement oppresseur de la société invoquée. Il est évident que les périodes paléo et néolithiques sont terminées, merci de nous l’avoir rappelé et notre manifeste établit clairement qu’il n’est pas question de courir après ce passé, mais d’en utiliser sa connaissance pour faire avancer notre conscience politique. En refusant de le faire, tu ne fais que mutiler la tienne. La “zone” est là à explorer et on n’a pas besoin d’un “stalker” pour l’explorer…

Allez Robert, take a walk on the wild side… 😉

Au plaisir de te lire.

Fraternellement

R71

Manifeste de la societe des societes

Manifeste de la Société des Sociétés (Résistance 71)

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Résistance 71

15 octobre 2017

 

Nous vous présentons notre réflexion politique pour un changement radical de paradigme politique et mettre fin à la mascarade criminelle de la gouvernance étatico-capitaliste qui arrive au bout du bout du banc… Nous laisserons notre lectorat absorber et analyser cette réflexion collective en demeurant silencieux pendant quelques temps… Nous répondrons néanmoins à tous commentaires et tous courriels sur le sujet. Bonne lecture et n’hésitez pas à nous contacter. Merci à Jo de JBL1960 pour la mise en page sobre et efficace du pdf.

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Avant-propos du Manifeste de la société des sociétés

Inégalité galopante, division exacerbée, exploitation sans fin des ressources humaines et naturelles, destruction environnementale exponentielle, oppression, répression, guerres sans fin, terrorisme piloté par les états, pauvreté matérielle, intellectuelle et culturelle, parodies et illusions démocratiques, cirque politique, gouvernance oligarchique, éradication des libertés au profit d’une illusoire sécurité, mensonges et falsifications en tout genre, contrôle et censure de l’information, assujettissement à la marchandise, à l’argent roi et autres turpitudes économico-sécuritaires, sont non seulement les fondations de notre société moderne, mais aussi sont devenus la norme et le standard si peu critiqué d’une organisation humaine qui, depuis quelques décennies ne fait plus que tourner de plus en plus rapidement autour du siphon du tout-à-l’égoût du grand oubli.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Était-ce… Est-ce inéluctable ? Est-ce le résultat d’une évolution ? Où va la société humaine ? D’où vient-elle ? Y a t’il une solution ?…

Pour tenter de répondre à ces questions et quelques autres inhérentes, nous vous proposons un bref historique de la société humaine de son aube à aujourd’hui, analysé d’un point de vue socio-politique. Notre analyse, fruit de plusieurs années d’étude et de réflexion individuelles et collectives au moyen d’une littérature abondante alimentant une pensée critique, ne s’embarrassera ni de citations ni de références dans le texte. Nous publions en toute fin, une bibliographie essentielle mais non-exhaustive de ce qui nous a aidé à formuler le présent manifeste, que nous avons désiré être le plus succint et direct possible afin qu’il n’en soit que plus éclairant.

Ce cheminement nous amènera à communément définir le terme de “société”, de comprendre les différentes phases de son existence au cours de l’histoire pour entrevoir le chemin d’une transformation radicale de celle-ci ayant pour but ultime l’émancipation de la société des contraintes induites à dessein pour maintenir la division, outil essentiel de maintien du consensus du statu quo oligarchique en vigueur depuis déjà bien trop longtemps. Nous verrons aussi comment la société à venir, société des sociétés, n’a pas à être inventée, mais être recomposée des expériences passées et adaptée à notre monde dont la technologie doit servir à en faciliter le fonctionnement et non pas l’entraver comme c’est actuellement le cas dans le modèle politico-social sclérosé nous écrasant.

Lire la suite ici…

Manifeste de la societe des sociétés (PDF gratuit à télécharger)

Resistance politique: Léon Tolstoï, politique et religion (version pdf)

Posted in actualité, altermondialisme, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 7 octobre 2017 by Résistance 71

Résistance 71

7 octobre 2017

Jo de JBL1960 a compilé un très beau PDF des cinq textes de Léon Tolstoï que nous avons récemment publiés, à lire et diffuser sans aucune modération.

Leon_Tolstoi_Politique_et_Religion

 

Resistance politique: Idées sur l’organisation sociale (James Guillaume)

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“La révolution anarchiste est aujourd’hui la révolution naturelle, celle qui ne peut pas se laisser dériver ou confisquer par des groupes, factions ou partis, classes ou autorités.”

~ López Arangó ~

“Pour les anarchistes, la révolution sociale est l’ultime instrument collectif des opprimés contre la structure économique et sociale exploiteuse et hiérarchisée sous laquelle nous sommes forcés de vivre. C’est le seul moyen par lequel le vieil ordre peut-être déplacé. Un ou des compromis avec le capitalisme et la collaboration avec l’État par le processus parlementaire, ne peuvent servir qu’à institutionnaliser la misère, l’injustice et la violence dans le sens le plus large.”

~ Stuart Christie ~

Quand on lit ce texte essentiel de James Guillaume datant de la seconde moitié du XIXème siècle, on ne peut que se dire que la technologie de la société actuelle ne pourrait (ne devrait..) que se prêter et favoriser cette vision des plus réalistes de l’émancipation sociale.

De fat, il est plus que vraisemblable qu’une fois totalement libéré de la dictature du profit et de l’oligarchie, science et technologie retrouveront enfin la voie de la créativité sous une nouvelle impulsion humaine définitivement émancipatrice.

Le capitalisme n’est en rien un progrès, mais une entrave à la créativité de l’Homme, retirez l’étiquette de prix, le profit et l’imbécilité crasse de la “concurrence” et vous enlevez les deux pieds du frein qui bloque l’humanité dans son élan progressiste réel.

Une fois de plus, avec cette excellente analyse de James Guillaume, l’anarchie montre la direction à emprunter pour sortir de la spirale infernale dans laquelle est enfermée l’humanité pour le seul profit du plus petit nombre. Rien n’est inéluctable, sauf la mort.

~ Résistance 71 ~

 

Lectures connexes: L’anarchie pour la jeunesse , Appel au Socialisme (PDF)

 

Idées sur l’organisation sociale

 

James Guillaume (1877)

 

I. — Avant-propos

La réalisation des idées contenues dans les pages qu’on va lire ne peut s’obtenir qu’au moyen d’un mouvement révolutionnaire.

Ce n’est pas en un jour que le flot grossit au point de rompre la digue qui le contient ; l’eau monte par degrés, lentement ; mais, une fois qu’elle a atteint le niveau voulu, la débâcle est soudaine, et la digue s’écroule en un clin d’œil.

Il y a donc deux faits successifs, dont le second est la conséquence nécessaire du premier : d’abord, la transformation lente des idées, des besoins, des moyens d’action au sein de la société ; puis, quand le moment est venu où cette transformation est assez avancée pour passer dans les faits d’une manière complète, il y a la crise brusque et décisive, la révolution, qui n’est que le dénouement d’une longue évolution, la manifestation subite d’un changement dès longtemps préparé et devenu inévitable.

Il ne viendra à l’esprit d’aucun homme sérieux d’indiquer à l’avance les voies et moyens par lesquels doit s’accomplir la révolution, prologue indispensable de la rénovation sociale. Une Révolution est un fait naturel, et non l’acte d’une ou de plusieurs volontés individuelles : elle ne s’opère pas en vertu d’un plan préconçu, elle se produit sous l’impulsion incontrôlable de nécessités auxquelles nul ne peut commander.

Qu’on n’attende donc pas de nous l’indication d’un plan de campagne révolutionnaire ; nous laissons cet enfantillage a ceux qui croient encore à la possibilité et à l’efficacité d’une dictature personnelle pour accomplir l’œuvre de l’émancipation humaine.

Nous nous bornerons à dire brièvement quel est le caractère que nous désirons voir prendre à la révolution, pour éviter qu’elle ne retombe dans les errements du passé. Ce caractère doit être avant tout négatif, destructif. Il ne s’agit pas d’améliorer certaines institutions du passé pour les adapter à une société nouvelle, mais de les supprimer. Ainsi, suppression radicale du gouvernement, de l’armée, des tribunaux, de l’Église, de l’école, de la banque et de tout ce qui s’y rattache.

En même temps, la Révolution a un côté positif : c’est la prise de possession des instruments de travail et de tout le capital des travailleurs.

Nous devons expliquer comment nous entendons cette prise de possession.

Parlons d’abord de la terre et des paysans.

Dans plusieurs pays, mais particulièrement en France, les bourgeois et les prêtres ont cherché à tromper et à effrayer les paysans, en leur disant que la Révolution voulait leur prendre leurs terres.

C’est là un indigne mensonge des ennemis du peuple. La Révolution veut faire tout le contraire : elle veut prendre les terres des bourgeois, des nobles et des prêtres, pour les donner à ceux des paysans qui n’en ont pas.

Si une terre appartient à un paysan, et que ce paysan la cultive lui-même, la Révolution n’y touchera pas. Au contraire, elle en garantira la libre possession, et l’affranchira de toutes les charges qui pesaient sur elle. Cette terre qui payait l’impôt au fisc, et qui était grevée de lourdes hypothèques, la Révolution l’émancipera comme elle émancipe le travailleur : plus d’impôts, plus d’hypothèques ; la terre est redevenue libre comme l’homme.

Quant aux terres des bourgeois, des nobles, du clergé, aux terres que le pauvre peuple des campagnes a cultivées jusqu’à ce jour pour ses maîtres, celles-là, la Révolution les reprend à ceux qui les avaient volées, elle les rend à leurs propriétaires légitimes, à ceux qui les cultivent.

Comment la Révolution fera-t-elle pour enlever la terre à la bourgeoisie, aux exploiteurs, et pour la donner aux paysans ?

Jusqu’à présent, quand les bourgeois faisaient une Révolution politique, quand ils exécutaient un de ces mouvements dont le résultat était seulement un changement de maîtres pour le peuple, ils avaient l’habitude de publier des décrets, annonçaient au pays la volonté du nouveau gouvernement ; le décret était affiché dans les communes, et le préfet, les tribunaux, le maire, les gendarmes le faisaient exécuter.

La Révolution vraiment populaire ne suivra pas cet exemple ; elle ne rédigera pas de décrets, elle ne réclamera pas les services de la police et de l’administration gouvernementale. Ce n’est pas avec des décrets, avec des paroles écrites sur du papier, qu’elle veut émanciper le peuple, mais avec des actes.

II. — Les paysans

Nous examinerons, dans ce chapitre, la manière dont doivent s’organiser les paysans pour tirer le plus de profit possible de leur instrument de travail, la terre.

Au lendemain de la Révolution, voici dans quelle position se trouveront les paysans : les uns, qui étaient déjà petits propriétaires, conservent le morceau de terrain qu’ils cultivaient et qu’ils continuent à cultiver seuls avec leur famille. D’autres, et c’est le plus grand nombre, qui étaient fermiers d’un grand propriétaire, ou simples manœuvres à la solde d’un fermier, se sont emparés en commun d’une vaste étendue de terrain, et doivent la cultiver en commun.

Lequel de ces deux systèmes est le meilleur ?

Il ne s’agit pas ici de faire de la théorie, mais de prendre pour point de départ les faits, et de rechercher ce qui est immédiatement réalisable.

Nous plaçant à ce point de vue, nous disons d’abord que la chose essentielle, celle pour laquelle la Révolution a été faite, est accomplie : la terre est devenue la propriété de celui qui la cultive, le paysan ne travaille plus au profit d’un exploiteur qui vit de ses sueurs.

Cette grande conquête obtenue, le reste est d’ordre secondaire ; les paysans peuvent, si c’est leur volonté, partager le terrain en lots individuels et attribuer à chaque travailleur un lot ; ou bien au contraire mettre le terrain en commun et s’associer pour le cultiver. Cependant, quoique secondaire par rapport au fait essentiel, à l’émancipation du paysan, cette question de la meilleure forme à adopter pour la culture et pour la possession du sol mérite aussi d’être examinée avec attention.

Dans une région qui aura été peuplée, avant la Révolution, de paysans petits propriétaires ; où la nature du sol sera peu propice à des cultures étendues ; où l’agriculture en est encore restée aux procédés de l’âge patriarcal, où l’emploi des machines est inconnu ou peu répandu — dans une région semblable, il sera naturel que les paysans conservent la forme de propriété à laquelle ils sont habitués. Chacun d’eux continuera à cultiver son terrain comme par le passé, avec cette seule différence, que ses valets d’autrefois (s’il en avait) seront devenus ses associés et partageront avec lui les fruits que leur travail commun aura fait produire à la terre.

Toutefois il est probable qu’au bout de peu de temps, ces paysans restés propriétaires individuels trouveront avantageux pour eux de modifier leur système traditionnel de travail. Ils se seront d’abord associés pour créer une agence communale chargée de la vente ou de l’échange de leurs produits : puis cette première association les conduira à tenter d’autres pas dans cette même voie. Ils feront en commun l’acquisition de diverses machines destinées à faciliter leur travail ; ils se prêteront une aide réciproque pour l’exécution de certaines corvées qui se font mieux quand elles sont enlevées rapidement par un grand nombre de bras ; et ils finiront sans doute par imiter leurs frères, les travailleurs de l’industrie et ceux des grandes cultures, en se décidant à mettre leurs terres en commun et à former une association agricole. Mais s’ils s’attardent quelques années dans l’ancienne routine, si même l’espace d’une génération entière devait s’écouler, dans certaines communes, avant que les paysans y prissent le parti d’adopter la forme de la propriété collective, il n’y aurait pas à ce retard d’inconvénient grave ; le prolétariat des campagnes n’aurait-il pas disparu, et au sein même de ces communes restées en arrière, y aurait-il autre chose qu’une population de travailleurs libres, vivant dans l’abondance et la paix ?

Par contre, là où de grands domaines, de vastes cultures occupent un nombre considérable de travailleurs, dont les efforts réunis et combinés sont nécessaires à la mise en œuvre du sol, la propriété collective s’impose d’elle-même. On verra le territoire de toute une commune, quelquefois même celui de plusieurs communes, ne former qu’une exploitation agricole, où seront appliqués les procédés de la grande culture. Dans ces vastes communautés de travailleurs des champs, on ne s’efforcera pas, comme le fait aujourd’hui le petit paysan sur son lopin de terre, d’obtenir du même terrain une foule de produits différents : on ne verra pas, côte à côte dans un enclos d’un hectare de superficie, un petit carré de blé, un petit carré de pommes de terre, un autre de vigne, un autre de fourrage, un autre d’arbres fruitiers, etc. Chaque sol est, par sa configuration extérieure, par son exposition, par sa composition chimique, approprié plus spécialement à une espèce de produits : on ne sèmera donc pas du blé sur le terrain propre à la vigne, on ne cherchera pas à obtenir des pommes de terre sur un sol qui serait mieux utilisé comme pâturage. La communauté agricole, si elle ne dispose que d’une seule nature de terrain, ne se livrera qu’à la culture d’une seule espèce de produits, sachant que la culture en grand donne, avec moins de travail, des résultats beaucoup plus considérables, et préférant se procurer par l’échange les produits qui lui manquent, plutôt que de ne les obtenir qu’en petite quantité et en mauvaise qualité sur un terrain qui ne leur serait pas propice.

L’organisation intérieure d’une communauté agricole ne sera nécessairement pas partout la même : une assez grande variété pourra se produire suivant les préférences des travailleurs associés ; ils n’auront, pourvu qu’ils se conforment aux principes d’égalité et de justice, à consulter sur ce point que leurs convenances et leur utilité.

La gérance de la communauté, élue par tous les associés, pourra être confiée soit à un seul individu, soit à une commission de plusieurs membres ; il sera même possible de séparer les diverses fonctions administratives, et de remettre chacune d’elles à une commission spéciale. La durée de la journée de travail sera fixée non par une loi générale appliquée à tout le pays, mais par une décision de la communauté elle-même ; seulement, comme la communauté sera en relations avec tous les travailleurs agricoles de la région, il faut admettre comme probable qu’une entente se sera effectuée entre tous les travailleurs pour l’adoption d’une base uniforme sur ce point. Les produits du travail appartiennent à la communauté et chaque associé reçoit d’elle, soit en nature (subsistances, vêtements, etc.), soit en monnaie d’échange, la rémunération du travail accompli par lui. Dans quelques associations, cette rémunération sera proportionnelle à la durée du travail et de la nature des fonctions remplies ; d’autres systèmes encore pourront être essayés et pratiqués.

Cette question de la répartition devient tout à fait secondaire, dès que celle de la propriété a été résolue et qu’il n’existe plus de capitalistes opérant un prélèvement sur le travail des masses. Toutefois nous pensons que le principe dont il faut chercher à se rapprocher autant que possible est celui-ci : De chacun suivant ses forces, à chacun suivant ses besoins. Une fois que, grâce aux procédés mécaniques et aux progrès de la science industrielle et agricole, la production se sera accrue de telle sorte qu’elle dépassera de beaucoup les besoins de la société — et ce résultat sera obtenu dans un espace de quelques années après la Révolution —, une fois qu’on en sera là, disons-nous, on ne mesurera plus d’une main scrupuleuse la part qui revient à chaque travailleur : chacun pourra puiser dans l’abondante réserve sociale, selon toute l’étendue de ses besoins, sans craindre de jamais l’épuiser ; et le sentiment moral qui se sera développé chez des travailleurs libres et égaux préviendra l’abus et le gaspillage. En attendant, c’est à chaque communauté à déterminer elle-même, pendant la période de transition, la méthode qu’elle croit la plus convenable pour répartir le produit du travail entre ses associés.

III. — Les travailleurs industriels

Chez les travailleurs de l’industrie, il faut, comme chez les paysans, distinguer plusieurs catégories

Il y a d’abord les métiers dans lesquels l’outillage est presque insignifiant, où la division du travail n’existe pas ou n’existe qu’à peine, et où par conséquent le travailleur isolé peut produire aussi bien que s’il travaillait en association. Telles sont, par exemple, les professions de tailleur, de cordonnier (1), etc.

Puis viennent les métiers qui nécessitent la coopération de plusieurs travailleurs, l’emploi de ce qu’on appelle la force collective, et qui s’exercent généralement dans un atelier ou un chantier ; exemple : les typographes, les menuisiers, les maçons.

Enfin il est une troisième catégorie d’industrie, où la division du travail est poussée beaucoup plus loin, où la production se fait sur une échelle gigantesque et exige l’emploi de puissantes machines et la possession d’un capital considérable. Telles sont les filatures, les usines métallurgiques, les houillères, etc.

Pour les travailleurs appartenant aux industries de la première catégorie, le travail collectif n’est pas une nécessité ; et il arrivera sans doute que, dans un grand nombre de cas, le tailleur ou le savetier préférera continuer à travailler seul dans sa petite échoppe. C’est là une chose toute naturelle, d’autant plus que dans les petites communes, il n’y aura peut-être qu’un seul travailleur appartenant à chacun de ces métiers. Toutefois et sans vouloir gêner en rien l’indépendance individuelle, nous pensons que, là où la chose est praticable, le travail en commun est le meilleur : dans la société de ses égaux, l’émulation stimule le travailleur ; il produit davantage, et fait son ouvrage de meilleur cœur ; en outre, le travail en commun permet un contrôle plus utile de chacun sur tous et de tous sur chacun.

Quant aux travailleurs des deux autres catégories, il est évident que l’association leur est imposée par la nature même de leur travail ; et que leurs instruments de travail n’étant plus de simples outils d’un usage exclusivement personnel, mais des machines ou des outils dont l’emploi exige le concours de plusieurs ouvriers, la propriété de cet outillage ne peut être que collective.

Chaque atelier, chaque fabrique formera donc une association de travailleurs, qui restera libre de s’administrer de la façon qu’il lui plaira pourvu que les droits de chacun soient sauvegardés et que les principes d’égalité et de justice soient mis en pratique. Au chapitre précédent, en parlant des associations ou communautés de travailleurs agricoles, nous avons présenté, à propos de la gérance, de la durée de la journée de travail, et de la répartition des produits, des observations qui naturellement s’appliquent aussi aux travailleurs de l’industrie et, que par conséquent nous n’avons pas besoin de répéter. Nous venons de dire que, partout où il s’agit d’une industrie exigeant un outillage un peu compliqué et le travail en commun, la propriété des instruments de travail devait être commune. Mais un point reste à déterminer : cette propriété commune appartiendra-t-elle exclusivement à l’atelier dans lequel elle fonctionne, ou bien sera-t-elle la propriété de toute la corporation des travailleurs de telle ou telle industrie ?

Notre opinion est que c’est la seconde de ces solutions qui est la bonne. Lorsque, par exemple, le jour de la Révolution, les ouvriers typographes de la ville de Rome auront pris possession de toutes les imprimeries de cette cité, ils devront immédiatement se réunir en assemblée générale, pour y déclarer que l’ensemble des imprimeries de Rome constitue la propriété commune de tous les typographes romains. Puis, dès que la chose sera possible, ils devront faire un pas de plus, et se solidariser avec les typographes des autres villes d’Italie : le résultat de ce pacte de solidarité sera la constitution de tous les établissements typographiques d’Italie comme propriété collective de la fédération des typographes italiens. Au moyen de cette mise en commun, les typographes de toute l’Italie pourront aller travailler dans l’une ou l’autre des villes de leur pays, et y trouver partout des instruments de travail dont ils auront le droit de se servir.

Mais si la propriété des instruments de travail doit, selon nous, être remise à la corporation, nous ne voulons pas dire par là qu’il y aura, au-dessus des groupes de travailleurs formant les ateliers, une sorte de gouvernement industriel qui ait le pouvoir de disposer à son gré des instruments de travail. Non : les travailleurs des divers ateliers ne font pas le moins du monde l’abandon de l’instrument de travail qu’ils ont conquis entre les mains d’une puissance supérieure qui s’appellerait la corporation. Ce qu’ils font, c’est ceci : ils se garantissent réciproquement, sous certaines conditions, la jouissance de l’instrument de travail dont ils ont acquis la possession, et, en accordant à leurs collègues des autres ateliers la coparticipation à cette puissance, ils obtiennent en échange d’être à leur tour coparticipants à la propriété des instruments de travail détenus par ces collègues avec lesquels ils ont conclu le pacte de solidarité.

IV. — La commune

La commune est formée de l’ensemble des travailleurs habitant une même localité. Prenant pour type la commune telle qu’elle se présente dans la très grande majorité des cas, et négligeant les exceptions, nous définirons la commune : la fédération locale des groupes de producteurs,

Cette fédération locale ou commune est constituée dans le but de pourvoir à certains services qui ne sont pas du domaine exclusif de telle ou telle corporation, mais qui les intéressent toutes, et que pour cette raison on appelle services publics.

Les services publics communaux peuvent être résumés dans l’énumération suivante :

a) Travaux publics

Toutes les maisons sont la propriété de la commune.

La Révolution faite, chacun continue à habiter provisoirement le logement qu’il occupait, à l’exception des familles qui étaient réduites à des habitations malsaines ou trop insuffisantes, et qui seront immédiatement logées, par les soins de la commune, dans les appartements vacants des maisons appartenant précédemment aux riches.

La construction des maisons nouvelles, contenant des logements sains, spacieux et commodes, pour remplacer les misérables taudis des anciens quartiers populaires, sera un des premiers besoins de la société affranchie. La commune s’en occupera immédiatement ; et de la sorte elle pourra non seulement fournir du travail aux corporations des maçons, charpentiers, serruriers, couvreurs, etc., mais encore il lui sera facile d’occuper d’une manière utile cette foule de gens qui, vivant dans l’oisiveté avant la Révolution, ne savent aucun métier ; ils pourront être employés comme manœuvres dans les immenses travaux de construction et de terrassement qui seront alors entrepris sur tous les points de la région affranchie, et spécialement dans les villes.

Les logements nouveaux seront construits aux frais de tous — ce qui signifie qu’en échange du travail fourni par les diverses corporations du bâtiment, celles- ci recevront de la commune les bons d’échange nécessaires pour qu’elles puissent subvenir largement à l’entretien de tous leurs membres. Et puisque les logements auront été construits aux frais de tous, ils devront être à la disposition de tous — c’est-à-dire que la jouissance en sera gratuite, et que personne n’aura à payer à la commune une redevance, un loyer, en échange de l’appartement qu’il occupera.

Les logements étant gratuits, il semble qu’il en pourra résulter de graves discordes, parce que personne ne voudra garder un mauvais logement, et que chacun se disputera les meilleurs. Mais nous pensons qu’on aurait tort de craindre qu’il se produise, de ce chef des inconvénients graves, et voici nos raisons. D’abord, nous devons dire que ne pas vouloir habiter un mauvais logement et en désirer un meilleur est un désir assurément fort légitime ; et c’est justement ce désir, qu’on verra se produire avec beaucoup, de force, qui nous donne l’assurance que partout on travaillera avec énergie et activité à le satisfaire, en bâtissant des maisons nouvelles. Mais en attendant qu’elles soient bâties, il faudra bien prendre patience et se contenter de ce qui existe ; la commune aura eu soin, comme nous l’avons dit, de remédier aux besoins les plus pressants en logeant les familles les plus pauvres dans les vastes palais des riches ; et quant au reste de la population, nous croyons qu’il se sera développé en elle, par l’enthousiasme révolutionnaire, un sentiment de générosité et d’abnégation, qui fera que chacun sera heureux de supporter, pendant quelque temps encore, les inconvénients d’une habitation incommode, et qu’il viendra à l’idée de personne de chercher querelle à un voisin qui, plus favorisé, aura provisoirement un appartement plus agréable,

Au bout de peu de temps, grâce à l’activité avec laquelle travailleront les constructeurs, puissamment stimulés par la demande générale, les logements seront devenus si abondants, que toutes les demandes pourront être satisfaites : chacun n’aura plus qu’à choisir, avec la certitude de trouver une habitation à sa convenance.

Ce que nous disons là n’a rien de chimérique, quelque merveilleux que cela puisse paraître à ceux dont le regard n’a jamais dépassé l’horizon de la société bourgeoise : c’est au contraire ce qu’il y a de plus simple et de plus naturel, si naturel qu’il serait impossible que les choses se passassent autrement. En effet, à quoi veut-on que s’occupent les légions de maçons et d’autres travailleurs du bâtiment, sinon à construire incessamment des logements commodes et vraiment dignes d’être habités par les membres d’une société civilisée ? Leur faudra-t-il en construire pendant beaucoup d’années, pour que chaque famille ait le sien ? Non, ce sera l’œuvre de peu de temps. Et quand ils auront fini, se croiseront-ils les bras ? Non, sans doute ; ils continueront à travailler ; ils amélioreront, ils perfectionneront ce qui existe, et peu à peu on verra disparaître entièrement les quartiers sombres, les rues étroites, les maisons incommodes de nos villes actuelles : à leur place s’élèveront des palais, où habiteront les travailleurs redevenus hommes.

b) Échange

Dans la société nouvelle, il n’y aura plus de commerce, dans le sens qui est attaché aujourd’hui à ce mot.

Chaque commune établira un comptoir d’échange, dont nous allons expliquer le plus clairement possible le mécanisme.

Les associations de travailleurs, ainsi que les producteurs individuels (dans les branches où la production individuelle pourra continuer), déposeront leurs produits au comptoir d’échange. La valeur de ces divers produits aura été fixée d’avance par une convention entre les fédérations corporatives régionales et les différentes communes, au moyen des données que fournira la statistique. Le comptoir d’échange remettra aux producteurs des bons d’échange représentant la valeur de leurs produits ; ces bons d’échange seront admis à circuler dans toute l’étendue du territoire de la Fédération des communes.

Parmi les produits ainsi déposés au comptoir d’échange, les uns sont destinés à être consommés dans la commune même, et les autres à être exportés dans d’autres communes, et par conséquent échangés contre d’autres produits.

Les premiers de ces produits seront transportés dans les différents bazars communaux, pour l’établissement desquels on aura pu utiliser provisoirement les locaux les plus commodes parmi les boutiques et magasins des anciens marchands. De ces bazars, les uns seront consacrés aux produits alimentaires, d’autres aux vêtements, d’autres aux ustensiles de ménage, etc.

Les produits destinés à l’exportation resteront dans des magasins généraux, jusqu’à ce que le moment soit venu de les diriger sur les communes qui en auront besoin.

Prévenons ici une objection. On nous dira peut-être : le comptoir d’échange de chaque commune remet aux producteurs, au moyen de bons d’échange, un signe représentatif de la valeur de leurs produits, et cela avant d’être assuré de l’écoulement de ces mêmes produits. Si les produits venaient à ne pas s’écouler, dans quelle position se trouverait le comptoir d’échange ? Ne risque-t-il pas de faire des pertes, et le genre d’opération dont on le charge n’est-il pas très aléatoire ?

A cela, nous répondrons que chaque comptoir d’échange est sûr d’avance de l’écoulement des produits qu’il reçoit, en sorte qu’il ne peut y avoir aucun inconvénient à ce qu’il en remette aussitôt la valeur aux producteurs par des bons d’échange.

Il y aura certaines catégories de travailleurs auxquels il sera matériellement impossible d’apporter leurs produits au comptoir d’échange : tels sont, par exemple, les constructeurs de bâtiments. Mais le comptoir d’échange ne leur servira pas moins d’intermédiaire : ils y feront enregistrer les divers travaux qu’ils auront exécutés, et dont la valeur aura toujours été convenue d’avance ; et le comptoir leur délivrera cette valeur en bons d’échange. Il en sera de même des divers travailleurs employés pour les services administratifs de la commune ; leur travail consiste, non en produits fabriqués, mais en services rendus ; ces services auront été tarifés d’avance, et le comptoir d’échange leur en paiera la valeur.

Le comptoir d’échange n’a pas seulement pour fonction de recevoir les produits que lui apportent les travailleurs de la commune ; il correspond avec les autres communes, et il fait venir les produits que la commune est obligée de tirer du dehors, soit pour contribuer à son alimentation, soir comme matières premières, combustibles, produits manufacturés, etc.

Ces produits tirés du dehors figurent dans les bazars communaux, à côté des produits de la localité.

Les consommateurs se présentent dans ces divers bazars, munis de leurs bons d’échange, qui peuvent être divisés en coupures de différentes valeurs ; et ils se procurent là, sur les bases d’un tarif uniforme, tous les objets de consommation dont ils auront besoin.

Jusqu’à présent, l’exposé que nous avons fait des opérations du comptoir d’échange n’a rien qui diffère d’une manière essentielle des usages du commerce actuel : ces opérations, en effet, ne sont autres que celles de la vente et de l’achat ; le comptoir achète aux producteurs leurs produits, et vend aux consommateurs les objets de consommation. Mais nous pensons qu’au bout d’un certain temps, la pratique des comptoirs d’échange pourra sans inconvénient être modifiée, et qu’un système nouveau se substituera peu à peu au système ancien : l’échange proprement dit disparaîtra et fera place à la distribution pure et simple.

Voilà ce que nous entendons par là :

Aussi longtemps qu’un produit est peu abondant, et ne se trouve dans les magasins communaux qu’en quantités plus petites que celles que la population pourrait consommer, on est obligé d’apporter dans la répartition de ce produit une certaine mesure ; et la manière la plus facile d’opérer ce rationnement des consommateurs, c’est de leur vendre le produit, c’est-à-dire de n’en livrer qu’à ceux qui donneront en échange une certaine valeur. Mais une fois que, grâce au développement prodigieux de la production qui ne manquera pas d’avoir lieu dès que le travail sera organisé sur des bases rationnelles — une fois, disons-nous, que grâce à ce développement, telle ou telle catégorie de produits en dépassera de beaucoup tout ce que pourrait consommer la population, alors il ne sera plus nécessaire de rationner les consommateurs ; on pourra supprimer l’opération de la vente, qui était une sorte de frein opposé à une consommation immodérée ; les comptoirs communaux ne vendront plus les produits aux consommateurs, ils les leur distribueront à proportion des besoins que ceux-ci déclareront éprouver.

Cette substitution de la distribution à l’échange pourra avoir lieu au bout de peu de temps pour tous les objets de première nécessité ; car ce sera surtout vers une production abondante de ces objets que seront dirigés les premiers efforts des associations de producteurs. Bientôt d’autres objets, qui aujourd’hui encore sont rares et coûteux, et sont par conséquent regardés comme des objets de luxe, pourront à leur tour être produits sur une grande échelle, et entrer ainsi dans le domaine de la distribution, c’est-à-dire de la consommation universelle. Par contre d’autres objets, mais en petit nombre et de peu d’importance (par exemple les perles, diamants, certains métaux), ne pourront jamais devenir abondants, parce que la nature elle-même en a limité la quantité ; mais comme on aura cessé d’y attacher le prix que l’opinion leur attribue aujourd’hui, ils ne seront plus guère recherchés que par les associations scientifiques qui voudront les placer dans des musées d’histoire naturelle ou les utiliser pour la confection de certains instruments.

c) Alimentation

Le service de l’alimentation ne forme en quelque sorte qu’une annexe de celui de l’échange. En effet, ce que nous venons de dire de l’organisation du comptoir d’échange s’applique à tous les produits, y compris les produits spécialement destinés à l’alimentation. Cependant, nous croyons utile d’ajouter, dans un paragraphe spécial, quelques explications plus détaillées sur les dispositions à prendre pour la répartition des principaux produits alimentaires.

Aujourd’hui la boulangerie, la boucherie, le commerce des vins, des denrées coloniales sont abandonnés à l’industrie privée, et à la spéculation, qui, par des fraudes de tout genre, cherchent à s’enrichir aux dépens du consommateur, La société nouvelle devra immédiatement porter remède à un pareil état de choses : ce remède consistera à ériger en service public communal tout ce qui concerne la distribution des produits alimentaires de première nécessité,

Qu’on le remarque bien : ceci ne veut pas dire que la commune s’empare de certaines branches de la production. Non : la production proprement dite reste entre les mains des associations de producteurs. Mais pour le pain, par exemple, en quoi consiste la production ? uniquement dans la culture du blé. Le laboureur sème et récolte le grain, et l’apporte au comptoir d’échange : là s’arrête la fonction du producteur. Réduire ce grain en farine, transformer cette farine en pain, ce n’est plus de la production : c’est un travail analogue à celui que remplissent les divers employés des bazars communaux, un travail destiné à mettre un produit alimentaire, le blé, à la portée des consommateurs. De même pour la viande, etc.

On le voit donc : au point de vue du principe, rien de plus logique que de faire rentrer la boulangerie, la boucherie, la distribution des vins, etc. dans les attributions de la commune.

En conséquence, le blé, une fois entré dans les magasins de la commune, sera réduit en farine dans un moulin communal (il va sans dire que plusieurs communes pourront avoir le même moulin) ; la farine sera transformée en pain dans les boulangeries communales, et le pain sera livré par la commune aux consommateurs. Il en sera de même de la viande : les bestiaux seront abattus dans les abattoirs communaux, et dépecés dans les boucheries communales. Les vins seront conservés dans les caves communales, et distribués aux consommateurs par des employés spéciaux. Enfin, les autres denrées alimentaires seront, suivant la consommation plus ou moins immédiate qui doit en être faite, conservées dans les magasins de la commune, ou bien exposées aux halles, où les consommateurs viendront les chercher.

C’est surtout pour cette catégorie de produits, pain, viande, vin, etc., que les efforts devront tendre à substituer au plus vite au régime de l’échange celui de la distribution. Une fois qu’une alimentation abondante sera assurée à tous, les progrès des sciences, des arts industriels, et de la civilisation en général, marcheront à pas de géant.

d) Statistique

La commission communale de statistique aura pour tâche de réunir tous les renseignements statistiques de la commune.

Les diverses corporations ou associations de production la tiendront constamment au courant du nombre de leurs membres et des changements qui s’opèrent dans leur personnel, en sorte qu’il sera possible de connaître à tous les instants le nombre de bras employés dans les diverses branches de la production.

Par l’intermédiaire du comptoir d’échange, la commission de statistique obtiendra les données les plus complètes sur le chiffre de la production et sur celui de la consommation.

Ce sera au moyen des faits statistiques recueillis de la sorte dans toutes les communes d’une région, qu’il sera possible d’équilibrer scientifiquement la production et la consommation ; en obéissant à ces indications, on pourra accroître le nombre de bras dans les branches où la production est insuffisante, et le diminuer dans celles où la production est surabondante. La statistique permettra aussi de fixer la durée moyenne de la journée de travail, nécessaire pour obtenir la somme de produits que réclament les besoins de la société. Ce sera par elle également qu’on arrivera à pouvoir déterminer, non certes d’une manière absolue, mais avec une exactitude suffisante pour la pratique, la valeur relative des divers produits, qui servira de base aux tarifs des comptoirs d’échange.

Mais ce n’est pas tout ; la commission de statistique aura encore à remplir les fonctions attribuées aujourd’hui à l’état civil : elle enregistrera les naissances et les décès. Nous n’ajoutons pas : les mariages, parce que, dans une société libre, l’union volontaire de l’homme et de la femme ne sera plus un acte officiel, mais un acte purement privé, qui n’aura besoin d’aucune sanction publique.

Bien d’autres choses encore sont du ressort de la statistique : les maladies, les observations météorologiques, tous les faits enfin qui, se produisant d’une façon régulière, peuvent être enregistrés et comptés, et du groupement numérique desquels peut sortir quelque enseignement, parfois même quelque loi scientifique.

e) Hygiène

Sous le nom général d’hygiène nous avons rassemblé divers services publics dont le bon fonctionnement est indispensable au maintien de la santé commune.

Au premier rang il faut placer naturellement le service médical, qui sera mis gratuitement par la commune à la portée de tous ses ressortissants. Les médecins ne seront plus des industriels cherchant à tirer le plus gros profit possible de leurs malades ; ce seront des employés de la commune, rétribués par elle, et qui doivent accorder leurs soins à tous ceux qui les réclament.

Mais le service médical ne nous présente que le côté curatif de cette branche de l’activité et du savoir humain qui s’occupe de la santé ; et ce n’est pas assez que de guérir les maladies, il faut encore les prévenir. C’est là la fonction de l’hygiène proprement dite.

On pourrait citer encore plusieurs autres choses qui devront attirer l’attention et occuper les soins de la commission d’hygiène ; mais le peu que nous venons de dire a déjà dû suffire pour donner une idée de la nature de ses fonctions et de leur importance.

f) Sécurité

Ce service comprend les mesures nécessaires pour garantir à tous les habitants de la commune, la sécurité de leur personne ainsi que pour protéger les bâtiments, les produits, etc., contre toute déprédation et tout accident.

Il n’est pas probable que dans une société où chacun pourra vivre en pleine liberté du fruit de son travail, et trouvera tous ses besoins abondamment satisfaits, des cas de vol et de brigandage puissent encore se présenter. Le bien-être matériel, ainsi que le développement intellectuel et moral qui résultera de l’instruction vraiment humaine donnée à tous, rendront en outre beaucoup plus rares les crimes qui sont la suite de la débauche, de la colère, de la brutalité, ou d’autres vices.

Néanmoins il ne sera pas inutile de prendre des précautions pour la sécurité des personnes. Ce service, qu’on pourrait appeler, si ce terme n’avait pas une signification trop équivoque, la police de la commune, ne sera pas confié, comme aujourd’hui, à un corps spécial : tous les habitants seront appelés à y prendre part et à veiller à tour de rôle dans les divers postes de sûreté que la commune aura institués.

On se demandera sans doute, à ce propos, comment sera traité, dans la société égalitaire, celui qui se sera rendu coupable d’un meurtre ou d’autres violences. Évidemment on ne pourra pas, sous prétexte de respect des droits de l’individu et de négation de l’autorité, laisser courir tranquillement un meurtrier ou attendre que quelque ami de la victime lui applique la loi du talion. Il faudra le priver de sa liberté, et le garder dans une maison spéciale, jusqu’à ce qu’il puisse, sans danger, être rendu à la société. Comment devra-t-il être traité durant sa captivité ? et d’après quels principes en déterminera-t-on la durée ? Ce sont là des questions délicates, sur lesquelles les opinions sont encore divisées. Il faudra s’en remettre à l’expérience pour leur solution ; mais nous savons dès à présent que, grâce à la transformation que l’éducation opérera dans les caractères, les crimes seront devenus très rares : les criminels n’étant plus qu’une exception, seront considérés comme des malades et des insensés ; la question du crime, qui occupe aujourd’hui tant de juges, d’avocats et de geôliers, perdra son importance sociale, et deviendra un simple chapitre de la philosophie médicale.

g) L’enfant n’est la propriété de personne

Le premier point à considérer, c’est la question de l’entretien des enfants. Aujourd’hui, ce sont les parents qui sont chargés de pourvoir à la nourriture de leurs enfants, ainsi qu’à leur instruction : cet usage est la conséquence d’un principe faux, qui fait considérer l’enfant comme la propriété de ses parents. L’enfant n’est la propriété de personne, il s’appartient à lui-même ; et pendant la période dans laquelle il est encore incapable de se protéger lui-même, et où par conséquent il peut être exposé à l’exploitation, c’est à la société à le protéger et à lui assurer la garantie de son entretien : en subvenant à sa consommation et aux diverses dépenses que nécessitera son éducation, la société ne fait qu’une avance, que l’enfant lui remboursera par son travail lorsqu’il sera devenu un producteur.

Ainsi, c’est la société, et non les parents, qui doit se charger de l’entretien de l’enfant. Ce principe général posé, nous croyons devoir nous abstenir de fixer d’une manière précise et détaillée la forme en laquelle il doit être appliqué : nous risquerions de tomber dans l’utopie ; il faudra laisser agir la liberté, et attendre les leçons de l’expérience. Disons seulement que vis-à-vis de l’enfant, la société est représentée par la commune et que chaque commune aura à déterminer l’organisation qu’elle jugera la meilleure pour l’entretien de ses enfants : ici on préférera la vie en commun, là on laissera les enfants à leur mère au moins jusqu’à un certain âge, etc.

Mais ce n’est là qu’un côté de la question. La commune nourrit, habille, loge les enfants : qui les instruira, qui en fera des hommes et des producteurs ? et selon quel plan leur éducation sera-t-elle dirigée ?

À ces questions, nous répondrons : l’éducation des enfants doit être intégrale, c’est-à-dire qu’elle doit développer à la fois toutes les facultés du corps et toutes les facultés de l’esprit, de manière à faire de l’enfant un homme complet. Cette éducation ne doit pas être confiée à une caste spéciale d’instituteurs ; tous ceux qui connaissent une science, un art, un métier, peuvent et doivent être appelés à l’enseigner.

On distinguera dans l’éducation deux degrés : l’un où l’enfant de cinq à douze ans n’a pas encore atteint l’âge d’étudier les sciences, et où il s’agit essentiellement de développer ses facultés physiques ; et un second degré où l’enfant, de douze à seize ans doit être initié aux diverses branches du savoir humain, en même temps qu’il apprend la pratique d’une ou plusieurs branches de production.

Dans le premier degré, comme nous l’avons dit, il s’agit essentiellement de développer les facultés physiques, de fortifier le corps, d’exercer les sens. Aujourd’hui, on s’en remet au hasard du soin d’exercer la vue, de former l’oreille, de développer l’habileté de la main ; une éducation rationnelle s’appliquera au contraire, par des exercices spéciaux, à donner à l’œil et à l’oreille toute la puissance dont ils sont susceptibles ; et quant aux mains, on se gardera bien d’habituer les enfants à se servir exclusivement de la droite : on cherchera à les rendre aussi habiles d’une main que de l’autre.

En même temps que les sens s’exerceront, et que la vigueur corporelle s’accroîtra par une intelligente gymnastique, la culture de l’esprit commencera, mais d’une façon toute spontanée : un certain nombre de faits scientifiques s’accumuleront d’eux-mêmes dans le cerveau de l’enfant.

L’observation individuelle, l’expérience, les conversations des enfants entre eux, ou avec les personnes chargées de diriger leur enseignement, seront les seules leçons qu’ils recevront dans cette période.

Plus d’école arbitrairement gouvernée par un pédagogue, et dans laquelle les élèves tremblants soupirent après la liberté et les jeux du dehors. Dans leurs réunions, les enfants seront complètement libres : ils organiseront eux-mêmes leurs jeux, leurs conférences, établiront un bureau pour diriger leurs travaux, des arbitres pour juger leurs différends, etc. Ils s’habitueront ainsi à la vie publique, à la responsabilité, à la mutualité ; le professeur qu’ils auront librement choisi pour leur donner un enseignement ne sera plus pour eux un tyran détesté, mais un ami qu’ils écouteront avec plaisir.

Dans le second degré, les enfants, parvenus à l’âge de douze ou treize ans, étudieront successivement dans un ordre méthodique les principales branches des connaissances humaines. L’enseignement ne sera pas remis entre les mains d’hommes qui en feront leur occupation exclusive : les professeurs de telle ou telle science seront en même temps des producteurs, qui occuperont une partie de leur temps au travail manuel ; et chaque branche comptera non pas un, mais un aussi grand nombre qu’il se trouvera dans la commune d’hommes possédant une science et disposés à l’enseigner. En outre, la lecture en commun de bons ouvrages d’enseignement, les discussions dont ces lectures seront suivies, diminueront beaucoup l’importance qu’on attache aujourd’hui à la personnalité du professeur.

En même temps que l’enfant développera son corps et s’appropriera les sciences, il fera son apprentissage comme producteur. Dans le premier degré de l’enseignement, le besoin de réparer ou de modifier le matériel de ses jeux aura initié l’enfant au maniement des principaux outils. Pendant la seconde époque, il visitera les divers ateliers, et bientôt, entraîné par son goût vers l’une ou l’autre branche, il se choisira une ou plusieurs spécialités. Les I maîtres d’apprentissage seront les producteurs eux-mêmes ; dans chaque atelier, il y aura des élèves, et une partie du temps de chaque travailleur sera consacrée à leur montrer à travailler. A cette éducation pratique seront jointes quelques leçons théoriques. De cette manière, à l’âge de seize ou dix-sept ans, le jeune homme aura parcouru tout le cercle des connaissances humaines, sera en état de poursuivre seul ses études ultérieures, s’il le désire ; il aura en outre appris un métier, et se trouvera dés lors au rang des producteurs utiles, de façon à pouvoir rembourser à la société, par son travail, la dette que son éducation lui aura fait contracter envers elle.

Il nous reste à dire un mot des relations de l’enfant avec sa famille.

Il y a des gens qui prétendent qu’une mesure d’organisation sociale qui met l’entretien de l’enfant à la charge de la société n’est autre chose que « la destruction de la famille ». C’est là une expression vide de sens ; tant que le concours de deux individus de sexe différent sera nécessaire pour la procréation d’un nouveau-né, tant qu’il y aura des pères et des mères, le lien naturel de parenté entre l’enfant et ceux à qui il doit la vie ne pourra pas être effacé des relations sociales.

Seulement le caractère de ce lien devra nécessairement se modifier. Dans l’Antiquité, le père était maître absolu de l’enfant, il avait sur lui droit de vie et de mort ; dans les temps modernes, l’autorité paternelle a été limitée par certaines restrictions ; quoi de plus naturel, par conséquent, que dans une société libre et égalitaire, ce qui reste encore aujourd’hui de cette autorité s’efface complètement, pour faire face aux relations de simple affection ?

Nous ne prétendons pas, sans doute, que l’enfant doive être traité en adulte, que tous ses caprices aient droit au respect et que lorsqu’il y a opposition entre sa volonté enfantine et les règles établies par la science et le sens commun, il ne faille pas enseigner à l’enfant à céder. Au contraire, nous disons que l’enfant a besoin d’être dirigé : mais la direction de ses premières année ne doit pas être confiée exclusivement aux mains de parents souvent incapables, et qui généralement abusent du pouvoir qui leur est remis. Le but de l’éducation que reçoit l’enfant étant de le mettre aussi vite que possible en état de se diriger lui-même, par le large développement de toutes ses facultés, il est évident qu’aucune tendance étroitement autoritaire n’est compatible avec un pareil système d’éducation. Mais parce que les relations du père au fils seront, non plus celles d’un maître à un esclave mais celles d’un instituteur à un élève, d’un ami plus âgé à un ami plus jeune, pense-t-on que l’affection réciproque des parents et des enfants aura à en souffrir ? N’est-ce pas au contraire alors qu’on verra cesser ces inimités, ces discordes dont la famille offre aujourd’hui tant d’exemples, et qui presque toujours ont pour cause la tyrannie exercée par le père sur ses enfants ?

Que personne ne vienne donc plus dire que la société affranchie et régénérée détruira la famille. Elle apprendra au contraire au père, à la mère, à l’enfant, à s’aimer, à s’estimer, à respecter leurs droits mutuels ; et en même temps elle leur mettra au cœur, à côté et au-dessus des affections de famille qui n’embrassent qu’un cercle restreint et qui peuvent devenir mauvaises si elles restent exclusives, un amour plus haut et plus noble, celui de la grande famille humaine.

Un réseau fédératif

Quittant maintenant le terrain restreint de la commune ou de la fédération locale des groupes de producteurs, nous allons voir l’organisation sociale se compléter, d’une part par la constitution des fédérations régionales corporatives, embrassant tous les groupes de travailleurs qui appartiennent à une même branche de la production ; d’autre part, par la constitution d’une Fédération des communes.

(…) Nous avons déjà indiqué sommairement ce que c’est qu’une fédération corporative. Il existe, au sein même de la société actuelle, des organisations embrassant dans une même association tous les ouvriers d’un métier : telle est, par exemple, la fédération des ouvriers typographes. Mas ces organisations-là ne sont qu’une ébauche très imparfaite de ce que doit être, dans la société à venir, la fédération corporative. Celle-ci sera formée de tous les groupes producteurs appartenant à la même branche de travail ; ils s’unissent, non plus pour protéger leur salaire contre la rapacité des patrons, mais en première ligne pour se garantir mutuellement l’usage des instruments de travail qui sont en possession de chacun des groupes, et qui deviendront, par un contrat réciproque, la propriété collective de la fédération corporative tout entière ; en outre, la fédération des groupes entre eux permet à ceux-ci d’exercer un contrôle constant sur la production, et par conséquent de régler le plus ou moins d’intensité de celle-ci, dans la proportion des besoins qui sont manifestés par la société tout entière.

La constitution de la fédération corporative s’opérera d’une façon extrêmement simple. Dès le lendemain de la Révolution, les groupes producteurs appartenant à la même industrie sentiront le besoin de s’envoyer mutuellement des délégués, d’une ville à une autre pour se renseigner et s’entendre. De ces conférences partielles sortira la convocation d’un congrès fédéral de délégués de la corporation dans quelque point central. Ce congrès posera les bases du contrat fédératif, qui sera soumis ensuite à l’approbation de tous les groupes de la corporation. Un bureau permanent, élu par le congrès corporatif et responsable devant celui-ci, sera destiné à servir d’intermédiaire entre les groupes formant la fédération, de même qu’entre la fédération elle-même et les autres fédérations corporatives.

Une fois que toutes les branches de la production, y compris celles de la production agricole, se seront organisées de la sorte, un immense réseau fédératif, embrassant tous les producteurs et par conséquent aussi tous les consommateurs, couvrira le pays, et la statistique de la production et de la consommation, centralisée par les bureaux des diverses fédérations corporatives, permettra de déterminer d’une manière rationnelle le nombre des heures de la journée normale de travail, le prix de revient des produits et leur valeur d’échange, ainsi que la quantité en laquelle ces produits doivent être créés pour suffire aux besoins de la consommation.

Des gens habitués aux déclamations creuses de certains prétendus démocrates demanderont peut-être si les groupes de travailleurs ne devront pas être appelés à intervenir directement, par le vote de tous ceux qui composent la fédération corporative, dans la fixation de ces divers détails ; et quand nous aurons répondu négativement, ils s’écrieront sans doute que c’est là du despotisme ; ils protesteront contre ce qu’ils appelleront l’autorité des bureaux, investis du pouvoir de trancher seuls des questions si graves et de prendre des décisions de la plus haute importance. Nous répondrons que la besogne dont les bureaux permanents de chaque fédération seront chargés n’a rien de commun avec l’exercice d’une autorité quelconque : il s’agit en effet tout simplement de recueillir et de mettre en ordre les renseignements fournis par les groupes producteurs ; et une fois ces renseignements réunis et rendus publics, d’en tirer les conséquences qui en découlent nécessairement concernant les heures de travail, le prix de revient des produits, etc. C’est là un simple calcul d’arithmétique, qui ne peut pas se faire de deux manières différentes, et qui ne peut pas donner deux résultats : il n’en peut sortir qu’un résultat unique ; ce résultat, chacun pourra le contrôler pour son propre compte, parce que chacun aura les éléments de l’opération sous les yeux, et le bureau permanent est simplement chargé de le constater et de le porter à la connaissance de tous. Aujourd’hui déjà, l’administration des postes, par exemple, remplit un service assez semblable à celui qui sera confié aux bureaux des fédérations corporatives ; et personne ne s’avise de se plaindre d’un abus d’autorité parce que la poste détermine, sans consulter le suffrage universel, la classification et le groupement des lettres en paquets, pour les faire parvenir à destination de la manière la plus expéditive et la plus économique.

Ajoutons que les groupes producteurs formant une fédération interviendront dans les actes du bureau d’une manière bien autrement efficace et directe que par un simple vote : ce sont eux, en effet, qui fourniront les renseignements, toutes les données statistiques que le bureau ne fait que coordonner : en sorte que le bureau n’est que l’intermédiaire passif au moyen duquel les groupes communiquent entre eux et constatent publiquement les résultats de leur propre activité.

Le vote est un procédé propre à trancher des questions qui ne peuvent être résolues au moyen de données scientifiques, et qui doivent être laissées à l’appréciation arbitraire du nombre ; mais dans des questions susceptibles d’une solution scientifique et précise, il n’y a pas lieu à voter ; la vérité ne se vote pas, elle se constate et s’impose ensuite à tous par sa propre évidence.

Mais nous n’avons montré encore qu’une des moitiés de l’organisation extra-communale : à côté des fédérations corporatives doit se constituer la Fédération des communes.

Pas de socialisme dans un seul pays

La Révolution ne peut pas être restreinte à un seul pays : elle est obligée, sous peine de mort, d’entraîner dans son mouvement, sinon l’univers tout entier, du moins une partie considérable des pays civilisés. En effet, aucun pays ne peut, aujourd’hui, se suffire à lui-même ; les relations internationales sont une nécessité de la production et de la consommation, et elles ne sauraient être interrompues. Si, autour d’un pays révolutionné, les États voisins parvenaient à établir un blocus hermétique, la Révolution restant isolée serait condamnée à s’éteindre. Ainsi, comme nous raisonnons dans l’hypothèse du triomphe de la Révolution dans un pays donné, nous devons supposer que la plupart des autres pays de l’Europe auront fait leur Révolution en même temps.

Il n’est pas indispensable que, dans tous les pays où le prolétariat aura renversé la domination de la bourgeoisie, la nouvelle organisation sociale installée par la Révolution soit la même dans tous ses détails. Étant données les divergences d’opinion qui se sont manifestées jusqu’à ce jour entre les socialistes des pays germaniques (Allemagne, Angleterre), et ceux des pays latins et slaves (Italie, Espagne, France, Russie), il est probable que l’organisation sociale adoptée par les révolutionnaires allemands, par exemple, différera sur plus d’un point de celle que se seront donnée les révolutionnaires italiens ou français. Mais ces différences n’ont pas d’importance pour les relations internationales : les principes fondamentaux étant les mêmes de part et d’autre, des rapports d’amitié et de solidarité ne peuvent manquer de s’établir entre les peuples émancipés des divers pays.

Il va sans dire que les frontières artificielles créées par les gouvernements actuels tomberont devant la Révolution. Les communes se grouperont librement entre elles suivant leurs intérêts économiques, leurs affinités de langue, leur situation géographique. Et dans certains pays, comme l’Italie ou l’Espagne, trop vastes pour ne former qu’une seule agglomération de communes, et que la nature elle-même a divisés en plusieurs régions distinctes, il se constituera sans doute, non pas une Fédération unique, mais plusieurs Fédérations de communes. Ce ne sera pas là une rupture de l’unité, un retour à l’ancien morcellement en petits États politiques isolés et ennemis ; ces diverses Fédérations de communes, bien que distinctes les unes des autres, ne seront pas isolées : leurs intérêts seront solidaires, elles concluront entre elles un pacte d’union et cette union volontaire, fondée sur une utilité réelle, sur une communauté de buts et de besoins, sur un échange constant de bons offices, sera bien autrement étroite et solide que l’unité factice de la centralisation politique, établie par la violence et n’ayant d’autre raison d’être que l’exploitation du pays au profit d’une classe privilégiée.

Le pacte d’union ne s’établira pas seulement entre les Fédérations de communes appartenant à un même pays ; les anciennes frontières politiques étant effacées, toutes les Fédérations de communes, de proche en proche, entreront dans cette fraternelle alliance, et ainsi se trouvera réalisé, après que les principes de la Révolution auront triomphé dans l’Europe entière, ce grand rêve de la fraternité des peuples qui ne peut s’accomplir que par la Révolution sociale.

Note

1. Il faut remarquer toutefois que, même dans ces professions-là, le mode de production de la grande industrie peut être appliqué et produire une économie de temps et de travail. Ce que nous en disons ne s’applique donc qu’à une période transitoire.

Résistance politique: de l’objection de conscience à la conscience humaine renouvelée… (Léon Tolstoï)

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Comme le rappelle souvent Jo, cette citation de Coluche s’applique à bien des choses courantes, passées et à venir tant qu’on ne changera pas de paradigme politique:

“Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison…”

Sur le texte per se de Tolstoï, il est lumineux, mais ici réside notre différent avec lui, lorsqu’il dit ceci: “Les hommes qui se comportent actuellement avec droiture et raisonnablement le font, non pas parce qu’ils suivent les prescriptions du Christ, mais parce que la ligne de conduite qui a été indiquée il y a dix-huit cents ans s’est assimilée à la conscience humaine.”

Il  pense de manière “christo-centriste”, il pense que la parole du “christ” est devenue conscience humaine, voilà qui nous paraît particulièrement arrogant ; en réalité, le christianisme n’a rien d’orignal, il ne fait que poser des concepts inhérents à la nature humaine que la pensée dite “païenne” avait elle aussi énoncée transcendant l’espace et le temps. De fait, c’est le christianisme qui n’est qu’une ligne de pensée de la conscience humaine universelle. Très vite du reste, le message de la figure allégorique qu’est le “christ” a été dilué dans une récupération autoritaire, dogmatique et sectaire, érigée en “église”, c’est à dire en la fin du christianisme et de sa pensée touchant à l’universel.

Ainsi nous rappellerons cet aphorisme bien à propos du même Coluche:

“Quelle différence y a t’il entre dieu et le père noël ?… Le père noël lui, il est vrai.”

Bonne lecture

~ Résistance 71 ~

 

Le commencement de la fin

 

Léon Tolstoï

 

Écrit le 8 janvier 1897

Au cours de l’année dernière, en Hollande, un jeune homme nommé Van der Veer a été appelé pour entrer dans la Garde Nationale. À la convocation du commandant, Van der Veer a répondu par la lettre suivante : –

« TU NE TUERAS PAS »

À M. Herman Sneiders, Commandant de la Garde Nationale dans le district de Midleburg.

Cher Monsieur,

La semaine dernière, j’ai reçu un document m’ordonnant de me présenter au bureau municipal afin d’être, selon la loi, enrôlé dans la Garde Nationale. Comme vous avez probablement remarqué, je ne me suis pas présenté, et cette lettre vise à vous informer, clairement et sans équivoque, que je n’ai pas l’intention de me présenter devant la commission. Je sais très bien que je prends une lourde responsabilité, que vous avez le droit de me punir, et que vous ne manquerez pas d’utiliser ce droit. Mais cela ne m’effraie pas. Les raisons qui me conduisent à cette résistance passive me semblent assez fortes pour l’emporter sur la responsabilité que je prends.

Moi qui, si vous voulez savoir, ne suis pas un chrétien, comprends mieux que la plupart des chrétiens le commandement qui a été placé en tête de cette lettre, le commandement qui est enraciné dans la nature humaine, dans l’esprit de l’homme. Quand je n’étais qu’un garçon, je me suis laissé enseigner le métier de soldat, l’art de tuer : mais maintenant, j’y renonce. Je ne tuerais pas aux ordres des autres, et avoir ainsi un meurtre sur la conscience sans motif personnel ni aucune raison.

Pouvez-vous mentionner quelque chose de plus dégradant pour un être humain que de commettre ce genre de meurtre, ce genre de massacre ? Je suis incapable de tuer, même de voir un animal tué; par conséquent je suis devenu végétarien. Et maintenant je suis pour me faire ordonner de tirer des hommes qui ne m’ont causé aucun tort; car je comprends que ce n’est pas pour tirer sur des feuilles et des branches d’arbres que les soldats se font enseigner à utiliser des armes à feu.

Mais vous répliquerez, peut-être, que la Garde Nationale est en dehors de cela, et spécialement pour maintenir l’ordre civique.

M. le Commandant, si l’ordre régnait réellement dans notre société, si l’organisme social était réellement en santé – en d’autres mots, s’il n’y avait plus d’abus criants dans nos relations sociales, s’il n’était pas établi qu’un homme mourra de faim alors qu’un autre gratifie tous ses caprices de luxe, alors vous me verriez dans les premiers rangs des défenseurs de cet état ordonné. Mais je refuse catégoriquement de contribuer à maintenir le prétendu « ordre social » actuel. Pourquoi, M. le Commandant, devrions-nous nous jeter mutuellement de la poudre aux yeux ? Nous savons très bien tous les deux que le « maintien de l’ordre » signifie : soutenir le riche contre les travailleurs pauvres, qui commencent à percevoir leurs droits. Ne savons-nous pas le rôle qu’a joué la Garde Nationale dans la dernière grève à Rotterdam ? Sans aucune raison, la Garde devait être en service des heures et des heures pour surveiller le bien des maisons commerciales qui étaient touchées. Pouvez-vous supposer un seul instant que je devrais descendre des travailleurs qui agissent tout à fait selon leurs droits ? Vous ne pouvez pas être si aveugle. Pourquoi alors compliquer le sujet? Il m’est certes impossible de me laisser être dressé en un obéissant soldat de la Garde Nationale, comme vous voulez et devez avoir.

Pour toutes ces raisons, et spécialement parce que je déteste le meurtre sur commande, je refuse de servir comme soldat de la Garde Nationale, et je vous demande de ne pas m’envoyer un uniforme ou des armes, parce que j’ai fermement résolu de ne pas m’en servir. – Je vous salue, M. le Commandant,

         J. K. Van der Veer.”

À mon avis, cette lettre a une grande importance. Les refus du service militaire dans les états chrétiens ont commencé quand le service militaire est apparu dans les états chrétiens. Ou plutôt quand les états, dont le pouvoir est basé sur la violence, se sont réclamés du christianisme sans abandonner la violence. En vérité, il ne peut pas en être autrement. Un chrétien, à qui la doctrine enjoint l’humilité, la non-résistance à celui qui est mauvais, l’amour de tous (même du plus malveillant), ne peux pas être un soldat; c’est-à-dire qu’il ne peut pas joindre une classe d’hommes dont l’occupation consiste à tuer leurs semblables. C’est pour cela que les chrétiens ont toujours refusé et refusent encore aujourd’hui le service militaire.

Mais il n’y a jamais eus que peu de vrais chrétiens. La plupart des gens dans les pays chrétiens mettent au nombre des chrétiens seulement ceux qui professent la doctrine d’une Église, dont les doctrines n’ont rien en commun, sauf le nom, avec le vrai christianisme. Qu’occasionnellement une recrue sur des dizaines de milliers refuse de servir n’a pas troublé les centaines de milliers, les millions d’hommes qui acceptent le service militaire chaque année.

Il est impossible que la totalité de l’énorme majorité des chrétiens qui entrent dans le service militaire soit dans l’erreur, et qu’il y ait seulement les exceptions, parfois des gens sans instruction, qui aient raison; alors que tous les archevêques et les hommes de savoir pensent que le service est compatible avec le christianisme. C’est ainsi que pense la majorité, et, nullement troublé de se considérer eux-mêmes chrétiens, ils entrent dans le rang des meurtriers. Mais voilà qu’apparait un homme qui, comme il le dit lui-même, n’est pas un chrétien, et qui refuse le service militaire, non pas pour des motifs religieux, mais pour des motifs des plus simples, des motifs intelligibles et communs à tous les hommes, de quelque religion ou nation qu’ils soient, Catholiques, Musulmans, Bouddhistes ou Confucianistes, espagnols ou japonais.

Van der Veer refuse le service militaire, non pas parce qu’il suit le commandement « Tu ne tueras point », non pas parce qu’il est chrétien, mais parce qu’il considère le meurtre comme contraire à la nature humaine. Il écrit qu’il déteste simplement toute tuerie, et ce au point d’être devenu végétarien seulement pour éviter d’avoir part à l’exécution d’animaux; et surtout, il dit qu’il refuse le service militaire parce qu’il pense que le « meurtre sur commande » c’est-à-dire l’obligation de tuer ceux qu’on nous ordonne de tuer (ce qui est la nature réelle du service militaire) est incompatible avec la droiture d’un homme.

Faisant allusion à l’objection habituelle que s’il refuse d’autres suivront son exemple, et que l’ordre social actuel sera détruit, il répond qu’il ne souhaite pas maintenir l’ordre social actuel, parce qu’il est mauvais, parce que dans celui-ci le riche domine le pauvre, ce qui ne doit pas être. De sorte que, même s’il avait n’importe quel autre doute quant à la justesse de servir ou ne pas servir, la seule considération du fait qu’en servant comme soldat il doive, en portant des armes et en menaçant de tuer, supporter les riches oppresseurs contre les pauvres opprimés, l’oblige à refuser le service militaire.

Si Van der Veer donnait comme raison de son refus son adhérence à la religion chrétienne, ceux qui joignent aujourd’hui le service militaire pourraient dire : « Nous ne sommes pas des sectateurs et ne reconnaissons pas le christianisme, par conséquent nous ne voyons pas le besoin d’agir comme vous le faites. »

Mais les raisons données par Van der Veer sont tellement simples, claires et universelles qu’il est impossible de ne pas les appliquer chacun à son propre cas. Les choses sont ainsi que pour nier la force de ces raisons dans son propre cas, quelqu’un doit dire : – « J’aime le meurtre, et je suis prêt à tuer, non seulement les gens disposés au mal, mais mes propres compatriotes infortunés, et je ne vois rien de mal dans la promesse de tuer aux ordres du premier officier que je rencontre, qui que ce soit qu’il me commande de tuer. »

Voici un jeune homme. Quel que soit l’environnement, la famille ou le credo dans lesquels il a été élevé, il a appris qu’il doit être bon, qu’il est mal de frapper et de tuer, non seulement des hommes, mais même des animaux; il a appris qu’un homme doit tenir à sa droiture, laquelle droiture consiste à agir selon sa conscience. Cela est également apprit par les confucéens en Chine, les shintoïstes au Japon, les bouddhistes et les musulmans. Soudainement, après avoir appris tout cela, il entre dans le service militaire, où il est tenu de faire exactement le contraire de ce qu’il a appris. On lui dit de se mettre en état de blesser et de tuer, non pas des animaux, mais des hommes; on lui dit de renoncer à son indépendance[1] en tant qu’homme, et d’obéir, dans la profession du meurtre, à des hommes qu’il ne connaît pas, absolument inconnus de lui.

À un tel commandement, quelle réponse juste un homme d’aujourd’hui peut-il donner? Assurément seulement celle-ci : « Je ne le veux pas, et je ne le ferai pas ».

Exactement la réponse que Van der Veer donne. Il est difficile d’imaginer une réplique pour lui ou pour ceux qui dans une position similaire font comme lui.

Quelqu’un peut ne pas voir ce fait, parce qu’il n’a pas exigé son attention; quelqu’un peut ne pas comprendre le sens d’une action, aussi longtemps qu’il demeure inexpliqué. Mais une fois montré et expliqué, personne ne peut plus ignorer, ou faire semblant de ne pas voir ce qui est évident.

Il peut encore y avoir des hommes qui ne réfléchissent pas à leur agissement en entrant dans le service militaire, et des hommes qui veulent la guerre avec les étrangers, et des hommes qui continueraient d’opprimer la classe laborieuse, et même des hommes qui aiment le meurtre pour le meurtre. De tels hommes peuvent continuer à être soldats; mais même eux ne peuvent pas ignorer maintenant qu’il y en a d’autres, les meilleurs du monde – pas seulement parmi les chrétiens, mais parmi les musulmans, les brahmanistes, les bouddhistes, les confucianistes, – dont le nombre s’accroît à chaque heure, qui considèrent la guerre et les soldats avec aversion et mépris. Aucun argument ne peut faire taire ce simple fait, qu’un homme avec le moindre sens de sa propre dignité ne peut pas s’asservir à un maître inconnu, ou même connu, dont l’occupation est le meurtre. Or c’est en cela seulement que consiste le service militaire, avec toute sa contrainte de discipline.

« Mais considèrez les conséquences pour celui qui refuse, » me dit-on. « C’est très bien pour vous, un vieil homme exempté de cette exaction,[2] et en sécurité par votre position, pour prêcher le martyre; mais qu’en est-il de ceux à qui vous prêcher, et qui, croyants en vous, refusent de servir et ruinent leurs jeunes vies? »

« Mais que puis-je faire? » – réponds-je à ceux qui parlent ainsi.- « Dois-je, en conséquence du fait que je suis vieux, ne pas indiquer le mal que je vois clairement, incontestablement, le voyant précisément parce que je suis vieux, que j’ai vécu et pensé pendant longtemps? Est-ce qu’un homme qui se tient de l’autre côté de la rivière, hors de l’atteinte du voyou qu’il voit en train d’obliger un homme à en tuer un autre, ne doit pas crier au meurtrier, lui dire de s’abstenir, pour la raison qu’une telle intervention va enrager encore plus le voyou? De plus, je ne vois pas pourquoi le gouvernement, persécutant ceux qui refusent le service militaire, ne retourne pas son châtiment contre moi, en reconnaissant en moi un instigateur. Je ne suis pas trop vieux pour la persécution, pour des châtiments quelconques de toutes sortes, et ma position en est une sans défense. Quoiqu’il arrive, blâmé et persécuté ou non, que ceux qui refusent le service militaire soient persécutés ou non, je ne cesserai pas, alors que je suis en vie, de dire ce que je dis maintenant : car je ne peux pas m’abstenir d’agir en accord avec ma conscience. » C’est justement en cela même que la vérité chrétienne est puissante, irrésistible; c’est-à-dire qu’en étant l’enseignement de la vérité, en agissant sur l’homme, elle ne doit pas être gouvernée par des considérations extérieures. Jeune ou vieux, persécuté ou non, celui qui adopte la conception chrétienne de la vie, la vraie, ne peux pas reculer devant les exigences de sa conscience. C’est en cela que se trouve l’essence et la particularité du christianisme, le distinguant de tous les autres enseignements religieux; et c’est en cela que se trouve son pouvoir indomptable.[3]

Van der Veer dit qu’il n’est pas un chrétien. Mais les motifs de son refus et son comportement sont chrétiens. Il refuse parce qu’il ne veut pas tuer un frère humain; il n’obéit pas, parce que les ordres de sa conscience sont plus obligatoires pour lui que les ordres des hommes. C’est précisément pour cette raison que le refus de Van der Veer est si important. Il démontre ainsi que le christianisme n’est pas une secte ou un credo que les uns peuvent professer et les autres rejeter; mais que ce n’est rien d’autre qu’une vie suivant la lumière de la raison qui illumine tous les hommes. Le mérite du christianisme n’est pas qu’il prescrive telle ou telle action aux hommes, mais qu’il voit d’avance et indique le chemin[4] par lequel toute l’humanité doit aller et va effectivement.

Les hommes qui se comportent actuellement avec droiture et raisonnablement le font, non pas parce qu’ils suivent les prescriptions du Christ, mais parce que la ligne de conduite qui a été indiquée il y a dix-huit cents ans s’est assimilée à la conscience humaine.

C’est la raison pour laquelle je pense que l’action et la lettre de Van der Veer sont très importantes.

De même qu’un feu allumé dans une prairie ou une forêt ne mourra pas qu’il n’ait brûlé tout ce qui est sec et mort, et donc combustible, la vérité, une fois articulée en langage humain, ne cessera pas son oeuvre jusqu’à ce que toute fausseté, destinée à être réduite à rien, enveloppant et cachant la vérité de toutes parts comme elle fait, soit réduite à rien. Le feu couvre longtemps; mais aussitôt qu’il éclate en flammes tout ce qui peut brûler brûle rapidement.

Ainsi en est-il avec la vérité, qui prend du temps pour parvenir à une expression droite, mais une fois exprimée clairement en parole,[5] la fausseté et l’erreur sont bientôt détruites. L’une des manifestations partielles du christianisme, – l’idée que les hommes peuvent vivre sans l’institution de l’esclavage, – même si elle était contenue dans la conception chrétienne, ne fut clairement exprimée, il me semble, que par des écrivains du dix-huitième siècle.[6] Jusqu’à cette époque-là, non seulement les anciens païens, comme Platon et Aristote, mais même des hommes plus près de nous dans le temps, et chrétiens, ne pouvaient pas imaginer une société humaine sans esclavage. Thomas More ne pouvait pas imaginer même une Utopie sans esclavage.[7] Tout comme les hommes du début du siècle ne pouvaient pas imaginer la vie de l’homme sans guerre. L’idée que l’homme puisse vivre sans guerre n’a été clairement exprimée qu’après les guerres napoléoniennes.[8] Aujourd’hui, cent ans sont passés depuis la première expression claire que l’humanité peut vivre sans esclavage : et il n’y a plus d’esclavage dans les nations chrétiennes. Il ne se passera pas encore un autre cent ans après l’expression claire que l’humanité peut vivre sans guerre, avant que la guerre ne cesse d’exister. Sans doute restera-t-il une forme de violence armée, de même que le travail salarié demeure après l’abolition de l’esclavage; mais, au moins, les guerres et les armées seront abolies dans la forme outrageuse, tellement répugnante à la raison et au sens moral, qu’elles existent présentement.

Les signes que ce temps est proche sont nombreux. Ces signes sont comme par exemple la position désespérée des gouvernements, qui augmentent de plus en plus leurs armements; la multiplication des taxes et le mécontentement des nations; le degré extrême d’efficacité avec lequel les armes mortelles sont fabriquées; l’activité des sociétés et des congrès de paix; et, par dessus-tout, les refus de la part d’individus de faire le service militaire. La clé de la solution du problème se trouve dans ces refus. Vous dites que le service militaire est nécessaire; que, sans soldats, il nous arrivera des désastres. C’est possible; mais, pour m’en tenir à l’idée du bien et du mal qui est universelle parmi les hommes aujourd’hui, y compris vous-mêmes, je ne peux pas tuer des hommes sur commande. De sorte que si, comme vous dites, le service militaire est nécessaire – alors arrangez-le de manière qu’il ne soit pas si contradictoire avec ma conscience, et la vôtre. Mais, d’ici à ce que vous l’ayez arrangé ainsi, ne me demandez pas ce qui est contre ma conscience, à laquelle je ne peux désobéir en aucun cas.

C’est ainsi que doivent répondre tous les hommes honnêtes et raisonnables, inévitablement et très bientôt; non seulement les hommes de la chrétienté mais aussi les musulmans, et les soi-disant païens, les brahmanistes, les bouddhistes et les confucéens. Peut-être que par la force de l’inertie la coutume de la profession de soldat va continuer encore pendant un certain temps; mais déjà maintenant la question est résolue dans la conscience humaine, et tous les jours, toutes les heures, de plus en plus d’hommes arrivent à la même solution; arrêter le mouvement à ce stade-là est impossible. C’est toujours à travers un conflit entre la conscience qui s’éveille et l’inertie de la vieille condition qu’un homme parvient à toute reconnaissance d’une vérité, ou plutôt à toute délivrance d’une erreur, comme dans le cas de l’esclavage sous nos yeux.[9]

Au début l’inertie est si puissante, la conscience est si faible, que le premier effort pour échapper à l’erreur fait seulement l’objet d’étonnement. La nouvelle vérité semble de la folie. Propose-t-on de vivre sans esclavage? Mais alors qui travaillera? Propose-t-on de vivre sans se battre? Mais alors tout le monde viendra nous conquérir.[10]

Cependant, le pouvoir de la conscience s’accroît, l’inertie s’affaiblit, et l’étonnement se change en mépris et en moquerie. « Les Saintes Écritures reconnaissent des maîtres et des esclaves. Ces rapports ont toujours existées, et voilà qu’arrivent ces prétendus sages qui veulent changer le monde entier »; c’est ainsi que les hommes ont parlé à propos de l’esclavage. « Tous les scientifiques et les philosophes reconnaissent la légalité, et même le caractère sacré de la guerre[11]; allons-nous croire directement que la guerre n’est plus nécessaire? »

C’est de cette manière que les gens parlent de la guerre. Mais la conscience continue de grandir et s’éclaircie; le nombre de ceux qui reconnaissent la nouvelle vérité s’accroît, et la moquerie et le mépris font place au faux-fuyant et la tromperie. Ceux qui supportent l’erreur ralentissent la compréhension, et ils admettent l’absurdité et la cruauté de la pratique qu’ils défendent, mais ils pensent que son abolition est impossible pour le moment, alors ils la retardent indéfiniment. « Qui ne sait pas que l’esclavage est un mal? Mais les hommes ne sont pas mûrs pour la liberté, et l’affranchissement produira de terribles désastres » – avait l’habitude de dire les hommes à propos de l’esclavage, il y a quarante ans.[12] « Qui ne sait pas que la guerre est un mal? Mais alors que l’humanité est encore tellement bestiale, l’abolition des armées fera plus de mal que de bien, » disent aujourd’hui les hommes à propos de la guerre.»

Néanmoins, l’idée fait son oeuvre; elle grandit, elle consume la fausseté; et le temps est arrivé où la folie, l’inutilité, la dangerosité et la méchanceté de l’erreur sont si évidentes (comme c’est arrivé avec l’esclavage en Russie et en Amérique dans les années soixantes) que déjà maintenant il est impossible de la justifier. Telle est la situation actuelle quant à la guerre. Exactement comme dans les années soixantes, alors qu’on ne faisait aucun effort pour justifier l’esclavage mais seulement pour le maintenir; de même aujoud’hui personne n’essaie plus de justifier la guerre et les armées, mais cherche seulement, en silence, à utiliser l’inertie qui les supporte encore, en sachant très bien que cette organisation immorale et cruelle pour le meurtre, qui parait si puissante, peut s’écrouler à tout moment, pour ne plus jamais se mettre en branle.

Une fois qu’une goutte d’eau suinte à travers le barrage, une fois qu’une brique se détache d’un grand édifice, une fois qu’une maille devient lâche dans le filet le plus solide – le barrage éclate, l’édifice tombe, le filet se détisse. C’est comme une telle goutte, une telle brique, une telle maille desserrée que m’apparait le refus de Van der Veer, rendu intelligible à toute l’humanité par des raisons universelles.

Suite au refus de Van der Veer des refus similaires doivent se présenter de plus en plus souvent. Aussitôt qu’ils deviennent nombreux, les hommes mêmes (leur nom est légion) qui, le jour précédent disaient : «  C’est impossible de vivre sans guerre, » diront tout d’un coup qu’ils ont déclaré depuis longtemps que la guerre est une folie et une immoralité, et ils conseilleront à tous le monde de suivre l’exemple de Van der Veer. Alors, de la guerre et des armées, telles qu’elles sont maintenant, il ne restera plus que le souvenir. Et ce temps s’approche.

Société contre l’État et son monopole de la violence: l’opinion publique comme pouvoir ultime (Léon Tolstoï)

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 28 septembre 2017 by Résistance 71

Nous ne partageons pas le côté religieux de Tolstoï, mais son approche est intéressante dans la mesure où, de son propre aveu, il fut nihiliste pendant plus de trois décennies, pour finalement trouver une voie épurée du christianisme. Il est intéressant également de considérer un angle anarchiste au christianisme. Il est dit par certains que le “Christ” (dont l’existence historique est des plus aléatoires…), fut le premier anarchiste ; comment l’eût-il pu en étant asservi à une “volonté divine” ? Néanmoins, certains préceptes et principes peuvent être vu comme une forme “d’anarchisme” si on fait abstraction du référant permanent à “l’autorité divine suprême”… Mais le peut-on ?… Le texte ci-dessous est un extrait du libre de Tolstoï “Le salut est en vous” (1893), qui a au moins le mérite de fustiger toutes les églises et les réduit au rang de pseudos.

Quand on lit ce Tolstoï là, il  nous fait penser au grand réalisateur russe Andreï Tarkovsky, dont le panthéisme cinématographique atteignit une dimension épique, quasi “tolstoïenne” dans un de ses chefs-d’œuvre : “Andreï Roublev” (1966), Tarkovsky qui disait entre autre que “c’est évident que l’art est incapable d’enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, car en quatre mille ans, l’humanité n’a rien appris du tout…”

Pour apprendre, il faut essayer de s’immiscer dans l’origine et lâcher prise…

L’angle d’approche de Tolstoï est intéressant… Indubitablement…

~ Résistance 71 ~

 

Inutilité de la violence pour faire disparaître le mal

 

Léon Tolstoï

 

Extrait du “Salut est en vous” (1893)

 

Alphonse Karr, un écrivain français oublié aujourd’hui, a dit un jour en essayant de prouver l’impossibilité de l’abolition de la peine de mort : « Que messieurs les assassins commencent par nous donner l’exemple.» Et j’ai souvent entendu ce mot d’esprit cité par des personnes qui croyaient vraiment qu’elles utilisaient un argument convaincant et sensé contre la suppression de la peine de mort. Cependant, il n’y a pas de meilleur argument contre la violence des gouvernements.

« Que les assassins commencent en nous donnant l’exemple, » disent les défenseurs de l’autorité du gouvernement. Les assassins disent la même chose, mais avec plus de justice. Ils disent : « Que ceux qui se sont placés eux-mêmes comme professeurs et guides nous montrent l’exemple par la suppression de l’assassinat légal, et nous les imiterons. » Et ils ne disent pas cela en guise de provocation, mais très sérieusement, car tel est en réalité la situation.

«Nous ne pouvons pas cesser d’utiliser la violence alors que nous sommes entourés par ceux qui commettent des actes de violence.» Il n’y a pas de barrière plus insurmontable à l’heure actuelle contre le progrès de l’humanité, et l’établissement d’un système qui sera en harmonie avec sa conception actuelle de la vie, que cette argument erroné.

Ceux qui ont des positions d’autorité sont pleinement convaincus que les hommes doivent être influencés et contrôlés par la force seule, et par conséquent, pour préserver le système actuel, il n’hésite pas à l’employer. Et cependant, ce même système n’est pas supporté par la violence, mais par l’opinion publique, l’action de laquelle est compromise par la violence. L’action de la violence est en fait d’affaiblir et de détruire ce qu’il cherche à supporter.

Au mieux, la violence n’est pas employée comme un véhicule pour les ambitions de ceux dans des places élevées, condamnés dans la forme inflexible que l’opinion publique a probablement répudié et condamné il y a longtemps; mais il y a cette différence, qu’alors que l’opinion publique rejette et condamne tout acte qui est opposé à la loi morale, la loi supportée par la force répudie et condamne seulement un nombre limité d’actes, semblant ainsi justifier tout actes d’un tel ordre qui n’ont pas été inclus dans sa formule.

Depuis le temps de Moïse, l’opinion publique a considéré la cupidité, la luxure et la cruauté comme des crimes, et les a condamnés comme tels. Elle condamne et désavoue chaque forme que cette cupidité peut prendre, non seulement l’acquisition de la propriété d’un autre homme par la violence, la fraude et la ruse, mais aussi l’abus cruel de la richesse. Elle condamne toute formes de luxure, que ce soit l’impudicité avec une maîtresse, une esclave, une femme divorcée, ou avec sa femme; elle condamne la cruauté non seulement envers les êtres humains mais envers les animaux. Alors que la loi, basée sur la violence, s’attaque seulement à certaines formes de cupidité, telles que le vol et la fraude, et certaines formes de luxure et de cruauté, telles que l’infidélité conjugale, l’assaut et le meurtre; et elle semble ainsi appuyer (tacitement) ces manifestations de la cupidité, de la luxure et de la cruauté qui ne tombe pas dans ses limites étroites.

La violence démoralise l’opinion publique, et en plus, elle entretient dans l’esprit des hommes la conviction pernicieuse qu’ils avancent non par l’impulsion d’un pouvoir spirituel, – ce qui les aiderait à comprendre et réaliser la vérité en les amenant plus près de cette force morale qui est la source de tous les mouvements progressifs de l’humanité,- mais par ce même facteur qui non seulement entrave notre progrès vers la vérité, mais nous l’enlève. C’est une erreur fatale, dans la mesure où elle inspire dans l’homme du mépris pour le principe fondamental de sa vie,- l’activité spirituelle,- et le conduit à transférer toute sa force et son énergie sur la pratique de la violence extérieure.

C’est comme si les hommes voulaient mettre en branle une locomotive en tournant ses roues avec les mains, ne sachant pas que l’expansion de la vapeur était le principe moteur réel, et que l’action des roues était l’effet et non la cause. Si de leurs mains et leviers ils bougeaient les roues, ce n’est encore qu’un semblant de mouvement, ou brisant les roues et les rendant inutiles.

La même erreur est faite par ceux qui souhaitent changer le monde par la violence.

Des hommes affirment que la vie chrétienne ne peut s’établir que par la violence, parce qu’il y a encore des nations non civilisées en dehors du monde chrétien, en Afrique, en Asie (quelques-uns voient même les chinois comme une menace à notre civilisation), et parce que, selon les nouvelles théories de l’hérédité, il existerait dans la société des criminels congénitaux, sauvages et irrémédiablement vicieux.

Mais les sauvages que nous trouvons dans nos propres communautés, et ceux par-delà sa borne, avec qui nous nous menaçons nous-mêmes et les autres, n’ont jamais cédé par la violence, et ne s’y rendent pas maintenant. Un peuple n’en a jamais conquis un autre la violence seule. Si les victorieux se trouvait à un niveau de civilisation plus bas que les conquis, ils adoptaient toujours les mœurs et coutumes de ces derniers, n’essayant jamais de leur imposer leurs méthodes de vie. C’est par l’influence de l’opinion publique, et non par la violence, que les nations sont réduites à la soumission.

Quand un peuple a accepté une nouvelle religion, sont devenus Chrétiens, ou Mahométains, ce n’est pas arrivé parce que c’était rendu obligatoire par ceux au pouvoir (la violence produit exactement le résultat opposé) mais parce qu’ils étaient influencés par l’opinion publique. Les nations contraintes par la violence à accepter la religion des conquérants ne l’ont jamais réellement fait.

La même chose peut être dite de tous les éléments sauvages dans toutes les communautés; ni la sévérité, ni la clémence dans les questions de châtiments, ni la modification du système de prison, ni l’augmentation du nombre de policiers, n’ont diminué ou accru le total des crimes, qui ne diminuera qu’avec l’évolution de notre façon de vivre. La rudesse n’a jamais réussi à supprimer les vendettas, ou la coutume du duel dans certains pays. Peu importe le nombre de ses compagnons qui peuvent être mis à mort pour vol, le Tcherkess continue de voler par vanité. Aucune fille ne mariera un Tcherkess qui n’a pas prouvé son audace en dérobant un cheval, ou au moins un mouton. Quand les hommes ne se battront plus en duel et que les Tcherkess cesseront de voler, ce ne sera pas par peur d’un châtiment (le danger de la peine de mort ajoute au prestige de l’audace), mais parce que les mœurs publiques auront subit un changement. La même chose peut être dite de tous les autres crimes. La violence ne peut jamais supprimer ce qui est contenu dans la coutume générale. Si l’opinion publique ne faisait que désapprouver la violence, elle détruirait tout son pouvoir.

Ce qui arriverait si la violence n’était pas employée contre des nations hostiles et les éléments criminels de la société, nous ne savons pas. Mais que l’utilisation de la violence ne dompte ni l’un ni l’autre nous le savons à travers une longue expérience.

Et comment pouvons-nous espérer assujettir, par la violence, des nations dont l’éducation, les traditions, et même l’enseignement religieux tend à glorifier la résistance au conquérant et l’amour de la liberté comme les plus nobles des vertus ? Et comment est-il possible d’extirper le crime par la violence au cœur des communautés, où le même acte considéré comme criminel par le gouvernement est transformé en un exploit héroïque par l’opinion publique ?

Les nations et les races peuvent être détruites par la violence – cela est déjà arrivé. Mais elles ne peuvent pas être assujetties.

Le pouvoir qui transcende tous les autres et qui a influencé les individus et les nations depuis que le monde a commencé, ce pouvoir qui est la convergence de l’invisible, de l’intangible, des forces spirituelles de l’humanité, est l’opinion publique.

La violence sert mais affaiblit cette influence, la désintègre, et la remplace par une non seulement inutile mais pernicieuse au bien-être de l’humanité.

Pour gagner tous ceux qui sont en dehors des rangs chrétiens, tous les zoulous, (…), les chinois, que plusieurs considèrent barbares, et les barbares parmi nous, il n’y a qu’une seule façon. C’est par la diffusion d’un mode chrétien de pensée, ce qui ne peut être accompli que par une vie chrétienne, des actions chrétiennes, un exemple chrétien. Mais plutôt que d’utiliser cette seule façon de gagner ceux qui sont resté en dehors des rangs chrétiens, les hommes de notre époque ont fait exactement le contraire.

Pour convertir les nations barbares, qui ne nous font aucun mal, et que nous n’avons aucune raison d’opprimer, nous devons, par-dessus tout, les laisser en paix, et agir sur eux simplement en leur montrant un exemple des vertus chrétiennes de patience, douceur, tempérance, pureté et amour fraternel. A la place de cela, nous commençons par saisir leur territoire, et établir de nouveaux marchés pour notre commerce, dans le seul but de faire avancer nos propres intérêts – En fait nous les volons; nous leur vendons du vin, du tabac, et de l’opium, et de cette façon nous les démoralisons; nous établissons nos propres coutumes parmi eux, nous leur enseignons la violence et ses leçons; nous leur enseignons la loi animal des querelles, cette forme la plus basse de l’avilissement humain, et nous faisons tout pour cacher les vertus chrétiennes que nous possédons. Puis, leur ayant envoyé une foule de missionnaires, qui bredouillent un absurde jargon clérical, nous citons les résultats de nos tentatives pour convertir les infidèles comme une preuve indubitable que les vérités du christianisme ne sont pas adaptables à la vie de tous les jours.

Pour ce qui est ceux que nous appelons criminels, et qui vivent parmi nous, tout ce qui a été dit s’applique aussi bien à eux. Il n’y a qu’une façon de les convertir, et c’est par le moyen d’une opinion publique bâtie sur le vrai christianisme, accompagné par l’exemple d’une vie chrétienne sincère. Et à la place de l’évangile chrétien, quand par l’exemple nous emprisonnons, exécutons, guillotinons et pendons; nous encourageons les masses dans des religions idolâtres calculées pour les abrutir; le gouvernement autorise la vente de poisons qui détruisent le cerveau – le vin, le tabac, l’opium; la prostitution est légalisée; nous accordons la terre à ceux qui en ont le moins besoin; entourés de misère, nous étalons dans nos amusements une extravagance débridée; nous rendons ainsi impossible quelques semblances de vie chrétienne, et nous faisons de notre mieux pour détruire les idées chrétiennes déjà établies; puis, après avoir tout fait pour démoraliser les hommes, nous capturons et confinons les hommes comme des bêtes en des endroits d’où ils ne peuvent pas s’échapper, et où ils deviendront encore plus brutaux que jamais; ou nous tuons les hommes que nous avons démoralisés, et ensuite les utilisons comme un exemple pour illustrer et prouver notre argument que les gens peuvent seulement être contrôlés par la violence.

C’est ainsi que fait le médecin ignorant, qui, ayant placé son patient dans les conditions les plus insalubres, ou lui ayant administré des drogues poisons, prétend que son patient a succombé à la maladie, alors que s’il avait été laissé à lui-même il se serait rétabli depuis longtemps.

La violence, que les hommes regardent comme un instrument pour supporter la vie chrétienne, au contraire, empêche le système social d’atteindre son complet et parfait développement. Le système social est tel qu’il est, non pas à cause de la violence, mais malgré celle-ci.

Par conséquent, les défenseurs du système social existant se trompent eux-mêmes quand ils disent que, puisque la violence contient tout juste les éléments anti-chrétiens de la société en respect, sa subversion et la substitution de l’influence morale de l’opinion publique nous laisseraient impuissant en face d’eux. Ils sont dans l’erreur, parce que la violence ne protège pas l’humanité; mais elle prive les hommes de la seule chance possible d’une défense effective par l’établissement et la propagation du principe de vie chrétien.

«Mais comment quelqu’un peut mettre au rebut la protection tangible et visible du policier avec son bâton et faire confiance à l’invisible, intangible opinion publique ? Et, de plus, son existence même n’est-elle pas problématique ? Nous sommes tous familiers avec l’ordre actuel des choses; qu’il soit bon ou mauvais nous connaissons ses défauts, et y sommes habitués; nous savons comment nous conduire, comment agir dans les conditions actuelles; mais qu’arrivera t-il quand nous aurons renoncé à l’organisation présente et que nous serons confiné à quelque chose d’invisible, intangible, et complètement inconnu ?»

Les hommes ont peur de l’incertitude dans laquelle ils plongeraient s’ils renonçaient à l’ordre courant des choses. Certainement, si notre situation était assuré et stable, il y aurait lieu de craindre les incertitudes du changement. Mais loin de profiter d’une position solide, nous savons que nous sommes au bord de la catastrophe.

S’il nous faut connaître la peur, que ce soit avant quelque chose de réellement apeurant, plutôt que devant ce que nous imaginons pourrait l’être.

En craignant de faire un effort pour échapper des conditions qui nous sont fatales, seulement parce que le futur nous est obscur et inconnu, nous sommes comme les passagers d’un vaisseau qui coule qui s’entasse dans une cabine et refuse de le laisser, parce qu’ils n’ont pas le courage d’entrer dans le bateau qui les amènerait sur la rive; ou comme des moutons, qui apeuré d’un feu qui s’est déclaré dans la cours de la ferme, se blottissent dans un coin et ne sortent pas par la porte ouverte.

Comment pouvons-nous, sur le seuil d’une guerre sociale choquante et désolante, devant laquelle, comme ceux qui s’y préparent nous le disent, les horreurs de 1793 sembleront bien mince, parler sérieusement des dangers qui menacent de la part des indigènes du Dahomey, des zoulous et autres qui demeurent qui vivent très loin, et qui n’ont pas l’intention de nous attaquer; ou à propos des quelques milliers de malfaisants voleurs et meurtriers – des hommes que nous avons contribuer à démoraliser, et dont le nombre n’est pas diminué par toutes nos courts, prisons et exécutions ?

De plus, cette anxiété, que la protection visible de la police soit renversée, se limite principalement aux habitants des villes – c’est-à-dire à ceux qui vivent dans des conditions artificielles et anormales. Ceux qui vivent au milieu de la nature et ont affaire avec ses forces ne requièrent pas une telle protection; ils réalisent comment la violence est peu avantageuse pour nous protéger des dangers réels qui nous entourent. Il y a quelque chose de morbide dans cette peur, qui provient principalement de la condition fausse dans laquelle la plupart d’entre nous ont grandi et continue de vivre.

Un médecin des aliénés racontait comment, un jour d’été, alors qu’il s’apprêtait à quitter l’asile, les patients l’ont accompagné jusqu’à la porte qui menait à la rue.

« Venez avec moi à la ville ! » leur a-t-il proposé.

Les patients se sont mis d’accord et un petit groupe est allé avec lui. Mais plus ils allaient par les rues où ils rencontraient leurs compatriotes qui avaient toutes leur raison allant et venant librement, plus ils devenaient timides, et se pressaient autour du médecin. Finalement ils ont prié d’être ramené à l’asile, à leur vieux mode de vie d’aliénés, à leurs gardiens et leurs manières rudes, leurs camisoles de force et leur confinement solitaire.

Ainsi en est-il de ceux dont la christianité attend d’être mis en liberté, à qui elle offre la voie rationnelle non entravée du futur, le siècle qui vient; ils se serrent les uns contre les autres et s’attachent à leurs habitudes d’aliénés, à leurs usines, courts, prisons, leurs exécuteurs et leurs guerres.

Ils disent: « Quelle sécurité y aura-t-il pour nous quand l’ordre existant aura été balayé ? Quelle sorte de lois prendra la place de celles sous lesquelles nous vivons maintenant ? Nous ne ferons pas un seul pas vers le changement avant que nous sachions exactement comment notre vie sera organisée » C’est comme si un découvreur allait insisté sur une description détaillée d’une région qu’il est sur le point d’explorer. Si l’individu, en passant d’une période de sa vie à une autre, pouvait lire le futur et savoir juste qu’est-ce que toute sa vie sera, il n’aurait aucune raison de vivre. Et ainsi en est-il de la carrière de l’humanité. Si, sur le point d’entrer dans une nouvelle période, un programme détaillant les incidents de son existence future était possible, l’humanité stagnerait.

Nous ne pouvons pas connaître les conditions du nouvel ordre des choses parce qu’il nous faut les élaborer pour nous-mêmes. La signification de la vie consiste à découvrir ce qui est caché, puis de conformer notre activité à notre nouvelle connaissance..

C’est la voie de l’individu comme c’est celle de l’humanité.