Archive pour société libertaire

Sur le chemin de l’émancipation finale : « Appel à la vie contre la tyrannie étatique et marchande » (Raoul Vaneigem, extraits, format pdf)

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Résistance 71

 

25 janvier 2020

 

Nous avons réalisé une compilation d’extraits du dernier ouvrage de Raoul Vaneigem « Appel à la vie contre la tyrannie étatique et marchande » (2019), mise en format PDF par Jo avec son talent habituel de mise en page.

Nous encourageons les lecteurs à lire le livre intégralement il en vaut la peine. Il est publié aux édition Libertalia.

Nous avons choisi de compiler de larges extraits de ce petit livre car l’analyse de Raoul Vaneigem, comme à son habitude, est particulièrement pertinente à la situation socio-politique que nous subissons et elle donne de très bonnes pistes à suivre pour nous retrouver, ensemble, sur le chemin de l’émancipation finale, celui de la gratuité mettant à bas état, marchandise, argent et salariat, piliers centenaires de la tyrannie qui nous oppriment toujours plus avant.

A lire et à diffuser sans aucune modération…

 

Compilation d’extraits version PDF :
Raoul_Vaneigem-extraits-de-lappel-a-la-vie-contre-la-tyrannie-etatique-et-marchande

 

Ce pdf est le 150ème de notre e-biblio

 


A bas la tyrannie marchande…
pour la société des sociétés

 

Réflexion sur la (r)évolution… « Anarchisme et Organisation » avec Rudolph Rocker (version PDF)

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“Qu’est-ce que l’État ? C’est le signe achevé de la division dans la société, en tant qu’il est l’organe séparé du pouvoir politique: la société est désormais divisée entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent. La société n’est plus un. Nous indivisé, une totalité une, mais un corps morcelé, un être social hétérogène… »
~ Pierre Clastres ~

 

Résistance 71

 

20 janvier 2020

 

Ci-dessous, le pdf « Anarchisme et Organisation » de Rudolph Rocker publié en 1919, sur une mise en page toujours aussi excellente de Jo. certaines choses ont un peu vieilli, mais ce document fournit toujours de solides bases pour une organisation solidaire hors structure étatique et marchande.

Nous devons intégrer à notre réalité qu’il n’y a pas de solution au sein du système et qu’il ne saurait y en avoir et qu’en conséquence, la seule solution viable pour la société humaine est celle de la société des sociétés, de l’organisation organique par les associations libres et l’entraide, que nous savons être un facteur primordial de l’évolution.

Il ne s’agit donc pas ici de changer de système par la REVOLUTION mais bel et bien par l’EVOLUTION. Telle est la voie.

Rudolph_Rocker_Anarchisme_et_Organisation
Version PDF

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”
~ Friedrich Nietzsche, “De la nouvelle idole” ~

“Un ethnologue français, Pierre Clastres, a émis, pour les sociétés humaines en général, l’hypothèse que la tendance normale dans un groupe est la résistance collective aux excès du pouvoir. Dans une société encore peu complexe, les notables doivent s’attacher leurs obligés en redistribuant en permanence les richesses qu’ils réussissent à grand peine à accumuler. Dans une société guerrière où le prestige est lié aux prouesses de combat, les grands guerriers doivent remettre sans cesse leur titre en jeu, jusqu’au jour où ils finissent par être éliminés.
L’émergence de sociétés inégalitaires ne serait donc pas la norme, mais l’exception et le résultat d’un dysfonctionnment de ces mécanismes de contrôle. Finalement, l’inégalité ne serait pas naturelle…”
~ Jean-Paul Demoule, archéologue, ancien directeur de l’INRAP, 2012 ~

“La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation. Avant d’être économique, l’aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l’économique est une dérive du politique, l’émergence de l’État détermine l’apparition des classes.”
~ Pierre Clastres, directeur de recherche en anthropologie politique au CNRS, 1974 ~

 


A bas L’État, la marchandise, l’argent et le salariat !

Gilets Jaunes !… La révolution sociale ici et maintenant ! (Raoul Vaneigem)

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Tout commence ici et maintenant

 

Raoul Vaneigem

 

17 janvier 2020

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Tout-commence-ici-et-maintenant

 

À celles et ceux de Commercy,

Dans le désir d’apporter ma contribution personnelle au débat crucial sur la Commune et le communalisme, je prends la liberté de vous communiquer quelques réflexions. Faites-en l’usage qui vous plaira. Mon nom est de peu d’importance, seule l’efflorescence des idées est indispensable à la conscience d’un mouvement insurrectionnel qui peu à peu gagne le monde entier.

Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas altérer le sens de mes propos (mais cela va de soi) et de m’envoyer un simple accusé de bonne réception.

Merci. Bons débats.

¡Viva la revolución !

 

Jusqu’à présent le capitalisme n’a vacillé qu’en raison de ses crises de développement interne, de ses flux de croissance et de décroissance. Il a progressé de faillite en faillite. Jamais nous n’avons réussi à le faire tomber, si ce n’est en de très brèves occasions où le peuple a pris en main sa propre destinée.

Ce n’est pas jouer les prophètes que de l’affirmer : nous sommes entrés dans une ère où la conjoncture historique est favorable à l’essor du devenir humain, à la renaissance d’une vie ivre de liberté.

C’en est assez des murs de lamentations ! Trop d’hymnes funèbres minent en sourdine le discours anticapitaliste et lui donnent un arrière-fond de défaite.

Je ne nie pas l’intérêt d’observatoires du désastre. Le répertoire des luttes s’inscrit dans la volonté de briser la mondialisation financière et d’instaurer une internationale du genre humain. Je souhaite seulement que viennent s’y ajouter les avancées expérimentales, les projets de vie, les apports scientifiques dont la poésie individuelle et collective jalonne trop discrètement ses territoires.

Revendiquer les droits de la subjectivité est un acte solitaire et solidaire. Rien n’est plus exaltant que de voir les individus se libérer de leur individualisme comme l’être se libère de l’avoir. Il y faudra du temps ? Sans doute mais apprendre à vivre c’est apprendre à briser la ligne du temps et bannir du présent le retour au passé, où se creusent les abîmes du futur.

Un devenir maintenu au stade fœtal pendant dix mille ans resurgit comme on voit un objet du passé remonter des tréfonds de la terre.

C’est un brin de paille dans la charrette de foin de l’obscurantisme universel. Une étincelle infime y a mis le feu. Le monde entier s’embrase.

Voir s’affirmer dans cette insurrection plébéienne une radicalité, dont je n’ai cessé d’affiner la conscience, suffit à ma jubilation. Il en va de ma propre vie d’ajouter quelques gouttes d’eau à l’océan de solidarité festive qui bat sous mes fenêtres. Car le peuple n’est plus une foule aveugle, c’est un ensemble d’individus résolus d’échapper au décervelage individualiste, c’est un nombre d’anonymes que leur qualité de sujet prémunit contre la réification. Ils ont révoqué leur statut d’objet, ils ont déserté le troupeau quantitativement manipulable par les tribuns de droite et de gauche.

J’ai écrit un jour : « La vie est une vague, son reflux n’est pas la mort, c’est la reprise de son élan, le souffle de son essor. » Je manifestais par-là mon refus de l’emprise mortifère à laquelle nous acquiesçons si servilement. J’invite ici à réfléchir sur les implications que le propos revêt dans les pratiques d’autodéfense que met en œuvre la puissance poétique croissante des insurrections mondiales.

La terre est notre territoire. Ce territoire a les dimensions de notre existence personnelle. Il est local et il est global, car il ne s’écoule pas un seul instant sans que nous tentions de démêler, en nous et dans le monde, les bonheurs qui nous échoient et les malheurs qui nous accablent. Nous évoluons en permanence entre ce qui nous fait vivre et ce qui nous tue.

Il n’y a que chez l’individualiste (ce crétin converti de sujet en objet) que la préoccupation de soi devient nombriliste, que le calcul égoïste l’emporte sur la générosité solidaire, qu’une liberté fictive enrôle dans les cohortes de la servitude volontaire et de la résignation hargneuse.

Occuper le territoire de notre existence, c’est y apprendre à vivre, non à survivre. D’où la question : comment vivre sans briser le joug des multinationales de la mort ?

Prendre le loisir de l’insurrection permanente. Le temps de la vie n’est pas celui de l’économie. Le capitalisme s’est pris au piège de la rentabilité à court terme. Notre détermination vitale joue, elle, sur le long terme.

Tenir bon, frapper la finance à coups répétés, multiplier les zones de gratuité relèvent d’une guérilla de harcèlement qui réclame plus d’ingéniosité que de violence (ainsi que l’illustrent la levée des péages autoroutiers, le libre passage aux caisses de supermarché, le blocage de l’économie).

L’État hors la loi. Le capitalisme et son gendarme étatique ne nous feront pas de cadeau. Ils combattront l’émergence de zones d’où seront bannies oppression étatique et réification marchande. Ils savent que nous le savons et croient nous faire ramper chétivement sous la menace de leurs gros bataillons.

Leur jactance cependant les aveugle. Ce qu’ils nous délivrent est bel et bien un cadeau. Ils ne nous lèguent rien de moins qu’une raison qui annule la raison d’État. À réformer, à remodeler la démocratie à coups de matraque et de mensonges, le gouvernement tourne à la dictature. Il fait dès lors jouer contre lui le droit imprescriptible à la dignité humaine. Il justifie la désobéissance civile en recours attitré contre l’inhumanité.

Oui, notre droit de vivre garantit désormais la légitimité du peuple insurgé.

Ce droit met hors la loi l’État qui le bafoue.

L’autodéfense participe de l’auto-organisation. Elle nous place devant une alternative : la laisser sans armes est un acte suicidaire, la militariser la tue. Notre seule ressource est d’innover, de dépasser la dualité des contraires, l’opposition entre le pacifisme et la guérilla. L’expérience est en cours, elle ne fait que commencer.

L’armée zapatiste de libération nationale (EZLN) possède, comme toute armée, une structure verticale. Cependant sa fonction a pour but de garantir la liberté et l’horizontalité des assemblées où les individus prennent collectivement les décisions jugées les meilleures pour toutes et pour tous. Les femmes ont obtenu, par vote démocratique, la garantie que l’EZLN interviendrait uniquement à titre défensif, jamais dans un but offensif. La seule présence d’une force armée a suffi jusqu’à ce jour à dissuader le gouvernement d’écraser les zapatistes en recourant à l’armée et aux paramilitaires. Rien n’est joué, tout se joue en permanence.

La situation au Rojava est différente. La guerre menée par l’internationale du profit a condamné la résistance populaire à répondre sur le terrain de l’ennemi, avec ses armes traditionnelles. C’était un état d’urgence. Pourtant, la place prépondérante des femmes, la volonté de fonder des communes libérées du communautarisme, le rejet de la politique affairiste et la primauté accordée à l’humain laissent augurer un renouvellement radical des modes de lutte.

Évidemment, ces exemples ne sont pas un modèle pour nous, mais de leur caractère expérimental, nous pouvons tirer des leçons.

Fédérer les luttes. Ce qui manque le plus cruellement aux insurrections qui gagnent peu à peu notre terre menacée de toutes parts, c’est une coordination internationale. Si la naissance du mouvement zapatiste n’a pas été étouffée sur-le-champ, c’est en raison d’une mobilisation immédiate des consciences. Une onde de choc a secoué l’apathie générale.

Bien que le mouvement des gilets jaunes ait arraché l’intelligence populaire à une longue léthargie, la veulerie médiatique, le martèlement de la langue de bois, de la novlangue qui inverse le sens des mots ont repris le dessus et ont accru considérablement l’efficacité de la machine à crétiniser. On aurait pu supposer qu’une vague d’indignation et de protestations mondiales — un « J’accuse » universel — libère Julien Assange et protège les lanceurs d’alerte. L’épaisseur du silence a démontré que l’ère des assassins s’installe à pas feutrés. Le cimetière est le modèle social programmé. Allons-nous le tolérer ?

Ni triomphalisme ni défaitisme ! La vie a poussé un cri qui ne s’éteindra pas. Qu’il nous suffise d’en propager la conscience aux quatre coins du monde. Nous détenons une puissance créatrice inépuisable. Elle a le pouvoir de supplanter par les rythmes de la vie retrouvée l’ennuyeuse danse macabre où le vivant pourrit.

En nous dépouillant de nos moyens d’existence, l’État ne nous protège plus contre le crime, il est le crime. Notre légitimité, c’est de l’abattre. La défense de la vie, de la nature, du sens humain l’implique.

L’abattre ? Non. Ainsi conçu, le projet s’entache d’une connotation militaire et fanfaronne dont les exemples du passé incitent à se méfier. Ne convient-il pas plutôt de le vider par l’intérieur, de recueillir et de prendre en charge ce bien public dont il était censé garantir les acquis et qu’il a vendu aux intérêts privés ? C’est cela la Commune. Non ?

Libre à chacune et à chacun de décortiquer par le haut l’État et le système mafieux dont il est le bras oppressif. On a vu se multiplier sous le scalpel de la précision analytique nombre de dévoilements et de dénonciations dénudant le roi jusqu’à la carcasse de son inhumanité transhumaniste.

Ils pointaient du doigt les basses œuvres ourdies dans les coulisses dorées du théâtre élyséen. Ils montraient comment la réalité forgée par les exploiteurs tend par l’énormité de leur mensonge à se substituer à la réalité que vivent les exploités. Comment nous sommes enrôlés de force dans un monde à l’envers où nous ne sommes que des pions manipulés par des débiles.

Ce sont d’implacables réquisitoires contre l’État mais l’État les repoussera du pied, tant que, ce pied, nous ne l’aurons pas tranché.

Le gouvernement légifère au mépris des souffrances du peuple de la même façon que les aficionados de la corrida en éclipsent la douleur animale. Pour ma part, je ne puis m’insurger que devant l’innocence opprimée. J’ai toujours choisi d’éradiquer la misère du vécu — à commencer par la mienne — afin d’abolir, en l’attaquant par le bas, le système du haut qui en est cause.

Redescendons sur notre terre ! Le scandale n’est pas là-haut, où les sociologues et les économistes atterrés examinent l’amoncellement d’immondices, il est ici, au bas de la pyramide, il est dans le fait que nous abandonnons entre les mains d’incompétents et d’escrocs des domaines qui nous touchent de près : l’éducation, la santé, le climat, l’environnement, la sécurité, les finances, les transports, la détresse des déshérités et des migrants.

Notre paupérisation paie le prix des guerres pétrolières, des raids de prédation sur le cuivre, le tungstène, les terres rares, les plantes capturées par les brevets pharmaceutiques. Allons-nous continuer de financer de nos taxes et de nos impôts l’arrachement de nos ressources et l’interdiction d’en gérer l’usage ?

Les chiffres d’affaires et leurs gestionnaires se moquent des écoles comme des lits et des soins dont l’hôpital a besoin. Nous sommes là à béer devant la crapuleuse inhumanité que les gouvernants drapent dans le cilice ouaté de leur arrogance. Qu’avons-nous à faire de leurs discours contre la violence, le viol, la pédophilie alors que la prédation, base de l’économie, est prônée partout et assénée aux enfants avec la férule de la concurrence et de la compétition ?

À quel ignoble degré d’esclavage consenti un peuple doit-il descendre pour accepter que les riches gestionnaires de sa misère le dépouillent de cette existence, de cette famille, de cet environnement qu’il est capable de gérer lui-même ? La faillite de l’État est la victoire à la Pyrrhus des multinationales du « profit en pure perte ». C’est à nous de jouer, et jouer en faveur de la vie, c’est la laisser gagner.

Qu’avons-nous à faire de leurs ministères et de leurs bureaucraties qui ont pour mission de démontrer que l’enrichissement des riches améliore la condition des pauvres ; que le progrès social consiste à diminuer les retraites, les allocations de chômage, les gares, les trains, les écoles, les hôpitaux, la qualité de l’alimentation.

Quand allons-nous nous réapproprier ce qui appartient à l’humanité et est là à notre portée ? Car ce bien public est ce qui nous touche de plus près, il fait partie de notre existence, de notre famille, de notre environnement.

À l’encontre des institutions prétendument dirigeantes, nous érigeons en exigence absolue que la liberté humaine révoque les libertés du profit, que la vie importe plus que l’économie, que l’objet manipulé cède le pas au sujet, que le travailleur, produit et producteur de l’infortune, apprenne à devenir le créateur du monde en créant sa propre destinée.

Les pollueurs et les incendiaires de la planète usent de l’écologie comme d’un détergent pour laver l’argent sale. Pendant ce temps, au bar du mensonge quotidien, les consommateurs trinquent aux mesures en faveur du climat alors qu’à dix mètres de chez eux se livre le combat contre les pesticides, contre les industries Seveso, contre les nuisances du profit. Comment n’y voir pas la preuve que nos luttes sont locales et internationales ?

Le village, le quartier, la région n’ont pas besoin d’un ministère pour promulguer l’interdiction des entreprises toxiques dès l’instant qu’ils la fondent sur des pratiques et des expérimentations nouvelles, telles que la permaculture, la réinvention de produits utiles, agréables et de qualité.

Promouvoir des transports gratuits est une réponse plausible à la privatisation des chemins de fer et des réseaux autoroutiers par le biais de l’escroquerie gouvernementale.

L’autoconstruction est en mesure de battre en brèche la spéculation immobilière. Stimuler la recherche d’énergies non polluantes (centrale solaire ?) est de nature à nous débarrasser du pétrole, du nucléaire, du gaz de schiste. Quant au ministère de l’éducation concentrationnaire, il ne résistera pas aux écoles de la vie que les initiatives individuelles et familiales propagent partout.

Laissons l’affairisme sortir ou non de l’euro, ce n’est pas notre problème. La vraie question est de prévoir la disparition de l’argent et de concevoir des coopératives favorisant l’échange de biens et de services, par le recours, ou non, à une monnaie non cumulable. Que ces solutions, praticables dans de petites entités, soient ensuite fédérées régionalement et internationalement marquera d’un tournant décisif le cours de l’organisation traditionnelle des choses.

Jusqu’à nos jours, la quantité a été privilégiée. On ne raisonnait qu’en termes de grands ensembles. Le règne du nombre, du chiffre, des statistiques imposait aux foules grégaires un désordre où l’ordre répressif apparaissait illusoirement comme un facteur d’équilibre.

Vivre la Commune. La commune autogérée est le pouvoir du peuple par le peuple. De même que la structure patriarcale familiale fut la base de l’État, sacré ou profane, la Commune et ses assemblées autogérées feront battre le cœur de la générosité individuelle. De même que la religion avait jadis été le cœur factice d’un monde sans cœur, la vie humaine imprime désormais son rythme au monde nouveau. Elle abandonne l’ancien à l’épuisante tachycardie des spéculations boursières.

L’insurrection pacifique est une guérilla démilitarisée. Elle doit avoir pour base et pour but l’auto-organisation des communes autonomes. Notre ennemi le plus redoutable est moins l’autorité du maître que la résignation des esclaves. L’abolition de l’État, en tant qu’organe de répression, passe par le développement croissant de la désobéissance civile. La résistance, l’opiniâtreté et l’ingéniosité des Gilets jaunes m’a suggéré d’appeler « pacifisme insurrectionnel » ou « insurrection pacifique » la détermination d’affronter la violence de la répression étatique et de tenir bon sans verser dans le gauchisme paramilitaire, le rétrobolchévisme et autres palinodies guévaristes.

Éviter le face-à-face avec la puissance répressive de l’ennemi implique de nouveaux angles d’approche dans le traitement des conflits. Jusqu’à présent ce qui a fait preuve de la plus grande efficacité, c’est la résolution, à la fois ferme et fluctuante, des Gilets jaunes. C’est leur façon d’intervenir là où on ne les attend pas, de frapper, de harceler, d’apparaître, de s’éloigner et d’être omniprésents. Ce qui leur tient lieu de « couteau sans manche dont la lame a disparu », c’est une insolite et surprenante inventivité. Ainsi que l’exprimait poétiquement un insurgé : « Nous ne tirons pas avec une arme, nous tirons avec notre âme. »

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Lectures complémentaires:

GDC_mis_au_point_sur_lextreme_gauche_du_capital

GDC_troisieme_guerre_mondiale_ou_revolution_sociale

Commune_des_Communes_rencontre_Commercy_18-19_janvier_2020

Murray_Bookchin_Ecologie_Sociale_1982

Tintin_Vive-la-Revolution_1989_2010

tract-GDC-A_bas_les_greves_des_impostures_marchandes

Voline_La_synthese_anarchiste

Murray_Bookchin_Ecoute_Camarade

Murray_Bookchin_Le_municipalisme_libertaire

Guy_Debord_La_societe_du_spectacle

TAZ_Fr

Charles_Mcdonald_Anthropologie_Conferences-Causerie-et-Analyses

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

L’abbcedaire de Raoul Vaneigem

Paulo_Freire_Extension ou Communication

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Tract_Gilets_Jaunes

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

 

 

 

L’encyclopédie anarchiste Sébastien Faure (Préface)

Posted in actualité, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 17 janvier 2020 by Résistance 71

 

« Le Tao recouvre et soutient tous les êtres. Infinie est sa grandeur. Le sage doit faire table rase de son esprit pour le comprendre ; pratiquer le non-agir, voilà le ciel ; exprimer le sans-parole, voilà la vertu. Aimer les hommes et être bon envers les êtres, voilà la bonté. Considérer comme identique les différences, voilà la grandeur. Ne se montrer ni hautain ni excentrique, voilà la largeur d’esprit. Embrasser la variété des différences, voilà la richesse. S’attacher à la vertu, voilà la règle. »
~ Tchouang Tseu, 3ème siècle AEC ~

 

Note de Résistance 71: Vous trouverez le lien vers « L’encyclopédie anarchiste » en ligne sous la préface de S. Faure… Bonne lecture !

 

Préface de l’Encyclopédie Anarchiste

 

Sébastien Faure

1934

 

Aux Anarchistes Révolutionnaires de toutes tendances et de tous pays

 

Chers Compagnons,

Depuis longtemps je songe et je travaille à un projet dont l’exécution sera, pour la diffusion des Idées Anarchistes à travers le Monde, d’une exceptionnelle utilité.

Ce projet, d’accord avec les camarades de tous les pays, et grâce à l’appui qui m’est apporté par « l’œuvre Internationale des Editions Anarchistes », je le réalise en publiant « L’Encyclopédie Anarchiste ».

IMMENSE UTILITÉ DE CET OUVRAGE – LES SERVICES QU’IL RENDRA

Il s’agit d’un ouvrage destiné à embrasser, dans la mesure du possible, toutes les conceptions et toute la documentation se rapportant au mouvement anarchiste et, par extension, au mouvement social tout entier.

Le puissant intérêt de cet ouvrage consistera :

1° à grouper toutes les connaissances que peut et doit posséder un militant révolutionnaire ;

2° à les présenter dans un ordre méthodique, en conformité d’un plan général bien conçu et bien exécuté ;

3° à les exposer sous une forme simple, claire, précise, vivante, à la portée de tous ;

4° à les traduire en diverses langues, afin de les répandre à peu près partout.

* * *

Des considérations multiples et d’ordres divers m’ont insensiblement amené à l’idée de cet ouvrage et graduellement convaincu de son immense utilité.

Je veux indiquer brièvement les services essentiels que cette Encyclopédie anarchiste rendra à nos camarades du monde entier et à la Cause magnifique qu’ils ont embrassée :

a) Sur presque toutes choses – et c’est logique – les Anarchistes ont une façon de concevoir, de sentir, d’apprécier, de vouloir et d’agir qui n’appartient qu’à eux, et les sépare de tous les autres. Cela étant, il est naturel qu’ils possèdent une multitude d’idées et, cent fois pour une, j’ai eu l’occasion et la joie de constater cette extraordinaire richesse de conceptions personnelles.

Mais que de fois aussi j’ai eu le regret d’observer que, chez Ia plupart, ces conceptions sont en vrac, c’est-à-dire : pèle-mêle, sans classement, sans ordre, sans méthode !

Telle que je la conçois, cette Encyclopédie anarchiste aura l’énorme avantage d’ajouter aux idées et aux connaissances que possède chaque anarchiste, celles qui lui font défaut et d’introduire, dans cet ensemble plus ou moins disparate, broussailleux et touffu, le classement et l’ordonnance qui, mettant chaque idée à la place qu’elle doit rationnellement occuper, confère à celle-ci toute la force et toute la clarté désirables.

b) La littérature anarchiste est déjà fort copieuse. Rares, très rares sont les compagnons, les curieux, les chercheurs et les studieux qui ont les moyens de se procurer et le temps de « potasser » les livres, brochures, journaux, revues et écrits innombrables où se reflète, sous une forme extrêmement variée et intéressante, la Pensée anarchiste.

Il serait pourtant de la plus vive utilité, que tous ceux – anarchistes ou non – qui désirent se renseigner exactement sur l’ Anarchisme, pussent le faire sans être dans la nécessité de compulser une foule d’écrits, dont chacun ne traite que d’un aspect spécial ou d’un problème fragmentaire de l’Anarchisme.

Sorte de synthèse claire et condensée de l’Anarchisme, cette Encyclopédie sera une œuvre relativement complète, conçue et présentée dans un ordre déterminé et qui, intelligemment et facilement consultée, renseignera chacun – à son gré et selon ses besoins de documentation – sur l’ensemble et sur le détail des conceptions anarchistes.

c) De toutes les doctrines sociales, aucune n’est ignorée, méconnue, déformée, travestie, ridiculisée autant que l’Anarchisme ; l’intérêt de tous ceux qui détiennent actuellement le Pouvoir se confond, ici, avec l’intérêt de tous ceux qui ambitionnent de le conquérir.

Eh bien ! sans être un catéchisme ni un évangile, cet ouvrage sera un recueil unique et complet, aussi bien qu’un guide impartial et sûr, en même temps qu’un répertoire précieux que, en toutes circonstances, pourront consulter avec fruit ceux qui désireront s’instruire et se documenter exactement, loyalement.

d) Un camarade voudra-t-il traiter publiquement – par l’écrit ou la parole – un sujet ressortissant à la propagande anarchiste ? Il lui suffira, après avoir rassemblé, par la méditation, les idées que lui suggère le sujet à traiter, d’ouvrir cette « Encyclopédie anarchiste » à la page voulue et il y trouvera des considérations, des thèses et une documentation adéquates au sujet à développer. Il n’aura plus qu’à ajouter à ses propres idées et à celles qui lui seront fournies par cette recherche, les illustrations qu’il empruntera aux événements les plus récents.

Que de propagande en perspective !

e) Par essence et par définition, l’Anarchisme est international. Il est donc indispensable que tout anarchiste non seulement possède une notion claire des courants d’idée et des méthodes de lutte qui existent dans le pays qu’il habite, mais encore qu’il se mette et se tienne à la page de tout ce qui a trait au mouvement anarchiste mondial.

La vie internationale tient, en effet, elle est appelée à prendre de plus en plus, une si large place, qu’un homme de notre temps ne peut plus se contenter d’une information locale, régionale ou nationale. Toutes les parties du monde ont, par des traits multiples et importants, par le jeu des répercussions et des contre-coups, une existence commune et, pour ainsi dire, solidaire. Accords ou discordances politiques, ententes ou conflits économiques, manifestations scientifiques et artistiques, mouvements sociaux : tout, à l’heure actuelle, revêt un caractère mondial. Le militant trouvera, dans cette Encyclopédie anarchiste, nombre de renseignements et de précisions qui l’aideront à se guider dans l’étude extrêmement complexe de la vie sociale universelle.

Par ce qui précède – et sans que j’insiste davantage – on doit être pénétré du haut intérêt et de l’utilité considérable de cette Encyclopédie anarchiste.

On en sera plus profondément encore convaincu, quand on en connaîtra le plan général.

PLAN GÉNÉRAL DE L’ENCYCLOPÉDIE ANARCHISTE

Destinée à réunir et à exposer, aussi complètement que possible, les principes, les tendances, le but et les méthodes de l’Anarchisme, cette Encyclopédie comprendra cinq parties.

Note du numériseur : Il semblerait qu’à ce jour (2008), seule la première partie a été rédigée. Les quatre autres resteront en suspens suite à la mort de Sebastien Faure en 1942.

PREMIERE PARTIE. – Dictionnaire anarchiste. Aspect philosophique et doctrinal de l’Anarchisme.

Exposé des principes, théories, conceptions, tendances et méthodes de la Pensée et de l’Action véritablement révolutionnaires, c’est-à-dire anarchistes.

Les mots qui figurent dans cette partie « Dictionnaire » ont été rationnellement choisis. La plupart de ces mots possèdent, du point de vue anarchiste, une signification spéciale et une portée particulière. Les autres se rapportent au vocabulaire indispensable à tous ceux qui, désireux de se documenter exactement ou de propager l’Idéal anarchiste, ont le devoir de connaître le sens exact des mots dont ils sont appelés à se servir et la somme d’idées et de connaissances que chacun de ces mots représente, afin de n’en faire usage qu’à bon escient et d’en extraire toutes les considérations qui en découlent.

Sachez, chers compagnons, que cette première partie de « L’Encyclopédie anarchiste », résu­ mera tout l’ensemble des connaissances dont vous avez soif et dont l’acquisition fera de vous des militants sérieux et des propagandistes compétents.

Il vous suffira de consulter ce dictionnaire anarchiste pour vous documenter sur l’ensemble et sur les détails de notre Doctrine.

La forme  » dictionnaire  » – et c’est pour cela qu’elle a été adoptée – facilitera, simplifiera et activera vos recherches.

DEUXIEME PARTIE. – Histoire de la Pensée et de l’Action anarchistes, pays par pays.

C’est un drame d’une intense émotion et d’un enseignement précieux que l’historique substantiel et précis du mouvement anarchiste international.

Rédigé par des compagnons puissamment documentés, cet historique vous fera connaître les magnifiques efforts tentés par les camarades du monde entier. Vous pourrez suivre ainsi les progrès qu’ils ont réalisés, connaître les atroces persécutions qu’ils ont subies et les prodiges d’activité qu’ils ont accomplis ; et le récit de cette Epopée superbe de l’Esprit de Révolte se soulevant, sous les formes les plus diverses et les plus héroïques, contre l’ Autorité et ses crimes, stimulera votre propre énergie et décuplera votre courage, par le fait même que vous puiserez dans cet exposé fidèle, véridique et bourré de précisions, de faits et de statistiques, la certitude que, en dépit des persécutions et des embûches, l’Anarchisme se développe, à travers le monde, et apporte à l’Humanité la seule Doctrine qui, tôt ou tard, la rendra maîtresse de ses destinées et la libérera totalement, définitivement.

Cette étude historique aura pour résultat de mettre en lumière ce fait unique et d’un enseignement capital : que la fermeté des principes, voire leur rigidité, peut s’allier à une extraordinaire diversité d’applications, à une prodigieuse variété de moyens de lutte.

Elle établira, en outre, que, tout en tenant compte, ainsi qu’il sied, des circonstances de temps et de lieu, la doctrine anarchiste s’affirme beaucoup plus constante, et l’action libertaire bien plus continue, dans le temps et l’espace, que tous les autres mouvements internationaux : syndicalisme, socialisme, communisme, qui se flattent de transformer le monde à grand renfort de décisions, de mots d’ordre et de règlementations s’appuyant sur une discipline de fer et de rigoureuses sanctions.

TROISIEME PARTIE. – Vie et Œuvre des principaux militants ayant appartenu ou appartenant au mouvement anarchiste : philosophes, théoriciens, écrivains, orateurs, artistes, agitateurs, hommes d’action. (Ordre alphabétique).

A I’exception de quelques théoriciens puissants dont les œuvres traduites dans presque toutes les langues sont universellement répandues et dont le nom, qui brille d’un exceptionnel éclat, est étroitement lié au mouvement anarchiste, un grand nombre de compagnons ayant, par leurs écrits, leurs discours ou leur Action, contribué au développement de I’Anarchisme, sont ignorés du grand public et insuffisamment connus des libertaires eux-mêmes.

Les uns ont eu à subir – et pour cause – la conspiration du silence, les autres ont été jetés en prison ou envoyés au bagne ; ceux-ci sont tombés dans l’oubli, et ceux-là ont été accablés d’injures ou victimes des plus odieuses calomnies.

L’Encyclopédie Anarchiste ne tressera pas de couronnes à ces, inconnus, méconnus, persécutés ou diffamés ; elle ne les élèvera pas au rang des demi-Dieux ; elle n’en fera ni des héros, ni des martyrs. Les anarchistes dédaignent, ils méprisent ces procédés dont ils laissent le monopole aux Partis politiques qui, pour capter la confiance aveugle des foules et hisser leurs chefs au Pouvoir, ont besoin d’entourer ceux-ci d’un culte idolâtre.

Mais cet ouvrage – que nous voulons être un monument élevé à la pensée et à l’action anarchistes – projettera la lumière nécessaire sur la personne, sur l’effort, sur l’action de nos chers militants, disparus ou vivants ; il rendra justice à leur activité et à leur désintéressement.

Et les plus indifférents seront obligés de reconnaître que, de tous les mouvements sociaux qui, depuis un siècle, agitent l’humanité et tendent à la faire sortir de l’ornière et à la jeter sur des pistes nouvelles, il n’en est pas un qui ait suscité plus d’ardente sincérité et de réel dévouement ; pas un qui puisse s’enorgueillir d’aussi magnifiques caractères, d’exemples aussi frappants de dignité ; pas un qui soit à même de mettre en ligne une pléiade aussi nombreuse et aussi brillante de lutteurs et de propagandistes sans ambition ni arrivisme ; pas un qui compte des apôtres à la vie plus belle, à l’esprit plus élevé, à la volonté plus ferme, au cœur plus généreux.

QUATRIEME PARTIE. – Vie et Œuvre des hommes qui, sans être à proprement parler des anarchistes, ont, néanmoins, dans le domaine de la Philosophie, de la Science, des Lettres, des Arts et de l’Action, contribué à l’émancipation humaine par leur lutte contre la routine mortifère, contre les traditions paralysantes, contre les méthodes et forces stérilisantes de leur temps. (Ordre alphabétique.)

Les anarchistes n’ont pas sans cesse sur les lèvres le mot « Justice ». Mais leur conscience est pénétrée du sentiment profond de cette vertu aussi rare qu’admirable, car ils s’efforcent à la pratiquer dans toute la mesure du possible, et en toutes circonstances.

Aussi, sont-ils persuadés qu’ils manqueraient aux plus élémentaires devoirs d’équité, s’ils n’attribuaient pas la place qui Ieur revient à ceux qui : philosophes, savants, écrivains, artistes, éducateurs, hommes de révolte, ont contribué – si peu que ce soit, sans être spécifiquement anarchistes et, parfois même, à leur insu – au déblaiement de la route, au renversement des obstacles, à la ruine des préjugés, à la transformation des méthodes, au perfectionnement des formes, en un mot au labeur séculaire d’une humanité s’acheminant, douloureusement et lentement, vers des sommets toujours plus élevés, des horizons toujours plus vastes et une beauté de plus en plus rayonnante.

Les anarchistes savent que, si leur Idéal n’est plus considéré, de nos jours, comme une hallucination de cerveaux en délire et un enfantement d’imaginations maladives ayant soif d’absolu, ce résultat n’est pas le salaire de leurs seuls efforts. Ils ont conscience qu’ils sont les bénéficiaires du travail opiniâtre et le plus souvent ingrat, des grands précurseurs. Ils conçoivent que, si l’heure de la révolte est relativement proche, il est juste d’en faire remonter le mérite – en partie du moins – aux illustres et héroïques semeurs qui ont jeté, avant eux, le bon grain.

Ils se rendent compte que, pour être féconde et positivement libératrice, il est indispensable que la Révolution, quand elle éclatera, soit l’aboutissant et comme le point terminus d’une longue évolution prédisposant les esprits à accueillir avec faveur, la naissance du Monde nouveau et à en favoriser le développement et la stabilité, en s’adaptant aux nouvelles formes de vie.

Pour ces motifs, L’Encyclopédie Anarchiste consacrera sa quatrième partie à l’exposé de la Vie et de l’Œuvre de cette légion d’hommes grands par le coeur, l’esprit et la volonté, qui ont collaboré, sans qu’ils se réclament de l’Anarchisme, à l’élaboration d’une mentalité nouvelle, à l’édification d’une philosophie et d’une morale plus humaines, à la gestation d’Idées, de sentiments et de modes de vie supérieurs, à la formation de générations traversées par le grand souffle émancipateur .

CINQUIEME PARTIE. – Catalogue des livres, brochures, journaux, revues et publications de toutes sortes, de propagande anarchiste ou anarchisante. (Ordre par pays et par langues.)

Dans les quatre premières parties de cette Encyclopédie, il sera fréquemment fait mention des ouvrages dans lesquels se trouvent exposées les théories anarchistes. Ce catalogue présentera ceux ci, langue par langue, en conformité d’un classement rationnel. Le lecteur pourra, ainsi, se reporter facilement aux ouvrages cités, les consulter dans leur entier et y puiser la documentation dont il aura besoin.

On sera étonné de l’incroyable richesse de la littérature anarchiste et anarchisante et de l’abondance des œuvres de premier ordre qu’y peuvent rencontrer les personnes studieuses, désireuses de se renseigner sur toutes les doctrines sociales.

PRÉCIEUSES INDICATIONS

Tel est le plan général de cette « Encyclopédie Anarchiste ».

On peut estimer qu’il est vaste ; en réalité, il sera plus vaste encore que, à première vue, on serait disposé à le croire.

Je m’explique :

1) D’une part, toutes les tendances, toutes les thèses qui, dans leur ensemble, constituent l’Anarchisme, y seront impartialement exposées. Eliminer, de propos délibéré, une seule de ces thèses, c’eût été faire œuvre de partisans et non d’éducateurs consciencieux : c’eût été enlever à ce mouve­ment, une partie de son ampleur, de sa majesté ; c’eût été mutiler volontairement l’Anarchisme, en le privant d’un de ses traits distinctifs.

Sous peine d’être incomplète et de trahir son but, cette Encyclopédie doit être le reflet de toutes les conceptions s’inspirant de l’Anarchisme ; elle doit abandonner à chacun de ses lecteurs, le soin de choisir entre les diverses tendances et de se rallier librement à celle qui, à ses yeux, se rapproche le plus de l’exactitude, et cadre le mieux avec son tempérament.

Ennemi de toute contrainte, l’Anarchiste n’impose jamais : il expose, il propose, il attire l’attention, il provoque la réflexion, il suscite la méditation. Quand il convie à se prononcer, ceux qui l’écoutent ou le lisent, il ne se croit autorisé à le faire, qu’après avoir placé ses lecteurs ou ses auditeurs en face des aspects multiples et parfois opposés de la thèse soumise à l’examen et à la controverse. Il s’inscrirait en faux contre I’essence même de l’Anarchisme si, pour faire triompher son propre point de vue, il passait son silence les autres ou, de sa propre autorité, en étouffait l’expression.

2° D’autre part, un anarchiste et, à plus forte raison, un militant est dans I’obligation de connaître le mouvement social dans toutes ses manifestations et non pas uniquement dans ses rapports avec l’Anarchisme qui n’est, en réalité, qu’une des variétés de ce mouvement. S’il veut examiner un problème non seulement sur le plan idéal et idéologique, mais encore sur celui des réalités, il est nécessaire qu’il soit éclairé, renseigné, documenté sur tous les faits, chiffres et précisions qui touchent à ce problème.

Pour répondre à cette nécessité, l’Encyclopédie Anarchiste doit être une mine dans laquelle le lecteur puisera à pleines mains les indications de toute nature qui lui sont indispensables.

C’est pourquoi, je me suis adressé à des collaborateurs qui, en se spécialisant, ont acquis : en philosophie, en histoire, en science, en art, en sociologie, des connaissances sûres, substantielles et étendues.

J’ai demandé : au philosophe de nous dévoiler la profondeur, la subtilité et la justesse de ses cogitations ; au sociologue de nous concéder le fruit de ses études ; à l’homme de science de nous faire bénéficier de ses recherches et constatations ; à l’écrivain de nous renseigner sur les trésors d’imagination et de savoir que renferment les bibliothèques ; à l’artiste de nous faire connaître et aimer les merveilles où s’avère le sens pur de la beauté ; au médecin de nous enseigner l’art de lutter contre les maladies qui déciment l’espèce et, par 1’hygiène, de doter les humains de la robustesse et de l’endurance désirables ; à l’éducateur de nous initier au problème délicat de la formation des intelligences qui s’éveillent, des jugements qui se forment et des cœurs qui s’épanouissent.

J’ai demandé au « Sans-Dieu » de nous indiquer les motifs profonds de son athéisme, au « Sans-Patrie » de nous exposer les causes de son anti-patriotisme ; au « Sans-Etat » de nous faire connaître les raisons de son anti-étatisme ; au « Sans-Propriété » de nous dire le pourquoi de son anti-capitalisme, au « Sans-Maitre » de nous ouvrir son cœur pour que nous y découvrions les ressorts puissants de ses farouches révoltes.

Oui : à tous ceux qui ont qualité pour énoncer quelque chose de véritablement intéressant et nouveau sur la multitude des questions qui tourmentent actuellement la conscience humaine, j’ai demandé de s’exprimer loyalement, franchement, librement dans cette Encyclopédie que je voudrais être une page nouvelle ct lumineuse dans l’évolution sociale.

Et tout cet ouvrage témoignera que mon appel a été entendu et que ma requête a été exaucée.

* * *

Ceci est singulier, mais exact : l’Anarchisme envahit tous les domaines qu’embrasse l’activité humaine : politique, économie sociale, religion, morale, patrie, famille, arts, sciences, etc …

Il a son mot à dire, son point de vue à exprimer, ses conclusions à formuler sur toutes les questions que posent le cours des événements, la marche des idées, la vie sentimentale, le développement complexe de la Société.

C’est pourquoi le lecteur aura la très agréable surprise et la très vive satisfaction de trouver dans cet ouvrage – bien qu’il porte un titre en apparence limitatif – des études extrêmement variées concernant nombre de sujets, principes, théories et faits que les esprits étroits ont le tort de considérer comme étant en dehors de l’Anarchisme.

Les intelligences obtuses assignent à l’Anarchisme les limites d’une doctrine sociale, enfermée dans quelques formules lapidaires et ayant pour fin l’assouvissement des appétits les plus grossiers et des instincts les plus bas, par le « chambardement » des Institutions actuelles.

Il suffira à ces ignorants de consulter cette Encyclopédie, pour apprendre – enfin – que l’Anarchisme a son point de départ dans les poussées les plus nobles, que les convictions anarchistes ne se développent et ne s’affermissent que dans les cerveaux les plus clairs, les jugements les plus sûrs, les cœurs les plus affectueux, les volontés les plus fortes et les consciences les plus droites, et que le but de l’Anarchisme est d’élever tous les Individus, sans distinction de sexe ni de race, par le Bien­Etre et la Liberté, jusqu’aux purs sommets de la sensibilité et de la raison.

Chers Compagnons,

Tous les partisans de l’Autorité et de sa fille : la Contrainte, tous les défenseurs de ce qu’on appelle bien à tort « l’Ordre Social », basé sur l’Etat et la Propriété, sur la Patrie et la Religion, sur le Code et la Morale officielle, sont les détracteurs systématiques de l’Anarchisme.

Ils dénaturent à plaisir les fondements de notre doctrine ; ils ridiculisent à l’envi nos principes et nos méthodes d’action ; ils nous prêtent, sans compter, les desseins les plus vils ou les intentions les plus folles ; ils entravent avec acharnement notre propagande, par l’étouffement et la répression.

Pour tous, l’Anarchisme est l’ennemi et nous sommes, en effet, les ennemis déterminés de toutes les Autorités qui s’exercent et, au surplus, ne peuvent s’exercer que par la contrainte, la violence et la persécution.

Depuis des temps immémoriaux, deux principes se disputent I’empire des êtres et des choses : le principe d’Autorité et le principe de Liberté.

Pour conserver les multiples profits qu’ils tirent du Principe d’Autorité dont ils se réclament, et plutôt que de se les voir ravis tout à fait, les tenants de l’Autorité ont été obligés de faire des concessions, d’admettre des tempéraments et de donner leur acquiescement à un régime social paraissant concilier ces deux principes contradictoires, en accordant à chacun d’eux, la juste part qui lui est dûe.

« Dans ces conditions, disent-ils, l’Etat, expression souveraine de l’Autorité légitime, est le plus ferme soutien et le garant le plus sûr de la liberté de chacun. »

Dans cette alliance de l’Autorité et de la Liberté, il n’y a qu’une mystification, un trompe-­l’œil venant s’ajouter aux inombrablesduperies dont les pauvres et les asservis ont été, dans le passé, les victimes.

Les Anarchistes ont assumé la charge de démasquer et de combattre ce mensonge.

Peu nombreux ils sont et en ce qui concerne effectifs, ressources, moyens de combat, ils sont inexprimablernent inférieurs à leurs ennemis.

Ceux-ci possèdent un outillage de guerre perfectionné ; ils ont pour eux l’Etat avec tout son cortège de Magistrats, de Policiers et de Soldats, sans compter l’appui de l’Ecole, de la Caserne et de la Sacristie. Ils ont la formidable puissance de la Richesse et de la Presse qui lui obéit.

C’est contre cette ligue inombrable et solidement organisée, que, minorité infime et à peu près dépourvue de l’outillage dont leurs adversaires sont si abondamment approvisionnés, les Anarchistes mènent le combat.

Ils savent que la lutte sera longue et pénible ; ils n’ignorent pas que beaucoup d’entre eux, et les meilleurs, succomberont ; mais ils savent aussi que cette guerre implacable se terminera par leur victoire, parce qu’ils ont pour eux et avec eux, ces armes invincibles : la Vérité et la Justice, soutenues par des convictions inébranlables.

Puisse cette Encyclopédie, à laquelle les Antiautoritaires du monde entier ont donné, de plein cœur, leur précieuse collaboration, contribuer largement à la fécondité de cette victoire, en amenant à la petite armée des champions de la Liberté de nombreuses et vaillantes recrues et en plaçant dans leurs mains l’armement qui leur est nécessaire.

Pour la Rédaction de

« L’Encyclopédie Anarchiste »

SÉBASTIEN FAURE

Autres rédacteurs:

C. Alexandre

L. Barbette

G. Bastien

P. Besnard

Dr. Madeleine Pelletier

G. Brocher

E. Delaunay

 

 

L’Encyclopédie Anarchiste en ligne

(Cliquez sur le lien)

 


« Tous les êtres ne font qu’un,
La vie et la mort sont identifiées… »
~ Tchouang Tseu ~

Analyse politique: Errico Malatesta conseille les Gilets Jaunes depuis 1930… Comment concevoir la révolution

Posted in actualité, autogestion, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 10 janvier 2020 by Résistance 71

 

Comment concevoir la révolution

 

Errico Malatesta

Mars 1930

 

Vers l’anarchie

Il est assez coutume de croire que par le fait que nous nous disons révolutionnaires, nous entendons que l’avènement de l’anarchie doive se produire d’un seul coup, comme conséquence immédiate d’une insurrection, qui abattrait violemment tout ce qui existe et substituerait à cela des institutions vraiment nouvelles. A dire vrai, il ne manque pas de camarades qui conçoivent la révolution de telle façon.

Ce malentendu explique pourquoi parmi nos adversaires beaucoup croient, de bonne foi, que l’anarchie est une chose impossible ; et cela explique aussi pourquoi certains camarades, voyant que l’anarchie ne peut venir soudainement, étant donné les conditions morales actuelles de la foule, vivent entre un dogmatisme qui les met en dehors de la vie réelle et un opportunisme qui leur fait pratiquement oublier qu’ils sont anarchistes et, qu’en cette qualité, ils doivent combattre pour l’anarchie.

Maintenant, il est certain que le triomphe de l’anarchie ne peut être l’effet d’un miracle, pas plus qu’il ne peut se produire en dépit, en contradiction de la loi de l’évolution : que rien n’arrive sans cause suffisante, que rien ne peut se faire si la force nécessaire manque.

Si nous voulions substituer un gouvernement à un autre, c’est-à-dire imposer notre volonté aux autres, il suffirait, pour cela, d’acquérir la force matérielle indispensable pour abattre les oppresseurs et nous mettre à leur place.

Mais au contraire, nous voulons l’Anarchie, soit une société fondée sur l’accord libre et volontaire, dans laquelle personne ne puisse imposer sa volonté à autrui, où tous puissent faire comme ils l’entendent et concourir volontairement au bien-être général. Son triomphe ne sera définitif, universel que lorsque tous les hommes ne voudront plus être commandés ni commander à d’autres et auront compris les avantages de la solidarité pour savoir organiser un système social dans lequel il n’y aura plus trace de violence et de coercition.

D’autre part comme la conscience, la volonté, la capacité augmentent graduellement et ne peuvent trouver l’occasion et des moyens de se développer que dans la transformation graduelle du milieu et dans la réalisation des volontés au fur et à mesure qu’elles se forment et deviennent impérieuses, de même l’anarchie ne s’instaurera que peu à peu pour s’intensifier et s’élargir toujours plus.

Il ne s’agit dons pas d’arriver à l’anarchie aujourd’hui ou demain ou dans dix siècles, mais de s’acheminer ver l’anarchie aujourd’hui, demain et toujours.

L’anarchie est l’abolition du vol et de l’oppression de l’homme par l’homme, c’est-à-dire l’abolition de la propriété individuelle et du gouvernement. L’anarchie est la destruction de la misère, des superstitions et de la haine. Donc, chaque coup porté aux institutions de la propriété individuelle et du gouvernement, est un pas vers l’anarchie, de même que chaque mensonge dévoilé, chaque parcelle d’activité humaine soustraite au contrôle de l’autorité, chaque effort tendant à élever la conscience populaire et à augmenter l’esprit de solidarité et d’initiative ainsi qu’à égaliser les conditions. Le problème réside dans le fait de savoir choisir la voie qui réellement nous rapproche de la réalisation de notre idéal et de ne pas confondre les vrais progrès avec ces réformes hypocrites, qui, sous pré texte d’améliorations immédiates, tendent à distraire le peuple de la lutte contre l’autorité et le capitalisme, à paralyser son action et à lui laisser espérer que quelque chose peut être obtenu de la bonté des patrons et des gouvernements. Le problème est de savoir employer la part de forces que nous avons et que nous acquérons de la façon la plus économique et la plus utile à notre but. Aujourd’hui dans chaque pays il y a un gouvernement qui, par la force brutale, impose la loi à tous, nous contraint tous à nous laisser exploiter et à maintenir, que cela nous plaise ou non, les institutions existantes, à empêcher que les minorités puissent mettre en action leurs idées et que l’organisation sociale en général puisse se modifier suivant les variations de l’opinion publique. Le cours régulier pacifique de l’évolution est arrêté par la violence et c’est par la violence qu’il faudra lui ouvrir la route. C’est pour cela que nous voulons la révolution violente aujourd’hui et que nous la voudrons toujours ainsi, aussi longtemps que l’on voudra imposer à quelqu’un par la force une chose contraire à sa volonté. La violence gouvernementale est supprimée, notre violence n’aurait plus sa raison d’être.

Nous ne pouvons pour le moment abattre le gouvernement existant, peut-être ne pourrons-nous pas empêcher demain que sur les ruines du gouvernement actuel, un autre ne surgisse ; mais cela ne nous empêche pas aujourd’hui de même que cela ne nous empêchera pas demain de combattre n’importe quel gouvernement en refusant de nous se soumettre à la loi chaque fois que cela nous est possible et d’opposer la force à la force.

Chaque fois que l’autorité est amoindrie, chaque fois qu’un plus grand nombre de liberté est conquise et non mendiée, c’est un progrès vers l’anarchie. Il en est de même chaque fois aussi que nous considérons le gouvernement comme un ennemi avec lequel il ne faut jamais faire trêve, après nous être bien convaincus que la diminution des maux engendrés par lui n’est passible que par la diminution de ses attributions et de sa force et non dans l’augmentation du nombre des gouvernants ou par le fait de les faire élire par les gouvernés eux-mêmes.

Par gouvernement nous entendons tout homme ou groupement d’individus, dans l’Etat, les Conseils, la Municipalité ou l’association, ayant le droit de faire la loi ou de l’imposer à ceux à qui elle ne plaît pas.

Nous ne pouvons pour le moment abolir la propriété individuelle, nous ne pouvons pour l’instant disposer des moyens de production nécessaires pour travailler librement ; peut-être ne le pourrons-nous pas encore lors d’un prochain mouvement insurrectionnel ; mais cela ne nous empêche pas aujourd’hui déjà, comme cela ne nous empêchera pas demain, de combattre continuellement le capitalisme. Chaque victoire, si minime soit-elle, des travailleurs sur le patronat, chaque effort contre l’exploitation, chaque parcelle de richesse soustraite aux propriétaires et mise à la disposition de tous, sera un progrès, un pas sur la voie de l’anarchie, comme chaque fait tendant à augmenter les exigences des ouvriers et à donner plus d’activité à la lutte, toutes les fois que nous pourrons envisager ce que nous aurons gagné, comme une victoire sur l’ennemi et non comme une concession dont nous devrions être reconnaissants, chaque fois que nous affirmerons notre volonté d’enlever par la force, aux propriétaires, les moyens que, protégés par le gouvernement, ils ont enlevés aux travailleurs.

Le droit de la force disparu de la société humaine, les moyens de production mis à la disposition de ceux qui veulent produira, le reste sera le résultat de l’évolution pacifique.

L’anarchie ne serait pas encore réalisée ou elle ne le serait que pour ceux qui la veulent et seulement pour les choses où le concours des non anarchistes n’est pas indispensable. Elle s’étendra ainsi gagnant peu à peu les hommes et les choses, jusqu’à ce qu’elle embrasse toute l’humanité et toutes les manifestations de la vie.

Une fois le gouvernement disparu, avec toutes les institutions nuisibles qu’il protège, une fois la liberté conquise pour tous ainsi que le droit aux instruments de travail, sans lequel la liberté est un mensonge, nous n’entendons détruire toutes choses qu’au fur et à mesure que nous pourrons en substituer d’autres.

Par exemple : le service de ravitaillement est mal fait dans la société actuelle, il s’effectue d’une façon anormale avec un grand gaspillage de force et de matériel et seulement en vue des intérêts des capitalistes ; mais en somme de quelque façon que s’opère la consommation, il serait absurde de vouloir désorganiser ce service, si nous ne sommes pas en mesure d’assurer l’alimentation du peuple plus logiquement et plus équitablement.

II existe un service des postes, nous avons mille critiques à en faire, mais pour l’instant nous nous en servons pour envoyer nos lettre ou pour en recevoir, supportons-le donc comme il est tant que nous n’aurons pu le corriger.

Il y a des écoles, hélas, combien mauvaises, pourtant nous ne voudrions pas que nos fils restassent sans apprendre à lire ni à écrire, en attendant que nous ayons pu organiser des écoles modèles suffisantes pour tous.

Par là nous voyons que pour instaurer l’anarchie il ne suffit pas d’avoir la force matérielle pour faire la révolution, mais il importe aussi que les travailleurs associés selon les diverses branches de production, soient en mesure d’assurer par eux-mêmes le fonctionnement de la vie sociale sans le recours des capitalistes et du gouvernement.

On peut constater de même que les idées anarchistes, loin d’être en contradiction avec les lois de l’évolution basée sur la science, comme le prétendent les socialistes scientifiques, sont des conceptions qui s’adaptent parfaitement à elles : c’est le système expérimental transporté du terrain des recherches dans le champ des réalisations sociales.

= = =

Lectures complémentaires:

Tintin_Vive-la-Revolution_1989_2010

Impasse_Citoyenniste

Alexandre_Skirda_Organisation_anarchiste_de_Proudhon_a_nos_jours

Voline_La_synthese_anarchiste

Murray_Bookchin_Ecoute_Camarade

Exemple_Charte_Conféederale_Bakounine_MAJ

Murray_Bookchin_Le_municipalisme_libertaire

Guy_Debord_La_societe_du_spectacle

TAZ_Fr

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Les deux « A »: Amour et Anarchie

Une curiosité de l’époque Thatcher: « Vive la révolution » une aventure de Tintin (1989)

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Résistance 71

 

31 décembre 2019

 

Voici le dernier PDF que nous publierons en 2019 : une curiosité en bien des points en directe provenance de l’Angleterre de la fin des années Thatcher. Publié en 1989 sous le titre « Breaking Free » qu’on peut traduire par « S’évader » dans le sens de « Se libérer », l’album fut traduit et publié en français en 2010 sous le tire de « Vive la révolution ! » Il reprend les personnages principaux des célèbres aventures de Tintin, les plaçant dans un contexte de révolution sociale en Angleterre. 30 ans plus tard, dans le contexte des Gilets Jaunes et du mouvement de grève qui devra s’étendre de manière sauvage s’il veut triompher, il conserve une certaine pertinence, en faisant abstraction de certains poncifs du genre.
Cet album n’est bien entendu pas une « recette » pour la révolution sociale, mais il donne quelques conseils pertinents d’organisation locale contre les institutions et pour le mieux-vivre ensemble dans la lutte organisée hors système… L’analyse faite des syndicats est particulièrement réaliste et savoureuse.

On pourra du reste s’amuser à reconnaître certains personnages et les replacer dans le contexte des albums de la célèbre série.
L’Angleterre des années 80, c’est le royaume des casses sociales thatchériennes, des briseurs de grèves, du dépeçage des acquis sociaux britanniques au seul profit de l’argent et de la marchandise régnant.
La Grande-Bretagne thatchérienne (1979-1990) peut se résumer en quelques citations de cette « dame de fer » soutenue par la City de Londres et dont le fils, au sus de la mère, trempera dans nombre de scandales d’état impliquant des ventes d’armes et des rétro-commissions, sale business habituel de la caste du pouvoir coercitif, qui a le sang de millions de personnes sur les mains…

« C’est un combat pour les fondations même de l’ordre social, c’est une croisade non pas pour simplement freiner le socialisme, mais pour mettre un terme une fois pour toute à sa marche en avant. »
~ Margaret Thatcher, octobre 1976 ~

« Mon boulot est de stopper la Grande-Bretagne de devenir rouge ! »
~ Margaret Thatcher, novembre 1977 ~

Voici ce qui est écrit en exergue de l’album:

« Cet ouvrage peut être librement reproduit entièrement ou en parties par n’importe quel groupe anarchiste, mais le copyright protège l’œuvre originale de toute récupération commerciale pour que crève enfin le capitalisme. Ce livre est régulièrement réédité, il ne s’agit donc pas d’une pièce de collection ou d’une rareté. Ne payez pas plus de 8 euros pour ce livre. Sinon, volez-le ! »

Bonne lecture de ce dernier PDF 2019 !…

 


Cliquez sur la couverture pour le pdf gratuit

 

 


illimitée et expropriatrice !

Infos sur les manifs du 28 décembre… « Pas de trêve jusqu’au retrait ! »

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 27 décembre 2019 by Résistance 71


A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas le salariat !

 

Manifestations du samedi 28 décembre : pas de trêve jusqu’au retrait !

 

Paris-Luttes Info

 

Décembre 2019

 

source:

https://paris-luttes.info/manifestation-samedi-28-pas-de-13177?lang=fr

 

Pour terminer en beauté cette première semaine de fêtes sans trêve, les fédérations syndicales de plusieurs secteurs mobilisés appellent à une forte journée d’actions et de mobilisation samedi 28 décembre. Une manifestation aura notamment lieu à Paris.

Période des fêtes de fin d’année : pas de trêve jusqu’au retrait !

Appel de Solidaires RATP, SUD Rail, SUD éducation, SUD urbains/interurbains :

Depuis le 5 décembre, un mouvement d’opposition massif contre le projet de réforme des retraites Macron-Delevoye s’est construit. Nos secteurs — la SNCF, la RATP et les transports urbains, l’éducation — sont apparus aux yeux des usager·ère·s comme les secteurs en pointe dans la mobilisation, ou du moins ceux dans lesquels les effets de la grève se sont fait le plus sentir. Un nombre important de personnels dans nos secteurs sont en grève reconductible depuis le 5 décembre, et nos organisations appellent l’ensemble des personnels à renforcer celle-ci. C’est le gouvernement qui, en refusant d’abandonner ce projet rejeté par la majorité de la population, est responsable du blocage.

Nous réaffirmons que ce mouvement n’est pas corporatiste et qu’il ne s’agit pas de défendre nos supposés « privilèges ». En nous mobilisant, ce sont les droits de toutes et tous que nous défendons : mis à part une minorité composée des plus riches — les vrais « privilégiés », c’est bien l’ensemble de la population qui va y perdre, en termes d’âge de départ à la retraite comme en termes de niveau de pensions. Les récentes déclarations du Premier ministre comme les annonces faites dans nos secteurs par nos ministres de tutelle n’y changent d’ailleurs rien : c’est bien le retrait du projet Macron-Delevoye qui est un préalable pour nous.

La période des fêtes de fin d’année approche. C’est l’occasion pour le gouvernement de mettre la pression sur les secteurs en grève reconductible, en brandissant l’exigence d’une « trêve de Noël » pour diviser la population. Cela ne marche pas, et ne rend pas le projet du gouvernement plus populaire. Pour nos organisations, il ne saurait y avoir de trêve de Noël. Nous le réaffirmons avec force : « pas de trêve jusqu’au retrait ! ».

Pendant les deux semaines qui viennent, l’ensemble des personnels de l’éducation nationale seront en vacances. Diverses actions seront prévues pendant cette période dans un cadre interprofessionnel, bien souvent liées à la grève à la SNCF ou à la RATP. Ces actions vont prendre diverses formes : actions de blocages divers et variés, actions de péages gratuits dès le week-end du 21 décembre, réveillons dans les gares, actions de tractage, AG interprofessionnelles, manifestations.

Le 28 décembre sera une journée de forte mobilisation et actions interprofessionnelles sur tout le territoire.

Nos organisations appellent :

  • tou·te·s à renforcer la grève et sa reconduction jusqu’au retrait 
  • — les personnels de nos secteurs à faire du lien localement et à organiser concrètement leur convergence à travers des initiatives communes (réunions, tractages, initiatives publiques, actions et manifestations diverses) 
  • — l’ensemble des personnels de l’éducation à participer pendant leur congé, sur le lieu d’habitation ou sur leur lieu de vacances, aux actions et initiatives prévues 
  • — l’ensemble de la population à venir soutenir les grévistes sous diverses formes, en participant aux diverses initiatives et aux caisses de solidarité

D’autres appels pour cette journée sur Démosphère.

À Paris, RDV samedi 28 décembre 13h à gare du Nord, en direction de Châtelet (lieux et parcours à confirmer).

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie