Archive pour fédération anarchiste

Résistance politique: Pour que le souffle et l’esprit de la Commune renaissent…

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« Au nord de la France, toutes les villes
industrielles, aussi bien que les villes
du Midi, voulaient leur Commune. »
~ Louise Michel, 1898 ~

Pour renouer avec l’esprit communard:

Manifeste de la societe des societes

 

La Commune de Paris, toujours si actuelle

 

Claude Willard

Président de l’association des Amis de la Commune

 

Source:

http://www.commune1871.org/?La-Commune-de-Paris

Repris par LGS: https://www.legrandsoir.info/hommage-a-claude-willard-et-a-la-commune-de-paris.html

 

Agé de 95 ans Claude Willard vient de nous quitter. Historien, professeur à Paris 8, Président des Amis de la Commune de Paris, il a participé au Maitron, la Pensée, les Cahiers d’Histoire … Il nous rappelle ici que l’œuvre de la Commune demeure d’une extraordinaire actualité car porteuse de valeurs combattues par les héritiers de ceux qui massacrèrent les communards. – Claire Vérilhac

Une œuvre toujours au cœur de l’actualité

La Commune demeure ensevelie sous une chape de silence, bien qu’elle soit ou plutôt parce qu’elle est porteuse de valeurs, valeurs battues en brèche par les héritiers de ceux qui massacrèrent les Communards.

Une révolution ouvrière

L’insurrection communarde naît d’un sursaut patriotique contre la faillite, voire la trahison, des équipes dirigeantes durant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, et d’un puissant réflexe républicain contre les périls d’une restauration monarchique. Comme le proclame le Journal officiel du 21 mars 1871,  » Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques.  » Cette révolte, réponse à la provocation de Thiers du 18 mars, se transforme en révolution ouvrière.

Ouvrière par la masse de ses combattants (84% des Communards arrêtés sont des travailleurs manuels), par le fort pourcentage d’ouvriers (environ 30%) au sein du Conseil général de la Commune, par la constante pression exercée du dehors, enfin par sa législation sociale. Mais cette classe ouvrière est fille de son temps, d’un capitalisme en pleine ascension, intermédiaire donc entre l’artisanat sans-culotte et le prolétariat d’usine, une classe ouvrière adolescente, mal structurée, se lançant  » à l’assaut du ciel « . Cette hétérogénéité, jointe à sa naissance spontanée du 18 mars, explique largement l’inexpérience, l’isolement, les rivalités paralysantes de la Commune, mais aussi sa diversité foisonnante (néo-jacobins, proudhoniens, néo-proudhoniens, blanquistes, bakounistes, marxistes, francs-maçons…), source d’un héritage pluriel.

La démocratie citoyenne

Au nom de la souveraineté populaire et dans le droit fil de la Constitution de 1793, la Commune engendre une vraie démocratie. Le Comité central de la Garde nationale, installé à l’Hôtel de Ville depuis la soirée du 18 mars, précise, dans son appel du 22 mars aux électeurs, sa conception de la démocratie :  » Les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables  » ; et, le 24 mars :  » Quand nous pourrons avoir les yeux partout où se traitent nos affaires, partout où se préparent nos destinées, alors, mais alors seulement, on ne pourra plus étrangler la République.  »

Les élus de la Commune, révocables, corsetés par un mandat impératif, demeurent sous la férule d’un véritable  » ministère des masses  » : chambres syndicales, clubs, comités de femmes, presse maintiennent une forte pression, à laquelle convie le club Nicolas-des-Champs :  » Peuple, gouverne-toi toi-même par tes réunions publiques, par ta presse ; pèse sur ceux qui te représentent ; ils n’iront jamais trop loin dans la voie révolutionnaire.  » Lorsque les ouvriers boulangers, obtenant la suppression du travail de nuit, se rendent à l’Hôtel de Ville remercier la Commune, ils sont vertement tancés par le journal Le prolétaire :  » Le peuple n’a pas à remercier ses mandataires d’avoir fait leur devoir […] Car les délégués du peuple accomplissent un devoir et ne rendent pas de services.  »

Donc une démocratie au sens étymologique du terme (démo = peuple ; kratos = pouvoir), le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, la démocratie la plus authentique qui ait jamais existé à travers l’histoire, une démocratie directe reposant sur une citoyenneté active, à l’échelle, il est vrai d’une ville et durant une soixantaine de jours. Mais quelle remise en cause de la délégation du pouvoir et de la bureaucratie !

Cette souveraineté populaire, pleinement assumée, s’inscrit fort bien dans la filiation de la Constitution de 1793, qui proclamait  » le droit à l’insurrection  » comme  » le plus sacré des droits et le plus imprescriptible des devoirs « .

Prémisses de l’autogestion

La démocratie s’étend à l’entreprise. L’atelier de réparation d’armes du Louvre se dote d’un règlement autogestionnaire : chaque atelier élit, pour quinze jours, au conseil de direction, un ouvrier chargé de transmettre les réclamations et d’informer ses camarades des décisions prises. Dans l’orbite des chambres syndicales ou de comités de l’Union des Femmes surgissent de nombreux ateliers coopératifs. Cette pratique inspire le décret du 16 avril, prévoyant la remise en marche par les ouvriers associés des ateliers que leurs patrons ont désertés.

Vers l’émancipation féminine

Constituant vital de cette démocratie directe, les femmes. Elles sont sur le devant de la scène depuis le 18 mars (Louise Michel à Montmartre). Jules Vallès, dans Le Vengeur du 12 avril 1871, décrit avec enthousiasme :  » J’ai vu trois révolutions, et, pour la première fois j’ai vu les femmes s’en mêler avec résolution, les femmes et les enfants. Il semble que cette révolution est précisément la leur et qu’en la défendant, ils défendent leur propre avenir.  »

Est alors créé le premier mouvement féminin de masse, l’Union des Femmes, qu’animent Elisabeth Dmitrieff, aristocrate révolutionnaire russe de 20 ans, et Nathalie Le Mel, une bretonne de 45 ans, ouvrière relieuse.

Après des siècles de phallocratie, balayant son dernier avatar en date, le proudhonisme (adepte de la femme au foyer), dont plusieurs de ses membres pourtant se réclament, la Commune ouvre une brèche vers la libération des femmes. Les projets d’instruction pour les filles visent à affranchir les femmes des superstitions et de l’emprise de l’Eglise, considérée comme l’âme de la contre-révolution. Les femmes obtiennent à travail égal, salaire égal , et créent de nombreux ateliers autogérés. Dans quelques quartiers les élus appartenant à l’Internationale associent des femmes à la gestion municipale. En cette époque où règne, étouffant,  » l’ordre moral « , la Commune officialise l’union libre, conférant à la famille constituée hors mariage (concubins, enfants naturels) sa première reconnaissance légale. Enfin, la Commune bannit la prostitution considérée comme une forme de  » l’exploitation commerciale de créatures humaines par d’autres créatures humaines.  »

Durant la Semaine sanglante, les femmes combattent sur les barricades, à l’image de Jeanne-Marie que glorifie Arthur Rimbaud, et de Louise, l’infirmière de la Fontaine-au-Roi, à qui J. B. Clément dédie Le Temps des Cerises.

Ce rôle pionnier des Communards suscite la haine des Versaillais, qui forgent le mythe des  » pétroleuses « . Et Alexandre Dumas fils, auteur de La Dame aux Camélias, ose écrire :  » Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour toutes les femmes à qui elles ressemblent quand elles sont mortes.  »

Les étrangers

Dans notre monde gangrené par le racisme, la xénophobie, le nationalisme, la Commune incarne la devise que Marx avait inscrite au bas du Manifeste communiste de 1848 :  » Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !  »

Nombreux sont les étrangers qui participent à la Commune : les travailleurs immigrés, nombreux, surtout Belges et Luxembourgeois, les Garibaldiens et les révolutionnaires qui cherchaient asile dans le pays incarnant les Droits de l’homme. Fait unique dans l’histoire mondiale, plusieurs étrangers occupent une place dirigeante. Un juif hongrois, ouvrier bijoutier, Léo Frankel, siège au Conseil général de la Commune. La commission des élections, le 30 mars 1871, valide ainsi son élection :  » Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent […], la commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel..  » Léo Frankel est promu ministre du Travail et inspire toute l’œuvre sociale de la Commune. Des généraux polonais, Dombrowski et Wrobleski, assument des commandements militaires. Elisabeth Dmitrieff dirige l’Union des Femmes.

En retour, la Commune est entourée, durant son existence et après sa défaite, de la solidarité agissante du mouvement ouvrier international.

Une œuvre très novatrice

Bien que bornée par le temps et absorbée par les impératifs militaires, l’œuvre de la Commune est d’une richesse foisonnante.

La Commune entend réaliser l’aspiration du mouvement ouvrier français du XIXe siècle :  » l’émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes « . Fidèle à la Constitution de 1793, qui assignait à la société politique l’objectif d’établir  » le bonheur commun « , la Commune se veut  » la Sociale « . Répondant aux aspirations populaires, elle abolit le travail de nuit, interdit les amendes et retenues sur les salaires, combat le chômage, interdit l’expulsion des locataires (par ailleurs exonérés des termes encore dus), exerce un droit de réquisition sur les logements vacants.

L’armée est remplacée par la Garde nationale, c’est-à-dire le peuple en armes, élisant ses officiers et sous-officiers.

La Commune établit la gratuité de la justice, la liberté de la défense, supprime le serment politique des fonctionnaires et magistrats, eux aussi élus et révocables.

Les Églises séparées de l’Etat, la Commune instaure l’école laïque, gratuite et obligatoire, crée un enseignement professionnel, y compris pour les filles, et entame une réforme de l’enseignement. Pour en débattre démocratiquement, se réunissent dans plusieurs écoles instituteurs, parents d’élèves et membres de la Société pour l’Education nouvelle (soucieuse de rénover l’enseignement).

La Commune est aussi pionnière de l’éducation populaire. Elle instaure des cours publics, que Louise Michel évoquera avec enthousiasme :  » Partout les cours étaient ouverts, répondant à l’ardeur de la jeunesse. On y voulait tout à la fois, arts, sciences, littérature, découvertes, la vie flamboyait. On avait hâte de s’échapper du vieux monde.  » La Commune rouvre bibliothèques, musées, théâtres. Les concerts donnés aux Tuileries sont très prisés. Dans cet épanouissement de la culture populaire, un rôle important est dévolu à la Fédération des Artistes (avec Courbet, Daumier, Manet, Dalou, Pottier…), qui place en tête de son programme  » la libre expansion de l’art, dégagé de toute tutelle gouvernementale et de tous privilèges « .

Tout, certes, n’est point réalisé. Mais que d’anticipations !

La Commune n’est pas morte !

La répression est féroce, à la mesure de la peur et de la haine des classes dirigeantes : 25 000 à 30 000 massacrés (dont femmes et enfants), 36 000 prisonniers, 4586 déportés en Nouvelle-Calédonie.

Et pourtant, comme le chante Eugène Pottier,

 » Tout ça n’empêch’pas, Nicolas,

qu’la Commune n’est pas morte « 

Victor Hugo exprime la même pensée :  » Le cadavre est à terre, mais l’idée est debout.  »

Dans le court terme, le spectre de la Commune hante les  » réalistes  » (tel le Versaillais en chef, Thiers) et, par là, contribue à faire échouer les tentatives de restauration monarchique. Comme le prévoyait Jules Vallès :  » Avec nos fusils d’insurgés, nous avons calé la République.  » Sans parler des futures réalisations de la IIIe République, en premier lieu, la laïcité de l’école, longtemps propre à la France.

Mais surtout, comme la Révolution française, la Commune constitue un événement fondateur. Elle inspire le mouvement ouvrier international, de la Commune de Carthagène en 1873 à la Révolution russe de 1917, à la Révolution spartakiste, à la Commune de Canton de 1927 et à la révolte du Chiapas aujourd’hui. Elle marque en profondeur tout le mouvement ouvrier français de la fin du XIXe et du XXe siècle, élément de ses spécificités. Elle hante encore la genèse du Front populaire, la Résistance et mai 1968, nos combats d’aujourd’hui et demain.

L’œuvre de la Commune demeure d’une extraordinaire actualité parce que, viscéralement démocratique, elle a su, dans les termes de son époque, poser et essayer de résoudre des problèmes qui nous tenaillent toujours. Certes, à temps nouveaux, solutions neuves. Si jamais l’histoire ne se répète, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.

Dans notre univers inégalitaire, inhumain, dominé par le pouvoir de l’argent, prônant le culte de la réussite individuelle, et où le ventre de la  » bête immonde  » engendre toujours racisme, xénophobie, fanatisme, redonnons chair et vie au triptyque gravé de façon très formaliste au fronton de nos édifices publics : Liberté, Égalité, Fraternité.

L’association des Amis de la Commune de Paris, héritière de La Fraternelle créée par les Communards à leur retour d’exil, a pour but de faire fleurir son héritage, si fécond pour nos combats d’aujourd’hui et de demain.

Texte de Claude Willard, président de l’association « Les Amis de la Commune de Paris ».


« J’appartiens toute entière à la
révolution sociale…Ce que je réclame
de vous qui vous affirmez conseil de guerre,
c’est le champs de Satory où sont déjà
tombés nos frères… »
~ Louise Michel, 16 décembre 1871 ~

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Résistance politique: Anarchisme et stratégie

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Anarchisme et stratégie

 

Groupe J. Déjacque Nantes

 

13 décembre 2017

 

Source: http://fa-nantes.over-blog.com/2017/12/anarchisme-et-strategie.html

 

Les notions d’anarchisme et de stratégie semblent être antinomiques. « Stratégie » signifie conduite de l’armée et paraît s’opposer au refus des chefs, du commandement et du militarisme des anarchistes, en lien avec leur rejet de l’état. Cela contribue à faire passer les anarchistes pour des idéalistes et des moralistes,  privés de pouvoir  et de capacité politique. Cette vision est caricaturale. La caricature inverse existe elle aussi : l’anarchiste comme adepte des actions violentes. A mon sens, les anarchistes, en pratique, sont moins contre le commandement (acratie) que pour le partage absolu du pouvoir (pancratie). Quant à l’antimilitarisme, et même le pacifisme, ils sont à nuancer. Certains anarchistes furent en même temps des combattants (Makhno, Durruti, etc.) ou du moins des militants engagés dans la lutte. L’histoire de l’anarchisme est souvent adossée à celle des guerres et des conflits (la Commune, la révolution russe ou espagnole, les armées zappatistes ou kurdes, etc.). Cette histoire n’est pas rigoureusement pacifiste, même s’il existe toutes sortes de courants, y compris non violents et centrés sur l’éducation et la désobéissance civile davantage que la lutte armée.

Nous pouvons aussi prendre le mot « stratégie » au sens large de méthode et l’étendre à la politique et la diplomatie. De cette façon, nous verrons qu’il existe bien des stratégies anarchistes ou, du moins, utilisées par les anarchistes. Cette analyse sera l’occasion de rappeler quels sont les objectifs politiques des anarchistes et les moyens disponibles pour y parvenir. Cette réflexion nous paraît utile, étant donné la confusion ou l’apathie qui règne actuellement dans les milieux militants qui souhaitent faire face au mur néolibéral et néoconservateur dressé contre eux.

Tout d’abord, lorsque l’on parle de stratégie, il faut rappeler qu’elle consiste au sens propre à déterminer les moyens en vue de gagner une guerre. Mais la fin de la guerre, indique Clausewitz, correspond à un objectif politique, comme un changement de régime. Quel est dans ce cas l’objectif politique des anarchistes ? On peut répondre : l’égale liberté, c’est-à-dire la liberté pour toutes et tous. Il ne s’agit ici ni de l’égalité sans liberté des prisonniers, ni de la liberté de quelques-uns de dominer les autres. Précisons. Contre quel genre de manque de liberté et d’égalité le projet anarchiste se construit-il ? Il s’agit traditionnellement des autorités étatiques, capitalistes et religieuses auxquelles correspondent les inégalités politiques, économiques et domestiques.

Voyons d’abord la première forme d’autorité, celle de l’Etat. Elle consiste à capter le pouvoir politique de décision des individus à travers le système de la représentation. Le but de l’Etat est de défendre à l’intérieur les intérêts de la bourgeoisie, avec la police et l’armée et, à l’extérieur, de repousser les « étrangers » par le patriotisme, le racisme, la ségrégation et les frontières. La seconde forme d’autorité est celle de l’entreprise et de la propriété. Le capital ici s’oppose au travail. L’autorité capitaliste entretient les inégalités de classe. La troisième forme d’autorité est celle de l’église et du patriarcat. Elle investit la sphère domestique et morale et veille à l’éducation. Les ségrégations entretenues par la croyance religieuses sont sexistes, mais aussi agistes et spéciste, l’homme dominant la femme, l’enfant et l’animal selon un ordre établi comme naturel.

La critique anarchiste de l’autorité et de l’inégalité découle initialement de la pensée moderne et rationaliste héritée des lumières. Mais à l’ère postmoderne, depuis le milieu du XXe siècle, l’anarchisme intègre de plus en plus les critiques du progrès, de la raison, de la science, de la technique et de l’humanisme. Ces critiques sont également développées par les réactionnaires, ce qui n’est pas sans générer des tensions internes (débats sur la laïcité, la non mixité, le spécisme, l’intersectionnalité etc.). Toutefois, la critique de la modernité fait également partie de la tradition marxiste et anarchiste, dans sa critique de la révolution bourgeoise jacobine, du formalisme des droits de l’homme, de l’exploitation industrielle etc.

Maintenant que nous avons compris ce que combat l’anarchisme, voyons ce qu’il préconise pour la construction d’une société sans état, sans capitalisme et sans religion. Nous ne parlons pas encore ici de la stratégie destinée à instaurer et défendre l’anarchisme, mais de la manière dont une société anarchiste fonctionne. Toutefois, les principes antiautoritaires et égalitaires de la société anarchiste doivent pouvoir se retrouver dans la stratégie de conquête et de conservation de l’organisation anarchiste.

Pour remplacer l’organisation étatique par une organisation libertaire et égalitaire, l’état doit laisser place à la fédération des communes, des régions et des pays dans une organisation ascendante. Le principe est le même en ce qui concerne l’organisation pyramidale des entreprises. Les ateliers doivent être autogérés et les branches de métiers doivent se fédérer. Tous les métiers doivent être également valorisés par la rotation ou la spécialisation volontaire. Au niveau scolaire et familial, l’éducation doit viser l’égalité, l’autonomie, le travail coopératif, l’épanouissement de tous et toutes, la liberté d’opinion et d’expression, l’égalité des chances, etc.

Ces principes d’organisation politique, sociale et morale ne sont pas des recettes, au sens où l’invention et la diversité des approches doivent être possibles. Les difficultés sont nombreuses et, sans doute, il ne peut y avoir d’organisation parfaite. A tout moment, les manifestations d’autorité et d’inégalité peuvent resurgir et s’imposer. Cela surtout dans le cadre stratégique, dont nous allons parler, où l’usage du commandement et de la force peuvent être difficile à contourner.

Maintenant que nous avons compris quels sont les buts politiques, sociaux et moraux des anarchistes, voyons maintenant quels peuvent être leurs stratégies pour parvenir à leur fin et pour la défendre. Une première stratégie peut être qualifiée d’éducative. Elle consiste à se concentrer sur l’éducation et l’information et vise l’évolution des mentalités. C’est l’approche non violente par excellence. L’échelle est avant tout locale et concerne les modes de vie, avec la réforme de soi en priorité. La dimension est domestique et morale. Les tactiques employées ici sont la production d’ouvrages, d’affiches, les prises de parole et la production culturelle. Comme moyen de pression sont employés la désobéissance, la grève du zèle, le refus de collaborer. Ensuite, la stratégie syndicaliste se concentre sur l’organisation socio-économique de la production et de la consommation. Le principe est celui de l’autogestion de l’activité avec la prise de décision collective. Les tactiques employées sont celles des mutuelles, des conseils, des bourses du travail, des banques populaires, des grèves etc. Enfin, la stratégie insurrectionnelle, davantage politique, impose un rapport de force : manifestation, occupation, sabotage, blocage. Les tactiques utilisées comprennent la destruction matérielle, mais les anarchistes se refusent en principe à blesser ou tuer.

Ces trois stratégies ne sont pas nécessairement alternatives mais peuvent constituer des moments d’une stratégie plus globale : d’abord diffuser une idéologie, puis organiser des groupes de manière libertaire et égalitaire et enfin construire une défense entraînée, financée et équipée, c’est-à-dire un pouvoir capable de sécuriser l’organisation politique. Une société anarchiste, même pacifique, a des ennemis prêts à la détruire. Mais la stratégie doit s’efforcer d’intégrer des formes libertaires et égalitaires, ce qui peut s’avérer difficile dans les situations limites. Un commandement peut être nécessaire, ponctuellement, pour la rapidité de réaction. Dans ce cas, des précautions doivent être prises : rotation des tâches et des mandats, contrôle démocratique.

Nous avons d’abord rappelé en quoi consiste le projet anarchiste : une société sans autorité et égalitaire débarrassée de l’Etat, du capitalisme et de la religion. C’est du moins le projet formulé à la fin du XIXe siècle. Au début du XXIe siècle, ces enjeux n’ont pas disparu mais ont intégré les luttes contre le sexisme, l’homophobie, le racisme, le spécisme, le validisme, la technologie etc. Nous avons rappelé les principes propres à l’organisation anarchiste : fédéralisme, autogestion, éducation libre, étant entendu que le combat contre l’autorité ne doit pas déboucher sur un chaos, mais sur un certain type d’organisation politique social, économique et culturel – qui, d’ailleurs, peut intégrer les cultures préexistantes, pour ne pas rejouer le rouleau compresseur colonial. Enfin, après avoir défini les adversaires, en gros l’Etat, le capital et l’église, et les solutions, nous avons traité des moyens stratégiques. Il s’agit d’un travail culturel d’éducation, social d’organisation et politique de défense. C’est peut-être en ce dernier sens que le mot « stratégie » est le plus propre et, en même temps, pose le plus de problèmes, l’anarchisme préférant la diplomatie à la stratégie, l’argumentation à la ruse, la persuasion à la coercition.

Nous voyons donc qu’anarchisme et stratégie ne s’opposent pas totalement. L’anarchisme est un modèle de société précis qui cherche à se développer et se maintenir, sans quoi il faudra se contenter de la survie de groupes affinitaires, de clubs fermés, des petites chapelles où s’épuisent parfois sans compter les militantes et militants. Il ne s’agit pas pour autant de mener une campagne de conquête du pouvoir avec les techniques marketings des partis. Mais l’enjeu est tout de même de constituer une force politique réelle, quelle que soit l’échelle, capable d’offrir une  protection contre l’autorité et l’inégalité. N’oublions pas que ce que combattent les anarchistes tue à plus ou moins petit feu. Aussi les anarchistes ne peuvent se passer d’étudier la stratégie de leurs adversaires, les formes de répression, de contrôle et de propagande, pour les contrecarrer. Les organisations anarchistes doivent maîtriser leurs outils de lutte pour ne pas être condamnés à répéter les mêmes erreurs et pour s’adapter et à leur nouvel environnement. Il semble qu’un travail considérable ait été fait par l’extrême droite ces dernières décennies, souvent en étudiant les savoirs faire d’extrême gauche, lorsque l’on voit son influence aujourd’hui. Au tour à présent des anarchistes de mieux comprendre leurs adversaires conservateurs et libéraux et de redevenir influents.

Communiqué suite au 76ème Congrès de la Fédération Anarchiste

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La Fédération Anarchiste, réunie en son 76e congrès à Paris les 11 et 12 novembre 2017, a débattu de la situation politique et sociale et des enjeux de la lutte des classes.

Source: FA, novembre 2017

L’Etat « macroniste » se radicalise et accèlere le programme capitaliste mené par Gattaz, l’OCDE, le FMI et consorts, dans la continuité des gouvernements précédents.

Le capitalisme ne connait pas de frontières et la lutte pour l’émancipation doit également s’affranchir des Etats et étendre le combat révolutionnaire à l’échelle mondiale. C’est pourquoi nous développons l’Internationale des Fédérations anarchistes.

Le mouvement social et syndical peine à construire un rapport de forces et la convergence des luttes.

La strategie de mobilisation dans la rue ne remplace pas le blocage économique. Seule la grève générale reconductible peut menacer les profits et ouvrir ainsi une perspective révolutionnaire.

La Fédeération anarchiste est engagée dans ce mouvement social et syndical qui doit assumer et affirmer sa légitimité politique et opposer un projet de société en rupture avec le modèle capitaliste et du chacun-pour-soi qu’on nous impose.

La Fédération anarchiste participera de toutes ses forces au mouvement social et s’opposera a toute tentative de tutelle politique y compris celle de Mélenchon qui crée la division en portant la lutte sur le terrain parlementaire.

Notre rôle est de préserver le mouvement social de toute contamination politicienne et électorale.

La Charte d’Amiens demeure pertinente aujourd’hui ; malgré ses imperfections et ses limites, elle reste à nos yeux un outil nécessaire affirmant les principes de l’action syndicale :

  • L’amélioration continue et immédiate des conditions de travail et la transformation sociale ;
  • L’indépendance par rapport aux partis et a l’Etat ;
  • La construction de la grève générale expropriatrice et autogestionnaire qui abolira le salariat.

Notre mouvement doit également diffuser des pratiques d’auto-organisation et d’action directe. La propagande par l’exemple et les alternatives en actes sont à même de développer des pratiques en rupture avec le consumérisme et la délégation.

Les religions ont toujours été l’outil des puissants, du patriarcat et du militarisme. Au côté du Capital, elles incitent à la résignation et à l’ignorance. La Fédération anarchiste revendique haut et fort « Ni dieu ni maitre ». L’émancipation de l’humanité nécessite une lutte radicale et définitive avec l’idée de dieu.

La Fédération anarchiste appelle les individus et les groupes attachés à l’émancipation sociale a s’organiser et à oeuvrer pour une société fédéraliste libertaire et autogestionnaire, pour un monde débarrassé des classes, des religions et des Etats et toutes les dominations.

Fédération Anarchiste

Paris, le 12 novembre 2017

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, il n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais !

Pour un changement radical de paradigme politico-social:

Manifeste de la societe des societes

~ Résistance 71 ~

Résistance politique: quoi de neuf sur le front… national ?

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La seule grève valide et efficace dont la simple perspective fait trembler l’oligarchie dans ses loques: La grève générale illimitée et expropriatrice… Tout le reste n’est que pisser dans un violon. Le but de cette grève doit être le changement radical de société pour parvenir enfin à la société des sociétés, finalité émancipatrice de l’humanité.

~ Résistance 71 ~

A lire et diffuser sans modération:

Manifeste de la societe des societes

L’anarchie pour la jeunesse

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme (PDF)

 

Le capital décide, l’État exécute

 

Groupe Anarchiste Salvador Ségui

 

14 novembre 2017

 

Source: https://salvador-segui.org/2017/11/14/16-novembre-loi-travail/ 

 

 

Si d’aucuns n’y ont pas cru pendant les élections, il est aujourd’hui plus difficile de nier que la politique de ce gouvernement est une politique de classe. De la bourgeoisie, par la bourgeoisie, pour la bourgeoisie. Depuis cet été, les mesures proposées et votées s’attaquent aux plus fragiles (hausse de la CSG et baisse des APL, facilitation des licenciements, précarisation des relations de travail) et sont favorables aux plus riches (baisse de l’ISF). De plus, la systématisation du gouvernement par ordonnance, parfaitement légale, émaille quelque peu le vernis démocratique de la République.

Non content de creuser les inégalités et d’étaler son mépris – sous le principe très paternaliste que ceux qui ont le pouvoir l’auraient acquis de par leurs qualités naturellement supérieures, ce qui leur donnerait à la fois le droit de le garder au détriment des autres, mais également le devoir de l’exercer (au détriment des autres) –, Macron se moque ouvertement de ses administrés, « qui ne sont rien », sinon « des fainéants et des cyniques », ceux qui « foutent le bordel ».

Mais ce qui est encore plus caractéristique de cette dynamique de fond, c’est l’attaque simultanée et intraitable de toutes les solidarités, sur la lancée des politiques des gouvernements précédents.

C’est l’individualisation et la mise en concurrence des carrières professionnelles et des droits des travailleurs à travers la casse du Code du travail, laissant le salarié seul dans un un rapport très inégal face à son employeur. C’est l’affaiblissement des derniers garde-fous contre la délinquance patronale (conseils de prud’hommes, DS, DP, CHSCT, etc.). C’est l’attaque financière et morale des services publics (éducation, santé, transports). C’est une vision élitiste de l’éducation, au service des intérêts capitalistes. C’est la baisse des prestations sociales et la culpabilisation de ceux qui en bénéficient, quand ce n’est pas leur suppression pure et simple. C’est la mise en péril des associations, par la baisse des financements publics et la fin des contrats aidés, alors même que l’action sociale de proximité se décharge de l’État vers les associations. C’est la remise en question du droit syndical, en réduisant les possibilités de contestation et en ne laissant la place qu’à des structures d’accompagnement. C’est l’exacerbation d’un patriotisme nationaliste et militariste.

C’est, enfin, la criminalisation des mouvements sociaux de protestation, que ce soient les grèves, les manifestations ou les dénonciations de violences policières, où des militants sont jugés et condamnés très lourdement sous des prétextes mis en scène. Par ailleurs, la récente loi « sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme » vient appuyer la répression policière, dont les exactions jouissent au contraire d’une relative impunité.

La seule réponse que nous pouvons opposer est de renforcer nos liens, à la base, et sans attendre une aide providentielle de l’État ou du sort.

Si la confédération syndicale semble aujourd’hui l’organisation de classe la plus indiquée pour parvenir à un rapport de force susceptible de défendre les acquis sociaux et en obtenir de nouveaux, par la construction d’une grève généralisée et reconductible, encore faut-il que les syndicats se ressaisissent des principes de la charte d’Amiens : d’une part l’indépendance vis-à-vis des organisations politiques, d’autre part le double objectif d’amélioration immédiate des conditions de travail et d’ouverture à des perspectives révolutionnaires d’expropriation capitaliste et d’autogestion, sans quoi nous nous condamnerions à subir sans fin les attaques d’une classe dirigeante.

Par ailleurs, les axes et les collectifs de luttes sont multiples. La faiblesse dont ils font preuve à cause de leur éclatement, ainsi que la force dont ils font preuve malgré cet éclatement, doit nous pousser aujourd’hui à reconsidérer et confronter nos pratiques militantes pour œuvrer ensemble à la construction d’un mouvement social conséquent et cohérent, pour l’émancipation de toutes et tous.

Groupe anarchiste Salvador-Seguí

Paris, le 14 novembre 2017

Histoire de l’anarchisme (documentaire vidéo)

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Résistance 71

3 septembre 2017

Remarquable documentaire sur l’histoire de l’anarchisme de Tancrède Ramonet, diffusé sur Arte.
Ce documentaire était déjà sorti sur la toile en 2016 dès sa diffusion, et nous l’avions relayé, mais avait été supprimé. Il est de nouveau disponible. Cette historiographie de l’anarchie remarquablement documentée s’étend de la 1ère révolution industrielle (vers 1810) jusqu’à la seconde guerre mondiale. La dernière partie sur la révolution espagnole de 1936-39 est très bien faite et expliquée.
Le documentaire passe également en revue la révolution mexicaine de 1911, souvent très mal connue ainsi que les mouvements anarchistes en Chine et au Japon.

A voir et diffuser sans aucune modération…

 

A voir de manière complémentaire, le remarquable documentaire que nous avons posté il y a 4 ans:
« Vivre l’utopie », sur l’histoire de la révolution sociale espagnole 1936-1939:

Espagne 1937: Quand le fascisme rouge s’allie au fascisme brun pour éliminer la révolution sociale…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 6 juillet 2017 by Résistance 71
Cette excellente analyse de Berthier montre que toute alliance du peuple en phase émancipatrice avec quelque instance étatique que ce soit est non seulement une erreur, mais un suicide politique à très court terme. C’est le tsunami de la révolution sociale qui aura raison de tous les fascismes, de toutes les inégalités, du terrorisme d’état et de tous les privilèges et non pas la « victoire » sur le totalitarisme qui amènera la révolution sociale. Les zapatistes du Chiapas tiennent depuis plus de 20 ans parce qu’ils l’ont compris, les Kurdes du Rojava sont en train de commettre la même erreur, certes dans un contexte différent, que les anarchistes espagnols. Des leçons à toujours garder présent à l’esprit…

~ Résistance 71 ~

 

Mai 1937: La contre-révolution stalinienne à Barcelone

 

René Berthier

 

source: http://1libertaire.free.fr/RBerthier12.html

lu sur ainfos :

 » Les événements de mai 1937 à Barcelone sont exemplaires à plus d’un titre. Ils se réduisent à une idée principale : comment le stalinisme a utilisé l’antifascisme pour liquider la révolution sociale. Pour réaliser cet objectif, il était indispensable de liquider le mouvement anarcho-syndicaliste. Mais à ce moment-là, ce mouvement, qui avait impulsé un vaste mouvement de collectivisations dans l’industrie, les transports, l’agriculture, était trop puissant, trop populaire pour être attaqué de front. Il fallait commencer par l’isoler en s’en prenant au POUM, petit parti marxiste mais qui était sur des positions révolutionnaires, dans lequel se trouvaient quelques trotskistes (1).

L’occasion était trop belle.

En Allemagne, Staline avait fait le lit du nazisme en sacrifiant le parti communiste allemand pour liquider la social-démocratie. Tout mouvement se réclamant de la classe ouvrière non contrôlé par Moscou devait être liquidé. Staline menait une campagne contre les  » hitléro-trotskistes  » ; le POUM fut donc dans la ligne de mire des communistes espagnols, qui exigeaient de façon lancinante sa dissolution.

Ils firent en sorte d’éliminer Andrès Nin du gouvernement de la généralité de Catalogne, le 13 décembre 1936, avec sinon la complicité, du moins l’accord de la direction de la CNT, qui ne sembla pas se rendre compte que cela, ajouté à d’innombrables autres manœuvres, contribuait à isoler la Confédération chaque fois un peu plus et à la rendre plus vulnérable face au stalinisme. Les staliniens avaient déjà réussi à éliminer les militants du POUM de toute responsabilité dans l’UGT : or celle-ci était, avant sa prise en main par les staliniens, un allié naturel de la CNT… à condition qu’il y eût dedans des éléments suffisamment radicaux pour favoriser cette alliance. Ainsi, lorsque la CNT obtint que les deux partis marxistes se retirent de la généralité en laissant la place à la seule UGT, c’est en fait le parti communiste qu’elle avait face à elle. L’UGT, que les communistes contrôlaient, était littéralement devenue l’organisation de la petite bourgeoise et du patronat (2).

Les événements de mai 37 sont donc exemplaires de l’incompréhension de la direction confédérale à saisir les rapports de forces, à comprendre la nature réelle du stalinisme et son rôle contre-révolutionnaire, alors que la masse des travailleurs soutenait la CNT.

Communisme espagnol ?

Les communistes espagnols représentaient peu de chose avant la guerre civile, et ne purent se développer qu’en attirant à eux la paysannerie aisée opposée à la collectivisation, la petite bourgeoise, beaucoup de fonctionnaires de police, des militaires. L’épine dorsale du mouvement communiste espagnol, soutenu par Moscou, offrait son expérience organisationnelle à des couches sociales dont les intérêts coïncidaient, à ce moment-là, avec les intérêts de la politique internationale de Staline. Ce dernier ne pouvait accepter l’idée d’une révolution prolétarienne se développant en dehors de son contrôle et sur des bases radicalement différentes de la révolution russe. En participant au gouvernement et en pratiquant le noyautage des instances de pouvoir, les communistes acquirent donc une puissance hors de proportion avec leur base sociale. Les communistes, soutenus par la petite bourgeoise nationaliste catalane, s’exprimaient ouvertement contre les collectivisations ce qui est un paradoxe curieux, sachant qu’en Russie ils avaient imposé la collectivisation forcée de l’agriculture avec la violence la plus inouïe, faisant des millions de morts…

En octobre 1936, un communiste est nommé ministre du ravitaillement, poste précédemment tenu par un anarchiste. Les comités ouvriers de ravitaillement, mis en place par les anarchistes et qui fonctionnaient efficacement, sont dissous. La distribution de l’alimentation, assurée par le système de la vente directe des produits organisés par les comités des syndicats, est remise au commerce privé. Les prix augmentent, provoquant la pénurie. Le mécontentement de la population monte, mais les communistes accusent les anarchistes. Les forces de police -garde civile et gardes d’assaut- avaient été dissoutes et remplacées par des « patrouilles de contrôle ». Mais la police sera rapidement reconstituée, contrôlée par les staliniens. Le même processus s’était passé, le 10 octobre 1936, avec la militarisation des milices, dont les communistes étaient de chauds partisans.

La Batalla du 1er mai 1937 décrit la composition sociale et le mode de recrutement de la police contrôlée par les communistes :  » ils ont concentré en Catalogne une partie de la formidable armée de carabiniers, qui avait été créée dans des buts contre-révolutionnaires, en la recrutant parmi les éléments du parti communiste dépourvus d’éducation politique, parmi les ouvriers n’appartenant à aucune idéologie, et même parmi les petits-bourgeois déclassés, ayant perdu toute confiance dans le rétablissement de leur position… »

Une offensive est lancée contre la liberté d’expression.

La censure devient de plus en plus importante, y compris la censure politique. Un meeting CNT-POUM est interdit le 26 février 1937 à Tarragona. Le 26 mars 1937, les libertaires s’opposent à un décret qui dissout les patrouilles de contrôle, qui interdit le port d’armes par les civils et l’affiliation politique ou syndicale des gardes et des officiers de police, et qui dissout les conseils d’ouvriers et de soldats, ce qui équivalait à la liquidation du pouvoir réel de la Confédération, élément moteur des milices, maîtresse de la rue et des usines.

De fait, les patrouilles de contrôle ne rendent pas leurs armes, au contraire, les militants sortent dans la rue et désarment les forces de police régulières, qui résistent, des coups de feu sont échangés. La mesure de suppression des patrouilles de contrôle avait été prise en accord avec les conseillers anarchistes de la Généralité, qui furent critiqués par leur base et retirèrent leur appui au décret.

La crise sera résolue par la formation d’un nouveau gouvernement, identique au précédent.

Les affrontements armés continuent.

Les faits

La provocation du 3 mai 1937 fut donc l’aboutissement d’une longue série d’escarmouches dont l’objectif était, pour les staliniens, la liquidation de la révolution sociale, la liquidation des libertaires comme force hégémonique dans la classe ouvrière catalane, la restauration du pouvoir de la bourgeoisie dûment « drivée » par les conseillers techniques du GPU (3).

Que se passa-t-il ce jour-là ? Le lundi 3 mai 1937 la police communiste tente de prendre le contrôle du central téléphonique de Barcelone, qui est sous contrôle CNT-UGT, mais dont la majorité des employés est à la CNT. Les miliciens présents se saisissent de leurs armes et résistent violemment, avec succès. Une heure plus tard les miliciens de la FAI et des membres des patrouilles de contrôle arrivent en renfort.

Les usines s’arrêtent. Les armes sortent des cachettes. Les barricades s’élèvent.

L’insurrection s’étend à toute la ville.

Le gouvernement -avec ses représentants anarchistes !- est en fait assiégé par la force populaire. Il s’agit d’une authentique riposte spontanée à une provocation stalinienne. Le comité régional de la CNT et de la FAI se contente d’exiger la destitution de Rodriguez Sala, communiste, commissaire à l’ordre public de Barcelone. Comme si Sala pouvait être quoi que ce soit en dehors des forces qui se trouvaient derrière lui.

Comme le 19 juillet 1936 lorsque les fascistes ont tenté de prendre le pouvoir, ce sont, à la base, les comités de défense confédéraux CNT-FAI qui organisèrent la contre-offensive populaire, mais cette fois contre l’avis de la direction de la CNT. Le lendemain, mardi 4 mai, la bataille fait rage toute la journée. La rapidité de la réaction des miliciens de la CNT-FAI et du POUM contre la police a été stupéfiante, autant qu’a été terrible l’acharnement de la police noyautée par les communistes. Cette crise révèle un conflit aigu à l’intérieur même du camp républicain.

Le sort de la révolution sociale était en jeu.

Pendant que les prolétaires se battent dans la rue contre la réaction intérieure au camp républicain, les états-majors marchandent : il faut former un nouveau gouvernement. Les dirigeants de l’UGT et de la CNT appellent à cesser le feu. Les ministres anarchistes du gouvernement central appuient cette initiative, mais Companys, président de la généralité, refuse de renvoyer Rodriguez Sala.

Garcia Oliver, ministre anarchiste du gouvernement central, dirigeant de la CNT mais aussi de la FAI, fait un discours ridicule au nom de l’unité antifasciste, appelle à déposer les armes : « tous ceux qui sont morts aujourd’hui sont mes frères, je m’incline devant eux et je les embrasse », y compris sans doute les staliniens et les policiers. Oliver accrédite ainsi l’idée que la bataille qui a eu lieu n’était qu’un accident de parcours dans le camp républicain, alors qu’elle était un authentique combat de classe, le projet des communistes étant de rétablir tous les attributs de l’ordre bourgeois : propriété privée, pouvoir centralisé, police, hiérarchie. Il évacue l’objectif de cette bataille, qui se résumait dans l’alternative : poursuite de la révolution sociale ou restauration de l’État bourgeois.

Dans la nuit du 4 au 5 mai, les marchandages au palais de la généralité continuent.

Les communistes veulent grignoter un peu plus de pouvoir aux comités ouvriers et doivent affronter les travailleurs en armes. Leur objectif : écraser définitivement la révolution. Force est de constater que les dirigeants anarchistes sont dépassés par les événements. A la radio, ils se succèdent tous pour appeler les combattants à déposer les armes : Garcia Oliver, Federica Montseny, tous deux CNT et FAI, et les autres. Companys exige comme préalable à tout accord que les travailleurs se retirent de la rue. Le lendemain, mercredi 5 mai, la bataille est plus violente encore que la veille. La Gare de France, occupée par les anarchistes, est prise par la garde civile ; les employés de la centrale téléphonique se rendent aux gardes d’assaut. Le gouvernement catalan démissionne. Les divisions anarchistes du front proposent de venir à Barcelone, mais le comité régional de la CNT leur annonce qu’on n’a pas besoin d’elles… Le soir, de nouveaux appels demandent aux ouvriers de quitter les barricades et de rentrer chez eux. Le mécontentement grandit dans les rangs de la CNT-FAI.

De nombreux militants déchirent leur carte. Une partie importante des jeunesses libertaires, de nombreux comités et groupes de base dans les entreprises et les quartiers s’opposent à l’attitude conciliatrice et à courte vue de la direction du mouvement libertaire catalan.

Les Amis de Durruti proposent la formation d’une junte révolutionnaire qui devait remplacer la généralité. Le POUM devait être admis dans cette junte  » car il s’est placé du côté des travailleurs « . Ils réclament la socialisation de l’économie, la dissolution des partis et des corps armés qui ont participé à l’agression, le châtiment des coupables. Ces positions sont dénoncées par le comité régional de la CNT. Le groupe sera plus tard exclu de la CNT.

Les Amis de Durruti n’étaient pas, malgré leur nom, des survivants des groupes Los Solidarios ou Nosotros dont Durruti avait fait partie. C’était un petit groupe formé d’irréductibles hostiles à la militarisation des milices, à la participation de la CNT au gouvernement, et dirigé par les Faïstes Carreno, Pablo Ruiz, Eleuterio Roig et Jaime Balius. Accusé d’être à la traîne du POUM et d’être constitué d’anarchistes bolchevisés, ce groupe eut un faible impact et son existence fut courte, car il ne se manifeste plus après l’été 37.

Cela ne retire rien au fait que certaines (pas toutes, loin s’en faut) des positions qu’il prit à un certain moment aient pu être dignes d’être prises en considération. Les critiques qu’il faisait à l’encontre de l’appareil dirigeant de la CNT n’étaient en effet pas infondées.

Par exemple, le Comité national de la CNT, lors d’une conférence des délégués le 28 mars 1937, demanda la soumission de tous les organes de presse de la Confédération aux directives du Comité national. La proposition ne fut adoptée qu’à une voix de majorité. La minorité décida de ne pas tenir compte du vote. Il est incontestable qu’il s’était développé une couche de dirigeants spécialisés à la CNT, sans aucun contrôle de la base, et une hiérarchisation autoritaire de l’organisation, y compris à la FAI.

La direction du POUM dans cette affaire n’est elle-même pas exempte de critique.

Andrès Nin tente de freiner l’ardeur des militants ; un curieux appel du comité exécutif du POUM propose à la fois de se débarrasser de l’ennemi et d’amorcer une retraite. Le 5 mai aura été le point culminant de la bataille. Le matin, le gouvernement est démissionnaire, le soir il se reforme.

Berneri, une des figures de l’opposition révolutionnaire, est assassiné par les communistes, ainsi qu’un autre militant anarchiste italien, Barbieri. Le matin du 6 mai, on constate un certain flottement chez les combattants, déçus et désorientés par l’attitude de la direction régionale de la CNT.

Bientôt les barricades abandonnées sont réoccupées. La direction de la CNT renouvelle ses appels au calme. La lutte est terminée mais personne ne retourne au travail, les combattants restent sur place. Dans la nuit du 6 au 7 mai, les dirigeants de la CNT-FAI réitèrent leurs propositions : retrait des barricades, libération des prisonniers et des otages. Le matin du 7, le gouvernement accepte les propositions de cessez-le-feu.

L’échec du mouvement insurrectionnel marquera le début d’une régression terrible des acquis des premiers mois de la révolution. L’emprise du stalinisme, s’appuyant sur les couches sociales les plus hostiles à la révolution dans le camp républicain, s’affirmera.

Les assassinats de militants révolutionnaires par les staliniens redoubleront. Dès l’été 1937 les troupes du communiste Lister entreront en Aragon pour tenter de liquider par la terreur les collectivités agricoles libertaires et les remettre aux anciens propriétaires.

L’adhésion des masses paysannes aux collectivisations était telle que la tentative de Lister se heurta à un échec cuisant.  » Ni vous, ni nous n’avons lancé les masses de Barcelone dans ce mouvement. Il n’a été qu’une réponse spontanée à une provocation du stalinisme. C’est maintenant le moment décisif pour faire la révolution. Ou bien nous nous mettons à la tête du mouvement pour détruire l’ennemi intérieur ou bien le mouvement échoue et nous serons détruits. Il faut choisir entre la révolution ou la contre-révolution.  » C’était l’alternative proposée par le POUM, dans la nuit du 3 mai, refusée par la direction de la CNT, et rapportée par Julian Gorkin (4).

Si c’était à refaire

Ce serait cependant une grave erreur d’aborder la question en termes de « trahison » de la direction de la CNT par rapport à ses objectifs. Le bilan serein et non dogmatique de l’action de la confédération et des positions de ses dirigeants pendant la guerre civile reste encore à faire chez les libertaires. Il faut garder à l’esprit que la révolution espagnole n’était pas la révolution russe.

On peut considérer cette dernière comme l’ultime révolution du XIXè siècle en termes de moyens techniques mis en œuvre. La révolution espagnole a été la première du XXè siècle, avec l’utilisation des blindés, de l’aviation, de la radio, etc.

Elle a été le terrain d’entraînement de l’Allemagne hitlérienne pour la Seconde Guerre mondiale. En Russie, l’État était en déliquescence, toutes les forces sociales opposées à la révolution étaient en état de dissolution. La société russe tout entière était en état de dissolution, après plusieurs années d’une guerre terrible. C’est cette situation qui a permis à un petit groupe d’hommes -quelques milliers en 1917- de prendre le pouvoir. L’extrême degré d’organisation et de discipline de ce petit groupe d’hommes ne peut à lui seul expliquer l’efficacité de son action, ce qui ne retire rien au génie stratégique de Lénine, en tout cas au début.

La société espagnole ne présentait pas ce caractère de déliquescence. Les forces sociales en présence étaient précisément caractérisées et ancrées dans leur mode de vie. La bourgeoisie espagnole, et en particulier la bourgeoisie catalane, était puissante, influente. Des classes intermédiaires nombreuses faisaient tampon et épousaient d’autant plus les idées de la classe dominante qu’elles craignaient la prolétarisation. Une telle situation n’existait pas en Russie.

La révolution prolétarienne en Espagne a dû faire face à des adversaires autrement plus redoutables que ceux auxquels les révolutionnaires russes se sont affrontés, car les puissances capitalistes occidentales, après la Première Guerre mondiale, étaient elles aussi épuisées par la guerre, et les corps expéditionnaires qu’elle envoyait, étaient minés par les désertions.

Les libertaires espagnols ont dû affronter à la fois les fascistes, les staliniens et les républicains. Ça fait beaucoup. La révolution russe a eu lieu à une période d’effondrement général, où les puissances, au plan international, susceptibles de la combattre étaient elles-mêmes épuisées par quatre années d’une guerre terrible.

La révolution espagnole au contraire a eu lieu à une période de montée en puissance de forces réactionnaires d’une puissance jamais vue -le nazisme en Allemagne, le fascisme mussolinien- qui ont soutenu sans réserve de ses armes le fascisme espagnol.

Parmi ces forces réactionnaires figurait le stalinisme, dont les marxistes révolutionnaires qui accusaient la CNT de tous les maux sont sinon directement, du moins intellectuellement responsables. Si les libertaires l’avaient décidé, ils auraient pu aisément liquider les communistes en mai 37, et le comité régional, dans une certaine mesure, avait raison de dire qu’il n’avait pas besoin de dégarnir les divisions anarchistes du front (5).

Les miliciens de Barcelone et de la région, les ouvriers insurgés, les comités de défense des faubourgs auraient largement suffi à la tâche. Mais la situation se serait limitée à la Catalogne, car à Madrid la CNT ne dominait pas. La direction de la CNT ne voulait pas risquer de se retrouver seule face à une coalition fascisto-stalino-républicaine. Par ailleurs, spéculer sur un phénomène d’entraînement dans la classe ouvrière espagnole, qui dans un grand élan d’enthousiasme, aurait soutenu les libertaires catalans, était un risque que la Confédération n’a pas voulu prendre.

L’Espagne aurait éclaté en plusieurs blocs antagonistes, devenant une proie facile pour les franquistes. C. M. Lorenzo a sans doute raison de dire qu’un  » triomphe de l’anarchisme espagnol entraînant l’effondrement de la légalité républicaine aurait provoqué à coup sûr contre lui la formation d’une coalition internationale allant de l’Union soviétique (suppression de toute aide en armes et en munitions) aux États occidentaux démocratiques (reconnaissance immédiate du gouvernement fasciste, blocus économique (6). » Le mouvement ouvrier international, et en particulier le mouvement ouvrier français largement influencé par les staliniens, auraient-ils soutenu une révolution anarchiste en Espagne qui se serait opposée par les armes aux communistes espagnols ? Certes, les libertaires se sont de toute façon trouvés face à une coalition fascisto-stalino-républicaine…

La question, dans ces conditions -qu’il est facile de poser soixante ans après-, est : est-ce qu’il ne valait pas mieux tenter le coup ?

Il est facile, lorsqu’on vit constamment « en plein délire d’identification avec la révolution russe », comme dit Carlos Semprun-Maura, lorsqu’on traîne un schéma de révolution qui se limite à la prise du Palais d’Hiver, de reprocher aux libertaires espagnols de ne pas l’avoir fait. On peut, aujourd’hui, reprocher aux libertaires d’avoir fait une mauvaise analyse à la fois de la nature du stalinisme et de celle du républicanisme bourgeois.

On est, aujourd’hui, confondu par leur naïveté (7) : ils sont les seuls à avoir joué honnêtement le jeu de l’antifascisme. Ils étaient les seuls authentiques antifascistes. Ils étaient les seuls dont l’objectif prioritaire réel était la liquidation du fascisme en Espagne sans préconditionner cet objectif à leur monopole du pouvoir.

Au nom de l’unité antifasciste, la CNT, majoritaire en Catalogne, a accepté dans tous les organes de décision une représentation infiniment moindre que celle correspondant à ses effectifs réels, en gage de sa bonne foi… Les libertaires ont fait, tragiquement et à leurs dépens, la preuve que l’antifascisme sans la révolution sociale n’a aucun sens. Ils ont démontré que la liquidation du fascisme ne peut pas se faire avec l’alliance avec un autre fascisme -le stalinisme-, ni avec la bourgeoisie républicaine.

C’est une leçon qui vaut encore aujourd’hui.

Notes:

(1) Le POUM (parti ouvrier d’unification marxiste), fondé en 1935, avait entre 3 000 et 5 000 adhérents avant la guerre civile (1 million pour la CNT). Qualifié à tort de trotskiste, y compris par les trotskistes d’aujourd’hui (qui se l’ont un peu récupéré, surtout depuis le film de Ken Loach), il avait rompu avec Trotski et la IVe Internationale. L’attitude de la CNT par rapport au POUM s’explique en partie parce que les relations entre les deux organisations n’avaient jamais été bonnes, Joaquin Maurin ayant accusé la Confédération de tous les maux.

(2) Il y eut même des grèves opposant des ouvriers de la CNT et leur patron de l’UGT, ou des affrontements armés entre paysans collectivistes de la CNT et des petits propriétaires de l’UGT… (

3) L' » Aide  » soviétique, payée au prix fort par les républicains espagnols, était conditionnée à la présence de  » conseillers  » militaires soviétiques qui installèrent une tchéka qui procéda à l’exécution d’innombrables militants révolutionnaires.

(8) Cité par C. M. Lorenzo, Les Anarchistes espagnols et le pouvoir, p. 266, Le Seuil. Cf. également J. Gorkin, Les communistes contre la révolution espagnole, Belfond, p. 59-60.

(4) La preuve a posteriori que les anarchistes auraient pu sans difficulté liquider physiquement les communistes dès mai 37 se trouve dans les événements de mars 1939, à Madrid, lors desquels la CNT réalisa ce qu’elle aurait peut-être dû faire dès le début. Le 2 mars Negrin fait un véritable coup d’État et met des communistes à tous les commandement militaires importants. La CNT décida alors de régler ses comptes avec le stalinisme en écrasant les troupes communistes. Du 5 au 12 mars 1939, le IVe corps d’armée anarchiste (150 000 hommes) commandé par Cipriano Mera, écrasa les Ier, IIe et IIIe corps d’armée communistes (350 000 hommes). Selon des témoignages oraux, tous les officiers communistes au-dessus du grade de sergent furent exécutés. La nature de classe du parti communiste espagnol est bien décrite dans ces propose de C. M. Lorenzo :  » Il semble qu’il se produisit alors un véritable effondrement du Parti communiste. La masse innombrable de gens qui avaient adhéré à ce parti par haine de la Révolution, par peur, par amour de l' » ordre « , par opportunisme politique, par arrivisme, n’avait aucune formation idéologique véritable, aucune connaissance du marxisme. Tous ces gens abandonnèrent le Parti dès qu’ils le virent en mauvaise posture et les communistes se retrouvèrent tels qu’ils étaient au début de la Guerre civile une poignée de cadres sans prise réelle sur la population. Le Parti communiste eut à la faveur des circonstances un gonflement absolument artificiel ; ce fut un organisme monstrueux aux pieds d’argile.  » C. M. Lorenzo, Les Anarchistes espagnols et le pouvoir, éditions le Seuil, p. 327.

(5) C. M. Lorenzo, Les Anarchistes espagnols et le pouvoir, éditions le Seuil, p. 267.

(6) Solidaridad obrera du 21 janvier 1937 évoque en termes lyriques l’arrivée, la veille, du premier bateau soviétique débarquant farine, sucre et beurre, quelque temps après que les communistes catalans aient provoqué la pénurie et le renchérissement des produits alimentaires en liquidant les comités ouvriers de ravitaillement (7 janvier), fournissant le prétexte d’accuser les anarchistes d’être les responsables de la pénurie :  » Tout un peuple vibrait à cause de la signification profondément humaine de la première visite d’un autre peuple. La sensibilité rendait tribut à la solidarité. Ce messsager du prolétariat russe a apporté en Espagne quelques tonnes de produits alimentaires, offrande de ses femmes aux nôtres, aimables caresses des tout petits d’Orient aux enfants d’Ibérie…  » etc.

Le quotidien de la CNT aurait pu préciser que ces produits étaient achetés au prix fort et à prix d’or aux Soviétiques, de même que le seront les armes, pour la plupart anciennes, livrées à l’Espagne et distribuées de façon très sélective.

Errico Malatesta écrits choisis (version pdf à télécharger)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 4 juillet 2017 by Résistance 71

Résistance 71

4 juillet 2017

 

Ci-dessous le PDF des extraits d’écrits choisis d’Errico Malatesta, excellemment mis en page comme à son habitude par Jo de JBL1960.

Errico_Malatesta_écrits_choisis (version PDF)