Archives de fédération anarchiste

Une vie en résistance…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 18 mai 2017 by Résistance 71

En mémoire de Joaquina Dorado Pita 


¡Salud compañera !

 

dimanche 14 mai 2017, par Régénération

 

Source:

http://www.lavoiedujaguar.net/En-memoire-de-Joaquina-Dorado-Pita

 

Survenue le 14 mars 2017 à Barcelone, la mort de Joaquina Dorado Pita clôt une lumineuse séquence de l’histoire populaire. À presque cent ans, les sentiments de révolte de sa petite enfance contre l’injustice l’habitaient toujours intensément. Née le 25 juin 1917 dans un quartier de pêcheurs de La Corogne, en Galice, elle eut très tôt conscience du malheur réservé aux classes laborieuses. En voyant aller pieds nus la plupart des enfants du quartier, puis en assistant un jour du haut de son balcon à la féroce répression qui s’abattait sur des travailleurs en grève.

Émigrée à Barcelone en 1934 avec ses parents, elle a tout juste dix-sept ans quand, immédiatement après son embauche comme tapissière, elle est la première dans l’entreprise à adhérer au syndicat CNT du bois et de la décoration. À partir du coup d’État militaro-fasciste de juillet 1936, elle passe à l’action révolutionnaire. Quelques semaines avant de s’éteindre, son regard flambait encore quand elle évoquait les jours qui suivirent la victoire du peuple des barricades, dont elle fut. Elle fit alors partie d’une délégation du syndicat qui faisait le tour des usines et ateliers. Elle adorait raconter… « Qui est le patron ? » « Moi ! » s’écriait quelque vanité. « Eh bien, hors d’ici ! s’entendait-elle répondre, le temps des maîtres est terminé ! » La toute jeune Joaquina n’allait pas tarder à se voir confier les fonctions du secrétariat de l’Industrie du bois socialisée.

Un mélange de courroux, de regrets et de nostalgie marquait son visage à l’évocation des événements de mai 1937 au cours desquels « sans l’appel au cessez-le-feu des “camarades ministres” nous aurions écrasé les mal nommés communistes. Ça aurait changé pas mal de choses… ». Il fut question un moment de former des pilotes de chasse. Joaquina se porta candidate, mais Moscou veillait. Jamais les avions n’arrivèrent.

En février 1939 elle traverse les Pyrénées parmi les centaines de milliers de gens qui fuient la barbarie, bombardés et mitraillés au long des routes par l’aviation franquiste. Internée dans un camp de concentration du côté de Briançon, elle réussit à s’en évader. Elle demeure alors quelque temps à Montpellier dans le château où le botaniste Paul Reclus, neveu d’Élisée, offre refuge à bon nombre d’anarchistes arrivés d’Espagne. Elle fait là la connaissance de Simon Radowitzky, avec qui elle établit rapidement des liens d’amitié.

Ensuite c’est Toulouse puis à nouveau l’internement ; dans deux camps dont celui du Récébédou (Portet-sur-Garonne) d’où encore elle s’évadera. À la Libération elle prend une part très active dans la réorganisation de la CNT et de la FIJL (Fédération ibérique des jeunesses libertaires) avant de retraverser clandestinement les Pyrénées avec Liberto Sarrau Royes, depuis quelques mois son compagnon, pour continuer à combattre la dictature. C’est à cette époque qu’elle, Liberto, Raúl Carballeira Lacunza, trois autres compagnons et une camarade forment le groupe d’action Tres de Mayo. Le 24 février 1948 Joaquina et Liberto sont arrêtés puis torturés au cours des dix-huit jours pendant lesquels ils restent aux mains de la police. Condamnés, puis relâchés en liberté conditionnelle suite à l’invalidation du Conseil de guerre, ils sont repris le 11 mai 1949 alors qu’ils s’apprêtent à repasser en France.

Condamnée à douze ans de prison, Joaquina est transférée à l’hôpital fin 1950 et doit subir l’ablation d’un rein gravement détérioré par les tortures auxquelles elle fut soumise dans les locaux de la police. Devant un diagnostic de mort imminente, l’administration pénitentiaire s’empresse de l’envoyer décéder chez elle, afin de s’éviter d’éventuelles tracasseries. Un médecin naturiste lui sauve la vie grâce à de très onéreux achats de pénicilline financés par les compagnons du syndicat clandestin du textile. Une fois sa santé récupérée Joaquina réintègre la prison pour en finir avec sa peine dont, à la suite d’amnisties générales, il ne lui reste plus que trois mois à accomplir. Le 13 février elle sort en liberté conditionnelle, pour aussitôt rejoindre la clandestinité, aux côtés de Francisco Sabaté Llopart, qu’elle secondera dans ses activités de propagande et pour qui elle se chargera de trouver des planques. C’est avec lui qu’elle rejoint la France, à pied une fois de plus en 1956. Après avoir combattu la dictature elle devra encore se frotter aux penchants légalistes des bureaucratiques continuateurs de « l’anarchisme » de gouvernement. Elle et quelques autres irréductibles devront en effet faire montre d’une ferme résolution à l’encontre des autorités cénétistes de Toulouse pour que Francisco Sabaté obtienne un aval de la Confédération destiné à lui éviter d’être extradé en Espagne. Elle militait au sein de la deuxième union régionale de la CNT de France quand en 1977 un secrétaire général s’arrogea la luxueuse prérogative d’exclure de son propre chef cette union, alors la plus nombreuse. Union dont le congrès qui suivit refusa d’entendre une délégation. A-t-on jamais rien vu d’aussi furieusement décadent en terrain antiautoritaire ? Les luttes intestines qui déchiraient la CNT d’Espagne en exil n’y étaient sans doute pas étrangères.

Son insuffisance rénale devant être palliée par dialyse, Joaquina se fixa définitivement à Barcelone où elle pouvait profiter de meilleures conditions d’habitat qu’à Paris. C’est avec grand courage, le même que face à la dictature et à toutes les adversités, qu’elle affronta sa maladie. « Avec du courage les choses finissent par s’arranger ! » aimait-elle à rappeler.

Second tour des élections présidentielles: communiqué de la Fédération Anarchiste

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Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais. Voter, c’est être complice des ignominies commises par les clowns mis au pouvoir et larbins de l’oligarchie aux manettes.

~ Résistance 71 ~

Changer le monde ne passe pas par le changement des dirigeants

Communiqué de la Fédération Anarchiste du 27 avril 2017

Plus de 8 millions d’électeurs se sont exprimés en faveur d’une politique libérale floue et démagogique ; plus de 7 millions ont plébiscité un programme basé sur la xénophobie et le mensonge ; 7 millions ont fait confiance à un voleur réactionnaire ; près de 7 millions ont opté pour l’aventure d’un populisme de gauche, et beaucoup se sont contentésd’être fidèles à de vieilles convictions…

La Fédération anarchiste n’attendra pas de progrès social à l’issue du second tour des présidentielles, quel que soit le vainqueur, même s’il est aussi permis de faire le pronostic que cette issue n’est pas forcément équivalente quant aux libertés individuelles et collectives dans une époque où de plus en plus de dictateurs sont élus.

Nous savons cependant qu’il n’y aura d’émancipation que grâce aux luttes sociales et environnementales et aux constructions d’alternatives.

Les années qui viennent seront encore des années de luttes contre la xénophobie, contre les reculs sociaux partout où le patronat, avec l’aide du prochain gouvernement, tentera toujours d’imposer sa volonté, et contre toutes les mesures liberticides qui s’accumulent depuis trop longtemps.

Changer le monde ne passe pas par le changement des dirigeants.

Aux veautards du 23 avril 2017…

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Voter c’est abdiquer

Voter c’est se choisir un maître

Voter c’est se soumettre

Voter c’est acquiescer au consensus du statu quo oligarchique

Voter c’est être complice

Voter c’est concéder à l’illusion démocratique

Voter c’est…

 

Pisser dans un violon !!

Résistance 71

Politique, baltringues & Co… du pseudo ordre moral à la partouze sado-maso…

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Aller… Pour Jo, on y va de notre petite reprise solidaire, mais ce sera tout jusqu’au rappel du boycott du vote à partir d’Avril…
~ Résistance 71 ~

 

Ordre moral et partouze sado-maso

 

René Berthier

 

12 février 2017

 

Source:

http://monde-libertaire.fr/?article=Ordre_moral_et_partouze_sado-maso

 

Concernant les déboires de notre pauvre François Fillon, un journal genevois écrit : « C’est comme si un candidat qui s’est construit sur un programme d’ordre moral était surpris en pleine partouze sado-maso ! ».

C’est assez bien vu. Ce garçon qui nous a fait le coup de « Monsieur la vertu », bon catholique et tout et tout, et qui considère que le salaire minimum est trop élevé (charité chrétienne oblige), qui veut faire tailler à coup de serpe dans les budgets sociaux, en particulier la santé, a été pris le doigt dans le pot de confiture.

Dans n’importe quel autre pays un candidat aurait démissionné, mais pas en France. Bien qu’il chute dans les sondages, que les rats commencent à quitter le navire, que ses petits camarades parlent d’un « plan B », il continue imperturbablement sa campagne électorale, comme si de rien n’était.

Fillon n’est pas un cas d’exception. Le népotisme est une vieille tradition de notre pays.

Tout le monde savait que Chirac n’était pas un angelot et que la probité n’était pas sa qualité essentielle.

Quant à Sarkozy, n’en parlons pas. En 2009 il a bien essayé de faire nommer son fils, qui était étudiant en droit, à la tête de l’Établissement public pour l’Aménagement de la Défense, mais c’était un peu gros et il y a eu une levée de boucliers.

Mitterrand a fait nommer en 1983 son fils aîné, Jean-Christophe, comme conseiller pour les affaires africaines à l’Élysée mais le gamin n’a rien trouvé de mieux que de s’embourber dans de sordides affaires de trafic d’armes et d’abus de biens sociaux.

Mais, nous dit-on, il n’y aurait rien d’illégal dans l’affaire Fillon. En effet, il n’est pas illégal, lorsqu’on est député ou sénateur, de faire travailler un membre de sa famille. Cela arrive, assez peu, en fait : sur les 2200 collaborateurs parlementaires de l’Assemblée, 102 auraient un lien familial avec le député. Mais ces personnes effectuent un travail réel pour un salaire « normal » – 2000 à 3000 euros.

Il serait cependant surprenant qu’on puisse qualifier de légal le fait de recevoir des sommes aussi ahurissantes que celles de Mme Fillon, sans rien faire, comme elle l’a reconnu à un journal britannique.

L’indécence de la situation ne vient pas seulement du fait que l’épouse d’un ministre a touché 900 000 euros d’emploi fictif, elle est dans le contraste entre cette corruption écœurante et les prétentions du candidat Fillon à tondre encore plus la laine sur le dos des catégories les plus modestes de la population, leur faire serrer encore plus la ceinture.

Résistance politique: Hommage à un militant anarchiste kabyle, Mohammed Saïl…

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Hommage à Mohamed Saïl

 

mardi 7 février 2017

 

Article paru dans Le Libertaire, n° 390, 20 mai 1954

Voici un an disparaissait notre camarade Mohamed Saïl, militant exemplaire

Quelques semaines avant sa mort, il collait encore le Lib à Aulnay. Nous lui disions de se reposer, nous le sentions faible. Il n’y avait rien à faire. Il voulait militer, il voulait se battre jusqu’au bout.

Sa vie a été un éternel combat. Il a vécu notre idéal, il a été de toutes les actions. Il a payé durement.

Pour notre idéal, il a passé onze années de son existence brève dans les prisons et les camps de la République. Même là il trouvait le moyen de convertir. Partout, à tout instant, il n’avait qu’un seul but : répandre autour de lui, les graines de la révolution.

Il incarnait l’anarchisme social, le communisme libertaire, pour lui les deux termes étaient synonymes. Son combat était prolétarien et révolutionnaire.

Il souffrait au plus profond de lui-même la vie injuste, la vie mauvaise imposée par les puissants de l’heure. Il souffrait surtout pour ses frères algériens, pour ses frères colonisés du monde.

Voici ce qu’il leur disait (Lib n° 273) :

« Toutes les plaines fertiles sont enlevées aux travailleurs, et en récompense, le colon bourgeois “élu” octroie généreusement un salaire de famine et des journées de labeur de dix à quatorze heures. Gare aux fortes têtes ! Oser déclencher une grève revendicatrice avec occupation d’usine est puni non de prison, mais de la balle salutaire d’un CRS… au nom d’une civilisation bienfaisante ! De plus, en l’absence du présumé coupable, l’arrestation d’otage est coutumière. Voilà les exploits courants des colonialistes assassins, avides de carnage…

Que tous reconnaissent que les travailleurs originaires des pays d’outre-mer, venant chercher en France un peu plus de bien-être et de liberté, sont vraiment des hommes braves qui méritent bien des égards.

Malheureusement, au contact de leurs frères de misère de la métropole, qu’ils distinguent nettement des tueurs d’outre-mer, ils se heurtent souvent à l’incompréhension ou au dédain. D’où leur méfiance vis-à-vis des “roumis” (sans toutefois généraliser).

Cependant, les travailleurs nord-africains fuient les partis politiques de France, car ils se souviennent de l’exploitation. Les syndicats, de même, ne les intéressent guère. Et pourtant, ces travailleurs savent être, au cours des grèves, à l’avant-garde du combat de classe. Ils combattent avec acharnement aux côtés des travailleurs contre l’État et le patronat, et aussi contre les bourriques républicaines. Le 1er mai l’a montré !

La révolte gronde dans ces hommes ulcérés. Les anarchistes, qui, seuls, ont le droit d’affirmer qu’ils mènent le bon combat, ne manqueront pas de faire connaître aux travailleurs d’outre-mer qu’en tout état de cause ils sont à leurs côtés face aux hyènes déchaînées.

Camarades nord-africains, il existe une catégorie de “roumis”, totalement désintéressés, qui luttent, sans merci pour le bien-être et la justice sociale contre les discriminations raciales. Oui ! sachez, camarades, que les anarchistes sont vos réels amis qui ne vous demandent rien d’autre que d’être à leurs côtés, pour mener la lutte contre le Capital, l’État, et le Colon, qui ne sont qu’un seul monstre, sous un même bonnet. »

La perte de Mohamed Saïl a causé vraiment un grand vide. Il savait entraîner les jeunes. Il savait faire d’eux de vrais militants révolutionnaires. Sa présence se fait encore sentir parmi nous.

Sa vie a été un complet abandon de sa personne en faveur de l’idée qu’il défendait.

En 1914, très jeune, il était réfractaire à la guerre qu’on lui imposait et il passait des moments très difficiles (internement).

En 1934 il était à l’avant-garde de la lutte contre le fascisme, il était interné et la CGT promenait de larges panneaux : « Libérez Saïl ! »

En 1936 il partait en Espagne et se révélait un combattant infatigable dans la colonne Durruti. Il jouait un grand rôle au Groupe international. Blessé il revenait en France et communiquait à tous les camarades son enthousiasme pour les magnifiques réalisations communistes libertaires espagnoles.

En 1939, après une distribution de tracts contre la guerre, il était encore interné et commençait sa dixième année de prison. On perquisitionnait chez lui et on volait une partie de sa bibliothèque qu’il affectionnait particulièrement.

C’est un autre aspect de Mohamed Saïl : le désir de connaissances. Toute sa vie, il a travaillé pour se cultiver. Il avait été très peu à l’école mais en remontrait sur bien des points à ceux qui se piquent d’avoir de l’instruction.

Pendant l’occupation nazie, il fabriquait de fausses cartes d’identité pour permettre aux camarades en danger de fuir.

Il y a un an Mohamed Saïl entrait à l’hôpital Franco-Musulman de Bobigny et Georges Fontenis devait lui dire bientôt un dernier adieu après quelques incidents dus à la persistance de sa famille à lui faire des obsèques religieuses.

Nous tenons ici, à rendre hommage à sa compagne courageuse qui continue, depuis sa disparition, à diffuser notre cher Lib.

Le Groupe Mohamed Saïl d’Aulnay-sous-Bois

 

Nous empruntons cet article
au site de Nedjib Sidi Moussa [سي نجيب]
 qui vient de publier aux éditions Libertalia 
La Fabrique du musulman.

« L’œuvre du militant anarchiste
Mohand Ameziane Saïl revisitée »
 Liberté (Algérie)

« Tawrirt n Divan se prépare
à ressusciter Mohand Ameziane Saïl »

Béjaïa news

Mohand Ameziane Saïl
 sur R.A. Forum

État et société: Analyses et solutions pour un marasme annoncé (Kropotkine, version PDF de Science, Etat et Société)

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Publié en juin 2011: « Science, État et Société » de Pierre Kropotkine

Nous le republions sous la forme d’un très beau PDF réalisé par Jo que nous remercions de son énorme boulot pour le patrimoine de l’humanité, section francophone…

Résistance 71 a traduit des extraits de cet ouvrage que nous pensons être extrêmement importants pour la compréhension du monde moderne et de sa phase destructrice en laquelle nous sommes plongés en ce moment. Nous publions ces extraits en deux parties. Ce texte amène une analyse historique, scientifique, sociologique et économique du pourquoi nous en sommes là et surtout… Il offre des solutions pour changer radicalement la société afin d’en éliminer l’injustice sociale, mère de tous les maux de l’Humanité.

Pierre Kropotkine (1842-1921) était un scientifique et un des grands théoriciens visionnaire du mouvement anarchiste. Il est considéré comme un des « pères » de la sociobiologie, surtout pour sa critique fondée et constructive des dogmes pseudo-scientifiques du darwinisme-social colportés par des gens comme Herbert Spencer et Thomas Huxley.

Ses ouvrages plus connus sur le sujet (« L’entr’aide mutuelle facteur de l’évolution » et « La conquête du pain » ) sont disponibles en français et mériteraient une attention plus soutenue en ces temps dictatoriaux troubles. Il est aussi l’auteur d’une des meilleures analyses jamais écrite de la Révolution Française ainsi que de la Commune de Paris.

Il est important de comprendre que l’anarchisme n’est en rien une apologie du chaos comme il est trop souvent présenté à des fins propagandistes et afin d’en débouter les idées de manière catégorique. Rien ne peut déranger plus l’establishment que l’idée de la liberté totale, rendue possible de manière non utopique par la pratique anarchiste.

L’anarchisme n’est pas le nihilisme, loin s’en faut. L’anarchisme est un grand mouvement d’idée et de pratique humaniste et progressiste, le plus ouvert et le plus réaliste quant à l’incarnation de la Liberté dans ce monde.

Nous reconnaissons le fait de la subjectivité dans le choix des passages traduits et encourageons tous ceux qui ont une capacitée à lire l’anglais de lire ce livre dans sa totalité. Il en vaut vraiment la peine, car étant une référence indéniable en la matière !

Nous espérons néanmoins que les extraits ici traduits aideront nos lecteurs à non seulement mieux comprendre le monde social dans lequel nos évoluons, mais aussi de bien saisir à quel point le pouvoir s’appuie sur le matraquage de dogmes pseudo-scientifiques pour endormir les peuples et continuer à maintenir le statu quo oligarchique et ploutocratique menant à une exploitation sans merci d’une caste par une autre et la destruction à terme de l’humanité.

La version PDF de notre traduction réalisé par JBL1960

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Résistance politique: Le syndicat anarchiste IWW en Belgique

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Industrial Workers of the World IWW l’anarcho-syndicalisme en Belgique

 

Revue Ballast

 

15 janvier 2017

 

url de l’article original:
http://www.revue-ballast.fr/iww-belgique-renoncer-a-lobjectif-plein-emploi/

 

Le syndicalisme a perdu de son aura. Vilipendé par les grands médias (pour sa « violence » et ses « prises en otage des usagers »), accusé par ceux d’en haut d’entraver la bonne marche libérale — le « comportement archaïque des syndicats », titrait Le Figaro à l’occasion de grèves, pourtant droit constitutionnel — et par les franges les plus critiques du mouvement social de se perdre en magouilles et compromis, bureaucratisation et liens avec le pouvoir obligent. L’IWW — Industrial Workers of the World — est un syndicat international, pour partie libertaire, fondé en 1905, à Chicago ; le préambule de sa Constitution s’avance ainsi : « La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien en commun. Il ne peut y avoir de paix tant que la faim et le besoin touchent des millions de travailleurs et que les quelques privilégiés, qui forment la classe patronale, jouissent de toutes les bonnes choses de la vie. » Le refus de la professionalisation et l’horizontalisme comptent au nombre de ses pilliers : un syndicat qui, jure-t-il, entend porter sans louvoyer les revendications populaires, d’hier et de demain. Entretien avec sa section belge.

Dans quel but créer un syndicat aussi minoritaire ? Vous ne vouliez pas peser à l’intérieur du syndicat socialiste majoritaire, la FGTB ?

L’IWW partage avec la Fédération générale du travail de Belgique la finalité principale de l’abolition du salariat, en tant que mécanisme de subordination au patronat. Un objectif présent à la fois dans la charte d’Amiens (1906) et dans son équivalent belge, la charte de Quaregnon (1894). Certains de nos membres sont, ou ont été, membres de la FGTB ou d’autres syndicats reconnus. Nous avons de bons rapports avec les camarades délégués de base dans les trois syndicats reconnus en Belgique. Par rapport à la France, le taux de syndicalisation est beaucoup plus élevé en Belgique (50 % contre 11 % pour la France), parce que les syndicats gèrent les prestations de chômage. Les syndicats reconnus sont donc de grosses structures « politicianisées » — un problème majeur de conflit d’intérêts se pose souvent… Il arrive régulièrement que des mandataires syndicaux aient par ailleurs des mandats dans des conseils d’administration d’organes parastataux [en Belgique, organismes d’intérêts publics, ndlr], ou soient liés de près ou de loin à des mandataires politiques.

Par ailleurs, les trois organisations syndicales reconnues au niveau national (FGTB, CSC et CGSLB) mettent elles-mêmes en lumière un problème majeur de légitimité lorsqu’elles disent être « dépassées par la base ». Dans les faits, les mandats syndicaux sont de moins en moins légitimes — et ce pour plusieurs raisons : la gestion des militants comme d’un public adhérent à un service sans dimension politique ; la représentativité dans les instances paritaires sans informations ni débats sur les points qui y sont discutés et signés ; la priorité absolue et aveugle donnée à la « concertation » et l’abandon de l’objectif d’émancipation de la classe ouvrière au profit du « maintien de l’emploi ». Mentionnons également que, dans le public, les délégués syndicaux sont choisis par cooptation par la hiérarchie syndicale ; dans le privé, ce n’est pas le cas, mais le résultat est le même puisque les structures syndicales rentrent les listes des candidats et peuvent les modifier.

Pour illustrer l’incurie dans lequel le mouvement ouvrier est plongé, il suffit de voir le mot d’ordre de l’avant-dernière manifestation nationale contre l’équivalent belge de la loi « Travaille ! » : « Pour une meilleure concertation ! » Il est vrai que l’IWW est aujourd’hui très minoritaire en Belgique. Pour autant, il n’a pas vocation à le rester (comme le rappelle notre slogan « One big union »). Rejoindre ce syndicat est avant tout un choix politique : doit répondre, à la mondialisation de lois non légitimes, dont l’ambition manifeste est de détruire les acquis obtenus après une longue lutte par les salariés — il n’y a qu’à voir les manifestations ou les grèves qui s’ensuivent —, un mouvement tout aussi mondial de revendications originales et communes. Ce qui nous a amenés à l’IWW, c’est l’horizontalité revendiquée, la centralité des luttes de base dans une perspective internationaliste. L’IWW a une histoire des luttes qui remonte à 1905. Cette expérience est utile dans un contexte de régression sociale qui nous ramène au XIXe siècle.

On voit, en Grande-Bretagne, que le Labour de Corbyn fait revenir des syndicats dans son giron, créant une dynamique allant à l’encontre du blairisme…

Nous observons avec intérêt l’expérience en cours au Royaume-Uni, mais ce n’est pas notre approche. De par nos statuts, nous devons rester indépendants de tous partis politiques — ce qui est aussi, théoriquement, le cas de la FGTB.

Le seul couple travail versus capital n’est-il pas en voie d’être dépassé par la pluralité des luttes ? L’« ouvriérisme » historique a-t-il encore un avenir ?

L’action de l’IWW s’inscrit dans le champ du travail et de la répartition de la richesse, dans la perspective traditionnelle de la lutte des classes — qui est la réalité politique d’aujourd’hui et dont les manifestations sont multiples : lois Travail en Belgique et en France, répression des chômeurs, traités de libre-échange… Le système capitaliste valorise les communautarismes pour, d’une part, permettre l’expansion du capitalisme dans des marchés de niche (les « tribus » créés par le marketing, ciblant les adolescents, voire des adultes, les communautés culturelles, religieuses, de genre ou de couleur, etc.) et, d’autre part, nier l’existence de classes en permettant l’accès à l’élite bourgeoise d’une partie des communautés en lutte. Qu’a donc fait Barack Obama pour améliorer la situation des Afro-Américains ? Ou encore Laurence Parisot pour les conditions de travail des femmes ? En Belgique, une stratégie de mise en tension des Flamands et des Wallons permet l’instauration de politiques antisociales en détournant l’attention de la population de ses intérêts. Il est donc fondamental pour nous de contrer cette grille de lecture en centrant notre action sur la lutte des classes. Nous concevons cependant qu’il est nécessaire de lutter conjointement sur d’autres terrains que celui du travail, pour l’avènement d’une société juste : il y a parmi nous des camarades qui s’intéressent à l’intersectionnalité, au croisement des luttes.

Vous faites partie d’un syndicat international. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

Cela permet de partager les ressources et les efforts, en particulier ceux des militants qui se déplacent entre les pays — ce qui correspond à la tradition internationaliste. Pour donner un exemple, cette année, un « wobbly » (camarade IWW) d’Allemagne a passé quelques mois à Bruxelles pour son travail : il a participé aux réunions IWW Belgique dès son arrivée et s’est impliqué dans notre section en apportant son expérience (l’IWW est bien implantée depuis dix ans en Allemagne). Nous avons également pu organiser deux formations de base avec des camarades de France et d’Allemagne. Nous avons des contacts avec les militants d’autres syndicats en Belgique, ou avec les camarades de la CNT en France, dont la perspective est proche de la nôtre. Le fait d’être un syndicat international induit une décentralisation importante, ce qui permet une grande autonomie d’action et de décision. Cela implique également une réflexion sur les modes de lutte, qui ne doivent pas monter les travailleurs les uns contre les autres. Autrement dit, des luttes qui ne jouent pas la victoire des salariés de Belgique au détriment des camarades ailleurs dans le monde.

Quels sont les principes et démarches qui vous différencie des autres syndicats ?

Nous suivons le préambule de la constitution IWW, qui décrit brièvement et simplement nos méthodes et objectifs : la lutte des classes y est menée par l’auto-organisation des travailleurs dans un syndicat unitaire, pour en finir avec l’esclavage salarial. L’émancipation de la classe ouvrière passe obligatoirement par la lutte, avec deux objectifs majeurs : le partage des ressources et l’autonomie dans l’activité. La lutte nous paraît nécessaire pour l’acquisition de droits salariaux et politiques. Nous n’avons jamais vu de salariés obtenir de droits sans passer par la lutte. Il est cependant nécessaire de penser à la manière dont ces droits sont maintenus, et donc de réfléchir la question des institutions.


Dans cette perspective internationaliste, y a-t-il des communiqués unitaires sur de grandes questions transversales, d’ordre géopolitique ?

L’IWW soutient par exemple BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) et a une tradition critique vis-à-vis de l’impérialisme depuis, au moins, la Première Guerre mondiale ; il a soutenu les victimes de l’impérialisme américain au Nicaragua ou au Chiapas, mais aussi les victimes des régimes dits communistes en Europe de l’Est dans les années 1980.

Y a-t-il une volonté d’influencer les autres syndicats ?

Notre mode de fonctionnement étant centré sur les actions locales, cela ne peut qu’influer sur l’action syndicale traditionnelle dans les collectifs de travail. Si « influencer les autres syndicats » signifie les rendre plus combatifs, moins perméables aux compromis, bref, leur rappeler à quel point ils doivent être porteurs de projets émancipateurs et progressistes, alors la réponse est oui. À gauche, tout à gauche.

Comment se positionne un syndicat comme le vôtre, entre l’engagement politique et la défense des travailleurs ? Par exemple, comment mener la transition énergétique, ou militaire, tout en préservant l’emploi ?

La défense des travailleurs est notre engagement politique ! Nous réfutons la contradiction entre les deux termes. L’émancipation de la classe ouvrière passe nécessairement par l’abolition de l’emploi comme mode d’accaparement de l’activité, et par l’appropriation des moyens de production par les travailleurs. Il y a deux façons de concevoir cet engagement politique : en tant que lobby, auprès des décideurs (ce qui revient à les légitimer comme tels), ou en tant que construction d’une alternative. Nous nous inscrivons évidemment dans cette perspective-là. Nous pensons qu’en renforçant le pouvoir et la conscience des travailleuses et travailleurs, ces questions trouveront une réponse démocratique. Nous sommes évidemment convaincus de la nécessité de la transition énergétique et de la nécessité de mettre fin à l’industrie de l’armement, sans que ce soient les salariés de ces secteurs qui en paient le prix.

Quel est votre rapport aux idées qui émergent dans la sphère militante, telles que le salaire à vie ou les propositions de gauche sur un revenu de base, qui tendent à approfondir la séparation entre la citoyenneté et le salaire plutôt qu’à abolir le salariat ?

On veut abolir le salariat, mais pas le salaire ! En fait, salaire à vie et abolition du salariat paraissent antinomiques mais reviennent largement à la même chose (en passant les détails pratiques qui peuvent être importants, mais dont on reparlera quand ce sera le moment propice) : à savoir le socialisme originel, autrement dit, à chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. On peut considérer le salariat comme un rapport de subordination ou comme une modalité de répartition des richesses. Notre objectif est de mettre fin à l’aliénation que constitue le rapport de subordination, et non à la modalité de partage de la valeur économique. En ce qui concerne le revenu de base, on y voit un problème : il n’y a aucune remise en cause de la propriété lucrative, et donc de la violence du rapport de subordination. Mais toutes les modalités permettant de dissocier le travail du revenu sont pour nous à considérer. Cela oblige à renoncer à l’objectif du plein emploi, en visant à ce que chacun.e puisse vivre en dehors de l’emploi salarié. Bien entendu, le montant versé doit être important, ce dernier conditionnant ses effets : trop faible, la subordination à un employeur reste inévitable. Ces questions font toujours l’objet de débats internes.


Pour finir : la grève est-elle encore subversive ?

La base de la lutte syndicale, c’est l’organisation. Ça implique de ne pas rester seul devant son ordinateur, de participer aux réunions, de payer ses cotisations, et même de faire parfois des concessions vis-à-vis du groupe. Nous sommes convaincus que la majorité n’a aucune chance de profiter de l’individualisme promu par le capital sans luttes collectives. En ce qui concerne les moyens d’action, il faut envisager les choses sous deux points de vue : la lutte pour l’établissement ou le rétablissement des droits, et les moyens pour maintenir ces droits. Cela nécessite de réfléchir tant sur les types d’actions de lutte que sur la maîtrise des outils légaux. La grève et le blocage restent des moyens forts : il suffit de constater avec quelle violence les actions de blocage contre la loi « Travaille ! » ont été réprimées pour se rendre compte à quel point elles pourraient être efficaces. Nous pensons également que l’émancipation ne peut pas se passer de l’éducation populaire pour que chacun.e puisse connaître ses droits et trouver des ressources en cas de nécessité. Faire des effets de manche en ôtant sa cravate comme Tsipras ou en arborant un nœud papillon rouge comme Di Rupo ne semble pas être efficace… (rires)