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Résistance et solution politique: La déclaration des groupes anarchistes espagnols (1927)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 30 juillet 2016 by Résistance 71

“L’histoire nous dit que les révolutions ont toujours été l’œuvre de minorités entreprenantes qui osèrent exhorter le peuple contre les autorités constituées.”
~ Manifeste des Trente, 1931 ~

“La révolution anarchiste est aujourd’hui la révolution naturelle, celle qui ne peut pas se laisser dériver ou confisquer par des groupes, factions ou partis, classes ou autorités.”

~ López Arangó ~

“Pour les anarchistes, la révolution sociale est l’ultime instrument collectif des opprimés contre la structure économique et sociale exploiteuse et hiérarchisée sous laquelle nous sommes forcés de vivre. C’est le seul moyen par lequel le vieil ordre peut-être déplacé. Un ou des compromis avec le capitalisme et la collaboration avec l’État par le processus parlementaire, ne peuvent servir qu’à institutionaliser la misère, l’injustice et la violence dans le sens le plus large.”

~ Stuart Christie* ~

 

Déclaration des groupes de la fédération anarchiste d’Espagne

Manifeste public issus par le Comité de Liaison Anarchiste de Catalogne en 1927, quelques mois avant la création officielle de la Federacion Anarquista Iberica (FAI)

 

Source: “Nous, les anarchistes !”, Stuart Christie*, 2008

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

(*) Stuart Christie: écrivain et historien de l’anarchisme britannique, connu également pour avoir été emprisonné en Espagne en 1964, suite à un complot d’assassinat du général Franco

=*=*=

A toutes et tous,

Qui sommes-nous ? Nous sommes les éternels anarchistes. Ces éternels ennemis des bourgeois et de “l’ordre” capitaliste, maintenant et toujours. Les ennemis de la propriété privée, du salariat esclavagiste, des lois, de la religion, du militarisme, de la stupidité des Hommes et de la société inique (NdT: qu’on appelle aujourd’hui la “société marchande”)

Nous sommes ceux qui surgissent, toujours à l’improviste dans le sillage de tout évènement, quel que soit le degré de gravité et son importance. Un effort a été particulièrement fait pour nous impliquer dans les crimes les plus vils et les plus répugnants. Qu’à cela ne tienne, nous ne nierons pas que quelques hères se sont estampillés anarchistes en perpétuant leurs exécrables félonies. Quoi qu’il en soit, l’anarchiste n’a rien à voir avec le vol ou le meurtre systématique.

Alors que la violence est acceptée comme une nécessité révolutionnaire et le tyrannicide justifié lorsqu’il est spontanné, tout comme l’est également l’occasionnelle et exceptionnelle expropriation à chaque fois que l’individu a épuisé tous les moyens légaux de l’existence et se retrouve confronté à la nécessité inéluctable d’assurer ses droits à la vie, ceci n’approuve pas le vol tel qu’il est condamné dans la société contemporaine, ni la violence déployée comme arme dans la lutte individuelle, encore moins comme instrument de propagande.

Que voulons-nous ? Nous l’avons dit des milliers de fois. Nous recherchons l’établissement d’une nouvelle société au sein de laquelle tous ses membres auront leurs besoins matériels, moraux et intellectuels assouvis. “A chacun selon ses besoins, à chacun selon sa force et sa capacité”. Nous voulons une société sans patrons, sans gouvernement, sans coercition de quelque sorte que ce soit. Pas d’esclaves, pas de victimes de l’exploitation d’autres Hommes. Une société libre constituée d’Hommes libres. Une société progressiste de la perfection infinie, ayant pour résultat un bien-être toujours croissant.

Nous recherchons l’émancipation des Hommes, des personnes des deux sexes et de toutes les races. Nous cherchons une émancipation complète dans le contexte d’une société fondamentalement transfigurée.

[…]

Le communisme, l’état, la politique et nous: nous sommes anti-étatiques, anti-politique et quand nous disons anti-politiques, nous disons contre tous les politiciens qu’ils soient marxistes, socialistes, communistes ou autres. Nous sommes contre l’État, qu’il spit aristocrate, bourgeois, ou “prolétaire”. Nous sommes contre toute violence organisée.

Nous sommes absolument certains que les états n’ont qu’une seule mission à remplir: celle d’être le garde-chiourme de l’iniquité et du privilège. Lorsque ces deux choses seront abolies, à quoi bon l’État ?

Orchestration, direction ? Très bien, mais pas du haut vers le bas, mais du bas vers le haut. Avec le pouvoir d’orchestrer, de nommer, de révoquer qui sera totalement investi dans les collectivités.

Le syndicalisme et nous: Nous trouvons attractif le syndicalisme révolutionnaire affilié avec l’AIT (NdT: 1ère Internationale) de Berlin. En tant que travailleurs, nous sommes presque tous actifs au sein de la Confédération National du Travail (CNT) ; mais notre mission ne doit pas être consummée par l’exclusivité syndicale. Nous sommes des hommes et certains ne sont pas assujettis au carcan de l’exploitation bourgeoise. Ainsi ce n’est pas suffisant d’être actif au sein d’un syndicat. Notre mission possède un complément des plus signifiants: en dehors des syndicats, de manière absolument indépendante, nous disséminons nos théories, formons nos groupes, organisons des manifestations publiques, publions de la littérature anarchiste et semons les graines de l’anarchie à tous les vents.

Nous recherchons l’émancipation complète de tout être humain sans distinction d’aucune sorte, pas même de classe. Notre lutte est plus compréhensive, plus globale. Il y a une place parmi nous pour tous ceux qui aspirent à une société sans gouvernement, quelque soit leur conception du comment la société post-révolution devrait être organisée (communiste ou individualiste). Dans les révolutions à venir, nous voulons éviter ce qu’il s’est produit en Russie (NdT: ceci fut écrit moins de 10 ans après la révolution bolchévique de 1917 et juste 6 ans après la répression sanglante de l’autonomie anarchiste par l’armée rouge de Trotsky et de Lénine à Cronstadt…). Ce qu’il s’est toujours produit lorsque les anarchistes poussent et inspirent la révolution, cela se déroule presque toujours selon les bonnes lignes, mais lorsque l’activité anarchiste faiblit (attendant que le peuple prenne le relais inspiré), la révolution dévie de sa trajectoire et les anarchistes, comme ce fut le cas en Russie, sont les victimes favorites des exploiteurs inévitables de la révolution.

Conclusions: Il est donc plus que nécessaire et urgent que nous nous organisions en groupements anarchistes afin d’imprégner la révolution anarchiste.

Nous avons parlé de la révolution qui approche (NdT: elle aura lieu en 1936 en Espagne, alors que la CNT-AIT a plus de 2 millions de membres…). Nous n’avons aucun doute que la révolution sociale se rapproche à pas de géant. Le vieil ordre politique gangréné est acculé, en total désarroi et complètement fracassé, mais pas aux yeux de ceux qui sont maintenant au gouvernement. Nous devons nous assurer que ce système ne puisse pas récupérer.

Ceux du 13 Septembre, ceux qui devaient guérir la nation de ses maux en 90 jours, l’ont complètement dévasté. Derrière la scène, Maura et la réaction gouvernent. Le directoire n’est que la feuille de vigne du maurisme et de la politique politicarde la plus dégénérée et vénale. Dans un élan et instinct de survie, le pays doit retirer cette clique du pouvoir.

Nous n’avons jamais imaginé que les principaux auteurs du coup d’état sont motivés bona fide, mais ils sont au contraire gonflés d’ambition et de présomption. Ils ne peuvent en rien offrir une solution à quoi que ce soit. Encore moins que les politiciens. En conséquence, la révolution se rapproche. Que nous, les anarchistes, nous acquittions bien de cette opportunité et que nous puissions la propulser aussi loin que nous le pourrons.

Salud y revolución

Comité de Liaison Anarchiste de Catalogne

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“Chaque état, c’est à dire donc tout gouvernement et toute administration des masses populaires qui vient d’en-haut, étant nécessairement enracinée dans une lourde bureaucratie et se reposant sur des armées, l’espionage et le clergé, ne sera jamais capable d’établir une société organisée sur la base du travail et de la justice, puisque ces entités sont par leur essence même, naturellement enclines à opprimer le travailleur et lui refuser toute justice. Comme nous le voyons, le travailleur ne sera jamais capable de se libérer de l’oppression en ce monde à moins qu’il ne substitue à ce corps démoralisant, la fédération libre de tous les groupes producteurs, une fédération fondée sur la solidarité et l’égalité.”

~ Résolution du congrès anarchiste de St Imier (Fédération du Jura), le 15 septembre 1872 ~

Résistance politique France loi travail…

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Communiqué de la CNT du 30 mai 2016

Les patrons et le gouvernement ne comprennent qu’un seul langage: la grève et le blocage !

30 mai 2016

Source: http://www.cnt-f.org/les-patrons-et-le-gouvernement-ne-comprennent-qu-un-seul-langage-la-greve-et-le-blocage.html?utm_source=edito&utm_medium=image&utm_campaign=home&utm_content=btn

Sans aucun doute, le bilan de la semaine écoulée atteste de l’amplification de la lutte contre la loi travail. L’heure est en effet à la reconduction des grèves dans de nombreux secteurs d’activité : routiers, dockers, raffineries, centrales nucléaires, aéroports, services publics, universités… dynamique qui continuera à s’amplifier dans les prochains jours avec le début de la grève illimitée à la SNCF et à la RATP notamment. Les occupations et les actions de blocage économique se multiplient avec un seul et unique objectif : amplifier le rapport de force avec un gouvernement qui n’agit qu’au profit du patronat. Le bilan des manifestations de ce jeudi 26 mai confirme quant à lui que le mouvement social ne faiblit pas, bien au contraire, déterminé à obtenir le retrait d’un projet de loi contesté par la majorité de la population.

Dans le même temps, le gouvernement s’entête à poursuivre une politique minoritaire. Alors que Manuel Valls, Premier Ministre, qualifiait cette semaine l’action syndicale et la grève de « dérive » des syndicats, assumant ainsi totalement le déni de démocratie du gouvernement, la CNT réaffirme que le blocage économique, l’occupation des usines et la grève générale ne sont que les actions légitimes des travailleur.euses qui par la lutte on fait le choix courageux de se battre pour les droits et la condition de toutes et tous. Face à ce gouvernement qui souhaite nous imposer un retour aux rapports sociaux du XIXe siècle, le durcissement de la lutte semble être le seul langage qui parle au capital : c’est le 49- 3 des syndicats !

Par ailleurs, alors que le gouvernement use depuis le début du mouvement d’une répression sans précédent (violences policières, arrestations préventives, interdiction de manifester, condamnation de syndicalistes, charge de cortèges manifestants, saccage de locaux syndicaux…) la CNT dénonce l’orchestration et l’instrumentalisation de la violence par l’Etat dans le but de criminaliser les luttes : ne nous y trompons pas, les vrais casseurs sont bien ceux qui cassent méthodiquement les acquis sociaux, le droit du travail, et l’ensemble de la protection sociale. A ce titre la CNT exige l’arrêt de toutes les poursuites judiciaires ainsi que la libération des condamné.e.s au titre de leur participation au mouvement social.

La CNT appelle l’ensemble des travailleur.euses, chômeur.euse.s ou précaires, actifs.ves ou retraité.e.s, étudiant.e.s et lycéen.ne.s, à amplifier la dynamique actuelle jusqu’à la victoire du mouvement social. Elle appelle l’ensemble des salarié.e.s du privé comme du public à organiser sans plus attendre des assemblées générales afin de voter souverainement la grève dans les secteurs d’activité qui ne sont pas encore mobilisés. Elle appelle également l’ensemble des structures syndicales à prendre leurs responsabilités et à appeler sans plus aucun détour à la grève générale illimitée.

La CNT soutient l’ensemble des actions mises en œuvre quotidiennement sur le terrain (blocages, occupations, rassemblements et manifestations) contre la loi travail et invite toutes et tous à multiplier les initiatives.

Le 14 juin, la CNT soutiendra l’ensemble des initiatives prises à la base par ses syndicats, qu’il s’agisse d’une participation à la manifestation nationale à Paris ou d’événements dans les localités.

Lutte socio-politique France: Message solidaire du groupe anarchiste brésilien Organizaçaõ Popular aux manifestants français…

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MESSAGE DU GROUPE LIBERTAIRE ORGANIZAÇÃO POPULAR DE RIO DE JANEIRO

COMMUNIQUÉ DES RELATIONS INTERNATIONALES DE LA FÉDÉRATION ANARCHISTE

 

Sur le combat contre la réforme du droit du travail en France

 

Fédération Anarchiste

 

29 Mai 2016

 

Source: http://www.monde-libertaire.fr/?article=Message_du_groupe_libertaire_Organizacao_Popular_de_Rio_de_Janeiro

 

Nos camarades de « Organização Popular » de Rio de Janeiro nous font part de leur extrême préoccupation concernant le combat qui se déroule en ce moment en France contre le démantèlement du droit du travail entrepris par le gouvernement socialiste de François Hollande et Emmanuel Vals, avec le soutien de l’organisation patronale, le Medef.

Ce combat, nous disent-ils, « est très important pour nous. La réforme du droit du travail est une attaque mondiale, qui est en train de se passer ici aussi et qui bientôt va arriver d’une manière beaucoup plus forte.

« Si les travailleurs français gagnent, même si la victoire n’est pas complète, nous aurons plus de chances ici. Par contre, si les travailleurs français perdent, nous aurons plus de difficultés.

« Le secteur de l’énergie est spécialement stratégique et nous sommes en train de subir une très grande attaque qui vise l’approfondissement très accéléré de la privatisation de Petrobras.

« Cet approfondissement très rapide de la privatisation est en marche. Et nous sommes en train de lutter contre cela, mais il faudra augmenter la lutte.

« Et l’exemple français est important pour nous. »

La Fédération anarchiste tient à faire savoir que le combat que nous menons tous contre le démantèlement de nos acquis sociaux, contre la destruction du droit du travail, mené également par les travailleurs en Belgique, est un combat qui est suivi avec inquiétude par les travailleurs du monde et qu’une victoire contre l’État et contre le Capital sera une victoire pour les travailleurs de tous les pays.

POUR LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS !

Fédération anarchiste

25 mai 2016

France lutte sociale et changement de paradigme politique… Petite mise au point sur les « casseurs » des manifs…

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Mise au point nécessaire sur les “casseurs” par la CNT et dénonciation des manipulations propagandistes étatiques devenues des classiques du genre. Au sujet des soi-disants “casseurs”, nous ajouterons que dans la vaste majorité des cas, il s’agit soit directement de flics agissant en provoc’, afin de justifier répression et arrestations, soit il s’agit de groupes “autononomes” infiltrés, manipulés. Leur manipulation leur esti connue ou pas c’est selon, toujours est-il que leur “leadership” se fond souvent dans la nébuleuse étatico-répressive du mauvais gouvernement d’en-haut et de son bras armé policier.

Nous avons ajouter en dessous de l’article une liste d’articles pour mieux comprendre et analyser les enjeux politic-sociaux de la “loi travail” faisant actuellement la une de l’action sociale en France.

— Résistance 71 —

 

Qui sont les vrais casseurs ?

 

Confédération National du Travail (CNT)

 

Source: http://www.cnt-f.org/qui-sont-les-vrais-casseurs.html

 

Ouverture du JT de TF1, sujet sur les “casseurs” et la police. Derrière le présentateur, une photo avec un drapeau CNT. Si seulement ce grossier montage n’était qu’un cas isolé… Depuis le début du mouvement social sur la loi travail, comme lors de chaque lutte, les “grands” médias ne cessent de pointer du doigt les “casseurs”, évitant d’aborder les questions de fond : le contenu de la loi travail et les raisons de ce mouvement. En agissant ainsi, ils se comportent comme un relais du discours gouvernemental et patronal : “Notre loi est nécessaire, tous ceux qui la combattent sont d’infâmes casseurs.” Ou bien : “La population est prise en otage par les grévistes.” Ah bon ? Une analyse s’impose, pour remettre les pendules à l’heure.

La CNT, c’est quoi ?

La CNT est un syndicat où s’organisent les travailleurs, au sens large (salariés, chômeurs, précaires, retraités, étudiants et lycéens). Un travailleur est un producteur qui ne possède pas les moyens de production. Donc ça n’est ni un patron ni un actionnaire, qui tirent leurs revenus du travail des autres.

à la CNT, il n’y a pas de permanent syndical. Personne ne reçoit de salaire pour militer. Et nous n’avons ni chef ni bureaucratie, car nous refusons toute hiérarchie entre militants.

Tout ce que nous faisons, nous le faisons pour l’émancipation des travailleurs. Nous n’acceptons aucune subvention de l’état et des patrons, pour garantir notre indépendance et notre liberté d’action. Nous ne fonctionnons qu’avec les cotisations de nos adhérents.

Nous sommes anarcho-syndicalistes et syndicalistes révolutionnaires. Nos bases sont la lutte des classes et le communisme libertaire. Nous sommes pour l’abolition de l’état, en tant que bras armé du patronat. C’est pourquoi nous ne syndiquons pas leurs forces répressives (police, armée, vigiles, etc.). Enfin, nous sommes une organisation horizontale et autogestionnaire. Tous les mandats sont tournants et révocables. Chacun participe au fonctionnement et aux prises de décision au niveau local, régional, fédéral et confédéral. Nous sommes tout cela, mais nous ne sommes pas des “casseurs”, au sens où certains aimeraient le faire croire.

Un casseur, c’est quoi ?

Il est légitime de s’interroger sur le véritable sens de ce terme, matraqué à longueur de journée à la télé ou dans les journaux. Qui sont les vrais casseurs ? Ne serait-ce pas plutôt les patrons, l’État et leur bras armé, la police ?
Qui casse le code du travail et met des millions de gens au chômage ou dans la précarité ?
Où est la véritable “insécurité” ? N’est-elle pas sociale ?
Qui nous met en “danger”, exerçant sur nous une violence sociale profonde et durable ?
Qui détruit notre présent et massacre notre avenir ?
Où est le véritable “état d’urgence” ? N’est-il pas social ?
Qui saccage des outils syndicaux (local CNT à Lille, camionnette de Solidaires, etc.) ?
Qui veut mettre des syndicalistes derrière des barreaux ?
Qui frappe des mineurs et les jette en prison ?
Qui contrôle au faciès et discrimine les populations des quartiers populaires ?
Qui instaure des politiques toujours plus répressives (Patriot Act aux États-Unis, état d’urgence et loi Urvoas en France) ?
Qui exerce une justice de classe défendant les intérêts d’une minorité au détriment des travailleurs, des pauvres, des migrants ?
Qui nous ment afin de recueillir des voix puis trahit les promesses qui ont été faites ?
Qui vole des milliards sous la forme d’exonérations et d’évasions fiscales ?
Qui attaque les prestations sociales, rendant leurs bénéficiaires “coupables” de tous les maux de la société ?
Qui pille et tue en menant des guerres dites “propres” mais toujours aussi sales, puis refoule des migrants qui n’ont d’autre choix que de s’enfuir ? 
Qui s’empare des ressources de la planète et s’accapare les territoires à tel point que la survie des espèces humaines, animales et végétales n’est plus garantie ?

Les vrais casseurs, ce sont eux !

Pour mieux régner, il faut diviser : l’État et ses forces répressives laissent entendre que les “méchants” sont certains syndicats, organisations politiques ou individus. Il s’agit surtout de provoquer des violences et de ternir “l’image” du mouvement social en attirant l’attention sur les “casseurs”, alors que ce sont eux qui cassent à tour de bras. Il s’agit aussi de justifier la violence des forces répressives.

La stratégie ? Présence policière massive lors des manifs, opérations au cœur des cortèges, matraquage des lycéens à l’entrée des établissements, évacuation des universités, etc. Et comme par hasard, quand il n’y a pas de “forces de l’ordre” aux abords des manifestations, tout se passe bien…

D’ailleurs, à quoi s’attaquent ces prétendus “casseurs” ? à des banques, des publicités, des enseignes de grandes entreprises. Ces multinationales n’ont-elles donc pas les moyens de s’acheter des rideaux pour protéger leurs vitrines plutôt que de spéculer sur les marchés (Panama Papers), provoquer des crises économiques (subprimes en 2007), détruire des millions de vies ? Ce que l’état défend physiquement, légalement et politiquement, c’est bien le capital.

Quant aux attaques physiques, elles sont exercées par l’armée et la police : Flash-Ball, grenades, matraques et lacrymos utilisés sans discernement, tirs tendus sur des manifestants ou sur des journalistes pour les empêcher de filmer. Mais aucun chiffre sur les victimes des violences policières. Les médias officiels ne prendraient-ils leurs infos qu’à la préfecture ? En invitant sur leurs plateaux télé des “experts” issus de syndicats de police comme Alliance, de tendance droite dure ? Tout est affaire de communication et de mensonges.

Mais nous ne sommes pas dupes et ne tomberons dans aucun de ces pièges grossiers !

Les vrais casseurs sont ceux qui utilisent la force brute et destructrice pour arriver à leurs fins, y compris sur des mineurs et des enfants, ceux qui imposent l’esclavage salarié au quotidien pour faire du profit. Puis se servent des moyens de communication “modernes”, possédés en majorité par de riches industriels, pour faire oublier la réalité : la violence ne vient pas de nous, le camp du travail, qui sommes des milliards, mais d’eux, le camp du capital, qui sont si peu mais qui possèdent tout et veulent nous exploiter encore plus !

Aucune de leurs manipulations ne nous fera reculer. Notre détermination et notre solidarité sont sans faille.

Notre arme, c’est la grève générale et reconductible !

 

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Site de la CNT France:

http://www.cnt-f.org/

33, rue des Vignoles, Paris 75020

 

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Autres articles sur la loi El Khomri:

Ton droit du travail vaut bien une grève générale !

Résistance politique, lutte sociale: Communiqué de la FA

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Communiqué de la Fédération Anarchiste Avril 2016

10 Avril 2016

Rédaction Groupe Proudhon

« La Fédération anarchiste dénonce les violences commises par les forces de police lors des manifestations tenues aujourd’hui notamment à Rennes, Nantes et Paris.

Ces violences policières renouvelées ne doivent rien au hasard. Elles répondent aux ordres donnés au plus haut niveau de l’Etat pour réprimer la mobilisation légitime contre la loi Travail et plus globalement contre l’injustice sociale grandissante.

Cette répression ordonnée politiquement n’y arrivera pas. Elle ne fait que rendre, toujours et encore, plus visible l’action d’un gouvernement aux abois, qui n’a aujourd’hui que la violence pour imposer toujours plus de régression sociale, toujours plus de profits pour les patrons, toujours plus d’injustice.

Aujourd’hui comme hier, l’Etat est le bras armé du capital.

Aujourd’hui comme hier, le mouvement social affronte l’un et l’autre.

Source:

http://groupe.proudhon-fa.over-blog.com/2016/04/communique-de-la-fa.html?utm_source=flux&utm_medium=flux-rss&utm_campaign=politics

A propos des grèves des 9 et… 31 Mars

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Résistance 71

 

7 Mars 2016

 

La loi El Khomri vaut-elle une grève ? Évidemment… L’ensemble de l’activité de ce gouvernement de baltringues, de ceux d’avant, de “gauche” comme de droite, valent la grève. Mais voilà, de quelle grève parle t’on ?

On parle et depuis bien longtemps déjà, dans ce monde politique étatique éculé, de promenade urbaine sur un parcours bien délimité, encadré par une sécurité syndicale en contact permanent avec la flicaille gouvernementale afin de mener le troupeau bêlant du point A au point B, le plus rapidement possible, avec quelques huiles politicardes et syndicales en tête de cortège, banderoles déployées, bière, frites, sauciffard, pinard à volonté avant de démanteler l’affaire et de se “quereller” sur les chiffres de participation allant du simple au double entre les compétiteurs habituels que sont “la préfecture” dans le coin bleu (bien délavé depuis le temps) et les “centrales syndicales” dans le coin rouge (pisseux), chiffres relayés laconiquement par des médias amorphes et complices.

Allons, allons, messieurs et dames prolétaires, où est donc le panache d’antan ?

Une grève ? Oui, mais générale et illimitée sinon rien !

Mieux même… grève générale, illimitée et… expropriatrice !

Comme les compagnons italiens de 1920, espagnols de 36.

Mieux encore ? Un grand changement, chambard réel et une réorganisation politico-sociale à la racine ?

Union avec les agriculteurs au bout du rouleau dont le taux de suicide n’a maintenant plus d’égal que leurs cadences infernales dans ce qui est devenu leur gestion de pathologies animales et végétales, comme le dit si bien l’agronome Jean-Claude Bourguignon ! Une révolution sociale ne se fera JAMAIS sans les campagnes, c’est une évidence historique, soulignée depuis plus d’un siècle par les anarchistes.

Protester en cessant le travail ? Oui et non. Oui dans le principe, non dans la pratique, récupération du travail pour les collectifs ouvriers et paysans, faire tourner la machine productrice pour les producteurs / consommateurs et court-circuiter le capital, les proprios et les rentiers de la finance. La société produit pour elle-même, s’organise et court-circuite les parasites.

Une grève le 9 Mars puis tout le monde rentre chez soi et une autre quoi ?… 22 jours plus tard le 31 ? Gouvernement, patronat et foies jaunes de la hiérarchie syndicales bouffant au ratelier capitaliste vont (encore) hurler de rire, mais c’est une habitude depuis bien longtemps ; depuis que les syndicats se sont vendus pour bouffer au ratelier de l’État, ont vendu la conscience politique sociale-révolutionnaire pour les miettes du pouvoir que picorent leurs pontes.

La dignité c’est la grève générale illimitée et expropriatrice.

Tout le reste n’est que moulin à vent et pisser dans un violon.

Cessons d’être ridicule, reprenons la main !

¡Ya Basta!

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Gérons la ville, la campagne et la production nous-mêmes !
Gratuité des services publics, réquisition de logements par les assemblées populaires, contrôle des communes par les habitants, assemblées populaires, associations libres, délégation à mandats directement contrôlables et révocables, finis les élus incontrôlables! Démocratie participatrice directe, sans intermédiaires, sans partis politiques parasites, démantèlement des institutions étatiques devenues encore plus obsolètes qu’actuellement pour que cesse l’illusion démocratique !

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Résistance politique: Un exemple de programme coopératif anarchiste… L’Union Anarchiste Italienne ~ 1ère partie ~

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Ce programme fut mis en application avec grand succès lors du grand mouvement ouvrier italien de grève générale expropriatrice qui vit les ouvriers prendre en compte les usines du nord de l’Italie en 1920. Trahis (ce qui deviendra une habitude) par les communistes autoritaires étatistes marxistes, le mouvement finit par échouer. Les marxistes qui firent le jeu du gouvernement et du patronat italiens se virent récompensés avec les anarchistes, par la venue au pouvoir de Mussolini, que la bourgeoisie apeurée appela pour la défendre et défendre les intérêts industrio-banquiers.

Ce schéma de trahison des anarchistes par les marxistes s’était déjà produit en Russie dès 1917 et se reproduira toujours en Russie (Cronstadt 1921), en Ukraine (1919-1923), en Espagne (1936-39) où les stalinistes eurent pour priorité de sauver l’État (garant oligarchique capitaliste et marxo-capitaliste) plutôt que de faire triompher la révolution sociale !

— Résistance 71 —

 

Le programme de l’Union Anarchiste Italienne

 

Errico Malatesta, 1920

 

Source:

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Programme_anarchiste

 

1ère partie

2ème partie

 

  1. Ce que nous voulons

Nous croyons que la plus grande partie des maux qui affligent les hommes découle de la mauvaise organisation sociale ; et que les hommes, par leur volonté et leur savoir, peuvent les faire disparaître.

La société actuelle est le résultat des luttes séculaires que les hommes se sont livrées entre eux. Ils ont méconnu les avantages qui pouvaient résulter pour tous de la coopération et de la solidarité. Ils ont vu en chacun de leurs prochains (sauf tout au plus les membres de leur famille) un concurrent et un ennemi. Et ils ont cherché à accaparer, chacun pour soi, la plus grande quantité de jouissances possible, sans s’occuper des intérêts d’autrui.

Dans cette lutte, naturellement, les plus forts et les plus chanceux devaient vaincre, et, de différentes manières, exploiter et opprimer les vaincus.

Tant que l’homme ne fut pas capable de produire plus que le strict nécessaire à sa survivance, les vainqueurs ne pouvaient que mettre en fuite et massacrer les vaincus, et s’emparer des aliments récoltés.

Ensuite – lorsque, avec la découverte de l’élevage et de l’agriculture, un homme sut produire davantage qu’il ne lui fallait pour vivre – les vainqueurs trouvèrent plus commode de réduire les vaincus au servage et de les faire travailler pour eux.

Plus tard, les vainqueurs trouvèrent plus avantageux, plus efficace et plus sûr d’exploiter le travail d’autrui par un autre système : garder pour soi la propriété exclusive de la terre et de tous les instruments de travail, et accorder une liberté apparente aux déshérités. Ceux-ci n’ayant pas les moyens de vivre, étaient contraints à recourir aux propriétaires et à travailler pour eux, aux conditions qu’ils leur fixaient.

Ainsi peu à peu, à travers un réseau compliqué de luttes de toute sorte, invasions, guerres, rébellions, répressions, concessions faites et reprises, association des vaincus unis pour se défendre, et des vainqueurs pour attaquer, on est arrivé à l’état actuel de la société, où quelques hommes détiennent héréditairement la terre et toutes les richesses sociales, pendant que la grande masse, privée de tout, est frustrée et opprimée par une poignée de propriétaires.

De ceci dépend l’état de misère où se trouvent généralement les travailleurs, et tous les maux qui en découlent ; ignorance, crime, prostitution, dépérissement physique, abjection morale, mort prématurée. D’où la constitution d’une classe spéciale (le gouvernement) qui, pourvue des moyens matériels de répression, a pour mission de légaliser et de défendre les propriétaires contre les revendications des prolétaires. Elle se sert ensuite de la force qu’elle possède, pour s’arroger des privilèges et soumettre, si elle le peut, à sa suprématie même la classe des propriétaires. D’où la formation d’une autre classe spéciale (le clergé) qui par une série de fables sur la volonté de dieu, sur la vie future, etc., cherche à amener les opprimés à supporter docilement l’oppresseur et qui, tout comme le gouvernement, sert les intérêts des propriétaires mais aussi les siens propres. D’où la formation d’une science officielle qui est, en tout ce qui peut servir les intérêts des dominateurs, la négation de la science véritable. D’où l’esprit patriotique, les haines de races, les guerres et les paix armées, plus désastreuses encore, peut-être, que les guerres elles-mêmes. D’où l’amour transformé en marché ignoble. D’où la haine plus ou moins larvée, la rivalité, la défiance, l’incertitude et la peur entre les êtres humains.

Nous voulons changer radicalement un tel état de choses. Et puisque tous ces maux dérivent de la recherche du bien-être poursuivie par chacun pour soi et contre tous, nous voulons leur donner une solution en remplaçant la haine par l’amour, la concurrence par la solidarité, la recherche exclusive du bien-être par la coopération, l’oppression par la liberté, le mensonge religieux et pseudo-scientifique par la vérité.

Par conséquent :

1) Abolition de la propriété privée de la terre, des matières premières et des instruments de travail – pour que personnes n’ait le moyen de vivre en exploitant le travail d’autrui, – et que tous, assurés des moyens de produire et de vivre, soient véritablement indépendants et puissent s’associer librement les uns les autres, dans l’intérêt commun et conformément à leurs affinités personnelles.

2) Abolition du gouvernement et de tout pourvoir qui fasse la loi pour l’imposer aux autres : donc abolition des monarchies, républiques, parlements, armées, polices, magistratures et de toute institution ayant des moyens coercitifs.

3) Organisation de la vie sociale au moyen des associations libres, et des fédérations de producteurs et consommateurs, créées et modifiées selon la volonté des membres, guidées par la science et l’expérience, et dégagées de toute obligation qui ne dériverait pas des nécessités naturelles, auxquelles chacun se soumet volontiers, lorsqu’il en a reconnu le caractère inéluctable.

4) Garantie des moyens de vie, de développement, de bien-être aux enfants et à tous ceux qui sont incapables de pourvoir à leur existence.

5) Guerre aux religions, et à tous les mensonges, même s’ils se cachent sous le manteau de la science. Instruction scientifique pour tous, jusqu’au degrés les plus élevés.

6) Guerre au patriotisme. Abolition des frontières, fraternité entre tous les peuples.

7) Reconstruction de la famille, de telle manière qu’elle résulte de la pratique de l’amour, libre de toute chaîne légale, de toute oppression économique ou physique, de tout préjugé religieux.

Tel est notre idéal.

  1. Voies et moyens

Nous avons exposé jusqu’à présent quel est le but que nous voulons atteindre, l’idéal pour lequel nous luttons.

Mais il ne suffit pas de désirer une chose : si on veut l’obtenir, il faut certainement employer les moyens adaptés à sa réalisation. Et ces moyens ne sont pas arbitraires : ils dérivent nécessairement des fins que l’on se propose et des circonstances dans lesquelles on lutte. En se trompant sur le choix des moyens, on n’atteint pas le but envisagé, mais on s’en éloigne, vers des réalités souvent opposées, et qui sont la conséquence naturelle et nécessaire des méthodes que l’on emploie. Qui se met en chemin et se trompe de route, ne va pas où il veut, mais où le mène le chemin qu’il a pris.

Il faut donc dire quels sont les moyens qui, selon nous, conduisent à notre idéal, et que nous entendons employer.

Notre idéal n’est pas de ceux dont la pleine réalisation dépend de l’individu considéré isolément. Il s’agit de changer la manière de vivre en société : d’établir entre les hommes des rapports d’amour et de solidarité, de réaliser la plénitude du développement matériel, moral et intellectuel, non pour un individu isolé, non pour les membres d’une certaine classe ou d’un certain parti, mais pour tous les êtres humains. Cette transformation n’est pas une mesure que l’on puisse imposer par la force ; elle doit surgir de la conscience éclairée et de chacun, pour entrer dans les faits par le libre consentement de tous.

Notre première tâche doit dont être de persuader les gens.

Il faut que nous attirions l’attention des hommes sur les maux dont ils souffrent, et sur la possibilité de les détruire. Il faut que nous suscitions en chacun la sympathie pour les souffrances d’autrui, et le vif désir du bien de tous.

À qui a faim et froid, nous montrerons qu’il serait possible et facile d’assurer à tous la satisfaction des besoins matériels. À qui est opprimé et méprisé, nous dirons comment on peut vivre heureusement dans une société de libres et d’égaux. À qui est tourmenté par la haine et la rancune, nous indiquerons le chemin pour rejoindre l’amour de ses semblables, la paix et la joie du cœur.

Et quand nous aurons réussi à répandre dans l’âme des hommes le sentiment de la révolte contre les maux injustes et inévitables, dont on souffre dans la société actuelle, et à faire comprendre quelles en sont les causes et comment il dépend de la volonté humaine de les éliminer ; quand nous aurons inspiré le désir vif et passionné de transformer la société pour le bien de tous, alors les convaincus, par leur élan propre et par la persuasion de ceux qui les ont précédés dans la conviction, s’uniront et voudront et pourront mettre en œuvre l’idéal commun.

Il serait – nous l’avons déjà dit – absurde et en contradiction avec notre but de vouloir imposer la liberté, l’amour entre les hommes, le développement intégral de toutes les facultés humaines, par la force. Il faut donc compter sur la libre volonté des autres, et la seule chose que nous puissions faire est de provoquer la formation et la manifestation de cette volonté. Mais il serait également absurde et en contradiction avec notre but d’admettre que ceux qui ne pensent pas comme nous, nous empêchent de réaliser notre volonté, du moment que nous ne les privons pas du droit à une liberté égale à la nôtre.

Liberté, donc, pour tous de propager et d’expérimenter leurs propres idées, sans autres limites que celles qui résultent naturellement de l’égale liberté de tous.

Mais à cela s’opposent par la force brutale les bénéficiaires des privilèges actuels, qui dominent et règlent toute la vie sociale présente.

Ils ont en main tous les moyens de production : ils suppriment ainsi non seulement la possibilité d’appliquer de nouvelles formes de vie sociale, le droit des travailleurs à vivre librement de leur travail, mais aussi le droit même à l’existence. Ils obligent les non-propriétaires à se laisser exploiter et opprimer, s’il ne veulent pas mourir de faim.

Les privilégiés ont les polices, les magistratures, les armées, créées exprès pour les défendre et poursuivre, incarcérer, massacrer les opposants.

Même en laissant de côté l’expérience historique qui nous démontre que jamais une classe privilégiée ne s’est dépouillée, en tout ou en partie, de ses privilèges et que jamais un gouvernement n’a abandonné le pouvoir sans y être obligé par la force, les faits contemporains suffisent à convaincre quiconque que les gouvernements et les bourgeois entendent user de la force matérielle pour leur défense, non seulement contre l’expropriation totale, mais contre les moindres revendications populaires, et qu’ils sont toujours prêts à recourir aux persécutions les plus atroces, aux massacres les plus sanglants.

Au peuple qui veut s’émanciper, il ne reste qu’une issue : opposer la violence à la violence.

Il en résulte que nous devons travailler pour réveiller chez les opprimés le vif désir d’une transformation radicale de la société, et les persuader qu’en s’unissant, ils ont la force de vaincre. Nous devons propager notre idéal et préparer les forces morales et matérielles nécessaires pour vaincre les forces ennemies et organiser la nouvelle société. Lorsque nous aurons la force suffisante, nous devrons, profitant des circonstances favorables qui se produiront, ou les provoquant nous-mêmes, faire la révolution sociale : abattre par la force le gouvernement, exproprier par la force les propriétaires, mettre en commun les moyens de subsistance et de production, et empêcher que de nouveaux gouvernants ne viennent imposer leur volonté et s’opposer à la réorganisation sociale faite directement par les intéressés.

Tout cela est cependant moins simple qu’il ne le semble à première vue. Nous avons à faire aux hommes tels qu’ils sont dans la société actuelle, dans des conditions morales et matérielles très défavorables ; et nous nous tromperions en pensant que la propagande suffit à élever au niveau de développement intellectuel et moral nécessaire à la réalisation de notre idéal.

Entre l’homme et l’ambiance sociale, il y a une action réciproque. Les hommes font la société telle qu’elle est, et la société fait les hommes tels qu’ils sont, il en résulte une sorte de cercle vicieux : pour transformer la société il faut transformer les hommes, et pour transformer les hommes, il faut transformer la société.

La misère abrutit l’homme et pour détruire la misère, il faut que les hommes aient la conscience et la volonté. L’esclavage apprend aux hommes à être serviles, et pour se libérer de l’esclavage, il faut des hommes aspirant à la liberté. L’ignorance fait que les hommes ne connaissent pas les causes de leurs maux et ne savent pas y remédier ; et pour détruire l’ignorance, il faudrait que les hommes aient le temps et les moyens de s’instruire.

Le gouvernement habitue les gens à subir la loi et à croire qu’elle est nécessaire à la société ; et pour abolir le gouvernement il faut que les hommes soient persuadés de son inutilité et de sa nocivité.

Comment sortir de cette impasse ?

Heureusement, la société actuelle n’a pas été formée par la claire volonté d’une classe dominante qui aurait su réduire tous les dominés à l’état d’instruments passifs et inconscients de leurs intérêts. La société actuelle est la résultante de mille luttes intestines, de mille facteurs naturels et humains agissant au hasard, sans direction consciente ; et enfin, il n’y a point de division nette, absolue, entre individus, ni entre classes.

Les variétés des conditions matérielles sont infinies ; infinis les degrés de développement moral et intellectuel. Il est même rare que le poste de chacun dans la société corresponde à ses facultés et à ses aspirations. Souvent des hommes tombent dans des conditions inférieures à celles qui étaient les leurs ; et d’autres, par des circonstances particulièrement favorables, réussissent à s’élever au-dessus du niveau où ils sont nés. Une partie notable du prolétariat est déjà arrivés à sortir de l’état de misère absolue, abrutissante, ou n’a jamais pu y être réduite. Aucun travailleur, ou presque, ne se trouve dans un état d’inconscience complète, d’acquiescement total des conditions que lui font les patrons. Et les institutions elles-mêmes, qui sont les produits de l’histoire contiennent des contradictions organiques qui sont comme des germes de mort, dont le développement amène la dissolution de la structure sociale et la nécessité de sa transformation.

Par là, la possibilité du progrès existe. Mais non pas la possibilité de porter, au moyen de la seule promotion, tous les hommes au niveau nécessaire pour que nous puissions réaliser l’anarchie, sans une transformation graduelle préalable du milieu.

Le progrès doit cheminer à la fois et parallèlement chez les individus et dans le milieu social. Nous devons profiter de tous les moyens, de toutes les possibilités, de toutes les occasions que nous laisse le milieu actuel, pour agir sur les hommes et développer leur conscience et leurs aspirations. Nous devons utiliser tous les progrès réalisés dans la conscience des hommes pour les amener à réclamer et à imposer les plus grandes transformations sociales actuellement possibles, ou celle qui serviront le mieux à ouvrir la voie à des progrès ultérieurs.

Nous ne devons pas attendre de pouvoir réaliser l’anarchie ; et, en attendant, nous limiter à la promotion pure et simple. Si nous faisons ainsi, nous aurons bientôt épuisé notre champ d’action. Nous aurons convaincu, sans doute, tous ceux qui, dans les circonstances du milieu actuel, sont susceptibles de comprendre et d’accepter nos idées, mais notre promotion ultérieure resterait stérile. Et, même si les transformations du milieu élevaient de nouvelles couches populaires à la possibilité de concevoir des idées neuves, cela aurait lieu sans notre œuvre, voire contre, et donc au préjudice de nos idées.

Nous devons chercher à ce que le peuple, dans sa totalité et dans ses différentes fractions, réclame, impose et réalise lui-même, toutes les améliorations, toutes les libertés qu’il désire, à mesure qu’il en conçoit le besoin, et qu’il acquiert la force de les imposer. Ainsi, en propageant toujours notre programme intégral et en luttant sans cesse pour sa réalisation complète, nous devons inciter le peuple à prétendre et à imposer toujours davantage, jusqu’à ce qu’il parvienne à son émancipation définitive.

A suivre …