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Résistance politique: La lutte contre l’État et autres écrits 1/2 (Nestor Makhno)

Posted in actualité, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 8 mars 2020 by Résistance 71

 

 

La lutte contre l’État et autre écrits

 

Nestor Makhno

1925-1932

 

1ère partie

2ème partie

 

Manifeste de l’armée insurrectionnelle d’Ukraine (1er janvier 1920)

A tous les paysans et ouvriers de l’Ukraine ! A transmettre par télégraphe, par téléphone, ou par poste ambulante, à tous les villages d’Ukraine ! Lire dans les réunions des paysans, dans les usines et dans les entreprises !

Frères travailleurs !

L’armée insurrectionnelle de l’Ukraine a été créée pour s’élever contre l’oppression des ouvriers et paysans par la bourgeoisie et par la dictature bolchevique-communiste. Elle s’est donnée pour but la lutte pour la libération totale des travailleurs ukrainiens du joug de telle ou telle autre tyrannie et pour la création d’une véritable constitution socialiste à nous. L’armée insurrectionnelle des partisans makhnovitsia combattu avec ferveur sur de nombreux fronts pour atteindre ce but. Elle termine actuellement victorieusement la lutte contre l’armée de Dénikine, libérant une région après l’autre, partout là où existaient la tyrannie et l’oppression.

Beaucoup de travailleurs paysans se sont posés la question : comment faire ? Qu’est-ce qu’on peut et qu’est-ce qu’on doit faire ? Comment se comporter en face des lois du pouvoir et des organisations, etc…. ?

A ces questions, l’Union ukrainienne des travailleurs et paysans répondra plus tard. Elle doit, en effet, se réunir très prochainement et convoquer tous les paysans et ouvriers ; tenant compte du fait qu’on ne connaît pas la date précise de cette assemblée que réaliseront les paysans et ouvriers et où ils auront la possibilité de se réunir pour discuter et résoudre les problèmes les plus importants de nos paysans et ouvriers, l’armée des makhnovitsi considère de publier le manifeste suivant :

Sont annulées toutes les dispositions du gouvernement Dénikine. Sont annulées aussi les dispositions du gouvernement communiste qui vont à l’encontre des intérêts paysans et ouvriers. Les travailleurs devront résoudre eux-même la question : quelles sont les dispositions du gouvernement communiste qui sont néfastes au intérêts des travailleurs ?

  • Toutes les terres appartenant aux monastères, aux grands propriétaires et autres ennemis, passent aux mains des paysans qui vivent seulement du travail de leurs bras. Ce transfert doit être défini dans des réunions et par des discussions du paysannat. Les paysans devront se rappeler et tenir compte non seulement de leurs intérêts personnels mais aussi des intérêts communs du peuple travailleur, opprimé sous le joug des exploiteurs 
  • Les usines, les entreprises, les mines de charbon et autres moyens de production deviennent la propriété de la classe ouvrière entière, qui en assume la responsabilité de direction et d’administration, en incite et développe avec son expérience le développement et cherche à réunir toute la production du pays en une seule organisation. 
  • Tous les paysans et tous les ouvriers sont invités à constituer des conseils libres de paysans et ouvriers. Seront élus dans ces conseils seulement les ouvriers et paysans qui prennent une part active à une branche utile de l’économie populaire. Les représentants des organisations politiques ne pourront point participer aux conseils ouvriers et paysans, parce que cela pourrait nuire aux intérêts des travailleurs eux-mêmes. 
  • On n’admet pas l’existence d’organisations tyranniques, militarisées qui vont à l’encontre de l’esprit des travailleurs libres. 
  • La liberté de parole, de presse et de réunion est le droit de chaque travailleur et n’importe quelle manifestation contraire à cette liberté représente un acte contre-révolutionnaire. 
  • Sont annulées les organisations de la police ; à leur place on organisera des formations d’autodéfense, qui peuvent être crées par les ouvriers et paysans. 
  • Les conseils ouvriers et paysans représentent l’auto-défense des travailleurs. Chacun d’eux doit donc lutter contre n’importe quelle manifestation de la bourgeoisie et des militaires. Il est nécessaire de combattre les actes de banditisme, de fusiller sur place les bandits et les contre-révolutionnaires. 
  • Chacune des deux monnaies soviétiques et ukrainienne doit être acceptée à l’égale de l’autre : on punira tous les contrevenants à cette disposition. 
  • Reste libre l’échange des produits du travail ou du commerce de luxe, toujours quand il n’est pas administré par des organisations paysannes et ouvrières. On propose qu’un tel échange se fasse entre tous les travailleurs. 
  • Toutes les personnes qui s’opposeront à la diffusion de ce manifeste, seront considérées comme contre-révolutionnaires. 

Les conseils révolutionnaires de l’armée Ukrainienne (makhnovitsi),1 janvier 1920.

Le Grand Octobre en Ukraine

Le mois d’octobre 1917 est une grande étape historique de la révolution russe. Cette étape consiste en la prise de conscience par les travailleurs des villes et des campagnes de leurs droits à prendre en main leur propre vie et leur patrimoine social et économique : la culture de la terre, les habitations, les usines, les houillères, les transports, enfin l’instruction qui servit jadis à déposséder nos aïeux de tous ces biens.

Cependant, à notre point de vue, ce serait s’égarer beaucoup que de donner à Octobre tout le contenu de la révolution russe ; en effet, la révolution russe à été préparée durant les mois précédents, période pendant laquelle les paysans dans les campagnes et les ouvrier dans les villes se sont emparés de l’essentiel. Effectivement, la révolution de Février 1917 sert de symbole aux travailleurs pour leur libération économique et politique. Toutefois, ils constatent que la révolution de Février adopte au cours de son évolution la forme dégénérée caractéristique de la bourgeoisie libérale et, comme telle, se trouve incapable de se mettre sur la voie de l’action sociale.

Les travailleurs dépassent alors immédiatement les bornes instaurées par Février et se mettent à couper au grand jour tous leur liens avec son aspect pseudo révolutionnaire et ses objectifs.

Cette action revêt deux principe en Ukraine. A ce moment, le prolétariat des villes, vu la faible influence exercée sur lui par les anarchistes, d’une part, et le manque d’informations politiques réelles et les problèmes internes du pays, d’autre part, considère qu’installer au pouvoir les bolcheviks devient la tâche la plus urgente de la lutte entamée pour le développement de la révolution, afin de remplacer la coalition des Socialistes Révolutionnaires de droite et de la bourgeoisie.

Pendant ce temps, dans les campagnes, en particulier dans la partie Zaporogue de l’Ukraine, là où l’autocratie n’a jamais pu entièrement abolir l’esprit libre, la paysannerie laborieuse révolutionnaire considère comme son devoir le plus impérieux et le plus fondamental l’emploi de l’action révolutionnaire pour se libérer au plus vite des pomechtchiket des koulaks,estimant que cette émancipation faciliterait la victoire contre la coalition socialo-bourgeoise.

C’est pour cette raison que les paysans ukrainiens prennent l’offensive en confisquant les armes des bourgeois (tout particulièrement lors de la marche du général putschiste Kornilov sur Petrograd en Aout 1917), puis en refusant de payer la deuxième tranche annuelle d’impôts sur la terre aux grands propriétaires et aux koulaks.(Cette terre que les agents de la coalition s’efforçaient justement d’enlever aux paysans, afin de la conserver aux propriétaires, en prenant pour prétexte l’observation du statu quopar le gouvernement jusqu’à la convocation de l’Assemblée Constituante à qui devait appartenir la décision sur ce problème).

Les paysans saisissent ensuite directement les propriétés et le bétail des pomechtchiks,des koulaks,des monastères et des terres d’État ; cela, en instituant constamment des comités locaux de gestion de ces biens, afin de les répartir entre les différents villages et communes.

Un anarchisme instinctif transparaît clairement dans toutes ces intentions de la paysannerie laborieuse d’Ukraine, lesquels expriment un haine non dissimulée pour toute autorité étatique, sentiment accompagné d’une nette aspiration à s’en libérer. Cette dernière est d’ailleurs très forte chez les paysans ; elle se réduit en substance à se débarrasser d’abord des autorités bourgeoises telle que la gendarmerie, les juges envoyés par le centre, etc… Cela s’exprime pratiquement dans beaucoup de régions d’Ukraine. De nombreux exemples témoignent de la manière dont les paysan des provinces d’Ekatérinoslav, de Kherson, de Poltava, de Kharkov et d’une partie de Tavripol chassent de leurs villages la gendarmerie, ou bien lui ôtent le droit d’opérer des arrestations sans en référer aux comités de paysans et aux assemblées villageoises. Les gendarmes en arrivent à se servir uniquement de messagers des décisions prises. Les juges ne tardent pas à accomplir des tâches semblables.

Les paysans jugent eux-même tous les délits et les litiges, au cours d’assemblées villageoises ou de réunions spéciales, privant ainsi de tout droit de juridiction les juges envoyés par l’autorité centrale. Ces juges tombent parfois dans une telle défaveur qu’ils sont souvent obligés de fuir ou de se cacher.

Un tel comportement des paysans à l’égard de leurs droits individuels et sociaux les amène naturellement à craindre que le mot d’ordre « tout le pouvoir aux soviets » ne se transforme en un pouvoir d’État ; ces crainte ne se manifestent peu-être pas aussi nettement parmi les prolétaires des villes, d’avantage influencés par les sociaux démocrates et les bolchéviks.

Pour les paysans, le pouvoir des soviet locaux signifie la transformation de ces organes en des entités territoriales autonomes, sur la base du groupement révolutionnaire et de l’autodirection socio-économique des travailleurs en vue de la construction d’une société nouvelle. Interprétant de cette manière ce mot d’ordre les paysans l’appliquent à la lettre, le développent et le défendent contre les atteintes des SR de droite, les Cadets (libéraux) et de la contre révolution monarchiste.

Octobre n’a donc pas encore eu lieu que les paysans ont déjà refusé, dans de nombreuses régions de payer les impôts de fermage aux pomechtchikset aux koulaks,puis ayant saisi collectivement les terres et le bétail de ceux-ci, ils ont envoyé des délégués au prolétariat des villes pour s’entendre avec lui sur la prise en main des usines et des entreprises, dans le but d’établir des liens fraternels et de construire ensemble la nouvelle société libre des travailleurs.

A ce moment, l’application dans les faits des idées du « grand Octobre » n’est pas encore adoptée par ceux qui s’en réclameront par la suite, les bolcheviks et les SR de gauche ; elle même fortement critiquée par leurs groupes, organisations et comités centraux. Par contre, pour les paysans ukrainiens, le grand Octobre, surtout la signification politique chronologique qu’on lui a accordée, apparaît comme une étape déjà franchie.

Pendant les journées d’Octobre, le prolétariat de Pétrograd, de Moscou et d’autres villes, ainsi que les soldats et les paysans avoisinant ces villes, sous l’influence des anarchistes, des bolcheviks et des SR de gauche, ne font que régulariser et exprimer politiquement avec plus de précisions ce pour quoi la paysannerie révolutionnaire de nombreuses régions d’Ukraine a commencé à lutter activement depuis le mois d’août 1917, ce dans des conditions très favorables grâce au soutien du prolétariat urbain.

Les répercutions de la volonté prolétarienne d’Octobre parviennent en Ukraine un mois et demi plus tard. Cette volonté se manifeste d’abord par des appels de délégués des soviets et de partis, puis par des décrets du Soviet des Commissaires du Peuple à l’égard duquel les paysans ukrainiens se composent avec méfiance, n’ayant pas participé à sa désignation.

C’est ensuite que des groupes des gardes rouges apparaissent en Ukraine, venant en grande partie de Russie, et attaquent les villes et les noeuds de communication contrôlés par les cosaques de la Rada Centrale ukrainienne. Celle-ci est contaminée à tel point par le chauvinisme qu’elle ne peut comprendre que la population laborieuse du pays s’apparente avec ses frères de Russie, ni surtout tenir compte de l’esprit révolutionnaire répandu parmi la population laborieuse toute prête à combattre pour son indépendance sociale et politique.

En analysant ainsi le grand Octobre, à l’occasion de son Xeme anniversaire, nous devons souligner que ce que nous avons accompli en Ukraine s’est parfaitement intégré, fin 1917, aux actions des travailleurs révolutionnaires de Pétrograd, de Moscou et des autres grandes villes de Russie.

Tout en prenant acte de la foi révolutionnaire et de l’enthousiasme manifesté par les campagnes ukrainiennes bien avant Octobre, nous honorons et estimons tout autant les idées, la volonté et l’énergie exprimées par les ouvriers, paysans et soldats russes durant les journées d’Octobre.

En rappelant le passé, on ne peut passer sous silence le présent, lié d’une façon ou d’une autre à Octobre. Aussi, nous ne pouvons qu’exprimer une profonde affliction devant le fait qu’après dix ans, les idées qui se sont exprimées pleinement en Octobre soient toujours bafouées par ceux-là même qui, en leur nom, sont arrivés au pouvoir et dirigent depuis la Russie.

Nous exprimons notre solidarité attristée à tous ceux qui ont lutté avec nous pour le triomphe d’Octobre et qui pourrissent actuellement dans les prisons et les camps de concentration. Leurs souffrances, sous la torture et la famine, parviennent jusqu’à nous et nous obligent à ressentir, à l’occasion du Xeme anniversaire d’Octobre, au lieu de la joie normale, une peine profonde.

Par devoir révolutionnaire, nous élevons une fois encore notre voix, par-delà les frontières de l’URSS : Rendez la liberté aux fils d’Octobre, rendez-leur leurs droits de s’organiser et de propager leurs idées !

Sans liberté, ni droits pour les travailleurs et les militants révolutionnaires, l’URSS s’asphyxie et tue tout ce qu’il y a de meilleur en elle. Ses ennemis s’en réjouissent et se préparent partout dans le monde, à l’aide de tous les moyens possible, à anéantir la révolution et l’URSS avec elle.

Dielo trouda,n°29, octobre 1927, pp.9-11.

Pour le Xème anniversaire du mouvement insurrectionnel makhnoviste en Ukraine

Comme l’on sait, la honteuse trahison des dirigeants bolcheviks aux idées de la révolution d’Octobre amènera tout le parti bolchevik et son pouvoir « révolutionnaire prolétarien», établi sur le pays, à conclure une paix infâme avec les empereurs allemands, Willhem II, et autrichien, Karl, puis à une lutte encore plus infâme, à l’intérieur du pays, d’abord contre l’anarchisme, ensuite contre les Socialistes Révolutionnaires de gauche et le socialisme en général. En juin 1918, j’ai rencontré Lenine au Kremlin, sur l’instance de Sverdlov, alors président du Comité Exécutif Pan-Russe des Soviet. Me référant à mon mandat de dirigeant du Comité de Défense de la Révolution dans la région de Gouliaï-Polié, j’informai Lenine de la lutte inégale menée par les force révolutionnaire en Ukraine contre les envahisseurs austro-allemands et leurs alliés de la Rada centrale Ukrainienne ; il discuta avec moi et, ayant remarqué mon attachement paysan fanatique à la révolution et aux idées anarchistes qu’elle portait en elle, il m’assura que le pouvoir soviétique avait commencé une lutte, dans les centres urbains de la révolution, non pas contre l’anarchisme en lui-même mais contre les bandits qui s’en réclamaient :

« Avec des anarchistes qui mènent une action révolutionnaire organisée, comme ceux dont vous m’avez parlé maintenant, notre parti bolchevik et moi-même, nous trouverons toujours une langue commune pour instaurer un front révolutionnaire commun. C’est une autre affaire avec les social-traîtres, ce sont de vrais ennemis de l’émancipation authentique du prolétariat et de la paysannerie pauvre ; à leur égard, mon attitude restera toujours intransigeante : je suis leur ennemi… »

Il est difficile de rencontrer chez un maître politicien autant de fourberie et d’hypocrisie que celles que Lénine manifesta en cette circonstance. Le pouvoir bolchevik avait déjà organisé à cette époque la répression contre l’anarchisme, dans l’intention bien délibérée de le discréditer dans le pays. Le bolchevisme de Lénine avait mis une croix sur toute organisation révolutionnaire libre et, seul, l’anarchisme restait encore dangereux pour lui, car il n’y a que l’anarchisme, à condition qu’il apprenne à agir de manière organisée et strictement conséquente parmi les larges masses ouvrières et paysannes, afin de les mener à la victoire politiquement et stratégiquement, qui puisse soulever tout ce qui est sain et totalement dévoué à la révolution dans le pays, et atteindre au moyen de cette lutte la réalisation pratique dans la vie des idées de liberté, d’égalité et de travail libre.

Notons qu’à l’égard des socialistes, Lénine utilisa un ton aussi injurieux… L’offensive du pouvoir bolchevik contre l’anarchisme et le socialisme rendit à ce moment un grand service aux contre-révolutionnaire étrangers, dont les forces armées pénétrèrent sans mal dans le territoire révolutionnaire de l’Ukraine et en délogèrent rapidement tous les détachements combattants révolutionnaires dirigés par des anarchistes, des socialistes-révolutionnaire ou même par quelques rares bolcheviks.

Grâce à cette honteuse trahison des dirigeants bolcheviks, la contre-révolution put paralyser très rapidement toutes les liaisons révolutionnaire entre les villes et les villages ukrainiens, puis se livrer à une répression de masse. C’est ainsi que la révolution ukrainienne se retrouva, de manière tout à fait inattendue, devant l’échafaud de ses bourreaux et fut châtiée dans le premier stade de son développement.

Ce furent des jours pénibles, remplis d’horreurs sanglantes. Les dirigeants bolcheviks, selon les accords passés avec les empereurs centraux, retirèrent d’Ukraine tous les détachements révolutionnaires de travailleurs russes, bien armés et disciplinés, alors que les travailleurs ukrainiens se retrouvèrent mal armés, équipés à la diable, et durent se replier à la suite de leur frères russes, impuissants à affronter les ennemis de la révolution. Ils se heurtèrent, parfois en de sanglants combats, au pouvoir bolchevik qui ne voulut pas les laisser entrer en Russie avec leurs armes. C’est en ces jours, où tout parut perdu, que les révolutionnaire paysans, unis autour du groupe communiste-libertaire de Gouliaï-Poliè, et disséminés en de nombreux groupes et détachements, se replièrent également en direction de la Russie où, leur sembla-t-il, la révolution suivait son cours et pouvait les aider à retrouver la force nécessaire pour affronter de nouveau les envahisseurs contre-révolutionnaires… Malheureusement, déjà à cette période de la révolution, ont put observer chez les dirigeants bolcheviks un net revirement envers tout ce qui était sain et révolutionnaire chez les masses laborieuses, systématiquement soumis à leur dénigrement au profit de leurs privilèges de parti de la contre-révolution avérée qu’il masquaient. Aux abords de la ville de Taganrog le pouvoir bolchévik organisa des embuscades aux groupes et détachement révolutionnaires indépendants afin de les désarmer. Cette circonstance amena les forces de la fière région révolutionnaire de Goulaï-Polié à se disperser en de tout petits groupes dont certains revinrent clandestinement, tandis que d’autres se réunirent tout aussi clandestinement à Taganrog pour décider de ce qu’il convenait de faire dorénavant…

A Taganrog je fus chargé avec Vérétenikov, par le groupe de camarades qui s’y trouvaient, d’organiser une conférence. Elle se tint. Ses résolutions furent brèves, mais positives dans le sens qu’aucun des participants n’était décidé à se replier plus loin. A l’exception de moi-même, Vérételnikov et de trois autres camarades, tous les autres décidèrent de regagner le front, d’y travailler clandestinement auprès de la paysannerie, tout en observant la plus grande prudence. Mes quatre camarades et moi-même reçûmes de la conférence la tâche de passer deux à trois mois à Moscou, Pétrograd et Kronstadt, afin de se familiariser avec la marche de la révolution dans ces centres révolutionnaires, puis de revenir en Ukraine pour les premiers jours de juillet, aux endroits où il était décidé d’organiser des bataillons libres de la défense de la Révolution, avec la claire intention non seulement de combattre mais surtout de vaincre.

Seul de mes camarades, je pus revenir à temps en Ukraine où régnait en maître l’arbitraire politique et économique des Austro-Allemands et de leur homme-lige, l’Hetman Skoropadsky. J’y retrouvais peu de mes anciens amis, la plupart avaient été soit tués, soit emprisonnés avant de subir le même sort. Profondément convaincu de réaliser la tâche qui m’avait été confiée par la conférence de Taganrog, je me liai avec les paysans de la région afin d’y choisir ceux qui étaient prêts à se dévouer pour la lutte. Je rencontrai ainsi de nombreux paysans et paysannes que j’avais eu auparavant l’occasion d’intéresser à mes idées. Avec leur aide, je réussis à retrouver certains de mes camarades qui avaient pu échapper aux arrestations et aux fusillades des Austro-Allemands et des bourreaux de la révolution, et qui étaient toujours décidés à les combattre. Sans attendre que nos autres camarades reviennent de Russie, sans nous laisser arrêter par tous les dangers que représentaient nos séjours dans les villages, soumis sans cesse à des raids et perquisitions de la part des occupants et de leurs alliés, suivis parfois d’arrestations et d’exécutions de nos camarades les plus actifs, nous réussîmes à mettre assez rapidement sur pied une organisation destinée à préparer l’insurrection révolutionnaire des masses paysannes contre l’Hetman et son régime agraro-féodal, ainsi que contre leurs défenseurs, les armées austro-hongro-allemandes. Nous tînmes alors le langage suivant :

« Paysan, ouvrier et toi, intelligentsia laborieuse ! Pour la renaissance et le développement de la révolution, comme moyen le plus sûr de la lutte contre le Capital et le pouvoir d’Etat ! Pour la création et le renforcement d’une société libre de travailleurs dans notre vie, notre objectif commun ! Vous devez vous organiser, fonder dans vos rangs des détachements et des bataillons révolutionnaires combattants de type partisan, puis vous insurger, partir à l’assaut de l’hetman et des empereurs austro-allemands – ceux qui nous ont envoyé leurs sauvages armées contre-révolutionnaires – vaincre à tout prix ces bourreaux de la révolution et de la liberté !… »

Les masses laborieuses nous écoutaient et nous comprenaient. De villages et hameaux éloignés, de Goulaï Polié même, elles nous adressaient leur délégués, s’efforçaient de joindre le groupe anarchiste, puis d’emmener l’un des membres chez soi pour discuter avec lui et préparer l’insurrection. A ce moment, je voyageais tantôt seul, tantôt avec trois ou quatre camarades ; je tenais des réunions clandestines avec des paysans de ces villages et contrées. Après deux mois de ce travail propagandiste et organisationnel, pénible et opiniâtre, mené par les paysans de la région, notre groupe communiste libertaire de Gouliaï-Polié s’aperçut qu’une foule de travailleurs était prête à le suivre, dont de nombreux insurgés armés et décidés à tout pour mettre fin à l’arbitraire économique et politique de l’Hetman et des junkers austro-allemands.

Je me souviens d’une fois où les délégués d’unités que nous avions organisées, voyagèrent pendant une semaine dans toute la région pour tenter de me joindre, moi qui était le plus haï de la bourgeoisie et par le commandement austro-allemand. De mon côté, également, je me déplaçais en compagnie de deux à trois camarades de village en village, en menant mon agitation organisationnelle. Ils réussirent à me joindre et me demandèrent, au nom de ceux qui les avaient envoyés, de ne pas remettre à un moment jugé plus opportun le déclenchement de l’insurrection armée générale contre les ennemis de la révolution. Ils me déclarèrent : « […]Nestor Ivanovitch, revenez à Gouliaï-Polié soulever ses habitants ! S’ils se soulèvent, tous les villages, districts et régions les suivront. Avec votre groupe de camarades agitateurs, par votre travail acharné, vous aviez élevé déjà, avant l’Hetman et les Austro-Allemands, votre bourg Gouliaï-Polié à une hauteur révolutionnaire peu commune. Votre appel lancé à Gouliaï-Polié, fera plus pour l’oeuvre de l’insurrection, à laquelle nous nous préparons tous, que toutes ces semaines que vous passez à parcourir les villages, en courant les plus grands risques pour votre vie, à préparer par l’agitation verbale cette oeuvre… ».

Je me laissai pas griser par cette confiance et cette estime portées à notre groupe et à ma personne. Dépourvu de toute vanité révolutionnaire, je m’efforçais d’inculquer ce même principe à mes amis et aux masses parmi lesquelles nous œuvrions ; il s’agissait de conserver la lucidité et la compréhension que nous avions réussi à faire naître pour l’approfondissement de la révolution, châtiée pour l’instant par les bourreaux contre-révolutionnaires.

Mon voyage à travers les centres révolutionnaires de Russie, les expériences et les observations que j’en avais retiré, tout cela m’avait fait comprendre bien des choses. C’est pour toutes ces raisons que je m’étais consacré, en compagnie de mes amis du groupe communiste libertaire de Gouliaï-Polié, à organiser l’insurrection paysanne contre les ennemis de la révolution et à veiller scrupuleusement à ce qu’aucune surestimation de notre rôle ne nous fasse oublier les véritables tâches que nous nous étions données. Aussi, à toutes les demandes pressantes de déclencher l’insurrection faites par les paysans, je répondais continuellement, en tant qu’initiateur et responsable de l’insurrection.

« De votre côté, est-ce que toutes vos forces sont suffisamment liées organisationnellement avec votre groupe ? Avez-vous tous bien compris que l’insurrection doit se déclencher partout au même moment, malgré l’éloignement des différents districts ?

– Si vous l’avez bien compris, il n’est tout de même pas inutile de réfléchir encore une fois sur la manière la plus féconde pour lancer notre lutte armée. D’autant plus que nous sommes loin de disposer des mêmes moyens techniques que nos ennemis, alors que justement nos premiers coups portés devront nous rapporter un certain nombre de fusils et de pièces d’artillerie, mais également une vingtaine de cartouches et d’obus par fusils et canon.

– Une telle réussite devra nous valoir une double satisfaction, car nous en tirerons immédiatement plus de détermination, tant sur le plan politique qu’organisationnel et combattant. Après ce premier succès, tous nos détachements partisan se rueront sur l’ennemi de tous cotés, créant ainsi la confusion la plus complète chez les Etats-majors austro-allemands et le gouvernement de l’Hetman, du moins dans notre région du Bas-Dniepr et du bassin du Doetz. Ensuite, durant l’été, les événements devront évoluer encore plus favorablement pour nous permettre d’accentuer encore d’avantage notre lutte… »

Ce fut le langage que nous, paysans-anarchistes, nous tînmes il y a presque dix ans, à un moment extrêmement pénible pour la révolution et les idées de notre mouvement, en nous adressant aux masses laborieuses. On peut poser la question : pourquoi avons nous fait preuve d’une aussi grande prudence, peut-être même excessive, à propos de notre influence sur les masses, alors qu’elles étaient les premières à appeler à l’insurrection contre les oppresseurs ? — Pourquoi, peut-on se demander encore, alors que nous étions naturellement portés par l’esprit de révolte, ne nous sommes nous pas mis tout simplement à la tête de ces masses, si pénétrées par les éléments déchaînés de la tempête révolutionnaire et anarchiste, tout à fait dénuées d’arrières pensées politiciennes ? Cela pourra sembler étrange, mais notre attitude fut uniquement dictée par les conditions du moment, de celles en particulier qui sont rarement reconnues comme déterminantes dans le mouvement libertaire. En effet pour une avant-garde révolutionnaire agissante, c’était un moment de grande tension, car il exigeait une préparation minutieuse de l’insurrection paysanne. Notre groupe communiste libertaire paysan de Gouliaï-Polié constituait cette avant garde et les événements l’amenèrent à se poser la question de savoir s’il devait prendre entièrement entre ses mains la direction du mouvement des masses laborieuses en ébullition, ou bien devait-il céder ce rôle à l’un des partis politique au programme tout prêt et qui disposait en outre de l’appui direct du gouvernement « révolutionnaire » bolchevik de Moscou ?

Cette question rendit difficile la position de notre groupe, d’autant plus qu’en cette période d’activité il était hors de propos de se référer à des formules abstraites de l’anarchisme niant l’organisation discipline des forces révolutionnaires, en résultat de quoi les anarchistes auraient dû être condamnés à se retrouver isolés dans l’action révolutionnaire et écartés par la vie même du rôle créateur et fécond qui leur était en principe dévolu. Malgré la passion révolutionnaire et notre expérience propre qui nous poussaient à utiliser tous les moyens pour vaincre la contre-révolution, nous aspirions à agir en anarchistes convaincus dans le bien-fondé des principe fondamentaux de la doctrine. Pourtant, nous étions conscients de la désorganisation qui régnait dans le mouvement anarchiste, lui portant un préjudice considérable et faisant le jeu du bolchévisme et des Socialistes Révolutionnaires de gauche. Nous avions également conscience que cette habitude désorganisatrice était beaucoup plus ancrée chez la plupart des anarchistes que les aspects positifs de la doctrine et qu’en conséquence, tant que le mouvement anarchiste offrait cette caractéristique principale il ne pouvait être ni compris ni soutenu par les masses, lesquelles n’avaient aucune envie de périr aveuglément dans une lutte vaine.

Nous avons résolu au mieux cette question en préparant directement l’insurrection et en ne nous inquiétant nullement des critiques éventuelles de nos camarades d’idées sur cette position avant-gardiste peu conforme à leurs yeux, à l’enseignement anarchiste. Nous nous sommes donc débarrassés dans les faits d’un tel bavardage inconséquent, si nuisible à notre cause, et nous n’avons plus pensé qu’à mener la lutte jusqu’à la victoire complète. Cependant, celle-ci exige de l’anarchisme révolutionnaire, qui voudrait occuper consciemment sa place et rempli sa tâche active dans les révolutions contemporaines, des tensions immenses de caractère organisationnel, tant dans la formation de ses rangs que dans la définition de son rôle dynamique lors des premiers jours de la révolution, souvent abordés à tâtons par les masses laborieuses.

Ayant conscience du morcellement des rangs anarchistes et de leur existence semi-légale dans des centres urbains, là où les bolcheviks s’étaient acharnés à détruire ou à les transformer en auxiliaires de leur pouvoir, nous, paysans anarchistes, nous agîmes dans les campagnes de manière à y faire entendre la voix de notre mouvement anarchiste et d’y attirer tout ce qu’il y avait de meilleur et de sain dans les villes, afin de lever l’étendard de l’insurrection contre l’Hetman et ses défenseurs austro-allemands.

C’est dans cet esprit que notre groupe forma la paysannerie laborieuse de la région, sans céder un seul pouce sur les principes de base anarchistes, il impulsa la lutte armée et élabora le programme politique du mouvement insurrectionnel bientôt connu partout sous le nom d’« unités révolutionnaires de Batko Makhno».

L’influence du groupe et la mienne propre furent si fortes et fécondes, qu’aucune force politique hostile à l’anarchisme, en particulier celle des partis socialistes, ne put les contrebalancer dans l’esprit des masses insurgées, lesquelles n’écoutèrent ni leurs mots d’ordre, ni même les discours de leurs orateurs. La parole de Makhno et celle du groupe communiste libertaire paysan de Gouliaï-Polié, à propos de la liberté et de l’indépendance des travailleurs vis-à-vis du capital et de son serviteur, l’Etat, étaient assimilées par les masses et leur sens était considéré comme le fondement de la lutte pour remplacer l’organisation nocive de la société capitaliste et bourgeoise par l’organisation libre des travailleurs.

C’est au nom de cet objectif que les masses paysannes créèrent une puissante force armée, la mirent sous la direction de l’état-major organisé par le groupe communiste libertaire de Gouliaï-Polié, puis la soutinrent étroitement en permanence. Ces liens économiques et spirituels ne furent jamais rompus par la suite, la population laborieuse renforçant sans cesse le mouvement, même au moments les plus pénibles, en l’approvisionnant jusqu’au bout des hommes en ravitaillement.

C’est ainsi que la région de Gouliaï-Polié se transforma rapidement en un pays d’une espèce particulière, car toutes tendances étatiques dans son auto-direction furent bannies. Les hordes sauvages des austro-allemands qui avaient connu jusque là aucune limite à leur arbitraire, furent défaites et désarmées, leur armes équipant aussitôt le mouvement.

Ces troupes commencèrent à quitter rapidement la région. Quant aux hommes de l’Hetman Skoropadsky, ils furent en partie pendus, en partie chassés. Le gouvernement bolchevik remarqua aussitôt l’existence de cette fière région ainsi que les anarchistes qui animaient son mouvement insurrectionnel. C’est alors que les journaux bolchevik mentionnèrent sans arrêt le nom de l’anarchiste Makhno en première page, racontant quotidiennement la lutte menée sous sa direction…

Toutefois, le mouvement insurrectionnel poursuivit son chemin. Après avoir défait les austro-allemands, puis chassé les hommes de l’Hetman de toute une série de district de l’Ukraine, il remarqua les débuts de l’action dénikienne et du Directoire ukrainien – plus connu sous le nom de « Pétliourovchtchina » — contre lesquels il engagea toutes ses forces, toujours la direction des paysans anarchistes, les fils les plus dévoués de la révolution. Un front étendu contre ces nouveaux ennemis fut édifié et des action militaires héroïques furent menées dans les intérêts de la révolution et d’une nouvelle société libre de travailleurs.

C’est dans ces conditions que les paysans anarchistes organisèrent le mouvement insurrectionnel des travailleurs ukrainiens, ce qui devint, par la suite, le mouvement makhnoviste. A partir de cet aperçu, bien qu’incomplet, ceux qui ont pris connaissance des fables répandues par les ennemis de la Makhnovchtchina, parfois même par certains de ses « amis », revenant affirmer que ce mouvement de base n’a pas eu d’idéologie, que son inspiration tant doctrinaire que politique vînt de l’extérieur, pourront conclure que ces affirmations sont totalement inexactes.

Les guides du mouvement, ainsi que les masses paysannes laborieuses qui l’ont soutenu du début à la fin, savent bien qu’il fut organisé par le groupe communiste libertaire de Gouliaï-Polié et qu’il a porté constamment les espérances anarchistes de ceux qui ne furent déformés ni par de verbalisme révolutionnaire, ni par les tendances chaotiques et l’esprit d’irresponsabilité qui étaient si fréquent dans les villes. Les inspirateurs et organisateurs du mouvement insurrectionnel, tels que les frères Karétnik, Alexis Martchenko, les frères Domachenko, les frères Makhno, Liouty, Zoutchenko, Korostèlev, Troïan, Danilov, Tykhenko, Mochtchenko, A. Tchoubenko et beaucoup d’autres, furent tous anarchistes. Nombre d’entre eux avaient déjà milité parmi les paysans durant les années 1906-1907, et étaient, en fait, des pionniers du mouvement. Ce sont eux, ainsi que d’autres surgis au sein du mouvement, qui l’ont nourri tant sur le plan des idées politiques que sur celui de son organisation militaire et stratégique. Toute aide des organisations anarchistes, les plus proches sur le plan des idées, fut très souhaitée mais, à notre grand regret, ne fut jamais apportée de manière organisationnelle. Pendant les neufs premiers mois de son activité militaire contre les ennemis de la révolution, le mouvement anarchiste ne vis apparaître aucun de ses amis naturels qui devaient être les anarchistes de villes. Ce n’est que par la suite que certains vinrent s’y joindre, surtout individuellement, en particulier ceux qui furent libérés des mains ennemies par le mouvement. Seul, le groupe communiste libertaire d’Ivanovo-Vosnessensk, les camarades Makéev et A. Tchernikov à sa tête, vint rejoindre de manière organisée le mouvement makhnoviste ; il lui apporta une aide nécessaire et importante, mais malheureusement très provisoire, car la plupart de ses membres repartirent peu de temps après.

Durant toutes ces années d’une lutte inégale, pénible et responsable historiquement et politiquement, le mouvement makhnoviste ne s’est nourri que de ses forces internes. C’est la raison essentielle, j’en suis profondément convaincu, pour laquelle il a pu rester un ferme combattant à son poste révolutionnaire et, malgré les combats incessants dus à son encerclement permanent, qu’il n’a jamais suivi d’autres voies que celle de l’anarchisme et de révolution sociale.

Restant fidèle à ses conceptions anarchistes, en interdisant à l’Etat et à ses partisans de se mêler de l’autodirection des travailleurs des villes et des campagnes, à leur oeuvre d’édification d’une société libre, le mouvement makhnoviste ne put naturellement attendre aucune aide des partis socialistes étatiques ; en revanche, il était en droit d’attendre cette aide de la part des organisations anarchistes des villes, ce qui malheureusement ne se produisit jamais. Les habitudes désorganisatrices étaient si ancrées à ce moment parmi la majorité des anarchistes qu’elles lui dissimulèrent ce qui se passait dans les campagnes. Dans leur ensemble, il ne surent ni remarquer, ni sentir au moment opportun l’état d’esprit anarchiste de la paysannerie, ni effectuer en conséquence les organisations citadines de travailleurs. Ayant constaté cette carence, le mouvement makhnoviste n’a donc pas à ce féliciter de cette faiblesse des organisations des citadines des anarchistes. C’est de cette constatation que naquit la foi en la justesse de ses propre prises de position dans l’oeuvre révolutionnaire. Il sut les maintenir fermement, ce qui lui permit de lutter tant d’année en ne puissant qu’en ses propres forces. En assumant ainsi la responsabilité révolutionnaire, à la fois pénible et cruciale, le mouvement makhnoviste ne commit qu’une seule grave erreur : s’unir avec le bolchevisme pour lutter en commun contre Wrangel et l’Entente. Durant cet accord, certes précieux pratiquement et moralement pour le succès de la révolution, le mouvement makhnoviste s’est trompé sur le révolutionnarisme bolchévik et n’a pas su se garder à temps de la trahison de ce dernier. Les bolcheviks l’attaquèrent traîtreusement, avec l’aide de toute leur « soldatesque », et bien qu’avec beaucoup de mal, le vainquirent pour un temps.

Dielo trouda,n°44-45, janvier-février 1928, pp.3-7

Sur la défense de la révolution

Dans le cadre de la discussion qui a eu lieu parmi nos camarades de nombreux pays au sujet du projet de Plate Forme de l’Union générale des anarchistes, publié par le groupe des anarchistes russes à l’étranger, on me demande de plusieurs côtés de consacrer un article spécifique à la question de la défense de la révolution. Je vais m’efforcer de la traiter avec la plus grande attention, mais auparavant j’estime de mon devoir de préciser aux camarades que cette question n’est pas le point central du projet de Plate Forme ; la partie essentielle de celui-ci réside en la nécessité d’unir nos rangs communistes libertaires de la manière la plus conséquente. Cette partie ne demande qu’a être amendée et complétée avant d’être mise en application. Sinon, si nous n’oeuvrons pas pour grouper nos forces, notre mouvement sera condamné à tomber définitivement sous l’influence des libéraux et des opportunistes qui navigent dans notre milieu, quand ce ne sera pas de spéculateurs et aventuriers politiques quelconques, pouvant au mieux bavarder longuement mais incapables de lutter sur le terrain pour la réalisation de nos grands objectifs. Celle-ci ne pourra avoir lieu qu’en entraînant avec nous tous ceux qui croient instinctivement à la justesse de notre lutte et qui aspirent à conquérir par la révolution la liberté et l’indépendance les plus complètes afin d’édifier une vie et une société nouvelles, là où chacun pourra enfin affirmer sans entraves sa volonté créatrice pour le bien général.

En ce qui concerne la question particulière de la défense de la révolution, je m’appuierai sur l’expérience que j’ai vécue durant la révolution russe en Ukraine, au cour de la lutte inégale, mais décisive menée par le mouvement révolutionnaire des travailleurs ukrainiens. Cette expérience m’enseigne, en premier lieu, que la défense de la révolution est liée directement à son offensive contre la contre-révolution ; en second lieu, sa croissance et son intensité sont toujours conditionnées par la résistance des contre-révolutionnaires ; en troisième lieu, ce qui découle de ce qui vient d’être énoncé : à savoir que les actions révolutionnaires dépendent intimement du contenu politique, de la structuration et des méthodes organisationnelles employés par les détachements révolutionnaires armés, qui ont à affronter sur un grand front des armées conventionnelles contre-révolutionnaire.

Dans sa lutte contre ses ennemis, la révolution russe à d’abord commencé par organiser, sous la direction des bolcheviks, des détachements de gardes rouges. On s’aperçut très vite que ceux-ci ne supportaient pas la pression des forces ennemies, en l’occurrence des corps expéditionnaires allemands, autrichiens et hongrois, pour la simple raison qu’il agissaient la plupart du temps sans aucune orientation opérationnelle générale. C’est pourquoi les bolchevik recoururent à l’organisation de l’Armée rouge au printemps 1918.

C’est alors que nous avons lancé le mot d’ordre de l’organisation de « bataillons libres » de travailleurs ukrainiens. Il apparut rapidement que cette organisation &tait impuissante à se défaire de provocations internes de toutes sortes, du fait qu’elle intégrait sans aucune vérification suffisante, tant politique que sociale, tous les volontaires désirant uniquement se battre les armes à la main. C’est ainsi que les unités armées mises sur pied par cette organisation furent traitreusement livrées à l’ennemi, circonstance qui l’empêcha de remplir jusqu’au bout son rôle historique dans la lutte contre la contre-révolution étrangère.

Toutefois devant ce premier échec de l’organisation de « bataillons libres » – qu’on pourrait qualifier d’unités combattantes pour la défense immédiate de la révolution-, nous n’avons pas perdu la tête. L’organisation fut quelque peu modifiée dans sa forme : les bataillons furent complété par des détachements de partisans, de type mixte, c’est à dire comprenant de la cavalerie et de l’infanterie. Ces détachements eurent pour tâche d’agir à l’arrière profond de l’ennemi. Cette organisation fit ses preuves lors des actions contre les corps expéditionnaires austro-allemands et les bandes de l’Hetman Skoropadsky, leur allié, durant la fin de l’été et l’automne 1918.

Se tenant à cette forme de défense de la révolution, les travailleurs ukrainiens purent arracher, des mains contre-révolutionnaires, le noeud coulant qu’elles avaient jeté sur la révolution en ukraine. De plus, ne se contentant pas de défendre la révolution, ils l’approfondirent le plus possible(remarque : à ce moment là, les bolcheviks ne disposaient d’aucune forces militaires en Ukraine) leur premières unités combattantes n’arrivèrent de Russie que bien plus tard ; elles occupèrent aussitôt un front parallèle au notre, s’efforçant en apparence de s’unir aux travailleurs ukrainiens, organisés de manière autonome et surtout sans leur contrôle étatique, mais en fait elles s’occupèrent sournoisement de leur décomposition et de leur disparition à leur profit. Pour atteindre leur but, les bolcheviks ne dédaignèrent aucun moyen, allant jusqu’au sabotage direct du soutien qu’ils s’étaient engagés à fournir sous forme de munitions et d’obus ; cela au moment même où nous développions sur tout notre front une grande offensive dont le succès dépendait surtout de la puissance de tir de notre artillerie et de nos mitrailleuses, alors que nous avions justement une grande pénurie de munitions).

Au fur et à mesure que la contre-révolution intérieure se développa dans le pays, elle reçut l’aide d’autres pays, non seulement en armement et en munitions mais aussi en soldats. Malgré cela, notre organisation de la défense de la révolution crût également de son côté et adopta simultanément, en fonction des besoins, une nouvelle forme et des moyens plus appropriés pour sa lutte.

On sait que le front contre-révolutionnaire le plus dangereux de l’époque fut constitué par l’armée du général Dénikine ; pourtant, le mouvement insurrectionnel lui tint tête pendant cinq à six mois. Bon nombre des meilleurs commandants dénikiens se rompirent le cou en affrontant nos unités équipées uniquement d’armes prises à l’ennemi. Notre organisation y contribua grandement : sans empiéter sur l’autonomie dans unités combattantes, elles les réorganisa en régiment et brigades, coordonnés par un Etat-major opérationnel commun. Il est vrai que la création de celui-ci n’eu lieu que grâce à la prise de conscience par les masses laborieuses révolutionnaires, combattant tant sur le front face à l’ennemi qu’a son arrière, de la nécessité d’un commandement militaire unique. en outre, toujours sous l’influence de notre groupe communiste libertaire paysan de Gouliaï-Polié, les travailleurs se préoccupèrent aussi de la détermination de droits égaux pour chaque individu à participer à la nouvelle édification sociale, dans tous les domaines y compris l’obligation de défendre ces conquêtes.

Ainsi, tandis que le front dénikien menaçait de mort la révolution libertaire, perçue avec un vif intérêt par la population, les travailleurs révolutionnaires se groupaient sur base de notre conception organisationnelle de la défense de la révolution, la faisant leur et renforçaient l’armée insurrectionnelle par l’afflux régulier de combattant frais, relevant ceux qui étaient blessés ou fatigués.

Par ailleurs, les exigences pratique de la lutte entraînement au sein de notre mouvement la création d’un état major opérationnel et organisationnel de contrôle commun pour toutes les unités combattantes.

C’est à la suite de cette pratique que je ne puis accepter la pensée que les anarchistes révolutionnaires refusent la nécessité d’un tel Etat-Major pour orienté stratégiquement la lutte révolutionnaire armée. Je suis convaincu que tout anarchiste révolutionnaire qui se retrouverait dans des conditions identiques à celles que j’ai connues durant la guerre civile en Ukraine, sera obligatoirement amené à agir comme nous l’avons fait. Si, au cours de la prochaine révolution sociale authentique, il se trouve des anarchistes pour nier ces principes organisationnels, ce ne seront au sein de notre mouvement de vains bavards ou bien encore des éléments freinateurs et nocifs, qui ne tarderont pas à en être rejetés.

En s’attaquant à la résolution de la question de la défense de la révolution, les anarchistes doivent immanquablement se recommander du caractère social du communisme libertaire. Face à un mouvement révolutionnaire de masse, nous devons reconnaître la nécessité de l’organiser et de lui donner des moyens dignes de lui, puis nous y engager entièrement. Dans le cas contraire, si nous apparaissons comme des rêveurs et des utopistes, alors nous ne devons pas gêner la lutte des travailleurs, en particulier ceux qui suivent les socialistes étatistes. Sans aucun doute l’anarchisme est et reste un mouvement social révolutionnaire, c’est pourquoi je suis et serai toujours partisan de son organisation bien structurée et pour la création, au moment de la révolution, de bataillons, régiments brigades et divisions, tendant à se fondre, à certains moments, en une armée commune, sous un commandement régional unique, sous la forme d’Etats-majors organisationnels de contrôle. Ceux-ci auront pour tâche, selon les nécessités et les conditions de la lutte, d’élaborer un plan opérationnel fédératif, coordonnant les actions des armées régionales, afin d’achever avec succès les combats mené sur tous les fronts contre la contre-révolution armée.

L’affaire de la défense de la révolution n’est pas choses facile ; elle peut exiger des masses révolutionnaires une très grande tension organisationnelle. Les anarchistes doivent le savoir et se tenir prêts à les aider dans cette tâche.

Dielo trouda,n°25, juin 1927, pp.13-14.

Quelques mots sur la question nationale en Ukraine

A la suite de l’abolition du despotisme tsariste, lors de la révolution de 1917, des perspectives de relations nouvelles et libres entre les peuples, jusque là assujettis au joug violent de l’Etat russe, se profitèrent à l’horizon du monde du travail. L’idée d’une totale autodétermination, jusque et y compris la séparation complète d’avec l’Etat, naquit ainsi naturellement chez les peuples. Cela s’exprima de manière très nette en Ukraine, sans connaître tout de suite une formulation bien définie. Des dizaines de groupes de toutes tendances apparurent parmi la population ukrainienne ; chacun d’entre eux interprèta à sa façon et conformément à ses intérêt de parti l’idée d’autodétermination. Dans leur ensemble, les masses laborieuses d’Ukraine ne sympatisérent pas avec ces groupes et n’y adhérèrent pas.

Plus de sept ans ont passé depuis, l’attitude des travailleurs ukrainiens envers l’idée d’autodétermination s’est approfondie et leur compréhension c’est accrue. Désormais, ils sympathisent avec elle et le montrent souvent dans leur vie. Ainsi, ils revendiquent, par exemple l’usage de leur langue et le droit à leur propre culture, considérées avant la révolution comme parias. Ils revendiquent aussi le droit d’appliquer dans leur vie leur propre mode de vie et leurs coutumes spécifiques. Dans le but d’édifier un état ukrainien indépendant, certains messieurs étatistes voudraient bien récupérer pour leur propre compte toutes ces manifestation naturelles de la réalité Ukrainienne, contre laquelle d’ailleurs les bolcheviks sont impuissants à lutter, malgré leur omnipotence. Pourtant ces messieurs étatistes ne parviennent pas à entraîner à leur suites les grandes masses des travailleurs et encore moins de les immobiliser par ce biais pour la lutte contre le parti bolchevik oppresseur. Le sain instinct des travailleurs ukrainiens et leur pénible condition sous le joug bolchevik ne les empêche pas d’oublier le danger étatique en général. C’est pour cette raison qu’ils se tiennent à l’écart de cette tendance chauvine et ne la mêlent pas leurs aspirations sociales, cherchant leur propre voie vers l’émancipation.

Il y a de quoi réfléchir sérieusement pour tous les révolutionnaires ukrianiens et pour les communistes libertaires en particulier, s’il s veulent mener par la suite un travail conséquent parmi les travailleurs ukrainiens

Ce travail ne pourra cependant pas être mené de la même façon que lors des années 1918 – 1920, car la réalité du pays à beaucoup changé. A l’époque la population laborieuse ukrainienne, qui avait joué un rôle si important dans l’écrasement de tous les mercenaires de la bourgeoisie – Dénikine, Pétlioura et Wrangel – , n’avait jamais pu imaginer quelle se retrouverait, à l’issue de la révolution, ignomineusement trompée et exploitée par les bolcheviks.

C’était l’époque où tous luttaient contre la restauration de l’ordre tsariste. Il n’y eu alors pas assez de temps pour examiner et vérifier tous les « intrus » qui venaient se joindre à la lutte. La foi en la révolution dominait sur toutes les considérations possibles sur la qualité de ses « intrus », sur les questions que l’on aurait pu se poser à leur sujet : fallait-il les considérer comme des amis ou des ennemis ? En cette période, les travailleurs marchaient sus à la contre révolution n étant seulement compte que de ceux qui venaient se joindre à eux au premier rang pour affronter sans peur la révolution.

Depuis, la psychologie des travailleurs ukrainiens à beaucoup changé ; ils ont eu le temps de se familiariser à satiété avec les « intrus » à leur cause, et dorénavant ils tiennent compte de manière plus critique de ce qu’ils ont conquis par la révolution, du moins ce qu’il en leur est resté. A travers ces « intrus », ils reconnaissent leurs ennemis directs, bien que ceux-ci s’ukrainisent et agitent le drapeau du socialisme, car, dans les faits, ils les voient agir dans le sens d’une plus grande exploitation du Travail. Ils prennent clairement conscience que c’est la caste des socialistes, exploiteurs rapaces, qui leur à confisqué toutes leurs conquêtes révolutionnaires. En bref, c’est pour eux quelque chose comme l’occupation allemande camouflée sous toutes sortes de tour de passe-passe bolcheviks.

Cette occupation masquée provoque chez les masses un courant nationaliste certain, dirigé contre les « intrus ». Ce n’est pas en vain que les messieurs les bolcheviks gouvernent l’Ukraine depuis Moscou, en se dissimulant derrière leur pantin ukrainien : c’est la haine croissante des masses ukrainiennes qui les incitent à procéder ainsi. Ce sont les conditions même du despotisme bolchevik qui poussent les travailleurs ukrainiens à rechercher des moyens qui leur permettraient de renverser et de s’orienter vers la voie d’une société nouvelle réellement libre. Les bolcheviks ne sommeillent pas pour autant et tentent de s’adapter à tout prix à la réalité Ukrainienne. En 1923, ils s’y sont retrouvé comme des brebis égarées ; depuis ils ont modifié leurs tactiques en se hâtant d’aller à la rencontre de la réalité ukrainienne. Plus encore, ils se sont hâte de lier l’existence du bolchevisme avec celle du nationalisme et ont ajouté à ce propos, dans la constitution de l’URSS », des articles précis accordant le droit à tout peuple membre cette Union à s’autodéterminer pleinement, jusqu’à s’en séparer. Tout cela n’est bien entendu qu’hypocrisie. Comment cette attitude bolchévique va-t-elle évoluer ? Les prochaines années nous le montreront. C’est en tenant compte de ces conditions nouvelles – la haine des travailleurs ukrainiens à l’égard des « intrus » et du bolchevisme nationaliste – que les anarchistes doivent aborder la réalité ukrianienne. Nous estimons que leur principale tâche actuelle est d’expliquer au masses que tout le mal ne vient pas d’une autorité « intruse », mais de toute autorité en général. L’histoire des récentes année fournira un argument de poids pour leur thèse, car l’Ukraine à vu défiler toute sorte de pouvoir qui, en fin de compte, se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Nous devons démontrer que pouvoir d’Etat « intrus » ou pouvoir d’Etat « indépendant », tout deux se valent et les travailleurs n’ont rien a y gagner ; ils doivent concentrer toute leur attention sur autre chose : la destruction des foyer de l’appareil d’Etat et leur remplacement par des organes ouvriers et paysan d’autodirection sociale et économique.

Malgré tout, en abordant la question nationale, nous ne devons pas oublier les dernières particularités ukrainiennes. On parle maintenant en ukrainien et, du fait même de la nouvelle tendance nationaliste, on y écoute mal ceux qui viennent de l’extérieur et ne parlent pas la langue du pays. C’est un aspect ethnique dont il convient de tenir compte au plus haut point. Si, jusqu’à présent, les anarchistes n’on bénéficié que d’une faible audience parmi la paysannerie ukrainienne, c’est parcequ’ils se groupaient surtout dans les villes et, en outre, ne pratiquaient pas la langue nationale ukrainienne.

La vie ukrainienne est riche de toutes sortes de possibilités, en particulier d’un mouvement révolutionnaire de masse. Les anarchistes ont de fortes chances d’influencer sur ce mouvement, d’en devenir même les inspirateurs, à la seule condition de se mettre à l’unisson de la diversité de la réalité et de se placer en position de combat singulier, direct et éclairé, contre les forces hostiles des travailleurs qui s’y sont incrustées. Il n’est possible de s’acquitter de cette tâche qu’au moyen, d’une puissante et grande organisation anarchiste ukrainienne. Il appartient aux anarchistes ukrainiens d’y penser sérieusement et dès maintenant.

Dielo trouda,n°19, décembre 1928, pp.4-7.

Aux juifs de tous pays

Citoyens juifs ! Dans mon premier « appel aux juifs », publié par le journal français « Le Libertaire », j’ai demandé aux juifs en général, c’est à dire aussi bien aux bourgeois qu’aux socialistes, et même aux anarchistes tels que Yanovsky, qui ont tous parlé de moi comme d’un pogromeur de Juifs et traité d’antisémite le mouvement de libération des paysans et ouvrier ukrainiens que j’ai guidé, de m’indiquer les faits exacts, au lieu de bavarder dans le vide là-dessus : où et quand dans le mouvement précité, avons nous commis de tels actes ?

Je m’attendais à ce que les juifs en général répondent à mon « Appel » de la manière qui convient pour des gens qui désirent révéler la vérité au monde civilisé sur les gredins, responsables des massacres de juifs en Ukraine, on bien encore qu’ils s’efforcent de fonder leurs honteux racontars à mon sujet sur le mouvement makhnoviste sur des faits quelques peu véridiques, puis qu’ils m’en fassent part et les diffusent auprès de l’opinion publique.

Jusqu’ici, je n’ai eu connaissance d’aucun fait de ce genre avancé par les Juifs. Tout ce qui a paru jusqu’à présent dans la presse de tout bord, y compris dans certains organes anarchistes juifs, n’a été que le fruit du mensonge le plus éhonté de la vulgarité de certains aventuriers politiques et de leurs stipendiés, tant à mon propos qu’à celui du mouvement insurrectionnel que j’ai guidé. D’ailleurs dans ce mouvement, des unités combattantes révolutionnaires composées de travailleurs juifs ont joué un rôle de premier plan. La lâcheté de ces calomniateurs ne me touche pas, car je l’ai toujours méprisée en tant que telle. Les citoyens juifs peuvent s’en convaincre en constant que j’ai pas dis un seul mot à propos de la pasquinade d’un certain Joseph Kessel, Makhno et sa Juive, roman rédigé à partir de fausses informations sur moi et le mouvement qui m’est lié organisationellement et théoriquement. L’intrigue de cette pasquinade est extraite du texte d’un obséquieux laquais des bolcheviks, un certain colonel Guèraddimenko, jugé d’ailleurs, il y a peu de temps, par les tribunaux tchèques pour espionnage au profit d’une organisation bolchévique.

Ce petit roman s’est également inspiré des articles d’un journal bourgeois, un certain Arbatov, lequel n’a pas craint de m’imputer toutes sortes de violences contre une troupe d' »artistes liliputiens » ! Affaire, bien entendu inventée de toutes pièces.

Dans son roman révoltant de mensonges, le jeune écrivain Kessel s’ingénie à me dépeindre d’une manière si odieuse qu’il lui aurait fallu, au moins que dans les passages où il s’inspire des écrits de Guérasimenko et Arbatov, citer ses sources. Dans la mesure où le mensonge joue un rôle principal dans ce roman et que ses sources sont inconsistantes, ma seule réponse ne pouvait être que le silence.

C’est de manière tout à fait différente que je considère les calomnie qui proviennent d’associations juives, lesquelles veulent donner l’impression à leurs coreligionnaires quelles étudient avec soin les actions indigne et craintes d’injustices accomplies contre la population juive en Ukraine et dont ces associations veulent dénoncer les auteurs.

Il y a peu de temps, l’une des associations, qui a d’ailleurs son siège social dans le royaume bolchevik, à édité un ouvrage illustré de photographies sur les atrocités commises contre la population juive en Ukraine et en Biélo-Russie, cela à partir de matériaux recueillis par le camarade Ostrovsky, ce qui signifie en clair : de source bolchévique. Dans ce document « historique », nulle part il n’est fait mention de pogrom anti-juifs accomplis par la si vantée « Première armée de cavalerie rouge », lorsque venant du Caucase, elle traversa l’Ukraine en mai 1920. En revanche, ce document mentionne un certain nombre de pogroms et publie en rapport des photos d’insurgés makhnovistes, sans que l’on sache ce qu’il viennent y faire, d’une part, et qui, d’autre part, ne représentent même pas des makhnovistes, comme, par exemple celle qui montre des « makhnovistes en déplacement », précédés d’un drapeau noir orné d’une tête de mort ; c’est une photo qui n’a rien à voir avec les pogroms et qui, surtout, ne représente aucunement des makhnovistes. Une falsification encore plus importante, tant contre moi que contre les makhnovistes, apparait dans les photographies représentant les rues de la ville d’Alexandrovsk, prétendument dévastées après un pogrom commis par les makhnovistes, en été 1919. Ce grossier mensonge est impardonnable pur l’association juive responsable de la publication, car il est de notoriété publique en Ukraine qu’à cette époque, l’armée insurrectionnelle makhnoviste se trouvait loin de cette région : elle c’était repliée en Ukraine occidentale. En fait, Alexandrovsk a été sous le contrôle des bolcheviks, de février à juin 1919, puis des dénikiens jusqu’à l’automne.

Par ces documents, la société juive d’obédience bolchévique commet une grande bassesse à mon égard et envers le mouvement makhnoviste : m’ayant pu trouver de documents pour nous accuser – au profit de ses commanditaires – de pogroms anti-juifs, elle a reconnu à la falsification directes de pièces qui n’on aucun rapport ni avec moi ni avec le mouvement insurrectionnel. Son procéder mensonger est encore plus flagrant lorsqu’elle reproduit une photo – « Makhno, un « paisible » citoyen » – , alors qu’en fait il s’agit d’une personne qui m’est complètement inconnue.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai considéré de mon devoir de l’adresser à l’opinion de la communauté juive internationale afin d’attirer son attention sur la lâcheté et le mensonge de certaines association juives, tenues en sous-main par les bolcheviks, m’accusant personnellement, ainsi que le mouvement insurrectionnel que j’ai guidé, de pogrom anti-juifs. L’opinion juive internationale se doit de vérifier attentivement la teneur de ces affirmations infâmes, car présenter de telles absurdités n’est pas la meilleure méthode pour établir, aux yeux de tous, la vérité sur ce qu’a subit la population juive en Ukraine, sans tenir compte déjà que ces mensonges ne servent qu’à déformer totalement l’histoire.

A suivre…

 

Visions et messages d’un anarchiste révolutionnaire… Nestor Makhno (1932)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 10 janvier 2017 by Résistance 71

L’abécédaire de l’anarchiste révolutionnaire

 

Nestor Makhno, 1932

 

Note de Résistance 71: Makhno écrivit ce texte dans un contexte insurrectionnel, à la suite de la révolution russe de 1917, alors que la Makhnovichnya fut vaincue en luttant contre à la fois les “blancs” tsaristes et les bolchéviques, l’Armée Rouge et son chef historique criminel, Léon Trotsky.
Nous pensons que les associations libres et leur confédération doivent se faire en changeant notre attitude envers l’État et créant une société parallèle ignorant les institutions et se gérant pas à pas elle-même, la confédération des associations libres rendra l’État et ses institutions coercitives obsolètes parce que plus personne ou presque ne les suivront. Elles deviendront inutiles, caduques, nulles et non avenues, prêtes à être reléguées au musée des horreurs de l’histoire de l’humanité.
Ceci s’opèrera sans quasiment aucune violence, il n’y en aura pas besoin parce que les membres des corps constitués institutionnels de l’État embrasseront la nouvelle société émancipée, il n’y aura plus rien à tirer des institutions exsangues. L’État tentera d’exercer sa coercition habituelle mais tombera comme un fruit trop mûr qu’il sera devenu.
Il faut ainsi lire le texte de Makhno ci-dessous en le replaçant dans son contexte révolutionnaire de l’époque et comprendre qu’une telle situation de violence n’est ni nécesaire, ni inéluctable pour un changement radical de paradigme politique. Il suffit de proclamer un NON ! organisé pour que l’ineptie criminelle contre-nature actuelle s’arrête.

L’anarchisme, c’est la vie libre et l’œuvre créatrice de l’homme. C’est la destruction de tout ce qui est dirigé contre ces aspirations naturelles et saines de l’homme.

L’anarchisme, ce n’est pas un enseignement exclusivement théorique, à partir de programmes élaborés artificiellement dans le but de régir la vie ; c’est un enseignement tiré de la vie à travers toutes ses saines manifestations, passant outre à toutes les normes artificielles.

La physionomie sociale et politique de l’anarchisme, c’est une société libre, antiautoritaire, celle qui instaure la liberté, l’égalité et la solidarité entre tous ses membres.

Le Droit, dans l’anarchisme, c’est la responsabilité de l’individu, celle qui entraîne une garantie véritable de la liberté et de la justice sociale, pour tous et pour chacun, partout et de tous temps. C’est là que naît le communisme.

L’anarchisme naît naturellement chez l’homme ; le communisme, lui, en est le développement logique.

Ces affirmations demandent à être appuyées théoriquement à l’aide de l’analyse scientifique et de données concrêtes, afin de devenir des postulats fondamentaux de l’anarchisme. Cependant, les grands théoriciens libertaires, tels que Godwin, Proudhon, Bakounine, Johann Most, Kropotkine, Malatesta, Sebastien Faure et de nombreux autres n’ont pas voulu, du moins je le suppose, enfermer la doctrine dans des cadres rigides et définitifs. Bien au contraire, on peut dire que le dogme scientifique de l’anarchisme, c’est l’aspiration à démontrer qu’il est inhérent à la nature humaine de ne jamais se contenter de ses conquètes. La seule chose qui ne change pas dans l’anarchisme scientifique, c’est la tendance naturelle à rejeter toutes les chaînes et toute entreprise d’exploitation de l’homme par l’homme. En lieu et place des chaînes et de l’esclavage instaurés actuellement dans la société humaine – ce que, d’ailleurs, le socialisme n’a pu et ne peut supprimer -, l’anarchisme sème la liberté et le droit inaliénable de l’homme à en user.

En tant qu’anarchiste révolutionnaire, j’ai participé à la vie du peuple urkainien durant la révolution. Ce peuple a ressenti instinctivement à travers son activité l’exigeance vitale des idées libertaires et en a également subi le poid tragique. J’ai connu, sans fléchir, les mêmes rigueurs dramatiques de cette lutte collective, mais, bien souvent, je me suis retrouvé impuissant à comprendre puis à formuler les exigences du moment. En général, je me suis rapidement repris et j’ai clairement saisi que le but vers lequel, moi et mes camarades, nous appelions à lutter était directement assimilé par la masse qui combattait pour la liberté et l’indépendance de l’individu et de l’humainté entière.

L’expérience de la lutte pratique a renforcé ma conviction que l’anarchisme éduque d’une manière vivante l’homme. C’est un enseignement tout aussi révolutionnaire que la vie, il est tout aussi varié et puissant dans ses manifestations que la vie créatrice de l’homme et, en fait, il s’y indentifie intimement.

En tant qu’anarchiste révolutionnaire, et tant que j’aurai un lien au moins aussi ténu qu’un cheveu avec cette qualification, je t’appellerai, toi frère humilié, à la lutte pour la réalisation de l’idéal anarchiste. En effet, ce n’est que par cette lutte pour la liberté, l’égalité et la solidarité que tu comprendra l’anarchisme.

L’anarchisme existe, donc, naturellement chez l’homme : il l’émancipe historiquement de la psychologie servile – acquise atrificiellement – et l’aide à devenir un combatant conscient contre l’esclavage sous toutes ses formes. C’est en cela que l’anarchisme est révolutionnaire.

Plus l’homme prend conscience, par la reflexion, de sa situation servile, plus il s’en indigne, plus l’esprit anarchiste de liberté, de volonté et d’action s’incruste en lui. Cela concerne chaque individu, homme ou femme, même s’ils nont jamais entendu parler du mot « anarchisme ».

La nature de l’homme est anarchiste : elle s’oppose à tout ce qui tend à l’emprisonner. Cette essence naturelle de l’homme, selon moi, s’exprime dans le terme scientifique d’anarchisme. Celui-ci, en tant qu’idéal de vie chez l’homme, joue un rôle significatif dans l’évolution humaine. Les oppresseurs, tout aussi bien que les opprimés, commencent peu à peu à remarquer ce rôle ; aussi, les premiers aspirent-ils par tout les moyens à déformer cet idéal, alors que les seconds aspirent, eux, à les rendre plus accessibles à attiendre.

La compréhension de l’idéal anarchiste chez l’esclave et le maître grandit avec la civilisation moderne. En dépit des fins que celle-ci s’était jusque là données – endormir et bloquer toute tendance naturelle chez l’homme à protester contre tout outrage à sa dignité -, elle n’a pu faire taire les esprits scientifiques indépendants qui ont mis à nu la véritable provenance de l’homme et démontré l’innexistence de Dieu, considéré auparavant comme le créateur de l’humanité. Par suite, il est devenu naturellement plus facile de prouver de manière irréfutable le caractère artificiel des « onctions divines » sur terre et des relations infâmantes qu’elles entraînaient contre les homes.

Tous ces évènements ont considérablement aidé au développement conscient des idées anarchistes. Il est tout aussi vrai que des conceptions artificielles ont vu le jour à la même époque : le liberalisme et le socialisme prétendument « scientifique », dont l’une des branches est représentée par le bolchevisme-communisme. Toutefois, malgrés toute leur immense influence sur la psychologie de la société moderne, ou du moins sur une grande partie d’entre elle, et malgré leur triomphe sur la réaction classique d’une part, et sur la personnalité de l’individu, d’autre part, ces conceptions artificielles tendent à glisser sur la pente menant aux formes déja connues du vieux monde.

L’homme libre, qui prend conscience et qui l’exprime autour de lui, enterre et enterrera inévitablement tout le passé infâmant de l’humanité, ainsi que tout ce que cela entraînerait comme tromperie, violence arbitraire et avilissement. Il enterrera aussi ces enseignements artificiels.

L’individu se libère peu à peu, dès à présent, de la chape de mensonges et de lâcheté dont l’ont recouvert depuis sa naissance les dieux terrestres, cela à l’aide de la force grossière de la baïonnette, du rouble, de la « justice » et de la science hypocrite – celle des apprentis sorciers.

En se débarrassant d’une telle infamie, l’individu atteint la plénitude qui lui fait découvrir la carte de la vie : il y remarque en premier lieu son ancienne vie servile, repoussante de lâcheté et de misère. Cette vie ancienne avait tué en lui, en l’asservissant, tout ce qui avait de propre, clair et valable au départ, pour le transformer soit en mouton bêlant, soit en maître imbécile qui piétine et déchire tout ce qu’il y a de bon en lui-même et chez autrui.

C’est seulement à ce moment que l’homme s’éveille à la liberté naturelle, indépendante de qui ou de quoi que ce soit et qui réduit en cendre tout ce qui lui est contraire, tout ce qui viole la pureté et la beauté captivante de la nature, laquelle se manifeste et croît à travers l’œuvre créatrice autonome de l’individu. Ce n’est qu’ici que l’homme revient à lui-même et qu’il condamne pour toujours son passé honteux, coupant avec lui tout lien psychique qui emprisonnait jusqu’ici sa vie individuelle et sociale, par le poids de son ascendance serville et aussi, en partie, par sa propre démission, encouragée et accrue par les chamans de la science.

Désormais, l’homme avance d’année en année autant qu’il le faisait auparavant de génération en génération, vers une fin hautement étique : ne pas être, ni devenir lui-même un chaman, un prophète du pouvoir sur autrui et ne plus permettre à d’autres de disposer d’un pouvoir sur lui.

Libéré des dieux célèstes et terrestres, ainsi que de toutes leurs prescriptions morales et sociales, l’homme élève la voix et s’oppose en actes contre l’exploitation de l’homme par l’homme et le dévoiement de sa nature, laquelle reste invariablement liée à la marche en avant, vers la pleinitude et la perfection. Cet homme révolté ayant pris conscience de soi et de la situation de ses frères opprimés et humiliés, s’exprime dorénavant avec son cœur et sa raison : il devient un anarchiste révolutionnaire, le seul individu qui puisse avoir soif de liberté, de pleinitude et de perfection tant pour lui que pour le genre humain, foulant à ses pieds l’esclavage et l’idiotie sociale qui s’est incarnée historiquement par la violence – l’État. Contre cet assassin et bandit organisé, l’homme libre s’organise à son tour avec ses semblables, en vue de se renforcer et d’adopter une orientation véritablement communiste dans toutes les conquètes communes accomplies sur la voie créatrice, à la fois grandiose et pénible.

Les individus membres de tels groupes s’émancipent par là même de la tutelle criminelle de la société dominante, dans la mesure où ils redeviennent eux-mêmes, c’est à dire qu’ils rejettent toute servilité envers autrui, quelqu’ils aient pu être auparavant : ouvrier, paysan, étudiant ou intellectuels. C’est ainsi qu’ils échappent à la condition soit d’âne bâté, d’esclave, de fonctionnaire ou de laquais se vendant à des maîtres imbéciles.

En tant qu’individu, l’homme se rapproche de sa personnalité authentique lorsqu’il rejette et réduit en cendres les idées fausses sur sa vie, retrouvant ainsi tous ses véritables droits. C’est par cette double démarche de rejet et d’affirmation que l’individu devient un anarchiste révolutionnaire et un communiste conscient.

En tant qu’idéal de vie humaine, l’anarchisme se révèle consciemment en chaque individu comme une aspiration naturelle de la pensée vers une vie libre et créatrice, conduisant à un idéal social de bonheur. A notre siecle, la société anarchiste ou société harmonieuse n’apparaît plus comme une chimère. Cependant, autant que son élaboration et son aménagement pratique, sa conception paraît encore peu évidente.

En tant qu’enseignement portant sur une vie nouvelle de l’homme et de son développement créateur, tant sur le plan individuel que social, l’idée même de l’anarchisme se fonde sur la vérité indestructible de la nature humaine et sur les preuves indiscutables de l’injustice de la société actuelle – véritable plaie permanente. Cette constatation conduit ses partisants – les anarchistes – à se trouver en situation à demi ou entièrement illégale vis-à-vis des institutions officielle de la société actuelle. En effet, l’anarchisme ne peut être reconnu tout à fait légal dans aucun pays ; cela s’explique par son serviteur et maître : l’État. La société s’y est complètement dissoute ; toutes ses fonctions et affaires sociales sont passées aux mains de l’État. Le groupe de personnes qui a parasité de tous temps l’humanité, en lui construisant des « tranchées » dans sa vie, s’est ainsi identifié à l’État. Que ce soit individuellement ou en masse innombrable, l’homme se retrouve à la merci de ce groupe de fainéants se faisant appeler « gouvernants et maîtres », alors qu’ils ne sont en réalité que de simple exploiteurs et oppresseurs.

C’est à ces requins qui abrutissent et soumettent le monde actuel, qu’ils soient gouvernants de droite ou de gauche, bourgeois ou socialistes étatistes, que la grande idée d’anarchisme ne plaît en aucune sorte. La différence entre ces requins tient en ce que les premiers sont des bourgeois déclarés – par conséquents moins hypocrites -, alors que les seconds, les socialistes étatistes de toutes nuances, et surtout parmis eux les collectivistes qui se sont indûment accolés le nom de communistes, à savoir les bolcheviks, se dissimilent hypocritement sous les mots d’ordre de « fraternité et d’égalité ». Les bolcheviks sont prêt à repeindre mille fois la société actuelle ou à changer mille fois la dénomination des systèmes de domination des uns et d’esclavage des autres, bref à modifier les appellations selon les besoins de leurs programmes, sans changer pour autant un iota de la nature de la société actuelle, quitte à échaffauder dans leurs stupides programmes des compromis aux contradictions naturelles qui existent entre la domination et la servitude. Bien qu’ils sachent que ces contradictions soient insurmontables, ils les entretiennent tout de même, à la seule fin de ne pas laisser apparaître dans la vie le seul idéal humain véritable : le communisme libertaire.

Selon leur programme absurde, les socialistes et communistes étatistes ont décidé de « permettre » à l’homme de se librer socialement, sans qu’il soit possible pour autant de manifester cette librerté dans sa vie sociale. Quant à laisser l’homme s’émanciper spirituellement en totalité, de manière à ce qu’il soit entièrement libre d’agir et de se soumettre uniquement à sa propre volonté et aux seules lois naturelles, bien qu’ils abordent peu ce sujet, il ne saurait pour eux en être question. C’est la raison pour laquelle ils unissent leurs efforts à ceux des bourgeois afin que cette émancipation ne puisse jamais échapper à leur odieuse tutelle. De toute façon, l’ »émancipation » octroyée par un pouvoir politque quelconque, on sait bien désormais quel aspect cela peur revêtir.

Le bourgeois trouve naturel de parler des travailleurs comme d’esclaves condamné à le rester. Il n’encouragera jamais un travail authentique susceptible de produire quelquechose de réellement utile et beau, pouvant bénéficier à l’humanité entière. Malgrè les capitaux colossaux dont il dispose dans l’industrie et l’agriculture, il affirme ne pas pouvoir aménager des principes de vie sociale nouvelle. Le présent lui paraît tout fait suffisant, car tout les puissants s’inclinnent devant lui : les tsars, les présidents, les gouvernements et la quasi-totalité des intellectuels et savants, tout ceux qui soumettent à leur tour les esclaves de la société nouvelle. « Domestiques » crient les bourgeois à leur fidèles serviteurs, donnez aux esclaves le servile qui leur est dû, gardez la part qui vous revient pour vos dévoués services, puis conservez le reste pour nous !… Pour eux, dans ces conditions, la vie ne peut être que belle !

« Non nous ne sommes pas d’accord avec vous là-dessus ! rétorquent les socialistes et communistes étatistes. Sur ce, ils s’adressent aux travailleurs, les organisent en parti politiques, puis les incitent à se révolter en tenant le discours suivant : « Chassez les bourgeois du pouvoir de l’État et donnez-nous-le, à nous socialistes et communistes étatistes, ensuite nous vous défendrons et libererons ».

Ennemis acharnés et naturels du pouvoir d’État, bien plus que les fainéants et les privilégiés, les travailleurs expriment leur haine, s’insurgent accomplissent la révolution, détruisent le pouvoir d’État et en chassent ses détenteurs, puis, soit par naïveté soit par manque de vigilance, ils laissent les socialistes s’en emparer. En Russie, ils on laisser les bolcheviks-communistes se l’accaparer. Ces laches jésuites, ces monstres et bourreaux de la liberté se mettent alors à égorger, à fusiller et à écraser les gens, même désarmés, tout comme auparavant les bourgeois, si ce n’est pire encore. Ils fusillent pour soumettre l’esprit indépendant, qu’il soit individuel ou collectif, dans le but d’anéantir pour toujours en l’homme l’esprit de liberté et la volonté créatrice, de le rendre esclave spirituel et laquais physique d’un groupe de scélérats installés à la place du trône déchu, n’hésitant pas à utiliser des tueurs pour se subordonner la masse et éliminer les récalcitrants.

L’homme gémit sous le poids des chaînes du pouvoir socialiste en Russie. Il gémit aussi dans les autres pays sous le joug des socialistes unis à la bourgeoisie, ou bien sous celui de la seule bourgeoisie. Partout, individuellement ou collectivement, l’homme gémit sous l’oppression du pouvoir d’État et de ses folies politiques et économiques. Peu de gens s’intéressent à ses souffrances sans avoir en même temps d’arrières-pensées, car les bourreaux, anciens ou nouveaux, sont très forts spirituellement et physiquement : ils disposent de grands moyens efficaces pour soutenir leur emprise et écraser tout et tous ceux qui se mettent en travers de leur chemin.

Brûlant de défendre ses droits à la vie, à la liberté et au bonheur, l’homme veut manifester sa volonté créatrice en se mêlant au tourbillon de violence. Devant l’issue incertaine de son combat, il a parfois tendance à baisser les bras devant sont bourreau, au moment même où celui-ci passe le nœud coulant autour du cou, cela alors qu’un seul de ses regards audacieux suffirait à faire trembler le bourreau et à remtte en cause tout le fardeau du joug. Malheureusement, l’homme préfère bien souvent fermer les yeux au moment même où le bourreau passe un nœud coulant sur sa vie toute entière.

Seul, l’homme qui a réussi à se débarasser des chaînes de l’oppression et observé toutes les horreurs se commettant contre le genre humain, peut être convaincu que sa liberté et celle de son semblable sont inviolables, tout autant que leur vies, et que son semblable est un frère. S’il est prêt à conquerir et à defendre sa liberté, à exterminer tout exploiteur et tout bourreau (si celui-ci n’abandonne pas sa lâche profession), puis s’il ne se donne pas pour but dans sa lutte contre le mal de la société contemporaine de remplacer le pouvoir bourgeois par un autre pouvoir tout aussi oppresseur – socialiste, communiste ou « ouvrier » (bolchevik) -, mais d’instaurer une société réellement libre, organisée à partir de la responsabilité individuelle et garantissant à tous une liberté authentique et une justice sociale égale pour tous, seul cet homme là est un anarchiste révolutionnaire. il peut sans crainte regarder les actes du bourreau-État et recevoir s’il le faut son verdict, et aussi énoncer le sien à l’occasion en déclarant : « Non, il ne saurait en être ainsi ! Révolte-toi, frère opprimé ! Insurge-toi contre tout pouvoir de l’État ! Détruis le pouvoir de la bourgeoisie et ne le remplace pas par celui des socialistes et des bolcheviks-communistes. Supprime tout pouvoir d’État et chasse ses partisants, car tu ne trouveras jamais d’amis parmis eux. »

Le pouvoir des socialistes ou communistes étatitstes est tout aussi nocif que celui de la bourgeoisie. Il arrive même qu’il le soit encore davantage, l’orsqu’il fait ses expériences avec le sang et la vie des hommes. A ce moment, il ne tarde pas à rejoindre à la dérobée les prémices du pouvoir bourgeois ; il ne craint plus alors de recourrir aux pires moyens en mettant et en trompant encore plus que tout autre pouvoir. Les idées du socialisme ou communisme d’État deviennent même superflues : il ne s’en sert plus et se rapproche à toutes celles qui peuvent lui servir à s’aggriper au pouvoir. En fin de compte, il ne fait qu’employer des moyens nouveaux pour perpetuer la domination et devenir plus lâche que la bourgeoisie qui, elle, pend le révolutionnaire publiquement, alors que le bolchevisme-communisme, lui, tue et étrangle en cachette.

Toute révolution qui a mis aux prises la bourgeoisie et les socialistes ou communistes d’État illustre bien ce que je viens d’affirmer, en particulier si l’on considère l’exemple des révolutions russes de fevrier et d’octobre 1917. Ayant renversé l’empire russe, les masses laborieuses se sentirent en conséquence à demi émancipée politiquement et aspirèrent a parachever cette libération. Elles se mirent à transmettre les terres, confisquées aux grands propriétaires terriens et au clergé, à ceux qui les cultivaient ou qui avaient l’intention de le faire sans exploiter le travail d’autrui. Dans les villes, ce furent les usines, les fabriques, les typographies et autres entreprises sociales qui furent prises en main par ceux qui y travaillaient. Lors de ces réalisations saines et enthousiastes, tendant à instaurer des relations fraternelles entre les villes et les campagnes, les travailleurs ne voulurent pas remarquer qu’à Kiev, Kharkov et Pétrograd, des gouvernements nouveaux se mettaient en place.

A travers ses organisations de classe, le peuple aspirait à poser le fondement d’une société nouvelle et libre devant éliminer, en toute indépendance, au cours de son developpement, du corps social tous les prarasites et tous les pouvoirs des uns sur les autres, jugés stupides et nuisibles par les travailleurs.

Une telle démarche s’affirma nettement en Ukraine, dans l’Oural et en Sibérie. A Tiflis, Kiev, Petrograd et Moscou, au cœur même des pouvoir mourants, cette tendance se fit jour. Toutefois, partout et toujours, les socialistes et communistes d’État avaient et on encore leurs nombreux partisants, ainsi que leurs tueurs à gages. Parmi ceux-ci, il faut malheureusement constater qu’il y eu de nombreux travailleurs. A l’aide de ces tueurs les bolcheviks ont coupé court à l’œuvre du peuple, et d’une manière si terrible que même l’inquisition du Moyen Age pourrait les envier.

Quant a nous, connaissant la véritable nature de l’État, nous disons aux guides socialistes et bolcheviks : « Honte à vous ! Vous avez tant écrit et discuté de la férocité bourgeoise à l’égard des opprimés. Vous avez défendu avec tant d’acharnement la pureté révolutionnaire et le dévouement des travailleurs en lutte pour leur émancipation et maintenant, parvenu au pouvoir, vous vous révélez ou bien les même lâches laquais de la bourgeoisie ou bien vous devenez vous même bourgeois en utilisant ses moyens, au point même qu’elle s’en étonne et s’en moque. »

D’ailleurs à travers les expériences du bolchevisme-communiste, la bourgeoisie a compris, ces dernières années, que la chimère scientifique d’un socialisme étatique ne pouvait se passer ni des moyens, ni même d’elle même. Elle l’a si bien compris qu’elle se moque de ses élèves qui n’arrivent même pas à sa hauteur. Elle à compris que, dans le système socialiste, l’exploitation et la violence organisée contre la majorité de la masse laborieuse ne suppriment nullement la vie débauchée et le parasitisme des fainéants, qu’en fait l’exploitation ne change que de nom puis croît et se renforce. Et c’est bien ce que la réalité nous confirme. Il n’y a qu’à constater la maraude des bolcheviks et leur monopole sur les conquètes révolutionnaire du peuple, ainsi que leur police, leurs tribunaux, prisons et armée de geôliers, tous employés contre la révolution. L’armée « rouge » continue d’être recrutée de force ! On y retrouve les mêmes fonctions qu’auparavant, bien qu’elles s’y dénomment autrement, en étant encore plus irresponsable et devoyées.

Le libéralisme, le socialisme et le communisme d’État sont trois membres de la même famille empruntant des voies différentes pour exercer leur pouvoir sur l’homme, afin de l’empêcher d’atteindre son plein épanouissement vers la liberté et l’indépendance en créant un principe nouveau, sain et authentique à partir d’un idéal social valable pour tout le genre humain.

« Revolte-toi ! déclare l’anarchiste révolutionnaire à l’opprimé. Insurge-toi et supprime tout pouvoir sur toi et en toi. Et ne participe pas à en créer un nouveau sur autrui. Sois libre et défends la liberté des autres contre toutes atteintes !  »

Le pouvoir dans la société humaine est sourtout prôné par ceux qui n’ont jamais vécu véritablement de leur propre travail et d’une vie saine, ou bien, encore, qui n’en vivent plus ou qui ne veulent pas en vivre. Le pouvoir d’État ne pourra jamais donner la joie, le bonheur et l’épanouissement à une société quelle qu’elle soit. Ce pouvoir à été créé par des fainéant dans le but unique de piller et d’exercer leur violence, souvent meurtrière, contre tous ceux qui produisent, par leur travail – que ce soit par la volonté, l’intelligence ou les muscles -, tout ce qui est utile et bon dans la vie de l’homme.

Que ce pouvoir se qualifie de bourgeois, de socialiste, de bolchevik-communiste, d’ouvrier ou de paysan, cela revient au même : il est tout aussi nocif à l’individualité saine et heureuse et à la sociètè dans son ensemble. La nature de tout pouvoir d’État est partout identique : anéantir la liberté de l’individu, le transformer spirituellement en laquais, puis de s’en servir pour les besognes les plus sâles. Il n’y a pas de pouvoir innofensif.

« Frère opprimé, chasse en toi le pouvoir et ne permet pas qu’il s’instaure ni sur toi ni sur ton frère, proche ou lointain ! « 

La vraie vie, saine et joyeuse, de l’individu et de la collectivité ne se construit pas à l’aide du pouvoir et de programmes qui tentent de l’enfermer en des formules et des lois écrites. Non, elle ne peut s’édifier qu’à partir de la liberté individuelle, de son œuvre créatrice et indépendante, s’affirmant par les phases de destruction et de construction.

La liberté de chaque individu fonde la société libertaire ; celle-ci atteit son integralité par la décentralisation et la réalisation but commun : le communisme libertaire.

Lorsque nous nous représentons la société communiste libertaire, nous la voyons comme une société grandiose et harmonieuse dans ses relations humaines. Elle repose principalement sur les individus libres qui se groupent en associations affinitaires – que ce soit par intérêt, nécéssité ou penchants -, garantissant une justice sociale à titre égal pour tous en se liant en fédérations et confédérations.

Le communisme libertaire, c’est une société qui se fonde sur la vie libre de tout homme, sur son droit intangible à un développement infini, sur la suppression de toutes les injustices et de tous les maux qui ont entravé le progrès et le perfectionnement de la société en la partageant en couches et en classes, sources de l’oppression et de la violence des uns sur les autres.

La société libertaire se donne pour but de rendre plus belle et plus radieuse la vie de chacun, au moyen de son travail, de sa volonté et de son intelligence. En plein accord avec la nature, le communisme libertaire se fonde par conséquent sur la vie de l’homme pleinement épanoui, indépendant, créateur et absolument libre. C’est la raison pour laquelle ses adeptes apparaissent dans leur vie comme des êtres libres et radieux.

Le travail et les relation fraternelles entre tous, l’amour de la vie, la passion de la création belle et libre, toutes ces valeurs motivent la vie et l’activité des communistes libertaires. Ils n’ont nul besoin de prisons, de bourreaux, d’espions et de provocateurs, utilisés par contre en grands nombre par le socialistes et communistes étatistes. Par principe, les communistes libertaire n’ont aucun besoin des bandits et assassins à gages dont le pire exemple et le chef suprème est en fin de compte, l’État. Frère opprimé ! Prépare-toi à la fondation de cette société là, par la reflexion et au moyen de l’action organisée. Seulement, souviens-toi que ton organisation doit être solide et constante dans son activité sociale. L’ennemi absolu de ton émancipation, c’est l’État ; il s’incarne au mieux par l’union des cinq types suivants : le propriétaire, le militaire, le juge, le prêtre et celui qui est leur serviteur à tous, l’intellectuel. Dans la plupart des cas, ce dernier se charge de prouver les droits « légitimes » de ses quatre maître à sanctionner le genre humain, à normaliser la vie de l’homme sous tous ses aspects individuels et sociaux, cela en déformant le sens des lois naturelles pour codifier des lois « historiques et juridiques », œuvres criminelles de plumitifs stilipendiés.

L’ennemi est très fort car, depuis des millénaires, il vit de pillages et de violences ; il en a retiré de l’expérience, il a surmonté des crises internes et il adopte maintenant une nouvelle physionomie, étant menacé de disparition par l’apparition d’une science nouvelle qui reveille l’homme de son sommeil séculaire. Cette science nouvelle libère l’homme de ses préjugés et lui fournit des armes pour se découvrir lui-même et trouver sa véritable place dans la vie, malgrè tous les efforts des apprentis-sorciers de l’union des « cinq » pour l’empêcher d’avancer sur cette voie.

Ainsi une telle modification du visage de notre ennemi, frère opprimé, peut être remarqué, par exemple, dans tout ce qui sort du cabinet des savants réformateurs de l’État. Nous avons pu observer d’une mainère caractéristique cette métamorphose lors des révolutions que nous avons vécues nous-même. L’union des « cinq », l’État, notre ennemi, parut au début disparaître complètement de la terre…

En réalité, notre ennemi ne fit que changer d’apparence et se découvrit de nouveau alliés qui oeuvrèrent criminellement contre nous : la leçon des bolcheviks-communistes en Russie, en Ukraine, en Georgie, et parmis de nombreux peuples d’Asie centrale est très édifiante à ce égard. Cette époque ne sera jamais oubliée par l’homme qui combat pour son émancipation, car il saura se rappeler ce qu’il y a eu de cauchemardesque et de criminel.

Le seul et le plus sûr moyen qui s’offre à l’opprimé dans sa lutte contre le mal qui l’enchaîne, c’est la révolution sociale, rupture profonde et avancée vers l’évolution humaine.

Bien que la révolution sociale se développe spontanément, l’organisation déblaie sa voie, facilite l’apparition de brèches parmis les digues dressée contre elle et accélère sa venue. L’anarchiste révolutionnaire travaille dès maintenant à cette orientation. Chaque opprimé qui tient sur lui le joug, en étant conscient que cette infâmie écrase la vie du genre humain, doit venir en aide à l’anarchiste. Chaque être humain doit être conscient de sa responsabilité et l’assumer jusqu’au bout en supprimant de la société tous les bourreaux et parasites de l’union des « cinq », afin que l’humanité puisse respirer en toute liberté.

Chaque homme et surtout l’anarchiste révolutionnaire – en tant qu’initiateur appelant à lutter pour l’idéal de liberté, de solidarité et d’égalité – doit se rappeler que la révolution sociale exige pour son évolution créatrice des moyens adéquats, en particulier des moyens organisationnels constants, nottament durant la période où elle détruit, dans un élan spontané, l’esclavage, et sème la liberté, en affirmant le droit de chaque homme à un libre développement ilimité. C’est précisément la période où, ressentant la véritable liberté en eux et autour d’eux, les individus et les masses oseront mettre en pratique les conquêtes de la révolution sociale, que celle- ci éprouvera le plus grand besoin de ces moyens organisationnels. Par exemple, les anarchistes révolutionnaires ont joué un rôle particulièrement remarquable lors de la révolution russe mais, ne possédant pas les moyens d’action nécessaires, n’ont pu mener à terme leur rôle historique. Cette révolution nous a, d’ailleurs, bien démontré la vérité suivante : après s’être débarassé des chaînes de l’esclavage, les masses humaines n’ont nullement l’intention d’en créer de nouvelles. Au contraire, durant les périodes révolutionnaires, les masses recherchent des formes nouvelles d’associations libres pouvant non seulement répondre à leurs élans libertaires, mais défendre aussi leurs acquis lorsque l’ennemi s’y attaque.

En observant ce processus, nous sommes constamment parvenu à la conclusion que les association les plus fertiles et les plus valables ne pouvaient être que les union-communes, celles dont les moyens sociaux sont créés par la vie même : les soviets libres. En se fondant sur cette même conviction, l’anarchiste révolutionnaire se jette dans l’action avec abnégation et il rappelle les opprimés à la lutte pour les actions libres. Il est convaincu qu’il ne faut pas seulement manifester les principe organisationnels fondamentaux et createurs, mais aussi se donner les moyens de défendre la vie nouvelle contre les forces hostiles. La pratique montre que cela doit être réalisé de la manière la plus ferme et soutenue par les masses elles-même, directement sur place.

En accomplissant la révolution, pousées par l’anarchisme naturellement en elles, les masses humaines recherchent les associations libres. Les assemblées libres retiennent toujours leur sympathie. L’anarchiste révolutionnaire doit les aider à formuler le mieux possible cette démarche. Par exemple, le problème économique de l’association libre des communes doit trouver sa pleine expression par la création de coopératives de production et de consommation, dont les soviets libres seraient les promoteurs.

C’est par l’intermédiaire des soviets libres, durant le développement de la révolution sociale, que les masses s’empareront directement de tout le patrimoine social : la terre, les forêts, les fabriques, les usines, les chemins de fer et transports maritimes, ect., puis, se regroupant selon leurs interêts, leurs affinités ou l’idéal commun, elles construiront leur vie sociale de la façon la plus variée et appropriée à leurs besoins et désirs.

Il va sans dire que cette lutte sera pénible ; elle provoquera un grand nombre de victimes, car elle opposera pour la dernière fois l’humanité libre et le vieux monde. Il n’y aura pas de place à l’hésitation ni au sentimentalisme. Ce sera à la vie et à la mort ! Du moins c’est ainsi que devra le concevoir chaque homme qui attache de l’importance à ses droits et à ceux de l’humanité entière, s’il ne veut pas demeurer un âne bâté, un esclave, comme on le force à l’être actuellement.

Lorsque le raisonnement sain et l’amour autant de soi-même que d’autrui prendront le dessus dans la vie, l’homme deviendra le véritable createur de sa propre existance.

Organise-toi, frère opprimé, fais appel à tous les hommes de la charrue et de l’atelier, du banc d’école du lycée et de l’université, sans oublier le savant et l’intellectuel en général, afin qu’il sorte de son cabinet et te porte secours sur ton pénible chemin. Il est vrai que neuf intellectuels sur dix ne pourront pas répondre à ton appel ou bien, s’il le font, ce sera avec l’arrière pensée de te tromper, car n’oublie pas que ce sont de fidèles serviteur de l’union des « cinq ». Il y en aura tout de même un sur dix qui s’avèrera être ton ami et t’aidera à déjouer la tromperie des neuf autres. En ce qui concerne la violence physique, la force grossière des gouvrenant législateurs, tu l’écartera avec ta propre violence.

Organise-toi, appelle tous tes frères à rejoindre le mouvement et exige de tous les gouvernants de mettre fin volontairement à leur lâche profession de régenter la vie de l’homme. S’ils refusent, insurge-toi, désarme les policiers, les miliciens et autres chiens de garde de l’union des « cinq ». Arrête pour le temps nécessaire tout les gouvernants, déchire et brûle leurs lois ! Détruis les prisons, anéantis les boureau, supprime tout pouvoir d’État !

De nombreux tueurs à gages et assassins se trouvent dans l’armée, mais tes amis, les soldats mobilisés de force, y sont présents aussi, appelle-les à toi, ils viendront à ton secour et t’aideront à neutraliser les mercenaires.

Après s’être tous réunis en une grande famille, frères, nous irons ensemble sur la voie de la lumière et du savoir, nous éloignerons les ténèbres et marcherons vers l’idéal commun de l’humanité : la vie fraternelle et libre, la société où personne ne sera plus jamais esclave ni humilié par quiconque.

A la violence grossière de nos ennemis, nous repondrons par la force compacte de notre armée révolutionnaire inssurectionnelle. A l’incohérence et l’arbitraire, nous répondrons en construisant avec justice notre nouvelle vie, sur la base de la responsabilité de chacun, vraie garantie de la liberté et de la justice sociale pour tous.

Seuls, les criminels sanguinaires de l’union des « cinq » refuseront de se joindre à nous sur la voie novatrice ; ils tenteront de s’y opposer pour conserver leurs privilèges, ce en quoi ils se condamneront eux-mêmes.

Vive cette conviction claire et ferme en la lutte pour l’idéal de l’harmonie humaine généralisée : la société anarchiste !

Société contre l’État… L’expérience ukrainienne

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, pédagogie libération, philosophie, police politique et totalitarisme, résistance politique, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 24 juillet 2013 by Résistance 71

La lutte contre l’État

 Nestor Makhno (1926)

Le fait que l’Etat moderne soit le type d’organisation d’un pouvoir fondé sur l’arbitraire et la violence dans la vie sociale des travailleurs est indépendant de son caractère « bourgeois » ou « prolétariens ». Il repose sur le centralisme oppressif, découlant de la violence directe d’une minorité sur la majorité. Chaque Etat utilise, pour affirmer et imposer la légalité de son système, outre le fusil et l’or, des moyens puissants de pression morale. A l’aide de ces moyens, un petit groupe de politiciens réprime psychologiquement toute la société et, en particulier, les masses laborieuses, les conditionnant de façon à détourner leur attention du servage instauré par l’Etat.

Ainsi, il est clair que, pour combattre la violence organisée de l’Etat moderne, il faut employer des moyens puissants, correspondant à l’importance de la tâche.

Jusqu’ici, les moyens d’action sociale employés par la classe laborieuse révolutionnaire contre le pouvoir des oppresseurs et exploiteurs – l’Etat et le Capital – , conformément aux idées libertaires, ne suffisent pas pour mener les travailleurs à la victoire complète.

Il est arrivé dans l’Histoire que les travailleurs vainquent le Capital; mais la victoire leur échappait ensuite, parce qu’un pouvoir d’Etat se créait, unissant les intérêts du capital privé et capitalisme d’Etat pour triompher des travailleurs.

L’expérience de la révolution russe nous a démontré à l’évidence nos insuffisances dans ce domaine. Nous ne devons pas l’oublier, nous appliquant à les discerner distinctement.

Nous pouvons reconnaître que notre lutte contre l’Etat dans la Révolution russe fut remarquable, malgré la désorganisation qui règne dans nos rangs; remarquable surtout en ce qui concerne la destruction de cette hideuse institution.

Mais, en revanche notre lutte fut insignifiante dans le domaine de l’édification de la société libre des travailleurs et de ses structures sociales, ce qui aurait pu garantir son développement en dehors de la tutelle de l’Etat et de ses institution répressives.

Le fait que nous, communistes libertaires ou anarcho-syndicalistes, n’avions pas prévu le lendemain de la Révolution russe, et que nous ne nous sommes pas hâtés de formuler à temps les nouvelles formes de l’activité sociale, a amené beaucoup de nos groupes ou organisations à hésiter plus d’une fois dans leur orientation politique et socio-stratégique sur le front combattant de la Révolution.

Afin d’éviter de retomber à l’avenir dans les mêmes erreurs, lors d’une situation révolutionnaire, et pour conserver la cohérence de notre ligne organisationelle, nous devons fondre d’abord toutes nos forces en un collectif agissant, puis définir dès maintenant notre conception constructive des unités économiques et sociales, locales et territoriales, au besoin les nommer de façon déterminée (soviets, assemblées libres), et en particulier définir dans les grandes lignes leurs fonctions révolutionnaires fondamentales dans la lutte contre l’Etat. L’époque actuelle et les leçons de la révolution russe l’exigent.

Ceux qui se sont mêlés au coeur même de la classe ouvrière et paysanne, en prenant activement part aux victoires et aux défaites de son combat, ceux là doivent sans aucun doute arriver à nos conclusions, et plus précisément à comprendre que notre lutte contre l’Etat doit se mener jusau’à la liquidation complète de celui-ci; ceux là reconnaîtrons par ailleurs que le rôle le plus difficile dans cette lutte est celui de la force armée révolutionnaire.

Il est indispensable de lier les forces armées de la Révolution avec les unités sociales et économiques, dans lesquelles la population laborieuse s’organisera dès les premiers jours de la révolution, afin d’instaurer une auto-organisation totale de la vie, en dehors de toutes structures étatiques.

Les anarchistes doivent concentrer, dès maintenant, leur attention sur cet aspect de la Révolution. Ils doivent être persuadés que, si les forces armées de la révolution s’organisent en armée importantes ou en de nombreux détachements armés locaux, elles ne pourront que vaincre les tenants et les défenseurs de l’étatisme, et par là même créer les conditions nécessaires pour la population laborieuse qui soutient la révolution, afin qu’elle puisse rompre tous ses liens avec le passé et mettre au point le processus d’édification d’une nouvelle vie socio-économique.

L’Etat pourra cependant conserver quelques survivances locales et tenter d’entraver de multiples façons la nouvelle vie des travailleurs , freiner la croissance et le développement harmonieux des nouveaux rapports basés sur l’émancipation totale de l’homme.

La liquidation finale et totale de l’Etat ne pourra avoir lieux que lorsque l’orientation de la lutte des travailleurs sera la plus libertaire possible, lorsqu’ils élaboreront eux-même leurs structures d’action sociale. Ces structures doivent prendre la forme d’organes d’autodirection sociale et économique, celle des soviets libres (anti-autoritaires). Les travailleurs révolutionnaires et leur avant garde – les anarchistes – doivent analyser la nature et la structure de ces soviets et préciser à l’avance leurs fonctions révolutionnaires. C’est de cela que dépend principalement l’évolution positives et le développement des idées anarchistes parmi ceux qui accomplirons pour leur propre compte la liquidation de l’Etat pour édifier la société libre.

Diélo trouda,n°17, octobre 1926, pp.5-6.

 

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MAKHNO Nestor

Né en 1889, dans une famille de paysans pauvres, Nestor Makhno va rapidement se trouver confronté au problème de l’exploitation de l’homme par l’homme. En effet, orphelin de père très jeune, il est obligé d’aller travailler à sept ans chez les riches « koulaks » (propriétaires terriens) pour aider sa famille. Il ira ensuite travailler comme fondeur à l’unique usine de son village. La révolution manquée de 1905 (il a alors seize ans) va éveiller son enthousiasme révolutionnaire et après avoir pris contact avec diverses organisations politiques qui le rebutent, il entre finalement au groupe anarchiste-communiste* de Goulaï-Polé, où il va déployer une grande activité.

Arrêté en 1908 par  » l’Okhrana  » (police du tsar), il est condamné à mort; mais, en raison de. sa jeunesse, sa peine sera commuée en réclusion à vie. Il profite de son emprisonnement à Moscou pour parfaire son éducation, bien qu’en raison de sa mauvaise conduite il soit très souvent au cachot. L’insurrection de Moscou, le 1er mars 1917 ; va lui permettre de recouvrer sa liberté et de rentrer à Goulaï-Polé où il reçoit . un accueil triomphal.

Il y retrouve le groupe anarchiste, avec lequel il va d’abord avoir quelques différents. En effet, sa détention lui avait permis de méditer longuement, il déclare à son retour, désireux d’une organisation sociale immédiate : il veut que les paysans s’organisent d’une façon assez solide pour chasser définitivement les « koulaks ». Bien que très hésitants, ses camarades vont tout de même le suivre et impulser une union professionnelle des ouvriers agricoles, une commune libre et un soviet local des paysans qui va partager les terres de façon égalitaire. Exemple qui sera rapidement suivi dans les villages voisins.

C’est à cette époque que se situe l’entrée des armées austro-allemandes en Ukraine.

Makhno est alors chargé par un comité révolutionnaire de former des bataillons de lutte contre l’occupant et la Rada centrale de l’hetman Skoropadsky. II va participer à de nombreux meetings, appelant les travailleurs à l’insurrection générale.

Spontanément tous les détachements .de partisans vont le rejoindre, et Makhno se révélera un organisateur extraordinaire, en semant la terreur dans les rangs ennemis à la tête de la compagnie révolutionnaire dont il a la responsabilité. Appuyé par les masses populaires dont les partisans sont issus, il a un énorme avantage et il est bien certain que devant une telle force, seule l’aide des armées d’occupation peut maintenir l’hetman en place.

Lorsque celles-ci vont être rappelées dans leur pays à la suite de la défaite du bloc germanique sur le front occidental, c’est la débandade chez les propriétaires qui trouvent refuge à l’étranger. C’est à ce moment-là que se situe véritablement l’expérience anarchiste en Ukraine qui, avec sa théorie d’organisation libertaire, se trouve en confrontation directe avec la théorie d’organisation marxiste et les réalisations bolcheviques en Grande-Russie.

Source: Pascal Nurnberg, Le Monde Libertaire, 1972