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Résistance au colonialisme: Fondements et permanences de l’ignominie de la domination avec Nils Andersson

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 19 septembre 2019 by Résistance 71

Nous avons utilisé le texte ci-dessous en mai 2013 pour écrire notre article « Nous sommes tous des colonisés ! » qui est devenu un des articles les plus lus sur Résistance 71. Le voici dans sa version numérique.

~ Résistance 71 ~

 

 

Fondements et permanence du colonialisme

 

Introduction rencontres d’été

 

Nils Andersson

 

Novembre 2011

 

Pendant des millénaires, premières colonisations : Égypte et Mésopotamie, monde gréco-romain et monde musulman, Asie hindouisée et sinisée, empire mongol, l’Eurasie et l’Afrique du Nord, furent des terres de conquêtes et de barbarie. Le plus ancien traité connu « de fraternité et d’amitiés » conclu vers 1280 av. J.-C, entre le roi d’Egypte, et le roi des Hittites fait l’objet d’un accord sur les frontières mais il est implacable envers les populations. Les souverains s’accordent d’extrader les fugitifs des deux camps qui cherchent asile soit en Égypte soit en pays hittite, le territoire est plus important que le sort des populations. C’est là une première permanence du système colonial et impérialiste, la primauté du territoire sur les populations.

Navigateurs, explorateurs et marchands vont êtres les premiers colonisateurs. En 1493, un arbitrage du pape accorde toutes les terres « trouvées ou à trouver, reconnues ou a reconnaître » à l’Espagne et au Portugal. Il s’agit d’un colonialisme mercantile et de mercenaires, avec le « système de l’exclusif ». La puissance coloniale s’assure le monopole des importations et exportations, ainsi les conquistadors s’attribuent pour leurs rois et pour eux-mêmes les richesses de l’Afrique et de l’Amérique. Au XIXe siècle, avec l’expansion du capitalisme industriel, la liberté du commerce, va prévaloir et modifier le système colonial en rationalisant et intensifiant l’exploitation économique, sociale et humaine des peuples colonisés. L’accaparement des richesses naturelles est la deuxième permanence du système colonial.

Autre composante constitutive du colonialisme, le goupillon, trois bulles du pape confient aux rois d’Espagne et du Portugal la christianisation des territoires « découverts et à découvrir ». Imposer sa religion fut tout au long de la conquête coloniale une composante essentielle de la mission civilisatrice de l’homme blanc. Évangéliser est la troisième permanence du système colonial.

Pour compenser la chute de la démographie qui résulte en Amérique de l’extermination des Indiens, du travail forcé auquel ils sont soumis et des maladies contagieuses amenées par les Européens, il est organisé dès le XVIIe siècle le plus ignoble des commerces, la traite négrière. Pendant trois siècles l’esclavagisme participera du système colonial. Si la traite négrière a été abolie, la « force noire » du général Mangin lui succéda, avec l’enrôlement massif comme chair à canon pour les guerres impérialistes des tirailleurs sénégalais, malgaches, algériens, marocains, tunisiens et indochinois, puis les colonisés deviendront une main d’œuvre exploitable sans limite dans les métropoles. Quatrième permanence du système colonial, l’exploitation sociale et humaine des peuples colonisés.

Le goupillon accompagne le glaive. La violence dont se vante le capitaine de Montagnac lors de la conquête de l’Algérie : « Toutes les populations qui n’acceptent pas nos conditions doivent être rasées. Tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge ni de sexe… » est inhérente au colonialisme. Violence que justifie Alexis de Tocqueville – grande référence de la pensée libérale et démocratique – quand il écrit : « Du moment que nous avons admis cette grande violence de la conquête, je crois que nous ne devons pas reculer devant les violences de détail, qui sont absolument nécessaires pour la consolider. » Cinquième permanence du système colonial, le recours à la violence de la guerre et de la répression.

À la violence physique s’ajoute une entreprise de dépersonnalisation, symbolisée par le Code de l’indigénat en Algérie, l’apartheid en Afrique du Sud, la ségrégation aux États-Unis et ailleurs. règles fondées sur la supériorité de l’homme blanc. Le Code de l’indigénat, par exemple, était un régime d’exception avec la mise en place de deux collèges électoraux, un pour les Français, un pour les indigènes. L’interdiction faite aux Algériens d’être maire ou président d’une assemblée qui comprend des Français, leur exclusion de certaines écoles ou interdiction faite à un officier « indigène » de commander un officier français même d’un grade inférieur au sien. De plus les Algériens sont soumis à la loi de la « responsabilité collective », non seulement ils ne sont pas des citoyens égaux mais leur individualité est niée, ils sont une masse. Déniant leur identité aux peuples colonisés, les colonisateurs vont imposer leur langue, leur culture, leur idéologie, fondée sur la supériorité de l’homme blanc. Racisme et colonialisme ne font qu’un. L’aliénation du colonisé est la sixième permanence du système colonial.

Il n’y a pas eu un mais des colonialismes, des distinctions peuvent être opérées, mais dans l’échelle de l’abomination tous les colonialismes sont égaux. Et dans le nouvel ordre colonial, comme dans l’ancien on retrouve ces six permanences : primauté du territoire sur les populations, accaparement des richesses naturelles, imposition de la religion du colonisateur, exploitation sociale et humaine, recours à la violence de la guerre et de la répression, aliénation culturelle et idéologique du colonisé.

S’il est paru important de rappeler ces permanences du colonialisme, ce n’est pas pour énumérer les maux du colonialisme, mais pour inscrire notre débat dans les luttes émancipatrices présentes car, sans une approche globale du système colonial, il ne peut y avoir de sortie du colonialisme.

Sortir du colonialisme : désaliénation et luttes communes

L’indépendance nationale acquise au prix de grands sacrifices par la lutte armée ou accordée par le colonisateur est une étape essentielle de la décolonisation, mais elle n’est et ne pouvait être qu’une étape. Comment aurait-il été possible que le colonisé se libère de son aliénation du seul fait d’être indépendant. Rompre avec les chaines de siècles d’oppression politique, d’exploitation économique, de soumission idéologique demande un temps long. Il est donc normal que l’on se pose aujourd’hui, la question : comment sortir du colonialisme ?

Pour sortir du colonialisme au stade d’une « mondialisation » qui est inscrite dans le processus même des conquêtes coloniales, il y a deux démarches obligées : rompre avec l’aliénation coloniale et créer les conditions pour que les peuples colonisés, ex-colonisés et les peuples des métropoles mènent des luttes communes.

Rompre avec l’aliénation, Fanon dénonce combien les comportements humains des « damnés de la terre » sont gangrenés par le colonialisme et le racisme, la radicalité de Fanon répond à un besoin de survie identitaire. Il souligne l’importance du regard porté sur les résistances au colonialisme. Mais Enzo Traverso fait le constat : « Une large partie de l’historiographie dite post-coloniale, revisite le passé à travers le prisme de la victime, dans un horizon privé de toute utopie, où il n’y a plus de place pour la mémoire des luttes émancipatrices des esclaves et des colonisés… » Il faut rompre avec toute logique victimiste du colonisé, subissant l’oppression coloniale. Il faut au contraire redonner place à la longue mémoire des luttes de résistance et émancipatrices qui ont porté les peuples colonisés il y a un demi-siècle au centre de l’Histoire.

Quel chemin parcouru depuis 1885, summum de l’arrogance coloniale, où la Conférence de Berlin décide des règles de partage de l’Afrique où il est convenu que « toute puissance européenne installée sur la côte peut étendre sa domination vers l’intérieur jusqu’à rencontrer une ‘sphère d’influence’ voisine. » Plus simplement dit : là où l’homme blanc pose le pied, le sol et les gens lui appartiennent.

L’ordre colonial est à son apogée. Le monde se partage entre les Empires coloniaux anglais et français dominants, les empires espagnols, portugais et hollandais déclinants (lutte d’indépendance en Amérique latine), les nouveaux empires coloniaux allemand, italien et belge et les États-Unis et la Russie conquérants. Les possessions britanniques, première puissance coloniale, représentent alors un quart des terres du globe et un quart de la population mondiale. Seule puissance non occidentale à mener une politique impérialiste, le Japon.

La domination coloniale paraît alors sans fin. Mais les peuples colonisés s’organisent politiquement, certains engagent des luttes de libération nationale, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est affirmé dans le cadre des Nations Unies. C’est le temps des ruptures, des sacrifices aussi, de Bandoeng, de la révolution AAA (Afrique, Asie, Amérique latine), amenant un bouleversement historique majeur. On ne peut sortir du colonialisme sans faire vivre cette mémoire.

De très nombreuses contributions des ex-colonisés sur les effets de la colonisation et ceux, tout aussi ravageurs, du néo-colonialisme – favorisé par la complicité et la corruption d’une grande partie des élites locales – témoignent d’une désaliénation du colonisé. Émancipation nationale et sociale mais également culturelle, identitaire, au pays et de l’émigré. Mais cette question n’est pas prise dans toute sa dimension si nous ne posons pas cette autre question, la désaliénation concerne-t-elle le seul colonisé ?

Certes non. Il en est pour le colonisateur comme, pour le colonisé. Les peuples victimes du colonialisme doivent se construire, s’émanciper, se libérer de ce passé et du présent néo-colonial où suppôts des anciens colonisateurs maintiennent leurs peuples sous leur dépendance et celle des anciens maîtres. Mais l’homme occidental doit lui aussi assumer son histoire, se libérer de sa propre aliénation de colonisateur, il doit lui aussi faire, « peau neuve », sans quoi il ne cesse de reproduire son aliénation dominatrice et raciste. On reste dans l’attente que les « élus du ciel », les colonisateurs, comprennent la nécessité de mettre en question leur identité de colonialistes qui continue à pervertir leur raison et leurs comportements.

On ne peut créer les conditions de modifier les rapports de force dans le monde sans sortir du double piège de l’aliénation du colonisé et de celle du colonisateur, dans laquelle nous maintient l’actuel ordre mondial. Face à la gangrène raciste, xénophobe, qui se répand dans le discours politique, intellectuel et médiatique, il faut dénoncer, inventer, découvrir, rompre avec la pensée dominante, y compris dans ce qu’elle gangrène nos rangs.

Autre obligation, créer les conditions de mener des luttes communes. Je voudrais rapporter ici à ce propos un colloque tenu à Milan au Centre Franz Fanon en 1962, il y a donc 50 ans, dans un moment de grandes avancées des mouvements de libération nationale, colloque qui avait pour thème, la gauche occidentale et le tiers-monde. Il a été souligné lors de ce colloque que la responsabilité historique de la gauche européenne est « de ne pas avoir compris la véritable importance des révolutions du Tiers monde, d’avoir considéré ces révolutions comme un fait particulier, isolé, dans le processus révolutionnaire mondial. » Faute de cette compréhension « nous avons pu assister, alors même que le cours de la décolonisation changeait le monde à un renforcement indiscutable du pouvoir capitaliste, à un affaiblissement progressif des forces démocratiques en Europe… »

Il a été lors de ce colloque posé la question « Le passage pour les mouvements de libération de la lutte armée avec l’accession à l’indépendance à des luttes revendicatives, démocratiques, une fois l’indépendance acquise, fera-t-il apparaître avec plus de clarté que l’ennemi est commun et que la décolonisation n’est pas un épisode particulier, historiquement isolé », qu’il appartient au mouvement général d’émancipation et que sans une solidarité active avec les peuples sortis du colonialisme, « la gauche européenne n’aura aucune efficacité. »

Cinquante ans après le constat est là, entre la gauche européenne et les peuples ex-colonisés ou encore colonisés, pris dans la nasse de l’économie de marché, soumis à la logique du néo-libéralisme dominante, il ne s’est pas créé une réelle solidarité et la question de l’efficacité de la gauche européenne reste posée.

Le monde a changé, les rapports de forces interétatiques ne sont plus les mêmes, les rapports de forces politiques, sociaux et économiques ne sont plus les mêmes, les rapports de force Nord-Sud ne sont plus les mêmes, les épicentres des mouvement d’émancipation et libérateur ne sont plus les mêmes. Mais le nouvel ordre mondial a aggravé les rapports dominants/dominés, colonisateurs/colonisés. Le capitalisme est toujours au fondement de la domination et de l’exploitation coloniale et sociale, nous sommes soumis aux mêmes maîtres, des maîtres dont les décisions sont de plus en plus exterritorialisées, loin de toute intervention et de tout contrôle citoyen, des maîtres qui nous mettent en concurrence, nous soumettent aux mêmes lois. Ce qui rend d’autant plus impératif de mener des luttes communes.

Sans cette solidarité, sans se sortir du double piège de l’aliénation colonialiste, dont nous ne sommes pas encore libérés et de l’aliénation néolibérale à laquelle il manque encore la radicalité d’un Fanon pour être dévoilée, on ne peut se libérer, ni les uns ni les autres, des lois de l’économie de marché, de la domination de l’idéologie néo-libérale auxquelles nous sommes soumis, nous ne pouvons faire prévaloir de la démocratie. Pour citer Jacques Bidet : « Auparavant n’existait que l’internationale : chaque classe exploitée se confrontait à sa classe exploiteuse, chaque peuple colonisé à son colonisateur. Et il pouvait s’établir entre eux une solidarité internationale. Aujourd’hui la logique du capital dessine l’horizon commun d’une histoire partagée. La lutte d’émancipation acquiert une perspective mondiale ».

Sortir du colonialisme, qui n’est nullement un système archaïque mais est aujourd’hui un constituant du système globalisé c’est, partant de mouvements locaux et nationaux, là où nous sommes, avec nos différences, nos expériences, en conjuguant nos mouvements, se donner la capacité d’influer sur l’ordre mondial.

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Note de Résistance 71, septembre 2019:

Tout ce que dit Nils Andersson est fort justement analysé, mais ce qu’il dit à la fin “se donner la capacité d’influer sur l’ordre mondial…” veut en d’autres termes dire:

“se donner la capacité” = pouvoir

pouvoir quoi ? “influer sur l’ordre mondial”, c’est à dire sur l’agencement, la décision politiques.

Ce que nous dit en d’autres termes Nils Andersson est de REPRENDRE LE POUVOIR… Mais pas pour en faire une nouvelle resucée de l’ordre ancien étatico-capitaliste, une énième et futile “réforme” d’un système qui ne peut être réformé, n’a jamais pu l’être ; mais bien au contraire de transformer cette réalité mortifère de la division et de la coercition à tout va pour en faire une réalité de notre humanité absolue et universelle, celle de l’amour, de la solidarité, de la paix, de l’entraide et de la compassion, nous faire entrer de plein pied dans la Société des Sociétés qui lâche prise des antagonismes et embrasse la complémentarité de notre diversité. Tout ceci bien considéré, on se rend alors bien compte qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir. Il faut en sortir, le reléguer au musée des horreurs de l’histoire et avancer sur le seul véritable chemin de notre humanité vraie, celle de notre être profond réconcilié avec lui-même et la Nature.

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Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Peau_Noire_Masques_Blancs.Frantz_Fanon

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

6ème_déclaration_forêt.lacandon

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

 

Résistance au colonialisme: Bible et droit américain (Steven Newcomb)

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Doctrine Chrétienne de la Découverte

 

La base biblique de la loi et de la politique fédérales indienne aux Etats-Unis

 

Steven Newcomb

 

23 février 2018

 

url de l’article: 

http://originalfreenations.com/the-biblical-basis-of-federal-indian-law-policy/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~ Octobre 2018 ~

 

Je me suis souvent demandé pourquoi les avocats de la loi fédérale indienne n’osent pas mentionner la tradition croisée des Etats-Unis contre les “païens” et les “infidèles”, à savoir, les nations natives du continent. La nation Shoshone occidentale défie directement cette tradition devant les tribunaux et le congrès des Etats-Unis. Leur défi met en lumière l’étrange et imposant fait que la loi fédérale indienne est fondée sur un préjudice, un biais religieux.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, les définitions fédérales actuelles du titre [de propriété]  et de nationalité indiens, trouvent leur fondement dans la tradition de l’accord, du “traité”, trouvé dans l’Ancien Testament. Cette tradition est fondée sur le préjugée de l’existence d’un “peuple élu” [de dieu] qui possède un accord, un traité avec sa déité afin de dominer et de prendre en charge, de coloniser, certaines terres que cette déité lui a promises, en la circonstance: les terres des nations originelles du continent américain.

L’histoire et le discours des Etats-Unis sont chargés d’exemples de cette tradition croisée, qui est enracinée dans l’ancien testament de la bible. Même Thomas Jefferson, qui était connu pour être très en faveur de la séparation de l’église et de l’État, proposa que le grand sceau de la nation américaine dépeigne les Israélites migrant vers “la terre promise”, guidés par le feu et les nuages. En 1987, le président Reagan fit un discours à l’Independence Hall de Philadelphie en comémmoration des 200 ans de la constitution des Etats-Unis. La constitution y dit Reagan, n’est pas un document ordinaire, mais “un traité avec l’être suprême que nos pères fondateurs appelaient constamment pour son assistance.

D’après le livre: “A Covenanted People: The Religious Origins of American Constitutionalism”, publié la même année que le discours de Reagan, depuis l’établissement même des pèlerins puritains dans leur colonie du Massachussetts (NdT: puritains qui eux-mêmes étaient là suite aux persécutions qu’ils enduraient dans l’Angleterre de Cromwell). “les Américains ont cru qu’ils étaient le peuple élu, singularisé par dieu pour une commission spéciale”, celle de coloniser la “terre promise” d’Amérique du Nord.

Le président Reagan a expliqué plus avant dans son discours ce qu’était ce “traité” lorsqu’il cita George Washington et sa référence à la “main invisible” qui dirige les affaires humaines. Chaque étape prise par le peuple américain vers leur statut de nation indépendante, a dit Washington, semble avoir été guidée par “une sorte de providence”.

Lorsque Washington a fait cette déclaration, dit Reagan, il pensait sans nul doute “à la bonne et grande fortune qui échut à cette jeune terre: ce continent abondant et fertile qui nous a été donné…” Bien sûr, la déclaration de Reagan inclut la croyance dans un traité divin dans lequel dieu a offert les terres indiennes du continent aux Etats-Unis en héritage.

Reagan aurait encore pu citer Washington, comme ceci qu’on peut trouver dans une correspondance de Washington à David Humphreys en ce qui concerne les terres indiennes au nord et à l’ouest de la rivière Ohio, le vieux territoire du nord-ouest. Washington écrivit: “Au lieu de nous disputer au sujet du territoire, laissons les pauvres, ceux dans le besoin et les opprimés de la terre, ainsi que ceux qui veulent de la terre, aller vers ces plaines fertiles de l’Ouest, la seconde terre promise, et qu’il y vivent en paix, remplissant ainsi le premier grand commandement de la bible.

Ce commandement auquel se référait Washington se trouve dans le Génèse 1:28: “Croissez et multipliez et subjuguez la terre et dominez le poisson de la mer, l’oiseau dans les airs et le vivant qui bouge sur au sol.

Deux mots clef ici sont “subjuguez et dominez”. En hébreu, subjuguer veut dire: “piétiner” ou “amener en esclavage” et possède cette image du vainqueur plaçant son pied sur le cou du vaincu et conquis au sol. Cela veut aussi dire “violer”. Un mot hébreu pour dominer est “rdh” qui vient d’un mot voulant dire: “piétiner” ou “presser”.

“Subjuguez” et “dominez” dans ce premier commandement de la bible connote: “un pouvoir sans restreinte, une domination absolue, dominium, seigneurie, despotisme, tyrannie.” Le pouvoir politique émanant de la propriété, dominium, équivaut à domination, dit William Brandon dans son livre “New Worlds for Old” (1987).

Dans la décision de la Cour Suprême des Etats-Unis (CSEU) dans l’affaire Johnson c. M’intosh en 1823, le haut-juge John Marshall a dit que les nations de la chrétienté tinrent pour fait établi qu’elles avaient l’ “ultime dominion” sur les terres “découvertes” qui étaient occupées par des “natifs païens”. Basée sur l’étymologie ci-dessus, la mention par la Cour de l’”ultimate dominion” fit sa façon de dire que le “peuple chrétien” qui avait découvert la “terre païenne”, s’est octroyé un pouvoir politique absolu sur le continent basé sur leur affirmation d’un droit absolu de propriété, qui est de fait un droit de domination.

En d’autres termes, Les “découvreurs chrétiens” se sont octroyés eux-mêmes le dominium et la propriété, ou un droit de domination sur les terres indiennes. Dans le langage moderne de droit, le terme pour cette idée fondamentalement religieuse est le “pouvoir plénier”.

Dans le film “To Protect Mother Earth” de 1989, au sujet des Shoshone, le réalisateur Joel L. Freedman mène un entretien avec un assistant du ministère de la justice qui y dit: “Le titre indien n’est pas un titre [de propriété] tel qu’il est communément appelé. C’est un titre leur permettant de se déplacer librement et d’occuper les sols afin de survivre, ceci existe entre les tribus indiennes mais pas entre celles-ci et le gouvernement fédéral des Etats-Unis.

La logique derrière cette déclaration de droit d’occupation des sols et non pas droit de propriété valide en regard des Etats-Unis, est le droit supposé de la chrétienté (NdT: de l’empire chrétien) fondé sur le passage de la bible dans le génèse 1:28, mais cette logique se trouve également en partie dans les psaumes à 2:8: “Je vous donnerai les païens pour héritage et les meilleurs parties de la terre comme possession.

Un héritage est une forme de propriété, Ainsi dans le psaume 2:8 de la Génèse, nous trouvons cette idée biblique de “peuple élu” ayant le droit divin de posséder les “nations païennes” et les peuples en tant que propriété héritée, avec le mandat divin de prendre et de posséder la terre en tant que “terre promise” ou, dans le cas des Etats-Unis, les terres natives indiennes d’Amérique du Nord.

La lutte actuelle de a nation Shoshone est symbolique de ce que chaque nation indienne a dû affronter et devra continuer à faire face aussi longtemps que cette tradition du traité raciste issue de l’ancien testament demeurera gravée dans la “loi” et la politique indiennes des Etats-Unis. Bien que de tels arguments archaïques soient intellectuellement caduques, et moralement indéfendables, ils continuent de servir de prétexte caché pour une rationalisation de la politique américaine de la conquête. Ce que de tels arguments ignorent complètement est notre existence en tant que nations distinctes depuis des milliers d’années (NdT: dizaines de milliers d’années), sur nos propres terres et notre droit inhérent à être libre de la même manière que nos ancêtres le furent.

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Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb version PDF)

Détruire le colonialisme (video)

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Un message qui finit par passer petit à petit parce que « nous sommes tous des colonisés »

~ Résistance 71 ~

 

Destroy Colonialism

 

 

Renfort du colonialisme en perspective… Le dogme dominioniste chrétien à la Maison Blanche (Steven Newcomb)

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« Dès que les chrétiens entrent de manière invasive dans l’espace territorial de non-chrétiens, les non-chrétiens cessent immédiatement d’avoir une ‘parfaite indépendance’. Pourquoi ? Parce que les nations ‘païennes’ doivent se soumettre à la ‘volonté de dieu’ comme exprimée dans le livre de la Génèse 1:28. En d’autres termes, c’est la ‘volonté de dieu’ que les chrétiens exercent et maintiennent une suprématie sur les non-chrétiens en subjuguant la terre et en exerçant la domination (dominion) sur tous les êtres vivants… De ce point de vue, les païens sont destinés à être sauvés par dieu et à être ‘réduits’ à la ‘civilisation’ des chrétiens européens. »
~ Steven Newcomb, « Païens en terre promise », 2008 ~

 

Voir notre dossier: « Colonialisme et la doctrine chrétienne de la découverte »

 

L’âge dominioniste de Trump et nos nations originelles

 

Steven Newcomb

 

26 novembre 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/11/26/dominionist-age-trump-and-our-original-free-nations

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Avec l’élection toute récente de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, il apparaît que rien ne va plus. Après le 11 septembre 2001 et le passage de la loi scélérate du Patriot Act cette même année, le vice-président Dick Cheney avait alors dit que les Etats-Unis étaient entrés dans une “nouvelle normalité”. Certains ont rétorqué que les Etats-Unis étaient passés au travers du miroir, en référence à la suite d’Alice aux Pays des Merveilles. De l’autre côté du miroir, rien ne semble identique. Le monde est méconnaissable. Bienvenue dans l’ère de Trump, mettant en scène son vice-président chrétien dominioniste Mike Pence.

Des milliers de personnes marchant dans les rues des villes principales, exprimant leur mécontentement avec le président-élu Trump, signalent que nous sommes partis pour une période de grand chambardement et d’imprévisibilité. Il y a des signes avant-coureurs de ce qui se pointe à l’horizon pour nous. Ce qui va sans nul doute arriver est une ère de dominionisme chrétien, une orientation idéologique croyant dur comme fer que la bible et le fondamentalisme chrétien doivent servir de guide pour gouverner le corps politique américain.

Note de Résistance 71: Depuis la parution de cet article de Newcomb que nous traduisons avec quelques jours de retard, qu’avons-nous pu constater en France ?… Que la “primaire” à la présidentielle de la “droite” nouveau-con, ultralibérale, a accouché de François Fillon comme candidat commun de la “droite” pour la présidentielle de 2017. Qu’y a t’il de commun entre Fillon et Pence ?… Un certain fondamentalisme chrétien, évangéliste d’un côté, catho de l’autre alors que le conseille de Trump à la sécurité sera le très catholique ex-patron du renseignement militaire le général Flynn. Coïncidence ?… Fillon est tout aussi Bilderberger que Juppé. Il semble que l’oligarchie veuille jouer la carte religieuse pour compléter la mise en application de son dogme fabriqué de toute pièce par la clique néo-conservatrice yankee: le “clash des civilisations” avec les christo-sionistes aux commandes. Programme qui s’avère des plus réjouissant n’est-il pas ?… Une fois de plus rien n’est inéluctable, quand on est capable de relier les points entre eux…

Dans son livre devenu classique “La politique de la communication”, Claus Meuller dit ceci: “La domination… est le contrôle achevé par un nombre limité de personnes sur l’alocation des ressources et l’accès à une participation très significative dans le processus décisionnaire politique.” Le nombre relativement petit de gens qui vont attérir dans le gouvernement de Trump-Pence vont aussi partager une orientation politico-religieuse similaire, fondée sur une vision dominioniste particulière de la religion chrétienne.

Dans son livre de 1973 “The Institutes of Biblical Law,” le théologien dominioniste Rousas John Rushdoony dit que “La loi est dans toutes les cultures d’origine religieuse”. Il dit plus avant que “il ne peut y avoir aucune tolérance dans un système légal pour une autre religion.” De plus, Rushdoony affirme qu’ “aucune forme de retrait de la religion n’est possible dans quelque société que ce soit.” Et, de manière importante, il déclare: “Chaque système légal doit maintenir son existence en maintenant une hostilité envers tout autre système légal et autres fondations religieuses étrangères, ou alors ce n’est que pur suicide.

David Lane est un dominioniste influent qui est décrit comme un organisateur électoral de droit chrétien important. Lane est souvent cité:

“Je ne pense pas qu’il existe une telle chose que la séparation de l’église et de l’État. Les Etats-Unis ne furent pas établis en tant que nation séculière, et quiconque dit qu’ils le furent, n’a pas lu l’histoire des Etats-Unis. Ce pays a été établi par des chrétiens pour le déverloppement de la foi chrétienne.”

La déclaration de Lane est synchro avec une ère préalable aux Etats-Unis. La pensée dominioniste de cette époque résulta en l’ère de la “Termination” et de la directive légale de 1954 que le ministère de la justice envoya à la Cour Suprême des Etats-Unis pour l’affaire des Indiens Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis. Dans cette directive, le ministère argumentait que le peuple Tee-Hit-Ton ne pouvait pas recevoir de compensation financière pour le bois qui était pris sur ses terres (NdT: en Alaska), parce que “les nations chrétiennes d’Europe avaient acquis la juridiction [dominion] sur les terres des païens et des infidèles” durant la soi-disante période de la “découverte”. En 1955, la CS donna la victoire aux Etats-Unis dans l’affaire Tee-Hit-Ton, ce qui veut dire que la CS se tint aux côtés du gouvernement fédéral et de ses arguments chrétiens dominionistes.

L’ère Trump-Pence qui arrive pose une question clef: le gouvernement qui vient nous permettra t’il de peaufiner et d’intensifier notre critique de la pensée chrétienne dominioniste qui est la cause de la loi et de la politique fédérale indienne ? (Dans l’affaire Johnson contre M’Intosh en 1823, le juge de la CS John Marshall utilisa le terme ou expression dominioniste “domination ultime”) Ou alors est-ce que l’ère Trump-Pence rendra t’elle encore plus difficile pour nous de critiquer plus avant parce que la pensée chrétienne dominioniste commencera à paraître normale et ordinaire comme la supposée “religion civique” des Etats-Unis ?

Près de 25 ans dans la campagne globale que Birgil Kill Straight et moi-même avons commencé en 1992, lorsque nous avons commencé à appeler pour que le Vatican abroge de manière officielle et formelle la bulle pontificale Inter Caetera du 4 mai 1493, plus de 520 membres du clergé de partout aux Etats-Unis se rassemblèrent à Standing Rock. Ils défièrent directement la doctrine chrétienne de la découverte dominioniste. Certains d’entre eux furent même arrêtés. Dans une action de protestation, le clergé brûla des copies de la bulle pontificale de 1493 et défièrent l’utilisation de cette doctrine par les Etats-Unis avec ses actions de police militarisées contre Standing Rock et l’Oceti Sakowin (La Grande Nation Sioux).

C’est pour le moins ironique que cet évènement historique puissant, conduit par des chrétiens, contre le système de domination/dominionisme chrétien, eut lieu à la veille de l’élection américaine qui donna le pouvoir de la branche exécutive des Etats-Unis aux dominionistes chrétiens. Nous sommes bel et bien de l’autre côté du miroir. Il est maintenant important de se montrer encore plus déterminés pour augmenter notre motivation et nos efforts contre la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination.

Résistance au colonialisme: un peu d’histoire amérindienne… et analyse d’une complaisance littéraire…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 3 février 2016 by Résistance 71

L’article que nous avons traduit ci-dessous est intéressant à nos yeux à deux titres:
1- Il éclaire sur une période pas ou très peu connue du début de l’histoire coloniale de l’Amérique du Nord…
2- Il éclaire également sur une méthodologie narrative qu’on peut légitimement soupçonner de complaisante avec le système colonial toujours en place. En effet, l’auteure tout en dénonçant des malversations coloniales, sème également une sémantique de soumission à l’état colonial toujours en place aux Etats-Unis et au Canada. Nous avons commenté trois exemples distincts dans l’article. Ceci a t’il été fait à dessein ou est-ce le résultat involontaire d’un conditionnement social ? Difficile à dire à la lecture, donnons à l’auteure le bénéfice du doute… Si c’est volontaire, alors ceci peut-être considéré comme un bel exemple de « dissidence contrôlée » dans ce domaine particulier.

~ Résistance 71 ~

 

Histoire amérindienne: Jour de commémoration, le massacre des Péquots se produisit en 1637

 

Alysa Landry

 

26 Mai 2014

url de l’article original:
http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/05/26/native-history-its-memorial-day-1637-pequot-massacre-happened-155017

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Cette date fait partie de l’histoire amérindienne: le 26 Mai 1637, une force anglaise puritaine renforcée par quelques alliés autochtones, a massacré un campement Péquot dans le Connecticut, tuant quelques 500 hommes, femmes et enfants, brûlant complètement leur village.

L’attaque juste avant l’aube sur le fort Mystique marqua la toute première défaite des Péquots, a éclairé Kevin McBride, professeur d’anthropologie de l’université du Connecticut et directeur de recherche au Mashantucket Pequot Museum and Research Center.

Le massacre marqua également un tournant dans la guerre des Péquots, une guerre de trois ans pour la conquête des terres traditionnelles de la nation, environ 400 km2 dans la partie sud-est de ce qui est aujourdhui le Connecticut et le tout premier conflit important entre les colons et les Indiens natifs de la Nouvelle-Angleterre.

“Pendant les huit premiers mois de la guerre des Péquots, ceux-ci ne perdirent jamais une bataille contre les Anglais”, a dit McBride. “Les Péquots étaient tactiquement bien supérieurs et ce même sans armes à feu. Les Anglais n’arrivaient pas à les comprendre. Jusqu’au massacre de Mystique, les Péquots avaient gagné chaque engagement.”

Le sud-est du Connecticut fut la terre originelle de quelques 8 000 Péquots résidant dans 15 à 20 villages. En réponse à l’arrivée des Hollandais en 1611, la nation Péquot créa une confédération de douzaines de tribus afin de contrôler le commerce des fourrures et renforcer leur pouvoir politique et économique (NdT: cette remarque de l’auteure est typiquement ethno-eurocentrique dans la mesure où les nations amérindiennes n’avaient cure du “pouvoir” qui était dilué dans le peuple et était exercé collectivement dans des sociétés à la chefferie sans pouvoir. Si l’échange était pratiqué, ces sociétés refusaient le concept de “surplus” et refusait toute base “économique” à leur société, non pas parce qu’ils ne “savaient pas”, mais parce qu’ils ne le voulaient pas… nuance… l’arrivée des colons génocidaires blancs changea la donne pour ces sociétés contre l’État, pour reprendre l’expression de l’anthropologue politique Pierre Clastres. Nous nous devions de faire ici cette note qui s’imposait à notre sens pour mieux comprendre l’affaire et son narratif…).

Jusqu’à l’arrivée des Anglais dans les années 1630, les Hollandais et les Péquots contrôlaient le commerce des fourrures de la région. Avec l’addition des colons et commerçants anglais, un déséquilibre se créa. La guerre des Péquots éclata lorsque des nations sous la subjugation des Péquots s’allièrent avec les Anglais. (NdT: Là encore, l’auteure entre en contradiction avec elle-même avec cette déclaration qui impliquerait que les Péquots coercitivement “subjuguèrent”, dominèrent les autres nations autochtones voisines dans une “alliance” donc forcée, alors qu’elle vient juste de dire qu’ils formèrent une confédération, qui par définition est une association LIBRE et non coercitive de quelque manière que ce soit. Personne ne peut être forcé contre son gré dans une véritable confédération…)

Les affaires se compliquèrent lorsque les Péquots tuèrent plusieurs colons et commerçants anglais, a dit McBride. Les Anglais demandèrent que les meurtriers leur soient livrés, la guerre commença lorsque les Péquots refusèrent.

McBride a appelé les Péquots une “société complexe” et la guerre des Péquots est un des évènements le plus controversé et significatif de l’histoire coloniale. L’attaque sur le fort Mystique, qui fut le premier de trois massacres qui se produisirent durant la guerre, changea la façon dont les forces autochtones regardèrent la technique de la guerre (contre les colons).

Le massacre, mené par le capitaine anglais John Mason, fut la première utilisation documentée de “guerre totale” contre les Amérindiens, à savoir que les Anglais massacrèrent tous les Péquots avec lesquels ils vinrent en contact, ne faisant plus aucune distinction entre des hommes armés et des femmes, enfants et personnes âgées sans défense.

“Par quelque standard qu’on étudie l’affaire, ce fut un massacre”, a dit McBride. “Les Anglais y allèrent avec l’intention de tuer tout le monde là-bas, mais ils ne le firent pas pour voler la terre ou pour contrôler le commerce. Ils le firent par peur que les Péquots et leurs alliés natifs n’attaquent les colonies anglaises de toute la région.”

Justifiant sa conduite, la capitaine Mason décara que l’attaque fut un acte de dieu, il écrivit dans sa Brief History of the Pequot War, publiée à titre posthume en 1736:

“Dieu se moqua de ses ennemis et des ennemis de son Peuple et engouffra les Péquots dans une fournaise… Ainsi fut le jugement de dieu parmi les païens, emplissant Mystique de cadavres…”

Le massacre se produisit environ deux heures avant l’aube lorsque 70 soldats anglais et 250 alliés attaquèrent le fort, dit Laurie Lamarre, chercheur au Mashantucket Pequot Museum and Research Center. L’attaque fut inattendue à la fois dans le timing et sa technique, dit-elle.

“C’était le type de guerre anglais et ce fut complètement différent de tout ce qu’ils avaient expérimenté auparavant”, dit-elle. “Les Péquots, la nation a plus forte de la zone, étaient vaincus”.

Mais les Péquots ne furent pas vaincus sans combattre, dit McBride. Les Anglais perdirent environ 50% de leurs hommes au début de la bataille et ne brûlèrent le fort que lorsqu’ils réalisèrent qu’ils perdaient la bataille.

“Le terme massacre prend la connotation de gens sans défense. Ce que les historiens ne réalisent pas, c’est que les Anglais faillirent perdre cette bataille malgré tout. S’ils n’avaient pas brûlé le camp et coincé les Péquots dans les bâtiments, ils auraient perdu cette bataille.”

Les guerriers Péquots, furieux, se lancèrent aussi à la poursuite des Anglais sur 7 ou 8 km durant leur retraite, dit McBride ; mais le campement était dévasté et le massacre marqua un grand tournant dans l’histoire des Péquots et dans l’histoire native.

“Le massacre eut des implications importantes”, explique McBride, “Ce que firent les Anglais envoya un message très fort en pays Indien: nous avons la volonté politique et les moyens militaires pour forcer notre volonté sur vous, Après la guerre des Péquots, commence la politique d’assimilation. Après cette guerre, il n’y eut plus de tentative de diplomatie: les relations avec les Indiens furent fondées sur la menace militaire.

Dans les mois qui suivirent, les Anglais massacrèrent deux autres villages Péquots, les 5 juin et 28 juillet. La plupart des Péquots qui survécurent furent vendus comme esclaves ou s’échappèrent pour rejoindre d’autres nations du sud de la Nouvelle-Angleterre.

Mais les Péquots revinrent et une fois de plus sont redevenus une des nations les plus importantes en Amérique du Nord. Dans les années 1970, plus de 300 ans après la guerre des Péquots, les membres de la nation commencèrent à revenir dans la zone d’origine et à restaurer leur terre et communauté.

Au début des années 1980, la nation reçut une reconnaissance fédérale et peu de temps après lança la première phase du Foxwoods Resort Casino, le second plus grand casino du pays.

Note de Résistance 71: Cette conclusion est pathétique et confirme une certaine connivence, affiliation de l’auteure avec le système fédéral colonial. En clair, elle explique, que malgré le passé, ils sont revenus… Ils ont reçu une “reconnaissance fédérale”, c’est à dire qu’ils existent comme toute nation autochtone, sous les auspices du gouvernement colonial fédéral américain (et canadien dans le cas du Canada…) dont ils sont soi-disant les pupilles, que leur “souveraineté” n’est reconnue que tant qu’elle se soumette au gouvernement et lois fédérales et que dans le fond… Bah ! tout çà est de l’historiette ancienne et que donc les Péquots et tout autre nation autochtone, doivent tourner la page et exister sous le joug fédéral en acceptant la “manne” des casinos accordée ; réduisant ainsi en une conclusion lapidaire le sort et la destinée des nations et peuples originels à n’être plus que des “sujets” soumis, profitant des casinos (et de la vente de cigarettes détaxées), gérés par la mafia des “conseils de tribus” inféodés au Bureau des Affaires Indiennes (BIA) et à la loi et politique fédérale sur les Indiens. Cette conclusion est somme toute insultante pour les Péquots et autres nations et peuples amérindiens.

Cet article est assez typique de l’ambivalence de bien des Amérindiens et des non-autochtones qui parfois se font portes-parole, ils assènent quelques coups au système, mais se gardent bien d’en faire trop… L’auteure prend en apparence une position rebelle, mais par son phrasé même, trahit son attitude du politiquement correct. Un cas d’école ! Est-ce volontaire ou le résultat d’un conditionnement social ? Donnons-lui le bénéfice du doute.