Archive pour crise globale mondiale

Gilets Jaunes 19ème round: Temps de penser à l’avenir sous forme de vision…. commune (avec Pierre Kropotkine version PDF)

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 22 mars 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

22 mars 2019

 

Les rounds s’enchaînent et se durcissent. Quel avenir pour le mouvement des Gilets Jaunes ? Au-delà quelle avenir pour notre société ?

Depuis le 17 novembre 2018, et bien avant pour certains, il est devenu absolument évident que solutions il n’y a point dans le système étatico-capitaliste, résultante de l’oppression mise en place par la minorité sur la majorité quelque part au cours du néolithique, pour plus d’infos là-dessu, voir ici et

Alors que faire ? Connaître l’histoire, l’analyser, en tirer les leçons et aller de l’avant pour l’émancipation de la société humaine à l’échelle PLANETAIRE.
Nous vous proposons ici une présentation et une analyse d’un concept et son application pratique: celui de la Commune. Si celle de 1871 a échoué dans un contexte historique particulier, l’idée n’en est pas moins valide et fut mise en place en d’autres lieux, d’autres temps: les premiers soviets russes de 1905 à 1917, les conseils ouvriers italiens de 1920, l’Espagne révolutionnaire de 1936, les conseils ouvriers de Budapest en 1956, une certaine partie de mai 1968, ces brouillons ont tous échoué non pas parce qu’ils n’étaient pas viables , mais parce que la conjoncture politico-historico-économique ne s’y prêtait pas et aussi parce que des forces étatiques parfois antinomiques se liguèrent pour les défaire.

Plus près de nous, le concept de Commune, certes adaptés aux besoins culturels des endroits, existe et perdure depuis 1994 au Chiapas zapatiste et depuis 2011 au Rojava kurde avec le Confédéralisme Démocratique.
Ceci n’enlève rien à la force et à la justesse de l’idée de la commune libre, du peuple s’organisant solidairement pour retrouver son essence organique, son être noyé depuis des millénaires dans l’avoir.

A cet effet, Gilets Jaunes et sympathisants, nous vous proposons cette (re)lecture de Pierre Kropotkine sur le concept de la « Commune » et son analyse de la « Commune de Paris de 1871 », textes parus en 1880 et 1881 dans une mise en page de Jo de JBL1960.

Texte à lire et diffuser sans aucune modération ! Bonne lecture !

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris (PDF)

 

 

Note de R71: de manière tout à fait coïncidentelle, cette présentation du PDF de Kropotkine sur la Commune constitue le 5000ème article publié sur Résistance 71 depuis Juin 2010…

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La leçon de vie de Charlie Chaplin: la subversion par l’amour… Réflexions sur une conclusion autobiographique (Résistance 71 )

Posted in actualité, documentaire, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 3 mars 2019 by Résistance 71

 

Conclusion de l’autobiographie de Charlie Chaplin 

 

Charles Chaplin
1964

 

Traduite de l’anglais par Résistance 71

 

Mars 2019

 

Note de R71:

Charles Chaplin (1889-1977) publie en 1964, à l’âge de 75 ans et 13 ans avant sa mort, son autobiographie. Il termine son livre de 477 pages en une conclusion de 4 paragraphes, que nous reproduisons traduits ci-dessous. Pourquoi ? Parce qu’elle résonne, qu’elle nous a ému et que nous désirons la partager. Nous en profitons pour pousser l’analyse un peu plus loin également.

Dans sa longue vie d’artiste commencée à Londres où il est né, avec son frère Sydney, passant par une émigration aux Etats-Unis puis par un retour en Europe suite à des différents répétés avec son pays d’accueil, Chaplin raconte avec un sens du détail, du souvenir (la narration de son enfance dans les rues et les cabarets, théâtres du Londres populaire est époustouflante) et de la juste pudeur, une vie qui bien qu’ayant eu autant de bas que de hauts, l’a amené à côtoyer un nombre incroyable de personnalités des mondes du spectacle, du cinéma, de la littérature, des arts, de la politique. Sa narration passe avec un détachement amusé, parfois gouailleur sur ses rencontres, ses affinités ou inimitiés avec des personnes connues et inconnues comme son grand et seul ami dans le monde du cinéma: Douglas Fairbanks, dont il ne se remettra jamais tout a fait du décès prématuré, de son épouse Mary Pickford (les trois ayant été les associés fondateurs de United Artists), Mack Sennett, Randolph Hearst, Albert Einstein, Winston Churchill, Lord Mountbatten, Sergeï Rachmaninov, Anna Pavlova, Igor Moussorski, Nikita Kroutchev, Edna Purvance, ses deux dernières épouses Paulette Goddard (Les temps modernes et le Dictateur) et bien sûr Oona O’Neill (fille du dramaturge Eugene O’Neill), Mahatma Gandhi, Nehru, Chou en Laï et on en passe.

Chaplin et ses personnages traversèrent deux guerres mondiales et une bonne partie de la guerre froide. Le livre (qui a été traduit en français: “Ma vie”, 1982) foisonne d’anecdotes sur sa vie sociale et sur sa création artistique, ainsi que sur son engagement politique, bien qu’il s’en défendît toujours, et à la fin du narratif de cette vie incroyablement riche en évènements et en émotions, il conclut puissamment et étonnamment de la sorte:

“Ainsi maintenant, je mets un terme à mon odyssée. Je réalise pleinement que le temps et les circonstance m’ont grandement favorisé. J’ai été couvé dans l’affection du monde, j’ai été aimé et haïs. Oui, le monde m’a donné le meilleur et un peu de son pire. Quelles que furent mes quelques vicissitudes, je crois que la chance et la malchance passe sur tout à chacun de manière identique telles les nuages au gré du vent. En connaissance de cause, je ne suis jamais trop surpris des mauvaises choses qui se produisent et suis toujours agréablement surpris du bien. Je n’ai pas de recette de vie, pas de philosophie, qu’elle soit sage ou folle, nous devons nous accoutumer des combats de la vie. Je vacille d’inconsistances: parfois de petites choses vont particulièrement m’ennuyer et à d’autres moments, des catastrophes vont me laisser complètement indifférent.
Quoi qu’il en soit, ma vie est bien plus passionnante aujourd’hui qu’elle ne le fut jamais. Je suis en bonne santé, suis toujours créatif et j’ai des projets de toujours faire des films, peut-être pas me mettant en scène, du reste mais les écrire et les réaliser avec les membres de ma famille dont certains ont une très bonne aptitude pour les choses du théâtre*. J’ai toujours de l’ambition, je ne pourrais jamais prendre ma retraite. Il y a tant de choses que je désire faire à part avoir quelques scripts inachevés pour le cinéma, j’aimerai écrire une pièce de théâtre et un opéra, si le temps me le permet.
Schopenhauer a dit que le bonheur est un état négatif, mais je ne suis pas d’accord avec lui. Ces dernières vingt années, j’ai su ce que voulait dire qu’être heureux. J’ai l’insigne privilège d’être marié à une femme merveilleuse et extraordinaire. J’aimerai bien écrire plus à ce sujet, mais cela implique l’amour et l’amour parfait est la plus belle de toutes les frustrations parce qu’il est bien plus que tout ce qu’on peut exprimer par les mots. En vivant avec Oona, la profondeur et la beauté de sa personne et de son caractère sont une perpétuelle révélation pour moi. Même lorsqu’elle marche devant moi sur un des étroits trottoirs de Vevey avec cette simple dignité, sa petite silhouette droite, ses longs cheveux noirs tirés en arrière et montrant quelques éclairs de gris, je suis submergé par une soudaine vague d’amour et d’admiration devant tout ce qu’elle est et représente et ma gorge se noue.
Submergé de tant de bonheur, je m’assieds parfois sur notre terrasse au coucher du soleil, contemple au-delà d’une vaste pelouse verte le lac au loin, mon regard poursuit plus loin encore au delà du lac vers les montagnes rassurantes et dans cet état d’esprit, ne pense à rien d’autre que d’apprécier à sa juste valeur cette magnifique sérénité.”

(*) Après cette autobiographie, Chaplin ne réalisera plus qu’un seul long métrage sorti en 1967: “La comtesse de Hong Kong” avec Sophia Loren et Marlon Brando. Comme indiqué précédemment, Chaplin ne se mettra plus en scène, il ne fait que deux très courtes apparitions dans l’encadrure d’une porte qu’on lui referme au nez, l’empêchant d’entrer, en tant que stewart sur le paquebot où se déroule la trame du film. Par deux fois la porte se referme sur lui comme un clap de fin définitif, après la mort du clown dans “Les feux de la rampe”.

Dans ce film il fera jouer son fils Sydney et sa fille Géraldine y fera une courte apparition dans les bras de Brando sur la piste de danse du navire, respectant ainsi les dires de sa révérence autobiographique finale…

= = =

Charles Chaplin (1889-1977) a laissé à la postérité du patrimoine de l’humanité 70 courts et moyens métrages réalisés entre 1914 et 1923 et 11 longs métrages réalisés entre 1920 et 1967. Après la publication de son autobiographie en 1964, il ne réalisera plus qu’un seul film en 1967, “La comtesse de Hong Kong” (Sophia Loren, Marlon Brando) à l’âge de 78 ans, film dans lequel il ne s’octroie qu’un petit rôle, celui d’un stewart sur le paquebot où se déroule la trame du film.

Ces long métrages sont, dans l’ordre chronologique:

  • Le Kid (The Kid, 1920)
  • Une femme à Paris (A Woman in Paris, 1923)
  • La ruée vers l’or (The Gold Rush, 1925)
  • Le cirque (The Circus, 1928)
  • Les lumières de la ville (City Lights, 1931)
  • Les temps modernes (Modern Times, 1936)
  • Le dictateur (The Great Dictator, 1940)
  • Monsieur Verdoux (Monsieur Verdoux, 1947)
  • Les feux de la rampe (Limelight, 1953)
  • Un roi à New York (A King in New-York, 1957)
  • La comtesse de Hong Kong (A Countess from Hong Kong, 1967)

A Résistance 71, nous sommes quasiment tous cinéphiles et deux d’entre nous sont d’anciens animateurs de Ciné-Clubs. Chaplin est systématiquement classé chez nous dans les trois meilleurs réalisateurs de l’histoire du cinéma et pour un de nos “Mr cinéma”, il est le #1 avec “Les lumières de la ville” et pour l’ensemble de son œuvre.

Notre classification des trois meilleurs films de Chaplin à voir, revoir et surtout à faire connaître et partager aux jeunes générations serait la suivante:

1- Les lumières de la ville

2- Monsieur Verdoux

3- Les temps modernes

Bien entendu, tous sont à (re)voir sans aucune modération, ce que nous faisons de manière régulière et salutaire. Ses films sont une véritable catharsis universelle à la turpitude ambiante et ont une lecture possible à multi-niveaux.

Son plus gros succès commercial fut avec “Le dictateur”, qui en données corrigées d’argent moderne, rapporta l’équivalent actuel de 260 millions de dollars. Issus d’un milieu artistique très modeste, absorbé par son propre travail artistique, Chaplin ne fut jamais vraiment concerné par l’argent, ni par bien des frivolités de ce monde. Il ne se tint jamais au courant des fluctuations financières de sa co-entreprise de renommée mondiale, United Artists, qu’ils revendirent a minima après le décès de Fairbanks et une bataille légale avec Pickford. Il engageait très souvent son argent personnel dans la production de ses films et se moquait des dépassements de budget. Non satisfait de la scène finale des “Lumières de la ville”, il renvoya l’équipe du tournage à la maison avec salaire pendant près de 6 mois, ce qui lui coûta énormément d’argent, mais la scène finale de ce film fait partie de l’anthologie du cinéma et Chaplin narre avec pudeur, respect et humour un Albert Einstein fondant en larmes à la fin du film lors de la première qu’il visionna à ses côtés.

Chaplin se fit de puissants ennemis au sein de la caste dominante aux Etats-Unis et en Europe, mais aussi nombre d’amis. Le “discours du barbier”, grandiose scène finale du “Dictateur” lui valut les foudres des nombreux soutiens politiques et industriels des nazis aux Etats-Unis à l’époque, ainsi que celles de bien des patriotes ahuris qu’il ne pouvait comprendre. Chaplin se voyait comme un “citoyen du monde” et c’est dans “Monsieur Verdoux” qu’il fera sans aucun doute sa critique la plus acerbe de la société, si le vagabond Charlot colporta un certain sens de la vie de Chaplin, le personnage de Verdoux exprime la vision du monde d’un Chaplin vieillissant, mais peut aussi être perçu comme une parabole sur la psycho-pathologie ambiante induite par un monde devenu fou, condamnant certaines créatures criminelles qu’il produit en son sein, mais pas toutes… 

Cela lui vaudra les foudres de la censure américaine. Il dût défendre certains de ses choix artistiques devant des commissions de censure quasi staliniennes et fut contraint de réécrire certaines parties du script sous peine de passer à la trappe et d’être ruiné. Il le fit avec finesse et intelligence, ne perdant rien du message colporté par le film, faisant de ce fait, un bras d’honneur final à Hollywood. Il quitta les Etats-Unis avec sa famille pour ne plus jamais y revenir dans la durée. Sa femme Oona renonça à sa citoyenneté américaine et Chaplin, jamais naturalisé américain, rendit son permis de séjour.

Laissons cependant le dernier mot artistique à l’intéressé, Charlot qui, à la page 444 de son autobiographie, nous dit ceci:

“Quoi qu’il en soit, je crois que ‘Monsieur Verdoux’ est le film le plus intelligent et le plus brillant que j’ai jamais réalisé.”

* * *

Traduction par nos soins des paroles de Verdoux à la fin de son procès:

Judge: “Monsieur Verdoux, vous avez été trouvé coupable, avez-vous quelque chose à dire avant que nous vous communiquions la peine de votre condamnation ?”

Verdoux: “Oui, Monsieur, [en français dans le texte original] j’ai quelque chose à dire.
Malgré la réticence du procureur à me complimenter, il a au moins admis que j’étais intelligent. Merci monsieur, je le suis en effet. Pendant trente cinq ans j’ai utilisé cette intelligence honnêtement, après cela, plus personne n’en a voulu… J’ai donc été forcé de faire mes propres affaires. Quant à me qualifier de tueur en série, le monde ne l’encourage t’il pas ? N’a t’il pas réduit en miettes des femmes et des enfants innocents, ne l’a t’il pas fait de manière très scientifique ? En tant que tueur de masse, je ne suis qu’un simple amateur en comparaison. Quoi qu’il en soit, je ne désire pas perdre mon sang-froid parce que très bientôt je vais perdre ma tête. Néanmoins, en quittant cette petite étincelle de vie terrestre, j’ai ceci à dire… Nous allons nous revoir très bientôt… très bientôt…”

Comme mentionné plus haut, Chaplin fut contraint par la censure américaine de réécrire certaines parties du script, ci-dessous, quelques lignes de l’allocution de Verdoux à son procès qui durent être retirées et qui ne figurent malheureusement plus au montage final:

“Être choqué par la nature de mon crime est une sombre ironie, une escroquerie ! Vous vous vautrez dans le meurtre… vous le légalisez… Vous enrubannez ses tresses dorées  ! Vous le célébrez et en faite des parades ! L’assassinat de masse est l’entreprise par laquelle votre système prospère ! C’est grâce à lui que votre industrie fleurit et s’engraisse !…”
(Source: correspondance de Chaplin avec le comité de censure)
Traduction Résistance 71

Manifestement, le système n’était pas d’accord avec… Mr Verdoux et donc avec Chaplin. Il n’est pas d’accord avec tous les diseurs de vérité du reste, il les réprime et les ostracise, c’est sa nature profonde, celle de toute supercherie cherchant à se protéger coûte que coûte de la lumière révélatrice projetée sur ses crimes et forfaitures.

Le véritable humanisme de Chaplin resplendira toujours de génération en génération, car du vagabond à Mr Verdoux, Chaplin titille notre réflexion avec l’intelligence subtile et masquée de l’artiste accompli pour finalement, par l’amour et la compassion universels, changer le monde.

 

Gilets Jaunes: Non au RIC ! A bas le despotisme de l’argent et de la société marchande ! (Francis Cousin)

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, gilets jaunes, militantisme alternatif, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 4 janvier 2019 by Résistance 71

Résistance 71 est parfaitement en ligne avec les propos de Francis Cousin que nous reproduisons ci-dessous. Nous invitons les Gilets Jaunes et leurs soutiens à y réfléchir et à y voir le plus clair possible afin de toujours garder bon pied bon œil et de prendre les décisions collectives qui s’imposent.

Assez de la volonté servile et futile de vouloir réformer l’irréformable et de vouloir rendre “vertueux” un système inique et criminel qui ne peut, par essence , que diviser et contribuer à notre exploitation.

Il n’y a pas de solutions au sein du système, il n’y en a jamais eu et ne peut y en avoir.

A bas l’État, à bas la société de la dictature marchande, à bas l’argent, à bas le salariat, pour que vivent la Commune des communes dans la Société des sociétés enfin émancipée de l’illusion démocratique marchande et de cette mascarade politique qui n’a que trop durée. Le danger est la récupération, la phagocytose du mouvement dans le blob infâme de la tyrannie en place. Méfiance et solidarité !

~ Résistance 71 ~

 


1+1+1+…n = Société des Sociétés

 

Directe ou pas… A bas la démocratie du despotisme de l’argent équilibré !…

 

Francis Cousin

 

17 décembre 2018

 

Source:

https://www.leretourauxsources.com/blog/directe-ou-pas-a-bas-la-democratie-du-despotisme-de-l-argent-equilibre–n2669

 

L’État et la tyrannie de l’argent sont les deux faces d’un même monde, celui de notre emprisonnement dans le marché des lois adéquat aux lois du marché. Les institutions ne sont pas de simples outils neutres. La prise du pouvoir d’État ou la mise en œuvre de référendums d’initiative citoyenne ou populaire ne peuvent être autre chose que des artifices illusoires pour faire croire trompeusement que l’on change la société sans en réalité y toucher. La politique faisant ici semblant d’encadrer et de réguler le social et l’économie alors qu’au contraire, le mensonge politique doit être considéré avant tout comme une activité spécifique de l’activité sociale de notre dépossession elle-même.

Les rapports sociaux entre les individus passent d’abord par le travail et l’argent. Les interventions de l’État et toutes les politiques se réduisent toujours à des mises en forme des contraintes obligatoires du monde du profit illimité. Avec la crise économique accélérée, l’État ne peut être que le gestionnaire du désastre capitaliste sans fin. Le vrai changement social ne passe pas par l’État, par des réaménagements constitutionnels ou des bricolages référendaires mais par une rupture radicale avec les mystifications institutionnelles, la duperie de la représentation et les supercheries de la délégation pour inventer de nouvelles formes d’interventions directes émancipées de l’absolutisme de l’argent.

Le formalisme, le narcissisme et toutes les chefferies inavouées des assemblées générales du bas singent invariablement le pourrissement et la corruption de celui des assemblées parlementaires formalisées en haut. La société demeure là continuellement perçue comme une collection d’individus séparés. Les décisions collectives sont considérées comme une simple addition disparate de décisions individuelles. Les simulations et simulacres de la démocratie directe peuvent s’accommoder de laisser s’exprimer un flot d’opinions individuelles avant de les canaliser et les cadrer afin de déléguer la prise de décision à quelques responsables familiers de la jacasserie inconsistante. A l’heure où tous les rackets politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche du Capital, appellent au calme, à l’organisation, à la négociation et au retour à l’ordre de la servitude tranquille, Il faut insister sur le fait que la lutte des Gilets Jaunes, si elle ne veut pas mourir, ne doit surtout pas se réduire aux problèmes de modes d’organisation en se transformant en force supplétive politique ou parapolitique d’un monde en train de disparaître. La victoire des humains sur les barrages doit barrer la route à tout ce qui aménage le présent de l’inhumain et doit exclusivement ouvrir de nouvelles possibilités individuelles et collectives pour permettre le surgissement de l’auto-émancipation non pas sur le terrain syndical et politique de l’amélioration de la misère mais sur celui de son nécessaire dépassement…

Le référendum citoyen pour avoir accès au droit de décider comment gérer la merde marchande est la pire imposture pour briser les Gilets Jaunes…

Nous ne voulons pas être les agents constitutionnels de notre propre misère…

Nous voulons abolir toutes les constitutions de la misère…

RIC, RIP et autres épiceries politiciennes de rechange constituent un PIEGE FATAL du SYSTEME pour TUER le MOUVEMENT…

REFUSONS D’ECOUTER LES POMPIERS SOCIAUX QUI VEULENT LIQUIDER NOTRE INSUBORDINATION !

NOUS N’AVONS RIEN A NEGOCIER, NOUS VOULONS SIMPLEMENT AMPLIFIER LA FORCE IRRECUPERABLE DE NOTRE SOIF DE VIVRE…

Non au RIC du Capital…

****

« Quoi qu’il en soit, le jour de la crise et le lendemain, notre seul adversaire, ce sera la masse réactionnaire regroupée autour de la démocratie pure – et c’est ce qu’il ne faut pas, à mon avis, perdre de vue. »
– Engels à A. Bebel, 11 décembre 1884.

= = =

Dossier « Gilets Jaunes »

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

L’essentiel de Résistance 71 entre 2010 et 2018

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 5 décembre 2018 by Résistance 71

Pour accompagner quelques unes de nos analyses en format PDF, voici quelques citations que nous trouvons particulièrement appropriées à notre travail de recherche et aux circonstances socio-politico-culturelles du moment en France et dans le monde… (Résistance 71)

« La rébellion sans la conscience critique est pour ainsi dire une explosion d’impuissance. »
~ Paulo Freire ~

« Ce n’est plus d’être heureux que je souhaite maintenant, mais seulement d’être conscient. »
~ Albert Camus ~

« La révolution sociale plutôt que les urnes. »
~ Buenaventura Durutti ~

« Un spectacle épouvantable et douloureux s’est révélé devant mes yeux: j’ai écarté le rideau de la corruption des Hommes. »
~ Friedrich Nietzsche ~

« Donne un cheval à l’homme qui dit la vérité, il en aura besoin pour s’enfuir. »
~ Proverbe arabe ~

« Le conflit est la sage-femme de la conscience critique. »
~ Paulo Freire ~

Mitakuye Oyasin (Nous sommes tous inter-reliés)
~ Formule de conclusion de prise de parole chez les Lakota ~

 

 

Résistance 71

 

5 décembre 2018

 

Entre 2010, année de lancement de notre blog et cette année, nous avons publié un peu de de 300 billets et articles de fond, qui nous l’espérons, ont aidé à une certaine prise de conscience de ce monde factice et illusoire dans lequel nous vivons depuis bien trop longtemps déjà.
Nous avions pensé publier cette compilation PDF de quelques uns de nos écrits avec nos vœux d’année 2019, mais vu les circonstances socio-politiques actuelles, nous avons décidé de le publier un peu plus tôt.
N’hésitez pas à commenter après lecture sur les pages des articles en suivant leur lien respectif dans le document, il n’est jamais trop tard pour engager quelque débat que ce soit.
Bonne lecture à toutes et à tous !

Compilation PDF d’articles de Résistance 71
Mise en page de Jo de JBL1960 que nous remercions pour son énorme travail dans le domaine de nos publications:

Resistance71_L’essentiel_articles_2010_2018

 

« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

Petit bilan (provisoire) de la journée Gilet Jaunes du 1er décembre 2018

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 2 décembre 2018 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

2 décembre 2018

 

Bravo et soutien à tous les compagnon(e)s en lutte contre le système inepte, obsolète et criminel et qui ne s’en laissent pas compter de ses turpitudes.
Sur Paris, il est évident que l’oligarchie a décidé de passer au travail de sape du mouvement en utilisant les outils habituels de la (tentative) de coopter certains maillons faibles du mouvement pour le diviser de l’intérieur en en faisant des « portes-parole » bidons non mandatés par le mouvement et donc en cela non représentatifs. De provoquer des violences soit par des flics infiltrés en « casseurs » (comme vu plusieurs fois en direct), soit par l’envoi de groupuscules politiques infiltrés et sous contrôle, afin de discréditer le mouvement aux yeux de la population.
Ceci dit, les compagnons de route ne se laissent pas berner, éjectent les membres de la pressetituée mandatée pour salir le mouvement, luttent pied à pied face à des forces de l’ordre totalitaire étatique qui se demandent sans aucun doute de plus en plus ce qu’elles font là et qu’elle est leur véritable fonction. Il n’est sans doute plus bien loin le moment des crosses en l’air ! De plus, les compagnons doivent aussi faire front à une violence exogène, celle venue de l’extérieur et essentiellement commanditée par l’oligarchie en place au moyen de groupes de « casseurs », essentiellement mercenaires du système.
Ci-dessous une vidéo de terrain enregistrée le 1er décembre dans la journée place de l’étoile à Paris où un gilet jaune est interviewé et donne un aperçu de ce qu’est le mouvement.
Le seul commentaire que nous ferons sur sa bonne intervention spontanée est le suivant: Compagnon(e)s, ne pensez pas que l’oligarchie va lâcher quoi que ce soit ! Elle le fera peut-être temporairement et de manière cosmétique pour apaiser la colère sociale, comme en lançant un os au chien, mais à terme la destruction en marche que génère inéluctablement le système étatico-capitaliste ne cessera pas pour la simple et bonne raison qu’elle ne le peut pas !
Ne faites pas l’erreur de demander à ce que le système devienne plus « vertueux », c’est peine perdu: Il ne le peut pas, même s’il le voulait vraiment, la logique de phagocytose capitaliste est implacable et irrémédiable…
Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu, ne saurait y en avoir !
L’avenir de l’humanité passe par la mise à bas de ce système inique pour que l’humain s’humanise réellement et retrouve le chemin  d’un développement social organique hors institutions en rendant impossible la division politique de la société, source de tout le malheur dans la gestion humaine de notre monde. Nous devons retourner le pouvoir là où il n’aurait jamais dû sortir, dans le peuple, au moyen de la confédération des associations libres dans une société horizontale où personne ne décide plus qu’un/une autre, où personne n’a plus qu’un(e) autre. Il faut que le véritable changement commence quelque part, la France serait un véritable symbole pour le monde !

Pour mieux comprendre d’où nous venons, où nous sommes et où nous DEVONS aller, voici quelques fragments utiles à connaître, à lire et diffuser sans aucune modération:

Manifeste pour la Société des Sociétés

Solidarité ! Union ! Réflexion ! Action !
Dans notre complémentarité naturelle

Entretien avec un GJ, Paris 1er décembre 2018:

 


N’oublions jamais !…

Nouvel Ordre Mondial, 4 cavaliers de l’apocalypse pétrolière et les familles de l’oligarchie banquière avec Dean Henderson (compilation PDF)

Posted in 11 septembre, actualité, altermondialisme, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 29 novembre 2018 by Résistance 71


Dean Henderson sur Press TV

Résistance 71

 

29 novembre 2018

 

Nous traduisons les analyses et réflexions de Dean Henderson (site Left Hook) sur la géopolitique et la structure interne de l’oligarchie banquière depuis 7 ans. Si nous ne sommes pas toujours d’accord avec les solutions qu’il désire apporter aux problèmes qu’il analyse si bien, il n’en demeure pas moins qu’il est devenu au fil du temps une référence dans le monde de l’altmédia anglo-saxon. Dean a beaucoup voyagé, a vécu dans bon nombre de pays et a accumulé au fil des ans, une grande expérience culturelle qui étaye et complémente son analyse critique. Personnalité sympathique, calme et attachante, ses interventions sur les ondes (radios: Jeff Rense, Richard Allen et télévisées: RT, Press TV, Telesur) sont toujours appréciées et attendues.
Au fil des ans, nous avons traduit plus de 50 articles de Dean, en voici les meilleurs à notre sens, compilé en un pdf gratuit, mis en page par Jo de JBL1960.

Pour en savoir plus sur les familles contrôlant l’oligarchie financière, la City de Londres, Wall Street, les 4 cavaliers de l’apocalypse pétrolière que sont Exxon-Mobil (Rockefeller), Royal Dutch Shell (Rothschild), Chevron-Texaco et BP-Amoco et leur implication dans les guerres au Moyen-Orient, alors… Bonne lecture !

Compilation PDF gratuite à télécharger et à diffuser sans aucune modération:

Dean Henderson NOM, 4 cavaliers de l’apocalypse pétrolière et famille banquière de l’oligarchie

 

Changement de paradigme politique: Vision autogestionnaire d’Algérie…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, démocratie participative, documentaire, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 20 novembre 2018 by Résistance 71


Algérie Anarchiste…

 

Appel à un mouvement pour l’auto-gestion sociale

 

Kadour Naïmi

 

Juillet 2018

Algérie

 

«  J’ai vu des ouvriers, dont certains étaient analphabètes, continuer la production de chaussures, réparer les machines, organiser la distribution pour la vente », raconte ici le dramaturge, cinéaste et écrivain Kadour Naïmi. C’est fort de cette brève expérience, née dans le sillage de l’indépendance, qu’il aspire aujourd’hui à réhabiliter l’idéal autogestionnaire en Algérie… pour mieux, qui sait, l’instaurer collectivement.

Problème général

Concernant les partis politiques, l’essentiel a été dit voilà longtemps — depuis le sociologue Robert Michels (1), en19141, sur leur tendance à former une oligarchie. Et cela quelle que soit leur couleur idéologique. De l’ancien parti bolchevik à l’actuel parti « démocrate » états-unien, nul n’échappe à cette « loi d’airain » — disons à cette logique. L’analyse de Michels suit, d’une certaine manière, celles élaborées au siècle précédent par des militants et théoriciens anarchistes : Joseph Proudhon, Michel Bakounine et Errico Malatesta, pour ne citer que ces trois noms. Seule l’ignorance (ou la naïveté, sœur de la première), peuvent porter à douter de ce phénomène. Et seul.e.s les dirigeant.e.s des partis occultent ce processus. Il atteint même les partis dont les fondateurs agissent avec la meilleure des intentions, la plus démocratique, la plus révolutionnaire : songeons au parti fondé par Nelson Mandela… Pour employer une métaphore, un parti politique obéit à la même loi qu’un microbe : il lui est impossible de ne pas dégénérer. Concernant le microbe, il s’agit de loi biologique ; le parti politique est quant à lui affaire de loi sociale humaine : la cause de la dégénérescence, dans le dernier cas, réside dans trois aspects.

D’abord, dans l’existence inévitable d’un individu torturé par son ego, à tel point qu’il consacre toute son énergie et son intelligence (dont le machiavélisme est l’aspect inavoué) à jouer au chef. Ensuite, dans la complaisance d’un groupe qui l’entoure et lui permet de parvenir à ce rôle de chef en assumant les rôles de sous-chefs. Enfin, dans l’aliénation de la grande majorité des militants qui croient « naturel », au regard de leur « ignorance », d’obéir à celles et ceux qui « savent ». Cette structuration est, et ne peut être, que hiérarchique — donc autoritaire. Avec le temps, elle produit inévitablement des privilèges au bénéfice du groupe « dirigeant » : le chef et son groupe. Des privilèges justifiés par mille excuses : les plus évidentes sont la nécessité d’un certain confort matériel (pour, soi-disant, « bien » réfléchir et concevoir les actions à entreprendre) et l’exigence de voir exécutés les ordres impartis par la « base », selon la fameuse « discipline » de parti. La preuve du contraire est donnée, par exemple, par le dirigeant Buonaventura Durruti : pendant la guerre civile espagnole, il partageait les mêmes conditions de vie que ses compagnons miliciens et les actions à entreprendre étaient décidées de manière égalitaire et démocratique — à l’opposé d’un Trotsky, alors chef de l’Armée « rouge ».

En Algérie

Venons-en aux partis politiques algériens actuels. Leur caractéristique commune est la suivante, par-delà l’idéologie proclamée : tous veulent le bien-être du peuple. Qu’en est-il dans les faits ? Leur contact avec ledit peuple est très limité. La caste étatique use de tous les obstacles possibles et imaginables pour empêcher ces partis d’établir des relations avec lui — le moyen le plus utilisé reste l’exigence d’une autorisation administrative afin de tenir une réunion, laquelle autorisation n’est pas accordée. Si le parti passe outre et entend bel et bien la tenir, l’administration le considère comme agissant dans l’« illégalité » et les services répressifs interviennent pour l’en empêcher. L’autre moyen employé est le traditionnel traficotage des résultats des élections. Jusqu’à présent, et à notre connaissance, les dirigeants des partis se contentent de se plaindre de ces atteintes aux règles démocratiques, pourtant proclamées dans la Constitution ; ils déclarent du reste que le pouvoir étatique, les empêchant d’accomplir leur mission socio-politique, provoquera lui-même les révoltes populaires puisque les citoyen.ne.s ne disposent pas de moyens légaux — un parti — pour présenter leurs revendications légitimes.

Ces deux obstacles ne suffisent pas à expliquer la faiblesse électorale des partis d’opposition. La cause réside principalement dans la carence de leur implantation en milieu populaire — une carence qui s’explique par la conception même de ces partis : la priorité (quoiqu’ils en disent) accordée au « sommet » et aux jeux de pouvoir (qu’ils croient décisifs), au détriment de l’action populaire. C’est dire que le changement réellement voulu par ces organisations partidaires est moins une démocratisation de la société qu’une conquête du pouvoir étatique pour, ensuite, établir la politique qui leur convient, d’abord comme oligarchie de parti. Pourquoi l’intelligence des dirigeants de parti ne trouve-t-elle pas de solution à leur faiblesse électorale ? Leurs connaissances devraient pourtant servir précisément à régler ce genre de problèmes. S’ils en sont incapables, pourquoi demeurent-ils à la tête de leur parti ? Dans toute organisation sociale, on laisse pourtant la place à d’autres quand on est incapable de trouver la solution…

Solutions démagogiques

Comment les partis algériens ont-ils affronté les interdictions étatiques ? La première voie est l’action clandestine. Les partis la rejettent à présent clairement (quoiqu’il ne soit pas sûr que certains d’entre eux n’y aient jamais recours, d’une manière ou d’une autre) et les services de sécurité sont, quoi qu’il en soit, là pour les découvrir et les neutraliser. La seconde, sans relever de la clandestinité, en est assez proche : elle consiste à « travailler au corps à corps » les citoyens à travers leur famille, leur travail, leur voisinage, leurs amitiés, etc. En voici quelques exemples.

Saint Internet

L’un des leviers de la victoire d’Obama aux élections présidentielles fut l’immense campagne orchestrée à travers Internet en recourant à une masse de sympathisants, acquis par le démagogique (et malheureusement efficace) « Yes, we can ! » (« Oui, nous pouvons ! »). En tant que sympathisant d’un mouvement états-unien opposé à la guerre, je fus moi-même systématiquement bombardé de messages de soutien à Obama et d’action en sa faveur. Comment ses partisans ont trouvé mon courriel, je l’ignore. Je n’ai toutefois pas bloqué l’arrivée des messages : ils m’instruisaient sur cette méthode de « travail » sur « les gens ». Ainsi, en Algérie, où l’expression libre est gravement limitée par l’autorité étatique, d’aucuns croient à la toute-puissance des réseaux sociaux sur Internet. En la matière, les partis algériens ont visiblement encore tout à apprendre. S’il est vrai, depuis quelques années, que ces réseaux ont explosé, cela n’en est pas moins le fait, essentiellement, d’intellectuels et de jeunes instruits : les travailleurs manuels des villes et des campagnes, ainsi que les chômeurs, en sont exclus. En outre, à supposer que ces derniers sachent lire et se servir efficacement d’Internet, il n’empêche qu’ils ne possèdent pas d’ordinateurs par manque de moyens financiers. Quant à l’influence du Web sur la vie sociale, le journaliste Salim Chait écrit, dans Le Matin d’Algérie : « Les dernières élections locales ont signé l’échec de l’opposition virtuelle. Malgré les millions de suiveurs des pages de ces blogueurs précités, une grande partie de la population est allée voter, nonobstant les soupçons de fraude et les appels incessants de la blogosphère à boycotter ces échéances électorales. » Ces constatations relativisent l’influence du virtuel sur le réel, sans toutefois lui enlever de son importance. Les partis sont-ils capables de descendre dans l’arène ? Jusqu’ici, leur absence est désolante. On les trouve dans les allées du pouvoir en place, à la télévision, sur leur page Facebook, dans des publications journalistiques et dans quelques rares locaux de partis, plus rares encore dans les quartiers populaires, pour ne pas parler des villages.

Saint peuple

Avant l’arrivée de Mohammed Morsi à la tête de l’État, en Égypte, et avant le « printemps » qui l’y a porté, les Frères musulmans travaillaient à leur manière les citoyen.ne.s les plus démuni.e.s du pays. Ils allaient les trouver pour s’informer sur leurs conditions de vie très pénibles. « Au moins, déclaraient les gens, ces Frères viennent nous voir et enquêter sur nous ! » Un moyen plus convainquant consistait, pour les militants Frères musulmans, à fournir, dans la mesure du possible, des aides matérielles destinées à améliorer leur niveau de vie, le Qatar et autres monarchies pétrolières fournissaient l’argent nécessaire. Les gens du peuple appréciaient naturellement cette aide concrète, même si ce n’étaient que des miettes : en situation de pauvreté, tout est bienvenu. L’idéologie des Frères musulmans s’introduisait, se développait, se consolidait : on connaît le résultat. En Algérie, les partisans de l’ex-FIS (Front islamique du Salut) ont employé des procédés similaires, permettant ainsi de favoriser leur victoire aux élections législatives de décembre 1991 : elle ne fut surprenante que pour les personnes qui ignoraient les conditions réelles du peuple et la mobilisation de ces militants le travaillant « au corps-à-corps ». En découle que les partis politiques algériens sont contraints, afin de bénéficier d’une légitimité citoyenne réelle, de trouver les moyens d’entrer en contact direct avec le peuple et de l’aider concrètement.

L’autonomie manquée

Mais le veulent-ils ? Leurs dirigeants, cadres et militants devraient aller sur le terrain — ce qui implique de dépasser les interdictions des autorités d’État et de dépenser une énergie physique consistante, certainement éprouvante. Aller dans les quartiers les plus démunis, dans les bidonvilles, dans les villages et les douars n’est pas une entreprise touristique. Ce genre d’action peut entraîner l’adhésion au parti d’éléments nouveaux, de la « base » réelle du peuple. Or, a priori, ceux-là sont moins manipulables par les dirigeants que les cadres et militants « nantis » : ils se montrent plus exigeants, plus critiques ; ils veulent des résultats concrets qui améliorent leur vie.

Les dirigeants des partis sont-ils capables de consentir à cette réelle démocratisation de leur organisation, laquelle risque de mettre en question le leadership du chef et de remplacer ses « cadres » par d’autres, plus sensibles et plus représentatifs du peuple ? Ces interrogations mettent en évidence un fait : le plus grand danger que court un parti « démocratique » est précisément sa réelle démocratisation ! Cela nous amène tout près de l’organisation autogérée, autrement dit le contraire d’un parti ! Si la « loi » de ce dernier est la production d’une oligarchie qui le gère (hétéro-gestion), l’autogestion, à l’opposé, a comme « loi » l’élimination de toute forme d’oligarchie au bénéfice d’un fonctionnement non pas vertical — hiérarchique, autoritaire — mais horizontal — égalitaire, avec délibération collective pour la prise des décisions : se trouve ici l’impossibilité pratique pour un parti « démocratique » de l’être réellement. Et pour qu’une organisation soit réellement au service du peuple, elle doit l’être, démocratique.

Le modèle autogestionnaire est le seul qui, jusqu’à présent, a répondu à cette condition. On comprend que cette forme d’organisation a malheureusement toujours été dénigrée, calomniée, combattue, occultée par tous les partis, sans aucune exception, dans tous les pays et à toutes les époques. Qu’ils soient « libéraux » ou « révolutionnaires », leur argument est identique : l’autogestion, c’est l’« anarchie », c’est-à-dire le désordre social et l’inefficacité économique. Absolument faux ! Là où l’autogestion a existé, y compris en Algérie, elle fut l’expression du meilleur ordre social possible et d’un progrès économique consistant. L’examen des expériences réelles le démontre indéniablement, notamment en Russie (1917–1921) et en Espagne (1936–1939). Paraphrasant Galilée, il faut convenir : et, pourtant, elle tourne (l’autogestion), bien que toutes les autorités du monde le nient ! Qui se souvient du surgissement des comités d’autogestion agricoles et industriels en Algérie ? Sitôt l’indépendance nationale déclarée, les fermes et les usines furent abandonnées par leurs propriétaires et cadres techniques coloniaux — le nouvel État autochtone n’existait pas encore de manière significative, ni son corps de bureaucrates et de technocrates. Les travailleurs ont réagi de manière totalement autonome, libre et solidaire. Ils sont parvenus non seulement à assurer la production industrielle et agricole, ils l’ont même améliorée. Le cas ne fut pas spécifique, mais il n’y a pas à s’en étonner : quand des travailleurs n’exercent plus sous le joug du salariat exploiteur mais comme producteurs librement autogérés, il est normal qu’ils s’efforcent et parviennent à faire mieux, parce qu’ils travaillent pour eux-mêmes. On objectera : « Et les cadres administratifs, ainsi que les cadres techniques ? »… Les travailleurs ont prouvé qu’ils savaient produire sans ces « cadres », démontrant ainsi leur aspect parasitaire. Au point que le poète Jean Sénac écrivit cette expression inoubliable : « Tu es belle comme un comité d’autogestion ! »

J’eus le bonheur, adolescent, de vivre directement cette autogestion dans l’entreprise de chaussures où travaillait mon père, à Oran, quartier Saint Eugène. Alors, moi, enfant de pauvre, de « zoufri » (déformation algérienne de « ouvrier »), comme on disait avec mépris, j’ai vu des ouvriers, dont certains étaient analphabètes, continuer la production de chaussures, réparer les machines, organiser la distribution pour la vente. Et tout cela dans une atmosphère de coopération égalitaire et solidaire. Les travailleurs manuels montraient leur capacité intellectuelle de gestion de leur entreprise, sans patron, ni contremaître, ni techniciens. Ce qui, sous le salariat, était plus-value et profitait au propriétaire était désormais investi afin d’améliorer les conditions de production ou la répartition entre travailleurs. Hélas !… Cette autogestion ouvrière et paysanne réussie ne fut pas de l’agrément de ceux qui voyaient leurs intérêts menacés : les détenteurs de l’État « socialiste », leurs fonctionnaires, leurs techniciens, les propriétaires privés et ceux qui projetaient de s’emparer des soi-disant « biens vacants » abandonnés par leurs propriétaires coloniaux.

En Russie puis en Espagne, l’autogestion fut éliminée par l’armée. Dans le premier pays, Lénine ordonna et Trotsky commanda l’Armée « rouge » : elle massacra les partisans des Soviets libres de Kronstadt et d’Ukraine. Dans le second pays, le massacre fut commis par l’armée fasciste de Franco, l’aviation nazie, les supplétifs fascistes de l’armée italienne et les « communistes » (les agents envoyés par Staline et le Parti « communiste » d’Espagne). À ces autoritaires, version « communiste » et fasciste, il était intolérable que des travailleurs démontrent qu’une révolution sociale authentique puisse se réaliser sans « Guide suprême infaillible », sans « Parti d’avant-garde professionnel », sans « commissaires politiques » tout-puissants, sans collectivisation forcée, sans privilégier une couche bureaucratique, sans armée de galonnés et d’exécutants. En Algérie, l’élimination de l’autogestion se fit par des décrets « socialistes » : elle fut accusée de « désordre », d’« inefficacité » et d’« anarchie », comme en Russie et en Espagne. Pour résoudre ces problèmes, l’État algérien « organisa » l’autogestion. Technique employée : embrasser pour étouffer. À la tête des entreprises autogérées, l’État installa un « directeur » : il représentait l’État, lequel était censé incarner le « peuple » et les « travailleurs » — ce fonctionnaire aurait donc été le défenseur des travailleurs des comités d’autogestion. En réalité, ce « directeur » commandait, donnait des ordres, selon le « plan » étatique. Son salaire élevé, ses conditions de travail très confortables et les privilèges qui lui étaient accordés par l’État constituaient, du reste, une injustice scandaleuse au regard du salaire et des conditions de travail des gens sous ses ordres.

Les travailleurs comprirent immédiatement que les décisions de ce commis de l’État contredisaient les intérêts réels des travailleurs. Ils se sont trouvés devant une forme inédite de patron : il n’était plus un individu privé, mais l’incarnation en chair et en os de l’État. Et celui-ci se comportait exactement en patron. Seule différence, très grave : le système n’était plus capitaliste-colonial, mais capitaliste-étatique-indigène. Les travailleurs n’avaient plus comme ennemis des patrons, sous forme d’individus différents, mais un seul et unique patron omnipotent, qui disposait de son « syndicat » de contrôle et de gestion sur les travailleurs, et de ses services de répression en cas de contestation. Surgit alors la fameuse phrase populaire algérienne : « Lichtirâkiyâ ? L’auto lîk wal hmâr liyâ. » (« Le socialisme ? l’automobile pour toi et l’âne pour moi. ») Si, au temps du capitalisme-colonial en Algérie, le syndicat était permis comme instrument de défense des travailleurs, avec l’État « socialiste », « démocratique et populaire », le syndicat était devenu simple courroie de transmission des impératifs de l’État : l’officielle Union générale des travailleurs algériens était devenue Union générale de l’État contre les travailleurs algériens…

Comme en Russie, en Algérie, les détenteurs de l’État avancèrent ce sophisme : l’État étant celui des travailleurs, il n’y a pas lieu d’avoir des syndicats pour les défendre, comme cela existe dans les pays capitalistes : vouloir un syndicat autonome dans un pays « socialiste », c’est être « contre-révolutionnaire ». En Russie, naquit la Nouvelle politique économique (NEP) de Lénine, ouvrant l’économie à une forme de capitalisme ; en Algérie apparut l’« autogestion étatique ». Toute résistance des travailleurs ou de leurs authentiques représentants pour défendre et maintenir les acquis de l’autogestion réelle fut réprimée, d’une manière ou d’une autre : licenciement, arrestation, torture, assassinat. Bien entendu, au nom du « socialisme » et du « peuple ». Depuis lors, en Russie, en Espagne comme en Algérie, les expériences autogestionnaires réussies furent totalement occultées, calomniées, par tous ceux qui conçoivent l’organisation sociale uniquement de manière autoritaire et hiérarchique : militaires, « libéraux » capitalistes, cléricaux, fascistes, marxistes.

Quelques années après le « redressement révolutionnaire », en fait le coup d’État militaire du 19 juin 1965, vinrent les « réformes », dites aussi, évidemment, « révolutions » : la « révolution agraire » et celle de la « gestion socialiste des entreprises ». On parla même d’une « révolution culturelle » pour singer celle qui se déroulait en Chine. Le peu qu’il restait de l’autogestion fut définitivement supprimé ; le capitalisme étatique consolidé, permit la formation d’une bourgeoisie étatique : les travailleurs se sont trouvés devant le pire des patrons et le pire des asservissements. J’en ai connu les méfaits, ayant été secrétaire d’une section syndicale de travailleurs, en 1972–73, à Alger. Je le fus juste assez longtemps pour que la hiérarchie syndicale comprenne que je ne me prêtais pas au rôle de larbin mais défendais réellement l’intérêt des travailleurs : je fus arbitrairement suspendu, accusé d’« agitation subversive ». Suite à la révolte populaire de 1989, à Alger, apparut une démocratisation très relative ; elle a permis la naissance de syndicats autonomes. Leurs activités ne sont pas semées de roses, d’autant plus que l’État favorise l’émergence d’un capitalisme privé, lié de manière clientéliste à celui de l’État. État, syndicat officiel (UGTA) et organisation patronale privée se sont unis pour dominer le pays de manière à servir leurs intérêts de castes.

Pour un Mouvement d’autogestion sociale

Le projet autogestionnaire semble, à première vue, relever de quelque utopie irréalisable. Il est pourtant des utopies qui ne le sont que parce qu’elles n’ont pas encore trouvé les moyens de se concrétiser ou de durer. Combien de temps a-t-il fallu pour détruire le système esclavagiste et le remplacer par le système féodal ? Combien de temps fut nécessaire pour anéantir ce dernier au bénéfice du système capitaliste, privé puis étatique ? Il en faudra pour l’instauration de l’autogestion. L’essentiel est d’y contribuer chacun selon ses possibilités : que rien ne nous garantisse de vivre immédiatement en société autogérée n’est pas un problème, ni une raison de nous décourager. Considérer l’autogestion comme une expérience à mener, contribuer à sa concrétisation, par les mots et les actes, même les plus apparemment insignifiants, faire connaître les expériences menées auparavant, les motifs de leurs succès et de leurs échecs, instaurer le débat sur le thème « Pourquoi pas l’autogestion ? », c’est déjà semer des graines pour permettre à la belle et généreuse plante de germer.

Reste à poser une question : dans l’Algérie actuelle, pourquoi n’existe-t-il pas de mouvement favorable à l’autogestion sociale ? Je parle de mouvement et non de parti. Il nous est indispensable de nous libérer de cette mentalité traditionnelle, largement diffuse : « Ilâ anta mîr wanâ mîr, achkoun issoug alhmîr ? » (« Si tu es maire et je suis maire, qui conduira les ânes ? ») D’abord, les citoyens ne sont pas des ânes. Ensuite, s’ils se révèlent tels, c’est parce que quelqu’un les y a réduits pour en tirer avantage. Œuvrons plutôt pour une société sans ânes, où tous pourraient être maires, à tour de rôle et pour réaliser le mandat pour lequel ils sont élus : satisfaire les intérêts de toute la communauté ! Mais s’il est, en français, souhaitable de parler de « mouvement », le mot, en arabe algérien, s’avère par trop fâcheux : « haraka » — on songe à « harka », « harki », ces supplétifs indigènes de l’armée coloniale durant la guerre de libération nationale algérienne. Le mot « nidhâm » (ordre, organisation) convient mieux et offre l’avantage d’affirmer l’autogestion sociale comme ordre, ou organisation, au sens le plus noble du terme : l’organisation démocratique et pacifique. Appelons donc à la naissance d’un « Nidhâm Attassyîr Adhâtî Alijtimâ’î », un Mouvement pour l’autogestion sociale.

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Lectures complémentaires:

Nestor Makhno Anarchie dans la Revolution Russe

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Erich_Mühsam la liberté de chacun est la liberté de tous

L’anarchie pour la jeunesse

Manifeste pour la societe des societes

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Voline_La revolution inconnue 3 livres

Un monde sans argent: le communisme

Manifeste contre le travail

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Proudhon_Quest_ce_que_la_propriete

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit