Archive pour crise globale mondiale

La fumisterie totale de la résistance interne au système…

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, presse et média, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 15 janvier 2018 by Résistance 71

Ce qui est dit ci-dessous s’applique à tous les systèmes étatiques passés, présents et à venir si nous n’en sortons pas.
Nous l’avons dit et le répèterons sans cesse: Il n’y a pas de solution au sein du système, il n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais.
Une fois de plus l’analyse de Johnstone (et bien d’autres) est juste, mais que propose t’elle ? Que propose la véritable résistance ? Il serait grand temps d’y réfléchir et d’agir, parce que la critique, aussi éclairée soit-elle, ne ralentit que peu la marche en avant du totalitarisme étatico-marchand global.
En ce qui nous concerne, nous nous sommes positionnés dans le post-blablabla et dans l’action pour l’avènement d’un changement politico-social radical.

A lire:

Manifeste de la societe des societes

 

 

Le soutien démocrate pour la machine de surveillance Trump prouve que la “résistance” interne au système n’est que vaste fumisterie

 

Caitlin Johnstone

 

13 janvier 2018

 

url de l’article: http://www.informationclearinghouse.info/48587.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La soi-disante “résistance” (NdT: toujours interne au système…), la campagne de pensée générée pour continuer la véritable énergie de la base envers la campagne de Bernie Sanders (NdT: énergie très mal dirigée puisqu’épousant toujours un sbire du système qui s’empresserait de trahir dès son élection…) et qui est artificiellement créée pour faire opposition à Donald Trump est une vaste fumisterie. Elle l’a toujours été et le sera toujours.

Les leaders de cette “résistance” ne s’oppose pas à Trump. Ils sont des travestis de Donald Trump.

Comme nous en avions discuté auparavant, la communauté du renseignement américain a agressivement demandé au Congrès qu’il autorise de nouveau sa Section 702 orwellienne des pouvoirs de surveillance et le président s’est fait l’écho de cette demande. Les députés démocrates auraient pu forcer un amendement appelé “The USA Rights Act” pour mettre un terme à la capacité de cette administration à espionner les citoyens américains, mais ils ne l’ont pas fait. Ce même président qui a été accusé par des élus démocrates comme Adam Schiff et Eric Swalwell, d’être un agent russe, a reçu des pouvoirs de surveillance non restreints par à la fois Schiff et Swalwell ainsi que par la chef de l’opposition parlementaire Nancy Pelosi. Ils ne croient pas que Trump soit un agent du Kremlin et ils ne s’opposent en rien à lui.

Ceci n’est que la continuation d’une tendance standard par laquelle les leaders de la “résistance” clament publiquement que Trump est un traître, un autocrate en herbe, un nazi qui se cache, un dangereux incompétent et un déséquilibré mental et qui pourtant continuent à lui faire octroyer des pouvoirs dignes d’un dieu, comme lorsqu’ils ont autorisé la continuation de ses pouvoirs de guerre étendus, tout ceci est passé comme une lettre à la poste il y a quelques mois. Leurs paroles disent une chose, leurs actions le contraire.

La belle chose au sujet de cette idéologie anti-Trump tournant au culte démocrate est que cela ne ressemble à rien. Cela ne fait qu’assimiler le président à un gros nul à montrer du doigt en criant “Pas ça !” sans jamais faire quoi que ce soit pour faire avancer le bien-être des Américains ou fournir une quelconque inertie envers les menaces réelles que cette administration pose de toute évidence et en plus arrive à faire applaudit tout le monde en disant “Oui, c’est vrai, pas ça !” Tout ça n’est qu’un faux jouet qu’ils donnent aux pseudo-démocrates pour jouer ; ainsi ils sont trop préoccupés pour atteindre quelque chose de tangible, comme la santé, la paix ou la justice.

L’anti-trumpisme n’a jamais été au sujet de s’opposer à Trump. C’est au sujet de tuer ce qu’il reste de la gauche (NdT: du capital…) aux Etats-Unis en la forçant à rentrer dans le rang de l’establishment et en les accusant de soutenir un sale traître nazi si elle ne le fait pas. C’est en fait au sujet de la fabrication du soutien pour de nouvelles escalades dans la guerre froide avec la Russie ; au sujet de soutenir la censure de l’internet pour écraser les idées anti-establishment et non politiquement correctes. C’est au sujet de sauver les carrières de tous ces “experts” des médias de masse qui ont eu tout faux depuis au moins 2015 ; c’est au sujet de distraire du scandale du DNC (Democratic Nationale Congress) qui a prouvé sans plus l’ombre d’un doute que la démocratie n’existe pas aux Etats-Unis de quelque manière signifiante que ce soit. C’est au sujet de modérer les démocrates de base et de les aligner avec les nouveaux cons de l’ère Bush. L’opposition à Trump n’a rien à voir là-dedans.

Et non, quand on en vient à la politique qui en fait compte vraiment, Trump et ceux qui lui MacRésistent jouent dans la même équipe. La même expansion de la machine de guerre américaine, la même expansion des réseaux de surveillance orwelliens qui ne rendent de comptes à personne, la même opacité de gouvernement et persécution des lanceurs d’alerte, le même état policier militarisé croissant sans relâche et à vue d’œil, la même économie Wal-Mart écrasant l’âme, la même oligarchie, le même agenda. Même jeu, différents masques, jus vert et vert jus…

Les deux partis politiques vous mentent en permanence et tout ce cirque n’est qu’illusion et écran de fumée. La politique américaine n’est qu’un spectacle de catch de style WWE ayant l’audience profondément investie dans le résultat du match, chaque partie du stade hurlant pour son lutteur favori alors que le seul facteur déterminant est ce qui fera le plus de fric à Vince MacMahon (NdT: l’organisateur du spectacle WWE). Tout cela n’est que cirque et illusion et est fait pour vous baiser dans les grandes largeurs.

Ignorez ce grand cirque politique et regardez ce qu’il se passe vraiment et vous discernerez une Amérique très différente que celle qu’on vous montre et celle que les acteurs  des narratifs pour gogos vous demandent de regarder. Ignorez leurs paroles et regardez leurs actions et surtout confrontez quiconque est du côté de la machine.

(NdT: oui c’est bien, mais en proposant quoi en remplacement ?… une piste à suivre ici…)

 

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Analyse politique: Les Mayas zapatistes nous montrent la voie… Du feu à la parole, entretien avec Jérôme Baschet

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A lire en complément:

Manifeste de la societe des societes

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

6ème_déclaration_forêt.lacandon

la-sixta

 

Entretien avec Jérôme Baschet sur l’expérience zapatiste d’autogouvernement

mercredi 3 janvier 2018, par Alizé Lacoste Jeanson, Jérôme Baschet

Source: https://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Jerome-Baschet-sur-l-experience-zapatiste-de-l-autonomie

Le Comptoir : Vous êtes historien, enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris jusqu’en 2016 et à l’Université autonome du Chiapas à San Cristóbal de Las Casas encore aujourd’hui, où vous vivez depuis 1997. Qu’est-ce qui vous a amené au Mexique, et quel est votre rôle à l’université de San Cristóbal de Las Casas ?

Jérôme Baschet : C’est en effet une trajectoire de vingt ans, pendant laquelle j’ai mené en parallèle mon intérêt pour les dynamiques contemporaines au Mexique et mon enseignement et mes recherches comme historien du Moyen Âge. Mais le déplacement progressif de l’équilibre entre ces deux versants de mon activité m’a conduit, il y a un an, à mettre fin à mon enseignement à l’EHESS, à Paris. C’est vous dire dans quel sens penche la balance…

Comment liez-vous votre recherche d’historien à l’actualité du zapatisme auquel vous avez consacré quatre ouvrages ?

Je dirais surtout que mon expérience au Chiapas a complètement transformé mon travail comme historien. Enseigner le Moyen Âge européen à des étudiants mexicains a été pour moi l’occasion de repenser cette période à partir de ses prolongements outre-Atlantique, dans les structures du monde colonial qui resteraient incompréhensibles si l’on ne prenait en compte le rôle que l’Église a joué dans leur consolidation. Sur des points plus spécifiques, la connaissance des conceptions des peuples mayas a constitué un point d’appui important pour l’étude comparée des conceptions de la personne humaine et pour atteindre, par différence, une meilleure compréhension des représentations propres à l’Occident médiéval (c’est ce à quoi est consacré Corps et âmes. Une histoire de la personne au Moyen Âge, publié l’an dernier et qui comporte un versant comparatiste).

Enfin, l’inspiration zapatiste m’est apparue d’emblée très féconde, bien sûr dans une perspective politique, mais aussi d’un point de vue historiographique. On peut y découvrir de riches filons pour reprendre l’examen de nos conceptions de l’histoire et de la temporalité, et notamment pour lutter contre la tyrannie du présent, qui s’impose dans notre monde toujours plus pressé, en manque de temps et soumis à la dictature de l’urgence. C’est ce que les historiens ont pris l’habitude de dénommer « présentisme » et que les zapatistes identifient comme le règne d’un « présent perpétuel ». C’est à en préciser les caractéristiques et à explorer les chemins qui permettent d’en sortir qu’est consacré mon prochain livre, qui paraîtra au début de l’année prochaine et qui, une fois encore, trouve son appui principal dans l’expérience zapatiste.

Comme pour la problématique de la tyrannie du présent, il semble que le mouvement zapatiste intègre des constructions théoriques et trouve les moyens de lutter par la pratique quotidienne. Est-ce que cela provient des années de clandestinité durant lesquelles les zapatistes de l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) se sont intégrés aux communautés pour s’en inspirer ?

En effet, l’EZLN a été fondée, en 1983, comme un foyer de guérilla guévariste relativement classique. Pour de multiples raisons, elle s’est rapidement transformée en organisation armée des communautés indiennes. Cette organisation n’est pas restée extérieure au monde indigène ; elle s’est « indianisée ». Les militants formés au marxisme-léninisme racontent leur expérience comme une heureuse défaite, au cours de laquelle leur vision du monde initiale, carrée et pétrie de certitudes, s’est retrouvée « toute cabossée ». C’est sans doute cette expérience initiale qui a amorcé un profond et constant processus d’autotransformation, dans lequel c’est, le plus souvent, l’expérience concrète qui prime. Ce qui n’empêche pas l’EZLN d’être dotée d’une notable créativité théorique.

Dans l’expérience zapatiste, le rapport entre théorie et pratique me semble bien exprimé par l’expression qui invite à caminar preguntando [avancer en posant des questions]. C’est le refus des postures dogmatiques et avant-gardistes, sûres de savoir où guider les « masses ». Il faut avancer sans certitude et sans garantie. C’est la force des questions qui se posent à chaque pas qui permet d’ouvrir un chemin qui n’est pas tracé d’avance.

« Les théories non seulement ne doivent pas s’isoler de la réalité, mais doivent chercher en elles les leviers qui leur sont parfois nécessaires quand elles se retrouvent dans une impasse conceptuelle. Les théories rondes, complètes, achevées, cohérentes, sont parfaites pour présenter un examen professionnel ou remporter un prix, mais généralement elles sont réduites en miettes au premier coup de vent de la réalité. » Sous-commandant Marcos, « Sentir le rouge », Saisons de la digne rage (Climats, 2009)

Pouvez-vous nous décrire le rapport de forces au moment de l’insurrection du 1er janvier 1994 ?

L’essor de l’EZLN au Chiapas a été impressionnant pendant les années de clandestinité. Dans la région que l’on appelle la « forêt Lacandone », presque tous les villages étaient devenus zapatistes. Leur implantation était également forte dans les hauts plateaux du Chiapas, région où se trouve San Cristóbal de Las Casas, la capitale historique de l’État. Ce sont probablement des centaines de milliers d’Indiens qui ont pris part, directement ou indirectement, au soulèvement lors duquel quatre villes du Chiapas ont été occupées par l’EZLN, sans compter les nombreuses organisations qui, sans être zapatistes, ont profité du soulèvement pour se mobiliser et notamment pour lancer leurs propres occupations de terres.

S’agissant des zapatistes, leur équipement militaire était des plus rudimentaires (de simples fusils de chasse pour certains) ; le rapport de forces avec l’armée fédérale mexicaine était, sur ce plan, des plus déséquilibrés. Mais la connaissance du terrain et l’intégration avec les communautés indiennes ont toutefois constitué des facteurs favorables ; lorsque l’armée fédérale, en février 1995, a lancé une offensive visant à éliminer tous les dirigeants de l’EZLN, elle a échoué. Surtout, en position d’infériorité sur le plan militaire, la justesse des causes défendues par l’EZLN a suscité une énorme solidarité au plan national, et aussi international ; c’est très certainement ce qui a permis au zapatisme de poursuivre son chemin jusqu’à aujourd’hui.

Enfin, puisque vous me posez une question sur « le rapport de forces », j’ajouterai que les zapatistes ont souvent dit, avec l’humour qui les caractérise, qu’ils disaient « merde au rapport de forces ». Une manière de signaler que s’ils avaient attendu que le rapport de forces leur soit favorable, ils n’auraient jamais rien entrepris…

Comment résumer les presque dix années de combat politique au niveau local et national qui ont suivi, jusqu’à la création des Caracoles (escargots en espagnol, qui désignent les bâtiments où se prennent les décisions pour chaque zone) en 2003 ?

Les zapatistes eux-mêmes ont souvent divisé cette histoire en deux parties : le feu et la parole. Elles sont très inégales en durée. Le feu des fusils a retenti pendant douze jours seulement. Puis, les zapatistes ont accepté le cessez-le-feu exigé par la population mexicaine et proposé par le gouvernement. S’est alors ouverte l’étape de la parole. Des « dialogues » ont eu lieu avec le gouvernement fédéral, dans la cathédrale de San Cristóbal d’abord, sous les auspices de l’évêque Samuel Ruiz, puis dans la petite ville de San Andrés Sakamch’en de los Pobres, où les délégations zapatiste et gouvernementale signent une première série d’accords portant sur les droits et la culture indigènes, en 1996. À partir de là, en même temps qu’ils poursuivaient le dialogue avec la « société civile » mexicaine et internationale (à travers toute une série d’initiatives, comme la Rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme, à l’été 1996), les zapatistes n’ont eu de cesse de lutter pour obtenir la transcription constitutionnelle des Accords de San Andrés, ce que le président d’alors, Ernesto Zedillo, a refusé. Obtenir cette reconnaissance constitutionnelle était l’objectif de la Marche de la couleur de la terre jusqu’à Mexico, en 2001, qui a permis de plaider en sa faveur à la tribune du Parlement. Mais en vain. Une nouvelle rupture est alors intervenue : tirant les conclusions de l’échec d’un chemin très légaliste, les zapatistes décident de mettre en pratique, dans les faits, l’autonomie reconnue aux peuples indiens dans les Accords de San Andrés, à défaut d’en avoir obtenu la reconnaissance constitutionnelle. C’est le début d’une nouvelle étape, qui dure jusqu’à aujourd’hui.

Comment s’est traduite cette autonomie sur la prise de décisions collectives et à quelle échelle ?

C’est un véritable système politique d’auto-gouvernement qui s’est mis en place, sur un territoire assez ample, de l’ordre d’une région comme la Bretagne. Il se développe à trois échelles. D’abord, les communautés, c’est-à-dire les villages, qui, dans la tradition indienne, ont leur assemblée, qui est le lieu de parole et d’élaboration des décisions collectives. Puis les communes autonomes, qui ont commencé à se constituer à partir de 1994 et qui sont aujourd’hui au nombre de vingt-sept (une commune, au Mexique, c’est très grand ; cela peut représenter des dizaines de villages, voire une centaine). Enfin, en 2003, les zapatistes ont créé cinq conseils de bon gouvernement, qui sont des instances régionales qui coordonnent l’action de plusieurs communes.

À chacun de ces trois niveaux, il y des assemblées et des délégués élus pour des mandats non renouvelables, révocables à tout moment, sans salaire ou avantage matériel (ce qui fait une différence considérable avec les structures institutionnelles au Mexique). Ces fonctions sont conçues comme des « charges », dans une véritable éthique du service rendu à la communauté et un souci concret d’opérer une dispersion des fonctions politiques, qui sont effectivement partagées entre tous, hommes et femmes, acteurs ordinaires de la vie collective. Malgré des manquements et des défauts toujours à corriger, on peut bien dire que, dans l’autonomie, « le peuple dirige et le gouvernement obéit », comme on peut le lire sur les panneaux placés à l’entrée des territoires zapatistes.

La manière de prendre les décisions ne peut évidemment pas être la même aux trois niveaux. Au niveau de la communauté, l’assemblée, une instance traditionnelle, est le lieu de prise de décision ; même s’il existe aussi un représentant communautaire élu qui joue un certain rôle. Au niveau de la commune, le conseil municipal interagit avec l’assemblée municipale. De même au niveau de la région, le conseil de bon gouvernement soumet ses propositions à l’assemblée régionale, qui se réunit plus rarement : les propositions peuvent être approuvées s’il y a un accord suffisant ; sinon, les représentations des communautés sont chargées de soumettre le projet à discussion dans les villages et reviennent à l’assemblée suivante avec leur accord, leur refus ou des propositions d’amendement ; on réalise alors un nouveau projet, qui peut être approuvé directement ou bien être à nouveau renvoyé pour discussion dans les villages. Cela peut paraître long, mais c’est la condition pour qu’un projet, véritablement discuté et approprié par tous et toutes, ait quelque chance d’être convenablement mis en pratique.

Y a-t-il eu, ou y a-t-il encore, des résistances au niveau local ?

Les difficultés sont immenses et les conditions dans lesquelles se déploie l’autonomie très précaires. De fait, il a fallu une détermination considérable et une énorme capacité de résistance pour en arriver là où en sont aujourd’hui les zapatistes. Ils ont d’abord fait face aux attaques de l’armée fédérale, puis des groupes paramilitaires, qui, à partir de 1996, ont constitué la principale stratégie du gouvernement mexicain pour se débarrasser des zapatistes. Le résultat : des dizaines de milliers de déplacés et le massacre d’Acteal, en 1997, où quarante-cinq hommes, femmes et enfants ont été assassinés. Depuis les années 2000, les gouvernements ont opté pour d’autres formes de division au sein des villages indiens. D’une part, ils cherchent à attirer les zapatistes hors de l’organisation en faisant miroiter l’argent des « programmes sociaux » qui sont autant de moyens de contrôle de la population. De l’autre, ils encouragent des groupes non zapatistes à s’emparer des terres des zapatistes, en échange d’appui pour des projets productifs. Les familles zapatistes sont parfois chassées de leurs maisons, leurs biens incendiés, et en 2014, le maestro zapatiste Galeano a été assassiné à La Realidad.

Qu’en est-il de l’autonomie alimentaire, énergétique et au niveau de l’éducation et de la santé ?

L’autonomie n’est pas l’autarcie : il ne s’agit pas du tout de se refermer sur soi, comme en témoignent les nombreuses initiatives nationales et internationales que les zapatistes multiplient en parallèle à la construction de l’autonomie.

Bien entendu, l’autosuffisance alimentaire est importante. Les zapatistes y parviennent pour les produits essentiels. Ils cultivent aussi du café, sur de petites parcelles familiales, qui est commercialisé par des coopératives et des réseaux de distribution solidaire (au Mexique, dans plusieurs pays d’Amérique et d’Europe). La vente du café permet aux familles zapatistes de se procurer les biens élémentaires qui ne sont pas produits dans les communautés.

En matière d’énergie, l’autonomie est moins avancée, mais il est assez répandu au Mexique, et surtout dans un État comme le Chiapas où se trouvent les principaux barrages hydroélectriques du pays, de lutter contre les tarifs élevés de l’électricité en faisant des branchements sauvages et en les défendant contre les fonctionnaires de l’entreprise productrice.

C’est en matière de santé et d’éducation que l’autonomie a le plus avancé. Les zapatistes ont mis en place leur propre système de santé, avec des cliniques dans chaque région, des microcliniques dans les communes et des « promoteurs de santé » dans les villages. Pour l’éducation, ils ont construit des centaines d’écoles, primaires et secondaires, formé des centaines d’enseignants et conçu un projet éducatif propre, adapté à leur culture, à leur horizon politique et à leur intérêt pour les luttes de tous les peuples du monde. À noter aussi que les conseils autonomes rendent la justice, une justice autre, de médiation et sans recours à la prison, à laquelle les non-zapatistes ont aussi volontiers recours.

Tout cela fonctionne évidemment sans la moindre aide gouvernementale (les zapatistes se refusent à recourir au moindre argent venant des instances constitutionnelles). Il est très intéressant de voir que l’ensemble du système de santé et d’éducation fonctionne sans recourir au salaire. Bon nombre d’enseignants restent paysans et cultivent leurs propres terres pendant les pauses du calendrier scolaire, et ils bénéficient de l’engagement de la communauté de les aider à les cultiver ou de subvenir à leurs besoins. Pour la santé, ce sont surtout des formes de travail collectif auxquelles tous collaborent qui permettent de faire fonctionner les cliniques. On a donc des formes d’organisation collective qui s’efforcent d’échapper aux catégories capitalistes du salaire et de l’argent.

Peut-on dire qu’en pratique il y a eu sécession entre le Chiapas et l’État mexicain ? Comment qualifier leurs relations ?

Sécession, au sens de ne plus collaborer avec les institutions de l’État, de s’en séparer presque complètement, oui, assurément. Mais pas du tout au sens d’un processus dont l’objectif serait de se rendre indépendant du Mexique. Les zapatistes se sentent mexicains et affichent volontiers leur nationalisme. L’autonomie, telle qu’ils l’entendent, n’est pas un projet indépendantiste. C’est une conception du politique qui se construit sans l’État, ou si l’on veut, contre l’État, au sens de Pierre Clastres.

On peut donc parler de sécession, mais aussi de destitution, au sens de ce qui rend le pouvoir inutile. De fait, dans leurs territoires, les zapatistes ont œuvré — c’est-à-dire lutté durement — pour rendre les institutions mexicaines parfaitement inutiles (même si, comme on l’a vu, celles-ci ne se laissent évidemment pas faire). La destitution suppose donc la résistance, la lutte contre, mais aussi un art de faire croître des formes d’organisation propres, pour que puissent se déployer les manières de vivre que les gens considèrent leurs. On peut, si l’on veut, appeler cela destitution ou sécession ; mais aussi autonomie, comme le font les zapatistes. Entendue en son sens politique radical, antiétatique, l’autonomie est une notion forte.

Alors que l’autonomisation semble être un moyen et une fin qui porte ses fruits au Chiapas, pensez-vous qu’il faut encore tenter de résister à l’emprise du capitalisme au niveau international, en prenant part ou en perturbant les réunions internationales du type COP (Conférences des parties) ou celle de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en ce moment [10-13 décembre 2017], comme le fait la Via Campesina par exemple ? Ou faut-il plutôt envisager, comme ce qui a lieu de manière plus ou moins désordonnée avec les ZAD, une réappropriation des territoires zone par zone, qui s’accompagne d’une reprise en main des capacités de décision et de gestion au niveau local ?

Une construction territorialisée de l’autonomie me semble en effet pouvoir porter ses fruits, comme au Chiapas ou sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et ailleurs. Mais elle ne peut être une fin en soi (il faut d’ailleurs dire, au passage, qu’une politique de l’autonomie ne peut avoir de fin, au sens où elle ne peut jamais prétendre être pleinement réalisée). Tant qu’elle reste un espace qui tente de se libérer au milieu de la marée noire capitaliste, une expérience d’autonomie est nécessairement limitée, agressée, minée de l’intérieur… Alors oui, bien sûr, il faut s’affronter à l’emprise du capitalisme à une échelle internationale, même si les actions réalisées à l’occasion des sommets et rencontres internationales ne sont pas les seules possibles.

Pour revenir aux zapatistes, ils consacrent beaucoup d’énergie à la construction de l’autonomie, mais aussi à la mise en œuvre d’initiatives nationales (comme en ce moment, la formation d’un Conseil indien de gouvernement au niveau national et la tentative d’inscrire sa porte-parole comme candidate indépendante à l’élection présidentielle de 2018) et à l’organisation de rencontres internationales. Il y a eu la rencontre dite « intergalactique » de 1996, mais aussi, entre autres, le Festival mondial de la digne rage en 2008, le Festival mondial des résistances et des rébellions en 2014, les rencontres consacrées aux arts et aux sciences, en 2016 et 2017, ou encore le séminaire international « La pensée critique face à l’hydre capitaliste », en mai 2015 (les interventions de l’EZLN à ce séminaire sont devenues un livre, qui sera bientôt disponible en français). Le titre de cette dernière rencontre suggère, à lui seul, que nous avons un ennemi global commun, dont la puissance destructrice redoutable (mais pas invincible) se fait sentir sur l’ensemble de la planète ; et face à cet ennemi notre objectif ne peut être que de l’affronter (avec intelligence) et de faire en sorte qu’il soit vaincu. En outre, les zapatistes ont appelé, depuis 2005 et sous une forme renouvelée depuis 2013, à la constitution d’un réseau planétaire de luttes et de résistances, qu’ils appellent la Sexta.

Bref, nous ne devrions pas opposer, comme deux termes entre lesquels il faudrait choisir, les expériences de construction territorialisée et la perspective d’une lutte plus ample contre le capitalisme. Construire (territorialement) et attaquer (l’ennemi global) ne peuvent qu’aller de pair. Construire des lieux et des expériences qui donnent consistance à ce que nous voulons est une base indispensable, mais le risque est de s’enfermer dans des îlots et de s’isoler, ce qui serait une option de courte vue et bien illusoire. Ne serait-ce que pour se maintenir, les expériences territorialisées doivent chercher à tisser des liens au-delà d’elles, à contribuer aux autres luttes et au renforcement de la capacité globale d’action contre l’hydre capitaliste.

Pensez-vous que le succès du zapatisme soit lié à l’histoire du Mexique et à la présence de communautés aux traditions encore fortes au Chiapas ou estimez-vous au contraire qu’il y a des raisons d’espérer qu’on puisse s’autonomiser et rendre l’État inutile ailleurs ?

Il y a certes des particularités liées notamment à l’impact historique de la Révolution mexicaine ; et le maintien de formes de vie communautaires n’ayant pas été détruites par la guerre totale que le monde de l’Économie mène contre tout ce qui ne répond pas à ses normes est assurément un avantage. Pour autant, il serait erroné de penser que ce qu’ont fait les zapatistes serait venu naturellement ou facilement : il a fallu construire la force collective nécessaire pour se dresser — au pire moment du triomphe néolibéral — contre un état de fait implacable et contre un rapport de forces qui semblait éminemment défavorable.

Si les zapatistes se gardent bien d’ériger leur expérience en modèle et soulignent qu’elle n’est pas reproductible telle quelle, il me semble que la logique de l’autonomie n’est pas du tout spécifique aux peuples indiens ou au Mexique. L’idée d’une politique non étatique, dont le principe consiste à éprouver que nous sommes capables de nous gouverner nous-mêmes, est enracinée dans les expériences historiques de très nombreuses régions du monde. S’il y a bien quelque chose à célébrer, en ce centenaire de la Révolution russe, c’est la lutte anonyme de tous ceux et celles qui ont inventé et donné corps aux conseils (soviets) paysans, ouvriers et de soldats, qui auraient pu constituer une forme non étatique d’autogouvernement populaire. Bien d’autres expériences pourraient être citées, des communes d’Aragon et Catalogne en 1936-1937 au Kurdistan actuel. En Europe aujourd’hui, les expériences sont plus restreintes, mais elles ne sont pas inexistantes. Ce qui se joue sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, ou dans d’autres espaces parfois urbains, comme le quartier libre des Lentillères à Dijon, est, pour cela, d’une grande importance. Développer ces capacités à faire par nous-mêmes, à nous gouverner nous-mêmes, c’est faire un pas qui donne consistance à l’autonomie et tend à rendre inutile le pouvoir d’État. Mais il ne faut pas oublier que notre ennemi est plus vaste encore : c’est le monde de l’Économie. De fait, l’autonomie n’a de sens que si elle permet de faire croître des manières de vivre que nous éprouvons comme nôtres, c’est-à-dire qui sont à la fois exemptes de la dépossession étatique et de l’hétéronomie de la marchandise.

Résistance politique: Analyse visionnaire sur le syndicalisme (Errico Malatesta)

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Intervention au congrès anarchiste d’Amsterdam au sujet du syndicalisme

Errico Malatesta (1907)

Je tiens à déclarer tout de suite que je ne développerai ici que les parties de ma pensée sur lesquelles je suis en désaccord avec les précédents orateurs, et tout particulièrement avec Monatte. Agir autrement serait vous infliger de ces répétitions oiseuses qu’on peut se permettre dans les meetings, quand on parle pour un public d’adversaires ou d’indifférents. Mais ici nous sommes entres camarades, et certes aucun d’entre vous, en m’entendant critiquer ce qu’il y a de critiquable dans le syndicalisme, ne sera tenté de me prendre pour un ennemi de l’organisation et de l’action des travailleurs ; ou alors celui-là me connaîtrait bien mal !

La conclusion à laquelle en est venu Monatte, c’est que le syndicalisme est un moyen nécessaire et suffisant de révolution sociale. En d’autres termes, Monatte a déclaré que « le syndicalisme se suffit à lui-même ». Et voilà, selon moi, une doctrine radicalement fausse. Combattre cette doctrine sera l’objet de ce discours.

Le syndicalisme, ou plus exactement le mouvement ouvrier (le mouvement ouvrier est un fait que personne ne peut ignorer, tandis que le syndicalisme est une doctrine, un système, et nous devons éviter de les confondre) le mouvement ouvrier, dis-je a toujours trouvé en moi un défenseur résolu, mais non aveugle. C’est que je voyais en lui un terrain particulièrement propice à notre propagande révolutionnaire, en même temps qu’un point de contact entre les masses et nous. Je n’ai pas besoin d’insister là-dessus. On me doit cette justice que je n’ai jamais été de ces anarchistes intellectuels qui, lorsque la vieille Internationale eut été dissoute, se sont bénévolement enfermés dans la tour d’ivoire de la pure spéculation ; que je n’ai cessé de combattre, partout où je la rencontrais, en Italie, en France, en Angleterre et ailleurs, cette attitude d’isolement hautain, ni de pousser de nouveau les compagnons dans cette voie que les syndicalistes, oubliant un passé glorieux, appellent nouvelle, mais qu’avaient déjà entrevue et suivie, dans l’Internationale, les premiers anarchistes.

Je veux, aujourd’hui comme hier, que les anarchistes entrent dans le mouvement ouvrier. Je suis, aujourd’hui comme hier, un syndicaliste, en ce sens que je suis partisan des syndicats. Je ne demande pas des syndicats anarchistes qui légitimeraient, tout aussitôt des syndicats social-démocratiques, républicains, royalistes ou autres et seraient, tout au plus, bons à diviser plus que jamais la classe ouvrière contre elle-même. Je ne veux pas même de syndicats dits rouges, parce que je ne veux pas de syndicats dits jaunes. Je veux au contraire des syndicats largement ouverts à tous les travailleurs sans distinction d’opinions, des syndicats absolument neutres.

Donc je suis pour la participation la plus active possible au mouvement ouvrier. Mais je le suis avant tout dans l’intérêt de notre propagande dont le champ se trouverait ainsi considérablement élargi. Seulement cette participation ne peut équivaloir en rien à une renonciation à nos plus chères idées. Au syndicat, nous devons rester des anarchistes, dans toute la force et toute l’ampleur de ce terme. Le mouvement ouvrier n’est pour moi qu’un moyen, – le meilleur évidemment de tous les moyens qui nous sont offerts. Ce moyen, je me refuse à le prendre pour un but, et même je n’en voudrais plus s’il devait nous faire perdre de vue l’ensemble de nos conceptions anarchistes, ou plus simplement nos autres moyens de propagande et d’agitation.

Les syndicalistes, au rebours, tendent à faire du moyen une fin, à prendre la partie pour le tout. Et c’est ainsi que, dans l’esprit de quelques-uns de nos camarades, le syndicalisme est en train de devenir une doctrine nouvelle et de menacer l’anarchisme dans son existence même. Or, même s’il se corse de l’épithète bien inutile de révolutionnaire, le syndicalisme n’est et ne sera jamais qu’un mouvement légalitaire et conservateur, sans autre but accessible -et encore !- que l’amélioration des conditions de travail. Je n’en chercherai d’autre preuve que celle qui nous est offerte par les grandes unions nord-américaines. Après s’être montrées d’un révolutionnarisme radical, aux temps où elles étaient encore faibles, ces unions sont devenues, à mesure qu’elles croissaient en force et en richesse, des organisations nettement conservatrices, uniquement occupées à faire de leurs membres des privilégiés dans l’usine, l’atelier ou la mine et beaucoup moins hostiles au capitalisme patronal qu’aux ouvriers non organisés, à ce prolétariat en haillons flétri par la social-démocratie ! Or ce prolétariat toujours croissant de sans-travail, qui ne compte pas pour le syndicalisme, ou plutôt qui ne compte pour lui que comme obstacle, nous ne pouvons pas l’oublier, nous autres anarchistes, et nous devons le défendre parce qu’il est le pire des souffrants.

Je le répète : il faut que les anarchistes aillent dans les unions ouvrières. D’abord pour y faire de la propagande anarchiste : ensuite parce que c’est le seul moyen pour nous d’avoir à notre disposition, le jour voulu, des groupes capables de prendre en mains la direction de la production, nous devons y aller enfin pour réagir énergiquement contre cet état d’esprit détestable qui incline les syndicats à ne défendre que des intérêts particuliers.

L’erreur fondamentale de Monatte et de tous les syndicalistes révolutionnaires provient, selon moi, d’une conception beaucoup trop simpliste de la lutte de classe. C’est la conception selon laquelle les intérêts économiques de tous les ouvriers -de la classe ouvrière- seraient solidaires, la conception selon laquelle il suffit que des travailleurs prennent en mains la défense de leurs intérêts propres pour défendre du même coup les intérêts de tout le prolétariat contre le patronat. La réalité est , selon moi, bien différente.

Les ouvriers, comme les bourgeois, comme tout le monde, subissent cette loi de concurrence universelle qui dérive du régime de la propriété privée et qui ne s’éteindra qu’avec celui-ci. Il n’y a donc pas de classes, au sens propre du mot, puisqu’il n’y a pas d’intérêts de classes. Au sein de la « classe » ouvrière elle-même, existent, comme chez les bourgeois, la compétition et la lutte. Les intérêts économiques de telle catégorie ouvrière sont irréductiblement en opposition avec ceux d’une autre catégorie. Et l’on voit parfois qu’économiquement et moralement certains ouvriers sont beaucoup plus près de la bourgeoisie que du prolétariat. Comélissen nous a fourni des exemples de ce fait pris en Hollande même. Il y en a d’autres. Je n’ai pas besoin de vous rappeler que, très souvent, dans les grèves, les ouvriers emploient la violence… contre la police ou les patrons ? Non pas : contre les Kroumirs (note : En Italie et en Suisse, on appelle ainsi les jaunes, ceux qui travaillent en temps de grève.) qui pourtant sont des exploités comme eux et même plus disgraciés encore, tandis que les véritables ennemis de l’ouvrier, les seuls obstacles à l’égalité sociale, ce sont les policiers et les patrons.

Cependant , parmi les prolétaires, la solidarité morale est possible, à défaut de la solidarité économique. Les ouvriers qui se cantonnent dans la défense de leurs intérêts corporatifs ne la connaîtront pas, mais elle naîtra du jour ou une volonté commune de transformation sociale aura fait d’eux des hommes nouveaux. La solidarité, dans la société actuelle, ne peut être que le résultat de la communion au sein d’un même idéal. Or c’est le rôle des anarchistes d’éveiller les syndicats à l’idéal, en les orientant peu à peu vers la révolution sociale, – au risque de nuire à ces  » avantages immédiats  » dont nous les voyons aujourd’hui si friands.

Que l’action syndicale comporte des dangers, c’est ce qu’il ne faut plus songer à nier. Le plus grand de ces dangers est certainement, dans l’acceptation par le militant de fonctions syndicales, surtout quand celles-ci sont rémunérées. Règle générale : l’anarchiste qui accepte d’être le fonctionnaire permanent et salarié d’un syndicat est perdu pour la propagande, perdu pour l’anarchisme ! Il devient désormais l’obligé de ceux qui le rétribuent et, comme ceux-ci ne sont pas anarchistes, le fonctionnaire salarié placé désormais entre sa conscience et son intérêt, ou bien suivra sa conscience et perdra sa son poste, ou bien suivra son intérêt et alors, adieu l’anarchisme !

Le fonctionnaire est dans le mouvement ouvrier un danger qui n’est comparable qu’au parlementarisme : l’un et l’autre mènent à la corruption et de la corruption à la mort, il n’y a pas loin.

Et maintenant, passons à la grève générale.

Pour moi, j’en accepte le principe que je propage tant que je puis depuis des années. La grève générale m’a toujours paru un moyen excellent pour ouvrir la révolution sociale. Toutefois gardons-nous bien de tomber dans l’illusion néfaste qu’avec la grève générale, l’insurrection armée devient une superfétation.

On prétend qu’en arrêtant brutalement la production, les ouvriers en quelques jours affameront la bourgeoisie qui, crevant de faim, sera bien obligée de capituler. Je ne puis concevoir absurdité plus grande. Les premiers à crever la faim, en temps de grève générale, ce ne seraient pas les bourgeois qui disposent de tous les produits accumulés, mais les ouvriers qui n’ont que leur travail pour vivre. La grève générale telle qu’on nous la décrit d’avance est une pure utopie. Ou bien l’ouvrier, crevant de faim après trois jours de grève, rentrera à l’atelier, la tête basse, et nous compterons une défaite de plus. Ou bien, il voudra s’emparer des produits de vive force. Qui trouvera-t-il devant lui pour l’en empêcher ? Des soldats, des gendarmes, sinon les bourgeois eux-mêmes, et alors il faudra bien que la question se résolve à coups de fusils et de bombes. Ce sera l’insurrection, et la victoire restera au plus fort.

Préparons-nous donc à cette insurrection inévitable, au lieu de nous borner à préconiser la grève générale, comme une panacée s’appliquant à tous les maux. Qu’on n’objecte pas que le gouvernement est armé jusqu’aux dents et sera toujours plus fort que les révoltés. A Barcelone, en 1902, la troupe n’était pas nombreuse. Mais on n’était pas préparé à la lutte armée et les ouvriers, ne comprenant pas que le pouvoir politique était le véritable adversaire, envoyaient des délégués au gouverneur pour lui demander de faire céder les patrons.

D’ailleurs la grève générale, même réduite à ce qu’elle est réellement, est encore une de ces armes à double tranchant qu’il ne faut employer qu’avec beaucoup de prudence. Le service des subsistances ne saurait admettre de suspension prolongée. Il faudra donc s’emparer par la force des moyens d’approvisionnement, et cela tout de suite, sans attendre que la grève se soit développée en insurrection.

Ce n’est donc pas tant à cesser le travail qu’il faut inviter les ouvriers, c’est bien plutôt à le continuer pour leur propre compte. Faute de quoi, la grève générale se transformerait vite en famine générale, même si l’on avait été assez énergiques pour s’emparer dès l’abord de tous les produits accumulés dans les magasins. Au fond l’idée de grève générale a sa source dans une croyance entre toutes erronée : c’est la croyance qu’avec les produits accumulés par la bourgeoisie, l’humanité pourrait consommer, sans produire, pendant je ne sais combien de mois ou d’années. Cette croyance a inspiré les auteurs de deux brochures de propagande publiées il y a une vingtaine d’années : Les Produits de la Terre et les Produits de l’Industrie , et ces brochures ont fait, à mon avis, plus de bien que de mal. La société actuelle n’est pas aussi riche qu’on le croit. Kropotkine a montré quelque part qu’à supposer un brusque arrêt de production, l’Angleterre n’aurait que pour un mois de vivres ; Londres n’en aurait que pour trois jours. Je sais bien qu’il y a le phénomène bien connu de surproduction. Mais toute surproduction a son correctif immédiat dans la crise qui ramène bientôt l’ordre dans l’industrie. La surproduction n’est jamais que temporaire et relative.

Il faut maintenant conclure.

Je déplorais jadis que les compagnons s’isolassent du mouvement ouvrier. Aujourd’hui je déplore que beaucoup d’entre nous, tombant dans l’excès contraire, se laissent absorber par ce même mouvement. Encore une fois, l’organisation ouvrière, la grève, la grève générale, l’action directe, le boycottage, le sabotage et l’insurrection armée elle-même, ce ne sont là que des moyens. L’anarchie est le but.

La révolution anarchiste que nous voulons dépasse de beaucoup les intérêts d’une classe : elle se propose la libération complète de l’humanité actuellement asservie, au triple point de vue économique, politique et moral.

Gardons-nous donc de tout moyen d’action unilatéral et simpliste. Le syndicalisme, moyen d’action excellent à raison des forces ouvrières qu’il met à notre disposition, ne peut pas être notre unique moyen. Encore moins doit-il nous faire perdre de vue le seul but qui vaille un effort : l’Anarchie !

Résistance politique: Sales types and Co… et après ?…

Posted in actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 5 janvier 2018 by Résistance 71

Une fois de plus, bonne analyse de Duff, mais… quelle solution ? que propose t’il pour en sortir ? Attendre encore 3 ans et voter pour une autre gugusse sous contrôle du système ? Quoi ?…

N’est-il pas grand temps de commencer à pointer vers la solution sachant qu’il n’y en a pas au sein du système ?…

~ Résistance 71 ~

 

Les vrais sales types

 

Gordon Duff

 

27 décembre 2017

 

url de l’article original:

https://www.veteranstoday.com/2017/12/27/neo-the-real-bad-guys/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Après le 11 septembre, l’Amérique est partie en guerre autour du monde. Elle a fabriqué du renseignement et a lâché des milliers de gangsters armés, faisant kidnapper des innocents partout dans le monde, les étiquetant terroristes, les torturant pendant des années puis les relâchant pour la plupart avec de stupides excuses et quelques milliers de dollars de dédommagement.

Ce qui n’est pas dit, ce sont les milliers de ces personnes qui n’ont pas survécu à ce programme d’enlèvement et de torture sous-traité et qui furent enterrées dans des fosses communes en Pologne, en Ethiopie, en Libye, en Roumanie et dans une douzaine d’autres nations, exactement comme ces fosses communes qui furent mises à jour après la seconde guerre mondiale des victimes de ce qui est appelé “l’holocauste”.

Ajoutez à cela environ 2 millions d’Irakiens tués, pour la plupart des enfants, victimes des sanctions économiques ; 30 000 Syriens tués par “erreur” dans des bombardements et les dizaines de milliers de tués aussi par “erreur” au moyen de drones dans 45 nations ainsi que les actions meurtrières de ces Etats-Unis “amoureux de la liberté”, tout cela commence vraiment à rivaliser avec ces histoires de régimes les plus brutaux et sanguinaires.

Nous discuterons ici d’un simple fait, est-ce une assomption raisonnable de dire que les Etats-Unis sont un “mauvais” pays. Est-ce que l’Amérique, comme s’appellent eux-même les Etats-Unis, est une nation néfaste, représentant l’injustice, la guerre de conquête, la discrimination religieuse, raciale et sexuelle et soutenant des activités criminelles dans le monde ?…

Pouvons-nous aller plus loin ? Est-ce que l’Amérique soutient l’injustice économique mondiale, musèle la croissance de gouvernements démocratiques ou interfèrent avec des études scientifiques ou le développement culturel ? Si vous faites partie de la minorité d’Américains mieux éduqués et informés ou d’une majorité de gens ailleurs dans le monde, la réponse est simple, c’est un “oui” fort et clair.

Ce qui est en train de changer est la vision des Américains du quotidien qui ne sont pas obsédés par les tweets de Trump ni par ce que veut instiller CNN. Cette suspicion générale que l’Amérique est en charge du trafic mondial de l’héroïne et a inventé et Al Qaïda et l’EIIL/Daesh est bel et bien là, l’Américain moyen y croit et pas à cause de quelque chose de barjot qu’il aurait entendu sur un podcast ou en lisant un courriel. Ils ont trouvé tout cela par eux-mêmes. Les gens du quotidien sont beaucoup moins cons que les journalistes et les politiciens…

Une des zones clef de la démystification de cette maladie bien américaine de la rectitude arrogante est le résultat de la télévision satellite câblée. Voyez-vous, avec des douzaines de chaînes et de nouveaux réseaux, la recherche documentaire d’habitude sous l’étroit contrôle des universités elles-mêmes contrôlées de longue date par la CIA et/ou le MI6/5, ne publie que des livres ou des articles.

Personne ne les lit. Tout est basé sur une recherche en bibliothèques remplies d’autres livres et d’autres articles de recherche, tous fabriqués et filtrés par des générations antérieures d’universitaires sous contrôle.

Les documentaires vidéo sont quelque chose de complètement différent. Un mélange de recherche innovatrice et funambule, le public peut directement prendre connaissance, de découvertes historiques ou, pire, de réseaux entiers dédiés à mettre au grand jour les mensonges du passé.

Donc, quand quelqu’un dit que “Hitler était un bon mec” ou que “l’holocauste ne s’est jamais produit”, de telles choses qui coûteraient à un professeur d’université non seulement sa carrière mais aussi du temps de prison, les réalisateurs de documentaires engrangent les profits.

Pas seulement ça, poser ce type de questions ouvre des portes. Alors qu’Hitler n’est pas lavé de tout soupçon, bien que certains puissent espérer que cela se produise, il est généralement accepté que la guerre de 1967 fut commencée par Israël et non pas par l’Egypte.

Il est aussi accepté que les Etats-Unis ont commis des crimes horribles contre des nations comme l’Iran ou le Vietnam et tant d’autres et que les excuses données durant la guerre froide faisant part d’une opposition à un “empire du mal”, celui de l’URSS, ne sont plus plausibles aujourd’hui. L’Amérique ou ceux qui pilotent secrètement l’Amérique, enfumaient tout simplement le monde en mettant des gouvernements marionnettes au pouvoir un peu partout.

Les Américains du quotidien, peut-être même la majorité [NdT: là Duff est un peu optimiste, il pousse le bouchon volontairement un peu loin…], le pensent maintenant, bien qu’aucun sondage sérieux ne sera jamais publié à ce sujet.

Juste quelques jours avant que ceci ne soit écrit, l’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations-Unies, Nikki Haley, a fustigé le CS pour avoir passé, à l’exception d’un veto américain, des sanctions pour crimes de guerre contre Israël clâmant sa capitale en territoire palestinien occupé. [NdT: nous sommes d’accord là-dessus, mais Duff devrait aussi et par dessus tout se retourner contre son pays qui occupe illégalement des terres volées et usurpées aux populations autochtones depuis des siècles, vols et pillages validés par la loi coloniale dès 1823 avec la décision de la Cour Suprême dans l’affaire Johnson c. M’Intosh, invoquant la doctrine chrétienne de la découverte… L’empire est un empire sans terre légale, si tant est que la possession de la terre le soit, ce qui est encore une autre histoire, il le fait par ailleurs mais devrait le rappeler aussi ici…]

La “relation spéciale” entre l’Amérique et la Grande-Bretagne est morte ce jour là. En réalité, l’OTAN est morte ce jour là également. Le “triumvirat” mis en place par le seigneur des bidonvilles devenu diplomate Jared Kushner, composé de l’Arabie Saoudite, d’Israël et du régime Trump, s’est aliéné chaque allié des Etats-Unis.

Si on devait croire les sondages publiés en Amérique, peu de gens prennent la politique étrangère de ce pays au sérieux, ni ne soutiennent toute action militaire de Trump contre quelque nation que ce soit, la Corée du Nord, le Canada, l’Iran, la Chine ou la Grande-Bretagne. N’importe lequel de ces pays, ou tout autre, pourrait bien et sera probablement, à un moment donné, la victime d’un “tweet” de Trump le menaçant d’un holocauste nucléaire.

Réexaminer l’histoire, que ce soit les guerres napoléoniennes ou l’histoire du Vatican, n’est plus dorénavant consigné comme “révisionnisme” ou “théorie de la conspiration”.

Ceci, bien entendu, explique la floraison de l’insanité sur internet, où, si on gratte la surface, on trouve des agences de sécurité finançant des centaines, des milliers même de faux sites internet d’information et conspirationnistes, espérant par là noyer les vérités nouvellement émergentes dans un gloubiboulga de calomnie toxique et de “controverses” fabriquées mais surtout futiles, afin de détourner l’attention.

Derrière ceci se cache une plus sale réalité, une qui est aussi généralement acceptée dans le monde, qui dit que les gouvernements de manière générale sont tous contrôlés par des groupes d’intérêts qui exploitent les ressources, appauvrissent les nations par la dette forcée et le font sous un vernis de guerre et de faux désaccord mal nommé “terrorisme” ou “extrémisme”.

Ceci laisse quelques nations bien établies qui refusent de se soumettre. Dans la liste: le Vénézuéla, la Syrie, Cuba, l’Iran, la Corée du Nord et combien d’autres ? Est-ce que la Russie et la Chine appartiennent à cette liste, protégées par leur arsenal nucléaire ?

Derrière tout cela se tient le monde de l’ombre du commerce international, des équités, des bons du trésor, des bons imaginaires, des commodités, réelles ou totalement inventées, le commerce des métaux et le plus barjot de tous: celui des devises. Tout est artifice, rien n’est vrai, tout cela implique la création de “richesses” et de “puissance” sans aucun pouvoir, seulement celui du mensonge, de la tromperie et de la soumission.

En revenant au monde de la nouvelle recherche documentaire, est-ce que des questions comme celles-là et des individus comme Hitler, Staline et même le Kaiser, pourront être jugés pour leurs horribles crimes, qui pourraient bien être spoliés par la fausse histoire ou par leur manque de coopération avec les institutions de l’éternel esclavage humain ? Nous posons la question.

= = =

« Les horreurs de telles philosophies et actions remontent à la ‘Doctrine d cela découverte’ émise par le pape Alexandre VI en 1493. Cette doctrine dans son essence, décrivait les protocoles par lesquels les explorateurs chrétiens devaient se conduire lorsqu’ils arrivaient en terres étrangères. Les règles étaient comme suit:

  1. Si les terres étaient occupées par des autres chrétiens, ils devaient laisser la terre ou la diviser équitablement.
  2. Si la terre n’étaient occupée par personne. elle est au premier venu
  3. Si la terre est occupée par des païens, deux choix: massacrer les habitants ou les réduire en esclavage

La doctrine de la découverte, la destinée manifeste, le colonialisme, nous sommes les ELUS DE DIEU, nous avons trouvé LA VOIE… est la fondation simpliste de laquelle toutes les horreurs sont infligées aux autres de manière justifiable… »
~ Gordon Duff, 4 janvier 2018 ~

Changement de paradigme: Exemple d’une nouvelle organisation politico-sociale de la société (Pierre Besnard)

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Pour donner une certaine direction à 2018, notre première publication de l’année analysera une question souvent posée: peut-on, doit-on planifier la structure même de la nouvelle société envisagée ? Le débat existe depuis plus de 150 ans. Nous avons choisi une voie, sans négliger les autres parce que le futur sera fait de complémentarité acceptée et non plus des antagonismes dont on nous gave depuis des générations…
~ Résistance 71 ~

 

 

Analyse et concept de Pierre Besnard publiés en septembre 1934 dans son écrit “Le monde nouveau”

 

Présentation et analyse de Résistance 71 

 

Janvier 2018

 

Cette publication analytique de Pierre Besnard a précédé la révolution sociale espagnole de 1936-39 et peut-être comparée avec les comptes-rendus de l’action populaire anarchiste dans les domaines industriel, agricole et social dans cette révolution, publiés a posteriori par des personnes comme Diego Abad de Santillan, Gaston Leval ou Sam Dolgoff.

Dans ces 90 pages. Besnard dresse un exemple de plan d’action pour l’établissement égalitaire et fonctionnel de la nouvelle société faisant table rase de l’ineptie du contrôle criminel que représentent l’État et le capitalisme.

Ceci ne représente qu’un exemple, parfaitement flexible et adaptable. Nous n’en reproduirons ici que les grands titres, mais les lecteurs intéressés trouveront dessous le lien vers le PDF du document complet, organigrammes compris.

Pour notre part, nous voulons ici attirer l’attention du lecteur sur un problème interne au mouvement révolutionnaire, problème méthodologique qui n’est pas nouveau et que Besnard reconnait lui-même dans son introduction au texte. Le concept de l’organisation politico-sociale de la révolution sociale et de la société nouvelle émergente est en fait scinder en deux:

  1. La tendance à concevoir qu’une organisation structurelle est nécessaire pour guider le peuple dans la nouvelle société. Que la structure doit être pré-établie, demeurer flexible et égalitaire. elle se fonde sur le fédéralisme et tourne autour de deux entités administratives: la commune libre et le syndicat de travailleurs. Pierre Besnard dit faire partie de cette tendance, qui voit également le facteur économique comme étant le facteur directeur de la société.
  2. La tendance à concevoir que le peuple saura parfaitement s’organiser le moment venu pour gérer la société nouvelle et remplacer les institutions étatico-capitalistes par les associations et les communes libres qui se confédéreront en respectant les besoins et la flexibilité de chaque communauté selon le principe du « à chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins ». Nous faisons partie de cette tendance, qui ne reconnaît pas nécessairement l’économie comme étant le facteur directeur de la société. Nous pensons, après longue recherche et analyse synthétisées dans notre “Manifeste pour la société des sociétés”  (octobre 2017) que le facteur politique, décisionnaire, est de fait le facteur directeur de la société car précédant l’économique qui n’est qu’une pièce rapportée certes ayant pris une dimension des plus étouffantes. La division de la société établissant la relation dominant/dominé étant à l’origine une division politique, donc une question de pouvoir, il convient de comprendre que la réorganisation de la société post étatico-capitaliste passe par la dilution du pouvoir dans le peuple,

Les partisans de la première tendance regardent souvent les partisans de la seconde comme des “révolutionnaires romantiques” n’ayant pas le sens de la réalité ; les partisans de la seconde tendance regardent souvent les partisans de la première comme des dirigistes recréant à terme un système de contrôle bureaucratique et facilement récupérable par un système de “partis”. Il serait en effet assez simple pour un syndicat unique, contrôlant les rouages et des milices populaires de se corrompre et de dégénérer en nouveau système pyramidal. De fait, les deux côtés ont des points valides, il ne faut pas à notre sens les voir comme antagonistes, mais comme complémentaires, la solution étant sans aucun doute un compromis des deux tendances selon le contexte culturel de la société impliquée.

Une chose est certaine, lorsque l’on cherche une documentation sur ce sujet, on tombe essentiellement sur des écrits analysant la première tendance pour la simple raison que ceux qui pensent qu’il faut une structure organisationnelle… l’écrivent, la mettent sur papier pour la présenter, comme Besnard par exemple. Les partisans de la seconde tendance, pensant que si l’émancipation de l’Homme viendra de l’Homme lui-même, il est alors impossible de dicter quoi que ce soit de la marche à suivre de la grande révolution sociale. La société humaine, ou plutôt les sociétés humaines, dans toute leur diversité, sont bien antérieures au capitalisme et à l’État. Il est assez évident que la solution politico-sociale passe par la construction du neuf avec le vieux, avec ce qui a déjà été dit et fait, simplement en l’adaptant aux besoins réels tout en mettant en place des conseils populaires et des comités de gestion de production et de distribution, sans qu’ils soient la priorité. L’essentiel demeurant le changement de perception entre membres de la société, ceci menant à un changement d’attitude pour retrouver le souffle, l’esprit de la société organique humaine et sa véritable nature. Nous nous sommes égarés en chemin. Il nous faut retrouver la voie qui depuis s’est embroussaillée. De fait, il n’est pas nécessaire de retrouver le chemin perdu, mais de le recréer dans notre temporalité, à l’aune de notre savoir, de notre analyse et de notre expérience.

Dans la conclusion de son texte, Pierre Besnard nous dit:

“Tels sont les organismes et les rouages qui me paraissent à la fois, nécessaires et suffisants pour assurer la vie de l’ordre nouveau. 

Aux uns, ils paraîtront peu nombreux, primitifs, simplistes peut-être. Aux autres, ils sembleront, au contraire, trop nombreux, compliqués et centralisés. Ceci prouvera, tout simplement, combien il est difficile de satisfaire tous ceux qui aspirent à connaître et vivre des temps meilleurs. 

Quoi qu’il en soit, il n’est pas dans mes intentions de forcer leur jugement, de modifier leurs sentiments et leurs désirs, s’ils sont définitifs, ni de violenter leur pensée. 

Ils sont libres, comme je suis libre, en notre époque de relativité… Qu’ils cherchent et, s’ils trouvent vraiment la formule idéale, je serai le premier à saluer leur succès. 

En ce qui me concerne, j’ai cherché à faire quelque chose de solide et de pratique à la fois. J’ai cru le trouver à équidistance de l’absence totale d’organisation, qui ne peut conduire qu’au désordre et à la défaite, et de l’organisation trop compliquée, qui paralyse toute action et tout mouvement. Le système que je présente est donc une sorte de moyen-terme. Il est le produit d’un accord entre le sentiment et la raison. 

Je demande à tous ceux qui, comme moi, sont à la recherche du réel, du possible, du nécessaire, de bien réfléchir avant de choisir, d’avoir constamment en vue la tâche à accomplir : la révolution sociale constructive, c’est-à-dire : la transformation totale du Monde actuel et l’édification d’un Monde Nouveau, fraternel et égalitaire, capable d’abriter, tout entière, une Humanité libre.”

C’est pour cela que sa vision mérite le temps de la réflexion et de l’analyse.

Le texte complet en format pdf est en lien ci-dessous, en voici l’essence structurelle pour un monde nouveau…

L’organisation de la production industrielle

  • Comités d’ateliers et d’usines
  • Conseils ouvriers / syndicat
  • Fédérations régionales d’industrie
  • Fédérations nationales d’industrie
  • Fédération internationale d’industrie

L’organisation de la production agricole

  • Organisation agricole
  • Paysans travailleurs
  • Conseils de fermes
  • Fédérations régionales / nationales
  • Fédération internationale agricole

L’organisation syndicale

  • Union syndicale locale
  • Union syndicale régionale
  • Union syndicale nationale
  • Internationale syndicale
  • Offices de production: agricole et industrielle
  • Office de la répartition et de la distribution
  • L’organisation politique & administrative
  • Services dans les communes: distribution, éducation, loisirs, santé, assistance sociale, statistique, travaux publics, habitation, sécurité, voies de communication, transports, arts, sciences, relations extérieures…
  • Fédérations régionales des communes
  • Confédération nationale des communes
  • association internationale des communes
  • La cellule de base: la commune (voir le document complet p.46)

L’organisation sociale

  • Distribution des vivres et produits divers
  • Education et loisirs
  • Assistance sociale et santé publique
  • La statistique (gestion de tous les domaines)
  • Travaux publics
  • Habitat
  • Sécurité individuelle et collevtive
  • Création, entretien et fonctionnement des voies de communication et des transports
  • Relations extérieures
  • Arts
  • Sciences

L’organisation générale du monde nouveau

  • Organisation politique
  • Organisation économique et sociale

Remplacement de l’État

  • Le grand conseil des travailleurs
  • Prérogatives des conseils d’industrie, agricole et des différents offices

Déclaration de principes

Planches organigrammes

L’essai de Pierre Besnard “Le monde nouveau” (1934), version pdf:

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard (1934)

Note de R71: 

L’exposé de Besnard aussi pertinent et digne d’intérêt soit-il ne mentionne que du bout des lèvres un des problèmes fondamentaux sur lequel les anarchistes se heurtent depuis maintenant près de 200 ans: le problème de l’argent et du salariat. 

Dans son exposé sur la distribution, Besnard mentionne l’échange de biens, produits ou de services contre des “bons de travail” (p.39), ce qui laisse sous entendre qu’il considère pertinente non pas l’abolition de l’argent et du salariat, mais de son remplacement par des bons de travail, ce qui est une autre manière de considérer… l’argent et l’échange, c’est à dire l’asservissement. Il est totalement utopique de penser qu’il soit possible de brider de quelque manière que ce soit la spirale de l’échange. L’échange monétaire contient en lui-même sa terminaison fatale dans le trou noir de la dette spéculative…

L’expérience a prouvé que le seul moyen de maintenir une société égalitaire est de:

  • Maintenir le pouvoir inséré dans le corps social pour qu’il soit exercé par toutes et tous et…
  • De supprimer par là l’inégalité économique induite par la propriété privée et l’argent, qui s’aboliront tous deux à l’instar de l’État lorsque le support, la cause de l’inégalité n’existera plus, ne pourra plus exister. Cette cause réside dans le transfert du pouvoir, de la capacité de décider, dans une entité séparée du corps social. Ceci génère de facto la relation “dominant/dominé” qui ne peut disparaître qu’en refondant le pouvoir dans le corps social.

Ainsi Besnard, par la volonté d’introduire les “bons de travail” en substitution illusoire de l’argent, ne fait pas fonctionner la nouvelle société sur la base de la formule du “A chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins”, mais sur la formule du “A chacun selon sa participation, à chacun selon ses besoins”. Ce qui maintient, à terme, le potentiel d’accumulation et donc de disparité, terreau de la division et de l’oppression par l’exploitation, car cette porte laissée entr’ouverte deviendra une brèche béante à terme.

La société des sociétés qui est envisageable sera la société une et indivisée dans la complémentarité de sa diversité ; elle sera organique, égalitaire par essence en ayant renoué avec l’esprit ancestral de l’être générique, qui se régira sans État, sans institutions bureaucratiques, sans argent et sans économie puisque le changement radical de vision sociale nous ramènera à un mode de production domestique… à l’échelle planétaire.

Suite à la rédaction et publication de notre Manifeste de la société des sociétés”, nous nous sommes posés la question (et le sujet est venu sur le tapis dans la correspondance avec certains de nos lecteurs, la compañera Jo étant l’une d’entre eux…) de savoir si nous ne pourrions pas donner une suite à ce texte en essayant de visionner la structure de cette société afin de donner une dimension pratique à notre Manifeste. C’est donc en recherchant plus avant que nous avons lu ce document de Pierre Besnard, après avoir lu il y a plusieurs années les comptes-rendus de la pratique révolutionnaire espagnole que nous ont laissés Diego Abad de Santillan, Sam Dolgoff, Gaston Leval et Murray Bookchin par exemple, et que nous sommes arrivés à la conclusion suivante: il n’est pas possible d’envisager la structure de la société des sociétés et d’en faire un projet  sur le papier sans que le résultat ne paraisse être sorti des burlingues propagandistes d’un quelconque politburo doctrinaire ou du moins de paraître sur le papier, ne serait-ce qu’un tantinet dirigiste et donc recupérable, ce qui ne peut satisfaire un esprit anarchiste. Il ne nous appartient donc pas d’en refaire des schémas, sachant qu’à terme, les choses ne se passent jamais vraiment comme prévu… A ce sujet, prenons pour exemple la grande illustration de ce que voyait Pierre Besnard dans la période historique où il écrivait son analyse: la toute puissance des syndicats, le pouvoir syndicaliste des années 1920 jusquà la seconde guerre mondiale, la CNT anarcho-syndicaliste espagnole qui comptait près de 2 millions d’adhérents en Espagne avant 1936, ce contexte était effectivement propice à un leadership syndical, il se produisit et fut trahi. Où en sont les syndicats aujourd’hui ? Tous bouffent dans la main du patronat et de l’État, dépendant de la manne étatique pour survivre et ont abandonné toute velléité révolutionnaire et de promotion de la révolution sociale. Le syndicalisme moderne n’est que réformisme stérile ne cherchant plus qu’à arrondir les angles et accommoder le travailleur par l’amélioration illusoire des conditions de travail et salariales. Le syndicat n’est plus le pilier révolutionnaire qu’il a été et il est évident que ce n’est pas de là que soufflera de nouveau l’esprit de la société organique. Ils ont eu leur heure, elle est passée.

Il est donc plus que certainement vain de planifier, du moins dans le détail. Il est bon d’avoir une ligne de conduite générale, d’avancer le long de celle-ci tout en gardant les sens en éveil pour mieux s’adapter aux besoins et aux situations qui seront de toute façon différentes selon la société faisant sa révolution dans quelque endroit du monde.

Un plan, une structure possède la tendance inhérente à être rigide tandis qu’une ligne de conduite, tel le roseau au gré du vent, plie, s’adapte et se renforce. Là réside la forme d’action la plus profonde, celle qui provient de l’adaptation aux éléments et aux évènements. La rigidité (le dogmatisme) est synonyme de sclérose et de mort, la fluidité est création et vie. Comprendre que nous sommes complémentaires dans les corps de métiers, dans les cultures diverses et nos approches de l’humanité et non pas antagonistes, doit devenir un pilier porteur de la société nouvelle. Adaptons-nous, embrassons notre complémentarité, devenons politiquement adulte et construisons la société des sociétés, la seule qui puisse nous émanciper du piège mortel terminal dans lequel nous nous trouvons. Mais en tout premier lieu… Il nous faudra dire NON ! Chaque voyage aussi long soit-il commence toujours avec le premier pas.

“Sois comme l’eau mon ami.”
~ Bruce Lee ~

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Lectures complémentaires:

L’anarchie pour la jeunesse

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Bakounine_et_letat_marxiste_Leval

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

la-sixta

kropotkine_science-etat-et-societé

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme (PDF)

 

Résistance politique: Dire NON !… et s’y tenir…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 27 décembre 2017 by Résistance 71

Quelques textes de la Commune et sur la guerre qui l’amena

 

Résistance 71

 

27 décembre 2017

 

Aux travailleurs de tous les pays

Les Internationaux français, 1870

 

Source: “La Commune, histoire et souvenirs”, Louise Michel, 1898

 

 

Travailleurs,

Nous protestons contre la destruction systématique de la race humaine, contre la dilapidation de l’or du peuple qui ne doit servir qu’à féconder le sol et l’industrie, contre le sang répandu pour la satisfaction odieuse de vanité, d’amour-propre, d’ambitions monarchiques, froissées et inassouvies.

Oui, de toute notre énergie, nous protestons contre la guerre comme hommes, comme citoyens, comme travailleurs.

La guerre, c’est le réveil des instincts sauvages et des haines nationales.

La guerre, c’est le moyen détourné des gouvernants pour étouffer les libertés publiques.

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Manifeste de la mairie du 18ème arrondissement (extraits)

Manifeste adressé aux révolutionnaires de Montmartre en mai 1871

Source: Ibid.

De grandes et belles choses se sont accomplies depuis le 18 mars [1871] et notre œuvre n’est pas encore achevée, de plus grandes encore doivent s’accomplir et s’accompliront parce que nous poursuivrons notre tâche sans trêve, sans crainte dans le présent ni dans l’avenir.

Mais pour cela, il nous faut conserver tout le courage, toute l’énergie que nous avons eus jusqu’à ce jour et qui plus est, il faut nous préparer à de nouvelles abnégations, à tous les périls, à tous les sacrifices: plus nous seront prêts à donner, moins il nous en coûtera.

Le salut est à ce prix et votre attitude prouve suffisamment que vous l’avez compris.

Une guerre sans exemple dans l’histoire des peuples nous est faite ; elle nous honore et flétrit nos ennemis.

Vous le savez, tout ce qui est vérité, justice ou liberté n’a jamais pris sa place sous le soleil sans que le peuple ait rencontré devant lui, et armés jusqu’aux dents, les intrigants, les ambitieux et les usurpateurs qui ont intérêt à étouffer nos légitimes aspirations.

Aujourd’hui, citoyens, vous êtes en présence de deux programmes:

Le premier, celui des royalistes de Versailles conduits par la chouannerie légitimiste et dominés par des généraux de coup d’état et des agents bonapartistes, trois partis qui se déchireraient eux-mêmes après la victoire et se disputeraient les Tuileries.

Ce programme, c’est l’esclavage à perpétuité, c’est l’avilissement de tout ce qui est peuple ; c’est l’étouffement de l’intelligence et de la justice ; c’est le travail mercenaire ; c’est le collier de misère rivé à vos cous ; c’est la menace à chaque ligne ; ou y demande votre sang, celui de vos femmes et de vos enfants, on  demande nos têtes comme si nos têtes pouvaient boucher les trous faits dans vos poitrines, comme si nos têtes tombées pouvaient ressusciter ceux qu’ils vous ont tués.

Ce programme, c’est le peuple à l’état de bête de somme, ne travaillant que pour un amas d’exploiteurs et de parasites, que pour engraisser des têtes couronnées, des ministres, des sénateurs, des maréchaux, des archevêques et des jésuites.

C’est Jacques Bonhomme à qui l’on vend depuis ses outils jusqu’aux planches de sa cahute, depuis la jupe de sa ménagère, jusqu’aux langes de ses enfants pour payer les lourds impôts qui nourrissent le roi et la noblesse, le prêtre et le gendarme.

L’autre programme citoyens, c’est celui pour lequel vous avez fait trois révolutions [1789, 1830, 1848], c’est celui pour lequel vous combattez aujourd’hui [1871], c’est celui de la Commune, c’est le vôtre enfin.

Ce programme c’est la revendication des droits de l’Homme, c’est le peuple maître de ses destinées, c’est la justice et le droit de vivre en travaillant ; c’est le sceptre des tyrans brisés sous le marteau de l’ouvrier, c’est l’outil légal du capital, c’est l’intelligence punissant la ruse et la sottise, c’est l’égalité d’après la naissance et la mort.

Et disons-le citoyens, tout homme qui n’a pas son opinion faite aujourd’hui n’est pas un homme ; tout indifférent qui ne prendra pas part à la lutte ne pourra pas jouir en paix des bienfaits sociaux que nous préparons sans en avoir à rougir devant ses enfants.

Ce n’est plus un 1830 ni un 48, c’est le soulèvement d’un grand peuple qui veut vivre libre ou mourir.

[…]

Il faut vaincre et vaincre vite et avec la paix le laboureur retournera à sa charrue, l’artiste à ses pinceaux, l’ouvrier à son atelier, la terre redeviendra féconde et le travail reprendra. Avec la paix nous accrocherons nos fusils et reprendrons nos outils et heureux d’avoir bien rempli notre devoir, nous aurons le droit de dire un jour: Je suis un soldat citoyen de la grande révolution.

~ Les membres de la Commune:

Dereure, J-B Clément, Vermorel

Pashal Grousset, Cluseret,

Arnols, Théophile Ferré ~

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Lectures connexes:

Que faire ?

Manifeste de la societe des societes

L’anarchie pour la jeunesse

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

Les_amis_du_peuple_révolution_française

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme (PDF)

Guerre impérialiste au Moyen-Orient sous la houlette de Donnie « mains d’enfants », nouveau con dévoilé…

Posted in actualité, canada USA états coloniaux, colonialisme, crise mondiale, guerre iran, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 22 décembre 2017 by Résistance 71

 

A lire: Trump « Donnie mains d’enfants »

 

Trump le nouveau con(servateur)

 

Dean Henderson

 

20 décembre 2017

 

url de l’article original:

https://hendersonlefthook.wordpress.com/2017/12/20/trump-the-neo-con/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Après des mois de menaces russophobes proférées par les services de renseignement à la solde la City de Londres, le narcisse à la face d’orange qui a berné la “droite alternative” et lui a fait croire qu’un “don” milliardaire de casino de Manhattan pouvait être leur sauveur populiste, a enfin énoncé sa politique étrangère.

Il apparaît que le dégoulinage constant de la propagande anti-Poutine, menée tambour battant par le député Adam Schiff (démocrate, Californie), de la dynastie bancaire des Schiff, a été suffisant pour pousser Trump dans le camp anti-russe. Lundi, dans un discours si typiquement belliqueux, la star de la télé réalité devenue président des Etats-Unis a aussi eu des mots durs contre la Chine et aussi spécialement contre l’Iran.

Succintement, la politique étrangère de Trump est en miroir de celle pondue par le think tank néo-con du Project for a New American Century (PNAC) qui sévissait sous le président Deubeuliou Bush. Rempli à ras bord de citoyens ayant la doubla nationalité israélo-américaine comme Richard Perle, Paul Wolfowitz et Dov Zakheim, le PNAC avait pour vision un jeu de dominos s’affalant les uns sur les autres au Moyen-Orient avec un petit coup de pouce de la CIA et de ses associés des ONG en place (NdT: et du Mossad…)

Bien que leur projet en Irak, Afghanistan et Syrie ait lamentablement échoué, il semblerait que maintenant ces zélotes sionistes aient l’Iran dans leur ligne de mire impérialiste. Avec l’ancien PDG de la plus grande compagnie pétrolière au monde (NdT: Rex Tillerson, CEO d’Exxon-Mobil, ex-Standard Oil des Rockefeller…), servant maintenant comme ministre des affaires étrangères des Etats-Unis, il n’y a rien de mieux pour les barons du pétrole et leurs banksters que de privatiser l’énorme champ gazier du South Pars en Iran, le plus grand au monde (NdT: dont une partie se trouve côté qatari, le Qatar, ce grand petit pays gazier, possession d’Exxon-Mobil…).

Mais avec leur vieux complice Netanyahou embrouillé à Tel Aviv dans une affaire de corruption et leur marionnette saoudienne, le prince héritier Mohamed Ben Salman (MBS) agissant maintenant comme le Pol Pot local, la vieille déclaration/traité Balfour de la construction coloniale de Djeddah apparaît être bien élimée.

Les rebelles Houthi continuent de tirer des missiles sur Riad, les mercenaires des banksters de l’EIIL/Daesh ont été vaincus en Syrie et en Irak et les Kurdes sont en train de brûler les bureaux du KDP (Kurdish Democratic Party) à Erbil. La Turquie et le Qatar continuent leur pivot vers la Russie. Le Hezbollah n’a jamais été aussi puissant au Liban.

Plus que tout maintenant, les errances paranoïaques de Trump peuvent être perçues comme des tentatives désespérées de détourner l’attention de la réalité de terrain au Moyen-Orient, celle qui voit la domination de près d’un siècle de l’hégémonie anglo-américaine arriver à une halte brutale et grinçante, alors que des forces progressistes s’unifiant de manière croissante mettent une fessée aux envahisseurs/occupants bataille après bataille.