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Gilets Jaunes et lutte émancipatrice… Petite réflexion sur les systèmes et les hommes (Résistance 71 )

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 8 février 2020 by Résistance 71

 


Gaulois réfractaire et penseur…

 

“Dès que l’État n’est plus à même d’imposer l’union forcée, l’union surgit d’elle-même, selon les besoins naturels. Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même.”
~ Pierre Kropotkine ~

“Un ethnologue français, Pierre Clastres, a émis, pour les sociétés humaines en général, l’hypothèse que la tendance normale dans un groupe est la résistance collective aux excès du pouvoir. Dans une société encore peu complexe, les notables doivent s’attacher leurs obligés en redistribuant en permanence les richesses qu’ils réussissent à grand peine à accumuler. Dans une société guerrière où le prestige est lié aux prouesses de combat, les grands guerriers doivent remettre sans cesse leur titre en jeu, jusqu’au jour où ils finissent par être éliminés.
L’émergence de sociétés inégalitaires ne serait donc pas la norme, mais l’exception et le résultat d’un disfonctionnment de ces mécanismes de contrôle. Finalement, l’inégalité ne serait pas naturelle…”
~ Jean-Paul Demoule, archéologue, ancien directeur de l’INRAP, 2012 ~

“La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation. Avant d’être économique, l’aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l’économique est une dérive du politique, l’émergence de l’État détermine l’apparition des classes.”
~ Pierre Clastres, directeur de recherche en anthropologie politique au CNRS, 1974 ~

 

 

Des systèmes et des hommes

 

Résistance 71

 

8 février 2020

 

Très récemment Raoul Vaneigem déclarait: “La vérité fait partout entendre le chant de la vie. La dimension humaine est une qualité, non une quantité…”

Aussi est-il devenu quasiment un cliché que de parler de “système”. Que n’entendons-nous dire: “Le système ceci, le système cela…”. Il est possible de disserter jour et nuit sur le sujet et le présent billet ne se veut en aucun exhaustif sur l’affaire, mais simplement, en tout cas nous l’espérons, un “amuse-gueule” ouvrant sur un plus vaste festin cognitif que nous laissons aux lecteurs le soin d’organiser à leur guise.

Dans “L’encyclopédie anarchiste”, il est dit ceci entre autre sur le mot “système”:

Ce mot peut s’appliquer soit aux objets de nos connaissances, soit à nos connaissances elles-mêmes. On parlera par exemple du système solaire, du système digestif, du système capitaliste, voulant désigner des réalités dont l’existence ne dépend pas de notre bon vouloir. On parlera aussi de système philosophique, religieux, scientifique, etc. pour désigner un ensemble de principes et d’idées que notre esprit lie entre eux et organise en un tout cohérent. Dans les deux cas, le mot système implique les notions d’assemblage, de coordination, de rapports plus ou moins heureux ; en conséquence, il garde un sens identique. N’en soyons pas surpris. Si l’intelligence humaine introduit un ordre déterminé dans ses concepts, c’est qu’elle suppose, à tort ou à bon droit, qu’un ordre semblable existe dans les choses. L’idéal serait que notre esprit introduisît, entre ses représentations, des rapports correspondant exactement à ceux que la nature impose aux êtres et aux objets. Mais, substituant une contrainte artificielle à l’harmonieux accord engendré par les lois naturelles, la société consacre l’existence de relations absolument anormales entre les humains. On le constate dans le système capitaliste, qui permet à des fainéants de dépouiller à leur profit les travailleurs des champs ou de l’usine. De même il arrive qu’en organisant ses idées et ses principes, l’intelligence se trompe complètement. D’où la multitude des faux systèmes religieux, philosophiques, politiques, etc. ; d’où tant d’hypothèses scientifiques, incapables de résister au contrôle de l’expérience et du calcul. […]”

Ainsi il est possible de distinguer deux sortes de “notions d’assemblage, de coordination”: une notion d’assemblage naturelle et une autre artificielle, construite, bref… humaine. S’il est indéniable que la nature a mis en place au fil du temps et de l’évolution des rouages d’assemblage et de coordination (cf les exemples cités plus haut), il est cependant très discutable que les “systèmes” mis en place par l’humain soient de fait le résultat d’un même processus évolutif, pour la simple raison citée plus haut mettant en évidence l’erreur toujours possible (qu’elle soit involontaire ou sciemment commise à des fins dogmatiques est une autre histoire…) de l’intelligence humaine.

Il nous est dit que notre évolution (celle de l’humain) nous a fait aboutir à ce système ultime de fonctionnement de nos sociétés : l’État et le capitalisme et que ces deux systèmes, de longue date combinés avec l’effet dévastateur que l’on constate au fil du temps, sont le stade ultime du développement humain, la “Raison” incarnée dans l’histoire à en croire le philosophe Hegel et la destinée inéluctable de notre espèce.

Depuis la fin du XVème siècle, puis de l’époque des “lumières” en Europe, le système de gouvernance humain n’a fait que renforcer la division et le rapport initial dominant / dominé, qui étaient inexistants durant les centaines de milliers d’années précédant l’avènement de l’ère de la spéculation marchande.

A la lumière d’une connaissance dans les domaines archéologique et anthropologique accrue ces dernières décennies, nous avons analysé en 2017 et en 2019, l’évolution depuis le moment initial de la division du système de gouvernance humain, qui revient toujours à la même notion cruciale : celle du pouvoir, de la capacité décisionnaire et de sa mise en application.

Ce qui est de nos jours communément appelé “système” est la combinaison de deux modes de gouvernance artificiels (puisqu’humainement créés) que sont l’État, ses rouages et ses institutions, outil du contrôle décisionnaire politique géré par une caste de privilégiés de la profession politique et de sa suite de bureaucrates, huilant la mécanique de contrôle et d’oppression et le “capitalisme”, dernier mode en date de contrôle de cette activité tout aussi artificiellement créée de contrôle de l’échange spéculatif marchand, devenu “modèle économique” ultime, géré quant à lui par une pléiade de rouages marchands, financiers et du contrôle monétaire spéculateur et exploiteur.

Ces systèmes ne tombent bien évidemment pas du ciel. Ils ont été créés par l’humain. Ils sont le résultat de siècles de perfectionnement du désir et de la réalisation dans le contrôle du pouvoir, centralisé entre les mains du plus petit nombre et exploitant sans vergogne le reste de l’humanité.

Les recherches archéologiques et les analyses anthropologiques modernes ont démontré que dans une période postérieure à la dite “révolution néolithique”, certaines sociétés humaines passaient, au fil des siècles, d’un système de pouvoir non-coercitif à un système de pouvoir coercitif et réciproquement, ce aux même endroits d’existence de ces sociétés importantes et organisées. Ces fluctuations de pouvoir étaient dues vraisemblablement aux fluctuations des conditions d’existence (géographiques, climatiques, sociales etc…). Le renforcement de la centralisation et d’un système étatique plus fort assurant la domination sans partage du plus petit nombre aurait pas à pas rendu beaucoup plus difficile le retour aux sociétés à pouvoir non coercitif. Il est plus que vraisemblable que l’État ait joué et joue toujours un rôle de verrou pour ce système, d’empêcheur de retourner à un mode égalitaire de gouvernance. De même, le système de contrôle politique renforcé aura aussi permis le passage surmultiplié à un système marchand spéculatif et de plus en plus lucratif, considérant le fait, comme l’a expliqué l’anthropologue Pierre Clastres, que la division politique prime la division économique et que celle-ci n’a pu voir le jour que parce qu’il y a eu une division préalable de la société humaine permettant au pouvoir de sortir du corps social pour s’exercer coercitivement en tant qu’entité devenue indépendante.

Ces deux systèmes, aujourd’hui et depuis plus de deux siècles, combinés en un système que nous pourrions étiqueter d’étatico-capitaliste, sont des créations artificielles humaines de contrôle et de domination. En ce sens, nous pouvons dire que l’Homme fait, façonne le système dans sa sphère d’influence, même si celui-ci est en interférence avec le processus naturel des choses.

A l’inverse, pourrions-nous dire que le système crée les Hommes ?

L’humain est intégré dans un grand système naturel, mais il est la seule créature sur cette planète dotée d’une intelligence le rendant capable du désir, de la volonté de contrôler la nature pour son profit, de fait pour le profit du plus petit nombre d’entre nous aux dépends du plus grand nombre, de ce fait nous avons créé des systèmes de gouvernance et de contrôle pour gérer pouvoir et richesses spéculatives. Ceux-ci deviennent des microcosmes artificiels dans l’existence naturelle que nous avons été forcés de renier et d’abandonner au fil du temps et affirment une certaine hégémonie culturelle sur notre destinée. Aujourd’hui, nous voyons parfaitement que les soi-disantes “élites” du système de gouvernance humain adoptent toutes une attitude prône à la perpétuation de ce même système et ainsi de leurs privilèges. Qu’il s’agisse de roitelets de monarchies autocrates ou parlementaires, d’élus d’états-nations dits “démocratiques” ou de tyrans religieux ou séculiers, nous constatons que tous ces gens agissent et réagissent selon les schémas d’un même moule, qu’ils sont eux-mêmes des produits du système de contrôle en place. Toutes et tous ne remettent jamais en cause les dogmes et les fondements du fonctionnement: maintenir la division politique, maintenir la division économique de “marché” par la coercition, l’oppression et la répression et ce y compris dans les systèmes dits “démocratiques” des états-nations de la grande mascarade de l’illusion démocratique, parvenant par la même occasion, à maintenir leur présence en haut de la pyramide du contrôle politico-social.

Ainsi, qui que ce soit arrivant au pouvoir dans le système est obligé de se plier aux lois et contraintes de la “politique et du marché”. Il se trouve que depuis sans doute à peu près les guerres napoléoniennes, le “politique” a cédé de plus en plus le pas à “l’économique” et sa dictature marchande phagocytant tout sur son passage. Depuis la 1ère guerre mondiale, on peut constater que la sphère économico-financière de l’activité humaine a totalement conquis la sphère politique (décisionnaire) pour finir par l’absorber totalement. En France et ailleurs, l’illusion de la mascarade démocratique “électorale”, tombe le masque jour après jour et nous voyons des “chefs d’état”, élus par une portion de plus en plus incongrue des populations en phase d’éveil à la supercherie, n’être soit que de purs produits de la finance et de l’affairisme criminel transnational (Trump, Macron et Pompidou avant lui en France, tous deux directement issus de la banque Rothschild), soit des marionnettes totalement inféodés aux diktats financiers et affairistes ayant acheté le pouvoir décisionnaire devenu d’apparat (Bush père et fils, Clinton, Obama, Blair, Sarkozy, Hollande, la liste est bien longue…).

En clair, si le système fonctionne grâce aux humains (qui l’ont créé), il forme aussi ceux-ci à le faire “fonctionner” et perdurer dans le temps en façonnant leur psychée, moyennant les privilèges d’usage prévus pour ceux opérant en haut de cette pyramide anti-naturelle de destruction et de mort ainsi que dans ses rouages. Tous les “politiques” qui ont eu quelques velléités que ce soit de changer en profondeur le “système” sont soit passés à la trappe politiquement soit, dans le pire des cas, ont été assassinés. Des guerres sont déclenchées pour l’accaparement des biens et des ressources, pour la destruction qui remplit les coffres des oligarques en amont et en aval des conflits et qui leur permet d’acheter toujours plus de ce “pouvoir” jusqu’à en avoir le monopole. 

Ainsi si l’État n’a pas inventé la guerre, il l’a sans aucun doute institutionnalisée pour sa survie, pour en faire son histoire et le capitalisme a rendu la guerre indispensable à sa survie, imprégnant les humains des stigmates de cette existence contre-nature. En ce sens pouvons-nous aussi dire que le système forme les humains à son image. Le système en place existe, le pouvoir existe depuis quelques 5000 ans de manière coercitive, il s’exerce et il formate les humains aux dogmes de sa perpétuation. Si tout système de gouvernance est une création humaine, celui-ci quelque soit sa forme, façonne également les humains pour le servir. La relation est réciproque, c’est ce qui fait sa force et c’est ce que nous devons briser.

D’aucun pourrait alors penser que la situation est vaine et désespérée car bloquée de tous côtés, cette idée est du reste renforcée par les idéologues du système clamant haut et fort depuis des siècles qu’il “n’y a pas d’alternative”, que notre destin est scellé dans le rapport étatico-capitaliste, développement ultime de notre évolution et que notre seul pouvoir ne serait que de le réformer de temps en temps en influant, par le vote, sur les personnes le régissant. Illusion supplémentaire insufflée dans cette supercherie organisée et institutionnalisée de longue date et ne laissant aucune place aux valeurs profondes de notre humanité.

Or, il suffit de garder présent à l’esprit que tout ceci est complètement artificiel, que ce système a été créé par nous les humains et qu’en conséquence il peut être défait à tout moment de son histoire. Il a eu un commencement et il aura une fin et que rien, de ce fait, n’est inéluctable. Il suffit simplement de dire NON ! individuellement et collectivement. C’est ce que nous avons analysé et expliqué dans notre “Manifeste pour la société des sociétés” en 2017 et dans sa suite de 2019.

Nous avons le pouvoir de dire NON ! individuellement d’abord puis dans un élan collectif coopératif salvateur et émancipateur. La réorganisation de notre société sur des bases profondément naturelles de solidarité est non seulement possible, mais elle ne tient en fait qu’à nous. Personne ne le fera à notre place et nous n’avons aucune aide ou espoir à attendre d’une énième réforme du système moribond existant. L’État et le capitalisme se meurent ! Aidons-les à mourir ! Comprenons et diffusons ce concept qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir !

Il est important qu’au plus de gens comprennent que le système politico-social que nous subissons, qui nous est imposé depuis haut de la pyramide, est une construction sociale humaine, qui peut parfaitement être totalement déconstruite pour laisser enfin le champ libre à une société que nous,  les peuples, mènerons à notre guise pour le bien de toutes et tous. Nous n’avons aucune obligation de subir un système de gouvernance et de contrôle de nos vies les rendant au plus misérable jour après jour, semaines après semaine, mois après mois, année après année, certes à des degrés divers selon les endroits de la planète ; mais nous avons toutes les obligations de vivre humainement, sans division, sans haine et sans conflit imposés, de transmuter les valeurs et notre réalité pour ouvrir le véritable chemin à notre humanité réalisée, celui de la vie tout simplement.

Ainsi donc…

A bas le système de la division institutionnalisée !
A bas l’État !
A bas la marchandise !
A bas l’argent !
A bas le salariat !

Vive la commune (communion) universelle de la réalisation de notre puissance vitale… Devenons enfin qui nous sommes : des humains réalisés dans l’émancipation de toutes les impostures et supercheries systémiques artificielles qui nous sont imposées depuis près de 5000 ans.

Qu’on se le dise !

Résistance 71

Février 2020

“L’État n’a pas plus de réalité que n’en ont les dieux ou les diables. Ce ne sont que des reflets, des créations de l’esprit humain, car l’homme, l’individu est la seule réalité. L’État n’est que l’ombre de l’homme, l’ombre de son obscurantisme, de son ignorance et de sa peur.”
~ Emma Goldman ~

« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


La rage s’exerce avant tout… dans la réflexion 

Gilets Jaunes !… La révolution sociale ici et maintenant ! (Raoul Vaneigem)

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Tout commence ici et maintenant

 

Raoul Vaneigem

 

17 janvier 2020

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Tout-commence-ici-et-maintenant

 

À celles et ceux de Commercy,

Dans le désir d’apporter ma contribution personnelle au débat crucial sur la Commune et le communalisme, je prends la liberté de vous communiquer quelques réflexions. Faites-en l’usage qui vous plaira. Mon nom est de peu d’importance, seule l’efflorescence des idées est indispensable à la conscience d’un mouvement insurrectionnel qui peu à peu gagne le monde entier.

Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas altérer le sens de mes propos (mais cela va de soi) et de m’envoyer un simple accusé de bonne réception.

Merci. Bons débats.

¡Viva la revolución !

 

Jusqu’à présent le capitalisme n’a vacillé qu’en raison de ses crises de développement interne, de ses flux de croissance et de décroissance. Il a progressé de faillite en faillite. Jamais nous n’avons réussi à le faire tomber, si ce n’est en de très brèves occasions où le peuple a pris en main sa propre destinée.

Ce n’est pas jouer les prophètes que de l’affirmer : nous sommes entrés dans une ère où la conjoncture historique est favorable à l’essor du devenir humain, à la renaissance d’une vie ivre de liberté.

C’en est assez des murs de lamentations ! Trop d’hymnes funèbres minent en sourdine le discours anticapitaliste et lui donnent un arrière-fond de défaite.

Je ne nie pas l’intérêt d’observatoires du désastre. Le répertoire des luttes s’inscrit dans la volonté de briser la mondialisation financière et d’instaurer une internationale du genre humain. Je souhaite seulement que viennent s’y ajouter les avancées expérimentales, les projets de vie, les apports scientifiques dont la poésie individuelle et collective jalonne trop discrètement ses territoires.

Revendiquer les droits de la subjectivité est un acte solitaire et solidaire. Rien n’est plus exaltant que de voir les individus se libérer de leur individualisme comme l’être se libère de l’avoir. Il y faudra du temps ? Sans doute mais apprendre à vivre c’est apprendre à briser la ligne du temps et bannir du présent le retour au passé, où se creusent les abîmes du futur.

Un devenir maintenu au stade fœtal pendant dix mille ans resurgit comme on voit un objet du passé remonter des tréfonds de la terre.

C’est un brin de paille dans la charrette de foin de l’obscurantisme universel. Une étincelle infime y a mis le feu. Le monde entier s’embrase.

Voir s’affirmer dans cette insurrection plébéienne une radicalité, dont je n’ai cessé d’affiner la conscience, suffit à ma jubilation. Il en va de ma propre vie d’ajouter quelques gouttes d’eau à l’océan de solidarité festive qui bat sous mes fenêtres. Car le peuple n’est plus une foule aveugle, c’est un ensemble d’individus résolus d’échapper au décervelage individualiste, c’est un nombre d’anonymes que leur qualité de sujet prémunit contre la réification. Ils ont révoqué leur statut d’objet, ils ont déserté le troupeau quantitativement manipulable par les tribuns de droite et de gauche.

J’ai écrit un jour : « La vie est une vague, son reflux n’est pas la mort, c’est la reprise de son élan, le souffle de son essor. » Je manifestais par-là mon refus de l’emprise mortifère à laquelle nous acquiesçons si servilement. J’invite ici à réfléchir sur les implications que le propos revêt dans les pratiques d’autodéfense que met en œuvre la puissance poétique croissante des insurrections mondiales.

La terre est notre territoire. Ce territoire a les dimensions de notre existence personnelle. Il est local et il est global, car il ne s’écoule pas un seul instant sans que nous tentions de démêler, en nous et dans le monde, les bonheurs qui nous échoient et les malheurs qui nous accablent. Nous évoluons en permanence entre ce qui nous fait vivre et ce qui nous tue.

Il n’y a que chez l’individualiste (ce crétin converti de sujet en objet) que la préoccupation de soi devient nombriliste, que le calcul égoïste l’emporte sur la générosité solidaire, qu’une liberté fictive enrôle dans les cohortes de la servitude volontaire et de la résignation hargneuse.

Occuper le territoire de notre existence, c’est y apprendre à vivre, non à survivre. D’où la question : comment vivre sans briser le joug des multinationales de la mort ?

Prendre le loisir de l’insurrection permanente. Le temps de la vie n’est pas celui de l’économie. Le capitalisme s’est pris au piège de la rentabilité à court terme. Notre détermination vitale joue, elle, sur le long terme.

Tenir bon, frapper la finance à coups répétés, multiplier les zones de gratuité relèvent d’une guérilla de harcèlement qui réclame plus d’ingéniosité que de violence (ainsi que l’illustrent la levée des péages autoroutiers, le libre passage aux caisses de supermarché, le blocage de l’économie).

L’État hors la loi. Le capitalisme et son gendarme étatique ne nous feront pas de cadeau. Ils combattront l’émergence de zones d’où seront bannies oppression étatique et réification marchande. Ils savent que nous le savons et croient nous faire ramper chétivement sous la menace de leurs gros bataillons.

Leur jactance cependant les aveugle. Ce qu’ils nous délivrent est bel et bien un cadeau. Ils ne nous lèguent rien de moins qu’une raison qui annule la raison d’État. À réformer, à remodeler la démocratie à coups de matraque et de mensonges, le gouvernement tourne à la dictature. Il fait dès lors jouer contre lui le droit imprescriptible à la dignité humaine. Il justifie la désobéissance civile en recours attitré contre l’inhumanité.

Oui, notre droit de vivre garantit désormais la légitimité du peuple insurgé.

Ce droit met hors la loi l’État qui le bafoue.

L’autodéfense participe de l’auto-organisation. Elle nous place devant une alternative : la laisser sans armes est un acte suicidaire, la militariser la tue. Notre seule ressource est d’innover, de dépasser la dualité des contraires, l’opposition entre le pacifisme et la guérilla. L’expérience est en cours, elle ne fait que commencer.

L’armée zapatiste de libération nationale (EZLN) possède, comme toute armée, une structure verticale. Cependant sa fonction a pour but de garantir la liberté et l’horizontalité des assemblées où les individus prennent collectivement les décisions jugées les meilleures pour toutes et pour tous. Les femmes ont obtenu, par vote démocratique, la garantie que l’EZLN interviendrait uniquement à titre défensif, jamais dans un but offensif. La seule présence d’une force armée a suffi jusqu’à ce jour à dissuader le gouvernement d’écraser les zapatistes en recourant à l’armée et aux paramilitaires. Rien n’est joué, tout se joue en permanence.

La situation au Rojava est différente. La guerre menée par l’internationale du profit a condamné la résistance populaire à répondre sur le terrain de l’ennemi, avec ses armes traditionnelles. C’était un état d’urgence. Pourtant, la place prépondérante des femmes, la volonté de fonder des communes libérées du communautarisme, le rejet de la politique affairiste et la primauté accordée à l’humain laissent augurer un renouvellement radical des modes de lutte.

Évidemment, ces exemples ne sont pas un modèle pour nous, mais de leur caractère expérimental, nous pouvons tirer des leçons.

Fédérer les luttes. Ce qui manque le plus cruellement aux insurrections qui gagnent peu à peu notre terre menacée de toutes parts, c’est une coordination internationale. Si la naissance du mouvement zapatiste n’a pas été étouffée sur-le-champ, c’est en raison d’une mobilisation immédiate des consciences. Une onde de choc a secoué l’apathie générale.

Bien que le mouvement des gilets jaunes ait arraché l’intelligence populaire à une longue léthargie, la veulerie médiatique, le martèlement de la langue de bois, de la novlangue qui inverse le sens des mots ont repris le dessus et ont accru considérablement l’efficacité de la machine à crétiniser. On aurait pu supposer qu’une vague d’indignation et de protestations mondiales — un « J’accuse » universel — libère Julien Assange et protège les lanceurs d’alerte. L’épaisseur du silence a démontré que l’ère des assassins s’installe à pas feutrés. Le cimetière est le modèle social programmé. Allons-nous le tolérer ?

Ni triomphalisme ni défaitisme ! La vie a poussé un cri qui ne s’éteindra pas. Qu’il nous suffise d’en propager la conscience aux quatre coins du monde. Nous détenons une puissance créatrice inépuisable. Elle a le pouvoir de supplanter par les rythmes de la vie retrouvée l’ennuyeuse danse macabre où le vivant pourrit.

En nous dépouillant de nos moyens d’existence, l’État ne nous protège plus contre le crime, il est le crime. Notre légitimité, c’est de l’abattre. La défense de la vie, de la nature, du sens humain l’implique.

L’abattre ? Non. Ainsi conçu, le projet s’entache d’une connotation militaire et fanfaronne dont les exemples du passé incitent à se méfier. Ne convient-il pas plutôt de le vider par l’intérieur, de recueillir et de prendre en charge ce bien public dont il était censé garantir les acquis et qu’il a vendu aux intérêts privés ? C’est cela la Commune. Non ?

Libre à chacune et à chacun de décortiquer par le haut l’État et le système mafieux dont il est le bras oppressif. On a vu se multiplier sous le scalpel de la précision analytique nombre de dévoilements et de dénonciations dénudant le roi jusqu’à la carcasse de son inhumanité transhumaniste.

Ils pointaient du doigt les basses œuvres ourdies dans les coulisses dorées du théâtre élyséen. Ils montraient comment la réalité forgée par les exploiteurs tend par l’énormité de leur mensonge à se substituer à la réalité que vivent les exploités. Comment nous sommes enrôlés de force dans un monde à l’envers où nous ne sommes que des pions manipulés par des débiles.

Ce sont d’implacables réquisitoires contre l’État mais l’État les repoussera du pied, tant que, ce pied, nous ne l’aurons pas tranché.

Le gouvernement légifère au mépris des souffrances du peuple de la même façon que les aficionados de la corrida en éclipsent la douleur animale. Pour ma part, je ne puis m’insurger que devant l’innocence opprimée. J’ai toujours choisi d’éradiquer la misère du vécu — à commencer par la mienne — afin d’abolir, en l’attaquant par le bas, le système du haut qui en est cause.

Redescendons sur notre terre ! Le scandale n’est pas là-haut, où les sociologues et les économistes atterrés examinent l’amoncellement d’immondices, il est ici, au bas de la pyramide, il est dans le fait que nous abandonnons entre les mains d’incompétents et d’escrocs des domaines qui nous touchent de près : l’éducation, la santé, le climat, l’environnement, la sécurité, les finances, les transports, la détresse des déshérités et des migrants.

Notre paupérisation paie le prix des guerres pétrolières, des raids de prédation sur le cuivre, le tungstène, les terres rares, les plantes capturées par les brevets pharmaceutiques. Allons-nous continuer de financer de nos taxes et de nos impôts l’arrachement de nos ressources et l’interdiction d’en gérer l’usage ?

Les chiffres d’affaires et leurs gestionnaires se moquent des écoles comme des lits et des soins dont l’hôpital a besoin. Nous sommes là à béer devant la crapuleuse inhumanité que les gouvernants drapent dans le cilice ouaté de leur arrogance. Qu’avons-nous à faire de leurs discours contre la violence, le viol, la pédophilie alors que la prédation, base de l’économie, est prônée partout et assénée aux enfants avec la férule de la concurrence et de la compétition ?

À quel ignoble degré d’esclavage consenti un peuple doit-il descendre pour accepter que les riches gestionnaires de sa misère le dépouillent de cette existence, de cette famille, de cet environnement qu’il est capable de gérer lui-même ? La faillite de l’État est la victoire à la Pyrrhus des multinationales du « profit en pure perte ». C’est à nous de jouer, et jouer en faveur de la vie, c’est la laisser gagner.

Qu’avons-nous à faire de leurs ministères et de leurs bureaucraties qui ont pour mission de démontrer que l’enrichissement des riches améliore la condition des pauvres ; que le progrès social consiste à diminuer les retraites, les allocations de chômage, les gares, les trains, les écoles, les hôpitaux, la qualité de l’alimentation.

Quand allons-nous nous réapproprier ce qui appartient à l’humanité et est là à notre portée ? Car ce bien public est ce qui nous touche de plus près, il fait partie de notre existence, de notre famille, de notre environnement.

À l’encontre des institutions prétendument dirigeantes, nous érigeons en exigence absolue que la liberté humaine révoque les libertés du profit, que la vie importe plus que l’économie, que l’objet manipulé cède le pas au sujet, que le travailleur, produit et producteur de l’infortune, apprenne à devenir le créateur du monde en créant sa propre destinée.

Les pollueurs et les incendiaires de la planète usent de l’écologie comme d’un détergent pour laver l’argent sale. Pendant ce temps, au bar du mensonge quotidien, les consommateurs trinquent aux mesures en faveur du climat alors qu’à dix mètres de chez eux se livre le combat contre les pesticides, contre les industries Seveso, contre les nuisances du profit. Comment n’y voir pas la preuve que nos luttes sont locales et internationales ?

Le village, le quartier, la région n’ont pas besoin d’un ministère pour promulguer l’interdiction des entreprises toxiques dès l’instant qu’ils la fondent sur des pratiques et des expérimentations nouvelles, telles que la permaculture, la réinvention de produits utiles, agréables et de qualité.

Promouvoir des transports gratuits est une réponse plausible à la privatisation des chemins de fer et des réseaux autoroutiers par le biais de l’escroquerie gouvernementale.

L’autoconstruction est en mesure de battre en brèche la spéculation immobilière. Stimuler la recherche d’énergies non polluantes (centrale solaire ?) est de nature à nous débarrasser du pétrole, du nucléaire, du gaz de schiste. Quant au ministère de l’éducation concentrationnaire, il ne résistera pas aux écoles de la vie que les initiatives individuelles et familiales propagent partout.

Laissons l’affairisme sortir ou non de l’euro, ce n’est pas notre problème. La vraie question est de prévoir la disparition de l’argent et de concevoir des coopératives favorisant l’échange de biens et de services, par le recours, ou non, à une monnaie non cumulable. Que ces solutions, praticables dans de petites entités, soient ensuite fédérées régionalement et internationalement marquera d’un tournant décisif le cours de l’organisation traditionnelle des choses.

Jusqu’à nos jours, la quantité a été privilégiée. On ne raisonnait qu’en termes de grands ensembles. Le règne du nombre, du chiffre, des statistiques imposait aux foules grégaires un désordre où l’ordre répressif apparaissait illusoirement comme un facteur d’équilibre.

Vivre la Commune. La commune autogérée est le pouvoir du peuple par le peuple. De même que la structure patriarcale familiale fut la base de l’État, sacré ou profane, la Commune et ses assemblées autogérées feront battre le cœur de la générosité individuelle. De même que la religion avait jadis été le cœur factice d’un monde sans cœur, la vie humaine imprime désormais son rythme au monde nouveau. Elle abandonne l’ancien à l’épuisante tachycardie des spéculations boursières.

L’insurrection pacifique est une guérilla démilitarisée. Elle doit avoir pour base et pour but l’auto-organisation des communes autonomes. Notre ennemi le plus redoutable est moins l’autorité du maître que la résignation des esclaves. L’abolition de l’État, en tant qu’organe de répression, passe par le développement croissant de la désobéissance civile. La résistance, l’opiniâtreté et l’ingéniosité des Gilets jaunes m’a suggéré d’appeler « pacifisme insurrectionnel » ou « insurrection pacifique » la détermination d’affronter la violence de la répression étatique et de tenir bon sans verser dans le gauchisme paramilitaire, le rétrobolchévisme et autres palinodies guévaristes.

Éviter le face-à-face avec la puissance répressive de l’ennemi implique de nouveaux angles d’approche dans le traitement des conflits. Jusqu’à présent ce qui a fait preuve de la plus grande efficacité, c’est la résolution, à la fois ferme et fluctuante, des Gilets jaunes. C’est leur façon d’intervenir là où on ne les attend pas, de frapper, de harceler, d’apparaître, de s’éloigner et d’être omniprésents. Ce qui leur tient lieu de « couteau sans manche dont la lame a disparu », c’est une insolite et surprenante inventivité. Ainsi que l’exprimait poétiquement un insurgé : « Nous ne tirons pas avec une arme, nous tirons avec notre âme. »

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Lectures complémentaires:

GDC_mis_au_point_sur_lextreme_gauche_du_capital

GDC_troisieme_guerre_mondiale_ou_revolution_sociale

Commune_des_Communes_rencontre_Commercy_18-19_janvier_2020

Murray_Bookchin_Ecologie_Sociale_1982

Tintin_Vive-la-Revolution_1989_2010

tract-GDC-A_bas_les_greves_des_impostures_marchandes

Voline_La_synthese_anarchiste

Murray_Bookchin_Ecoute_Camarade

Murray_Bookchin_Le_municipalisme_libertaire

Guy_Debord_La_societe_du_spectacle

TAZ_Fr

Charles_Mcdonald_Anthropologie_Conferences-Causerie-et-Analyses

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

L’abbcedaire de Raoul Vaneigem

Paulo_Freire_Extension ou Communication

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Tract_Gilets_Jaunes

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

 

 

 

La Commune outil politique de l’émancipation de la dictature marchande: l’exemple de Pancha Vasquez, Venezuela…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés with tags , , , , , , , , , , on 20 décembre 2019 by Résistance 71


Société des Sociétés dans l’union des communes libres !

 

« La question sociale est une question agraire » disait à juste titre Gustav Landauer ; tout révolutionnaire doit manger… Gilets Jaunes, réaménageons nos campagnes en confédération de communes libres immunisée contre la dictature marchande. C’est une des clefs de l’émancipation à venir ! La commune de Pancha vasquez au Venezuela présentée ci-dessous n’est qu’un exemple viable parmi tant d’autres, même si l’émancipation de l’État n’est pas optionnelle : tout doit partir, état, marchandise, argent et salariat !
~ Résistance 71  ~

 

Commune: Pancha Vásquez Venezuela

 

Katrina Kozarek

 

17 décembre 2019

 

url de l’article: https://venezuelanalysis.com/video/14746

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Merci à “Bernardo” pour nous avoir référé cet article

 

Ce chapitre de “En commune” explore la commune venezuelienne de Pancha Vasquez dans l’état d’Apure, où des communards travaillent main dans la main avec les paysans locaux pour lutter contre la contrebande et la spéculation dans des systèmes de troc autonomes et de marchés communaux.

La municipalité de Romulo Gallegos à Apure abrite Elorza, un quartier célèbre pour son festival hétéroclite de musique et de danse traditionnelles venezueliennes. On dit que Chavez a développé ses qualités de leader et de militant à Elorza durant ses premières années de formation et d’organisation politique dans les années 80. A part la riche histoire et culture d’Elorza, les zones rurales de la municipalité de Romulo Gallegos comptent aussi parmi les terres venezueliennes les plus importantes pour la production de lait et de viande.

En 2014, quatorze conseils communaux situés le long de la rivière Arauca se sont joints pour former la commune de Pancha Vasquez. Cette communes a réuni plus de 938 familles, 900 fermes familiales et s’étend sur plus de 100 000 Ha de terre sur la municipalité de Romula Gallegos ainsi que sur la municipalité voisine de Muñoz.

Bien que cette zone soit très productive, ses habitants ont aussi besoin d’avoir accès à des produits industriels provenant d’ailleurs comme du riz, du sucre et de la farine. La proximité de cette commune de la frontière avec la Colombie a contribué à rendre les prix inabordables et induire une rareté de ces denrées nécessaires.

La vague massive de spéculation et de contrebande en 2015 a eu un impact profond sur les résidents de la commune de Pancha Vasquez. Un des premiers défis relevé par la Commune fut de confronter cette situation au travers d’un réseau de distribution contrôlé par la communauté. L’expérience du Comité Populaire à la Nourriture renforça politiquement la commune de Pancha Vasquez et mena rapidement à des expériences plus dynamiques et plus complexes de distribution.

“Un autre problème auquel la commune doit faire face est celui d’un commerce différent de celui du mode capitaliste, une activité commerciale populaire, juste et solidaire, une qui ne vole pas vos voisins, ni le peuple. Parce que le capitalisme est un commerce sauvage qui gonfle les prix de tout. Non. Vous devez mettre en place des prix justes et solidaires… un nouveau système commercial, un nouveau système de production et de nouveaux moyens de production ou la terre, la machinerie pour la matière première… la connaissance sont entre les mains de la société, dans ce cas précis entre les mains de la commune.”
~ Hugo Rafael Chávez Frías
Álo Presidente Teórico N. 1
June 11, 2009 ~


... est une question agraire » Gustav Landauer

Le manque de routes goudronnées affecte profondément les agriculteurs de la commune pour pouvoir distribuer leurs produits. Ceci les a laissé à la merci des intermédiaires qui leur paient un prix très bas pour leurs produits et qui ensuite revendent ces denrées à haut prix dans les centres urbains.

Afin de résoudre ce problème, la commue de Pancha Vasquez a créé un nouveau système combiné qui garantit la distribution directe des produits locaux en échange de produits manufacturés. La commune ne possède pas de terres collectives comme c’est le cas pour d’autres communes, mais il existe une très forte confiance et solidarité entre les agriculteurs dans ce territoire. Cette forte relation a permis l’échange de produits locaux comme la viande et les produits laitiers comme le fromage contre des produits industriels avec les autres communes ainsi qu’avec les syndicats et ouvriers dans des entreprises d’état et entreprises mixtes et ce à une échelle nationale.

Toutes les fermes de la commune de Pancha Vasquez n’ont pas la possibilité d’élever du bétail, mais elles ne sont pas laisser hors du système de distribution. Lorsque les produits sont échangés, toutes les familles dans la communauté territoriale aussi bien que les communes voisines, ont la possibilité de les acheter. Cette expression de solidarité a joué un grand rôle dans la promotion de l’esprit révolutionnaire ainsi que de l’implication de la commune et du pouvoir populaire comme modèle du développement socialiste dans le territoire.

La commune Pancha Vasquez a aussi créé d’autres solutions locales au problème des intermédiaires. Depuis 2014, la commune a mis en place un marché communal de plein-air pour les petits paysans locaux. Tous les samedis sans exception, ces paysans locaux se rendent au marché, pour la plupart en canoë le long de la rivière Arauca, pour vendre directement leurs produits aux consommateurs d’Elorza. Un conseil composé d’agriculteurs locaux de la commune de Pancha Vasquez et des territoires voisins se réunit régulièrement pour analyser collectivement les coûts afin de garantir des prix justes et uniformes pour les producteurs et les consommateurs.

La capacité de la commune de Pancha Vasquez de contrôler la distribution de la nourriture dans une zone de production agricole si importante n’est pas un petit succès. Ceci leur a valu des ennemis puissants, certains mêmes au sein de l’état, cherchant parfois à saboter ses avancées.

La commune n’a pas laissé ces obstacles amoindrir sa ferveur révolutionnaire. Un porte-parole, Juan Fernandez, se rappelle que Chavez avait prévenu que ces “mesquineries politiques” pouvaient se produire, mais que “les communes ne pouvaient pas être des excroissances des bureaux des maires ou des partis politiques… que les communes appartenaient au peuple, au pouvoir populaire organisé…

La méticuleuse transparence, la solidarité extensive et le travail sans relâche de la commune de Pancha Vasquez ont permis aux communards de continuer à grandir malgré l’adversité. Ils sont en train en ce moment de développer des projets de macadamisation des routes et de créer une banque communale, qui au lieu de prêter et d’épargner l’argent, va prêter des machines et des produits agricoles. Ils se préparent aussi à récupérer les terres non productives environnantes afin de consolider l’économie locale avec une production agricole collective.

Juste cinq ans après avoir pris forme, la commune de Pancha Vasquez a démontré être une véritable force pour l’avancée d’une économie et d’un état communaux. Elle est devenue un point de référence en ces temps de crise, montrant que la commune est un espace d’organisation et de responsabilité qui peut progresser à pas de géant en termes d’amélioration des conditions de vie de tous aussi bien que de mettre en place les pierres d’édifice du socialisme.

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Lectures complémentaires:

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

Manifeste pour la Société des Sociétés

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Un monde sans argent: le communisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 


Commune = Vie
État = Mort