Archive pour la société contre l’état

Révolution sociale, lâcher-prise et non violence, 3 textes lumineux de Léon Tolstoï

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, gilets jaunes, média et propagande, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , on 26 février 2021 by Résistance 71


Gandhi et son mentor

L’ACTIVITÉ QUI AIDERA LE PLUS À LA FUTURE RÉVOLUTION

Léon Tolstoï

1906

La transformation sociale qui s’opère maintenant consiste en la délivrance de la tromperie de l’obéissance à tout pouvoir humain. L’objet de cette transformation étant tout autre que celui des révolutions qui eurent lieu dans le monde chrétien, l’activité des hommes qui y participent doit être aussi toute différente.

Le but des auteurs des révolutions anciennes était de renverser, par la force, le pouvoir et de s’en emparer. Le but de ceux qui participent à la révolution actuelle ne peut et ne doit être que d’obtenir la cessation de l’obéissance à n’importe quel pouvoir imposé, — obéissance qui a perdu tout sens — et d’organiser leur vie indépendamment de tout gouvernement.

Non seulement l’activité des révolutionnaires futurs doit être autre que celle des révolutionnaires d’autrefois, mais les hommes de cette révolution sont autres, le milieu où elle doit se passer est autre, et le nombre des participants n’est pas le même.

Les révolutionnaires de jadis appartenaient surtout aux professions libérales : c’étaient des hommes affranchis du travail physique qui entraînaient les ouvriers et les citadins ; tandis que les militants de la révolution future devront être et seront principalement les paysans.

Les anciennes révolutions commencèrent et se déroulèrent dans les villes, la révolution présente doit être essentiellement rurale.

Les participants des anciennes révolutions formaient 10, 20 % de la population ; le nombre de ceux qui prennent part à la révolution en Russie doit être de 80 à 90 %.

Il en résulte que l’activité des citadins qui bouleversent maintenant la Russie et qui, à l’instar de l’Europe, se groupent en unions, font des grèves, des démonstrations, des émeutes, inventent de nouvelles formes sociales — sans parler de ces malheureuses brutes qui commettent des meurtres pensant servir ainsi la révolution qui commence — toute cette activité, non seulement ne correspond pas à la révolution en marche, mais mieux que le gouvernement (sans même le savoir, ils en sont les aides les plus fidèles) arrête la révolution, la dirige faussement et lui fait obstacle.

Le danger qui menace maintenant le peuple russe n’a rien à voir avec la chute du gouvernement basé sur la violence et son remplacement par un autre gouvernement, basé également sur la violence — quel qu’il soit, démocratique ou même socialiste. Le seul danger, c’est que le peuple russe, appelé par sa situation particulière à indiquer la voie pacificatrice et sûre de la délivrance, ne soit entraîné, par des hommes qui ne comprennent pas tout le sens de la révolution actuelle, vers l’imitation servile des révolutions passées, et, abandonnant la voie salutaire où il se trouve, ne s’engage dans cette voie fausse où marchent à leur perte sûre les autres peuples du monde chrétien.

Pour éviter ce danger, les Russes doivent, avant tout, rester eux-mêmes, ne pas se renseigner ni prendre le mot d’ordre dans les constitutions européennes et américaines ou dans les projets socialistes ; ils n’ont qu’à interroger et écouter leur propre conscience. Que les Russes, pour exécuter la grande œuvre qui est devant eux, ne se soucient pas de la direction politique de la Russie et de la garantie de la liberté des citoyens russes, mais qu’avant tout ils s’affranchissent de la conception même de l’État russe, et, par conséquent, des soucis des droits de citoyen de cet État.

Les Russes, en ce moment, pour atteindre l’affranchissement, doivent, non seulement ne rien entreprendre, mais au contraire s’abstenir de toutes entreprises, aussi bien de celles dans lesquelles l’entraîne le gouvernement que de celles que pourraient tenter les révolutionnaires et les libéraux.

Le peuple russe, — sa majorité de paysans — doit continuer de vivre, comme il a toujours vécu, de la vie agricole, rurale, communale et supporter sans lutte, — c’est-à-dire se soumettre — toute la violence gouvernementale ou autre. Qu’il refuse d’obéir aux exigences de participation dans n’importe quelle violence gouvernementale, de payer volontairement l’impôt, de servir volontairement — dans la police, dans l’administration, dans la douane, dans l’armée, dans la flotte, dans n’importe quelle institution imposée. De même et encore plus strictement, les paysans doivent s’abstenir des violences auxquelles les poussent les révolutionnaires. Toute violence des paysans sur les propriétaires fonciers provoquera des représailles, et, en tout cas, se terminera par l’institution d’un gouvernement quelconque, mais toujours basé sur la force. Et avec un gouvernement de ce genre, comme il arrive dans les pays les plus libres d’Europe et d’Amérique, éclatent des guerres insensées et cruelles, et la terre reste la propriété des riches.

Seule la non-participation du peuple dans n’importe quelle violence peut anéantir tous les maux dont il souffre, faire cesser les armements sans fin et les guerres, et détruire la propriété foncière.

C’est ainsi qu’il faut qu’agissent les paysans agriculteurs pour que la révolution actuelle ait de bons résultats.

Quant aux hommes des classes citadines : gentilshommes, marchands, médecins, savants, ingénieurs, littérateurs, etc., qui sont maintenant occupés à faire la révolution, ils doivent avant tout comprendre leur insignifiance — au moins numérique : 1 % du peuple agricole. Qu’ils se persuadent bien que le but de la révolution actuelle ne peut et ne doit consister en l’institution d’un nouvel ordre politique, — basé sur la violence, — avec n’importe quel suffrage universel, ou quelle organisation socialiste perfectionnée, mais qu’il se trouve dans l’affranchissement de cent millions de paysans de la violence sous quelque forme qu’elle se présente : militarisme, exactions fiscales, propriété individuelle. Pour atteindre ce but, point n’est besoin de cette activité remuante, déraisonnable et mauvaise, qui est maintenant celle des libéraux et des révolutionnaires russes.

La révolution ne se fait pas sur commande : « Allons-y, faisons la révolution ! » On ne peut la faire selon un modèle tout prêt, en pastichant ce qui se faisait il y a cent ans, dans des conditions tout autres. La révolution, en effet, n’améliore le sort des hommes que si ces hommes, reconnaissant la faiblesse et le danger des anciennes bases de la vie, aspirent à la rétablir sur de nouvelles institutions pouvant leur donner le vrai bien, que s’ils ont un idéal de vie nouvelle, meilleure.

Or, les hommes qui désirent, maintenant, faire en Russie une révolution politique sur le modèle des révolutions européennes, n’ont ni nouvelles bases, ni nouvel idéal. Ils n’aspirent qu’à remplacer une vieille forme de la violence par une autre, qui apportera avec soi les mêmes maux que ceux dont souffre maintenant le peuple russe. C’est ce que nous voyons en Europe et en Amérique où existent même militarisme, mêmes impôts, même accaparement de la terre.

Et le fait que la majorité des révolutionnaires pose comme idéal l’État socialiste, qui ne peut s’obtenir que par la violence la plus cruelle, et qui, s’il était un jour atteint, priverait les hommes des dernières bribes de liberté, ce fait montre uniquement que ces hommes n’ont aucun nouvel idéal.

L’idéal de notre temps ne peut être la modification de la forme de la violence, mais son anéantissement complet, qu’on peut atteindre par la non-obéissance au pouvoir humain.

De sorte que si les hommes des classes citadines veulent réellement contribuer à la grande transformation qui s’opère, la première chose qu’ils doivent faire c’est de renoncer à cette activité révolutionnaire, cruelle, antinaturelle, inventée, qui est la leur maintenant, de s’établir à la campagne, y partageant les travaux du peuple ; puis, après avoir appris de lui la patience, l’indifférence et le mépris du pouvoir, et principalement l’amour du travail, non seulement ne pas exciter les hommes à la violence, comme ils le font maintenant, mais, au contraire, les garder de toute participation dans l’activité violente, de toute obéissance à n’importe quel pouvoir imposé, enfin, les aider, si besoin en est, de leurs connaissances scientifiques, dans l’explication des questions qui, inévitablement, surgiront avec l’anéantissement du gouvernement.

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L’ORGANISATION DE LA SOCIÉTÉ AFFRANCHIE DU GOUVERNEMENT PAR LA VIOLENCE

Léon Tolstoï

1906

Mais comment, sous quelle forme, peuvent vivre les hommes du monde chrétien s’ils ne vivent pas sous forme d’État, en obéissant au pouvoir gouvernemental ?

Ce sont ces mêmes qualités du peuple russe, grâce auxquelles j’estime que la révolution doit commencer et se faire non ailleurs, mais précisément en Russie, qui donnent la réponse à cette question.

L’absence de pouvoir, en Russie, n’empêcha jamais la constitution de communes agricoles. Au contraire, l’immixtion du pouvoir gouvernemental fit toujours obstacle à cette organisation intérieure, propre au peuple russe.

Le peuple russe, comme la plupart des peuples agricoles, s’est naturellement groupé, telles les abeilles dans les ruches, en certaines agglomérations sociales, satisfaisant entièrement aux besoins de la vie communale des hommes. Partout où les Russes s’installèrent sans l’immixtion du gouvernement, ils établirent entre eux une direction, non violente, mais basée sur l’entente réciproque, avec possession commune de la terre, et qui satisfaisait complètement aux besoins de la vie en commun.

De telles communes ont peuplé, sans aucune aide du gouvernement, toutes les frontières orientales de la Russie. Elles sont allées en Turquie, comme les Nekrassovtsé, et, gardant là leur caractère de commune chrétienne, ont vécu et vivent en paix sous le pouvoir du sultan. De pareilles communes, sans le savoir elles-mêmes, allèrent en Chine, en Asie Mineure, et vécurent là très longtemps, n’ayant besoin d’aucun gouvernement, sauf leur direction intérieure.

Ainsi vivent les agriculteurs russes, — la grande majorité de la population russe — sans avoir besoin du gouvernement, mais le supportant seulement. Pour le peuple russe, le gouvernement ne fut jamais un besoin, mais toujours un fardeau.

L’absence du gouvernement — de ce même gouvernement qui maintient par force, en faveur du propriétaire terrien, le droit de jouir de la terre — ne fera qu’aider à cette vie communale, rurale, que le peuple russe regarde comme la condition nécessaire de la bonne vie. Elle y aidera parce que, détruisant le pouvoir qui soutient la propriété foncière, elle affranchira la terre et donnera à tous les hommes des droits égaux sur elle.

C’est pourquoi les Russes n’ont pas besoin de renverser le gouvernement, et d’inventer de nouvelles formes de la vie communale destinées à remplacer les anciennes. Les formes communales, propres au peuple russe, existent déjà et ont toujours satisfait aux besoins de sa vie sociale.

Elles consistent dans cette direction commune, avec l’égalité de tous les membres du mir, dans cette formation d’artels pour les entreprises industrielles, et la propriété commune de la terre. La révolution qui se prépare dans le monde chrétien et qui commence maintenant chez le peuple russe se distingue des autres révolutions, précisément en ce que celles-ci détruisaient sans réédifier ou remplaçaient une forme de la violence par une autre, tandis que la révolution future ne doit rien détruire : il n’y a qu’à cesser de participer à la violence, à ne pas arracher la plante et la remplacer par quelque chose d’artificiel sans vie, mais à écarter ce qui gênait sa croissance. En conséquence, ce ne sont pas les hommes pressés, hardis, ambitieux, — qui, ne comprenant pas que la cause du mal contre lequel ils luttent est dans la violence, ne se représentent aucune forme de la vie sociale en dehors d’elle, attaquent aveuglément, sans réfléchir, la violence existante pour la remplacer par une nouvelle — qui aideront à la grande révolution qui va s’accomplir. Seuls les hommes qui, sans rien abattre, sans rien briser, arrangeront leur vie indépendamment du gouvernement, et qui, sans lutte, supporteront toute violence commise sur eux, mais ne participeront point au gouvernement, ne lui obéiront point, ceux-là seuls aideront à la révolution actuelle.

Le peuple russe, en immense majorité agricole, ne doit que continuer de vivre comme il vit maintenant, de la vie agricole communale, et ne point participer aux œuvres du gouvernement ni lui obéir.

Plus le peuple russe tiendra à cette forme de la vie qui lui est propre, moins le pouvoir gouvernemental, violateur, s’immiscera dans sa vie, et plus facilement il sera anéanti, car il trouvera toujours de moins en moins de prétextes pour s’immiscer et de moins en moins d’aide pour accomplir ses actes de violence.

Ainsi, à la question : Quelles seront les conséquences du refus d’obéissance au gouvernement ? on peut répondre avec assurance que ce sera l’anéantissement de cette violence qui force les hommes à entrer en guerre les uns contre les autres, et qui les prive du droit de jouir de la terre.

Et les hommes affranchis de la violence, ne se préparant plus à la guerre, ne se battant plus les uns contre les autres, et pouvant jouir de la terre, naturellement retourneront à ce travail agricole, propre à l’homme, au labeur le plus sain, le plus moral, avec lequel les efforts de l’homme sont dirigés vers la lutte contre la nature et non contre les hommes, à ce labeur sur lequel sont basées toutes les autres branches du travail et qui ne peut être abandonné que par les hommes soumis à la violence.

La cessation de l’obéissance au gouvernement doit amener les hommes à la vie agricole. Et la vie agricole les conduira à l’état communal le plus naturel, à cette vie de petites communes placées dans des conditions agricoles équivalentes. Il est très probable que ces communes ne vivront pas séparément et formeront entre elles, suivant les conditions économiques de race et de religion, de nouvelles unions libres, mais absolument différentes des anciennes communes gouvernementales basées sur la violence.

La négation de la violence ne prive pas les hommes de la possibilité de s’unir, mais les unions basées sur l’accord mutuel ne peuvent se former que quand seront détruites les unions basées sur la violence.

Pour construire une nouvelle maison solide à la place de celle qui tombe en ruines, il faut enlever de celle-ci jusqu’à la dernière pierre et bâtir tout à neuf.

De même avec ces unions qui pourront se former entre les hommes après la destruction de celles qui ont pour fondement la violence.

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CE QUE DEVIENDRA LA CIVILISATION

Léon Tolstoï

1906

Eh bien ! qu’adviendra-t-il de tout ce que les hommes ont élaboré ? Que deviendra la civilisation ?

« Le retour au singe, la lettre de Voltaire à Rousseau, disant qu’il faut apprendre à marcher à quatre pattes : le retour à une vie animale quelconque », disent les hommes qui sont tellement convaincus que la civilisation dont nous jouissons est un très grand bien qu’ils n’admettent pas même la pensée de renoncer à la moindre chose donnée par elle.

« Comment remplacer par la forme déjà dépassée par l’humanité — les communes agricoles, grossières, perdues au fond de la campagne — nos villes avec leurs chemins de fer électriques, souterrains et aériens, leurs phares électriques, leurs musées, leurs théâtres, leurs monuments ? » diront ces hommes. — « Oui, et avec leurs quartiers miséreux, les slums de Londres, de New-York, des grandes villes, avec leurs maisons de tolérance, les banques, les bombes explosives contre les ennemis extérieurs et intérieurs, avec leurs prisons, leurs échafauds, leurs millions de soldats » dirai-je, moi.

« La civilisation, notre civilisation, est un grand bien », disent les hommes. Mais ceux qui ont cette conviction appartiennent à cette minorité qui vit non seulement dans cette civilisation, mais par elle ; qui vit dans l’aisance, presque dans l’oisiveté, en comparaison du labeur des ouvriers, et ainsi uniquement parce que cette civilisation existe.

Tous ces hommes : rois, empereurs, présidents, princes, ministres, fonctionnaires, militaires, propriétaires fonciers, marchands, ingénieurs, médecins, savants, peintres, professeurs, prêtres, écrivains, sont si sûrs que notre civilisation est un grand bien qu’ils ne peuvent admettre la pensée de la voir disparaître ou même se modifier.

Mais demandez à la grande masse des peuples agriculteurs, des peuples slave, chinois, hindou, russe, aux neuf dixièmes de l’humanité, si cette civilisation, qui semble un bien supérieur à ceux qui vivent en dehors de l’agriculture, est un bien ou non ? Chose étrange, les neuf dixièmes de l’humanité répondront tout autrement. Ils savent qu’ils ont besoin de la terre, du fumier, de l’arrosage, du soleil, de la pluie, des forêts, des récoltes, de quelques instruments aratoires très simples, qu’on peut fabriquer sans abandonner la vie agricole. Mais de la civilisation ou ils ne savent rien, ou elle se présente à eux sous l’aspect de la débauche des villes, avec leurs prisons et leurs bagnes, ou sous l’aspect des impôts et des monuments inutiles, des musées, des palais, ou sous forme de douanes qui empêchent la libre circulation des produits, ou sous l’aspect des canons, des cuirassés, des armées, qui ravagent des pays entiers. Et alors ils disent que si c’est cela la civilisation elle ne leur est pas nécessaire ; et qu’elle est même nuisible.

Les hommes qui jouissent des avantages de la civilisation, prétendent qu’elle est un bien pour toute l’humanité, mais dans ce cas ils ne peuvent être témoin, étant juge et partie.

On ne peut nier que nous ne sommes maintenant loin dans la voie du progrès technique ; mais qui est loin dans cette voie ? Cette petite minorité qui vit sur le dos du peuple ouvrier. Et le peuple ouvrier, celui qui sert les hommes qui jouissent de la civilisation, dans tout le monde chrétien, continue de vivre comme il vivait il y a cinq ou six siècles, profitant seulement de temps en temps, des rogatons de la civilisation.

Si même il vit mieux, la distance qui sépare sa situation de celle des classes riches est plutôt plus grande que celle qui existait il y a six siècles. Je ne dis pas, comme pensent plusieurs, que la civilisation n’étant pas un bien absolu nous devons rejeter d’un coup tout ce que les hommes ont élaboré pour la lutte contre la nature, mais je dis que pour affirmer que ce que les hommes ont élaboré sert réellement à leur bien, il est nécessaire que tous, et non une petite minorité, en jouissent, il ne faut pas que certains soient privés par force de leur avoir pour les autres, sous prétexte que ces biens retourneront un jour à leurs descendants.

Nous regardons les pyramides d’Égypte et nous sommes stupéfiés de la cruauté et de la folie de ces hommes qui en ordonnèrent la construction et de ceux qui exécutèrent leurs ordres. Mais combien plus cruelle et plus inepte est la construction de ces maisons de dix, trente-six étages que les gens de notre monde civilisé construisent dans les villes, et dont ils sont fiers. Autour, la terre avec ses plantes, ses forêts, ses eaux limpides, son air pur, son soleil, ses oiseaux, ses animaux ; et les hommes, avec d’énormes efforts barrant aux autres le soleil, édifient des maisons de trente-six étages qui se balancent au vent, et où il n’y a ni herbe, ni arbre, où l’air et l’eau sont souillés, où toute la nourriture est falsifiée et corrompue et la vie difficile et malsaine. N’est-ce pas une preuve évidente de l’insanité de toutes les sociétés, qui, non seulement conseillent des folies pareilles mais encore en sont fières ? Et ce n’est pas un exemple unique. Regardez autour de vous, et à chaque pas vous verrez de pareilles maisons de trente-six étages qui valent les pyramides d’Égypte.

Les défenseurs de la civilisation disent : « Nous sommes prêts à réformer ce qui est mal, seulement que tout ce que l’humanité a élaboré reste intact. »

Mais c’est ce que dit à son docteur le débauché, qui, par sa mauvaise conduite, a gâché sa situation et sa santé, et qui est prêt à faire tout ce que le médecin lui ordonnera à condition qu’il puisse continuer sa vie de débauche. À un tel homme, nous disons que pour améliorer son état, il doit cesser de vivre comme il vit. Il est temps de dire la même chose à l’humanité chrétienne et de le lui faire comprendre.

L’erreur inconsciente — et parfois consciente — que commettent les défenseurs de la civilisation, c’est de la prendre pour but, tandis qu’elle n’est qu’un moyen, et de la considérer toujours comme un bien. Mais elle ne sera le bien que quand les forces dominantes de la société seront bonnes. Les substances explosibles sont très utiles pour construire une route, mais très dangereuses dans les bombes. Le fer est très utile pour les instruments aratoires mais très pernicieux quand il est employé pour les engins de guerre et les verrous des prisons. La presse peut répandre de bons sentiments et des idées sages, mais, avec un succès plus grand encore, des idées fausses et dépravantes. La civilisation est un bien ou un mal selon que le bien ou le mal domine dans la société. Dans notre société où la minorité exploite la majorité, elle est un grand mal. La civilisation, chez nous, n’est qu’une arme de trop de l’oppression de la majorité par la minorité dominante.

Il est temps que les hommes des classes supérieures comprennent que ce qu’ils appellent la civilisation — la culture — n’est qu’un moyen et la conséquence de cet esclavage dans lequel la petite minorité oisive du peuple tient l’immense majorité laborieuse. Notre salut n’est pas dans cette voie que nous avons suivie ; il n’est pas dans la conservation de tout ce que nous avons élaboré, mais il se trouve dans notre aveu de nous être engagés dans une voie fausse, d’être tombés dans l’ornière d’où il nous faut sortir, sans se soucier de retenir ce que nous avons, mais, au contraire, en jetant bravement tout ce qui nous est le moins nécessaire, ce que nous avons traîné avec nous, afin d’arriver d’une façon quelconque (même à quatre pattes) sur un sol ferme.

La vie bonne et raisonnable consiste à choisir, parmi beaucoup d’actes ou entre beaucoup de voies qui se présentent, les actes les plus raisonnables, la direction la meilleure. Or l’humanité chrétienne, dans sa situation présente, doit choisir entre ces deux choses : ou poursuivre dans cette mauvaise voie, où la civilisation existante donne les plus grands biens au plus petit nombre, retenant les autres dans la misère et l’esclavage ; ou immédiatement, sans le remettre à un avenir plus ou moins éloigné, renoncer en partie ou totalement aux avantages qu’a donnés cette civilisation à quelques privilégiés, et qui empêchent l’affranchissement de la majorité des hommes de la misère et du servage.

Domination marchande : Rejet, boycott, organisation et rébellion consciente (OSRE)

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 4 février 2021 by Résistance 71

 

 

 

A lire en parallèle parce qu’inter-connecté avec cette analyse de l’OSRE : « État des lieux avant chambardement »
(Résistance 71)

 

Le symptôme d’une époque en crise, éléments pour une pensée authentiquement rebelle

 

OSRE

 

27 janvier 2021

 

Article paru dans le numéro 41, Mars/Avril 2010, de Rébellion

 

Source:
http://rebellion-sre.fr/symptome-dune-epoque-crise-elements-pensee-authentiquement-rebelle/

 

Notre entreprise coïncide avec le début du 21° siècle et l’épuisement des schémas idéologico-politiques du siècle précédent qui tentent, néanmoins, de se survivre à eux-mêmes sous l’étiquette du clivage droite/gauche. Ce qui ne signifie, d’ailleurs pas, que celui-ci va disparaître de si tôt puisqu’il est au cœur d’un dispositif central de représentation nécessaire à la défense du Système.

Pour autant, il ne s’agit pas pour nous de faire du « nouveau » à tout prix. Les personnes qui se veulent des « innovateurs » en politique recyclent souvent les anciennes lubies avec un mauvais maquillage de marketing moderne. Nos références sont claires : elles s’inscrivent dans une longue tradition de rejet de la domination historique de l’économie marchande, puis de celle croissante du capital. Ce rejet a pris la figure du socialisme au 19° siècle et s’est cristallisé de manière théorique et radicale dans l’expression ouvrière du communisme révolutionnaire. Nous nous référons ainsi au riche héritage du socialisme, en lui ajoutant l’importante contribution de Karl Marx et Friedrich Engels(et plus largement aux penseurs et courants nés de leur apports théoriques comme G. Lukacs, Guy Debord ou C. Castoriadis).

Il ne s’agit pas non plus d’un énième « retour à Marx » qui signifierait que la théorie communiste serait enfin devenue adéquate à son idéal (ce qui n’a d’ailleurs pas de sens pour Marx lui-même « le communisme est le mouvement réel qui abolit les conditions existantes »). L’auteur du Capital à toujours insisté sur le fait que son analyse de la réalité ne relevait pas d’une théorie abstraite, mais de l’étude des conditions réelles et objectives de l’existence humaine. En effet la théorie révolutionnaire naît du sol des questions pratiques que se posent les hommes au cours de leur lutte historique et non d’une sphère autonome propre aux préoccupations d’intellectuels plus ou moins idéologues.

Nous sommes un « symptôme », c’est-à-dire l’expression de la crise profonde rencontrée par le système capitaliste au stade du parachèvement de sa domination réelle sur tous les aspects de la vie sociale (appelée communément « mondialisation »). Le capitalisme ayant réalisé sa dynamique de domination totale, il se retrouve face à sa propre impasse en tant qu’il ne peut même plus assurer un semblant de développement cohérent pour l’Humanité.

L’essence du capital, est la mondialisation; il est la réalisation effective du devenir-monde de l’économie mondiale. Son but ultime – inhérent au cycle de la valorisation – se traduit dans la représentation idéologique dominante signifiée par le vocable de « mondialisme ». Celui-ci est l’expression du fatalisme idéologique de toutes les classes dominantes prises de vertige face aux exigences de la loi du taux de profit. Le mondialisme est le « confort mental » que se donnent les classes dominantes (et l’oligarchie politique chargée de les représenter) dans un monde qu’elles ne maîtrisent plus. C’est le « destin » de la loi du taux de profit d’être une course débouchant sur le vide existentiel et le chaos social.

 » Malheureusement » pour le capital, celui-ci n’a pas réussi à éradiquer toute mémoire historique de des moments de lutte et de contradiction d’où émergèrent les consciences concevant sa critique radicale et la nécessité de dépasser les contradictions aliénantes de l’existence humaine. En produisant l’hégémonie de l’économie sur la vie sociale, le capital produit corrélativement le prolétariat. Pour autant, plus aucun lien organique – comme dans les anciennes structures communautaires – ne le lie à l’être social (« Gemeinwesen » chez Marx). De là, la possibilité pour le prolétariat de se nier en tant que classe objet du capital, tout en niant la nécessité de l’existence pérenne de celui-ci. La conscience révolutionnaire suivant des phases d’avancée et de recul au cours de l’histoire, est l’expression de cette voie réelle de dépassement de l’aliénation sur laquelle le prolétariat a eu parfois l’audace de s’engager.

Comme tout symptôme, notre action traduit une souffrance face à un monde devenu fou. Mais cela n’est somme toute qu’un signal de nécessité de remise en ordre de ce qui doit l’être. Le réductionnisme de la machinerie capitaliste échouerait-il? L’instrumentalisation-manipulation des êtres rencontrerait-elle un obstacle? Oui, si nous pensons qu’il existe une essence de l’homme que Marx, d’ailleurs, situait sur le plan d’une ontologie de l’être social. Marx traite de la vieille question philosophique de « l’être », tant sur le plan de la nature de la connaissance humaine et de ses avancées, que des relations pratiques que les hommes entretiennent entre eux et avec la nature comme deux versants dialectiques de la même instance agissante; c’est cela que l’on peut qualifier d’ontologie de l’être social.

On sait l’attachement de celui-ci envers l’idée aristotélicienne de l’homme comme animal politique. Il faut préciser qu’il ne s’agit pas dans la pensée marxienne de cerner une abstraction morte, ossifiée, d’une essence humaine mais au contraire de se référer à la praxis humaine et à ses diverses métamorphoses. Il y a bien là une question ancestrale de fondement, coeur de toute réflexion philosophique authentique. Il faut, afin de l’analyser, prendre le problème sous l’angle de la réalité imposée par le capital. Globalement, ce dernier entrave la praxis humaine, l’existence et le développement même des hommes vers sa plénitude.

Cela peut sembler étrange comme proposition, dans un monde pris de frénésie et où tout semble constamment « bouger ». Tout aussi paradoxalement pourrait-on affirmer que le capital tend à faire disparaître toute relation sociale dans un monde, en effet, où tout le monde semble être en contact (virtuel) avec tout le monde. Mais il n’y a dans cette apparence qu’une inversion spectaculaire aliénante. L’inversion qui traduit la perte de l’essence, dit autrement, la paralysie de toute praxis autonome constituant les multiples communautés humaines. Elles sont actuellement quasiment vidées de toute substance vive autre que celle des exigences de la marchandise : ce que Marx désigne sous le concept de réification. Dit encore autrement, l’homme produit ce qui n’est pas lui, bien que la source en soit encore lui! Le capital, c’est la contradiction faite homme au sens de contradiction bien réelle au coeur de l’homme réel.

Alain de Benoist décrit particulièrement bien cette décomposition des liens humains et sociaux dans un « présent virtuel : « La société à l’ère de la mondialisation est une « société liquide », où les relations, les identités, les appartenances politiques et même les catégories de pensée deviennent à la fois polymorphes, éphémères et jetables. Les votes électoraux obéissent à un principe de rotation accélérée (au fil des années, on essaie tous les partis). Les engagements politiques, perdant tout caractère militant « sacerdotal », deviennent transitoires. Les luttes sociales s’inscrivent dans des laps de temps de plus en plus limités. Les liens amoureux obéissent au même principe. Le mariage d’amour étant la principale cause du divorce, mariages et liaisons durent de moins en moins longtemps. Il y a seulement dix ans, la durée moyenne d’un mariage dans les pays occidentaux était de sept ans. Elle n’est plus aujourd’hui que de dix-huit mois. Tout engagement à long terme, que ce soit dans le domaine politique ou dans le domaine amoureux, est assimilé à une perte de liberté ou devient incompréhensible. Fragilisation des liens ou des rapports humains, qu’ils soient intimes ou sociaux, désagrégation des solidarités durables, mais aussi sentiment d’impuissance (on a l’impression de ne plus rien maîtriser) qui fait naître des sentiments d’incertitude, d’angoisse et d’insécurité » (1) .

Notre idée de « symptôme » est l’ expression de la lutte portée par le capital au sein du rapport social et par voie de conséquence au sein de chaque exploité/aliéné. Le « symptôme » témoigne du fait que le capital n’a pas bloqué définitivement le processus historique et que son rêve fou d’expulser l’humain authentique comme référence au fondement de l’être social est purement utopique.

Dans un récent texte, que nous pouvons considérer comme une des analyses les plus riche sur les origines de la crise, Gilles Dauvé et Karl Nesic décrivent le rêve de la bourgeoisie, devenu notre cauchemar : « Une cause majeure de la crise actuelle, c’est la tentative du capitalisme de réaliser une de ses utopies. Contrairement à ce qui se dit parfois, la bourgeoisie ne rêve pas d’un univers robotisé ou hyper-policier, mais d’une société sans ouvriers, en tout cas sans salariés auxquels leur fonction donne une force de blocage possible. Dans ce but, depuis 1980, elle s’efforce de recomposer la population active des pays dits développés autour de trois groupes principaux : (1) les salariés travaillant dans des services peu qualifiés, en particulier « les services à la personne », mais aussi les travailleurs manuels encore indispensables à la circulation physique des marchandises (chauffeurs routiers, manutentionnaires, etc.), dispersés et réputés – à tort – incapables de se coaliser ; (2) les semi-qualifiés du tertiaire (parmi eux, les fameux « intellos précaires ») employés dans l’enseignement, les médias, la publicité, la recherche, domaines désormais interpénétrés, et tout ce qui gravite autour des multiples facettes de la communication ; et (3) les qualifiés bien payés, gérant et organisant les deux premiers groupes. Malgré sa précarité et la modestie de ses revenus, l’ensemble n°2 partage les modes de pensée et, dans la mesure de ses moyens, de consommation du 3e : tous deux ont en effet en commun de réunir des « manipulateurs de symboles ». Il est d’ailleurs possible à une minorité de membres du 2e groupe d’intégrer le 3e. L’ensemble n°1, lui, n’a bien sûr accès qu’au « premier prix » des équipements et appareillages high-tech. Quant à aux supports matériels inévitables (car tout ne saurait être virtualisé) d’une vie de plus en plus vouée à l’immatériel et à la connaissance, leur fabrication sera assurée ailleurs, loin, de préférence outre-mer (…) . Systématiser le précaire, c’est pour le capital faire comme si le prolétaire était toujours en trop, en sursis, embauché en attendant de trouver au Maroc ou en Inde un salarié qui fera les mêmes tâches pour moins d’argent, jusqu’à ce qu’un automatisme encore plus poussé rende inutile l’intervention humaine.».

Sans exagérer, on peut affirmer que le capital mène alors une guerre sans merci contre le genre humain au sens où il instrumentalise/manipule sa généricité. Expliquons : idéologie mondialiste, impérialisme tous azimuts, destruction des Nations, ravages de l’environnement, gouvernance mondiale, antiracisme spectaculaire de convenance, confiscation du savoir scientifique par les multinationales etc., sont autant de dispositifs tendant à bloquer l’émergence de la communauté humaine (« das Gemeinwesen » de Marx). Ils représentent des inversions parodiques du processus que Lukacs définissait comme passage qualitatif du genre en soi au genre pour soi, c’est-à-dire de la fin de la soumission du genre humain à la pure nécessité économique.

Ce besoin de dépassement de l’aliénation se traduit – parfois maladroitement – par la lente prise de conscience de l’impossibilité de mener une vie proprement humaine au sein du chaos social, économique, engendré par une paupérisation croissante du prolétariat. Aussi notre approche critique est-elle une réponse à la généralisation du mode de production capitaliste à toute la planète – en extension et en intensité – , à l’uniformisation des conditions d’existence imposée à tous les peuples, à ce que les camarades du groupe  » L’Internationale » ont appelé la « société de l’indistinction ». Comme l’écrivait Guy Debord : « tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation ».

En réponse à cette situation, nous pensons que la seule réponse politique qui vaille consiste à ne pas admettre les règles du jeu politique du système afin de les dénoncer comme discours, bavardage spectaculaire inconsistant, verbigération, tendant à imposer le mutisme à toute revendication existentielle qualitative. A ce stade du capitalisme, l’idéologie dominante parodie le passage qualitatif au genre pour soi (qui rappelons-le serait la fin de l’aliénation économique), car la réalité de la mondialisation est une espèce de vaste manipulation du genre humain devenu objet exclusif du processus de valorisation du capital.<

Notes :

1- Alain de Benoist, l’Homme Numérique, article de Spectacle du Monde ( Mars 2010). Disponible en ligne : http://www.lespectacledumonde.fr

2- Gilles Dauvé & Karl Nesic, Sortie d’Usine, Trop Loin. Mars 2010.
http://troploin0.free.fr/ii/index.php/textes/50-sortie-dusine

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Tout le pouvoir aux ronds-points !…

Contourner pour enfin vivre !

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« La force, même cachée, induit la résistance. »
(proverbe lakota)

Résistance 71

29 novembre 2020

« L’État est la négation de l’humanité. » (Michel Bakounine)

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens motivés et impliqués puisse changer le monde ; en fait, c’est la seule chose qui ne l’ait jamais fait ! » (Margaret Mead)

Il va être temps de comprendre que défiler dans les rues de France et de Navarre avec pour seuls slogans une volonté de réforme du système pour le rendre plus « vertueux » n’a jamais eu aucun sens et en a encore mois aujourd’hui devant la mise en place à marche forcée de la dictature technotronique oligarchique post-capitaliste.
La solution n’est pas dans les rues des grandes villes où les forces de répression de l’État marchandisé nous attendent pour une bataille rangée perdue d’avance, elle est chez nous, de là où nous sommes, dans nos villes, villages, quartiers, communes, lieux de travail. Elle est dans le contournement, dans notre organisation autonome, dans notre pouvoir de dire NON ! localement et de reprendre l’initiative décisionnaire en agissant ensemble dans la coopération et l’entraide, le boycott, hors institutions et dans la gouvernance populaire des communes se liguant afin de reléguer le vieux monde de l’abjection oppressive et de la pourriture exploiteuse au musée des horreurs et des erreurs de l’histoire humaine.
Arrêtons de suivre les canaux officiels de tout ce ramassis de syndicats, partis politiques, associations, asservis, soumis et qui n’existent que pour nous maintenir divisés pendant que la même fine équipe maintient le pouvoir séparé du corps social et se barre avec la caisse.
Le changement radical (à la racine) de la société ne surviendra pas des manifs’ encadrées par les cerbères du système (syndicats, partis et autre) ; il proviendra de notre remise en cause profonde de l’entité étatico-capitaliste mortifère même si moribonde. L’État et le capitalisme se meurent ?… Très bien, achevons-les en créant l’antidote à la soumission et à la mort. Car ne vous leurrez pas, défiler dans les rues de France ou d’ailleurs derrière des banderoles et des pancartes n’est que cela : de la soumission, de la soumission à une utopie réformiste qui ne peut qu’échouer, car il n’y a pas de solution au sein du système et ne saurait y en avoir. Par delà cette apparence, cette illusion de « résistance » au système, il n’y a que la soumission car jamais la croyance en ce dogme social en putréfaction n’est remise en cause. Il ne faut pas vouloir un « retrait de la loi sécurité globale » (jusqu’à la prochaine fois…), il faut vouloir qu’aucun système en place ne puisse avoir le pouvoir d’agir de la sorte. Pour ce faire, il faut absolument tout changer de fond en comble et aplatir la pyramide du pouvoir, qui ne peut être que coercitif sous cette forme, en rediluant ce pouvoir là où il est particulièrement soluble et non coercitif : dans le corps social lui-même.
Il n’y a pas d’autre solution que celle d’un changement radical (en profondeur, des racines mêmes de notre société humaine), un abandon, un lâcher prise de cette illusion démocratique que constituent l’État et la « république », tous deux garant du consensus du statu quo oligarchique de la maintenance du pouvoir séparé du corps social, et depuis quelque temps déjà également assujettis à la dictature du fétichisme marchand. Pour ce faire, il faut cesser d’obéir et reprendre notre destinée en main. Il est temps pour nous, peuples du monde, de devenir enfin politiquement adulte et cesser de dépendre de notre soumission à un système qui, à terme, ne fera que nous exterminer ; il a déjà commencé du reste.
Cessons de jouer ce jeu truqué depuis le départ !
Organisons-nous de là où nous sommes !
Boycottons les institutions !
Tout le pouvoir aux Communes des assemblées !
Épanouissons-nous dans l’exercice d’un pouvoir non coercitif…
Ancré dans la complémentarité de notre diversité !
Nous ne voulons pas survivre dans un monde rendu précaire et oppresseur pour le bénéfice du plus petit nombre, nous voulons vivre… enfin !

A bas les antagonismes ! A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !

Solidarité, Entraide, Fraternité, Paix et Amour

Tout le reste n’est que pisser dans un violon !

Dans l’esprit de Cheval Fou


Contourner-pour-enfin-vivre (format tract PDF)
Merci Jo !

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Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

A lire et diffuser:

Tract_Gilets_Jaunes_AnII_sauce_CoV19


État = oppression, mort
Société des sociétés = liberté, vie

Ce monde façonné pour nous doit disparaître pour laisser place à un monde façonné par nous (2ème partie)

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DOUBLE MONDE


Lukas Stella


Mai 2020

1ère partie
2ème partie


CONFUSION NUMÉRIQUE

Il n’y a pas de fatalité technologique. Trouver du sens consiste aujourd’hui à remettre en cause l’insensé de nos existences programmées. 

La communication des machines est une métaphore anthropomorphique mensongère. La société de communication est un monde de solitude. Le phénomène de communication ne se limite pas à un simple transfert de données, il n’est pas défini par ce qui est émis, mais il se compose de ce qui arrive à la personne qui reçoit, comment elle réagit et ce que ça modifie dans la relation. La communication n’est pas qu’une simple « transmission d’informations », mais bien un système de comportements coordonnés, déclenchés mutuellement, dans une interaction relationnelle et non un assemblage de comportements formés d’éléments isolés. C’est dans ces coordinations comportementales qu’en langageant nous faisons émerger un monde commun. Ce couplage linguistique mutuel nous construit dans une convivance partagée. La communication en action nous constitue dans un devenir d’où émerge un monde créé ensemble dans une libre coexistence égalitaire qui construit notre humanité.

L’ère informatique s’impose dans une société numérique, au temps dévastateur des ondes électromagnétiques. Après les compteurs communicants, les objets connectés, c’est la 5G qui sera la clé de cette smart city que les marchands mettent en place sur tout le territoire. Cette dictature technologique élimine l’humain visible de la prise de décision. Seuls les fabricants et les utilisateurs de machines, accompagnés de leurs programmeurs, détiennent l’emprise sur la pensée et le pouvoir sur les comportements. Ce pilotage centralisé automatisé du fonctionnement de l’entreprise-ville traite ses populations comme des marchandises à gérer, des stocks en flux tendus qu’il faut rentabiliser. L’humain est une erreur qu’il faut corriger, un ensemble de données statistiques qui permet le contrôle par la machinerie générale. 

La ville, dite intelligente, ôte la liberté à une population entièrement soumise à la machinerie générale, supprimant le hasard, abolissant l’imprévu, détruisant toute initiative spontanée, bannissant toute personnalité non conforme. Les habitants deviennent les passagers de leur propre existence, les spectateurs des personnages qu’ils jouent au cœur des représentations mises en scène par la machinerie des marchandises en spectacle. Avoir l’air d’être dans le coup pour se donner de grands airs dans l’air du temps. Toute communication se réduit ici à la consommation d’images de marque et de jeux de rôles où l’individu se consume comme sa propre représentation. Marquer son image c’est se faire remarquer comme objet conforme, dans les étals de la concurrence des jeux d’apparence, s’afficher pour gagner à se vendre aux autres.

Plus l’informatisation de la gestion et du contrôle se généralise, plus la société se fragilise. Le devenir de la société numérique est déjà menacé. Ses machines sont énergivores, et dans 10 ans elles utiliseront la moitié de la consommation électrique mondiale. Le développement du tout numérique est d’ores et déjà limité. Les ressources nécessaires à la fabrication des machines numériques se font rares et commencent déjà à s’épuiser. La numérisation du monde restera dangereusement inachevée, car l’énergie et les matières premières vont manquer à sa réalisation. 

La robotisation de la société l’a transformée en un système machinique, un mécanisme à décerveler pour une productivité optimale et des affaires toujours plus bénéfiques. Ce sont des machines à gérer les gains de certains en faisant régner l’ordre nécessaire à cette rafle. Plus besoin de penser, un système dit intelligent tourne pour nous.

L’intelligence paraît nous avoir été dérobée. Elle n’est pourtant pas quelque chose qui se possède, mais serait plutôt un processus que l’on construit et qui nous construit. Elle ne cesse d’évoluer grâce à la curiosité et la volonté de comprendre, développant ainsi des capacités à avancer par soi-même, traçant le chemin personnalisé de notre compréhension. Par le doute et l’expérimentation, c’est une recherche permanente de ce qui convient le mieux à la viabilité de la situation présente. 

Les processus d’apprentissage de la connaissance s’effectuent par les expériences personnelles dans la « dérive naturelle » de notre propre histoire, passant par où c’est le plus facile. Cette incarnation de notre histoire vécue ne reflète que l’une des nombreuses voies possibles. Nous ne sommes pas entièrement déterminés par le chemin que nous avons parcouru, chacun de nos pas est notre libre-choix. 

Apprendre sans liberté de choix, c’est désapprendre la liberté d’apprendre par soi-même, renoncer à son autonomie par la destruction de sa personne dans la structuration d’une soumission volontaire à la machine qui gère notre existence. C’est une éducation mortifère, dépendante de machines numériques, qui se restreint à la reproduction d’une suite de règles, de procédures, une intégration de savoir-faire préfabriqués, une épuration de la non-conformité, une standardisation des comportements par une mécanisation de l’esprit, une incorporation de répétitions machiniques normalisantes sans projets personnels ni désirs. La connaissance se forme dans l’action personnelle et l’interaction avec les autres, la passivité et l’uniformisation dégradent et détruisent l’intelligence. Nous sommes libres de choisir des certitudes atrophiées et bien conformes, ou bien de nous construire par nous-mêmes, avec nos doutes, notre incrédulité critique et combative, une intelligence situationnelle en permanente reconstruction personnelle et collective. 

Le système machinique qui contrôle et dirige nos existences s’est accaparé l’intelligence de l’instant dans la permanence de son manque. Cette intelligence artificielle n’est qu’un artifice d’intelligence conçu pour éblouir la crédibilité et glorifier la technologie. Les individus formatés à suivre le programme croient religieusement en l’intelligence de la machine. Cette simulation d’une intelligence informatisée autorise la gouvernance totalitaire par la programmation inconsciente des perceptions et de la compréhension. La dictature économique mondiale a maintenant comme instrument de sa domination une technologie informatique et robotique aliénante. 

La technologie numérique imposée par le système marchand est la réification permanente de la contrainte en tout lieu. Ce progrès du contrôle global se réalise dans la régression accélérée des libertés et le conditionnement de la pensée. Les machines numériques du capitalisme ont surmultiplié les profits et la répression de la non-conformité. L’aspect spectaculaire des représentations numériques se réalise par la machinerie publicitaire qui martèle les pensées sous air conditionné pour se rendre indispensable par intoxication addictive. L’administration bureaucratique conditionne la survie par une technologie du contrôle qui rend la misère et la révolte invisibles. La machinisation dispense l’humain de ses responsabilités et l’ampute de sa liberté. L’État accapare la sphère commune, la dépolitise en la rendant technique, économique et complexe, ne pouvant plus être gérée que par des spécialistes éclairés. Nos conditions d’existence sont restreintes à des lignes comptables, à des statistiques de rentabilité marchande. La liberté de penser et de décider est volée par les usurpateurs de pouvoir, l’économie se fait tyrannique.

L’amalgame homme-machine n’est plus une vue de l’esprit, mais prend forme dans la mascarade transhumaniste. Cette mystification ne concerne que quelques fous déshumanisés qui croient que l’ordinateur est plus intelligent que l’homme. Le réel danger pour la vie c’est plutôt la robotisation des comportements et l’informatisation de la pensée de la plupart des individus, dépersonnalisés dans une normalité de la soumission. 

La pensée informatisée se réifie par respect du code, reproduction des modèles conçus par les directives du programmeur, soumissions aux conventions et procédures des applications. La logique binaire de la machine sépare et reproduit. Elle ne communique pas, elle transfère des données séparées, elle ne choisit pas, elle conditionne des mises en relations selon sa programmation (computer/mettre ensemble). Ce découpage en petits morceaux dissocie les ensembles en éléments, dissèque à vif les relations, exclut tout ce qui relie à l’ensemble, élimine la compréhension générale, l’intelligence pertinente du moment. 

Soumise à une addition de vérités préfabriquées, cloisonnées, opposées et intransigeantes, la compréhension est maintenue dans l’ignorance des séparations contradictoires, occultant le contexte et l’histoire. Ayant tout coupé en parties distinctes, et séparé tout ce qui était relié structurellement, la technologie nous fait percevoir une accumulation d’images-objets figées dans la réalité immuable des affaires marchandes. Cette déformation pétrifiante des apparences du monde nous sépare des mouvances incertaines du vivant, ainsi que mentalement de nous-mêmes. La cohérence unitaire de notre être vivant est taillée en pièces. La nature et les autres nous sont rendus étrangers comme nous sommes devenus étrangers à notre propre nature, expropriés de l’usage de nos vies. Notre faculté à vivre pleinement est mutilée par nos prothèses numériques. 


Dire non au cyborg et aller…
vers notre humanité réalisée

L’informatisation du monde c’est la destruction de la communication entre personnes, cet échange partagé où chacun accepte d’être modifié dans un copilotage à plusieurs. De la communication, l’informatique n’utilise que l’échange de données figées, supprimant des rapports tout ce qu’il y a d’interactif, de vivant et d’humain. 

À l’ère informatique, être en contact autorise à se croire réellement en relation, utiliser ses prothèses communicantes permet d’imaginer réussir à apparaître comme faire-valoir de son personnage, pour mieux se faire voir. Se faire remarquer dans l’exubérance de Facebook réalise le film de son existence. Cette entreprise de représentation de sa vie s’expose comme une marchandise publicitaire dans les étalages des promotions à ne pas manquer. Mais ici le produit c’est vous. Vous êtes la marchandise de Facebook qui revend votre profil au plus offrant. 

Notre monde se rétrécit dans l’artificialité de relations désynchronisées. Sous le bluff du “tout va bien”, derrière la mascarade gémit le “mal à vivre” dans sa solitude profonde. La vie sociale se contracte et se rapetisse, elle se restreint trop souvent à de simples mises à jour compulsives des profils d’apparence, croyant ainsi exister vraiment dans les apparats du spectacle général. C’est dans la solitude, la crainte d’être abandonné et rejeté d’un monde merveilleux qui se mérite que se réalise le film magnifié de sa propre non-existence. Le handicap de la décorporéité intégrée produit un vide intérieur qui intoxique toutes nouvelles communications. 

Tout y est à vendre parce que chacun est le publicitaire de sa propre promotion. Il s’agit de s’y montrer haut et fort comme une marque en campagne, pour y être vu et s’y faire remarquer. Chacun devient le représentant de commerce de sa propre entreprise, et s’y vend comme une camelote de consommation rapide, noyé dans une profusion éphémère d’apparences sans fin. Cet automarketing mis en scène au quotidien n’est qu’une illusion de socialité, une escroquerie du programme.

Tout ce qui se passe sur Facebook, Google et bien d’autres n’est pas confidentiel et peut être utilisé à des fins commerciales ou policières. Plus que ça, c’est le contenu même de votre ordinateur, par les sauvegardes automatiques sur le cloud, qui n’est plus privé et qui vous est dérobé. Le numéro un du cloud, Amazon stocke vos données sur un serveur distant. Ce nuage informatique est un piège, les utilisateurs perdent le contrôle de leurs applications ainsi que la confidentialité de leurs données personnelles qui deviennent la propriété privée du trust hébergeur. Les plateformes de cloud peuvent utiliser vos données à des fins commerciales, il n’est pas rare que les mails aussi soient consultés et exploités… 

Les compteurs Linky et bientôt la 5G vont permettre à des sociétés privées de récolter les informations concernant l’utilisation des objets connectés, de stocker ces données dans un big data, afin d’y être traitées, configurées et soigneusement profilées, puis revendues par petits morceaux ciblés. Quant aux commandes vocales, elles donnent la possibilité d’écouter tout ce qui se passe dans votre domicile et bientôt dans votre véhicule, d’en tirer profit en violant votre intimité. 

Un moteur de recherche n’est jamais gratuit, c’est vous sa marchandise, sa source de profit. Nous sommes la matière première de son exploitation numérique. Google méga-entreprise transnationale, concentre à lui tout seul 93 % des recherches en Europe. 

Dans le monde de la représentation numérique, je suis ce qu’il sait de moi, lui seul gère tout ce qui compose mon identité et l’image de mon paraître. Ce maître du jeu instaure et affine ses critères de sélection. La visibilité de l’existence dans le monde du spectacle dépend de ses algorithmes qui dirigent l’apparaître en représentation. 

Ce moteur fait disparaître tout ce qui n’est pas conforme à l’idéologie marchande par une manipulation algorithmique des résultats des recherches. Il s’agit ici d’empêcher la diffusion d’informations opposées au pouvoir et aux affaires. L’accès autorisé favorise toujours les intérêts commerciaux et financiers. En déterminant à notre insu notre accès aux informations, il formate notre vision du monde. C’est le point de vue idyllique du spectacle des marchandises, la pub-propagande de la dictature économique. 

Ce n’est pas qu’un moteur de recherche de site web, de photos, d’images et de livres, c’est aussi une messagerie, un navigateur, un traducteur, un éditeur cartographique, un chat vidéo, un identificateur des visiteurs de site web, un hébergeur et contrôleur de musiques et de vidéos, un gestionnaire d’exploitation de smart phone avec ses applications de surveillance et de géolocalisation continues, un magasin en ligne, et aussi un entremetteur publicitaire pour affichage ciblé… Cette technologie est le reflet machinique de ceux qui en sont devenus les propriétaires, seuls maîtres à bord. 

Par défaut, l’algorithme récupère et croise une quantité monstrueuse de données. Cet espion capte un peu tout de notre vie privée, nom, photos, contenus des emails, téléphones, adresses, vidéos, requêtes de recherches, historiques de navigation, SMS, contacts et réseaux d’amis, identifiants, adresses IP, numéros de cartes de paiement, données techniques sur les appareils connectés, signaux GPS, Points d’accès Wifi, localisations d’antennes relais, captations sonores et reconnaissances vocales… Il récolte nos informations intimes qu’il stocke dans un Big Data afin d’y être traitées, classifiées, profilées, pour, au bout du compte, être revendues au plus offrant. Nous sommes ses objets connectés, ses marchandises vendues à ses partenaires et ses clients.

Cette machinerie numérique n’est que la machination manipulatrice de la smart city. L’intelligence présumée de cette ville robotisée est une escroquerie qui cache la dure réalité d’une exploitation où Big Brother surveille, dénonce et punit. L’intelligence artificielle est une légende pour crédules soumis à ses programmes liberticides. La ville-machine pilote en automatique, c’est une technopolice qui change la société des êtres humains en système numérique sous contrôle. Si la dictature est informatisée, elle sert toujours les intérêts d’une poignée d’hyperriches qui financent sa gestion, et programment son fonctionnement. 

L’intrus viole notre intimité, surveille, collecte, classifie, cafarde et vend le reste. C’est une milice technologique qui contrôle nos conditions d’existence et notre représentation du monde, intoxique notre mental et aliène notre compréhension. Sous une dictature économique généralisée, les gérants politicards ont perdu le pouvoir. Les trusts transnationaux et les milliardaires imposent les réformes nécessaires à leurs affaires mafieuses et instaurent un système technologique automatisant leur domination sans partage. 

L’internet s’est développé sur le fonctionnement du système marchand qui l’a récupéré. Pour libérer le Net de sa marchandisation et du contrôle permanent de ses machines, il faudrait revenir à ses origines, une plateforme d’échanges et de partages auto-organisés pour la recherche et l’information, une large bibliothèque autogérée, avec un fonctionnement à réinventer…

La confusion se propage dans le trouble du net. La connexion numérique restreint la communication. Se brancher aux machines nous éloigne un peu plus de possibles rapports réels, impliqués émotionnellement et physiquement. Nos prothèses communicantes nous représentent à l’écran loin de toute présence vivante partagée. C’est un outil de l’autorité dominante qui contrôle la non-communication, et inscrit ainsi l’ordinateur ordonnateur dans la dénaturation humaine. Cette incorporation de la machine à l’humain le mécanise par son adaptation volontaire. Ce procédé humanise les machines numériques en leur attribuant des propriétés propres à notre espèce. Le stockage des données est pris pour de la mémoire, et l’intelligence humaine se retrouve réduite à de simples opérations traitées par le programme informatique, qui se retrouve ainsi légitimé par le calcul binaire. 

En faisant passer l’exécution d’un programme numérique pour des processus complexes d’interactions vivantes, le système d’exploitation impose l’esclavage technologique, la soumission aux machines de contrôles, effaçant le hasard de ses calculs et la liberté de ses statistiques productivistes. 

Le cerveau électronique est une mystification. À chaque opération, le cerveau humain modifie ses règles de fonctionnement. L’expérience change sa biologie interne, intégrant son vécu en l’incarnant dans sa chair. Il modifie ses configurations, c’est ainsi qu’il apprend et évolue. Il fonctionne toujours comme un ensemble, une totalité qui s’autoconstruit, lui permettant de comprendre le fonctionnement global d’interrelations complexes avec tous ses sens. 

L’activité de l’ordinateur est programmée. Il suit toujours les directives de ses applications, exécute les procédures de son programme par petits bouts successifs, sans jamais rien changer à la structure matérielle de ses composants, ni réécrire librement sa propre programmation. C’est une machine qui reconstruit à chaque fois les mêmes certitudes immuables. C’est une machine qui numérise la vie et marchandise l’existence, c’est la technologie du capitalisme qui l’a créée pour gérer son contrôle sur la société des êtres vivants.

Les processus complexes d’auto-organisation qu’inventent spontanément les phénomènes vivants ne se réduisent pas à des calculs sur des mesures. Les machines limitées à la reproduction de leurs programmes n’ont pas l’intelligence situationnelle globale pour comprendre les interactions complexes et hasardeuses du monde des vivants. 

Tout ce qui est géré par ces machines à certitudes, est vérifié par le calcul incontestable et pris pour une exactitude irréfutable dans la situation vécue. L’outil vénéré a son sujet-objet dans la pensée séparée de son vécu, produisant ainsi sa réalité objective certifiée exacte par les croyances projetées sur la machine. La foi en la technique numérique invente sa vérité créant sa réalité divinisée. Cette vénération dogmatique de la toute-puissance des nouvelles technologies devient elle-même la vision du monde. À travers ce lavage numérique de cerveau, le monde apparaît ainsi. 

L’idéologie numérique cherche par tous les moyens à nous faire croire que la machine numérique fonctionne comme notre cerveau, réduit aux simples fonctions électriques de ses neurones. Ce tout neuronal est une approximation scientifique dépassée. Le fonctionnement des neurones est influencé et dépendant d’un second cerveau qui fonctionne sur le mode chimique. Plus lent que l’activité électrique, il agit plus globalement de façon coordonnée. Essentiel pour la plasticité neuronale, il permet des restructurations de configuration qui constituent des capacités d’apprentissage. Ainsi les capacités de ce double cerveau à réorganiser ses connexions, à évoluer en s’auto-organisant, seraient bien plus phénoménales qu’on ne l’imaginait, il y a seulement quelque temps.

L’assimilation de l’ordinateur au cerveau est un grotesque mensonge, dont le seul but est l’asservissement de l’humain à la machine informatique, et sa soumission à une société technocratique surdéveloppée en un système robotisé. L’intelligence artificielle est une escroquerie de grande envergure, un artifice publicitaire inventé par les marchands de machines pour faire plus de profits, une machination idéologique pour rabaisser la réflexion humaine à une reproduction de procédures préfabriquées, assimilant les êtres vivants à des marchandises mécaniques programmées. L’informatisation précipitée a généré une soumission presque totale à l’ordre objectif du programme d’exploitation et de conditionnement. 

Des objets communicants envahissent notre espace vital. Tout va communiquer, surtout la délation et l’espionnage automatisé. Des paquets de données gigantesques sont récupérés, centralisés et traités dans un Big Data, puis revendus comme informations sur le marché. La société de profits devient elle-même communication numérique. 

Mais le numérique ne communique pas lui-même, et la communication humaine ne se réduit pas à un transfert de données, car c’est le modelage mutuel d’un monde commun conjugué par le langage qui engendre la vie de notre monde. L’intelligence n’est pas limitée à la faculté de résoudre un problème préconçu, mais plutôt l’aptitude à s’approprier un monde partagé en le rendant viable. 

La logique implacable du calcul oblige à réfléchir comme un calculateur, utilisant l’abstraction, la décomposition, une pensée de programmation respectant le code, soumise aux procédures machiniques. Inéluctablement la pensée s’intoxique de numérique. L’informatisation de la pensée n’est pas une réalité sociale, mais bien l’expression de son absence, l’omission de la vie commune sous air conditionné, la soumission aveugle au programme.

Les machines numériques gèrent la bureaucratie des affaires. L’informatique numérise, découpe, calcule, standardise et contrôle la production pour la rendre plus profitable. Le métier et ses savoir faire ne sont plus qu’une application machinale de protocoles prédéfinis, de procédures à reproduire, une succession de modèles à suivre, une reproduction assistée par ordinateur, l’esclavage programmé robotisé, des individus comptabilisés comme marchandises éphémères du système d’exploitation. Les conditions de survie des populations asservies se dégradent dans la misère et s’accélèrent par la robotisation de l’exploitation. Il s’agit d’imposer une soumission totale à une machinerie mondiale, qui gère sa propre reproduction, pour les profits exclusifs de quelques hyperriches qui contrôlent la fabrication, la programmation et le fonctionnement des machines. Le seul but à cette informatisation généralisée de la société est le développement des inégalités, le contrôle des populations et la concentration de tous les pouvoirs aux mains de quelques milliardaires.

Nos facultés de perception, de compréhension et de communication se sont faites, en grande partie, remplacer par un appareillage informatique et amputer de leur intelligence vivante. Ces prothèses affichent sur leurs écrans le simulacre d’une réalité représentée. Les porteurs de prothèses numériques se réduisent à des prothèses portées. Ils s’imaginent que s’ils ne sont pas intégrés au système ils seront désintégrés. Ces appareils connectés en permanence donnent l’impression à leurs utilisateurs d’avoir le monde entre les mains, alors qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils n’en ont qu’une apparence trompeuse et que le réel leur échappe totalement. 

Ces prothèses dites communicantes ont remplacé la communication interactive imprévisible entre les hommes, éliminant les coopérations spontanées de la vie sociale. C’est ainsi que les connexions machiniques répandent sur leurs écrans l’absence de vie en devenant elles-mêmes cette société en représentation.

ACHÈVEMENT D’UN MONDE INVIVABLE

Le capitalisme marchand a produit la technologie numérique pour rentabiliser tout ce qui existe sur Terre. La marchandisation du monde est gérée par son informatisation. Tout y est calculable comme valeur marchande, l’homme y compris. Tout est profitable aux plus puissants pour produire toujours plus de bénéfices. Les choix technologiques des industriels ont verrouillé les progrès scientifiques à venir, bloquant toute évolution sociétale humanisante par leur main mise mortifère. 

Notre société est un système machinique d’oppressions qui impose la dictature d’une économie mondialisée, dissimulée comme technique incontournable de gestion. L’exploitation par le travail disparaît derrière la nécessité irréfutable de la technologie. 

Le coût de la survie a beaucoup augmenté pour plus de la moitié de la population, durant ces 60 dernières années. Les prix des denrées de première nécessité et de l’alimentation ont grimpé, le pouvoir d’achat s’est progressivement effondré. Il n’y a que les nouveaux gadgets superflus qui ont vu leurs prix descendre en même temps que leur obsolescence s’est accrues. C’est le règne du gaspillage de camelotes éphémères. Une grande partie de la population s’est appauvrie dans une misère grandissante, pendant qu’une petite minorité d’affairistes amassait des fortunes titanesques, et ceci de plus en plus vite. 

Les plus fortunés paient très cher les gens de pouvoir pour qu’ils appliquent des politiques antisociales, et ceci très secrètement. C’est tout un système de corruption qui s’est généralisé. La Commission européenne, comme les ministres de chaque pays, et les élus locaux sont manipulés par les lobbies et les multinationales. La dictature économique est bien installée et bien rodée, qu’elle soit européenne, interministérielle ou mondiale.

Avec l’informatisation des affaires mondialisées, l’accumulation automatisée des profits s’accélère. L’argent produit de l’argent, et peut maintenant se multiplier automatiquement à l’infini, échappant aux contraintes de la production, par des spéculations financières opaques, dans des réseaux parallèles, en dehors de tout contrôle. Plus de 80 % des richesses du monde passent par des échanges immatériels entre ordinateurs qui se font sans entrave à la vitesse de la lumière, dans l’ombre de réseaux obscurs. 

Ceux qui gagnent vraiment beaucoup d’argent sont ceux qui investissent ce qu’ils ne possèdent pas, mais ce qu’ils ont emprunté pour rien afin de générer des rendements très élevés. Depuis dix ans aux États-Unis on est plus vraiment dans un système libéral, car en investissant en bourse on est sûr de gagner des fortunes. Les investissements abandonnent la production trop incertaine pour les jeux spéculatifs beaucoup plus lucratifs. C’est un casino où l’on ne peut que gagner, sauf en cas de crack, où là, seuls les plus fortunés et les plus informés ramassent le pactole.

La finance impose aux banques des taux d’intérêt à zéro pour cent, des prêts gratuits, aussitôt réinvestis en bourse. C’est la finance de l’ombre, un enchaînement sans fin de dettes spéculatives gigantesques qui gonflent sans cesse en une bulle disproportionnée, bien plus importante que tout ce que l’on a déjà connu. Ces richesses titanesques échappent aux statistiques, aux impôts, et disparaissent dans des circuits informatisés opaques. 

Suite au désastre de la crise, les États ont feint de régulariser l’incontrôlable. Les banques centrales achètent de plus en plus d’actions pour tenter de contrôler les bourses, mais les bourses de l’ombre ainsi que les transactions de gré à gré leur échappent totalement. La fin du secret bancaire n’a concerné que les millionnaires de la petite bourgeoisie. Les milliardaires, eux, anonymisent leurs gains en diversifiant leurs placements dans des trusts, dont les bénéfices sont concentrés dans un autre trust bien planqué dans un paradis fiscal, et dont les transactions échappent complètement aux bureaucraties officielles. Évidemment, tout le monde n’a pas accès à ces spéculations opaques en plein essor, et encore moins aux informations nécessaires pour gagner beaucoup à coup sûr. Ce terrain de chasse très lucratif est réservé à la haute bourgeoisie. 

Un investissement financier peut se multiplier par plus de 24 en 40 ans, les gains peuvent doubler tous les 2 ans. Dans les places financières de l’ombre, les bénéfices gonflent encore plus vite et les profits s’accélèrent vertigineusement selon une courbe exponentielle, dans une misère humaine grandissante, une planète dévastée et un monde en ruine. L’économie est pillée et ruinée par une haute finance opulente, surexcitée par l’abondance et la rapidité d’un gain trop facile, dévorant tout ce qu’il reste d’un monde en faillite.

La crise a été inventée pour permettre à une toute petite minorité de faire rapidement des affaires encore plus juteuses, et ainsi que rafler les revenus démesurés d’une spéculation sans limites. Ce qui rapporte le plus de nos jours ce sont les jeux sur les financements des dettes, des crédits et des obligations. La dette publique mondiale représente plus de deux fois le poids de l’économie du monde. Les dettes créent de l’argent en quantité, et c’est beaucoup trop de liquidités qui circulent dans les sphères de la haute finance. La crise est une escroquerie, une source de profit sans limites pour des milliardaires suicidaires qui ruinent l’avenir, pour toujours plus de gains raflés à des populations appauvries et asservies. Plus des trois quarts de l’argent des hyperriches servent à la spéculation. Ils parient sur un avenir incertain et à peu près n’importe quoi, sans même avoir les fonds nécessaires, multipliant les dettes, faisant gonfler des bulles financières qui leur rapporteront des fortunes lors de leur éclatement, tout en provoquant des désastres économiques planétaires sans précédent. Le futur a été pillé, la faillite du capitalisme s’accomplit dans l’illusion du bonheur. La gangrène se propage dans ce système machinique, en roue libre, et s’emballe dans une auto-destruction qui a déjà commencé.

La course effrénée aux profits, la frénésie incontrôlable des spéculations, l’enfer du travail compétitif, l’obsolescence et le gaspillage institués, l’exploitation mortifère de la nature et de l’homme démolissent une société fragilisée en ruinant la vie. La destruction des forêts, de nombreuses espèces végétales et animales, la disparition des insectes, dont une grande partie de pollinisateurs menacent les écosystèmes. La société marchande détruit peu à peu tout ce qu’elle exploite, puis dissémine ses déchets. Les pollutions chimiques, nucléaires et électromagnétiques risquent de se répandre et de s’accentuer dangereusement menaçant notre santé. La quantité d’eau potable a diminué de moitié en 50 ans. On a perdu en un demi-siècle un tiers des terres arables. L’érosion des sols et la désertification s’étendent dangereusement. L’épuisement des ressources naturelles et des métaux rares nécessaires à la fabrication de batteries et du matériel informatique menace déjà leur production. La nourriture et son pouvoir nutritif s’appauvrissent, la fertilité des sols se détériore, la biodiversité chute rapidement, les dérèglements écologiques, l’instabilité climatique et la dégradation générale de la nature mettent en danger l’agriculture et l’alimentation des populations.

Les mass-medias tournent en boucle sur le réchauffement climatique. Ces dérèglements du climat ont des causes multiples, et ne sont pas cataclysmiques. La théorie réductionniste du “réchauffement climatique” est une idéologie comptable du CO2 construite sur des statistiques et des moyennes générales, où chaque effet à sa seule cause attitrée, ignorant l’ensemble des équilibres instables du vivant, mais aussi les processus circulaires de l’écologie, avec ses interrelations complexes et ses interactions multiples dans un écosystème planétaire dépendant du système solaire. 

C’est le fonctionnement normal du capitalisme qui produit les dérèglements écologiques et l’intoxication de la vie. Cette catastrophe annoncée par tous les médias culpabilise les individus pour innocenter un système marchand destructeur. La prophétie apocalyptique appelle la nécessité d’une technique de gouvernement moraliste qui s’impose par la peur pour conjurer le sort du destin. La croyance en ces prédictions catastrophiques, calculées sur la probabilité du pire, est prétexte à de nouvelles restrictions comme des contraintes pesantes qui viennent s’additionner à l’exploitation capitaliste qui nous écrase. Tout repose sur des hypothèses scientistes parcellaires et restrictives prises pour des constats universels indiscutables. 

Dans ce monde complexe et instable, les prédictions ne s’avèrent jamais exactes. La prédiction de l’avenir est une source d’erreurs quand elle n’est pas une escroquerie. Des experts officiels avaient déjà prédit des désastres conséquents au refroidissement mondial prévu dans les années 70, la fin imminente du pétrole, le trou dans la couche d’ozone… Ces experts des gouvernements, qui servent les intérêts des multinationales, ont fait leurs preuves : l’amiante, le sang contaminé, le nuage de Tchernobyl, les pesticides, fongicides, herbicides… Ils ne sont plus crédibles ! On perd beaucoup en liberté et en intelligence collective à subir l’autorité des experts de l’État.

Le climat se réchauffe, c’est un fait avéré, qui est récupéré, interprété et dénaturé. L’effet de serre est un phénomène naturel, dû au CO2, mais aussi à la vapeur d’eau, au méthane atmosphérique… Sans cet effet de serre, la Terre gèlerait littéralement, et sans CO2 il n’y aurait pas de vie sur terre. La théorie du réchauffement climatique restreint ses causes aux influences du CO2 produit par l’homme. Cette théorie dépend des rapports des experts du GIEC. Celui-ci a été créé en novembre 1988, à la demande du G7. La décision du G7 avait été prise sous la pression de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, afin de justifier le nucléaire et d’empêcher une agence de l’ONU, soupçonnée de militantisme écologique, de mettre la main sur l’expertise climatique. Le GIEC ne fait que des hypothèses prédictives, qu’il présente comme les données d’une réalité inévitable, et les possibilités y deviennent très vite des certitudes scientifiquement prouvées. Les simulations passent pour une objectivité incontournable et incontestable.

Limiter les causes de l’effet de serre aux gaz et à l’empreinte carbone de l’activité humaine, en ignorant l’influence prépondérante de la vapeur d’eau et des nuages, ainsi que beaucoup d’autres facteurs, est une hérésie scientifique et une absurdité écologique. Les micros et nanoparticules, les pressions et dépressions, les océans, le bétonnage des villes, les rayonnements et les ondes, sont des phénomènes parmi bien d’autres qui jouent un rôle dans la formation des nuages, et donc modifient un climat en perpétuel changement.

Aucun modèle unique n’est capable, pour prévoir le réchauffement mondial, d’intégrer ou d’essayer d’intégrer toutes les variables. Les modèles informatisés utilisés pas ces experts corrompus, basés sur des omissions et des incertitudes substantielles, ne sont pas fiables. Le climat se réchauffe effectivement, mais la méthode et les conclusions catastrophistes du GIEC sont plus que discutables. Ces devins scientistes, au service des gouvernements, ont ainsi produit avec l’aide de tous les mass médias, un climat de peur, un écran de fumée anxiogène et persistant pour masquer les réels dangers bien présents que sont les pollutions chimiques (air, eau, nourriture), électromagnétiques, nucléaires, particules fines, nanoparticules, métaux lourds, perturbateurs endocriniens… qui menacent effectivement la vie sur terre. 

Ce qui est caché crée l’illusion, la panique et la soumission à un système qu’il s’agit seulement de perfectionner en le verdissant, afin de développer un écocapitalisme profitable aux plus riches. L’écologie récupérée, dénaturée et falsifiée, sert maintenant de prétexte aux nouvelles servitudes modernes, permettant un pillage maquillé et effréné des derniers restes de vie à exploiter, détruisant la biodiversité, intoxiquant tous les écosystèmes. Le désastre est déjà là, l’extinction des espèces, l’intoxication chimique et la bouillie électromagnétique généralisée… Reporter la catastrophe sur un futur hypothétique en la limitant au réchauffement, c’est autoriser, au présent, son expansion mortifère multiforme. 

La propagande médiatique ne discute que de chiffres, de dates, de doses et de statistiques. Les caprices du climat mondial ne se modélisent pas dans leurs super calculateurs, les aléas des interrelations des processus vivants ne se résument pas à une série de chiffres et de moyennes, les interactions hypercomplexes d’un écosystème global n’entrent pas dans leurs programmes étriqués, la nature ne s’informatise pas. Le climat est une variation permanente, une instabilité en interdépendance avec son milieu, un phénomène complexe et ingouvernable. Il n’y a pas de coupable, il n’y a que des interactions dans des ensembles multiples ouverts à leur environnement. Il n’existe pas de système isolé, car nous vivons dans un monde composé de relations. Isoler une partie, disséquer en fragments séparés un système d’interactions complexes détruit la compréhension de l’ensemble. L’écologie est une manière de comprendre l’ensemble dans ses interactions, incompatibles avec la fragmentation concurrentielle du système capitaliste qui sépare, catégorise, spécialise, expertise, divise pour mieux contrôler, mieux réprimer et mieux profiter.

Les prédictions des experts gouvernementaux sont des suppositions scientistes, des commentaires idéologiques sur des hypothèses statistiques, des préjugés qui n’ont pas grand-chose à voir avec la recherche scientifique. La science nécessite un questionnement et une remise en cause permanents, c’est ce qui maintient sa réfutabilité, et donc la préserve du dogme. L’écologie récupérée est fragmentée, constituée de mesures chiffrées puis extrapolées, montées en représentations prédictives, en projections catastrophiques, administrant la réalité spectaculaire d’un capitalisme en décrépitude. 

Une prédiction statistique projetée dans nos représentations numériques n’est plus une hypothèse incertaine, mais bien une vérité d’une évidence implacable, une promesse indiscutable qui s’avère pourtant toujours décevante. La normalité idéologique représente le futur comme le seul modèle possible, une réalité inévitable à laquelle on doit se soumettre dès aujourd’hui. 

Les prophètes présagent l’avenir comme un devenir inéluctable, une fatalité de mauvais augure qui rend le présent acceptable. Mais ce maintenant illusoire n’est plus que dans cet avenir en devenir, le vécu s’étant perdu dans la représentation projetée, désintégrée dans son transfert.

L’écologie est une création de l’esprit, un concept dénaturé, réduit à une idéologie intolérante où le futur remplace le présent. La nature n’existe pas, c’est une abstraction, un prétexte pour séparer et ainsi maintenir une distance entre l’humain et son environnement, entre soi et sa propre nature. Étrangers au monde nous ne sommes plus nous-mêmes, séparés de notre propre nature, la vie nous échappe. 

Tous ceux qui ne s’incluent pas dans la nature, renient leur propre nature humaine, la rendent étrangère à leur vie, la chosifient pour mieux l’exploiter, transformant ainsi l’humain en marchandise parasite de la vie. L’écologie unitaire est un outil de compréhension globale de tout ce qui se vit sur terre, dans le contexte d’un écosystème élargi à la planète, avec ses interactions, dans le cours de leurs évolutions, de leur histoire. Les machines numériques ne peuvent pas prendre en compte les interrelations complexes souvent imprévues, au hasard d’interrelations multiples enchevêtrées, d’où émergent parfois des changements inattendus qui ne sont pas programmables.

Au service de leurs employeurs, les pseudo-scientifiques, experts d’État, trouvent évidemment ce qu’ils sont venus chercher. Les prévisions, tirées des calculs informatiques, amplifient les croyances qui protègent les intérêts de ceux qui les ont programmées. Dans des écosystèmes très complexes, les modèles informatiques ne sont pas très fiables et l’interprétation de leurs résultats souvent extravagants. Les pronostics catastrophiques sur le réchauffement produisent un climat anxiogène qui focalise nos réflexions et déforme nos compréhensions. Ces devins, au service des gouvernements, annoncent le désastre pour très bientôt afin de répandre la peur et l’angoisse dans l’intention de calmer les ardeurs de quelques rebelles et administrer la soumission volontaire au programme contraignant. L’extinction finale a été décrétée scientifiquement comme notre devenir inéluctable, et rabâchée dans tous les médias comme une publicité tapageuse. La focalisation de toutes les attentions sur un climat futur inaccessible fait disparaître un présent beaucoup trop dégradé et dénaturé. La vie sur terre n’est pas menacée d’extinction par une augmentation de quelques degrés du climat, mais bien par des pénuries d’eau, la raréfaction des nuages, la déforestation, la désertification, les pollutions chimiques, électromagnétiques et nucléaires. Par son exploitation sans limites, le capitalisme est destructeur et suicidaire, et le désastre qu’il produit est déjà là !

Tout ce qui est parcellaire et n’agit pas dans le sens d’un dépassement du système capitalisme dans son ensemble, est récupéré par celui-ci. Ce système capitaliste ne se réforme pas, il développe librement et sans entrave ses affaires fructueuses, par l’exploitation destructrice de tout ce qui peut rapporter gros. Il menace directement la vie sur terre, non pas par un réchauffement de quelques degrés, mais par une pollution débridée, omise et occultée par tous les mass médias. L’écologie spectacle orchestrée par les experts du pouvoir se fait complice, par focalisation restrictive, de l’intoxication généralisée de la vie par tout un système de contraintes rendu naturel. 

Le désastre est déjà dans notre vie quotidienne, il a intoxiqué ce qui reste de notre survie. Le monde marchand ravage une planète en ruine, et détruit la vie dont il tire profit avant qu’il ne soit trop tard. L’intoxication est biologique et mentale, les nuisibles sont au pouvoir, les décideurs sont des casseurs de vies. Pour les profits personnels de quelques hyperriches, les gens de pouvoir empoisonnent la société et saccagent les équilibres fragiles de la vie. Il ne s’agit pas de croissance ni de décroissance du capital, mais du capitalisme lui-même, qui est par essence dévastateur. La nature est notre propre nature, nous ne voulons pas d’un monde qui pourrit nos vies. Il ne s’agit plus de survivre dans la misère, mais de vivre pleinement. 

L’effet de serre n’est pas l’écologie, c’est aujourd’hui une focalisation obsessionnelle qui cache l’emballement des pollutions et l’intoxication de la vie. Peu importe les prédictions prétentieuses, c’est la pollution qu’il faut éradiquer, et le capitalisme, toxine de nos vies, qu’il faut éliminer. Les devins-experts sont toujours des menteurs, l’effondrement du vivant est déjà là ! Le monde survit péniblement dans l’intoxication générale. 

Il s’agit maintenant, pour échapper aux prédictions d’un désastre programmé, de construire un monde vivant, sans chefs et sans marchands, de prendre nos vies en main par une auto-organisation égalitaire, une révolution écologique, sociale et libertaire. Par détournement et débordement, à l’abordage du vieux monde en décrépitude, notre colère s’insurge contre une dictature économique mortifère, pour sauver la vie sur notre planète. Notre devenir ne se construira pas sur la croyance aveugle en un futur catastrophique, mais sur l’appropriation émancipatrice de nos vies, par nos expériences personnelles et collectives de révoltes partagées, d’où émerge notre monde commun égalitaire, sans contrainte ni entrave.

Toutes les courbes indicatrices de production ou de consommation grimpent en flèche alors que les ressources s’épuisent progressivement. Les spécialistes cherchent à limiter le désastre, minimiser les dommages en disséminant la misère avec quelques millions de morts acceptables, sans trop savoir ce qu’ils font. Il n’est pas possible d’appréhender le changement d’un système du point de vue de son fonctionnement interne, en ses propres termes. Les dirigeants tâtonnent à l’aveugle dans un enchevêtrement de doubles contraintes, prisonniers de paradoxes qu’ils ne discernent pas et qui les dépassent. Ce système d’exploitation marchand n’envisage pas d’autre solution que celle de perdurer dans son auto-destruction, occultant en permanence la fin de son existence comme seule condition de survie. C’est cette omission qui crée l’illusion d’un bien-être d’apparence dans une intoxication mentale généralisée.

Nos conditions d’existence sont gérées par ordinateurs qui nous ordonnent dans leurs procédures. Dans une société informatisée, on résout les problèmes de façon technique par une fuite en avant technologique. La raison technique passe pour un moyen de légitimation du pouvoir dominant, l’oppression devient une nécessité technique, et tout s’accélère dans une atrocité inhumaine. En s’emballant, le système engendre une dictature du désastre qui prétend gérer la catastrophe tout en la produisant, pour en tirer les meilleurs profits jusqu’à la fin. 

Le catastrophisme préfigure la fin du monde, il se construit dans l’apparence permanente d’un instant immobile, l’omission de tout bouleversement, sans renversement possible ni changement de perspective. Le catastrophisme est une soumission durable à l’inévitable programmé. Mais il va de soi que sans prédire l’avenir, on peut percevoir qu’un vaste processus destructeur a déjà commencé. 

Le choc sidère, la perte des illusions conformistes commotionne et fige les perceptions dans un refus de comprendre le cours des événements. Le système est en train de s’autodétruire dans l’illusion béate de son accomplissement technologique. Gérer le désastre est une soumission durable, il s’agit maintenant de le dénoncer et d’attaquer le capitalisme mortifère qui le génère. Nous en sommes au début de la fin du capitalisme, à l’aube obscure d’un Nouveau Monde, encore possible. Sortir d’urgence de cette société marchande inégalitaire, injuste, invivable et suicidaire est maintenant inévitable.

COUP DE VENT SUR POLLUTION MENTALE

Notre monde et notre espèce sont maintenant dangereusement attaqués et menacés par la marchandisation généralisée, jusque dans notre manière de le réfléchir. Le temps de l’exploitation et de son conditionnement est devenu irrespirable, changer d’air y est une nécessité vitale. Pour entamer un processus de libération ouvrant de nouvelles possibilités par recadrage sur la situation, nous avons besoin de comprendre le fonctionnement des manipulations toxiques du mental. Une désaccoutumance ne pourra commencer qu’avec une critique fondamentale des intoxications, réalisée effectivement dans un sevrage progressif. Ces pratiques peuvent avoir des formes diverses, spécifiques à chacun. Il n’y a pas de guide de désintoxication mentale, il n’y a que des expérimentations personnalisées. 

Cette reconstruction volontaire évolue par une déprogrammation du conditionnement normatif en ouvrant de nouveaux espaces de liberté, et s’améliore par une désintégration de la dissociation, dans une nouvelle cohérence unitaire construite sur une réappropriation personnelle de son vécu, à travers un changement de perspective individuel et collectif.

La machinerie qui gère la société, la désincarne dans une abstraction automatisée. Mais ce n’est pas contre un système technologique abstrait et impersonnel que l’on peut se soulever pour le renverser. On ne s’attaque pas à un outil, mais à ceux qui l’utilisent pour exploiter les populations, la classe bourgeoise et ses hommes de main. Quant à l’infrastructure informatisée qui contrôle et administre les rapports sociaux, elle doit être sabotée et détruite là où elle commence à s’effriter. Passer par où c’est le plus facile permet d’aller plus loin. 

En dépersonnalisant la domination, la responsabilité des prédateurs disparaît, elle devient inaccessible, sacralisée en une technocratie indispensable, une informatisation générale inévitable, qu’il s’agirait juste de régler et de réajuster pour que tout paraisse acceptable, occultant définitivement l’exploitation illimitée des populations par quelques hommes. Ainsi la technologie numérique divinisée dissimule l’autorité dans son programme, qui devient lui-même l’autorité suprême. C’est cette exploitation barbare informatisée, et l’oppression insupportable qu’elle produit qu’il faut abolir pour s’émanciper de la marchandisation et de son aliénation. Il faudra casser l’autorité qui engendre la servitude pour pouvoir se réapproprier collectivement la maîtrise de nos conditions d’existence, par une auto-organisation libre et égalitaire.

L’efficacité par l’unité est un mythe centralisateur qui cache la domination de quelques bureaucrates. Il n’y a pas de convergence unificatrice sans uniformisation et prise de pouvoir d’une minorité. Nos organisations horizontales n’ont besoin que de coordinations temporaires. La diversité des points de vue et des actions en recherche d’osmose est notre force et la vitalité de notre émancipation libératrice. La liberté ne se centralise pas, elle ne s’impose pas. La représentation par des délégués, une élite bureaucratique désignée, est la porte ouverte à la prise de pouvoir par une minorité de profiteurs. Un parti à prétention révolutionnaire, qui se croit éclairé et détenteur exclusif d’une vérité universelle, ne peut qu’imposer sa dictature à un peuple qu’il considère ignorant et demeuré. 

La dictature du prolétariat est une escroquerie qui donne les pleins pouvoirs aux dirigeants d’un parti censé représenter un prolétariat berné par ses propres délégués. La dictature du parti permet d’anéantir le mouvement révolutionnaire, au profit d’une bourgeoisie bureaucratique, en instaurant un capitalisme d’État.

Actuellement, les actions sont spécialisées et séparées les unes des autres. Ce sont des revendications par corporation, par secteur, par communauté, des réactions à l’humiliation, la violence dans un domaine précis. Ce sont des critiques parcellaires qui omettent une remise en cause générale. En séparant et restreignant les actions à des domaines particuliers, c’est le fonctionnement général de la société qui se retrouve acceptable, car non remis en cause. Les révoltes partielles, locales et parcellaires ne peuvent se réaliser pleinement que dans un renversement de perspective global. 

Les populations appauvries par un capitalisme qui se croit triomphant se sont prolétarisées en nombre sans s’en rendre compte. Le prolétariat, qui n’a aucun pouvoir sur ses conditions d’existence, est le seul à avoir vraiment intérêt à abolir toutes les classes par la suppression de toute domination et de tout esclavage, ainsi que par sa propre dissolution dans l’auto-organisation de l’émancipation humaine. Le seul but du prolétariat est sa propre disparition en tant que classe d’esclaves et d’exploités pour une libération égalitaire et la désaliénation de tous.

L’avant-garde révolutionnaire est un mythe dangereux. C’est un intellectualisme dominateur qui critique et manipule un peuple ignorant, un radicalisme idéologique qui, par ses actions exagérées, ses vérités factices et ses discours grandiloquents, cherche à impressionner les assemblées qu’il veut manipuler et contrôler. Ces petits chefs arrivistes et nuisibles jouent de leurs simagrées pour récupérer à leur cause uniforme des mouvements polymorphes qui leur échappent.

Les médias représentent et mettent en scène une réalité cadrée, tronquée, occultant toute critique et toute contestation globale, répandant l’image d’un monde compatible avec les intérêts des affairistes milliardaires, propriétaires de toutes les agences de presse et de communication. C’est pour cela que la révolution ne sera pas télévisée, mais plutôt occultée, déformée, dénigrée, calomniée… Toute action qui cherche à se faire médiatiser, croyant ainsi exister, sera récupérée et détournée par les pouvoirs dominants afin de servir leurs propres intérêts. Tout compromis avec les usurpateurs de pouvoirs est une capitulation. La mise en représentation s’intègre à un monde qui se maintient dans l’illusion. Déserter les rôles et dénigrer les contrôles par irrespect des règles et rejet de l’autorité permettent l’émergence du dépassement de la conformité. 

La forme de nos combats n’est pas une fin en soi, mais seulement un moyen parmi d’autres. Se fixer sur l’apparaître de nos actions, produit des images plus importantes que les actes de libération. Le changement en spectacle produit la mise en scène d’une révolution fantasmée qui économise sa réalisation effective. La précarité du monde en représentation entraîne des contestations précipitées parcellaires, des apparences de révoltes épisodiques dont le seul but est d’être vu, de passer à la télé. La représentation visible de la rébellion occulte la volonté de changement global qui l’habite et l’anime.

La récupération, par le système, de sa contestation passe par les polémiques des politiques partisanes. La récupération des révoltes contre l’esclavage du travail passe par le réformisme syndical corporatiste. Les syndicats négocient avec nos exploiteurs les conditions de notre exploitation, la quantité de souffrance acceptable pour survivre, alors que ces révoltes expriment la nécessité de l’abolition de l’exploitation et la volonté de renverser la dictature économique qui en gère le fonctionnement. Ce système marchand totalitaire n’est pas réformable, il suit son développement technologique irréversible, l’exploitation capitaliste y est sans entrave et non négociable, on n’y discute que de détails sans importance. Inexorablement, le capitalisme entraîne l’humanité dans encore plus de misère et de souffrance, sauf pour quelques-uns.

Changer la vie est l’essence même de tout mouvement révolutionnaire. La multiplication des ZAD dans un monde restant capitaliste est nécessaire à l’expérimentation autonome collective, mais ne sera pas suffisante à un dépassement émancipateur. Il est préférable de multiplier les horizons dans la perspective d’une sortie mondiale du capitalisme. Personne n’a à imposer aux autres sa manière de faire. Il ne s’agit ici que de bricoler ensemble une organisation souple et opérante au fur et à mesure des actions communes. Aucune structuration prédéfinie des combats et de ce qu’on en dit ne sera une garantie de la radicalité révolutionnaire de nos luttes. Seules nos pratiques vivantes de prolétaires antiautoritaires et égalitaires portent en elles leurs devenirs. 

Dans un monde d’affaires mafieuses au bord de la faillite, où l’illégalité est une pratique quotidienne des privilégiés, les décideurs accompagnés de tous leurs petits chefs corrompus ne sont plus crédibles, la hiérarchie ne peut plus être respectée et l’autorité devient alors un abus insupportable. Il n’y a aucun principe à suivre servilement, aucune ligne de conduite à respecter, aucun mode de vie à adopter, chacun est libre et responsable de ses choix envers les autres, tout est discutable à tout moment. L’amour, le plaisir, la paresse, la passion d’apprendre et de partager, le jeu sur les règles du jeu, le détournement, le discrédit du spectacle et la ridiculisation de la publicité, l’irrespect de l’autorité et de ses interdits, sont autant de pratiques anarchistes nécessaires à un renversement de perspective, et indispensables à l’irruption insurrectionnelle d’un mouvement révolutionnaire. 

Anarchiste n’est pas une étiquette, une organisation, une identité, un logo ou un drapeau, mais bien une pratique vivante auto-organisatrice antiautoritaire et égalitaire d’une personne dans ses expérimentations individuelles et collectives, qui la rend autonome, sociable et toujours ingouvernable. L’anarchie, ou l’absence d’autorité est le mode d’organisation le plus complexe et le plus fiable, c’est la construction collective d’une recherche d’harmonie auto-réalisatrice la plus évoluée.

La liberté d’action et d’expression ne peut pas se restreindre et se diminuer dans une uniformisation unitaire contraignante sans s’étioler et disparaître. Agir et en parler est multiforme et doit le rester pour respecter la liberté de chacun, et s’enrichir en se renforçant de l’abondance de la diversité, dans la profusion des différences, et une mouvance complexe coordonnée. Lorsque la richesse multiple des interactions franchit un certain seuil, le mouvement global engendre de nouveaux comportements d’ensemble tout à fait imprévisibles. Contre la soumission à une uniformisation normative, notre éclectisme est notre force vitale en rébellion. Réinventer les incroyances d’un moment multiforme c’est libérer du possible dans le réel du vivre ensemble. 

Pour prendre un peut de discernement dans la confusion, il s’agit de commencer à ne plus s’agripper aux normes, rêver en dérive, expérimenter le hasard, poétiser l’inattendu impromptu… Les liaisons développées dans les rêves sont des analogies en action qui permettent de confondre des univers différents jusqu’alors bien séparés par une pensée intellectuelle fragmentée. Reliée par similitude, métaphore, transposition, combinaison, l’utilisation du hasard dans un ensemble de faits multidisciplinaires crée un contexte transversal. D’associations fortuites de rebondissements analogiques, émergent des processus créatifs. Rêver rend inventif, et perdre ses certitudes intelligent. Notre propre nature vivante est imprévisible et innovante.

Il n’y a pas d’objet sans sujet observant, l’idéal de l’objectivité est une chimère. Les dualités du bien et du mal, du vrai et du faux sont des concepts restrictifs contraignants qui aliènent notre compréhension des phénomènes. C’est en renonçant à nos certitudes que l’on peut comprendre l’absence de fondement, comme le commencement d’un abandon des croyances restrictives aveuglantes, une libération ouvrant des espaces d’émancipation par une reconstruction réciproque des sujets agissants dans le cours de la vie d’une communauté égalitaire réinventée. 

La curiosité d’une recherche continue nous libère d’une pensée restreinte à des certitudes immuables, qui compartimente et mutile. Quand dans le vivant de la réflexion tout est lié, interdépendant dans une évolution commune, rien n’est définitivement acquis, tout reprend vie dans une transformation créative permanente.

Il n’y a qu’un libre jeu qui se joue des règles, la création temporaire d’un ailleurs éphémère, les désirs les plus fous, les rêves, les utopies, l’invention d’incroyances, le bricolage de l’improbable, qui puissent permettre l’ouverture sur de Nouveaux Mondes de libertés dans l’égalité, sans contrainte et sans entrave. 

Nous construisons notre monde avec d’autres personnalités qui sont différentes de la nôtre. Si nous voulons continuer de coexister malgré les conflits, et ne pas nous exterminer, il nous faudra reconnaître que nos certitudes ne sont plus des preuves, que toute vérité est issue de notre construction mentale et ne peut être que relative à notre point de vue et à nos croyances. Si l’on ne veut pas nier l’autre dans son existence particulière, sa personnalité, sa liberté, il nous faut élargir notre perspective en incluant un domaine qui permette à tous de s’accorder librement dans l’émergence d’un monde commun.

Une société humaine se compose de personnes différentes et similaires, toutes considérées comme nos égales. Le monde n’est plus la réalité objective des marchands d’illusions, mais une libre construction collective auto-organisée qui prend sa source dans la rébellion et l’émancipation commune. 

Tout sujet actif de sa vie n’est plus contraint à se faire déterminer par une restriction objective d’une réalité sans sujet. Il déploie alors une pensée situationnelle agissante où le sujet s’implique dans son monde en le transformant avec les autres. 

La différence des points de vue nous offre la possibilité d’esquisser un processus consensuel commun, créant de nouveaux horizons. Cette conception plus large, s’inspirant des écosystèmes de la nature, considère chaque acteur de la société comme étant lié et interactif à l’ensemble. C’est l’émergence d’une situation dans l’angle mort du contexte, décalé dans un renversement de perspective. Cette approche globale transversale prend en compte la pluralité des perspectives, les relations et les interactions entre les membres vivants d’une société plus humaine. 

Aucune vérité qui se croit divine, parce que la seule possible, ne peut convaincre sans vaincre les “hérétiques”, et s’imposer autoritairement sans détruire la composition d’un monde commun, construit ensemble en se considérant tous égaux. Toute prétention à une vérité universelle est destructrice d’humanité.

Quand le seul futur proposé par un système marchand suicidaire se limite aux profits à prendre sur l’autodestruction de son devenir, le pillage de son économie, l’épuisement de ses ressources, l’intoxication de tous les organismes vivants, alors l’hérésie de son dépassement devient la seule issue viable. Seules les illusions de notre aliénation mentale sont prédéterminé dans un immobilisme durable. Ce qui est vivant n’est pas déterminé, ce qui le spécifie c’est qu’il s’autoproduit et s’auto-organise dans sa propre dynamique. 

La vie bricole ses diverses possibilités, cherchant à prendre sa liberté d’agir en utilisant des moments émancipateurs au hasard de ces temps incertains. L’expérimentation du hasard utilise l’imprévu, l’affine dans le doute en affirmant son autonomie. Il ne peut pas y avoir de limites à la liberté, son usage égalitaire est toujours insuffisant. C’est un Nouveau Monde que nous faisons émerger ensemble par nos actions émancipatrices.

La croyance aveugle au monde du spectacle se désagrège ici et là, alors l’intoxication mentale perd prise sur une part croissante de la population. La critique en actions et l’émancipation naturelle peuvent alors se libérer dans un renversement de perspective de combat. Certains rebelles, cherchant à renverser la situation qu’ils subissent, occupent un espace dans des manifs qui ne sont pas les leurs, se reconnaissent et se regroupent afin d’habiter spontanément le mouvement, déborder en ne respectant pas ses règles, et le détourner de ses habitudes normalisées. Tout ce qui ne vise pas au dépassement du système capitaliste, tant en paroles qu’en actes, le renforce dans sa domination totalitaire. 

La combinaison d’actions autonomes interagit et dégage une synergie de coordinations temporaires, pouvant générer un effet cocktail d’agitations favorisant l’émergence de troubles imprévus. Des effets multiplicateurs qui sont toujours plus que la somme de ses composants s’enclenchent par associations fortuites. La symbiose de complexités éclectiques au cours de fortes interactions peut avoir des effets inattendus, déclenchant des réactions en chaîne imprévisibles. L’effervescence de la révolte et le plaisir de l’émancipation sont communicatifs, et la mutinerie générale qui s’ensuit répand ses réjouissances dans ses jeux subversifs.

Le désir de changer s’émancipe en plaisir de changer ensemble. Ce recadrage qui nous décale dans l’invention d’un devenir désirable, change notre interprétation de la situation. Les règles du jeu se retrouvent modifiées par le débordement d’un détournement. Ne respectant plus les codes de la soumission, nous augmentons le nombre de choix possibles, créant ainsi de nouveaux espaces de liberté. Les croyances réductrices autoritaires se font alors submerger par des bricolages opératoires, une agitation contagieuse qui renverse les situations critiques. 

Le libre contenu de la révolte cassant la normalité et désintégrant la soumission dans l’action, dans sa perspective révolutionnaire en rupture avec le vieux monde, est déjà sa forme en train de se réaliser. Seule une remise en cause globale sans équivoque peut permettre le début d’un changement effectif de nos vies, par l’appropriation du pouvoir de décision sur nos conditions d’existence et la libre auto-organisation égalitaire locale, tout en renversant la dictature marchande qui nous détruit et intoxique notre monde. 

La fin de ce monde est une nécessité vitale. Quand tout semble sous contrôle, figé, réprimé, il y a toujours une part émergente non assujettie, un no man’s land imprévu où s’auto-organise un brin de vie qui s’est échappé pour ne pas disparaître. Quand la pression des pouvoirs dominants augmente, des fuites apparaissent et se propagent, des débordements dissimulés se répandent là où l’on ne les attendait pas, imprévisibles. 

La révolution n’appartient à personne, sinon à tous ceux qui la font, libre de son développement en devenir, inventant les incroyances d’un Nouveau Monde en construction. Seule une intelligence situationnelle partagée, étrangère et rebelle à la paralysie toxique de l’autorité peut explorer la quintessence des dissonances dans leurs radicalités, à la racine d’un vécu partagé. Dans une cohérence collective en recherche d’osmose, il s’agit maintenant de prendre le temps de s’accorder dans un jeu de changement de perspective, au cours des disparités discordantes passagères, dans l’harmonie d’une polyrythmie commune, avec ses contretemps, ses syncopes, ses cassures enchevêtrées, ses cafouillages récréatifs créatifs.

Lukas Stella, mai 2020

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Lectures complémentaires :

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie


Solidarité Union Persévérance Réflexion Action
Vers la société des sociétés

La réversibilité de l’État ou l’Homo Domesticus de James C Scott

Posted in actualité, altermondialisme, économie, documentaire, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 17 janvier 2019 by Résistance 71

Nous conseillons de lire cet ouvrage en entier. Nous en avons fait une traduction partielle l’an dernier, la voici pour se mettre l’eau à la bouche. Le livre de James C Scott est passionnant et nous explique que l’État n’est en rien irrémédiable et que notre évolution n’est pas linéaire, qu’on ne passe d’une période à une autre au cours des millénaires sans espoir de retour à ce qui a fonctionné dans le passé.

Notre rôle est de le comprendre et de l’adapter à notre réalité socio-politique actuelle pour enfin établir la Société des Sociétés émancipée et donc véritablement libre.

Notre version PDF de larges extraits de l’ouvrage de James C. Scott, anthropologue politique de l’université de Yale: « Contre le Grain, l’origine profonde des premiers états »: 2018

Autre ouvrage de James C. Scott en version PDF:

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

~ Résistance 71 ~

Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers États

 

lundi 14 janvier 2019, par Ernest London

James C. Scott

Homo domesticus
Une histoire profonde des premiers États

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Saint-Upéry

Préface de Jean-Paul Demoule

La Découverte, 2019

302 pages

À la recherche de l’origine des États antiques, James C. Scott, professeur de science politique et d’anthropologie, bouleverse les grands récits civilisationnels. Contrairement à bien des idées reçues, la domestication des plantes et des animaux n’a pas entraîné la fin du nomadisme ni engendré l’agriculture sédentaire. Et jusqu’il y a environ quatre siècles un tiers du globe était occupé par des chasseurs-cueilleurs tandis que la majorité de la population mondiale vivait « hors d’atteinte des entités étatiques et de leur appareil fiscal ».

La première domestication, celle du feu, est responsable de la première concentration de population. La construction de niche de biodiversité par le biais d’une horticulture assistée par le feu a permis de relocaliser la faune et la flore désirables à l’intérieur d’un cercle restreint autour des campements. La cuisson des aliments a externalisé une partie du processus de digestion. Entre 8000 et 6000 avant notre ère, Homo sapiens a commencé à planter toute la gamme des céréales et des légumineuses, à domestiquer des chèvres, des moutons, des porcs, des bovins, c’est-à-dire bien avant l’émergence de sociétés étatiques de type agraire. Les premiers grands établissements sédentaires sont apparus en zones humides et non en milieu aride comme l’affirme les récits traditionnels, dans des plaines alluviales à la lisière de plusieurs écosystèmes (Mésopotamie, vallée du Nil, fleuve Indus, baie de Hangzhou, lac Titicaca, site de Teotihuacán) reposant sur des modes de subsistance hautement diversifiés (sauvages, semi-apprivoisés et entièrement domestiqués) défiant toute forme de comptabilité centralisée. Des sous-groupes pouvaient se consacrer plus spécifiquement à une stratégie au sein d’une économie unifiée et des variations climatiques entraînaient mobilité et adaptation « technologique ». La sécurité alimentaire était donc incompatible avec une spécialisation étroite sur une seule forme de culture ou d’élevage, requérant qui plus est un travail intensif. L’agriculture de décrue fut la première à apparaître, n’impliquant que peu d’efforts humains.

Les plantes complètement domestiquées sont des « anomalies hyperspécialisées » puisque le cultivateur doit contre-sélectionner les traits sélectionnés à l’état sauvage (petite taille des graines, nombreux appendices, etc.). De même les animaux domestiqués échappent à de nombreuses pressions sélectives (prédation, rivalité alimentaire ou sexuelle) tout en étant soumis à de nouvelles contraintes, par exemple leur moins grande réactivité aux stimuli externes va entraîner une évolution comportementale et provoquer la sélection des plus dociles. On peut dire que l’espèce humaine elle-même a été domestiquée, enchaînée à un ensemble de routines. Les chasseurs-cueilleurs maîtrisaient une immense variété de techniques, fondées sur une connaissance encyclopédique conservée dans la mémoire collective et transmise par tradition orale. « Une fois qu’Homo sapiens a franchi le Rubicon de l’agriculture, notre espèce s’est retrouvée prisonnière d’une austère discipline monacale rythmée essentiellement par le tic-tac contraignant de l’horloge génétique d’une poignée d’espèces cultivées. » James C. Scott considère la révolution néolithique récente comme « un cas de déqualification massive », suscitant un appauvrissement du régime alimentaire, une contraction de l’espace vital.

Les humains se sont abstenus le plus longtemps possible de faire de l’agriculture et de l’élevage les pratiques de subsistance dominantes en raison des efforts qu’elles exigeaient. Ils ont peut-être été contraints d’essayer d’extraire plus de ressources de leur environnement, au prix d’efforts plus intense, à cause d’une pénurie de gros gibier.

La population mondiale en 10000 avant notre ère était sans doute de quatre millions de personnes. En 5000, elle avait augmenté de cinq millions. Au cours des cinq mille ans qui suivront, elle sera multipliée par vingt pour atteindre cent millions. La stagnation démographique du néolithique, contrastant avec le progrès apparent des techniques de subsistance, permet de supposer que cette période fut la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité sur le plan épidémiologique. La sédentarisation créa des conditions de concentration démographique agissant comme de véritables « parcs d’engraissement » d’agents pathogènes affectant aussi bien les animaux, les plantes que les humains. Nombre de maladies infectieuses constituent un « effet civilisationnel » et un premier franchissement massif de la barrière des espèces par un groupe pathogène.

Le régime alimentaire céréalier, déficient en acides gras essentiels, inhibe l’assimilation du fer et affecte en premier lieu les femmes. Malgré une santé fragile, une mortalité infantile et maternelle élevée par rapport aux chasseurs-cueilleurs, les agriculteurs sédentaires connaissaient des taux de reproduction sans précédent, du fait de la combinaison d’une activité physique intense avec un régime riche en glucides, provoquant une puberté plus précoce, une ovulation plus régulière et une ménopause plus tardive.

Les populations sédentaires cultivant des céréales domestiquées, pratiquant le commerce par voie fluviale ou maritime, organisées en « complexe proto-urbain », étaient en place au néolithique, deux millénaires avant l’apparition des premiers États. Cette « plate-forme » pouvait alors être « capturée », « parasitée » pour constituer une solide base de pouvoir et de privilèges politiques. Un impôt sur les céréales, sans doute pas inférieur au cinquième de la récolte, fournissait une rente aux élites. « L’État archaïque était comme les aléas climatiques : une menace supplémentaire plus qu’un bienfaiteur. » Seules les céréales peuvent servir de base à l’impôt, de par leur visibilité, leur divisibilité, leur « évaluabilité », leur « stockabilité », leur transportabilité et leur « rationabilité ». Au détour d’une note, James C. Scott réfute l’hypothèse selon laquelle des élites bienveillantes ont créé l’État essentiellement pour défendre les stocks de céréales et affirme au contraire que « l’État est à l’origine un racket de protection mis en œuvre par une bande de voleurs qui l’a emporté sur les autres ». La majeure partie du monde et de sa population a longtemps existé en dehors du périmètre des premiers États céréaliers, qui n’occupaient que des niches écologiques étroites favorisant l’agriculture intensive, les plaines alluviales. Les populations non céréalières n’étaient pas isolées et autarciques mais s’adonnaient à l’échange et au commerce entre elles.

Nombre de villes de Basse-Mésopotamie du milieu du troisième millénaire avant notre ère, étaient entourées de murailles, indicateurs infaillibles de la présence d’une agriculture sédentaire et de stocks d’aliments. De même que les grandes murailles en Chine, ces murs d’enceinte étaient érigés autant dans un but défensif que dans le but de confiner les paysans contribuables et de les empêcher de se soustraire.

L’apparition des premiers systèmes scripturaux coïncide avec l’émergence des premiers États. Comme l’expliquait Proudhon, « être gouverné, c’est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé ». L’administration étatique s’occupait de l’inventaire des ressources disponibles, de statistiques et de l’uniformisation des monnaies et des unités de poids, de distance et de volume. En Mésopotamie l’écriture a été utilisée à des fins de comptabilité pendant cinq siècles avant de commencer à refléter les gloires civilisationnelles. Ces efforts de façonnage radical de la société ont entraîné la perte des États les plus ambitieux : la troisième dynastie d’Ur (vers 2100 avant J.-C.) ne dura qu’à peine un siècle et la fameuse dynastie Qin (221-206 avant J.-C.) seulement quinze ans. Les populations de la périphérie auraient rejeté l’usage de l’écriture, associée à l’État et à l’impôt.

La paysannerie ne produisait pas automatiquement un excédent susceptible d’être approprié par les élites non productrices et devaient être contraintes par le biais de travail forcé (corvées, réquisitions de céréales, servitude pour dettes, servage, asservissement collectif ou paiement d’un tribut, esclavage). L’État devait respecter un équilibre entre maximisation de l’excédent et risque de provoquer un exode massif. Les premiers codes juridiques témoignent des efforts en vue de décourager et punir l’immigration même si l’État archaïque n’avait pas les moyens d’empêcher un certain degré de déperdition démographique. Comme pour la sédentarité et la domestication des céréales, il n’a cependant fait que développer et consolider l’esclavage, pratiqué antérieurement par les peuples sans État. Égypte, Mésopotamie, Grèce, Sparte, Rome impériale, Chine, « sans esclavage, pas d’État ». L’asservissement des prisonniers de guerre constituait un prélèvement sauvage de main-d’œuvre immédiatement productive et compétente. Disposer d’un prolétariat corvéable épargnait aux sujets les travaux les plus dégradants et prévenait les tensions insurrectionnelles tout en satisfaisant les ambitions militaires et monumentales.

La disparition périodique de la plupart de ces entités politiques était « surdéterminée » en raison de leur dépendance à une seule récolte annuelle d’une ou deux céréales de base, de la concentration démographique qui rendait la population et le bétail vulnérables aux maladies infectieuses. La vaste expansion de la sphère commerciale eut pour effet d’étendre le domaine des maladies transmissibles. L’appétit dévorant de bois des États archaïques pour le chauffage, la cuisson et la construction est responsable de la déforestation et de la salinisation des sols. Des conflits incessants et la rivalité autour du contrôle de la main-d’œuvre locale ont également contribué à la fragilité des premiers États. Ce que l’histoire interprète comme un « effondrement » pouvait aussi être provoqué par une fuite des sujets de la région centrale et vécu comme une émancipation. James C. Scott conteste le préjugé selon lequel « la concentration de la population au cœur des centres étatiques constituerait une grande conquête de la civilisation, tandis que la décentralisation à travers des unités politiques de taille inférieure traduirait une rupture ou un échec de l’ordre politique ». De même, les « âges sombres » qui suivaient, peuvent être interprétés comme des moments de résistance, de retours à des économies mixtes, plus à même de composer avec son environnement, préservé des effets négatifs de la concentration et des fardeaux imposés par l’État.

Jusqu’en 1600 de notre ère, en dehors de quelques centres étatiques, la population mondiale occupaient en majorité des territoires non gouvernés, constituant soit des « barbares », c’est-à-dire des « populations pastorales hostiles qui constituaient une menace militaire » pour l’État, soit des « sauvages », impropres à servir de matière première à la civilisation. La menace des barbares limitait la croissance des États et ceux-ci constituaient des cibles de pillages et de prélèvement de tribut. James C. Scott considère la période qui s’étend entre l’émergence initiale de l’État jusqu’à sa conquête de l’hégémonie sur les peuples sans État, comme une sorte d’« âge d’or des barbares ». Les notions de tribu ou de peuple sont des « fictions administratives » inventées en tant qu’instrument de domination, pour désigner des réfugiés politiques ou économiques ayant fui vers la périphérie. « Avec le recul, on peut percevoir les relations entre les barbares et l’État comme une compétition pour le droit de s’approprier l’excédent du module sédentaire “céréales/main-d’œuvre”. » Si les chasseurs-cueilleurs itinérants grappillaient quelques miettes de la richesse étatique, de grandes confédérations politiques, notamment les peuple équestres, véritables « proto-États » ou « empires fantômes » comme l’État itinérant de Gengis Khan ou l’Empire comanche, constituaient des concurrents redoutables. Les milices barbares, en reconstituant les réserves de main-d’œuvre de l’État et en mettant leur savoir-faire militaire au service de sa protection et de son expansion, ont creusé leur propre tombe.

Dans la continuité de Pierre Clastres et ouvrant la voie aux recherches de David Graeber, James C. Scott contribue à mettre à mal les récits civilisationnels dominants. Avec cette étude, il démontre que l’apparition de l’État est une anomalie et une contrainte, présentant plus d’inconvénients que d’avantages, raison pour laquelle ses sujets le fuyaient. Comprendre la véritable origine de l’État c’est découvrir qu’une tout autre voie était possible et sans doute encore aujourd’hui.

Ernest London,

le bibliothécaire-armurier

Bibliothèque Fahrenheit 451

10 janvier 2019.

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Lectures complémentaires:

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Marshall-Sahlins-La-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008

Manifeste pour la Société des Sociétés

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

 


L’État, anomalie sociale contre-nature

Résistance au colonialisme: Pouvoir naturel et société organique… (Mohawk Nation News)

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Pouvoir naturel

 

Mohawk Nation News

 

14 septembre 2017

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2017/09/14/natural-power/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Notre famille est les plantes, la terre, les animaux, les eaux et tout ce qu’il y a dans l’air. Nous ne pouvons pas tuer ou blesser l’un d’entre eux. Nous devons éviter et essayer d’arrêter tout ce qui tue la véritable vie naturelle.

Au début, nous avons essayé d’adopter les envahisseurs pour qu’ils vivent comme nous. Mais ils ne purent pas car ils amenèrent des filets, des pièges et des poisons pour tuer toute vie sur l’île de la Grande Tortue.

Pour les colons nous ne sommes que poussière. Notre esprit ne peut être camouflé ni capturé. Nous apparaissons hors de la poussière, ils nous regardent mais ne nous voient pas. Puis nous disparaissons et retournons vers notre famille.

La Nature/création nous a placé au sein de nos territoires. Les envahisseurs ont inventé des histoires à notre sujet et les ont transformées en histoires à dormir debout.

Les gens, les animaux et le paysage, la terre, sont inséparables. Tous suivent le cheminement des nuages. Nous portons en nous-mêmes nos véritables histoires.

Pour survivre, nous envoyons nos enfants. Ils vont et viennent à une fréquence que personne sauf nous peut entendre. Les immigrants qui occupent leurs cellules nous regardent au travers de leurs barreaux, en essayant constamment de nous attirer dans leurs prisons [leur société]. Nous nous approchons d’eux, les observons et retournons dans notre monde. Notre pouvoir naturel est la Nature elle-même.

Nous envoyons des messages aux êtres non-naturels pour les aider à enlever les barreaux autour de leur société. Nous tirons sur leurs cordes. Pour survivre et échapper à la colère des occupants anti-naturels, nous nous confondons dans l’environnement et nous réapparaissons. Ils font des statues de ciment et de marbre pour se rappeler de leurs mensonges à leur et notre sujets.

Nous évaluons constamment les situations pour voir s’ils adhèrent au pouvoir naturel. Certains d’entre nous les imitent. La plupart ne sont pas empoisonnés [à leur contact]. Nous remettons tout en cause. Nos esprits n’auront jamais les caractéristiques de ces esprits anti-naturels qui ressemblent à l’esprit du mouton.

Nous survivrons en tant que partie intégrante de notre véritable famille naturelle. Le monde moderne et artificiel continue d’essayer de tuer nos modes de vies anciens. Ils nous attaquent volontairement. Nous vivons sur nos territoires. Nous les patrouillons. Nos relations avec nos frères ailés, à quatre pattes, les arbres, les plantes, dépendent de nous pour suivre les instructions originelles. Nous survivrons et co-existerons sur notre terre-mère en tant que frères et sœurs.

Nous revenons sans cesse afin de nous rappeler que nous ne voulons rien avoir à faire avec leur veulerie et leur malfaisance.

Pierre Clastres 1977-2017: 40 ans après sa mort, l’héritage d’un anthropologue politique anarchiste ~ 1ère partie ~

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Résistance 71

 

Mai 2017

 

Introduction
1ère partie
2ème partie
3ème partie
4ème partie

 

A l’occasion du 40ème anniversaire du décès prématuré dans un accident de voiture de l’anthropologue et ethnologue politique anarchiste Pierre Clastres (1934-1977), nous vous présentons un petit résumé de sa pensée et de ses conclusions de recherches, qui ne demandent qu’à être poursuivies.

Chercheur au CNRS, Clastres est venu à l’anthropologie (définition commune: recherche sur l’Homme et les groupes humains) par la voie de la philosophie. Élève de Claude Lévi-Strauss dont il sera un critique éclairé, il collabore avec un autre grand nom de l’anthropologie politique, l’américain Marshall Sahlins, dont il préfacera la traduction française de l’œuvre phare “Age de pierre, âge d’abondance” en 1975.

Clastres fait partie d’une grande lignée d’anthropologues et d’ethnologues français des années 1960-70 qui ont changé le cours de la pensée et de la vision anthropologique du monde ; des chercheurs comme Robert Jaulin et Jacques Lizot eurent également des recherches novatrices en la matière.

La grande originalité de la recherche de Pierre Clastres est que pour la toute première fois, va se développer une voie anthropologique du milieu entre les deux voies “classiques et orthodoxes” de l’approche de l’étude des groupes et sociétés humaines, celles du structutalisme évolutionniste dont Lévi-Strauss fut le fer de lance et l’anthropologie marxiste, essentiellement avec les recherches de Friedrich Engels et en France, contemporains de Clastres et des autres ethnologues cités, avec les chercheurs comme Maurice Godelier et Jacques Meillassoux, que Clastres critiquera véhémentement.

Comme tout anthropologue, Clastres fit un travail de recherche de terrain intense, qui le mena au Paraguay et au Brésil. Son étude phare fut réalisée au Paraguay en immersion totale dans la société des Indiens nomades Guayaki (Aché) en 1963-64. Les Guyaki étaient un des derniers peuples vivant toujours de la manière ancestrale qui leur avait été léguée. Ce peuple a disparu aujourd’hui. Clastres a aussi étudié les Indiens Chulupi-Ashluslay toujours au Paraguay en 1965-66 et des Indiens au Vénézuéla en 1970-71.

De cette étude de terrain approfondie, Clastres publia un compte-rendu de recherche sous la forme d’un livre: “Chronique des Indiens Guayaki”, Plon, 1972, soit près de 10 ans après son étude de terrain.

En 1974, il publie un autre ouvrage sur son étude d’un autre peuple de la forêt amazonienne les Guarani: “Le Grand Parler, mythes et chants des Indiens Guarani”, aux éditions Seuil.

Cette même année, Clastres publie aux éditions de Minuit, ce qui est sans aucun doute son œuvre maîtresse, représentant le cœur même de la “voie du milieu” anthropologique, l’essence de sa pensée issue de recherches approfondies sur les sociétés humaines et en désaccord avec les voies anthropologiques “orthodoxes” du structuralisme évolutionniste et du marxisme: “La société contre l’État”. Cet ouvrage est d’une importance capitale, car il permet de mieux comprendre pourquoi la société humaine est devenue ce qu’elle est aujourd’hui, assujettie à la dictature de la division induite, contrôlée par les structures étatiques. n’encourageant que l’oppression oligarchique du plus petit nombre sur la vaste majorité.

Décédé prématurément dans un accident de voiture le 29 juillet 1977, Pierre Clastres travaillait à la résolution d’apories (apparentes impasses contradictoires) survenues au cours de ses recherches. Trois ans après sa mort, furent publiés des fragments de son travail inachevé sous la forme de deux ouvrages posthumes, faisant en fait partie de la même étude: “Recherches d’anthropologie politique” et “l’archéologie de la violence”, au Seuil, 1980. Les textes furent préalablement publiés par la revue « Libre » en 1977.

L’œuvre de Clastres a ouvert de nouvelles voies de réflexion pour trouver une solution au marasme sociétal contemporain, des voies déjà effleurées par certains penseurs anarchistes. Elle demeure incomplète et surtout jusqu’à aujhourd’hui, particulièrement dérangeante pour la pensée dogmatique du formatage des esprits dans le moule de la société du spectacle et de la marchandise reine. Pierre Clastres a eu une pensée novatrice, ancrée dans le réel des sociétés primitives (lire: premières, ancestrales en terme anthropologique, aucune consonnance péjorative…), de nos sociétés par effet miroir, qui mérite non seulement d’être plus connue, mais aussi mérite d’être continuée afin de résoudre les contradictions sur lesquelles ils travaillaient. Où est aujourd’hui le nouveau Pierre Clastres ? Notre société en a besoin. Il a été dit que l’anthropologue anarchiste américain David Graeber était son héritier, il convient de constater que ce n’est pas le cas dans la durée, malgré tout le respect qu’il mérite ainsi que son travail.

En hommage à ce grand penseur français dérangeant, encore par trop méconnu et sans aucun doute sciemment maintenu au placard, nous avons sélectionné ci-dessous quelques extraits de son œuvre, que nous pensons essentiels à une bonne compréhension de ce qu’est primordialement la société humaine, ce qui fait partie de notre nature profonde au-delà du temps et de l’espace et comment et pourquoi la spoliation sociétale s’est opérée et surtout d’entrevoir comment sortir du cercle vicieux induit par la société étatico-capitaliste et son illusion démocratique de contrôle.

Ceci est très important à comprendre, parce que cela nous montre que nous vivons dans une société de l’illusion, de la tromperie et de la supercherie, faite et gérée pour que se perpétue à l’infini le malheur de la division politique, source de tous les maux de nos sociétés depuis 10 ou 11 000 ans. N’oublions pas que l’Homme, selon les recherches archéologiques courantes, seraient vieux de quelques 1,6 millions d’années, la Terre vieille de 4 milliards d’années et que nous sommes engagés dans la division politique puis économique de nos sociétés depuis environ la période néolithique (9000 ans avant notre ère). 10 000 ans contre 1,6 millions d’années… Beaucoup de destruction à tous les niveaux en bien peu de temps. La bonne nouvelle est que ceci n’est pas inéluctable, et c’est en comprenant le développement de la société humaine depuis son origine, au-delà des dogmes factices et arrangeant pour l’establishment de la division organisée, que nous pourrons entrevoir la voie à défricher pour une société du futur enfin émancipée du carcan de la division et de la coercition étatico-économique. A cet égard, la pensée de Pierre Clastres n’a pas fini d’éclairer le chemin.

Nous avons choisi quelques extraits de ses recherches qui seront publiés ci-dessous de manière chronologique et selon les ouvrages à notre disposition, ainsi seront cités l’un après l’autre:

“Chronique des Indiens Guayaki” (1972)

“La société contre l’État” (1974)

“Recherches en anthropologie politique” (1980 posthume)

“L’archéologie de la violence” (1980 posthume)

Précisons que les extraits du premier et des deux derniers ouvrages cités seront des traductions faites par nos soins depuis les publications anglaises de ces deux ouvrages publiés sous le titre de “Chronicle of the Guayaki Indians”, Zone Books, 1998 et “Archeology of Violence”, Semiotext, diffusion MIT, 2010.

Nous encourageons à lire les ouvrages de Clastres en entier, faciles de compréhension, Clastres faisait partie de cette petite catégorie de scientifiques capables d’expliquer des choses complexes au moyen de mots simples afin que tout le monde comprenne bien. De lumineux, il ne pouvait que devenir éclairant pour le plus grand bien de tous…

Bonne lecture à toutes et à tous

Résistance 71

Extraits de la “Chronique des Indiens Guayaki” (1972)

L’Indien et le philosophe partagent une même façon de penser parce qu’en fin de compte, l’obstacle à leurs efforts réside dans l’absolue impossibilité de penser à la vie sans penser à la mort.

[…]

Les Indiens sont toujours très anxieux d’utiliser chaque évènement de la vie de chacun de façon à restaurer l’unité tribale, comme d’une façon de réveiller au sein de tous les membres de la tribu la certitude qu’ils forment une communauté. Il y a une opposition ici entre la nourriture riche, consistant en la viande et mangée par la famille et la nourriture pauvre, consistant en les légumes et mangés par la société. Cette opposition est une expression d’un système d’éthique personnel et d’une philosophie de la société qui établissent que la destinée de l’homme est étroitement liée avec la collectivité et que chaque personne doit renoncer à la solitude de soi et sacrifier son plaisir particulier.

[…]

Pour les Indiens, un chef n’est pas quelqu’un qui domine les autres, quelqu’un qui donne des ordres et qui est obéi: aucun Indien ne l’accepterait et la plus grande partie des tribus sud-américaines ont choisi la mort et l’annihilation plutôt que de subir la domination de l’homme blanc. Les Guayaki, qui croient aussi en cette philosophie politique “sauvage”, font une distinction très nette entre pouvoir et violence: pour prouver qu’il méritait d’être appelé chef, Jyvukugi devait le démontrer ; à l’encontre des Paraguayens, il n’exerçait aucunement son autorité par la coercition, mais par ce qui est diamétralement opposé à la violence, le monde des mots, de la parole.

[…]

L’obligation d’utiliser l’instrument de non-coercition, le langage, à chaque fois que c’est nécessaire, donne au groupe un contrôle permanent sur le chef parce que chaque mot qu’il dit est une assurance que son pouvoir ne menacera pas la société ; d’un autre côté, ses silences sont perturbants. Bien évidemment, les Guayaki n’ont pas construit toute une théorie derrière leur concept de pouvoir politique. Ils créent simplement et maintiennent une relation qui est construite dans la structure même de leur société et que l’on trouve dans toutes les tribus indiennes. Ainsi, le “pouvoir” incarné par le chef n’est pas autoritaire… Les chefs sont empêchés d’utiliser leur position pour des gains et objectifs personnels et ils doivent particulièrement faire attention que leurs désirs personnels n’empiètent en rien sur les intérêts de la communauté, ils sont au service du groupe, ils en sont l’instrument. Sous contrôle permanent du groupe, les leaders ne peuvent en rien transgresser les normes sur lesquelles sont fondées la vie de leur société. Le pouvoir corrompt dit-on. Ceci est un danger que les Indiens n’ont pas besoin de craindre, non pas à cause d’une éthique rigoureuse, mais à cause d’une impossibilité sociologique. Les sociétés indiennes ne furent pas faites pour cela, et c’est aussi pour cela qu’elles ne purent survivre [au contact de la civilisation coloniale chrétienne].

[…]

Bien que je sois retourné au Paraguay plusieurs fois, je n’ai plus jamais revu les Indiens Guayaki. Je n’en ai pas eu le cœur. Que pourrais-je y trouver ? Quand je suis arrivé à Arroyo Moroti, ils étaient environ une centaine. Lorsque je suis parti un peu plus d’un an plus tard, il n’étaient guère plus de 75 individus. Les autres sont morts, dévorés par la maladie, la tuberculose, tués par le manque de tout. Ils furent jetés dans une histoire qui n’avait rien à voir avec eux si ce n’est de les détruire… Les dernières nouvelles que j’ai eu d’eux remontent à 1968, ils n’étaient guère plus d’une trentaine.

Toute l’entreprise qui a commencé au XVème siècle touche maintenant à sa fin ; un continent entier va bientôt être débarrassé de ses habitants premiers et cette partie du monde pourra alors se proclamer véritablement “nouveau monde”. Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de gens passés au fil de l’épée et cette riche et très belle partie du monde renversée pour des perles et du poivre ! Victoires mécaniques” Ainsi vantait Montaigne la conquête de l’Amérique par la civilisation occidentale.

Le chef Jyvukugi, qui voyait les choses bien plus clairement que ses autres compagnons, savait comment exprimer ce qu’ils ressentaient. Un jour, je lui demandais de chanter le chant des chasseurs “prera” afin que je puisse l’enregistrer. Mais il préféra choisir un autre thème. Chaque couplet, chanté sur un ton de profonde tristesse et de dégoût, mourrait dans un gémissement qui était prolongé par la délicate mélancolie de la flüte. Ce jour là, il chanta la fin des Aché et son désespoir de voir que tout était fini. […]

A suivre…

Pierre Clastres 1977-2017: 40 ans après sa mort, l’héritage d’un anthropologue politique anarchiste (Introduction)

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Hommage à Pierre Clastres anthropologue anarchiste (1934~1977)

 

Résistance 71

 

juin 2017

 

Introduction

 

“Les sociétés primitives n’étaient pas des sociétés de subsistance, mais d’abondance. En outre, dotées de dispositifs politiques, elles n’étaient pas sans État comme le proposait Engels, mais plutôt contre l’État et luttaient contre la division sociale (Clastres). “
~ Marylène Patou-Mathis, paléontologue et directrice de recherche au CNRS ~

“Un autre ethnologue français, Pierre Clastres, a émis, pour les sociétés humaines en général, l’hypothèse que la tendance normale dans un groupe est la résistance collective aux excès de pouvoir. Dans une société encore peu complexe, les notables doivent s’attacher leurs obligés en redistribuant en permanence les richesses qu’ils réussissaient à grande peine à accumuler. Dans une société guerrière où le prestige est lié aux prouesses au combat, les grands guerriers doivent sans cesse remettre leur titre en jeu,  jusqu’au jour où ils finissent par être éliminé. L’émergence des sociétés inégalitaires ne serait donc pas la norme, mais l’exception et le résultat d’un dysfonctionnement de ces mécanismes de contrôle. Finalement les inégalités ne seraient pas naturelles…”
~ Jean-Paul Demoule, archéologue, professeur à Paris I, ex-directeur de l’INRAP ~

Pour le quarantenaire de la disparition de l’anthropologue politique trop méconnu et pourtant si pertinent Pierre Clastres, nous avons compilé ces derniers mois des extraits de ses ouvrages de conclusions de recherches en anthropologie politique. Pierre Clastres s’est spécialisé dans l’étude des sociétés premières, leur mode de fonctionnement politique et a démontré que contrairement à ce que prétend l’anthropologie orthodoxe d’une société humaine passant du stade “sauvage” sans structure politique (étatique) a une organisation achevée étatique, la société humains primordiale et primitive n’est pas seulement une société sans État, mais une société qui refuse l’État et qui est donc contre l’État ; où l’État n’existe pas parce qu’il est impossible. Cette vision est essentielle pour comprendre que l’État n’est en aucun cas l’aboutissement politique de la société humaine, sa plus haute forme d’expression, mais qu’il est au contraire une anomalie, un réalisation contre-nature qui sert les intérêts du plus petit nombre dans une société politiquement divisée (avant même que d’être économiquement divisée, l’économique étant une dérive du politique et de sa division d’une société une et totale en établissant un rapport de dominant à dominé, inexistant parce qu’impossible dans la société première et son communisme primordial.).

Pierre Clastres, anthropologue anarchiste trop tôt disparu, nous laisse un riche héritage dans lequel puiser afin de mieux comprendre la société humaine et le comment nous pouvons, devons sortir du marasme systémique auquel nous a mené le mode d’organisation et de gouvernance étatico-capitaliste dans son “évolution” contre-nature fatale.

Nous publions donc cet hommage au travail de cet anthropologue de renom en 4 parties sur 3 ou 4 semaines. Dès la parution de la 4ème partie, Jo de JBL1960 nous mettra cette compilation sous format PDF téléchargeable gratuitement.

A lire et à diffuser largement sans aucune modération

Bonne lecture à toutes et à tous

R71

1ère partie

2ème parrtie

3ème partie

4ème partie

Pierre Clastres sur Résistance 71

Changement de paradigme politique: Veuillez laissez l’État dans les WC où vous l’avez trouvé en entrant ~ 2ème partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 9 décembre 2015 by Résistance 71

“La vérité importe peu à l’État, seule lui importe une vérité qui lui est utile ou pour parler plus exactement tout ce qui lui est utile, que cela soit vérité, demi-vérité ou erreur. Une alliance entre État et Philosophie n’a donc de sens que lorsque la philosophie peut promettre d’être sans conditions utile à l’État, c’est à dire de mettre l’intérêt de l’État plus haut que la vérité.”
~ Friedrich Nietzsche ~

“L’État ne garantit pas seulement les privilèges de la classe dominante, il est un instrument de création permanente de privilèges et dans ce sens, il crée la classe dominante. Il n’y a pas de classes sans État disait Bakounine.”
~ René Berthier ~

“Qu’est-ce qu’une société primitive (originelle) ? C’est une société non-divisée, homogène ; si elle est inconsciente de la différence entre riche et pauvre a fortiori, c’est parce que l’opposition entre les exploiteurs et les exploités y est totalement absente… Que fait donc la société du pouvoir qui lui incombe ? Elle l’exerce bien sûr et avant tout sur le chef, précisément pour l’empêcher de satisfaire un éventuel désir de pouvoir, pour l’empêcher de devenir un chef qui commande. Plus généralement, la société exerce son pouvoir afin de le conserver, afin d’empêcher et de prévenir la séparation de ce pouvoir, afin de repousser l’irruption de la division dans le corps social, la division entre maîtres et sujets.”
~ Pierre Clastres ~

 

Aujourd’hui comme hier l’État n’est pas la solution à nos problèmes, il en est la cause… Petite analyse au fil des siècles

 

Résistance 71

 

9 Décembre 2015

 

1ère partie

2ème partie

 

Gaston Leval (XXème siècle)

 

“En règle générale, c’est le travail de l’ensemble des Hommes et des générations qui se sont succédées au cours du développement historique qui a permis à l’humanité de s’élever, de se perfectioner. Ce n’est pas par l’activité de l’État.”

“Notre première constatation est que l’État, quel que soit son degré de perfection ou d’imperfection, est le fruit de la guerre et se maintient par toute forme de guerre.”

“Quelle que soit son origine, l’État nous apparaît donc comme une force étant constituée d’elle-même, pour elle-même, pour des raisons de domination politique et d’exploitation économique, grâce à la prédominance des armes, à l’assujettissement des masses, politiquement assuré. Encore une fois ce n’est pas le pouvoir économique qui a engendré le pouvoir politique, mais le pouvoir politique qui a donné naissance au pouvoir économique.”

Note: Leval est ici en adéquation parfaite avec les conclusions de l’anthropologue politique Pierre Clastres, ce qui fut un grand pas en avant dans la mise à l’écart du “tout économique” marxiste qui dominait par trop l’anthropologie depuis les années 1950-60. Leval a écrit cela en 1975. Pierre Clastres avait publié “La societé contre l’État” en 1974…

“Loin d’être la conséquence d’une longue évolution économique donnée, des changements de modes de production, des rapports naturels entre les hommes sous l’influence de facteurs sociaux et d’éléments sous-jacents, l’État est bien l’œuvre des aventuriers et des exploiteurs qui savent s’imposer par la force, en premier lieu ou par la ruse. C’est la caste des fonctionnaires qui a créé ses fonctions pour en vivre, qui a inventé de toutes pièces l’appareil dont ele se sert pour justifier de son existence. L’explication est simple, prosaïque même.”

“Dans l’histoire, l’État a agi sur l’économie à son bénéfice et au détriment de ses sujets, non seulement par l’action de la fiscalité, mais comme exploiteur direct du travail et de l’effort des hommes. Par conséquent il est insensé de voir en lui un instrument d’émancipation.”

“Tout gouvernant centralisateur est un despote, tout despote est un centralisateur, ce qui se répercute, pratiquement, dans la structure même des nations et dans le respect ou l’offense à la liberté. Voilà un axiome qu’on ne devrait jamais oublier.”

“Le centralisme d’État est une entreprise de domestication aux prolongements universels.”

“L’État apparaît dans l’histoire comme le résultat du droit du plus fort, de la violence et de la barbarie. Un État qui ne s’appuierait pas sur le glaive serait une contradiction. L’État, c’est la guerre au dehors et la répression à l’intérieur. C’est même aussi la guerre à l’intérieur entre les dynasties, les familles royales, les groupements d’intérêts, les partis politiques. L’humanité n’a que faire de ces rivalités pour s’élever.

Nous sommes entrés dans une phase de l’histoire où il faut choisir: l’État ou la Société. Le progrès des techniques de production précipite la diminution de la masse des producteurs. Il y a transfert de ces populations actives aux activités parasitaires, le tout s’amalgamant avec le secteur tertiaire (des services et de l’administration) où, à côté d’activités sociales parfaitement utiles, pullulent les fausses activités et les fausses professions. Ce n’est pas du tout délirer que de craindre qu’avant un siècle, le monde des parasites s’impose sur le monde des producteurs.

Note: Quelle vision de Leval, un quart de siècle plus tard… Mission accomplie !…

“Ce que nous préconisons maintenant [la société anarchiste fondée sur les communes libres] n’est pas plus impossible que ne le fut la disparition de la société basée sur le servage. Et si on nous demande dans les détails comment fonctionnerait une société non basée sur le salariat, nous répondrons que ceux qui renversèrent l’absolutisme royal ne se préoccupaient pas de la façon dont, dans la société constitutionnaliste, fonctionneraient tous les rouages de l’État qui succéderait à celui qu’ils attaquaient. Il existe même comparativement, plus de facteurs pouvant servir à la construction d’une société nouvelle, qu’il n’en existait dans l’ancienne société.”

Albert Camus (XXème siècle)

“Le mouvement de révolte, à l’origine tourne court. Il n’est qu’un témoignage sans cohérence. La révolution commence au contraire à partir de l’idée.”

“Alors que l’histoire même collective, d’un mouvement de révolte est toujours celle d’un engagement sans issue dans les faits, d’une protestation obscure qui n’engage ni systèmes, ni raisons, une révolution est une tentative pour modeler l’acte sur une idée, pour façonner le monde dans un cadre théorique. C’est pourquoi la révolte tue des hommes, alors que la révolution détruit à la fois des hommes et des prinicipes. Mais pour les mêmes raisons, on peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire. Il ne peut y en avoir qu’une qui sera la révolution définitive… Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct. “Il implique contradiction, dit Proudhon, que le gouvernement puisse être jamais révolutionnaire et cela pour la simple raison qu’il est gouvernement.’”

“S’il y avait une seule fois révolution, en effet, il n’y aurait plus d’histoire. Il y aurait unité heureuse et mort rassasiée.”

“Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’État. 1789 amène Napoléon, 1848 Napoléon III, 1917 Staline, les troubles italiens des années 1920 Mussolini, la république de Weimar, Hitler.”

“Il est certain d’ailleurs que la capacité révolutionnaire des masses ouvrières a été freinée par la décapitation de la révolution libertaire, pendant et après la Commune de 1871. Après tout, le marxisme a dominé facilement le mouvement ouvrier à partir de 1872, à cause sans doute de sa grandeur propre, mais aussi parce que la seule tradition socialiste qui pouvait lui tenir tête a été noyée dans le sang. Il n’y avait pratiquement pas de marxistes parmi les insurgés de Paris en 1871.”

“La vraie passion du XXème siècle, c’est la servitude.”

“L’empire est en même temps guerre, obscurantisme et tyrannie, affirmant désespérément qu’il sera fraternité, vérité et liberté: la logique de ses postulats l’y oblige.”

Guy Debord (XXème siècle)

“La saisie du monopole étatique de la réprésentation et de la défense du pouvoir des ouvriers, qui justifia le parti bolchévik, le fit devenir ce qu’il était: le parti des propriétaires du prolétariat, éliminant pour l’essentiel les formes précédentes de propriété.”

“Dans le pouvoir des conseils ouvriers qui doit supplanter internationalement tout autre pouvoir, le mouvement prolétarien est son propre produit et ce produit est le producteur même. Il est à lui-même son propre but.”

“La fusion économico-étatique est la tendance la plus manifeste de ce siècle. L’alliance défensive et offensive conclue entre ces deux puissances, l’économie et l’État, leur a assuré les plus grands bénéfices communs, dans tous les domaines: on peut dire que chacune possède l’autre et il est absurde de les opposer ou de distinguer leurs raisons et leurs déraisons.”

“Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi: le terrorisme. Elle veut en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative.”

Note: Debord écrivait cela en 1988 !! Juste après la vague d’attentat qui culmina sur Paris en 1986, attentats imputés au GIS algérien, dont on sût bien plus tard qu’il fut manipulé par les services de renseignement algérien et français…

“Notre société est bâtie sur le secret, depuis les “sociétés-écrans” qui mettent à l’abri de toute lumière les biens concentrés des possédants jusqu’au “secret-défense” qui couvre aujourd’hui un immense domaine de pleine liberté extrajudiciaire de l’État.”

“On se trompe chaque fois que l’on veut expliquer quelque chose en opposant la Mafia à l’État: ils ne sont jamais en rivalité.”

Raoul Vaneigem (XXème ~ XXIème siècles)

“la lutte menée contre la nature par l’économie d’exploitation a conduit inéluctablement au carnage.”

“Le pouvoir de l’argent et l’argent du pouvoir ont toujours été inséparables. La folie de l’argent et le pouvoir fou vont de pair.”

“L’alliance des multinationales, des banques, des trafiquants d’armes et de drogues, des dictateurs, des hommes politiques de tous bords, forme une entente criminelle mondiale à prête une honorabilité d’interlocuteur valable non seulement les valets de presse et de médias, mais ceux-là même qui prétendent les combattre.”

“Le marché de la sécurité offre un profit immédiat aux courtiers de l’angoisse et de ses prophylaxies policières et pharmaceutiques.”

“Le label caricatural du terrorisme et de l’anti-terrorisme n’aura été qu’une des illustrations promotionnelles du marché qui liquide les ressources planétaires et propose, pour parer au désastre, des contrats de tutelle contre l’insécurité.”

“Le refus de la société marchande implique la création d’une société vivante. Le mode de gouvernement proposé par Montesquieu a fait son temps. La démocratie directe doit être le dépassement de la démocratie parlementaire.

“L’exercice de la démocratie directe implique le principe: l’humain prime le nombre.”

“La fin de la démocratie parlementaire ne signifie pas le retour aux dictatures archaïques, à la mentalité agrtaire, à l’occlusion mentale et à la peste démagogique. Elle ouvre la voie à une démocratie directe, fondée sur l’intelligence sensible et le progrès humain, le seul qui nous intéresse.”

Alain Guillerm (XXème siècle)

“Il a existé en Europe un autre modèle de société historique que la société étatique, ce modèle, nous l’avons appelé la “société celtique”, une société contre l’État, mais une société de développement passant même de l’égalité à une certaine inégalité sans qu’il lui soit besoin de l’État. La société celtique a été un ‘challenge’ à la romanité en Occident comme l’a montré Toynbee… Pendant huit siècles, les Celtes furent les maîtres spirituels de l’Occident.”

“L’Irlande resta jusqu’à la pénétration anglaise, une société contre l’État.”

“Ce type de société, la société contre l’État, a toujours disparu devant la violence externe, il n’a jamais suscité l’État en son sein et lui a toujours trouvé des anti-corps quand il est apparu des risques qu’il se crée par des différenciations sociales. Ces différenciations sociales, il les a toujours limitées au maximum au lieu de les cristalliser et de les légitimer dans l’État. C’est pourquoi il est absurde de parler de la Gaule avant César ou des Gallo-Romains sous l’empire dans les mêmes termes.”

“Mais pour les Celtes, le jeu n’en valait pas la chandelle. S’il fallait créer un état gaulois pour lutter contre Rome, alors autant se soumettre aux Romains puisque la spécificité de la société celtique par rapport à Rome était justement d’être une société contre l’État !”

“Par contre cette ardeur guerrière des Gaulois, des libres paysans portant l’épée et exploitant en commun la terre, n’empêcha pas l’existence d’une profonde division du travail. Mais nous ne pensons pas que la division du travail entraîne la division des classes, il faut l’État pour cela.”

Pierre Clastres (XXème siècle)

Note: Il convient ici d’expliquer le mot “primitif” lorsqu’il est employé dans un contexte anthropologique. Le terme provient de sa racine latine “primere” qui veut dire “premier, originel”. Lorsqu’un anthropologue parle d’une société primitive, il ne la compare pas de manière condescendante à la société occidentale jugée supérieure (bien que l’amalgame soit passé avec le temps dans le langage courant…), mais il parle d’une société originelle, première. En anthropologie, les sociétés primitives ne sont pas des sociétés “barbares” au sens ethnocentrique du terme, mais les sociétés originellement présentes, désignées souvent par les structuralistes comme “pré-étatiques”.

“Parole et pouvoir entretiennent des rapports tels que le désir de l’un se réalise dans la conquête de l’autre. Prince, despote ou chef d’État, l’homme de pouvoir est toujours non seulement l’homme qui parle, mais la seule source de parole légitime: parole appauvrie, parole pauvre certes, mais riche d’efficience car elle a nom commandement et ne veut que l’obéissance de l’exécutant. Il va de soi que tout cela concerne en premier lieu les sociétés fondées sur la division: maîtres-esclaves, seigneurs-sujets, dirigeants-citoyens, etc.”

“Dans la société primitive, dans la société sans État, ce n’est pas du côté du chef que vous trouverez le pouvoir: il en résulte que la parole ne peut pas être parole de pouvoir, d’autorité ou de commandement. Un ordre: voilà bien ce que le chef ne saurait donner, voilà bien le genre de plénitude refusée à sa parole.”

“La société primitive est le lieu du refus d’un pouvoir séparé, parce qu’elle-même, et non le chef, est le lieu réel du pouvoir.”

“Les sociétés primitives [sociétés contre l’État] sont bien, comme l’écrit J. Lizot à propos des Yanomami, des sociétés du refus du travail… Premières sociétés du loisir, premières sociétés d’abondance selon la juste et gaie expression de Marshall Sahlins.”

“La division majeure de la société, celle qui fonde toutes les autres, y compris sans doute la division du travail, c’est la nouvelle disposition verticale entre la base et le sommet, c’est la grande coupure politique entre détenteurs de la force, quelle soit guerrière ou religieuse et assujettis à cette force. La relation politique du pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation. Avant d’être économique, l’aliénation est POLITIQUE, le pouvoir est avant le travail, l’économique est une dérive du politique, l’émergence de l’État détermine l’apparition des classes.

“C’est donc bien la coupure politique qui est décisive et non le changement économique. La véritable révolution dans la protohistoire de l’humanité, ce n’est pas celle du néolithique (agriculture, domestication animale, sédentarité), puisqu’elle peut très bien laisser intacte l’ancienne organisation sociale, c’est la révolution politique, c’est cette apparition mystérieuse, irréversible, mortelle pour les sociétés primitives, ce que nous connaissons sous le nom de l’État.”

“La société primitive, première société d’abondance, ne laisse aucune place au désir de surabondance. Les sociétés primitives sont des sociétés dans État parce que l’État y est impossible.”

“Il n’y a pas de roi dans la tribu, mais un chef qui n’est pas un chef d’État. Qu’est-ce que cela signifie? Simplement que le chef ne dispose d’aucune autorité, d’aucun pouvoir de coercition, d’aucun moyen de donner un ordre. Le chef n’est pas un commandant, les gens de la tribu n’ont aucun devoir d’obéissance. L’espace de la chefferie n’est pas l’espace du pouvoir et la figure bien mal nommée du “chef” ne préfigure en rien celle d’un futur despote. Ce n’est certainement pas de la chefferie primitive que peut se déduire l’appareil étatique en général.”

Note: Ceci s’applique aux sociétés amérindiennes, à une grande partie des sociétés traditionnelles africaines, et à la culture qui fut la culture européenne dominante pendant près de mille ans: la société celtique. Vercingétorix par exemple, figure emblématique historique était un chef de guerre et non pas un “roi”, il ne fut suivi qu’après moults palabres. Beaucoup refusaient de le suivre, sans doute par méfiance. Peu savent que le père de Vercingétorix fut condamné à mort pour avoir tenté d’usurper le pouvoir, de le centraliser. La tentative d’accaparement du pouvoir chez les Gaulois menèrent un chef à la mort… Il en va de même dans la société amérindienne. Ainsi va la société de la “chefferie sans pouvoir”…

“C’est là en somme définir la tâche d’une anthropologie politique générale et non plus régionale, tâche qui se détaille en deux grandes interrogations:

  • 1) Qu’est-ce que le pouvoir politique ? C’est à dire qu’est-ce que la société ?
  • 2) Comment et pourquoi passe t’on du pouvoir politique non coercitif au pouvoir politique coercitif ? C’est à dire: qu’est-ce que l’histoire ?”

Par contraste, nous terminerons cet exposé par une autre vision conceptuelle de la société, celle de quelques représentants de la société amérindienne, toujours au XXIème siècle, sous le joug colonial occidental (ainsi que les nations natives dOcéanie). Nous espérons ces quelques lignes pouvoir initier chez les lecteurs un début de réflexion sur ce qui nous est présenté de manière erronée comme étant inéluctable: l’État, le fléau planétaire avec son corollaire inhérent, le colonialisme.

L’humanité a très bien vécu des millénaires sans l’État ; son avènement, sans doute ce qu’Hegel appelait une “ruse de la Raison”, a mené l’humanité au fond du marasme et du désespoir et il est grand temps que nous envisagions de le reléguer au musée des horreurs, sa juste place.

Il y a eu une (très bonne) vie avant l’État, il y en a une meilleure après lui. Là est le fondement de la véritable Idée révolutionnaire. Une “révolution” est un mouvement cyclique. Le chemin est celui du retour à la société sans État en y adaptant notre technologie et notre savoir-faire acquis par l’humanité au cours des siècles. Elle est notre patrimoine, celles des peuples libres et souverains.

Taiaiake Alfred (Mohawk ~ XXème – XXIème siècles)

“Nous sommes séparés des sources de notre bien-être et de notre pouvoir: de nous-mêmes, de nos cultures et de nos terres. Ces connexions doivent être restaurées. Le pouvoir gouvernemental [colonial] est fondé sur la peur, qui est utilisée pour nous contrôler et manipuler de biens des façons. La stratégie doit être de confronter la peur et de montrer courage et détermination pour agir contre et vaincre le pouvoir de l’État.”

“L’imposition des structures de gouvernance occidentales et la négation des natives continuent à avoir un effet négatif profond sur les peuples autochtones. La terre, la culture et l’auto-gouvernement sont inséparables dans nos philosophies et modes de vie traditionnels, chacun de ces éléments est interdépendant de l’autre, la négation d’un aspect empêche la réalisation de l’ensemble.”

“Au travers du processus d’une soi-disante décolonisation, bien des politiciens amérindiens ont constamment dévié des principes intrinsèques de nos cultures traditionnelles et ont fait route vers une accommodation des valeurs culturelles occidentales et une acceptation de l’intégration dans un système politico-économique plus large… Une existence indigène ne peut pas se réaliser sans respecter toutes les facettes de la tradition: la culture, la spiritualité et le mode de gouvernement. Les mystiques qui ignorent la politique et vivent leur identité au travers des rituels et des arts sont juste aussi perdus que les matérialistes dont les vies sont démunies de spiritualité.”

“L’alternative à l’annihilation culturelle commence avec la reconnaissance de l’érosion des cultures indigènes pré-colombiennes et en devenant pleinement conscient non seulement de l’histoire post-colombienne, mais aussi de la nature évolutrice et transformatrice de la culture elle-même.”

“L’imposition de la politique électorale à la place des modèles traditionnels consensuels et l’émulation des politiciens occidentaux a rendu la politique autochtone une manipulation aussi cynique que toute autre forme de pouvoir.”

“Les valeurs traditionnelles des peuples indigènes menacent directement le monopole du contrôle du pouvoir étatique.”

“C’est dans la nature des systèmes politiques traditionnels indigènes des Amériques que le pouvoir ne soit pas centralisé, que l’adhésion ne soit pas forcée coercitivement, mais que ce soit un processus volontaire impliquant un système de prise de décisions basé sur le consensus… Cela veut dire que les gens engagent leurs leaders et les défient afin que soit vraiment établie la justesse de leurs propositions”

Russell Means (Lakota, XXème ~ XXIème siècles)

“Si vous vivez dans un monde où tout est disponible gratuitement, la gourmandise et la veulerie sont une forme d’insanité.”

“Si vous suivez la loi naturelle, vous n’avez pas peur de la mort. Vous voyez les cycles naturels de la mort et de la renaissance tout autour de vous, dans vos parents, dans vos enfants… Dans la loi naturelle chaque chose est à sa place. Où est le mal ? Il n’y a pas de mal dans la Nature. En vivant de par la loi naturelle, nous percevons pleinement au travers de nos sens, nous développons une riche et juste appréciation du monde réel autour de nous, par notre expérience quotidienne, par la réalité.”

“Les décisions au sein du système de clans ne sont prises que par consensus et rien d’autre. Vous ne faites quelque chose que lorsque c’est unanime. Il n’y a pas d’oppression par la majorité.”

“Le patriarque, avec son industrialisation, est tout en bas de la chaîne alimentaire. C’est une totale disgrâce. Le patriarque n’a aucune connexion avec quoi que ce soit de naturel. Les patriarques essaient de s’approprier la loi naturelle. Ils l’admettent eux-mêmes. Vivre dans une société patriarcale va presque inévitablement conduire et transformer ses sujets en force du mal. La religion patriarcale (toutes les religions monothéistes) pousse à erradiquer ceux qui ont des croyances différentes. Les gouvernements vous forcent à vous aligner d’un côté ou de l’autre, les deux côtés essayant en permanence d’opprimer le point de vue minoritaire.”

“Le patriarcat est l’impérialisme, l’oppression et l’exploitation d’autrui. Ceci a commencé il y a environ 6000 ans lorsque le patriarcat a pointé sa sale tête… Les peuples indigènes ont vécu de très nombreux siècles sans déséquilibre ni destruction, puis en seulement 6000 ans de patriarcat, la planète Terre a été amenée au bord de la destruction totale.

Dans le patriarcat, le meurtre de masse et la destructon de toute vie sont justifiés par les bénéfices du petit nombre de privilégiés se plaçant en haut de la pyramide. Wall Street n’est pas différent de toutes les tyrannies et de tous les royaumes de l’histoire.”

“Une société matriarcale est une société nourricière basée sur la famille. A chaque niveau de la société fondée sur la femme, celle-ci est en rythme avec l’univers, avec la Terre, avec sa famille et son clan.”

“Dans les sociétés autochtones des Amériques, être un leader veut dire que vous serez matériellement toujours pauvre, car vous devez vous assurer que tout le monde dans la communauté a un bien-être avéré. Ceci était évité par bien des hommes. Les leaders sont choisis par les anciennes du clan. Aucun leader n’est parvenu à cette position par ambition personnelle, faim de pouvoir ou pour essayer de prouver quoi que ce soit. Ceci sont des caractéristiques de personnes ne pouvant pas être de bons leaders et que l’on trouve très régulièrement dans le patriarcat.”

“Dans notre société, le partage mutuel est la norme. Dans une communauté indigène très intriquée, c’est la famille qui prend la première responsabilité d’aider ceux dans le besoin, les veufs, veuves, personnes âgées, hanicappées. Faire partie d’une civilisation de l’attention perpétuelle veurt dire que ses membres sont plus enclins à la paix. c’est pourquoi nous ne pensions pas à la guerre.”

“Si un peuple vit en suivant la loi naturelle, il n’y a aucun besoin de lois humaines pour quelque situation que ce soit. La première loi humaine est la mort de la loi naturelle. Une fois qu’il crée les lois, l’Homme devient un dieu, un faiseur de lois et le but complet de l’existence humaine a été galvaudé.

La loi naturelle est la loi de la vie, la loi humaine est la loi de la mort. Ceci s’applique à l’unité familiale également.”

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“Une nation en suit une autre comme les vagues de la mer ; c’est l’ordre de la Nature et il ne sert à rien de regretter quoi que ce soit. Votre temps de décomposition est peut-être lointain, mais il viendra aussi sûrement que le reste, car même pour l’homme blanc dont le dieu a marché et parlé parmi eux, d’ami à ami, ne peut pas échapper à notre destinée commune. Nous sommes peut-être frères après tout. Nous verrons bien.”

~ Chef Seattle (vers 1890) ~

 

Paix et fraternité à toutes et tous

 

Illusion démocratique: Toujours pour les votards indécrottables… Le criminel c’est l’électeur !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 5 décembre 2015 by Résistance 71

Le criminel c’est l’électeur !

 

Albert Libertad

 

Placard anti-électoral, 1er mars 1906.

Publié par l’anarchie n°47 et signé Albert Libertad.

Source: https://infokiosques.net/imprimersans2.php?id_article=412

 

C’est toi le criminel, ô Peuple, puisque c’est toi le Souverain. Tu es, il est vrai, le criminel inconscient et naïf. Tu votes et tu ne vois pas que tu es ta propre victime.

Pourtant n’as-tu pas encore assez expérimenté que les députés, qui promettent de te défendre, comme tous les gouvernements du monde présent et passé, sont des menteurs et des impuissants ?

Tu le sais et tu t’en plains ! Tu le sais et tu les nommes ! Les gouvernants quels qu’ils soient, ont travaillé, travaillent et travailleront pour leurs intérêts, pour ceux de leurs castes et de leurs coteries.

Où en a-t-il été et comment pourrait-il en être autrement ? Les gouvernés sont des subalternes et des exploités : en connais-tu qui ne le soient pas ?

Tant que tu n’as pas compris que c’est à toi seul qu’il appartient de produire et de vivre à ta guise, tant que tu supporteras, – par crainte,- et que tu fabriqueras toi-même, – par croyance à l’autorité nécessaire,- des chefs et des directeurs, sache-le bien aussi, tes délégués et tes maîtres vivront de ton labeur et de ta niaiserie. Tu te plains de tout ! Mais n’est-ce pas toi l’auteur des mille plaies qui te dévorent ?

Tu te plains de la police, de l’armée, de la justice, des casernes, des prisons, des administrations, des lois, des ministres, du gouvernement, des financiers, des spéculateurs, des fonctionnaires, des patrons, des prêtres, des proprios, des salaires, des chômages, du parlement, des impôts, des gabelous, des rentiers, de la cherté des vivres, des fermages et des loyers, des longues journées d’atelier et d’usine, de la maigre pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des iniquités sociales.

Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours. C’est toi qui produis tout, qui laboures et sèmes, qui forges et tisses, qui pétris et transformes, qui construis et fabriques, qui alimentes et fécondes !

Pourquoi donc ne consommes-tu pas à ta faim ? Pourquoi es-tu le mal vêtu, le mal nourri, le mal abrité ? Oui, pourquoi le sans pain, le sans souliers, le sans demeure ? Pourquoi n’es-tu pas ton maître ? Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu, sers-tu ? Pourquoi es-tu l’inférieur, l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ?

Tu élabores tout et tu ne possèdes rien ? Tout est par toi et tu n’es rien.

Je me trompe. Tu es l’électeur, le votard, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin de vote, sanctionne toutes ses misères ; celui qui, en votant, consacre toutes ses servitudes.

Tu es le volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le chien léchant le fouet, rampant devant la poigne du maître. Tu es le sergot, le geôlier et le mouchard. Tu es le bon soldat, le portier modèle, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur dévoué, le paysan sobre, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton bourreau. De quoi te plains-tu ?

Tu es un danger pour nous, hommes libres, pour nous, anarchistes [sic]. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, – et que tu nous imposes par ton imbécillité.

C’est bien toi le Souverain, que l’on flagorne et que l’on dupe. Les discours t’encensent. Les affiches te raccrochent ; tu aimes les âneries et les courtisaneries : sois satisfait, en attendant d’être fusillé aux colonies, d’être massacré aux frontières, à l’ombre de ton drapeau.

Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô Souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes, brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier ; Si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance, tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.

Allons, vote bien ! Aies confiance en tes mandataires, crois en tes élus.

Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.

Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action [sic].

Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement du pourras vivre pleinement.

LE CRIMINEL, c’est l’Electeur !